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Les groupes d’extrême gauche ont-ils raison de séparer et d’opposer diamétralement des situations (ou des périodes) contre-révolutionnaires et des situations (ou des périodes) révolutionnaires - Matière et Révolution
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Les groupes d’extrême gauche ont-ils raison de séparer et d’opposer diamétralement des situations (ou des périodes) contre-révolutionnaires et des situations (ou des périodes) révolutionnaires

vendredi 24 octobre 2014, par Robert Paris

« La pensée marxiste est dialectique : elle considère tous les phénomènes dans leur développement, dans leur passage d’un état à un autre La pensée du petit bourgeois conservateur est métaphysique : ses conceptions sont immobiles et immuables, entre les phénomènes il y a des cloisonnements imperméables. L’opposition absolue entre une situation révolutionnaire et une situation non-révolutionnaire représente un exemple classique de pensée métaphysique, selon la formule : ce qui est, est-ce qui n’est pas, n’est pas, et tout le reste vient du Malin. Dans le processus de l’histoire, on rencontre des situations stables tout à fait non-révolutionnaires. On rencontre aussi des situations notoirement révolutionnaires. Il existe aussi des situations contre-révolutionnaires (il ne faut pas l’oublier !). Mais ce qui existe surtout à notre époque de capitalisme pourrissant ce sont des situations intermédiaires, transitoires : entre une situation non-révolutionnaire et une situation pré-révolutionnaire, entre une situation pré-révolutionnaire et une situation révolutionnaire ou... contre-révolutionnaire. C’est précisément ces états transitoires qui ont une importance décisive du point de vue de la stratégie politique. Que dirions-nous d’un artiste qui ne distinguerait que les deux couleurs extrêmes dans le spectre ? Qu’il est daltonien ou à moitié aveugle et qu’il lui faut renoncer au pinceau. Que dire d’un homme politique qui ne serait capable de distinguer que deux états : "révolutionnaire" et "non-révolutionnaire" ? Que ce n’est pas un marxiste, mais un stalinien, qui peut faire un bon fonctionnaire, mais en aucun cas un chef prolétarien. Une situation révolutionnaire se forme par l’action réciproque de facteurs objectifs et subjectifs. Si le parti du prolétariat se montre incapable d’analyser à temps les tendances de la situation pré-révolutionnaire et d’intervenir activement dans son développement, au lieu d’une situation révolutionnaire surgira inévitablement une situation contre-révolutionnaire. C’est précisément devant ce danger que se trouve actuellement le prolétariat français. La politique à courte vue, passive, opportuniste du front unique, et surtout des staliniens, qui sont devenus son aile droite, voilà ce qui constitue le principal obstacle sur la voie de la révolution prolétarienne en France. »

Trotsky dans « Où va la France »

« Vers la fin avril, tout s’était aggravé. La fermentation devenait du bouillonnement. Depuis 1830, il y avait eu ça et là de petites émeutes partielles, vite réprimées, mais renaissante, signes d’une vaste conflagration sous-jacente. (….) Voilà les termes posés : action ou réaction, révolution ou contre-révolution. »

Victor Hugo

dans " Les misérables "

(Chapitre « Faits dont l’histoire sort et que l’Histoire ignore »)

Daniel Guérin écrivait sur révolution et contre-révolution, à propos de la Révolution française :

« Il n’y a pas deux sortes de mouvement révolutionnaire, de nature différente, l’un d’espèce bourgeoise et l’autre d’essence prolétarienne ; la Révolution tout court, cette vieille taupe comme le disait Marx, poursuit son bonhomme de chemin, d’abord au travers d’une même crise révolutionnaire, et ensuite de crise révolutionnaire en crise révolutionnaire. Même quand elle paraît assoupie, elle creuse encore. Une crise révolutionnaire n’est pas la continuation directe de la crise précédente. il n’est pas possible de placer quelque part un poteau frontière et d’y inscrire : Révolution bourgeoise ! Défense d’aller plus loin ! La Révolution ne s’arrête pas sur commande. Ou si elle s’arrête, elle recule. (...) Dans une société où les rapports sociaux sont tendus à l’extrême, où deux forces opposées, force révolutionnaire et force contre-révolutionnaire, se heurtent comme deux bêliers, cornes contre cornes, si la pression révolutionnaire se relâche un instant, la contre-révolution profite aussitôt de cette défaillance et prend sa revanche. Empêcher la transcroissance de la révolution bourgeoise en révolution prolétarienne, faire les choses à demi, c’est s’exposer à perdre ce qui a été conquis ; laisser subsister un seul privilège c’est s’exposer à les voir renaître tous ; pour s’être arrêtés en 1793 au pied de la forteresse bourgeoise, les sans-culottes furent assommés en 1795 par les gourdins des royalistes. Robespierre, en donnant, le 20 novembre 1793, un coup de frein à la déchristianisation, en insultant et en persécutant les "ultra-révolutionnaires", fit faire demi-tour à la Révolution, l’engagea sur une pente fatale où lui-même laissa sa tête, qui conduisit à la dictature militaire de Bonaparte et aux ordonnances de Charles X. »

Daniel Guérin dans « La Révolution française et nous »

Les groupes d’extrême gauche opposent diamétralement des situations contre-révolutionnaires et des situations révolutionnaires contrairement à ce que défendaient Marx, Engels, Lénine, Trotsky et Rosa Luxemburg et contrairement à… la réalité historique !

Nous voulons discuter ici des périodes de crise de la domination des classes dirigeantes, périodes pendant lesquelles la menace que fait planer la révolution les amène à envisager des solutions violentes, dites de « contre-révolution ». Rien d’étonnant, alors, que la contre-révolution monte conjointement à la révolution. Bien sûr, nous savons qu’il existe parfois de longues périodes de stabilisation des classes dirigeantes, à la suite d’une grande défaite historique de la révolution, qui sont considérées comme des périodes de contre-révolution. On peut également envisager des périodes où la révolution, volant de victoire en victoire, l’épidémie révolutionnaire dessine une « période des révolutions ». Mais, si nous étudions une situation qui commence à devenir critique, une situation comme celle que nous connaissons actuellement, il est certain que le basculement de l’ordre dans le chaos économique, social, politique et militaire entraîne à la fois des révolutions et des contre-révolutions. Nous combattons, dans ce cas, le fatalisme contre-révolutionnaire selon lequel nous irions inévitablement vers la montée de la contre-révolution, de la guerre et de l’extrême droite sans avoir à vivre des offensives révolutionnaires dans la période qui vient et sans devoir y préparer les travailleurs (et aussi les révolutionnaires). Cela ne signifie pas que toutes les régions du monde connaissent des radicalisations dans le même sens ni au même rythme bien entendu. Nous ne devons pas partir d’un a priori de la radicalisation ni d’un a priori de la réaction. Nous ne devons pas nous contenter d’additionner tous les exemples de mouvements d’extrême droite ou de terrorismes qui se développent en oubliant les grandes luttes ouvrières dans le monde et les révolutions, arabe et du Maghreb et notamment tunisienne et égyptienne, ou les mobilisations populaires comme au Brésil. On ne peut pas ne voir que l’extrême droite de Kiev et pas le printemps sociale de Bosnie et des Balkans…

La manie de la « périodisation » qui divise l’Histoire en « période de révolution » et « période de réaction » a fait suffisamment de dégâts, que ce soit la fameuse « troisième période » inventée par Staline, qui prétendait y voir une radicalisation générale, ou encore la « période de contre-révolution » que Bordiga voyait dès 1930 alors qu’en 1936, une vague révolutionnaire allait parcourir une partie du monde, avant la deuxième guerre mondiale. S’il y a effectivement des « périodes calmes » et des « périodes violentes » dans la domination des classes dirigeantes, ces dernières sont à la fois révolutionnaires et contre-révolutionnaires.

Nous allons rappeler les positions des grands révolutionnaires du passé sur ce qu’ils appelaient les « périodes des révolutions et des contre-révolutions » et il s’agissait de la même période ! En même temps en 1848-1851 c’est révolution et contre-révolution. Engels écrit « Révolution et contre-révolution en Allemagne ». En même temps, en 1871, la Commune et la réaction massacreuse de Thiers. Et Marx considère que la classe ouvrière était au pied du mur : elle ne pouvait que se battre car c’était révolution ou contre-révolution. La vague révolutionnaire en Europe commence avant la première guerre mondiale. Déjà, c’est l’alternative : révolution ou contre-révolution et cette dernière s’exprime déjà par la guerre mondiale, les dictatures militaires qui en découlent dans tous les pays et écrasent les droits ouvriers et populaires. Et, à partir de 1916, c’est déjà en Irlande révolution ou contre-révolution. Puis en Finlande et en Russie. Puis en c’est l’Italie qui se trouve elle aussi devant l’alternative de 1919 à 1922 avec la révolution et le fascisme. Egalement la Hongrie, la Pologne, l’Allemagne. Le putsch de Kapp est l’échec d’une contre-révolution par une montée révolutionnaire. La situation de 1923 en Allemagne est un exemple classique de situation où monte à la fois l’extrême gauche révolutionnaire communiste et la contre-révolution fasciste. Tous les courants d’extrême droite, tous les fascismes, toutes les dictatures militaires féroces, tous les génocides sont des réponses des classes dirigeantes à des situations potentiellement révolutionnaires. C’est vrai de l’Empire ottoman face aux peuples opprimés révoltés avant même la première guerre mondiale. C’était déjà vrai avec la révolution bourgeoise en France et le massacre de la Saint-Barthélemy. C’était encore vrai avec le fascisme allemand et le massacre des Juifs. Les régimes dictatoriaux et fascistes de Mussolini en Italie, Pilsudsky en Pologne, Hitler en Allemagne, Staline en Russie, Franco en Espagne, Pétain en France, Salazar au Portugal, Metaxas en Grèce, Antonescu en Roumanie, Pinochet au Chili, Khomeiny en Iran, Bagasora au Rwanda, malgré une grande diversité de situations, ont en commun d’être des situations où le pouvoir se trouvait face à des montées révolutionnaires, déclarée ou potentielles, inquiétantes pour les classes dirigeantes, et d’écraser dans le sang le mouvement ouvrier, de détruire toute organisation indépendante des travailleurs. Toutes ces réactions sociales et politiques ont eu lieu face à un mouvement ouvrier potentiellement menaçant. La contre-révolution en Iran est montée en même temps que la révolution sociale, ouvrière et populaire. La contre-révolution en Pologne est montée en même temps que la mobilisation ouvrière. La contre-révolution en Corée du sud est elle aussi montée en même temps que la mobilisation ouvrière. Il en va de même en Turquie. Etc, etc… Parfois c’est la contre-révolution qui est à l’offensive, parfois c’est l’inverse mais les deux sont inséparables. Sans la révolution italienne, il n’y aurait pas eu le fascisme de Mussolini. La contre-révolution a cheminé parallèlement à la révolution en Espagne en 1936.

