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Si la canicule est naturelle, la mortalité qui touche les plus précaires et les plus fragiles au sein du peuple travailleur est un meurtre social

mercredi 1er juillet 2026, par Karob, Robert Paris

La canicule est naturelle, la mortalité est de classe

La canicule est un phénomène naturel ; la mortalité qu’elle provoque, non. C’est un meurtre social — au sens où Engels l’entendait : une société qui place sciemment les travailleurs là où ils meurent, en sachant d’avance qui mourra. Les 23 et 24 juin 2026, la France a battu puis rebattu son record de la journée la plus chaude jamais mesurée depuis 1947 : 72 départements en vigilance rouge, 51 millions de personnes sous alerte maximale, 44,3 °C à Pissos, 42 °C jusqu’à Dunkerque, des bus relevés à 56 °C. Et pourtant : 7 % des écoles climatisées contre 64 % des bureaux, le brevet maintenu dans des salles à 40 °C, des nourrissons « grands oubliés » des plans d’urgence, des hôpitaux saturés, des trains supprimés, des chauffeurs de bus qui s’effondrent au volant. Vingt-trois ans après les 15 000 morts de 2003, l’hôpital n’est toujours pas climatisé : l’État avait l’argent, il a choisi de ne rien faire, et ses ministres font la leçon à ceux qui réclament des écoles fraîches. Face à cela, l’extrême gauche elle-même réclame, manifeste, pétitionne — mais n’appelle pas à chasser le pouvoir qui organise ce meurtre. Nous, si : à l’appareil coupable, nous n’adressons aucune revendication. Nous appelons à le virer et à le remplacer par nos propres organes — des assemblées et des comités souverains, coordonnés, sous notre contrôle.

Le capital est climatisé, les travailleurs subissent la canicule

Les chiffres d’abord. Le 23 juin 2026, la France a battu son record de la journée la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés en 1947 — et l’a rebattu le lendemain. L’indicateur thermique national — la moyenne, jour et nuit, de trente stations de référence — a atteint 29,8 °C le 23 juin, dépassant les 29,4 °C du 5 août 2003 et du 25 juillet 2019 ; le 24 juin, il a franchi pour la première fois le seuil des 30 °C. Sur les seules températures maximales, ce même indicateur est monté à 38,2 °C le 23 puis 38,5 °C le 24, contre 37,7 °C en 2003. Deux jours de suite, le record n’a pas été battu : il a été pulvérisé. Le 22 juin, près de 500 records locaux étaient pulvérisés en une seule journée. Sur le terrain : 44,3 °C à Pissos dans les Landes, 44,1 °C à Saumur, 42,5 °C à Bordeaux, 42,1 °C à Nantes, 42 °C à Dunkerque — au bord de la mer du Nord —, 41,5 °C à Rennes et à Vannes, 40,3 °C à Tours, 39,6 °C à Paris-Montsouris. Fait marquant : ce ne fut pas le Sud habituel, mais l’Ouest et la façade atlantique qui battirent leurs records absolus. Et les nuits n’apportaient aucun répit : la canicule se définit précisément par des températures qui restent élevées de jour comme de nuit, si bien que le corps ne récupère plus. Le 25 juin, 72 départements étaient en vigilance rouge, soit plus des trois quarts de la population : 51 millions de personnes, dont 5,6 millions âgées de 75 ans ou plus.

Mais le chiffre qui dit la vérité de classe n’est pas sur le thermomètre extérieur. Il est à l’intérieur des murs. Des capteurs posés dans des écoles représentatives par le programme public ACTEE ont relevé jusqu’à 34 °C dans les salles de classe quand il faisait 28 °C dehors. Le bâti scolaire français, construit entre les années 1960 et 1990 pour une seule chose — retenir la chaleur l’hiver, chauffer au moindre coût —, fonctionne l’été comme un capteur solaire qui piège la chaleur et la restitue la nuit. Il a été pensé pour l’économie d’hier ; il tue dans le climat d’aujourd’hui.

Et voici le fait qui tranche tout : selon l’Ademe, environ 7 % des surfaces des bâtiments d’enseignement sont climatisées — contre 64 % des surfaces de bureaux. Que l’on relise ce chiffre. Là où s’entassent les enfants, les enseignants, les agents : 7 %. Là où siègent les directions, les cadres, l’administration de gestion : 64 %. La climatisation existe, elle fonctionne, elle est installée — mais elle suit la carte du capital, pas celle des corps. Dans les collèges et les lycées, les rares pièces climatisées sont les salles informatiques (pour protéger le matériel) et les cuisines (pour l’hygiène réglementaire). On refroidit les serveurs et les denrées ; on laisse cuire les élèves. La hiérarchie des températures est la hiérarchie sociale rendue thermique. Et la même contradiction qui gouverne toute la production capitaliste devient ici physiquement palpable : entre la valeur d’usage — un corps qui tient, un enfant qui apprend, un malade qu’on soigne — et la valeur d’échange, le profit, qui seul décide de ce qui mérite qu’on dépense.

