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Critique du forum de Lutte Ouvrière sur l’armement et la guerre

mercredi 8 juillet 2026, par Karob

Critique du forum de Lutte Ouvrière sur l’armement et la guerre

À la Fête de Lutte Ouvrière 2026, deux forums sur la guerre

Et pas un mot d’ordre contre l’impérialisme français

À la Fête de Lutte Ouvrière (Pentecôte 2026), deux forums ont été consacrés à la guerre impérialiste. D’un côté, « Industrie de l’armement : quel rôle pour les militants révolutionnaires ? », où sont intervenus trois militants ouvriers : Rémy Bazzali (élu CSE NH90 CGT à Airbus Helicopters Marignane, tête de liste LO aux municipales de Marseille 2026), Abdelkader Benramdane (militant CGT à Thales dans les Yvelines, candidat LO aux législatives dans la Manche en 2017, 2022 et 2024) et Pascal Le Manach (délégué syndical CGT à Renault Cléon depuis 1999, conseiller municipal LO d’Oissel, porte-parole LO de Normandie). De l’autre, « La guerre, la classe ouvrière et les révolutionnaires », deux interventions de tribune suivies d’un débat avec la salle.

Une oratrice y reprend la formule de Liebknecht — « l’ennemi principal est dans notre pays ». Et au bout du compte : pas un mot d’ordre de défaite militaire de la France, pas une revendication d’expropriation des trusts d’armement français, pas un appel au refus d’ordre dans l’armée, aucune politique d’agitation en direction des soldats français déployés au Sahel, au Liban ou dans le Golfe. Pas un mot sur Istres, où la France a autorisé le 5 mars 2026 cinq ravitailleurs américains KC-135 — les avions qui permettent aux bombardiers de frapper l’Iran à longue distance — à faire le plein sur la base, pendant l’opération « Fureur épique » ; l’état-major a juré qu’ils ne participaient « en aucune mesure » aux frappes, mais le sophisme de l’« appui purement défensif » ne change rien au fait que ravitailler les KC-135, c’est ravitailler la machine de guerre impérialiste. Pas un mot de la tribune sur la défaite française au Sahel ni sur la filière d’armement de groupes djihadistes via l’Ukraine révélée au printemps. Les livraisons d’armes françaises à Israël pendant le génocide à Gaza ? C’est une intervention de la salle qui les nomme — « Qui c’est qui vend des armes à Israël pour faire ces massacres à Gaza ? C’est la France. Continue d’en vendre. » — et la tribune n’en fait rien : aucun mot d’ordre, aucune tâche, aucune conséquence. Pas un mot, surtout, sur la convergence entre la position de la CGT Métallurgie défendant le « Pôle public national de défense » et la position du Rassemblement national sur la souveraineté industrielle d’armement — nous y revenons plus bas, pièces en main. Il faut nommer cette position pour ce qu’elle est : un centrisme kautskyste, c’est-à-dire, dans les termes de Lénine en 1915, un social-chauvinisme objectif sous masque défaitiste — et plus dangereux que le social-chauvinisme ouvert, précisément parce qu’il se présente sous un masque révolutionnaire.

Le kautskysme de 2026 : la France « impérialisme de seconde zone »

La première intervention de tribune qualifie explicitement la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et le Japon d’« impérialismes de seconde zone » subordonnés aux États-Unis. La première réponse au débat parle de « petits impérialistes » qui « ont la rage » et « veulent les miettes du gâteau ». Cette formule n’est pas une nuance descriptive : c’est la pièce maîtresse du dispositif politique — c’est le kautskysme de 2026. Il minore l’ennemi national. Il déplace la dénonciation principale vers Washington. Et il s’accompagne du refus de qualifier d’impérialiste le bloc adverse. La Chine ? « Pas en guerre depuis 1979 », « une seule base militaire », « État issu d’une révolution bourgeoise qui a empêché le pillage », « en position défensive ». La Russie ? Dictature de Poutine, oui — impérialisme au sens des cinq critères matériels que Lénine fixe en 1916, non. L’Iran ? « Puissance régionale » écrasée par les États-Unis.

À deux militants de la salle — l’un de Gauche Révolutionnaire, l’autre de l’AG Antifa de Brest et d’Autonomie de Classe — qui posent la question avec précision (l’impérialisme se définit chez Lénine par des critères matériels : capital financier comme fusion de la banque et de l’industrie, exportation de capitaux, monopoles internationaux, partage du monde entre les puissances — et la Chine satisfait ces critères), la tribune répond par des images concrètes (Huawei contre Orange, cent cinquante usines occidentales en Chine) et par un argument fonctionnel : « si on dit que tout le monde est impérialiste, on ne distingue plus l’ennemi ». Cet argument fonctionnel est précisément ce que Lénine combattait chez Kautsky : tordre la définition matérielle pour produire la conclusion politique commode. La désignation de l’ennemi principal du prolétariat français ne se fait pas en niant la nature impérialiste des autres bourgeoisies — elle se fait en désignant sa propre bourgeoisie nationale, sans hiérarchie commode entre les autres. C’est toute la différence entre le défaitisme révolutionnaire et sa phraséologie.

Ce qui manque : la chaîne complète du programme bolchevique-léniniste

Ce que la formule de Liebknecht implique nécessairement — et qui est intégralement absent des deux forums — peut s’énoncer en six axes que la tradition Marx-Lénine-Trotsky-Barta a fixés sans ambiguïté.

Premier axe absent : la défaite militaire du gouvernement français comme mot d’ordre. La France est belligérante en 2026 sur quatre théâtres : recomposition militaire et guerre par procuration au Sahel, livraisons à l’Ukraine, complicité dans le génocide à Gaza, soutien logistique à la guerre américano-israélienne contre l’Iran depuis Istres. La défaite de la France n’est posée comme mot d’ordre par aucune des deux interventions de tribune. La formule des bolcheviks de 1914 — « transformer la guerre impérialiste actuelle en guerre civile » (manifeste du Comité central, rédigé en septembre, publié le 1er novembre 1914 dans le Sotsial-Demokrat) — n’est jamais prononcée. On reprend Liebknecht pour la formule, mais on évacue le contenu pratique que Liebknecht lui-même y mettait quand il votait seul contre les crédits de guerre au Reichstag le 2 décembre 1914.

Deuxième axe absent : l’expropriation sans indemnité ni rachat du complexe militaro-industriel français. Le mot « expropriation » n’apparaît pas une seule fois dans les deux forums. Le mot « nationalisation » non plus. Le mot d’ordre maximum est « confiscation des profits de guerre » et « contrôle des entreprises par les travailleurs ». Or la confiscation des profits laisse intacte la propriété, donc le rapport de production. Dassault, Thales, MBDA, Naval Group, Safran, KNDS, Airbus Defence and Space — les neuf grands groupes de ce que l’État bourgeois appelle lui-même sa « base industrielle et technologique de défense », la chaîne par laquelle la bourgeoisie française finance ses guerres et engraisse sur le sang des peuples — restent propriétés capitalistes dans le programme exposé à la Fête. Le Programme de transition de 1938 — texte fondateur du courant dont LO se réclame — pose pourtant l’expropriation de groupes capitalistes entiers et le contrôle ouvrier sur l’industrie de guerre comme tâches transitoires centrales. Cette omission n’est pas un détail rédactionnel : c’est le contournement de la rupture de classe.

Troisième axe absent : l’armement du prolétariat et les comités de soldats. Aucune mention des milices ouvrières d’autodéfense. Aucune mention de la fraternisation. Aucune mention de comités de soldats avec droit de refus d’ordre. Aucune mention de l’élection des gradés et de leur révocabilité — point central du programme militaire bolchevique de 1917. Aucune mention du droit syndical et politique pour les soldats. Aucune mention de la garde nationale révolutionnaire — le peuple en armes contre la caste militaire de l’armée bourgeoise. La phrase de tribune « il faut que nous soyons présents [...] dans les usines et demain dans l’armée » est édifiante : pourquoi « demain » ? La France a aujourd’hui même des soldats au Sahel résiduel, dans le Golfe, sur la base d’Istres, au Liban. Où est l’agitation actuelle de LO en direction de ces soldats ? Le silence est total.
Quatrième axe absent : la fraction révolutionnaire publique dans les syndicats — ce que faisait Barta. Lutte Ouvrière revendique sa filiation avec Barta : la fraction de l’Union communiste à Renault en 1947, le bulletin d’entreprise La Voix des Travailleurs dénonçant nominativement les dirigeants confédéraux CGT, la grève d’avril-mai 1947 déclenchée hors du cadre confédéral et contre lui. C’est précisément ce qui manque à LO en 2026. Les trois ouvriers du forum d’armement ne se présentent pas comme animateurs d’une fraction publique dans la CGT de leur entreprise : ils se présentent comme « ouvriers », sans dire leurs mandats. Ils citent et dénoncent les positions de la CGT Métallurgie sur le « Pôle public national de défense », de la CGT-Renault sur la « défense nationale sous contrôle public » — mais sans porter publiquement une fraction qui nomme la bureaucratie syndicale, qui produit son bulletin propre, qui appelle à la grève contre la production de drones et de missiles.

Le cas Renault est exemplaire. Pascal Le Manach, délégué syndical CGT à Cléon depuis vingt-sept ans, a multiplié en janvier 2026 les déclarations choc dans la presse régionale contre la production de drones militaires du programme Chorus — « engins meurtriers », « hors de question », « insupportable ». Trois semaines plus tard, au CSE extraordinaire de Renault Le Mans des 9 et 10 février 2026 — Le Mans et Cléon sont les deux sites jumeaux du programme : l’assemblage au Mans, les moteurs à Cléon —, la CGT s’est abstenue. Bilan du vote : dix voix pour (CFE-CGC et FO), onze abstentions (CGT et CFDT), zéro voix contre. Nouvelle abstention CGT au CSE du 9 avril 2026. Et du côté de Cléon : aucun tract dénonçant l’abstention de sa propre confédération sur le site jumeau, aucun appel à la grève, aucune motion d’expropriation. À la Fête, Le Manach qualifie la position de la CGT-Renault d’« hypocrite et mensongère » — sans dire qu’il est lui-même, depuis vingt-sept ans, délégué syndical de cette CGT, et sans dire un mot des deux abstentions. La dénonciation verbale couvre le silence pratique. C’est le contraire exact de ce que faisait Barta. C’en est la caricature.
Cinquième axe absent : la dictature du prolétariat et l’Internationale ouvrière à reconstruire. Aucune des deux interventions de tribune ne nomme positivement la dictature du prolétariat comme objectif transitoire. Les formules restent négatives — « renverser », « briser l’État de la bourgeoisie », « s’emparer du pouvoir ». La formule de Marx, de la Commune, de 1917, de L’État et la révolution, est évacuée du vocabulaire. La seconde intervention pose que « la révolution prolétarienne ne peut pas se faire dans un seul pays » — c’est juste — mais ne nomme pas la reconstruction d’une Internationale ouvrière révolutionnaire comme tâche actuelle. L’Union communiste internationaliste, dont LO est la section française, n’est jamais nommée : une seule allusion à « notre tendance ». Aucune délimitation publique avec les autres courants se réclamant du trotskysme.

L’internationalisme est réduit à « notre fête se veut un rendez-vous international ». Cela ne vaut pas le mot d’ordre final du Manifeste de 1848.

Le vocabulaire lui-même est un symptôme. D’un bout à l’autre des deux forums, les intervenants se désignent comme « militants communistes révolutionnaires » et parlent des « idées communistes révolutionnaires ». Jamais « bolcheviks-léninistes » — l’étiquette historique du courant trotskyste, celle que Trotsky lui-même revendiquait. Ce n’est pas un hasard de plume : « communiste révolutionnaire » est l’auto-désignation commode qui permet de ne pas dire bolchevik-léniniste — parce que s’en réclamer engagerait le programme complet que nous venons d’énumérer : défaite de sa propre bourgeoisie, expropriation, comités de soldats, dictature du prolétariat, Internationale. Ils jouent sur les mots. Nous sommes intransigeants sur les mots, parce que les mots engagent le programme.

Sixième axe absent : la cause matérielle de la marche à la guerre. La tribune décrit un capitalisme « sénile », « à bout de souffle », « empêtré dans une crise due à ses contradictions internes ». Mais la sénilité n’est pas une catégorie marxienne. Ce qui est en crise, et de manière ouverte depuis 2008, c’est la valorisation du capital : chute du taux de profit, suraccumulation, saturation des marchés solvables, masse de capital sans débouché productif rentable. Et c’est précisément cette crise structurelle qui rend nécessaire la bascule vers l’économie d’armement comme dernier débouché stable du capital surnuméraire. La dépense improductive étatique — armement, infrastructures militaires, dette publique — n’est pas une dérive politique des impérialistes : c’est la forme matérielle qu’a prise la reproduction du capital depuis l’épuisement du cycle de valorisation. Sans nommer cette mécanique, l’analyse reste métaphorique. Et qui ne nomme pas la cause matérielle ne peut pas indiquer l’issue : ce qui est en crise n’est pas une politique, c’est un mode de production — qui ne peut être surmonté que par la révolution sociale, c’est-à-dire l’expropriation des moyens de production, la dictature du prolétariat et la planification socialiste internationale.

Ce que LO ne dit pas : la CGT et le RN écrivent le même programme de souveraineté d’armement
Au forum d’armement, Abdelkader Benramdane cite et dénonce — c’est à mettre à son crédit — le dossier de la CGT Métallurgie d’octobre 2025 : « Pour reconquérir la souveraineté industrielle, la création du PPND, Pôle public national de défense, doit permettre cette réappropriation de la maîtrise publique des industries d’armement et de leur stratégie industrielle. » Il y voit, à juste titre, « l’union sacrée pour la future guerre ». Mais ni lui ni personne à la tribune ne fait le pas suivant, qui est pourtant la clef politique de la période : cette ligne converge matériellement avec celle du Rassemblement national.