Pendant de longues années, l’Allemagne a été le terrain de situations critiques faisant la bascule entre la révolution et la contre-révolution, chaque situation de crise les retrouvant toutes deux en pleine montée. La montée ouvrière avant guerre à la première guerre mondiale, la révolution de 1918 avec la montée d’extrême droite nationaliste aussi en 1918, le gouvernement Ebert, faussement appuyé sur les conseils ouvriers et vraiment sur le haut état-major fasciste et les corps francs pas moins fascistes, le putsch de Kapp face à la classe ouvrière mobilisée, le coup d’Hitler en 1923 et le coup abandonné du parti communiste en 1923, etc… Si la classe ouvrière allemande n’était pas potentiellement la plus forte du monde, la plus organisée, la plus expérimentée en révolutions récentes, face à la grave crise économique et politique qui affaiblissait la classe bourgeoise, il n’y aurait pas eu le choix des classes dirigeantes du fascisme en Allemagne. C’est au plus haut des voix et des soutiens au parti communiste qu’Hitler est nommé chancelier en janvier 1933… La nouvelle crise du capitalisme, depuis 2007, remet au goût du jour l’alternative : révolution sociale ou contre-révolution… Que le capitalisme ait atteint ses limites n’est nullement une mauvaise nouvelle. Bien sûr, cela ne signifie nullement que le socialisme va arriver tout seul sans l’intervention spontanée et auto-organisée (soviets) des prolétaires, ni sans une lutte politique consciente et organisée des révolutionnaires (deux éléments aussi indispensables l’un que l’autre – inutile de séparer l’un des deux éléments de la dialectique de l’intervention révolutionnaire du prolétariat, l’élément spontané et l’élément conscient). Mais le premier des éléments d’une situation révolutionnaire – que la classe exploiteuse ne parvienne plus à faire fonctionner son propre système – est d’actualité. L’occasion historique est là : aucun révolutionnaire ne peut pleurer avec les réformistes ou les centristes en se plaignant que les travailleurs et les milieux populaires en pleine plein la figure. Il n’y a pas de révolution dans les périodes calmes : inutile de se plaindre que la période soient aux coups, apprenons seulement à les rendre. Inutile de se plaindre aussi des montées de la contre-révolution qui accompagnent les montées de la révolution aussi immanquablement que dans toutes les époques du passé. L’alternative n’est pas réforme ou recul mais révolution ou contre-révolution sociale. Tout courant qui prétend qu’on doit se faire entendre des classes dirigeantes, qu’on doit juste montrer notre force agit en ennemi du prolétariat. Aujourd’hui, les prolétaires se retrouvent devant une situation historiquement nouvelle qu’ils vont progressivement apprendre à connaitre : celle où les luttes économiques sont dépassées et où toute lutte efficace doit devenir une lutte à mort contre le système. Chaque combat doit y préparer. Chaque revendication doit élever le prolétariat à cette conscience. Il ne s’agit pas de lutter pour une amélioration économique, pour éviter que les capitalistes s’enrichissent sur notre dos. Il s’agit d’une lutte à mort entre un système qui menace de nous enterrer avec son Titanic qui coule et des passagers qui refusent d’être engloutis. C’est une lutte de classe politique. On conçoit dès lors que l’analyse de la crise actuelle soit fondamentale et indispensable pour apprécier le sens et les moyens des combats du prolétariat. La conscience de classe ne peut plus être une conscience réformiste, avançant par des luttes visant seulement à de petites améliorations. Elle doit viser au renversement de la classe capitaliste et au pouvoir des travailleurs.

Cependant, se contenter de faire la liste des horreurs auxquelles nous préparent les classes dirigeantes ne suffit pas. Il faut aussi réaliser que, si elles le font, c’est parce qu’elles-mêmes sont terrorisées à l’idée de se retrouver, en face à face, avec le prolétariat mondial. Elles préfèrent mille fois que la planète soit mise à feu et à sang par des bandes terroristes et qu’elles apparaissent comme des sauveurs face à ces bandes armées qu’elles ont-elles-mêmes favorisées, financées et armées avant de faire mine de les combattre en écrasant la population travailleuse. Aujourd’hui, c’est à coups de bombes qu’elles sauvent les peuples irakien, afghan, syrien ou malien et demain elles ont feront autant pour nous, comme lors des guerres mondiales précédentes. Elles avaient alors laissé les fascismes se mettre en place dans une grande partie de l’Europe, les avaient même soutenus avant de prétendre, lorsqu’elles se sont trouvées face à l’effondrement économique mondial, qu’elles lançaient la guerre mondiale pour sauver les peuples du fascisme…

La réalité, c’est qu’il n’y existe pas d’autre combat contre la barbarie des terrorismes, des fascismes, des dictatures, des guerres locales ou mondiales, que dans la lutte pour renverser le pouvoir capitaliste sur la planète et le remplacer par le pouvoir des prolétaires et des peuples et supprimer le capitalisme et l’exploitation de l’homme par l’homme… Ce n’est pas une utopie. C’est l’actualité même de l’Histoire ! L’ expression « socialisme ou barbarie » n’est pas un constat passif, un principe moralisateur, du type : si on ne mène pas la lutte révolutionnaire contre le capitalisme, on le paiera par la barbarie. C’est une perspective politique visant à transformer la lutte contre la barbarie montante en révolution socialiste. Il s’agit de combattre les thèses réformistes, défensistes, pacifistes qui prétendent que l’urgence exige de ne pas développer la perspective socialiste du prolétariat : d’abord la défense des acquis, la défense de la paix, la lutte contre le fascisme en prétendant que l’actualité n’est pas à la révolution socialiste ou que la conscience des travailleurs n’en est pas là.

L’inconvénient principal de poser une opposition diamétrale entre révolution et contre-révolution est l’incapacité qui en découle de mettre en avant des objectifs adéquats. Si la situation est uniquement contre-révolutionnaire, le point de vue est uniquement défensif alors que, dans l’autre cas, il s’agit d’objectifs de transition permettant de passer de la défensive à l’offensive...

N’oublions pas qu’une période de contre-révolution est aussi une période de révolution, qu’une période où les classes dirigeantes mettent à l’ordre du jour les méthodes contre-révolutionnaires est aussi une période où est à l’ordre du jour pour les opprimés la méthode révolutionnaire. Il n’existe pas de situation où les classes dirigeantes gouvernent tranquillement sans crainte des masses et enclenchent pourtant des contre-révolutions violentes.

La guerre mondiale, par exemple, est une politique contre-révolutionnaire des classes dirigeantes mais elle est nécessairement choisie dans une situation révolutionnaire, de même qu’une dictature militaire violente ou un fascisme.

Comme l’affirmait Marx dans la Nouvelle Gazette Rhénane du 10 décembre 1848 « Nous ne l’avons jamais caché. Notre terrain, ce n’est pas le terrain juridique, c’est le terrain révolutionnaire. Le gouvernement vient de renoncer pour sa part à l’hypocrisie du terrain juridique. Il s’est placé sur un terrain révolutionnaire, car le terrain contre-révolutionnaire lui aussi est révolutionnaire. » (article « La bourgeoisie et la contre-révolution », n° 165, 10 décembre 1848, Cologne)

Engels écrivait ainsi, dans une lettre à Lafargue reproduite par le journal Le Socialiste, organe du Parti ouvrier, le 6 novembre 1886, article réédité ensuite en Amérique par le journal Der Socialist et le journal Sozial-demokrat ainsi que la Revista Socialista en Roumanie en décembre 1886 :

« Afin d’échapper à une révolution en Russie, il faut au tsar Constantinople ; Bismarck hésite, il voudrait le moyen d’éviter l’une et l’autre éventualité. Et la France ? Les Français patriotes, qui depuis seize ans rêvent de revanche, croient qu’il n’y a rien de plus naturel que de saisir l’occasion qui peut-être s’offrira. Mais, pour notre parti, la question n’est pas aussi simple ; elle ne l’est pas même pour messieurs les chauvins. Une guerre de revanche, faite avec l’alliance et sous l’égide de la Russie, pourrait amener une révolution ou une contre-révolution en France… La force qui, en Europe, pousse à une guerre est grande… Une guerre générale nous rejetterait en arrière… La révolution en Russie et en France serait retardée : notre parti subirait le sort de la Commune de 1871. Sans doute, les événements finiraient par tourner en notre faveur ; mais quelle perte de temps, quels sacrifices, quels nouveaux obstacles à surmonter !... Cette guerre qui nous menace jetterait dix millions de soldats sur le champ de bataille… Si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d’empêcher la révolution ; en Russie, pour prévenir l’action commune de tous les mécontents, slavophiles, constitutionnalistes, nihilistes, paysans ; en Allemagne, pour maintenir Bismarck ; en France, pour refouler le mouvement victorieux des socialistes et pour rétablir la monarchie. »

Et toujours Engels dans « Révolution et contre-révolution en Allemagne » :

« Dès le commencement d’avril 1848, le torrent révolutionnaire se trouva arrêté sur tout le continent Européen par la ligue que les classes de la société qui avaient bénéficié de la première victoire formèrent aussitôt avec les vaincus. En France les petits commerçants et la fraction républicaine de la bourgeoisie s’étaient unis à la bourgeoisie monarchiste contre les prolétaires ; en Allemagne et en Italie, la bourgeoisie victorieuse avait recherché avec empressement l’appui de la noblesse féodale contre la masse du peuple et des petits commerçants. Bientôt les partis conservateurs et contre-révolutionnaires coalisés reprirent l’ascendant. En Angleterre, une manifestation intempestive et mal préparée (le 10 avril) aboutit à une complète et décisive défaite du parti populaire. En France, deux mouvements semblables (le 16 avril et le 15 mai) échouèrent également. En Italie, le roi Bomba reconquit son autorité par un seul coup, le 15 mai. En Allemagne, les différents gouvernements nouveaux et leurs assemblées constituantes respectives se consolidèrent ; et si le 15 mai, si fertile en événements, donnait lieu à Vienne à une victoire populaire, ce fut là un événement d’importance secondaire et qui peut être considéré comme la dernière étincelle que jeta l’énergie populaire…. La bataille décisive approchait. Elle ne pouvait se livrer qu’en France, car la France, tant que l’Angleterre ne participait pas au conflit révolutionnaire et que l’Allemagne demeurait divisée, la France, par son indépendance nationale, sa civilisation et sa centralisation, était le seul pays capable de donner l’impulsion d’une puissante secousse aux pays à l’entour. Aussi bien, quand le 23 juin 1848, la lutte sanguinaire commença à Paris, quand chaque nouveau télégramme, chaque nouvelle poste exposa toujours plus clairement aux yeux de l’Europe le fait que cette lutte était menée par la masse entière du peuple ouvrier, d’un côté, et de toutes les autres classes de la population parisienne appuyée par l’armée, de l’autre ; quand les combats se succédèrent pendant plusieurs jours avec un acharnement sans exemple dans l’histoire des guerres civiles modernes, mais sans aucun avantage visible d’un côté ou de l’autre, il devenait manifeste alors pour tous que celle-ci était la grande bataille définitive, laquelle, si l’insurrection triomphait, inonderait le continent de révolutions renouvelées, ou bien, si elle succombait, amènerait le rétablissement, au moins passager, du régime contre-révolutionnaire. Le prolétariat de Paris fut battu, décimé, écrasé, avec un effet tel que, même à l’heure actuelle, il ne s’est pas encore relevé du coup. Et aussitôt, d’un bout à l’autre de l’Europe, les conservateurs et contre-révolutionnaires de relever la tête, avec une outrecuidance qui montrait comme ils comprenaient bien l’importance de l’événement. Partout la presse fut harcelée, le droit de réunion entravé ; le moindre incident dans n’importe quelle petite ville de province fut pris pour prétexte à désarmer le peuple, déclarer l’état de siège et faire s’exercer les troupes dans les nouveaux artifices et manœuvres que Cavaignac leur avait appris. Au reste, pour la première fois depuis février, il avait été prouvé que l’invincibilité d’une insurrection populaire dans une grande ville était une illusion ; les armées avaient reconquis l’honneur, les troupes battues constamment, jusqu’alors, dans chaque bataille de rue de quelque importance, reprirent confiance dans leur supériorité, même dans ce genre de combat. De cette défaite des ouvriers de Paris on peut dater les premières démarches positives, les premiers plans définis, projetés par l’ancien parti féodal et bureaucratique d’Allemagne pour se débarrasser même de leur alliée momentanée, la Bourgeoisie, et pour rétablir l’état des choses existant en Allemagne avant les événements de Mars. L’armée était de nouveau la puissance suprême dans l’État, et l’armée lui appartenait et non à la bourgeoisie. Même en Prusse, où, avant 1848, on avait constaté qu’un certain nombre parmi les officiers de grades inférieurs penchaient fortement pour un gouvernement constitutionnel, le désordre introduit dans l’armée par la révolution avait ramené ces jeunes gens raisonneurs à l’obéissance ; dès que le commun soldat se permettait quelques libertés à l’égard des officiers, ceux-ci furent aussitôt convaincus de la nécessité de la discipline et de l’obéissance passive. Les nobles et les bureaucrates vaincus commencèrent à voir, par devers eux, la voie à suivre ; l’armée, plus unie que jamais, enorgueillie par ses victoires dans les petites insurrections et dans la guerre au dehors, jalouse du grand succès que venaient de remporter les soldats français, cette armée on n’avait qu’à la mettre en conflit constant avec le peuple et, au moment propice, elle pouvait d’un seul grand coup écraser les révolutionnaires et battre en brèche les prétentions des parlementaires bourgeois. Et le moment opportun pour frapper un coup pareil ne se fit pas trop attendre. »

Kautsky, encore marxiste révolutionnaire, écrivait dans « Le chemin du pouvoir » (1909), où il parlait de « nouvelle époque de guerre et révolution » :

