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Vidéo et retranscription du forum de Lutte ouvrière sur les licenciements

mercredi 10 juin 2026, par Karob

Vidéo et retranscription du forum de Lutte Ouvrière sur les licenciements à la fête de LO

Voir la vidéo :

https://youtu.be/gwvTgMekDJo?is=jGnX3IODOFQky2OA

Avertisssement

On ne trouvera pas dans toutes ces interventions de l’organisation Lutte ouvrière une seule fois le mot comité de grève, ni assemblée souveraine et décisionnelle, ni conseils de travailleurs, ni soviets, ni auto-organisation des travailleurs. Il y a des critiques de la politique des directions syndicales mais aucune perspective pour y faire face. Or, l’organisation qui discute ainsi se dit révolutionnaire trotskyste ! En fait, elle est parfaitement alignée sur la gauche syndicale...

# Forum « Quelle politique pour les travailleurs face aux licenciements et aux fermetures d’usine »

## Intervention de Jean-Pierre Mercier (LO / SUD Stellantis Poissy) + débat

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### Introduction de la modératrice

Bon, du coup on va débuter le forum sur quelle politique pour les travailleurs face aux licenciements et aux fermetures d’usine. Et du coup je passe la parole à Jean-Pierre Mercier.

### Topo de Jean-Pierre Mercier

550 plans de licenciement, près de 300 000 travailleurs concernés. C’est le bilan provisoire que fait la CGT au niveau national. Tout secteur d’activité confondu.

Le secteur automobile, qui emploie plusieurs centaines de milliers de travailleurs, est sans doute un des secteurs les plus touchés par les vagues de licenciement et les fermetures d’usine.

Alors avant de parler des causes réelles de tous ces licenciements, puis de développer la politique que nous, militants de Lutte ouvrière, défendons dans les usines, il est important je crois, pour ne pas discuter dans le vide, de faire un constat de la situation.

Oui, le patronat amplifie ses attaques et elles continueront tant que le monde du travail ne retrouvera pas confiance dans sa force collective et ne retrouvera pas le chemin des luttes.

Nous savons qu’aucun gouvernement, qu’aucune Assemblée nationale, qu’aucune loi ne pourront protéger les travailleurs des attaques du patronat. Tous les gouvernements, et à commencer par les gouvernements de gauche, ont systématiquement choisi leur camp, celui du patronat, des actionnaires. Car dans cette société capitaliste, le pouvoir réel se trouve dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Les politiciens peuvent avoir un langage radical quand ils sont dans l’opposition — et encore on le voit de moins en moins — mais dès qu’ils accèdent au pouvoir, ils servent la soupe au grand patronat et défendent les intérêts de la bourgeoisie. Cela a été le cas avec Mitterrand, Jospin, Hollande, et cela le sera avec Mélenchon.

Pour s’opposer aux licenciements, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de reprendre conscience que ce qui leur donne la force, la capacité de défendre leurs intérêts, c’est que non seulement ils représentent l’écrasante majorité de la société, mais qu’ils occupent la place centrale dans l’économie par le fait qu’ils produisent tout.

En effet, les travailleurs sont à la base du fonctionnement de toute la société, à la base de la création de la moindre richesse. Sans eux, absolument rien ne peut être produit, vendu, recyclé. C’est vrai dans l’industrie automobile comme dans tous les secteurs de l’économie.

Ce qui leur manque, c’est justement cette conscience. C’est la conscience d’appartenir à une classe sociale sur laquelle l’ensemble de la société repose. Une classe non seulement incontournable, mais qui porte en elle collectivement la solution pour s’opposer à la bourgeoisie, changer cette société pourrie. Et la conscience qui en est inséparable, que ces intérêts sont irrémédiablement opposés à ceux des capitalistes, qu’il ne peut pas et qu’il ne pourra jamais y avoir d’intérêts communs. Nous sommes deux classes sociales ennemies.

Je dis « retrouver », car décennies après décennies cette conscience politique a reculé. Alors je n’ai pas le temps de m’étendre sur les raisons de ce recul, mais il y a de moins en moins de luttes, de grèves, y compris sectorielles. Les travailleurs discutent ou font de moins en moins de politique, et aujourd’hui ce sont les idées réactionnaires qui gagnent du terrain parmi les nôtres.

Voilà le constat sans détour réel de l’état de conscience et de la combativité de la classe ouvrière aujourd’hui. C’est dans ce contexte que le patronat déroule ses attaques avec l’objectif de maintenir et d’augmenter ses profits. Car la seule raison des licenciements et des fermetures d’usine est bien celle-ci : la recherche perpétuelle des profits. Les politiciens, qu’ils soient de gauche, de droite ou d’extrême droite, cherchent à masquer cette réalité derrière des mots ronflants tels que l’intérêt national ou la fameuse compétitivité.

Selon eux, les usines françaises ne seraient pas assez compétitives, ce qui nuirait aux intérêts français. En réalité, ils cherchent à cacher que ce qu’ils appellent l’intérêt national, ce sont les intérêts des capitalistes français, et que la compétitivité, c’est uniquement une question de profit puisque c’est la capacité des patrons à payer des travailleurs le moins possible pour qu’ils produisent le plus possible.

Mais en racontant ces balivernes sur l’intérêt national et le patriotisme économique, les patrons, les politiciens bourgeois et les experts à leur service ont un objectif : convaincre les travailleurs que leur problème, c’est la concurrence des travailleurs des autres pays, pour leur faire détourner le regard de leurs vrais ennemis, des vrais responsables de l’exploitation et du chômage, les capitalistes. Cette rengaine sur la concurrence des travailleurs étrangers, tous les politiciens bourgeois — et là sans exception les camarades — l’ont reprise à un moment ou à un autre. Le dernier en date étant François Ruffin. À une époque, l’ennemi était le travailleur japonais, puis celui d’Europe de l’Est, les Slovaques, les Tchèques ou le fameux plombier polonais. Aujourd’hui, c’est aux Chinois qu’ils s’en prennent. Ces fameux Chinois qui se préparent à inonder le marché français de leurs voitures et à ruiner les industriels français.

Mais quelle hypocrisie ! D’une main, un groupe comme Stellantis explique qu’il ferme des usines du fait de la concurrence chinoise. Et de l’autre, le même groupe conclut une alliance avec Leapmotor, un constructeur chinois, pour importer ses voitures en Europe. Et il ouvre récemment — vous avez dû en entendre parler — il ouvre ses usines de Rennes, de Saragosse et de Madrid à ses alliés chinois Dongfeng et Leapmotor pour que ceux-ci y fabriquent directement des voitures. Et là, il n’y a pas de concurrence chinoise qui tienne. Car la seule chose qui importe aux actionnaires de Stellantis, les familles Peugeot et Agnelli, c’est combien de milliards ils vont ramasser à la fin dans de telles opérations. Alors les patrons savent et ont toujours su faire des profits en se moquant des frontières. Alors pas question que nous, les travailleurs, nous nous fassions avoir dans leur baratin sur la concurrence étrangère.

