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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Guerre Russie - Ukraine (2022- ) : une arm&#233;e imp&#233;rialiste europ&#233;enne contre une population europ&#233;enne - Le pr&#233;c&#233;dent de Cuba massacr&#233; par l'Espagne et les USA (1895-1898)</title>
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		<dc:date>2022-03-12T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
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		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'invasion de l'Ukraine par l'arm&#233;e russe est d&#233;crite par certains comme une guerre fratricide. En effet beaucoup de familles ont des membres proches dans les deux pays, tous les ukrainiens parlent russe. Une vie commune est men&#233;e depuis des si&#232;cles. Gogol et Boulgakov, &#233;crivains ukrainiens, &#233;crivaient en russe. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extr&#234;me-gauche &#233;lectorale contribue &#224; rabaisser le niveau g&#233;n&#233;ral de la campagne &#233;lectorale en &#171; oubliant &#187; de rappeler que Trotsky, Zinoviev et Piatakov, bolcheviks dirigeants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;25- Guerres imp&#233;rialistes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'invasion de l'Ukraine par l'arm&#233;e russe est d&#233;crite par certains comme une guerre fratricide. En effet beaucoup de familles ont des membres proches dans les deux pays, tous les ukrainiens parlent russe. Une vie commune est men&#233;e depuis des si&#232;cles. Gogol et Boulgakov, &#233;crivains ukrainiens, &#233;crivaient en russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me-gauche &#233;lectorale contribue &#224; rabaisser le niveau g&#233;n&#233;ral de la campagne &#233;lectorale en &#171; oubliant &#187; de rappeler que Trotsky, Zinoviev et Piatakov, bolcheviks dirigeants de la R&#233;volution d'Octobre, &#233;taient n&#233;s en Ukraine. Ce sont ces marxistes r&#233;volutionnaires qui avec d'autres de toutes les nationalit&#233;s, dont le Russe L&#233;nine, ont &#233;t&#233; les dirigeants de la lutte de l'Ukraine pour son ind&#233;pendance, pr&#233;misse &#224; la d&#233;colonisation, en 1917-1920. Cette ind&#233;pendance prit la seule forme possible apr&#232;s que les travailleurs eurent pris la t&#234;te de la lutte nationale : une r&#233;publique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LO rate l'occasion de se placer au centre du d&#233;bat &#233;lectoral par le rappel de cette p&#233;riode, mais trouve une nouvelle occasion de renforcer le r&#233;sultat de 0% qui lui est attribu&#233; dans les sondages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la population de France est horrifi&#233;e par cette guerre car ce sont des europ&#233;ens qui s'entretuent aux fronti&#232;res de l'Union europ&#233;enne, et un fran&#231;ais s'identifie plus facilement &#224; des Russes ou Ukrainiens qu'&#224; des Syriens, Maliens ou Afghans. Ceci d'autant plus que les id&#233;ologies des &#171; guerres de civilisations &#187; ont d&#233;cr&#233;t&#233; que la &#171; lutte des races &#187; a remplac&#233; la &#171; lutte des classes &#187;. Ils nous d&#233;crivent avec d&#233;lectation depuis des ann&#233;es des guerres entre blancs et noirs, chr&#233;tiens et musulmans. Or la guerre russo-ukrainienne met &#224; bas toutes cette pseudo-science politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;flexions sur &#034;l'absurdit&#233; &#034; d'une guerre entre deux peuples proches par la langue, la culture, la religion, l'&#233;conomie s'appuient certes sur l'histoire et la g&#233;ographie, la sociologie, bref : le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les r&#233;volutionnaires, le cadre primordial pour la compr&#233;hension, l'analyse, la d&#233;termination d'une ligne politique est celui de l'imp&#233;rialisme, &#224; la suite de L&#233;nine, Trotsky, R. Luxemburg, K. Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or aucun des partis d'extr&#234;me-gauche auxquels la bourgeoisie donne une tribune &#224; grande audience par la campagne pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles ne s'en sert pour mettre en avant une telle analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier &#233;clairage est pourtant donn&#233; par des historiens bourgeois. Donnons un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les deux types d'affrontements entre nations au d&#233;but de l'imp&#233;rialisme (1898-1906) vus par un historien bourgeois &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/girault1bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/girault1bis-d85dd.jpg?1777713415' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage, &#171; Diplomatie europ&#233;enne. Nations et imp&#233;rialismes. 1871-1914 &#187;, l'historien pourtant ni marxiste ni l&#233;niniste R. Girault, reprend quasiment l'une des th&#232;ses de L&#233;nine, la division du monde entre nation imp&#233;rialistes et nation opprim&#233;es par l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1914, les grands imp&#233;rialismes font tout pour r&#233;soudre pacifiquement leurs diff&#233;rents, tout en employant des m&#233;thodes de guerre et de terreur contre des &#233;tats faibles :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Les strat&#233;gies des Grands [&lt;i&gt;Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie&lt;/i&gt;] sont comparables. Devant un obstacle qui concerne un Etat ou une &#171; zone faible &#187;, on est pr&#234;t &#224; user de tous les moyens, y compris l'usage de la force ; s'il s'agit d'un autre Grand, on s'efforce de parvenir &#224; un accord pacifique par une n&#233;gociation. Les exemples typiques de l'un et l'autre cas ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re cat&#233;gorie entrent les &#171; guerres chaudes &#187; de la fin du XIX&#232;me si&#232;cle : guerre hispano-am&#233;ricaine de Cuba (1898), guerre anglo-boer d'Afrique australe (1899-1902) [&lt;i&gt;en photo sur la couverture du livre ci-dessus, Lord Roberts d&#233;barquant &#224; Capetow le 11 janvier 1900&lt;/i&gt;], intervention commune contre les Chinois r&#233;volt&#233;s (Boxers) en 1900-1901, guerre russo-japonaise de 1904-1905 ; dans la