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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La peste brune, Daniel Gu&#233;rin</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#034;Ce ne sont pas les &#034;exc&#232;s&#034; r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat, c'est au contraire la &#034;carence&#034; de ses mauvais bergers (r&#233;formistes)qui a contribu&#233; &#224; la victoire du fascisme.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Gu&#233;rin, dans &#034;Quand le fascisme nous devan&#231;ait&#034;, introduction &#224; &#034;La peste brune&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Au terme de cette enqu&#234;te et de ce voyage, je dirai seulement ce dont je suis s&#251;r. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai vu la peste brune passer par l&#224;. J'ai vu ce qu'elle a fait d'un grand pays civilis&#233;. Mon t&#233;moignage est pur de tout chauvinisme. Vous ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalism - le syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;Ce ne sont pas les &#034;exc&#232;s&#034; r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat, c'est au contraire la &#034;carence&#034; de ses mauvais bergers (r&#233;formistes)qui a contribu&#233; &#224; la victoire du fascisme.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin, dans &#034;Quand le fascisme nous devan&#231;ait&#034;, introduction &#224; &#034;La peste brune&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L263xH432/sur-le-fascisme-tome-1-la-peste-brune-992074-264-432-4c542.jpg?1777710982' width='263' height='432' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au terme de cette enqu&#234;te et de ce voyage, je dirai seulement ce dont je suis s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu la peste brune passer par l&#224;. J'ai vu ce qu'elle a fait d'un grand pays civilis&#233;. Mon t&#233;moignage est pur de tout chauvinisme. Vous ne m'aurez pas entendu dire, comme on l'a murmur&#233; jusque dans nos propres rangs socialistes, ici en France : &#034;Tout cela est arriv&#233;... parce que ce sont des Boches !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dirai pas davantage, avec le leader social-d&#233;mocrate Wels, que la classe ouvri&#232;re allemande ne s'est pas montr&#233;e &#224; la hauteur... Si ses chefs l'ont trahie, ce n'est pas la volont&#233; de lutte qui lui a manqu&#233;, qui lui manque encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu, de mes yeux, le fascisme. Je sais aujourd'hui ce qu'il est. Et je songe qu'il nous faut faire, avant qu'il soit trop tard, notre examen de conscience. Depuis dix ans, nous n'avons pas pr&#234;t&#233; au ph&#233;nom&#232;ne une attention suffisante. C&#233;sar de Carnaval, blaguait Paul-Boncour. Non, le fascisme n'est pas une mascarade. Le fascisme est un syst&#232;me, une id&#233;ologie, une issue. Il ne r&#233;sout certes rien, mais il dure. Il est la r&#233;ponse de la bourgeoisie &#224; la carence ouvri&#232;re, une tentative pour sortir du chaos, pour r&#233;aliser, sans trop compromettre les privil&#232;ges de la bourgeoisie, un nouvel am&#233;nagement de l'&#233;conomie, un ersatz de socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris en Allemagne que, pour vaincre le fascisme, il faudrait lui opposer un exemple vivant, un id&#233;al de chair... Ah ! si l'URSS, redevenue r&#233;publique des Soviets, pouvait comme apr&#232;s 1917, &#234;tre un p&#244;le d'attraction irr&#233;sistible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris que, si la carence ouvri&#232;re se prolonge, le fascisme se g&#233;n&#233;ralisera dans le monde. Attendrez-vous, ici, que pleuvent les coups de matraque ? Le fascisme est essentiellement offensif : si nous le laissons prendre les devants, si nous restons sur la d&#233;fensive, il nous an&#233;antira. Il use d'un nouveau langage, d&#233;magogique et r&#233;volutionnaire : si nous ressassons, sans les revivifier par des actes, les vieux clich&#233;s us&#233;s jusqu'&#224; la corde, si nous ne p&#233;n&#233;trons pas jusqu'au fond de ses redoutables doctrines, si nous n'apprenons pas &#224; lui r&#233;pondre, nous subirons le sort des Italiens et des Allemands. Enfin, le fascisme est essentiellement un mouvement de jeunesse. Si nous ne savons pas attirer &#224; nous la jeunesse, satisfaire son besoin d'action et d'id&#233;al, elle risque de nous &#233;chapper et m&#234;me de se retourner contre nous. Si nous ne purgeons pas notre action du moindre vestige de nationalisme, nous creuserons, nous aussi, sans le vouloir, le lit d'un national-socialisme. Qui sait, ce lit est peut-&#234;tre, chez nous, d&#233;j&#224; en train de se creuser...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;I- AVANT LA CATASTROPHE (1932)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin ao&#251;t 1932, je d&#233;cide d'entreprendre en Allemagne un grand voyage &#224; pied, sac au dos, selon les rites germaniques. (...) Apparait le gite que nous cherchions, l'auberge de jeunesse. (...) La salle commune est d&#233;j&#224; pleine : jeunes de quinze &#224; vingt ans, voix m&#226;les, visages volontaires. (...) On nous explique qu'il n'y a pas si longtemps la jeunesse allemande s'int&#233;ressait beaucoup plus aux champions et aux stars qu'&#224; Hitler ou &#224; &#034;Teddy&#034; Th&#228;lmann (PC). mais le ch&#244;mage, la mis&#232;re, l'entr&#233;e en sc&#232;ne tapageuse du national-socialisme ont tout chang&#233;. Au fond des regards de mes jeunes compagnons, je lis, parce qu'ils ont dix-huit ans la joie de vivre, mais aussi l'angoisse et la faim. (...) La contagion du fanatisme politique a gagn&#233; jusqu'aux impub&#232;res. un gamin de treize ans me crie son amour pour le F&#252;rher, une fillette m'explique gravement le dernier discours du chancelier von Papen. peu de non engag&#233;s. chacun a pris parti. (...) la salle commune s'est vid&#233;e peu &#224; peu. Pourtant aux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es, deux groupes demeurent. Dans la p&#233;nombre, de petits &#233;colier tiennent chacun un recueil de chansons &#224; la main. Sous la conduite de leur magister, ils entonnent des airs martiaux o&#249; il est question de h&#233;ros victorieux et d'ennemis en d&#233;route. (...) A l'autre bout de la salle d'autres &#034;ajistes&#034;, indispos&#233;s par cette d&#233;monstration, observent, muets, renfrogn&#233;s. L'un d'eux serre dans ses doigts crisp&#233;s la &#034;Rote Fahne&#034;, le quotidien communiste. (...) Jusqu'&#224; l'heure r&#233;glementaire de l'extinction des feux, nazis et r&#233;volutionnaires resteront ainsi face &#224; face, dans un &#233;tat de veill&#233;e d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune murmure &#224; mon oreille, tandis que nous gagnons notre dortoir :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vois-tu nous sommes dress&#233;s les uns contre les autres. les passions sont chauff&#233;es &#224; blanc au point qu'il nous arrive de nous entre-tuer, mais nous voulons au fond la m&#234;me chose...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, la m&#234;me chose, un monde nouveau, radicalement diff&#233;rent de celui d'aujourd'hui, un monde qui ne d&#233;truise plus le caf&#233; et le bl&#233;, tandis que des millions d'hommes ont faim, un nouveau syst&#232;me. Mais l'un croit dur comme fer qu'Hitler lui donnera et l'autre que ce sera Staline. Il n'y a entre nous que cette diff&#233;rence...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette Allemagne de l'&#233;t&#233; 1932, les &#171; ajistes &#187; qui cheminent par go&#251;t sont moins nombreux que les vagabonds par n&#233;cessit&#233;. Un demi millions de ch&#244;meurs, au bas mot, errent sur les routes. Ils n'ont droit &#224; aucun secours, le plus souvent parce qu'un membre au moins de leur famille a conserv&#233; un emploi. Las de se tourner les pouces dans leur triste faubourg et d'&#234;tre &#224; charge au foyer paternel, ils partent avec le printemps et roulent leur bosse jusqu'&#224; la fin de l'automne. Certains d&#233;ambulent ainsi depuis plusieurs ann&#233;es, sans but, vivant d'aum&#244;nes, g&#238;tant dans des asiles ou des &#233;tables. (&#8230;) Ils sont blagueurs et fatalistes, certains m&#234;me cyniques et serviles : si l'on veut manger, il faut savoir ne d&#233;plaire &#224; personne. Ceux-l&#224;, le jour venu (et nous ne savons pas encore que ce jour est si proche) se vendront au plus offrant ; ou bien leurs rancoeurs trop longtemps accumul&#233;es, exploseront avec brutalit&#233; et, sur les boucs &#233;missaires qui leur seront d&#233;sign&#233;s, ils cogneront &#224; tour de bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) D'une poche d&#233;chir&#233;e, ils tirent avec pr&#233;caution un carnet crasseux, leur officiel &#171; livret de nomade &#187;. Sur des pages et des pages, c'est une longue suite de localit&#233;s, inscrits &#224; l'encre ou au crayon, appos&#233;s au moyen de tampons. (&#8230;) Un cycle infernal. Il ne prendra fin que par l'enr&#244;lement dans les &#171; chemises brunes &#187; ou l'embauche dans les usines d'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en attendant, le gouvernement pr&#233;fasciste embarque d&#233;j&#224; quelques uns de ces trimardeurs, &#224; titre de &#171; volontaires &#187; dans des camps de travail militaris&#233;s. Crever de faim ou se laisser embrigader, telle est, pour la jeunesse allemande de 1932, l'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pont de Kehl &#224; l'entr&#233;e de la Saxe &#8211; long itin&#233;raire parcouru tant&#244;t &#224; pied tant&#244;t en train &#8211; une impression dominante : la population a d&#233;j&#224; bascul&#233; du c&#244;t&#233; des nazis. C'est une &#233;pid&#233;mie qui exerce partout ses ravages, dans les villes comme dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur chaque place de village, un grand m&#226;t insolent, visible de loin, porte un &#233;norme &#233;tendard rouge, d'un rouge criard, stri&#233; de la noire croix gamm&#233;e ; les murs de la mairie ou de l'&#233;cole sont garnis de panneaux d'affichage sur lesquels sont appos&#233;s, chaque jour, les pages du quotidien national-socialiste. Sur les tables des brasseries, encart&#233;s dans de luxueuses reliures, les magazines du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis entr&#233; chez des paysans, afin de leur acheter des &#339;ufs et du lait. Sur les murs, des portraits du F&#252;hrer d&#233;coup&#233;s dans quelque illustr&#233; et coll&#233;s grossi&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre sauveur ! articule le p&#232;re, avec une opaque certitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tale devant moi la pile de tracts hitl&#233;riens re&#231;us de la derni&#232;re campagne &#233;lectorale. Il y en a de tous les formats, de toutes les couleurs. Le fils me d&#233;clare d'une voix rude qui n'admet ou n'imagine m&#234;me pas la contradiction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La liste nationale-socialiste a eu chez nous la majorit&#233; absolue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re, elle, cherche f&#233;brilement dans une armoire. Enfin elle a tir&#233; de sa cachette une boite de cigares et me la pr&#233;sente. Je proteste que je ne suis pas fumeur. Alors, elle l'ouvre, en tire une liasse de billets de banque jaunis et me lance, tandis que le fils me jette un regard dur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout notre avoir ! Tout ce que nous avons &#233;pargn&#233; durant vingt ann&#233;es d'un travail de for&#231;ats. Cela ne vaut plus rien &#8230; pas un pfennig, monsieur ! Les sociaux-d&#233;mocrates, avec leur inflation, nous ont tout pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes, battant le haut du trottoir, bottes et baudriers trop neufs ou trop bien cir&#233;s, les jeunes SA d&#233;ambulent. Autour des &#171; maisons brunes &#187; gard&#233;es par de nombreux factionnaires, un Etat dans l'Etat qui est d&#233;j&#224; l'embryon d'un nouvel Etat, r&#232;gne une agitation intense : all&#233;es et venues, foule de curieux et de sympathisants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les centres industriels, nous rencontrons tout de m&#234;me des &#171; rouges &#187;. Un dimanche, nous entrons dans un gros bourg pr&#232;s de Stuttgart &#8211; rues vides, ennui dominical, cantiques et tintements de cloches &#8211; lorsque soudain l'internationale nous fait sursauter. Mon compagnon sourit de mon &#233;moi. Je suis en arr&#234;t, comme un chien de chasse, reniflant, cherchant d'o&#249; vient le chant. Le son nous conduit jusque dans l'arri&#232;re-salle d'une brasserie, o&#249; gar&#231;ons et filles nous accueillent chaleureusement, avec des points tendus et des &#171; Rot front ! &#187;. Ils font partie d'un club sportif prol&#233;tarien de Stuttgart et, comme ils regagnent cette ville, au terme d'une randonn&#233;e dominicale, ils nous invitent &#224; monter avec eux dans leur camionnette. (&#8230;) Le long du trajet, &#224; travers les interminables faubourgs de Stuttgart, ils entonnent le r&#233;pertoire entier des chants rouges, soulevant partout l'enthousiasme. Familles en promenade, amoureux en goguette, femmes sur le pas de leur porte, bambins dans le ruisseau, gentils cyclistes au guidon fleuri, tous, le visage illumin&#233;, l&#232;vent le poing et nous crient fr&#233;n&#233;tiquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rot front !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais mieux. Je reprends confiance. J'ai senti, tout contre moi, physiquement, ce que je crois &#234;tre la force du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement syndical offre, le plus souvent, et surtout dans les grandes villes, un spectacle beaucoup moins r&#233;confortant. Ainsi la maison du peuple de Dresde. Maison est trop peu dire. Nous avons devant nous un building colossal, &#339;uvre d'un architecte de la derni&#232;re cuv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes d'abord entr&#233;s dans la salle de brasserie (de la maison du peuple). Atmosph&#232;re silencieuse et douillette de bonne ch&#232;re. (&#8230;) La carte, longue liste de mets raffin&#233;s, d'un prix manifestement inaccessible aux bourses ouvri&#232;res. A une table voisine, deux ou trois gros consommateurs se livrent &#224; une formidable partie de cartes, en avalant de formidables bocks et en donnant de formidables coups de poing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, tout d'un coup le sens du mot &#171; bonze &#187; par lequel communistes et nazis s'accordent pour d&#233;signer les dirigeants r&#233;formistes, prend pour moi toute sa signification. Les joueurs de cartes, nos voisins, ce sont des &#171; bonzes &#187;. Nous sommes tomb&#233;s dans un repaire de &#171; bonzes &#187;. Braves gens au demeurant. Lorsqu'ils apprennent que nous sommes des camarades fran&#231;ais, ils nous invitent cordialement &#224; nous joindre &#224; leurs libations. Le teint fleuri, &#233;pais, sans flamme, confin&#233;s dans leur douillet petit univers bureaucratique et corporatif, ils m'inspirent l'envie de les prendre par le col de leur veste et de les secouer. Sept ou huit millions de prol&#233;taires allemands cr&#232;vent de faim et d'autres millions travaillent le ventre &#224; demi vide. Le p&#233;ril fasciste est &#224; la porte. Mais les &#171; bonzes &#187; de Dresde se donnent du bon temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ils ont la courtoisie de nous faire visiter cette &#171; Maison du peuple &#187; qui n'appartient plus au peuple, nous voici emport&#233;s par des ascenseurs anim&#233;s du mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;) On ne nous &#233;pargne rien, ni les salles de r&#233;union, grandes pi&#232;ces claires rev&#234;tues de couleurs vives et audacieuses, o&#249; les syndiqu&#233;s, comme s'ils &#233;taient g&#234;n&#233;s par l'ambiance, observent un silence guind&#233;, ni l'h&#244;tel dont les co&#251;teuses chambres aux meubles Louis XV, s'ouvrent en de rares occasions, &#224; des parlementaires sociaux-d&#233;mocrates en tourn&#233;e de propagande. (&#8230;) Derri&#232;re l'esbroufe de ce palais, il y a des millions d'hommes sans pain et sans espoir, et d'autres qui m&#233;ditent d'arracher &#224; la classe ouvri&#232;re ses derni&#232;res conqu&#234;tes. Le vieux monde se d&#233;sint&#232;gre. L'heure est venue de tout risquer. Pourtant, les bruits de la bataille ne franchissent pas ces murs, ils sont amortis par l'insonorisation de ce luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Maison du peuple de Dresde est le symbole et le produit d'une folie collective. Une m&#233;galomanie de l'am&#233;ricanisation a tourn&#233; la t&#234;te &#224; toute l'Allemagne. Tandis que les capitaines d'industrie b&#226;tissaient des usines trois fois trop belles et d'une capacit&#233; de production trois fois sup&#233;rieure aux besoins, tandis que les municipalit&#233;s, les administrations publiques &#233;difiaient des gares, des bureaux de poste ou des auberges de la jeunesse atteints de gigantisme, les &#171; bonzes &#187; syndicaux, pour ne pas faire moins bonne figure, engloutissaient les gros sous de leurs cotisants en de richissimes b&#226;tisses. Mais, depuis la crise, ce luxe n'emp&#234;che pas les revenus des salari&#233;s de fondre et, &#224; l'heure o&#249; il faudrait se colleter avec les &#171; chemises brunes &#187;, il &#233;mascule des dirigeants endormis dans les d&#233;lices de Capoue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je me risque &#224; exprimer, avec des pr&#233;cautions de langage, le malaise que je ressens, mon guide m'explique, avec une lyrique obstination : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous voulons que nos chefs aient de beaux bureaux, bien am&#233;nag&#233;s, parce qu'ils sont &#171; nos &#187; chefs&#8230; Chaque travailleur est fier que la classe ouvri&#232;re organis&#233;e ait pu r&#233;aliser de telles merveilles. Apr&#232;s avoir p&#233;n&#233;tr&#233; dans notre belle Maison du peuple il en sort avec l'id&#233;e d'&#233;lever sa condition &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me contiens plus :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ne croyez-vous pas, plut&#244;t, qu'il n'aura plus d&#233;sormais qu'une seule pens&#233;e : pour vivre mieux, devenir &#224; son tour un &#171; bonze &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais sans doute langage si peu conformiste n'a troubl&#233; la qui&#233;tude de ce bureaucrate. Il cherche, en vain, une r&#233;ponse. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, dites-moi, si les &#171; chemises brunes &#187; envahissaient un jour votre Maison du peuple, comment vous d&#233;fendriez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de mon interlocuteur s'embarrasse dans sa m&#226;choire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si les &#8230; Vous dites. Si les &#8230; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il sait par c&#339;ur combien ont co&#251;t&#233; les appareils t&#233;l&#233;phoniques qui se d&#233;ploient comme des accord&#233;ons, les classeurs m&#233;talliques, les fauteuils de bureau si profonds qu'on y perd la notion du temps et de l'espace. Mais cela&#8230; Non, vraiment, il n'y avait jamais pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux communistes, ils ont d&#233;j&#224; jet&#233; par-dessus bord, livr&#233; en pens&#233;e &#224; Hitler, tout cet appareil r&#233;formiste. Un grand gar&#231;on, maigre, au regard inquisiteur et orthodoxe et qui me d&#233;visage du haut de ses 1, 90 m&#232;tres, me confie :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peu nous chaut que les nazis mettent la main sur ces palais et sur ces bonzes&#8230; Nous n'aurons rien &#224; y perdre, nous autres&#8230; Au contraire ! Nous communistes, nous travaillerons beaucoup mieux dans l'ill&#233;galit&#233; que dans la l&#233;galit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demain, d'astucieux maraudeurs, profitant de d&#233;sarroi et de l'indiff&#233;rence populaires, s'empareront, sans coup f&#233;rir, de cette vaine richesse. Et, dans ces palais, ils substitueront aux bonzes d&#233;chus leurs propres bonzes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, &#224; Dresde, le national-socialisme &#233;tale devant nous sa force montante. Cela a commenc&#233;, d&#232;s l'apr&#232;s-midi, par les &#233;volutions, au-dessus de la ville, d'une escadrille d'avions, rapides et bruyants, fon&#231;ant pour l&#226;cher une pluie de petits papiers, puis reprenant leur essor, en formation de combat. Et, sur les routes qui convergent vers la capitale saxonne, c'est un d&#233;fil&#233; de nazis &#224; pied, en bicyclette, en camion, accourant de tous les villages. Sur les gradins de l'immense stade sportif, une foule attend, debout. Public populaire, o&#249; les petits-bourgeois pr&#233;valent. C'est d'abord un interminable d&#233;fil&#233; militaire. A la faible lueur des projecteurs, au son d'une musique de bastringue, d'une d&#233;sesp&#233;rante banalit&#233;, les sections d'assaut s'avancent, une par une, drapeau en t&#234;te. Quand l'allure ralentit, ils pi&#233;tinent m&#233;caniquement dans la poussi&#232;re, les bras ballants, marquant le pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au passage de chaque &#233;tendard, dix mille bras se l&#232;vent, saluent &#224; la romaine. Et cela se produit vingt-cinq fois de suite. Apr&#232;s avoir fait le tour complet du stade, chaque section vient se ranger au carr&#233;, au centre du terrain, autour de tribune dress&#233;e pour les orateurs. Nous avons devant nous une mer de chemises brunes, au garde-&#224;-vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, le chef attendu appara&#238;t, nu t&#234;te, entour&#233; de gardes du corps, salu&#233; par des &#171; heil &#187; enthousiastes. Bott&#233; et ceinturonn&#233;, cravate noire sur sa chemise brune, court sur pattes, chauve, un peu ob&#232;se, la l&#232;vre inf&#233;rieure pro&#233;minente, Gregor Strasser fait plus grotesque que martial. Dans le civil, il &#233;tait apothicaire, et la panoplie dont il s'est affubl&#233; ne r&#233;ussit pas &#224; camoufler son allure de petit-bourgeois vulgaire. Mais il est tr&#232;s loin d'&#234;tre sot. Il passe pour le plus dou&#233; et le plus &#171; gauchiste &#187; des dirigeants nazis. Certains disent m&#234;me qu'il est le v&#233;ritable chef du parti. En fait, sa forte personnalit&#233; fait ombrage &#224; Hitler, qui le fera abattre comme un chien, le 30 juin 1934.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant deux heures, les hauts-parleurs nous transmettront des tirades d'une d&#233;magogie forte &#233;loquente et d'un pouvoir de conviction &#224; ne point sous-estimer : &lt;i&gt;&#171; Le fait essentiel de l'heure est que plus de 90% de la population allemande consid&#232;rent le r&#233;gime capitaliste comme ayant v&#233;cu et r&#233;clament autre chose&#8230; une &#233;conomie nouvelle&#8230; un nouveau syst&#232;me... &#187;&lt;/i&gt; (Cris de toutes parts. Oui, c'est cela. Jawohl !)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'immense c&#339;ur d'entonner, comme un seul homme, le &#171; Horst Wessel Lied &#187; dans un &#233;lan d'hypnose collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous arrivons &#224; Berlin, le 5 septembre, avec ce l&#233;ger frisson d'impatience qui accompagne la d&#233;couverte d'une grande capitale, nous sommes les t&#233;moins d'un changement &#224; vue aussi brusque qu'inattendu. &lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait, en effet, une ville de garnison dont toutes les troupes auraient, &#224; la fois, quartier libre. Faisant contraste avec les juv&#233;niles SA, cette soldatesque est marqu&#233;e par les stigmates de l'&#226;ge. Sont-ce des &#171; territoriaux &#187;, comme nous disions en France, ces gros hommes aux fesses monumentales, au ventre redondant, aux uniformes un peu frip&#233;s ? (&#8230;) De quelle trappe surgit-elle, cette vieille Allemagne militaire et imp&#233;riale ? Elle a ressuscit&#233;, l'espace d'un matin, par la volont&#233; du chancelier von Papen. C'est que les messieurs d'ancien r&#233;gime, hobereaux, g&#233;n&#233;raux, industriels, barons du &#171; Herrenklub &#187; (club des seigneurs), n'&#233;prouvent pas une sympathie sans m&#233;lange pour les bandes pl&#233;b&#233;iennes d'Adolf Hitler. Ils se flattent de les contrebalancer par des cohortes plus rassies, tremp&#233;es dans l'antique discipline prussienne. Ils consentiraient &#224; la rigueur &#224; partager le pouvoir avec ce parvenu qui d&#233;buta comme peintre en b&#226;timent, non &#224; le lui livrer. Ils ont d'autres titres &#224; gouverner le Reich : aux roturiers sans &#233;ducation ni exp&#233;rience, ils c&#233;deraient, au besoin, quelques portefeuilles secondaires ; mais &#224; eux les leviers de commande. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; Messieurs &#187;, pourtant, seraient imprudents de crier victoire. S'ils ont pour eux les anciens combattants et une partie des cadres de l'arm&#233;e, leurs points d'appui dans les masses et au Parlement sont plut&#244;t faibles. Ils vont maintenant tenter de consolider leurs fragiles positions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 septembre 1932, le Reichstag est convoqu&#233; pour une s&#233;ance qui, murmure-t-on, pourrait bien &#234;tre &#171; historique &#187;. (&#8230;) Voil&#224;, tout d'abord, majestueuse dans ses bonnes mani&#232;res, la social-d&#233;mocratie : on dirait de vieux professeurs de province falots, des dames m&#251;res et un peu collet mont&#233;. On a peine &#224; imaginer que ce parti a pu &#234;tre celui de Bebel et de Wilhelm Liebnecht. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Hermann Goering donne aussit&#244;t la parole au d&#233;put&#233; communiste Torgler. En quelques mots brefs, violents, habiles, le stalinien ouvre l'attaque contre le gouvernement. (&#8230;) Quand on d&#233;pouillera le scrutin, on saura que la vieille Allemagne n'a recueilli que 33 voix. Contre elle, marxisme et fascisme ont fait bloc. (&#8230;) Goering proclame alors que le gouvernement est renvers&#233;, qu'en cons&#233;quence le d&#233;cret de dissolution du Reichstag, (&#8230;) par von Papen, est nul et non avenu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un bruit se r&#233;pand dans Berlin comme une tra&#238;n&#233;e de poudre : demain, l'arm&#233;e occupera le palais du Reichstag &#8211; une arm&#233;e de m&#233;tier de 100.000 hommes, bien entra&#238;n&#233;s par sept ans de service, &#233;quip&#233;e &#224; la moderne. Goering devra-t-il jouer les Mirabeau ? Les deux camps de la droite vont-ils s'affronter ? Mais ils ne tardent pas &#224; se raccommoder. Une apr&#232;s la s&#233;ance, apprend-on, Goering se d&#233;gonfle, s'incline devant la l&#233;galit&#233; constitutionnelle. Le Reichstag dans lequel le national-socialisme disposait de 230 si&#232;ges est bel et bien dissous. Les fanfarons hitl&#233;riens n'ont pas os&#233; se frotter &#224; la Reichswehr.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vieille Allemagne, pour un bref moment, l'emporte. Mais elle ne d&#233;sire pas davantage que le national-socialisme un conflit ouvert. En vain, les partis de gauche, plut&#244;t que de s'unir, ont-ils tent&#233;, croyant jouer au plus fin, de dissocier les deux camps adverses. Le troisi&#232;me Reich, demain, na&#238;tra, tout &#224; la fois de la d&#233;sunion prol&#233;tarienne et d'un compromis entre les anciens et les nouveaux messieurs. Le 12 septembre, il est d&#233;j&#224; dans l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Un dimanche, dans les environs de Berlin, nous rencontrons par hasard, sur la route, une troupe &#233;trange. (&#8230;) Visages vicieux, troubles, de voyous. (&#8230;) Des inscriptions telles que Wild-frei (sauvage et libre) ou Ra&#252;ber (bandits). Au poignet, un &#233;norme bracelet de cuir. (&#8230;) Un gang d'adolescents d&#233;voy&#233;s, asociaux, une communaut&#233; de gars rejet&#233;s par la soci&#233;t&#233;. (&#8230;) Je ne peux me d&#233;fendre d'une angoisse : celui qui saurait les enr&#233;gimenter pourrait bien faire de ces apaches de mi-car&#234;me de vrais bandits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la &#171; Wild-clique &#187; &#224; Kuhle Wampe, il y a toute la distance qui s&#233;pare un univers d'un autre univers. Et, pourtant, l'un et l'autre sont le produit du ch&#244;mage et de la mis&#232;re des temps. Ici, nous n'avons plus affaire &#224; des r&#233;volt&#233;s, mais &#224; des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kuhle Wampe, au bord du Muggelsee, est un camp de ch&#244;meurs berlinois. Eparpill&#233;es au bord du lac, sous les pins, les petites cases se ressemblent : simples montants en bois, rev&#234;tus de toiles de tente blanches ou z&#233;br&#233;es. (&#8230;) M'entourent plusieurs camarades solides, au regard franc, v&#234;tus d'un surv&#234;tement bleu marine et leurs jeunes femmes, souriantes, attentives. Ils m'expliquent :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vois-tu, l'air de Kuhle Wampe est meilleur que celui des faubourgs, et ce sont des vacances qui ne co&#251;tent rien&#8230; Nous pr&#233;f&#233;rons aller chaque semaine, en v&#233;lo, toucher &#224; Berlin nos indemnit&#233;s ch&#244;mage. Et puis, nous voulons montrer que des prol&#233;taires savent vivre d'une vie intelligente et affranchie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Un autre soir, je suis l'invit&#233; d'un groupe de jeunesses communistes, dans la rouge Wedding. Une arri&#232;re-salle de caf&#233;. Autour d'une grande table, gar&#231;ons et filles font cercle. J'admire leur s&#233;rieux, leur niveau culturel, leur ardeur militante. Un tout jeune gar&#231;on qui a peut-&#234;tre dix-sept ans, lunettes, geste volontaire, ouvre gravement la s&#233;ance. Avec une volubilit&#233;, un savoir-faire qui me laissent pantois, il tente de justifier (sans doute pour se convaincre lui-m&#234;me) la ligne du parti. Je lui pr&#233;f&#232;rerai moins de bagout car, ainsi rendu ensorcelant, son sectarisme, loin de rebuter l'auditoire, le rassure et l'envo&#251;te. Il me semble que tout ce d&#233;vouement fraternel, toute cette foi r&#233;volutionnaire sont d&#233;pens&#233;s en pure perte. (&#8230;) A vrai dire, je n'ai pu trouver durant tout mon voyage un seul communiste qui, mis en confiance apr&#232;s un moment de conversation, s'affirme vraiment d'accord avec la tactique du parti. Les plus orthodoxes se r&#233;p&#232;tent &#224; eux-m&#234;mes que &#171; la ligne est juste &#187;, mais ils le font avec l'angoisse du croyant assailli par le doute. Quant aux plus courageux, ils dissimulent &#224; peine leur malaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entre dans le bureau de ch&#244;mage d'un quartier ouvrier. Dans une vaste salle, propre et a&#233;r&#233;e, de longues queues, r&#233;sign&#233;es, muettes, y tracent des arabesques. A la sortie, les sans-travail stationnent le plus longtemps possible sur le trottoir. A quoi bon se presser ? N'est-ce pas, si l'on peut dire, &#171; le dernier salon o&#249; l'on cause &#187;. Et les conversations s'engagent, prenant vite le tour d'une &#226;pre discussion politique. Ce n'est plus &#224; l'usine, &#224; l'atelier que les trois partis tendent leurs filets, mais ici. Des tracts, des petits journaux polycopi&#233;s sont distribu&#233;s &#224; foison. Parfois, entre rouges et bruns, &#233;clate une bagarre sanglante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, pr&#233;cis&#233;ment, qu'un cercle s'est form&#233;, grossissant &#224; vue d'&#339;il. Ouvriers en casquette bleu-marine, jeunes, maigres, les yeux brillants. Je m'approche. Une altercation met aux prises deux d'entre eux. Ils crient fort et ne paraissent pas loin d'en venir aux mains. Je crois d'abord qu'il s'agit d'une dispute entre un nazi et un communiste. Mais ce sont deux fr&#232;res ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect du social-d&#233;mocrate est typique : travailleur rang&#233; et s&#233;rieux, d'&#226;ge moyen, un peu grassouillet. Le communiste est plus jeune, plus boh&#234;me, plus ardent, et aussi plus d&#233;charn&#233;. Devant un auditoire qui compte les coups ils se lancent &#224; la t&#234;te toutes les fautes, pass&#233;es et pr&#233;sentes de leurs partis respectifs. La majorit&#233; des spectateurs opine visiblement pour le communiste. Mais le socialiste ne se laisse pas d&#233;monter, prend ostensiblement la d&#233;fense de ses chefs. On les s&#233;pare &#224; grand-peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; la r&#233;sistance des bureaucraties dirigeantes, un courant unitaire a pris naissance &#224; la base. Nombreux sont les travailleurs qui per&#231;oivent, enfin, que la mise en commun de leurs forces contre le p&#233;ril fasciste est une question de vie ou de mort. En juillet et en ao&#251;t, apr&#232;s le coup d'Etat prussien, le front unique au sommet, c'est-&#224;-dire d'organisation &#224; organisation, a &#233;t&#233; spontan&#233;ment r&#233;alis&#233; en maints endroits. Mais chaque fois, &#224; peine scell&#233;, il s'est disloqu&#233;. Ailleurs, des pourparlers entam&#233;s, ont &#233;t&#233;, presque aussit&#244;t, interrompus. Les directions centrales des deux partis ouvriers &#8211; malgr&#233; la forte pression de la base &#8211; sont demeur&#233;es irr&#233;ductiblement oppos&#233;s &#224; l'unit&#233; d'action : les sociaux-d&#233;mocrates, par peur de perdre la direction de leurs troupes, les communistes par ob&#233;issance servile aux ordres de Moscou et, aussi, la crainte de se d&#233;juger en n&#233;gociant avec des &#171; social-fascistes &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, chaque fois, le pr&#233;texte invoqu&#233; pour refuser le front unique, pour rejeter, en particulier, les propositions de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale commune faites, &#224; deux reprises, par le Parti communiste au Parti social-d&#233;mocrate, &#231;a a &#233;t&#233; la question br&#251;lante de la &#171; tr&#234;ve des critiques &#187; : les communistes se refusant &#224; cesser leurs attaques id&#233;ologiques contre les r&#233;formistes et, ces derniers n'acceptant le front unique que sous forme d'une confortable &#171; tr&#234;ve de dieu &#187; o&#249; l'expression d'aucune opinion divergente n'&#233;gratignerait leur &#233;piderme trop sensible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, le Parti communiste, &#224; l'issue de sa gr&#232;ve manqu&#233;e du 20 juillet, aurait d&#251; tirer la le&#231;on de l'&#233;chec. Comment, sans pr&#233;paration, faire soudain quitter le travail &#224; des ouvriers entretenus dans la haine du &#171; social-fascisme &#187;, pour protester contre l'expulsion de ministres &#171; social-fascistes &#187; ? Mais, plus grave encore, la preuve est faite, d&#233;sormais, que l'influence du parti, assez forte sur les ch&#244;meurs, est, sur les travailleurs organis&#233;s, quasi nulle : de toute &#233;vidence, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sans le concours des ouvriers r&#233;formistes, est impossible. Alors, qu'attend le parti, depuis le temps qu'il se targue d'y parvenir, pour trouver enfin le chemin qui m&#232;ne aux millions de syndiqu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra le d&#233;nouement tragique du d&#233;but 1933 : l'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir, l'incendie du Reichstag, la mise hors la loi du Parti communiste, pour que Moscou, trop tard, autorise enfin ses subordonn&#233;s &#224; &#171; renoncer aux attaques contre les organisations socialistes durant l'action commune &#187;. Mais &#224; ce moment la vague brune aura d&#233;j&#224; tout submerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant la d&#233;faite finale qui approche &#224; grandes enjamb&#233;es, les malheureux travailleurs allemands sont plong&#233;s dans le d&#233;sarroi et la confusion les plus extr&#234;mes. Je recueille des propos de ce genre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi moi, ouvrier social-d&#233;mocrate, dois-je consid&#233;rer comme mon principal ennemi le voisin d'atelier qui est communiste ? &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi moi, ouvrier communiste, dois-je &#233;changer des coups, souvent mortels, avec le travailleur nazi qui fait la queue, &#224; mes c&#244;t&#233;s, au bureau de ch&#244;mage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne, en v&#233;rit&#233;, ne sait plus le pourquoi des choses. Aussi voit-on des ouvriers nazis prendre part aux gr&#232;ves contre les d&#233;crets-lois de Papen. Et l'on voit aussi des &#233;gar&#233;s passer, avec une d&#233;concertante aisance, d'un camp &#224; l'autre : sociaux-d&#233;mocrates de venant nazis, nazis se faisant communistes et vice-versa. Il est des nazis et des communistes que rapproche la haine commune de la social-d&#233;mocratie et le slogan empoisonn&#233; de la &#171; lib&#233;ration nationale &#187;. Il est des socialistes et des fascistes que rapproche le mythe d'une &#233;conomie dirig&#233;e, d'un syndicalisme d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral int&#233;gr&#233; dans l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, surtout, la lassitude fait son &#339;uvre. Aucun signe de reprise &#233;conomique. Sera-t-on sans travail pour l'&#233;ternit&#233; ? Les partis politiques ont tant promis. On a lu tant d'affiches, parcouru tant de tracts. Il y a eu tant de campagnes &#233;lectorales, tant de bulletins jet&#233;s en vain dans l'urne. Et c'est toujours la m&#234;me chose. Pis encore aujourd'hui qu'hier. Les derni&#232;res libert&#233;s sont abolies ; les journaux ouvriers interdits ; dans les r&#233;unions publiques, je l'ai vu de mes propres yeux, un &#171; schupo &#187; insolent coupe la parole aux orateurs qui lui d&#233;plaisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, chez les plus &#233;gar&#233;s parmi les travailleurs, j'entends ce monologue qui pourrait bien sonner le glas de l'Allemagne d&#233;mocratique : Ah ! si les chefs s'entendaient ! Mais cette perspective est mince et lointaine&#8230; Alors pourquoi n'&#233;couterais-je pas ces nouveaux sauveurs, qui me promettent du pain, du travail, qui s'offrent &#224; me lib&#233;rer des cha&#238;nes du trait&#233; de Versailles et qui me jurent qu'ils sont, eux aussi, un parti ouvrier, r&#233;volutionnaire, socialiste. &#171; Heil Hitler ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, &#224; l'automne 1932, il peut sembler, &#224; l'observateur superficiel, que la mar&#233;e fasciste marque un temps d'arr&#234;t ou m&#234;me qu'elle recule. Les messieurs du &#171; club des Seigneurs &#187;, soutenus par le pr&#233;sident Hindenburg et l'arm&#233;e, paraissent, un instant, consolider leur pouvoir. Aux &#233;lections du 6 novembre, maniganc&#233;es par von Papen pour remplacer le Reichstag qu'il a dissous, les national-socialistes perdent des si&#232;ges. L'imprudent L&#233;on Blum s'empresse de vaticiner, dans le &#171; Populaire &#187; (du 9 novembre 1932) : &lt;i&gt;&#171; Hitler est d&#233;sormais exclu du pouvoir. Il est m&#234;me exclu, si je puis dire, de l'esp&#233;rance du pouvoir. Entre Hitler et le pouvoir, une barri&#232;re infranchissable est dress&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un militaire astucieux vient de succ&#233;der au chancelier von Papen, dont il &#233;tait hier l'adjoint. Le g&#233;n&#233;ral von Schleicher a compris qu'une simple r&#233;surrection de la vieille Allemagne imp&#233;riale, voire une restauration monarchique, n'aurait aucune chance de durer. L'arm&#233;e, si elle veut canaliser, ou neutraliser ou m&#234;me &#233;vincer Hitler, doit faire du neuf. Aussi le g&#233;n&#233;ral r&#234;ve-t-il d'instaurer en Allemagne, avec l'appui simultan&#233; des syndicats ouvriers et de l'aile de gauche du national-socialisme, une sorte de &#171; bonapartisme &#187; ou de fascisme larv&#233; : capitalisme d'Etat &#224; la prussienne et corporatisme &#224; la Mussolini. Il picore tout &#224; la fois dans les programmes des nazis et des socialistes les boniments qui peuvent le servir ; il d&#233;bauche dans les deux camps, non seulement des id&#233;es, mais des hommes. (&#8230;) Mais l'intrigue est trop byzantine, et aussi trop tardive, pour r&#233;ussir. (&#8230;) Le vieux pr&#233;sident Hindenburg cong&#233;die le chancelier von Schleicher et, le 30 janvier 1933, &#224; l'instigation de Papen et de ses barons, il installe Hitler au pouvoir. (&#8230;) La nuit est tomb&#233;e sur l'Allemagne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II &#8211; Apr&#232;s la catastrophe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril-mai 1933, Hitler d&#233;j&#224; install&#233; au pouvoir, j'entreprends un nouveau voyage en Allemagne, non plus &#224; pied mais &#224; bicyclette. (&#8230;) Rentr&#233; en France, j'ai la stupeur de constater que mon t&#233;moignage, m&#234;me au sein du parti socialiste, se heurte &#224; l'incr&#233;dulit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais d'aujourd'hui n'ont plus besoin, h&#233;las ! d'&#234;tre renseign&#233;s sur la barbarie nazie. La mar&#233;e brune qui d&#233;ferla sur l'Allemagne, d&#232;s 1933, a pass&#233;, depuis, sur notre sol. Elle vient seulement de s'en retirer. Nous en sommes encore meurtris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur ne trouvera donc pas, dans ce t&#233;moignage, des raisons de ha&#239;r davantage. Il en d&#233;j&#224; suffisamment. Les images qui vont d&#233;filer devant lui l'induiront peut-&#234;tre &#224; d'autres r&#233;flexions. Pendant quatre ans, nous n'avons vu de l'Allemagne que la face bestiale de l'hitl&#233;risme. