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Révolution et contre-révolution en Turquie

vendredi 10 juillet 2026, par Robert Paris

Révolution et contre-révolution en Turquie en 1908-1909

La Turquie constitutionnelle

(1908)

Christian Rakovski

La dernière forteresse de l’absolutisme et de la théocratie en Europe est tombée : la Turquie est devenue à son tour un État constitutionnel. [1]

On sait comment les événements se déroulèrent. Vers la mi-juillet, le télégraphe répandit aux quatre coins du monde l’étrange nouvelle qu’un officier turc, Effendi Niazi, s’était enfui dans les montagnes de Monastir avec une centaine de soldats et de civils. Dans ce pays où coexistaient le pouvoir des rois montagnards et de leurs bandes et le pouvoir fictif du sultan, cette escapade n’avait rien d’extraordinaire que la qualité et la nationalité de son principal acteur. On se demandait si les Jeunes Turcs allaient déclencher une guérilla contre les autorités, comme l’avaient fait les révolutionnaires bulgares, grecs et autres, ou si l’on assistait à un acte isolé sans importance ? Les événements nous montrèrent bientôt que nous assistions à plus qu’à une mutinerie : la Turquie vivait une véritable révolution. L’acte d’Effendi Niazi fit surgir une conspiration qu’un incident fortuit, inconnu jusqu’alors, déclencha prématurément.

Après l’exploit d’Effendi Niazi, l’événement le plus important de la révolution fut la capture par Niazi du maréchal Osman Pacha, envoyé par Constantinople pour réprimer le mouvement. Cette même nuit, 24 juillet, le sultan, informé par Hilmi Pacha, commissaire général de Macédoine, que le corps d’armée de cette province s’était joint aux insurgés, s’empressa d’annoncer le rétablissement de la Constitution de 1876.

A partir de ce moment, le mouvement révolutionnaire des Jeunes Turcs devint légal et gouvernemental. Il obtint la suppression de la censure, une amnistie générale et aussi, comme garantie de la sincérité des intentions du Sultan, le remplacement du grand vizir Saïd Pacha par Kinmil Pacha, considéré comme représentant une tendance plus libérale. Des changements analogues se produisirent dans le gouvernement et dans la haute administration. Au cours de ces événements, l’attitude de la camarilla fut des plus pitoyables. Tous, Izzet Bey, le premier secrétaire du Sultan, le personnage le plus influent, Melhame Pacha, Mounir Pacha, les ambassadeurs et les organisateurs de l’espionnage à l’étranger, se convertirent subitement au plus pur constitutionnalisme, tout en essayant de fomenter une contre-révolution – témoin la mutinerie loyaliste des soldats d’Andrinople. Cela n’a rien d’étonnant, car le Sultan lui-même s’empressa de déclarer qu’il avait toujours été un admirateur de la Constitution et que ce n’étaient que les intrigues de personnes mal intentionnées qui l’avaient poussé à arrêter et à emprisonner ses défenseurs.

Il ne se passe guère de jour sans que les journaux ne nous apportent la preuve du zèle constitutionnel du Sultan. Dans son empressement à plaire aux Jeunes Turcs, il a même proposé sa propre candidature au poste de président honoraire du Comité « Union et Progrès » et a lui-même fait frapper une médaille commémorant la proclamation de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Ce prosélytisme soudain n’est ni le résultat d’un calcul trop évident pour tromper qui que ce soit, ni la preuve de la puissance des Jeunes Turcs ; il révèle plutôt la dépression psychologique du Sultan.

Atteint de la folie héréditaire morbide dont est mort son frère aîné, affaibli par le surmenage et une affection de la vessie, Abdul Hamid est de plus en plus en proie à des obsessions. Il est hanté par ce que la presse turque évite soigneusement de mentionner depuis trente-deux ans : le régicide. On sait que tous les assassinats d’hommes d’Etat étrangers ont été décrits au peuple turc comme des accidents ou des maladies. On comprend donc que le sultan Abdul Hamid, se voyant complètement abandonné par l’armée et ses partisans, tente, par des platitudes mal déguisées, de gagner la confiance des Jeunes Turcs tout en empêchant que les concessions sur la constitution dépassent certaines limites. Ainsi, dans le récent Hati-Houmayoun par lequel il rétablit solennellement la Constitution, Abdul Hamid conserva le droit de nommer directement non seulement le grand-vizir et le cheik-ul-islam (le chef religieux des musulmans) mais aussi les ministres de la guerre et de la marine. Les protestations unanimes que cela provoqua déterminèrent la chute de Saïd Pacha.