seconde cat&#233;gorie, on pourrait ranger les rivalit&#233;s entre Grands en Afrique, qui, de Fachoda (1898) , au Maroc (1906), finissent par se r&#233;gler pacifiquement, tout comme les litiges anglo-am&#233;ricains en Am&#233;rique latine. Sans doute, tout litige laisse des traces, notamment lorsqu'il fait s'agiter les opinions publiques, mais si l'on veut bien consid&#233;rer la p&#233;riode 1898-1906 avec un certain recul, on peut retenir que les grandes puissances ont toujours fini par s'accorder entre elles ; la volont&#233; de puissance ou l'imp&#233;rialisme s'applique seulement aux faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On serait tent&#233; de d&#233;finir ce moment comme celui de la &lt;i&gt;coexistence pacifique entre grands imp&#233;rialismes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le NPA, par la voix de sa fraction l'Etincelle, affirme &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'y a encore aucun m&#233;canisme d&#233;cisif qui conduirait &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de la guerre &#187; (Editorial de la Fraction. 28 f&#233;vrier 2022), l'historien bourgeois R. Girault parlerait beaucoup plus clairement : nous sommes dans une p&#233;riode de type 1898-1906, la Russie fait partie de Grands, l'Ukraine des Etats faibles, donc aucun autre Grand ne va entrer en guerre contre la Russie, pendant que la Russie massacre les Ukrainiens, tout comme les anglais massacraient les Boers ou les Espagnols les Cubains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r une telle clarification invaliderait l'affirmation de la Fraction, la p&#233;riode de coexistence pacifique des imp&#233;rialisme avant 1914 n'ayant &#233;t&#233; que le pr&#233;lude &#224; la guerre entre imp&#233;rialismes en 1914. Rosmer dans son ouvrage sur le mouvement ouvrier pendant la premi&#232;re guerre mondiale, montre que l'&#171; Entente cordiale &#187; conclue en 1902 entre Angleterre et France co&#239;ncide avec le d&#233;but de la marche &#224; la guerre inexorable entre Angleterre et Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; la guerre actuelle, il est utile de se pencher sur une des trois guerres &#233;voqu&#233;es par Girault : la guerre Hispano-am&#233;ricaine pour Cuba (1898), en ajoutant cependant son pr&#233;lude de r&#233;pression coloniale par l'Espagne (1895-1898).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cuba : de la lutte anti-coloniale contre l'Espagne &#224; la domination des USA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une analogie entre la guerre Russie / Ukraine et la guerre Espagne / Cuba est la proximit&#233; entre les populations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proximit&#233; entre les populations de Cuba et celle d'Espagne est une constante historique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parmi les vingt-deux r&#233;publiques issues de l'&#233;clatement de l'ancien&lt;br class='autobr' /&gt;
empire espagnol d'Am&#233;rique, Cuba est incontestablement celle qui a&lt;br class='autobr' /&gt;
gard&#233; les relations les plus &#233;troites et les plus solides avec l'ancienne&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;tropole. Si 1898 vit la rupture politique d&#233;finitive entre les deux pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'attachement qui unit l'Espagne et la Perle des Antilles ne s'est jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;menti. M&#234;me aux pires moments de la guerre froide o&#249; l'Espagne et&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba vivaient sous des r&#233;gimes farouchement oppos&#233;s, et en d&#233;pit des&lt;br class='autobr' /&gt;
crises qui ont &#233;maill&#233; les relations entre les gouvernements de Castro et&lt;br class='autobr' /&gt;
de Franco, les liens entre les deux pays n'ont jamais &#233;t&#233; rompus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la p&#233;rennit&#233; et la solidit&#233; des relations entre Cuba et son&lt;br class='autobr' /&gt;
ancienne m&#233;tropole ont de quoi &#233;tonner quand on consid&#232;re les&lt;br class='autobr' /&gt;
ruptures, parfois totales et durables, qui ont suivi les mouvements de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;colonisation aussi bien dans le monde hispanique que dans d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui se passa dans la plupart des r&#233;publiques&lt;br class='autobr' /&gt;
hispano-am&#233;ricaines, les traces de la population am&#233;rindienne&lt;br class='autobr' /&gt;
disparurent tr&#232;s rapidement. Il n'y a aucun m&#233;tis d'Indien et d'Espagnol&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Cuba. En revanche, il existe une tr&#232;s forte pr&#233;sence de population&lt;br class='autobr' /&gt;
d'origine africaine, noire &#224; des degr&#233;s divers, et une petite minorit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'origine chinoise. Quant &#224; la population blanche, elle est tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
majoritairement d'origine espagnole et son attachement &#224; la m&#232;re patrie&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a jamais r&#233;ellement fl&#233;chi. D&#232;s les premi&#232;res d&#233;cennies de la&lt;br class='autobr' /&gt;
colonisation, la population autochtone s'&#233;teignit, victime d'un ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
de ph&#233;nom&#232;nes qu'il n'y pas lieu d'&#233;voquer ici, et la colonisation fut&lt;br class='autobr' /&gt;
men&#233;e par des Espagnols. Ces gens venaient des diverses r&#233;gions&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnoles et en particulier de celles qui ont toujours fourni les plus gros&lt;br class='autobr' /&gt;
contingents d'&#233;migrants : la Galice, l'Andalousie et, dans le cas cubain,&lt;br class='autobr' /&gt;
les Canaries. A ce flux migratoire vers Cuba, il faut ajouter, d&#232;s la fin du&lt;br class='autobr' /&gt;
XVIIIe si&#232;cle, un apport consid&#233;rable de Catalans qui n'a fait que s'intensifier tout au long du XIXe. Ce ph&#233;nom&#232;ne est &#224; mettre en rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie catalane et l'industrialisation qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avait trouv&#233; &#224; Cuba un important champ d'investissements et des&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;bouch&#233;s attrayants.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ces donn&#233;es, s'ajoute le fait que l'&#238;le de Cuba, et en particulier la&lt;br class='autobr' /&gt;
