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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>1789 - 1889 - 1905</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;1789 - 1889 - 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1789 - 1889 - 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du sang peut couler, bien des d&#233;faites peuvent &#234;tre essuy&#233;es. Mais &#224; quelques coups de force et des r&#233;sistances que le tsarisme puisse avoir recours encore, ce ne sont plus que les derni&#232;res convulsions d'une b&#234;te de proie agonisante, et plus longtemps les souverains et exploiteurs des bords de la N&#233;va persisteront dans leur lutte obstin&#233;e contre l'ennemi du dehors et du dedans, plus formidable sera l'&#233;croulement final, plus terrible le chaos qu'ils sont occup&#233;s &#224; &#233;voquer. La Russie, et avec elle le syst&#232;me de domination et d'exploitation du monde &#171; civilis&#233;e &#187; tout entier, marche au devant d'une catastrophe telle qu'il ne s'en est pas vu d'aussi gigantesque depuis les jours de la grande R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances qu'&#224; lieu cette fois la manifestation du Premier Mai. Elle se rapproche ainsi, plus qu'aucune de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, du caract&#232;re que portait sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut fond&#233;e non seulement &#224; titre de d&#233;monstration pour la journ&#233;e de huit heures et la paix universelle, mais encore comme manifestation de la R&#233;volution sociale. C'est le centenaire de la grande R&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance et elle fut d&#233;cid&#233;e &#224; une &#233;poque que nous consid&#233;rions comme la vieille de grands &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1885, Fr&#233;d&#233;ric Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition des R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes &#224; Cologne par Karl Marx, d&#233;clare que &#171; le prochain bouleversement ne tardera pas &#187; et il remarque &#224; ce propos : &#171; L'&#232;re p&#233;riodique des r&#233;volutions europ&#233;ennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre si&#232;cle de quinze &#224; dix-huit ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par &#171; bouleversement europ&#233;en &#187; il fallait entendre une grande r&#233;volution politique, ce pronostic d'Engels ne s'est pas, il est vrai, r&#233;alis&#233;. Et le philistin, dont toute la philosophie culmine dans cette id&#233;e profonde : &#171; Rien ne sert &#224; rien &#8211; nous pouvons faire ce que nous voulons, tout reste dans l'ancien &#233;tat &#187; &#8211; ce philistin n'a pas manqu&#233; de se donner le plaisir de railler sous cape Engels et ses amis, qui partageaient ses pr&#233;visions, &#224; cause de leurs &#171; vaines proph&#233;ties &#187;. Et, cependant, le triomphe du philistinisme ne se fondait que sur sa courte vue. Engels a eu parfaitement raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pronostic reposait en tout cas sur la constatation g&#233;n&#233;rale que les conflits des classes comme des nations, provenant du mode de production capitaliste, vont, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, s'accumulant et grandissant, jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus possible de les r&#233;soudre par la pratique journali&#232;re ; mais qu'aussi, &#224; mesure que deviennent plus consid&#233;rables les t&#226;ches politiques provenant de ces conflits, les classes dominantes redoutent de plus en plus de grandes transformations dont elle ne peut mesurer la port&#233;e et qui menacent de lui monter au-dessus de la t&#234;te. Ainsi les obstacles au progr&#232;s social et politique vont croissant dans la mesure m&#234;me o&#249; l'anxi&#233;t&#233; sociale croissante rend n&#233;cessaire des progr&#232;s &#233;nergiques. La fin de cette &#233;volution est toujours un puissant &#233;branlement politique, une r&#233;volution qui fait violemment dispara&#238;tre les obstacles aux progr&#232;s et rend de nouveau possible pour quelque temps l'&#233;volution &#224; sociale de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mode de production capitaliste engendre n&#233;cessairement, au point de vue &#233;conomique, le cycle qui va de l'essor &#233;conomique &#224; la crise, de m&#234;me, au point de vue politique, elle engendre le cycle qui va de la stagnation politique ou de la r&#233;action &#224; la r&#233;volution. Mais si l'exp&#233;rience enseigne que le cycle &#233;conomique s'accomplit en g&#233;n&#233;ral dans une p&#233;riode de dix ann&#233;es, elle montre que le cycle politique est plus long, qu'il lui faut de quinze &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc parfaitement justifi&#233; qu'Engels et ses amis s'attendissent &#224; un nouvel &#233;branlement politique pour la fin des ann&#233;es 89 ou suivantes du si&#232;cle dernier. Toute la situation politique justifiait cette vue. Le centre de gravit&#233; politique de l'Europe, qui auparavant se trouvait en Angleterre et en France, avait &#233;t&#233; depuis 1870 transf&#233;r&#233; en Allemagne. Mais l&#224;, les obstacles &#224; un progr&#232;s politique pacifique avaient &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur comble dans la loi contre les socialistes ; le r&#233;gime bismarckien allait s'usant de plus en plus compl&#232;tement et ne pouvait se maintenir que par le moyen de la force : mais il subissait de ce fait un &#233;chec apr&#232;s l'autre. L'&#233;croulement de ce syst&#232;me &#233;tait proche : or, que pouvait-elle amener d'autre qu'un fort &#233;branlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avant-veille de cet &#233;croulement que la manifestation de mai fut d&#233;cid&#233;e par le Congr&#232;s international de Paris 1889. Ainsi, d&#232;s sa naissance, les esprits de la r&#233;volution &#233;taient &#224; ses c&#244;t&#233;s comme gardiens &#8211; l'esprit non seulement de la grande r&#233;volution pass&#233;e qui inaugura en Europe le syst&#232;me des cycles &#233;conomiques et politiques, mais aussi l'esprit de la r&#233;volution future, dont tant d'entre nous attendaient qu'elle serait aussi une grande r&#233;volution, la derni&#232;re des r&#233;volutions, la fin des cycles de crises politiques, et par cons&#233;quent &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette grande r&#233;volution n'est pas venue et de l&#224; les philistins conclurent que la proph&#233;tie d'Engels &#233;tait mis&#233;rablement tomb&#233;e dans l'eau. Mais ce qui est venu, c'est l'&#233;branlement europ&#233;en, quoique sous une forme moins visible, si bien que peu le reconnurent d'abord. La loi contre les socialistes disparut, et le manteau tomb&#233;, le duc s'&#233;vanouit &#8211; le r&#233;gime de Bismarck croula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233; cet &#233;branlement, il n'atteignit pas la force d'une r&#233;volution. Le prol&#233;tariat &#233;tait encore trop faible et le lib&#233;ralisme bourgeois d&#233;j&#224; trop en d&#233;cadence pour &#234;tre en &#233;tat de profiter de la situation nouvelle en balayant &#233;nergiquement tous les obstacles s'opposant au progr&#232;s. Et, cependant, il fut assez fort pour amener quelques ann&#233;es de vie politique intense et de progr&#232;s multiples dans toute l'Europe. Alors la France obtenait la journ&#233;e de dix heures (1892) et une importante repr&#233;sentation socialiste au Parlement ; la Belgique, le droit de suffrage universel, quoique non &#233;gal (1893) ; le minist&#232;re Gladstone, sous la pression du nouvel unionisme qui prenait un puissant effort, pensait s&#233;rieusement &#224; la journ&#233;e de dix heures ; on peut encore consid&#233;rer comme une derni&#232;re pouss&#233;e de cette p&#233;riode de progr&#232;s l'agitation pour le suffrage universel en Autriche (1896) &#8211; non pas seulement la derni&#232;re, il est vrai, mais la plus faible, car la nouvelle loi &#233;lectorale constituait la plus am&#232;re ironie contre la revendication du droit de suffrage &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l' &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187; &#233;tait venu juste au moment o&#249; il devait se produire s'apr&#232;s le calcul de Fr&#233;d&#233;ric Engels. Mais il n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution &#224; proprement parler, il laissait subsister une foule d'entraves au progr&#232;s, rester sans solution une foule de questions br&#251;lantes pos&#233;es ant&#233;rieurement. Le souffle lui manqua bient&#244;t, il arriva &#224; l'accalmie. Plus grandes avaient &#233;t&#233; les esp&#233;rances que l'on avait mises sur l'&#233;branlement futur, plus grande fut la d&#233;sillusion caus&#233;e par ses effets minimes. Plus d'un se prit alors, dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; douter compl&#232;tement que nous pussions jamais atteindre ce but. D'autres firent de n&#233;cessit&#233; vertu, trouvant que pr&#233;cis&#233;ment cette stagnation politique &#233;tait la vraie m&#233;thode du progr&#232;s, que de cette fa&#231;on nous avancions puissamment et que seuls pouvaient encore compter sur des catastrophes et des bouleversements des hommes dont la pens&#233;e &#233;tait compl&#232;tement ankylos&#233;e dans les traditions du pass&#233;. Les partisans de cette conception nouvelle disaient &#224; la r&#233;volution adieu pour toujours, m&#234;me encore &#224; un moment o&#249; s'accumulaient les indices annon&#231;ant l'approche d'une nouvelle &#233;poque r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens ne flairent jamais le diable, quand m&#234;me il les tiendrait &#224; la gorge. &#187; Cela n'est pas vrai seulement du diable, mais aussi de la R&#233;volution, qui, pour tout brave bourgeois, est l'incarnation du Malin &#8211; Dieu soit avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le mouvement de 1890 avait eu l'haleine courte, plus t&#244;t devait venir le plus prochain &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187;, et il vint, ponctuellement et exactement ; quinze ans apr&#232;s les &#233;lections de carnaval qui donn&#232;rent le coup mortel au r&#233;gime de Bismarck, s'accomplit le soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, au 22 janvier, qui ouvrit la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera l&#224; une r&#233;volution d'une puissance bien plus forte que l'&#233;branlement de 1890. Elle poursuivra &#224; fond tout ce que ce dernier a laiss&#233; inachev&#233;. Elle a plus de puissance d&#233;j&#224; du fait qu'elle s'attaque au refuge de toutes les r&#233;actions et le transforme en centre de la r&#233;volution. Si, en 1890, l'&#233;branlement europ&#233;en a eu un cours si paisible, cela tenait entre autres raisons &#224; ce qu'il co&#239;ncida avec l'&#233;touffement complet de tout mouvement d'opposition en Russie. Le tsarisme avait r&#233;ussi une fois encore &#224; l'abattre apr&#232;s le gigantesque effort de 1878 &#224; 1881 et &#224; l'&#233;craser, et c'est pr&#233;cis&#233;ment aux approches de 1889 que le silence du tombeau r&#233;gna compl&#232;tement dans l'immense empire russe. Il fallait &#234;tre un &#171; dogmatique marxiste &#187; pour avoir le courage, au Congr&#232;s international de Paris en 1889, de s'aventurer &#224; la proph&#233;tie faite par Plekhanoff, en ces termes : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire triomphera en Russie comme mouvement ouvrier. &#187; Maintenant enfin ce triomphe a commenc&#233;, triomphe non seulement du mouvement ouvrier, mais aussi du &#171; dogme marxiste &#187; qui permettait de reconna&#238;tre, non seulement la r&#233;volution approchante, mais encore son repr&#233;sentant et son agent, en un temps o&#249; l'on ne pouvait d&#233;couvrir le plus l&#233;ger souffle d'un mouvement dans l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il y a en Russie une r&#233;volution et m&#234;me, &#224; ce qu'il semble une r&#233;volution o&#249; les fourches paysannes jouent leur r&#244;le ; c'est la ruine d'un r&#233;gime qui a employ&#233; tous les &#233;normes moyens d'action de la civilisation moderne &#224; accro&#238;tre son exploitation et &#224; prolonger sa lutte contre la mort dans des proportions qui d&#233;passent de beaucoup ce qu'&#224; fait l'ancien r&#233;gime en France au XVIII&#176; si&#232;cle. Et si la ruine de la royaut&#233; f&#233;odale, lors de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, a &#233;t&#233; la ruine d'une aristocratie qui avait h&#233;rit&#233; de l'esprit et de l'affinement de la plus haute civilisation qui e&#251;t exist&#233; jusqu'alors, l'&#233;croulement de maintenant est celui d'un despotisme barbare, que sa stupidit&#233; et sa sauvagerie met au plus bas degr&#233; de la vie intellectuelle en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut encore qu'&#224; peine pressentir quelles formes va rev&#234;tir cet &#233;croulement gigantesque et inou&#239;, quelles forces il va d&#233;cha&#238;ner, quels &#233;v&#233;nements il va faire &#233;clore. Mais une chose est certaine d&#232;s &#224; pr&#233;sent : Il ne restera pas limit&#233; &#224; la Russie ; il m&#232;ne &#224; un bouleversement europ&#233;en. La ruine &#233;conomique de l'Etat russe portera un coup terrible au capitalisme en Europe, notamment &#224; ceux de France et d'Allemagne qui ont &#224; l'envi d&#233;pens&#233; &#224; soutenir le r&#233;gime assassin de Russie les milliards qu'ils tirent du prol&#233;tariat de leur pays ; il &#233;branlera la constitution politique des Etats voisins de la Russie, et s'&#233;tendra aux nationalit&#233;s fragment&#233;es, qui sont repr&#233;sent&#233;es aussi dans l'empire russe ; il portera une profonde excitation dans le prol&#233;tariat du monde entier et l'appellera &#224; l'assaut contre tous les obstacles qui s'opposent &#224; son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas encore ce qui va se produire, si le mouvement n'est qu'une de ces secousses qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; capitaliste europ&#233;enne, ou si elle sera d&#232;s &#224; pr&#233;sent le d&#233;but de la R&#233;volution, de la derni&#232;re grande r&#233;volution mettant fin au cycle des r&#233;volutions du capitalisme pour cr&#233;er de nouvelles formes d'&#233;volution. Mais, quoi qu'il doive advenir, de grandes choses sont devant nous, de grandes luttes, de grandes victoires. Et c'est ce dont le prol&#233;tariat a le sentiment partout ; il s'&#233;meut et s'appr&#234;te avec plus d'ardeur que jamais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation de mai de cette ann&#233;e le prouvera de la fa&#231;on la plus claire. Si, &#231;&#224; et l&#224;, sous l'influence du calme et de la stagnation de ces derni&#232;res ann&#233;es, elle est devenue parfois une innocente f&#234;te populaire, cette ann&#233;e elle sera plus que jamais ce qu'elle devait &#234;tre &#224; son d&#233;but : la revue annuelle du prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et syndicale. Ce ne sera pas une parade pacifique, mais la lev&#233;e de l'arm&#233;e se pr&#233;parant au combat, &#224; la guerre, &#224; la guerre sainte contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression politique, guerre dans laquelle se livre actuellement en Russie une bataille d&#233;cisive, amenant peut-&#234;tre bient&#244;t l'Europe &#224; une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non pas seulement en Europe ; non, c'est partout o&#249; il y a un prol&#233;tariat combattant pour son &#233;mancipation que la manifestation du Premier mai sera cette fois domin&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution, qui a cess&#233; d'&#234;tre un r&#234;ve dont rient les &#171; politiques &#187;, qui du jour au lendemain est devenu une r&#233;alit&#233;, une force vivante, troublant et paralysant nos adversaires, nous entra&#238;nant nous-m&#234;mes en avant, nous excitant &#224; de grandes choses, pour notre grand but, pour la suppression de toute exploitation et de tout servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902)</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8047</link>
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		<dc:date>2024-11-19T23:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept de r&#233;volution sociale &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a peu de conceptions sur lesquelles il y ait eu tant de controverse que sur celle de la r&#233;volution. Cela peut &#234;tre attribu&#233; en partie au fait que rien n'est aussi contraire aux int&#233;r&#234;ts et aux pr&#233;jug&#233;s existants que ce concept, et en partie au fait que peu de choses sont aussi ambigu&#235;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les &#233;v&#233;nements ne peuvent pas &#234;tre d&#233;finis aussi pr&#233;cis&#233;ment que les choses. Cela est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concept de r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu de conceptions sur lesquelles il y ait eu tant de controverse que sur celle de la r&#233;volution. Cela peut &#234;tre attribu&#233; en partie au fait que rien n'est aussi contraire aux int&#233;r&#234;ts et aux pr&#233;jug&#233;s existants que ce concept, et en partie au fait que peu de choses sont aussi ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les &#233;v&#233;nements ne peuvent pas &#234;tre d&#233;finis aussi pr&#233;cis&#233;ment que les choses. Cela est particuli&#232;rement vrai des &#233;v&#233;nements sociaux, qui sont extr&#234;mement compliqu&#233;s et qui se compliquent de plus en plus &#224; mesure que la soci&#233;t&#233; avance - plus les formes de coop&#233;ration de l'humanit&#233; se diversifient. Parmi ces &#233;v&#233;nements les plus compliqu&#233;s figure la R&#233;volution sociale, qui est une transformation compl&#232;te des formes habituelles d'activit&#233; associ&#233;e parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que ce mot, que chacun utilise, mais chacun dans un sens diff&#233;rent, soit parfois utilis&#233; par les m&#234;mes personnes &#224; des moments diff&#233;rents dans des sens tr&#232;s diff&#233;rents. Certains entendent par barricades r&#233;volutionnaires, incendies de ch&#226;teaux, guillotines, massacres de septembre et toutes sortes de choses hideuses. D'autres chercheront &#224; &#244;ter tout piquant au mot et &#224; l'employer dans le sens de grandes mais imperceptibles et pacifiques transformations de la soci&#233;t&#233;, comme, par exemple, celles qui eurent lieu par la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique ou par l'invention de la machine &#224; vapeur. Entre ces deux d&#233;finitions, il existe de nombreuses nuances de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans son introduction &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique , d&#233;finit la r&#233;volution sociale comme une transformation plus ou moins rapide des fondements de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; r&#233;sultant d'un changement de ses fondements &#233;conomiques. Si l'on s'en tient &#224; cette d&#233;finition, on &#233;limine aussit&#244;t de l'id&#233;e de r&#233;volution sociale &#171; les changements dans les fondements &#233;conomiques &#187;, comme, par exemple, ceux qui ont proc&#233;d&#233; de la machine &#224; vapeur ou de la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique. Ces alt&#233;rations sont les causes de la r&#233;volution, non la r&#233;volution elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne veux pas m'en tenir trop strictement &#224; cette d&#233;finition de la r&#233;volution sociale. Il y a un sens encore plus &#233;troit dans lequel nous pouvons l'utiliser. Dans ce cas, il ne signifie pas non plus la transformation de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233;, mais seulement une forme particuli&#232;re ou une m&#233;thode particuli&#232;re de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout socialiste aspire &#224; la r&#233;volution sociale au sens large, et pourtant il y a des socialistes qui rejettent la r&#233;volution et n'atteindraient la transformation sociale que par la r&#233;forme. Ils opposent la r&#233;volution sociale &#224; la r&#233;forme sociale. C'est de ce contraste que nous discutons aujourd'hui dans nos rangs. Je veux consid&#233;rer ici la r&#233;volution sociale au sens &#233;troit d'une m&#233;thode particuli&#232;re de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre r&#233;forme et r&#233;volution ne consiste pas dans l'application de la force dans un cas et pas dans l'autre. Toute mesure juridique et politique est une mesure de force qui est ex&#233;cut&#233;e par la force de l'Etat. Les formes particuli&#232;res d'application de la force, comme par exemple les combats de rue ou les ex&#233;cutions, ne constituent pas non plus l'essentiel de la r&#233;volution par opposition &#224; la r&#233;forme. Celles-ci naissent de circonstances particuli&#232;res, ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;es &#224; des r&#233;volutions et peuvent facilement accompagner des mouvements de r&#233;forme. La constitution des d&#233;l&#233;gu&#233;s du tiers &#233;tat &#224; l'Assembl&#233;e nationale de France, le 17 juin 1789, est un acte &#233;minemment r&#233;volutionnaire sans recours apparent &#224; la force. Cette m&#234;me France avait, au contraire, en 1774 et 1775,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence aux combats de rue et aux ex&#233;cutions comme caract&#233;ristiques des r&#233;volutions est, cependant, un indice de la source &#224; partir de laquelle nous pouvons obtenir des enseignements importants quant &#224; l'essentiel de la r&#233;volution. La grande transformation qui a commenc&#233; en France en 1789 est devenue le type classique de la r&#233;volution. C'est celui auquel on pense ordinairement quand on parle de r&#233;volution. C'est &#224; partir de l&#224; que nous pouvons mieux &#233;tudier l'essentiel de la r&#233;volution et le contraste entre celle-ci et la r&#233;forme. Cette r&#233;volution fut pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une s&#233;rie d'efforts de r&#233;forme, dont les plus connus sont ceux de Turgot. Ces tentatives dans de nombreux cas visaient les m&#234;mes choses que la r&#233;volution a r&#233;alis&#233;es. Qu'est-ce qui distinguait les r&#233;formes de Turgot des mesures correspondantes de la r&#233;volution ? Entre les deux, la conqu&#234;te du pouvoir politique par une nouvelle classe, et c'est l&#224; que r&#233;side la diff&#233;rence essentielle entre la r&#233;volution et la r&#233;forme. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir gouvernemental par une classe jusque-l&#224; opprim&#233;e, en d'autres termes, une r&#233;volution politique, est donc la caract&#233;ristique essentielle de la r&#233;volution sociale dans ce sens &#233;troit, par opposition &#224; la r&#233;forme sociale. Ceux qui rejettent la r&#233;volution politique comme principal moyen de transformation sociale ou qui souhaitent la limiter aux mesures accord&#233;es par la classe dirigeante sont des r&#233;formateurs sociaux, m&#234;me si leurs id&#233;es sociales peuvent contrarier les formes sociales existantes. Au contraire, est r&#233;volutionnaire celui qui cherche &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique pour une classe jusque-l&#224; opprim&#233;e, et il ne perd pas ce caract&#232;re s'il pr&#233;pare et h&#226;te cette conqu&#234;te par des r&#233;formes sociales arrach&#233;es aux classes dominantes. Ce n'est pas la recherche de r&#233;formes sociales, mais le fait de s'y confiner explicitement, qui distingue le r&#233;formateur social du r&#233;volutionnaire social. D'autre part, une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. peu importe m&#234;me si elle devait prendre la forme violente de la guerre civile, ce n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. peu importe m&#234;me si elle devait prendre la forme violente de la guerre civile, ce n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;volution et r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme sociale peut tr&#232;s bien &#234;tre en accord avec les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante. Il se peut que pour l'instant leur domination sociale demeure intacte, ou dans certaines circonstances, puisse m&#234;me la renforcer. La r&#233;volution sociale, au contraire, est d'embl&#233;e incompatible avec les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante, puisqu'elle signifie en toutes circonstances l'an&#233;antissement de son pouvoir. Il n'est pas &#233;tonnant que la classe dirigeante actuelle calomnie et stigmatise continuellement la r&#233;volution parce qu'elle pense qu'elle menace sa position. Ils opposent l'id&#233;e de r&#233;volution sociale &#224; celle de r&#233;forme sociale, qu'ils portent jusqu'au ciel, bien souvent m&#234;me sans jamais permettre qu'elle devienne un fait terrestre. Les arguments contre la r&#233;volution d&#233;rivent des formes de pens&#233;e dominantes actuelles. Tant que le christianisme dominait l'esprit des hommes, l'id&#233;e de r&#233;volution &#233;tait rejet&#233;e comme r&#233;volte p&#233;cheresse contre l'autorit&#233; divinement constitu&#233;e. Il &#233;tait facile d'en trouver des textes probants dans le Nouveau Testament, puisque celui de l'Empire romain, &#224; une &#233;poque o&#249; toute r&#233;volte contre les pouvoirs dominants paraissait sans espoir, et o&#249; toute vie politique ind&#233;pendante avait cess&#233; d'exister. Les classes r&#233;volutionnaires, bien s&#251;r, ont r&#233;pondu par des citations de l'Ancien Testament, dans lequel vivait encore une grande partie de l'esprit d'une d&#233;mocratie pastorale primitive. Une fois que la mani&#232;re de penser judiciaire a supplant&#233; la pens&#233;e th&#233;ologique, une r&#233;volution a &#233;t&#233; d&#233;finie comme une rupture violente avec l'ordre juridique existant. Nul cependant ne pouvait avoir droit &#224; la destruction des droits, un droit de r&#233;volution &#233;tait une absurdit&#233;, et la r&#233;volution dans tous les cas un crime. Mais les repr&#233;sentants de la classe aspirante opposent au droit existant, historiquement descendu, le droit pour lequel ils luttent, le repr&#233;sentant comme une loi &#233;ternelle de la nature et de la raison, et un droit inali&#233;nable de l'humanit&#233;. La reconqu&#234;te de ces derniers droits, qui manifestement n'auraient pu &#234;tre perdus que par une violation des droits, &#233;tait elle-m&#234;me impossible sans violation des droits, m&#234;me s'ils venaient &#224; la suite d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les phrases th&#233;ologiques ont perdu leur pouvoir d'asservissement, et surtout parmi les classes r&#233;volutionnaires du peuple. La r&#233;f&#233;rence au droit historique a aussi perdu de sa force. L'origine r&#233;volutionnaire des droits actuels et du gouvernement actuel est encore si r&#233;cente que leur l&#233;gitimit&#233; peut &#234;tre contest&#233;e. Non seulement le gouvernement de la France, mais les dynasties de l'Italie, de l'Espagne, de la Bulgarie, de l'Angleterre et de la Hollande sont d'origine r&#233;volutionnaire. Les rois de Bavi&#232;re et de Wurtemberg, le grand-duc de Bade et de Hesse, doivent, non seulement leurs titres, mais une grande partie de leurs provinces, &#224; la protection du parvenu r&#233;volutionnaire Napol&#233;on ; les Hohenzollern ont atteint leurs positions actuelles sur les ruines des tr&#244;nes, et m&#234;me les Habsbourgeois se sont inclin&#233;s devant la r&#233;volution hongroise. Andrassy, &#8203;&#8203;qui fut pendu en effigie pour haute trahison en 1852,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie elle-m&#234;me &#233;tait activement engag&#233;e dans toutes ces violations des droits historiques. Elle ne peut, d&#233;sormais, depuis qu'elle est devenue la classe dirigeante, bien condamner la r&#233;volution au nom de ce droit &#224; la r&#233;volution, m&#234;me si sa philosophie juridique fait tout pour concilier droits naturels et droits historiques. Elle doit chercher des arguments plus efficaces pour stigmatiser la r&#233;volution, et ceux-ci se trouvent dans la science naturelle naissante avec l'attitude mentale qui l'accompagne. Alors que la bourgeoisie &#233;tait encore r&#233;volutionnaire, la th&#233;orie catastrophique r&#233;gnait encore dans les sciences naturelles (g&#233;ologie et biologie). Cette th&#233;orie partait du principe que le d&#233;veloppement naturel s'est produit par de grands sauts soudains. Une fois la r&#233;volution capitaliste termin&#233;e, la place de la th&#233;orie catastrophique a &#233;t&#233; prise par l'hypoth&#232;se d'un d&#233;veloppement graduel imperceptible, proc&#233;dant par accumulation d'innombrables petites avanc&#233;es et ajustements dans une lutte concurrentielle. Pour la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, l'id&#233;e de catastrophes dans la nature &#233;tait tr&#232;s acceptable, mais pour la bourgeoisie conservatrice, ces id&#233;es semblaient irrationnelles et contre nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je n'affirme pas que les chercheurs scientifiques avaient toutes leurs th&#233;ories d&#233;termin&#233;es par les besoins politiques et sociaux de la bourgeoisie. Seuls les repr&#233;sentants des th&#233;ories de la catastrophe &#233;taient &#224; la fois les plus r&#233;actionnaires et les moins enclins aux vues r&#233;volutionnaires. Mais chacun est involontairement influenc&#233; par l'attitude mentale de la classe au milieu de laquelle il vit et en emporte quelque chose dans ses conceptions scientifiques. Dans le cas de Darwin, nous savons positivement que ses hypoth&#232;ses de sciences naturelles ont &#233;t&#233; influenc&#233;es par Malthus, cet adversaire d&#233;cisif de la r&#233;volution. Ce n'est pas tout &#224; fait par hasard que les th&#233;ories de l'&#233;volution (de Darwin et de Lyell) sont venues d'Angleterre, dont l'histoire pendant 250 ans n'a montr&#233; que des d&#233;buts r&#233;volutionnaires,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'une id&#233;e &#233;mane d'une classe particuli&#232;re, ou s'accorde avec ses int&#233;r&#234;ts, ne prouve &#233;videmment rien quant &#224; sa v&#233;racit&#233; ou sa fausset&#233;. Mais son influence historique d&#233;pend justement de ces choses. Que les nouvelles th&#233;ories de l'&#233;volution aient &#233;t&#233; rapidement accept&#233;es par les grandes masses populaires, qui n'avaient absolument aucune possibilit&#233; de les tester, prouve qu'elles reposaient sur des besoins profonds de ces classes. D'un c&#244;t&#233; ces th&#233;ories &#8211; et c'est ce qui leur donnait leur valeur pour les classes r&#233;volutionnaires &#8211; abolissaient de mani&#232;re beaucoup plus radicale que les anciennes th&#233;ories catastrophiques, toute n&#233;cessit&#233; d'une reconnaissance d'une puissance surnaturelle cr&#233;ant un monde par actes successifs. De l'autre c&#244;t&#233; - et cela plaisait le plus &#224; la bourgeoisie - ils d&#233;claraient que toutes les r&#233;volutions et catastrophes &#233;taient quelque chose d'anormal, contraire aux lois de la nature, et totalement absurde. Quiconque cherche aujourd'hui &#224; attaquer scientifiquement la r&#233;volution le fait au nom de la th&#233;orie de l'&#233;volution, d&#233;montrant que la nature ne fait pas de sauts, que par cons&#233;quent tout changement brusque des rapports sociaux est impossible ; cette avanc&#233;e n'est possible que par l'accumulation de petits changements et de l&#233;g&#232;res am&#233;liorations, appel&#233;es r&#233;formes sociales. Consid&#233;r&#233;e de ce point de vue, la r&#233;volution est une conception non scientifique &#224; propos de laquelle les gens scientifiquement cultiv&#233;s ne font que hausser les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait r&#233;pondre que l'analogie entre les lois naturelles et sociales n'est nullement parfaite. Certes, notre conception de l'un influencera inconsciemment notre conception de l'autre sph&#232;re comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu. Ce n'est pourtant pas un avantage et il vaut mieux freiner que favoriser ce transfert de lois d'un domaine &#224; l'autre. Certes, tout progr&#232;s dans les m&#233;thodes d'observation et de compr&#233;hension d'un domaine quelconque peut am&#233;liorer et am&#233;liorera nos m&#233;thodes et notre compr&#233;hension dans les autres, mais il est &#233;galement vrai qu'il existe &#224; l'int&#233;rieur de chacun de ces domaines des lois particuli&#232;res qui ne s'appliquent pas aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord noter la distinction fondamentale entre la nature anim&#233;e et la nature inanim&#233;e. Nul ne pr&#233;tendrait, au nom de la similitude externe, transf&#233;rer sans changement une loi qui s'applique &#224; l'une de ces sph&#232;res &#224; l'autre. On ne chercherait pas &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de la reproduction sexu&#233;e et de l'h&#233;r&#233;dit&#233; par les lois de l'affiliation chimique. Mais la m&#234;me erreur est commise lorsque les lois naturelles sont appliqu&#233;es directement &#224; la soci&#233;t&#233;, comme par exemple lorsque la concurrence est justifi&#233;e comme une n&#233;cessit&#233; naturelle en raison de la loi de la lutte pour la survie, ou lorsque les lois de l'&#233;volution naturelle sont invoqu&#233;es pour montrer l'impossibilit&#233; de r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus &#224; dire en r&#233;ponse. Si l'ancienne th&#233;orie catastrophique a disparu &#224; jamais des sciences naturelles, la nouvelle th&#233;orie qui ne fait de l'&#233;volution qu'une s&#233;rie de petits changements insignifiants se heurte &#224; des objections de plus en plus fortes. D'un c&#244;t&#233;, il y a une tendance croissante vers des th&#233;ories qui&#233;tistes et conservatrices qui r&#233;duisent l'&#233;volution elle-m&#234;me au minimum, de l'autre, les faits nous obligent &#224; accorder une importance toujours plus grande aux catastrophes dans le d&#233;veloppement naturel. Ceci s'applique &#233;galement aux th&#233;ories g&#233;ologiques de Lyell et &#224; l'&#233;volution organique de Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a donn&#233; lieu &#224; une sorte de synth&#232;se des anciennes th&#233;ories catastrophiques et des nouvelles th&#233;ories &#233;volutionnistes, semblable &#224; la synth&#232;se que l'on trouve dans le marxisme. De m&#234;me que le marxisme distingue entre le d&#233;veloppement &#233;conomique graduel et la transformation soudaine de la superstructure juridique et politique, de nombreuses nouvelles th&#233;ories biologiques et g&#233;ologiques reconnaissent, &#224; c&#244;t&#233; de la lente accumulation d'alt&#233;rations l&#233;g&#232;res et m&#234;me infinit&#233;simales, des transformations soudaines et profondes - des catastrophes - qui r&#233;sultent d'une &#233;volution plus lente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple notable en est fourni par les observations de de Bries rapport&#233;es au dernier congr&#232;s des sciences naturelles tenu &#224; Hambourg. Il a d&#233;couvert que les esp&#232;ces de plantes et d'animaux restent inchang&#233;es pendant une longue p&#233;riode ; certains d'entre eux finissent par dispara&#238;tre, lorsqu'ils sont devenus trop vieux pour s'adapter plus longtemps aux conditions d'existence, qui ont entre-temps chang&#233;. D'autres esp&#232;ces sont plus chanceuses ; elles &#171; explosent &#187; soudain, comme il l'a dit lui-m&#234;me, pour donner vie &#224; d'innombrables formes nouvelles, dont les unes perdurent et se multiplient, tandis que les autres, n'&#233;tant pas adapt&#233;es aux conditions de l'existence, disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention de tirer une conclusion en faveur de la r&#233;volution de ces nouvelles observations. Ce serait tomber dans la m&#234;me erreur que ceux qui soutiennent le rejet de la r&#233;volution de la th&#233;orie de l'&#233;volution. Mais ces observations montrent du moins que les savants eux-m&#234;mes ne sont pas enti&#232;rement d'accord sur le r&#244;le jou&#233; par les catastrophes dans le d&#233;veloppement organique et g&#233;ologique, et pour cette raison ce serait une erreur de vouloir tirer de l'une ou l'autre de ces hypoth&#232;ses des conclusions d&#233;finitives quant &#224; le r&#244;le jou&#233; par la r&#233;volution dans le d&#233;veloppement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si malgr&#233; ces faits on insiste encore sur de telles conclusions, alors nous pouvons leur r&#233;pondre par une illustration tr&#232;s populaire et famili&#232;re, qui d&#233;montre d'une mani&#232;re indubitable que la nature fait des sauts soudains : je me r&#233;f&#232;re &#224; l'acte de naissance. L'acte de naissance est un saut. Du coup un f&#339;tus, qui constituait jusqu'alors une partie de l'organisme de la m&#232;re, partageant sa circulation, se nourrissant d'elle, sans respirer, devient un &#234;tre humain ind&#233;pendant, avec son propre syst&#232;me circulatoire, qui respire et pleure, prend sa propre nourriture et utilise son tube digestif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie entre la naissance et la r&#233;volution, cependant, ne repose pas seulement sur la soudainet&#233; de l'acte. Si nous y regardons de plus pr&#232;s, nous trouverons que cette transformation soudaine &#224; la naissance est enti&#232;rement limit&#233;e aux fonctions. Les organes se d&#233;veloppent lentement et doivent atteindre un certain stade de d&#233;veloppement avant que ce saut ne soit possible, ce qui leur donne soudain leurs nouvelles fonctions. Si le saut a lieu avant que ce stade de d&#233;veloppement ne soit atteint, le r&#233;sultat n'est pas le d&#233;but de nouvelles fonctions pour les organes, mais la cessation de toutes les fonctions - la mort de la nouvelle cr&#233;ature. D'autre part, le lent d&#233;veloppement des organes dans le corps de la m&#232;re ne peut aller jusqu'&#224; un certain point, ils ne peuvent commencer leurs nouvelles fonctions sans l'acte r&#233;volutionnaire de la naissance. Cela devient in&#233;vitable lorsque le d&#233;veloppement des organes a atteint une certaine hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la m&#234;me chose dans la soci&#233;t&#233;. Ici aussi les r&#233;volutions sont le r&#233;sultat d'un d&#233;veloppement (&#233;volution) lent et graduel. Ici aussi ce sont les organes sociaux qui se d&#233;veloppent lentement. Ce qui peut &#234;tre chang&#233; d'un coup, d'un bond, de mani&#232;re r&#233;volutionnaire, ce sont leurs fonctions. Le chemin de fer s'est lentement d&#233;velopp&#233;. D'autre part, le chemin de fer peut subitement se transformer de sa fonction d'instrument d'enrichissement d'un certain nombre de capitalistes, en une entreprise socialiste ayant pour fonction de servir le bien commun. Et comme &#224; la naissance de l'enfant, toutes les fonctions sont simultan&#233;ment r&#233;volutionn&#233;es &#8211; circulation, respiration, digestion &#8211; de m&#234;me toutes les fonctions du chemin de fer doivent &#234;tre simultan&#233;ment r&#233;volutionn&#233;es d'un coup, car elles sont toutes les plus &#233;troitement li&#233;es. Ils ne peuvent pas &#234;tre socialis&#233;s progressivement et successivement, les uns apr&#232;s les autres, comme si, par exemple, on transformait aujourd'hui les fonctions d'ing&#233;nieur et de pompier, quelques ann&#233;es plus tard celles de billetterie, et plus tard encore celles de comptable et de comptable, etc. Ce fait est parfaitement clair pour un chemin de fer, mais la socialisation successive des diff&#233;rentes fonctions d'un chemin de fer n'est pas moins absurde que celle du minist&#232;re d'un &#201;tat centralis&#233;. Un tel minist&#232;re constitue un organisme unique dont les organes doivent coop&#233;rer. Les fonctions d'un de ces organes ne peuvent &#234;tre modifi&#233;es sans modifier &#233;galement tous les autres. L'id&#233;e de la conqu&#234;te graduelle des divers d&#233;partements d'un minist&#232;re par les socialistes n'est pas moins absurde que ne le serait une tentative de diviser l'acte de naissance en un certain nombre d'actes mensuels cons&#233;cutifs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque ni un chemin de fer ni un minist&#232;re ne peuvent &#234;tre chang&#233;s graduellement, mais seulement d'un seul coup, embrassant tous les organes &#224; la fois, des fonctions capitalistes aux fonctions socialistes, d'un organe du capitaliste &#224; un organe de la classe ouvri&#232;re, et cette transformation est possible seulement aux organes sociaux qui conservent un certain degr&#233; de d&#233;veloppement, on peut remarquer ici qu'avec l'organisme maternel il est possible de d&#233;terminer scientifiquement le moment o&#249; le degr&#233; de maturit&#233; est atteint, ce qui n'est pas le cas de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la naissance ne marque pas la conclusion du d&#233;veloppement de l'organisme humain, mais plut&#244;t le d&#233;but d'une nouvelle &#233;poque de d&#233;veloppement. L'enfant entre maintenant dans de nouvelles relations dans lesquelles de nouveaux organes sont cr&#233;&#233;s, et ceux qui existaient auparavant se d&#233;veloppent davantage dans d'autres directions ; les dents poussent dans la bouche, les yeux apprennent &#224; voir ; les mains pour saisir, les pieds pour marcher, la bouche pour parler, etc. De m&#234;me une r&#233;volution sociale n'est pas l'aboutissement du d&#233;veloppement social, mais le d&#233;but d'une nouvelle forme de d&#233;veloppement. Une r&#233;volution socialiste peut d'un seul coup transf&#233;rer une usine de la propri&#233;t&#233; capitaliste &#224; la propri&#233;t&#233; sociale. Mais ce n'est que progressivement, au cours d'une lente &#233;volution, que l'on peut transformer une usine d'un lieu de travail monotone, repoussant et forc&#233; en un lieu attrayant pour l'activit&#233; joyeuse d'&#234;tres humains heureux. Une r&#233;volution socialiste peut d'un seul coup transformer les grandes exploitations agricoles en propri&#233;t&#233; sociale. Dans cette partie de l'agriculture o&#249; domine encore la petite industrie, il faut d'abord cr&#233;er les organes de la production sociale et socialiste, et cela ne peut venir que d'un lent d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que l'analogie entre naissance et r&#233;volution va assez loin. Mais cela ne prouve naturellement rien de plus que l'on n'a pas le droit de faire appel &#224; la nature pour prouver qu'une r&#233;volution sociale est quelque chose d'inutile, de d&#233;raisonnable et de contre nature. Nous n'avons pas non plus, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, le droit d'appliquer directement aux processus sociaux les conclusions tir&#233;es de la nature. Nous ne pouvons pas aller plus loin sur le terrain de telles analogies que de conclure : que, comme chaque cr&#233;ature animale doit &#224; un moment donn&#233; passer par une catastrophe pour atteindre un stade sup&#233;rieur de d&#233;veloppement (l'acte de naissance ou de rupture d'une coquille) , de sorte que la soci&#233;t&#233; ne peut &#234;tre &#233;lev&#233;e &#224; un stade sup&#233;rieur de d&#233;veloppement que par une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volutions dans l'Antiquit&#233; et le Moyen &#194;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute conclusion d&#233;finitive quant &#224; savoir si la r&#233;volution est une n&#233;cessit&#233; ou non ne peut &#234;tre tir&#233;e que d'une enqu&#234;te sur les faits du d&#233;veloppement social, et non par des analogies avec les sciences naturelles. Il suffit de jeter un coup d'&#339;il sur ces &#233;tapes ant&#233;rieures du d&#233;veloppement pour voir que la r&#233;volution sociale, au sens &#233;troit o&#249; nous l'employons ici, n'est pas un accompagnement n&#233;cessaire du d&#233;veloppement social. Il y a eu une &#233;volution sociale et de tr&#232;s grande envergure avant la mont&#233;e des antagonismes de classe et du pouvoir politique. Dans ces &#233;tapes, la conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe opprim&#233;e, et par cons&#233;quent une r&#233;volution sociale, &#233;tait bien s&#251;r impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s la naissance des antagonismes de classe et du pouvoir politique, il faut attendre longtemps pour trouver, soit dans l'Antiquit&#233;, soit au Moyen Age, quoi que ce soit qui corresponde &#224; notre id&#233;e de la r&#233;volution. Nous trouvons de nombreux exemples de luttes de classe acharn&#233;es, de guerres civiles et de catastrophes politiques, mais aucune de celles-ci n'a entra&#238;n&#233; une r&#233;novation fondamentale et permanente des conditions de propri&#233;t&#233; et, par cons&#233;quent, une nouvelle forme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, les raisons en sont les suivantes : Dans l'Antiquit&#233; et aussi au Moyen Age, le centre de gravit&#233; de la vie &#233;conomique et aussi de la vie politique &#233;tait la communaut&#233;. Chaque communaut&#233; se suffisait &#224; elle-m&#234;me dans tous les points essentiels et n'&#233;tait attach&#233;e au monde ext&#233;rieur que par des bandes l&#226;ches. Les grands &#201;tats n'&#233;taient que des conglom&#233;rats de communaut&#233;s qui ne tenaient ensemble que par une dynastie ou par une autre communaut&#233; dirigeante et exploiteuse. Chaque communaut&#233; avait son propre d&#233;veloppement &#233;conomique sp&#233;cial correspondant &#224; ses propres caract&#233;ristiques particuli&#232;res et correspondant &#224; celles-ci &#233;galement ses luttes de classe particuli&#232;res. Les r&#233;volutions politiques aussi &#224; cette &#233;poque n'&#233;taient surtout que des r&#233;volutions communales. Il &#233;tait bien s&#251;r impossible de transformer toute la vie sociale d'un grand territoire par une r&#233;volution politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le nombre d'individus dans un mouvement social est petit, moins il y a de mouvement social r&#233;el ; moins il y a d'universel et de cr&#233;ateur de loi, et plus le personnel et l'accidentel dominent. Cela a accru la diversit&#233; des luttes de classe dans les diff&#233;rentes communaut&#233;s. Parce que dans la lutte des classes aucun mouvement des masses ne pouvait appara&#238;tre, parce que le g&#233;n&#233;ral &#233;tait cach&#233; dans l'accidentel et le personnel, il ne pouvait y avoir de reconnaissance profonde des causes sociales et des buts des mouvements de classe. Quelle que soit la grandeur de la philosophie cr&#233;&#233;e par les Grecs, l'id&#233;e d'une &#233;conomie nationale scientifique leur &#233;tait &#233;trang&#232;re. Aristote ne fournit que les &#233;bauches d'un tel syst&#232;me. Les Grecs et les Romains sur le terrain &#233;conomique ne produisaient que des instructions pratiques pour l'&#233;conomie domestique, ou pour les industries agricoles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les causes sociales profondes qui ont donn&#233; naissance &#224; la condition des classes individuelles restaient cach&#233;es et &#233;taient voil&#233;es par les actes des individus et les particularit&#233;s locales, il n'&#233;tait pas &#233;tonnant que les classes opprim&#233;es aussi, d&#232;s qu'elles avaient conquis le pouvoir politique. , l'utilisait d'abord pour se d&#233;barrasser des individus et des particularit&#233;s locales et non pour &#233;tablir un nouvel ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obstacle le plus important sur la route de tout mouvement r&#233;volutionnaire &#224; cette &#233;poque &#233;tait la lenteur du d&#233;veloppement &#233;conomique. Cela s'est d&#233;roul&#233; de mani&#232;re imperceptible. Paysans et artisans travaillaient comme leurs grands-p&#232;res et arri&#232;re-grands-p&#232;res avaient l'habitude de travailler. L'ancien, le coutumier, &#233;tait la seule chose bonne et parfaite. M&#234;me quand on cherchait &#224; cr&#233;er quelque chose de nouveau, on s'effor&#231;ait de prouver aux autres qu'il s'agissait bien d'un retour &#224; quelque tradition oubli&#233;e. Le progr&#232;s technique n'obligeait pas par lui-m&#234;me &#224; de nouvelles formes de propri&#233;t&#233;, car il ne consistait qu'en une division sociale croissante du travail, en la division d'un m&#233;tier en plusieurs. Mais, dans chacun des nouveaux m&#233;tiers, le travail manuel reste fondamental, les moyens de production sont insignifiants et l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif est l'habilet&#233; manuelle. Certes, dans les derni&#232;res ann&#233;es de l'Antiquit&#233;, on trouve &#224; c&#244;t&#233; des paysans et des artisans de grandes entreprises (voire des &#233;tablissements industriels), mais celles-ci &#233;taient exploit&#233;es par des esclaves consid&#233;r&#233;s comme des &#233;trangers hors de la vie communautaire. Ces industries ne produisaient que des produits de luxe et ne pouvaient d&#233;velopper aucune force &#233;conomique particuli&#232;re, sauf temporairement en temps de grandes guerres qui affaiblissaient l'agriculture et rendaient le mat&#233;riel esclave bon march&#233;. Une forme &#233;conomique &#233;lev&#233;e et un nouvel id&#233;al social ne peuvent surgir d'une &#233;conomie esclavagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique forme de capital qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans l'Antiquit&#233; et le Moyen Age est l'usure et le capital commercial. Ces deux facteurs peuvent parfois entra&#238;ner des changements &#233;conomiques rapides. Mais le capital commercial ne pouvait que favoriser la division des anciens m&#233;tiers en d'innombrables nouveaux et le progr&#232;s de la grande industrie d&#233;pendante du travail des esclaves. Le capital usuraire agissait simplement pour retarder les formes de production existantes sans en cr&#233;er de nouvelles. La lutte contre le capital usuraire et contre les grandes industries agricoles exploit&#233;es par des esclaves a conduit &#224; des luttes politiques occasionnelles tr&#232;s semblables aux r&#233;volutions sociales de notre temps. Mais le but de celles-ci n'a toujours &#233;t&#233; que la restauration d'un &#233;tat ant&#233;rieur et non une r&#233;novation sociale. Tel fut le cas dans la liquidation des dettes op&#233;r&#233;e pour les paysans grecs, par Solon, et dans les mouvements des paysans et des prol&#233;taires romains dont les Gracques re&#231;oivent leur nom. A toutes ces causes - lenteur du d&#233;veloppement &#233;conomique, m&#233;connaissance des relations sociales profondes, division de la vie politique en d'innombrables communaut&#233;s diff&#233;rentes - s'ajoute le fait que dans l'Antiquit&#233; classique et bien souvent aussi au Moyen &#194;ge, les moyens de suppression d'une classe montante &#233;taient relativement insignifiantes. Il n'y avait pas de bureaucraties, ou du moins jamais o&#249; il y avait la vie politique la plus active, et o&#249; la lutte des classes &#233;tait la plus &#226;prement men&#233;e. Dans le monde romain, par exemple, la bureaucratie s'est d'abord d&#233;velopp&#233;e sous l'empire. Les relations internes des communaut&#233;s ainsi que leur commerce entre elles &#233;taient simples, faciles &#224; comprendre et ne pr&#233;supposaient aucune connaissance experte. Les classes gouvernantes pouvaient facilement s'assurer parmi elles les gouvernants n&#233;cessaires, et cela est d'autant plus vrai qu'&#224; cette &#233;poque la classe gouvernante &#233;tait &#233;galement habitu&#233;e &#224; s'engager dans une activit&#233; artistique, philosophique et politique. La classe dirigeante ne s'est pas content&#233;e de r&#233;gner, elle a aussi gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la masse du peuple n'&#233;tait pas enti&#232;rement sans d&#233;fense. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#226;ge d'or de l'Antiquit&#233; classique que le syst&#232;me de la milice &#233;tait la r&#232;gle, en vertu de laquelle chaque citoyen &#233;tait arm&#233;. Dans ces conditions, une tr&#232;s l&#233;g&#232;re alt&#233;ration du rapport de force des classes suffisait &#224; amener une nouvelle classe au pouvoir. Les antagonismes de classe ne pouvaient pas atteindre un degr&#233; tel que l'id&#233;e d'une transformation compl&#232;te de toutes les institutions existantes p&#251;t s'enraciner solidement dans l'esprit d'une classe opprim&#233;e et, de plus, dans ces classes opprim&#233;es, l'ent&#234;tement &#224; s'accrocher &#224; tous les privil&#232;ges &#233;tait la r&#232;gle. Comme on l'a d&#233;j&#224; not&#233;, cela a eu pour effet de limiter presque enti&#232;rement la r&#233;volution politique &#224; l'abolition des abus individuels et &#224; l'&#233;loignement des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les grandes nations des temps modernes, l'Angleterre est celle qui ressemble le plus au moyen &#226;ge, non &#233;conomiquement, mais par sa forme politique. Le militarisme et la bureaucratie y sont les moins d&#233;velopp&#233;s. Elle poss&#232;de encore une aristocratie qui non seulement r&#232;gne mais gouverne. Correspondant &#224; cela, l'Angleterre est la grande nation moderne dans laquelle les efforts des classes opprim&#233;es visent principalement &#224; &#233;liminer certains abus au lieu d'&#234;tre dirig&#233;s contre l'ensemble du syst&#232;me social. C'est aussi l'Etat o&#249; la pratique de la protection contre la r&#233;volution par le compromis est la plus d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'armement universel du peuple n'a pas encourag&#233; les grandes r&#233;volutions sociales, il a rendu beaucoup plus facile le d&#233;clenchement d'un conflit arm&#233; entre les classes &#224; la moindre occasion. Les soul&#232;vements violents et les guerres civiles ne manquent pas dans l'Antiquit&#233; et le Moyen &#194;ge. La f&#233;rocit&#233; avec laquelle ceux-ci ont &#233;t&#233; combattus &#233;tait souvent si grande qu'elle a conduit &#224; l'expulsion, &#224; l'expropriation et souvent &#224; l'extermination des vaincus. Ceux qui consid&#232;rent la violence comme un signe de r&#233;volution sociale trouveront beaucoup de telles r&#233;volutions dans les &#233;poques ant&#233;rieures. Mais ceux qui con&#231;oivent la r&#233;volution sociale comme la conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe auparavant asservie et la transformation de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233;, notamment dans les rapports de propri&#233;t&#233;, n'y trouveront pas de r&#233;volution sociale. Le d&#233;veloppement social s'est fait au coup par coup, &#233;tape par &#233;tape, non pas &#224; travers de grandes catastrophes isol&#233;es, mais en d'innombrables petits mouvements fragment&#233;s, apparemment d&#233;connect&#233;s, souvent interrompus, toujours renouvel&#233;s, pour la plupart inconscients. La grande transformation sociale de l'&#233;poque qui nous occupe, la disparition de l'esclavage en Europe, s'est op&#233;r&#233;e si insensiblement que les contemporains de ce mouvement n'y ont pas pr&#234;t&#233; attention, et qu'on est aujourd'hui oblig&#233; de la reconstituer par des hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution sociale sous le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ont pris un tout autre aspect d&#232;s que le mode de production capitaliste s'est d&#233;velopp&#233;. Ce serait aller trop loin et ce ne serait que r&#233;p&#233;ter des choses bien connues si j'&#233;tais ici pour entrer dans le m&#233;canisme du capitalisme et ses cons&#233;quences. Qu'il suffise de dire que le mode de production capitaliste a cr&#233;&#233; l'&#201;tat moderne, a mis fin &#224; l'ind&#233;pendance politique des communaut&#233;s et en m&#234;me temps leur ind&#233;pendance &#233;conomique a cess&#233;, chacun est devenu une partie d'un tout et a perdu ses droits sp&#233;ciaux et ses particularit&#233;s particuli&#232;res. Tous furent r&#233;duits au m&#234;me niveau, tous re&#231;urent les m&#234;mes lois, les m&#234;mes imp&#244;ts, les m&#234;mes tribunaux, et furent soumis au m&#234;me gouvernement. L'&#201;tat moderne a donc &#233;t&#233; contraint de devenir un &#201;tat national et a ajout&#233; aux autres &#233;galit&#233;s l'&#233;galit&#233; de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence du pouvoir gouvernemental sur la vie sociale &#233;tait alors quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent de ce qu'elle &#233;tait dans l'Antiquit&#233; ou le Moyen Age. Tout changement politique important dans un grand &#201;tat moderne influence &#224; la fois d'un seul coup et de la mani&#232;re la plus profonde une &#233;norme sph&#232;re sociale. La conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe auparavant assujettie doit, de ce fait, d&#233;sormais avoir des r&#233;sultats sociaux tout &#224; fait diff&#233;rents qu'auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, le pouvoir dont dispose l'&#201;tat moderne s'est &#233;norm&#233;ment accru. La r&#233;volution technique du capitalisme atteint aussi la technique des armes. Depuis la R&#233;forme, les armes de guerre sont devenues de plus en plus parfaites, mais aussi plus co&#251;teuses. Ils deviennent ainsi un privil&#232;ge du pouvoir gouvernemental. Ce fait seul s&#233;pare l'arm&#233;e du peuple, m&#234;me dans les lieux o&#249; r&#232;gne la conscription universelle, &#224; moins qu'elle ne soit compl&#233;t&#233;e par l'armement populaire, ce qui n'est le cas dans aucun grand &#201;tat. Surtout, les chefs de l'arm&#233;e sont des militaires de m&#233;tier s&#233;par&#233;s du peuple auquel ils s'opposent en tant que classe privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs &#233;conomiques de l'&#201;tat centralis&#233; moderne sont &#233;galement &#233;normes par rapport &#224; ceux des &#201;tats ant&#233;rieurs. Ils comprennent la richesse d'une sph&#232;re colossale dont les moyens techniques de production laissent loin derri&#232;re la culture sup&#233;rieure de l'antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat moderne poss&#232;de &#233;galement une bureaucratie beaucoup plus centralis&#233;e que celle de tout &#201;tat ant&#233;rieur. Les probl&#232;mes de l'&#201;tat moderne se sont tellement d&#233;velopp&#233;s qu'il est impossible de les r&#233;soudre sans une vaste division du travail et un haut niveau de connaissances professionnelles. Le mode de production capitaliste prive la classe dirigeante de tous les loisirs dont elle disposait auparavant. M&#234;me s'ils ne produisent pas mais vivent de l'exploitation des classes productrices, ils ne sont pas pour autant des exploiteurs oisifs. Gr&#226;ce &#224; la concurrence, moteur de la vie &#233;conomique actuelle, les exploiteurs sont sans cesse contraints de mener entre eux une lutte &#233;puisante qui menace les vaincus d'an&#233;antissement complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes n'ont donc ni le temps ni les loisirs, ni la culture pr&#233;alable n&#233;cessaire &#224; l'activit&#233; artistique et scientifique. Ils n'ont m&#234;me pas les qualifications n&#233;cessaires pour participer r&#233;guli&#232;rement aux activit&#233;s gouvernementales. Non seulement dans l'art et la science, mais aussi dans le gouvernement de l'&#201;tat, la classe dirigeante est forc&#233;e de ne pas participer. Ils doivent laisser cela aux salari&#233;s et aux employ&#233;s bureaucratiques. La classe capitaliste r&#232;gne mais ne gouverne pas. Il se contente cependant de diriger le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me la noblesse f&#233;odale d&#233;cadente avant elle, se contenta de prendre les formes d'une noblesse royale. Mais tandis que chez la noblesse f&#233;odale le renoncement &#224; ses fonctions sociales &#233;tait le produit de la corruption, chez les capitalistes ce renoncement d&#233;coule directement de leurs fonctions sociales et fait partie int&#233;grante de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aide d'un gouvernement aussi puissant, une classe peut se maintenir longtemps, m&#234;me si c'est superflu. Oui, m&#234;me si c'est devenu nuisible. Et plus le pouvoir de l'Etat est fort, plus la classe dirigeante s'appuie sur lui, d'autant plus elle s'accroche obstin&#233;ment &#224; ses privil&#232;ges et d'autant moins est-elle encline &#224; accorder des concessions. Plus longtemps, cependant, il maintient sa domination de cette mani&#232;re, plus les antagonismes de classe deviennent aigus, plus l'effondrement politique doit &#234;tre prononc&#233; lorsqu'il se produit finalement, et plus la transformation sociale qui en r&#233;sulte est profonde, et plus la conqu&#234;te est appropri&#233;e. du pouvoir politique par une classe opprim&#233;e pour mener &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, les classes bellig&#233;rantes deviennent de plus en plus conscientes des cons&#233;quences sociales de leur lutte politique. Le syst&#232;me de production capitaliste tend &#224; acc&#233;l&#233;rer consid&#233;rablement la marche de l'&#233;volution &#233;conomique. La transformation &#233;conomique &#224; laquelle le si&#232;cle de l'invention a pr&#233;par&#233; la voie se poursuit par l'introduction des machines dans l'industrie. Depuis leur introduction, nos relations &#233;conomiques sont sujettes &#224; un changement continu, non seulement par la dissolution rapide de l'ancien, mais par la cr&#233;ation continue du nouveau. L'id&#233;e de l'ancien, du pass&#233;, cesse d'&#234;tre &#233;quivalente &#224; l'&#233;prouv&#233;, &#224; l'honorable, &#224; l'inviolable. Il devient synonyme d'imparfait et de d&#233;pass&#233;. Cette id&#233;e est transplant&#233;e de la vie &#233;conomique dans le domaine de l'art, de la science et de la politique. De m&#234;me qu'autrefois les gens s'accrochaient sans raison &#224; l'ancien, de m&#234;me aujourd'hui on rejette volontiers l'ancien sans raison simplement parce qu'il est ancien. Et le temps n&#233;cessaire pour rendre une machine, une institution, une th&#233;orie d&#233;pass&#233;es devient de plus en plus court. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau est pourtant pr&#233;cis&#233;ment ce que l'on observe, critique et investigue de plus pr&#232;s. L'ordinaire et le banal passent comme une &#233;vidence. L'humanit&#233; a &#233;tudi&#233; les causes de l'&#233;clipse bien avant le lever et le coucher du soleil. De la m&#234;me mani&#232;re, l'incitation &#224; &#233;tudier les lois des ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#233;tait tr&#232;s faible tant que ces ph&#233;nom&#232;nes &#233;taient ordinaires, &#233;vidents, &#171; naturels &#187;. Cette incitation doit &#234;tre imm&#233;diatement renforc&#233;e d&#232;s que des formations nouvelles, jusqu'alors in&#233;dites, apparaissent dans la vie sociale. Ce n'est pas l'ancienne &#233;conomie f&#233;odale h&#233;r&#233;ditaire, mais plut&#244;t l'&#233;conomie capitaliste nouvellement apparue qui a suscit&#233; pour la premi&#232;re fois l'observation scientifique au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science &#233;conomique &#233;tait encourag&#233;e plus encore par un autre motif. La production capitaliste est une production de masse, une production sociale. L'&#201;tat capitaliste moderne typique est le grand &#201;tat. L'&#233;conomie moderne, comme la politique moderne, doit faire face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de masse. Plus le nombre d'apparitions semblables que l'on observe est grand, plus la tendance &#224; remarquer l'universel - celles qui indiquent une loi sociale - et plus l'individuel et l'accidentel disparaissent, plus il est facile de d&#233;couvrir les lois des mouvements sociaux. L'observation math&#233;matique de masse des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, des statistiques et de la science de la soci&#233;t&#233; qui d&#233;coule de l'&#233;conomie politique et atteint son point culminant dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, n'a &#233;t&#233; possible qu'au stade capitaliste de la production. Maintenant, pour la premi&#232;re fois, les classes pouvaient prendre pleinement conscience de la signification sociale de leurs luttes et, pour la premi&#232;re fois, se fixer de grands objectifs sociaux, non comme des r&#234;ves arbitraires et des v&#339;ux pieux destin&#233;s &#224; &#234;tre bris&#233;s par des faits concrets, mais comme des r&#233;sultats de la connaissance scientifique des possibilit&#233;s et des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques. Pour &#234;tre s&#251;r que cette pens&#233;e scientifique peut se tromper, on peut montrer que nombre de ses conclusions sont des illusions. Mais si grandes que soient ces erreurs, on ne saurait la priver du caract&#232;re propre &#224; toute v&#233;ritable science, la recherche d'une conception uniforme de tous les ph&#233;nom&#232;nes sous un ensemble indiscutable. En sciences sociales, cela signifie la reconnaissance du tout social comme un organisme unique dans lequel on ne peut arbitrairement et pour lui-m&#234;me changer aucune partie. La classe socialement opprim&#233;e ne dirige plus sa critique th&#233;orique contre les individus et les tendances, mais contre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; existante. Et justement de ce fait toute classe opprim&#233;e qui conquiert le pouvoir politique est amen&#233;e &#224; transformer l'ensemble des fondements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste issue de la r&#233;volution de 1789 et de son issue &#233;tait pr&#233;vue dans ses grandes lignes par les physiocrates et leurs successeurs anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette distinction entre les &#201;tats et la soci&#233;t&#233; modernes et les organisations de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge que repose la diff&#233;rence dans la mani&#232;re de leur d&#233;veloppement. Le premier &#233;tait principalement inconscient, divis&#233; en conflits locaux et personnels et en la r&#233;bellion d'innombrables petites communaut&#233;s &#224; diff&#233;rents stades de d&#233;veloppement ; celle-ci devient de plus en plus consciente d'elle-m&#234;me et tend vers un grand but social reconnu, d&#233;termin&#233; et propag&#233; par un travail scientifiquement critique. Les r&#233;volutions politiques sont moins fr&#233;quentes, mais plus compl&#232;tes et leurs r&#233;sultats sociaux plus &#233;tendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage des guerres civiles de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge aux r&#233;volutions sociales au sens ancien du terme a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; par la R&#233;forme, qui appartenait pour moiti&#233; au Moyen &#194;ge et pour moiti&#233; aux temps modernes. A un stade plus &#233;lev&#233; encore, la r&#233;volution anglaise du milieu du XVIIe si&#232;cle, et enfin la grande r&#233;volution fran&#231;aise devient le type classique de la r&#233;volution sociale, dont les soul&#232;vements de 1830 et 1848 ne sont que de faibles &#233;chos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sociale au sens ici donn&#233; est propre au stade de d&#233;veloppement social de la soci&#233;t&#233; capitaliste et de l'&#201;tat capitaliste. Il n'existait pas avant le capitalisme, car les fronti&#232;res politiques &#233;taient trop &#233;troites et la conscience sociale trop peu d&#233;velopp&#233;e. Elle dispara&#238;tra avec le capitalisme parce que celui-ci ne peut &#234;tre renvers&#233; que par le prol&#233;tariat qui, en tant que la plus basse de toutes les classes sociales, ne peut utiliser sa domination que pour abolir toute domination de classe et toutes les classes et, par l&#224; m&#234;me, les conditions essentielles de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande question se pose maintenant, une question qui aujourd'hui nous touche profond&#233;ment, parce qu'elle a la plus grande influence sur nos relations politiques avec le pr&#233;sent : le temps de la r&#233;volution sociale est-il pass&#233; ou non ? Avons-nous d&#233;j&#224; les conditions politiques qui peuvent amener une transition du capitalisme au socialisme sans r&#233;volution politique, sans conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, ou faut-il encore s'attendre &#224; une &#233;poque de luttes d&#233;cisives pour la possession de ce pouvoir et avec lui une r&#233;volution r&#233;volutionnaire ? &#233;poque ? L'id&#233;e de r&#233;volution sociale appartient-elle &#224; ces id&#233;es archa&#239;ques qui ne sont soutenues que par des &#233;chos irr&#233;fl&#233;chis de conceptions d&#233;pass&#233;es ou par des sp&#233;culateurs d&#233;magogiques sous les applaudissements des masses irr&#233;fl&#233;chies, et que toute personne moderne honn&#234;te qui observe sans passion les faits de la soci&#233;t&#233; moderne doit mettre de c&#244;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la question. Certainement une question importante que quelques phrases ne serviront pas &#224; &#233;carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;couvert que la r&#233;volution sociale est le produit de conditions historiques particuli&#232;res. Elles supposent, non seulement un antagonisme de classe tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, mais aussi un grand &#201;tat national s'&#233;levant au-dessus de toutes les particularit&#233;s provinciales et communales, b&#226;ti sur une forme de production qui nivelle toutes les particularit&#233;s locales, un &#201;tat militaire et bureaucratique puissant, une science de la politique l'&#233;conomie et un rythme rapide de progr&#232;s &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces facteurs de r&#233;volution sociale n'a diminu&#233; de puissance au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Beaucoup d'entre eux, au contraire, ont &#233;t&#233; fortifi&#233;s. Jamais le rythme du d&#233;veloppement &#233;conomique n'a &#233;t&#233; plus rapide. L'&#233;conomie scientifique conna&#238;t, du moins, un grand essor extensif, sinon intensif, gr&#226;ce aux journaux. Jamais la perspicacit&#233; &#233;conomique n'a &#233;t&#233; aussi largement dispers&#233;e ; jamais la classe dirigeante, ainsi que la masse du peuple, n'a &#233;t&#233; autant en &#233;tat de comprendre les cons&#233;quences profondes de ses actes et de ses efforts. Cela seul prouve que nous ne ferons pas inconsciemment la formidable transition du capitalisme au socialisme, et que nous ne pouvons lentement saper la domination de la classe exploiteuse sans que cette classe en soit consciente,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, cependant, la connaissance des relations sociales n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;tendue qu'aujourd'hui, il est &#233;galement vrai que le pouvoir gouvernemental n'a jamais &#233;t&#233; aussi fort qu'aujourd'hui, ni les forces militaires, bureaucratiques et &#233;conomiques aussi puissamment d&#233;velopp&#233;es. Il s'ensuit que le prol&#233;tariat, lorsqu'il aura conquis les pouvoirs gouvernementaux, aura ainsi acquis le pouvoir de provoquer imm&#233;diatement les changements sociaux les plus &#233;tendus. Il s'ensuit &#233;galement que la classe dirigeante personnelle, avec l'aide de ces pouvoirs, peut continuer son existence et son pillage de la classe ouvri&#232;re longtemps apr&#232;s que sa n&#233;cessit&#233; &#233;conomique a cess&#233;. Cependant, plus les classes dirigeantes s'appuient sur l'appareil d'&#201;tat et en abusent &#224; des fins d'exploitation et d'oppression, plus l'amertume du prol&#233;tariat &#224; leur &#233;gard doit augmenter,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on a affirm&#233; que cette compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes socialistes les plus r&#233;cents ne tient pas compte du fait ind&#233;niable que le d&#233;veloppement se poursuit &#233;galement dans d'autres directions. On pr&#233;tend aussi que le contraste entre prol&#233;tariat et bourgeoisie n'augmente pas et qu'il existe dans tout Etat moderne suffisamment d'arrangements d&#233;mocratiques pour permettre au prol&#233;tariat, sinon d'acc&#233;der au pouvoir, du moins d'acc&#233;der progressivement au pouvoir , pas &#224; pas et augmentant constamment, de sorte que la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution sociale cesse. Voyons dans quelle mesure ces exceptions sont justifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adoucissement des antagonismes de classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; la premi&#232;re objection selon laquelle l'antagonisme social entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat diminue. Je n'&#233;voque pas ici la question des crises industrielles dont l'am&#233;lioration &#233;tait revendiqu&#233;e il y a quelques ann&#233;es. