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1945 : le PCF au gouvernement : pas une victoire ouvrière ni communiste !

dimanche 22 mars 2026, par Robert Paris

1945 : le PCF au gouvernement : pas une victoire ouvrière ni communiste !

Les nationalisations source d’inflation

Comme les nouvelles "nationalisations" annoncées, malgré la présence de beaucoup de ministres staliniens au gouvernement, ressemblent aux anciennes "nationalisations", Hervé dans L’Humanité du 23-11, dit en manière d’excuse : "Nous ne dirons jamais que ce que nous faisons aujourd’hui c’est du socialisme, mais..." Mais est-ce une raison pour se faire les valets de la bourgeoisie ?
Car ces gens ont la mémoire vraiment courte : bien avant qu’ils n’envoient leur "secrétaire général" siéger dans le nouveau gouvernement, c’est Pleven, l’agent du Grand Capital, qui avait été le promoteur des "nationalisations" actuellement projetées ; et c’est lui encore qui aujourd’hui établit le plan de "nationalisation" du crédit. Bien avant que Thorez n’entre au gouvernement, L’Humanité dénonçait ce genre de nationalisations, effectuées déjà dans certains secteurs miniers et industriels.

Parce que :

Premièrement, les indemnités versées aux capitalistes constituent une charge écrasante pour les contribuables ; exemple : "les gros actionnaires des mines continuent à toucher des sommes considérables (238 millions par an), tandis qu’incombent à l’Etat les difficultés d’exploitation et le renouvellement de l’outillage".

Deuxièmement : la direction continue à être assurée par les capitalistes ; exemple : c’est un représentant des 200 familles qui assume la direction de l’usine Renault "nationalisée".

Pour illustrer ces fausses nationalisations, L’Humanité donnait aussi l’exemple de la S.N.C.F. au budget déficitaire, "nationalisée" en 1937, et dont les actionnaires continuent à toucher des dizaines de millions.

La bourgeoisie se fait un mérite de procéder à de nouvelles "nationalisations". Le Monde (27-11) approuve celle du crédit, car "le financement de la reconstruction pose de nouveaux problèmes... un immense effort de rééquipement s’impose aujourd’hui..., les besoins de capitaux seront tels que le crédit devra être nécessairement contingenté pour alimenter par priorité les secteurs essentiels", et il donne à l’appui l’exemple de l’Angleterre.

De son côté le journal bourgeois anglais The Economist démontre que la "nationalisation" de la Banque d’Angleterre est destinée à réglementer les investissements de capitaux ; d’autre part, pour l’industrie "un très large programme de dépenses est nécessaire et c’est seulement l’Etat qui peut trouver l’argent. La nécessité des nationalisations est généralement acceptée"... pour que ce soient les contribuables qui paient les frais de rééquipement.

Quel bon prétexte donc que ces soi-disant nationalisations pour prélever de nouveaux milliards sur le revenu national ! De pareilles nationalisations Hitler et Mussolini en ont pratiqué. "Le Gouvernement de Franco nationalise les gisements d’uranium", informe Le Populaire du 6-10-45. Toute la nation est mise en coupe réglée pour les besoins des magnats du Capital.

Des mesures de sauvetage à l’égard de certains secteurs capitalistes, des mesures de contrôle bureaucratique et réactionnaire auxquelles l’Etat de la bourgeoisie est obligé de recourir dans le propre intérêt de celle-ci, on les baptise "nationalisations", pour mieux en faire supporter les frais aux masses.

C’est pour cela aussi que le but des "nationalisations" est faussement désigné comme étant la "reconstruction économique". En réalité rien n’est prévu pour cette reconstruction (agriculture, bâtiments pour les sinistrés, etc.). Si l’Etat bourgeois procède à la mobilisation des capitaux et des richesses, ce n’est pas pour la reconstruction économique, mais pour la reconstruction d’un potentiel de guerre. "La France continue ses commandes en Amérique en vue de poursuivre sans interruption le réarmement de l’armée" ("Le Monde, 2-9). Rien que pour l’occupation de l’Indochine du Nord, les frais sont d’un milliard par mois (Le Monde, 25-11). En France, Renault fabrique des tanks, les usines d’aviation des bombardiers, d’autres des canons, etc...

On comprend ainsi que "nationaliser" le crédit (établir un contrôle de l’Etat capitaliste), est une mesure nécessaire à la bourgeoisie impérialiste, non pas en faveur des masses, mais contre elles.
La "Délégation des gauches avait déjà reconnu que les dépenses militaires sont le principal facteur de l’inflation. Mais de 167 milliards pour 1945, les demandes de crédits militaires sont de 250 milliards pour 1946. Si à ces milliards s’ajoutent les nouveaux milliards d’intérêts à payer aux capitalistes "nationalisés", où cela mènera-t-il ?

"Nous ne voulons ni de démagogie socialiste, ni de pseudo nationalisations qui consacreraient le règne des féodalités", proclame Hervé dans L’Humanité du 29-11.

Mais pour ne pas être un démagogue et pour prendre des mesures réelles contre les monopoleurs capitalistes, IL NE FAUT ACCORDER A CEUX-CI NI RACHAT NI INDEMNITES prélevés sur le travail du peuple et aggravant sa misère.

Il faut abolir le secret commercial paravent des spéculations financières.

Il faut procéder à la publication des bilans et à l’ouverture des livres de compte de la bourgeoisie (comme l’exigent à l’heure actuelle en Amérique les grévistes métallurgistes).

Il faut que les Syndicats ouvriers établissent le plan d’une production d’objets de consommation pour les masses, de rééquipement de l’agriculture et du bâtiment.

Il faut organiser les ouvriers et les employés pour le contrôle ouvrier sur la production et la comptabilité des industries et des banques.

