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Quâest-ce qui est relatif ?
samedi 30 mai 2015, par
Einstein :
« La relativitĂ© nous enseigne le lien entre les descriptions diffĂ©rentes dâune seule et mĂȘme rĂ©alitĂ©. »
Einstein Ă©crit dans « Sur lâĂ©lectrodynamique des corps en mouvement » (1905) :
« On sait que lâĂ©lectrodynamique de Maxwell â telle quâon la conçoit habituellement aujourdâhui â conduit, lorsquâon lâapplique Ă des corps en mouvement, Ă des asymĂ©tries, qui ne semblent pas inhĂ©rentes aux phĂ©nomĂšnes. Que lâon songe, par exemple, Ă lâinteraction Ă©lectrodynamique entre un aimant et un conducteur. Le phĂ©nomĂšne observable ne dĂ©pend ici que du mouvement relatif du conducteur et de lâaimant, alors que, selon la conception usuelle, il convient de distinguer trĂšs nettement les deux cas, selon que câest lâun ou lâautre de ces deux corps qui est en mouvement. En effet, si câest lâaimant qui se dĂ©place et le conducteur qui est au repos, il apparaĂźt au voisinage de lâaimant un champ Ă©lectrique dont lâĂ©nergie a une certaine valeur, et qui engendre un courant aux endroits oĂč se trouvent des portions du conducteur. Mais si câest lâaimant qui est au repos et le conducteur qui est en mouvement, il nâapparaĂźt aucun champ Ă©lectrique au voisinage de lâaimant ; en revanche, il apparaĂźt dans le conducteur une force Ă©lectromotrice, Ă laquelle ne correspond aucune Ă©nergie intrinsĂšque, mais qui â Ă supposer que le mouvement relatif soit le mĂȘme dans les deux cas considĂ©rĂ©s â donne naissance Ă des courants Ă©lectriques de mĂȘme intensitĂ© et de mĂȘme Ă©volution temporelle que ceux produits par les forces Ă©lectriques dans le premier cas⊠Nous allons Ă©lever cette conjecture (dont le contenu sera dans la suite appelĂ© « principe de relativitĂ© ») au rang de postulat, et au surplus introduire le postulat, qui nâest quâapparemment incompatible avec le prĂ©cĂ©dent, selon lequel la lumiĂšre se propage dans lâespace vide toujours avec une vitesse V bien dĂ©terminĂ©e, indĂ©pendante de lâĂ©tat de mouvement du corps Ă©metteur. Ces deux postulats suffisent pour parvenir Ă une Ă©lectrodynamique des corps en mouvement simple et exempt de contradictions, fondĂ©e sur la thĂ©orie de Maxwell pour les corps au repos. »
Einstein Ă©crit en 1916 dans « Les fondements de la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale » :
« Le dĂ©veloppement de la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale doit, dans le mĂȘme temps, conduire Ă une thĂ©orie de la gravitation ; on peut en effet « engendrer » un champ de gravitation par simple changement du systĂšme de coordonnĂ©es⊠Il ne nous reste quâĂ considĂ©rer tous les systĂšmes de coordonnĂ©es concevables comme tant, par principe, Ă©galement lĂ©gitimes pour ce qui concerne la description de la nature. Ce qui revient Ă exiger que Les lois de la nature sont reprĂ©sentĂ©es par des Ă©quations qui sont valables pour tous les systĂšmes de coordonnĂ©es, câest-Ă -dire qui sont covariantes vis-Ă -vis de nâimporte quelle substitution (gĂ©nĂ©ralement covariantes).
« Il est clair quâune physique qui satisfait Ă ce postulat est conforme au postulat de relativitĂ© gĂ©nĂ©rale. Car dans lâensemble de toutes les substitutions figurent en tout Ă©tat de cause celles qui correspondent Ă tous les mouvements relatifs des systĂšmes de coordonnĂ©es (Ă trois dimensions). Cette exigence de covariance gĂ©nĂ©rale, qui ĂŽte Ă lâespace et au temps ce qui leur restait dâobjectivitĂ© physique, est une exigence naturelle. »
Et, en 1919, dans un projet dâarticle pour la revue « Nature », Einstein Ă©crit :
« Dans la construction de la thĂ©orie de la relativitĂ© restreinte, lâidĂ©e suivante (âŠ) concernant lâexpĂ©rience de Faraday sur lâinduction Ă©lectromagnĂ©tique a jouĂ© pour moi un rĂŽle fondamental. Selon Faraday, lors du mouvement relatif dâun aimant par rapport Ă un circuit conducteur, un courant Ă©lectrique est induit dans ce dernier. Peu importe si câest lâaimant ou le conducteur qui est en mouvement ; dâaprĂšs la thĂ©orie de Maxwell-Lorentz, seul compte le mouvement relatif. Cependant lâinterprĂ©tation thĂ©orique du phĂ©nomĂšne nâest pas du tout la mĂȘme dans les deux cas. (âŠ) LâidĂ©e que lâon avait affaire Ă deux cas de nature diffĂ©rente mâĂ©tait intolĂ©rable. La diffĂ©rence entre les deux ne pouvait ĂȘtre, jâen Ă©tais persuadĂ©, quâune diffĂ©rence dans le choix du point de vue, et pas une diffĂ©rence rĂ©elle. Du point de vue de lâaimant, il nây avait assurĂ©ment pas de champ Ă©lectrique ; du point de vue du conducteur il y en avait assurĂ©ment un. Lâexistence dâun champ Ă©lectrique nâĂ©tait donc que relative, dĂ©pendante de lâĂ©tat du mouvement du systĂšme de coordonnĂ©es utilisĂ©, et il nâĂ©tait possible dâaccorder de rĂ©alitĂ© objective quâĂ lâensemble du champ Ă©lectrique et du champ magnĂ©tique, indĂ©pendamment de lâĂ©tat de mouvement de lâobservateur ou du systĂšme de coordonnĂ©es. Câest le phĂ©nomĂšne dâinduction magnĂ©to-Ă©lectrique qui mâa contraint Ă postuler le principe de relativitĂ© (restreinte) »
(citĂ© par G. Holton dans « Thematic Origins of Scientific Thought : Kepler to Einstein »)
Quâest-ce qui est relatif ?
Chacun sait que la relativitĂ© est un phĂ©nomĂšne physique Ă©tudiĂ© successivement par de grands physiciens comme GalilĂ©e, PoincarĂ©, Mach, Lorentz, Voigt, Herz et Einstein. Câest le nom de ce dernier qui est restĂ© attachĂ© Ă la thĂ©orie de la relativitĂ©.
Un exemple simple peut indiquer ce que signifie ce terme de relativitĂ© : celui dâun ascenseur en chute libre aprĂšs avoir cassĂ© le cĂąble qui le retient. Cette chute, vue de lâextĂ©rieur, nâest rien dâautre quâun effet de la gravitation. De lâintĂ©rieur, elle apparaĂźt comme un effet de lâinertie.
La thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale doit son origine Ă la tentative dâexpliquer un fait connu depuis le temps de GalilĂ©e et de Newton, mais qui se dĂ©robait Ă toute interprĂ©tation thĂ©orique : lâinertie et le poids dâun corps, en eux-mĂȘmes deux choses entiĂšrement distinctes, sont mesurĂ©s par une seule et mĂȘme constante, la masse. De cette correspondance il sâensuit quâil est impossible de dĂ©couvrir par lâexpĂ©rience, si un systĂšme donnĂ© de coordonnĂ©es est accĂ©lĂ©rĂ©, ou si son mouvement est rectiligne et uniforme et quâalors les effets observĂ©s sont dus Ă un champ de gravitation (ceci est le principe dâĂ©quivalence de la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale). Nous pouvons donc dire que gravitation et inertie sont relatifs et quâon ne peut pas distinguer de maniĂšre objective, indĂ©pendante de lâobservateur et de son mouvement, sâil sâagit de lâune ou de lâautre.
Une des erreurs frĂ©quentes sur la relativitĂ© consiste Ă penser que celle-ci serait dâabord issue dâune propriĂ©tĂ© de la mĂ©canique des dĂ©placements, propriĂ©tĂ© selon laquelle les vitesses relatives ne pourraient pas simplement sâadditionner dans des mouvements composĂ©s (par exemple un passager qui marche dans un train ou un objet en mouvement qui lance un objet), une propriĂ©tĂ© dĂ©montrĂ©e par lâexpĂ©rience de Michelson-Morley et affirmant que le dĂ©placement de la Terre est insensible pour le mouvement de la lumiĂšre dans lâespace.
En 1905, Einstein Ă©crit : « Ce nâest pas seulement dans la mĂ©canique quâaucune propriĂ©tĂ© des phĂ©nomĂšnes ne correspond Ă la notion de mouvement absolu mais aussi dans lâĂ©lectrodynamique. »
Einstein écrit encore :
« Le phĂ©nomĂšne de l’induction Ă©lectromagnĂ©tique me poussait Ă formuler le postulat du principe de relativitĂ© (restreinte). » (citĂ© par Michel Paty dans « La crĂ©ation scientifique selon PoincarĂ© et Einstein » )
Bien des gens pensent que les phĂ©nomĂšnes liĂ©s Ă la relativitĂ© dâEinstein sont soit astronomiques soit microscopiques car ils ne se produisent quâen approchant de la vitesse de la lumiĂšre. Contredisant cette idĂ©e fausse, lâinduction Ă©lectromagnĂ©tique, qui concerne des circuits et des aimant en mouvement relatif lent, est un effet relativiste qui se produit Ă notre Ă©chelle.
En physique, la loi de Lenz-Faraday permet de rendre compte des phĂ©nomĂšnes macroscopiques dâinduction Ă©lectromagnĂ©tique. FondĂ©e sur les travaux de Michael Faraday en 1831, et sur lâĂ©noncĂ© de Heinrich Lenz de 1834, elle est aujourdâhui dĂ©duite de lâĂ©quation locale de Maxwell-Faraday. Il sâagit dâune loi de modĂ©ration, ce qui signifie quâelle dĂ©crit des effets qui sâopposent Ă leurs causes. Cette modĂ©ration est un effet relativiste de dilatation du temps appliquĂ© aux particules chargĂ©es en mouvement. Cela signifie quâun mouvement crĂ©e des effets qui sây opposent, quâun dĂ©placement de courant crĂ©e des effets qui diminuent ce courant et donc crĂ©e un courant inverse. Et de mĂȘme, un changement de champ magnĂ©tique crĂ©e un changement inverse.
Dans son article de 1864, A Dynamical Theory of the Electromagnetic Field, Maxwell écrit :
« Lâaccord des rĂ©sultats semble montrer que la lumiĂšre et le magnĂ©tisme sont deux phĂ©nomĂšnes de mĂȘme nature et que la lumiĂšre est une perturbation Ă©lectromagnĂ©tique se propageant dans lâespace suivant les lois de lâĂ©lectromagnĂ©tisme. »
Certes, la physique depuis Maxwell, connaĂźt parfaitement lâexistence de liens entre Ă©lectromagnĂ©tisme et induction mais elle oublie souvent que ce sont des changements relativistes qui amĂšnent des passages dâune quantitĂ© Ă lâautre, ce qui signifie que lâon peut tout Ă fait transformer un phĂ©nomĂšne Ă©lectromagnĂ©tique en phĂ©nomĂšne uniquement Ă©lectrique ou uniquement magnĂ©tique par des modifications relatives du mouvement des repĂšres (loi de modĂ©ration de Lentz). Les phĂ©nomĂšnes Ă©lectricitĂ© et magnĂ©tisme nâen restent pas moins opposĂ©s mais ce sont des opposĂ©s qui se combinent sans cesse, se changent lâun dans lâautre, et subissent toutes les modifications si curieuses, si contraires au bon sens et Ă la logique formelle, des contraires dialectiques.
Le lien entre relativitĂ© et induction nâest pas assez soulignĂ© par la plupart des auteurs et beaucoup ne se souviennent pas que lâinduction Ă©lectromagnĂ©tique est Ă lâorigine de la dĂ©couverte de la relativitĂ© par Einstein.
Rappelons que lâinduction est un phĂ©nomĂšne liĂ© Ă lâĂ©lectromagnĂ©tisme au cours de mouvements et de changements (mouvements de circuits Ă©lectriques ou changements du champ magnĂ©tique). Lâinduction a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e par Faraday, Maxwell et Lorentz, pour lâessentiel. Le mouvement dâun conducteur et dâun aimant se rĂ©vĂšlent relatifs au sens oĂč lâeffet est exactement le mĂȘme que ce soit le conducteur ou lâaimant qui soient en mouvement. Câest la relativitĂ© de leur mouvement qui compte.
Le premier mĂ©moire dâEinstein sur lâĂ©lectrodynamique des corps en mouvement dĂ©montre que le mouvement dâun conducteur passif et dâun aimant permanent est relatif et non absolu
Exposant comment il a été amené à découvrir la théorie de la relativité, Einstein écrit en 1905 :
« Dans la construction de la thĂ©orie de la relativitĂ© restreinte, lâidĂ©e suivante concernant lâexpĂ©rience de Faraday sur lâinduction Ă©lectromagnĂ©tique a jouĂ© pour moi un rĂŽle fondamental. Selon Faraday, lors du mouvement relatif dâun aimant par rapport Ă un circuit conducteur, un courant Ă©lectrique est induit dans ce dernier. Peu importe si câest lâaimant ou le conducteur qui est en mouvement ; dâaprĂšs Maxwell-Lorentz, seul compte le mouvement relatif. (âŠ) Du point de vue de lâaimant, il nây avait assurĂ©ment pas de champ Ă©lectrique, du point de vue du conducteur, il y en avait assurĂ©ment un. Lâexistence dâun champ Ă©lectrique nâĂ©tait donc que relative, dĂ©pendante de lâĂ©tat de mouvement du systĂšme de coordonnĂ©es utilisĂ©, et il nâĂ©tait possible dâaccorder de rĂ©alitĂ© objective quâĂ lâensemble du champ Ă©lectrique et du champ magnĂ©tique. »
Le fait quâun champ Ă©lectrique puisse se transformer en champ magnĂ©tique du fait du mouvement rĂ©ciproque du courant et de lâaimant prouve non seulement la relativitĂ© du mouvement mais la relativitĂ© des champs Ă©lectriques et magnĂ©tique.