Et ce partage ne s’arrête pas aux murs du bureau : il couvre la vie entière. Suivez une journée de ceux qui nous dirigent et nous exploitent. Le ministre qui fait la leçon sur la sobriété la prononce dans un cabinet climatisé ; l’éditorialiste qui raille « l’époque des fragiles » pérore sur un plateau de télévision climatisé ; le grand patron décide dans un siège social et un bureau de direction climatisés. Et le soir venu, ils rentrent dans des maisons climatisées, partent le week-end dans des résidences secondaires climatisées, roulent dans des voitures climatisées. Du lever au coucher, au travail comme chez eux, la bourgeoisie et son personnel vivent dans la fraîcheur. Le travailleur, lui, n’y a accès nulle part : ni à l’atelier ou au bureau sans climatisation, ni dans le bus ou le train surchauffés, ni dans un logement populaire qui, passoire thermique l’hiver, devient bouilloire l’été. Voilà la ligne de classe, nue : il y a ceux qui ont accès à la fraîcheur vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ceux qui cuisent vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Crèche, école, hôpital, transports, travail : nos corps souffrent des conditions imposées par le grand capital, son État et ses gouvernements depuis 2003

Cette abstraction, la canicule de juin 2026 l’a écrite dans des lieux précis.

La crèche. Les nourrissons sont parmi les plus vulnérables à la chaleur — leur thermorégulation est immature, ils ne savent pas dire qu’ils ont soif. Le Syndicat national des professionnel·le·s de la petite enfance les a qualifiés de « grands oubliés » : le communiqué de Matignon, à l’issue de la cellule de crise interministérielle, ne cite ni les bébés ni leurs modes d’accueil, et les crèches, relevant du code de la santé publique, n’ont même pas l’équivalent des fiches de décision dont disposent les écoles. Les enfants les plus fragiles bénéficient du filet de sécurité le plus faible. Et voici le point qui éclaire tout le reste : la norme officielle recommande que la température intérieure ne descende pas de plus de 5 à 7 °C sous la température extérieure — autrement dit, à 42 °C dehors, on « recommande » de laisser les locaux autour de 35 °C. Interrogée, la Direction générale de la cohésion sociale justifie explicitement cette limite à la fraîcheur par les enjeux sanitaires et environnementaux liés à l’utilisation de la climatisation. L’austérité climatique est donc inscrite, noir sur blanc, jusque dans la norme qui encadre l’accueil des nourrissons. Il a fallu la canicule extrême pour que l’administration concède que les crèches « peuvent » dépasser cet écart afin de protéger les enfants — preuve que, par défaut, la règle penche contre le rafraîchissement, même pour des bébés.

L’école. Alors que des collèges et lycées signalaient des malaises, des saignements de nez et, selon le président du SNALC Jean-Rémi Girard, une explosion des passages à l’infirmerie, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a maintenu le calendrier du brevet : l’épreuve de français a eu lieu le 26 juin, en pleine vigilance rouge. À Paris, une fédération de parents d’élèves a saisi en urgence le tribunal administratif pour faire reporter l’épreuve. La réponse de l’institution à 40 °C dans les classes : un ventilateur, une bouteille d’eau, et l’examen maintenu.

L’hôpital. Le Premier ministre avait fixé une priorité — « que l’hôpital tienne » — et un mot d’ordre, le « plan d’endurance ». Le 23 juin, en activant le niveau 2 du plan ORSAN, la ministre de la Santé Stéphanie Rist écartait encore toute réquisition de personnels. Quarante-huit heures plus tard, le 25 juin, le gouvernement déclenchait le niveau 3 du plan ORSAN — pour la première fois à l’échelle nationale depuis sa création —, mobilisant la réserve sanitaire et autorisant les déprogrammations. Les passages aux urgences liés à la chaleur avaient été multipliés par quatre en vingt-quatre heures. Le préfet de police de Paris constatait des hôpitaux « saturés » ; à Paris, 25 arrêts cardiaques en une journée contre moins de dix d’ordinaire. Au service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou, son chef Philippe Juvin résumait : « les couloirs sont pleins », de patients âgés ou de cinquantenaires en hyperthermie sévère, et de personnes sans abri arrivant avec 42 °C de température corporelle. Voilà ce que signifie « l’endurance » : faire absorber par un hôpital sous-équipé une vague qu’on savait venir, jusqu’à la rupture.

Les transports. Se déplacer, quand on n’a pas de voiture, c’est dépendre d’un réseau qui cuit. Côté bus : en Île-de-France, 60 % seulement sont climatisés ; sur le réseau Tadao, dans le bassin minier, 50 sur 250 ; les relevés syndicaux donnent 45 à 56 °C à l’intérieur des véhicules. Porte de Saint-Cloud, un conducteur de la ligne 189 a perdu connaissance au volant d’un bus non climatisé, qui a fini sa course contre un arbre ; à Lille, plusieurs chauffeurs ont fait des malaises, une conductrice a été hospitalisée, et ils ont exercé leur droit de retrait. Côté rail, même aveu : entre le 18 et le 22 juin, la SNCF a supprimé 71 trains Intercités — dont 52 en Occitanie —, retirant du service les vieilles rames Corail, vieilles d’un demi-siècle, dont la climatisation est « inadaptée aux très hautes températures ». En Île-de-France, un train sur dix supprimé ; au plus fort de la vague, près de mille trains annulés par jour. Les caténaires se détendent sous la chaleur et menacent de rompre. Pendant ce temps, les patrons de la SNCF répètent que « le système tient ». La double peine est partout : le conducteur, travailleur exposé qui s’effondre, et l’usager — l’ouvrier, la personne âgée, celui qui n’a pas les moyens d’une voiture — qu’on laisse dans un « cercueil roulant », ou tout simplement à pied quand le service s’arrête après 18 heures.