Parler de nationalisations, sans parler en même temps de toutes ces mesures essentiellement démocratiques et seules efficaces, c’est se faire le valet de la bourgeoisie et agir en démagogue, comme Hervé.

Faute de combattre pour ces mesures, les "nationalisations" ne s’avéreront qu’une nouvelle cause d’inflation, de spoliation du peuple et d’accroissement de sa misère.

La bourgeoisie honore les renégats, la classe ouvrière les rejettera !

"L’accession de 5 communistes au Gouvernement est un honneur pour la classe ouvrière tout entière" et la place qu’occupe dans le Gouvernement le P.C.F. "avec notre secrétaire général comme ministre d’Etat" montre que "l’on ne peut gouverner sans la classe ouvrière". Suivant ces déclarations de Hervé et de Duclos, les travailleurs exerceraient dorénavant le pouvoir gouvernemental.

Cependant, pour justifier d’avance le travail anti-ouvrier du nouveau Gouvernement, Hervé écrit dans L’Humanité du 22-11 que "ce ne sera pas de la faute des communistes si ce gouvernement doit ne rien innover" (ne rien apporter de nouveau) car, ajoute-t-il le 29-11, pour "ceux qui n’ont pas perdu tout bon sens, en France en 1945 le prolétariat, à notre connaissance, ne s’est pas encore emparé de la puissance publique".

Mais alors, Thorez, Billoux, Tillon, Croizat, Paul, si vous n’avez pas pris le pouvoir, vous n’avez donc pris que des portefeuilles ministériels ! Cela n’est pas le moins du monde un fait nouveau dans l’histoire de la classe ouvrière. Pourquoi vous en faites-vous un honneur ?

Si maintenant le "communiste" Thorez occupe le poste "éminent" de ministre d’Etat (qu’il partage avec 3 autres), en 1936 déjà, le "socialiste" Blum (se réclamant aussi de la classe ouvrière) était Premier Ministre. (Lui aussi affirme que ce n’est pas de sa faute si son gouvernement "n’a rien innové"). Quand Blum, Dormoy, Auriol acceptèrent de servir de paravent au gouvernement bourgeois, le ministérialisme des Viviani, Millerand, Albert Thomas, Briand avait déjà fait entrer ceux-ci définitivement dans l’histoire de la classe ouvrière sous le nom de renégats.

Marcher sur les traces des renégats et considérer cela comme un honneur !... Faut-il regarder ces gens comme des nouveaux-nés en politique qui ne savent ce qu’ils font, ou l’abondance de sinécures de ministres, de sous-secrétaires d’Etat, de chefs de cabinet, etc... a-t-elle le don de les frapper d’un aveuglement particulier, "politique" ?

Le ministérialisme bourgeois des représentants de la classe ouvrière a toujours été une faillite, une source de trahison, à commencer par l’expérience de Louis Blanc en 1848. Car la "puissance publique" dont parle Hervé, le pouvoir, ce ne sont pas les ministres qui le détiennent, mais l’Etat, c’est-à-dire la machine bureaucratique et militaire de la bourgeoisie, dépendant d’elle dans tous les domaines (armée permanente, police, bureaucratie, clergé, magistrature).

Il y a 10 mois encore, Thorez disait dans son discours d’Ivry (le 21-1-45) : "Les Bureaux ! ce n’est pas seulement le sommet de la hiérarchie administrative. C’est aussi et surtout la mainmise de certains cercles privilégiés sur les leviers de commande".

A la même époque, le "socialiste" Le Troquer se "plaignait" que les dispositions prises par lui au moment où il était ministre de la Guerre étaient appliquées ou non au bon plaisir des "Bureaux".
Jusqu’à Laval qui s’est amèrement exclamé à son procès : "Un premier ministre, c’est moins qu’un procureur général !"

Dans tous les ministères de coalition les représentants ouvriers, même s’ils étaient de bonne foi, n’ont servi que de paravent au Gouvernement bourgeois, de paratonnerre contre l’indignation populaire, d’instrument de duperie des masses, pour endormir leur conscience en leur cachant par leur présence, la véritable nature de l’Etat bourgeois. Pour le reste ils sont impuissants.

Lors de la grande vague ouvrière de 1936, le bourgeois Sarraut a désigné l’alliance avec les chefs "communistes" et "socialistes" (le Front Populaire) comme une "soupape de sûreté du régime", une soupape de sûreté contre le mouvement de masse.

Aujourd’hui la bourgeoisie attend des chefs "ouvriers" de nombreux services. Le Parisien Libéré écrit (22-11) : "Le Parti communiste se trouve détenir les principaux leviers de commande de l’économie française... L’effort auquel il s’est livré depuis des mois, et non sans succès, auprès des travailleurs pour augmenter le rendement pourra s’exercer à plein". Et La Voix de Paris (23-11) : "La remise aux Communistes des grands portefeuilles économiques suscite des espérances, ceux-ci s’étant toujours montrés ardents partisans de la formule "remettre la France au travail". La bourgeoisie attend de la part des chefs staliniens l’utilisation de leur influence pour rejeter comme jusqu’à maintenant sur la classe ouvrière le fardeau de la misère et du travail de forçats au compte des capitalistes sous le prétexte de la reconstruction. Les chefs du P.C.F. s’élèvent-ils contre ces affirmations ? Tout au contraire.

Devant la Chambre des Députés, le 19-11, Duclos donne ses états de service : "Nous avons redonné à la classe ouvrière le sens national... nous avons mené campagne pour le désarmement des groupes armés (ouvriers) et pour la production". Et le 23-11 il se réjouissait de la formation du nouveau gouvernement, car "ceux qui ont été à la pointe du combat pour libérer la patrie sont indispensables à sa reconstruction... Hier, le devoir était de combattre, aujourd’hui il est de travailler, travailler et encore travailler".

