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Matière et Révolution http://www.matierevolution.org/ Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société Ce site est complémentaire de http://www.matierevolution.fr/ fr SPIP - www.spip.net Matière et Révolution http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-31714.jpg http://www.matierevolution.org/ 69 144 Les arnaques du patron de Renault en ce début 2017 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5405 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5405 2017-01-24T00:54:00Z text/html fr Robert Paris Renault Bulletin La Voix des Travailleurs de Renault Lardy ILS ONT TOUS TRICHE SUR LES DIESEL Petit à petit, il s'avère effectivement qu'aucun de ces bandits mondiaux n'a fait ni mieux ni pire que les autres. Renault y compris. Tous savaient que les moteurs diesel polluaient plus qu'ils ne le prétendaient et la seule différence entre eux a consisté dans les moyens de le cacher, en fonction aussi des législations plus ou moins sévères et des gouvernants qui fermaient plus ou moins les yeux. Partout, il y (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot225" rel="tag">Renault</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Bulletin La Voix des Travailleurs de Renault Lardy</h3> <p>ILS ONT TOUS TRICHE SUR LES DIESEL</p> <p> Petit à petit, il s'avère effectivement qu'aucun de ces bandits mondiaux n'a fait ni mieux ni pire que les autres. Renault y compris. Tous savaient que les moteurs diesel polluaient plus qu'ils ne le prétendaient et la seule différence entre eux a consisté dans les moyens de le cacher, en fonction aussi des législations plus ou moins sévères et des gouvernants qui fermaient plus ou moins les yeux. Partout, il y a eu complicité des gouvernants et elle continue encore ! Partout, ce sont les populations qui trinquent avec la pollution et ce sont les salariés qui trinquent quand les entreprises leur font payer le coût de leurs mensonges. Le principe « pollueur payeur » se traduit dans le fait que ce sont les victimes seules qui paient ! Quand on pense que tous ces pollueurs se font donner des diplômes de développement durable et de zéro carbone par les organisateurs des conférences climat !</p> <p>TRAVAILLER PLUS SIGNIFIE EMBAUCHER MOINS ET EXPLOITER PLUS</p> <p> Le nouvel accord de soi-disant compétitivité de Renault prévoit un dépassement possible d'une heure de travail par jour, 8 fois par mois, ne pouvant excéder 50 journées dans l'année. Des heures supplémentaires que les salariés ne peuvent pas refuser. Renault ne s'engage à payer que 25% de plus. Elle doit prévenir ses salariés seulement 15 jours à l'avance, délai pouvant être ramené à 48 heures pour raisons exceptionnelles ! Pour nous, c'est par des augmentations de salaires et pas par des dépassements d'horaires qu'on a besoin de gagner plus ! Travailler plus, c'est nuire à notre santé, à notre vie de famille et à nos loisirs. Si le patron a trop de boulot par rapport au nombre de salariés, qu'il embauche ! Quant aux syndicats à la botte du patron qui signent n'importe quoi, ils n'ont qu'à travailler à notre place !</p> <p>L'OGRE A EUROS....</p> <p> Plus rien ne l'arrête ! En plus des salaires mirobolants de Renault et Nissan et d'avoir fait acheter Mitsubishi avec les sous de Nissan, juste pour avoir un salaire d'administrateur en plus (d'ailleurs sa première décision a été d'en augmenter le plafond !), il s'est octroyé des actions au tiers de la valeur. Et, là non seulement il s'en met encore plein les fouilles, mais il vole l'entreprise en ne payant pas le prix du marché !</p> <p>PIC(nos)SOUS</p> <p> La direction nous impose de nous décider très vite pour savoir si nous touchons ou plaçons la prime d'intéressement local. Par contre, on ne connaît ni la date, ni le montant de la dite prime ! Même sans vouloir jouer les apprentis "trader", il est facile de comprendre que si on touche 10, 100, 1000 euros, voir l'équivalent du salaire de Carlos, la gestion du "pactole" sera différente....</p> <p>CHÈQUE EN BLANC</p> <p> C'est ce qu'ont donné à la direction les syndicats FO et CGC, en annonçant la signature de l'accord compétitivité, avant d'en connaître l'intégralité. La CFDT l'a annoncé plus tard, mais, dans le principe, y avait pas de suspens. Mais, ces orgas ont-elles consulté leur base avant de signer ? Et ne parlons pas de consulter les salariés, les concernés non ?!!! Leurs électeurs, lors de la dépose du bulletin, savaient-ils qu'ils donnaient un chèque en blanc... à la direction ?</p> <p>ON N'EN VŒUX PLUS......</p> <p> En cette période, de début d'année, nos chefs se croient obligés de nous adresser leurs vœux, alors que... Le sommet de l'hypocrisie ayant été atteint par Gascon, qui fin 2016 avait été insultant pour le personnel d'ingénierie, le rendant responsable de tous les maux de la boite, et dédouanant la direction de toutes ses erreurs et de leurs conséquences. Alors bonne année et joyeuses pâques....</p> <hr class="spip" /> <h3 class="spip">Nos vœux pour 2017</h3> <p> C'est la saison des vœux et les classes dirigeantes ne se privent pas de nous en souhaiter : patrons, banques, responsables politiques et médiatiques ainsi que gouvernants à leur service.</p> <p> Ils nous font le vœu de nous laisser piéger entre terrorisme et antiterrorisme (au nom duquel on rend la société de plus en plus policière et antidémocratique de jour en jour), piégés aussi par la comédie démocratique des élections présidentielles de 2017 dans laquelle le « choix » ne se fera qu'entre blanc bonnet et bonnet blanc, les intérêts de la bourgeoisie capitaliste ne permettant même pas l'expression de nuances dans les politiques des gouvernants.</p> <p> Ils se disputent les postes mais se soutiennent sur le fond, choisissant tous de défendre les intérêts d'une infime minorité qui détient toutes les richesses et tous les pouvoirs, toutes propriétés qui ne dépendent d'aucun vote bien entendu. Ils sont tous d'accord pour défendre l'entreprise contre les salariés, le licencieur contre les licenciés, les spéculateurs contre leurs victimes, les fauteurs de guerres contre les peuples, etc. Ils font tous les vœu de nous voir nous écharper entre travailleurs, entre milieux populaires, entre peuples, de nous diviser entre musulmans et non musulmans, entre juifs et non juifs, entre catholiques et non catholiques, etc. Ils font vœu de nous voir nous incliner devant tous les plans antisociaux, de destruction des services publics, du code du travail, des prud'hommes, des aides sociales, des fonctionnaires, de l'éducation nationale, de la santé publique, et on en passe.</p> <p> Ils font tous le vœu que l'argent public serve pour l'essentiel la défense des trusts, des banques, des financiers, des bourses, des assurances, et aussi les services « publics »… de l'armée et de la police plutôt que de la santé, de l'éducation, des transports, etc. Ils font vœu de développer les guerres aux quatre coins du monde, que ce soit contre les peuples d'Orient, de Russie, de Chine, de Corée, d'Afrique, d'Europe de l'Est… Ils veulent aussi opposer entre eux les peuples d'Europe, entre nord et sud, entre est et ouest, pays riches et pays pauvres. Ils font vœu de cultiver toutes les haines, toutes les divisions, tous les sentiments violents prétendument « identitaires ».</p> <p> Car il s'agit de faire croire à ces peuples que ce sont les autres peuples, qualifiés de membres d'autres civilisations, qui seraient leurs véritables ennemis, la véritable menace cruciale dans la situation mondiale. Un mensonge et une tromperie de grande ampleur et mortellement dangereuse. Comme si ce n'étaient pas les classes dirigeantes qui étaient derrière toutes les dérives violentes, terroristes et guerrières.</p> <p> Comme si ce n'étaient pas les chefs militaires, les chefs de la police, les chefs des armées et les chefs des classes dirigeantes qui fomentaient ces guerres, qui finançaient ce terrorisme, y compris et en premier les classes dirigeantes occidentales, sous le prétexte de combattre la Russie, de combattre des dictateurs ou de combattre des bandes armées.</p> <p> Et comme si la cause de ces politiques de plus en plus violentes et meurtrières, ce n'était pas l'effondrement économique de 2007-2008, chute qui n'a jamais été redressée depuis ni par une reprise des investissements productifs ni par la fin des dettes massives, privées comme publiques.</p> <p> Mais, dans ces conditions d'une société qui semble condamnée à reculer et à s'effondrer, quels vœux faisons nous nous-mêmes, voilà la vraie question. Nous travailleurs et pas nous Français, nous chrétiens, juifs ou musulmans ou encore athées ! Toutes ces divisions sont là pour nous empêcher de prendre conscience que « nous » sommes des prolétaires, des travailleurs, qui ne vivons que de notre travail, qui n'exploitons personne, qui n'opprimons personne, qui ne sommes en guerre contre aucun peuple, contre aucune société, contre aucune communauté.</p> <p> On nous dit que nous sommes, nous prolétaires, incapables de vivre sans patrons, sans système d'exploitation, sans Etat bourgeois, sans être surveillés par sa police et pas son armée, ses prisons et son administration. Encore faux.</p> <p> On nous dit que nous sommes incapables de bâtir une société meilleure que le système capitalisme et que si nous le tentions, nous tomberions inévitablement dans les horreurs du stalinisme. Encore un mensonge.</p> <p> Bien entendu, le vœu des classes dirigeantes est que nous tombions dans tous ces mensonges et tous ces pièges !</p> <p> Eh bien, nos vœux vont exactement en sens inverse ! Nos vœux, c'est de renouer avec l'effort des prolétaires dont on fêtera bientôt le centenaire, celui débuté en février 1917 en Russie, celui de la révolution prolétarienne qui a réussi à arrêter la première guerre mondiale, qui s'est étendue à l'Europe, à l'Orient et à l'Asie.</p> <p> Notre vœu, c'est que les travailleurs se préparent en dirigeant eux-mêmes leurs luttes à se battre pour un nouveau projet de société, en s'adressant à toutes les couches sociales qui la crise mondiale frappe ou va frapper, qu'ils s'organisent eux-mêmes dans ce but, qu'ils fondent leurs conseils, élisent leurs délégués, sans se soucier des élections organisées par les classes dirigeantes qui ne sont pas le mode d'expression des travailleurs et ne servent qu'à les dissuader de se choisir leurs vrais représentants.</p> <p> Notre vœu, c'est que les peuples refusent l'avenir de guerre, de fascisme, de guerre entre peuples, entre communautés, entre religions, qu'on leur prépare, refusent le massacre mondial qui se dessine, refusent de cautionner le terrorisme des bandes armées et celui prétendument antiterroriste de nos gouvernants au service des puissances du grand capital qui exploitent et oppriment tous les peuples de la planète.</p> <p> Bien sûr, les vœux ont des airs de souhaits pieux et impuissants, mais si les travailleurs décident qu'ils veulent s'organiser, se former en conseils de salariés sur les lieux de travail et de logement, s'ils se fédèrent, s'ils affirment « je veux », s'ils affirment « je ne veux plus », ils ont tous les moyens d'imposer leurs vœux, de décider de ce que sera leur avenir et celui de l'humanité.</p></div> Les problèmes des personnels de l'Hôpital Cochin en ce début 2017 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5407 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5407 2017-01-24T00:50:00Z text/html fr Robert Paris Santé Hôpital Le plus grand malade est l'hôpital public ! De plus en plus, l'hôpital public n'embauche plus d'IDE ou d'AS qu'en CDD et non en CD. Les personnels étant embauchées en CDD, on voudrait les obliger à accepter n'importe quelles conditions de travail, c'est-à-dire des changements d'horaires intempestifs, des changements de salle d'un jour sur l'autre, des fois pas de jours de repos accordées ou des repos donnés quand cela arrange l'encadrement et que le manque de personnel aggrave les conditions de travail (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot220" rel="tag">Santé</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot221" rel="tag">Hôpital</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Le plus grand malade est l'hôpital public !</h3> <p> De plus en plus, l'hôpital public n'embauche plus d'IDE ou d'AS qu'en CDD et non en CD. Les personnels étant embauchées en CDD, on voudrait les obliger à accepter n'importe quelles conditions de travail, c'est-à-dire des changements d'horaires intempestifs, des changements de salle d'un jour sur l'autre, des fois pas de jours de repos accordées ou des repos donnés quand cela arrange l'encadrement et que le manque de personnel aggrave les conditions de travail et donc la sécurité du patient. La direction des hôpitaux, la direction de l'APHP et la direction du ministère de la Santé s'en moquent comme si la Santé n'avait rien à voir avec leurs attributions.</p> <h3 class="spip">Pas d'accord !!!</h3> <p> L' « accord » relatif aux parcours professionnels, carrières et rémunérations des fonctionnaires est tout sauf un accord puisqu'il est imposé sans l'accord des syndicats, et sans parler même de l'accord des personnels, et pour cause !!! Le ministère prétend avoir eu comme souci l'amélioration des salaires et revenus comme s'il ne connaissait pas le moyen d'y parvenir sans réforme des grades (suppression d'un échelon dans chaque grade) et des grilles : pas l'augmentation générale des salaires. La volonté d'imposer une cadence unique d'avancement d'échelon vise à limiter celui-ci et non à le favoriser. Il a prétendu vouloir aider particulièrement les bas salaires et ceux qui ne touchent pas de prime alors que, là aussi, il lui suffirait d'augmenter directement les bas salaires, ce dont il se garde bien !! Comme cela est voulu pour nous embrouiller, on ne comprend rien à ce PPCR qui cherche surtout à nous faire croire qu'on va être payés plus alors qu'en fait on n'a pas un euro en plus et qu'on va avancer moins vite d'échelon et donc au final gagner moins. Et surtout c'est faire croire qu'on intègre les primes dans le salaire alors que c'est une partie très infime des primes qui est intégrée dans le salaire, donc très peu d'impact sur les retraites.</p> <h3 class="spip">Les déménageurs sont en fait des casseurs </h3> <p> Les déménagements continuent et de plus balle : transfert de la Psy de Cochin vers l'Hôtel Dieu, de l'Ophtalmo vers Cochin, etc… Chirurgie et urgences ophtalmologiques, qui reçoivent 30 000 personnes par an et doivent s'installer à Cochin avant l'été. Alors que le bâtiment censé les accueillir à Cochin n'est même pas prêt !!! Le but est de libérer l'Hôtel Dieu pour des objectifs immobiliers, quand même plus importants pour la direction de l'APHP que la santé !!! Quant à la crèche du personnel de l'Hôtel Dieu, qui ferme, nul ne sait où elle ira ni même si un point de chute a été prévu !!!</p> <h3 class="spip"> Même les responsables médicaux en ont ras le bol !</h3> <p> Un site hospitalier relevait récemment « La tarification à l'activité, unique mode de financement des hôpitaux, a changé les rapports entre l'administration et les personnels médicaux. Soumis à une pression toujours plus forte, beaucoup sont à bout. Avec le sentiment que le pouvoir est désormais dans la main de gestionnaires. » et citait le Pr Michaël Peyromaure, à la tête du service d'Urologie de l'Hôpital Cochin : « Alors que j'exerce dans un CHU, je rencontre aujourd'hui d'énormes difficultés à mettre en place des projets de soins et de recherches attractifs ».</p> <h3 class="spip"> Ce qui est certifié, ce n'est pas la santé ni la sécurité !</h3> <p> Avec la certification à l'hôpital Cochin, on peut dire qu'en termes de papelards, on en entend parler de la sécurité du patient !!! Par contre, dans la réalité de nos professions médicales, la sécurité du patient est devenue le cadet des soucis des vrais responsables de l'hôpital qui sont seulement des gestionnaires et plus du tout des véritables professionnels de santé ! Ce qui est certain, c'est que la certification, c'est du pipeau !</p> <p>Ils ont raison ! Onze médecins sur 26 menacent de démissionner aux urgences de l'hôpital de Dreux. Ils dénoncent ainsi le manque de moyens et d'effectifs qui les empêche de faire normalement le travail médical.</p> <h3 class="spip">Hirsch et le gouvernement, complices de la grippe !!!</h3> <p> Comment un événement récurrent comme la grippe hivernale peut-il engendrer de telles tensions dans les hôpitaux ? L'épidémie en cours met en lumière l'exaspération de toute une profession. Notre système de santé est malmené par des choix politiques radicaux, qui ne datent pas d'hier, et qui se révèlent bien plus dangereux pour la santé des citoyens que le virus grippal lui-même. Le gouvernement et les classes dirigeantes traitent de la même manière catastrophique tous les services publics dont les effectifs sont diminués comme par exemple EDF plombé par la catastrophe des investissements nucléaires. Résultat : il suffit d'un petit hiver pour que des milliers de familles n'aient plus l'électricité, parfois depuis plusieurs jours et se cramponnent les uns aux autres pour se réchauffer !</p> <hr class="spip" /> <h3 class="spip"> Nos vœux pour 2017</h3> <p> C'est la saison des vœux et les classes dirigeantes ne se privent pas de nous en souhaiter : patrons, banques, responsables politiques et médiatiques ainsi que gouvernants à leur service.</p> <p> Ils nous font le vœu de nous laisser piéger entre terrorisme et antiterrorisme (au nom duquel on rend la société de plus en plus policière et antidémocratique de jour en jour), piégés aussi par la comédie démocratique des élections présidentielles de 2017 dans laquelle le « choix » ne se fera qu'entre blanc bonnet et bonnet blanc, les intérêts de la bourgeoisie capitaliste ne permettant même pas l'expression de nuances dans les politiques des gouvernants.</p> <p> Ils se disputent les postes mais se soutiennent sur le fond, choisissant tous de défendre les intérêts d'une infime minorité qui détient toutes les richesses et tous les pouvoirs, toutes propriétés qui ne dépendent d'aucun vote bien entendu. Ils sont tous d'accord pour défendre l'entreprise contre les salariés, le licencieur contre les licenciés, les spéculateurs contre leurs victimes, les fauteurs de guerres contre les peuples, etc. Ils font tous les vœu de nous voir nous écharper entre travailleurs, entre milieux populaires, entre peuples, de nous diviser entre musulmans et non musulmans, entre juifs et non juifs, entre catholiques et non catholiques, etc.</p> <p> Ils font vœu de nous voir nous incliner devant tous les plans antisociaux, de destruction des services publics, du code du travail, des prud'hommes, des aides sociales, des fonctionnaires, de l'éducation nationale, de la santé publique, et on en passe.</p> <p> Ils font tous le vœu que l'argent public serve pour l'essentiel la défense des trusts, des banques, des financiers, des bourses, des assurances, et aussi les services « publics »… de l'armée et de la police plutôt que de la santé, de l'éducation, des transports, etc. Ils font vœu de développer les guerres aux quatre coins du monde, que ce soit contre les peuples d'Orient, de Russie, de Chine, de Corée, d'Afrique, d'Europe de l'Est… Ils veulent aussi opposer entre eux les peuples d'Europe, entre nord et sud, entre est et ouest, pays riches et pays pauvres. Ils font vœu de cultiver toutes les haines, toutes les divisions, tous les sentiments violents prétendument « identitaires ».</p> <p> Car il s'agit de faire croire à ces peuples que ce sont les autres peuples, qualifiés de membres d'autres civilisations, qui seraient leurs véritables ennemis, la véritable menace cruciale dans la situation mondiale. Un mensonge et une tromperie de grande ampleur et mortellement dangereuse. Comme si ce n'étaient pas les classes dirigeantes qui étaient derrière toutes les dérives violentes, terroristes et guerrières.</p> <p> Comme si ce n'étaient pas les chefs militaires, les chefs de la police, les chefs des armées et les chefs des classes dirigeantes qui fomentaient ces guerres, qui finançaient ce terrorisme, y compris et en premier les classes dirigeantes occidentales, sous le prétexte de combattre la Russie, de combattre des dictateurs ou de combattre des bandes armées terroristes.</p> <p> Et comme si la cause de ces politiques de plus en plus violentes et meurtrières, ce n'était pas l'effondrement économique de 2007-2008, chute qui n'a jamais été redressée depuis ni par une reprise des investissements productifs ni par la fin des dettes massives, privées comme publiques.</p> <p> Mais, dans ces conditions d'une société qui semble condamnée à reculer et à s'effondrer, quels vœux faisons nous nous-mêmes, voilà la vraie question. Nous travailleurs et pas nous Français, et pas nous chrétiens, juifs ou musulmans ou encore athées ! Toutes ces divisions ne sont là que pour nous empêcher de prendre conscience que « nous » sommes des prolétaires, des travailleurs, qui ne vivons que de notre travail, qui n'exploitons personne, qui n'opprimons personne, qui ne sommes en guerre contre aucun peuple.</p> <p> On nous dit que nous sommes, nous prolétaires, incapables de vivre sans patrons, sans système d'exploitation, sans Etat bourgeois, sans être surveillés par sa police et pas son armée, ses prisons et son administration. Encore faux. On nous dit que nous sommes incapables de bâtir une société meilleure que le système capitalisme et que si nous le tentions, nous tomberions inévitablement dans les horreurs du stalinisme. Encore un mensonge. Bien entendu, le vœu des classes dirigeantes est que nous tombions dans tous ces mensonges et tous ces pièges !</p> <p> Eh bien, nos vœux vont exactement en sens inverse ! Nos vœux, c'est de renouer avec l'effort des prolétaires dont on fêtera bientôt le centenaire, celui débuté en février 1917 en Russie, celui de la révolution prolétarienne qui a réussi à arrêter la première guerre mondiale, qui s'est étendue à l'Europe et à l'Orient.</p> <p> Notre vœu, c'est que les travailleurs se préparent, en dirigeant eux-mêmes leurs luttes, à se battre pour un nouveau projet de société, en s'adressant à toutes les couches sociales qui la crise mondiale frappe ou va frapper, qu'ils s'organisent eux-mêmes dans ce but, qu'ils fondent leurs conseils, élisent leurs délégués, sans se soucier des élections organisées par les classes dirigeantes qui ne sont pas le mode d'expression des travailleurs et ne servent qu'à les dissuader de se choisir leurs vrais représentants.</p></div> Quel que soit le résultat d'élection présidentielle, une chose est sûre : les classes dirigeantes s'en serviront contre les travailleurs http://www.matierevolution.org/spip.php?article5401 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5401 2017-01-23T00:38:00Z text/html fr Robert Paris Quel que soit le résultat d'élection présidentielle, une chose est sûre : les classes dirigeantes s'en serviront contre les travailleurs, l'emploi, les droits sociaux, les aides sociales, les libertés, les services publics, etc… Jamais les travailleurs auront eu moins d'illusion à se faire sur une élection présidentielle en France, quel qu'en soit le résultat. Jamais les candidats n'ont dit aussi crument que leur objectif immédiat, dès qu'ils seront élus, sera de faire payer les travailleurs, de les (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Quel que soit le résultat d'élection présidentielle, une chose est sûre : les classes dirigeantes s'en serviront contre les travailleurs, l'emploi, les droits sociaux, les aides sociales, les libertés, les services publics, etc…</h3> <p>Jamais les travailleurs auront eu moins d'illusion à se faire sur une élection présidentielle en France, quel qu'en soit le résultat. Jamais les candidats n'ont dit aussi crument que leur objectif immédiat, dès qu'ils seront élus, sera de faire payer les travailleurs, de les mettre en coupe réglée, de leur enlever des droits sociaux, des aides sociales, des acquis, des conditions de travail, des avantages sociaux, des droits des salariés, etc. Il faut dire qu'on sort tout juste de la plus belle tromperie politicienne de la gauche au pouvoir, qui, avec à sa tête Hollande-Royal-Valls-Cazeneuve et autres Le Drian, a mené une politique de sarkozisme accentué sans Sarkozy, poursuivant l'attaque contre les retraites, contre le droit du travail et contre tous les services publics. Même une politicienne de gauche comme Hidalgo doit reconnaître que la gauche gouvernementale a été à droite toute ! Au point de produire deux candidats extrêmement à droite mais issus de la gauche : Valls et Macron !</p> <p>Le Pen, Fillon, Macron, Valls, même combat !!!, c'est bien ce qu'on pense en examinant les perspectives politiques et sociales des principaux candidats à la présidentielle, les seuls qui aient des chances d'être au deuxième tour et d'être élus…</p> <p>Ce n'est pas parce qu'ils se disputent le poste qu'il faut les croire quand ils se disent opposés par leurs positions politiques et sociales. On peut même dire que jamais le kaléidoscope politicien français n'a été aussi convergent !</p> <p>Ce qu'il y a de commun entre les programmes de ces personnages qui entendent gouverner pour la bourgeoisie française dans une phase de crise historique de la domination capitaliste sur le monde ? Eh bien l'essentiel !</p> <p>Tous sont d'accord que le but principal de l'élection présidentielle française doit consister à démoraliser les travailleurs, à les discréditer dans les milieux populaires, à les démolir dans les classes moyennes, et à faire disparaître l'idée que les travailleurs sont une force sociale non seulement importante mais bien plus importante que celle des capitalistes et des banquiers !</p> <p>Tous sont d'accord que le point essentiel de la méthode consiste à porter l'effort sur tout ce qui peut diviser les travailleurs : opposer les fonctionnaires aux autres, opposer les jeunes aux vieux, opposer les retraités et les actifs, opposer les grandes et les petites entreprises, opposer les syndicalistes aux autres, opposer les nationaux et les immigrés, opposer les hommes et les femmes, opposer les Muslmans et les autres, etc…</p> <p>Tout sont d'accord pour dire que ce qui manque à la société c'est plus de dureté, plus d'ordre, plus d'obéissance, plus d'effort, plus de soumission, plus de vertu, plus de respect, plus de défense de l' « identité française » et, bien sûr, plus de discours moralisateur des politiciens !</p> <p> Guerre sociale contre les travailleurs et aussi guerre tout court, puisque les classes dirigeantes françaises et leur armée sont lancés tous azimuths dans des interventions militaires sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Tous sont d'accord pour accuser les étrangers, les immigrés, les migrants, les musulmans de tous les crimes du terrorisme, de toutes les guerres aux quatre coins de la planète. Tous désignent du doigt l'ensemble des jeunes d'origine musulmane comme des terroristes potentiels. Tous affirment que l'ensemble de la communauté d'origine musulmane est complice des criminels. Aucun de ces politiciens bourgeois ne reconnaît que l'armée française a été complice des véritables groupes terroristes intégristes en Libye, en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Mali, en Tunisie et partout !</p> <p>Oui, ce qui est frappant dans cette campagne présidentielle française, c'est à quel point tous les candidats principaux convergent. Tous ont le même discours travail, famille, patrie, comme à la « belle époque » du vichysme et du pétainisme. Tous sont partisans de la France chrétienne, de la France identitaire, de la France repliée sur « ses valeurs », de la France menacée et en guerre.</p> <p>Et, bien entendu, tous sont surtout d'accord que le rôle économique de l'Etat consiste à « aider l'entreprise », « aider l'investissement », « aider les exportations », « aider l'innovation et la recherche », « aider la France face à a concurrence », en somme aider le grand patronat, la grande banque et le grand capital. Aucun n'a jamais regretté que l'Etat se soit mis dans des dettes folles pour aider les banques, les financiers et les capitalistes depuis l'effondrement de 2007-2008 ! Aucun n'a affirmé vouloir récupérer ces sommes pour combler les déficits abyssaux de l'Etat ! Tous sont prêts à s'engager à recommencer de payer des milliards si les banques françaises et la bourse flanchent !</p> <p>Cette convergence remarquable de la politique politicienne bourgeoise française a une racine profonde : l'importance historique de la crise du capitalisme qui en est la source.</p> <p>Justement à la fin des années trente, la France a connu une telle convergence entre toutes les familles politiciennes de la bourgeoisie, convergence vers une politique d'extrême droite, qui a suivi la crise de 1929 et la grande mobilisation ouvrière de 1936. Cette dernière a certes eu lieu avec l'arrivée de la gauche de Blum soutenu par Thorez au pouvoir. Mais cela a surtout masqué le fait que la gauche de Blum allait de plus en plus à droite, de plus en plus à l'encontre des travailleurs qui se tournaient de plus en plus à gauche, de plus en plus en faveur de la lutte de classe contre le patronat. La gauche a fini comme soutien du régime de Pétain, même si ce haut fait de la social-démocratie française est aujourd'hui occulté !</p> <p>Et, à nouveau, avec les Hollande, les Royal, les Valls, les Cazeneuve, les Le Drian et autres Sapin, la gauche se tourne de plus en plus à l'extrême droite, fomente des guerres, attise la guerre anti-sociale contre les travailleurs, contre les fonctionnaires, contre les retraités, contre les chômeurs, contre les étrangers.</p> <p>Certains s'imaginent la démocratie bourgeoise comme un bouclier contre les risques de l'extrême droite et du fascisme mais ils se trompent. Cela n'a jamais été le cas, ni dans la France de 1937-1939, ni dans l'Allemagne de 1933, ni dans l'Italie de 1922, ni dans aucun cas où la bourgeoisie a fait des choix d'extrême droite. Dans tous ces cas, l'ensemble de la sphère politique de la bourgeoisie a convergé vers le fascisme.</p> <p>En cette période anniversaire de la révolution russe débutée il y a cent ans, en février 1917, il faut se rappeler que la gauche bourgeoise et petite bourgeoise russe avait déjà convergé vers les forces les plus réactionnaires de la société russe, avec les généraux « blancs » massacreurs et pogromistes, avec les pires assassins cosaques et autres.</p> <p>Il faut se rappeler aussi que les politiciens de gauche avaient, dès l'annonce de la première guerre mondiale, convergé avec les extrêmes droites nationalistes de chaque pays, les Guesde se retrouvant ministres de la guerre des différents pays et sauvant la bourgeoisie contre la révolution sociale, quand la vague révolutionnaire en Europe imposait enfin la paix !!!</p> <p>Alors oui, au lieu de se plaindre des politiciens comme les électeurs trompés par Sarkozy devenus des trompés par Hollande-Valls, et qui seront demain les trompés de Macron, de Fillon ou de Le Pen, les travailleurs ont tout autre chose à faire que de demander aux élections bourgeoises, comme du lait à un bouc, de les sauver de la crise, de les sauver des licenciements, de les sauver des attaques anti-sociales, de les sauver du terrorisme, de les sauver de l'insécurité généralisée qui monte dans le monde, car tous ces malheurs ont une même source : la classe bourgeoise ayant atteint ses limites et incapable de faire encore marcher le système capitaliste.</p> <p>Si tous ces candidats à la présidence de la République française en ont plein la gueule de leurs solutions, ils se gardent bien de dire le moindre mot des racines profondes de la crise mondiale et ne nous expliquent pas comment on pourrait résoudre un problème mondial en se contentant de « bien voter » en France !!!</p> <p>Alors, ne soyons dupes d'aucun d'entre eux, même les plus à gauche de la gauche, prétendument à l'extrême gauche même puisqu'aucun n'a le courage de dire que le capitalisme a fait son temps et qu'aucune soumission des travailleurs ne sauvera le vieux système d'exploitation. Même l'élection américaine, celle de Trump, si elle démontre quelque chose, c'est bien l'impasse qu'a atteint le capitalisme même dans son centre le plus riche et puissant, les Etats-Unis, puisque la « solution » de Trump c'est le protectionnisme, c'est de remplacer la « mondialisation » par le « protectionnisme », suivant ainsi le choix du brexit anglais, et menant ainsi inévitablement à une aggravation de la chute du commerce mondial et donc aussi de la production et de l'investissement mondial, au lieu de les enrayer…</p> <p>La politique de Trump marche autant à la guerre (non seulement celle d'Orient soi-disant contre le terrorisme mais contre la Chine et la Russie) que celle d'Obama-Clinton et cette convergence nous montre que les élections bourgeoises n'expriment plus de choix politiques mais une impasse générale à toute la société bourgeoise.</p> <p>La bourgeoisie montre ainsi qu'elle n'a pas d'autre solution que de mener le monde à la guerre nucléaire qui signifie la barbarie planétaire et elle montre aussi que nous travailleurs avons tout intérêt à nous détourner des élections bourgeoises et à préparer un tout autre avenir, en discutant sur nos lieux de travail et d'habitation de nos propres perspectives sociales et politiques, de nos perspectives de classe en tant que travailleurs et d'élire sur ces bases nos vrais représentants, de conseils de travailleurs et des milieux populaires.</p> <p>La démocratie bourgeoise n'a rien à voir avec une quelconque représentation des travailleurs. Elle n'est que la manière d'imposer aux travailleurs l'ordre des possesseurs de capitaux. En période de crise grave de la domination capitaliste, la démocratie bourgeoise mène elle-même au fascisme et à la dictature. Les chefs des armées et des polices qui commencent à s'agiter pour accéder directement au pouvoir nous le rappellent de plus en plus ouvertement !</p></div> Grands courants philosophiques http://www.matierevolution.org/spip.php?article5297 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5297 2017-01-22T00:35:00Z text/html fr Robert Paris Philosophie Grands courants philosophiques Athéisme Matérialisme Idéalisme Dialectique Métaphysique Agnosticisme Monothéisme Empirisme Positivisme [Dualisme -> http - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory">Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot149" rel="tag">Philosophie</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Grands courants philosophiques</h3> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class='spip_out' rel='external'>Athéisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=mat%C3%A9rialisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Matérialisme</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1344" class='spip_out' rel='external'>Idéalisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=dialectique+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Dialectique</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=m%C3%A9taphysique++site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Métaphysique</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=Agnosticisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Agnosticisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=Monoth%C3%A9isme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Monothéisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=empirisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Empirisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=positivisme+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org" class='spip_out'>Positivisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=dualisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Dualisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=monisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Monisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=animisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Animisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=Bouddhisme+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Bouddhisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=spinoza+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Spinozisme</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=ath%C3%A9isme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=descartes+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org" class='spip_out' rel='external'>Cartésianisme</a></p> <p><a 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http://www.matierevolution.org/spip.php?article5355 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5355 2017-01-21T00:33:00Z text/html fr Robert Paris Chine China Révolution prolétaires Inde India Vietnam Indonésie Indonesia Corée Korea Corée du sud South Korea La révolution prolétarienne en Asie Un dirigeant bourgeois déclarait : « le Japon vaincu a gagné. Là où les japonais sont passés, ils ont démoli l'idée de la supériorité du colonialisme occidental ». Le 16 août 45, c'est la défaite japonaise. Ce même mois éclatent des mouvements insurrectionnels en même temps en Indonésie, en Corée, au Vietnam. Il ne s'agit pas de mouvements de guérillas paysannes comme on l'a souvent présenté pour dire que la direction nationaliste était une fatalité. Dans les trois cas, ces (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique46" rel="directory">04- La révolution en Asie, à la fin de la guerre mondiale</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot23" rel="tag">Chine China</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag">prolétaires</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot124" rel="tag">Inde India</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot130" rel="tag">Vietnam</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot132" rel="tag">Indonésie Indonesia</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot142" rel="tag">Corée Korea</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot180" rel="tag">Corée du sud South Korea</a> <div class='rss_texte'><p><strong>La révolution prolétarienne en Asie</strong></p> <p>Un dirigeant bourgeois déclarait : « le Japon vaincu a gagné. Là où les japonais sont passés, ils ont démoli l'idée de la supériorité du colonialisme occidental ». Le 16 août 45, c'est la défaite japonaise. Ce même mois éclatent des mouvements insurrectionnels en même temps en Indonésie, en Corée, au Vietnam. Il ne s'agit pas de mouvements de guérillas paysannes comme on l'a souvent présenté pour dire que la direction nationaliste était une fatalité. Dans les trois cas, ces mouvements ont lieu dans les grandes villes, et dans les trois cas ils sont essentiellement populaires et même prolétariens.</p> <p><strong>Indonésie</strong></p> <p>C'est en Indonésie que la révolution a commencé. Août 1945 au départ des japonais, quand les Hollandais à peine ressortis de prison veulent remettre en place la dictature coloniale, les indépendantistes et les staliniens d'Indonésie prennent les armes et le pouvoir. Ils proclament immédiatement l'indépendance mais ils ne parviendront à virer complètement le colonialisme hollandais qu'en 1949. Le courant nationaliste bourgeois de Soekarno, le parti national, est loin d'être le seul. Bien que décapité par une répression féroce des hollandais lors de l'insurrection de 1928 le PKI, le parti communiste est au moins aussi puissant et beaucoup plus influent dans la classe ouvrière. Sa stratégie est le soutien total à Soekarno au point que le parti communiste met toute son énergie freiner la lutte des ouvriers et des paysans, à empêcher les occupations d'usines, et de terres des plantations étrangères et des grands propriétaires, à justifier le rachat des propriétés nationalisées par l'Etat, à justifier le désarmement des travailleurs et la formation de l'armée bourgeoise. Rapidement les forces nationalistes se trouvent circonscrites dans l'île de Java, la plus peuplée. Mais même là, une insurrection populaire partie de Madium conteste le pouvoir de Soekarno. Le parti communiste, bien que réticent à mener une politique offensive contre la bourgeoisie nationaliste, est porté à la tête de l'insurrection par les masses populaires. Celle-ci fut noyée dans le sang par l'armée de Soekarno et les militants du parti communiste sont pourchassés. Un avant goût de ce qui allait se passer des années plus tard où cette même armée assassinera le parti communiste indonésien qui était le plus grand parti communiste de tous les pays du bloc non communiste, faisant en trois mois un véritable massacre, des centaines de milliers de victimes, dans les rangs de ce parti qui comptait 15 millions de membres en comptant toutes les associations qu'il dirigeait. Un parti communiste qui avait pourtant été à nouveau un soutien sans faille au régime nationaliste qui cependant n'était qu'une féroce dictature qui s'est contentée de faire passer l'exploitation pétrolière de la compagnie Shell à la Standard Oil et de surexploiter violemment la population.</p> <p><strong>Inde</strong></p> <p>Les Anglais constatant qu'il y a un mouvement révolutionnaire irrésistible, préfèrent céder le pouvoir d'eux-mêmes à des nationalistes avec lesquels ils tentent des accords pour conserver leurs intérêts économiques plutôt que de risquer que les masses populaires ne s'embrasent. Le travailliste, le major Attlee qui a succédé à Churchill déclare qu'il craint un soulèvement révolutionnaire des masses en Inde et c'est comme cela qu'il obtient très rapidement l'accord de la bourgeoisie anglaise pour céder à toute vitesse l'indépendance ce que l'Angleterre n'envisageait absolument pas un an plus tôt. En octobre 1946 il explique à la chambre que tout retard dans l'accession à l'indépendance provoquera des graves troubles révolutionnaires selon le compte rendu de la mission ministérielle qu'il a envoyée sur place et que selon lui il sera inutile et impossible d'amener suffisamment de renforts sur place. Il est certain que la population anglaise qui réclamait d'abord et avant tout sa démobilisation et qui venait de faire chuter Churchill le représentant de tous les sacrifices consentis au nom de l'effort de guerre ne se sentait pas prête à verser son sang pour lutter contre la population de l'Inde soulevée. Et en février 47 à la chambre des lords Pethic-Lawrence déclare que l'on a déjà trop tardé que selon ses termes « il existe en Inde une situation et un danger révolutionnaire extrême, que si le transfert du pouvoir ne s'effectue pas à bref délai la révolution dont l'éruption a été momentanément retardée par l'annonce de la préparation de l'indépendance par la mission ministérielle éclatera inévitablement ». L'exemple Birman montre toute l'utilité d'aller vers l'indépendance qui a permis en janvier 1947 un rapprochement entre l'Angleterre et le nationaliste Ang San ce qui leur a permis de casser l'alliance entre les nationalistes modérés et radicaux.