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que nous ayons fini par confondre ces brutes avec le peuple allemand. Le &#171; documentaire &#187; que voici nous rappelle qu'il existe une &#171; autre Allemagne &#187;. Il apporte la preuve que l'&#233;lite des travailleurs allemands, loin de s'&#234;tre faits complices de Hitler, furent les premi&#232;res victimes de la barbarie brune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous rem&#233;more que cette autre Allemagne, apr&#232;s avoir vainement tent&#233; d'endiguer le flot hitl&#233;rien, a continu&#233;, sous la terreur, dans la clandestinit&#233;, dans les camps et les prisons, une lutte historique, parall&#232;le &#224; celle que nous aussi, sous la terreur, dans la clandestinit&#233;, nous avons men&#233;e ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrier fran&#231;ais Timbaud &#233;tait du m&#234;me avis qui, devant le peloton d'ex&#233;cution, cria : &lt;i&gt;&#171; Vive le Parti communiste allemand ! &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;port&#233;s du camp de Buchenwald &#233;taient du m&#234;me avis lorsqu'au lendemain de leur lib&#233;ration, ils &#233;crivirent dans une &#171; Humanit&#233; &#187; polycopi&#233;e : &lt;i&gt;&#171; Nous savons qu'il y a deux Allemagnes &#8211; l'une, celle de Hitler, qu'il faut exterminer, l'autre l'Allemagne antifasciste qu'il faudra aider. &#187;&lt;/i&gt; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raz de mar&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques centaines de kilom&#232;tres d'ici, des hommes comme nous se meuvent dans un autre monde, un monde ferm&#233;, o&#249; rien de ce qui compose nos habitudes de penser, de sentir, de combattre n'est plus admis. L'an dernier, pressentant la catastrophe, j'avais voulu faire connaissance avec cette Allemagne socialiste et r&#233;volutionnaire, aujourd'hui pi&#233;tin&#233;e, assassin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je ferme les yeux, je revois ces grandes foules ouvri&#232;res, ardentes et disciplin&#233;es, ces Maisons du peuple si belles &#8211; trop belles ; j'entends ces chants m&#226;les des jeunesses prol&#233;tariennes. Je songe &#224; ce lent et s&#251;r mouvement vers l'unit&#233; d'action qui, dans les profondeurs, gagnait les masses&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La peste brune a pass&#233; par l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont exactement ses ravages ? Que reste-t-il de cette Allemagne que nous avons connue, comprise, aim&#233;e ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis retourn&#233; l&#224;-bas. A bicyclette, de Cologne &#224; Hambourg, de Hambourg &#224; Berlin et &#224; Leipzig, me m&#234;lant aux hommes des villes et des campagnes, g&#238;tant, comme l'an dernier, dans ces auberges de jeunesse qui sont &#224; elles seules un microcosme de Germanie, j'ai tent&#233; de voir, d'&#233;couter, d'expliquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un socialiste voyageant aujourd'hui de l'autre c&#244;t&#233; du Rhin a comme l'impression d'explorer, apr&#232;s un tremblement de terre, une cit&#233; en ruine. Ici, il y a quelques mois encore, &#233;tait le si&#232;ge du parti, du syndicat, du journal ; l&#224;-bas la librairie ouvri&#232;re. D'&#233;normes pavillons &#224; croix gamm&#233;e pendent aujourd'hui sur ces immeubles. Cette rue &#233;tait une rue &#171; rouge &#187; ; on savait s'y battre. Aujourd'hui, on y rencontre seulement des hommes muets, au regard inquiet et triste, tandis que les gamins vous brisent le tympan avec leurs &#171; Heil Hitler ! &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce que nous aimions dans l'Allemagne d'hier, tout ce que nous reverrons un jour, dans l'Allemagne de demain, la mar&#233;e brune l'a, non pas annihil&#233;, mais recouvert. Il faut aller dans le fond des demeures et dans le fond des c&#339;urs, pour retrouver la conscience de classe, la chaude camaraderie, le sens de la vie collective, la maturit&#233; et la culture, la foi r&#233;volutionnaire qui sont, qui restent les vertus de nos camarades allemands. Cette flamme-l&#224;, en d&#233;pit de l'acharnement avec lequel on veut l'&#233;teindre, br&#251;le toujours, mais dans l'ombre et le silence. En revanche, l'autre Allemagne s'&#233;tale au grand jour, avec toutes ses laideurs, ses mauvais instincts r&#233;veill&#233;s, sa brutalit&#233; et son bruit de bottes. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague hitl&#233;rienne (&#8230;) a surgi du fond du peuple allemand. C'est parce qu'elle est &#171; populaire &#187; qu'elle fut irr&#233;sistible, qu'elle a tout balay&#233;, que les partis ouvriers, divis&#233;s, n'ont pu lui faire front, que la vieille Allemagne r&#233;actionnaire et f&#233;odale a d&#251;, &#224; contrecoeur, lui c&#233;der la place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, la lie de la population a trouv&#233; asile dans l'arm&#233;e brune. Elle y matraque, elle y joue du revolver &#224; c&#339;ur joie. Mais derri&#232;re elle, il y a la masse paysanne, souffrant de la m&#233;vente de ses produits ou de ses bas salaires, toute la classe moyenne en d&#233;composition, ces petits-bourgeois ruin&#233;s par l'inflation, par la crise, luttant contre la concurrence du grand capital, contre la prol&#233;tarisation qui les guette ; et il y a aussi de larges couches ouvri&#232;res dont la faim et l'oisivet&#233; ont d&#233;traqu&#233; les nerfs ; et surtout la jeunesse, sans pain, sans travail, sans avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir de ses yeux vu ce que l'Allemagne a souffert ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; et souffre chaque jour davantage -, non certes pour excuser, mais pour comprendre. Il faut avoir connu les queues au bureau de ch&#244;mage &#8211; acte essentiel d'une vie sans actes -, le morceau de pain tenant lieu de repas, les petits ch&#244;meurs vagabondant, le ventre vide, sur les routes ou chantant leur complainte dans les cours des maisons ouvri&#232;res, pour d&#233;couvrir le secret de cette folie collective, pathologique, d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette immense masse, confus&#233;ment, avec des nuances diverses, appelle le socialisme, pour lequel elle se sent pr&#233;destin&#233;e, duquel elle attend la fin de son calvaire. Ce socialisme qu'au cours des quatorze derni&#232;res ann&#233;es les partis prol&#233;tariens lui ont promis, sans r&#233;ussir &#224; le lui donner, elle croit dur comme fer que Hitler lui apporte. Paysans de l'Est qui esp&#232;rent le partage des terres, petits boutiquiers qui exigent d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s contre le grand capital commercial et financier, prol&#233;taires que seule une &#171; R&#233;volution &#187; peut satisfaire, ces hommes et ces femmes forment la vague de fond, &#224; laquelle rien n'a r&#233;sist&#233;, qui continue aveugl&#233;ment sa marche. (&#8230;) Mais huit millions de ch&#244;meurs et leurs familles attendent du pain ; mais la soif de socialisme est profonde dans le c&#339;ur de l'Allemand. (&#8230;) Nous irons d'abord chez l'adversaire, chez les vainqueurs du jour. Puis chez nos amis de l'autre Allemagne, qui, dans l'ill&#233;galit&#233;, sous la terreur, par petits groupes de militants s&#251;rs, oubliant les querelles fratricides du pass&#233;, continuent la lutte. Ils nous accueilleront par cette simple phrase : &#171; Nous sommes rest&#233;s ce que nous &#233;tions. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La peste brune a pass&#233;, sans les abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesse en folie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, pour commencer, que vous me suiviez chez les fous. Tant pis si vous avez de la peine &#224; comprendre ; vous ferez comme moi : vous dominerez vos nerfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je rassemble mes souvenirs et que je cherche la date pr&#233;cise de mon entr&#233;e dans ce domaine fantastique, une image se pr&#233;sente : l'auberge de jeunesse d'Essen, un dimanche apr&#232;s-midi. Essen, la triste cit&#233; ouvri&#232;re, grise et morne, la ville de Krupp&#8230; dans ce g&#238;te, l'an dernier, vous auriez trouv&#233; de tranquilles usagers, occup&#233;s &#224; pr&#233;parer leur collation du soir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, aujourd'hui, la salle commune est pleine &#224; craquer, non pas de jeunes trimardeurs, mais de gar&#231;ons et de filles d'Essen, enfants de prol&#233;taires. Qu'il fait chaud ! Odeur de renferm&#233;, odeur de cuir. Car ils sont bott&#233;s et ceinturonn&#233;s pour la plupart, ces jeunes travailleurs ; et sur leur chemise kaki, la cravate des Jeunesses hitl&#233;riennes, fait une t&#226;che noire. Les filles portent de petites vestes brunes, tr&#232;s masculines, tr&#232;s militaires, avec, &#224; la boutonni&#232;re, l'insigne de la croix gamm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais, dans une auberge de jeunesse, je n'avais ressenti une pareille g&#234;ne. J'ai l'impression d'&#234;tre de trop. Va-t-on me prier de sortir ? Non, on fera comme si je n'&#233;tais pas l&#224;. On me traitera avec un superbe d&#233;dain ; on ne cherchera m&#234;me pas &#224; comprendre ce que peut ressentir un &#233;tranger, un homme de l'autre monde, un homme qui ne claque pas les talons, qui dit bonjour et non &#171; Heil Hitler ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des musiciens, des joueurs de guitare, dans cet conglom&#233;rat de jeunes &#234;tres, dans cette soldatesque adolescente. Je songe aux charmantes chansons de route, si tendres, si &#171; boh&#234;mes &#187;, entendues l'an dernier. Mais l'heure n'est plus au romantisme. Ils pincent les cordes de leurs instruments avec des doigts de fer, ils braillent &#224; tue-t&#234;te, comme un seul homme, les hymnes du jour : &#171; Les sections d'assaut sont en marche&#8230; Le drapeau d'Hitler nous appelle au combat&#8230; &#187; Pas une seconde d&#233;tente. On voudrait entendre une plaisanterie, un mot galant, un rire sonore. Sans reprendre souffle, ils recommencent. Tout le r&#233;pertoire y passe ; les vitres en tremblent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, quand on chante ainsi en ch&#339;ur, on ne sent pas la faim ; on n'est pas tent&#233; de chercher le &#171; comment &#187; et le &#171; pourquoi &#187; des choses. On doit avoir raison, puisqu'on est cinquante, au coude &#224; coude, &#224; hurler le m&#234;me refrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout y passe, m&#234;me les airs &#171; patriotiques &#187; de la vieille Allemagne. L'ennemi, le franzose, en prend pour son grade, comme le &#171; Boche &#187;, dans nos cocardi&#232;res chansons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jeune voisin, moins fanatis&#233; que les autres, se penche vers moi et me souffle &#224; l'oreille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'esp&#232;re que tu ne comprends pas les paroles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les autres sont incapables d'&#233;prouver m&#234;me cette inqui&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une accalmie. Pour dire quelque chose, je fais allusion &#224; la mis&#232;re, aux huit millions de ch&#244;meurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plus maintenant ! interrompt un petit gars d'une douzaine d'ann&#233;es, sur un ton de surprise et de reproche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les autres, en ch&#339;ur encore, pr&#233;cisent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hitler a promis qu'en quatre ans il n'y aura plus de ch&#244;mage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse m&#233;canique, immanquable, que j'entendrai chaque jour, pendant des semaines, sur la bouche d'adolescents, d'adultes et de vieillards.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le p&#232;re aubergiste, un exploit&#233; de chez Krupp, avec sa casquette bleue de prol&#233;taire, contemple, de l'embrasure de la porte, cet effarant spectacle. Mais il courbe la t&#234;te et se tait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je respecte son silence. Tant d'efforts et tant de luttes, dans cette Ruhr ouvri&#232;re, pour en arriver l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A L&#252;beck, c'est pire encore. L'auberge de la jeunesse, hier foyer des Jeunesses socialistes, est occup&#233;e par les chemises brunes. Le p&#232;re aubergiste est un jeune SA, bott&#233; et sangl&#233;. Tr&#232;s courtois d'ailleurs. Quand on lui demande un renseignement, il se met au garde-&#224;-vous, claque les talons, fait une r&#233;ponse br&#232;ve de planton bien dress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sections d'assaut ont log&#233; quelques jours dans l'auberge, et de vagues relents de caserne y flottent encore. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanches hitl&#233;riens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le septi&#232;me jour de chaque semaine, la folie collective ne conna&#238;t plus de bornes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela commence d&#232;s sept heures du matin, autour du haut-parleur : hymne de &#171; Horst Wessel &#187;, r&#233;volution nationale, Allemagne r&#233;veill&#233;e&#8230; On saute du lit, les nerfs d&#233;j&#224; en pelote. Au mur, un portrait g&#233;ant d'Adolf ach&#232;ve de vous saouler. On sort les drapeaux rouges &#224; croix gamm&#233;e, si vastes que les voisins de l'&#233;tage au-dessous devront renoncer aux rayons du soleil. On boit vite la tasse d'ersatz de caf&#233; ; qu'importe si l'humble tranche de pain noir ne remplit pas l'estomac ! L'Allemagne s'est r&#233;veill&#233;e : la vie est belle. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, dans chaque quartier, devant la brasserie qui sert de permanence &#224; leurs organisations respectives, les SA et les SS, les Jeunesses hitl&#233;riennes se ressemblent. Aux fen&#234;tres des maisons, de grosses mamans attendries contemplent le spectacle. Les jeunes gars sont d&#233;j&#224; align&#233;s, immobiles, la t&#234;te haute, le menton serr&#233; sous la visi&#232;re de leur coiffure. Appel, inspection des tenues. Repos ! Un jeune chef lance d'une voix rauque des mots sonores :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous &#234;tes les soldats inconnus de l'arm&#233;e brune. Demeurez pr&#234;ts &#224; mourir pour Hitler, pour la r&#233;volution, pour la patrie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) A onze heures, a annonc&#233; le &#171; Beobachter &#187;, aura lieu, sur l'esplanade, une grande concentration de SA et de SS. De toutes parts, les sections arrivent. Les commandements s'entrecroisent. Les talons claquent. La foule grossit de minute en minute. Beaucoup de petits-bourgeois, de femmes. Peu de prol&#233;taires. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, l'esplanade n'est plus qu'un immense carr&#233; humain, k&#233;pis bruns et k&#233;pis noirs. Depuis une heure d&#233;j&#224;, les hommes sont debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les grands chefs arrivent, ridiculement sangl&#233;s, leurs grosses fesses comprim&#233;es dans d'&#233;troites culottes. Revue. Des milliers d'&#234;tres au garde-&#224;-vous. Puis, l'in&#233;vitable discours diffus&#233; par les haut-parleurs, qui exalte la r&#233;volution nationale. Mots creux, &#233;loquence grossi&#232;re et primitive, mais habilement calcul&#233;e. L'orateur, un von quelque chose, sans doute un ancien officier de Guillaume II, sait oublier pour un moment le beau langage. Et ces vocif&#233;rations enrou&#233;es secouent jusqu'aux entrailles cette jeunesse aigrie, ces ch&#244;meurs fam&#233;liques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluie s'est mise &#224; tomber. Bient&#244;t, c'est un d&#233;luge. Les chemises brunes, d&#233;tremp&#233;es, prennent une couleur terreuse. Personne ne bronche. Une heure encore, le discours se poursuivra sous les rafales d'eau. Seulement, de temps &#224; autre, un vide se produit dans les rangs. Un homme tombe, de froid et de faim. Des infirmiers discrets s'empressent de l'&#233;vacuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Heil ! Heil ! Heil ! hurlent enfin, en guise de conclusion, cinq mille poitrines glac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, l'une apr&#232;s l'autre, les sections s'&#233;branlent. La marche dominicale d'entra&#238;nement commence. Trente kilom&#232;tres &#224; travers la campagne, musique en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Peste Brune&#034;, 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bsstock.files.wordpress.com/2015/10/guc3a9rin-la-peste-brune-1933_optim.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici : Daniel Gu&#233;rin, La peste brune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait Daniel Gu&#233;rin ? Quelle est son oeuvre ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5392</link>
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		<dc:date>2017-03-03T00:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchism</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise et nous &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution permanente dans la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
Le combat contre la religion selon Daniel Gu&#233;rin &lt;br class='autobr' /&gt;
La peste brune - sur le fascisme allemand &lt;br class='autobr' /&gt;
Fascisme et grand capital &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les Antilles d&#233;colonis&#233;es&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Gu&#233;rin sur le net &lt;br class='autobr' /&gt;
Luttes de classes dans la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
Le combat contre la religion selon Daniel Gu&#233;rin &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mocratie bourgeoise et r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
bibliographie Daniel Gu&#233;rin &lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Guerin El anarquismo &lt;br class='autobr' /&gt;
Rosa Luxemburg y el (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Anarchism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise et nous&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution permanente dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article154&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le combat contre la religion selon Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article682&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La peste brune - sur le fascisme allemand&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fascisme et grand capital&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1075&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les Antilles d&#233;colonis&#233;es&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.danielguerin.info/tiki-index.php?page=Vie%20de%20Daniel%20Gu&#233;rin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin sur le net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1352&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Luttes de classes dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article154&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le combat contre la religion selon Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;mocratie bourgeoise et r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1076&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bibliographie Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1572&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daniel Guerin El anarquismo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1571&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosa Luxemburg y el espontaneismo revolucionario&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fascism and big business&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A libertarian Marx ? Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/history/etol/writers/guerin/1945/09/fascism.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fascism and socialism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1254&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Writings of Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Gu&#233;rin et la R&#233;volution fran&#231;aise</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3780</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article3780</guid>
		<dc:date>2013-09-29T02:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin et la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt; par Denis Berger &lt;br class='autobr' /&gt;
Le bicentenaire de la R&#233;volution fran&#231;aise ? Avant tout, un grand brassage m&#233;diatique. Son principal m&#233;rite est de faire sortir de l'ombre des acteurs de ces ann&#233;es de braise. Des personnalit&#233;s ont retrouv&#233; vie, qui n'&#233;taient plus que des noms sur les pages des manuels. Sur la lanc&#233;e, on revient aux auteurs qui, en leur temps, ont entrepris de dresser le bilan de la &#034;d&#233;cennie sans pareille&#034;. Bref, dans le bric-&#224;-brac des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L305xH475/9782913112018FS-381e9.gif?1777710982' width='305' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4005 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L200xH271/couv-guecc81rin-recc81vo-nous-116b6.png?1777710982' width='200' height='271' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4004 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH225/_T2eC16hHJH8E9qSEYOjoBRmpFOu1kg_60_35-4673d.jpg?1777710982' width='300' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin et la R&#233;volution fran&#231;aise
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Denis Berger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bicentenaire de la R&#233;volution fran&#231;aise ? Avant tout, un grand brassage m&#233;diatique. Son principal m&#233;rite est de faire sortir de l'ombre des acteurs de ces ann&#233;es de braise. Des personnalit&#233;s ont retrouv&#233; vie, qui n'&#233;taient plus que des noms sur les pages des manuels. Sur la lanc&#233;e, on revient aux auteurs qui, en leur temps, ont entrepris de dresser le bilan de la &#034;d&#233;cennie sans pareille&#034;. Bref, dans le bric-&#224;-brac des comm&#233;morations, il est possible de trouver l'utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel du pass&#233; ne va pas sans oublis significatifs parce que rarement innocents. Parmi les victimes de l'amn&#233;sie officielle du Bicentenaire, Daniel Gu&#233;rin. Ce chercheur militant a consacr&#233; &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise un livre qui, lors de sa parution, en 1946, fut diversement accueilli (1). L'ouvrage figure dans les bibliographies s&#233;rieuses. Mais, de son contenu, il est rarement question (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans le grand d&#233;bat politique qui se d&#233;roule sur le sens et l'actualit&#233; de la R&#233;volution, Daniel Gu&#233;rin peut apporter beaucoup. Il nous propose en effet une m&#233;thode d'interpr&#233;tation du processus r&#233;volutionnaire susceptible de dissiper un certain nombre de confusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartons d'abord un malentendu. Daniel Gu&#233;rin n'est pas un historien, au sens classiquement universitaire du terme. Ses d&#233;monstrations sont &#233;tay&#233;es par des r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises aux &#233;v&#233;nements et il a travaill&#233; sur toute la documentation qui &#233;tait accessible dans les ann&#233;es quarante. Mais il n'apporte rien de fondamentalement nouveau dans la reconstitution du pass&#233; : pas de trouvailles d'archives, pas d'&#233;l&#233;ments biographiques in&#233;dits ni de r&#233;cits originaux. De ce point de vue, il est impossible de comparer son oeuvre &#224; celles de Georges Lefebvre, d'Albert Soboul ou de tous ceux qui, &#224; leur suite, ont d&#233;frich&#233; le champ du mouvement populaire, rural et urbain, dans les ann&#233;es r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e de Gu&#233;rin est autre. C'est en tant que r&#233;volutionnaire (3) qu'il interroge la R&#233;volution fran&#231;aise : d'un &#233;v&#233;nement d'une telle ampleur, il faut tirer des le&#231;ons actuelles car, dans le temps et dans l'espace, le combat contre l'exploitation est un, par-del&#224; les &#233;videntes diff&#233;rences des p&#233;riodes et des cultures. Le militant du XXe si&#232;cle, qui a &#233;t&#233; confront&#233; aux exp&#233;riences exaltantes et sinistres de la r&#233;volution d'Octobre et de sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence, peut porter sur les luttes anciennes un regard neuf, il peut mieux en comprendre les limites, les contradictions, la port&#233;e. En retour, la connaissance du pass&#233; lui permet de mieux aborder la complexit&#233; du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture orient&#233;e donc, qui ne cache pas ses intentions. Daniel Gu&#233;rin se situe dans une tradition, illustr&#233;e &#224; des degr&#233;s divers par Karl Kautsky et Pierre Kropotkine qui, eux aussi, ont &#233;tudi&#233; 1789 et 1793. Il s'agit de d&#233;crypter les discours officiels. ceux des acteurs de l'&#233;poque comme ceux des commentateurs ult&#233;rieurs. Interpr&#233;ter l'exub&#233;rante diversit&#233; des luttes en fonction des grands antagonismes sociaux. Rep&#233;rer dans les grands moments d'unanimit&#233;, telle la f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration en 1790, les dissonances qu'introduisent les revendications des plus pauvres et des plus exploit&#233;s. Retrouver derri&#232;re les id&#233;ologies les contradictions - de classe, de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette tradition, Trotsky occupe une place &#224; part. Il a peu &#233;crit sur la R&#233;volution fran&#231;aise elle-m&#234;me. Mais la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente est une r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale sur la logique interne de tout processus r&#233;volutionnaire. Plus particuli&#232;rement, le concept de d&#233;veloppement combin&#233; (4) peut s'appliquer &#224; la France de l'Ancien R&#233;gime. L'accumulation du capital y a commenc&#233; depuis plusieurs si&#232;cles, bouleversant la soci&#233;t&#233;, autrefois seigneuriale et f&#233;odale. L'organisation du pouvoir d'Etat, sous la forme d'une monarchie qui n'a d'absolu que le nom, est un obstacle &#224; la modernisation du pays. Contre l'ordre ancien se r&#233;alise une coalition des m&#233;contentements les plus neufs comme les plus anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res phases de la lutte (en 1789, lorsqu'il s'agit d'imposer la reconnaissance de la repr&#233;sentation nationale) sont marqu&#233;es d'un esprit unitaire. Mais, assez vite, le bloc se d&#233;sagr&#232;ge sous l'impact des demandes des classes et fractions de classe aux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s (dans la France r&#233;volutionnaire, d'embl&#233;e, les paysans suivent une voie largement autonome). D&#232;s lors se pose, au double sens du terme, un probl&#232;me de direction : qui va prendre la t&#234;te du mouvement et par l&#224;-m&#234;me dire vers o&#249; et jusqu'o&#249; doit aller la R&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement, les groupes sociaux les plus puissants parce que les mieux nantis et les mieux dot&#233;s culturellement occupent la position dominante. Mais les plus pauvres et les plus exploit&#233;s sont susceptibles de s'organiser de fa&#231;on autonome (ils le font &#224; Paris, d&#232;s 1792, dans les sections et les soci&#233;t&#233;s populaires qui composent le mouvement sans-culotte). Ils font alors l'exp&#233;rience de leur force collective et adoptent des revendications qui, parce qu'elles leur sont propres, rompent avec le cours de la R&#233;volution, tel que l'entendent les dirigeants officiels de ses premi&#232;res phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions apparaissent au grand jour et entra&#238;nent des r&#233;actions en cha&#238;ne. Les &#233;l&#233;ments les plus avanc&#233;s du peuple travailleur th&#233;orisent les conflits qui les opposent aux riches, nobles ou bourgeois. Dans une certaine mesure, l'exp&#233;rience de la r&#233;volution leur permet de devancer l'histoire en posant des probl&#232;mes qui ne trouveront de solution que plus tard, lorsque la r&#233;p&#233;tition des exp&#233;riences aussi bien que les transformations de la soci&#233;t&#233; le permettront. Le communisme de Babeuf, la revendication des droits de la femme par Olympe de Gouges sont des exemples de cette pr&#233;maturation de la th&#233;orie qu'il ne faut pas confondre avec l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, le processus r&#233;volutionnaire acquiert une large autonomie par rapport aux conditions &#233;conomiques et sociales qui sont &#224; son origine. Les luttes ont leur logique propre qui n'est celle ni de la soci&#233;t&#233; dans son &#233;tat ordinaire, ni de ce que produit l'imagination des protagonistes. De ce fait, elles ont des effets sp&#233;cifiques, id&#233;ologiques et politiques, th&#233;oriques et pratiques, impossibles &#224; pr&#233;voir &#224; partir de la seule analyse des structures de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;rite de Daniel Gu&#233;rin est d'illustrer concr&#232;tement les donn&#233;es m&#233;thodiques propos&#233;es par Trotsky en utilisant diff&#233;remment le riche mat&#233;riau des ann&#233;es r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sens et limites d'une oeuvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A sa sortie, &#034;La Lutte des classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique&#034; n'a pas &#233;t&#233; bien accueillie dans les milieux acad&#233;miques. P&#232;re fondateur de l'&#233;cole des Annales, Lucien Febvre en fit un compte rendu venimeux qui brillait par son incapacit&#233; &#224; comprendre la d&#233;marche de l'auteur. On peut &#234;tre grand historien et myope pour ce qui sort de votre domaine. Mais, peut-&#234;tre, l'universitaire r&#233;agissait-il, &#224; titre pr&#233;ventif, contre l'immixtion d'un non-sp&#233;cialiste, marxiste de surcro&#238;t, dans le domaine r&#233;serv&#233; de la r&#233;flexion historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, l'oeuvre de Gu&#233;rin n'est pas exempte de faiblesses qui nuisent &#224; son interpr&#233;tation de la R&#233;volution (car, il faut le r&#233;p&#233;ter, c'est sous cet angle que l'on doit consid&#233;rer son travail). Certains d&#233;fauts sont d'autant plus perceptibles que des recherches ult&#233;rieures ont compl&#233;t&#233; nos connaissances des probl&#232;mes. Il en est ainsi de tout ce qui concerne la paysannerie : centr&#233; sur le r&#244;le des villes parce qu'il est persuad&#233; du r&#244;le historique qu'y jouera plus tard la classe ouvri&#232;re, Daniel Gu&#233;rin a tendance &#224; n&#233;gliger un peu les sp&#233;cificit&#233;s de la France rurale, son influence directe sur le cours g&#233;n&#233;ral de la R&#233;volution et, indirecte, sur le contenu des &#233;v&#233;nements les plus marquants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai &#233;galement que Gu&#233;rin sous-estime quelque peu le r&#244;le &#034;organique&#034; jou&#233; par les intellectuels, issus en grand nombre de ce que l'on appellerait aujourd'hui classes moyennes. Dans une formation sociale d'Ancien R&#233;gime, les classes sont encore en formation ; &#224; bien des &#233;gards, elles sont encore hybrides. Dans le flou qui na&#238;t de cette situation, les avocats, les journalistes, tous ceux qui, peu ou prou, ont acc&#232;s &#224; la culture jouent un r&#244;le consid&#233;rable. Ils ne sont pas seulement les porte-parole d'int&#233;r&#234;ts de groupe, ils sont des fa&#231;onniers de l'histoire, d&#233;tenteurs d'une certaine marge d'autonomie. Qu'ils aient nom Condorcet, Desmoulins ou Robespierre, on ne peut analyser leur comportement en fonction de leur seule appartenance de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, toutes les critiques que l'on peut faire &#224; Daniel Gu&#233;rin sont li&#233;es &#224; un reproche majeur : il a tendance &#224; sch&#233;matiser les probl&#232;mes de la R&#233;volution fran&#231;aise en fonction d'une analyse simplifi&#233;e des antagonismes de classe. Plus exactement, il projette sur les &#233;v&#233;nements de 1789 le vocabulaire et les concepts de la r&#233;volution prol&#233;tarienne contemporaine. A le lire, on a, par exemple, l'impression que la bourgeoisie est un bloc. C'est loin d'&#234;tre le cas &#224; l'&#233;poque : le fermier g&#233;n&#233;ral qui tire ses profits de la collecte des imp&#244;ts d'Ancien R&#233;gime n'a pas le m&#234;me comportement que le commer&#231;ant moyen d&#233;sireux d'une soci&#233;t&#233; nouvelle parce qu'il y grimperait dans l'&#233;chelle des consid&#233;rations. Autour d'int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux, cette classe, encore en formation, peut se retrouver : elle approuve la Constitution de 1791 comme les lois d'Allarde et Le Chapelier (5). Mais elle ne manifeste pas la m&#234;me coh&#233;sion en toutes circonstances. Il est donc difficile de la montrer comme un agent parfaitement conscient du processus historique - ce que Gu&#233;rin est enclin &#224; faire (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me en ce qui concerne les &#034;bras-nus&#034;. Daniel Gu&#233;rin pr&#233;sente, &#224; l'occasion, leurs fractions avanc&#233;es comme une avant-garde prol&#233;tarienne. De m&#234;me, il assimile les sections du Paris de 1793 aux conseils ouvriers de Petrograd de 1917. Dans un cas comme dans l'autre, on assiste &#224; un ph&#233;nom&#232;ne de dualit&#233; de pouvoir dans la r&#233;volution. Cela justifie la comparaison, pas l'identification qui, parfois (7), surgit sous la plume de Gu&#233;rin. Albert Soboul a bien mis en &#233;vidence que les cadres du mouvement sans-culotte appartiennent &#224; l'artisanat et &#224; la boutique. Il va de soi que cette situation donne &#224; leur pratique et &#224; leur expression th&#233;orique un caract&#232;re diff&#233;rent de celles d'un prol&#233;tariat, au demeurant plus qu'embryonnaire en 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Daniel Gu&#233;rin, dans son d&#233;sir justifi&#233; de r&#233;int&#233;grer 1789 dans le mouvement d'ensemble des r&#233;volutions, a &#233;t&#233; victime d'un t&#233;lescopage, fr&#233;quent chez les marxistes : il a appliqu&#233; imm&#233;diatement les concepts g&#233;n&#233;raux de l'analyse de classe aux &#233;v&#233;nements particuliers qu'il &#233;tudiait. Voyant mieux que personne que les revendications les plus radicales des &#034;bras-nus&#034; sortaient du cadre bourgeois de la R&#233;volution et pr&#233;figuraient ce qu'allaient devenir les th&#232;mes de l'action ouvri&#232;re, il leur a appliqu&#233; le qualificatif de prol&#233;tarien, hors de saison en l'occurrence. Erreur qui n'est pas sans cons&#233;quences : le conflit bourgeoisie-prol&#233;tariat est un des axes d'analyse du processus r&#233;volutionnaire ; lorsqu'on le transforme en explication de chacun des &#233;v&#233;nements survenus, on en arrive &#224; minimiser l'influence d'autres contradictions. Entre autres, les rapports entre hommes et femmes, dont l'&#233;volution au cours des ann&#233;es r&#233;volutionnaires a contribu&#233; &#224; forger le cadre des id&#233;ologies qui allaient devenir dominantes le si&#232;cle suivant (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces approximations et ces insuffisances, qui ne doivent pas &#234;tre cach&#233;es, n'annulent pas l'apport fondamental de Gu&#233;rin qui, r&#233;p&#233;tons-le, sait mettre en &#233;vidence les contradictions d'une r&#233;volution qui n'est pas la symphonie h&#233;ro&#239;que qu'on nous dit. Dans le cours m&#234;me de la lutte, une deuxi&#232;me r&#233;volution appara&#238;t, qui donne &#224; l'&#233;mancipation politique ses perspectives sociales. Mieux que tout autre, Daniel Gu&#233;rin sait rompre le silence officiel sur les dissonances dans l'unanimit&#233; r&#233;publicaine. C'est parce que sa conception g&#233;n&#233;rale lui permet de prendre en compte la totalit&#233; des aspects de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : combien d'historiens n'ont-il pas &#233;crit que, dans le Paris de la Terreur, les mouvements contre la vie ch&#232;re suivaient le mod&#232;le ancien des &#233;meutes de la faim, fr&#233;quentes aux si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents ? De m&#234;me, l'exigence d'une taxation des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; serait l'expression d'un refus, par les masses populaires, d'une modernit&#233; incarn&#233;e dans le libre-&#233;change. Les remarques sont en partie fond&#233;es. Mais les conclusions h&#226;tives : dans le moule des traditions, de nouvelles formes de combat se coulent ; le refus de la logique capitaliste n'est pas nostalgie du pass&#233;. