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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La discontinuit&#233; dans la conception de Friedrich Hegel</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Hegel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La discontinuit&#233; dans la conception de Friedrich Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On dit que la nature ignore les bonds (...) or le changement n'est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif et consiste dans quelque chose de nouveau, d'autre, dans la rupture de la forme ancienne de l'&#234;tre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Hegel dans &#171; Science de la Logique &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D'une part, la disparition appara&#238;t comme inattendue quand on peut changer la quantit&#233; sans toucher &#224; la qualit&#233; et &#224; la mesure, - d'autre part, on croit la rendre intelligible (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La discontinuit&#233; dans la conception de Friedrich Hegel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On dit que la nature ignore les bonds (...) or le changement n'est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif et consiste dans quelque chose de nouveau, d'autre, dans la rupture de la forme ancienne de l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Science de la Logique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'une part, la disparition appara&#238;t comme inattendue quand on peut changer la quantit&#233; sans toucher &#224; la qualit&#233; et &#224; la mesure, - d'autre part, on croit la rendre intelligible par l'id&#233;e de gradualit&#233;. On se rabat avec tant de facilit&#233; sur cette cat&#233;gorie pour repr&#233;senter ou pour expliquer la disparition d'une qualit&#233; ou de quelque chose, parce que de cette fa&#231;on la disparition semble s'accomplir devant vos yeux ; en effet, la quantit&#233; &#233;tant d&#233;termin&#233;e comme limite ext&#233;rieure, la transformation purement quantitative se comprend d'elle-m&#234;me. Mais en fait on n'explique rien ; la transformation est essentiellement le passage d'une qualit&#233; en une autre. (...) Ce qui est faux, c'est le comportement ... de notre conscience ordinaire qui consid&#232;re une quantit&#233; comme une limite indiff&#233;rente seulement... La ruse du concept consiste &#224; saisir un &#234;tre d&#233;termin&#233; par le c&#244;t&#233; o&#249; sa qualit&#233; ne semble pas entrer en jeu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; La Grande Logique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On dit que la nature ignore les bonds (...) or le changement n'est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif et consiste dans quelque chose de nouveau, d'autre, dans la rupture de la forme ancienne de l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; La Grande Logique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Expliquer une naissance ou une disparition par la gradualit&#233; du changement entra&#238;ne l'ennui d'une tautologie ; une telle explication pr&#233;suppose que le naissant ou le disparaissant sont pr&#234;ts d'avance, le changement devient un simple d&#233;placement d'une diff&#233;rence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes avaient, de longue date, remarqu&#233; les paradoxes logiques du grain et du tas de grains et autres paradoxes du continu/discontinu, qui ont fait partie des grandes d&#233;couvertes philosophiques et scientifiques de Z&#233;non d'El&#233;e comme de celles de Friedrich Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Z&#233;non comme Hegel ne renvoyaient pas dos &#224; dos discontinuit&#233; et continuum et tous deux reconnaissaient le caract&#232;re fondamental et universel de la discontinuit&#233;, du saut, du changement radical et brutal comme de la quantification de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En employant la rupture en deux parties de la dichotomie, Z&#233;non rompait sans cesse tous les continuums apparents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Hegel soulignait que continu et discontinu &#233;taient deux parties ins&#233;parables de la contradiction, il retenait que l'univers fonctionnait pas des sauts et donnait &#224; la discontinuit&#233;, celle de la r&#233;alit&#233; comme de son changement, du domaine mat&#233;riel comme de celui de la pens&#233;e, son caract&#232;re universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le philosophe G.W.F Hegel qui a incontestablement &#233;t&#233; le fondateur de la plus importante philosophie du discontinu, la dialectique. Hegel &#233;crit dans &#171; Science de la Logique &#187; : &#171; La nature ne fait pas de bond &#187;, dit-on ; et l'opinion ordinaire, quand il s'agit de comprendre l'av&#232;nement ou la disparition, s'imagine (...) les comprendre en se les repr&#233;sentant comme av&#232;nement ou disparition graduels. Mais il s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; que les changements de l'&#234;tre ne sont pas le passage d'une quantit&#233; en une autre quantit&#233;, mais le passage du qualitatif au quantitatif, et inversement, la transition en un autre qui est une interruption du graduel et un changement qualitatif par rapport &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233; ant&#233;rieur. L'eau refroidie ne devient pas peu &#224; peu dure (...) L'Etat a une mesure de sa grandeur quantitative au-del&#224; de laquelle il s'&#233;croule int&#233;rieurement sous la m&#234;me constitution qui, avant son extension, faisait son bonheur et sa force. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La philosophie d'Hegel montre que le mouvement et le changement ne peuvent s'interpr&#233;ter que comme l'action des contradictions internes pr&#233;existantes et menant &#224; une rupture avec changement qualitatif, le syst&#232;me pouvant sauter d'un ordre &#224; un autre parce que ses contradictions internes basculent brutalement d'une forme &#224; une autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hegel &#233;crit dans sa &#171; Logique &#187; que &#171; Quand on veut se repr&#233;senter l'apparition ou la disparition de quelque chose, on se les repr&#233;sente ordinairement comme une apparition ou une disparition graduelles. Pourtant, les transformations de l'&#234;tre sont non seulement le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre, mais aussi le passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; et inversement, passage qui entra&#238;ne la substitution d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; un autre, est une rupture de progressivit&#233;. &#187; Il remarque que cette constatation a un caract&#232;re universel, allant de la nature &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans tous ces domaines, il d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de philosopher sur la transformation qualitative et de ne pas se contenter d'une philosophie de l'observation d'objets fixes en d&#233;placement. Le lien entre changement qualitatif et quantitatif, dans les deux sens, signifie reconna&#238;tre l'interaction d'&#233;chelle. Le mouvement est ins&#233;parable du changement, car il est impossible qu'il y ait un d&#233;placement s'il n'y a pas un changement d'&#233;tat. Le changement et le mouvement n&#233;cessitent d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s &#224; l'aide de concepts int&#233;grant cette capacit&#233; de transformation, donc des concepts qui ne soient ni absolus ni &#233;ternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etudier les sciences, ce n'est pas seulement mesurer et trouver des transformations num&#233;riques. C'est d&#233;voiler la source de cette capacit&#233; de la nature de produire du neuf, spontan&#233;ment et sans action ext&#233;rieure. La mutation de philosophie est consid&#233;rable. Hegel rompt avec les notions m&#233;taphysiques. L'interaction remplace la notion ancienne de &#171; force &#187;, dans laquelle l'action &#233;tait forc&#233;ment ext&#233;rieure. Le mouvement n'est pas le produit d'un &#233;nerg&#233;tisme ni la vie d'un vitalisme. La constance est con&#231;ue comme le produit de la transformation et elle a pour produit une transformation. L'adaptation est guid&#233;e par le m&#233;canisme de conservation et non par un but de transformation. C'est &#233;galement la conservation qui contraint aux transformations brutales en ayant accumul&#233; des contradictions. Le n&#233;gatif est au sein du positif et le positif au sein du n&#233;gatif. La n&#233;gation est indispensable &#224; la construction. Ce qui existe m&#233;rite de p&#233;rir parce qu'il contient d&#233;j&#224; les contradictions qui causeront sa perte. Hegel &#233;crit dans &#171; Histoire de la philosophie &#187; : &#171; Il faut rendre justice &#224; l'aspect n&#233;gatif ... On doit reconna&#238;tre la contradiction pr&#233;sente dans l'existence (...). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, lui-m&#234;me, a parfaitement conscience que dire cela c'est faire l'&#233;loge de la r&#233;volution puisqu'il encha&#238;ne sur la r&#233;volution fran&#231;aise de 1789 de la mani&#232;re suivante : &#171; Les vieilles institutions n'avaient plus de place dans le sentiment d&#233;velopp&#233; de la libert&#233; consciente (...). On se comporta destructivement contre ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;truit int&#233;rieurement. &#187; A l'image de la r&#233;volution fran&#231;aise, le processus d&#233;crit par Hegel est un d&#233;veloppement des contradictions internes du syst&#232;me qui, atteignant un seuil, abolissent brutalement l'ancien ordre. Hegel ne cesse de l'affirmer : l'ordre social, lui-m&#234;me, contient ses propres contradictions comme toute autre structure. Karl Marx soulignait ce caract&#232;re r&#233;volutionnaire de la philosophie d'Hegel : &#171; Sous sa forme rationnelle, la dialectique n'est, aux yeux de la bourgeoisie et de ses th&#233;oriciens, que scandale et horreur, parce que, outre la compr&#233;hension positive de ce qui existe, elle englobe &#233;galement la compr&#233;hension de la n&#233;gation, de la disparition in&#233;vitable de l'&#233;tat des choses existant ; parce qu'elle consid&#232;re toute forme sous l'aspect du mouvement, par cons&#233;quent aussi sous son aspect transitoire ; parce qu'elle ne s'incline devant rien et qu'elle est, par son essence, critique et r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons nous interroger un philosophe comme Hegel pour r&#233;fl&#233;chir aux propri&#233;t&#233;s de la nature comme la continuit&#233; ou la discontinuit&#233; ? Ne suffit-il pas d'observer scientifiquement les ph&#233;nom&#232;nes physiques ? L'univers est-il un ph&#233;nom&#232;ne rationnel ou irrationnel, d&#233;terministe ou ind&#233;terministe, r&#233;versible ou irr&#233;versible, fini ou infini, lin&#233;aire ou non-lin&#233;aire, moniste ou dualiste, r&#233;ductionniste ou holiste, agissant par action positive ou par n&#233;gation ? La r&#233;ponse n&#233;cessite une &#233;tude scientifique mais aussi une r&#233;flexion philosophique. Les concepts qu'utilise la science n'ont pas &#233;t&#233; cueillis dans la nature mais dans la philosophie. Les param&#232;tres que l'on mesure lors des exp&#233;riences ont &#233;t&#233; con&#231;us par les scientifiques et ne sont pas impos&#233;s directement par la nature. Les raisonnements sur la nature n'ont pas &#233;t&#233; &#233;crits sous la dict&#233;e des conditions naturelles mais dans celles de la pens&#233;e humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science examine le monde, mais elle est oblig&#233;e de supputer, de raisonner, de b&#226;tir des m&#233;canismes de pens&#233;e que la nature n'a pas directement dict&#233;s. Certains auteurs continuent &#224; pr&#233;tendre que la science de la nature, ou que la math&#233;matique, est fond&#233;e sur des propositions indiscutables. C'est faux. La science de la nature n'est pas n&#233;cessairement plus objective que les autres domaines de la pens&#233;e et de la soci&#233;t&#233; humaine. M&#234;me les &#233;l&#233;ments de sciences apparemment les plus ind&#233;pendants de la pens&#233;e et les sciences apparemment ind&#233;pendantes des objets de la nature, comme les math&#233;matiques, ne le sont pas. Beaucoup affirment qu'Hegel lui-m&#234;me ne pourrait pas contredire que &#171; un plus un &#233;gale deux &#187;. Et pourtant, le nombre &#171; un &#187; est d&#233;j&#224; un concept philosophique et non une simple observation de la nature. Et dans la nature, un plus un peut faire plus que deux ! Les sciences s'appuient sur un grand nombre d'a priori philosophiques, sans n&#233;cessairement en avoir conscience, ni les remettre r&#233;guli&#232;rement en question. M&#234;me si les sciences sont r&#233;put&#233;es objectives, nous avons absolument besoin de concepts philosophiques pour raisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continu ou discontinu, gradualiste ou saltationniste, voil&#224; deux autres questions philosophiques que nous posons &#224; l'univers. Pr&#233;tendre que le gradualisme et le continuisme, selon lesquels le monde &#233;volue doucement et r&#233;guli&#232;rement, seraient des constatations issues directement de l'observation est aussi faux que d'affirmer que ce serait la discontinuit&#233; qui fonderait l'univers de fa&#231;on &#233;vidente. Au fait, pourquoi le monde ne serait-il pas parfois continu et, &#224; d'autres moments, discontinu ? C'est un probl&#232;me que nous allons &#233;galement examiner et nous constaterons que les deux conceptions sont antith&#233;tiques : l'univers est continu ou discontinu mais pas l'un des deux suivant les circonstances. Le pr&#233;jug&#233; selon lequel &#171; la nature ne fait pas de bonds &#187; a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; longtemps comme une &#233;vidence sans m&#234;me qu'il y ait des preuves scientifiques et a &#233;t&#233; ouvertement pr&#233;sent&#233; par les scientifiques eux-m&#234;mes comme un choix philosophique. Un des arguments de Lyell, en faveur du graduel et de la continu, dans ses &#171; Principes de g&#233;ologie &#187; est justement le manque de connaissance : &#171; Dans notre ignorance de l'origine et de la nature du feu volcanique, il semble plus conforme &#224; la prudence philosophique de croire qu'il n'y a point d'instabilit&#233; dans cette partie du syst&#232;me terrestre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; des contradictions du continu et du discontinu pour Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_science_universelle/a_PvDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Hegel+discontinu&amp;pg=PT95&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/La_science_universelle/a_PvDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Hegel+discontinu&amp;pg=PT95&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La th&#233;orie des catastrophes</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7291</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La th&#233;orie des catastrophes &lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Lochak &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Thom &lt;br class='autobr' /&gt;
Ivar Ekeland &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Zin &lt;br class='autobr' /&gt;
Simon Diner &lt;br class='autobr' /&gt;
Wikipedia &lt;br class='autobr' /&gt;
Vladimir Arnold &lt;br class='autobr' /&gt;
Peter W. Michor &lt;br class='autobr' /&gt;
Marc Chaperon &lt;br class='autobr' /&gt;
J. Petitot &lt;br class='autobr' /&gt;
Thom et Petitot &lt;br class='autobr' /&gt;
Ouvrage collectif &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Thom &lt;br class='autobr' /&gt;
Etienne Ghys &lt;br class='autobr' /&gt;
Aur&#233;lien Barrau &lt;br class='autobr' /&gt;
S. Frontier &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L411xH376/cata1-4f8db.jpg?1779682562' width='411' height='376' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L296xH399/cata2-7bf20.jpg?1779682562' width='296' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15289 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L292xH399/cata3-2214e.jpg?1779682562' width='292' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15290 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L407xH457/cata4-5b885.gif?1779682562' width='407' height='457' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie des catastrophes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://aflb.minesparis.psl.eu/AFLB-274/aflb274p565.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Georges Lochak&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://aflb.minesparis.psl.eu/AFLB-274/aflb274p575.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ren&#233; Thom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pst.chez-alice.fr/TCIvarEk.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ivar Ekeland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://jeanzin.fr/ecorevo/philo/pretapen/thom.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean Zin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Simon Diner&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_catastrophes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Cz71CAAAQBAJ&amp;redir_esc=y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vladimir Arnold&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mat.univie.ac.at/~michor/catastrophes.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Peter W. Michor&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://webusers.imj-prg.fr/~marc.chaperon/ChaperonUNESCO.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marc Chaperon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.numdam.org/article/MSH_1977__59__3_0.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J. Petitot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/S%C3%A9miotique_et_th%C3%A9orie_des_catastrophes/lKY5mV-ue4UC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Ren%C3%A9+Thom%22&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thom et Petitot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_Querelle_du_d%C3%A9terminisme/-aimAgAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Ren%C3%A9+Thom%22&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouvrage collectif&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.academia.edu/4457696/Ren%C3%A9_Thom_De_la_Th%C3%A9orie_des_Catastrophes_%C3%A0_la_M%C3%A9taphysique?auto=download&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ren&#233; Thom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ghys.perso.math.cnrs.fr/exposes/catastrophes.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Etienne Ghys&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/leportique/2053&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aur&#233;lien Barrau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/colloques2/31967.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;S. Frontier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://data.bnf.fr/fr/13162790/catastrophes__theorie_des/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article17&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mati&#232;re, la lumi&#232;re et la discontinuit&#233; selon le physicien Paul Langevin</title>
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		<dc:date>2020-08-31T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>

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&lt;p&gt;La mati&#232;re, la lumi&#232;re et la discontinuit&#233; selon le physicien Paul Langevin &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;) L'exp&#233;rience et la th&#233;orie sont d'accord pour voir dans le rayonnement et dans la mati&#232;re les deux constituants essentiels de l'univers physique, et pour les opposer l'une &#224; l'autre sous une forme qui s'est singuli&#232;rement modifi&#233;e depuis trente ans. L'examen de cette &#233;volution me permettra de souligner certains traits essentiels dans l'orientation de la physique moderne. &lt;br class='autobr' /&gt;
On croyait autrefois que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mati&#232;re, la lumi&#232;re et la discontinuit&#233; selon le physicien Paul Langevin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) L'exp&#233;rience et la th&#233;orie sont d'accord pour voir dans le rayonnement et dans la mati&#232;re les deux constituants essentiels de l'univers physique, et pour les opposer l'une &#224; l'autre sous une forme qui s'est singuli&#232;rement modifi&#233;e depuis trente ans. L'examen de cette &#233;volution me permettra de souligner certains traits essentiels dans l'orientation de la physique moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croyait autrefois que la propri&#233;t&#233; la plus fondamentale et la plus caract&#233;ristique de la mati&#232;re &#233;tait d'&#234;tre &#224; la fois pesante et inerte, de mani&#232;re invariable pour chaque portion de mati&#232;re &#224; travers tous les changements physique ou chimique qu'elle pouvait subir. Cette double propri&#233;t&#233; de pesanteur et d'inertie &#233;tait caract&#233;ris&#233;e par une seule et m&#234;me grandeur appel&#233;e la masse. Cette masse mesurait &#233;galement la capacit&#233; de la mati&#232;re comme v&#233;hicule d'&#233;nergie cin&#233;tique, proportionnelle au carr&#233; de la vitesse, et de quantit&#233; de mouvement, proportionnelle &#224; la vitesse. Le rayonnement, au contraire, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme impond&#233;rable, et comme transportant uniquement de l'&#233;nergie &#224; l'exclusion de quantit&#233; de mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la th&#233;orie &#233;lectromagn&#233;tique en pr&#233;voyant l'existence, confirm&#233;e par l'exp&#233;rience, d'une pression exerc&#233;e par le rayonnement sur les obstacles mat&#233;riels qu'il rencontre, a fait consid&#233;rer celui-ci comme v&#233;hicule de quantit&#233; de mouvement aussi bien que d'&#233;nergie. Nous savons aussi, depuis la relativit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, que le rayonnement est pesant, que la lumi&#232;re est d&#233;vi&#233;e, comme le serait un projectile mat&#233;riel, au voisinage d'une masse importante, celle du soleil par exemple. Nous savons aussi qu'un corps change de poids en m&#234;me temps que d'inertie lorsqu'il absorbe ou &#233;met du rayonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapprochement s'est donc effectu&#233;, &#224; ce point de vue d&#233;j&#224;, entre la mati&#232;re et le rayonnement qui sont tous deux pesants, tous deux v&#233;hicules d'&#233;nergie et de quantit&#233; de mouvement. Ind&#233;pendamment de toute question de structure, une seule diff&#233;rence, profonde il est vrai, subsiste entre eux au point de vue m&#233;canique : la mati&#232;re peut prendre, par rapport &#224; nous, des vitesses variables de mani&#232;re continue, depuis la valeur nulle correspondant au repos, jusqu'&#224; une limite sup&#233;rieure que nous savons aujourd'hui &#234;tre &#233;gale &#224; la vitesse de la lumi&#232;re dans le vide. Le rayonnement, au contraire, ne se propage dans le vide qu'avec une seule et m&#234;me vitesse pour toutes les fr&#233;quences, la vitesse de la lumi&#232;re. Cette limite, impossible &#224; atteindre pour la mati&#232;re sans une d&#233;pense infinie d'&#233;nergie, est sensiblement &#233;gale &#224; trois cent mille kilom&#232;tres par seconde, c'est-&#224;-dire consid&#233;rable par rapport aux vitesses avec lesquelles la mati&#232;re, m&#234;me en astronomie, se pr&#233;sente d'ordinaire &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de l'id&#233;e que nous nous faisons de leur structure, l'opposition entre la lumi&#232;re et la mati&#232;re se rattache &#224; celle qui existe entre les notions th&#233;oriques du continu et du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re opposition est vieille comme le monde ou plut&#244;t comme l'esprit ; l'histoire des math&#233;matiques est domin&#233;e par les efforts faits pour la pr&#233;ciser et pour la r&#233;soudre, et elle joue dans le d&#233;veloppement des th&#233;ories physiques un r&#244;le non moins important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du continu et de l'infiniment divisible est &#224; la base de notre repr&#233;sentation spatio-temporelle. La permanence d'un individu ou d'un objet ne ce con&#231;oit qu'&#224; travers une succession continue d'&#233;tats au cours du temps, et le mouvement d'un objet dont l'individualit&#233; se conserve nous appara&#238;t comme li&#233; &#224; une s&#233;rie continue de positions dans l'espace. Le calcul diff&#233;rentiel, en pr&#233;cisant la notion d'infiniment petit, a donn&#233; son expression compl&#232;te &#224; l'id&#233;e de continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discontinu, qui prend &#233;galement son origine dans la notion d'individu ou d'objet s'opposant au milieu qui l'entoure ou aux autres objets, trouve son expression abstraite dans les notions de l'un et du nombre ; son domaine le plus pur est l'arithm&#233;tique ; l'effort des math&#233;maticiens pour arithm&#233;tiser la g&#233;om&#233;trie et l'analyse, pour construire, gr&#226;ce &#224; la notion d'incommensurable, le continu &#224; partir du discontinu, ne peut &#234;tre encore consid&#233;r&#233; comme ayant compl&#232;tement abouti. Il est remarquable que les physiciens se trouvent confront&#233;s aujourd'hui avec la n&#233;cessit&#233; d'une synth&#232;se analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cru, il y a trente ans, pouvoir &#233;viter le conflit en r&#233;servant &#224; chacun des deux termes de cette opposition son domaine en physique : au continu celui du rayonnement et au discontinu celui de la mati&#232;re. Nous pensions ainsi pouvoir interpr&#233;ter la nature profonde des deux oppositions, rayonnement et mati&#232;re, continu et discontinu, en les ramenant &#224; une seule, et en les interpr&#233;tant l'une par l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle s'achevait en effet par le triomphe de la th&#233;orie &#233;lectromagn&#233;tique et ondulatoire du rayonnement, d'une part, de la th&#233;orie atomique, d'autre part, o&#249; la mati&#232;re apparaissait comme construite &#224; partir de grains d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la th&#233;orie de l'&#233;mission de Newton qui attribuait &#224; la lumi&#232;re une structure discontinue, s'&#233;tait victorieusement oppos&#233;e la conception d'Huyghens, reprise par Fresnel, Maxwell et Herz, selon laquelle le rayonnement r&#233;sulte de la propagation, avec une vitesse, d&#233;finie dans le milieu, d'une perturbation de structure continue, d&#233;composable en une infinit&#233; continue d'ondes p&#233;riodiques simples de diverses fr&#233;quences. La perturbation y est caract&#233;ris&#233;e en chaque point de l'espace et &#224; chaque instant par les deux vecteurs champ &#233;lectrique et champ magn&#233;tique qui d&#233;terminent l'&#233;tat du milieu ainsi que la distribution, continue dans l'espace, de l'&#233;nergie et de la quantit&#233; de mouvement transport&#233;s par le rayonnement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque, d&#233;but du si&#232;cle actuel, comme cons&#233;quence des succ&#232;s de la th&#233;orie cin&#233;tique et de la d&#233;couverte de l'&#233;lectron, nous &#233;tions conduits &#224; attribuer &#224; la mati&#232;re une structure essentiellement granulaire et discontinue. L'&#233;tude exp&#233;rimentale des relations entre la mati&#232;re et l'&#233;lectricit&#233; avait montr&#233; que les charges &#233;lectriques s'y comportent toujours comme compos&#233;es de grains, tous identiques entre eux pour chaque signe des charges, &#233;lectrons pour les n&#233;gatives et protons pour les positives, chacun de ces grains poss&#233;dant, outre son &#233;lectrisation, les attributs fondamentaux de la mati&#232;re, inertie et pesanteur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux &#233;l&#233;ments fondamentaux nous paraissaient suffisants pour construire la mati&#232;re sous ses formes infiniment diverses, constitu&#233;es les unes et les autres par des agr&#233;gats de protons et d'&#233;lectrons, chaque particule &#233;lectriquement, atome, mol&#233;cule ou ensemble plus complexe contenant des nombres &#233;gaux d'&#233;lectrons et de protons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception d'un rayonnement compos&#233; d'ondes &#233;lectromagn&#233;tiques continues et d'une mati&#232;re form&#233;e de grains &#233;lectris&#233;s discontinus, semblait ainsi pouvoir rendre compte, non seulement des caract&#232;res oppos&#233;s de l'un et de l'autre, mais encore de leurs actions r&#233;ciproques, de l'absorption et de l'&#233;mission du rayonnement par la mati&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu tr&#232;s vite renoncer l'espoir que je viens d'&#233;voquer : deux crises successives qui compteront parmi les plus importantes dans l'histoire de la physique, la crise de la relativit&#233; et surtout celle des quanta, sont venues nous montrer combien nous &#233;tions encore loin d'une repr&#233;sentation satisfaisante des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des exp&#233;riences concernant &#224; la fois la mati&#232;re et le rayonnement qui se trouvent &#224; l'origine de chacune de ces crises&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre plus complexe, la nouvelle m&#233;canique (relativiste) s'est montr&#233;e plus simple que l'ancienne. Elle comporte en effet, comme cons&#233;quence essentielle, l'identification de la notion de masse avec celle d'&#233;nergie. Alors que l'ancienne m&#233;canique devait, pour &#234;tre cons&#233;quente avec elle-m&#234;me, introduire une masse invariable lorsque l'&#233;tat du corps et par cons&#233;quent son &#233;nergie interne varie, la nouvelle m&#233;canique affirme l'inertie de l'&#233;nergie, c'est-&#224;-dire la variation de la masse d'un corps proportionnellement &#224; l'&#233;nergie interne de celui-ci, unissant en une seule les deux notions de masse et d'&#233;nergie, qui &#233;taient autrefois distinctes et faisaient l'objet de deux principes de conservation enti&#232;rement ind&#233;pendants. On sait combien cette d&#233;couverte de l'inertie de l'&#233;nergie s'est montr&#233;e f&#233;conde puisqu'elle a permis, en particulier, de comprendre l'origine des petits &#233;carts entre les poids atomiques rapport&#233;s &#224; celui de l'hydrog&#232;ne et les nombre entiers, de faire triompher la doctrine de l'unit&#233; de la mati&#232;re, et de conna&#238;tre, pr&#233;cis&#233;ment par l'interm&#233;diaire de ces petits &#233;carts, l'&#233;nergie lib&#233;r&#233;e quand l'hydrog&#232;ne se condense pour donner naissance aux autres &#233;l&#233;ments chimiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liaison entre l'inertie et la pesanteur que r&#233;v&#232;le l'identit&#233; de la masse inerte et de la masse pesante devait faire pr&#233;valoir, &#224; partir de l'inertie de l'&#233;nergie, la pesanteur de l'&#233;nergie, la pesanteur de la lumi&#232;re &#224; partir de l'inertie de la lumi&#232;re. C'est tout d'abord par cette voie qu'Einstein a &#233;t&#233; conduit &#224; passer de la relativit&#233; restreinte &#224; la relativit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise des quanta, en pleine &#233;volution, est plus grave encore que celle de la relativit&#233; et pr&#233;sente, au point de vue philosophique, une signification &#233;galement profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aussi est issue de l'exp&#233;rience optique, qui concerne &#224; la fois la mati&#232;re et le rayonnement ; mais au lieu d'exiger, comme la confrontation de la cin&#233;matique ancienne avec les faits, toute la pr&#233;cision des m&#233;thodes interf&#233;rentielles de mesure comme dans l'exp&#233;rience de Michelson, l'opposition de la th&#233;orie avec l'exp&#233;rience se pr&#233;sente ici sous une forme aig&#252;e, violente, que permet de constater l'exp&#233;rience la plus imm&#233;diate dans le domaine du rayonnement thermique ou de la photo&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici de ph&#233;nom&#232;nes qui concernent plus particuli&#232;rement les &#233;changes d'&#233;nergie entre la mati&#232;re et le rayonnement, &#233;changes que comme je l'ai dit tout &#224; l'heure, la th&#233;orie &#233;lectromagn&#233;tique se repr&#233;sentait sous l'aspect de processus continus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction flagrante dont il s'agit ici (&#233;mission du corps noir) entre l'exp&#233;rience et la th&#233;orie qui admet des &#233;changes continus entre la mati&#232;re et le rayonnement, s'est impos&#233;e de mani&#232;re aig&#252;e &#224; l'attention des physiciens depuis plus de trente ans, et surtout depuis que Max Planck a montr&#233;, en 1900, que les raisonnements statistiques donnent au contraire un r&#233;sultat conforme &#224; l'exp&#233;rience si l'on suppose, en contradiction avec la th&#233;orie &#233;lectromagn&#233;tique, que les &#233;changes d'&#233;nergie, l'absorption et l'&#233;mission du rayonnement par la mati&#232;re, se font de mani&#232;re discontinue, par quantit&#233;s finies ou quanta, de grandeur proportionnelle &#224; la fr&#233;quence du rayonnement &#233;mis ou absorb&#233;, avec un coefficient de proportionnalit&#233; connu depuis sous les nom de constante de h de Planck&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein a montr&#233;, quelques ann&#233;es plus tard, qu'il fallait, pour comprendre les lois des p&#233;hnom&#232;nes photo&#233;lectriques, d&#233;couverts par herts il y a un epue plus de quarante ans, non seulement introduire cette discontinuit&#233; dans les &#233;changes entre la mati&#232;re et le rayonnement, mais encore renoncer &#224; la structure continue du rayonnement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes consistent en une &#233;mission d'&#233;lectricit&#233; n&#233;gative par la mati&#232;re sous l'action du rayonnement, en une &#233;mission d'&#233;lectrons, par toute mati&#232;re lorsqu'elle est soumise &#224; l'action d'un rayonnement de fr&#233;quence suffisamment &#233;lev&#233;e. L'exp&#233;rience montre que chaque &#233;lectron ainsi arrach&#233; par une radiation de fr&#233;quence d&#233;termin&#233;e, re&#231;oit du rayonnement, une &#233;nergie pr&#233;cis&#233;ment &#233;gale au quantum de Planck, proportionnelle &#224; la fr&#233;quence avec le m&#234;me coefficient h n&#233;cessaire pour interpr&#233;ter les lois du rayonnement thermique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait remarquable est que l'&#233;nergie prise ainsi par un seul &#233;lectron pour une fr&#233;quence donn&#233;e du rayonnement est toujours la m&#234;me quelle que sit l'intensit&#233;, forte ou faible, de ce rayonnement, quelle que soit aussi la mati&#232;re dont l'&#233;lectron est arrach&#233;. Cette &#233;nergie ne d&#233;pend absolument que de la fr&#233;quence incidente. Ce r&#233;sultat est inconciliable avec l'id&#233;e que l'&#233;nergie du rayonnement est distribu&#233;e de mani&#232;re continue dans l'espace avec une densit&#233; proportionnelle &#224; l'intensit&#233; du rayonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, au contraire, comme l'a montr&#233; Einstein, la supposer concentr&#233;e en grains discontinus ou photons, transportant chacun avec la vitesse de la lumi&#232;re une &#233;nergie &#233;gale au quantum de Planck et une quantit&#233; de mouvement &#233;gale au quotient de ce quantum par la vitesse de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par photons entiers que se fait l'absorption et l'&#233;mission du rayonnement par la mati&#232;re et c'est la rencontre d'un photon avec un &#233;lectron qui, transmettant &#224; celui-ci l'&#233;nergie du photon, donne lieu &#224; l'effet photo&#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction, par le photon, d'une structire discontinue du rayonnement, est venue interpr&#233;ter un nombre consid&#233;rable de ph&#233;nom&#232;nes nouveaux, concernant toujours les &#233;changes entre la mati&#232;re et la lumi&#232;re, en particulier ceux qui sont connus sous les noms d'effet Compton et d'effet Raman&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double aspect, ondulatoire et corpusculaire, de l'exp&#233;rience optique semble imposer &#224; la fois une conception continue et une conception discontinue de la structure du rayonnement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait remarquable est que le rayonnement se pr&#233;sente &#224; nous sous ce double aspect ondulatoire et corpusculaire et qu'une synth&#232;se est n&#233;cessaire entre les deux conceptions continue et discontinue autrefois oppos&#233;es l'une &#224; l'autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me n&#233;cessit&#233; d'associer, dans la lumi&#232;re, &#224; l'&#233;l&#233;ment ondulatoire et continu un &#233;l&#233;ment corpusculaire et discontinu, aux ondes de Fresnel, des photons qu'elles pilotent, s'est impos&#233;e dans l'ordre inverse &#233;galement &#224; la mati&#232;re. Il a fallu, en effet, au cours du d&#233;veloppement r&#233;cent de la crise des quanta, constituer une m&#233;canique ondulatoire, associer aux grains de la conception ancienne, &#233;lectrons, protons, atomes ou mol&#233;cules, des ondes d'un type nouveau, les ondes de De Broglie et de Schr&#246;dinger. Comme les ondes lumineuses par rapport aux photons, les ondes nouvelles sont unies aux corpuscule mat&#233;riels par un lien dont nous ne connaissons encore que l'aspect statistique : les ondes nouvelles, d&#233;terminant la probabilit&#233; de pr&#233;sence des grains de mati&#232;re comme les ondes &#233;lectromagn&#233;tiques d&#233;terminent la distribution des grains de lumi&#232;re ou photons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre rayonnement et mati&#232;re cesse ainsi de se confondre avec l'opposition entre le continu et le discontinu. Du c&#244;t&#233; du rayonnement, comme du c&#244;t&#233; de la mati&#232;re, il est n&#233;cessaire, au moins pour l'instant d'associer un &#233;l&#233;ment continu, ondulatoire, &#224; un &#233;l&#233;ment discontinu, corpusculaire. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de Paul Langevin, &#171; L'orientation actuelle de la physique &#187; (1930)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Vous savez &#8211; Jean Perrin vous le rappelait tout &#224; l'heure &#8211; que notre confiance n'a fait que cro&#238;tre dans la repr&#233;sentation atomique ou corpusculaire, qui a &#233;volu&#233; depuis que les philosophes grecs ont imagin&#233; la mati&#232;re qui nous entoure comme compos&#233;e de petits grains extr&#234;mement durs et comparables aux objets individualisables dont nous avons l'habitude, mais infiniment plus t&#233;nus et repr&#233;sentant la limite de la divisibilit&#233;. Cette notion a pris, au cours des deux derniers si&#232;cles, une importance consid&#233;rable, surtout &#224; cause du d&#233;veloppement de la Chimie. Perrin revendiquait tout &#224; l'heure pour la Chimie le domaine de la discontinuit&#233;. Effectivement, c'est bien la Chimie qui a introduit dans nos connaissances le caract&#232;re de discontinuit&#233; que pr&#233;sentent ses combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; s'est impos&#233;e ainsi de consid&#233;rer les divers &#233;l&#233;ments isol&#233;s par les chimistes comme constitu&#233;s par des atomes, tous identiques entre eux, ou plus exactement, depuis que les physiciens s'en sont occup&#233;s, chacun de ces &#233;l&#233;ments comme un m&#233;lange d'isotopes, chaque isotope repr&#233;sentant un groupe d'atomes, tous identiques entre eux. Ces atomes s'associent pour former des mol&#233;cules suivant des lois discontinues, et sont eux-m&#234;mes construits &#224; partir de corpuscules &#233;lectris&#233;s, dont la d&#233;couverte remonte aux trente et quelques derni&#232;res ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque o&#249; J. J. Thomson identifiait le corpuscule cathodique ou &#233;lectron n&#233;gatif comme particule de masse connue, la th&#233;orie &#233;lectromagn&#233;tique, entre les mains de Lorenz et de ses continuateurs, arrivait aux m&#234;mes conceptions, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une structure granulaire &#233;lectris&#233;e de la mati&#232;re, et interpr&#233;tait par l&#224;, en particulier, le ph&#233;nom&#232;ne de Zeeman&#8230; L'existence de l'&#233;lectron dans tous les atomes se trouvait par l&#224; confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez que le d&#233;veloppement admirable de la spectroscopie, depuis la d&#233;couverte du ph&#233;nom&#232;ne de Zeeman, a montr&#233; que ce ph&#233;nom&#232;ne se pr&#233;sente sous une forme plus complexe que ne l'imaginait Lorentz et que, pour l'interpr&#233;ter, il fallait attribuer &#224; l'&#233;lectron n&#233;gatif non seulement une charge &#233;lectrique, mais encore un moment magn&#233;tique &#8211; un spin, comme on dit aujourd'hui en utilisant un terme anglais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte du spin a introduit l'id&#233;e que cette petite sph&#232;re &#233;lectris&#233;e pivotait sur elle-m&#234;me pour donner naissance au moment magn&#233;tique que nous devons attribuer &#224; l'&#233;lectron&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette croyance, singuli&#232;rement f&#233;conde, dans l'existence de corpuscules individuels et individualisables, s'est trouv&#233;e encore confirm&#233;e par les admirables exp&#233;riences de C.T. R. Wilson, exp&#233;riences qu'on a appel&#233;es les plus belles du monde &#8211; je crois qu'elles le m&#233;ritent. Elles nous ont permis, en utilisant la condensation de la vapeur d'eau rendue sursaturante par d&#233;tente dans un gaz conducteur, de voir les ions dont, jusque l&#224;, nous avions parl&#233;, que nous avions vus avec les yeux de l'esprit, et de voir aussi les trajectoires des corpuscules &#233;lectris&#233;s, de ces &#233;lectrons que nous imaginions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie que nous examinions tout &#224; l'heure semble bien sugg&#233;rer cette conception de la structure granulaire du rayonnement, de l'existence du photon, comme nous le disons, parce que l&#224; o&#249; appara&#238;t un &#233;lectron photo&#233;lectrique, une mol&#233;cule que rien, a priori, ne diff&#233;renciait des autres mol&#233;cules du gaz, est l'objet de la part du rayonnement, d'une action tout &#224; fait exceptionnelle. Vous avez vu le tr&#232;s petit nombre de ces effets d'&#233;nergie, alors que les voisines ne s'aper&#231;oivent de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela sugg&#232;re l'id&#233;e que le rayonnement se comporte comme s'il &#233;tait compos&#233; de grains d'&#233;nergie qui, par un ph&#233;nom&#232;ne analogue &#224; un choc, rencontrent certaines mol&#233;cules et sont capt&#233;es par celles-ci, leur &#233;nergie &#233;tant utilis&#233;e d'abord pour arracher l'&#233;lectron, et ensuite pour communiquer &#224; celui-ci l'&#233;nergie cin&#233;tique avec laquelle il est lanc&#233; et gr&#226;ce &#224; laquelle il ionise le gaz sur son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du corpuscule se g&#233;n&#233;ralise ainsi et passe de la mati&#232;re &#224; la lumi&#232;re. Cette conception corpusculaire de la lumi&#232;re s'est trouv&#233;e encore confirm&#233;e par la d&#233;couverte de ce que nous appelons l'effet Compton&#8230; Cet effet Compton apporte une confirmation exp&#233;rimentale tr&#232;s pr&#233;cise &#224; la structure corpusculaire non seulement de la mati&#232;re par les &#233;lectrons, mais aussi de la lumi&#232;re par les photons qui peuvent rencontrer les &#233;lectrons, en observant toutes les lois habituelles de conservation de l'&#233;nergie et de la quantit&#233; de mouvement dans le choc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de Paul Langevin, &#171; La Notion de corpuscules et d'atomes &#187; (16 octobre 1933)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA PHYSIQUE DU DISCONTINU&lt;br class='autobr' /&gt;
Le changement profond qui s'est produit r&#233;cemment en Physique est caract&#233;ris&#233; surtout par la p&#233;n&#233;tration, dans tous les domaines de notre science, de la notion fondamentale de discontinuit&#233;. Nous devons aujourd'hui fonder notre conception du monde et notre pr&#233;vision des ph&#233;nom&#232;nes sur l'existence des mol&#233;cules, des atomes et des &#233;lectrons. Il semble bien aussi n&#233;cessaire d'admettre que les moments magn&#233;tiques sont tous des multiples entiers d'un &#233;l&#233;ment commun, le magn&#233;ton, et que la mati&#232;re ne peut &#233;mettre de rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique que de mani&#232;re discontinue, par quanta d'&#233;nergie de grandeur proportionnelle &#224; la fr&#233;quence. Nous ne connaissons encore que tr&#232;s imparfaitement les lois exactes, individuelles, qui r&#233;gissent tous ces &#233;l&#233;ments ainsi que leurs relations les uns avec les autres. Il est probable m&#234;me que la plupart de ces lois ne pourront pas s'exprimer dans le langage du calcul diff&#233;rentiel et int&#233;gral, cr&#233;&#233; pour traduire analytiquement la notion de continuit&#233;. Cet admirable instrument ne convient qu'&#224; l'&#233;tude des syst&#232;mes accessibles &#224; nos sens et qui sont en g&#233;n&#233;ral compos&#233;s d'un nombre &#233;norme d'&#233;l&#233;ments. Les grandeurs qu'atteignent nos moyens de mesure int&#233;ressent d'ordinaire tant d'&#233;l&#233;ments &#224; la fois par somme ou par moyenne des grandeurs individuelles, que nous pouvons, sans erreur sensible, les traiter comme continues. Mais les propri&#233;t&#233;s de pareils ensembles sont n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;es par les lois &#233;l&#233;mentaires sous-jacentes et nous ne pouvons esp&#233;rer comprendre l'aspect superficiel des choses qu'&#224; condition de le raccorder avec l'aspect profond que l'exp&#233;rience vient de nous r&#233;v&#233;ler. C'est la t&#226;che qui s'impose actuellement &#224; nous : &#233;tablir la liaison entre le fond et la surface, entre les propri&#233;t&#233;s du grain et celles de l'agr&#233;gat, pour expliquer les faits d'ensemble quand les lois &#233;l&#233;mentaires sont connues ou plus souvent encore pour essayer d'atteindre ces derni&#232;res &#224; partir des &#233;chos lointains qui seuls nous sont perceptibles. Nous ne pouvons &#233;luder cette n&#233;cessit&#233; : l'existence des &#233;l&#233;ments est certaine, un monde nouveau nous est r&#233;v&#233;l&#233; dont les lois dominent toute la Physique. Nous devons tenter de remonter jusqu'&#224; elles et pouvons esp&#233;rer les trouver plus simples que leurs cons&#233;quences lointaines, que les r&#233;sultats moyens ou statistiques auxquels nous sommes habitu&#233;s. Il arrive souvent aussi que la forme particuli&#232;re des lois individuelles s'&#233;limine, dispara&#238;t, quand on passe aux propri&#233;t&#233;s de l'ensemble dont certaines r&#233;sultent uniquement du tr&#232;s grand nombre des &#233;l&#233;ments pr&#233;sents, ont le caract&#232;re de lois purement statistiques. Il semble bien, par exemple, que le principe de Carnot, la loi de destruction spontan&#233;e des substances radioactives, la loi d'action de masse et bien d'autres appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie et soient uniquement des lois de grands nombres. Nul ne contestera que dans ce cas nous atteignons d'embl&#233;e l'explication compl&#232;te de ces lois, la compr&#233;hension profonde de leur signification. Bien plus, nous pr&#233;voyons par l&#224; qu'elles doivent, comme toutes les lois de grands nombres, donner lieu &#224; des &#233;carts, &#224; des fluctuations d'autant plus importantes qu'on les applique &#224; des syst&#232;mes plus simples, comprenant un moindre nombre d'&#233;l&#233;ments. Vous savez tous que l'observation de ces &#233;carts, dans des directions tr&#232;s vari&#233;es, est venue apporter des arguments d&#233;cisifs en faveur de l'existence des &#233;l&#233;ments discontinus, ainsi qu'une m&#233;thode g&#233;n&#233;rale et pr&#233;cise pour atteindre le nombre et la grandeur de ces &#233;l&#233;ments. Pour constituer cette Physique du discontinu qui s'impose aujourd'hui, nous devons n&#233;cessairement faire usage de raisonnements statistiques, nous servir constamment du calcul des probabilit&#233;s qui est le seul lien possible entre le monde des atomes et nous, entre les lois &#233;l&#233;mentaires et nos observations. L'introduction du calcul des probabilit&#233;s en Physique fut r&#233;alis&#233;e pour la premi&#232;re fois de mani&#232;re explicite par Maxwell &#224; propos de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz. Comme on l'imagine ais&#233;ment, l'adaptation &#224; un domaine nouveau d'un mode de raisonnement souvent fort d&#233;licat ne fut pas imm&#233;diate : il reste m&#234;me : encore beaucoup &#224; faire dans ce sens. Les premiers raisonnements de Maxwell manquaient de rigueur et soulev&#232;rent des objections qui, autant que la difficult&#233; des calculs, emp&#234;ch&#232;rent la majorit&#233; des physiciens d'accorder &#224; la th&#233;orie cin&#233;tique l'attention qu'elle m&#233;ritait et de reconna&#238;tre la beaut&#233; des r&#233;sultats obtenus. Ce fut Boltzmann qui compl&#233;ta l'&#339;uvre de Maxwell, et vit pleinement l'importance que devaient prendre en Physique mol&#233;culaire les consid&#233;rations de probabilit&#233;s. En m&#234;me temps que Gibbs et avec plus de pr&#233;cision, je crois, il r&#233;ussit &#224; fonder une m&#233;canique statistique en montrant comment il faut d&#233;finir la probabilit&#233;, pour un syst&#232;me dynamique, de se trouver dans un &#233;tat donn&#233; compatible avec les conditions qui lui sont impos&#233;es. Dans toutes ces questions, la difficult&#233; principale est, comme nous le verrons, de donner une d&#233;finition correcte et claire : de la probabilit&#233;. Le reste est surtout affaire de calcul. Ce pas d&#233;cisif franchi, Boltzmann put atteindre l'interpr&#233;tation statistique du principe de Carnot et le sens cach&#233; de la notion fondamentale d'entropie. Gr&#226;ce &#224; l'impulsion donn&#233;e par Boltzmann et aux efforts de ses continuateurs les raisonnements statistiques ont p&#233;n&#233;tr&#233; maintenant dans tous les domaines de la Physique et y joueront bient&#244;t, pour les raisons que j'ai dites, un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. Malgr&#233; l'extr&#234;me diversit&#233; de leurs applications, les raisonnements sont en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s simples et je voudrais essayer de montrer sur des exemples que la plupart d'entre eux se ram&#232;nent &#224; deux types principaux bien connus des math&#233;maticiens et qui se sont introduits tout naturellement d&#232;s la cr&#233;ation du calcul des probabilit&#233;s. Dans un premier groupe de questions, il s'agit de chercher la distribution ou la configuration la plus probable que peut prendre un syst&#232;me de particules ou d'&#233;l&#233;ments soumis &#224; des conditions donn&#233;es. C'est essentiellement le probl&#232;me des &#233;tats d'&#233;quilibre et des r&#233;gimes permanents (&#233;quations des fluides, statique des gaz, th&#233;ories du magn&#233;tisme et des ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectro&#8212; et magn&#233;to-optiques, th&#233;orie du rayonnement et des chaleurs sp&#233;cifiques, interpr&#233;tation statistique des lois de la Thermodynamique). Je montrerai que certaines questions comme celles de l'&#233;quation d'&#233;tat des fluides ou de la pression osmotique n'attendent pour &#234;tre compl&#232;tement &#233;lucid&#233;es que la solution d'un probl&#232;me bien d&#233;fini de probabilit&#233;s g&#233;om&#233;triques et de distribution probable. Dans un second groupe de questions, on cherche &#224; pr&#233;voir l'importance des fluctuations spontan&#233;es du syst&#232;me autour de cette distribution ou de cette configuration qui est la plus probable mais non la seule possible et ne s'observe qu'en moyenne. Ce fr&#233;missement universel autour des configurations rigides pr&#233;vues par la thermodynamique est intimement li&#233; &#224; la discontinuit&#233; de structure, au fait que nos syst&#232;mes sont compos&#233;s d'un nombre fini, quoique tr&#232;s grand, d'&#233;l&#233;ments et son observation a pris une importance particuli&#232;re parce qu'elle nous apporte une m&#233;thode g&#233;n&#233;rale pour atteindre ces &#233;l&#233;ments et les soumettre &#224; la mesure. Pour mieux faire comprendre comment les raisonnements, toujours les m&#234;mes, du calcul des probabilit&#233;s, peuvent s'appliquer &#224; des probl&#232;mes de Physique si nombreux et si vari&#233;s, je commencerai par examiner le m&#233;canisme de ces raisonnements sur des cas particuli&#232;rement simples o&#249; leur emploi est familier &#224; tous, sur des exemples tir&#233;s des jeux de hasard tels que celui de pile ou face ou de la roulette. Il para&#238;tra moins singulier qu'on puisse, pour ainsi dire, jouer &#224; pile ou face la solution des questions de Physique, quand on aura bien vu que toute th&#233;orie de probabilit&#233;, si simple soit-elle, a en r&#233;alit&#233; la m&#234;me structure que toutes nos th&#233;ories et qu'on fait d&#233;j&#224; de la Physique en &#233;tudiant les probl&#232;mes pos&#233;s par les jeux de hasard. On a dit, par boutade, que tout le monde croit aux lois du hasard, les math&#233;maticiens parce qu'ils y voient un r&#233;sultat de physique et les physiciens parce qu'ils les prennent pour des th&#233;or&#232;mes de math&#233;matiques. En r&#233;alit&#233; ces lois sont d&#233;duites, par des raisonnements parfaitement rigoureux, de postulats tr&#232;s simples introduits &#224; priori dans la d&#233;finition des probabilit&#233;s et affirmant en g&#233;n&#233;ral l'&#233;quivalence de diverses circonstances possibles, l'absence de cause qui favorise les unes &#224; l'exception des autres, l'&#233;gale probabilit&#233; que la roulette s'arr&#234;te sur la rouge ou la noire et que la pi&#232;ce lanc&#233;e retombe pile ou face. Ces postulats jouent ici exactement le m&#234;me r&#244;le que nos hypoth&#232;ses, plac&#233;es &#224; la base des th&#233;ories physiques, et dont nous essayons, par une analyse aussi rigoureuse que possible, de d&#233;duire des cons&#233;quences dont la comparaison avec l'exp&#233;rience nous permettra de savoir si ces hypoth&#232;ses sont justifi&#233;es ou non, si nous pouvons continuer &#224; nous en servir pour &#233;difier notre repr&#233;sentation du monde. De m&#234;me la comparaison avec les faits des lois de grands nombres li&#233;es rigoureusement &#224; nos postulats nous permettra de savoir si ceux-ci sont exacts, si la roulette n'est pas truqu&#233;e ou la pi&#232;ce plomb&#233;e d'un c&#244;t&#233;. Tout raisonnement de probabilit&#233;s est destin&#233; &#224; permettre la confrontation des postulats avec les faits, comme nos th&#233;ories physiques permettent la confrontation des hypoth&#232;ses avec l'exp&#233;rience. Dans un cas comme dans l'autre, la rigueur n'existe qu'entre les postulats ou hypoth&#232;ses et les lois qui s'en d&#233;duisent. L'accord des lois pr&#233;vues avec les faits ne se produit pas n&#233;cessairement et la comparaison seule nous permet de'd&#233;cider dans quelle mesure nos points de d&#233;part peuvent &#234;tre conserv&#233;s. On fait de la Physique en d&#233;duisant d'une exp&#233;rience de pile ou face dans laquelle les coups pile pr&#233;dominent de mani&#232;re exag&#233;r&#233;e, que la pi&#232;ce est dissym&#233;trique et doit avoir &#233;t&#233; plomb&#233;e du c&#244;t&#233; face. Il vaudra mieux m&#234;me, comme en Physique, recommencer plusieurs fois l'exp&#233;rience si l'on veut pouvoir remonter des faits aux causes avec quelque s&#233;curit&#233;. Et tout se termine, en Physique comme au jeu, par une question de probabilit&#233; des causes du genre de celle que posait Henri Poincar&#233; : je joue &#224; l'&#233;cart&#233; avec un monsieur que je ne connais pas, et il retourne trois fois de suite le roi ; quelle est la probabilit&#233; pour que ce soit un tricheur ? Le d&#233;saccord entre l'exp&#233;rience et les cons&#233;quences d&#233;duites par le calcul des probabilit&#233;s du postulat que le jeu est honn&#234;te indiquera dans quelle mesure ce postulat est l&#233;gitime, et la certitude viendra si l'exp&#233;rience donne toujours le m&#234;me r&#233;sultat. Notre certitude en Physique est tout &#224; fait de m&#234;me nature : nous avons confiance dans nos repr&#233;sentations et dans nos hypoth&#232;ses en raison de l'accord constant de leurs cons&#233;quences math&#233;matiques avec l'exp&#233;rience. Dans les raisonnements de probabilit&#233;s, on fait des math&#233;matiques entre les postulats et les lois du hasard et de la Physique quand on compare celles-ci aux faits pour en d&#233;duire des conclusions relatives aux postulats. Outre la plus grande clart&#233; tenant &#224; ce que les postulats de d&#233;finition des probabilit&#233;s y sont intuitifs et simples, nous trouverons un autre avantage &#224; &#233;tudier d'abord les questions pos&#233;es par les jeux de hasard. Elles font intervenir des consid&#233;rations de probabilit&#233;s discontinues, o&#249; les divers cas possibles sont en nombre limit&#233; sans qu'on puisse passer de l'un &#224; l'autre de mani&#232;re continue. Par exemple, sur un nombre total donn&#233; de coups jou&#233;s &#224; la roulette, le nombre des fois qu'elle tombe dans une case noire ne peut varier que de mani&#232;re discontinue puisqu'il est n&#233;cessairement entier. Il semble au contraire, au premier abord, que la Physique nous pose uniquement des probl&#232;mes de probabilit&#233;s continues, o&#249; le nombre des cas possibles est infini et forme une s&#233;rie continue. Il en est ainsi, par exemple, de la position dans un intervalle de temps donn&#233; d'un &#233;v&#233;nement tel que la destruction spontan&#233;e d'un atome radioactif : les instants o&#249; l'explosion peut se produire sont en nombre infini ou plut&#244;t transfini puisque leur ensemble est continu. Il en est de m&#234;me, au moins en apparence, pour l'ensemble des configurations que peut prendre un : syst&#232;me dynamique. Les lois relatives aux probabilit&#233;s continues se pr&#233;senteront &#224; nous tomme les formes limites vers lesquelles tendent les r&#233;sultats des probl&#232;mes discontinus quand on y suppose que le nombre des cas possibles augmente ind&#233;finiment. On pourrait obtenir de mani&#232;re plus simple, et par des raisonnements directs, les formules applicables aux probl&#232;mes continus ; mais il nous sera utile d'avoir &#224; notre disposition les formes plus g&#233;n&#233;rales relatives au cas de la discontinuit&#233; entre les cas possibles. En effet, un des r&#233;sultats les plus surprenants, et les plus &#233;nigmatiques d'ailleurs, que la comparaison avec l'exp&#233;rience nous ait r&#233;v&#233;l&#233;s, c'est que, dans un grand nombre de probl&#232;mes tels que ceux du rayonnement thermique d'&#233;quilibre ou des chaleurs sp&#233;cifiques, les lois exp&#233;rimentales s'accordent avec l'hypoth&#232;se de la probabilit&#233; discontinue et pas du tout avec les.cons&#233;quences d&#233;duites, en toute rigueur du postulat de continuit&#233;. C'est l&#224; un aspect nouveau et singulier de la Physique du discontinu, celui des quanta, d'apr&#232;s lequel non seulement nous devons pour comprendre les faits appliquer des raisonnements de probabilit&#233;s aux &#233;l&#233;ments multiples et discrets dont la mati&#232;re est compos&#233;e, mais encore ces raisonnements eux-m&#234;mes doivent tenir compte de discontinuit&#233;s d'un autre ordre et proc&#233;der comme si les configurations que ces syst&#232;mes d'&#233;l&#233;ments peuvent prendre ne variaient elles aussi que de mani&#232;re discontinue. &lt;br class='autobr' /&gt;