La seule concurrence qui existe réellement, elle n’est pas entre les travailleurs mais entre les groupes capitalistes eux-mêmes. C’est une loi inhérente au système capitaliste lui-même. Une loi qui n’a jamais été votée par aucun parlement, mais qui s’applique dans le monde entier. Les groupes capitalistes sont en guerre les uns contre les autres. Il se livre une bataille à mort pour gagner des parts de marché et faire mordre la poussière, écraser, avaler ou tuer leurs concurrents. Et dans cette guerre à mort, la victoire revient toujours à celui qui est le plus capable de produire moins cher que les autres, c’est-à-dire d’exploiter davantage ses ouvriers que les concurrents. C’est pour cette raison, et pour cette raison seulement, que les capitalistes suppriment des emplois par milliers pendant qu’ils aggravent les conditions d’exploitation pour les ouvriers qui restent, pour baisser leur coût de production afin de gagner des parts de marché à leurs concurrents. Comme l’expliquait clairement Carlos Tavares, l’ex-patron de Stellantis, je le cite : « Pour survivre, il faut aller manger dans la gamelle des autres. »

Effectivement, les capitalistes n’ont pas d’autre solution. C’est inhérent à leur système. C’est dire que le capitalisme à visage humain qu’essaient de continuer à vendre aux travailleurs les Ruffin, les Mélenchon et les Roussel n’est qu’un mensonge, un piège grotesque. Le vrai visage, le seul visage que peut avoir le capitalisme, c’est celui de la guerre. La guerre économique, la guerre commerciale, la guerre de classe, la guerre tout court. Et cela ne changera pas tant que la classe ouvrière ne dirigera pas la société, c’est-à-dire tant qu’elle n’aura pas exproprié les capitalistes de leurs usines, de leurs fortunes personnelles, et ne les aura pas mis hors d’état de nuire.

Alors quand je parle de retrouver une conscience politique, c’est d’abord et avant tout de cette conscience-là que je parle. C’est celle d’avoir conscience que tant que ce seront les lois du marché, de la concurrence et du profit qui géreront l’économie, les travailleurs seront réduits constamment à se battre contre les licenciements et les fermetures d’usine, c’est-à-dire à se battre pour leur droit à l’existence, pour leur droit à ne pas tomber dans la misère, pour leur droit à ne pas crever.

C’est cette politique que défendait Léon Trotsky dans le Programme de transition en 1938 et qui garde aujourd’hui toute son actualité face aux fermetures d’usine et au licenciement, et qui, à Lutte ouvrière, nous sert de boussole. Je cite Léon Trotsky : « Le droit au travail est le seul droit sérieux que l’ouvrier a dans une société fondée sur l’exploitation. Cependant, ce droit ne cesse de lui être contesté. » Fin de citation.

Autrement dit, les capitalistes ont créé une société où la seule possibilité pour un travailleur de gagner son pain est d’aller s’embaucher chez un patron pour se faire exploiter. Mais à chaque instant, les capitalistes peuvent le priver de ce gagne-pain. C’est la raison profonde pour laquelle, fondamentalement, le capitalisme ne pourra jamais offrir aucune sécurité — même pas celle de survivre — au travailleur, et pour laquelle il est nécessaire de le renverser.

Oui, jusqu’à ce que la classe ouvrière prenne le pouvoir et s’empare des usines et des banques, ce seront les capitalistes qui seront propriétaires des moyens de production et les géreront uniquement en fonction de leurs intérêts.

Les militants ouvriers qui cherchent une solution pour les travailleurs dans le cadre du capitalisme ne peuvent aller que de désillusion en déception et en trahison. Tant que ce sont les bourgeois qui dirigent la société, il n’y aura jamais de bonnes solutions pour les travailleurs. Jamais de répit. Ce sera une lutte continuelle, incessante pour défendre leurs intérêts face à ceux irrémédiablement opposés des capitalistes. Sans cette conscience politique, camarades, les travailleurs et les militants ouvriers seront toujours en retard d’une bataille face à leurs exploiteurs.

Alors cette bataille pour le droit à l’existence, le droit au travail dont parlait Trotsky, c’est-à-dire le droit à avoir un salaire pour vivre, cette lutte contre les licenciements et les fermetures d’usine, quelle forme prend-elle concrètement ?

Pour nous, militants de Lutte ouvrière, elle ne peut se mener qu’en raisonnant uniquement en fonction des intérêts de classe des travailleurs. Elle ne peut s’articuler qu’en fonction du rapport de force réel que les travailleurs ont la capacité d’imposer au patronat dans le cadre d’une mobilisation. Dans le cadre — j’insiste parce que ça va venir dans le débat, j’en suis convaincu — dans le cadre d’une mobilisation massive et générale de la classe ouvrière face aux fermetures d’usine, oui, il serait possible de revendiquer et de chercher à imposer à l’échelle d’un groupe industriel comme Stellantis, d’un secteur tout entier comme celui de l’automobile, ou d’un pays, la répartition du travail entre tous sans baisse de salaire, c’est-à-dire, comme le défendait Léon Trotsky, l’échelle mobile des heures de travail.

La répartition du travail est un objectif de lutte qui permet de combattre la division qui existe entre les travailleurs qui ont du travail et ceux qui en sont privés. Cette répartition du travail entre tous, c’est même au-delà des frontières qu’il faudrait l’imposer, car le problème des fermetures d’usine et du chômage est le même dans tous les pays, et pour nous, la classe ouvrière est une et indivisible à l’échelle de toute la planète.

Lorsque des syndicats ici réclament la relocalisation en France de la production de tel ou tel modèle de voiture aujourd’hui fabriqué au Maroc ou en Slovaquie, ils ne font rien d’autre, au fond, que de réclamer des fermetures d’usine au Maroc ou en Slovaquie en espérant sauver des emplois ici en France. Ce n’est pas seulement une utopie réactionnaire, c’est aussi la démonstration de leur nationalisme, leur défense des intérêts dont je parlais tout à l’heure, des intérêts français, en se moquant bien du sort des ouvriers d’autres pays qui seraient jetés eux aussi dans la misère si leur usine fermait. Et bien nous, nous refusons de raisonner de la sorte.

Nous sommes internationalistes dans la lignée du mouvement ouvrier du 19e siècle qui a commencé par créer une Internationale ouvrière pour tenter de faire tomber les œillères nationalistes des ouvriers, pour proclamer que les intérêts de la classe ouvrière sont les mêmes dans tous les pays, en lançant la célèbre devise : « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous. »

Pour lutter contre les fermetures d’usine et les licenciements, il faudrait amener les travailleurs à contester ce principe patronal érigé en loi éternelle, que c’est le travailleur qui doit payer, par la perte de son emploi, la baisse de production ou l’augmentation de la productivité que le marché impose au patron de l’usine. Il serait légitime d’imposer l’interdiction des licenciements et de forcer les patrons à garder tous les travailleurs en imposant la répartition du travail entre tous sans baisse de salaire. Dans un cadre de mobilisation générale, ce serait vital de défendre auprès des travailleurs ces objectifs de lutte. Que les travailleurs tendent à interdire aux patrons de licencier et les obligent à embaucher serait un pas énorme vers la contestation de leur pouvoir sur leurs usines et sur l’économie. Cela leur ferait franchir un pas décisif dans la conscience qu’il faut contester à la bourgeoisie la direction de la société.

Mais en dehors d’une telle mobilisation générale, de luttes massives où la classe ouvrière est combative, déterminée et surtout consciente, les combats contre les fermetures d’usine et les licenciements se heurtent à d’immenses difficultés.