</p> <p>En Inde la direction incontestée de la bourgeoisie nationale est le parti du congrès de Gandhi. Sa position est caractéristique vis à vis de la classe ouvrière : aucune indépendance syndicale. Ainsi la seule organisation syndicale qui lui soit liée, celle des ouvriers du textile d'Ahmedabad qui lui sont liées, est organisées syndicalement au sein du parti séparément du reste du mouvement ouvrier qui appartient à une fédération unifiée regroupant tous les autres syndicalistes des staliniens aux réformistes et aux militants radicaux. Le mouvement ouvrier organisé compte autant de membres que le parti du congrès soit 400 000 membres chacun en 1935. Mais plus la revendication politique devient prépondérante, plus la distance s'accroît en faveur de la formation nationaliste bourgeoise faute d'une politique du mouvement ouvrier. Directement lié aux propriétaires fonciers, industriels et commerçants, le parti du congrès est réticent à inclure toute mesure sociale y compris un programme agraire dans ses revendications ce qui laisserait une énorme marge pour un mouvement ouvrier révolutionnaire afin de s'adresser à une paysannerie en révolte. Tout mouvement à caractère révolutionnaire contre l'impérialisme anglais déborderait inévitablement le mouvement politique bourgeois puisque celui-ci s'interdit toute insurrection armée contre les anglais. Le mouvement nationaliste de Gandhi appelle les masses au pacifisme sous des prétextes philosophiques. N'oublions pas que cette philosophie n'avait pas empêché Gandhi de choisir d'appeler les Indiens à soutenir l'effort de guerre de l'impérialisme britannique pendant la première guerre mondiale. Par contre, la montée du mouvement indépendantiste avant guerre va le contraindre à une position plus radicale. En octobre 1939, 90 000 ouvriers d'industrie de Bombay participent à une grève politique contre la guerre qui va obliger le parti du congrès à une petite déclaration de non coopération à la guerre aux côtés des anglais. C'est seulement en 1941 qu'il peut à nouveau offrir sa coopération à l'effort de guerre anglais. Mais, de 1942 à 1944, l'impérialisme anglais ne veut qu'écraser le mouvement nationaliste et pratique des arrestations massives de ses dirigeants comme des militants plus radicaux. Et ce jusqu'à la fin de la guerre. C'est pour négocier avec eux de leur donner le pouvoir à l'indépendance que l'impérialisme anglais les fait libérer en 1945. L'année 1946 est marquée par la montée des luttes ouvrières et par une véritable maturation révolutionnaire qui débute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement le 18 février 1946. Le lendemain il s'agit déjà d'un véritable soulèvement de plus de 20 000 marins casernés à Bombay et de 20 bâtiments ancrés dans le port. Les marins soulevés élisent un comité central de grève. Et à Karachi des troubles semblables se produisent. Face à la menace de répression violente le comité central de grève de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congrès et la ligue musulmane, les organisations indépendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soulèvement. Les 22 et 23 février la bataille fait rage dans Bombay où la population ouvrière qui a pris le parti des mutinés est violemment réprimée : 250 morts. Parti du Congrès et Ligue musulmane contraignent finalement les marins à se rendre et le comité de grève déclare : « nous nous rendons à l'Inde mais pas à l'Angleterre ». Les mutins sont sévèrement condamnés par les partis bourgeois. Gandhi les traite de « racaille » et de combinaison impie d'hindous et de musulmans ». Les dirigeants musulmans déclarent que la flotte doit être disciplinée. C'est là le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du déclenchement d'un mouvement de masse révolutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'armée anglaise des Indes. Les tommies qui veulent rentrer plus vite et sentent que ça va chauffer manifestent pour rentrer plus vite en Angleterre que ce soit à Delhi ou dans l'Uttar Pradesh. Au même moment, les luttes grévistes des travailleurs sont au point le plus élevé jamais atteint avec la grève insurrectionnelle de deux millions de travailleurs dans un climat de tension extraordinaire.</p> <p>Pour faire diversion ces formations nationalistes, la Ligue musulmane et le Hindu Masahabha, organisent des manifestations d'opposition inter-ethnique, principalement dans le Bengale et dans le Bihar avec des heurts sanglants entre les communautés religieuses. La Ligue musulmane annonce qu'elle réclame la partition du pays sur des bases religieuses hindous d'un côté et musulmans de l'autre. Cette idée a été en fait discutée par la Ligue à Londres et c'est l'impérialisme anglais qui en a fait lui-même la suggestion pour détourner le mécontentement.</p> <p>Malgré la répression et malgré les diversions racistes, dans les mois qui suivent, le pays plonge dans le soulèvement et le chaos. Dans des régions entières, plus personne n'obéit plus à l'administration colonialiste. Dans ces conditions, l'Angleterre accélère à toute vitesse le plan d'accession à l'indépendance. Signé début juillet 1947, le plan de partage en Inde et Pakistan, est adopté le 18 juillet et le nouveau pouvoir installé le 15 août 1947. On n'aura jamais vu un pouvoir colonial aussi pressé de donner sa place !</p> <p>La menace prolétarienne en Inde était tout ce qu'il y a de plus sérieuse. Les salariés représentaient 55% de population des villes et les travailleurs indépendants n'exploitant personne 32% alors que les employeurs n'y étaient que 1%. L'essentiel du prolétariat travaillait dans de grandes entreprises industrielles et près des trois quarts vivaient dans de très grandes cités. Et la lutte s'est déroulée essentiellement dans les villes. Il y aurait eu pour une révolution prolétarienne un énorme potentiel de soutien d'une paysannerie très exploitée et révoltée. L'influence de la grande bourgeoisie sur le petite et moyenne était faible et c'est l'absence politique des travailleurs alors que les possédants ont eu des dirigeants de haut niveau capables d'unir toutes les classes possédantes indiennes qui a permis aux grands propriétaire, banquiers et grands commerçants de tenir le haut du pavé. Le parti communiste indien ne risquait pas de représenter même de manière déformée une politique de classe pour les travailleurs, lui qui proclamait vouloir « un gouvernement de démocratie populaire qui sera celui de tous les groupes, individus et partis démocratiques représentant les ouvriers, les paysans, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale, celle qui est favorable à une véritable industrialisation du pays et à l'indépendance de l'Inde ». Pour se donner un visage plus radical que celui qu'il a eu au moment de l'indépendance, le parti communiste soutient un soulèvement paysan armé de deux régions en 1948 l'Andhra et Telengana où sur un territoire de 4000 km² 2000 villages sont organisés en comités populaires, soulèvement qui est réprimé dans le sang par la nouvelle armée de l'Inde indépendante, en guise d'avertissement aux couches populaires. La classe ouvrière a très vite eu à s'opposer à ce nouveau pouvoir avec notamment une grande grève générale de la ville de Calcutta.</p> <p>Et l'absence d'une politique ouvrière indépendante n'est pas due à l'absence de soutien qu'il rencontrerait dans la population. Ainsi aux première élections générales en Inde, le parti communiste recueille quand même plus de 6 millions de voix et quatre autres groupes se réclamant de l'extrême gauche font respectivement 2,5 millions de voix, 1,1 millions, un million et 400 000 voix à rajouter aux 22, 8 millions de voix obtenues par l'opposition socialiste et communiste.</p> <p>Citons l'ouvrage de Charles Bettelheim « L'Inde indépendante » : « La naissance de L'union indienne est intimement liée à l'action du Congrès national indien (parti du Congrès). Cette action elle-même n'a pu aboutir que parce que, sur les ruines de l'ancienne société, s'étaient développées des forces sociales nouvelle, une bourgeoisie et un prolétariat, qui devaient s'opposer de façon de plus en plus active à la domination étrangère. (…) Au cours d'une première période, qui s'étend jusqu'à 1905, le parti du Congrès a été, essentiellement, le porte-parole de la grande bourgeoisie indienne et des couches supérieures des classes moyennes cultivées. Il se fixait pour but l'indépendance nationale. Il désirait voir les Britanniques mettre en œuvre une politique de réformes sociales et de progrès économique. (…) En 1905, année de la première victoire d'un Etat d'Asie, le Japon, sur une puissance européenne et année de la première révolution russe, le parti du Congrès se prononce pour le boycott économique des Anglais afin de protester contre le partage du Bengale. (...) Pendant la guerre de 1914-18, le parti du Congrès se prononce pour le soutien de la guerre, Gandhi lui-même demande aux Indiens de s'engager dans l'armée anglaise. A la fin de la guerre mondiale, le parti du Congrès est prêt à accepter, avec quelques réserves, les réformes promulguées par le gouvernement britannique. (…) Cependant, le mouvement des masses (mouvement qui se manifeste principalement par un puissant essor des grèves ouvrières), la mise en œuvre par le gouvernement britannique d'une politique de répression, puis la vague d'indignation que cette répression suscite dans la population indienne conduisent le parti du Congrès à raidir ses positions. Ces positions plus combatives sont abandonnées par Gandhi en 1922. Tout semble indiquer que ce revirement correspond à la crainte de voir le Congrès débordé par l'action des masses. Cette interprétation est celle que Jawaharlal Nehru lui-même semble admettre (dans « Une autobiographie »). Peu à peu, cependant, l'activité syndicale et politique de la classe ouvrière indienne prend de la force. Les organisations syndicales se multiplient et deviennent permanentes. Le Gouvernement doit même reconnaître officiellement leur existence par le Trade Union Act (1926) qui, d'ailleurs, impose de nombreuses limitations à la liberté et à l'action syndicales. Au cours des années 1922-27, le Trade Union Congress se remplit d'une vie syndicale réelle et, en 1927, il compte 57 syndicats affiliés et 150.000 membres environ. La direction du mouvement syndical échappe alors, progressivement, au parti du Congrès et passe à des syndicalistes ainsi qu'à des militants se réclamant du socialisme ou du mouvement communiste indien. L'essor syndical se poursuit malgré une répression sévère. De nouvelles centrales se forment. Parallèlement, sur le plan politique, on assiste à la naissance des partis ouvriers et paysans nés de la jonction des militants les plus combatifs du mouvement syndical et des éléments de la gauche du parti du Congrès. D'abord constitué sur une base provinciale (au Bengale, à Bombay, dans les Provinces-Unies, au Pendjab, etc…), ces partis s'unissent pour former en 1928 le parti pan-indien des ouvriers et des paysans.(…) En 1935, avec la promulgation du Government of India Act, la partie « provinciale » de cet acte va donner l'occasion au parti du Congrès de participer pour la première fois sur une large échelle à la gestion des affaires publiques. (…) Sur le plan syndical, l'événement important est la fusion qui a lieu en 1935, du Red Trade Union Congress, centrale à direction communiste qui s'était formée en 1930, et du All India Trade Union Congress. En 1938, la fusion s'effectue aussi avec la National Federation of Trade Unions à direction réformiste. Le mouvement syndical indien est alors unifié à l'exception de l'Association des travailleurs du textile d'Ahmedabad crée par Gandhi et qui est toujours restée en dehors du mouvement ouvrier et compte environ 400 000 membres en 1938-39. Au sein du parti du Congrès, les idées socialistes trouvent un écho. Leurs partisans se regroupent dans le parti socialiste du Congrès (formé en 1934). (…) La Ligue musulmane avait été fondée en 1906 à l'initiative des autorités britanniques. Celles-ci cherchaient à opposer une force nouvelle au Congrès dont l'orientation leur déplaisait de plus en plus. (…) Les élections ont lieu en 1937 dans les différentes « provinces ». Ces élections, tenues sur une base censitaire, aboutissent à une victoire écrasante du Congrès. La Ligue musulmane, par contre, n'obtient que de maigres résultats : 4,6% du total des votes musulmans. L'accession du parti du Congrès aux gouvernements de la majorité des Provinces accroît considérablement son prestige. En 1938-39, le Congrès est devenu un parti de masse comptant 4 400 000 membres, contre environ 500 000 trois ans plus tôt. L'action pratique du parti du Congrès à travers les gouvernements provinciaux qu'il dirige se trouve doublement limitée : par les pouvoirs restreints dont ces gouvernements disposent et par la différenciation politique qui ne tarde pas de s'opérer à nouveau au sein du parti. (…) La majorité des cadres dirigeants du parti du Congrès étaient étroitement liés aux propriétaires fonciers, aux industriels et aux commerçants indiens et n'étaient donc pas particulièrement disposés à promouvoir les mesures qui, comme une réforme agraire quelque peu profonde, ou des moratoires importants accordés aux paysans écrasés par les dettes ou des augmentations de salaires, etc, auraient porté préjudice aux intérêts matériels de la bourgeoisie indienne. Bien entendu, les masses qui avaient soutenu le parti du Congrès s'attendaient à un changement plus sensible de leurs conditions d'existence, d'où l'apparition d'une certaine désillusion. Comme le disait Jawaharlal Nehru : « Le progrès était lent et le mécontentement se fit jour. » (…) Au début de la seconde guerre mondiale, le parti du Congrès prend une position de principe radicalement différente de celle adoptée en 1914-18. Tandis que le Congrès avait alors apporté son concours à la guerre, le Comité déclare qu'il « ne peut s'associer à une guerre de caractère impérialiste et dont le but est de consolider l'impérialisme en Inde ». (…) La classe ouvrière indienne prenait elle-même l'initiative de la « non-coopération » : elle déclenchait sur l'initiative de ses propres organisations (et sans l'accord du parti du Congrès) une grève pacifique de protestation contre la guerre. Comme le note justement R. Palme-Dutt, « cette grève du 2 octobre 1939, à laquelle participèrent 90 000 ouvriers de l'industrie de Bombay, a été la première grève contre la guerre dans l'histoire du mouvement ouvrier mondial. » (…) Le refus de coopération du parti du Congrès se limite à la démission des ministères provinciaux en octobre 1939. (…) En juillet 1940, le parti du Congrès change d'attitude. Il offre sa coopération à l'effort de guerre, à condition que soit reconnu le principe de l'indépendance de l'Inde (…) Cette proposition est rejetée par le gouvernement britannique. Les propositions britanniques sont unanimement rejetées par le Congrès. (…) Au cours de l'été 1941, l'extension de la guerre à l'Union soviétique puis en décembre de cette même année, l'entrée en guerre du Japon contre les Etats-Unis amènent la majorité de la direction du Congrès à réviser encore une fois de position à l'égard de la guerre. Fin décembre 1941, le Congrès offre sa coopération aux Nations Unies. (…) Finalement c'est la politique de Gandhi qui l'emporte avec le vote de la résolution d'août 1942. Cette résolution déclare que le Congrès ne veut nuire ni « à la défense de la Chine et de la Russie » ni « à la campagne de défense des Nations Unies ». (…) La déclaration de Nehru au cours du débat où cette résolution été adoptée est particulièrement significative : « Cette résolution n'est pas une menace ; c'est une invitation et une explication, c'est une offre de coopération. » Le gouvernement britannique, loin d'interpréter ainsi la déclaration du 8 août 1942 (la « lutte non-violente » de Gandhi), y trouve une occasion de déclencher une vaste opération de répression. (…) Entre août 1942 et la fin de l'année, les manifestations entraînent, d'après les chiffres officiels, plus de 60 000 arrestations, tandis que 940 personnes sont tuées et 1 630 blessées à la suite d'actions de répression menées par la police ou les forces militaires. La répression se poursuivra jusqu'à la fin de la guerre. Le 6 mai 1944, au moment où la guerre se termine en Europe, Gandhi est libéré pour raison de santé et il annonce que la partie de la résolution d'août 1942 relative à la désobéissance civile est annulée. (…) La formation en Grande-Bretagne d'un gouvernement travailliste, à la suite des élections de l'été 1945, n'accélère pas l'accession de l'Inde à l'indépendance. (…) Les premiers mois de l'année 1946 sont marqués par deux événements qui influencent sérieusement l'évolution à venir : la tenue des élections aux assemblées législatives et d'importants soulèvements dans la Royal Indian Navy. Aux élections aux assemblées provinciales (élections toujours tenues sur une base censitaire et auxquelles ne peuvent participer que 11% de la population), le Congrès obtient 930 sièges (et 55,5 ù des voix) et la Ligue musulmane obtient 427 des 507 sièges destinés aux musulmans. (…) ces élections mettent en lumière le caractère « représentatif » de ces organisations mais ne suffisent pas à inciter le gouvernement britannique à prendre l'initiative de nouvelles discussions sur le problème de l'indépendance indienne. Cependant, depuis de longs mois, on assiste à une maturation révolutionnaire qui est accélérée par l'action syndicale et ouvrière. Le 18 février les marins d'un centre d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement, nombre de leurs doléances n'étant pas satisfaites depuis longtemps. Dès le 19 au matin, on est en présence d'un véritable soulèvement auquel participent plus de 20 000 marins casernés à Bombay et dans ses environs ainsi que 30 bâtiments à l'ancre dans le port. Les marins soulevés élisent un Comité central de grève. (…) Le 21 février au matin, la bataille s'engage. Le Comité central de grève de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congrès et la Ligue musulmane se refusent à apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et décident d'une grève générale qui commence effectivement le 22 février. Les 22 et 23 février, la bataille fait rage dans Bombay et une répression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congrès et la Ligue font alors pression sur le Comité central de grève pour que les marins se rendent. Le Comité central de grève décide finalement de céder, en déclarant : « Nous nous rendons à l'Inde, non à l'Angleterre. » Gandhi condamne sévèrement la « combinaison impie » des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomphé aurait « livré l'Inde à la racaille », tandis que Valabhbhai Patel déclare que « la flotte doit être disciplinée. » Ainsi se confirme la volonté de la direction du Congrès d'éviter le déclenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination étrangère mais le régime social. A partir de la mi-août 1946, les heurts sanglants entre les communautés religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, répondent également par la violence. Parallèlement, les luttes revendicatives se développent, englobant près de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de grève. Un tel chiffre n'avait jamais été atteint jusque là. C'est dans ces conditions que le vice-roi décide de constituer le premier gouvernement intérimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirigé par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (…) La situation est telle que l'Assemblée constituante décide de s'ajourner jusqu'à avril. La formation du gouvernement intérimaire, en effet, n'a pas mis fin à la détérioration de la situation intérieure. En dépit de la répression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-même cesse par endroits de fonctionner. (…) Le 20 avril 1947, alors que la situation intérieure indienne se détériore rapidement, le Premier ministre britannique, Clément Attlee, déclare que le gouvernement de sa Majesté est « décidé à prendre les mesures nécessaires pour transférer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. » En même temps le Premier ministre annonce (…) que lord Mountbattent est nommé vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussitôt arrivé en Inde, prépare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit être divisée en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur indépendance et joindront, après négociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congrès et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (…). Au début de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable réalisme, étant donné la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'indépendance de l'Inde est adoptée par le parlement britannique. »</p> <p><strong>Vietnam</strong></p> <p>Chronologie</p> <p>8 mars 1945 : Coup de force japonais qui fait tomber le régime français au Vietnam</p> <p>9 mars 1945 : Démantèlement des troupes françaises d'Indochine</p> <p>11 mars 1945 : Bao Daï proclame l'indépendance de l'Indochine en collaboration avec le Japon</p> <p>17 avril 1945 : Constitution du gouvernement vietnamien projaponais de Tran Van Kim</p> <p>26 juillet 1945 : Aux accords de Potsdam, les Alliés décident l'occupation chinoise au nord du Vietnam et anglaise au sud, zones limitées par le 16e parallèle.</p> <p>13 août 1945 : Pour anticiper l'arrivée des Alliés, les staliniens du « Comité de Libaration du peuple vietnamien » parlent de renversement du pouvoir japonais, la veille de sa reddition.</p> <p>15 août 1945 : Capitulation du Japon dans la guerre mondiale</p> <p>18 août 1945 : Constitution du Front National Unifié qui regroupe bourgeoisie et féodaux (Caodaïstes, Hoa Hao et Parti de l'indépendance).</p> <p>19 août 1945 : Apparition de comités du peuple dans la région sud</p> <p>21 août 1945 : Constitution de centaines de comités de la jeunesse d'avant-garde</p> <p>Le même jour, le plus grand quartier ouvrier de Saïgon (Phu-Huan) élit son comité du peuple qui se proclame nouveau pouvoir central. Les paysans liquident les anciens serviteurs des gouvernements français et japonais. Ils investissent les bureaux et tribunaux de l'administration locale. Constitution de tribunaux du peuple qui jugent les grands propriétaires et les anciens fonctionnaires. Les comités du peuple, d'août à septembre, confisquent les biens des riches et partagent les terres. Manifestation de 300.000 personnes dont 30.000 derrière la bannière trotskyste de la LCI.</p> <p>23 août 1945 : Pour contrer la vague révolutionnaire, le Front National Unifié se dissous et adhère au Viet Minh tenu par les staliniens, seule force capable de contrer la révolution sociale.</p> <p>25 août 1945 : Abdication de Bao Daï. Formation par les staliniens du « Comité exécutif provisoire du sud Vietnam » qui vise à éviter le vide du pouvoir en occupant tous les postes adminstratifs et en maintenant en place la police : sept staliniens sur neuf ministres et Ho Chi Minh à la présidence. Grandiose manifestation à Saïgon pour l'indépendance.</p> <p>26 août 1945 : Entrée des troupes chinoises au nord du Vietnam. Première assemblée des comités du peuple.</p> <p>27 août 1945 : Déclaration du stalinien Nguyen Van Tao, ministre l'Intérieur, contre les trostskystes : « Seront sévèrement punis et impitoyablement frappés tous ceux qui auront poussé les paysans à s'emparer des propriétés foncières. (…) Nous n'avons pas encore fait la révolution communiste qui apportera la solution au problème agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement démocratique, c'est pourquoi il ne lui apartient pas de réaliser une telle tâche. Notre gouvernement, je le répète, est un gouvernement démocratique bourgeois, bien que les communistes soient actuellement au pouvoir. »</p> <p>28 août 1945 : Déclenchement d'une vaste campagne de calomnies contre les trotskystes accusés de semer le désordre et de provoquer des troubles.</p> <p>29 août 1945 : Formation du gouvernement provisoire vietnamien 1er septembre 1945 : Déclaration de Tran Van Giau affirmant que l'indépendance n'est pas le produit de la lutte mais des « négociations avec nos alliés » et qui menancent quiconque prétend combattre les armes à la main les « forces alliées » : « Ceux qui incitent le peuple à l'armement seront considérés comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'indépendance nationale. Nos libertés démocratiques seront octroyées et garanties par les Alliés démocratiques. »</p> <p>2 septembre 1945 : Manifestation organisée par le gouvernement et les staliniens pour « accueillir les Alliés » qui débarquent à Saïgon. La manifestation se déroule dans le calme mais des coups de feu sont tirés contre les manifestants en marge du cortège. La colère des Vietnamiens explose. La population explose de colère contre le retour des colonialistes. Le climat change. Des Français sont pris à partie et assassinés. Les staliniens accusent les trotskystes de la responsabilité des troubles.</p> <p>7 septembre 1945 : A Hanoï, Tran Van Giau décrète le désarmement des organisations non-gouvernementales, dont les comités populaires qui préparaient une insurrection armée contre le retour des troupes alliées au Vietnam. Le nouveau pouvoir stalinien se prépare à « accueillir nos alliés. »</p> <p>10 septembre 1945 : Débarquement des troupes anglaises à Saïgon 12 septembre 1945 : Manifeste commun des comités du peuple et du groupe trostskyste LCI dénonçant la politique de trahison du gouvernement stalinien et capitulation devant l'Etat-major des troupes anglaises. 14 septembre 1945 : Un détachement armé sous les ordres du chef de la police, le stalinien Quang Bach, arrête les membres du comité populaire révolutionnaire de Tan Dinh (banlieue de Saïgon). Le massacre des trotskystes est lancé par les staliniens et le nouveau pouvoir dans tout le pays pour décapiter la révolution.</p> <p>22 septembre 1945 : Le général britannique Gracey arme les troupes françaises, liquide le « comité exécutif du sud Vietnam » et proclame la loi martiale.</p> <p>Octobre 1945 : Les troupes de leclerc se rendeznt maitresses de Saïgon.</p> <p>Octobre 1945 à janvier 1946 : Leclerc et les troupes françaises réoccupent la Cochinchine.</p> <p>11 novembre 1945 : autodissolution du Parti Communiste « pour placer les intérêts de la patrie au dessus de ceux des classes. » 6 mars 1946 : Accord entre la France et le Viet Minh : le Vietnam appartient à la Fédération Indochinoise et dépend de l'Union française (c'est-à-dire à l'empire colonial français).</p> <p>18 mars 1946 : Entrée des troupes françaises à Hanoï.</p> <p>Historique</p> <p>En janvier 1945, les forces armées japonaises, qui avaient laissé la France de Vichy au pouvoir, occupent militairement le Vietnam et décident de déclarer l'indépendance aux Etats indochinois. Un coup de force en mars 1945 suffit à désarmer les troupes françaises liées au gouvernement de Vichy qui sont arrêtées et remplacées par un gouvernement vietnamien pseudo indépendant puisqu'il reste lié aux Japonais. Il s'agit de se servir des aspirations nationales des peuples d'Indochine contre les alliés anglo-américains qui ripostent en déclarant accorder l'indépendance à l'Indochine. Seulement la défaite du Japon est très rapide et le 5 août c'est le bombardement de Hiroshima. Le 10 août, le dirigeant nationaliste stalinien Ho Chi Minh devant la carence des autorités projaponaises s'autoproclame nouveau pouvoir. L'essentiel de sa supériorité n'est pas politique mais militaire. C'est lui que les alliés ont armé au Vietnam contre les japonais via le gouvernement chinois du Kuomintang. Il n'a aucune difficulté à démettre le pouvoir fantoche projaponais. Loin d'être un acte révolutionnaire contre le colonialisme français, Ho Chi Minh considère alors cette action du 5 août comme un acte anti-japonais dans le cadre de l'Etat français auquel il demande seulement une autonomie au sein de l'empire. Partisans de cette politique anti-française, Ho Chi Minh s'est empressé de proclamer un gouvernement pour éviter un vide du pouvoir en un soulèvement révolutionnaire des masses vietnamiennes devenait possible. Le 10 août est proclamé par son mouvement la révolution vietnamienne alors qu'en réalité il s'est juste contenté d'un accord au sommet avec toutes les forces bourgeoises et nationalistes en écartant seulement les militants ouvriers syndicalistes, staliniens des villes et trotskystes. Et surtout les masses ont été soigneusement tenues à l'écart lors de sa constitution. Puis il a orchestré des manifestations contre le régime pro-japonais précédent qui n'a pu que se retirer. Dans une proclamation pourtant appelée déclaration d'indépendance, le nouveau pouvoir se dit défavorable à une indépendance immédiate et admet que celle-ci sera accordée par la France dans un délai de 5 à dix ans !</p> <p>Mais le vietminh dirigé par le parti communiste vietnamien d'Ho Chi Minh n'est fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l'escamotage de la révolution va s'avérer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implanté avec lequel il a dû plusieurs fois s'entendre. En 1939, seul face à toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux élections de Saigon. A l'annonce de la capitulation japonaise s'est en fait un véritable soulèvement révolutionnaire qui a lieu car la population est révoltée contre toutes les autorités. Il faut dire qu'il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c'est la révolution. Des pauvres s'attaquent aux autorités locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arrêtent les tuent. Ils forment des comités du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l'opération des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n'a pu se faire car ce sont les comités du peuple qui se sont fédérés et qui ont pris le pouvoir à l'issu d'une manifestation dirigée par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contrôle ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propriétaires et fonctionnaires. Les comités du peuple élisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gardé par un détachement d'ouvriers en armes. C'est pour se débarrasser de cette révolution que le vietminh qui s'est associé d'anciennes forces vietnamiennes liées à l'ancien régime vichyste va pratiquer une politique se répression et d'assassinat systématique contre les membres des comités du peuple et particulièrement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassinés systématiquement. C'est en brisant le soulèvement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s'appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et dès qu'il parvient au pouvoir son langage est clair : « seront sévèrement et impitoyablement punis ceux qui auront poussé les paysans à s'emparer des propriétés foncières. Notre gouvernement n'est qu'un gouvernement démocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de réaliser la révolution communiste. » Le 2 septembre 1945 ils manifestent même en l'honneur de la commission des alliés. Des colons français tirent dans la foule qui arrête un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement relâcher. L'exaspération des masses grandit et les staliniens décident d'en finir avec la révolution. Ils annoncent « seront considérés comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple à l'armement et surtout à la lutte contre les alliés occidentaux ». En septembre 1945 les staliniens vont désarmer les comités du peuple puis pourront en finir définitivement et physiquement avec les membres des comités du peuple de Saigon. Ils avaient fini d'assassiner la révolution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh déclare à la presse : « la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n'a pas toujours été heureux mais nous n'avons pas intérêt à le briser. » En novembre 1945, le parti communiste indochinois s'autodissout déclarant : « il faut placer les intérêts de la patrie au dessus de ceux des classes ».</p> <p>En mars 1946, les troupes françaises reviennent au Vietnam. Loin de combattre le retour des troupes française, Ho Chi Minh va les accueillir, espérant toujours que celles-ci vont accepter de le mettre à la tête d'un territoire autonome lié à la France.</p> <p>« Une indépendance prématurée du Vietnam risque de ne pas être dans la ligne des perspectives soviétiques et embarrasserait l'URSS dans ses efforts pour gagner la France en tant qu'alliée. » écrit le PCF, dans un document transmis au Viet Minh par le Groupe culturel marxiste (lié au PCF) de Saigon le 25 septembre 1945 et publié par Harold Isaacs dans « Pas de paix en Asie ».</p> <p>Grégoire Madjarian rapporte dans « La question coloniale et la politique du Parti communiste français » : « Le 16 février, Ho Chi Minh communiquait à Jean Sainteny, l'envoyé du Haut commissaire D'Argenlieu, qu'il consentait à négocier, sur la base de l'unité et de l'indépendance du Vietnam, l'adhésion à l'Union française. Leclerc et Sainteny pressèrent le gouvernement français d'accepter. Ce qu'il fit, se déclarant prêt à reconnaître un gouvernement vietnamien autonome, à condition que ce dernier accueille amicalement les troupes françaises lorsqu'elles viendraient remplacer les troupes du Kuomintang. On apprenait le 4 mars, à Hanoï, que la flotte de débarquement française faisait route vers Haïphong – le grand port du nord du Vietnam. (…) Le 5 mars, le comité central du Viet Minh, réuni à Huong-Canh, dans la campagne proche de Hanoï, décidait que « dans cette conjoncture, la meilleure condition à suivre pour le salut de la patrie n'était pas de couper les ponts, mais de sauver la paix. » (…) Le journal (du Viet Minh) de Hué le 5 mars, sous le titre « Calmes mais prêts » : (…) « La France a pris l'initiative de négocier. Nous sommes heureux de négocier selon la demande des Français. (…) Les négociations n'aboutiront que si nous obtenons l'indépendance. » (…) Ho Chi Minh et Sainteny signaient le 6 mars 1946 une convention préliminaire. (…) L'idée d'indépendance était absente ; l'unité du Vietnam restait suspendue à un référendum - dont la date n'était pas fixée - qui déciderait du sort de la Cochinchine (Nam-Bo) contrôlée par les troupes coloniales. Enfin des unités françaises – quinze mille hommes – s'installaient dans le Tonkin pour y effectuer, conjointement avec l'armée vietnamienne, la relève des troupes de Tchang Kaï-chek. »</p> <p>En juillet 1946, le Vietminh représenté par Pham Van Dong et Ho Chi Minh, encore en négociations avec la France à Fontainebleau, est aidé par des troupes françaises pour achever sa purge et en finir avec les militants trotskystes. Ho déclare alors sur son alliance avec la France : « nos libertés démocratiques seront octroyées et garanties par nos alliés démocratiques. »</p> <p>C'est seulement après le bombardement massif du port de Haiphong, qui fait 6000 morts en novembre 1946, que les nationalistes vietnamiens se trouveront contraints d'admettre qu'il va falloir se battre avec l'impérialisme français. En décembre 46 c'est l'attaque des troupes françaises qui reprend possession du Vietnam et contraint les nationalistes à la lutte armée à Hanoï qui est occupée par l'armée française.</p> <p>Documents sur la situation insurrectionnelle au Vietnam :</p> <p>Extraits de « Staliniens et trotskystes au Vietnam » John Sharpe : « Les journées d'août</p> <p>« Le 16 août 1945, les nouvelles de la défaite du Japon parvinrent en Indochine. Le lendemain, le commandement japonais proclamait l'indépendance de l'Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge). La rapidité de la reddition surprit tout le monde. Cependant, le Viet Minh avait déjà convoqué un congrès qui formait le jour même un Comité populaire de libération nationale, sorte de gouvernement provisoire. Partout, ils se dépêchèrent d'occuper le vide du pouvoir, en s'emparant simplement de l'appareil du pouvoir colonial franco-japonais. Les troupes du Viet Minh occupèrent rapidement Hanoï sans opposition de la part des Japonais. Désirant d'éviter toute apparence de révolution, le Viet Minh demanda et reçu l'abdication officielle de Bao Daï, l'empereur traditionnel, qui devint du coup « conseiller politique suprême » du nouveau gouvernement. Dans un geste très significatif, Ho rédigea (conjointement avec les conseillers américains) une Déclaration d'Indépendance, qui commence en citant la Déclaration d'Indépendance américaine et la Déclaration des droits de l'homme française, deux documents clefs des révolutions bourgeoises. Selon la théorie stalinienne de la révolution par étapes, parler de socialisme à ce stade aurait été prématuré, puisque la première tâche était la défaite des féodaux et de l'impérialisme. La réalité de cette « théorie » avait été révélé un mois avant par l'appel de Ho à la France pour une indépendance au sein de l'Union française « dans au moins cinq ans et au plus dix ans » et par l'accord signé à Hanoï au début de 1946 en vue du retour des troupes françaises ! Au Sud Vietnam, la situation évolua différemment du fait de la faiblesse relative des staliniens. Le 19 août, les travailleurs de Ban Co, quartier de Saïgon, formaient le premier Comité du peuple du sud Vietnam. Le jour suivant, un comité similaire du quartier Phu Nhuan de Saïgon, le plus important quartier ouvrier de la ville, occupa le pouvoir gouvernemental. En même temps, les paysans se soulevaient dans les campagnes, brûlant les villas des grands propriétaires ainsi que plusieurs entreprises rizicoles, le 19 août dans la province de Sadec. Dans la seule province de Long Xuyen, plus de deux cents représentants du gouvernement et policiers furent tués par les paysans dans les premiers jours qui suivirent la reddition du Japon. Le 21 août, le Front National Uni appela à une manifestation qui attira plus de 300.000 participants. Hoa Hao et Cao Daï marchaient derrière le drapeau de la monarchie suivis d'un groupe de 100.000 manifestants. Les trotskystes la Ligue Communiste Internationale représentait l'autre pôle important de la manifestation. Derrière une large banderole de la Quatrième Internationale venaient des pancartes et des drapeaux avec les principaux slogans de la LCI : « A bas l'impérialisme ! », « Longue vie à la révolution mondiale ! », « Front des ouvriers et des paysans ! », « Formons partout des comités du peuple ! », « Assemblée populaire ! », « Armement du peuple », « nationalisation des usines sous le contrôle des travailleurs ! », « Gouvernement ouvrier et paysan ». Quand la bannière de la quatrième internationale apparut, des centaines et des milliers de travailleurs, qui n'avaient pas oublié le mouvement révolutionnaire de 1930, se rassemblèrent derrière, embrassant de vieux amis. (…) En quelques heures, les manifestants d'ICL se montèrent à 30.000. Face à la montée du mouvement de masse, les staliniens du Viet Minh s'empressèrent de prendre le pouvoir. Leur première tactique consista à se présenter comme les représentants légitimes des forces alliées victorieuses. Ainsi, dans la proclamation du Viet Minh du 23 août, Tran van Giau, le dirigeant des staliniens du sud, proclama : « Nous nous sommes battus durant cinq années aux côtés des démocraties alliées… » La nuit précédente, Giau avait envoyé un ultimatum au Front National Uni, le sommant de se dissoudre et remettre ses postes administratifs au Viet Minh. Le lendemain, le Front National Uni se dissolvait et rejoignait le Viet Minh. (pour couronner la trahison du groupe La Lutte qui avait organisé le Front National Uni en tant que « front populaire « trotskyste », il leur fut accordé un siège au « Comité du sud » du Viet Minh, le 10 septembre 1945 !)</p> <p>La LCI n'était pas inactive durant cette période, mettant en place une imprimerie, éditant des bulletins adressés à la population toutes les trois heures et formant des unités militaires, comme étape vers l'armement des travailleurs.</p> <p>Mais les staliniens étaient plus rapides. Le 25 août, à 5 heures du matin, le Viet Minh faisaient un coup d'état sans verser une goutte de sang occupant l'hôtel de ville et les commissariats. Agissant dans le dos des masses et avec l'aide de la bourgeoisie nationaliste (Hoa Hao, Cao Daï, VNQDD), les staliniens s'emparèrent simplement de l'appareil d'état en place et installèrent un nouveau régime bonapartiste bourgeois.</p> <p>Ensuite, les staliniens appelèrent à une manifestation monstre avec plus d'un million de participants. Plus de trente associations politiques étaient présentes, mais les forces le plus remarquables étaient celles des staliniens et de la LCI. Lors de l'effondrement de l'administration japonaise, les forces de police elles-mêmes se divisèrent en deux camps, la majorité soutenant le Viet Minh, mais une minorité se plaçant sous la bannière de la quatrième internationale ! La délégation de la LCI à la manifestation était nettement plus petite cette fois (2000 manifestants seulement) que lors de la précédente, mais cette fois ceux qui soutenaient la LCI étaient venus avec des contingents de leurs syndicats. (…) Deux jours après le coup d'état, Nguyen Van Tao, devenu ministre de l'intérieur du régime Viet Minh, lança un défit menaçant : « Celui qui encouragera les paysans à s'emparer des propriétés foncières sera puni sévèrement et sans pitié… Nous n'avons pas encore lancé une révolution communiste qui apporterait une solution au problème agraire. Ce gouvernement est seulement un gouvernement démocratique ( !), et de ce fait il ne peut pas prendre en charge cette tâche. Je le répète, notre gouvernement est démocratique bourgeois même si les Communistes sont au pouvoir. » On ne pouvait pas être plus clair ! (…) Suite à une conférence de presse de Tao, le Viet Minh lança une campagne anti-trotskyste incessante dans la presse accusant la quatrième internationale de semer le désordre. Le 1er septembre, Tran Van Giau déclara : « Ceux qui incitent le peuple à s'armer seront considérés comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'indépendance nationale. Nos libertés démocratiques seront garanties et assurées par les démocraties alliées. »</p> <p>Pendant qu'Ho Chi Minh lisait la Déclaration d'Indépendance à Hanoï, le Viet Minh du sud organisait une démonstration le 2 septembre pour accueillir les troupes britanniques qui arrivaient. Plus tard dans l'après-midi du 2 septembre, plus de 400.000 personnes se joignaient à une démonstration pacifique allant à la cathédrale. Alors qu'un prêtre connu comme sympathisant des Vietnamiens parlait sur les marches de la cathédrale, des tirs partirent et il fut tué. La foule courut se protéger mais 150 personnes furent blessées. Des émeutes éclatèrent avec des attaques des colons français responsables de crimes. Nombre de Français furent arrêtés mais immédiatement relâchés par Duong Bach Mai, qui publia une déclaration « déplorant des excès qui ont été commis ».