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Rosa Luxemburg et les bolcheviks à la tête de la révolution russe
samedi 26 juillet 2025, par
Rosa Luxemburg et les bolcheviks à la tête de la révolution russe
« Les bolcheviks ont certainement commis plus d’une faute dans leur politique et en commettent sans doute encore - qu’on nous cite une révolution où aucune faute n’ait été commise ! L’idée d’une politique révolutionnaire sans faille, et surtout dans cette situation sans précédent, est si absurde qu’elle est tout juste digne d’un maître d’école allemand. Si, dans une situation exceptionnelle, un simple vote au Reichstag fait déjà perdre la « tête » aux « chefs » du socialisme allemand, alors que la voie leur est clairement tracée par l’abc du socialisme, si alors leur cœur bat la chamade et s’ils y perdent tout leur socialisme comme une leçon mal apprise - comment veut-on qu’un parti placé dans une situation historique véritablement épineuse et inédite, où il veut tracer de nouvelles voies pour le monde entier, comment veut-on qu’il ne commette pas de faute ?
Cependant, la situation fatale dans laquelle se trouvent aujourd’hui les bolchéviks ainsi que la plupart de leurs fautes sont elles-mêmes la conséquence du caractère fondamentale¬ment insoluble du problème auquel les a confrontés le prolétariat international et surtout le prolétariat allemand. Établir une dictature prolétarienne et accomplir un bouleversement socialiste dans un seul pays, encerclé par l’hégémonie sclérosée de la réaction impérialiste et assailli par une guerre mondiale, la plus sanglante de l’histoire humaine, c’est la quadrature du cercle. Tout parti socialiste était condamné à échouer devant cette tâche et à périr, qu’il soit guidé, dans sa politique par la volonté de vaincre et la foi dans le socialisme international, ou par le renoncement à soi-même.
Nous aimerions les voir à l’œuvre, ces Basques pleurnichards, les Axelrod, les Dan, les Grigoriants et compagnie qui, l’écume aux lèvres, vitupèrent contre les bolcheviks et colportent leurs misères à l’étranger, trouvant en cela - et comment donc ! - des âmes compa¬tis¬santes, celles de héros tels que Ströbel, Bernstein et Kautsky, nous aimerions bien voir ces Allemands à la place des bolcheviks ! Toute leur subtile sagesse se bornerait à une alliance avec les Milioukov à l’intérieur, avec l’Entente à l’extérieur, sans oublier qu’à l’inté¬rieur, ils renonceraient consciemment à accomplir la moindre réforme socialiste ou même à l’entamer, en vertu de cette célèbre prudence de châtré selon laquelle la Russie est un pays agraire où le capitalisme n’est pas encore à point.
Voilà bien la fausse logique de la situation objective tout parti socialiste qui accède aujourd’hui au pouvoir en Russie est condamné à adopter une fausse tactique aussi longtemps que le gros de l’armée prolétarienne internationale, dont il fait partie, lui fera faux bond.
La responsabilité des fautes des bolcheviks incombe en premier lieu au prolétariat international et surtout à la bassesse persistante et sans précédent de la social-démocratie allemande, parti qui prétendait en temps de paix marcher à la pointe du prolétariat mondial, s’attribuait le privilège d’endoctriner et de diriger tout le monde, comptait dans le pays au moins dix millions de partisans des deux sexes et qui maintenant crucifie le socialisme trente six fois par jour sur l’ordre des classes dirigeantes, comme les valets vénaux du Moyen Age.
Les nouvelles qui nous viennent aujourd’hui de Russie et la situation des bolcheviks sont un appel émouvant à la dernière étincelle du sentiment de l’honneur qui som¬meille encore dans les masses d’ouvriers et de soldats allemands. Ils ont permis de sang-froid que la révolution russe soit déchiquetée, encerclée, affamée. Puissent-ils à la douzième heure la sauver au moins du comble de l’horreur : le suicide moral, l’alliance avec l’impérialisme allemand.