À Poissy, dans l’usine où je travaille, comme dans 550 entreprises, c’est la difficile situation que nous vivons. Ces combats, tant qu’ils restent limités à une entreprise, se mènent dans le cadre d’un rapport de force défavorable pour les travailleurs, sur un terrain et selon un calendrier choisis par les patrons de cette entreprise. Les travailleurs le savent, ils ne sont pas bêtes, ils ne sont pas fous, et c’est ce qui peut les faire hésiter à s’engager dans ce combat.

Malgré cette évidence, les confédérations syndicales et les partis de gauche comme le PC ou LFI défendent des politiques totalement fausses, erronées, suicidaires pour les travailleurs. C’est pourquoi nous sommes en opposition totale avec ce qu’elles défendent. Ces politiques consistent à lever le drapeau de la défense de notre industrie française, à davantage se désoler de la perte des savoir-faire que des emplois, à se lamenter sur la disparition de notre tissu industriel. Bref, à raisonner comme les meilleurs défenseurs de l’exploitation capitaliste telle qu’elle est, et à faire croire qu’il y a une solution pour les travailleurs s’ils arrivent à convaincre les patrons de leur projet industriel.

C’est le cas à l’usine Stellantis à Poissy où des syndicats, CGT en tête, proposent aux travailleurs de se battre pour un projet industriel. En l’occurrence un petit véhicule pas cher, populaire. Alors depuis que le patronat de l’automobile a levé le pied sur le véhicule électrique et que les preuves s’accumulent que le moteur électrique n’est pas forcément moins polluant que le thermique, la CGT a modifié son projet industriel. Ce n’est plus le tout électrique, mais aussi le thermique et l’hybride. Alors, pourquoi petit véhicule populaire pas cher ? Allez savoir. Les gars à l’usine expliquent naturellement qu’ils n’achètent pas des petits véhicules mais des grands pour y caser toute la famille. Mais laissons la CGT dans ses contradictions. La réalité, c’est qu’ils n’y croient pas eux-mêmes, et que les patrons n’ont que faire de leurs conseils et savent mieux que les syndicalistes comment et où faire du profit. Ironie de l’histoire, Stellantis vient juste d’annoncer la fabrication d’un petit véhicule électrique populaire, une nouvelle deux chevaux, mais pas à Poissy, en Italie, à l’usine de Pomigliano, et sûrement accompagné de suppression d’emploi.

Mais le plus grave, c’est que proposer un projet industriel comme objectif de lutte, c’est se placer directement sur le terrain du patron. C’est tenter de faire la preuve que ce petit véhicule populaire à Poissy serait rentable pour le patron à fabriquer. C’est se transformer en conseiller patronal. C’est faire complètement abstraction que si le patron a décidé de fermer son usine de Poissy, de détruire cet appareil de production, de se débarrasser de milliers d’emplois, c’est que cela correspond à ses intérêts dans la guerre commerciale qu’il mène à l’échelle mondiale contre ses concurrents. Son but, c’est de rentabiliser son appareil de production, de le rendre plus productif, plus compétitif, et de produire les voitures qui auraient dû sortir des chaînes de Poissy dans une autre usine en surchargeant ses capacités de production, c’est-à-dire en intensifiant l’exploitation de ces travailleurs.

Encore une fois, pour que les actionnaires de Stellantis reculent sur la fermeture de l’usine de Poissy, il faudrait d’abord que les travailleurs engagent le combat non seulement dans l’usine de Poissy — ça, c’est la base — mais aussi sur l’ensemble du groupe Stellantis, voire sur l’ensemble du secteur automobile. Il faudrait que le patronat de l’automobile soit confronté à cette fameuse mobilisation générale. Et nous savons tous, nous avons tous conscience ici, que nous ne sommes pas encore là.

Mais même dans ce cas-là, ce serait une impasse que de proposer aux travailleurs d’aller sur le terrain du patron en lui conseillant de produire tel ou tel véhicule ou tel ou tel moteur ou boîte de vitesse, en lui démontrant que c’est rentable, qu’avec cette production, oui, il peut faire du profit sur le dos des travailleurs et qu’il ne s’inquiète pas. La réalité est qu’au lieu de faire le procès d’un système, ces dirigeants confédéraux et politiciens attachent les travailleurs aux intérêts de leur patron et ils démolissent ainsi la conscience d’appartenir à une classe dont les intérêts sont à l’opposé de ceux des capitalistes.

Au contraire, dans ces combats par définition défensifs que les travailleurs n’ont pas choisi de mener, contrairement aux luttes pour les salaires, nous devons d’abord expliquer les causes réelles des fermetures d’usine et des licenciements. Nous devons faire le procès de ce système capitaliste qui rejette ceux qu’il a exploités sans retenue pour les pousser du jour au lendemain vers la misère, et donner ainsi aux travailleurs la justification morale de se battre pour sauver leur peau.

C’est précisément cette politique que nous défendons auprès des travailleurs de Stellantis Poissy, qui a pris la forme des garanties à imposer pour continuer à faire vivre nos familles après la dernière voiture produite. Car ce qui doit guider notre politique avant tout, c’est que les travailleurs fassent valoir leur droit à l’existence. Tous les travailleurs : les CDI, les intérimaires, ceux des sous-traitants, c’est englober tout le monde dans cette propagande et ce combat. C’est le choix conscient, militant, de rester sur le terrain de classe, c’est-à-dire faire l’état des lieux sans bluffer, mettre à nu la soif insatiable de profit de ces grands groupes capitalistes, la complicité des États et des politiciens. C’est rappeler les dizaines de milliards de profits accumulés depuis des années. C’est rappeler que tous ces patrons nous ont pris notre santé, notre vie, à fabriquer leur fortune. C’est dénoncer l’opulence, la richesse, les privilèges de ces maîtres du monde. De défendre l’objectif de lutte que nous et nos familles, on refuse de crever, on refuse d’être engloutis avec la fin de l’usine, et qu’on impose par la lutte les garanties nécessaires pour continuer à faire vivre nos familles après la dernière voiture sortie des chaînes de production.

C’est donner comme objectif de prendre sur les profits actuels, et si la boîte n’en fait plus, eh bien de prendre sur les profits accumulés depuis des années. Non seulement sur les profits, mais aller même taper les fortunes personnelles de ces grands bourgeois, de ces 500 familles les plus riches du pays. Ces grandes familles bourgeoises qui sont bien en chair et en os et qui vivent dans le luxe et l’opulence. C’est dire à ses camarades de travail que la seule chose qui compte, c’est de se battre pour sauver au mieux notre peau et celle de nos familles, et que nous n’aurons que ce que nous arracherons, mais nous le ferons ensemble en restant unis dans la lutte jusqu’où nos forces nous porteront.

C’est marteler qu’ils ne sont pas les seuls dans ce combat, bien au contraire, mais que nos alliés ne sont pas tous ces politiciens véreux qui viennent verser leurs larmes de crocodile, mais les 300 000 travailleurs dans tout le pays, de tous les secteurs de l’économie, qui subissent le même sort, c’est-à-dire perdre leur salaire. Que nos alliés sont aussi — et je voudrais dire surtout — tous les autres, tous ceux qui triment actuellement dans des usines qui tournent à fond avant de se faire licencier à leur tour. Et même à l’issue du combat, s’ils n’arrivent pas à empêcher la fermeture de l’usine ou les licenciements, eh bien nous voulons faire en sorte qu’ils gagnent en conscience et en expérience. Et pour l’avoir vécu avec mes camarades de PSA à Aulnay, je peux vous assurer que c’est l’essentiel.