Les pièces sont publiques. Dès la loi de programmation militaire 2024-2030, le groupe RN dépose par la voix de Laurent Jacobelli un amendement réclamant « la création d’un fonds souverain de défense » pour « protéger des entreprises disposant de technologies critiques dans le domaine militaire » et servir « notre souveraineté en matière de défense » (amendement n°318 au texte n°1234, mai 2023). En novembre 2025, lors du débat sur la nationalisation d’ArcelorMittal — nationalisation soutenue par la FTM-CGT au nom de la « souveraineté industrielle » et de la capacité du pays à produire de l’acier —, le même Jacobelli et trois députés RN déposent l’amendement n°133, dont l’exposé sommaire dit tout : « L’acier demeure un matériau stratégique pour l’ensemble de notre base industrielle et technologique de défense : production d’armements, infrastructures, navires, blindés ou encore équipements lourds. »

Mettons les énoncés en regard. La CGT Métallurgie dit : pôle public national de défense, maîtrise publique des industries d’armement, souveraineté industrielle. Le RN dit : fonds souverain de défense, protection étatique des entreprises militaires critiques, acier pour les blindés et les navires de guerre. Ce ne sont pas deux programmes opposés : ce sont deux habillages du même substrat matériel — le même appareil productif d’armement, le même opérateur étatique français appelé à le garantir, la même souveraineté de l’impérialisme français. La CGT le déguise en emploi et en paix. Le RN l’assume en défense. Et pendant que les confédérations syndicales font de la « lutte contre l’extrême droite » l’axe central de leur communication, elles écrivent avec elle, sur la question décisive de la guerre, le même programme. Voilà ce qu’un forum révolutionnaire sur l’industrie d’armement aurait dû établir, pièces en main. LO s’est arrêtée au seuil.

La division des deux forums : architecture de la coupure

Il faut enfin nommer le dispositif lui-même. LO n’a pas tenu un forum sur la guerre, mais deux — séparés, étanches, complémentaires. Le forum d’armement, terrain économique-syndical, où parlent les militants ouvriers. Le forum politique-théorique, où parle la tribune. Cette division reproduit architecturalement la coupure entre lutte économique et lutte politique que Lénine a combattue dès Que faire ? en 1902 et dans toute sa polémique contre la IIe Internationale après 1914. Conséquence matérielle : aucun des deux forums ne peut produire — par construction du dispositif — une position défaitiste révolutionnaire complète, qui suppose précisément la fusion du programme économique (expropriation, contrôle ouvrier, ouverture des livres de comptes) et du programme politique (défaite, dictature du prolétariat, Internationale). Le militant ouvrier reste cantonné dans la dénonciation morale de l’industrie d’armement. La tribune reste cantonnée dans la théorie générale. Aucun lieu ne pose les deux ensemble.

Conclusion : un anti-impérialisme à frais réduits

Ce que les deux forums produisent n’est pas un anti-impérialisme révolutionnaire. C’est un anti-impérialisme à frais réduits — anti-Trump, anti-Netanyahou, anti-Poutine quand il faut : dénoncer l’impérialisme des autres ne coûte rien politiquement. Mais quand il s’agit de sa propre bourgeoisie, l’opération est constante : la France est minorée en « impérialisme de seconde zone » ; les trusts d’armement français ne sont pas nommés comme ennemis à exproprier ; les soldats français déployés ne sont l’objet d’aucune agitation politique actuelle ; les bureaucraties syndicales qui défendent le pôle public de défense et la souveraineté industrielle ne sont pas combattues par des fractions publiques organisées ; la convergence CGT-RN sur l’armement n’est pas nommée ; la défaite militaire de la France n’est pas posée comme mot d’ordre.

Ce dispositif a un nom dans la tradition léniniste : le centrisme kautskyste. À l’époque, Kautsky écrivait abondamment sur l’impérialisme mais couvrait, au moment décisif, le vote des crédits de guerre. Aujourd’hui, la tribune de LO prononce « l’ennemi principal est dans notre pays » mais ne pose aucune des tâches concrètes qui transformeraient cette formule en programme. La forme a changé. Le contenu pratique est le même : la phrase couvre l’inaction, et l’inaction couvre l’adaptation à l’impérialisme français. Lénine ajoutait que cette conciliation masquée est plus dangereuse que l’opportunisme déclaré — précisément parce qu’elle parle la langue de la révolution.
La candidature commune Arthaud 2027 (LO et NPA-Révolutionnaires) repose matériellement sur ce substrat partagé : même formule « seconde zone » — le kautskysme de 2026 partagé, même évacuation du défaitisme révolutionnaire, même silence sur les soldats déployés et sur la convergence CGT-RN, même absence de fractions publiques dans les syndicats. C’est une candidature de l’écosystème social-patriote de la gauche française, pas une candidature ouvrière révolutionnaire.

Une politique bolchevique-léniniste sur la guerre impérialiste de 2026, c’est l’inverse exact de ce dispositif. C’est nommer la bourgeoisie française et ses trusts d’armement comme ennemis principaux du prolétariat de France. C’est poser la défaite militaire du gouvernement français dans toutes ses interventions. C’est exproprier sans indemnité ni rachat Dassault, Thales, MBDA, Naval Group, Safran, KNDS et l’aviation militaire d’Airbus, sous contrôle ouvrier, avec veto ouvrier sur les destinations d’exportation — comme les dockers de Fos-sur-Mer, que Le Manach cite avec admiration sans en tirer la conséquence, l’ont esquissé en refusant de charger des armes pour Israël. C’est porter une fraction révolutionnaire publique dans la CGT — comme le faisait Barta — qui nomme la bureaucratie, produit son bulletin et appelle à la grève contre la production d’armement, à Cléon comme au Mans, à Marignane comme à Élancourt. C’est construire les comités de soldats du rang, l’élection et la révocabilité des gradés, le droit syndical pour les soldats, et l’agitation politique actuelle — pas « demain » — en direction des troupes déployées. C’est lier économie et politique dans la même bataille, contre l’architecture de la coupure. Et c’est le faire sur la base matérielle de l’analyse de la crise de valorisation, parce qu’on ne peut pas combattre l’impérialisme français sans nommer le mode de production qui l’engendre.

Voilà ce qui manque aux deux forums de Lutte Ouvrière à la Pentecôte 2026. Et voilà ce que nous posons.

Matière et Révolution


Fête de Lutte Ouvrière 2026

Retranscription intégrale des deux forums sur la guerre et l’industrie d’armement

FORUM 1 — « INDUSTRIE DE L’ARMEMENT : QUEL RÔLE POUR LES MILITANTS RÉVOLUTIONNAIRES ? »

Présentation du forum

Trois intervenants se succèdent, présentés par un modérateur (Pascal Le Manach, ouvrier Renault Cléon, qui intervient également en troisième position) :

1. Rémy Bazzali — Élu CSE NH90 CGT, ouvrier à Airbus Helicopters Marignane, tête de liste LO Marseille 1er secteur municipales 2026

2. Abdelkader Benramdane (« Abdel ») — 63 ans, ouvrier mécanicien à Thales Avionics (région parisienne, Yvelines), militant CGT, candidat LO législatives 4e circo Manche 2017/2022/2024

3. Pascal Le Manach — 59 ans, ouvrier électricien Renault Cléon depuis 1997, délégué syndical CGT Renault Cléon depuis 1999, conseiller municipal LO Oissel, porte-parole LO Normandie

I. Intervention de Rémy Bazzali — Élu CSE NH90 CGT, Airbus Helicopters Marignane, tête de liste LO Marseille 1er secteur 2026

Merci. Donc bonjour tout le monde.

Donc Airbus, où je travaille comme ouvrier, est plus connu pour ses avions, satellites et hélicoptères civils que pour ses engins de guerre. Pourtant, ce groupe n’aurait jamais pu se développer et se maintenir dans sa concurrence internationale sans le soutien continu des États européens et en particulier l’État français avec l’achat continu d’appareils militaires. Car guerre ou pas, l’armement a toujours été une source très stable de revenus pour les capitalistes.

La période du Covid en a été la parfaite démonstration pour Airbus quand l’activité dite civile a dû être fortement ralentie. C’est non seulement le ministère des armées qui a justifié le maintien de la production, mais c’est aussi la production de l’armement qui a pris le relais pour maintenir les commandes et renflouer les caisses en argent frais.

Dans un registre plus large et pour ne parler que des hélicoptères militaires, Airbus ne vend pas seulement à quelques armées nationales. Son marché militaire est imbriqué dans celui de l’OTAN et de ses alliés. La France, l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis, les Pays-Bas, la Belgique ou encore le Royaume-Uni forment le cœur politique et budgétaire de cette clientèle, auquel s’ajoutent des relais hors-OTAN comme le Brésil, le Koweït, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Oman, Singapour, l’Indonésie ou le Maroc. Actuellement, on peut estimer à environ 2 500 hélicoptères Airbus en activité dans plus de 140 pays. Et si on ajoute aux hélicos tout ce que produit Airbus directement ou indirectement en armement, il y a les missiles de MBDA, le M51, c’est-à-dire le missile nucléaire d’Ariane, les satellites de défense, l’avion A400M, les drones. Ça représente en fait plusieurs centaines de milliards d’euros qui passent des budgets étatiques dans la poche du groupe et cela depuis des décennies.

Pour donner une idée de ce que coûte à l’État — bon là je parle de l’État français — mais rien qu’un NH90, qui est un hélicoptère de combat, il est acheté en moyenne 36 millions d’euros. Chaque heure de vol, en moyenne c’est 18 000 €, c’est-à-dire que c’est même plus cher qu’une heure de vol d’un Rafale de Dassault qui coûte 14 000. Et cela, c’est en temps normal, sans engagement sur un quelconque terrain de guerre.

Alors ce n’est pas une découverte me direz-vous. Les armées en effet ne regardent pas vraiment à la dépense et ce n’est pas près de s’arrêter. Mis bout à bout, ce sont des sommes qui donnent le vertige à une époque où les gouvernants et les politiciens affirment, et pas qu’en France, qu’il faut faire des sacrifices économiques, continuer à saigner les budgets de l’école, de la santé, de la retraite. Vous connaissez le reste.

Ceci dit, Airbus est encore loin d’être comparable à un fournisseur massif d’armes comme l’ont toujours été les industriels américains. Si jusque-là dans un groupe comme Airbus, la part du militaire garantissait un financement continu et stable des profits, cette part restait néanmoins secondaire.
Mais depuis la guerre en Ukraine, et l’aubaine que représente à la fois l’embargo russe, qui a permis à la France de passer deuxième exportateur d’armes au monde, et l’augmentation des budgets militaires exigés par l’OTAN, on peut voir que la part de l’armement dans les profits d’Airbus est désormais croissante. En 10 ans, elle est passée — on estime ça à peu près — de 20 % à 40 % des profits.

Alors, il ne sera jamais de trop que de rappeler que c’est pour les peuples, la guerre, c’est la mort, massacre et destruction. Et bien pour les capitalistes de l’armement, ça signifie avant tout un marché juteux par lequel ils s’en mettent plein les poches.

Alors bien sûr, cela ne veut pas dire que la guerre mondiale dans laquelle les impérialistes nous entraînent ne serait faite qu’en vue d’enrichir les industriels de l’armement. Bien d’autres en profitent déjà, on a l’exemple des capitalistes du pétrole actuellement qui ont sauté sur l’occasion pour nous dépouiller et qui continuent d’ailleurs à nous dépouiller ici en aggravant l’inflation, et bien sûr ce n’est pas près de s’arrêter.

D’autre part, ce qui est commun actuellement à toutes les nations impérialistes, c’est la politique menée par les gouvernements d’embrigadement et de conditionnement de la population, à commencer par la jeunesse et les travailleurs. Car il est évident qu’aucun travailleur n’ira spontanément mourir pour les profits des industriels, profiteurs de guerre, les marchés des capitalistes ou les calculs des états-majors.

Non, pour le pouvoir bourgeois, comme par le passé, ils font raconter des mensonges et faire passer leur politique cannibale de pillage en défense de la liberté, de la démocratie, de la civilisation, et préparer surtout les têtes — comme le disait le général Mandon — à accepter de souffrir économiquement et de sacrifier ses enfants.

Et bien cette opération idéologique de tromperie et de préparation patriotique à accepter de devenir de la chair à canon passe à la fois par les campagnes de propagande à l’école, dans les médias, dans les discours des politiciens, y compris les municipalités. Mais aussi — ça c’est un peu nouveau quand même — par les directions des usines d’armement. Depuis 2 ans, on peut constater la multiplication des interventions directes de l’armée auprès des salariés d’Airbus.

Les syndicats contribuent eux aussi à cela en organisant par l’intermédiaire des CSE des conférences et des rencontres avec l’armée, ou en accrochant à la veste des délégués des cocardes bleu-blanc-rouge, voire à rendre leur logo totalement patriotique, voire même semblable à ceux du RN.
Non seulement les militaires s’adressent aux cadres dirigeants, mais ils viennent aussi directement faire des discours aux ouvriers dans les ateliers pour les flatter sur leur travail et les encourager à donner plus d’eux-mêmes. Car ils disent, je cite, « même si nous ne connaissons pas encore notre adversaire, la guerre arrive et nos soldats ont besoin de vous et de vos appareils exceptionnels. » Fin de citation. On voit de plus en plus de vêtements de travail avec des drapeaux bleu-blanc-rouge et des logos qui vantent la production gouvernementale. Il y a même des hiérarchies qui demandent à ceux qui n’auraient pas applaudi lors d’un discours : « ben pourquoi vous ne l’avez pas fait ? »
Tout ceci donc n’est pas anodin. Car si personne aujourd’hui ne nie l’escalade guerrière mondiale, eh bien elle est perçue comme une fatalité. Et la question de comment lutter contre cette guerre, contre cette marche à la guerre, eh bien elle est complexe. Parce que certains, parmi les collègues, disent « mais si demain la France est attaquée, il faudra bien se défendre. » D’autres, la majorité disons, sont plutôt animés par des réflexes pacifistes. Tous, en effet, sont inquiets et ne sont pas du tout prêts évidemment à sacrifier leurs enfants, mais ils ne voient aucune solution, à part dans l’illusion des discours pacifistes.