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, les rapports sociaux prennent, &#224; travers les rapports de forces momentan&#233;s, la configuration qu'ils vont conserver pour de longues ann&#233;es. Quand les &#034;bras-nus&#034; s'opposent &#224; la &#034;bourgeoisie r&#233;volutionnaire&#034;, ils expriment, avec des moyens anciens, la contradiction fondamentale entre l'&#233;galit&#233; juridique et l'in&#233;galit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux sections et aux soci&#233;t&#233;s parisiennes, elles sont bien autre chose que la continuit&#233; des collectivit&#233;s locales et paroissiales de l'Ancien R&#233;gime. Parce que, dans des moments de conflits internes, elles rassemblent des femmes et des hommes qui n'ont que leur force collective pour peser sur les &#233;v&#233;nements, parce qu'elles aboutissent &#224; des affrontements politiques multiples (avec les factieux mais aussi avec la Convention), elles sont une des premi&#232;res et des plus vastes exp&#233;riences de d&#233;mocratie directe. En cela, elles sont modernes, car elles annoncent les formes que, de nos jours encore, tout mouvement de masse rev&#234;t d&#232;s qu'il atteint une grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux que personne (c'est &#224; dessein que cette expression se r&#233;p&#233;te sous ma plume), Daniel Gu&#233;rin sait montrer cet aspect de la r&#233;alit&#233;. Mieux que personne, il sait montrer que la transition r&#233;volutionnaire fait na&#238;tre le neuf de l'ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'actualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la discussion sur le bon usage de la R&#233;volution, la m&#233;thode de Daniel Gu&#233;rin peut s'av&#233;rer utile. On sait qu'aujourd'hui la parole dominante est celle de Fran&#231;ois Furet. Parce que l'air du temps s'y pr&#234;te. Parce qu'une savante strat&#233;gie m&#233;diatique le permet. On sait aussi que cet auteur parle d'un lieu politique bien d&#233;termin&#233;. Son interpr&#233;tation historique est un acte politique. Si, pour lui, &#034;la R&#233;volution fran&#231;aise est termin&#233;e&#034;, c'est que nous sommes entr&#233;s dans une &#232;re o&#249;, au nom du lib&#233;ralisme, il convient d'enterrer les conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces caract&#233;ristiques m&#233;ritent d'&#234;tre connues et &#233;ventuellement rappel&#233;es, car elles orientent les conclusions de Furet. Elles n'emp&#234;chent pas la pertinence de beaucoup de ses critiques qui montrent clairement les insuffisances de bien des analyses traditionnelles, fussent-elles inspir&#233;es du marxisme. En particulier, il est possible de revenir, &#224; partir de ce que dit Furet, non sur la notion m&#234;me, mais sur l'utilisation courante du concept de &#034;r&#233;volution bourgeoise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cet auteur, le terme n'a pas de sens, parce qu'il plaque un qualificatif qui rel&#232;ve du social sur un &#233;v&#233;nement exclusivement politique. La bourgeoisie fran&#231;aise, qui n'a pas de coh&#233;sion en 1789, ne se retrouve &#224; la direction d'aucun des mouvements sociaux - surtout pas en 1793-1794. En fait, selon lui, il y a une pluralit&#233; de mouvements, provoqu&#233;s, dans leurs dissemblances, par l'inadaptation des structures du pouvoir d'Etat. La seule logique de la R&#233;volution est d'ordre politique et id&#233;ologique. Les r&#233;formes dont &#233;tait grosse la soci&#233;t&#233; sont, pour l'essentiel, accomplies en 1791. Tout ce qui survient apr&#232;s (et qui n'est pas n&#233;gligeable : la guerre, la naissance de la R&#233;publique, la mort du roi, les conflits de la Montagne, la Terreur, etc.) ne correspond &#224; aucune n&#233;cessit&#233; et rel&#232;ve d'un &#034;d&#233;rapage&#034; : ceux qui, en interpr&#233;tant Rousseau, pr&#233;tendent incarner la volont&#233; populaire sont immanquablement amen&#233;s &#224; contraindre le peuple r&#233;el au nom du peuple id&#233;al. A la cl&#233;, la Terreur, pr&#233;figurative du Goulag.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres ont critiqu&#233; et critiqueront les d&#233;rapages de Fran&#231;ois Furet, qui semble r&#233;duire le processus r&#233;volutionnaire &#224; un encha&#238;nement de concepts. Je ne retiendrai ici que les pr&#233;misses de son raisonnement qui me semblent partiellement fond&#233;es. La R&#233;volution fran&#231;aise n'est pas un assaut soigneusement pr&#233;par&#233; par une bourgeoisie parfaitement lucide sur ses objectifs, parce que v&#233;ritablement unifi&#233;e dans ses fonctions &#233;conomiques. Produit d'une crise g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire d'une situation o&#249; la faillite de l'Etat lib&#233;re les &#233;nergie de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, elle a connu tr&#232;s vite un d&#233;veloppement incontr&#244;lable par qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels note quelque part que le bourgeois fait le plus souvent de la politique par procuration ; sa pr&#233;occupation directe est le profit. La remarque s'applique davantage encore aux p&#233;riodes o&#249; la politique prend un tour d'autant plus violent que les couches les plus pauvres entrent en action. Dans de tels moments sonne l'heure des porte-parole et des politiques de profession. Ceux-ci appartiennent souvent &#224; des groupes sociaux marginaux ; pour eux, l'action publique est, jusque dans sa dimension id&#233;ologique, un moyen d'acc&#233;der &#224; la supr&#233;matie sociale. Ils sont, avant leur entr&#233;e dans la lutte ou &#224; cause d'elle, des d&#233;class&#233;s. Ni Danton, ni Marat, ni Robespierre ne sont des bourgeois, au sens sociologique du terme. Sur ce point, Cobban, Furet, tous les &#034;r&#233;visionnistes&#034; ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, alors, concilier la notion de R&#233;volution fran&#231;aise avec la r&#233;alit&#233; d'un processus que dirigent des membres d'autres classes sociales ? Faut-il renoncer &#224; ce qu'exprime vraiment le concept - &#224; savoir que la mise en place d&#233;finitive du mode de production capitaliste passe par une rupture politique, dont la R&#233;volution fran&#231;aise est un exemple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation que fait Daniel Gu&#233;rin du meilleur de la tradition marxiste permet de r&#233;pondre &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#034;la R&#233;volution fran&#231;aise et nous&#034;, il distingue fortement deux niveaux, selon ses termes &#034;l'objectif et le subjectif&#034;. On peut discuter de la pertinence des mots employ&#233;s ; l'id&#233;e est fondamentale. Dans la suite d'&#233;v&#233;nements qui bouleverse la France entre 1789 et 1799, est &#224; l'oeuvre un processus impersonnel, aboutissement au niveau politique d'une &#233;volution longue, qui s'est effectu&#233;e pour l'essentiel dans le domaine &#233;conomique et social. C'est en cela que la r&#233;volution est bourgeoise : elle est adaptation des structures de l'Etat aux exigences du d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une crise sp&#233;cifique, &#233;videmment d&#233;termin&#233;e par les tendances g&#233;n&#233;rales d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;, mais marqu&#233;e aussi par la conjoncture des rapports entre les classes et les fractions de classe. A ce niveau, l'aspect &#034;subjectif&#034; prime largement. L'action r&#233;volutionnaire suit ses propres lois. Pour elle, le court terme est de r&#232;gle, avec la part qu'il conc&#232;de &#224; l'appr&#233;ciation des rapports de forces, &#224; l'essai de pr&#233;vision des r&#233;actions de l'adversaire... et aux erreurs d'estimation qui en d&#233;coulent. La crise structurelle de l'Ancien R&#233;gime et la crise &#233;conomique qui culmine en 1787 forment l'&#034;infrastructure&#034; du processus r&#233;volutionnaire. Mais, &#224; partir du moment o&#249; s'effectue une cassure symbolique avec l'ordre royal (la prise de la Bastille, les manifestations des 5 et 6 octobre 1789 en sont les premiers sympt&#244;mes), la mobilisation populaire s'inscrit dans un contexte nouveau. Elle devient directement politique, m&#234;me s'il faut du temps pour que les acteurs en prennent conscience. Elle se traduit par des initiatives et des intentions qui n'&#233;taient pas toutes inscrites dans la logique de l'&#233;volution sociale globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut comprendre le d&#233;doublement du processus r&#233;volutionnaire sans se r&#233;f&#233;rer aux traits particuliers du d&#233;veloppement capitaliste. Les rapports de production capitalistes ont d&#233;j&#224;, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, un long pass&#233;. Port&#233;s par la dynamique de l'&#233;change, ils se g&#233;n&#233;ralisent automatiquement et minent de l'int&#233;rieur les structures des soci&#233;t&#233;s fond&#233;es sur les rapports d'exploitation personnalis&#233;s. Toute l'histoire de la royaut&#233; fran&#231;aise est, depuis le XVIe si&#232;cle au moins, l'histoire d'une prise en compte, plus ou moins r&#233;ussie, de l'essor capitaliste. Par ailleurs, l'accumulation a, d&#232;s l'origine, une dimension internationale. En 1789, le destin de toutes les nations europ&#233;ennes est d&#233;pendant du march&#233; international qui commence &#224; se structurer. La Grande-Bretagne y joue un r&#244;le essentiel, moins par sa puissance commerciale que par l'acc&#232;s pr&#233;coce au capitalisme que lui ont permis ses r&#233;volutions, politiques et industrielles. Ses succ&#232;s fixent le rythme de la croissance de tout l'Occident : les autres nations doivent s'adapter, cat&#233;goriquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet imp&#233;ratif, impersonnel parce qu'objectif, commande une large part de l'attitude des &#233;lites sociales de la France, y compris une part notable de l'aristocratie, convertie au lib&#233;ralisme. Chacun cherche &#224; faire co&#239;ncider la modernisation avec ses int&#233;r&#234;ts propres. D'o&#249; la multiplicit&#233; des fractions. Malgr&#233; les divergences, cependant, un certain programme commun s'esquisse. C'est celui qu'effectivement mettra en oeuvre l'Assembl&#233;e constituante : limitation du pouvoir royal, contr&#244;le parlementaire, suffrage censitaire, refonte de la fiscalit&#233; et de la justice, affirmation de l'individu, etc. Avec ces r&#233;formes-l&#224;, on peut faire face &#224; la concurrence britannique et pr&#233;tendre &#224; l'h&#233;g&#233;monie sur l'Europe, sans trop &#233;branler la hi&#233;rarchie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, le peuple constitue une masse de manoeuvre. Mais, on l'a dit, la logique politique n&#233;e de l'&#233;branlement de ces piliers de l'ordre social que sont la monarchie et la religion ouvre de nouveaux espaces. S'y engouffrent tous ceux qui n'ont aucune raison d'autolimiter leurs exigences, parce qu'ils sont d&#233;j&#224; exclus des projets de soci&#233;t&#233; en gestation : &#034;bras-nus&#034; bien s&#251;r, mais aussi femmes, Noirs... Plus ou moins massivement, ils revendiquent. Plus ou moins clairement, certains imaginent un avenir autre. M&#234;me limit&#233;e dans son expression, m&#234;me momentan&#233;ment coup&#233;e du possible imm&#233;diat, cette imagination est cr&#233;atrice. Le seul fait que quelques hommes aient pu parler de communisme, quelques combattantes exiger l'&#233;galit&#233; pour les femmes, montre bien qu'&#224; c&#244;t&#233; de la logique de l'&#233;volution sociale il y a une logique des luttes. Comme l'&#233;crit Gu&#233;rin : &#034;La R&#233;volution fran&#231;aise (...) fut un &#233;pisode de la r&#233;volution tout court.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux r&#233;volutions en France. La r&#233;volution de la modernisation capitaliste. Celle-l&#224;, Furet a raison, pouvait s'arr&#234;ter en 1791, mais la remarque est purement th&#233;orique. La seconde r&#233;volution, celle des masses, ne pouvait en rester &#224; pareil mi-chemin. Forc&#233;ment, l'encha&#238;nement interne du processus r&#233;volutionnaire devait l'entra&#238;ner plus loin, par n&#233;cessit&#233; politique et pas seulement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de nier que la R&#233;volution fran&#231;aise, jusque dans ses prolongements napol&#233;oniens, marque bien la modernisation institutionnelle par laquelle s'effectue le passage au capitalisme. Elle est, &#224; ce titre, une r&#233;volution bourgeoise. Mais, contrairement &#224; ce que l'on a dit souvent, elle n'est pas un mod&#232;le de la transition historique vers le capitalisme. La crise immense qui l'a marqu&#233;e de bout en bout a provoqu&#233; une radicalisation, en elle-m&#234;me contradictoire &#224; l'esprit bourgeois tel qu'il existait auparavant, tel qu'aussi il a pris forme au XIXe si&#232;cle. Faisons une hypoth&#232;se : 1789 est &#224; bien des &#233;gards une exception ; la conqu&#234;te tranquille de l'h&#233;g&#233;monie par la bourgeoisie allemande, quelques d&#233;cennies plus tard, est, sans doute, plus typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1789 marque donc un commencement. Fran&#231;ois Furet, s'inspirant de Tocqueville, nous dit qu'il s'agit l&#224; d'un mythe, inspir&#233; par les croyances des protagonistes. Il a beau jeu de montrer les continuit&#233;s entre l'Ancien R&#233;gime et la France post-r&#233;volutionnaire : il n'y a jamais de nouveaut&#233; absolue, le maintien et la r&#233;p&#233;tition scandent les actions humaines. Mais il y a des ruptures, &#224; partir desquelles l'&#233;volution historique suit un cours diff&#233;rent dans ses lignes de force. La R&#233;volution fran&#231;aise est une de ces ruptures - en grande partie &#224; cause de la dualit&#233; de son d&#233;roulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, si l'id&#233;ologie de la table rase est bien celle des principaux acteurs de la p&#233;riode, ce n'est pas seulement parce qu'il faut, pour l&#233;gitimer sa propre audace, se persuader que l'on innove totalement. C'est aussi parce que ceux qui mettent &#224; mort avec le roi toute une soci&#233;t&#233; ont conscience d'avoir franchi un pas irr&#233;m&#233;diable. C'est aussi que les anticipations que permet, dans le domaine id&#233;ologique, la crise r&#233;volutionnaire sont, ind&#233;pendamment de leurs possibilit&#233;s de r&#233;alisation imm&#233;diate, une n&#233;gation du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette richesse et cette complexit&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise, la m&#233;thode d'approche de Daniel Gu&#233;rin nous aide &#224; l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fin de Robespierre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Gu&#233;rin, nous pouvons aussi sortir du &#034;jacobinisme&#034;. On a beau faire : pr&#232;s de cent ans de robespierrisme quasi officiel font que l'&#034;Incorruptible&#034; passe pour un mod&#232;le r&#233;volutionnaire. L&#233;nine lui-m&#234;me s'y est tromp&#233;. L'honn&#234;tet&#233; de Maximilien, son intransigeance et son &#233;nergie &#233;clipsent les incertitudes de sa pratique. Albert Soboul et ceux qu'il a inspir&#233;s n'ont pas peu contribu&#233; &#224; entretenir, &#224; notre &#233;poque, cette sorte de culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont, certes, contribu&#233; &#224; la connaissance du mouvement r&#233;volutionnaire et, &#224; coup s&#251;r, ils ne correspondent pas au portrait-robot peu flatteur que trace d'eux Fran&#231;ois Furet pour mieux les disqualifier. N&#233;anmoins, ils ont l'inconv&#233;nient majeur de faire de la pratique robespierriste l'incarnation du maximum r&#233;volutionnaire possible : compte tenu des conditions objectives, on ne pouvait aller plus loin que l'a fait le Comit&#233; de salut public ; les Enrag&#233;s posaient de vrais probl&#232;mes mais de fa&#231;on excessive ; les femmes en qu&#234;te de leurs droits politiques relevaient de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pos&#233;e, la question n'a aucun sens. Elle refl&#232;te un choix politique a priori que fonde une appr&#233;ciation purement id&#233;aliste des rapports du possible et de l'impossible, de l'action et de l'utopie. On n'appr&#233;cie pas les acteurs d'une r&#233;volution sans s'interroger sur la signification sociale et politique de leur comportement ou, si l'on veut, sur les fonctions qu'ils remplissent dans une soci&#233;t&#233; en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;finir les Montagnards les plus radicaux ? Par leur ardeur &#224; d&#233;fendre les conqu&#234;tes de la R&#233;volution ? Certainement. Mais aussi par leur place sur l'&#233;chiquier politique. Robespierre, Couthon, Saint-Just sont au carrefour des influences et des int&#233;r&#234;ts qui donnent &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise son caract&#232;re pluriel (c'est peut-&#234;tre cette position m&#233;diane qui permet &#224; leurs admirateurs d'en faire les agents de la raison possible). Ils sont dans le cadre de la r&#233;volution bourgeoise, mais ils en per&#231;oivent &#224; l'occasion les limites (ils cherchent les moyens d'&#233;galiser les conditions sociales). Ils entendent s'appuyer sur le peuple, mais rejettent ses revendications trop radicales, en particulier tout ce qui porte atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un marxisme quelque peu traditionnel les qualifierait de &#034;petits-bourgeois&#034;. Caract&#233;risation en partie fond&#233;e, mais insuffisante. Le &#034;gouvernement&#034; robespierriste est aussi, par sa pratique, un pouvoir bureaucratique. Emp&#234;tr&#233; dans sa situation interm&#233;diaire, il ne peut subsister qu'en r&#233;primant, tant&#244;t &#224; gauche (Jacques Roux, H&#233;bert), tant&#244;t &#224; droite (les Indulgents, Danton). Il perd ainsi ses assises sociales en se substituant de plus en plus &#224; ceux au nom desquels il parle, en classifiant et r&#233;glementant la vie sociale tout enti&#232;re, de fa&#231;on &#224; emp&#234;cher toute d&#233;viation. En quelque sorte, un bonapartisme r&#233;volutionnaire qui ne pouvait avoir aucun avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jugement de fait et non de valeur. On peut comprendre la logique infernale qui a men&#233; dans l'impasse le Comit&#233; robespierriste. On ne peut pour autant lui imputer un rapport f&#233;cond au r&#233;el : son audace - ind&#233;niable - se m&#234;le d'aveuglement et d'un conformisme qui annonce les grandes &#233;thiques conservatrices du XIXe et du XXe si&#232;cles. Le plus souvent, les robespierristes privil&#233;gient l'action de sommet et l'intervention de l'appareil d'Etat par rapport &#224; la mobilisation de masse. Daniel Gu&#233;rin montre bien qu'en plusieurs circonstances d&#233;cisives le noyau dur des Jacobins est devanc&#233;, d&#233;pass&#233; par les initiatives populaires qui convergent autour de la Commune de Paris (c'est notamment le cas lors de la journ&#233;e du 31 mai 1793).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les robespierristes, &#224; leur fa&#231;on, sont modernes. Ils annoncent un certain style d'organisation, de direction et de rapport aux masses qui, h&#233;las, fleurira au XXe si&#232;cle. Quelles que soient les excuses que l'on peut trouver &#224; leurs erreurs, on ne peut ignorer qu'ils sont, de fait, coup&#233;s de plus en plus de ce qui est initiative d'avant-garde. Il y a, en puissance, deux courants et deux pouvoirs dans les ann&#233;es 1793-1794. Gu&#233;rin a raison de l'indiquer, m&#234;me s'il sch&#233;matise &#224; l'occasion les oppositions existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, de m&#234;me, deux Terreurs. Sur ce point, les recherches historiques ont confirm&#233; les indications de Daniel Gu&#233;rin. Une terreur populaire, brutale, cruelle m&#234;me lors des massacres de septembre 1792, n&#233;e de la r&#233;action spontan&#233;e des gens du peuple qui, soumis depuis toujours &#224; la violence latente et ouverte des rapports sociaux d'Ancien R&#233;gime, ne peuvent exorciser leurs craintes qu'en employant les m&#233;thodes m&#234;me dont ils avaient &#233;t&#233; les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terreur-l&#224;, on peut la d&#233;plorer ; il faut la comprendre. Elle diff&#232;re de la terreur bureaucratique qui, de 1793 &#224; 1794, s'organise d'en haut et d&#233;rape dans l'engrenage de la Loi des suspects. Cette terreur-l&#224; fit des victimes dans toutes les couches de la population. Elle exprimait l'effort d&#233;sesp&#233;r&#233; d'un pouvoir, de plus en plus isol&#233;, pour encadrer une population incontr&#244;lable. L'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire a-t-elle, comme le sugg&#232;re Furet, pr&#233;par&#233; le terrain de la Terreur ? Peut-&#234;tre, sous certains de ses aspects. Mais ce ne sont pas les concepts qui ont d&#233;termin&#233; l'usage de la guillotine : c'est une pratique du pouvoir et un rapport au peuple, &#233;minemment concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait beaucoup &#224; dire encore. Daniel Gu&#233;rin a notamment consacr&#233; des d&#233;veloppements int&#233;ressants &#224; la d&#233;christianisation, dont il a montr&#233; que, loin d'&#234;tre totalement artificielle, elle r&#233;pondait aux aspirations de certains secteurs du mouvement populaire et &#233;tait un enjeu entre bourgeois et &#034;bras-nus&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir transmis un peu de la vigoureuse passion de Daniel Gu&#233;rin. Je souhaite avoir montr&#233; que sa m&#233;thode d'approche est f&#233;conde, fondamentale m&#234;me, pour comprendre le pluriel de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, l'heure est &#224; l'id&#233;ologie molle du consensus. Consensus r&#233;publicain certes, mais combien an&#233;mique. On applaudit 1789 pour les droits de l'Homme (qui peut &#234;tre contre ?) de fa&#231;on &#224; ce que 1989 voie la fin des conflits pass&#233;s, pr&#233;sents et futurs. La Grande R&#233;volution est un long fleuve tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin nous aide &#224; remettre les pendules a l'heure. En magnifiant les &#034;bras-nus&#034; et la premi&#232;re Commune de Paris, il r&#233;tablit un pass&#233; qui est le garant de l'avenir des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons &#224; ce que chantait Eug&#232;ne Pottier :&#034;lls sentiront sous peu, nom de Dieu, que la Commune n'est pas morte.&#034; Une phrase dont la forme et le contenu plaisaient &#224; Daniel Gu&#233;rin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis Berger est ma&#238;tre de conf&#233;rences en sciences politiques &#224; Paris VIII. Il est l'auteur du &#034;Spectre d&#233;fait, essai sur la crise du mouvement communiste en Europe occidentale&#034; (&#233;d. Bernard Coutaz). Le texte ci-dessus est paru dans &#034;Alternative libertaire&#034; (1998)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Daniel Gu&#233;rin, &#034;les Luttes de classes en France sous la premi&#232;re R&#233;publique&#034;, Gallimard, 1946, 2 volumes. Une seconde &#233;dition, augment&#233;e, est parue chez le m&#234;me &#233;diteur en 1968. On peut se r&#233;f&#233;rer aussi &#224; l'&#233;dition abr&#233;g&#233;e (&#034;Bourgeois et bras nus&#034;, Gallimard, 1973) et au recueil d'articles (&#034;la R&#233;volution fran&#231;aise et nous&#034;, Maspero, 1976) qui contient notamment une importante pr&#233;face, non publi&#233;e jusque-l&#224;, de l'&#233;dition de 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En leur temps, Albert Soboul (&#034;Mouvement populaire et gouvernement r&#233;volutionnaire en l'an II, 1793-1794&#034;, &#233;dition abr&#233;g&#233;e d'une th&#232;se soutenue en 1958) et Fran&#231;ois Furet (&#034;Penser la R&#233;volution fran&#231;aise&#034;, Gallimard, 1978) ont rapidement &#233;voqu&#233; et critiqu&#233; les id&#233;es de Gu&#233;rin. Michel Vovelle a fait de m&#234;me, dans la revue de l'historiographie r&#233;volutionnaire qu'il a publi&#233;e dans &#034;l'Etat de la France sous la R&#233;volution fran&#231;aise&#034;, La D&#233;couverte, 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Il n'est pas n&#233;cessaire de rappeler ici ce que furent, de 1930 &#224; sa mort r&#233;cente, les activit&#233;s de Daniel Gu&#233;rin. Bornons-nous &#224; dire que, marxiste libertaire, il n'a cess&#233; de combattre toutes les formes de l'oppression et de l'exploitation. La vari&#233;t&#233; de son oeuvre &#233;crite t&#233;moigne de la diversit&#233; et de la profondeur de son engagement contre le colonialisme, pour la lib&#233;ration sexuelle. Ses travaux sur l'Am&#233;rique, le Front populaire, etc. valent d'&#234;tre lus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Robespierre &#187; de Albert Mathiez</title>
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		<dc:date>2013-04-29T02:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Robespierre &#187; de Albert Mathiez &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment Albert Mathiez d&#233;fendait Robespierre &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Mathiez rapprochait jacobinisme et bolchevisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Robespierre, dirigeant de la phase la plus &#233;lev&#233;e de la R&#233;volution fran&#231;aise, d&#233;clarait : &#171; La bourgeoisie et le peuple r&#233;unis ont fait la R&#233;volution ; leur r&#233;union seule peut la conserver. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Albert Mathiez, socialiste honn&#234;te, tr&#232;s bri&#232;vement communiste avant le stalinisme, est un enthousiaste de la r&#233;volution fran&#231;aise dont il a fait toute sa vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Robespierre &#187; de Albert Mathiez&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/mathiez/works/1922/02/robespierre.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment Albert Mathiez d&#233;fendait Robespierre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83407v.r=Trotsky+L%27Humanit%C3%A9.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand Mathiez rapprochait jacobinisme et bolchevisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robespierre&lt;/a&gt;, dirigeant de la phase la plus &#233;lev&#233;e de la R&#233;volution fran&#231;aise, d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; La bourgeoisie et le peuple r&#233;unis ont fait la R&#233;volution ; leur r&#233;union seule peut la conserver. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Mathiez&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Albert Mathiez&lt;/a&gt;, socialiste honn&#234;te, tr&#232;s bri&#232;vement communiste avant le stalinisme, est un enthousiaste de la r&#233;volution fran&#231;aise dont il a fait toute sa vie l'historiographie. Alors que la bourgeoisie, venue au pouvoir, n'a pas voulu se solidariser de cette r&#233;volution au-del&#224; des Girondins, lui a tenu &#224; d&#233;fendre la gloire des r&#233;volutionnaires de 1789-1793 et au premier rang desquels il place Robespierre. C'est en d&#233;mocrate populaire qu'il intervient ainsi mais, ce faisant, il retire &#224; Robespierre sa v&#233;ritable capacit&#233; : une grande conscience de classe menant &#224; une politique de classe au service des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux et historiques de la bourgeoisie et pas seulement celle d'un leader des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est effacer le caract&#232;re d'une lutte de classe exacerb&#233;e qui est celui de la r&#233;volution fran&#231;aise et c'est effacer que, dans cette lutte de classe, il n'y avait pas seulement le camp r&#233;volutionnaire (masses populaires et bourgeoisie petite, moyenne ou grande) et le camp contre-r&#233;volutionnaire (noblesse et une fraction de la bourgeoisie). Non, il y avait encore un foss&#233; de classe entre bourgeoisie et masses populaires. Mathiez a envie d'imaginer que Robespierre est r&#233;ellement dans le camp des masses populaires qui le suivent mais cela est faux. Il est enti&#232;rement dans le camp de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire qui a seulement momentan&#233;ment besoin des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Daniel Gu&#233;rin dans &#171; La lutte de classes sous la premi&#232;re r&#233;publique dans son chapitre &#171; Le revers de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les professeurs d&#233;mocrates se sont efforc&#233;s d'effacer de la R&#233;volution toute trace de la lutte de classes. Ils ont mari&#233; l'eau et le feu, r&#233;concili&#233; &#224; posteriori sans culottes et grands sp&#233;cialistes, les pr&#233;sentant comme associ&#233;s dans la grande entreprise de d&#233;fense nationale. Mais les pl&#233;b&#233;iens jacobins et les sans culottes comprirent fort bien, beaucoup mieux que ces historiens, qui d&#233;tenait la r&#233;alit&#233; du pouvoir politique&#8230; Si les grands sp&#233;cialistes avaient d&#233;tenu seuls le pouvoir, le vrai visage, le visage de classe du Comit&#233; de Salut public f&#251;t apparu aux yeux de tous. Pendant la p&#233;riode o&#249; la bourgeoisie jugea indispensable de s'appuyer sur la sans-culotterie, d'acheter son concours par un certain nombre de concessions, il &#233;tait n&#233;cessaire que d'autres hommes fussent associ&#233;s au gouvernement. Ces hommes cautionn&#232;rent les grands sp&#233;cialistes (les Cambon, les Carnot, les Bar&#232;re du Comit&#233; de Salut public) vis-&#224;-vis de l'avant-garde populaire ; ils jou&#232;rent le r&#244;le de m&#233;diateurs entre bourgeois et bras nus. En m&#234;me temps, ils endoss&#232;rent la responsabilit&#233; des d&#233;cisions purement politiques et notamment celle des mesures de Terreur que les grands sp&#233;cialistes jugeaient in&#233;vitables, mais dont ils pr&#233;f&#233;raient ne pas se souiller trop visiblement les mains. Tel fut le r&#244;le de Robespierre et de son &#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre appartenait &#224; une cat&#233;gorie interm&#233;diaire entre les grands sp&#233;cialistes et les pl&#233;b&#233;iens. Il tenait plut&#244;t &#224; la petite qu'&#224; la grande bourgeoisie. Michelet note que la &#171; m&#233;diocrit&#233; d'or &#233;tait son id&#233;al en politique, en fortune, en habitudes et en tout &#187; et il pr&#233;cise que ses v&#234;tements &#171; donnaient l'id&#233;e d'un rentier d'une aisance m&#233;diocre, le type m&#234;me que Robespierre avait en esprit : l'homme de trois mille livres de rente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre correspondait assez bien &#224; la d&#233;finition que Marx donne du petit bourgeois : &#171; Le petit bourgeois se vante dans le for int&#233;rieur de sa conscience d'&#234;tre impartial, d'avoir trouv&#233; le juste &#233;quilibre. &#187; Robespierre jouissait de la confiance de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire qui avait reconnu en lui un homme de sa classe. Et il jouissait d'un immense prestige aupr&#232;s des pl&#233;b&#233;iens et des sans culottes. Il &#233;tait l'entremetteur n&#233;, le conciliateur par excellence. Donnant des gages &#224; gauche et des gages &#224; droite, penchant tant&#244;t vers la gauche tant&#244;t vers la droite, d&#233;concertant ses propres partisans par les sautes impr&#233;vues de son opportunisme, mais suivant, &#224; travers tous ces d&#233;tours, une ligne relativement rectiligne, toujours sur la corde raide, mais ne perdant jamais l'&#233;quilibre, il fut le lien vivant entre la bourgeoisie et la pl&#232;be. Cet homme unique, irrempla&#231;able, sut &#233;viter la scission latente au sein du tiers &#233;tat. Il fut l'&#233;cran qui dissimula aux masses populaires le visage de classe du Comit&#233; de Salut public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses origines, son pass&#233; politique le pr&#233;disposaient &#224; ce jeu double. Robespierre &#233;tait issu d'une &#171; bonne famille &#187;. Par son aspect ext&#233;rieur, par son genre de vie, par le choix de son entourage, il &#233;tait fort peu pl&#233;b&#233;ien. A Arras, &#171; son existence, &#233;crit G&#233;rard Walter, est celle d'un bourgeois moyen, rang&#233;, tr&#232;s ordonn&#233;, vivant confortablement, en dehors de tout souci d'ordre mat&#233;riel &#187;. A Paris, il v&#233;cut, note Jaur&#232;s, &#171; dans un large bien-&#234;tre et dans une sorte de s&#233;curit&#233; raffin&#233;e. &#187; Il n'avait ni le langage ni les mani&#232;res du peuple. &#171; Jamais, observe Michelet, il ne se montra dans les foules. Sa correcte tenue de ci-devant l'e&#251;t fait para&#238;tre prodigieusement d&#233;plac&#233; &#187;. Une aversion physique l'&#233;loignait de la foule dont il redoutait la violence &#233;l&#233;mentaire. Toute sa vie, il a craint d'&#234;tre d&#233;bord&#233; par le torrent populaire. Un bref coup d'&#339;il sur sa carri&#232;re avant 1793 suffit &#224; nous renseigner. Chaque fois que le peuple &#233;tait descendu dans la rue, il