</p> <p>En réponse aux événements du 2 septembre, staliniens et trotskystes émirent deux appels clairement opposés. Alors que les troupes anglaises sous la direction du général Gracey étaient attendues d'un jour à l'autre, le Viet Minh proclamait : « Dans l'intérêt de la nation, nous appelons chacun à avoir confiance en nous et à ne pas se laisser égarer par des gens qui trahissent notre pays. C'est seulement de cette manière que nous pourrons faciliter nos relations avec les représentants des Alliés. » (tract du 7 septembre 1945) A l'opposé, la LCI déclarait : « Nous, communistes internationalistes, n'avons aucune illusion sur la capacité d'un gouvernement Viet Minh, du fait sa politique de collaboration de classe, de se battre victorieusement contre l'invasion impérialiste qui va avoir lieu dans les prochaines heures. Cependant, s'il s'engage à défendre l'indépendance nationale et les libertés populaires, nous n'hésiterons à l'y aider et à le soutenir par tous les moyens possibles de la lutte révolutionnaire. Mais, par contre, nous devons répéter que nous maintiendrons l'absolue indépendance de notre parti vis-à-vis du gouvernement et des autres partis, car l'existence même d'un parti qui se revendique du bolchevik-léninisme dépend entièrement de son indépendance politique. » (Communiqué du 4 septembre 1947) Sous l'influence de la LCI, durant les trois mois après le 16 août, plus de cent cinquante comités du peuple (To Chuc Uy Banh Hanh Dong) ont été mis en place au Nam Bo (Vietnam du sud), dont approximativement cent dans la région Saïgon-Cholon. Un Comité central provisoire composé de neuf membres (qui sera ensuite porté à 15) est formé après les manifestations du 21 août. La question du rôle historique de ces « comités du peuple » est d'une importance cruciale pour le courant révolutionnaire trotskyste. Dans la revue « Quatrième internationale », un article signé Lucien (pseudonyme d'un leader vietnamien de la LCI) écrivait : « La LCI dirigeait les masses par l'intermédiaire des comités du peuple… Malgré sa faiblesse numérique, la LCI réussit, pour la première fois dans l'histoire de la révolution indochinoise, la tâche historique grandiose de création de comités du peuple, c'est-à-dire de soviets. » La LCI et les comités du peuple proposèrent concrètement une politique d'opposition à la bourgeoisie. Ainsi, les comités du peuple ne donnèrent aucun soutien politique au gouvernent bourgeois du Viet Minh, quand il appelait (hypocritement) à un bloc militaire contre l'invasion des troupes alliées (ce que le Viet Minh rejetait en réalité puisque sa politique consistait à « accueillir » les Alliés). La LCI appela à l'armement des masses travailleuses et commença à prendre des premières mesures pour le mettre en pratique. Les slogans de la LCI ne se bornèrent pas à appeler à une révolution « démocratique » limitée à l'indépendance nationale, mais appelèrent aussi à l'expropriation de l'industrie sous contrôle ouvrier.</p> <p>Néanmoins, le terme même de comités « du peuple » obscurcissait la nécessité d'une mobilisation indépendante du prolétariat, organisé de manière séparée sur des bases de classe. Bien que l'alliance avec la paysannerie et une partie de la petite bourgeoisie urbaine contre l'impérialisme et les propriétaires semi-féodaux était d'une brûlante nécessité, cette alliance devait être fondée avant tout sur l'organisation indépendante du prolétariat. Dans des pays où la paysannerie domine numériquement, la mobilisation indissociée « du peuple » garantit qu'une petite bourgeoisie instable dominera les travailleurs. L'alliance nécessaire entre soviets de travailleurs et soviets de paysans doit viser à détruire l'Etat bourgeois et à son remplacement par un Etat ouvrier.</p> <p>Ces considérations générales avaient des conséquences pratiques immédiates. Alors que les comités du peuple repoussaient l'ultimatum du Viet Minh leur intimant de se subordonner au régime bonapartiste, l'opposition de classe entre les deux pouvoirs n'apparaissait pas toujours clairement aux masses. Les comités du peuple, spécialement à Saïgon, étaient essentiellement des organes du pouvoir ouvrier, alors que le comité du sud du gouvernement du Viet Minh était un front populaire basé sur l'Etat bourgeois en place. Mais aux yeux des masses, cela apparaissait simplement comme une différence entre deux gouvernements « du peuple », un dominé par les staliniens et l'autre par les trotskystes. Le clash violent était inévitable entre ces deux pouvoirs, mais en appelant à la formation de « comités du peuple », la LCI échouait à préparer politiquement les masses à la bataille à la bataille imminente.</p> <p>Le clash inévitable prit rapidement forme. Le 7 septembre, Giau publia un décret ordonnant le désarmement de toutes les organisations non-gouvernementales. Toutes les armes devaient être rendues à la « garde républicaine » du Viet Minh. Cela concernait les sectes religieuses mais aussi les « organisations de la jeunesse d'avant-garde » et les groupes d'autodéfense basés dans les usines qu'avaient fondé les trotskystes. Le plus important de tous ces groupes était la milice ouvrière organisée conjointement par les travailleurs du dépôt de bus de Go Vap et par la LCI. Cette milice lança un appel à tous les travailleurs de Saïgon-Cholon de s'armer eux-mêmes en vue de la lutte contre l'invasion imminente des anglo-français.</p> <p>Les troupes anglaises et indiennes sous les ordres du général Gracey arrivèrent à Saïgon le 10 septembre. Le long de la route vers l'aéroport, le Viet Minh a placé des pancartes et des banderoles avec des slogans souhaitant la bienvenue aux Alliés. A l'Hôtel de ville, flottent les drapeaux alliés aux côtés du drapeau du Viet Minh. Le « Comité du sud », du Viet Minh se réunissait à l'intérieur, continuant son travail administratif pendant que les troupes anglaises s'occupaient de supprimer leur pouvoir sur la ville. Le général Gracey qui quelques semaine plus tôt déclarait : « La question du gouvernement de l'Indochine est exclusivement une question française. », supprima la presse vietnamienne, proclama la loi martiale et imposa un strict couvre-feu. Toute manifestation était interdite, ainsi que le port d'armes, y compris des bâtons de bambous.</p> <p>Le 12 septembre, les comités du peuple et la LCI publiaient conjointement un manifeste dénonçant la politique traîtresse du gouvernement Viet Minh. Le mécontentement populaire était sensible dans les quartiers ouvriers. Devant la probabilité d'une insurrection ouvrière, le Viet Minh se prépara à y faire face. A 4 heures du matin, le 14 septembre, Duong Bach Mai, le chef stalinien de la police, envoya un détachement de la Garde républicaine encercler le local des comités du peuple qui était en réunion. Les trotskystes se contentèrent de se rendre à ces bouchers, ce qui est incroyable !</p> <p>La LCI le raconte en ces termes : « Nous nous sommes conduits comme d'authentiques militants révolutionnaires. Nous nous sommes laissés arrêter sans violence contre la police, bien que nous soyons plus nombreux et bien armés. Ils nous enlevèrent nos fusils et nos pistolets. Ils saccagèrent nos bureaux, détruisant le matériel, déchirant nos drapeaux, cassant nos machines à écrire et brûlant nos papiers. »</p> <p>En agissant ainsi, les dirigeants de la LCI firent leur propre perte et celui de la révolution vietnamienne. Derrière cette capitulation, il y avait une grave incompréhension de la vraie nature du stalinisme. Il est vrai que dans les années trente, les leaders de l'Internationale communiste du Vietnam sud maintinrent un bloc de longue durée avec le groupe La lutte et eurent une politique plus « à gauche » que Ho. (…) Cette situation est présentée par les staliniens comme une déviation droitière de leur parti au sud et comme une sous-estimation du danger trotskyste et sur le caractère sans principe d'une coopération avec les trotskystes dans la période des fronts populaires. Parmi les dirigeants trotskystes qui ont été victimes de ce coup de force stalinien, il y a Lo Ngoc, membre du comité central de la LCI, Nguyen Van Ky, dirigeant ouvrier de la LCI, et Nguyen Huong, jeune dirigeant des milices ouvrières.</p> <p>Le 22 septembre, les Anglais avaient suffisamment fortifié leur position pour tenter de mesurer leur rapport de force. Les Anglais ont repris la prison de Saïgon, pendant que les troupes françaises du 11e régiment d'infanterie coloniale étaient réarmées. Les colons français sont devenus sauvages à partir de ce jour, arrêtant, frappant, tuant d'innombrables Vietnamiens. Dans la nuit suivante, les troupes françaises occupèrent plusieurs postes de police, la poste, la banque centrale et l'hôtel de ville, le tout sans aucune résistance armée. A l'annonce de cette nouvelle dans les quartiers ouvriers, un mouvement spontané de résistance a éclaté. Le Viet Minh se disait opposé « aux violences », et essayait plutôt de proposer « des négociations » avec le général Gracey. Dans les quartiers périphériques, des arbres ont été abattus, des véhicules renversés et du matériel amoncelé pour former des barricades grossières. Pendant ce temps, les travailleurs des quartiers ouvriers (Khanh Hoi, Cau Kho, Ban Co, Phu Nhuan, Tan Dinh et Thi Nghe) étaient complètement aux mains des insurgés. Dans certaines zones, des Français ont été tués dans des explosions de haine raciale, résultat de 80 ans de domination coloniale brutale. (…) Les forces insurgées paradaient dans les rues principales du centre ville.</p> <p>Le plus important contingent armé de l'insurrection était la milice ouvrière du dépôt de bus de Go Vap, une force armée de 60 combattants. Les 400 travailleurs de la compagnie étaient connus pour leur intervention militante dans la classe ouvrière. Alors qu'ils étaient encore affiliés à la fédération syndicale stalinienne, ils refusèrent la dénomination de Cong Nhan Cuu Quoc (« Travailleurs qui sauvent la patrie »), et refusèrent de porter le drapeau du Viet Minh (étoile jaune sur fond rouge), disant qu'ils voulaient se battre exclusivement sous le drapeau rouge de la classe ouvrière. Leur force fut organisée en groupes de choc de onze membres, dirigée par des responsables élus, sous la direction générale de Tranh Dinh Minh, un jeune dirigeant de la LCI et romancier venu de Hanoï. Faisant face à l'opposition conjointe des Alliés et de la police du Viet Minh, la milice ouvrière de Go Vap tenta un repli vers la zone de la plaine de joncs. Après plusieurs batailles contre les troupes françaises et indiennes, ils atteignent un point de regroupement, où ils purent établir un contact avec des paysans pauvres. Ayant déjà perdu vingt hommes, et ayant vu leur dirigeant Minh le 13 janvier 1946 dans une bataille contre les forces impérialistes, la milice fut finalement écrasée et nombre de ses membres frappés à mort par des bandes du Viet Minh. (…)</p> <p>Giau se préoccupait avant tout de ses négociations avec les Anglais. Une trêve fut annoncée le 1er octobre, mais dès le 5 octobre, le général Leclerc et le corps expéditionnaire français arrivaient et agissaient rapidement pour « rétablir l'ordre » et « construire une Indochine forte au sein de l'Union française ». La trêve le plus beau cadeau que les forces alliées française et anglaise pouvaient recevoir (du Viet Minh) comme trahison honteuse des masses insurgées. Pendant que le Viet Minh continuait sa politique visant à apaiser les Alliés, autorisant le libre passage aux troupes anglaises et japonaises au milieu de la zone rebelle, les troupes françaises et indiennes attaquaient au nord-est, cassant ainsi le blocus de la cité par l'insurrection. Au lieu de s'en tenir à la défensive, les staliniens concentraient leurs attaques en vue d'éliminer les trotskystes. Ayant éliminé la LCI et les dirigeants des comités du peuple le 14 septembre, ils se tournèrent contre le groupe La Lutte et encerclèrent son siège dans le quartier Thu Duc, ils arrêtèrent l'ensemble du groupe et les enfermèrent à Ben Suc. Là, ils furent tous fusillés (par le Viet Minh), à l'approche des troupes françaises. Parmi ceux qui furent assassinés ainsi se trouvaient Tran Van Trach (élu conseiller municipal de Saïgon aux élections de 1933), Phan Van Hum, Nguyen Van So et dix autres militants révolutionnaires. Peu après, le Viet Minh fut forcé de quitter Saïgon.</p> <p>Dans le nord, Ho suivait la même politique de capitulation face aux forces alliées, dans ce cas aux Chinois et aux Français. Cependant, cela prit beaucoup plus de temps qu'au sud, car les troupes chinoises arrivèrent seulement fin septembre, laissant au Viet Minh le temps de consolider son pouvoir. Aussi, le Vietminh avait sa propre zone de guérilla armée au nord, et les Chinois n'étaient pas activement opposés à un Vietnam indépendant. Dans la ligne de sa politique d' »ouverture » de la coalition pour y inclure les nationalistes bourgeois et les leaders catholiques, Ho décréta en novembre la liquidation complète du parti communiste indochinois. La déclaration du Comité central affirmait que « afin d'accomplir la tâche du Parti … en vue d'une union nationale sans distinction de classes, de partis est un facteur indispensable » et que ce geste a été fait pour montrer que les Communistes « sont toujours disposés de placer les intérêts de leur pays au dessus de ceux de classe, et de renoncer aux intérêts du Parti pour servir ceux du peuple vietnamien. »</p> <p>A cette époque, cependant, l'opposition était toujours forte au Nord. Le groupe La Lutte publiait à ce moment un quotidien à Hanoï, Tran Dao (La Lutte), qui avait une diffusion de 30.000 exemplaires à la fin 1945. Un courrier du secrétariat de la Quatrième Internationale à ce moment parlait d'un groupe La Lutte bien organisé mais persécuté dans le nord. Conduit par Ta Thu Thau, ancien dirigeant des éditeurs du Tonkin dans les années 1937-38, il tenait de grands meetings et publiait de nombreux ouvrages en plus de son quotidien. (…) Ta Thu Thau fut arrêté par le Viet Minh au cours d'un voyage vers le sud. Jugé trois fois par des comités du peuple locaux, il faut acquitté trois fois, un tribut à la réputation des trotskystes à cette époque. Finalement, il fut simplement fusillé à Quang Ngai, en février 1946, sur ordre du dirigeant stalinien du sud Tran Van Giau. (…)</p> <p>Ayant liquidé physiquement tous les dirigeants trotskystes au Vietnam, Ho pouvait maintenant conclure un « marché » avec le gouvernement français (qui comportait François Billoux comme ministre de la Défense !) L'accord préliminaire entre la France et la. « République Démocratique du Vietnam » signé à Hanoï le 6 mars prévoyait notamment que « le gouvernement du Vietnam se déclarait prêt à recevoir amicalement les forces armées françaises. » et à accepter le stationnement de 15.000 hommes des troupes françaises au nord du 16e parallèle. Le sens de l'accord était une indépendance limitée sous l'égide de l'Union française. » (extraits de « Workers vanguard » - Ligue spartakiste)</p> <p>Exposé du militant trotskyste vietnamien Ngo Van</p> <p>« Rappelons qu'après la défaite française en Europe, les Japonais occupèrent l'Indochine et, en accord avec Vichy, conservèrent l'appareil administratif et répressif français, avec un nouveau gouverneur colonial désormais à leur service. La politique des Japonais tendit à éliminer la tendance stalinienne et à rechercher un compromis de collaboration avec les tendances nationalistes et les sectes ; en 1942, le "bonze fou" exilé au Laos fut libéré par eux et lorsque, le 9 mars 1945, les Japonais eurent mis fin au gouvernement colonial français, ils armèrent les adeptes de ces deux sectes, espérant les utiliser comme auxiliaires militaires en cas de débarquement américain.</p> <p>Revenons aux staliniens et à leurs activités, jusqu'à la prise du pouvoir en 1945. Hô chi Minh, qui vivait en Chine, dans le Kouang si, réunit en mai 1941, un congrès qui groupa des éléments vietnamiens de toutes provenances et forma avec eux, sous l'étiquette peu compromettante de Viêtminh (abrégé de Viêtnam dôc-lâp dông-minh, Ligue pour l'Indépendance du Viêtnam une organisation dont la direction effective appartenait à ses propres partisans.</p> <p>Les généraux chinois du Kuomingtang réunirent une seconde conférence des réfugiés politiques vietnamiens en Chine, le 4 octobre 1942 à Lieou-tcheou, dans le but d'écarter la tendance communiste et mirent sur pied le Dông-minh hôi, Association pour la Libération Nationale, présidé par le vieil émigré prochinois Nguyen-hai Thâ ; Hô chi Minh fut emprisonné pour 18 mois. Cependant, au Congrès de Lieou-tcheou de mars 1944 au cours duquel fut élaboré le programme d'un "gouvernement républicain provisoire du Viêtnam", le Viêtminh était représenté, il avait un portefeuille. Ce programme consistait en deux points : liquidation de la domination française et japonaise, indépendance du Viêt-nam avec l'aide du Kuomingtang ; tandis que les nationalistes de ce gouvernement restaient en Chine où ils attendaient que l'intervention du Kuomintang leur assurât le pouvoir au Viêt-nam, le groupe de Hô chi Minh, sous la bannière du Viêtminh, rentra au Tonkin et s'établit dans la région de Thai-nguyen. Lorsque le coup de force japonais du 9 mars 1945 mit un terme à l'autorité française en Indochine, le Viêtminh se trouva pratiquement maître du Haut pays. S'orientant politiquement vers les alliés (Russie, Chine nationaliste, Grande Bretagne, États Unis), Hô chi Minh organisa quelques escarmouches contre les Japonais, prit contact avec les Américains à Kun-ming, et en obtint des armes pour lutter aux côtés des alliés. Après la capitulation des Japonais le 15 août 1945, le groupe de Hô chi Minh (le Viêtminh) était déjà une force militaire organisée.</p> <p>Août 1945. Avènement de Hô chi Minh</p> <p>Nous examinerons ici la situation qui permit la prise du pouvoir par Hô chi Minh et ses partisans du Viêtminh en août 1945. Les premiers coups de canon inaugurant en Europe la "continuation de la politique" des puissances par le sang des esclaves, ouvrirent à l'impérialisme japonais, en pleine guerre de conquête de la Chine depuis 1937, la perspective de réaliser le plan de la Grande Asie de Tojo, par l'éviction des anciens maîtres occidentaux du sud-est asiatique. En 1940 sur le refus des Français de laisser pénétrer leurs troupes au Tonkin, les Japonais passèrent à l'attaque à Lan-son et Dong-dang dans la nuit du 22 septembre et débarquèrent à Haiphong le 24, après avoir bombardé le port. Ainsi débuta l'occupation japonaise de l'Indochine ; elle conserva l'appareil administratif colonial français ayant à sa tête un amiral de Vichy qui collabora dans une grande mesure avec l'état-major japonais. Le pillage systématique des produits du pays pour les fins de guerre plongea la population dans une misère accrue ; les masses paysannes vécurent plus que jamais dans le dénuement. Bombardements américains, typhons, froid exceptionnel, firent culminer le désastre dans la grande famine de mars à mai 1945, avec environ un million de morts dans le nord, jusque dans les rues de Hanoi.</p> <p>Dans le sud du pays, les sectes religieuses persécutées par les Français entrevoient un espoir dans le Japon : les cao-daïstes, dont le pape Pham cong Tac vivait exilé à Nossi-lava (Madagascar) comptent sur le retour du prince Cuong-dê réfugié au Japon ; les fidèles du "bonze fou", les Hoa-hao, obtiennent des Japonais en 1942 le retour de leur maître Huynh phu Sô qui avait été exilé au Laos par les Français. Des groupes nationalistes pro-japonais se forment dès 1943 et leurs membres sont utilisés dans les services japonais de propagande et de gendarmerie.</p> <p>Dans le nord, vers 1943, dans la région montagneuse de Tuyên-quang, voisin de la frontière chinoise, Hô chi Minh organise son foyer de guérilla, se met en contact avec les Américains pour leur demander des armes, se proclamant aux côtés des "alliés démocratiques" "contre le fascisme japonais" ; son "armée populaire" est officiellement instituée dans le maquis à partir du 22 décembre 1944. Devant l'offensive américaine dans le Pacifique et la menace de débâcle de l'axe Berlin-Tokio-Rome, le japonais, par un coup de force, mettent fin à l'autorité des Français sur toute la péninsule à partir du 9 mars 1945. Les troupes françaises sont désarmées et cantonnées dans leurs casernes, les dirigeants emprisonnés ou mis à mort ; la population est rassemblée et strictement contrôlée. Les Japonais font proclamer l'indépendance par l'empereur Bao-daï et constituer par Trân trong Kim un "gouvernement national" à Huê le 2 mars. Le couvercle de plomb qui pesait sur le pays s'est fissuré. Les masses populaires se sentent soulagées deux brigands vous pillent et l'un est tombé sous les coups de l'autre, prises du sentiment de contentement de l'impuissant, de l'illusion qu'avec "l'indépendance nationale", quelque chose de positif va se produire dans leur condition. Les policiers arrogants du régime français n'apostropheront plus dans les rues de Saigon, pour vérification de leur carte d'impôt personnel (giây thuê thân) les ouvriers et employés se rendant au travail ; on n'entendra plus les colons français menacer de coups de pied au cul les coolies-pousse qui réclament leur dû. Les membres des groupes nationalistes pro-japonais reçoivent les postes clés de l'administration. La jeunesse du pays, des villes et des villages, est organisée paramilitairement afin de servir de force auxiliaire à l'armée japonaise en cas de débarquement américain ; ce mouvement est connu sous le nom de Jeunesse d'avant-garde (Thanh-niên tiên-phong). Les cao-daïstes forment leurs groupes armés tandis que les Hoa-hao forgent des armes blanches en "attendant les événements", c'est-à-dire l'occasion de prendre le pouvoir. Les militants du groupe stalinien qui ont échappé à la répression ou ont été libérés des camps de concentration après le 9 mars, travaillent en quelque sorte mobilisée par "le gouvernement national" et les paysans et noyautent la Jeunesse d'avant-garde. Tout ce bouillonnement politique dans le sud durant les cinq mois qui précèdent la défaite des Japonais échappe à leur contrôle, tandis que dans les régions du Haut-Tonkin s'étend la zone des groupes armés de Hô chi Minh ; eux aussi attendent les "événements".</p> <p>Les bombes de Hiroshima et de Nagasaki suivies de la capitulation du Japon le 15 août 1945, marquent une autre ère sanglante pour ce coin d'Asie destiné par les puissances impérialistes (accord de Postdam entre Staline, Churchill et Roosevelt) à être occupé au nord du 17e parallèle par les troupes chinoises, et au sud, par les troupes anglaises. Le nouveau partage du monde efface de la carte indochinoise l'impérialisme français et les Américains comptent, par le truchement des Chinois, de Tchang-Kaï Chek, inclure le nord Viêt-nam dans leur zone d'influence au sud-est asiatique.</p> <p>Devant le vide politique créé par la reddition japonaise et devançant les troupes chinoises qui allaient ramener avec elles les nationalistes prochinois du Dong-minh-hôi et du Viêtnam quôc dân dang, Hô chi Minh réunit ses partisans au village de Tântrao (province de Thai-nguyên) et créa un Comité de libération nationale du Viêt-nam (Uy-ban giai-phong dân-tôc Viêtnam) dont la majorité se composait d'une dizaine d'anciens membres du PC. Ainsi rompit-il avec le "gouvernement en exil" en Chine, donc avec les nationalistes prochinois. Après quelques manifestations spectaculaires organisées par ses émissaires à Hanoi, Hô chi Minh y fit son entrée à la tête de son "armée populaire" vers août. Le représentant à Hanoi du gouvernement pro-japonais de Bao-Daï, Phan kê Toai, se retira sans ambages. Ainsi se constitua le pouvoir de facto du Viêtminh dans l'indifférence des Japonais qui avaient reçu des alliés la mission de maintenir l'ordre jusqu'à l'arrivée des troupes chinoises. On dit même que les Japonais relâchèrent les quelque quatre cents prisonniers politiques enfermés dans les bâtiments de la Shell et réclamés par le Viêtminh et qu'ils les laissèrent s'emparer des armes. En même temps, des "comités populaires" prirent le contrôle de l'administration dans les provinces et les mandarins disparurent ou se soumirent. Un gouvernement provisoire Viêtminh fut formé à Hanoi le 25 août, présidé par Hô chi Minh ; à Huê, après la démission du gouvernement Trân trong Kim, Bao-daï abdiqua et fut choisi par Hô chi Minh comme "conseiller suprême".</p> <p>Que s'est-il passé dans le sud du pays après le 15 août ? À Saigon la même absence de pouvoir que dans le nord se fit sentir : les troupes japonaises semblaient frappées d'immobilité en attendant l'arrivée des Anglais, tandis que les Français désarmés depuis le 9 mars attendaient leur "libération" et leur retour au pouvoir. Les partisans de Hô chi Minh (quelques émissaires venus du Tonkin rejoignent le groupe stalinien de Cochinchine), en pleine ville, circulent dans des voitures munies de haut-parleurs en criant : "défendez le ViêtMinh" (ung-hô Viêt minh) Viet Minh, mot inconnu jusqu'alors à Saigon et qui avait tout l'attrait du mystère puis, ils distribuent des tracts, se proclament "aux côtés des alliés Russie, Chine, Angleterre, États Unis pour l'Indépendance". Après une manifestation Viêtminh d'essai organisée le 18 août dans les rues de Saigon, et en l'absence de réaction japonaise, ils appellent à une manifestation générale pour le 20. Pour la première fois dans la vie politique du pays, de véritables masses humaines s'assemblent comme des fourmis dès le matin et emplissent le boulevard Norodom, depuis le jardin botanique jusqu'au palais du gouverneur, puis en ordre, défilent à travers les artères importantes en scandant les mots d'ordre : "À bas l'impérialisme français (Da-dao dê-quôc phap) ! Vive l'Indépendance du Viêt-nam (Vietnam hoàn dôc-lâp) ! Défense du Front Viêtminh !...". Drapeaux et banderoles flottant au-dessus de cette armée mouvante indiquent la présence de la Jeunesse d'avant-garde, la veille encore organisation pro-japonaise, des paysans conduits par des militants staliniens et venus des alentours de Saigon, des ouvriers de Saigon-Cholon, des cao-daïstes, des bouddhistes de diverses sectes encadrés par leurs bonzes, des Hoa-hao, des militants des groupes trotskistes La Lutte et la Ligue des communistes internationalistes. Certains manifestants sont armés de bâtons de bambou. On remarque des banderoles avec des inscriptions insolites "groupe d'assassinat d'assaut (Ban am-sat xung-phong)" arborées par des hommes aux torses nus et tatoués, porteurs d'armes blanches et de vieux fusils. La police vietnamienne au service de l'occupant ne sait plus où prendre les ordres : elle reste impassible devant le défilé à travers la ville en grève, et la foule ne se disperse que dans l'après-midi. Cette manifestation, dont l'initiative appartint au Viêtminh est la tactique classique préparatoire à la prise du pouvoir, elle figure le sceau de l'approbation générale. En réalité chacun est descendu dans la rue avec un espoir différent. Seul sentiment commun mais tout puissant : ne plus voir les Français au pouvoir, vivre la fin du régime colonial.</p> <p>Du premier éveil de ces masses depuis toujours dans les "menottes et les baillons" émane une tension électrique dans un calme insolite, ce calme préoccupant qui précède la tempête. Toute contrainte est rompue et tout le monde semble vivre un instant de totale liberté, où l'absence de l'État, la carence de la police permet à chacun de se préparer à sa guise à l'éventualité d'un combat terrible. Que l'obscurité à l'horizon d'un changement fondamental ! À Yalta, à Postdam, Roosevelt, Churchill et Staline, ont décidé de notre sort, nous nous jetterons pourtant corps et âme dans un sans lendemain. Devant la perspective de l'arrivée imminente des troupes anglaises, devant la menace du retour de l'ancien régime colonial, l'envoyé spécial de la "France Nouvelle" le colonel Cédile, est déjà à Saigon au palais du gouverneur général , tous les hommes décidés cherchent à se procurer des armes ; chacun vit dans la même atmosphère explosive.</p> <p>Avec la rapidité de l'éclair, les événements vont se dérouler en ces moments cruciaux de crise générale. Les groupes nationalistes et sectes qui furent pro-japonais restent armés, mais incapables d'initiative : avec la chute du Japon, leur temps est révolu. Le Viêtminh politiquement renforcé par l'avènement de Hô chi Minh à Hanoi et ayant déjà en main le mouvement de la Jeunesse d'avant-garde dont les dirigeants se sont ralliés, fort aussi de la manifestation monstre du 20 dans laquelle il voit l'approbation des masses à sa politique de collaboration avec les "alliés" pour l'indépendance nationale, va imposer son gouvernement.</p> <p>Bientôt en effet, apparaît sur les murs de la ville une proclamation signée du Comité exécutif provisoire du sud (Uv-ban bành-chanh lâm-thoi Nam-bô). Le comité appelle la population à se mettre derrière lui en vue d'obtenir l'indépendance du pays par la négociation avec les "alliés" et promet la formation d'une république démocratique parlementaire. En même temps que cette affiche annonce la "prise du pouvoir" par le Viêtminh, la liste des membres du gouvernement provisoire présidé par le stalinien Tran van Giau est dressée devant l'Hôtel de ville de Saigon affichée sur une imposante colonne couverte d'étamine rouge ; Nguyen van Tao, autre stalinien, ancien conseiller municipal de Saigon, est désigné pour l'intérieur ; pour donner à leur comité une allure d'union nationale acceptable par les alliés impérialistes dans une éventuelle négociation, les staliniens se sont assuré la collaboration gouvernementale d'un médecin, de quelques intellectuels non staliniens et même d'un propriétaire foncier. Le Comité Nam-bô siège à l'Hôtel de ville, gardé par des miliciens en uniforme blanc. La police et la sûreté se sont ralliées, les commissariats sont contrôlés par les camarades de Tran van Giau ; les pirates de Lê van Viên dit Bay Viên, sont embrigadés comme policiers et agents des futurs assassinats staliniens (on les connaissait depuis toujours sous les Français, sous l'appellation "bandes de Binh-xuyên", du nom d'un hameau situé entre Saigon et Cholon).</p> <p>L'activité du Comité Nam-bô s'étendit vers les provinces où il constitua ses propres comités provinciaux, qui prirent en main les comités populaires nés spontanément dans les villages, de l'ancienne Jeunesse d'avant-garde. L'arrivée de la commission alliée était annoncée pour le début de septembre. Dans les rues de Saigon flottaient d'immenses banderoles portant des inscriptions de bon accueil en anglais, en russe, en chinois et en vietnamien : "Welcome to the Allied Forces !...". Quelques actes spectaculaires marquèrent la volonté du Comité Nam-bô d'en finir avec la colonisation française : les rues de Saigon changèrent de noms ; la rue Catinat, artère de luxe de la ville, célèbre par ses locaux de la sûreté cachots et chambres de tortures fut baptisée rue de la Commune de Paris ; le boulevard Norodom s'appela boulevard de la République... Les statues des "héros" de la conquête (Évêque d'Adran tenant par la main le jeune prince Canh devant la cathédrale, amiral Rigault de Genouilly au bord de la rivière de Saigon, Bonnard devant le théâtre municipal) et autres monuments de l'ère coloniale furent détruits.</p> <p>Au matin du 2 septembre, un grand défilé officiel fut organisé par le Comité Nam-bô. La nouvelle milice armée en uniforme ouvrait la marche. Dans l'après-midi place de la cathédrale, quelques coups de feu tirés on ne sait d'où provoquent un déchaînement général ; les manifestants se ruent sur les maisons françaises et la manifestation se termine tard le soir avec des blessés et des tués de part et d'autre. Bientôt arrivent par avion les gurkhas de la 20e division indienne sous le commandement du général anglais Gracey. Dès son arrivée Gracey fait répandre sur la ville, par des avions de chasse japonais, des tracts proclamant qu'il charge les Japonais du maintien de l'ordre public et qu'il interdit à la population sous peine de punition sévère la détention de toutes armes. Une immense affiche reproduisant cette proclamation est collée sur les murs de la ville. Le ton hautain du militaire représentant les alliés équivaut à une mise en demeure adressée non seulement aux groupes armés des sectes religieuses qui détenaient des quantités d'armes japonaises mais également au Comité Nam-bô dont la milice armée est plus ou moins tenue pour responsable des "désordres" du 2 septembre. Gracey installe son quartier général au petit palais du gouverneur de la Cochinchine. Une activité fiévreuse anime groupes et sectes. Les Hoa-hao prennent l'étiquette de Parti social-démocrate (Dang dân-xa) et il semble qu'ils aient été invités ainsi que les cao-daïstes à quelques postes subalternes du ministère Viêtminh des affaires sociales. Les trotskistes du groupe La Lutte se prononcent pour le soutien du Viêtminh stalinien dans la phase de la lutte pour l'indépendance nationale et pour la formation d'une république démocratique, mais déclarent se réserver le droit de critique ; une autre tendance trotskiste dénonce comme illusion entretenue dans les masses la possibilité d'obtenir l'indépendance nationale par la négociation avec des brigands impérialistes dont le Viêtminh sollicite l'alliance ; préconisant l'armement du peuple (ce qui est contre la volonté de contrôle du Comité Nam-bô sur tous les groupes armés) et la préparation de l'insurrection armée contre le retour de l'ancien régime, ils regroupent quelques dizaines d'ouvriers et d'employés en un Comité populaire révolutionnaire (Uy-ban nhân-dân cach-mang) à Tân-dinh banlieue de Saigon ; un comité populaire semblable se forme à Biên-hoà à une trentaine de kilomètres de Saigon ; mais l'activité de tels comités, négation du pouvoir de facto stalinien, risque de faire tache d'huile et l'arrestation et l'incarcération de leurs membres par la police Viêtminh y met fin. Notons que les militants de Tân-dinh se laissent désarmer sans riposte car ils craignent qu'en tirant sur la police, ils n'arrivent qu'à nourrir l'accusation de provocation portée contre eux par les gens de l'Hôtel de ville, et restent incompris des masses. Les chefs des sectes également objets des recherches de la police, disparaissent avec leurs groupes armés. La répression Viêtminh vise déjà tous les opposants en puissance.</p> <p>À l'Hôtel de ville siège toujours le Comité Nam-bô auquel Gracey a accordé quelques contacts courtois sans reconnaissance officielle ; d'autre part Cédile qui manigance fiévreusement avec les Anglais pour "rétablir l'ordre colonial" a établi avec ce même Comité un dialogue de sourds. Le 17 septembre des tracts du Comité appellent à la grève générale contre le français et, toujours dans l'espoir d'une négociation possible avec les Anglais, recommande le calme à la population. Trois jours après, le 20, la presse vietnamienne est interdite par les Anglais et les proclamations du Comité sont lacérées et arrachées des murs de la ville. Le 22, les Anglais contrôlent la prison et réarment quelque mille cinq cents soldats français enfermés par les Japonais dans les casernes du deuxième RIC ; enfin dans la nuit du 22 au 23, les Français aidés des gurkhas réoccupent les commissariats de police, la Sûreté, le Trésor, la Poste. Le Comité Viêtminh quitte l'Hôtel de ville et se retire dans les environs de Cholon ; l'insurrection de Saigon éclate la nuit même.</p> <p>L'insurrection de Saigon de 23 septembre 1945</p> <p>Le Comité Viêtminh dans le but d'obtenir sa reconnaissance par les Anglais comme gouvernement de facto fit tout pour montrer son pouvoir et sa capacité de "maintenir l'ordre". Il ordonna par voie de presse la dissolution de tous les groupes armés et la remise des armes à sa propre police. La milice Viêtminh, appelée "garde républicaine (Cong-hoà-vê-binh)" eut avec cette police le monopole légal du port des armes. Étaient visés non seulement les sectes religieuses Cao-daï et Hoà-hao, mais aussi les comités ouvriers, la Jeunesse d'avant-garde et les groupes d'autodéfense, c'est-à-dire tous ceux qui se trouvaient hors du contrôle Viêtminh. Les trotskistes du groupe Tia-sang (l'Etincelle) devant la perspective imminente d'un affrontement inévitable avec les forces militaires anglaises et françaises, appellent par tracts à la formation de comités d'action populaires (tô-chuc-uy-ban hành-dông) et à l'armement du peuple (thiêt-lâp dân-quân) en vue de la constitution d'une assemblée populaire, organe de lutte pour l'indépendance nationale. Les ouvriers du dépôt de tramways de Go-vâp, à quelque huit kilomètres de Saigon, aidés des militants du groupe Tia-sang, organisent une milice et invitent les ouvriers de la région Saigon-Cholon à s'armer et à se préparer au combat.</p> <p>Le Comité Viêtminh avant de quitter la ville, fait coller partout des papillons la presse étant interdite et la loi martiale proclamée par Gracey dès le 22 invitant la population à se disperser à la campagne et à "rester calme car le gouvernement espère arriver à négocier". Une psychose d'insécurité règne dans la ville qui se vide peu à peu d'une partie de sa population vietnamienne. Dans la nuit du 22 au 23, les Français, réarmés et appuyés par les Gurkhas, réoccupant pratiquement sans résistance les commissariats de police, la Sûreté, la Poste, le Trésor, l'Hôtel de ville... La nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre, déclenche l'insurrection dans les quartiers populaires et les faubourgs de la ville. De partout, des détonations sèches déchirent la nuit : c'est l'explosion spontanée des masses. Personne ne peut avoir une vue globale d'événements de cet ordre. Nous recueillons ici les souvenirs de deux témoins plus ou moins acteurs dans le drame. Des arbres abattus, des véhicules renversés, du mobilier divers entassés dans les rues, telles sont les ébauches de barricades qui s'improvisent aussitôt pour empêcher le passage des patrouilles et le déploiement des troupes impérialistes. Les insurgés se tiennent cachés à proximité. Si le centre de la ville est sous le contrôle des Français secondés par les Gurkhas et les Japonais, la périphérie et les faubourgs (Khanh-hôi, Câu-kho, Bàn-co, Phu-nhuân, Tân-dinh, Thi-nghè...) habitat des pauvres, appartiennent aux insurgés : comités populaires, Jeunes d'avant-garde, garde républicaine, cao-daïstes... Les Français rencontrés sont abattus ; les fonctionnaires cruels de l'ancien régime, les policiers réputés tortionnaires repérés depuis longtemps par la population, sont mis à mort et jetés dans l'Arroyo chinois. Le racisme entretenu par quatre-vingts ans de domination, par le mépris de l'homme blanc à l'égard de l'homme jaune, marque de son sceau aveugle les violences populaires qui éclatent en ces heures critiques. Le massacre d'une centaine de civils français de la cité Héraud à Tân-dinh, le 25, en est une illustration douloureuse. La menace de certains Français, répandue en ville, de "faire la peau aux Annamites pour en tirer des sandales" s'est retournée contre tous les blancs.</p> <p>Des fouilles et des perquisitions systématiques dans le centre n'empêchent pas les insurgés de mettre le feu à la Compagnie du caoutchouc manufacturé, aux entrepôts, etc.... Dans la nuit du 23 au 24, le commissariat du port est attaqué sans résultat par les guérilleros. Le 24, les insurgés contre-attaquent : des groupes descendent la rue de Verdun et remontent le boulevard de la Somme, convergeant vers le marché ; dans la nuit, le marché brûle. Il n'y a plus à Saigon ni eau, ni électricité, ni ravitaillement et chacun vit dans une "ambiance de massacre et de famine". Tandis que chaque jour les Français tentent d'élargir le cercle de leur contrôle, des groupes armés divers s'organisent en guérilla tout autour de la ville. Le Comité Viêtminh déclare alors dans un tract : "les Français... prennent plaisir à assassiner notre peuple. Une seule réponse s'impose : appliquer le décret du blocus alimentaire. Les soldats français pris seront mis à mort". Il conserve cependant l'espoir de s'entendre avec les Anglais et dans l'attente du corps expéditionnaire français dirigé par le général Leclerc. Gracey réussit à engager des conversations avec lui, et une trêve est annoncée le premier octobre. Le 3, Leclerc arrive, avec mission de "rétablir l'ordre" et "construire une Indochine forte au sein de la communauté française". Les commandes du Triomphant défilent rue Catinat et les drapeaux tricolores flottent de nouveau aux fenêtres. Les conversations continuent et n'ont d'autre résultat que le libre passage des troupes anglaises et japonaises dans les zones contrôlées par les insurgés ; c'est le Comité Viêtminh qui, suivant sa politique d'entente avec les impérialistes alliés a pris cette décision. Les Gurkhas et les Japonais ouvrent la marche, occupent les endroits stratégiques dans la périphérie puis, le 12 octobre, les troupes françaises secondées par les Gurkhas passent à l'attaque générale vers le nord-est : les paillotes brûlent à Thi-nghè jusqu'au poste de Tân-binh et l'encerclement de la ville par les insurgés s'effrite dans des combats acharnés. Les anciens font observer que les Français se dirigent d'abord vers les provinces de l'est, comme ils ont fait au début de la colonisation.</p> <p>Du côté de la guérilla, le chef de bande Ray Viên, se refusant aux basses besognes policières contre toutes les tendances non affiliées au Viêtminh, se rend indépendant de ce dernier et opère pour son propre compte : tout en guerroyant contre les Français, il se livre au pillage. Comme nous l'avons vu, il n'est pas le seul groupe armé à ne pas accepter l'autorité du Viêtminh. Les plus nombreux de ces groupes connus sous le nom de Troisième division (dê-tam su-doàn) sont dirigés par un ancien nationaliste qui avait un moment placé son espoir dans le Japon ; il se retire avec ses quelques centaines d'hommes armés dans la Plaine des Joncs en vue d'organiser la résistance aux Français ; mais il se rend quelques mois plus tard et se dissout.</p> <p>Le Viêtminh ne tolère aucune tendance qui lui porte ombrage et il en vient à bout par la liquidation physique. Les militants du groupe trotskiste La Lutte qui pourtant s'étaient prononcés pour le soutien critique du gouvernement Viêtminh, en sont presque immédiatement les victimes. Réunis dans un temple de la région de Thu-duc, où ils se préparent à participer à la lutte armée sur le front de Gia-dinh, ils sont cernés le matin par la police Viêtminh, arrêtés et internés un peu plus tard à Bên-suc, province de Thu-dâu-môt, où ils furent tous fusillés avec une trentaine d'autres prisonniers lors de l'approche des troupes françaises. Trân van Thach, ancien conseiller municipal de Saigon élu en 1933 sur la liste stalino-trotskiste et revenu peu de temps auparavant du bagne de Poulo-Condor, était parmi eux. On apprit quelques mois plus tard que le leader du groupe La Lutte, Ta thu Thâu, revenu du bagne lui aussi, et qui s'était ensuite rendu au Tonkin en vue d'organiser des secours contre la famine, avait également été assassiné par les partisans de Hô chi Minh sur le chemin du retour dans le centre Annam.</p> <p>Dans cette atmosphère de terreur Viêtminh, la milice ouvrière des Tramways de Go-vâp (Doân công-binh) dont l'effectif s'élève à une soixantaine de personnes, participe à l'insurrection en dehors de toute autorité. Les quelque quatre cents ouvriers et employés des Tramways étaient réputés pour leur esprit de lutte et d'indépendance. On sait que sous les Français le droit syndical n'existait pas. Lorsque les Japonais, après le 9 mars, avaient remplacé les Français à la tête de l'entreprise, les ouvriers avaient constitué eux-mêmes un comité d'entreprise et présenté des revendications ; les militaires japonais, colonel Kirino en tête, étaient venus menacer les ouvriers mais, devant leur attitude ferme, les Japonais avaient cédé accordant non seulement une augmentation de salaire, mais la reconnaissance de onze délégués élus par les onze catégories de travailleurs : électriciens, forgerons, menuisiers, etc.... En août, lorsque les techniciens français abandonnèrent momentanément l'entreprise, le comité la géra jusqu'à l'insurrection.