« Nous devons, évidemment, lors de chaque mouvement important ou de chaque insurrection, compter avec la possibilité d’une défaite. Il n’y a qu’un imbécile qui puisse, avant la lutte, se sentir parfaitement certain d’une victoire. Mais ne pas compter avec la possibilité d’une victoire serait une trahison manifeste de notre cause. La révolution peut se produire à l’occasion de la guerre, pendant la guerre ou après la guerre. On ne peut pas prédire quand l’extrême tension des antagonismes de classe amènera à la révolution. Mais je puis affirmer que la révolution, apportée par la guerre, éclatera pendant ou aussitôt après la guerre : rien de plus misérable que la théorie de la croissance pacifique du socialisme… Quand on s’efforçait – dans le Vorwaerts notamment – d’interpréter, dans un sens opportuniste, la célèbre préface d’Engels aux « Luttes de classes en France » de Marx, Engels s’en indignait et trouvait déshonorant que l’on pût admettre qu’il fût « un adepte paisible de la légalité à tout prix ». Nous avons toutes les raisons de croire que nous entrons dans une période de lutte pour le pouvoir politique. Cette lutte peut durer des dizaines d’années. Nous n’en savons rien. Mais, très probablement, elle amènera prochainement un affermissement considérable du prolétariat, si ce n’est sa dictature en Europe occidentale. »

Lénine, dans un article intitulé « Le krach de la deuxième internationale », en août 1915, écrit :

« Le manifeste de Bâle dit que : 1°) La guerre provoquera une crise économique et politique ; 2°) Les ouvriers considèrent leur participation à la guerre comme un crime, considèrent comme un crime de tirer les uns sur les autres pour les bénéfices capitalistes, l’honneur des dynasties, l’exécution des traités secrets, et que la guerre provoquera parmi les ouvriers l’indignation et la révolte ; 3°) Cette crise et cet état d’esprit des ouvriers doivent être exploités par les socialistes afin de soulever les peuples et de hâter le krach du capitalisme ; 4°) Les gouvernements – tous sans exception – ne peuvent commencer la guerre sans danger pour eux-mêmes ; 5°) Les gouvernements craignent la révolution prolétarienne ; 6°) Les gouvernements doivent se souvenir de la Commune de Paris (c’est-à-dire de la guerre civile), de la révolution russe de 1905, etc »

Et Lénine poursuit ainsi le raisonnement sur la signification de cette proclamation du congrès de Bâle en ce qui concerne l’appréciation de la montée révolutionnaire en Europe : « Pour un marxiste, il est certain que nulle révolution n’est possible à défaut d’une situation révolutionnaire. Toute situation révolutionnaire, du reste, n’aboutit pas à une révolution. Quels sont en général les indices d’une situation révolutionnaire ? Nous ne nous tromperons pas en indiquant les trois indices suivants : 1°) L’impossibilité pour les classes dirigeantes de maintenir intégralement leur domination ; une crise des milieux dirigeants, crise politique de la classe exerçant le pouvoir, produisant une faille dans laquelle pénètrent les mécontentement et l’indignation des classes opprimées. Pour qu’une révolution ait lieu, il est en général insuffisant que l’on n’accepte plus en bas ; il faut aussi que l’on ne puisse plus, en haut, vivre comme par le passé. 2°) L’aggravation anormale des privations et des souffrances des classes opprimées. 3°) L’augmentation sensible, en raison de ce qui précède, de l’activité des masses qui, en temps de paix, se laissent paisiblement voler, mais, en temps d’orage, sont incitées par toute la crise et aussi par les dirigeants à prendre l’initiative d’une action historique. A défaut de ces modifications objectives, indépendantes de la volonté des groupes isolés et des partis, comme des classes, une révolution est – en règle générale – impossible. L’ensemble de ces modifications objectives constitue précisément la situation révolutionnaire… »

Et Lénine poursuit son raisonnement :

« Demandons-nous : que supposait à ce propos le manifeste de Bâle en 1912, et qu’est-il arrivé en 1914-1915 ? On supposait une situation révolutionnaire, sommairement indiquée par les mots « crise économique et politique ». S’est-elle produite ? Assurément oui. Le social-chauvin Lensch (qui défend le chauvinisme avec plus de franchise et d’honnêteté que les Cunow, les Kautsky, les Plékhanov et autres hypocrites) s’est même exprimé ainsi : « Nous traversons une sorte de révolution » (page 6 de sa brochure « La social-démocratie allemande et la guerre », Berlin, 1915. La crise politique est un fait : aucun des gouvernements n’est sûr du lendemain, aucun n’est sûr d’éviter la banqueroute, de ne pas perdre des territoires, de ne pas être chassé de son pays. Tous les gouvernements vivent sur un volcan… Nous entrons dans une ère de formidables bouleversements politiques… En un mot, il existe dans la plupart des Etats avancés et des grandes puissances de l’Europe, une situation révolutionnaire… A cet égard, la prévision du manifeste de Bâle s’est pleinement justifiée. »

« Le marxisme diffère de toutes les autres théories socialistes en ce qu’il allie de façon remarquable la pleine lucidité scientifique dans l’analyse de la situation objective et de l’évolution objective, à la reconnaissance on ne peut plus catégorique du rôle de l’énergie, de la création et de l’initiative révolutionnaires des masses, et aussi, naturellement, des individus, groupements, organisations ou partis qui savent découvrir et réaliser la liaison avec telles ou telles classes. La haute appréciation donnée aux périodes révolutionnaires dans le développement de l’humanité découle de l’ensemble des conceptions historiques de Marx c’est dans ces périodes que se résolvent les multiples contradictions qui s’accumulent lentement dans les périodes dites d’évolution pacifique. C’est dans ces périodes qu’apparaît avec le plus de force le rôle direct des différentes classes dans la détermination des formes de la vie sociale, que se créent les fondements de la « superstructure » politique, laquelle se maintient longtemps ensuite sur la base de rapports de production rénovés. A la différence des théoriciens de la bourgeoisie libérale, c’est justement dans ces périodes que Marx voyait non pas clés déviations par rapport à la marche « normale », des symptômes de « maladie sociale », de tristes résultats d’excès et d’erreurs, mais les moments les plus vitaux, les plus importants, essentiels et décisifs de l’histoire des sociétés humaines. Dans l’activité même de Marx et d’Engels, la période de leur participation à la lutte révolutionnaire des masses de 1848-1849 se détache comme un point central. C’est de là qu’ils partent pour définir les destinées du mouvement ouvrier et de la démocratie des différents pays. C’est là qu’ils reviennent constamment pour définir la nature interne des différentes classes et de leurs tendances sous l’aspect le plus manifeste et le plus net. C’est toujours en partant de cette époque-là, de l’époque révolutionnaire, qu’ils jugent les formations politiques ultérieures, moins importantes, les organisations, les objectifs et les conflits politiques. Ce n’est pas sans raison que les chefs intellectuels du libéralisme, tel Sombart, détestent de toute leur âme ce trait de la vie et de l’œuvre de Marx, en le mettant sur le compte du « caractère aigri de l’émigrant ». Voilà qui est bien des pions de la science universitaire bourgeoise et policière, que de réduire à une aigreur personnelle, aux ennuis personnels de leur situation d’émigrants, ce qui est chez Marx et chez Engels la partie la plus indissociable de toute leur philosophie révolutionnaire ! … La social-démocratie russe a incontestablement le devoir d’étudier avec un soin extrême et sous tous ses aspects notre révolution, de faire connaître aux masses tous ses procédés de lutte, ses formes d’organisation, etc. ; de consolider ses traditions révolutionnaires dans le peuple ; d’enraciner dans les esprits cette conviction que la lutte révolutionnaire est le seul et unique moyen d’obtenir des améliorations tant soit peu sérieuses et durables ; de démasquer sans répit toute la bassesse de ces présomptueux libéraux qui corrompent l’atmosphère sociale par les miasmes de la servilité « constitutionnelle », de la trahison et de la lâcheté à la Moltchaline. Une seule journée de la grève d’octobre ou de l’insurrection de décembre compte cent fois plus dans l’histoire de la lutte pour la liberté que des mois de discours serviles de cadets à la Douma sur le monarque irresponsable et le régime de la monarchie constitutionnelle…. Marx, qui appréciait hautement les traditions révolutionnaires et flagellait sans pitié ceux qui les traitaient en renégats ou en philistins, demandait en même temps aux révolutionnaires de savoir penser, de savoir analyser les conditions d’application des vieilles méthodes de lutte au leu de répéter tout simplement les mots d’ordre connus. Les traditions « nationales » de 1792 en France resteront peut-être a jamais le modèle de certaines méthodes de lutte révolutionnaires, mais cela n’a pas empêché Marx en 1870, dans la fameuse Adresse de l’Internationale, de mettre en garde le prolétariat français contre une transposition erronée de ces traditions dans une époque différente… »

Contre le boycottage, Lénine, 26 juin 1907

Trotsky contre les fausses périodisations

Léon Trotsky dans « Thèses sur la révolution et la contre-révolution », Novembre 1926 :

« 1. Dans l’Histoire, les révolutions ont toujours été suivies de contre-révolutions. Les contre-révolutions rejettent toujours la société en arrière, mais jamais au point de départ de la révolution. La succession de révolutions et de contre-révolutions est le produit de caractéristiques fondamentales de la mécanique de la société de classes, seule société ou révolutions et contre-révolutions soient possibles. 2. La révolution est impossible sans la participation des masses. Cette participation n’est à son tour possible que si les masses opprimées font la relation entre leur espoir en un avenir meilleur et la révolution. En un sens, l’espoir suscité par une révolution est toujours exagéré. Ceci est dû à la mécanique de la société de classes, à la situation terrible de la grande majorité des masses populaires, au besoin objectif de susciter les plus grands espoirs et faire appel aux plus grands efforts pour s’assurer même le plus modeste résultat, etc. 3. Mais de ces conditions même découle l’un des plus importants – et de plus un des plus communs – facteurs de la contre-révolution. Les conquêtes arrachées dans la lutte ne correspondent pas, et par la force des choses ne peuvent correspondre directement à l’attente des larges masses retardataires réveillées pour la première fois au cours de la révolution. La désillusion de ces masses, leur retour à la routine et la futilité, est partie intégrante de la période post-révolutionnaire comme l’est le passage dans le camp de « la loi et l’ordre » des classes ou couches de ces classes « satisfaites » qui ont participé à la révolution. 4. En étroite relation avec ces mécanismes, des processus parallèles mais différents, voire en partie opposés, surviennent dans le camp des classes dirigeantes. Le réveil des vastes bataillons des masses arriérées inquiète les classes dirigeantes car il modifie l’équilibre auquel elles sont habituées, les prive de l’appui direct et de la confiance des masses dont elles disposaient, ouvrant ainsi à la révolution des possibilités beaucoup plus grandes que celles qu’elle est effectivement capable d’exploiter. 5. La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et – en relation directe avec ceci – le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires – celles déposées mais non démantelées par la révolution comme celles qui l’ont aidé à une certaine étape, mais ont été rejetées dans le camp de la réaction par le développement ultérieur de la révolution. »

Léon Trotsky dans « Où va la France ? » :