Pour compléter le bilan de la révolution turque, il faut ajouter que les élections législatives ont été fixées au mois de novembre. Conformément à la Constitution de 1876, le Parlement sera composé de deux chambres : le Sénat dont les membres seront nommés par le Sultan, et la Chambre des députés élue au suffrage indirect.

Le contentement produit par les événements de Constantinople fut général, du moins en apparence. Mais le résultat le plus remarquable fut le désarmement des bandes en Macédoine. Ce que trois corps d’armée n’avaient pu imposer fut obtenu en vingt-quatre heures par le rétablissement de la Constitution. Le spectacle des nombreuses bandes bulgares, grecques et serbes, quittant volontairement les montagnes où elles s’exterminaient mutuellement et descendant dans les villes pour danser ensemble la « danse fraternelle » au milieu des acclamations des foules bigarrées, fut, sans aucun doute, un merveilleux témoignage de l’effet pacifiant de la liberté.

La révolution turque, si elle continue sur la même marche triomphale, n’aura pas de conséquences moins favorables pour la paix dans les Balkans et en général pour toute l’Europe. Les convoitises qu’un passé, considéré jusqu’ici comme très récent, a suscitées seront apaisées lorsque chacun verra que la Turquie, loin de disparaître, grandira et progressera. Pour la Turquie elle-même, jusqu’ici le plus militariste des États, le régime constitutionnel aura des conséquences des plus favorables, tant sur le plan financier et politique qu’économique et social. Sous l’anarchie qui régnait, la puissance de la corruption, l’exemption des étrangers de la juridiction des tribunaux qui mettait tous les tricheurs cosmopolites à peu près à l’abri des poursuites, toute activité industrielle ou économique normale était impossible. Pourtant la Turquie, étendue sur deux continents (1), baignée de toutes parts par la mer, traversée par de riches voies d’eau, possédant d’abondantes mines, ayant des champs fertiles sur lesquels on peut cultiver des produits propres à tous les climats, présente les conditions les plus favorables au développement d’une industrie puissante. Il ne lui manque qu’un régime libéral et honnête.

Ce régime sera-t-il enfin inauguré par le triomphe du parti des Jeunes Turcs ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord examiner les origines du mouvement libéral turc et les circonstances politiques dans lesquelles il est amené à évoluer.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie tente d’assimiler les structures politiques occidentales : la Constitution actuelle date de 1876. Mais en réalité, le mouvement réformateur en Turquie remonte à une époque bien antérieure, celle de Selim qui, le premier, au prix de sa vie, tenta de dissoudre la milice des janissaires. Depuis lors, plus d’un réformateur a tenté d’implanter des institutions occidentales sur les rives du Bosphore. Certains hommes d’Etat ont même dénoncé ce zèle réformateur comme l’une des causes de la décadence turque. C’est le cas de Metternich, entre autres, qui prononçait ce dicton, souvent cité par les vieux Turcs : « Les Turcs doivent rester Turcs ».

Ces réformes n’ont jamais été sérieusement appliquées mais, néanmoins, on leur doit le rétablissement des populations chrétiennes en Turquie. Les principales réformes furent celles introduites par le sultan Abdul Hamid et connues sous le nom de Tanzimat. Les premières furent introduites avec l’arrivée au trône de ce sultan, soit en 1839, les autres après la guerre de Crimée. Elles sont contenues dans deux actes : le Hatti Cherif de Gulhane et le Hatti Houmayoum.

Le but de toutes ces réformes était de mettre la Turquie en conformité avec les États modernes en ce qui concerne les droits civils et publics. Avant les Tanzimat, il n’y avait pas de séparation des pouvoirs en Turquie et par conséquent aucune garantie pour la vie, les biens et l’honneur des citoyens. Les autorités administratives appliquaient à leur guise la peine de mort et la confiscation des biens. Les Turcs comme les chrétiens souffraient de cet état de choses, à la différence que ces derniers étaient contraints dans l’exercice de leur religion en plus des humiliations de toutes sortes qu’ils subissaient en tant que peuple conquis.