ville de La Havane, est devenue au fil des ans une pi&#232;ce ma&#238;tresse dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me d&#233;fensif de l'empire espagnol et des flottes qui assuraient les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;changes entre la m&#233;tropole et ses colonies. D'o&#249; la pr&#233;sence de forces&lt;br class='autobr' /&gt;
militaires nombreuses et permanentes en provenance d'Espagne pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'essentiel. La population espagnole de Cuba s'est vue renforc&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;galement au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, &#224; la suite des guerres d'ind&#233;pendance&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le continent qui provoqu&#232;rent la fuite de certaines familles loyalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
ou qui les firent tout simplement chasser, comme au Mexique. Elles&lt;br class='autobr' /&gt;
trouv&#232;rent dans l'Ile une terre d'accueil plus accessible que la m&#233;tropole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fur et &#224; mesure que l'Espagne perdait ses possessions continentales,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba devenait de plus en plus espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CUBA/ESPAGNE. Une histoire de famille(s)&lt;br class='autobr' /&gt;
par Tom&#225;s G&#243;mez&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La guerre contre sa colonie Cuba men&#233;e par la m&#233;tropole d'Espagne (1895-1898) sera suivie par la confiscation de l'ind&#233;pendance de Cuba par les USA (1898). Cette situation rappelle celle de l'Ukraine, qui pour d&#233;fendre son ind&#233;pendance ne doit pas avoir plus d'espoir en l'imp&#233;rialisme russe qu'en l'imp&#233;rialisme USA-Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des extraits du Livre noir du Capitalisme donnent une id&#233;e de l'horreur de la guerre men&#233;e par l'Espagne contre Cuba, malgr&#233; la proximit&#233; des populations. Puis de l'illusoire ind&#233;pendance conquise avec l'aide des USA, qui souhaitaient seulement remplacer l'Espagne, apr&#232;s avoir profit&#233; du massacre de type colonial des Cubains par le pouvoir de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Centenaire d'un g&#233;nocide &#224; Cuba.
La &#171; reconcentration &#187;
de Weyler
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH316/livre-noir-c56bf.jpg?1777694980' width='450' height='316' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une colonie en sursis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIe si&#232;cle Cuba &#233;tait d&#233;j&#224; le premier producteur mondial de&lt;br class='autobr' /&gt;
sucre de canne, la rentabilit&#233; des esclaves noirs sur les immenses domaines&lt;br class='autobr' /&gt;
de la colonie espagnole ayant accumul&#233; de quoi ouvrir, d&#232;s la&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re partie du XIXe si&#232;cle, l'&#232;re du capitalisme sucrier dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
secteur agraire existant d&#233;j&#224; de La Havane &#224; Matanzas. Les quatre&lt;br class='autobr' /&gt;
moulins &#224; sucre de 1784 &#233;taient 22 avant 1830, situ&#233;s &#224; proximit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
ports dans les zones de plus en plus vastes conquises sur la for&#234;t sub-tropicale qui offrait une &#233;tonnante fertilit&#233;. Autour des possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'embarcad&#232;res maritimes ou fluviaux permettant, gr&#226;ce au cabotage&lt;br class='autobr' /&gt;
vers les grands ports, d'exporter en 183 090 492 tonnes m&#233;triques&lt;br class='autobr' /&gt;
vers l'Europe. Les propri&#233;taires fonciers, dans leur optimisme de&lt;br class='autobr' /&gt;
classe en expansion, se trouvaient confront&#233;s au rench&#233;rissement des&lt;br class='autobr' /&gt;
co&#251;ts de production. En 1820, l'Espagne se vit oblig&#233;e, sous la pression&lt;br class='autobr' /&gt;
anglaise, d'abolir la traite des noirs. Leur acquisition clandestine&lt;br class='autobr' /&gt;
devenait plus on&#233;reuse au moment m&#234;me o&#249; apparaissaient en France&lt;br class='autobr' /&gt;
les premi&#232;res fabriques de sucre de betterave. Mais payer des esclaves&lt;br class='autobr' /&gt;
en contrebande ne dispensait pas de charrier la marchandise au fur et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure que les zones de production s'&#233;loignaient des c&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment le capitalisme sucrier eut besoin du fer pour se d&#233;velopper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'&#233;tait plus possible, les r&#233;coltes &#233;tant de plus en plus&lt;br class='autobr' /&gt;
abondantes, de transporter vers les ports de lourdes charges sur des&lt;br class='autobr' /&gt;
chemins rocailleux et poussi&#233;reux par temps sec et impraticables en&lt;br class='autobr' /&gt;
saison humide quand b&#234;tes et chariots s'embourbaient. Les propri&#233;taires&lt;br class='autobr' /&gt;
des moulins &#224; sucre (ingenios) perdaient de l'argent &#224; entretenir&lt;br class='autobr' /&gt;
routes et chemins. Cependant l'alimentation d'un Noir &#224; raison de&lt;br class='autobr' /&gt;
deux repas quotidiens revenait &#224; un r&#233;al et demi, tandis qu'il fallait&lt;br class='autobr' /&gt;
compter trois r&#233;aux pour nourrir un boeuf. Voil&#224; comment on dut se&lt;br class='autobr' /&gt;
tourner vers le chemin de fer dont les premiers capitaux furent r&#233;unis&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#232;s 1830 mais qui ne prosp&#233;ra qu'&#224; partir de 1837, quand, 11 ans&lt;br class='autobr' /&gt;
avant la m&#233;tropole espagnole, les six lieues et demie de La Havane &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bejucal furent mises en service le 19 novembre, jour anniversaire de&lt;br class='autobr' /&gt;