Il n’y a qu’une seule issue au drame qui s’est noué en Russie : l’insurrection tombant sur l’arrière de l’impérialisme allemand, le soulèvement des masses allemandes qui donnerait le signal d’un achèvement révolutionnaire international du génocide. Le sauvetage de l’honneur de la révolution russe coïncide, en cette heure fatale, avec le salut de l’honneur du prolétariat allemand et du socialisme international.
https://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19180900.htm
Rosa Luxemburg
Le parti bolchevik, force motrice de la révolution russe
La première période de la révolution russe, depuis le moment où elle a éclaté, en mars, jusqu’au coup d’État d’octobre, répond exactement, dans son cours général, au schéma du développement, tant de la Révolution anglaise que de la Révolution française. C’est la forme de développement typique de tout premier grand heurt des forces révolutionnaires créées au sein de la société bourgeoise contre les chaînes de la vieille société.
Son développement se poursuit naturellement selon une ligne ascendante, en partant de débuts modérés, jusqu’à des buts de plus en plus radicaux, et, parallèlement, de la collaboration des classes et des partis à la domination exclusive du parti le plus radical.
Au début, en mars 1917, la révolution fut dirigée par les "cadets", c’est-à-dire la bourgeoisie libérale. La première vague du flot révolutionnaire emporta tout : la quatrième Douma, le produit le plus réactionnaire du plus réactionnaire des systèmes électoraux, celui des quatre classes, issu du coup d’Etat, se transforma du jour au lendemain en un organe de la révolution. Tous les partis bourgeois, y compris les droites nationalistes, formèrent soudain un seul bloc uni contre l’absolutisme. Celui-ci s’écroula dès le premier choc, presque sans combat, comme un organe pourri qu’il suffisait de toucher du doigt pour le faire tomber. De même, la courte tentative faite par la bourgeoisie libérale pour sauver au moins la dynastie et le trône fut brisée en quelques heures. Le flot impétueux des évènements submergea en quelques jours des territoires que la Révolution française avait mis des dizaines d’années à conquérir. Il apparut ici que la Russie réalisait les résultats d’un siècle de développement européen, et, avant tout, que la révolution de 1917 était une continuation directe de celle de 1905-1907, et non un cadeau des "libérateurs allemands". En somme, la révolution reprenait en mars 1917 au point exact où la précédente avait interrompu son oeuvre, dix ans auparavant. La République démocratique était le produit tout prêt, intérieurement mûr, du premier assaut de la révolution.
Alors commença la seconde étape, la plus difficile. Dès le début, la force motrice de la révolution fut le prolétariat des villes. Mais ses revendications étaient loin d’être épuisées par l’instauration de la démocratie politique, elles portaient avant tout sur la question brûlante de la politique internationale : la paix immédiate. En même temps, la révolution se précipita sur la masse de l’armée, qui éleva la même revendication d’une paix immédiate, et sur la masse de la paysannerie, qui mit au premier plan la question agraire, ce pivot de la révolution depuis 1905.
La paix immédiate et la terre : avec ces deux mots d’ordre, la scission intérieure du bloc révolutionnaire était faite. Le premier était en contradiction absolue avec les tendances impérialistes de la bourgeoisie libérale, dont le porte-parole était Milioukov. Le second, véritable spectre pour l’aile droite de la bourgeoisie, la noblesse terrienne, était en même temps, en tant qu’attentat à la sacro-sainte propriété individuelle, un point douloureux pour l’ensemble des classes possédantes.
C’est ainsi que, au lendemain même de la première victoire de la révolution, commença dans son sein une lutte autour de ces deux questions brûlantes : la paix et la question agraire. La bourgeoisie libérale lança une tactique de diversion et de faux-fuyants. Les masses ouvrières, l’armée, les paysans, exerçaient une pression de plus en plus forte. Il ne fait aucun doute qu’à ces deux questions, celle de la paix et celle de la terre, étaient liés les destins mêmes de la bourgeoisie politique, de la république. Les classes bourgeoises qui, submergées par la première vague de la révolution, s’étaient laissées entraîner jusqu’à la forme d’Etat républicain, commencèrent à chercher en arrière des points d’appui pour pouvoir organiser en silence la contre-révolution. La marche sur Petrograd des cosaques de Kalédine exprima nettement cette tendance. Si ce premier assaut avait été couronné de succès, c’en était fait, non seulement de la question de la paix et de la question agraire, mais aussi du sort de la démocratie elle-même. Une dictature militaire, avec un régime de terreur contre le prolétariat, puis le retour à la monarchie, en eussent été les conséquences inévitables.