PREMIER PROBL&#200;ME. &lt;br class='autobr' /&gt;
La probabilit&#233; d'une distribution. &#8212; Une des premi&#232;res questions qui se posent &#224; propos d'un jeu comme la roulette est celui de la distribution des coups o&#249; sort une certaine couleur, la noire par exemple, entre des intervalles successifs pendant chacun desquels un m&#234;me nombre total de coups est jou&#233;. Nous prendrons le probl&#232;me tout d'abord sous la forme suivante : &#233;tant donn&#233; que, dans l'ensemble de m intervalles de ce genre, la noire est sortie au total N fois, quelle est la probabilit&#233; pour que, dans un intervalle particulier, elle soit sortie un nombre donn&#233; de fois, n ? Pour trouver cette probabilit&#233;, d&#233;finie comme &#224; l'ordinaire par le rapport du nombre des cas favorables au nombre total des cas possibles, il faut calculer chacun de ces deux nombres &#224; partir des postulats. Nous remarquerons que chaque coup de roulette poss&#232;de une individualit&#233; caract&#233;ris&#233;e par les circonstances, variables d'un coup &#224; l'autre, qui l'ont accompagn&#233; et ont d&#233;termin&#233; la couleur sortie. Nous d&#233;signerons par les symboles alpha, beta, gamma,&#8230;, zeta, en nombre &#233;gal &#224; N, les groupes de circonstances qui ont d&#233;termin&#233; les N coups pour lesquels la noire est sortie. Nous ignorons le d&#233;tail de ces circonstances sans quoi nous aurions pu dans chaque cas pr&#233;voir ce qui allait se passer, mais nous introduirons comme postulat fonda-mental que chacun de ces groupes de circonstances peut se produire indiff&#233;remment dans l'un quelconque des m intervalles. et nous admettons aussi, naturellement, comme second postulat, que ces groupes sont compl&#232;tement ind&#233;pendants les uns des autres que les coups de roulette se succ&#232;dent sans exercer aucune influence mutuelle, que l'apparition d'un groupe particulier de circonstances dans un intervalle d&#233;termin&#233; n'a aucune r&#233;percussion sur la position des autres groupes parmi les intervalles.. Chacun de ceux-ci, qui comporte toujours un m&#234;me nombre total de coups,.est consid&#233;r&#233; comme &#233;quivalent aux autres au point de vue de la possibilit&#233; de production &#224; son int&#233;rieur d'un groupe d&#233;termin&#233; de circonstances, alpha par exemple. En langage ordinaire, ces groupes sont suppos&#233;s distribu&#233;s au hasard entre les intervalles. Toutes les distributions possibles de ces N groupes entre les m intervalles sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;quivalentes, comme &#233;galement probables par d&#233;finition. Le nombre de ces distributions ou nombre des cas possibles est facile &#224; &#233;valuer. Si le groupe alpha se produit dans un intervalle d&#233;termin&#233;, nous affecterons alpha d'un indice &#233;gal au rang de cet intervalle, cet indice pouvant &#234;tre Indiff&#233;remment 1, 2, 3,&#8230; jusqu'&#224; m. Le nombre des mani&#232;res diff&#233;rentes de distribuer les m indices entre les N groupes, ou les groupes entre les intervalles est &#233;videmment m^N. C'est l&#224; le nombre des cas possibles. Si nous voulons la probabilit&#233; pour que, sur les N, n coups se produisent dans le premier intervalle, nous devons chercher le nombre des distributions dans lesquelles n des symboles alpha, beta,&#8230; porteront l'indice 1, les autres indices &#233;tant diff&#233;rents de 1 et d'ailleurs quelconques. Ceci nous donnera le nombre des cas favorables. Les n symboles portant l'indice 1 dans une distribution formeront une des combinaisons n &#224; n des N symboles diff&#233;rents. A cette combinaison particuli&#232;re peuvent &#234;tre associ&#233;es toutes les distributions des m-1 indices restants entre les N-n autres symboles ; elles sont en nombre (m-1)^(N-n), et comme il y a N ! /[(n !)*(N-n) ! ] combinaisons diff&#233;rentes, cela fait au total : &lt;br class='autobr' /&gt;
[N ! /[(n !)*(N-n) ! ]]*[(m-1)^(N-n)] &lt;br class='autobr' /&gt;
pour le nombre des cas favorables ; d'o&#249; pour la probabilit&#233; cherch&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
(1) P(n)=N ! /[(n !)*(N-n) ! ]*[(1/m)^(n)]*[1-1/m]^(N-n) &lt;br class='autobr' /&gt;
On v&#233;rifierait ais&#233;ment que, comme cela doit &#234;tre, la somme des probabilit&#233;s obtenues pour les diverses valeurs possibles de n, depuis z&#233;ro jusqu'&#224; N, est bien &#233;gale &#224; 1, puisque la somme des P(n) n'est autre chose que le d&#233;veloppement suivant la formule du binome de &lt;br class='autobr' /&gt;
((1/m)+1-(1/m))^(N) &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire identiquement l'unit&#233;. On v&#233;rifierait ais&#233;ment aussi que P(n) est maximum pour une valeur de n &#233;gale au plus grand entier contenu dans (N+1)/m, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment &#233;gale au nombre moyen nu=N/m de coups par intervalle si ce nombre est entier. Ce r&#233;sultat pouvait &#234;tre ais&#233;ment pr&#233;vu puisque la distribution la plus probable des N coups entre m intervalles &#233;quivalents par d&#233;finition est &#233;videmment la distribution uniforme &#224; raison de nu par intervalle. Ce qui int&#233;resse le joueur, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les variations autour de cette moyenne, variations dont la formule (1) nous donne la probabilit&#233;. C'est de ces variations que d&#233;pend son b&#233;n&#233;fice ou sa perte. La formule peut se mettre sous une forme plus simple quand on suppose que la moyenne nu correspond &#224; un nombre m tr&#232;s grand d'intervalles. On trouve ais&#233;ment comme forme limite de (1) pour m tr&#232;s grand : &lt;br class='autobr' /&gt;
(2) P(n)=exp(-nu)*((nu^n)/(n !))&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probabilit&#233;s correspondantes aux diverses valeurs de n s'obtiennent en multipliant exp(-nu) par les termes successifs du d&#233;veloppement en s&#233;rie de exp(nu). La somme est bien encore &#233;gale &#224; 1 et le maximum a lieu pour n = nu si nu est entier ou sinon pour le plus grand entier que contient nu. Au jeu de roulette, si la rouge et la noire sont &#233;galement probables, ce qui est un postulat ind&#233;pendant de ceux que nous avons faits, la moyenne nu des noires portant sur un grand nombre d'intervalles est &#233;videmment &#233;gale &#224; la moiti&#233; du nombre des coups jou&#233;s dans chacun de ces intervalles. &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi des &#233;carts. &#8212;Si nous introduisons dans la formule, au lieu du nombre n, l'&#233;cart delta = n-nu &#224; partir de la moyenne, et si nous supposons n assez grand pour qu'on puisse remplacer n ! par la formule bien connue de Stirling, la probabilit&#233; d'un &#233;cart delta prend la forme &lt;br class='autobr' /&gt;
(3) P = [1/sqrt(2*Pi*nu)]*exp(-(delta^2)/(2*nu)) &lt;br class='autobr' /&gt;
qui rappelle exactement la loi des erreurs de Gauss. Si au lieu de l'&#233;cart absolu, nous introduisons l'&#233;cart relatif epsilon = delta/nu, il vient : &lt;br class='autobr' /&gt;
(4) P = [1/sqrt(2*Pi*nu)]*exp(-nu*(epsilon^2)/2) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette derni&#232;re forme met en &#233;vidence un fait fondamental sur lequel je reviendrai tout &#224; l'heure &#224; propos de la th&#233;orie des fluctuations : c'est que la probabilit&#233; d'un &#233;cart relatif donn&#233; epsilon est d'autant plus faible que nu est plus grand, qu'il y a en moyenne un plus grand nombre de coups dans chaque intervalle. D'o&#249; la possibilit&#233; de d&#233;duire ce nombre de coups de l'observation des &#233;carts. Nous allons retrouver ce m&#234;me fait sous une autre forme en calculant sur la formule g&#233;n&#233;rale (1) la valeur probable du carr&#233; moyen de l'&#233;cart relatif epsilon, en posant toujours : &lt;br class='autobr' /&gt;
epsilon = delta/nu = (n-nu)/nu. &lt;br class='autobr' /&gt;
La probabilit&#233; de l'&#233;cart epsilon &#233;tant P(n), il en r&#233;sulte pour la valeur probable du carr&#233; moyen : &lt;br class='autobr' /&gt;
(epsilon^2)(moyen) = sum (1&#8230;infini) (P(n)*(epsilon^2)) &lt;br class='autobr' /&gt;
Un calcul simple donne, si l'on remplace P(n) par la valeur (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
(5) (epsilon^2)(moyen) = 1/nu &#8212; 1/N &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on introduit, au lieu du carr&#233; moyen, la somme Sigma(epsilon^2) des carr&#233;s des &#233;carts dans les m intervalles &#224; partir de la moyenne, la valeur probable de cette somme est m*(epsilon^2)(moyen) et satisfait &#224; la relation &lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Sigma(epsilon^2)/(m-1) = (1/nu) &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit que les &#233;carts relatifs, les fluctuations de n autour de sa moyenne, doivent diminuer d'importance &#224; mesure que cette valeur moyenne augmente. Ainsi que je l'ai dit tout &#224; l'heure, la v&#233;ritable signification de ces r&#233;sultats est la suivante : ils repr&#233;sentent l'aboutissement d'une th&#233;orie bas&#233;e sur des hypoth&#232;ses et nous permettront, par comparaison avec l'exp&#233;rience, de savoir si ces hypoth&#232;ses peuvent &#234;tre conserv&#233;es. Le joueur qui voudra s'assurer de la sinc&#233;rit&#233; du jeu se servira d'eux comme nous nous servons de nos th&#233;ories physiques pour contr&#244;ler, par comparaison de leurs r&#233;sultats avec l'exp&#233;rience, la l&#233;gitimit&#233; de nos repr&#233;sentations. La constance de l'accord nous donnera la seule certitude que nous puissions atteindre, au jeu comme en Physique, relativement aux causes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre m&#233;thode. &#8212; Nous pouvons retrouver les formules fondamentales (5) et (6) en nous pla&#231;ant &#224; un autre point de vue et en cherchant, non plus la probabilit&#233; pour que, sur les N coups, il y ait un nombre d&#233;termin&#233; n dans l'un des m intervalles &#233;quivalents, mais la probabilit&#233; pour que les N coups se distribuent d'une mani&#232;re d&#233;termin&#233;e n(1), n(2),&#8230;, n(m) entre les intervalles, pour qu'il y ait en m&#234;me temps n(1) coups dans le premier intervalle, n(2) dans le second, etc. Nous ne pouvons appliquer ici le th&#233;or&#232;me des probabilit&#233;s compos&#233;es et nous servir de la formule (1) en calculant P(n(1)), P(n(2)),&#8230; et multipliant ces probabilit&#233;s. En effet, les n(1), n(2),&#8230; ne sont pas ind&#233;pendants puisque leur somme doit &#234;tre &#233;gale &#224; N. Nous pouvons cependant utiliser la formule (1) en proc&#233;dant de la mani&#232;re suivante : la probabilit&#233; pour qu'il y ait n(1) coups dans le premier intervalle est bien : &lt;br class='autobr' /&gt;
N ! /[n(1) ! *(N-n(1)) ! ]*[(1/m)^(n(1))]*[(1-(1/m))^(N-n(1)] &lt;br class='autobr' /&gt;
Les m-1 autres intervalles ne peuvent contenir que N-n coups, et la probabilit&#233; pour que le premier d'entre eux contienne n(2), est de la m&#234;me mani&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
[(N-n(1)) ! /[(n(2) !)*(N-n(1)-n(2)) !)]]*[(1/(m-1))^(n(2))]*[(1-1/(m-1))^(N-n(1)-n(2))] &lt;br class='autobr' /&gt;
et ainsi de suite. Si l'on fait maintenant, comme il est correct, le produit de toutes les probabilit&#233;s composantes, on obtient pour la probabilit&#233; cherch&#233;e : &lt;br class='autobr' /&gt;
(1/(m^N))*[N ! /(n(1)) ! *(n(2)) ! *&#8230;*(n(m)) ! ] &lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, puisque le nombre total des distributions possibles est (m^N), le nombre de mani&#232;res dont on peut obtenir dans les diff&#233;rents intervalles les nombres de coups assign&#233;s est : &lt;br class='autobr' /&gt;
(7) W = N ! /[(n(1)) ! *(n(2)) ! *&#8230;*(n(m)) ! ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurions pu obtenir ce r&#233;sultat plus directement en cherchant de combien de mani&#232;res il est possible de distribuer entre les N symboles de groupes alpha, beta,&#8230; zeta, des nombres d&#233;termin&#233;s d'indices de chaque sorte, n(1) indices 1, n(2) indices 2,&#8230;., n(m) indices &#233;gaux &#224; m. Chaque distribution correspond &#224; un des ordres dans lesquels on peut ranger ces N indices qui ne sont pas tous diff&#233;rents, &#224; une des permutations de ces indices. Le nombre cherch&#233; est celui des permutations compl&#232;tes de N objets dont n(1) d'une m&#234;me esp&#232;ce, n(2) d'une autre, etc. Il est bien donn&#233; par la formule (7). Ce nombre W de mani&#232;res dont on peut r&#233;aliser une distribution donn&#233;e (n(1), n(2),&#8230;, n(m)) des N symboles entre m intervalles &#233;quivalents, au point de vue de la pr&#233;sence possible de chacun d'eux, est proportionnel avec le coefficient 1/(m^N) &#224; la probabilit&#233; de cette distribution. Nous pourrons souvent prendre W comme mesure de cette probabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit ais&#233;ment que, pour une valeur donn&#233;e de N, W est maximum quand les n sont tous &#233;gaux. Nous voyons ainsi d'une autre mani&#232;re que la distribution la plus probable est celle qui se fait &#233;galement entre les divers intervalles, du moins lorsque aucune condition suppl&#233;mentaire n'est impos&#233;e qui pourrait venir exclure certaines distributions. Nous allons traiter dans un instant un probl&#232;me o&#249; s'introduiront de semblables exclusions. Les m-1 autres intervalles ne peuvent contenir que N-n coups, et la probabilit&#233; pour que le premier d'entre eux contienne n(2), est de la m&#234;me mani&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
[(N-n(1)) ! /[(n(2) !)*(N-n(1)-n(2)) !)]]*[(1/(m-1))^(n(2))]*[(1-1/(m-1))^(N-n(1)-n(2))] &lt;br class='autobr' /&gt;
et ainsi de suite. Si l'on fait maintenant, comme il est correct, le produit de toutes les probabilit&#233;s composantes, on obtient pour la probabilit&#233; cherch&#233;e : &lt;br class='autobr' /&gt;
(1/(m^N))*[N ! /(n(1)) ! *(n(2)) ! *&#8230;*(n(m)) ! ] &lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, puisque le nombre total des distributions possibles est (m^N), le nombre de mani&#232;res dont on peut obtenir dans les diff&#233;rents intervalles les nombres de coups assign&#233;s est : &lt;br class='autobr' /&gt;
(7) W = N ! /[(n(1)) ! *(n(2)) ! *&#8230;*(n(m)) ! ] &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurions pu obtenir ce r&#233;sultat plus directement en cherchant de combien de mani&#232;res il est possible de distribuer entre les N symboles de groupes alpha, beta,&#8230; zeta, des nombres d&#233;termin&#233;s d'indices de chaque sorte, n(1) indices 1, n(2) indices 2,&#8230;., n(m) indices &#233;gaux &#224; m. Chaque distribution correspond &#224; un des ordres dans lesquels on peut ranger ces N indices qui ne sont pas tous diff&#233;rents, &#224; une des permutations de ces indices. Le nombre cherch&#233; est celui des permutations compl&#232;tes de N objets dont n(1) d'une m&#234;me esp&#232;ce, n(2) d'une autre, etc. Il est bien donn&#233; par la formule (7). Ce nombre W de mani&#232;res dont on peut r&#233;aliser une distribution donn&#233;e (n(1), n(2),&#8230;, n(m)) des N symboles entre m intervalles &#233;quivalents, au point de vue de la pr&#233;sence possible de chacun d'eux, est proportionnel avec le coefficient 1/(m^N) &#224; la probabilit&#233; de cette distribution. Nous pourrons souvent prendre W comme mesure de cette probabilit&#233;. On voit ais&#233;ment que, pour une valeur donn&#233;e de N, W est maximum quand les n sont tous &#233;gaux. Nous voyons ainsi d'une autre mani&#232;re que la distribution la plus probable est celle qui se fait &#233;galement entre les divers intervalles, du moins lorsque aucune condition suppl&#233;mentaire n'est impos&#233;e qui pourrait venir exclure certaines distributions. Nous allons traiter dans un instant un probl&#232;me o&#249; s'introduiront de semblables exclusions. &lt;br class='autobr' /&gt;
La formule (7) donne &#233;galement le moyen de calculer les &#233;carts &#224; forum partir de la distribution uniforme de probabilit&#233; maximum. Soit en effet nu la valeur moyenne N/m du nombre des coups par intervalle, et soient epsilon(1), epsilon(2),&#8230; epsilon(m) les &#233;carts relatifs &#224; partir de cette valeur dans une distribution quelconque : &lt;br class='autobr' /&gt;
n(1) = nu*(1+epsilon(1)), n(2) = nu*(1+epsilon(2)),&#8230;, n(m) = nu*(1+epsilon(m)). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les epsilon sont nuls dans la distribution la plus probable et sont dans tous les cas, puisque le nombre total N est donn&#233;, soumis &#224; la condition Sigma(epsilon) = 0. En prenant le logarithme des deux membres de (7), rempla&#231;ant chaque factorielle par la formule asymptotique de Stirling, &lt;br class='autobr' /&gt;
n ! = (sqrt(2*Pi*n))*((n/e)^n) &lt;br class='autobr' /&gt;
et n&#233;gligeant le logarithme de chaque grand nombre tel que n par rapport &#224; celui-ci, on obtient, C &#233;tant une constante qui d&#233;pend seulement de N : &lt;br class='autobr' /&gt;
(8) log W = C &#8212; sum(1&#8230;n) (n*log(n)) &lt;br class='autobr' /&gt;
Rempla&#231;ant n par nu(1+epsilon) et d&#233;veloppant log(1+epsilon) suivant les puissances de epsilon, il vient, si l'on tient compte de la condition Sigma(epsilon) = 0, et si on limite le d&#233;veloppement aux termes du second ordre : &lt;br class='autobr' /&gt;
log W = log (W(0)) &#8212; nu*(Sigma(epsilon^2))/2 &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &lt;br class='autobr' /&gt;
W = W(0)*exp(-nu*Sigma(epsilon^2)/2), &lt;br class='autobr' /&gt;
W(0) &#233;tant la probabilit&#233; maximum, celle qui correspond &#224; la distribution uniforme. Ayant ainsi la probabilit&#233; qui correspond &#224; chaque syst&#232;me de valeurs des epsilon, on calcule ais&#233;ment la valeur moyenne d'une expression quelconque x telle que Sigma(epsilon^2) par : &lt;br class='autobr' /&gt;
Sigma(W*x)/Sigma(W). &lt;br class='autobr' /&gt;
En rempla&#231;ant chacune des deux sommes par une int&#233;grale et en tenant compte de la condition Sigma(epsilon) = 0, on retrouve ais&#233;ment la formule (6) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Sigma(epsilon^2)/(m-1) = 1/nu, &lt;br class='autobr' /&gt;
en moyenne. Bien que ce second mode de raisonnement soit moins direct que le premier et ne s'applique qu'au cas des grands nombres, il &#233;tait important de le rappeler parce qu'il envisage les choses sous un nouvel aspect et pr&#233;pare la voie pour la solution des autres probl&#232;mes dont nous aurons &#224; nous occuper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Applications. &#8212; On peut faire, au jeu comme en Physique, deux sortes d'applications de la relation (6). Tout d'abord, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, on peut l'utiliser pour v&#233;rifier, par sa concordance avec les faits, si les postulats d'ind&#233;pendance et d'indiff&#233;rence plac&#233;s &#224; la base de nos raisonnements sont l&#233;gitimes. Le joueur qui voudra se rendre compte de la sinc&#233;rit&#233; du jeu observera les nombres de coups sortis dans m intervalles &#233;quivalents, calculera la moyenne nu et les &#233;carts relatifs individuels epsilon, et verra dans quelle mesure la relation (6) est v&#233;rifi&#233;e. Cette v&#233;rification doit &#234;tre d'autant plus exacte que le nombre m d'intervalles consid&#233;r&#233;s est plus grand. On peut &#233;galement s'en servir pour d&#233;terminer le nombre moyen nu et par cons&#233;quent N quand on conna&#238;t seulement les &#233;carts relatifs epsilon. Par exemple on se donne, pour chacun de m jours cons&#233;cutifs &#233;quivalents, la somme totale gagn&#233;e par un joueur sans en retrancher les pertes. Quel est le nombre des coups jou&#233;s chaque jour et quelle est la mise ? La connaissance des gains quotidiens entra&#238;ne celle des &#233;carts relatifs et celle-ci suffit &#224; conna&#238;tre le nombre des coups jou&#233;s &#224; l'aide de la formule (6). Celle-ci traduit quantitativement le fait que les &#233;carts relatifs entre les gains quotidiens sont d'autant plus faibles que le nombre des coups jou&#233;s chaque jour est plus grand. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question est tout &#224; fait comparable &#224; celles qu'on se pose en Physique quand on cherche &#224; d&#233;duire le nombre des mol&#233;cules et les grandeurs mol&#233;culaires de l'observation des &#233;carts relatifs sur les grandeurs mesurables, de la mesure des fluctuations ou de leurs cons&#233;quences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fluctuations radioactives et fluctuations de concentration. &#8212; Donnons d'abord quelques exemples de questions de Physique o&#249; les r&#233;sultats qui pr&#233;c&#232;dent trouvent une application imm&#233;diate. Prenons une substance radioactive de vie assez longue pour que nous puissions consid&#233;rer son activit&#233; comme constante pendant toute la dur&#233;e de nos exp&#233;riences et comptons, parmi les particules alpha qu'elle &#233;met, celles qui tombent sur un &#233;cran ou traversent un appareil de num&#233;ration pendant des intervalles de temps successifs &#233;gaux entre eux. Nos postulats fondamentaux, parall&#232;les aux pr&#233;c&#233;dents, seront que les circonstances, tant int&#233;rieures qu'ext&#233;rieures &#224; l'atome radioactif, qui permettent l'arriv&#233;e d'une particule a, peuvent se produire indiff&#233;remment &#224; un instant quelconque, dans l'un quelconque de nos intervalles de temps &#233;gaux, et de plus qu'il y a ind&#233;pendance compl&#232;te entre les groupes de circonstances qui correspondent &#224; deux particules diff&#233;rentes, que les circonstances d&#233;terminant l'explosion d'un atome dans des conditions favorables &#224; l'arriv&#233;e d'une particule n'influent en rien sur celles qui d&#233;termineront ou accompagneront l'explosion d'un autre atome. La l&#233;gitimation de ces postulats, par v&#233;rification de leurs cons&#233;quences, a une tr&#232;s grosse importance pour la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes radioactifs. Le premier, pour ce qui concerne les circonstances int&#233;rieures &#224; l'atome qui d&#233;terminent son explosion, signifie que ces circonstances peuvent se produire indiff&#233;remment &#224; un instant ou &#224; un autre, que les chances pour l'atome de continuer &#224; vivre sont ind&#233;pendantes du temps pendant lequel il a d&#233;j&#224; v&#233;cu ; en d'autres termes qu'il ne vieillit pas, et qu'il meurt seulement par suite d'accidents dus &#224; un hasard interne. Je dis interne parce qu'il semble bien qu'aucune circonstance externe, du moins parmi celles que nous pouvons modifier, n'influe sur la vitesse de transformation des substances radioactives. Si nos postulats sont exacts et si nous recevons au total N particules alpha pendant m intervalles de temps &#233;gaux, la probabilit&#233; pour qu'il arrive n particules pendant un de ces intervalles est donn&#233;e par la formule (1), les &#233;carts &#224; partir de la moyenne N/m = nu doivent satisfaire &#224; la relation (6). Ce r&#233;sultat a &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233; de mani&#232;re tr&#232;s exacte dans les exp&#233;riences de M. Rutherford. Nous en rencontrerons plus loin un autre du m&#234;me genre et de plus grande importance au point de vue de la num&#233;ration des particules. Il y a bient&#244;t quinze ans que M. Smoluchowski a pr&#233;vu de la m&#234;me mani&#232;re les fluctuations spontan&#233;es qui doivent se produire dans la distribution des mol&#233;cules d'un gaz entre les diverses portions du volume qu'il occupe, les fluctuations de concentration. Pour que nous puissions appliquer &#224; ce probl&#232;me les r&#233;sultats obtenus, il nous faut partir des postulats suivants : la pr&#233;sence d'une mol&#233;cule particuli&#232;re est &#233;galement possible dans des portions &#233;gales du volume total ; ceci est intuitif et nous conduit &#224; remplacer nos m intervalles par m r&#233;gions d'&#233;gal volume. et contenant chacune en moyenne nu mol&#233;cules. De plus nous devons admettre que la pr&#233;sence d'une mol&#233;cule dans une de ces r&#233;gions n'influe en rien sur la pr&#233;sence possible d'une autre, ce qui nous oblige &#224; n&#233;gliger les actions mutuelles entre ces mol&#233;cules ou le volume de chacune d'elles par rapport au volume total. Le gaz doit donc &#234;tre suppos&#233; suffisamment rare. Quand le fluide est dense, les fluctuations peuvent &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rentes de ce que nous allons pr&#233;voir, ou beaucoup moindres si les mol&#233;cules sont serr&#233;es au point d'occuper la plus grande partie du volume total, de fa&#231;on &#224; exercer entre elles surtout des actions r&#233;pulsives, ou beau-coup plus importantes si les actions attractives l'emportent, comme c'est le cas pour les fluides au voisinage d'un &#233;tat critique. Pour un gaz peu dense, tel que l'atmosph&#232;re, les formules (1), (2) et (3) s'appliquent &#224; la probabilit&#233; pour qu'une portion du volume contienne n mol&#233;cules si m portions &#233;gales en contiennent N au total. Ici encore les fluctuations spontan&#233;es seront d'autant plus importantes que le nombre moyen de mol&#233;cules sera plus faible. Nous trouverons l'application de ces r&#233;sultats dans la th&#233;orie du bleu c&#233;leste. M. Svedberg a pens&#233; pouvoir mettre en &#233;vidence les fluctuations spontan&#233;es de concentration qui doivent se produire de la m&#234;me mani&#232;re dans une solution &#233;tendue en observant les fluctuations du nombre des particules alpha &#233;mises par une solution radioactive quand on s'arrange de mani&#232;re &#224; ne recevoir sur un &#233;cran que les particules &#233;mises par une petite fraction du volume total de la solution. Il pensait que, les hasards de distribution des atomes radioactifs dans le volume s'ajoutant aux hasards internes qui d&#233;terminent l'explosion, on devrait observer des fluctuations plus importantes qu'avec une mati&#232;re radioactive solide, et a effectivement obtenu, pour le m&#234;me nombre moyen de particules re&#231;ues dans chaque intervalle de temps, un carr&#233; moyen des &#233;carts relatifs double environ de celui que pr&#233;voit la formule (5). Le raisonnement g&#233;n&#233;ral par lequel nous avons obtenu cette formule montre que s'il y a bien, conform&#233;ment au second postulat, ind&#233;pendance entre toutes les circonstances qui d&#233;terminent les arriv&#233;es sur l'&#233;cran de deux particules alpha, le r&#233;sultat de M. Svedberg ne peut pas &#234;tre exact. En raisonnant sur les groupes de circonstances qui permettent l'arriv&#233;e d'une particule alpha sur l'&#233;cran comme nous l'avons fait pour les groupes de circonstances qui d&#233;terminent la sortie d'une noire &#224; la roulette, on verra que la formule donnant l'&#233;cart relatif moyen en fonction du nombre moyen des coups reste applicable sous les deux postulats d'indiff&#233;rence et d'ind&#233;pendance. La superposition du hasard de distribution des atomes radioactifs dans le liquide au hasard interne qui d&#233;termine l'explosion augmente simplement la complexit&#233; des circonstances favorables, complexit&#233; dont la formule est ind&#233;pendante. Si de nouvelles exp&#233;riences confirment les observations faites par M. Svedberg, cela prouvera, ou bien que l'explosion d'un atome peut influer sur celle d'un atome voisin, et ceci est en contradiction avec le fait que la radioactivit&#233; globale d'une substance s'est montr&#233;e jusqu'ici tout &#224; fait ind&#233;pendante de sa concentration, ou bien que la pr&#233;sence dans une r&#233;gion d'un atome radioactif entra&#238;ne aussi celle d'autres atomes radioactifs dans cette m&#234;me r&#233;gion ; autrement dit que les atomes dissous vont par groupes associ&#233;s, que la solution de M. Svedberg &#233;tait collo&#239;dale. De toute. mani&#232;re son r&#233;sultat, s'il est exact, n'a rien &#224; voir avec les fluctuations spontan&#233;es de concentration dont nous avons parl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Grandeurs mol&#233;culaires. &#8212; Voyons maintenant quelques exemples d'application de la formule (6) &#224; la d&#233;termination des grandeurs mol&#233;culaires par l'interm&#233;diaire des fluctuations auxquelles cette formule s'applique, comme celles des &#233;missions radioactives ou de concentration dans les milieux dilu&#233;s, cas o&#249; les postulats d'indiff&#233;rence et d'ind&#233;pendance se trouvent v&#233;rifi&#233;s. Avant qu'on s&#251;t faire les num&#233;rations de particules par la m&#233;thode des scintillations ou par l'&#233;l&#233;gant proc&#233;d&#233; de Rutherford, M. v. Schweidler avait observ&#233; que le courant d'ionisation produit par les rayons alpha &#233;tait soumis &#224; d'importantes fluctuations. Pendant des intervalles de temps &#233;gaux entre eux, les quantit&#233;s d'&#233;lectricit&#233; lib&#233;r&#233;es dans une chambre d'ionisation par l'&#233;lectrom&#232;tre sont proportionnelles aux nombres de particules alpha &#233;mises pendant ces intervalles, de sorte que les &#233;carts relatifs entre ces quantit&#233;s et leur moyenne donnent les &#233;carts relatifs entre les nombres de particules et leur moyenne ; d'o&#249; la possibilit&#233; de calculer cette derni&#232;re moyenne &#224; partir des &#233;carts relatifs observ&#233;s &#224; l'&#233;lectrom&#232;tre en appliquant la relation (6). De mani&#232;re plus indirecte, on peut comprendre comment la diffusion de la lumi&#232;re par l'atmosph&#232;re est due aux fluctuations spontan&#233;es de concentrations de l'air pr&#233;vues par Smoluchowski et comment la mesure de l'&#233;clat du ciel permet de remonter aux grandeurs mol&#233;culaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de ces fluctuations, du fr&#233;missement continuel de l'atmosph&#232;re autour de la distribution uniforme de ses mol&#233;cules en volume, l'air se comporte au point de vue optique comme un milieu trouble et diffuse la lumi&#232;re solaire. De l'importance des fluctuations r&#233;gie par les lois de probabilit&#233;, on peut d&#233;duire la proportion de lumi&#232;re diffus&#233;e pour chaque longueur d'onde et par suite le rapport de l'&#233;clat du ciel &#224; celui du Soleil. On con&#231;oit d'ailleurs que cette proportion augmente &#224; mesure que la longueur d'onde diminue et que le ciel soit bleu ; en effet, pour une lumi&#232;re de longueur d'onde donn&#233;e, la proportion d'&#233;nergie diffus&#233;e est d&#233;termin&#233;e par le degr&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du milieu &#224; l'&#233;chelle de la longueur d'onde, c'est-&#224;-dire par les fluctuations relatives de concentration dans un cube ayant pour c&#244;t&#233; la longueur d'onde, et comme le nombre moyen des mol&#233;cules pr&#233;sentes dans ce cube est proportionnel au cube de cette longueur d'onde, on con&#231;oit que le milieu se comporte comme d'au-tant plus trouble et plus diffusant que la longueur d'onde est plus courte. Inversement, la comparaison exp&#233;rimentale de l'&#233;clat du ciel &#224; celui du Soleil pour une longueur d'onde quelconque d&#233;termine l'importance relative des fluctuations, dans un cube de c&#244;t&#233; &#233;gal &#224; cette longueur d'onde, et, par application de la formule (6), permet de remonter au nombre des mol&#233;cules pr&#233;sentes en moyenne dans un tel volume. Quand le milieu est dense, les actions mutuelles interviennent et changent l'importance relative des fluctuations. Pour traiter le probl&#232;me dans le cas g&#233;n&#233;ral il va nous falloir aboutir &#224; la m&#233;canique statistique en analysant de nouveaux probl&#232;mes de probabilit&#233;s au double point de vue de la distribution la plus probable et des fluctuations spontan&#233;es autour de celle-ci. &lt;br class='autobr' /&gt;
DEUXI&#200;ME PROBL&#200;ME. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des s&#233;ries de coups. &#8212; Une des questions qui int&#233;ressent le plus les joueurs est celle de la distribution des coups d'une m&#234;me couleur en s&#233;ries. Nous allons voir que ce probl&#232;me est &#233;troitement li&#233; &#224; celui de la m&#233;canique statistique, aux applications les plus importantes qui aient &#233;t&#233; faites du calcul des probabilit&#233;s &#224; la Physique. Posons-nous la question suivante : &#201;tant donn&#233; que, sur un nombre total N + R de coups de roulette, la noire est sortie N fois et la rouge R fois, quelle est la probabilit&#233; pour que les coups rouges, par exemple, soient distribu&#233;s d'une mani&#232;re donn&#233;e en s&#233;ries, qu'il y ait n, coups rouges isol&#233;s, n., s&#233;ries de deux coups cons&#233;cutifs, n, de trois coups, et ainsi de suite. Le nombre total des rouges &#233;tant R on a &#233;videmment : &lt;br class='autobr' /&gt;
(8) n(1) + 2*n(2) + 3*n(3) +&#8230; = R. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque s&#233;rie de rouges est situ&#233;e dans un des intervalles entre deux noires cons&#233;cutives ou &#224; chacune des deux extr&#233;mit&#233;s de l'ensemble des coups, de sorte que, si nous d&#233;signons par no et appelons nombre des s&#233;ries rouges d'ordre 0, le nombre des intervalles entre les noires o&#249; ne se trouve aucune rouge, nous devons avoir n(0) + n(1) + n(2) +&#8230;, &#233;gal &#224; N + 1, d'o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
(9) n(0) + n(1) + n(2) +&#8230; = N + 1. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le postulat d'ind&#233;pendance entre les coups nous permet d'affirmer que chaque intervalle entre deux noires peut indiff&#233;remment renfermer une s&#233;rie d'ordre 0, 1, 2, 3,&#8230;, puisque la couleur d'un coup n'est nullement conditionn&#233;e par la couleur du coup qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. Il y aura donc autant de mani&#232;res de r&#233;aliser la distribution donn&#233;e des rouges en N + 1 s&#233;ries qu'il y a de mani&#232;res diff&#233;rentes de ranger ces s&#233;ries, de distribuer entre elles n(0) indices 0, n(1) indices 1, n(2) indices 2, etc, l'indice attribu&#233; &#224; une s&#233;rie indiquant l'ordre auquel elle appartient. C'est, comme tout &#224; l'heure, le nombre des permutations compl&#232;tes des N s&#233;ries donn&#233;es : &lt;br class='autobr' /&gt;
(10) W = (N + 1) ! /[(n(0)) ! *(n(1)) !&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
La probabilit&#233; de la distribution donn&#233;e est proportionnelle &#224; cette quantit&#233;, au nombre de cas favorables, c'est-&#224;-dire au nombre de mani&#232;res dont on peut la r&#233;aliser, mais contrairement &#224; ce qui se passait dans le probl&#232;me pr&#233;c&#233;dent, les nombres n ne sont pas seulement assujettis &#224; la condition d'avoir une somme donn&#233;e &#233;gale ici &#224; N + 1, mais doivent encore satisfaire &#224; la relation (8). C'est elle qui limite maintenant le nombre des cas possibles comme, dans le probl&#232;me pr&#233;c&#233;dent, ce nombre &#233;tait limit&#233; par la condition, absente ici, qu'il y ait m indices diff&#233;rents. Un raisonnement simple montre que ce nombre total des cas possibles est &#233;gal au nombre des permutations compl&#232;tes qu'on peut former avec les N noires et les R rouges, c'est-&#224;-dire &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
(N + R) ! /(N ! *R !) &lt;br class='autobr' /&gt;
d'o&#249; l'on d&#233;duit ais&#233;ment, en divisant (10) par (11), l'expression cherch&#233;e pour la probabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La distribution la plus probable. &#8212; Dans le probl&#232;me pr&#233;c&#233;dent, la probabilit&#233; maximum correspondait &#224; la distribution uniforme ; &#224; cause de la liaison impos&#233;e par la relation (8), la distribution la plus probable des N s&#233;ries entre les divers ordres ne sera pas uniforme. Pour l'obtenir il nous faut chercher les valeurs de n(0), n(1), n(2), satisfaisant &#224; la fois aux relations (8) et (9) et donnant la plus grande valeur possible &#224; l'expression (10) de W. Cette question peut &#234;tre r&#233;solue de mani&#232;re simple quand on suppose les nombres n assez grands pour que chaque factorielle puisse &#234;tre remplac&#233;e par la formule de Stirling : &lt;br class='autobr' /&gt;
n ! = [sqrt(2*Pi*n)]*[(n/e)^(n)] &lt;br class='autobr' /&gt;
Prenant le logarithme de W et laissant de c&#244;t&#233; des termes n&#233;gligeables dans l'hypoth&#232;se o&#249; les n sont grands, plus exactement en remarquant que le logarithme d'un grand nombre est n&#233;gligeable devant celui-ci, on obtient : &lt;br class='autobr' /&gt;
(12) log W = C &#8212; (n(0)*log(n(0) + n(1)*log(n(1)) +&#8230;) = C &#8212; Sigma(n*ln(n)) &lt;br class='autobr' /&gt;
C &#233;tant une constante qui a la m&#234;me, valeur pour toutes les distributions dont on veut comparer'les probabilit&#233;s. Puisque les n et par cons&#233;quent N sont tr&#232;s grands, nous pouvons n&#233;gliger l'unit&#233; dans la condition (9) et chercher le maximum de (12) sous les conditions (8) et (9). On trouve imm&#233;diatement que ce maximum correspond &#224; la distribution repr&#233;sent&#233;e par la loi &lt;br class='autobr' /&gt;
(13) n(i) = [(N^2)/(R+N)]*[R/R+N]^(i) &lt;br class='autobr' /&gt;
i pouvant prendre les valeurs enti&#232;res 0, 1, 2,&#8230; On voit que la distribution la plus probable des rouges en s&#233;ries correspond &#224; des nombres de s&#233;ries qui varient suivant une progression g&#233;om&#233;trique d&#233;croissante de raison R/(R+N) &#224; mesure que l'ordre i de la s&#233;rie augmente. Quel que soit le nombre moyen des coups dans les s&#233;ries, ce sont toujours les petites s&#233;ries qui seront les plus fr&#233;quentes, mais la diminution de fr&#233;quence avec l'ordre i est d'autant plus lente que R/N, ordre moyen des s&#233;ries, augmente, puisque la raison tend vers l'unit&#233; quand R/N augmente. Si le jeu de roulette est tel que sur un grand nombre de coups, il y ait autant de rouges que de noires, la raison de la progression est &#233;gale &#224; 1/2 et l'on a, en faisant R = N, &lt;br class='autobr' /&gt;
n(0) = N/2, n(1) = N/4, n(2) = N/8,&#8230;, n(i) = N/(2^(i)). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc probable que les coups rouges isol&#233;s seront deux fois plus fr&#233;quents que les s&#233;ries de deux coups, celles-ci deux fois plus fr&#233;quentes que les s&#233;ries de trois coups, et ainsi de suite. La v&#233;rification de ce r&#233;sultat pourra servir &#224; ceux qui jouent la s&#233;rie &#224; s'assurer que le jeu est honn&#234;te et conforme aux postulats que nous avons admis. Si le jeu est combin&#233; de mani&#232;re que R soit diff&#233;rent de N, si par exemple le nombre des cases rouges est diff&#233;rent de celui des noires, la distribution la plus probable des s&#233;ries se fera avec une raison R/(R+N) diff&#233;rente de 1/2. Si nous avions eu uniquement en vue la recherche de la distribution la plus probable des s&#233;ries entre les diverses valeurs possibles et non celle de la probabilit&#233; d'une distribution quelconque, n&#233;cessaire pour l'&#233;tude des fluctuations autour de la plus probable, nous aurions pu aboutir beaucoup plus rapidement en raisonnant de la mani&#232;re suivante : Chaque fois qu'un nouveau coup est jou&#233;, les chances de sortie de la rouge et de la noire sont entre elles comme R est &#224; N. Une s&#233;rie &#233;tant commenc&#233;e, elle se prolonge si la rouge sort et se termine si c'est la noire. Les chances qu'a une s&#233;rie quelconque de se prolonger sont donc &#224; celles qu'elle a de se terminer comme R est &#224; N. Ceci se traduit par l'&#233;quation, valable quel que soit i dans la distribution la plus probable des s&#233;ries : &lt;br class='autobr' /&gt;
(n(i))/(n(i+1)+n(i+2)+&#8230;) = N+R &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &lt;br class='autobr' /&gt;
(n(i))/(n(i)+n(i+1)+&#8230;) = N/(R+N), &lt;br class='autobr' /&gt;
et comme &lt;br class='autobr' /&gt;
n(i-1)/(n(i)+n(i+1)+&#8230;) = N/R, &lt;br class='autobr' /&gt;
on obtient par division la relation de r&#233;currence : &lt;br class='autobr' /&gt;
n(i)/(n(i-1)) = R/(R+N), &lt;br class='autobr' /&gt;
d'o&#249; la relation (13) si l'on tient compte de (9). &lt;br class='autobr' /&gt;
Probabilit&#233;s continues et probabilit&#233;s discontinues. &#8212; Nous pouvons mettre encore nos r&#233;sultats sous une autre forme qui va nous permettre de passer au cas limite des probabilit&#233;s continues. Supposons que les coups de roulette soient jou&#233;s uniform&#233;ment dans le temps ; l'intervalle de temps entre deux coups cons&#233;cutifs &#233;tant constant et &#233;gal &#224; epsilon. La dur&#233;e d'une s&#233;rie d'ordre i sera t = i*(epsilon) e t la dur&#233;e totale de nos s&#233;ries est donn&#233;e &#233;gale &#224; R*(epsilon), autrement dit la dur&#233;e moyenne est donn&#233;e &#233;gale &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
t(barre) = (R/N)*(epsilon). &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque s&#233;rie ne pouvant contenir qu'un nombre entier i de coups, sa dur&#233;e t ne peut &#234;tre qu'un multiple entier de epsilon. Nous avons bien affaire &#224; un probl&#232;me de probabilit&#233;s discontinues avec un domaine &#233;l&#233;mentaire de probabilit&#233;s epsilon fini. La relation (13) peut encore s'&#233;crire &lt;br class='autobr' /&gt;
(14) n(i) = [(N^2)/(R+N)]*exp(-t/tau) = C*exp(-t/tau), &lt;br class='autobr' /&gt;
en posant &lt;br class='autobr' /&gt;
(15) exp(-epsilon/tau) = R/(R+N) = t(barre)/(t(barre)+epsilon), &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci revient &#224; remarquer que les points obtenus en portant en abscisses les valeurs de i et en ordonn&#233;es les valeurs correspondantes de n dans la distribution la plus probable se trouvent sur une courbe exponentielle dont l'&#233;quation est donn&#233;e par (14). La valeur du module tau est d&#233;termin&#233;e par la relation (15). Nous verrons que ce module joue dans la question actuelle le m&#234;me r&#244;le que joue la temp&#233;rature dans les distributions les plus probables que pr&#233;voit la m&#233;canique statistique et nous pourrions l'appeler la temp&#233;rature de notre distribution probable des s&#233;ries. Ceci va nous appara&#238;tre en examinant de plus pr&#232;s la relation entre ce module et la dur&#233;e moyenne des s&#233;ries. On peut en effet &#233;crire la relation (15), en la r&#233;solvant par rapport &#224; t(barre) : &lt;br class='autobr' /&gt;
(16) t(barre) = epsilon/(exp(epsilon/tau)-1), &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette relation est repr&#233;sent&#233;e par la courbe I (fig. 1) qui part de l'origine avec une tangente horizontale et monte ensuite en tendant vers l'asymptote t = tau &#8212; epsilon/2. Cette courbe pr&#233;sente une analogie frappante avec celle qui repr&#233;sente la variation en fonction de la temp&#233;rature de l'&#233;nergie thermique n&#233;cessaire pour porter un corps solide du z&#233;ro absolu &#224; la temp&#233;rature T, telle qu'elle r&#233;sulte des recherches exp&#233;rimentales de M. Nernst et de ses collaborateurs ; au lieu de l'&#233;nergie thermique totale on peut envisager aussi bien l'&#233;nergie moyenne epsilon(barre) d'une mol&#233;cule en fonction de la temp&#233;rature (courbe II, fig. 1). Plus exacte encore quantitativement est l'identit&#233; de notre courbe avec celle qui repr&#233;sente la distribution de l'&#233;nergie du rayonnement noir en fonction de la longueur d'onde et de la temp&#233;rature. On sait que l'&#233;nergie contenue dans l'unit&#233; de volume d'une cavit&#233; en &#233;quilibre thermique est repr&#233;sent&#233;e, d'apr&#232;s les lois de Boltzmann et de Wien, pour la partie comprise entre les longueurs d'onde lambda et lambda + d(lambda), par &lt;br class='autobr' /&gt;
(1/(lambda^5))*F(lambda*T)*d(lambda). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mesures les plus pr&#233;cises faites dans un intervalle consid&#233;rable de longueurs d'onde ont conduit pour la fonction F &#224; la forme : &lt;br class='autobr' /&gt;
F (lambda*T) = C/(exp(c/lambda*T)-1) &lt;br class='autobr' /&gt;
C et c &#233;tant des constantes. Si nous portons en abscisses la variable (lambda*T) et en ordonn&#233;es la fonction F (lambda*T) telle que l'exp&#233;rience la fournit, nous obtenons une courbe qui, pour un choix convenable d'&#233;chelle, co&#239;ncide exactement avec la n&#244;tre (courbe III, fig. 1). L'analogie devient encore plus frappante quand on passe au cas limite des probabilit&#233;s continues. Si nous supposons que les coups de roulette se pr&#233;cipitent de plus en plus, se succ&#232;dent &#224; des intervalles epsilon de plus en plus petits, les s&#233;ries de dur&#233;e observable contiendront un tr&#232;s grand nombre de coups et n'existeront que si R est tr&#232;s grand par rapport &#224; N, c'est-&#224;-dire t(barre) et par cons&#233;quent tau par rapport &#224; epsilon. Notre probl&#232;me devient celui de la distribution la plus probable des intervalles de temps t entre N &#233;v&#233;nements cons&#233;cutifs (les coups noirs) qui se produisent au hasard, la valeur de l'intervalle moyen entre eux &#233;tant donn&#233;e. Si dans la formule (16), nous faisons tendre epsilon vers 0, nous obtenons &lt;br class='autobr' /&gt;
t(barre) = tau, &lt;br class='autobr' /&gt;
et (14) devient &lt;br class='autobr' /&gt;
(17) dn = (N/tau)*exp(-t/tau)*dt, &lt;br class='autobr' /&gt;
dn &#233;tant le nombre des intervalles dont la longueur est comprise entre t et t+dt. &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi exponentielle subsiste ainsi dans le cas des probabilit&#233;s continues ; ce sont toujours les intervalles les plus courts qui sont les plus fr&#233;quents, mais nous avons ce caract&#232;re particulier que la dur&#233;e moyenne devient &#233;gale au module et que la courbe I est remplac&#233;e par la droite t(barre) = tau, parall&#232;le &#224; l'asymptote pr&#233;c&#233;dente. Or nous verrons que l'application des probabilit&#233;s continues &#224; la Thermodynamique conduit &#224; pr&#233;voir, pour l'&#233;nergie moyenne d'une mol&#233;cule dans un solide, une valeur proportionnelle &#224; la temp&#233;rature, conforme &#224; la loi de Dulong et Petit, et repr&#233;sent&#233;e par une droite analogue &#224; la pr&#233;c&#233;dente, parall&#232;le &#224; l'asymptote de la courbe exp&#233;rimentale. De m&#234;me, l'application des probabilit&#233;s continues &#224; la th&#233;orie du rayonnement conduit &#224; une loi, donn&#233;e par Lord Rayleigh, d'apr&#232;s laquelle la fonction F(lambda*T) est proportionnelle &#224; (lambda*T) et l'exp&#233;rience confirme cette loi pour les grandes valeurs de (lambda*T), c'est-&#224;-dire que la droite passant par l'origine que pr&#233;voit la probabilit&#233; continue est encore parall&#232;le &#224; l'asymptote de la courbe exp&#233;rimentale. La conclusion qui s'impose, et dont M. Planck a eu la gloire de montrer la n&#233;cessit&#233; en cr&#233;ant sa th&#233;orie des quanta, c'est que nous ne pouvons esp&#233;rer repr&#233;senter les faits relatifs au rayonnement noir ou aux chaleurs sp&#233;cifiques des solides qu'en introduisant la discontinuit&#233; jusque dans l'application des probabilit&#233;s &#224; la Physique, en tenant compte de l'&#233;tendue finie que doivent avoir les domaines &#233;l&#233;mentaires de probabilit&#233;. Bien d'autres faits sont venus depuis confirmer cette conclusion. Nous verrons tout &#224; l'heure quelles doivent &#234;tre la nature et la grandeur de ces domaines &#233;l&#233;mentaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
La distribution des libres parcours. &#8212; Faisons de suite quelques applications &#224; la Physique de la loi de distribution (17) relative aux probabilit&#233;s continues. Nous aurions pu obtenir cette loi de mani&#232;re plus directe et plus rapide si je n'avais eu le souci, pour les raisons qui pr&#233;c&#232;dent, de la raccorder avec la loi plus g&#233;n&#233;rale des probabilit&#233;s discontinues. Si N+1 points sont distribu&#233;s au hasard sur une droite, sous la condition que leur intervalle moyen soit &#233;gal &#224; lambda, le nombre d'intervalles entre deux points cons&#233;cutifs dont la longueur est comprise entre l et l + dl devra &#234;tre, dans la distribution la plus probable donn&#233;e par (17) : &lt;br class='autobr' /&gt;
dn = (N/lambda)*exp(-t/lambda)*dl. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le hasard correspond ici aux postulats que la position d'un point quelconque peut se trouver indiff&#233;remment dans l'un quelconque des intervalles &#233;gaux, si petits qu'ils soient, dans lesquels on peut d&#233;composer la droite, et que les positions des divers points sont consid&#233;r&#233;es comme absolument ind&#233;pendantes les unes des autres. Des &#233;carts pourront se produire autour de cette distribution la plus probable, mais, comme toujours, leur importance relative diminuera &#224; mesure que le nombre des points consid&#233;r&#233;s sera plus grand. La m&#234;me formule nous donnera la distribution des libres parcours d'une mol&#233;cule gazeuse entre les diverses valeurs possibles l lorsque le libre parcours moyen est &#233;gal &#224; lambda. Les postulats qui la rendent applicable sont ici que chaque choc contre une mol&#233;cule particuli&#232;re peut se produire indiff&#233;remment en un point quelconque du parcours total et qu'un choc n'influe en rien sur le temps qui peut s'&#233;couler avant qu'un autre se produise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les intervalles d'&#233;mission des particules alpha. &#8212; Une application importante de cette m&#234;me formule est relative &#224; la distribution des intervalles de temps entre les &#233;missions radioactives lorsque l'intervalle moyen est &#233;gal &#224; tau, c'est-&#224;-dire lorsque N+1 &#233;missions se distribuent sur un temps total donn&#233; N*tau. Le moyen le plus simple pour v&#233;rifier l'exactitude de la loi est d'enregistrer au moyen d'un &#233;lectrom&#232;tre, comme l'a fait Mme Curie, les arriv&#233;es des particules individuelles sur une bande photographique d&#233;roul&#233;e &#224; vitesse constante. On compte le nombre de ceux des intervalles d'une s&#233;rie dont la longueur est sup&#233;rieure &#224; l. Si la formule est exacte, c'est-&#224;-dire si le hasard seul, interne ou externe, d&#233;termine l'explosion radioactive, on doit avoir pour ce nombre : &lt;br class='autobr' /&gt;