la reine Isabelle IL Cette ligne mettait au ch&#244;mage 1200 charretiers et&lt;br class='autobr' /&gt;
autant d'esclaves noirs &#224; leur service, sans compter 300 ou 400 muletiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment, sans manquer d'actionnaires cubains, on cr&#233;ait&lt;br class='autobr' /&gt;
des soci&#233;t&#233;s anonymes, quitte &#224; s'en remettre &#224; toute sorte de chevaliers&lt;br class='autobr' /&gt;
d'industrie qui avaient beau jeu d'afficher leurs pr&#233;tentions dans&lt;br class='autobr' /&gt;
un domaine o&#249; les europ&#233;ens eux-m&#234;mes faisaient leurs premiers pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait surtout avoir des relations &#224; Londres et pour cela avoir des interm&#233;diaires nord-am&#233;ricains qui, poss&#233;dant d&#233;j&#224; des plantations &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba, offraient leurs relations et leurs capitaux, car une locomotive ne&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait &#234;tre qu'anglaise. Les capitalistes de l'&#238;le se m&#233;fiaient du gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
colonial, arbitraire et corrompu. De leur c&#244;t&#233; les banquiers&lt;br class='autobr' /&gt;
de Londres n'avaient aucune confiance dans les finances de Madrid. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
fallut donc que le banquier anglais Robertson pr&#234;t&#226;t 2 millions de pesos,&lt;br class='autobr' /&gt;
garantis par les rentr&#233;s fiscales des ports cubains, &#224; commencer&lt;br class='autobr' /&gt;
par La Havane. Voil&#224; comment le premier chemin de fer hispano-am&#233;ricain&lt;br class='autobr' /&gt;
fut cubain. Un homme de paille, don Claudio Martinez de Pinillos,&lt;br class='autobr' /&gt;
bien introduit &#224; la cour de Madrid, administrateur du fisc colonial,&lt;br class='autobr' /&gt;
garantissait &#224; La Havane l'emprunt anglais. Chacun ayant pr&#233;lev&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
sa commission, les locomotives et les rails arriv&#232;rent enfin de&lt;br class='autobr' /&gt;
Londres et les travaux ferroviaires purent commencer, non sans que le&lt;br class='autobr' /&gt;
consul d'Espagne &#224; New York eut recrut&#233; des ing&#233;nieurs am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
munis de contrats mirifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moulins &#233;tant devenus des &#171; centrales sucri&#232;res &#187;. Ces v&#233;ritables&lt;br class='autobr' /&gt;
usines re&#231;oivent la canne &#224; partir de coupes de plus en plus &#233;loign&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et leurs rayons d'action ne cessent d'augmenter, jusqu'&#224; englober&lt;br class='autobr' /&gt;
l'orient cubain encore ignor&#233; des planteurs de canne. Il ne restait&lt;br class='autobr' /&gt;
plus aux grands int&#233;r&#234;ts sucriers li&#233;s aux &#201;tats-Unis qu'&#224; acheter les&lt;br class='autobr' /&gt;
lignes pour que le chemin de fer attach&#233; aux &#171; latifundium &#187; sucriers,&lt;br class='autobr' /&gt; fut le vecteur de la saccharocratie yankee recouvrant toute l'&#238;le&lt;br class='autobr' /&gt;
sous l'&#233;gide du pouvoir colonial espagnol. Attendons patiemment la&lt;br class='autobr' /&gt;
fin du si&#232;cle pour le voir confisqu&#233; au profit de l'imp&#233;rialisme nordam&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Corn&#233;lius Van Horne, constructeur du &#171; Canadien-Pacifique&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, dont le p&#232;re avait r&#233;alis&#233; la conqu&#234;te du sucre par le fer, fut&lt;br class='autobr' /&gt;
l'un de ceux qui y r&#233;ussirent si bien qu'&#224; sa mort il pouvait dire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand je pense &#224; tout ce que je pourrais faire, j'aimerais vivre 500&lt;br class='autobr' /&gt;
ans&#8230; &#187;. En 1902 le gouvernement Estrada Palma de la pseudo r&#233;publique&lt;br class='autobr' /&gt;
cubaine poussait la servilit&#233; jusqu'&#224; proposer au &#171; Congr&#232;s &#187; de&lt;br class='autobr' /&gt;
puiser dans les fonds publics, pendant trois ans, de quoi payer &#224; Van&lt;br class='autobr' /&gt;
Horne les int&#233;r&#234;ts de capitaux qu'il avait risqu&#233;s dans une ligne qui&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avait encore rien rapport&#233;&#8230; Mais n'anticipons pas sur ce XIXe&lt;br class='autobr' /&gt;
si&#232;cle qui vit Cuba regimber &#224; plusieurs reprises contre les deux dominations&lt;br class='autobr' /&gt;
coloniales qu'il n'acceptait pas de subir, m&#234;me si elles disposaient&lt;br class='autobr' /&gt;
de puissants relais int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier quart d'heure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'administration espagnole se caract&#233;rise par une corruption&lt;br class='autobr' /&gt;
et un absolutisme confront&#233;s aux exploits des lib&#233;rateurs de la partie&lt;br class='autobr' /&gt;
continentale de l'empire, c'est en pleine r&#233;action des secteurs ais&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
combin&#233;e &#224; un profond m&#233;contentement populaire qu'&#233;clate en 1868&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re guerre d'ind&#233;pendance observ&#233;e avec suspicion par les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tats-Unis qui refusent leur aval et avec indiff&#233;rence avec les europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La couronne espagnole a de quoi s'inqui&#233;ter de la solidarit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
que proclament ses anciennes vice-royaut&#233;s en pleine &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans de guerre, de 1868 &#224; 1878, aboutirent &#224; la fausse paix de Zanjon&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne r&#233;gla rien, &#224; part les timides lois &#233;mancipatrices des Noirs&lt;br class='autobr' /&gt;
cubains. Cette p&#233;riode recouvre l'enseignement de la dignit&#233; nationale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;manant de Jos&#233; Marti, &#171; l'ap&#244;tre de l'ind&#233;pendance &#187; (1853-1898),&lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me influenc&#233; par des lettr&#233;s form&#233;s &#224; l'&#233;cole des lumi&#232;res d&#232;s le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but du XIXe si&#232;cle au sein m&#234;me des plus respectables institutions&lt;br class='autobr' /&gt;