Voilà ce que la bourgeoisie attend des représentants traîtres de la classe ouvrière. A ce prix ils auront des Ministères, des portefeuilles, des sinécures.

Mais si ces représentants "ouvriers" voulaient porter la moindre atteinte aux privilèges des capitalistes ou de leur Etat, s’ils essayaient de le faire, la collaboration gouvernementale deviendrait du coup impossible.

Au moment de la crise, Hervé n’écrivait-il pas dans L’Humanité du 19-11 que De Gaulle, "général élevé par les jésuites", n’avait "abandonné aucun de ses préjugés", c’est-à-dire de sa haine contre les masses travailleuses, "ni aucune de ses solidarités", c’est-à-dire de sa solidarité avec la classe des riches ? Si les représentants ouvriers voulaient porter la moindre atteinte aux privilèges de nos exploiteurs afin de soulager nos misères, ils seraient obligés d’entrer dans une lutte ouverte contre eux et leur Etat. En collaborant avec les ennemis de la classe ouvrière, ils ne font donc que la tromper et la trahir.

Mais puisque ces représentants "ouvriers" agissent en renégats et ne veulent pas se détacher de la bourgeoisie, c’est les travailleurs qui se détacheront d’eux pour se tourner vers les ouvriers révolutionnaires. Si les ouvriers révolutionnaires ne sont pas aujourd’hui représentés dans le Parlement bourgeois, ils le sont dans les usines et les chantiers où ils luttent pour la cause des exploités.

L’enseignement des événements que nous vivons depuis le mouvement ouvrier brisé par Thorez en 1936, la défaite de la révolution espagnole et la deuxième guerre mondiale, montre que les masses laborieuses ne pourront s’arracher à l’étreinte de la misère, aux désolations de la guerre capitaliste toujours renaissante, au joug de nos exploiteurs, qu’à la condition de prendre conscience du rôle de trahison joué par les renégats de la classe ouvrière, de repousser toute conciliation avec la bourgeoisie et de passer aux côtés des ouvriers révolutionnaires.

Seuls les ouvriers révolutionnaires soutenus par la lutte des masses travailleuses, pourront réaliser la main-mise du peuple sur les richesses économiques et les leviers de commande pour les faire fonctionner au profit de tous, réaliser les réformes indispensables à la vie économique, garantir la liberté, et préserver l’humanité de nouvelles guerres en brisant le pouvoir des capitalistes.


LA CRISE GOUVERNEMENTALE ET SES ENSEIGNEMENTS

"Maintenant nous allons combattre", s’est exclamé une ouvrière membre du P.C.F., quand éclata le conflit entre De Gaulle et les chefs staliniens au sujet de la répartition des portefeuilles ministériels.
"La crise de gouvernement... pourrait, si l’on n’y prenait garde, se transformer aisément en crise de régime", disait au même moment Le Monde (18-11) en parlant au nom de la bourgeoisie. Mais "il est encore possible de recoudre, de former, sous la même direction, que nous estimons irremplaçable, un gouvernement efficace et homogène".

Ce n’est pas l’attente de l’ouvrière, qui exprimait le sentiment de la majorité des travailleurs qui avaient voté à gauche, mais le voeu de la bourgeoisie qu’ont satisfait les Thorez et les Duclos.
Déjà avant la crise, nous écrivions : "Malgré leurs vantardises (au sujet d’un gouvernement à majorité socialiste et communiste), les chefs du P.C.F. ne pourront qu’entrer dans le gouvernement De Gaulle et plier l’échine" (Lutte de Classes 14-11).

Le "conflit" entre Thorez et De Gaulle a pleinement confirmé la dépendance des chefs staliniens vis-à-vis de celui-ci. Malgré "d’exigeantes" impératives concernant l’Intérieur, la Diplomatie ou la Guerre, ils sont entrés dans un ministère De Gaulle pour y occuper les places que la bourgeoisie en ce moment a grand intérêt à voir occuper par des "représentants ouvriers" : Economie Nationale, Production Industrielle, Travail, Armement. Autant de postes de contremaîtres pour pousser à la production.
Les représentants de la bourgeoisie ont accepté de "recoudre" en faisant de Thorez un des 4 ministres d’Etat, et les bureaucrates staliniens ont plié l’échine, pour les mêmes raisons : "En même temps que les ouvriers se montrent de plus en plus décidés à opposer leurs propres partis et leurs propres solutions à la bourgeoisie, la réaction bourgeoise s’est également renforcée, et ce renforcement des tendances extrêmes – prolétarienne et réactionnaire – ne peut que hâter le conflit entre les deux camps. C’est pour retarder à tout prix ce dénouement, que les bureaucrates ouvriers se réfugient derrière l’arbitrage de De Gaulle" (Lutte de Classes 14-11).
Mais ce refuge pour l’immédiat n’est qu’un piège pour l’avenir".

Pendant la crise, la "Constituante" quoique régulièrement élue, s’est avérée aussi dénuée de pouvoirs que la précédente "Consultative" choisie par De Gaulle. C’est la police et l’armée qui sont entrées en scène pour paralyser la classe ouvrière et faire pression sur les chefs staliniens ; ce sont les bandes fascistes qui ont manifesté et qui depuis ont commencé à s’attaquer aux meetings de gauche. De Gaulle lui-même, en déclarant que la police est la sauvegarde de la politique extérieure, a fait ouvertement l’apologie d’un Etat purement policier.