avait cherch&#233; &#224; pr&#233;venir la crise, &#224; amortir le choc. Au cours de la bagarre, il s'&#233;tait &#233;clips&#233;, &#233;tait rentr&#233; sous terre, avait fait le mort. Puis, l'&#233;meute pass&#233;e, on l'avait vu r&#233;appara&#238;tre pour canaliser et apaiser le mouvement, pour en recueillir le b&#233;n&#233;fice politique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapable de parler le langage du peuple et d'emprunter &#224; celui-ci ses mani&#232;res, il avait cependant une intuition remarquable de ce que sentait et voulait la masse ; il trouvait avec une suret&#233; rarement en d&#233;faut, les arguments, les formules qui la mettaient en confiance, qui l'apprivoisaient, qui la d&#233;tournaient de l'action ill&#233;gale et violente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son association avec les grands sp&#233;cialistes r&#233;pondait &#224; une n&#233;cessit&#233; profonde. Il n'e&#251;t pu se passer de la science financi&#232;re de Cambon, des talents militaires de Carnot. Et, r&#233;ciproquement, les Cambon, les Carnot ne pouvaient rien s'ils n'avaient &#224; leurs c&#244;t&#233;s un homme capable de ma&#238;triser l'opinion, de capter, de mettre &#224; leur disposition, de faire servir &#224; la r&#233;ussite de leurs combinaisons financi&#232;res et militaires l'&#233;nergie primitive des bras nus ; un homme enfin qui s&#251;t les pr&#233;server de l'animosit&#233; des sans-culottes&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie r&#233;ussit d'autant plus ais&#233;ment &#224; se faire ob&#233;ir que les conditions mat&#233;rielles de l'&#233;poque ne permettaient plus &#224; la R&#233;volution d'aller plus loin. Sur tous les plans : politique, &#233;conomique, religieux, la r&#233;volution bourgeoise avait atteint, et m&#234;me un peu d&#233;pass&#233;, ses limites. Le mouvement r&#233;volutionnaire ne pouvait plus que refluer. Il y avait correspondance entre la volont&#233; subjective de la bourgeoisie d'arr&#234;ter le mouvement et l'incapacit&#233; objective de la R&#233;volution de pousser davantage vers l'avant. Trotsky &#233;crivait ainsi : &#171; La bourgeoisie montagnarde, malgr&#233; sa peur des masses, put se permettre, pendant un certain temps, de leur l&#226;cher la bride ; elle put laisser d&#233;ferler le torrent, tout en tenant d'une main ferme le gouvernail. Finalement, elle dut, elle aussi, se retourner contre les masses, mais pas avant d'avoir assur&#233;, gr&#226;ce au concours de celles-ci, le triomphe de la r&#233;volution bourgeoise. &#187; (Introduction &#224; l'Histoire de la R&#233;volution russe)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maximilien Robespierre et la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la radicalit&#233; des Jacobins et de Robespierre n'a jamais d&#233;bord&#233; des int&#233;r&#234;ts bien con&#231;us de la bourgeoisie. Cela a toujours &#233;t&#233; un moyen d'&#233;viter que les masses populaires s'ind&#233;pendantisent compl&#232;tement du pouvoir d'Etat. La politique d'un Robespierre n'est pas caract&#233;ris&#233;e par la Terreur, ni par une politique violente vis-&#224;-vis de la noblesse, ni vis-&#224;-vis du roi. Robespierre n'avait pas favoris&#233; la guerre en Europe, ni vot&#233; la mort du roi, ni voulu de la terreur r&#233;volutionnaire quand elle &#233;tait d&#233;cr&#233;t&#233;e par la commune r&#233;volutionnaire de Paris, mise en place par les comit&#233;s de bras nus, les piques. Il les a pris en charge pour mieux emp&#234;cher le peuple travailleur d'agir de mani&#232;re autonome du pouvoir bourgeois. Une fois que l'Etat a repris l'initiative de la terreur, de la r&#233;quisition, de la terreur ou de la d&#233;christianisation, il les a fait arr&#234;ter et a cass&#233; ensuite par la r&#233;pression polici&#232;re les reins de la commune insurrectionnelle et des comit&#233;s populaires, ainsi que des compagnies de piques. Le jacobinisme n'est pas une avanc&#233;e dans la r&#233;volution, mais seulement la tentative r&#233;ussie d'emp&#234;cher la contre-r&#233;volution de l'emporter. Robespierre a seulement repr&#233;sent&#233; le point extr&#234;me o&#249; la politique de la bourgeoisie pouvait aller en s'appuyant en partie sur le mouvement populaire. Mais c'&#233;tait pour mieux lui casser les reins ensuite. Ce sont les historiens staliniens qui ont fait de Robespierre un r&#233;volutionnaire pur, les historiens bourgeois pour leur part se d&#233;marquant ensuite de quiconque avait particip&#233; &#224; la Terreur, afin de d&#233;noncer &#224; leur mani&#232;re tout acte r&#233;volutionnaire du peuple&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; La r&#233;volution fran&#231;aise et nous &#187;, Daniel Gu&#233;rin &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Robespierre, en donnant, le 20 novembre 1793, un coup de frein &#224; la d&#233;christianisation, en insultant et en pers&#233;cutant les &#034;ultra-r&#233;volutionnaires&#034;, fit faire demi-tour &#224; la R&#233;volution, l'engagea sur une pente fatale o&#249; lui-m&#234;me laissa sa t&#234;te, qui conduisit &#224; la dictature militaire de Bonaparte et aux ordonnances de Charles X. (...)La bourgeoisie ne se trompa pas sur le caract&#232;re de classe que prirent ces manifestations. Sa r&#233;action fut tr&#232;s vive et &#8211;le point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; &#8211; elle fut unanime. Oubliant leurs querelles fratricides, l'aile droite girondine et l'aile gauche montagnarde se retrouv&#232;rent d'accord contre l'avant-garde populaire. Les jacobins, plus directement en contact avec les sans-culottes, menac&#233;s, en outre, de perdre leur client&#232;le et d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s par les extr&#233;mistes, ne se montr&#232;rent pas les moins acharn&#233;s. (&#8230;) A Paris, au d&#233;but de f&#233;vrier 1793, une d&#233;l&#233;gation des 48 sections de Paris pr&#233;senta &#224; la barre de la Convention une p&#233;tition demandant une loi sur les subsistances et un prix maximum pour le bl&#233;. Une violente rumeur s'&#233;leva dans toutes les parties de la salle. On r&#233;clama l'expulsion d'un des orateurs. Marat, l'&#171; Ami du peuple &#187;, se fit, en cette occasion, le d&#233;fenseur des poss&#233;dants effray&#233;s. (&#8230;) Au lendemain de cette journ&#233;e, les d&#233;put&#233;s du d&#233;partement de Paris &#233;prouv&#232;rent le besoin de d&#233;savouer par une &#171; Lettre &#224; leurs commettants &#187; les auteurs de la p&#233;tition. Parmi les signataires de cette lettre, on retrouve les principaux chefs jacobins : Robespierre, Danton, Marat, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Robespierre et le jeune David. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25, les sans-culottes pass&#232;rent &#224; l'action directe. A la stupeur indign&#233;e de la bourgeoisie qui parla de &#171; pillages &#187;, ils envahirent les boutiques et oblig&#232;rent les commer&#231;ants &#224; c&#233;der leurs marchandises &#224; des prix qu'ils avaient eux-m&#234;mes fix&#233;s ; parmi eux, de nombreuses femmes, des blanchisseuses notamment qui se plaignaient de la chert&#233; du savon. Le soir m&#234;me, aux Jacobins, Robespierre exhala sa col&#232;re : &#171; Quand le peuple se l&#232;ve, ne doit-il pas avoir un but digne de lui ? De ch&#233;tives marchandises doivent-elles l'occuper ? &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
En f&#233;vrier-mars 1794, la lutte se raviva entre les deux pouvoirs. Celui issu des masses fut, alors, davantage repr&#233;sent&#233; par les soci&#233;t&#233;s populaires, des sections, regroup&#233;es en un comit&#233; central, que par la Commune elle-m&#234;me. Mais les dirigeants de cette derni&#232;re, sous la pression populaire, eurent &#224; deux reprises, avant la chute des h&#233;bertitstes, avant celle de Robespierre, des vell&#233;it&#233;s de coup d'&#233;tat. Ce fut le chant du cygne de la dualit&#233; de pouvoirs. La bourgeoisie accusa les partisans de la Commune de vouloir &#171; avilir la repr&#233;sentation nationale &#187; et elle brisa le pouvoir populaire, donnant ainsi le coup de gr&#226;ce &#224; la R&#233;volution. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les bras-nus ne se laiss&#232;rent pas faire la le&#231;on par les jacobins. (...) Le 1er mai, le ton monta encore. Les sections du faubourg Saint-Antoine envoy&#232;rent une d&#233;putation &#224; la barre de l'Assembl&#233;e. (...) le peuple n'obtenant toujours pas satisfaction, passa &#224; l'action directe. Les 26, 27 et 28 juin, il y e&#251;t &#224; Paris de graves troubles. Les bras-nus, comme en f&#233;vrier, oblig&#232;rent les commer&#231;ants &#224; vendre leurs denr&#233;es, le savon notamment, &#224; plus bas prix. (...) Pendant les mois de juillet et d'ao&#251;t, il y eu une fermentation permanente dans les faubourgs. Les sans-culottes ne s'indignaient pas seulement de la chert&#233; des subsistances, ils souffraient aussi de leur raret&#233;. Paris &#233;tait mal ravitaill&#233;, le pain manquait, les queues ne cessaient pas aux portes des boulangeries. A la fin de juillet, l'approvisionnement de la capitale en farine devenant de plus en plus pr&#233;caire, une vive &#233;motion s'empara des sections. (...) Le 6 ao&#251;t, il y eut une s&#233;ance houleuse au Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune. (...) Robespierre se plaignit que l'on foment&#226;t des troubles. (...) Au cours de la seconde quinzaine d'ao&#251;t, &#224; Paris, les attaques se firent de plus en plus vives contre la municipalit&#233; et son administration des subsistances. (...) Cette effervescence longtemps contenue devait aboutir au d&#233;but de septembre &#224; une explosion. (...) Le 4, d&#232;s l'aube, les ouvriers d&#233;sert&#232;rent leurs lieux de travail, se rassembl&#232;rent au nombre de plusieurs milliers, place de l'H&#244;tel-de-ville. Il y avait l&#224; des ouvriers du b&#226;timent, ma&#231;ons et serruriers notamment, des travailleurs des manufactures de guerre, des typographes, etc. Pour la premi&#232;re fois, le prol&#233;tariat se d&#233;gageait de la masse h&#233;t&#233;rog&#232;ne des sans-culottes. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrag&#233;s eurent le m&#233;rite incontestable, face aux montagnards enferm&#233;s dans le l&#233;galisme parlementaire, de proclamer la n&#233;cessit&#233; de l'action directe. Ils eurent aussi le courage de s'attaquer aux r&#233;putations &#233;tablies, &#224; la plus haute, &#224; celle &#224; laquelle il &#233;tait le plus dangereux de toucher. Ils os&#232;rent s'en prendre &#224; l'idole populaire qu'&#233;tait Robespierre. Th&#233;ophile Leclerc rangeait ce dernier parmi les &#171; quelques despotes insolents de l'opinion publique &#187;. Jacques Roux d&#233;non&#231;ait proph&#233;tiquement &#171; les hommes mielleux en apparence, mais sanguinaires en r&#233;alit&#233; &#187;. (&#8230;) La Soci&#233;t&#233; des Femmes R&#233;volutionnaires de Claire Lacombe poussa la t&#233;m&#233;rit&#233; jusqu'&#224; appeler Robespierre : &#171; Monsieur Robespierre &#187;, injure impardonnable &#224; l'&#233;poque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 septembre 1793, Robespierre pronon&#231;a aux Jacobins un discours particuli&#232;rement venimeux : &#171; Ces sc&#233;l&#233;rats ont voulu &#233;gorger la Convention nationale, les jacobins, les patriotes. &#187; (&#8230;) Les sans-culottes de 1793 n'apercevaient encore que confus&#233;ment la confiscation de la r&#233;volution au profit exclusif de la bourgeoisie. Et leur haine de la contre-r&#233;volution l'emportait sur la col&#232;re que leur inspirait la vie ch&#232;re et la raret&#233; des subsistances. La malfaisance du pouvoir bourgeois ne s'&#233;tait pas encore suffisamment manifest&#233;e &#224; leurs yeux, au contraire, il avait fait preuve d'une capacit&#233; relative dans la lutte contre les vestiges abhorr&#233;s de l'Ancien r&#233;gime. (...) Mais, en m&#234;me temps, les plus avanc&#233;s des bras-nus invoquaient, sur un ton amer de reproche, les sacrifices consentis, les privations accept&#233;es ; ils s'indignaient de la chert&#233; croissante de la vie, de la disette chaque jour aggrav&#233;e, de l'impunit&#233; dont jouissaient les accapareurs et les mercantis, de la carence des autorit&#233;s incapables de faire respecter la loi. Ils s'apercevaient que la dictature de &#034;salut public&#034; n'&#233;tait pas dirig&#233;e seulement contre les aristocrates, mais aussi contre l'avant-garde populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, en mars 1793, ne vit qu'un moyen de pr&#233;venir les d&#233;sordres mena&#231;ants : c'&#233;tait de &#034;soulager la mis&#232;re publique&#034;. Jeanbon Saint-Andr&#233; et Elie Lacoste ramass&#232;rent cette opinion en une br&#232;ve et frappante formule : &#034;Il faut tr&#232;s imp&#233;rieusement faire vivre le pauvre, si vous voulez qu'il vous aide &#224; achever la r&#233;volution.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction importante de la bourgeoisie de 1793 en arriva, pour servir ses int&#233;r&#234;ts particuliers, &#224; trahir les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la r&#233;volution bourgeoise. L'autre fraction, celle dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient li&#233;s &#224; la continuation de la guerre et de la r&#233;volution, se r&#233;signa &#224; la rupture. Entre les deux scissions, celle avec la Gironde ou celle avec les bras-nus, elle dut choisir (&#8230;) La Montagne ne pouvait se dispenser de faire appel au peuple, mais dans une mesure rigoureusement circonscrite : le peuple devait se borner &#224; exercer une pression sur l'Assembl&#233;e (&#8230;) &#224; inspirer &#224; la Convention le courage de se donner le coup de bistouri. (&#8230;) Pour organiser la pression populaire, on ne rechigna pas &#224; utiliser les organes extra-l&#233;gaux qui avaient d&#233;clench&#233; les mouvements du 10 ao&#251;t 1792 et du 10 mars 1793. Le moyen &#233;tait risqu&#233; mais il n'y en avait pas d'autre. (&#8230;) Le 5 mai, la section du Contrat social invita les 48 sections &#224; d&#233;signer les d&#233;l&#233;gu&#233;s pour former un &#171; Comit&#233; central r&#233;volutionnaire &#187;. La r&#233;union se tint le 12 et regroupa 80 membres. (&#8230;) Les Jacobins n'agissaient qu'en sous-main ; ils laissaient l'initiative du mouvement &#224; des comit&#233;s sans sanction officielle (&#8230;) La Commune officielle, o&#249; dominaient les Jacobins (&#8230;) s'appliquait &#224; camoufler l'activit&#233; clandestine du Comit&#233; central r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Mais le jeu n'&#233;tait pas sans risques. L'avant-garde populaire n'allait-elle pas, dans un &#233;lan irr&#233;sistible, d&#233;passer les limites fix&#233;es ? Au dernier moment, &#224; la veille m&#234;me de la crise, Robespierre comprit que les organes r&#233;guliers et l&#233;gaux devaient rentrer en sc&#232;ne, sous peine d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s. (...) Cependant Robespierre et les chefs montagnards n'avaient pas perdu tout contr&#244;le sur les &#233;v&#233;nements ; ils avaient encore plus d'un tour dans leur sac : apr&#232;s s'&#234;tre jou&#233;s des girondins, ils se jou&#232;rent des enrag&#233;s. (...) Fait singulier : le Comit&#233; insurrectionnel &#233;tait primitivement compos&#233; de 9 membres. mais, au dernier moment, on lui en ajouta un dixi&#232;me et, mieux encore, le nouveau venu r&#233;ussit &#224; s'emparer de la pr&#233;sidence. C'&#233;tait Dobsen. Si l'insurrection populaire fut contenue le 31 mai, Robespierre et les montagnards le lui durent pour une bonne part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; Bilan et perspectives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La grande R&#233;volution fran&#231;aise fut vraiment une r&#233;volution nationale. Et, qui plus est, la lutte mondiale de la bourgeoisie pour la domination, pour le pouvoir, et pour une victoire totale trouv&#232;rent dans ce cadre national leur expression classique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le terme de &#034;jacobinisme&#034; est actuellement une expression p&#233;jorative dans la bouche de tous les sages lib&#233;raux. La haine de la bourgeoisie contre la r&#233;volution, sa haine des masses, sa haine de la force et de la grandeur de l'histoire qui se fait dans la rue se concentre dans ce cri de peur et d'indignation : &#034;C'est du jacobinisme !&#034; Nous, l'arm&#233;e mondiale du communisme, avons depuis longtemps r&#233;gl&#233; nos comptes historiques avec le jacobinisme. Tout le mouvement prol&#233;tarien international actuel a &#233;t&#233; form&#233; et s'est renforc&#233; dans la lutte contre les traditions du jacobinisme. Nous l'avons soumis &#224; une critique th&#233;orique, nous avons d&#233;nonc&#233; ses limites historiques, son caract&#232;re socialement contradictoire et utopique, sa phras&#233;ologie, nous avons rompu avec ses traditions, qui, des d&#233;cennies durant, ont &#233;t&#233; regard&#233;es comme l'h&#233;ritage sacr&#233; de la R&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous d&#233;fendons le jacobinisme contre les attaques, les calomnies, les injures stupides du lib&#233;ralisme an&#233;mique. La bourgeoisie a honteusement trahi toutes les traditions de sa jeunesse historique, et ses mercenaires actuels d&#233;shonorent les tombeaux de ses anc&#234;tres et narguent les cendres de leurs id&#233;aux. Le prol&#233;tariat a pris sous sa protection l'honneur du pass&#233; r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat, si radicalement qu'il puisse avoir rompu dans sa pratique avec les traditions r&#233;volutionnaires de la bourgeoisie, les pr&#233;serve n&#233;anmoins comme un h&#233;ritage sacr&#233; de grandes passions, d'h&#233;ro&#239;sme et d'initiative, et son c&#339;ur bat &#224; l'unisson des paroles et des actes de la Convention jacobine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc qui a fait l'attrait du lib&#233;ralisme, sinon les traditions de la grande R&#233;volution fran&#231;aise ? Quand donc la d&#233;mocratie bourgeoise a-t-elle atteint un tel sommet et allum&#233; une telle flamme dans le c&#339;ur du peuple, sinon durant la p&#233;riode de la d&#233;mocratie jacobine, sans-culotte, terroriste, robespierriste de 1793 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc, sinon le jacobinisme, qui a rendu et rend encore possible, aux diverses nuances du radicalisme bourgeois fran&#231;ais, de tenir sous son charme l'&#233;crasante majorit&#233; du peuple et m&#234;me du prol&#233;tariat, &#224; une &#233;poque o&#249;, en Allemagne et en Autriche, le radicalisme bourgeois a termin&#233; sa br&#232;ve histoire dans la mesquinerie et la honte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc, sinon le charme du jacobinisme, avec son id&#233;ologie politique abstraite, son culte de la r&#233;publique sacr&#233;e, ses d&#233;clarations triomphantes, qui, encore aujourd'hui, nourrit les radicaux et radicaux-socialistes fran&#231;ais comme Clemenceau, Millerand, Briand et Bourgeois, et tous ces politiciens qui savent, aussi bien que les pesants junkers de Guillaume II, empereur par la gr&#226;ce de Dieu, d&#233;fendre les fondements de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ? Ils sont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment envi&#233;s par les d&#233;mocrates bourgeois des autres pays et ne se privent pourtant pas de d&#233;verser des tombereaux de calomnies sur la source de leurs avantages politiques : l'h&#233;ro&#239;que jacobinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s tant d'espoirs d&#233;&#231;us, le jacobinisme demeure, en tant que tradition, dans la m&#233;moire du peuple. Le prol&#233;tariat a longtemps exprim&#233; son avenir dans le langage du pass&#233;. En 1840, pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s le gouvernement de la Montagne, huit ans avant les journ&#233;es de juin 1848, Heine visita plusieurs ateliers du faubourg Saint Marceau, et regarda ce que lisaient les ouvriers, &#034;la section la plus saine des classes inf&#233;rieures&#034;. &#034;J'ai trouv&#233; l&#224;, &#233;crivit-il &#224; un journal allemand, dans des &#233;ditions &#224; deux sous, plusieurs nouveaux discours de Robespierre ainsi que des brochures de, Marat ; l'Histoire de la R&#233;volution de Cabet, les virulents brocards de Cormenin, et le livre de Buonarotti, Babeuf et la Conspiration des &#201;gaux, toutes productions d&#233;gageant une odeur de sang... L'un des fruits de cette semence, proph&#233;tise le po&#232;te, c'est que, t&#244;t ou tard, une r&#233;publique risque d'appara&#238;tre en France&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/mathiez/works/1922/02/robespierre.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Robespierre &#187; de Albert Mathiez&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens, aucun homme d'Etat de la R&#233;volution n'a &#233;t&#233; plus populaire pendant sa vie que celui que les contemporains surnomm&#232;rent d&#232;s la Constituante du beau nom d'Incorruptible, aucun pourtant n'a &#233;t&#233; plus tristement calomni&#233; apr&#232;s sa mort ni plus bassement outrag&#233;. On imprime couramment, jusque dans les livres scolaires qui servent &#224; l'&#233;ducation des enfants de l'&#233;cole la&#239;que, qu'il fut un pieux calomniateur, un mystique assassin, un hypocrite sanguinaire, un ambitieux sans scrupules, on lui d&#233;nie jusqu'au talent, jusqu'&#224; l'&#233;loquence. On en fait un cerveau m&#233;diocre, une &#226;me r&#233;tr&#233;cie Quand ces gentillesses s'&#233;talent sous la plume d'acad&#233;miciens, d'&#233;crivains bien pensants, de remparts de l'ordre &#233;tabli, cela s'explique, il est naturel que Robespierre, qui a incarn&#233; la d&#233;mocratie la plus hardie et qui l'a fait triompher tant qu'il a v&#233;cu, soit toujours poursuivi par la haine des ennemis de la justice et du progr&#232;s. Qu'il soit m&#233;connu aussi par les professionnels de la politique, qui ne voient dans la R&#233;volution qu'une r&#233;clame &#233;lectorale, que ceux-ci raillent sa vertu qui les importune, qu'ils essaient de salir sa radieuse m&#233;moire, cela s'explique encore. Danton fait bien mieux leur affaire et trop d'entre eux sont poursuivis par le spectre de Banco. Mais que des historiens qui pr&#233;tendent au titre de savants, que des professeurs de Sorbonne qui se disent et qui se croient peut-&#234;tre des d&#233;mocrates, fassent leur partie dans ce concert, voil&#224; qui &#233;tonnerait et qui scandaliserait si on ne r&#233;fl&#233;chissait pas que les historiens eux-m&#234;mes sont de leur temps, qu'ils c&#232;dent aux passions et &#224; la mode du jour et que bien peu sont capables de rendre &#224; la v&#233;rit&#233; un hommage impartial et d&#233;sint&#233;ress&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous n'attendez pas de moi que je r&#233;ponde ici &#224; tous ces beaux esprits. J'ai r&#233;fut&#233; ailleurs et en d&#233;tail, dans les 13 volumes des Annales r&#233;volutionnaires et dans mes diff&#233;rents ouvrages, les plus notoires de leurs erreurs et de leurs impostures. Mes d&#233;monstrations sont rest&#233;es sans r&#233;plique, et je peux dire que j'ai r&#233;duit l'adversaire au silence. La v&#233;rit&#233; aura son jour, qui est proche, puisqu'aussi bien j'ai pu constater d&#233;j&#224; que la plupart de mes conclusions ont &#233;t&#233; adopt&#233;es par l'historien qui a sign&#233; l'an dernier le volume de la Convention dans la collection de l'Histoire de France, publi&#233;e chez Hachette, je veux parler 'de mon coll&#232;gue de Strasbourg, M. Georges Pariset.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons donc ces pol&#233;miques. Le temps fera son &#339;uvre, et effor&#231;ons-nous seulement, ce soir, de retracer sommairement la vie du plus grand de tous les r&#233;volutionnaires, en marquant au passage les services inoubliables qu'il a rendus &#224; la cause qui nous est ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jeunesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II est n&#233; &#224; Arras en 1753 d'une famille modeste. Son p&#232;re &#233;tait avocat sans fortune, sa m&#232;re fille d'un brasseur. Il a connu de pr&#232;s le peuple, et le malheur l'en a encore rapproch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'Age de 6 ans, il a perdu sa m&#232;re, &#224; 8 ans il a perdu son p&#232;re qui, d&#233;sesp&#233;r&#233;, quitta le pays, sans qu'on le revit. L'a&#238;n&#233; de deux s&#339;urs et d'un fr&#232;re, il &#233;tait orphelin et chef de famille &#224; un &#226;ge o&#249; on joue encore aux billes. De l&#224; vint sans doute le s&#233;rieux de son caract&#232;re et le profond sentiment du devoir qui en fut le trait dominant. Dou&#233; d'une sensibilit&#233; tr&#232;s vive, d'un naturel plein de douceur, la souffrance des autres lui faisait mal. Il adorait les b&#234;tes. Il pleura quand sa s&#339;ur Charlotte laissa mourir, par n&#233;gligence, son pigeon favori. Pendant que son fr&#232;re et ses s&#339;urs &#233;taient recueillis par son grand-p&#232;re, le brasseur Carraut, et par ses tantes, il faisait, gr&#226;ce &#224; une bourse de l'abbaye de St-Waast, d'excellentes &#233;tudes au coll&#232;ge Louis-le-Grand, &#224; Paris, et il s'attirait l'amiti&#233; de ses camarades et l'estime de ses ma&#238;tres. Ses &#233;tudes termin&#233;es, il quitta le coll&#232;ge avec le certificat le plus flatteur, qu'accompagnait une gratification de 600 livres, la plus &#233;lev&#233;e qui avait jamais &#233;t&#233; accord&#233;e &#224; ses condisciples. Le coll&#232;ge &#233;tait si content de lui qu'il continua sa bourse &#224; son fr&#232;re Augustin.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vers ce moment que Robespierre eut avec J.-J. Rousseau, &#224; Ermenonville, un entretien qui laissa dans son esprit une trace ineffa&#231;able. &#171; Je t'ai vu, dans tes derniers jours, a-t-il &#233;crit plus tard, en parlant de l'immortel auteur du Contrat social, et ce souvenir est pour moi la source d'une joie orgueilleuse, j'ai contempl&#233; tes traits augustes, j'y ai vu l'empreinte des noirs chagrins auxquels t'avaient condamn&#233; les injustices des hommes. D&#232;s lors j'ai compris toutes les peines d'une noble vie qui se d&#233;voue au culte de la v&#233;rit&#233;. Elles ne m'ont pas effray&#233;. La conscience d'avoir voulu le bien de ses semblables est le salaire de l'homme vertueux ; vient ensuite la reconnaissance des peuples qui environne sa m&#233;moire des honneurs que lui ont d&#233;ni&#233;s ses contemporains. Comme je voudrais acheter ces biens au prix d'une vie laborieuse, au prix m&#234;me d'un tr&#233;pas pr&#233;matur&#233; ! &#187; Tout l'homme est d&#233;j&#224; dans ce cri de l'adolescent. Il se d&#233;vouera &#224; l'id&#233;al trac&#233; par Jean-Jacques et d&#233;j&#224; il pr&#233;voit qu'il laissera la vie dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avocat au barreau d'Arras, il fut vite entour&#233; d'une r&#233;putation de talent et d'int&#233;grit&#233;. Il refusait de plaider les mauvaises causes. Il faisait, &#224; l'occasion, dans ses plaidoyers, le proc&#232;s des abus de l'ancien r&#233;gime, des lettres de cachet, par exemple. Un de ses plaidoyers qu'il pronon&#231;a pour d&#233;fendre contre la malveillance et la routine un homme de progr&#232;s qui avait install&#233; un paratonnerre sur sa maison eut un grand retentissement et fut signal&#233; avec &#233;loges jusque dans la presse parisienne. L'Acad&#233;mie d'Arras s'empressait &#224; lui ouvrir ses portes d&#232;s 1783. Il avait 25 ans. Dans son discours de r&#233;ception, il s'&#233;levait avec force contre le pr&#233;jug&#233; qui fait rejaillir sur les parents d'un criminel l'infamie attach&#233;e &#224; son supplice. Ce discours, remani&#233; et compl&#233;t&#233;, fut couronn&#233; peu apr&#232;s par l'Acad&#233;mie de Metz. Il r&#233;digeait ensuite tout un m&#233;moire pour protester contre l'odieuse l&#233;gislation qui privait les b&#226;tards de la succession de leurs parents. Il &#233;crivait encore l'&#233;loge du pr&#233;sident Dupaty, le bon juge de cette &#233;poque, qui s'&#233;tait rendu c&#233;l&#232;bre en d&#233;non&#231;ant plusieurs erreurs judiciaires, et il attaquait avec force la jurisprudence criminelle, &#171; qui semble, disait-il, avoir &#233;t&#233; faite pour un peuple barbare &#187;. Il louait enfin Dupaty &#171; d'avoir fix&#233; surtout ses regards sur cette classe malheureuse de citoyens qui n'est compt&#233;e pour rien dans la soci&#233;t&#233;, tandis qu'elle lui prodigue ses peines et ses sueurs, que l'opulence regarde avec d&#233;dain, que l'orgueil appelle la lie du peuple &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il tenait le serment qu'il s'&#233;tait fait &#224; lui-m&#234;me apr&#232;s son entrevue avec Jean-Jacques. Il combattait au premier rang les iniquit&#233;s de la soci&#233;t&#233;, il pr&#233;parait les esprits &#224; la R&#233;volution prochaine et il voulait la faire tourner, non au profit de la bourgeoisie, mais du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout absorb&#233; qu'il f&#251;t par son apostolat, il n'avait rien de l'asc&#232;te rigide et perdu dans le r&#234;ve qu'on s'est plu &#224; imaginer. Il &#233;tait jeune et il connut les joies de la jeunesse. Il y avait &#224; Arras une soci&#233;t&#233; de bons vivants et de gais buveurs qui se r&#233;unissaient de temps en temps pour vider sous un berceau de roses quelques coupes de vin ros&#233; en r&#233;citant des vers l&#233;gers. Robespierre figura parmi ces Rosati. Avec eux, il taquina la muse amoureuse et bachique. Des sots et des ignorants ont pr&#233;tendu qu'il aurait eu pour la femme une sorte de r&#233;pulsion instinctive. Quelle erreur ! Il recherchait, au contraire, la soci&#233;t&#233; du beau sexe, et c'est parmi les femmes qu'il compta jusqu'&#224; la fin ses plus ferventes admiratrices. A l'une d'elles il d&#233;cochait ce joli madrigal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois-moi, jeune et belle Oph&#233;lie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'en dise le monde et malgr&#233; ton miroir,&lt;br class='autobr' /&gt;
Contente d'&#234;tre belle et de n'en rien savoir,&lt;br class='autobr' /&gt;
Garde toujours ta modestie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pouvoir de tes appas&lt;br class='autobr' /&gt;
Demeure toujours alarm&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu n'en seras que mieux aim&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Si tu crains de ne l'&#234;tre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses po&#233;sies de jeunesse, qui ont &#233;t&#233; conserv&#233;es, forment tout un petit volume. Ses succ&#232;s aupr&#232;s des dames &#233;taient si connus qu'un de ses confr&#232;res des Rosati, M. de Fosseux, qui sera maire &#224; Arras sous la R&#233;volution, les rappelait ainsi un jour : &#171; Robespierre n'ouvre la bouche que pour faire entendre les accents de l'&#233;loquence. Avec quel plaisir on l'&#233;coute ! On ne peut pas s'emp&#234;cher de le croire fait pour si&#233;ger parmi les Rosati, quand on le voit se m&#234;ler parmi les pastourelles du canton et animer leurs danses par sa pr&#233;sence. C'est le dieu de l'&#233;loquence qui se familiarise parmi les mortelles et qui, sous le costume d'un berger, laisse encore apercevoir les rayons de la divinit&#233;. &#187; Voil&#224; ce que pensait de Robespierre, de son talent et de son caract&#232;re, &#224; la veille de la R&#233;volution, un des hommes les plus importants de l'Artois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, Robespierre n'&#233;tait pas de ces hommes qui oublient leur devoir au fond d'une coupe de champagne ou aux pieds des pastourelles ! Quand s'ouvrit la crise de 89 qu'il attendait, il &#233;tait pr&#234;t. Il se jeta dans la bataille avec une belle r&#233;solution. Contre les privil&#233;gi&#233;s il multiplia les brochures hardies et convaincantes, tel son Appel &#224; la nation art&#233;sienne qui eut deux &#233;ditions au d&#233;but de la campagne &#233;lectorale, tel son Avis aux habitants des campagnes o&#249; il disait aux paysans : &#171; Vous, nourriciers de la patrie, vous, sur les bras de qui, en derni&#232;re analyse, p&#232;sent tous les imp&#244;ts, songez &#224; secouer l'oppression qui vous accable ! &#187; Alors que tous les &#233;crivains du Tiers-Etat mettaient leur plume au service de la bourgeoisie, lui, toujours fid&#232;le &#224; la pens&#233;e de Jean-Jacques, il allait droit au 4e Etat, &#224; ceux qui produisent et qui peinent. C'est un fait significatif qu'en m&#234;me temps qu'il essayait de galvaniser les paysans, il r&#233;digeait le cahier des dol&#233;ances des savetiers d'Arras. Ce cahier est tout entier de son &#233;criture. Quand s'ouvrirent les &#233;lections, &#224; l'assembl&#233;e du Tiers d'Arras, il releva vertement un &#233;chevin de la ville &#8212; c'&#233;tait justement son ami Dubois de Fosseux &#8212; qui avait plaisant&#233; le savetier Lantillette : &#171; Eh quoi ! avait dit l'&#233;chevin, Lantillette pourra donc &#234;tre aussi mayeur ? &#187; Pour Robespierre le savetier Lantillette, d&#233;l&#233;gu&#233; par sa corporation, &#233;tait l'&#233;gal en dignit&#233; des bourgeois les plus hupp&#233;s et il leur &#233;tait sup&#233;rieur en utilit&#233;. Personne plus que Robespierre n'eut conscience de l'&#233;minente dignit&#233; des travailleurs, et, &#224; cette date c'&#233;tait une grande nouveaut&#233;. Quelques jours plus tard, les ordres privil&#233;gi&#233;s de l'Artois ayant averti le Tiers-Etat assembl&#233; qu'ils renon&#231;aient &#224; leurs privil&#232;ges p&#233;cuniaires, comme le lieutenant g&#233;n&#233;ral du baillage qui pr&#233;sidait proposait d'envoyer une d&#233;l&#233;gation aux nobles et aux pr&#234;tres pour les remercier de leur sacrifice volontaire, Robespierre se leva et fit &#233;carter la motion en disant qu'on ne devait point de remerciements &#224; des gens qui n'avaient fait que renoncer &#224; des abus en restituant au peuple ce qui lui appartenait. Quoi d'&#233;tonnant d&#232;s lors que les paysans et les artisans de l'Artois enthousiasm&#233;s, ravis d'avoir trouv&#233; un d&#233;fenseur tout &#224; eux, l'aient choisi, malgr&#233; son jeune &#226;ge, il avait &#224; peine 31 ans, pour les repr&#233;senter aux Etats g&#233;n&#233;raux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Constituante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais confiance ne fut mieux plac&#233;e. A la Constituante, il prit position en avant de la R&#233;volution. Il r&#233;p&#233;ta sans cesse, avec un esprit de suite et une t&#233;nacit&#233; qui en impos&#232;rent, que l'&#339;uvre de la R&#233;volution ne devait pas se borner &#224; remplacer une classe par une autre, les privil&#233;gi&#233;s de la naissance par les privil&#233;gi&#233;s de la fortune. Dans toutes les circonstances, il prit le parti de ceux qui n'&#233;taient pas repr&#233;sent&#233;s dans l'assembl&#233;e bourgeoise, de ceux qu'on appelait alors les Sans-Culottes, parce qu'ils portaient le pantalon, et que nous appelons aujourd'hui les prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un courage indomptable il d&#233;non&#231;a les violations r&#233;p&#233;t&#233;es des principes de la D&#233;claration des droits que l'Assembl&#233;e commettait dans leur application. D&#232;s le mois d'octobre 1789, il protesta contre la distinction des Fran&#231;ais en citoyens actifs, seuls pourvus du droit de vote parce que seuls en &#233;tat de payer des imp&#244;ts d&#233;termin&#233;s et en citoyens passifs, exclus de la cit&#233; parce qu'ils ne poss&#233;daient que leur travail. Ses discours contre le marc d'argent, c'est-&#224;-dire contre la somme d'imp&#244;t fix&#233;e pour &#234;tre &#233;ligible, furent r&#233;imprim&#233;s dans toute la France. Nulle campagne ne le popularisa davantage. La soci&#233;t&#233; des indigents amis de la Constitution lui vota des f&#233;licitations enthousiastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e r&#233;serva la garde nationale &#224; la seule bourgeoisie. Mais Robespierre r&#233;clama des armes pour le peuple. Il voulut ouvrir &#224; tous les citoyens cette garde nationale qui &#233;tait l'arm&#233;e de la R&#233;volution. C'&#233;tait plus hardi, estime Jaur&#232;s, que de leur accorder le droit de gr&#232;ve, car, comme l'a dit Blanqui, &#171; qui a du fer a du pain &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224;, quand la Constituante avait vot&#233;, &#224; la fin d'octobre 89, la terrible loi martiale pour r&#233;primer les troubles provoqu&#233;s par le haut prix des subsistances, Robespierre s'&#233;tait efforc&#233; d'emp&#234;cher la bourgeoisie de se servir de ses armes contre le peuple affam&#233; et d&#233;sarm&#233; qui demandait du pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, l'Assembl&#233;e ne le suivit pas davantage quand il lui proposa d'ordonner une enqu&#234;te sur les usurpations de biens communaux que les seigneurs avaient commises en vertu du droit de triage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A maintes reprises, il prit la d&#233;fense des com&#233;diens et des juifs, de tous les parias de la soci&#233;t&#233;. Il fut assez heureux pour faire d&#233;cider que le droit d'a&#238;nesse serait aboli et que d&#233;sormais les enfants auraient un droit &#233;gal &#224; l'h&#233;ritage de leurs parents. A celte occasion il laissa entrevoir le syst&#232;me social de ses r&#234;ves : &#171; L&#233;gislateurs, disait-il, vous n'avez rien fait pour la libert&#233; si vos lois ne tendent pas &#224; diminuer, par des moyens doux et efficaces, l'extr&#234;me in&#233;galit&#233; des fortunes &#187;. Il comprenait que l'&#233;galit&#233; politique est peu de chose sans l'&#233;galit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A force d'&#233;loquence et de logique il parvint &#224; emp&#234;cher l'Assembl&#233;e d'enlever aux citoyens passifs le droit de p&#233;tition. &#171; Je d&#233;fendrai surtout les plus pauvres, s'&#233;criait-il le 7 mai 1791. Plus un homme est faible et malheureux, plus il a besoin du droit de p&#233;tition ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;occupation sociale qui, d&#232;s cette &#233;poque, &#233;tait chez lui la dominante, ne cachait pas &#224; Robespierre les probl&#232;mes politiques. Jaur&#232;s a bien vu que loin d'avoir &#233;t&#233; un simple doctrinaire, amoureux de logique, il fut au contraire un homme d'Etat tr&#232;s r&#233;aliste, attentif aux moindres &#233;v&#233;nements ; qu'il n'avait rien d'un utopiste, ni d'un esprit vague. Comprenant que les privil&#233;gi&#233;s allaient s'abriter derri&#232;re la pr&#233;rogative royale pour esquisser un retour offensif, il s'appliqua &#224; r&#233;duire au minimum les pouvoirs laiss&#233;s au roi par la Constitution. Il combattit avec &#233;nergie le veto. A toutes les crises d&#233;cisives, on le voit intervenir. Au matin du 5 octobre 1789, quand l'&#233;meute des femmes parisiennes est d&#233;j&#224; en marche sur Versailles, il pronon&#231;a une v&#233;h&#233;mente attaque contre le roi qui avait refus&#233; de sanctionner les arr&#234;t&#233;s du 4 ao&#251;t et la D&#233;claration des Droits. Il fit d&#233;cider que le veto royal ne pourrait s'appliquer aux lois constitutionnelles, et peu apr&#232;s, quand Maillard, &#224; la t&#234;te des femmes, parut &#224; la barre de l'Assembl&#233;e, ce fut encore Robespierre qui appuya ses revendications. Il n'avait donc pas peur de se solidariser avec l'&#233;meute, quand l'&#233;meute commen&#231;ait &#224; peine et quand on ignorait encore si elle triompherait !