humanistes de la colonie. Tendances r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
s'affrontaient alors entre partisans d'une annexion pure et simple aux&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tats-Unis ou d'un prudent degr&#233; d'autonomie vis-&#224;-vis de la couronne&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnole, et ceux qui ne voyaient d'avantage qu'&#224; l'ind&#233;pendance&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;elle, les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#233;chec de la &#171; Guerra chica &#187; en 1878, quand les &#201;tats-&lt;br class='autobr' /&gt;
Unis ferm&#232;rent (d&#233;j&#224;) leur march&#233; au sucre cubain, les cubains comprirent&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'ind&#233;pendance n'&#233;tait pas une simple question de sentiments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils en avaient besoin pour n&#233;gocier des trait&#233;s de r&#233;ciprocit&#233; ou&lt;br class='autobr' /&gt;
pour figurer de plain-pied dans le syst&#232;me nord-am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quinze ans plus tard, les plus &#233;minents lutteurs inspir&#233;s par Jos&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marti, entreprirent de nouvelles campagnes militaires pour lib&#233;rer&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba du joug m&#233;tropolitain espagnol. En 1895, la guerre se r&#233;pandait&lt;br class='autobr' /&gt;
d'est en ouest, prenant des proportions sans commune mesure avec le&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;c&#233;dent conflit. Jos&#233; Marti fut tu&#233; au moment o&#249; il tentait d'intercepter&lt;br class='autobr' /&gt;
une colonne espagnole de 600 cavaliers le 19 mai 1895. Ce revers&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cupla les forces des patriotes aux ordres de Maximo Gomez et&lt;br class='autobr' /&gt;
Antonio Maceo qui, fin 1895, envahissaient l'occident cubain p&#233;n&#233;trant&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'opulente r&#233;gion de Matanzas o&#249; ils br&#251;l&#232;rent les plantations,&lt;br class='autobr' /&gt;
emp&#234;chant la r&#233;colte de cette ann&#233;e l&#224; et paralysant&lt;br class='autobr' /&gt;
presque enti&#232;rement l'industrie sucri&#232;re faute de mati&#232;res premi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1 034 794 tonnes m&#233;triques en 1895, le tonnage de &#171; Zafra &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
tombe &#224; 232 068 en 1896, encore moins en 1897, du fait de l'action&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire des &#171; mambises 341 &#187;, qui oblige les troupes coloniales &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
confiner dans les garnisons fortifi&#233;es. Dans le m&#234;me temps, le prix du&lt;br class='autobr' /&gt;
sucre chute de moiti&#233; alors que la machine &#224; vapeur, m&#233;canisant l'&#233;laboration&lt;br class='autobr' /&gt;
et la production du sucre, avait mobilis&#233; d'&#233;normes capitaux&lt;br class='autobr' /&gt;
pour remplacer ceux des Noirs lib&#233;r&#233;s en 1886. D'o&#249; les &#233;normes investissements yankees se substituant &#224; ceux des banquiers anglais et&lt;br class='autobr' /&gt;
des actionnaires espagnols qui voient chanceler leur souverainet&#233; coloniale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chemins de fer augmentent leurs tarifs, les transports de&lt;br class='autobr' /&gt;
troupes absorbant la moiti&#233; de leurs mouvements : comme ils n'&#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas factur&#233;s &#224; l'autorit&#233; militaire, il fallait bien se rattraper sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
sucre. Et l'introduction du travail salari&#233; ouvrait dans la colonne des&lt;br class='autobr' /&gt;
prix de revient une nouvelle d&#233;pense&#8230; Cependant, la multiplication&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;checs militaires dans l'&#238;le, les &#233;normes sommes d'argent que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'obstination du gouvernement de Madrid engloutissait &#224; juguler cette&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re guerre coloniale, l'incomp&#233;tence des &#233;tats-majors, l'impopularit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
du service outre-mer parmi des recrues qui n'h&#233;sitaient pas &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
mutiler pour &#233;chapper &#224; l'uniforme, le lourd passif de la corruption&lt;br class='autobr' /&gt;
coloniale, tour conseillait &#224; don Antonio Canovas del Castillo, le chef&lt;br class='autobr' /&gt;
du gouvernement espagnol, d'en finir par tous les moyens. Impatient&lt;br class='autobr' /&gt;
et autoritaire, il h&#233;sitait &#224; conc&#233;der &#224; Cuba une autonomie qu'il refusait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la Catalogne. Il ne r&#233;sista ni aux surench&#232;res de l'oligarchie li&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
aux int&#233;r&#234;ts coloniaux ni aux officiers qui r&#233;clamaient une guerre sans&lt;br class='autobr' /&gt;
merci contre les insurg&#233;s cubains. Il avait nomm&#233; &#224; Cuba comme capitaine&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral Arsenio Matinez Campos, celui-l&#224; m&#234;me qui en 1874,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la t&#234;te d'une poign&#233;e d'hommes avait mis fin &#224; la premi&#232;re r&#233;publique&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnole et restaur&#233; Alphonse XII sans tirer un seul coup de&lt;br class='autobr' /&gt;
feu. Il n'en allait pas de m&#234;me &#224; Cuba : en juillet 1895, d&#233;fait au combat&lt;br class='autobr' /&gt;
de Peralejo par Antonio Maceo, il propose &#224; son chef du gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
de choisir une strat&#233;gie propre &#224; liquider une bonne fois pour&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes cette r&#233;bellion. Toutes les mesures militaires adopt&#233;es se r&#233;v&#233;laient&lt;br class='autobr' /&gt;