La réforme de 1856 décrétait l’égalité civile de tous les sujets ottomans sans distinction ; celle de 1839 introduisait un système régulier de collecte des impôts et limitait le service militaire obligatoire, toutefois pour les seuls musulmans. Mais toutes ces réformes laissaient intact le pouvoir absolu du sultan et maintenaient la population à l’écart de toute vie publique. Les chrétiens, exemptés de l’armée, étaient en outre exclus de fait de toutes les fonctions civiques alors même que la réforme de 1656 [1856 ? – HR ] avait reconnu leur droit à l’égalité.

Ce n’est qu’en 1876 que l’on assiste à la première grande réforme politique en Turquie : la proclamation d’une Constitution parlementaire ou Ganouni-Essasi.

Un diplomate français, le comte Charles de Mouy, décrit dans la Revue des Deux-Mondes de février 1900 un épisode typique lié à cette proclamation.

A cette époque, une conférence internationale avait été convoquée pour donner une autonomie organisationnelle aux provinces de la Turquie d’Europe (Bulgarie, Macédoine et Bosnie). Au cours de la séance du 23 décembre 1876, alors que les délégués des différentes puissances allaient commencer leurs délibérations, des coups de feu retentirent. Le président de la conférence, le délégué turc Salvet Pacha, se leva alors et annonça solennellement :

« Ces salves marquent la promulgation de la Constitution que le Sultan accorde à son empire. Cet acte change la forme de gouvernement qui a duré six cents ans et inaugure une nouvelle ère de prospérité pour les peuples ottomans. »

M. de Mouy ajouta que les plénipotentiaires, non pas surpris comme ils s’attendaient à quelque incident, mais très irrités de cette action théâtrale évidemment destinée à les éblouir et à troubler leur ordre du jour, gardèrent un silence glacial... Puis, sans aucune félicitation, et comme si de rien n’était, passèrent aux affaires du jour.

Les événements ultérieurs ont justifié leur méfiance.

Abdul Hamid qui, avant de monter sur le trône, avait fait preuve d’un constitutionnalisme plus grand que celui de Midhad Pacha, venu négocier avec lui, saisit la première occasion favorable pour suspendre la Constitution.

Assiste-t-on à une répétition de cette vieille comédie ? Nul doute que le Sultan n’hésiterait pas à suspendre une seconde fois la Constitution et à jeter en prison ses défenseurs s’ils faisaient preuve de faiblesse.

Abdul Hamid est en effet l’un des monarques les plus despotiques de l’histoire. Voici ce qu’écrit l’ambassadeur de France à Constantinople dans un document officiel du 15 octobre 1881 publié dans Le Livre Jaune :

« La Porte n’existe plus : c’est même le trait essentiel, le caractère principal du régime sous lequel se trouve actuellement l’Empire ottoman. Avant Abdul Hamid, le pouvoir du sultan était absolu, mais il s’exerçait par l’intermédiaire de ministres qui jouaient un rôle actif dans le gouvernement, dans l’administration, dans la conduite de la politique étrangère, etc., etc. Il n’en est plus ainsi. Les ministres sont de simples garçons de courses censés exécuter sans réserve les ordres du souverain. »

Après avoir exercé un pouvoir aussi illimité pendant vingt-sept ans, Abdul Hamid peut difficilement tolérer une volonté supérieure à la sienne. Il reste donc le principal opposant au nouveau régime et ses assurances actuelles n’ont pas plus de valeur que celles de 1876.

On sait que le grand architecte de la Constitution de 1876 fut Midhad Pacha, qu’il fut destitué du pouvoir en février 1877, exilé en Asie Mineure puis emprisonné, accusé d’avoir détrôné le sultan Abdul Aziz. Midhad Pacha mourut en prison, très probablement empoisonné.