Paul Davies écrit dans "Les forces de la nature" :
« Les champs Ă©lectrique et magnĂ©tique peuvent se « nourrir » lâun lâautre, chacun Ă©tant la source de lâautre⊠Un champ Ă©lectrique commence Ă changer et crĂ©e ainsi un champ magnĂ©tique, dont la croissance engendre un champ Ă©lectrique, qui crĂ©e encore plus de champ magnĂ©tique, et ainsi de suite. La maniĂšre prĂ©cise dont ces champs sâentrecroisent se trouve dans les Ă©quations de Maxwell. »
Les Ă©quations de lâĂ©lectromagnĂ©tisme montrent pleinement ce caractĂšre relativiste du lien entre Ă©lectricitĂ© et magnĂ©tisme qui les rend interdĂ©pendants. Il suffit en effet dâeffectuer un changement de repĂšre en prenant un nouveau repĂšre en mouvement par rapport au premier pour transformer un champ Ă©lectrique en champ magnĂ©tique et rĂ©ciproquement. Les champs magnĂ©tique et Ă©lectrique ne sont pas des rĂ©alitĂ©s indĂ©pendantes mais il existe un champ Ă©lectromagnĂ©tique qui peut, dans certains repĂšres, sâexprimer soit de maniĂšre uniquement Ă©lectrique soit de maniĂšre uniquement magnĂ©tique. Câest ce que lâon veut dire en affirmant que, dans le phĂ©nomĂšne de lâinduction, lâĂ©lectromagnĂ©tisme se montre un effet relativiste. De mĂȘme que lâon ne peut plus dire si câest le courant ou lâaimant qui sont en mouvement, on ne peut plus dire si câest un champ magnĂ©tique ou un champ Ă©lectrique. Cela dĂ©pend par rapport Ă quel observateur, par rapport Ă quel repĂšre.
Et on peut ainsi se demander quels sont les phĂ©nomĂšnes qui sont relativistes. Ce sont ceux pour lesquels on ne peut pas distinguer un caractĂšre absolu, indĂ©pendant de lâobservateur lui-mĂȘme en mouvement. Comme on lâa vu prĂ©cĂ©demment et contrairement aux affirmations couramment entendues, un effet relativiste ne nĂ©cessite pas un phĂ©nomĂšne de dĂ©placement approchant de la vitesse de la lumiĂšre et certains phĂ©nomĂšnes Ă notre Ă©chelle sont relativistes.
Par contre, lâexpression « tout est relatif » ne veut pas dire grand-chose car il existe des phĂ©nomĂšnes qui sont des absolus.
Mais il est exact que le mouvement rectiligne et uniforme (un mouvement sans accĂ©lĂ©ration) est relatif. Il ne peut pas ĂȘtre distinguĂ© du repos, de lâimmobilitĂ©. Aucun phĂ©nomĂšne ne peut permettre dâaffirmer que ce mouvement soit rĂ©ellement du mouvement et pas de lâimmobilitĂ©.
On a rappelĂ© prĂ©cĂ©demment que le mouvement de deux corps lâun par rapport Ă lâautre, et pas seulement dâun conducteur et dâun aimant, est aussi relatif.
Mais ce sont loin dâĂȘtre les seuls phĂ©nomĂšnes importants de la physique qui dĂ©coulent de la relativitĂ©.
En fait, lâespace, le temps, la matiĂšre sont, tout comme le mouvement, relatifs.
Cela signifie que ce ne sont pas des absolus, indépendants de leur mouvement.
En fait, espace et temps sont des contraires qui sont aussi liĂ©s que magnĂ©tisme et Ă©lectricitĂ©. Câest pour cela que lâon parle dâespace-temps et quâon mesure la valeur dâun intervalle dâespace-temps par une quantitĂ© qui intervient couramment en thĂ©orie de la relativitĂ© et qui vaut la somme des carrĂ©s de lâintervalle de temps et de lâintervalle dâespace. Cela signifie quâun intervalle de temps peut apparaĂźtre comme un intervalle dâespace Ă condition que les deux intervalles aient la mĂȘme valeur dâespace-temps. De la mĂȘme maniĂšre quâun champ magnĂ©tique peut se transformer par relativitĂ© en champ Ă©lectrique, et inversement, du moment que le champ Ă©lectromagnĂ©tique soit conservĂ©.
En fait la matiĂšre, elle-mĂȘme, peut se transformer en Ă©nergie câest-Ă -dire en mode dâorganisation du vide, du moment que la quantitĂ© dâĂ©nergie est conservĂ©e. MatiĂšre et Ă©nergie sont deux modes dâapparition de la mĂȘme chose, sont donc relatifs.
Dâailleurs la matiĂšre, elle-mĂȘme, est dĂ©pendante du mouvement et est relativiste. Une particule de matiĂšre peut se transformer en particule du vide et rĂ©ciproquement par rapport Ă lâobservateur. LĂ encore, on croit souvent que câest juste sa valeur qui change : la masse augmente Ă grande vitesse quand on se rapproche de la vitesse de la lumiĂšre. Mais ce nâest pas le seul phĂ©nomĂšne relativiste concernant la matiĂšre.
En fait, la matiĂšre existe dans le vide de maniĂšre fugitive. On dit quâelle est Ă©phĂ©mĂšre ou « virtuelle » par opposition Ă la matiĂšre possĂ©dant une masse inerte qui semble permanente et que lâon appelle « rĂ©elle ».
Cependant cette opposition matiĂšre rĂ©elle / matiĂšre virtuelle est relative. En effet, cela dĂ©pend de lâĂ©nergie du mouvement de lâobservateur par rapport Ă cette matiĂšre. Un observateur se dĂ©plaçant avec suffisamment dâĂ©nergie considĂšre une matiĂšre virtuelle comme rĂ©elle. Câest donc un phĂ©nomĂšne relatif.
Câest cela qui explique que de la matiĂšre puisse apparaĂźtre et disparaĂźtre dans le vide quantique. Cela explique aussi que de la matiĂšre puisse se transformer en Ă©nergie et inversement. Cela explique enfin que de la matiĂšre virtuelle recevant un boson de Higgs devienne de la matiĂšre rĂ©elle. Il nây a pas dâopposition absolue ni de sĂ©paration absolue entre matiĂšre et vide.
Lâespace vide est lui-mĂȘme relatif car il est dĂ©pendant des masses qui sây dĂ©placent. Espace et masses sont mutuellement relatifs.
