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Contre les directions social-patriotes et faussement anti-impérialistes : organisons nos fractions révolutionnaires dans les syndicats
vendredi 29 mai 2026, par
Contre les directions social-patriotes et faussement anti-impérialistes : organisons nos fractions révolutionnaires dans les syndicats
Depuis 2022, les huit confédérations syndicales françaises (CGT, FSU, Solidaires, FO, CFDT, UNSA, CFE-CGC, CFTC) signent ensemble, mois après mois, le même programme. Ce programme a un nom qu’aucune d’entre elles n’ose prononcer : la souveraineté de l’impérialisme français. Quatre d’entre elles — CGT, FSU, Solidaires, FO — prétendent pourtant représenter la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Elles se présentent comme anti-impérialistes. Elles ne le sont pas. Leur pratique des quatre dernières années en fait la démonstration documentée.
## Quatre portes d’entrée, un seul édifice
Chacune apporte sa pierre à l’édifice social-patriote.
**La CGT confédérale** a publié le 22 septembre 2025 un tract intitulé *« À qui profite la guerre ? »* dans lequel elle réclame la sortie de l’OTAN « afin d’assurer les conditions de notre indépendance et de notre capacité d’initiative internationale » et propose la création d’un « pôle public national de la défense » garantissant « la souveraineté de la France »[^1]. Sortie gaulliste-souverainiste de l’OTAN pour mieux affirmer l’autonomie de l’impérialisme français. Maintien de la défense nationale rebaptisée pôle public. Étatisation de Dassault, Thales, Naval Group, MBDA non pour les démanteler, mais pour mieux servir l’État français.
**La FSU** signe toutes les déclarations intersyndicales sur l’Ukraine, l’Iran, Gaza, en se cantonnant au cadre du « droit international » et de la Charte des Nations Unies[^2] — c’est-à-dire au droit de la Sainte-Alliance des vainqueurs de 1945. Pas une ligne sur le caractère interimpérialiste des guerres, pas un mot sur le défaitisme révolutionnaire, pas un appel à la classe ouvrière des autres pays.
**Solidaires** est partie prenante du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU), qui réclame ouvertement la fourniture à Kiev d’« avions, canons, chars, autant que nécessaire et sans délais »[^3]. La confédération qui se présente comme la plus à gauche soutient ainsi de facto la production d’obus 155 mm à Eurenco-Tarbes, les Caesar de KNDS, les SCALP de MBDA, les Rafale de Dassault. Solidarité par en bas, programme d’armement par en haut.
**Force ouvrière** dispose d’une fédération entière, FO-FEDIASA, dédiée à l’industrie de défense et de l’armement — par construction défensiste-nationale. Et signe avec les autres la lettre du 29 avril 2025 demandant *l’intervention de la France pour garantir le plein respect des droits syndicaux en Ukraine*[^4] : huit confédérations sollicitent leur propre bourgeoisie impérialiste comme arbitre des conflits sociaux à l’étranger.
Chacune sa porte d’entrée. Un seul édifice.
## La convergence ouverte avec le Rassemblement national
L’épisode sidérurgique a fait tomber le masque. En novembre 2025, la FTM-CGT a soutenu une proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal au nom de la « souveraineté industrielle » et de « notre capacité à produire de l’acier »[^5]. Au même moment, le RN, par l’amendement Jacobelli n°133, défendait la même nationalisation au nom de la *« base industrielle et technologique de défense : production d’armements, infrastructures, navires, blindés »*[^6]. Même acier. Même État. Même souveraineté. La CGT déguise en industrie et en emploi ce que le RN assume comme armement.
La frontière prétendue entre « syndicalisme de gauche » et « extrême droite » s’efface dès qu’on examine le programme matériel commun de la souveraineté industrielle de défense. Le militant CGT qui justifie sa direction par le « combat contre l’extrême droite » doit lire l’amendement 133 : il y trouvera le vocabulaire exact de sa propre confédération.
## Le silence sur le Sahel : la preuve cardinale
Ce que ces directions ne disent pas les démasque autant que ce qu’elles disent.
Depuis le retrait français du Sahel (Mali 2022, Burkina Faso 2023, Niger 2023), depuis la sortie de la CEDEAO par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel, depuis l’ouverture du chantier de sortie du franc CFA, depuis l’embuscade de Tinzaouaten en juillet 2024 où le renseignement militaire ukrainien (GUR) a revendiqué publiquement sa coordination avec le FLA touareg et le JNIM djihadiste contre les forces russo-maliennes[^7], depuis le pivot stratégique français vers Nairobi et l’Afrique anglophone — pas une déclaration confédérale.