Le premier échec du parti des Jeunes-Turcs ne fut pas seulement dû à sa faiblesse numérique mais surtout à sa conception politique erronée. La place accordée aux chrétiens par Midhad Pacha et ses amis dans leur système gouvernemental était tout à fait insuffisante pour les rattacher à l’Empire ottoman. Les Jeunes-Turcs de cette époque se laissaient trop influencer par l’antagonisme racial qui existait entre musulmans et chrétiens.

Aujourd’hui encore, c’est cet antagonisme qui constitue le principal danger pour la révolution turque, dans la mesure où il est réel et a une dimension non seulement religieuse mais aussi sociale et économique. Dans les villes, la bourgeoisie est en majorité catholique, les Turcs étant fonctionnaires et militaires. Ajoutez à cela l’organisation particulière de la famille turque, fondée sur l’esclavage absolu des femmes, et l’on comprend l’âpreté des luttes entre musulmans et chrétiens, le mépris et la haine qu’ils éprouvent les uns pour les autres. Des siècles de domination sans partage ont renforcé chez les Turcs leur sentiment de supériorité sur les chrétiens, les « ghiaours », race d’êtres inférieurs et d’esclaves. C’est la psychologie des classes dominantes turques que les clercs ont répandue aussi parmi les classes inférieures maintenues dans l’ignorance la plus crasse. Le fait que seuls les musulmans soient soumis au service militaire a renforcé leurs préjugés raciaux.

Cet antagonisme est en quelque sorte confirmé par une tendance sociologique : la différence de natalité entre Turcs et Chrétiens. Alors que le taux de natalité chez les Chrétiens est de 41,7 pour mille par an (chiffres officiels du recensement bulgare), celui des Turcs n’est que de 23,5. C’est le résultat des évolutions sociales différentes des conquérants et des conquis.

La reconnaissance de ce fait nous indique que le but de la révolution turque doit être plus élevé que la simple instauration d’un système politique. Il doit être d’élever un peuple au niveau de la civilisation et de la culture modernes. En réalité, il serait puéril de nier que l’élément chrétien en Turquie est beaucoup plus capable d’une vie politique moderne que l’élément turc et que, par conséquent, grâce à une franche alliance avec lui, le parti réformateur trouvera les forces nécessaires à la réalisation de son programme.

L’incompatibilité relative entre la culture musulmane et surtout la famille musulmane et un régime de liberté et d’égalité politique et civile n’est pas généralement reconnue. Beaucoup de Turcs la nient, et les événements semblent les conforter. En fait, l’empressement avec lequel toute la Turquie, y compris ses astrologues et son « Cheik-ul-Islam », déclare « sans réserve » son soutien au régime constitutionnel semble contredire notre affirmation, si ce n’était qu’il y avait une autre explication. Il suffit de noter que le foyer de la propagande des Jeunes Turcs était la Macédoine et que l’explosion du mouvement a coïncidé avec le projet anglo-russe de réformes pour comprendre les origines plus nationalistes que libérales du mouvement actuel. Tous se sont emparés de la Constitution comme d’un moyen de sauver la Turquie d’une nouvelle amputation. Cela ne signifie pas que tous tiennent compte des concessions qui doivent être faites pour réconcilier les chrétiens et aussi pour donner aux masses populaires turques confiance dans le nouveau régime. En tout cas, une diversité de vues sur ce point existait déjà avant la révolution. Les cercles autour de Mechveret montrent des tendances très nationalistes. L’idéal politique de ce groupe est un pouvoir central puissant assisté d’un parlement tel que le prévoit la Constitution de 1876. L’autre faction, groupée autour du neveu du sultan, Sebah-Edin, et qui a conclu il y a quelques mois une alliance offensive avec les révolutionnaires arméniens, cherche le salut de l’empire dans une fédération des peuples habitant la Turquie.

Il est indéniable que le programme démocratique de ce groupe est le seul qui puisse garantir l’exercice général et sincère de la liberté.