Le travail. Et il y a le lieu où l’on passe ses journées. La majorité des usines sont des fours : ateliers confinés, mal ventilés, où une fonderie, une boulangerie industrielle, une ligne de montage aux cadences infernales, ou le port de charges lourdes sous des équipements de sécurité chauds et encombrants deviennent une torture dès que la température dépasse 30 °C et grimpe vers 40 °C. Sur les chantiers du BTP, exposés en permanence à la chaleur et à la poussière, le travail n’est pas interrompu : le code du travail ne fixe aucune température maximale. Même dans les bureaux des grandes entreprises qui se targuent d’être à la pointe, il n’y a souvent ni climatisation ni ventilation ; c’est pire encore dans les cuisines de restaurant et les petits commerces. La seule obligation de l’employeur — fournir de l’eau fraîche en quantité suffisante et renouveler l’air — n’est même pas tenue pour des millions de salariés. Et quand des pauses ou des horaires aménagés sont accordés, c’est presque toujours après que les travailleurs les ont imposés. Cette exposition tue : directement — plusieurs dizaines de décès au travail chaque année — et à petit feu, en créant ou en aggravant les maladies cardiaques et respiratoires.

Cinq fronts, un même aveu : la tiers-mondisation des services publics. Il faut dire les choses comme elles sont. Si ces bâtiments, ces trains, ces hôpitaux étaient entretenus comme ils devraient l’être, rien de tout cela n’arriverait. Or 60 % du bâti hospitalier est considéré comme vétuste, les écoles n’ont connu aucune rénovation thermique, les rames Corail traînent cinquante ans sans être remplacées, les bus sans climatisation roulent encore. Ce n’est pas la fatalité d’un pays pauvre : la France est riche. C’est le choix d’une bourgeoisie et d’un État qui laissent pourrir tout ce qui ne rapporte pas de profit — une tiers-mondisation méthodique des services publics, organisée d’austérité en austérité depuis des décennies. La canicule ne fait que la rendre visible.

Les morts qu’on ne compte pas encore

L’été 2003 a tué plus de 15 000 personnes en France. C’est ce désastre qui sert, depuis, de référence et de justification à toute la politique « canicule ». La chaleur n’a pas cessé de tuer depuis : l’été 2025 a fait, selon Santé publique France, près de 5 700 morts, dont les trois quarts avaient plus de 75 ans ; à l’échelle du continent, environ 44 000 Européens meurent de la chaleur chaque année. Et la trajectoire d’émissions actuelle conduit la France vers +4 °C d’ici la fin du siècle : dans ce scénario, une étude parue dans The Lancet en 2024 projette plus de 23 000 décès annuels liés à la chaleur sur notre seul territoire.

Pour la vague de juin 2026, le bilan consolidé n’est pas encore connu : Santé publique France ne publie son estimation de surmortalité qu’environ quinze jours après la fin de l’alerte, « à froid », une fois les corps comptés. Mais un premier signal est déjà tombé. Dimanche 28 juin, l’agence a fait un point provisoire : environ 1 000 décès de plus que la normale depuis le 24 juin — plus de 1 200 morts toutes causes confondues pour la seule journée du 24, plus de 1 400 par jour les 25 et 26, contre 900 à 1 000 par jour en avril et mai. Chiffre partiel, non consolidé, et déjà accablant. Autrement dit : avant même le bilan définitif, les morts apparaissent dans la statistique, tandis que le gouvernement, lui, communique à chaud sur des mesures d’affichage. L’État gère l’image pendant que la comptabilité des cadavres commence. La préfecture du Pas-de-Calais a déjà signalé trois décès « pour lesquels la canicule est susceptible d’avoir eu un effet » : un homme âgé qui travaillait dehors, deux personnes à domicile. Et l’on sait comment cette mortalité se distribuera : selon l’âge, le métier, le logement, le quartier. La Fondation pour le logement le chiffre : 59 % des habitants des quartiers populaires souffrent de la chaleur chez eux, contre 43 % ailleurs. La chaleur frappe tout le monde ; elle ne tue pas tout le monde. Elle tue ceux qui n’ont ni mur isolé, ni pièce fraîche, ni métier à l’abri.

Un gouvernement coupable de meurtre social

Engels, en 1845, donnait un nom à cela : le meurtre social. Lorsqu’une société place sciemment des êtres humains dans des conditions où ils ne peuvent que tomber malades et mourir, et qu’elle sait d’avance qui mourra, alors elle commet un meurtre — non par la main d’un individu, mais par son organisation même. Vingt-trois ans après 2003, l’État connaît la chaleur qui vient, il a encaissé les milliards prélevés pour y faire face, et il choisit de ne rien construire. Ce n’est pas une négligence : c’est un meurtre social.