En fait, câest lâensemble de la physique qui est relativiste, mĂȘme si certains phĂ©nomĂšnes ne nĂ©cessitent pas dâen tenir compte.
La raison en est que toutes les propriétés de la physique de la matiÚre et de la lumiÚre découle des propriétés du vide.
« Un Ă©lectron isolĂ© se dĂ©plaçant Ă travers lâĂ©ther engendre un courant Ă©lectrique, câest-Ă -dire un champ Ă©lectro-magnĂ©tique. Ce champ correspond Ă une certaine quantitĂ© dâĂ©nergie localisĂ©e, non dans lâĂ©lectron, mais dans lâĂ©ther. » Ă©crivait Henri PoincarĂ© dans « La MĂ©canique nouvelle ».
Alors tout est donc relatif puisque tout le monde matiĂšre/lumiĂšre/vide lâest ?
Bien au contraire, la thĂ©orie de la relativitĂ©, loin de souligner ce qui est relatif, souligne ce qui ne lâest pas, ce qui nâest pas modifiable par des changements quelconques, les lois de la nature. Ces derniĂšres, si elles sont formulĂ©es correctement en fonction de paramĂštres correspondants au fonctionnement rĂ©el, ne peuvent pas changer de maniĂšre arbitraire si on change les coordonnĂ©es, câest-Ă -dire le mouvement de lâobservateur. Câest curieusement cette affirmation dâun absolu qui caractĂ©rise la thĂ©orie de la relativitĂ©.
Les absolus de la physique relativiste ne sâappellent pas temps, vitesse, masse, nombre de particules rĂ©elles ni Ă©nergie mais intervalle dâespace-temps, valeur et inertie de lâĂ©nergie-masse, vitesse de la lumiĂšre, nombre de quanta, etcâŠ
Extrait de « Rien ne va plus en physique » de Lee Smolin :
« Selon la thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la relativitĂ© dâEinstein, lâespace et le temps ne constituent plus un fond fixe et absolu. Lâespace est aussi dynamique que la matiĂšre : il bouge et il change de forme. (âŠ) Quelques siĂšcles avant Einstein, GalilĂ©e avait dĂ©couvert lâunification du repos avec le mouvement uniforme (en ligne droite Ă vitesse constante). A partir de 1907 environ, Einstein a commencĂ© Ă sâinterroger sur les autres types de mouvement, tel le mouvement accĂ©lĂ©rĂ©. Dans le mouvement accĂ©lĂ©rĂ©, la direction ou la vitesse varient. (âŠ) Câest Ă ce moment quâEinstein a fait lâavancĂ©e la plus extraordinaire. Il a rĂ©alisĂ© que lâon ne pouvait pas distinguer les effets de lâaccĂ©lĂ©ration des effets de la gravitĂ©. (âŠ) Dans une cabine dâascenseur en chute libre, les passagers de la cabine ne sentiraient plus leur poids. (âŠ) LâaccĂ©lĂ©ration de lâascenseur en chute libre compense totalement lâeffet de la gravitĂ©. (âŠ) Lâunification de lâaccĂ©lĂ©ration et de la gravitation a eu des consĂ©quences importantes et, avant mĂȘme que ses implications conceptuelles ne soient comprises, dâimportantes implications expĂ©rimentales furent dĂ©gagĂ©es. Quelques prĂ©dictions en dĂ©coulaient (âŠ) par exemple que les horloges doivent ralentir dans un champ gravitationnel. (âŠ) Ou encore que la lumiĂšre se courbe lorsquâelle circule au travers dâun champ gravitationnel. (âŠ) La thĂ©orie dâEinstein a des consĂ©quences trĂšs importantes, puisque les rayons de lumiĂšre sont courbĂ©s par le champ gravitationnel qui, Ă son tour, rĂ©agit Ă la prĂ©sence de la matiĂšre. La seule conclusion possible est que la prĂ©sence de matiĂšre influence la gĂ©omĂ©trie de lâespace. (âŠ) Si deux rayons de lumiĂšre sont initialement parallĂšles, ils peuvent se rencontrer, sâils passent tous les deux prĂšs dâune Ă©toile. Ils sont recourbĂ©s lâun vers lâautre. Par consĂ©quent, la gĂ©omĂ©trie euclidienne (oĂč les droites parallĂšles ne se rencontrent jamais) nâest pas adaptĂ©e au monde rĂ©el. De plus, la gĂ©omĂ©trie varie sans cesse, parce que la matiĂšre est sans arrĂȘt en mouvement. La gĂ©omĂ©trie de lâespace nâest pas plate comme un plan infini. Elle est plutĂŽt comme la surface de lâocĂ©an : incroyablement dynamique, avec de grandes vagues et de toutes petites rides. Ainsi, la gĂ©omĂ©trie de lâespace sâest rĂ©vĂ©lĂ©e nâĂȘtre quâun autre champ. (âŠ) Dans la relativitĂ© restreinte, lâespace et le temps forment, ensemble, une entitĂ© quadridimensionnelle quâon appelle espace-temps. (âŠ) Lâunification einsteinienne du champ gravitationnel avec la gĂ©omĂ©trie de lâespace-temps Ă©tait le signal de la transformation profonde de notre façon de concevoir la nature. Avant Einstein, lâespace et le temps avaient Ă©tĂ© pensĂ©s comme possĂ©dant des caractĂ©ristiques fixes, donnĂ©es une fois pour toutes : la gĂ©omĂ©trie de lâespace est, a Ă©tĂ© et sera toujours celle dĂ©crite par Euclide et le temps avance indĂ©pendamment de tout le reste. Les choses pouvaient se dĂ©placer dans lâespace et Ă©voluer dans le temps, mais lâespace et le temps eux-mĂȘmes ne changeaient jamais. (âŠ) La thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la relativitĂ© dâEinstein diffĂšre complĂštement. Il nây a plus de fond fixe. La gĂ©omĂ©trie de lâespace et du temps varie et Ă©volue en permanence, ainsi que le reste de la nature. (âŠ) Il nây a plus un champ qui se dĂ©place sur un fond gĂ©omĂ©trique fixe. Au contraire, nous avons une collection de champs, qui interagissent tous, les uns avec les autres, qui sont dynamiques, qui tous exercent une influence sur les autres, et la gĂ©omĂ©trie de lâespace-temps en fait partie. (âŠ) La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale a vite menĂ© aux prĂ©dictions de phĂ©nomĂšnes nouveaux, tels que lâexpansion de lâunivers, le Big Bang, les ondes gravitationnelles et les trous noirs, dont il existe, pour tous, de solides preuves expĂ©rimentales. (âŠ) La leçon principale de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale Ă©tait quâil nây avait pas de gĂ©omĂ©trie fixe du fond spatio-temporel. (âŠ) Cela signifie que les lois de la nature doivent sâexprimer sous une forme qui ne prĂ©suppose pas que lâespace ait une gĂ©omĂ©trie fixe. Câest le cĆur de la leçon einsteinienne. Cette forme se traduit en principe, celui dâindĂ©pendance par rapport au fond. Ce principe Ă©nonce que les lois de la nature peuvent ĂȘtre dĂ©crites dans leur totalitĂ© sans prĂ©supposer la gĂ©omĂ©trie de lâespace. (âŠ) Lâespace et le temps Ă©mergent de ces lois plutĂŽt que de faire partie de la scĂšne oĂč se joue le spectacle. Un autre aspect de lâindĂ©pendance par rapport au fond est quâil nâexiste pas de temps privilĂ©giĂ©. La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©crit lâhistoire du monde au niveau fondamental en termes dâĂ©vĂ©nements et de relations entre eux. Les relations les plus importantes concernent la causalitĂ© : un Ă©vĂ©nement peut se trouver dans la chaĂźne causale qui mĂšne Ă un autre Ă©vĂ©nement. (âŠ) Ce sont lesdits Ă©vĂ©nements qui constituent lâespace. (âŠ) Toute dĂ©finition concrĂšte de lâespace dĂ©pend du temps. Il existe autant de dĂ©finitions de lâespace que de temporalitĂ©s diffĂ©rentes. (âŠ) La question fondamentale pour la thĂ©orie quantique de la gravitation est, par consĂ©quent, celle-ci : peut-on Ă©tendre Ă la thĂ©orie quantique le principe selon lequel lâespace nâa pas de gĂ©omĂ©trie fixe ? Câest-Ă -dire peut-on faire une thĂ©orie quantique indĂ©pendante du fond, au moins en ce qui concerne la gĂ©omĂ©trie de lâespace ? »
RelativitĂ© de la matiĂšre elle-mĂȘme ?