N(l) = (N/lambda)*sum(l&#8230;infini) exp(-l/lambda)*dl = N*exp(-t/tau), &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la distribution la plus probable. L'exp&#233;rience montre qu'il en est bien ainsi avec des &#233;carts qui ne d&#233;passent pas en, moyenne ce que peut, pr&#233;voir le calcul des probabilit&#233;s. Si l'on porte l en abscisses et en ordonn&#233;es le logarithme de N(l), les points obtenus se rangent bien sur une droite dont l'inclinaison d&#233;termine lambda et l'ordonn&#233;e &#224; l'origine le logarithme de N (fig. 2). Seuls ceux qui sont relatifs aux tr&#232;s petites valeurs de l restent quelquefois au-dessous de la droite et ceci s'explique par le fait que, les &#233;missions cons&#233;cutives devenant indiscernables quand les intervalles sont trop petits, il a &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; &#233;mis un peu plus de particules qu'on n'en a compt&#233;es. On peut corriger cette erreur et d&#233;terminer exactement le nombre total des particules &#233;mises en se servant de la loi pr&#233;c&#233;dente puisque l'ordonn&#233;e &#224; l'origine doit donner la valeur exacte de log N. On peut ainsi v&#233;rifier l'importante et remarquable loi du hasard interne qui r&#233;git les explosions radioactives et apporter plus de pr&#233;cision dans les num&#233;rations de particules alpha qui fournissent actuellement la meilleure m&#233;thode pour la d&#233;termination des grandeurs mol&#233;culaires. La s&#233;rie repr&#233;sent&#233;e par la figure 2 comprenait 10 000 intervalles. La loi des transformations radioactives. En r&#233;alit&#233;, les substances radioactives que nous avons suppos&#233;es constantes, dans les applications faites jusqu'ici, se d&#233;truisent par les explosions atomiques et leur activit&#233; diminue au cours du temps suivant une loi exponentielle qui est celle des r&#233;actions chimiques monomol&#233;culaires. Si N atomes radioactifs sont pr&#233;sents &#224; l'origine du temps, le nombre de ceux qui se d&#233;truisent entre les instants t et t + dt est donn&#233; par : &lt;br class='autobr' /&gt;
dN = (N/tau)*exp(-t/tau)*dt, &lt;br class='autobr' /&gt;
tau &#233;tant la p&#233;riode de la transformation ou la vie moyenne d'un atome, ou, ce qui revient au m&#234;me en raison de la forme particuli&#232;re de la loi, sa dur&#233;e moyenne compt&#233;e &#224; partir d'un instant quelconque et non plus &#224; partir de sa production par un atome g&#233;n&#233;rateur. Ce fait, qui semble paradoxal, tient pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'intervention du hasard&#8222; au fait que la dur&#233;e ult&#233;rieure probable d'un atome est ind&#233;pendante du temps pendant lequel il a d&#233;j&#224; v&#233;cu. La concordance. de la loi exp&#233;rimentale avec notre formule (17) montre que la destruction d'un nombre donn&#233; d'atomes, radioactifs se fait suivant la loi la plus probable qui soit compatible avec une vie moyenne donn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
La formule du nivellement barom&#233;trique. &#8212; Consid&#233;rons une colonne cylindrique de gaz que nous supposerons &#224; temp&#233;rature uniforme T. Si aucune condition n'est impos&#233;e &#224; la distribution du gaz dans le volume qui lui est offert, celle qui s'&#233;tablira sera la plus probable au sens de notre premier probl&#232;me : elle sera uniforme aux fluctuations pr&#232;s dont nous avons parl&#233; et qui seront sensibles seulement dans, de tr&#232;s petites portions du volume total en raison du nombre &#233;norme des mol&#233;cules. La densit&#233; du gaz sera la m&#234;me partout et ind&#233;pendante de l'altitude z au-dessus du fond. Mais, si le gaz est pesant, nous savons que la densit&#233; variera avec l'altitude suivant une loi bien connue qu'on obtient de la mani&#232;re suivante : Si p est la pression en un point o&#249; la concentration est c en mol&#233;cules-gramme par unit&#233; de volume, on a : &lt;br class='autobr' /&gt;
p = R*T*c, &lt;br class='autobr' /&gt;
R &#233;tant la constante des gaz parfaits. Si M est la masse mol&#233;culaire la densit&#233; au point consid&#233;r&#233; est M*c et la loi fondamentale de statique des fluides donne : &lt;br class='autobr' /&gt;
dp = &#8212; M*c*g*dz &lt;br class='autobr' /&gt;
d'o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
c = c(0)*exp(-M*g*z/R*T). &lt;br class='autobr' /&gt;
Si N est le nombre d'Avogadro, nombre de mol&#233;cules dans une mol&#233;cule-gramme, et m la masse d'une mol&#233;cule, on peut &#233;crire, en posant &lt;br class='autobr' /&gt;
k = R/N, &lt;br class='autobr' /&gt;
la relation pr&#233;c&#233;dente : &lt;br class='autobr' /&gt;
(18) c = c(0)*exp(-m*g*z/k*T), &lt;br class='autobr' /&gt;
c(0) &#233;tant la concentration pour l'altitude z&#233;ro. Le nombre dn de mol&#233;cules comprises en moyenne entre les altitudes z et z + dz sera de la forme &lt;br class='autobr' /&gt;
dn = C*exp(-m*g*z/k*T)*dz. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'analogie de cette loi avec notre formule (17) nous montre que la distribution qui s'&#233;tablit dans un gaz sous l'action de la pesanteur est la plus probable qui soit compatible avec une altitude moyenne donn&#233;e z = k*T/m*g (quand la colonne est suppos&#233;e limit&#233;e en hauteur), c'est-&#224;-dire avec une hauteur donn&#233;e du centre de gravit&#233;, si l'on introduit comme postulats de probabilit&#233; que la pr&#233;sence d'une mol&#233;cule est indiff&#233;remment possible dans des couches d'&#233;gale &#233;paisseur et que la pr&#233;sence d'une mol&#233;cule &#224; une certaine hauteur n'exerce aucune influence sur la possibilit&#233; de pr&#233;sence des autres, ce qui suppose le gaz assez rare, comme nous avons d&#251; le faire d'ailleurs pour appliquer la loi des gaz parfaits. Si nous remarquons que m*g*z repr&#233;sente l'&#233;nergie potentielle Psi de pesanteur d'une mol&#233;cule situ&#233;e &#224; l'altitude z, la formule devient : &lt;br class='autobr' /&gt;
(18)' dn = C*exp(-Psi/k*T)*dz. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience nous montre, sur le cas particulier de la distribution d'un gaz pesant en hauteur, que celui-ci se distribue spontan&#233;ment de la mani&#232;re la plus probable qui soit compatible avec une &#233;nergie potentielle donn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
LA M&#201;CANIQUE STATISTIQUE. &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi de Boltzmann. &#8212; C'est l'&#339;uvre essentielle de Boltzmann que d'avoir g&#233;n&#233;ralis&#233; de mani&#232;re compl&#232;te le r&#233;sultat pr&#233;c&#233;dent et montr&#233; que la configuration d'&#233;quilibre pr&#233;vue par la Thermodynamique pour un syst&#232;me mat&#233;riel quelconque est toujours la plus probable qui soit compatible avec son &#233;nergie totale, potentielle et cin&#233;-tique. Pour donner un sens pr&#233;cis &#224; cet &#233;nonc&#233;, il faut indiquer nettement quels sont les postulats fondamentaux dans la d&#233;finition des probabilit&#233;s. On y parvient par la notion d'extension en phase qu'introduisirent Boltzmann et Gibbs et qui est &#224; la base de la m&#233;canique statistique. La configuration et la position d'un syst&#232;me mat&#233;riel, qui peut d'ailleurs ne contenir qu'une seule mol&#233;cule, sont d&#233;termin&#233;es par certaines coordonn&#233;es q(1), q(2),&#8230; q(r) en nombre &#233;gal &#224; celui des degr&#233;s de libert&#233; du syst&#232;me, et son &#233;tat de mouvement par les moments ou quantit&#233;s de mouvement correspondants, p(1), p(2),&#8230;, p(r). En prenant les coordonn&#233;es et les moments comme d&#233;terminant la position d'un point dans un espace g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; 2*r dimensions, ou extension en phase, on peut repr&#233;senter chaque configuration dynamique d'un tel syst&#232;me par un point de cet espace et ses changements au cours du temps par une ligne ou trajectoire ; par chaque point passe d'ailleurs une trajectoire et une seule. Les diverses configurations possibles du syst&#232;me correspondent aux diff&#233;rents points de l'extension en phase comme les diverses positions possibles du centre d'une mol&#233;cule dans un r&#233;cipient correspondaient aux diff&#233;rents points du volume int&#233;rieur &#224; ce r&#233;cipient. Pour d&#233;finir les probabilit&#233;s dans le cas de la distribution en volume, nous avons consid&#233;r&#233; comme &#233;quivalentes des portions d'&#233;gale &#233;tendue du volume total. Nous pouvons aussi partager notre espace g&#233;n&#233;ralis&#233; en &#233;l&#233;ments d'&#233;gale extension d(omega) et un th&#233;or&#232;me fondamental d&#251; &#224; Liouville montre que, si notre syst&#232;me est r&#233;gi par des &#233;quations analogues &#224; celles de la Dynamique et r&#233;ductibles &#224; la forme Hamiltonienne, ces &#233;l&#233;ments d'&#233;gale extension, comme tout &#224; l'heure nos &#233;l&#233;ments &#233;gaux de volume, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme &#233;quivalents au point de vue de la probabilit&#233;, au point de vue de la pr&#233;sence possible &#224; leur int&#233;rieur du point repr&#233;sentatif de la configuration de notre syst&#232;me. En effet, le th&#233;or&#232;me de Liouville consiste en ceci que, si nous suivons au cours du temps des syst&#232;mes dont les points repr&#233;sentatifs sont situ&#233;s initialement dans un &#233;l&#233;ment donn&#233; de l'extension en phase, l'&#233;l&#233;ment se d&#233;place et se d&#233;forme dans l'espace g&#233;n&#233;ralis&#233;, mais en conservant une &#233;tendue constante. Donc la pr&#233;sence initiale du point repr&#233;sentatif dans un &#233;l&#233;ment est exactement aussi probable que sa pr&#233;sence ult&#233;rieure dans un &#233;l&#233;ment d'&#233;gale &#233;tendue ; deux &#233;l&#233;ments d'&#233;gale &#233;tendue doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme &#233;quivalents au point de vue de la pr&#233;sence possible du point repr&#233;sentatif, au m&#234;me titre que deux &#233;l&#233;ments &#233;gaux du volume ordinaire au point de vue de la pr&#233;sence possible des mol&#233;cules. Ce sera l&#224; notre postulat fondamental de d&#233;finition des probabilit&#233;s et, comme toujours, il trouvera sa justification compl&#232;te dans l'accord de ses cons&#233;quences avec les faits. Consid&#233;rons un ensemble compos&#233; d'un grand nombre N de syst&#232;mes identiques au pr&#233;c&#233;dent, comme un gaz est compos&#233; d'un grand nombre de mol&#233;cules semblables. A tout &#233;tat dynamique de l'ensemble, &#224; toute distribution des N syst&#232;mes qui le composent entre les diverses configurations possibles, correspond une distribution donn&#233;e des N points repr&#233;sentatifs dans l'extension en phase. Pour calculer la probabilit&#233; de cette distribution, d&#233;coupons l'extension en phase en &#233;l&#233;ments &#233;quivalents delta(omega) d'&#233;gale &#233;tendue que nous supposerons pouvoir diminuer ind&#233;finiment dans l'hypoth&#232;se des probabilit&#233;s continues. Si delta(n(1)), delta(n(2)),&#8230; sont les nombres de points repr&#233;sentatifs pr&#233;sents dans ces &#233;l&#233;ments pour la distribution consid&#233;r&#233;e, et si nous faisons de plus le postula analogue &#224; celui de la raret&#233; du gaz, de l'ind&#233;pendance mutuelle des positions des divers points, nous obtenons pour le nombre W de mani&#232;res dont la distribution consid&#233;r&#233;e peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e, nombre proportionnel &#224; sa probabilit&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
(19) W = N ! /[(delta(n(1))) ! (delta(n(2))) !&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
Si maintenant nous supposons donn&#233;e l'&#233;nergie totale U de l'ensemble, somme des &#233;nergies individuelles E dont la valeur est d&#233;termin&#233;e pour chaque syst&#232;me par le point repr&#233;sentatif de sa configuration, les distributions possibles sont assujetties &#224; la condition, comparable &#224; (8) : &lt;br class='autobr' /&gt;
(20) E(1)*delta(n(1)) + E(2)*delta(n(2)) +&#8230; = U, &lt;br class='autobr' /&gt;
E1, E2,&#8230; &#233;tant les &#233;nergies qui correspondent &#224; la position de points repr&#233;sentatifs dans les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments &#233;quivalents d'extension. La distribution de probabilit&#233; maximum sera repr&#233;sent&#233;e, comme il r&#233;sulte d'un calcul comparable &#224; celui qui nous a donn&#233; la relation (14), par : &lt;br class='autobr' /&gt;
delta(n) = C*exp(-E/Th&#234;ta)*delta(omega). &lt;br class='autobr' /&gt;
La densit&#233; en phase rho = delta(n)/delta(omega) qui correspond &#224; la distribution la plus probable de nos N syst&#232;mes est donc donn&#233;e par la loi des ensembles canoniques de Gibbs &lt;br class='autobr' /&gt;
(21) rho = C*exp(-E/Th&#234;ta).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le module Th&#234;ta de la distribution et le coefficient C sont d&#233;termin&#233;s par les conditions &#233;quivalentes &#224; (8) et (9) et que j'&#233;cris en notation diff&#233;rentielle pour passer au cas limite des probabilit&#233;s continues &lt;br class='autobr' /&gt;
(22) C*sum(E*exp(-E/Th&#234;ta)*d(omega) = U et C*sum(exp(-E/Th&#234;ta)*d(omega) = N. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons montrer que cette distribution la plus probable compatible. avec les conditions impos&#233;es &#224; notre ensemble de N syst&#232;mes est pr&#233;cis&#233;ment celle qui correspond &#224; la configuration d'&#233;quilibre pr&#233;vue par la Thermodynamique. En m&#234;me temps se d&#233;gagera la signification profonde au point de vue statistique des diverses notions fondamentales de la Thermodynamique : de m&#234;me que l'&#233;nergie totale U repr&#233;sente l'&#233;nergie interne de notre ensemble. de N syst&#232;mes (de N mol&#233;cules par exemple), nous allons &#234;tre conduits &#224; consid&#233;rer la temp&#233;rature absolue comme proportionnelle au module Th&#234;ta de la distribution ; l'entropie et l'&#233;nergie utilisable seront proportionnelles respectivement aux logarithmes de la probabilit&#233; W et de la constante C. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cas d'un gaz pesant. &#8212; Appliquons tout d'abord notre loi g&#233;n&#233;rale de distribution la plus probable au cas d'un gaz pesant compos&#233; de mol&#233;cules identiques les unes aux autres et de masse m. Chaque mol&#233;cule repr&#233;sentera l'un de nos syst&#232;mes et le gaz tout entier repr&#233;sentera l'ensemble dont nous cherchons la distribution. Admettons de plus qu'il s'agisse d'un gaz monoatomique dans lequel nous n'aurons pas &#224; introduire de rotations des mol&#233;cules ; chacune de celles-ci sera assimilable &#224; un point mat&#233;riel avec seulement trois degr&#233;s de libert&#233; de translation auxquels correspondront les coordonn&#233;es x, y, z et les composantes u, v, w de la vitesse. L'&#233;nergie E d'un syst&#232;me, somme de l'&#233;nergie cin&#233;tique et de l'&#233;nergie potentielle de pesanteur d'une mol&#233;cule, a pour expression &lt;br class='autobr' /&gt;
E = (1/2)*m*(u^2 + v^2 + w^2) + m*g*z. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace g&#233;n&#233;ralis&#233; ou extension en phase est ici &#224; six dimensions, trois pour les coordonn&#233;es x, y, z et trois pour les moments ou quantit&#233;s de mouvement correspondants, m*u, m*v, m*w, de sorte que chaque &#233;tat possible d&#034;une mol&#233;cule, comme position et mouvement., est repr&#233;sent&#233; par un point distinct, dans cet espace g&#233;n&#233;ralis&#233;, dont l'&#233;l&#233;ment d(omega) a pour valeur &lt;br class='autobr' /&gt;
d(omega) = (m^3)*dx*dy*dz*du*dv*dw. &lt;br class='autobr' /&gt;
La distribution des points qui dans cet espace repr&#233;sentent &#224; un moment donn&#233; l'&#233;tat des mol&#233;cules de l'ensemble nous donne &#224; la fois la r&#233;partition de ces mol&#233;cules entre les diverses positions et les diverses vitesses possibles. Dans la distribution la plus probable, compatible avec une &#233;nergie totale donn&#233;e, la densit&#233; de ces points est donn&#233;e par &lt;br class='autobr' /&gt;
(23) rho = C*exp(-m/(2*Th&#234;ta))*(u^2 + v^2 + w^2) &#8212; m*g*z/Th&#234;ta. &lt;br class='autobr' /&gt;
On reconna&#238;t, pour ce qui concerne les vitesses, la loi de distribution de Maxwell. On d&#233;duit imm&#233;diatement de cette formule que l'&#233;nergie cin&#233;tique correspondant &#224; un degr&#233; de libert&#233;, (1/2)*m*(u^2) par exemple, a pour valeur moyenne Th&#234;ta/2, quel que soit le degr&#233; de libert&#233; consid&#233;r&#233;. Il en serait encore de m&#234;me si nous avions suppos&#233; la mol&#233;cule susceptible de rotations ou de d&#233;formations l'&#233;nergie cin&#233;tique d'une mol&#233;cule &#233;tant mise sous forme d'une somme de carr&#233;s correspondant chacun &#224; un degr&#233; de libert&#233;, la valeur moyenne, dans la distribution la plus probable, est la m&#234;me pour chacun de ces termes et a pour valeur Th&#234;ta/2. C'est le th&#233;or&#232;me bien connu d'&#233;quipartition, qu'on &#233;tendrait sans peine au cas d'un m&#233;lange de diverses esp&#232;ces de mol&#233;cules par des consid&#233;rations de probabilit&#233;s analogues aux pr&#233;c&#233;dentes. Il est &#224; remarquer que l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne pour un degr&#233; de libert&#233; reste la m&#234;me Th&#234;ta/2 quand, au lieu de la calculer pour l'ensemble de toutes les mol&#233;cules, on consid&#232;re seulement celles qui sont contenues dans un &#233;l&#233;ment de volume de l'espace ordinaire dx, dy, dz, ou dans une tranche dz de la colonne cylindrique dans laquelle nous pouvons supposer notre gaz renferm&#233;. La distribution des vitesses entre les mol&#233;cules d'un gaz pesant, et par cons&#233;quent l'&#233;nergie cin&#233;-tique moyenne, est la m&#234;me &#224; toutes les altitudes. D'apr&#232;s la th&#233;orie cin&#233;tique, la pression d'un gaz est proportionnelle &#224; l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne de ses mol&#233;cules. Si c'est la concentration du gaz &#224; l'altitude z, en mol&#233;cules-gramme par unit&#233; de volume, et N le nombre d'Avogadro, la valeur Th&#234;ta/2 pour l'&#233;nergie moyenne d'un degr&#233; de libert&#233; conduit pour la pression &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
p = N*c*Th&#234;ta. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'identification avec la loi des gaz p = R*c*T donne la relation &lt;br class='autobr' /&gt;
(24) Th&#234;ta = (R/N)*T = k*T. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le module Th&#234;ta de la distribution la plus probable est donc proportionnel &#224; la temp&#233;rature absolue et donne la signification statistique de la notion de temp&#233;rature. La distribution la plus probable d'un gaz, comme d'un ensemble quelconque d'ailleurs, est la distribution isotherme. Si nous cherchons maintenant la variation de densit&#233; du gaz avec l'altitude dans la distribution donn&#233;e par la formule (23), en tenant compte de la relation (24), apr&#232;s int&#233;gration de &#8212;rho*d(omega) par rapport &#224; u, v, w, entre les limites &#8212;infini et +infini, nous retrouvons pr&#233;cis&#233;ment la loi repr&#233;sent&#233;e par la formule (18), c'est-&#224;-dire la loi du nivellement barom&#233;trique. C'est l&#224; une justification, sur cet exemple particulier, de la mani&#232;re dont nous avons d&#233;fini la probabilit&#233; d'une configuration de notre ensemble de syst&#232;mes, &#224; partir du postulat d'&#233;quivalence des &#233;l&#233;ments &#233;gaux d'extension en phase. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entropie et probabilit&#233;. &#8212; Pour obtenir l'interpr&#233;tation statistique du principe de Carnot, examinons tout d'abord le cas des transformations r&#233;versibles. Pour r&#233;aliser une semblable transformation, nous supposerons qu'on fait varier les conditions impos&#233;es &#224; notre ensemble de syst&#232;mes (grandeur de l'&#233;nergie totale U, forces ext&#233;rieures exerc&#233;es sur chaque syst&#232;me) assez lentement pour qu'&#224; chaque instant l'ensemble ait le temps de prendre la distribution la plus probable qui soit compatible avec les conditions actuelles. Nous aurons donc &#224; chaque instant une distribution de la forme (21) avec des constantes C et Th&#234;ta qui varieront d'un instant &#224; l'autre. La quantit&#233; W, donn&#233;e par la formule (19) et que nous appellerons la probabilit&#233;, aura &#224; chaque instant la plus grande valeur compatible avec les conditions impos&#233;es, et cette valeur variera au cours de la transformation. Cherchons de quelle mani&#232;re. L'extension en phase &#233;tant partag&#233;e en &#233;l&#233;ments delta(omega) tous &#233;gaux entre eux, tr&#232;s petits mais cependant assez grands pour que chacun d'eux renferme un grand nombre delta(n) = rho*delta(omega) de points repr&#233;sentatifs, nous pouvons, en appliquant la formule de Stirling &#224; chacune des factorielles qui entrent dans l'expression de W et en ne conservant que les termes importants, &#233;crire &lt;br class='autobr' /&gt;
log(W) = N*(log(N) &#8212; Iog(delta(omega)) &#8212; Sigma(rho*log(rho))*delta(omega). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier terme est constant au cours de la transformation, le second varie avec la distribution. En rempla&#231;ant par une int&#233;grale la somme qui figure dans ce terme et qui est &#233;tendue &#224; tous les &#233;l&#233;ments d'extension en phase, nous obtenons, en repr&#233;sentant le premier terme par une constante A : &lt;br class='autobr' /&gt;
log(W) = A &#8212; sum(rho*log(rho)*d(omega)). &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous admettons qu'&#224; chaque instant soit r&#233;alis&#233;e la distribution la plus probable, nous pouvons remplacer p par l'expression (21) et il vient, en tenant compte des conditions (22) : &lt;br class='autobr' /&gt;
(25) log(W) = A + U/Th&#234;ta &#8212; N*log(C). &lt;br class='autobr' /&gt;
Diff&#233;rentions cette derni&#232;re relation &lt;br class='autobr' /&gt;
d(log(W)) = dU/Th&#234;ta &#8212; U/((Th&#234;ta)^2)*d(Th&#234;ta) &#8212; N*(dC/C). &lt;br class='autobr' /&gt;
Diff&#233;rentions &#233;galement la seconde des conditions (22) ; elle donne &lt;br class='autobr' /&gt;
N*(dC/C) + (U/(Th&#234;ta^2))*d(Th&#234;ta) &#8212; (C/Th&#234;ta)*sum(exp(-E/Th&#234;ta))*dE*d(omega) = 0, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
d(log(W)) = dU/Th&#234;ta &#8212; (1/Th&#234;ta)*sum(rho*d(omega)*dE). &lt;br class='autobr' /&gt;
Or l'int&#233;grale sum(rho*d(omega)*dE) repr&#233;sente l'accroissement d'&#233;nergie potentielle de l'ensemble r&#233;sultant du changement des conditions ext&#233;rieures, c'est-&#224;-dire le travail d(tau) fourni &#224; l'ensemble pendant l'&#233;l&#233;ment de transformation r&#233;versible. Donc &lt;br class='autobr' /&gt;
d(log(W)) = (dU &#8212; d(tau))/Th&#234;ta. &lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence dU &#8212; d(tau) entre l'accroissement d'&#233;nergie interne et le travail fourni est la quantit&#233; de chaleur dQ fournie &#224; l'ensemble ; en tenant compte de la relation (24), il vient : &lt;br class='autobr' /&gt;
dQ/T = k*d*log(W) = d(k*log(W)). &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, pour une transformation consistant en une succession d'&#233;tats de probabilit&#233; maximum, le quotient de la chaleur fournie dQ par la temp&#233;rature absolue est une diff&#233;rentielle exacte. C'est un des &#233;nonc&#233;s du principe de Carnot appliqu&#233; aux transformations r&#233;versibles. Nous d&#233;montrons ainsi que les distributions mol&#233;culaires de probabilit&#233; maximum jouissent de toutes les propri&#233;t&#233;s impos&#233;es par la Thermodynamique aux configurations d'&#233;quilibre, et donnons, gr&#226;ce &#224; la d&#233;finition dynamique des probabilit&#233;s par l'introduction de l'extension en phase, un sens pr&#233;cis &#224; la notion intuitive que la distribution mol&#233;culaire la plus probable, se r&#233;alisant par l&#224; m&#234;me incomparablement plus souvent que toutes les autres en raison de la complexit&#233; de l'ensemble, doit repr&#233;senter la configuration d'&#233;quilibre de celui-ci sous les conditions donn&#233;es. On d&#233;duit aussi la signification statistique de l'entropie des r&#233;sultats pr&#233;c&#233;dents : &lt;br class='autobr' /&gt;
dS = d(k log W), &lt;br class='autobr' /&gt;
ou, &#224; une constante pr&#232;s : &lt;br class='autobr' /&gt;
(26) S = k log W. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entropie, dans le cas o&#249; la Thermodynamique permet de la d&#233;finir, c'est-&#224;-dire dans le cas des transformations r&#233;versibles, se trouve donc proportionnelle au logarithme de la probabilit&#233; de la configuration d'&#233;quilibre, c'est-&#224;-dire de la configuration la plus probable compatible avec les conditions impos&#233;es &#224; l'ensemble consid&#233;r&#233;. Nous obtenons en m&#234;me temps le moyen de g&#233;n&#233;raliser la notion quantitative d'entropie et de l'&#233;tendre aux configurations qui ne peuvent faire partie d'une transformation r&#233;versible. Comme nous savons par (19) d&#233;finir la probabilit&#233; W pour une configuration quelconque de notre ensemble, il suffit de consid&#233;rer comme g&#233;n&#233;rale la relation (26) pour obtenir une d&#233;finition g&#233;n&#233;rale de l'entropie et pour atteindre la signification profonde, purement statistique, de cette notion autrement si obscure. Le fait qu'un ensemble tend spontan&#233;ment vers la configuration la plus probable compatible avec les conditions qui lui sont impos&#233;es g&#233;n&#233;ralise et &#233;claire profond&#233;ment le th&#233;or&#232;me de Clausius d'apr&#232;s lequel l'entropie tend vers un maximum &#224; &#233;nergie interne donn&#233;e. La cons&#233;quence la plus importante peut-&#234;tre de ce r&#233;sultat est que la configuration d'&#233;quilibre pr&#233;vue par la Thermodynamique, la configuration d'entropie maximum, nous appara&#238;t maintenant comme la plus probable, mais non la seule possible pour l'ensemble. Celui-ci prend au cours du temps toutes les configurations possibles dans la proportion de leurs probabilit&#233;s. La plus probable est seulement la plus fr&#233;quente et pr&#233;domine d'autant plus que l'ensemble est plus complexe, que le nombre N des syst&#232;mes qui le composent est plus grand. Mais des fluctuations doivent se produire autour de cette configuration la plus probable ; nous verrons tout &#224; l'heure comment la relation (26) g&#233;n&#233;ralis&#233;e permet d'en pr&#233;voir l'importance dans tous les cas et comment l'observation directe de ces fluctuations est venue confirmer de la mani&#232;re la plus compl&#232;te ces cons&#233;quences du point de vue statistique et apporter des moyens nouveaux, en nombre illimit&#233;, pour atteindre les grandeurs mol&#233;culaires par l'interm&#233;diaire de ces fluctuations. Le principe de Carnot perd ainsi sa signification absolue : les configurations d'&#233;quilibre qu'il permet de pr&#233;voir et qu'il pr&#233;sente comme rigides ne correspondent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; un aspect moyen autour duquel la mati&#232;re est en fr&#233;missement continuel et effectue des fluctuations d'autant plus importantes relativement que le nombre des mol&#233;cules pr&#233;sentes est plus faible. En tenant compte des relations (24) et (26) et en choisissant convenablement la constante arbitraire dans l'expression de l'entropie, nous pouvons &#233;crire l'&#233;quation (25) sous la forme &lt;br class='autobr' /&gt;
U-TS = N*Th&#234;ta*log(C) = R*T*log(C), &lt;br class='autobr' /&gt;
si R est la constante des gaz pour un nombre N de mol&#233;cules &#233;gal au nombre des syst&#232;mes de notre ensemble. Nous obtenons ainsi l'expression de l'&#233;nergie utilisable et sa relation avec la constante C de la loi de distribution la plus probable &lt;br class='autobr' /&gt;
Psi = R*T*(log(C)), &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme la temp&#233;rature, l'&#233;nergie utilisable n'a de sens que pour une distribution d'&#233;quilibre, de probabilit&#233; maximum, puisque ces notions sont d&#233;finies &#224; partir des constantes Th&#234;ta et C caract&#233;ristiques d'une telle distribution. L'entropie au contraire est susceptible d'une d&#233;finition plus g&#233;n&#233;rale puisqu'elle est reli&#233;e &#224; la probabilit&#233; W dont la relation (19) donne l'expression pour une configuration quelconque de l'ensemble. Ceci montre l'importance particuli&#232;re qui s'attache &#224; cette notion d'entropie dont l'introduction s'est impos&#233;e longtemps avant qu'on en v&#238;t clairement les raisons profondes. Il est bien &#233;vident, d'ailleurs, que lorsqu'un ensemble complexe ne se trouve pas en &#233;quilibre thermodynamique, lorsque sa temp&#233;rature n'est pas uniforme par exemple, on peut le d&#233;composer en ensembles plus simples, en &#233;l&#233;ments de volume, au sens ordinaire du mot, pour chacun desquels l'&#233;quilibre est au moins approximative-ment r&#233;alis&#233;, pour chacun desquels on peut d&#233;finir une temp&#233;rature et une &#233;nergie utilisable, et calculer l'entropie au sens thermodynamique de sa d&#233;finition. Cette remarque trouve son application dans nombre de raisonnements relatifs aux fluctuations. Nous venons d'obtenir une interpr&#233;tation statistique de la Thermodynamique en suivant la voie ouverte par Boltzmann ; on peut avec Gibbs se placer &#224; un point de vile un peu diff&#233;rent, mais le fond des raisonnements reste le m&#234;me et je n'insisterai pas sur les diff&#233;rences entre les deux m&#233;thodes. Celle de Boltzmann me para&#238;t, du reste, la plus claire et la plus f&#233;conde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lois d'actions mol&#233;culaires. &#8212; Nous venons de voir dans la Thermodynamique un aspect des r&#233;sultats de la M&#233;canique statistique. Celle-ci est beaucoup plus riche de contenu et beaucoup plus profonde que celle-l&#224;, puisqu'elle en compl&#232;te les &#233;nonc&#233;s en m&#234;me temps qu'elle en donne la signification v&#233;ritable. Non seulement elle permet de pr&#233;voir les fluctuations spontan&#233;es que la Thermodynamique ignore compl&#232;tement ou plus exactement dont la Thermodynamique nie la possibilit&#233;, mais encore elle seule permet d'atteindre les propri&#233;t&#233;s des ensembles mol&#233;culaires o&#249; se refl&#232;tent les lois profondes d'actions individuelles exerc&#233;es sur les mol&#233;cules ou par les mol&#233;cules les unes sur les autres. J'ai rappel&#233; au d&#233;but que certaines propri&#233;t&#233;s des ensembles sont ind&#233;pendantes de ces lois individuelles et ne contiennent rien de plus que l'affirmation de la complexit&#233; de l'ensemble et du r&#244;le qu'y joue la probabilit&#233;. Celles qu'on d&#233;duit de l'application du principe de Carnot, de la Thermodynamique, appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Elles expriment uniquement ceci que la configuration d'&#233;quilibre ordinairement observ&#233;e est la plus probable de toutes celles dont l'ensemble est susceptible, et la grossi&#232;ret&#233; habituelle de nos moyens d'observation fait que cette probabilit&#233; se change progressivement en certitude &#224; mesure que l'ensemble devient plus complexe, ou plut&#244;t parce que les ensembles observ&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s complexes. Ces propri&#233;t&#233;s thermodynamiques, en retour, ne permettent pas d'atteindre les lois individuelles dont elles sont ind&#233;pendantes. Au contraire, la'loi de distribution la plus probable donn&#233;e par la formule (in) fait intervenir ces lois individuelles par l'interm&#233;diaire de l'&#233;nergie E relative &#224; chaque syst&#232;me et permet d'obtenir par int&#233;gration des propri&#233;t&#233;s de la configuration d'&#233;quilibre, des lois accessibles &#224; nos mesures o&#249; interviennent les lois d'actions mol&#233;culaires et dont l'observation doit nous permettre de remonter &#224; celles-ci. De l&#224; r&#233;sulte une puissance nouvelle d'investigation que nous commen&#231;ons &#224; peine &#224; savoir mettre en valeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'orientation mol&#233;culaire. &#8212; Je citerai, comme premier exemple, la th&#233;orie d'orientation mol&#233;culaire dont j'ai montr&#233; toute l'importance pour rendre compte des ph&#233;nom&#232;nes de paramagn&#233;tisme et de bir&#233;fringence &#233;lectrique et magn&#233;tique. Lorsque, sous l'action d'un champ ext&#233;rieur, chaque mol&#233;cule est soumise &#224; un couple tendant &#224; l'orienter, l'&#233;nergie E relative &#224; une mol&#233;cule contient un terme qui repr&#233;sente le travail effectu&#233; par ce couple et la formule (21) d&#233;termine la mani&#232;re dont les mol&#233;cules s'orientent, dont elles se distribuent entre les diverses orientations possibles dans la configuration la plus probable de l'ensemble. Cette formule traduit l'effet superpos&#233; de l'agitation thermique tendant &#224; r&#233;aliser la distribution isotrope et de l'action directrice du champ qui tend &#224; disposer parall&#232;lement toutes les mol&#233;cules dans l'orientation d'&#233;nergie minimum. &lt;br class='autobr' /&gt;
La distribution d'&#233;quilibre &#233;tant ainsi connue, une simple int&#233;gration donne la grandeur mesurable, moment magn&#233;tique r&#233;sultant dans le cas du paramagn&#233;tisme ou indice de r&#233;fraction dans le cas de la bir&#233;fringence. On peut alors, ainsi que je l'ai montr&#233;, remonter de l'observation au moment magn&#233;tique mol&#233;culaire ou &#224; la dissym&#233;trie optique de chaque mol&#233;cule. Le cas est beaucoup plus complexe o&#249; le couple directeur qui s'exerce sur une mol&#233;cule d&#233;pend, non plus seulement du champ ext&#233;rieur et de l'orientation par rapport &#224; lui de la mol&#233;cule consid&#233;r&#233;e, comme pour les substances paramagn&#233;tiques dilu&#233;es par exemple, mais r&#233;sulte des actions mutuelles entre mol&#233;cules. L'&#233;nergie U de l'ensemble fait alors intervenir des termes o&#249; figurent &#224; la fois les orientations de deux ou plusieurs mol&#233;cules, et le calcul de la con-figuration de probabilit&#233; maximum compatible avec une valeur donn&#233;e de U devient beaucoup plus difficile. C'est ainsi que la question se pose pour les substances ferromagn&#233;tiques ou pour les cristaux liquides o&#249; les actions directrices mutuelles jouent le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. On sait quels progr&#232;s ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s dans l'&#233;tude du ferromagn&#233;tisme, gr&#226;ce &#224; l'hypoth&#232;se du champ mol&#233;culaire par laquelle M. Pierre Weiss a propos&#233; de traduire la r&#233;sultante des actions mutuelles exerc&#233;es sur une mol&#233;cule. Les r&#233;sultats donn&#233;s par cette simplification du probl&#232;me font pr&#233;voir de quelle importance serait la solution compl&#232;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;quations d'&#233;tat. &#8212; Les choses se pr&#233;sentent plus simplement lorsque au lieu d'actions mutuelles d'orientation on suppose seulement entre les mol&#233;cules des forces centrales, s'exer&#231;ant suivant une loi donn&#233;e en fonction de leur distance. L'&#233;quation d'&#233;tat d'un fluide compos&#233; de semblables mol&#233;cules s'obtiendrait de mani&#232;re compl&#232;te par la voie statistique si l'on savait r&#233;soudre le probl&#232;me suivant, de nature purement g&#233;om&#233;trique : N points &#233;tant distribu&#233;s au hasard dans un volume donn&#233;, quelle est la probabilit&#233; pour que les &#224; distances mutuelles entre ces points, en nombre &#233;gal &#224; [N*(N-1)]/2, soient distribu&#233;es d'une mani&#232;re donn&#233;e entre les diverses valeurs possibles ? Ce probl&#232;me r&#233;solu, l'&#233;quation d'&#233;tat s'obtient imm&#233;diatement et fait intervenir, naturellement, la loi d'action mutuelle entre deux mol&#233;cules. Cette &#233;quation permettrait, inversement, de remonter &#224; la loi d'action &#224; partir des isothermes obtenues exp&#233;rimentalement pour le fluide consid&#233;r&#233;. Il y a l&#224; une question fondamentale de coh&#233;sion et je signale, &#224; l'attention des math&#233;maticiens, le probl&#232;me de probabilit&#233;s purement g&#233;om&#233;trique dont d&#233;pend toute sa solution. Ce m&#234;me probl&#232;me domine &#233;galement toute la th&#233;orie des m&#233;langes de fluides et de la pression osmotique en particulier. De m&#234;me que, par son interm&#233;diaire, l'&#233;quation d'&#233;tat d'un fluide pur donnerait la loi d'action entre mol&#233;cules identiques, les propri&#233;t&#233;s bien connues des m&#233;langes donneraient la loi d'action entre mol&#233;cules d'esp&#232;ces diff&#233;rentes. Ici encore, les progr&#232;s de la Physique d&#233;pendent de la solution d'un probl&#232;me de probabilit&#233;s. Il s'agit toujours de trouver la distribution la plus probable compatible avec des conditions donn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral des fluctuations. &#8212; Dans ces premiers exemples d'applications des raisonnements g&#233;n&#233;raux de la M&#233;canique statistique, nous avons consid&#233;r&#233; seulement la distribution la plus probable autour de laquelle nos ensembles effectuent constamment des fluctuations, g&#233;n&#233;ralement insensibles &#224; cause de la grande complexit&#233; des ensembles de mol&#233;cules sur lesquels portent nos observations. Mais ces fluctuations peuvent devenir accessibles &#224; l'exp&#233;rience, lorsque le nombre des mol&#233;cules contenues dans le syst&#232;me diminue (mouvement brownien de petites particules ou diffusion de la lumi&#232;re, d&#233;termin&#233;e par les fluctuations de concentration dans des petits volumes de l'ordre du cube de la longueur d'onde). Nous avons vu comment on peut pr&#233;voir leur importance par des raisonnements tr&#232;s simples de probabilit&#233;s dans le cas des fluctuations de concentration de gaz peu denses ou de solutions dilu&#233;es o&#249; les positions des diverses mol&#233;cules peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme ind&#233;pendantes les unes des autres. La question est alors purement g&#233;om&#233;trique. Si les actions mutuelles interviennent pour diminuer les fluctuations quand ces actions sont r&#233;pulsives ou pour les augmenter quand elles sont attractives, il n'y a plus ind&#233;pendance et la question, devenue dynamique, ne peut &#234;tre r&#233;solue que par les consid&#233;rations nouvelles de probabilit&#233;s qu'introduit la M&#233;canique statistique. Dans le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral des fluctuations, il s'agit d'&#233;tudier les variations spontan&#233;es d'une grandeur observable x caract&#233;ristique du syst&#232;me (altitude ou vitesse d'un granule brownien, densit&#233; du fluide dans un petit volume, intensit&#233; du courant dans un circuit, etc.) autour de la valeur x(0) qui correspond &#224; l'&#233;tat le plus probable (altitude du point le plus bas qu'il puisse occuper et vitesse nulle pour le granule, densit&#233; correspondante &#224; la distribution uniforme d'un fluide, valeur nulle du courant si le circuit ne comporte pas de force &#233;lectromotrice, etc.). La question revient en somme &#224; chercher la probabilit&#233; W(x)*dx pour que la grandeur consid&#233;r&#233;e soit comprise entre x et x+dx. Cette probabilit&#233; connue, on en d&#233;duira ais&#233;ment la valeur moyenne d'une fonction quelconque de x-x(0) ou les effets produits par les fluctuations sur la propagation de la lumi&#232;re par exemple, la fr&#233;quence avec laquelle se pr&#233;sente l'&#233;cart x-x(0) &#233;tant, comme dans tout ce qui pr&#233;c&#232;de, proportionnelle au coefficient de probabilit&#233; W(x). Deux proc&#233;d&#233;s diff&#233;rents peuvent &#234;tre employ&#233;s pour atteindre cette probabilit&#233;. On peut tout d'abord supposer isol&#233; le syst&#232;me complexe form&#233; par notre ensemble de mol&#233;cules, c'est-&#224;-dire supposer son &#233;nergie interne constante et utiliser la formule (19) pour calculer la probabilit&#233; d'une configuration quelconque soumise &#224; la condition d'&#233;nergie donn&#233;e. En ajoutant les probabilit&#233;s ainsi obtenues pour toutes les configurations telles que la grandeur observable soit comprise entre x et x+dx, on aura pr&#233;cis&#233;ment W(x)*dx. On obtient ainsi ce que nous pouvons appeler les fluctuations &#224; &#233;nergie constante. Bien qu'il soul&#232;ve des difficult&#233;s, le raisonnement suivant, d&#251; &#224; M. Einstein, permet d'arriver tr&#232;s vite au r&#233;sultat. A chaque valeur de x correspond, au sens thermodynamique, une valeur de l'entropie S de notre syst&#232;me qui prend son maximum So pour x= xo. En g&#233;n&#233;ralisant la relation de Boltzmann (26) entre l'entropie et la probabilit&#233;, nous pouvons admettre, entre S et la valeur correspondante du coefficient W(x), la relation &lt;br class='autobr' /&gt;
S = k log W, &lt;br class='autobr' /&gt;
ou, ce qui &#233;limine la constante arbitraire non &#233;crite dans cette &#233;quation, &lt;br class='autobr' /&gt;
S-S(0) = k*log(W/W(0)), &lt;br class='autobr' /&gt;
ou encore &lt;br class='autobr' /&gt;
(27) W = W(0)*exp((S-S(0))/k). &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut encore &#233;crire cette formule autrement. Comme notre syst&#232;me est complexe et que la grandeur x est un seul des param&#232;tres en nombre &#233;norme n&#233;cessaires pour la description compl&#232;te de l'&#233;tat du syst&#232;me, la variation de x dans les limites que les fluctuations pourront atteindre ne modifiera pas appr&#233;ciablement la temp&#233;rature du syst&#232;me qui correspond &#224; une &#233;nergie interne donn&#233;e. Autrement dit, la configuration la plus probable sous les conditions que U ait la valeur donn&#233;e et que x soit compris entre x et x+dx correspond &#224; un module Th&#234;ta et par cons&#233;quent &#224; une temp&#233;rature T sensiblement ind&#233;pendante de x. Dans ces conditions, si Psi et Psi(0) sont les valeurs de l'&#233;nergie utilisable qui correspondent &#224; x et x(0) sous cette temp&#233;rature, on a, l'&#233;nergie interne restant fixe : &lt;br class='autobr' /&gt;
S &#8212; S(0) = (Psi(0) &#8212; Psi)/T, &lt;br class='autobr' /&gt;
et l'on peut &#233;crire la relation (27) sous la forme &lt;br class='autobr' /&gt;
(28) W = A*exp(-Psi/(k*T)), &lt;br class='autobr' /&gt;
A &#233;tant une constante. Nous pouvons retrouver ce m&#234;me r&#233;sultat par une autre voie, gr&#226;ce &#224; la remarque suivante : la tr&#232;s faible variation de temp&#233;rature qui accompagne les fluctuations &#224; &#233;nergie constante &#224; cause de la complexit&#233; du syst&#232;me fait que ces fluctuations restent les m&#234;mes quand ce syst&#232;me, au lieu d'&#234;tre isol&#233;, fait partie d'un ensemble de syst&#232;mes complexes analogues avec lesquels il peut &#233;changer de l'&#233;nergie, c'est-&#224;-dire quand on consid&#232;re les fluctuations comme isothermes'au lieu de les consid&#233;rer comme s'effectuant &#224; &#233;nergie constante. On voit imm&#233;diatement que l'&#233;tude de ces fluctuations isothermes se ram&#232;ne &#224; celle de la distribution la plus probable des diverses configurations possibles dans un ensemble de syst&#232;mes complexes. C'est un probl&#232;me tout &#224; fait analogue &#224; celui que r&#233;sout la formule (21), &#224; ceci pr&#232;s que, au lieu d'avoir une seule mol&#233;cule pour chacun des syst&#232;mes dont est compos&#233; l'ensemble, chaque syst&#232;me est lui-m&#234;me compos&#233; d'un grand nombre de mol&#233;cules. De sorte que l'extension en phase doit avoir maintenant un nombre &#233;norme de dimensions, puisque chaque syst&#232;me complexe contient N fois plus de param&#232;tres que chacune des mol&#233;cules dont il est compos&#233;. La distribution cherch&#233;e est d&#233;termin&#233;e par une formule analogue &#224; (21), mais o&#249; E repr&#233;sente, non plus l'&#233;nergie d'une mol&#233;cule, mais celle de notre ensemble de N mol&#233;cules en fonction de tous les param&#232;tres qui fixent la configuration de cet ensemble. Si d(Omega) est un &#233;l&#233;ment de la nouvelle extension en phase, la probabilit&#233; pour que le point repr&#233;sentatif se trouve contenu dans cet &#233;l&#233;ment sera &lt;br class='autobr' /&gt;
(29) C*exp(-E/Th&#234;ta)*d(Omega), &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous voulons &#233;tudier les fluctuations relatives &#224; un certain param&#232;tre x, accessible &#224; nos mesures, c'est-&#224;-dire chercher la probabilit&#233; pour que ce param&#232;tre soit compris entre x et x+dx, nous devons chercher la portion de l'extension Omega qui contient les points repr&#233;sentatifs pour lesquels la grandeur x est comprise entre les limites indiqu&#233;es. En int&#233;grant dans cette portion l'expression (29) nous obtiendrons la probabilit&#233; cherch&#233;e sous la forme &lt;br class='autobr' /&gt;
W(x)*dx. &lt;br class='autobr' /&gt;
En se reportant &#224; la d&#233;finition statistique que nous avons obtenue pour l'&#233;nergie utilisable, on d&#233;montre que la probabilit&#233; pr&#233;c&#233;dente peut s'&#233;crire : &lt;br class='autobr' /&gt;
W(x)*dx = A*exp(-Psi(x)/Th&#234;ta)*dx, &lt;br class='autobr' /&gt;
A d&#233;pendant de x, mais de fa&#231;on &#224; varier d'ordinaire tr&#232;s peu en valeur relative quand x varie autour de x(0). On peut alors consid&#233;rer A comme une constante, et la connaissance de Psi(x) suffit, c'est-&#224;-dire de l'&#233;nergie utilisable du syst&#232;me relative &#224; la grandeur x, et &#224; la temp&#233;rature T, le module Th&#234;ta &#233;tant pris &#233;gal &#224; k*T. Nous retrouvons bien la formule (28), obtenue en supposant les fluctuations adiabatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi que l'&#233;tude des fluctuations isothermes d'un syst&#232;me complexe, comme notre ensemble primitif de N mol&#233;cules, autour de sa configuration la plus probable, se ram&#232;ne &#224; l'&#233;tude de la distribution la plus probable d'un ensemble de syst&#232;mes complexes, identiques au premier, entre les diverses configurations possibles. C'est l&#224; un fait g&#233;n&#233;ral en calcul des probabilit&#233;s, les &#233;carts &#224; partir d'une distribution probable s'obtenant par la consid&#233;ration de la distribution la plus probable d'un ensemble plus complexe que le premier. Voyons maintenant quelques applications de la formule (28) &#224; la Physique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mouvement Brownien et distribution de granules. &#8212; Si le syst&#232;me complexe est constitu&#233; par un granule et le fluide qui l'environne, nous pouvons prendre pour grandeur x soit la vitesse du mouvement d'ensemble du granule suivant une direction, soit son altitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le premier cas Psi est &#233;gal &#224; l'&#233;nergie cin&#233;tique correspondante &#224; la direction consid&#233;r&#233;e et proportionnelle au carr&#233; de la vitesse. L'application de (28) donne, pour valeur moyenne de cette &#233;nergie cin&#233;tique, Th&#234;ta/2 ou k*T/2. Nous retrouvons ainsi sous un nouvel aspect, applicable aux mouvements visibles, le th&#233;or&#232;me d'&#233;quipartition de l'&#233;nergie cin&#233;tique entre les degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me complexe. J'ai montr&#233; comment ce th&#233;or&#232;me permet de retrouver tr&#232;s simplement la formule c&#233;l&#232;bre donn&#233;e par M. Einstein pour les d&#233;placements d'un granule par mouvement Brownien de translation ou de rotation. On retrouve cette &#233;quipartition sous une forme g&#233;n&#233;ralis&#233;e toutes les fois que l'&#233;nergie utilisable Psi est une fonction continue de la grandeur x. En effet Psi(0), valeur qui correspond &#224; la configuration d'&#233;quilibre, devant &#234;tre un minimum pour Psi, on peut &#233;crire, en limitant le d&#233;veloppement &#224; cause de la faible amplitude des variations spontan&#233;es : &lt;br class='autobr' /&gt;
Psi &#8212; Psi(0) = alpha*((x-x(0))^2), &lt;br class='autobr' /&gt;
alpha &#233;tant une constante. L'application de (28) montre encore que la valeur moyenne de Psi &#8212; Psi(0) est &#233;gale &#224; k*T/2, c'est-&#224;-dire que les fluctuations correspondent, pour chaque param&#232;tre tel que x, &#224; un &#233;cart moyen d'&#233;nergie utilisable &#233;gal &#224; l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne k*T/ 2 d'une mol&#233;cule par degr&#233; de libert&#233; &#224; la m&#234;me temp&#233;rature ; c'est dire la petitesse de telles fluctuations. On con&#231;oit la g&#233;n&#233;ralit&#233; des applications possibles de ce r&#233;sultat aux d&#233;formations spontan&#233;es d'un corps &#233;lastique tel qu'un diapason, &#224; la charge spontan&#233;e d'un condensateur dont les plateaux sont r&#233;unis par un fil et dont l'&#233;nergie &#233;lectrostatique aura la valeur moyenne k*T/2 aux fluctuations de courant dans un circuit dont l'&#233;nergie de self-induction aura cette m&#234;me valeur moyenne, etc. Dans tout syst&#232;me susceptible d'effectuer des vibrations p&#233;riodiques comme le diapason ou le condensateur ferm&#233;, la valeur moyenne de l'&#233;nergie potentielle est &#233;gale &#224; k*T/2 comme la valeur moyenne de l'&#233;nergie cin&#233;tique (ou magn&#233;tique). La valeur moyenne de l'&#233;nergie totale doit donc &#234;tre &#233;gale &#224; k*T pour chaque mode possible de vibration. Ce r&#233;sultat cesse d'&#234;tre exact quand l'&#233;nergie utilisable n'est pas une fonction continue de la variable x. Il en est ainsi par exemple dans le cas des fluctuations d'altitude d'un granule pesant. Si m est sa masse, Delta sa densit&#233;, delta celle du fluide dans lequel il est plong&#233; et z son altitude au-dessus du fond du vase, on a &lt;br class='autobr' /&gt;
Psi = m*g*(1-delta/Delta)*z, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour z &gt; 0, et Psi pratiquement infini pour z n&#233;gatif puisqu'il faudrait d&#233;former le fond du vase pour faire descendre le granule au-dessous de z=0. Psi est donc bien minimum pour z=0, mais le d&#233;veloppement n'a plus la m&#234;me forme que pr&#233;c&#233;demment. W est nul pour z n&#233;gatif en vertu de (28) et pour z positif &#233;gal &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
W = W(0)*exp(-(m*g/k*T)*(1-delta/Delta)*z), &lt;br class='autobr' /&gt;
on reconna&#238;t la loi de distribution v&#233;rifi&#233;e exp&#233;rimentalement par M. Perrin. La Thermodynamique pr&#233;voit la position d'&#233;quilibre z = 0 pour laquelle l'&#233;nergie utilisable est minimum et la pr&#233;sence des granules dans le liquide au-dessus du fond correspond &#224; des fluctuations d'altitude r&#233;gies par la loi de probabilit&#233; que nous venons d'obtenir. On reconna&#238;t encore, sur cet exemple, qu'un m&#234;me probl&#232;me peut &#234;tre envisag&#233; soit comme un probl&#232;me de distribution la plus probable, soit comme un probl&#232;me de fluctuations. Si l'on calcule dans le cas actuel la valeur moyenne de ou des fluctuations d'&#233;nergie utilisable correspondant &#224; la variable z, on trouve, &#224; cause de la forme particuli&#232;re de cette fonction, la valeur k*T au lieu de k*T/2. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fluctuations de concentration. &#8212; Le cas des fluctuations de concentration, dans un fluide dont les mol&#233;cules agissent les unes sur les autres, rentre dans le cas g&#233;n&#233;ral. Pour un petit volume donn&#233; au milieu d'un fluide, la concentration moyenne varie autour de celle qui correspond &#224; la distribution uniforme du fluide. L'&#233;cart Psi &#8212; Psi(0) est proportionnel, en premi&#232;re approximation, au carr&#233; des variations de concentration et celles-ci sont donc telles que la valeur moyenne de Psi &#8212; Psi(0) soit &#233;gale &#224; k*T/2. Cela suffit pour donner toute la th&#233;orie quantitative de l'opalescence critique puisque l'on conna&#238;t le degr&#233; de trouble du fluide &#224; toutes les &#233;chelles de grandeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Probabilit&#233;s continues et probabilit&#233;s discontinues. &#8212; Nous avons vu qu'&#224; tout mode possible de vibration p&#233;riodique dans un syst&#232;me, la M&#233;canique statistique telle que nous l'avons obtenue pr&#233;voit une &#233;nergie moyenne totale &#233;gale &#224; k*T. Ce r&#233;sultat, appliqu&#233; aux mol&#233;cules d'un solide, conduit &#224; pr&#233;voir pour le solide une chaleur sp&#233;cifique constante &#224; toutes temp&#233;ratures et, appliqu&#233; aux r&#233;sonateurs &#233;lectromagn&#233;tiques de M. Planck, conduit &#224; la loi de Rayleigh pour la distribution d'&#233;nergie dans le rayonnement noir. L'exp&#233;rience est en contradiction formelle avec ces cons&#233;quences. D'o&#249; viennent ces difficult&#233;s ? Dans nos raisonnements de M&#233;canique statistique, et en particulier dans le calcul des valeurs moyennes qui nous a conduits au th&#233;or&#232;me d'&#233;quipartition, nous avons implicitement admis qu'il s'agissait de probabilit&#233;s continues et remplac&#233; partout les sommations par des int&#233;grations, ce qui revient &#224; consid&#233;rer comme infiniment petit le domaine &#233;l&#233;mentaire d'extension en phase delta(omega) que nous avons introduit pour d&#233;finir la probabilit&#233;. Or ce passage &#224; la limite soul&#232;ve de grosses difficult&#233;s. En dehors du fait que des &#233;l&#233;ments d'extension en phase &#233;vanescents cesseront de contenir des nombres delta(n) de points repr&#233;sentatifs assez grands pour qu'on puisse continuer &#224; utiliser la formule de Stirling, nous pouvons remarquer que la constante A de la formule (25) qui donne le logarithme de la probabilit&#233; contient le terme log(delta(omega)) qui devient infini quand delta(omega) tend vers z&#233;ro. On &#233;vite ces difficult&#233;s en m&#234;me temps qu'on rend compte des lois exp&#233;rimentales des chaleurs sp&#233;cifiques et du rayonnement noir en admettant avec M. Planck une &#233;tendue finie et d&#233;termin&#233;e pour le domaine &#233;l&#233;mentaire delta(omega), c'est-&#224;-dire en rempla&#231;ant les probabilit&#233;s continues par des probabilit&#233;s discontinues. La loi de distribution la plus probable est toujours donn&#233;e par la formule (21) de m&#234;me que dans notre premi&#232;re partie la formule analogue (14) s'applique dans tous les cas. Mais la relation est chang&#233;e entre le module Th&#234;ta ou tau et la valeur moyenne de la variable E ou t. Les probabilit&#233;s continues nous ont donn&#233; t = tau, pour la dur&#233;e moyenne des s&#233;ries comme elles nous donnent E = Th&#234;ta pour l'&#233;nergie moyenne d'un r&#233;sonateur. L'introduction des probabilit&#233;s discontinues donne la formule (16) et M. Planck a montr&#233; que, dans le cas du r&#233;sonateur, si h est la valeur impos&#233;e au domaine &#233;l&#233;mentaire d'extension en phase, la variation d'&#233;nergie qui lui correspond est epsilon = h*nu, nu &#233;tant la fr&#233;quence du r&#233;sonateur, et l'on obtient la formule tout &#224; fait comparable &#224; (16) &lt;br class='autobr' /&gt;
(30) E(barre) = epsilon/(exp(epsilon/Th&#234;ta)-1) &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut, au moyen de ce r&#233;sultat, repr&#233;senter au degr&#233; de pr&#233;cision des mesures la variation de capacit&#233; calorifique des solides avec la temp&#233;rature et la distribution de l'&#233;nergie dans le rayonnement noir. En effet notre r&#233;sonateur est en &#233;quilibre avec un rayonnement repr&#233;sent&#233; exactement par la loi exp&#233;rimentale rappel&#233;e ant&#233;rieurement : &lt;br class='autobr' /&gt;
F(lambda*T) = C/(exp(c/lambda*T)-1) &lt;br class='autobr' /&gt;
en posant : &lt;br class='autobr' /&gt;
c/(lambda*T) = epsilon/Th&#234;ta = (h*nu)/(k*T), &lt;br class='autobr' /&gt;
ou, si V est la vitesse de la lumi&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
c = h*V/k. &lt;br class='autobr' /&gt;