Et que fait-il pendant la vague ? Du verbe et de l’affichage. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, assure que la situation est « maîtrisée » dans les EHPAD et en appelle à la « responsabilité individuelle » pour protéger les personnes isolées — au moment même où des EHPAD ferment leurs terrasses, rationnent l’eau toutes les deux heures et où l’on réquisitionne médecins et infirmiers libéraux pour les renforcer. Il mobilise les facteurs de La Poste pour aller prendre des nouvelles des isolés au fil de leurs tournées : on remplace le mur isolé par le dévouement du facteur, la charité individuelle masque le refus de l’investissement collectif. Et il débloque dans l’urgence 100 millions d’euros pour financer, dans les établissements de santé les plus exposés, des climatiseurs et des protections solaires « pour éviter des fermetures de services ». Cette annonce est un aveu : s’il faut, en 2026, climatiser en catastrophe des services menacés de fermer sous la chaleur, c’est que vingt-trois ans après 2003 rien n’a été fait. Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, déclare gravement que la canicule est « une question de justice sociale » — pendant que son plan logement est qualifié de « mesurettes cosmétiques » par la Fondation pour le logement elle-même.

« Pas écologique » : les ministres climatisés nous font la leçon alors que nos corps cuisent

Mais il y a pire que le vide. Il y a la dénonciation active de la seule mesure qui rafraîchit vraiment. Au plus fort de la vague, plusieurs ministres sont montés au créneau non pour réclamer la climatisation des écoles et des hôpitaux, mais pour la décourager. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut — ancienne présidente de WWF France —, s’est dite sur France Inter « désolée » que le débat se réduise aux climatiseurs, puis, le 26 juin, s’en est prise sur un ton ouvertement moralisateur à ceux qui en réclament dans les écoles, les hôpitaux, voire les transports. La porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, Maud Bregeon, avait posé la formule : la climatisation « ne peut pas être la seule réponse » — coût, consommation électrique, il faudrait « d’abord » des stores, de l’isolation, de la ventilation. Un ministre du gouvernement résumait crûment le clivage promis : « la France des ventilateurs contre la France des climatiseurs ». On l’a vu plus haut : c’est la même logique qui, jusque dans la norme sur les crèches, justifie de limiter la fraîcheur par les « enjeux environnementaux » de la climatisation.

Examinons l’argument matériellement, sans complaisance. La part physique est réelle, et un matérialiste ne la nie pas : la climatisation est énergivore, et elle rejette de l’air chaud qui aggrave les îlots de chaleur urbains. D’ailleurs, en pleine vague, EDF a dû mettre à l’arrêt deux réacteurs de la centrale du Bugey, le Rhône étant trop chaud pour en refroidir les rejets, tandis que la consommation explosait sous les climatiseurs : la contradiction énergétique est réelle. Tout cela est vrai. Mais c’est précisément là que la politique commence, car cet argument écologique est appliqué par classe. On dit aux enfants et aux ouvriers d’endurer 34 °C pour préserver le budget carbone — jamais aux bureaux climatisés à 64 %, jamais aux ministères où ces déclarations sont prononcées au frais, jamais aux beaux quartiers, aux voitures de fonction, aux centres de données. L’austérité du confort est socialisée vers le bas : elle pèse sur ceux qui n’ont pas le choix, jamais sur le capital. C’est une sobriété de classe, imposée aux corps des dominés et inconnue de ceux des dominants.

Et l’argument de l’impossibilité est démenti par le monde entier. La climatisation n’est pas une lubie technique infaisable : c’est un équipement de masse partout où une société décide d’y mettre les moyens. Le Japon climatise 91 % de ses foyers — et ses mairies, ses gares, ses salles, ses établissements publics. Les États-Unis sont à 90 %, la Corée du Sud à 86 %, l’Arabie saoudite à 63 %, la Chine à 60 %. L’Europe plafonne à un foyer sur dix, la France à environ 5 %. Aucun de ces pays chauds ne tient à ses hôpitaux et à ses écoles le discours que Madame Barbut tient aux nôtres. La question n’est donc pas « peut-on ? » mais « pour qui dépense-t-on ? ». Le sous-équipement français n’est pas une vertu climatique : c’est le même refus d’investir dans l’infrastructure collective ouvrière qui laisse l’hôpital sans lits et l’école sans isolation.

Que l’on comprenne bien : il ne s’agit pas de se ranger derrière l’autre camp. L’extrême droite — Marine Le Pen et son « grand plan clim », le groupe UDR avec sa proposition de loi rendant la climatisation obligatoire, l’ancien ministre Bruno Le Maire — s’empare du sujet pour se poser en parti du « bon sens ». Mais sa climatisation est une marchandise et une démagogie : un appareil que chaque ménage devra s’acheter, muet sur qui paie, muet sur le réseau électrique, muet sur la production qui continue de tourner, muet sur le contrôle des travailleurs. C’est la clim comme acte de consommation individuelle, là où il faut une infrastructure collective. Entre l’austérité écologiste qui fait cuire le peuple « pour la planète » et la clim-marchandise nationaliste qui le renvoie au magasin, le faux dilemme « ventilateurs contre climatiseurs » a une fonction : empêcher de poser la vraie alternative, qui n’est pas le confort contre le climat, mais les profits contre les vies. Une société rationnelle isolerait massivement les bâtiments et rafraîchirait tous les lieux collectifs — hôpitaux, EHPAD, crèches, écoles, transports, lieux de repli — : les deux à la fois, sans jamais les opposer. Le capital ne le peut pas, parce que ces dépenses devraient être prises sur ses profits. Alors il les présente comme exclusives, et ordonne aux dominés de choisir la souffrance.