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; si &#233;nergiquement d&#233;mentie depuis lors par des faits notoires qu'il me suffit d'y revenir ici sans tenter d'entrer dans une discussion qui nous entra&#238;nerait trop loin. Je ne souhaite pas non plus apporter une contribution suppl&#233;mentaire au d&#233;bat sur la soi-disant th&#233;orie de la mis&#232;re croissante, d&#233;j&#224; trop discut&#233;e, qui, avec une sorte d'astuce, quand on le veut, peut &#234;tre fil&#233;e &#224; l'infini et qui, chez nous, a ont de plus en plus tendance &#224; s'appuyer sur la d&#233;finition du mot &#171; mis&#232;re &#187; que sur la d&#233;termination de faits pr&#233;cis. Les socialistes sont tous d'accord pour dire que le mode de production capitaliste, lorsqu'il n'est pas entrav&#233;, a pour r&#233;sultat une augmentation de la mis&#232;re physique. Ils s'accordent aussi &#224; dire que dans la soci&#233;t&#233; actuelle l'organisation de la classe ouvri&#232;re et la prise des pouvoirs gouvernementaux ont atteint un degr&#233; tel qu'elles peuvent quelque peu am&#233;liorer cette mis&#232;re. Enfin, ils s'accordent &#224; dire que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re n'est pas &#224; attendre de sa d&#233;moralisation croissante, mais de sa force croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat est une tout autre question. Il s'agit avant tout d'accro&#238;tre l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela augmente Marx l'a prouv&#233; il y a une g&#233;n&#233;ration, et &#224; mon avis personne ne l'a encore r&#233;fut&#233;. Quiconque nie l'exploitation croissante du prol&#233;tariat doit, avant tout, entreprendre une r&#233;futation du Capital de Marx .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on r&#233;pondra aussit&#244;t que c'est purement th&#233;orique et que pour nous rien ne doit &#234;tre tenu pour vrai et prouv&#233; que nous ne puissions saisir avec les mains. On ne nous donne pas de lois &#233;conomiques, mais seulement des chiffres statistiques. Ceux-ci ne sont pas si faciles &#224; d&#233;couvrir car, jusqu'&#224; pr&#233;sent, personne ne s'est plu &#224; &#233;noncer les montants, non seulement des salaires, mais aussi des b&#233;n&#233;fices sous une forme statistique, en raison du fait que les coffres-forts &#224; l'&#233;preuve du feu sont un ch&#226;teau que m&#234;me les bourgeois l&#226;ches et bienveillants d&#233;fendront comme un lion contre toute attaque administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) L'augmentation des salaires de 40 % de 1860 &#224; 1891 que Bowley calcule pour toute la classe ouvri&#232;re d'Angleterre, ne tient m&#234;me pas &#224; toute l'aristocratie ouvri&#232;re. A l'exception des ouvriers du coton qui n'ont pas &#233;t&#233; en vain les conservateurs de l'Angleterre et les enfants mod&#232;les de tous les r&#234;veurs de &#171; paix sociale &#187;, la moyenne de 1891 n'a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e que par les ouvriers du gaz, les marins et les mineurs. Les ouvriers du gaz doivent leur augmentation, en partie du moins, aux politiciens, car dans les grandes villes la municipalisation a apport&#233; de nombreuses am&#233;liorations. Chez les travailleurs du gaz, les consid&#233;rations de concurrence et d'exploitation par le capital priv&#233; sont &#233;galement de moindre importance. En partie aussi, le bond en avant de 1891 ainsi que l'apparition soudaine du &#171; nouvel unionisme &#187; qui avait suscit&#233; de si vastes espoirs se sont maintenant effondr&#233;s. Plus encore que chez les ouvriers du gaz, la hausse des salaires en 1891 pour les marins et les mineurs para&#238;t tout &#224; fait anormale et temporaire. Chez les mineurs, les salaires de 1888 &#233;taient les m&#234;mes que ceux de 1860, mais en 1891, ils &#233;taient de 50 % plus &#233;lev&#233;s. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais prenons le tableau tel qu'il est. Qu'est-ce que cela prouve vraiment ? M&#234;me selon cette pr&#233;sentation extraordinairement optimiste, les salaires deviennent une part toujours plus petite du revenu social. De 1860 &#224; 1874, le taux moyen d'augmentation a &#233;t&#233; de 45 % ; de 1877 &#224; 1891 seulement 42 2 / 3 pour cent. Si l'on oppose &#224; cela, faute de chiffres plus fiables, le total de l'imp&#244;t sur le revenu qui ne provenait pas des salaires mais des plus-values &#8203;&#8203;alors en 1860 ce serait quatre-vingt millions de dollars de moins que la somme des salaires. En 1891, le montant des plus-values &#8203;&#8203;d&#233;passait la somme des salaires d'une somme consid&#233;rable de pas moins de quatre cents millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie certainement une augmentation consid&#233;rable de l'exploitation. Le taux de la plus-value, c'est-&#224;-dire le taux d'exploitation du travailleur, s'est donc &#233;lev&#233; pendant ce temps de 96 % &#224; 112 %. En fait, m&#234;me selon les chiffres de Bowley, l'exploitation s'est au moins d&#233;velopp&#233;e tr&#232;s rapidement parmi les travailleurs les mieux organis&#233;s. L'exploitation des masses inorganis&#233;es doit avoir atteint un degr&#233; beaucoup plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'insistons pas beaucoup sur ces chiffres. Mais pour autant qu'ils montrent quoi que ce soit, ils parlent pour, et non contre, l'affirmation de l'exploitation croissante de la force de travail, que Marx a prouv&#233;e d'une autre mani&#232;re, par l'examen des lois des mouvements, le syst&#232;me de production capitaliste, et qui a pas encore &#233;t&#233; d&#233;mentie. Certes, on peut dire : Certes, l'exploitation augmente, mais les salaires augmentent aussi, m&#234;me si ce n'est pas au m&#234;me degr&#233; que les plus-values. Comment alors le travailleur d&#233;couvrira-t-il cette exploitation croissante si elle n'est pas tout &#224; fait &#233;vidente, mais ne peut &#234;tre d&#233;couverte que par une enqu&#234;te minutieuse ? La masse des ouvriers n'&#233;tudie pas les statistiques et ne r&#233;fl&#233;chit pas aux th&#233;ories de la valeur et du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre accord&#233;. Mais il y a un moyen de rendre sensible l'augmentation de l'exploitation aux travailleurs. A mesure que la masse du profit s'&#233;l&#232;ve, le niveau de vie de la bourgeoisie s'&#233;l&#232;ve aussi. Mais les classes ne sont pas s&#233;par&#233;es les unes des autres par des murs imp&#233;n&#233;trables. Le niveau de vie croissant de la classe sup&#233;rieure se r&#233;percute sur ceux qui sont en dessous et &#233;veille en eux de nouveaux besoins et de nouvelles exigences &#224; la satisfaction desquels le salaire lentement croissant n'est en aucun cas satisfaisant. La bourgeoisie se plaint de la disparition de la pudeur dans les classes inf&#233;rieures et de leur envie croissante, et oublie que les exigences croissantes d'en bas ne sont que le reflet de l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie d'en haut, qui fournit l'exemple et suscite l'envie des classes inf&#233;rieures. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le niveau de vie capitaliste cro&#238;t plus vite que celui du prol&#233;tariat va de soi. L'habitation de l'ouvrier ne s'est pas beaucoup am&#233;lior&#233;e depuis cinquante ans. Mais les demeures de la bourgeoisie sont magnifiques en comparaison de la maison capitaliste moyenne d'il y a cinquante ans. Le wagon de troisi&#232;me classe d'aujourd'hui et celui d'il y a cinquante ans diff&#232;rent peu dans leurs am&#233;nagements int&#233;rieurs. Mais quand on compare le wagon de chemin de fer de premi&#232;re classe du milieu du XIXe si&#232;cle avec la voiture de palais du train moderne ! Je ne crois pas que les marins des navires transatlantiques soient beaucoup mieux soign&#233;s aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, alors que le luxe que l'on trouve dans le salon du paquebot moderne aurait &#233;t&#233; inconnu il y a cinquante ans, m&#234;me dans un palais royal. yacht de plaisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour l'exploitation croissante du prol&#233;tariat. Mais ce facteur &#233;conomique n'est-il pas contrebalanc&#233; par l'approche politique croissante des classes ? La bourgeoisie ne reconna&#238;t-elle pas de plus en plus le travailleur comme son &#233;gal politique et social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que le prol&#233;tariat gagne rapidement sur le plan politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si son ascension dans les relations &#233;conomiques reste inf&#233;rieure &#224; celle de la bourgeoisie, cela engendre une envie et un m&#233;contentement sans cesse croissants. Le ph&#233;nom&#232;ne peut-&#234;tre le plus frappant des cinquante derni&#232;res ann&#233;es est la mont&#233;e rapide et ininterrompue du prol&#233;tariat dans les relations morales et intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques d&#233;cennies &#224; peine, le prol&#233;tariat &#233;tait si bas qu'il y avait m&#234;me des socialistes qui s'attendaient aux pires r&#233;sultats pour la culture de la conqu&#234;te du prol&#233;tariat. En 1850, Rodbertus &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le danger le plus mena&#231;ant &#224; l'heure actuelle est que nous ayons une nouvelle invasion barbare, venant cette fois de l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour d&#233;truire la coutume, la civilisation et la richesse.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Heinrich Heine d&#233;clarait que l'avenir appartenait aux communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cet aveu que l'avenir appartient aux communistes, je le fais dans la douleur et la plus grande anxi&#233;t&#233;. Ce n'est en aucun cas une illusion. En r&#233;alit&#233; ; ce n'est qu'avec peur et fr&#233;missement que je pense &#224; l'&#233;poque o&#249; ces sombres iconoclastes arrivent au pouvoir ; de leurs mains calleuses ils d&#233;truiront toutes les statues de marbre de la beaut&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, il est maintenant devenu compl&#232;tement diff&#233;rent. Ce n'est pas par le prol&#233;tariat que la civilisation moderne est menac&#233;e. Ce sont ces m&#234;mes communistes qui constituent aujourd'hui le refuge s&#251;r de l'art et de la science, qu'ils d&#233;fendent de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que dispara&#238;t rapidement la peur qui, apr&#232;s la Commune de Paris, a domin&#233; toute la classe capitaliste ; la crainte que le prol&#233;tariat conqu&#233;rant n'entre dans notre culture comme les Vandales dans leurs migrations raciales et fonde sur ses ruines un gouvernement d'asc&#232;tes barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en partie gr&#226;ce &#224; la disparition de cette peur que la sympathie pour le prol&#233;tariat et pour le socialisme s'accro&#238;t parmi les intellectuels bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le prol&#233;tariat, l'intelligence de classe est une particularit&#233; du syst&#232;me de production capitaliste. J'ai d&#233;j&#224; montr&#233; que ce syst&#232;me impose de telles exigences &#224; la classe dirigeante qu'elle n'a ni l'int&#233;r&#234;t ni le loisir de s'occuper des affaires du gouvernement, ou de cultiver l'art et la science, comme le faisaient l'aristocratie d'Ath&#232;nes ou le clerg&#233; des meilleurs. jours de l'&#201;glise catholique. Toute la sph&#232;re de l'activit&#233; intellectuelle sup&#233;rieure, qui &#233;tait autrefois un privil&#232;ge des classes dominantes, est maintenant laiss&#233;e par celles-ci aux ouvriers salari&#233;s, et le nombre de ces savants professionnels, artistes, ing&#233;nieurs et fonctionnaires augmente rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans leur ensemble, ils constituent les soi-disant &#171; intellectuels &#187;, la &#171; nouvelle classe moyenne &#187;, mais ils se distinguent surtout de l'ancienne classe moyenne par l'absence de toute conscience de classe particuli&#232;re. Certaines divisions d'entre eux ont une conscience de caste particuli&#232;re, tr&#232;s souvent un aveuglement de caste, mais les int&#233;r&#234;ts de chacune de ces divisions sont trop particuliers pour qu'une conscience de classe commune puisse se d&#233;velopper. Ses membres s'unissent avec diverses classes et partis et fournissent les combattants intellectuels pour chacun. Une partie d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante pour laquelle de nombreux intellectuels servent professionnellement. D'autres ont d&#233;fendu la cause du prol&#233;tariat. La majorit&#233;, cependant, est rest&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent emp&#234;tr&#233;e dans les petits cercles bourgeois de la pens&#233;e. Ce n'est pas le seul car beaucoup d'entre eux sont issus de cette classe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces divisions des intellectuels, comme nous l'avons remarqu&#233; plus haut, que se manifeste une sympathie sans cesse croissante pour le prol&#233;tariat. Parce qu'ils n'ont pas d'int&#233;r&#234;t de classe particulier et qu'ils sont plus accessibles par leur point de vue professionnel et scientifique, ils sont plus faciles &#224; gagner pour notre parti par des consid&#233;rations scientifiques. La faillite th&#233;orique de l'&#233;conomie bourgeoise et la sup&#233;riorit&#233; th&#233;orique du socialisme doivent leur appara&#238;tre clairement. A travers cela, ils doivent continuellement d&#233;couvrir que les autres classes sociales s'efforcent continuellement d'avilir encore plus l'art et la science. Beaucoup d'autres sont finalement impressionn&#233;s par le fait de l'irr&#233;sistible avanc&#233;e de la social-d&#233;mocratie, surtout lorsqu'ils la comparent &#224; la d&#233;t&#233;rioration continue du lib&#233;ralisme. C'est ainsi que l'amiti&#233; pour le travail devient populaire parmi les classes cultiv&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces cercles de la classe cultiv&#233;e &#233;taient synonymes de bourgeoisie, alors certes nous aurions gagn&#233; la partie et une r&#233;volution sociale serait superflue. Avec cette classe, il est facile de discuter des choses, et d'eux un d&#233;veloppement graduel tranquille ne rencontrera aucun obstacle forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cependant, ils ne sont qu'une partie de la bourgeoisie, bien s&#251;r, seulement ceux qui parlent et &#233;crivent au nom de la bourgeoisie, mais pas ceux qui d&#233;terminent leurs actes. Et les hommes aussi bien que les classes doivent &#234;tre jug&#233;s, non par leurs paroles, mais par leurs actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi se rappeler que c'est dans la partie la moins efficace des combattants et la moins combative de la bourgeoisie que se d&#233;veloppe la sympathie pour le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, alors que le socialisme &#233;tait stigmatis&#233; parmi toutes les classes cultiv&#233;es comme criminel ou fou, les &#233;l&#233;ments capitalistes ne pouvaient &#234;tre introduits dans le mouvement socialiste que par une rupture compl&#232;te avec l'ensemble du monde capitaliste. Quiconque venait dans le mouvement socialiste &#224; cette &#233;poque des &#233;l&#233;ments capitalistes avait besoin d'une grande &#233;nergie, d'une passion r&#233;volutionnaire et de fortes convictions prol&#233;tariennes. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cet &#233;l&#233;ment qui constituait ordinairement l'aile la plus radicale et la plus r&#233;volutionnaire du mouvement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout autrement aujourd'hui, o&#249; le socialisme est devenu une mode. Il ne demande plus d'&#233;nergie particuli&#232;re, ni de rupture avec la soci&#233;t&#233; capitaliste pour s'appeler socialiste. Il n'est donc pas &#233;tonnant que de plus en plus ces nouveaux socialistes restent emp&#234;tr&#233;s dans leur mode de pens&#233;e et de sentiment ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de combat des intellectuels est en tout cas totalement diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat. A la richesse et &#224; la puissance des armes, celle-ci oppose son nombre &#233;crasant et sa solide organisation. Les intellectuels sont une minorit&#233; de plus en plus r&#233;duite sans aucune organisation de classe. Leur seule arme est la persuasion par la parole et l'&#233;criture ; la bataille avec les &#171; armes intellectuelles &#187; et la &#171; sup&#233;riorit&#233; morale &#187;, et ces &#171; socialistes de salon &#187; r&#233;gleraient la lutte de classe prol&#233;tarienne aussi avec ces armes. Ils se d&#233;clarent pr&#234;ts &#224; accorder au prol&#233;tariat leur soutien moral, mais seulement &#224; condition qu'il renonce &#224; l'id&#233;e de l'application de la force, et cela non seulement l&#224; o&#249; la force est sans espoir - l&#224; le prol&#233;tariat y a d&#233;j&#224; renonc&#233; - mais aussi l&#224; o&#249; il est encore plein de possibilit&#233;s. Aussi cherchent-ils &#224; jeter le discr&#233;dit sur l'id&#233;e de r&#233;volution et &#224; la repr&#233;senter comme un moyen inutile. Ils cherchent &#224; s&#233;parer une aile r&#233;formatrice sociale du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, et ils divisent et affaiblissent ainsi le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zip &#224; l'heure actuelle c'est pratiquement le seul r&#233;sultat des d&#233;buts de la conversion des &#034;Intellectuels&#034; au Socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cette &#171; nouvelle classe moyenne &#187;, l'ancienne, la petite classe capitaliste, v&#233;g&#232;te encore. Cette partie de la classe moyenne &#233;tait &#224; un moment donn&#233; l'&#233;pine dorsale de la r&#233;volution ; avides de bataille et pleines de combats, elles se levaient sur de l&#233;g&#232;res provocations chaque fois que les conditions &#233;taient favorables, contre toute forme de servitude et d'exploitation d'en haut, contre la tyrannie de la bureaucratie et du militarisme, contre les privil&#232;ges f&#233;odaux et cl&#233;ricaux. Ils constituaient les troupes d'&#233;lite de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#224; un moment cette classe, comme une partie de la &#171; nouvelle classe moyenne &#187; actuelle, &#233;tait tr&#232;s sympathique envers le prol&#233;tariat, coop&#233;rait avec lui, lui donnait et recevait de lui un soutien intellectuel et une force mat&#233;rielle. Mais ancienne ou nouvelle, la classe moyenne actuelle est un alli&#233; tr&#232;s peu fiable, et cela justement &#224; cause de sa position interm&#233;diaire entre les classes exploit&#233;es et les classes exploiteuses. Comme Marx l'a d&#233;j&#224; not&#233;, le petit capitaliste n'est ni tout &#224; fait prol&#233;taire, ni tout &#224; fait bourgeois, et se consid&#232;re, selon les cas, d'abord l'un puis l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette position contradictoire na&#238;t une division dans la classe des petits propri&#233;taires. Une partie s'identifie au prol&#233;tariat, l'autre &#224; ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite industrie est vou&#233;e &#224; la ruine, sa ruine se poursuit maintenant sans interruption. Cela se manifeste mais lentement dans la diminution effective du nombre des petites industries, mais rapidement dans leur d&#233;moralisation. Une partie de leurs propri&#233;taires sont dans la d&#233;pendance absolue du capital, n'&#233;tant que des ouvriers &#224; domicile et salari&#233;s, qui travaillent pour un ma&#238;tre dans leurs maisons au lieu d'&#234;tre dans une usine. D'autres, surtout les petits commer&#231;ants et aubergistes, restent ind&#233;pendants, mais ne trouvent leurs clients que dans les milieux ouvriers, de sorte que leur existence d&#233;pend absolument de la prosp&#233;rit&#233; ou de l'adversit&#233; des classes laborieuses. Ils ont d&#233;sesp&#233;r&#233; de jamais s'&#233;lever par leurs propres efforts, ils attendent tout d'en haut et ne comptent que sur les classes sup&#233;rieures et le gouvernement pour obtenir de l'aide. Et comme tout progr&#232;s les menace, ils s'opposent &#224; tout progr&#232;s. La servilit&#233; et la d&#233;pendance &#224; la r&#233;action font d'eux non seulement des partisans volontaires, mais des d&#233;fenseurs fanatiques de la monarchie, de l'&#233;glise et de la noblesse. Avec tout cela, ils restent d&#233;mocratiques, puisque ce n'est que par la d&#233;mocratie qu'ils peuvent exercer une quelconque influence politique, et obtenir l'aide des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette division des petits propri&#233;taires qui est principalement responsable de la d&#233;cadence de la d&#233;mocratie bourgeoise. L'une de ces divisions se tourne vers la social-d&#233;mocratie prol&#233;tarienne ; l'autre vers la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire, o&#249; elle appara&#238;t sous les couleurs les plus diverses comme l'antis&#233;mitisme, le nationalisme, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne &#8211; fractions des partis conservateurs et centraux, mais toujours avec le m&#234;me contenu social. Cette d&#233;mocratie r&#233;actionnaire a emprunt&#233; nombre de ses id&#233;es et de ses arguments &#224; la pens&#233;e socialiste, et beaucoup en sont donc venus &#224; les consid&#233;rer comme des pr&#233;mices qui indiquent une forme particuli&#232;re de transition du lib&#233;ralisme au socialisme. L'intenabilit&#233; de cette position est claire aujourd'hui. Le socialisme n'a pas d'ennemi plus acharn&#233; que la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire. Si les socialistes exigent un quelconque progr&#232;s dans la civilisation, que cette avanc&#233;e profite ou non directement aux int&#233;r&#234;ts de classe prol&#233;tariens, la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire est pouss&#233;e de tout son &#234;tre &#224; s'y opposer, m&#234;me si elle ne menace pas directement les int&#233;r&#234;ts du petit propri&#233;taire. De m&#234;me que le parti socialiste est le parti le plus progressiste, de m&#234;me la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire est le parti le plus r&#233;trograde, en ce qu'&#224; la haine du progr&#232;s qu'ils partagent avec les autres partis r&#233;actionnaires, ils ajoutent l'ignorance la plus grossi&#232;re de tout ce qui se passe en dehors de leur cercle &#233;troit. de pens&#233;e. Une autre raison de ce fait est que les petits capitalistes ne peuvent maintenir leur position d'exploiteurs que par la torture la plus inhumaine des plus faibles et des plus r&#233;sistants des possesseurs de la force de travail - les femmes et les enfants. En cons&#233;quence, ils sont naturellement les premiers adversaires des socialistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la classe des petits propri&#233;taires, pour autant qu'elle ne devient pas socialiste, devient, au lieu d'un alli&#233;, ou d'un &#233;l&#233;ment conciliateur &#224; mi-chemin entre le prol&#233;tariat et les classes dominantes, un ennemi acharn&#233; du prol&#233;tariat. Au lieu d'un adoucissement des antagonismes de classe, nous voyons ici le point culminant le plus dur de l'antagonisme de classe, et de plus un point culminant rapidement, car ce n'est qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es qu'il est devenu clairement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons dit de la classe des petits propri&#233;taires s'applique avec peu de changements &#224; la classe des fermiers. Ils sont aussi divis&#233;s en deux camps, l'un prol&#233;taire, compos&#233; de petits fermiers, et l'autre de propri&#233;taires capitalistes. C'est notre t&#226;che d'acc&#233;l&#233;rer ce processus de division, afin que nous puissions clarifier les int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens &#233;crasants de la premi&#232;re classe et les conduire ainsi au socialisme. La d&#233;mocratie r&#233;actionnaire des campagnes est aussi hostile &#224; notre existence que celle des villes m&#234;me si cette opposition n'est pas toujours clairement reconnue. Les camarades qui ne voient dans la confusion agraire qu'un &#233;tat de transition des paysans des anciens partis vers la social-d&#233;mocratie se trompent aussi mal que ceux qui attendent la m&#234;me chose de l'antis&#233;mitisme dans les villes. Les agriculteurs moyens et grands d&#233;testent les socialistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la campagne aussi l'antagonisme social entre les possesseurs et le prol&#233;tariat s'accentue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est encore plus vrai de l'antagonisme entre les grands propri&#233;taires terriens et le salari&#233; que de celui entre le fermier et le salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes industries agricoles, le salari&#233; joue un r&#244;le plus important que dans l'agriculture ordinaire. Pour le grand fermier aussi, le prix &#233;lev&#233; des vivres est beaucoup plus important que pour le fermier qui consomme une grande partie de son produit. L'antagonisme entre le producteur et le consommateur de vivres n'est certes pas le m&#234;me qu'entre le travailleur et l'exploiteur, mais plut&#244;t comme celui entre la ville et la campagne. Mais &#224; la ville le prol&#233;tariat est aujourd'hui la classe la plus nombreuse et la plus combative et par cons&#233;quent le marchand de vivres voit dans le prol&#233;tariat son ennemi le plus &#233;nergique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que le grand propri&#233;taire terrien consid&#232;re aujourd'hui l'ouvrier industriel d'un point de vue totalement diff&#233;rent de celui qu'il a fait. Autrefois, il &#233;tait indiff&#233;rent &#224; la lutte entre le capitaliste industriel et son ouvrier et, en effet, il les suivait souvent avec des r&#233;jouissances malignes devant la situation difficile des capitalistes avec lesquels il y avait en effet souvent une certaine sympathie pour le prol&#233;tariat. Ce n'&#233;tait pas ce dernier qui se dressait alors sur sa route, mais plut&#244;t le capitaliste qui r&#233;clamait protection alors qu'il avait besoin du libre-&#233;change, et qui au contraire voyait dans les rentes fonci&#232;res une invasion de ses profits et qui cherchait &#224; ravir aux propri&#233;taires terriens le monopole des hautes sph&#232;res de l'arm&#233;e et de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les choses sont tout &#224; fait diff&#233;rentes. Le temps des amis ouvriers, tels que les tories et les junkers, de Disraeli, Rodbertus, Vogelsang, est depuis longtemps r&#233;volu. Comme la classe des petits propri&#233;taires et la classe des moyens et gros agriculteurs, la classe des propri&#233;taires terriens devient de plus en plus antagoniste aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe capitaliste ? Ils sont aujourd'hui la classe d&#233;cisive. Ne sont-ils pas du moins comme les &#171; intellectuels &#187; de plus en plus favorables au travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette de dire que je ne vois aucun signe de cette amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la classe capitaliste est &#233;galement en train de changer. Il ne reste pas toujours le m&#234;me. Mais quels sont les changements les plus importants qu'elle ait subis au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, nous trouvons une diminution, voire en certains endroits l'abolition compl&#232;te, au moyen d'accords, de cartels et de trusts, de la concurrence que les capitalistes avaient autrefois &#224; affronter dans les diff&#233;rentes branches d'industrie. De l'autre c&#244;t&#233;, je vois l'intensification de la concurrence internationale &#224; travers la mont&#233;e de nouvelles puissances capitalistes, en particulier l'Allemagne et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords abolissent la concurrence entre les capitalistes non seulement vis-&#224;-vis des acheteurs de leurs produits, mais aussi vis-&#224;-vis de leurs ouvriers. Au lieu de nombreux acheteurs de force de travail, ils se pr&#233;sentent maintenant comme une unit&#233; oppos&#233;e aux travailleurs. Il n'est pas n&#233;cessaire d'expliquer plus avant dans quelle mesure cela augmente leur sup&#233;riorit&#233; et dans quelle mesure cela aiguise leur antagonisme envers les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le dernier recensement des &#201;tats-Unis, les salaires des ouvriers dans les industries am&#233;ricaines ont absolument diminu&#233; pendant les dix ann&#233;es de 1890 &#224; 1900. Si cela est exact, ce n'est pas trop dire que c'est un des r&#233;sultats de la confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aiguisage de la concurrence internationale va dans le m&#234;me sens. Ici aussi, nous trouvons les travailleurs souffrant avec les consommateurs de ce d&#233;veloppement. Parall&#232;lement &#224; l'augmentation du prix des marchandises par le biais de tarifs protecteurs, qui favorisent &#233;galement la formation de trusts et de coalitions, nous constatons une exploitation accrue des travailleurs par laquelle les capitalistes cherchent &#224; faire face &#224; la concurrence &#233;trang&#232;re. La cons&#233;quence en est l'intensification de leur lutte contre les organisations combattantes des travailleurs, tant politiques qu'&#233;conomiques, qui s'opposent &#224; une telle exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi, nous ne constatons pas un adoucissement mais une aggravation de l'antagonisme de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me force agissant dans le m&#234;me sens est l'amalgame croissant du capital industriel avec le capital mon&#233;taire, ou &#171; haute finance &#187;. Le capitaliste industriel est un dirigeant qui poss&#232;de une industrie dans le domaine de la production, en prenant ce mot dans son sens le plus large (y compris les transports) dans laquelle il exploite des salari&#233;s et en tire profit. Le capitaliste mon&#233;taire, au contraire, est la forme modernis&#233;e de l'ancien usurier. Il tire son revenu des int&#233;r&#234;ts de l'argent qu'il pr&#234;te, non seulement, comme jadis, &#224; des particuliers indigents, mais aussi &#224; des gestionnaires capitalistes, &#224; des institutions, &#224; des &#201;tats, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le capitaliste industriel et le capitaliste mon&#233;taire existe un grand antagonisme, semblable &#224; celui qui existe entre le premier et les propri&#233;taires terriens. Les int&#233;r&#234;ts sur le capital emprunt&#233; comme la rente fonci&#232;re constituent une r&#233;duction des b&#233;n&#233;fices industriels. Les int&#233;r&#234;ts des deux formes de capital sont ici contradictoires. Politiquement aussi ils sont dans l'opposition. Le grand propri&#233;taire terrien repr&#233;sente aujourd'hui une forme de gouvernement forte et de pr&#233;f&#233;rence monarchique parce qu'en tant que membre de la noblesse, il peut personnellement influencer le monarque &#224; travers eux et &#224; travers lui le pouvoir gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus il est militaire ce qui offre des opportunit&#233;s d'offres accrues, des carri&#232;res auxquelles les fils de bourgeois &#233;taient peu enclins. Encore une fois, il a autrefois exig&#233; une politique de force dans les affaires &#233;trang&#232;res et int&#233;rieures. De la m&#234;me mani&#232;re, le financier trouve tr&#232;s agr&#233;able le militarisme et une politique gouvernementale active et forte, tant &#224; l'ext&#233;rieur qu'&#224; l'int&#233;rieur. Les rois de la finance n'ont pas &#224; craindre un pouvoir gouvernemental fort, ind&#233;pendant du peuple et du Parlement, car ils peuvent gouverner un tel pouvoir soit directement en tant qu'obligataires, soit par des influences personnelles et sociales. Dans le militarisme, la guerre et les dettes publiques, ils ont un int&#233;r&#234;t direct, non seulement en tant que cr&#233;anciers, mais aussi en tant qu'entrepreneurs du gouvernement, puisque la sph&#232;re de leur influence, de leur exploitation, de leur pouvoir et de leur richesse s'en trouve augment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout autrement du capital industriel. Le militarisme, la guerre et les dettes publiques signifient des imp&#244;ts &#233;lev&#233;s que les riches doivent aider &#224; supporter, sinon le co&#251;t de production est augment&#233;. La guerre signifie en outre une stagnation de la production des marchandises, une rupture du commerce, des difficult&#233;s &#233;conomiques et souvent la ruine. L&#224; o&#249; le financier est t&#233;m&#233;raire, extravagant et violent, le directeur industriel est frugal, timide et pacifique. Un pouvoir gouvernemental fort suscite en lui de l'anxi&#233;t&#233; et d'autant plus qu'il ne peut pas le contr&#244;ler directement. Ses int&#233;r&#234;ts exigent plut&#244;t un parlement fort qu'un gouvernement fort. A l'oppos&#233; du grand propri&#233;taire terrien et du financier, il penche plut&#244;t vers le lib&#233;ralisme, parce que sa ti&#233;deur s'accorde avec sa propre position. Ses b&#233;n&#233;fices sont limit&#233;s d'un c&#244;t&#233; par la rente fonci&#232;re, les int&#233;r&#234;ts et les taxes, et de l'autre c&#244;t&#233; un prol&#233;tariat aspirant menace tout le syst&#232;me de profit. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. et de compromis par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de r&#233;pression forc&#233;e. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. et de compromis par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de r&#233;pression forc&#233;e. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre la finance et l'industrie ne cesse de diminuer puisqu'avec la concentration progressive du capital, la finance domine de plus en plus l'industrie. Un moyen puissant &#224; cette fin est le remplacement continu des employeurs priv&#233;s par des soci&#233;t&#233;s par actions. Les optimistes bien intentionn&#233;s y ont vu un moyen de &#171; d&#233;mocratiser &#187; le capital pour qu'au bout d'un moment, de la mani&#232;re la plus paisible et sans que personne ne s'en aper&#231;oive, le capital se transforme en propri&#233;t&#233; sociale. En fait, ce mouvement signifie r&#233;ellement la transformation de tout l'argent des classes moyennes et inf&#233;rieures, qui n'est pas utilis&#233; par elles pour la consommation imm&#233;diate, en capital-argent et le met ainsi &#224; la disposition des grands financiers pour le rachat de directeurs industriels et ainsi contribuer &#224; la concentration de l'industrie entre les mains de quelques financiers. Sans le syst&#232;me des actions, les grands financiers ne contr&#244;leraient que les entreprises qu'ils ont achet&#233;es avec leur propre argent. Gr&#226;ce aux actions, ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions. ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions. ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le London Economist , cinq hommes, John D. Rockefeller, CH Harriman, Pierpont Morgan, WM Vanderbilt et GD Gould poss&#232;dent ensemble sept cent cinquante millions de dollars ; tandis que le capital total des banques, des chemins de fer et des compagnies industrielles des &#201;tats-Unis est de dix-sept mille cinq cents millions de dollars. Gr&#226;ce au syst&#232;me des actions, ils contr&#244;lent la moiti&#233; de ce capital, dont d&#233;pend &#224; son tour toute la richesse &#233;conomique de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela a toujours &#233;t&#233; le cas, lorsque l'in&#233;vitable crise viendra en Am&#233;rique, les petits actionnaires seront expropri&#233;s et les positions des grands seront &#233;largies et renforc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grand est le pouvoir du financier dans l'industrie, plus grande est la tendance du capital industriel &#224; adopter les m&#233;thodes de la finance. Pour l'homme d'affaires priv&#233; qui vit &#224; c&#244;t&#233; de ses ouvriers, ce sont encore des hommes au bien-&#234;tre desquels il ne peut &#234;tre totalement indiff&#233;rent que s'il est devenu totalement insensible. Pour l'actionnaire, il n'existe que des dividendes, et les travailleurs ne sont que des chiffres dans un calcul math&#233;matique au r&#233;sultat duquel il est au plus haut point int&#233;ress&#233;, car il peut g&#233;n&#233;ralement lui apporter un bien-&#234;tre accru et un pouvoir accru, ou un retranchement et une d&#233;gradation sociale. . Le reste de consid&#233;ration pour le travailleur qui &#233;tait encore conserv&#233; dans le patron priv&#233; est ici enti&#232;rement perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital-argent est la forme de capital qui tend le plus vers la violence, qui conduit le plus facilement au monopole et atteint ainsi un pouvoir illimit&#233; sur la classe ouvri&#232;re, qui est la plus &#233;loign&#233;e du travailleur, qui menace le plus le capital du capitaliste industriel priv&#233;, et de plus en plus. plus vient gouverner l'ensemble du syst&#232;me de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat n&#233;cessaire en est une aggravation des antagonismes sociaux. Mais l'Angleterre ! il sera imm&#233;diatement r&#233;pondu. Ne trouvons-nous pas en Angleterre un adoucissement sensible des antagonismes de classe, et Marx n'a-t-il pas dit que l'Angleterre est la terre classique de la production capitaliste, ce qui montre aujourd'hui ce que sera notre avenir ? L'&#233;tat actuel de l'Angleterre n'est-il pas celui vers lequel nous nous dirigeons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours &#224; l'Angleterre que nous renvoient les fanatiques de la paix sociale et il est significatif que ce soient ces m&#234;mes personnes qui nous narguent le plus bruyamment, nous, marxistes orthodoxes, sur la t&#233;nacit&#233; obstin&#233;e avec laquelle nous nous accrochons &#224; chaque phrase marxienne et qui jettent le plus souvent les mots marxistes ci-dessus. phrase &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cependant, les conditions ont beaucoup chang&#233; depuis la r&#233;daction du Capital . L'Angleterre a cess&#233; d'&#234;tre la terre classique du capitalisme. Son d&#233;veloppement s'arr&#234;te de plus en plus, il devient de plus en plus subordonn&#233; &#224; d'autres nations, en particulier l'Allemagne et l'Am&#233;rique, et maintenant les conditions commencent &#224; s'inverser. L'Angleterre cesse de nous montrer notre avenir. Au contraire, notre &#233;tat actuel montre plut&#244;t l'avenir de l'Angleterre dans la production capitaliste. Ce qui montre que l'enqu&#234;teur des relations r&#233;elles est vraiment un marxiste orthodoxe, ce n'est pas qu'il suit Marx sans r&#233;fl&#233;chir, mais qu'il applique ses m&#233;thodes pour comprendre les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre a &#233;t&#233; le terrain classique du capitalisme, celui sur lequel le capital industriel s'est d'abord impos&#233;. Le capitalisme anglais est arriv&#233; au pouvoir le ma&#238;tre &#233;conomique non seulement de la classe sup&#233;rieure de son propre pays mais aussi des terres &#233;trang&#232;res. C'est ainsi que tous les caract&#232;res que j'ai d&#233;sign&#233;s plus haut comme propres &#224; elle purent se d&#233;velopper le plus librement. Il a renonc&#233; &#224; la r&#233;pression violente de la classe ouvri&#232;re et s'est beaucoup plus appuy&#233; sur la diplomatie pacifique, a accord&#233; pendant un certain temps des privil&#232;ges politiques aux puissamment organis&#233;s et a cherch&#233; &#224; acheter et &#224; corrompre ses dirigeants par des avances amicales dans lesquelles il a trop souvent r&#233;ussi. En m&#234;me temps, il a renonc&#233; &#224; toute violence envers le monde ext&#233;rieur. Paix et libre-&#233;change &#233;taient ses mots d'ordre. Il a adopt&#233; une attitude pacifique envers les Beers,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la concurrence &#233;trang&#232;re devient puissante, voire parfois &#233;crasante, ce qui oblige les capitalistes &#224; r&#233;sister &#224; toute opposition &#224; l'exploitation int&#233;rieure, tandis que les moyens les plus violents sont utilis&#233;s pour s'assurer des march&#233;s ext&#233;rieurs. Cela va de pair avec la croissance usuraire de la domination de la haute finance dans le processus de production. Depuis, l'Angleterre a pris une autre apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'esprit du temps &#187;, d&#233;clarent les Webbs in Socialen Praxis du 20 mars 1902, &#171; s'est retourn&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es contre l'&#171; entraide corporative &#187; dans les relations entre employeur et employ&#233;, caract&#233;ristique d'une il y a une g&#233;n&#233;ration. En effet, l'opinion publique des classes ais&#233;es et professionnelles est en r&#233;alit&#233; hostile &#224; tout ce qui concerne les syndicats et les gr&#232;ves, ce qui n'&#233;tait pas le cas il y a une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de ce changement soudain, les syndicats sont tr&#232;s gravement entrav&#233;s dans leur activit&#233; par les tribunaux. Au lieu de libre-&#233;change, nous voyons le co&#251;t de la vie augment&#233; par l'imp&#244;t ; la politique de conqu&#234;te coloniale recommence, ainsi qu'une l&#233;gislation coercitive contre l'Irlande. Il suffit de constituer une arm&#233;e permanente sur le mod&#232;le prussien et l'Angleterre sera lanc&#233;e de plein pied sur la voie de la politique allemande, avec la m&#234;me politique polonaise, commerciale, sociale, &#233;trang&#232;re et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne montre-t-il pas clairement que l'avenir de l'Angleterre peut aujourd'hui &#234;tre &#233;tudi&#233; en Allemagne (et aussi aux &#201;tats-Unis), et que la condition de l'Angleterre a cess&#233; de repr&#233;senter notre avenir ? L'&#233;tape de &#171; l'adoucissement des antagonismes de classes &#187; et de la construction de la voie de la &#171; paix sociale &#187; est confin&#233;e &#224; l'Angleterre, et aujourd'hui m&#234;me elle appartient au pass&#233;. Gladstone &#233;tait le premier repr&#233;sentant de la politique de concessions pour l'adoucissement des antagonismes, qui correspondait au capitalisme industriel de l'Angleterre &#224; l'&#233;poque o&#249; il dominait de mani&#232;re &#233;crasante toutes les autres classes et pays. Le plus grand repr&#233;sentant de la domination du capital-argent violent et conqu&#233;rant est Chamberlain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'accorderai volontiers que moi aussi j'avais jadis de grands espoirs pour l'Angleterre. M&#234;me si je ne m'attendais pas &#224; ce que le stade Gladstonien soit jamais transport&#233; en Allemagne, j'esp&#233;rais n&#233;anmoins qu'en raison de la particularit&#233; des conditions anglaises, le d&#233;veloppement du capitalisme au socialisme pourrait s'accomplir pacifiquement, non par une r&#233;volution sociale, mais au moyen d'un s&#233;rie de concessions progressistes de la classe dirigeante au prol&#233;tariat. L'exp&#233;rience des derni&#232;res ann&#233;es a &#233;galement d&#233;truit ces espoirs pour l'Angleterre. La politique int&#233;rieure anglaise commence maintenant &#224; se fa&#231;onner sur le mod&#232;le de son concurrent allemand. Puisse-t-il avoir une r&#233;action correspondante sur le prol&#233;tariat anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit maintenant jusqu'&#224; quel point l'acceptation de l'id&#233;e d'un adoucissement des antagonismes de classe et d'un rapprochement de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat est justifi&#233;e. Certes, elle n'est pas toute b&#226;tie sur l'air, elle s'appuie sur certains faits, mais son d&#233;faut consiste &#224; avoir accept&#233; comme universels des faits qui sont en r&#233;alit&#233; confin&#233;s dans une sph&#232;re &#233;troite. Il consid&#232;re quelques divisions des Intellectuels comme l'ensemble de la bourgeoisie, et consid&#232;re une tendance sociale particuli&#232;re de l'Angleterre, qui appartient maintenant &#224; une &#233;poque r&#233;volue, comme une tendance universelle et toujours croissante de tout le syst&#232;me de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;mocratie ne fonde-t-elle pas une transformation graduelle et imperceptible du capitalisme en socialisme sans rupture violente avec l'existant si l'on suppose seulement la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des politiciens qui affirment que seule la domination de classe despotique n&#233;cessite la r&#233;volution ; que la r&#233;volution est rendue superflue par la d&#233;mocratie. On pr&#233;tend que nous avons aujourd'hui suffisamment de d&#233;mocratie dans tous les pays civilis&#233;s pour rendre possible un d&#233;veloppement pacifique et sans r&#233;volution. Il est surtout possible de fonder des coop&#233;ratives de consommation dont l'extension introduira une production d'usage, et chassera ainsi lentement mais s&#251;rement la production capitaliste d'une sph&#232;re apr&#232;s l'autre. Plus important encore, il est possible d'organiser des syndicats qui limiteront continuellement le pouvoir du capitaliste dans son entreprise, jusqu'&#224; ce que le constitutionnalisme supplante l'absolutisme dans l'usine, et ainsi la voie sera pr&#233;par&#233;e pour la lente transition vers l'usine r&#233;publicanis&#233;e. Plus loin encore, les socialistes peuvent p&#233;n&#233;trer dans les conseils municipaux, influencer le travail public dans l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re, &#233;tendre le cercle des activit&#233;s municipales et, par l'extension continue du cercle de la production municipale, r&#233;tr&#233;cir le champ de la production priv&#233;e. Enfin, les socialistes se pressent au parlement, o&#249; ils gagnent toujours plus d'influence, et font passer une r&#233;forme apr&#232;s l'autre, restreignent le pouvoir des capitalistes par la l&#233;gislation du travail, et simultan&#233;ment &#233;tendent de plus en plus le cercle de la production gouvernementale, tandis qu'ils travaillent pour la nationalisation des grands monopoles. Ainsi, par l'exercice des droits d&#233;mocratiques sur les bases existantes, la soci&#233;t&#233; capitaliste se transforme progressivement et sans aucun choc en socialisme. Par cons&#233;quent, la conqu&#234;te r&#233;volutionnaire des pouvoirs politiques par le prol&#233;tariat est inutile, et les efforts en ce sens directement nuisibles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour les adversaires du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tableau attrayant qu'ils nous ont peint, et encore une fois, on ne peut pas dire avec v&#233;rit&#233; qu'il est enti&#232;rement construit dans les airs. Les faits sur lesquels elle est fond&#233;e existent r&#233;ellement. Mais la v&#233;rit&#233; qu'ils disent n'est qu'une demi-v&#233;rit&#233;. Un peu de r&#233;flexion dialectique leur aurait montr&#233; le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette idylle ne devient vraie que si l'on admet qu'un seul c&#244;t&#233; de l'opposition, le prol&#233;tariat, grandit et se renforce, tandis que l'autre c&#244;t&#233;, la bourgeoisie, reste in&#233;branlablement fix&#233; au m&#234;me endroit. En admettant cela, il s'ensuit naturellement que le prol&#233;tariat va peu &#224; peu, et sans r&#233;volution, d&#233;passer la bourgeoisie et l'exproprier insensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses prennent un autre aspect quand on consid&#232;re l'autre camp, et l'on voit que la bourgeoisie se renforce &#233;galement et est pouss&#233;e par chaque avanc&#233;e du prol&#233;tariat &#224; d&#233;velopper de nouveaux pouvoirs, &#224; d&#233;couvrir et &#224; appliquer de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;sistance et d'opposition. r&#233;pression. Ce qui, &#224; partir d'une observation unilat&#233;rale, appara&#238;t comme une croissance pacifique progressive vers le socialisme est alors consid&#233;r&#233; comme l'organisation de corps de combat toujours plus grands, comme le d&#233;veloppement et l'application de ressources toujours plus puissantes pour le conflit, comme un &#233;largissement continu de la bataille men&#233;e. Au lieu d'&#234;tre une victoire progressive de la lutte des classes par l'&#233;puisement du capitalisme, c'est plut&#244;t une reproduction de la lutte sur des sc&#232;nes toujours plus larges, et un approfondissement des cons&#233;quences de chaque victoire et de chaque d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus anodines de toutes sont les coop&#233;ratives, dont aujourd'hui les coop&#233;ratives de consommation sont pratiquement les seules &#224; consid&#233;rer. En raison de leur caract&#232;re purement pacifique, ils sont toujours hautement estim&#233;s par tous les adversaires du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Il ne fait aucun doute qu'ils peuvent offrir de nombreux avantages importants &#224; la classe ouvri&#232;re, mais il est risible d'attendre d'eux m&#234;me une expropriation partielle de la classe capitaliste. Pour autant qu'ils exproprient une classe aujourd'hui, c'est celle des petits marchands et de nombreux grades d'ouvriers, qui ont pu se maintenir jusqu'&#224; pr&#233;sent. Parall&#232;lement on remarque que nulle part les grands capitalistes n'attaquent les coop&#233;ratives dont on pr&#233;tend qu'elles les menacent. Au contraire, ce sont les petits propri&#233;taires qui s'emportent contre les coop&#233;ratives, et ceux qui sont l&#233;s&#233;s sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui d&#233;pendent le plus de la classe ouvri&#232;re et qui peuvent &#234;tre le plus facilement gagn&#233;s &#224; la cause politique prol&#233;tarienne. Si les coop&#233;ratives ouvri&#232;res apportent des avantages mat&#233;riels &#224; certaines fractions de la classe ouvri&#232;re, elles &#233;loignent aussi de notre mouvement de nombreuses classes tr&#232;s proches du prol&#233;tariat. Ces moyens d'absorption pacifique du capitalisme et d'abrogation de la lutte des classes tendent plut&#244;t &#224; introduire une nouvelle pomme de discorde et &#224; susciter une nouvelle haine de classe. Pendant ce temps, le pouvoir du capital reste totalement intact. La coop&#233;rative de consommation n'a &#233;t&#233; jusqu'ici victorieuse que dans sa bataille contre le petit marchand ; la lutte avec les grands magasins est encore &#224; venir. Ce ne sera pas une victoire si facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que les dividendes des coop&#233;ratives, m&#234;me s'ils ne sont pas divis&#233;s, mais maintenus intacts, puissent augmenter plus vite que l'accumulation du capital pour le d&#233;passer et r&#233;tr&#233;cir la sph&#232;re du capitalisme, est absolument insens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;rative ne peut jouer un r&#244;le important dans l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat que l&#224; o&#249; celui-ci est engag&#233; dans une lutte de classe active. La coop&#233;rative peut alors devenir un moyen d'approvisionner en ressources les prol&#233;taires en lutte. M&#234;me alors, ils d&#233;pendent enti&#232;rement de l'&#233;tat de la l&#233;gislation et de l'attitude de l'&#201;tat. Tant que le prol&#233;tariat n'aura pas acc&#233;d&#233; au pouvoir politique, l'importance des coop&#233;ratives pour la lutte de classe du prol&#233;tariat sera toujours tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus importants pour le prol&#233;tariat que les coop&#233;ratives sont les syndicats. Cela n'est cependant vrai que lorsqu'il s'agit d'organisations de combat, et non lorsqu'il s'agit d'organisations de paix sociale. M&#234;me lorsqu'ils concluent des contrats avec des employeurs, que ce soit en tant qu'individus ou en tant qu'organisations, ils ne peuvent les obtenir et les maintenir que gr&#226;ce &#224; leur capacit&#233; de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si importants, voire indispensables, que soient les syndicats pour le prol&#233;tariat en lutte, ils doivent t&#244;t ou tard compter avec le syndicat patronal qui, lorsqu'il prend la forme d'un accord &#233;troit, d'un cartel ou d'un trust, trouvera sa place. trop facile de devenir irr&#233;sistible au syndicat. Mais les syndicats d'employeurs ne sont pas les seules choses qui menacent les syndicats &#8211; plus important est le pouvoir gouvernemental. En Allemagne, nous pourrions raconter une histoire sur ce point. Que, cependant, m&#234;me dans un pays aussi d&#233;mocratique que l'Angleterre, les syndicats n'aient pas encore surmont&#233; toutes leurs difficult&#233;s dans cette direction, a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par la r&#233;cente d&#233;cision bien connue des tribunaux qui menace de neutraliser compl&#232;tement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point l'article d&#233;j&#224; cit&#233; des Webbs in Socialen Praxisoffre un exemple int&#233;ressant qui jette une lumi&#232;re significative sur l'avenir des syndicats. Ils y font r&#233;f&#233;rence &#224; la grande irr&#233;gularit&#233; du d&#233;veloppement des unions en Angleterre. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les forts sont devenus plus forts, tandis que ceux qui &#233;taient auparavant faibles sont maintenant plus faibles qu'auparavant. Les syndicats des mineurs de charbon, des ouvriers du coton, des m&#233;tiers du b&#226;timent et de l'industrie du fer se sont d&#233;velopp&#233;s. Celles des ouvriers agricoles, des marins, des m&#233;tiers du v&#234;tement et des man&#339;uvres ont recul&#233;. Mais tout le monde syndical est aujourd'hui menac&#233; par l'opposition croissante des classes poss&#233;dantes. Les lois anglaises se pr&#234;tent remarquablement bien &#224; la suppression des organisations ind&#233;sirables, et le danger qu'elles font maintenant courir aux syndicats &#171; s'est accru, et la peur d'eux augmente avec l'hostilit&#233; contre les syndicats et les gr&#232;ves que les juges et les fonctionnaires partagent avec le reste des classes sup&#233;rieures et moyennes. Les lois existantes sont de nature &#224; &#171; livrer les ouvriers aux mains des patrons les mains li&#233;es &#187;. Si bien que les Webb sont contraints de compter avec une position &#171; dans laquelle la n&#233;gociation collective avec ses conditions ind&#233;niablement favorables, la cessation collective du travail et l'interruption opportune de l'industrie, est, par l'effet l&#233;gal de la loi, rendue impossible ou du moins co&#251;teuse &#187;. et difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela place les syndicats dans une position d&#233;cid&#233;ment embarrassante face aux capitalistes, de sorte qu'on ne peut gu&#232;re attendre d'eux une restriction effective de l'exploitation. On peut bien r&#233;fl&#233;chir &#224; l'action que le pouvoir gouvernemental entreprendra dans cet ancien eldorado des syndicats, l'Angleterre, si les syndicats tentent de restreindre par la force le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, le soi-disant socialisme municipal est limit&#233; aux &#201;tats et aux organisations sociales o&#249; r&#232;gne le suffrage universel dans la municipalit&#233;. Elle doit toujours rester li&#233;e aux conditions &#233;conomiques et politiques g&#233;n&#233;rales et ne peut jamais proc&#233;der de mani&#232;re ind&#233;pendante. Certes, le prol&#233;tariat peut trouver entre ses mains le gouvernement municipal dans les diff&#233;rentes communaut&#233;s industrielles avant d'avoir la force de conqu&#233;rir le gouvernement g&#233;n&#233;ral, et il peut, au moyen de ce contr&#244;le, ou du moins restreindre, une action hostile au prol&#233;tariat et r&#233;aliser des am&#233;liorations individuelles qu'on ne pouvait attendre d'un r&#233;gime bourgeois. Mais ces gouvernements municipaux se trouvent limit&#233;s non seulement par le pouvoir de l'&#201;tat, mais aussi par leur propre impuissance &#233;conomique. Ce sont pour la plupart des communes pauvres, compos&#233;es presque exclusivement de prol&#233;taires, qui sont d'abord conquises par la social-d&#233;mocratie. O&#249; trouveront-ils les moyens de faire de grandes r&#233;formes ? Ordinairement, le pouvoir d'imposition de la municipalit&#233; est limit&#233; par les lois de l'&#201;tat, et m&#234;me l&#224; o&#249; ce n'est pas le cas, l'imposition des nantis et des riches ne peut d&#233;passer certaines limites sans ces r&#233;sidents, les seuls &#224; qui l'on peut tirer quelque chose. , chass&#233; de la commune. Toute &#339;uvre d&#233;cisive de r&#233;forme exige aussit&#244;t de nouveaux imp&#244;ts qui sont mal accueillis non seulement par les classes sup&#233;rieures mais aussi par des couches plus larges de la population. De nombreux gouvernements municipaux qui ont &#233;t&#233; captur&#233;s par des socialistes, ou des soi-disant r&#233;formateurs socialistes, leur ont &#233;t&#233; enlev&#233;s &#224; cause de la question de la fiscalit&#233;, malgr&#233; le fait que leurs actions ont &#233;t&#233; extr&#234;mement efficaces. C'&#233;tait vrai &#224; Londres et aussi &#224; Roubaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sph&#232;re politique ! qui ne conna&#238;t pas de limites ! N'y trouverons-nous pas une avanc&#233;e ininterrompue pour la protection des travailleurs, et chaque session du Parlement ne nous apporte-t-elle pas de nouvelles restrictions au capitalisme, et chaque &#233;lection r&#233;currente n'augmente-t-elle pas le nombre de nos repr&#233;sentants au Parlement ? Et notre pouvoir dans l'&#201;tat et notre influence sur le gouvernement n'augmentent-ils pas lentement et s&#251;rement mais de mani&#232;re interrompue, et cela n'entra&#238;ne-t-il pas une d&#233;pendance correspondante du capital vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat ? Certes, le nombre de lois pour la protection du travail cro&#238;t d'ann&#233;e en ann&#233;e. Mais quand on y regarde de pr&#232;s, on s'aper&#231;oit qu'elles n'ont &#233;t&#233;, ces dix derni&#232;res ann&#233;es, qu'une extension &#224; de nouvelles sph&#232;res de protection d&#233;j&#224; existantes Sortir les enfants de l'usine, prot&#233;ger les employ&#233;s, les comptables, les industries m&#233;nag&#232;res, les marins, etc., une extension de caract&#232;re superficiel et douteux, et nullement un renforcement croissant de la protection l&#224; o&#249; elle existait d&#233;j&#224;. Si l'on consid&#232;re, d'autre part, &#224; quel point le syst&#232;me de protection capitaliste &#233;tend remarquablement sa sph&#232;re, &#224; quelle vitesse il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on s'aper&#231;oit que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser. comme le fait remarquable que le syst&#232;me capitaliste de protection &#233;tend sa sph&#232;re, avec quelle rapidit&#233; il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on trouvera que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser. comme le fait remarquable que le syst&#232;me capitaliste de protection &#233;tend sa sph&#232;re, avec quelle rapidit&#233; il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on trouvera que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'avanc&#233;e de la protection du travail est largement insatisfaisante, intensivement nous ne trouverons absolument rien. En Angleterre en 1847, sous la pression du mouvement chartiste et la d&#233;gradation rapide de l'industrie textile, la journ&#233;e de dix heures est assur&#233;e pour les femmes et les enfants, c'est-&#224;-dire en fait pour toute la classe ouvri&#232;re de l'industrie textile. O&#249; avons-nous aujourd'hui une am&#233;lioration par rapport &#224; la journ&#233;e de dix heures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxi&#232;me R&#233;publique fran&#231;aise en 1848 fixa la journ&#233;e de travail &#224; dix heures pour tous les ouvriers de Paris, et dans le reste de la France &#224; onze heures. Lorsque derni&#232;rement Millerand a annonc&#233; &#224; la Chambre la journ&#233;e de dix heures, et cela seulement sur le papier et avec beaucoup de restrictions, pour les industries dans lesquelles les femmes et les enfants travaillaient avec des ouvriers, et ce pas pour toutes les industries, cela a &#233;t&#233; salu&#233; comme un acte admirable de dont seul un ministre socialiste &#233;tait capable. Et pourtant il offrait moins que les l&#233;gislateurs bourgeois d'il y a un demi-si&#232;cle, car il n'&#233;tendait la journ&#233;e de dix heures qu'aux enfants pour lesquels en Angleterre une journ&#233;e de travail de six heures et demie avait &#233;t&#233; fix&#233;e en 1844.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s de Gen&#232;ve de 1866, &#171; l'Internationale &#187; avait d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que la journ&#233;e de huit heures &#233;tait la condition pr&#233;alable &#224; toute r&#233;forme sociale fructueuse. Trente-six ans plus tard, au dernier Congr&#232;s socialiste fran&#231;ais de Tours, un d&#233;l&#233;gu&#233; pouvait encore se lever et d&#233;clarer que la journ&#233;e de huit heures devait &#234;tre notre prochaine revendication. Il souhaitait seulement exiger &#171; des mesures pr&#233;paratoires &#224; la journ&#233;e de huit heures &#187;, et faire en sorte que cet homme ne se moque pas de la salle. Au contraire, il a pu &#234;tre candidat &#224; la derni&#232;re &#233;lection &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la seule chose dans la r&#233;forme sociale qui progresse rapidement est la modestie des r&#233;formateurs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment cela est-il possible malgr&#233; l'augmentation des repr&#233;sentants socialistes dans les organes parlementaires ? Cela devient parfaitement clair si l'on ne regarde pas la question enti&#232;rement d'un c&#244;t&#233;, mais &#233;tudie le revers de la m&#233;daille. Il ne fait aucun doute que le nombre de repr&#233;sentants socialistes augmente, mais en m&#234;me temps la d&#233;mocratie bourgeoise s'effondre. Tr&#232;s souvent, cela se manifeste ouvertement par la diminution de leur vote aux &#233;lections. Plus fr&#233;quemment, on le voit dans la chute de tous les r&#233;sultats. Ils sont de plus en plus l&#226;ches, sans caract&#232;re et ne r&#233;sistent &#224; la r&#233;action que pour se pr&#233;parer &#224; mener eux-m&#234;mes une politique r&#233;actionnaire d&#232;s qu'ils arrivent au gouvernail. En effet, c'est la m&#233;thode par laquelle le lib&#233;ralisme cherche aujourd'hui &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Bismarck voyait son pouvoir d&#233;cliner, il a exig&#233; que les mandats du Reichstag allemand soient prolong&#233;s de trois &#224; vivre ans. C'&#233;tait une mesure incontestablement r&#233;actionnaire qui souleva une temp&#234;te d'indignation. En France, cependant, le dernier minist&#232;re radical de la d&#233;fense r&#233;publicaine, dans lequel se trouvait un ministre socialiste, demanda une prolongation de la l&#233;gislature de quatre &#224; six ans, et la majorit&#233; r&#233;publicaine consentit &#224; l'accorder. Sans le S&#233;nat, cette mesure r&#233;actionnaire serait devenue une loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement que le lib&#233;ralisme bourgeois dispara&#238;t au m&#234;me degr&#233; que la social-d&#233;mocratie augmente. En m&#234;me temps que l'influence de la social-d&#233;mocratie grandit au Parlement, l'influence du Parlement diminue. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes se d&#233;roulent simultan&#233;ment sans toutefois avoir de rapport direct l'un avec l'autre. Au contraire, les parlements o&#249; il n'y a pas de social-d&#233;mocrates, comme par exemple les chambres de Saxe et de Prusse, perdent leur influence et leur pouvoir cr&#233;ateur beaucoup plus rapidement que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;moralisation des parlements a diverses causes. Les causes les plus essentielles ne sont pas celles qui appartiennent &#224; la tactique parlementaire qui, par une alt&#233;ration de l'ordre des affaires ou de la sph&#232;re du Parlement, abolit son efficacit&#233;. Le plus essentiel r&#233;side dans le caract&#232;re des classes qui sont capables, par le Parlement, d'influencer significativement le gouvernement. Pour que le parlementarisme prosp&#232;re, deux conditions pr&#233;alables sont n&#233;cessaires : la premi&#232;re, une seule forte majorit&#233;, et la seconde, un grand but social vers lequel cette majorit&#233; tend &#233;nergiquement et vers lequel elle peut aussi forcer le gouvernement. Les deux existaient &#224; l'&#226;ge d'or du parlementarisme. Tant que le capitalisme repr&#233;sentait l'avenir de la nation, toutes les classes du peuple qui poss&#233;daient une importance parlementaire, et surtout la masse des intellectuels, d&#233;fendait la libert&#233; du capitalisme. C'&#233;tait le cas de la majorit&#233; des petits capitalistes, et m&#234;me les ouvriers suivaient la direction bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme se pr&#233;sentait ainsi comme un parti uni avec de grands objectifs. La lutte des lib&#233;raux pour le Parlement et dans le Parlement a donn&#233; &#224; ce dernier son sens. Depuis lors, comme je l'ai d&#233;crit ci-dessus, un nouveau d&#233;veloppement s'est produit. Une conscience de classe sp&#233;ciale s'est d&#233;velopp&#233;e dans le prol&#233;tariat, de sorte qu'une partie des intellectuels, des petits propri&#233;taires et des petits agriculteurs sont refoul&#233;s dans le camp socialiste. Le reste de la petite bourgeoisie et les paysans deviennent enti&#232;rement r&#233;actionnaires, tandis que les &#233;l&#233;ments puissants du capital industriel s'unissent &#224; la haute finance qui ne se soucie du Parlement que lorsqu'il peut l'utiliser &#224; ses fins - vide Panama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti lib&#233;ral se dissout alors dans ses &#233;l&#233;ments sans qu'un autre grand parti parlementaire avec son caract&#232;re uni s'&#233;l&#232;ve de la classe dirigeante pour prendre sa position. Plus les classes poss&#233;dantes deviennent r&#233;actionnaires, moins elles forment un corps uni, et plus elles se divisent en petits morceaux individuels, plus il est difficile de r&#233;unir une majorit&#233; parlementaire unie. D'autant plus qu'une majorit&#233; n'est possible qu'en r&#233;unissant les diff&#233;rentes tendances pour une coalition momentan&#233;e reposant sur les fondements les plus incertains, parce qu'aucun lien int&#233;rieur, mais seulement des consid&#233;rations d'opportunit&#233; ext&#233;rieure, ne les contr&#244;le. De telles coalitions sont d'embl&#233;e vou&#233;es &#224; l'inf&#233;condit&#233; parce que leurs &#233;l&#233;ments sont si divers qu'elles ne tiennent ensemble qu'en renon&#231;ant &#224; l'action d&#233;cisive qui leur donnerait vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;volution sociale ne conduit pas simplement &#224; la dissolution des grands partis parlementaires unis en factions innombrables, diverses et m&#234;me souvent hostiles. Il en r&#233;sulte aussi que tr&#232;s souvent les majorit&#233;s parlementaires sont plus r&#233;actionnaires et plus hostiles que le gouvernement. M&#234;me si les gouvernements ne sont que des agents des classes dirigeantes, ils ont encore plus de perspicacit&#233; dans l'ensemble des relations politiques et sociales, et, si consentante que soit la servante que la bureaucratie officielle est envers le gouvernement, elle d&#233;veloppe n&#233;anmoins sa propre vie et ses propres tendances. qui r&#233;agissent sur le gouvernement. De plus, la bureaucratie se recrute parmi les intellectuels, dans lesquels, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, la compr&#233;hension de la signification du prol&#233;tariat progresse, bien que timidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fait en sorte qu'il n'est pas rare que le gouvernement, avec toutes ses attitudes r&#233;actionnaires et son hostilit&#233; envers les travailleurs, ne proc&#232;de pas avec une rage aussi aveugle que la classe dirigeante, avec sa petite queue bourgeoise et agraire, qui se tient derri&#232;re le gouvernement. Le Parlement qui &#233;tait autrefois le moyen de pousser le gouvernement en avant sur la voie du progr&#232;s devient de plus en plus le moyen d'annuler le peu de progr&#232;s que les conditions obligent le gouvernement &#224; faire. Dans la mesure o&#249; la classe qui gouverne par le parlementarisme est rendue superflue et m&#234;me nuisible, la machinerie parlementaire perd sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, au contraire, la consid&#233;ration de l'&#233;lectorat prol&#233;tarien oblige le corps repr&#233;sentatif &#224; tendre vers l'amiti&#233; du travail et de la d&#233;mocratie et &#224; outrepasser le gouvernement, celui-ci trouve facilement le moyen de contourner le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la lutte contre les syndicats se fait beaucoup moins par les organes repr&#233;sentatifs que par les tribunaux. De la m&#234;me mani&#232;re, ce sont les d&#233;cisions de la Chambre des Lords, et non la l&#233;gislation de la Chambre des Communes &#233;lue par le peuple, qui ont r&#233;cemment ouvert la voie &#224; une attaque contre les syndicats en Angleterre ; et comment l'esprit des lois d'exception abolies vit encore dans les tribunaux allemands, les travailleurs allemands peuvent raconter bien des histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chandelle br&#251;le donc par les deux bouts, et les partis au pouvoir comme le gouvernement condamnent de plus en plus le Parlement &#224; la st&#233;rilit&#233;. Le parlementarisme est de plus en plus incapable de mener une politique d&#233;cisive dans n'importe quelle direction. Il devient de plus en plus s&#233;nile et impuissant, et ne peut retrouver une jeunesse et une force nouvelles que lorsqu'il est, avec l'ensemble du pouvoir gouvernemental, conquis par le prol&#233;tariat naissant et mis au service de ses desseins. Le parlementarisme, loin de rendre une r&#233;volution inutile et superflue, a lui-m&#234;me besoin d'une r&#233;volution pour le vivifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas &#234;tre compris comme tenant la d&#233;mocratie pour superflue, ou pour prendre la position que les coop&#233;ratives, les syndicats, l'entr&#233;e de la social-d&#233;mocratie dans les municipalit&#233;s et les parlements, ou la r&#233;alisation de r&#233;formes uniques, sont sans valeur. Rien ne serait plus incorrect. Au contraire, tout cela est d'une valeur incalculable pour le prol&#233;tariat. Ils ne sont que des moyens insignifiants pour &#233;viter une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat est de la plus haute valeur pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle rend possible une forme sup&#233;rieure de la lutte r&#233;volutionnaire. Cette lutte n'est plus, comme en 1789, une bataille de foules inorganis&#233;es sans forme politique, sans aper&#231;u de la force relative des facteurs en pr&#233;sence : sans compr&#233;hension profonde des objectifs de la lutte et des moyens de sa solution ; plus une bataille de foules qui peuvent &#234;tre tromp&#233;es et d&#233;concert&#233;es par chaque rumeur ou accident. C'est une bataille de masses organis&#233;es, intelligentes, pleines de stabilit&#233; et de prudence, qui ne suivent pas toutes les impulsions, n'explosent pas &#224; chaque insulte, ne s'effondrent pas &#224; chaque malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les &#233;lections sont un moyen de se compter et de compter l'ennemi et elles donnent ainsi une vision claire de la force relative des classes et des partis, de leur avance et de leur recul. Ils pr&#233;viennent les &#233;pid&#233;mies pr&#233;matur&#233;es et ils pr&#233;munissent contre les d&#233;faites. Ils accordent &#233;galement la possibilit&#233; que les opposants reconnaissent eux-m&#234;mes l'intenabilit&#233; de nombreuses positions et les abandonnent librement lorsque leur maintien n'est pas une question de vie ou de mort pour eux. De sorte que la bataille exige moins de victimes, est moins sanglante et d&#233;pend moins du hasard aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus sous-&#233;valuer les acquisitions politiques acquises gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie et &#224; l'application de sa libert&#233; et de ses droits. Ils sont bien trop insignifiants pour restreindre r&#233;ellement la domination du capitalisme et provoquer sa transition imperceptible vers le socialisme. La moindre r&#233;forme ou organisation peut avoir une grande importance pour la renaissance physique ou intellectuelle du prol&#233;tariat.qui, sans eux, serait livr&#233; impuissant au capitalisme et laiss&#233; seul dans la mis&#232;re qui le menace en permanence. Mais ce n'est pas seulement le soulagement du prol&#233;tariat de sa mis&#232;re qui rend indispensable l'activit&#233; du prol&#233;tariat au Parlement et le fonctionnement des organisations prol&#233;tariennes. Ils sont &#233;galement utiles comme moyen de familiariser pratiquement le prol&#233;tariat avec les probl&#232;mes et les m&#233;thodes du gouvernement national et municipal et des grandes industries, ainsi que pour l'acquisition de cette maturit&#233; intellectuelle dont le prol&#233;tariat a besoin pour supplanter la bourgeoisie comme la classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est aussi indispensable comme moyen de m&#251;rir le prol&#233;tariat pour la r&#233;volution sociale. Mais il n'est pas capable d'emp&#234;cher cette r&#233;volution. La d&#233;mocratie est au prol&#233;tariat ce que la lumi&#232;re et l'air sont &#224; l'organisme ; sans eux, il ne peut pas d&#233;velopper ses pouvoirs. Mais nous ne devons pas &#234;tre tellement occup&#233;s &#224; observer la croissance d'une classe que nous ne pouvons pas voir la croissance simultan&#233;e de son adversaire. La d&#233;mocratie n'emp&#234;che pas le d&#233;veloppement du capital, dont l'organisation et les pouvoirs politiques et &#233;conomiques augmentent en m&#234;me temps que le pouvoir du prol&#233;tariat. Certes, les coop&#233;ratives se multiplient, mais simultan&#233;ment et pourtant plus vite s'accro&#238;t l'accumulation du capital ; certes, les syndicats se multiplient, mais simultan&#233;ment et plus vite cro&#238;t la concentration du capital et son organisation en gigantesques monopoles. &#202;tre s&#251;r, la presse socialiste se d&#233;veloppe (pour ne mentionner ici qu'un point qui ne peut plus &#234;tre discut&#233;), mais simultan&#233;ment se d&#233;veloppe la presse sans parti et sans caract&#232;re qui empoisonne et &#233;nerve des cercles populaires de plus en plus larges. Certes, les salaires augmentent, mais la masse des profits augmente encore plus vite. Certes, le nombre de repr&#233;sentants socialistes au Parlement augmente, mais diminue encore plus la signification et l'efficacit&#233; de cette institution, tandis que simultan&#233;ment les majorit&#233;s parlementaires, comme le gouvernement, tombent dans une d&#233;pendance toujours plus grande des pouvoirs de la haute finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; c&#244;t&#233; des ressources du prol&#233;tariat se d&#233;veloppent aussi celles du capital, et la fin de ce d&#233;veloppement ne peut &#234;tre rien de moins qu'une grande bataille d&#233;cisive qui ne peut se terminer tant que le prol&#233;tariat n'a pas remport&#233; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste est superflue et le prol&#233;tariat, en revanche, est devenu une classe sociale indispensable. La classe capitaliste n'est en &#233;tat ni d'&#233;lever le prol&#233;tariat ni de l'extirper. Apr&#232;s chaque d&#233;faite, ce dernier se rel&#232;ve, plus mena&#231;ant qu'auparavant. Ainsi le prol&#233;tariat, lorsqu'il aura remport&#233; la premi&#232;re grande victoire sur le capital qui lui remettra les pouvoirs politiques, ne pourra les appliquer qu'&#224; l'abolition du syst&#232;me capitaliste. Tant que cela ne s'est pas encore produit, la bataille entre les deux classes ne prendra pas et ne pourra pas prendre fin. La paix sociale &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me capitaliste est une utopie qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir des besoins r&#233;els des classes intellectuelles, mais qui n'a en r&#233;alit&#233; aucun fondement pour son d&#233;veloppement. Et non moins d'une utopie est la croissance imperceptible du capitalisme vers le socialisme. Nous n'avons pas la moindre raison d'admettre que les choses se termineront diff&#233;remment de ce qu'elles ont commenc&#233;. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formes et armes de la r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle sera la forme pr&#233;cise sous laquelle se livreront les batailles d&#233;cisives entre la classe dirigeante et le prol&#233;tariat ? Quand peut-on s'attendre &#224; ce qu'ils se produisent ? Quelles armes seront au service du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces questions, il est difficile de donner des r&#233;ponses d&#233;finitives. On peut dans une certaine mesure sugg&#233;rer le sens du d&#233;veloppement mais pas sa forme ni sa vitesse. La recherche du sens de l'&#233;volution ne s'int&#233;resse qu'&#224; des lois relativement simples. Ici on ne peut qu'isoler de l'ensemble confus les ph&#233;nom&#232;nes que nous reconnaissons comme non r&#233;guliers ou n&#233;cessaires, ou qui nous paraissent accidentels. Ces derniers jouent au contraire un r&#244;le important dans la d&#233;termination de la forme et de la vitesse du mouvement. Par exemple, dans toute la civilisation moderne, la direction du d&#233;veloppement capitaliste au cours du si&#232;cle dernier a &#233;t&#233; la m&#234;me, mais dans chacune d'elles la forme et la vitesse &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rentes. Les particularit&#233;s g&#233;ographiques, les individualit&#233;s raciales, la faveur et la d&#233;faveur du voisin, la contrainte ou l'assistance de grandes individualit&#233;s, toutes ces choses et bien d'autres ont eu leur influence. Beaucoup d'entre eux ne pouvaient pas &#234;tre pr&#233;vus, mais m&#234;me les plus facilement reconnaissables de ces facteurs agissent les uns sur les autres de mani&#232;re si diverse que le r&#233;sultat est si extr&#234;mement compliqu&#233; qu'il est impossible de le d&#233;terminer &#224; partir d'une &#233;tape ant&#233;rieure. C'est ainsi que m&#234;me les gens qui, par une connaissance fondamentale et compl&#232;te des relations sociales d'autres pays civilis&#233;s et par des m&#233;thodes de recherche m&#233;thodiques et fructueuses, d&#233;passaient de loin tous leurs contemporains, comme par exemple Marx et Engels, ont pu d&#233;terminer la direction du d&#233;veloppement &#233;conomique depuis de nombreuses d&#233;cennies &#224; un degr&#233; que le cours des &#233;v&#233;nements a magnifiquement justifi&#233;. Mais m&#234;me ces enqu&#234;teurs pouvaient se tromper de mani&#232;re frappante lorsqu'il s'agissait de pr&#233;dire la vitesse et la forme du d&#233;veloppement du mois suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il n'y a qu'une chose que l'on puisse certainement dire aujourd'hui de la r&#233;volution qui approche. Il sera totalement diff&#233;rent de tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs. C'est une des plus grandes erreurs que les r&#233;volutionnaires comme leurs adversaires commettent fr&#233;quemment de pr&#233;senter la r&#233;volution &#224; venir selon le mod&#232;le des r&#233;volutions pass&#233;es car il n'y a rien de plus facile que de prouver que de telles r&#233;volutions ne sont plus possibles. La conclusion est alors &#224; port&#233;e de main que l'id&#233;e d'une r&#233;volution sociale est compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e. C'est la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde que nous sommes confront&#233;s &#224; une lutte r&#233;volutionnaire &#224; mener sous l'application de formes d&#233;mocratiques par des organisations cr&#233;&#233;es sur le fondement de la libert&#233; d&#233;mocratique contre des ressources telles que le monde n'en a pas encore vu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des particularit&#233;s de la situation actuelle consiste dans le fait que, comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, ce ne sont plus les gouvernements qui nous opposent la r&#233;sistance la plus dure. Sous l'absolutisme, contre lequel se retournaient les r&#233;volutions ant&#233;rieures, le gouvernement &#233;tait supr&#234;me et les antagonismes de classe ne pouvaient se d&#233;velopper clairement. Le gouvernement a emp&#234;ch&#233; non seulement les classes exploit&#233;es mais aussi les classes exploiteuses de d&#233;fendre librement leurs int&#233;r&#234;ts. Du c&#244;t&#233; du gouvernement, il n'y avait qu'une partie de la classe exploiteuse ; un autre et une partie tr&#232;s consid&#233;rable des exploiteurs, &#224; savoir les capitalistes industriels, simplement dans le camp de l'opposition, avec toute la masse de la classe ouvri&#232;re - non seulement les prol&#233;taires, mais aussi les petits bourgeois et les paysans - sauf dans certains cas. localit&#233;s arri&#233;r&#233;es. Le gouvernement &#233;tait &#233;galement isol&#233; du peuple. Il n'avait aucune emprise sur les larges masses populaires ; elle repr&#233;sentait la force la plus favoris&#233;e de l'oppression et de l'exploitation du peuple. UNun coup d'&#201;tat pouvait, dans certaines circonstances, suffire &#224; le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;mocratie, non seulement la classe exploit&#233;e, mais la classe exploiteuse peut d&#233;velopper plus librement son organisation, et il est n&#233;cessaire qu'elle le fasse si elle veut pouvoir r&#233;sister &#224; ses adversaires. La force non seulement des premiers mais aussi des seconds est plus grande que sous l'absolutisme. Ils utilisent leurs forces avec imprudence et plus durement que le gouvernement lui-m&#234;me, qui ne se tient plus au-dessus d'eux, mais plut&#244;t en dessous d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles r&#233;volutionnaires ont aussi affaire non seulement au gouvernement mais aussi aux puissantes organisations d'exploiteurs. Et les milieux r&#233;volutionnaires ne repr&#233;sentent plus comme dans les premi&#232;res r&#233;volutions une majorit&#233; &#233;crasante du peuple oppos&#233;e &#224; une poign&#233;e d'exploiteurs. Aujourd'hui, ils ne repr&#233;sentent en r&#233;alit&#233; qu'une seule classe, le prol&#233;tariat, &#224; laquelle s'opposent non seulement l'ensemble de la classe exploiteuse, mais aussi la grande masse des paysans et une grande majorit&#233; des intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une fraction des intellectuels et des tr&#232;s petits paysans et des petits bourgeois effectivement salari&#233;s et d&#233;pendants de leur coutume s'unit au prol&#233;tariat. Mais ce sont d&#233;cid&#233;ment des alli&#233;s incertains ; ils manquent tous grandement de cette arme dont le prol&#233;tariat tire toute sa force : l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les r&#233;volutions ant&#233;rieures &#233;taient des soul&#232;vements de la population contre le gouvernement, la r&#233;volution &#224; venir, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Russie, aura davantage le caract&#232;re de la lutte d'une partie du peuple contre une autre, et en cela, et seulement en cela, ressemblera davantage &#224; la luttes de la R&#233;forme que le type de la R&#233;volution fran&#231;aise. Je dirais presque qu'il s'agira bien moins d'un soul&#232;vement brutal contre le pouvoir que d'une longue guerre civile, si l'on ne joint pas n&#233;cessairement &#224; ces derniers mots l'id&#233;e de v&#233;ritables tueries et batailles. Nous n'avons aucune raison de penser que les batailles de barricades et autres accompagnements guerriers similaires joueront aujourd'hui un r&#244;le d&#233;cisif. Les raisons en ont &#233;t&#233; donn&#233;es si souvent que je n'ai pas besoin de m'y attarder davantage. Le militarisme ne peut &#234;tre renvers&#233; qu'en rendant l'arm&#233;e elle-m&#234;me infid&#232;le aux dirigeants, et non en la conqu&#233;rant par des soul&#232;vements populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tout aussi peu &#224; attendre d'une crise financi&#232;re que d'un soul&#232;vement arm&#233; produisant un effondrement des conditions existantes. A cet &#233;gard la situation est aussi tout &#224; fait diff&#233;rente de celle de 1789 et 1848. A cette &#233;poque le capitalisme &#233;tait encore faible, l'accumulation de capital encore faible et le capital difficile &#224; obtenir. Dans cette relation, le capital &#233;tait partiellement hostile &#224; l'absolutisme ou du moins s'en m&#233;fiait. Le gouvernement &#233;tait d&#233;pendant du capital et surtout du capital industriel et son d&#233;veloppement &#233;tait impossible sans lui, ou du moins contre son gr&#233;. Le f&#233;odalisme mourant, cependant, a conduit &#224; l'ass&#232;chement de toutes les sources mat&#233;rielles d'aide, de sorte que le gouvernement recevait encore moins d'argent de ses terres et &#233;tait de plus en plus d&#233;pendant des pr&#234;teurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est tout autrement aujourd'hui. Le capitalisme ne conduit pas, comme le f&#233;odalisme, &#224; la sous-production, mais &#224; la surproduction, et s'&#233;touffe dans sa propre graisse. Ce n'est pas un manque de capital, mais un superflu de capital qui aujourd'hui exige des investissements rentables et, dans la poursuite des dividendes, ne recule devant aucun risque. Les gouvernements sont compl&#232;tement d&#233;pendants de la classe capitaliste et cette derni&#232;re a toutes les raisons de les prot&#233;ger et de les soutenir. L'augmentation des dettes publiques ne peut devenir un facteur r&#233;volutionnaire que dans la mesure o&#249; elle accro&#238;t la pression des imp&#244;ts et conduit ainsi &#224; un soul&#232;vement des classes inf&#233;rieures, mais gu&#232;re (il faut peut-&#234;tre excepter la Russie) &#224; un effondrement financier direct, ni m&#234;me &#224; un s&#233;rieux embarras financier pour le gouvernement. Nous avons aussi peu de raisons d'attendre une r&#233;volution d'une crise financi&#232;re que d'une insurrection arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moyen propre au prol&#233;tariat pour la lutte et l'exercice de l'influence est la r&#233;tention organis&#233;e du travail, la gr&#232;ve. Plus le mode de production capitaliste se d&#233;veloppe et plus le capital se concentre, plus les dimensions de la gr&#232;ve sont gigantesques, et plus le mode de production capitaliste presse les petites industries, plus la soci&#233;t&#233; enti&#232;re d&#233;pendra de la poursuite ininterrompue de la production capitaliste. et d'autant plus que toute perturbation importante de ce dernier, comme par exemple une gr&#232;ve de grande dimension, apportera avec elle des calamit&#233;s nationales et des r&#233;sultats politiques. A un certain niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique, l'id&#233;e viendra aussit&#244;t d'utiliser la gr&#232;ve comme moyen de lutte politique. Il est d&#233;j&#224; apparu tel quel en France et en Belgique et a &#233;t&#233; utilis&#233; avec de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mon point de vue depuis longtemps. Dans mes articles sur le nouveau programme du parti de 1891 ( Neue Zeit , 1890-1891, n&#176; 50, page 757) je soulignais la possibilit&#233; que &#171; dans certaines conditions, lorsqu'une grande d&#233;cision est &#224; prendre, lorsque de grands &#233;v&#233;nements se sont d&#233;plac&#233;s les masses ouvri&#232;res jusqu'au plus profond d'elles-m&#234;mes, une cessation extensive du travail peut facilement avoir de grands r&#233;sultats politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je n'utilise pas l'id&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale au sens o&#249; les anarchistes et les syndicalistes fran&#231;ais l'emploient. Pour ces derniers, l'activit&#233; politique et surtout parlementaire du prol&#233;tariat doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e par la gr&#232;ve et elle doit devenir un moyen de jeter l'ordre social par-dessus bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est stupide. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans le sens o&#249; tous les travailleurs du pays &#224; un signe donn&#233; d&#233;poseront leur travail suppose une unanimit&#233; et une organisation des travailleurs qui n'est gu&#232;re possible dans la soci&#233;t&#233; actuelle, et qui, si elle &#233;tait une fois atteinte, serait si irr&#233;sistible qu'aucune gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne serait n&#233;cessaire. Une telle gr&#232;ve, cependant, rend impossible d'un seul coup l'existence non seulement de la soci&#233;t&#233; existante, mais de toute existence, et celle des prol&#233;taires bien avant celle des capitalistes, et doit par cons&#233;quent s'effondrer inutilement au moment m&#234;me o&#249; sa vertu r&#233;volutionnaire commence &#224; s'affaiblir. d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve en tant qu'arme politique ne prendra presque jamais, certainement pas &#224; un moment visible maintenant, la forme d'une gr&#232;ve de tous les travailleurs d'un pays. Elle ne peut pas non plus avoir pour but de supplanter les autres moyens de lutte politique mais seulement de les compl&#233;ter et de les renforcer . Nous entrons maintenant dans une &#233;poque o&#249;, oppos&#233;e &#224; la puissance &#233;crasante du capital organis&#233;, une gr&#232;ve apolitique isol&#233;e sera tout aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e que l'action parlementaire isol&#233;e des partis ouvriers oppos&#233;e &#224; la pression des pouvoirs gouvernementaux domin&#233;s par le capitalisme. Il sera de plus en plus n&#233;cessaire que l'un et l'autre grandissent et tirent une nouvelle force de la coop&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est le cas avec toutes les nouvelles armes, la meilleure mani&#232;re d'utiliser une frappe politique doit d'abord &#234;tre apprise. Ce n'est pas une panac&#233;e comme l'annoncent les anarchistes, et ce n'est pas un moyen infaillible, dans toutes les conditions, comme ils le consid&#232;rent. Il d&#233;passerait mon propos de rechercher ici les conditions dans lesquelles elle s'applique. Consid&#233;rant les derniers &#233;v&#233;nements en Belgique, je pourrais observer qu'ils ont montr&#233; combien elle exige ses propres m&#233;thodes qui ne se combinent pas favorablement avec d'autres m&#233;thodes, comme par exemple avec des alliances avec les lib&#233;raux. Je ne rejette pas n&#233;cessairement une telle alliance sous toutes conditions. Il serait insens&#233; de notre part de ne pas utiliser les d&#233;saccords et les divisions de nos adversaires. Mais il ne faut pas attendre plus des lib&#233;raux que ce qu'ils sont capables d'accorder. Dans le domaine de l'activit&#233; prol&#233;tarienne, il peut &#234;tre facilement possible, sous certaines conditions, que l'opposition entre eux et nous &#224; propos de telle ou telle mesure soit moindre qu'entre eux et nos adversaires bourgeois. &#192; un tel moment, une alliance peut avoir sa place. Mais en dehors du champ parlementaire, aucun effort pour une revendication r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre combattu avec l'aide des lib&#233;raux. Chercher &#224; renforcer les pouvoirs prol&#233;tariens dans une telle lutte par une alliance lib&#233;rale, c'est tenter d'utiliser les armesdans un but qui sont habituellement utilis&#233;s pour faire &#233;chec &#224; ce but. La gr&#232;ve politique est une arme prol&#233;tarienne puissante qui n'est applicable que dans une bataille que le prol&#233;tariat livre seul et dans laquelle il s'engage contre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. En ce sens, c'est peut-&#234;tre l'arme la plus r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs il est probable que se d&#233;velopperont encore d'autres moyens et m&#233;thodes de combat dont nous ne r&#234;vons m&#234;me pas aujourd'hui. Il y a cette diff&#233;rence entre la compr&#233;hension des m&#233;thodes et des organes et de la direction de la bataille sociale que ces derni&#232;res appellent &#234;tre th&#233;oriquement investigu&#233;es &#224; l'avance alors que les premi&#232;res sont cr&#233;&#233;es dans la pratique et ne peuvent &#234;tre observ&#233;es que par les logiciens apr&#232;s coup, qui peuvent alors enqu&#234;ter. leur importance pour l'&#233;volution future. Les syndicats, les gr&#232;ves, les corporations, les trusts, etc., sont n&#233;s de la pratique et non de la th&#233;orie. Dans ce domaine, de nombreuses surprises peuvent encore nous appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme moyen d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement politique et d'amener le prol&#233;tariat dans une position de pouvoir politique, la guerre peut jouer un r&#244;le. La guerre s'est d&#233;j&#224; souvent r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un facteur tr&#232;s r&#233;volutionnaire. Il existe des situations historiques dans lesquelles la r&#233;volution est n&#233;cessaire au progr&#232;s ult&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;, mais o&#249; les classes r&#233;volutionnaires sont encore trop faibles pour renverser les pouvoirs en place. La n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution n'implique pas toujours que les classes aspirantes aient exactement la bonne force au bon moment. Malheureusement, le monde n'est pas aussi d&#233;lib&#233;r&#233;ment planifi&#233; que cela. Il y a des situations o&#249; la r&#233;volution est indubitablement r&#233;clam&#233;e, o&#249; une classe dirigeante devrait &#234;tre supplant&#233;e par une autre, mais o&#249; celle-ci est encore fermement soumise &#224; la premi&#232;re. Si cette situation perdure trop longtemps, toute la soci&#233;t&#233; s'effondre. Tr&#232;s souvent, dans une telle situation, la guerre remplit la fonction &#224; laquelle la classe aspirante n'a pas encore grandi. Il y r&#233;pond de deux mani&#232;res. La guerre ne peut &#234;tre men&#233;e que par l'exercice de tous les pouvoirs d'un peuple. S'il y a une profonde division dans la nation, la guerre obligera la classe dirigeante &#224; accorder &#224; la classe aspirante des concessions qu'elle n'aurait pas obtenues sans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la classe dirigeante n'est pas capable d'un tel sacrifice ou c&#232;de trop tard pour qu'il soit efficace, la guerre peut facilement conduire &#224; une d&#233;faite de l'ext&#233;rieur qui entra&#238;ne avec elle un effondrement &#224; l'int&#233;rieur. Un gouvernement reposant principalement sur une arm&#233;e est renvers&#233; d&#232;s que l'arm&#233;e est vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas rare que la guerre ait &#233;t&#233; un moyen extr&#234;mement efficace, f&#251;t-il brutal et destructeur, pour r&#233;aliser un progr&#232;s dont les autres moyens &#233;taient incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie allemande, par exemple, a &#233;t&#233; rendue trop faible par le transfert du centre &#233;conomique de l'Europe sur la c&#244;te maritime de l'oc&#233;an Atlantique, et par la guerre de trente ans et ses r&#233;sultats pour renverser par ses propres forces l'absolutisme f&#233;odal. lib&#233;r&#233; de cela que par les guerres napol&#233;oniennes, puis plus tard par les guerres de l'&#232;re bismarckienne. L'h&#233;ritage de 1848 a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; principalement &#224; travers les guerres des forces contre-r&#233;volutionnaires, car ces forces avaient elles-m&#234;mes &#233;t&#233; &#233;tablies auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui dans une p&#233;riode d'antagonismes politiques externes et internes analogue &#224; celle qui existait dans les ann&#233;es 50 et 60. Une fois de plus, une masse d'amadou social s'est accumul&#233;e. Les probl&#232;mes de politique ext&#233;rieure et int&#233;rieure exigeant une solution deviennent de plus en plus &#233;normes. Mais aucune des classes dirigeantes ou des partis n'ose s&#233;rieusement tenter leur solution parce que cela n'est pas possible sans de grands bouleversements et ils reculent devant ceux-ci parce qu'ils ont appris &#224; conna&#238;tre le pouvoir gigantesque du prol&#233;tariat que tout bouleversement aussi grand menace de lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; plus haut de la d&#233;cadence de la vie politique int&#233;rieure qui trouve son expression la plus frappante dans la d&#233;cadence croissante des Parlements. Mais cela va de pair avec le d&#233;clin de la politique ext&#233;rieure. On redoute toute politique &#233;nergique pouvant conduire &#224; un conflit international, non par aversion &#233;thique pour la guerre, mais par peur de la r&#233;volution, dont elle peut &#234;tre le pr&#233;curseur. En cons&#233;quence, l'esprit d'&#201;tat de nos gouvernants consiste simplement, non seulement &#224; l'int&#233;rieur, mais aussi &#224; l'ext&#233;rieur, &#224; mettre chaque question au placard et &#224; augmenter ainsi le nombre de probl&#232;mes non r&#233;solus. Gr&#226;ce &#224; cette politique, il existe maintenant une rang&#233;e d'&#201;tats de l'ombre comme la Turquie et l'Autriche, qu'une race r&#233;volutionnaire &#233;nergique d'il y a un demi-si&#232;cle a plac&#233; sur la liste des &#201;tats &#233;teints. D'autre part, et pour la m&#234;me raison,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces crat&#232;res sociaux ne s'&#233;teignent pas, ils peuvent ressurgir d'un jour &#224; l'autre dans une guerre d&#233;vastatrice, comme la montagne Pel&#233;e &#224; la Martinique. L'&#233;volution &#233;conomique elle-m&#234;me cr&#233;e continuellement de nouveaux crat&#232;res, de nouvelles causes de crises, de nouveaux points de friction et de nouvelles occasions de d&#233;veloppements guerriers, en ce qu'elle &#233;veille dans les classes dirigeantes l'avidit&#233; de monopolisation des march&#233;s et de conqu&#234;te de colonies &#233;trang&#232;res et en ce qu'elle se substitue &#224; l'attitude pacifique du capitaliste industriel, celle violente du financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique s&#233;curit&#233; de la libert&#233; se trouve aujourd'hui dans la peur du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Nous devons encore voir combien de temps cela r&#233;duira les causes toujours croissantes de conflit. Et il y a aussi un certain nombre de puissances qui n'ont pas &#224; craindre de prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant et beaucoup d'entre elles sont compl&#232;tement domin&#233;es par une clique sans scrupules et brutale d'hommes de la &#034;haute finance&#034;. Ces puissances, jusqu'ici insignifiantes ou pacifiques dans la politique internationale, deviennent de plus en plus importantes en tant que perturbateurs internationaux de la paix. C'est vrai pour la plupart des &#201;tats-Unis, mais aussi pour l'Angleterre et le Japon. La Russie figurait auparavant en premi&#232;re place dans la liste des perturbateurs internationaux ; son prol&#233;tariat h&#233;ro&#239;que l'a momentan&#233;ment retenue. Mais tout comme l'exc&#232;s de confiance d'un gouvernement dans un pouvoir int&#233;rieur illimit&#233; sans classe r&#233;volutionnaire derri&#232;re lui, le d&#233;sespoir d'un gouvernement chancelant peut d&#233;clencher une guerre. Ce fut le cas de Napol&#233;on III en 1870 et peut-&#234;tre encore le cas de Nicolas II. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que personne ne me comprenne mal. J'enqu&#234;te ici, je ne proph&#233;tise pas et encore moins j'exprime des souhaits. J'enqu&#234;te sur ce qui peut arriver ; Je ne d&#233;clare pas ce qui arrivera, et encore moins j'exige ce qui doit arriver. Quand je parle, ici, de la guerre comme moyen de r&#233;volution, cela ne veut pas dire que je d&#233;sire la guerre. Ses horreurs sont si terribles qu'il n'y a aujourd'hui que des fanatiques militaires dont l'affreux courage pourrait les amener &#224; exiger une guerre de sang-froid. Mais m&#234;me lorsqu'une r&#233;volution n'est pas un moyen pour parvenir &#224; une fin mais une fin en soi, qui m&#234;me au prix le plus sanglant ne saurait &#234;tre trop ch&#232;rement achet&#233;e, on ne peut toujours pas d&#233;sirer la guerre comme moyen de d&#233;clencher la r&#233;volution car c'est le moyen le plus irrationnel. &#224; cette fin. Elle apporte des destructions si terribles et cr&#233;e des exigences si gigantesques sur l'&#201;tat que toute r&#233;volution qui en est issue est lourdement charg&#233;e de t&#226;ches qui ne lui sont pas essentielles mais qui absorbent momentan&#233;ment tous ses moyens et son &#233;nergie. Par cons&#233;quent, une r&#233;volution qui sort de la guerre est un signe de la faiblesse de la classe r&#233;volutionnaire, et souvent la cause d'une nouvelle faiblesse, par le seul fait du sacrifice qu'elle entra&#238;ne, ainsi que par la d&#233;gradation morale et intellectuelle &#224; laquelle la guerre donne monter. Elle augmente aussi &#233;norm&#233;ment les t&#226;ches du r&#233;gime r&#233;volutionnaire et affaiblit simultan&#233;ment ses pouvoirs. En cons&#233;quence, une r&#233;volution n&#233;e d'une guerre est plus facilement d&#233;truite ou perd plus t&#244;t sa force motrice. Combien diff&#233;rents furent les r&#233;sultats de la r&#233;volution bourgeoise en France o&#249; elle est n&#233;e d'un soul&#232;vement du peuple, de ceux d'Allemagne, o&#249; il a &#233;t&#233; import&#233; &#224; travers un certain nombre de guerres. Et la cause prol&#233;tarienne aurait re&#231;u bien plus de justice du soul&#232;vement du prol&#233;tariat parisien si elle n'avait pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e pr&#233;matur&#233;ment par la guerre de 70 et 71, mais avait attendu une p&#233;riode ult&#233;rieure o&#249; les Parisiens auraient eu suffisamment la force d'avoir chass&#233; Louis Napol&#233;on et sa bande sans guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas non plus la moindre raison de souhaiter une acc&#233;l&#233;ration artificielle de notre avance par une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses ne bougent pas selon nos souhaits. Certes, les hommes font leur propre histoire, mais ils ne choisissent pas selon leurs d&#233;sirs les probl&#232;mes qu'ils ont &#224; r&#233;soudre, ni les conditions dans lesquelles ils vivent, ni les moyens par lesquels ces probl&#232;mes doivent &#234;tre r&#233;solus. S'il venait selon nos d&#233;sirs, qui de nous ne pr&#233;f&#233;rerait la route pacifique &#224; la route violente pour laquelle nos forces actuelles n'ont peut-&#234;tre pas suffisamment grandi et qui peut-&#234;tre nous engloutirait. Mais ce n'est pas notre t&#226;che d'exprimer des v&#339;ux pieux et d'exiger du monde qu'il s'y conforme, mais de reconna&#238;tre les t&#226;ches, les conditions et les moyens qui se pr&#233;sentent et d'utiliser ces derniers &#224; bon escient pour r&#233;soudre les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investigation des faits existants est le fondement de toute politique rationnelle. Si j'en suis arriv&#233; &#224; la conviction que nous entrons dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire, sur les conclusions de laquelle tout n'est pas encore clair, j'y suis pouss&#233; par l'investigation des conditions r&#233;elles et non par mes d&#233;sirs. Je ne souhaite rien de plus que d'avoir tort et d'avoir raison ceux qui soutiennent que les plus grandes difficult&#233;s de la p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme sont derri&#232;re nous et que nous avons toutes les bases essentielles pour une avanc&#233;e pacifique vers le socialisme. Malheureusement, je ne vois aucune possibilit&#233; d'accepter ce point de vue. La plus grande et la plus difficile des batailles pour le pouvoir politique est encore devant nous. Il ne sera d&#233;cid&#233; qu'apr&#232;s une longue et dure lutte qui mettra &#224; l'&#233;preuve toutes nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut rien faire de pire au prol&#233;tariat que de lui conseiller de s'appuyer sur ses bras pour encourager une attitude favorable de la bourgeoisie. Dans les conditions actuelles, cela ne signifie rien de moins que livrer le prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie et le placer dans la d&#233;pendance intellectuelle et politique de cette derni&#232;re, l'affaiblir, le d&#233;grader et le rendre incapable de remplir ses grands objectifs historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve que ce n'est pas exag&#233;r&#233; est fournie par les travailleurs anglais. Nulle part le prol&#233;tariat n'est plus nombreux, nulle part son organisation &#233;conomique n'est mieux d&#233;velopp&#233;e, nulle part sa libert&#233; n'est plus grande qu'en Angleterre, ici le prol&#233;tariat est politiquement plus impuissant. Il n'a pas simplement perdu toute ind&#233;pendance dans la haute politique. Elle ne sait m&#234;me plus pr&#233;server ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats. Ici aussi, nous pouvons &#224; nouveau nous r&#233;f&#233;rer &#224; l'article de Webb pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, qui ne peut certainement pas &#234;tre suspect&#233; d'&#234;tre consciemment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours du mouvement ascendant des dix derni&#232;res ann&#233;es, dit-il dans l'article mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, la participation des travailleurs anglais &#224; la politique ouvri&#232;re a progressivement diminu&#233;. La loi des huit heures et le socialisme constructif des Fabiens vers lesquels les syndicats se sont tourn&#233;s avec tant d'empressement dans la p&#233;riode de 90 et 93 cessent de plus en plus d'occuper leurs pens&#233;es. Le nombre de repr&#233;sentants du travail &#224; la Chambre basse n'augmente pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les derni&#232;res flagellations de leurs adversaires n'ont pas servi &#224; r&#233;veiller le prol&#233;tariat d'Angleterre. Ils restent muets, m&#234;me quand leurs mains sont rendues impuissantes, muets quand leur pain est rendu plus co&#251;teux. Les travailleurs anglais sont aujourd'hui inf&#233;rieurs en tant que facteur politique aux travailleurs du pays le plus arri&#233;r&#233; &#233;conomiquement d'Europe, la Russie. C'est la v&#233;ritable conscience r&#233;volutionnaire de ces derniers qui leur donne leur grande puissance politique. C'est le renoncement &#224; la r&#233;volution, le r&#233;tr&#233;cissement de l'int&#233;r&#234;t aux int&#233;r&#234;ts du moment, &#224; la politique dite pratique, qui ont fait de celle-ci un chiffre dans la politique r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans cette politique pratique, la perte du pouvoir politique va de pair avec la d&#233;gradation morale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait r&#233;f&#233;rence ci-dessus &#224; la renaissance morale du prol&#233;tariat qui l'a transform&#233; de barbares de la soci&#233;t&#233; moderne en le facteur le plus important du maintien et de l'avancement de notre culture. Mais ils ne se sont ainsi &#233;lev&#233;s que lorsqu'ils sont rest&#233;s dans l'antagonisme le plus aigu avec la bourgeoisie ; o&#249; la lutte pour le pouvoir politique a entretenu en eux la conscience qu'ils sont appel&#233;s &#224; s'&#233;lever avec l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Ici encore, l'Angleterre nous offre l'exemple d'une classe ouvri&#232;re qui renonce &#224; la r&#233;volution et ne s'int&#233;resse qu'&#224; la politique pratique, riant avec m&#233;pris de ses id&#233;aux suspendus &#224; une cheville d'un c&#244;t&#233; et rejetant d'eux tous les buts de bataille qu'ils ne peuvent exprimer en livres et en livres. shillings. De la bouche des bourgeois eux-m&#234;mes sortent des plaintes contre cette d&#233;cadence morale et intellectuelle de l'&#233;lite des travailleurs anglais qu'ils partagent avec la bourgeoisie elle-m&#234;me et aujourd'hui en effet ils ne sont gu&#232;re que de petits bourgeois et ne s'en distinguent que par un plus grand manque de culture. Leur plus grand id&#233;al consiste &#224; singer leurs ma&#238;tres et &#224; entretenir leur respectabilit&#233; hypocrite, leur admiration pour la richesse, quelle qu'en soit l'obtention, et leur mani&#232;re insens&#233;e de tuer leurs loisirs. L'&#233;mancipation de leur classe leur appara&#238;t comme un r&#234;ve insens&#233;. Par cons&#233;quent, c'est le football, la boxe, les courses hippiques et les jeux d'argent qui les &#233;meuvent le plus et auxquels sont consacr&#233;s tout leur temps libre, leurs forces individuelles et leurs moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; &#233;veiller par des pr&#233;dications politiques les ouvriers anglais &#224; un mode de vie plus &#233;lev&#233;, &#224; un esprit capable de consid&#233;rations plus nobles. L'&#233;thique du prol&#233;tariat d&#233;coule de ses efforts r&#233;volutionnaires et ce sont eux qui l'ont renforc&#233; et ennobli. C'est l'id&#233;e de la r&#233;volution qui a provoqu&#233; cette merveilleuse &#233;l&#233;vation du prol&#233;tariat de sa plus profonde d&#233;gradation, &#233;l&#233;vation qui est le plus grand r&#233;sultat de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet id&#233;alisme r&#233;volutionnaire il faut avant tout s'accrocher, advienne que pourra, porter le plus lourd, atteindre le plus haut, et rester digne du grand dessein historique qui nous attend.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title> Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7499</link>
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		<dc:date>2022-01-26T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
(ao&#251;t 1902) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous, partisans des m&#233;thodes du socialisme scientifique, telles qu'elles sont &#233;nonc&#233;es par Marx et Engels, sommes les plus malchanceux ; non seulement les adversaires de Marx et d'Engels nous combattent - d'ailleurs c'est naturel - mais, il y a aussi des gens qui de temps en temps vont trop loin dans leur &#233;loge de Marx et d'Engels, et pourtant qui trouvent cela incompatible avec la dignit&#233; d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Kautsky
&lt;p&gt;Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ao&#251;t 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous, partisans des m&#233;thodes du socialisme scientifique, telles qu'elles sont &#233;nonc&#233;es par Marx et Engels, sommes les plus malchanceux ; non seulement les adversaires de Marx et d'Engels nous combattent - d'ailleurs c'est naturel - mais, il y a aussi des gens qui de temps en temps vont trop loin dans leur &#233;loge de Marx et d'Engels, et pourtant qui trouvent cela incompatible avec la dignit&#233; d'un libre penseur d'appliquer leurs th&#233;ories de mani&#232;re logique. La remarque pleine d'esprit de Marx qu'il n'&#233;tait pas lui-m&#234;me marxiste, ils l'appliquent avec s&#233;rieux, et ils aimeraient beaucoup faire croire que Marx consid&#233;rait ceux qui partageaient son point de vue comme des idiots, qui &#233;taient tout &#224; fait incapables de penser par eux-m&#234;mes. Ou bien ils d&#233;clarent que les marxistes sont pour l'essentiel incapables de comprendre Marx, et qu'eux, les non-marxistes, sont viol&#233;s pour d&#233;fendre la th&#233;orie de Marx contre le fanatisme des marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement ces &#234;tres curieux se contentent de prononcer certaines de ces phrases qui, lorsqu'elles sont prononc&#233;es avec le ton requis d'indignation morale, sont s&#251;res de r&#233;ussir dans une assembl&#233;e de libres penseurs. Une tentative un peu plus s&#233;rieuse de ce genre est faite par le socialiste anglais Belfort Bax, avec un article intitul&#233; La conception mat&#233;rialiste de l'histoire , qu'il a publi&#233; dans un num&#233;ro r&#233;cent de l'hebdomadaire viennois Die Zeit .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax dit de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, apr&#232;s une phrase introductive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prise dans sa forme la plus extr&#234;me, donc, cette conception (mat&#233;rialiste) (du d&#233;veloppement historique) ne dit rien de moins que la morale, la religion et l'art ne sont pas simplement influenc&#233;s par les conditions &#233;conomiques, mais qu'ils d&#233;coulent seuls de la pens&#233;e -r&#233;flexe de ces conditions dans la conscience sociale. En un mot, les fondements essentiels de toute histoire sont la richesse mat&#233;rielle, sa production et son &#233;change. La religion, la morale et l'art sont des ph&#233;nom&#232;nes al&#233;atoires, dont l'expression peut &#234;tre directement ou indirectement retrac&#233;e &#224; un fondement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans une note de bas de page, Bax remarque en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucun connaisseur des th&#233;ories de Karl Marx n'aura besoin de savoir que Marx lui-m&#234;me &#233;tait loin d'adopter un point de vue aussi extr&#234;me dans son &#233;nonc&#233; de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. &#171; Moi m&#234;me je ne suis pas marxiste &#187; &#8211; (moi, je ne suis pas marxiste) a-t-il &#233;crit une fois, et il aurait tr&#232;s certainement r&#233;p&#233;t&#233; cette opinion s'il avait vu les derni&#232;res repr&#233;sentations des &#171; marxistes &#187;, Plechanoff, Mehring ou Kautsky . &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette note de bas de page est d&#233;cid&#233;ment originale. Les derni&#232;res performances des marxistes ont &#233;t&#233; une source de m&#233;contentement pour Bax. Mais il craint que cela n'ait pas suffisamment de poids s'il exprimait simplement ses sentiments personnels d'insatisfaction &#224; notre &#233;gard. Avec une t&#233;nacit&#233; qui aurait fait honneur &#224; Miss Eusapia, il invoque l'esprit de Karl Marx et lui permet de nous d&#233;savouer formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est sans doute au plus haut point fatal si Marx, par l'interm&#233;diaire de Bax, avait d&#233;savou&#233; nos derni&#232;res performances. Mais Bax n'a vraiment pas besoin de mettre &#224; rude &#233;preuve ses pouvoirs th&#233;osophiques. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire est l'&#339;uvre non seulement de Marx, mais aussi d'Engels, et il avait vu les &#171; derni&#232;res performances des marxistes &#187;. Pourquoi Bax ne mentionne-t-il pas Engels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le seul point remarquable de cette note de bas de page. Il est clair que le seul but est de se d&#233;barrasser, une fois pour toutes, des trois marxistes en question. A l'&#233;claircissement du probl&#232;me, il ne contribue pas le moins du monde. Au contraire. Dans le texte, nous n'entendons parler que de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. La note, en revanche, nous dit que la conception d&#233;velopp&#233;e dans le texte n'est pas celle de Marx. Mais il se garde bien de nous dire de qui il s'agit r&#233;ellement. Bax veut-il insinuer que la conception de l'histoire qui y est expliqu&#233;e est celle de Mehring, Kautsky, etc. ? Alors je dois protester contre cela, non seulement en mon nom mais en celui des marxistes en g&#233;n&#233;ral. Aucun marxiste, qui doit &#234;tre pris au s&#233;rieux, n'est venu &#224; l'id&#233;e de parler de &#171; pens&#233;es-r&#233;flexes dans la conscience sociale,&#034; Qu'est-ce que Bax a pu vouloir dire par l&#224; ? Nous n'avons jamais cherch&#233; le &#171; vrai fondement de toute l'histoire dans le bien-&#234;tre mat&#233;riel &#187;, puisque nous ne cherchons jamais le vrai fondement de toute activit&#233; humaine dans le seul &#171; bien-&#234;tre mat&#233;riel &#187;. Et il n'est pas n&#233;cessaire d'avoir &#233;tudi&#233; tr&#232;s profond&#233;ment la litt&#233;rature du mat&#233;rialisme historique pour savoir qu'aucun marxiste ne soutient que la religion, la morale et l'art sont des ph&#233;nom&#232;nes &#171; hasardeux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est &#233;galement totalement inconnu qu'un historien mat&#233;rialiste ait &#233;crit des b&#234;tises de ce genre. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire que combat Bax n'est donc ni la conception de Marx, ni celle des marxistes qui, dit-on, diff&#232;rent de Marx. Nous le remettons &#224; Bax avec plaisir, et ne nous sentirons en aucun cas affect&#233;s s'il le d&#233;truit racine et branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bax ne prend pas seulement une position n&#233;gative, mais aussi positive, comme le devient un critique philosophique. Il am&#233;liore la conception mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour lui trop unilat&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tentative, dit-il, de d&#233;duire toute la vie humaine d'un &#233;l&#233;ment, de d&#233;clarer toute l'histoire sur la base de l'&#233;conomie, n&#233;glige le fait que toute r&#233;alit&#233; concr&#232;te doit avoir deux faces, une mat&#233;rielle et une formelle, donc &#224; au moins deux &#233;l&#233;ments fondamentaux... Selon mon id&#233;e, la th&#233;orie en question a besoin d'&#234;tre am&#233;lior&#233;e dans le sens suivant : Les capacit&#233;s sp&#233;culatives, &#233;thiques et artistiques de l'homme existent en tant que telles dans la soci&#233;t&#233; humaine - m&#234;me si elles pas simplement des produits des conditions mat&#233;rielles de l'existence humaine, bien que leur expression &#224; chaque fois dans le pass&#233;, toujours dans une faible mesure et tr&#232;s souvent dans une mesure consid&#233;rable, ait &#233;t&#233; modifi&#233;e par ces facteurs. Tout le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; est beaucoup plus modifi&#233; par ses conditions mat&#233;rielles que par n'importe quelle sp&#233;culation,cause &#233;thique ou artistique. Mais cela n'&#233;quivaut pas &#224; dire que toute cause &#171; id&#233;ologique &#187; peut se r&#233;soudre en une condition purement mat&#233;rielle... J'admets pleinement que la forme particuli&#232;re d'un mouvement, qu'il soit intellectuel, &#233;thique ou artistique, est d&#233;termin&#233;e par les conditions mat&#233;rielles. de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il s'affirme, mais il sera &#233;galement d&#233;termin&#233; par les &#233;l&#233;ments et les tendances psychologiques dont il est issu. La capacit&#233; de penser, par exemple le pouvoir de g&#233;n&#233;ralisation, d'expliquer les &#233;v&#233;nements comme cause et effet, ne peut certainement pas &#234;tre r&#233;duite au r&#233;flexe psychologique des circonstances &#233;conomiques. En bref, pour r&#233;sumer les vues que j'ai repr&#233;sent&#233;es ici en opposition aux marxistes extr&#234;mes : Ces extr&#233;mistes soutiennent que les affaires humaines sont uniquement r&#233;gl&#233;es par des causes physiques ext&#233;rieures, tandis que d'autres soutiennent exactement le contraire,ne voyant que des motifs psychologiques et id&#233;alistes int&#233;rieurs. Les deux points de vue que je consid&#232;re comme unilat&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous enlevons le noyau de tout cet apprentissage philosophique, alors nous constatons que Bax veut dire que la morale, la religion, l'art et la science ne sont pas produits par les seules conditions &#233;conomiques ; il faut que ces conditions agissent sur des hommes dot&#233;s de certaines capacit&#233;s &#233;thiques, artistiques et sp&#233;culatives. Ce n'est que par la coop&#233;ration des deux facteurs qu'un mouvement social, artistique ou &#233;thique surgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui peut nier que Bax a raison, et que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire est compl&#232;tement hors de cause ? Mais pas la th&#233;orie de Marx, pas m&#234;me des marxistes, mais celle d&#233;couverte par Bax, selon laquelle la morale, la religion et l'art formaient la &#171; pens&#233;e-r&#233;flexe des conditions &#233;conomiques &#187; dans la &#171; conscience sociale &#187;, le bien-&#234;tre mat&#233;riel le fondement. de toute action, et le &#171; pouvoir de la pens&#233;e &#187; pourrait &#234;tre &#171; r&#233;duit au r&#233;flexe psychologique des conditions &#233;conomiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste marxiste est malheureusement beaucoup trop unilat&#233;rale et &#233;troite pour pouvoir pr&#233;tendre expliquer l'intellect, ou toute l'histoire. Elle n'a pas la pr&#233;tention d'&#234;tre autre chose qu'une conception de l'histoire, une m&#233;thode de recherche des forces motrices du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine. Certes, il serait absurde de dire qu'une &#339;uvre d'art ou un syst&#232;me philosophique consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me est simplement le produit de conditions sociales ou en dernier lieu &#233;conomiques. Mais il n'appartient pas non plus &#224; une hypoth&#232;se historique d'expliquer l'activit&#233; artistique ou philosophique. Il n'a qu'&#224; expliquer les changements que cette activit&#233; a d&#251; subir au cours des diff&#233;rentes p&#233;riodes. Sans doute, sans intelligence, sans id&#233;es. Mais cette connaissance approfondie nous aide-t-elle dans une moindre mesure &#224; r&#233;pondre &#224; la question,pourquoi les id&#233;es du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle diff&#232;rent de celles du treizi&#232;me, et celles-ci encore ne sont pas les m&#234;mes que celles des anciens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une absurdit&#233; palpable de pr&#233;tendre que la volont&#233; et la pens&#233;e des hommes comme, selon Bax, &#034;l'aile extr&#234;me de la conception mat&#233;rialiste&#034; disent - sont &#034;seules d&#233;termin&#233;es par la force physique ext&#233;rieure&#034;. Il va de soi que l'organisme humain joue un r&#244;le dans la production de l'id&#233;e, en tant que monde ext&#233;rieur. Mais l'organisme humain a-t-il chang&#233; ses pouvoirs de pens&#233;e, sa capacit&#233; artistique, dans une mesure notable au cours du temps historique ? Certainement pas. Les capacit&#233;s de pens&#233;e d'un Aristote sont certainement &#224; peine d&#233;pass&#233;es ; tout aussi peu la capacit&#233; artistique des anciens. Qu'est-ce, par contre, qui a chang&#233; dans le monde ext&#233;rieur ? La nature ? Assur&#233;ment pas. La Gr&#232;ce jouit aujourd'hui du m&#234;me paradis qu'au temps de P&#233;ricl&#232;s mais la soci&#233;t&#233; a chang&#233;, c'est-&#224;-direvraiment la condition &#233;conomique et dans la mesure o&#249; la nature et les hommes ont chang&#233;, elle a &#233;t&#233; sous l'influence des conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques ne sont donc pas les seules choses qui d&#233;terminent les &#171; affaires humaines &#187;, les &#171; processus de la vie humaine &#187;, mais elles sont, parmi les facteurs d&#233;terminants, le seul &#233;l&#233;ment variable. Les autres sont constants, ne s'alt&#232;rent pas du tout, ou seulement sous l'influence des changements de l'&#233;l&#233;ment variable ; ils ne sont donc pas des moteurs du d&#233;veloppement historique, m&#234;me s'ils sont des &#233;l&#233;ments indispensables de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien mat&#233;rialiste ne n&#233;glige aucunement, il ne sous-estime pas l'importance du facteur psychologique dans l'histoire. Mais tr&#232;s loin d'&#234;tre un moteur du d&#233;veloppement historique, ce facteur se pr&#233;sente bien plus comme un &#233;l&#233;ment essentiellement conservateur. Tout historien sait quelle grande force la tradition pr&#233;sente dans l'histoire. Tandis que le d&#233;veloppement &#233;conomique ne conna&#238;t pas d'arr&#234;t, l'esprit humain fait toujours l'effort de rester dans des formes de pens&#233;e qui ont &#233;t&#233; une fois atteintes ; elle ne suit pas directement le d&#233;veloppement &#233;conomique mais se fossilise et reste dans les anciennes formes longtemps apr&#232;s que les conditions sociales et &#233;conomiques qui les ont cr&#233;&#233;es se soient &#233;vanouies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi devient, selon les mots du po&#232;te, raison, folie ; la bont&#233; un tourment. Cela ne se manifeste pas seulement l&#224;, lorsqu'il s'agit d'un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel au maintien des anciennes fa&#231;ons de penser. Nous rappelons, par exemple, que les d&#233;signations de parent&#233; sont beaucoup plus conservatrices que les formes familiales [1], de m&#234;me que nos f&#234;tes, qui d&#233;fient toute r&#233;volution, bien que les conditions dont elles sont issues soient pass&#233;es depuis longtemps. Les formes-pens&#233;es d'un &#226;ge plus avanc&#233; offrent donc de nombreux indices importants pour la reconnaissance des conditions sociales d'une p&#233;riode ant&#233;rieure. Le d&#233;veloppement &#233;conomique doit alors &#234;tre tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, ses besoins et les nouvelles relations sociales qu'il produit doivent d&#233;j&#224; &#234;tre en contradiction flagrante avec les formes accept&#233;es de loi, de morale et toutes les formes traditionnelles de sentiment, de pens&#233;e et d'organisation. de la soci&#233;t&#233;, avant m&#234;me que les &#233;lus, particuli&#232;rement p&#233;n&#233;trants et courageux, soient forc&#233;s par elle de d&#233;velopper et de d&#233;fendre de nouvelles vues, de nouveaux id&#233;aux pour le droit et la morale, et pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;, avec les moyens alors existants de l'art et de la science,id&#233;aux qui doivent leur origine et leur importance historique aux nouveaux besoins et rapports sociaux, et dont l'importance historique, dont l'influence sur la r&#233;volution de la conscience humaine, et la reconstruction de la soci&#233;t&#233; d&#233;pend du degr&#233; de leur approche de celle requise par la d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la pens&#233;e humaine est si conservatrice, que m&#234;me les esprits les plus r&#233;volutionnaires au commencement d'une r&#233;volution de la pens&#233;e ne peuvent s'emp&#234;cher de verser le vin nouveau dans de vieilles bouteilles et de consid&#233;rer leurs id&#233;es non comme le renversement, mais comme l'accomplissement. Christ est venu, comme on le sait, non pour abolir mais pour accomplir la loi ; les r&#233;formateurs n'avaient pas le d&#233;sir d'&#233;riger un christianisme nouveau, qui correspondait aux besoins des XVe ou XVIe si&#232;cles, mais de ramener le christianisme primitif des &#201;vangiles, et les premiers socialistes d&#233;mocrates de notre temps croyaient n'avoir qu'&#224; achever le &#339;uvre que la R&#233;volution fran&#231;aise avait commenc&#233;e mais non achev&#233;e. La social-d&#233;mocratie n'&#233;tait &#224; l'origine qu'une d&#233;mocratie logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte du nouveau avec les &#233;l&#233;ments anciens doit &#234;tre d&#233;j&#224; bien avanc&#233;e avant que les penseurs de l'id&#233;e nouvelle se rendent compte du fait que ceux-ci sont irr&#233;m&#233;diablement oppos&#233;s &#224; l'ancien. Encore plus tard, c'est naturellement le cas de l'homme moyen &#8211; m&#234;me au sein de ces classes qui s'int&#233;ressent &#224; la r&#233;organisation des choses. L'antagonisme de classe doit avoir atteint son paroxysme, les masses doivent &#234;tre profond&#233;ment remu&#233;es et agit&#233;es par la guerre des classes avant qu'elles n'acqui&#232;rent le moindre int&#233;r&#234;t pour les th&#233;ories actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette inertie de la conscience humaine, le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; appara&#238;t &#224; l'observation superficielle comme le produit d'id&#233;es, qui viennent &#224; certains &#171; esprits favoris&#233;s de Dieu &#187;, pour reprendre une expression qui a particuli&#232;rement mis Bax en col&#232;re, d'id&#233;es dont alors les champions du progr&#232;s gagner la masse de l'humanit&#233;. Il semble donc que ce soient les id&#233;es qui produisent le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;. Rien de plus na&#239;f que lorsque les repr&#233;sentants de l'id&#233;alisme reprochent aux mat&#233;rialistes de n&#233;gliger le r&#244;le des id&#233;es dans l'histoire. Comme si c'&#233;tait possible, comme si le processus d&#233;crit ci-dessus ne s'imposait pas &#224; quiconque se mettait m&#234;me &#224; &#233;tudier l'histoire. Non, les mat&#233;rialistes ne n&#233;gligent pas ce processus, mais ils ne s'en contentent pas, &#224; la mani&#232;re des m&#233;thodes ant&#233;rieures d'&#233;criture de l'histoire,qui consiste &#224; rester &#224; la surface des ph&#233;nom&#232;nes. Ils &#233;tudient plus profond&#233;ment, et ils constatent que l'ordre des id&#233;es n'est pas arbitraire ou al&#233;atoire, mais d&#233;termin&#233; par la loi ; qu'&#224; chaque &#233;poque &#233;conomique distincte de l'humanit&#233; correspondent des formes distinctes de religion, de morale et de loi, que l'on trouve dans tous les climats et chez toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier, le changement des conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et l'alt&#233;ration dans les id&#233;es des hommes ne s'ensuit que lentement, que par cons&#233;quent celle-ci doit &#234;tre d&#233;clar&#233;e par la premi&#232;re et non le contraire.que l'on trouve dans tous les climats et parmi toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier le changement dans les conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et le changement dans les id&#233;es des hommes ne suit que