« Il y a de nombreux Ă©tats du vide qui seraient difficilement interprĂ©tables en concevant lâespace comme « vide ». Un champ quantique a toujours une Ă©nergie de base rĂ©siduelle non nulle (âŠ) activitĂ© rĂ©siduelle qui se maintient en lâabsence dâexcitations du vide sous formes de quanta, activitĂ© qui se manifeste dans les expĂ©riences. Si nous considĂ©rons le champ Ă©lectromagnĂ©tique, par exemple, alors les fluctuations de celui-ci peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme des crĂ©ations et annihilations spontanĂ©es de photons virtuels, ou de couples virtuels de particule/antiparticule (polarisation du vide). Quand le champ Ă©lectromagnĂ©tique est en interaction, disons avec un Ă©lectron (ou avec toute particule ou champ), la polarisation du vide peut produire des changements observables, comme ceux de la structure hyperfine de lâhydrogĂšne (dĂ©doublement des raies appelĂ© effet Lamb shift). Dans la physique des particules, la notion dâĂ©tat du vide joue un rĂŽle croissant. Il y a plusieurs Ă©tats du vide, avec notamment les notions de « faux vide », dâeffet tunnel dâun Ă©tat du vide Ă un autre (Coleman, 1977), dâĂ©tats particuliers du vide (Emch, 1972), etc. (âŠ) Mon opinion est que ces Ă©tats du vide qui sont des niveaux de base se fondent sur une sorte de structure de niveau infĂ©rieur qui joue un rĂŽle dans la structure inertielle de lâespace-temps (âŠ) Ce qui apparaĂźt du vide pour un observateur peut apparaĂźtre comme de la matiĂšre pour un observateur accĂ©lĂ©rĂ©. »
Michel Spiro dans « Les dossiers de La Recherche » de juillet 2006 :
« La masse des particules ne serait pas une propriĂ©tĂ© intrinsĂšque des particules elles-mĂȘmes : elle serait liĂ©e Ă la maniĂšre dont celles-ci interagissent avec la structure quantique du vide. »
Michel CassĂ© dans « Dictionnaire de lâignorance » :
« Le niveau de description ultime susceptible de fonder la singularitĂ© du vide est la thĂ©orie quantique des champs, qui combine les concepts de la relativitĂ© restreinte et ceux de la physique quantique. (âŠ) le vide y est le ciment permanent de lâunivers, les particules en jaillissent et y replongent comme des poissons volants, non sans servir de monnaie dâĂ©change entre les particules stables et durables qui donnent sa chair au monde, et qui proviennent dâailleurs elles-mĂȘmes de la pulvĂ©risation du vide primordial. (âŠ) Les particules virtuelles (du vide quantique) sont si fugitives quâelles sont comme si elles nâĂ©taient pas. Les particules « rĂ©elles » et « virtuelles » sont tout aussi existantes les unes que les autres, mais les derniĂšres disparaissent avant mĂȘme quâon puisse les observer. (âŠ) Les termes de « fluctuation du vide » et « particules virtuelles » sont Ă©quivalents dans la description, le premier appartenant au langage des champs, le second Ă celui des particules. (âŠ) Les fluctuations Ă©lectromagnĂ©tiques, et donc les photons virtuels qui en sont la contrepartie dans le langage des particules, furent mises en Ă©vidence dĂšs 1940, par la mesure du dĂ©calage des raies spectrales de lâhydrogĂšne (Lamb shift) dĂ» Ă un trĂšs lĂ©ger changement des niveaux dâĂ©nergie de lâatome correspondant, et par la dĂ©couverte dâune minuscule attraction entre deux plaques conductrices (effet Casimir). (âŠ) Le vide se peuple dâune invisible engeance. Lâinventaire du moindre centimĂštre cube dâespace frappe de stupeur : les paires Ă©lectron-positon (+ et -) cĂŽtoient toute une faune de quanta. Les paires Ă©lectron-positon virtuelles, en dĂ©pit de leur faible durĂ©e de vie, sâorientent dans le champ Ă©lectrique des charges Ă©lectriques prĂ©sentes et modifient leurs effets. OcĂ©an de particules virtuelles, on peut sâĂ©tonner de voir encore Ă travers le vide, tant il est poissonneux En lui sâĂ©battent tous les photons, bosons intermĂ©diaires et gluons nĂ©cessaires Ă la transmission des forces qui charpentent, coordonnent et organisent le monde. Les particules furtives qui Ă©mergent du vide et sây prĂ©cipitent aussitĂŽt relient entre elles les particules stables et durables de la matiĂšre, dites particules rĂ©elles (quarks et leptons). (âŠ) Le vide, Ă la diffĂ©rence de la matiĂšre et du rayonnement, est insensible Ă la dilatation car sa pression est nĂ©gative. Ceci provient de la relation : pression = opposĂ© de la densitĂ© dâĂ©nergie qui lui confĂšre son invariance relativiste. La pression nĂ©gative engendre une rĂ©pulsion gravitationnelle. De fait, si la gravitation freine lâexpansion de lâunivers, lâantigravitation ne peut que lâaccĂ©lĂ©rer. Le vide est Ă©carteur dâespace et crĂ©ateur de matiĂšre. (âŠ) La crĂ©ation de matiĂšre (via la lumiĂšre) est le fruit de la transmutation du vide indiffĂ©renciĂ© en entitĂ©s physiques distinctes. Il y a lĂ une chaĂźne physique de la genĂšse : Vide -> LumiĂšre -> MatiĂšre et AntimatiĂšre. Le vide est une composante de lâunivers, distincte de la matiĂšre ordinaire et du rayonnement. Vide, rayonnement et matiĂšre diffĂšrent par leur Ă©quation dâĂ©tat (relation entre densitĂ© et pression pour le fluide considĂ©rĂ©), laquelle influe sur lâexpansion de lâunivers et est influencĂ©e par elle, par le biais des transitions de phase. (âŠ) Sa rage savonneuse Ă sâĂ©tendre indĂ©finiment, lâunivers la tiendrait du vide. Le vide a enflĂ© sa bulle. (âŠ) Il y a autant de vides que de champs. (âŠ) Chaque restructuration profonde, ou brisure de symĂ©trie, modifie lâĂ©tat du vide. Inversement, chaque modification de lâĂ©tat du vide induit une brisure de symĂ©trie. LâĂ©volution de lâunivers procĂšde ainsi par brisures de symĂ©trie successives qui se soldent par des transitions de phase, lesquelles bouleversent lâapparence globale du cosmos. »
