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Guerres impérialistes et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

jeudi 16 avril 2026, par Robert Paris

Guerres impérialistes et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…

Comment résolvez-vous la question actuelle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes face aux visées impérialistes dans les guerres actuelles, que ce soit à Gaza, en Ukraine ou en Iran ou encore en Europe ? C’est la question que nous pose une lectrice et c’est un sujet d’une brûlante actualité dont nous avons pensé qu’il méritait un éditorial.

Elle nous dit par exemple : « suppose que tu es ukrainien et que tu ne veux pas être militairement occupé par la Russie, quelle est ta position politique ? » ou encore « tu vis en France et tu ne veux pas non plus d’une invasion ou d’un bombardement russe, comment lutter ? » Elle rajoute : « c’est quand même ce que défendent les révolutionnaires communistes : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, non ? » Sa question : « il faut quand même, quelles que soient les critiques qu’on peut faire à Zélensky ou à Macron, se préparer à se défendre militairement. Il faut quand même aider le peuple ukrainien à se défendre lui aussi. Non ? »

La première remarque à faire : Zélensky, pas plus que Macron ou les autres dirigeants européens (ou que Biden) n’agissent pas pour défendre le peuple ukrainien ou les peuples européens contre l’impérialisme russe. Ils défendent les impérialismes européens ou attaquent l’impérialisme russe (suivant qu’on imagine celui qui est l’attaquant et celui qui est le défenseur mais dans une guerre entre impérialismes cela n’a aucune importance de déterminer qui est le premier).

Un impérialisme est parfaitement capable de tirer argument du droit du peuple à disposer de lui-même pour imposer sa dictature comme Hitler avec l’invasion de l’Autriche au nom des sentiments nationaux allemands des Autrichiens ou encore « la défense des sudètes », tout comme l’impérialisme français avec « le soutien au peuple biafrais » contre le Nigéria. Ou encore avec la défense par les impérialismes français et allemand de l’Alsace-Lorraine.

Ainsi, l’impérialisme français se préoccuperait du droit du peuple ukrainien à ne pas être russe et pas du droit du peuple corse ou du peuple calédonien à ne pas être français ? Balivernes ! Quand il a organisé le génocide rwandais, l’impérialisme français se préoccupait-il des droits de l’ethnie Hutu ?

On peut aussi discuter à perte de vue sur qui a débuté une guerre (est-ce le Hamas ou Israël, est-ce l’Ukraine ou la Russie, est-ce Israël ou l’Iran, etc…), sur qui est plus agressif, plus dangereux, plus oppressif, tel impérialisme ou tel autre, sur qui défend le peuple et qui l’attaque. Avec l’impérialisme, notre réponse doit être : l’ennemi principal, c’est l’ensemble des impérialismes sans aucune distinction. Cela signifie tous les Etats capitalistes riches qui dominent le monde, pillent les richesses agricoles, minières et pétrolières, exportent leurs capitaux, dominent toutes les économies des pays riches comme des pays pauvres qu’ils pillent. Le pilier de l’ordre oppressif mondial, c’est l’impérialisme ! C’est contre lui que le prolétariat révolutionnaire doit diriger ses coups. Cela suppose de ne participer à aucune entente nationale, à aucun front national aux côtés de son propre impérialisme, de ne souhaiter aucune victoire de celui-ci.

Depuis qu’existe l’impérialisme et qu’il mène des guerres, en somme depuis la période qui a précédé la première guerre mondiale, ce dernier a mené des guerres au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » sans nullement défendre réellement les droits d’aucun peuple. Dans la première guerre mondiale, aucun camp ne défendait les droits d’un peuple. Par contre, dans la même période, les travailleurs révolutionnaires russes menés par le parti de Lénine et de Trotsky ont mené une politique fondée sur une stratégie offensive contre l’impérialisme appelée « défaitisme révolutionnaire » et qu’on peut résumer par : « ton principal ennemi est ton propre camp impérialiste, tu dois combattre pour sa défaite, pour casser son armée, pour détruire cet impérialisme, pour que les soldats et autres forces armées se dissolvent, refusent d’obéir à leur hiérarchie, s’organisent aux côtés du peuple travailleur révolutionnaire, comme lui en soviets et pour la prise de pouvoir de ceux-ci en détruisant tout l’ancien appareil d’Etat. » Lénine et Trotsky ont toujours défendu cette politique et c’est cela qui leur a permis d’obtenir le soutien des peuples opprimés de l’ancien empire tsariste, « cette prison des peuples »…

C’est justement ce que change le fait qu’il s’agisse d’une guerre internationale entre des impérialismes qu’il s’agit de discuter. Non pas que cela signifie que le droit des peuples n’aurait plus cours mais parce que l’Etat qui prend partie pour l’un des impérialismes n’a pas le soutien du camp prolétarien. Mais surtout parce que l’objectif essentiel, tout particulièrement dans chaque pays impérialiste, du prolétariat révolutionnaire doit être de renverser son propre impérialisme ou celui de son propre camp impérialiste. Cela signifie qu’un travailleur ou qu’un révolutionnaire d’Europe doit renverser l’impérialisme européen, qu’un travailleur américain doit renverser l’impérialisme américain tout autant qu’un travailleur russe ou chinois doit renverser les impérialismes russes ou chinois.

Oui mais, direz-vous, quand la guerre est là et que la révolution prolétarienne n’y est pas, qu’est-ce qu’on fait ? On ne peut pas se laisser occuper, terroriser, massacrer, tuer, violer par des armées étrangères et impérialistes sans rien faire pour se défendre sous prétexte qu’il faut attendre la révolution sociale qui renversera tous les impérialismes ! On peut quand même s’appuyer sur son Etat national, fût-il capitaliste, pour éviter le pire, non ?