Alors certes, le chemin peut être difficile, mais rendre les travailleurs maîtres de leur destin est le seul moyen pour qu’ils puissent sortir renforcés du combat. Que leur conscience de classe en soit augmentée, qu’ils soient bien conscients que tant qu’existera cette société d’exploitation pourrie, il n’y aura jamais de paix ni de sécurité pour les travailleurs et les générations futures de travailleurs.

### Modératrice

Bon, eh bien voilà, du coup maintenant la parole est à la salle. Si voilà, ceux qui prendront la parole et qui sont dans les partis politiques, eh bien ça serait bien qu’ils l’annoncent. Et puis voilà, on y va.

### Intervention A — Ancien salarié PSA Aulnay (« Grévis »)

Bonjour camarades, je suis l’ancien salarié de WNY 2014 et fermeture. Je suis Grévis, je m’appelle Grévis. Et Jean-Pierre Mercier venait d’annoncer, il a dit, pour les garanties, les garanties ne vont pas venir comme ça. Je parle pour les camarades de Poissy : j’ai écouté à la télé, ils ont dit qu’ils arrêtent la position le 28, je ne sais pas qu’est-ce qu’ils attendent. Franchement, le patron il est dur, le patron il est très très dur, lui il ramasse l’argent, il s’en va, et nous on est pauvres. Moi je connais, j’ai passé pendant 3 mois la grève. J’étais claqué avec les camarades. Il y a des camarades qui sont partis, ils ont décidé, il donne un paradis pour lui. Je pense à eux. C’est dur la lutte. Lui, c’est dur, c’est compliqué, mais il faut être très fort.

J’étais couché pendant 3-4 jours, j’ai laissé ma famille à la maison. Ma femme dit « rentre là-bas, il y a des camarades dans l’usine, tu fais quoi ici ? ». Je suis parti. J’étais le peintre, Grévis camarade. J’étais le peintre. C’est moi qui peignait. Le directeur, il est venu, il dit « comment vous touchez l’argent ? ». Je dis mais vous allez voir, je vais montrer ma paie, ça va être la même paie que toi que tu me donnes, que je crevais ici, que je suis tranquille.

Voilà, on a laissé tous les syndicats, Jean-Pierre Mercier et plus les camarades de Julien — eux, qui étaient FO — avec nous, on a ramené la lutte, l’usine s’est bloquée. Quand on dit l’usine fermée, ça veut dire c’est à nous, c’est à nous la bagnole, c’est pas les patrons, parce que nous on n’est pas là, les patrons ils ne sont pas là, vous comprenez qu’est-ce que ça veut dire.

Mais là à Poissy, le 28, c’est fait la position, c’est fini, il y a plus de position, ils vont casser, ils vont mettre la Stade de France, je ne sais pas quoi là. Monsieur Macron, il va partir. Voilà, là ils vont venir tous là-bas, tous les politiciens vont venir avec les caméras, ils vont dire « ouais, je m’occupe, je m’occupe » de rien. Ça va faire comme l’histoire d’Aulnay : tout le monde, même monsieur Mélenchon, il va venir là-bas avec sa caméra : « ouais, vous inquiétez pas, je vais m’occuper de ça ». Personne il va s’occuper.

Alors il faut bouger les camarades, je vous dis il faut bouger. Si vous bougez pas, il n’y a pas d’argent. Ils vont proposer quoi ? Ils vont proposer 19 000 €, 10 000 €, allez casse-toi. Non, on a fait tous ça là-bas. Moi, il m’a proposé d’aller à la peinture. J’ai dit, je suis venu une journée de jours, il m’a massacré là-bas parce que j’étais crevé. J’ai pris mon dossier, j’ai dit à mon chef, j’ai dit « casse-toi, je sors ». Moi je suis parti, je suis venu à Saint-Ouen, j’ai appris chez Inn, j’ai quitté Peugeot. Maintenant, j’ai beaucoup de problèmes avec Action. Je suis rentré chez Action, ça fait 3 ans. Les salariés, ils sont en train de souffrir. Il y a des actions, ils travaillent, ils parlent mal aux directions. Et ben je suis là-bas pour la lutte. Voilà, camarade.

### Intervention B — Travailleuse Technocentre Renault

Alors oui, alors moi c’est juste pour raconter un témoignage par rapport à là où je travaille. Donc je suis au Technocentre Renault. Donc le Technocentre Renault, on est quelques-uns ici à travailler. Les attaques de la direction sont de plus en plus nombreuses depuis des années. C’est un site d’ingénierie de près de 12 000 personnes, travailleurs.

Parmi les attaques, c’est surtout les plans de suppression d’emploi qui se succèdent et on encourage les collègues qui sont proches de l’âge de la retraite de partir plus tôt avec un salaire payé à 72 % pendant 3 ans. Et on ne remplace pas ceux qui partent, et du coup la charge de travail augmente sur ceux qui restent et on voit beaucoup de nos collègues qui finissent par faire des burn-outs. Ce sont les dépressions liées à la surcharge de travail.

Et en plus, parmi les autres attaques, la direction il y a 2 ans, elle a réduit le nombre de congés pour les cadres et elle met des conditions de plus en plus strictes pour partir en vacances en été. Par exemple, voilà, sur les collègues qui travaillent sur des projets soi-disant urgents, on les empêche de partir quand ils veulent et on met la pression de plus en plus pour faire travailler les collègues le samedi.

Et donc nous aussi, on a droit au prétexte de la concurrence chinoise. Comme quoi les travailleurs en Chine, ils travaillent 6 jours sur 7 ; et aussi comme quoi les constructeurs chinois, eux, ils sortent des nouveaux modèles tous les 2 ans. Donc nous aussi, il faut qu’on fasse vite vite vite.

Donc la concurrence, voilà, comme l’a dit le camarade, c’est une stratégie pour nous diviser entre travailleurs des différents pays. Et on le vivait déjà même avec nos collègues qui travaillent dans les centres d’ingénierie qui sont dans d’autres pays, qui sont Renault mais dans d’autres pays, par exemple en Roumanie, en Corée, au Maroc, au Brésil, etc.

Mais en réalité, quel que soit le pays où l’on se trouve, on subit l’exploitation et les attaques des patrons. Et la preuve, encore un nouveau plan de Renault, c’est de supprimer 2 000 postes dans l’ingénierie monde, cette fois. Et donc là, c’est dans tous les sites de tous les pays qu’il y aura des suppressions, et notamment en Roumanie, 70 % de l’équipe qui travaille sur l’électronique va être supprimée.

Donc c’est l’occasion quand même pour nous de se rendre compte, nous les travailleurs de Renault, de l’automobile ou autre, que notre sort est lié les uns aux autres et d’en profiter pour essayer de nous unir par-delà les frontières pour nous battre contre les capitalistes qui s’enrichissent par notre travail. Portons ces idées et discutons-en autour de nous avec nos collègues.