Les armes versées à Kiev ne restent pas sur le front ukrainien. Le GUR opère comme bras armé déporté de l’impérialisme français exactement là où Barkhane a été expulsée. Les quatre confédérales se taisent sur cette chaîne France-OTAN-Ukraine-GUR-FLA-Sahel. On leur parle de Marioupol, jamais de Tinzaouaten. De solidarité avec les syndicats ukrainiens, jamais des proxys ukrainiens en Afrique. De souveraineté ukrainienne, jamais des peuples sahéliens qui chassent Paris.
Et pendant qu’elles écrivent au « ministère des Outre-mers », elles oublient que Mayotte a été arrachée aux Comores en 1975 contre le vote de l’archipel et la position de l’ONU[^8]. Que la Kanaky, la Polynésie, la Guyane, les Antilles, la Réunion sont les restes vivants de l’empire colonial français. Sous leur « décolonialisme » officiel : la défense silencieuse du dernier carré de l’empire.
Lénine l’écrivait en 1915 : les social-chauvins évitent désormais le manifeste de Bâle « comme le voleur évite l’endroit où il a fait son coup »[^9]. Cent-dix ans plus tard, les confédérales évitent le Sahel exactement de la même manière.
## Le programme ouvrier de Monatte, Rosmer, Lénine
À ce programme social-patriote, nous opposons le programme ouvrier qui a déjà rompu une fois, en 1914-1925, avec exactement le même type de trahison.
**Pierre Monatte** a démissionné du Comité confédéral de la CGT en décembre 1914 en écrivant : *« Les travailleurs conscients des nations belligérantes ne peuvent accepter dans cette guerre la moindre responsabilité. »*[^10] Refus catégorique de la « défense nationale », rupture publique avec Jouhaux, fondation de *La Vie Ouvrière* puis de *La Révolution prolétarienne* — la filiation du syndicalisme révolutionnaire français anti-Union sacrée.
**Alfred Rosmer**, à Zimmerwald et Kienthal aux côtés de Lénine, Trotsky, Martov, a posé l’invariant programmatique : *« L’internationalisme : discipline d’action contre sa propre bourgeoisie. »*[^11] Pas un sentiment, pas une déclaration, une discipline matérielle d’organisation par chaque prolétariat contre sa propre classe dominante.
**Lénine** a donné en 1915 le critère définitif du social-chauvinisme : la reconnaissance de l’idée de défense de la patrie dans la guerre impérialiste, et en 1917 le verdict : *« Les social-chauvins, socialistes en paroles, chauvins en fait, qui admettent la défense de la patrie dans une guerre impérialiste. Ils sont passés à la bourgeoisie. »*[^12] C’est exactement la définition de ce que sont les huit confédérales en 2025-2026.
## Construire les fractions révolutionnaires
Notre programme tient en quatre axes indissociables.
**Défaitisme révolutionnaire.** L’ennemi principal est la bourgeoisie française. Pas la Russie, pas la Chine, pas l’Iran, pas le Mali. La bourgeoisie française. La défaite militaire du gouvernement français dans toutes ses opérations impérialistes — au Sahel, au Levant, en Ukraine, en Indo-Pacifique — est la condition de la révolution prolétarienne en France. Aucune équivalence formelle entre belligérants : l’OTAN n’est pas l’« autre camp » de la Russie, c’est l’instrument de notre propre impérialisme.
**Contrôle ouvrier.** Ouverture des livres de comptes de Dassault, Thales, Naval Group, MBDA, Eurenco, Nexter. Abolition du secret-défense. Expropriation sans indemnité de l’industrie d’armement. Reconversion civile sous contrôle des travailleurs eux-mêmes — pas par un « pôle public national de la défense » qui maintient la production de Rafale, de Caesar, d’obus 155 mm.
**Comités de soldats.** Droit de refus des ordres contraires aux intérêts du prolétariat. Droit de se syndiquer dans l’armée. Droit de grève. Élection et révocabilité des gradés par les soldats du rang. Fraternisation classe contre classe avec les soldats des armées d’en face. Pas un antimilitarisme abstrait de slogan : un travail révolutionnaire dans les casernes, comme Liebknecht et les Spartakistes l’ont fait en 1917-1918.
**Internationale.** Chaque prolétariat combat sa propre bourgeoisie — pas la bourgeoisie d’en face. L’ennemi est d’abord dans notre propre pays. Reconstruction d’une Ve Internationale ouvrière sur cette base et sur cette base seulement.