Elle va aussi à l’encontre non seulement du programme des révolutionnaires arméniens, mais aussi de celui des révolutionnaires macédoniens. [A] Les déclarations de ces révolutionnaires, leurs manifestations significatives à Salonique et à Monastir, n’auraient pas suffi à nous assurer de la sincérité de leurs intentions s’il n’existait pas d’autres preuves, à savoir les luttes souvent sanglantes entre les fédéralistes macédoniens et les partisans macédoniens de l’union avec la Bulgarie. L’assassinat de Sarofos, ancien président du comité macédonien de Sofia, n’a été qu’un incident dans ce conflit fratricide. Après les récents événements de Turquie, les organisations macédoniennes qui ont des liens avec le comité de Sofia, et donc avec les milieux bulgares non officiels, ont déclaré par la voix de leur président actuel, Pintcheff, qu’elles ne voulaient pas faire obstacle à l’œuvre réformatrice des Jeunes Turcs. L’instauration d’un régime de liberté en Turquie est une nécessité si vitale pour tous ses peuples que personne n’ose accepter ouvertement la responsabilité de s’y opposer. Néanmoins, les gouvernements des pays balkaniques, ainsi que les diplomaties de la Russie, de l’Allemagne et de l’Autriche, tout en faisant des déclarations favorables aux changements en cours, verraient avec une grande satisfaction l’échec du mouvement réformateur. Son succès dresserait des obstacles à leur politique d’expansion territoriale ou économique.

Il faut espérer que toutes les intrigues venues de l’étranger et toutes les résistances intérieures seront vaincues par la collaboration de plus en plus étroite des Jeunes Turcs avec les éléments chrétiens démocratiques. Les premiers doivent comprendre que sans l’aide des seconds, et donc sans un régime d’égalité absolue entre Turcs et chrétiens, l’œuvre de rénovation de la Turquie est impossible. De leur côté, les chrétiens doivent être convaincus qu’il est de leur intérêt le plus immédiat d’aider les Turcs à créer des conditions de vie modernes, honnêtement et sans esprit de séparatisme ; autrement, on reviendra au régime des massacres, de la misère et de la tyrannie pour les peuples de l’empire turc.
Note du traducteur

A. Il va à l’encontre signifie « aller à l’encontre » selon mon dictionnaire, mais dans le contexte du texte de Rakovsky, il semblerait que le programme fédéraliste démocratique du groupe de Sebah-Edin coïncide avec ceux des Arméniens et des Macédoniens. Il est possible que « va à l’encontre » puisse signifier « va à la rencontre ». C’est ainsi que je l’ai rendu.
Note

1. La Turquie (en Europe et en Asie) a une superficie de 2 775 000 km² et une population de 25 millions d’habitants. En Europe, elle occupe les provinces suivantes : Albanie, Macédoine, Épire et Thessalie (en partie Thrace, vilayet d’Andrinople). En Asie, elle occupe l’Anatolie, l’Arménie turque, l’Arabie, la Syrie, le Kurdistan, la Mésopotamie. En Afrique, elle occupe Tripoli. Nous ne comptons pas les provinces nominalement turques : la Roumanie orientale est unie à la Bulgarie depuis 1885, et l’Égypte est devenue de fait un protectorat de l’Angleterre.

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La révolution turque

(Août 1908)

Christian Rakovski

Après la Russie et la Perse, c’est la Turquie qui entre dans le mouvement révolutionnaire. Mais ce qui caractérise la révolution turque, c’est son évolution rapide et son succès rapide – du moins en apparence. En l’espace de deux semaines, l’armée rebelle est devenue maîtresse de la Macédoine. Le sultan effrayé a été contraint d’accepter une constitution ou plutôt de rétablir celle de 1876. Ainsi est renversée la dernière autocratie européenne. La déclaration du général Ignatief, ambassadeur de Russie à Constantinople au moment de la proclamation de la première constitution turque : « Nous ne permettrons pas que la Russie reste le seul pays d’Europe sans constitution » n’a plus aucun fondement. En théorie du moins, toute l’Europe est constitutionnelle.

Mais si les changements en Turquie ont un intérêt plus général, c’est par rapport à la fameuse « question d’Orient ».

Sommes-nous sur le point de résoudre ce problème et donc d’éliminer l’une des plus grandes causes de guerre ?

Sans aucun doute, si quelqu’un, en dehors des populations de l’Est turc elles-mêmes, a intérêt à la solution complète de cette question, c’est bien le prolétariat. La Turquie est aujourd’hui un champ ouvert aux complots capitalistes et impérialistes de tous les pays. Tous, en attendant l’effondrement de l’empire pour s’emparer de certains de ses territoires, cherchent actuellement à y obtenir une plus grande influence et davantage de concessions et de privilèges financiers. Il faut dire que le partage des biens de « l’homme malade » avant sa mort a été fait avec un grand succès.