Maurice Jacob dans « Au cĆur de la matiĂšre » :
« Le vide est animĂ© par la crĂ©ation continuelle et la disparition rapide de paires Ă©lectron-positron. Ce sont des paires virtuelles mais cela va compliquer notre processus dâabsorption qui ne demande quâun temps trĂšs bref durant lequel ces paires virtuelles ont bien le temps de se manifester. LâĂ©lectron, de charge nĂ©gative, va ainsi attirer les positrons de ces paires virtuelles en repoussant leurs Ă©lectrons. « Approchant » de lâĂ©lectron, le photon va ainsi le « voir » entourĂ© dâun « nuage » de charge positive dĂ» aux positrons virtuels attirĂ©s. Il aura lâimpression que la charge de lâĂ©lectron est plus faible que celle annoncĂ©e. Câest une version quantique de lâeffet dâĂ©cran. (âŠ) Revenons Ă notre Ă©lectron absorbant un photon tout en sâentourant dâun nuage virtuel contenant plus de positrons que dâĂ©lectrons. Si le transfert augmente, le photon peut « voir » avec plus dĂ©tail. Il « attrapera » lâĂ©lectron avec une partie plus faible de ce nuage positif qui lâentoure. Le photon aura lâimpression que la charge de lâĂ©lectron augmente avec le transfert quâil apporte. (âŠ) Lâeffet principal peut ĂȘtre conçu comme la transformation de photon en une paire Ă©lectron-positron, quâil rĂ©absorbe avant lâinteraction. (âŠ) La diversitĂ© sort de la structure du vide. (âŠ) Le vide du modĂšle standard a une structure. Il se comporte dâune façon analogue Ă un corps supraconducteur. (âŠ) Si le temps dâobservation est de dix puissance moins 21 secondes (âŠ) des paires Ă©lectron-positron peuvent spontanĂ©ment apparaĂźtre. Si le temps dâobservation tombe Ă dix puissance moins 24 secondes, (âŠ) le vide peut bouillonner de pions. Sur un temps de dix puissance moins 26 secondes, une particule Z peut se manifester. (âŠ) Quand on atteint un temps de dix puissance moins 44 secondes, la gravitation devient quantique. »
Michel CassĂ© Ă©crit dans « Du vide et de la crĂ©ation » :
« Au centre de la nuĂ©e du virtuel est encore un virtuel, dâordre plus Ă©levĂ©. Et ces Ă©lectrons et positons doublement virtuels sâentourent eux-mĂȘmes de leur propre nuage de corpuscules virtuels, et cela ad infinitum. (âŠ) Lâimage quantique qui en rĂ©sulte est un Ă©lectron (âŠ) protĂ©gĂ© par des rangs successifs de photons virtuels (âŠ) LâĂ©lectron nâest plus lâĂȘtre simple quâil Ă©tait. (âŠ) Il sâhabille de vide fluctuant. De mĂȘme, chaque proton est dĂ©peint comme un microcosme concentrique oĂč sâĂ©tagent les diffĂ©rents niveaux de virtualitĂ©. Au centre est la particule rĂ©elle, sa garde rapprochĂ©e est constituĂ©e par des particules et antiparticules les plus massives (Ă©nergĂ©tiques) et donc les plus Ă©phĂ©mĂšres, bosons W et Z, paires proton-antiproton et photons gamma. Le second cercle contient les couples positon-Ă©lectron et les photons de 1 MeV environ. A la pĂ©riphĂ©rie flottent les photons dâĂ©nergie dĂ©clinante. Chaque particule virtuelle, comme prĂ©cĂ©demment, sâentoure de son cosmos virtuel et chacune Ă son tour fait de mĂȘme et cela indĂ©finiment. Le vide est constituĂ© dâun nuage virtuel flottant de maniĂšre alĂ©atoire. LâactivitĂ© frĂ©nĂ©tique autour du moindre Ă©lectron, du moindre proton, nous Ă©loigne Ă jamais de lâimage paisible que la plupart des philosophes attribuent au mot « vide ». »
Lee Smolin dans ’Rien ne va plus en physique" :
« Quelques siĂšcles avant Einstein, GalilĂ©e avait dĂ©couvert lâunification du repos avec le mouvement uniforme (en ligne droite Ă vitesse constante). A partir de 1907 environ, Einstein a commencĂ© Ă sâinterroger sur les autres types de mouvement, tel le mouvement accĂ©lĂ©rĂ©. Dans le mouvement accĂ©lĂ©rĂ©, la direction ou la vitesse varient. (âŠ) Câest Ă ce moment quâEinstein a fait lâavancĂ©e la plus extraordinaire. Il a rĂ©alisĂ© que lâon ne pouvait pas distinguer les effets de lâaccĂ©lĂ©ration des effets de la gravitĂ©. (âŠ) Dans une cabine dâascenseur en chute libre, les passagers de la cabine ne sentiraient plus leur poids. (âŠ) LâaccĂ©lĂ©ration de lâascenseur en chute libre compense totalement lâeffet de la gravitĂ©. (âŠ) Lâunification de lâaccĂ©lĂ©ration et de la gravitation a eu des consĂ©quences importantes et, avant mĂȘme que ses implications conceptuelles ne soient comprises, dâimportantes implications expĂ©rimentales furent dĂ©gagĂ©es. Quelques prĂ©dictions en dĂ©coulaient (âŠ) par exemple que les horloges doivent ralentir dans un champ gravitationnel. (âŠ) Ou encore que la lumiĂšre se courbe lorsquâelle circule au travers dâun champ gravitationnel. (âŠ) La thĂ©orie dâEinstein a des consĂ©quences trĂšs importantes, puisque les rayons de lumiĂšre sont courbĂ©s par le champ gravitationnel qui, Ă son tour, rĂ©agit Ă la prĂ©sence de la matiĂšre. La seule conclusion possible est que la prĂ©sence de matiĂšre influence la gĂ©omĂ©trie de lâespace. (âŠ) Si deux rayons de lumiĂšre sont initialement parallĂšles, ils peuvent se rencontrer, sâils passent tous les deux prĂšs dâune Ă©toile. Ils sont recourbĂ©s lâun vers lâautre. Par consĂ©quent, la gĂ©omĂ©trie euclidienne (oĂč les droites parallĂšles ne se rencontrent jamais) nâest pas adaptĂ©e au monde rĂ©el. De plus, la gĂ©omĂ©trie varie sans cesse, parce que la matiĂšre est sans arrĂȘt en mouvement. La gĂ©omĂ©trie de lâespace nâest pas plate comme un plan infini. Elle est