Dans ce contexte, le rôle des militants communistes révolutionnaires, d’autant plus dans les citadelles de l’industrie de l’armement, c’est de défendre une autre perspective que la résignation et l’acceptation à cette marche à la guerre. Alors non pas dans un sens pacifiste, abstrait et moraliste — car le pacifisme n’a jamais combattu le capitalisme ni ne le désigne comme étant la cause des guerres — mais par contre de le faire dans un sens révolutionnaire, en montrant que sous le régime capitaliste, la paix n’existe pas et n’existera jamais, et que si on veut véritablement la paix, il sera nécessaire de préparer la révolution.

Alors, les travailleurs de l’armement, comme un élément de l’ensemble des travailleurs, eh bien oui, ils peuvent jouer un véritable rôle actif dans cette perspective. Pour ne parler que d’un groupe dans lequel je travaille, Airbus, c’est 165 000 travailleurs répartis partout dans le monde, avec des liens par centaines, par milliers, avec d’autres travailleurs sous-traitants ou filiales, tous participant morceau par morceau à la production des mêmes armes.

Car faut-il le rappeler, si les travailleurs ne décident de rien sous le régime capitaliste, ce sont pourtant eux qui fabriquent tout de A à Z. Que ce soit une casserole, un médicament, du carburant ou un missile Exocet, sans notre travail, toute la société s’écroulerait tout autant que les guerres. Même pour faire la guerre, au-delà de la fabrication des armes et des munitions, les militaires, ils ont besoin des travailleurs, car aucun hélicoptère ni aucun avion ne pourrait être mis en marche, ni décoller sans le concours de plusieurs dizaines d’ouvriers, de mécaniciens, de techniciens, d’ingénieurs.

Alors oui, militer dans une entreprise de l’armement, c’est permettre aux travailleurs de prendre conscience de cette force qu’ils représentent et comment elle pourrait être dirigée pour non seulement arrêter toutes les guerres, mais aussi en finir une bonne fois pour toutes avec la dictature du capitalisme. Donc je passe la parole.

II. Intervention d’Abdelkader Benramdane (« Abdel ») — Militant CGT, Thales Avionics (Yvelines), candidat LO législatives 4e circo Manche 2017/2022/2024

Je suis ouvrier mécanicien sur un site de Thales en région parisienne dans les Yvelines. Ce n’est pas un très gros site, on est moins de 1 000, mais il y a encore de la production. On fabrique des armes, pas des armes à proprement parler, mais des composants électroniques de haute technologie, des amplificateurs d’ondes, qui peuvent servir à pas mal de choses, entre autres à la fabrication de missiles. Les plus connus sont les missiles Aster dont on a entendu parler à propos de la guerre en Ukraine. Des missiles qui permettent de viser et de détruire à des milliers de kilomètres.
Le milieu ouvrier de l’usine lié à la production est plutôt CGT. C’est une vieille tradition. Voilà un peu pour décrire le site où je milite en tant que communiste révolutionnaire.

La marche à la guerre, on le ressent par certaines décisions que la direction du groupe prend. Par exemple, il y a une usine à Thonon-les-Bains que la direction voudrait consacrer davantage à l’armement. Évidemment, elle réclame pour ça l’aide de l’État.

Et puis un peu partout dans le groupe, la direction serre la vis. Ça n’a rien de spécifique aux usines d’armement, mais voilà comment ça se met en place chez nous.

Dans des zones dites secret défense comme il y en a sur mon site, on n’a plus le droit d’avoir un téléphone, ni d’appareil connecté. Dans ce secteur justement, secret défense, il y a eu trois accidents graves sur une courte durée. Mais pour la direction, pas question de prendre le temps d’en examiner les causes. L’activité devait reprendre vite sans arrêter la production. Le climat change et se tend dans une usine où la discipline n’était jusque-là pas trop sévère.

Thales est un grand groupe lié à Dassault, avec la croissance forte des budgets militaires dans de nombreux pays, c’est un marché supplémentaire considérable qui s’offre aux capitalistes et qui fait saliver les actionnaires du groupe entre autres Thales.

Même les travailleurs en viennent à penser que c’est une bonne chose. Un exemple : un collègue de travail qui est pourtant syndiqué à la CGT m’a dit « Regarde, avec l’OTAN, il y a énormément de ventes d’armes, et si l’Europe se laisse balader, ce seront les Américains qui récupéreront le marché. Alors, quitte à vendre des armes, autant que ça soit les nôtres. »

En fait, le premier piège, c’est de se faire avoir en pensant que ce qui est bon pour les actionnaires du groupe serait bon pour les travailleurs. Ça, c’est une arnaque comme dans tous les secteurs. L’armement n’est pas différent des autres. Évidemment, on sait que c’est n’importe quoi.

Et de ce point de vue-là, un travailleur précaire chez McDonald’s est peut-être plus conscient de la réalité des choses que certains de mes collègues syndiqués à la CGT, mais qui ont bossé toute leur vie chez Thales et qui pensent qu’ils sont mariés avec l’entreprise. Ce sentiment-là a été entretenu et diffusé par les dirigeants syndicaux y compris ceux de la CGT. Et je critique la CGT, mais je voudrais justement mentionner que je suis moi-même militant dans ce syndicat.

Comme les patrons, les directions syndicales de l’entreprise se vantent de développer de nouveaux marchés en mettant en avant ce qu’elles appellent une politique industrielle.
Alors voilà ce qu’écrit la CGT Métallurgie dans un dossier du mensuel des métallurgistes d’octobre 2025 intitulé « La paix, la défense et l’industrie, cohabitation possible ? » Rien que le titre annonce la couleur. Je cite : « Dans la métallurgie, nous sommes au cœur des enjeux entre perte de souveraineté industrielle, industrie de défense et austérité sociale. Cette situation que nous combattons nous engage à militer pour la transformation de la société, pour un monde de paix, de sécurité sociale, de défense et de souveraineté nationale. » Et je cite encore : « Pour reconquérir la souveraineté industrielle, la création du PPND, Pôle public national de défense, doit permettre cette réappropriation de la maîtrise publique des industries d’armement et de leur stratégie industrielle. »
Et voilà, ils osent parler de paix mais en réalité ils préparent l’union sacrée pour la future guerre. Si on les écoute, c’est fini la lutte de classe. Tous unis avec nos exploiteurs contre les travailleurs du monde entier. Voilà ce que ces gens-là osent dire, qu’ils militent pour la transformation de la société.
En réalité, en parlant ainsi, ils rendent un sacré service aux exploiteurs. Cela brouille les intérêts de classe des travailleurs et cela participe à souder les travailleurs derrière les patrons, comme s’ils avaient un intérêt commun. Alors nous travailleurs, on devrait se mettre à la remorque de la stratégie commerciale de nos patrons ? Non, nous n’avons rien à y gagner.

Car comment les patrons mènent-ils leur guerre commerciale contre leurs concurrents, si ce n’est en augmentant le temps de travail, en bloquant les salaires voire même en les baissant ? Car c’est ce qu’il se passe avec l’inflation. C’est ce qui se passe quand les patrons baissent les salaires d’embauche.

Comme le groupe Thales fait énormément de profit, on pourrait imaginer qu’il va aussi acheter une paix sociale pour pouvoir produire des armes. C’est ce que pensent certains travailleurs. Il y en a qui disent que les salaires vont rester confortables parce qu’ils ont besoin de nous et parce qu’ils ont beaucoup de fric.

Mais ça c’est illusoire, car en temps de guerre, c’est la loi martiale et la dictature dans les ateliers qui nous attendent. Et si les marchés d’armes explosent, oui, ça fera des milliards de profit, mais pour les patrons. Mais nous, les ouvriers, dans les usines d’armement, on marchera à la trique pendant que nos enfants iront mourir sur le front, sous les bombes que nous aurons fabriqué.

Je me souviens avoir vu un documentaire sur les ouvrières qui travaillaient dans les fabriques de production de munitions en Angleterre. Pendant la Première Guerre mondiale, leurs conditions de vie était extrêmement difficiles. Au milieu de la guerre, le besoin en munition était tel que les travailleuses faisaient des journées à rallonge. Et à cause du manque de nourriture, chaque jour des dizaines d’ouvrières s’évanouissaient dans leur usine. Mais durant l’automne 1917, année où la révolution éclata en Russie, ces ouvrières se mirent en grève par centaines de milliers.
Je prends cet exemple parce que je le connais. Mais c’était la même situation dans tous les pays en guerre et partout dans tous les pays, ces grèves ont contribué à affaiblir les capitalistes et leurs gouvernements qui se faisaient la guerre. Elles ont été un élément de la situation révolutionnaire engendrée par la guerre.

Nous sommes confrontés aujourd’hui à cette contradiction. Certains travailleurs croient que la perspective de profit des patrons du secteur de l’armement est une bonne chose pour nous. Demain, l’État français mobilisera sans doute tous ses moyens de propagande, de répression pour nous faire participer massivement à l’économie de guerre. La seule façon de nous préparer à l’énorme pression nationaliste et guerrière qui nous tombera dessus, c’est justement de garder dès aujourd’hui une conscience claire de nos intérêts de travailleurs.

Donc ne nous laissons pas manipuler alors même que la pression n’est pas encore trop forte.
Alors l’autre problème qu’on pourrait se poser, c’est pourquoi nous travailleurs on accepterait de produire des armes. Ce qui est à priori un choix qui n’est pas moral. Mais pour moi, ce n’est pas une question de morale pour deux raisons.

D’abord parce que quand on est ouvrier, on décide de rien. On est exploité, soumis aux décisions de nos exploiteurs comme partout.

Et l’autre raison, c’est que si on veut la paix et pas la guerre, on n’y arrivera pas simplement en supprimant les armes, mais en arrachant le pouvoir aux capitalistes.

Il faudra empêcher les capitalistes, leurs politiciens et leurs états-majors d’utiliser les armes pour leur guerre, retourner nos armes contre nos propres généraux comme dit l’Internationale. Ce n’est pas simplement un slogan, c’est un programme révolutionnaire, et c’est bien les révolutionnaires russes qui, en 1917, ont mis fin à la guerre, en permettant à la classe ouvrière russe de prendre le pouvoir contre les gouvernements capitalistes. Et ce sont les masses ouvrières allemandes, en révolution, qui ont forcé les grandes puissances à signer l’armistice de 1918.

Par ailleurs, le fait que nous produisons des armes devrait nous faire réfléchir plus que tout autre travailleur à ce que la société nous prépare. Si les marchés d’armes explosent, c’est bien le signe extrêmement concret que les guerres se généralisent, que la guerre mondiale se met en place. Et qui ira sur les champs de bataille tenir les fusils ? Qui sera dans les chars de haute technologie, qui seront les artilleurs ? Qui enverra les missiles ? Et qui les recevra sur la figure si ce n’est des travailleurs comme nous, si ce n’est pas nos enfants ? Qui peut croire que les usines d’armement ne seront pas bombardées avec dedans des travailleurs comme nous ? Les États-Unis l’ont fait en Iran.
La guerre qu’on voit à la télé en Ukraine, au Proche-Orient nous annonce celle qu’on vivra bientôt ici. On doit prendre conscience qu’on est même en train de produire les armes de cette guerre. C’est ça que j’essaie de dire à mes camarades, que ce système capitaliste ne fait pas simplement de nous exploiter, il est en train de nous transformer en futurs petits soldats et en chair à canon.
En tant que travailleur d’une entreprise d’armement, je dirais pour conclure que nos intérêts ne sont pas différents de ceux des autres travailleurs.

Pas question de nous laisser berner par la propagande des patrons et des syndicats à laquelle s’ajoute la propagande nationaliste et guerrière de l’État. Notre seule perspective dans le monde actuel, c’est la lutte des classes menée par les travailleurs de toutes les entreprises, de tous les secteurs, contre leur patron et contre l’État pour renverser la domination capitaliste.

C’est cette perspective-là que la montée guerrière nous impose. Et aujourd’hui, toute notre activité prépare cet avenir révolutionnaire. Nos bulletins d’entreprise regroupent des travailleurs dans cette perspective.

Les travailleurs dans les usines d’armement ne sont pas bien moins placés pour pouvoir combattre la machine capitaliste et ses conséquences catastrophiques que ceux des autres secteurs. D’ailleurs, une montée guerrière entraînera une économie de guerre. Presque tous les secteurs deviendront des secteurs orientés vers la guerre.

Reprenons l’exemple de la révolution russe. Un des bastions ouvriers de cette révolution ouvrière dans la capitale Petrograd furent les usines Poutilov. Or, sachez qu’au départ, c’était des usines de production de locomotives, puis des usines sidérurgiques, et qu’à l’approche de la guerre, ce sont devenus des usines d’armement. Quelques jours avant que n’éclate la révolution de février, lancée par les femmes, les travailleurs de Poutilov se sont mis en grève, entraînant au total 200 000 grévistes. Personne ne pouvait alors s’en douter, mais cette grève était annonciatrice de la révolution.
Les militants ouvriers dans les usines d’armement peuvent être à la base des luttes de demain contre l’exploitation au quotidien. Durant les guerres, se révolter dans les usines d’armement, c’est attaquer les capitalistes sur leurs bases arrière. Alors à nous de nous préparer aux révoltes futures.