L’argent détourné de « la journée de solidarité » par les larbins des capitalistes

Car l’argent existe. Il a même été prélevé, expressément, au nom de la protection des plus fragiles. Après les 15 000 morts de 2003, la loi du 30 juin 2004 a institué la « journée de solidarité » : un jour de travail confisqué au salarié, transformé en contribution patronale de 0,3 % de la masse salariale, versée à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. En 2015, on y a ajouté les retraités. Faisons les comptes. De 2004 à 2020, cette contribution a rapporté 37 milliards d’euros ; la contribution des retraités y a ajouté 5,7 milliards depuis 2013 ; et le rythme tourne autour de 3 milliards par an depuis. Au total, sur vingt-trois ans, c’est bien au-delà d’une cinquantaine de milliards d’euros qui ont été extraits du travail vivant au nom des personnes âgées et handicapées.

Où est passé cet argent ? Il n’a jamais servi à ce pour quoi il était prélevé. Cette contribution ne représente qu’environ 11,7 % des ressources de la Caisse, le reste venant de l’assurance maladie : versée dans un pot commun, étiquetée « autonomie », la somme ne s’ajoute pas aux crédits existants — elle les remplace. Au lieu de financer en plus des lits, des soignants, des bâtiments rénovés, elle sert à boucher des trous budgétaires déjà ouverts ailleurs. C’est de l’argent prélevé en supplément sur le travail, qui disparaît dans la comptabilité générale de la Sécurité sociale sans rien produire de neuf pour les vieux et les malades. Dès 2013, l’association des directeurs au service des personnes âgées dénonçait trois milliards ainsi détournés de leur objet, empêchant la création de cent mille emplois. Et vingt-trois ans plus tard, le résultat est sous nos yeux : l’hôpital n’est toujours pas climatisé, et il faut redébloquer 100 millions en urgence — soit moins de 0,2 % du butin accumulé. Ce n’est pas un raté de gestion : c’est la nature d’un dispositif conçu pour faire payer le travail et exonérer le capital.

Mais ce n’est pas seulement une politique d’austérité : c’est un détournement. Ce n’est pas une erreur comptable, c’est un détournement politique — prélever pendant vingt-trois ans un argent pris sur le travail au nom des vieux et des malades, et le laisser se dissoudre pendant que crèches, écoles et hôpitaux cuisent, c’est du vol d’argent public. Et le vol a des coupables, nommément : tous ceux qui, depuis 2003, ont exercé le pouvoir ou une fonction — à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les conseils départementaux et régionaux, à la tête de l’Éducation nationale, dans les rectorats et les académies, à la direction des hôpitaux. Ils ont voté, géré, couvert, ou simplement laissé faire ; ils ont aidé au prélèvement et à l’inaction. Ils doivent d’abord être chassés de leurs fonctions — virés, destitués —, puis rendre l’argent : non sur le budget, qui n’est que de l’argent repris au travail, mais sur leur bien propre. Qu’on les exproprie, qu’on prenne sur leur patrimoine personnel et leur fortune ce qu’ils ont laissé voler. Responsables et coupables devant le peuple travailleur, destitués et expropriés, ils paieront. On leur fera rendre gorge et cracher ce qu’ils ont volé.

Les syndicats : tout demander à l’État, rien décider soi-même

Face à ce scandale, que font les organisations du mouvement ouvrier ? Commençons par les syndicats — car, contrairement à une partie de l’extrême gauche, ils ne mettent jamais en avant l’auto-organisation. Leur méthode, c’est l’interpellation de l’État.

La CGT, la plus combative, alerte que « travailler sous 40 °C ne doit jamais devenir la norme », puis dépose ses revendications à la porte du ministère : seuils de température, droit de retrait « climatique », congé canicule étendu, et la convocation d’une table ronde au ministère du Travail ; sa secrétaire générale, Sophie Binet, réclame un « chômage partiel intempéries » à 100 % du salaire. Sa fédération de la Fonction publique écrit au ministre que « le cadre réglementaire actuel est manifestement insuffisant » et lui demande d’agir. La CFDT, elle, reste dans la pure co-gestion : intégrer la canicule au document unique d’évaluation des risques et au plan de mise en sûreté, « analyser localement », prévoir un accueil minimum — gérer le risque dans le cadre, au rythme du « point ministériel de situation ». Et l’intersyndicale enseignante — FSU, SE-UNSA, FNEC FP-FO, CFDT, CGT, SNALC, SUD — appelle à la grève « là où cela est nécessaire » pour « obtenir les moyens », en pointant « la responsabilité » du ministre et de ses prédécesseurs.