« Les journées de février 1934 ont marqué la première offensive sérieuse de la contre-révolution unie. Les journées de mai-juin 1936 sont le signe de la première vague puissante de la révolution prolétarienne… Quels que soient les prochaines étapes, les combinaisons et les regroupements transitoires, les flux et les reflux momentanés, les épisodes tactiques, dès maintenant il n’y a plus à choisir qu’entre le fascisme et la révolution prolétarienne. Tel est le sens du présent travail…. Selon les pays, les conséquences de la décrépitude et de la décadence du capitalisme s’expriment sous des formes diverses et se développent à des rythmes inégaux. Mais le fond du processus est partout le même. La bourgeoisie a conduit sa société à la faillite. Elle n’est capable d’assurer au peuple ni le pain ni la paix. C’est précisément pourquoi elle ne peut plus désormais supporter l’ordre démocratique. Elle est contrainte d’écraser les ouvriers par la violence physique. Or il est impossible de venir à bout du mécontentement des ouvriers et des paysans au moyen de la seule police ; il est trop souvent impossible de faire marcher l’armée contre le peuple, car elle commence à se décomposer et cela se termine par le passage d’une grande partie des soldats du côté du peuple. C’est pour ces raisons que le grand capital est contraint de constituer des bandes armées spécialisées, dressées à la lutte contre les ouvriers, comme certaines races de chiens contre le gibier. La signification historique du fascisme est qu’il doit écraser la classe ouvrière, détruire ses organisations, étouffer la liberté politique, et cela précisément au moment où les capitalistes sont incapables de continuer à dominer et à diriger par l’intermédiaire du mécanisme démocratique… Ainsi, le grand capital ruine d’abord les classes moyennes puis, à l’aide de ses mercenaires, les démagogues fascistes, il tourne contre le prolétariat la petite bourgeoisie sombrant dans le désespoir. Ce n’est que par de tels procédés de brigand que le régime bourgeois parvient encore à se maintenir Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’il soit renversé par la révolution prolétarienne… Qui présentera le premier, le plus largement, le plus hardiment, aux classes moyennes, le programme le plus convaincant et-c’est là le plus important-saura conquérir leur confiance en leur montrant en paroles et en faits qu’il est capable de briser tous les obstacles sur la voie d’un avenir meilleur le socialisme révolutionnaire ou la réaction fasciste ? De cette question dépend le sort de la France, pour de nombreuses années. Non seulement de la France, mais de toute l’Europe. Non seulement de l’Europe mais du monde entier… La petite bourgeoisie est économiquement dépendante et politiquement morcelée. C’est pourquoi elle ne peut avoir une politique propre… Mais la petite bourgeoisie peut aussi trouver son chef dans la personne du prolétariat. Elle l’a trouvé en Russie, partiellement en Espagne. Elle y tendit en Italie, en Allemagne et en Autriche. Malheureusement les partis du prolétariat ne s’y montrèrent pas à la hauteur de leur tâche historique. Pour gagner la petite bourgeoisie, le prolétariat doit conquérir sa confiance. Il faut pour cela qu’il ait lui-même confiance en sa propre force. Il lui faut un programme d’action clair et une détermination à lutter pour le pouvoir par tous les moyens. Soudé par son parti révolutionnaire, pour une lutte décisive et impitoyable, le prolétariat dit aux paysans et aux petites gens des villes : "Je lutte pour le pouvoir. Voici mon programme : je suis prêt à m’entendre avec vous pour en modifier tel ou tel point. Je n’emploierai la force que contre le grand capital et ses laquais ; avec vous, travailleurs, je veux conclure une alliance sur la base d’un programme donné." Un tel langage, le paysan le comprendra. Il suffit qu’il ait confiance dans la capacité du prolétariat de s’emparer du pouvoir. Mais il faut pour cela épurer le Front unique de toute équivoque, de toute indécision, de toutes les phrases creuses : il faut comprendre la situation et se mettre sérieusement sur la voie de la lutte révolutionnaire… Quand nous disons : seule une mobilisation révolutionnaire hardie des masses, qui n’est possible que par une lutte contre le radicalisme, est capable de miner le terrain sous les pieds du fascisme, les mêmes nous répliquent : "Non, seule peut nous sauver la police du gouvernement Daladier-Frossard."… Le devoir d’un parti révolutionnaire est de prévoir l’inéluctabilité de la transformation de la lutte politique en conflit armé déclaré et de se préparer de toutes ses forces pour ce moment, comme s’y préparent les classes dominantes…. Comment la grande bourgeoisie, maîtresse de la société contemporaine, apprécie-t-elle la situation actuelle, et comment agit-elle ? Le 6 février 1934 ne fut inattendu que pour les organisations ouvrières et la petite bourgeoisie. Les centres du grand capital participaient depuis longtemps au complot, avec le but de substituer par la violence au parlementarisme le bonapartisme (régime "personnel"). Cela veut dire : les banques, les trusts, l’état-major, la grande presse jugeaient le danger de la révolution si proche et si immédiat qu’ils se dépêchèrent de s’y préparer par un "petit" coup d’Etat. Deux conclusions importantes découlent de ce fait : 1) les capitalistes, dès avant 1934, jugeaient la situation comme révolutionnaire ; 2) Ils ne restèrent pas à attendre passivement le développement des événements, pour recourir à la dernière minute à une défense "légale", mais ils prirent ; eux-mêmes l’initiative, en faisant descendre leurs bandes dans la rue. La grande bourgeoisie a donné aux ouvriers une leçon inappréciable de stratégie de classe ! »

Trotsky dans Bonapartisme, fascisme et guerre, 20 août 1940 :

« La situation, dans l’Italie d’après-guerre, était profondément révolutionnaire. Le prolétariat avait toutes les possibilités... Les ministères de Brüning, Schleicher et la présidence de Hindenburg en Allemagne, le gouvernement de Pétain en France, mais ils se sont tous avérés, ou doivent s’avérer instables. Dans l’époque du déclin impérialiste, un bonapartisme purement bonapartiste est absolument inadéquat ; l’impérialisme trouve indispensable de mobiliser la petite bourgeoisie et d’écraser le prolétariat sous le poids de celle-ci. L’impérialisme n’est capable d’accomplir cette tâche que lorsque le prolétariat lui-même montre son incapacité à conquérir le pouvoir, pendant que la crise sociale pousse au paroxysme la petite bourgeoisie. L’acuité de la crise sociale provient de ce que, par suite de la concentration actuelle des moyens de production, c’est-à-dire le monopole des trusts, la loi de la valeur, le marché est déjà incapable d’équilibrer les rapports économiques. L’intervention de l’Etat devient une nécessité absolue. Dans la mesure où le prolétariat... Dans la mesure où le prolétariat à une étape donnée s’avère incapable de conquérir le pouvoir, l’impérialisme commence à diriger la vie économique par ses propres méthodes ; le parti fasciste qui devient la puissance étatique en est le mécanisme politique. Les forces productives sont en contradictions inconciliables non seulement avec la propriété privée mais également avec les frontières de l’Etat national. L’impérialisme est l’expression même de cette contradiction. Le capitalisme impérialiste cherche à résoudre cette contradiction par l’extension des frontières, la conquête de nouveaux territoires, etc... L’Etat totalitaire qui soumet tous les aspects de la vie économique, politique et culturelle au capital financier, est l’instrument qui sert à créer un état super nationaliste, un empire impérialiste, le règne sur des continents, le règne sur le monde entier... La seconde guerre mondiale pose la question du changement de régime d’une façon plus impérieuse, plus urgente que ne le fit la première guerre. C’est avant tout et surtout la question du régime politique. Les ouvriers ont conscience que la démocratie fait partout naufrage et qu’ils sont menacés du fascisme même dans les pays où le fascisme n’existe pas encore. La bourgeoisie des pays démocratiques utilisera évidemment cette crainte du fascisme de la part des ouvriers, mais d’autre part la banqueroute des démocraties, leur écroulement, leur transformation sans douleur en dictature réactionnaire force les ouvriers à se poser le problème du pouvoir, les rend plus réceptifs au problème dit pouvoir. La réaction détient aujourd’hui une puissance comme il n’y en a peut-être jamais eu auparavant dans l’histoire moderne de l’humanité. Mais ce serait une inexcusable méprise de ne voir que la réaction. Le processus historique est un processus contradictoire. »

Rosa Luxemburg dans « J’étais, je suis, je serai ! » :

« A l’issue de quelques mois, la situation réelle de la révolution se résumait dans l’alternative suivante : Victoire de la contre-révolution ou dictature du prolétariat, Kalédine ou Lénine. Toute révolution en arrive objectivement là une fois dissipée la première ivresse… »

A l’opposé, voici les raisonnements des groupes d’extrême gauche :

De nombreux groupes théorisent les uns d’un côté la radicalisation, comme le NPA-LCR, et les autres, de l’autre côté, la réaction. Par exemple, le groupe d’extrême gauche français Lutte ouvrière affirme que nous sommes dans une période de recul dans laquelle les idées réactionnaires grandissent et les idées progressistes régressent. Il soutient que la période précédente, des gens soutenaient des courants plus progressistes. Mais qui sont ces courants dits progressistes, ceux des staliniens, des nationalistes, des petites bourgeoisies radicales du tiers monde issues souvent des officiers des armées du tiers monde ! Des forces qui loin de faire progresser la lutte l’ont en fait détournée et ont sauvé la domination impérialiste mondiale. L’impérialisme n’a-t-il pas perdu l’essentiel des guerres coloniales et n’a-t-il pas cependant conservé et accru sa domination sur le monde ? Cette idée d’une lutte entre idées progressistes et idées réactionnaires est donc un piège politique. Quand les situations se tendent, que les crises sociales et politiques s’annoncent, les courants extrême des deux bords grandissent en même temps et ceux qui désarment la radicalisation du camp des opprimés sont justement les partisans de la thèse du progrès et les défenseurs des idées du progrès….

Voici un exemple de l’idée de Lutte ouvrière d’une « montée réactionnaire » :

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Période de recul, montée réactionnaire, voilà ce que voit Lutte ouvrière qui ne souligne pas la révolution arabe ou les luttes ouvrières chinoises, cambodgiennes ou vietnamiennes ni brésiliennes :

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On retrouve ici cette discussion : cliquer là

Nous écrivions ainsi en 1998 sur la théorisation de la « période de recul » à Lutte ouvrière :