</p> <p>Or tous les insurgés qui ne se rangent pas sous le drapeau Viêtminh sont aussitôt qualifiés de Viet-gian, traîtres ; tous les ouvriers qui ne s'identifient pas au nationalisme sont qualifiés de réactionnaires, de saboteurs. C'est dans cette atmosphère de violence mentale totalitaire que les ouvriers des Tramways de Go-vâp quoiqu'adhérant à la CGT du Sud (création du gouvernement Viêtminh de facto sous la présidence du stalinien Hoàang-dôn Vân et destinée à s'assurer le contrôle des ouvriers de la région Saigon-Cholon ; les délégués y étaient désignés d'office par Hoàang-dôn Vân et consorts malgré les protestations des quelques délégués élus par les ouvriers eux-mêmes) refusent de prendre l'étiquette de "Travailleurs Sauveurs de la patrie (Công-nhân cuu-quôc)" imposée par les staliniens de la CGT et d'adopter le drapeau rouge à étoile jaune du Viêtminh ; ils gardent leur appellation de milice ouvrière, symbole de leur indépendance dans le "front commun", et combattent sous l'emblème du drapeau rouge non pour la patrie mais pour leur propre émancipation de classe. Ils s'organisent en groupes de combat de deux personnes sous la direction d'un responsable élu et les responsables élisent comme commandant Trân dinh Minh ; c'était un jeune trotskiste du nord qui avait publié un roman social à Hanoi sous le pseudonyme de Nguyên hai Au, et était venu participer à la lutte ouvrière dans le sud. Par la force des choses, cette formation ouvrière entra en contact avec les autres groupes de combat des faubourgs est de Saigon dont le commandement était aux mains du chef Viêtminh, Nguyên dinh Thâu. Deux faits divers donneront une idée de ce que put être la dictature sur les insurgés par des individus hissés au commandement et consacrés par le Viêtminh. Nguyên dinh Thân entend celer par le sang sa parcelle d'autorité : des guérilleros du groupe Tây-son (ainsi nommé en souvenir de la révolte des paysans des montagnes Tây-son contre les seigneurs féodaux au 18è siècle) ont réquisitionné du tissu chez la tante d'un stalinien notoire, Duong bach Mai, ancien conseiller municipal de Saigon. Au mépris du combat contre les impérialistes, il les fait fusiller. Il fait arrêter T., suspect de trotskisme, secrétaire exécutif Viêtminh de Tân-binh, et conseiller du Groupe I des Volontaires de la mort (doàn cam-tu sô I) dirigé par Khuât ; on prêtait à ce dernier le projet de descendre Nguyên dinh Thâu malgré sa garde personnelle armée jusqu'aux dents, plutôt que de le laisser assassiner T., lorsque le secrétaire général de la CGT du sud, Ly chiên Thang, le fit libérer. De tels actes terroristes et totalitaires ne sont pas des exceptions, mais seront pratiques courantes dans l'embryon d'État du maquis.</p> <p>Refusant de se soumettre à l'autorité de Nguyên dinh Thâu, la milice des tramways décide de se regrouper dans la Plaine des Joncs, vers laquelle elle se dirige, tout en combattant contre Français et Gurkhas à Loc-giang, Thôt-nôt, My-hanh... Dans la Plaine des Joncs, ces ouvriers prennent contact avec les paysans pauvres, et c'est là qu'ils perdent au combat leur camarade Trân dinh Minh le 13 janvier 1946. Une vingtaine d'autres avaient déjà trouvé la mort dans les batailles livrées en cours de route.</p> <p>L'intolérance du Viêtminh à l'égard de toutes les tendances indépendantes, l'accusation de traîtrise assortie de menace de mort qu'il porte contre elles, et la faiblesse numérique du groupe des Tramways, obligent ses membres à se disperser. Trois d'entre eux, Lê Ngoc, Ky, Huong, jeune ouvrier de 14 ans, seront poignardés par les bandes Viêtminh après avoir été arrêtés puis relâchés par les troupes françaises à Hoc-môn.</p> <p>L'explosion de Saigon s'est répercutée à la campagne est dans les provinces. Comme dans le passé, les paysans ont saisi les notables qui s'étaient distingués par leur cruauté, les propriétaires fonciers réputés pour leurs extorsions ; beaucoup sont mis à mort, leurs maisons et leurs greniers incendiés. On dit que des militants paysans staliniens, revenus de Poulo Condor, le mois précédent, tentèrent d'intervenir dans certains endroits pour tempérer les violences et furent eux-mêmes menacés dans leur vie, suspectés qu'ils furent alors de se mettre aux côtés des anciens oppresseurs. »</p> <p>Ecrit par Ngo Van</p> <p>Annexe : trois lettres d'Ho Chi Minh (3e tome des oeuvres complètes)</p> <p>Première lettre d'Ho Chi Minh</p> <p>Le 10 mai 1939</p> <p>« Chers camarades bien aimés,</p> <p>Dans le passé, à mesyeux et aux yeux de nombre de camarades, le traotskysme nous a semblé une question de lutte entre les tendances au sein du parti communiste chinois. C'est pourquoi nous n'y prêtions guère attention. Mais, peu avant l'éclatement de la guerre, plus exactement depuis la fin de l'année 1936 et notamment pendant la guerre, la propagande criminelle des trotskystes nous a ouvert les yeux. Depuis, nous nous sommes mis à étudier le problème. Et notre étude nous a conduits aux conclusions suivantes :</p> <p>Le problème du trotskysme n'est pas une lutte entre les tendances au sein du Parti communiste chinois. Car, entre communistes et trotskystes il n'y a aucun lien, absolument aucun lien. Il s'agit d'un sujet concernant le peuple tout entier : la lutte contre la patrie. Les fascistes japonais et étrangers le savent. C'est pourquoi ils cherchent à créer des désaccords pour tromper l'opinion et porter atteinte au renom des communistes, en faisant croire que communistes et trotskystes sont du même camp.</p> <p>Les trotskystes chinois comme les trotskystes d'autres pays ne représentent pas un groupe, encore moins un parti politique. Ils ne sont qu'une bande malfaiteurs, de chiens de chasse du fascisme japonais et du fascisme international.</p> <p>Dans tous les pays, les trotskystes se sont donné de belles appellations afin de masquer leur sale besogne de bandits. Par exemple, en Espagne ils se nomment Parti ouvrier unifié marxiste (POUM). Savez-vous que ce sont eux qui constituent le niz d'espions à Madrid, à Barcelone et d'autres endroits, au service de Franco ? Ce sont eux qui organisent la célèbre « cinquième colonne », organisme d'espionnage de l'armée des fascistes italiens et allemands. Au Japon, ils s'appellent Ligue Marx-Engels-Lénine (MEL). Les trotskystes japonais attirent les jeunes dans leur ligne puis ils les dénoncent à la police. Ils cherchent à pénétrer dans le Parti communiste japonais afin de le détruire de l'intérieur. A mon avis, les troskystes français organisés autour du groupe Révolution prolétarienne se sont fixés pour but de saboter le Font populaire. Sur ce sujet, je pense que vous êtes sûrmeent plus renseignés que moi. Dans notre pays de Chine, les trotskystes se regroupent autour de formation telles que La Lutte. Les trotskystes ne sont pas seulement les ennemis du communisme. Ils sont aussi les ennemis de la démocratie et du progrès. Ce sont les traîtres et les espions les plus infâmes. Peut-être avez-vous lu les actes d'accusation des procès en Union soviétique contre les trotskystes. Si vous ne les avez pas lus, je vous conseille de les lire et de les faire lire aux amis. Cette lecture est très utile. Elle vous aidera à voir le vrai visage répugnant du trotskysme. (…)</p> <p>Lettre parue dans « Notre voix » du 23 juin 1939 et au tome 3 des Œuvres de Ho Chi Minh</p> <p>Deuxième lettre d'Ho Chi Minh :</p> <p>« Chers camarades bien aimés,</p> <p>« Avant que je vous réponde sur les activités des trotskystes de Chine, permettez-moi de vous présenter la demi-douzaine de leurs chefs de file, maîtres reconnus qui ont œuvré pour le renom de la IVe Internationale. Tran Doc Tu (Chen Duxiu), Banh Thakt Chi, Lu Han, Dep Thanh, Thuong Mo Dao, Hiang Cong Luoc.</p> <p>Chronologiquement, voilà les actions qu'ils ont commises : En septembre 1931, lors de l'invasion japonaise en Mandchourie, la Sûreté japonaise a pris contact avec les trois premiers. Les deux parties ont signé un pacte ; le groupe trotskyste s'engage à ne mener aucune propagande contre l'invasion japonaise. La Sûreté japonaise s'engage à lui verser mensuellement une somme de trois cent dollars ainsi que d'autres sommes supplémentaires, selon les « résultats du service rendu ».</p> <p>A partir de ce moment, Chen Duxiu (Tran Doc Tu) et ses complices se mirent immédiatement au travail. Avce les subventions japonaises, ils publièrent des brochures et des revues satiriques pour propager des idées telles que « En occupant la Mandchourie, les Japonais ont voulu régler rapidement le différend en suspens, ils n'ont pas le but de s'emparer de la Chine. »</p> <p>A peine ces idées se propageaient dans les colonnes de leurs publications, Shangaï fut attaquée à son tour en janvier 1932 par les troupes japonaises.</p> <p>A ce moment que disent les trotskystes ? Reconnaissent-ils qu'ils se sont trompés ? Cessent-ils de collaborer avec les occupants ? Absolument pas ! Alors que les soldats de la 19e armée versent leur sang pour défendre la patrie, les trotskystes en actes comme en paroles continuent de commettre crime sur crime. D'un côté ils écrivent : « La guerre de Shangaï ne concerne nullement le peuple. Il ne s'agit pas d'une guerre nationale révolutionnaire. Il s'agit d'une guerre interimpérialiste. » … D'un autre côté, ils répandent des fausses rumeurs, agitent des mots d'ordre à caractère défaitiste, dévoilent les secrets de la défense, etc…</p> <p>Mais ce n'est pas tout. Les trotskystes tels que Hoa Van Khoi et Cung Van Thu, en liaison avec la police et les patrons japonais, s'introduisent dans la grève des ouvriers à Shangaï et emploient tous les moyens pour saboter le mouvement. Au point qu'ils arrvient à faire arrêter les dirigeants les plus talentueux de la grève. En 1933, le généralissime Phung Ngoc Tuong et le général Cat Hong Xuong, membres du parti communiste, organisent une troupe de résistance à Kal-gan. A cette époque, étant dans la clandestinité, la liaison entre le centre et le nord s'avère difficile. Profitant de cette situation, le trotskyste Truong Mo Dao, se disant « représentant du Parti communiste », tente de transformer la guerre anti-japonaise en guerre civile avec le mot d'ordre « Marcher avec les Japonais, lutter contre Tchang Kaï Shek ». … etc ..</p> <p>Lettre parue dans « Notre Voix » du 7 juillet 1939 et au tome 3 des Oeuvres de Ho Chi Minh</p> <p>Troisième lettre d'Ho Chi Minh</p> <p>« Camarades bien aimés,</p> <p>« Dans ma dernière lettre, je vous ai raconté coment les trotskystes ont reçu leur salaire payé par les Japonais et comment ils ont essayé de saboter notre héroïque lutte à Shangaï et notre mouvement patriotique à Kal-gan. Aujourd'hui, je vous raconterai la suite de leurs crimes.</p> <p>Se repliant à Fu Kien, la 19e armée reprend sa lutte. Elle forme le gouvernement antijaponaiset mène la propagande pour le front uni grâce à la signature d'un pacte avec l'Armée rouge chinoise. Peu de temps avant, la 19e armée était l'une des forces les plus anticommunistes. Mais, devant le danger qui menace la patrie, elle accepte d'oubler les querelles et les haines pour ne viser qu'un but unique : la lutte contre les envahisseurs.</p> <p>Obéissant aux ordres des Japonais, les trotskystes entent immédiatement en action : d'une part, ils suscitent le sentiment régionaliste parmi la population – la 19e armée étant venue de Kouang Toung – pour combattre le nouveau gouvernement. D'autre part, ils cherchent à affaiblir l'Armée rouge. La façon dont ils accomplissent la deuxième tâche est la suivante : ils demandent à entrer dans l'Armée rouge en tant que militants révolutionnaires. Au début, afin de gagner la confiance, ils ont mené des actions très positives. Une fois placés aux postes de responsabilité plus ou moins importants, ils ont commencé à commettre des actes criminels. Je vous cite quelques exemples : Dans la bataille, quand il faut reculer, ils donnent l'ordre d'avancer. Quand il faut avancer, ils donnent l'ordre de reculer. Ils envoient des renfots et des armes dans les endroits où on n'en pas besoin. Mais dans les endroits où on en a besoin, ils ne les envoient pas. Ils badigeonnent de poison des blessures des combattants, surtout des cadres de l'armée, dans le but de leur faire amputer les bras et les jambes, etc. Ces actes ont été heureusement découverts à temps. Quelle chance pour les communistes ! Depuis 1935, les communistes mènent une campagne d'une grande ampleur pour la formation du Frant national contre les Japonais. Le peuple, et particulièrement les ouvriers et les paysans, a soutenu activement ce programme. Dans le Kuo-min-tang, l'idée du front national progresse. Pendant ce temps, on constate que les trotskystes jouent le double jeu, en recourant à la fois à la calomnie et à la division. Ils disent aux masses : « Vous voyez les communistes se sont vendus à la bourgeoisie. Le Kuo-min-tang ne se battra pas contre les Japonais ! » S'adressant au Kuo-min-tang, ils lui disent : « le Front national, ce n'est qu'une ruse des communistes. Pour combattre les Japonais, il faut détruire les communistes. »</p> <p>Vers la fin de 1936, la politique de l'union contre les Japonais a triomphé dans les événements de Tay Aïn. Devant la défaite de leur politique de guerre civile, les trotskystes Truong Mo Dao et Ta Duy Liet décident d'organiser l'assassinat de Vuong Di Triet, un des partisans convaincus de la politique de Front national.</p> <p>Maintenant, je vous parle de 1937, époque qui précède la guerre. Tout le monde s'unit pour combattre les Japonais, sauf les trotskystes. Ces traîtres se sont réunis clandestinement et ont édopté « la résolution » dont voci quelques extraits : « Dans la guerre contre les Japonais, notre position est claire : ceux qui veulent la guerreet ont des illusions sur le gouvernement du Kuo-min-tang, ceux-là concrètement ont trahi. L'union entre le Parti communiste et le Kuo-min-tang n'est qu'une trahison. » Et d'autres ignominies de ce genre.</p> <p>Quand la guerre s'approche, les promesses japonaises se matérialisent. Les trostskystes de Shangaï reçoivent 100.000 dollars chaque mois por leurs activités dans le centre et le sud de la patrie. Ceux de Tien Sin et de Pékin 50.000 chaque mois pour leurs activité dans le Hoa Bac (région du nord) afin de mener la lutte contre la 8e armée et contre les organisations patriotiques.</p> <p>Vers le milieu de 1937, les trotskystes ont été découverts et arrêtés dans la « zone spéciale » (dac khu). D'après les aveux de Ton Nghia Hai, ils se sont fixés comme objectif : &- détruire la 8e armée, 2- Empêcher le développement du front national, 3- Espionner, 4- Organiser l'assassinat des dirigeants.</p> <p>Devant le tribunal populaire de la « zone spéciale », le trotskyste Hoang Phat Hi, entre autres aveux, a déclaré qu'au cours de la quatrième entrevue avec Truong Mo Dao, celui-ci lui a fait les recommandations suivantes : « Tu dois étudier attentivement les méthodes et le système d'organisation de l'Armée rouge. Après, tu organiseras des centres de jeunes qui assureront la tâche de sabotage. Notre but est de provoquer le désordre au sein de l'Armée rouge et de liquider ses dirigeants. » Truong Mo Dao a ajouté : « Il faut persuader une partie des cades de la base de nous suivre, susciter leur nostalgie du pays natal, encourager leur désertion en leur fournissant un peu d'argent. C'est un des moyens de désintégration de cette armée. »</p> <p>Le trotskyste Quach Uan Kinh a avoué que Ton Nghia Hai l'a chargé de mener la propagande pour le défaitisme chez les combattants en leur démontrant que « La Chine ne pourra pas vaincre. », car, « même si nous arrivons à chasser les Japonais, les Américains et les Anglais seront encore là pour nous opprimer » ; que « non seulement nous ne pourrons pas vaincre, mais notre pays sera détruit si nous continuons le combat », que « la Chine est trop faible pour lutter à la fois contre le Japon, l'Angleterre et l'Amérique. » Truong Mo Dao a complété ses instructions par ces paroles : « Il faut exploiter la politique du front national pour calomnier les communistes et dire qu'ils ont vendu la classe ouvrière. Notre but est de scusciter le mécontentement parmi les combattants. » Sous le prétexte de les éduquer, les trotskystes les trotskystes organisent les éléments les plus retardés de l'armée en petits groupes puis profitant des conditions pénibles de la vie dans l'armée, ils les encouragent à déserter avec armes et munitions. En liaison avec les brigands, ils créent des désordres à l'arrière de la 8e armée en plein combat.</p> <p>Ce sont là les procédés des trotskystes dans lutte contre la 8e armée nationale révolutionnaire. (…)</p> <p>Lettre parue dans « Notre voix » du 28 juillet 1939 et au tome 3 des œuvres de Ho Chi Minh</p> <p>Extraits du Rapport de Ho Chi Minh à l'Internationale communiste intitulé « Quelques idées sur la ligne politique préconisée par le parti pendant la période du Front démocratique (1936-1939) » :</p> <p>« Vis-à-vis des trotskystes, il ne doit y avoir aucun compromis, aucun concession. Il faut utiliser tous les moyens pour les démasquer comme agents du fascisme. Il faut les extermine politquement. »</p> <p>Extraits de « Révolution d'août », ouvrage écrit par le Parti communiste vietnamien :</p> <p>« Après le coup de force des Japonais contre les Français (le 8 mars 1945), la situation de la province de Quang nam fut des plus complexes. Le pouvoir des Français fut renversé mais le nouveau pouvoir des Japonais ne s'était pas encore installé ; les Japonais menèrent activement la propagande pour la réalisation de la « Grande Asie ». (…) Il y eut un groupe se proclamant anti-impérialiste composé de trotskystes qui mettait en avant le mot d'ordre : « lutter ocntre tous les impérialismes ». Ce faisant il combattait la politique qui était alors celle de notre parti, qui préconisait l'alliance avec les Forces alliées. (…) Dans cette période, bien qu'ils n'eussent joué aucun rôle tant soit peu important, les trotskystes complotèrent pour la prise du pouvoir. Ils placèrent Ho Ta Khanh [1], une de leurs partisans comme ministre dans le gouvernement fantoche des pro-japonais et Huynh Van Phuong comme directeur de la Sûreté japonaise. Ils dépêchèrent Ta Thu Thau, leur chef de file, à Hué pour occuper la place de conseiller du gouvernement de Tran Truong Kim, avec l'espoir qu'après le renversement de celui-ci, Thau remplacerait Kim et s'installerait au pouvoir. En un mot, à partir de mars 1945, et plus précisément après le coup de force des Japonais renversant les Français, se constituèrent autour des Japonais les couches de gens, des sectes religieuses pro-japonaises, avec le soutien des trotskystes. (…) Le 11 septembre 1945, les soldats anglais et indiens arrivèrent au Sud Vietnam. Ils libérèrent aussitôt 7000 Français emprisonnés lors du coup de force du 8 mars 1945 et leur distribuèrent des armes prises aux Japonais. En plus, ils aidèrent les Français à réorganiser leur appareil administrtatif, des fonctionnaires dont le rôle consistait à mener des activités de division et de provocation. Ce fut l'occasion pour les trostskystes de commettre des actes de destuctions. Ils avancèrent les mots d'ordre ultra-gauchistes tels que « détruire les ennemis français », « distribuer la terre aux paysans ». Notre service de sûreté intercepta à Tan Binh un document dans lequel ils envisageaient le renversement de notre pouvoir. Dans la réalité, ils collaborèrent avec les réactionnaires des sectes religieuses, cherchant à amadouer et à organiser nos compatriotes, venant des provinces, en unités de combat armées. (…)</p> <p>« Répression contre les trostskystes réctionnaires</p> <p>« Après notre prise de pouvoir, les trotskystes ont publié un journal ayant pour titre Doc Lap (Indépendance) tendant à saborder notre politique. Ils demandèrent la confiscation de toutes les rizières et terres pour qu'elles soient partagées entre les paysans. Nous avons décidé de saisir le journal Doc Lap, de démasuqer les saboteurs devant le peuple ; en même temps, nous avons donné l'ordre d'arrêter les chefs de la bande trotskyste qui s'étaient cachés à Di An, Thu Duc (à 18 kilomètres au nord de Saïgon) ; parmi eux Nguyen Van So, Phan Van Hun, Phan Van Chanh, Tran Van Thach, etc… (…) En démasquant les Japonais, nous avons démasqué en même temps les réactionnaires caodaïstes pro-japonais qui cherchèrent à embrigader la population (…) Nous avons démasqué également les trostskystes, espions des Japonais. (…) Les trotskystes ont été dirigés par Tran Van Thach, Ho Huu Tuong, Nguyen Van So. Pendant la période où ils étaient placés sous le régime de surveillance par les Français à Can Tho, ils orientèrent leurs activités en direction des intellectuels et des fonctionnaires. Mais leur influence fut minime. Après le coup de force des Japonais, ils menèrent la propagande pour le soutien de Tran Truong Kim, militèrent pour le retour au trône du prince Cuong Dé, et se prononcèrent contre le Viet Minh et les communistes. Ils s'allièrent à la secte religieuse Hoa Hao pour lutter contre la révolution. »</p> <p>Conclusion</p> <p>La lutte de libération nationale du Vietnam a été la plus longue et la plus douloureuse de tous les combats contre l'oppressio nationale. Une des raisons en est que l'impérialisme ne se battait pas seulement pour conquérir ou reconquérir une petite langue de terre sans grandes richesses et, même, sans situation si stratégique que cela, au regard des efforts en hommes, en argent et en matériel. Se jouait au Vietnam toute l'image aux yeux du monde entier du colonialisme français et de l'impérialisme américain. En face, on trouvait toute la détermination d'un petit peuple qui, ayant vu qu'un peuple jaune n'était pas fatalement un peuple d'esclaves et qu'un pays occidental n'était pas toujours le vainqueur, ne supportait plus d'être traité comme du bétail. Cependant, ce combat avait pris une tournure sociale à ses débuts en 1945. Il avait été mené par le prolétariat des villes insurgé, se constituant en comités autonomes, donc des soviets, un double pouvoir ou du moins son embryon, Cette capacité révolutionnaire du prolétariat en Asie n'avait pas concerné que le Vietnam. C'est grâce à une allliance de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et des impérialismes que la révolution a été en partie détounée, en partie battue en 1945. Les nationalistes, sous couvert de communisme, ont monopolisé le pouvoir, assassiné les membres des comités et livré la révolution au colonialisme.</p> <p>Le colonialisme français a voulu faire du Vietnam une démonstration de sa force retrouvée. L'impérialisme anglais vouliat y démontrer son alliance avec la France. La bourgeoisie vietnamienne voulait se débarrasser de son pire ennemi : le prolétariat vietnamien.</p> <p><strong>Corée</strong></p> <p>En Corée les alliés avaient décidé d'un système d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux différentes zones dans cette région. En effet la péninsule coréenne était divisée en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation américaine, les deux étant séparées par le 38ème parallèle. En fait en disant cela on oublie lune grande part du problème, on attribuait à la Chine la partie de la Corée continentale, le Kan Do, prise lors des conquêtes militaires et cela allait s'avérer très important par la suite.</p> <p>Au départ cette division discutée lors des conférences de Téhéran en 1943 et Yalta en 1945 devait être provisoire. Les premiers arrivés sur place sont les russes au nord le 24 août 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux côtés tout est programmé et aucun des deux camps n'a l'intention de demander à la population de décider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'étiquette parti communiste. Pourtant il existe en Corée un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en méfient comme ils se méfient de tous les militants démocrates ou syndicalistes qui vont très vite peupler leurs prisons. Pour se débarrasser du réel parti communiste coréen, les russes vont avoir de grandes difficultés car il faut s'en débarrasser à la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et à mesure tous les opposants à Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste résidait au sud à Séoul et que le parti va rester un seul parti malgré la division du pays.</p> <p>Des deux côtés, il y a la même situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La misère des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est considérable. Et, en plus la population sort de nombreuses années d'occupation japonaise où ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, très vite le problème du partage du pays en deux qui semble être du provisoire qui dure va devenir un problème politique de premier ordre, empêchant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du crédit. En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va défendre la division du pays de la même manière qu'au sud le fantoche des américains Syngman Rhee, un dictateur d'extrême-droite corrompu et ultra-violent. Des deux côtés, la classe ouvrière va s'opposer à cette division et en particulier les syndicats d'origine plutôt anarcho-syndicalistes avec des militants d'extrême gauche et qui ne sont pas encore contrôlés par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud coréen prend son indépendance politique de la direction du nord en août 46. Mais en même temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins révolutionnaire, du moins dans un sens prolétarien. La thèse d'août qui souligne cette indépendance politique à la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une révolution bourgeoise en vue de la réunification, révolution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans à rejoindre les montagnes pour y organiser la guérilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment à ces propositions. En effet, les travailleurs sont très loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La thèse du caractère bourgeois de la révolution n'est pas mieux acceptée.</p> <p>En fait, dans les usines c'est à une offensive ouvrière que l'on assiste en Corée du sud. L'insurrection ouvrière part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soulèvement spontané qui débute par une grève des cheminots et qui se termine par de véritables affrontements armés, les travailleurs s'étant organisés en milice ouvrière. Partout des comités de grève sont mis en place et la grève s'étend à de nombreuses autres villes. La réaction des troupes américaines est très violente. La répression s'étend à tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'était pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient féroce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassinés comme le leader anarcho-syndicaliste.</p> <p>Kim Ku et le dirigeant social-démocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a été contraint de passer dans la clandestinité totale. La direction politique du PC du nord en profite pour réussir pour la première fois à établir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.</p> <p>En 1946-47, loin de se stabiliser, le régime de Corée du sud est attaqué sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le régime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de Séoul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une région dite libérée. Le PC du sud décide de s'investir dans cette révolution paysanne et il appelle à nouveau les ouvriers à le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacrés avant même qu'ils aient pu rejoindre la région ni s'armer. Le PC du sud va quand même prendre la direction politique de ces paysans insurgés. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette guérilla va tenir là jusqu'à la guerre de Corée en 1950, où elle fera sa jonction avec l'armée nord coréenne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le régime de Corée du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer dès l'offensive américaine.</p> <p><strong>Chine</strong></p> <p>La « révolution » maoïste est l'une de celles qui a produit le plus de mythes mensongers pour couvrir d'un voile « révolutionnaire » et « communiste » des politiques qui étaient tout le contraire de cela. On a même longtemps présenté la Chine comme plus communiste, plus anti-impérialiste et plus révolutionnaire que la Russie de Staline, et même de Lénine. Selon cette légende, Mao serait arrivé au pouvoir à la tête d'une révolution paysanne. Il aurait construit un pouvoir des ouvriers et des paysans, du type soviétique comme en octobre 1917 en Russie. Il aurait rompu avec l'impérialisme. Il aurait aidé la révolution mondiale, en restant révolutionnaire, contrairement au « révisionnisme » russe. La révolution culturelle marquerait le caractère de « révolution permanente » du régime chinois, sa capacité à s'attaquer aux idéologoqies réactionnaires et la jeunesse des idées révolutionnaires en Chine. Voilà quelques uns des mensonges qui courent sur le pouvoir chinois.</p> <p>La Révolution chinoise de 1949</p> <p>Nous allons essayer de rétablir une réalité qui n'a pas grand-chose à voir avec les affirmations précédentes. Ce qui a donné ses forces armées à Mao, ce n'est pas la lutte des classes, ni la révolution sociale, mais la lutte de défense nationale contre le Japon. Il a ainsi pu construire sa fameuse « huitième armée de route » intégrée à l'ensemble des forces armées chinoises, aux côtés de Tchang Kaï Chek, et aux côtés des USA. C'est cette armée, une fois la défaite japonaise acquise, qui lui a permis de prendre le pouvoir. Même s'il a eu un recrutement dans les campagnes, l'armée de Mao est tout sauf une organisation fondée sur une lutte radicale de la paysannerie. Mao a gouverné des régions paysannes comme un chef d'armée qui s'entend bien avec les paysans, mais qui s'accommode avec les possédants locaux, propriétaires fonciers, banquiers, commerçants et usuriers. Dans ces zones dites libérées, il n'appliquait pas un programme social radical, se contentait de baisser les impôts. Il n'a pas appliqué un programme radical de distribution de terres aux paysans pauvres. Mao n'est même pas un chef de révolte paysanne, comme la Chine en a connu dans le passé. Quant à la révolution paysanne, quand elle a éclaté – nullement à l'initiative de Mao – il a longuement hésité à prendre son parti, et, même après cette décision, il a toujours refusé d'armer les paysans. Y compris durant l'offensive contre le régime de Tchang Kaï Chek, il déclarait que « Les paysans qui nous rejoignent peuvent nous apporter à manger, pousser nos chariots, ou s'occuper des soins des blessés. En aucun cas, ils ne doivent être armés. » En ce sens, son armée et son appareil d'Etat sont des instruments classiques de pouvoir et non des organes révolutionnaires. Son parti est un organe politique de pouvoir et, avant même la prise de pouvoir, un parti unique. Il n'est pas question de remettre en question cette direction dictatoriale. Mao n'a pas un seul instant envisagé d'organiser les travailleurs de villes au cours de sa « révolution », même pas au moment de la prise de pouvoir dans les villes. Dans les villes, il a, par contre, pris contact avec les bourgeois, petits et grands, et les intellectuels, auxquels il donnera des places dans le pouvoir. Il a également recyclé l'essentiel du pouvoir de Tchang Kaï Chek, notamment ses chefs militaires, même ceux ralliés de la dernière seconde. Il est encore moins, malgré le titre de communiste dont il pare son parti, un dirigeant du prolétariat chinois. A partir de 1927, il avait quitté ce prolétariat et ne l'a jamais retrouvé. La lettre aux militants trotskystes qu'écrit Trotsky explique que, si l'armée de Mao prend le pouvoir, elle interviendra contre le prolétariat. La politique de Mao n'est pas communiste, ne vise pas au pouvoir du prolétariat, n'a nullement renoué avec Marx ni rompu définitivement avec l'impérialisme et le capitalisme, comme le rappelle son idylle actuelle. Le terme le plus juste sur son régime est celui de bonapartisme bourgeois. Le bonapartisme signifie une dictature militaire qui est populaire et dont l'apparence de force provient de l'équilibre entre deux forces réelles. Ici ces forces sont, d'un côté la bourgeoisie impérialiste et de l'autre le prolétariat.</p> <p>Document :</p> <p>Léon Trotsky</p> <p>LA GUERRE DES PAYSANS EN CHINE ET LE PROLÉTARIAT</p> <p>(Letttre aux Bolcheviks-léninistes chinois)</p> <p>22 septembre 1932</p> <p>« Après une longue interruption, nous avons enfin reçu votre lettre du 15 juin. Il est superflu de vous dire combien nous nous félicitons de la résurrection de l'Opposition de Gauche chinoise, après la désorganisation apportée dans ses rangs par les persécutions policières.</p> <p>Pour autant que l'on puisse juger d'ici avec nos informations tout à fait insuffisantes, la position exprimée dans votre lettre concorde avec la nôtre. L'attitude intransigeante envers les opinions démocratiques vulgaires des staliniens sur le mouvement paysan, ne peut évidemment rien avoir de commun avec une attitude passive et inattentionnée envers le mouvement paysan lui-même. Le manifeste de l'Opposition de Gauche internationale publié il y a deux ans (Sur les perspectives et les tâches de la révolution chinoise), appréciant le mouvement paysan des provinces du sud de la Chine, disait : "La révolution chinoise trahie, détruite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Espérons que le temps n'est plus loin où elle lèvera de nouveau sa tête prolétarienne." Et plus loin : "La large crue du soulèvement paysan peut incontestablement donner une impulsion à l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement là-dessus."</p> <p>Votre lettre montre que, sous l'influence de la crise et de l'intervention japonaise, la lutte des ouvriers des villes renaît sur le fond de la guerre paysanne. Dans notre manifeste nous écrivions sur ce fait, avec toute la prudence nécessaire : " Personne ne peut prédire d'avance si les foyers des soulèvements paysans se maintiendront sans interruption pendant toute la période prolongée dont l'avant-garde prolétarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvrière, et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes généralisées contre ses ennemis les plus immédiats. "</p> <p>Actuellement, il semble que l'on puisse exprimer avec quelque certitude l'espoir qu'avec une juste politique on réussisse à lier le mouvement ouvrier, et d'une façon générale, le mouvement des villes, avec la guerre paysanne. Cela serait le commencement de la troisième révolution chinoise. Mais pour l'instant, ce n'est là qu'un espoir, et non une certitude. Le principal travail reste à accomplir dans l'avenir. Dans cette lettre je ne voudrais poser qu'un seul problème, en tout cas celui qui me semble avoir de beaucoup la plus grande importance et être le plus brûlant. Je vous rappelle encore une fois que les informations dont je dispose sont absolument insuffisantes, occasionnelles et fragmentaires. C'est avec plaisir que j'accueillerais toute information complémentaire et toute rectification. Le mouvement paysan a créé son armée, a conquis un grand territoire, et l'a couvert de ses institutions. Au cas de nouveaux succès, – et nous souhaitons évidemment ces succès – le mouvement se heurtera aux centres citadins et industriels, et par là-même, se trouvera face à face avec la classe ouvrière. Comment se passera cette rencontre ? Sera-t-elle assurée d'un caractère pacifique et amical ?</p> <p>Cette question peut sembler à première vue superflue. A la tête du mouvement paysan se trouvent des communistes ou des sympathisants ; n'est-il donc pas évident que les ouvriers et les paysans doivent, lorsqu'ils se rencontreront, s'unifier sous le drapeau du communisme ?</p> <p>Malheureusement, le problème n'est pas si simple. Je m'appuierai sur l'expérience de la Russie. Durant les années de la guerre civile, la paysannerie, dans différentes régions, créait ses propres troupes de partisans, et parfois même, naissaient des armées entières. Quelques-uns de ces corps d'armée se considéraient comme bolcheviks et étaient souvent dirigés par des ouvriers. D'autres restaient sans parti et avaient à leur tête le plus souvent d'anciens sous-officiers paysans. Il y avait aussi l'armée " anarchiste " sous le commandement de Makhno. Tant que les armées de partisans agissaient sur le revers de l'armée blanche, elles servaient la cause de la révolution. Certaines d'entre elles se remarquaient par un héroïsme et une ténacité particulière. Mais, dans les villes, ces armées entraient souvent en conflit avec les ouvriers et avec les organisations locales du parti. Les conflits naissaient aussi lors de la rencontre des partisans et de l'armée rouge régulière, et dans certains cas, cela prenait un caractère aigu et morbide.</p> <p>La rude expérience de la guerre civile nous a démontré la nécessité dé désarmer les corps d'armée des paysans dès que l'armée rouge assumait le pouvoir dans une région débarrassée des gardes blancs. Les meilleurs éléments, les plus conscients et les plus disciplinés, s'intégraient dans les rangs de l'armée rouge. Mais la plus grande partie des partisans tentait de conserver une existence indépendante, et entrait souvent en lutte armée directe avec le pouvoir soviétique. Il en fut ainsi avec l'armée " anarchiste ", indirectement koulak par son esprit, de Makhno, mais pas seulement avec elle. De nombreux corps paysans, luttant fermement contre la restauration des propriétaires fonciers, se transformaient après la victoire en une arme de la contre-révolution. Les conflits armés entre les paysans et les ouvriers, quelle qu'en soit l'origine dans les cas particuliers, que ce soit la provocation consciente des gardes blancs, le manque de tact des communistes, ou le concours malheureux dés circonstances, avaient à leur base la même cause sociale : la situation de classe et l'éducation différenciée des ouvriers et des paysans. L'ouvrier aborde les problèmes sous l'angle socialiste ; le paysan sous l'angle petit-bourgeois. L'ouvrier tente de socialiser la propriété qu'il a reprise à ses exploiteurs ; le paysan, tente, lui, de la partager. L'ouvrier veut faire servir les châteaux et les parcs dans l'intérêt général ; le paysan, pour peu qu'il ne puisse les partager, est enclin à brûler les châteaux et à déboiser les parcs. L'ouvrier fait effort pour résoudre les problèmes à l'échelle étatique, et selon un plan ; mais le paysan aborde tous les problèmes à l'échelle locale, et se conduit d'une façon hostile envers le plan du centre, etc...</p> <p>Il est évident que le paysan peut lui aussi s'élever jusqu'à un point de vue socialiste. Sous le régime prolétarien, une masse de plus en plus grande de paysans se rééduque dans l'esprit socialiste. Mais cela exige du temps, – des années, et même des décades. Si l'on n'envisage que la première étape de la révolution, alors les contradictions entre le socialisme prolétarien et l'individualisme paysan prennent souvent un caractère aigu.</p> <p>Mais ce sont des communistes qui se trouvent à la tête des armées rouges chinoises. Cela n'exclut-il pas les conflits entre les corps paysans et les organisations ouvrières ? Non cela ne les exclut pas. Le fait que des communistes se trouve individuellement à la tête des armées paysannes ne change en rien le caractère social de ces dernières, même si la direction communiste a une bonne trempe prolétarienne. Mais comment la situation se présente-t-elle en Chine ? Parmi les dirigeants communistes des corps de partisans rouges, il y a, sans aucun doute, pas mal d'intellectuels ou de semi-intellectuels déclassés qui ne sont pas passés par la sérieuse école de la lutte prolétarienne. Durant deux ou trois ans, ils vivent la vie des commandants et des commissaires de partisans. Ils commandent, ils conquièrent des territoires, etc... Ils s'imprègnent de l'esprit du milieu environnant. La plus grande partie des communistes du rang dans les corps de partisans rouges se compose de toute évidence de paysans qui, très honnêtement et sincèrement, se prennent pour des communistes, mais qui sont des révolutionnaires "paupérisés" ou des petits propriétaires révolutionnaires. Celui qui, en politique, juge selon les étiquettes et les dénominations, et non selon les faits sociaux, est perdu. Surtout lorsqu'il s'agit d'une politique qui se fait l'arme à la main. Le véritable parti communiste est l'organisation de l'avant-garde prolétarienne. En outre, la classe ouvrière de Chine se trouve depuis quatre ans dans une situation dispersée et asservie, et c'est seulement maintenant qu'apparaissent les symptômes d'une renaissance. Lorsque le Parti communiste, fermement appuyé sur le prolétariat des villes, essaye de commander l'armée paysanne par une direction ouvrière, c'est une chose. C'est tout autre chose lorsque quelques milliers, ou même quelques dizaines de milliers de révolutionnaires qui dirigent la guerre paysanne, sont ou se déclarent communistes, sans avoir aucun appui sérieux dans le prolétariat. Or, telle est avant tout la situation en Chine. Cela accroît dans une grande mesure le danger des conflits possibles entre les ouvriers et les paysans armés. Dans tous les cas, les provocateurs bourgeois ne manqueront pas.</p> <p>En Russie, à l'époque de la guerre civile, le prolétariat était au pouvoir dans la plus grande partie du pays. La direction de la lutte appartenait à un parti fermement trempé, et malgré cela, les corps de paysans, qui étaient incomparablement plus faibles que l'armée rouge, entraient souvent en conflit avec elle lorsque celle-ci avançait victorieusement sur le territoire des partisans paysans.</p> <p>En Chine, la situation absolument désavantageuse des ouvriers est visible.</p> <p>Dans les principaux centres de la Chine, le pouvoir appartient aux militaristes bourgeois. Dans d'autres districts, aux dirigeants des paysans armés. Le prolétariat, lui, n'a de pouvoir nulle part. Les syndicats sont faibles, et l'influence du parti parmi les ouvriers infime. Les corps des partisans paysans qui ont la pleine conscience de la victoire acquise sont couverts par l'I.C. Ils se nomment " l'armée rouge ", c'est-à-dire qu'ils s'identifient ainsi avec le pouvoir soviétique armé. On voit que les éléments dirigeants de la paysannerie révolutionnaire de Chine s'attribuent par avance une valeur politique et morale qui, en réalité, appartient aux ouvriers chinois.</p> <p>Ne peut-il pas en résulter que toutes ces valeurs se retourneront à un moment donné contre les ouvriers ?</p> <p>Il est évident que les paysans pauvres qui constituent la majorité en Chine, pour peu qu'ils réfléchissent politiquement, et ceux-là sont une infime minorité, désirent sincèrement et ardemment l'union et l'amitié avec les ouvriers. Mais la paysannerie, même armée, est incapable de mener une politique indépendante.</p> <p>Occupant dans les circonstances actuelles une situation indéterminée et instable, la paysannerie peut au moment décisif, aller soit vers le prolétariat, soit vers la bourgeoisie. La paysannerie ne trouve pas facilement la voie vers le prolétariat, et elle ne la trouve qu'après une série d'erreurs et de défaites. Le pont entre la paysannerie et la bourgeoisie est constitué par la moyenne bourgeoisie citadine, principalement par les intellectuels qui interviennent sous le drapeau du socialisme, et même du communisme.