Que demande-t-on, à chaque fois ? À l’État de protéger, de financer, de légiférer, d’indemniser. On l’alerte sur des « victimes », on réclame des « moyens », on quémande une « table ronde ». Mais s’adresser à l’État qui organise et entretient cette situation pour le supplier d’y mettre fin, c’est demander au proxénète de combattre la prostitution. Aucune de ces revendications ne pose la seule question qui compte : qui décide, sur le lieu de travail, de ce qui s’arrête ? Dans la grammaire syndicale, ce n’est jamais l’atelier — c’est le décret, la préfecture, le ministère. L’appareil ne dit jamais aux travailleurs : décidez vous-mêmes. Il dit : laissez-nous négocier pour vous. C’est la posture de la victime qui réclame protection, non celle de la classe qui prend les choses en main.

L’extrême gauche : des mots d’ordre radicaux qu’elle vide de leur contenu

L’extrême gauche emploie, elle, le vocabulaire de la rupture — auto-organisation, « les salariés décident », arrêt de la production non essentielle. Mais elle en vide le contenu : les grands mots sont là, le pouvoir qu’ils impliquent en est soigneusement retiré. Trois courants ont publié ; ils ne disent pas tout à fait la même chose, mais aucun ne va jusqu’au bout.

Lutte ouvrière (éditorial du 22 juin) est combative et juste sur le fond : « à nous de nous occuper de notre santé et de nous organiser pour la protéger », « ne laissons pas les chefs décider du moment où cela devient intenable », réduire la journée et les cadences, arracher des congés payés par le patronat. Elle nomme la racine : la raison d’être de l’État est d’assurer l’accumulation du capital, non d’organiser la vie sociale. Mais elle ne nomme jamais l’organe. Par quelle structure les travailleurs s’organisent-ils, décident-ils, imposent-ils ? Rien. L’horizon reste « imposer nos conditions » — sans dire par quel pouvoir.

Le NPA-Révolutionnaires (éditorial du 22 juin) chiffre l’hypocrisie — vingt milliards pour adapter le pays, soit dix-sept mois de bénéfices de TotalEnergies ; 60 % du bâti hospitalier vétuste —, appelle à « réagir collectivement », rappelle que « ce sont les salariés les mieux placés pour décider », et cite de vraies luttes : les débrayages au technicentre SNCF de Rouen Quatre Mares, « pas question de travailler dans des ateliers à plus de 40 °C ». C’est plus concret. Mais là encore, aucune structure n’est nommée, et le mot d’ordre se referme sur un slogan — « inversons les courbes » — là où il faudrait l’organe qui décide.

Révolution permanente (éditorial du 27 juin) est celle qui donne le plus l’impression d’un programme d’auto-organisation : elle en a tout le vocabulaire et les mesures concrètes — suspension des activités non essentielles avec maintien du salaire, réquisition des cliniques privées et des bureaux climatisés de La Défense, prélèvement des climatiseurs des plateaux télés et des sièges des grandes entreprises, comités d’habitants. Ça en a le goût, l’odeur, la couleur. Prises une à une, ces mesures immédiates sont justes, et nous n’avons pas à les attaquer par la droite : elles affolent le Medef. Mais que les choses soient claires : ce n’est pas un programme d’auto-organisation.

Car l’auto-organisation, ce n’est pas une liste de bonnes mesures : c’est la classe qui s’organise elle-même, indépendamment de l’État comme de la bureaucratie syndicale, pour décider souverainement. Or RP fait précisément l’inverse : ses comités d’habitants sont pensés « en lien avec les syndicats des entreprises du secteur », adossés à l’appareil ; ses assemblées n’apparaissent qu’au détour d’une phrase — « les Assemblées de la grève caniculaire » —, citées parmi les activités à tenir dans les bureaux réquisitionnés, jamais posées comme le centre souverain qui dirige. Une auto-organisation placée sous la tutelle des directions syndicales n’en est pas une : c’est un croupion de l’appareil. Le fait même qu’elle y soit adossée prouve que ce n’en est pas une — si elle l’était vraiment, elle ne dépendrait de personne. Voilà le contenu que RP retire au mot d’ordre qu’elle brandit : elle en garde le goût et l’odeur, elle en ôte la substance.

Et c’est là, par-delà leurs différences, ce qui réunit les trois : aucun n’appelle à virer le pouvoir. Leur auto-organisation — quand ils la nomment — reste tout entière dans le registre de la pression : « structurer le rapport de force face au patronat et au gouvernement », arracher des concessions, « articuler une lutte d’ensemble » dont l’horizon recule à mesure qu’on s’en approche. Les comités et les assemblées y sont des leviers pour faire céder l’État, jamais les organes qui le remplacent. Toute l’extrême gauche reste en deçà d’elle-même : elle veut peser sur l’appareil coupable, là où il faut le chasser et prendre sa place.

Et la preuve est dans ce qu’aucun n’a fait : construire, avant la chaleur, le réseau d’assemblées et de comités qui aurait permis d’agir. On commente la canicule ; on ne s’y est pas préparé. Pendant que l’appareil militant tourne à plein sur ce front consensuel — éditos, vidéos, glaces distribuées en image —, l’affaire Lyhanna, qui met en cause l’État dans sa prétention même à protéger les enfants, n’a droit qu’à une demi-phrase incidente. Le réchauffement rassemble sans risque ; la pédocriminalité d’État divise et dérange. L’économie du choix éditorial penche vers le sujet indolore.