La constante h, qui vient de s'introduire comme mesurant l'&#233;tendue du domaine &#233;l&#233;mentaire de probabilit&#233; dans le probl&#232;me du r&#233;sonateur, semble bien avoir une importance capitale en Physique et figurer dans les lois d'un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes. On con&#231;oit qu'il en doive &#234;tre ainsi puisque cette m&#234;me constante d&#233;termine probablement le domaine &#233;l&#233;mentaire de probabilit&#233; dans toutes les questions de M&#233;canique statistique, quelle que soit la complexit&#233; du syst&#232;me &#233;tudi&#233;. L'exp&#233;rience a confirm&#233; son intervention, non seulement dans la th&#233;orie du rayonnement noir, mais encore dans celles de l'&#233;mission des rayons de R&#246;ntgen, des rayons cathodiques secondaires, des ph&#233;nom&#232;nes photo&#233;lectriques et jusque dans les lois de la M&#233;canique chimique. Il para&#238;t &#233;galement certain qu'elle d&#233;termine la grandeur du magn&#233;ton ou &#233;l&#233;ment discontinu de moment magn&#233;tique mol&#233;culaire. Ainsi le discontinu semble de tous c&#244;t&#233;s dominer la Physique. Non seulement nous devons admettre des &#233;l&#233;ments structuraux discrets, &#233;lectrons, atomes ou mol&#233;cules, mais encore il semble bien que nous devions introduire un &#233;l&#233;ment nouveau de discontinuit&#233; dans les raisonnements statistiques par lesquels nous passons pour construire une image du monde &#224; partir de ces &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Langevin, &#171; La physique depuis vingt ans &#187; (1923)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que le passage dialectique de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; ?</title>
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		<dc:date>2020-08-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le passage dialectique de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt; Bien des gens ont tendance &#224; affirmer que la science, physique, chimie, biologie notamment, serait math&#233;matisable au sens o&#249; tout y serait quantitatif. Faux : ces sciences sont d'abord qualitatives car les diff&#233;rences entre particules, atomes, mol&#233;cules, ondes, et &#233;nergies ne sont pas seulement quantitatives mais qualitatives. &lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence entre une particule virtuelle et une particule r&#233;elle n'est pas seulement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Qu'est-ce que le passage dialectique de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens ont tendance &#224; affirmer que la science, physique, chimie, biologie notamment, serait math&#233;matisable au sens o&#249; tout y serait quantitatif. Faux : ces sciences sont d'abord qualitatives car les diff&#233;rences entre particules, atomes, mol&#233;cules, ondes, et &#233;nergies ne sont pas seulement quantitatives mais qualitatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre une particule virtuelle et une particule r&#233;elle n'est pas seulement quantitative puisqu'il faut capter un boson de Higgs. La diff&#233;rence entre deux atomes de m&#234;me type est le nombre d'&#233;lectrons mais la diff&#233;rence produite est qualitative : la capacit&#233; de l'atome &#224; capter ou perdre un &#233;lectron qui change qualitativement les propri&#233;t&#233;s chimiques de l'atome, les capacit&#233;s de se lier avec d'autres atomes pour former ou pas des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on examine l'atome plus en interne, la diff&#233;rence entre deux noyaux d'atomes, diff&#233;rences qui d&#233;termine les types d'atomes, la nature de l'atome, atome d'hydrog&#232;ne, atome d'oxyg&#232;ne, atome de chlore, etc., c'est le nombre de nucl&#233;ons (protons et neutrons) et si on ajoute (ou on retranche) un nucl&#233;on &#224; une structure atomique existante, on saute qualitativement d'un noyau d'un &#233;l&#233;ment chimique &#224; un autre, saut qualitatif car toutes les propri&#233;t&#233;s chimiques changent radicalement et qualitativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein d'une dynamique chaotique (chaos d&#233;terministe, c'est-&#224;-dire l'essentiel des dynamiques non-lin&#233;aires) d'un syst&#232;me physique ou chimique, un petit changement quantitatif fait passer le syst&#232;me, et m&#234;me sauter, d'une situation stable &#224; une situation chaotique ressemblant au d&#233;sordre, au &#171; pur hasard &#187;, puis une un nouveau changement quantitatif (m&#234;me tout petit) ram&#232;ne &#224; une situation stable. Tous les syst&#232;mes d&#233;pendant des lois du chaos d&#233;terministe pr&#233;sentent des exemples de saut qualitatif, suite &#224; une petite augmentation ou diminution quantitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vivant est &#233;videmment le si&#232;ge de tels sauts qualitatifs produits par un changement quantitatif. Par exemple, telle ou telle mol&#233;cule peut &#234;tre totalement inactive dans une certaine quantit&#233;, puis b&#233;n&#233;fique dans une autre quantit&#233;, puis, &#224; un seuil, devenir nuisible et m&#234;me mortelle. C'est vrai de multiples mol&#233;cules, pas seulement de poisons, de produits dangereux. C'est vrai m&#234;me de produits aussi simples que l'eau et le sel. C'est quasiment vrai de l'essentiel des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement qualitatif, &#224; un seuil quantitatif d'intervention, est &#233;galement le propre de la relation mati&#232;re/&#233;nergie. L'&#233;nergie peut &#234;tre inactive qualitativement &#224; un certain niveau quantitatif, puis, en augmentant ce niveau, elle peut &#234;tre absorb&#233;e, modifiant seulement la structure &#233;lectronique, et, &#224; un nouveau seuil, elle peut modifier la structure du noyau, et, &#224; un dernier seuil, elle peut casser l'atome, et m&#234;me transformer une partie de la mati&#232;re en &#233;nergie, en rayonnement, en photons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chocs mati&#232;re/mati&#232;re sont &#233;galement du m&#234;me type : &#224; un certain seuil, la quantit&#233; se transforme en qualit&#233;. Les chocs peuvent laisser indiff&#233;rente la mati&#232;re, ou la propulser, ou encore la transformer, par exemple la faisant passer de particules virtuelles &#224; particules r&#233;elles, ou enfin le choc peut faire exploser les structures mat&#233;rielles ou faire fusionner les noyaux, saut qualitatif s'il en est puisque les atomes qui en r&#233;sultent n'ont pas du tout les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s que ceux d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me des &#233;tats de la mati&#232;re : encore des exemples multiples de sauts qualitatifs d'un &#233;tat &#224; un autre. Ce sont m&#234;me les plus fameux de ces types de sauts qualitatifs appel&#233;s &#171; transitions de phase &#187;, comme le passage de l'eau gazeuse &#224; l'eau liquide et &#224; l'eau solide. Ces changements quantitatifs qui causent les changements qualitatifs sont des changements d'origine multiple : pression, temp&#233;rature, nombre de mol&#233;cules, modification du r&#233;cipient, champ gravitationnel, champ magn&#233;tique, &#233;nergie, mouvement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'univers de la mati&#232;re-lumi&#232;re-vide est sujet &#224; de telles transitions de phase qui sont des sauts qualitatifs se produisant &#224; un certain seuil quantitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire de l'Univers est le r&#233;cit de telles transitions de phase comme la lib&#233;ration de la lumi&#232;re (univers transparent au rayonnement) produite par un changement quantitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire d'une &#233;toile ou d'une galaxie est parsem&#233;e de quelques transitions de phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on examine simplement une surface neigeuse, celle-ci subit sans cesse de telles transitions de phase, la neige pouvant exister sous diverses structures qualitativement diff&#233;rentes et sautant de l'une &#224; l'autre suivant la temp&#233;rature, la pression, le rayonnement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute masse de mati&#232;re ne peut se contenter de voir ses param&#232;tres quantitatifs augmenter ou diminuer &#224; l'infini sans subir des sauts qualitatifs, changeant compl&#232;tement de structure et m&#234;me de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si on enl&#232;ve ou si on ajoute de l'&#233;nergie &#224; toute structure mat&#233;rielle, elle finit par changer compl&#232;tement et qualitativement de structure ou de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est que la mati&#232;re-lumi&#232;re-vide est un monde qui n'existe pas seulement &#224; une &#233;chelle, &#224; un niveau hi&#233;rarchique d'organisation, mais &#224; plusieurs successifs, emboit&#233;s, coexistant et interagissant sans cesse, s'influen&#231;ant sans arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; sauts &#187; qualitatifs ne sont pas des petits miracles inexplicables car ils ne cr&#233;ent de nouvelle r&#233;alit&#233; qu'&#224; un niveau hi&#233;rarchique et aux autres niveaux il peut n'y avoir aucun saut ! Par exemple, les atomes peuvent &#234;tre individuellement insensibles aux transitions de phase thermodynamiques (entre &#233;tats de la mati&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les particules et antiparticules virtuelles du vide quantique peuvent &#234;tre individuellement insensibles aux changements qualitatifs de l'&#233;tat d'une particule r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler que toutes les particules de mati&#232;re, r&#233;elles comme virtuelles, subissent elles aussi des transitions de phase qui modifient leur structure. C'est le cas aussi bien des &#233;lectrons, des protons, des neutrons qui subissent les fameux &#171; sauts quantiques &#187; qui ont tant perturb&#233; les physiciens lors de la fondation de la physique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;ations/annihilation de particules dans le vide quantique sont &#233;galement des transitions de phase qui ob&#233;issent aux lois de transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces lois sont d&#233;rangeantes, ce n'est pas pour l'image d'un univers dont la dynamique &#224; plusieurs niveaux hi&#233;rarchiques ob&#233;it &#224; des lois dialectiques dont les contradictions sont non seulement destructrices mais capables d'&#234;tre constructrices d'un nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule g&#234;ne, c'est que l'immense majorit&#233; des physiciens, depuis la naissance de la physique, ignore pour l'essentiel l'existence et l'int&#233;r&#234;t de la pens&#233;e dialectique, alors que tout l'&#233;difice de la physique en est le d&#233;veloppement et l'illustration ! Et cela pour une raison qui n'a rien de scientifique ou m&#234;me de philosophique et qui est sociale : le saut qualitatif auquel la soci&#233;t&#233; dominante, &#224; laquelle les sommets de la science appartiennent, rejette de toutes ses forces un saut qualitatif qui la menace, le saut du capitalisme au socialisme, encore une &#171; transition de phase &#187;, un changement de structure arrivant &#224; un certain seuil quantitatif, celui de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, et celui des investissements productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, la science sociale est amen&#233;e elle aussi &#224; reconna&#238;tre des transitions de phase et pas seulement des progressions r&#233;guli&#232;res et continues, quantitatives. Oui, les changements sociaux historiques, les r&#233;volutions sociales sont des passages dialectiques de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;. Toute l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines est pleine de tels changements que la science universitaire et acad&#233;mique s'&#233;vertue &#224; effacer, &#224; cacher, &#224; nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3895&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique, mode de fonctionnement g&#233;n&#233;ral du changement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique des transitions de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sauts qualitatifs de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ls &#233;tats de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une mati&#232;re &#224; plusieurs niveaux hi&#233;rarchiques d'organisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la mati&#232;re s'organise spontan&#233;ment et de mani&#232;re stable ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discontinuit&#233; de l'univers et structures hi&#233;rarchiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peut-on fonder math&#233;matiquement la notion de continuit&#233;</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6719</link>
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		<dc:date>2020-07-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une fonction qui n'est continue en aucun point &lt;br class='autobr' /&gt;
Une fonction discontinue en un point &lt;br class='autobr' /&gt;
Cantor-Dedekind-Hilbert ont voulu, &#224; toute force et passionn&#233;ment, fonder math&#233;matiquement la notion de continuit&#233; et ont d&#233;montr&#233;&#8230; que c'&#233;tait impossible &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Dieudonn&#233; dans &#171; Math&#233;matiques vides et significatives &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Des math&#233;maticiens ont pass&#233; des ann&#233;es de leur vie &#224; essayer de d&#233;montrer l'hypoth&#232;se du continu, probl&#232;me qui les a tourment&#233;s pendant tr&#232;s longtemps. Je me souviens d'avoir entendu (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une fonction qui n'est continue en aucun point&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH305/480px-WeierstrassFunction-svg-6fb5e.png?1779682562' width='480' height='305' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fonction discontinue en un point&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L467xH368/discontinue-77002.gif?1779682563' width='467' height='368' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cantor-Dedekind-Hilbert ont voulu, &#224; toute force et passionn&#233;ment, fonder math&#233;matiquement la notion de continuit&#233; et ont d&#233;montr&#233;&#8230; que c'&#233;tait impossible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean Dieudonn&#233; dans &#171; Math&#233;matiques vides et significatives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des math&#233;maticiens ont pass&#233; des ann&#233;es de leur vie &#224; essayer de d&#233;montrer l'hypoth&#232;se du continu, probl&#232;me qui les a tourment&#233;s pendant tr&#232;s longtemps. Je me souviens d'avoir entendu dire &#224; mon ma&#238;tre Polya, qui le tenait lui-m&#234;me d'Alexandroff, qu'Alexandroff avait pendant un an travaill&#233; &#224; la d&#233;monstration de l'hypoth&#232;se du continu et puis qu'il avait arr&#234;t&#233; parce qu'il se sentait devenir fou. Il a bien fait. Alors, quand G&#246;del et Cohen sont venus nous dire qu'il &#233;tait inutile de nous tracasser les m&#233;ninges et que jamais nous ne d&#233;montrerions ni l'hypoth&#232;se du continu ni sa contradiction, nous avons dit : &#171; Ouf ! Quelle veine ! On n'aura plus &#224; s'occuper de cet abominable probl&#232;me &#187;&#8230; Donc, en r&#233;alit&#233;, il y a l&#224; un peu un recul de beaucoup de math&#233;maticiens ; mais pourquoi ce recul ? Dans ma jeunesse, nous &#233;tions tr&#232;s enthousiastes de l'&#233;cole de Cantor&#8230; Apr&#232;s G&#246;del et Cohen, nous savons maintenant &#8230; qu'il y a autant de math&#233;matiques que vous voulez&#8230; Pour le moment, il semble qu'il n'y ait aucune esp&#232;ce de raison d'en choisir une plut&#244;t qu'une autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Ap&#233;ry dans &#171; Math&#233;matique constructive &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trois illusions contribuent &#224; l'adoption du continu classique : la &#171; continuit&#233; &#187; des grandeurs physiques, l'intuition g&#233;om&#233;trique, les constructions math&#233;matiques de Cauchy, Weierstrass, Dedekind ou Cantor. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Gonseth dans &#171; Les fondements des math&#233;matiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Conclusions - Au courant de l'&#233;tude que nous venons de clore, un fait est apparu de fa&#231;on de plus en plus pr&#233;cise : c'est que la m&#233;thode axiomatique &#8211; pour n&#233;cessaire qu'elle soit &#8211; ne peut suffire &#224; fonder la Math&#233;matique sur un terrain d'absolue s&#233;curit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Remarque : Cantor-Dedekind-Hilbert comptaient fonder le continu et l'infini actuel sur la base d'une axiomatique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands math&#233;maticiens se sont cass&#233;s les dents sur la notion de continuit&#233; arithm&#233;tique, alg&#233;brique, g&#233;om&#233;trique, analytique. Certains essaient encore de nous faire croire qu'elle a &#233;t&#233; fond&#233;e de mani&#232;re rationnelle mais c'est faux. Certes, les math&#233;matiques utilisent sans cesse la notion de continuit&#233; mais ce n'est pas parce qu'elle a &#233;t&#233; construite de mani&#232;re solide. C'est parce que l'illusion du continu est une image extr&#234;mement pratique pour math&#233;matiser des situations en les simplifiant. En g&#233;n&#233;ral, aucune situation r&#233;elle n'est pourtant du continu : c'est la moyenne ou la statistique d'un tr&#232;s grand nombre de mesures qui ob&#233;it parfois, en lissant les valeurs, &#224; une &#233;volution apparemment continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut dire continu et que veut dire discontinu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons quelques exemples d'ensembles apparemment continus en math&#233;matiques : la droite des points ou la droite des nombres r&#233;els ou encore le plan g&#233;om&#233;trique ou le plan complexe, les surfaces, les graphiques sans coupure comme la sinuso&#239;de par exemple, les fonctions num&#233;riques sans rupture, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons aussi des ensembles discontinus : l'ensemble des nombres entiers ou fractionnaires, tout ensemble discret de points, des pointill&#233;s, les fonctions de variables enti&#232;res ou fractionnaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on n'a rien dit de la d&#233;finition de la continuit&#233;. Or celle-ci pose de grands probl&#232;mes et posera encore probl&#232;me lorsque les plus grands math&#233;maticiens seront pass&#233;s dessus, m&#234;me s'ils ont d'abord cru avoir r&#233;solu la question&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'&#233;tait pas seulement celle du continu mais aussi de l' &#171; infini actuel &#187; soutenue, pour des raisons th&#233;ologiques, par Leibniz et que Cantor va faire des pieds et des mains pour &#233;tayer sans jamais y parvenir&#8230; La religion consid&#232;re dieu comme un infini actuel ! L'autre notion possible d'infini est celle d'une grandeur qui ne cesse d'augmenter : l' &#171; infini potentiel &#187; dans lequel l'infini n'est jamais atteint. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; pour Cantor de d&#233;nombrer et comparer le nombre d'&#233;l&#233;ments d'ensembles ayant une infinit&#233; d'&#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les math&#233;maticiens devaient reconna&#238;tre deux infiniment grands : le d&#233;nombrable (c'est-&#224;-dire un ensemble dont l'on peut num&#233;roter les objets par des nombres entiers) et le non-d&#233;nombrable (l'ensemble des points de la droite ou l'ensemble des nombres r&#233;els). Le non-d&#233;nombrable est appel&#233; l'infini du continu. L' &#171; hypoth&#232;se du continu &#187; affirme que le non-d&#233;nombrable des nombres r&#233;els est le premier infini sup&#233;rieur &#224; l'infini d&#233;nombrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Cantor &#233;tait tr&#232;s s&#251;r pourtant de sa th&#233;orie de l'infini, des dimensions et du continu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma th&#233;orie est aussi solide que le roc et toute fl&#232;che dirig&#233;e contre elle se retournera rapidement contre celui qui l'a lanc&#233;e. Pourquoi ai-je une telle conviction ? Parce que j'ai &#233;tudi&#233; tous ses aspects pendant des ann&#233;es examin&#233; toutes les critiques que l'on peut faire aux nombres infinis et, par-dessus tout, parce que j'ai, si l'on peut dire, tir&#233; les racines de cette th&#233;orie de la cause premi&#232;re de toutes les choses cr&#233;&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien Roger Ap&#233;ry, concluant sur l'ensemble de tous ces travaux sur la continuit&#233;, contredit cette affirmation rassurante : &#171; La d&#233;finition du r&#233;el par les coupures de Dedekind ou les suites de Cauchy est insuffisante puisque, d'apr&#232;s le th&#233;or&#232;me de Cohen, l'hypoth&#232;se du continu (de Cantor) ou sa n&#233;gation peut &#234;tre ajout&#233;e comme axiome (...). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons comment on en est arriv&#233;s l&#224;&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de l'ensemble des nombres a &#233;t&#233; la pierre angulaire de l'&#233;difice, &#233;tude des ensembles des nombres entiers, des nombres fractionnaires, des nombres r&#233;els. Ces &#233;tudes ont men&#233; &#224; la notion de dimension d'un ensemble, &#224; la notion d'infini, &#224; la notion de principe de continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lettre de Cantor &#224; Dedekind dat&#233;e du 7 d&#233;cembre 1873, publi&#233;e l'ann&#233;e suivante au Journal de Crellesous le titre &#171; Sur une propri&#233;t&#233; de la collection de tous les nombres alg&#233;briques &#187;, annonce la non-d&#233;nombrabilit&#233; de l'ensemble des nombres r&#233;els (on ne peut pas compter &#224; l'aide d'entiers l'ensemble des nombres r&#233;els).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de R. Dedekind &#224; R. Lipschitz du 27 juin 1876 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les principes euclidiens, seuls, sans adjonction du principe de continuit&#233;, qui n'est pas contenu en eux, sont incapables de fonder une th&#233;orie compl&#232;te des nombre r&#233;els comme rapports de grandeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedekind &#224; Cantor :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;tudi&#233; votre d&#233;monstration avec soin et je n'y ai rencontr&#233; qu'un d&#233;tail qui pourrait soulever le doute&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedekind &#224; Cantor :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le feuillet sur le concept du continu vous tombe sous la main, n'oubliez pas de biffer le dernier passage, car il repose sur une erreur&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin 1877, Georg Cantor, envoie une lettre &#224; son fid&#232;le confident Richard Dedekind. Il lui avoue ses inqui&#233;tudes quant &#224; la validit&#233; du concept m&#234;me de dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedekind &#224; Cantor :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous &#234;tes oblig&#233; d'introduire dans la correspondance une discontinuit&#233; &#224; donner le vertige, qui r&#233;duit tout en atomes, telle que toute partie contin&#251;ment connexe, si petite soit-elle, de l'un des domaines a une image compl&#232;tement d&#233;chir&#233;e, discontinue. &#187; (juin 1877)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au r&#233;sultat de la d&#233;monstration de Cantor, il n'est pas moins surprenant : il n'y a pas plus de points dans une surface continue que dans une droite continue. Il n'y a qu'un seul cardinal du continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor, lui-m&#234;me, en est surpris &#233;crivant &#224; Dedekind : &#171; Je ne le crois pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La supposition de l'existence du continu m&#232;ne &#224; de multiples contradictions mais les math&#233;maticiens n'y renonceront jamais tout en admettant que cette existence math&#233;matique elle-m&#234;me soul&#232;ve des doutes. Sans parler bien s&#251;r de l'existence du continu dans la nature que la math&#233;matique pr&#233;tend d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedekind le mit en garde, faisant observer, dans une lettre du 2 juillet 1877, que la bijection qu'il avait construite entre le carr&#233; et la ligne &#233;tait &#171; n&#233;cessairement partout discontinue &#187;, &#171; &#224; donner le vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedekind et Cantor allaient conclure toute une correspondance en reconnaissant, entre eux seulement, que la tentative avait &#233;chou&#233; et en affirmant que la continuit&#233; n'&#233;tait pas solidement fond&#233;e mais que personne ne s'en apercevrait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de remarquer que, s'il &#233;tait indispensable &#224; Cantor de d&#233;velopper une telle conception de l'infini, c'&#233;tait pour des raisons&#8230; m&#233;taphysiques et non math&#233;matiques ou scientifiques&#8230; Eh oui ! C'est Cantor lui-m&#234;me qui l'a indiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans un petit grain de m&#233;taphysique, il n'est pas possible, &#224; mon avis, de fonder une science exacte. La m&#233;taphysique, telle que je le con&#231;ois, est la science de ce qui &#171; est &#187;, c'est-&#224;-dire ce de ce qui &#171; existe &#187;, donc du monde tel qu'il est en soi et pas tel qu'il nous appara&#238;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plus haute perfection de Dieu est la possibilit&#233; de cr&#233;er un ensemble infini et son immense bont&#233; le conduit &#224; le cr&#233;er. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le continu et l'infini sont indispensables non aux math&#233;matiques ou aux sciences mais&#8230; &#224; la croyance en dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Ap&#233;ry dans &#034;Penser les math&#233;matiques&#034; (ouvrage collectif) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La doctrine de l'infini actuel soutenue par Leibniz et &#233;tendue par Cantor l'a &#233;t&#233; pour des raisons m&#233;taphysiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans un petit grain de m&#233;taphysique, il n'est pas possible, &#224; mon avis, de fonder une science exacte. &#187; (Cantor)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plus haute perfection de Dieu est la possibilit&#233; de cr&#233;er un ensemble infini et son immense bont&#233; le conduit &#224; le cr&#233;er. &#187; (Cantor)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans votre concept de transfini ainsi con&#231;u, pour ce que j'en puis voir jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'y a aucun danger pour les v&#233;rit&#233;s religieuses. &#187; (Lettre de Franzelin &#224; Cantor, 26 janvier 1886)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1872, Georg Cantor (1845-1918) rencontre Richard Dedekind (1831-1916) en Suisse et commence avec lui ses travaux sur les nombres irrationnels et sur la th&#233;orie des ensembles. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'intuition de Cantor l'am&#232;ne &#224; consid&#233;rer l'axiome suivant : la droite g&#233;om&#233;trique repr&#233;sente le continu et peut &#234;tre mise en bijection avec l'ensemble des grandeurs num&#233;riques - dans la mesure o&#249; chaque point M de la droite correspond &#224; un unique nombre, l'abscisse de M, distance alg&#233;brique (+ou-) du point M &#224; un point O fix&#233;, l'origine. Cantor nomme r&#233;els (1883) ces grandeurs num&#233;riques (rationnels, irrationnels ou transcendants) et s'engage &#224; d&#233;finir analytiquement l'ensemble not&#233; IR des nombres r&#233;els, caract&#233;ris&#233; par le continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1872, Dedekind s'&#233;tait d&#233;j&#224; pench&#233; sur la question du continu dans son Stetgkeit und irrationale Zahlen, o&#249; il donne la d&#233;finition d'un ensemble infini : est dit infini tout ensemble qui peut &#234;tre mis en bijection avec l'une de ses parties - contrapos&#233;e de l'axiome d'Euclide qui affirme que tout ensemble est plus grand que sa partie, ce qui reste valable pour les ensembles finis. Concernant la construction de l'ensemble continu des nombres r&#233;els, l'approche de Dedekind est arithm&#233;tico-alg&#233;brique : il traite toute sorte de probl&#232;mes math&#233;matiques en termes de structures. Il part des pr&#233; requis suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1) IQ est ferm&#233; pour les 4 op&#233;rations ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) il existe une relation d'ordre total dans IQ ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3) IQ est dense, c'est &#224; dire qu'il existe au moins un rationnel entre deux rationnels quelconques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il effectue des coupures dans IQ et d&#233;finit ainsi, &#224; l'aide de la relation d'ordre, l'ensemble des irrationnels contenant IQ. C'est la premi&#232;re d&#233;finition du continu portant sur les nombres, mais elle est difficile &#224; appr&#233;hender d'une point de vue intuitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de Cantor est g&#233;om&#233;trico-analytique : il proc&#232;de par passage &#224; la limite des suites de Cauchy. L'id&#233;e de Cantor est de montrer que les suites de Cauchy non convergentes dans IQ, convergent vers des nombres irrationnels ou transcendants : il compl&#232;te ainsi l'ensemble IQ par ces nombres et montre donc que toute suite de Cauchy qui converge admet une limite dans IR. Cette d&#233;monstration d&#233;finit non seulement l'ensemble de toutes les grandeurs num&#233;riques connues, les nombres r&#233;els, mais aussi elle d&#233;finit la continuit&#233; de l'ensemble IR, puisque entre deux nombres r&#233;els quelconques, il existe au moins un autre nombre r&#233;el, d&#233;fini comme limite d'une suite de Cauchy convergente. Et c'est en 1883, ann&#233;e de publication des Grundlagen, Fondements d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des ensembles, que Cantor pr&#233;sente sa construction de IR, comme compl&#233;tion de IQ : La bijection entre la droite r&#233;elle et l'ensemble des nombres r&#233;els est donc &#233;tablie. Reste que ce nouvel ensemble d&#233;finit aussi le continu et que cette notion appelle un approfondissement. Cantor se propose alors de continuer sa construction de la th&#233;orie des ensembles, afin de caract&#233;riser les propri&#233;t&#233;s inh&#233;rentes aux diff&#233;rents ensembles de nombres (IN, Z, ID, IQ, IR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance du continu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son premier travail consiste &#224; nommer le nombre d'&#233;l&#233;ments contenus dans un ensemble : le cardinal. Il constate que l'ensemble IN des entiers naturels est non seulement infini, au sens de Dedekind, mais qu'il est aussi d&#233;nombrable, en ce sens que l'on pourrait d&#233;nombrer, compter le nombre d'&#233;l&#233;ments qu'il contient (dans l'absolu). L'ensemble IN est alors qualifi&#233; de d&#233;nombrable et il lui assigne le symbole w pour d&#233;signer son cardinal. Puis Cantor se met en t&#234;te de d&#233;montrer que IR n'est pas d&#233;nombrable, c'est &#224; dire qu'il n'existe pas de bijection entre IN et IR, ceci afin de caract&#233;riser plus pr&#233;cis&#233;ment le continu de IR comme l'ind&#233;nombrable, l'indivisible, l'incommensurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet effet, on peut rappeler l'exp&#233;rience de Z&#233;non d'El&#233;e lorsque celui-ci d&#233;compose ou divise le mouvement, donc la continuit&#233;, en instants, de telle sorte &#224; montrer l'impossibilit&#233; du mouvement. Dans ce que rapporte Aristote de cette exp&#233;rience, soulignons que Z&#233;non consid&#233;rait le continu comme une suite d'instants divisibles et c'est cette conception erron&#233;e qui lui fit aboutir &#224; un paradoxe. En effet, le temps s'&#233;coule contin&#251;ment, chaque instant n'&#233;tant pas s&#233;par&#233; de l'instant suivant. C'est le continu physique (temps et espace) o&#249; le tout et les parties tiennent ensemble, sans possibilit&#233; de discrimination, sans trou, sans s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor encha&#238;ne les d&#233;finitions de sa th&#233;orie des ensembles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1) L'ensemble IN des entiers naturels est infini et est qualifi&#233; de d&#233;nombrable tout ensemble qui peut &#234;tre mis en bijection avec IN ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) Est dit continu tout ensemble qui n'est pas d&#233;nombrable, qui n'a pas de &#171; trou &#187;, qui n'est pas divisible, et qui peut &#234;tre mis en bijection avec l'unique exemplaire &#224; disposition, &#224; savoir IR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor d&#233;montre d'abord que l'ensemble IQ et celui des nombres alg&#233;briques sont d&#233;nombrables et il soumet &#224; Dedekind une premi&#232;re d&#233;monstration (par l'absurde) de la non d&#233;nombrabilit&#233; de IR en 1873, mais cette d&#233;monstration est tr&#232;s compliqu&#233; et ne satisfait pas enti&#232;rement Cantor (esth&#233;tique de la d&#233;monstration oblige).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poursuivant ses recherches sur l'ensemble IR, Cantor emprunte &#224; la g&#233;om&#233;trie projective (et plus particuli&#232;rement &#224; Jacob Steiner, 1796-1863) le terme de &#171; puissance &#187; : deux figures ont m&#234;me puissance si elles sont en bijection par une projection. Il se propose alors de caract&#233;riser pr&#233;cis&#233;ment la puissance du continu, c'est &#224; dire le cardinal de IR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, Cantor &#233;tablit qu'il n'existe pas de bijection entre IN et l'intervalle [0,1]. Or, IR est en bijection avec l'intervalle [0 ;1] donc il n'existe pas de bijection entre IN et IR et finalement IR est non d&#233;nombrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il consid&#232;re tout nombre r&#233;el de l'intervalle [0,1] comme une suite infinie d'entiers du type 0,x1x2x3x4 ... . Cette suite x1x2x3x4 ... o&#249; chaque xi est un entier, peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par une partie de IN. Or, si ? est la cardinal de IN, alors l'ensemble des parties de IN, qui s'&#233;crit P(IN), a un cardinal &#233;gal &#224; 2 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;duit que IR et P(IN) ont m&#234;me puissance et &#233;crit la puissance du continu, c &#233;gal &#224; 2 ? .&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en fait en 1893 que Cantor utilisera la notation ? , pour d&#233;signer le cardinal de IN ; ? (aleph) est la premi&#232;re lettre de l'alphabet h&#233;breu et d&#233;signe &#233;galement le chiffre 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombres transfinis - la suite des aleph&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant ses travaux, entre deux s&#233;jours en h&#244;pital psychiatrique, il affirme qu' &#171; il n'existe aucun ensemble infini qui ne soit d&#233;nombrable ni continu, entendu que la puissance du continu est imm&#233;diatement sup&#233;rieure &#224; celle du d&#233;nombrable &#187;. C'est ce que l'on appelle l'hypoth&#232;se du continu, qui fera plancher nombre de math&#233;maticiens et qui fera l'objet de d'un des 15 probl&#232;mes que Hilbert posera au nouveau si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensant pouvoir exhiber d'autres puissances successives de c, Cantor poursuit ses travaux. C'est alors qu'il exhibe, &#224; son grand &#233;tonnement, une bijection entre IR et IR x IR et entre [0,1] et [0,1] x [0,1]. Les d&#233;monstrations sont tr&#232;s compliqu&#233;es, mais la rigueur de Cantor ne le fait pas douter qu'il a trouv&#233; l&#224; quelque chose de totalement in&#233;dit : une surface continue peut donc &#234;tre mise en bijection avec un segment continu ; la surface, de dimension 2, et le segment, de dimension 1, ont donc m&#234;me puissance. Avec cette approche g&#233;om&#233;trique, Cantor fait de la topologie, en ce sens qu'il &#233;tudie la possibilit&#233; de mettre en bijection une surface et une courbe, et montre que la continuit&#233; assure l'invariance de la puissance. A propos de cette d&#233;couverte, il &#233;crit en 1877 &#224; Dedekind : &#171; Je le vois mais je ne le crois pas &#187;, en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Cantor, la d&#233;ception puis la maladie et la mort le contraignent &#224; abandonner sa recherche de la continuit&#233; math&#233;matique. L'&#233;difice reste inachev&#233;. Cantor a d&#233;couvert ce qui se passe lorsqu'on tente de lin&#233;ariser une s&#233;rie discontinue de changements. Dans une lettre &#224; David Hilbert de septembre 1897, il montre que la tentative de lin&#233;ariser les nombres a &#233;chou&#233; : &#171; Il y a plusieurs ann&#233;es, j'ai attribu&#233; le terme &#171; d'infini absolu &#187; &#224; des totalit&#233;s que nous ne pouvons pas concevoir comme ensembles (...) &#187; Comment passe-t-on des rationnels aux r&#233;els ? Y a-t-il un cha&#238;non manquant ? Ou un saut discontinu ? La continuit&#233; est-elle bien d&#233;finie ? La logique alg&#233;brique, analytique, g&#233;om&#233;trique, l'axiomatique des nombres se refusent &#224; r&#233;pondre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://psychanalyse-paris.com/La-puissance-du-Continu.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1883, Cantor &#233;crivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ne pas simplement consid&#233;rer l'infiniment grand sous la forme de ce qui croit sans limite, mais &#233;galement le fixer de fa&#231;on math&#233;matique par des nombres, cette pens&#233;e s'est impos&#233;e &#224; moi logiquement, presque contre ma volont&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor montre que le nombre de points sur une droite est plus infini (transfini, disait-il) que l'infini des nombres entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la &#171; puissance du continu &#187;, disait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infini a-t-il une r&#233;alit&#233;, ou bien est-il une fiction utile au calcul comme le pensait Leibnitz ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantor donna une autre id&#233;e de l'infini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le seul ensemble infini &#8221; en acte &#8220;, pouvant &#234;tre &#233;quivalent &#224; des parties de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, G&#246;del et Cohen ont d&#233;montr&#233; que l'hypoth&#232;se du continu de Cantor appartient &#224; cette sph&#232;re des propositions ind&#233;cidables, non seulement impossibles &#224; d&#233;montrer mais ind&#233;cidable car la n&#233;gation est tout aussi acceptable que l'affirmation !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mathinees-lacaniennes.net/images/stories/articles/berkover.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La continuit&#233;, une propri&#233;t&#233; math&#233;matique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des objets math&#233;matiques continus ou discontinus ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Continuit&#233; et discontinuit&#233; sont incompatibles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la continuit&#233; et la discontinuit&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2464&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment la discontinuit&#233;, g&#233;n&#233;rale et fondamentale, produit l'apparence de continuit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A nouveau sur continuit&#233; et discontinuit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article17&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la notion de continu fait de la r&#233;sistance ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5325&#034;&gt;La discontinuit&#233; universelle peut-elle &#234;tre remise en cause en Physique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La discontinuit&#233;, un tr&#232;s vieux probl&#232;me ... qui revient&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article627&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discontinuit&#233; et mouvement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_du_continu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La discontinuit&#233;, un tr&#232;s vieux probl&#232;me ... qui revient</title>
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		<dc:date>2020-06-01T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;Les physiciens contemporains sont convaincus qu'il est impossible de rendre compte des traits essentiels des ph&#233;nom&#232;nes quantiques (changements apparemment discontinus et non d&#233;termin&#233;s dans le temps de l'&#233;tat d'un syst&#232;me, propri&#233;t&#233;s &#224; la fois corpusculaires et ondulatoires des entit&#233;s &#233;nerg&#233;tiques &#233;l&#233;mentaires) &#224; l'aide d'une th&#233;orie qui d&#233;crit l'&#233;tat r&#233;el des choses au moyen de fonctions continues soumises &#224; des &#233;quations diff&#233;rentielles. [...] Surtout, ils croient que le caract&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;Les physiciens contemporains sont convaincus qu'il est impossible de rendre compte des traits essentiels des ph&#233;nom&#232;nes quantiques (changements apparemment discontinus et non d&#233;termin&#233;s dans le temps de l'&#233;tat d'un syst&#232;me, propri&#233;t&#233;s &#224; la fois corpusculaires et ondulatoires des entit&#233;s &#233;nerg&#233;tiques &#233;l&#233;mentaires) &#224; l'aide d'une th&#233;orie qui d&#233;crit l'&#233;tat r&#233;el des choses au moyen de fonctions continues soumises &#224; des &#233;quations diff&#233;rentielles. [...] Surtout, ils croient que le caract&#232;re discontinu apparent des processus &#233;l&#233;mentaires ne peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; qu'au moyen d'une th&#233;orie d'essence statistique, o&#249; les modifications discontinues des syst&#232;mes seraient prises en compte par des modifications continues des probabilit&#233;s relatives aux divers &#233;tats possibles. &#034; (1949)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert Einstein&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH667/Faille_de_San_Andreas-DSC056251-2d391-432f0.jpg?1779682563' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La discontinuit&#233;, un tr&#232;s vieux probl&#232;me ... qui revient&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sciences s'en sont longtemps tenues &#224; l'hypoth&#232;se du continu. La cause principale de ce choix est l'efficacit&#233; des math&#233;matiques du continu, du moment que l'on se garde de passer des seuils avec changement qualitatif. Le premier domaine qui a pu &#234;tre &#233;tudi&#233; &#224; l'aide d'une math&#233;matique du continu a &#233;t&#233; la M&#233;canique. Mais cette science a d&#251; contourner la difficult&#233;. Les objets sont des discontinuit&#233;s par rapport &#224; l'espace o&#249; elles &#233;voluent qui, lui, est consid&#233;r&#233; comme continu. Pour &#233;luder cette question, on a consid&#233;r&#233; le mouvement des objets comme celui des points mat&#233;riels (du centre de gravit&#233; des corps), l'espace comme un ensemble de points et le mouvement comme un parcours d'un point &#224; un autre. Bien entendu, cela suppose que la mati&#232;re ne transforme pas l'espace dans lequel il se d&#233;place, ce que la Relativit&#233; a remis en cause. De plus, consid&#233;rer le segment ou la courbe comme une succession de points physiques est loin d'&#234;tre une &#233;vidence math&#233;matique, comme on le verra par la suite. Il faut, de plus, r&#233;pondre &#224; la question : la mati&#232;re (point mat&#233;riel) est-elle pass&#233;e d'une position &#224; une autre de l'espace par une s&#233;rie continue de points ou a-t-elle saut&#233; d'un point &#224; un autre ? La M&#233;canique a choisi de repr&#233;senter l'ensemble du mouvement par un segment continu ou par une courbe continue. On se d&#233;place donc d'un point &#224; un autre mais le r&#233;sultat global est une courbe continue. Entre les concepts de point et de ligne, entre le continu et le discontinu, il y a une contradiction sur laquelle se sont pench&#233;s notamment les philosophes et math&#233;maticiens grecs. La math&#233;matique enseign&#233;e &#224; l'&#233;cole, est fond&#233;e sur le continu, aussi bien la continuit&#233; des nombres en alg&#232;bre que celle des courbes de la g&#233;om&#233;trie (g&#233;om&#233;trie d'Euclide). Mais elle utilise la notion continue de droite mais aussi la notion discontinue de point. Le segment, un des &#171; &#233;l&#233;ments &#187; de cette g&#233;om&#233;trie, n'a rien d'&#233;l&#233;mentaire. C'est un objet math&#233;matique complexe compos&#233; d'une ligne continue et de deux extr&#233;mit&#233;s, des ruptures discontinues. Cette math&#233;matique a &#233;t&#233; b&#226;tie au 3&#232;me si&#232;cle avant JC comme une construction logique, utilisant des postulats, des axiomes et des d&#233;monstrations. Ses &#233;l&#233;ments g&#233;om&#233;triques sont des objets th&#233;oriques dessin&#233;s (droite, segment, point, cercle). Sur la base de quelques &#233;nonc&#233;s de base, elle d&#233;montre des propri&#233;t&#233;s g&#233;om&#233;triques plus complexes. Tout semble d&#233;couler de fa&#231;on non contradictoire des d&#233;finitions et axiomes. En r&#233;alit&#233;, le v&#233;ritable postulat de base n'est jamais clairement formul&#233; ni discut&#233;. C'est celui de l'existence de deux sortes d'objets contradictoires, des ensembles continus (ligne, plan, cercle et sph&#232;re) et des &#233;l&#233;ments discontinus (les points). Cette supposition pose aux math&#233;maticiens grecs et posera aux math&#233;maticiens suivants de multiples probl&#232;mes et m&#234;me des contradictions insolubles. Le fond de ces difficult&#233;s est l'incompatibilit&#233; totale entre l'hypoth&#232;se de la continuit&#233; du monde et celle de sa discontinuit&#233;. Z&#233;non d'El&#233;e a d&#233;j&#224; touch&#233; du doigt cette incompatibilit&#233; lorsqu'il &#233;tudie le mouvement. Il a montr&#233; que, si on conserve la continuit&#233;, le mouvement est impossible (voir en annexe les paradoxes de Z&#233;non).. En effet, le temps est con&#231;u comme une s&#233;rie d'instants (discontinu) formant un intervalle de temps (continu), de la m&#234;me mani&#232;re que le mouvement est form&#233; d'&#233;tats sur une courbe. Pour concevoir un tel mouvement, il faudrait d&#233;composer le mouvement en instants &#224; l'infini. Z&#233;non montrait que jamais le corps en mouvement ne devait atteindre son point d'arriv&#233;e. Pythagore avait, pour r&#233;soudre ces contradictions du mouvement, admis qu'on peut d&#233;composer le continuum du temps en instants de dur&#233;e arbitrairement courte, mais il avait produit ainsi de nouvelles contradictions entre immobilit&#233; et mouvement, entre continu et discontinu, qui restent insolubles dans la conception de Pythagore du segment compos&#233; de suites d'un nombre entier de points, les monades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote ne pourra r&#233;pondre &#224; ces probl&#232;mes qu'en renon&#231;ant &#224; la divisibilit&#233; du temps en instants. Au sein du continu, on ne peut admettre aucun trou ni aucune s&#233;paration. Cependant, Aristote restera partisan du continu et cela ne l'emp&#234;chera pas de d&#233;fendre un point de vue id&#233;aliste et religieux. Cela devrait d'ailleurs faire r&#233;fl&#233;chir tous les auteurs qui se retranchent derri&#232;re la lutte contre la religion pour combattre les discontinuit&#233;s dans la nature et la notion de la singularit&#233;. On peut lire ainsi dans &#171; La M&#233;taphysique &#187; d'Aristote : &#171; L'un est le continu. (...) Telles sont les diff&#233;rentes significations de l'Un : le continu naturel, le tout, l'individu et l'universel. (...) Est contigu tout ce qui, &#233;tant cons&#233;cutif, est en contact (...) On dit qu'il y a continuit&#233; quand les limites par lesquelles deux choses se touchent, et se continuent, deviennent une seule et m&#234;me limite. (...) Si les points sont susceptibles d'&#234;tre en contact, les unit&#233;s ne le sont pas : il n'y a, pour elles, que la succession ; enfin il existe un interm&#233;diaire entre deux points, mais non entre deux unit&#233;s. (...) Il est impossible que le mouvement ait commenc&#233; ou qu'il finisse, car il est, disons-nous, &#233;ternel. Et il en est de m&#234;me pour le temps, car il ne pourrait y avoir ni l'avant ni l'apr&#232;s si le temps n'existait pas. Le mouvement est, par suite, continu, lui aussi de la m&#234;me fa&#231;on que le temps, puisque le temps est lui-m&#234;me, ou identique au mouvement, ou une d&#233;termination du mouvement. (...) Aussi appelons-nous DIEU un vivant &#233;ternel rayon parfait ; la vie et la dur&#233;e continue et &#233;ternelle appartiennent donc &#224; DIEU, car c'est m&#234;me cela qui est DIEU. (...) On pourrait se poser encore la difficult&#233; suivante. Etant donn&#233; qu'il n'y a pas de contact dans le nombres, mais simple cons&#233;cution, est-ce les unit&#233;s entre lesquelles il n'existe pas d'interm&#233;diaire (...) Les m&#234;mes difficult&#233;s se pr&#233;sentent pour (...) la ligne, la surface et le solide (...) La m&#234;me question pourrait se poser au sujet du point. (...) Ces points ne viennent certes pas d'un certain intervalle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du continu pose un probl&#232;me philosophique de fond : celui de la dialectique [1]. Aristote ne s'y trompait pas. &#171; La M&#233;taphysique &#187; est une charge contre les dialecticiens : &#171; Il y a, dans les &#234;tres, un principe au sujet duquel on ne peut pas se tromper (...) : c'est qu'il n'est pas possible que la m&#234;me chose, en un seul et m&#234;me temps, soit et ne soit pas, et il e est de m&#234;me pour tout couple semblable d'oppos&#233;s. (...) On ne peut donc pas &#234;tre dans la v&#233;rit&#233; en adoptant les doctrines d'H&#233;raclite ou celles d'Anaxagore ; sans quoi il s'ensuivrait que les contraires sont affirm&#233;s du m&#234;me sujet. (...) Les arguments d'H&#233;raclite les persuad&#232;rent que toutes les choses sensibles sont dans un flux perp&#233;tuel. (...) Il n'y a pas de science de ce qui est en perp&#233;tuel &#233;coulement. &#187; Tout en choisissant l'a priori du continu, Aristote a constat&#233; des contradictions de cette position en math&#233;matiques. Il en d&#233;duit qu'il faut rejeter non le continu mais &#8230; les math&#233;matiques comme base philosophique. La continuit&#233; &#224; laquelle il tient en premier est le mouvement et la relation de cause &#224; effet : &#171; Dans l'ordre du temps, un acte est toujours pr&#233;existant &#224; un autre acte. (...) Ce qui constitue l'unit&#233; de tous les &#234;tres, c'est l'indivisibilit&#233; du mouvement. (...) Le mouvement local continu est le mouvement circulaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Aristote, l'exemple m&#234;me du continu est le cercle et le mouvement circulaire. Cependant le cercle va poser, apr&#232;s les penseurs Grecs, de nouvelles interrogations sur la notion de continuit&#233;. Les chercheurs se sont heurt&#233;s au probl&#232;me, appel&#233; &#171; la quadrature du cercle &#187;, de l'impossibilit&#233; de construire les points d'un cercle par une s&#233;rie des polygones dont on augmenterait &#224; l'infini le nombre de c&#244;t&#233;s. Beaucoup plus tard, au Moyen Age, le math&#233;maticien Nicolas de Cues tenta une premi&#232;re d&#233;monstration, expliquant qu'&#224; chaque augmentation du nombre de c&#244;t&#233;s du polygone, la longueur du c&#244;t&#233; se r&#233;duisait progressivement, le pourtour du polygone se rapprochait de la courbe circulaire. Par contre, il restait une diff&#233;rence qualitative entre le polygone et le cercle. Pire m&#234;me, cette diff&#233;rence s'accroissait au fur et &#224; mesure. Dans le polygone, les droites son bris&#233;es &#224; chaque sommet alors que, dans le cercle, il n'y a pas de rupture dans l'&#233;volution de la pente. Or, plus le nombre de c&#244;t&#233;s du polygone grandit, plus grandissent les ruptures (discontinuit&#233;s de la d&#233;riv&#233;e). Quand on pousse &#224; l'infiniment petit chaque c&#244;t&#233;, le nombre de discontinuit&#233;s est infiniment grand alors qu'il est nul pour le cercle. La limite des polygones n'est pas le cercle. Le cercle, figure continue par excellence, n'est pas atteint par une s&#233;rie infinie de polygones. On allait remarquer ensuite que cette impossibilit&#233; d'obtenir le cercle par une s&#233;rie de polygones, ou &#171; la quadrature de cercle &#187;, est reli&#233;e &#224; la nature &#171; irrationnelle &#187; du nombre &#960;. Il reste que cette r&#233;flexion sur le cercle en pose une autre plus large : l'impossibilit&#233; de la transformation du discontinu au continu par passage &#224; l'infini. La discontinuit&#233; ne peut pas &#234;tre noy&#233;e dans la continuit&#233; par limite infinie. Une s&#233;rie infiniment grande de discontinuit&#233;s infiniment petites n'est pas une fonction continue. Le cercle continu va cependant contribuer &#224; faire cr&#233;dibiliser la notion m&#233;canique de d&#233;placement circulaire continu. La rotation va m&#234;me servir d'exemple typique du mouvement continu. Elle va notamment permettre le d&#233;veloppement d'une math&#233;matique du mouvement p&#233;riodique qui va notamment servir de base aux notions d'ondes continues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Jacques Chapelon, professeur &#224; l'&#233;cole polytechnique, note ainsi dans sa Pr&#233;face &#224; &#171; Math&#233;matiques et mat&#233;rialisme dialectique &#187; de Gaston Casanova : &#171; Les mouvements de la m&#233;canique, les variables continues de l'analyse math&#233;matique correspondent &#224; des changements proc&#233;dant par transitions insensibles. (...) Le plus souvent, les changements dialectiques sont discontinus et parfois les discontinuit&#233;s font surgir des ph&#233;nom&#232;nes enti&#232;rement nouveaux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi la notion de continuit&#233; fait de la r&#233;sistance &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La discontinuit&#233; est partout, autour de nous comme en nous, et la continuit&#233; n'est qu'un artefact, une apparence ou une moyenne. Ce que l'on a constat&#233; pour la mol&#233;cule, l'atome, la particule de mati&#232;re ou de lumi&#232;re gagne sans cesse des domaines divers. Et tout d'abord l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes mat&#233;riels sont, &#224; un niveau ou &#224; un autre, discontinus. Ils ne le sont pas marginalement puisque tout changement et tout mouvement ne progresse que par sauts. Et ce n'est pas seulement vrai &#224; l'&#233;chelle microscopique. Une surface, une ligne, une forme, un contenu, une &#233;volution, un mouvement ne sont continus qu'en apparence. La physique des fractales de Mandelbrot r&#233;v&#232;le les discontinuit&#233;s des c&#244;tes, des interfaces, des limites, des fronti&#232;res, des membranes, etc&#8230; La physique des transitions de phase &#233;tend la discontinuit&#233; aux changements qualitatifs. Ceux-ci existent non seulement entre &#233;chelles du r&#233;el mais &#233;galement fa&#231;onnent l'histoire de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re. L'astrophysicien