### Intervention C — Radia, SUD Stellantis Poissy

Bonjour tout le monde. Je suis Radia, de Stellantis Poissy. Je travaille avec Jean-Pierre. Nous, on est à SUD Stellantis, ex-CGT historique de l’usine, que la Fédération de la CGT a détruite, a cassée.

Voilà, nous à l’usine de Stellantis Poissy, ça fait 2 ans qu’on est en train de prévenir les salariés comme quoi la direction, elle est en train de nous préparer un coup, elle est en train de préparer la fermeture de l’usine de Stellantis. Certains salariés au début ne nous ont pas crus, mais maintenant tout le monde nous croit.

Mais ce qui nous reste, c’est le terrain. C’est que les salariés se révoltent, que les salariés se réveillent, qu’ils ne croient pas aux promesses, aux fausses promesses du patronat. Parce que les patronats, ils mentent comme ils respirent, ils vont mentir jusqu’à la dernière minute.

À SUD, on ne demande pas une voiture. Parce que je suis une ancienne d’Aulnay aussi : à Aulnay on a demandé une voiture, mais on n’a rien eu. Et on peut compter sur nous-mêmes. Nous les salariés, on ne peut pas compter sur quelqu’un d’autre, ni sur les politiciens, ni sur aucune personne. Je me rappelle, on est parti voir Hollande, il nous a promis que s’il passait président, il n’allait pas fermer l’usine. Mais au contraire, directement il était tout d’accord pour fermer l’usine d’Aulnay. Et parmi nous il y a des anciens d’Aulnay, ils peuvent vous raconter notre historique. On s’est battu pendant plus de 3 mois.

Mais maintenant on se bat, nous à SUD Stellantis. Au contraire de certains syndicats, on se bat à l’intérieur de l’usine et on se bat à l’extérieur de l’usine. Depuis 2 ans, on a commencé à faire des actions parce qu’on est parti voir tous les sous-traitants qui travaillent pour nous à l’usine. Je donne un exemple : par exemple LEAR, on est le seul client pour eux. Demain, sur le passage par exemple — notre direction, maintenant on va passer à une seule équipe — eh bien l’usine de LEAR, ils vont licencier la moitié de l’équipe d’ici le mois d’octobre, il y aura plus que la moitié d’équipe. Les autres salariés, ils vont partir tous à la porte.

Nous, depuis 2 ans, on est parti jusqu’à Douvrin. On est parti voir les camarades de Douvrin pour leur dire « il faut se réveiller, il faut se réunir, parce que votre combat c’est notre combat. Si on ne se lève pas aujourd’hui — les patronats entre eux sont unis — il faut que les salariés soient unis. » Parce qu’on croit aux syndicats maison. Les syndicats maison sont toujours avec le patron et vont fermer l’usine de n’importe quelle façon. À Aulnay, on avait la CFTC, on avait d’autres syndicats qui ont dit « on est obligé de signer sur la fermeture pour sauver les autres » — ils n’ont pas sauvé. Après il y avait la fermeture de Saint-Ouen, il y a maintenant la fermeture de Douvrin aussi, et la fermeture nez.

Le patron, à partir de la fermeture d’Aulnay, il a compris qu’il ne faut jamais annoncer la fermeture. Les patronats, ils ont des gens qui travaillent avec eux, ils les paient pour que nous les salariés, on ferme notre gueule. Qu’est-ce qu’ils ont fait maintenant ? Ils disent « on ne ferme pas Poissy, on va vous ramener des activités annexes ». Mais que du mensonge. Que du mensonge ! Seulement pour diviser les salariés.

Pour que nous les salariés, on soit unis — nous le syndicat SUD Stellantis Poissy — qu’est-ce qu’on demande ? On demande des garanties adaptées à chacun parmi nous. Quelqu’un qui va partir à la retraite, on dit « garantie pour lui ». Quelqu’un qui veut un plan senior, un plan senior plus long et aussi mieux payé. Parce que par exemple notre direction maintenant a un plan de 2 ans qui n’est pas du tout intéressant, où on perd sur notre salaire entre 600 et 900 €. C’est un plan à 70 %. Et la direction a cru qu’en faisant ce plan-là, 200 personnes seraient à la porte, mais les gens ils ne veulent pas partir. Aussi on veut des garanties pour les jeunes, les jeunes qui veulent encore travailler, soit ils veulent travailler avec Stellantis dans d’autres usines, ou bien à l’extérieur, mais avec des garanties. Aussi les gens qui ne veulent pas rester avec Stellantis, qui veulent partir, ils veulent un chèque, un chèque avec un congé de reclassement plus long, plus intéressant pour chercher du travail, faire des formations.

C’est ça ce qu’on veut maintenant. Et aussi on dit non à la fermeture. Parce qu’on ne veut pas que les usines ferment en France, parce que si toutes les usines on ferme parce qu’il y a la technologie qui remplace les humains, nous on est contre ça. Si vous avez remarqué, c’est partout maintenant : dans les centres commerciaux, ils mettent des caisses à la place des caissières. Par exemple nous à notre place, nous qui travaillons dans les usines, ils robotisent, ils mettent des robots à notre place. C’est ça qu’on dit, on est contre ça. On veut du travail pour tout le monde.

Pour répondre au camarade ancien d’Aulnay : oui camarade, on est en train de travailler sur le terrain. Ça fait 2 ans, on a fait tous les marchés. On était voir Valérie Pécresse, on était voir le maire de Poissy. On a mis tous les gens de Poissy au courant de notre affaire. On est en train de se battre à l’extérieur et à l’intérieur.

Par contre, il y a des syndicats — il y a des syndicats maintenant qui avant étaient des syndicats qui défendaient la cause ouvrière, maintenant sont 100 % avec les patrons. Ils ne croient pas à la révolte du salarié à l’intérieur. Ils veulent faire que des actions à l’extérieur, et ça ne va jamais marcher. Parce que le patronat, même si on met de tente, on bloque l’extérieur, s’il n’y a que nous les délégués, on ramène d’autres personnes qui nous soutiennent à l’extérieur. Par exemple je vous donne un exemple, la CGT, qu’est-ce qu’elle fait ? Ramener, ramener — mais il faut que les salariés se réveillent, que les salariés bloquent la production. C’est ça le patron. Parce que le patron, même il n’aime pas la publicité, bien sûr il n’aime pas la publicité, mais ce qui le touche, c’est quand tu le touches dans sa poche, quand tu bloques la production. Et nous ce qui nous reste maintenant, il ne nous reste qu’un an de production, c’est sûr et certain, mais le patron, il ne veut pas le dire. C’est pour cela que les salariés, il faut qu’ils se réveillent. Et merci.

### Intervention D — Question depuis la salle (coordination internationale)

D’autres interventions… aussi revigorantes là, justement, justice. Comme il y a des grèves partout, est-ce que ce n’est pas possible, je précise, de coordonner le mouvement aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale, s’il vous plaît ?

**Réponse de Mercier** : Oui, malheureusement il n’y a pas de grèves partout, il y a des attaques partout. Ça discute beaucoup dans les discussions individuelles.