Grâce à un Sultan qui ne pense qu’à sa propre conservation et à une bureaucratie despotique, ignorante et corrompue, les vautours de tous les pays, les agents du capitalisme triomphant, ont réussi à construire leur nid dans tous les recoins de ce vaste empire. De tous côtés, une foule bigarrée, les propagandistes nationalistes, bulgares, roumains, serbes, grecs, etc., cherchent par le fer, le feu et l’argent à accroître leur sphère d’influence.

Tout cela se fait aux dépens du peuple turc, abandonné de tous, luttant avec désespoir et impuissant face à la tyrannie du sultan, aux intrigues de ses compatriotes d’autres pays et aux appétits insatiables des soi-disant puissances protectrices.

Une révolution qui donnerait l’initiative aux peuples de Turquie en supprimant ou en réduisant l’influence de tous ces facteurs néfastes résoudrait, par cela seul, la question orientale.

Seule une Turquie régénérée, démocratique et forte peut répéter avec succès le fameux « Hands off » de Gladstone et ainsi couper court à tous les appétits que son état de décomposition a provoqué chez ses voisins proches et lointains.

Les conséquences de ce changement pour la paix et pour la cause de la classe ouvrière sont incalculables. En général, il faut dire que – et c’est là la grande importance historique du réveil de tous les peuples de l’Est et de l’Extrême-Orient – ​​la défaite de l’impérialisme agressif et avide de l’Empire capitaliste fera apparaître de façon absolument évidente la nécessité de trouver une solution aux difficultés de la surproduction et de l’anarchie capitaliste dans une autre organisation du travail national.

La soupape de sécurité coloniale n’existant plus, bon gré mal gré il faut trouver une véritable solution socialement juste.

Mais, au-delà de cette conséquence générale et large, la révolution turque aura d’autres conséquences plus immédiates et plus pratiques du point de vue de la politique étrangère de tous les groupes balkaniques et occidentaux dont la vie est liée à celle de la Turquie. Ce sera une baisse générale de la tension et peut-être un prélude à un certain désarmement.

C’est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.

Mais s’agit-il d’une révolution ou d’un coup d’État militaire sans conséquences majeures ? L’avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.

Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie, déchirée par tant de passions, est la plus grande liberté possible. C’est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l’empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu’ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.

D’autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l’état de délabrement où ils trouvent l’Empire, n’ont qu’une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d’un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n’est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c’est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c’est seulement dans une fédération de tous les peuples de l’Empire qu’ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c’est-à-dire fédération ou partage – est aujourd’hui plus vrai que jamais.

En fait, à l’heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu’il y a trente-deux ans à la tyrannie d’un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n’ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s’empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C’est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n’y a qu’un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c’est d’unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d’un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.

Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?

En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l’influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n’a pas beaucoup d’importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s’occupe d’industrie et de commerce.

Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l’armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.

Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?

En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L’avenir nous montrera s’ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l’humanité entière.

https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1908/08/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr

Révolution et contre-révolution en Turquie

(Mai 1909)

Christian Rakovski

L’explosion de la contre-révolution turque, heureusement repoussée (du moins pour le moment), n’a pas été une grande surprise pour ceux qui ont suivi de près les événements en Orient. Déjà, au lendemain de la révolution turque, nous exprimions dans ce journal nos craintes d’une contre-offensive réactionnaire. Nos appréhensions, hélas ! n’ont été que trop justifiées par ce qui a suivi, mais nous nous permettons de reproduire la conclusion de notre article, publié il y a neuf mois, que ces derniers événements ont remis d’actualité.

C’est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.

Mais s’agit-il d’une révolution ou d’un coup d’État militaire sans conséquences majeures ? L’avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.

Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie déchirée par tant de passions est la plus grande liberté possible. C’est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l’empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu’ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.

D’autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l’état de délabrement où ils trouvent l’Empire, n’ont qu’une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d’un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n’est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c’est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c’est seulement dans une fédération de tous les peuples de l’Empire qu’ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c’est-à-dire fédération ou partage – est aujourd’hui plus vrai que jamais.