Non ! Pas quand on est un travailleur révolutionnaire conscient !

On doit soutenir et participer à la lutte contre la guerre, contre les impérialismes, pour le droit des peuples mais pas soutenir les Etats qui choisissent l’un des impérialismes.

Par exemple récemment du Mali au Burkina Faso et au Niger, le mouvement ouvrier aurait dû soutenir les peuples africains qui ne voulaient plus de la domination néocoloniale française mais pas les chefs d’état militaires africains qui en profitaient pour pactiser avec les impérialismes russe ou chinois.

L’anti-impérialisme des révolutionnaires ne consiste pas à choisir un impérialisme soi-disant meilleur que l’autre. Il n’y a pas d’impérialisme démocratique et surtout pas quand il est en guerre. Il n’y a pas d’union sacrée avec l’impérialisme, pas de défense nationale juste, pas de guerre juste, pas de solidarité avec notre pire ennemi !

La lutte dite « de Maidan » en Ukraine contre la domination russe et la dictature était une lutte à laquelle il fallait participer et que le prolétariat révolutionnaire aurait dû diriger de manière révolutionnaire, c’est-à-dire en s’en prenant aussi aux oligarques et exploiteurs ukrainiens, en désarmant l’armée ukrainienne, en organisant des conseils de soldats comme des conseils de travailleurs. De même que bien d’autres luttes des pays de l’Est ou des luttes récentes depuis 2011 dans le monde entier, il y avait une politique révolutionnaire à mener et qui ne l’a pas été.

Quand une question nationale devient brûlante, cela ne signifie pas qu’il faille l’isoler des autres questions sociales et politiques, de tout ce qui nécessite la révolution pour être résolu.

Par contre, cela ne signifie pas que, là où les dictatures sont tombées, il faille soutenir les suivantes. Ni qu’il faille accepter des « guerres pour la paix », des « guerres pour renverser la dictature », des « guerres pour en finir avec un chef d’état dangereux », etc… Ne jamais soutenir son propre impérialisme même s’il se prétend démocratique est une règle de base.

La question du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » a été manipulée dans tous les sens par les grandes puissances. J’ai déjà cité le cas de l’impérialisme français avec le Biafra. Il est remarquable que la France soit aussi touchée du droit des peuples quand il s’agit des Ukrainiens mais pas du tout des Africains par exemple ! La Russie aussi prétend défendre les Ukrainiens : les pro-Russie du Donbass ! En fait, nous ne devons reconnaitre le droit des peuples que lorsque ce sont les peuples eux-mêmes mobilisés, en lutte et en révolution qui luttent pour. Et jamais quand ce sont les oppresseurs et les exploiteurs qui se cachent derrière…

De l’Ukraine au Mali, l’impérialisme ne fait pas la guerre pour défendre le droit des peuples

La première question à comprendre dans la situation actuelle du monde, c’est que les guerres n’ont plus un simple caractère local mais toujours un caractère mondial, même s’il s’agit d’un affrontement classique comme entre Israéliens et Palestiniens, ou entre Congolais et Rwandais, ou entre Arméniens et Azéris ou entre Thaïlandais et Cambodgiens ou encore entre Ethiopiens et Erythréens. Désormais, dans tous ces conflits sont polarisés, pilotés, détournés, armés, financés, dirigés par les deux grands blocs impérialistes : d’un côté les USA, le Japon, la Corée du sud, les Emirats et l’Arabie saoudite ainsi qu’Israël avec l’Europe (et quelques autres comme Canada, Australie, etc), de l’autre Iran, Russie et Chine (et quelques autres). Même quand cela ne leur plait pas, tous doivent s’aligner d’un côté ou d’un autre.

Le principal adversaire de la guerre impérialiste est la révolution sociale prolétarienne et cela pour une raison très simple : si les impérialismes se lancent dans la guerre entre eux, c’est parce qu’ils estiment que la révolution devient un danger à court terme et qu’elle peut mener au triomphe du prolétariat (même si ce dernier n’a pas encore conscience de représenter un tel danger). C’est parce que la crise de la domination de la bourgeoisie, celle au sens objectif, c’est-à-dire la stabilité du système capitaliste, est menacée de manière critique que les classes dirigeantes envisagent volontiers des recours extrêmement violents comme la guerre mondiale, le fascisme, la dictature militaire, les bains de sang et les répressions massives (ou les attaques pandémiques massives !).

Toutes les conflagrations mondiales ont eu comme précédent des menaces révolutionnaires liées à une crise aiguë de l’économie capitaliste.

La question nationale (dont le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes fait partie) est une des contradictions non résolues du système capitaliste qui peuvent devenir de vraies fractures permettant de renverser tout le système. Non seulement les travailleurs révolutionnaires ne doivent pas s’en détourner en se contentant de réprouver le nationalisme petit et grand bourgeois mais ils ne doivent pas avoir de réticences à s’en servir dans un but révolutionnaire comme de toutes les contradictions du système. Cette stratégie s’appelle la conception dialectique de « la révolution permanente ».

La seule perspective face à la guerre inter-impérialiste et les tentatives fascistes et dictatoriales qui découlent de l’effondrement du capitalisme mondial, c’est le pouvoir des soviets de travailleurs des villes et des campagnes, de femmes, de jeunes et de petits soldats renversant l’impérialisme, tous les impérialismes !

Lire encore sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur la question nationale et sur la perspective actuelle des conseils ouvriers :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7879

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve178

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6796

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article313

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743

Conclusion : comment aider les peuples qui luttent aux quatre coins du monde ? En renversant d’abord notre propre impérialisme et déjà en le combattant, en le minant, en le discréditant, en le désarmant !

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