Michel Cass&#233; souligne dans &#171; Du vide et de la cr&#233;ation &#187; que &#171; Les transitions de phase marquent des r&#233;organisations radicales de structure. (...) L'Univers &#233;pouse une succession d'&#233;tats dynamiques. Il est emport&#233; par le changement. (...) L'histoire du refroidissement de l'Univers sera scand&#233; par les transitions fondamentales qui font appara&#238;tre sous une forme radicalement nouvelle la mati&#232;re ou bien les forces qui gouverne son comportement, c'est-&#224;-dire les brisures de sym&#233;trie. &#187; La physique du vide d&#233;couvre la discontinuit&#233; la plus fondamentale, celle du sous-univers qui fonde mati&#232;re et lumi&#232;re. L'image continue d'une transformation provient du fait que, lors des sauts qualitatifs, une ou plusieurs variables conservent une allure r&#233;guli&#232;re ou quasi-r&#233;guli&#232;re. Par exemple, lors d'une transition de phase de la mati&#232;re, certaines quantit&#233;s ne sont pas affect&#233;es par le saut, parce qu'&#224; certaines &#233;chelles il n'y a apparemment pas de changement qualitatif. Et cependant, le changement brutal va affecter la mati&#232;re dans son ensemble. Par exemple, lors du passage de l'&#233;tat solide au liquide ou au gaz, la mol&#233;cule ne change pas individuellement. Ce sont les interactions qui se modifient et, du coup, les lois statistiques fond&#233;es sur des interactions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'existence de l'antimati&#232;re est l'un des exemples que donne l'astrophysicien Michel Cass&#233; de l'importance des discontinuit&#233;s, des sauts qualitatifs, dans le fonctionnement de la nature. Le pr&#233;jug&#233; en faveur de la continuit&#233; a longtemps bloqu&#233; l'id&#233;e d'une particule d'&#233;nergie n&#233;gative qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e indispensable &#224; la compr&#233;hension du fonctionnement de la mati&#232;re. Michel Cass&#233; &#233;crit ainsi : &#171; Habituellement, la solution d'&#233;nergie n&#233;gative &#233;tait &#233;cart&#233;e comme non physique, aberrante. (...) Ainsi, une particule plac&#233;e dans une situation normale d'&#233;nergie positive devrait op&#233;rer une transition discontinue, un saut (...) pour atteindre les &#233;tats d'&#233;nergie sous z&#233;ro (...) Mais une transition discontinue de ce type est interdite en m&#233;canique classique. Aussi, dans le cadre de pens&#233;e traditionnel, &#233;tait-il naturel de postuler que si, &#224; un instant donn&#233; dans le pass&#233; toutes les particules &#233;taient dans un &#233;tat d'&#233;nergie positive, alors elles le resteraient ind&#233;finiment. Les &#233;tats d'&#233;nergie n&#233;gative &#233;taient par cons&#233;quent rel&#233;gu&#233;s dans l'absurde, et cela sans appel. En mati&#232;re quantique, pourtant, la situation est moins simple car les transitions discontinues sont des ph&#233;nom&#232;nes courants et, m&#234;me, naturels. &#187; Mais la physique quantique ne se contente pas de constater l'existence de mati&#232;re et d'antimati&#232;re, de remarquer le saut entre eux, elle constate &#233;galement que les contraires, mati&#232;re et antimati&#232;re, se couplent comme la vie et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la discontinuit&#233; naturelle la plus reconnue est celle de la mort, mais la naissance en est une autre aussi importante. La vie et la mort sont coupl&#233;es en permanence. Notre vie commence par la naissance et se termine par la mort, deux discontinuit&#233;s fondamentales, deux transitions de phase, d&#233;terminantes de notre existence. Ce ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes individuels mais le r&#233;sultat de l'action collective de quantit&#233; de mol&#233;cules et d'organes, m&#234;me si c'est l'individu qui meurt comme un tout. Naissance et vie sont fond&#233;s sur des couplages de contraires. Par exemple, la naissance est une rupture de sym&#233;trie entre les contraires, l'homme et la femme. La naissance est un ph&#233;nom&#232;ne aussi brutal que la mort, m&#234;me s'il ne se d&#233;roule pas en un instant. Les physiologistes parlent du &#171; cataclysme physiologique qui provoque la naissance &#187; [1]. Et pourtant, comme le remarquait Jean-Claude Ameisen dans &#171; Qu'est-ce que mourir &#187;, par les rites de la mort, par notre m&#233;moire de leur pr&#233;sence, nous cherchons &#171; &#224; construire jour apr&#232;s jour, une continuit&#233; toujours nouvelle, qui les int&#232;gre (...) &#187;. Ce besoin de continuit&#233; de la psychologie humaine est une constante de notre comportement. Nous ne cessons pas de transformer intellectuellement du discontinu, naturel, en continu, pens&#233;. Notre cerveau nous pr&#233;sente des images apparemment continues, un temps et un espace qui semblent aussi l'&#234;tre, et nos repr&#233;sentations sont entach&#233;es par cet a priori. En r&#233;alit&#233;, cette croyance dans le continu est le produit de notre &#233;ducation et de notre vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous repr&#233;sentons une &#233;volution quantitative, nous ne faisons que des mesures ponctuelles, puis nous les relions dans une repr&#233;sentation graphique par des droites, par des courbes, par du continu, comme si cela suffisait pour affirmer que la dynamique est pass&#233;e par toutes les valeurs interm&#233;diaires. La physique n'a pas cess&#233; de d&#233;crire la r&#233;alit&#233; par des fonctions continues. Cela a un fondement qui est surtout li&#233; &#224; l'outil lui-m&#234;me : les math&#233;matiques peinent &#224; repr&#233;senter des ph&#233;nom&#232;nes discontinus [2]. Par contre, elles n'ont pas cess&#233; d'offrir des outils pour des descriptions du continu : trajectoires, fonction continue de variable r&#233;elle (continue), d&#233;riv&#233;e et int&#233;grale de fonction continue. M&#234;me la math&#233;matique de la physique quantique, une physique du discontinu, est fond&#233;e sur la continuit&#233; (l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, par exemple, est continue) alors que la description quantique est fondamentalement discontinue. La th&#233;orie de la relativit&#233; reste fond&#233;e sur un univers espace-temps-mati&#232;re qui serait continu. Pourtant les particules sont des singularit&#233;s et le vide est polaris&#233;. C'est que l'outil math&#233;matique d&#233;crivant la discontinuit&#233; est tr&#232;s loin d'&#234;tre au point. Le math&#233;maticien Ren&#233; Thom dit ainsi : &#171; Rien ne met plus mal &#224; l'aise le math&#233;maticien qu'une discontinuit&#233; &#187; dans &#171; Mod&#232;les math&#233;matiques de la morphogen&#232;se &#187;. Le philosophe des sciences Alain Boutot commente cette limite de l'outil math&#233;matique : &#171; D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les mod&#232;les physiques se r&#233;v&#232;lent impuissants &#224; formaliser les discontinuit&#233;s empiriques et cela pour une raison bien simple : ils font intervenir des fonctions r&#233;guli&#232;res qui sont, par nature, continues. Ce primat du continu se trouve du reste renforc&#233; et l&#233;gitim&#233; par la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouve le savant, pour pouvoir agir sur le monde, de pr&#233;dire avec pr&#233;cision l'&#233;volution des ph&#233;nom&#232;nes. (...) La science dispose pour cela d'un outil remarquablement efficace, le calcul diff&#233;rentiel et int&#233;gral, invent&#233; au 16&#232;me si&#232;cle. Son utilisation a pour cons&#233;quence l'&#233;limination du discontinu, qui est soit purement et simplement ignor&#233;, soit consid&#233;r&#233; comme une sorte de &#171; cas limite &#187; du continu lui-m&#234;me. &#187; Les miracles du calcul diff&#233;rentiel et int&#233;gral n'ont plus besoin d'&#234;tre lou&#233;s pour leur efficacit&#233; technique, mais il convient de se demander s'ils n'ont pas limit&#233; la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes de nombreux domaines. L'astrophysicien Laurent Nottale r&#233;pond ainsi dans &#171; La complexit&#233;, vertiges et promesses &#187; : &#171; Le calcul diff&#233;rentiel consiste &#224; prendre la limite d'un petit intervalle de temps, d'espace ou d'autres variables et &#224; les faire tendre vers z&#233;ro. Dans le calcul diff&#233;rentiel, on pr&#233;suppose que cette limite du z&#233;ro existe. Or, en physique, rien n'indique que cela soit vrai. Au contraire, &#224; chaque fois que l'on a essay&#233; de voir ce qui se passait &#224; des &#233;chelles plus petites, on a toujours trouv&#233; des choses nouvelles ; on n'a jamais d&#233;couvert un domaine o&#249; les choses deviendraient plus simples. Quand on d&#233;finit une vitesse, une d&#233;riv&#233;e, on pr&#233;suppose que cela va se simplifier lorsqu'on se dirigera vers les petites &#233;chelles. Or, ce n'est pas le cas. (...) On a longtemps cru que la m&#233;thode ordinaire de calcul diff&#233;rentiel devait r&#233;aliser en physique l'id&#233;e de Descartes. On allait d&#233;composer l'objet &#224; &#233;tudier en des parties tr&#232;s petites pour faire en sorte que chacune de ces parties tende vers z&#233;ro. L'espoir &#233;tait de rendre simple l'objet consid&#233;r&#233; &#224; partir de ses &#233;l&#233;ments extr&#234;mement simples et o&#249; rien ne bougeait ; il n'y avait plus ensuite qu'&#224; int&#233;grer sur tout l'objet de mani&#232;re &#224; obtenir ses propri&#233;t&#233;s globales. Dans la r&#233;alit&#233;, &#231;a ne marche pas ainsi, car, quand on observe les sous-parties de plus en plus petites d'un objet, on voit appara&#238;tre des choses constamment nouvelles. On peut tr&#232;s bien avoir des objets plus compliqu&#233;s vers les petites &#233;chelles que vers les grandes, ce qui prouve que l'identification &#171; na&#239;ve &#187; de la m&#233;thode cart&#233;sienne au calcul diff&#233;rentiel ne marche pas. Un objet, comme l'&#233;lectron, vu classiquement comme un simple point, devient compliqu&#233; vers les petites &#233;chelles : il &#233;met des photons, les r&#233;absorbe, ces photons deviennent eux-m&#234;mes des paires &#233;lectrons-positons, etc&#8230; A l'int&#233;rieur de l'&#233;lectron, il y a une esp&#232;ce de foisonnement de particules virtuelles qu'on ne voit pas &#224; grande &#233;chelle. (...) Un &#233;lectron est objet &#233;l&#233;mentaire qui contient toutes les particules &#233;l&#233;mentaires existantes. (...) Donc, on ne va pas se contenter d'observer des d&#233;placements dans l'espace et le temps comme dans la physique ordinaire, on va &#233;galement observer les d&#233;placements dans les changements d'&#233;chelle (...). &#187; Or, qui dit changement d'&#233;chelle au sein de toute modification et de tout d&#233;placement, dit aussi discontinuit&#233;. Et pourtant, le pr&#233;suppos&#233; de la continuit&#233; est si fort que Laurent Nottale affirme dans le m&#234;me texte : &#171; Je garde la continuit&#233; spatio-temporelle et je garde la continuit&#233; des changements d'&#233;chelle. Contrairement, l&#224; aussi, &#224; la pr&#233;sentation habituelle des fractales comme un ph&#233;nom&#232;ne discontinu produit par un g&#233;n&#233;rateur, je fais en sorte d'avoir des changements continus, comme avec un t&#233;lescope ou un zoom. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien Ren&#233; Thom, lui aussi, est connu pour avoir affirm&#233; le caract&#232;re d&#233;terministe des discontinuit&#233;s (appel&#233;es catastrophes [3]) tout en conservant la continuit&#233; fondamentale de l'univers : son espace-temps est continu et ses fonctions qui permettent l'apparition des &#171; catastrophes &#187; sont des fonctions continues de param&#232;tres &#233;galement continus (des nombres r&#233;els qui &#233;voluent sans rupture). Toute sa conception consiste &#224; affirmer que les formes (des g&#233;om&#233;tries continues) permettent d'interpr&#233;ter les discontinuit&#233;s : &#171; Il (Aristote) avait ainsi r&#233;alis&#233; (au moins partiellement) le r&#234;ve que j'ai toujours entretenu de d&#233;velopper une math&#233;matique du continu qui prenne le continu comme notion de d&#233;part. Aristote a &#233;t&#233; pendant des si&#232;cles (et peut-&#234;tre pendant des mill&#233;naires) le seul penseur du continu ; c'est l&#224; &#224; mes yeux son m&#233;rite essentiel. &#187; (dans &#171; Esquisse d'une s&#233;miophysique &#187;) Alain Boutot fait ainsi remarquer que &#171; La th&#233;orie de Thom est une th&#233;orie continuiste des discontinuit&#233;s. &#187; Et, malgr&#233; la d&#233;couverte de la discontinuit&#233; fondamentale du quanta, de nombreux physiciens continuent d'utiliser une math&#233;matique du continu, mais avec une certaine g&#234;ne. &#171; Nous avons d&#233;couvert de nombreuses op&#233;rations math&#233;matiques non-calculables, ce qui am&#232;ne les physiciens &#224; jeter quelques soup&#231;ons sur la partie des math&#233;matiques couramment mise &#224; contribution dans la description du monde. (...) Donc, si au niveau le plus fondamental les choses &#233;taient discr&#232;tes et discontinues, nous nous engagerions dans les sables mouvants du non-calculable. &#187; dit John Barrow dans &#171; La grande th&#233;orie &#187;. &#171; Les math&#233;maticiens n'aiment pas les discontinuit&#233;, parce que les seules fonctions connues dans la nature, qu'on peut r&#233;ellement calculer, sont des fonctions analytiques, qui sont continues. Si vous pr&#233;tendez que tout est calculable dans la nature, vous &#234;tes pratiquement amen&#233;s &#224; nier la discontinuit&#233;. &#187; explique le math&#233;maticien Ren&#233; Thom dans &#171; Stabilit&#233; structurelle et catastrophe &#187;. Si Ren&#233; Thom affirme qu'il ne peut pas savoir si le monde est continu ou discontinu et m&#234;me que personne ne pourra jamais le savoir, son a priori est quand m&#234;me celui du continu. D'un c&#244;t&#233;, il d&#233;clare que &#171; Savoir si le fond de la nature est continu et discontinu, c'est un probl&#232;me m&#233;taphysique, et je ne crois pas quiconque dispose d'une r&#233;ponse. &#187; D'un autre c&#244;t&#233;, comme le rel&#232;ve le physicien Jean Perdijan, &#171; Ren&#233; Thom consid&#232;re que cette discr&#233;tisation de l'Univers n'est qu'une hypoth&#232;se impos&#233;e par la pens&#233;e algorithmique et il avoue sa pr&#233;f&#233;rence pour une pens&#233;e continue de l'Univers. &#187; Comme on le voit, il s'agit bien d'une pr&#233;f&#233;rence philosophique choisie alors que l'on affirme par ailleurs qu'on ne pourra jamais trancher ? C'est ce que l'on appelle un a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Revue &#171; Science et avenir &#187;, juin 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] C'est au point que la math&#233;matique a parfois dict&#233; ses conclusions en imposant ses outils. Par exemple, les lois non-lin&#233;aires n'ayant g&#233;n&#233;ralement pas de solution on a opt&#233; pour une description par des lois lin&#233;aires comme l'explique le math&#233;maticien R&#233;gis Ferri&#232;re dans &#171; Les math&#233;matiques de l'&#233;volution &#187;, expos&#233; de l'Universit&#233; de tous les savoirs en 2000 : &#171; Rapprocher math&#233;matiques et biologie rel&#232;verait-il d'une gageure ? (...) Une raison g&#233;n&#233;rale s'impose : les relations entre les variables d'un syst&#232;me biologique sont typiquement non-lin&#233;aires (...) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Pour moi, il y a catastrophe d&#232;s qu'il y a discontinuit&#233; ph&#233;nom&#233;nologique. &#187; dit Ren&#233; Thom dans &#171; Pr&#233;dire n'est pas expliquer &#187;. &#171; L'apparence macroscopique, la forme au sens usuel du terme, provient de l'agr&#233;gation d'un grand nombre de (catastrophes &#233;l&#233;mentaires), et la statistique de ces catastrophes locales, les corr&#233;lations qui r&#233;gissent leur apparition au cours d'un processus donn&#233;, sont d&#233;termin&#233;es par la structure topologique de la dynamique interne (...) &#187; explique Ren&#233; Thom &#171; Stabilit&#233; structurelle et morphogen&#232;se &#187;. Et il exposait dans &#171; L'&#233;vidence biologique &#187; que &#171; La th&#233;orie des catastrophes consiste &#224; dire qu'un ph&#233;nom&#232;ne discontinu peut &#233;merger en quelque sorte spontan&#233;ment &#224; partir d'un milieu continu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discontinuit&#233; de l'univers et structures hi&#233;rarchiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Passons de l'id&#233;alisation math&#233;matique du continu &#224; son &#233;ventuelle r&#233;alit&#233; physique. La premi&#232;re impossibilit&#233; &#224; laquelle se heurte la notion de continuit&#233; est celle du saut d'&#233;chelle du r&#233;el. En effet, le grand n'est une simple somme de quantit&#233;s petites. Car &#224; petite &#233;chelle, il se passe des &#233;v&#233;nements qui sont qualitativement diff&#233;rents de ceux &#224; grande &#233;chelle. Par exemple, en termes de temps, une conception continue suppose que ce qui se passe en une minute est la somme de ce qui s'est pass&#233; dans chacune des soixante secondes, qui, elles-m&#234;mes, cumulent les actions r&#233;alis&#233;es en soixante mille millisecondes et ainsi de suite. Or la r&#233;alit&#233; physique ne proc&#232;de pas ainsi car il y a des univers diff&#233;rents, &#224; diverses &#233;chelles de l'espace-temps. On n'y trouve plus les m&#234;mes structures, ni les m&#234;mes param&#232;tres, ni les m&#234;mes lois. L'astrophysicien Laurent Nottale rel&#232;ve ainsi dans &#171; La relativit&#233; dans tous ses &#233;tats &#187; que &#171; Une structure donn&#233;e se caract&#233;rise souvent par une &#233;chelle ou une gamme d'&#233;chelles particuli&#232;res et, inversement, &#224; une &#233;chelle donn&#233;e correspond en g&#233;n&#233;ral un type de structures d&#233;termin&#233;. &#187; Le temps long n'est pas une somme d'instants courts. La petite &#233;chelle de distance ne totalise pas des intervalles &#224; courte &#233;chelle. Pouvoir de r&#233;solution, agraindissement, interactions d'&#233;chelle, transitions de phase sont les noms de domaines de la physique dans lesquels on observe ces changements d'univers li&#233;s au changement de taille de l'observation. Un exemple bien connu est le passage de la microphysique (quantique) &#224; la macrophysique (classique). L'une n'est pas du tout la somme d'un grand nombre fois ce qui se passe &#224; l'&#233;chelle de l'autre. Le grand ne d&#233;coule pas d'une augmentation de taille de ce qui se passe &#224; petite &#233;chelle. Du coup, il est impossible de se repr&#233;senter un segment comme une somme de petits segments, ce qui est pourtant un axiome indispensable du continu. &#171; L'espace et le temps ne sont pas continus &#187; conclue Christophe Schiller dans l'article &#171; Le vide diff&#232;re-t-il de la mati&#232;re ? &#187; de l'ouvrage collectif &#171; Le vide &#187; qui rapporte les r&#233;flexions r&#233;centes de nombreux auteurs sur la mati&#232;re et le vide. Le temps continu n'est-il pas une donn&#233;e essentielle qui nous est transmise par notre cerveau ? C'est certainement une de nos impressions continues comme l'est celle de notre vision oculaire, mais correspond-elle au monde r&#233;el ou est-elle une simple construction ? &#171; La continuit&#233; psychique est non pas une donn&#233;e mais une &#339;uvre. &#187; r&#233;pond Gaston Bachelard, s'opposant &#224; &#171; la th&#232;se bergsonienne de la continuit&#233; du temps &#187; dans &#171; La dialectique de la dur&#233;e &#187;. Bien des auteurs constatent la m&#234;me distorsion entre le r&#233;el et l'apparent continu d&#233;livr&#233; par nos sens comme Stephen Jay Gould dans &#171; Le renard et le h&#233;risson &#187; : &#171; Ce qui constitue l'univers est le plus souvent per&#231;u par nos sens comme un continuum, avec des ralentissements et des acc&#233;l&#233;rations, et des &#233;tapes plus ou moins importantes. (...) Les faits sautent litt&#233;ralement (...). &#187; Le parti pris g&#233;n&#233;ral en faveur du continu et du progr&#232;s graduel a longtemps amen&#233; &#224; rejeter toute interpr&#233;tation en faveur de changements rapides et radicaux. Le terme employ&#233; pour une discontinuit&#233; est tout un symbole : &#171; solution de continuit&#233; &#187;. On aurait plut&#244;t compris l'emploi de l'expression &#171; solution de discontinuit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas continuit&#233; dans l'univers connu, c'est du fait de l'interaction d'&#233;chelle. De la mati&#232;re &#224; la vie et &#224; l'homme, tout est organis&#233; en &#233;chelons hi&#233;rarchiques, dont les niveaux ne sont pas r&#233;ductibles au niveau inf&#233;rieur. La soci&#233;t&#233; ne se ram&#232;ne pas &#224; l'individu, ni le cerveau au neurone, ni la vie &#224; la cellule individuelle. Le point n'est pas une partie de la droite savait d&#233;j&#224; Aristote, comme l'instant n'est pas un &#233;l&#233;ment de la dur&#233;e. Car ils ne se situent pas au m&#234;me niveau hi&#233;rarchique, comme la longueur n'est pas une partie de la surface ni la surface une partie du volume. Il y a interaction mais celle-ci n'est pas lin&#233;aire. Le passage d'une &#233;chelle &#224; une autre est discontinu. Or, dans la r&#233;alit&#233; toutes les &#233;chelles sont m&#234;l&#233;es, coexistent et interagissent. Par cons&#233;quent, aucune description du r&#233;el ne peut &#234;tre fond&#233;e sur l'apparente continuit&#233;. Au sein d'une grande dimension, il n'y a pas seulement des petites dimensions mais &#233;galement des choses d'&#233;chelle inf&#233;rieure, appartenant &#224; un autre monde. &#171; Il y a un monde dans l'&#233;lectron &#187; explique le physicien Manfred Mac Gregor. Il y a donc non seulement discontinuit&#233; mais non-lin&#233;arit&#233; et aussi contradiction dans l'interaction d'&#233;chelle. Le monde du vide, le virtuel, n'est pas plus petit que le monde mat&#233;riel. Il y a un infiniment grand au sein de l'infiniment petit. Ce monde n'est pas descriptible par la th&#233;orie des ensembles dans laquelle &#171; Le tout est plus grand que la partie &#187;, assertion bien connue d'Euclide. La th&#233;orie du monde continu est fond&#233;e sur la logique formelle (non dialectique) et fond&#233;e notamment sur le principe de non-contradiction, comme par exemple la g&#233;om&#233;trie d'Euclide ou la math&#233;matique de Bourbaki. Le &#171; Dictionnaire d'histoire et de philosophie &#187; dirig&#233; par Dominique Lecourt expose, sous la plume de Jean Dhombres, le projet axiomatique de Bourbaki : &#171; (...) un programme th&#233;orique d'envergure fut lanc&#233; par le groupe Bourbaki (...) Il s'agissait en l'occurrence (...) d'adopter une base minimale : les deux notions de lin&#233;arit&#233; et de continuit&#233; devaient suffire, r&#233;unies par la notion d'espace vectoriel topologique (...) &#187; On a vu les probl&#232;mes que pose la continuit&#233;, incompatible avec la discontinuit&#233;. En particulier, une s&#233;rie infinie de discontinuit&#233;s de plus en petite n'est pas &#233;quivalente &#224; la continuit&#233;, car il y aura toujours une infinit&#233; de discontinuit&#233;s quand on passe &#224; la limite. La lin&#233;arit&#233; suppos&#233;e par Bourbaki ne pose pas moins de probl&#232;mes. Si les ph&#233;nom&#232;nes de grande taille ne sont pas la somme des ph&#233;nom&#232;nes de petite taille, c'est qu'il n'y a pas lin&#233;arit&#233; entre causes et effets : des petites causes peuvent avoir un effet &#224; grande &#233;chelle. En fait les deux probl&#232;mes ont la m&#234;me origine : l'interaction d'&#233;chelle, qui caract&#233;rise la nature, est non lin&#233;aire comme elle est discontinue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde existe simultan&#233;ment &#224; toutes les &#233;chelles et elles sont interactives, mais on ne peut les observer qu'en interagissant &#224; un certain niveau. Si on se donne les moyens d'observer dans un temps plus court (avec plus d'&#233;nergie), on trouve tout un monde de points dont on ignorait l'existence en observant &#224; un autre niveau (appel&#233; niveau d'agraindissement). L'astrophysicien Laurent Nottale montre, dans &#171; La complexit&#233;, vertiges et promesses &#187;, que cette question est un produit de l'interaction d'&#233;chelles : &#171; La nature m&#234;me de l'espace-temps est chang&#233;e car elle contient en r&#233;alit&#233; ces changements d'&#233;chelle d'une mani&#232;re intrins&#232;que et irr&#233;ductible &#224; l'espace-temps ordinaire qui est, lui, dans la vision physico-math&#233;matique, un ensemble de points. (...) En r&#233;alit&#233;, cette vision dans laquelle on repr&#233;sente le monde sous forme de points pr&#233;tend faire des mesures avec une pr&#233;cision infiniment grande &#8211; &#224; chaque petit intervalle spatial correspond un petit intervalle de temps. Or, c'est la m&#233;canique quantique qui nous dit qu'il faudrait une &#233;nergie infinie pour pouvoir faire une telle mesure. &#187; On pourrait se dire que ceci n'est une limite que pour l'homme qui observe et mesure, mais cela est faux. Cette limite, notamment l'in&#233;galit&#233; d'Heisenberg, est reli&#233;e au m&#233;canisme fondamental de la mati&#232;re et pas seulement &#224; une mesure r&#233;alis&#233;e par l'homme (ou la machine produite par lui). Cela signifie qu'une pr&#233;cision tr&#232;s petite en espace n&#233;cessite un temps tr&#232;s grand et un temps tr&#232;s court n&#233;cessite une &#233;nergie tr&#232;s grande. Le point, d&#233;fini avec une pr&#233;cision infinie, n&#233;cessite une &#233;nergie infinie ! La nature ne peut r&#233;aliser ses propres interactions, ind&#233;pendantes de l'observateur, en d&#233;pensant sans cesse une telle &#233;nergie infinie. Elle op&#232;re n&#233;cessairement avec impr&#233;cision. C'est le m&#233;canisme le plus &#233;conome en &#233;nergie. La convergence ne se produit qu'ensuite par &#233;mergence d'un ordre global issu du d&#233;sordre des interactions variables, impr&#233;cises et impr&#233;dictibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Nottale poursuit ainsi : &#171; Un point, cela n'existe pas ! D'ailleurs, cela se voit tout de suite. Si l'on dit qu'il y a un point sur une table, qu'entend-on par un point ? Quelque chose qui n'a aucune dimension. Il suffit de regarder avec une loupe pour d&#233;couvrir une structure. On continue de grossir &#224; la loupe puis on passe au microscope : &#224; quel moment pourra-t-on voir enfin le point ? Jamais. Donc, physiquement, le point n'existe pas. (...) L'id&#233;e int&#233;ressante est que, chaque fois que l'on grossit, on voit quelque chose de nouveau. &#187; Rappelons que, si observait du continu, chaque fois que l'on grossit, on trouverait la m&#234;me chose. Un zoom sur un point, tel qu'il est con&#231;u par la g&#233;om&#233;trie euclidienne, donnerait le m&#234;me point. Un zoom sur une droite continue serait exactement la m&#234;me droite continue. Jamais, en physique, tous les zooms sur le monde, &#224; toutes les &#233;chelles, ne donnent le m&#234;me monde. La M&#233;canique, comme l'ensemble de la Physique, a consid&#233;r&#233; la particule comme un point en d&#233;placement, mais c'est physiquement impossible. Le physicien L&#233;on L&#233;derman l'explique ainsi : &#171; Si l'&#233;lectron est un point, &#8230;. , o&#249; se trouve la masse, o&#249; se trouve la charge ? &#187; De plus, on ne peut pas conna&#238;tre exactement un point, ni une succession continue de points, mais un nuage de points. Le point, si on change de r&#233;solution (agraindissement), devient non pas un segment mais un nuage de points, c'est-&#224;-dire une s&#233;rie de sauts, comme mode exploratoire d'une zone. Les diff&#233;rents niveaux coexistent. Ils ne sont s&#233;par&#233;s, ind&#233;pendants que dans la vision &#224; une &#233;chelle, &#224; un niveau de r&#233;solution &#8211; ou agraindissement. Cette notion ne doit pas &#234;tre confondue avec celle d'agrandissement. Pour la notion d'agraindissement, une description n&#233;cessite de d&#233;finir le niveau de pr&#233;cision du grain qui est souhait&#233;e, comme s'il s'agissait du grain d'impression de l'imprimeur. C'est cette &#233;chelle, bien diff&#233;rente de l'&#233;chelle d'agrandissement d'une carte, qui d&#233;finit ce que l'on va observer. Car l'agraindissement nous dit dans quel monde nous souhaitons observer la r&#233;alit&#233;. Ce n'est pas une limite de l'observation que l'on met ainsi en &#233;vidence, mais le mode de fonctionnement de la r&#233;alit&#233;. Celle-ci existe &#224; plusieurs niveaux hi&#233;rarchiques simultan&#233;ment et chaque niveau n'est pas une simple r&#233;duction des niveaux sup&#233;rieurs. Il y a un saut qualitatif avec des lois nouvelles. A chaque &#233;chelle, la description est fond&#233;e sur un nuage de points, les grains. Et ceux-ci ne sont pas immobiles, inchang&#233;s, ni ind&#233;pendants. La description par des objets fixes, imag&#233;s par une g&#233;om&#233;trie ou pas, ne peut correspondre &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler que passer de la notion de point &#224; celle de nuage de point ne r&#233;sout aucunement le probl&#232;me. En effet, si on ne peut d&#233;finir le point, comment pourrait-on d&#233;finir un nuage de points ? Ainsi, toute lumi&#232;re dans le ciel provient soit d'une &#233;toile soit d'un groupe d'&#233;toiles. Une galaxie, constitu&#233;e de milliards d'&#233;toiles, nous appara&#238;t comme un point lumineux. Si on cherche &#224; agrandir l'image on trouve des &#233;toiles ou des amas d'&#233;toiles. En agrandissant encore on trouve des mol&#233;cules puis des atomes, des particules, des quanta virtuels, etc, etc&#8230; A chaque saut d'&#233;chelle, un point n'&#233;tait rien d'autre qu'un nuage de points. La diff&#233;rence d'image ne consiste pas seulement dans cette d&#233;composition en &#233;chelles successives. Dans un nuage, les objets (les mol&#233;cules) ne se contentent pas de s'additionner. Ils interagissent dans une dynamique nouvelle. Le nuage n'est pas une somme de mol&#233;cules d'eau et d'air. C'est une interaction &#224; grande &#233;chelle fond&#233;e sur des mouvements collectifs, sur des &#233;changes d'&#233;nergie, de mati&#232;re et des changements d'&#233;tat. Il en va de m&#234;me de la galaxie, de l'&#233;toile, de la mol&#233;cule, de l'atome et de la particule. Il ne suffit pas d'additionner des masses de gaz pour constituer une &#233;toile ou une galaxie, ni m&#234;me un nuage. Le nuage est agit&#233; et n'est jamais dans un &#233;tat fixe. Pour le nuage, la fixit&#233; signifierait la disparition de la structure. Toute structure un peu trop durable entra&#238;nerait un changement brutal. C'est la chute de neige, en cas de constitution de cristaux. La structure globale ne se conserve que parce que sa dynamique interne est sans cesse agit&#233;e. Cette image nouvelle englobe donc la non-lin&#233;arit&#233; (les &#233;l&#233;ments ne se contentent pas de s'additionner), l'interaction d'&#233;chelle et les discontinuit&#233; &#224; toutes les &#233;chelles. Avec le changement d'&#233;chelle, dans un sens et dans l'autre, le point devient un nuage de points et inversement. En son sein, il y a tout un monde. Du coup, le caract&#232;re fig&#233; du point d'Euclide dispara&#238;t. L'&#233;l&#233;mentarit&#233;, la fixit&#233;, la position parfaitement d&#233;finie disparaissent pour laisser place au monde quantique des charges ponctuelles avec ses interactions contradictoires et ses changements de niveaux. C'est le saut d'&#233;chelle et le caract&#232;re dynamique qui distingue les deux conceptions (objets g&#233;om&#233;triques fixes ou non). On visualise les significations des deux mani&#232;res de voir en effectuant un agrandissement. Quand on zoome sur la ligne continue, on ne voit rien. L'image agrandie est identique avec l'image de d&#233;part. Il y a exactement le m&#234;me trait, le m&#234;me nombre de points. Si on fait de m&#234;me avec un trait discontinu, il en va tr&#232;s diff&#233;remment. D'abord, le nuage de points discontinus devient plus clairsem&#233; puis, d'un seul coup, &#224; un certain seuil, on saute &#224; une autre &#233;chelle o&#249; on trouve &#224; la place d'un point un nouveau nuage de points. On a quelque chose de plus que l'agrandissement. C'est ce que l'on appelle l'agraindissement en faisant appel &#224; des notions tir&#233;es de l'imprimerie ou du grain de caract&#232;re ou de l'&#233;cran t&#233;l&#233;. Cela indique aussi le nombre de grains dans un cercle de dimensions donn&#233;es. Toutes ces remarques ont trait &#224; l'interaction d'&#233;chelle, ph&#233;nom&#232;ne qui ne peut exister au sein du continu. L'autre aspect, on l'a dit, est la dynamique. Le point est fixe, n'a pas de structure, pas d'&#233;changes possibles ni de changement de structure. Ce n'est pas le cas du nuage de points qui serait capable d'&#234;tre consid&#233;r&#233; &#224; un certain agraindissement comme se manifestant comme un point unique. L'attribution de valeurs num&#233;riques &#224; ce point n'est plus unique puisqu'elle se r&#233;f&#232;re &#224; une structure interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la philosophie de la mati&#232;re qui est modifi&#233;e. C'est un r&#233;sultat qui est loin de ne concerner que les sp&#233;cialistes et, pourtant, il n'est pas diffus&#233; dans le grand public. Les pr&#233;jug&#233;s fixistes et gradualistes [1] ont &#233;t&#233; battus en br&#232;che par les progr&#232;s des sciences mais cette &#233;volution des id&#233;es n'a pas encore touch&#233; (ou tr&#232;s peu) notre philosophie sur le monde. La compr&#233;hension statique de l'univers devrait c&#233;der la place &#224; une interpr&#233;tation dynamique. Nous savons que les montagnes ne sont ni des constructions &#233;ternelles ni des &#233;difices stables, m&#234;me si personne ne les voit bouger. Nous savons que l'&#233;corce terrestre bouge, m&#234;me si nous ne la voyons pas bouger. Nous savons que les esp&#232;ces changent, m&#234;me si elles semblent fig&#233;es. Nous savons que toutes les formes de vie ont une m&#234;me origine, m&#234;me si aucun d'entre nous n'a vu de ses yeux un &#234;tre unicellulaire se transformer en pluricellulaire ni vu appara&#238;tre une esp&#232;ce porteuse d'une colonne vert&#233;brale &#224; partir d'animaux qui n'en poss&#233;daient pas. Pourtant, il est impossible de concevoir une d&#233;formation continue menant d'un &#234;tre sans un cerveau ou sans pattes &#224; un &#234;tre qui en poss&#232;de. Il en va de m&#234;me de toutes les structures de la mati&#232;re. La mati&#232;re est en mouvement et en transformation permanentes, m&#234;me si ces changements sont invisibles et difficiles &#224; concevoir. Ces r&#233;volutions n&#233;cessitent d'autant plus d'&#234;tre pens&#233;es que le processus de leur production n'a rien d'&#233;vident. La pens&#233;e conceptuelle acquiert son importance et que l'exp&#233;rience ne suffit pas [2]. Le m&#233;canisme du fonctionnement est fond&#233; sur des chocs et non sur un d&#233;veloppement r&#233;gulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette philosophie de la physique n'est pas discut&#233;e en dehors de quelques milieux tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;s, et encore. Le fondement de l'a priori du continu n'est pas essentiellement scientifique ou technique, mais social. La base est &#224; chercher dans l'aspiration des hommes &#224; la continuit&#233; de leur conscience et de leur vie, &#224; la rationalit&#233; lin&#233;aire de leurs actions, l'aspiration des r&#233;gimes sociaux et politiques &#224; la durabilit&#233; de leur pouvoir. Mais c'est aussi la croyance de l'homme dans la continuit&#233; de sa conscience. Mon cerveau me donne une impression de continuit&#233; des images, de continuit&#233; du temps, de continuit&#233; de monde comme de celle de mes pens&#233;es. Cette impression est fausse. Aucune image visuelle n'est continue. La d&#233;charge &#233;lectrique du neurone et celle de la synapse, qui fondent le fonctionnement c&#233;r&#233;bral, se r&#233;alisent par &#224; coups, comme l'activation d'une zone ou d'un r&#233;seau de neurones. Une zone est brutalement activ&#233;e puis d&#233;sactiv&#233;e brutalement aussi. A tous les niveaux, l'intermittence est la r&#232;gle. Le neurone est fond&#233; sur une d&#233;charge &#233;lectrique brutale, &#224; la suite de laquelle il est inactif durant un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le physicien Max Planck tient &#224; souligner la nature &#171; explosive &#187; des ph&#233;nom&#232;nes que l'on vient de d&#233;couvrir au sein d'une mati&#232;re apparemment calme, c'est parce que le changement est brutal, inattendu, radical. La r&#233;volution dans une structure (qu'il s'agisse d'une structure de l'atome, de la galaxie, de la m&#233;t&#233;o terrestre, une structure des interactions mati&#232;re-mati&#232;re ou mati&#232;re-lumi&#232;re ou d'un autre domaine) suppose un seuil &#224; partir duquel les conditions d'existence de l'ordre pr&#233;c&#233;dent sont d&#233;stabilis&#233;es. A un certain stade une toute petite action entra&#238;ne une grande transformation. C'est l'&#233;quivalent, en physique, du &#171; r&#244;le de l'individu dans l'histoire &#187;, en histoire des soci&#233;t&#233;s. Cela provient du caract&#232;re de la dynamique interne permanente que l'on constate dans la mati&#232;re &#224; toutes les &#233;chelles, m&#234;me pour les particules durables (&#233;lectron, proton, &#8230;) qu'on croyait &#233;l&#233;mentaires et stables. Cette agitation de la mati&#232;re, lorsqu'elle parvient &#224; des seuils, m&#232;ne &#224; la destruction de la structure. A chaque niveau et pour chaque structure, il y a des effets de seuil. Par exemple, &#224; douze millions de degr&#233;s, une masse de mati&#232;re en contraction enclenche la formation d'une &#233;toile (un soleil), les explosions nucl&#233;aires commen&#231;ant au centre. Atteignant la limite de cent fois la masse solaire, un soleil explose donnant un amas d'&#233;toiles, etc&#8230; A un certain seuil du choc &#233;nerg&#233;tique, l'&#233;lectron dispara&#238;t lorsqu'il s'unit &#224; un positon (son anti-mati&#232;re) pour donner un ou plusieurs photons (grains de lumi&#232;re). Le d&#233;sordre interne, s'il atteint un certain niveau, fait exploser la structure. L'action d'&#233;l&#233;ments extr&#234;mement petits entra&#238;ne des &#233;volutions consid&#233;rables. Ainsi, ce sont les explosions des tout petits noyaux atomiques qui permettent la dynamique de l'&#233;toile dont le maintien de la structure est un &#233;quilibre instable et dynamique entre gravitation de masses &#233;normes de mati&#232;re et rayonnement d&#251; aux explosions nucl&#233;aires qui font fusionner des noyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait maintenant que l'&#233;toile enclenche son processus d'explosions nucl&#233;aires de fusion au sein d'une masse de mati&#232;re atteignant certains seuils. Par exemple, il faut atteindre la temp&#233;rature seuil de 12 millions de degr&#233;s dans le noyau pour que commencent les explosions nucl&#233;aires dans lesquelles deux noyaux d'hydrog&#232;ne fusionnent en un noyau d'h&#233;lium en lib&#233;rant de l'&#233;nergie. De fa&#231;on brutale, dans ce qui n'&#233;tait encore qu'une grosse plan&#232;te gazeuse d'environ la taille solaire, une nouvelle sorte de fonctionnement se met en route. Un autre seuil aura lieu ensuite si l'&#233;toile atteint huit fois la masse solaire. L'histoire de l'&#233;toile conna&#238;tra des &#233;tapes brutales, &#224; certains seuils de sa transformation. Ce qui est vrai de l'&#233;toile l'est de toutes les &#233;chelles de la mati&#232;re. Les mol&#233;cules, les atomes, les particules sont produites et d&#233;truites en atteignant une limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'un seuil au del&#224; duquel on trouve un autre monde dans lequel nos &#171; objets &#187; et nos lois n'ont plus cours [3] nous &#233;tonne toujours. Est-il possible que notre univers soit connect&#233; &#224; des mondes diff&#233;rents &#224; d'autres &#233;chelles de la mati&#232;re (&#233;chelles du temps, de la temp&#233;rature ou de la pression par exemple) ? On a &#233;t&#233; surpris lorsqu'on a d&#233;couvert que les &#233;toiles ne fonctionnaient pas en br&#251;lant un carburant classique comme du gaz mais une mati&#232;re tellement concentr&#233;e qu'elle pouvait, arriv&#233;e &#224; un seuil, passer un cap o&#249; elle subissait de nouvelles lois dans lesquelles les noyaux atomiques apparemment stables pouvaient fusionner en construisant des noyaux plus lourds et en lib&#233;rant du rayonnement. Nous avons &#233;t&#233; &#233;galement surpris lorsque nous avons constat&#233;, avec la physique quantique, qu'il y avait un monde tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre (dit macroscopique) &#224; l'&#233;chelle des particules (microscopique). Nous avons encore &#233;t&#233; surpris lorsque l'on a constat&#233;, avec les diagrammes de Feynman, l'existence d'un monde dit virtuel, &#224; une &#233;chelle encore inf&#233;rieure (en dessous des constantes de Planck). A chaque fois que ce nouveau monde a &#233;t&#233; d&#233;couvert, les scientifiques ont &#233;t&#233; inquiets, r&#233;serv&#233;s et prudents. Ils ont parl&#233; d'artifice de calcul et n'ont pas admis d'embl&#233;e la r&#233;alit&#233; de ce monde nouveau. Planck traitait lui-m&#234;me ses quanta de technique de calcul comme l'a fait Richard Feynman avec ses particules et photons &#171; virtuels &#187;. A chaque fois que l'on passe d'une &#233;chelle &#224; une autre, on saute &#224; nouveau le pas r&#233;alis&#233; par cette r&#233;volution qui a donn&#233; naissance &#224; cette nouvelle &#233;chelle de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune progressivit&#233;, aucune continuit&#233; [4], aucune lin&#233;arit&#233; dans l'&#233;volution d'&#233;tat de la mati&#232;re, c'est-&#224;-dire de la forme d'organisation des mol&#233;cules. En changeant de temp&#233;rature ou de pression, un gaz devient un liquide puis un solide. Ce n'est pas une &#233;volution progressive de structure mais une r&#233;volution. Le nombre de degr&#233;s de libert&#233;s passe de 3 &#224; 2 puis &#224; 1. Il n'y a pas d'&#233;tape interm&#233;diaire possibles. Ce type de modification brutale de structure existe pour toutes les formes de la mati&#232;re et &#224; toutes les &#233;chelles. Par exemple, la structure solide du sucre est d&#233;truite par l'eau chaude. Sans cette action destructrice nous n'aurions pas conscience de l'action violente des mol&#233;cules d'eau chaude. Examinons une autre rupture : la fusion qui donne les diff&#233;rents atomes, des plus l&#233;gers comme l'hydrog&#232;ne ou l'h&#233;lium aux plus lourds comme les atomes radioactifs. Chaque augmentation d'une unit&#233; du nombre de nucl&#233;ons (protons et neutrons) dans le noyau de l'atome est un saut qualitatif, acquis gr&#226;ce &#224; un choc &#233;nerg&#233;tique. Chacun de ces noyaux atomiques a &#233;t&#233; construit par l'histoire des &#233;toiles et des galaxies, par les explosions nucl&#233;aires et les explosions d'&#233;toiles. De m&#234;me, en sens inverse, ce sont des chocs qui peuvent d&#233;truire un noyau atomique pour produire des noyaux atomiques plus petits. Cela peut se produire spontan&#233;ment si les noyaux sont des structures instables. La radioactivit&#233; casse la structure lourde en atomes plus l&#233;gers. Une transformation brutale caract&#233;rise toutes les transformations de structure, des plus grandes aux plus petites, de la supernova qui explose &#224; la particule. Il est rapide et son instant est impr&#233;dictible. Le simple saut quantique de l'&#233;lectron ou de l'atome d'un &#233;tat dans un autre (absorption ou &#233;mission d'un photon) est lui aussi brutal et impr&#233;dictible. Prenons un autre exemple, &#224; une tout autre &#233;chelle : la dynamique du climat de la terre. Le passage d'une phase de r&#233;chauffement &#224; une phase de glaciation est tr&#232;s court au regard des p&#233;riodes stables qui le pr&#233;c&#233;dent et qui le suivent. Le changement se r&#233;v&#232;le &#224; nouveau brutal et impr&#233;dictible. Un changement aussi radical que le passage d'un liquide &#224; un gaz : l'&#233;bullition. Le changement de phase est rapide, imperceptible par rapport aux &#233;chelles de la dynamique dans laquelle il se produit. Il intervient comme un &#233;v&#233;nement de l'histoire. L'instant de l'&#233;bullition est impr&#233;dictible m&#234;me si on conna&#238;t la temp&#233;rature moyenne de celle-ci. Toute modification imperceptible de la pression, de la composition du corps modifie la temp&#233;rature de fusion ou d'&#233;bullition. Sont aussi impr&#233;dictibles l'&#233;volution d'une grippe, d'une pente avalancheuse, d'un nuage porteur de pluie ou de neige, d'un silo &#224; grains, d'une plage attaqu&#233;e par la mer, d'une falaise de craie agress&#233;e par l'&#233;rosion, d'une fissure de roche ou d'un mur. L'impr&#233;dictibilit&#233; n'est pas li&#233;e avec l'absence de lois, avec une irrationalit&#233; de la nature. Elle provient du caract&#232;re des lois de la dynamique qui permettent des changements radicaux, capables de modifier toute la suite des &#233;v&#233;nements. Le &#171; chaos d&#233;terministe &#187; parle dans ce cas de &#171; sensibilit&#233; aux conditions initiales &#187; qui signifie que de petites actions peuvent avoir un grand effet. L'image de l'avalanche clarifie cette situation : un simple skieur peut entrainer, en rompant la pente avalancheuse, des ravages dans toute la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discontinuit&#233; est &#224; la base de l'une des d&#233;couvertes fondamentales de la physique contemporaine : la renormalisation [5]. Cette conception d&#233;coule d'une convergence &#233;tonnante entre physique statistique, physique des ph&#233;nom&#232;nes critiques, physique du vide et physique des particules. On parle l&#224; de &#171; classe d'universalit&#233; &#187;. Exposons-en sommairement la base. L'&#233;tude des interactions &#8211; par exemple l'interaction dite coulombienne entre charges &#233;lectriques &#8211; menait &#224; des infinis que l'on ne constate pas dans la r&#233;alit&#233; [6]. Ainsi, une charge agit sur l'espace qui r&#233;agit &#224; nouveau sur la charge. Ces boucles de r&#233;troaction &#224; l'infini doivent donner un r&#233;sultat final qui est fini car c'est la r&#233;alit&#233; mesur&#233;e or les &#233;quations semblaient indiquer le contraire. C'est le physicien Richard Feynman qui en a donn&#233; la solution pour l'interaction coulombienne ou &#233;lectromagn&#233;tique. C'est ce que l'on appelle l'&#233;lectrodynamique quantique. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e aux autres interactions quantiques. Elle consiste &#224; renoncer aux infiniment petits dans les calculs. Cela signifie, plus fondamentalement, refuser de consid&#233;rer l'espace et le temps comme continus. En effet, elle limite les calculs &#224; une petite distance en supposant qu'au del&#224; les r&#233;sultats sont non signifiants. La m&#233;thode a sa justification dans le fait que l'on ne peut pas supposer que l'on peut descendre de distance autant que l'on veut. Deux charges ne peuvent pas se rapprocher arbitrairement pr&#232;s car l'interaction coulombienne, inversement proportionnelle &#224; la distance, deviendrait infinie. Il est donc impossible qu'il y ait contact entre deux particules charg&#233;es. Il est &#233;galement impossible de regarder l'espace comme un continuum. C'est la description des interactions fondamentales qui l'impose. Ainsi, un photon &#233;mis en un point peut &#234;tre absorb&#233; en un autre sans passer par les positions interm&#233;diaires. C'est ce que l'on appelle le diagramme de Feynman de l'interaction &#233;lectromagn&#233;tique La discontinuit&#233; concerne le temps qui est profond&#233;ment non lin&#233;aire puisque l'antiparticule peut &#234;tre absorb&#233;e par la particule avant d'&#234;tre &#233;mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein avait tent&#233; de rajouter aux concepts g&#233;om&#233;triques continus d'Euclide une continuit&#233; de l'espace vide : &#171; La math&#233;matique euclidienne ne d&#233;finissait pas ce concept (d'espace vide) (...). Toutes les relations de position sont exprim&#233;es par les relations de position entre les objets. Le point, le plan, la droite, la distance repr&#233;sentent des objets corporels id&#233;alis&#233;s. Dans ce syst&#232;me de concepts l'espace en tant que continuum n'est jamais envisag&#233;. (...) Les concepts de point mat&#233;riel, de distance entre les points mat&#233;riels (variable avec le temps) ne suffisent pas &#224; la dynamique. &#187; (dans &#171; Comment je vois le monde &#187;). Einstein va rajouter &#224; cette g&#233;om&#233;trie euclidienne continue et &#224; cet espace vide continu l'id&#233;e d'un continuum commun espace-temps et m&#234;me espace-temps-mati&#232;re. Mais il ne parviendra jamais &#224; d&#233;couvrir un champ continu unitaire capable d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes physiques. Einstein ne parvenait pas &#224; imaginer une discontinuit&#233; de la causalit&#233;. Son principe de r&#233;alit&#233; restait fig&#233; et ne pouvait concevoir une r&#233;alit&#233; de l' &#171; objet &#187; qui soit contradictoire, qui existe &#224; la fois &#224; plusieurs &#233;chelles et dont le contenu en termes de propri&#233;t&#233;s ne soit pas unique. Si le niveau d'interaction change, l'objet saute d'un &#233;tat &#224; un autre. C'est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;tonnant car il est spontan&#233;, non-lin&#233;aire et discontinu, donc apparemment irrationnel, qui a profond&#233;ment perturb&#233; Einstein qui y voyait du hasard pur (&#171; dieu ne joue pas aux d&#233;s &#187;). C'est dans cette interaction d'&#233;chelles (notamment entre mati&#232;re et vides) que r&#233;side la source de nombre d'&#171; &#233;tranget&#233;s &#187; de la physique quantique, source d'&#233;tonnement qui a fait passer la mati&#232;re &#224; petite &#233;chelle pour un ph&#233;nom&#232;ne al&#233;atoire. Le petit n'est pas une simple r&#233;duction du grand. Il en r&#233;sulte l'impossibilit&#233; de n&#233;gliger les ph&#233;nom&#232;nes &#224; petite &#233;chelle, se d&#233;roulant en un temps court. Ils peuvent jouer un r&#244;le fondamental dans la dynamique. C'est encore la discontinuit&#233; de l'univers qui explique les contradictions du mouvement. Les lois de Maxwell par exemple pr&#233;voiraient l'impossibilit&#233; du mouvement En effet, une particule initialement au repos devra &#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233;e. Or, toute particule charg&#233;e, qui est acc&#233;l&#233;r&#233;e, &#233;met des ondes &#233;lectromagn&#233;tiques qui la freinent. Comment une particule charg&#233;e pourrait donc &#234;tre spontan&#233;ment mise en mouvement. L'erreur provient du fait que les &#233;quations de Maxwell supposent la continuit&#233; de l'espace-temps. Si la particule &#233;tait effectivement d&#233;nu&#233;e de contradictions, cette situation serait impossible. C'est la contradiction qui cause la discontinuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature n'a rien de continu ni de graduel. Le courant que l'on dit &#171; continu &#187; est form&#233; de corpuscules, les &#233;lectrons, qui ne peuvent que passer brutalement, un par un. Le jus, apparemment continu d'un liquide est constitu&#233; de mol&#233;cules, qui ne peuvent que se d&#233;placer une par une. La pluie ne tombe que sous forme de gouttes et jamais d'un jus continu. La lumi&#232;re qui nous appara&#238;t continue dans l'apparence du rayon ou de la surface lumineuse est constitu&#233;e de corpuscules lumineux, les photons, m&#234;me si on a souvent une impression de continuit&#233;. Il n'y a pas de valeur interm&#233;diaire puisque les corpuscules sont en nombre entier. A chaque nouveau corpuscule, on a un saut. L'apparente continuit&#233; (par exemple celle de l'&#233;volution de la temp&#233;rature d'un gaz) n'est qu'une moyenne sur un tr&#232;s grand nombre de mol&#233;cules en agitation permanente, et pas une description du r&#233;el. Non seulement le r&#233;el est discontinu mais il est le sujet de chocs qui ne cessent jamais, comme ceux des mol&#233;cules. Le changement n'est pas plus graduel que le mouvement. Personne ne voit l'enfant pousser et pourtant il a de brusques phases de croissance comme tous les &#234;tres vivants. Tout se passe comme dans un film qui donne l'impression de continuit&#233; des images alors que nous savons bien qu'il s'agit de photos se succ&#233;dant &#224; vitesse suffisamment rapide. Les images sautent sans que l'on en ait conscience. On ne peut pas distinguer ces instants de coupure, trop brefs, durant lesquels le film saute d'un cran. Les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els connaissent les m&#234;mes sauts comme la croissance des &#234;tres vivants. C'est &#233;galement une impression d'optique moyenne qui cr&#233;&#233; l'apparente continuit&#233;. Dans la croissance de l'herbe, par exemple, on se contente de comparer la taille moyenne de l'herbe sur de longues p&#233;riodes. C'est l'origine de l'illusion de la croissance progressive. M&#234;me un auteur &#171; &#233;volutionniste &#187; et gradualiste qui suit la th&#232;se n&#233;o-darwinienne d'&#233;volution des esp&#232;ces par s&#233;lection, comme Herv&#233; Le Guyader, conclue une intervention clairement intitul&#233;e &#171; la notion d'&#233;volution &#187; &#224; l'Universit&#233; de tous les savoirs en juillet 2002 : &#171; L'&#233;volution n'est pas si graduelle, elle se fait souvent par crises (...) Des crises se sont produites, extr&#234;mement importantes dans l'histoire g&#233;ologique de la Terre. L'une des plus belles crises est celle du Permien, au cours de laquelle 80% des esp&#232;ces auraient disparu. Ces crises d'extinctions auraient &#233;t&#233; suivies de radiations, o&#249; des innovations tr&#232;s importantes se produisent. &#187; D'autres scientifiques ne craignent pas de souligner les sauts de l'&#233;volution comme le pal&#233;oanthropologue Ian Tattersall dans &#171; Petit trait&#233; de l'&#233;volution &#187; : &#171; Tout a chang&#233; avec la d&#233;couverte sur le rives du lac Turkana du squelette d'un adolescent (...) vieux de 1,6 millions d'ann&#233;es (...). Hormis quelques points de d&#233;tail, la structure de son corps &#233;tait enti&#232;rement moderne. (...) Comprendre ce nouveau ph&#233;nom&#232;ne nous oblige &#224; admettre que, dans le processus de l'&#233;volution, des r&#233;organisations physiques radicales peuvent &#234;tre parfois le produit de modifications g&#233;n&#233;tiques relativement mineures (...). Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il y a environ 1,6 millions d'ann&#233;es un saut sans pr&#233;c&#233;dent dans la structure du corps a eu lieu chez nos pr&#233;curseurs. (...) Au bout du compte ce sont ces trois changements, ponctuels mais lourds de cons&#233;quences (la station debout occasionnelle, la fabrication d'outils, la locomotion r&#233;guli&#232;re sur deux jambes), qui ont vraiment fait la diff&#233;rence dans l'&#233;volution des hominid&#233;s. (...) De toutes les fonctions mentales humaines, la plus &#233;troitement li&#233;e au processus de symbolisation est le langage. (...) Reste que la transition entre un mode de vie sans langage et celui qui nous est familier impliquait un saut &#233;norme, cognitif et pratique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme les &#233;volutionnistes se plaisent &#224; le rappeler, ils sont majoritairement adversaires du &#171; saltationnisme &#187; et continuent de pr&#234;cher pour le gradualisme [7]. Ils ne sont pas les seuls. Dans de multiples disciplines, la th&#232;se de l'&#233;volution graduelle a toujours cours et est m&#234;me dominante. Nous avons toujours tendance &#224; effacer les ph&#233;nom&#232;nes &#224; rythme trop rapide de la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes. Il en va de m&#234;me dans le domaine social et historique. Chacun aura retenu que le r&#233;gime des pharaons a eu une tr&#232;s longue dur&#233;e [8] &#8211; trois mill&#233;naires ! &#8211; mais c'est omettre qu'il a eu les plus importantes interruptions [9]. Des r&#233;volutions sociales l'ont plusieurs fois balay&#233; et elles ont marqu&#233; son r&#233;gime durablement. Apr&#232;s le premier interr&#232;gne en -2260 avant JC, toute l'organisation sociale et l'id&#233;ologie ont &#233;t&#233; fond&#233;s sur l'admiration de l' &#171; &#226;ge d'or &#187; d&#233;truit par la r&#233;volution sociale et sur les moyens d'&#233;viter &#224; l'avenir une telle catastrophe. La r&#233;volution sociale a supprim&#233; pour plusieurs centaines d'ann&#233;es le r&#233;gime pharaonique lui-m&#234;me. Quand celui-ci est r&#233;apparu, suite au premier interr&#232;gne, il a &#233;t&#233; reconstruit sur des bases nouvelles r&#233;sultant de cette r&#233;volution sociale. Cela n'emp&#234;che pas des historiens de s'&#233;merveiller de la &#171; permanence &#187; du r&#233;gime pharaonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;tamorphoses de la mati&#232;re comme celles de la vie, de la conscience ou de la soci&#233;t&#233; ont le m&#234;me caract&#232;re discontinu et brutal, lorsqu'elles m&#232;nent d'un &#233;tat &#224; un autre. Il s'agit toujours d'un saut de type &#171; quantique &#187;. La conscience proc&#232;de par unit&#233;s (images mentales) comme la mati&#232;re (par quanta) ou la vie (par cellule, par signal, par impulsion &#233;lectrique ou chimique). Pourtant, nous conservons un a priori de la continuit&#233; de l'univers qui nous entoure, comme de celle de notre conscience du fait de la rapidit&#233; des sauts, entre les &#233;tats des particules comme entre les images c&#233;r&#233;brales. Nous ne percevons pas les sauts quantiques ni les flash de notre conscience [10]. Nous avons du mal &#224; admettre que notre univers comme notre entendement, fond&#233;s sur une s&#233;rie de saccades discontinues survenant de mani&#232;re al&#233;atoire, parvienne cependant &#224; produire l'ordre que nous connaissons. Notre vision optique a, elle aussi, un caract&#232;re brutal et discontinu mais nous ne le sentons pas. Par exemple, nous ne sommes pas conscients de l'apparition d'une image visuelle trop fugace (subliminale [11]) qui est pourtant distingu&#233;e par notre cerveau. Nous ne distinguons pas un ph&#233;nom&#232;ne brutal, s'il est trop furtif, m&#234;me s'il a une action r&#233;elle. Nous ne percevons pas les photons un par un, mais comme un jus continu de lumi&#232;re ce qui est une illusion. Nous avons une limite de perception des &#233;nergies &#233;lev&#233;es qui se manifestent dans des temps trop court pour nos capacit&#233;s de sensation ou de discernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parcours passe sans cesse du vivant au non-vivant, de l'humain au non-humain, du naturel au social et inversement, au risque de faire ressentir lecteur un peu de vertige au. Le premier des sauts &#224; &#233;tudier est justement celui d'un domaine &#224; autre. Les auteurs ont longtemps voulu &#233;tudier s&#233;par&#233;ment ces domaines. L'opposition apparente entre mati&#232;re et vie est profond&#233;ment ancr&#233;e dans nos conceptions [12]. Cela provient du fait que la mati&#232;re n'est pas apparue comme dynamique et productrice d'une histoire, contrairement &#224; la vie. Dans nos conceptions et images, le conscient est plus encore oppos&#233; au non-conscient par un a priori aussi fort. Cette conception a longtemps pr&#233;valu et, sous son &#233;gide, la science a connu des d&#233;veloppements consid&#233;rables mais cela n'a pas rendu plus facile de passer ensuite &#224; une compr&#233;hension d'ensemble, ce qui est pourtant une n&#233;cessit&#233;. Il faut en effet concevoir le monde dans son unit&#233; et trouver les m&#233;canismes permettent de sauter d'un &#233;tat &#224; un autre. Ces modes de transformation ne sont pas &#233;volutionnistes mais r&#233;volutionnaires. Aucune continuit&#233;, aucun gradualisme ne d&#233;crira jamais les passages de la mati&#232;re &#224; la vie, d'une structure vivante &#224; une autre au plan d'organisation radicalement diff&#233;rent, de la vie &#224; l'homme, &#224; la conscience et aux divers r&#233;gimes sociaux de la soci&#233;t&#233; humaine. Quant au syst&#232;me capitaliste, il est celui qui, dans l'histoire, est apparu comme le moins formulable en termes de stabilit&#233; et de continuit&#233;. Comme l'&#233;crivait L&#233;on Trotsky dans &#171; Le marxisme et notre &#233;poque &#187;, &#171; L'id&#233;e d'un progr&#232;s graduel continu semblait &#233;tablie pour toujours, cependant que l'id&#233;e de r&#233;volution &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un pur vestige de la barbarie. (...) La vie du capitalisme de monopole de notre &#233;poque n'est qu'une succession de crises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ce ne soit pas l'objet de cette partie, il faut rappeler que la discontinuit&#233; reste la question essentielle de l'&#233;tude de l'Histoire, de l'&#233;conomie, du social et de la politique. Nul ne peut d&#233;crire l'Histoire sans rapporter ses sauts : d'un type de propri&#233;t&#233; &#224; un autre, d'un type de relations sociales &#224; un autre, d'un type d'&#233;change &#224; un autre, d'un type de structure familiale ou sociale &#224; un autre, etc&#8230; Le changement politique, la crise &#233;conomique, la crise sociale et la r&#233;volution restent les &#233;l&#233;ments clefs de la soci&#233;t&#233; humaine depuis que l'exploitation est apparue. Et tant que l'on sera dans une soci&#233;t&#233; de classe, la compr&#233;hension de la transition (la discontinuit&#233;) entre r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution ouvri&#232;re, entre Etat bourgeois et Etat ouvrier, entre planification socialiste et planification &#233;tatiste,&#8230; restera la question clef de la compr&#233;hension des perspectives historiques. C'est cette id&#233;e qui s&#233;pare les diverses sortes de militants ouvriers, en r&#233;volutionnaires et r&#233;formistes. Chercher &#224; masquer cette diff&#233;rence en pr&#233;tendant au r&#233;alisme, en condamnant le dogmatisme, le sectarisme de &#171; pr&#233;tendus &#187; r&#233;volutionnaires, en r&#233;cusant les points de vue &#171; trop th&#233;oriques &#187;, toutes ces attitudes, loin de permettre un raccourci de la lutte des classes, ne peuvent que l'entra&#238;ner dans des impasses en perdant politiquement les r&#233;volutionnaires qui s'y aventureraient. Pour l'avenir, voir de la continuit&#233; dans l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; est le pire des dangers. Le passage d'une soci&#233;t&#233; &#224; une autre ne peut qu'&#234;tre rapide, radical, brutal, sans concession, allant droit au but sous peine d'aller &#224; l'&#233;chec, de laisser &#224; la r&#233;action le temps de se ressaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; Sur des sujets aussi fondamentaux que la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement, la science et la soci&#233;t&#233; travaillent habituellement la main dans la main. (...) Lorsque les monarchies s'effondr&#232;rent et que le 18e si&#232;cle s'acheva dans la r&#233;volution, les hommes de science commenc&#232;rent &#224; consid&#233;rer le changement comme un &#233;l&#233;ment normal de l'ordre universel, non comme un &#233;l&#233;ment aberrant ou exceptionnel. (...) Le gradualisme, l'id&#233;e que tout changement doit &#234;tre progressif, lent et r&#233;gulier, n'est jamais n&#233; d'une interpr&#233;tation des roches. Il repr&#233;sente une opinion pr&#233;con&#231;ue, largement r&#233;pandue, s'expliquant en partie comme une r&#233;action du lib&#233;ralisme du 19&#232;me si&#232;cle face &#224; un monde en r&#233;volution. &#187; disait Stephen Jay Gould dans &#171; Le pouce du panda &#187;. Pour tordre le cou &#224; ce pr&#233;jug&#233; du gradualisme, selon lequel tout changement interne d'un syst&#232;me serait lent, progressif et les changements brutaux seraient dus &#224; des chocs externes, il raconte comment des g&#233;ologues ont ainsi &#233;t&#233; g&#234;n&#233;s pour interpr&#233;ter la formation de certains canyons des USA (les scablands) du fait d'un a priori gradualiste selon lequel les canyons ne pouvaient qu'avoir &#233;t&#233; creus&#233;s par des &#233;rosions sur de tr&#232;s longues dur&#233;es. Comme l'&#233;crivait L&#233;on Trotsky dans &#171; Le marxisme et notre &#233;poque &#187; : &#171; L'id&#233;e d'un progr&#232;s graduel continu semblait &#233;tablie pour toujours, cependant que l'id&#233;e de r&#233;volution &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un pur vestige de la barbarie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans &#171; Le renard et le h&#233;risson &#187;, son ouvrage-testament, Stephen Jay Gould expose : &#171; La notion selon laquelle la science, dans sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233;s naturelles, utilise des observations brutes et non biais&#233;es est un des mythes fondateurs et, on va le voir, fort pernicieux, de ma profession. Les scientifiques ne pourraient avoir une telle approche du monde m&#234;me s'ils le souhaitaient ardemment car, comme a pu l'&#233;crire le fameux philosophe des sciences N.R.Hanson, &#171; le pied fourchu de la th&#233;orie &#187; marque n&#233;cessairement de son empreinte toute observation. (...) Les chercheurs s&#233;rieux ont toujours reconnu la n&#233;cessit&#233; philosophique et les avantages pratiques des observations faites dans le but de tester une th&#233;orie, et non dans celui d'aligner une liste de r&#233;sultats d&#233;nu&#233;s de sens. (...) Une de mes &#171; grandes citations pr&#233;f&#233;r&#233;es &#187; est de Charles Darwin, qui &#233;crivait &#224; l'un de ses proches coll&#232;gues, &#224; propos du mythe de l'observation &#171; objective &#187; : &#171; Comme il est &#233;trange que certains puissent ne pas voir que toute observation doit &#234;tre faite &#224; l'appui ou &#224; l'encontre d'une id&#233;e existante pour &#234;tre de quelque utilit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sous le temps de Planck et la distance de Planck, m&#234;me l'univers mat&#233;riel entier n'a pas assez d'&#233;nergie pour agir. Le temps de Planck correspond &#224; l'action de l'&#233;nergie totale de l'univers. Temps et &#233;nergie sont inversement proportionnels selon la formule temps fois &#233;nergie &#233;gale constante de Planck h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Comme l'expose Henri Poincar&#233; dans &#171; L'hypoth&#232;se des quanta &#187;, l'apparence du continu provient d'une s&#233;rie ou d'une combinaison d'&#233;tats discontinus d'&#233;gale probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sur la renormalisation, voir l'encyclop&#233;die Wikip&#233;dia : &#171; Un premier &#233;lectron &#233;met un photon, le photon se propage puis se mat&#233;rialise en une paire &#233;lectron-positon qui se propagent puis s'annihilent pour se retransformer en un photon qui se propage et est finalement absorb&#233; par un deuxi&#232;me &#233;lectron. Ce processus contient huit diagrammes &#233;l&#233;mentaires : quatre font intervenir le couplage &#233;lectron-photon, deux le propagateur du photon et deux le propagateur de l'&#233;lectron. (...) Trois diagrammes suffisent pour d&#233;crire tous les processus de l'&#233;lectromagn&#233;tisme :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; couplage &#233;lectron-photon (appel&#233; vertex) : un &#233;lectron peut &#233;mettre ou absorber un photon ; ce processus a une probabilit&#233; proportionnelle &#224; la charge &#233;lectrique de l'&#233;lectron ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; propagateur du photon : un photon peut &#234;tre &#233;mis &#224; un point donn&#233; de l'espace-temps et absorb&#233; &#224; un autre ; la probabilit&#233; ne d&#233;pend que de la distance dans l'espace-temps entre les deux points ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; propagateur de l'&#233;lectron : un &#233;lectron peut &#234;tre &#233;mis &#224; un point donn&#233; de l'espace-temps et absorb&#233; &#224; un autre ; la probabilit&#233; est dans ce cas plus compliqu&#233;e &#224; d&#233;crire et elle d&#233;pend aussi de la masse de l'&#233;lectron. Mais le calcul pose des probl&#232;mes apparemment insurmontables : il faut additionner les diagrammes de Feynman pris &#224; tous les points de l'espace-temps. Or la somme sur toutes les paires de points de l'espace-temps de la boucle du diagramme repr&#233;sentant la propagation de la paire &#233;lectron-positon donne un r&#233;sultat infini. Il existe par ailleurs deux autres diagrammes de Feynman en boucle qui donnent des r&#233;sultats infinis. (...) Autre exemple du probl&#232;me des infinis : quelle est la force n&#233;cessaire pour mettre en mouvement un &#233;lectron initialement au repos ? Conform&#233;ment &#224; la th&#233;orie de Maxwell, toute particule charg&#233;e acc&#233;l&#233;r&#233;e &#233;met des ondes &#233;lectromagn&#233;tiques. Or, ces derni&#232;res agissent sur l'&#233;lectron en le freinant. Le calcul de cette force de freinage selon la th&#233;orie de Maxwell donne un r&#233;sultat infini. Il serait donc impossible de d&#233;placer un &#233;lectron, ce qui est bien s&#251;r contredit par l'exp&#233;rience ! Ce n'est qu'en 1949 que Julian Schwinger, Richard Feynman, Sin-Itiro Tomonaga et Freeman Dyson parviennent &#224; r&#233;soudre ce probl&#232;me des quantit&#233;s infinies des diagrammes en boucle : ils le contournent en inventant une m&#233;thode de calcul ing&#233;nieuse appel&#233;e renormalisation. Elle introduit enfin les concepts quantiques de fa&#231;on coh&#233;rente dans la th&#233;orie de Maxwell. Cette nouvelle th&#233;orie est appel&#233;e &#233;lectrodynamique quantique. (...) L'&#233;lectrodynamique quantique est valable jusqu'&#224; une certaine distance minimale qu'on choisit plus ou moins arbitrairement : l'addition des diagrammes de Feynman en boucle sur tous les points de l'espace-temps s'arr&#234;te alors &#224; cette distance. On &#233;vite ainsi les quantit&#233;s infinies mais le r&#233;sultat du calcul de ces diagrammes d&#233;pend de cette distance minimale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans un expos&#233; de 1968 &#224; Trieste intitul&#233; &#171; Les m&#233;thodes en physique th&#233;orique &#187;, Paul Dirac expose ainsi ce probl&#232;me des infinis en &#233;lectromagn&#233;tisme : &#171; Lorsqu'on &#233;crit les &#233;quations dont on attend une description exacte de cette interaction (entre un &#233;lectron et le champ &#233;lectromagn&#233;tique), et que l'on essaye de les r&#233;soudre, on obtient &#8211; pour repr&#233;senter les quantit&#233;s qui devraient &#234;tre finie &#8211; des int&#233;grales divergentes. (...) Les divergences de l'&#233;lectrodynamique quantique proviennent des contributions de haute &#233;nergie dans l'&#233;nergie d'interaction entre les particules et le champ. &#187; Ce sont des interactions qui auraient lieu en un temps infiniment court. On est contraint de les supprimer (m&#233;thode de renormalisation), ce qui signifie qu'il n'y a pas de temps infiniment court. Par cons&#233;quent, le temps n'est pas continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Un expos&#233; pour l'Universit&#233; de tous les savoirs de l'&#233;volutionniste Guillaume Balavoine en juillet 2002 tente de balayer les arguments saltationnistes li&#233;s aux recherches sur les g&#232;nes Hox : &#171; Notre propos : l'&#233;volution est-elle saltationniste ou gradualiste ? (...) La plupart des biologistes acceptent l'id&#233;e que l'&#233;volution se fait bien de fa&#231;on graduelle par l'accumulation de petites diff&#233;rences, comme le sugg&#233;rait Darwin. Une partie de l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; par les g&#232;nes hom&#233;otiques provenait de l'id&#233;e que ces g&#232;nes &#233;taient susceptibles d'engendrer une &#233;volution par sauts. &#187; Balavoine rejette cette interpr&#233;tation et tient surtout &#224; faire remarquer qu'il est suivi en cela par une majorit&#233; d'&#233;volutionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Pierre Miquel &#233;crit dans &#171; L'Egypte &#233;ternelle &#187; : &#171; Soumise &#224; des conditions naturelles &#224; peu pr&#232;s immuables, l'Egypte a cr&#233;&#233; une civilisation absolument originale dont la caract&#233;ristique la plus &#233;vidente est la permanence. (...) Nous avons entrepris cet ouvrage, que nous avons appel&#233; &#8216;'l'Egypte &#233;ternelle'', dans l'intention de d&#233;finir les caract&#232;re permanents de sa civilisation (...) &#187; Remarquons que cela ne l'emp&#234;che pas de reconna&#238;tre dans l'Egypte pharaonique, d&#232;s ses origines, des classes sociales en lutte : &#171; Le vocabulaire nous fait conna&#238;tre trois classes d'&#234;tres humains : les Pay&#239;t, les Hennyt et les Rekhyt. &#187; L'Egypte pharaonique a connu trois classes sociales, la noblesse, la classe moyenne (pr&#234;tre, guerrier, scribe, artisan) et le petit peuple des paysans serfs. Contrairement &#224; ce que l'on pense souvent, les exploit&#233;s ne sont pas des esclaves mais ils sont soumis &#224; des demandes de main d'&#339;uvre pour des travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Notamment, la r&#233;volution sociale en &#8211; 2260 avant JC a balay&#233; le r&#233;gime des pharaons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] En ce qui concerne notre perception c&#233;r&#233;brale des odeurs par exemple, Carlos Calle, dans &#171; Supercordes et autres ficelles &#187;, expose ainsi &#171; Comment le cerveau s&#233;pare-t-il une odeur de toutes les autres. Comment apprend-il &#224; reconna&#238;tre les odeurs famili&#232;res ? Il semble que ce soit rendu possible par le chaos. (...) Les chercheurs en ont d&#233;duit que l'acte de perception consiste en un saut brusque d'un ensemble d'oscillations chaotiques &#224; un autre. Ils pensent que le bulbe olfactif et le cortex entretiennent plusieurs ensembles d'oscillations chaotiques simultan&#233;es, une pour chaque odeur famili&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Patrick Philipon explique dans &#171; La Recherche &#187; de janvier 2007 : &#171; Parmi les innombrables stimuli visuels qui nous assaillent &#224; chaque instant, certains sont si discrets que nous ne les percevons pas. Une &#233;quipe de l'universit&#233; de Boston montre que ces messages invisibles sont paradoxalement les plus perturbants (&#171; Science &#187; &#8211; 2006). (...) &#171; Il y a vingt ans, les r&#233;sultats sur les stimuli subliminaux &#233;taient tr&#232;s contest&#233;s. Aujourd'hui l'imagerie c&#233;r&#233;brale montre qu'ils sont effectivement d&#233;tect&#233;s et trait&#233;s par le cerveau &#187; constate Axel Cleermans, professeur &#224; l'universit&#233; libre de Bruxelles. &#187; Patrick Philipon explique l'hypoth&#232;se que v&#233;rifient ces scientifiques : il s'agirait d'une action des vues subliminales sur le cortex lat&#233;ral pr&#233;frontal. &#171; Cette aire intervient pour inhiber l'activit&#233; du cortex visuel : elle filtre le signal non appropri&#233;. En revanche, lorsque le signal est subliminal, il serait suffisant pour induire une activit&#233; parasite du cortex visuel mais pas assez pour d&#233;clencher une inhibition par le lat&#233;ral pr&#233;frontal. &#187; Le ph&#233;nom&#232;ne serait donc une inhibition de l'inhibition par la rapidit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne trop grande pour susciter sa propre inhibition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#171; Les innombrables livres produits par les sp&#233;cialistes du &#171; vivant &#187; les biologistes tiennent pour &#233;vidente la classification de tous les objets en deux cat&#233;gories : ceux qui sont inanim&#233;s et ceux qui sont vivants. (...) Mais ils se gardent bien de pr&#233;ciser en quoi consiste la fronti&#232;re entre les deux cat&#233;gories. &#187; Albert Jacquard dans &#171; La l&#233;gende de la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot61&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des objets math&#233;matiques continus ou discontinus ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6215</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article6215</guid>
		<dc:date>2019-04-04T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;DISCONTINUIT&#201; OU ... CONTINUIT&#201; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
LE POINT &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tout le monde croit savoir ce que c'est qu'un point, et c'est m&#234;me parce que nous le savons trop bien que nous croyons n'avoir pas besoin de le d&#233;finir.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Poincar&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; d&#233;fenseur du continu math&#233;matique : &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire ici &lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; : &#171; n'y a-t-il pas moyen d'arriver &#224; la loi du rayonnement sans introduire ces discontinuit&#233;s qui sont en opposition directe avec les notions de la M&#233;canique classique ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Continuit&#233; math&#233;matique et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
DISCONTINUIT&#201; OU ... CONTINUIT&#201; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LE POINT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Tout le monde croit savoir ce que c'est qu'un point, et c'est m&#234;me parce que nous le savons trop bien que nous croyons n'avoir pas besoin de le d&#233;finir.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233; d&#233;fenseur du continu math&#233;matique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Continu_math%C3%A9matique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Deux_M%C3%A9moires_de_Henri_Poincar%C3%A9_sur_la_Physique_Math%C3%A9matique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Poincar&#233; : &#171; n'y a-t-il pas moyen d'arriver &#224; la loi du rayonnement sans introduire ces discontinuit&#233;s qui sont en opposition directe avec les notions de la M&#233;canique classique ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_continu_math%C3%A9matique_et_le_continu_physique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Continuit&#233; math&#233;matique et continuit&#233; physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2267&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#034;La valeur de la science&#034; (chapitre &#034;La notion d'espace&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;On le voit, ce qui est en question, ce n'est rien moins que la notion de point mat&#233;riel, la plus &#233;l&#233;mentaire de toutes les notions de la m&#233;canique. La position centrale tenue par cette notion doit &#234;tre abandonn&#233;e pour des raisons de principe, elle ne pourra subsister que dans certains cas limites.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Planck&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#034;Initiations &#224; la physique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA DROITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre conception de la droite est tributaire de nos illusions d'optique comme le rel&#232;ve Bernard Sapoval dans &#171; Universalit&#233;s et fractales &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Diderot rappelle et discute le cas de Saunderson, aveugle-n&#233;, professeur de math&#233;matiques &#224; l'universit&#233; de Cambridge. Fascin&#233; par la question m&#234;me de la formation de la pens&#233;e sans l'aide de la vision, Diderot estime qu' &#171; interroger un aveugle n'e&#251;t pas &#233;t&#233; une occupation indigne des talents r&#233;unis de Newton, Descartes, Locke et Leibniz. &#187; Diderot imagine par quel processus un aveugle n&#233; peut concevoir l'id&#233;e de ligne droite : &#171; Une ligne droite, pour un aveugle qui n'est pas g&#233;om&#232;tre, n'est autre chose que la m&#233;moire d'une suite de sensations du toucher plac&#233;es dans la direction d'un fil tendu&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se souvient de son enseignement secondaire et croit qu'on lui a d&#233;fini ces notions de point, de droite, de demi-droite et de segment. Mais cela n'est pas exact. Le segment, la demi-droite et la droite ne sont pas simplement des ensembles de points si le point est sans dimension d'espace. M&#234;me une infinit&#233; de points de dimension z&#233;ro ne peuvent avoir une distance non nulle. Il ne s'agit pas d'une infinit&#233; d'objets de dimension infiniment petite mais nulle ! C'est un peu comme si on additionnait une infinit&#233; de poids nuls et que l'on disait que cela donne un poids fini non nul... D&#233;finir une distance non nulle par une collection d'objets de dimension nulle est curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le segment n&#233;cessite, pour sa d&#233;finition (un segment est d&#233;fini par ses extr&#233;mit&#233;s), le point et inversement ce qui est un peu circulaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas la seule contradiction. A pr&#233;tendre tout d&#233;finir formellement, il y a m&#234;me une contradiction logique. M&#234;me David Hilbert, un math&#233;maticien tr&#232;s axiomatique, qui affirme que &lt;i&gt;&#034;Comme l'arithm&#233;tique, la g&#233;om&#233;trie n'exige pour son &#233;laboration qu'un petit nombre de propositions fondamentales simples. Ces propositions sont les axiomes de la g&#233;om&#233;trie. Depuis Euclide, l'&#233;tablissement de ces axiomes et l'&#233;tude de leurs relations ont fait l'objet de travaux nombreux et excellents.&#034;&lt;/i&gt; rajoute imm&#233;diatement que &lt;i&gt;&#034; Ce probl&#232;me est celui de l'analyse de notre intuition de l'espace&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
dans &#034;Les fondements&#034;. En somme, tout se d&#233;montre mais le point de d&#233;part (sans jeu de mots) est dans notre intuition de l'espace !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le segment ou le point sont des notions intuitives qui ont &#233;t&#233; con&#231;ues pour une vision du monde &#224; notre &#233;chelle. D&#232;s qu'on pr&#233;tend examiner des infinit&#233;s de points situ&#233;s entre deux points, elles ne sont plus valides. On se heurte &#224; la m&#234;me difficult&#233; que Z&#233;non et que la physique quantique. Les infinis (infiniment grand et infiniment petit) ne sont pas logiquement acceptables et ne sont pas physiquement acceptables. Ils ne peuvent servir &#224; cr&#233;er une notion de continuit&#233; que les math&#233;matiques ont vainement cherch&#233; &#224; b&#226;tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont &#233;galement des notions qui contiennent des contradictions dialectiques irr&#233;ductibles. Le point et le segment sont aussi dialectiquement ins&#233;parables que l'instant et la dur&#233;e ou la position et la distance. Ces notions sont irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, indispensable l'une &#224; l'autre, contradictoire l'une pour l'autre. On ne peut pas d&#233;finir la position d'un point sans la notion de distance par rapport aux autres points. On ne peut d&#233;finir une distance qu'entre deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La continuit&#233;, une propri&#233;t&#233; math&#233;matique ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article32&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les paradoxes de Z&#233;non&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOMBRES R&#201;ELS ET CONCEPTS SPATIO-TEMPORELS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien V. Guinzburg &#233;crit dans &#034;Sur la physique et l'astrophysique&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La th&#233;orie de la relativit&#233; restreinte et g&#233;n&#233;rale, la m&#233;canique quantique non relativiste, la th&#233;orie actuelle des champs quantiques utilisent la notion de l'espace-temps continu, au fond classique : un point d'espace-temps est d&#233;fini par quatre coordonn&#233;es susceptibles de prendre une suite continue de valeurs. Mais cette approche est-elle toujours l&#233;gitime ? D'o&#249; vient-il que dans le domaine du &#034;petit&#034; l'espace et le temps n'acqui&#232;rent pas des propri&#233;t&#233;s tout &#224; fait diff&#233;rentes, ne deviennent pas d'une certaine fa&#231;on &#034;granul&#233;s&#034;, discrets, quantifi&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question n'est nullement nouvelle. Pour la premi&#232;re fois, elle a &#233;t&#233; pos&#233;e probablement par Riemann en 1854, puis discut&#233;e &#224; maintes reprises. Ainsi, dans sa conf&#233;rence bien connue &#034;La g&#233;om&#233;trie et l'exp&#233;rience&#034;, Einstein disait en 1921 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'interpr&#233;tation physique de la g&#233;om&#233;trie propos&#233;e ici ne peut &#234;tre appliqu&#233;e aux dimensions submol&#233;culaires de l'espace.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la longueur fondamentale est intimement li&#233; &#224; celui de l'infraction &#224; la causalit&#233; dans le microcosme. S'il existe une longueur fondamentale quelconque, il est naturel d'admettre qu'elle joue un r&#244;le, et m&#234;me un r&#244;le d&#233;terminant dans la r&#233;solution du probl&#232;me du spectre de masses. La longueur fondamentale servirait de facteur &#034;tranchant&#034; dont a besoin dans telle ou telle mesure la th&#233;orie quantique du champ actuelle ; dans la th&#233;orie qui contient la longueur fondamentale devraient disparaitre automatiquement les expressions divergentes.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOMBRE R&#201;EL ET HYPOTH&#200;SE DE LA CONTINUITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Les principes euclidiens, seuls, sans adjonction du principe de continuit&#233;, qui n'est pas contenu en eux, sont incapables de fonder une th&#233;orie compl&#232;te des nombre r&#233;els comme rapports de grandeurs.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de R. Dedekind &#224; R. Lipschitz du 27 juin 1876&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://people.math.jussieu.fr/~kantor/Le_point.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'un nombre ? Qu'est-ce qu'un point ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus connus des objets math&#233;matiques, le nombre, le point, le segment, la droite, sont tr&#232;s diff&#233;rents de ce que l'on croit commun&#233;ment. La droite g&#233;om&#233;trique, comme la droite des nombres, loin d'&#234;tre le mod&#232;le de la continuit&#233;, est une fractale d'univers embo&#238;t&#233;s et une dialectique du point et de l'espace. On croit la voir en entier en l'examinant &#224; une seule &#233;chelle, mais elle contient de multiples niveaux et ses deux &#233;l&#233;ments, le point et l'espace entre deux points, sont ins&#233;parablement contradictoires au sens dialectique (c'est-&#224;-dire contraires mais imbriqu&#233;s et ins&#233;parables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre efficace, l'image math&#233;matique doit correspondre &#224; une r&#233;alit&#233; observ&#233;e. Or, dans toute observation, il existe un pouvoir de r&#233;solution selon lequel il y a une limite de s&#233;paration des points. Deux points distincts ne sont s&#233;parables par observation que si leur distance est sup&#233;rieure &#224; cette limite. Cela est vrai dans toute observation physique par l'homme. Or, nous n'avons aucune raison de penser que l'homme soit un cas &#224; part, ni que ses exp&#233;riences aient des particularit&#233;s ind&#233;pendantes des lois naturelles. Cela signifie qu'on a toutes les raisons de penser que la mati&#232;re et la lumi&#232;re interagissent avec une limite de r&#233;solution. En dessous d'une limite, il n'y a plus interaction coh&#233;rente perceptible. En cons&#233;quence, ce &#034;pouvoir de r&#233;solution&#034; doit absolument &#234;tre int&#233;gr&#233; &#224; nos outils math&#233;matiques. En ce qui concerne le point, le segment ou la droite (qu'il s'agisse des notions g&#233;om&#233;triques avec la droite d'Euclide ou alg&#233;briques avec la droite des nombres dits &#034;r&#233;els&#034;), ils ne r&#233;pondent nullement &#224; cette n&#233;cessit&#233;. Cette limite indique qu'en dessous existe un nouvel univers emboit&#233; et que ces univers forment un ensemble fractal. Si l'univers n'&#233;tait pas fractal, si la plupart des syst&#232;mes &#233;taient int&#233;grables au sens de Poincar&#233; c'est-&#224;-dire non susceptibles de subir des r&#233;sonances, cet inconv&#233;nient serait n&#233;gligeable. Mais ce n'est nullement le cas. Le vide est fractal, la particule l'est aussi. Les interactions sont non-lin&#233;aires et les structures mat&#233;rielles sont dissipatives et auto-organis&#233;es. Notre univers est fond&#233; sur des syst&#232;mes chaotiques. La lin&#233;arit&#233; n'existe qu'approximativement et &#224; la marge. En cons&#233;quence, le point ou la droite, m&#234;me id&#233;alis&#233;s, ne peut qu'&#234;tre soumis &#224; une correspondance &#224; ce que pourrait &#234;tre un point physique et une droite physique. Un point physique correspond au point de l'imprimerie qui est un nuage de points lorsqu'on l'agrandit suffisamment. C'est l'agraindissement. Une droite physique n'est pas seulement un ensemble de points, sinon elle ne porterait aucune longueur. Elle contient non seulement des points mais aussi des espaces entre ces points. Ces espaces ont des dimensions d&#233;termin&#233;es par le pouvoir de r&#233;solution, limite en dessous de laquelle on ne peut plus distinguer entre deux points. L'espace entre deux points &#224; distance &#233;gale ou inf&#233;rieure au pouvoir de r&#233;solution ne peut &#234;tre explor&#233;e qu'en descendant d'un cran dans les &#233;chelles du monde fractal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite, si on veut l'imaginer comme capable de porter l'ensemble des points entre deux points, doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une fractale, avec des univers embo&#238;t&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, rappelons que cette limite d'observation n'est pas propre &#224; l'observation humaine. Toute interaction n&#233;cessite un temps fini, non nul, le temps d'interaction ajout&#233; au temps de relaxation. Ce temps, lorsqu'il n'est pas n&#233;gligeable devant le temps caract&#233;ristique de transformation des structures mises en cause, signifie qu'il n'est plus possible de consid&#233;rer des infiniment petits dans les calculs. C'est ce qui explique que les lois doivent &#234;tre renormalisables. C'est ce qui explique aussi qu'il y ait des mouvements et des changements de structure. Sans quoi le mouvement serait impossible comme le montrait il y a bien longtemps les paradoxes de Z&#233;non. L'&#233;quilibre, inversement, n'a lieu que lorsqu'il y a un rapport suffisamment petit entre les deux temps (temps d'interaction-relaxation et temps propre). C'est l&#224; que se trouve la source des stabilit&#233;s structurelles. L'interaction du lent et du rapide est &#224; la base de la formation de structures durables et toutes sortes d'&#233;quilibres. L'&#233;quilibre, lui-m&#234;me, change donc de repr&#233;sentation et devient un cas limite du paradoxe de Z&#233;non. La composition de structures cristallines en est un exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a longtemps consid&#233;r&#233; que ce qui caract&#233;rise la fractale est la dimension fractionnaire. La droite et le point montrent qu'il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil math&#233;matique de base doit lui-m&#234;me &#234;tre fractal pour repr&#233;senter un monde fond&#233; sur des r&#233;sonances et non-int&#233;grable au sens de Poincar&#233;, sauf dans quelques cas limites. Dans une g&#233;om&#233;trie fractale, il n'y a plus un seul nombre qui repr&#233;sente la distance entre deux points, car cette distance d&#233;pend de l'&#233;chelle d'observation. Cette derni&#232;re est donc un premier &#233;l&#233;ment. Il convient d'y rajouter la distance de deux points permettant de les s&#233;parer par observation ou &#171; pouvoir de r&#233;solution &#187; et aussi l' &#171; agraindissement &#187; qui indique quand un point est repr&#233;sent&#233; par une seule position et quand il l'est par un nuage de possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques pr&#233;c&#233;dentes expliquent bien des bizarreries des questions de continuit&#233; et de discontinuit&#233; ou encore des question de cardinaux, en mati&#232;re de g&#233;om&#233;trie comme d'alg&#232;bre. Ainsi, l'existence d'un pouvoir de r&#233;solution montre que le raisonnement selon lequel un segment aurait autant de points qu'une partie de ce segment est faux. Le d&#233;coupage d'un segment en parties atteint des limites li&#233;es au pouvoir de r&#233;solution. Il convient de se rappeler que le segment consid&#233;r&#233; comme fractal ne doit pas &#234;tre trait&#233; comme l'avait &#233;t&#233; le segment consid&#233;r&#233; comme un continuum de points successifs. Cela signifie en particulier que toute op&#233;ration qui mette en relation des points de deux segments et qui agrandisse les longueurs (les fameuses bijections selon lesquelles il y aurait autant de points dans un grand et dans un petit segment) agissent sur les tailles des parties fractales. Une fractale , rappelons le, ne peut pas &#234;tre observ&#233;e en m&#234;me temps &#224; diverses &#233;chelles, pas plus que l'on ne peut observer en m&#234;me temps des univers emboit&#233;s. Quand on voit une poup&#233;e russe, on ne voit pas celles qui sont &#224; l'int&#233;rieur. On ne voit pas plus les niveaux sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux paradoxes logiques des nombres et de la g&#233;om&#233;trie proviennent de la n&#233;cessit&#233; de raisonner sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'existence de niveaux hi&#233;rarchiques emboit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le pouvoir de r&#233;solution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'agraindissement (choix de niveau du grain, &#224; ne pas confondre avec l'agrandissement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;chelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que les &#034;objets&#034; dits &#233;l&#233;mentaires de la g&#233;om&#233;trie et de l'alg&#232;bre ont une complexit&#233; et une richesse aussi grande que bien d'autres formes math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance physique de ces remarques provient du fait que le point est l'id&#233;alisation de la particule et la droite parcourue continument celle du mouvement d'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Extrait de &#034;La Mati&#232;re-espace-temps&#034; de Gilles Cohen-Tannoudji :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le portrait d'un syst&#232;me quantique ne peut &#234;tre localis&#233; sur une trajectoire dans l'espace de phase. Si l'on voulait d&#233;crire l'&#233;volution d'un syst&#232;me quantique dans l'espace de phase, il faudrait faire appel au concept de nuage de points.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site m&#234;le r&#233;volution, sciences, philosophie et politique ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la discontinuit&#233;, lire aussi sur le site :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article10&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La discontinuit&#233;, une question philosophique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la continuit&#233; ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une vieille question&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article13&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'illusion du continu&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article14&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Continuit&#233; du vivant ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le quanta, ou la mort programm&#233;e du continu en physique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article17&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la notion de continu fait de la r&#233;sistance ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La continuit&#233;, une propri&#233;t&#233; math&#233;matique ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Continuit&#233; et discontinuit&#233; sont incompatibles&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discontinuit&#233; de l'univers et structures hi&#233;rarchiques&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article211&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La discontinuit&#233; de la vie : de la cr&#233;ation d'esp&#232;ces &#224; la cr&#233;ation de l'homme et &#224; la cr&#233;ation humaine&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article354&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les paradoxes de Z&#233;non, preuve de la discontinuit&#233; dialectique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychisme et discontinuit&#233;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La quantit&#233; pos&#233;e avec une d&#233;terminabilit&#233; essentielle qui exclut toutes les autres, c'est le quantum, ou quantit&#233; limit&#233;e. (...) Le nombre est une pens&#233;e, mais il est la pens&#233;e en tant qu'&#234;tre qui est ext&#233;rieur &#224; lui-m&#234;me. Comme pens&#233;e, il n'entre pas dans l'ordre des choses qui tombent sous l'intuition.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Hegel&lt;/strong&gt; dans &#034;Petite logique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Courbes, fonctions, graphiques, &#233;quations, les math&#233;matiques ont choisi d'&#233;tudier la notion de continuit&#233; non du fait de sa justesse descriptive du r&#233;el, ni pour sa sup&#233;riorit&#233; philosophique, mais pour l'efficacit&#233; de l'&#233;tude des fonctions continues pour d&#233;crire le mouvement m&#233;canique. Les travaux de &lt;strong&gt;Newton &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;Leibniz &lt;/strong&gt;donnent du cr&#233;dit &#224; la notion de continuit&#233; du mouvement. Leur travail repose sur les quantit&#233;s infiniment petites qui sont des b&#226;tisseurs de toutes les quantit&#233;s. Ils touchent du doigt l'importance des petites quantit&#233;s mais partent sur une piste oppos&#233;e &#224; celle de la singularit&#233; : la construction d'une quantit&#233; par addition r&#233;guli&#232;re et lin&#233;aire de petites quantit&#233;s. Comme pour la quadrature du cercle, ils souhaitent construire le continu &#224; partir du trait coup&#233;, contenant un peu de discontinuit&#233;, &#224; la limite, en passant &#224; l'infini. C'est le calcul infinit&#233;simal et int&#233;gral. Le succ&#232;s de leur d&#233;marche est fantastique et donne naissance aux lois math&#233;matiques de la nature. Sur le plan th&#233;orique, il va poser des probl&#232;mes insolubles, celui de la continuit&#233; des nombres et des points de la droite. Si les math&#233;maticiens &lt;strong&gt;Karl Gauss &lt;/strong&gt;et&lt;strong&gt; Augustin Cauchy &lt;/strong&gt;croiront avoir clairement d&#233;fini la continuit&#233; pour lui donner un fondement th&#233;orique solide, nous verrons que leurs successeurs (&lt;strong&gt;Bolzano&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Weierstrass&lt;/strong&gt;,&lt;strong&gt; Dedekind &lt;/strong&gt;et surtout &lt;strong&gt;Cantor&lt;/strong&gt;)&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;se heurteront &#224; de multiples contradictions. Par exemple, l'ensemble de Cantor, form&#233; de nombres discrets va s'av&#233;rer contenir autant de nombre que l'intervalle continu entre 0 et 1, alors que cet ensemble n'est continu dans aucune de ses parties. La discontinuit&#233; peut donc donner l'illusion du continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En physique, l'utilisation d'une math&#233;matique du continu a d'abord &#233;t&#233; incontest&#233;e. &#171; Je consid&#232;re ici les quantit&#233;s math&#233;matiques (...) comme d&#233;crites par un mouvement continu. Les lignes sont d&#233;crites par le mouvement continu des points ; les surfaces par le mouvement des lignes ; les solides par le mouvement des surfaces ; les angles par la rotation des c&#244;t&#233;s ; les temps par un flux continu. &#187; &#233;crivait par exemple le physicien &lt;strong&gt;Isaac Newton &lt;/strong&gt;dans &#171; M&#233;thode des fluxions et des suites infinies &#187;. &lt;strong&gt;Descartes&lt;/strong&gt; n'&#233;pousait pas moins cet objectif du continu, ramenant la courbe &#224; une droite (sans discontinuit&#233;) courb&#233;e : &#171; Que tous les points (des courbes) qu'on peut nommer&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;g&#233;om&#233;triquement (...) ont n&#233;cessairement quelque rapport &#224; tous les points d'une ligne droite (...) &#187; &#233;crivait-il dans &#171; G&#233;om&#233;trie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet objectif de la transformation continue encore appel&#233;e math&#233;matiquement la &#171; fonction r&#233;elle de variables r&#233;elles &#187;, qui allait &#234;tre celui de toutes les sciences, avait cependant une autre source que l'exp&#233;rience et les math&#233;matiques : un choix id&#233;ologique. En effet, &#224; l'&#233;poque, acceptation de la discontinuit&#233; &#233;tait synonyme de reconnaissance de la cr&#233;ation divine. Ainsi, &lt;strong&gt;Gottfried Leibniz&lt;/strong&gt;, dont la math&#233;matique diff&#233;rentielle (l'introduction des infiniment petits dans les calculs) compl&#233;tait le travail tendant &#224; rendre continues les math&#233;matiques, affirmait dans &#171; La Monadologie &#187; que &lt;i&gt;&#171; Chaque portion de la mati&#232;re n'est pas seulement divisible &#224; l'infini (...) mais encore sous-divis&#233;e actuellement sans fin, chaque partie en parties (...) &#187;.&lt;/i&gt; En somme, la discontinuit&#233; serait partout mais la continuit&#233; serait obtenue &#224; la limite. Il remarquait cependant des singularit&#233;s au niveau math&#233;matique et surtout physique comme ici dans &#171; Discours de la M&#233;taphysique &#187; : &lt;i&gt;&#171; Il appara&#238;t de plus en plus clairement que tous les ph&#233;nom&#232;nes particuliers de la nature peuvent &#234;tre expliqu&#233;s math&#233;matiquement ou m&#233;caniquement par ceux qui les comprennent. Cependant les principes g&#233;n&#233;raux de la nature corporelle ou m&#234;me de la m&#233;canique (...) appartiennent &#224; certaines formes ou natures indivisibles qui sont les causes des apparences plut&#244;t qu'aux masses corporelles ou &#224; l'extension. &#187;&lt;/i&gt; Sa conclusion ne pr&#234;tait pas &#224; confusion sur l'importance id&#233;ologique du discontinu : &lt;i&gt;&#171; De cette fa&#231;on, nous sommes en mesure de r&#233;concilier la philosophie m&#233;canique des modernes avec la conception de ces personnes qui (...) craignent que nous soyons en train de nous &#233;loigner de l'&#234;tre immat&#233;riel au pr&#233;judice de la pi&#233;t&#233; &#187;.&lt;/i&gt; Faut-il pour autant rejeter les remarques pertinentes de &lt;strong&gt;Leibniz&lt;/strong&gt; sur la discontinuit&#233; et sur la non-lin&#233;arit&#233; comme celle-ci : &lt;i&gt;&#171; Il est clair (...) qu'une d&#233;limitation n'est pas homog&#232;ne avec ce qu'elle d&#233;limite. &#187; &lt;/i&gt;(dans &#171; La fondation m&#233;taphysique des sciences &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En physique, faut-il consid&#233;rer comme valable les notions de point, de droite ou de segment, consid&#233;r&#233;es comme ind&#233;pendantes les unes des autres ? Pour y r&#233;pondre il faudrait, par une m&#233;thode physique, &#234;tre capable de dire qu'il n'a pas boug&#233;, c'est-&#224;-dire le conna&#238;tre compl&#232;tement. Une telle connaissance n'est pas physique. Conna&#238;tre un point, ce serait &#233;mettre une &#233;nergie infinie pour conna&#238;tre une position avec une pr&#233;cision infinie. Conna&#238;tre exactement un segment n&#233;cessiterait de d&#233;terminer avec une pr&#233;cision infinie ses extr&#233;mit&#233;s. Cela pose le m&#234;me probl&#232;me. Pour la g&#233;om&#233;trie d'&lt;strong&gt;Euclide, &lt;/strong&gt;un segment n'est &#233;gal qu'&#224; lui-m&#234;me. En physique, la mesure n'a rien d'un calcul exact. En temps limit&#233;, l'interaction est la seule information possible entre mati&#232;res via les photons. En proc&#233;dant ainsi on ne peut rien conna&#238;tre avec une pr&#233;cision infinie. L'apparence r&#233;elle de segment n'est qu'une s&#233;rie de points discrets r&#233;guli&#232;rement align&#233;s. Il n'y a aucune continuit&#233; d'un point &#224; un autre. Il y a une infinit&#233; de points mais il y a toujours des trous entre eux. Et dans ces trous, si on observe de plus pr&#232;s, on trouve encore des points. Donc pas plus de continuit&#233; des trous que de continuit&#233; des points. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le segment n'a pas plus d'existence, r&#233;elle ou math&#233;matique, que le point isol&#233;, ind&#233;pendant du reste du monde, ind&#233;pendant de l'espace, ind&#233;pendant des autres points. Les math&#233;maticiens le savent et se sont gard&#233;s de d&#233;finir ces notions, eux qui sont si favorables &#224; tout d&#233;finir et &#224; tout rationaliser formellement. Ils ont d&#233;cr&#233;t&#233; que le point, la droite et le segment devaient rester des &#171; &#233;vidences sensibles &#187;. Pourtant, nos sens ne sont pas capables de percevoir de telles &#171; objets &#187;. Il s'agit d'illusions des sens. L'observation nous dit tout autre chose. Un point fixe existe-t-il au sens physique dans la nature ? Aucun &#171; objet &#187; fixe ne peut &#234;tre observ&#233; dans la nature comme aucun &#171; objet &#187; isol&#233; du reste de l'univers. Ensuite, le mode de fonctionnement de la nature comme son mode d'observation n'ob&#233;issent pas aux m&#234;mes r&#232;gles que des concepts fig&#233;s du type point fixe ou segment fixe. La nature ne progresse pas lentement, progressivement, lin&#233;airement et directement vers la valeur exacte. Elle explore les possibilit&#233;s par bonds, par touches successives, discontinues avec de multiples marches al&#233;atoires intercal&#233;es au sein de mouvements d&#233;termin&#233;s. C'est un m&#233;canisme discontinu de sauts en zigzag appel&#233; &#171; intermittence &#187;. Dans l'observation r&#233;elle, la r&#233;alit&#233; observ&#233;e change sans cesse : le point devient segment et le segment devient un point, de mani&#232;re dialectique, en fonction de l'&#233;chelle concern&#233;e. Il existe des dynamiques g&#233;ologiques pour lesquelles ce qui se d&#233;roule en dix mille ans est ponctuel. Dans l'interaction, il y a sans cesse relation entre le lent et le rapide, entre l'instantan&#233; (relativement) et le durable. &lt;strong&gt;Hegel &lt;/strong&gt;avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; la relation dialectique entre imm&#233;diatet&#233; (l'instant ponctuel) et m&#233;diation (n&#233;cessairement une certaine dur&#233;e). Ponctuel ou d'une certaine dur&#233;e, la r&#233;ponse ne peut &#234;tre absolue parce que cela d&#233;pend de l'&#233;chelle. La r&#233;alit&#233; nous pr&#233;sente des univers embo&#238;t&#233;s, &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, et des univers non lin&#233;aires. Le point ou le segment peuvent d&#233;crire une r&#233;alit&#233; mais pas comme des absolus ni comme des &#233;l&#233;ments fixes, fig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la construction des nombres, on est parti du discontinu pour tenter de parvenir au continu. Les nombres entiers sont l'univers du ponctuel, du discret, de la r&#233;gularit&#233; mais aussi de la discontinuit&#233;. L'ordre est pr&#233;cis et correspond au d&#233;nombrement des ensembles d'objets du m&#234;me type. Les nombres entiers ont un r&#244;le tr&#232;s important en physique quantique, avec notamment les nombres quantiques. Mais les nombres entiers ne peuvent correspondre &#224; une r&#233;alit&#233; changeante et encore moins &#224; une physique dans laquelle on ne peut pas pr&#233;ciser exactement la position et la vitesse. D'ailleurs, qu'il soit entier ou pas, un seul nombre fix&#233; par une pr&#233;cision absolue ne peut d&#233;crire une telle r&#233;alit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La discontinuit&#233; a continu&#233; &#224; caract&#233;riser les nombres, avec la formation des nombres d&#233;cimaux. M&#234;me s'il y a bien plus de d&#233;cimaux que d'entiers, il reste encore plus de trous entre les d&#233;cimaux. Les math&#233;maticiens ont repris leur travail de construction pour combler ces trous. Des nouvelles s&#233;ries de nombres ont &#233;t&#233; invent&#233;es. Personne ne peut pr&#233;tendre aujourd'hui que la question de la continuit&#233; des nombres ait &#233;t&#233; r&#233;solue. Bien entendu, on peut donner de multiples d&#233;finitions de la continuit&#233; mais il est clair que la notion de succession de points qui ne seraient s&#233;par&#233;s par aucun vide n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e. D&#233;finir de mani&#232;re complexe la continuit&#233; est possible mais cela ne r&#232;gle pas ce probl&#232;me fondamental. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il existait un tel type de continuit&#233;, on pourrait dire qu'en math&#233;matiques l'infiniment petit a v&#233;ritablement un sens. Bien entendu, cela ne r&#232;glerait pas la question : la continuit&#233; a-t-elle un sens en physique, en chimie, en biologie, en neurologie, en termes de conscience, d'acquisition des connaissances, de croissance, ou d'&#233;volution des esp&#232;ces ou des soci&#233;t&#233;s ? Eh bien, m&#234;me math&#233;matiquement, la continuit&#233; reste &#224; inventer&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut penser que les nombres r&#233;els suffisent tr&#232;s largement &#224; imager une presque continuit&#233;. Pour le calcul, cela suffit certainement. Pour la philosophie de la nature fondamentale du monde, certainement pas. Supprimer les vides entre les nombres, comme en g&#233;om&#233;trie supprimer les vides entre les points de la droite ou de la courbe, c'est concevoir un monde sans contradiction. Un monde sans vide entre les particules. Un monde dans lequel les interactions sont directes et instantan&#233;es. Un monde o&#249; il peut exister un objet tel une particule se d&#233;pla&#231;ant sans interaction dans le vide. Un monde o&#249; une particule peut se d&#233;placer brutalement de fa&#231;on instantan&#233;e. Un monde o&#249; existe un temps ponctuel, une position ponctuelle, enti&#232;rement d&#233;finie, sans &#233;paisseur, sans mesure de son occupation du temps et de l'espace. Telle n'est pas la r&#233;alit&#233; qui appara&#238;t en physique quantique, ni en g&#233;n&#233;ral en physique. Aucune interaction (nous ne connaissons le monde que gr&#226;ce aux interactions) ne d&#233;finit un objet isol&#233;. Aucune interaction n'a lieu instantan&#233;ment. Aucune interaction ne permet une pr&#233;cision int&#233;grale de position et de vitesse. L'existence du point isol&#233;, l'existence du segment continu parcourable en passant un par un par tous les points, toutes ces notions ne sont pas acceptables comme image du monde. Qu'elles soient pratiques math&#233;matiquement, qu'elles aient eu leur heure de gloire n'emp&#234;che pas de reconna&#238;tre qu'elles n'ont plus d'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Admettre une continuit&#233; &#224; n'importe quel niveau du monde r&#233;el, c'est renoncer &#224; la contradiction. La physique est contrainte dans toutes ses images de faire r&#233;apparaitre celle-ci, qu'on l'appelle mati&#232;re/lumi&#232;re, mati&#232;re/vide, mati&#232;re/antimati&#232;re, boson/fermion, ou particule/virtuel, etc&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature est dialectique. La continuit&#233; de la droite des nombres, comme la g&#233;om&#233;trie d'Euclide sont fond&#233;es sur une logique oui/non qui est m&#233;taphysique et donc incapable de repr&#233;senter ce monde fond&#233; sur des contradictions dialectiques et des changements dynamiques qui ne s'interrompent jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun est en droit de se dire que ce n'est pas la continuit&#233; qui a fait faillite et qu'il s'agit seulement d'une impossibilit&#233; d'imager de monde avec des concepts produits par le cerveau humain, en somme qu'il s'agit simplement d'une le&#231;on d'humilit&#233;. Mais, en r&#233;alit&#233;, ce n'est pas une morale de modestie qui ressort des &#233;tudes. C'est bien une contradiction fondamentale entre continuit&#233; et discontinuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est illustr&#233; en g&#233;om&#233;trie par la droite et le point et, en alg&#232;bre, par la droite des nombre dits r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on a d'abord consid&#233;r&#233; que la droite ou le segments &#233;taient des ensembles de points. Cela supposait qu'il n'y avait pas deux concepts contradictoires dialectiquement entre la droite (ou le segment) et le point. La r&#233;flexion a prouv&#233; que c'&#233;tait faux. Par exemple, le point &#233;tant sans dimension (occupant un espace nul), une accumulation (m&#234;me infinie) de points ne peut d&#233;finir une dimension d'espace. Il faut donc consid&#233;rer qu'il y a toujours des espaces entre les points. On ne peut donc r&#233;duire une droite &#224; un ensemble de points mais il faut rajouter les espaces entre les points. mais cet espace entre les points, de quoi est-il fait ? On est oblig&#233; de r&#233;pondre qu'il est de m&#234;me nature : compos&#233; de points s&#233;par&#233;s par des espaces. Finalement on a donc des niveaux hi&#233;rarchiques emboit&#233;s et interactifs. Un univers fractal puisque l'allure ne permet pas de dire &#224; quel niveau on se situe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re l'utilisation des math&#233;matiques par la physique, on tombe sur la notion d'espace et de temps qui peuvent sembler ressembler au segment et sur les notions de position ou d'instant qui ressemblent au point de la g&#233;om&#233;trie. Pour la particule de la microphysique, comme l'&#233;lectron, le neutron ou le proton, on parlera ainsi de &#034;point mat&#233;riel&#034;. Mais on constatera qu'entre les particules se situent des espaces vides qui sont eux-m&#234;mes constitu&#233;s de particules virtuelles. Cela signifie que le point devient un nuage de points. A leur &#233;chelle, la particule n'est plus un point mat&#233;riel mais un nuage de points virtuels. En, ensuite, entre les particules virtuelles il y a encore des espaces qui sont des points de virtuel de virtuel, eux-m&#234;mes s&#233;par&#233;s par des espaces .... etc ... Un monde hi&#233;rarchique fractal avec des rapports d'&#233;chelle de 137 ....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparence de continuit&#233;, qu'il s'agisse des math&#233;matiques ou des sciences, est donc le produit de discontinuit&#233;s aux &#233;chelons hi&#233;rarchiques inf&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la discontinuit&#233; peut elle-m&#234;me devenir un pi&#232;ge si elle est con&#231;ue comme fig&#233;e et non comme dynamique comme c'est le cas pour la notion de point fig&#233; et isol&#233;. Il n'est pas plus facile de concevoir une dynamique du discret que de penser, comme on l'a souvent fait jusque l&#224;, une dynamique du continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la discontinuit&#233; ne suffit donc pas &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me. Il faut &#233;galement une philosophie dialectique car il s'agit de penser le passage entre des niveaux hi&#233;rarchiques interactifs qui est un saut qualitatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La continuit&#233;, une propri&#233;t&#233; math&#233;matique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la suite ....&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;... cliquez ici&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La notion d'&#233;mergence en sciences, cela n'a rien &#224; voir avec du cr&#233;ationnisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6207</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article6207</guid>