lentement, que par cons&#233;quent ce dernier doit &#234;tre d&#233;clar&#233; par le premier et non le contraire.que l'on trouve dans tous les climats et parmi toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier le changement dans les conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et le changement dans les id&#233;es des hommes ne suit que lentement, que par cons&#233;quent ce dernier doit &#234;tre d&#233;clar&#233; par le premier et non le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ; non pas tel que Bax le d&#233;crit, mais tel qu'il est &#233;tabli par Marx et Engels (qu'on compare entre autres choses du premier la Pr&#233;face &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique , et du second &amp; Feuerbach ) et leurs &#233;l&#232;ves. Que la critique de Bax et m&#234;me l'amendement de Bax ne soient pas pertinents, c'est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la critique que Bax applique &#224; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire repose sur sa confusion du d&#233;veloppement historique avec &#171; l'ensemble de la vie humaine &#187;. Il pense qu'une explication de la premi&#232;re doit suffire pour donner une explication compl&#232;te de la seconde. Mais il ne se contente pas de cette confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;couvert que les affaires humaines sont r&#233;gl&#233;es par des causes ext&#233;rieures et int&#233;rieures, il met imm&#233;diatement sa d&#233;couverte en application, et remarque qu'au cours du d&#233;veloppement historique alternativement un facteur, &#034;les tendances psychologiques fondamentales&#034;, alternativement l'autre, &#034; les conditions &#233;conomiques &#187;, a acquis la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous arrivons maintenant, dit-il, &#224; la question importante, dans quelle proportion l'un par rapport &#224; l'autre les deux &#233;l&#233;ments entrent en vigueur aux diverses &#233;poques. Que l'un puisse consid&#233;rablement pr&#233;dominer, et que celui-ci dans toute l'histoire de la soci&#233;t&#233; humaine ait &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment mat&#233;riel, est certainement aujourd'hui indiscutable. Mais m&#234;me dans les p&#233;riodes pour lesquelles nous poss&#233;dons une trace historique, nous trouvons &#8211; et c'est indiscutable &#8211; des p&#233;riodes distinctes o&#249; l'&#171; &#233;l&#233;ment id&#233;ologique &#187; pr&#233;domine. C'est &#224; cette &#233;poque qu'une croyance sp&#233;culative est si fermement tenue par ses adeptes qu'elle repousse les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan. A ceux-ci appartiennent les commencements du christianisme... Dans le d&#233;veloppement du christianisme dans les deux premi&#232;res g&#233;n&#233;rations, les conditions mat&#233;rielles ont jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s peu important, presque seulement n&#233;gatif.De m&#234;me, dans les premiers mouvements h&#233;r&#233;tiques du Moyen &#194;ge, l'&#233;l&#233;ment sp&#233;culatif pr&#233;dominait... Certes, il est difficile pour nous qui vivons &#224; une &#233;poque o&#249; le facteur &#233;conomique met tout autre au second plan, de comprendre une &#233;poque o&#249; ce facteur n'&#233;tait pas le cas, de sorte que les enfants de ce monde auraient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.de sorte que les enfants de ce monde aient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.de sorte que les enfants de ce monde aient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels gens du commun, nous, mat&#233;rialistes, devons &#234;tre ! Tous les sentiments les plus fins de l'&#226;me humaine, qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus de la passion de l'argent, nous sont inconcevables. Les vertus de la chevalerie, de la loyaut&#233;, de l'altruisme, celles-ci ne sont pas &#224; saisir par les mat&#233;rialistes, mais seulement par certains id&#233;alistes choisis parmi lesquels Bax compte &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme nous, mat&#233;rialistes, sommes ignorants ! Chaque &#233;colier sait quelle forte croyance poss&#233;dait l'&#226;me des premiers croyants du christianisme et des r&#233;formateurs du Moyen &#194;ge, seulement nous, mat&#233;rialistes, ne le savons pas. Mais Bax n'a pas besoin d'aller jusqu'aux marxistes extr&#234;mes pour trouver cette ignorance crasse, m&#234;me Marx en est coupable. Il est bien connu que dans la Pr&#233;face de sa Critique de l'&#233;conomie politique, 1859, il d&#233;veloppa la &#171; Th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique &#187;. Un critique am&#233;ricain fit la m&#234;me d&#233;couverte que notre critique anglais fait aujourd'hui : Marx avait d&#233;clar&#233; que &#171; le mode de production de la vie mat&#233;rielle d&#233;termine la vie sociale, politique et spirituelle en g&#233;n&#233;ral &#187; ; &#224; quoi le critique r&#233;pond &#171; c'est tr&#232;s bien pour le monde d'aujourd'hui, o&#249; les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels dominent, mais ni pour le moyen &#226;ge o&#249; le catholicisme, ni pour Ath&#232;nes ou Rome o&#249; l'int&#233;r&#234;t politique &#233;tait pr&#233;dominant &#187;. Dans une note du Capital &#224; ce sujet, Marx remarqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En premier lieu, il est &#233;trange que quiconque ait choisi de supposer que ces figures de style universellement connues sur le Moyen &#194;ge et le monde antique aient pu rester inconnues de quiconque. Une chose est claire, que ni le moyen &#226;ge ne pouvait vivre du catholicisme, ni le monde antique de la politique. La m&#233;thode par laquelle ils gagnaient leur vie, au contraire, explique pourquoi l&#224;-bas la politique, et ici le catholicisme, a jou&#233; le r&#244;le principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage r&#233;v&#232;le Marx dans toute sa m&#233;chancet&#233; mat&#233;rialiste. Les nouvelles d&#233;couvertes de Bax, il a d&#233;clar&#233; il y a une g&#233;n&#233;ration, &#233;taient des phrases universellement connues. Mais ce genre de discours semble profiter de l'immortalit&#233;, nous allons donc l'examiner de pr&#232;s une fois de plus. Selon Bax, dans l'histoire de la soci&#233;t&#233;, tant&#244;t les conditions mat&#233;rielles, tant&#244;t les &#171; forces motrices id&#233;ologiques psychiques &#187; ont le plus d'influence, et il pense le prouver en pointant les origines du christianisme ; chez les premiers chr&#233;tiens, les &#171; int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels &#187; jouaient un r&#244;le tout &#224; fait n&#233;gligeable. Ils &#233;taient port&#233;s par une foi in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne devrais pas songer &#224; le nier, mais peut-&#234;tre puis-je me permettre de demander o&#249; les historiens mat&#233;rialistes ont affirm&#233; que les &#234;tres humains &#233;taient guid&#233;s dans leurs actions uniquement par des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, c'est -&#224;- dire par l'&#233;go&#239;sme. Bax tombe dans la grave erreur de confondre les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels , qui forment les motifs conscients des actions des individus, avec les conditions mat&#233;rielles qui sous-tendent une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, et donc aussi la pens&#233;e et les sentiments des membres de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De pair avec cela va une autre confusion. Alors que Bax met les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des individus sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les fondements mat&#233;riels de la soci&#233;t&#233;, il transforme le premier, c'est -&#224;- dire l' &#233;go&#239;sme, en une influence ext&#233;rieure agissant sur les hommes qu'il met en opposition avec le facteur psychologique int&#233;rieur. Mais il est clair que l'&#233;go&#239;sme est tout autant &#224; prendre en compte avec les facteurs psychologiques internes que la chevalerie, l'altruisme, la foi, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc Bax d&#233;couvre que l'humanit&#233; est tant&#244;t mue par l'&#233;go&#239;sme, tant&#244;t par d'autres motifs, il ne prouve pas par l&#224; ce qu'il veut prouver, &#224; savoir que tant&#244;t les conditions mat&#233;rielles, tant&#244;t les conditions psychologiques dominent. soci&#233;t&#233;, mais que la puissance motrice psychologique est diff&#233;rente sous diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Le fait qu'&#224; Bax, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de contreparties, pr&#233;sente la solution, forme juste le probl&#232;me qui doit &#234;tre r&#233;solu. Pourquoi les hommes de l'Empire romain ont-ils &#233;t&#233; saisis par l'id&#233;e de fuir le monde, par le besoin de bonheur dans le ciel, par le sentiment d'internationalisme et d'&#233;galit&#233;, et toutes les autres caract&#233;ristiques distinctives du christianisme ? Le mat&#233;rialisme historique &#233;tudie les changements qui ont eu lieu &#224; cette &#233;poque dans la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, et en m&#234;me temps dans ses conditions politiques et juridiques, et trouve que ces changements rendent suffisamment compte des changements des motifs psychologiques. Je dois peut-&#234;tre signaler ici que j'ai tent&#233;, en 1885, de donner une explication mat&#233;rialiste des origines du christianisme ( Die Entstehung der Christenthums , Neue Zeit , 1885, p. 481 sqq.) Cette enqu&#234;te a n&#233;cessit&#233; de nombreuses recherches. Bax en fait un travail tr&#232;s l&#233;ger. Il d&#233;clare simplement que les changements dans les forces motrices psychologiques au moment de la mont&#233;e du christianisme sont le r&#233;sultat de la puissance motrice psychologique qui, comme Munchausen, se tire de ses propres ailes du bourbier et donne une nouvelle direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il y a une signification plus profonde dans la loi que Bax propose. Il me semble que, m&#234;me s'il est peu propre &#224; faire avancer l'&#233;tude de l'organisation sociale dans le pass&#233;, il donne un indice sur les m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire de Bax.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#171; &#233;tudiant &#187; des &#233;crits de Marx et des &#171; performances &#187; des marxistes, il a trouv&#233; non seulement dans le premier, mais aussi dans le second, bien qu'&#233;valu&#233; par lui si bas, de nombreux indices qu'il ne n&#233;glige pas. Mais il ne s'en contente pas. Il doit mettre en jeu sa &#171; capacit&#233; de r&#233;flexion &#187;, sa &#171; puissance motrice psychologique &#187; ; l&#224;, nous rencontrons l'&#233;l&#233;ment id&#233;al int&#233;rieur. La synth&#232;se sup&#233;rieure des deux constitue les &#233;crits de Bax. Un &#233;chantillon a suffi. Dans son dernier livre : Socialism, its Growth and Outcome (revue Neue Zeit , XII, i., pp. 630 sqq.), il attribue &#224; la page 92, en accord avec les marxistes, la mont&#233;e de l'esprit puritain en Angleterre au d&#233;veloppement &#233;conomique conduisant au capitalisme. Il d&#233;crit la prol&#233;tarisation de la population agricole anglaise et poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Angleterre payait ainsi tribut au commerce et ne le payait que par la perte de cette rude jovialit&#233;, de cette abondance et de ce sentiment d'amour-propre qui suscitaient jadis l'admiration des &#233;trangers qui souffraient plus d'&#233;preuves de la f&#233;odalit&#233;. syst&#232;me et ses abus que les Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la page 97, Bax &#233;crit tout &#224; fait autrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le puritanisme protestant... est un fait isol&#233; tout &#224; fait remarquable, probablement le r&#233;sultat de certaines caract&#233;ristiques particuli&#232;res du peuple qui se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; travers leurs conditions... Il faut admettre que l'origine de cet esprit (puritain) est tout aussi myst&#233;rieuse que son existence est dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suggestion mat&#233;rialiste qui conduisit Bax &#224; chercher l'explication de l'esprit puritain dans le d&#233;veloppement capitaliste particulier de l'Angleterre ne fit donc pas trop d'impression. A la page 92, il explique l'esprit puritain d'une mani&#232;re parfaitement mat&#233;rialiste ; cinq pages plus tard, il l'a compl&#232;tement oubli&#233;, et maintenant la &#171; puissance motrice psychologique &#187; entre dans son droit, et &#224; peine Bax a-t-il rendu bien clair la jovialit&#233; de la joyeuse vieille Angleterre qu'il d&#233;couvre le fondement de l'esprit puritain dans une tendance dangereuse de la les Anglais &#224; la morosit&#233;. C'est clair. On ne peut reprocher &#224; cette mani&#232;re d'&#233;crire l'histoire d'&#234;tre unilat&#233;rale. Non seulement il explique un ph&#233;nom&#232;ne historique sur des bases mat&#233;rialistes, et l'autre sur des bases id&#233;alistes, mais explique aussi le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne une fois comme mat&#233;rialiste,l'autre fois comme id&#233;aliste &#8211; selon la &#171; puissance motrice psychologique &#187; sous l'influence de laquelle se trouve actuellement l'intellect de l'historien. Nous, marxistes extr&#234;mes &#224; sens unique, ne pouvons certainement pas atteindre ce sommet de &#171; synth&#232;se &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; La famille, dit Morgan, est l'&#233;l&#233;ment actif ; elle n'est jamais stationnaire, mais ne va d'une forme inf&#233;rieure &#224; une forme sup&#233;rieure que dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; se d&#233;veloppe d'une forme inf&#233;rieure &#224; une forme sup&#233;rieure. Les syst&#232;mes de relations, en revanche, sont passifs ; ce n'est qu'au cours de longues p&#233;riodes qu'ils enregistrent le progr&#232;s que la famille a fait au cours du temps, et nous ne constatons alors le changement radical que lorsque la famille a subi une transformation radicale. &#171; Et, ajoute Marx, il en est de m&#234;me des syst&#232;mes politiques, juridiques, religieux et philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les critiques de la th&#233;orie
&lt;p&gt;(octobre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma r&#233;ponse &#224; l'article de Bax dans le num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent de la Neue Zeit ne sera pas aussi courte que je l'aurais souhait&#233; moi-m&#234;me. Pour que la poursuite de la discussion soit utile, il sera n&#233;cessaire d'approfondir la discussion sur certaines questions importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certainement pas pour moi une plaisanterie quand Bax, sans aucune h&#233;sitation, m'attribue des &#171; interpolations &#187; et des &#171; trucs qui sont au-dessous de la dignit&#233; d'une critique scientifique &#187;. Ces accusations trouvent leur r&#233;ponse dans le fait que j'ai cit&#233; tous les passages que Bax m'accuse de falsifier pleinement et pr&#233;cis&#233;ment. Mes lecteurs &#233;taient donc en mesure de contr&#244;ler ma critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si quelqu'un n'est pas fond&#233; &#224; soulever l'accusation de fausse citation de ses propos, c'est bien Bax, qui aussi bien dans la pr&#233;sentation de ses propres vues que dans celles des autres fait preuve d'un manque d'int&#233;r&#234;t assez &#233;tonnant pour l'exactitude. C'est d'autant plus d&#233;sagr&#233;able qu'il n'a pas l'habitude de citer verbalement les phrases qu'il critique. Il pr&#233;f&#232;re, comme il le dit lui-m&#234;me, les donner dans &#171; un langage l&#233;g&#232;rement remani&#233; par souci de concision &#187;. Le d&#233;sir de bri&#232;vet&#233; est tr&#232;s louable, mais je pense que la n&#233;cessit&#233; d'exactitude devrait l'emporter sur cela dans une discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple suffit. Bax &#233;crit dans sa r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et maintenant consid&#233;rons un cas concret de l'application par Kautsky des m&#233;thodes de Marx. Kautsky affirme dans son Histoire du socialismeque toute la dispute sur la question de la C&#232;ne du Seigneur, dans la guerre des Hussites, n'&#233;tait qu'un &#171; manteau &#187; sous lequel les luttes de classe de l'&#233;poque &#233;taient men&#233;es... Maintenant, je demande ce que signifie le mot &#171; manteau &#187; &#224; cet &#233;gard ? Si l'expression &#171; manteau &#187; a un sens, ce doit &#234;tre ceci, que la question de la coupe, par exemple, la croyance th&#233;ologique de l'&#233;poque, n'avait aucune force ind&#233;pendante pour d&#233;terminer l'action de ceux qui ont jou&#233; un r&#244;le ; en bref, si l'expression de Kautsky doit signifier quoi que ce soit, alors elle ne peut signifier que ce qui suit : soit la croyance &#233;tait sinc&#232;re et r&#233;elle, soit une hypocrisie consciente ou inconsciente comme de telles croyances le sont aujourd'hui pour la plupart ; ce n'est que dans ce dernier cas qu'on peut parler avec raison d'une &#171; cape &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Bax s'interroge longuement pour savoir ce que j'entends par le mot &#171; cape &#187;. C'est cette expression qui le peine. Qu'ai-je &#233;crit en r&#233;alit&#233; dans l' Histoire du socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#201;glise catholique, c'&#233;tait devenu la coutume de donner aux la&#239;cs non pas du pain et du vin, mais simplement du vin. C'est tout &#224; fait conforme &#224; une th&#233;orie qui visait &#224; abolir les privil&#232;ges du sacerdoce, qu'elle prit aussi position contre cette position privil&#233;gi&#233;e. La coupe, la coupe des la&#239;cs, devint d&#232;s lors le symbole des Hussites. Selon la m&#233;thode traditionnelle d'&#233;crire l'histoire, dans les luttes gigantesques des guerres hussites, il n'y avait rien de plus en jeu que la question de savoir si la Communion devait &#234;tre prise sous les deux esp&#232;ces ou non, et le &#171; peuple &#233;clair&#233; &#187; n'oublie pas de signaler avec satisfaction &#224; cet &#233;gard combien &#233;troits les gens de ce temps &#233;taient et combien clairs, au contraire, sont les libres penseurs de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais cette pr&#233;sentation du mouvement hussite est &#224; peu pr&#232;s aussi sage et justifi&#233;e qu'elle le serait si, en d&#233;crivant historiquement dans les si&#232;cles &#224; venir les luttes r&#233;volutionnaires de notre temps, on disait que les gens &#233;taient encore aussi ignorants au XIXe si&#232;cle que d'attribuer une importance superstitieuse &#224; certaines couleurs, de sorte que des luttes sanglantes s'&#233;lev&#232;rent pour savoir si les couleurs de la France devaient &#234;tre blanches ou bleu-blanc-rouge, celle de la Hongrie noir-jaune ou rouge-blanc-vert, celle de l'Allemagne. pendant longtemps, tous ceux qui portaient une bande noir-rouge-or &#233;taient condamn&#233;s &#224; de longues peines de prison, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que les diff&#233;rents drapeaux signifient aujourd'hui pour les diff&#233;rentes nations et partis signifiait aussi la coupe pour les Hussites ; leur banni&#232;re, autour de laquelle ils s'assemblaient, qu'ils d&#233;fendaient jusqu'au dernier, mais non l'objet pour lequel ils combattaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe qui peut voir que je n'ai pas utilis&#233; le mot &#171; manteau &#187;, et je me suis exprim&#233; suffisamment et clairement pour exclure tout doute sur la fa&#231;on dont je souhaite que la question de la coupe soit con&#231;ue. Je n'ai n&#233;anmoins de mon c&#244;t&#233; pas l'intention de renverser la vapeur et d'accuser Bax de conduite d&#233;shonorante ou d'interpolation intentionnelle. Je me retiendrai de faire une telle accusation &#224; la l&#233;g&#232;re. Je n'ai pas &#233;voqu&#233; l'affaire pour poursuivre Bax dans un acc&#232;s d'indignation morale. Je note le fait de l'indiff&#233;rence de Bax &#224; l'exactitude uniquement pour ces motifs, car elle se manifeste non seulement dans des d&#233;tails mineurs, mais aussi dans la question principale, dans la pr&#233;sentation de l'objet de la discussion elle-m&#234;me, et lui donne ainsi son caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indiff&#233;rence prend parfois, comme je l'ai d&#233;j&#224; remarqu&#233;, une forme &#171; assez monstrueuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai signal&#233; &#224; Bax ( Neue Zeit , Jahrg. 1895-1896, n&#176; 47, traduit dans Social-Democrat , ao&#251;t), dans ma r&#233;ponse &#224; son article du Zeit , qu'il est coupable de la &#171; confusion assez monstrueuse de int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels avec des conditions mat&#233;rielles. Et que r&#233;pond Bax ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le d&#233;veloppement de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, je constate que ces id&#233;es co&#239;ncident plus ou moins... Les conditions mat&#233;rielles qui ont d&#233;termin&#233; l'histoire remontent incontestablement, dans la plupart des cas, aux int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des classes ou des nations, c'est pourquoi je consid&#232;re l'indignation de Kautsky un peu exag&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas assez pour que Bax confond les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels avec les conditions mat&#233;rielles, mais il s'accroche fermement &#224; sa confusion, m&#234;me apr&#232;s qu'il lui a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que c'est absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se peut-il que Bax ne sache vraiment pas ce que l'on entend par les conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; ? Ces conditions mat&#233;rielles, c'est-&#224;-dire les conditions de production, ce mot pris au sens le plus large du mot ; comment peut-on affirmer que cela est pour la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des classes et des nations ? La diff&#233;rence entre les deux mots est montr&#233;e par la consid&#233;ration suivante : Il est, &#224; mon avis, possible, d'apr&#232;s les conditions mat&#233;rielles de l'empire romain, d'expliquer le d&#233;go&#251;t des choses terrestres et le d&#233;sir passionn&#233; de la part des chr&#233;tiens. Mais il serait monstrueux de regarder derri&#232;re le d&#233;sir de mort pour un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel ! Et pourtant, Bax trouve que la condition mat&#233;rielle, &#171; dans la plupart des cas &#187;, doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Il aurait doncexpliquer les m&#233;thodes de production &#224; partir des int&#233;r&#234;ts de classe, et non l'inverse ! Selon Bax, il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;tudier les m&#233;thodes de production pour comprendre les int&#233;r&#234;ts de classe des capitalistes et du prol&#233;tariat, mais vice versa. Les m&#233;thodes de l'Economie Politique acqui&#232;rent ainsi un pr&#233;cieux compl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indiff&#233;rence &#224; une d&#233;finition exacte des id&#233;es a, cependant, une influence d'autant plus troublante sur la discussion, que Bax nous laisse si r&#233;solument dans l'ignorance sur ce contre quoi sa critique est dirig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans son article du Zeit , de m&#234;me dans sa r&#233;ponse, il persiste &#224; soutenir qu'il existe une diff&#233;rence entre la conception historique de Marx et d'Engels, et ; celui de leurs adeptes. Certes, il s'exprime moins d&#233;cid&#233;ment que dans son premier article. Dans cet article, il d&#233;clarait en note de bas de page :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne qui conna&#238;t les th&#233;ories de Karl Marx n'aura besoin de savoir que Marx lui-m&#234;me &#233;tait loin d'adopter un point de vue aussi extr&#234;me dans son &#233;nonc&#233; de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. &#171; Moi, je ne suis pas marxiste, &#233;crivit-il un jour ; et il aurait tr&#232;s certainement r&#233;p&#233;t&#233; son opinion s'il avait vu les derni&#232;res repr&#233;sentations des &#171; marxistes &#187;, Pl&#233;chanoff, Mehring ou Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, Bax dit simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais d'avis que Marx, et d'apr&#232;s certaines expressions qu'il a utilis&#233;es, Engels &#233;galement, aurait consid&#233;r&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire telle qu'interpr&#233;t&#233;e par Kautsky, Mehring et Plechanoff comme trop st&#233;r&#233;otyp&#233;e. N&#233;anmoins, je fais de Kautsky un cadeau de toute la question personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est certes tr&#232;s gentil de Bax, mais il me fait cadeau de quelque chose qui n'appartient plus &#224; lui mais au public. L'ensemble de son premier article repose sur la supposition d'un antagonisme, entre Marx et ses &#233;l&#232;ves. A ma r&#233;ponse, il r&#233;p&#232;te cette affirmation, qui est exprim&#233;e dans le titre de son deuxi&#232;me article, et parcourt son article comme une tra&#238;n&#233;e rouge ; mais quand Bax doit prouver cette affirmation, alors il me fait g&#233;n&#233;reusement cadeau de la question et lui-m&#234;me cadeau de la r&#233;ponse, n'oubliant pas, cependant, de laisser tomber un indice obscur qu'Engels, &#171; &#224; partir de certaines expressions qu'il a utilis&#233;es &#187;, ont consid&#233;r&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire telle qu'interpr&#233;t&#233;e par Kautsky, Mehring et Plechanoff, comme &#171; trop st&#233;r&#233;otyp&#233;e &#187;. Malheureusement, Bax ne nous donne pas la moindre information si ces expressions &#233;taient orales ou &#233;crites,publics ou priv&#233;s, &#224; quoi ils faisaient r&#233;f&#233;rence et &#8211; comment ils fonctionnaient. Tant qu'il reste muet sur ces points, il doit me permettre de tenir pour acquis que ces &#171; certaines expressions &#187; ont autant de points communs avec une d&#233;sapprobation de mes m&#233;thodes historiques qu'une &#171; cape &#187; avec un &#171; drapeau &#187; ou un int&#233;r&#234;t avec condition d'autant plus que je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certains propos bien distincts d'Engels qui disent tout le contraire de ce qu'affirme Bax.car je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certaines d&#233;clarations tr&#232;s distinctes d'Engels qui disent exactement le contraire de ce qu'affirme Bax.car je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certaines d&#233;clarations tr&#232;s distinctes d'Engels qui disent exactement le contraire de ce qu'affirme Bax.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je ne veux pas dire qu'Engels aurait souscrit &#224; chaque mot que moi, ou tout autre marxiste - je ne peux ici parler que pour moi-m&#234;me - avais exprim&#233;. Chacun de nous est une individualit&#233; pour lui-m&#234;me, qui fait pour lui-m&#234;me ses propres recherches et en rend compte, et aucun de nous n'est un Marx ou un Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous est commun, c'est le point de vue, et c'est le m&#234;me que celui de Marx et d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bax veut prouver que notre application des principes de Marx-Engels est fausse, il doit traiter chacun de nous comme une individualit&#233; ind&#233;pendante, et pour chacun de nous sp&#233;cialement de ses propres &#233;crits apporter la preuve qu'il veut exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne veut pourtant critiquer qu'en termes g&#233;n&#233;raux, comme c'est le cas actuellement, notre point de vue commun, alors il est absolument arbitraire pour lui d'&#233;tablir entre nous et nos ma&#238;tres une diff&#233;rence que nous ne reconnaissons pas nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax pense qu'il est inutile de s'en pr&#233;occuper, car toute l'affaire est au dernier degr&#233; une question personnelle sans importance. &#171; En ce qui me concerne, Marx ou m&#234;me Engels auraient-ils pu &#234;tre des marxistes au sens de Kautsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il ne me para&#238;t pas qu'&#224; cet &#233;gard cette question soit si purement personnelle. Avant de discuter d'une th&#233;orie, l'objet du litige doit &#234;tre clairement d&#233;fini. Mais le m&#234;me manque de pr&#233;cision est d&#233;velopp&#233; par Bax, comme ailleurs. Tant&#244;t c'est la conception &#171; n&#233;o-marxiste &#187; &#171; extr&#234;me &#187; qu'il combat, puis encore la conception mat&#233;rialiste de l'histoire en g&#233;n&#233;ral, mais il &#233;vite toujours soigneusement d'indiquer quelles sont en r&#233;alit&#233; les opinions qu'il critique. Marx, Engels, chacun des &#171; n&#233;o-marxistes &#187; se sont fr&#233;quemment exprim&#233;s sur la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, mais Bax ne cite pas une seule phrase pour accrocher sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impr&#233;cision, aussi bien dans la d&#233;finition du sujet que dans la s&#233;paration des concepts, et dans l'expression, est sans doute un obstacle s&#233;rieux &#224; toute discussion ; c'est pourtant une perturbation deux fois plus grande dans une discussion des id&#233;es marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des avantages essentiels par lesquels Marx et Engels ont pu faire leurs grandes d&#233;couvertes scientifiques, &#233;tait leur clart&#233; dans la division et la s&#233;paration des id&#233;es. Quiconque aspire &#224; &#234;tre &#171; marxiste &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; travailler dans l'esprit &#224; la fois de la ma&#238;trise &#233;voqu&#233;e, doit en premier lieu viser cette nettet&#233; et cette clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les choses ne sont pas aussi tranch&#233;es que dans l'abstrait ; une chose passe &#224; une autre, et ceux qui restent en surface, qui veulent expliquer le monde des ph&#233;nom&#232;nes d'embl&#233;e, trouvent facilement que l'id&#233;e marxienne est unilat&#233;rale ou qu'elle est arbitraire, et ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233; . Presque tous les critiques des id&#233;es de Marx commencent par confondre les id&#233;es qu'il a divis&#233;es ; commence donc par une rechute scientifique. Certains confondent valeur d'utilit&#233; et valeur d'&#233;change, valeur et prix, plus-value et profit. Ils trouvent que Rodbertus &#171; assez bien &#187;, &#171; dans un langage l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent &#187;, dit la m&#234;me chose que Marx, parle d'une th&#233;orie de la valeur de Marx-Rodbertus, et &#171; r&#233;fute &#187; ou am&#233;liore cela. Encore d'autres auteurs confondent organisme animal et organisme social, lois du d&#233;veloppement social et lois de l'individu ;ils ne distinguent pas entre l'&#234;tre des hommes et leur conscience, entre les contenus de l'histoire et leurs formes superficielles, entre les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et les conditions mat&#233;rielles, et parviennent ainsi facilement &#224; d&#233;passer les id&#233;es unilat&#233;rales de Marx et &#224; regarder avec piti&#233; les marxistes qui se sont enferm&#233;s dans cette &#171; formule unilat&#233;rale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, cependant, presque toutes les critiques des vues de Marx reposent sur une telle confusion, la discussion qui s'ensuit est souvent infructueuse et souvent aussi peu &#233;difiante, puisque pour d&#233;fendre les th&#233;ories marxistes, nous marxistes n'avons pour la plupart rien d'autre &#224; faire que d'&#233;noncer ce que Marx ou l'un des marxistes a vraiment dit, et de pr&#233;ciser que c'est tout &#224; fait diff&#233;rent de ce que le critique lui avait fait dire, que, donc, la critique n'&#233;tait pas valable, une occupation qui n'est ni tr&#232;s, amusante ni tr&#232;s suggestive, mais qu'en raison du genre de critique adress&#233;e au marxisme, on est malheureusement toujours et toujours &#224; reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi aussi la discussion dont nous nous occupons doit d'abord arriver &#224; cette place qui devrait &#234;tre le point de d&#233;part, c'est-&#224;-dire une discussion sur ce que l'on entend r&#233;ellement par le mat&#233;rialisme historique tant d&#233;battu, abus&#233; et si peu compris. Le th&#232;me n'est pas nouveau, mais il n'est pas simplement d'ordre acad&#233;mique, comme je vais encore le montrer, mais aussi d'importance pratique, et puisque les remarques de Bax me donneront l'occasion d'apporter, je crois, quelques points de vue nouveaux dans la discussion, J'esp&#232;re qu'elle ne sera pas enti&#232;rement d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela demande un article sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie historique
&lt;p&gt;(novembre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bax dit : &#171; Kautsky m'accuse de confondre le d&#233;veloppement historique avec l'ensemble de la vie humaine. Certes, je maintiens qu'on a le droit d'exiger d'une th&#233;orie compl&#232;te du d&#233;veloppement historique, qu'elle soit capable de donner une explication appropri&#233;e de l'ensemble de la vie humaine, ou des indications suffisantes &#224; de telles explications, &#233;tant donn&#233; que l'ensemble de la vie humaine se d&#233;veloppe dans l'histoire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi pr&#233;cis que cela puisse para&#238;tre, je me permets n&#233;anmoins de douter de l'inviolabilit&#233; de cette phrase &#8211; que toute la vie humaine se d&#233;veloppe dans l'histoire. Les fonctions de l'organisme humain - digestion, procr&#233;ation, accouchement, appartiennent dans une certaine mesure &#224; &#034;l'ensemble de la vie humaine&#034; mais il ne viendra &#224; l'esprit de personne d'affirmer qu'elles se sont d&#233;velopp&#233;es au cours de l'histoire. Mais &#224; part cela, je ne suis pas d'avis qu'on puisse exiger d'une th&#233;orie qu'elle explique plus qu'elle ne pr&#233;tend expliquer. Si la th&#233;orie darwinienne donne une explication du d&#233;veloppement des esp&#232;ces de plantes et d'animaux, on ne peut l'accuser d'&#234;tre insuffisante car elle n'explique pas par ailleurs la vie organique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi d&#233;crire la soci&#233;t&#233; humaine comme un organisme, mais certainement pas comme animal ou v&#233;g&#233;tal. Il forme un organisme particulier, qui a ses propres lois et sa propre vie. La vie humaine, en tant qu'elle est la vie animale, la vie de l'organisme individuel, est soumise &#224; des lois bien diff&#233;rentes de celles de la vie sociale. L'histoire n'a qu'&#224; rechercher les lois de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'est pas d'&#233;tudier l'universel dans l'histoire humaine, ce qui est commun aux hommes de tous les temps, mais ce qui est historiquement particulier, ce qui distingue les hommes &#224; diff&#233;rentes &#233;poques les uns des autres. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, leur objet est de voir ce que les gens d'une &#233;poque, d'une nation ou d'une classe particuli&#232;re ont en commun, et non ce qui s&#233;pare un individu particulier des autres individus avec lesquels il vit et travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'est en rien modifi&#233; par le fait que les livres d'histoire nous ont jusqu'ici relat&#233; non pas l'habituel, le social, mais l'insolite et l'individuel. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne se laisse pas guider dans ses vis&#233;es par les anciennes m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne pr&#233;tend pas expliquer le fait et le faire remonter sans plus attendre aux conditions &#233;conomiques, que C&#233;sar n'a pas eu d'enfants et a adopt&#233; Octave, qu'Antoine est tomb&#233; amoureux de Cl&#233;op&#226;tre, et que L&#233;pide &#233;tait un faible impuissant. Certes, cependant, il se croit capable d'expliquer l'&#233;clatement de la R&#233;publique romaine et la mont&#233;e du c&#233;sarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, il est clair que Bax se fait une fausse id&#233;e de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, lorsqu'il pense qu'elle aspire &#224; expliquer le &#171; don po&#233;tique particulier du po&#232;te, les qualit&#233;s po&#233;tiques d'un Shakespeare ou d'un Goethe &#187;. Ce qu'il ne peut ni ne veut faire. Il peut s'agir d'un d&#233;faut ; mais Bax affirmera-t-il qu'une autre conception historique est en mesure d'expliquer ces qualit&#233;s ? Je pense que c'est un exploit &#224; ne pas m&#233;priser si la conception mat&#233;rialiste de l'histoire peut expliquer l'&#233;tendue des id&#233;es que Shakespeare ou Goethe avaient en commun avec leurs contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la litt&#233;rature marxiste existante, Bax aurait pu d&#233;couvrir par lui-m&#234;me que le mat&#233;rialisme historique n'est pas d'avis que le g&#233;nie doit &#234;tre directement li&#233; aux faits &#233;conomiques. Il me sera peut-&#234;tre permis, pour preuve de cela, de citer mes propres &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon travail sur Thomas More, je distingue trois facteurs qui ont influenc&#233; son travail. En premier lieu, et c'est le facteur le plus important, les relations sociales g&#233;n&#233;rales de son &#233;poque et de son pays, qui remontent aux conditions &#233;conomiques. Ensuite, le milieu social particulier dans lequel More s'est d&#233;velopp&#233;, et &#224; celui-ci appartiennent non seulement les conditions &#233;conomiques particuli&#232;res dans lesquelles il a v&#233;cu, mais aussi les hommes avec lesquels il s'est associ&#233;, dont les id&#233;es particuli&#232;res sont encore &#224; faire remonter &#224; des facteurs de diverses sortes. , les traditions qu'il a trouv&#233;es, la litt&#233;rature qui lui &#233;tait accessible, &amp;c. Mais tous ces &#233;l&#233;ments ne suffisent pas &#224; rendre bien clair l'effet de &#171; l'utopie &#187;, et il faut aussi tenir compte de la particularit&#233; personnelle de More.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'est en aucun cas aussi simple et tranch&#233;e que certains le d&#233;crivent. Comme autre exemple, je peux citer mon travail sur Das Kapital et l' Elend der Philosophie (traduit en anglais par Poverty of Philosophy ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les conditions sociales g&#233;n&#233;rales, en dernier ressort, les conditions &#233;conomiques de leur temps entrent en compte pour les r&#233;sultats de Marx et Engels, leur environnement particulier. Si More se distinguait des Anglais par sa combinaison d'humanisme et d'activit&#233; de juriste pratique, Marx et Engels se distinguaient aussi par la combinaison des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires que l'Allemagne produisait alors avec ceux de la France et de l'Angleterre. Mais d'abord quand on tient compte de leurs dons personnels, c'est leur influence dans l'histoire pour &#234;tre comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous consid&#233;rions le socialisme comme un ph&#233;nom&#232;ne social, nous pourrons par cons&#233;quent faire abstraction des influences individuelles, d'autant plus que nous le consid&#233;rerons comme un ph&#233;nom&#232;ne o&#249; les masses entrent en compte. Pour une compr&#233;hension des contenus communs des mouvements socialistes collectifs du XIXe si&#232;cle, les rapports sociaux du syst&#232;me de production capitaliste suffisent pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode mat&#233;rialiste est tout aussi indispensable &#224; une juste compr&#233;hension de l'individu dans l'histoire. Nous pouvons d'abord saisir sa particularit&#233; si nous avons d&#233;couvert ce qu'il avait en commun avec son temps, et quels en &#233;taient les principaux motifs. On peut d'abord examiner ce qu'il a donn&#233; &#224; son temps quand on sait ce qu'il en a retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'individu, selon la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, peut-il donner quelque chose &#224; la soci&#233;t&#233; ? Ne se pr&#233;sente-t-il pas simplement en tant que destinataire par rapport &#224; elle ? La conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'exclut-elle pas toute id&#233;e d'influence r&#233;ciproque entre l'individu et la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici arriv&#233;s &#224; la question de savoir quelle part l'homme, ou si l'on pr&#233;f&#232;re &#171; l'esprit &#187;, le &#171; moteur psychologique &#187;, l'id&#233;e, joue dans l'histoire. Pour les historiens id&#233;alistes, l'id&#233;e est en mesure de mener une existence ind&#233;pendante pour elle-m&#234;me. Pour nous, c'est simplement une fonction du cerveau humain, et la question de savoir si l'id&#233;e peut influencer la soci&#233;t&#233; co&#239;ncide avec la question de savoir si et comment cela est possible pour l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax sera tr&#232;s surpris lorsque je d&#233;clarerai que je suis enti&#232;rement d'accord avec la phrase qu'il m'adresse : &#171; Les conditions &#233;conomiques ne font l'histoire qu'en combinaison avec l'esprit et la volont&#233; humains. &#187; Je ne suis cependant pas d'accord lorsqu'il poursuit : &#171; Cela &#233;quivaut &#224; dire que la conception n&#233;o-marxiste de l'histoire fait fausse route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir une id&#233;e presque mystique du d&#233;veloppement &#233;conomique si l'on croit qu'il pourrait faire le moindre pas en avant sans l'activit&#233; de l'esprit humain. Il ne faut cependant pas confondre d&#233;veloppement &#233;conomique et conditions &#233;conomiques. Ce sont deux choses bien diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dernier ressort, le d&#233;veloppement &#233;conomique n'est rien d'autre que le d&#233;veloppement de la technique, c'est-&#224;-dire des inventions et des d&#233;couvertes successives. Qu'est-ce que c'est que le &#171; travail alternatif &#187; entre l'intellect et les conditions &#233;conomiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique, loin de nier la force motrice de l'intellect humain dans la soci&#233;t&#233;, ne donne qu'une explication sp&#233;ciale, et diff&#233;rente de celle admise jusqu'ici, du fonctionnement de cet intellect. [1]L'esprit gouverne la soci&#233;t&#233;, mais non en ma&#238;tre des relations &#233;conomiques, mais en leur serviteur. C'est eux qui fixent &#224; l'esprit le probl&#232;me qu'il doit r&#233;soudre &#224; l'&#233;poque. Et, par cons&#233;quent, ce sont aussi eux qui d&#233;terminent les r&#233;sultats qu'il peut et doit atteindre dans des conditions historiques donn&#233;es. Le r&#233;sultat imm&#233;diat que l'intellect humain atteint avec la solution d'un de ses probl&#232;mes peut &#234;tre celui qu'il a souhait&#233; et pr&#233;vu. Mais chacune de ces solutions doit produire des effets qu'elle ne pouvait pr&#233;voir, et qui contredisent souvent ses intentions. Le d&#233;veloppement &#233;conomique est le produit de l'alternance entre les circonstances &#233;conomiques et l'intellect humain, mais il n'est pas le produit de l'activit&#233; libre et sans entrave de l'humanit&#233; organisant les conditions &#233;conomiques comme il leur semble bon.Chaque solution d'une t&#226;che technique nous confronte &#224; de nouvelles t&#226;ches. Le franchissement de toute barri&#232;re naturelle nous confronte &#224; de nouvelles barri&#232;res que nous devons encore surmonter ; la satisfaction de tout besoin produit un nouveau besoin. Chaque avanc&#233;e technique apporte cependant de nouveaux moyens d'accomplir de nouvelles t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas seulement &#231;a. Aucune modification technique, aucune modification des modes de production ou de vie n'est possible sans r&#233;action sur les rapports des hommes entre eux. Une certaine somme de progr&#232;s technique impliquera continuellement de nouvelles conditions de travail et de vie, incompatibles avec l'organisation dominante de la soci&#233;t&#233;, avec les principes dominants du droit, de la morale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s technique cr&#233;e non seulement de nouveaux probl&#232;mes pour le d&#233;couvreur et l'inventeur, mais aussi pour les organisateurs et les dirigeants de la soci&#233;t&#233; ; probl&#232;mes dont la solution est continuellement rendue difficile en raison de la puissance de la tradition, principalement aussi en raison du manque de connaissances et de perspicacit&#233;, et, dans les soci&#233;t&#233;s avec antagonisme de classe, &#233;galement en raison des int&#233;r&#234;ts des classes qui tirent un avantage de l'&#233;tat de choses existant , mais qui dans de tels cas seront finalement forc&#233;s en raison des int&#233;r&#234;ts des classes dont les int&#233;r&#234;ts r&#233;sident dans l'ordre nouveau et toujours en raison de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s qui n'ont pas la force et la perspicacit&#233; requises pour proc&#233;der &#224; l'adaptation de l'organisation sociale aux nouvelles conditions &#233;conomiques rendues n&#233;cessaires doivent d&#233;p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;buts de la soci&#233;t&#233; pr&#233;valait le mode darwinien de d&#233;veloppement inconscient, la survie des organismes les mieux adapt&#233;s et la disparition de ceux qui ne pouvaient pas s'adapter. Mais plus on avance dans l'histoire, plus l'homme contr&#244;le la nature, plus les hommes r&#233;agissent consciemment aux suggestions que leur donne le d&#233;veloppement &#233;conomique ; d'autant plus que ce progr&#232;s progresse rapidement et de mani&#232;re frappante, d'autant plus les probl&#232;mes qui se posent deviennent faciles &#224; la conscience des hommes et d'autant plus d&#233;velopp&#233;es sont les m&#233;thodes pour r&#233;soudre consciemment les nouveaux probl&#232;mes, d'autant plus la r&#233;volution sociale cesse d'&#234;tre simplement instinctif, et commence &#224; &#234;tre con&#231;u par des id&#233;es, par des buts que les hommes se fixent, et finalement par des recherches syst&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les conditions &#233;conomiques, qui placent l'humanit&#233; avant ses probl&#232;mes et produisent les moyens de leur solution, et l'activit&#233; intellectuelle ainsi produite de l'humanit&#233;, devient toujours plus compliqu&#233;e, plus s'&#233;tendent et se compliquent &#224; la fois les sph&#232;res dans lesquelles cette activit&#233; se d&#233;roule, le sph&#232;re de la nature contr&#244;l&#233;e par l'homme et la soci&#233;t&#233;, et de plus en plus d'interm&#233;diaires s'imposent entre la cause et l'effet. A partir des tentatives originellement purement empiriques de rendre l'une ou l'autre force naturelle au service de l'homme, la science naturelle s'est finalement d&#233;velopp&#233;e ; c'est l&#224; qu'intervient la division du travail entre les hommes de th&#233;orie et de pratique, entre les hommes de recherche et ceux qui appliquent les r&#233;sultats, lesquels eux-m&#234;mes se subdivisent toujours en diff&#233;rents groupes et cat&#233;gories. Et c'est le cas dans la soci&#233;t&#233;.Le philosophe social se s&#233;pare du politique, et la politique et la philosophie sociale elles-m&#234;mes se divisent &#224; nouveau en subdivisions. A c&#244;t&#233; du l&#233;gislateur pratique vient le juriste, &#224; c&#244;t&#233; du pr&#233;dicateur et gardien de la morale vient le philosophe moral, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces activit&#233;s se s&#233;pare de l'autre, croit vivre une vie int&#233;rieure &#224; part, et oublie que ses devoirs, et les moyens de leur accomplissement, lui sont en dernier ressort impos&#233;s par les conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax est d'un autre avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de la philosophie, dit-il, n'est nullement, dans ses principaux d&#233;veloppements, &#224; faire remonter &#224; des causes &#233;conomiques. Bien que l'application pratique des syst&#232;mes philosophiques et de la pens&#233;e puisse s'expliquer en partie sur ce terrain, nous avons, n&#233;anmoins, pour l'essentiel, affaire &#224; une r&#233;volution dans le domaine de la pens&#233;e, comme il est tr&#232;s facile de le prouver. Kautsky souhaite peut-&#234;tre expliquer que la philosophie ne peut s'&#233;panouir qu'apr&#232;s que la civilisation, y compris le d&#233;veloppement &#233;conomique, soit suffisamment avanc&#233;e pour permettre qu'un nombre suffisant d'hommes aient suffisamment de loisirs pour se livrer &#224; la pens&#233;e sp&#233;culative, ce qui ne serait &#233;videmment qu'une condition n&#233;gative. de l'apparition de la philosophie, et ni une cause positive de l'origine de la philosophie en g&#233;n&#233;ral, encore moins le contenu de la m&#234;me &#224; diverses p&#233;riodes.Si Kautsky demande en outre comment les germes originaux des id&#233;es philosophiques ont surgi, je r&#233;ponds par l'observation des processus de la nature ext&#233;rieure et de l'esprit humain, et par l'analyse des conditions de la connaissance et de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon affirmation n'est pas si inoffensive que Bax le pr&#233;tend. Je ne pr&#233;tends nullement que le rapport de la philosophie aux conditions &#233;conomiques de leur temps r&#233;side simplement dans le loisir que ces conditions laissent aux philosophes pour l'observation de la nature et de l'intellect, et pour les &#171; r&#233;volutions de la pens&#233;e &#187;. Non, le philosophe obtient encore quelque chose de plus de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il est remarquable que Bax mentionne, parmi les objets de la philosophie, simplement la nature ext&#233;rieure et l'esprit humain, mais non la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. A mon avis, la philosophie s'est occup&#233;e jusqu'ici en partie de l'investigation de la nature &#8211; dans laquelle je compte aussi l'esprit humain &#8211; en partie de l'investigation de la soci&#233;t&#233;. Qu'un philosophe ne puisse tirer ses id&#233;es sur la soci&#233;t&#233; humaine que de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, et que la structure d'une soci&#233;t&#233; &#224; n'importe quelle p&#233;riode doit &#234;tre expliqu&#233;e &#224; partir de ses conditions &#233;conomiques, je n'ai pas besoin d'expliquer davantage, mais de l&#224; il d&#233;coule d&#233;j&#224; que une partie tr&#232;s importante de la philosophie est, par sa nature m&#234;me, imputable aux conditions &#233;conomiques et non pas simplement &#224; expliquer par une &#171; r&#233;volution de la pens&#233;e &#187; ou un d&#233;veloppement formel-logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des sciences naturelles ? Bax fait remonter cela &#224; la simple &#171; observation des proc&#233;dures de la nature ext&#233;rieure &#187;. Mais avec &#231;a on ne va pas tr&#232;s loin. Le sauvage peut aussi observer, et il observe, en g&#233;n&#233;ral, les d&#233;marches de la nature beaucoup plus vivement que nous. Mais cela ne fait pas de lui un philosophe. Ce n'est que dans la mesure o&#249; l'observation de la nature conduit &#224; la ma&#238;trise de la nature qu'elle parvient &#224; l'investigation de la nature. Ce qui distingue le philosophe du sauvage, ce n'est pas le fait de l'observation de la nature ; la distinction consiste en ceci : Pour le sauvage, la nature est une &#233;vidence, pour le philosophe elle est une &#233;nigme. La simple observation ne nous montre que le &#171; comment &#187; des d&#233;marches de la nature. La recherche philosophique de la nature commence d'abord par la question du &#171; pourquoi &#187;. L'homme doit d'abord, dans une certaine mesure,avoir coup&#233; le cordon du nombril, qui le lie &#224; la nature ; il doit, dans une certaine mesure, dominer la nature, s'&#233;lever au-dessus d'elle, avant de pouvoir songer &#224; la dominer. Et ce n'est que dans la mesure o&#249; s'&#233;tend la ma&#238;trise de l'homme sur la nature, o&#249; s'avance le progr&#232;s technique, que le champ de la recherche scientifique de la nature s'&#233;tend. Les philosophes ne seraient pas all&#233;s tr&#232;s loin dans leur &#171; r&#233;volution de la pens&#233;e &#187; sans t&#233;l&#233;phone, et microscope, instruments de pesage et de mesure, laboratoires et observatoires, etc. Ceux-ci ne produisent pas seulement les moyens de r&#233;soudre les probl&#232;mes des sciences naturelles, ils produisent eux-m&#234;mes les probl&#232;mes m&#234;mes. Mais ils sont eux-m&#234;mes les r&#233;sultats du d&#233;veloppement &#233;conomique - des r&#233;sultats qui, &#224; travers l'homme, redeviennent la cause de nouveaux progr&#232;s.Le d&#233;veloppement des sciences naturelles va de pair avec le d&#233;veloppement technique &#8211; ce mot &#233;tant entendu dans son sens le plus large. Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la philosophie naturelle et sociale est donc &#233;troitement li&#233; au d&#233;veloppement &#233;conomique. Les conditions &#233;conomiques de l'&#233;poque donnent au philosophe non seulement le loisir n&#233;cessaire &#224; ses observations, mais quelque chose de plus : les probl&#232;mes qui remuent l'&#233;poque et attendent qu'un penseur les r&#233;solve, et les moyens de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction dans laquelle cette solution doit &#233;voluer dans chaque cas est d&#233;finie une fois pour toutes avec les &#233;l&#233;ments de la solution. Cela ne veut pas dire qu'il est toujours imm&#233;diatement reconnaissable pour tout le monde. Les probl&#232;mes, &#224; savoir ceux de la soci&#233;t&#233;, et seulement avec ceux-ci que nous avons &#224; faire, bien que, mutatis mutandis , cela soit &#233;galement valable pour le progr&#232;s des sciences naturelles, concernent des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s compliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, avec le d&#233;veloppement &#233;conomique, les aides et les m&#233;thodes de recherche augmentent, mais dans la m&#234;me mesure les objets de recherche se compliquent &#233;galement. L'homme d'&#201;tat et philosophe du moyen &#226;ge n'avait pas &#224; sa disposition les moyens ni les m&#233;thodes de la statistique moderne ; mais il n'avait affaire qu'&#224; de petites communaut&#233;s paysannes et citadines, qui vivaient chacune pour elles-m&#234;mes, &#233;taient faciles &#224; surveiller, et n'&#233;taient mises en contact avec le reste du monde que par un commerce tout &#224; fait insignifiant. Aujourd'hui, les hommes d'&#201;tat et les &#233;conomistes ont affaire &#224; un commerce qui embrasse les &#233;l&#233;ments les plus importants de la production et de la consommation des &#201;tats civilis&#233;s. Les ph&#233;nom&#232;nes qui restent &#224; expliquer, les t&#226;ches &#224; accomplir sont si compliqu&#233;s qu'il est pour l'individu, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, impossible d'en reconna&#238;tre tous les aspects,et ainsi trouver ce qui est en tous points la bonne explication et la bonne solution. S'il ne peut y avoir qu'une solution &#224; un probl&#232;me, on voit pourtant s'avancer d'innombrables solutions, dont chacune tire un &#233;l&#233;ment de la question en compte. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dont chacun tire l'un ou l'autre des &#233;l&#233;ments de la question. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dont chacun tire l'un ou l'autre des &#233;l&#233;ments de la question. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dans la m&#234;me chose l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dans la m&#234;me chose l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences de capacit&#233; intellectuelle produisent naturellement aussi des diff&#233;rences d'opinion, mais dans la masse de l'humanit&#233;, ces diff&#233;rences de capacit&#233; sont tr&#232;s peu importantes. Mais ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent chez les hommes, c'est leur point de vue, c'est-&#224;-dire la position sociale &#224; partir de laquelle ils abordent les questions de leur temps. Et ces diff&#233;rences augmentent avec les progr&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique. Les diff&#233;rences de position des individus dans la soci&#233;t&#233; postulent non seulement des diff&#233;rences dans le d&#233;veloppement de leurs capacit&#233;s et de leurs connaissances, mais aussi dans leurs traditions, donc des pr&#233;jug&#233;s, et enfin dans leurs int&#233;r&#234;ts &#8211; int&#233;r&#234;ts personnels et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de toutes les distinctions individuelles, le point de vue &#224; partir duquel la masse des membres d'une classe particuli&#232;re aborde une question particuli&#232;re est n&#233;anmoins fixe, et c'est ainsi qu'on lui donne &#233;galement la direction dans laquelle elle cherche une solution. Ce point de vue est cependant &#224; faire remonter aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque ; &#224; travers ces conditions, non seulement le probl&#232;me sera donn&#233;, et la direction dans laquelle seule il peut trouver une solution, mais aussi les diverses directions dans lesquelles les diverses classes et sections de la soci&#233;t&#233; recherchent cette solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la p&#233;riode qui a &#233;t&#233; jusqu'ici soumise &#224; l'investigation scientifique de l'histoire, aucune classe n'a jamais r&#233;ussi, et encore moins aucun individu, &#224; trouver une solution compl&#232;te &#224; l'une des questions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bonne et unique solution possible, issue des luttes d'int&#233;r&#234;ts et d'opinions, &#233;tait toujours diff&#233;rente de celles vis&#233;es et recherch&#233;es par les diverses classes, partis et penseurs. Mais nous constatons continuellement que les classes dont les int&#233;r&#234;ts co&#239;ncidaient avec ceux du d&#233;veloppement n&#233;cessaire sont plus ouvertes &#224; la v&#233;rit&#233; que d'autres dont les int&#233;r&#234;ts s'y opposent. Et, tandis que les id&#233;es et les vues du premier se rapprochaient toujours de la solution r&#233;elle de l'ensemble du probl&#232;me, l'autre manifestait une tendance &#224; s'en &#233;loigner de plus en plus. Nous voici arriv&#233;s au point o&#249; l'on peut voir jusqu'o&#249; l'individu peut modifier le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Il ne peut lui inventer de nouveaux probl&#232;mes, m&#234;me s'il est parfois en mesure d'y reconna&#238;tre des probl&#232;mes, l&#224; o&#249; d'autres n'ont jusqu'ici rien trouv&#233; qui les embarrasse.Il est dans le respect de la solution de ces probl&#232;mes limit&#233; aux moyens que son temps lui offre. En revanche le choix des probl&#232;mes auxquels il s'applique, celui du point de vue &#224; partir duquel il aborde leur solution, la direction dans laquelle il la cherche, et enfin la force avec laquelle il se bat pour elle ne sont pas, sans r&#233;serve. , &#224; attribuer aux seules conditions &#233;conomiques ; car, outre celles-ci, l'individualit&#233; s'affirme aussi avec cette &#233;nergie particuli&#232;re qu'elle a d&#233;velopp&#233;e, gr&#226;ce &#224; la nature particuli&#232;re de son talent et &#224; la nature particuli&#232;re des circonstances sp&#233;ciales dans lesquelles elle est plac&#233;e. Toutes les circonstances rapport&#233;es ici ont une influence, m&#234;me si ce n'est pas dans le sens du d&#233;veloppement, n&#233;anmoins sur sa marche, sur la forme sous laquelle se produit le r&#233;sultat, finalement in&#233;vitable.Et &#224; cet &#233;gard, les individus peuvent faire beaucoup, beaucoup pour leur &#226;ge. Certains, en tant que penseurs, lorsqu'ils acqui&#232;rent une vision plus profonde que les gens qui les entourent, s'&#233;mancipent davantage que ceux-ci des traditions et des pr&#233;jug&#233;s h&#233;rit&#233;s, surmontent la vision de classe &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier peut para&#238;tre curieux dans la bouche d'un marxiste. Mais en fait le socialisme repose sur un d&#233;passement de la vision de classe &#233;troite. Pour le bourgeois myope, la question sociale consiste dans le probl&#232;me, comment garder les ouvriers tranquilles et satisfaits ; pour le salari&#233; myope, c'est simplement une question de nourriture, la question de salaires plus &#233;lev&#233;s, d'heures de travail plus courtes et de travail assur&#233;. Il faut avoir surmont&#233; l'&#233;troitesse de l'un comme de l'autre, pour arriver &#224; l'id&#233;e que la solution des probl&#232;mes sociaux de notre temps doit &#234;tre plus globale, et telle qu'elle n'est possible que dans un nouvel ordre social. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cela ne veut pas dire, cependant, que cette connaissance sup&#233;rieure des socialistes soit la connaissance compl&#232;te, et que la soci&#233;t&#233; nouvelle ne d&#233;veloppera peut-&#234;tre pas d'autres formes que nous ne l'esp&#233;rons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penseur qui surmonte la tradition de classe et l'&#233;troitesse de classe se place dans une position plus &#233;lev&#233;e et d&#233;couvre ainsi de nouvelles v&#233;rit&#233;s ; ce qui signifie qu'il est plus pr&#232;s de la solution de la question que l'individu moyen, par cons&#233;quent, il ne peut pas compter sur les applaudissements de toutes les classes. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, seules les classes seront d'accord avec celui dont les int&#233;r&#234;ts co&#239;ncident avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral - tr&#232;s souvent m&#234;me pas ceux, si le penseur s'est trop &#233;lev&#233; au-dessus de son environnement. En tout cas, l'int&#233;r&#234;t a de merveilleux pouvoirs d'aiguiser l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le penseur seul qui peut abr&#233;ger le chemin du d&#233;veloppement, et peut diminuer ses sacrifices. L'artiste qui saisit les v&#233;rit&#233;s d&#233;couvertes par le penseur et les exprime d'une mani&#232;re &#224; la fois plus claire, plus s&#233;duisante, plus entra&#238;nante, plus inspirante ; l'organisateur et le tacticien, qui rassemble les forces &#233;parses et les applique &#224; l'action concert&#233;e, ils peuvent tous h&#226;ter et aider au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; d'organisateurs et de tacticiens. A ceux-ci appartiennent non seulement les politiciens, mais aussi les g&#233;n&#233;raux. Il est devenu de mode dans les cercles d&#233;mocratiques de m&#233;priser un peu le g&#233;n&#233;ral et la guerre, comme si cela n'avait aucune importance pour le d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. C'est la r&#233;action contre la conception historique du royaliste des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, dont on voit encore aujourd'hui les traces dans les ouvrages historiques d'hommes capables de se faire une opinion, que tout progr&#232;s part des monarques, et que les guerres sont les &#233;v&#233;nements les plus importants et les plus b&#233;n&#233;fiques de leurs r&#232;gnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absurde. Mais c'est un fait, que jusqu'ici parmi les leviers les plus puissants de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire la h&#226;te forc&#233;e du d&#233;veloppement social, a appartenu &#224; la guerre, et que les g&#233;n&#233;raux qui ont remport&#233; les victoires pour la cause de la r&#233;volution doivent &#234;tre nomm&#233;s parmi les premier de ceux qui ont promu la cause du d&#233;veloppement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le nombre de ces g&#233;n&#233;raux qui se sont oppos&#233;s au d&#233;veloppement, et l'ont retard&#233; par leurs victoires, serait probablement beaucoup plus grand. Mais dans le camp des r&#233;actionnaires et de ceux qui entravent la cause du d&#233;veloppement se trouvent non seulement des g&#233;n&#233;raux, mais aussi des politiciens et des l&#233;gislateurs ; et pas mal de philosophes et d'artistes ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans ce camp. Pas plus que la tendance r&#233;actionnaire de la majorit&#233; des officiers des temps modernes, notre opposition de principe contre le militarisme ne doit nous conduire &#224; sous-estimer l'influence du g&#233;nie militaire sur le processus du d&#233;veloppement historique ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il signaler un autre pr&#233;jug&#233; d&#233;mocratique, que l'on ne cherche que trop facilement &#224; justifier au moyen de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ; l'aversion pour l'attribution d'honneur et de distinction aux individus, ce qu'ils rejettent comme un &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;, &#171; l'autoritarisme &#187;, etc. Ce sont les cris de guerre que nous avons h&#233;rit&#233;s de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, et qui, &#224; cause de leur belle sonorit&#233;, courent encore dans nos rangs, quoiqu'ils ne servent qu'&#224; donner aux anarchistes un argument contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que chaque individu est un produit des circonstances ; qu'il h&#233;rite de la particularit&#233; de son organisme, tout est redevable de son d&#233;veloppement particulier au milieu particulier dans lequel il a &#233;t&#233; jet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie n'est donc pas responsable du fait qu'il soit du g&#233;nie. Ce n'est pourtant pas une raison pour qu'un philistin de cabaret ait pour moi la m&#234;me importance et le m&#234;me int&#233;r&#234;t qu'un penseur qui a ma&#238;tris&#233; les connaissances de son si&#232;cle, et qui a infiniment &#233;tendu ma perspicacit&#233;, ou que je devrais pr&#234;ter autant d'attention &#224; la les opinions d'une recrue politique comme celles d'un homme politique exp&#233;riment&#233; qui, au cours de sa vie, a donn&#233; des preuves de ses capacit&#233;s par d'innombrables victoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas besoin de nous excuser pour notre &#171; culte de la personnalit&#233; &#187; si nous v&#233;n&#233;rons la m&#233;moire d'un Lassalle ou d'un Marx ; si nous demandons plus souvent &#224; entendre un Bebel ou un Liebknecht qu'un Smith ou un Jones, et nous avons besoin de protester vivement contre le reproche que nous avons des chefs. Oui, nous avons des dirigeants, et cela d&#233;pend dans une mesure non infinit&#233;simale de la qualit&#233; de nos dirigeants si notre chemin vers la victoire est plus ou moins long, rugueux ou lisse. Mais non seulement le respect, mais aussi l'antagonisme envers les personnes individuelles, n'est pas incompatible avec notre point de vue mat&#233;rialiste. Les gens disent volontiers : &#171; Nous ne combattons pas les personnes, mais contre le syst&#232;me. Mais le syst&#232;me n'existe que dans les personnes, et je ne puis l'attaquer sans attaquer les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis abolir le r&#233;gime monarchique sans d&#233;poser la personne du monarque. Je ne peux pas mettre fin au mode de production capitaliste sans exproprier la personne du capitaliste. Et si quelqu'un parmi nos adversaires se d&#233;marque par sa capacit&#233; sp&#233;ciale, son pouvoir, son hostilit&#233;, ou nous inflige des d&#233;g&#226;ts sp&#233;ciaux, nous devons combattre cette personne en particulier. Cela n'est en rien incompatible avec notre conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Dans le pr&#233;sent, nous ne sommes pas simplement des historiens, mais avant tout des combattants. Notre conception mat&#233;rialiste nous met en position de comprendre nos adversaires, mais pas pour que nous cessions de les combattre. La conception mat&#233;rialiste n'est pas une conception fataliste. Seulement au combat, au combat contre une nature hostile, un peuple hostile, une classe hostile, une opinion hostile, l'individu hostile,l'individu arrive-t-il &#224; achever son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non seulement le combattant du pr&#233;sent, mais aussi l'&#233;crivain de l'histoire du pass&#233; ne pourra jamais ignorer enti&#232;rement les individus, s'il veut d&#233;crire la mani&#232;re exacte dont le d&#233;veloppement historique s'est d&#233;roul&#233; dans des circonstances particuli&#232;res, et dans loin s'av&#233;rera-t-il que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne suffit pas &#224; elle seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est que dans la mesure o&#249; s'&#233;tend la sph&#232;re de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire que l'investigation et la description du d&#233;veloppement historique sont une science . Si vite qu'il quitte ce territoire, il devient tout simplement de l' art , ce qui n&#233;cessite aussi de poser les bases par la m&#233;thode mat&#233;rialiste s'il veut s'y implanter de mani&#232;re s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons maintenant clairement ce que cela peut accomplir et ce que cela permettra. Elle part du principe que le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; et les opinions qui y pr&#233;valent sont r&#233;gis par la loi, et que nous devons rechercher la force motrice de ce d&#233;veloppement et le fondement ultime de celui-ci dans le d&#233;veloppement des conditions &#233;conomiques. A chaque stade particulier du d&#233;veloppement des conditions &#233;conomiques correspondent des formes particuli&#232;res de soci&#233;t&#233; et d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudier ces lois et ces connexions est le travail le plus important et le plus fondamental de la recherche historique. Ceci accompli, il est relativement facile de comprendre les formes particuli&#232;res du d&#233;veloppement dans des cas particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, je con&#231;ois la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, et si je n'ai pas totalement m&#233;connu Marx et Engels, cette conception est tout &#224; fait dans leur sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si cela fait plaisir &#224; quelqu'un, on peut l'appeler n&#233;o-marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point principal est naturellement la question de savoir si c'est juste. La r&#233;ponse &#224; cela doit &#234;tre donn&#233;e par la pratique, l'application de la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre article donnera quelques illustrations suppl&#233;mentaires, dans lesquelles nous prendrons la critique de Bax comme point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.Marx fait remarquer qu'il n'existe pas encore d'histoire critique de la technologie, et remarque plus loin : &#171; Darwin nous a int&#233;ress&#233; &#224; l'histoire de la technologie naturelle, c'est-&#224;-dire &#224; la formation des organes des plantes et des animaux, lesquels organes servent d'instruments de production. pour maintenir la vie. L'histoire des organes productifs de l'homme, des organes qui sont la base mat&#233;rielle de tout organisme social, ne m&#233;rite-t-elle pas une &#233;gale attention ? Et une telle histoire ne serait-elle pas plus facile &#224; compiler puisque, comme le dit Vico, l'histoire humaine diff&#232;re de l'histoire naturelle en ceci : que nous avons fait la premi&#232;re, mais pas la seconde ? La technologie r&#233;v&#232;le les modes de traitement de l'homme avec la Nature, le processus de production par lequel il entretient sa vie, et met ainsi &#224; nu le mode de formation de ses relations sociales et des conceptions mentales qui en d&#233;coulent.Toute histoire de la religion m&#234;me qui ne tient pas compte de cette base mat&#233;rielle est sans critique. Il est en r&#233;alit&#233; beaucoup plus facile de d&#233;couvrir par l'analyse le noyau terrestre des cr&#233;ations brumeuses de la religion qu'il ne l'est inversement de d&#233;velopper &#224; partir des rapports r&#233;els de la vie les formes c&#233;lestes correspondantes de ces rapports. Cette derni&#232;re m&#233;thode est la seule mat&#233;rialiste et, par cons&#233;quent, la seule scientifique. (Capitale , vol. Moi, ing. trad., p. 367)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'application de la th&#233;orie