</p> <p>Les cercles dirigeants de l'armée rouge chinoise ont, sans aucun doute, réussi à se créer une psychologie de commandement. En l'absence d'un fort parti révolutionnaire et d'organisations de masses prolétariennes, il ne peut y avoir en fait de contrôle sur les cercles dirigeants. Les commandants et les commissaires apparaissent comme les maîtres incontestés de la situation et, en entrant dans les villes, ils seront avant tout enclins à regarder les ouvriers de haut en bas. Les revendications des ouvriers leur sembleront souvent inopportunes et mal venues. Il ne faut pas oublier aussi des " futilités ", comme celle-ci : dans les villes, l'Etat-major et toute l'organisation de l'armée ne s'installent pas dans les taudis prolétariens, mais au contraire, dans les meilleurs édifices de la ville, dans les maisons, et les appartements des bourgeois. C'est une raison qui peut pousser le sommet de l'armée paysanne à se considérer comme une partie de la classe " cultivée et instruite ", et non comme le prolétariat.</p> <p>Ainsi, en Chine, des causes et des motifs d'une conflagration entre l'armée paysanne par son contenu et petite-bourgeoise par sa direction – et les ouvriers, existent. Et même toute la situation augmente considérablement les possibilités et même l'inévitabilité de tels conflits. Par là même, les chances du prolétariat se présentent dès le début moins favorablement qu'en Russie.</p> <p>Du point de vue théorique et politique, le danger s'accroît d'autant plus que la bureaucratie stalinienne recouvre cette situation pleine de contradictions, par le mot d'ordre de la " dictature démocratique des ouvriers et des paysans ". Peut-on trouver un piège plus agréable extérieurement, plus perfide en son essence ? Les épigones réfléchissent non pas avec une compréhension sociale, mais avec des phrases toutes faites : le formalisme est le trait fondamental de la bureaucratie.</p> <p>Les populistes (narodniki) russes reprochaient parfois aux marxistes russes leur ignorance de la paysannerie, leur aveuglement sur le travail à faire à la campagne, etc... A quoi les marxistes répondaient : " Nous soulevons et organisons les ouvriers du rang, et grâce à eux, nous soulèverons la paysannerie. Telle est la seule voie du parti prolétarien. "</p> <p>Dans les années 1925-1927 de la révolution, les staliniens ont soumis directement et sans recours les intérêts des paysans à ceux de la bourgeoisie nationale. Dans les années de la contre-révolution, ils sont passés du prolétariat à la paysannerie, et ainsi, ont pris sur eux le rôle qu'assumaient chez nous les socialistes-révolutionnaires au temps où ils étaient un parti révolutionnaire. Si, durant ces dernières années, le Parti communiste chinois avait concentré son effort dans les villes, dans les centres industriels, dans les chemins de fer, s'il avait soutenu les syndicats, fréquenté les clubs de culture et les cercles, si, sans se séparer des ouvriers, il leur avait appris ce qui se passait au village, – la situation du prolétariat dans le rapport général des forces serait aujourd'hui beaucoup plus favorable. En fait, le parti s'est séparé de sa propre classe.</p> <p>Justement pour cela, il peut porter en fin de compte un préjudice à la paysannerie, car, si le prolétariat est et reste dans l'avenir à l'écart, sans organisation et sans direction, alors la guerre paysanne, même en plein succès, s'enlisera.</p> <p>Dans la vieille Chine, chaque victoire de la révolution paysanne se terminait par la création d'une nouvelle dynastie, avec, en outre, de nouveaux grands propriétaires. Le mouvement aboutissait à un cercle vicieux. Dans la situation actuelle, la guerre paysanne, par elle-même sans une direction immédiate de l'avant-garde prolétarienne, ne peut que donner le pouvoir à une nouvelle clique de la bourgeoisie, à un quelconque Kuomintang de " gauche ", à un "troisième parti ", qui en pratique se différencieront très peu du Kuomintang de Tchang-Kai-Chek. Et cela signifierait une nouvelle défaite des ouvriers due à l'arme de la " dictature démocratique ".</p> <p>Quelles conclusions peut-on tirer de là ? La première conclusion est qu'il faut fermement et ouvertement regarder les faits en face. Le mouvement paysan est un grand facteur révolutionnaire dans la mesure où il est dirigé contre les gros propriétaires fonciers, les militaristes, les geôliers et les usuriers. Mais dans le mouvement paysan lui-même, il y a une très forte tendance réactionnaire et de propriétaires. Et à un certain stade la paysannerie peut se retourner contre les ouvriers, en ayant en outre les armes à la main. Celui qui oublie la double origine de la paysannerie n'est pas un marxiste. Il faut apprendre aux ouvriers du rang à différencier par des connaissances et des recherches " communistes " les processus sociaux réels.</p> <p>Il faut suivre avec soin les opérations de l'armée rouge ", éclairer systématiquement aux yeux des ouvriers la marche, la signification et les perspectives de la guerre paysanne, et lier les revendications actuelles et les problèmes du prolétariat avec le mot d'ordre de la libération de la paysannerie.</p> <p>Sur la base de vos propres investigations, de rapports et autres documents, il faut étudier avec ténacité la vie intérieure des armées paysannes et des corps d'armées dans les régions occupées par elle, dévoiler sur des faits concrets les tendances de classe contradictoires, et montrer clairement aux ouvriers quelles sont les tendances que nous soutenons, et quelles sont celles que nous combattons. Il faut veiller avec attention à la coordination entre l'armée rouge et les ouvriers des petites localités sans perdre de vue même les plus petites discordances entre eux. Dans le cadre des conflits de villes et de rayons isolés, même très aigus, ces discordances peuvent sembler des épisodes locaux, mais, dans un développement ultérieur des événements, les conflits de classe peuvent s'étendre à l'échelle nationale, et mener la révolution à la catastrophe, c'est-à-dire jusqu'à une nouvelle destruction des ouvriers par les paysans armés trompés par la bourgeoisie. L'histoire de la révolution est pleine d'exemples semblables.</p> <p>Dans la mesure où les ouvriers comprendront plus clairement la dialectique vivante des relations de classe entre le prolétariat, la paysannerie et la bourgeoisie, plus ils rechercheront sans hésitations des liaisons avec les couches paysannes les plus proches, et plus ils se dresseront ardemment contre les provocateurs contre-révolutionnaires, tant dans le cadre des armées paysannes elles-mêmes, que dans les villes.</p> <p>Il faut créer des unions syndicales, des cellules du parti, éduquer des ouvriers du rang, unifier l'avant-garde prolétarienne et l'entraîner dans la lutte.</p> <p>Il faut s'adresser à tous les membres du parti officiel par des appels, et des demandes d'éclaircissements. Il est vraisemblable que les ouvriers communistes liés à la fraction stalinienne ne nous comprendront pas immédiatement. Les bureaucrates hurleront sur notre " sous-estimation " de la paysannerie, et même, s'il vous plaît, sur notre " hostilité " envers la paysannerie (Tchernov accusait toujours Lénine d'hostilité envers la paysannerie). Il est évident que de tels cris n'émouvront pas les bolcheviks-léninistes. Lorsqu'avant avril 1927 nous donnions les avertissements nécessaires contre le coup d'Etat inévitable de Tchang-Kaï-Chek, les staliniens nous accusaient d'hostilité envers la révolution nationale chinoise. Les événements ont démontré qui a eu raison. Les événements apporteront de nouveau leur vérification. L'opposition de gauche peut apparaître trop faible pour impulser dans l'étape présente une direction aux événements dans l'intérêt du prolétariat. Mais elle est suffisamment forte dès maintenant pour montrer aux ouvriers la voie juste et, s'appuyant sur le développement ultérieur de la lutte de classes, pour démontrer aux yeux des ouvriers sa justesse et sa perspicacité politique. Ce n'est qu'ainsi que le parti révolutionnaire peut conquérir la confiance, croître, se fortifier, et se mettre à la tête des masses populaires.</p> <p>Prinkipo, 22 septembre 1932.</p> <p>P. S . Pour donner le plus de clarté possible à ma pensée, je noterai la variante théorique suivante, qui est fort plausible. Supposons que l'Opposition de Gauche développe dans le plus prochain avenir un travail énorme et plein de succès au sein du prolétariat industriel et acquière en son sein une influence capitale. Le parti communiste officiel continue, pendant ce temps, à limiter toutes ses forces à "l'armée rouge" et aux rayons paysans. Arrive le moment où les troupes paysannes entrent dans les centres industriels et se heurtent aux ouvriers. Il n'est pas difficile de prévoir qu'ils opposeront hostilement l'armée paysanne aux " contre-révolutionnaires trotskystes ". En d'autres termes, ils se mettront à surexciter les paysans armés contre les ouvriers du rang. C'est ainsi qu'ont agi les S. R. russes et les mencheviks en 1917 ; ayant perdu les ouvriers, ils luttèrent de toutes leurs forces pour conserver leur appui unitaire, et envoyèrent les casernes contre les usines, le paysan armé contre l'ouvrier bolchevik. Kerenski, Tseretelli, Dan, baptisaient les bolcheviks si ce n'est du nom de " contre-révolutionnaire ", tout au moins " d'agents involontaires " ou " d'aides inconscients " de la contre-révolution. Les staliniens s'embarrassent moins que quiconque de la terminologie politique. Mais les tendances sont identiques : une orientation hostile des paysans et en général des éléments petits-bourgeois contre les détachements du rang de la classe ouvrière. Le centrisme bureaucratique, en tant que centrisme ne peut avoir une base de classe indépendante. Mais dans sa lutte contre les bolcheviks-léninistes, il est contraint de rechercher un appui à droite, c'est-à-dire dans la paysannerie et la petite-bourgeoisie, les opposant au prolétariat. La lutte des deux fractions communistes, les staliniens et les bolcheviks-léninistes renferme ainsi en son sein, des tendances à se transformer en une lutte de classe. Le développement révolutionnaire en Chine peut développer ces tendances jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la guerre civile entre les dirigeants de l'armée paysanne et l'avant-garde prolétarienne sous la direction des léninistes.</p> <p>Si un tel conflit, par la faute des staliniens, survenait, cela signifierait que l'Opposition de Gauche et la fraction stalinienne cesseraient d'être des fractions communistes mais seraient devenues des partis politiques hostiles l'un à l'autre, ayant une base de classe différente. Une telle perspective est-elle inévitable ? Non, je ne le pense aucunement. Dans la fraction stalinienne (P.C. chinois officiel), il y a non seulement des paysans, c'est-à-dire des petits-bourgeois mais aussi des tendances prolétariennes. Il est de toute première importance pour l'Opposition de Gauche de rechercher un rapprochement avec l'aile prolétarienne des staliniens, de lui développer les appréciations marxistes sur les " armées rouges " et en général sur la relation entre le prolétariat et la paysannerie. Gardant son indépendance politique, l'avant-garde prolétarienne doit être inévitablement prête à réaliser l'unité d'action avec la démocratie révolutionnaire. Si nous ne sommes pas d'accord pour identifier les corps armés des paysans avec l'armée rouge, comme la force armée du prolétariat, si nous ne sommes pas enclins à fermer les yeux sur le fait que l'on couvre le drapeau communiste par le mouvement paysan d'un contenu petit-bourgeois, par contre, nous nous rendons parfaitement compte de la signification, de l'importance énorme du caractère démocratique-révolutionnaire des guerres de paysans, nous apprenons aux ouvriers à comprendre cette signification et nous sommes prêts à faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour aboutir avec les organisations paysannes à un accord militaire nécessaire. Notre tâche consiste, en conséquence, non seulement à empêcher tout commandement militaire et politique sur le prolétariat de la part de la démocratie petite-bourgeoise, s'appuyant sur les paysans armés, mais aussi à préparer et assurer la direction prolétarienne sur le mouvement paysan et, en particulier sur son "armée rouge". Plus nette sera pour les bolcheviks-léninistes la compréhension de la situation politique et des tâches qui en découlent ; plus sera couvert de succès l'élargissement de leur base dans le prolétariat ; plus sera tenace la manière dont ils pratiqueront la politique du front unique envers le parti officiel et le mouvement paysan dirigé par lui, d'autant mieux ils réussiront à préserver la révolution du heurt plein de danger entre la paysannerie et le prolétariat ; non seulement ils assureront l'unité d'action nécessaire entre deux classes révolutionnaires, mais aussi ils transformeront leur front unique en un pas historique vers la dictature du prolétariat. »</p> <p>Léon Trotsky</p> <p>Prinkipo, 26 septembre 1932.</p> <p>Loin d'être une force combattue par l'impérialisme, l'armée de Mao a représenté pour les Américains une force combattante à soutenir pendant la guerre contre les japonais ; Ils l'ont armé et soutenu. Ils ont fait pression sur Tchang Kaï Chek pour qu'il collabore avec Mao. Ce dernier a accepté mais, dès la fin de la guerre, Tchang a pensé être capable d'écraser Mao avec l'aide américaine. C'était compter sans la vague révolutionnaire qui parcourt alors les campagnes, un mouvement spontané qu'après une hésitation Mao décide d'accompagner.</p> <p>Document :</p> <p>« La "Révolution" de Mao Tse-Toung »</p> <p>« Rapport sur le stalinisme chinois » écrit par Hsieh Yueh</p> <p>1948 Paru dans la revue "Fourth International" (New-York), décembre 1949, avec l'introduction suivante : « Le texte suivant est un résumé d'un article paru dans le premier numéro du magazine "Fourth International" (publié à Hong Kong), organe du Parti Communiste Révolutionnaire, section chinoise de la IVème Internationale. L'auteur est un des principaux leaders du trotskisme chinois et un des pionniers du mouvement communiste en extrême orient. Bien qu'ayant été écrit il y a huit mois, le 15 avril 1948, l'article rapporte des faits et des tendances dans le soi-disant mouvement communiste chinois qui ont été jusqu'à maintenant ignorés à l'ouest. »</p> <p>15 avril 1948</p> <p>« La victoire militaire du stalinisme en Chine a fait croire à certains que les pays arriérés fournissent un sol fertile au développement du stalinisme. C'est un raisonnement empirique. Il est vrai que les pays coloniaux sont composés dans leur majorité de petits bourgeois et d'éléments paysans, mais cette seule condition n'est pas suffisante pour garantir le succès des staliniens. La petite bourgeoisie n'est pas isolée du reste de la société. En dépit de son importance numérique dans certains pays, elle ne peut jouer un rôle indépendant à l'époque du déclin capitaliste. Elle doit prendre position dans le combat qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie en faveur de l'une de ces deux classes. Les staliniens chinois ne peuvent être victorieux en s'appuyant uniquement sur la petite bourgeoisie, une classe qui est incapable de résister à la pression des capitalistes. Cela est d'autant plus vrai que le prolétariat a été écrasé et le mouvement paysan isolé. Ainsi l'insurrection paysanne dans la province du Kiangsi en 1927-37 a été vaincue par le blocus capitaliste.</p> <p>Le stalinisme a pu remporter de grandes victoires en Chine parce que la paralysie du prolétariat s'est accompagnée d'un effondrement du capitalisme. La guerre de 1935-1947 a affaibli les bases matérielles de la puissance capitaliste. Les masses, même celles qui soutiennent normalement la bourgeoisie, se sont retournées contre elle. Mais les mêmes conditions historiques qui ont favorisé la croissance du stalinisme, créent également des difficultés pour lui lorsque ses armées s'approchent des grandes villes. Le problème pour le stalinisme est alors de s'allier lui-même au prolétariat ou aux capitalistes. Les faits prouvent qu'il a préféré s'allier à la bourgeoise plutôt qu'au prolétariat.</p> <p>Le facteur principal des succès militaires du stalinisme fut la réforme agraire d'octobre 1947. Pendant la guerre sino-japonaise, les staliniens ont abandonné la réforme agraire et se sont contentés de réduire les loyers revenant aux propriétaires. Après la guerre, le PC fut vaincu par le Kuomintang pour le contrôle des zones libérées. Les leaders staliniens reconnaissaient eux-mêmes que les paysans n'étaient pas satisfaits de leur politique réformiste et réclamaient des terres. Lors de la réunion du Comité Central du 4 mai 1946, le PC décida d'effectuer un tournant vers la réforme agraire afin de gagner le soutien de la paysannerie dans la guerre contre Tchang Kai-chek. Pourtant, les effets de cette réforme dans les zones initialement contrôlées par les staliniens furent limités. Les propriétaires reçurent leur part dans la distribution de terre et cette part fut souvent plus importante que celle reçue par les paysans. Les paysans riches conservèrent toutes leurs terres. Mais même cette réforme limitée dut faire face à l'opposition des propriétaires fonciers qui avaient pénétré dans les rangs du PC chinois.</p> <p>La "lettre ouverte aux membres du parti" publiée en janvier 1948 par le Comité Central de la région Shansi-Shantung-Honan déclarait : "Les directives actuelles du Parti visent une fraction du parti qui est composée de propriétaires et de paysans riches qui préservent les biens de leur famille et de leurs amis." Et le stalinien Nieh Yung-jin, dans son texte sur "le Renouvellement de nos Rangs", admet que "ces éléments (les propriétaires et les paysans riches) occupent la plupart des postes dans notre parti." Il va même jusqu'à déclarer que, "vue à la lumière de la réforme agraire, notre politique apparaît comme reflétant les vues des propriétaires et des paysans riches." De plus, ces documents donnent une description très concrète de l'attitude de ces propriétaires membres du PC chinois. Ces éléments furent les principaux opposants à la réforme agraire mais quand elle eut lieu, ils cherchèrent à en obtenir le maximum d'avantages. Ils se conduisirent "toujours avec la plus grande avidité", utilisant même les forces armées pour se réserver les meilleures terres, la plupart des vivres, des outils, des maisons et des vêtements, etc. Ces éléments sont déjà devenus "un groupe opposé au peuple", opposé aux paysans pauvres et dépourvus de terres. Le document cité ajoute : "Les paysans pauvres et sans terres sont aujourd'hui dans une situation pire que jamais car ils n'ont pas assez de terre à cultiver, pas assez de maison, pas assez de vêtements. Ils n'ont même pas le droit de parler dans les comités de village. Exploités auparavant par les propriétaires, les paysans pauvres et sans terre sont maintenant exploités par ces mauvais membres du Parti."</p> <p>Sous la pression de cette crise interne dans ses rangs comme du tournant à gauche de la politique extérieure du Kremlin, le PC effectua alors un nouveau tournant avec la publication le 10 octobre 1947 du "Programme de Réforme Agraire." Il s'agissait d'un appel aux masses pour compléter la réforme agraire. Mais le caractère limité de cette "orientation vers les masses" apparaissait non seulement dans le fait que la réforme agraire n'a rien changé du droit d'acheter et de vendre la terre confisquée aux propriétaires - ce qui favorisait une nouvelle concentration de terre entre les mains des paysans riches - mais aussi parce qu'elle autorisait expressément le libre transfert de capital aux entreprises industrielles et commerciales. Il apparut plus tard que la réforme elle-même s'arrêta rapidement.</p> <p>La bureaucratie fut effrayée par le développement de la lutte des masses. "Les masses combattent automatiquement les mauvais membres du parti. Dans certaines régions, les membres du Parti sont arrêtés et battus par le peuple." Telle est la plainte de Liou Chao-chi dans "Leçons de la Réforme Agraire dans le Pinshang." Dans un autre document important, le Comité Central du district de Shansi-Hopei-Shantung-Honan résume ainsi le conflit entre les paysans et la ligne politique du PC :</p> <p>1) Dans le but d'obtenir davantage de terres, les paysans donnent de fausses informations sur la taille des terres des propriétaires.</p> <p>2) Après le partage, ils n'admettent pas que les propriétaires obtiennent davantage de terres qu'eux-mêmes.</p> <p>3) Ils veulent confisquer les usines et les entreprises des propriétaires et des paysans riches.</p> <p>Cela démontre clairement le conflit entre les tendances révolutionnaires des masses qui veulent exproprier complètement les classes possédantes et la tendance bureaucratique et conservatrice du PC qui, en pratique, protège les positions de ces classes. La bureaucratie accuse invariablement les masses d'"être trop à gauche" ou d'"aventurisme de gauche" afin de limiter leurs actions qui menacent la ligne stalinienne et ses alliés bourgeois. Il fallut bientôt stopper toutes les actions des masses. Le 24 août 1948, la New China News Agency (New China press service) publia le texte d'un article du West Honan Daily News qui annonçait officiellement que la réforme agraire devait être arrêtée et que les paysans devraient se satisfaire d'une réduction des loyers, des impôts et des intérêts aux usuriers.</p> <p>Ainsi, la réforme agraire qui débuta le 4 mai 1946 dans les régions antérieurement occupées par les staliniens fut interrompue en août 1948 dans les régions qu'ils occupaient depuis peu. Un document officiel du PC chinois du 22 février indique que dans les régions libérées depuis longtemps ou plus récemment, la réforme qui s'était achevée par différentes mesures avait conduit à la constitution de trois zones distinctes :</p> <p>Dans la première, une petite fraction de propriétaires et de paysans riches avait acquis les terres les meilleures et les plus grandes. Dans cette zone, les paysans riches et moyens constitueraient 50 à 80 % de la population des villages et posséderaient en moyenne deux fois plus de terres que les paysans pauvres. Le Comité Central du PC chinois dit que la distribution des terres dans cette zone est terminée. Dans la seconde zone, les paysans riches et les vieux propriétaires disposent relativement de plus de terres que dans la zone précédemment décrite. La plupart d'entre eux, selon le CC du PC, ont de meilleures et de plus grandes propriétés que les paysans pauvres et il en est de même pour les membres du Parti. Les paysans pauvres et sans terre comptent 50 à 70 % de la population villageoise et "pour la plupart d'entre eux, la vie n'a pas beaucoup changé". Ici, la distribution des terres a eu lieu, mais dans une forme incomplète. Enfin, une troisième zone n'a connu aucune distribution de terres et les propriétaires et les paysans riches disposent de la plus grande partie de la terre alors que les paysans pauvres n'ont rien reçu. Cela provient aussi d'une information officielle du CC du PC chinois. Il apparaît de toute évidence que la "cupidité" des propriétaires et des paysans riches, qu'ils soient ou non membres du PC, a eu les mains libres dans cette réforme et que la plupart de ceux à qui des terres ont été confisquées s'enrichissent déjà à nouveau. Les "paysans moyens" dont parle le CC dans la première zone, comprennent de nombreux exploiteurs et propriétaires fonciers.</p> <p>Les soi-disant régions libérées comprennent tout le territoire situé au nord du Hoang-Ho (Fleuve Jaune). La réforme agraire était et est encore appliquée dans cette région de manière variable. Nous sommes en présence ici d'une politique typiquement stalinienne. Pour résister à la pression de la bourgeoisie, les staliniens sont forcés de s'appuyer sur les masses. Mais quand le mouvement des masses risque d'entraîner un bouleversement social, la bureaucratie stalinienne tente de canaliser ces actions et, dans sa frayeur, effectue un virage à droite, négocie avec la bourgeoisie et ordonne l'arrêt du mouvement populaire.</p> <p>Politique industrielle et commerciale</p> <p>Le principal frein de la réforme agraire est la politique nommée "protection de l'industrie et du commerce". Elle autorise le libre transfert des capitaux des paysans riches aux entreprises industrielles et commerciales même dans les villages et les petites villes des zones libérées. Les usines et les mines antérieurement nationalisées dans les premiers districts occupés sont peu à peu remises aux capitalistes privés. Liu Ning-i le montre clairement dans son texte sur "La politique Industrielle dans les Régions Libérées" où il écrit : "Le gouvernement veut renforcer les différents secteurs d'industrie lourde et légère. Pour cela, tout le monde, y compris les grands capitalistes, doit être mobilisé en utilisant toutes les forces et grâce à une coopération totale."</p> <p>Pour contribuer au développement industriel et commercial, le PC chinois a mis en oeuvre une politique fiscale stimulant l'initiative privée à la place de la politique fiscale du Kuomintang qui étouffe l'entrepreneur. Mais le miracle de la construction rapide d'une industrie lourde dans les régions arriérés et agricoles ne s'est pas produit. La plupart des entreprises industrielles et commerciales de cette région sont de type artisanal. Il y a de petites machines. La composition organique du capital est donc très basse. Mais la propagande du PC chinois proclame que la tâche principale sur le terrain de l'industrie et du commerce est (selon Lui Ning-i) "de développer les forces productives et de réduire les coûts de production." Plus la composition organique est basse, Plus la part du capital variable, celle des salaires est importante dans la détermination du coût de production. Par conséquent, la politique industrielle et commerciale du PC chinois implique en premier lieu une baisse des salaires réels, l'allongement de la journée de travail et la surexploitation de la force de travail par la méthode bien connue du travail aux pièces.</p> <p>Le PC chinois a introduit ces méthodes d'exploitation dans toutes les zones libérées. Voilà ce qu'il en est de la "politique salariale" dont il est si fier. Les documents du PC chinois parlent ouvertement de "salaires trop élevés". La journée de travail a été allongée jusqu'à 10 et même 12 heures. Non seulement le système du travail aux pièces a été introduit mais les staliniens ont tenté de le justifier sur le plan théorique. Ils expliquent que "dans le système du paiement aux pièces, les ouvriers obtiennent des salaires plus élevés si ils augmentent la production ; ils augmenteront donc la production pour obtenir des salaires plus élevés : c'est une conception très raisonnable et progressive de la rémunération du travail manuel." (Chang Per-la, "Politique du Travail et de l'Impôt dans le Développement Industriel")</p> <p>Quand l'armée du PC chinois entra dans les grandes villes, elle protégea toutes les entreprises privées, chinoises ou étrangères. Seul le vieux "capital bureaucratique", c'est à dire les entreprises directement contrôlées par le gouvernement du Kuomintang, furent touchées ; même dans ce cas, les investissements des capitalistes privés dans ces "entreprises bureaucratiques" restèrent intacts. Ainsi, la politique des staliniens dans les villes est le prolongement de leur politique dans les campagnes. Et tout comme les staliniens sacrifient les intérêts des ouvriers et des paysans pauvres sous la pression de la bourgeoisie nationale, ils prendront des mesures similaires sous la pression de l'impérialisme.</p> <p>Le transfert du pouvoir</p> <p>Après avoir examiné les faits économiques, venons-en à la situation politique. Avant la réforme agraire dans les régions primitivement occupées, le pouvoir était déjà passé entre les mains des paysans riches et des propriétaires sans que les paysans pauvres puissent se faire entendre dans le Parti ou dans leurs organisations. Après le début de la réforme agraire, le PC chinois commença à créer des Comités de Paysans Pauvres afin d'obtenir un soutien populaire de masse à leur politique. Ces Comités groupèrent les pauvres des campagnes et permirent d'accélérer la réalisation de la réforme agraire. Les Comités de Paysans Pauvres ont donné naissance au Congrès des délégations paysannes. Au moment de leur formation, les Comités de Paysans Pauvres remplissaient toujours le rôle de véritables soviets paysans : ils confisquaient les terres des propriétaires fonciers et levaient les impôts.</p> <p>Le Congrès des Délégations Paysannes remplaça les Comités de Paysans Pauvres par des Comités Paysans auxquels les paysans riches et exploiteurs appartenaient également. En fait, les documents du PC chinois se plaignent de ce que "certains de ces Comités Paysans ne comprennent même pas les paysans moyens." Il faut noter que le PC chinois ne différencie pas scientifiquement les différentes couches de la paysannerie et considère souvent les paysans riches comme des "paysans moyens". De plus, le parti est toujours constitué par des éléments riches et même souvent exploiteurs. Cela explique les plaintes constantes de la bureaucratie au sujet des paysans pauvres qui "veulent toujours tout contrôler", qui "violent la propriété des paysans moyens".</p> <p>Au sujet de l'achèvement de la réforme agraire, la bureaucratie insiste particulièrement sur la dissolution des Comités de Paysans Pauvres ; tout au plus autorise-t-elle une"commission des paysans pauvres" à l'intérieur des Comités Paysans. Pour leur part, les Comités Paysans furent uniquement constitués dans un but économique. La bureaucratie a tout fait pour les empêcher de devenir une autorité politique Ce pouvoir devait passer du Congrès des Délégations Paysannes au Congrès des, Délégués du Peuple de village qui devaient devenir l'autorité politique dans le village. Il est dit expressément que ce Congrès de Village des Délégués du Peuple "réunirait toutes les classes démocratiques, c'est à dire les ouvriers, les paysans, les artisans, les professions libérales, les intellectuels, les entrepreneurs et les propriétaires éclairés." (Discours de Mao Tsé-toung au Congrès du PC du Shansi-Shuiyun) C'est donc un organe de pouvoir basé sur la collaboration de classes et qui remplace l'autorité des paysans pauvres.</p> <p>Les chefs de l'"armée de libération" font preuve du même esprit conservateur et réactionnaire quand ils pénètrent dans les grandes villes. Cherchant à réconcilier les factions de l'ancien gouvernement Kuomintang, les staliniens ont considéré la "paix de Peiping" comme un modèle pour le transfert du pouvoir. Aussi ils ont démontré que ce qui comptait pour eux était seulement de gagner la confiance de la bourgeoisie Kuomintang et non celle de la classe ouvrière qui aurait détruit l'appareil d'état bourgeois dans les villes. Le PC chinois a également maintenu les moyens de répression dans les villes parmi lesquels l'infâme principe de la responsabilité collective. (Si la police ne peut trouver un "fauteur de troubles", elle peut arrêter un membre de sa famille ou un otage). Les staliniens ont aboli le droit de grève et institué l'arbitrage obligatoire. Tout comme le pouvoir des paysans pauvres fut supprimé dans l'intérêt de la collaboration de classe, les premiers efforts des ouvriers pour créer une organisation indépendante dans les villes furent étouffés par la bureaucratie. Les syndicats ont traditionnellement servi au mouvement ouvrier d'école de la lutte de classe. Les staliniens chinois ont transformé cette formule. Pour eux, le syndicat est devenu "une école de production qui encourage les caractères productifs et positifs du prolétariat." Le devoir de défendre les intérêts des ouvriers est appelé "aventurisme gauchiste."</p> <p>Dans les entreprises privées, les capitalistes ont conservé un pouvoir illimité. Dans les entreprises nationalisées - appartenant auparavant au "capital bureaucratique" - le pouvoir appartient à un comité de contrôle dont le directeur de l'usine est le président et comprenant des représentants des anciens propriétaires, des représentants de la maîtrise et des représentants des ouvriers. Mais les ouvriers disposent seulement de voix consultatives, le directeur ayant le dernier mot pour toutes les décisions.</p> <p>La conséquence de cette politique anti-ouvrière, comme l'admit récemment le North East Daily News, est que "les membres du parti travaillant dans les usines abandonnent le point de vue des masses et croient que le directeur prend toutes les décisions importantes sans demander l'avis du parti et du syndicats et que le comité de contrôle est superflu." Le journal poursuit : "Il ne sera pas possible de maintenir longtemps l'attitude positive des ouvriers si nous ne les protégeons pas par des méthodes de gestion démocratique. A côté du directeur, des ingénieurs et de la maîtrise, les comités de contrôle doivent comprendre une majorité d'ouvriers, Ces ouvriers seraient élus par les syndicats ou par le Congrès des délégués Ouvriers" (Le 16 mars 1949, la New China News Agency rapporte de Mukden un article de la North East Daily News intitulé : "La démocratisation de la gestion des entreprises est une importante mesure pour augmenter la production.")</p> <p>Cette citation indique que les Comités de Contrôle dans les usines nationalisées n'existent même pas dans toutes les régions primitivement occupées par les staliniens. Quand ils existent, ce sont des organes purement administratifs séparés de la classe ouvrière et qui sont devenus en fait des organes au service des directeurs. Mais quand le Congrès des Délégués ouvriers existe, il sert de corps consultatif comme les syndicats.</p> <p>Le caractère du "Pouvoir du Peuple".</p> <p>L'analyse faite plus haut nous procure un matériel important sur le caractère du soi-disant "pouvoir populaire" du PC chinois et son évolution future. La progression des armées a partir de la campagne vers les villes industrielles a fait passer le PC d'un pouvoir régional instable avec une base agricole isolée à un pouvoir reposant sur une base relativement stable et urbaine. Cette transformation s'est accompagnée d'une politique de collaboration de classe. Au fur et à mesure que le PC chinois s'est emparé du pouvoir national, il s'est éloigné des ouvriers et des paysans pauvres et il a cédé à la pression de la bourgeoisie. Mao Tsé-toung prétend que son pouvoir sera "une dictature populaire démocratique conduite par le prolétariat allié à la paysannerie". Mais en expliquant quelles classes forment la base de son pouvoir, il déclare franchement qu'il s'agit "des ouvriers, des paysans, des artisans indépendants, des professions libérales, des intellectuels, des capitalistes "libres" et des propriétaires "éclairés" qui ont rompu avec leur classe". Nous, marxistes, ne nous trompons pas sur cette formule ; nous comprenons que ce n'est rien d'autre qu'un pouvoir bourgeois embelli.</p> <p>Aujourd'hui, alors que les armées du PC chinois s'emparent des grandes villes, ce pouvoir est encore en pleine évolution et se déplace des campagnes vers les villes. La victoire du PC chinois n'a pu être acquise sans le soutien armé de la paysannerie qui résulte d'un compromis entre ces armées et la bourgeoisie. Nous pouvons nous rendre compte pourtant, en fonction de son attitude conservatrice envers la classe ouvrière et les paysans pauvres et de sa peur des actions de masse, que le PC s'oriente vers une dictature militaire. Presque toutes les villes ont été placées sous contrôle militaire direct. Les bureaucrates se dégagent tellement des organisations de masse qu'ils sont obligés de s'appuyer directement sur l'armée, la police et les services secrets. Bien sur, ce processus est encore loin d'être achevé. Il en est seulement à son début mais son futur développement peut déjà être discerné.</p> <p>Les perspectives du stalinisme chinois</p> <p>L'évolution de la Chine a d'importantes conséquences :</p> <p>1. Dans les campagnes :</p> <p>a) Dans les "régions anciennement ou plus récemment libérées" où la réforme agraire a été effectuée ou est en voie d'achèvement, les nouveaux paysans riches et propriétaires, parmi lesquels se trouvent des membres du parti qui ont acquis de nombreux privilèges, constituent les principaux éléments dans le Congés de village des Délégués du Peuple alors que les comités paysans, lorsqu'ils avaient un pouvoir réel, ont été subordonnés à des "gouvernements de coalition" à l'échelon du village. Les paysans pauvres, éternelles victimes, sont mécontents du pouvoir exercé par les membres locaux du parti et des paysans riches qui proviennent d'une nouvelle différenciation.</p> <p>b) La réforme agraire a été stoppée dans les régions "récemment libérées". Les anciens paysans riches et propriétaires sont considérés comme la composante principale dans la formation du "gouvernement de coalition". Les paysans pauvres, incapables de satisfaire leurs besoins, continueront comme auparavant la lutte de classe en introduisant des oppositions dans les rangs du mouvement stalinien lui-même.</p> <p>2. Dans les villes :</p> <p>Ces différenciations et ces contradictions conduisent à la formation de nombreuses tendances oppositionnelles au sein du mouvement stalinien mais celles-ci sont encore régionales, isolées, individualistes et souvent de type paysan. Elles sont condamnées et réprimées comme manifestations d'"aventurisme gauchiste" et de "trotskysme". Un grand nombre d'ouvriers rejoindront le PC après l'entrée des armées staliniennes dans les villes mais la politique anti-ouvrière de la bureaucratie fera naître un mécontentement parmi le prolétariat. Leur résistance aggravera la lutte de classe dans les rangs des staliniens eux-mêmes. Les ouvriers éduqués tenteront de former des groupes d'opposition politique. Cela marquera le début de l'effondrement du stalinisme en Chine.</p> <p>3. A l'échelle nationale :</p> <p>Le PC chinois s'oriente vers un pouvoir basé sur la collaboration de classe. Il exercera le pouvoir en maintenant les anciennes bases sociales de la Chine et se trouvera face à face avec les anciennes difficultés. Pour les résoudre sur le plan économique comme sur le plan politique, la bureaucratie ne pourra se contenter de petites réformes partielles (comme le sacrifice du "capital bureaucratique" et d'une partie des intérêts des landlords). Elle ne recevra aucune aide substantielle du Kremlin. La réputation du Kremlin est déjà mauvaise dans la population chinoise : il demande des services pour lesquels il ne donne rien en échange. La seule voie ouverte au PC chinois est l'utilisation de la bourgeoisie nationale pour mendier l'assistance de l'impérialisme. Etant moins capable de résister à la pression impérialiste que Tito, Mao Tsé-toung entrera plus rapidement en conflit avec l' "internationalisme" de Staline (lisez : le nationalisme grand-russien). (…) »</p> <p>Notes</p> <p>[1] Mensonges : cet ancien ministre de Tran Trong Kim n'a jamais été trotskyste. Pas plus que le chef de la Sûreté n'était bien sûr un trotskyste, ni que le dirigeant trotskyste le plus connu, Ta Thu Thau, ait été conseiller d'un gouvernement quel qu'il soit ! Ces allégations grossières, qui ne sont étayées d'aucune preuve, sont des calomnies classiques des staliniens. Si leurs auteurs y avaient cru, ils les auraient utilisé à l'époque des faits, ce qui n'est même pas le cas. Elles servent seulement de justification après coup d'une politique d'assassinats ciblés. Pas de pardon pour des agents de l'impérialisme japonais</p></div> 100 Years since the Russian Revolution http://www.matierevolution.org/spip.php?article5403 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5403 2017-01-20T17:26:13Z text/html en Robert Paris English Trotsky Lénine 1917-1919 Révolution 100 Years since the Russian Revolution Read here Read also here - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory">000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot1" rel="tag">English</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag">Lénine</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag">1917-1919</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">100 Years since the Russian Revolution </h3> <p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=http://www.matierevolution.org%2Fspip.php?article4940&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class='spip_out' rel='external'>Read here</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=russian+revolution+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class='spip_out' rel='external'>Read also here</a></p></div> La grande révolte de 1497 en Cornouailles – The Cornish Rebellion of 1497 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5391 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5391 2017-01-20T00:32:00Z text/html fr Robert Paris Révolution Révolution bourgeoise Angleterre Great Britain Révolte La grande révolte de 1497 en Cornouailles – The Cornish Rebellion of 1497 La Rébellion de Cornouailles de 1497 (cornique : Rebellyans Kernow) était un soulèvement populaire par les gens de Cornouailles. Sa principale cause était la réponse de la population appauvrie de Cornouailles à l'augmentation des impôts de guerre par le roi Henry VII pour lever des fonds pour une campagne contre l'Ecosse. Les mineurs d'étain étaient fâchés car l'ampleur des impôts a renversé les droits antérieurs accordés par (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag">Révolution bourgeoise</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot115" rel="tag">Angleterre Great Britain</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_8129 spip_documents spip_documents_center'> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L354xH169/-112-e2df7.gif' width='354' height='169' alt="" style='height:169px;width:354px;' /></span></p> <h3 class="spip">La grande révolte de 1497 en Cornouailles – The Cornish Rebellion of 1497</h3> <p>La Rébellion de Cornouailles de 1497 (cornique : Rebellyans Kernow) était un soulèvement populaire par les gens de Cornouailles. Sa principale cause était la réponse de la population appauvrie de Cornouailles à l'augmentation des impôts de guerre par le roi Henry VII pour lever des fonds pour une campagne contre l'Ecosse.</p> <p>Les mineurs d'étain étaient fâchés car l'ampleur des impôts a renversé les droits antérieurs accordés par Edward I d'Angleterre au Parlement de Stannary de Cornouailles, qui a exempté Cornwall de tous les impôts de 10èmes ou 15èmes de revenu.</p> <p>En 1496, après des désaccords concernant de nouvelles réglementations pour l'industrie minière de l'étain, le roi Henry VII a suspendu les privilèges des Stannaires.</p> <p>À la fin de 1496, le conseil approuve un prêt forcé auquel Cornwall (la Cornouailles) apporte une part disproportionnée. La cause première de la rébellion était le prélèvement fiscal d'Henry VII pour payer une guerre contre les Écossais. Les termes de la taxe ont violé la charte de Stannary de 1305 qui interdit des taxes des 10s et 15èmes de se lever en Cornouailles. Cornwall avait déjà beaucoup contribué à l'expédition écossaise, même si elle n'avait été affectée par aucune incursion frontalière.</p> <p>Les premiers mouvements de protestation se produisirent dans la paroisse de St Keverne sur la presqu'île de Lizard, où il y avait déjà un ressentiment contre les actions de Sir John Oby, prévôt du Glasney College de Penryn et le percepteur de cette région. En réaction au prélèvement fiscal du roi Henry, Michael Joseph (An Gof), forgeron de St. Keverne et Thomas Flamank, avocat de Bodmin, incitaient beaucoup de gens de Cornwall à se révolter contre le roi. Les rebelles comprenaient au moins deux anciens députés, Flamank (député de Bodmin en 1492) et William Antron (député de Helston en 1491-92). Une armée de quelque 15 000 hommes marchait dans le Devon, attirant du soutien en termes de provisions et de recrues.