« Le problème a débuté dans l’organisation Lutte Ouvrière à partir du tournant de la fin des années 80, tournant mondial de la politique impérialiste et pas seulement de la bureaucratie russe. La majorité a perçu ce tournant comme foncièrement négatif (« période de recul ») et il est vrai que ce tournant de la politique mondiale s’est appuyé sur un rapport de forces favorable à l’impérialisme. Après une série de défaites dans les mouvements révolutionnaires de la décolonisation, notamment en Indochine, l’impérialisme a pu avec succès reprendre ses interventions de gendarme du monde. Le changement principal a été le tournant de la bureaucratie russe qui a permis à l’impérialisme non seulement de faire revenir la Russie dans son giron et d’obtenir son soutien dans sa politique (guerre du Golfe), de récupérer les pays de l’est mais de désamorcer de nombreux conflits (de l’Afrique du sud au Nicaragua et à l’Angola). Et le changement s’est vu dans la politique des directions petites bourgeoises des mouvements nationalistes du tiers monde amenées à se recentrer autour de l’impérialisme. C’en était fini de la prétention des directions nationalistes au développement autocentré, à l’étatisme plus ou moins coloré en rouge suivant l’influence des staliniens-nationalistes. Non pas que la bureaucratie russe les ait jamais vraiment soutenues mais parce que l’impérialisme a désormais d’avantage les mains libres face à un dictateur qui ne lui conviendrait plus. Rappelons qu’à l’époque de la guerre froide à chaque fois que l’impérialisme s’enlisait dans un conflit il pouvait en résulter une guerre mondiale, l’impérialisme ne pouvant accepter de s’affaiblir militairement et politiquement en laissant l’URSS se renforcer sans chercher à l’impliquer dans le conflit. Cette époque aussi est révolue mais nous n’avons pas à la regretter : l’URSS ne défendait ni les intérêts de la classe ouvrière ni celle des peuples et les dictatures nationalistes étaient une impasse qui hypothéquait même les possibilités prolétariennes dans le Tiers-monde. Nous n’avons pas plus à regretter l’étatisme à la chinoise (dictatorial et anti-ouvrier) qu’à nous féliciter de son retour à l’économie de marché car les deux sont des manières d’exploiter les travailleurs des villes et des campagnes et à faire suer du profit aux deux pour finalement mettre en place les mêmes bourgeois. Nous n’avons pas à lui prêter une volonté plus grande que les autres petites bourgeoisies du tiers monde d’indépendance vis à vis des trusts (contrairement au texte sur « la situation internationale ») Bien sûr, cela ne veut pas dire que les courants politiques qui remplacent les forces soi disant progressistes soient mieux, bien au contraire, mais nous avons mieux à faire que regretter l’ancienne OLP face au Hamas ou l’ancien FLN algérien face au FIS ou au GIA. D’autant que c’est la politique des uns qui a mené aux impasses mettant les autres en selle. En même temps, c’est la période où, après avoir fait porter le poids de la crise sur le tiers monde endetté et saigné à blanc par le FMI et les financiers mondiaux, l’impérialisme commence à s’attaquer au niveau de vie de la population des pays riches. Pour celle-ci, la période précédente avait signifié non la richesse mais un certain mode de vie dans lequel l’Etat assurait la santé, l’éducation et donnait bien des garanties, même en cas de chômage. Le tournant correspond à celui du « moins d’Etat », qu’on le nomme « thatchérisme » ou « reaganisme ». Dans ces conditions, la classe ouvrière n’a pas mené dans un premier temps des luttes à la hauteur des attaques. Une des raisons, certainement la principale, est le chômage. Les licenciements massifs ont eu le même effet de douche froide partout dans le monde. L’autre raison a été attribuée à la baisse des organisations et forces militantes, notamment celles des partis communistes et du mouvement syndical qui lui est lié. Cette fraction du mouvement ouvrier s’est retrouvée d’un coup discréditée ce qui était bien différent des attaques qu’elle avait déjà subie de la part de la bourgeoisie anti-communiste. La campagne politique de la bourgeoisie contre le communisme s’appuyait cette fois sur les déclarations des anciens dirigeants staliniens eux-mêmes en Russie même et c’était un argument de poids pour faire rentrer la tête dans les épaules des militants ouvriers. L’attitude de LO est liée à cette situation. A juste titre, elle a relié cette situation aux défaites de la classe ouvrière et considéré que celle-ci allait peser politiquement négativement. Elle a considéré que bien des acquis y compris politiques allaient être remis en cause, et pas seulement en URSS, et pensé que la classe ouvrière, ne disposant pas de partis, était bien mal outillée pour y faire face. Dans ces conditions, elle a trouvé que la perte des forces militantes était un recul qui ne devait pas réjouir les révolutionnaires. Certes. Mais, devant la baisse des forces militantes, faut-il regretter le recul très important du poids politique et militant des staliniens ? Faut-il regretter que soit dévoilé le fait que le « communisme » stalinien n’était qu’un paravent mensonger d’une politique bourgeoise, même si bien des militants y croyaient ? Car le stalinisme avait quand même été le principal facteur contre-révolutionnaire, en particulier pour les années 30 (Allemagne, Espagne, France) et pour la révolution coloniale à l’après-guerre, c’est-à-dire dans toutes les occasions révolutionnaires. La réaction de LO a été à la fois de dire qu’il fallait faire de la propagande pour les idées communistes en général et aussi de prévenir les militants que l’intervention allait devenir plus difficile dans la classe ouvrière et dans ses luttes. Les conditions nouvelles de cette « période de recul », disait-on, rendraient la critique des organisations syndicales et les possibilités de s’appuyer sur des forces autonomes des travailleurs plus difficiles. L’idée était que non seulement ses militants mais la classe ouvrière elle-même se démoraliserait et qu’il fallait plutôt compter sur les syndicats, même avec leurs limites, pour maintenir au moins un certain niveau dans le rapport de force avec le patronat. Ainsi, on a pu lire une série d’éditoriaux qui visaient à encourager les syndicats dans la perspective d’encourager les travailleurs, par exemple lors des journées syndicales d’action et cela a été jusqu’à taire ce que nous pensions quand le syndicat CGT des cheminots négociait dans le dos des travailleurs le reprise en 95. Corrélativement, on disait aux militants que « dans cette période » il serait beaucoup plus difficile pour les travailleurs de mener des luttes de manière autonome des syndicats, n’insistant pas sur le fait que même en 95, mouvement dirigé par les syndicats, des comités de grève avaient vu le jour. Lors de son débat avec la gauche Communiste, lors de la fête de LO, la politique proposée visait à remonter le PCF pour remonter les militants communistes et du coup les travailleurs : « en leur redonnant confiance, cela contribuerait à redonner confiance à la classe ouvrière ». Mais leur redonner confiance en quelle direction politique ? Plusieurs éditos de LO déclaraient qu’ils regrettaient la baisse du PCF et que nous étions solidaires de ce parti. Pas seulement de ses militants restés communistes. Notre politique vis à vis des militants du courant stalinien ne doit pas être seulement de leur montrer que nous ne sommes pas leurs ennemis. C’est une politique qui ne s’adresse pas d’ailleurs aux seuls militants du PCF ou de la CGT. Notre politique c’est de construire autour de nous une nouvelle direction de la classe ouvrière et que ceux qui s’en sentent veuillent venir avec nous la construire. Bien sûr, cela s’adresse aussi aux militants du PCF mais pas pour leur dire notre sympathie : pour démasquer leur direction qui pactise avec la bourgeoisie et les trahit. Pour entraîner des militants à construire avec nous cette force, il ne suffit pas que le PCF recule ni même que nous grimpions électoralement. Cela suppose des luttes sociales dans lesquelles nous pourrons les mettre au pied du mur : suivre notre politique ou se démasquer aux yeux des travailleurs. C’est ce que nous appelons une politique de front unique. Ce n’est pas une politique de copain-copain, presque au contraire si l’on peut dire. Ce qui empêche la majorité de voir les choses ainsi, c’est essentiellement qu’elle ne voit pas « dans la période » des occasions de mener des luttes qui dépassent le cadre des organisations réformistes. Nous ne voyons pas plus de luttes qu’il n’y en a mais, nous révolutionnaires, ne pouvons pas miser sur autre chose. La majorité a exprimé plusieurs fois qu’elle ne s’attendait pas dans la période à des luttes importantes permettant justement de mettre ces militants, et les syndicalistes, qui les suivent devant leurs responsabilités. Pour eux il y a une ligne descendante des luttes et du moral ouvrier, ligne débutée dans les années 20 ! Au risque d’en arriver à tenir un discours plutôt sombre comme le texte de congrès de 1994 intitulé « la situation du mouvement ouvrier révolutionnaire » où cette situation apparaissait vraiment au plus bas ! Citons en effet : « personne n’est en mesure de dire aujourd’hui quand le recul du mouvement prolétarien, engagé depuis trois quart de siècle s’arrêtera » et qui en venait à proposer au mouvement ouvrier révolutionnaire de compter sur l’espoir, pour remonter le mouvement révolutionnaire, que ... « l’intelligentsia joue le rôle qui est le sien » ! Et le discours tenu par Lutte Ouvrière présentait du coup un décalage : d’un côté un discours sur la nécessaire intervention, un jour, du prolétariat à un très haut niveau, révolutionnaire, communiste et conscient, de l’autre une sous-estimation des possibilités du moment. En Russie, il en va de même. C’est au nom de la défense du communisme que l’organisation expliquait que les travailleurs devaient empêcher la privatisation et défendre la planification. Mais dans le même temps la direction estimait que les chances que la classe ouvrière défende « les acquis » étaient minimes et ne posait d’ailleurs pas la question de la politique qui aurait permis de se servir de la situation pour intervenir. H. disait ainsi dans son rapport politique d’octobre 90 : « Il faut empêcher la bureaucratie, qui n’est pas encore la bourgeoisie, de se transformer en bourgeoisie véritable. Ce que je dis là a-t-il des chances de se réaliser en URSS ? Si je suis sincère, je peux vous dire : « aucune » ! (..) et nous nous, nous devons choisir un tel programme parce que, nous ne pourrons peut-être pas leur apporter grand chose d’autre que des idées et un programme. » Cela signifie que le problème de la direction était plus de prendre le contre-pied de la campagne de la bourgeoisie d’un point de vue propagandiste que d’analyser l’URSS et son évolution, pour réellement envisager les possibilités d’intervention politique prolétariennes du moment. Ce n’est pas ainsi que nous voyons les choses. Nous n’avons pas des lunettes assez déformantes pour ne pas voir les éléments de ce qui amènent les camarades à parler de recul. Il est évident que l’on ne vit pas mieux sous la menace des GIA que sous la dictature de Boumédienne, que la montée du Front National n’est pas plus réjouissante qu’un parti stalinien fort. Mais, si nous voyons la situation avec des lunettes ni moins roses ni plus grises, nous ne raisonnons pas ainsi. La situation nouvelle est contradictoire. Elle débute clairement à l’avantage de la bourgeoisie et à son initiative, mais elle recèle bien des éléments de déstabilisation pour le système capitaliste, éléments qui sont parfois nouveaux et qu’il convient aussi de mettre en valeur pour en profiter si nous savons en trouver l’occasion. Aujourd’hui les contradictions du système sont parfois plus criantes. Les fausses pistes sont plus voyantes. Le discours des révolutionnaires n’est pas forcément plus difficile à défendre. Il n’est pas faux que la lutte de classe pose des problèmes nouveaux et n’est pas à la hauteur de ce qu’il faudrait. Cependant la situation est plus ouverte pour les révolutionnaires, pour qu’ils étendent leur influence sur des couches militantes, plus en tout cas que depuis des années. Des périodes anticommunistes, il y en a eu d’autres comme les années 50, où la vie de militant communiste était autrement plus difficile. Et la chute du stalinisme peut ouvrir la voie aux révolutionnaires à condition que ceux-ci sachent se saisir des occasions et ne pas se contenter de positions défensives ou seulement propagandistes. La fin de la politique des blocs peut changer la situation qui était bloquée pour les révolutionnaires. La crise de la société capitaliste, nous ne devons pas la regarder de manière inquiète, en se demandant quel acquis nous allons pouvoir préserver mais en cherchant comment nous allons pouvoir mettre en cause cette société capitaliste en nous servant de sa crise. Nous n’avons rien à regretter de l’époque précédente, ni les mensonges de l’époque des blocs, ni le PC fort, ni les syndicats forts, ni la période de calme la plus longue qu’ai connu le capitalisme, pas même la chute du stalinisme. » Donc ni période de montée fantastique des masses révolutionnaires (comme continuent à l’imaginer certains trotskistes) ni période de recul (parler de recul depuis 1920 est sans signification). Il n’est pas nécessaire de chercher à plaquer sur le monde entier des schémas globaux de croissance (ou de décroissance) de la révolution alors que les crises sont ponctuelles. Constatons donc que le monde est seulement plus instable et le risque de crises sociales graves plus grand, en particulier qu’elles peuvent toucher les pays riches. Les capacités de la bourgeoisie et de son Etat sont amenuisées face à une classe ouvrière nombreuse et potentiellement très forte. Reste à savoir quelle politique peut lui permettre d’utiliser ce potentiel et c’est toute la question !

L’affaiblissement des courants staliniens et nationalistes radicaux plus ou moins repeints en rouge est évidente. Les illusions sur la Chine ou sur l’Albanie sont tombées et pas moins violemment que celles sur les stalinisme. (Restent peut-être celles sur Cuba notamment chez nos camarades trotskistes !). Ni les uns ni les autres n’étaient des courants politiques visant à renverser la domination impérialiste sur le monde. Ils ont occupé politiquement le terrain et stérilisé les radicalisations des masses partout où ils l’ont pu et la situation actuelle catastrophique pour les masses pauvres est autant leur bilan que celui de l’impérialisme lui-même. Nous ne devons pas l’oublier même quand les régimes qui succèdent au faux socialisme ne sont pas ragoûtants du tout. Mais l’effondrement de leurs organisation ou de leurs idées ne signifie pas que les masses prolétariennes sont grandes ouvertes pour la pénétration des idées trotskistes. Et d’abord parce qu’il n’y a pas de vide : les syndicalistes, les nationalistes, tous les types de réformistes, sans parler des forces de droite ou d’extrême-droite sont toujours là et disposent de crédit.

Pire même, certaines forces radicales de la petite bourgeoisie disposent toujours de crédit parmi les révolutionnaires trotskistes eux-mêmes ! Le radicalisme bourgeois les armes à la main a toujours ses adeptes dans la « IVème internationale » et toutes les armées dites de guérilla sont toujours considérées par ses dirigeants comme des armées combattant pour le socialisme, comme cela avait été le cas pour celle de Fidel Castro ou encore pour les combattants nicaraguayens. C’est encore le cas avec la lutte du Chiapas, et dans toute l’Amérique latine avec les diverses ELN. La remise du pouvoir sans combat des combattants nicaraguayens aux forces bourgeoises ne leur a rien appris. Car le problème est social : ils voient des capacités révolutionnaires socialistes dans d’autres forces que le prolétariat. Un Arafat, un Mao, un Fidel Castro ne sont pas des leaders de la classe ouvrière.

Et d’ailleurs voient-ils toujours le prolétariat lui-même comme la force révolutionnaire ? Ou bien la classe ouvrière elle-même n’est-elle pas à leurs yeux autre chose que la somme des organisations syndicales du mouvement ouvrier ? Présenter un Walesa, un Mandela, ou un Lula comme les véritables dirigeants du prolétariat, c’est non seulement amener le prolétariat de défaites en défaites et de désillusions en désillusions mais c’est renoncer à constituer une telle direction à l’avenir. Un Lula qui se présentait comme le leader radical des ouvriers brésiliens et fondait le PT, parti des travailleurs, a été soutenu politiquement par des révolutionnaires mais on peut voir aujourd’hui qu’avec la dernière crise de l’économie brésilienne il s’est déclaré prêt à aider le président Cardoso à sortir le pays de la crise du Real (la monnaie brésilienne). La CUT, la centrale syndicale, et le PT l’ont soutenu. Pour les révolutionnaires qui continuent à voir dans les syndicats une force presque révolutionnaire dans les périodes de montée, rappelons-nous que l’un des syndicats les plus puissants de Russie, celui des cheminots, le Vikjel, a failli, en faisant grève contre le pouvoir ouvrier lors de la prise du pouvoir des travailleurs en octobre 1917, être la cause de l’échec de l’insurrection !