III. Intervention de Pascal Le Manach — Délégué syndical CGT Renault Cléon (depuis 1999), conseiller municipal LO Oissel, porte-parole LO Normandie

Je travaille à l’usine Renault à Cléon près de Rouen, une usine d’environ 2 500 travailleurs, qui produit des moteurs thermiques et électriques pour l’automobile. Je ne travaille donc pas comme Rémy et Abdel sur un site de production d’armement, et pourtant, dans le contexte de préparation à une guerre de haute intensité comme le dit le gouvernement, eh bien l’État prépare son armée et augmente ses dépenses militaires.

Alors en juin 2025, il y a quasiment un an, l’armée a demandé à Renault la possibilité de produire des drones volants. Et en mars de cette année, l’armée lui a commandé la fabrication cette fois-ci de drones terrestres.

Alors, pourquoi faire appel à l’industrie automobile pour produire des armes ? Eh bien, déjà à la veille des guerres mondiales de 1914 et de 1939, pour produire en masse des obus, des chars, voire même des avions, l’armée a eu besoin de l’industrie automobile et en particulier de Renault. D’ailleurs, je rappelle que c’est la Première Guerre mondiale qui a commencé la fortune de Renault.

Ce groupe automobile a une ingénierie qui a l’habitude de créer, d’organiser, de faire produire rapidement en quantité à des coûts réduits grâce à des chaînes de montage, des ateliers d’usinage développés et à une logistique bien huilée.

On le voit depuis plusieurs années dans le conflit Russie-Ukraine, on a vu l’importance des drones. On voit également comment l’Iran fait face aujourd’hui à l’attaque de l’armée américaine. Là aussi grâce aux drones, notamment des drones volants appelés « drones kamikazes », car ils font le trajet aller pour détruire, tuer, pas le chemin du retour.

Alors à ce jour, la commande de l’État à Renault serait de 600 drones par mois et pourrait évidemment augmenter très rapidement si besoin. Renault se positionne nationalement, mais aussi dans une course à l’armement qui se déroule à l’échelle internationale, car le groupe pourrait évidemment vendre ses productions à n’en pas douter à bien d’autres pays qui se réarment également.

Alors bien sûr, comme l’industrie de l’armement, Renault ne se lance pas seulement dans la production pour la défense de la patrie, mais avant tout parce qu’il y a beaucoup, beaucoup d’argent à se faire. Au dire de la direction du groupe Renault, je les cite, « cette coopération représente une opportunité économique rentable. » Et bien c’est le moins qu’on puisse dire, car les seuls drones kamikazes, avec cette production il y aurait 1 milliard à la clé et ce n’est qu’un début. L’État perd rubis sur ongle. Les commandes de l’armée sont toujours un très bon moyen de gagner énormément d’argent, des milliards facilement gagnés pour les profiteurs de guerre.

Alors, prenant des précautions, Renault a d’abord annoncé aux travailleurs de ses usines que la commande de drones volants n’avait rien à voir avec la production d’armes meurtrières. Ce serait seulement des drones d’observation. C’était évidemment du baratin. C’est la presse qui annoncera que le groupe allait produire des drones, des armes de guerre à Cléon et au site du Mans. Les capitalistes dévoilent leur plan quand ils le veulent et on le sait, ce sont des menteurs professionnels.
Alors à Cléon, l’usine où je travaille, cette annonce a été une surprise et a beaucoup fait discuter. Depuis des mois, nous, les militants de Lutte ouvrière, discutions évidemment de la guerre, et surtout de la guerre en Ukraine. On dénonçait bien sûr les bombardements russes sur la population civile, mais aussi les fausses excuses occidentales pour participer à cette guerre. On tenait à affirmer que les USA n’aidaient pas l’Ukraine pour la défense de la population mais par intérêt pur. Ce qu’on a pu vérifier par la suite avec les propos de Trump sur les terres rares.

On dénonçait cette guerre comme une guerre impérialiste dans laquelle il ne fallait pas choisir un camp, en dehors de celui des peuples contre leur gouvernement. Et on en profitait pour expliquer que la bourgeoisie de chaque État, dans un capitalisme en crise, n’avait comme solution pour se défendre de ses concurrents, que la guerre non plus seulement économique, mais la guerre de conquête pour dominer leurs concurrents militairement, économiquement, politiquement.
Et dans ce contexte la marche à la guerre généralisée avait commencé. Alors, il faut le dire, on nous écoutait mais nous ne convainquions finalement que très peu des nôtres.

Et maintenant que la direction du groupe Renault nous demandait de produire des armes, eh bien ça a changé la situation. Des armes qui faisaient la Une de l’actualité dans la guerre Russie-Ukraine, mais aussi à Gaza, des armes qui tuaient des femmes, des enfants, des hommes chaque jour.
Alors, la guerre qui jusque-là se déroulait très loin de nous, finalement se rapprochait car on nous demandait d’y participer indirectement avec notre travail. Et quasiment au même moment, il y avait dans l’actualité les déclarations du général Mandon, le général fraîchement nommé chef d’état-major des armées et en service commandé de l’Élysée, qui enchaînait les discours va-t-en-guerre. Il annonçait qu’il fallait se préparer à la guerre et il demandait à se tenir prêt, je le cite, « à accepter de perdre ses enfants et de souffrir économiquement. » Les discussions n’étaient plus seulement théoriques. La direction du groupe exigeait de nous de participer à un certain niveau à la guerre.
Cette direction, sentant qu’il y avait un flottement chez les salariés, expliqua qu’elle comprenait les interrogations, mais que c’était une réelle opportunité, sous-entendant que cela garantirait du travail pour de nombreux salariés. Alors, elle laisse surtout les syndicats maison expliquer que cela pourrait permettre de donner du travail dans une situation de recul de la production.

Bon, finalement à l’usine, ça ne prenait pas. La plupart des travailleurs étaient conscients que cela ne changerait rien de toute façon au niveau de l’emploi. Et au contraire, ils étaient assez nombreux à exprimer ne pas vouloir participer à ce genre de production. Certains avaient entendu par exemple parler de l’action des dockers de Fos-sur-Mer qui avaient refusé de charger des armes à destination d’Israël et ils trouvaient cette action courageuse.

Mais au même moment, une cheffe d’atelier annonça qu’elle démissionnerait si on l’obligeait à travailler à la production d’armes. Et bien cette position de la part d’un hiérarchique fit le tour des ateliers et fit beaucoup discuter. Pour certains, elle avait le courage de sa position. Bien sûr, pour d’autres, nombreux, bien que contre la production d’armes, pour eux, il était hors de question de perdre leur boulot, payer les factures, nourrir la famille, c’est prioritaire.

Alors, dans ce contexte, nous avons fait des réunions avec des travailleurs pour discuter de la crise du capitalisme, du fait que chaque bourgeoisie veut, pour survivre, conquérir de nouveaux marchés, de nouvelles sources de matières premières et que la guerre économique engendre des guerres qui aujourd’hui se généralisent.

Dans ces réunions, le but était aussi d’expliquer que le seul moyen de combattre les guerres, c’est de se débarrasser de ce système. Car après avoir servi de chair à production, notre propre bourgeoisie voudra qu’on lui serve de chair à canon.

Les discussions étaient nombreuses également parmi les militants ouvriers et en particulier parmi les militants de la CGT. La grande majorité des militants de base, comme la plupart des travailleurs, se sentent pacifistes. La direction de la CGT de Renault, elle se positionna, je cite une de leurs déclarations : « Si Renault devait se diversifier, cela ne saurait se faire au détriment de son éthique, ni au prix d’une implication dans des logiques guerrières. » Mais elle rajoutait : « Si une production d’armement devait exister, celle-ci ne pourrait répondre qu’à des besoins de défense nationale, sous contrôle public, et en aucun cas à des logiques de marché, de rentabilité ou d’exportation alimentant les conflits armés. Nous réaffirmons notre refus de voir l’industrie automobile mise au service de la guerre. »

Alors, une position hypocrite et mensongère, qui accepterait la production d’armes si seulement elle n’était pas faite par les groupes capitalistes dans une société capitaliste.

Comme avant chaque conflit, la CGT est d’accord pour soutenir la guerre, si elle est défensive, et on connaît ce genre de baratin sur la guerre prétendument défensive. La CGT sait pertinemment que les capitalistes ont décidé de produire des armes et qu’ils se préparent ouvertement à la guerre. Mais la direction de la CGT, ne voulant surtout pas mettre à bas le capitalisme, n’a d’autre perspective que de discuter, de collaborer finalement avec le patronat comme elle fait constamment.

Même son discours pacifiste n’est pas une perspective. Le pacifisme, ça consiste à dénoncer la guerre, sans plus, comme si on pouvait empêcher des guerres sans s’attaquer à ceux qui les déclenchent. Le monde capitaliste serait supportable si les capitalistes ne faisaient pas la guerre ?
Mais le monde capitaliste ne peut pas vivre sans guerre. C’est la guerre contre les travailleurs par l’exploitation. C’est la guerre contre leurs concurrents pour conquérir des marchés. C’est la guerre pour dominer les autres. C’est la guerre sociale. C’est la guerre en Afrique depuis des décennies. C’est la guerre perpétuelle au Moyen-Orient, etc.

Alors nous à l’usine, nous défendons auprès de nos camarades de travail toutes autres perspectives. Vouloir la paix, c’est vouloir s’en donner les moyens, et cela commence par désigner sans ambiguïté ceux que l’on doit combattre. Il ne s’agit pas de se transformer en militants pacifistes contre la guerre, mais au contraire de dire que tant que les travailleurs n’auront pas pris la direction de la société, les guerres continueront pour défendre les intérêts de la bourgeoisie avec notre peau.
En tant que militants ouvriers communistes révolutionnaires, nous militons dans les grandes entreprises, dans les bastions du capitalisme. Là où demain, lorsque les travailleurs conscients de leur force, de leur nombre, de leurs intérêts de travailleurs, se battront et ils se confronteront alors directement aux dirigeants de cette société.

À l’usine, nous militons aussi pour gagner des travailleurs à la construction du parti ouvrier, du parti communiste révolutionnaire qui nous manque tant.

Car il ne suffit pas de défendre un programme communiste. Il s’agit aussi de gagner des travailleurs à ce combat. Des travailleurs persuadés que pour combattre la guerre, il faudra que la classe ouvrière lutte dans les usines contre ses exploiteurs. Des ouvriers convaincus que l’humanité ne pourra se débarrasser de la guerre, comme de tous les maux qu’engendre la société capitaliste, que s’il renverse et brise l’État de la bourgeoisie, cet instrument de l’exploitation capitaliste.

FORUM 2 — « LA GUERRE, LA CLASSE OUVRIÈRE ET LES RÉVOLUTIONNAIRES »

Deuxième forum de la Fête LO 2026. Deux oratrices LO + débat avec la salle (six interventions + trois réponses LO).

Première intervention LO — Caractérisation de la période et de la guerre mondiale en préparation
Alors en 2026, 45 % de la population mondiale vit dans une région en guerre, près d’un être humain sur deux. Ces dernières années, les guerres se multiplient. À l’Ukraine s’est ajouté Gaza, puis le Liban et maintenant l’Iran, sans parler du Soudan, du Yémen, du Congo. Bref, le capitalisme, c’est la guerre.

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, puissance régionale de 90 millions d’habitants. Pendant cinq semaines, les bombardements ont fait plus de 3 000 morts, détruit des écoles, des habitations, des dépôts de pétrole et des infrastructures. Les frappes ont cessé, mais le détroit d’Ormouz reste bloqué et la guerre peut reprendre à tout moment.

Contrairement à ce qu’affirme un ancien chef des services secrets américains démissionnaire, cette guerre n’est pas le résultat de la mainmise de Netanyahou sur Trump, ni même d’Israël sur les États-Unis. Israël est le chien de garde de l’impérialisme au Moyen-Orient, mais il n’est pas la puissance dominante qui impose sa loi au reste du monde. Sans les livraisons d’armes et les milliards de dollars d’aides américaines, Israël n’aurait pas les moyens de sa politique criminelle, ni à Gaza, ni en Cisjordanie, ni au Liban. Aux États-Unis, faire porter la responsabilité à Israël, c’est le moyen de dédouaner la bourgeoisie américaine.

Mais même pour nous ici, c’est important de comprendre que ces guerres sont le produit du système capitaliste sénile, et pas le fait du colonialisme sans limite d’Israël, de guerre de religion ou de culture. De même que cette guerre n’est pas due à la folie de Trump depuis un mois, du fait du revers subi par Trump en Iran. Il est de bon ton de dire qu’il fait n’importe quoi. S’il est incontestable que par mégalomanie ou par incompétence, il a minimisé les capacités de résistance du régime iranien et n’a pas anticipé sa capacité à bloquer le détroit d’Ormouz, l’attaque contre l’Iran s’inscrit en fait dans une politique. Elle est dans la continuité du kidnapping de Maduro au Venezuela en janvier, de l’asphyxie de Cuba depuis lors.

Les États-Unis ont décidé de cogner les régimes qui sont en dehors de leur contrôle. En Iran, ils ont cherché, dès sa naissance, à affaiblir ce régime, sinon à le faire tomber. Et en février dernier, Trump et derrière lui l’état-major américain ont estimé qu’il y avait une fenêtre car ils jugeaient le régime affaibli par les revers de ses alliés régionaux, le Hezbollah et le Hamas, suite aux guerres d’Israël, et par les révoltes de la population en janvier.

Et puis derrière l’Iran et le Venezuela, les États-Unis visaient aussi la Chine. Ils cherchent à la priver d’une part importante de ses approvisionnements en pétrole ainsi que de partenaires politiques et commerciaux majeurs. Ils visent en fait les pays dans lesquels les entreprises chinoises investissent et font du commerce. En achetant 90 % du pétrole iranien, la Chine permettait au régime de Khamenei de se financer malgré l’embargo américain. La guerre contre l’Iran est une manière de réaffirmer qui est le patron dans la région stratégique du Moyen-Orient.