&lt;p&gt;(d&#233;cembre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute th&#233;orie doit &#234;tre fond&#233;e sur des faits. Mais, d'autre part, une enqu&#234;te m&#233;thodique des faits n'est pas possible sans un point de vue th&#233;orique fixe. Les apparences de la r&#233;alit&#233; sont si multiples et compliqu&#233;es que l'empiriste pur et simple s'y perd d&#233;sesp&#233;r&#233;ment. Le chemin &#224; travers les broussailles sans fin ne peut &#234;tre trouv&#233; que par celui qui a d&#233;j&#224; acquis une large perspective, et qui sait distinguer entre l'essentiel et l'inessentiel, l'accidentel du typique, le g&#233;n&#233;ral du particulier, la cause r&#233;elle du occasion. L'investigation m&#233;thodique vient donc apr&#232;s et non avant la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle th&#233;orie ne peut na&#238;tre que lorsque certains faits nouveaux sont connus, ou des faits connus auparavant apparaissent sous un jour nouveau, faits qui sont si frappants et caract&#233;ristiques qu'ils, &#224; un &#233;tat donn&#233; de la pens&#233;e th&#233;orique, forcent au moins le g&#233;nie &#224; une nouvelle conception. de choses. Par les lois acquises par la g&#233;n&#233;ralisation, nous arrivons &#224; une nouvelle th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute th&#233;orie est d'abord d&#233;fectueuse, car elle surgit avant que nous soyons parvenus &#224; une investigation syst&#233;matique de l'ensemble des faits qu'elle veut expliquer. Exactement comme l'aide &#224; cette enqu&#234;te doit prouver sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas d'objection valable &#224; une nouvelle th&#233;orie lorsqu'on lui reproche qu'elle n'a pas expliqu&#233; tous les ph&#233;nom&#232;nes auxquels elle s'applique. Le nombre des ph&#233;nom&#232;nes qu'elle n'a pas encore expliqu&#233;s et qu'elle laisse encore &#224; expliquer, ne montre que sa jeunesse relative et le nombre limit&#233; de ses repr&#233;sentants, mais ne peut jamais servir de preuve contre sa justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il n'y a qu'un seul test &#8211; la critique de la th&#233;orie o&#249; elle vient s'appliquer. C'est &#224; ses fruits qu'il doit &#234;tre connu, et doit &#234;tre jug&#233; par ce qu'il a fait, non selon ce qu'il aurait d&#251; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, les marxistes ou les n&#233;o-marxistes n'ont pas encore &#233;crit d'histoire mat&#233;rialiste de la philosophie, cela ne prouve nullement que la philosophie ne d&#233;pend pas des conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233;. Malgr&#233; la jeunesse de la m&#233;thode mat&#233;rialiste, et malgr&#233; cela ses initiateurs, et depuis lors, presque sans exception, tous ses &#233;tudiants plus jeunes, n'&#233;taient pas des professeurs ais&#233;s qui pouvaient s'appliquer exclusivement &#224; la th&#233;orie, mais &#233;taient des combattants pour la cause. du prol&#233;tariat, cette m&#233;thode a-t-elle d&#233;j&#224; &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans les domaines les plus divers de l'histoire. Les occasions ne manquent donc pas pour lui appliquer le seul test qui soit d&#233;cisif, et se demander si elle peut mieux expliquer qu'aucune th&#233;orie historique n'a pr&#233;sent&#233; jusqu'ici les faits d'histoire dont elle a tent&#233; l'explication.Telle est la question, et non &#171; si l'homme peut la consid&#233;rer comme la v&#233;rit&#233; finale ou non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tant d'adversaires que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire a d&#233;j&#224; trouv&#233;, aucune tentative s&#233;rieuse n'a encore &#233;t&#233; faite pour appliquer cette preuve aux r&#233;alisations historiques m&#234;me d'un seul des &#233;l&#232;ves, sans parler du ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut renverser la vapeur et appliquer la preuve ci-dessus &#224; la performance de nos adversaires. Cela doit &#234;tre tent&#233; de la mani&#232;re suivante. Prenons deux exemples utiles, que l'ami Bax a donn&#233;s dans sa r&#233;ponse. On verra par l&#224; combien sa m&#233;thode est sup&#233;rieure &#224; celle des n&#233;o-marxistes, si elle est plus f&#233;conde que celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Kautsky demande, remarque Bax dans sa r&#233;ponse, pourquoi, s'il en est ainsi, les Grecs modernes n'ont produit ni Aristote, ni P&#233;ricl&#232;s, etc. ; en d'autres termes, pourquoi la Gr&#232;ce moderne est diff&#233;rente de l'ancienne ; il est d'avis qu'en r&#233;alit&#233; seules les conditions &#233;conomiques ont chang&#233;, il ignore ainsi tout ce qui n'est pas d'accord avec sa th&#233;orie ; comme, par exemple, qu'une race, comme cela arrive aux individus, peut vieillir ; deuxi&#232;mement, le fait du m&#233;lange des races ; troisi&#232;mement, qu'une grande p&#233;riode du d&#233;veloppement historique de l'humanit&#233;, ind&#233;pendamment de l'&#233;volution &#233;conomique, s'est d&#233;roul&#233;e entre-temps. Tous ces facteurs ont coop&#233;r&#233; en Gr&#232;ce et ailleurs. L'esprit grec, litt&#233;raire, philosophique et esth&#233;tique, &#233;tait manifestement &#233;puis&#233; bien avant qu'aucune alt&#233;ration r&#233;elle des moyens de production et d'&#233;change n'ait eu lieu.Si cet &#233;puisement pouvait &#234;tre mis en rapport avec un facteur social, il serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.&#034;&#034;elle serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.elle serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peut bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; h&#226;ter la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peut bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; h&#226;ter la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.qui ont tous laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.qui ont tous laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est d&#233;roul&#233;e entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est d&#233;roul&#233;e entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, je dois dire que j'ai pos&#233; une toute autre question que celle que Bax me fait poser. J'ai, dans ma premi&#232;re r&#233;ponse &#224; Bax (au n&#176; 47 Neue Zeit ), jet&#233; la question, lequel des trois &#233;l&#233;ments qui contr&#244;lent les affaires humaines, l'organisme humain, la nature et les conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;, avait chang&#233; depuis les temps anciens. . J'expliquai que le premier n'avait pas chang&#233; et que sa facult&#233; de penser est la m&#234;me qu'en Gr&#232;ce ; l'intelligence d'un Aristote est &#224; peine surpass&#233;e, de m&#234;me que le talent artistique des anciens. De plus, la nature n'a pas chang&#233;. &#034;Au-dessus de la Gr&#232;ce rit aujourd'hui le m&#234;me ciel bleu qu'au temps de P&#233;ricl&#232;s.&#034; Mais la soci&#233;t&#233; a chang&#233; ; c'est-&#224;-dire, en dernier ressort, les conditions &#233;conomiques. Ce sont les facteurs variables du d&#233;veloppement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que c'est assez diff&#233;rent de la question pos&#233;e par Bax. Cette divergence peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une illustration frappante de sa justesse, si souvent &#233;voqu&#233;e. L'obstination de Bax est une chose &#224; s'&#233;tonner. &#192; l'exactitude, il ne fait aucune r&#233;clamation. A peine ai-je prononc&#233; les noms d'Aristote et de P&#233;ricl&#232;s, aussit&#244;t Bax me pose la question de savoir pourquoi la Gr&#232;ce n'a aujourd'hui ni Aristote ni P&#233;ricl&#232;s &#224; montrer. Oui, plus encore, il m'entend d&#233;j&#224; r&#233;pondre &#224; cela et apprend de moi qu'essentiellement &#171; seules les conditions &#233;conomiques ont chang&#233; &#187;, et pas toute la soci&#233;t&#233; avec elles. En attendant, ce genre de critique a dans le cas ci-dessus un avantage. Cela am&#232;ne Bax &#224; exposer les motifs qui, &#224; son avis, expliquent pourquoi la Gr&#232;ce a cess&#233; de produire des hommes comme P&#233;ricl&#232;s et Aristote, &#224; montrer quelles sont les causes de la d&#233;cadence de la philosophie et de l'art grecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, Bax a toute une s&#233;rie de causes qui rendent l'&#233;conomie tout &#224; fait superflue. Comme premier et principal, il donne le m&#233;lange des races qui a eu lieu en Gr&#232;ce. Or, je suis bien loin de nier que les particularit&#233;s raciales exercent une certaine influence sur la mani&#232;re dont se d&#233;roule le d&#233;veloppement historique. Mais cette influence ne doit pas &#234;tre surestim&#233;e, comme sont pr&#234;ts &#224; le faire les tenants de la th&#233;orie moderne de l'h&#233;r&#233;dit&#233;. L'organisme humain s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre l'un des organismes les plus adaptables, et le cerveau humain appartient certainement aux organes humains les plus adaptables et les plus variables. En tout cas, si les Grecs s'&#233;taient m&#234;l&#233;s aux Botucudos ou aux Patagoniens, cela aurait pu, au moins temporairement, paralyser leurs capacit&#233;s artistiques et philosophiques. Les peuples que Bax nomme, Allemands, Slaves, Espagnols, Italiens, sont cependantcertainement pas &#224; compter parmi ceux qui manquent de toute aptitude philosophique et artistique. On peut peut-&#234;tre dire cela des Turcs, mais ceux-ci sont arriv&#233;s pour la premi&#232;re fois en Gr&#232;ce au XVe si&#232;cle et n'ont eu qu'une faible influence sur l'existence raciale des Grecs. Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange des races dans ce rapport n'explique donc rien. Si je m'&#233;tais vraiment occup&#233; de la question que Bax avait d'abord soulev&#233;e, alors j'aurais eu toutes les raisons d'ignorer le fait du m&#233;lange des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bax a une deuxi&#232;me consid&#233;ration &#224; faire valoir, que j'ai, par ma discussion jamais &#233;crite d'une question que je n'ai jamais pos&#233;e, &#171; pas prise en compte &#187;, naturellement parce que &#171; elle ne correspond pas &#224; ma conception &#187;, &#224; savoir : le fait &#171; qu'une race, comme cela arrive avec les individus, peut vieillir... L'esprit grec &#233;tait manifestement &#233;puis&#233; bien avant qu'une r&#233;elle alt&#233;ration des moyens de production et d'&#233;change n'ait eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute &#171; &#233;vident &#187; que &#171; l'esprit grec &#187; s'est &#233;puis&#233; lorsque la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la philosophie et de l'art grecs a commenc&#233;. Cet &#171; &#233;puisement de l'esprit &#187; n'est pourtant qu'une mani&#232;re quelque peu po&#233;tique de d&#233;crire le fait de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence. Je pourrais tout aussi bien dire &#171; &#233;videmment l'esprit grec &#233;tait compl&#232;tement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, lorsque commen&#231;a la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'art et de la philosophie grecs &#187;. Si &#233;vident que cela est pour moi, j'esp&#232;re &#234;tre excus&#233; si cette explication exhaustive &#034;ne correspond pas &#224; ma conception&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax a &#233;galement raison lorsqu'il suppose que l'hypoth&#232;se selon laquelle une race vieillit tout comme un individu &#034;ne correspond pas &#224; ma conception&#034;. Bax veut-il dire par l&#224; que l'organisme social est un organisme du m&#234;me genre que l'animal, de sorte que les lois de l'un s'appliquent sans plus attendre &#224; l'autre ? Alors j'appellerais l'attention sur la particularit&#233; que poss&#232;de la race, par opposition aux individus, le renouveau de la jeunesse. La nation fran&#231;aise sous Louis XV &#233;tait devenue tr&#232;s s&#233;nile. Le bain d'acier de la grande R&#233;volution les rajeunit et leur donne une force de g&#233;ant. De notre temps aussi, nous avons vu que la nation japonaise, qui donnait aussi de nombreux signes de s&#233;nilit&#233;, s'&#233;tait rajeunie par un bain d'acier semblable, certainement plus faible, et s'&#233;tait impos&#233;e dans le rang des peuples croissants et prometteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieillesse d'un peuple n'est aussi qu'une description po&#233;tique et donc pas tout &#224; fait exacte du fait de sa d&#233;cadence sociale. Avec ce genre de phrase on n'explique pratiquement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ai-je comme troisi&#232;me consid&#233;ration dans l'explication de la d&#233;cadence de la vie spirituelle grecque &#171; ignor&#233; dans mon z&#232;le &#187; tout le d&#233;veloppement concret entre les temps anciens et modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que je n'aie rien dit de tout cela dans mon article, je dois en tout cas le permettre, mais je peux prier Bax d'attribuer cela non pas a mon z&#232;le mais au fait que j'ai entrepris de r&#233;pondre &#224; cette question simplement selon son imagination et non selon &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis, &#224; savoir, d'avis que tout d&#233;pend du d&#233;veloppement concret. Mais malheureusement Bax nous laisse sans aide au point d&#233;cisif, et se contente d'une r&#233;f&#233;rence obscure &#224; la perte de l'ind&#233;pendance politique et &#224; l'influence d&#233;gradante du christianisme, mais lui-m&#234;me n'attribue aux facteurs que l'acc&#233;l&#233;ration, et non la cause, du d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous offre donc la m&#233;thode am&#233;lior&#233;e de Bax comme cause du d&#233;clin ? Rien, rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons maintenant, sinon de traiter de mani&#232;re exhaustive &#8211; pour laquelle nous n'avons pas de place et pour laquelle une revue hebdomadaire ne convient pas &#8211; du moins de donner un aper&#231;u de l'article d&#233;j&#224; de Bax critiqu&#233; m&#234;me s'il n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit par moi au cours de la chute. de la vie spirituelle grecque, pour voir si nous, avec les facteurs que Bax a ignor&#233;s, n'aurons pas plus de chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, notre travail consiste &#224; d&#233;finir exactement la t&#226;che. Le d&#233;clin spirituel de la Gr&#232;ce commence au IVe si&#232;cle av. quatri&#232;me si&#232;cle. Si l'on veut apprendre &#224; comprendre pourquoi la Gr&#232;ce dans les si&#232;cles suivants n'a pas produit un Aristote ou un P&#233;ricl&#232;s, alors il faut d'abord savoir pourquoi la Gr&#232;ce a &#224; un moment donn&#233; un Aristote et un P&#233;ricl&#232;s. Il est donc n&#233;cessaire d'examiner la p&#233;riode d'&#233;panouissement de la culture grecque ainsi que la p&#233;riode de d&#233;clin. Ceci est limit&#233; &#224; quelques g&#233;n&#233;rations d'humanit&#233;, &#224; un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;cle entre les plus grands philosophes grecs : H&#233;raclite l'obscurit&#233; (vers 500 av. J.-C.), Platon (n&#233; en 429 av. J.-C.) et Aristote (n&#233; en 385 av. ses plus grands dramaturges, Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane ; ses plus grands ma&#238;tres dans le domaine des arts plastiques, Phidias et Polygnotos. Le IVe si&#232;cle av. J.-C. voit encore d'autres grandes performances dans ces domaines comme des s&#233;quelles du grand mouvement du Ve si&#232;cle av. J.-C. mais commence d&#233;j&#224; le d&#233;clin, rapide et irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons d&#233;fini exactement le ph&#233;nom&#232;ne &#224; expliquer, examinons le mouvement &#233;conomique, qui co&#239;ncide avec le mouvement ci-dessus en ce qui concerne l'espace et le temps. L&#224;, nous constatons que la p&#233;riode florissante commence avec les guerres perses (492-479 avant JC) et se termine avec le P&#233;loponn&#232;se (431-404 avant JC). Chacune de ces guerres a inaugur&#233; une r&#233;volution &#233;conomique. Jusqu'aux guerres de Perse, le centre de gravit&#233; &#233;conomique et aussi intellectuel des Grecs se trouvait en Asie Mineure. Il est &#224; noter qu'Albert Lange, le grand adversaire du mat&#233;rialisme, explique la philosophie des Grecs d'Asie Mineure (et aussi de la Magna Graecia) de fa&#231;on tout &#224; fait mat&#233;rialiste. Certainement, seulement parce que les faits l'y obligeaient, pas par z&#232;le mat&#233;rialiste. Il dit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous jetons un coup d'&#339;il sur les rives de l'Asie Mineure dans les si&#232;cles qui pr&#233;c&#232;dent imm&#233;diatement la p&#233;riode brillante de la vie intellectuelle hell&#233;nique, les colonies des Ioniens se distinguent par la richesse et la prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle, ainsi que par la sensibilit&#233; artistique et le raffinement de la vie. Les alliances commerciales et politiques, et l'avidit&#233; croissante pour la connaissance, ont conduit les habitants de Milet et d'&#201;ph&#232;se &#224; faire de longs voyages, les ont amen&#233;s &#224; de multiples rapports avec des sentiments et des opinions &#233;trangers, et ont favoris&#233; l'&#233;l&#233;vation d'une aristocratie libre-penseuse au-dessus du point de vue des masses plus &#233;troites. . Une prosp&#233;rit&#233; pr&#233;coce similaire a &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;e par les colonies doriques de Sicile et de Magna Graecia. Dans ces circonstances, nous pouvons supposer sans risque que, bien avant l'apparition des philosophes,une conception plus libre et plus &#233;clair&#233;e de l'univers s'&#233;tait r&#233;pandue parmi les rangs sup&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces cercles d'hommes &#8211; riches, distingu&#233;s, avec une grande exp&#233;rience acquise par les voyages &#8211; que la philosophie est n&#233;e. (Lange : History of Materialism , traduction anglaise, pp. 7 et 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des habitants de la Gr&#232;ce proprement dite sur les Perses a transf&#233;r&#233; le centre de gravit&#233; &#233;conomique de la c&#244;te est &#224; la c&#244;te ouest de la mer &#201;g&#233;e. Elle n'a rapport&#233; qu'un &#233;norme butin aux paysans et marins grecs qui vivaient jusqu'alors pour la plupart dans des circonstances tr&#232;s simples ; il fit aussi que les vainqueurs, apr&#232;s avoir repouss&#233; l'attaque, pass&#232;rent &#224; l'offensive. Ce n'&#233;tait pourtant pas l'affaire du paysan accroch&#233; au sol, mais celui du marin rapide. La ville commer&#231;ante, Ath&#232;nes, prit la t&#234;te de la lutte ; et elle atteignit la ma&#238;trise et l'exploitation de la mer &#201;g&#233;e et de la mer Ionienne, voire de la mer Noire. L'exploitation &#233;tait en partie la plus d&#233;sastreuse, au moyen du tribut des &#238;les et des c&#244;tes conquises, en partie indirecte ;tandis qu'Ath&#232;nes cherchait autant que possible &#224; monopoliser le commerce grec, devenu un commerce mondial, interm&#233;diaire entre l'Orient et l'Occident. D'&#233;normes tr&#233;sors ont &#233;t&#233; rassembl&#233;s &#224; Ath&#232;nes ; il en r&#233;sulte un r&#233;veil &#233;conomique inou&#239;, mais aussi un r&#233;veil des arts et des sciences. Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;taient pas les richesses seules qui offraient ces conditions ; cela se trouvait aussi ailleurs. Mais jamais et nulle part dans l'antiquit&#233; une r&#233;volution &#233;conomique, comme je viens de le d&#233;crire, ne s'est d&#233;roul&#233;e avec une telle rapidit&#233;, ou si imm&#233;diatement, qu'&#224; Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle av. la capacit&#233; philosophique et artistique ; nulle part des succ&#232;s aussi inou&#239;s n'ont &#233;t&#233; remport&#233;s de mani&#232;re aussi inattendue ; nulle part la population n'&#233;tait si pleine de confiance et de bravoure qui se communiquaient aux artistes et aux penseurs et les for&#231;aient &#224; tenter les probl&#232;mes les plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses qui afflu&#232;rent &#224; Ath&#232;nes ne rest&#232;rent pas, comme ailleurs, confin&#233;es au cercle &#233;troit d'une aristocratie dirigeante. Ath&#232;nes &#233;tait une communaut&#233; d&#233;mocratique, le corps collectif des citoyens a particip&#233; &#224; l'&#233;veil &#233;conomique, mais aussi &#224; l'&#233;veil intellectuel. Nulle part les penseurs et les artistes n'ont trouv&#233; un tel public qu'&#224; Ath&#232;nes. Mais si le penseur et l'artiste font leur public, ce dernier aussi, vice versa , et &#224; un degr&#233; encore plus grand, font le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout cela, il faut ajouter le fait qu'Ath&#232;nes au d&#233;but des guerres de Perse &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la t&#234;te de la civilisation contemporaine. Ce n'&#233;tait pas le cas, par exemple, &#224; Rome, dont le d&#233;veloppement &#233;tait semblable, alors qu'il n'&#233;tait pas tout &#224; fait aussi concentr&#233; que celui d'Ath&#232;nes. Les Romains arriv&#232;rent dans le bassin oriental de la M&#233;diterran&#233;e comme des barbares, comme des parvenus, qui arriv&#232;rent au mieux &#224; une civilisation d&#233;j&#224; existante, qu'ils ne pouvaient pas &#224; la fois pousser plus loin et surpasser par eux-m&#234;mes. A Rome, la richesse apport&#233;e par la politique de conqu&#234;te et d'exploitation pouvait faire na&#238;tre des amateurs d'art, des collectionneurs, des savants et des compilateurs, mais pas des philosophes et des artistes originaux comme &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque Rome avait assimil&#233; la culture de l'Orient, alors son d&#233;veloppement &#233;conomique &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; &#224; la p&#233;riode de d&#233;clin, et alors l'empire mondial romain ne pouvait rien produire de plus sur le plan intellectuel &#8211; que le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome ne pouvait donc jamais faire dans le domaine de l'intellect ce qu'avait fait Ath&#232;nes, mais m&#234;me pour cette derni&#232;re le d&#233;veloppement &#233;conomique allait dans le m&#234;me sens que celui de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses qui, depuis les guerres de Perse, affluaient en Gr&#232;ce, d&#233;truisirent l'ancien syst&#232;me de troc, et l'argent devint le moyen d'&#233;change. Sur la terre, le paysan s'endette et se ruine ; &#224; la place du paysan venaient les grands domaines, exploit&#233;s par des esclaves. Le pays &#233;tait d&#233;peupl&#233;. La masse du peuple se pressait dans les villes. A c&#244;t&#233; des riches, de plus en plus riches &#8211; marchands, sp&#233;culateurs, usuriers, grands propri&#233;taires terriens, g&#233;n&#233;raux fortun&#233;s qui rentraient chez eux charg&#233;s de butin &#8211; se pressait une masse toujours croissante du &#171; dixi&#232;me submerg&#233; &#187;. Les anciennes vertus disparurent, les caract&#233;ristiques des nouvelles classes s'affirm&#232;rent. A la place du sentiment de solidarit&#233; vint la v&#233;nalit&#233;, au lieu de la vaillance la l&#226;chet&#233; et la mollesse. Le citoyen-soldat qui combattait pour son propre foyer &#233;tait supplant&#233; par le mercenaire, qui servait celui qui payait le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a conduit en Gr&#232;ce, comme &#224; Rome, &#224; la d&#233;cadence sociale g&#233;n&#233;rale. Mais en Gr&#232;ce, le d&#233;clin ne s'est pas d&#233;roul&#233; dans un processus qui a dur&#233; des si&#232;cles, comme chez nous, o&#249; il a &#233;t&#233; provoqu&#233; de mani&#232;re tout aussi inattendue par une catastrophe de guerre que le r&#233;veil par une victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Ath&#232;nes, centre de la r&#233;volution &#233;conomique, les influences corruptrices des nouvelles conditions &#233;conomiques se firent d'abord et de fa&#231;on frappante. Mais Ath&#232;nes devint le centre de la haine de toute la Gr&#232;ce. D'autant plus que l'usage de l'argent se d&#233;veloppait, et que le &#171; dixi&#232;me submerg&#233; &#187; augmentait, d'autant plus s'accroissait la pression &#233;conomique sur les sujets d'Ath&#232;nes, d'autant plus grande aussi devenait la convoitise des cantons paysans r&#233;actionnaires pour les tr&#233;sors de la ville-monde. Voisins et sujets s'alli&#232;rent et, dans une lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e, d&#233;truisirent &#224; jamais la puissance mondiale. Cette guerre de trente ans a &#233;puis&#233; et d&#233;vast&#233; toute la Gr&#232;ce, et gr&#226;ce aux tendances d&#233;clinantes de son d&#233;veloppement &#233;conomique, elle ne s'est jamais compl&#232;tement r&#233;tablie. Bient&#244;t elle devint le butin des &#233;trangers, qui la vid&#232;rent ; le commerce mondial,le commerce entre l'Orient et l'Occident prenait des chemins qui d&#233;passaient la Gr&#232;ce, et ainsi il resta &#233;conomiquement sans importance jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les faits les plus importants, que j'aurais d&#251; signaler si j'avais vraiment entrepris d'expliquer la d&#233;cadence de la vie intellectuelle grecque du point de vue mat&#233;rialiste. Je pense que ces faits parlent assez clairement d'eux-m&#234;mes. Aussi bien &#224; la hausse qu'&#224; la baisse, le d&#233;veloppement &#233;conomique a pris le pas et le d&#233;veloppement intellectuel l'a v&#233;ritablement suivi. Le lien entre les deux est cependant trop &#233;troit pour que le post hoc, dans ce cas, ne soit pas aussi un propter hoc ; cela sera plus &#233;vident quand on entrera plus dans le d&#233;tail qu'il n'est possible ici. A c&#244;t&#233; de cela, le m&#234;me parall&#233;lisme est &#233;galement observ&#233; ailleurs, donc ce n'est pas un simple hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois laisser aux lecteurs le soin de d&#233;cider si quelqu'un qui est arriv&#233; par la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#224; la connaissance de ce parall&#233;lisme &#233;prouve encore le besoin de se tourner vers le m&#233;lange des races avec les Slaves et les Turcs, ou m&#234;me vers &#171; l'&#233;puisement de l'esprit grec. &#187; et d'autres moyens d&#233;sesp&#233;r&#233;s, pour rendre compr&#233;hensible la d&#233;cadence intellectuelle de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le deuxi&#232;me exemple historique, dans lequel nous avons compar&#233; la m&#233;thode Bax &#224; la m&#233;thode mat&#233;rialiste, nous pouvons nous exprimer plus bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma r&#233;ponse au n&#176; 47 de la Neue Zeit , j'avais accus&#233; Bax d'incoh&#233;rence, en ce sens qu'il, dans Socialism : Its Growth and Outcome , retrace la perte de l'amour m&#233;di&#233;val de la vie et la mont&#233;e du puritanisme en Angleterre &#224; une occasion au d&#233;veloppement &#233;conomique, et quelques lignes plus tard &#224; l'esprit particulier du peuple anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En g&#233;n&#233;ral, je suis d'accord avec Kautsky et ses amis pour dire que l'alt&#233;ration de l'humeur anglaise &#224; la fin du XVIe et au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; la r&#233;volution &#233;conomique qui a eu lieu alors. Mais il y a certaines caract&#233;ristiques du mouvement protestant anglais qui, sur le continent, bien qu'une r&#233;volution similaire ait eu lieu dans les conditions &#233;conomiques - m&#234;me si cela s'est produit en de nombreux endroits un peu plus tard - ne se sont manifest&#233;es nulle part au m&#234;me degr&#233;. O&#249;, sur le continent, trouve-t-on le dimanche anglais, dogme de la m&#233;chancet&#233; de la danse, du th&#233;&#226;tre ou de la lecture de romans ? Toutes ces particularit&#233;s ne doivent pas &#234;tre expliqu&#233;es par une formule g&#233;n&#233;rale, en cons&#233;quence j'ai sugg&#233;r&#233; que le puritanisme dont elles sont issues,pourrait d'une mani&#232;re ou d'une autre remonter &#224; la particularit&#233; du m&#233;lange de races qui a produit le peuple anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, donc, le m&#233;lange des races joue un r&#244;le. Mais, malheureusement, m&#234;me cette fois, il ne vient pas au bon moment pour expliquer quoi que ce soit. Le m&#233;lange des races avec le peuple grec commen&#231;a 500 ans apr&#232;s le commencement de ce ph&#233;nom&#232;ne dont il devait, selon Bax, rendre compte. Le m&#233;lange racial dans le cas de l'Angleterre &#233;tait d&#233;j&#224; achev&#233; au XIIe si&#232;cle &#8211; &#224; la fin du XIe si&#232;cle eut lieu la derni&#232;re grande invasion de l'Angleterre, celle des Normands. Il vient donc environ 500 ans trop t&#244;t pour rendre compte du puritanisme anglais du XVIIe si&#232;cle. Entre ce m&#233;lange et le puritanisme se situe exactement la p&#233;riode de la joyeuse Angleterre. Nous, mat&#233;rialistes, sommes d'abord enclins &#224; chercher la cause des particularit&#233;s d'une &#233;poque dans les conditions de celle-ci.Se peut-il maintenant que l'Angleterre du dix-septi&#232;me si&#232;cle ne se distingue du reste de l'Europe que par son m&#233;lange de races, de sorte qu'il faut lui attribuer le puritanisme anglais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous regardons de plus pr&#232;s, nous trouvons &#224; la fois une particularit&#233; tr&#232;s frappante et importante de l'Angleterre au XVIIe si&#232;cle. C'est pour l'Angleterre le fait le plus marquant de tout le si&#232;cle : la R&#233;volution de 1642-1660, c'est-&#224;-dire le r&#232;gne des classes d&#233;mocratiques, des petits commer&#231;ants, des paysans et des salari&#233;s. Ce ph&#233;nom&#232;ne est tout &#224; fait unique dans toute l'Europe au cours du XVIIe si&#232;cle, puisque partout ailleurs l'absolutisme f&#233;odal a pris le dessus, et les classes d&#233;mocratiques ont &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;cras&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi bien connu que le puritanisme n'&#233;tait pas une tendance mentale caract&#233;ristique de tout le peuple anglais, mais la tendance mentale de classes sp&#233;ciales, et m&#234;me de ces m&#234;mes classes qui, en Angleterre, par opposition au reste de l'Europe, atteignirent temporairement le sommet main au XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on regarde de plus pr&#232;s, on trouve encore plus. Si le puritanisme &#233;tait la tendance mentale non du peuple anglais, mais de certaines classes en Angleterre au cours des XVIe et XVIIe si&#232;cles, il n'&#233;tait d'ailleurs pas non plus simplement en Angleterre caract&#233;ristique de ces classes, mais dans l'ensemble de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Bernstein et moi travaillions sur le deuxi&#232;me volume de l' Histoire du socialisme, nous n'avons pas &#233;t&#233; peu surpris, lorsque nous avons, tout &#224; fait ind&#233;pendamment les uns des autres, dans tous les partis et courants socialistes-d&#233;mocrates de la fin du Moyen &#194;ge et du d&#233;but des temps modernes, trouv&#233; exactement les m&#234;mes vues puritaines, en accord souvent assez ridicule . Ce que Bernstein a trouv&#233; en Angleterre, je l'ai trouv&#233; chez les Fr&#232;res de Boh&#234;me, parmi les disciples de M&#252;nzer, les anabaptistes et les mennonites. Nous sommes arriv&#233;s &#224; la conviction que cet accord n'&#233;tait pas un hasard, mais une n&#233;cessit&#233; historique. Le puritanisme est une m&#233;thode n&#233;cessaire de la pens&#233;e de classes particuli&#232;res dans des conditions particuli&#232;res. De m&#234;me qu'au Moyen &#194;ge, avec leur syst&#232;me de troc presque universel, &#171; vivre et laisser vivre &#187; est la maxime des paysans, des petits bourgeois et des salari&#233;s, de m&#234;me ces classes succombent au d&#233;but du mode de production capitaliste &#224; un sombre puritanisme,et, en effet, plus, plus rapide et plus incisif le d&#233;veloppement &#233;conomique et le d&#233;veloppement politique correspondant se fait sentir, plus vive est la r&#233;action des classes les plus basses contre lui. Mais parce que le puritanisme, s'il est apparu aussi dans le reste de l'Europe, n'a pris le dessus qu'en Angleterre, n'a pu que l&#224; s'imposer &#224; la soci&#233;t&#233;, s'explique d'apr&#232;s ce qui vient d'&#234;tre racont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me, que Bax avec sa &#034;m&#233;thode am&#233;lior&#233;e a trouv&#233; si compl&#232;tement insoluble, qu'il s'est r&#233;fugi&#233; pour la solution du probl&#232;me dans une particularit&#233; compl&#232;tement arbitrairement con&#231;ue d'un m&#233;lange de races d&#233;j&#224; vieux de plusieurs si&#232;cles, forme pour nous l'un des les plus brillantes corroborations de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette f&#233;condit&#233; et cette pr&#233;cision ont &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;es dans tous les domaines o&#249; nous l'avons essay&#233;e, que ce soit la recherche du pass&#233; ou la compr&#233;hension du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sert ce dernier but aussi bien que le premier, et c'est l&#224; son importance pratique, c'est l&#224; sa grande importance non seulement pour le socialiste engag&#233; dans la recherche, mais aussi pour le socialiste combattant, et pour cette raison la conception mat&#233;rialiste n'est pas une simple question. pour les savants, mais une question d'int&#233;r&#234;t pour tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les origines du christianisme (deuxi&#232;me partie)</title>
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		<dc:date>2020-08-08T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le christianisme et la critique biblique sont des sujets qui m'int&#233;ressent depuis longtemps. Il y a vingt-cinq ans, j'ai d&#233;j&#224; publi&#233; dans la revue &#171; Kosmos &#187; un article sur &#171; l'histoire biblique des temps primitifs et ses origines &#187;, et deux ans plus tard, dans la &#171; Neue Zeit &#187; un autre sur &#171; la naissance du christianisme &#187;. Je reviens donc ici &#224; de vieilles amours. L'occasion m'en a &#233;t&#233; donn&#233;e quand il apparut qu'une deuxi&#232;me &#233;dition de mon &#233;tude sur &#171; les pr&#233;curseurs du socialisme &#187; &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique96" rel="directory"&gt;09 - RELIGION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le christianisme et la critique biblique sont des sujets qui m'int&#233;ressent depuis longtemps. Il y a vingt-cinq ans, j'ai d&#233;j&#224; publi&#233; dans la revue &#171; Kosmos &#187; un article sur &#171; l'histoire biblique des temps primitifs et ses origines &#187;, et deux ans plus tard, dans la &#171; Neue Zeit &#187; un autre sur &#171; la naissance du christianisme &#187;. Je reviens donc ici &#224; de vieilles amours. L'occasion m'en a &#233;t&#233; donn&#233;e quand il apparut qu'une deuxi&#232;me &#233;dition de mon &#233;tude sur &#171; les pr&#233;curseurs du socialisme &#187; &#233;tait souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de ce livre, au moins celle dont j'ai eu connaissance, avait principalement trouv&#233; &#224; redire &#224; l'introduction, dans laquelle je caract&#233;risais bri&#232;vement le communisme des premiers chr&#233;tiens : c'&#233;tait, me dit-on, une interpr&#233;tation qui ne pouvait tenir face aux derniers r&#233;sultats de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces critiques furent peu apr&#232;s suivies d'autres, notamment de la part du camarade G&#246;hre, elles affirmaient qu'&#233;tait d&#233;pass&#233;e l'interpr&#233;tation, d'abord d&#233;fendue par Bruno Bauer et ensuite reprise sur des points essentiels par Mehring et par moi, selon laquelle on ne pouvait rien dire d'assur&#233; sur la personne de J&#233;sus et que le christianisme pouvait s'expliquer en faisant l'impasse sur son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, je d&#233;cidai de ne pas r&#233;&#233;diter ce livre paru il y a treize ans avant d'avoir soumis &#224; examen mes id&#233;es sur le christianisme, issues d'&#233;tudes ant&#233;rieures, en consultant la litt&#233;rature la plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heureux r&#233;sultat de ce travail fut que je n'avais rien &#224; corriger. En revanche, les recherches les plus r&#233;centes me firent en m&#234;me temps d&#233;couvrir une multitude de nouveaux points de vue et de nouvelles indications, si bien que c'est tout un nouveau livre qui est sorti de l'examen critique de mon introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends naturellement pas &#233;puiser le sujet. Il est bien trop vaste pour cela. Je serai satisfait si j'ai pu contribuer &#224; &#233;clairer les facettes du christianisme qui me semblent &#234;tre d&#233;cisives du point de vue de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les questions d'histoire religieuse, je ne peux pas me mesurer &#224; l'&#233;rudition des th&#233;ologiens qui ont fait de cette &#233;tude le travail de leur vie, alors que je n'avais, pour &#233;crire ce livre, que les heures de loisir que me laissait l'activit&#233; r&#233;dactionnelle et politique dans une p&#233;riode o&#249; l'actualit&#233; occupait tout le temps de ceux qui sont impliqu&#233;s dans les luttes de classes modernes, et ne laissait gu&#232;re de place &#224; l'&#233;tude du pass&#233; : dans la p&#233;riode interm&#233;diaire entre les d&#233;buts de la r&#233;volution russe et l'explosion de la r&#233;volution turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre est-ce de m'&#234;tre m&#234;l&#233; intens&#233;ment de la lutte de classe du prol&#233;tariat qui m'a fait comprendre des aspects essentiels du christianisme primitif auxquels les professeurs de th&#233;ologie et d'histoire religieuse restent &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. J. Rousseau dit dans sa Julie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve aussi que c'est une folie de vouloir &#233;tudier le monde en simple spectateur. Celui qui ne pr&#233;tend qu'observer n'observe rien, parce qu'&#233;tant inutile dans les affaires, et importun dans les plaisirs, il n'est admis nulle part. On ne voit agir les autres qu'autant qu'on agit soi-m&#234;me ; dans l'&#233;cole du monde comme dans celle de l'amour, il faut commencer par pratiquer ce qu'on veut apprendre. &#187; (Deuxi&#232;me partie, lettre XVII) i&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut appliquer ces phrases, qui ne traitent ici que de l'&#233;tude des &#234;tres humains, &#224; toute esp&#232;ce d'&#233;tude. Dans aucun domaine, on n'avance bien loin si on se contente de regarder sans intervenir pratiquement. Cela vaut m&#234;me pour l'&#233;tude d'objets aussi &#233;loign&#233;s que les &#233;toiles. O&#249; en serait l'astronomie si elle se limitait &#224; la pure observation, si elle ne s'impliquait pas dans une pratique, avec le t&#233;lescope, l'analyse spectrale, la photographie ! Mais cela vaut encore davantage pour les choses d'ici-bas auxquelles notre pratique peut s'affronter bien autrement qu'en restant dans l'observation. Ce que celle-ci nous enseigne est infime en comparaison de ce que nous apprend notre action pratique sur ces objets et avec ces objets. Qu'on songe seulement &#224; l'immense importance de l'exp&#233;rimentation dans les sciences de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; humaine, l'exp&#233;rimentation comme moyen de connaissance est impossible, mais l'intervention pratique du chercheur n'en joue pas pour autant un moindre r&#244;le, si du moins, &#233;videmment, sont assur&#233;es les conditions pr&#233;alables &#224; une exp&#233;rimentation f&#233;conde. Ces conditions, c'est la connaissance des exp&#233;riences les plus importantes faites auparavant par d'autres chercheurs, et d'autre part la familiarit&#233; acquise avec la m&#233;thode scientifique, qui aff&#251;te la perception de ce qui est essentiel dans un ph&#233;nom&#232;ne, permet de faire la part de ce qui est essentiel et de ce qui est secondaire, et de d&#233;couvrir ce que diff&#233;rentes exp&#233;riences ont en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un penseur qui, satisfaisant &#224; ces conditions pr&#233;alables, entreprend d'&#233;tudier un domaine dans lequel il a aussi une activit&#233; pratique, arrivera ais&#233;ment &#224; des r&#233;sultats qui seraient rest&#233;s hors de sa port&#233;e s'il avait &#233;t&#233; un simple spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut au premier chef pour l'histoire. Un homme politique actif comprendra plus facilement l'histoire politique, s'il a une formation scientifique suffisante, et s'y rep&#233;rera plus ais&#233;ment qu'un savant en chambre qui n'aurait jamais connu en pratique les forces motrices de la politique. Le chercheur sera notamment favoris&#233; par son exp&#233;rience s'il s'agit d'&#233;tudier le mouvement d'une classe dans laquelle il est lui-m&#234;me impliqu&#233; et dont il conna&#238;t par le d&#233;tail les particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a profit&#233; certes jusqu'ici presque exclusivement aux classes poss&#233;dantes, qui avaient le monopole de l'activit&#233; scientifique. Les mouvements des classes subalternes n'ont encore trouv&#233; que peu de scientifiques dot&#233;s de capacit&#233;s de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que le christianisme ait &#233;t&#233; dans ses d&#233;buts un mouvement des couches populaires d&#233;sh&#233;rit&#233;es les plus diverses que l'on peut regrouper sous l'appellation de prol&#233;taires, si l'on n'entend pas par l&#224; seulement les ouvriers salari&#233;s. Quelqu'un qui conna&#238;t de par sa collaboration pratique le mouvement moderne du prol&#233;tariat et ce qu'il a de commun dans les divers pays, qui a, comme compagnon de lutte, appris &#224; partager ses r&#233;actions et ses aspirations, est en droit de penser comprendre plus ais&#233;ment bien des choses concernant les d&#233;buts du christianisme que des savants qui n'ont jamais observ&#233; le prol&#233;tariat que de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le militant form&#233; scientifiquement se voit, pour &#233;crire l'histoire, avantag&#233; sous bien des aspects par rapport &#224; celui qui n'a &#233;tudi&#233; que dans les livres, cela n'est que trop souvent contre-balanc&#233; par le fait que le politicien est soumis, plus que l'homme de biblioth&#232;que &#233;loign&#233; du monde, &#224; de fortes tentations qui troublent l'ing&#233;nuit&#233; de son jugement. Deux dangers en particulier guettent l'historiographie des hommes de la politique plus que les autres chercheurs : d'abord la tentation de couler le pass&#233; enti&#232;rement dans le moule du pr&#233;sent, et ensuite le d&#233;sir de voir le pass&#233; sous les aspects qui correspondent aux besoins de la politique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres socialistes, dans la mesure o&#249; nous sommes marxistes, nous sentons cependant pr&#233;serv&#233;s de ces dangers par la conception mat&#233;rialiste de l'histoire li&#233;e &#224; notre point de vue prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception traditionnelle de l'histoire ne voit dans les mouvements politiques qu'une lutte autour de certaines institutions &#8211; monarchie, aristocratie, d&#233;mocratie, etc. -, qui seraient &#224; leur tour le r&#233;sultat de certaines id&#233;es et de certaines aspirations &#233;thiques. Si on en reste l&#224;, si on ne cherche pas le fondement de ces id&#233;es, de ces aspirations et de ces institutions, on conclura facilement que seule leur manifestation ext&#233;rieure se modifie, mais que dans le fond, elles ne changent pas ; que ce sont toujours les m&#234;mes id&#233;es, les m&#234;mes aspirations, et les m&#234;mes institutions qui ne cessent de revenir, que l'histoire tout enti&#232;re repr&#233;sente un mouvement ininterrompu vers la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, un mouvement qui ne cesse de se heurter &#224; la tyrannie et &#224; l'in&#233;galit&#233;, qui ne peut jamais r&#233;aliser ses objectifs, mais ne peut non plus jamais &#234;tre totalement extirp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des combattants de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; sont victorieux quelque part, leur victoire bascule dans la fondation d'une nouvelle tyrannie et d'une nouvelle in&#233;galit&#233;. Et imm&#233;diatement, se l&#232;vent de nouveaux combattants de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire tout enti&#232;re appara&#238;t ainsi comme un mouvement circulaire qui revient toujours de nouveau sur lui-m&#234;me, comme l'&#233;ternel retour des m&#234;mes luttes, les costumes &#233;tant les seuls &#224; changer, sans que l'humanit&#233; ne cesse de faire du sur-place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on partage cette conception, on sera toujours enclin &#224; peindre le pass&#233; aux couleurs du pr&#233;sent, et mieux on conna&#238;t les hommes du pr&#233;sent, plus on dessinera ceux du pass&#233; sur leur mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conception historique qui n'en reste pas &#224; l'observation des id&#233;es, mais cherche leurs racines dans ce qui fonde la soci&#233;t&#233; en derni&#232;re analyse, est pr&#233;munie contre cette tendance. Elle retombe toujours sur le mode de production, qui lui-m&#234;me d&#233;pend en dernier ressort de l'&#233;tat de la technique, m&#234;me si celle-ci n'est nullement le seul &#233;l&#233;ment en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que nous nous mettons &#224; &#233;tudier la technique et les modes de production du pass&#233;, nous voyons se volatiliser l'id&#233;e que ce serait toujours la m&#234;me tragi-com&#233;die qui se jouerait sur le th&#233;&#226;tre de l'histoire mondiale. L'&#233;conomie humaine suit, bien que ce ne soit nullement une ligne droite ininterrompue, une &#233;volution continue qui part de formes &#233;l&#233;mentaires pour s'&#233;lever &#224; des formes sup&#233;rieures. Une fois mis &#224; jour les rapports &#233;conomiques qu'entretiennent les humains dans les diff&#233;rentes p&#233;riodes historiques, l'apparence d'un &#233;ternel retour des m&#234;mes id&#233;es, des m&#234;mes aspirations et des m&#234;mes institutions politiques s'&#233;vanouit aussit&#244;t. On constate alors que les m&#234;mes mots changent de sens au fil des si&#232;cles, que des id&#233;es et des institutions qui se ressemblent ext&#233;rieurement ont un contenu diff&#233;rent parce qu'elles naissent des besoins de classes diff&#233;rentes vivant dans des conditions diff&#233;rentes. La libert&#233; que revendique le prol&#233;taire moderne est une autre libert&#233; que celle &#224; laquelle aspiraient les repr&#233;sentants du tiers-&#233;tat en 1789, et celle-ci &#224; son tour n'avait rien &#224; voir avec la libert&#233; pour laquelle la chevalerie d'empire allemande se battit au d&#233;but de la R&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'on ne voit plus dans les luttes politiques de simples luttes pour des id&#233;es abstraites ou des institutions politiques et qu'on met &#224; nu leur fondement &#233;conomique, on constate aussit&#244;t que dans ce domaine comme dans celui de la technique et dans le mode de production, se d&#233;roule une &#233;volution continue menant &#224; de nouvelles formes, qu'aucune &#233;poque ne ressemble trait pour trait &#224; une autre, que les m&#234;mes cris de guerre et les m&#234;mes arguments ont suivant l'&#233;poque une tout autre signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le point de vue prol&#233;tarien permet, mieux que ne peuvent le faire les chercheurs bourgeois, de comprendre les aspects du christianisme primitif qu'il a en commun avec le mouvement moderne du prol&#233;tariat, l'importance donn&#233;e aux rapports &#233;conomiques et d&#233;coulant de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire emp&#234;che d'oublier, au-del&#224; des traits communs, les particularit&#233;s du prol&#233;tariat antique qui r&#233;sultaient de sa situation &#233;conomique tr&#232;s particuli&#232;re et qui donnaient &#224; ses aspirations, malgr&#233; toutes les similitudes, un caract&#232;re tr&#232;s diff&#233;rent de celles du prol&#233;tariat moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception marxiste de l'histoire nous pr&#233;servant du danger de mesurer le pass&#233; &#224; l'aune du pr&#233;sent et aff&#251;tant notre sensibilit&#233; aux particularit&#233;s de chaque &#233;poque et de chaque peuple, elle nous prot&#232;ge aussi de l'autre danger, celui qui consisterait &#224; adapter la repr&#233;sentation des temps pass&#233;s aux int&#233;r&#234;ts pratiques que l'on d&#233;fend dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, aucune personne honn&#234;te, quel que soit son point de vue, ne s'&#233;garera &#224; falsifier consciemment le pass&#233;. Mais l'impartialit&#233; du chercheur n'est nulle part plus n&#233;cessaire que dans les sciences sociales, et nulle part elle n'est plus difficile &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de la science ne consiste effectivement pas &#224; simplement repr&#233;senter ce qui est, &#224; donner une photographie fid&#232;le de la r&#233;alit&#233;, en sorte que tout observateur normalement organis&#233; obtiendrait le m&#234;me tableau. La t&#226;che de la science consiste &#224; d&#233;gager de &#171; l'abondance &#187; d&#233;routante &#171; des visions &#187;, des ph&#233;nom&#232;nes, ce qui est universel, essentiel, et ce faisant, &#224; &#233;laborer un fil conducteur qui nous permette de nous orienter dans le labyrinthe de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de l'art est du reste du m&#234;me ordre. Lui non plus n'a pas &#224; nous livrer tout simplement une photographie de la r&#233;alit&#233;, l'artiste a au contraire &#224; nous pr&#233;senter ce qui lui appara&#238;t, dans la r&#233;alit&#233; dont il veut rendre compte, comme &#233;tant caract&#233;ristique et essentiel. La diff&#233;rence entre l'art et la science r&#233;side en ceci que l'artiste, pour atteindre son but, donne &#224; voir l'essentiel sous forme sensible, alors que le penseur repr&#233;sente l'essentiel sous la forme du concept, comme abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus un ph&#233;nom&#232;ne est complexe et plus est r&#233;duit le nombre de ceux avec lesquels il est comparable, plus il est difficile de s&#233;parer l'essentiel de l'accidentel, plus grand sera le r&#244;le jou&#233; par la subjectivit&#233; du chercheur et du peintre. Mais plus sera indispensable &#233;galement la lucidit&#233; et l'impartialit&#233; de son regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il n'y a sans doute pas de ph&#233;nom&#232;ne plus complexe que la soci&#233;t&#233; humaine, une soci&#233;t&#233; r&#233;unissant des individus dont chacun est d&#233;j&#224; plus complexe que toute autre cr&#233;ature que nous connaissions. Et de plus, le nombre des organismes sociaux comparables se situant au m&#234;me stade de l'&#233;volution est extr&#234;mement faible. Il n'est donc pas &#233;tonnant que l'&#233;tude scientifique de la soci&#233;t&#233; commence plus tard que celle des autres domaines de notre exp&#233;rience, pas &#233;tonnant que ce soit l&#224; pr&#233;cis&#233;ment que les opinions des chercheurs divergent plus qu'ailleurs. Ces difficult&#233;s sont encore accrues quand, comme c'est si souvent le cas dans les sciences sociales, les chercheurs sont pratiquement int&#233;ress&#233;s de fa&#231;ons tr&#232;s diverses, et souvent oppos&#233;es, au r&#233;sultat de leurs recherches, cet int&#233;r&#234;t pratique n'ayant pas &#224; &#234;tre de nature personnelle mais pouvant &#234;tre un int&#233;r&#234;t de classe tr&#232;s concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment totalement impossible de rester impartial face au pass&#233; quand on s'int&#233;resse d'une mani&#232;re ou d'une autre aux antagonismes et aux luttes sociales de son &#233;poque et qu'on voit en m&#234;me temps dans les manifestations du pr&#233;sent une r&#233;p&#233;tition des antagonismes et des luttes du pass&#233;. Celles-ci sont alors vues comme des pr&#233;c&#233;dents qui impliquent la justification ou la condamnation de celles-l&#224;, du jugement qu'on porte sur le pass&#233; d&#233;pend celui qu'on porte sur le pr&#233;sent. Qui pourrait rester impartial quand c'est sa cause qui est en jeu ? Plus on y est attach&#233;, plus on jugera importants et on donnera une valeur essentielle aux faits du pass&#233; qui paraissent venir &#224; l'appui du point de vue qu'on d&#233;fend, alors que les faits qui paraissent plaider en faveur du contraire seront jug&#233;s secondaires et rel&#233;gu&#233;s &#224; l'arri&#232;re-plan. Le chercheur se m&#233;tamorphose en moraliste ou en avocat, il glorifie ou stigmatise certains ph&#233;nom&#232;nes du pass&#233; parce qu'il d&#233;fend ou au contraire attaque des ph&#233;nom&#232;nes analogues du pr&#233;sent &#8211; l'&#201;glise, la monarchie, la d&#233;mocratie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout diff&#233;rent quand, &#224; partir d'une compr&#233;hension &#233;conomique, on d&#233;couvre que rien ne se r&#233;p&#232;te dans l'histoire, que les rapports &#233;conomiques du pass&#233; appartiennent d&#233;finitivement au pass&#233;, que les antagonismes et les luttes d'autrefois sont essentiellement diff&#233;rentes de celles que nous vivons, que pour cette raison, les institutions et les id&#233;es modernes elles aussi, tout en ayant l'air de ressembler &#224; celles du pass&#233;, ont n&#233;anmoins un tout autre contenu. On se rend compte qu'il faut appliquer &#224; chaque &#233;poque une mesure qui lui soit propre, que les aspirations du pr&#233;sent doivent &#234;tre assises sur la situation pr&#233;sente, que le succ&#232;s ou les &#233;checs du pass&#233; ne disent en fait pratiquement rien &#224; ce sujet, que la simple r&#233;f&#233;rence au pass&#233; pour justifier des revendications du pr&#233;sent peut &#234;tre carr&#233;ment fallacieuse. C'est la douloureuse exp&#233;rience qu'ont faite les d&#233;mocrates et les prol&#233;taires fran&#231;ais au si&#232;cle dernier quand ils se sont appuy&#233;s davantage sur les &#171; le&#231;ons &#187; de la R&#233;volution fran&#231;aise que sur la compr&#233;hension des rapports de classes existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque part du point de vue de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, est en &#233;tat de regarder le pass&#233; sans le moindre &#224;-priori, m&#234;me s'il participe intens&#233;ment aux luttes pratiques du pr&#233;sent. La pratique ne peut qu'aiguiser sa perspicacit&#233; devant nombre de manifestations du pass&#233;, elle ne peut plus troubler son regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que j'ai entrepris de d&#233;peindre les racines du christianisme primitif sans avoir aucune intention de le porter aux nues ni de le stigmatiser, mais seulement avec la volont&#233; de le comprendre. Je savais que, quels que soient les r&#233;sultats auxquels j'aboutirais, la cause pour laquelle je luttais ne pourrait pas en souffrir. Quelle que f&#251;t la figure que prendraient les prol&#233;taires de l'&#233;poque imp&#233;riale, quels qu'aient &#233;t&#233; leurs r&#233;sultats et leurs aspirations, ils &#233;taient de toute fa&#231;on compl&#232;tement diff&#233;rents de ceux du prol&#233;tariat moderne qui est plong&#233; dans une autre situation et se bat avec d'autres outils. Quels que dussent &#234;tre les exploits et les succ&#232;s, ou les actions minables et les d&#233;faites que je d&#233;couvrirais chez ces prol&#233;taires, cela ne pouvait rien dire sur la nature et les perspectives du prol&#233;tariat moderne, rien de positif ni de n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il en est ainsi, est-ce que cela a encore un sens pratique de s'occuper d'histoire ? L'opinion habituelle consid&#232;re l'histoire comme une carte maritime destin&#233;e aux marins naviguant sur l'oc&#233;an de l'action politique ; elle est cens&#233;e montrer les &#233;cueils et les ab&#238;mes qui ont fait &#233;chouer les navigateurs pr&#233;c&#233;dents, elle doit mettre leurs successeurs en capacit&#233; de s'en tirer indemnes. Mais si les chenaux de l'histoire changent sans cesse, que les ab&#238;mes r&#233;apparaissent toujours &#224; de nouveaux endroits, que chaque pilote est oblig&#233; de reprendre &#224; z&#233;ro l'observation des eaux et de chercher lui-m&#234;me son chemin, si s'orienter en se rep&#233;rant seulement sur une carte ancienne ne conduit que trop souvent sur de mauvaises routes, dans quel but &#233;tudier encore l'histoire, sinon par go&#251;t pour les collections d'objets anciens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adh&#233;rer &#224; cette id&#233;e reviendrait carr&#233;ment &#224; jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gardant la m&#234;me m&#233;taphore, on pourrait dire que certes, l'histoire, en tant que carte maritime permanente, n'est d'aucune utilit&#233; pour le pilote d'un b&#226;timent politique. Mais cela ne signifie pas qu'elle ne servirait strictement &#224; rien. Ce qui change, c'est l'usage qu'il peut en faire. Il doit l'utiliser comme fil &#224; plomb, comme moyen de reconna&#238;tre le chenal dans lequel il se trouve et de s'y orienter. La seule fa&#231;on de comprendre un ph&#233;nom&#232;ne est d'apprendre comment il s'est form&#233;. Je ne peux pas comprendre la soci&#233;t&#233; actuelle si je ne sais pas d'o&#249; elle vient, comment se sont d&#233;velopp&#233;s les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments qui la constituent, le capitalisme, le f&#233;odalisme, le christianisme, le juda&#239;sme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux voir clairement quelles sont la position dans la soci&#233;t&#233;, les t&#226;ches et les perspectives de la classe &#224; laquelle j'appartiens ou &#224; laquelle je me rattache, il faut que je fasse la lumi&#232;re sur l'organisme social existant, il faut que je le saisisse sous tous ses aspects, ce qui est impossible sans le suivre dans son devenir. Sans savoir comment s'est form&#233;e la soci&#233;t&#233;, il est impossible d'&#234;tre un combattant de sa classe conscient et clairvoyant, on reste d&#233;pendant des impressions de l'environnement imm&#233;diat et de l'instant, on n'est jamais s&#251;r de ne pas se laisser entra&#238;ner dans un courant qui apparemment va de l'avant, mais peut bient&#244;t se briser sur des &#233;cueils auxquels il n'y a pas d'&#233;chappatoire. Il y a assur&#233;ment eu bien des luttes de classes couronn&#233;es de succ&#232;s sans que ceux qui y ont particip&#233; aient eu une claire conscience de la nature de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la soci&#233;t&#233; actuelle, les conditions qui permettaient des succ&#232;s de ce genre disparaissent, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il devient dans cette soci&#233;t&#233; de plus en plus difficile de se laisser guider par son seul instinct ou par la tradition, disons dans le choix de son alimentation et des moyens de consommation. Cela pouvait suffire quand les choses &#233;taient simples et naturelles. Plus les progr&#232;s de la technique et des sciences de la nature rendent artificielles les conditions de vie, plus elles s'&#233;loignent de la nature, plus l'individu a besoin de connaissances scientifiques pour pouvoir s&#233;lectionner dans l'abondance des produits artificiels qui lui sont propos&#233;s, ceux qui conviennent le mieux &#224; son organisme. Tant que les &#234;tres humains n'ont bu que de l'eau, l'instinct suffisait pour leur faire chercher la bonne eau de source et d&#233;daigner l'eau croupissante des marais. Mais il ne peut en aucune mani&#232;re servir de guide face aux boissons fabriqu&#233;es. Le regard scientifique devient alors une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en est de m&#234;me en politique, et plus g&#233;n&#233;ralement dans l'action sociale. Dans les communaut&#233;s souvent minuscules des temps anciens, avec leurs rapports simples et transparents qui restaient inchang&#233;s pendant des si&#232;cles, la tradition et le &#171; bon sens &#187;, c'est-&#224;-dire la compr&#233;hension individuelle, acquise par les exp&#233;riences personnelles, suffisaient pour montrer &#224; chacun sa place et ses t&#226;ches dans la soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui, dans une soci&#233;t&#233; dont le march&#233; englobe le monde entier, qui est soumise &#224; des bouleversements techniques et sociaux ininterrompus, dans laquelle les travailleurs s'organisent en arm&#233;es qui se comptent par millions, o&#249; les capitalistes concentrent dans leurs mains des milliards et des milliards, il est impossible qu'une classe montante qui ne peut se limiter &#224; conserver l'existant, qui est oblig&#233;e d'aspirer &#224; un renouvellement de fond en comble de la soci&#233;t&#233;, m&#232;ne sa lutte de fa&#231;on appropri&#233;e et efficace en se limitant au bon sens et au travail de d&#233;tail des praticiens. Pour chaque combattant, se fait sentir la n&#233;cessit&#233; pressante d'&#233;largir son horizon en acqu&#233;rant une vision scientifique, de se p&#233;n&#233;trer d'une large vue, dans l'espace et dans le temps, sur les grandes questions sociales, non pas pour supprimer ni m&#234;me rel&#233;guer au second rang le travail quotidien, mais pour l'ins&#233;rer consciemment dans l'ensemble des processus sociaux. Cela devient d'autant plus n&#233;cessaire que cette m&#234;me soci&#233;t&#233;, qui s'&#233;tend de plus en plus sur toute la terre, pousse en m&#234;me temps toujours plus loin la division du travail, limite de plus en plus l'individu &#224; une seule sp&#233;cialit&#233;, &#224; un seul geste, et par l&#224; tend &#224; le d&#233;grader intellectuellement de plus en plus, &#224; accro&#238;tre sa d&#233;pendance et son incapacit&#233; &#224; comprendre le processus d'ensemble, pendant que celui-ci prend simultan&#233;ment des dimensions gigantesques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est alors du devoir de tous ceux qui ont fait de l'ascension du prol&#233;tariat le but de leur vie, de contrecarrer cette tendance &#224; st&#233;riliser les esprits et &#224; les enfermer dans d'&#233;troites limites, et de guider l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires vers des objectifs &#233;lev&#233;s, de grandes perspectives, de grandes visions d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement rien n'est aussi efficace en ce sens que l'&#233;tude de l'histoire, la vision panoramique et la compr&#233;hension de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; au travers des grandes p&#233;riodes, notamment quand cette &#233;volution est pass&#233;e par de gigantesques mouvements sociaux qui continuent &#224; faire sentir leurs effets dans des forces aujourd'hui dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour amener le prol&#233;tariat &#224; comprendre la soci&#233;t&#233;, &#224; prendre conscience de lui-m&#234;me, &#224; m&#251;rir politiquement, et &#224; acc&#233;der &#224; une pens&#233;e aux vastes horizons, l'&#233;tude du processus historique guid&#233;e par la conception mat&#233;rialiste de l'histoire est indispensable. Pour nous, l'exploration du pass&#233;, bien loin d'&#234;tre une fantaisie d'amateur de vieux bouquins, est une arme puissante destin&#233;e aux combats des temps pr&#233;sents, pour h&#226;ter la victoire ouvrant la porte &#224; un avenir meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berlin, septembre 1908&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/christianisme-table.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/mehring/works/1908/00/christianisme.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le commentaire de Franz Mehring&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/94-chris.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi de Engels, &#034;Contributions &#224; l'Histoire du Christianisme primitif&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1882/05/fe18820511.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et encore d'Engels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous cependant encore un peu &#224; la religion, parce que c'est elle qui est le plus &#233;loign&#233;e de la vie mat&#233;rielle et semble lui &#234;tre &#233;trang&#232;re. La religion est n&#233;e, &#224; l'&#233;poque extr&#234;mement recul&#233;e de la vie dans les bois, des repr&#233;sentations pleines d'erreurs de ces hommes des bois sur leur propre nature et la nature ext&#233;rieure les environnant. Mais chaque id&#233;ologie, une fois constitu&#233;e, se d&#233;veloppe sur la base des &#233;l&#233;ments de repr&#233;sentation donn&#233;s et continue &#224; les &#233;laborer ; sinon elle ne serait pas une id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire le fait de s'occuper d'id&#233;es prises comme entit&#233;s autonomes, se d&#233;veloppant d'une fa&#231;on ind&#233;pendante et uniquement soumises &#224; leurs propres lois. Que les conditions d'existence mat&#233;rielles des hommes, dans le cerveau desquels se poursuit ce processus mental, en d&#233;terminent en fin de compte le cours, cela reste chez eux n&#233;cessairement inconscient, sinon c'en serait fini de toute id&#233;ologie. Ces repr&#233;sentations religieuses primitives, par cons&#233;quent, qui sont la plupart du temps communes &#224; chaque groupe de peuples apparent&#233;s, se d&#233;veloppent, apr&#232;s la scission de ce groupe, d'une fa&#231;on particuli&#232;re &#224; chaque peuple, selon les conditions d'existence qui lui sont d&#233;volues, et pour toute une s&#233;rie de groupes de peuples, notamment pour le groupe aryen (le groupe indo-europ&#233;en), ce processus est d&#233;montr&#233; dans le d&#233;tail par la mythologie compar&#233;e. Les dieux qui se sont ainsi constitu&#233;s chez chaque peuple &#233;taient des dieux nationaux dont l'empire ne d&#233;passait pas les limites du territoire national qu'ils avaient &#224; prot&#233;ger et au del&#224; des fronti&#232;res duquel d'autres dieux exer&#231;aient une domination incontest&#233;e. Ils ne pouvaient survivre, dans la repr&#233;sentation que tant que subsistait la nation ; ils disparurent en m&#234;me temps qu'elle. Cette disparition des vieilles nationalit&#233;s fut provoqu&#233;e par l'apparition de l'Empire romain, dont nous n'avons pas &#224; examiner ici les conditions &#233;conomiques de sa formation. Les anciens dieux nationaux tomb&#232;rent en d&#233;su&#233;tude, m&#234;me les dieux romains qui n'&#233;taient accord&#233;s qu'aux limites &#233;troites de la cit&#233; de Rome ; le besoin de compl&#233;ter l'Empire mondial par une religion universelle appara&#238;t clairement dans les tentatives faites en vue de faire admettre &#224; Rome, &#224; c&#244;t&#233; des dieux indig&#232;nes, tous les dieux &#233;trangers dignes de quelque respect et de leur procurer des autels. Mais une nouvelle religion universelle ne se cr&#233;e pas de cette fa&#231;on, au moyen de d&#233;crets imp&#233;riaux. La nouvelle religion universelle, le christianisme, s'&#233;tait constitu&#233;e clandestinement par un amalgame de la th&#233;ologie orientale universalis&#233;e, surtout de la th&#233;ologie juive, et de la philosophie grecque vulgaris&#233;e, surtout du sto&#239;cisme. Pour conna&#238;tre l'aspect qu'il avait au d&#233;but, il faut proc&#233;der d'abord &#224; des recherches minutieuses, car la forme officielle sous laquelle il nous a &#233;t&#233; transmis n'est que celle sous laquelle il devint religion d'&#201;tat et fut adapt&#233; &#224; ce but par le concile de Nic&#233;e [5]. A lui seul, le fait qu'il devint religion d'&#201;tat 250 ans seulement apr&#232;s sa naissance prouve qu'il &#233;tait la religion correspondant aux conditions de l'&#233;poque. Au moyen &#226;ge, il se transforma, au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement du f&#233;odalisme, en une religion correspondant &#224; ce dernier, avec une hi&#233;rarchie f&#233;odale correspondante. Et lorsque apparut la bourgeoisie, l'h&#233;r&#233;sie protestante se d&#233;veloppa, en opposition au catholicisme f&#233;odal, d'abord dans le midi de la France, chez les Albigeois [6], &#224; l'&#233;poque de la plus grande prosp&#233;rit&#233; des villes de cette r&#233;gion. Le moyen &#226;ge avait annex&#233; &#224; la th&#233;ologie toutes les autres formes de l'id&#233;ologie : philosophie, politique, jurisprudence et en avait fait des subdivisions de la premi&#232;re. Il obligeait ainsi tout mouvement social et politique &#224; prendre une forme th&#233;ologique ; pour provoquer une grande temp&#234;te, il fallait pr&#233;senter &#224; l'esprit des masses nourri exclusivement de religion leurs propres int&#233;r&#234;ts sous un d&#233;guisement religieux. Et de m&#234;me que, d&#232;s le d&#233;but, la bourgeoisie donna naissance dans les villes &#224; tout un cort&#232;ge de pl&#233;b&#233;iens, de journaliers et de domestiques de toutes sortes, non poss&#233;dants et n'appartenant &#224; aucun ordre reconnu, pr&#233;curseurs du futur prol&#233;tariat, de m&#234;me l'h&#233;r&#233;sie se divise tr&#232;s t&#244;t en une h&#233;r&#233;sie bourgeoise mod&#233;r&#233;e et une h&#233;r&#233;sie pl&#233;b&#233;ienne r&#233;volutionnaire, abhorr&#233;e m&#234;me des h&#233;r&#233;tiques bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=ADszt3OPdMAC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=origines+du+christianisme&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiHss7CrsLoAhUOFRQKHVbfDfMQ6AEIKjAA#v=onepage&amp;q=origines%20du%20christianisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=FvksAAAAMAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=origines+du+christianisme&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiHss7CrsLoAhUOFRQKHVbfDfMQ6AEIOjAC#v=onepage&amp;q=origines%20du%20christianisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=1PgoDwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=origines+du+christianisme&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjd-vzrrsLoAhXH4IUKHRmKCrI4FBDoAQgpMAA#v=onepage&amp;q=origines%20du%20christianisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire enfin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=RiniZ6fxnmgC&amp;pg=PA89&amp;dq=origines+du+christianisme&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjv0r-Ar8LoAhWQlhQKHU9wCx84HhDoAQhvMAg#v=onepage&amp;q=origines%20du%20christianisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour conclure&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky</title>