La crise n’est qu’ajournée par la soumission des chefs staliniens. Mais que nous enseigne un passé dont on peut encore se rappeler la leçon ? Il a suffi qu’en septembre 1939 le Parti stalinien déclare ouvertement son opposition à la politique extérieure de Daladier (au moment du pacte germano-soviétique et de la guerre franco-allemande), pour que le Parti stalinien, alors déjà grand parti de masse, animateur d’un "Front populaire" où participait le même Daladier, se trouve du jour au lendemain en butte à une répression sauvage uniquement au moyen de l’Etat dont disposait Daladier.
Si la politique extérieure ("bloc occidental") ou intérieure de la bourgeoisie exigeait que les chefs staliniens soient chassés du Gouvernement et poursuivis, ce ne sont pas les 5 millions de votes qui pourraient l’empêcher. En Allemagne aussi les Partis "socialiste" et "communiste" avaient eu la majorité des votes dans le pays.

La politique des chefs staliniens nous mène à la catastrophe, comme leur politique du "Front populaire" nous avait menés à la catastrophe en 1939.

Aujourd’hui les fascistes manifestent à la Concorde et au Quartier Latin, ils s’attaquent déjà aux vendeurs des journaux d’extrême-gauche (attaque contre les vendeurs anarchistes à St-Lazare), demain ils viendront attaquer les usines lors des grèves et les locaux ouvriers. La tâche principale est donc de faire l’unité prolétarienne contre le fascisme et organiser des groupes de défense prolétariens.

Il faut forger l’unité prolétarienne dans des "parlements" de classe d’usines et de quartiers, élus par tous les travailleurs en lutte contre le fascisme. C’est ainsi que les ouvriers pourront éprouver sous leurs yeux chaque Parti, chaque tendance prolétarienne, chaque fraction. C’est ainsi qu’ils pourront trouver de nouveaux éléments dévoués à leur classe et qu’ils commenceront la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan.

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm

UN C.C. D’UNION SACREE

Le Comité Central du Parti Communiste Français s’est réuni le 21 janvier en présence des "notabilités" et des "hauts" fonctionnaires du Parti. Le but de cette réunion apparaît clairement dans l’intervention de Monsieur Thorez (que nous appelons ainsi suivant la consigne du Parti de ne plus tutoyer les "grands" camarades) : en finir une fois pour toutes avec les illusions démocratiques qui subsistent encore parmi les militants communistes et dans la masse de ceux qui sympathisent avec le Parti, qui croient encore que le Parti lutte sur les deux fronts à la fois, la guerre contre le fascisme à l’extérieur, la lutte pour la démocratisation du régime à l’intérieur.

Car ces illusions créent des difficultés au gouvernement qui, tout en prétendant mener à l’extérieur une guerre antifasciste, mène à l’intérieur une action tout à fait anti-démocratique. Il exige des chefs staliniens un soutien sans conditions (c’est-à-dire une capitulation complète). Ceux-ci, en soutenant la guerre du gouvernement, ne peuvent pas ne pas se soumettre à toutes ses exigences. C’est pourquoi Thorez ne pouvait pas parler autrement qu’il l’a fait.

En 1937, répondant aux staliniens qui préparaient alors leur union sacrée pour la présente guerre, sous prétexte de défendre la "démocratie" contre le fascisme en régime capitaliste, Trotsky avertissait : "une victoire de la France... sur l’Allemagne... pourrait signifier... la transformation de la France en un Etat fasciste, parce que pour être victorieux d’Hitler il est nécessaire d’avoir une machine militaire monstrueuse et les tendances fascistes en France sont maintenant puissantes. Une victoire pourrait signifier la destruction du fascisme en Allemagne et l’établissement du fascisme en France".

"Tout pour la guerre", lançait l’autre jour Thorez, et il ajoutait comme conclusion absolument nécessaire : "la sécurité publique doit être assurée par les forces régulières de police constituées à cet effet. Les gardes civiques et d’une façon générale, tous les groupes armés irréguliers, ne doivent pas être maintenus plus longtemps". C’est la condamnation par le responsable du Parti, des groupements formés sous l’occupation et qui, dans l’esprit des travailleurs, devaient précisément non seulement vaincre l’occupant, mais surtout, par leur structure démocratique, émanciper le peuple des vieilles puissances d’oppression qui seules ont provoqué les malheurs qui se sont abattus sur la France depuis 1939. C’est la condamnation de ces milices dont le désarmement, il y a quelques semaines seulement, avait été qualifié par Duclos (autre "grand" camarade du PC) de "coup de force gouvernemental". Et cette police chargée de la "sécurité publique" c’est toujours celle qu’à plusieurs reprises l’Humanité elle-même a déjà dénoncée comme étant composée pour 95% d’éléments vichyssois, c’est-à-dire réactionnaires et pro-fascistes.

Répétant De Gaulle, Thorez dit : "Nous ne manquons pas d’officiers de valeur, y compris ceux qui ont pu se laisser abuser un certain temps par Pétain". Quelques jours après ce discours, la direction des FFI auprès du Ministère de la Guerre est congédiée... Pourquoi l’Humanité s’indigne-t-elle ?
Ainsi cette guerre soi-disant démocratique à l’extérieur, se traduit à l’intérieur par l’abandon de tout le pouvoir au vieil Etat oppresseur, l’Etat des 200 familles qui se sert de Thorez pour paralyser les masses au nom de la "défense nationale". On comprend donc que "les journaux de diverses nuances louent volontiers la sagesse, le sens politique... du porte-parole du PC" comme dit Cachin dans l’Huma du 25/1 ; seulement le journal qui manifeste le plus son accord avec Thorez, c’est Le Monde, justement dénoncé par l’Huma comme la reconstitution du Temps, organe du Comité des Forges. On a les amis que l’on mérite !