Affirmer une politique communiste révolutionnaire nécessitera toujours de contester la politique des syndicalistes, des réformistes de tous poils, nationalistes comme sociaux-démocrates, mais aussi de les contester en leur prenant le crédit parmi les travailleurs, de les renverser et de leur prendre le pouvoir.

Comme on l’a dit précédemment, la méthode consistant à voir, en dépit de la réalité, une montée ou un recul du mouvement ouvrier mondial est contre-productive. Une politique révolutionnaire devra éviter de jouer avec le thermomètre social de peur de le casser en voulant à toute force faire rentrer la réalité dans des schémas préétablis. Rappelons que la fameuse conception des grandes époques de montée ou de recul a été le produit non de la politique bolchevik mais des errances politiques de Zinoviev et de ses « périodes », reprise ensuite par Staline.

Les révolutionnaires doivent donc éviter de théoriser sur le monde à partir de leur champ d’action, de leurs choix locaux tactiques ou stratégiques. Et pour l’éviter, ils ne doivent pas se contenter de parler de « ce qu’ils connaissent » mais se lier aux groupes des autres pays, échanger des appréciations de la situation.

Lepic (de Culture et révolution, ex-LO) écrivait, pour expliquer l’évolution de LO :

« Il faut tenter de l’éclairer par les transformations internes à l’oeuvre au sein de LO à partir du milieu des années quatre-vingts. Ces changements sont à la fois d’ordre politique et d’ordre organisationnel. Au départ il y avait une analyse de la situation politique et sociale comme marquée par un recul et une démoralisation croissante et probablement durable de la classe ouvrière. L’analyse était juste mais le sera nettement moins plus tard quand les traits noirs de la situation seront exagérément accentués et les éléments positifs systématiquement minorés. Les évènements de 1995 exploseront à la figure de la direction de LO comme on le verra plus loin, en contradiction avec sa vision d’une période de recul continu. Conséquence de cette analyse unilatérale, la direction de LO va estimer qu’il faut resserrer les rangs et inviter les militants qui ne seraient pas prêts à affronter une dure répression à accepter le statut de sympathisants avant qu’il ne soit trop tard. »

A propos de la direction de Lutte Ouvrière, sa minorité fractionnaire écrivait en 2008 :

« Elle en vint à conclure que nous étions entrés dans une « période de recul » ; que celle-ci réduisait pour un temps indéterminé les possibilités d’intervention comme de recrutement des révolutionnaires, y compris au sein de la classe et jeunesse ouvrières. Et à en déduire que LO devait se replier sur elle-même (« sporuler » ?), développer un sectarisme accru tant en interne que vis-à-vis des autres groupes d’extrême gauche et surtout un scepticisme grandissant à propos des possibilités d’intervention dans la lutte de classe. »

Nous écrivions nous-mêmes à son propos le 27 juin 2012 (voir ici)

« Les révolutions sont des situations changeantes parfois toutes les heures. Les masses changent à toute vitesse et il faut avoir appris à réagir, à raisonner de manière dynamique c’est-à-dire dialectique. Une direction qui n’a en rien une conception dialectique ne peut nullement se préparer à de tels événements. Une organisation politique qui classe les choses en noir et blanc (période de progression et période de recul, par exemple) ne risque pas de distinguer les nuances changeantes et contradictoires des périodes agitées ni de savoir y adapter des méthodes et des perspectives elles aussi changeantes et contradictoires. »

Courants venus du POI

Nous avons eu récemment une polémique avec le groupe GMI-CoRep dans lequel ce dernier affirmait que les guerres mondiales n’étaient pas causées par les risques révolutionnaires que craignaient les classes dirigeantes et que c’étaient seulement des périodes contre-révolutionnaires, oubliant que la bourgeoise n’a aucune raison d’être contre-révolutionnaire tant que la révolution ne la menace pas...

Le courant bordiguiste de la gauche communiste

Voici un texte d’un camarade de la gauche communiste, Michel Olivier, qui montre un courant révolutionnaire mais pour lequel il y a des périodes où la bourgeoisie voudrait la contre-révolution sans que la révolution ne menace !!!! Une vision en noir et blanc des situations qui omet le caractère contradictoire des situations critiques de la société bourgeoise et suppose d’avance la défaite…

Publié sur /Courant Communiste International/ (http://fr.internationalism.org)

Assassinat de Trotski en tant que révolutionnaire – Par Michel Olivier

Le 20 août 1940, il y a 60 ans, mourrait Trotsky, assassiné par les sbires de Staline ; c’était au début de la deuxième guerre impérialiste. Avec cet article nous ne souhaitons pas uniquement rappeler une grande figure du prolétariat et sacrifier à la mode des anniversaires mais aussi profiter de cet événement pour faire le point sur ses erreurs et sur certaines de ses prises de positions politiques au début de la guerre. Trotsky, après un, après une vie ardente de militant entièrement consacrée à la cause de la classe ouvrière, est mort en révolutionnaire et en combattant. L’histoire est pleine d’exemples de révolutionnaires qui ont déserté ou même ont trahi la classe ouvrière ; peu nombreux sont ceux qui lui sont restés fidèles durant toute leur vie et qui sont morts debout au combat, comme par exemple Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht. Trotsky est un de ceux-là.

Trotsky, dans ses dernières années, a défendu de nombreuses positions opportunistes telles que la politique d’entrisme dans la social-démocratie, le front unique ouvrier, etc. ; positions que la Gauche communiste avait critiquées, à juste titre, dans les années 1930 ; mais il n’a jamais rejoint le camp ennemi, celui de la bourgeoisie, comme les trotskistes l’ont fait après sa mort. En particulier sur la question de la guerre impérialiste, il a défendu jusqu’au bout la position traditionnelle du mouvement révolutionnaire : la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

*Toute la bourgeoisie mondiale liguée contre Trotsky*

Plus la guerre impérialiste mondiale se rapprochait et plus. l’élimination de Trotsky devenait un objectif crucial pour la bourgeoisie mondiale. Pour asseoir son pouvoir et développer la politique qui a fait de lui le principal artisan de la contre-révolution, Staline a d’abord éliminé, en les envoyant dans les camps, de très nombreux révolutionnaires, d’anciens bolcheviks, notamment ceux qui avaient été les compagnons de Lénine, ceux qui avaient été les artisans de la révolution d’Octobre. Mais cela ne suffisait pas. Avec la montée des tensions guerrières à la fin des années 1930, il lui fallait avoir les mains totalement libres, à l’intérieur, pour développer sa politique impérialiste. En 1936, au début de la guerre d’Espagne, il y eut d’abord le procès et l’ès et l’exécution de Zinoviev, Kamenev et Smirnov (Voir /16 fusillés à Moscou/, Victor Serge, Ed. Spartacus) puis celui qui coûta la vie à Piatakov, à Radek et enfin ce fut le procès dit du groupe Rykov-Boukharine-Kretinski. Toutefois, le plus dangereux des bolcheviks, bien qu’à l’extérieur, restait Trotsky. Staline l’avait déjà atteint en faisant assassiner, en 1938, son fils Léon Sédov à Paris. Maintenant c’était Trotsky lui-même qu’il fallait supprimer.

/"Mais était-il nécessaire que la révolution bolchevique fit périr tous les bolcheviks ?"/ se demande, dans son livre, le général Walter G. Krivitsky qui était, dans les années 1930, le chef militaire du contre-espionnage soviétique en Europe occidentale. Bien qu’il dise ne pas avoir de réponse à cette question, il en fournit une très claire dans les pages 35 et 36 de son livre /J’étais un agent de Staline /(Editions Champ libre, Paris, 1979). La poursuite des procès de Moscou et la liquidation des derniers bolcheviks étailcheviks étaient bien le prix à payer pour la marche à la guerre : /"Le but secret de Staline restait le même/ (l’entente avec l’Allemagne)./En mars 1938, Staline monta le grand procès de dix jours, du groupe Rykov-Boukharine-Kretinski, qui avaient été les associés les plus intimes de Lénine et les pères de la révolution soviétique. Ces leaders bolcheviques - détestés de Hitler - furent exécutés le 3 mars sur l’ordre de Staline. Le 12 mars Hitler annexait l’Autriche. (...) C’est le 12 janvier 1939 qu’eut lieu devant tout le corps diplomatique de Berlin, la cordiale et démocratique conversation de Hitler avec le nouvel ambassadeur soviétique." /Et c’est ainsi que l’on en est arrivé au pacte germano-soviétique Hitler-Staline du 23 août 1939.

Toutefois, la liquidation des derniers bolcheviks, si elle répondait en premier aux besoins de la politique de Staline, était également une réponse aux besoins de celle de toute la bourgeoisie mondiale. C’est pourquoi le sort de Trotsky lui-même était désormais scellésormais scellé. Pour la classe capitaliste du monde entier, Trotsky, le symbole de la révolution d’Octobre, devait disparaître !

Robert Coulondre (1), ambassadeur de France auprès du IIIe Reich fournit un témoignage éloquent dans une description qu’il fait de sa dernière rencontre avec Hitler, juste avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Hitler s’y était en effet vanté du pacte qu’il venait de conclure avec Staline. Il traçait un panorama grandiose de son futur triomphe militaire. En réponse, l’ambassadeur français faisant appel à sa raison, lui parla du tumulte social et des risques de révolutions qui pourraient faire suite à une guerre longue et meurtrière et qui pourraient détruire tous les gouvernements belligérants. "/Vous pensez à vous-mêmes comme si vous étiez le vainqueur/..., dit l’ambassadeur, /mais avez-vous songé à une autre possibilité ? Que le vainqueur pourrait être Trotsky/".(2). Hitler fit un bond, comme s’il avait été frappé au creux de l’estomac, et hurla que cette possia que cette possibilité, la menace d’une victoire de Trotsky, était une raison de plus, pour la France et la Grande-Bretagne, de ne pas déclencher la guerre contre le IIIe Reich. Isaac Deutscher a tout à fait raison de souligner la remarque faite par Trotsky (3), lorsqu’il a pris connaissance de ce dialogue, selon laquelle les représentants de la bourgeoisie internationale /"sont hantés par le spectre de la révolution, et ils lui donnent un nom d’homme."/ (4)

Trotsky devait mourir (5) et, lui-même, se rendait compte que ses jours étaient comptés. Son élimination avait une plus grande signification que celle des autres vieux bolcheviks et des membres de la gauche communiste russe. L’assassinat des vieux bolcheviks avait servi à renforcer le pouvoir absolu de Staline. Celui de Trotsky manifestait en plus la nécessité pour la bourgeoisie mondiale, y compris pour la bourgeoisie russe, d’aller à la guerre mondiale librement. Cette voie fut nettement dégagée après la disparition de la dernière grande figure de la révolution d’Octobre, du plus célèbre des internationa des internationalistes. C’est toute l’efficacité de l’appareil de la GPU que Staline a utilisée pour le liquider. Il y a eu d’ailleurs plusieurs tentatives ; elles ne pouvaient que se multiplier et effectivement elles se rapprochaient dans le temps. Rien ne semblait pouvoir arrêter la machine stalinienne. Quelques temps avant son assassinat, Trotsky dut subir une attaque de nuit de la part d’un commando le 24 mai 1939. Les sbires de Staline avaient réussi à poster des mitrailleuses en face des fenêtres de sa chambre. Ils avaient pu tirer près de 200 à 300 coups de feu et jeter des bombes incendiaires. Fort heureusement les fenêtres étaient hautes au-dessus du sol et Trotsky, sa femme Natalia ainsi que son petit-fils Siéva ont miraculeusement pu en réchapper en se jetant sous le lit. Mais la tentative suivante allait être la bonne. C’est ce que réalisa Ramon Mercader à coups de piolet.