### Intervention E — Militant (non identifié)

Moi je trouve que les attaques menées dans le cadre, enfin dans la branche automobile en ce moment particulièrement — même si Jean-Pierre a rappelé que c’était une offensive générale, mais dans le cadre de l’automobile — ça met en lumière en fait le fonctionnement du système capitaliste. Quand on a des discussions avec nos copains dans les ateliers, souvent le raisonnement d’une grande partie de nos copains d’atelier consiste à trouver naturelle la concurrence. C’est normal, c’est comme ça. Faire du profit, ben ça fait partie du jeu. Tout ça, c’est des choses qui sont un peu en filigrane, en arrière-plan dans les têtes.

Mais en tout cas les discussions nous permettent d’aller assez loin pour dire : « Bon ben écoutez, si on en est là, c’est quoi l’issue pour nous ? Si on veut relocaliser des usines ici, parce que c’est souvent ça qui revient, eh bien ça impliquera quoi dans le cadre du système capitaliste ? Et bien ça voudra dire qu’il faut qu’on accepte de travailler pour 200, 300, 400 ou 500 € par mois. Est-ce que c’est ça l’avenir ? Et quand bien même ça serait ça, il faudrait être encore plus productif parce qu’on sera toujours en concurrence les uns avec les autres. »

Donc ça nous permet au niveau individuel d’avoir des discussions sur le fonctionnement du capitalisme et le fait que c’est une voie sans issue pour nous les travailleurs. Donc moi je trouve que voilà, dans les discussions individuelles. Après du coup sur le plan politique, ça nous permet de mettre en avant des perspectives autres que les pièges et les saloperies mis en avant par les politiciens ou même les syndicats, qui consistent finalement à nous faire raisonner et à nous faire rester dans le cadre du système capitaliste.

Et c’est pour ça que c’est important qu’on mette en avant non seulement l’idée qu’il va falloir lutter pied à pied, mais en plus qu’on ait une autre perspective. En tout cas, que les travailleurs sachent qu’il y a des militants qui défendent d’autres perspectives. Et ces perspectives-là, ce n’est pas des voies sans issue. Sûr, c’est sûr que c’est dur d’imaginer une révolution, d’imaginer une prise du pouvoir, d’imaginer exproprier les patrons. Tout ça c’est dur. Mais en même temps, dans des situations de lutte, dans des explosions de colère, eh bien tout devient possible. Mais en tout cas, nous on a cette perspective-là, on la défend, il faut la maintenir, et c’est ça qui va compter pour l’avenir. Tout le reste, c’est l’impasse. Voilà.

### Intervention F — Militant Révolution Permanente

Merci. Bonjour. Moi je suis militant à Révolution Permanente. Je voulais remercier d’abord Jean-Pierre Mercier pour le topo qui était vraiment très bien, et je trouve aussi la discussion intéressante.

Moi j’avais une question. Donc c’est vrai que on est en train de voir que, comme disait Jean-Pierre, les plans de licenciement se multiplient à une échelle grand V. Il y a le secteur automobile qui continue à être saigné et cetera, mais plus globalement il y a une offensive généralisée du patronat qui cherche à faire payer la crise aux travailleurs. Et c’est vrai du coup qu’on a vu même le chiffre là des 8 % de chômage, on voit qu’il y a une montée plus globale du chômage et de l’offensive contre la classe ouvrière.

Du coup voilà, on voit que pour l’instant la réponse du mouvement ouvrier, voilà, il y a une forme d’atonie, de passivité qui reste là et qui y compris est l’expression en définitive de la défaite de la bataille des retraites. Mais du coup la question, oui, c’est que le rôle des directions syndicales aujourd’hui, il joue un rôle clé je pense dans cette passivité. Typiquement même la question des revendications qui sont posées par les directions syndicales. Typiquement même sur la question de l’interdiction des licenciements que posait Jean-Pierre. Voilà, par exemple Sophie Binet, ce qu’elle propose c’est un moratoire sur les licenciements. C’est voilà des formules vagues et vides. Et évidemment l’absence de plan de bataille national pour répondre à cette crise sociale qu’on est en train de vivre.

Et du coup voilà, pour moi en tout cas, on ne doit absolument pas bégayer sur les revendications. La question de l’interdiction des licenciements, c’est une question vitale pour le mouvement ouvrier, une question d’urgence qui, on va dire, remet en question y compris voilà en partie la propriété privée du capital, dans le sens de refuser qu’on nous licencie.

Donc la question que je voulais poser là, c’est dans ce cadre où en vrai il y a une offensive importante sur la question du chômage : moi j’ai un doute en tout cas, une nuance sur la question du mot d’ordre sur la question des garanties et du poids qu’on donne à cette revendication. Même si évidemment on n’est pas opposé à la question voilà d’avoir de meilleures indemnités et cetera. Et le poids qu’on donne et qu’on devrait donner, moi je pense à la question du maintien de l’emploi, du non à la fermeture d’usine comme le disait la camarade juste avant, et pour moi c’est une question y compris stratégique pour, on va dire, monter de refuser cette offensive patronale, le partage du temps de travail, et d’imposer cette question-là. Parce que voilà, les attaques elles continuent, le chômage avance et la pression augmente.

En tout cas, voilà, moi j’avais cette question du maintien de l’emploi pour moi, elle est vitale, et je pense qu’il faudrait peut-être donner plus de poids à cette question. Merci beaucoup.

### Modératrice

On prend une question avant les réponses. Il y avait la camarade et puis après il y avait Farid et Ken.

### Intervention G — Travailleuse Mosereon (ex-Redel), sous-traitant

Je travaille chez Mosereon, avant c’était Redel. Donc je travaille pour Stellantis, Renault, Volvo Truck, DAF et tous les autres. Et là dernièrement, on a un PSE qui s’est invité comme ça du jour au lendemain. Mais pour l’instant, faut qu’on soit tranquille — on est tranquille parce que c’est que les emplois qui sont touchés. Donc la main-d’œuvre indirecte, donc sur les quatre sites que Mosereon possède en France, parce que Mosereon c’est quand même une entreprise indienne qui a plus de 47 usines à travers le monde, qui touchent principalement l’automobile mais aussi l’aérospatial depuis peu. Après le médical, le paramédical, ils mettent leurs billes partout.

Et là le plan, donc pour l’instant c’est 70 personnes sur quatre sites. Donc Gonesse où je travaille — Arnage c’est le centre technique — après il y a Roche-en-Igout qui travaille aussi pour Stellantis, et après il y a Plessis-Robinson. Là, c’est une petite structure qui est amenée à fermer dans pas longtemps puisque là-bas, ils en ont 5. En tout, il y en a 70. Nous sur Gonesse, on en a 12.

La plupart de ceux qui vont partir, c’est la secrétaire, la DRH, il y a un peu de tout : des techniciens, beaucoup de techniciens alors qu’on en manque cruellement. Mais ils ont ouvert des postes. Il y a une centaine de postes dans la France qui sont ouverts. Donc là pour l’instant ils leur disent que s’ils veulent postuler ailleurs — donc comme en Auvergne, après sur Pau, sur Liévin puisque dans l’aérospatial, ils ont racheté celle de Liévin.

Et la dernière fois que j’ai discuté avec Omayun, notre directeur intérimaire — là pour l’instant parce que lui aussi est sur la sellette — je lui ai demandé comment ça va aller parce que nous on travaille principalement pour Stellantis au niveau de la K0 de Hordin. Et quand on lui a posé le problème de Poissy parce que il a dit « bah ton Hordin c’est ouvert pour nous, ça va, la K0 elle restera chez nous ». Mais si Stellantis a l’intention de fermer Hordin, c’est sûr que ce sera plus intéressant de la faire fabriquer à l’étranger puisque le transport il va coûter trop cher. Donc c’est que de la finition.