Comme tous ses prédécesseurs, Thorez, pour masquer sa trahison, joue au réaliste. Il affirme que ce qui le préoccupe c’est "gagner la guerre au plus vite" (cette guerre de 30 ans !), "faire en sorte que revienne bientôt... le lait pour nos petits, le pain pour nos vieux, le verre de vin pour tous".
Cette promesse électorale du verre de vin pour tous relève de la plus basse démagogie. Car tous les politiciens promettent le bonheur au peuple ; mais par quels moyens, par quelles mesures précises l’obtenir ? Thorez condamne la révolution. Mais que préconise-t-il ? "La confiscation des biens des traîtres". Mais ce n’est là qu’une phrase démagogique, parce qu’adressée au gouvernement de la bourgeoisie ; de même que la "punition des coupables". Même si cette mesure était appliquée (mais elle ne peut pas l’être), elle ne changerait en rien l’état des choses. Le peuple a été marchandé, exploité, saigné pendant cinq ans par toute la bourgeoisie, sous Daladier, sous l’occupation et maintenant. Sans l’expropriation de celle-ci, les bébés continueront à mourir de froid dans les maternités...

Thorez s’élève contre "ceux qui ont constamment à la bouche le mot de révolution". C’est ce que les socialistes de trahison (de la IIème Internationale) reprochaient précisément aux communistes après la scission de Tours en 1921. Mais peut-être Thorez, plus heureux que ses prédécesseurs, serait-il en train d’obtenir des réformes améliorant le sort des masses dans le cadre du régime capitaliste, réformes que les excès révolutionnaires (de langage !) risqueraient de mettre en danger ? Pas plus que les socialistes de trahison de la IIème Internationale, Thorez n’a le moindre programme de réformes pour améliorer la situation des classes laborieuses en face d’une bourgeoisie gorgée de profits. Pour son malheur, ce sont au contraire les révolutionnaires qui, en même temps qu’ils expliquent inlassablement aux travailleurs que sans révolution ils sont voués à l’écrasement complet par les capitalistes, défendent aussi inlassablement les travailleurs sur le terrain économique à l’usine (en opposant au "travailler d’abord, revendiquer ensuite" des chefs staliniens la lutte pour l’augmentation des salaires, la réglementation de la journée de travail, le contrôle ouvrier, etc...) et luttent pour les droits démocratiques les plus élémentaires (droits politiques pour le soldat, liberté de la presse par la suppression de l’autorisation préalable, la répartition du papier à chaque groupe de citoyens constitué, etc...) Contrairement à ce qu’affirme Thorez, seule la lutte révolutionnaire peut produire des résultats pratiques, même partiels. Comme les socialistes-jaunes, Thorez s’élève contre la Révolution pour masquer l’appui total qu’il donne aux capitalistes.

Les directives de Thorez ont produit dans la masse communiste (militants, jeunesses, sympathisants) des réactions dont la moindre est "l’étonnement". Mais il n’y a rien d’étonnant dans la politique de Thorez. C’est au contraire la seule attitude logique, car qui veut la fin veut les moyens. Si on prêche la guerre sous la domination des 200 familles, il faut leur donner l’assurance qu’il ne sera pas touché à leurs privilèges. Les 200 familles ne se contentent pas d’assurances verbales : il leur faut la certitude matérielle, la disposition à l’intérieur d’instruments qui garantissent leur domination, la police, l’administration, etc...

Thorez reconnaît dans son discours (il ne peut faire autrement) que le maître du pays ce sont les Bureaux ("les bureaux ! Ce n’est pas seulement le sommet de la hiérarchie administrative. C’est aussi et surtout la mainmise de certains cercles privilégiés sur les leviers de commande"). Il ajoute cependant que personne, même pas les Comités de Libération, ne doit s’immiscer dans leur sphère d’action. C’est seulement à ce prix que la bourgeoisie consent à l’union sacrée, c’est-à-dire accepte les services des bureaucrates ouvriers pour la défense de ses coffres-forts.

Ces bureaucrates savent que la bourgeoisie tôt ou tard se débarrassera d’eux. Mais que faire ? On ne peut pas à l’infini faire semblant d’avoir une politique révolutionnaire tout en freinant la révolution. Car à la longue les masses passeraient outre et les bureaucrates seraient débordés. Or la révolution signifie pour eux la perte de leurs positions dirigeantes, car, engraissés, stylés, pommadés, dressés, ils sont à mille lieues de la mentalité des masses et seraient rejetés par leur mouvement déferlant pour construire un monde nouveau. L’union sacrée assure aux bureaucrates des postes ministériels et politiques dans l’appareil de la bourgeoisie et ils espèrent durer aussi longtemps que la patience des masses supportera le régime d’exploitation capitaliste ; ces bureaucrates infatués sont convaincus, dans leur haute sagesse, que "le peuple est bête" et qu’il patientera longtemps, pour leur plus grand bonheur à eux.

Mais les masses comprennent maintenant très rapidement la situation. Elles ont la terrible expérience de cinq années de guerre. La nouvelle union sacrée ne les enchaîne plus sans résistance au service de la bourgeoisie. L’appel aux sacrifices de la part de bureaucrates chauffés qui donnent en exemple Léningrad (Léningrad où en 1917 les ouvriers ont renversé les capitalistes !), les laisse complètement froids, si on peut s’exprimer ainsi. Les masses sont prêtes à répondre à l’appel de défenseurs hardis, révolutionnaires, capables de les guider effectivement dans la situation terrible où elles se trouvent et de trouver une issue. Ces défenseurs, les révolutionnaires, augmentent tous les jours en nombre. Car la lutte des militants de la IVème Internationale pour rassembler en un Parti capable de conduire les travailleurs vers la libération de classe, rencontre un grand écho dans la masse communiste trahie par ses chefs bureaucrates. C’est pourquoi Marty met en garde le Parti contre "les infiltrations idéologiques ennemies". Mais quelle idéologie peut s’infiltrer et trouver accès auprès des militants communistes, sinon le trotskysme, car le trotskysme c’est le communisme véritable. Et dans le PCF d’union sacrée, le communisme ne s’est pas encore effacé du cœur de tous les militants. Si des chefs à la Cachin, qui d’ailleurs continue sa besogne de 14-18, n’ont plus de communiste que le nom, la masse du Parti, les militants de base restent communistes. Voilà pourquoi les chefs staliniens sont obligés de lutter constamment contre les "infiltrations" idéologiques, c’est-à-dire le communisme des militants de base du PCF. Effrayés par cet état d’esprit, les chefs staliniens utilisent dans la lutte contre le trotskysme, c’est-à-dire le communisme, toutes les méthodes, qui commencent à la calomnie et finissent par le crime. Et pourtant les chefs de l’union sacrée n’arrêteront pas pour cela leur chute. Maintenant que la roue de l’histoire tourne autrement, maintenant que la conscience révolutionnaire des militants honnêtes et des masses se développe à un rythme accéléré, ces méthodes ne feront que précipiter leur chute.