*Les positions de Trotsky avant la guerre*

Mais pour la bourgeoisie, l’assassinat de Trotsky ne pouvait pas suffire. Ainsi suffire. Ainsi que l’avait parfaitement écrit Lénine dans /L’Etat et la révolution/ : "/Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. (...) On oublie, on refoule, on altère le côté révolutionnaire de la doctrine, son âme révolutionnaire. On met au premier plan, on exalte ce qui est ou paraît être acceptable pour la bourgeoisie."/

Concernant Trotsky, ce sont ceux qui se prétendent ses continuateurs, ceux qui réclament son héritage, les trotskistes, qui ont assumé i ont assumé la sale besogne après sa mort. C’est en partant de ses positions "opportunistes" qu’ils ont justifié toutes les guerres nationales depuis la fin de la dernière guerre mondiale impérialiste et qu’ils se sont faits les défenseurs d’un camp impérialiste : celui de l’URSS.

A l’époque de la fondation de la IVe Internationale en 1938, Trotsky basait sa réflexion sur l’idée que le capitalisme se situe dans sa période "/d’agonie/". La Fraction italienne de la Gauche communiste (/Bilan/) la défendait également ; nous sommes d’accord avec cette appréciation de la période même si nous ne suivons pas Trotsky quand il affirme que, de ce fait, "/les forces productives avaient cessé de croître"/ (6). Il est parfaitement juste d’affirmer, comme il l’a fait, que le capitalisme, dans sa période /"d’agonie",/ a cessé d’être une forme progressiste de la société et que sa transformation socialiste est à l’ordre du jour de l’histoire. Cependant, il faisait l’erreur de penser que, dans les années 1930, lenées 1930, les conditions de la révolution prolétarienne étaient réunies. Il l’avait annoncé avec l’arrivée des Fronts populaires en France puis en Espagne, contrairement à ce que défendait la Fraction italienne de la Gauche communiste (7). Cette erreur concernant la compréhension du cours historique, qui l’amenait à penser que la révolution était immédiatement à l’ordre du jour alors que c’était la deuxième guerre mondiale qui se préparait, est une des clés qui permet de comprendre les positions opportunistes qu’il a particulièrement développées durant cette période.

Pour Trotsky cela se traduisait concrètement par la mise en avant du concept de "programme de transition", concept qu’il avait élaboré au moment de la fondation de la IVe Internationale en 1938. Il s’agit en fait d’un ensemble de revendications pratiquement irréalisables dont la mise en avant devait permettre d’élever la conscience de la classe ouvrière et d’aiguiser la lutte de classe. C’était le socle de sa stratégie politique. De son point de ue. De son point de vue, le programme de transition n’était pas un ensemble de mesures réformistes dans la mesure où elles n’avaient pas pour but d’être appliquées ; d’ailleurs elles ne pouvaient pas l’être. En fait, elles devaient montrer l’incapacité du capitalisme à accorder des réformes durables à la classe ouvrière et, par conséquent, lui montrer la faillite du système et, de ce fait, la pousser à lutter pour la destruction de celui-ci.

Sur ces prémices, Trotsky avait également développé sa fameuse "politique militaire prolétarienne" (PMP) (8) qui, fondamentalement, était l’application du programme de transition à une période de guerre et de militarisme universel ("/Notre programme de transition militaire est un programme d’agitation/", /Oeuvres/ n°24). Cette politique se voulait gagner aux idées révolutionnaires les millions de prolétaires mobilisés. Elle était centrée sur la revendication de la formation militaire obligatoire pour la classe ouvrière, sous la surveillance d’officiers é d’officiers élus, dans des écoles spéciales d’entraînement fondées par l’Etat mais sous le contrôle des institutions ouvrières comme les syndicats. Bien évidemment aucun Etat capitaliste ne pouvait accéder à de telles revendications pour la classe ouvrière sous peine de se nier en tant qu’Etat. La perspective, pour Trotsky, était le renversement du capitalisme par les prolétaires en armes d’autant plus que, pour lui, la guerre allait créer les conditions favorables pour une insurrection prolétarienne comme cela est arrivé avec la première guerre mondiale.

"/La guerre actuelle nous l’avons dit plus d’une fois, n’est que la continuation de la dernière guerre. Mais continuation n’est pas répétition. (?) Notre politique, la politique du prolétariat révolutionnaire à l’égard de la deuxième guerre impérialiste, est une continuation de la politique élaborée pendant la première guerre impérialiste, avant tout sous la direction de Lénine./" (/Fascisme, bonapartisme et guerre,/ tome 24 des /Oeuvres /dedes /Oeuvres /de Trotsky)

D’après lui, les conditions étaient même plus favorables que celles qui avaient prévalu avant 1917 dans la mesure où, à la veille de cette nouvelle guerre, au niveau objectif, le capitalisme a fait la preuve qu’il est dans une impasse historique, alors qu’au niveau subjectif, il fallait prendre en compte l’expérience mondiale accumulée par la classe ouvrière.

"/C’est cette perspective /(la révolution) /qui doit être à la base de notre agitation. Il ne s’agit pas simplement d’avoir une position sur le militarisme capitaliste et le refus de défendre l’Etat bourgeois, mais de la préparation directe pour la prise du pouvoir et la défense de la patrie socialiste.../" (Ibidem)

Trotsky avait manifestement perdu la boussole en croyant que le cours historique était encore à la révolution prolétarienne. Il n’avait pas une vision correcte de la situation de la classe ouvrière et du rapport de force entre elle et la bourgeoisie. Seule la Gauche communiste italienne a été capable de montrer que, dans les années 1930, l’humanité vivait une période de profonde contre-révolution, que le prolétariat avait été battu et que seule la solution de la bourgeoisie, la guerre impérialiste mondiale, était alors possible.

Toutefois, on peut constater que, malgré son galimatias "militariste", qui l’a fait glisser vers l’opportunisme, Trotsky se maintenait fermement sur une position internationaliste. Mais en cherchant à être "concret" (comme il cherchait à l’être, dans les luttes ouvrières, avec sa proposition de programme de transition, et dans l’armée avec sa politique militaire) pour gagner les masses ouvrières à la révolution, il en arrivait à s’éloigner de la vision classique du marxisme et à défendre une politique opposée aux intérêts du prolétariat. Cette politique qui se voulait très tactique ès tactique était, en fait, extrêmement dangereuse car elle tendait à enchaîner les prolétaires à l’Etat bourgeois et à leur faire croire qu’il peut exister de bonnes solutions bourgeoises. Dans la guerre, cette "subtile" tactique sera développée par les trotskistes pour justifier l’injustifiable et, en particulier, leur ralliement à la bourgeoisie à travers la défense de la nation et la participation à la "résistance".

Mais, fondamentalement, comment doit-on comprendre l’importance donnée par Trotsky à sa "politique militaire" ? Pour lui, la perspective qui se profilait pour l’humanité était celle d’une société totalement militarisée, qui allait de plus en plus être marquée par une lutte armée entre les classes. Le sort de l’humanité devait surtout se régler sur le plan militaire. De ce fait, la responsabilité première du prolétariat était, dès à présent, de s’y préparer pour disputer le pouvoir à la classe capitaliste. C’est cette vision qu’il a particuli&egqu’il a particulièrement développée au début de la guerre quand il disait :

"/Dans les pays vaincus, la position des masses va être immédiatement aggravée. A l’oppression sociale s’ajoute l’oppression nationale, dont le fardeau principal est supporté par les ouvriers. De toutes les formes de dictature, la dictature totalitaire d’un conquérant étranger est la plus intolérable/." (/Notre cap ne change pas/ du 30 juin 1940 in tome 24 des /Oeuvres/ de L. Trotsky)

"/Il est impossible de placer un soldat armé d’un fusil près de chaque ouvrier et paysan polonais, norvégien, danois, néerlandais, français./" (9)

"/On peut s’attendre avec certitude à la transformation rapide de tous les pays conquis en poudrières. Le danger est plutôt que les explosions ne se produisent trop tôt sans pré sans préparation suffisante et de conduire à des défaites isolées. Il est en général impossible pourtant de parler de révolution européenne et mondiale sans prendre en compte les défaites partielles/." (Ibidem)

Cependant, cela n’enlève rien au fait que Trotsky est resté jusqu’au bout un révolutionnaire prolétarien. La preuve est contenue dans le /Manifeste/, dit d’Alarme, /de la/ /IVe Internationale/ qu’il a rédigé pour prendre position, sans ambiguïtés et du seul point de vue du prolétariat révolutionnaire, face à la guerre impérialiste généralisée :

"/En même temps nous n’oublions pas un instant que cette guerre n’est pas notre guerre (?). La IVe Internationale construit sa politique non sur les fortunes militaires des Etats capitalistes, mais sur la transformation de la guerre impérialiste en guerre d’ouvriers contre les capitalistes, pour le renversement des classes dirigeades classes dirigeantes de tous les pays, sur la révolution socialiste mondiale. (?) Nous expliquons aux ouvriers que leurs intérêts et ceux du capitalisme assoiffé de sang sont irréconciliables. Nous mobilisons les travailleurs contre l’impérialisme. Nous propageons l’unité des travailleurs dans tous les pays belligérants et neutres./" (/Manifeste de la IVe Internationale/ du 29 mai 1940, p. 75, tome 24 des /Oeuvres/ de Trotsky)

Voilà ce que les trotskistes ont "oublié" et trahi.

Par contre, le "programme de transition" et la PMP ont été des orientations politiques de Trotsky qui ont, d’un point de vue de classe, abouti à un fiasco. Non seulement il n’y a pas eu de révolution prolétarienne au sortir de la deuxième guerre mondiale, mais de plus la PMP a permis à la IVe Internationale de justifier sa participation à la boucherie impérialiste généralisée en faisant de ses militants de bons petits soldats de la &quo soldats de la "démocratie" et du stalinisme. C’est à ce moment-là que le trotskisme est irrémédiablement passé dans le camp ennemi.

*La question de la nature de L’URSS : un talon d’Achille de Trotsky*

Il est clair que la faiblesse la plus grave de Trotsky a été sa non-compréhension que le cours historique était à la contre-révolution et, par voie de conséquence, à la guerre mondiale comme le mettait clairement en avant la Gauche communiste italienne. Voyant toujours le cours à la révolution, en 1936 il claironnait :"/La révolution française a commencé/" (/La lutte ouvrière/ du 9 juin 1936) ; et pour l’Espagne  :/"Les ouvriers du monde entier attendent fiévreusement la nouvelle victoire du prolétariat espagno/l" (/La lutte ouvrière/ du 9 août 1936). Ainsi, il commettait une faute politique majeure en faisant croire à la classe ouvrière que ce qui se passait e ce qui se passait à ce moment-là, notamment en France et en Espagne, allait dans le sens de la révolution prolétarienne alors que la situation mondiale prenait la direction opposée :/"De son expulsion d’URSS en 1929 jusqu’à son assassinat, Trotsky n’a fait qu’interpréter le monde à l’envers. Alors que la tâche de l’heure était devenue de rassembler les énergies révolutionnaires rescapées de la défaite pour entreprendre avant tout un *bilan politique* complet de la vague révolutionnaire, Trotsky s’est ingénié aveuglément à voir le prolétariat toujours en marche, là où il était défait. De ce fait, la IVe Internationale, créée voici plus de 50 ans, ne fut qu’une coquille vide à travers laquelle le mouvement réel de la classe ouvrière ne pouvait pas passer, pour la simple et tragique raison qu’il refluait dans la contre-révolution. Toute l’action de Trotsky, basée sur cette erreur, a de plus contribué à disperser les trop faibles forces révolutionnaires présentes de par le monde dans les années 1930 et pire, à en entraîner la plus grande partie dans le bourbier capitaliste du soutien &qualiste du soutien "critique" aux gouvernements de type "fronts populaires" et de participation à la guerre impérialiste." /(Brochure du CCI,/Le trotskisme contre la classe ouvrière/)

Parmi les graves erreurs qu’a fait Trotsky il y a notamment sa position sur la nature de l’URSS. Tout en s’attaquant au stalinisme, il a toujours considéré et défendu l’URSS comme étant la "patrie du socialisme" et pour le moins comme "un Etat ouvrier dégénéré".

Mais toutes ces erreurs politiques, bien qu’elles aient eu des conséquences dramatiques, n’ont pas fait de lui un ennemi de la classe ouvrière alors que ses "héritiers", eux, le sont devenus après sa mort. Trotsky a même été capable, à la lumière des événements survenus au début de la guerre impérialiste, d’admettre qu’il lui fallait réviser et, sans doute, modifier son jugement politique notamment concernant l’URSS.