plutĂŽt comme la surface de lâocĂ©an : incroyablement dynamique, avec de grandes vagues et de toutes petites rides. Ainsi, la gĂ©omĂ©trie de lâespace sâest rĂ©vĂ©lĂ©e nâĂȘtre quâun autre champ. (âŠ) Dans la relativitĂ© restreinte, lâespace et le temps forment, ensemble, une entitĂ© quadridimensionnelle quâon appelle espace-temps. (âŠ) Lâunification einsteinienne du champ gravitationnel avec la gĂ©omĂ©trie de lâespace-temps Ă©tait le signal de la transformation profonde de notre façon de concevoir la nature. Avant Einstein, lâespace et le temps avaient Ă©tĂ© pensĂ©s comme possĂ©dant des caractĂ©ristiques fixes, donnĂ©es une fois pour toutes : la gĂ©omĂ©trie de lâespace est, a Ă©tĂ© et sera toujours celle dĂ©crite par Euclide et le temps avance indĂ©pendamment de tout le reste. Les choses pouvaient se dĂ©placer dans lâespace et Ă©voluer dans le temps, mais lâespace et le temps eux-mĂȘmes ne changeaient jamais. (âŠ) La thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la relativitĂ© dâEinstein diffĂšre complĂštement. Il nây a plus de fond fixe. La gĂ©omĂ©trie de lâespace et du temps varie et Ă©volue en permanence, ainsi que le reste de la nature. (âŠ) Il nây a plus un champ qui se dĂ©place sur un fond gĂ©omĂ©trique fixe. Au contraire, nous avons une collection de champs, qui interagissent tous, les uns avec les autres, qui sont dynamiques, qui tous exercent une influence sur les autres, et la gĂ©omĂ©trie de lâespace-temps en fait partie. (âŠ) La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale a vite menĂ© aux prĂ©dictions de phĂ©nomĂšnes nouveaux, tels que lâexpansion de lâunivers, le Big Bang, les ondes gravitationnelles et les trous noirs, dont il existe, pour tous, de solides preuves expĂ©rimentales. (âŠ) La leçon principale de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale Ă©tait quâil nây avait pas de gĂ©omĂ©trie fixe du fond spatio-temporel. (âŠ) Cela signifie que les lois de la nature doivent sâexprimer sous une forme qui ne prĂ©suppose pas que lâespace ait une gĂ©omĂ©trie fixe. Câest le cĆur de la leçon einsteinienne. Cette forme se traduit en principe, celui dâindĂ©pendance par rapport au fond. Ce principe Ă©nonce que les lois de la nature peuvent ĂȘtre dĂ©crites dans leur totalitĂ© sans prĂ©supposer la gĂ©omĂ©trie de lâespace. (âŠ) Lâespace et le temps Ă©mergent de ces lois plutĂŽt que de faire partie de la scĂšne oĂč se joue le spectacle. Un autre aspect de lâindĂ©pendance par rapport au fond est quâil nâexiste pas de temps privilĂ©giĂ©. La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©crit lâhistoire du monde au niveau fondamental en termes dâĂ©vĂ©nements et de relations entre eux. Les relations les plus importantes concernent la causalitĂ© : un Ă©vĂ©nement peut se trouver dans la chaĂźne causale qui mĂšne Ă un autre Ă©vĂ©nement. (âŠ) Ce sont lesdits Ă©vĂ©nements qui constituent lâespace. (âŠ) Toute dĂ©finition concrĂšte de lâespace dĂ©pend du temps. Il existe autant de dĂ©finitions de lâespace que de temporalitĂ©s diffĂ©rentes. (âŠ) La question fondamentale pour la thĂ©orie quantique de la gravitation est, par consĂ©quent, celle-ci : peut-on Ă©tendre Ă la thĂ©orie quantique le principe selon lequel lâespace nâa pas de gĂ©omĂ©trie fixe ? Câest-Ă -dire peut-on faire une thĂ©orie quantique indĂ©pendante du fond, au moins en ce qui concerne la gĂ©omĂ©trie de lâespace ? (âŠ) En 1916, Einstein avait dĂ©jĂ compris quâil existait des ondes gravitationnelles et quâelles portaient une Ă©nergie. Il a tout de suite remarquĂ© que la condition de cohĂ©rence avec la physique atomique demande que lâĂ©nergie portĂ©e par les ondes gravitationnelles soit dĂ©crite en termes de la thĂ©orie quantique (dans « Approximate integration of the field of gravitation ». (âŠ) Heisenberg et Pauli croyaient que, lorsquâelles sont trĂšs faibles, on pouvait considĂ©rer les ondes gravitationnelles comme de minuscules ondulations qui viennent dĂ©ranger une gĂ©omĂ©trie fixe. Si lâon jette une pierre dans un lac par un matin calme, elle provoquera de petites ondulations qui ne dĂ©rangeront que trĂšs peu la surface plane de lâeau, il sera alors facile de penser que les rides se dĂ©placent sur un fond fixe donnĂ© par une surface. Mais quand les vagues sont fortes et turbulentes prĂšs dâune plage lors dâune tempĂȘte, cela nâa aucun sens de les considĂ©rer comme des perturbations de quelque chose de fixe. La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale prĂ©dit quâil existe des rĂ©gions de lâunivers oĂč la gĂ©omĂ©trie de lâespace-temps Ă©volue de façon turbulente comme les vagues qui viennent frapper la plage. Pourtant, Heisenberg et Pauli croyaient quâil serait plus facile dâĂ©tudier dâabord les cas oĂč les ondes gravitationnelles sont extrĂȘmement faibles et peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme de petites rides sur un fond fixe. Cela leur permettait dâappliquer les mĂȘmes mĂ©thodes que celles quâils avaient dĂ©veloppĂ©es pour lâĂ©tude des champs quantiques Ă©lectromagnĂ©tiques qui se dĂ©placeraient sur un fond spatio-temporel fixe. (âŠ) Le rĂ©sultat Ă©tait que chaque onde gravitationnelle devait ĂȘtre analysĂ©e selon la mĂ©thode dictĂ©e par la mĂ©canique quantique, comme une particule quâon appelle graviton â analogue au photon, qui, lui, est un quantum du champ Ă©lectromagnĂ©tique. Or, Ă lâĂ©tape suivante, un Ă©norme problĂšme sâest posĂ©, car les ondes gravitationnelles interagissent entre elles. Elles interagissent avec tout ce qui a une Ă©nergie ; et