		<dc:date>2019-02-17T23:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Emergence</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La notion d'&#233;mergence en sciences, cela n'a rien &#224; voir avec du cr&#233;ationnisme &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;mergence suppose non seulement une discontinuit&#233;, un saut, mais, de plus, un tel changement qualitatif tel que la nouvelle structure n'est pas une simple somme des propri&#233;t&#233;s ni des &#233;l&#233;ments de l'ancienne ou des anciennes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons un nombre consid&#233;rable d'exemple de telles &#233;mergences en sciences et je pourrai m&#234;me dire que toutes les structures dont parlent les sciences sont &#233;mergentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si elles ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Emergence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La notion d'&#233;mergence en sciences, cela n'a rien &#224; voir avec du cr&#233;ationnisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence suppose non seulement une discontinuit&#233;, un saut, mais, de plus, un tel changement qualitatif tel que la nouvelle structure n'est pas une simple somme des propri&#233;t&#233;s ni des &#233;l&#233;ments de l'ancienne ou des anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un nombre consid&#233;rable d'exemple de telles &#233;mergences en sciences et je pourrai m&#234;me dire que toutes les structures dont parlent les sciences sont &#233;mergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elles ne l'&#233;taient pas, il faudrait qu'elles d&#233;coulent simplement d'additions ou de soustractions d'&#233;l&#233;ments &#224; partir des anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a longtemps d&#233;fendu en sciences de telles hypoth&#232;ses dites r&#233;ductionnistes du genre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'atome est la somme du noyau et des &#233;lectrons (et, en plus, des photons d'interaction)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le noyau est la somme des protons et des neutrons (ou de quelques &#233;l&#233;ments suppl&#233;mentaires comme les gluons)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la mol&#233;cule est la somme des atomes (avec les interactions entre eux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;toile est la somme des grandes masses de gaz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la galaxie est la somme des &#233;toiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'amas de galaxies est la somme des galaxies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le cerveau est la somme des neurones&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#234;tre vivant est la somme des organes et de leurs interactions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'ADN est la somme des g&#232;nes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la soci&#233;t&#233; humaine est la somme des individus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;etc, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en finirait pas de citer les exemples de l'ancien r&#233;ductionnisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ses anciens adages, notamment ceux pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s faux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, on a &#233;t&#233; contraints de rajouter toutes les interactions aux choses, mais les additions en question n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous additionnez des individus, vous n'avez pas une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous additionnez un noyau et des &#233;lectrons, vous ne construisez pas un atome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure &#171; addition &#187; n'existe par r&#233;ellement. La mati&#232;re, la vie, la soci&#233;t&#233; n'additionnent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des sauts qui ne sont pas d&#233;crits par la proc&#233;dure d'addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes de l'Antiquit&#233; l'avaient d&#233;j&#224; compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre des grains de sable et un tas de sable, il y a un saut qualitatif qui n'est simplement dans le fait de chiffrer le seuil, mais dans la diff&#233;rence de type de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un arbre n'est pas une addition d'un tronc, de branches et de feuilles. C'est un processus qui passe par des sauts qualitatifs et pas une addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une for&#234;t n'est pas l'addition d'un grand nombre d'arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ville n'est pas l'addition d'un grand nombre d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le saut qualitatif nous pose probl&#232;me mais nous sommes oblig&#233;s d'admettre qu'il y a partout dans tout ce qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute structure, qu'elle soit naturelle ou sociale, qu'elle soit mat&#233;rielle ou vivante, est issue de sauts, de bonds qualitatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son apparition a &#233;t&#233; brutale, a apport&#233; un changement consid&#233;rable, n'a pas simplement mis bout &#224; bout des propri&#233;t&#233;s ou des objets qui existaient pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les scientifiques et les philosophes craignent toujours que l'on cherche &#224; leur faire passer en douce de la camelote magique, mystique, des arnaques pseudo-scientifiques, mais ce n'est nullement le cas pour l'&#233;mergence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; humaine a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas magique, ce n'est pas divin, ce n'est pas inexplicable, ce n'est pas antiscientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature, &#224; toutes les &#233;chelles et dans tous les domaines, fonctionne exclusivement par sauts, des sauts quantiques aux sauts de syst&#232;mes sociaux, par r&#233;volutions, ce qui ne signifie pas qu'il y ait aucun miracle l&#224;-dedans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article571&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;mergence ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2346&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le tout n'est pas la somme des parties&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la mati&#232;re s'organise spontan&#233;ment et de mani&#232;re stable ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la notion d'&#233;mergence d'organisation nous semble indispensable pour comprendre celle de structure en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4519&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;mergence de la mati&#232;re au sein du vide quantique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique102&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le coeur, ou l'&#233;mergence de rythmes issus du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3943&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore et &#224; nouveau sur l'&#233;mergence&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;mergence dans la Physique de Robert B. Laughlin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4232&#034;&gt;L'&#233;mergence de l'homme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2906&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qui s'oppose &#224; l'&#233;mergence, c'est le r&#233;ductionnisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;mergence d'un au sein du d&#233;sordre ou auto-organisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3403&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les interactions physiques font-elles &#233;merger les niveaux hi&#233;rarchiques des structures mat&#233;rielles ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5638&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le lien dialectique entre &#233;mergence d'espace-temps et &#233;mergence de mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emergence du Vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3650&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une nouvelle forme du cr&#233;ationnisme : le principe anthropique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2375&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la notion d'&#233;mergence d'organisation nous semble indispensable pour comprendre celle de structure en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4519&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;mergence de la mati&#232;re au sein du vide quantique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article37&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mati&#232;re, &#233;mergence de structure au sein du vide&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=discontinuit%C3%A9+de+l%27%C3%A9volution+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emergence de nouvelles esp&#232;ces vivantes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3945&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emergence des structures de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique102&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le coeur, ou l'&#233;mergence de rythmes issus du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article56&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emergence de l'homme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2906&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le r&#233;ductionnisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'auto-organisation ou l'ordre spontan&#233;ment issu du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La vie, l'homme et la conscience s'opposent-ils aux lois physiques de la mati&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3942&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;What is Emergence ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article334&#034;&gt;Particle of matter or emergence of structure in the vacuum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4672&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Ways of Matter to Build New Structures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces est-elle continue, r&#233;guli&#232;re, progressive, graduelle ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6029</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article6029</guid>
		<dc:date>2018-12-06T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Stephen Jay Gould :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment et pourquoi Darwin a d&#233;fendu l'hypoth&#232;se de la continuit&#233; dans l'&#233;volution des esp&#232;ces et pourquoi et comment le darwinisme contemporain s'en d&#233;tache tout en conservant l'id&#233;e principale de Darwin&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le gradualisme que d&#233;fendait Darwin :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gradualisme repr&#233;sente peut-&#234;tre la conviction la plus centrale de Darwin, r&#233;sidant &#224; la fois au sein de sa pens&#233;e et la sous-tendant totalement. Cette notion l'a guid&#233; dans le choix de ses sujets d'&#233;tude bien avant qu'il ne se pr&#233;occupe de la s&#233;lection naturelle et l'a conduit &#224; se pencher sur des th&#232;mes situ&#233;s largement au-del&#224; de cette derni&#232;re. Le gradualisme constitue le cadre explicatif de son premier livre important qui traitait des r&#233;cifs coralliens (1842) et celui de son dernier ouvrage sur la formation des sols arables et la modification de la topographie par les vers de terre (1881), deux volumes qui ne font pratiquement pas r&#233;f&#233;rence &#224; la s&#233;lection naturelle. Le principal ma&#238;tre &#224; penser de Darwin, Charles Lyell, avait pos&#233; le signe &#233;gal entre gradualisme et rationalit&#233;. Tous les historiens et les &#233;volutionnistes ont remarqu&#233; l'importance centrale du gradualisme, &#224; la fois dans l'ontogen&#232;se (Gruber et Barrett, 1974) et dans la logique (Mayr, 1991) de la pens&#233;e de Darwin. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection ne devient cr&#233;ative qu'&#224; la condition d'imprimer une direction &#224; l'&#233;volution, ce qu'elle fait en pr&#233;sidant &#224; la lente et constante accumulation des variations favorables retenues au sein de l'ensemble isotrope des variations. Si le gradualisme n'accompagne pas ce processus de changement, la s&#233;lection doit renoncer &#224; ce r&#244;le cr&#233;atif, et alors le darwinisme ne peut pas rendre compte de l'innovation &#233;volutive. Si d'importantes nouvelles caract&#233;ristiques, ou de nouveaux taxa entiers apparaissent gr&#226;ce &#224; des variations discontinues de grande ampleur, alors la cr&#233;ativit&#233; r&#233;side dans le gen&#232;se de la variation elle-m&#234;me. La s&#233;lection naturelle n'engendre plus d&#233;sormais l'&#233;volution, et se cantonne dans le r&#244;le d'ex&#233;cuteur des hautes &#339;uvres &#233;liminant l'inadapt&#233;, ne faisant donc que faciliter des changements apparus d'autre fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme est donc la cons&#233;quence logique de la mise en &#339;uvre de la s&#233;lection naturelle sur le mode cr&#233;atif envisag&#233; par Darwin. Il impr&#232;gne aussi totalement la m&#233;thodologie g&#233;nialement invent&#233;e par Darwin, parce que la th&#232;se uniformitariste de l'extrapolation ne peut fonctionner si le changement &#224; la plus grande des &#233;chelles ne se r&#233;alis&#233; pas par la sommation au cours du temps de petites variations, imm&#233;diates et appr&#233;hendables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme, pour Darwin, repr&#233;sente une doctrine complexe, pr&#233;sentant diff&#233;rents niveaux de sens, tous interreli&#233;s, bien que restant ind&#233;pendants de certaines fa&#231;ons cruciales. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau le plus large, le gradualisme est un concept qui soutient simplement qu'un lien historique continu relie des anc&#234;tres et des descendants, sans mention du mode ou du rythme avec lequel s'effectue la transition des uns aux autres. Si les nouvelles esp&#232;ces apparaissent en tant que cr&#233;ation ex nihilo par l'intervention divine, alors qu'il n'y aurait pas de lien unissant des anc&#234;tres et des descendants. Dans ce sens le plus large, l'affirmation du gradualisme revient &#224; celle de l'&#233;volution en tant que fait. Cette assertion &#233;tait bien entendu vitale pour fonder la r&#233;volution promue par Darwin, mais le sens ainsi consid&#233;r&#233; du gradualisme ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; l'existence de l'&#233;volution, et ne dit rien de la fa&#231;on dont elle se d&#233;roule ; le lien logique entre gradualisme et s&#233;lection naturelle ne peut pas se situer &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;volutionnistes de notre &#233;poque ont commis l'erreur de croire que les d&#233;bats contemporains au sujet du gradualisme portaient sur ce premier sens, de nos jours allant de soi et nullement sujet &#224; controverse&#8230; Qui peut penser s&#233;rieusement que les partisans de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, ou que n'importe quel scientifique d'ailleurs, voudraient nier la notion de continuit&#233; historique d'anc&#234;tres &#224; descendants ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, ce premier sens, &#171; trop grand &#187;, du gradualisme atteste l'existence de l'&#233;volution elle-m&#234;me (par opposition au cr&#233;ationnisme), mais ne caract&#233;rise pas le m&#233;canisme propos&#233; par Darwin, ou pour qui que ce soit d'autre, en mati&#232;re de changement &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons maintenant cerner un sens du gradualisme serrant de pr&#232;s la fa&#231;on dont proc&#232;de la s&#233;lection naturelle. Cette seconde fa&#231;on, &#171; juste comme il faut &#187;, de comprendre le gradualisme ne porte pas sur la dur&#233;e que doit prendre une transition, ou sur la variabilit&#233; &#233;ventuelle de la vitesse du changement. Dans ce second sens, le concept de gradualisme stipule simplement que, en passant d'un &#233;tat A &#224; un autre B, substantiellement diff&#233;rent, l'&#233;volution doit n&#233;cessairement parcourir une longue s&#233;rie d'&#233;tapes interm&#233;diaires qui diff&#232;rent insensiblement les unes des autres. En d'autres termes, un anc&#234;tre et un descendant doivent &#234;tre reli&#233;s par une s&#233;rie de changements, chacun se situant dans la gamme de ce que peut &#233;difier la s&#233;lection naturelle &#224; partir de la variabilit&#233; ordinaire. Sans le gradualisme consid&#233;r&#233; sous cette forme, de grandes variations sur le mode morphologique discontinu pourraient fournir la force cr&#233;ative du changement &#233;volutif, au lieu que ce r&#244;le revienne &#224; la s&#233;lection naturelle. Mais si la minuscule augmentation apport&#233;e par chaque &#233;tape demeure peu importante par elle-m&#234;me, alors la capacit&#233; cr&#233;ative doit n&#233;cessairement r&#233;sider dans la sommation de ces &#233;tapes en quelque chose d'important : or, la s&#233;lection naturelle, selon la th&#233;orie de Darwin, intervient pr&#233;cis&#233;ment en tant qu'agent d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens du gradualisme sous-tend l'invocation souvent formul&#233;e par Darwin du vieil aphorisme de Leibniz et de Linn&#233; : &#171; Natura non facit saltum &#187; (&#171; la nature ne fait pas de saut &#187;). Cet attachement &#224; ce postulat ne peut que nous frapper comme immod&#233;r&#233; et, au regard des normes d'aujourd'hui, comme tellement exag&#233;r&#233;. Ainsi Darwin &#233;crit dans &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; : &lt;i&gt;&#171; Si l'on arrivait &#224; d&#233;montrer qu'il existe un organe complexe qui n'a pas pu se former par une s&#233;rie de nombreuses modifications graduelles et l&#233;g&#232;res, ma th&#233;orie ne pourrait certes plus se d&#233;fendre. &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de crainte que nous doutions que &#171; ma th&#233;orie &#187; se r&#233;f&#232;re sp&#233;cifiquement au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle (et non simplement &#224; l'affirmation de l'&#233;volution), Darwin pose souvent un lien explicite entre la s&#233;lection comme agent cr&#233;atif et le gradualisme comme cons&#233;quence n&#233;cessaire : &lt;i&gt;&#171; Indubitablement, rien ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233; par le biais de la s&#233;lection naturelle, si ce n'est l'addition de changements infiniment petits ; et si l'on pouvait montrer que (&#8230;) les stades de transition sont irr&#233;alisables, la th&#233;orie s'effondrerait. &#187; (dans Natural Selection, voir Stauffer, 1975, p250).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans le chapitre de conclusion de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; : &#171; Comme la s&#233;lection naturelle n'agit qu'en accumulant des variations l&#233;g&#232;res, successives et favorables, elle ne peut pas produire de modifications consid&#233;rables ou subites ; elle ne peut agir qu'&#224; pas lents et courts. Cette th&#233;orie rend facile &#224; comprendre l'axiome : &#171; Natura non facit saltum &#187;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il vrai que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle &#171; ne pourrait certes plus se d&#233;fendre &#187; si un seul organe (sans parler d'un organisme entier) pouvait appara&#238;tre par des changements de grandes dimensions et discontinus ? Est-il vrai que le darwinisme demande d'ob&#233;ir &#224; la formulation extr&#234;me suivante : &lt;i&gt;&#171; La s&#233;lection naturelle n'agit que par la conservation et par l'accumulation d'infimes modifications h&#233;r&#233;ditaires &#187; (&#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187;) (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposez (comme cela doit arriver souvent) qu'une h&#233;t&#233;rochronie de d&#233;veloppement d&#233;termine un changement majeur de forme et de fonction en deux ou trois &#233;tapes sans formes interm&#233;diaires. La plupart du temps, la dimension de ces stades peut se situer hors de la &#171; gamme normale &#187; de variation pour la majorit&#233; des populations, mais non au-del&#224; des possibilit&#233;s d'un programme g&#233;n&#233;tique de d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle s'effondrerait-elle si les changements sur ce mode &#233;taient fr&#233;quents ? Je ne le crois pas. La th&#233;orie darwinienne demanderait quelques ajustements et quelques compromis (en particulier elle devrait &#234;tre plus tol&#233;rante sur le non-respect de l'isotropie des variations et prendre beaucoup plus en compte la notion de contrainte interne dans le domaine de la g&#233;n&#233;tique et du d&#233;veloppement, mais la s&#233;lection naturelle jouirait encore d'un statut bien plus &#233;lev&#233; que celui de simple bourreau. Un nouvel organe ne fait pas une nouvelle esp&#232;ce ; et une nouvelle morphologie doit n&#233;cessairement subir un processus d'int&#233;gration fonctionnelle (ce qui demande une adaptation suppl&#233;mentaire et une mise au point fine, probablement &#233;labor&#233;e par le biais de la s&#233;lection naturelle, quelle qu'ait &#233;t&#233; l'ampleur de l'&#233;tape initiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc que la d&#233;fense vigoureuse, voire pugnace, du gradualisme strict par Darwin refl&#232;te une prise de position syst&#233;matique, de port&#233;e bien plus vaste que la simple reconnaissance d'un corollaire logique de la s&#233;lection naturelle. En fait, je crois que cette conviction forte correspondait &#224; une attitude g&#233;n&#233;rale, qui recouvrait l'adh&#233;sion &#224; la th&#232;se de Lyell selon laquelle le gradualisme allait de pair avec la rationalit&#233; et refl&#233;tait aussi le penchant culturel pour le gradualisme &#224; l'&#233;poque o&#249; la Grande-Bretagne connaissait sa plus grande p&#233;riode d'expansion industrielle et coloniale (Gould, 1984a). Le jugement perspicace de Huxley &#224; propos de l'Origine des esp&#232;ces r&#233;sonne encore de nos jours d'un accent de v&#233;rit&#233;. Dans sa c&#233;l&#232;bre lettre &#224; Darwin, &#233;crite juste apr&#232;s que cet ouvrage ait &#233;t&#233; publi&#233;, il se disait pr&#234;t &#224; &#171; monter sur le b&#251;cher &#187; pour d&#233;fendre les conceptions de Darwin, mais il y avait aussi avanc&#233; sa critique majeure : &lt;i&gt;&#171; Vous vous &#234;tes impos&#233; une difficult&#233; qui &#233;tait superflue en adoptant avec si peu de r&#233;serve la formule &#171; Natura non facit saltum &#187;. &#187;&lt;/i&gt; (dans L. Huxley, 1901)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Darwin a persist&#233; dans ce sens. Nombreux sont les lecteurs de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; qui ne s'aper&#231;oivent pas qu'une grande partie de ce livre est consacr&#233;e &#224; pr&#233;senter le gradualisme plut&#244;t qu'&#224; d&#233;fendre la s&#233;lection naturelle. Un exemple frappant illustre bien cette assertion : Darwin fait dans cet ouvrage une fameuse (et pratiquement unique) d&#233;claration au sujet de l'&#233;volution humaine ; or, celle-ci mentionne le gradualisme, et non l'&#233;volution naturelle, comme m&#233;canisme ayant augment&#233; les capacit&#233;s mentales au cours de l'&#233;volution, et il faudra en tenir compte, nous dit Darwin, dans notre qu&#234;te socratique pour nous conna&#238;tre nous-m&#234;mes &lt;i&gt;&#171; La psychologie s'&#233;tablira sur de nouvelles bases, celles de l'acquisition n&#233;cessairement graduelle de toutes les aptitudes mentales, ce qui jettera une vive lumi&#232;re sur l'origine de l'homme et sur son histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre sur les preuves g&#233;ologiques, o&#249; le lecteur non initi&#233; pourrait s'attendre &#224; trouver de puissants arguments en faveur de l'&#233;volution &#224; partir des donn&#233;es les plus directement r&#233;v&#233;latrices &#8211; celles des archives fossiles &#8211; r&#233;v&#232;le en lieu et place de cela une longue argumentation visant (l&#233;gitimement) &#224; excuser une discordance grave entre les donn&#233;es et la th&#233;orie : les archives fossiles sont domin&#233;es &#224; premi&#232;re vue par des lacunes et des discontinuit&#233;s, alors que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle demanderait des transitions insensibles. Darwin, avec l'honn&#234;tet&#233; qui le caract&#233;rise, &#233;nonce le probl&#232;me sans d&#233;tour ; il &#233;voque bri&#232;vement sa m&#233;thodologie selon laquelle les &#233;tapes successives du changement au cours du temps n'ont pas d&#251; &#234;tre plus grandes que les diff&#233;rences observ&#233;es entre les vari&#233;t&#233;s des esp&#232;ces contemporaines : &lt;i&gt;&#171; Toutes les esp&#232;ces vivantes, d'apr&#232;s la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle, se rattachent &#224; la souche m&#232;re de chaque genre, par des diff&#233;rences qui ne sont pas plus consid&#233;rables que celles que nous constatons actuellement entre les vari&#233;t&#233;s d'une m&#234;me esp&#232;ce &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, tout le monde le sait, a r&#233;solu cette discordance en qualifiant les archives d'extr&#234;mement imparfaites (tel un livre qui n'aurait plus que quelques pages et seulement quelques lettres pr&#233;serv&#233;es sur chaque page), au point que toute continuit&#233; v&#233;ritablement insensible est largement effac&#233;e pour donner l'apparence, dans les traces restantes, d'une s&#233;rie de sauts abrupts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi donc chaque formation g&#233;ologique, dans chacune des couches qui la composent, ne regorge-t-elle pas de ces formes interm&#233;diaires ? La g&#233;ologie ne r&#233;v&#232;le assur&#233;ment pas une s&#233;rie organique si bien gradu&#233;e, et c'est en cela, peut-&#234;tre, que consiste l'objection la plus s&#233;rieuse que l'on puisse faire &#224; ma th&#233;orie. Je crois que l'explication se trouve dans l'extr&#234;me insuffisance des documents g&#233;ologiques. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin s'est aussi fait l'avocat de la forme la plus contraignante du gradualisme : selon cette troisi&#232;me fa&#231;on de comprendre ce concept, celui-ci ne supposait pas simplement que l'information f&#251;t transmise contin&#251;ment de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, et pas simplement que le passage entre les innombrables &#233;tapes de transition f&#251;t insensible. Il demandait aussi que le changement f&#251;t graduel m&#234;me &#224; la plus vaste &#233;chelle des temps g&#233;ologiques et que le mouvement continu (avec des variations de rythme, bien s&#251;r) repr&#233;sent&#226;t une caract&#233;ristique habituelle de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acception du gradualisme, aux vastes vis&#233;es, n'est pas &#233;troitement li&#233;e, sur le plan logique, au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle. Le changement pourrait se faire de fa&#231;on &#233;pisodique et brutale, &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques, mais n&#233;anmoins se r&#233;aliser par d'insensibles &#233;tapes interm&#233;diaires, vues sous l'angle de la succession des g&#233;n&#233;rations, car, en vertu du principe crucial relatif aux changements d'&#233;chelle, la dur&#233;e correspondant &#224; la succession des milliers de g&#233;n&#233;rations ne repr&#233;sente qu'un petit moment &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison qu'Eldredge et moi-m&#234;me n'avons jamais consid&#233;r&#233; que la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, qui r&#233;fute effectivement cette troisi&#232;me acceptation du gradualisme, mettait en question la capacit&#233; cr&#233;ative de la s&#233;lection naturelle elle-m&#234;me (Eldredge et Gould, 1972 ; Gould et Eldredge, 1977, 1993). La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; conteste la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle sur deux points compl&#232;tement diff&#233;rents de cette question de la capacit&#233; cr&#233;ative de la s&#233;lection naturelle, puisque, se fondant sur la configuration g&#233;om&#233;trique des ponctuations, elle explique les tendances s'exprimant au niveau des clades en fonction du succ&#232;s diff&#233;rentiel entre esp&#232;ces (au lieu de faire appel &#224; une extrapolation de l'anagen&#232;se) et souligne la fr&#233;quence &#233;lev&#233;e de la s&#233;lection darwinienne s'exer&#231;ant exclusivement au niveau des organismes. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin exprime son credo sous la forme d'un r&#233;sum&#233; concis : &lt;i&gt;&#171; La nature agit uniform&#233;ment et lentement durant de vastes p&#233;riodes de temps sur l'ensemble de l'organisation, de toutes les fa&#231;ons pouvant b&#233;n&#233;ficier &#224; chaque organisme &#187;&lt;/i&gt;. Remarquez comment le fondateur de l'&#233;volutionnisme r&#233;unit en aussi peu de mots un aussi grand nombre de ses convictions centrales : le gradualisme, l'adaptationnisme, le niveau d'action de la s&#233;lection (les organismes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'attachement de Darwin &#224; cette troisi&#232;me fa&#231;on d'envisager le gradualisme, en tant que mouvement continu et lent &#224; toutes les &#233;chelles de temps, s'aper&#231;oit le mieux dans plusieurs erreurs bien apparentes dans l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;, toutes fond&#233;es sur la conviction que le changement s'op&#232;re toujours &#224; un rythme r&#233;gulier (gradualisme dans ce troisi&#232;me sens) et non sur la conception de transitions insensibles entre &#233;tapes interm&#233;diaires, comme le demande v&#233;ritablement la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle (gradualisme dans le second sens), ni sur celle de la simple continuit&#233; de l'information historique, n&#233;cessaire &#224; prouver le fait de l'&#233;volution lui-m&#234;me (gradualisme dans le premier sens). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un exemple mettant en lumi&#232;re l'hostilit&#233; de Darwin &#224; envisager des &#233;pisodes de diversification &#171; explosive &#187; (il invoquait son argument habituel sur l'imperfection des archives fossiles pour nier la fa&#231;on dont ces &#233;pisodes s'observent &#224; l'&#233;tat brut dans ces derni&#232;res et pour en donner ainsi une interpr&#233;tation qui &#233;talait dans le temps l'apparition des taxa) : Darwin pr&#233;dit que l'on finirait par montrer que l'explosion cambrienne &#233;tait un art&#233;fact et que les organismes multicellulaires complexes avaient d&#251; fourmiller tout au long des vastes dur&#233;es du Pr&#233;cambrien, pour atteindre graduellement la complexit&#233; des formes observables &#224; la base du Cambrien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pal&#233;ontologues ont maintenant de bonnes connaissances sur les &#234;tres vivants du Pr&#233;cambrien. Ceux-ci fourmill&#232;rent, en effet, mais ne comprirent que des formes unicellulaires ou des algues multicellulaires jusqu'&#224; la toute derni&#232;re p&#233;riode du Pr&#233;cambrien (&#224; partir de 600 millions d'ann&#233;es avant notre &#233;poque) au cours de laquelle se d&#233;pos&#232;rent les couches du niveau d'Ediacara, peupl&#233;es de la faune du m&#234;me nom. L'explosion de la vie multicellulaire au Cambrien semble aujourd'hui toujours aussi explosive, et d'autant plus explosive que ce ph&#233;nom&#232;ne est mis en lumi&#232;re par l'abondance de la vie pr&#233;cambrienne maintenant connue, et non par un manque de fossiles pouvant &#234;tre attribu&#233; &#224; l'imperfection des archives g&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, pour sa part, avait pr&#233;dit que l'existence des organismes multicellulaires remonterait tr&#232;s loin dans le Pr&#233;cambrien. Il a &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Je ne doute pas que tous les trilobites siluriens (cambriens) descendent de quelque crustac&#233; qui doit avoir v&#233;cu longtemps avant le Silurien (Cambrien) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin fit &#233;galement l'hypoth&#232;se, l&#224; aussi erron&#233;e, que le vert&#233;br&#233; ancestral, animal dont le ph&#233;notype devait ressembler au Bauplan embryologique commun de tous les vert&#233;br&#233;s actuels, avait d&#251; vivre longtemps avant l'aube des temps cambriens : &lt;i&gt;&#171; Il est vain de rechercher des animaux adultes ayant des caract&#233;ristiques embryologiques communes &#224; tous les vert&#233;br&#233;s tant que l'on n'a pas d&#233;couvert de strates tr&#232;s loin en dessous des couches siluriennes les plus basses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La s&#233;lection naturelle n'agit que par la conservation et l'accumulation de petites modifications h&#233;r&#233;ditaires, dont chacune est profitable &#224; l'individu conserv&#233; ; or, de m&#234;me que la g&#233;ologie moderne, quand il s'agit d'expliquer l'excavation d'une grande vague diluvienne, de m&#234;me aussi la s&#233;lection naturelle tendra &#224; faire dispara&#238;tre la croyance &#224; la cr&#233;ation continue de nouveaux &#234;tres organis&#233;s ou &#224; de grandes et soudaines modifications de leur structure. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois contraintes pos&#233;es par Darwin sur la nature de la variation s'inscrivent dans la logique d'un seul et m&#234;me concept ; la variation n'est qu'un facteur pr&#233;alable au changement &#233;volutif, lui fournissant seulement un mat&#233;riau brut et ne lui imposant pas de direction par elle-m&#234;me, ni ne l'engendrant. L'option en faveur du gradualisme, dans le second sens de l'insensibilit&#233; de transition entre les &#233;tapes interm&#233;diaires, conduit ensuite &#224; stipuler que le facteur positif de modification proc&#232;de par minuscules pas. Par cons&#233;quent, l'explication d'un changement &#233;volutif donn&#233; doit alors consister &#224; sp&#233;cifier ses m&#233;canismes, ce qui conduit n&#233;cessairement &#224; se concentrer sur l'adaptation puisque la nature g&#233;n&#233;ral du changement r&#233;pond au mod&#232;le gradualiste et que l'on a &#233;limin&#233; la possibilit&#233; pour le changement &#233;volutif d'&#234;tre d&#233;termin&#233; de fa&#231;on interne par la variation elle-m&#234;me (isotropie des variations). Dans ces conditions, le changement &#233;volutif ne peut, en effet, se r&#233;aliser que par l'interaction entre les conditions externes (&#224; la fois biotiques et abiotiques) et le mat&#233;riau brut &#233;quipotentiel constitu&#233; par la variation. Et l'ajustement graduel de l'un &#224; l'autre a n&#233;cessairement l'adaptation pour r&#233;sultat primordial. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les th&#232;ses fondamentales de l'&#233;quilibre ponctu&#233; de Stephen Jay Gould :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#233;orie de l'Equilibre ponctu&#233; ne concerne pas toutes les formes de changement rapide en biologie, se produisant &#224; n'importe quelle &#233;chelle ou &#224; n'importe quel niveau. Elle porte sur l'apparition et le d&#233;ploiement des esp&#232;ces &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques. D'autres ph&#233;nom&#232;nes, prenant place &#224; d'autres &#233;chelles, sont aussi de type ponctuationniste : c'est le cas, par exemple, des extinctions de masse catastrophiques plan&#233;taires d&#233;clench&#233;es par la collision de la Terre avec des m&#233;t&#233;orites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; essaie d'expliquer le r&#244;le macro&#233;volutif des esp&#232;ces et de la sp&#233;ciation dans le cadre des temps g&#233;ologiques. Les phases de changement rapide et de stabilit&#233; qu'elle d&#233;crit se rapportent &#224; l'histoire des esp&#232;ces individuelles ; et les rythmes et les types de changement qu'elle prend en compte concernent le d&#233;ploiement de ces histoires individuelles dans un domaine qui nous est familier, celui du &#171; temps profond &#187;, autrement dit des temps g&#233;ologiques, &#224; l'&#233;chelle desquels la dur&#233;e de vie humaine est un infiniment petit absolument impossible &#224; mesurer, et la dur&#233;e de l'histoire enti&#232;re de la civilisation humaine par rapport &#224; celle de la phylogen&#232;se des primates comparable &#224; la dur&#233;e d'un battement de paupi&#232;re par rapport &#224; celle de la vie humaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception fondamentale de l'&#233;quilibre ponctu&#233; comporte trois notions dont il est n&#233;cessaire de d&#233;finir le sens de fa&#231;on op&#233;rationnelle et pr&#233;cise : la stase, la ponctuation et la fr&#233;quence relative dominante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stase ne signifie pas une &#171; stabilit&#233; de granite &#187;, autrement dit une totale invariance des valeurs moyennes de tous les traits tout le temps. Dans le contexte macro&#233;volutif de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, il est n&#233;cessaire de savoir, par-dessus tout, si le changement morphologique tend ou non &#224; progresser de fa&#231;on cumulative au long de l'existence g&#233;ologique d'une esp&#232;ce et, si oui, quelle fraction de la diff&#233;rence moyenne entre une esp&#232;ce ancestrale et une esp&#232;ce descendante peut &#234;tre attribu&#233;e au changement cumulatif subi par l'anc&#234;tre au cours de son &#233;volution anag&#233;n&#233;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'existence de la stase se fonde sur des donn&#233;es, tandis que la ponctuation correspond g&#233;n&#233;ralement &#224; une transition qu'il est impossible de d&#233;tailler par le moyen classique de la distribution des fossiles au fil du temps g&#233;ologique, il est n&#233;cessaire de formuler une d&#233;finition appropri&#233;e de la rapidit&#233;&#8230; En premi&#232;re approximation, la dur&#233;e correspondant &#224; un plan de stratification d&#233;finit la limite pratique impos&#233;e &#224; la possibilit&#233; de distinguer l'un de l'autre deux ph&#233;nom&#232;nes survenus dans le temps g&#233;ologique. Tout &#233;pisode de sp&#233;ciation qui se produit en un intervalle de temps correspondant &#224; la dur&#233;e g&#233;n&#233;ralement n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation d'un plan de stratification se trouvera ramass&#233; en une seule couche stratigraphique mince, repr&#233;sentant un &#171; instant &#187; &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques, et ne pourra donc g&#233;n&#233;ralement pas &#234;tre analys&#233; de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc d&#233;finir les ponctuations par rapport &#224; la dur&#233;e de la stase des esp&#232;ces qui en sont issues : car la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, envisageant le d&#233;roulement dans le temps de phases de dur&#233;e diff&#233;rente, soutient que les esp&#232;ces acqui&#232;rent r&#233;ellement leurs caract&#232;res distinctifs au &#171; moment de leur naissance &#187;, et qu'elles le gardent ensuite en stase durant la dur&#233;e de leur longue existence g&#233;ologique. Ces questions de dur&#233;es relatives jouent un r&#244;le important dans la d&#233;finition des esp&#232;ces en tant qu'individus darwiniens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; soutient, et c'est sa th&#232;se la plus importante, que cette forme d'&#233;volution est dominante en termes de fr&#233;quence relative, et ne dit donc pas seulement que ce ph&#233;nom&#232;ne existe&#8230; La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; n'affirme pas simplement que ce ph&#233;nom&#232;ne existe, mais avance la th&#232;se plus ambitieuse selon laquelle il joue un r&#244;le dominant en tant que forme prise par la macro&#233;volution dans le cadre des temps g&#233;ologiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eldredge et moi-m&#234;me avons forg&#233; le terme d'&#233;quilibre ponctu&#233; dans une communication orale originellement pr&#233;sent&#233;e lors d'un colloque intitul&#233; &#171; Mod&#232;les en pal&#233;obiologie &#187;, qui s'est d&#233;roul&#233; en 1971 dans le cadre de la r&#233;union annuelle de la Soci&#233;t&#233; g&#233;ologique d'Am&#233;rique&#8230; C'est ce qui a donn&#233; notre article original sur l'&#233;quilibre ponctu&#233; &#8211; Eldredge et Gould, 1972&#8230; Un probl&#232;me nous avait particuli&#232;rement agac&#233;s, c'&#233;tait le difficult&#233; de mettre la main sur des s&#233;quences gradualistes dans les archives fossiles, afin de pouvoir leur appliquer des techniques statistiques et autres m&#233;thodes quantitatives&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que nous ayons propos&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, la plupart des pal&#233;ontologistes pensaient que, pour sa plus grande part, le changement &#233;volutif proc&#233;dait sur le mode de l'anagen&#232;se, autrement dit par transformation continue au cours du temps d'une population donn&#233;e dans son ensemble. C'est pourquoi la plus grande partie des discussions en pal&#233;ontologie concernant les esp&#232;ces tournait alors autour d'une question litigieuse, nomm&#233;ment ce qu'on appelle le probl&#232;me de l'esp&#232;ce en pal&#233;ontologie, lequel a sans cesse &#233;t&#233; remis sur le chantier dans notre litt&#233;rature (voir Imbrie 1957 ; Weller, 1961 ; McAlester, 1962 ; Shaw, 1969) et a m&#234;me conduit &#224; des colloques entiers consacr&#233;s aux solutions &#233;ventuelles (voir Sylvester-Bradley, 1956).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pr&#233;tendu probl&#232;me rel&#232;ve plus de la th&#233;orie abstraite et des d&#233;finitions que des faits observ&#233;s, car il s'appuie sur l'id&#233;e selon laquelle l'anagen&#232;se serait dominante dans la r&#233;alit&#233;. En tout cas, c'est bien dans le cadre du gradualisme qu'il se pose, parce qu'un vrai continuum ne peut &#234;tre divis&#233; avec certitude absolue en segments auxquels peuvent &#234;tre attribu&#233;s des noms distincts. Si une population A change si compl&#232;tement par le biais de l'anagen&#232;se que l'on se sent oblig&#233; de donner &#224; la population en r&#233;sultant une nouvelle d&#233;nomination linn&#233;enne (esp&#232;ce B), o&#249; faut-il placer le point de d&#233;marcation entre A et B ? Toute limite de ce genre ne peut &#234;tre qu'arbitraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; a adopt&#233; une approche radicalement diff&#233;rente : elle a admis que, dans les conditions ainsi d&#233;finies, il &#233;tait, en effet, impossible de trouver une limite nette de s&#233;paration entre esp&#232;ce parentale et esp&#232;ce descendante ; mais elle a alors ni&#233; la pr&#233;misse empirique pr&#233;cise selon laquelle les nouvelles esp&#232;ces naissent g&#233;n&#233;ralement (ou m&#234;me souvent) par le biais de l'anagen&#232;se gradualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, Eldredge et moi-m&#234;me avons soutenu que la vaste majorit&#233; des esp&#232;ces naissent &#224; l'issue d'une scission, et que le rythme normal de la sp&#233;ciation, tel qu'il s'exprime dans les temps g&#233;ologiques, conduit &#224; l'apparition d'une nouvelle esp&#232;ce en un instant g&#233;ologique, celles-ci persistant ensuite de fa&#231;on prolong&#233;e en stase&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les partisans du gradualisme ne niaient pas que la sp&#233;ciation se produisit souvent pas scission. Mais ils ne pensaient pas que ce processus de scission jou&#226;t un r&#244;le quelconque dans la macro&#233;volution, cela pour trois raisons. Premi&#232;rement, ils concevaient la sp&#233;ciation seulement comme un m&#233;canisme engendrant de la diversit&#233;, non comme un facteur de changement de la morphologie moyenne au sein d'un clade (autrement dit, comme un facteur responsable de ce ph&#233;nom&#232;ne macro&#233;volutif crucial que sont les tendances &#233;volutives)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ils n'accordaient que peu de place au processus de sp&#233;ciation (naissance des esp&#232;ces r&#233;sultant d'une scission) par rapport &#224; l'anagen&#232;se dans l'ensemble du changement &#233;volutif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, lorsqu'il leur arrivait d'&#233;voquer un ph&#233;nom&#232;ne de sp&#233;ciation par scission, ils d&#233;peignaient ce processus comme deux &#233;pisodes d'anagen&#232;se au-del&#224; de la scission, se d&#233;roulant chacun selon le rythme lent caract&#233;ristique de cette forme d'&#233;volution. Ainsi, ils n'apercevaient rien de fondamentalement diff&#233;rent dans le changement &#233;volutif r&#233;alis&#233; par sp&#233;ciation. En raison de certains accident de l'histoire, soutenaient-ils, une population se scindait en deux unit&#233;s s&#233;par&#233;es, chacune &#233;voluant alors selon le mode anag&#233;n&#233;tique habituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, d'un autre c&#244;t&#233;, propose que le rythme de r&#233;alisation de la sp&#233;ciation, appr&#233;ci&#233; &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques, diff&#232;re radicalement de celui de l'anagen&#232;se gradualiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; assure l'expansion hi&#233;rarchique de la th&#233;orie s&#233;lectionniste au niveau de l'esp&#232;ce, ce qui permet de d&#233;passer le choix qu'avait fait Darwin de restreindre dans les faits les m&#233;canismes causals de l'&#233;volution au seul niveau des organismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, en d&#233;finissant les esp&#232;ces comme les unit&#233;s fondamentales (ou les atomes) de la macro&#233;volution (autrement dit, comme les entit&#233;s stables &#8211; des individus darwiniens &#8211; et non comme des parties arbitrairement d&#233;limit&#233;es au sein de processus continus), la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; interdit d'expliquer la totalit&#233; des aspects &#224; grande &#233;chelle de l'&#233;volution par simple extrapolation des r&#233;sultats de la micro&#233;volution obtenus sur des populations locales, &#224; l'&#233;chelle du temps humain et au niveau organismisque ou m&#234;me &#224; des niveaux inf&#233;rieurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le rythme &#233;volutif, les &#233;quilibres ponctu&#233;s renversent la vision fondamentale. Il faut abandonner la notion d'un changement constant, qui op&#233;rerait sur un rythme bien net et important, et caract&#233;riserait l'&#233;tat normal d'une entit&#233; en train d'&#233;voluer. Il faut donc proc&#233;der &#224; une r&#233;vision et voir d&#233;sormais le changement &#233;volutif sous la forme d'une s&#233;rie de rares &#233;pisodes, de dur&#233;e br&#232;ve par comparaison &#224; celle des p&#233;riodes de stase qui les s&#233;parent. La stabilit&#233; est d&#233;sormais l'&#233;tat normal d'un lignage, tandis que le changement est &#224; pr&#233;sent con&#231;u comme un ph&#233;nom&#232;ne se produisant rarement et dans une p&#233;riode de temps limit&#233;e, mais rendant compte n&#233;anmoins de la phylogen&#232;se par le biais d'une s&#233;rie d'&#233;pisodes additionn&#233;s au cours du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;vision fondamentale dans la fa&#231;on d'appr&#233;hender les choses peut trouver des &#233;chos dans toutes sortes de domaines, des plus imm&#233;diatement pratiques jusqu'aux plus globalement philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cadre concernant plus imm&#233;diatement la biologie, la m&#234;me r&#233;vision fondamentale dans la fa&#231;on d'appr&#233;hender les choses conduit in&#233;luctablement &#224; mettre l'accent davantage sur le hasard et la contingence que sur la pr&#233;dictibilit&#233; fond&#233;e sur l'extrapolation : car l'&#233;tat ordinaire de stase ne permet gu&#232;re de savoir quand et comment va se produire la ponctuation suivante, tandis que la nature fractale du gradualisme conduit &#224; penser que les causes du changement &#224; n'importe quel moment peuvent, par extrapolation, permettre de pr&#233;dire et d'expliquer les vastes effets observ&#233;s par l'accumulation des petits changements au fil des longues dur&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De nombreuses recherches men&#233;es dans le domaine des sciences sociales, des arts et de la litt&#233;rature, la th&#233;orie des r&#233;volutions scientifiques de Thomas Kuhn &#233;tant la plus connue et la plus influente, ainsi que de nombreux &#233;v&#233;nements de la fin du XXe si&#232;cle se sont combin&#233;s pour susciter une prise de conscience aig&#252;e du caract&#232;re insatisfaisant du gradualisme et de l'acceptabilit&#233; g&#233;n&#233;rale du changement ponctuationniste, au point d'en faire presque une orthodoxie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es de l'observation scientifique ont aussi contribu&#233; au d&#233;veloppement de ce mouvement g&#233;n&#233;ral en fournissant des mod&#232;les et des v&#233;rifications pratiques &#224; diff&#233;rents niveaux d'analyse et pour plusieurs syst&#232;mes. Dans ce cadre, la pal&#233;ontologie a fourni un apport bien connu, celui d'une th&#233;orie d'extinction de masse catastrophique&#8230;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; de Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La dialectique des transitions de phase</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5996</link>
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		<dc:date>2018-05-29T22:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Atome</dc:subject>
		<dc:subject>Emergence</dc:subject>
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		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La dialectique des transitions de phase &lt;br class='autobr' /&gt;