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand &#233;clat&#232;rent, quelques mois plus tard, les mutineries militaires provoqu&#233;es par les brimades des officiers, tous nobles, contre les soldats, tous roturiers, Robespierre prit encore hautement ses responsabilit&#233;s. Alors que ses amis du c&#244;t&#233; gauche se contentaient d'exiger des officiers un serment civique, il demanda, lui, le licenciement de tous les officiers nobles et la reconstitution de l'arm&#233;e sur une base d&#233;mocratique. Quand on r&#233;forma les conseils de guerre, il demanda qu'ils ne fussent pas compos&#233;s uniquement d'officiers, mais par partie d'officiers et de soldats. &#171; L'accus&#233;, disait-il, devait &#234;tre jug&#233; par ses pairs. &#187; Aucun r&#233;volutionnaire n'eut au m&#234;me degr&#233; la d&#233;fiance de la caste militaire. Il disait que de toutes les aristocraties, une seule avait &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e par la R&#233;volution : celle des officiers. Il disait encore que &#171; l'esprit de despotisme et de domination est naturel aux militaires de tous les pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire sans exag&#233;ration que sa clairvoyance politique ne fut jamais en d&#233;faut. Il comprit de bonne heure que les meneurs du c&#244;t&#233; gauche de la Constiluante : les Adrien Duport, les Lameth et Barnave, les triumvirs, &#233;taient perdus pour la R&#233;volution le jour o&#249; il les vit s'efforcer d'enlever le droit politique aux hommes de couleur libres dans les colonies. Ils avaient &#233;t&#233; ses amis : il n'h&#233;sita pas &#224; rompre avec eux et il d&#233;non&#231;a d&#232;s lors leurs trahisons avec une vigueur admirable. Il devina leurs ambitions et leur rapproche secret avec la Cour et, pour y couper court, il fit voter, le 16 mai 1791, par un discours merveilleux de logique et de passion, l'exclusion de tous les Constituants de l'Assembl&#233;e suivante. Les triumvirs ne lui pardonn&#232;rent pas ce coup terrible. Mais Robespierre ne aisait pas partie de la R&#233;publique des camarades. La fuite de Louis XVI &#224; Varennes ne le prit pas au d&#233;pourvu. Alors que la plupart se d&#233;solaient et g&#233;missaient, le soir m&#234;me du 21 juin, il s'&#233;criait joyeusement aux Jacobins : &#171; Ce n'est pas &#224; moi que la fuite du premier fonctionnaire public devait para&#238;tre un &#233;v&#233;nement d&#233;sastreux. Ce jour pouvait &#234;tre le plus beau de la R&#233;volution. Il peut le devenir encore, et le gain de 40 millions d'entretien que co&#251;tait l'individu royal serait le moindre des bienfaits de cette journ&#233;e &#187;. Et il se mit &#224; d&#233;noncer &#171; le l&#226;che et grossier mensonge &#187; par lequel l'Assembl&#233;e apeur&#233;e avait appris &#224; la France que le roi ne s'&#233;tait pas enfui, mais avait &#233;t&#233; &#171; enlev&#233; &#187;. Nul doute que Robespierre e&#251;t &#233;t&#233; heureux que le roi parjure parv&#238;nt &#224; gagner la fronti&#232;re. Sa col&#232;re fut vive quand il vit les triumvirs proposer de le remettre sur le tr&#244;ne. Il pronon&#231;a, le 14 juillet 1791, contre l'inviolabilit&#233; royale, un discours qu'un juge, qui n'est pas suspect de partialit&#233;, M. Aulard, consid&#232;re comme &#171; un des plus puissants que la Constituante ait entendus &#187;. Il y demandait que le peuple f&#251;t consult&#233; sur la question du maintien de la royaut&#233; et du jugement de Louis XVI. Trois jours plus tard, les r&#233;publicains qui signaient au Champ de Mars une p&#233;tition contre Louis XVI &#233;taient massacr&#233;s par la garde nationale bourgeoise command&#233;e par Lafayette et Bailly. Pendant la petite Terreur qui suivit le massacre, Robespierre fut admirable de fermet&#233; et de courage. Presque seul de tous les d&#233;put&#233;s, il resta aux Jacobins. Il les anima de son &#233;nergie, il les emp&#234;cha de se dissoudre, et il d&#233;non&#231;a &#224; la France les man&#339;uvres et les trahisons des Lameth et des Barnave, pass&#233;s au service de la Cour. Gr&#226;ce &#224; ses efforts, les Feuillants ne purent r&#233;ussir &#224; faire subir &#224; la Constitution la transformation profonde qu'ils avaient m&#233;dit&#233;e et promise au roi. Quand l'Assembl&#233;e se s&#233;para, Robespierre &#233;tait devenu le vrai chef, le chef reconnu du parti d&#233;mocratique. Sa popularit&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; immense. Les Parisiens d&#233;tel&#232;rent sa voiture le dernier jour de la Constituante et le port&#232;rent en triomphe. Les gens d'Arras et les gardes nationales de l'Artois all&#232;rent &#224; sa rencontre jusqu'&#224; Bapaume et lui offrirent une couronne civique. Ses concitoyens illumin&#232;rent leurs maisons quand il rentra au foyer. Ce n'&#233;tait pas seulement le peuple, qu'il avait d&#233;fendu de toute son &#226;me, qui l'adorait, mais la bourgeoisie r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me mettait en lui ses plus fermes espoirs. Le jeune Saint-Just, encore inconnu, lui avait &#233;crit d&#232;s le 19 ao&#251;t 1790, de son village de l'Oise : &#171; Je ne vous connais pas, mais vous &#234;tes un grand homme. Vous n'&#234;tes pas seulement le d&#233;put&#233; d'une province, vous &#234;tes celui de l'humanit&#233; et de la r&#233;publique &#187;. Mme Roland, qui le d&#233;chirera plus tard dans ses M&#233;moires, lui vouait alors une admiration sans bornes, dont t&#233;moignent ses lettres intimes. Mme de Chalabre, une femme fortun&#233;e, enthousiaste de la R&#233;volution, l'attirait dans sa maison et entretenait avec lui une correspondance suivie. Son nom &#233;tait devenu, pour les Jacobins de toute la France, le symbole de la justice. On jouait, sur le th&#233;&#226;tre Moli&#232;re, une pi&#232;ce o&#249; Rohan et Cond&#233;, les chefs de &#233;migr&#233;s, &#233;taient foudroy&#233;s par Robespierre aux applaudissements fr&#233;n&#233;tiques des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La L&#233;gislative et la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Girondins, &#224; la suite de Brissot, pr&#233;cipitent la R&#233;volution dans la guerre et servent inconsciemment les secrets desseins de la Cour. Robespierre accourt d'Arras pour lutter aux Jacobins contre cette politique imprudente au bout de laquelle il aper&#231;oit la mis&#232;re et la dictature militaire. G. Michon vous a dit avec quelle &#233;nergie et quelle clairvoyance il essaya de remonter un courant malheureusement irr&#233;sistible. Il per&#231;a &#224; jour les intrigues et les ambitions des Girondins qui r&#234;vaient, par la guerre, d'imposer au roi des ministres de leur choix. Il d&#233;voila leurs rapports suspects avec Narbonne et avec Lafayette, avec la Cour elle-m&#234;me. Contre Lafayette, qui restait l'arme au pied &#224; la fronti&#232;re au lieu d'envahir la Belgique d&#233;garnie de troupes et qui n&#233;gociait secr&#232;tement avec les Autrichiens, il mena, dans son journal le D&#233;fenseur de la Constitution une campagne admirable. Les Girondins le couvrirent d'injures et de diffamations. Il persista et l'&#233;v&#233;nement le justifia. Quittant brusquement son arm&#233;e apr&#232;s le 20 juin, Lafayette se pr&#233;senta &#224; la barre de l'Assembl&#233;e pour lui dicter ses ordres et la sommer de dissoudre les Jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, Robespierre avait fait confiance &#224; la L&#233;gislative. Longtemps, il avait cru que la Constitution de 1791 lui offrait assez de ressources pour briser l&#233;galement les complots de la Cour et des g&#233;n&#233;raux. Il avait intitul&#233; son journal le D&#233;fenseur de la Constitution et il avait &#233;crit dans son premier num&#233;ro : &#171; Est-ce dans les mots de r&#233;publique et de monarchie que r&#233;side la solution du grand probl&#232;me social ? &#187;, voulant signifier par l&#224; que ce qui lui importait, c'&#233;tait moins la forme politique que la r&#233;alit&#233; d&#233;mocratique. N'avait-il pas vu des fayettistes notoires, membres du Club aristocratique de 1789, comme le duc du Ch&#226;telet, comme Condorcet, faire une bruyante adh&#233;sion &#224; la r&#233;publique apr&#232;s Varennes ? Une r&#233;publique, o&#249; l'oligarchie bourgeoisie aurait gouvern&#233;, ne lui paraissait pas pr&#233;f&#233;rable &#224; une monarchie populaire pourvue d'institutions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au d&#233;but de juillet 1792, quand il vit que, d&#233;cid&#233;ment, l'Assembl&#233;e n'osait pas frapper Lafayette ni imposer &#224; la Cour les mesures de salut public qui seules pouvaient sauver la France : quand il fut bien convaincu que les Girondins ne brandissaient contre le roi que des foudres de carton et qu'ils voulaient seulement l'intimider pour lui imposer le rappel de leurs cr&#233;atures, les ministres renvoy&#233;s le 12 juin, Robespierre, pour couper court &#224; l'intrigue, pour enlever &#224; Lafayette le commandement de son arm&#233;e et au roi la facult&#233; de continuer ses trahisons, lan&#231;a aux Jacobins l'id&#233;e de la d&#233;ch&#233;ance, et il r&#233;clama la. convocation d'une Assembl&#233;e nouvelle, la Convention, qu'il voulut faire &#233;lire au suffrage universel. Par l&#224;, dit Jaur&#232;s, il t&#233;moigna d'un grand sens r&#233;volutionnaire. Ouvertement, il pr&#233;para l'insurrection du 10 ao&#251;t. C'est lui qui r&#233;digea l'adresse des Jacobins aux F&#233;d&#233;r&#233;s accourus des d&#233;partements. C'est lui encore qui r&#233;digea les p&#233;titions de ces m&#234;mes F&#233;d&#233;r&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e pour demander la d&#233;ch&#233;ance du roi. Il harangue les F&#233;d&#233;r&#233;s et les invite &#224; sauver l'Etat. La provocation &#233;tait si flagrante que le ministre de la Justice d&#233;non&#231;a Robespierre &#224; l'accusateur public et demanda contre lui des poursuites. Mais l'Incorruptible n'&#233;tait pas homme &#224; se laisser intimider. Le Directoire secret des F&#233;d&#233;r&#233;s, qui pr&#233;para l'insurrection, se r&#233;unissait dans la maison du menuisier Duplay o&#249; il logeait lui-m&#234;me. Pendant que les Girondins, &#224; la veille m&#234;me de l'insurrection, n&#233;gociaient encore avec la Cour, pendant que Brissot, le 25 juillet, mena&#231;ait, &#224; la tribune de l'Assembl&#233;e, les r&#233;publicains du glaive de la loi ; pendant que Isnard et Brissot demandaient, &#224; la r&#233;union des d&#233;put&#233;s girondins, que Robespierre f&#251;t traduit devant la Haute Cour ; pendant que P&#233;tion se rendait chez ce dernier, le 7 ao&#251;t, pour l'inviter &#224; emp&#234;cher l'insurrection ; pendant que Danton quittait Paris pour Arcis-sur-Aube et ne rentrait dans la capitale que le 9 ao&#251;t au soir, Robespierre, jour et nuit, restait sur la br&#232;che. La chute de la royaut&#233;, la convocation de la Convention, furent son &#339;uvre. Pendant que le canon grondait autour des Tuileries, il s'&#233;tait tenu tout pr&#232;s en permanence aux Jacobins, o&#249; il prit longuement la parole le jour m&#234;me du 10 ao&#251;t. Cela n'emp&#234;chera pas Vergniaud de l'accuser plus tard de s'&#234;tre cach&#233; dans sa cave ! Calomnie absurde qui a fait son chemin. Vergniaud, lui, avait pr&#233;sid&#233; l'Assembl&#233;e et il s'&#233;tait efforc&#233; de son mieux de sauvegarder les droits de la royaut&#233;, et son ami Guadet avait fait d&#233;cr&#233;ter la nomination d'un gouverneur au prince royal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les contemporains savaient le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant que Robespierre avait jou&#233; dans ces m&#233;morables &#233;v&#233;nements. Quand la Commune fit frapper une m&#233;daille en m&#233;moire du grand jour du 10 ao&#251;t, elle prit un arr&#234;t&#233; particulier pour la d&#233;cerner &#224; Robespierre. Elle ne la d&#233;cerna pas &#224; Danton, qui &#233;tait all&#233;, nous dit Lucile Desmoulins, se coucher apr&#232;s que les faubourgs avaient sonn&#233; le tocsin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il rappeler encore que Robespierre fut l'&#226;me de la c&#233;lebre Commune r&#233;volutionnaire du 10 ao&#251;t et qu'il dicta en son nom, &#224; la L&#233;gislative agonisante, les mesures salutaires qui comprim&#232;rent les royalistes et qui repouss&#232;rent l'invasion ? Les &#233;lecteurs de Paris et du Pas-de-Calais le r&#233;compens&#232;rent en l'&#233;lisant, le premier de tous leurs d&#233;put&#233;s, &#224; la Convention nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Convention et la lutte contre la Gironde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la place que Robespierre a tenue &#224; la Convention, il n'est besoin que d'imaginer par la pens&#233;e ce qu'elle serait devenue s'il n'y avait pas si&#233;g&#233;. Les Girondins, qui avaient savamment exploit&#233; l'horreur excit&#233;e dans les provinces par les massacres de septembre, auraient certainement conserv&#233; la majorit&#233; qu'ils d&#233;tenaient pendant les premiers temps. Ils s'appuyaient sur les classes riches, ils sonnaient le ralliement de tous les poss&#233;dants contre la d&#233;putation de Paris qu'ils repr&#233;sentaient comme compos&#233;e d'anarchistes. Or, tandis que Danton, d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance, s'empressait de d&#233;savouer ses anciens agents de la Commune qui avaient pr&#234;ch&#233; dans les d&#233;partements apr&#232;s le 10 ao&#251;t la mise en commun des subsistances, tandis qu'il faisait voter par un d&#233;cret le maintien de toutes les propri&#233;t&#233;s, Robespierre, ferme et m&#233;prisant, supportait seul l'assaut furieux des Girondins qui s'effor&#231;aient par leurs clameurs de lui interdire la tribune. Il prenait la d&#233;fense de ces commissaires de la Commune du 10 ao&#251;t que Danton avait piteusement r&#233;pudi&#233;s. &#171; Citoyens, s'&#233;criait-il, voulez-vous une R&#233;volution sans R&#233;volution ? &#187; Les Girondins, qui craignaient son immense popularit&#233;, l'accus&#232;rent ridiculement, par l'organe du romancier Louvet, d'aspirer &#224; la dictature. Il &#233;crasa l'accusation sous une r&#233;plique modeste, spirituelle, pr&#233;cise et ferme. Les Girondins, dans leur l&#233;g&#232;ret&#233;, voulaient sauver Louis XVI tout en ayant l'air de l'accuser. Robespierre per&#231;a leur man&#339;uvre. Ses discours admirables dans le proc&#232;s du roi d&#233;cid&#232;rent du vote final, il fit rejeter l'appel au peuple qui e&#251;t incendi&#233; la R&#233;publique. D&#232;s lors, l'influence des Girondins dans la Convention fut &#233;branl&#233;e et les d&#233;put&#233;s honn&#234;tes et franchement populaires se rang&#232;rent de plus en plus autour du chef de la Montagne. Il &#233;tait grand temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;quivoque des Girondins, qui gouvernaient depuis le d&#233;but de la Convention, avait port&#233; ses fruits. Leur indulgence pour les royalistes, leur faiblesse pour les g&#233;n&#233;raux, leur incapacit&#233; administrative, mirent la R&#233;publique en p&#233;ril au printemps de 1793. Coup sur coup &#233;clat&#232;rent au d&#233;but de mars la r&#233;volte vend&#233;enne et les d&#233;faites de Dumouriez en Belgique, bient&#244;t suivies de sa trahison. Dans le d&#233;sarroi g&#233;n&#233;ral, Robespierre proposa les mesures de salut public qui sauv&#232;rent la France. Il demanda que les aristocrates dangereux fussent mis en arrestation, qu'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire, sold&#233;e aux d&#233;pens des riches, et organis&#233;e pour exterminer les rebelles et contenir leurs amis, que les fabrications de guerre fussent pouss&#233;es avec &#233;nergie, qu'on &#233;tablit au besoin des forges sur les places publiques, que le tribunal r&#233;volutionnaire pun&#238;t les g&#233;n&#233;raux tra&#238;tres ou suspects, que les villes et les ouvriers fussent nourris par les r&#233;quisitions. Bref, il formula avec nettet&#233; et pr&#233;cision le programme du gouvernement r&#233;volutionnaire, qu'il fit reposer tout entier sur l'action des prol&#233;taires organis&#233;s. &#171; Celui qui n'est pas pour le peuple, celui qui a des culottes dor&#233;es est l'ennemi de tous les sans-culottes &#187;, s'&#233;criait-il d&#232;s le 8 mai 1793. Hardiment il proposait aux Jacobins d'abord, &#224; la Convention ensuite, le 24 avril 1793, une nouvelle D&#233;claration des Droits qui contenait en germe, par sa d&#233;finition de la propri&#233;t&#233;, la d&#233;possession progressive de la bourgeoisie et l'av&#232;nement prochain du 4e Etat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	La propri&#233;t&#233; est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Le droit de propri&#233;t&#233; est born&#233;, comme tous les autres, par l'obligation de respecter les droits d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Il ne peut pr&#233;judicier ni &#224; la s&#251;ret&#233;, ni &#224; la libert&#233;, ni &#224; l'existence, ni &#224; la propri&#233;t&#233; de nos semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut entendre Jaur&#232;s commenter cette c&#233;l&#232;bre D&#233;claration que les socialistes en 1830, apr&#232;s les Babouvistes, r&#233;imprimeront maintes fois. Si la propri&#233;t&#233; n'est qu'une institution sociale, comme la d&#233;finit Robespierre, le droit social passe avant le droit individuel. &#171; La propri&#233;t&#233;, dans sa formule, n'est que ce qui reste de la propri&#233;t&#233; quand la soci&#233;t&#233; a exerc&#233; son droit ant&#233;rieur et sup&#233;rieur, quand elle a pr&#233;lev&#233; ce qui lui est n&#233;cessaire pour assurer la vie de tous, quand elle a enlev&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; toutes les pointes par o&#249; elle pourrait blesser autrui... Dire que le droit de propri&#233;t&#233; ne peut pr&#233;judicier &#171; ni a la soci&#233;t&#233;, ni a la libert&#233;, ni &#224; l'existence, ni &#224; la propri&#233;t&#233; &#187; des autres hommes, c'est, th&#233;oriquement, faire du droit de propri&#233;t&#233; une sorte de suspect contre lequel s'&#233;l&#232;vent d'embl&#233;e toutes sortes d'hypoth&#232;ses et de pr&#233;somptions redoutables, c'est ensuite fonder en droit les vastes expropriations que les modifications de la vie &#233;conomique peuvent rendre n&#233;cessaires plus tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s a bien vu aussi que Robespierre ne s'&#233;tait pas livr&#233; &#224; une manifestation th&#233;orique et vaine, mais qu'il avait voulu encha&#238;ner &#224; la R&#233;volution les petites gens, les artisans et les ouvriers des villes et des campagnes qui souffraient alors affreusement de la chert&#233; de la vie provoqu&#233;e par la baisse de l'assignat. Sa D&#233;claration des Droits &#233;tait la justification et l'annonce des mesures sociales qu'il r&#233;clamait. Le droit &#224; la vie, le droit au travail, le droit &#224; l'instruction, l'imp&#244;t progressif, les r&#233;quisitions, c'&#233;tait l&#224; un programme tr&#232;s hardi qui ne fut d&#233;pass&#233; ni m&#234;me atteint par aucun autre conventionnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que Danton, qui &#233;tait entr&#233; au gouvernement, c'est-&#224;-dire au Comit&#233; de Salut public, apr&#232;s la trahison de Dumouriez, semblait atterr&#233; par les d&#233;faites, alors qu'il ne songeait qu'&#224; conclure une paix rapide, une paix &#224; tout prix avec l'ennemi victorieux, alors qu'il n&#233;gociait secr&#232;tement avec les Autrichiens et les Anglais par l'interm&#233;diaire d'aventuriers comme le belge Proli alors qu'&#224; l'int&#233;rieur il offrait sans cesse aux Girondins le rameau d'olivier et qu'il intriguait avec l'&#233;migr&#233; Th&#233;odore Lameth expr&#232;s revenu de Londres et avec la reine elle-m&#234;me. Robespierre s'opposait de toute sa force &#224; cette politique pusillanime qui aurait perdu la R&#233;publique et la France. En m&#234;me temps qu'il faisait voter par la Convention, le 13 avril 93, une r&#233;solution qui interdisait de traiter avec un ennemi qui n'aurait pas reconnu la R&#233;publique, il engageait contre les Girondins la lutte supr&#234;me. Les Girondins s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; toutes les mesures de salut public, &#224; l'institution des repr&#233;sentants en mission, aux r&#233;quisitions et aux taxes, ils emp&#234;chaient l'&#233;tablissement de la dictature r&#233;volutionnaire, ils se coalisaient avec les adversaires du r&#233;gime, il fallait les briser pour r&#233;tablir l'unit&#233; dans le gouvernement. Robespierre, prenant ses responsabilit&#233;s comme toujours, pr&#234;cha l'insurrection aux Jacobins d&#232;s le 27 mai : &#171; Le peuple doit s'insurger. Le moment est arriv&#233; ! &#187; Le 29 mai, il renouvelle son appel aux Jacobins et le 31 mai, &#224; la Convention, il demande l'arrestation des chefs girondins qui fut chose faite deux jours plus tard, apr&#232;s le succ&#232;s de l'insurrection parisienne qui fut son &#339;uvre pour une grande part. El c'est l&#224; pourtant l'homme qu'on nous repr&#233;sente comme un trembleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Comit&#233; de Salut Public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute de la Gironde, le grand r&#244;le de Robespierre commence. Il ne tarde pas &#224; entrer au Comit&#233; de Salut public, o&#249; il remplace avec ses amis St-Just et Couthon l'&#233;quipe de Danton fatigu&#233;e et suspecte. Comme en t&#233;moigne son carnet aide-m&#233;moire, que j'ai publi&#233;, il fut le v&#233;ritable organisateur du Comit&#233;. Il lui tra&#231;a sa besogne. Il suivit toutes les affaires importantes, m&#234;me les affaires militaires, mais particuli&#232;rement la diplomatie. Il fournit un travail &#233;crasant, car il &#233;tait en m&#234;me temps oblig&#233; de d&#233;fendre la politique du Comit&#233; devant la Convention et devant les Jacobins. Jaur&#232;s a admir&#233; sa vigilance, sa fermet&#233;, son habilet&#233;. &#171; Quelle &#226;pre et dure vie, a-t-il &#233;crit, d'aller presque tous les soirs, dans une assembl&#233;e populaire souvent houleuse et d&#233;fiante, rendre compte du travail de la journ&#233;e, dissiper les pr&#233;ventions, animer les courages, calmer les impatiences, d&#233;sarmer les calomnies ! Administrer et parler, gouverner sur le forum, associer le peuple &#224; la discipline gouvernementale, quelle terrible t&#226;che ! Mais c'est par l&#224; que la sorte de dictature du Comit&#233; de Salut public ne tournait pas &#224; une &#233;troitesse de coterie ; c'est par l&#224; qu'elle &#233;tait en communication avec la vie r&#233;volutionnaire ! &#187; Et Jaur&#232;s n'h&#233;site pas &#224; conclure : &#171; Ici, sous le soleil de juin 93 qui &#233;chauffe votre &#226;pre bataille, je suis avec Robespierre et c'est &#224; c&#244;t&#233; de lui que je vais m'asseoir aux Jacobins, et je suis avec lui parce qu'il a &#224; ce moment toute l'ampleur de la R&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, en effet, accomplit alors une t&#226;che gigantesque. Sous son impulsion, le Comit&#233; vint &#224; bout des r&#233;voltes int&#233;rieures et de l'invasion. Il vint &#224; bout aussi des faux r&#233;volutionnaires qui, &#224; la suite de Danton et d'H&#233;bert, attaquaient sa politique des deux points oppos&#233;s de l'horizon, les uns par l'arme de la faiblesse, les autres par l'arme de l'exag&#233;ration. Ici encore j'ai plaisir &#224; me rencontrer avec Jaur&#232;s qui approuve Robespierre d'avoir men&#233; r&#233;solument la lutte contre les indulgents et contre les extr&#233;mistes. Jaur&#232;s a bien vu qu'en voulant supprimer la Terreur avant l'heure, avant que la victoire f&#251;t acquise, avant que Toulon f&#251;t repris aux Anglais, avant que Hoche e&#251;t chass&#233; les Autrichiens d'Alsace, avant m&#234;me que le gouvernement r&#233;volutionnaire f&#251;t compl&#232;tement arganis&#233;, avant que le maximum f&#251;t assur&#233; dans son application, les Dantonistes auraient bris&#233; l'effort r&#233;volutionnaire et qu'ils recommen&#231;aient d'ailleurs le jeu de la Gironde, par leurs &#233;ternelles d&#233;nonciations contre les meilleurs Montagnards. Il a not&#233; aussi que leur politique de mod&#233;ration hasardeuse et outranci&#232;re conduisait &#224; une alliance in&#233;vitable avec les monarchistes et il a soup&#231;onn&#233; qu'il y avait derri&#232;re Danton une intrigue de contre-r&#233;volution. La r&#233;alit&#233; &#233;tait plus grave encore. Les documents, que j'ai mis au jour et que Jaur&#232;s n'a pas connus, prouvent que Danton, qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre en relations avec les &#233;migr&#233;s et avec les agents de l'ennemi, &#233;tait leur supr&#234;me espoir. Il essaya de faire &#233;vader la reine. Il tenta d'extorquer &#224; Pitt 4 millions pour sauver Louis XVI. Sa fortune s'accrut dans des proportions scandaleuses. Apr&#232;s sa sortie du Comit&#233; de Salut public, il mena une campagne sourde pour une amnistie g&#233;n&#233;rale, pour une paix &#224; tout prix et pour la rentr&#233;e des &#233;migr&#233;s Ses amis essay&#232;rent, &#224; plusieurs reprises, de renverser le Comit&#233; de Salut public, le 25 septembre, le 22 frimaire. Homme de plaisir et d'argent, il fut compromis avec ses amis Chabot, Fabre d'Eglantine, Basire, dans de louches affaires financi&#232;res dont la plus connue est celle de la liquidation de la Compagnie des Indes. Sa campagne pour la cl&#233;mence &#233;tait inspir&#233;e par son int&#233;r&#234;t personnel. Il voulait briser les &#233;chafauds, comme le dit H&#233;bert, parce qu'il craignait d'y monter. Si son complot avait r&#233;ussi, la restauration de la monarchie e&#251;t &#233;t&#233; avanc&#233;e de 18 ans. Les r&#233;volutionnaires sinc&#232;res eussent &#233;t&#233; conduits &#224; l'&#233;chafaud quelques mois avant thermidor et les pillards eussent mis &#224; l'abri leurs rapines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux H&#233;bertistes, si la plupart &#233;taient des r&#233;volutionnaires sinc&#232;res et honn&#234;tes, qui avaient rendu de grands services, ils comptaient pourtant parmi eux plus d'une brebis galeuse, des &#233;trangers suspects, sujets ennemis, qui, en poussant aux exc&#232;s, faisaient le jeu des rois coalis&#233;s, tels Proli, tels les Frey, tels l'Espagnol Gusman, le saxon Saiffert. Les H&#233;bertistes, Jaur&#232;s l'a bien vu, &#233;taient les militaristes et les imp&#233;rialistes de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ronsin, leur chef, ancien acteur, &#233;tait g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Ses partisans &#233;taient nombreux dans les bureaux de la guerre. Ils faisaient sonner leurs grands sabres et professaient pour les civils de la Convention et des Comit&#233;s un m&#233;pris profond, le m&#233;pris du militaire pour le p&#233;kin. Ils ne voyaient aux difficult&#233;s de l'heure qu'un rem&#232;de ; la violence. Ils ne parlaient que de mitrailler et de guillotiner. Install&#233;s dans la guerre, qui leur avait valu les places et les honneurs, ils n'&#233;taient pas press&#233;s de la voir finir. Anacharsis Cloots, en leur nom, demandait l'annexion de la Hollande, de la Belgique, du pays rh&#233;nan. Il adjurait les Fran&#231;ais de ne pas d&#233;poser les armes avant d'avoir abattu tous les tr&#244;nes et &#233;tabli la R&#233;publique universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, par leurs violences contre le culte, par la fermeture brutale des &#233;glises, ils risquaient de soulever contre la R&#233;volution les masses rest&#233;es tr&#232;s pieuses et de multiplier la Vend&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, qui n'&#233;tait pas croyant, qui ne pratiquait pas, m&#234;me au coll&#232;ge, mais qui professait pour l'&#226;me simple du peuple un respect profond et d&#233;licat. Robespierre, qui craignait que les folies d&#233;christianisatrices n'&#233;tendissent la guerre civile &#224; tout le territoire et n'achevassent de nous ali&#233;ner les derni&#232;res sympathies des peuples &#233;trangers, s'opposa avec un beau courage aux violences de l'imp&#233;rialisme h&#233;bertiste comme aux faiblesses &#233;quivoques des Indulgents. Il n'est pas vrai qu'il ait oppos&#233; avec machiav&#233;lisme les H&#233;bertistes aux Dantonistes et qu'il ait d&#233;truit les uns par les autres. Bien au contraire ! Il lutta de front contre le double p&#233;ril, en toute clart&#233;. Et, ici encore, Jaur&#232;s lui a rendu justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre ne voulait pas de la paix de d&#233;faite, de la paix royaliste des Dantonistes, et il ne voulait pas davantage de la guerre imp&#233;rialiste des H&#233;bertistes. Il a &#233;crit dans ses notes intimes cette phrase r&#233;v&#233;latrice que Jaur&#232;s a soulign&#233;e, et qui n'a rien perdu de son actualit&#233; : &#171; Il faut armer non pour aller au Rhin, c'est la guerre &#233;ternelle, mais afin de dicter la paix, paix sans conqu&#234;tes &#187;. Cela n'a pas cess&#233; d'&#234;tre la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;pugnait au terrorisme sanguinaire. Il avait propos&#233; l'abolition de la peine de mort sous la Constituante. Il n'avait accept&#233; la Terreur, la suspension des libert&#233;s, que contraint et forc&#233; par les &#233;v&#233;nements. Toujours il s'opposa aux repr&#233;sailles inutiles. Il sauva, au prix de sa popularit&#233;, les 73 Girondins qui avaient protest&#233; contre le 31 Mai. Il voulait sauver le constituant Thouret, Mme Elisabeth, s&#339;ur de Louis XVI : il sauva les signataires des p&#233;titions royalistes des 8 000 et des 20 000, et bien d'autres. Il voulait limiter la r&#233;pression au strict n&#233;cessaire. Il s'effor&#231;a longtemps de calmer, par la persuasion, l'opposition des Dantonistes et des H&#233;bertistes coalis&#233;s. Mais les uns et les autres rest&#232;rent sourds &#224; ses invitations. Les H&#233;bertistes voulurent recourir &#224; l'insurrection. Ils pr&#233;paraient une sorte de coup d'Etat populaire et militaire, un 18 Brumaire d&#233;magogique qui aurait fait de la France une Pologne de septembriseurs, a dit Jaur&#232;s. Les Dantonistes, de leur c&#244;t&#233;, complotaient. Alors Robespierre se r&#233;signa &#224; mettre en marche l'appareil de la justice politique. Les terroristes qui l'abattirent en thermidor lui reproch&#232;rent ses lenteurs, ses h&#233;sitations &#224; abandonner Danton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thermidor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les factions abattues, en germinal an II, Robespierre n'eut plus qu'une pens&#233;e : r&#233;concilier les masses avec le r&#233;gime, afin d'assurer son avenir. Il fit supprimer l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire qui &#233;pouvantait les cultivateurs et les marchands. Il fit rappeler des d&#233;partements les proconsuls qui, selon son expression, avaient d&#233;shonor&#233; la Terreur par leurs brigandages et leurs folies. Il fit mettre la vertu, c'est-&#224;-dire l'honn&#234;tet&#233;, &#224; l'ordre du jour. Il organisa cette f&#234;te de l'&#202;tre supr&#234;me que les Fran&#231;ais consid&#233;r&#232;rent comme la r&#233;pudiation des violences h&#233;bertistes et l'annonce de la fin prochaine de la Terreur. Mais, en m&#234;me temps, il fit voter cette loi de prairial qui &#233;tait destin&#233;e, dans son esprit, &#224; frapper uniquement quatre ou cinq proconsuls sanguinaires et corrompus, afin de montrer au peuple, par un exemple retentissant, que ses repr&#233;sentants qui avaient abus&#233; de la toute-puissance nationale n'&#233;taient pas au-dessus de la justice r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s ne doute pas que la loi de prairial et la f&#234;te de l'Etre supr&#234;me, dans la pens&#233;e de Robespierre, n'aient &#233;t&#233; la pr&#233;face de l'amnistie qu'il r&#234;vait pour mettre fin au r&#233;gime d'exception, maintenant que nos arm&#233;es victorieuses avan&#231;aient dans les pays ennemis. Mais il lui a reproch&#233; de n'avoir pas dit nettement au peuple fran&#231;ais le noble but qu'il poursuivait. Il croit que si Robespierre avait hautement propos&#233; l'amnistie, il aurait &#233;t&#233; compris, car jamais sa popularit&#233; n'avait &#233;t&#233; plus grande. C'est possible, mais je ne puis suivre Jaur&#232;s quand il dit ensuite que Robespierre a impos&#233; sa loi au Comit&#233; de Salut Public. La v&#233;rit&#233; est tout autre. La loi de prairial ne fit qu'&#233;tendre au tribunal r&#233;volutionnaire de Paris les dispositions d&#233;j&#224; arr&#234;t&#233;es un mois auparavant pour la commission d'Orange, charg&#233;e de punir les contre-r&#233;volutionnaires de Vaucluse. Le Comit&#233; de Salut Public et plus encore le Comit&#233; de S&#251;ret&#233; G&#233;n&#233;rale, dans leur grande majorit&#233;, &#233;taient hostiles &#224; la cessation de la Terreur. Et c'est justement leur hostilit&#233; qui a emp&#234;ch&#233; Robespierre d'annoncer tout haut son but v&#233;ritable. Et, ce qui le prouve, c'est que la loi de prairial, au lieu de fonctionner contre les seuls proconsuls corrompus, aboutit aux h&#233;catombes de la Grande Terreur, auxquelles Robespierre resta compl&#232;tement &#233;tranger, puisqu'il cessa de participer aux travaux du Comit&#233; d&#232;s qu'il y fut en minorit&#233;, et puisque sa signature manque d&#233;sormais &#224; ses arr&#234;t&#233;s. Une des derni&#232;res fois qu'il y parut, le 8 messidor, ce fut pour arracher &#224; Fouquier-Tinville la vieille Catherine Th&#233;ot, une pauvre illumin&#233;e que Vadier voulait livrer au Tribunal r&#233;volutionnaire. Bien loin que Fouquier-Tinville e&#251;t &#233;t&#233; son instrument, comme on le r&#233;p&#232;te, il &#233;tait son ennemi, &#224; tel point que Robespierre, ainsi que je l'ai d&#233;montr&#233;, avait demand&#233; sa r&#233;vocation et son remplacement au Comit&#233; de Salut public, a cette m&#234;me s&#233;ance du 8 messidor ! Le Comit&#233; maintint Fouquier en fonctions et se solidarisa avec lui, et par l&#224; il porte la responsabilit&#233; de la Grande Terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens qui font de Robespierre un dictateur et un pontife et qui placent sa dictature et son pontificat apr&#232;s la f&#234;te de l'Etre supr&#234;me et la loi de prairial, se moquent de la v&#233;rit&#233; et du bon sens. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que le pr&#233;tendu dictateur f&#251;t mis en minorit&#233; au gouvernement et qu'il perdit toute influence sur les affaires. Sa retraite fut une fuite. Elle laissa le champ libre aux terroristes ses ennemis. Les hideux proconsuls qu'il avait fait rappeler, les Tallien, les Fouch&#233;, les Barras, les Rov&#232;re, les Carrier, les Legendre, les Merlin de Thionville, les Reubell, les Courtois, les Thibaudeau, les Bourdon, les Guffroy, eurent le temps de se concerter, d'&#233;pouvanter leurs coll&#232;gues et de pr&#233;parer dans l'ombre le coup du 9 thermidor. Mais Robespierre, dont la sant&#233; avait &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e par les veilles et les fatigues, &#224; tel point qu'il avait d&#251; garder la chambre &#224; la fin de l'hiver pendant tout un mois, Robespierre, qui avait failli succomber, le 4 prairial, sous le pistolet d'Admiral, Robespierre, qui avait fait d'avance le sacrifice de sa vie d&#232;s le jour radieux de sa jeunesse o&#249; il s'&#233;tait entretenu avec Jean-Jacques, Robespierre &#233;tait hant&#233; par l'id&#233;e de la mort. Le spectacle de l'&#233;chafaud, o&#249; Fouquier-Tinville entassait p&#234;le-m&#234;le les victimes, bouleversait son &#226;me candide. Il &#233;tait maintenant comme paralys&#233; devant l'immensit&#233; de la t&#226;che qui s'offrait &#224; son courage &#233;puis&#233; par cinq ann&#233;es de luttes terribles. Il chercha un refuge aux Jacobins. Il protesta devant eux, avec l'accent du d&#233;sespoir, contre les calomnies qui le repr&#233;sentaient comme un tyran qui voulait &#233;gorger la Convention. Il leur r&#233;p&#233;ta, le 23 messidor, que ses principes &#233;taient, au contraire, &#171; d'arr&#234;ter l'effusion du sang humain vers&#233; par le crime &#187;. Quand il se d&#233;cida enfin, le 8 thermidor, apr&#232;s un mois d'h&#233;sitations, &#224; s'expliquer devant la Convention, il &#233;tait trop tard. La calomnie avait fait son chemin. D'ailleurs. Robespierre s'exprima dans son discours moins comme un tribun qui attaque que comme un juste qui s'offre au martyre. Il pr&#233;senta lui-m&#234;me son discours comme un testament de mort. Ses h&#233;sitations le lendemain &#224; prendre la direction de l'&#233;meute contre la Convention, le coup de pistolet par lequel il essaya de terminer sa vie quand l'H&#244;tel de Ville fut forc&#233; par les troupes de Barras, tout prouve qu'il &#233;tait las de la lutte et qu'il aspirait au repos de la tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a succomb&#233; sous les coups des fripons qui ont rejet&#233; sur leur victime leurs propres crimes. Ces fripons ne songeaient nullement alors &#224; arr&#234;ter la Terreur. Bien au contraire ! Fouch&#233; s'&#233;criait, le 19 fructidor : &#171; Toute pens&#233;e d'indulgence est une pens&#233;e contre-r&#233;volutionnaire &#187;. &#192; la s&#233;ance m&#234;me du 9 thermidor, Billaud-Varenne reprocha &#224; Robespierre son indulgence et rappela qu'il avait longtemps d&#233;fendu Danton. Bar&#232;re enfin, le 11 thermidor, pronon&#231;a un &#233;loge sans r&#233;serves du tribunal r&#233;volutionnaire, &#171; cette institution salutaire qui d&#233;truit les ennemis de la R&#233;publique et purge le sol de la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant l'arrestation de Robespierre, les d&#233;tenus dans les prisons craignirent d'abord une aggravation de la Terreur. L'un d'eux, le royaliste Beaulieu, nous le dit : &#171; Uniquement occup&#233;s dans nos prisons, &#224; rechercher dans les discours qu'on pronon&#231;ait, soit aux Jacobins, soit &#224; la Convention, quels &#233;taient les hommes qui nous laissaient quelque espoir, nous y voyions que tout ce qu'on disait &#233;tait d&#233;solant, mais que Robespierre paraissait encore le moins outr&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 thermidor &#8212; c'est la v&#233;rit&#233; historique &#8212; ne fut pas fait par des hommes qui voulaient arr&#234;ter la Terreur, mais, au contraire, par des hommes qui avaient abus&#233; de la Terreur et qui voulaient la prolonger &#224; leur profit pour se mettre &#224; l'abri. Parce que ces hommes furent d&#233;bord&#233;s apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement, parce qu'ils parvinrent pas &#224; retenir la r&#233;action qu'ils avaient involontairement d&#233;cha&#238;n&#233;e en identifiant, pour des raisons de tactique. Robespierre avec les exc&#232;s, la l&#233;gende s'est form&#233;e que Robespierre avait &#233;t&#233; vraiment la Terreur personnifi&#233;e. L'Incorruptible est devenu apr&#232;s sa mort le bouc &#233;missaire de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait temps enfin, citoyens, de rendre justice &#224; ce grand homme dont la vie fut un perp&#233;tuel sacrifice au bien public et dont la chute &#233;branla la R&#233;publique jusqu'&#224; la base et laissa d&#233;sormais la voie libre aux profiteurs et, derri&#232;re eux, aux g&#233;n&#233;raux et &#224; Bonaparte. Les Conventionnels, m&#234;me les plus m&#233;diocres, ont aujourd'hui leurs statues. Leurs noms sont grav&#233;s sur les plaques des rues. Seul Robespierre reste un r&#233;prouv&#233;. Celui qui fut jusqu'au dernier souffle le d&#233;fenseur ardent et convaincu des travailleurs ; celui dont la vie priv&#233;e comme la vie publique furent transfigur&#233;es par les plus hautes vertus ; celui qui a illustr&#233; la tribune fran&#231;aise par une &#233;loquence qui atteint parfois le sublime ; celui dont les vainqueurs eux-m&#234;mes, les Cambon, les Bar&#232;re, les Barras, regrett&#232;rent plus tard la d&#233;faite comme une calamit&#233; nationale ; celui dont les &#233;crits et l'exemple inspir&#232;rent par del&#224; le tombeau tous les d&#233;mocrates et tous les socialistes de la premi&#232;re partie du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, ceux de l'&#233;tranger comme ceux de France : celui que la vigoureuse g&#233;n&#233;ration r&#233;publicaine de 1830, instruite par Buonarroti et les derniers survivants de la Montagne, adora comme la parfaite incarnation de la d&#233;mocratie sociale ; celui que la jeune Allemagne de B&#246;rne et de Gutzkow, que la jeune Italie de Mazzini et de Garibaldi et le chartisme anglais d'O'Connor et d'O'Brien adopt&#232;rent comme un porte-drapeau ; celui que George Sand, avant Anatole France, proclamait &#171; le plus grand homme de la R&#233;volution et l'un des plus grands de l'histoire &#187; ; celui qui inspira les r&#233;volutionnaires de 1848 et ceux de la Commune ; celui que les r&#233;volutionnaires russes d'aujourd'hui, plus soucieux de nos gloires que nous-m&#234;mes, honorent comme un anc&#234;tre et comme un pr&#233;curseur : celui dont L&#233;nine, qui lui ressemble &#224; bien des &#233;gards, a dress&#233; l'effigie devant le Kremlin ; le profond politique dont la clairvoyance &#233;gala le courage et le d&#233;sint&#233;ressement, Robespierre, enfin, est aujourd'hui presque inconnu, quand il n'est pas m&#233;connu de cette foule qui devrait pourtant garder pieusement sa m&#233;moire, puisque c'est pour son affranchissement et pour son bonheur qu'il a v&#233;cu et qu'il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quatorze ans bient&#244;t, citoyens, qu'une petite phalange d'&#233;rudits et de chercheurs, group&#233;s dans la Soci&#233;t&#233; des &#233;tudes robespierristes, se sont attach&#233;s &#224; faire cesser un injuste ostracisme. Contre les l&#233;gendes, et les mensonges, et les calomnies, ils se sont lev&#233;s, n'ayant pour tout appui que la v&#233;rit&#233;. D&#233;j&#224;, les fum&#233;es se dissipent. La lumi&#232;re se fait et la victoire est proche. &#171; R&#233;veiller Robespierre, disait le grand Babeuf, au moment o&#249; il se lan&#231;ait dans la bataille contre les pourris du Directoire, c'est r&#233;veiller la d&#233;mocratie, et ces deux mots sont parfaitement identiques ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens, nous avons entendu l'appel de Babeuf, nous avons r&#233;veill&#233; Robespierre. Nous ne l'aurons pas fait en vain, pour peu que les d&#233;mocrates, les socialistes et les communistes d'aujourd'hui ne ferment pas l'oreille &#224; l'&#233;vidence et comprennent leur devoir comme leur int&#233;r&#234;t. Votre pr&#233;sence &#224; ces conf&#233;rences nous est un encouragement pr&#233;cieux. Je vous en remercie. Mais nous avons besoin d'autre chose que d'encouragements platoniques. La guerre a arr&#234;t&#233; l'&#233;dition que nous avons commenc&#233;e des &#338;uvres compl&#232;tes de Robespierre. Nous ne pouvons pas compter, bien entendu, sur les secours des Acad&#233;mies, ni des repr&#233;sentants du Bloc National. Nous faisons appel &#224; tous les fervents de la R&#233;volution, &#224; toutes les consciences libres et droites, &#224; tous les hommes d'avenir et de progr&#232;s, &#224; tous les amateurs d'histoire, pour qu'ils nous donnent leur adh&#233;sion, pour qu'ils souscrivent &#224; nos publications, pour qu'ils nous aident &#224; vaincre les mensonges bourgeois et thermidoriens. Ils pr&#233;pareront ainsi l'av&#232;nement de la cit&#233; juste et fraternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83407v/f21.image.r=.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour Mathiez, France 1789 et Russie 1917, c'est tout un et L&#233;nine n'est pas loin de Robespierre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A QUI PROFITA LA REVOLUTION FRANCAISE ?</title>
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		<dc:date>2012-07-30T02:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A QUI PROFITA LA REVOLUTION FRANCAISE ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les mythologies qui ont trait &#224; la glorieuse R&#233;volution fran&#231;aise de 1789-1793, on doit souligner celle qui concerne l'Etat et son appareil qui s'est mis en place &#224; cette &#233;poque. Les fanatiques de &#171; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#187; &#224; la fran&#231;aise pr&#233;tendent que la force r&#233;volutionnaire qui a mis en place cette devise serait d&#233;tenue par les assembl&#233;es et les administrations qui auraient alors fond&#233; &#171; l'Etat de droit &#187; &#233;gal pour tous, sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A QUI PROFITA LA REVOLUTION FRANCAISE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mythologies qui ont trait &#224; la glorieuse R&#233;volution fran&#231;aise de 1789-1793, on doit souligner celle qui concerne l'Etat et son appareil qui s'est mis en place &#224; cette &#233;poque. Les fanatiques de &#171; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#187; &#224; la fran&#231;aise pr&#233;tendent que la force r&#233;volutionnaire qui a mis en place cette devise serait d&#233;tenue par les assembl&#233;es et les administrations qui auraient alors fond&#233; &#171; l'Etat de droit &#187; &#233;gal pour tous, sans distinction sociale ou de race, d'origine quelconque. Un mythe mensonger : les assembl&#233;es ont tout au long de la r&#233;volution &#233;t&#233; exclusivement bourgeoises, d&#233;fendant bec et ongles les int&#233;r&#234;ts de cette classe exploiteuse, ne donnant de droit l&#233;gaux et juridiques qu'aux propri&#233;taires. Les lois, les d&#233;crets, les appareils administratifs, juridique, policier, politique ont d&#232;s le d&#233;but &#233;t&#233; au service exclusif de cette classe. Tant qu'elle avait besoin de d&#233;truire l'&#233;difice de l'ancien ordre f&#233;odal, de combattre les arm&#233;es f&#233;odales du reste de l'Europe, cet appareil a compos&#233; avec la vraie force r&#233;volutionnaire : le peuple. Mais toujours en d&#233;fendant ses propres int&#233;r&#234;ts. La r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e ensuite seulement. Il a toujours eu, au sein m&#234;me du camp de la r&#233;volution, une lutte de classe f&#233;roce entre poss&#233;dants et opprim&#233;s, entre bourgeois et bras nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la r&#233;volution a &#233;t&#233; dynamique, les opprim&#233;s ont &#233;t&#233; organis&#233;s et arm&#233;s, de mani&#232;re ind&#233;pendante de l'Etat bourgeois et il y avait un double pouvoir. Les permanences citoyennes des quartiers populaires, les comit&#233;s de piques, les sections sans culotte et la Commune ont &#233;t&#233; des organes r&#233;volutionnaires des masses mais celles-ci n'&#233;taient nullement repr&#233;sent&#233;es dans les assembl&#233;es. Les domestiques, les mis&#233;rables n'&#233;taient m&#234;me pas repr&#233;sent&#233;es et ne faisaient pas partie des &#233;lecteurs. Jamais la bourgeoisie r&#233;volutionnaire n'a envisag&#233; de donner le droit de vote aux opprim&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat issu de la r&#233;volution a pris naissance d&#232;s le renversement de l'Etat monarchique au service des nobles. Il a &#233;t&#233; d'embl&#233;e, et toujours depuis, un Etat bourgeois. Il n'a jamais exist&#233; un Etat au service de l'ensemble des citoyens, un &#171; Etat de droit du peuple &#187;, mais un droit bourgeois, une justice bourgeoise, une police bourgeoise, etc&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat fran&#231;ais d'apr&#232;s la r&#233;volution fran&#231;aise a glorifi&#233; comme jamais l'alliance de toutes les classes, au travers de la nation, de la loi, de la justice et de la citoyennet&#233;, mais, ce faisant, il a fait &#339;uvre d'une hypocrisie sociale &#224; un niveau jamais &#233;gal&#233; car, en m&#234;me temps qu'il inventait un discours citoyen, dans la r&#233;alit&#233;, il favorisait exclusivement une classe sociale, la bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits de &#171; La lutte des classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique &#187; de Daniel Gu&#233;rin :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'achat des biens nationaux fut la grande affaire de la R&#233;volution, la pr&#233;occupation constante et essentielle d'une fraction importante de la bourgeoisie. Si les Girondins furent facilement vaincus et &#233;vinc&#233;s, si la r&#233;volte f&#233;d&#233;raliste fit long feu et fut r&#233;prim&#233;e sans trop de difficult&#233;s, ce fut pour une bonne part parce que la Gironde eut contre elle les acqu&#233;reurs de biens nationaux ; c'est aussi, nous l'avons vu, parce que beaucoup de bourgeois, qui avaient &#233;t&#233; Girondins, devinrent Montagnards d&#232;s l'instant o&#249; ils particip&#232;rent &#224; des achats de biens nationaux. La vente des biens nationaux confisqu&#233;s au clerg&#233; et aux &#233;migr&#233;s fut la cl&#233; de vo&#251;te de tout le syst&#232;me r&#233;volutionnaire. Elle permit de financer la R&#233;volution et elle lia la bourgeoisie &#224; la R&#233;volution. Bar&#232;re s'&#233;cria &#224; la Convention : &#171; Vous existerez, la R&#233;publique ne sera bas&#233;e que sur les biens nationaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Constituante d&#233;cida la confiscation des biens nationaux, elle ob&#233;it &#224; une double pens&#233;e : enrichir la bourgeoisie et combler le d&#233;ficit budg&#233;taire ; intentions contradictoires d'ailleurs, car, pour remplir les poches des bourgeois, il ne convenait pas que les biens nationaux fussent vendus trop cher ; et pour remplir les caisses du Tr&#233;sor, il ne convenait pas qu'ils fussent vendus trop bon march&#233;. On fit une cote mal taill&#233;e. La bourgeoisie paya un juste prix, fort avantageux pour elle, et obtint de tr&#232;s larges facilit&#233;s de paiement. Mais on ne s'avisa pas de distribuer une partie de ces immenses &#233;tendues de terres aux petits paysans, ou de les leur c&#233;der &#224; bas prix. D'abord, parce que la bourgeoisie, la paysannerie ais&#233;e exigeaient tout pour elles. Ensuite, parce que le Tr&#233;sor voulait non faire la charit&#233;, mais faire de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;carter les ind&#233;sirables, il fut donc d&#233;cid&#233; que les ventes se feraient aux ench&#232;res. &#171; C'est ce que les paysans, &#233;crit Georges Lefebvre, redoutaient le plus ; si bon march&#233; qu'aient &#233;t&#233; vendus ces biens, les ench&#232;res les ont toujours mis &#224; trop haut prix pour l'immense majorit&#233; d'entre eux &#187;. Il fut d&#233;cid&#233; &#233;galement que les ventes auraient lieu au chef-lieu de district ; ainsi on &#233;cartait le pauvre qui ne pouvait se rendre en ville sans perdre une journ&#233;e de travail. Enfin, les biens mis en vente furent divis&#233;s, &#224; dessein, par les administrateurs de districts, en lots trop importants pour qu'il f&#251;t possible aux petits paysans de les acqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans essay&#232;rent e tourner les obstacles qu'on leur opposait. Ils s'associ&#232;rent pour acqu&#233;rir un bien et se le partager ensuite. En certains endroits, ils recoururent m&#234;me &#224; la violence pour &#233;carter la bourgeoisie urbaine des ench&#232;res. (&#8230;) La Convention, poursuivant l'&#339;uvre de la Constituante, mit fin &#224; ces pratiques. Elle interdit, par d&#233;cret du 24 avril 1793, &#171; les associations de tous ou de partie consid&#233;rable des habitants d'une commune pour acheter les biens mis en vente et en faire ensuite la r&#233;partition ou division entre les dits habitants. &#187; La d&#233;cision avait effet r&#233;troactif, et les associations qui avaient achet&#233; des terres pour se les partager furent menac&#233;es des sanctions pr&#233;vues par la loi si elles n'annulaient pas leurs op&#233;rations. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les bourgeois firent main basse sur la terre, en s'appliquant &#224; &#233;carter les masses paysannes des ench&#232;res. La vente &#224; l'encan, le morcellement insuffisant des lots rendirent les acquisitions trop on&#233;reuses pour Jacques Bonhomme. Mais, en m&#234;me temps, les bourgeois entendaient acheter &#224; bon compte. Non seulement, ils se firent, avec la complicit&#233; des autorit&#233;s locales, adjuger les biens &#224; des prix tr&#232;s inf&#233;rieurs &#224; leur valeur r&#233;elle, mais ils se firent consentir de confortables facilit&#233;s de paiement. Le d&#233;cret du 12 mai 1790, sous couleur de favoriser les bourses modestes, d&#233;cida qu'un premier paiement de 12 &#224; 30%, suivant la nature des biens, serait effectu&#233; et que le surplus serait acquitt&#233; en douze ans, en douze versements &#233;gaux, avec int&#233;r&#234;t de 5%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure ne profita pas aux petits paysans qui, de toute fa&#231;on, se trouvaient &#233;cart&#233;s des ench&#232;res ; par contre, elle fut tr&#232;s avantageuse pour les acqu&#233;reurs bourgeois. Au fur et &#224; mesure que la monnaie se d&#233;pr&#233;cia, ils r&#233;gl&#232;rent leurs annuit&#233;s en assignats de plus en plus avilis. (&#8230;) Les derni&#232;res annuit&#233;s venant &#224; &#233;ch&#233;ance &#224; une &#233;poque o&#249; l'assignat avait perdu &#224; peu pr&#232;s toute valeur, les heureux propri&#233;taires sold&#232;rent, en fin de compte, leurs achats pour une bouch&#233;e de pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au printemps 1793, la bourgeoisie fut oblig&#233;e de s'assurer, contre l'ennemi int&#233;rieur et ext&#233;rieur, le concours des bras nus. Il lui fallut bien esquisser un geste en faveur des paysans pauvres. La Convention d&#233;cida, le 4 juin, de r&#233;server &#224; ces derniers une modeste portion des biens nationaux qui leur seraient distribu&#233;s directement et sans ench&#232;res. Tout chef de famille qui n'&#233;tait pas propri&#233;taire d'un arpent recevrait un arpent payable en rentes annuelles. La concession &#233;tait extr&#234;mement r&#233;duite : le village ne devait pas poss&#233;der de biens communaux ; le d&#233;cret ne s'appliquait qu'aux biens des &#233;migr&#233;s ; l'administration du district restait libre de lotir &#224; sa guise et de ne c&#233;der aux pauvres que les lots les plus mauvais. Dans une des rares r&#233;gions o&#249; le d&#233;cret fut appliqu&#233;, en Seine-et-Oise, il ne fut pas r&#233;parti plus de 1 552 arpents et si mal choisis que nombre de leurs b&#233;n&#233;ficiaires ne purent rien en tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la Convention ne tarda pas &#224; regretter la mesquine concession qu'elle avait faite et, le 13 septembre, elle l'annula. Le paysan pauvre recevait d&#233;sormais, au lieu d'un arpent, un bon de 500 livres, valable pour l'acquittement de biens d'&#233;migr&#233;s et payable en vingt annuit&#233;s, sans int&#233;r&#234;t. (&#8230;) Pour b&#233;n&#233;ficier du bon, il fallait ne poss&#233;der aucun lopin de terre. Enfin, le bon ne pouvait servir qu'&#224; payer une terre acquise aux ench&#232;res. C'est dire que le pauvre ne pouvait l'utiliser. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il fallait, pour obtenir le concours des bras nus, leur jeter un os &#224; ronger : la bourgeoisie leur offrit, &#224; d&#233;faut des biens communaux. La restitution et le partage des biens communaux. C'&#233;tait une gracieuset&#233; qui ne lui co&#251;tait pas cher, mais qui ne faisait gu&#232;re l'affaire du paysan pauvre. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cambon d&#233;clara, le 27 ao&#251;t 1792, &#224; la L&#233;gislative : &lt;i&gt;&#171; Pour repousser plus s&#251;rement encore les d&#233;fenseurs du despotisme, il faut nous occuper du sort des pauvres, il faut attacher &#224; la R&#233;volution cette multitude d'individus qui n'a rien ; il faut rendre le peuple propri&#233;taire. Propri&#233;taire de quoi ? Des biens nationaux ? Vous n'y pensez pas. Je demande donc que les biens communaux soient incessamment partag&#233;s. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La mesure fut d&#233;finitivement adopt&#233;e par la Convention le 10 juin 1793. Mais elle allait &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts des paysans pauvres. La jouissance des terres communales repr&#233;sentait pur ces derniers l'unique garantie de leur existence. Ils tenaient &#224; conserver en entier leurs anciens droits collectifs (droit de pacage, etc.) sur les terres non cultiv&#233;es. Le partage ne pouvait profiter qu'aux paysans ais&#233;s qui s'adjugeraient, avec la complicit&#233; des municipalit&#233;s, les meilleures terres et rach&#232;teraient ensuite aux paysans pauvres le lopin que ceux-ci ne pourraient conserver. (&#8230;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les acqu&#233;reurs de biens nationaux, les fournisseurs de guerre, les industriels travaillant pour l'armement furent les principaux profiteurs du r&#233;gime montagnard. (&#8230;) A l'arm&#233;e de m&#233;tier, relativement petite, de l'ancien r&#233;gime, la R&#233;publique avait substitu&#233; l'arm&#233;e nationale, la conscription. L'industrie eut &#224; habiller, &#233;quiper, armer des masses de soldats inconnues jusqu'alors : 1 400 000 hommes au printemps de 1794. D'industrie de luxe qu'elle avait &#233;t&#233; surtout jusqu'alors, elle se transforme en industrie moderne produisant par grandes quantit&#233;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; de Salut public ne se r&#233;solut &#224; renoncer au concours des fournisseurs priv&#233;s que dans quelques services o&#249; les n&#233;cessit&#233;s imp&#233;rieuses de la d&#233;fense nationale exigeaient l'intervention de l'Etat, tels que celui des fournitures de viande aux arm&#233;es et celui des transports militaires. (&#8230;) Les pouvoirs publics rest&#232;rent sourds aux revendications des sans-culottes, qui demandaient la reprise par l'Etat des fournitures militaires. Le 23 f&#233;vrier 1794, les 48 sections de Paris r&#233;clam&#232;rent vainement une loi pour an&#233;antir et supprimer tous les soumissionnaires de la R&#233;publique qui, par des man&#339;uvres astucieuses, se sont introduits dans les fournitures de l'&#233;quipement des troupes. (&#8230;) Le r&#233;gime montagnard ou de salut public ne s'appuya pas seulement sur les acqu&#233;reurs de biens nationaux et sur les fournisseurs de guerre. Il s'appuya aussi sur les banquiers. (&#8230;) Une poign&#233;e de banquiers exer&#231;a une influence consid&#233;rable. Et son r&#244;le m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233; en d&#233;tail, car il souligne &#224; la fois la d&#233;pendance du r&#233;gime vis-&#224;-vis des puissances d'argent et ses complaisances &#224; l'&#233;gard de la contre-r&#233;volution : malgr&#233; les oppositions de classes entre aristocratie et bourgeoisie, malgr&#233; la rivalit&#233; commerciale entre la France et l'Angleterre, le lien de l'int&#233;r&#234;t capitaliste forma comme un trait d'union entre le r&#233;gime montagnard et la contre-r&#233;volution int&#233;rieure ou ext&#233;rieure. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps qu'il &#233;tait banquier des &#233;migr&#233;s et des agents de l'&#233;tranger, Perregaux jouait, avec non moins d'aisance, la carte r&#233;volutionnaire. Administrateur de la Caisse d'escompte, il fut charg&#233; par le gouvernement fran&#231;ais, d&#232;s les premi&#232;res &#233;missions d'assignats, de d&#233;pister les fabricants de faux billets de banque, tant en France qu'&#224; l'&#233;tranger. (&#8230;) Le banquier fit tant et si bien qu'il devint un personnage officiel. En effet, les besoins en devises du gouvernement r&#233;volutionnaire se faisaient de plus en plus pressants. (&#8230;) Afin d'assurer l'ex&#233;cution des paiements &#224; faire &#224; l'&#233;tranger pour le compte du gouvernement fran&#231;ais, Perregaux envoya des repr&#233;sentants en Italie, 0 Hambourg, en Hollande et se rendit lui-m&#234;me en Suisse. (&#8230;) Le gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;tait tr&#232;s exactement renseign&#233; sur l'activit&#233; contre-r&#233;volutionnaire de la finance internationale. Mais ses besoins financiers &#233;taient si pressants qu'il se mit dans sa d&#233;pendance. Ne voulant, et ne pouvant sortir du cadre de la propri&#233;t&#233; et du droit bourgeois, il ne lui restait pas d'autre alternative que de capituler devant le mur d'argent. Pour quelques devises, il dut fermer les yeux sur les agissements des pires ennemis de la r&#233;volution et m&#234;me, parfois, prendre parti pour eux contre les sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marat, d'ordinaire si prompt &#224; d&#233;noncer des complots, fit preuve &#224; l'&#233;gard de Perregaux d'une indulgence singuli&#232;re. (&#8230;) Marat et Perregaux avaient, vingt-cinq ans auparavant, us&#233; leurs fonds de culotte sur les bancs du m&#234;me coll&#232;ge. Ce simple d&#233;tail en dit long sur l'origine bourgeoise, sur les attaches bourgeoises des chefs jacobins. (&#8230;) Les sans-culottes des sections n'&#233;taient pas du m&#234;me avis que les chefs jacobins. En plusieurs circonstances, ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; s'attaquer &#224; Perregaux. Mias, &#224; chaque fois, le Comit&#233; de Salut public s'interposa, leur fit comprendre que le banquier &#233;tait tabou. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs d&#233;mocrates se sont efforc&#233;s d'effacer de la R&#233;volution toute trace de la lutte des classes. Ils ont mari&#233; l'eau avec le feu, r&#233;concili&#233; a posteriori sans-culottes et grands sp&#233;cialistes (Cambon, Carnot, Prieur, Lindet, Jeanbon Saint Andr&#233;,&#8230;), les pr&#233;sentant comme associ&#233;s dans la grande entreprise de d&#233;fense nationale. Mais les pl&#233;b&#233;iens et les sans-culottes comprirent bien, beaucoup mieux que ces historiens, qui d&#233;tenait la r&#233;alit&#233; du pouvoir politique. Ils ne se firent aucune illusion, sur les agissements des grands sp&#233;cialistes et ils leur t&#233;moign&#232;rent, en toute occasion, la plus vive m&#233;fiance, la plus franche hostilit&#233;. (&#8230;) Pendant la p&#233;riode o&#249; la bourgeoisie r&#233;volutionnaire jugea indispensable de s'appuyer sur la sans-culotterie, d'acheter son concours par un certain nombre de concessions, il &#233;tait n&#233;cessaire que d'autres hommes fussent associ&#233;s au gouvernement. Ces hommes cautionn&#232;rent les grands sp&#233;cialistes vis-&#224;-vis de l'avant-garde populaire ; ils jou&#232;rent le r&#244;le de m&#233;diateurs entre bourgeois et bras nus. (&#8230;) Tel fut le r&#244;le de Robespierre et de son &#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre appartenait &#224; une cat&#233;gorie interm&#233;diaire entre les grands sp&#233;cialistes et les pl&#233;b&#233;iens. Il tenait plut&#244;t &#224; la petite qu'&#224; la grande bourgeoisie. Robespierre correspondait assez bien &#224; la d&#233;finition que Marx donne du petit bourgeois : &#171; Le petit bourgeois sa vante, dans le for int&#233;rieur de sa conscience, d'&#234;tre impartial, d'avoir trouv&#233; le juste &#233;quilibre. Un tel petit bourgeois divinise la contradiction, car la contradiction est le fond de son &#234;tre. Il n'est que la contradiction sociale mise en action. &#187; (&#8230;) Robespierre jouissait de la confiance de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire qui avait reconnu en lui un homme de sa classe. Et il jouissait d'un immense prestige aupr&#232;s des pl&#233;b&#233;iens et des sans-culottes. Il &#233;tait l'entremetteur n&#233;, le conciliateur par excellence. Donnant des gages tant&#244;t vers la gauche, tant&#244;t vers la droite, penchant tant&#244;t vers la gauche tant&#244;t vers la droite, d&#233;concertant ses propres partisans par les sautes impr&#233;vues de son opportunisme, mais suivant, &#224; travers ces d&#233;tours, une ligne relativement rectiligne, toujours sur la corde raide, il incarna une n&#233;cessit&#233; historique, il fut le lien vivant entre la bourgeoisie et la pl&#232;be. Cet homme unique, irrempla&#231;able, sur &#233;viter la scission latente au sein du tiers &#233;tat. Il fut l'&#233;cran qui dissimula aux masses populaires le visage de classe du Comit&#233; de Salut public. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Daniel Guerin El anarquismo</title>
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		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

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&lt;p&gt;Daniel Guerin &lt;br class='autobr' /&gt;
El anarquismo&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Daniel Guerin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/espanol/guerin/1965/elanarquismo/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El anarquismo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Daniel Gu&#233;rin Rosa Luxemburg y el espontaneismo revolucionario</title>
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&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin &lt;br class='autobr' /&gt;
Rosa Luxemburg &lt;br class='autobr' /&gt;
y el espontaneismo revolucionario&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/espanol/guerin/1971/luxemburg/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosa Luxemburg &lt;br class='autobr' /&gt;
y el espontaneismo revolucionario&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fascism and big business, Daniel Guerin</title>
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		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
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		<dc:subject>1933</dc:subject>

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&lt;p&gt;A PARTICULARLY DANGEROUS ILLUSION consists in regarding fascism, despite the horror it inspires, as a progressive political phenomenon &#8211; as a passing and even necessary, though painful, stage. Rash prophets have announced ten times, a hundred times, the imminent and inevitable crumbling of the fascist dictatorship in Italy or Germany under the blows of the victorious revolution. They have asserted that fascism, by driving class antagonisms to their highest degree of tension, is hastening the (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A PARTICULARLY DANGEROUS ILLUSION consists in regarding fascism, despite the horror it inspires, as a progressive political phenomenon &#8211; as a passing and even necessary, though painful, stage. Rash prophets have announced ten times, a hundred times, the imminent and inevitable crumbling of the fascist dictatorship in Italy or Germany under the blows of the victorious revolution. They have asserted that fascism, by driving class antagonisms to their highest degree of tension, is hastening the hour of the proletarian revolution, even going so far as to contend that the proletariat could conquer power only by passing through the hell of the fascist dictatorship. Today it is no longer possible to keep up such illusions. Events have demonstrated with tragic clearness that the moment the working class allows the fascist wave to sweep over it, a long period of slavery and impotence begins &#8211; a long period during which socialist, even democratic, ideas are not merely erased from the pediments of public monuments and libraries but, what is much more serious, are rooted out of human minds. Events have proved that fascism physically destroys everything opposing its dictatorship, no matter how mildly, and that it creates a vacuum around itself and leaves a vacuum behind it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This extraordinary power to survive by annihilating everything except itself, to hold out against everything and everybody, to hold out for years in spite of internal contradictions and in spite of the misery and discontent of the masses &#8211; what is behind it?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Excessive Centralization&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The strength of the dictatorship rests first of all in its excessive centralization. Such a regime cannot &#8220;by its very nature endure the slightest trace of federalism or autonomy. Like the Convention, like Napoleon, it must seek complete centralism, the logical consequence of its system and the necessary means to insure its permanence.&#8221; Mussolini and Hitler strengthen to the utmost the authority of the central government and suppress even the faintest trace of individualism. In Italy the powers of the provincial governors have been considerably increased.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;It must be clear,&#8221; a communication from the Duce informs them, &#8220;that authority cannot be divided ... Authority is single and unified. If it were not, we should fall back into a disorganized state.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Germany the seventeen &#8220;states&#8221;, whose rights to their own governments and parliaments were preserved by the Weimar Constitution, have been gradually suppressed and transformed into mere provinces of the Reich, directly administered by representatives of the central government, the Statthalter. Extolling his centralizing work, Hitler boasts of having &#8220;given the people the Constitution that will make them strong&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx in his time was able to rejoice because the executive power, while becoming ever more concentrated, simultaneously concentrated against itself all the forces of destruction. And certain of our contemporaries, with a somewhat too simple conception of the dialectic, imagine that by centralizing to the utmost, fascism is working automatically for the Revolution. They would be correct if fascism did not, at the same time as it centralizes, destroy in the most radical fashion the &#8220;forces of destruction&#8221; themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism, in fact, has brought to the highest degree of perfection the methods of police repression used in modern states. It has made the political police a truly scientific organization. The Italian Ovra, the German Gestapo &#8211; real &#8220;states within the state&#8221;, with ramifications in all classes of society and even in every dwelling house, with enormous financial and material resources, and with limitless powers &#8211; are in a position literally to annihilate at birth every attempt at opposition wherever it appears. They can arrest at any time, &#8220;put away&#8221; on a remote island or in a concentration camp, even execute without a semblance of a trial, anyone they wish. Consequently it is possible to say that such a regime is a smooth block of granite where no hand can find a hold. Gentizon is not far from the truth, unfortunately, when he says of Italy:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Opposition has completely disappeared ... With the system of the totalitarian state, no hostile propaganda is possible.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And Goebbels too when he asserts:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The enemies of the regime are completely put down; there is no longer in the whole country any opposition worthy of the name.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dispersal of the Working Class&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Added to these methods of police repression is the state of &#8220;forced disunity, dispersion and helplessness&#8221; in which fascism keeps the working class. Certainly in neither Italy nor Germany can the regime boast of having all the proletariat with it; quite the contrary. Mussolini himself is forced to confess:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I cannot say that I have [with me] all the workers ... They are perpetual malcontents.