### Intervention H — Ken (NPA-Révolutionnaires, électromécanicien Stellantis Poissy)

Oui, rapidement, je m’appelle Ken, je suis électromécanicien à Stellantis Poissy et je suis aussi militant au NPA Révolutionnaire. Et je suis aussi sur Stellantis comme Radia et d’autres.

Je voulais juste répondre à des choses qui ont été dites. Par rapport au mot d’ordre de l’interdiction des licenciements, moi je pense — je suis convaincu, je pense que là dans la salle, il n’y a personne qui pense qu’il y a un mot d’ordre magique. Et l’interdiction des licenciements pour entraîner les travailleurs massivement, c’est pas non plus un mot d’ordre magique. Je pense comme tu as dit camarade, c’est essentiel de le mettre en avant, parce que ça permet en fait de critiquer le capitalisme, dire des choses profondes sur le fonctionnement du système.

Mais le problème majeur qu’on a, c’est d’être fort. Et pour être fort, il faut entraîner un maximum de travailleurs. Et il y a les travailleurs autour de nous dans l’usine, leur problème, c’est pas le renversement du capitalisme pour l’instant. Je souhaite qu’un jour ce sera ça, mais c’est pas le cas actuellement. Là, leur problème, c’est qu’ils sont tout cassés. Ils ont 55 ans, 58 ans, 60 ans. On les fait même travailler peut-être jusqu’à 64 ans. Ils en peuvent plus, ils veulent vraiment quitter l’usine.

Donc cela, certains, ils sont prêts à lutter et aller très loin en fait, mais pas sur des mots d’ordre un peu compliqués et un peu lointains comme l’interdiction des licenciements. Par contre, si c’est pour discuter d’une préretraite à 5 ans et payée à 80 % ou 85 %, là ils sont capables de se transformer comme des lions, quoi. Voilà.

Donc ce que je veux dire c’est que il faut absolument qu’on arrive à entraîner un maximum de travailleurs dans notre usine et ailleurs. Et pour ça il faut parler du système capitaliste et comment l’abattre et cetera, sur les problèmes de fond. Mais il faut aussi qu’on arrive à entraîner les travailleurs sur leur revendication qu’eux ont imaginée, qui correspond à leur situation. Après, ça peut commencer sur des choses un peu modestes et après ça peut devenir beaucoup plus compliqué, beaucoup plus fort comme revendication et beaucoup plus critique par rapport au système économique et politique et social.

Et dernière chose que je voulais dire, c’est par rapport à pour entraîner les travailleurs, il y a aussi une autre manière, c’est le phénomène de la boule de neige. Plus on est fort, plus en fait les travailleurs, ils voient qu’il y a un coup à jouer et qu’il faut rentrer dans la lutte. Et une des manières d’être fort en fait, c’est essayer de se coordonner avec d’autres travailleurs qui ont les mêmes problèmes que nous dans d’autres entreprises, dans d’autres boîtes en France. Et ça, la CGT, elle ne le veut absolument pas.

Je rappelle juste qu’il y a 3 ans, on s’est fait exclure, on était 250 syndiqués à la CGT PSA Poissy. On s’est fait virer la CGT parce que la CGT, elle savait très bien qu’elle allait avoir une vague de licenciements. Elle ne voulait pas avoir des trublions qui proposent la lutte de classe. Ce qu’elle voulait, c’était en fait des bureaucrates tout gentils qui cherchent la collaboration avec le patron. Voilà. Donc la CGT, le PCF ou LFI, eux tout ça c’est les impasses.

Une des manières d’être fort, c’est de se coordonner avec d’autres travailleurs. Et pour ça il faut être absolument vu. C’est-à-dire qu’il faut qu’on mène la — nous les ouvriers, il faut qu’on mène la bataille dans notre usine, mais il faut aussi qu’on l’amène à l’extérieur pour être visible, pour qu’il y ait les salariés je sais pas, à l’autre bout de la France, même en région parisienne, ils comprennent qu’il faut absolument se rallier à nous. Faut nouer des liens, et quand on sera un peu peut-être mieux coordonnés aussi à l’extérieur, les ouvriers d’intérieur, ils verront « ça vaut le coup, on n’est pas tout seuls à Stellantis. Il y a peut-être des salariés d’autres sous-traitants de l’automobile ou pas, de la chimie, d’autres secteurs. Eux aussi, ils peuvent se battre. » Et ça donnera envie en fait aussi aux ouvriers de Poissy de s’y mettre.

### Intervention I — Lecture du tract RN Sébastien Chenu

Ouais. Et du coup là, moi je voulais mettre l’accent sur le fait, comme l’ont dit pas mal de camarades, qu’il n’y a pas de sauveur suprême, et que tous ceux qui voudront parler à notre place — à nous les travailleurs — eh bien c’est des gens qui nous mettront dans des impasses.
À l’ouverture, voilà les syndicats, les politiciens véreux, mais de toute façon ce sont tous les mêmes. Il n’y en a pas un qui va s’occuper du sort des travailleurs. C’est pas vrai.

On a parlé beaucoup de critiquer aussi Mélenchon parce que bon voilà. Mais là moi, il y a pas longtemps, il y a eu un tract qui a été distribué devant l’usine Stellantis d’Hordin. Je vous lis une ou deux phrases. Voilà.

Et euh, vous avez appris comme nous. Donc ça commence comme ça. « La nouvelle du 16 avril. Stellantis va mettre fin à l’assemblage de voitures à Poissy d’ici fin 2028. Derrière les mots froids de la direction sur "capacité industrielle, réorganisation, transition", ce sont des centaines de familles supplémentaires dont la vie bascule. Et derrière cette annonce, une question que vous êtes nombreux à vous poser en ce moment, et nous à Hordin et Valenciennes : sommes-nous les prochains ? Cette inquiétude est légitime, logique invoquée par Stellantis pour fermer Poissy et la même qui pourrait demain menacer vos sites. »

Plus loin, il dit « Je saisis le ministre de l’industrie pour lui demander une rencontre d’urgence en votre nom et en présence de vos syndicats, et je saisis de nouveau la direction de Stellantis afin de nous recevoir avec des réponses claires sur la pérennité de nos sites et de nos emplois, les investissements prévus pour votre avenir industriel et les perspectives de production à court terme et moyen terme. »

Et plus loin : « Notre territoire a déjà trop payé. Usine Hordin, Tex éternit à Chin, ArcelorMittal Valdunes, et Saint-Léger, autant de drames industriels que nous portons encore. Il n’est pas question qu’Hordin et Valenciennes s’ajoutent à cette liste. Vous méritez des réponses. »

Ce tract, il est de qui ? Ruffin, Mélenchon, la CGT ? Eh ben non, c’est le tract d’un député qui s’appelle Sébastien Chenu et qui est député Rassemblement National dans le Nord. Bon, ben voilà, ouais, ça fait rire mais ils sont tous les mêmes. Les travailleurs ont leur sort en main et à eux de le défendre. Il n’y a pas de sauveur suprême. Si nous les travailleurs, on met notre sort dans ces mains-là, eh bien on est sûr d’aller dans le mur. Voilà.