inefficaces contre les torches incendiaires des &#171; mambises &#187; qui&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truisaient les plantations. Les trains de canne &#233;taient pr&#233;c&#233;d&#233;s de locomotives&lt;br class='autobr' /&gt;
exploratrices, des fortins &#233;taient construits &#224; chaque embranchement,&lt;br class='autobr' /&gt;
ponceau ou station. Les journaux illustr&#233;s de Madrid&lt;br class='autobr' /&gt;
publiaient des reportages avec gravures de convois d&#233;truits par les sabotages&lt;br class='autobr' /&gt;
des ponts de bois du chemin de fer de l'&#233;poque. Rien n'y fit,&lt;br class='autobr' /&gt;
sauf la volont&#233; encore plus marqu&#233;e des commer&#231;ants et entrepreneurs&lt;br class='autobr' /&gt;
du sucre de se prot&#233;ger derri&#232;re les ba&#239;onnettes espagnoles. On se souvint&lt;br class='autobr' /&gt;
alors d'un officier connu comme &#171; l'homme de fer &#187;, qui s'&#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; distingu&#233; dans la &#171; Guerre de dix ans &#187; (1868-1878) par sa cruaut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
contre la population civile et on le nomma capitaine-g&#233;n&#233;ral de&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba, en remplacement de Martinez Campos. Ce fut don Val&#233;riano&lt;br class='autobr' /&gt;
Weyler 342, connu pour son imagination r&#233;pressive. Reconnaissant que&lt;br class='autobr' /&gt;
cette guerre &#233;tait diff&#233;rente de la pr&#233;c&#233;dente, Martinez Campos luim&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
avait propos&#233; de vider l'eau du bocal pour en capturer les poissons&lt;br class='autobr' /&gt; : un chef aussi exp&#233;riment&#233; que Weyler &#233;tait capable, dit-il, d'appliquer&lt;br class='autobr' /&gt;
cette mesure de la &#171; reconcentration &#187;, qui personnellement lui&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pugnait. On l'avait d&#233;j&#224; utilis&#233;e, quoique sur une moindre &#233;chelle&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant la &#171; Guerra Grande &#187;, mais sans avoir jamais d&#233;pass&#233; le&lt;br class='autobr' /&gt;
chiffre de 40 000 civils regroup&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; contraints &#224; abandonner&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs villages. Ce proc&#233;d&#233; politico-militaire fut donc appliqu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le but de priver de ravitaillement, d'hommes, de chevaux les&lt;br class='autobr' /&gt;
forces &#171; mambises &#187; qui les recevaient de tous les villages et des&lt;br class='autobr' /&gt;
champs o&#249; ils &#233;taient comme des poissons dans l'eau. Apr&#232;s quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;res exp&#233;riences, ce fut le 21 octobre 1896 que Weyler publia un&lt;br class='autobr' /&gt;
ordre de campagne o&#249; il d&#233;cr&#233;ta la &#171; reconcentration &#187; de tous les habitants&lt;br class='autobr' /&gt;
dans certaines agglom&#233;rations, et ce dans un d&#233;lai de 8 jours,&lt;br class='autobr' /&gt;
interdisant le retrait d'aliments des villages ou leur transit par mer&lt;br class='autobr' /&gt;
sans permis des autorit&#233;s militaires espagnoles. &#192; la population, on&lt;br class='autobr' /&gt;
ajouta le b&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des centaines de milliers de personnes furent donc rassembl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
En l'affaire de quelques jours, les localit&#233;s ayant des garnisons se&lt;br class='autobr' /&gt;
chang&#232;rent en immenses prisons pour vieillards, femmes et enfants&lt;br class='autobr' /&gt;
sans le moindre moyen d'existence. Apr&#232;s les avoir ainsi rassembl&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
les troupes espagnoles avaient carte blanche pour tout raser, br&#251;ler les&lt;br class='autobr' /&gt;
habitations, d&#233;truire les champs et sacrifier les animaux qu'elles ne&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvaient soustraire aux besoins de ravitaillements de l'arm&#233;e de lib&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, explique le colonel Raul Izquierdo Canoso, qui vient de publier&lt;br class='autobr' /&gt;
une &#233;tude intitul&#233;e &#171; La reconcentration &#187; parue r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un v&#233;ritable g&#233;nocide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure fut appliqu&#233;e pendant les 2 ann&#233;es que dura la mission&lt;br class='autobr' /&gt;
de Weyler &#224; Cuba, 1896 et 1897. On en trouve m&#234;me trace dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les archives du chemin de fer cubain. Il est vrai que la troisi&#232;me classe&lt;br class='autobr' /&gt;
est celle qui transporte le plus grand nombre de voyageurs de la compagnie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comme la majorit&#233; d'entre eux sont des journaliers qui ont&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; &#171; reconcentr&#233;s &#187; dans les villes et les villages sans m&#234;me l'indispensable&lt;br class='autobr' /&gt;
pour se nourrir, ils &#233;taient encore plus d&#233;pourvus de moyens&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;placement. Les autorit&#233;s de la ville (de Matanzas) ayant souhait&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
leur retour vers leurs anciens villages d'o&#249; ils &#233;taient venus ici par&lt;br class='autobr' /&gt;
milliers, la compagnie leur a accord&#233; &#224; tous des billets gratuits pendant&lt;br class='autobr' /&gt;
les mois d'avril et de mai 1897, soit pour qu'ils puissent retourner&lt;br class='autobr' /&gt;
dans des zones de culture, soit pour leur faire quitter cette ville o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
ils ne peuvent vivre que de mendicit&#233;. 2 325 personnes ont pu &#234;tre ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
transport&#233;es, mais il a fallu r&#233;p&#233;ter l'op&#233;ration en d&#233;cembre pour&lt;br class='autobr' /&gt;