</p> <p>De Taunton, ils se dirigèrent vers Wells, où ils furent rejoints par leur plus éminent recruteur, James Touchet, le septième Baron Audley, membre de l'ancienne noblesse. Malgré cet accueil et cette prestigieuse acquisition de soutien, An Gof, le forgeron, resta au commandement de l'armée. Audley a rejoint Thomas Flamank comme chef politique "commun" de l'expédition.</p> <p>Après avoir publié une déclaration de griefs, l'armée quitta Wells et marcha vers Winchester via Bristol et Salisbury, remarquablement sans opposition pendant qu'ils progressaient dans le sud de l'Angleterre. À ce stade, étant venus jusqu'à présent, il semble y avoir eu quelques questions sur ce qui devrait être fait exactement. Le Roi n'a montré aucun signe de volonté de concéder la question et, loin de la maison, il doit être venu à la direction la réalisation froide tardive que seule la force des armes résoudrait la question d'une manière ou l'autre. Flamank conçut l'idée d'essayer d'élargir la montée ; Pour forcer le monarque à faire des concessions en mobilisant un soutien plus large pour les Cornishmen.</p> <p>Flamank a proposé de se diriger vers Kent, « le sol classique des protestations », la maison de la révolte des paysans (1381) et la rébellion de Jack Cade, pour rallier les hommes volatils de Kent à leur bannière. C'était une stratégie subtile et ambitieuse - mais malheureusement mal informée. Bien que la guerre écossaise ait été un projet aussi éloigné pour les Kentishmen que pour les Cornish, ils ont non seulement refusé d'offrir leur soutien, mais sont allés jusqu'à offrir une résistance sous leur comte. Malheureusement désabusé, l'armée de Cornouailles se retira et quelques-uns des hommes retournèrent tranquillement chez eux. Le reste, a laissé aller le prétexte d'agir contre les ministres du roi seul - ils étaient prêts à livrer bataille contre le roi lui-même.</p> <p>De retour vers l'ouest, le 13 juin 1497, l'armée de Cornouailles arrive à Guildford. Bien que choqué par l'ampleur de la révolte et la rapidité de son approche, Henry VII n'avait pas été oisif. L'armée de huit mille hommes réunis pour l'Ecosse sous le commandement de Giles, Lord Daubeny, chef-général d'Henri et lord Chamberlain, fut rappelée. Puis le comte de Surrey fut envoyé au nord pour conduire une défensive, tenant des opérations contre les Écossais jusqu'à ce que le roi ait réprimé ses difficultés intérieures. La famille royale (et l'archevêque de Canterbury) se sont installés à la tour de Londres pour la sécurité tandis que dans le reste de la ville il y avait la panique parmi les citoyens ordinaires. Il est dit qu'il y avait un cri général de « Tout le monde à harness ! À exploiter !' Et une ruée de citoyens armés aux murs et aux portes. Puis, le même jour que les Cornouailles arrivèrent à Guildford, Daubeney et ses hommes prirent position sur Hounslow Heath et furent acclamés par l'arrivée de nourriture et de vin expédiés par le Lord Maire de Londres.</p> <p>La Couronne a décidé de prendre l'offensive et de tester la force et la résolution des forces de Cornouailles. Lord Daubeney a envoyé une force de 500 lanceurs montés et ils se sont affrontés avec le cornique à « Gill Down » en dehors de Guildford le mercredi 14 Juin 1497.</p> <p>L'armée Cornish a quitté Guildford et a bougé par Banstead et la plaine de Chussex à Blackheath où ils ont jeté leur camp final, regardant vers le bas de la colline sur la Tamise et la ville de Londres. En dépit des troubles entre les forces de Cornish, An Gof a tenu son armée ensemble, mais devant des chances écrasantes, quelque Cornish déserté et par matin il ne restait que quelques 9-10.000 stalwarts Cornish laissés dans les bras.</p> <p>La bataille de Deptford Bridge (également connue sous le nom de Bataille de Blackheath) a eu lieu le 17 juin 1497 sur un site dans le Deptford actuel sud-est de Londres, adjacent à la rivière Ravensbourne et a été l'événement culminant de la Rébellion de Cornouailles. Henri VII avait rassemblé une armée de quelque 25 000 hommes et les Cornouailles manquaient de la cavalerie de soutien et des armes d'artillerie essentielles aux forces professionnelles de l'époque.</p> <p>Après avoir soigneusement répandu des rumeurs qu'il allait attaquer le lundi suivant, Henry s'était déplacé contre le Cornish à l'aube sur son « jour chanceux » - samedi (17 juin 1497). Les forces royales étaient divisées en trois « batailles », deux sous Lords Oxford, Essex et Suffolk, pour rouler le flanc droit et l'arrière de l'ennemi tandis que le troisième attendait en réserve. Quand les Cornouailles furent dûment entourés, lord Daubeney et la troisième « bataille » furent commandés en attaque frontale.</p> <p>Au pont de Deptford Strand, les Cornouailles avaient placé un corps d'archers (en utilisant des flèches d'un mètre de long, « un arc si fort et puissant que les Cornishmen étaient appelés à dessiner ») pour bloquer le passage du fleuve. Ici Daubeney a eu un temps tendu, avant que ses lanceurs ont finalement capturé la traversée avec quelques pertes (seulement 8 hommes ou jusqu'à 300 selon la source). La « Grande Chronique de Londres » dit que ce sont les seules pertes subies par les forces royales ce jour-là, mais, vu la gravité des combats ultérieurs, cela semble très improbable.</p> <p>Par maladresse ou inexpérience, les Cornouailles avaient négligé de soutenir les hommes au pont de Deptford Strand et la rangée principale restait bien dans la bruyère, près du sommet de la colline. C'était une erreur car une force de réserve qui descendait du haut du terrain aurait pu tenir le goulot d'étranglement du pont et a fait de la journée un concours beaucoup plus égal. Comme il était, Lord Daubeney et ses troupes se sont jetés dans la force et engagé l'ennemi avec une grande vigueur. Daubeney lui-même était tellement emporté qu'il est devenu isolé de ses hommes et a été capturé. Astronomiquement assez, le Cornish a simplement libéré lui et il est revenu bientôt à la mêlée. Il semblerait qu'à ce stade tardif, les coeurs des rebelles n'étaient plus dans la bataille et ils envisageaient déjà ses conséquences et la vengeance du roi.</p> <p>Les deux autres divisions royales attaquèrent les Cornouailles exactement comme prévu et, comme le disait succintement Bacon : mal armés et mal dirigés, sans cheval ni artillerie, ils furent mis à mort en grand nombre. Les estimations des morts de Cornouailles vont de 200 à 2000 et un massacre général de l'armée brisée était bien engagée quand An Gof a donné l'ordre de capitulation. Il s'est enfui, mais seulement jusqu'à Greenwich avant d'être capturé. Le moins entreprenant Baron Audley et Thomas Flamank ont ​​été pris sur le champ de bataille.</p> <p>À 14 heures, Henri VII était revenu à la ville en triomphe, chevalier des partis méritants sur le chemin, pour accepter l'acclamation du maire et assister à un service d'action de grâces à St Paul.</p> <p>En temps voulu, des pénalités pécuniaires sévères, extraites par les agents de la Couronne, paupérisé sections de Cornwall pour les années à venir. Les domaines ont été saisis et remis à des sujets plus loyaux. Les rebelles restants qui se sont échappés sont allés à la maison finir la rébellion.</p> <p>Un Gof et Flamank ont ​​tous deux été condamnés à être pendus, traînés et découpés. Cependant ils "jouissaient" de la miséricorde du roi et ont été autorisés à accrocher jusqu'à mort avant d'être décapité. Ils ont été exécutés à Tyburn le 27 juin 1497. Un Gof est enregistré pour avoir dit avant son exécution qu'il devrait avoir "un nom perpétuel et une renommée permanente et immortelle". Thomas Flamank a été cité comme disant « Parlez la vérité et seulement alors pouvez-vous être libre de vos chaînes ». Audley, en tant que pair du royaume, a été décapité le 28 juin à Tower Hill. Leurs têtes étaient alors affichées sur des bâtons de luge (« gibbé ») sur le pont de Londres.</p> <hr class="spip" /> <h3 class="spip">The Cornish Rebellion of 1497</h3> <p>The Cornish Rebellion of 1497 (Cornish : Rebellyans Kernow) was a popular uprising by the people of Cornwall. Its primary cause was the response by the impoverished Cornish populace to the raising of war taxes by King Henry VII to raise money for a campaign against Scotland.</p> <p>Tin miners were angered as the scale of the taxes overturned previous rights granted by Edward I of England to the Cornish Stannary Parliament, which exempted Cornwall from all taxes of 10ths or 15ths of income.</p> <p>In 1496, after disagreements regarding new regulations for the tin-mining industry, King Henry VII suspended the privileges of the Stannaries.</p> <p>In late 1496 the council approved a forced loan to which Cornwall contributed a disproportionately large share. The primary cause of the rebellion was Henry VII's tax levy to pay for a war against the Scots. The terms of the levy violated the Stannary Charter of 1305 which prohibited taxes of 10ths and 15ths from being raised in Cornwall. Cornwall had already contributed significantly to the Scottish expedition, even though it was not affected by any border incursions.</p> <p>The first stirrings of protest arose in the parish of St Keverne on the Lizard peninsula, where there already was resentment against the actions of Sir John Oby, provost of Glasney College in Penryn, and the tax collector for that area. In reaction to King Henry's tax levy, Michael Joseph (An Gof), a blacksmith from St. Keverne and Thomas Flamank a lawyer of Bodmin, incited many of the people of Cornwall into armed revolt against the King. The rebels included at least two former MPs, Flamank (MP for Bodmin in 1492) and William Antron (MP for Helston in 1491-92). An army some 15,000 strong marched into Devon, attracting support in terms of provisions and recruits as they went.</p> <p>From Taunton, they moved on to Wells, where they were joined by their most eminent recruit, James Touchet, the seventh Baron Audley, a member of the old nobility. Despite this welcome and prestigious acquisition of support, An Gof, the blacksmith, remained in command of the army. Audley joined Thomas Flamank as joint 'political' leader of the expedition.</p> <p> After issuing a declaration of grievances, the army left Wells and marched to Winchester via Bristol and Salisbury, remarkably unopposed as they progressed across the south of England. At this point, having come so far, there seems to have been some questioning of what exactly should be done. The King had shown no sign of willingness to concede the issue and, far from home, there must have come to the leadership the belated cold realisation that only force of arms would resolve the matter one way or the other. Flamank conceived the idea of trying to broaden the rising ; to force the monarch into concessions by mobilising wider support for the Cornishmen.</p> <p>Flamank proposed that they should head for Kent, 'the classic soil of protests', the home of the Peasants' Revolt (1381) and Jack Cade's rebellion, to rally the volatile men of Kent to their banner. It was a subtle and ambitious strategy—but sadly misinformed. Although the Scottish War was as remote a project to the Kentishmen as to the Cornish, they not only declined to offer their support but went so far as to offer resistance under their Earl. Sadly disillusioned, the Cornish army retreated and some of the men quietly returned to their homes. The remainder, let go the pretence of acting against the King's ministers alone – they were prepared to give battle against the King himself.</p> <p>Moving back west, by 13 June 1497 the Cornish army arrived at Guildford. Although shocked by the scale of the revolt and the speed of its approach, Henry VII had not been idle. The army of 8,000 men assembled for Scotland under the command of Giles, Lord Daubeny, Henry's chief general and Lord Chamberlain, was recalled. Then the Earl of Surrey was sent north to conduct a defensive, holding operation against the Scots until such time as the King had quelled his domestic difficulties. The Royal family (and the Archbishop of Canterbury) moved to the Tower of London for safety whilst in the rest of the City there was panic among the common citizens. It is said there was a general cry of 'Every man to harness ! To harness !' and a rush of armed citizenry to the walls and gates. Then, the same day that the Cornish arrived at Guildford, Daubeney and his men took up position upon Hounslow Heath and were cheered by the arrival of food and wine dispatched by the Lord Mayor of London.</p> <p>The Crown decided to take the offensive and test the strength and resolve of the Cornish forces. Lord Daubeney sent out a force of 500 mounted spearmen and they clashed with the Cornish at 'Gill Down' outside Guildford on Wednesday 14 June 1497.</p> <p>The Cornish army left Guildford and moved via Banstead and Chussex Plain to Blackheath where they pitched their final camp, looking down from the hill onto the Thames and City of London. Despite unrest among the Cornish forces, An Gof held his army together, but faced with overwhelming odds, some Cornish deserted and by morning there remained only some 9–10,000 Cornish stalwarts left in arms.</p> <p>The Battle of Deptford Bridge (also known as Battle of Blackheath) took place on 17 June 1497 on a site in present-day Deptford south-east London, adjacent to the River Ravensbourne and was the culminating event of the Cornish Rebellion. Henry VII had mustered an army of some 25,000 men and the Cornish lacked the supporting cavalry and artillery arms essential to the professional forces of the time.</p> <p>After carefully spreading rumours that he would attack on the following Monday, Henry moved against the Cornish at dawn on his 'lucky day' – Saturday (17 June 1497). The Royal forces were divided into three 'battles', two under Lords Oxford, Essex and Suffolk, to wheel round the right flank and rear of enemy whilst the third waited in reserve. When the Cornish were duly surrounded, Lord Daubeney and the third 'battle' were ordered into frontal attack.</p> <p>At the bridge at Deptford Strand, the Cornish had placed a body of archers (utilising arrows a full yard long, 'so strong and mighty a bow the Cornishmen were said to draw') to block the passage of the river. Here Daubeney had a tense time, before his spearmen eventually captured the crossing with some losses (a mere 8 men or as many as 300 depending on one's source). The 'Great Chronicle of London' says that these were the only casualties suffered by the Royal forces that day but, in view of the severity of the later fighting, this seems most improbable.</p> <p>Through ill-advice or inexperience, the Cornish had neglected to provide support for the men at Deptford Strand bridge and the main array stood well back into the heath, near to the top of the hill. This was a mistake since a reserve force charging down from the high ground might have held the bridge bottleneck and made the day a far more equal contest. As it was, Lord Daubeney and his troops poured across in strength and engaged the enemy with great vigour. Daubeney himself was so carried away that he became isolated from his men and was captured. Astoundingly enough, the Cornish simply released him and he soon returned to the fray. It would appear at this late stage, the rebels' hearts were no longer in the battle and they were already contemplating its aftermath and the King's revenge.</p> <p>The two other Royal divisions attacked the Cornish precisely as planned and, as Bacon succinctly put it : being ill-armed and ill-led, and without horse or artillery, they were with no great difficulty cut in pieces and put to flight. Estimates of the Cornish dead range from 200 to 2,000 and a general slaughter of the broken army was well under way when An Gof gave the order for surrender. He fled but only got as far as Greenwich before being captured. The less enterprising Baron Audley and Thomas Flamank were taken on the field of battle.</p> <p>By 2pm, Henry VII had returned to the City in triumph, knighting deserving parties on the way, to accept the acclamation of the Mayor and attend a service of thanksgiving at St Paul's.</p> <p>In due course, severe monetary penalties, extracted by Crown agents, pauperised sections of Cornwall for years to come. Estates were seized and handed to more loyal subjects. The remaining rebels that escaped went home ending the rebellion.</p> <p>An Gof and Flamank were both sentenced to be hanged, drawn and quartered. However they "enjoyed" the king's mercy and were allowed to hang until dead before being decapitated. They were executed at Tyburn on 27 June 1497. An Gof is recorded to have said before his execution that he should have "a name perpetual and a fame permanent and immortal". Thomas Flamank was quoted as saying "Speak the truth and only then can you be free of your chains". Audley, as a peer of the realm, was beheaded on 28 June at Tower Hill. Their heads were then displayed on pike-staffs ("gibbeted") on London Bridge.</p></div> D'où vient la conscience humaine ? http://www.matierevolution.org/spip.php?article5242 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5242 2017-01-19T00:28:00Z text/html fr Robert Paris Ce texte a pour but de contredire le point de vue de Bergson sur la conscience ainsi résumé : « Je vois dans l'évolution entière de la vie sur notre Planète une traversée de la matière par la conscience créatrice, un effort pour libérer, à force d'ingéniosité et d'invention, quelque chose qui reste emprisonné chez l'animal et qui ne se dégage définitivement que chez l'homme. » « L'évolution de la vie, depuis ses origines jusqu'à l'homme, évoque à nos yeux l'image d'un courant de conscience qui s'engagerait (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique37" rel="directory">Formation et filiation de l'homme</a> <div class='rss_texte'><p>Ce texte a pour but de contredire le point de vue de Bergson sur la conscience ainsi résumé :</p> <p><i>« Je vois dans l'évolution entière de la vie sur notre Planète une traversée de la matière par la conscience créatrice, un effort pour libérer, à force d'ingéniosité et d'invention, quelque chose qui reste emprisonné chez l'animal et qui ne se dégage définitivement que chez l'homme. »</i></p> <p><i>« L'évolution de la vie, depuis ses origines jusqu'à l'homme, évoque à nos yeux l'image d'un courant de conscience qui s'engagerait dans la matière comme pour s'y frayer un passage souterrain, ferait des tentatives à droite et à gauche, pousserait plus ou moins en avant, viendrait la plupart du temps se briser contre le roc, et pourtant, dans une direction au moins, réussirait à percer et reparaître à la lumière. Cette direction est la ligne d'évolution qui aboutit à l'homme. »</i></p> <p><i>« De même, la conscience est incontestablement liée au cerveau chez l'homme : mais il ne suit pas de là qu'un cerveau soit indispensable à la conscience. »</i></p> <p><i>« Je crois que tous les êtres vivants, plantes et animaux, la possèdent en droit (la conscience) ; mais beaucoup d'entre eux y renoncent en fait. »</i></p> <p><i>« On dit quelquefois : « La conscience est liée chez nous à un cerveau ; donc il faut attribuer la conscience aux êtres vivants qui ont un cerveau, et la refuser aux autres. » Mais vous apercevez tout de suite le vice de cette argumentation. En raisonnant de la même manière, on dirait aussi bien : « La digestion est liée chez nous à un estomac ; donc les êtres vivants qui ont un estomac digèrent, et les autres ne digèrent pas. » Or on se tromperait gravement, car il n'est pas nécessaire d'avoir un estomac, ni même d'avoir des organes pour digérer : une amibe digère, quoiqu'elle ne soit qu'une masse protoplasmique à peine différenciée. Seulement, à mesure que le corps vivant se complique et se perfectionne, le travail se divise ; aux fonctions diverses sont affectés des organes différents ; et la faculté de digérer se localise dans l'estomac et plus généralement dans un appareil digestif qui s'en acquitte mieux, n'ayant que cela à faire. De même, la conscience est incontestablement liée au cerveau chez l'homme : mais il ne suit pas de là qu'un cerveau soit indispensable à la conscience. »</i></p> <p>Bergson, L'Énergie spirituelle, 1919.</p> <p><span class='spip_document_7863 spip_documents spip_documents_center'> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH383/-2633-2b043.jpg' width='500' height='383' alt="" style='height:383px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">D'où vient la conscience humaine ?</h3> <p><i>« Les émotions ne sont pas un luxe, mais un auxiliaire complexe dans la lutte pour l'existence. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Pour la plupart des scientifiques travaillant sur l'esprit et le cerveau, le fait que l'esprit dépende étroitement du fonctionnement du cerveau ne fait plus question. Nous pouvons tous louer la préscience d'Hippocrate, qui soutenait lui-même ces idées il y a deux mille ans. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« La capacité d'exprimer et de ressentir des émotions est indispensable à la mise en oeuvre des comportements rationnels. Et lorsqu'elle intervient, elle a pour rôle de nous indiquer la bonne direction, de nous placer au bon endroit dans l'espace où se joue la prise de décision, en un endroit où nous pouvons mettre en oeuvre correctement les principes de la logiques. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Pourquoi Spinoza ? Pour faire court, je pourrais dire qu'il est parfaitement pertinent pour toute discussion sur l'émotion et le sentiment humain. Il voyait dans les besoins, les motivations, les émotions et les sentiments - tout l'ensemble de ce qu'il appelait affectus (affects) - un aspect central de l'humanité. La joie et la tristesse représentaient deux concepts cardinaux dans sa tentative pour comprendre l'être humain et suggérer comment mieux vivre. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« L'esprit respire par le biais du corps, et la souffrance, qu'elle ait sa source au niveau de la peau ou d'une image mentale, prend effet dans la chair. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Il n'est pas tout à fait juste de dire, comme c'est souvent le cas, que la transmission neurale qui a lieu dans le tronc cérébral et l'hypothalamus n'est jamais consciente. Je crois au contraire qu'une partie en est rendue consciente sous une forme particulière et que c'est précisément ce qui constitue nos sentiments d'arrière-plan. Il est vrai que les sentiments d'arrière-plan peuvent apparaître sans qu'on y fasse attention, mais on y fait attention assez souvent. Pensez-y la prochaine fois que vous serez cloué par un rhume ou, encore mieux, que vous vous sentirez au septième ciel et le plus heureux des hommes. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Il existe deux types de contrôle des actions, conscient et non conscient, mais le contrôle non conscient peut en partie être façonné par le contrôle conscient. Si l'enfance et l'adolescence durent aussi longtemps, c'est justement parce qu'il faut beaucoup, beaucoup de temps pour éduquer les processus non conscients de notre cerveau et pour créer, au sein de l'espace cérébral non conscient, une forme de contrôle pouvant, de façon plus ou moins fiable, opérer en fonction d'intentions et d'objectifs conscients. »</i> Antonio Damasio</p> <p><i>« Peut-il y avoir conscience sans sentiments ? La réponse est non. L'introspection montre que l'expérience humaine implique toujours des sentiments. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« « Je pense, donc je suis », cette formule peut-être la plus célèbre de l'histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du « Discours de la Méthode » (1637), et en latin (« Cogito, ergo sum ») dans les « Principes de philosophie » (1644). Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l'origine de l'esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l'être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l'esprit, la « chose pensante » et du corps non pensant qui est caractérisé par une « étendue » et des « organes mécaniques ». (…) Descartes précise sa conception sans ambiguïté : « Je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu ni d'aucune chose matérielle, en sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps. » C'est là qu'est l'erreur de Descartes : il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d'un côté, et l'esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l'autre ; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu'un bouleversement émotionnel et une souffrance provoquée par une douleur physique pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement, il a posé que les opérations de l'esprit les plus délicates n'avaient rien à voir avec l'organisation et le fonctionnement d'un organisme biologique. (…) L'erreur de Descartes continue d'exercer une grande influence. (…) Il est intéressant de noter que, de façon paradoxale, de nombreux spécialistes des sciences cognitives qui estiment que l'on peut étudier les processus mentaux sans recourir à la neurobiologie, ne se considèrent sans doute pas comme des dualistes. On peut aussi voir un certain dualisme cartésien (posant une séparation entre le cerveau et le corps) dans l'attitude des spécialistes des neurosciences qui pensent que les processus mentaux peuvent être expliqués seulement en termes de phénomènes cérébraux, en laissant de côté le reste de l'organisme, ainsi que l'environnement physique et social – et en laissant aussi de côté le fait qu'une certaine partie de l'environnement est lui-même le produit des actions antérieures de l'organisme. (…) L'idée d'un esprit séparé du corps a semble-t-il également orienté la façon dont la médecine occidentale s'est attaquée à l'étude et au traitement des maladies. La coupure cartésienne imprègne aussi bien la recherche que la pratique médicales. Par suite, l'impact psychologique des maladies affectant le corps proprement dit (ce que l'on appelle les maladies réelles) n'est généralement pas pris en compte, ou seulement envisagé dans un second temps. Le processus inverse, la façon dont les problèmes psychologiques retentissent sur le corps, est encore plus négligé. (…) Un assez grand nombre de médecins s'intéressent aux arts, à la littérature et à la philosophie. Un nombre surprenant d'entre eux sont devenus poètes, romanciers et dramaturges de grande valeur, et plusieurs ont réfléchi avec profondeur à la condition humaine et traité de façon perspicace de ses dimensions psychologiques, sociales et politiques. Et pourtant, l'enseignement qu'ils ont reçu dans les facultés de médecine ne prend pratiquement pas en compte ces dimensions humaines lorsqu'il traite de la physiologie et des pathologies du corps proprement dit. (…) Le cerveau (plus précisément les systèmes nerveux central et périphérique), en tant qu'organe, a été pris en compte dans ce cadre. Mais son produit le plus précieux, le phénomène mental, n'a guère préoccupé la médecine classique et, en fait, n'a pas constitué un centre d'intérêt prioritaire pour la spécialité médicale consacrée à l'étude des maladies du cerveau : la neurologie. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Percevoir l'environnement ne se résume pas à ce que le cerveau reçoive directement des signaux d'un stimulus donné, sans parler même de la réception directe d'images. L'organisme se modifie activement de telle sorte que l'interaction puisse prendre place dans les meilleures conditions possibles. Le corps proprement dit n'est pas passif. (…) Ma suggestion revient à dire que les processus mentaux résultent de l'activité de circuits neuraux, bien sûr, mais que nombre de ces derniers ont été façonnés, au cours de l'évolution, par les nécessités fonctionnelles de l'organisme. Elle revient à dire aussi que le fonctionnement mental normal demande que les circuits neuraux susnommés contiennent des représentations fondamentales de l'organisme, et qu'ils ne cessent de prendre en compte les états successifs du corps. (…) Ma suggestion ne revient pas à dire que l'esprit est situé dans le corps. J'affirme simplement que le corps fournit au cerveau d'avantage que ses moyens d'existence et que la modulation de ses activités. Il fournit un contenu faisant intégralement partie du fonctionnement mental normal. (…) Il est probable que les phénomènes mentaux ne peuvent se concevoir sans une sorte de référence au corps, notion qui figure de façon proéminente dans les positions théoriques avancées par Georges Lakoff, Mark Johnson, Eleanor Rosch, Francisco Varela et Gerald Edelman. »</i></p> <p>Antonio Damasio</p> <p><i>« Les fonctions supérieures du cerveau exigent des interactions avec le monde et avec d'autres personnes. »</i></p> <p><i>« Toute tâche consciente implique l'activation ou la désactivation d'aires cérébrales dispersées. »</i></p> <p>Edelman et Tononi</p> <p><i>« La vie et la conscience peuvent jaillir de la matière sans étincelle divine, car ce sont des phénomènes collectifs, des manifestations holistiques. »</i></p> <p>La melodie secrete, Trinh Xuan Thuan</p> <p><i>« Au point de départ de l'évolution mentale, il n'existe à coup sûr aucune différenciation entre le moi et le monde extérieur la conscience débute par un égocentrisme inconscient et intégral Quatre processus fondamentaux caractérisent les deux premières années de l'existence : ce sont les constructions des catégories de l'objet, de l'espace, de la causalité et du temps. »</i></p> <p> Six etudes de psychologie, Jean Piaget</p> <p><i>« On sait qu'axones et dendrites ne sont pas en continuité les uns avec les autres (...) Ils sont interrompus d'un neurone à l'autre. Comment de telles discontinuités vont-elles permettre le passage de signaux électriques d'u neurone à l'autre ? (...) Chaque fois, une onde d'apparence continue et globale se trouve « découpée » en unités discrètes et interprétée comme résultant intégralement (..) de ces entités discrètes. (..) L'objet mental est identifié à l'état physique créé par l'entrée en activité (électrique et chimique) corrélée et transitoire, d'une large population ou « assemblée » de neurones (...) Cette assemblée est discrète (..). Elle se compose de neurones possédant des singularités. »</i></p> <p>Jean-Pierre Changeux dans « L'homme neuronal »</p> <p><i>« Au fil des chapitres, le lecteur se sera rendu à l'évidence que le cerveau de l'homme se compose de milliards de neurones reliés entre eux par un immense réseau de câbles et connexions, que dans ces « fils » circulent des impulsions électriques ou chimiques intégralement descriptibles en termes moléculaires ou physico-chimiques, et que tout comportement s'explique par la mobilisation interne d'un ensemble topologiquement défini [1] de cellules nerveuses. Cette dernière proposition enfin a été étendue, à titre d'hypothèse, à des processus de caractère « privé » qui ne se manifestent pas nécessairement par une conduite « ouverte » sur le monde extérieur comme les sensations ou perceptions, l'élaboration d'images de mémoire ou de concepts, l'enchaînement des objets mentaux en « pensée ». Bien que l'on soit encore loin de disposer de techniques qui permettent de répertorier les assemblées de neurones mises à contribution par un objet mental particulier, la caméra à positrons [2] crée déjà la possibilité de les « entrevoir » à travers la paroi du crâne. L'identification d'événements mentaux à des événements physiques ne se présente donc en aucun cas comme une prise de position idéologique, mais simplement comme l'hypothèse de travail la plus raisonnable et surtout la plus fructueuse. Comme l'écrivait J. S. Mill [3], « si c'est être matérialiste que de chercher les conditions matérielles des opérations mentales, toutes les théories de l'esprit doivent être matérialistes ou insuffisantes ». Et à ceux que cette hypothèse trop simple ferait hésiter, Valéry répond : « Il n'est, de forêt vierge, de buisson d'algue marine, de dédale, de labyrinthe cellulaire qui soit plus riche en connexions que le domaine de l'esprit. »</i></p> <p> <i> Le moment historique que nous traversons rappelle celui où s'est trouvée la biologie avant la dernière guerre mondiale. Ies doctrines vitalistes avaient droit de cité, même parmi les scientifiques. La biologie moléculaire les a réduites au néant. Il faut s'attendre à ce qu'il en soit de même pour 1es thèses spiritualistes et leurs divers avatars « émergentistes ». »</i></p> <p> [1] Ensemble dont les éléments ont des positions relatives bien définies (indépendamment de leur forme et de leurs dimensions).</p> <p>[2] Appareil permettant de détecter le produit de la désintégration de marqueurs radioactifs introduits (via la circulation sanguine) dans le cerveau. À partir de ces mesures, on peut reconstituer une image de ce qui se passe dans le cerveau.</p> <p>[3] Philosophe anglais (1806-1873) qui exposa les principes d'une théorie empiriste de la connaissance.</p> <p>Jean-Pierre Changeux, L'homme neuronal</p> <p>En exergue du chapitre IX de « L'homme neuronal », Changeux a placé une citation de l'Ethique : <i>« les hommes jugent des choses suivant la disposition de leur cerveau. »</i></p> <p><i>« La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions. »</i></p> <p>Freud</p> <p><i>« La conscience pourrait être considérée comme la perception de soi en tant qu' "objet" placé au centre même de la réalité. » </i></p> <p>François Jacob</p> <p><i>« Les dialogues que le sujet conduit avec le milieu extérieur et le monde intérieur qui lui sont propres sont sous-tendus par un « flux de conscience » qui constitue le lien – mouvant et changeant- où des prises actives d'information, des attitudes propositionnelles et des actes intentionnels viennent prendre place et sens. Il est clair qu'un ensemble aussi complexe de phénomènes se laisse difficilement apprhender par un terme unique, et c'est pourquoi le terme de conscience est utilisé avec des acceptions très diverses… On conçoit aisément que le sujet endormi se trouve dans l'impossibilité d'explorer activement son environnement et d'interagir avec lui de façon délibérée. La prise actve d'information et la production de mouvements volontaires présupposent la présence consciente au monde, c'est-à-dire l'état de veille, avec un certain niveau de vigilance… Si le fait d'être éveillé et conscient constitue la condition préalable nécessaire aux processus épisodiques de prise de conscience, et si cet arrière-plan leur confère généralement la coloration d'une « humeur » plus ou moins durable, il est aussi des circonstances où l'arrière-plan est de nature à entraver l'élaboration et la succession des interactions délibérées avec l'environnement. Tel est le cas lorsque le « champ de conscience » est envahi et totalement accaparé par une douleur physique ou morale, par une idée obsessionnelle, ou encore par le malaise psychique et physique de l'angoisse. Tel est également le cas du sujet qui souffre d'un état dépressif avec le ralentissement psychomoteur qui le caractérise, oude la « perte d'autoactivation psychique », de l' « inertie comportementale » et du « vide mental »… Nos perceptions conscientes dépendent de l'existence et du fonctionnement de nos récepteurs sensitivo-sensoriels, du traitement dont les messages nerveux qu'ils émettent font l'objet, et des contrôles endogènes qui s'exercent sur telle ou telle étape de ce traitement… Dans le cours de l'histoire de son espèce comme dans celui de son histoire individuelle, l'homme est de plus en plus amené à agir dans une pluralité de « mondes d'action » et à interagir de façon adaptée avec les situations et les êtres qui appartiennent à chacun de ces mondes. Le développement au cours de l'hominisation comme dans l'ontogenèse individuelle, de représentations internes du monde extérieur, avec la faculté d'en appréhender et d'en « travailler » consciemment les contenus, présente à cet égard de multiples avantages. »</i></p> <p>Pierre Karli dans « Le cerveau et la liberté »</p> <p><i>« Mon but est de dissiper l'idée selon laquelle l'esprit peut être compris sans la biologie… L'une des façons de résoudre le dilemme posé par l'incarnation de l'esprit et par les apparents mystères de la conscience consiste à considérer que l'esprit et la conscience sont des propriétés directes de la matière. Sous sa forme la plus extrême, cela donne une doctrine philosophique appelée panpsychisme. Selon le panpsychisme, toute matière, même la plus infime particule, est un peu consciente – et cela vaut aussi pour l'univers dans son ensemble. Après tout, raisonne-t-on, nous souhaitons pouvoir dire que l'esprit et la matière sont liés. Et, si nous parvenons à rassembler comme il faut un nombre suffisant de particules très légèrement conscientes, le résultat final sera un être humain conscient. Mais ce point de vue ne précise pas comment déterminer qu'une particule est consciente, sans parler des êtres humains. Cette position « scientise » un autre point de vue, initialement fondé sur la philosophie idéaliste. Selon ce point de vue, le monde n'est perçu qu'à travers l'esprit, et il se peut donc que la matière n'existe pas – que seul l'esprit existe, comme l'a suggéré Berkeley… Le concept idéaliste d'essentialisme de Platon est l'idée selon laquelle il existe un monde d'essences parfaites, dont les exemplaires dans le monde réel ne sont que le reflet imparfait… Un certain nombre d'individus intelligents ont été attirés par le panpsychisme, l'idéalisme et l'essentialisme… La plupart des bons physiciens ne croient guère aux idées du panpsychisme et aux esprits désincarnés. Mais certains très bons physiciens ont cependant recherché les réponses au mystère de conscience au-delà des faits biologiques… La physique est la mère de toutes les sciences : la plus ancienne, la plus fondamentale, celle dont la portée est la plus générale. Elle diffère de la biologie par sa généralité : elle s'applique aussi bien à tous les objets ayant une intentionnalité (y compris les êtres humains) qu'à ceux qui en sont dépourvus. En revanche, la biologie telle que nous la connaissons est une science spécifique. Elle s'intéresse à des phénomènes qui se déroulent à l'intérieur d'une fourchette très étroite de températures (ou d'énergies) et de pression, et qui dépendent d'une chimie très particulière. L'évolution est fondée sur une séquence historique particulière de sélections naturelles survenant au sein de populations d'organismes diversifiés… Ce siècle a été le témoin d'une étonnante révolution intellectuelle fondée d'une part, sur la découverte de Planck selon laquelle la matière rayonne de l'énergie par paquets, ou quanta, finis et discrets, et d'autre part, sur la théorie de la relativité d'Einstein, qui remplaça le temps et l'espace par la notion d'espace-temps… Les travaux de Planck et d'Einstein débouchèrent également sur un certain nombre de problèmes extraordinaires qui, à ce jour, n'ont pas encore été résolus. Leur « étrangeté » a amené un certain nombre de chercheurs à suggérer que le problème de la conscience y était mêlé… Lorsqu'on plonge dans la théorie quantique… les décisions de l'observateur paraissent affecter les mesures qu'il ou elle effectue… En effet, si l'on (le physicien observateur) choisit de mesurer la position d'une particule avec une certaine précision, le fait de monter l'expérience et d'effectuer la mesure interdit à tout jamais, et de façon irréversible, de mesurer la quantité de mouvement avec une précision comparable… Lorsque la mesure est faite, la fonction d'onde « s'effondre »… L' « effondrement de la fonction d'onde » n'est déterminé qu'au moment précis où l'appareil de mesure et la particule interagissent pour donner une mesure explicite. Wigner attribua cet effondrement à l'intervention de la conscience de l'observateur. Après tout, c'est l'observateur qui décide d'installer le dispositif de mesure, qui choisit de s'intéresser soit à la position, soit à la quantité de mouvement, et qui réalise effectivement la mesure ! (…) Selon le schéma de Wigner, un phénomène ne devient réel que lorsque l'observateur en devient conscient. Pour être tout à fait équitable, il faut dire que d'autres éminents physiciens ont interprété le problème de la mesure quantique sans faire intervenir la conscience de l'observateur… Les efforts déployés par Darwin pour comprendre l'origine des espèces permirent l'avènement d'une grande révolution de la pensée. Avec sa théorie de la sélection naturelle, Darwin fut le premier à penser en termes de populations… Le concept d'espèce qui résulte de ce mode de pensée est au centre de toutes les idées sur la catégorisation. En effet, les espèces ne sont pas des « types naturels » ; leur définition est relative, elles ne sont pas homogènes, aucune condition préalable n'est nécessaire à leur établissement et elles n'ont pas de frontières bien définies. Ainsi, le fait de penser en termes de populations a porté un coup mortel au raisonnement typologique ou essentialiste, c'est-à-dire à l'idée selon laquelle l' « essence » des espèces existe avant les organismes particuliers, ou exemplaires, de cette espèce. L'essentialisme, dont la formulation la plus claire est due à Platon, et qui s'est trouvé reflèté dans la plupart des philosophies idéalistes depuis lors est intimement lié à la notion de catégories classiques… Searle, Lakoff, Johnson et d'autres (dont moi-même) ont fait remarquer que la pensée n'est pas transcendante, mais qu'elle dépend au contraire intrinsèquement du corps et du cerveau… William James écrivait : « Quelque chose de tout à fait précis se produit lorsque, à un certain état du cerveau correspond un certain état de connaissance. » (…) La biologie est indispensable à toute théorie de la conscience fondée sur l'évolution. Une théorie de ce genre doit en effet proposer des modèles neuronaux explicites permettant d'expliquer comment apparaît la conscience. Elle doit nécessairement expliquer comment la conscience apparaît au cours de l'évolution et du développement. Elle doit relier la conscience aux autres aspects de la vie mentale, tels la formation des concepts, la mémoire et le langage. Et elle doit décrire des tests permettant de confronter, de façon très rigoureuse, les modèles qu'elle propose aux données neurobiologiques… La description du monde donnée par la physique moderne constitue le fondement adéquat, mais pas tout à fait suffisant, de toute théorie de la conscience. En effet, la théorie moderne des champs quantiques fournit une description d'un ensemble de propriétés formelles de la matière et de l'énergie à toutes les échelles, mais elle ne contient pas de théorie de l'intentionnalité ni de théorie des noms pour les objets macroscopiques, car elle n'en a pas besoin… L'hypothèse évolutionniste consiste à dire que la conscience est une propriété phénotypique apparue à un moment donné de l'évolution des espèces. Avant cela, elle n'existait pas. Cette hypothèse suggère que l'acquisition d'une conscience a directement conféré un avantage adaptatif aux individus qui en avaient une ou bien a permis l'apparition d'autres traits qui, eux, amélioraient l'adaptation. Elle suggère également que la conscience est efficace – c'est-à-dire qu'elle n'est pas un épiphénomène (« rien que la couleur rouge du métal en fusion », alors que ce qui compte, c'est qu'on puisse le couler.)