En fait, à l’heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu’il y a trente-deux ans à la tyrannie d’un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n’ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s’empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C’est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n’y a qu’un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c’est d’unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d’un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.

Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?

En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l’influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n’a pas beaucoup d’importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s’occupe d’industrie et de commerce.

Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l’armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.

Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?

En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L’avenir nous montrera s’ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l’humanité entière.

L’expérience des neuf mois qu’ont vécu les Jeunes Turcs montre qu’ils n’étaient pas suffisamment préparés à la grande entreprise dans laquelle ils s’étaient embarqués.

Il faut dire qu’ils étaient confrontés à une tâche extrêmement difficile et que les conditions particulières qui prévalaient en Turquie rendaient la tâche encore plus compliquée.

Il ne s’agit pas, comme dans d’autres révolutions bourgeoises, de lutter seulement contre un ancien régime déjà compromis aux yeux du peuple, mais de lutter contre les préjugés des masses turques qui découlent d’un type particulier d’organisation familiale fondée sur l’esclavage de la femme et sur l’organisation militaire et théocratique de l’Empire ottoman.

L’oligarchie militaire, bureaucratique et cléricale turque, tirant sa force de l’antagonisme entre musulmans et chrétiens, n’a cessé d’exciter les premiers contre les seconds, approfondissant et préservant habilement les différences qui les séparaient. Le droit exclusif des musulmans à porter les armes a été, ainsi que les privilèges qui renforçaient leur sentiment d’être la race dominante, à l’origine des effroyables massacres de chrétiens qui ont ensanglanté la semaine dernière encore les villes d’Asie Mineure.

Le régime constitutionnel, fondé sur le respect de la personnalité humaine et donc de la femme, ainsi que sur la tolérance, se heurtait aux préjugés de la race musulmane dominante.

Il est vrai que pour le noyau des masses musulmanes cette supériorité se manifestait par la liberté qu’elles avaient de temps à autre de massacrer et de piller les chrétiens en toute impunité, et que dans leur vie quotidienne elles n’étaient pas mieux loties. Mais en nous mettant mentalement à la place des masses turques, nous devons nous demander ce que le nouveau régime leur a apporté pour remplacer les privilèges apparents qu’elles avaient sous l’ancien ?

Quel puissant intérêt pourraient-ils avoir à soutenir ce régime et à ne pas se laisser guider par les prêches fanatiques des softas et des hodjahs ?

Ceci souligne précisément l’importance de l’application d’un vaste programme de réformes sérieuses, tant sociales qu’économiques, qui aux yeux des masses musulmanes elles-mêmes indiqueraient la supériorité du nouveau régime par rapport à l’ancien.

Il y a trois sortes de réformes que le développement économique et social de la Turquie exige. Nous ne pourrons que les mentionner, car les limites de notre article ne nous permettent pas d’entrer dans les détails. Ces réformes sont : la réforme agraire, la réforme administrative et la réforme ouvrière sans parler des réformes purement politiques.

Quelle a été l’attitude des Jeunes Turcs face à ces énormes problèmes ?

Dire que ce n’était pas suffisant serait un euphémisme : c’était lamentable. Pour eux, c’était comme si ces problèmes n’existaient pas ou, s’ils faisaient quelque chose, cela aggravait la situation déjà ancienne.

Ils ne touchèrent pas à la réforme agraire. Les réformes administratives se soldèrent par un fiasco complet. Les deux conseillers européens, Laurent et Crawford, appelés le premier à réformer les finances et le second les douanes, après avoir travaillé plusieurs mois, se déclarèrent incapables de rien faire devant l’inertie du gouvernement Jeune-Turc et le rejet de leurs propositions. Les Jeunes-Turcs ne voulaient pas renvoyer chez eux les milliers de parasites qui vivaient aux dépens de la population chrétienne et musulmane de peur d’accroître le nombre des mécontents.

Pour donner au lecteur une idée de l’ampleur du parasitisme bureaucratique en Turquie, voici quelques chiffres recueillis par M. Laurent.