On peut mesurer par là ce qu’a d’utopique et au fond de réactionnaire la tactique suivie par les socialistes russes de la tendance Kautsky, les mencheviks. Entêtés dans leur fiction du caractère bourgeois de la révolution russe - puisque la Russie n’était pas encore mûre pour la révolution sociale ! -, ils s’accrochaient désespérément à la collaboration avec les libéraux bourgeois, c’est-à-dire à l’union forcée des éléments, qui, séparés par la marche logique, interne, du développement révolutionnaire, étaient déjà entrés en opposition violente. Les Axelrod, les Dan, voulaient à tout prix collaborer avec les classes et les partis qui menaçaient précisément des plus grands dangers la révolution et sa première conquête, la démocratie.
Dans cette situation, c’est à la tendance bolcheviste que revient le mérite historique d’avoir proclamé dès le début et suivi avec une logique de fer la tactique qui seule pouvait sauver la démocratie et pousser la révolution en avant. Tout le pouvoir aux masses ouvrières et paysannes, tout le pouvoir aux soviets -c’était là en effet le seul moyen de sortir de la difficulté où se trouvait engagée la révolution, c’était là le coup d’épée qui pouvait trancher le nœud gordien, tirer la révolution de l’impasse et lui ouvrir un champ de développement illimité.
Le parti de Lénine fut ainsi le seul en Russie qui comprit les vrais intérêts de la révolution ; dans cette première période, il en fut la force motrice, en tant que seul parti qui poursuivit une politique réellement socialiste.
C’est ce qui explique également pourquoi les bolcheviks, au début minorité calomniée et traquée de toutes parts, furent en peu de temps poussés à la pointe du mouvement, et purent rassembler sous leurs drapeaux toutes les masses vraiment populaires : le prolétariat des villes, l’armée, la paysannerie, ainsi que les éléments révolutionnaires de la démocratie, à savoir l’aile gauche des socialistes-révolutionnaires.
Au bout de quelques mois, la situation réelle de la révolution russe se trouva résumée dans l’alternative suivante : ou victoire de la contre-révolution ou dictature du prolétariat, ou Kalédine ou Lénine. Telle est la situation qui se produit très rapidement dans chaque révolution, une fois dissipée la première ivresse de la victoire, et qui découlait en Russie des questions brûlantes de la paix et de la terre, pour lesquelles il n’y avait pas de solution possible dans les cadres de la révolution "bourgeoise".
La révolution russe n’a fait que confirmer par là l’enseignement fondamental de toute grande révolution, dont la loi est la suivante : ou aller de l’avant rapidement et résolument, abattre d’une main de fer tous les obstacles, et reculer ses buts de plus en plus loin, ou être rejetée en arrière de son point de départ et écrasée par la contre-révolution. S’arrêter, piétiner sur place, se contenter des premiers résultats obtenus, cela est impossible dans une révolution. Et quiconque veut transporter dans la tactique révolutionnaire ces petites habiletés de la lutte parlementaire, montre uniquement qu’il ignore non seulement la psychologie, la loi profonde de la révolution, mais encore tous les enseignements de l’histoire….
https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus2.htm
Les débuts de la révolution russe vus par Rosa Luxemburg en 1917
Aujourd’hui, la révolution en Russie a triomphé d’emblée de l’absolutisme bureaucratique, mais cette victoire n’est pas une fin, elle n’est qu’un timide. début. D’une part, en raison de son caractère généralement réactionnaire et de son opposition de classe au prolétariat, la bourgeoisie abandonnera un jour ou l’autre, avec une logique inéluctable, ses positions avancées de libéralisme résolu. D’autre part, une fois sur la brèche, l’énergie révolutionnaire du prolétariat russe prendra, avec la même logique historique inéluctable, la voie d’une action démocratique et sociale radicale et remettra le programme de 1905 à l’ordre du jour : républi-que démocratique, journée de huit heures, expropriation des grands propriétaires terriens. Mais il en résulte avant tout pour le prolétariat socialiste de Russie le plus urgent des mots d’ordre, lié indissolublement à tous les autres : fin à la guerre impérialiste !