… Les sensations correspondent à l'ensemble des expériences personnelles ou subjectives, des sentiments et des impressions qui accompagnent l'état de conscience. Ce sont des états phénoménaux qui constituent le « comment nous voyons les choses » en tant qu'êtres humains… Les sensations directement éprouvées par un individu donné ne peuvent pas être totalement partagées par un autre individu jouant le rôle d'observateur. Tout individu peut décrire son expérience à un observateur, mais cette description sera toujours partielle, imprécise et relative au contexte personnel de l'individu… De plus, beaucoup de processus conscients et non conscients affectent l'expérience subjective de chaque personne. Par conséquent, chacun est susceptible de former sa propre théorie concernant la totalité de son expérience individuelle consciente, mais ces théories ne seront jamais des théories scientifiques, puisque les autres obeservateurs ne disposent pas de sujets témoins adéquats pour contrôler les expériences. Le paradoxe est poignant : pour faire de la physique, je fais appel à ma vie consciente, à mes perceptions, à mes sensations. Mais dans la communication intersubjective, je les exclus de ma description, certain que je suis que mes confrères observateurs, munis chacun de leur vie consciente personnelle, pourront effectuer les manipulations prescrites pour arriver à des résultats expérimentaux comparables… La situation est-elle pour autant totalement désespérée ? Je ne le pense pas. L'une de ces alternatives, qui ne semble absolument pas viable, consiste à ignorer complètement l'existence des sensations… L'hypothèse des sensations établit une distinction entre la conscience d'ordre supérieur et la conscience primaire… La conscience primaire peut être constituée d'expériences phénoménales telles que des images menatales, mais elle est limitée à un intervalle de temps situé autour du présent mesurable, elle est dépourvue de concepts de soi, de passé et de futur, et inaccessible à l'auto-description directe et individuelle…Pour être compatible avec l'hypothèse évolutionniste, cette façon de procéder devra permettre d'expliquer comment sont apparues la conscience primaire, puis la conscience d'ordre supérieur, au cours de l'évolution… Les deux systèmes – tronc cérébral/système limbique et thalamus cortical – furent reliés l'un à l'autre durant l'évolution… C'est le développement, au cours de l'évolution, de la capacité de créer des scènes qui a entraîné l'apparition de la conscience primaire… Un produit essentiel de l'évolution a fourni les moyens suffisants à l'apparition de la conscience primaire. Il s'agit d'un circuit réentrant particulier qui est apparu, au cours de l'évolution, comme un nouveau composant neuro-anatomique. Il permet à la mémoire des valeurs-catégories et aux cartographies globales en cours, qui traitent de la catégorisation percpetive en temps réel, d'échanger continuellement des signaux de façon réentrante… La conscience d'ordre supérieur naît avec l'apparition de compétences sémantiques au cours de l'évolution des espèces, et elle s'épanouit avec l'acquisition du langage et de références symboliques. Les compétences linguistiques requièrent un nouveau type de mémoire pour la production et l'audition des sons co-articulés rendus possibles par l'apparition d'une chambre suralyngée. »</i></p> <p>Gérard M. Edelman dans « Biologie de la conscience »</p> <p><i>« La conscience de soi-même (aperception) est la représentation simple du moi. » </i> <i>« La perception est la conscience empirique, c'est-à-dire une conscience accompagnée de sensation. »</i></p> <p>Kant</p> <p><i>« Ce qui élève l'homme par rapport à l'animal, c'est la conscience qu'il a d'être un animal... Du fait qu'il sait qu'il est un animal, il cesse de l'être. »</i></p> <p>Friedrich Hegel</p> <p>La plupart des gens confondent souvent conscience et intelligence ou intellect, et on dit d'une personne très intelligente ou très intellectuelle, qu'elle est très consciente.</p> <p>En fait, la conscience, chez l'homme, est une espèce très particulière d'appréhension d'une connaissance intérieure.</p> <p>La conscience serait un phénomène mental caractérisé par un ensemble d'éléments plus ou moins intenses et présents selon les moments : un certain sentiment d'unité lors de la perception par l'esprit ou par les sens (identité du soi), le sentiment qu'il y a un arrière-plan en nous qui « voit », un phénomène plutôt passif et global contrairement aux activités purement intellectuelles de l'esprit, actives et localisées, et qui sont liées à l'action (par exemple la projection, l'anticipation, l'histoire, le temps, les concepts..). La conscience est « ce qui voit » sans s'assimiler à ce qui est vu, c'est ce qui intègre à chaque instant en créant des relations stables entre les choses, à l'image des réseaux neuronaux. La conscience est un lieu abstrait, car impossible à localiser quelque part dans le corps, qui apparaît à chaque instant au moment exact où fusionnent les perceptions des sens et de l'esprit, l'écran sur lequel se déroulent toutes les activités intellectuelles de l'esprit, en grande partie imaginaires (les représentations mentales : conscience du monde, des autres, du moi..) mais efficaces à leur manière, ainsi que la vie émotionnelle.</p> <p>• on peut distinguer une étape supérieure, en signifiant par le mot conscience un état d'éveil de l'organisme, état différent du précédent en ce sens qu'il ne comporte pas de passivité de la sensibilité (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte, ou awareness) ; en ce sens, il n'y a pas de conscience dans l'état de sommeil profond ou dans le coma ;</p> <p>• Conscience de soi : la conscience est la présence de l'esprit à lui-même dans ses représentations, comme connaissance réflexive du sujet qui se sait percevant. Par cette présence, un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieurs, d'états psychiques qu'il rapporte à lui-même en tant que sujet. Cette réflexivité renvoie à une unité problématique du moi et de la pensée, et à la croyance, tout aussi problématique, que nous sommes à l'origine de nos actes ; ce dernier sens est une connaissance de notre état conscient aux premiers sens. Le domaine d'application est assez imprécis et il comporte des degrés : s'il s'agit d'une conscience claire et explicite, les enfants qui ne parlent pas encore ne possèdent sans doute pas la conscience en ce sens ; s'il s'agit d'un degré moindre de conscience, d'une sorte d'éveil à soi, alors non seulement les enfants peuvent être considérés comme conscients mais aussi certains animaux.</p> <p>• un autre sens du mot conscience a été introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s'agit de la conscience pour un être de ce que cela fait d'être ce qu'il est.</p> <p>• la conscience comme conscience de quelque chose (conscience transitive, opposée à l'intransitivité du fait d'être conscient). Cette conscience renvoie à l'existence problématique du monde extérieur et à notre capacité de le connaître ;</p> <p>• la conscience intellectuelle, intuition des essences ou des concepts.</p> <p>• la conscience phénoménale, en tant que structure de notre expérience.</p> <p>• À un degré conceptuellement plus élaboré peut exister ou non la « conscience morale », définissable comme la compréhension et la prise en charge par l'individu des tenants et aboutissants de ses actes pour la collectivité et les générations futures.</p> <p>Dans l'ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme savoir de soi et perception immédiate de la pensée, et une autre comme sentiment de soi impliquant un sous-bassement obscur et un devenir conscient qui sont, en général, exclus de la première conception. La conscience morale, quant à elle, désigne le sujet du jugement moral de nos actions. De cette conscience-là, on dit aux enfants qu'elle nous permet de distinguer le bien du mal.</p> <p>Il existe de nombreuses théories qui s'efforcent de rendre compte de ce « phénomène ».</p> <p>Ce sujet fait l'objet des travaux de Daniel Dennett, Antonio Damasio et Jean-Pierre Changeux, ainsi que des sciences cognitives.</p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1626" class='spip_out' rel='external'>Qu'est-ce que la conscience ?</a></p> <p><a href="http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_12/d_12_p/d_12_p_con/d_12_p_con.html" class='spip_out' rel='external'>Première approche de la conscience</a></p> <p><a href="https://books.google.fr/books?id=QHiPDAAAQBAJ&pg=PT353&lpg=PT353&dq=citation+changeux+conscience&source=bl&ots=QWRTLVCPJp&sig=R9AMnhYm42_g9_0f41FfY4M7vFQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjS05-85-HOAhUpCsAKHY_1C_c4ChDoAQg5MAM#v=onepage&q=citation%20changeux%20conscience&f=false" class='spip_out' rel='external'>« Une nouvelle approche neuronale » de Jean-Pierre Changeux</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique92" class='spip_out' rel='external'>Conscience et inconscience</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article357" class='spip_out' rel='external'>Encore sur inconscience et conscience</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2266" class=''>Conscience et réalité</a></p> <p><a href="https://lejournal.cnrs.fr/articles/aux-sources-de-la-conscience" class='spip_out' rel='external'>Sources de la conscience</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510" class='spip_out' rel='external'>D'où vient l'intelligence humaine ?</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2203" class=''>Ce qui se passe dans notre cerveau et dont nous ne sommes pas conscients</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3309" class=''>L'intelligence est-elle déterminée génétiquement ?</a></p> <p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_les_donn%C3%A9es_imm%C3%A9diates_de_la_conscience" class='spip_out' rel='external'>Henri Bergson - Essai sur les données immédiates de la conscience</a></p> <p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Cours_de_philosophie/Le%C3%A7on_XV._Des_conditions_de_la_conscience" class='spip_out' rel='external'>Des conditions de la conscience</a></p> <p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/esquisses_Alain/2_conscience_morale/conscience_morale.html" class='spip_out' rel='external'>La conscience morale, de Alain</a></p> <p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/hazard_paul/crise_conscience_europe/crise_conscience.html" class='spip_out' rel='external'>La crise de la conscience européenne</a></p> <p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/Halbwachs_maurice/classes_morphologie/partie_2/texte_2_3/conscience_individuelle.html" class='spip_out' rel='external'>Conscience individuelle et esprit collectif</a></p> <p><a href="https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/conscience_et_cerveau.1249" class='spip_out' rel='external'>Conférence « Conscience et cerveau » pour l'Université de tous les savoirs</a></p> <p><a href="https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs_au_lycee/conscience_et_cerveau_galina_iakimova.6857" class='spip_out' rel='external'>Deuxième conférence</a></p> <p><a href="https://www.canal-u.tv/video/iea/michel_bitbol_la_conception_naturaliste_de_la_conscience_a_l_epreuve_du_dialogue_socratique.18400" class='spip_out' rel='external'>Troisième conférence</a></p> <p><a href="https://www.canal-u.tv/video/canal_u_medecine/college_de_france_processus_emotionnels_subliminaux_et_acces_a_la_conscience.2237" class='spip_out' rel='external'>Quatrième conférence</a></p> <p><a href="https://www.canal-u.tv/video/canal_u_medecine/college_de_france_processus_emotionnels_subliminaux_et_acces_a_la_conscience.2237" class='spip_out' rel='external'>Cinquième conférence</a></p> <p><a href="https://scholar.google.fr/scholar?q=conscience+et+biologie+du+cerveau&hl=fr&as_sdt=0&as_vis=1&oi=scholart&sa=X&ved=0ahUKEwiA5e3KkeTOAhUIKsAKHdeZDfQQgQMIIzAA" class='spip_out' rel='external'>Lire encore</a></p></div> Qu'est-ce que la théorie de la complexité http://www.matierevolution.org/spip.php?article5352 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5352 2017-01-18T00:54:00Z text/html fr Robert Paris Deterministic chaos - Chaos déterministe Physique quantique Atome Emergence Boucle de rétroaction Auto-organisation Qu'est-ce que la théorie de la complexité ? What is Complexity Theory Avertissement : si nous débutons les citations sur la complexité par des auteurs favorables à la thèse de la complexité croissante, afin de mieux l'exposer, nous n'y sommes pas pour autant favorables, comme on pourra le lire dans la suite de l'article, pas plus que nous n'approuvons la « théorie de l'information » ni la « théorie des systèmes » dont elle fait partie, alors que nous approuvons cependant certaines parties de ce qu'elle (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique5" rel="directory">Chapter 03 : Revolution : the great organizer - La révolution ou le grand organisateur</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag">Deterministic chaos - Chaos déterministe</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot62" rel="tag">Physique quantique</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot64" rel="tag">Atome</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot71" rel="tag">Emergence</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot73" rel="tag">Boucle de rétroaction</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag">Auto-organisation</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Qu'est-ce que la théorie de la complexité ?</h3> <p><a href="http://fr.slideshare.net/johncleveland/complexity-theory-basic-concepts" class='spip_out' rel='external'>What is Complexity Theory</a></p> <p><i>Avertissement : si nous débutons les citations sur la complexité par des auteurs favorables à la thèse de la complexité croissante, afin de mieux l'exposer, nous n'y sommes pas pour autant favorables, comme on pourra le lire dans la suite de l'article, pas plus que nous n'approuvons la « théorie de l'information » ni la « théorie des systèmes » dont elle fait partie, alors que nous approuvons cependant certaines parties de ce qu'elle considère comme ses bases théoriques, à savoir l'histoire de la matière, l'auto-organisation, le chaos déterministe, le holisme et l'émergence.</i></p> <p>Chez bien des auteurs, la tentation est grande de passer de la notion de matière historique, de chaos déterministe, d'auto-organisation, de néguentropie, d'émergence, à celle de théorie de la « complexité », c'est-à-dire à l'idée que la matière va inéluctablement vers une croissance de la structuration en niveaux et en interactions, fondée sur une organisation de plus en plus développée. Ce n'est pas la même notion que l'on emploie lorsqu'on dit qu'une question est compliquée, difficile à comprendre, car la complexité peut très bien provenir de lois extrêmement simples à comprendre et à formuler. Il suffit que ces structures s'auto-produisent en boucle et fondent des niveaux successifs interactifs. Mais ce que nous récusons dans cet article, c'est le caractère de progrès que la théorie en question attribue à la complexité, le sens de l'Histoire de la matière qu'elle croie déceler.</p> <p>Il est vrai que l'on observe la capacité spontanée de la matière de se structurer, de fonder différents niveaux d'organisation : du vide quantique (avec ses particules et antiparticules dites virtuelles parce qu'éphémères mais qui sont la véritable réalité fondamentale) aux particules dites « réelles » parce qu'elles sont durables (même si on ne peut pas les suivre continûment sur une trajectoire), des particules aux noyaux atomiques de plus en plus gros (agglomérant neutrons et protons ainsi que les particules d'interaction pour les attacher), des noyaux aux atomes (entourés d'électrons), des atomes aux molécules et aux macromolécules, puis à la vie cellulaire, unicellulaire puis pluricellulaire, intégrant des organismes en son sein, aux organismes vivant de plus en plus complexes, puis à la vie humaine, avec son système nerveux plus développé et son cerveau aux connexions complexes. Il est clair que l'on a le sentiment d'une montée graduelle et continue de la complexité au cours de cette grande histoire de la matière et pourtant ce n'est pas aussi simple…</p> <p>Nous allons tenter de montrer ici que de cette histoire de la matière, appuyée à juste titre sur la théorie du chaos déterministe, sur la théorie de l'auto-organisation, sur celle de l'émergence, sur la théorie de l'évolution ponctuée, eh bien, elle ne parvient pas à la théorie de la complexité, qui suppose un progrès structurel croissant et graduel et un sens univoque de cette évolution historique. En somme, la matière ne va pas sans cesse vers le « toujours plus complexe », quel que soit le sens que l'on donne à cette notion de « complexité ».</p> <p>Certes le vide quantique (fondé sur une matière et une antimatière éphémère) produit sans cesse de la matière durable et dite réelle (parce que, contrairmeent à la matière virtuelle éphémère, nous pouvons la détecter avec nos instruments). Mais cela ne signifie pas que le vide quantique laisse place à la matière réelle qui la remplacerait graduellement. Au contraire, le vide quantique emplit la matière à toutes les échelles. Quand l'Univers grandit, ce sont les bulles de vide qui augmentent de taille (expansion de l'Univers) et pas les galaxies, ni les étoiles, ni les atomes, ni les particules. Il y a certes une structuration du vide qui explique la formation de la matière et de ses différents niveaux mais ce n'est pas un processus à sens unique.</p> <p>Le vide construit la matière mais il la détruit aussi. Il donne sa masse à une particule virtuelle, la rendant réelle, au travers du boson de Higgs, mais, peu après, il lui retire sa masse, la donnant à une autre particule virtuelle proche, et ainsi de suite.</p> <p>Dans cette première étape de l'histoire de la matière qui fait passer du vide quantique à la matière durable, dite réelle, il n'y a à proprement parler de complexification. Ce sont exactement les mêmes particules qui existent au niveau virtuel qu'au niveau réel. On trouve les électrons virtuels comme les protons ou neutrons virtuels ainsi que toutes les autres particules. Cette première étape de la matière n'est pas une complexification, même si la particule virtuelle est remplacée par un nuage de particules et d'antiparticules virtuelles qui est structuré, qui possède par exemple un spin ou moment de rotation. De même, la lumière qui est fondée sur des couples particule/antiparticules virtuels est aussi une structuration du vide quantique mais pas à proprement parler une complexification.</p> <p>Et surtout, le passage du virtuel au réel, matériel (on entend ici par matière l'ensemble des particules dites fermions) ou lumineux (on entend ici par lumière l'ensemble des particules dites d'interaction ou bosons) n'est pas à sens unique, c'est-à-dire que l'un ne remplace pas l'autre graduellement, ils coexistent et interagissent. Le vide quantique, loin de disparaître, est la base, indispensable et sans cesse présente, de la matière et de la lumière. Et matière comme lumière retournent toujours au vide quantique. C'est même ce processus de retour au vide quantique qui leur donne leurs propriétés, leur rythme, leur énergie, leur périodicité, leur masse, etc.</p> <p>L'interaction matière/lumière est également fondée sur les propriétés du vide quantique et inconcevable sans elles. Quand la matière émet de la lumière, c'est-à-dire des photons, elle ne les tire pas de sa propre structure car la particule matérielle ne contient pas de photons. Quand la particule absorbe des photons, elle ne les intègre pas non plus à sa propre structure qui n'en contient pas. Absorption et émission de lumière par la matière ne sont concevables que par des interactions avec le nuage qui entoure la particule réelle, c'est-à-dire par le vide quantique.</p> <p>On constate effectivement la formation de nouvelles structures puisque la particule n'est pas un individu isolé mais fait partie d'une structuration collective des particules et antiparticules du vide quantique qui s'appelle le nuage de polarisation et entoure la particule mais ces nouvelles structures ne remplacent pas les anciennes. Il y a bien formation de structures mais la matière durable n'est pas plus complexe que la matière virtuelle. On constate par exemple que le vide quantique contient lui-même des niveaux de structures comme le niveau sous-jacent dit « virtuel de virtuel ». Et ce niveau est indispensable et permanent et coexiste avec le niveau virtuel. Là aussi, les structures ne se succèdent pas, ne se remplacent pas mutuellement au cours de leur histoire.</p> <p>Avec la matière dite réelle, plus durable, on n'a pas vu apparaître de nouveaux objets qui succèderaient aux précédents, mais seulement des modes d'organisation nouveaux. Tous les niveaux de la matière que nous allons successivement évoquer ne sont rien d'autre que des structurations du vide quantique et n'existeraient pas sans les propriétés du vide quantique, du plus petit niveau de la particule au plus grand niveau de l'étoile, de la galaxie, de l'amas de galaxie et de l'amas d'amas… Tous n'ont pas d'autre fondement que le vide structuré et les « objets » que l'on croit toucher, palper, travailler à notre échelle ne sont que… du vide structuré !!!</p> <p>Il y a d'abord la formation des noyaux, puis des atomes, puis des molécules puis des matériaux macroscopiques et, au cours de ces passages d'un niveau à un autre, les niveaux précédents ne disparaissent jamais et sont sans cesse présents. Il faut comprendre les particules, les noyaux, les atomes et les molécules pour comprendre y compris les étoiles et les galaxies ! Le vide est indispensable à la compréhension de la formation de la matière, aux limites entre les bulles de vide et jusqu'à l'expansion de l'Univers qui est une extension des bulles de vide…</p> <p>On a ainsi la formation de l'atome d'hydrogène, le premier historiquement puisqu'il agglomère simplement et durablement un proton et un électron. Là encore il s'agit davantage d'une structure que d'un objet au sens que nous donnons à ce terme à notre échelle. Cela signifie que les particules qui composent les atomes ne sont pas toujours les mêmes et que, comme la très vieille barque du pêcheur, on a pu changer une à une toutes ses planches à condition de conserver la structure d'ensemble et les propriétés de la barque comme l'étanchéité, la rapidité, la forme, etc. Les particules qui composent l'atome conservent elles aussi leurs propriétés, leurs caractéristiques propres, ce qui ne signifient pas que ce sont les mêmes qui se poursuivent continûment. On ne peut pas suivre même une seule particule réelle de manière continue puisque le vide quantique ne cesse de la faire apparaître et disparaître !!!</p> <p>Peut-on dire que l'atome d'hydrogène soit plus complexe que le proton et l'électron qu'elle organise par des liaisons fondées sur des interactions ? Tout d'abord l'atome n'invente pas ces interactions qui existent déjà au sein du vide. Ensuite, la liaison proton/électron est sans cesse cassée et reconstruite et non pas permanente, même si l'ensemble atomique, en tant que structure, est durable : a des propriétés et des caractéristiques fixes, un comportement déterminé qui semble continuel. On ne peut pas parler de progrès de la particule à l'atome mais seulement de structure émergente et d'auto-organisation. L'atome ne crée rien de plus qui n'existe pas déjà au sein du vide, il permet des propriétés nouvelles, émergentes, mais elles proviennent des particules et antiparticules du vide quantique.</p> <p>Est-ce que l'on a augmenté quelque chose qui pourrait s'appeler « la complexité » en passant des particules aux noyaux, des noyaux aux atomes de plus en plus gros, intégrant un plus grand nombre de neutrons et de protons ? On peut dire qu'on a plusieurs niveaux de structures qui s'ajoutent et qui interagissent mais on ne peut pas parler de progrès, de sens de l'évolution, car cette action n'est pas à sens unique, vers l'ordre, vers le structuré. On ne peut augmenter l'ordre qu'en augmentant le désordre qui l'entoure, c'est-à-dire les agitations et les communications d'énergie du vide que nécessitent la formation des structures de la matière. L'entourage d'une particule ou d'un atome est un vide extraordinairement agité avec sans cesse des couples particule/antiparticule qui se rompent pour céder une particule virtuelle qui va devenir réelle. On ne peut gagner localement en ordre qu'en augmentant le désordre alentour. On ne peut gagner en durabilité que grâce à l'aide des éphémères que sont les particules virtuelles du vide quantique.</p> <p>S'il y a des mécanismes spontanés dans le monde matériel qui vont vers la structuration spontanée, ou auto-organisation, cela ne signifie pas que l'ordre de l'univers augmente mais seulement qu'il augmente localement et augmente aussi le désordre du reste de l'Univers.</p> <p>Cela est vrai à toutes les échelles. La formation des étoiles et des galaxies et amas de galaxies est compensée par l'accroissement de la taille des immenses bulles de vide.</p> <p>Le mécanisme de la construction de structures n'existe que parce qu'existe aussi celui de leur destructuration. Construction et destruction font partie d'un même mécanisme d'ensemble, sont des contraires dialectiques et non des contraires diamétraux. Aucun mécanisme de passage d'une particule virtuelle à une particule virtuelle sans un mécanisme inverse, par exemple. De même, la structuration des étoiles qui suppose la concentration gravitationnelle de grandes masses de gaz et de poussières n'est possible que grâce au rayonnement qui distribue dans l'espace des quantités d'énergie, c'est-à-dire augmentent l'agitation de l'espace qui entoure ces étoiles. Ordre et désordre sont imbriqués et ce sont ces interactions contradictoires ordre/désordre qui fondent des structures nouvelles et pas une tendance unique vers l'ordre qui s'intitulerait « complexité » ou autre chose.</p> <p>L'étoile, elle-même, n'est pas en soi plus « complexe » que les immenses de poussières et de gaz qui l'ont formé par concentration. Au sein des étoiles, les températures et pressions très élevées entretiennent des explosions nucléaires, permettant de fonder, par fusion des noyaux atomiques, de nouveaux noyaux plus « lourds », comprenant plus de protons et de neutrons, et ces noyaux vont ensuite ensemencer l'univers, permettant de fonder l'ensemble des atomes puis des molécules et des éléments chimiques. On passe dans les étoiles de l'hydrogène à l'hélium, et ainsi de suite jusqu'au noyau de fer. Ce qui caractérise les noyaux atomiques formés par les explosions nucléaires au sein du cœur des étoiles, ce n'est pas la tendance à la complexité mais la tendance vers la stabilité. Le fer est le plus stable des noyaux atomiques. Cela explique qu'une fois parvenue à la formation du fer au sein du cœur de l'étoile, celle-ci entre dans une nouvelle phase de sa « vie » d'étoile, allant soit vers sa mort soit vers son explosion en supernovae, explosion qui dégagera une quantité d'énergie (de désordre) suffisante pour permettre la formation des noyaux plus gros et plus lourds que le fer.</p> <p>C'est la minimisation de l'énergie interne, et non une complexification, qui guide toute cette évolution des noyaux atomiques.</p> <p>Chaque noyau contenant un nombre déterminé de neutrons et de protons, même si l'agitation dynamique interne impose que les protons deviennent des neutrons et réciproquement, et même si les protons et les neutrons doivent sans cesse sauter d'un état à un autre, doivent aussi sans cesse interagir, échanger des énergies et des particules d'interactions, le nombre de protons (chargés électriquement de manière positive) va imposer le nombre d'électrons (chargés négativement) qui va pouvoir se structurer au sein du vide quantique entourant le noyau et cette structuration va fonder l'atome. Les électrons apparaissent et disparaissant au sein de zones particulières appelées par la physique quantique des « zones de probabilité de présence ». Cela ne signifie nullement que ce sont toujours les mêmes particules « électron » qui sont présentes autour du noyau ni qu'elles se déplaceraient continûment comme le feraient des objets, tels qu'on les conçoit à notre échelle, macroscopique.</p> <p> La galaxie n'est pas non plus un ordre plus complexe que les niveaux précédents. Ainsi, les étoiles qui participent des structures « galaxie » ne sont pas différentes de nature des autres étoiles qui appartiennent seulement à des amas globulaires ou qui gravitent isolément ou en couple.</p> <p>Si la matière et l'Univers, dont nous examinons les premières étapes historiques, avaient présenté une « tendance vers la complexité », cela supposerait que les phases « moins complexes » cèdent la place aux phases « plus complexes », ce qui n'est nullement le cas. On verra, en ce qui concerne le vivant, qu'il en sera de même : un niveau supplémentaire ne signifie pas la disparition des niveaux dits inférieurs.</p> <p>Pas plus que le vide ne disparaît par la formation de la matière/lumière durable, les quanta et les charges du vide se retrouvant à l'identique dans la matière et la lumière, les particules ne disparaissent pas à la formation des atomes, ni les atomes à la formation des molécules ou des macromolécules du vivant, les espèces anciennes ne disparaissent pas à la formation des nouvelles espèces vivantes, etc.</p> <p>De même, pas plus que n'apparaît une complexité nouvelle, ce n'est pas non plus une forme qui se constitue aux dépens du fond, c'est-à-dire de la matérialité du monde, ce n'est pas une nouvelle théorie de l'information qui remplacerait la théorie de la matière, comme la théorie de la complexité le laisse souvent entendre.</p> <p>L'évolution des espèces vivantes n'est pas davantage une prime à la complexité. Les espèces qui disparaissent ne sont ni plus complexes ni moins complexes que celles qui de conservent. Les anciennes espèces disparues ne sont pas moins complexes que les espèces qui sont toujours là. Les plantes, les animaux, les champignons ne sont pas moins complexes les uns que les autres. L'évolution n'est pas la lutte pour la complexité.</p> <p>La génétique peut informer sur l'existence d'un nombre plus ou moins grand de gènes dans l'ADN mais cela n'indique pas une complexité plus ou moins grande de l'être vivant car l'essentiel est ailleurs, dans l'organisation des interactions de ces gènes entre eux et même l'organisation des interactions ne dit pas tout car une grande part est épigénétique. La dialectique du hasard et de la nécessité n'est pas résumée par « vers le plus complexe » et ce n'est même pas une loi de l'évolution car l'espèce descendante n'est pas plus complexe que celle qui lui a donné naissance. On ne peut pas établir d'échelle de complexité entre des singes ou entre des arbres et des animaux, ni entre deux espèces, deux genres, deux individus. La notion d'information génétique n'est pas suffisante pour comparer des espèces vivantes ou pour comprendre les mécanismes de l'évolution ou du développement.</p> <p>La fameuse tendance à la complexité ne peut pas davantage être retenue pour la matière dite inerte. Un noyau plus lourd ne peut être considéré comme plus complexe qu'un noyau léger et il n'existe pas seulement une tendance à former des noyaux lourds (fusion), il y a aussi une tendance à scissionner des noyaux lourds en plusieurs noyaux légers (fission).</p> <p>La matière vivante n'est même pas plus complexe que la matière dite inerte. La taille des molécules n'est pas le seul critère de la vie. Il y a des macromolécules aussi bien dans le vivant que dans le non vivant. Cela dépend par exemple du sens de rotation des molécules.</p> <p>Dans l'apparition de la vie, puis dans le passage de l'unicellulaire au pluricellulaire, dans la spécialisation des organismes, pouvons-nous parler de complexification ? Ce serait établir une échelle depuis des êtres inférieurs aux êtres supérieurs, ce qui est opposé à la notion darwinienne de l'évolution.</p> <p>Si on veut dire que les unicellulaires seraient des êtres plus simples, en tout cas, on ne peut absolument pas dire alors qu'il y a une tendance vers le complexe puisque les êtres unicellulaires n'ont absolument pas disparu, éliminés par les pluricellulaires.</p> <p>Même le cerveau humain n'est pas plus complexe que celui d'un singe. Même s'il l'était, cela n'établirait pas une tendance à la complexité parce que nous NE sommes pas un aboutissement des singes et nous ne les avons pas remplacés, même si nous avons tendance parfois à les éliminer, en supprimant les forêts, ce n'est pas un produit de notre supériorité !!! En tout cas, on ne peut pas dire que toutes les espèces récentes développent des cerveaux nécessairement plus complexes que les espèces précédentes et ce n'est donc nullement une tendance générale.</p> <p>Nous ne reconnaissons donc aucune loi de la tendance à aller vers le plus complexe, même si nous acceptons parfaitement que la matière a une histoire, qu'au cours de cette histoire, la matière développe des capacités spontanées à créer des formes d'organisation, des structures nouvelles, et des structurations nouvelles aussi de leurs interactions, que des révolutions changent même radicalement les modes d'organisation, que les sauts d'organisation peuvent être des sauts qualitatifs avec de nouveaux paramètres, avec des niveaux supplémentaires d'organisation, ce n'est cependant pas des processus à sens unique et il existe conjointement le processus inverse et nous ne pouvons nullement établir un critère comme « la complexité » comme une propriété qui guiderait l'évolution historique dans un sens toujours identique.</p> <h3 class="spip"> TEXTES EN FAVEUR DE LA THEORIE DE LA COMPLEXITE :</h3> <h3 class="spip">« A la recherche du complexe », Grégoire Nicolis et Ilya Prigogine :</h3> <p><i>« Une cellule de Bénard simple comporte quelques 1021 molécules. Qu'un nombre aussi énorme de particules puisse adopter un déplacement cohérent en dépit du mouvement thermique aléatoire de chacune d'elles est la manifestation d'une des propriétés essentielles qui caractérise l'émergence du mouvement complexe (...) Cette complexité « organisée » émerge par le jeu réciproque du mouvement thermique désordonné des molécules individuelles et de l'action des contraintes du non-équilibre. (...) La possibilité de décrire à travers ces concepts primordiaux à la fois le comportement des êtres vivants et celui des systèmes physiques, aussi simples soient-ils, marque une avancée essentielle que la Science n'aurait jamais pu prévoir quelques années auparavant. »</i></p> <p>Les systèmes complexes sont définis, selon les cas et selon les auteurs, par leur structure, par l'existence d'interactions non-linéaires, par l'émergence de niveaux d'organisation différents, ou par leurs comportements collectifs non triviaux (multistationnarité, chaos, bifurcations, auto-organisation, émergence, boucles de rétroaction). Certains, partant du grand nombre d'entités, insistent sur la structure, l'hétérogénéité et la présence de niveaux d'organisation, aux propriétés émergentes. D'autres insistent au contraire sur la non-linéarité et la dynamique. Cette multiplicité des définitions a des causes objectives liées à l'hétérogénéité des objets regroupés sous le terme de systèmes complexes, qui vont de système naturels, (des molécules aux sociétés humaines), jusqu'aux systèmes artificiels comme le web. Cela correspond obligatoirement à une multiplicité de points de vue, qui se recoupent tous partiellement, bien sûr, mais où l'accent n'est pas mis sur les mêmes propriétés. Ces différences sont aussi liées à des critères idéologiques ou philosophiques, particulièrement importants dans ces domaines.</p> <p>Un système est un ensemble cohérent de composants en interaction.</p> <p>Un système complexe est un système composé d'un grand nombre d'entités en interaction locale et simultanée. On exige le plus souvent que le système présente de plus les caractéristiques suivantes (ce qui montre qu'il n'existe pas de définition formelle largement acceptée de ce qu'est un système complexe) :</p> <p>• le graphe d'interaction est non trivial : ce n'est pas simplement tout le monde qui interagit avec tout le monde (il y a au moins des liens privilégiés) ; • les interactions sont locales, de même que la plupart des informations, il y a peu d'organisation centrale ;</p> <p>• il y a des boucles de rétroaction (en anglais feedback) : l'état d'une entité a une influence sur son état futur via l'état d'autres entités.</p> <p>On constate le plus souvent que le système complexe présente la majorité des caractéristiques suivantes :</p> <p>• Les interactions des composants entre eux forment des « groupes » de composants fortement liés, chaque « groupe » étant en interaction avec les autres, ce qui permet de modéliser le système complexe par niveaux : chaque composant interagit « localement » avec un nombre limité de composants.</p> <p>• Les boucles de rétro-action, aussi appelées interactions réflexives, (c'est-à-dire le fait qu'un composant interagisse avec lui-même, soit directement, soit indirectement à travers la chaîne d'interactions avec les autres composants) sont une des raisons de la non-linéarité du comportement du système : « emballement », « relaxation » ou « oscillation autour du point fixe » dans le cas « simple » de l'interaction réflexive d'un composant ; comportement difficilement prédictible dans les cas réels d'interactions entre de nombreuses entités.</p> <p>• Les composants peuvent être eux-mêmes des systèmes complexes (« niveaux ») : une société peut être vue comme un système composé d'individus en interaction, chaque individu peut être vu comme un système composé d'organes en interaction, chaque organe…</p> <p>• Le système agit sur son environnement ; on dit que le système est ouvert ; dans le système « entrent » de la matière, de l'énergie ou des informations, du système « sortent » de la matière, de l'énergie ou des informations.</p> <p>Une réaction chimique, comme la dissolution d'un grain de sucre dans du café, est simple car on connaît à l'avance le résultat : quelques équations permettent non seulement de décrire les processus d'évolution, mais les états futurs ou final du système. En réalité, il n'est pas nécessaire d'assister au phénomène concret ou de réaliser une expérience pour savoir ce qui va se produire et ce qui va en résulter. Au contraire, les cellules nerveuses de notre cerveau, une colonie de fourmis ou les agents qui peuplent un marché économique sont autant de systèmes complexes car le seul moyen de connaître l'évolution du système est de faire l'expérience, éventuellement sur un modèle réduit.</p> <p>En d'autres termes, lorsque l'on veut modéliser un système, on conçoit un certain nombre de règles d'évolution, puis l'on simule le système en itérant ces règles jusqu'à obtenir un résultat structuré. Un système est dit complexe si le résultat final n'est pas prédictible directement en connaissant les règles qui disent comment le système change.</p> <p>Du fait de la diversité des systèmes complexes, leur étude est interdisciplinaire. Deux approches complémentaires sont utilisées : certaines disciplines étudient les systèmes complexes dans un domaine particulier, d'autres cherchent des méthodes, schémas et principes généraux applicables à de nombreux types de systèmes différents.</p> <p>Les systèmes complexes sont un contre-exemple au réductionnisme, à la réduction analytique : malgré une connaissance parfaite des composants élémentaires d'un système, voire de leurs interactions, il n'est pas possible même en théorie de prévoir son comportement autrement que par l'expérience ou la simulation. Cet écueil ne vient pas nécessairement de nos limites de calcul, il est au contraire lié à la nature même des systèmes complexes.</p> <p>Cela se traduit au niveau mathématique par l'impossibilité de modéliser le système par des équations prédictives solvables. Ce qui est primordial est non pas tant le nombre de facteurs ou dimensions (paramètres, variables), mais le fait que chacun d'entre eux influence indirectement les autres, qui eux-mêmes l'influencent en retour, faisant du comportement du système une globalité irréductible. Pour prévoir ce comportement, il est nécessaire de tous les prendre en compte, ce qui revient à effectuer une simulation du système étudié.