Par une promesse d’unité entre le PC et le PS les bureaucrates pensent pouvoir cacher leur faillite. Mais les bureaucrates du PC, de même que ceux du PS, si nombreux qu’ils soient par rapport aux révolutionnaires, ne représentent que les intérêts d’une très étroite couche dans le prolétariat : l’aristocratie ouvrière. Par contre, les militants de la IVème Internationale représentent les intérêts de classe de l’écrasante majorité non seulement des ouvriers, mais de tous les exploités et opprimés en France. Les ouvriers prennent conscience de plus en plus vite de ce fait, et, que nous ayons ou pas une union des bureaucrates, nous marchons déjà vers une nouvelle scission de Tours, c’est-à-dire la séparation de tous les communistes et socialistes véritables du PC et du PS C’est seulement cette scission qui permettra aux masses travailleuses d’avoir enfin un instrument de défense et de victoire sur les exploiteurs, c’est-à-dire le Parti Communiste, section française de la IVème Internationale.

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc43_013045.htm

Comment les ouvriers doivent-ils répondre au mot d’ordre : "PRODUIRE"

L’Humanité vante l’enthousiasme des ouvriers pour le mot d’ordre "produire" : ceux-ci renoncent aux vacances, acceptent de travailler 12 heures par jour, etc...

L’Humanité laisse ainsi croire qu’à l’heure actuelle la production est fonction de l’effort des ouvriers, et déforme la réalité que tout ouvrier connaît du reste : à savoir qu’à l’abri du mot d’ordre produire ; lancé par nos social-chauvins, le patronat sape et sabote la production à travers son principal élément : la main d’œuvre. Le régime de surveillance et de surexploitation instauré (on nous signale des cas d’ouvriers s’effondrant sur leur machine au milieu du travail) ramène la classe ouvrière, malgré l’existence de "lois sociales" et de la C.G.T., au moins 100 ans en arrière. A une conférence syndicale des usines Citroën du 15-9, un délégué ouvrier s’est exprimé ainsi : "Produire ? Aux ouvriers qui avaient fait le maximum, la direction a fait descendre le chronométreur, et a diminué les temps (c’est-à-dire le prix du temps nécessaire à la fabrication d’une pièce) ; produire cela nous laisse sceptiques." Un autre déclare : "Il n’y a pas de production à cause du nombre de parasites". Et encore : "Tout en travaillant honnêtement, il est impossible de gagner sa vie".

C’est en tenant compte de cette situation que les ouvriers de l’opposition syndicale (Citroën), avec l’approbation de tous les ouvriers du rang, ont posé de la manière suivante, la seule réaliste et conforme aux intérêts du pays, le problème de la production :

"1° Le journal de la section syndicale officielle affirme que nous travaillons pour produire des ambulances, des cars pour le transport, des camions pour le ravitaillement. Qu’on nous dise : combien d’ambulances sont sorties de chez Citroën dans le dernier exercice, combien de cars et quelles lignes ont été rétablies grâce à l’effort de notre usine ? Dans quelle mesure avons-nous contribué à l’amélioration du ravitaillement, et en particulier au ravitaillement de la C.A.P.U.C. qui nous intéresse directement ? Quel est le plan de production de la firme Citroën ?
"Car nous savons que jusqu’à ce jour, nous avons surtout travaillé à rénover des moteurs américains et que les autres commandes sont destinées à l’armée. La Vie Ouvrière nous indique que 850 camions et 400 tractions-avant pour militaires sont prévus pour septembre. D’autre part le programme de fabrication de Citroën porte sur la voiture touriste dont on étudie les prototypes actuellement. Nous voudrions connaître exactement le rôle de cette voiture dans le relèvement national.

"2° Le journal syndical prétend que nous ne travaillons pas pour les profits de M. Boulanger. Nous demandons à la section syndicale, qui par l’intermédiaire du comité d’entreprise nous dit avoir contact avec tous les groupements de l’automobile, qu’elle nous donne une statistique, ne fût-ce qu’officielle, des bénéfices de la firme Citroën. Qu’elle nous prouve que l’augmentation de notre rendement ne se fera pas au profit de Boulanger !...

"Car si les bénéfices des capitalistes n’augmentent pas, comment expliquer la baisse du standard de vie des ouvriers, l’augmentation des prix du lait, du beurre, du vin, de l’électricité, etc...
"3° Puisqu’on reproche aux ouvriers les 5+5+5 minutes de perdues dans la journée, nous demandons pourquoi il existe dans la région parisienne 75% d’improductifs pour 25% d’ouvriers productifs ? Comment est faite entre les ouvriers existants, la répartition des heures de travail, et pourquoi demande-t-on aux ouvriers de faire 54 heures pendant qu’il y a encore des chômeurs ?"
Ce sont là des questions précises que les ouvriers peuvent poser pour toutes les branches de production, dans toutes les usines. C’est le meilleur moyen de mettre au pied du mur les fonctionnaires syndicaux bureaucratisés, les socialo-staliniens, et de démasquer leur politique anti-ouvrière.