C’est là que le prolétariat révolutionnaire se révèle par son programme en opposition flagrante avec la bourgeoisie impérialiste russe qui s’enthousiasme pour Constantinople et profite de la guerre. L’action pour la paix en Russie comme ailleurs ne peut prendre qu’une seule forme : celle d’une lutte de classe révolutionnaire contre sa propre bourgeoisie, d’une lutte pour la prise du pouvoir dans l’État.
Ce sont là les perspectives impérieuses du développement ultérieur de la révolution russe. Bien loin d’avoir achevé son oeuvre, elle n’en a accompli que de minces prémices que suivront d’implacables luttes de classe pour la paix et le programme radical du prolétariat.
Au grand drame historique qui se joue sur la Néva correspond le drame satyrique de la Spree. Si notre mémoire ne nous fait défaut, le mot d’ordre du 4 août 1914 2 était : libérons la Russie du despotisme tsariste. C’était là le sublime prétexte du génocide, et au nom de ce « bon vieux programme de Marx et d’Engels », les vassaux de la fraction social-démocrate ont décidé de soutenir la guerre.
Et où est l’allégresse, maintenant que la stratégie militaire allemande a atteint son objectif ? OÙ est le triomphe dans la presse gouvernementale ? Hourrah ! On a réussi ! » En chiens battus, les « libérateurs » allemands contemplent l’œuvre de la révolution russe. Ils ne parviennent même pas à esquisser une grimace décente, à faire contre mauvaise fortune « bon cœur ». La comédie des premiers mois de guerre, la farce mise en scène par la social-démocratie allemande pour la social-démocratie allemande, afin de mener les masses par le bout du nez est si bien oubliée que les acteurs ne tentent même pas d’exhumer les masques poussiéreux pour cacher à demi leur mauvaise humeur.
La peur bleue d’un renforcement de la Russie par un renouveau interne, la peur d’une comparaison, qui saute aux yeux et vous tourne en dérision, entre la Russie qui s’est libérée elle-même par la révolution et la « Pologne indépendante » libérée « manu militari » par les Allemands, la peur surtout du mauvais exemple que pourrait donner la Russie, qui risquerait de corrompre les bonnes mœurs du prolétariat allemand, montre en tous lieux son pied fourchu. Même dans l’organe éclairé de Mosse 3, un flambeau du libéralisme allemand tente naïvement de faire la preuve consolante et rassurante de ce que la fameuse « libération de la Russie », noble objectif de la guerre, achopperait sur des difficultés internes et sombrerait dans l’anarchie. (…)
Avec l’explosion de la révolution en Russie, on a dépassé le point mort où stagnait la situation historique avec la poursuite de la guerre et le renoncement parallèle à la lutte de classe prolétarienne. Dans une Europe qui toute entière sentait le moisi, où l’on étouffait depuis bientôt trois ans, on dirait qu’une fenêtre s’est brusquement ouverte, laissant passer un souffle d’air frais et vivifiant vers lequel chacun se tourne dans un profond soupir. Les « libérateurs » allemands notamment ont aujourd’hui les yeux fixés sur le théâtre de la révolution russe. Les hommages geignards que les gouvernements allemand et austro-hongrois rendent aux « mendiants et conjurés » et la tension anxieuse dans laquelle est accueillie ici la moindre déclaration de Tcheïdze 4 et du conseil des ouvriers et des soldats concernant la guerre et la paix, offrent à présent la confirmation tangible d’un fait que même les socialistes oppositionnels de l’Arbeitsgemeinschaft 5 hier encore ne parvenaient pas à comprendre : aucun « arrangement diplomatique » aucune ambassade Wilson, mais l’action révolutionnaire du prolétariat et elle seule présente une issue à l’impasse de la guerre mondiale. Maintenant, les vainqueurs de Tannenberg et de Varsovie attendent en tremblant des seuls prolétaires russes, de la « rue », qu’ils les délivrent de l’étau de la guerre ! ...