Notre plan anti-canicule : virer l’appareil de la haute bourgeoisie, le remplacer par nos assemblées et nos comités du peuple travailleur

On ne s’adresse pas à l’État — on le remplace

La différence avec tous les autres n’est pas de degré, elle est de nature. Eux s’adressent à l’État pour le presser, le supplier, peser sur lui. Nous, nous ne lui adressons rien : c’est l’appareil que nous venons de juger coupable de meurtre social. On ne pétitionne pas l’assassin, on le chasse. Tous ceux qui, depuis 2003, ont tenu le pouvoir ou une fonction et laissé faire doivent être destitués et expropriés — et leur place revient à nos propres organes. Le plan anticanicule, nous ne le réclamons pas : nous le mettons en œuvre, partout où nous sommes.

Des assemblées de travailleurs souveraines, coordonnées et centralisées

Partout, nous réunissons l’assemblée générale du lieu de travail, et c’est elle qui décide : ce qui tourne et ce qui s’arrête, les horaires, les cadences, les pauses, l’eau, les pièces de repli. Elle recense le vital — la chaîne du froid, les urgences, les soins — et arrête le reste, la production qui ne sert qu’au dividende. Le seuil dangereux — les repères de l’INRS, 28 °C en activité physique, 30 °C en poste sédentaire — sert de point d’appui, mais c’est l’assemblée qui tranche, pas la préfecture, salaire maintenu en entier. Là où le ministre a maintenu le brevet, c’est à l’assemblée des personnels et des parents de décider qu’aucun enfant ne compose à 40 °C. Mais une assemblée isolée n’est qu’un comité de plus. Pour devenir un pouvoir, les assemblées élisent des délégués révocables, se coordonnent d’un lieu de travail à l’autre, d’une ville à l’autre, et se centralisent. C’est cette centralisation — et non le lien de tutelle avec l’appareil syndical — qui transforme des assemblées éparses en l’embryon d’un pouvoir des travailleurs.

Un réseau de comités de quartier et de village, dès maintenant

À l’assemblée d’entreprise s’ajoute le comité de quartier, de village, de petite ville : un maillage qui couvre aussi ceux que l’usine ne touche pas — les isolés, les retraités, les sans-emploi, les habitants. Ce maillage ne s’improvise pas au plus fort de la vague. Il se construit dès maintenant, à froid, sans attendre la prochaine canicule — qui viendra —, pour être prêt quand elle frappera. C’est exactement ce que l’extrême gauche n’a pas fait : elle commente après, faute d’avoir bâti avant. Recenser les vulnérables, organiser leur protection, faire remonter les besoins, c’est l’affaire de ces comités — non du facteur transformé en garde-malade bénévole. Et ces comités ne sont pas suspendus aux syndicats : ils se coordonnent avec les assemblées de travail, dont ils sont le prolongement dans le quartier.

On réquisitionne les climatiseurs — on ne paye pas

Puisqu’il faut rafraîchir, nous rafraîchissons nous-mêmes. Et que ce soit clair d’emblée : rien de tout cela n’est un geste individuel ni un pillage — tout se décide et s’organise sous le contrôle des assemblées de travailleurs et des comités de quartier, qui recensent les besoins vitaux et affectent à chacun ce qui lui revient. Là où c’est une question de vie ou de mort — crèches, écoles, hôpitaux, EHPAD —, nous installons la climatisation sans attendre l’autorisation ni le budget de personne. Nous réquisitionnons le matériel — les climatiseurs, là où ils sont, dans les entrepôts et les grandes surfaces — et nous ne payons pas. Cela passe par le lien direct avec les travailleurs des magasins et des dépôts : ce sont eux qui savent où sont les appareils et qui peuvent les sortir, c’est par eux et avec eux que les climatiseurs iront équiper une crèche ou un service hospitalier plutôt que de rester en rayon. S’il y a rupture de stock, on prélèvera ceux des plateaux télés, des salons ministériels et des sièges des grandes entreprises. Nous ouvrons et réquisitionnons les locaux déjà climatisés — bureaux de direction, La Défense en tête, surfaces commerciales — comme lieux de repli, et nous y tenons nos assemblées. À titre de soulagement immédiat, on imposera aussi la gratuité des lieux frais — cinémas, musées, théâtres, bibliothèques — et l’ouverture des jardins, piscines et golfs que la bourgeoisie se réserve. Mais que les choses soient claires : ce sont des pis-aller. Ouvrir un musée climatisé pendant que l’école d’à côté cuit ne règle rien au fond ; seule la réorganisation du bâti et de la ville sous notre contrôle le règlera. Pour le transport, la réquisition vaut aussi : non pas retirer les bus et les trains sans clim en laissant les voyageurs à pied, mais équiper le parc et organiser, par les assemblées des conducteurs et des cheminots, un service qui ne laisse personne dans la fournaise. Et nous imposons les embauches immédiates à l’hôpital et en EHPAD.