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		<dc:date>2017-03-09T00:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Karl Kautsky, 14 octobre 1891 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans ton projet reproduit par le Vorw&#228;rts, je d&#233;couvre tout &#224; coup, &#224; mon grand &#233;tonnement la formule de &#171; la masse r&#233;actionnaire &#187;. Je t'&#233;cris aussit&#244;t &#224; ce sujet, bien que je craigne d'arriver trop tard. Cette formule d'agitation jette une fausse note discordante et g&#226;te toute l'harmonie des th&#233;or&#232;mes scientifiques, formul&#233;s de mani&#232;re condens&#233;e et tranch&#233;e. &#201;tant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Engels &#224; Karl Kautsky, 14 octobre 1891 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans ton projet reproduit par le Vorw&#228;rts, je d&#233;couvre tout &#224; coup, &#224; mon grand &#233;tonnement la formule de &#171; la masse r&#233;actionnaire &#187;. Je t'&#233;cris aussit&#244;t &#224; ce sujet, bien que je craigne d'arriver trop tard. Cette formule d'agitation jette une fausse note discordante et g&#226;te toute l'harmonie des th&#233;or&#232;mes scientifiques, formul&#233;s de mani&#232;re condens&#233;e et tranch&#233;e. &#201;tant une formule d'agitation parfaitement unilat&#233;rale, elle est absolument fausse sous la forme apodictique absolue qui seule la fait r&#233;sonner efficacement. Elle est fausse, car elle exprime comme un fait accompli ce qui n'est qu'une tendance historique exacte seulement comme telle. Au moment o&#249; surgit la r&#233;volution socialiste, tous les autres partis appara&#238;tront en face de nous comme une seule masse r&#233;actionnaire. Il est possible, au reste, qu'ils le soient d'ores et d&#233;j&#224; et qu'ils aient perdu toute capacit&#233; &#224; une action progressive quelle qu'elle soit, mais pas n&#233;cessairement. A l'heure actuelle, nous ne pouvons pas l'affirmer, avec la certitude avec laquelle nous &#233;non&#231;ons les autres principes du programme. M&#234;me en Allemagne il peut se pr&#233;senter des circonstances o&#249; les partis de gauche, malgr&#233; leur indigence profonde, soient oblig&#233;s de d&#233;blayer la sc&#232;ne d'une partie du fatras f&#233;odal et bureaucratique antibourgeois qui subsiste encore en si grande quantit&#233;. Or, &#224; ce moment pr&#233;cis, ils ne feront plus partie int&#233;grante de la masse r&#233;actionnaire. Aussi longtemps que nous ne sommes pas assez forts pour prendre en mains les r&#234;nes du pouvoir et appliquer nos principes, il ne saurait - &#224; strictement parler - &#234;tre question d'une masse r&#233;actionnaire vis-&#224;-vis de nous. Sinon, toute la nation se partagerait en une majorit&#233; de r&#233;actionnaires et une minorit&#233; d'impuissants. Les hommes qui ont bris&#233; en Allemagne la division en &#201;tats minuscules, donn&#233; &#224; la bourgeoisie les coud&#233;es franches pour sa r&#233;volution industrielle, introduit des conditions unitaires de circulation pour les marchandises et les personnes, et par l&#224;-m&#234;me, devaient nous procurer &#224; nous-m&#234;mes un plus grand champ d'action et plus de libert&#233; de mouvement l'ont-ils fait comme &#171; masse r&#233;actionnaire &#187; ? Les bourgeois r&#233;publicains fran&#231;ais qui, de 1871 &#224; 1878, ont d&#233;finitivement vaincu la monarchie et la tutelle cl&#233;ricale, ont assur&#233; une libert&#233; de la presse, d'association et de r&#233;union &#224; un degr&#233; inconnu jusqu'ici en France en des temps non r&#233;volutionnaires, qui ont institu&#233; l'obligation scolaire pouf tous et hauss&#233; l'enseignement &#224; un niveau tel que nous pourrions en prendre de la graine en Allemagne &#8211; ont - ils agi en tant que masse r&#233;actionnaire ? Les Anglais des deux partis officiels, qui ont consid&#233;rablement &#233;tendu le droit de suffrage universel, quintupl&#233; le nombre des votants, &#233;galis&#233; les circonscriptions &#233;lectorales, instaur&#233; l'obligation scolaire et am&#233;lior&#233; le syst&#232;me d'enseignement qui, &#224; chaque session parlementaire votent non seulement des r&#233;formes bourgeoises, mais encore des concessions sans cesse renouvel&#233;es aux travailleurs avancent certes d'un pas lent et mou, mais personne ne peut les taxer d'&#234;tre &#171; une seule et m&#234;me masse r&#233;actionnaire &#187; en g&#233;n&#233;ral. Bref, nous n'avons aucun droit de pr&#233;senter une tendance qui se r&#233;alise progressivement comme un fait d&#233;j&#224; achev&#233; - d'autant qu'en Angleterre, par exemple, cette tendance ne se r&#233;alisera jamais jusqu'au bout dans les faits. Le jour o&#249; la r&#233;volution se produira, la bourgeoisie sera toujours pr&#234;te encore &#224; toutes sortes de r&#233;formes de d&#233;tail. Seulement il n'y aura plus de sens &#224; continuer de vouloir des r&#233;formes de d&#233;tail d'un syst&#232;me qui s'effondre tout entier. Dans certaines circonstances, le slogan de Lassalle a une certaine justification dans l'agitation, bien qu'on en fasse chez nous d'incroyables abus, par exemple dans le Vorw&#228;rts, depuis le 1er octobre 1890. Mais elle n'a pas sa place dans le programme, car dans l'absolu elle est fausse et trompeuse. Elle s'y pr&#233;sente un peu comme la femme du banquier Bethmann, pour lequel on voulait ajouter un balcon &#224; sa r&#233;sidence : &#171; Si vous m'y &#233;difiez un balcon, v'la que ma femme s'y mettra et me d&#233;figurera &#224; moi toute la fa&#231;ade &#187; ! Je ne puis parler des autres modifications dans le texte publi&#233; par le Vorw&#228;rts ; je ne retrouve pas le journal, et la lettre doit partir. Le congr&#232;s du parti se tient &#224; une date glorieuse. Le 14 octobre est l'anniversaire des batailles de I&#233;na et d'Auerstadt, &#224; l'occasion desquelles la vieille Prusse d'avant la r&#233;volution s'est effondr&#233;e. Puisse le 14 octobre 1891 devenir pour l'Allemagne prussianis&#233;e le &#171; I&#233;na int&#233;rieur &#187; pr&#233;dit par Marx ! En compensation l'antistrophe est, par contre, une citation lassalienne de la plus belle eau &#171; [la classe ouvri&#232;re] en face de laquelle toutes les autres classes ne forment qu'une masse r&#233;actionnaire &#187;. Dans le Manifeste communiste, il est dit : &#171; De toutes les classes qui, &#224; l'heure pr&#233;sente, s'opposent &#224; la bourgeoisie, le prol&#233;tariat seul est une classe vraiment r&#233;volutionnaire. Les autres classes p&#233;riclitent et p&#233;rissent avec la grande industrie ; le prol&#233;tariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. &#187; La bourgeoisie est ici consid&#233;r&#233;e comme une classe r&#233;volutionnaire, - en tant qu'elle est l'agent de la grande industrie, - vis-&#224;-vis des f&#233;odaux et des classes moyennes r&#233;solus &#224; maintenir toutes les positions sociales qui sont le produit de modes de production p&#233;rim&#233;s. F&#233;odaux et classes moyennes ne forment donc pas avec la bourgeoisie une m&#234;me masse r&#233;actionnaire. D'autre part, le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire vis-&#224;-vis de la bourgeoisie parce que, issu lui-m&#234;me de la grande industrie, il tend &#224; d&#233;pouiller la production de son caract&#232;re capitaliste que la bourgeoisie cherche &#224; perp&#233;tuer. Mais le Manifeste ajoute que &#171; les classes moyennes... sont r&#233;volutionnaires... en consid&#233;ration de leur passage imminent au prol&#233;tariat &#187;. De ce point de vue, c'est donc une absurdit&#233; de plus que de faire des classes moyennes, conjointement avec la bourgeoisie, et, par-dessus le march&#233;, des f&#233;odaux &#171; une m&#234;me masse r&#233;actionnaire &#187; en face de la classe ouvri&#232;re. Lors des derni&#232;res &#233;lections, a-t-on cri&#233; aux artisans, aux petits industriels, etc., et aux paysans : &#171; Vis-&#224;-vis de nous, vous ne formez, avec les bourgeois et les f&#233;odaux, qu'une seule masse r&#233;actionnaire &#187; ? Lassalle savait par c&#339;ur le Manifeste communiste, de m&#234;me que ses fid&#232;les savent les saints &#233;crits dont il est l'auteur. S'il le falsifiait aussi grossi&#232;rement, ce n'&#233;tait que pour farder son alliance avec les adversaires absolutistes et f&#233;odaux contre la bourgeoisie. Dans le paragraphe pr&#233;cit&#233;, sa maxime est d'ailleurs bien tir&#233;e par les cheveux, sans aucun rapport avec la citation d&#233;figur&#233;e des statuts de l'internationale. Il s'agit donc ici simplement d'une impertinence et, &#224; la v&#233;rit&#233;, une impertinence qui ne peut-&#234;tre nullement d&#233;plaisante aux yeux de M. Bismarck : une de ces grossi&#232;ret&#233;s &#224; bon compte comme en confectionne le Marat berlinois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'avilissement du marxisme par les opportunistes, &#171; L'Etat et la R&#233;volution &#187;, 1917 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenons le premier ouvrage important de Kautsky contre l'opportunisme, son livre Bernstein et le programme social-d&#233;mocrate. Kautsky r&#233;fute minutieusement Bernstein. Mais voici qui est caract&#233;ristique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses Pr&#233;misses du socialisme, oeuvre qui l'a rendu c&#233;l&#232;bre &#224; la mani&#232;re d'Erostrate, Bernstein accuse le marxisme de &#034;blanquisme &#034; (accusation mille fois reprise depuis lors par les opportunistes et les bourgeois lib&#233;raux de Russie contre les repr&#233;sentants du marxisme r&#233;volutionnaire, les bolch&#233;viks). Ici, Bernstein s'arr&#234;te sp&#233;cialement sur La Guerre civile en France de Marx ; il tente, sans y r&#233;ussir aucunement, comme on l'a vu, d'identifier le point de vue de Marx sur les enseignements de la Commune avec celui de Proudhon. Ce qui attire surtout l'attention de Bernstein, c'est la conclusion que Marx a soulign&#233;e dans la pr&#233;face de 1872 au Manifeste communiste, et o&#249; il est dit que &#034;la classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette formule &#034;pla&#238;t&#034; tellement &#224; Bernstein qu'il la r&#233;p&#232;te au moins trois fois dans son livre, en l'interpr&#233;tant dans un sens tout &#224; fait d&#233;form&#233;, opportuniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu, Marx veut dire que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir, faire sauter (Sprengung , explosion, - l'expression est d'Engels) toute la machine d'Etat. Or, d'apr&#232;s Bernstein, Marx aurait par ces mots mis en garde la classe ouvri&#232;re contre une ardeur trop r&#233;volutionnaire lors de la prise du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait imaginer d&#233;formation plus grossi&#232;re, plus scandaleuse, de la pens&#233;e de Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comment Kautsky a-t-il proc&#233;d&#233; dans sa r&#233;futation si minutieuse de cette &#034;bernsteiniade&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'est bien gard&#233; d'analyser dans toute sa profondeur la d&#233;formation inflig&#233;e sur ce point au marxisme par les opportunistes. Il a reproduit le passage cit&#233; plus haut de la pr&#233;face d'Engels &#224; La Guerre civile de Marx en affirmant que, d'apr&#232;s Marx, la classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te, mais qu'en g&#233;n&#233;ral elle peut s'en emparer, et il n'a rien dit de plus. Que Bernstein ait attribu&#233; &#224; Marx juste le contraire de sa pens&#233;e v&#233;ritable, et que d&#232;s 1852 Marx ait assign&#233; &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne la t&#226;che de &#034;briser&#034; la machine d'Etat - de tout cela Kautsky ne souffle mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en r&#233;sulte que ce qui distingue fonci&#232;rement le marxisme de l'opportunisme dans la question des t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne se trouve escamot&#233; par Kautsky !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons en toute tranquillit&#233;, &#233;crit Kautsky &#034;contre&#034; Bernstein, laisser &#224; l'avenir le soin de r&#233;soudre le probl&#232;me de la dictature du prol&#233;tariat&#034; (p. 172 de l'&#233;dit. allemande).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas l&#224; une pol&#233;mique contre Bernstein ; c'est, au fond, une concession &#224; ce dernier, une capitulation devant l'opportunisme ; car, pour le moment, les opportunistes ne demandent rien d'autre que de &#034;laisser en toute tranquillit&#233; &#224; l'avenir&#034; les questions capitales relatives aux t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1852 &#224; 1891, durant quarante ann&#233;es, Marx et Engels ont enseign&#233; au prol&#233;tariat qu'il doit briser la machine d'Etat. Et Kautsky, en 1899, devant la trahison totale du marxisme par les opportunistes sur ce point, escamote la question de savoir s'il faut briser cette machine, en lui substituant celle des formes concr&#232;tes de cette d&#233;molition ; il se retranche derri&#232;re cette &#034;incontestable&#034; (et st&#233;rile) v&#233;rit&#233; philistine, que nous ne pouvons conna&#238;tre &#224; l'avance ces formes concr&#232;tes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ab&#238;me s&#233;pare Marx et Kautsky dans leur attitude envers la t&#226;che du parti prol&#233;tarien, qui est de pr&#233;parer la classe ouvri&#232;re &#224; la r&#233;volution. Prenons l'ouvrage suivant, plus m&#251;ri, de Kautsky, &#233;galement consacr&#233; dans une notable mesure &#224; la r&#233;futation des erreurs de l'opportunisme. C'est sa brochure sur La R&#233;volution sociale. L'auteur y a pris sp&#233;cialement comme sujet les probl&#232;mes de la &#034;r&#233;volution prol&#233;tarienne&#034; et du &#034;r&#233;gime prol&#233;tarien&#034;. Il apporte quantit&#233; d'id&#233;es tr&#232;s pr&#233;cieuses, mais il omet justement le probl&#232;me de l'Etat. Dans cette brochure, il est partout question de la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat, sans plus ; c'est-&#224;-dire que l'auteur a choisi une formule qui est une concession aux opportunistes, puisqu'elle admet la conqu&#234;te du pouvoir sans la destruction de la machine d'Etat. Kautsky ressuscite en 1902 pr&#233;cis&#233;ment ce qu'en 1872 Marx d&#233;clarait &#034;p&#233;rim&#233;&#034; dans le programme du Manifeste communiste .&lt;br class='autobr' /&gt;
La brochure consacre un chapitre particulier aux &#034;formes et aux armes de la r&#233;volution sociale&#034;. On y traite et de la gr&#232;ve politique de masse, et de la guerre civile, et des &#034;instruments de domination d'un grand Etat moderne, tels que la bureaucratie et l'arm&#233;e&#034; ; mais pas un mot sur les enseignements que la Commune a d&#233;j&#224; fourni aux ouvriers. Ce n'est certes pas par hasard qu'Engels mettait en garde les socialistes allemands, plus que quiconque, contre la &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky pr&#233;sente la chose ainsi : le prol&#233;tariat victorieux &#034;r&#233;alisera le programme d&#233;mocratique&#034; ; suit l'expos&#233; des articles de ce programme. Quant &#224; ce que 1871 a donn&#233; de nouveau touchant le remplacement de la d&#233;mocratie bourgeoise par la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, pas un mot. Kautsky se r&#233;fugie dans des banalit&#233;s d'apparence &#034;s&#233;rieuse&#034;, comme celle-ci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il va de soi que nous n'arriverons pas au pouvoir dans les conditions du r&#233;gime actuel. La r&#233;volution elle-m&#234;me suppose des luttes de longue haleine, d'une grande profondeur, qui auront eu le temps de modifier notre structure politique et sociale actuelle.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela &#034;va de soi&#034; assur&#233;ment, et comme il est vrai aussi que les chevaux mangent de l'avoine et que la Volga se jette dans la mer Caspienne. Il est seulement &#224; regretter qu'&#224; l'aide d'une phrase creuse et ronflante sur la lutte &#034;d'une grande profondeur&#034;, on &#233;lude une question vitale pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, celle de savoir en quoi consiste la &#034;profondeur&#034; de sa r&#233;volution par rapport &#224; l'Etat et &#224; la d&#233;mocratie, &#224; la diff&#233;rence des r&#233;volutions ant&#233;rieures non prol&#233;tariennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;ludant cette question, Kautsky fait en r&#233;alit&#233; sur ce point capital une concession &#224; l'opportunisme, il lui d&#233;clare une guerre redoutable en paroles, souligne l'importance de l'&#034;id&#233;e de r&#233;volution&#034; (mais que peut bien valoir cette &#034;id&#233;e&#034; lorsqu'on a peur de propager parmi les ouvriers les enseignements concrets de la r&#233;volution ?), ou bien il dit : &#034;L'id&#233;alisme r&#233;volutionnaire avant tout&#034;, ou bien il proclame qu'aujourd'hui les ouvriers anglais ne sont &#034;gu&#232;re plus que des petits bourgeois&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans la soci&#233;t&#233; socialiste, &#233;crit Kautsky, peuvent coexister... les formes les plus vari&#233;es d'entreprises : bureaucratiques( ? ?), trade-unionistes, coop&#233;ratives, individuelles... il y a, par exemple, des entreprises qui ne peuvent pas se passer d'une organisation bureaucratique( ? ?), tels les chemins de fer. Ici, l'organisation d&#233;mocratique peut rev&#234;tir l'aspect suivant : les ouvriers &#233;liraient des d&#233;l&#233;gu&#233;s, qui formeraient une sorte de Parlement ayant pour mission d'&#233;tablir le r&#233;gime de travail et de surveiller le fonctionnement de l'appareil bureaucratique. D'autres exploitations peuvent &#234;tre confi&#233;es aux syndicats ouvriers ; d'autres encore peuvent &#234;tre fond&#233;es sur le principe de la coop&#233;ration&#034; (pp. 148 et 115 de la trad. russe, publi&#233;e &#224; Gen&#232;ve en 1903).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fa&#231;on de voir est erron&#233;e ; elle marque un recul par rapport aux &#233;claircissements que Marx et Engels donnaient entre 1870 et 1880, en s'inspirant des enseignements de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la n&#233;cessit&#233; d'une organisation pr&#233;tendument &#034;bureaucratique&#034;, les chemins de fer ne se distinguent rigoureusement en rien de toutes les entreprises de la grande industrie m&#233;canis&#233;e en g&#233;n&#233;ral, de n'importe quelle usine, d'un grand magasin, d'une grande exploitation agricole capitaliste. Dans toutes ces entreprises, la technique prescrit une discipline absolument rigoureuse, la plus grande ponctualit&#233; dans l'accomplissement de la part de travail assign&#233;e &#224; chacun, sous peine d'arr&#234;t de toute l'entreprise ou de d&#233;t&#233;rioration des m&#233;canismes, du produit fabriqu&#233;. Dans toutes ces entreprises, &#233;videmment, les ouvriers &#034;&#233;liront des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui formeront une sorte de Parlement &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le grand point ici, c'est que cette &#034;sorte de Parlement&#034; ne sera pas un parlement dans le sens des institutions parlementaires bourgeoises. Le grand point ici, c'est que cette &#034;sorte de Parlement&#034; ne se contentera pas d'&#034;&#233;tablir le r&#233;gime de travail et de surveiller le fonctionnement de l'appareil bureaucratique&#034;, comme se l'imagine Kautsky dont la pens&#233;e ne d&#233;passe pas le cadre du parlementarisme bourgeois. Il est certain qu'en soci&#233;t&#233; socialiste une &#034;sorte de Parlement&#034; compos&#233; de d&#233;put&#233;s ouvriers &#034;d&#233;terminera le r&#233;gime de travail et surveillera le fonctionnement&#034; de l'&#034;appareil&#034;, mais cet appareil-l&#224; ne sera pas &#034;bureaucratique&#034;. Les ouvriers, apr&#232;s avoir conquis le pouvoir politique, briseront le vieil appareil bureaucratique, le d&#233;moliront jusqu'en ses fondements, n'en laisseront pas pierre sur pierre et le remplaceront par un nouvel appareil comprenant ces m&#234;mes ouvriers et employ&#233;s. Pour emp&#234;cher ceux-ci de devenir des bureaucrates, on prendra aussit&#244;t des mesures minutieusement &#233;tudi&#233;es par Marx et Engels : 1. &#233;lectivit&#233;, mais aussi r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment ; 2. un salaire qui ne sera pas sup&#233;rieur &#224; celui d'un ouvrier ; 3. adoption imm&#233;diate de mesures afin que tous remplissent des fonctions de contr&#244;le et de surveillance, que tous deviennent pour un temps &#034;bureaucrates&#034; et que, de ce fait, personne ne puisse devenir &#034;bureaucrate&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky n'a pas du tout r&#233;fl&#233;chi au sens de ces mots de Marx : &#034;La Commune &#233;tait non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky n'a absolument pas compris la diff&#233;rence entre le parlementarisme bourgeois - qui unit la d&#233;mocratie (pas pour le peuple ) &#224; la bureaucratie (contre le peuple ) - et le d&#233;mocratisme prol&#233;tarien, qui prendra imm&#233;diatement des mesures pour couper le bureaucratisme &#224; la racine et qui sera &#224; m&#234;me de les appliquer jusqu'au bout, jusqu'&#224; la destruction compl&#232;te du bureaucratisme, jusqu'&#224; l'&#233;tablissement complet d'une d&#233;mocratie pour le peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky a fait preuve ici, comme tant d'autres, d'un &#034;respect superstitieux&#034; envers l'Etat, d'une &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; du bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passons au dernier et meilleur ouvrage de Kautsky contre les opportunistes, &#224; sa brochure Le Chemin du pouvoir (il semble qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e en russe, car elle parut en 1909, au plus fort de la r&#233;action en Russie). Cette brochure marque un grand progr&#232;s, puisqu'elle ne traite ni du programme r&#233;volutionnaire en g&#233;n&#233;ral, comme la brochure de 1899 dirig&#233;e contre Bernstein, ni des t&#226;ches de la r&#233;volution sociale ind&#233;pendamment de l'&#233;poque de son av&#232;nement, comme la brochure La R&#233;volution sociale de 1902, mais des conditions concr&#232;tes qui nous obligent &#224; reconna&#238;tre que l'&#034;&#232;re des r&#233;volutions&#034; commence .&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur parle explicitement de l'aggravation des contradictions de classe en g&#233;n&#233;ral et de l'imp&#233;rialisme, lequel joue &#224; cet &#233;gard un r&#244;le particuli&#232;rement important. Apr&#232;s la &#034;p&#233;riode r&#233;volutionnaire de 1789 &#224; 1871&#034; pour l'Europe occidentale, l'ann&#233;e 1905 inaugure une p&#233;riode analogue pour l'Est. La guerre mondiale approche avec une rapidit&#233; redoutable. &#034;Il ne saurait plus &#234;tre question, pour le prol&#233;tariat, d'une r&#233;volution pr&#233;matur&#233;e.&#034; &#034;Nous sommes entr&#233;s dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire.&#034; L'&#034;&#232;re r&#233;volutionnaire commence&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;clarations parfaitement claires. Cette brochure de Kautsky permet de comparer ce que la social-d&#233;mocratie allemande promettait d'&#234;tre avant la guerre imp&#233;rialiste et jusqu'o&#249; elle est tomb&#233;e (et Kautsky avec elle) apr&#232;s que la guerre eut &#233;clat&#233;. &#034;La situation actuelle, &#233;crivait Kautsky dans la brochure analys&#233;e, comporte un danger : c'est qu'on peut ais&#233;ment nous prendre (nous, social-d&#233;mocrates allemands) pour plus mod&#233;r&#233;s que nous ne sommes en r&#233;alit&#233;.&#034; Il est apparu que le Parti social-d&#233;mocrate allemand &#233;tait en r&#233;alit&#233; infiniment plus mod&#233;r&#233; et plus opportuniste qu'il ne le paraissait !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d'autant plus caract&#233;ristique qu'apr&#232;s avoir proclam&#233; si cat&#233;goriquement que l'&#232;re des r&#233;volutions &#233;tait ouverte, Kautsky, dans une brochure pourtant sp&#233;cialement consacr&#233;e, comme il le dit lui-m&#234;me &#224; l'analyse du probl&#232;me de la &#034;r&#233;volution politique &#034;, laisse de nouveau compl&#232;tement de c&#244;t&#233; la question de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces tentatives pour tourner la question, tous ces silences et r&#233;ticences ont eu pour r&#233;sultat in&#233;vitable ce ralliement complet &#224; l'opportunisme dont nous allons parler ci-apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La social-d&#233;mocratie allemande semblait proclamer par la bouche de Kautsky : je garde mes conceptions r&#233;volutionnaires (1899) ; je reconnais notamment que la r&#233;volution sociale du prol&#233;tariat est in&#233;vitable (1902), je reconnais qu'une nouvelle &#232;re de r&#233;volutions s'est ouverte (1909). Mais d&#232;s l'instant o&#249; se pose la question des t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de l'Etat, j'op&#232;re un recul par rapport &#224; ce que Marx disait d&#233;j&#224; en 1852 (1912).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que la question s'est pos&#233;e de front lors de la pol&#233;mique de Kautsky avec Pannekoek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek, adversaire de Kautsky, &#233;tait l'un des repr&#233;sentants de la tendance &#034;radicale de gauche&#034;, qui comptait dans ses rangs Rosa Luxembourg, Karl Radek, d'autres encore. Pr&#233;conisant la tactique r&#233;volutionnaire, ils s'accordaient &#224; reconna&#238;tre que Kautsky adoptait une position &#034;centriste&#034;, d&#233;nu&#233;e de principes, et oscillait entre le marxisme et l'opportunisme. La justesse de cette appr&#233;ciation a &#233;t&#233; pleinement d&#233;montr&#233;e par la guerre, lorsque la tendance dite &#034;du centre&#034; (appel&#233;e &#224; tort marxiste) ou &#034;kautskiste&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans toute sa hideuse indigence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son article &#034;L'action de masse et la r&#233;volution&#034; (Neue Zeit, 1912, XXX, 2), qui traite, entre autres, du probl&#232;me de l'Etat, Pannekoek d&#233;finissait la position de Kautsky comme un &#034;radicalisme passif&#034;, comme une &#034;th&#233;orie de l'attente inactive&#034;. &#034;Kautsky ne veut pas voir le processus de la r&#233;volution&#034; (p. 616). En posant ainsi la question, Pannekoek a abord&#233; le sujet qui nous int&#233;resse : les t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La lutte du prol&#233;tariat. &#233;crivait-il, n'est pas simplement une lutte contre la bourgeoisie pour le pouvoir d'Etat ; c'est aussi une lutte contre le pouvoir d'Etat... La r&#233;volution prol&#233;tarienne consiste &#224; an&#233;antir les instruments de la force de l'Etat et &#224; les &#233;liminer (Aufl&#246;sung, litt&#233;ralement : dissoudre) par les instruments de la force du prol&#233;tariat... La lutte ne cesse qu'au moment o&#249; le r&#233;sultat final est atteint, au moment o&#249; l'organisation d'Etat est compl&#232;tement d&#233;truite. L'organisation de la majorit&#233; prouve sa sup&#233;riorit&#233; en an&#233;antissant l'organisation de la minorit&#233; dominante&#034; (p. 548).&lt;br class='autobr' /&gt;
La formule dont Pannekoek a rev&#234;tu sa pens&#233;e souffre de tr&#232;s graves d&#233;fauts. N&#233;anmoins, l'id&#233;e est claire, et il est int&#233;ressant de voir comment Kautsky a cherch&#233; &#224; la r&#233;futer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Jusqu'ici, a-t-il &#233;crit, l'opposition entre les social-d&#233;mocrates et les anarchistes consistait en ce que les premiers voulaient conqu&#233;rir le pouvoir d'Etat, et les seconds le d&#233;truire. Pannekoek veut l'un et l'autre&#034; (p. 724).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expos&#233; de Pannekoek manque de clart&#233; et de pr&#233;cision (sans compter les autres d&#233;fauts de son article, qui ne se rapportent pas au sujet trait&#233;) ; mais Kautsky a pris la question de principe soulev&#233;e par Pannekoek et, dans cette question de principe capitale , il abandonne tout &#224; fait les positions du marxisme pour passer enti&#232;rement &#224; l'opportunisme. La distinction qu'il &#233;tablit entre social-d&#233;mocrates et anarchistes est compl&#232;tement erron&#233;e ; le marxisme est d&#233;finitivement d&#233;natur&#233; et avili.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ce qui distingue les marxistes des anarchistes : 1&#176; Les premiers, tout en se proposant de supprimer compl&#232;tement l'Etat, ne croient la chose r&#233;alisable qu'apr&#232;s la suppression des classes par la r&#233;volution socialiste, comme r&#233;sultat de l'instauration du socialisme qui m&#232;ne &#224; la disparition de l'Etat, les seconds veulent la suppression compl&#232;te de l'Etat du jour au lendemain, sans comprendre les conditions qui la rendent possible. 2&#176; Les premiers proclament la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat, apr&#232;s qu'il aura conquis le pouvoir politique, de d&#233;truire enti&#232;rement la vieille machine d'Etat et de la remplacer par une nouvelle, qui consiste dans l'organisation des ouvriers arm&#233;s, sur le mod&#232;le de la Commune ; les seconds, tout en plaidant pour la destruction de la machine d'Etat, ne se repr&#233;sentent que tr&#232;s confus&#233;ment par quoi le prol&#233;tariat la remplacera et comment il usera du pouvoir r&#233;volutionnaire ; les anarchistes vont jusqu'&#224; repousser l'utilisation du pouvoir d'Etat par le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, jusqu'&#224; repousser la dictature r&#233;volutionnaire. 3&#176; Les premiers veulent que le prol&#233;tariat se pr&#233;pare &#224; la r&#233;volution en utilisant l'Etat moderne ; les anarchistes sont contre cette fa&#231;on de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette discussion, c'est Pannekoek qui repr&#233;sente le marxisme contre Kautsky, car Marx a pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233; que le prol&#233;tariat ne peut pas se contenter de conqu&#233;rir le pouvoir d'Etat (en ce sens que le vieil appareil d'Etat ne doit pas passer simplement en d'autres mains), mais qu'il doit briser, d&#233;molir cet appareil et le remplacer par un nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky abandonne le marxisme pour l'opportunisme, car il escamote tout &#224; fait pr&#233;cis&#233;ment cette destruction de la machine d'Etat, absolument inacceptable pour les opportunistes, et laisse ainsi &#224; ces derniers une &#233;chappatoire qui leur permet d'interpr&#233;ter la &#034;conqu&#234;te&#034; comme une simple acquisition de la majorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de dissimuler cette d&#233;formation du marxisme, Kautsky agit en bon glossateur : il y va d'une &#034;citation&#034; de Marx lui-m&#234;me. Marx affirmait en 1850 la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;centralisation r&#233;solue de la force entre les mains de l'Etat&#034;. Et Kautsky de triompher : Pannekoek ne voudrait-il pas d&#233;truire le &#034;centralisme&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Simple tour de passe-passe, qui rappelle celui de Bernstein identifiant le marxisme et le proudhonisme dans leurs vues sur la f&#233;d&#233;ration consid&#233;r&#233;e comme pr&#233;f&#233;rable au centralisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;citation&#034; de Kautsky vient comme un cheveux sur la soupe. Le centralisme est possible avec la vieille machine d'Etat comme avec la nouvelle. Si les ouvriers unissent librement leurs forces arm&#233;es, ce sera du centralisme, mais celui-ci reposera sur la &#034;destruction compl&#232;te&#034; de l'appareil d'Etat centraliste, de l'arm&#233;e permanente, de la police, de la bureaucratie. Kautsky agit d'une fa&#231;on tout &#224; fait malhonn&#234;te en &#233;ludant les consid&#233;rations bien connues de Marx et d'Engels sur la Commune pour aller d&#233;terrer une citation qui n'a rien &#224; voir avec la question.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Peut-&#234;tre Pannekoek voudra-t-il supprimer les fonctions publiques des fonctionnaires ? poursuit Kautsky. Mais nous ne nous passons de fonctionnaires ni dans l'organisation du parti ni dans celle des syndicats, sans parler des administrations de l'Etat. Notre programme demande non pas la suppression des fonctionnaires de l'Etat, mais leur &#233;lection par le peuple... Il s'agit maintenant chez nous non de savoir quelle forme rev&#234;tira l'appareil administratif dans l'&#034;Etat futur&#034;, mais de savoir si notre lutte politique d&#233;truira (aufl&#246;st , litt&#233;ralement : dissoudra) le pouvoir de l'Etat avant que nous l'ayons conquis [soulign&#233; par Kautsky]. Quel est le minist&#232;re avec ses fonctionnaires qui pourrait &#234;tre d&#233;truit ?&#034; Il &#233;num&#232;re les minist&#232;res de l'Instruction publique, de la Justice, des Finances, de la Guerre. &#034;Non, pas un des minist&#232;res actuels ne sera supprim&#233; par notre lutte politique contre le gouvernement... Je le r&#233;p&#232;te, pour &#233;viter les malentendus : il ne s'agit pas de savoir quelle forme la social-d&#233;mocratie victorieuse donnera &#224; l'&#034;Etat futur&#034;, il s'agit de savoir comment notre opposition transformera l'Etat actuel&#034; (p. 725)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; un v&#233;ritable escamotage. Pannekoek posait le probl&#232;me pr&#233;cis de la r&#233;volution . Le titre de son article et les passages cit&#233;s le disent clairement. En sautant &#224; la question de l'&#034;opposition&#034;, Kautsky ne fait que substituer au point de vue r&#233;volutionnaire le point de vue opportuniste. Son raisonnement se ram&#232;ne &#224; ceci : maintenant, opposition ; apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, on avisera. La r&#233;volution dispara&#238;t ! C'est exactement ce que demandaient les opportunistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit ni de l'opposition, ni de la lutte politique en g&#233;n&#233;ral, mais pr&#233;cis&#233;ment de la R&#233;volution. La r&#233;volution consiste en ceci : le prol&#233;tariat d&#233;truit l'&#034;appareil administratif&#034; et l'appareil d'Etat tout entier pour le remplacer par un nouveau, qui est constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s. Kautsky montre une &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; pour les &#034;minist&#232;res&#034; ; mais pourquoi ne pourraient-ils pas &#234;tre remplac&#233;s, mettons par des commissions de sp&#233;cialistes aupr&#232;s des Soviet souverains et tout-puissants de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'essentiel n'est point de savoir si les &#034;minist&#232;res&#034; subsisteront ou s'ils seront remplac&#233;s par des &#034;commissions de sp&#233;cialistes&#034;, ou par d'autres organismes : cela n'a absolument aucune importance. L'essentiel est de savoir si la vieille machine d'Etat (li&#233;e &#224; la bourgeoisie par des milliers d'attaches et toute p&#233;n&#233;tr&#233;e de routine et de conservatisme) sera maintenue ou si elle sera d&#233;truite et remplac&#233;e par une nouvelle . La r&#233;volution ne doit pas aboutir &#224; ce que la classe nouvelle commande et gouverne &#224; l'aide de la vieille machine d'Etat, mais &#224; ceci, qu'apr&#232;s l'avoir bris&#233;e , elle commande &#224; l'aide d'une machine nouvelle : c'est cette id&#233;e fondamentale du marxisme que Kautsky escamote ou qu'il n'a absolument pas comprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa question relative aux fonctionnaires montre de toute &#233;vidence qu'il n'a compris ni les enseignements de la Commune ni la doctrine de Marx. &#034;Nous ne nous passons de fonctionnaires ni dans l'organisation du parti, ni dans celle des syndicats&#034;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous passons pas de fonctionnaires en r&#233;gime capitaliste , sous la domination de la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat est opprim&#233;, les masses laborieuses sont asservies par le capitalisme. En r&#233;gime capitaliste, la d&#233;mocratie est r&#233;tr&#233;cie, comprim&#233;e, tronqu&#233;e, mutil&#233;e par cette ambiance que cr&#233;ent l'esclavage salari&#233;, le besoin et la mis&#232;re des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cette raison, et seulement pour cette raison, que dans nos organisations politiques et syndicales les fonctionnaires sont corrompus (ou plus exactement ont tendance &#224; l'&#234;tre) par l'ambiance capitaliste et manifestent une tendance &#224; se transformer en bureaucrates, c'est-&#224;-dire en personnages privil&#233;gi&#233;s, coup&#233;s des masses et plac&#233;s au-dessus d'elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; est l'essence du bureaucratisme. Et tant que les capitalistes n'auront pas &#233;t&#233; expropri&#233;s, tant que la bourgeoisie n'aura pas &#233;t&#233; renvers&#233;e, une certaine &#034;bureaucratisation&#034; des fonctionnaires du prol&#233;tariat eux-m&#234;mes est in&#233;vitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky dit en somme ceci : puisqu'il subsistera des employ&#233;s publics &#233;lus, il y aura donc aussi en r&#233;gime socialiste des fonctionnaires et une bureaucratie ! C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est faux. Pr&#233;cis&#233;ment par l'exemple de la Commune, Marx a montr&#233; que les titulaires des fonctions publiques cessent, en r&#233;gime socialiste, d'&#234;tre des &#034;bureaucrates&#034;, &#034;fonctionnaires&#034; au fur et &#224; mesure que, sans parler de leur &#233;lectivit&#233;, on &#233;tablit en outre leur r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment, qu'on r&#233;duit en outre leur traitement &#224; un salaire moyen d'ouvrier, et qu'en plus on remplace les organismes parlementaires par des corps &#034;agissants&#034;, &#034;ex&#233;cutifs et l&#233;gislatifs &#224; la fois&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, toute l'argumentation de Kautsky contre Pannekoek, et surtout cet argument admirable que dans les organisations syndicales, pas plus que dans celles du parti, nous ne pouvons nous passer de fonctionnaires, attestent que Kautsky reprend les vieux &#034;arguments&#034; de Bernstein contre le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Dans son livre de ren&#233;gat Les Pr&#233;misses du socialisme , Bernstein part en guerre contre l'id&#233;e de d&#233;mocratie &#034;primitive, contre ce qu'il appelle le &#034;d&#233;mocratisme doctrinaire&#034; : mandats imp&#233;ratifs, fonctionnaires non r&#233;tribu&#233;s, repr&#233;sentation centrale sans pouvoir, etc. Afin de prouver la carence de cette d&#233;mocratie &#034;primitive&#034;, Bernstein invoque l'exp&#233;rience des trade-unions anglaises, interpr&#233;t&#233;e par les &#233;poux Webb. Au cours des soixante-dix ann&#233;es de leur d&#233;veloppement, les trade-unions, qui auraient soi-disant &#233;volu&#233; &#034;en pleine libert&#233;&#034; (p. 137 de l'&#233;dit. allemande), se seraient convaincues de l'inefficacit&#233; de la d&#233;mocratie primitive et l'auraient remplac&#233;e par l'habituel parlementarisme alli&#233; au bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, les trade-unions n'ont pas &#233;volu&#233; &#034;en pleine libert&#233;&#034; mais en plein esclavage capitaliste , o&#249;, certes, l'on &#034;ne saurait &#233;viter&#034; les concessions au mal r&#233;gnant, &#224; la violence, au mensonge, &#224; l'&#233;limination des pauvres de l'administration &#034;sup&#233;rieure&#034;. En r&#233;gime socialiste, bien des aspects de la d&#233;mocratie &#034;primitive&#034; revivront n&#233;cessairement, car, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, la masse de la population se haussera &#224; une participation autonome , non seulement aux votes et aux &#233;lections, mais encore &#224; l'administration journali&#232;re . En r&#233;gime socialiste, tout le monde gouvernera &#224; tour de r&#244;le et s'habituera vite &#224; ce que personne ne gouverne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec son g&#233;nial esprit d'analyse et de critique, Marx a vu dans les mesures pratiques de la Commune ce tournant que craignent tant et ne veulent pas reconna&#238;tre les opportunistes, par l&#226;chet&#233; et parce qu'ils se refusent &#224; rompre d&#233;finitivement avec la bourgeoisie ; que ne veulent pas voir les anarchistes, soit qu'ils se h&#226;tent trop, soit qu'en g&#233;n&#233;ral ils ne comprennent pas les conditions dans lesquelles s'op&#232;rent les grandes transformations sociales. &#034;Il ne faut m&#234;me pas songer &#224; d&#233;truire la vieille machine d'Etat : comment pourrions-nous nous passer des minist&#232;res et des fonctionnaires ?&#034; raisonne l'opportuniste imbu de philistinisme et qui au fond, loin de croire &#224; la r&#233;volution et &#224; sa puissance cr&#233;atrice, en a une peur mortelle (comme en ont peur nos mench&#233;viks et nos socialistes-r&#233;volutionnaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut penser uniquement &#224; la destruction de la vieille machine d'Etat ; inutile d'approfondir les enseignements concrets des r&#233;volutions prol&#233;tariennes ant&#233;rieures, et d'analyser par quoi et comment remplacer ce que l'on d&#233;truit&#034;, raisonne l'anarchiste (le meilleur des anarchistes, naturellement, et non celui qui, &#224; la suite des Kropotkine et consorts, se tra&#238;ne derri&#232;re la bourgeoisie) ; c'est pourquoi l'anarchiste en arrive &#224; la tactique du d&#233;sespoir, et non &#224; une activit&#233; r&#233;volutionnaire concr&#232;te intr&#233;pide, inexorable, mais qui tient compte en m&#234;me temps des conditions pratiques du mouvement des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx nous apprend &#224; &#233;viter ces deux erreurs : il nous apprend &#224; faire preuve de la plus grande audace dans la destruction totale de la vieille machine d'Etat ; il nous enseigne d'autre part &#224; poser le probl&#232;me d'une fa&#231;on concr&#232;te, la Commune a pu, en quelques semaines, commencer &#224; construire une machine d'Etat nouvelle, prol&#233;tarienne, proc&#233;dant de telle et telle fa&#231;on, en prenant les mesures pr&#233;cit&#233;es tendant &#224; assurer une plus grande d&#233;mocratie et &#224; extirper le bureaucratisme. Apprenons donc des communards l'audace r&#233;volutionnaire, t&#226;chons de voir dans leurs mesures pratiques une esquisse des mesures pratiquement urgentes et imm&#233;diatement r&#233;alisables ; c'est ainsi que nous parviendrons, en suivant cette voie, &#224; d&#233;truire compl&#232;tement le bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui garantit la possibilit&#233; de cette destruction, c'est que le socialisme r&#233;duira la journ&#233;e de travail, &#233;l&#232;vera les masses &#224; une vie nouvelle, placera la majeure partie de la population dans des conditions permettant &#224; tous, sans exception, de remplir les &#034;fonctions publiques&#034;. Et c'est ce qui conduira &#224; l'extinction compl&#232;te de tout Etat en g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le r&#244;le de la gr&#232;ve de masse, poursuit Kautsky, ne peut jamais &#234;tre de d&#233;truire le pouvoir d'Etat, mais seulement d'amener le gouvernement &#224; des concessions sur une question donn&#233;e, ou de remplacer un gouvernement hostile au prol&#233;tariat par un gouvernement allant au-devant (entgegenkommende ) des besoins du prol&#233;tariat... Mais jamais et en aucun cas, cela [c'est-&#224;-dire la victoire du prol&#233;tariat sur le gouvernement hostile] ne peut mener &#224; la destruction du pouvoir d'Etat ; il ne peut en r&#233;sulter qu'un qu'un certain d&#233;placement (Verschiebung ) du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du pouvoir d'Etat ... le but de notre lutte politique reste donc, comme par le pass&#233;, la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat par l'acquisition de la majorit&#233; au Parlement et la transformation de ce dernier en ma&#238;tre du gouvernement&#034; (pp. 726, 727, 732).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien l'opportunisme le plus pur et le plus plat ; c'est renoncer en fait &#224; la r&#233;volution tout en la reconnaissant en paroles. La pens&#233;e de Kautsky ne va pas au-del&#224; d'un &#034;gouvernement allant au-devant des besoins du prol&#233;tariat&#034;, c'est un pas en arri&#232;re vers le philistinisme par rapport &#224; 1847, quand le Manifeste communiste proclamait &#034;l'organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky en sera r&#233;duit &#224; r&#233;aliser l'&#034;unit&#233;&#034; qu'il ch&#233;rit avec les Scheidemann, les Pl&#233;khanov, les Vandervelde, tous unanimes &#224; lutter pour un gouvernement &#034;allant au-devant des besoins du prol&#233;tariat&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous romprons avec ces ren&#233;gats du socialisme et lutterons pour la destruction de toute la vieille machine d'Etat, afin que le prol&#233;tariat arm&#233; devienne lui-m&#234;me le gouvernement. Ce sont &#034;deux grandes diff&#233;rences&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky restera dans l'agr&#233;able compagnie des Legien et des David, des Pl&#233;khanov, des Potressov, des Ts&#233;r&#233;t&#233;li et des Tchernov, qui ne demandent pas mieux que de lutter pour un &#034;d&#233;placement du rapport de forces &#224; l'int&#233;rieur du pouvoir d'Etat&#034;, pour &#034;l'acquisition de la majorit&#233; au Parlement et la transformation de ce dernier an ma&#238;tre du gouvernement&#034;, but des plus nobles o&#249; tout peut &#234;tre accept&#233; par les opportunistes, o&#249; rien ne sort du cadre de la r&#233;publique bourgeoise parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous romprons avec les opportunistes ; et le prol&#233;tariat conscient sera tout entier avec nous dans la lutte, non pour un &#034;d&#233;placement du rapport de forces&#034;, mais pour le renversement de la bourgeoisie, pour la destruction du parlementarisme bourgeois, pour une r&#233;publique d&#233;mocratique du type de la Commune ou une R&#233;publique des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, pour la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
* * *&lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme international comprend des courants qui se situent plus &#224; droite que celui de Kautsky : les Cahiers socialistes mensuels en Allemagne (Legien, David, Kolbe et bien d'autres, y compris les Scandinaves Stauning et Branting) ; les jauressistes et Vandervelde en France et en Belgique ; Turati, Tr&#232;ves et les autres repr&#233;sentants de l'aile droite du parti italien ; les fabiens et les &#034;ind&#233;pendants&#034; (l'&#034;Independant Labour Party&#034; qui, en r&#233;alit&#233;, fut toujours sous la d&#233;pendance des lib&#233;raux) en Angleterre, etc... Tous ces messieurs, qui jouent un r&#244;le consid&#233;rable et tr&#232;s souvent pr&#233;pond&#233;rant dans l'activit&#233; parlementaire et dans les publications du parti, rejettent ouvertement la dictature du prol&#233;tariat et pratiquent un opportunisme non d&#233;guis&#233;. Pour ces messieurs, la &#034;dictature&#034; du prol&#233;tariat &#034;contredit&#034; la d&#233;mocratie ! ! Au fond, rien de s&#233;rieux ne les diff&#233;rencie des d&#233;mocrates petits-bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, nous sommes en droit de conclure que la IIe Internationale, dans l'immense majorit&#233; de ses repr&#233;sentants officiels, a enti&#232;rement vers&#233; dans l'opportunisme. L'exp&#233;rience de la Commune a &#233;t&#233; non seulement oubli&#233;e, mais d&#233;natur&#233;e. Loin d'inculquer aux masses ouvri&#232;res la conviction que le moment approche o&#249; il leur faudra agir et briser la vieille machine d'Etat en la rempla&#231;ant par une nouvelle et en faisant ainsi de leur domination politique la base de la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, - on leur sugg&#233;rait tout le contraire, et la &#034;conqu&#234;te du pouvoir&#034; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e de telle fa&#231;on que mille br&#232;ches restaient ouvertes &#224; l'opportunisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;formation et la conjuration du silence autour du probl&#232;me de l'attitude de la r&#233;volution prol&#233;tarienne envers l'Etat ne pouvaient manquer de jouer un r&#244;le consid&#233;rable au moment o&#249; les Etats, pourvus d'un appareil militaire renforc&#233; par suite de la comp&#233;tition imp&#233;rialiste, sont devenus des monstres belliqueux exterminant des millions d'hommes afin de d&#233;cider qui, de l'Angleterre ou de l'Allemagne, du capital financier anglais ou du capital financier allemand, r&#233;gnera sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, &#171; Terrorisme et Communisme &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ou la d&#233;mocratie, ou la guerre civile&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne conna&#238;t qu'une voie de salut : la d&#233;mocratie. Il suffit qu'elle soit reconnue de tous et que tous consentent &#224; s'y soumettre. Les socialistes de la droite doivent renoncer aux violences sanglantes par lesquelles ils ex&#233;cutent la volont&#233; de la bourgeoisie. La bourgeoisie elle-m&#234;me doit renoncer &#224; l'id&#233;e de maintenir jusqu'au bout sa situation privil&#233;gi&#233;e gr&#226;ce aux Noske et aux lieutenants Vogel. Le prol&#233;tariat doit enfin, une fois pour toutes, abandonner le dessein de renverser la bourgeoisie autrement que par les voies constitutionnelles. Ces conditions &#233;tant bien observ&#233;es, la r&#233;volution sociale doit se dissoudre sans douleur au sein de la d&#233;mocratie. Il suffit, comme on s'en rend compte, que notre orageuse histoire consente &#224; coiffer le bonnet de coton de Kautsky et &#224; puiser de la sagesse dans sa tabati&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il n'y a que deux alternatives, - expose notre sage - ou la d&#233;mocratie, ou la guerre civile&#034; (p. 145). En Allemagne, o&#249; se trouvent, pourtant r&#233;unis les &#233;l&#233;ments d'une d&#233;mocratie formelle, la guerre civile ne s'interrompt pas pour une heure, Kautsky en convient : &#034;Avec l'Assembl&#233;e nationale actuelle, l'Allemagne ne peut certes pas retrouver la sant&#233;. Mais loin de concourir &#224; sa gu&#233;rison, nous la contrecarrerions si nous transformions la lutte contre l'Assembl&#233;e actuelle en une lutte contre le suffrage universel d&#233;mocratique&#034; (p. 152). Comme s'il s'agissait, en Allemagne, des formes de scrutin et non de la possession effective du pouvoir !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e nationale actuelle, Kautsky le reconna&#238;t, ne peut pas rendre la sant&#233; du pays. Que s'ensuit-il ? Qu'il faut recommencer la partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos partenaires y consentiront-ils ? On peut en douter. Si la partie ne nous est pas avantageuse, c'est sans doute qu'elle les avantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e nationale, incapable de &#034;redonner la sant&#233;&#034; au pays, est fort capable de pr&#233;parer, par la dictature r&#233;ticente de Noske, la dictature &#034;s&#233;rieuse&#034; de Ludendorff. Il en fut ainsi de l'Assembl&#233;e constituante qui pr&#233;para la voie &#224; Koltchak. La pr&#233;destination historique de Kautsky, c'est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;crire, apr&#232;s le coup d'Etat, la n-plus-uni&#232;me brochure qui expliquera la chute de la r&#233;volution par tout le cours ant&#233;rieur de l'histoire, du singe &#224; Noske et de Noske &#224; Ludendorff. Autre est la t&#226;che d'un parti r&#233;volutionnaire : elle consiste &#224; pr&#233;voir le danger en temps opportun et &#224; le pr&#233;venir par l'action. Pour cela, il n'y a aujourd'hui qu'une chose &#224; faire : arracher le pouvoir &#224; ses d&#233;tenteurs v&#233;ritables, aux agrariens et aux capitalistes qui se cachent derri&#232;re Ebert et Noske. La route bifurque donc en partant de l'Assembl&#233;e nationale : ou la dictature d'une clique imp&#233;rialiste, ou la dictature du prol&#233;tariat. Nul chemin ne s'ouvre vers la &#034;d&#233;mocratie&#034;. Kautsky ne le voit pas. Non sans prolixit&#233;, il expose l'importance de la d&#233;mocratie pour le d&#233;veloppement politique et l'&#233;ducation organisatrice des masses et fait valoir qu'elle peut conduire le prol&#233;tariat &#224; l'&#233;mancipation totale des masses (p. 72). C'est &#224; croire qu'il ne s'est rien pass&#233; d'important ici-bas depuis le jour o&#249; fut &#233;crit le programme d'Erfurt !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat fran&#231;ais, allemand et celui de quelques autres pays des plus importants, a pourtant milit&#233; pendant quelques d&#233;cennies, en b&#233;n&#233;ficiant de tous les avantages de la d&#233;mocratie, pour cr&#233;er de puissantes organisations politiques. Cette voie de l'&#233;ducation du prol&#233;tariat &#224; travers la d&#233;mocratie vers le socialisme a pourtant &#233;t&#233; interrompue par un &#233;v&#233;nement assez consid&#233;rable : la guerre imp&#233;rialiste mondiale. L'Etat de classe a pu, au moment o&#249; la guerre &#233;clatait par sa faute, tromper le prol&#233;tariat avec l'aide des organisations dirigeantes de la d&#233;mocratie socialiste et l'entra&#238;ner dans son orbite. Les m&#233;thodes d&#233;mocratiques ont ainsi prouv&#233;, en d&#233;pit des avantages indiscutables qu'elles procuraient &#224; une certaine &#233;poque, leur action extr&#234;mement limit&#233;e, puisque l'&#233;ducation d&#233;mocratique de deux g&#233;n&#233;rations prol&#233;tariennes n'avait aucunement pr&#233;par&#233; le terrain politique &#224; la compr&#233;hension et &#224; l'appr&#233;ciation d'un &#233;v&#233;nement tel que la guerre imp&#233;rialiste mondiale. Cette exp&#233;rience ne permet pas d'affirmer que si la guerre avait &#233;clat&#233; dix ou vingt ans plus tard, elle e&#251;t trouv&#233; le prol&#233;tariat politiquement mieux pr&#233;par&#233;. L'Etat d&#233;mocratique bourgeois ne se borne pas &#224; accorder aux travailleurs de meilleures conditions de d&#233;veloppement politique par rapport &#224; celles de l'absolutisme ; il limite ce m&#234;me d&#233;veloppement par sa l&#233;galit&#233;, il accumule et renforce avec art, parmi de petites aristocraties prol&#233;tariennes, les m&#339;urs opportunistes et les pr&#233;jug&#233;s l&#233;galistes. Au moment o&#249; la catastrophe - la guerre - devint imminente, l'&#233;cole de la d&#233;mocratie se r&#233;v&#233;la tout &#224; fait incapable de conduire le prol&#233;tariat &#224; la r&#233;volution. Il y fallut l'&#233;cole barbare de la guerre, des ambitions social-imp&#233;rialistes, des plus grands succ&#232;s militaires et d'une d&#233;faite sans exemple. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, qui ont apport&#233; quelques modifications dans le monde et m&#234;me dans le programme d'Erfurt, resservir les anciens lieux communs sur la signification du parlementarisme pour l'&#233;ducation du prol&#233;tariat, c'est retomber politiquement en enfance. Et c'est le malheur de Kautsky.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une profonde m&#233;fiance &#224; l'encontre de la lutte politique du prol&#233;tariat pour son &#233;mancipation, et &#224; l'encontre de son action politique, caract&#233;risait le proudhonisme. La m&#234;me opinion se manifeste aujourd'hui [!!] et se recommande comme le nouvel &#233;vangile de la pens&#233;e socialiste, comme un produit de l'exp&#233;rience que Marx ne connut pas et ne put pas conna&#238;tre. En fait, nous n'y voyons qu'une variante d'une id&#233;e vieille d'un demi-si&#232;cle, que Marx a combattue et qu'il a vaincue&#034; (pp. 58-59).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le bolchevisme n'est que... du proudhonisme r&#233;chauff&#233; ! Au point de vue th&#233;orique, cette affirmation sans vergogne est l'une des plus impudentes de la brochure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les proudhoniens r&#233;pudiaient la d&#233;mocratie pour la raison m&#234;me qui leur faisait r&#233;pudier la lutte politique en g&#233;n&#233;ral. Ils &#233;taient partisans de l'organisation &#233;conomique des travailleurs sans intervention du pouvoir de l'Etat, sans bouleversements r&#233;volutionnaires ; ils &#233;taient partisans de la mutualit&#233; ouvri&#232;re sur les bases de l'&#233;conomie marchande. Dans la mesure o&#249; la force des choses les poussait &#224; la lutte politique, ils pr&#233;f&#233;raient, en tant qu'id&#233;ologues petits-bourgeois, la d&#233;mocratie non seulement &#224; la ploutocratie, mais m&#234;me &#224; dictature r&#233;volutionnaire. Qu'y a-t-il de commun avec nous, alors que nous rejetons la d&#233;mocratie au nom d'un pouvoir prol&#233;tarien concentr&#233;, les proudhoniens &#233;taient au contraire tous dispos&#233;s &#224; s'accorder avec une d&#233;mocratie quelque peu dilu&#233;e de f&#233;d&#233;ralisme, afin d'&#233;viter le pouvoir r&#233;volutionnaire exclusif de la classe ouvri&#232;re. Kaustky aurait pu nous comparer avec bien plus de raison aux blanquistes adversaires des proudhoniens, aux blanquistes qui saisissaient bien l'importance du pouvoir r&#233;volutionnaire et se gardaient bien, en posant la question de sa conqu&#234;te, de tenir religieusement compte des aspects formels de la d&#233;mocratie. Mais pour justifier la comparaison des communistes avec les blanquistes, il faudrait ajouter que nous disposons d'une organisation r&#233;volutionnaire telle que n'en r&#234;v&#232;rent jamais les blanquistes : les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ; que nous avons eu et nous avons en notre parti une incomparable organisation de direction politique, pourvu d'un programme complet de r&#233;volution sociale ; et enfin que nos syndicats, marchant avec ensemble sous le drapeau communiste et soutenant sans r&#233;serve le pouvoir des Soviets, constituent un puissant appareil de transformation &#233;conomique. On ne peut, dans ces conditions, parler de la r&#233;surrection par le bolchevisme des pr&#233;jug&#233;s proudhoniens, qu'en perdant jusqu'aux derniers vestiges du sens historique et de la probit&#233; en mati&#232;re de doctrine. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence imp&#233;rialiste de la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas sans raison que le mot d&#233;mocratie a dans le vocabulaire politique une double signification. D'une part, il d&#233;signe le r&#233;gime politique fond&#233; sur le suffrage universel et sur les autres attributs de la &#034;souverainet&#233; populaire formelle. De l'autre, le mot &#034;d&#233;mocratie&#034; d&#233;signe les masses populaires elles-m&#234;mes, dans la mesure o&#249; elles ont une vie politique. Dans ces deux significations, la notion de d&#233;mocratie s'&#233;rige au-dessus des consid&#233;rations de classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces particularit&#233;s de la terminologie ont leur profonde signification politique. La d&#233;mocratie en tant que syst&#232;me politique est d'autant plus in&#233;branlable, plus achev&#233;e, plus ferme que la masse petite-bourgeoise des villes et des campagnes, insuffisamment diff&#233;renci&#233;e au point de vue des classes, tient plus de place dans la vie sociale. La d&#233;mocratie a atteint son apog&#233;e au XIX&#176; si&#232;cle aux Etats-Unis d'Am&#233;rique et en Suisse. Outre-Oc&#233;an, la d&#233;mocratie gouvernementale de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative se fondait sur la d&#233;mocratie agraire des fermiers. Dans la petite R&#233;publique helv&#233;tique, la petite bourgeoisie des villes et les paysans riches ont form&#233; la base de la d&#233;mocratie conservatrice des cantons r&#233;unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; de la lutte du Tiers-Etat contre le f&#233;odalisme, l'Etat d&#233;mocratique devient tr&#232;s rapidement une arme contre les antagonismes de classes qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La d&#233;mocratie bourgeoise r&#233;ussit d'autant mieux &#224; remplir sa t&#226;che qu'elle est appuy&#233;e par une couche plus large de petite bourgeoisie, que l'importance de cette derni&#232;re est plus grande dans la vie &#233;conomique du pays, que le niveau des antagonismes de classes est donc plus bas. Mais les classes moyennes prennent un retard croissant et sans espoir sur le d&#233;veloppement historique, et plus elles retardent, moins elles peuvent parler au nom de la nation. Les doctrinaires petits-bourgeois (Bernstein et consorts) ont bien pu &#233;tablir avec satisfaction que les classes moyennes ne disparaissent pas aussi rapidement que le supposait l'&#233;cole marxiste. Et l'on peut convenir en effet que les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois des villes et surtout des campagnes occupent encore num&#233;riquement une place tr&#232;s importante. Mais la signification capitale du d&#233;veloppement est dans la perte par la petite bourgeoisie de son importance dans la production : la masse de valeur que cette classe apporte au revenu total de la nation a chut&#233; infiniment plus vite que son importance num&#233;rique. Le d&#233;veloppement historique s'est fond&#233; toujours plus sur les p&#244;les oppos&#233;s de la soci&#233;t&#233; - bourgeoisie capitaliste et prol&#233;tariat - et non sur ces couches conservatrices h&#233;rit&#233;es du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus la petite bourgeoisie perdait son importance sociale, et moins elle &#233;tait capable de tenir avec autorit&#233; le r&#244;le d'arbitre dans le grand conflit historique entre le capital et le travail. Num&#233;riquement tr&#232;s nombreuse, la petite bourgeoisie des villes et, plus encore, des campagnes, continuait pourtant &#224; trouver son expression directe dans la statistique &#233;lectorale du parlementarisme. L'&#233;galit&#233; formelle de tous les citoyens en qualit&#233; d'&#233;lecteurs ne faisait qu'attester plus nettement, dans cette circonstance, l'incapacit&#233; du &#034;parlementarisme d&#233;mocratique&#034; &#224; r&#233;soudre les questions essentielles que faisait surgir le d&#233;veloppement historique. L'&#034;&#233;galit&#233;&#034; des suffrages du prol&#233;taire, du paysan en position de m&#233;diateur entre les deux antagonistes. Mais en fait la classe paysanne, arri&#233;r&#233;e au double point de vue de la culture et de la vie sociale, politiquement impuissante, servait dans tous les pays d'appui aux partis les plus r&#233;actionnaires, les plus aventuristes, les plus confus et les plus mercenaires, qui finissaient invariablement par soutenir le capital contre le travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'encontre de toutes les proph&#233;ties de Bernstein, des Sombart, des Tougan-Baranovsky, la vitalit&#233; des classes moyennes n'a pas att&#233;nu&#233; l'intensit&#233; des crises r&#233;volutionnaires de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, mais les a au contraire aggrav&#233;es &#224; l'extr&#234;me. Si la prol&#233;tarisation de petite bourgeoisie et de la classe paysanne avait rev&#234;tu des formes chimiquement pures, la conqu&#234;te pacifique du pouvoir par le prol&#233;tariat au moyen du m&#233;canisme de la d&#233;mocratie parlementaire aurait &#233;t&#233; bien plus probable qu'elle ne l'est aujourd'hui. Le fait auquel se cramponnaient les partisans de la petite bourgeoisie - sa vitalit&#233; - a &#233;t&#233; fatal m&#234;me aux formes ext&#233;rieures de la d&#233;mocratie apr&#232;s que le capitalisme eut &#233;branl&#233; ses fondements. Occupant dans la politique parlementaire une place qu'elle avait perdue dans la production, la petite bourgeoisie a d&#233;finitivement compromis le parlementarisme en le r&#233;duisant &#224; un bavardage diffus et &#224; l'obstruction l&#233;gislative. Ce seul fait imposait au prol&#233;tariat le devoir de s'emparer du pouvoir de l'Etat ind&#233;pendamment de la petite bourgeoisie et m&#234;me contre elle, - non contre ses int&#233;r&#234;ts, mais contre son ineptie et contre sa politique inconsistante, toute en acc&#232;s impulsifs et impuissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'imp&#233;rialisme - &#233;crivait Marx &#224; propos de l'empire de Napol&#233;on III - est la forme la plus prostitu&#233;e et ultime du pouvoir d'Etat que (...) la soci&#233;t&#233; bourgeoise pleinement d&#233;velopp&#233;e a transform&#233; en instrument d'asservissement du travail au capital&#034;. Cette d&#233;finition d&#233;passe le second Empire fran&#231;ais et embrasse le nouvel imp&#233;rialisme engendr&#233; dans le monde entier par les convoitises du capital national des grandes puissances. Dans le domaine &#233;conomique, l'imp&#233;rialisme supposait la chute d&#233;finitive du r&#244;le de la petite bourgeoisie ; dans le domaine politique, il signifiait l'an&#233;antissement total de la d&#233;mocratie, par la transformation de sa contexture m&#234;me et par la subordination de tous ses moyens et de toutes ses institutions aux buts de l'imp&#233;rialisme. Embrassant tous les pays ind&#233;pendamment de leur destin&#233;e politique ant&#233;rieure, l'imp&#233;rialisme montra que tous les pr&#233;jug&#233;s politiques lui &#233;taient &#233;trangers et qu'il &#233;tait &#233;galement dispos&#233; et capable de se servir, apr&#232;s les avoir socialement transform&#233;es et soumises, des monarchies de Nicolas Romanov ou de Wilhelm Hohenzollern, de l'autocratie pr&#233;sidentielle des Etats-Unis, et de l'impuissance de quelques centaines de l&#233;gislateurs frelat&#233;s du Parlement fran&#231;ais. La derni&#232;re grande tuerie, ce bain de sang dans lequel la bourgeoisie a tent&#233; de se rajeunir, nous a offert le tableau d'une mobilisation sans exemple de toutes les formes d'Etat, d'administration, d'orientation politique, d'&#233;coles religieuses ou philosophiques, au service de l'imp&#233;rialisme. Parmi les p&#233;dants m&#234;me, dont la l&#233;thargie longue de quelques dizaines d'ann&#233;es n'avait pas &#233;t&#233; troubl&#233;e par le d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme, et qui continuaient &#224; consid&#233;rer la d&#233;mocratie, le suffrage universel, etc., de leur point de vue traditionnel, bon nombre finirent par se rendre compte pendant la guerre que les notions coutumi&#232;res avaient d&#233;sormais un nouveau contenu. Absolutisme, monarchie parlementaire, d&#233;mocratie : face &#224; l'imp&#233;rialisme - et donc face &#224; la r&#233;volution qui vient prendre sa succession - toutes les formes gouvernementales de la domination bourgeoise, du tsarisme russe au f&#233;d&#233;ralisme quasi-d&#233;mocratique de l'Am&#233;rique du Nord, sont &#233;gales en droits et font partie de combinaisons dans lesquelles elles se compl&#232;tent indissolublement l'une l'autre. L'imp&#233;rialisme a r&#233;ussi &#224; se soumettre au moment critique, par tous les moyens &#224; sa disposition et notamment par les parlements - quelle que f&#251;t l'arithm&#233;tique des scrutins - la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, et m&#234;me les couches sup&#233;rieures du prol&#233;tariat. L'id&#233;e nationale qui avait guid&#233; le Tiers-Etat dans son av&#232;nement au pouvoir eut au cours de la guerre imp&#233;rialiste sa p&#233;riode de renaissance avec la &#034;d&#233;fense nationale&#034;. L'id&#233;ologie nationale se ralluma une derni&#232;re fois avec une vivacit&#233; inattendue au d&#233;triment de l'id&#233;ologie de classe. Le naufrage des illusions imp&#233;rialistes non seulement chez les pays vaincus mais aussi avec quelque retard - chez les pays vainqueurs, a d&#233;finitivement abattu ce qui fut autrefois la d&#233;mocratie nationale, et avec elle son instrument essentiel, le parlement d&#233;mocratique. La mollesse, la d&#233;composition, l'impuissance de la petite bourgeoisie et de ses partis apparurent partout avec une terrible &#233;vidence. Dans tous les pays, la question du pouvoir se posa nettement en tant qu'&#233;preuve de force ouverte entre la clique capitaliste r&#233;gnant au grand jour ou en secret, disposant d'un corps de centaines de milliers d'officiers dress&#233;s, aguerris et sans scrupules, et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire insurg&#233; - tout cela en pr&#233;sence des classes moyennes &#233;pouvant&#233;es, &#233;perdues et prostr&#233;es. Pi&#232;tres billeves&#233;es que les propos que l'on peut tenir dans ces circonstances sur la conqu&#234;te pacifique du pouvoir par le prol&#233;tariat au moyen du parlementarisme d&#233;mocratique !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sch&#233;ma de la situation politique &#224; l'&#233;chelle mondiale est absolument clair. Ayant amen&#233; les peuples &#233;puis&#233;s et exsangues au bord de l'ab&#238;me, la bourgeoisie, et tout d'abord celle des pays vainqueurs, a d&#233;montr&#233; son incapacit&#233; absolue &#224; les tirer de leur terrible situation et l'incompatibilit&#233; de son existence avec les progr&#232;s ult&#233;rieurs de l'humanit&#233;. Tous les groupes politiques interm&#233;diaires, et en tout premier lieu les partis social-patriotes, pourrissent vivants sur pied. Le prol&#233;tariat qu'ils ont tromp&#233; leur est tous les jours plus hostile et se renforce dans sa conviction r&#233;volutionnaire comme la seule force qui puisse sauver les peuples de la barbarie et de la mort. L'histoire n'assure pourtant pas &#224; cet instant au parti de la r&#233;volution sociale une majorit&#233; parlementaire formelle. En d'autres termes, elle n'a pas transform&#233; les nations en clubs de discussion votant solennellement &#224; la majorit&#233; des voix le passage &#224; la r&#233;volution sociale, Au contraire, la r&#233;volution violente est devenue une n&#233;cessit&#233;, justement parce que les exigences pressantes de l'histoire ne peuvent &#234;tre satisfaites par l'appareil de la d&#233;mocratie parlementaire. La bourgeoisie capitaliste se dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tant que je poss&#233;derai les terres, les usines, les fabriques, les banques, tant que je dominerai la presse, les &#233;coles, les universit&#233;s, tant que je tiendrai entre mes mains - et c'est l'essentiel - l'arm&#233;e, le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie, de quelque fa&#231;on qu'on le remanie, demeurera soumis &#224; ma volont&#233;. La petite bourgeoisie inepte, conservatrice et d&#233;pourvue de caract&#232;re, m'est aussi soumise spirituellement qu'elle l'est mat&#233;riellement. J'&#233;craserai ses aspirations par la puissance de mes entreprises, de mes b&#233;n&#233;fices, de mes projet et de mes crimes. Quand, m&#233;contente, elle murmurera, je cr&#233;erai des soupapes de s&#251;ret&#233;, des paratonnerres &#224; la douzaine. Je susciterai, quand j'en aurai besoin, des partis d'opposition qui dispara&#238;tront aussit&#244;t apr&#232;s avoir rempli leur mission en donnant &#224; la petite bourgeoisie l'occasion de manifester son indignation sans causer le moindre pr&#233;judice au capitalisme. Je maintiendrai pour les masses populaires le r&#233;gime de l'instruction g&#233;n&#233;rale obligatoire qui les maintient &#224; la limite de l'ignorance et ne leur permet pas de s'&#233;lever au-dessus du niveau reconnu inoffensif par mes experts en soumission des esprits. Je corromprai, je tromperai et je terroriserai les couches les plus privil&#233;gi&#233;es ou les plus arri&#233;r&#233;es du prol&#233;tariat. Gr&#226;ce &#224; l'ensemble de ces mesures, tant que ces instruments indispensables d'oppression et d'intimidation resteront entre mes mains, j'emp&#234;cherai l'avant-garde de la classe ouvri&#232;re de conqu&#233;rir la conscience du plus grand nombre&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Par cons&#233;quent, la premi&#232;re condition de salut est d'arracher &#224; la bourgeoisie ses instruments de domination. Nul espoir n'est permis d'atteindre pacifiquement au pouvoir alors que la bourgeoisie conserve tous les instruments de domination. Triplement insens&#233;, l'espoir d'arriver au pouvoir par la voie que la bourgeoisie indique et qu'elle barricade en m&#234;me temps, la voie de la d&#233;mocratie parlementaire. Il n'est qu'un chemin : arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie en lui &#244;tant les instruments mat&#233;riels de sa domination. Quel que soit le rapport apparent des forces au parlement, je socialiserai les principales forces et les principaux moyens de production. Je lib&#233;rerai la conscience des classes petites-bourgeoises hypnotis&#233;es parle capitalisme. Je leur montrerai par les faits ce qu'est la production socialiste. Alors m&#234;me les couches les plus arri&#233;r&#233;es, les plus ignorantes et les plus terroris&#233;es de la population me soutiendront et adh&#233;reront volontairement et consciemment &#224; l'&#339;uvre d'&#233;dification socialiste&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le pouvoir russe des Soviets dispersa l'Assembl&#233;e constituante, ce fait parut aux dirigeants social-d&#233;mocrates de l'Europe, sinon le pr&#233;lude de la fin du monde, du moins une rupture arbitraire et brutale avec tout le d&#233;veloppement ant&#233;rieur du socialisme. Ce n'&#233;tait cependant qu'une cons&#233;quence in&#233;vitable de la nouvelle situation cr&#233;&#233;e par l'imp&#233;rialisme et la guerre. Si le communisme russe a &#233;t&#233; le premier &#224; en tirer les conclusions th&#233;oriques et pratiques, c'est pour les m&#234;mes raisons historiques qui ont contraint le prol&#233;tariat russe &#224; s'engager le premier dans la voie de la lutte pour le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui s'est pass&#233; depuis en Europe nous d&#233;montre que nous avons eu raison. Croire &#224; la possibilit&#233; de restaurer la d&#233;mocratie dans toute sa puret&#233;, c'est se nourrir de pauvres utopies r&#233;actionnaires. M&#233;taphysique de la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
Sentant le sol historique se d&#233;rober sous ses pas dans la question de la d&#233;mocratie, Kautsky passe sur le terrain de la philosophie normative. Au lieu d'examiner ce qui est, il se met &#233;piloguer sur ce qui devrait &#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les principes de la d&#233;mocratie - souverainet&#233; du peuple, suffrage universel, libert&#233;s - lui apparaissent dans l'aur&#233;ole du devoir moral. Ils se dissocient de leur contenu historique et, consid&#233;r&#233;s dans leur nature abstraite, apparaissent invariables et sacr&#233;s. Ce p&#233;ch&#233; m&#233;taphysique n'est pas le fait du hasard. Feu Plekhanov, apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, dans les meilleures &#233;poques de sa vie, l'adversaire irr&#233;ductible du kantisme, tenta lui aussi ver la fin de ses jours, alors qu'il &#233;tait emport&#233; par la vague du patriotisme, de s'accrocher au f&#233;tu de paille de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique ; et c'est bien caract&#233;ristique...&lt;br class='autobr' /&gt;
A la d&#233;mocratie r&#233;elle dont le peuple allemand vient de faire la connaissance pratique, Kautsky oppose une esp&#232;ce de d&#233;mocratie id&#233;ale, comme on oppose la chose en soi au ph&#233;nom&#232;ne vulgaire. Kautsky ne nous indique avec assurance aucun pays dont la d&#233;mocratie garantisse le passage indolore au socialisme. En revanche, il est fermement convaincu que cette d&#233;mocratie doit exister. A l'Assembl&#233;e nationale allemande actuelle, cet instrument de l'impuissance, de la malfaisance r&#233;actionnaire, des exp&#233;dients vils, Kautsky oppose une autre Assembl&#233;e nationale, une Assembl&#233;e nationale v&#233;ritable, authentique, qui poss&#232;de toutes les qualit&#233;s - &#224; une pr&#232;s : elle n'existe pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
La doctrine de la d&#233;mocratie formelle n'est pas du socialisme scientifique, mais se rattache &#224; la th&#233;orie du soi-disant droit naturel. L'essence du droit naturel r&#233;side dans la reconnaissance de normes juridiques &#233;ternelles et invariables qui trouvent aux diff&#233;rentes &#233;poques et chez les diff&#233;rents peuples des expression plus ou moins restreintes et d&#233;form&#233;es. Le droit naturel de l'histoire moderne, tel que l'a produit le moyen-&#226;ge, comportait avant tout une protestation contre les privil&#232;ges des ordres, contre les abus de la l&#233;gislation du despotisme et contre d'autres produits &#034;artificiels&#034; du droit positif f&#233;odal. Les id&#233;ologues du Tiers-Etat, encore faible, exprimaient ses int&#233;r&#234;ts de classe sous la forme de quelques normes id&#233;ales qui devaient devenir par la suite l'enseignement de la d&#233;mocratie et acqu&#233;rir en m&#234;me temps un caract&#232;re individualiste. L'individu est une fin en soi ; les hommes ont tous le droit d'exprimer leur pens&#233;e par la parole et l'&#233;crit ; tout homme a un droit de suffrage &#233;gal &#224; celui des autres. En tant que mots d'ordre de lutte contre le f&#233;odalisme, les revendications de la d&#233;mocratie avaient un caract&#232;re progressif. Mais plus on avance, et plus la m&#233;taphysique du droit naturel (la th&#233;orie de la d&#233;mocratie formelle) r&#233;v&#232;le son aspect r&#233;actionnaire : l'instauration d'une norme id&#233;ale pour contr&#244;ler les exigences r&#233;elles des masses ouvri&#232;res et des partis r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on jette un coup d'&#339;il sur la succession historique des conceptions du monde, la th&#233;orie du droit naturel appara&#238;t comme une transposition du spiritualisme chr&#233;tien, d&#233;barrass&#233; de son mysticisme grossier. L'Evangile annon&#231;a &#224; l'esclave qu'il avait une &#226;me pareille &#224; celle de son ma&#238;tre et institua ainsi l'&#233;galit&#233; de tous les hommes devant le tribunal c&#233;leste. En fait, l'esclave resta esclave et la soumission lui devint un devoir religieux. Il trouvait dans l'enseignement chr&#233;tien une expression mystique &#224; son obscure protestation contre sa condition d'humili&#233;. Mais &#224; c&#244;t&#233; de la protestation, il y avait aussi la consolation. &#034;Tu poss&#232;des une &#226;me immortelle, m&#234;me si tu es pareil &#224; une b&#234;te de somme&#034;, lui disait le christianisme ; l&#224; r&#233;sonnait une note d'indignation. Mais le christianisme ajoutait : &#034;Tu es peut-&#234;tre pareil &#224; une b&#234;te de somme, mais une r&#233;compense &#233;ternelle attend ton &#226;me immortelle&#034; ; c'&#233;tait la voix de la consolation. Ces deux notes se sont associ&#233;es de diverses mani&#232;res dans le christianisme historique, selon les &#233;poques et selon les classes. Mais dans l'ensemble le christianisme devint, comme toutes les autres religions, un moyen d'endormir la conscience des masses opprim&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le droit naturel, devenu th&#233;orie de la d&#233;mocratie, disait &#224; l'ouvrier : &#034;Tous les hommes sont &#233;gaux devant la loi, quels que soient leur origine, leurs biens et le r&#244;le qu'ils remplissent ; ils ont tous un droit &#233;gal &#224; d&#233;cider par leur suffrage des destin&#233;es du peuple&#034;. Cette norme id&#233;ale a fait &#339;uvre r&#233;volutionnaire dans la conscience des masses dans la mesure o&#249; elle condamnait l'absolutisme, les privil&#232;ges aristocratiques, le suffrage censitaire. Mais plus on avan&#231;ait, plus elle endormait la conscience des masses, plus elle l&#233;galisait l'esclavage et l'humiliation : comment, en effet, se r&#233;volter contre l'asservissement si chacun a une voix &#233;gale pour d&#233;terminer les destin&#233;es du peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Rothschild, qui a su monnayer le sang et la sueur du monde en beaux napol&#233;ons d'or, n'a qu'une voix &#233;lections parlementaires. L'obscur mineur qui ne sait pas signer son nom, qui toute sa vie durant dort sans se d&#233;v&#234;tir et m&#232;ne dans la soci&#233;t&#233; l'existence d'une taupe, est pourtant, lui aussi, d&#233;tenteur d'une parcelle de la souverainet&#233; populaire, l'&#233;gal de Rotschild devant les tribunaux et aux &#233;lections. Dans les conditions r&#233;elles de la vie, dans le processus &#233;conomique, dans les relations sociales, dans le mode de vie, les hommes sont devenus de plus en plus in&#233;gaux : accumulation de richesses inou&#239;es &#224; un p&#244;le, de la mis&#232;re et du d&#233;sespoir &#224; l'autre. Mais dans la sph&#232;re de la superstructure juridique de l'Etat, ces terribles contradictions disparaissaient ; on n'y rencontre que des ombres l&#233;gales d&#233;pourvues de corps. Propri&#233;taire foncier, journalier agricole, capitaliste, prol&#233;taire, ministre, cireur de bottes, tous sont &#233;gaux en tant que &#034;citoyens&#034; et &#034;l&#233;gislateurs&#034;. L'&#233;galit&#233; mystique du christianisme est descendue des cieux d'un degr&#233; sous la forme de l'&#233;galit&#233; &#034;naturelle&#034; et &#034;juridique&#034; de la d&#233;mocratie. Mais elle n'est pas descendue jusqu'&#224; la terre m&#234;me, jusqu'au fondement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Pour l'obscur journalier qui ne cesse &#224; aucune heure de sa vie d'&#234;tre une b&#234;te de somme au service de la bourgeoisie, le droit id&#233;al d'influer sur les destin&#233;es du peuple par les &#233;lections parlementaires est &#224; peine plus r&#233;el que la f&#233;licit&#233; qu'on lui promettait nagu&#232;re au royaume des cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guid&#233; par les int&#233;r&#234;ts pratiques du d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re, le parti socialiste entra &#224; un moment donn&#233; dans la voie du parlementarisme. Mais cela ne signifiait absolument pas qu'il ait reconnu en principe la th&#233;orie m&#233;taphysique de la d&#233;mocratie comme fond&#233;e sur un droit sup&#233;rieur &#224; l'histoire et aux classes sociales. La doctrine prol&#233;tarienne consid&#233;rait la d&#233;mocratie comme un instrument au service de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, enti&#232;rement adapt&#233; aux besoins et aux buts des classes dominantes. Mais, vivant du travail du prol&#233;tariat et ne pouvant lui refuser, sous peine de se ruiner, de l&#233;galiser au moins quelques aspects de la lutte des classes, la soci&#233;t&#233; bourgeoise donnait ainsi aux partis socialistes la possibilit&#233; d'utiliser, &#224; une p&#233;riode donn&#233;e et dans des limites donn&#233;es, le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie, sans le moins du monde lui pr&#234;ter serment comme s'il s'agissait d'un principe intangible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che essentielle du parti socialiste fut, &#224; toutes les &#233;poques de sa lutte, de cr&#233;er les conditions d'une &#233;galit&#233; r&#233;elle, &#233;conomique, d'une &#233;galit&#233; de vie entre les membres de la communaut&#233; humaine fond&#233;e sur la solidarit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi les th&#233;oriciens du prol&#233;tariat devaient d&#233;masquer la m&#233;taphysique de la d&#233;mocratie, qui sert de couverture philosophique &#224; des mystifications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parti d&#233;mocratique, d&#233;voilant aux masses, &#224; l'&#233;poque de son enthousiasme r&#233;volutionnaire, le mensonge du dogme de l'Eglise, qui ne sert qu'&#224; les opprimer et &#224; les endormir, leur disait : &#034;On vous berce avec la promesse du bonheur &#233;ternel apr&#232;s la mort, alors qu'ici-bas vous &#234;tes sans droits et encha&#238;n&#233;s par l'arbitraire&#034;. De m&#234;me, le parti socialiste n'avait pas moins raison de leur dire quelques dizaines d'ann&#233;es plus tard : &#034;On vous endort avec une fiction d'&#233;galit&#233; civique et de droits politiques ; mais la possibilit&#233; de r&#233;aliser ces droits vous est &#244;t&#233;e ; l'&#233;galit&#233; juridique, conventionnelle et illusoire, devient une id&#233;ale cha&#238;ne de for&#231;at qui encha&#238;ne chacun d'entre vous au char du capital&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En vue de sa t&#226;che fondamentale, le parti socialiste mobilisa les masses aussi pour l'action parlementaire, mais jamais et nulle part le parti en tant que tel ne s'engagea &#224; ne conduire les masses vers le socialisme que par la d&#233;mocratie. En nous adaptant au r&#233;gime parlementaire, nous nous bornions, au cours de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, &#224; d&#233;masquer th&#233;oriquement la d&#233;mocratie que nous n'avions pas encore la force de vaincre pratiquement. Mais la parabole id&#233;ologique du socialisme, qui se dessine en d&#233;pit de toutes les d&#233;viations, chutes et m&#234;me trahisons, aboutit in&#233;luctablement au rejet de la d&#233;mocratie et &#224; son remplacement par un m&#233;canisme prol&#233;tarien d&#232;s que la classe ouvri&#232;re a les forces n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'en donnerons qu'une preuve, mais suffisamment frappante. En 1888, Paul Lafargue &#233;crivait dans le Social-D&#233;mocrate (russe) : &#034;Le parlementarisme est un syst&#232;me gouvernemental qui donne au peuple l'illusion de g&#233;rer lui-m&#234;me les affaires du pays, alors que tout le pouvoir est, en fait, concentr&#233; entre les mains de la bourgeoisie, et pas m&#234;me de la bourgeoisie enti&#232;re, mais de quelques couches sociales se rattachant &#224; cette classe. Dans la premi&#232;re p&#233;riode de sa domination, la bourgeoisie ne comprend pas ou ne ressent pas le besoin de donner cette illusion au peuple. C'est pourquoi tous les pays parlementaires de l'Europe ont commenc&#233; par un suffrage restreint ; partout, le droit de diriger les destin&#233;es politiques du pays en &#233;lisant les d&#233;put&#233;s a d'abord appartenu aux propri&#233;taires plus ou moins riches et ne s'est &#233;tendu qu'ensuite aux citoyens moins favoris&#233;s par la fortune, jusqu'au moment o&#249; le privil&#232;ge de quelques-uns est devenu dans certains pays le droit de tous et de chacun.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En soci&#233;t&#233; bourgeoise, plus le patrimoine social est consid&#233;rable et plus faible est le nombre de ceux qui se l'approprient ; il en est de m&#234;me du pouvoir : au fur et &#224; mesure que s'accroissent la masse des citoyens jouissant de droits politiques et le nombre des gouvernants &#233;lus, le pouvoir effectif se concentre et devient le monopole d'un groupe de personnalit&#233;s chaque jour plus &#233;troit.&#034; Tel est le myst&#232;re des majorit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux yeux du marxiste Lafargue, le parlementarisme. subsiste aussi longtemps que la domination de la bourgeoisie. &#034;Le jour, &#233;crit-il, o&#249; le prol&#233;tariat d'Europe et d'Am&#233;rique s'emparera de l'Etat, il devra organiser un pouvoir r&#233;volutionnaire et administrer dictatorialement la soci&#233;t&#233; tant que la bourgeoisie n'aura pas disparu en tant que classe&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky connaissait &#224; l'&#233;poque cette appr&#233;ciation marxiste du parlementarisme, et il l'a maintes fois r&#233;p&#233;t&#233; lui-m&#234;me, quoique sans cette clart&#233; et ce mordant fran&#231;ais. Le reniement th&#233;orique de Kautsky consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; abandonner la dialectique mat&#233;rialiste pour revenir au droit naturel en reconnaissant le principe d&#233;mocratique comme absolu et intangible. Ce que le marxisme d&#233;non&#231;ait comme un m&#233;canisme transitoire de la bourgeoisie, ce qui ne pouvait faire l'objet que d'une utilisation politique temporaire dans le but de pr&#233;parer la r&#233;volution prol&#233;tarienne, est sanctifi&#233; par Kautsky comme le principe supr&#234;me situ&#233; au-dessus des classes et auquel se subordonnent sans discussion les m&#233;thodes de la lutte prol&#233;tarienne. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence contre-r&#233;volutionnaire du parlementarisme a trouv&#233; son expression la plus achev&#233;e dans la divinisation de la d&#233;mocratie par les th&#233;oriciens d&#233;cadents de la II&#176; Internationale. L'Assembl&#233;e constituante&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'obtention par le parti du prol&#233;tariat d'une majorit&#233; d&#233;mocratique dans un parlement d&#233;mocratique n'est pas une impossibilit&#233; absolue. Mais ce fait, m&#234;me s'il se r&#233;alisait, n'apporterait rien de nouveau en mati&#232;re de principe au d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements. Influenc&#233;s par la victoire parlementaire du prol&#233;tariat, des &#233;l&#233;ments interm&#233;diaires de l'intelligentsia offriraient peut-&#234;tre une moindre r&#233;sistance au nouveau r&#233;gime. Mais la r&#233;sistance essentielle de la bourgeoisie serait d&#233;termin&#233;e par des faits tels que l'&#233;tat d'esprit de l'arm&#233;e, le degr&#233; d'armement des ouvriers, la situation dans les pays voisins ; et la guerre civile suivrait son cours sous l'influence de ces facteurs tr&#232;s r&#233;els et non de l'instable arithm&#233;tique parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre parti ne s'est pas refus&#233; &#224; conduire le prol&#233;tariat &#224; la dictature en passant par la d&#233;mocratie, car il se rendait clairement compte des avantage offerts &#224; la propagande et &#224; l'action politique par un tel passage &#034;l&#233;galis&#233;&#034; au nouveau r&#233;gime. De l&#224; notre tentative de convoquer l'Assembl&#233;e constituante. Cette tentative a &#233;chou&#233;. Le paysan russe, que la r&#233;volution venait d'&#233;veiller &#224; la vie politique, se trouva en pr&#233;sence d'une douzaine de partis dont chacun semblait se donner pour but de lui brouiller les id&#233;es. L'Assembl&#233;e constituante se mit en travers de la r&#233;volution et fut balay&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La majorit&#233; &#034;conciliatrice&#034; de l'Assembl&#233;e constituante n'&#233;tait que le reflet politique de la sottise et de l'irr&#233;solution des couches interm&#233;diaires des villes et des campagnes et des &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s du prol&#233;tariat. Si nous nous placions au point de vue des possibilit&#233;s historiques abstraites, nous pourrions dire que la crise e&#251;t &#233;t&#233; moins douloureuse si l'Assembl&#233;e constituante avait, en un ou deux ans de travail, d&#233;finitivement discr&#233;dit&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, montrant aux masses qu'il n'y a en r&#233;alit&#233; que deux forces : le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire dirig&#233;s par les. communistes, et la d&#233;mocratie contre-r&#233;volutionnaire a la t&#234;te de laquelle se placent des g&#233;n&#233;raux et des amiraux. Mais le n&#339;ud de la question &#233;tait ailleurs : le pouls de la situation int&#233;rieure &#233;tait alors loin de battre au m&#234;me rythme que celui de la situation internationale. Si notre parti s'en &#233;tait remis, pour toutes les responsabilit&#233;s, &#224; la p&#233;dagogie objective du &#034;cours des choses&#034;, l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements militaires aurait pu nous devancer. L'imp&#233;rialisme allemand aurait pu s'emparer de Petersbourg dont le gouvernement de Kerensky avait fait commencer l'&#233;vacuation. La perte de Petersbourg aurait &#233;t&#233; un coup mortel pour le prol&#233;tariat russe, car toutes les meilleurs forces de la r&#233;volution &#233;taient concentr&#233;es l&#224;, dans la flotte de la Baltique et dans la capitale rouge.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut donc pas reprocher &#224; notre parti d'avoir agi &#224; contre-courant du cours historique, mais plut&#244;t d'avoir saut&#233; d'un bond plusieurs degr&#233;s de l'&#233;volution politique. Il a enjamb&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks pour ne pas permettre au militarisme allemand d'enjamber le prol&#233;tariat russe et de conclure la paix avec l'Entente au d&#233;triment de la r&#233;volution, avant que celle-ci ait eu le temps de d&#233;ployer ses ailes sur le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas difficile de d&#233;duire de ce qui pr&#233;c&#232;de les r&#233;ponses aux deux questions que nous pose insidieusement Kautsky. D'abord, pourquoi avons-nous convoqu&#233; l'Assembl&#233;e constituante, puisque nous avions en vue la dictature du prol&#233;tariat ? Et ensuite, si la premi&#232;re Assembl&#233;e constituante que nous avons cru devoir convoquer s'est montr&#233;e r&#233;actionnaire et si elle n'a pas correspondu aux int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution, pourquoi nous refusons-nous &#224; convoquer une nouvelle Assembl&#233;e constituante ? L'arri&#232;re-pens&#233;e de Kautsky, c'est que nous avons r&#233;pudi&#233; la d&#233;mocratie, non pas pour des raisons de principe, mais parce qu'elle &#233;tait contre nous. R&#233;tablissons les faits afin de mieux attraper par ses deux oreilles cette insinuante &#226;nerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot d'ordre : &#034;Tout le pouvoir aux Soviets !&#034; fut avanc&#233; par notre parti d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire bien avant la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, et m&#234;me bien longtemps avant la parution du d&#233;cret qui la convoquait. Nous n'opposions pas, il est vrai, les Soviets &#224; la future Assembl&#233;e constituante, dont le gouvernement de Kerensky rendait, en la retardant sans cesse, la convocation tout &#224; fait probl&#233;matique ; mais en tout cas nous ne consid&#233;rions pas la future Assembl&#233;e constituante &#224; la mani&#232;re des d&#233;mocrates petits-bourgeois qui voyaient en elle le ma&#238;tre du pays russe appel&#233; &#224; tout d&#233;cider.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisions comprendre aux masses que leurs propres organisations r&#233;volutionnaires, les Soviets, devaient et pouvaient &#234;tre v&#233;ritablement ma&#238;tresses de la situation. Si nous n'avons pas r&#233;pudi&#233; formellement &#224; l'avance l'Assembl&#233;e constituante, c'est uniquement parce qu'elle ne se pr&#233;sentait pas en opposition avec le pouvoir des Soviets, mais avec celui de Kerensky, qui n'&#233;tait pourtant lui-m&#234;me que l'homme de paille de la bourgeoisie. Nous avions d&#233;cid&#233; &#224; l'avance que si la majorit&#233; nous appartenait &#224; l'Assembl&#233;e constituante, elle se dissoudrait elle-m&#234;me en transmettant ses pouvoirs aux Soviets, comme fit plus tard la Douma municipale de P&#233;trograd, &#233;lue sur les bases du suffrage d&#233;mocratique le plus large. Dans mon petit livre sur la R&#233;volution d'octobre [1] , je me suis efforc&#233; de montrer les raisons qui faisaient de l'Assembl&#233;e constituante le reflet attard&#233; d'une &#233;poque d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e par la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'envisageant l'organisation du pouvoir r&#233;volutionnaire que dans les Soviets, et ceux-ci d&#233;tenant d&#233;j&#224;, au moment de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, le pouvoir effectif, la question &#233;tait in&#233;vitablement r&#233;solue pour nous dans le sens de la dispersion par la force de l'Assembl&#233;e constituante, qui ne pouvait &#234;tre dispos&#233;e &#224; se dissoudre elle-m&#234;me au b&#233;n&#233;fice du pouvoir des Soviets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi, nous demande Kautsky, ne convoquez-vous pas une nouvelle Assembl&#233;e constituante ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que nous n'en voyons pas le besoin. Si la premi&#232;re Assembl&#233;e constituante pouvait encore momentan&#233;ment jouer un r&#244;le progressif en sanctionnant, aux yeux des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois, le r&#233;gime des Soviets qui se constitue &#224; peine, maintenant, apr&#232;s deux ann&#233;es de dictature victorieuse du prol&#233;tariat, apr&#232;s l'&#233;chec total de toutes les entreprises d&#233;mocratiques en Sib&#233;rie, sur les c&#244;tes de la mer Blanche, en Ukraine, au Caucase, le pouvoir sovi&#233;tique n'a plus besoin d'&#234;tre consacr&#233; par l'autorit&#233; douteuse de l'Assembl&#233;e constituante. Mais Kautsky d'interroger sur le ton de Lloyd George : ne sommes-nous pas en droit, s'il en est ainsi, de conclure que le pouvoir des Soviets se maintient par la volont&#233; d'une minorit&#233;, puisqu'il &#233;lude une consultation g&#233;n&#233;rale qui permettrait de v&#233;rifier sa supr&#233;matie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce trait passe &#224; c&#244;t&#233; du but.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me pendant la p&#233;riode de d&#233;veloppement &#034;pacifique&#034; et stable, le r&#233;gime parlementaire ne traduisait qu'assez grossi&#232;rement l'Etat d'esprit du pays ; &#224; l'&#233;poque des temp&#234;tes r&#233;volutionnaires, il a compl&#232;tement perdu la facult&#233; de suivre la lutte et l'&#233;volution de la conscience politique. Le r&#233;gime des Soviets, lui, institue un contact infiniment plus &#233;troit, plus organique, plus honn&#234;te avec la majorit&#233; des travailleurs. Sa signification la plus importante n'est pas de refl&#233;ter statiquement la majorit&#233;, mais de la former dynamiquement. Entr&#233;e dans la voie de la dictature r&#233;volutionnaire, la classe ouvri&#232;re russe a signifi&#233; par cela m&#234;me qu'elle n'&#233;difie pas, en p&#233;riode de transition, sa politique sur l'art inconsistant de rivaliser avec des partis cam&#233;l&#233;ons dans la chasse aux voix paysannes, mais sur la participation effective des masse paysannes, la main dans la main avec le prol&#233;tariat, &#224; l'&#339;uvre d'administration du pays en fonction des int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables des travailleurs. C'est l&#224; une d&#233;mocratie autrement profonde que la d&#233;mocratie parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant que la t&#226;che essentielle de la r&#233;volution, la question de vie ou de mort, consiste &#224; repousser militairement l'attaque enrag&#233;e des bandes blanches, Kautsky pense-t-il qu'une &#034;majorit&#233; parlementaire&#034; quelconque pourrait assurer une organisation plus &#233;nergique, plus d&#233;vou&#233;e, plus victorieuse de la d&#233;fense r&#233;volutionnaire ? Les conditions de lutte se posent si nettement dans le pays de la r&#233;volution l&#226;chement pris &#224; la gorge par l'&#233;tau du blocus, que tous les groupes des classes interm&#233;diaires n'ont le choix qu'entre Denikine et le gouvernement des Soviets. En faut-il de nouvelles preuves apr&#232;s que l'on a vu les partis du juste milieu par principe, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, se diviser selon cette ligne m&#234;me ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En nous proposant un nouveau scrutin pour la Constituante, Kautsky pr&#233;sumerait-il l'interruption de la guerre civile pendant la p&#233;riode &#233;lectorale ? En vertu de quelle d&#233;cision ? S'il a l'intention de faire agir dans ce sens la II&#176; Internationale, h&#226;tons-nous de lui r&#233;v&#233;ler qu'elle n'a gu&#232;re plus de cr&#233;dit chez Denikine que chez nous. Si la guerre entre les bandes de l'imp&#233;rialisme et l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans se poursuit, si les &#233;lections doivent n&#233;cessairement se limiter au territoire des Soviets, Kautsky exigera-t-il que nous laissions aux partis qui soutiennent Denikine contre nous le droit de r&#233;appara&#238;tre librement ? Bavardage m&#233;prisable et vain : jamais, quelles que soient les circonstances, aucun gouvernement ne peut permettre de mobiliser &#224; l'arri&#232;re de ses arm&#233;es les forces des ennemis auxquels il fait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que la fleur de notre population travailleuse est en ce moment aux fronts n'occupe pas une des moindres places dans la position de la question. Les prol&#233;taires avanc&#233;s, les paysans les plus conscients, ceux qui, dans toutes les &#233;lections comme dans toutes les actions politiques des masses, se placent au premier rang et dirigent l'opinion publique des travailleurs, sont tous en ce moment en train de se battre et de mourir comme commandants, commissaires, soldats de l'Arm&#233;e rouge. Si les gouvernements les plus &#034;d&#233;mocratiques&#034; des Etats bourgeois, dont le r&#233;gime se fonde sur le parlementarisme, n'ont pas estim&#233; possible de proc&#233;der aux &#233;lections pendant toute la dur&#233;e de la guerre, il est d'autant plus absurde de demander une chose pareille &#224; la R&#233;publique des Soviets, dont le r&#233;gime n'est en rien fond&#233; sur le parlementarisme. Il nous suffit largement que le gouvernement r&#233;volutionnaire de la Russie n'ait pas entrav&#233;, m&#234;me aux heures les plus graves, le renouvellement p&#233;riodique de ses propres organes &#233;lectifs, les Soviets locaux et centraux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous dirons enfin, ultime conclusion - the last and the least - pour l'information de Kautsky, que les kautskistes russes eux-m&#234;mes, les mencheviks Martov et Dan, ne croient pas possible de demander actuellement la convocation de l'Assembl&#233;e constituante et remettent ce beau projet &#224; des temps meilleurs. Mais en aura-t-on besoin, alors ? Il est permis d'en douter. La guerre civile termin&#233;e, la dictature de la classe ouvri&#232;re r&#233;v&#233;lera sa force cr&#233;atrice et montrera dans les faits aux masses les plus arri&#233;r&#233;es tout ce qu'elle peut leur donner. Par l'application rationnelle du travail obligatoire et par une organisation centralis&#233;e de la r&#233;partition des produits, toute la population du pays sera entra&#238;n&#233;e dans le syst&#232;me sovi&#233;tique g&#233;n&#233;ral d'&#233;conomie et d'auto-gouvernement. Les Soviets eux-m&#234;mes, aujourd'hui organes du pouvoir, se transformeront peu &#224; peu en organisations purement &#233;conomiques. Dans ces conditions, nous doutons que l'id&#233;e de couronner la trame r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; socialiste au moyen d'une Assembl&#233;e constituante bien archa&#239;que, vienne &#224; qui que ce soit, d'autant plus que cette Assembl&#233;e ne pourrait que constater la &#034;constitution&#034; avant elle et sans elle de toutes les institutions dont le pays avait besoin [2] .&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Traduction fran&#231;aise : L'av&#232;nement du bolchevisme, Paris, 1977 (Petite collection Maspero).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Afin de nous s&#233;duire en faveur de l'Assembl&#233;e constituante, Kautsky appuie son argumentation fond&#233;e sur l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de consid&#233;ration emprunt&#233;es au cours des changes. Citons : &#034;La Russie a besoin de l'aide du capital &#233;tranger ; or, cette aide fera d&#233;faut &#224; la Russie des Soviets, si elle ne convoque pas l'Assembl&#233;e constituante et n'accorde pas de libert&#233; de presse, non que les capitalistes soient p&#233;n&#233;tr&#233;s d'id&#233;alisme d&#233;mocratique - ils n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; pr&#234;ter au tsarisme bon nombre de milliards - mais parce qu'ils ne feront pas, en affaires, confiance au r&#233;gime des des Soviets&#034; (p.114). Il y a un grain de v&#233;rit&#233; dans ce galimatias. La Bourse a, en effet, soutenu le gouvernement de Koltchak quand il s'appuyait sur l'Assembl&#233;e constituante. Mais elle le soutint plus &#233;nergiquement encore quand il eut dispers&#233; la Constituante. Par l'exp&#233;rience de Koltchak, la Bourse s'est confirm&#233;e dans sa conviction que le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie bourgeoise peut &#234;tre utile pour servir la cause du capitalisme, et jet&#233; ensuite comme un v&#234;tement us&#233;. Il se peut bien que la Bourse consente &#224; l'Assembl&#233;e constituante de nouveaux pr&#234;ts sur gage, dans l'espoir, pleinement justifi&#233; par l'exp&#233;rience ant&#233;rieure, de voir l'Assembl&#233;e constituante ramener la dictature capitaliste. Nous ne pensons pas payer &#224; ce prix la &#034;confiance en affaires&#034; de la Bourse, et nous lui pr&#233;f&#233;rons r&#233;solument la &#034;confiance&#034; inspir&#233;e &#224; toute Bourse r&#233;aliste par les armes de l 'Arm&#233;e rouge. (Note de l'auteur)&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Terrorisme et Communisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le court &#233;pisode de la premi&#232;re r&#233;volution faite par le prol&#233;tariat pour le prol&#233;tariat s'est termin&#233; par le triomphe de ses ennemis. Cet &#233;pisode (du 18 mars au 28 mai) a dur&#233; 72 jours&#034;. (P.L. Lavrov, La Commune de Paris. du 18 mars 1871. Petrograd, 1919, p. 160). L'impr&#233;paration des partis socialistes de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris de 1871 a &#233;t&#233; la premi&#232;re tentative historique - faible encore - de domination de la classe ouvri&#232;re. Nous ch&#233;rissons le souvenir de la Commune en d&#233;pit de son exp&#233;rience par trop restreinte, du manque de pr&#233;paration de ses membres, du caract&#232;re confus de son programme, de l'absence d'unit&#233; parmi ses dirigeants, de l'ind&#233;cision de ses projets, de l'irr&#233;m&#233;diable confusion dans l'ex&#233;cution, et de l'effroyable d&#233;sastre qui en r&#233;sulta fatalement. Nous saluons dans la Commune, selon une expression de Lavrov, &#034;la premi&#232;re aurore, encore bien p&#226;le, de la premi&#232;re R&#233;publique du prol&#233;tariat&#034;. Kautsky ne l'entend pas du tout ainsi. Consacrant la plus grande partie de son livre &#224; &#233;tablir une opposition grossi&#232;rement tendancieuse entre la Commune et le pouvoir sovi&#233;tique, il voit les qualit&#233;s pr&#233;dominantes de la Commune l&#224; o&#249; nous voyons son malheur et ses torts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky d&#233;montre avec application que la Commune de Paris ne fut pas pr&#233;par&#233;e &#034;artificiellement&#034; mais qu'elle surgit &#224; l'improviste, en prenant les r&#233;volutionnaires par surprise, contrairement &#224; la r&#233;volution d'Octobre, qui fut minutieusement pr&#233;par&#233;e par notre parti. C'est indiscutable. N'ayant pas le courage de formuler clairement ses id&#233;es profond&#233;ment r&#233;actionnaires, Kautsky ne nous dit pas franchement si les r&#233;volutionnaires parisiens de 1871 m&#233;ritent d'&#234;tre approuv&#233;s pour n'avoir pas pr&#233;vu l'insurrection prol&#233;tarienne et, partant, pour ne pas s'y &#234;tre pr&#233;par&#233;s, et si nous devons &#234;tre bl&#226;m&#233;s pour avoir pr&#233;vu l'in&#233;vitable et pour &#234;tre all&#233;s consciemment &#224; la rencontre des &#233;v&#233;nements. Mais tout l'expos&#233; de Kautsky est con&#231;u de mani&#232;re &#224; provoquer dans l'esprit du lecteur pr&#233;cis&#233;ment cette impression : un malheur s'est tout bonnement abattu sur les communards (le philistin bavarois Vollmar n'a-t-il pas, un jour, regrett&#233; que les communards ne soient pas all&#233;s se coucher plut&#244;t que de prendre le pouvoir ?) et c'est pourquoi ils m&#233;ritent toute notre indulgence ; les bolcheviks, eux, sont all&#233;s consciemment au devant du malheur (la conqu&#234;te du pouvoir) et c'est pourquoi il ne leur sera pardonn&#233; ni dans ce monde, ni dans l'autre. Poser la question de la sorte peut para&#238;tre d'une incroyable absurdit&#233;. Il n'en est pas moins vrai que cela d&#233;coule in&#233;vitablement de la position des &#034;ind&#233;pendants kautskystes&#034; qui rentrent l&#224; t&#234;te dans leurs &#233;paules pour ne rien voir, pour ne rien pr&#233;voir, et qui ne peuvent faire un pas en avant s'ils n'ont re&#231;u au pr&#233;alable une bonne bourrade dans le dos.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Humilier Paris, &#233;crit Kautsky, lui refuser l'autonomie, le destituer de son titre de capitale, le d&#233;sarmer pour s'aventurer ensuite, en toute s&#233;curit&#233;, dans un coup d'Etat monarchiste, telle &#233;tait la t&#226;che capitale de l'Assembl&#233;e Nationale et de Thiers qu'elle venait d'&#233;lire chef du pouvoir ex&#233;cutif. De cette situation naquit le conflit qui devait mener &#224; l'insurrection parisienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On voit &#224; quel point est diff&#233;rent le coup d'Etat accompli par le bolchevisme, qui puisa sa force dans les aspirations &#224; la paix, qui avait derri&#232;re lui la masse paysanne ; qui, &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, n'avait pas de monarchistes contre lui, mais des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les bolcheviks sont parvenus au pouvoir par une r&#233;volution bien pr&#233;par&#233;e, qui leur mit d'un coup entre les mains toute la machine gouvernementale, dont ils tirent &#224; l'heure actuelle le parti le plus &#233;nergique et le plus impitoyable pour soumettre leurs adversaires, y compris ceux qui appartiennent au prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En revanche, personne ne fut plus &#233;tonn&#233; de l'insurrection de la Commune que les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, et pour beaucoup de ceux-ci ce conflit &#233;tait au plus haut point ind&#233;sirable&#034; (p. 44).&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de se faire une id&#233;e bien nette du sens r&#233;el de ce qui est dit ici par Kautsky &#224; propos des communards, nous apporterons l'int&#233;ressant t&#233;moignage suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le 1er mars 1871, &#233;crit Lavrov dans son livre instructif sur la Commune, c'est-&#224;-dire six mois apr&#232;s la chute de l'Empire et quelques avant l'explosion de la Commune, les personnalit&#233;s dirigeantes de l'Internationale &#224; Paris n'avaient toujours pas de programme politique d&#233;fini.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Apr&#232;s le 18 mars, Paris &#233;tait aux mains du prol&#233;tariat, mais ses leaders, d&#233;concert&#233;s par leur puissance inattendue, ne prirent pas les mesures les plus &#233;l&#233;mentaires [1]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Vous n'&#234;tes pas taill&#233;s pour votre r&#244;le, votre seul souci est de vous d&#233;gager&#034;, d&#233;clara un membre du Comit&#233; central de la Garde Nationale. &#034;Il y avait l&#224; beaucoup de v&#233;rit&#233; - &#233;crit Lissagaray , participant et historien de la Commune - mais, au moment m&#234;me de l'action, le manque d'organisation pr&#233;alable et de pr&#233;paration provient trop souvent du fait que les r&#244;les incombent &#224; des hommes qui ne sont pas de taille &#224; les remplir [2]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ressort d&#233;j&#224; de ce qui pr&#233;c&#232;de (plus loin, ce sera plus &#233;vident encore) que si les socialistes parisiens n'ont pas entrepris de lutte directe pour le pouvoir, cela s'explique par leur inconsistance th&#233;orique et leur d&#233;sarroi politique, et nullement par des consid&#233;rations de tactique plus &#233;lev&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est hors de doute que la fid&#233;lit&#233; du m&#234;me Kautsky aux traditions de la Commune se traduira surtout par le profond &#233;tonnement avec lequel il accueillera la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, o&#249; il ne voit qu'&#034;un conflit au plus haut degr&#233; ind&#233;sirable&#034;. Nous doutons cependant que les g&#233;n&#233;rations futures lui en fassent un m&#233;rite. L'essence m&#234;me de son analogie historique n'est, devons-nous dire, qu'un m&#233;lange de confusion, de r&#233;ticences et de truquages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les intentions que Thiers nourrissait &#224; l'&#233;gard de Paris, Milioukov, soutenu ouvertement par Tchernov et Tseretelli, les nourrissait &#224; l'&#233;gard de Petersbourg. De Kornilov &#224; Potressov, tous r&#233;p&#233;taient jour apr&#232;s jour que Petersbourg s'&#233;tait isol&#233; du pays, qu'il n'avait plus rien de commun avec celui-ci, et que, d&#233;prav&#233; jusqu'&#224; la moelle, il voulait lui imposer sa volont&#233;. Abattre et humilier Petersbourg, telle &#233;tait la t&#226;che premi&#232;re de Milioukov et de ses acolytes. Et cela se passait &#224; l'&#233;poque o&#249; Petersbourg &#233;tait le v&#233;ritable foyer de la r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; s'affermir dans les autres parties du pays. Afin de lui faire donner une bonne le&#231;on, Rodzianko, ex-pr&#233;sident de la Douma, parlait ouvertement de livrer Petersbourg aux Allemands comme on avait d&#233;j&#224; livr&#233; Riga. Rodzianko ne faisait qu'&#233;noncer ce qui constituait la t&#226;che de Milioukov, et que Kerensky appuyait de toute sa politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milioukov voulait, &#224; l'exemple de Thiers, d&#233;sarmer le prol&#233;tariat. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'est que par l'entremise de Kerensky, Tchernov et Tseretelli, le prol&#233;tariat de Petersbourg avait &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233; en juillet 1917. Il s'&#233;tait de nouveau partiellement r&#233;arm&#233; lors de l'offensive de Kornilov sur Petersbourg en ao&#251;t, Et ce r&#233;armement fut un &#233;l&#233;ment s&#233;rieux pour la pr&#233;paration de l'insurrection d'octobre-novembre. De sorte que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les points sur lesquels Kautsky oppose l'insurrection de mars des ouvriers parisiens &#224; notre r&#233;volution d'octobre qui co&#239;ncident dans une tr&#232;s large mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en quoi diff&#232;rent-elles ? Avant tout, en ce que Thiers a r&#233;alis&#233; ses sinistres projets : Paris fut &#233;trangl&#233; et des dizaines de milliers d'ouvriers massacr&#233;s. Milioukov, lui, s'est piteusement effondr&#233; : Petersbourg est rest&#233; la citadelle inexpugnable du prol&#233;tariat, et les leaders de la bourgeoisie russe sont all&#233;s en Ukraine solliciter l'occupation de la Russie par les arm&#233;es du Kaiser. Cette diff&#233;rence est due en grande partie &#224; notre faute, et nous sommes pr&#234;ts &#224; en porter la responsabilit&#233;. Il y a aussi une diff&#233;rence capitale, qui s'est faite plus d'une fois sentir dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, dans le fait suivant : tandis que les communards partaient de pr&#233;f&#233;rence de consid&#233;rations patriotiques, nous nous placions invariablement du point de vue de la r&#233;volution internationale. La d&#233;faite de la Commune a men&#233; &#224; l'effondrement de fait de la Premi&#232;re Internationale. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique a conduit &#224; la fondation de la Troisi&#232;me Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Marx, &#224; la veille m&#234;me de l'insurrection, conseillait aux communards, non de se soulever, mais de cr&#233;er une organisation ! On pourrait &#224; la rigueur comprendre que Kautsky cite ce t&#233;moignage pour montrer que Marx avait sous-estim&#233; l'acuit&#233; de la situation &#224; Paris. Mais Kautsky s'efforce d'exploiter le conseil de Marx comme preuve du caract&#232;re bl&#226;mable de l'insurrection en g&#233;n&#233;ral. Pareil &#224; tous les mandarins de la social-d&#233;mocratie allemande, Kautsky voit avant tout dans l'organisation une entrave &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si on se limite &#224; la question de l'organisation en tant que telle, il ne faut pas oublier que la r&#233;volution d'Octobre a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par les neuf mois d'existence du gouvernement de K&#233;rensky, pendant lesquels notre parti s'est occup&#233;, non sans succ&#232;s, non seulement d'agitation, mais aussi d'organisation. La r&#233;volution d'Octobre a eu lieu apr&#232;s que nous ayons conquis l'&#233;crasante majorit&#233; dans les Soviets d'ouvriers et de soldats de Petersbourg, de Moscou et en g&#233;n&#233;ral dans tous les centres industriels du pays, et transform&#233; les Soviets en organisation dirig&#233;es par notre parti. Chez les communards il n'y eut rien de semblable. Enfin, nous avions derri&#232;re nous l'h&#233;ro&#239;que Commune de Paris, de l'effondrement de laquelle nous avions tir&#233; cette d&#233;duction que les r&#233;volutionnaires doivent pr&#233;voir les &#233;v&#233;nements et s'y pr&#233;parer. Voil&#224; encore un de nos torts La Commune de Paris et le terrorisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky ne fait sa vaste comparaison entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique que pour calomnier et humilier la dictature du prol&#233;tariat vivante et victorieuse au profit d'une tentative de dictature qui remonte &#224; un pass&#233; d&#233;j&#224; assez lointain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky cite avec une extraordinaire satisfaction une d&#233;claration du Comit&#233; Central de la garde nationale en date du 19 mars, au sujet de l'assassinat par les soldats de deux g&#233;n&#233;raux : &#034;Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaie de fl&#233;trir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arr&#234;t d'ex&#233;cution n'a &#233;t&#233; sign&#233; par nous ; jamais la garde nationale n'a pris part &#224; l'ex&#233;cution d'un crime [3] &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que le Comit&#233; Central n'avait aucune raison de prendre sur lui la responsabilit&#233; d'un meurtre dans lequel il n'&#233;tait pour rien. Mais le ton path&#233;tique et sentimental de la d&#233;claration caract&#233;rise tr&#232;s clairement la timidit&#233; politique de ces hommes devant l'opinion publique bourgeoise. Ce n'est pas &#233;tonnant. Les repr&#233;sentants de la garde nationale &#233;taient pour la plupart des hommes au pass&#233; r&#233;volutionnaire fort modeste. &#034;Il n'y a, &#233;crit Lissagaray, pas un nom connu. Tous les &#233;lus sont des petits-bourgeois, boutiquiers, employ&#233;s, &#233;trangers aux coteries, jusque-l&#224; m&#234;me &#224; la politique pour la plupart&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le sentiment discret, quelque peu craintif, de sa terrible responsabilit&#233; historique, et le d&#233;sir d'y &#233;chapper au plus t&#244;t - &#233;crit Lavrov &#224; ce sujet - perce dans toutes les proclamations de ce Comit&#233; Central entre les mains duquel &#233;tait tomb&#233; le destin de Paris&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant cit&#233;, pour nous faire honte, cette d&#233;claration sur l'effusion de sang, Kautsky critique ensuite, suivant en cela Marx et Engels, l'ind&#233;cision de la Commune : &#034;Si les Parisiens [c'est-&#224;-dire les communards] s'&#233;taient lanc&#233;s pour de bon &#224; la poursuite de Thiers, peut-&#234;tre auraient-ils r&#233;ussi &#224; s'emparer du gouvernement. Les troupes qui se retiraient de Paris n'auraient pu leur opposer la moindre r&#233;sistance [...]. Mais Thiers put battre en retraite sans encombre. On lui permit de se retirer avec son arm&#233;e, de la r&#233;organiser &#224; Versailles, de lui insuffler un nouveau moral et de la renforcer&#034; (p. 49).&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky ne peut pas comprendre que ce sont les m&#234;mes hommes, et pour les m&#234;mes raisons, qui ont publi&#233; la d&#233;claration cit&#233;e du 19 mars et qui ont permis &#224; Thiers de se retirer sans coup f&#233;rir et de regrouper son arm&#233;e. Si les communards avaient vaincu en exer&#231;ant une influence purement morale, leur d&#233;claration aurait &#233;t&#233; d'un grand poids. Mais cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. En fait, leur humanitarisme sentimental n'&#233;tait que l'envers de leur passivit&#233; r&#233;volutionnaire. Des hommes &#224; qui par la volont&#233; du sort est &#233;chu le gouvernement de Paris, et qui ne comprennent pas la n&#233;cessit&#233; de s'en servir imm&#233;diatement et jusqu'au bout pour se lancer &#224; la poursuite de Thiers, pour l'&#233;craser compl&#232;tement avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, pour concentrer les troupes dans leurs mains, pour proc&#233;der &#224; l'&#233;puration indispensable du corps de commandement, pour s'emparer de la province - de tels hommes ne pouvaient &#233;videmment pas &#234;tre dispos&#233;s &#224; s&#233;vir rigoureusement contre les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les deux choses sont &#233;troitement li&#233;es. On ne peut se lancer &#224; la poursuite de Thiers sans arr&#234;ter ses agents &#224; Paris et sans fusiller les conspirateurs et les espions. Si l'on consid&#232;re l'assassinat des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires comme un crime abominable, il est impossible de galvaniser les &#233;nergies pour poursuivre les troupes qui sont command&#233;es par des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la r&#233;volution, la plus grande humanit&#233; n'est autre que la plus grande &#233;nergie. &#034;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment, &#233;crit fort justement Lavrov, ceux qui attachent tant de prix &#224; la vie humaine, au sang humain, qui doivent mettre tout en &#339;uvre pour obtenir une victoire rapide et d&#233;cisive et qui, ensuite, doivent agir au plus vite et &#233;nergiquement pour soumettre l'ennemi ; car ce n'est que par cette mani&#232;re de proc&#233;der que l'on peut obtenir le minimum de pertes in&#233;vitables et le minimum de sang vers&#233;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;claration du 19 mars peut cependant &#234;tre appr&#233;ci&#233;e plus correctement si on l'envisage non comme une profession de foi absolue, mais comme l'expression d'un &#233;tat d'esprit passager au lendemain d'une victoire inattendue obtenue sans la moindre effusion de sang. Totalement &#233;tranger &#224; la compr&#233;hension de la dynamique de la r&#233;volution et de la d&#233;termination interne de son &#233;tat d'esprit qui &#233;volue rapidement, Kautsky pense au moyen de formules mortes et d&#233;forme la perspective des &#233;v&#233;nements par des analogies arbitraires. Il ne comprend pas que cette ind&#233;cision g&#233;n&#233;reuse en g&#233;n&#233;ral naturelle aux masses dans la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution. Les ouvriers ne passent &#224; l'offensive que sous l'empire d'une n&#233;cessit&#233; de fer, comme ils ne passent &#224; la terreur rouge que sous la menace des massacres contre-r&#233;volutionnaires. Ce que Kautsky d&#233;peint comme le r&#233;sultat d'une morale particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e du prol&#233;tariat parisien de 1871, ne fait en r&#233;alit&#233; que caract&#233;riser la premi&#232;re &#233;tape de la guerre civile. Des faits semblables ont &#233;t&#233; &#233;galement observ&#233;s chez nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Petersbourg, nous avons conquis le pouvoir en octobre-novembre 1917 presque sans effusion de sang, et m&#234;me sans arrestations. Les ministres du gouvernement de K&#233;rensky ont &#233;t&#233; remis en libert&#233; aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution. Bien plus, le g&#233;n&#233;ral cosaque Krasnov, qui avait attaqu&#233; Petersbourg de concert avec K&#233;rensky apr&#232;s que le pouvoir f&#251;t pass&#233; au soviet, et qui avait &#233;t&#233; fait prisonnier &#224; Gatchina, fut remis en libert&#233; contre sa parole d'honneur d&#232;s le lendemain. Cette &#034;magnanimit&#233;&#034; &#233;tait bien dans l'esprit des premiers jours de la Commune, mais elle n'en fut pas moins une erreur. Le g&#233;n&#233;ral Krasnov, apr&#232;s avoir guerroy&#233; contre nous pendant pr&#232;s d'un an dans le Sud, apr&#232;s avoir massacr&#233; plusieurs milliers de communistes, a r&#233;cemment attaqu&#233; une nouvelle fois Petersbourg, cette fois dans les rangs de l'arm&#233;e de Youd&#233;nitch. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne se fit plus dure qu'apr&#232;s le soul&#232;vement des junkers &#224; Petersbourg et surtout apr&#232;s la r&#233;volte (tram&#233;e par les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires, les mencheviks) des tch&#233;coslovaques dans la r&#233;gion de la Volga - o&#249; les communistes furent extermin&#233;s en masse - apr&#232;s l'attentat contre L&#233;nine, l'assassinat d'Ouritsky, etc, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces m&#234;mes tendances, mais seulement dans leurs premi&#232;res phases, nous les observons aussi dans l'histoire de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouss&#233;e par la logique de la lutte, celle-ci entra en mati&#232;re de principe dans la voie de l'intimidation. La cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public &#233;tait dict&#233;e pour beaucoup de ses partisans par l'id&#233;e de la terreur rouge. Ce comit&#233; avait pour objet de &#034;faire tomber les t&#234;tes des tra&#238;tres&#034; et de &#034;r&#233;primer les trahisons&#034; (s&#233;ances du 30 avril et du 1er mai). Parmi les d&#233;crets d'&#034;intimidation&#034;, il convient de signaler l'ordonnance (du 3 avril) sur la s&#233;questration des biens de Thiers et de ses ministres, la d&#233;molition de sa maison, le renversement de la colonne Vend&#244;me, et en particulier le d&#233;cret sur les otages. Pour chaque prisonnier ou partisan de la Commune fusill&#233; par les Versaillais, on devait fusiller trois otages. Les mesures prises par la Pr&#233;fecture de police, dirig&#233;e par Raoul Rigault, &#233;taient d'un caract&#232;re purement terroriste, quoiqu'elles ne fussent pas toujours adapt&#233;es au but poursuivi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'efficacit&#233; de toutes ces mesures d'intimidation fut paralys&#233;e par l'inconsistance et l'&#233;tat d'esprit conciliateur des &#233;l&#233;ments dirigeants de la Commune, par leurs efforts pour faire accepter le fait accompli &#224; la bourgeoisie au moyen de phrases pitoyables, par leurs oscillations entre la fiction de la d&#233;mocratie et la r&#233;alit&#233; de la dictature. Cette derni&#232;re id&#233;e est admirablement formul&#233;e par Lavrov dans son livre sur la Commune :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le Paris des riches bourgeois et des prol&#233;taires mis&#233;reux, en tant que communaut&#233; politique des diff&#233;rentes classes, exigeait au nom des principes lib&#233;raux une compl&#232;te libert&#233; de parole, de r&#233;union, de critique du gouvernement, etc. Le Paris qui venait d'accomplir la r&#233;volution dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qui s'&#233;tait donn&#233; pour but de la r&#233;aliser dans les institutions, r&#233;clamait, en tant que communaut&#233; du prol&#233;tariat ouvrier &#233;mancip&#233;, des mesures r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire dictatoriales, vis-&#224;-vis des ennemis du nouveau r&#233;gime&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la Commune de Paris n'&#233;tait pas tomb&#233;e, si elle avait pu se maintenir dans une lutte ininterrompue, il ne peut y avoir de doute qu'elle aurait &#233;t&#233; oblig&#233;e de recourir &#224; des mesures de plus en plus rigoureuses pour &#233;craser la contre-r&#233;volution. Il est vrai que Kautsky n'aurait pas eu alors la possibilit&#233; d'opposer les communards humanitaires aux bolcheviks inhumains. En revanche, Thiers n'aurait pu commettre sa monstrueuse saign&#233;e du prol&#233;tariat de Paris. L'histoire y aurait peut-&#234;tre trouv&#233; son compte. Le Comit&#233; Central arbitraire et la Commune &#034;d&#233;mocratique&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le 19 mars, rapporte Kautsky, au Comit&#233; Central de la garde nationale, les uns exig&#232;rent qu'on marche sur Versailles, les autres qu'on en appelle aux &#233;lecteurs, les troisi&#232;mes qu'on recoure avant tout aux mesures r&#233;volutionnaires, comme si chacun de ces pas - nous apprend notre auteur avec une grande profondeur d'esprit - n'&#233;tait pas &#233;galement n&#233;cessaire et comme si l'un e&#251;t exclu l'autre&#034; (p. 54).