C’est ainsi qu’il affirmait dans un de ses derniers écrits daté du 25 septembre 1939 et intitulé "/L’URSS dans la guerre/" : "/Nous ne changeons pas d’orientation./ /Mais supposons que Hitler tourne ses armes à l’Est et envahisse des territoires occupés par l’Armée rouge. /(..) /Tandis que, les armes à la main, ils porteront des coups à Hitler, les bolcheviks-léninistes mèneront en même temps une propagande révolutionnaire contre Staline, afin de préparer son renversement à l’étape suivante..."/ (/Oeuvres,/ tome n°22)

Il défendait certes son analyse de la nature de l’URSS mais il liait le sort de celle-ci à l’épreuve que la deuxième guerre mondiale lui ferait subir. Dans ce même article il disait que, si le stalinisme sortait vainqueur et renforcé de la guerre (perspective qu’il n’envisageait pas), il faudrait alors revoir le jugement qu’il portait sur l’URSS et même sur la situation politique g&eation politique générale :

"/Si l’on considère cependant que la guerre actuelle va provoquer, non la révolution, mais le déclin du prolétariat, il n’existe alors plus qu’une issue à l’alternative : la décomposition ultérieure du capital monopoliste, sa fusion ultérieure avec l’Etat et la substitution à la démocratie, là où elle s’est encore maintenue, d’un régime totalitaire. L’incapacité du prolétariat à**prendre en mains la direction de la société pourrait effectivement, dans ces conditions, mener au développement d’une nouvelle classe exploiteuse issue de la bureaucratie bonapartiste et fasciste. Ce serait, selon toute vraisemblance, un régime de décadence qui signifierait le crépuscule de la civilisation./

/On aboutirait à un résultat analogue dans le cas où le prolétariat des pays capitalistes avancés, ayant pris le pouvoir se révélerait incapable de leerait incapable de le conserver et l’abandonnerait comme en URSS, à une bureaucratie privilégiée. Nous serions alors obligés de reconnaître que la rechute bureaucratique n’était pas due à l’arriération du pays et à l’environnement capitaliste, mais à l’incapacité organique du prolétariat à devenir une classe dirigeante. Il faudrait alors établir rétrospectivement que, dans ses traits fondamentaux, l’URSS actuelle était le précurseur d’un nouveau régime d’exploitation à une échelle internationale./

/Nous nous sommes bien écartés de la controverse terminologique sur la dénomination de l’Etat soviétique. Mais que nos critiques ne protestent pas : ce n’est qu’en se plaçant sur la perspective historique nécessaire que l’on peut formuler un jugement correct sur une question comme le remplacement d’un régime social par un autre. L’alternative historique poussée jusqu’à son terme se présente ainsi : ou bien le régime stalinien n’est qu’une rechute exécrable dans le processus de la transformation de la nsformation de la société bourgeoise en société socialiste, ou bien le régime stalinien est la première étape d’une société d’exploitation nouvelle. Si le second pronostic se révélait juste, alors, bien entendu, la bureaucratie deviendrait une nouvelle classe exploiteuse. Aussi lourde que puisse être cette seconde perspective, si le prolétariat mondial se montrait effectivement incapable de remplir la mission que lui a confiée le cours du développement, il ne resterait plus qu’à reconnaître que le programme socialiste, construit sur les contradictions internes de la société capitaliste s’est finalement avéré une utopie. Il va de soi qu’on aurait besoin d’un nouveau "programme minimum" pour défendre les intérêts des esclaves de la société bureaucratique totalitaire/." (souligné par nous)

Si l’on fait abstraction de la vision en perspective qu’il développe à ce moment-là, une vision qui est révélatrice d’un découragement, pour ne pas dire d’une démoralisation profonde, qui sembl profonde, qui semble lui faire perdre toute confiance en la classe ouvrière et en sa capacité à assumer historiquement la perspective révolutionnaire, il est clair que Trotsky entame là une remise en question de ses positions sur la nature "socialiste" de l’URSS et sur le caractère "ouvrier" de la bureaucratie.

Trotsky a été assassiné avant la fin de la guerre ; et la Russie s’est retrouvée dans le camp des vainqueurs aux côtés de ce qu’on appelle les "démocraties". Comme Trotsky avait prévu de le faire, ces conditions historiques nécessitait, de la part de ceux qui se prétendent ses fidèles continuateurs, une révision de sa position dans le sens qu’il fallait,//comme il le disait, /"établir *rétrospectivement* que, dans ses traits fondamentaux, l’U.R.S.S. actuelle était le précurseur d’un nouveau régime d’exploitation à une échelle internationale/". Non seulement la IVe Internationale s’est interdit de le faire mais, de plus, elle est passée avec armes et bagages dans les rangs de la bourgeois de la bourgeoisie. Seuls quelques éléments issus du trotskisme ont pu rester sur le terrain révolutionnaire comme ceux qui formaient le groupe chinois qui publiait en 1941 /L’Internationaliste/ (Voir /Revue Internationale/ n°94), ou les membres de la section espagnole de la IVe Internationale avec G. Munis (10), comme les Revolutionären Kommunisten Deutschlands (RKD), le groupe /Socialisme ou barbarie/ en France, Agis Stinas (/Mémoires/, éditions La brèche, Paris 1990) en Grèce, et Natalia Trotsky.

Fidèle à l’esprit de celui qui fut son compagnon dans la vie et dans le combat pour la révolution, Natalia, dans son courrier du 9 mai 1951 adressé au Comité exécutif de la IVe Internationale, revenait et insistait particulièrement sur la nature contre-révolutionnaire de l’URSS : "/Obsédés par des/ /formules vieilles et dépassées, vous continuez à considérez l’Etat stalinien comme un Etat ouvrier. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. (?) Il devrait être clair pour chacun que la révolution a été compl&ete;té complètement détruite par le stalinisme. Cependant vous continuez à dire, sous ce régime inouï, la Russie est encore un Etat ouvrier./"

Tirant toutes les conséquences de cette claire prise de position, elle poursuivait fort justement : /"Ce qui est plus insupportable que tout, c’est la position sur la guerre à laquelle vous vous êtes engagés. La troisième guerre mondiale qui menace l’humanité place le mouvement révolutionnaire devant les problèmes les plus difficiles, les situations les plus complexes, les décisions les plus graves. (...) Mais face aux événements des récentes années, vous continuez de préconiser la défense de l’Etat stalinien et d’engager tout le mouvement dans celle-ci. Vous soutenez même maintenant les armées du stalinisme dans la guerre à laquelle se trouve soumis le peuple coréen crucifié./"

Et, elle concluait avec courage ://"/Je ne puis et ne veux vous et ne veux vous suivre sur ce point/." (...)"/Je trouve que je dois vous dire que je ne vois pas d’autre voie que de dire ouvertement que nos désaccords ne me permettent plus de rester plus longtemps dans vos rangs./" (/Les enfants du prophète/, Cahiers Spartacus, Paris 1972)

*Les trotskistes aujourd’hui*

Non seulement, comme l’affirme Natalia, les trotskistes n’ont pas suivi Trotsky et révisé leurs positions politiques suite à la victoire de l’URSS dans le deuxième conflit mondial, mais encore les discussions et les interrogations - quand elles existent de nos jours en leur sein - portent, pour celles qui doivent en principe apporter des clarifications et des approfondissements, sur la question de la "politique militaire prolétarienne" (Voir /Cahiers Léon Trotsky/ n° 23, 39 et 43 ou /Revolutionary history/ n° 3, 1988). Ces discussions continuent de passer sous silence des questions fondamentales comme celle de la nature de l’URSS ou celle de l’internationalisme prolétarien et dueacute ;tarien et du défaitisme révolutionnaire face à la guerre. Au milieu d’un charabia pseudo-scientifique, Pierre Broué le reconnaît :

"/Il est en effet indiscutable que l’absence de discussion et de bilan sur cette question /(la PMP)/a pesé très lourd dans l’histoire de la IVe Internationale. Une analyse en profondeur la ferait apparaître à la source de la crise qui a commencé à secouer cette dernière dans les années 50./" (/Cahiers Léon Trotsky/ n° 39). Comme c’est gentiment dit !

Les organisations trotskistes ont trahi et ont changé de camp, c’est un fait. Mais les historiens trotskistes, comme Pierre Broué ou Sam Lévy, s’évertuent à noyer la question en parlant de simple crise de leur mouvement : "/La crise fondamentale du trotskisme sortit de la confusion et de l’incapacité à comprendre la guerre et le monde de l’immédiat après-guerre./" (Sam Lévy, vétéravétéran du mouvement britannique, in /Cahiers Léon Trotsky/ n° 23)

Il est exact que le trotskisme n’a pas compris la guerre et le monde de l’immédiat après-guerre ; mais c’est bien pour cela qu’il a trahi la classe ouvrière et l’internationalisme prolétarien en soutenant un camp impérialiste contre l’autre dans la deuxième guerre mondiale et qu’il n’a cessé, depuis, de soutenir les petits impérialismes contre les gros dans les trop nombreuses luttes dites de libération nationale et autres luttes "des peuples opprimés". Pierre Broué, Sam Lévy et les autres ne le savent peut être pas mais le trotskisme est mort pour la classe ouvrière ; et il n’y a pas de résurrection possible pour un tel courant en tant qu’instrument d’émancipation de cette dernière. Et il ne sert à rien d’essayer de récupérer à leur compte les véritables internationalistes et en particulier ce qu’a fait la Gauche communiste italienne durant la guerre, comme les /Cahiers Léon Trotsky /tentent de le faire dans leur même numéro 39 (pages 36 et sui (pages 36 et suivantes). Un peu de pudeur, messieurs ! Ne mélangez pas les internationalistes de la Gauche communiste italienne et la IVe Internationale chauvine et traitre à la classe ouvrière. Nous, la Gauche communiste, nous n’avons rien à avoir avec la IVe Internationale et tous ses avatars actuels. Par contre, bas les pattes sur Trotsky ! Il appartient toujours à la classe ouvrière.

Rol

1. Robert Coulondre (1885-1959) ambassadeur à Moscou puis à Berlin.

2. Cité par Isaac Deutscher page 682 du tome 6 de /Trotsky/, éditions 10/18, Paris, 1980.

3. Page 68 du tome 24 des /Oeuvres/ de Trotsky dans le /Manifeste de la IVe Internationale sur la guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale/, rédigé par lui-mê par lui-même le 23 mai 1939.

4. Op. cit, page 683. Pierre Broué dans les /Cahiers Léon Trotsky/ cite l’ouvrage de l’historien américain Gabriel Kolko, /Politics of war/ qui fourmille d’exemples qui vont dans le même sens.

5. Comme pour Jean Jaurès immédiatement avant l’éclatement de la première guerre mondiale de 1914-1918 ; mais, toute proportion gardée car Jean Jaurès était un pacifiste alors que Trotsky était toujours un révolutionnaire et un internationaliste.

6. Pour nous, si le système est entré en décadence cela ne signifie pas qu’il ne puisse pas encore se développer. Pour nous comme pour Trotsky, par contre, il y a décadence quand un système a perdu son dynamisme et que les forces productives sont une entrave au développement de la société. En un mot que le système a fini son rôle progressiste danle progressiste dans l’histoire et qu’il est mûr pour donner naissance à une autre société.

7. Cf. notre livre /La Gauche communiste d’Italie /et notre brochure /Le trotskisme contre la classe ouvrière/.

8. Cette position n’est pas nouvelle chez Trotsky, elle avait déjà été ébauchée au cours de la guerre d’Espagne. "/ ? se délimiter nettement des trahisons et des traîtres sans cesser d’être les meilleurs combattants du front/" p. 545 Tome II des /Ecrits. /Il reprend la comparaison entre être le meilleur ouvrier à l’usine comme le meilleur soldat sur le front. Cette formule est utilisée aussi dans la guerre contre le Japon en Chine qui est une nation "colonisée" et "agressée" par ce dernier (cf. p. 216 /Oeuvres/ n° 14).

9. Ibidem. Ces nations sont citées parce qu’elles venaient d’être vaincues, être vaincues à la date de l’article.

10. Voir notre brochure le trotskisme contre la classe ouvrière et l’article Trotsky appartient à la classe ouvrière, les trotskistes l’ont kidnappé, voir aussi la Revue Internationale n° 58 et notre article A la mémoire de Munis à sa mort en 1989.

Michel Olivier

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