C’est pourquoi cette guerre n’est pas seulement une guerre régionale au Moyen-Orient. Bien sûr, la région est déchirée depuis plus de 100 ans par des guerres engendrées par les puissances impérialistes car ses puits de pétrole et sa situation stratégique attisent leurs appétits et leurs rivalités. Mais cette guerre, elle est bien plus que cela. À la fois par ses conséquences — le blocage du détroit d’Ormouz déstabilise l’économie mondiale — et aussi par la période dans laquelle elle a été déclenchée, celle du capitalisme sénile empêtré dans une crise due à ses contradictions internes qui durent et qui ne cessent de s’aggraver.

Les révolutionnaires, les marxistes ont toujours expliqué que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. La concurrence et les rivalités pour accéder aux matières premières et disposer d’un marché garanti, la lutte permanente pour étendre sa domination, exporter des marchandises produites en quantité toujours plus grandes avec des moyens de production toujours plus nombreux et efficaces sont inscrites dans les gènes du capitalisme.

Et depuis que le capitalisme a conquis toute la planète, il y a plus d’un siècle, cette rivalité a engendré une période de guerre entre impérialismes concurrents, de crises, de convulsions politiques, quasiment sans interruption entre 1914 et 1945. Ces deux guerres mondiales ont directement touché l’Europe et les pays impérialistes eux-mêmes, mais aussi bien d’autres régions du monde et leurs populations.

Depuis 80 ans, les rivalités entre États et bourgeoisies des pays développés n’ont cessé, même si elles étaient longtemps masquées par la guerre froide entre l’impérialisme et l’Union soviétique. Guerre froide qui a d’ailleurs menacé à plusieurs reprises de dégénérer en un conflit mondial. Pendant des décennies, les impérialistes se sont affrontés par l’intermédiaire de multiples guerres plus ou moins localisées, mais au prix de dizaines de millions de morts dans les anciens pays colonisés. Même si elles ont mobilisé et tué aussi des soldats américains et européens, ces guerres, la population, elle a pu ici imaginer y échapper.

Et depuis 50 ans, la crise du capitalisme, elle est marquée par la financiarisation du système, par la place qu’y occupe la spéculation, qui provoque des krachs boursiers avec leur cortège de misère, de morts, de familles jetées à la rue. En 2008, lors de la crise des subprimes, les banques des pays riches ont été sauvées par les États qui se sont massivement endettés. Et encore aujourd’hui, les capitalistes sont sous perfusion de milliers de milliards d’euros et de dollars d’argent public. Voilà qui donne la mesure du degré de sénilité atteint par le capitalisme.

Financiarisation, bulle spéculative, guerre locale — tout cela, loin de résoudre les contradictions du capitalisme, les a encore approfondies, et ces contradictions poussent à un affrontement entre les puissances. Cela s’est vu avec le retour en force du protectionnisme. Bien avant Trump, les États-Unis ont lancé une guerre commerciale féroce à tous leurs rivaux, alliés ou pas, à coup d’énormes programmes de subventions et de droits de douane contre les produits industriels étrangers. Ils veulent ainsi asseoir leur position de numéro 1 et sont prêts à cogner pour cela. Trump a déclaré une guerre commerciale au monde entier. Et cette guerre, elle devient de plus en plus militaire.
La guerre mondiale qui a déjà démarré ne ressemble pas aux précédentes. À travers les deux premières, les États-Unis se sont imposés comme l’impérialisme dominant, rejetant au second rang [les autres] puissances. Les États comme la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou encore le Japon sont désormais subordonnés aux États-Unis, tout en restant des rivaux. Leurs bourgeoisies ont fini par se soumettre et s’aligner car elles n’ont pas les moyens de tenir tête à l’Amérique. Dans la lutte pour les marchés, pour les ressources, ces impérialismes de seconde zone essaient de préserver les intérêts de leurs capitalistes respectifs. C’est justement pour cela qu’ils prennent leur place dans la guerre qui se généralise.

En Ukraine, les États-Unis sont les principaux vainqueurs de la guerre entre les puissances impérialistes et la Russie de Poutine. Guerre qui provoque depuis plus de 4 ans des centaines de milliers de morts et de vies brisées, de destructions et de souffrances sans nom. Cette guerre a affaibli les capitalistes européens privés du gaz russe. Les entreprises américaines ont raflé la part du lion, des terres, des mines, des usines, des banques d’Ukraine comme des ventes d’armes. Mais pour préserver les intérêts de Dassault, de Bouygues ou du Crédit Agricole et de leurs homologues anglais, allemands, Macron, Starmer et Merz, écartés des négociations entre Trump et Poutine, se posent en alliés indéfectibles de Zelensky.

Au Moyen-Orient, Macron a envoyé l’armée française dans le Golfe protéger les intérêts des patrons français. En participant aux guerres impérialistes lancées par les États-Unis, ils espèrent avoir des miettes du gâteau.

Alors, autre différence avec les deux premières guerres mondiales, depuis 1945, certains pays autrefois colonisés ou semi-colonisés, après avoir arraché leur indépendance, se sont en partie développés, profitant de ce que l’impérialisme américain ne pouvait pas encore s’imposer partout. Dans cette période de guerre froide, ils pouvaient obtenir un soutien diplomatique et économique auprès de l’URSS.

La Chine, elle a suivi un cours particulier. Pillée et dépecée par les grandes puissances depuis le XIXᵉ siècle, elle s’est libérée de leur mainmise lors de la révolution bourgeoise de 1949 dirigée par l’appareil politico-militaire de Mao. Celle-ci a fait naître un État fort et centralisé. Sous embargo pendant 25 ans, le pays s’est construit en opposition à l’impérialisme. Quand celui-ci l’a réintégrée au marché mondial, en position de sous-traitant, l’État chinois a empêché un pillage en règle du pays. S’il a mis les travailleurs chinois à la disposition des capitalistes occidentaux, le rôle prépondérant de cet État centralisé contrôlant l’économie a permis, comme nulle part ailleurs, le développement de grandes entreprises nationales.

De l’atelier du monde, la Chine s’est transformée jusqu’à devenir un concurrent sérieux dans de nombreux domaines. Les entreprises chinoises ne sont plus simplement des sous-traitants du capital occidental. Elles fournissent des produits finis et de haute technologie. Entravées dans leur développement par les limites du marché intérieur, elles se sont tournées vers les marchés internationaux et cette montée en puissance renforce l’agressivité de l’impérialisme américain.
Mais contrairement à toute la propagande qu’on entend, les deux pays ne sont pas à égalité dans ce bras de fer. L’impérialisme américain mène l’offensive, défendant bec et ongles sa position dominante. La bourgeoisie des pays impérialistes s’est enrichie en soumettant et pillant le monde entier, en exploitant les travailleurs de toute la planète depuis plus d’un siècle. Elle ne peut exister qu’en maintenant sa domination sur toute la planète.

Face à cela, l’État chinois et derrière lui la bourgeoisie qu’il maintient en tutelle sont pour l’instant en position défensive dans la guerre commerciale que leur livre l’Occident, tout comme dans les rapports de force armés. À ce jour, la Chine ne possède qu’une base militaire en dehors de son territoire contre 850 pour les États-Unis. C’est une armada américaine qui patrouille près des côtes chinoises, pas des porte-avions chinois au large de la Californie. Et ce n’est pas Xi Jinping qui met l’Amérique latine à sa botte, qui veut annexer le Canada et le Groenland.

Alors, même si elle semble erratique, la politique brutale de Trump a une cohérence. Il veut assurer à la bourgeoisie américaine des marchés, des routes commerciales, l’accès aux matières premières indispensables, le pétrole, le gaz, et donc en priver ses concurrents. Dans cette fuite en avant, chaque pas nous rapproche d’une déflagration mondiale.

Ainsi, la guerre actuelle contre l’Iran aggrave les causes qui lui ont donné naissance. La crise, la concurrence entre capitalistes, les rivalités entre États. Le blocage du détroit d’Ormouz génère un chaos économique mondial. Pour ne prendre que l’exemple de l’hélium, le Qatar assurait un tiers de la production mondiale de ce gaz indispensable à la fabrication des semi-conducteurs. Après le bombardement des installations gazières, les capacités de production de puces sont menacées et la guerre entre branches industrielles et constructeurs s’intensifie.

Alors même si le conflit actuel se termine par une trêve, ça ne permettra pas la paix. Cela aura au contraire accumulé encore plus de poudre dans le chaos d’un système capitaliste qui ne peut plus rien apporter de bien à l’humanité.

La guerre en Iran montre aussi que s’imposer n’est pas si simple, même pour l’impérialisme le plus puissant de la planète. Cela coûte aux États-Unis 1 à 2 milliards de dollars par jour, soit 23 000 dollars la seconde. Les stocks de munitions sont au plus bas et la guerre est impopulaire dans la population américaine. Alors avec la Chine, cela sera encore plus difficile. Mais ces difficultés ne font que renforcer les États-Unis dans leur volonté de s’y préparer. Ils tirent des leçons. Un de leurs problèmes notamment est d’arriver à mettre leur population en condition. Et cette préparation des esprits, mon camarade, y reviendra.

La préparation matérielle, elle se poursuit. Ces guerres accélèrent la militarisation. Même si les économies ne sont pas encore réorganisées pour être des économies de guerre, tous les budgets militaires dans tous les pays sont en hausse. Ils ont atteint 2 500 milliards d’euros au niveau mondial en 2025. En France, une rallonge de 36 milliards du budget militaire vient d’être votée sans la moindre polémique.

Tout cela montre que nous sommes entrés dans le processus d’une nouvelle guerre mondiale. Les dirigeants et les bourgeoisies des pays impérialistes en sont très conscients et s’y préparent activement. Quelles seront les prochaines étapes ? Quels seront les prochains peuples sous les bombes ? On l’ignore, mais directement ou indirectement les peuples et les travailleurs de tous les pays seront plongés dans la barbarie et transformés en chair à canon.

Il n’y a pas de paix possible sous le règne de l’impérialisme, mais il existe une force sociale capable d’en finir avec ce chaos et cette barbarie, la classe ouvrière mondiale. Elle seule peut et pourra transformer cette guerre impérialiste en une guerre révolutionnaire, une guerre sociale pour jeter à bas un système capitaliste éternel fauteur de guerre. Pour cela, la classe ouvrière doit se doter d’une politique, devenir consciente de la force qu’elle représente et des tâches qui s’imposent à elle.

Deuxième intervention LO — La politique de la classe ouvrière face à la guerre

Si la peur de la guerre est dans toutes les têtes, beaucoup ont encore l’espoir de lui échapper. L’espoir qu’un politicien pacifiste gardera le pays à l’écart des conflits du monde, qu’une armée suffisamment puissante pourra nous protéger, l’espoir que Poutine ou Xi Jinping tiennent tête face aux États-Unis, qu’il est possible d’aller se planquer à la campagne ou de quitter le pays, que cette guerre c’est celle des Américains et qu’on peut y échapper en restant spectateur, ou que le problème c’est Trump, qu’il est fou et qu’il suffirait qu’il disparaisse pour que tout rentre dans l’ordre. Mais l’espoir ça n’évite pas la catastrophe.

Impossible de raisonner sans être pleinement conscient que la guerre, c’est l’avenir que nous prépare le capitalisme ici aussi. La bourgeoisie sait que pour faire la guerre, elle doit d’abord gagner les populations à cette idée pour ensuite les mobiliser dans l’armée. Trump bombarde l’Iran mais il n’envoie pas de troupes au sol parce qu’il sait qu’une majorité d’Américains est hostile à cette guerre. Elle est aussi impopulaire que la guerre du Vietnam. Celle-là même qui avait suscité un mouvement de masse dans la jeunesse et en particulier chez les jeunes noirs des classes populaires. Mouvement de masse qui avait contribué à précipiter le retrait des États-Unis et la fin de cette effroyable boucherie.

Pour nous convaincre de mourir pour la patrie, la liberté ou le droit international, la bourgeoisie doit faire campagne, dramatiser, mentir, diviser, réprimer. Si les grandes puissances choisissent la mobilisation militaire, elles utiliseront tous les incidents, les monteront en épingle, en fabriqueront, si besoin. Quand il s’agit de nous mentir, elles ne reculent devant rien.

En ce moment, Trump dit que les États-Unis font la guerre contre l’Iran pour se défendre. Lors de la première guerre contre l’Irak en 1991, il martelait qu’au Koweït, des soldats irakiens avaient assassiné des bébés. Ça avait secoué l’opinion occidentale à l’époque. Ils avaient même dit que l’Irak possédait la bombe atomique. Quelques mois plus tard, on apprenait que c’était des mensonges. Ils ont fait la même chose en 2003 au moment de la deuxième guerre contre l’Irak avec le bobard sur les armes de destruction massive et la fameuse 2ᵉ armée du monde. Pareil avec la guerre en Ukraine présentée comme la résistance d’un peuple pour sa liberté face à l’invasion russe. Or, cela fait 30 ans que les stratèges américains affirment qu’il faut à tout prix séparer l’Ukraine de la Russie pour affaiblir cette dernière. Et finalement, c’est Trump lui-même qui a ouvertement déclaré que son véritable but était de mettre la main sur les richesses et les marchés ukrainiens.

La bourgeoisie a une politique et elle a du personnel pour la mener. Tous ces partis politiques qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition et les directions des syndicats. Par exemple, un parti comme LFI, qui fait des voix dans les classes populaires, apparaît pour beaucoup comme pacifiste. En réalité, c’est un réel soutien pour la bourgeoisie dans la préparation à la guerre. Macron envoie des Rafale pour défendre les monarchies du Golfe et LFI se précipite pour dire qu’il est normal que la France respecte ses engagements militaires envers ces pays qui ont acheté des armes françaises. Autrement dit, Mélenchon critique en se plaçant du point de vue de la défense des intérêts de l’État et de la bourgeoisie française.