### Intervention J — Militant LO Stellantis Poissy

Bon ben, j’ai pas le choix. On m’a dit de faire court. De toute façon je vais pas me répéter parce qu’il y a plusieurs camarades de Stellantis Poissy qui ont pris la parole. Juste pour dire que effectivement nous on a fait — donc bon, ce qui a été dit dans l’introduction, effectivement il y a une attaque sans précédent contre les travailleurs dans le pays. Bon, nous ça fait longtemps qu’on a fait abstraction des politiciens qui ont été cités ici, bon sans les reciter, et effectivement des organisations syndicales qui font une politique d’accompagnement. Bon, je vais pas reciter la CGT et tout ça, mais voilà, quand on parle de projet industriel et tout ça — bon voilà, nous, je suis militant à l’usine Stellantis Poissy — nous, on est en opposition totale avec cette politique. On est convaincu qu’on peut compter que sur nous-mêmes, les travailleurs. Et là-dessus, c’est que comme ça qu’on pourra y arriver.

Nous effectivement, il y a l’usine, elle va fermer, mais ça ne dit pas son nom quoi. Ils disent toujours qu’il va y avoir du boulot pendant 30 ans. Bon nous ce qu’on a gagné dans l’usine c’est quand même au niveau de la conscience : tout le monde est conscient, ou majoritairement les salariés sont conscients que ça va fermer.

Après effectivement partir sur une grève, on en est pas encore là. Bon, on milite au quotidien. Voilà. Bon, il y a eu des petits débrayages et tout ça, mais on a gagné le fait que bon, les salariés ils savent qu’il faut qu’on se mobilise. La question : à quand ?

Maintenant, il n’y a pas de recette magique. On n’a pas une recette pour décréter la grève, mais en tout cas on milite au quotidien pour que ça se fasse. Et ça, on est convaincu qu’on peut compter que sur nous-mêmes quoi. Seul avec les travailleurs comme nous, on a fait abstraction de toutes les organisations syndicales, des bureaucrates syndicaux. Nous on sait que c’est que contre nous-mêmes qu’on pourra. Et d’ailleurs l’année dernière on avait fait un débrayage, on avait retiré nos gilets, quoi. Il était plus question d’organisation syndicale mais de travailleurs. Et c’est que comme ça qu’on pourra y arriver. Voilà, on est convaincu de ça et ça viendra quoi.

Et je voulais vous dire également, effectivement il y a à l’intérieur mais je vais pas revenir mais effectivement on s’est adressé aux salariés des alentours parce qu’on sait très bien que tout seuls on pourra pas gagner. Ce qui est primordial, c’est à l’intérieur de l’usine. Ça, on est tous conscients. Mais également dans le pays, il y a des salariés qui souffrent comme nous et c’est en faisant cause commune qu’on pourra y arriver. Voilà les camarades.

### Réponse finale de Mercier

Alors juste, je voudrais pour conclure répondre au camarade de Révolution Permanente qui met en avant le mot d’ordre de maintien de l’emploi. Maintien de l’emploi qui correspond pour lui à interdiction des licenciements. Il critique Sophie Binet, que Sophie Binet c’est pas l’interdiction des licenciements mais le moratoire des licenciements.

C’est, bah oui, la CGT, Sophie Binet, c’est pas eux qui vont nous défendre, c’est pas eux qui vont défendre les travailleurs. Ils sont du côté du patronat. Se plaindre des mots d’ordre de la CGT c’est se payer de mots. C’est faire croire que d’une certaine manière ils pourraient avancer des mots d’ordre, ils pourraient avancer une politique, défendre une politique pour que les travailleurs se défendent. C’est mort les copains, depuis 1914 c’est mort. Donc laissons ça de côté et occupons-nous de nos affaires.

Deuxièmement, et là c’est la vraie différence, c’est la vraie frontière. Le maintien de l’emploi. Le maintien de l’emploi, comment tu le fais ? Le maintien de l’emploi dans l’usine de Poissy et dans tous les sous-traitants qui sont en train de se faire massacrer, quand Poissy va arrêter la voiture, tu le fais comment le maintien de l’emploi ? Eh ben en refaisant un nouveau modèle. C’est-à-dire que tu te remets à militer.

Et moi sincèrement les copains, je pensais que cette question elle allait venir d’un militant cégétiste honnête, sincère, tranquille. Non, ça vient de chez vous. Ben ça veut dire c’est se remettre sur le terrain de la CGT. Ça veut dire se remettre sur le terrain du Parti communiste et puis de LFI. « Oui, pour maintenir l’emploi, il faut un véhicule électrique ou hybride ou thermique, peu importe, monsieur le patron. Mais faites-nous bosser, vous savez, nous on sait se faire exploiter, on fait de la qualité et cetera et cetera. »

Le maintien de l’emploi, c’est bidon. Le maintien de l’emploi, c’est aller sur le terrain du patronat. C’est aller sur le terrain du projet industriel. Et le patron, il en a — excusez-moi — il en a rien à faire du projet industriel. Lui, il sait ce qui est bon pour lui parce qu’il a une vision au niveau mondial, et pour lui, il doit fermer Poissy pour que Pomigliano en Italie fasse ce petit véhicule, ce fameux projet industriel pour maintenir l’emploi et cetera. Il le maintiendra même pas l’emploi en Italie, il va le supprimer en plus.

Non, ce qu’il faut les copains, c’est qu’on raisonne en tant que travailleur. Et en tant que travailleur, ça veut dire qu’il faut qu’on défende notre peau, il faut qu’on défende notre droit à l’existence. Il faut pas qu’on crève avec cette usine. Alors cette usine, elle crèvera sûrement, parce que aujourd’hui — et je parle aujourd’hui, me dites pas que je suis défaitiste — aujourd’hui on ne la sent pas la mobilisation générale, on ne la sent pas, le nouveau Mai 68. Parce que s’il y avait un nouveau Mai 68, oui les garanties, elles exploseraient, on les ferait avaler par leur gorge et on prendrait la tête des usines. Et là alors là, ouais là c’est un sacré projet industriel les copains. Reprendre la société en main et les foutre dehors.

Messages

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    Tous ces discours plaintifs se gardent bien d’offrir réellement une perspective aux travailleurs. Ils ne cessent de répéter que tout est de la faute du patron, de la faute des capitalistes, de la faute de leur Etat et considèrent qu’en parlant ainsi ils ont fait oeuvre de révolutionnaires ! Ils font semblant d’être les porte-parole des travailleurs mais ne font que rapporter leurs plaintes et leurs réticences (réelles ou supposées) à prendre leurs responsabilités sociales et politiques, c’est-à-dire à prendre la tête de leurs propres luttes et de toute la société. Ils se gardent bien de montrer comment les travailleurs peuvent se servir de la crise de l’ancienne société en pleine chute pour en faire des armes contre elle.

  • .

    Je rajouterai qu’ils se gardent de relier le programme de lutte des travailleurs à une analyse de l’état du système capitaliste, faisant comme si les revendications et les méthodes d’action des travailleurs ne dépendaient et surtout les objectifs et perspectives de cette lutte n’en dépendaient pas. En cela, ils rompent complètement avec le marxisme révolutionnaire.

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