que tous ces paysans &#171; reconcentr&#233;s &#187; qui vivaient ici puissent aller&lt;br class='autobr' /&gt;
chercher du travail dans les usines &#224; sucre et pr&#233;parer les travaux de la&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; zafra &#187;. On en a ainsi transport&#233; 2 781 de plus. Ce document date&lt;br class='autobr' /&gt;
bien la dur&#233;e de ce regroupement inhumain commenc&#233; &#224; la mi-1896,&lt;br class='autobr' /&gt;
impos&#233; militairement en octobre, mais devenu intenable d&#232;s la fin&lt;br class='autobr' /&gt;
1897, car il faut tout de m&#234;me faire tourner la production sucri&#232;re qui&lt;br class='autobr' /&gt;
est en chute libre. Sans compter que l'&#201;tat ne r&#233;tribuait pas suffisamment&lt;br class='autobr' /&gt;
le transport des unit&#233;s militaires qui d&#233;barquaient massivement&lt;br class='autobr' /&gt;
en renfort tout le long de l'ann&#233;e 1897. Le chemin de fer de Matanzas&lt;br class='autobr' /&gt;
avait factur&#233; 117 398 pesos pour 1896 aux transports militaires et n'en&lt;br class='autobr' /&gt;
avait touch&#233; que 77 816, la diff&#233;rence &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme services&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuits au b&#233;n&#233;fice de l'&#201;tat. Cette compagnie parvint n&#233;anmoins&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; distribuer &#224; ses actionnaires un dividende de 2 % tout en&lt;br class='autobr' /&gt;
ayant re&#231;u, log&#233; et transport&#233; 4 322 soldats d&#233;barqu&#233;s d'Espagne&lt;br class='autobr' /&gt;
rien que pour l'ann&#233;e 1896 &#224; R&#233;gla, entr&#233;e du port de La Havane.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'Espagne mit fin &#224; cette op&#233;ration de nettoyage par le vide,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est tout bonnement parce qu'elle se solda par un &#233;chec sur tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
plans. La politique du dernier quart d'heure correspondait alors au slogan&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; jusqu'au dernier homme, jusqu'&#224; la derni&#232;re peseta &#187; qu'il fallut&lt;br class='autobr' /&gt;
abandonner en cette triste fin de 1897 quand le g&#233;n&#233;ral Ramon Blanco&lt;br class='autobr' /&gt;
arriva &#224; La Havane en remplacement de Weyler avec des consignes&lt;br class='autobr' /&gt;
brusquement devenues &#171; ni un homme, ni une peseta de plus ! &#187; G&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
nocide aggrav&#233; par la pr&#233;m&#233;ditation : ce n'&#233;tait qu'une exp&#233;rience,&lt;br class='autobr' /&gt;
elle n'a rien donn&#233;. Au point qu'il est de nouveau question d'installer&lt;br class='autobr' /&gt;
un gouvernement autonome, id&#233;e bien vite &#233;cart&#233;e puisque, ne pouvant&lt;br class='autobr' /&gt;
conc&#233;der &#224; Cuba ce que l'on refuse &#224; la Catalogne, on fait bient&#244;t&lt;br class='autobr' /&gt;
don &#224; celle-ci, d&#233;chir&#233;e par les convulsions de l'anarchisme naissant,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un nouveau capitaine g&#233;n&#233;ral qui se nomme&#8230; don Valeriano Weyler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barcelone connaissait alors une &#233;pid&#233;mie de bombes et d'attentats&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ajoutait une r&#233;f&#233;rence cubaine &#224; leurs cibles. En 1892, le g&#233;n&#233;ral&lt;br class='autobr' /&gt;
Martinez Campos &#233;chappait &#224; une bombe, mais Canovas del Castillo&lt;br class='autobr' /&gt;
prenait les eaux &#224; Santa Aguda quand le 8 ao&#251;t 1897 il fut assassin&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
par l'anarchiste italien Angiolillo. C'&#233;tait la r&#233;ponse aux arrestations&lt;br class='autobr' /&gt;
en masse de Weyler qui avaient rempli les cachots de Montjuich de&lt;br class='autobr' /&gt;
suppos&#233;s anarchistes ou d'inoffensifs anticl&#233;ricaux, horriblement tortur&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ou ex&#233;cut&#233;s : l'ancien capitaine g&#233;n&#233;ral de Cuba avait des r&#233;f&#233;rences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme &#224; Barcelone, la &#171; reconcentration &#187; de Weyler faisait payer&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; des innocents le prix de la politique d'extermination d&#233;cid&#233;e par le&lt;br class='autobr' /&gt;
gouvernement colonial et dans un cas comme dans l'autre l'engrenage&lt;br class='autobr' /&gt;
classique de l'escalade joua comme un boomerang. La majorit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
hommes menac&#233;s par ce &#171; regroupement &#187; choisit de rejoindre l'arm&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
lib&#233;ratrice comme &#224; Barcelone o&#249; l'on rejoignait l'anarchisme en&lt;br class='autobr' /&gt;
raison des horreurs d'une r&#233;pression qui provoquait de gigantesques&lt;br class='autobr' /&gt;
manifestations d'indignation jusqu'&#224; Trafalgar Square.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avait donc &#233;t&#233; le prix pay&#233; par le peuple cubain ? Il est difficile&lt;br class='autobr' /&gt;
et facile &#224; la fois d'&#233;tablir les chiffres puisque leur source est&lt;br class='autobr' /&gt;
d'origine yankee, mais on ne voit pas comment ils les auraient gonfl&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
plus cyniquement que pour justifier leur intervention militaire de 1898&lt;br class='autobr' /&gt;
qui, entre autres bonnes raisons, pr&#233;tendait r&#233;pondre &#224; un souci humanitaire&lt;br class='autobr' /&gt;
contre l'horrible colonisateur espagnol. Nous avons le chiffre&lt;br class='autobr' /&gt;
du recensement de 1887 : 1 631 676 (dont 1 102 887 Blancs, le reste&lt;br class='autobr' /&gt;
comprenait des Noirs, M&#233;tis et Asiatiques). Et le recensement de&lt;br class='autobr' /&gt;
1899, r&#233;alis&#233; par le gouvernement interventionniste des U.S.A., donne&lt;br class='autobr' /&gt;
1 570 000. La diminution constat&#233;e n'est pas significative puisque&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba leur appartient d&#233;j&#224; et ils s'y sont install&#233;s en nombre tr&#232;s important.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le registre des d&#233;c&#232;s pour 1898 donne 109 272, en grande&lt;br class='autobr' /&gt;