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Germany, the elections to the factory &#8220;confidential councils&#8221; have twice (April, 1934, and April, 1935) constituted a stinging defeat for the regime. According to the later admission of Dr. Ley himself, scarcely 40 per cent of the electors voted in 1934. In 1935 at least 30 per cent of the electors abstained or voted against. In 1936, 1937, and 1938 the elections were &#8220;postponed&#8221; as a precautionary measure, and in June, 1938, it was decided that the &#8220;confidential men&#8221; would no longer be &#8220;elected&#8221; but appointed by the head of the company.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This latent discontent, however, finds it almost impossible to express itself or to organize. The working class is atomized and disintegrated. It is true that protest movements have appeared here and there, but they are stifled immediately. They are restricted to isolated plants and known to few workers outside the plants where they occur; in each factory the workers believe they are alone in their resistance. Not only are the ties broken between the workers in different factories, but even inside large enterprises contacts no longer exist between the employees of the various departments, and it is very difficult to re-establish them. Even when the embryos of illegal unions are formed, with heroic efforts, they are almost always crushed in the egg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No doubt there are militant socialists and communists who distribute illegal leaflets at the peril of their lives, but they are only an heroic and constantly decimated phalanx. The workers lose their passivity only when an event abroad reveals to them that they are not alone, that beyond the frontiers other workers are struggling. Thus the great strikes of June, 1936, in France, in spite of the care of the fascist press to minimize their importance, had a profound echo among the workers of Italy and Germany. [1]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Fascist Education&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And while fascism puts its adult opponents in a position where they can do no harm, it imposes its imprint on the young and shapes them in its own mold. &#8220;The generation of the irre-concilables will be eliminated by natural laws,&#8221; Mussolini exults. &#8220;Soon the younger generation will come!&#8221; Volpe speaks lustingly of this &#8220;virgin material which has not yet been touched by the old ideologies.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Our future is represented by the German youth,&#8221; Hitler declares. &#8220;We will raise it in our own spirit. If the older generation cannot become accustomed to it, we will take their children from them. ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We want to inculcate our principles in the children from their most tender years.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And Goebbels asserts that as long as the youth are behind Hitler, the regime will be indestructible. At the age of four in Germany and at six in Italy, the child is taken from his family, enrolled in the militarized formations of fascism, and subjected to an intensive stuffing with propaganda. The dictatorial state puts in his hands a single newspaper, a single textbook, and educates him in an incredible atmosphere of exaltation and fanaticism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This training accomplishes its aim. Although the regime in Germany has not been in power long enough to enable us to formulate valid conclusions, in Italy the results are tangible: &#8220;The youth can no longer even conceive of socialist or communist ideas,&#8221; Gentizon writes. A militant worker, Feroci, confirms this:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;A youth that has never read a labor paper, never attended a labor meeting, and knows nothing of socialism and communism ... that is ... what makes for the real strength of Mussolini's regime.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doubtless there is something fascist education cannot stifle, and which does not need to be taught &#8211; the class instinct. No amount of propaganda will ever prevent the young worker from feeling he is exploited. Pietro Nenni, while far from claiming that the Black Shirt youth has already succeeded in freeing itself from the fascist grip, states that in Italy &#8220;many young people are socialists without knowing it and without wanting to be.&#8221; Il Maglio, the weekly paper of the fascist unionists of Turin, complains that among the youth there is a certain lack of understanding of fascist &#8220;unionism&#8221;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;It is natural that there should be a few young people who, while recognizing that the abolition of all forms of class struggle is an absolute necessity ... still believe that labor's material interests can be better assured by strikes and the methods of struggle used up to yesterday in labor conflicts ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Germany as well, countless young people who believed literally that the Third Reich would be their state, and whom the Third Reich has condemned to forced labor, are bitterly disappointed. But it is extremely difficult for the youth in either country, in view of the mental training they are given, to get rid of the false ideas with which they are indoctrinated, to clarify their revolt, and without guidance do for themselves the work of a century of socialist action and thought. The confused awakening of their class consciousness leads some of them to the &#8220;left wing&#8221; of fascism or National Socialism; it does not make them into militant revolutionists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another illusion about the duration of fascism must be dispelled. Certain people try to deduce from the economic and political contradictions which have developed in the fascist regime that the days of the dictatorship are numbered. These contradictions do exist, and we have analyzed them. They are important enough possibly to bring about profound changes in the structure of the regime. But such changes can occur without the dictatorship itself collapsing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dissatisfaction of Big Business&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A few supplementary explanations are necessary here. The fact is undeniable that the industrialists who subsidized and put fascism in power are not entirely satisfied with their own creation. In the first place the regime is terribly expensive. The maintenance of the excessive bureaucracy of the state, the party and the numerous semi-governmental bodies costs unheard-of sums and adds to the financial difficulties of the government. In their memorandum of June, 1937, to Hitler, the industrialists wrote:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;It used to be estimated that there was one functionary for every twelve persons in productive occupations. Today, if the official party organizations and the semi-official and corporative services with their functionaries and employes are included, it is estimated that there is one person on the state payroll for every eight persons in productive occupations.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandoning any attempt to &#8220;estimate the amount of personal and material expenses required by the administrative machine,&#8221; the authors of the memorandum complained of the &#8220;incalculable losses arising from a lack of contact between the old and the new authorities, and the overlapping of functions between the old and new state services and the party.&#8221; [2] They wished the day would come when &#8220;in accordance with a definite principle, a final organization of the internal political apparatus of the state will be possible ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While the state must carry huge incidental expenses, the big capitalists themselves have to stand a certain number: &#8220;voluntary contributions&#8221; extorted by the party and its &#8220;welfare&#8221; undertakings; various subscriptions; &#8220;graft&#8221; and seats on the boards of directors of big companies for the &#8220;upper crust&#8221; of the fascist leaders, etc. But these incidental expenses, the importance of which must not be exaggerated, are less annoying to big business than the demagogic agitation indulged in by the fascist plebeians &#8211; agitation which, despite purges and repressions, periodically reappears, though within constantly narrower limits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Again, while big business approves of an aggressive policy that brings it new armament orders, it is afraid lest the fascist leaders, in seeking a diversion from the wretchedness of the people, provoke a premature war which will result in the isolation of the country and its defeat. It is especially significant that in the autumn of 1935 it was the fascist leaders, Farinacci, Rossoni, and others, who urged Mussolini into conflict with England, while the big bourgeoisie, the General Staff, and the Crown, on the other hand, advised moderation and caution. Likewise in Germany, when Hitler decided in March, 1936, to remilitarize the Rhineland, it was the Nazi top bureaucracy &#8211; Goering, Goebbels, and others &#8211; who urged him on to the adventure, while the big capitalists and their representative, Dr. Schacht, as well as the Reichswehr Generals, were wary, not as to the act itself but as to the rash form it took. At the end of December of the same year, General von Fritsch pointed out that neither the Reich nor the German army could undertake any action that might lead to war in a short time, and he went so far as to threaten to resign his command if his expert advice was disregarded.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Cult of the Leader&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neither does big business look without a certain amount of anxiety on the symptoms of &#8220;delusions of grandeur&#8221; displayed ever more obviously by the dictator. This development is really inevitable, for in proportion as the plebeians are eliminated and the party relegated to a secondary position, it is necessary to inflate the &#8220;Man of Destiny&#8221; all the more in order to conceal behind his person the real nature of the fascist state: a military and police dictatorship in the service of big business. It is necessary to follow Spengler's advice:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nothing has meaning any more but the purely personal power exercised by the Caesar [in whom] the omnipotence of money disappears.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus in Italy, the dictatorship of the fascist party has gradually given place to the personal dictatorship of the Duce. In Germany, during the last electoral campaign, &#8220;there [was] very little question of National Socialism and much &#8211; to the exclusion of almost everything else &#8211; of Herr Hitler.&#8221; But the dictator himself is taken in by this &#8220;booby-trap&#8221;. The same mishap befalls him as befell Louis Bonaparte:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Only ... when he himself now takes his imperial role seriously ... does he become the victim of his own conception of the world, the serious buffoon, who no longer takes world history for a comedy but his comedy for world history.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mussolini and Hitler end by literally becoming egomaniacs. And the big capitalists must increasingly reckon with the boundless pride, the changing humor and whims, of the Duce or the F&#252;hrer. This means a loss of time and has certain drawbacks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally, the economic policy of fascism, however favorable to themselves it may be, is not entirely satisfactory to the big capitalists. Although they eagerly pocket the fabulous profits from armament orders, they are terrified at the possible consequences of this policy. They are haunted by the thought of a financial catastrophe. They likewise complain, as we have seen, that the &#8220;war economy&#8221; regime is constantly imposing on them more burdensome state regulations, that it is forever eating away at sacrosanct &#8220;private initiative&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Therefore the industrialists are not wholly content, and in the minds of some of them the idea begins to germinate of throwing overboard once and for all the fascist plebeians and their leader himself, and of completing the already far-advanced transformation of the fascist totalitarian regime into a purely military dictatorship.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But they hesitate. They dare not deprive themselves entirely of the incomparable and irreplaceable means of penetrating into all cells of society which they have in the fascist mass organizations. Above all, they hesitate to deprive themselves of the services of the &#8220;Man of Destiny&#8221;, for the mystic faith in the Duce or the F&#252;hrer, though declining, is not yet extinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The present order in Germany,&#8221; the Temps states, &#8220;exists and continues only thanks to the popularity of the Chancellor and the faith of the German masses in Herr Hitler's actions ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The F&#252;hrer is unquestionably more popular than the regime.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#8220;Man of Destiny&#8221;, however much a nuisance he may be, is still necessary. Even his madness is useful; he alone can still perform the psychological miracle of turning the discontent and wretchedness of large strata of the people into enthusiasm and faith.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But most of all, the industrialists are apprehensive lest a radical change in the regime, such as they desire, should cost much bloodshed. They dread a civil war, even a short one, in which &#8220;national&#8221; forces would oppose one another; they fear nothing so much as what in Germany is called, in anticipation, a &#8220;new June 30&#8221;. Hence they hesitate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The hypothesis is not absolutely excluded that some day they will come to feel that the advantages of a purely military dictatorship outweigh its shortcomings. But a change of this nature would not necessarily open up the way to a revolution. It is true that for the middle classes, suddenly deprived of their daily mythology, the awakening would be a cruel one, and that it would be harder, with only the aid of a military and police apparatus, to keep the proletariat enslaved. Yet the authoritarian state, strongly supported by bayonets, might still endure for a time in this new form; it might find new &#8220;mysticisms&#8221; (the nationalist mysticism, the dynastic mysticism, etc.) to keep large strata of the population under the spell; in a word, even without Mussolini or Hitler, the &#8220;strong state&#8221; might survive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If fascism is not progressive politically, it is no more so economically &#8211; notwithstanding what certain people think. Stripped of all appearances, all the contradictions which dim its real face, all the secondary aspects which hide from so many its essential character, and all the circumstances peculiar to any one country, fascism is reduced to this: a strong state intended to prolong artificially an economic system based on profit and the private ownership of the means of production. To use the picturesque figure of Radek, fascist dictatorship is the iron hoop with which the bourgeoisie tries to patch up the broken barrel of capitalism. Here some clarification, however, is necessary: the &#8220;barrel&#8221;, contrary to what many believe, was not broken by the revolutionary action of the working class; fascism is not the &#8220;bourgeoisie's answer to an attack by the proletariat&#8221; but rather &#8220;an expression of the decay of capitalist economy&#8221;. The barrel fell apart of its own accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism is, to be sure, a defensive reaction of the bourgeoisie, but a defense against the disintegration of its own system far more than against any proletarian offensive &#8211; alas, non-existent. The crisis of the capitalist system itself is what shook capitalism to its foundations by drying up the sources of profit. The working class, on the other hand, paralyzed by its organizations and its leaders in the hour of the decay of capitalist economy, did not know how to take power and replace dying capitalism with socialism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitalism in Decay&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As to the nature of this crisis, fascism itself has no illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The crisis,&#8221; Mussolini admits, &#8220;has penetrated the system so deeply that it has become a systemic crisis. It is no longer a wound, but a chronic disease ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In spite of the fact that fascism demagogically promises the reabsorption of unemployment and the resumption of business, it knows perfectly well that it will not set the economic machine going again. It does not seek seriously either to bring back to life the vanished consumer, or to stimulate the long interrupted investment of private savings in production. Others are free to cherish Utopias if they wish, but fascism knows what it wants and what it can do. It merely tries to check, through artificial means, the fall in the profits of a private capitalism which has become parasitic. In spite of its verbose demagogy, it has no great designs; it lives from week to week; it aspires to nothing more than to keep alive &#8211; through wage cuts, state orders and subsidies, seizure of small savings, and autarchy &#8211; a handful of monopolists and big landowners. And in order to prolong the latters' reign (though limiting their liberty and without insuring them their pre-depression income), it has no hesitation in hastening the ruin of all other layers of the population &#8211; wage earners, consumers, savers, working farmers, artisans, and even industrialists manufacturing consumers' goods.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Those nai've people who, outside Italy and Germany, fall into the trap of fascist demagogic lies and go around saying that fascism is a &#8220;revolution,&#8221; and that fascism has &#8220;gone beyond&#8221; capitalism, are advised to study the following letter from a worker published by the Nazi daily, the V&#246;lkische Beobachter (June 7, 1936):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nobody concerned with economic questions will believe the capitalist system has disappeared. Although it is true that methods of public financing have assumed a different character &#8211; a character of coercion &#8211; capital, or at least what is generally understood by this word, has never been so powerful and privileged as at the present time ... The Economy accumulates enormous profits and reserves; the workers are invited to wait, and to console themselves while waiting by undergoing a whole series of preliminary conditions. The big ones make profits, and the little one receive drafts on the future. If that isn't capitalism in the specific sense of the word, I would like to know what capitalism means ... One group is making formidable profits at the expense of the rest of the population. That is what used to be called capitalist exploitation . . .&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;This isn't National Socialism; this is simply capitalism,&#8221; another correspondent wrote to the V&#246;lkische Beobachter on June 13. And the official organ of the Nazi party cynically replied that if the government had wanted to divide among the workers the two billions or so of big business's increased profit, it would have placed itself &#8220;in flagrant opposition to the Economy, and its energy would have been entirely paralyzed in a struggle to maintain its position.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, on the international plane, fascism merely aggravates the tendency of the whole capitalist system to national isolation and autarchy. By detaching the Economy from the international division of labor, by adapting the &#8220;productive forces to the Procrustean bed of the national state,&#8221; fascism brings &#8220;chaos into world relations&#8221;. For the future work of socialist planning, it creates &#8220;colossal additional difficulties&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the same time fascism aggravates and brings to their highest degree of tension the contradictions resulting from the uneven development of the capitalist system, and thus hastens the hour of a new division of the world by force of arms &#8211; the hour of that &#8220;relapse into barbarism&#8221; which Rosa Luxemburg foresaw in case the proletariat should be slow to fulfill its class duty and achieve socialism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nevertheless, it is not correct to say that fascism means war. Bela Kun not long ago attacked this self-interested lie:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The slogan that fascism, which is one of the political forms of bourgeois rule ... means war, is designed ... only to free again and always from all responsibility one of the groups of imperialist powers that mask their war preparations under democratic forms and pacifist phrases ... The old slogan of Marxist anti-militarism &#8211; that of the revolutionary struggle against imperialist war &#8211; was differently expressed: capitalism means war.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;War is the product of the capitalist system as a whole. Tomorrow's war will not find the democracies opposing the dictatorships. Behind ideological pretexts, imperialist realities are concealed. Tomorrow's war will find the satisfied nations, who long ago got their &#8220;places in the sun&#8221; and divided the planet among themselves through blood and iron, opposing the &#8220;proletarian&#8221; nations &#8211; the late-comers who also demand their share in the feast, if need be through blood and iron. One group is ready to make war to force a new division of the world; the other is ready to make war to prevent this division. This is an elementary truth that can never be repeated too often in these troubled times when, for many people, anti-fascism has become synonymous with chauvinism. Fascism must be fought not from the outside by imperialist war but from within by proletarian class struggle. There is only one way to put an end to Mussolini and Hitler: that is to help the Italian and German workers to fight at home. And how can they be helped? By example! By fighting in our own countries!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Footnotes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. On April 18, 1937. Rudolf Hess made a violent anti-communist speech at Karlsruhe, which the Berlin correspondent of Information commented on as follows:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Inside Germany this speech tends to put a stop to the discussions which have arisen among the popular masses of the Reich, despite the censorship, as a result of the promulgation of the forty-hour law and new social laws by the Blum cabinet.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#8220;All the chief administrative bodies of the state,&#8221; the Berlin correspondent of the Temps hat observed, &#8220;are duplicated, so to speak, by the organs of the National Socialist Party ... The party penetrates into the Ministries, but it also preserves, on the fringes of the traditional administrative bodies, its own organs ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FASCISM AN SOCIALISM - 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Guerin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism and Big Business was begun in 1934 shortly after February 6, and appeared in July 1936. Was it necessary to reprint the book in its present form or continue the investigation to the start of 1945?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The date on which we stopped writing was undoubtedly premature. The phenomenon of fascism was then still in the full course of development (above all in Germany). Certain of its traits had not yet been sufficiently revealed. It was necessary to probe further.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But perhaps there was an impediment in probing too extensively. The object of this book, if we can so express it, is the study of fascism in its pure form. Our purpose was not to write the contemporary history of Italy and Germany; but to better understand, with the aid of parallel observations of these two countries, the essential nature of fascism. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For, after 1939, the phenomenon of fascism tends to become confounded with the great upheaval of the imperialist. war. Nothing so resembles a country at war as another country at war. The characteristic traits of fascism are, in large part (not completely) blurred by those now familiar traits, namely, universally unloosed militarism and war economy. Undoubtedly a materialist explanation of the war should be undertaken as well as the materialist explanation of fascism. But whoever embraces too much grasps too little. We leave this task to others. [2] We have consciously limited the scope of this work to the study of the phenomenon of fascism by itself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An objection might perhaps be raised that fascism and war are inseparable, that the present war is the monstrous product of fascism. But that's precisely what we deny. There is, certainly, a direct link between war and fascism. They grow out of the same dungheap; they are, each in its own way, the monstrous products of the capitalist system in decline. They both flow from the fundamental vice of the system: first, the incompatibility between the tremendous development of the productive forces, and private ownership of the means of production: second, the partitioning of the world into national states. They both aspire, by different roads, to break the iron ring of the contradictions in which this system is henceforth enclosed. They both aim to restore endangered capitalist profits. Finally, both of these phenomena, while aiming to prolong the system, actually hasten the heur of its collapse. Moreover, beyond these general ties, a more direct interconnection can be observed between fascism and war in Italy and in Germany: because these two countries lack raw materials and markets, because they are in the category of &#8220;hungry nations&#8221; as opposed to the &#8220;sated&#8221; nations, the crisis in which the whole capitalist system is convulsed takes on in their case a particularly acute character, and imposes upon them, in advance of the others, a &#8220;strong state.&#8221; They act as &#8220;aggressive&#8221; powers with the aim of seizing part of the plunder from the &#8220;sated&#8221; nations. They aim at a new division of the world by force of arms, while their adversaries, opposing this redivision, assume the attitude of &#8220;peace-loving&#8221; powers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism and war&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus fascism and war are, to be sure, related. But the relationship is not one of cause and effect. Eliminate fascism (assuming that could be done) and the causes of rivalries and of imperialist wars will not in the least thereby be eliminated. For four years, from 1914 to 1918, two groups of great powers fought over possession of the world market. In neither camp was there a &#8220;fascist&#8221; country. In reality, fascism and war are both the effects, different effects, of the same cause: though the two phenomena criss-cross, though, at times, they seem to be confounded with each other (and every conscious effort is made to confuse them) still each has a distinct existence and demands a separate study.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The study of the phenomenon of fascism should be continued beyond 1936. But, aside from a few additional facts, some confirmations and dotting of the i's, we have not believed it necessary &#8211; for the reason indicated above &#8211; to bring the investigation up to date. That is why we have adopted a compromise: we have taken as a basis for the present reprint, the text of the American translation which appeared at the beginning of 1939 under the title of Fascism and Big Business. This translation was made with the aid of documentation up to the end of 1938. The original text was then very carefully revised (above all in that which concerns Germany). We confine ourselves merely to adding to it several corrections which seem indispensable at the beginning of 1945.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Do the events since 1939 cast a new light on the phenomenon of fascism? At the risk of disappointing the reader, we reply in the negative. At the risk of appearing presumptuous or of clinging to outlived positions, we will say that the events of these last years, in our opinion, do not modify to any marked degree the conclusions of our book. The only thing that fascism has brought, since 1939, is renewed proof of its barbarism. But who can be surprised at this, after witnessing the manner in which it crushed the Italian and German proletariat before crushing Europe? And can this barbarism which is &#8220;fascist&#8221; in its most hideous traits, be considered solely &#8220;fascist&#8221;? The whole war is barbarous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apart from that, the war and the German occupation, by giving us the opportunity to observe the phenomenon more closely, taught us, as we had already suspected, that the fascist regime, despite its &#8220;totalitarian&#8221; pretensions is not homogeneous. It never succeeded in dissolving into one single alloy the different elements of which it was composed. Its different wheels did not function without friction. Despite Hitler's attempts for several years to find a compromise formula between the party and the army, the Wehrmacht on the one hand, and the Gestapo and the SS on the other, continued their cat and dog fight. Behind this conflict is a class question. The fascist regime, despite appearances, appearances that it delighted in maintaining, never domesticated the bourgeoisie. When we upheld the thesis several years ago, that fascism is an instrument of big business, it was objected that in Italy as in Germany (in Germany above all) big business marches in step. This is not exactly true. The bourgeoisie remained an autonomous force, pursuing its own ends in the totalitarian state. It made others don the brown shirt, for the Hitler bands were indispensable to crush the proletariat, but thus far it has not donned the brown shirt itself (or, if it has, it was only for the gallery). Hermann Rauschning led us into error with his thesis according to which the ruling class was eliminated by the Nazi plebeians, people who respected nothing, &#8220;nihilists.&#8221; Undoubtedly there have been individual cases where big capitalists have been ill-treated or forced to emigrate. But big business, taken as a whole, was not engulfed by the brown tide. Quite the contrary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Army and the Regime&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At all times the army is the instrument par excellence of the ruling class. The relative independence of the army with regard to the regime, its refusal to permit itself to be thoroughly nazified, makes clear the autonomy of big business (and the big landlords) towards the fascist regime, its refusal to be brought into line. We will be told: Hitler dealt some secret blows within his General Staff; insubordinate generals were successively eliminated. No doubt; but this continual &#8220;purge&#8221; was only a confirmation of the resistance that the army, backed by the big bourgeoisie, put up against complete nazification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But what about July 20, what about those generals, those big capitalists, those country squires who were hung or shot, following the attempted assassination of Hitler? July 20, 1944, in Germany, just like July 25, 1943, in Italy (the day that Marshall Badoglio and the King had Mussolini arrested) carries striking proof that the capitalist ruling class was never absorbed by the self-styled totalitarian state. After subsidizing fascism and pushing it into power, the bourgeoisie tolerated, in spite of minor inconveniences, the overrunning of the state by the Nazi plebs: this conformed to its interests. But from the day when it appeared that the inconveniences of the regime outweighed the advantages the bourgeoisie, with the support of the army, did not hesitate to throw it overboard. As early as 1936, in the conclusions of our book, we set forth this hypothesis. The move succeeded in Italy. It has failed, for the time being, in Germany. But since the attempted assassination of July 20, Hitler is virtually finished. Big business, the top circles of the army, do not follow him any longer. [3] He only survives artificially by means of unheard of terror that the police and Himmler's SS exercise within the very midst of the army and the population as a whole. He survives only because the plans for the dismemberment of Germany, agitated from abroad, have aroused in the masses, a desperate reflex of the instinct of self-preservation. The regime, although abandoned by the people, has been able to take momentary advantage of this. He survives only because the ruling class fears to let loose open civil war in the midst of total foreign war. This last episode proves that the redoubtable instrument of repression forged by fascism can prolong the life of the latter for a moment, even after it has been abandoned by big business. The bullet destined for the workers can also serve to make a hole in the skin of a few capitalists. But not for long. No political regime can govern against the class which holds the economic power. Although it may not please some naive people, the old laws which have always governed the relations of classes, have not failed this time either. Fascism has not suspended them, as with a wave of the magic wand. The link between fascism and big business is so intimate that the day when big business withdraws its support is the beginning of the end for fascism.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Fundamental Thesis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From our fundamental thesis, according to which fascism is essentially the instrument of heavy industry, certain people wish to infer today that it would suffice, in Germany, to confiscate heavy industry to extirpate every germ of fascism. We strongly protest against this false and tendentious deduction. Undoubtedly, heavy industry is the most aggressive, the most reactionary segment of capitalism. It incontestably subsidized and then hoisted to power the fascist bands. But the &#8220;confiscation&#8221; of its wealth would not suffice (quite the contrary) to resolve the contradictions in which the whole of German capitalism is struggling. Furthermore, who will profit from this confiscation? &#8220;The majority of shares, it is said, would inevitably fall into the hands of the Allies.&#8221; This is the clue. What's involved here is not a matter of political cleansing aimed at destroying the germs of fascism, but an attempt of the Anglo-American powers to strangle their German competitor. Not long ago, for similar motives, the industrial region of the Ruhr was occupied by the troops of Poincair&#233;. This action, as is well-known, served as a springboard for National Socialism. Only the proletarian revolution can free the world once and for all from the Hitlerite nightmare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We pointed out, in the conclusion of this book, fascism's extraordinary will to endure. The desperate tenacity with which it defends itself today, although knowing itself lost, evidently surpasses all expectations. Nevertheless the phenomenon is comprehensible if one remembers that fascism is not only an instrument at the service of big business, but, at the same time a mystical upheaval of the pauperized and discontented petty-bourgeoisie. Although a large part of the middle class who had helped fascism to power is cruelly deceived today, such is not the case with the militant sector. There are many playboys and corrupt people in the enormous bureaucratic apparatus of the Fascist state, but there are also some real fanatics. These not only defend their social position, even their lives, in defending the regime, they also defend an idea to which they firmly cling to the death. (Let us note in passing: it is not by brute force, much less foreign bayonets, that one loses faith. Only the powerful wind of the proletarian revolution in Germany would be able to clear their brains.