Quant au Parti socialiste, qui a été de tous les gouvernements qui ont mené les guerres coloniales, il ne fait même pas semblant, lui est pour le réarmement massif, envoyer des troupes en Ukraine et en Afrique et intervenir militairement dans le golfe persique. Pour lui, Macron ne donne pas assez de moyens pour préparer la guerre.

Les syndicats, la CFDT, c’est clair également. Tout ce qu’elle réclame, c’est d’être invitée à discuter de l’économie de guerre. La CGT, elle a aussi une politique nationaliste. Elle défend les industries d’armement, le Rafale, le nouveau porte-avion français. Tout cela au nom de la souveraineté nationale, c’est-à-dire des intérêts de l’État et de la bourgeoisie française. Et quand elle dénonce les pays étrangers comme responsables de la crise de l’industrie française, elle participe à entraîner les travailleurs dans l’Union nationale avec la bourgeoisie française. En même temps, la CGT se dit pacifiste, mais le pacifisme c’est un leurre. Il consiste à faire croire que la paix peut exister dans le cadre du capitalisme. Il n’a jamais permis ni d’empêcher la guerre ni même d’y mettre fin. Et bien des fois, les pacifistes d’avant-guerre sont devenus de fervents partisans de la guerre dès que les hostilités ont éclaté.

Quant à l’extrême droite, elle a aujourd’hui l’oreille de certains travailleurs car les partis de gauche se sont déconsidérés. Une partie de la bourgeoisie cherche donc à promouvoir le RN parce que c’est un outil de plus pour détourner la colère des classes populaires vers un bouc émissaire, les immigrés, les pauvres et toutes les minorités.

Si aujourd’hui les travailleurs sont résignés et qu’ils encaissent les coups sans réagir, la résignation peut se transformer du jour au lendemain en colère et en révolte. Alors, dans les conseils d’administration et les hautes sphères de l’armée, ils se préparent à briser les possibles résistances de la classe ouvrière. L’autoritarisme de l’État et des forces de répression, c’est ce qu’on voit grandir en France depuis les Gilets jaunes, qu’on a vécu lors du Covid et lors de la guerre d’Israël contre Gaza. C’est le début d’une telle politique. C’est aussi cela que propose de faire l’extrême droite, renforcer l’autoritarisme et mettre en place un pouvoir fort.

De toute façon, que ce soit la gauche, la droite, l’extrême droite ou les directions syndicales, les travailleurs ne peuvent avoir aucune confiance en eux pour se prémunir de la catastrophe guerrière qui s’annonce. La classe ouvrière doit avoir une politique indépendante. Elle doit défendre ses propres intérêts et commencer par en prendre conscience.

Les travailleurs n’ont aucun intérêt à soutenir le dictateur Poutine qui fait la guerre à sa propre population autant qu’à l’Ukraine. Mais quel intérêt auraient-ils à s’aligner derrière les impérialistes occidentaux contre la Russie ? Aucun. Par contre, c’est l’intérêt des financiers français d’être présents en Ukraine. Quel est l’intérêt des travailleurs dans les interventions militaires françaises en Afrique ? Aucun. Quel est l’intérêt des travailleurs d’envoyer un porte-avion dans le Golfe et de lancer des missiles à 600 000 € pièce ? Aucun. Mais pour Total et ses installations pétrolières et gazières, pour les banques françaises qui ont placé des capitaux dans la région, pour Dassault qui vend des Rafales aux monarchies du Golfe, l’intérêt de cette guerre se compte en centaines de milliards.
Une politique pour la classe ouvrière en France, c’est déjà de dénoncer systématiquement les capitalistes français qui tirent profit de la guerre. Les Total, Dassault, Thales, les industriels de l’armement, les banques, les armateurs et même la grande distribution profitent de la multiplication des conflits. La fortune de la bourgeoisie dégouline du sang des peuples aux quatre coins de la planète depuis des siècles.

Une politique pour la classe ouvrière, c’est aussi de dénoncer l’unité nationale, de montrer le vrai visage de l’État qui n’a pas pour vocation de défendre un soi-disant peuple français, mais de servir uniquement les intérêts des capitalistes en prétendant que ce sont ceux de la population.
Cette montée vers la guerre, les travailleurs en France la payent déjà par les prix et les impôts qui augmentent, par la réduction massive des moyens pour les hôpitaux, les écoles et les services utiles à la population, par l’aggravation de l’exploitation dans les entreprises et la pression sur les travailleurs au chômage. Plus la guerre va se généraliser, plus la bourgeoisie va mener la guerre de classe contre eux.

Nous faisons tout fonctionner dans cette société. Rien, y compris l’armée, la guerre elle-même ne peuvent fonctionner sans les travailleurs. Mais le drame, c’est que le système capitaliste nous contraint à tout faire fonctionner dans l’intérêt de la bourgeoisie. Quand Total va piller le pétrole et le gaz à l’échelle de la planète, quand Dassault vend des Rafales au prix d’accords de défense, quand des grandes banques françaises mettent la main sur des centaines de milliards d’hectares de terre agricole en Ukraine, ils le font pour leur profit. Ce sont eux qui plongent le monde dans la guerre.
Alors oui, les travailleurs doivent se défendre. Pas contre des travailleurs d’autres pays qui partagent notre sort et notre condition, mais contre nos véritables ennemis, ceux qui menacent notre existence, nos vies, nos familles. Contre cette bourgeoisie, son exploitation, son gâchis, ses guerres et ses cadavres.

Les travailleurs devront s’organiser pour la renverser et construire une société sur des bases collectives dans l’intérêt de l’ensemble de la population. Oui, l’ennemi principal est dans notre pays.
Dans l’immédiat, il faut enfoncer un coin entre la bourgeoisie et les travailleurs. Il faut montrer en quoi la guerre correspond aux intérêts de la classe capitaliste. Il faut se battre pour que les travailleurs ne se sentent pas solidaires des patrons. Il faut dénoncer les capitalistes profiteurs de guerre, affirmer la nécessité de confisquer les profits de guerre. Les actionnaires font des milliards de bénéfices sur l’industrie d’armement. C’est sur le dos de l’ensemble de la société, des hôpitaux, de l’enseignement. Il faut bien sûr dénoncer la hausse des budgets militaires.

Mais tant que le pouvoir restera entre les mains de la bourgeoisie, ce sont les capitalistes qui décideront. Ces entreprises doivent passer sous le contrôle des travailleurs qui doivent pouvoir décider de ce qu’ils en feront. Mais cela ne pourra se faire tant que l’État restera entre les mains de la grande bourgeoisie.

Ça nous paraît loin aujourd’hui certainement. La conscience de notre classe est en retard face à la guerre qui vient. C’est un fait. Mais nous savons par les expériences du passé que la colère, la révolte peuvent surgir à tout moment. Ce ne sont pas les révolutionnaires qui la provoqueront. Ce sont les capitalistes même ou leurs représentants politiques à cause d’une guerre, d’une attaque générale contre le monde du travail ou d’une humiliation de trop comme en 1871 lors de la Commune de Paris pendant la guerre entre la France et la Prusse, comme en Russie en février 1917 puis en Finlande, en Allemagne, en Hongrie et en Italie en 1918, 1919 et 1920. Les exploités en se soulevant ont arrêté la Première Guerre mondiale, ce que les prétendus pacifistes n’ont jamais fait.

Dans ces moments où la colère des travailleurs explose, il faut des militants révolutionnaires dans la classe ouvrière. Il faut qu’ils soient connus, eux et leurs idées reconnues par leurs camarades de travail. C’est la condition pour que la révolte puisse devenir révolution, une lutte décisive pour l’avenir de la société et de l’humanité. Toute l’activité militante d’un révolutionnaire doit se faire dans ce but. C’est le travail que depuis ses origines Lutte ouvrière mène dans les entreprises. Actuellement, ça se fait autour de nos bulletins même quand il n’y a pas de combativité collective. Ces bulletins expriment avec régularité les idées révolutionnaires dans les petites choses de l’exploitation quotidienne comme dans les grandes luttes sociales.

Mais ce n’est pas tout. Il cherche à amener les travailleurs à la politique et les réunir même en petit nombre pour commencer afin d’échanger, discuter et décider ensemble afin de comprendre ensemble ce que veut dire une action collective, consciente et démocratique. Aujourd’hui, nous faisons un travail à une échelle moléculaire à travers nos bulletins, notre intervention dans les luttes petites ou grandes, notre participation aux élections.

Mais c’est une préparation pour un combat à un tout autre niveau dont les travailleurs ont besoin. Le temps où la bourgeoisie pouvait concéder quelques réels droits sociaux pour acheter la paix sociale est terminé depuis longtemps. Le temps où les générations se succèdent sans connaître la guerre, en tout cas dans les pays riches, est terminé. Nous sommes entrés dans une période de changements brutaux, d’affrontements militaires, de guerres et de révolutions. Nous allons être confrontés à bien des situations que nous ne pouvons même pas imaginer. Mais nous savons que quelles que soient les circonstances, ce sont les idées communistes révolutionnaires qui permettront aux militants ouvriers d’aider les travailleurs à comprendre, à éviter les pièges, à trouver un moyen de s’organiser pour agir.
Aujourd’hui, nous sommes à la Fête de Lutte ouvrière. On discute, on débat et on fait la fête. Mais demain, que ferons-nous en cas de mobilisation générale, en cas d’attaque directe sur le territoire, en cas d’interdiction des organisations ouvrières ? Si nous voulons pouvoir répondre en révolutionnaires à ces questions quand elles se posent, il faut avoir gardé les idées claires, des idées de lutte de classe et d’internationalisme. Mais il faut surtout que nous soyons présents, que ce soit dans les usines et demain dans l’armée. Notre sort est lié à celui de notre classe.

Cette perspective d’autres groupes révolutionnaires, en particulier de notre tendance, la défendent dans d’autres pays. Car si nous militons là où nous vivons, là où nous travaillons contre un ennemi local, notre propre bourgeoisie, nous savons bien que pour réussir, la révolution prolétarienne ne peut pas se faire dans un seul pays. C’est pourquoi notre fête se veut un rendez-vous international, le rendez-vous de ceux qui veulent implanter, développer et faire vivre les idées communistes révolutionnaires parmi les travailleurs de tous les pays, de ceux qui veulent défendre la nécessité de la révolution sociale mondiale.

C’est la seule perspective qui permette que dans les luttes et les révoltes de demain, malgré les obstacles et les manœuvres des directions syndicales, des partis politiques, de la bourgeoisie et de la répression de son État, la classe ouvrière renverse la bourgeoisie et s’empare du pouvoir afin de révolutionner toute la société pour en finir avec le capitalisme, les crises, la misère et la guerre.

Débat — interventions de la salle et réponses LO

Intervention 1 — Arthur, Gauche Révolutionnaire

Bonjour tout le monde. Donc moi c’est Arthur de Gauche Révolutionnaire et il y a deux points dans vos interventions sur lesquels j’aurais bien aimé que vous reveniez parce que je n’étais pas sûr de comprendre quels étaient vos arguments.

Déjà c’est concernant la Chine. Vous avez dit et à juste titre que la Chine a une seule base militaire comparée aux quelques 800 des États-Unis et donc on ne pouvait pas dire que la Chine était à un même niveau d’impérialisme que les États-Unis. Et aussi que ce qui est vrai par ailleurs qu’il n’y a pas de bâtiments chinois qui croisent au large des côtes américaines alors que l’inverse est vrai. Mais d’un autre côté, il n’y a pas de bâtiments français ou britanniques qui croisent au large des côtes américaines alors que les impérialistes britanniques, français, américains restent quand même opposés sur énormément de sujets comme on le voit avec la fracturation de l’OTAN notamment ou comme on le voit sur le fait qu’ils ne sont pas d’accord sur le sort à réserver au Groenland. Et ça c’est historique. Dès le débarquement américain au Maroc, lors de la Seconde Guerre mondiale, les Français étaient très emmerdés parce qu’ils disaient « Mais quand même, c’est notre colonie et puis là, il y a des soldats américains qui vont venir avec des entreprises américaines, avec du capital américain. » Donc bon, est-ce que c’est vraiment une si bonne chose que ça pour nous ?
Donc du coup, si vous n’hésitez pas et à juste titre à qualifier l’impérialisme britannique et français comme un impérialisme au sens strict au même titre que ce que les États-Unis, pourquoi ne pas réserver le même sort à la Chine qui quand même par bien des égards est un impérialisme tout à fait classique, qui plonge des pays dans la misère et dans la dette, qui place ses troupes — un peu moins ses troupes parce qu’ils en ont moins les moyens d’accord — mais qui place ses entreprises, qui place ses intérêts, qui place ses aides diplomatiques et ainsi de suite.

Et l’autre point, vous avez dit qu’il y a plein de gouvernements qui se préparent à une troisième guerre mondiale. Mais alors moi je ça m’étonne parce que vous voyez en 1960 la part du budget mondial destiné aux armements c’était 6 %. Aujourd’hui, c’est 2 %. Et c’est pas du tout dans la même économie, parce que le PIB mondial en 1960 c’était 1 000 milliards de dollars [...] et aujourd’hui c’est 114 000 milliards de dollars. Donc du coup, comment est-ce que ça se fait que vous pouviez dire qu’on va vers une troisième guerre mondiale alors que non seulement la proportion en valeur absolue des budgets militaires, elle baisse par rapport aux années 60, mais en plus en valeur relative, elle s’effondre aussi. Je trouve ça un peu étonnant. Merci.