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les lignes qui suivent, Kautsky, au sujet de ces d&#233;saccords au sein de la Commune, nous offrira des banalit&#233;s r&#233;chauff&#233;es sur les rapports r&#233;ciproques entre les r&#233;formes et la r&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, la question se posait ainsi : si l'on voulait prendre l'offensive et marcher sur Versailles sans perdre un instant, il &#233;tait n&#233;cessaire de r&#233;organiser sur le champ la Garde Nationale, de mettre &#224; sa t&#234;te les &#233;l&#233;ments les plus combatifs du prol&#233;tariat parisien, ce qui e&#251;t entra&#238;n&#233; un affaiblissement temporaire de Paris du point de vue r&#233;volutionnaire. Mais organiser les &#233;lections &#224; Paris tout en faisant sortir de ses murs l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re aurait &#233;t&#233; une absurdit&#233; du point de vue du parti r&#233;volutionnaire. En th&#233;orie, la marche sur Versailles et les &#233;lections &#224; la Commune ne se contredisaient nullement ; mais dans la pratique, elles s'excluaient : pour le succ&#232;s des &#233;lections, il fallait remettre la marche sur Versailles ; pour le succ&#232;s de la marche, il fallait remettre les &#233;lections. Enfin, si l'on mettait le prol&#233;tariat en campagne en affaiblissant temporairement Paris, il devenait indispensable de s'assurer contre toute possibilit&#233; de tentatives contre-r&#233;volutionnaires dans la capitale, car Thiers ne se f&#251;t arr&#234;t&#233; devant rien pour allumer derri&#232;re les communards l'incendie de la r&#233;action. Il fallait &#233;tablir dans la capitale un r&#233;gime plus militaire, c'est-&#224;-dire plus rigoureux. &#034;Il fallait lutter, &#233;crit Lavrov, contre une multitude d'ennemis int&#233;rieurs qui foisonnaient dans Paris et qui, hier encore, se r&#233;voltaient aux abords de la Bourse et de la Place Vend&#244;me, qui avaient leurs repr&#233;sentants dans l'administration et dans la Garde Nationale, qui avaient leur presse, leurs r&#233;unions, qui entretenaient des rapports presque au grand jour avec les Versaillais, et qui se faisaient toujours plus r&#233;solus et audacieux, &#224; chaque imprudence, &#224; chaque insucc&#232;s de la Commune&#034;. Il fallait en m&#234;me temps prendre des mesures r&#233;volutionnaires d'ordre financier et &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral, avant tout pour satisfaire aux besoins de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Toutes ces mesures les plus indispensables de la dictature r&#233;volutionnaire auraient difficilement &#233;t&#233; conciliables avec une large campagne &#233;lectorale. Mais Kautsky n'a pas la moindre compr&#233;hension de ce qu'est une r&#233;volution en fait. Il pense que concilier th&#233;oriquement signifie r&#233;aliser pratiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; Central avait fix&#233; les &#233;lections &#224; la Commune au 22 mars ; mais manquant de confiance en soi, effray&#233; de sa propre ill&#233;galit&#233;, s'effor&#231;ant d'agir en accord avec une institution plus &#034;l&#233;gale&#034;, il ouvrit des pourparlers ridicules et interminables avec l'assembl&#233;e, tout &#224; fait impuissante, des maires et des d&#233;put&#233;s de Paris, pr&#234;t &#224; partager le pouvoir avec elle ne f&#251;t-ce que pour arriver &#224; un accord. On perdit ainsi un temps pr&#233;cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx, sur lequel Kautsky, selon une vieille habitude, tente de s'appuyer, n'a nullement propos&#233; d'&#233;lire la Commune et de lancer simultan&#233;ment les ouvriers dans une campagne militaire. Dans sa lettre &#224; Kugelmann du 12 avril 1871, Marx &#233;crivait que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale avait bien trop t&#244;t fait abandon de ses pouvoirs pour laisser le champ libre &#224; la Commune. Kautsky, selon ses propres paroles, &#034;ne comprend pas&#034; cette opinion de Marx. La chose est bien simple. Marx comprenait en tout cas que la t&#226;che ne consistait pas &#224; courir apr&#232;s la l&#233;galit&#233;, mais &#224; porter un coup mortel &#224; l'ennemi. &#034;Si le Comit&#233; Central avait &#233;t&#233; compos&#233; de vrais r&#233;volutionnaires, &#233;crit fort justement Lavrov, il aurait d&#251; agir bien diff&#233;remment. Il aurait &#233;t&#233; impardonnable de sa part d'accorder dix jours &#224; ses ennemis avant l'&#233;lection et la convocation de la Commune, pour qu'ils puissent se r&#233;tablir au moment o&#249; les dirigeants du prol&#233;tariat abandonnaient leur devoir et ne se reconnaissaient pas le droit de diriger imm&#233;diatement le prol&#233;tariat. L'impr&#233;paration totale des partis populaires produisait maintenant un Comit&#233; qui consid&#233;rait ces dix jours d'inaction comme obligatoires&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les aspirations du Comit&#233; Central cherchant comment remettre au plus vite le pouvoir &#224; un gouvernement &#034;l&#233;gal&#034; &#233;taient moins dict&#233;es par les superstitions d'une d&#233;mocratie formelle qui, du reste, ne faisaient pas d&#233;faut, que par la peur des responsabilit&#233;s. Sous pr&#233;texte qu'il n'&#233;tait qu'une institution provisoire, le Comit&#233; Central, bien que tout l'appareil mat&#233;riel du pouvoir f&#251;t concentr&#233; entre ses mains, refusa de prendre les mesures les plus n&#233;cessaires et les plus urgentes. Or, la Commune ne reprit pas la totalit&#233; du pouvoir politique Central, qui continua, sans beaucoup se g&#234;ner, &#224; s'immiscer dans toutes les affaires. Il en r&#233;sulta une dualit&#233; de pouvoir extr&#234;mement dangereuse, notamment dans le domaine militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 mai, le Comit&#233; Central envoya &#224; la Commune une d&#233;l&#233;gation qui exigea qu'on lui remette la conduite de l'administration de la guerre. De nouveau, rapporte Lissagaray, on discuta pour savoir s'il fallait faire arr&#234;ter le Comit&#233; Central ou bien lui donner la direction des op&#233;rations de guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agissait ici, non des principes de la d&#233;mocratie, mais de l'absence chez les deux parties d'un clair programme d'action ainsi que de la tendance, tant de la part de l'organisation r&#233;volutionnaire &#034;arbitraire&#034; personnifi&#233;e par le Comit&#233; Central, que de l'organisation &#034;d&#233;mocratique&#034; de la Commune, &#224; se d&#233;charger l'une sur l'autre des responsabilit&#233;s sans pour autant renoncer enti&#232;rement au pouvoir. On ne peut pas dire que de tels rapports politiques soient dignes d'&#234;tre imit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais le Comit&#233; Central - ainsi se console Kautsky - n'a jamais tent&#233; de porter atteinte au principe en vertu duquel le pouvoir sup&#233;rieur doit appartenir aux &#233;lus du suffrage universel. Sur ce point, la Commune de Paris &#233;tait l'oppos&#233; direct de la R&#233;publique sovi&#233;tique&#034; (p. 55). Il n'y avait pas d'unit&#233; de volont&#233; gouvernementale, il n'y avait pas de fermet&#233; r&#233;volutionnaire, il y avait dualit&#233; de pouvoir, et le r&#233;sultat en f&#251;t un &#233;croulement rapide et &#233;pouvantable. En revanche - n'est-ce pas r&#233;confortant ? - aucune atteinte ne fut port&#233;e au &#034;principe&#034; de la d&#233;mocratie. La Commune d&#233;mocratique et la dictature r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camarade L&#233;nine a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; &#224; Kautsky que tenter de d&#233;peindre la Commune comme une d&#233;mocratie formelle n'est que charlatanisme th&#233;orique. La Commune, tant par les traditions que par les intentions de son parti dirigeant - les blanquistes - &#233;tait l'expression de la dictature de la ville r&#233;volutionnaire sur le pays. Il en fut ainsi dans la Grande R&#233;volution fran&#231;aise ; il en e&#251;t &#233;t&#233; de m&#234;me dans la R&#233;volution de 1871 si la Commune n'&#233;tait pas tomb&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Le fait que dans Paris m&#234;me le pouvoir ait &#233;t&#233; &#233;lu sur la base du suffrage universel, n'exclut pas l'autre fait, bien plus important : l'action militaire de la Commune, d'une ville, contre la France paysanne, c'est-&#224;-dire contre toute la nation. Pour donner satisfaction au grand d&#233;mocrate Kautsky, les r&#233;volutionnaires de la Commune auraient d&#251; pr&#233;alablement consulter, par la voie du suffrage universel, toute la population de la France, pour savoir si elle les autorisait &#224; faire la guerre aux bandes de Thiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, dans Paris m&#234;me, les &#233;lections s'effectu&#232;rent apr&#232;s la fuite de la bourgeoisie soutenant Thiers, ou du moins de ses &#233;l&#233;ments les plus actifs, et apr&#232;s l'&#233;vacuation des troupes de Thiers. La bourgeoisie qui restait &#224; Paris, malgr&#233; toute son impudence, n'en redoutait pas moins les bataillons r&#233;volutionnaires, et c'est sous le signe de cette crainte, qui faisait pressentir l'in&#233;vitable terreur rouge de l'avenir, que se d&#233;roul&#232;rent les &#233;lections. Se consoler en pensant que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale, sous la dictature - molle et inconsistante, h&#233;las - duquel s'effectuaient les &#233;lections &#224; la Commune n'a pas attent&#233; au principe du suffrage universel, c'est, en r&#233;alit&#233;, donner des coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Multipliant les comparaisons st&#233;riles, Kautsky profite de ce que ses lecteurs ignorent les faits. A Petersbourg, en novembre 1917, nous avons aussi &#233;lu une Commune (la Douma municipale) sur la base du suffrage le plus &#034;d&#233;mocratique&#034;, sans restrictions pour la bourgeoisie. Ces &#233;lections, par suite du boycottage des partis bourgeois, nous donn&#232;rent une &#233;crasante majorit&#233; [4]. La Douma &#034;d&#233;mocratiquement&#034; &#233;lue se soumit volontairement au Soviet de Petersbourg, c'est-&#224;-dire qu'elle mit le fait de la dictature du prol&#233;tariat au-dessus du &#034;principe&#034; du suffrage universel ; et quelque temps apr&#232;s, elle se dissolvait de sa propre initiative en faveur d'une des sections du Soviet p&#233;tersbourgeois. De la sorte, le Soviet de Petersbourg, - ce vrai p&#232;re du pouvoir sovi&#233;tique - a sur lui la gr&#226;ce divine d'une cons&#233;cration d&#233;mocratique formelle qui ne le c&#232;de en rien &#224; celle de la Commune de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Lors des &#233;lections du 26 mars, &#233;crit Kautsky, 90 membres avaient &#233;t&#233; &#233;lus &#224; la Commune. Parmi eux se trouvaient 15 membres du parti gouvernemental (Thiers) et 6 radicaux bourgeois qui, tout en &#233;tant les adversaires du gouvernement, n'en condamnaient pas moins l'insurrection (des ouvriers parisiens).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La R&#233;publique sovi&#233;tique, nous enseigne notre auteur, n'aurait jamais tol&#233;r&#233; que de pareils &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires puissent se pr&#233;senter ne serait-ce que comme candidats, et encore moins se faire &#233;lire. La Commune, par respect de la d&#233;mocratie, ne mit pas le moindre obstacle &#224; l'&#233;lection de ses adversaires bourgeois&#034; (p. 55-56).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;j&#224; vu plus haut qu'ici Kautsky passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la question. En premier lieu, dans la phase analogue du d&#233;veloppement de la R&#233;volution russe, on a proc&#233;d&#233; &#224; des &#233;lections pendant lesquelles le pouvoir sovi&#233;tique laissa toute latitude aux partis bourgeois. Si les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, qui avaient leur presse qui appelait ouvertement au renversement du pouvoir sovi&#233;tique, ont boycott&#233; les &#233;lections, c'est uniquement parce qu'ils esp&#233;raient &#224; cette &#233;poque en finir rapidement avec nous par la force des armes. En second lieu, il n'y eut pas dans la Commune de Paris de d&#233;mocratie exprimant toutes les classes. Pour les d&#233;put&#233;s bourgeois - conservateurs, lib&#233;raux, gambettistes - il ne s'y trouva pas de place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Presque tous ces personnages, &#233;crit Lavrov, sortirent soit sur le champ, soit tr&#232;s vite, du conseil de la Commune. Ils auraient pu &#234;tre les repr&#233;sentants de Paris en tant que ville libre sous l'administration de la bourgeoisie, mais ils &#233;taient compl&#232;tement d&#233;plac&#233;s dans le conseil de la Commune qui, bon gr&#233;, mal gr&#233;, consciemment ou inconsciemment, compl&#232;tement ou incompl&#232;tement, repr&#233;sentait tout de m&#234;me la r&#233;volution du prol&#233;tariat et la tentative, aussi faible qu'elle f&#251;t, de cr&#233;er les formes de soci&#233;t&#233; correspondant &#224; cette r&#233;volution&#034;. Si la bourgeoisie p&#233;tersbourgeoise n'avait pas boycott&#233; les &#233;lections communales, ses repr&#233;sentants seraient entr&#233;s &#224; la Douma de Petersbourg. Ils y seraient rest&#233;s jusqu'au premier soul&#232;vement des socialistes-r&#233;volutionnaires et des cadets, apr&#232;s quoi - avec ou sans la permission de Kautsky - ils auraient probablement &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s s'ils n'avaient pas quitt&#233; la Douma &#224; temps, comme l'avaient fait &#224; un certain moment les membres bourgeois de la Commune de Paris. Le cours des &#233;v&#233;nements serait rest&#233; le m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s qu'&#224; la surface quelques &#233;pisodes se seraient d&#233;roul&#233;s diff&#233;remment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Glorifiant la d&#233;mocratie de la Commune et l'accusant en m&#234;me temps d'avoir manqu&#233; de hardiesse &#224; l'&#233;gard de Versailles, Kautsky ne comprend pas que les &#233;lections communales, qui se firent avec la participation &#224; double sens des maires et des d&#233;put&#233;s &#034;l&#233;gaux&#034;, refl&#233;taient l'espoir d'un accord pacifique avec Versailles. C'est tout le fond de la question. Les dirigeants voulaient l'entente et non la lutte. Les masses n'avaient pas encore &#233;puis&#233; leurs illusions. Les autorit&#233;s r&#233;volutionnaires factices n'avaient pas encore eu le temps de r&#233;v&#233;ler leur v&#233;ritable nature. Et le tout s'appelait &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous devons dominer nos ennemis par la force morale...&#034;, pr&#234;chait Vermorel. &#034;Il ne faut pas toucher &#224; la libert&#233; et &#224; la vie de l'individu...&#034;. S'effor&#231;ant de conjurer la &#034;guerre intestine&#034;, Vermorel conviait la bourgeoisie lib&#233;rale, qu'il stigmatisait jadis si impitoyablement, &#224; former un &#034;pouvoir r&#233;gulier, reconnu et respect&#233; par toute la population parisienne&#034;. Le Journal officiel, publi&#233; sous la direction de l'internationaliste Longuet, &#233;crivait : &#034;Le d&#233;plorable malentendu qui, aux journ&#233;es de juin [1848], arma l'une contre l'autre deux classes [...] ne pouvait se renouveler. Cette fois l'antagonisme n'existait pas de classe &#224; classe&#034; (30 mars). Et plus loin : &#034;Toute dissidence aujourd'hui, s'effacera, parce que tous se sentent solidaires, parce que jamais il n'y a eu moins de haine, moins d'antagonisme social&#034; (3 avril). A la s&#233;ance de la Commune du 25 avril, ce ne fut pas sans raison que Jourde se vanta que la Commune n'ait &#034;jamais port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;&#034;. C'est ainsi qu'il s'imaginaient conqu&#233;rir l'opinion des milieux bourgeois et trouver la voie d'un accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ce genre de sermon, &#233;crit fort justement Lavrov, ne d&#233;sarma nullement les ennemis du prol&#233;tariat, qui comprenaient parfaitement ce dont le triomphe de celui-ci les mena&#231;ait : par contre, il enleva au prol&#233;tariat toute &#233;nergie combative et l'aveugla comme &#224; dessein en pr&#233;sence d'ennemis irr&#233;ductibles&#034;. Mais ces pr&#234;ches &#233;mollients &#233;taient indissolublement li&#233;s &#224; la fiction de la d&#233;mocratie. Cette fiction de l&#233;galit&#233; faisait croire que la question pouvait se r&#233;soudre sans lutte : &#034;En ce qui concerne les masses de la population - &#233;crit un membre de la Commune, Arthur Arnould - elles croyaient, non sans quelque raison, &#224; l'existence au moins d'une entente tacite avec le gouvernement&#034;. Impuissants &#224; attirer la bourgeoisie, les conciliateurs, comme toujours, induisaient le prol&#233;tariat en erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dans les conditions de l'in&#233;vitable guerre civile qui commen&#231;ait d&#233;j&#224;, le parlementarisme n'exprim&#226;t plus que l'impuissance conciliatrice des groupes dirigeants, c'est ce dont t&#233;moigne de la fa&#231;on la plus &#233;vidente la proc&#233;dure insens&#233;e des &#233;lections compl&#233;mentaires &#224; la Commune (16 avril). A ce moment, &#233;crit Arthur Arnould, &#034;on n'avait plus que faire du vote. La situation &#233;tait devenue tragique au point qu'on n'avait plus ni le loisir, ni le sang-froid n&#233;cessaires pour que les &#233;lections g&#233;n&#233;rales puissent faire leur &#339;uvre. Tous les hommes fid&#232;les &#224; la Commune &#233;taient sur les fortifications, dans les forts, dans les postes avanc&#233;s. Le peuple n'attachait aucune importance &#224; ces &#233;lections compl&#233;mentaires. Ce n'&#233;tait au fond que du parlementarisme. L'heure n'&#233;tait plus &#224; compter les &#233;lecteurs mais &#224; avoir des soldats ; non &#224; rechercher si nous avions grandi ou baiss&#233; dans l'opinion de Paris, mais &#224; d&#233;fendre Paris contre les Versaillais&#034;. Ces paroles auraient pu faire comprendre &#224; Kautsky pourquoi il n'est pas si facile de combiner dans la r&#233;alit&#233; la guerre de classe avec une d&#233;mocratie groupant toutes les classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La Commune n'est pas une Assembl&#233;e Constituante&#034;, &#233;crivait dans sa publication Milli&#232;re, une des meilleures t&#234;tes de la Commune, &#034;elle est un conseil de guerre. Elle ne doit avoir qu'un but : la victoire ; qu'une arme : la force ; qu'une loi : celle du salut public&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ils n'ont jamais pu comprendre&#034;, s'&#233;crie Lissagaray en accusant les dirigeants, &#034;que la Commune &#233;tait une barricade&#034;, et non une administration. Ils ne commenc&#232;rent &#224; le comprendre qu'&#224; la fin, lorsqu'il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Kautsky ne l'a pas encore compris. Et rien ne laisse pr&#233;voir qu'il le comprenne un jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune a &#233;t&#233; la n&#233;gation vivante de la d&#233;mocratie formelle, car, dans son d&#233;veloppement, elle a signifi&#233; la dictature du Paris ouvrier sur la nation paysanne. Ce fait domine tous tes autres. Quels que fussent les efforts des routiniers politiques au sein de la Commune m&#234;me pour se cramponner &#224; l'apparence de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, chaque action de la Commune, insuffisante pour la victoire, &#233;tait suffisante pour convaincre de sa nature ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune, c'est-&#224;-dire la municipalit&#233; parisienne, abrogea la conscription nationale. Elle intitula son organe officiel : Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise. Bien que timidement, elle toucha &#224; la Banque de France. Elle proclama la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat et supprima le budget des cultes. Elle entra en relations avec les ambassades &#233;trang&#232;res, etc, etc... Tout cela, elle le fit au nom de la dictature r&#233;volutionnaire. Mais le d&#233;mocrate Cl&#233;menceau, encore vert &#224; l'&#233;poque, ne voulait pas reconna&#238;tre ce droit.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la r&#233;union avec le Comit&#233; Central, Cl&#233;menceau d&#233;clara : &#034;L'insurrection s'est op&#233;r&#233;e sur un motif ill&#233;gitime [...]. Bient&#244;t le Comit&#233; deviendra ridicule et ses d&#233;crets seront m&#233;pris&#233;s... D'ailleurs, Paris n'a aucun droit de s'insurger contre la France il doit reconna&#238;tre absolument l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che de la Commune &#233;tait de dissoudre l'Assembl&#233;e Nationale. Elle n'y a malheureusement pas r&#233;ussi. Et maintenant, Kautsky recherche des circonstances att&#233;nuantes &#224; ses criminels desseins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait remarquer que les communards avaient pour adversaires &#224; l'Assembl&#233;e Nationale des monarchistes, tandis qu'&#224; l'Assembl&#233;e Constituante nous avions contre nous... des socialistes en la personne des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Voil&#224; bien une totale &#233;clipse d'esprit ! Kautsky parle des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, mais il oublie l'unique ennemi s&#233;rieux : les cadets. Ils constituaient pr&#233;cis&#233;ment notre parti &#034;versaillais&#034; russe, c'est-&#224;-dire le bloc des propri&#233;taires au nom de la propri&#233;t&#233;, et le professeur Milioukov essayait de toutes ses forces d'imiter le &#034;petit grand homme&#034; Thiers. De tr&#232;s bonne heure - bien avant la r&#233;volution d'Octobre - Milioukov - s'&#233;tait mis &#224; la recherche d'un Galliffet, qu'il avait tour &#224; tour cru trouver en la personne des g&#233;n&#233;raux Kornilov, Alex&#233;iev, Kal&#233;dine, Krasnov ; et apr&#232;s que Koltchak eut rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan les partis politiques et dissous l'Assembl&#233;e Constituante, le parti cadet, l'unique parti bourgeois s&#233;rieux, de nature essentiellement monarchiste, non seulement ne lui refusa pas son appui, mais l'entoura d'une sympathie encore plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ne jou&#232;rent chez nous aucun r&#244;le ind&#233;pendant, comme il en est d'ailleurs du parti de Kautsky pendant les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires d'Allemagne. Ils avaient &#233;difi&#233; toute leur politique sur la coalition avec les cadets, leur assurant ainsi une situation pr&#233;pond&#233;rante qui ne correspondait gu&#232;re au rapport des forces politiques. Les partis socialiste-r&#233;volutionnaire et menchevik n'&#233;taient qu'un appareil de transmission destin&#233; &#224; gagner dans les meetings et aux &#233;lections la confiance politiques des masses r&#233;veill&#233;es par la r&#233;volution pour en faire b&#233;n&#233;ficier le parti imp&#233;rialiste contre-r&#233;volutionnaire cadet - cela ind&#233;pendamment de l'issue des &#233;lections. La d&#233;pendance de la majorit&#233; menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;gard de la minorit&#233; cadette n'&#233;tait en elle-m&#234;me qu'une raillerie &#224; peine voil&#233;e de l'id&#233;e de &#034;d&#233;mocratie&#034;. Mais ce n'est pas tout. Dans les parties du pays o&#249; le r&#233;gime de &#034;d&#233;mocratie&#034; subsistait assez longtemps, il se terminait in&#233;vitablement par un coup d'Etat contre-r&#233;volutionnaire ouvert. Il en fut ainsi en Ukraine o&#249; la Rada d&#233;mocratique, qui avait vendu le pouvoir sovi&#233;tique &#224; l'imp&#233;rialisme allemand, se vit elle-m&#234;me rejet&#233;e par le monarchiste Skoropadsky. Il en fut ainsi au Kouban, o&#249; la Rada d&#233;mocratique se retrouva sous la botte de Denikine. Il en fut ainsi - et c'est l'exp&#233;rience la plus importante de notre &#034;d&#233;mocratie&#034; - en Sib&#233;rie, o&#249; l'Assembl&#233;e Constituante, formellement domin&#233;e, en l'absence des bolcheviks, par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, et dirig&#233;e en fait par les cadets, conduisit &#224; la dictature de l'amiral tsariste Koltchak. Il en fut ainsi, enfin, dans le Nord, o&#249; les membres de la Constituante, personnifi&#233;s par le gouvernement du socialiste-r&#233;volutionnaire Tchaikovsky, se transform&#232;rent en d&#233;coration de pacotille au profit des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires russes et anglais. Dans tous les petits gouvernements limitrophes, les choses se sont pass&#233;es ou se passent ainsi : en Finlande, en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en G&#233;orgie, en Arm&#233;nie, o&#249;, sous le pavillon formel de la d&#233;mocratie, se renforce la domination des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et du militarisme &#233;tranger. L'ouvrier parisien de 1871 - Le prol&#233;taire p&#233;tersbourgeois de 1917&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des comparaisons les plus grossi&#232;res, les plus injustifi&#233;es et les plus honteuses politiquement que fait Kautsky entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique, concerne le caract&#232;re de l'ouvrier parisien de 1871 et du prol&#233;taire russe de 1917-1919. Kautsky nous d&#233;peint le premier comme un r&#233;volutionnaire enthousiaste capable de la plus haute abn&#233;gation, le second comme un &#233;go&#239;ste, un profiteur, un anarchiste spontan&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrier parisien a derri&#232;re lui un pass&#233; trop bien d&#233;fini pour avoir besoin de recommandations r&#233;volutionnaires ou pour devoir se d&#233;fendre des louanges du Kautsky actuel. N&#233;anmoins, le prol&#233;tariat de Petersbourg n'a pas et ne peut avoir de motifs de renoncer &#224; se comparer &#224; son h&#233;ro&#239;que fr&#232;re a&#238;n&#233;. Les trois ann&#233;es de lutte ininterrompue des ouvriers p&#233;tersbourgeois, d'abord pour la conqu&#234;te du pouvoir, ensuite pour son maintien et son affermissement au milieu des souffrances sans pr&#233;c&#232;dent de la faim, du froid, des dangers continuels, constituent une chronique exceptionnelle de l'h&#233;ro&#239;sme et de l'abn&#233;gation collectifs. Kautsky, comme nous le montrons par ailleurs, prend, pour les comparer &#224; lu fine fleur des communards, les &#233;l&#233;ments les plus obscurs du prol&#233;tariat russe. Il ne se distingue en rien sur ce point des sycophantes bourgeois, pour lesquels les communards morts sont toujours infiniment plus attrayants que les vivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois a pris le pouvoir quarante-cinq ans apr&#232;s le prol&#233;tariat parisien. Cet intervalle nous a dot&#233;s d'une immense sup&#233;riorit&#233;. Le caract&#232;re petit-bourgeois et artisan du vieux et en partie du nouveau Paris est totalement &#233;tranger &#224; Petersbourg, centre de l'industrie la plus concentr&#233;e du monde. Cette derni&#232;re circonstance nous a consid&#233;rablement facilit&#233; nos t&#226;ches d'agitation et d'organisation, ainsi que l'instauration du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre prol&#233;tariat est loin de poss&#233;der les riches traditions du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Mais en revanche, au d&#233;but de la r&#233;volution pr&#233;sente, la grande exp&#233;rience des insucc&#232;s de 1905 &#233;tait encore vivante dans la m&#233;moire de la g&#233;n&#233;ration a&#238;n&#233;e de nos ouvriers, qui n'oubliait pas le devoir de vengeance qui lui avait &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers russes ne sont pas pass&#233;s, comme les ouvriers fran&#231;ais, par la longue &#233;cole de la d&#233;mocratie et du parlementarisme, &#233;cole qui, &#224; certaines &#233;poques, fut un facteur important de culture politique du prol&#233;tariat. Mais d'autre part, l'amertume des d&#233;ceptions et le poison du scepticisme qui lient - jusqu'&#224; une heure que nous esp&#233;rons proche - la volont&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fran&#231;ais, n'avaient pas eu le temps de se d&#233;poser dans l'&#226;me de la classe ouvri&#232;re russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris a subi un d&#233;sastre militaire avant d'avoir vu se dresser devant elle, de toute leur hauteur, les questions &#233;conomiques. En d&#233;pit des magnifiques qualit&#233;s guerri&#232;res des ouvriers parisiens, le destin militaire de la Commune fut de bonne heure d&#233;sesp&#233;r&#233; : l'ind&#233;cision et l'esprit de conciliation au sommet avaient engendr&#233; la d&#233;sagr&#233;gation &#224; la base.&lt;br class='autobr' /&gt;
La solde de garde national &#233;tait pay&#233;e &#224; 162.000 simples soldats et &#224; 6.500 officiers, mais le nombre de ceux qui allaient r&#233;ellement au combat, surtout apr&#232;s la sortie infructueuse du 3 avril, variait entre vingt et trente mille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces faits ne compromettent nullement les ouvriers parisiens et ne donnent &#224; personne le droit de les traiter de l&#226;ches ou de d&#233;serteurs - bien que les cas de d&#233;sertion n'aient certainement pas &#233;t&#233; rares. La combativit&#233; d'une arm&#233;e requiert avant tout l'existence d'un appareil de direction pr&#233;cis et centralis&#233;. Les communards n'en avaient pas m&#234;me id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;partement de la guerre de la Commune &#233;tait, selon l'expression d'un auteur, comme dans une chambre sombre o&#249; tout le monde se bousculait. Le bureau du minist&#232;re &#233;tait rempli d'officiers, de gardes qui exigeaient des fournitures militaires, des approvisionnements, ou qui se plaignaient qu'on ne les relev&#226;t pas. On les renvoyait au commandement...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tels bataillons, &#233;crit Lissagaray, restaient vingt, trente jours aux tranch&#233;es, d&#233;nu&#233;s du n&#233;cessaire, tels demeuraient continuellement en r&#233;serve [...]. Cette incurie tua vite la discipline. Les hommes braves ne voulurent relever que d'eux seuls, les autres esquiv&#232;rent le service. Les officiers firent de m&#234;me, ceux-ci quittant leur poste pour aller au feu du voisin, ceux-l&#224; abandonnant&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pareil r&#233;gime ne pouvait rester impuni : la Commune fut noy&#233;e dans le sang. Mais &#224; ce sujet, on trouve chez Kautsky une consolation inimitable : &#034;La conduite de la guerre, dit-il en hochant la t&#234;te, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; (p. 76).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aphorisme digne de Pangloss est &#224; la hauteur d'une autre sentence de Kautsky, &#224; savoir que l'Internationale n'est pas une arme utile en temps de guerre, &#233;tant par nature &#034;un instrument de paix&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Kautsky actuel se r&#233;sume, au fond, tout entier dans ces deux aphorismes ; et sa valeur est &#224; peine sup&#233;rieure au z&#233;ro absolu. La conduite de la guerre, voyez-vous, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, d'autant que l'Internationale n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour une p&#233;riode de guerre. Le navire de Kautsky a &#233;t&#233; construit pour naviguer sur les &#233;tangs et les baies calmes, pas du tout pour la pleine mer et une &#233;poque agit&#233;e. S'il commence &#224; faire eau et coule maintenant &#224; fond, la faute en revient &#224; la temp&#234;te, &#224; la masse d'eau exc&#233;dentaire, &#224; l'immensit&#233; des vagues et &#224; toute une s&#233;rie d'autres circonstances impr&#233;vues auxquelles Kautsky ne destinait pas son magnifique instrument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat international s'est donn&#233; pour t&#226;che de conqu&#233;rir le pouvoir. Que la guerre civile &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034; soit ou non un des attributs indispensables de la r&#233;volution &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034;, il n'en reste pas moins incontestable que le mouvement en avant du prol&#233;tariat en Russie, en Allemagne et dans certaines parties de l'ancienne Autriche-Hongrie, a rev&#234;tu la forme d'une guerre civile intense, et ce non seulement sur les fronts int&#233;rieurs, mais sur les fronts ext&#233;rieurs. Si la conduite de la guerre n'est pas le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, et si l'Internationale ouvri&#232;re n'est bonne que pour les &#233;poques pacifiques, il faut faire une croix sur la r&#233;volution et sur le socialisme, car la conduite de la guerre est un c&#244;t&#233; suffisamment fort du gouvernement capitaliste, qui ne permettra pas aux ouvriers d'arriver au pouvoir sans guerre. Il ne reste plus qu'&#224; consid&#233;rer ce qu'on appelle d&#233;mocratie &#034;socialiste&#034; comme un parasite de la soci&#233;t&#233; capitaliste et du parlementarisme bourgeois, c'est-&#224;-dire &#224; sanctionner ouvertement ce que font en politique les Ebert, les Scheidemann, les Renaudel, et ce contre quoi Kautsky, semble-t-il, s'&#233;l&#232;ve encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conduite de la guerre n'&#233;tait pas le c&#244;t&#233; fort de la Commune. C'est la raison pour laquelle elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e - et avec quelle sauvagerie !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut remonter, &#233;crivait en son temps le lib&#233;ral assez mod&#233;r&#233; Fiaux, aux proscriptions de Sylla, d'Antoine et d'Octave pour trouver pareils assassinats dans l'histoire des nation civilis&#233;es ; les guerres religieuses sous les derniers Valois, la nuit de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, l'&#233;poque de la Terreur ne sont en comparaison que des jeux d'enfants. Dans la seule derni&#232;re semaine de mai, on a relev&#233; &#224; Paris 17.000 cadavres de f&#233;d&#233;r&#233;s insurg&#233;s... On tuait encore vers le 15 juin&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La conduite de la guerre n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faux ! Les ouvriers russes ont montr&#233; qu'ils sont capables de se rendre ma&#238;tres aussi de la &#034;machine de guerre&#034;. Nous voyons ici un gigantesque pas en avant par rapport &#224; la Commune. Nous portons coup sur coup &#224; ses bourreaux. La Commune, nous la vengeons, et nous prenons sa revanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des 168.500 gardes nationaux qui recevaient leur solde, 20 ou 30.000 allaient au combat. Ces chiffres sont une mati&#232;re int&#233;ressante pour les d&#233;ductions qu'on peut en tirer sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie formelle en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Le sort de la Commune de Paris ne s'est pas d&#233;cid&#233; dans les &#233;lections, mais dans les combats contre l'arm&#233;e de Thiers. Les 168.500 gardes nationaux repr&#233;sentaient la masse principale des &#233;lecteurs. Mais en fait 20 ou 30.000 hommes, minorit&#233; la plus d&#233;vou&#233;e et la plus combative, ont d&#233;termin&#233; dans les combats les destin&#233;es de la Commune. Cette minorit&#233; n'&#233;tait pas isol&#233;e, elle ne faisait qu'exprimer avec plus de courage et d'abn&#233;gation la volont&#233; de la majorit&#233;. Mais ce n'&#233;tait tout de m&#234;me que la minorit&#233;. Les autres, qui se cach&#232;rent au moment critique, n'&#233;taient pas hostiles &#224; la Commune ; au contraire, ils la soutenaient activement ou passivement, mais ils &#233;taient moins conscients, moins r&#233;solus. Sur l'ar&#232;ne de la d&#233;mocratie politique, leur niveau de conscience plus faible rendit possible la supercherie des aventuriers, des escrocs, des charlatans petits-bourgeois et des honn&#234;tes lourdauds qui se leurraient eux-m&#234;mes. Mais lorsqu'il s'agit d'une guerre de classes d&#233;clar&#233;e, ils suivirent plus ou moins la minorit&#233; d&#233;vou&#233;e. Cette situation trouva encore son expression dans l'organisation de la Garde Nationale. Si l'existence de la Commune s'&#233;tait prolong&#233;e, ces rapports r&#233;ciproques entre l'avant-garde et la masse du prol&#233;tariat se seraient renforc&#233;s de plus en plus. L'organisation qui se serait constitu&#233;e et consolid&#233;e en tant qu'organisation des masses travailleuses dans le processus de la lutte ouverte serait devenue l'organisation de leur dictature, le Soviet des d&#233;put&#233;s du prol&#233;tariat en armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] P.L. Lavrov, La Commune de Paris du 18 mars 1871, Editions de la librairie Goloss, P&#233;trograd, 1919. Les passages cit&#233;s par Trotsky dans ce chapitre se trouvent pp. 64-65, 71, 77, 225, 143-144, 87, 112, 371, 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Nous n'avons pas retrouv&#233; la seconde partie de cette citation que Trotsky attribue &#224; Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, 1876, p. 106. Les autres passages de cet ouvrage cit&#233;s dans le chapitre ont &#233;t&#233; collationn&#233;s sur l'&#233;dition originale, respectivement pp. 70-71, 107 (citation de Cl&#233;menceau) et 238 (que Trotsky attribue sans doute par erreur &#224; Lavrov).&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] D&#233;claration du Comit&#233; Central de la Garde Nationale du 19 mars 1871, publi&#233;e dans le Journal Officiel de la Commune, 20 mars 1871. Nous avons &#233;galement collationn&#233; sur la source originale les citations faites plus loin : s&#233;ances de la Commune du 30 avril et du 1er mai (JO des 3 et 4 mai), JO des 30 mars et 3 avril, JO du 25 avril (d&#233;claration de Jourde).&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de noter qu'aux &#233;lections communales de 1871 &#224; Paris, 230 000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Aux &#233;lections municipales de novembre 1917 &#224; Petersbourg, en d&#233;pit du boycottage des &#233;lections par tous les partis sauf le n&#244;tre et celui des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, qui n'avait presque aucune influence dans la capitale, 390.000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Paris comptait en 1871 2.000.000 d'habitants. Il faut noter que notre syst&#232;me &#233;lectoral &#233;tait incomparablement plus d&#233;mocratique, le Comit&#233; Central de la Garde Nationale ayant fait les &#233;lections sur la base de la loi &#233;lectorale de l'Empire. (Note de l'auteur)&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Terrorisme et Communisme&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ecrits de Karl Kautsky :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ceux qui dressent le tableau de la r&#233;volution fran&#231;aise en la pr&#233;sentant comme l'&#339;uvre des philosophes, des Voltaire et des Rousseau, d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre, des orateurs de l'Assembl&#233;e Nationale, des Mirabeau et des Robespierre, ne pouvaient cependant pas ne pas noter que le conflit qui a d&#233;bouch&#233; sur la r&#233;volution provenait de l'antagonisme opposant les deux premiers ordres et le Tiers &#201;tat. Ils ont vu que cet antagonisme n'&#233;tait pas &#233;ph&#233;m&#232;re et contingent : il avait d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; dans les &#201;tats G&#233;n&#233;raux de 1614 et dans ceux qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s, il avait &#233;t&#233; un facteur essentiel de l'&#233;volution historique, et au premier chef de la consolidation de la royaut&#233; absolue. Il ne pouvait leur &#233;chapper que ce conflit prenait ses racines dans les structures &#233;conomiques. Certes, dans la plupart des ouvrages consacr&#233;s &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, la lutte des classes n'apparaissait pas, elle n'appara&#238;t encore aujourd'hui toujours pas, comme le moteur du bouleversement, mais seulement comme un &#233;pisode situ&#233; au milieu des luttes des philosophes, des orateurs et des hommes d'&#201;tat, comme si ces derni&#232;res n'&#233;taient pas le r&#233;sultat n&#233;cessaire de celle-l&#224;. Il a fallu un gigantesque travail conceptuel pour que ce qui semblait &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne &#233;pisodique, f&#251;t identifi&#233; comme le ressort r&#233;el, non seulement de toute la R&#233;volution, mais aussi de toute l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s depuis que se sont constitu&#233;s les antagonismes de classes. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire est encore aujourd'hui tr&#232;s contest&#233;e. Mais l'id&#233;e que la r&#233;volution fran&#231;aise est l'aboutissement d'une lutte de classes entre le Tiers &#201;tat et les deux autres ordres, est en revanche presque g&#233;n&#233;ralement admise depuis longtemps. Elle a cess&#233; d'&#234;tre une th&#233;orie destin&#233;e seulement aux sp&#233;cialistes, elle est devenue totalement populaire, notamment aupr&#232;s de la classe ouvri&#232;re allemande. Les adeptes de cette id&#233;e ont actuellement moins pour t&#226;che de la d&#233;fendre que de la pr&#233;server de toute &#233;dulcoration. Quand on ram&#232;ne le cours de l'histoire &#224; celle des luttes de classes, la tentation est grande de supposer que dans la soci&#233;t&#233; en question il n'y a que deux camps, deux classes en lutte, deux masses compactes et homog&#232;nes, la masse r&#233;volutionnaire et la masse r&#233;actionnaire, qu'il n'y a qu'un &#171; eux et nous &#187;. &#192; ce compte, la t&#226;che de l'historien serait assez facile. Mais la r&#233;alit&#233; est loin d'&#234;tre aussi simple. La soci&#233;t&#233; est un organisme extraordinairement complexe, elle le devient chaque jour davantage, c'est un enchev&#234;trement de classes multiples et d'int&#233;r&#234;ts les plus divers, lesquels peuvent, en fonction de la situation, se regrouper en formant les partis les plus vari&#233;s. Cela vaut pour aujourd'hui, et cela vaut aussi pour l'&#233;poque de la r&#233;volution fran&#231;aise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, 1889&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'action &#233;conomique de l'&#201;tat moderne est l'origine naturelle de l'&#233;volution qui conduit &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste. Nous ne pr&#233;tendons nullement dire par l&#224; que toute mise en r&#233;gie d'une fonction &#233;conomique ou d'une exploitation &#233;conomique constitue un progr&#232;s fait vers la soci&#233;t&#233; socialiste et que celle-ci puisse &#234;tre le r&#233;sultat de la mise en r&#233;gie g&#233;n&#233;rale de toute l'organisation &#233;conomique sans qu'il soit n&#233;cessaire de modifier l'essence de l'&#201;tat. Cette opinion, l'opinion de ce qu'on appelle les socialistes d'&#201;tat, provient d'une id&#233;e fausse de l'&#201;tat. Comme tout &#201;tat, l'&#201;tat moderne est en premier lieu l'arme destin&#233;e &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes dominantes. Sa nature ne se trouve pas atteinte par le fait qu'il se charge de fonctions qui n'int&#233;ressent pas seulement les classes dominantes, mais la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Souvent, il ne se les attribue que parce que, si on les n&#233;gligeait, non seulement l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233;, mais encore la situation des classes dominantes s'en trouveraient menac&#233;s. Mais, en aucun cas, il ne les remplit contrairement aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes sup&#233;rieures ou de fa&#231;on &#224; mettre en p&#233;ril leur pouvoir. Si l'&#201;tat actuel se charge de certaines entreprises, de certaines fonctions, il ne le fait pas pour restreindre l'exploitation capitaliste, mais pour prot&#233;ger et consolider le mode de production capitaliste, ou bien encore pour participer &#224; cette exploitation, augmenter ainsi ses revenus et diminuer les contributions que la classe capitaliste doit verser pour le maintenir. Comme exploiteur, l'&#201;tat a cette sup&#233;riorit&#233; sur le capitaliste individuel de disposer non seulement des forces &#233;conomiques que poss&#232;de le capitaliste, mais encore des pouvoirs politiques dont il jouit comme autorit&#233; publique. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'&#201;tat n'a pratiqu&#233; la mise en r&#233;gie qu'autant qu'elle &#233;tait conforme aux int&#233;r&#234;ts des classes dominantes. Il agira de m&#234;me &#224; l'avenir. Aussi longtemps donc que les classes poss&#233;dantes seront les classes dominantes, la mise &#224; la charge de l'&#201;tat d'entreprises et de fonctions n'ira jamais jusqu'&#224; porter pr&#233;judice d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale au capital et &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e, de fa&#231;on &#224; restreindre leur pouvoir et leur exploitation.. Ce n'est que quand les classes laborieuses domineront dans l'&#201;tat que celui-ci cessera d'&#234;tre une entreprise capitaliste. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de le transformer en une soci&#233;t&#233; coop&#233;rative et socialiste. Cette constatation est l'origine de la t&#226;che que se propose la d&#233;mocratie socialiste : elle veut que les classes laborieuses conqui&#232;rent le pouvoir politique pour, avec son. aide, transformer l'&#201;tat en une grande coop&#233;rative &#233;conomique se suffisant &#224; elle-m&#234;me pour l'essentiel. (&#8230;) Quand le prol&#233;tariat, en temps que classe consciente, prend part aux luttes parlementaires, dans les &#233;lections et dans l'assembl&#233;e elle-m&#234;me, le parlementarisme commence &#224; changer de nature. Il cesse d&#232;s lors d'&#234;tre un simple moyen de domination de la bourgeoisie. Ces luttes constituent pr&#233;cis&#233;ment le moyen le plus puissant de secouer les couches encore indiff&#233;rentes du prol&#233;tariat, de leur inspirer la confiance et l'espoir. Elles forment le moyen le plus puissant de fondre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de prol&#233;taires en une classe unique ; elles sont enfin le moyen le plus puissant dont dispose le prol&#233;tariat pour agir sur le gouvernement et lui arracher les concessions qui peuvent l'&#234;tre dans l'&#233;tat des circonstances. Bref, ces luttes sont le levier le plus puissant pour faire sortir le prol&#233;tariat de son abaissement &#233;conomique, social et moral. Ainsi donc, non seulement la classe ouvri&#232;re n'a aucune raison de rester &#233;trang&#232;re au parlementarisme, elle a, au contraire, tous les motifs de fortifier le Parlement au d&#233;triment de l'autorit&#233; publique, de fortifier sa repr&#233;sentation dans le Parlement. A c&#244;t&#233; du droit de coalition et de la libert&#233; de la presse, le suffrage universel est la condition du d&#233;veloppement du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le programme socialiste &#187;, 1892&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous trouvons avant tout entre les r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes et celle d'aujourd'hui, cette grande diff&#233;rence que dans celle-ci, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde, le prol&#233;tariat industriel appara&#238;t en vainqueur &#224; l'&#233;tat de force directrice ind&#233;pendante. L'insurrection de la Commune de Paris, en 1871, n'&#233;tait que l'insurrection d'une seule ville et elle fut d&#233;faite au bout de quelques semaines. Aujourd'hui nous voyons la R&#233;volution en marche, depuis un an d&#233;j&#224;, de la mer Glaciale &#224; la mer Noire, de la Baltique &#224; l'Oc&#233;an Pacifique, et le prol&#233;tariat croissant sans cesse en elle, en force et en conscience. A la v&#233;rit&#233;, nous n'avons pas encore le pouvoir absolu, pas encore la dictature du prol&#233;tariat, pas encore la R&#233;volution socialiste ; nous n'en avons que le commencement. Le prol&#233;tariat de Russie ne fait que briser ses cha&#238;nes afin d'avoir les mains libres pour la lutte de classe contre le capital ; il ne se sent pas encore assez vigoureux pour s'attaquer &#224; l'expropriation du capital. Mais d&#233;j&#224; le mot d'ordre de : lutte de classe prol&#233;tarienne est, au point de vue socialiste, un progr&#232;s consid&#233;rable en comparaison des r&#233;volutions de 1648 et de 1789. (&#8230;) Aujourd'hui, au commencement du vingti&#232;me si&#232;cle, les rapports internationaux sont devenus si &#233;troits que le d&#233;but de la R&#233;volution en Russie a d&#233;j&#224; suffi &#224; &#233;veiller un &#233;cho enthousiaste dans le prol&#233;tariat du monde entier, d'acc&#233;l&#233;rer le mouvement de la lutte de classe, et de faire trembler, du premier coup sur ses fondements, l'empire d'Autriche, voisin de la Russie. Au contraire, une coalition des puissances europ&#233;ennes contre la R&#233;volution, comme en 1793, n'est pas &#224; pr&#233;voir. L'Autriche est en ce moment absolument hors d'&#233;tat de mener une action vigoureuse &#224; l'ext&#233;rieur ; en France, le prol&#233;tariat serait, malgr&#233; tout, assez fort vis-&#224;-vis du gouvernement r&#233;publicain pour lui rendre impossible toute intervention pour le tsarisme, si jamais les gouvernants avaient la folie d'en former le dessein. Ce n'est donc pas &#224; une coalition contre la R&#233;volution qu'il faut s'attendre : il n'y a qu'une puissance &#224; laquelle on attribue encore l'id&#233;e d'une intervention en Russie, c'est l'empire d'Allemagne. Mais les gouvernants de l'empire d'Allemagne se garderont bien, sans doute aussi, de d&#233;cha&#238;ner une guerre qui ne serait pas une guerre nationale, mais donnerait l'impression d'une guerre dynastique, aussi impopulaire, aussi odieuse que le fut en Russie la guerre contre le Japon, et qui pourrait amener, pour les gouvernements de l'Allemagne, les m&#234;mes cons&#233;quences int&#233;rieures que la guerre russo-japonaise a amen&#233;es pour le tsarisme. Quoi qu'il en soit sur ce point, en aucun cas nous ne devons nous attendre &#224; une &#232;re de longues guerres mondiales comme celle qu'inaugura la R&#233;volution fran&#231;aise ; nous n'avons, par cons&#233;quent, pas &#224; craindre que la R&#233;volution russe n'aboutisse comme celle-l&#224; &#224; une dictature militaire ou &#224; une sorte de Sainte-Alliance. Ce qui promet de s'ouvrir c'est, au contraire, une &#232;re de r&#233;volutions europ&#233;ennes, qui aboutiront &#224; la dictature du prol&#233;tariat, &#224; la mise en train de la soci&#233;t&#233; socialiste. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Ancienne et nouvelle R&#233;volution &#187;, Le Socialiste, 9 d&#233;cembre 1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si le patriotisme de la bourgeoisie et le patriotisme du prol&#233;tariat sont deux choses tout &#224; fait diff&#233;rentes, et m&#234;me oppos&#233;es, il y a quand m&#234;me des situations dans lesquelles ces deux sortes de patriotisme peuvent converger pour agir de concert, m&#234;me dans le cas d'une guerre. La bourgeoisie et le prol&#233;tariat d'une nation sont l'un comme l'autre int&#233;ress&#233;s &#224; son ind&#233;pendance et &#224; son autonomie, ils veulent tous deux l'&#233;limination et l'&#233;loignement de toute sorte d'oppression et d'exploitation par une nation &#233;trang&#232;re ; au cours des luttes nationales naissant de pareilles aspirations, le patriotisme du prol&#233;tariat s'est toujours uni &#224; celui de la bourgeoisie. Depuis lors, cependant, le prol&#233;tariat est devenu une force qui, chaque fois que l'Etat subit un grand &#233;branlement, se montre dangereuse pour les classes dirigeantes ; depuis lors, &#224; la fin de toute guerre, la r&#233;volution menace, comme l'ont montr&#233; la Commune de Paris et le terrorisme russe apr&#232;s la guerre russo-turque ; et depuis lors, m&#234;me la bourgeoisie des nations qui ne sont pas du tout ou trop peu ind&#233;pendantes et unifi&#233;es a effectivement abandonn&#233; ses buts nationaux lorsqu'ils ne pouvaient &#234;tre atteints que par le renversement du gouvernement, car elle d&#233;teste et redoute la r&#233;volution plus qu'elle n'aime l'ind&#233;pendance et la grandeur de la nation. C'est pourquoi elle renonce &#224; l'ind&#233;pendance de la Pologne et laisse subsister des formes d'&#201;tats aussi ant&#233;diluviens que l'Autriche et la Turquie, qui, il y a une g&#233;n&#233;ration d&#233;j&#224;, semblaient destin&#233;s &#224; dispara&#238;tre. De ce fait, les probl&#232;mes nationaux qui, aujourd'hui encore, ne peuvent &#234;tre r&#233;solus que par la guerre ou la r&#233;volution ne pourront d&#233;sormais trouver une solution qu'apr&#232;s la victoire pr&#233;alable du prol&#233;tariat. Car ils prendront aussit&#244;t, en raison de la solidarit&#233; internationale, une toute autre forme aujourd'hui, dans la soci&#233;t&#233; de l'exportation et de l'oppression. Le prol&#233;tariat des &#201;tats capitalistes n'aura plus &#224; s'occuper comme aujourd'hui de ses luttes pratiques, il pourra consacrer toutes ses forces &#224; d'autres t&#226;ches. &#187; (pp. 12-14.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Entre-temps, il devient de moins en moins vraisemblable que le patriotisme prol&#233;taire et le patriotisme bourgeois puissent encore s'unir pour d&#233;fendre la libert&#233; de leur pays. &#187; La bourgeoisie fran&#231;aise, dit-il, s'est unie au tsarisme. La Russie n'est plus un danger pour la libert&#233; de l'Europe occidentale, parce que affaiblie par la r&#233;volution. &#171; Dans ces conditions, on ne doit plus s'attendre &#224; assister encore &#224; une guerre de d&#233;fense nationale au cours de laquelle le patriotisme prol&#233;tarien et le patriotisme bourgeois pourraient s'allier. &#187; (p. 16.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment qu'avaient cess&#233; les oppositions qui, au XIXe si&#232;cle encore, pouvaient obliger bien des peuples libres &#224; entrer en conflit arm&#233; avec leurs voisins, nous avons vu que le militarisme actuel ne servait plus du tout la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts essentiels du peuple, mais seulement du profit ; qu'il ne contribuait plus &#224; maintenir l'ind&#233;pendance et l'int&#233;grit&#233; nationales qui ne sont menac&#233;es par personne, mais seulement &#224; conserver et &#224; &#233;tendre les conqu&#234;tes d'outre-mer qui favorisent uniquement le profit capitaliste. Les oppositions actuelles entre les &#201;tats ne permirent plus de mener une guerre &#224; laquelle le patriotisme prol&#233;tarien ne devrait pas s'opposer de la mani&#232;re la plus cat&#233;gorique. &#187; (p. 23.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Patriotisme et social-d&#233;mocratie &#187; (1907)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Commune de Paris constitue comme on l'a d&#233;j&#224; dit, la derni&#232;re grande d&#233;faite du prol&#233;tariat. Depuis, la classe ouvri&#232;re a fait des progr&#232;s constants dans presque tous les pays, suivant la m&#233;thode que nous avons d&#233;crite ; progr&#232;s moins rapides que ce que nous esp&#233;rions mais plus s&#251;rs que ceux de tous les mouvements r&#233;volutionnaires ant&#233;rieurs... Depuis 1871, le mouvement ouvrier ne souffr&#238;t de revers notables que dans quelques cas. Et &#224; chaque fois, l'erreur fut caus&#233;e par l'intervention de certaines personnes qui se servirent des moyens que l'usage d&#233;signe actuellement comme anarchistes et qui r&#233;pondent en tout cas &#224; la tactique de la &#034;propagande par le fait&#034; pr&#234;ch&#233;e par l'immense majorit&#233; des anarchistes actuels. Souvenons-nous le pr&#233;judice que les anarchistes occasionn&#232;rent &#224; l'Internationale et au soul&#232;vement espagnol de 1873. Cinq ans apr&#232;s ce soul&#232;vement, se produisit la r&#233;action g&#233;n&#233;rale de col&#232;re provoqu&#233;e par les attentas de H&#246;del et Nobiling ; sans ces attentats, Bismark aurait difficilement pu faire approuver la loi contre les socialistes... Ensuite, ce fut en Autriche o&#249;... la puissante &#233;nergie du mouvement socialiste fut cass&#233;e non pas par les autorit&#233;s mais par la fureur g&#233;n&#233;rale de la population qui attribua aux socialistes l'oeuvre de ces anarchistes. Un autre revers se produisit en Am&#233;rique en 1886. Le mouvement ouvrier avait pris alors dans ce pays une impulsion rapide et puissante... Le 4 mai 1886, lors d'un des nombreux affrontements qui se produisirent &#224; cette &#233;poque entre la police et les ouvriers, fut lanc&#233;e &#224; Chicago la fameuse bombe. On ignore toujours qui fut l'auteur de l'attentat. Les anarchistes ex&#233;cut&#233;s pour ce fait le 11 novembre et leurs camarades condamn&#233;s &#224; plusieurs ann&#233;es de prison furent victimes d'un assassinat judiciaire. Mais l'acte r&#233;pondait &#224; la tactique qu'avaient toujours pr&#233;conis&#233;e les anarchistes et, pour cette raison, d&#233;cha&#238;na la furie de la bourgeoisie am&#233;ricaine, sema le d&#233;sordre dans les rangs ouvriers et discr&#233;dita les socialistes qui souvent ne purent ou ne surent se distinguer des anarchistes... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La situation politique dans laquelle se trouve le prol&#233;tariat laisse pr&#233;voir que, tant qu'il le pourra, il tentera de profiter de l'usage exclusif des m&#233;thodes l&#233;gales mentionn&#233;es plus haut. Le danger de voir cette tendance contrecarr&#233;e, r&#233;side surtout dans l'exasp&#233;ration des classes dominantes. Leurs hommes d'Etat souhaitent g&#233;n&#233;ralement cet acc&#232;s de col&#232;re, et si possible, non seulement de la part de la classe dirigeante mais aussi de celle de la masse des indiff&#233;rents ; ils d&#233;sirent voir la col&#232;re &#233;clater le plus t&#244;t possible, avant que le parti socialiste n'aie la force de r&#233;sister. C'est l'unique moyen qui leur reste encore pour retarder, pour quelques ann&#233;es au moins, la victoire des socialistes... C'est pourquoi le parti socialiste n'a aucun raison d'adopter cette politique d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; il a m&#234;me toutes les raisons de manoeuvrer de fa&#231;on &#224; ce que l'acc&#232;s de col&#232;re des dirigeants, s'il &#233;tait in&#233;vitable, soit retard&#233; le plus possible afin qu'il n'&#233;clate que lorsque le prol&#233;tariat sera devenu suffisamment fort pour combattre la col&#232;re et la dominer sans avoir besoin d'autres moyens ; de cette mani&#232;re, cet acc&#232;s de rage sera le dernier et les dommages qu'il causera, les sacrifices qu'il co&#251;tera seront les plus minimes possibles. Le parti socialiste doit donc &#233;viter et m&#234;me combattre tout ce qui pourrait &#233;quivaloir &#224; une provocation inutile des classes dirigeantes, tout ce qui pourrait donner &#224; leurs hommes d'Etat un pr&#233;texte pour r&#233;veiller chez les bourgeois et leur coterie le d&#233;cha&#238;nement de fureur assassine dont les socialistes payeraient les cons&#233;quences. Si nous d&#233;clarons qu'il est impossible d'organiser les r&#233;volutions, si nous jugeons qu'il est insens&#233; et m&#234;me funeste de vouloir fomenter une r&#233;volution, et si nous oeuvrons en cons&#233;quence, ce n'est certainement pas par amour pour nos gouvernants, mais seulement dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat militant. Et sur ce point, la social-d&#233;mocratie allemande est d'accord avec les partis socialistes des autres pays. Gr&#226;ce &#224; cette attitude les hommes d'Etat des classes dirigeantes n'ont pu jusqu'&#224; maintenant s'acharner sur le prol&#233;tariat militant comme ils l'auraient voulu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky , cit&#233; par lui-m&#234;me dans &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909), &lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;f&#233;rence &#224; un texte de 1893 paru &#224; l'occasion du douzi&#232;me anniversaire du Neue Zeit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour cela, les forces du prol&#233;tariat devront augmenter consid&#233;rablement dans le feu de la lutte ; le prol&#233;tariat ne pourra sortir victorieux de celle-ci, il ne pourra atteindre l'objectif d&#233;fini plus haut, c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie et la suppression du militarisme, s'il n'arrive pas &#224; prendre une position dominante dans l'Etat... La folie de l'armement ira croissante jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat aie la force de diriger la politique de l'Etat, jusqu'&#224; ce qu'il aie la force de mettre fin &#224; la politique imp&#233;rialiste et de la remplacer par le socialisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du Pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... L'Etat est un instrument, il est l'instrument le plus formidable de domination classiste, et la r&#233;volution sociale vers laquelle tendent tous les efforts du prol&#233;tariat ne pourra s'accomplir tant qu'il n'aura pas conquis le pouvoir politique... Il incombe au parti socialiste d'assortir toutes les diff&#233;rentes modalit&#233;s d'action,... conscient du dessein qu'il cherche &#224; atteindre et qui culminera dans les grandes luttes finales par la conqu&#234;te du pouvoir politique. Telle est la conception expos&#233;e dans le Manifeste du Parti Communiste et reconnue aujourd'hui par les socialistes de tous les pays. C'est sur elle que repose le socialisme international de notre &#233;poque. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La l&#233;gislation directe par le peuple ne peut... rendre le parlement superflu... Il est absolument impossible que cette l&#233;gislation directe d&#233;cide de la l&#233;gislation d'un Etat... Aussi longtemps que subsisteront les grands Etats modernes, la majeure partie de l'autorit&#233; incombera aux parlements. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky, &#171; Programme de Erfurt &#187; (1891)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;... l'id&#233;e que le parlementarisme &#233;tait, avant tout, une repr&#233;sentation de la bourgeoisie,... &#233;tait, d'une certaine fa&#231;on, justifiable... du moins... du temps o&#249; Rittinghaussen con&#231;u son projet de l&#233;gislation directe. De nos jours, ce n'est plus le cas. En effet, entre ce moment-l&#224; et aujourd'hui s'&#233;tend une p&#233;riode de forte pouss&#233;e prol&#233;tarienne. Il faudrait &#234;tre aveugle pour soutenir que le syst&#232;me repr&#233;sentatif assure, m&#234;me sous le r&#232;gne du suffrage universel, la domination de la bourgeoisie, et que, pour la renverser, il faudrait donc rompre avec ce syst&#232;me. Il est clair aujourd'hui qu'un r&#233;gime r&#233;ellement parlementaire peut &#234;tre un instrument de la dictature du prol&#233;tariat comme il le fut pour la dictature de la bourgeoisie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Parlementarisme et socialisme &#187; (1893)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... la dictature du prol&#233;tariat est l'utilisation du pouvoir de classe du prol&#233;tariat dans le contexte des libert&#233;s d&#233;mocratiques... pour transformer les rapports sociaux et r&#233;primer, avec la force et l'autorit&#233; &#233;manant du consensus de la majorit&#233;, l'action des contre-r&#233;volutionnaires. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Edouard Bernstein et la social-d&#233;mocratie allemande &#187; (1899)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1086&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commentaire de &#034;La lutte des classes en France en 1789&#034; de Kautsky (1889)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, tra&#238;tre &#224; la classe ouvri&#232;re, au marxisme et &#224; la r&#233;volution durant la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1905/12/kautsky_19051209.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ancienne et nouvelle R&#233;volution, Kautsky, d&#233;cembre 1905&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/kautsky_19080000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, &#171; Les trois sources du marxisme, 1908&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1089&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le programme socialiste &#187;, Kautsky, 1892&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1889/00/antagonismes-table.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise, 1889&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, &#171; La Dictature du prol&#233;tariat &#187;, 1918, commentaire de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3132&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettres d'Engels &#224; Kautsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La r&#233;volution prol&#233;tarienne et le r&#233;n&#233;gat Kautsky &#187; de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3084&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky et la r&#233;volution russe, comment&#233; par L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1922/00/kautsky_19220000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Rosa Luxemburg et le bolchevisme &#187;, Kautsky, 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1912/00/pannek_19120001.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pannekoek contre Kautsky : &#171; Action de masse et r&#233;volution &#187;, 1912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/kautsky/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky in english&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;uvre de Kautsky en fran&#231;ais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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