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism, in the countries where it attained power, stands a chance of surviving for another reason: in its decline, as at its birth, it owes much to the complacence of its &#8220;adversaries&#8221;: the &#8220;democratic&#8221; state which succeeded it remains completely infected with the fascist virus (just as the &#8220;democratic&#8221; state which had preceded it was entirely infected with the fascist virus). The &#8220;purge&#8221; is nothing but a shameful comedy, because to really disinfect the bourgeois state, it is necessary to destroy it. The administrative tops, the army, the police, the judiciary remains staffed with auxiliaries and accomplices of the former regime, the same personnel for the most part who, a short time ago, delivered the keys of power to fascism. In Italy, Marshall Badoglio is the man who once placed the cadres and resources of the army at the disposition of the &#8220;black shirts.&#8221; Who can be surprised if, as Mussolini's successor, he lets the Duce escape from prison? Bonomi, in 1921-1922, knowingly paved the way for fascism. Who can be surprised if in 1945, under his government, with the complicity of his functionaries, the fascist general Roatta succeeded in escaping? When will the complacent Bruening return to Germany? Only the revolutionary proletariat will be able to nail to the wall the fascist bandits and their accomplices without any delays or hesitation. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism's New Forms&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After its downfall as the political regime, fascism appears to borrow entirely new forms. It seems to have learned much from the tactics adopted by the Resistance movement in the occupied countries. It studies the lessons of the Maquis. Already, the fascists in Germany are organizing themselves for future underground struggle. It is possible that we shall see something of this kind even in France. Perhaps we are not as fully rid of the bands of Doriot and Darnand as we thought. Can such undertakings be successful? The problem is not technical, it is political. The Maquis owed their success above all to the fact that they were supported by a part of the population. Insurgent fascism could not stand up against a powerful movement of anti-fascist and revolutionary masses. But if such a mass movement does not develop or if other factors (of which we will speak a little further on) push a part of the middle classes and peasantry back towards reaction, then underground fascism could become a real danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perhaps in the conclusions of this book, there is a point which has not been sufficiently stressed: the underground development of the class struggle beneath the fascist lid. We stressed, and it was necessary to stress, the formidable methods employed by the totalitarian regimes to break up, to &#8220;atomize&#8221; the movement of the working class, to scientifically track it down, if one can so express it, and to destroy in the embryo every form of opposition. But gradually and to the extent that the fascist lid is lifted, we perceive that beneath it, the class struggle, supposedly destroyed forever, continues right on its way. As we are writing these lines, Northern Italy has not yet been liberated. But we have already heard many echoes of the extraordinary fighting power displayed in these last years by the workers of Milan, of Turin, within the great industrial combines on which the red flag waved in 1920. More than twenty years of fascist dictatorship have not succeeded in changing the Italian worker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Germany, the grip of the regime and the police terror have been infinitely stronger. But, in spite of the savage muzzling of the German people [5], we find once more traces of a revolutionary vanguard, especially in the concentration camps and the prisons. Fascism has not halted humanity's continuous march toward emancipation. It has only delayed it temporarily, if at all.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Is it necessary to reissue this book at the moment when the fate of Mussolini and Hitler would appear to discourage their imitators in other countries? Outside of its retrospective interest, does it retain its timeliness?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Re-reading it, we are impressed with the fact that its real subject is socialism much more than it is fascism. For what is fascism, at bottom, but the direct product of the failure to achieve socialism? Behind fascism, the shadow of socialism is ceaselessly present. We have only studied the first in relation to the second. More than once, in the course of these pages, fascism has served us simply as a counterpoint with which to define better by contrast certain essential aspects of socialism. When, as we hope, the day comes in which nothing remains of fascism but a bad memory, this book will remain an attempt to contrast socialism to what was, at one time, its most redoubtable opponent. On this score perhaps Fascism and Big Business will not become outdated too quickly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Widespread Illusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But, as a matter of fact, is it really certain that the fascist epidemic has been definitively checked? We can only hope so, but we cannot at all be certain of it. It is a widespread illusion that the defeat of &#8220;The Axis&#8221; sounds the death knell of fascism in the entire world. Fascism, if you will pardon us for repeating it, is not a product that is specifically Italian or specifically German. It is the specific product only of decaying capitalism, of the crisis of the capitalist system which has become a permanent one. It has a double origin in the determination of big business to revive the profit mechanism by exceptional measures and in the revolt of the pauperized and despairing middle classes. In the aftermath of this second world war, capitalism in Europe will be convulsed with far greater contradictions which will differ in their acuteness from those that followed the last world war. It will need a &#8220;strong state&#8221; to survive. &#8220;Controlled economy,&#8221; this rickety expedient which it can no longer dispense with, is incompatible with &#8220;democratic&#8221; politics. It requires a stable central power which is not subject to the control of the masses. &#8220;Controlled economy&#8221; is not specifically fascist; it exists, in varying degrees, in all countries. But it accommodates itself much better to fascist regimes than to &#8220;democratic&#8221; regimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, the tremendous impoverishment of large sections of the middle classes (much more advanced than that observed in Italy and in Germany in the period &#8220;between the two wars&#8221;) will create a state of profound social instability. Big business could very well, once again, bring to its feet the petty bourgeoisie driven to frenzy, arm them, inspire them with fanaticism, if, unfortunately, the worker's parties prove incapable, once again, of showing them another way out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us turn our attention also to the youth. Our young rebels have gotten into the habit of living outside the law; they have been shaped by the grim and extraordinary experiences of the Maquis. Today, they experience some difficulty and distaste in readapting themselves to prosaic &#8220;normal life.&#8221; The inglorious conclusion of the Resistance struggle plunges them, moreover, into discouragement and doubt. Let us not forget that, following the armistice of 1918, the volunteer corps of world war veterans, for similar psychological reasons, provided Mussolini and Hitler with their first recruits. Beware!&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Foreign Aid&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascism, moreover, can secure support abroad. The big &#8220;democracies&#8221; do not always tell the truth. They fought Hitler, not, as they claim today, because of the authoritarian and brutal form of the National Socialist regime, but because German imperialism, at a given moment, dared to dispute with them the hegemony of the world. It has been too generally forgotten that Hitler was hoisted to power with the blessings of the international bourgeoisie. During the first years of his rule, Anglo-American capitalism from the British aristocracy to Henry Ford, gave him, according to all evidence, their support. They viewed him as &#8220;the strong man,&#8221; who alone was capable of reestablishing order in Europe and saving the continent from Bolshevism. [6] Only much later, when the capitalists of the &#8220;democratic&#8221; countries found their interests, their markets, their sources of raw materials menaced by the irresistible expansion of German imperialism, did they start to preach against National Socialism, to denounce it as &#8220;immoral&#8221; and &#8220;un-Christian.&#8221; And, even then, there were capitalists and princes of the Church, who, more anxious to ward off the &#8220;red peril&#8221; than the German peril, remained partial towards the policeman of Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Today the big &#8220;democracies&#8221; proclaim themselves &#8220;antifascist.&#8221; That's the word they're always mouthing. In reality, anti-fascism became necessary as a platform for them to overcome their German competitor. They could not gain the full allegiance of the popular masses in the struggle against Hitlerism solely by exalting national sentiment. Despite all appearances, we are no longer in the age of national wars. The struggle of the classes, the social war, dominates our epoch. The toiling masses could not have been brought to sacrifice themselves to liberate Europe unless sentiments of a social order were aroused in them, unless an appeal was made to their class instinct. They were told that it was necessary to finish off fascism. And as they understood more or less clearly, that Fascism is the exacerbated form of detested capitalism, they consented to all sacrifices. The Parisian barricades of the end of August 1944, the exploits of the various Maquis, will live as admirable examples of proletarian devotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But tomorrow the big &#8220;democracies&#8221; may very well put anti-fascism back on the shelf. Already, this magic word, which inspired the workers to rise up against Hitlerism, is considered by them undesirable as soon as it becomes the rallying point of the adversaries of the capitalist system. Already in Belgium and Greece, the Allies did not hesitate to brutally crush the very resistance movement which they had been only too happy to utilize for their own purposes. To reestablish &#8220;order,&#8221; they will sooner or later be compelled (as is already the case in Greece) to find points of support in the midst of the liberated populations. Against the people's vanguard they will support formations of a clearly fascist character. Naturally they will be baptised with another name, for the word fascist is definitively &#8220;played out.&#8221; But, under the new label, the old merchandise will remain the same. It is to be expected that, tomorrow, the Allies will see in a neo-fascism more or less camouflaged, a guarantee against the &#8220;chaos&#8221; and &#8220;anarchy&#8221; rising in Europe; that is to say, against the proletarian revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Big business, native as well as Anglo-American, will of course hesitate, in one country or another, to hand over the power to fascism (the distasteful experiences of Italy and Germany will undoubtedly make them somewhat cautious on this score) but it is quite likely that it will at least utilize the fascist gangs as anti-labor militias. In short, fascism, by whatever name it is called, will remain the reserve army of decaying capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;The Basic Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus our basic conclusion is seen to be confirmed by the most recent developments, namely, that fascism, outgrowth of the failure to achieve socialism, can be effectively fought and vanquished definitively only by the proletarian revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The evil cannot be warded off by palliatives and patch-work. The world tosses about in chaos and the intervention of the &#8220;strong state&#8221; is made necessary because the capitalist abscess has immeasurably prolonged itself. The abscess can not be removed except by the surgical intervention of the proletariat. Outside of this radical solution there is no salvation; all &#8220;anti-fascism&#8221; that rejects it is but vain and deceitful babbling. The misfortune is that we have permitted the bourgeois-democrats to seize hold of anti-fascism. These gentlemen fear the fascist knout for their own skins, but they fear the proletarian revolution at least as much. They conjured up a bastard solution to reconcile these two fears, that of the &#8220;Popular Fronts.&#8221; The &#8220;Popular Fronts&#8221; declaim against fascism but without taking a single thoroughgoing measure to attack its material roots. They refrain from laying a hand on capitalism despite their demagogic tirades against the &#8220;two hundred families,&#8221; against the &#8220;trusts,&#8221; and, an even graver crime, by their economic and social policies, they deepen the causes of friction between the proletariat and the middle classes; and thus they push the latter towards the very fascism from which they pretend to divert them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fascist menace has made many people discover the problem of the middle classes. Only recently, the parties of the left saw in them only an easy, faithful and stable electoral clientele. But from the day when it was demonstrated that in the course of their oscillations, amplified by the economic crisis, the middle classes could enter the opposite camp, that they could be seized with collective madness, that they could don the fascist uniform, these same parties have known the anguish of the mother hen menaced with losing her chicks; the question has become an obsession with them &#8211; how to retain the middle classes? Unfortunately, they have understood nothing (nor do they wish to understand anything) of the problem. We must apologize for only having, in this book, skimmed the surface of this problem. In effect, the logic of our analysis has led us less to research concerning how socialism could have been able to turn the middle classes away from fascism than to showing why and how it, fascism, succeeded in conquering them. The reader will therefore permit us a brief digression here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The middle classes and the proletariat have common interests against big business. But there is more involved than common interests. They are not &#8220;anti-capitalist&#8221; in the same fashion. Undoubtedly the bourgeoisie exploits, sharpens at will these differences of interests, but it does not create them out of the whole cloth. It is therefore impossible to bring together the proletariat and the petty bourgeoisie around a common program which will completely satisfy both. One of the two parties must make concessions. The proletariat, naturally, can agree to some. Whenever possible, it must see that the blows it directs against big business do not strike at the same time the small investors, artisans, merchants, peasants. But on certain essential points, it must remain intransigent, for if it yields on these points in order to retain influence over the middle classes, to reassure the small shopkeepers or peasants, it would renounce dealing capitalism the decisive blows. And every time that it failed in its mission to destroy capitalism, every time it has not pushed its advantage right to the end, the middle classes, caught between menacing big business and an aggressive working class, have become enraged and turned toward fascism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revolutionary Action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In short, the proletariat cannot win over the middle classes by renouncing its own socialist program. The proletariat must convince the middle classes of its capacity to lead society onto a new road; by the strength and firmness of its revolutionary action. But it is precisely this that the inventors of the &#8220;Popular Fronts&#8221; do not wish to understand. They have but one idea in their heads: to catch the middle classes on bait-hooks, and they do this with so much skill that they eventually throw them back towards the fascist bait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When they face the dilemma, fascism or socialism, these rabbit-skinned democrats get red with anger. What right has anyone to disturb the pure waters of their &#8220;anti-fascism&#8221;? But the day comes when (such was the sad fate of some among them) they themselves succumb to the fascist knout. Let us honor their memory while denouncing their bankruptcy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anti-fascism cannot triumph as long as it drags along as the tail to the kite of bourgeois democracy. Beware of &#8220;anti&#8221; formulas. They are always inadequate because they are purely negative. One cannot conquer a principle except by opposing to it another principle &#8211; a superior principle. The world of today, in the midst of its convulsions, is not only looking for a form of property that corresponds to the collective character and the gigantic scale of modern production; it seeks also a form of government capable of substituting a rational order for chaos, while liberating man. Bourgeois parliamentarianism offers only a caricature of democracy, ever more impotent and more corrupt. Deceived and disheartened, the world turns towards the strong State, the heaven-sent man, towards the &#8220;leader principle.&#8221; On the plane of ideas, Fascism will be defeated only on that day when we present to humanity and when by example we shall make triumphant a new form of government of men, an authentic democracy, complete, direct, in which all the producers take part in the administration of things. This new type of democracy is not a chimera, an invention of the spirit. It exists. The great French Revolution &#8211; as we will demonstrate in another work &#8211; let us hear its first birth cries. The Commune of 1871 was the first attempt at its application, as Marx and Lenin have shown in a masterly manner. The Russian Soviets of 1917 provided the model to the world in unforgettable fashion. Since then, Soviet democracy has gone through a prolonged eclipse in Russia itself, for reasons too numerous to outline here. This eclipse coincides with the rise of Fascism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Today fascism lies crippled. We will give it the finishing blow by proving in action that true democracy, democracy of the Commune or soviet type, is viable and superior to all other types of government of men. All Power to the Soviets, said Lenin. Mussolini shamefully caricatured this slogan, making of it the slogan of the totalitarian state: all power to fascism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The totalitarian state is a tottering monster. We shall be forever rid of it by assuring the triumph of the antithesis: the Republic of the Workers' Councils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Footnotes&lt;br class='autobr' /&gt;
1. It has been objected that this book is somewhat schematic. We are not certain that this criticism is well founded. It would be if we had proposed to press into the same mould the evolution of the two countries studied, without taking into account their dissimilarities in every domain. Such was not our purpose. In confining ourselves to their common traits which are specifically the traits of the phenomenon of fascism, we never intended to depict Italian Fascism and German National Socialism as strictly identical. We have proceeded no differently than physicians who, on the basis of specific observations, noted in respect to dissimilar patients, establish the same general symptoms of a given disease.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Cf. Henri Claude: From The Economic Crisis To The World War, 1929-1939, an attempt at a materialist explanation of modern war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#8220;Since the attempted assassination, Hitler knows that ... the nobility and the military caste, the big industrialists, the bankers ... are against him.&#8221; Extract from an account of the July 20 attempt, by Mr. Lochner, Associated Press war correspondent, published in Le Monde, Mach 21, 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. The execution of Mussolini by the red partisans, an event which occurred after this preface was already written, confirms our thesis. As was to be expected, this resort to direct action displeased &#8220;the right kind&#8221; of people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Not only the repression of the Gestapo, but also the mobilization of all able-bodied men, the dispersion in the country of the population of the destroyed urban and industrial centers, the systematic efforts of the Allies to prevent the revolution in Germany even at the price of dragging out the monstrous slaughter, the bludgeoning effects of the defeat, the desperate flight before the Red Army, which spoke in terms of vengeance and not of liberation, all these factors have contributed to demoralize and to momentarily paralyze the German proletariat. But perhaps certain people rejoice too soon at its present apathy. &#8211; (End of May, 1945.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Note: It is also forgotten that the &#8220;upper crust&#8221; of Paris, London and New York paraded before the Palazza Venetia to cast admiring looks at the Caesar who had made the trains run on time.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Writings of Daniel Gu&#233;rin</title>
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		<dc:subject>Daniel Gu&#233;rin</dc:subject>

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&lt;p&gt;Writings of Daniel Guerin&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/history/etol/writers/guerin/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Writings of Daniel Guerin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A libertarian Marx ? Daniel Guerin</title>
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&lt;p&gt;A Libertarian Marx? &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx's famous address &#8220;The Civil War in France&#8221;, written in the name of the General Council of the International Working Mens Association two days after the crushing of the Paris Commune, is an inspiring text for Libertarians. Writing in the name of the International in which Bakunin had extensive influence, in it Marx revises some passages of the Communist Manifesto of 1848. In the Manifesto Marx and Engels had developed the notion of a proletarian evolution by stages. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Anarchism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Libertarian Marx?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx's famous address &#8220;The Civil War in France&#8221;, written in the name of the General Council of the International Working Mens Association two days after the crushing of the Paris Commune, is an inspiring text for Libertarians. Writing in the name of the International in which Bakunin had extensive influence, in it Marx revises some passages of the Communist Manifesto of 1848. In the Manifesto Marx and Engels had developed the notion of a proletarian evolution by stages. The first stage would be the conquest of political power, thanks to which the instruments of production, means of transport and credit system, would &#8216;by degrees', be centralised in the hands of the State. Only after a long evolution, at a time when class antagonisms have disappeared and State power has lost its political nature, only then would all production be centered in the hands of &#8216;associated individuals' instead of in the hands of the State. In this later libertarian type of association the free development of each would be the condition for the free development of all.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakunin, unlike French socialists, had been familiar with the Communist Manifesto in its original German since 1848 and didn't miss a chance to criticise the way in which the revolution had been split into two stages &#8212; the first of which would be very strongly State controlled. He put it like this: &#8220;Once the State has installed itself as the only landowner... it will also be the only capitalist, banker, moneylender, organisor and director of all the nations work and distributor of its products. This is the ideal, the fundamental principle of modern communism.&#8221; What's more: &#8220;This revolution will consist of the expropriation, either by stages or by violence, of the currant landowners and capitalists, and of the appropriation of all land and capital by the State, which, so as to fulfil its great mission in both economic and political spheres, will necessarily have to be very powerful and highly centralised. With its hired engineers, and with disciplined armies of rural workers at its command, the State will administer and direct the cultivation of the land. At the same time it will set up in the ruins of all the existing banks, one single bank to oversee all production and every aspect of the nation's commerce.&#8221; And again &#8220;We are told that in Marx's people's State there will be no privileged class. Everyone will be equal, not just legally end politically, but from the economic point of view. At least that's the promise, although I doubt very much, considering the way they go about it and their proposed method, whether it's a promise that can ever be kept. Apparently there will no longer be a privileged class, but there will be a government, and, note this well, an excedingly complicated government, which would not simply govern and administer the masses in a political sense, as all present governments do, but which would also administer the economy, by concentrating in its own hands production, the fair distribution of wealth, the farming of the land, the establishment and development of trades, the organisation and control of commerce, and lastly the application of capital to production through the only banker, the State.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goaded by Bakunin's criticisms, Marx and Engels felt the need to correct the overly statist ideas they had held in 1848. In a preface to a new edition of the Manifesto, dated 24 June 1872, they agreed that &#8216;in many respects' they would give a &#8216;different wording' to the passage in question of the 1848 text. They claimed support for this revision in (among others) &#8220;the practical experience gained first in the February Revolution (1848), and then, still more, in the Paris Commune, where the proletariat for the first time held political power for two whole months.&#8221; They concluded that &#8220;This programme has in some details become antiquated.&#8221; One thing especially was proved by the Commune, viz., that the working class cannot simply lay hold of the ready-made State machinery and wield it for its own purposes.&#8221; And the 1871 Address proclaimes that the Commune is &#8220;the final discovery of the political form by which the economic emancipation of labour may be created.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In his biography of Karl Marx, Franz Mehring also stresses that on this point &#8216;The Civil War in France', to a certain extent, revises the Manifesto in which the dissolution of the State was certainly forseen, but only as a long-term process. But later, after the death of Marx, Lehning assures us that Engels, struggling with Anarchist currents, had to drop this corrective and go back to the old ideas of the Manifesto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The slightly over-rapid volte-face of the writer of the 1871 Address was always bound to arouse Bakunin's scepticism; He wrote of the Commune: &#8220;It had such a great effect everywhere that even the Marxists, whose ideas had been proven wrong by the insurrection, found that they had to lift their hats respectfully to it. They did more; contrary to the simplest logic and to their own true feelings, they proclaimed that its programme and aim were theirs too. This was a farcical misrepresentation, but it was necessary. They had to do it &#8212; otherwise they would have been completely overwhelmed and abandoned, so powerful was the passion this revolution had stirred in everyone.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakunin also observed: &#8220;It would appear that Engels, at the Hague Congress (Sept. 1872) was afraid of the terrible impression created by some pages of the Manifesto, and eagerly declared that this was an outdated document, whose ideas they (Marx &amp; Engels) had personally abandoned. If he did say this, then he was lying, for just before the Congress the Marxists had been doing their best to spread this document into every country.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume, Bakunin's disciple in the Jura Federation, reacted to reading the 1871 Address in similar terms: &#8220;This is an astonishing declaration of principle, in which Marx seems to have thrown over his own programme in favour of Federalist ideas. Has their been a genuine conversion of the author of Capital, or has he at any rate succumbed to a momentary enthusiasm under the force of events? Or was it a ploy, aimed at using apparent adherence to the programme of the Commune to gain the benefit of the prestige inseperable from that name?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In our own day, Arthur Lehning, to whom we owe the learned edition of the Bakunin Archives &#8212; which are still being published &#8212; has also emphasised the contradiction between the ideas in the Address and those of all Marx's other writings: &#8220;It is an irony of history that at the very moment when the struggle between the authoritarian and anti-authoritarian factions in the 1st International had reached its height, Marx, influenced by the enormous effect of the Parisian proletariats revolutionary uprising, had given voice to the ideas of that revolution, (which were the very opposite of those he represented) in such a way that one might call them the programme of the anti-authoritarian faction which (in the International) he was fighting by all means possible... There can be no doubt that the brilliant Address of the General Council... can find no place in the system of &#8220;scientific socialism&#8221;. The Civil War is extremely un-marxist... The Paris Commune had nothing in common with Marx's State Socialism, but was much closer to Proudhon's ideas and Bakunin's federalist theories... According to Marx, the basic principle of the Commune was that the political centralism of the State had to be replaced with the workers governing themselves, and by the devolution of initiative onto a federation of small autonomous units, until such time as it was possible to put trust in the State... The Paris Commune did not aim at letting the State &#8220;wither away&#8221;, but at doing away with it immediately.... The abolition of the State was no longer to be the final, inevitable, outcome of a dialectical process of history, of a superior phase of social development, itself conditioned by a superior form of production.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The Paris Commune&#8221;, Lehning continues, &#8220;abolished the State without effecting a single one of the conditions previously laid clown by Marx as a prelude to its abolition ... The defeat of the bourgeois State by the Commune was not with the aim of installing another State in its place... Its objective was not the founding of a new State machine, but the replacement of the State by social organisation on federalist economic bases... In &#8216;The Civil War' it's not a question of a &#8216;withering away', but of an immediate and total abolition of the State.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Likewise the marxologist Maximilien Rubel has admitted that: &#8220;It is undeniable that Marx's idea of the proletariat's conquest and suppression of the State found its definitive form in his Address on the Paris Commune, and that as such it differs from the idea given by the Communist Manifesto.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nevertheless there is disagreement between the two scholars: Lehning, who, for right or wrong, sees in Marx an &#8216;authoritarian', asserts that the Address is a &#8220;foreign body in Marxist socialism, whereas Rubel, on the other hand, would like to see a &#8216;libertarian' in Marx, and holds that Marxian thought found its &#8216;definitive form' in the Address.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For all this the 1871 Address still has to be seen as a point of departure in the effort today to find a synthesis between anarchism and marxism, and as a first demonstration that it is possible to find a fertile conciliation of the two streams of thought. The Address is libertarian marxist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Why Libertarian Marxism?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(This is the concluding essay appended to the book from which both the essays in this pamphlet have been taken, &#8220;Pour un Marxism Libertaire&#8221;, published by Robert Laffont, 1969. Translations by D.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To conclude this book I shill dare to sketch the rudiments of a programme &#8212; at the risk of being accused of drifting into &#8216;metapolitics'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Today it is stupid to procede to some sort of patching up of the ramshackle edifice of socialist doctrine, throwing together relevant fragments of traditional marxism and anarchism, making a show of marxist or bakuninist erudition, trying to trace, simply on paper, ingenious synthesis and tortuous reconciliations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Modern libertarian marxism, which flowered in May 1968, transcends marxism and anarchism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To call oneself a libertarian marxist today is not to look backwards but to be committed to the future. The libertarian marxist is not an academic but a militant. He is well aware that it is up to him to change the world &#8212; no more, no less. History throws him on the brink. Everywhere the hour of the socialist revolution has sounded. Revolution &#8212; like landing on the moon &#8212; has entered the realm of the immediate and possible. Precise definition of the forms of a socialist society is no longer a utopian scheme. The only utopians are those who close their eyes to these realities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If this revolution is to be a success, and, as Gracchus Babeuf would say, the last, what guidelines are there for making it?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Firstly, before going into action, the libertarian marxist makes a careful assessment of the objective conditions, trying to sum up quickly and accurately the relations between the forces operating in each situation. For this the method Marx developed is not at all archaic &#8212; historical and dialectical materialism is still the safest guide, and an inexhaustable mine of models and points of reference. Provided, however, it is treated in the way Marx did: that is, without doctrinal rigidity or mechanical inflexibility. Provided too that the shelter of Marx's wing does not lead to the endless invention of bad pretexts ond pseudo-objective reasons for botching, missing and repeatedly failing to drive home the chance of revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libertarian marxism rejects determinism and fatalism, giving the greator place to individual will, intuition, imagination, reflex speeds, and to the deep instincts of the masses, which are more far-seeing in hours of crisis than the reasonings of the &#8216;elites'; libertarian marxism thinks of the effects of surprise, provocation and boldness, refuses to be cluttered and paralysed by a heavy &#8216;scientific' apparatus, doesn't equivocate or bluff, and guards itself from adventurism as much as from fear of the unknown.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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