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc52_092745.htm#comment

LA CLASSE OUVRIERE SANS DIRECTION REVOLUTIONNAIRE

Affublé d’une peau de lion, un personnage d’une pièce de Shakespeare dit aux spectateurs : "...sous cette peau de lion ce n’est que moi, Snug, le menuisier ; car si j’étais venu comme un lion irrité dans ce lieu, ma vie courrait de grands dangers". Le naïf artisan, qui joue pour la première fois la comédie, craint que son déguisement ne le mette en danger !

Les chefs du P.C.F., quoique vieux comédiens nullement naïfs, habitués à tromper le public, montrent cependant la même crainte.

Pendant la campagne électorale, ils avaient – en paroles – revêtu la peau du lion populaire pour combattre le nouveau Bonaparte et le M.R.P., suppôt de la réaction capitaliste.

A peine les élections finies, ils se sont mis à braire, avec leurs "adversaires" de la veille, leur amour pour "du neuf et du raisonnable" cher à De Gaulle, au Monde, au Figaro, et leur reconnaissance au général (dans L’Huma du 4 novembre, les élus staliniens du Conseil général de la Seine "renouvellent l’expression de leur confiance et de leur gratitude au général De Gaulle").

Les chefs du P.C.F. ont une peur mortelle que les masses laborieuses, ayant présents à l’esprit non pas leurs reniements répétés, mais leurs paroles de la veille, les contraignent à lutter effectivement "en lion irrité" contre Badinguet-De Gaulle, contre le M.R.P., pour la refonte de l’économie au service des classes laborieuses, lutte dans laquelle leurs postes, leur tranquillité de bureaucrates engraissés, plus même que leur vie, "courraient de grands dangers" !

Si les craintes de Snug sont imaginaires, celles de Thorez ne sont que trop fondées, car :
– d’une part, la grosse majorité des 5 millions de votants n’ayant pas encore "compris" les manoeuvres des chefs du P.C.F., patiente actuellement, mais entend voir les actes suivre les paroles ;
– d’autre part, un grand nombre d’ouvriers n’ont voté pour le P.C.F. que pour ne pas voter pour le M.R.P. ou le P.S. ; mais ils sont déjà conscients qu’ils sont trahis et cherchent une nouvelle direction prolétarienne.

Cela semble contredit par le fait qu’un Parti qui s’est présenté comme cette nouvelle direction prolétarienne, le Parti Communiste Internationaliste, n’a recueilli que 8.200 voix dans le premier secteur de Paris. Mais ce Parti est apparu plutôt comme du stalinisme inconséquent, que révolutionnaire conséquent. Car, comme le P.C.F., il a participé au plébiscite pétainiste en votant Oui-Non, au lieu d’appeler les ouvriers à le boycotter pour se mobiliser contre le complot de De Gaulle ; comme les chefs du P.C.F., ses dirigeants ont semé les pires illusions au sujet du Parlement bourgeois en faisant croire que cet instrument d’oppression bourgeois peut être transformé en un organe démocratique pour les travailleurs ; tout comme les chefs du P.C.F., ils ont dit aux ouvriers que ceux-ci pouvaient contrôler le Parlement de la bourgeoisie, et comme eux également ils ont réclamé la révocabilité des députés élus par le suffrage universel, alors que des députés révocables à tout instant ne sont possibles que dans un système soviétique, celui des Comités élus par les masses en lutte.
Or, pour dire cela, le "secrétaire général" Thorez a infiniment plus de poids que le "secrétaire général" Demazière , du P.C.I. !

Le peu de voix qui sont allées au P.C.I. ne dément en rien le dégoût de larges masses prolétariennes pour la politique du P.C.F. Cela montre seulement que la classe ouvrière n’a pas encore de nouvelle direction révolutionnaire.


GOUVERNEMENT P.C.F.-P.S.-C.G.T.

Mais l’expérience électorale n’a rien appris au P.C.I.

Son organe La Vérité (le 9-11) appelle à la formation d’un "gouvernement P.C.F., P.S., C.G.T., sans De Gaulle, sans M.R.P., sans Radicaux", car aux dernières élections "le peuple leur a donné le pouvoir, tout le pouvoir". Et La Vérité s’indigne que Thorez et Blum "s’apprêtent à le partager" avec De Gaulle, avec le M.R.P., avec les Radicaux.

Le simple bon sens manque à La Vérité ! Car si on se base sur les dernières élections, le M.R.P. a obtenu presque autant de voix que le P.C.F., et, d’autre part, c’est De Gaulle que le plébiscite a désigné comme futur chef du gouvernement.

Si, pour tout homme doté de bon sens, c’est chose claire, pour nos éminents tacticiens de La Vérité, cela paraît trop simple pour être vrai.

Le P.C.I., voulant à tout prix déguiser de simples élections parlementaires (qui décident seulement "quels seront les représentants des classes possédantes qui représenteront et opprimeront le peuple au Parlement" -Lénine-) en action "révolutionnaire", dit des bêtises : car du résultat des dernières élections on ne peut tirer d’autres conclusions "radicales" que celles de Thorez : "Il faut tenir compte des volontés du peuple qui a voté à gauche, former un gouvernement à majorité socialiste et communiste". Et l’expérience électorale des masses donne raison à Thorez et non à La Vérité.
Le résultat de ces fantaisies est non seulement que les travailleurs n’y comprennent rien, mais, fait aussi grave, elles conduisent aux pires reniements des vérités élémentaires du marxisme : "Le peuple leur a donné le pouvoir (le 21 octobre)" ! Mais pour cela, il faudrait que le peuple possède le pouvoir. Serions-nous déjà, par hasard, sans nous en être aperçus en régime prolétarien ? Comme la bourgeoisie, La Vérité fait passer les élections du 21 octobre pour l’expression de la "souveraineté du peuple" !