elles-mĂȘmes ont aussi une Ă©nergie. Ce problĂšme nâapparaĂźt pour les ondes Ă©lectromagnĂ©tiques, puisque les photons interagissent avec les charges Ă©lectriques et magnĂ©tiques, ils ne sont pas eux-mĂȘmes chargĂ©s et, par consĂ©quent, ils peuvent facilement traverser les autres photons. (âŠ) Puisque les ondes gravitationnelles interagissent les unes avec les autres, elles ne peuvent plus ĂȘtre pensĂ©es comme se dĂ©plaçant sur un fond fixe. Elles modifient le fond sur lequel elles se dĂ©placent. (âŠ) Il ne suffit pas dâavoir une thĂ©orie des gravitons fabriquĂ©s Ă partir de cordes se tortillant dans lâespace (thĂ©orie des cordes). Nous avons besoin dâune thĂ©orie de ce qui fait lâespace, câest-Ă -dire une thĂ©orie indĂ©pendante du fond. (âŠ) Les approches les plus rĂ©ussies, Ă ce jour, de la gravitĂ© quantique utilisent la combinaison de trois idĂ©es fondamentales : que lâespace est Ă©mergent, que la description est fondamentalement discrĂšte et que cette description fait intervenir la causalitĂ© de façon cruciale. (âŠ) Personne plus que Roger Penrose nâa contribuĂ© Ă notre façon dâapprĂ©hender et dâutiliser la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale, exceptĂ© Einstein lui-mĂȘme. (âŠ) Penrose a affirmĂ© pendant des annĂ©es que lâinsertion de la gravitĂ© dans la thĂ©orie quantique rend cette thĂ©orie non linĂ©aire. Cela mĂšne Ă la rĂ©solution du problĂšme de la mesure, par le fait que les effets de la gravitĂ© quantique causent un collapse dynamique de lâĂ©tat quantique. (âŠ) Bien que beaucoup de physiciens de premier plan admettent en privĂ© que le problĂšme des fondements de la mĂ©canique quantique existe, leur expression en public consiste Ă dire que tous ces problĂšmes ont Ă©tĂ© rĂ©solus dans les annĂ©es 1920. (âŠ) DĂ©sirez-vous une rĂ©volution scientifique ? Laissez entrer quelques rĂ©volutionnaires. (âŠ) Il existe quelques caractĂ©ristiques des universitĂ©s et des centres de recherche qui dĂ©couragent tout changement. »
LIRE ENCORE :
Le vide matĂ©riel ou la matiĂšre crĂ©e lâespace par Michel Paty
Messages
1. Quâest-ce qui est relatif ?, 30 mai 2015, 06:46
Dans le systĂšme newtonien, lâaction de deux masses suffisamment rapprochĂ©es est indĂ©pendante des Ă©toiles fixes. Il nâen est plus de mĂȘme pour Einstein : tout est relatif ; lâinertie dâun corps, ne pouvant se comprendre que comme sa rĂ©sistance aux accĂ©lĂ©rations relatives quâil Ă©prouve par rapport aux corps qui ne se meuvent pas avec lui, sâaccroĂźt avec la masse de ceux-ci. Un corps qui serait rigoureusement seul nâaurait pas dâinertie.
Câest pourquoi la loi de gravitation einsteinienne sâexprime en Ă©quations intrinsĂšques indĂ©pendantes de tout systĂšme de rĂ©fĂ©rence.
En partant de ces principes, le mouvement dâun corps attirĂ© suivant les lois de Newton par un autre corps sâexprimera dâune façon toute diffĂ©rente de la mĂ©thode connue. Il y a lieu de faire remarquer que dans le calcul devra intervenir Ă©galement le fait que lâĂ©nergie possĂšde une masse. Une planĂšte quelconque dispose donc dâune masse inerte dĂ©pendant de lâaccroissement de potentiel gravitique, due aux autres astres et plus ou moins modifiĂ©e par la masse de lâĂ©nergie agissante.
Einstein a calculĂ© les lois gĂ©nĂ©rales du mouvement et les a appliquĂ©es, sans y apporter aucune correction spĂ©ciale ni y joindre aucune hypothĂšse particuliĂšre, au cas de Mercure. Il a ainsi trouvĂ© que la trajectoire nâest pas une ellipse mais une courbe sâen rapprochant et que le pĂ©rihĂ©lie doit avoir un mouvement sĂ©culaire de 43ââ.
Les observations donnent 45ââ : on voit combien est remarquable cette rĂ©ussite.
Extrait de Lucien Fabre, « Une nouvelle figure du monde. Les ThĂ©ories dâEinstein »
2. Quâest-ce qui est relatif ?, 17 dĂ©cembre 2016, 08:55
Relativité selon Langevin :
LâAspect gĂ©nĂ©ral de la thĂ©orie de la relativitĂ©
La relativité, conclusion générale
Le Principe de Relativité
Sur lâimpossibilitĂ© physique de mettre en Ă©vidence le mouvement de translation de la Terre
3. Quâest-ce qui est relatif ?, 17 dĂ©cembre 2016, 08:56
Relativité selon Galilée :
"Enfermez-vous avec un ami dans la cabine principale Ă lâintĂ©rieur dâun grand bateau et prenez avec vous des mouches, des papillons, et dâautres petits animaux volants. Prenez une grande cuve dâeau avec un poisson dedans, suspendez une bouteille qui se vide goutte Ă goutte dans un grand rĂ©cipient en dessous dâelle. Avec le bateau Ă lâarrĂȘt, observez soigneusement comment les petits animaux volent Ă des vitesses Ă©gales vers tous les cĂŽtĂ©s de la cabine. Le poisson nage indiffĂ©remment dans toutes les directions, les gouttes tombent dans le rĂ©cipient en dessous, et si vous lancez quelque chose Ă votre amis, vous nâavez pas besoin de le lancer plus fort dans une direction que dans une autre, les distances Ă©tant Ă©gales, et si vous sautez Ă pieds joints, vous franchissez des distances Ă©gales dans toutes les directions. Lorsque vous aurez observĂ© toutes ces choses soigneusement (bien quâil nây ait aucun doute que lorsque le bateau est Ă lâarrĂȘt, les choses doivent se passer ainsi), faites avancer le bateau Ă lâallure qui vous plaira, pour autant que la vitesse soit uniforme [câest-Ă -dire constante] et ne fluctue pas de part et dâautre. Vous ne verrez pas le moindre changement dans aucun des effets mentionnĂ©s et mĂȘme aucun dâeux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou Ă lâarrĂȘt ..."
(Galilée, "Dialogue concernant les deux plus grands systÚmes du monde", 1632