</p> <p>Étymologiquement, compliqué (du latin cum plicare, plier ensemble) signifie qu'il faut du temps et du talent pour comprendre l'objet d'étude, complexe (du latin cum plexus, tissé ensemble) signifie qu'il y a beaucoup d'intrications, que « tout est lié » ; que l'on ne peut étudier une petite partie du système de façon isolée et encore moins inférer l'ensemble à partir des composants. Les systèmes complexes sont généralement compliqués, mais le contraire n'est pas vrai i.e. que les systèmes compliqués ne sont pas généralement complexes</p> <h3 class="spip"> « Le quark et le jaguar », Murray Gell-Mann :</h3> <p><i>« Qu'entend-on réellement par les termes opposés de simplicité et de complexité ? En quel sens la gravitation einsteinienne est-elle simple alors qu'un poisson rouge est complexe ? Ce ne sont pas là des questions faciles – définir « simple » n'est pas simple. Il est probable qu'aucun concept unique de complexité puisse à lui seul saisir les notions intuitives de ce que devrait signifier le mot. (…) Quels sont les cas où se pose la question d'une définition de la complexité ? Il y a le souci de l'informaticien quant au temps que demande un ordinateur pour résoudre un type donné de problème. Afin d'éviter que ce temps demeure sous la dépendance de l'ingéniosité du programmeur, les scientifiques se concentrent sur le temps de résolution le plus court possible, ce que l'on désigne souvent sous le nom de « complexité calculatoire » du problème. Cependant, ce temps minimal dépend encore du choix de l'ordinateur. Et cette « dépendance du contexte » est un obstacle permanent aux efforts pour définir les différentes sortes de complexité. Mais l'informaticien s'intéresse particulièrement à ce qui se passe dans un ensemble de problèmes qui ne diffèrent que par la taille ; en outre, sa préoccupation première est ce qui arrive à la complexité calculatoire lorsque la taille du problème ne cesse de croître, sans limite. Comment le temps de solution minimal peut-il dépendre de la taille quand celle-ci tend vers l'infini ? La réponse à ce genre de question peut être indépendante des détails de l'ordinateur. La notion de complexité calculatoire a fait la preuve de son utilité, mais elle ne correspond pas étroitement à ce que nous entendons habituellement lorsque nous employons le mot complexe, dans des expressions comme « l'intrigue hautement complexe d'un récit » ou « la structure complexe d'une organisation ». Dans ces contextes, nous serions plus intéressés par la longueur du message qu'exigerait la description de certaines propriétés du système en question que par le temps que mettrait un ordinateur pour résoudre un problème donné. (…) Mais jusqu'à quel niveau de détail faut-il compter ? (…) Lorsque l'on définit la complexité, il est toujours nécessaire de spécifier un niveau de détail où l'on s'arrête dans la description du système, ignorant les détails les plus fins. Les physiciens appellent cela l' « agraindissement ». L'image qui a inspiré cette expression est probablement celle du grain en photographie. Lorsque le détail d'une photographie est si petit qu'il nécessite un très fort agrandissement pour être identifié, l'agrandissement peut faire apparaître les grains individuels qui composent la photographie. Au lieu d'une image claire du détail, on ne verra que quelques points n'en donnant qu'une représentation grossière. (…) Une fois établie l'importance de l'agraindissement, nous restons confrontés à la question de savoir comment définir la complexité du système à l'étude. (…) Au moins une manière de définir la complexité d'un système revient à utiliser la longueur de sa description. (…) Si l'on définit la complexité en termes de longueur de description, ce n'est pas alors une propriété intrinsèque de la chose décrite. La longueur d'une description peut à l'évidence dépendre de qui (ou de ce qui) fait la description. (…) La longueur de la description variera en fonction du langage utilisé, et également de la connaissance et de la compréhension du monde que partagent les correspondants. (…) Et si la description est inutilement longue du seul fait d'un gaspillage de mots ? (…) Dans notre définition de la complexité, nous allons par conséquen nous intéresser à la longueur du plus court message possible décrivant un système. Tous ces points peuvent être inclus dans ce que l'on pourrait appeler « complexité brute » : la longueur du plus court message possible décrivant un système, à un niveau donné d'agraindissement, à quelqu'un d'éloigné, au moyen d'un langage, d'une connaissance et d'une compréhension que les deux parties partagent (et qu'elles savent partager) au préalable. Il y a des manières familières de décrire un système qui ne sont en rien le plus court message possible. Si nous décrivons par exemple séparément les parties d'un système et que nous disons également comment le tout est composé de parties, nous aurons ignoré de nombreuses occasions de compresser le message ; comme d'utiliser les similitudes entre parties. Ainsi, la plupart des cellules d'un corps humain partagent les mêmes gènes et peuvent avoir bien d'autres traits en commun, tandis que les cellules d'un tissu donné peuvent présenter davantage de similitudes encore. C'est là quelque chose dont la plus courte description devrait tenir compte. Certains spécialistes de la théorie de l'information utilisent une quantité qui ressemble beaucoup à la complexité brute, même si leur définition est plus technique et fait évidemment intervenir les ordinateurs. Ils envisagent une description à un niveau donné d'agraindissement, exprimée dans un langage donné, qu'ils encodent ensuite au moyen d'une procédure standard de codage en une chaîne de 1 et de 0. Tout choix d'un 1 ou d'un 0 s'appelle un « bit ». (…) C'est une chaîne de bits ou chaîne-message qui les intéresse. La quantité qu'ils définissent se nomme « complexité algorithmique » ou « aléatoire algorithmique ». Ce mot d' « algorithme » désigne aujourd'hui une règle, et par extension un programme, pour calculer quelque chose. Le contenu d'information algorithmique renvoie, comme nous allons le voir, à la longueur d'un programme informatique. (…) Le contenu d'information algorithmique (CIA) a été introduit dans les années 1960 par trois auteurs travaillant indépendamment : le grand mathématicien russe Andrei N. Kolmogorov, un Américain, Gregory Chaitin, âgé de quinze ans seulement à l'époque, et un autre Américain, Ray Solomonoff. Tous trois présupposent un ordinateur universel idéal, considéré essentiellement comme ayant une capacité de stockage infinie (ou bien finie, mais susceptible d'acquérir autant de capacité supplémentaire que nécessaire). L'ordinateur est équipé d'un matériel et d'un logiciel précis. On considère ensuite une chaîne-message particulière, et l'on demande alors quels programmes auront pour effet que l'ordinateur imprime ce message pour cesser de calculer aussitôt après. La longueur du plus court de ces programmes est la CIA de la chaîne. Nous avons vu que la subjectivité ou l'arbitraire sont inhérents à la définition de la complexité brute, ayant comme source l'agraindissement et le langage utilisés pour décrire le système. Dans le cas du CIA, de nouvelles sources d'arbitraire ont été introduites, à savoir la procédure particulière de codage qui transforme la description du système en une chaîne de bits, ainsi que le matériel et le logiciel associés à l'ordinateur. »</i></p> <h3 class="spip"> Henri Atlan dans « La fin du tout-génétique » :</h3> <p><i> « Apparaissent des processus d'auto-organisation de la matière (...) que Prigogine et Nicolis adaptaient à la thermodynamique en les rebaptisant ''ordre par fluctuations''. ( ..) Les erreurs aboutissent à une protéine dont la structure n'est pas une reproduction à l'identique de l'ADN (...) source de l'augmentation progressive de la diversité et de la complexité des êtres vivants. (...) La création par le bruit de complexité fonctionnelle – c'est-à-dire signifiante – fonctionne à la façon d'une double négation. (...) L'effet du bruit est une dimension de l'information portée par la protéine, par rapport à ce qu'elle aurait été si la transmission avait été exacte, c'est-à-dire si la protéine correspondait rigoureusement à l'ADN. (...) Les gènes du développement, gènes dont les mutations produisent des catastrophes globales au niveau du développement embryonnaire. (...) Il existe des exemples non biologiques d'organisation par le bruit. Ils sont fournis par des systèmes physiques qui sont décrits par des systèmes dynamiques (...) comportant plusieurs minima locaux. Un tel système peut, à un moment, se « coincer » dans un de ces minima ; mais s'il existe une quantité optimum de bruit, en l'occurrence de température, cette agitation empêche le système de rester durablement dans cet état, elle lui permet d'en sortir et d'aller vers un autre minimum. (...) Ce modèle est utilisé par des physiciens. »</i></p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine et Isabelle Stengers dans « La nouvelle alliance » :</h3> <p><i>« La thermodynamique des processus irréversibles a découvert que les flux qui traversent certains systèmes physico-chimiques et les éloignent de l'équilibre, peuvent nourrir des phénomènes d'auto-organisation spontanée, des ruptures de symétrie, des évolutions vers une complexité et une diversité croissantes. »</i></p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine dans « Temps à devenir » :</h3> <p><i>« Donc, loin d'être simplement un effet du hasard, les phénomènes de non-équilibre sont notre accès vers la complexité. Et des concepts comme l'auto-organisation loin de l'équilibre, ou de structure dissipative, sont aujourd'hui des lieux communs qui sont appliqués dans des domaines nombreux, non seulement de la physique, mais de la sociologie, de l'économie, et jusqu'à l'anthropologie et la linguistique. »</p> <h3 class="spip">Edgar Morin, « Le paradigme perdu » :</h3> <p><i>« Plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant à l'égard de l'écosystème ; en effet, l'autonomie suppose la complexité, laquelle suppose une très grande richesse de relations de toutes sortes avec l'environnement, c'est-à-dire dépend d'interrelations, lesquelles constituent très exactement les dépendances qui sont les conditions de la relative indépendance…. la fleur de l'hypercomplexité, c'est-à-dire la conscience. »</i></p> <h3 class="spip">Joël de Rosnay, « Le carrefour du futur » :</h3> <p><i>« Les sciences de la complexité débouchent sur une nouvelle vision des processus d'auto-organisation. Mais la théorie du chaos qui se consacre à de tels processus évoque, par son appellation, son contraire. La génération d'ordre à partir du désordre ne permet pas de se représenter de manière claire et synthétique la généralité des phénomènes considérés. De nombreux auteurs ont cherché à faire la synthèse des grands courants de pensée sur l'évolution, l'organisation et la complexité croissante. Certains avaient noté la différence profonde entre les deux grandes dérives de la matière vers la vie et l'entropie. D'autres, comme Teilhard de Chardin, ont cherché à expliquer par une loi de "complexité / conscience" l'émergence de la vie, de la pensée et de la conscience réfléchie. D'autres encore comme Francesco Varela, Jean Piaget, Edgard Morin, ont mis en avant les conditions d'autonomie d'un système complexe au cours de son évolution créatrice. Je voudrais tenter d'enrichir ces approches en leur intégrant l'apport de la théorie du chaos et des sciences de la complexité. Ces différents domaines pourraient être rassemblés dans le cadre d'une théorie unifiée. Elle se fonderait notamment sur l'étude des organisations complexes et la simulation informatique de leur comportement dans le temps. Je propose de l'appeler : théorie unifiée de l'auto-organisation et de la dynamique des systèmes complexes. Mais cette dénomination, qui en résume pourtant l'essentiel, est longue et d'un emploi délicat. De manière plus concise, je propose le terme de symbionomie pour décrire l'ensemble des phénomènes couverts par cette théorie unifiée. Je définis la symbionomie comme l'étude de l'émergence des systèmes complexes par auto-organisation, autosélection, coévolution et symbiose. Je parlerai ainsi, dans la suite de ce livre, de processus ou d'évolution symbionomique pour décrire les phénomènes liés à l'émergence de la complexité organisée, comme ceux que l'on peut observer dans des systèmes moléculaires (dans le cadre, par exemple, de l'origine de la vie), les sociétés d'insectes (fourmilières, ruches), les systèmes sociétaux (entreprises, marchés, économies) ou les écosystèmes. Une des voies privilégiées de l'évolution symbionomique est la symbiose. Cette notion s'applique généralement à des organismes vivants, mais plusieurs auteurs l'on étendue à des associations entre l'homme et des systèmes non vivants. Sans entrer dans la discussion sur l'existence ou l'absence de frontière entre le "naturel" et "l'artificiel" (j'en traiterai dans les chapitres suivants), et par simple commodité de langage, je considère indistinctement des symbioses se réalisant dans le monde "naturel", avant l'intervention de l'homme et des symbioses intervenant depuis son apparition, dans le monde dit "artificiel", celui des machines, des organisations, des réseaux ou des villes. Je continuerai donc à employer le terme de symbiose pour qualifier aussi bien les liens entre l'homme et ses artefacts (avec les ordinateurs, par exemple) qu'entre l'homme et l'écosystème. »</i></p> <h3 class="spip">Edgar Morin, « Éduquer pour l'ère planétaire » :</h3> <p><i>« On dit de plus en plus souvent « c'est complexe » pour éviter d'expliquer. Ici il faut faire un véritable renversement et montrer que la complexité est un défi que l'esprit doit et peut relever. »</i></p> <h3 class="spip"> Théorie de l'auto-organisation critique - Damienne Provitolo :</h3> <p><i>« La théorie de l'auto-organisation critique est une théorie de la complexité qui permet d'étudier les changements brutaux du comportement d'un système. Cette théorie enseigne que certains systèmes, composés d'un nombre important d'éléments en interaction dynamique, évoluent vers un état critique, sans intervention extérieure et sans paramètre de contrôle. L'amplification d'une petite fluctuation interne peut mener à un état critique et provoquer une réaction en chaîne menant à une catastrophe (au sens de changement de comportement d'un système). Cette théorie est basée sur deux concepts clefs : l'auto organisation et la criticalité. Le terme d'auto organisation désigne la capacité des éléments d'un système à produire et maintenir une structure à l'échelle du système sans que cette structure apparaisse au niveau des composantes (J.L. Deneubourg, 2002) et sans qu'elle résulte de l'intervention d'un agent extérieur. Le préfixe auto modifie le sens couramment accordé au terme d'organisation. L'auto organisation est un processus d'organisation émergent (R-A. Thietart, 2000). Mais elle se différencie de l'organisation en ce sens où l'organisation émergeante ne provient pas de forces extérieures (même si le système reste ouvert sur son environnement) mais de l'interaction de ses éléments. Si on applique ce concept à l'étude des sociétés, cela signifie qu'en plus du principe régulateur, il n'y a ni leader, ni centre organisateur, ni programmation au niveau individuel d'un projet global. Ces phénomènes d'auto organisation s'observent par exemple aussi bien dans les sociétés animales (organisation de fourmilière, de vols d'oiseaux) que dans les sociétés humaines (applaudissement, panique collective, intention de vote) ou les systèmes géographiques (les réseaux urbains). Dans les groupes humains par exemple, et plus particulièrement dans le cas de l'émergence de la propagation de rumeur ou de panique dans les foules (D. Provitolo, 2007), l'auto organisation n'est pas le fruit d'une intention prédéterminée. Des agents ou des entités en interaction, sans but commun préalablement défini, vont créer, sans le savoir et par imitation, une forme particulière d'organisation. Ce qui caractérise donc les systèmes auto organisés c'est l'émergence et le maintien d'un ordre global sans qu'il y ait un chef d'orchestre. Cette auto organisation signifie que l'on ne peut observer les mêmes propriétés aux niveaux micro et macroscopiques. Quant à la criticalité, elle caractérise les systèmes qui changent de phase, par exemple le passage de l'eau à la glace, de la panique individuelle à la panique collective. En fait, le système devient critique quand tous les éléments s'influencent mutuellement. Lorsque cet état critique est atteint, le système peut bifurquer, c'est-à-dire qu'il change brutalement de comportement pour passer d'un attracteur à un autre. Cet état critique est un attracteur du système dynamique atteint à partir de conditions initiales différentes. Cet état critique est dit auto organisé car l'état du système résulte des interactions dynamiques entres ses composantes et non d'une perturbation externe. L'auto-organisation est donc un processus qui passe par des états critiques. La notion de criticalité auto-organisée a été proposée par Per Bak, Chao Tang et Kurt Wiesenfeld en 1987. Dans son livre intitulé How Nature Works - The science of self-organized criticality, Per Bak applique cette théorie à de nombreux phénomènes complexes, notamment à l'évolution phylogénique des espèces vivantes, aux mécanismes déclenchant des tremblements de terre, des avalanches, des embouteillages et, pour prendre un dernier exemple, aux krachs boursiers. Pour illustrer cette théorie, P. Bak et al. utilisent un modèle simple : le tas de sable. L'expérience consiste à ajouter régulièrement des grains à un tas de sable. Petit à petit le sable forme un tas dont la pente, en augmentant lentement, amène le tas de sable vers un état critique. L'ajout d'un grain peut alors provoquer une avalanche de toute taille, ce qui signifie qu'une petite perturbation interne n'implique pas forcément de petits effets. Dans un système non linéaire, une petite cause peut en effet avoir une grande portée. Les avalanches connaissent donc différentes amplitudes qui sont toutes générées par une même perturbation initiale (un grain de sable supplémentaire). S'il n'est pas possible de prédire la taille et le moment de l'avalanche, en revanche cette théorie nous renseigne sur l'ensemble des réponses du système lorsqu'il atteint l'état critique. L'état critique auto organisé d'un système est donc un état ou le système est globalement métastable tout en étant localement instable. Cette instabilité locale (de petites avalanches dans le modèle du tas de sable) peut générer une instabilité globale (de grosses avalanches entraînant l'effondrement du tas) qui ramène ensuite le système vers un nouvel état métastable : le tas de sable connaît une nouvelle base. »</i></p> <h3 class="spip">« Auto-organisation et émergence dans les sciences de la vie », Bernard Feltz, Marc Crommelinck et Philippe Goujon :</h3> <p><i>« Le concept d'émergence renvoie à l'apparition de propriétés nouvelles liées à la complexité d'une organisation. L'ordre à partir du chaos mis en évidence par les modèles auto-organisationnels est souvent interprété en termes d'émergence, de surgissement d'un niveau d'organisation supérieur. »</i></p> <h3 class="spip">Per Bak, « Quand la nature s'organise » :</h3> <p><i>« La « criticalité auto-organisée » est un regard nouveau porté sur la nature. Celle-ci est en permanence hors d'équilibre, mais organisée dans un état suspendu – l'état critique – où tout peut arriver selon des lois statistiques bien définies. Le but de la science de la criticalité auto-organisée est d'éclairer la question fondamentale suivante : pourquoi la nature est-elle complexe et non simple, comme les lois de la physique pourraient le laisser supposer ? Comment l'univers a-t-il pu commencer avec un si faible nombre de types de particules élémentaires à l'époque du big bang et déboucher sur la vie, l'histoire, l'économie et la littérature ? La thèse présentée est que l'existence de ces comportements complexes dans la nature reflète la tendance des grands systèmes comportant un grand nombre de composants à évoluer vers un état intermédiaire « critique », loin de l'équilibre, et pour lequel des perturbations mineures peuvent déclencher des événements de toutes tailles, appelés « avalanches ». En fait, la plupart des changements se produisent au cours de ces événements catastrophiques plutôt qu'en suivant un chemin graduel et régulier. Cet état extrêmement délicat évolue sans intervention d'agent extérieur et n'est déterminé que par les interactions dynamiques entre les constituants du système : on dit alors que l'état critique est « auto-organisé ». »</i></p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine dans « Temps à devenir » : </h3> <p><i>« Le non-équilibre, c'est la voie la plus extraordinaire que la nature ait inventée pour coordonner les phénomènes, pour rendre possibles des phénomènes complexes. »</i></p> <h3 class="spip">« La Fin des Certitudes », Ilya Prigogine :</h3> <p><i>« La supériorité des systèmes auto-organisateurs est illustrée par les systèmes biologiques où des produits complexes sont formés avec une précision, une efficacité, une vitesse sans égale. »</i></p> <p><a href="http://lefur.jean.free.fr/1jean/thesauru/complexite/NotesLectureBenkirane.JLF.htm" class='spip_out' rel='external'>Extraits choisis du livre : La complexité, vertiges et promesses – entretiens avec E.Morin, I.Prigogine, F.Varela, …par Réda Benkirane</a></p> <h3 class="spip">CONTRE LA THEORIE DE LA COMPLEXITE</h3> <h3 class="spip"> « La vie est belle » (1989), Stephen Jay Gould :</h3> <p><i>« L'histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lignées, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation ; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l'existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement… Pour les spécialistes, l'évolution est une adaptation aux conditions changeantes de l'environnement et non pas un progrès… L'évolution de la vie à la surface de la planète est conforme au modèle du buisson touffu doté d'innombrables branches et continuellement élagué par le sinistre sécateur de l'extinction. Elle ne peut du tout être représentée par l'échelle d'une inévitable progrès. »</i></p> <h3 class="spip"> Entretiens de Stephen Jay Gould avec Jean-Claude Oliva - 1er octobre 1997 :</h3> <p><i>« Certains définissent l'évolution comme la croissance de la complexité, bien sûr. Mais cette définition ne correspond pas à la réalité. Pour la complexité, il y a plusieurs définitions : le nombre de parties différentes, l'intégration des parties, la complexité de forme de chaque partie. Au travers de ces définitions un peu différentes, nous avons en tête la même idée : il y a des choses simples qui n'ont pas beaucoup de parties et on va vers des choses plus complexes… Notre objectif, pour étudier ce sujet de façon scientifique, c'est de préciser ce que l'on veut dire par complexité. J'ai discuté, par exemple, les travaux de Dan McShea sur la complexité à travers les temps géologiques des mammifères et aussi de Boyajian sur les ammonites et, dans les deux cas, il n'y a pas de tendance générale vers la complexité. Chacune de ces études fait appel à une définition de la complexité. Mais le problème est réel : il n'y a pas une définition que tout le monde accepte… Pour un paléontologue, la diversité, c'est à la fois le nombre d'espèces différentes et la diversité de leurs anatomies. S'il y avait seulement un million d'espèces d'insectes et rien de plus, il y aurait moins de diversité qu'avec deux millions d'espèces et des insectes, des plantes, des champignons, des bactéries, etc. C'est le nombre d'espèces car chaque espèce est une population séparée, une entité biologique. La moyenne ne veut rien dire. Qu'est-ce que la complexité moyenne de la vie quand nous avons des bactéries, des insectes et des hommes ? Il n'y a que la diversité de la vie. L'histoire de la vie, c'est " l'éventail du vivant " (en anglais " the full house ", la maison pleine, un terme du jeu de poker). Il vaut mieux traiter l'histoire de la vie comme l'histoire de sa diversité qui croît - pas toujours car il y a aussi de grandes extinctions - qui croît donc et qui baisse. Le sens de la vie, c'est la diversité, pas la complexité. Tout dépend de ce que l'on entend par « complexe ». D'un point de vue neurologique le cerveau humain est plus complexe qu'aucun autre, mais par exemple du point de vue de l'architecture des os du crâne, on trouve plus compliqué chez d'autres mammifères, et plus compliqué encore chez les téléostes*. Le mot « complexité » a plusieurs sens dans le langage courant, qui se contredisent les uns les autres. Si l'on veut mesurer empiriquement la complexité, la quantifier, il nous faut une définition opérationnelle de la complexité. Il faut chaque fois décider de ce dont on parle. Certains chercheurs l'ont fait, par exemple pour les ammonites. On a pu démontrer que pour un caractère essentiel, les ammonites ne sont pas devenues de plus en plus complexes avec le temps. Le fait que le cerveau humain soit l'objet neurologique le plus complexe de la planète ne signifie pas que l'homme soit l'être le plus complexe. Le cerveau n'est pas tout, il y a bien d'autres structures complexes. Il n'est pas juste d'adopter une vue de l'évolution centrée sur le cerveau. Il n'existe pas de tendance générale de l'évolution vers des cerveaux plus grands. Il y a beaucoup plus d'espèces de bactéries que d'animaux multicellulaires et plus de 80 % des espèces de multicellulaires sont des insectes. Sur les quelque 4 000 espèces de mammifères il n'y en a qu'une qui soit consciente d'elle-même. On ne peut pas dire que l'accroissement de la complexité mentale caractérise l'évolution. L'effet de l'émergence de la conscience a été considérable ; mais ce n'est pas une définition de la complexité. La bombe atomique a eu un énorme effet, ce n'est pas plus complexe que certains explosifs chimiques. L'invention de la conscience a eu plus d'impact peut-être qu'aucune autre invention. Mais cela ne définit aucunement la complexité de la structure de l'objet en question. Et par ailleurs, si l'on se place cette fois du point de vue de l'évolution à venir, on ne voit pas clairement vers quoi nous allons. Il est possible que nous n'existions plus dans deux cents ans, parce que nous nous serons rayés de la carte. L'humanité n'apparaîtra plus alors que comme une expérience momentanée de l'histoire de la vie. L'exercice consistant à prendre en compte tout l'éventail des variations nous oblige à repenser la nature des tendances de l'évolution et l'histoire des systèmes naturels. C'est parce que nous n'avons pas appliqué ce principe que nous en sommes venus à ignorer le fait pourtant incontestable que nous sommes encore et sans doute pour toujours à l'ère des bactéries. Nous aimerions croire que l'histoire de la vie est celle d'une marche vers la complexité. C'est bien sûr vrai en ce sens que les êtres les plus complexes ont eu tendance à se complexifier davantage : mais ce n'est pas l'histoire de la vie, c'est l'histoire des êtres les plus complexes... Nous voudrions croire que l'aspect le plus fondamental de l'arbre de la vie est cette tendance à la complexification, mais ce n'est pas le cas. Pour moi le trait le plus fondamental de l'arbre de la vie est la constance du mode bactérien. Mon livre n'est qu'un plaidoyer pour considérer tout l'éventail de la variation… On ne peut parler du progrès comme d'une tendance forte de l'évolution. Je ne nie pas que les créatures les plus complexes soient devenues plus complexes au cours du temps. Mais ce n'est pas une indication que le système s'est éloigné d'une marche au hasard. Cela se serait produit de toute manière dans n'importe quel système dirigé par le hasard et débutant à proximité d'une limite infranchissable à gauche de la courbe de distribution. Je propose une analogie avec la marche de l'ivrogne qui sort d'un bar. Il se retrouve avec un mur à gauche et le trottoir à droite. A gauche il va heurter le mur, à droite il va finir par tomber dans le caniveau… Je ne dis pas qu'il ne se produit pas des événements de complexification, je dis que si l'on regarde l'ensemble de l'histoire, l'ensemble des variations effectives, la maison au complet avec tous ses habitants, on ne décèle pas de préférence pour la complexité. Le fait que l'homme soit plus complexe que les trilobites, qui sont plus complexes que les algues, qui sont plus complexes que les bactéries, ce fait-là, que je ne nie pas, est mineur au regard de l'histoire du vivant prise dans sa totalité… Bien sûr il doit exister un mécanisme par lequel a émergé par exemple la multicellularité, et ainsi de suite. Mon propos est de déterminer si de tels mécanismes s'inscrivent ou non dans une directionnalité, s'ils répondent à une nécessité - et la réponse est non. »</i></p> <h3 class="spip"> « Cette vision de la vie » de Stephen Jay Gould :</h3> <p><i>« L'évolution exprime un équilibre entre les caractéristiques internes des organismes et le vecteur externe du changement environnemental. Ces forces interne et externe incluent toutes deux des composantes aléatoires, ce qui écarte encore plus toute idée de tension vers l'union et l'harmonie. La force interne des mutations génétiques, source première des variations évolutives, fonctionne de manière aléatoire par rapport à la direction de la sélection naturelle. La force externe du chagement environnemental se modifie capricieusement par rapport au progrès et à la complexité des organismes… Je regrette également l'hypothèse excessivement adaptationniste qui affirme que tout trait évolutif dépourvu d'intérêt dans notre vie actuelle est probablement apparu autrefois pour de bonnes raisons, liées à des conditions passées qui ont depuis évolué. Dans notre monde impitoyable, complexe et partiellement aléatoire, nombre de traits n'ont tout simplement aucun sens fonctionnel. Point final…. »</i></p> <h3 class="spip">Stephen Jay Gould écrit ainsi dans « Le renard et le hérisson » :</h3> <p><i>« Les propriétés qui apparaissent dans un système complexe sous l'effet des interactions non linéaires de ses composants sont dites émergentes – puisqu'elles n'apparaissent pas à un autre niveau et ne sont révélées qu'à ce niveau de complexité. (...) L'émergence n'est donc pas un principe mystique ou anti-scientifique, ni une notion susceptible d'avoir des échos dans le champ religieux (...) C'est une affirmation scientifique sur la nature des systèmes complexes. »</i></p> <h3 class="spip">Agnès Lenoire, Science&Vie de décembre 2005 :</h3> <p><i>« L'idée d'une ascension vers l'homme, d'une graduation vers le plus abouti s'estompe et est destinée à mourir. En effet, le « complexe » n'est pas l'équivalent du « plus évolué ». Un simple recul par rapport à l'histoire du monde permet de débusquer l'illusion. La marche vers la complexité, qui donne une direction à l'évolution est donc caduque. Pourtant, à peine ce concept, qui replace l'homme au sein d'un foisonnement et non plus au sommet d'une pyramide, est-il bien compris et vulgarisé, que déjà on l'attaque sur un front sensible, parce qu'affectif : comment la complexité peut-elle être due au hasard ? Certes chacun d'entre nous est troublé devant la somme de coïncidences nécessaires à l'apparition de la vie et à son explosion. Mais passée la première impression, la réflexion, fondée sur le darwinisme, explique bien des mystères. »</i></p></div> Lénine 1917 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5277 http://www.matierevolution.org/spip.php?article5277 2017-01-17T00:15:00Z text/html fr Robert Paris Russie Lénine 1917-1919 Révolution prolétaires Parti révolutionnaire - Revolutionnary party Lénine, 1917 Lénine 1917 et Trotsky 1917 On ne peut parler de Lénine en 1917, dans leur intervention au cours de la révolution russe, sans parler de Trotsky dans la même période et inversement bien entendu, tellement on a assisté à une révolution qui a eu deux têtes, l'une étant inséparable de l'autre, deux penseurs, deux organisateurs, des militants inlassables des mêmes idées et des mêmes perspectives. Ils ont réellement écrit, parlé, agi, milité, dirigé comme un seul homme et c'est seulement ensuite (...) - <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory">3- L'objectif de la dictature du prolétariat</a> / <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag">Lénine</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag">1917-1919</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag">prolétaires</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Lénine, 1917</h3> <p>Lénine 1917</p> <p>et</p> <p>Trotsky 1917</p> <p>On ne peut parler de Lénine en 1917, dans leur intervention au cours de la révolution russe, sans parler de Trotsky dans la même période et inversement bien entendu, tellement on a assisté à une révolution qui a eu deux têtes, l'une étant inséparable de l'autre, deux penseurs, deux organisateurs, des militants inlassables des mêmes idées et des mêmes perspectives. Ils ont réellement écrit, parlé, agi, milité, dirigé comme un seul homme et c'est seulement ensuite que ces actes ont semblé être ceux d'un parti, le parti bolchevique dans lequel ils militaient. Mais s'il y a une erreur à ne pas commettre, c'est de penser que cette politique, ces idées, ces conceptions, cette action, cette stratégie était purement et simplement l'émanation directe de ce parti. C'est un contre-sens pur et simple ou, plus eaxctement, c'est le point de vue qui sera diffusé plus tard par la réaction contre-révolutionnaire stalinienne afin de détruire ce parti et en faire une simple partie d'un appareil bureaucratique.</p> <p>Loin de nous l'idée que les militants révolutionnaires et que les masses révolutionnaires ne seraient rien et que les leaders politiques seraient tout mais affirmer l'inverse serait tout aussi faux et ridicule. Aucun automatisme n'a produit les conceptions de Lénine et Trotsky en 1917. Il n'a nullement suffi qu'existe le parti bolchevik pour qu'il joue le rôle qui a été le sien et qu'il défende la politique qui a été la sienne. Ce n'était nullement inscrit dans une ligne droite issue du passé de ce parti et cela n'est pas venu aisément et « naturellement » pour ce parti, ni pour ses dirigeants, ni pour ses militants.</p> <p>A l'égal de Lénine, on peut dire que Trotsky a été un élément déterminant de la révolution russe de 1917 et pourtant ni l'un ni l'autre n'étaient présents en Russie à son démarrage, ni ne disposaient de groupes politiques ayant pris la direction de la lutte à son démarrage et même pas la direction des masses ouvrières qui participaient à cette lutte. Par la suite, ces deux militants révolutionnaires que bien des prises de position séparaient ou même opposaient, ont convergé de manière étonnante vers une même politique, qu'ils étaient parmi les rares militants révolutionnaires à partager et dont il a fallu qu'ils convainquent d'autres militants, avant de devenir capables de se porter à la tête des masses. Il a suffi de quelques mois pour une telle œuvre titanesque qui continue d'apparaître comme surhumaine des décennies après. Cependant, ce n'est ni les capacités oratoires (Lénine n'en avait d'ailleurs pas particulièrement), ni le nombre des militants (Trotsky n'en avait que peu) qui ont été déterminantes mais l'orientation politique de ces deux dirigeants. Et si, après coup, bien des gens ont cru que cette orientation allait de soi, était inscrite dans toute leur activité passée, c'était en réalité loin d'être évident si on examine le passé des autres dirigeants politiques d'origine révolutionnaire et le chemin qu'ils ont suivi ensuite face à la révolution sociale. On peut quasiment dire que, pour la plupart, les dirigeants politiques d'origine révolutionnaire ont été d'autant plus à droite que les masses allaient plus à gauche, c'est dire !</p> <p>Le premier point sur lequel Lénine et Trotsky ont convergé consistait à affirmer que l'on n'assistait qu'à la première étape de la révolution, que la chute du tsarisme ne serait pas la fin de la révolution, que la démocratie bourgeoise ne serait nullement l'aboutissement de la trajectoire révolutionnaire. Certes, cela semblait assez logique comme point de vue de la part d'un Trotsky, dont la conception de la révolution permanente supposait une telle logique mais cela ne l'était nullement de la part de Lénine qui envisageait plutôt un rôle révolutionnaire du prolétariat dans le cadre d'une révolution gardant un caractère démocratique, c'est-à-dire à perspective bourgeoise. La perspective socialiste supposait, à l'inverse, que la révolution n'était russe qu'en apparence, européenne et même internationale en réalité. Là aussi, après coup, les événements leur ont donné raison mais rares ont été ceux qui le pensaient.</p> <p>L'idée que le tsarisme ne chutait en premier que comme chaînon le plus faible de la grande chaîne impérialiste secouée par la crise et la guerre mondiale puis la vague révolutionnaire, était loin de tomber sous le sens.</p> <p>Même les plus révolutionnaires des militants et dirigeants russes semblaient prêts à se contenter d'être une force d'appui à un gouvernement bourgeois à visées démocratiques et nombre d'entre eux semblaient prêts à l'idée de la participation gouvernementale lorsque Lénine est rentrée de l'émigration et a commencé à défendre le point de vue qui allait rester dans l'Histoire sous le nom de « Thèses d'avril » et qui était très exactement le point de vue qu'il avait longtemps combattu sous le nom de « trotskysme » !</p> <p>Mais Trotsky allait faire un mouvement tout aussi considérable en rejoingnant alors le parti bolchevique dont il avait combattu longtemps les méthodes et les conceptions organisationnelles autant que les orientations.</p> <p>Et ces deux dirigeants allaient converger tout aussi étonnamment durant ces quelques mois sur un point tout aussi essentiel : le programme et les points d'appui de la construction de la deuxième vague révolutionnaire, son caractère et son rythme, à savoir la conquête patiente et méthodique de la majorité dans les soviets puis la prise de pouvoir de ces derniers par la mise en place d'une dictature du prolétariat dont les soviets seraient les briques élémentaires. Cette conquête devait se fonder sur la destruction méthodique des positions bourgeoises, quels que soient les partis qui les portaient, en se fondant sur les aspirations des masses elles-mêmes : aspirations à la terre, aspiration à la paix, aspiration aux liberté des nationalités et religions opprimées, aspiration de bien-être des masses ouvrières et paysannes. Les classes dirigeantes bourgeoises avaient certes profité de la révolution de février pour accéder au pouvoir mais étaient incapables de satisfaire ces aspirations et incapables aussi d'en finir avec les soviets, ces libres créations organisationnelles des masses ouvrières, soldates, paysannes et des nationalités opprimées.</p> <p>Ce qui pouvait sembler des objectifs complètement irréalistes de deux dirigeants utopiques que la plupart des dirigeants et militants politiques « de gauche » ou d' « extrême gauche » combattait comme une lubie, devenait, du coup, l'expression exacte des buts des masses, et une nécessité absolue devant la nécessité absolue pour les classes dirigeantes de continuer la guerre, de ne pas partager les terres, de frapper durement les masses travailleuses et même la nécessité de détruire dans le sang les soviets.</p> <p>C'est ainsi que ces deux petits hommes, presque seuls à défendre ce qu'ils défendaient, à concevoir ce qu'ils concevaient, à rêver ce qu'ils rêvaient, devenaient les leaders « naturels » des masses, dont les militants y devenaient majoritaires et même avaient des partisans là où ils n'avaient même pas des militants ou des propagandistes de leurs idées, tant ces idées avançaient d'elles-mêmes, du moment qu'elles avaient été propagées en un point…</p> <p>C'est la force des idées qui s'emparent des masses sur laquelle comptaient les Lénine et les Trotsky, et non pas la force du nombre de dirigeants, du nombre de militants, du nombre de sympathisants, point sur lequel le groupe de Lénine, sans même parler du petit groupe de Trotsky avant leur fusion, n'était, en février 1917, que le plus petit parti de Russie, ne disposant quasiment d'aucun appui d'intellectuels.</p> <p>Certains ont voulu voir dans la victoire des idées de Lénine et de Trotsky la réussite de la « construction du parti révolutionnaire », mais ils isolent ainsi, comme un facteur à part, la construction organisationnelle, tâche à laquelle ils sont dédiés, la séparant de la construction intellectuelle de l'analyse et de la perspective politique, et séparant l'arbre de son tronc, de ses racines et empêchant ainsi la montée de la sève tout en affirmant vouloir multiplier branches et feuilles !!!</p> <p>Ils ont voulu voir aussi dans la victoire des idées des Lénine et Trotsky parmi les masses, un succès du travail des militants bolcheviks, de leut tenacité, de leur courage, de leur confiance, de leur discipline et j'en passe, omettant la nécessité de concevoir d'abord le rôle respectif du parti et des soviet, le rôle repsectif de la révolution et des soviets, rôles qui n'allaient nullement de soi, vu déjà qu'au départ les bolcheviks étaient les plus minoritaires dans les soviets, que ceux-ci étaient du coup aux mains des réformistes, devenaient même des armes de ces réformistes bourgeois et petit-bourgeois et donc une arme contre l'avancée de la révolution sociale, contre la transformation de révolution bourgeoise en révolution socialiste, contre tout ce que défendaient justement Lénine et Trotsky. Conquérir la majorité dans les soviets devenait, du coup, non un objectif évident mais, apparemment, un but inatteignable. Le rôle que Lénine et Trotsky attribuait aux soviets pouvait sembler parfaitement irréaliste tant que ceux-ci étaient manœuvrés par les réformistes qui défendaient dur comme fer le caractère bourgeois démocratique de la révolution russe.</p> <p>Cela supposait de se battre non seulement contre l'Etat, contre les classes dirigeantes, contre l'armée, contre l'impérialisme mais même contre les préjugés des masses elles-mêmes, contre leur idée, en particulier, selon laquelle la révolution était victorieuse et le pouvoir ne pouvait pas leur venir dans les mains.</p> <p>Faire confiance en de telles perspectives, de la part de Lénine et de Trotsky, ce n'était pas avoir confiance dans les talents oratoires ou propagandistes des militants d'un parti mais dans les capacités des masses ouvrières de s'éduquer politiquement et socialement à la faveur de la situation elle-même et de ses contradictions explosives.</p> <p>Tous les bureaucrates du monde savent avoir confiance dans leur appareil bureaucratique ou plutôt dans leur propre capacité à le manipuler, par contre avoir confiance dans des masses opprimées qui viennent de vivre la boucherie entre les peuples, qui ont subi la dictature politique et sociale et sont accoutumées à obéir et à subir, croire malgré tout cela qu'elles vont se révéler aptes à prendre la direction de toute la société, alors qu'elles-mêmes sont encore persuadées que les seules classes dirigeantes sont aptes à commander, voilà effectivement qui est le propre des têtes politiques du prolétariat révolutionnaire et d'elles seules.</p> <p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/annee_1917/annee_1917.html" class='spip_out' rel='external'>L'année 1917</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article590" class='spip_out' rel='external'>Qui était Lénine ?</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/index.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine en 1917, raconté par Victor Serge</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article4940" class=''>La révolution russe : l'année 1917 en récits et en images</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article652" class='spip_out' rel='external'>Les lettres de loin de mars 1917</a></p> <p> <a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article143" class='spip_out' rel='external'>Les thèses d'avril 1917 de Lénine</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm" class='spip_out' rel='external'>Les bolcheviks et Lénine en avril 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100c.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine avant Octobre</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine appelle à l'insurrection</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100d.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine en Octobre</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article705" class='spip_out' rel='external'>Les leçons d'octobre 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/reed/works/1919/00/01.htm" class='spip_out' rel='external'>Les dix jours qui ébranlèrent le monde</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article89" class='spip_out' rel='external'>Les journées d'Octobre</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100f.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine et la dissolution de l'assemblée constituante</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100g.htm" class='spip_out' rel='external'>Le « gouvernement » de Lénine</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100i.htm" class='spip_out' rel='external'>Lénine à la tribune</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100j.htm" class='spip_out' rel='external'>Le Philistin et le Révolutionnaire</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100k.htm" class='spip_out' rel='external'>Du vrai et du faux sur Lénine</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_23.htm" class='spip_out' rel='external'>Textes de Lénine jusqu'en mars 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_24.htm" class='spip_out' rel='external'>Textes de Lénine d'avril-juin 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_25.htm" class='spip_out' rel='external'>Textes de Lénine de juin à septembre 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_26.htm" class='spip_out' rel='external'>Textes de Lénine après septembre 1917</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article376" class='spip_out' rel='external'>Textes d'Octobre 1917</a></p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110.htm" class='spip_out' rel='external'>La révolution prolétarienne, vue par Lénine</a></p></div>