En réalité, l’appareil étatique actuel, même coiffé de ministres communistes et socialistes, ne peut fonctionner que contre le peuple : exemple le gouvernement Blum soutenu "sans éclipse" par Thorez.
L’enseignement principal du marxisme est basé sur l’expérience de la Commune de Paris qui a montré que le peuple ne peut pas s’emparer du pouvoir en mettant des préfets et des ministres "socialistes" à la tête des organes bureaucratiques de l’Etat bourgeois. Les révolutions de 1905 et de 1917 en Russie ont fait surgir pour la première fois la nouvelle forme étatique du pouvoir des masses ouvrières : les Comités (Soviets), "un pouvoir nouveau à la fois centralisé et pleinement démocratique, appuyé sur la lutte directe et sur l’immense force des masses travailleuses".

Si "le peuple", en la personne de la classe ouvrière, concentrait ce pouvoir effectif entre ses mains en face de la puissance bourgeoise (police, corps d’officiers, Parlement, Bourse, etc.), si, élus comme gouvernement du pouvoir ouvrier des Comités, les Thorez et les Blum partageaient ce pouvoir ouvrier avec des bourgeois, dans ce cas, leur dire : prenez tout le pouvoir ! ce serait les mettre au pied du mur et démontrer aux ouvriers qu’ils livrent à la bourgeoisie le pouvoir que les ouvriers lui ont arraché. Les ouvriers chercheraient alors des représentants plus décidés, pour maintenir leurs conquêtes et construire la nouvelle société.

Par contre, pousser les Partis se réclamant de la classe ouvrière dans la galère du gouvernement bourgeois, cela ne servirait qu’à répéter l’expérience Blum, qui s’est retournée contre la classe ouvrière au profit de la bourgeoisie.

Si l’on veut lutter pour un gouvernement ouvrier, il ne faut pas mettre les boeufs derrière la charrue, c’est-à-dire les Socialistes, les communistes et la C.G.T. derrière la machine de répression de la bourgeoisie. Car en régime capitaliste, c’est à elle que les masses ont toujours affaire, quel que soit le gouvernement ("le gouvernement passe, la police reste") ; mais il faut mettre les boeufs devant la charrue, c’est-à-dire atteler les Partis ouvriers au nouveau pouvoir des Comités ouvriers. Cela s’appelle Gouvernement des Comités ouvriers et paysans.

Le soi-disant mot-d’ordre "P.C., P.S., C.G.T. au pouvoir" sur la base d’élections contrôlées par la bourgeoisie n’est qu’un coup de sabre dans l’eau.


QUE VEULENT LES OUVRIERS ?

Manier des mots d’ordre sans contrôler les sentiments véritables de la classe ouvrière, faire appel aux étiquettes jaunies du P.C.F., du P.S. et de la C.G.T. pour mobiliser celle-ci, c’est faire montre d’un manque complet de liaison avec les masses ouvrières : les ouvriers n’ont plus confiance ni dans les étiquettes, ni dans les promesses.

Prenons le mot d’ordre de "nationalisation" ; là où on n’a pas expliqué aux ouvriers que les nationalisations actuelles ne sont qu’un mensonge, les ouvriers craignent les "nationalisations", car ils ont constaté que dans les usines "nationalisées", le seul changement, c’est qu’ils ont en plus de la garde-chiourme habituelle les dirigeants syndicaux sur leur dos.

Quant à leur attitude vis-à-vis des Partis, la conclusion la plus répandue est celle-ci : "Tous trahissent ! Ceux qui sont fidèles étant en minorité, trahiront quand ils deviendront eux-mêmes des dirigeants."
Que doit-on répondre, sans aucun embellissement de la vérité, aux travailleurs qui commencent à perdre tout espoir ?

"En effet, il est toujours possible que des députés "ouvriers", une fois élus au Parlement bourgeois, trahissent ceux qui les ont élus. Mais si les travailleurs organisent leur propre "Parlement ouvrier ;, c’est-à-dire un Conseil de députés ouvriers, paysans, soldats, d’usine, de quartiers, de village et de régiment, ils peuvent exercer un contrôle permanent sur leurs élus et remplacer immédiatement ceux dont les actes ne correspondent pas à leurs paroles. Les Comités ; leur donneraient le moyen non seulement de mettre à l’épreuve les Partis, mais de choisir de nou-veaux représentants qui se révéleraient dans la lutte ouvrière comme les plus clairvoyants et les plus dévoués. Les Comités ; aboutiraient ainsi non seulement au contrôle, mais à un renouvellement total du personnel politique ouvrier qui, actuellement, sabote la lutte ouvrière.

Cela signifie-t-il de la part des ouvriers un effort mille fois plus grand que pendant les élections, et de tous les jours ? Oui ! Mais les travailleurs ne peuvent pas renoncer à lutter sans se condamner à une existence de plus en plus misérable. Et ne font-ils pas au service de la bourgeoisie des sacrifices infiniment plus grands que ceux exigés pour leur émancipation politique et sociale ?
Dans cette lutte, la conscience de millions de prolétaires s’élèvera au niveau des tâches à résoudre. Et sur la base de ses conquêtes, le prolétariat soviétique de France et du monde sera définitivement maître de son destin.

Les travailleurs conscients profiteront de toutes les luttes ouvrières pour démontrer ces vérités aux ouvriers et sur la base d’une expérience nouvelle qu’ils feront acquérir à tous les travailleurs ils les conduiront VERS LE GOUVERNEMENT DES COMITES D’OUVRIERS ET DE PAYSANS.

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement

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