Le contrôle ouvrier, c’est un pouvoir — pas une pression

Voilà ce qui nous sépare de l’extrême gauche : pour elle, l’auto-organisation pèse sur l’État ; pour nous, elle le remplace. Le contrôle ouvrier n’est pas un moyen de pression sur l’appareil coupable — c’est la classe qui décide elle-même ce qui s’arrête, prend elle-même les moyens de se protéger, et place sous son propre contrôle, par ses assemblées et ses comités coordonnés, ce que l’appareil ne sait que laisser pourrir. C’est un pouvoir en germe, pas une revendication. Sans cela, « contrôle ouvrier » n’est qu’un mot.

Pour défendre cette politique : construire des fractions bolcheviks-léninistes dans les syndicats et œuvrer partout à l’auto-organisation du peuple travailleur

Cette politique ne se portera pas toute seule. Pas une organisation montée à côté des syndicats — nous ne bâtissons pas de structure interprofessionnelle de rechange —, ni les directions confédérales, qui renverront toujours la décision au ministère. Ce sont les militants bolcheviks-léninistes qui la construisent : non les « révolutionnaires » en général — mot dont toute la gauche se pare pour ne rien dire —, mais ceux qui assument le programme concret de Lénine et de Trotsky, celui d’Octobre 1917 et de l’Opposition de gauche. Organisés en fraction à l’intérieur des syndicats — CGT, SUD, FO, FSU —, ils font prévaloir, dans chaque assemblée, cette ligne contre celle de l’appareil, et aident les assemblées et les comités à se constituer, à se coordonner, à s’émanciper de toute tutelle. C’est ce qu’a fait la fraction de l’Union Communiste dans la grève Renault de 1947 : arracher la décision des mains de la direction confédérale. La fraction ne déserte pas quand elle est minoritaire ; elle reste et gagne les rangs. Et derrière elle, il faut l’organisation bolchevik-léniniste qui lui donne ligne, mémoire et continuité — celle, justement, qui aurait tissé le réseau de comités avant la chaleur au lieu de la commenter après.

La canicule est naturelle ; la mortalité, elle, est un meurtre social. La ligne qui sépare ce pour quoi on accepte de souffrir de ce qu’on arrête, aucun cabinet, aucune table ronde, aucune leçon d’écologie ne la tracera — et aucune pétition adressée aux coupables. Les travailleurs la tracent eux-mêmes : par l’assemblée qui décide, le comité qui protège, la réquisition qui équipe — et, au bout, par le pouvoir qu’ils prennent en chassant l’appareil qui les laisse mourir.

Sources principales. Températures et records : Météo-France, via notre-planète.info, Reporterre, Économie Matin, Yahoo/AFP, Selectra, Europe 1, météo-paris.com (record du 23 juin à 29,8 °C rebattu le 24 à 30 °C de moyenne nationale ; indicateur des maximales 38,2 °C le 23, 38,5 °C le 24, contre 37,7 °C en 2003 ; Pissos 44,3 °C ; Dunkerque 42 °C). Bâti et climatisation : Ademe (7 % des bâtiments d’enseignement climatisés vs 64 % des bureaux), programme ACTEE / Cerema ; pénétration par pays : Agence internationale de l’énergie, Enerdata, Ademe (Japon 91 %, États-Unis 90 %, Corée du Sud 86 %, Arabie saoudite 63 %, Chine 60 %, France 5 %) ; ≈44 000 décès/an en Europe (The Guardian). Crèche : SNPPE, Les Pros de la petite enfance, franceinfo. École : L’Étudiant, franceinfo, FSU, SNES (brevet maintenu par Édouard Geffray ; FCPE Paris ; SNALC). Hôpital : CNews, Maire-Info, e-santé, Le Monde et AFP (ORSAN 2 puis 3 ; Stéphanie Rist ; Philippe Juvin, Georges-Pompidou). Transports : Le Tribunal du Net, ICI, horizonactu (bus : 60 % climatisés en IDF, Tadao 50/250, ligne 189) ; Centre Presse Aveyron (18 juin : 71 Intercités supprimés, dont 52 en Occitanie), mesinfos, Le Journal de l’Économie (Corail retirées, clim « inadaptée aux très hautes températures », caténaires, Castex et Fanichet « le système tient »). Travail : éditorial de Lutte ouvrière du 22 juin 2026. Mortalité : Santé publique France (2003 : >15 000 ; 2025 : ≈5 700 ; point provisoire du 28 juin 2026 : 1 000 décès supplémentaires depuis le 24 juin, via franceinfo ; méthode « à froid ») ; The Lancet 2024 (projection à +4 °C) ; préfecture du Pas-de-Calais. Gouvernement : info.gouv.fr (100 M€) ; France Inter (Monique Barbut) ; BFM TV / AFP (Maud Bregeon) ; franceinfo (Bruno Le Maire ; Marine Le Pen ; proposition de loi UDR ; Lecornu, EHPAD « maîtrisée »). Financement : CNSA, questions à l’Assemblée nationale ; AD-PA. Syndicats : CGT (communiqués des 22-26 juin ; CGT Fonction publique, 24 juin ; Sophie Binet, RMC, 25 juin) ; CFDT Éducation (22 juin) ; intersyndicale enseignante (FSU, SE-UNSA, FNEC FP-FO, CFDT, CGT, SNALC, SUD, 25 juin) ; Basta !. Extrême gauche : éditoriaux de Lutte ouvrière, du NPA-Révolutionnaires et de Révolution permanente (22-27 juin). Engels, La Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845).

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