Intervention 2 — Victor, AG Antifa de Brest et Autonomie de Classe

Bonjour, moi c’est Victor, je milite à l’AG Antifa de Brest et à Autonomie de Classe.
Je pense que je rejoins le premier point, pas le deuxième, du camarade sur la Chine. Je pense qu’en fait l’élément peut-être de confusion, c’est que vous n’avez pas défini ce que c’est l’impérialisme. Et c’est un peu difficile de parler de la guerre sans définir l’impérialisme avant tout. Et je pense que la confusion qu’on a aujourd’hui, c’est qu’on pense que l’impérialisme c’est la domination des États forts sur les États faibles, et ça comme conséquence. Mais l’impérialisme avant tout, c’est une compétition entre tous les États et toutes leurs bourgeoisies.

Et la Chine, elle fait partie de cette compétition. Je pense que concrètement ça se voit très bien parce que la Chine a les mêmes relations asymétriques avec l’Amérique latine où la Chine va par exemple exporter uniquement des biens manufacturés, donc à valeur ajoutée de fou furieux et en même temps, elle importe que des matières premières. Et donc en fait si on dit que la France elle est impérialiste en Afrique, la Chine elle l’est aussi partout dans le monde parce qu’en fait ça n’existe pas un État non impérialiste. Tout État est impérialiste par définition.

Et le deuxième point sur lequel je voulais revenir, c’est les perspectives concrètes. Vous parliez du budget [militaire] qu’il n’y avait pas vraiment eu d’opposition au budget militaire. Il y a eu une opposition au budget quand même. Et c’est le mouvement « Bloquons tout ». On pouvait passer à côté du mouvement « Bloquons tout » au début de l’année et ça a été quand même quelque chose de super stylé. Mais par contre, c’est très clair qu’il manquait un angle antimilitariste aussi fort que ça aurait pu l’être. Et en fait, c’est notre rôle à nous les militants révolutionnaires d’aller dans tous les mouvements qui existent, qu’ils soient féministes, antiracistes, antifascistes etc. et de pousser pour que ces mouvements deviennent non seulement féministes, antifascistes etc., mais en plus anti-guerre, antimilitaristes et révolutionnaires.

Première réponse LO

Bon, alors effectivement, c’est revenu dans plusieurs questions. L’impérialisme, moi je pense que je l’ai quand même souligné, mais pour y revenir, l’impérialisme c’est le capitalisme qui s’est développé à un tel point. Ça date quand même depuis plus d’un siècle. C’est des bourgeoisies des pays où ça s’est développé le capitalisme en premier, qui deviennent tellement puissantes, tellement importantes qu’elles ont un besoin d’exporter des capitaux, de répandre leur domination sur l’ensemble de la planète. Bon, l’impérialisme c’est ça entre autres. Elles le font à la force de leurs armées pour aller s’imposer, piller des pays, piller des ressources, prendre, réduire aussi, aller implanter des capitaux pour tirer de la plus-value, pour tirer du sang, de la sueur des ouvriers aux quatre coins du monde et le ramener dans leur portefeuille, leur coffre-fort.

Bon, l’impérialisme, c’est un système qui domine la planète entière. Maintenant, il faut quand même qu’on voit que non, tous les États ne sont pas impérialistes. Je suis désolé, le Mali n’est pas impérialiste. Enfin, je veux dire le Vietnam n’est pas impérialiste, sinon on comprend plus rien. Voilà. Et que si on veut se repérer dans la période actuelle, si on veut piger la guerre dans laquelle ils nous plongent, si on veut avoir des billes pour leur mener la guerre, faut quand même qu’on voit qui sont nos ennemis. Et nos ennemis, c’est en premier l’impérialisme hégémonique.

Enfin, je veux dire les États-Unis, je vais pas faire une avalanche de chiffres parce que je pense que c’est pas ça qui permet de comprendre, mais quand même, des groupes dont vous avez sûrement entendu parler financiers, Vanguard Group, BlackRock, ils sont américains. C’est eux qui cumulent des milliers de milliards de dollars qui détiennent des trusts entiers qui mettent la planète en coupe réglée. Bon ça c’est pas chinois, c’est pas malien, c’est pas péruvien. Voilà, l’impérialisme qui domine la planète, c’est l’impérialisme américain. Il s’est imposé dans des guerres. Il a fallu les guerres, la première, la seconde guerre mondiale pour qu’il s’impose face à d’autres impérialismes qui étaient là avant et qui sont toujours là.

Effectivement, il y a encore des rivalités. Effectivement, la France, la Grande-Bretagne, c’est des petits impérialistes, mais ils ont quand même la rage. Ils ont envie d’avoir des miettes du gâteau. Alors, eux aussi, ils foutent du pognon dans l’armée et ils sont prêts à nous faire crever pour leur marché. Qu’est-ce que le Charles de Gaulle fait dans le détroit d’Ormouz ? Eh bien il va protéger CMA CGM, il va protéger Total et ils sont prêts à nous faire crever pour ça.

Nos ennemis ici en France, c’est avant tout la bourgeoisie française et l’État à son service. Mais c’est aussi l’impérialisme américain qui met toute la planète en coupe réglée, qui n’a jamais accepté qu’il y ait un centimètre carré de la planète qui lui échappe et qui pour ça est prêt à nous plonger et nous plonge déjà dans plein de pays dans un bain de sang.

Alors, il y a quand même une autre façon de voir l’impérialisme. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’impérialisme, nous on le vit ici. On n’est pas chinois, on n’est pas américain non plus. On est français, on habite en France. En tout cas, on est des travailleurs de France, on a un gouvernement qui est ici. On a un État qui est au service de nos capitalistes et ça fait une différence. L’ennemi principal, il est dans notre pays. C’est notre ennemi principal. C’est celui-là qu’il faut abattre.
Si on commence à penser qu’ils sont tous [impérialistes] et que pourquoi choisir entre les uns et les autres ? Ah non, la classe ouvrière, elle doit faire un choix. Ton ennemi, il est chez toi, abats-le chez toi. Et que chacun fasse le ménage dans son coin là-dessus.

Bon, alors non, c’est pas Victor mais c’est Arthur de la Gauche Révolutionnaire. Tu es étonné qu’on puisse parler de 3ᵉ guerre mondiale ? Écoute, tu es une des rares personnes que j’ai rencontrées cette année qui en soit étonnée. Dans les usines, dans les quartiers, tout le monde en parle ou ne veut pas en parler. Dans les écoles, les militaires viennent rencontrer les jeunes pour leur vanter le bonheur du patriotisme et de défendre la nation. Dans les usines d’armement, les militaires viennent pour rencontrer les ouvriers, pour leur dire : ce que vous fabriquez, c’est formidable. On ne sait pas contre qui on va se battre encore. Mais ce que vous fabriquez là, ça va nous être très précieux, très précieux. Continuez les petits gars.

Trump, il est pas en train de s’étonner de la troisième guerre mondiale. Il a fait la guerre, lui il s’embête pas avec ça. Il a fait la guerre pour n’importe quelle raison, on s’en fout. Le problème, c’est que la deuxième guerre mondiale, comme la première guerre mondiale, elles ont été appelées comme ça après. Nous, pourquoi on parle de la troisième guerre mondiale à tout bout de champ ? Parce qu’aujourd’hui, tout n’est pas égal. Aujourd’hui, il y a un danger qui pèse sur le monde, qui pèse sur notre classe sociale et sur l’humanité tout entière. C’est la 3ᵉ guerre mondiale. Les péripéties qui peuvent se passer à Matignon, au Sénat ou à la Chambre des députés, c’est de la gnognote par rapport aux milliards qui sont mis dans les bombes. C’est juste irréel.

Oui, il y a des tas de gens aujourd’hui qui veulent vous parler d’autre chose que de la troisième guerre mondiale. Tous les gens qui vous parlent d’autre chose que de la 3ᵉ guerre mondiale sont en train de vous détourner de votre avenir, sont en train de vous désarmer comme si ça n’allait pas arriver, comme si le capitalisme pouvait l’éviter.

Oui, les capitalistes ne veulent pas faire la troisième guerre mondiale. Le problème c’est qu’il y en a aucun qui veut perdre et que le capitalisme c’est la guerre. C’est la guerre économique, c’est la guerre sociale et c’est la guerre entre pays, entre bourgeoisies pour rafler tout ce qu’il y a à rafler. Et aujourd’hui, ça fait 50 ans de crise, ils vont se repartager le monde comme ils l’ont fait déjà deux fois.

Voilà. Alors, on peut dire que c’est pas vrai. On peut dire que oui. Ils dépensaient plus à ce moment-là, n’empêche que cette année ils dépensent plus que l’année passée et l’année passée ils dépensaient plus que l’année d’avant. Si ça c’est pas un signe qu’ils vont y aller ou qu’ils s’y préparent, eh bien il y a un problème là parce que c’est un signe. Et nous, notre rôle, le rôle des révolutionnaires c’est de pas minimiser ça parce que des conflits, on n’a pas fini d’en voir et des révoltes non plus.

Des révoltes, il y en a eu toute l’année. Il n’y a pas eu que des guerres. Il y a des tas d’endroits où on s’est révolté, où des peuples, des gens se sont révoltés, des travailleurs ont été dans la rue en Iran. Là, il y a quelques mois, il y a des gens qui étaient dans la rue, des travailleurs qui descendaient dans la rue au péril de leur vie pour contester une dictature. Et aujourd’hui, ces mêmes travailleurs se retrouvent à être sous les bombes et sous une dictature qui a changé de nom mais qui reste la même. Les problèmes là, eux, ils sont concrets. Vous avez envie d’aller dire à un Iranien qui serait peut-être ici « oui, la troisième guerre mondiale, vu les chiffres qu’il y avait il y a 50 ans, non c’est pas vrai. » Si, c’est évident. Ça pleut de bombes partout.

Alors qu’on soit pro-LGBT, qu’on soit pour le droit des femmes, pour le droit à l’avortement, contre l’antisémitisme, contre le racisme, qu’on soit pour défendre tout ce que vous voulez, qu’on soit pour défendre les baleines, qu’on soit pour défendre le climat, qu’on soit pour défendre tout ce que vous voulez, vous ne pouvez pas le faire dans le cadre du capitalisme. Vous avez perdu d’avance. C’est un combat sans fin car le capitalisme se nourrit de ça. Il se nourrit de nos divisions. Il se nourrit en écrasant les minorités, en en faisant des boucs émissaires. C’est une de ses manières de tenir bon.
Si vraiment vous voulez défendre votre combat, eh bien la seule classe sociale qui peut le faire, c’est la classe ouvrière. Mais elle le fera pour ses propres intérêts. Alors moi, j’ai un conseil à vous donner. Rejoignez le combat, rejoignez la classe ouvrière. Essayez de faire en sorte que dans les usines, dans les quartiers ouvriers, on parle de nos intérêts de travailleurs. Parce que tout le monde parle de tout, sauf de nos intérêts de travailleurs, et qu’on parle que notre ennemi, il est dans notre pays et qu’il va falloir l’abattre. Il va falloir l’abattre parce que personne ne sera libre tant que les capitalistes seront au pouvoir.

Intervention 3 — Salle (non identifié), précision sur la Chine en Afrique

Juste pour rajouter un petit truc, il y a quelques mois, il y a une LDC [Lutte de Classe] qui est sortie avec un article sur la Chine qui explique ce que fait la Chine en Afrique. Juste pour rajouter sur ce que vous avez dit, par exemple Huawei, ils construisent certes des antennes en Chine, les opérateurs c’est Orange. Enfin, il faut aussi avoir ça en tête. Oui, tout ce que vous avez dit sur l’aspect militaire, moi ça me suffit. Mais c’est ça en fait que la Chine c’est pas un impérialisme, c’est qu’ils prennent les miettes même là, ils ont ça même devant la France, ils s’imposent pas quoi.

Intervention 4 — Salle (non identifié), Russie/OTAN et impérialismes anciens
Le premier point, on est bien déjà dans la 3ᵉ guerre mondiale et même l’engrenage qui va conduire les pays de l’OTAN ou européens à être directement touchés et probablement déjà engagés puisque le climat en Russie change rapidement. Avant il y avait quelques fous furieux qui parlaient d’utiliser les bombes atomiques et de s’en prendre avec plus de véhémence aux pays de l’OTAN qui paraissaient marginalisés et qui maintenant ont de plus en plus de poids que ce soit auprès du pouvoir que dans la population. En particulier, c’est la conséquence de la politique de l’OTAN qui en permanence va un petit peu plus loin en bravant les interdits qu’il s’est lui-même fixés. Pas de F16, finalement il y a des F16. Pas de bombardement en Russie, finalement il y a des bombardements en Russie. Et le pouvoir russe finalement finit par avoir des difficultés à résister à l’envie de bombarder directement les pays occidentaux alors que les pièces des drones arrivent par avion en Ukraine pour être assemblées, être envoyées en Russie. Idem pour les drones qui sont fabriqués dans les pays baltes et qui sont envoyés sur les populations russes directement.

Second point, en effet, le problème de savoir si la Chine, la Russie, l’Iran sont des pays impérialistes, c’est clair qu’ils ont des bourgeoisies dont ils défendent les intérêts. Ceci dit, ce sont des pays qui partagent d’être des anciens pays dominés et qui peut-être en ce moment peut-être vont changer cet état de fait ou augmenter leur place dans la hiérarchie mondiale. Pour l’instant en fait, on ne voit pas, on n’a pas vu de politique militariste de ces pays-là, de la Chine etc. Ils n’ont qu’une seule base militaire. Pour l’instant, ils ont des armes mais ils ne les utilisent pas. Ils essayent juste de défendre leur accès maritime autour du détroit de Formose. Et voilà. Mais ils ne sont pas vraiment engagés dans une politique agressive comme le sont les anciennes puissances coloniales et impérialistes.