[Qu'est-ce qu'une transition de phase ? &gt; http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565] &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la dialectique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lecteur nous &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourtant, la mati&#232;re n'est pas si dialectique que cela : par exemple, elle se divise en &#233;tat solide, &#233;tat liquide et &#233;tat gazeux et on peut dire qu'elle est ou solide ou (exclusif) liquide ou (exclusif) gazeux, alors que, pour la dialectique, il n'y a pas de &#171; ou exclusif &#187;. On ne peut pas, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Atome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Emergence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;Contradictions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;Criticalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dialectique des transitions de phase&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la dialectique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lecteur nous &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourtant, la mati&#232;re n'est pas si dialectique que cela : par exemple, elle se divise en &#233;tat solide, &#233;tat liquide et &#233;tat gazeux et on peut dire qu'elle est ou solide ou (exclusif) liquide ou (exclusif) gazeux, alors que, pour la dialectique, il n'y a pas de &#171; ou exclusif &#187;. On ne peut pas, en conception dialectique h&#233;g&#233;lienne, r&#233;pondre &#171; par oui ou par non &#187; &#224; la question est-ce un &#233;tat ou un autre, mais on le peut pour l'&#233;tat de la mati&#232;re. L'univers est fond&#233; sur la mati&#232;re et la lumi&#232;re et, l&#224; encore, il ne semble pas que la dialectique fonctionne puisqu'on a soit de la mati&#232;re (fermions) soit de la lumi&#232;re (bosons) et que les deux ob&#233;issent &#224; des lois oppos&#233;es. Est-on, l&#224; aussi, dans du diam&#233;tral ou dans du dialectique ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il existe un &#233;tat solide, avec un saut sans &#233;tape interm&#233;diaire pour le passage au liquide et inversement, mais d&#233;j&#224; les &#233;tats liquide et gazeux ne se sont pas r&#233;v&#233;l&#233;s aussi s&#233;par&#233;s et oppos&#233;s qu'on le pensait autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pour le solide et le liquide, la s&#233;paration et l'opposition ne sont pas aussi diam&#233;trales qu'on pourrait le croire. Et cela pour de multiples raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, on peut donner de nombreux exemples de situations o&#249; on serait bien en peine de r&#233;pondre par oui ou par non : est-ce un solide ou (exclusif) est-ce un liquide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par m&#233;langer suffisamment un solide et un liquide, par exemple en prenant un solide en poudre capable de former une p&#226;te avec le liquide, par exemple en prenant de la poudre de noisette (une m&#233;thode classique en p&#226;tisserie !). La p&#226;te est &#224; la fois liquide et solide, suivant les propri&#233;t&#233;s que l'on examine, et, en fait, ni liquide ni solide (un peu comme pour la dualit&#233; onde/corpuscule pour laquelle on ne peut pas non plus r&#233;pondre par un &#171; ou exclusif &#187; &#224; une &#171; question par oui ou par non &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut prendre un autre exemple : la mayonnaise ou n'importe quelle sorte d'&#233;mulsion. Elle non plus ne permet pas de r&#233;pondre par oui ou par non sur la question : solide ou liquide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons maintenant la transition &#224; la surface de la mer, entre le liquide-eau et l'atmosph&#232;re charg&#233;e en eau. Sommes-nous, &#224; la s&#233;paration, dans un liquide ou dans un gaz ? Impossible d'y r&#233;pondre en supprimant l'une des r&#233;ponses. On est dans les deux et dans aucun des deux ! C'est bel et bien dialectique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un liquide dans un &#233;tat o&#249; il est plein de petites bulles. Est-il liquide ou gazeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons maintenant un &#233;tat de la glace de la zone polaire dans laquelle la mer est pleine de petits gla&#231;ons m&#233;lang&#233;s d'eau. Avons-nous l&#224; un solide (la glace) ou un liquide (la mer) ? Les deux et, en m&#234;me temps, aucun des deux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous sommes accoutum&#233;s aux transitions brutales de l'eau qui passe d'un coup de l'&#233;tat solide &#224; l'&#233;tat liquide, et d'un autre saut de l'&#233;tat liquide &#224; l'&#233;tat gazeux, et inversement. Cependant, dans certaines conditions de temp&#233;ratures et de pression et pour certains mat&#233;riaux, ces transitions brutales n'existent pas et on ne peut pas d&#233;finir nettement la transition. Et, en m&#234;lant certains mat&#233;riaux, l'eau elle-m&#234;me peut se retrouver un solide au-del&#224; de sa temp&#233;rature de fusion et est alors dans un &#233;tat qui avoisine le solide et le liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas encore fini : il existe des &#233;tats interm&#233;diaires entre solide et liquide, comme les plasmas, les fluides supercritiques, les &#233;tats amorphes, les cristaux liquides, les polyphasiques (comme les &#233;mulsions), les verres, les p&#226;tes, les gels, et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pour l'opposition entre fermions et bosons (disons entre grains de mati&#232;re et grains de lumi&#232;re), elle n'est nullement diam&#233;trale. Tout d'abord, les grains de mati&#232;re sont constamment environn&#233;s de grains de lumi&#232;re et ils en &#233;mettent ou en absorbent sans cesse. L'opposition est donc loin d'&#234;tre diam&#233;trale entre mati&#232;re et lumi&#232;re qui sont interd&#233;pendants et interconnect&#233;s. Sans les grains de lumi&#232;re, il n'y aurait m&#234;me pas d'interaction mati&#232;re-mati&#232;re puisque les mati&#232;res (fermions) ont la propri&#233;t&#233; de ne pas entrer en contact (n'ayant pas le droit d'avoir un m&#234;me &#233;tat dans une m&#234;me position). La mati&#232;re ne pourrait pas exister sans &#233;mettre et absorber de la lumi&#232;re. Et la lumi&#232;re ne pourrait pas exister sans &#234;tre &#233;mise par la mati&#232;re. D'autre part, mati&#232;re et lumi&#232;re peuvent parfaitement s'&#233;changer l'un en l'autre. On a donc une opposition qui n'est pas diam&#233;trale et est de type dialectique. Quant &#224; la question de toujours pouvoir r&#233;pondre par oui ou par non &#224; la question : ou (exclusif) un fermion ou (exclusif) un boson, ce n'est pas possible dans un grand nombre de situations. Par exemple, quand il y a choc tr&#232;s &#233;nerg&#233;tique de deux grains de mati&#232;re, on ne peut pas dire d'avance ce qui va en sortir : des grains de mati&#232;re ou des grains de lumi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nuage lui-m&#234;me, &#233;l&#233;ment fondamental du climat atmosph&#233;rique, est d&#233;j&#224; une structure dynamique &#233;mergente et contradictoire. Il est fond&#233; sur l'eau vapeur et sur l'eau liquide. Les deux sont des phases oppos&#233;es des &#233;tats de l'eau. Normalement les deux s'opposent : ou l'eau est sous forme vapeur ou elle est sous forme liquide, sans parler des cas encore oppos&#233;s o&#249; elle est sous forme de cristaux solides. Mais cette opposition directe apparente cache l'interaction permanente, les changements d'&#233;tats, permanents aussi. C'est d'ailleurs ce qui explique qu'une telle masse d'eau tienne dans l'air en recevant l'&#233;nergie du rayonnement solaire. Normalement une telle masse d'eau devrait chuter instantan&#233;ment du fait de la gravitation. Les gouttes d'eau tombent effectivement mais en tombant elles se r&#233;chauffent et vaporisent, remontent et ainsi de suite forment un mouvement collectif qui donne cette impression d'un nuage fixe et stable alors que c'est une structure &#233;mergente issue de ph&#233;nom&#232;nes contradictoires se combattant sans cesse : changements d'&#233;tat, &#233;changes d'&#233;nergie, &#233;changes &#233;lectriques, etc... Ensuite, il y a le lien entre les mers et oc&#233;ans et les nuages. Plus le soleil r&#233;chauffe la surface des mers, plus se forment des nuages par vaporisation puis condensation, puis, &#224; nouveau, au sein du nuage des condensations et vaporisations oppos&#233;es et successives. Mais les nuages, qui sont un produit du r&#233;chauffement solaire, ont surtout un effet de refroidissement puisqu'ils bloquent les rayons solaires et les emp&#234;chent d'arriver &#224; la surface terrestre. Mais, l&#224; aussi, ce ph&#233;nom&#232;ne contient en lui-m&#234;me sa propre contradiction puisque les nuages sont aussi la principale cause du fameux effet de serre et donc de r&#233;chauffement car les rayons solaires re&#231;us par la surface terrestre ne sont en partie r&#233;&#233;mis qu'&#224; un autre niveau d'&#233;nergie qui, lui, ne passe pas la barri&#232;re des nuages et cette &#233;nergie reste donc dans l'atmosph&#232;re terrestre. Mais c'est un terrible contresens de faire de cet effet de serre un ph&#233;nom&#232;ne sans contradiction interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est plus si courant de dresser un parall&#232;le entre philosophie dialectique (celle de Hegel ou de Marx) et physique de la mati&#232;re. A l'&#233;poque de ces deux grands dialecticiens, l'exemple dialectique qui crevait les yeux &#233;tait celui des changements d'&#233;tat de l'eau, en transition entre ses phases solide (la glace ou la neige), liquide et gazeuse (la vapeur d'eau). Les dialecticiens l'avaient pris en exemple parce qu'on y trouvait des changements brutaux et spontan&#233;s, dans des exp&#233;riences accessibles &#224; tous et permettant le raisonnement philosophique sur le mode du changement. On a tous vu un gla&#231;on dans de l'eau liquide, tous vu de la vapeur d'eau s'&#233;chappant d'une casserole, tous vu l'eau bouillir et l'eau geler. C'est &#224; la fois courant et &#233;tonnant. Car on peut r&#233;fl&#233;chir sur le caract&#232;re &#224; la fois apparemment continu (l'&#233;volution de temp&#233;rature) et discontinu (le changement brutal de structure lors de la transition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors poser la question : les oppositions entre phases (et leurs propri&#233;t&#233;s) des &#233;tats de la mati&#232;re sont-elles dialectiques (les contraires &#233;tant int&#233;gr&#233;s dans la m&#234;me structure) ou diam&#233;trales (propres &#224; des dichotomies qui s&#233;parent les oppos&#233;s) ? Le changement est-il int&#233;rieur ou produit de l'ext&#233;rieur ? Cela revient &#224; demander si la nature suit une philosophie du tiers exclus, &#171; ou bien&#8230; ou bien&#8230; &#187;, ou une philosophie dans laquelle les contraires coexistent, se lient entre eux, se transforment sans cesse l'un dans l'autre, sont ins&#233;parables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient &#224; poser la question : est-ce une action ext&#233;rieure qui change une phase en son contraire, ou bien est-ce une transformation interne de la structure de la mati&#232;re sans changement du contenu de la mati&#232;re elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, au premier abord, si on raisonne sur des d&#233;finitions abstraites au lieu de raisonner sur la dynamique qui les produit, on pourrait dire que le solide s'oppose au liquide ou au gaz par des propri&#233;t&#233;s diff&#233;rentes qualitativement. Un gaz, ce n'est pas un solide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la physique nous apprend que la mati&#232;re, dans son contenu, est rest&#233;e inchang&#233;e. Ce sont exactement les m&#234;mes mol&#233;cules, les m&#234;mes atomes, sans aucun changement d'aucune sorte de leur contenu, de leurs propri&#233;t&#233;s, de leurs param&#232;tres internes. La m&#234;me mati&#232;re propose donc plusieurs structures possibles et est capable spontan&#233;ment de sauter d'une structure &#224; une autre. La chaleur ne change que les liaisons entre mol&#233;cules et pas le contenu des mol&#233;cules ou leurs propri&#233;t&#233;s. C'est l'&#233;nergie des interactions entre mol&#233;cules qui est modifi&#233;e et qui, &#224; un seuil, transforme la forme de la structure stable des interactions. Non seulement, les mol&#233;cules peuvent aussi bien se retrouver sous forme solide que liquide ou gazeuse, et elles n'ont pas chang&#233; elles-m&#234;mes, mais le changement se r&#233;alise spontan&#233;ment sans apport ext&#233;rieur. Ainsi, la mol&#233;cule d'eau (mais ce n'est qu'un exemple) contient aussi bien la potentialit&#233; d'&#234;tre un solide, un liquide ou un gaz. Et on peut m&#234;me avouer d&#232;s maintenant qu'il contient plusieurs structures solides, et plusieurs autres structures que les trois pr&#233;c&#233;dentes, des structures &#171; interm&#233;diaires &#187; comme l'&#233;tat surfondu. Et cependant, il ne faut surtout pas croire qu'un changement d'&#233;tat passerait contin&#251;ment par une s&#233;rie d'&#233;tats interm&#233;diaires. Ce n'est absolument pas le cas : c'est au contraire un exemple typique d'un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit par un param&#232;tre apparemment continu d'apport &#233;nerg&#233;tique et de temp&#233;rature externe (en interne, la mol&#233;cule et l'atome ne permettent pas de d&#233;finir une temp&#233;rature !) qui entra&#238;ne un changement tout &#224; fait discontinu et m&#234;me brutal&#8230; Tout au plus peut-on trouver finalement un peu plus de continuit&#233; dans le changement liquide-gaz (ce sont tous deux des fluides) que dans la transition solide-liquide (changement qualitatif indiscutable, discontinu et brutal). La question, on le notera, est loin de concerner seulement ce type de changements d'&#233;tat entre solide, liquide et gaz. Les transitions de phase sont un mode de transformation g&#233;n&#233;ral &#224; la mati&#232;re. Il concerne non seulement des structures macroscopiques (&#224; notre &#233;chelle) comme les &#233;tats de l'eau, mais aussi les structures microscopiques, quantiques. Il concerne jusqu'&#224; l'astrophysique et &#224; la cosmologie. Le paradigme de la transition de phase concerne toute la physique des changements d'&#233;tats. D&#233;finir le mode de pens&#233;e qui guide sa compr&#233;hension est donc un objectif scientifique d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas le seul point remarquable : il faut aussi noter que le changement n'est pas un changement unique et univoque. La plupart du temps, les phases coexistent et elles se transforment de mani&#232;re dynamique l'une dans l'autre en permanence. On peut seulement distinguer s'il y a plus de probabilit&#233; de transformations dans un sens que dans l'autre. Par exemple, un gla&#231;on baigne dans de l'eau liquide. Il y a sans cesse de la glace qui fond et de l'eau liquide qui se solidifie. Et les deux se produisent simultan&#233;ment et concurremment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, peut-on discuter, mais il finira par y avoir un &#233;quilibre stable qui sera soit de la glace soit du liquide, c'est-&#224;-dire qu'on retrouvera l'opposition diam&#233;trale, la dichotomie que l'on pr&#233;tendait disparue. Ce n'est pas n&#233;cessairement vrai : la coexistence des phases peut tout &#224; fait rester durable et m&#234;me permanente. L'&#233;quilibre peut ne jamais &#234;tre atteint parce que les changements ont lieu dans les deux sens. Les contraires ne se d&#233;truisent donc pas de mani&#232;re in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus remarquable est encore le fait qu'&#224; leur niveau, la mol&#233;cule et l'atome soient incapables de distinguer s'il appartient &#224; un liquide, &#224; un solide ou &#224; un gaz. Cela signifie que la structure n'&#233;merge des interactions qu'&#224; une certaine &#233;chelle sans laisser de traces aux &#233;chelons inf&#233;rieurs de la structure hi&#233;rarchique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phases sont donc des modes d'organisation &#233;mergeants, b&#226;tis sur la m&#234;me mati&#232;re, dans le m&#234;me &#233;tat fondamental et poss&#233;dant les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s, mode d'organisation capable de sauter brutalement d'un &#233;tat &#224; un autre, en contradiction radicale avec le pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun caract&#232;re &#171; solide &#187; (mat&#233;riel) &#224; la structuration des solides sous forme cristalline. Ce n'est rien d'autre qu'un mode d'organisation, une forme !!! Si la forme d'organisation saute, le changement qualitatif se produit imm&#233;diatement et on saute du solide au liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, c'est qu'il existe des situations, rares mais r&#233;elles, o&#249; on ne peut pas dire clairement si c'est un solide ou un liquide, un liquide ou un gaz, ou encore deux autres types d'&#233;tats car rien ne les distingue alors ! Cela peut &#234;tre le cas lors de la transition ou du point triple. Mais cela peut aussi &#234;tre le cas dans toute une zone de temp&#233;ratures et de pressions o&#249; l'&#233;tat n'est plus distinct !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc trouver aucune opposition diam&#233;trale entre les &#233;tats de la mati&#232;re&#8230; Et pourtant, ils s'opposent !!! Leurs propri&#233;t&#233;s sont tr&#232;s clairement distinctes !!! Il s'agit donc bel et bien d'une opposition de type dialectique, celle o&#249; les contraires sont int&#233;gr&#233;s au sein de la m&#234;me structure, coexistent et m&#234;me sont indispensables les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Robert B. Laughlin expose l'affaire dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;tats de la mati&#232;re &#8211; dont les plus connus sont le liquide, le gazeux et le solide &#8211; sont des ph&#233;nom&#232;nes organisationnels. Beaucoup sont surpris de l'apprendre puisqu'ils paraissent si fondamentaux et familiers, mais c'est la pure v&#233;rit&#233;&#8230; Si l'organisation d'un solide cristallin &#8211; l'arrangement ordonn&#233; des atomes en r&#233;seau &#8211; fait faux bond, la rigidit&#233; s'&#233;vanouit, car sous cette structure-l&#224; il n'y a aucun actif physique. La propri&#233;t&#233; que nous valorisons, c'est l'ordre. Nous pr&#233;f&#233;rons, pour la plupart, ne pas penser que nous confions notre vie &#224; un mode d'organisation, mais nous le faisons tous les jours. Les &#233;conomies, par exemple, sont des ph&#233;nom&#232;nes purement organisationnels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si certains aspects des &#233;tats de la mati&#232;re sont universels, donc faciles &#224; pr&#233;voir, d'autres, comme l'&#233;tat que l'on a dans telles ou telles conditions, ne le sont pas &#8211; l'eau &#233;tant un cas particuli&#232;rement embarrassant. La glace de l'eau ordinaire pr&#233;sente, au dernier d&#233;compte (le chiffre continue d'augmenter avec les derni&#232;res d&#233;couvertes), onze &#233;tats cristallins distincts, dont aucun n'a &#233;t&#233; correctement pr&#233;dit &#224; partir des principes premiers. Le diagramme des phases de l'eau n'est pas encore compl&#232;tement connu, m&#234;me exp&#233;rimentalement. Les controverses sont expos&#233;es par Lobban, Finney et Kuhs dans &#171; Nature &#187; (1998) et Franks dans &#171; Water : A Matrix of Life &#187; (2000). Citons : &lt;a href=&#034;http://www.sbu.ac.uk/water/phase.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sbu.ac.uk/water/phase.html&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.cmmp.ac.uk/people/finney/soi.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cmmp.ac.uk/people/finney/soi.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tats sont un cas d'&#233;mergence &#233;l&#233;mentaire et bien &#233;tudi&#233;, qui d&#233;montre de fa&#231;on convaincante que la nature a des murs d'&#233;chelle : les r&#232;gles microscopiques peuvent &#234;tre parfaitement vraies mais sans aucune pertinence pour les ph&#233;nom&#232;nes macroscopiques, car ce que nous mesurons leur est insensible ou au contraire trop sensible. Bizarrement, c'est parfois les deux &#224; la fois. Par exemple, il est actuellement trop difficile de calculer &#224; partir de rien quel &#233;tat cristallin de la glace va se former &#224; une temp&#233;rature et sous une pression donn&#233;es, mais il n'y a aucun besoin de calculer les propri&#233;t&#233;s macroscopiques d'un &#233;tat donn&#233;, parce qu'elles sont enti&#232;rement g&#233;n&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mesurer la gravit&#233; de ce probl&#232;me &#224; la difficult&#233; d'expliquer clairement comment on sait que les &#233;tats sont d'ordre organisationnel. Les preuves se r&#233;v&#232;lent toujours complexes, indirectes et regrettablement entrelard&#233;es de th&#233;ories &#8211; un peu comme celles de la sup&#233;riorit&#233; du produit dans une publicit&#233; pour une savonnette ou une voiture. La raison profonde est la m&#234;me dans les deux cas : le lien logique qui va des r&#233;alit&#233;s de base &#224; la conclusion n'est pas tr&#232;s substantiel. Ce dont nous sommes certains, c'est que les solides cristallins sont des r&#233;seaux d'atomes ordonn&#233;s &#8211; comme le r&#233;v&#232;le leur tendance &#224; d&#233;vier les rayons X &#224; des angles pr&#233;cis -, alors que les liquides et les gaz ne le sont pas. Nous savons aussi que les syst&#232;mes compos&#233;s de petits nombres d'atomes sont r&#233;gis par des lois du mouvement simples et d&#233;terministes et par rien d'autre. Nous savons &#233;galement que les tentatives pour d&#233;couvrir &#224; quelle &#233;chelle ces lois cessent de fonctionner ou sont supplant&#233;es par d'autres lois ont &#233;chou&#233;. Enfin, nous savons que les lois &#233;l&#233;mentaires ont en principe la capacit&#233; d'engendrer des &#233;tats et des transitions d'&#233;tats en tant que ph&#233;nom&#232;nes organisationnels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quantit&#233; d'exemples quotidiens de l'exactitude cr&#233;&#233;e par les &#233;tats. Les liquides, par exemple, ne vont tol&#233;rer aucune diff&#233;rence de pression entre un point et un autre, sauf pour celle que cause la gravit&#233;. C'est une propri&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale de l'&#233;tat liquide, quelle que soit la composition du liquide dont il s'agit&#8230; L'&#233;tat liquide a une version &#233;lectronique, l'&#233;tat m&#233;tallique, qui ne tol&#232;re aucune diff&#233;rence de tension. L'exactitude de cette propri&#233;t&#233; des m&#233;taux est le principe qui permet la conduction de l'&#233;lectricit&#233; par des fils m&#233;talliques&#8230; Les &#233;tats liquide et m&#233;tallique ont tous deux des versions sp&#233;ciales &#224; basse temp&#233;rature, le superfluide et le supraconducteur, qui ont des comportements exacts encore plus impressionnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exemple le plus simple d'exactitude &#233;mergente est la r&#233;gularit&#233; des r&#233;seaux cristallins, l'effet qui, en derni&#232;re analyse, assure la rigidit&#233; des solides. L'ordre atomique des cristaux peut &#234;tre parfait &#224; des &#233;chelles d'une longueur &#233;poustouflante &#8211; dans de tr&#232;s bons &#233;chantillons, jusqu'&#224; cent millions d'espacements interatomiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect le plus stup&#233;fiant de l'ordre cristallin, c'est qu'il reste exact quand la temp&#233;rature monte&#8230; Les propri&#233;t&#233;s qu'on associe normalement aux solides, telles que la forme et l'&#233;lasticit&#233;, se conservent et ne peuvent &#234;tre perdues que sur le mode de la &#171; catastrophe &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions de la glace, fonte et sublimation, signalent la destruction de l'ordre cristallin et son remplacement par un autre ensemble de comportements exacts collectivement baptis&#233; &#171; hydrodynamique &#187;. Les lois de l'hydrodynamique constituent une codification math&#233;matique pr&#233;cise de tout ce que nous associons intuitivement &#224; l'&#233;tat fluide, par exemple l'importance de la pression hydrostatique, la tendance &#224; l'&#233;coulement r&#233;gulier en r&#233;action aux diff&#233;rences de pression, et les r&#232;gles de la viscosit&#233;. Personne n'a jamais r&#233;ussi &#224; d&#233;duire ces lois de principes premiers, bien qu'il soit possible d'avancer des raisonnements tr&#232;s plausibles dans de nombreux cas. Comme pour la plupart des r&#233;alit&#233;s &#233;mergentes, nous y croyons parce que nous les observons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de la loi hydrodynamique aux longueurs d'onde &#233;lev&#233;es explique pourquoi l'onde de compression du son se propage universellement dans les fluides, et pourquoi la force de cisaillement d'un fluide est toujours tr&#232;s exactement de z&#233;ro&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fluides isotropes ne sont pas le &#171; contraire &#187; des solides, ils constituent l'un des nombreux &#233;tats possibles autres que le solide&#8230; Il y a d'autres &#233;tats possibles, plus rares : cristal liquide, &#233;tat hexatique, &#233;tat incompressible, &#233;tat supersolide... Ces &#233;tats bizarres sont rares, mais leur existence est importante, parce qu'elle d&#233;montre que les &#233;tats solide, liquide et gazeux qui nous sont familiers sont des cas particuliers d'une ph&#233;nom&#232;ne plus g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; exacte qui distingue l'eau liquide de la vapeur d'eau est quelque chose d'infiniment plus subtil : leur interface. L'eau et la vapeur paraissent si diff&#233;rentes qu'on imagine mal que les distinguer puisse poser probl&#232;me, mais parfois c'est difficile. Lorsqu'on augmente la pression de la vapeur au-dessus d'une marmite en train de bouillir (ce qui a pour effet secondaire d'&#233;lever la temp&#233;rature d'&#233;bullition), la surface tourbillonnante devient de plus en plus difficile &#224; voir et, &#224; une pression critique, elle dispara&#238;t. A cette pression-l&#224;, le liquide et la vapeur ont perdu leurs identit&#233;s s&#233;par&#233;es et on fusionn&#233; en un seul &#233;tat, le fluide, si bien qu'il n'y a pas de surface&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent qui distingue les &#233;tats liquide et gazeux n'est donc pas le d&#233;veloppement de l'ordre, mais le d&#233;veloppement d'une surface. Comme le r&#233;seau d'un solide cristallin ou les lois de l'hydrodynamique dans le fluide, cette surface et les r&#232;gles de son mouvement deviennent de mieux en mieux d&#233;finies aux grandes &#233;chelles de distance et de temps mais perdent leur signification &#224; la limite oppos&#233;e. C'est l'effet auquel nous devons les nuages, la pluie et la magnifique violence de la mer. (voir B.J. Mason, &#171; The Physics of Clouds &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus important, et de loin, de l'organisation d'&#233;tat est de faire exister les objets. C'est un point d&#233;licat qu'il est facile de n&#233;gliger, puisque nous sommes habitu&#233;s &#224; penser la solidification en termes d'agglom&#233;ration de sph&#232;res newtoniennes. Mais les atomes ne sont pas des sph&#232;res newtoniennes, ce sont des entit&#233;s quantiques &#233;th&#233;r&#233;es auxquelles manque la plus centrale de toutes les propri&#233;t&#233;s d'un objet : une position identifiable. C'est pourquoi les tentatives pour d&#233;crire les atomes libres en termes newtoniens ont toujours abouti &#224; des absurdit&#233;s &#8211; on doit conclure, par exemple, qu'ils ne sont ni ici ni l&#224; mais simultan&#233;ment partout. C'est leur agglom&#233;ration en grands objets qui donne un sens &#224; une description newtonienne des atomes, et non l'inverse&#8230; Dans la brisure de sym&#233;trie, la mati&#232;re acquiert collectivement et spontan&#233;ment une propri&#233;t&#233; et une pr&#233;f&#233;rence qui n'existait pas dans les r&#232;gles ant&#233;rieures. Par exemple, lorsque des atomes s'ordonnent en cristal, ils acqui&#232;rent des positions privil&#233;gi&#233;es, mais ces positions n'avaient rien de privil&#233;gi&#233; avant la constitution du cristal. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve &#233;crit dans &#171; Sciences et dialectiques de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qu'entre qualit&#233; et quantit&#233; il y ait passage conceptuel susceptible de reproduire des passages r&#233;els est chose si peu hypoth&#233;tique qu'existe une discipline scientifique dont c'est tout l'objet, la physique des transitions de phase. (&#8230;) L'&#233;tude des transitions de phase nous dispense bien des le&#231;ons (de dialectique). Etablissant que &#171; la distinction entre liquide et gaz n'est pas absolue &#187; et devient m&#234;me ind&#233;cidable dans cet entre-deux de l'ordre et du chaos qu'est le ph&#233;nom&#232;ne critique, elle illustre de saisissante fa&#231;on la pertinence d'une attitude dialectiquement critique envers les dichotomies tranch&#233;es de l'entendement, f&#251;t-ce celui de la physique classique. Sans doute faut-il pr&#233;ciser que si la dualit&#233; du liquide et du gaz recouvre une simple diff&#233;rence de degr&#233; dans la rubrique g&#233;n&#233;rale des fluides, il en va autrement de la diff&#233;rence qualitative entre liquide et solide. Mais cette distinction ne peut &#234;tre prise pour absolue, puisqu'existent entre ces deux phases nombre d'&#233;tats semi-organis&#233;s &#8211; cristaux liquides, quasi-cristaux, &#233;tats n&#233;matiques et smectiques&#8230; -, &#171; mati&#232;re molle &#187; pour laquelle &#171; le passage du solide au liquide s'effectue sur une plage de temp&#233;ratures assez &#233;tendues &#187;, comme l'&#233;crit de Gennes&#8230; Comme l'&#233;crit Hegel, le qualitativement nouveau &#171; n'est pas venu au jour &#224; partir du pr&#233;c&#233;dent &#187; mais imm&#233;diatement &#224; partir de lui-m&#234;me. Id&#233;e hardie et profonde, qui bouscule la pusillanimit&#233; &#224; penser la nouveaut&#233; essentielle du nouveau par rapport &#224; ses conditions pr&#233;alables, et pr&#233;figure certains usages contemporains du concept d'&#233;mergence. Or, cette question, la science des transitions de phase se l'est pos&#233;e &#224; son tour dans les termes de la physique. Peut-on expliquer les discontinuit&#233;s qui s'observent &#224; l'&#233;chelle macroscopique par exemple dans la vaporisation d'un liquide &#224; partir de sa structure microscopique ? Se produirait-il une &#171; modification brutale &#187; &#224; la temp&#233;rature de transition &#171; dans les interactions entre atomes &#187; dont le changement de phase serait le reflet ? La question, indique Roger Balian dans &#171; Le temps macroscopique &#187;, a &#233;t&#233; d&#233;finitivement tranch&#233;e : &#171; Rien &#224; l'&#233;chelle atomique ne distingue l'eau de sa vapeur ou de la glace ; leurs transformations mutuelles ne traduisent qu'un changement d'organisation de l'&#233;difice global, contr&#244;l&#233; seulement par deux param&#232;tres macroscopiques, la temp&#233;rature et la pression. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inexistence de contraires diam&#233;traux poussent &#224; voir de la dialectique dans la physique des changements de phase de la mati&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine &#233;crit ainsi dans &#171; La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Hegel parle du passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;. Nous allons l'expliquer par un exemple tr&#232;s simple. Supposons que nous chauffions de l'eau. Aussi longtemps que la temp&#233;rature reste inf&#233;rieure &#224; 100, elle ne bout pas et ne se transforme pas en vapeur. Ses parcelles s'agitent de plus en plus rapidement, mais elles ne surgissent pas &#224; sa surface &#224; l'&#233;tat de vapeur. Nous n'observons ici qu'un changement de quantit&#233;, les parcelles s'agitent de plus en plus rapidement, la temp&#233;rature monte, mais l'eau reste de l'eau, avec toutes ses qualit&#233;s. La quantit&#233; change sans cesse, mais la qualit&#233; reste la m&#234;me. Mais lorsque nous avons amen&#233; l'eau &#224; la temp&#233;rature de 100, c'est-&#224;-dire jusqu'au point &#171; d'&#233;bullition &#187;, elle commence &#224; bouillir tout &#224; coup, comme si ses parcelles, qui tournaient avec une vitesse vertigineuse, avaient perdu la t&#234;te et saut&#233; &#224; la surface sous forme de billes de vapeur. L'eau cesse d'&#234;tre eau : elle devient vapeur, gaz. C'est une mati&#232;re nouvelle, ayant des qualit&#233;s nouvelles. C'est ici que nous voyons deux particularit&#233;s principales dans le processus de transformation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, &#224; un certain degr&#233; du mouvement, les transformations quantitatives provoquent les changements qualitatifs (ou, comme on dit bri&#232;vement : &#171; la quantit&#233; se change en qualit&#233; &#187;) ; deuxi&#232;mement, ce passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; se fait par un bond, la continuit&#233; et la &#171; gradualit&#233; &#187; &#233;tant tout d'un coup troubl&#233;es. L'eau ne se transforme pas constamment et avec une sage progression d'abord en une &#171; petite &#187; vapeur qui est devenue ensuite &#171; grande &#187;. Elle n'a pas bouilli jusqu'&#224; un certain moment, mais elle s'est mise &#224; le faire aussit&#244;t qu'elle est arriv&#233;e &#224; un certain &#171; point &#187;. Et c'est cela qui s'appelle un bond.&lt;br class='autobr' /&gt;
La transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; est une des lois essentielles du mouvement de la mati&#232;re, qu'on peut suivre dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, litt&#233;ralement pas &#224; pas. Suspendez un poids &#224; une ficelle et ajoutez-y peu &#224; peu un poids suppl&#233;mentaire par petites quantit&#233;s. Jusqu'&#224; une certaine limite, la ficelle &#171; tient &#187;, mais aussit&#244;t que vous aurez d&#233;pass&#233; une certaine limite, elle casse instantan&#233;ment (&#171; par bond &#187;). Condensez la vapeur dans une chaudi&#232;re. Jusqu'&#224; un certain moment, tout ira bien ; seule, l'aiguille du manom&#232;tre (instrument qui indique la pression Je la vapeur) marquera un changement quantitatif de la pression exerc&#233;e par la vapeur sur les parois de la chaudi&#232;re. Mais aussit&#244;t que l'aiguille aura d&#233;pass&#233; une certaine limite, la chaudi&#232;re &#233;clatera. La pression de la vapeur aura &#233;t&#233; un tout petit peu plus grande que la r&#233;sistance des parois. Jusqu'&#224; ce moment, les changements quantitatifs n'ont pas amen&#233; un &#171; bond &#187;, un changement qualitatif, mais arriv&#233;e &#224; un certain point, la chaudi&#232;re a &#233;clat&#233;. Plusieurs hommes n'arrivent pas &#224; soulever une pierre, un homme de plus se joint &#224; eux, ils ne la soul&#232;vent pas encore, une faible femme survient et tous ensemble soul&#232;vent la pierre. On a eu besoin ici d'un tout petit suppl&#233;ment de force, et avec lui, on a pu soulever la pierre. Prenons encore un exemple dans le domaine des sentiments humains. Il existe un conte de L&#233;on Tolsto&#239; intitul&#233; Trois pains et une brioche, dont voici le sujet : un homme avait faim et n'arrivait pas &#224; se rassasier ; il mange un pain et a encore faim ; il en mange un autre et a toujours faim ; de m&#234;me apr&#232;s le troisi&#232;me ; mais lorsqu'il a mang&#233; la brioche, il sent tout &#224; coup qu'il n'a plus faim. Il se met alors &#224; s'injurier pour ne pas avoir mang&#233; d'abord la brioche : je n'aurais pas eu besoin, dit-il, de manger les trois pains. Cependant, il est clair que cet homme se trompe. Ici aussi, le changement qualitatif, le passage du sentiment de la faim &#224; celui de la sati&#233;t&#233;, se produit plus ou moins par &#171; bond &#187; (apr&#232;s la brioche). Mais ce changement qualitatif a &#233;t&#233;, pr&#233;par&#233; par un changement quantitatif : s'il n'avait pas mang&#233; les pains, la brioche ne l'aurait pas rassasi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons ainsi qu'il est absurde de nier les &#171; bonds &#187; et de parler seulement de la sage progression. En r&#233;alit&#233;, nous avons affaire aux bonds tr&#232;s souvent dans la nature et le dicton suivant lequel &#171; la nature ne fait pas de bonds &#187; n'est que l'expression d'une crainte des &#171; bonds &#187; dans la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'expression de la peur des r&#233;volutions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine expose dans &#171; Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme &#187; la particularit&#233; fondamentale de la dialectique dans l'&#233;tude de la mati&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le mat&#233;rialisme dialectique insiste sur (...) l'absence de lignes de d&#233;marcations absolues dans la nature, sur la transformation de la mati&#232;re mouvante d'un &#233;tat en un autre, celui-ci apparemment incompatible de notre point de vue avec celui-l&#224;, etc&#8230; Aussi singuli&#232;re que paraisse du point de vue du &#171; bon sens &#187; la transformation de l'&#233;ther impond&#233;rable (vide) en mati&#232;re pond&#233;rable (masse) et inversement, (...) tout cela ne fait que confirmer une fois de plus le mat&#233;rialisme dialectique. (...) A notre &#233;poque, l'id&#233;e de d&#233;veloppement, d'&#233;volution, est presque totalement entr&#233;e dans la conscience sociale, mais par d'autres voies que celles de la philosophie de Hegel. Cependant cette id&#233;e, telle que l'ont formul&#233;e Marx et Engels, s'appuyant sur Hegel, est beaucoup plus compl&#232;te, beaucoup plus riche, que l'id&#233;e courante d'&#233;volution. Un d&#233;veloppement qui semble reproduire des stades d&#233;j&#224; franchis mais les reproduire autrement, sur une base plus &#233;lev&#233;e (&#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187;), d&#233;veloppement pour ainsi dire en spirale et non en ligne droite ; un d&#233;veloppement par bonds, par catastrophes, par r&#233;volutions ; des &#171; solutions de continuit&#233; &#187; ; la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; ; des impulsions internes &#224; se d&#233;velopper, provoqu&#233;es par la contradiction, le heurt de forces et de tendances diff&#233;rentes agissant sur un corps donn&#233; ou dans les limites d'un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; ou &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e ; une interd&#233;pendance et une liaison tr&#232;s &#233;troite, indissoluble, de tous les aspects de chaque ph&#233;nom&#232;ne (ces aspects, l'histoire en fait appara&#238;tre sans cesse de nouveaux), liaison dont r&#233;sulte le processus universel du mouvement (...) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la dialectique des &#233;tats de la mati&#232;re est une d&#233;pendance de la dialectique ordre/d&#233;sordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'astrophysicien Michel Cass&#233; souligne &#224; ce propos dans &#171; Du vide et de la cr&#233;ation &#187; que &lt;i&gt;&#171; Les transitions de phase marquent des r&#233;organisations radicales de structure. (...) L'Univers &#233;pouse une succession d'&#233;tats dynamiques. Il est emport&#233; par le changement. (...) L'histoire du refroidissement de l'Univers sera scand&#233; par les transitions fondamentales qui font appara&#238;tre sous une forme radicalement nouvelle la mati&#232;re ou bien les forces qui gouverne son comportement, c'est-&#224;-dire les brisures de sym&#233;trie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des transitions de phase qui ont produit tous les &#233;l&#233;ments actuellement pr&#233;sent dans l'Univers. Gilles Cohen-Tannoudji l'explique dans &#034;La Mati&#232;re-espace-temps : &lt;i&gt;&#171; Des transitions de phase s'accompagnant de brisures de sym&#233;trie ont diff&#233;renci&#233; les particules et leurs interactions, et produit le germe de toute la vari&#233;t&#233; des structures actuellement pr&#233;sentes dans l'univers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#233;volution de l'univers proc&#232;de ainsi par brisures de sym&#233;trie successives qui se soldent par des transitions de phase, lesquelles bouleversent l'apparence globale du cosmos. &#187;&lt;/i&gt;&#233;crit Michel Cass&#233; dans &#171; Dictionnaire de l'ignorance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Cass&#233; souligne &#233;galement dans &#171; Du vide et de la cr&#233;ation &#187; que &lt;i&gt;&#171; Les transitions de phase marquent des r&#233;organisations radicales de structure. (...) L'Univers &#233;pouse une succession d'&#233;tats dynamiques. Il est emport&#233; par le changement. (...) L'histoire du refroidissement de l'Univers sera scand&#233; par les transitions fondamentales qui font appara&#238;tre sous une forme radicalement nouvelle la mati&#232;re ou bien les forces qui gouverne son comportement, c'est-&#224;-dire les brisures de sym&#233;trie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stuart Kauffman dans &#171; La complexit&#233;, vertiges et promesses &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui qualifie un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent, c'est une propri&#233;t&#233; collective qui n'est pr&#233;sente dans aucune des mol&#233;cules individuelles. Les lois qui gouvernent les syst&#232;mes &#233;mergents sont en relation avec les lois math&#233;matiques des transition de phase survenant dans de tels syst&#232;mes, et plus g&#233;n&#233;ralement dans tout ce qui se passe &#224; un niveau sup&#233;rieur &#224; celui des mol&#233;cules individuelles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les physiciens ont &#233;t&#233; guid&#233;s par l'effet collectif par excellence en physico-chimie, la transition de phase. Qu'il s'agisse du simple ph&#233;nom&#232;ne de cristallisation de l'eau, de l'aimantation d'un ferro-aimant ou de la formation de paires d'&#233;lectrons de Cooper responsables de la supraconductivit&#233;, le ph&#233;nom&#232;ne macroscopique intrins&#232;quement collectif que constitue ne transition de phase, a les propri&#233;t&#233;s recherch&#233;es. Dans tous les cas, elle se solde par la modification d'une sym&#233;trie. (...) La sym&#233;trie initiale n'est cependant pas d&#233;truite, seulement dissimul&#233;e (...) Dans tous ces cas, appara&#238;t une nouvelle propri&#233;t&#233; macroscopique mesurable directement issue du caract&#232;re collectif de la r&#233;organisation des degr&#233;s internes de libert&#233; du syst&#232;me. Et enfin, dans tous les cas, la transition a lieu &#224; un seuil critique de temp&#233;rature qui est directement li&#233; &#224; une propri&#233;t&#233; thermodynamique : la tendance d'un syst&#232;me &#224; adopter la configuration correspondant &#224; la minimisation de l'&#233;nergie interne. &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit Edgar Gunzig dans &#034;Le vide&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions de phase sont maintenant l&#233;gion dans tous les domaines de la physique (fusion, sublimation, ionisation, solidification, liqu&#233;faction, vaporisation, transition ferromagn&#233;tique, hyperfluidit&#233;, supraconductivit&#233;, &#233;tats du proton ou du neutrino, histoire du cosmos, passage du microscopique au macroscopique, effet tunnel, transition de phase de la mati&#232;re nucl&#233;aire et de multiples autres ruptures spontan&#233;es de sym&#233;trie). Les changements brutaux et qualitatifs d'&#233;tat n'&#233;tonnent plus en Physique et ils sont la r&#232;gle. Les transitions de phase sont devenues une interpr&#233;tation classique des transformations r&#233;volutionnaires de la mati&#232;re. Elle n'est plus d&#232;s lors consid&#233;r&#233;e seulement comme quantitative mais comme une structure qualitative, avec des sauts d'une structure &#224; une autre, comme par exemple les sauts entre les diverses structures de la glace ou de la neige ou celles des cristaux. La mati&#232;re inerte subit des sauts qualitatifs. On conna&#238;t bien les transitions de phase entre &#233;tats de la mati&#232;re (solide, liquide, gaz mais aussi plasma ou &#233;tat granulaire, &#233;tat superfluide, &#233;tat ferromagn&#233;tique, etc&#8230;). M&#234;me si la temp&#233;rature cro&#238;t progressivement (par petits bonds), la mati&#232;re, elle, change brutalement d'&#233;tat, passant du solide au liquide et au gaz. Ce n'est pas la composition de la &#171; chose &#187; qui d&#233;termine l'&#233;tat mais la structure des interactions. C'est la m&#234;me mol&#233;cule d'eau qui participe du liquide, du solide ou du gaz et, pourtant, dans ce passage les lois changent fondamentalement. Pour observer &#224; l'&#339;il nu des changements de structure, on peut suivre par exemple la transformation d'un flocon de neige que les sp&#233;cialistes appellent une &#171; m&#233;tamorphose &#187;. M&#234;me s'il n'existe pas deux flocons identiques, il y a des types structurels et des sauts de structure et non une &#233;volution lente. Des transitions, la mati&#232;re en conna&#238;t de multiples : transitions d'&#233;tat &#233;lectromagn&#233;tique d'un mat&#233;riau, le ferromagn&#233;tisme par exemple, transitions d'&#233;tat de la particule, transitions li&#233;es &#224; un choc, etc&#8230; A grande &#233;chelle, on constate &#233;galement des transitions d'&#233;tat. La naissance d'une &#233;toile doit ainsi &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une transition. Ce qui la caract&#233;rise est non seulement le saut mais le changement qualitatif, structurel. Un nuage de gaz et de poussi&#232;res peut s'agglom&#233;rer, mais, lorsque le noyau atteint 12 millions de degr&#233;s, des r&#233;actions nucl&#233;aires en cha&#238;ne ont lieu. Les lois au sein d'une &#233;toile ne ressemblent en rien &#224; celles dans le nuage qui lui a donn&#233; naissance. Une &#233;toile est n&#233;e. C'est un nouvel ordre. Les lois de conservation de l'&#233;tole ne sont plus les m&#234;mes que celles du nuage. D'autres transitions suivent, &#224; d'autres niveaux seuils de la temp&#233;rature, de la taille et de la composition de l'&#233;toile, qui m&#232;nent l'&#233;toile vers d'autres r&#233;actions nucl&#233;aires et d'autres chocs, la supernova finissant par faire exploser l'&#233;toile et constituer des noyaux lourds des derniers &#233;l&#233;ments chimiques de la classification de Mendele&#239;ev. L'&#233;tude des transitions de phase de la mati&#232;re indique que la relation entre phases (gaz, liquide, solide) est dynamique et non statique. Aucune portion n'est en permanence en &#233;tat de fluide ou de solide. Les phases s'&#233;changent, se m&#234;lent, &#233;changent de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie, constituent entre elles des fronti&#232;res dynamiques, passent brutalement d'un &#233;tat &#224; l'autre. Il n'y a entre elles aucune fronti&#232;re fixe. Un &#233;tat ne se maintient que par &#233;change avec un autre. La conservation n'est compr&#233;hensible que comme produit de la transformation. La compr&#233;hension de la dynamique du mouvement et du changement doit int&#233;grer les contradictions. Ce sont elles qui permettent que la dynamique m&#232;ne &#224; des structure enti&#232;rement nouvelles : &#233;mergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler &#224; ce propos de la dialectique de Hegel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit dans &#171; La Grande Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#034;La nature ne fait pas de sauts&#034; dit-on ; et l'opinion ordinaire, quand il s'agit de comprendre l'av&#232;nement ou la disparition, s'imagine, comme nous l'avons vu, les comprendre en se les repr&#233;sentant comme un av&#232;nement ou une disparition graduels. Mais il s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; que les changements de l'&#234;tre ne sont pas le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre quantit&#233;, mais le passage du qualitatif au quantitatif et inversement, la transition en un autre qui est une interruption du graduel et un changement qualitatif par rapport &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233; ant&#233;rieur. L'eau refroidie ne devient pas peu &#224; peu dure, de fa&#231;on &#224; se g&#233;lifier et &#224; durcir peu &#224; peu jusqu'&#224; la consistance de la glace, mais devient dure d'un seul coup ; ayant d&#233;j&#224; atteint la temp&#233;rature de la glace, elle peut encore conserver son &#233;tat liquide si elle demeure immobile, mais &#224; la moindre secousse elle passe alors &#224; l'&#233;tat solide. (...) De la m&#234;me fa&#231;on, des Etats, &#224; cause de leur diff&#233;rence de grandeur, tout autre facteur &#233;tant &#233;gal, acqui&#232;rent un caract&#232;re qualitatif diff&#233;rent. Les lois et la constitution deviennent autres quand l'&#233;tendue de l'Etat et le nombre de citoyens s'agrandissent. Il y a une mesure quantitative de l'Etat au del&#224; de laquelle il s'&#233;croule int&#233;rieurement sous la m&#234;me constitution qui, avant son extension, faisait son bonheur et sa force.. D'une part, la disparition appara&#238;t comme inattendue quand on peut changer la quantit&#233; sans toucher &#224; la qualit&#233; et &#224; la mesure, - d'autre part, on croit la rendre intelligible par l'id&#233;e de gradualit&#233;. On se rabat avec tant de facilit&#233; sur cette cat&#233;gorie pour repr&#233;senter ou pour expliquer la disparition d'une qualit&#233; ou de quelque chose, parce que de cette fa&#231;on la disparition semble s'accomplir devant vos yeux ; en effet, la quantit&#233; &#233;tant d&#233;termin&#233;e comme limite ext&#233;rieure, la transformation purement quantitative se comprend d'elle-m&#234;me. Mais en fait on n'explique rien ; la transformation est essentiellement le passage d'une qualit&#233; en une autre. (...) Ce qui est faux, c'est le comportement ... de notre conscience ordinaire qui consid&#232;re une quantit&#233; comme une limite indiff&#233;rente seulement... La ruse du concept consiste &#224; saisir un &#234;tre d&#233;termin&#233; par le c&#244;t&#233; o&#249; sa qualit&#233; ne semble pas entrer en jeu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit aussi dans &#171; La Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand on veut se repr&#233;senter l'apparition ou la disparition de quelque chose, on se les repr&#233;sente ordinairement comme une apparition ou une disparition graduelles. Pourtant les transformations de l'&#234;tre sont non seulement le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre, mais aussi le passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; et inversement, passage qui, entra&#238;nant la substitution d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; un autre, est une rupture de progressivit&#233;&#8230; A la base de la th&#233;orie de la progressivit&#233; se trouve l'id&#233;e que ce qui surgit existe d&#233;j&#224; effectivement, et reste imperceptible uniquement &#224; cause de sa petitesse. De m&#234;me, quand on parle de disparition graduelle d'un ph&#233;nom&#232;ne, on se repr&#233;sente que cette disparition est un fait accompli, et que le ph&#233;nom&#232;ne qui prend la place du ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;c&#233;dent existe d&#233;j&#224;, mais qu'ils ne sont pas encore perceptibles ni l'un ni l'autre&#8230; Mais, de cette mani&#232;re, on supprime en fait toute apparition et toute disparition&#8230; Expliquer l'apparition ou la disparition d'un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; par la progressivit&#233; de la transformation, c'est tout ramener &#224; une tautologie fastidieuse, car c'est consid&#233;rer comme pr&#234;t d'avance (c'est-&#224;-dire comme d&#233;j&#224; apparu ou disparu) ce qui est en train d'appara&#238;tre ou de dispara&#238;tre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit encore dans &#171; La Science de la Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Les modifications de l'&#234;tre ne consistent pas seulement en ce qu'il y a passage d'une quantit&#233; &#224; une autre quantit&#233;, mais aussi en ce qu'il y a passage de la qualit&#233; &#224; la quantit&#233; et vice versa&#8230; Chacun des passages de cette derni&#232;re sorte constituant une rupture de la continuit&#233; et conf&#233;rant au ph&#233;nom&#232;ne un aspect nouveau, qualitativement diff&#233;rent du pr&#233;c&#233;dent&#8230; C'est ainsi que l'eau que l'on refroidit se solidifie, non point progressivement&#8230; mais d'un coup ; refroidie jusqu'au point de cong&#233;lation, elle demeure liquide si on la maintient en repos, et il suffit alors de la moindre impulsion pour qu'elle se solidifie instantan&#233;ment&#8230; Dans le monde des ph&#233;nom&#232;nes moraux&#8230; il se produit d'identiques passages du quantitatif au qualitatif, ou, autrement dit, les diff&#233;rences de qualit&#233; se fondent, l&#224; aussi, sur des diff&#233;rences quantitatives. C'est ainsi que l'un-peu-moins et l'un-peu-plus constituent la fronti&#232;re au-del&#224; de laquelle la l&#233;g&#232;ret&#233; cesse d'&#234;tre l&#233;g&#232;ret&#233; pour se transformer en quelque chose d'absolument autre : en crime&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/changements_d_etat_1997.102&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le changement d'&#233;tat dans la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2558&#034;&gt;La philosophie dialectique est-elle d'actualit&#233; pour la pens&#233;e scientifique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4406&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entropie et dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article725&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gradualit&#233; et bonds, selon Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1561&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/pourquoi_la_matiere_change_t_elle_d_etat_la_competition_entre_ordre_et_desordre.1072&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre dans la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des cycles d&#233;sordre-ordre-d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3754&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3895&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La quantit&#233; se transforme en qualit&#233; &#187;, th&#232;se dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transitions de phase de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article531&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les discontinuit&#233;s r&#233;volutionnaires de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi l'agitation fait &#233;merger des structures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La hi&#233;rarchie d'&#233;chelle des &#233;tats de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;troaction d'&#233;chelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4043&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique et mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_de_phase&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une transition de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=CkhXK34wDqkC&amp;pg=PA285&amp;lpg=PA285&amp;dq=dialectique+des+%C3%A9tats+de+la+mati%C3%A8re+transitions+de+phase&amp;source=bl&amp;ots=n5KdLzu5DG&amp;sig=wEuLAE7-tyZF7eWS__AC0Tzwey4&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiUy660_5bbAhXM-aQKHUYoCzUQ6AEIXzAG#v=onepage&amp;q=dialectique%20des%20%C3%A9tats%20de%20la%20mati%C3%A8re%20transitions%20de%20phase&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique des transitions de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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