## Là où la guerre se fabrique, la lutte de classe doit être menée également
Il n’y a pas d’antimilitarisme révolutionnaire sans implantation matérielle. Et il n’y a pas d’implantation matérielle sans présence dans les sites de production de l’armement français : Tarbes pour les poudres Eurenco, Bourges pour les obus KNDS, Roanne pour Nexter, Lorient et Cherbourg pour Naval Group, Saint-Nazaire et Indret. Sans fractions révolutionnaires chez les cheminots qui transportent les munitions vers la Roumanie et la Pologne. Sans travail dans les ports de Fos, Marseille, Le Havre, où les armes embarquent. Sans présence dans les casernes : Djibouti, Kourou, Réunion, Kanaky, Liban, Côte d’Ivoire, Sénégal.
Pas d’antimilitarisme sans implantation dans les arsenaux et dans l’armée — et sans une politique organisant la défaite de l’impérialisme français.
C’est à cette tâche que nous appelons les militants ouvriers, syndicalistes, soldats du contingent, jeunes en formation, retraités combatifs. Pas un syndicat nouveau créé par en haut, pas une scission bureaucratique, pas un appel à voter différemment. **Des fractions révolutionnaires organisées dans les syndicats existants** — CGT, SUD-Solidaires, FSU, FO — sur la base d’un programme de classe documenté, d’un bulletin d’entreprise, d’une motion, d’une intervention en assemblée générale, d’une présence à la porte des usines, des arsenaux, des ports, des casernes.
Plantons le drapeau de la révolution prolétarienne.
Constituons nos fractions.
Préparons notre classe.
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*Matière et Révolution — Voix des Travailleurs — Gilets Jaunes Poitiers*
*matierevolution.fr — matierevolution.org*
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## Notes et références
[^1] : CGT confédérale, *« À qui profite la guerre ? »*, 22 septembre 2025. Disponible sur : https://www.cgt.fr/actualites/france/budget/qui-profite-la-guerre
[^2] : FSU, *« Moyen-Orient : pour une paix durable, arrêter les fauteurs de guerre »*, communiqué du 25 juin 2025. Voir également la déclaration intersyndicale CGT-FSU-Solidaires du 3 mars 2022 sur l’Ukraine et la déclaration intersyndicale du 21 janvier 2026 demandant une conférence de paix « sous l’égide de l’ONU ». Sources : fsu.fr et cgt.fr.
[^3] : Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU), appel public. Union syndicale Solidaires, *« Le réseau européen-international de solidarité avec l’Ukraine »*, 1er avril 2026. Disponible sur : https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/internationales/le-reseau-europeeninternational-de-solidarite-avec-lukraine
[^4] : Lettre intersyndicale CFDT-CGT-FO-CFE-CGC-CFTC-UNSA-Solidaires-FSU au ministre français des Affaires étrangères, 29 avril 2025. Disponible sur : https://fsu.fr/lettre-intersyndicale-concernant-les-attaques-contre-les-syndicats-en-ukraine
[^5] : FTM-CGT, communiqué du 28 novembre 2025 et rassemblement au Sénat du 25 février 2026 pour la nationalisation d’ArcelorMittal. Disponible sur : https://ftm-cgt.fr/le-combat-pour-gagner-la-nationalisation-darcelormittal-continue
[^6] : Assemblée nationale, amendement n°133 déposé par Laurent Jacobelli (RN), 24 novembre 2025. Disponible sur : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/2123/AN/133.pdf
[^7] : Andriï Ioussov, porte-parole du GUR (renseignement militaire ukrainien), déclarations publiques de juillet 2024 sur l’embuscade de Tinzaouaten. Pour une synthèse des sources, voir l’article *« Ukraine-Sahel : la chaîne que les confédérales refusent de voir »*, Voix des Travailleurs, mai 2026.
[^8] : Résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le rattachement de Mayotte, contestant la sécession île-par-île de 1975 au regard du principe d’intégrité territoriale des décolonisations. Position constante de l’Union africaine et de l’Union des Comores.
[^9] : V. I. Lénine, *Le socialisme et la guerre*, 1915. Édition française disponible sur : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/08/
[^10] : Pierre Monatte, lettre de démission du Comité confédéral de la CGT, décembre 1914. Texte intégral disponible sur : https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1914/12/monatte_19141200.htm
[^11] : Alfred Rosmer, *Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale*, Librairie du Travail, 1936 (rééditions Maspero, 1959 ; La Découverte, 1993). Voir également Marxists Internet Archive : https://www.marxists.org/francais/bios/rosmer.htm
[^12] : V. I. Lénine, *Les tâches du prolétariat dans notre révolution*, mai 1917. Voir aussi *La lutte contre le social-chauvinisme*, 1915, et *Sur la conférence de Stockholm*, septembre 1917. Éditions françaises disponibles sur marxists.org/francais/lenin/.