Deuxième réponse LO

Alors pour répondre à la question qui n’a pas été posée, qu’est-ce que ça change quand on dit que la classe ouvrière nous c’est sur celle-là qu’on mise, c’est sur notre classe sociale, c’est celle-là qui va changer le monde, c’est celle-là qui a les moyens de le faire.

Il y a la bombe atomique, ça pourrait nous péter à la gueule de partout. Aujourd’hui, les impérialistes et même les pas impérialistes, ils ont la bombe atomique et ils peuvent la détruire plusieurs fois. La France peut déjà le faire à elle toute seule. Bon, très bien. Si on raisonne en se disant qu’on est foutu par rapport à ça, oui, peut-être, mais on va tous mourir un jour. Et c’est pas une raison pour se dire le matin qu’on est foutu par rapport à ça.

Il y a plein de choses à faire et moi ce que je vois c’est que la classe ouvrière dans toute sa composante non seulement on va participer à la guerre en tant que chair à canon mais aussi en pourvoyeurs de missiles, de drones, de porte-avions, d’avions, d’engins de mort. C’est nous qui allons le faire.

Il y a quelques temps là, vous avez remarqué qu’il y a un énorme porte-avion, un des fleurons de la marine américaine qui était censé s’occuper de l’Iran et qui a dû faire demi-tour pour rentrer au port. Il est rentré au port parce que les chiottes étaient bouchées. Ils ne sont pas bouchés tout seuls. Dans ce bateau, il y a que des soldats professionnels. Ça faisait 9 mois qu’ils étaient en mer. Ils devaient certainement en avoir ras-le-bol et ils se sont organisés pour faire en sorte que le bateau y rentre parce qu’ils en avaient marre. C’est ça aussi qu’on va vivre. On va vivre des tas de moments difficiles, mais on va vivre aussi des tas de révoltes. Celle-là, c’en est une. C’est pas n’importe quoi. Un porte-avions qui doit rentrer pour un détail pareil.

Et puis quand même effectivement ils peuvent faire des tas de choses. Ils ont une puissance technologique aujourd’hui qui peut sembler impressionnante. Je vais vous prendre un exemple bête, mais dans les années 90, il y avait Canal Plus et Canal Plus, si on voulait regarder, fallait avoir un décodeur. Moi, je travaillais dans une usine où on fabriquait des photocopieurs, pas du tout des décodeurs, mais il y avait une ligne parallèle clandestine dans l’usine de travailleurs qui fabriquaient des décodeurs clandestins pour qu’on n’ait pas à payer les décodeurs de Canal Plus. La classe ouvrière, c’est aussi ça. Nous sommes la ressource, nous fabriquons tout. Tout est dans notre tête, tout est dans nos mains. Les capitalistes, ils peuvent rien faire sans nous. Nous, on peut largement se passer d’eux mais eux ils peuvent rien faire sans nous.

Et des solutions pour parer toutes les saloperies qu’ils vont nous faire, on les a dans nos têtes. Mais ça ne peut marcher qu’à condition que les travailleurs soient organisés. Parce que demain, si ça explose, il y a des tas de travailleurs partout qui ne marcheront pas dans les plans pourris. Mais ne pas marcher dans les plans pourris tout seul un par un, même si on est des milliers, c’est pas la même chose que si on est quelques centaines organisés, parce qu’on réfléchit ensemble, on agit ensemble, on devient une force. Et la classe ouvrière, elle doit retrouver ça. Nous sommes une force. Nous sommes — c’est pas les États-Unis la première force du monde. La première force du monde et de loin, c’est la classe ouvrière. Et notre rôle c’est de la réveiller.

Intervention 5 — Salle, Hiroshima et refus de choisir un camp

Oui. Alors juste pour dire, je trouvais ça vraiment bien l’exemple que tu as donné sur l’Afrique et vraiment éclairant sur ce côté, voilà, ils prennent les miettes quoi. Et c’est quelque chose qui est précieux à garder en tête. Mais aussi sur ce côté de l’autre intervention en disant oui les bombes atomiques contre l’OTAN, mais enfin quand même la seule pays qui a utilisé des bombes atomiques contre une population c’est les États-Unis enfin c’est Hiroshima, c’est Nagasaki. Qui c’est qui bombarde aujourd’hui ? Qui c’est qui met la planète à feu et à sang ? C’est les États-Unis, c’est la France. Qui c’est qui vend des armes à Israël pour faire ces massacres à Gaza ? C’est la France. Continue d’en vendre.

Et moi je pense que c’est d’autant plus précieux d’avoir ça en tête que, oui, on est en France, oui, on est dans un pays impérialiste et que c’est nos États, c’est nos bourgeoisies qui sèment la terreur à travers la planète et que je rejoins le camarade, tout à fait. Ceux qui ont les manettes dans les mains pour mettre un terme à ça, évidemment c’est les travailleurs et c’est la classe ouvrière. Il faut qu’on voie notre ennemi.

Mais d’un autre côté, tous ces autres régimes qui apparaissent en opposition, que ça soit les mollahs en Iran, que ça soit le régime chinois, c’est pas du tout des régimes qui sont de notre côté non plus. Et moi je trouve que ce qui est très dangereux aujourd’hui, ça serait de rester spectateur. Ça serait de se dire dans ces conflits là, dans quel camp je me range ? Est-ce que je me mets un peu plus du côté États-Unis France ou un peu plus du côté iranien ?

Bien sûr qu’on est content là que les États-Unis soient tombés sur un os en Iran, que ce pays tout-puissant, enfin cette bourgeoisie, ces dirigeants qui pensaient pouvoir réduire ce pays en miettes, là pour le moment ils n’y arrivent pas. Mais enfin, c’est qui qui tire profit ? Le régime des mollahs. Qu’est-ce que ça change pour les prolos iraniens ? Le régime des mollahs, c’est ceux qui les exploitent, c’est ceux qui s’enrichissent sur leur dos, c’est ceux qui piquent l’eau qui font qu’il y a plein de gens qui sont dans une situation catastrophique. Quand on est communiste révolutionnaire, on ne choisit pas le prochain maître d’esclaves. On ne se dit pas ça sera un peu moins pire avec un tel ou un tel. On se dit nous notre camp, faut qu’on se prépare, faut qu’on s’arme et qu’on s’arme dans la tête et plus tard militairement pour les foutre dehors. C’est pas question de passer d’une oppression à une autre.

Intervention 6 — Militant LO Stellantis Vesoul

Bonjour, je me présente, je travaille à Vesoul dans l’est de la France, parce que beaucoup de gens ne connaissent pas Vesoul. Donc c’est dans l’est de la France. Je travaille à Stellantis Vesoul, je suis ouvrier et je rebondis par rapport à ce que j’ai entendu du camarade de la Gauche Révolutionnaire. Ça m’a un peu surpris parce que je me rappelle en 2022, je sais plus quand, quand il y a le conflit entre l’Ukraine et la Russie, on commençait à raconter à nos collègues de travail qu’il y avait une escalade vers la guerre généralisée qui se mettait en place. Je milite à Lutte ouvrière. Et on passait un peu pour des extraterrestres.

Puis peu de temps après, il y a l’attaque du Hamas, la réaction sur le site de Gaza. Là les gens commençaient à réagir dans l’atelier, commençaient à se demander qu’est-ce qui se passait. Donc nous on a commencé à parler de 3ᵉ guerre mondiale. On est un petit peu pour des extraterrestres. Ensuite, ce qui se passe aujourd’hui avec l’Iran et l’impérialisme américain, je pense qu’à l’usine aujourd’hui, quand on parle de 3ᵉ guerre mondiale, on ne passe plus du tout pour des extraterrestres.

Je peux même vous raconter, il y a beaucoup de gens qui ont peur et ils imaginent que Poutine, il est fou, puis qu’il irait envahir l’Europe. D’autres qui pensent que c’est au contraire Trump qui est un danger. D’autres qui disent « Ouais, ça vient du Covid. » Enfin, ils ont leurs explications à eux, les travailleurs. Mais en attendant, il y a une chose qui est sûre, c’est qu’ils ont peur quand même d’un conflit généralisé. Alors que le camarade de la Gauche Révolutionnaire, lui, ne s’en rend pas compte, il faut qu’il aille bosser dans une usine déjà pour commencer. Et il faut savoir que la plupart des travailleurs me le disent tous les jours. Moi j’arrête de regarder la télé, j’en peux plus. J’ai trop peur de voir des images de guerre. Ils font un peu l’autruche mais en même temps, je les comprends. Moi aussi, j’en ai marre de regarder. Dès que j’allume, je vois l’Iran, je vois des bombes. Mais c’est le monde tel qu’il est aujourd’hui.

Je peux vous dire que je travaille donc en Haute-Saône et en Haute-Saône, il y a une base aérienne. Rien que pour les bases aériennes, il n’y avait plus l’arme nucléaire. Donc là, elle revient. Il y a le nouveau escadron de Rafale qui va revenir. Puis rien que pour faire le réfectoire et puis les dortoirs de la base aérienne, ils mettent 1 milliard 5. Un milliard 5. Et, à côté, nous on n’a pas de médecin, liste d’attente dans les hôpitaux, on subit déjà la marche vers la guerre, on la subit déjà.
Je vois les entreprises qui commencent à travailler pour l’armée. Moi je pense à la Magyar vers Arc-lès-Gray, c’est aussi une autre zone. Ils n’avaient plus de boulot. Là, ils ont du boulot, ils font des citernes puis ils renouvellent le parc de camions de TRM, pour ceux qui ont fait l’armée, ils connaissent. Enfin voilà, il y a des budgets militaires qui commencent à se mettre en place. Vous allez boire une bière dans un bar, je regarde, excusez-moi, c’est pas forcément ce qu’il faut faire tout le temps, je conseille pas. Et qu’est-ce que je vois ? Je vois un sous-bock « Armée de Terre — Engagez-vous ». Dans ma ville, il y a des partenariats entre l’armée de l’air et BTS Aviation. Dans les collèges et dans les lycées, on commence à faire des partenariats avec l’armée.
Moi, je me rappelle quand j’étais gosse, je suis né dans les années 70, quand j’étais gosse, j’ai dû voir une fois un militaire, un poilu qui est venu me voir, j’étais en CM1, je me rappelle comme si c’était hier. C’est vieux, mais il est venu raconter les horreurs de la guerre et le gaz moutarde, comment c’était la vie dans les tranchées pour dire c’est une horreur, une horreur la guerre. Maintenant on parle de la patrie, de l’armée, de l’avenir de la jeunesse. Franchement, si on ne voit pas là un début au moins de propagande de guerre, c’est qu’on a la merde dans les yeux. Excusez-moi.

Troisième réponse LO

Bon, du coup, revenir sur la Chine pas impérialiste. Moi, ce que je trouve marquant, c’est que cette question revienne autant. Alors il y a une part, c’est normal, on se questionne qu’est-ce que c’est que la Chine ? Mais enfin il y a quand même une part de propagande ici en France. On n’arrête pas de nous dire dans les médias, le gouvernement etc. que c’est la Chine, vous rendez compte, c’est l’automobile chinoise qui va faire s’effondrer des trusts comme Stellantis et comme Renault. Mais ça c’est quand même un peu dingue. Enfin là, c’est quoi ? Ils ouvrent une ligne de production dans une usine en Bretagne, mais à l’inverse, il y a 150 usines de groupes occidentaux en Chine qui depuis 40 ans font suer et exploitent à n’en plus finir les ouvriers chinois. Voilà, l’impérialisme c’est ça. L’impérialisme c’est aller piller, aller exploiter dans tous les coins de la planète, y compris en Chine et d’avoir d’ailleurs l’État chinois qui joue le garde-chiourme et qui fait bosser la classe ouvrière et qui essaie de lui taper le plus fort possible sur la tête pour que le pognon il parte dans les coffres-forts de Renault, de Stellantis, d’Apple et compagnie. C’est juste une image mais c’est marquant.

En fait c’est relié. Il faut pas qu’on sépare l’économie et le militaire, c’est relié. Je veux dire la Chine, elle a même pas été en guerre depuis 1979. Et là, je ne vais pas vous faire toute la liste de tous les conflits dans lesquels l’impérialisme américain, français, britannique, ils ont été plongés depuis 1945, parce qu’on n’en aurait pas fini. Ils sont en guerre permanente. Ils sont en guerre permanente parce que leur système capitaliste, il est à bout de souffle, qu’il faut aller choper le moindre marché, qu’il faut aller choper la moindre parcelle pour cette course au profit qui n’en finit pas et qui n’en finira pas tant qu’ils auront les manettes. C’est ça l’impérialisme.

Et l’impérialisme c’est aussi plus d’un siècle. Ça veut dire que ces puissances elles ont des liens, il y a des liens humains chez qui ils vont se former les dirigeants des pays africains, les officiers. Pendant un temps, c’était en France et puis après ça a été aux États-Unis. Et c’est ces liens-là qui sont puissants. C’est des liens entre appareils d’État mais enfin c’est des liens aussi. Les capitalistes français, les capitalistes américains, les capitalistes britanniques, ils ont des liens parce que ça fait des siècles qu’ils exploitent ces pays-là. Ça se construit, ça prend du temps. La Chine c’est pas du tout ça. C’est absolument pas ça.

Et s’il faut à ce point-là qu’on s’explique, j’y reviens quand même, c’est parce qu’on nous fout dans la tête que notre danger à nous, ce qui nous menace, c’est la Chine. Mais enfin, c’est pas la Chine qui fait qu’on peut pas faire son plein. C’est pas la Chine aujourd’hui qui fait que les travailleurs on va bosser tous les jours et on n’arrive même pas à remplir son caddy. Ça c’est Total, c’est Carrefour, c’est les capitalistes français et c’est l’État français à leur service.

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