Le prolétariat d’un seul pays ne parviendra pas, il est vrai, a desserrer cet étau, quel que soit l’héroïsme qui l’anime. La révolution russe prend d’elle-même les proportions d’un problème inter¬national. En effet, dans leurs aspirations pacifiques, les travailleurs russes entrent en conflit violent, non seulement avec leur propre bourgeoisie qu’ils savent déjà maîtriser, mais aussi avec la bourgeoisie anglaise, française et italienne. On voit bien à travers le ton bougon des déclarations de la presse bourgeoise des pays de l’Entente, de tous les Times, des Matin, des Corriere della Sera que les capitalistes occidentaux, ces vaillants champions de la « démo-cratie » et des droits des « petites nations » observent avec des grin¬ce¬ments de dents et une rage sans cesse croissante les progrès de la révolution prolétarienne qui fixent le terme de la belle époque d’une hégémonie sans partage de l’impérialisme en Europe. Ces capitalistes de l’Entente constituent le plus solide des renforts pour la bourgeois¬sie russe contre laquelle se dresse le prolétariat russe dans sa lutte pour la paix. Par tous les moyens, diplomatiques, financiers, politico-économiques, ils peuvent exercer sur la Russie une énorme pression et ils l’exercent sans doute déjà. Révolution libérale ? Gouvernement provisoire de la bourgeoisie ? Très bien ! On les a aussitôt reconnus officiellement et on a salué en eux les garants d’un renforcement militaire de la Russie, les instruments obéissants de l’impérialisme internatio¬nal. Mais pas un pas de plus ! Que la révolution dévoile son vrai visage prolétarien, qu’elle se retourne en toute logique contre la guerre et l’impérialisme et ses chers alliés lui montreront aussitôt les dents et chercheront à la museler par tous les moyens. Par conséquent, la tâche qui s’impose aux prolétaires socialistes d’Angleterre, de France et l’Italie est maintenant de lever l’étendard de la rébellion contre la guerre par des actions de masse énergiques dans leur propre pays, contre leurs propres classes dirigeantes, s’ils ne veulent pas trahir lâchement le prolétariat révolutionnaire russe, le laisser massacrer en un combat inégal, non seulement contre la bourgeoisie russe mais aussi contre celle de l’Ouest. Les puissances de l’Entente se sont déjà ingérées dans les affaires intérieures de la révolution russe, il y va donc de l’honneur des travailleurs de ces pays de couvrir la révolution russe et d’imposer la paix par une attaque de flanc révolutionnaire contre leurs propres classes dirigeantes.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article279
Les socialistes gouvernementaux d’Allemagne peuvent bien crier que la domination des bolcheviks en Russie n’est qu’une caricature de dictature du prolétariat. Qu’elle l’ait été ou non, ce ne fut précisément que parce qu’elle était une conséquence de l’attitude du prolétariat allemand, laquelle n’était pas autre chose qu’une caricature de lutte de classes. Nous vivons tous sous la loi de l’histoire, et l’ordre socialiste ne peut précisément s’établir qu’internationalement. Les bolcheviks ont montré qu’ils peuvent faire tout ce qu’un parti vraiment révolutionnaire peut faire dans les limites des possibilités historiques. Qu’ils ne cherchent pas à faire des miracles. Car une révolution prolétarienne modèle et impeccable dans un pays isolé, épuisé par la guerre, étranglé par l’impérialisme, trahi par le prolétariat international, serait un miracle. Ce qui importe, c’est de distinguer dans la politique des bolcheviks l’essentiel de l’accessoire, la substance de l’accident. Dans cette dernière période, où nous sommes à la veille des luttes décisives dans le monde entier, le problème le plus important du socialisme est précisément la question brûlante du moment : non pas telle ou telle question de détail de la tactique, mais la capacité d’action du prolétariat, la combativité des masses, la volonté de réaliser le socialisme. Sous ce rapport, Lénine, Trotsky et leurs amis ont été les premiers qui aient montré l’exemple au prolétariat mondial ; ils sont jusqu’ici encore les seuls qui puisent s’écrier avec Hutten : "J’ai osé !"
C’est là ce qui est essentiel, ce qui est durable dans la politique des bolcheviks. En ce sens, il leur reste le mérite impérissable d’avoir, en conquérant le pouvoir et en posant pratiquement le problème de la réalisation du socialisme, montré l’exemple au prolétariat international, et fait faire un pas énorme dans la voie du règlement de comptes final entre le Capital et le Travail dans le monde entier. En Russie, le problème ne pouvait être que posé. Et c’est dans ce sens que l’avenir appartient partout au "bolchevisme".
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1502
Lire aussi :
https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus.htm