En Turquie, pour 210 000 soldats, on compte 46 000 officiers. Dans la Marine notamment, on compte plus de 1 000 officiers pour 6 000 marins !

Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, le budget turc, sans prévoir la moindre somme pour une réforme utile, accuse d’énormes déficits. Pendant l’année 1909-1910, malgré toutes les économies réalisées, il s’est élevé à 3.540.000 livres turques, soit environ 80 millions. Sur les 28.815.000 livres turques dépensées, 8 millions, soit le tiers, ont été engloutis par le ministère de la Guerre. Les ministères de l’Instruction publique, du Commerce, de l’Agriculture, etc. ont représenté des sommes dérisoires. Et, par-dessus tout, le nouveau gouvernement a présenté un projet nécessitant 25 millions de livres turques, soit 375 millions de francs, pour rétablir la marine turque.

Ainsi la nouvelle Turquie apparaît aux yeux des masses comme un gouvernement dispendieux menaçant le pays de nouveaux impôts et de nouvelles cotisations. Cela n’est pas de nature à inspirer la popularité. Surtout en ce qui concerne la classe ouvrière, le gouvernement a fait preuve de la plus noire ingratitude. Bien que ce soit uniquement grâce à l’appui des ouvriers, de ceux de la corporation des portiers [A] en particulier, qu’il ait pu imposer à l’Autriche le paiement d’une indemnité de 60 millions de francs, il a refusé de les dédommager même de cette partie de leur salaire perdu. Bien plus, la première loi du travail du nouveau gouvernement était une loi dirigée contre la classe ouvrière en enlevant à une large catégorie d’ouvriers le droit de se regrouper. Tel est le texte de la loi annoncé publiquement par le ministère du Commerce et des Travaux publics dans une circulaire au mois d’octobre.

« Il est établi en principe que les employés des services officiels et ceux qui administrent la Dette publique (et les Accises qui en font partie) ne peuvent pas faire grève. Par analogie, les employés et les ouvriers des services publics tels que les chemins de fer, les ports, les docks, les tramways, l’eau, le gaz et l’éclairage électrique, de même que les employés du gouvernement impérial, ne peuvent pas non plus faire grève si cela porte préjudice à l’intérêt public. »

Les Jeunes Turcs souhaitaient ainsi faire de la Turquie un paradis terrestre pour le capitalisme cosmopolite.

Un deuxième problème auquel les Jeunes Turcs ont dû faire face mais qu’ils ont également été incapables de résoudre était celui des nationalités.

Au lieu de chercher dans les milieux chrétiens démocratiques un appui contre le parti réactionnaire turc, ils les ont systématiquement exclus du gouvernement. Ils n’ont même pas eu le courage moral d’enrôler les chrétiens dans l’armée, alors que c’est une mesure qu’ils pourraient introduire sans autorisation parlementaire spéciale, puisque cet enrôlement est déjà prévu par la Constitution de 1876.

La politique étrangère des Jeunes Turcs ne fut pas plus fructueuse que leur politique intérieure. Elle était imprégnée d’un sentiment ultra nationaliste qui faisait le jeu des chauvins des pays balkaniques, comme la Bulgarie, qui ne cherchaient qu’un prétexte pour encourager les difficultés du nouveau régime turc.

Je ne parle pas ici de toute une série de mesures vexatoires dirigées contre la presse, les réunions publiques et les groupements politiques qui ont provoqué même parmi les Jeunes Turcs une scission en deux comités : « L’Union et le Progrès » et « L’Union Libérale », si bien exploitée par le parti de la réaction.

Les Jeunes Turcs ne sont aujourd’hui qu’une minorité qui cherche à imposer à la Turquie un nouveau régime par la dictature. Mais pour une telle entreprise, le courage physique ne suffit pas, il faut un courage moral que seuls les grands mouvements populaires donnent. Dans la mesure où les Jeunes Turcs ne sauront pas trouver le moyen de s’attacher les masses musulmanes et chrétiennes, leur tentative sera condamnée à un échec certain.

*

Note du traducteur

A. Je ne sais pas exactement ce que signifie « corporation des portefaix » . Je pense que cela pourrait désigner les employés du ministère des Finances. – RH

https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1909/05/15.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr

Lire aussi :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1102

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