partie imputables &#224; la faim et aux maladies cons&#233;cutives au blocus naval&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tabli d&#232;s la d&#233;claration de guerre des &#201;tats-Unis &#224; l'Espagne, rendant&lt;br class='autobr' /&gt;
encore plus critique la survie des victimes de la &#171; reconcentra&lt;br class='autobr' /&gt;
ion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport de la Croix-Rouge des &#201;tats-Unis, dat&#233; de La Havane,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;crivait en octobre 1898 des dizaines de milliers de personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;ambulant dans les rues, y compris des gens ais&#233;s qui n'avaient rien&lt;br class='autobr' /&gt;
eu &#224; voir avec la &#171; reconcentration &#187; et arrachaient aux ordures une&lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#233;rable subsistance. Clara Barton, pr&#233;sidente de la Croix-&lt;br class='autobr' /&gt;
Rouge am&#233;ricaine, avait envoy&#233; des aliments, des m&#233;dicaments et des&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#234;tements collect&#233;s par ses soins avant m&#234;me le d&#233;clenchement de la&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre contre l'Espagne. Cependant le blocus des c&#244;tes cubaines emp&#234;cha&lt;br class='autobr' /&gt;
(d&#233;j&#224; !) l'arriv&#233;e de ces aides qui furent partiellement utilis&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
au profit des troupes yankees, ce qui motiva une plainte de Clara Barton&lt;br class='autobr' /&gt;
au pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, William McKinley. Cent ans apr&#232;s les&lt;br class='autobr' /&gt;
faits Raul Izquierdo Canosa s'en tient &#224; 300 000 victimes comme&lt;br class='autobr' /&gt;
ordre de grandeur, sachant qu'il ne peut pas &#234;tre rigoureusement exact,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais d'autres historiens avancent 400 ou 500 000 sans pouvoir le d&#233;montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une population d'&#224; peine un peu plus d'un million et&lt;br class='autobr' /&gt;
demi d'habitants, le chiffre de 300 000, m&#234;me corrig&#233; &#224; la baisse, est&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; horrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car nous ne manquons pas de t&#233;moignages, &#224; un si&#232;cle de distance,&lt;br class='autobr' /&gt;
quant &#224; l'ampleur de l'extermination. Voici Lola Maria, pseudonyme&lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;raire de Dolores Maria de Ximeno y Cruz, riche h&#233;riti&#232;re d'une famille&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ole de la ville de Mantazas qui avait &#233;crit ses m&#233;moires. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
y narrait le monde d'opulence dans lequel elle vivait, n'&#233;cartant pas&lt;br class='autobr' /&gt;
les t&#233;moignages des &#233;pisodes les plus dramatiques de la &#171; reconcentration&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; v&#233;cus en direct. &#171; (&#8230;) L'&#238;le toute enti&#232;re &#233;tait devenue une immense&lt;br class='autobr' /&gt;
sourici&#232;re, on nous pourchassait de tous c&#244;t&#233;s&#8230; Plut&#244;t une&lt;br class='autobr' /&gt;
ville de d&#233;ments qu'un immense asile d'ali&#233;n&#233;s. Enfants en proportions&lt;br class='autobr' /&gt;
alarmantes, hommes et femmes dans la force de l'&#226;ge, vieillards&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cr&#233;pits d'&#224; peine vingt-cinq ans. Un jour notre maison se remplit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une nombreuse famille de &#171; reconcentr&#233;s &#187; &#8212; ils ne voulaient pas&lt;br class='autobr' /&gt;
du pain mais un toit &#8212; et, elle, ma m&#232;re, connaissait une maisonnette&lt;br class='autobr' /&gt;
isol&#233;e dans les parages de la ligne de chemin de fer hors la ville&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;migration &#233;tait &#233;pouvantable, ne restaient que ceux qui n'avaient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas la possibilit&#233; de fuir&#8230; chez nous, la maison la plus opulente et la&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pense la mieux garnie de Matanzas, nous avions eu recours &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
soupe de ces pourpiers qui poussent jusque sur les trottoirs et ma m&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
les avait excellemment rafistol&#233;s comme si c'&#233;taient d'exquis&lt;br class='autobr' /&gt;
raviolis&#8230; . Chaque jour les journaux publiaient les exploits guerriers&lt;br class='autobr' /&gt;
des espagnols qui, &#224; chaque rencontre avec les rebelles, les pulv&#233;ri&lt;br class='autobr' /&gt;
saient toujours. En concluant : rien de nouveau de notre c&#244;t&#233;. J'ai v&#233;cu&lt;br class='autobr' /&gt;
ces journ&#233;es comme un si&#232;cle&#8230; J'ai maigri d'une arroba &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces souvenirs furent publi&#233;s en 1983 &#224; Cuba quand, le manuscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
de Lola Maria ayant &#233;t&#233; retrouv&#233;, il fut possible d'en &#233;tablir une s&#233;lection&lt;br class='autobr' /&gt;
dont voici encore un exemple : &#171; (&#8230;) L'odeur, cette odeur qui ne&lt;br class='autobr' /&gt;
ressemblait &#224; rien et qui &#233;tait celle de la &#171; reconcentration &#187;, &#233;tait celle&lt;br class='autobr' /&gt;
que le climat r&#233;pandait comme la maladie propre aux cadavres qui,&lt;br class='autobr' /&gt;
gonfl&#233;s comme des crapauds, la r&#233;pandaient dans les rues. Toute cette&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;gion de malheureux mourut sans protester, dans les h&#244;pitaux, sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
voie publique, sous les arcades. Parfois une bougie sur un pot de bi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
vide, plac&#233;e l&#224; par quelqu'un, indiquait au passant que ce paquet &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
un cadavre. On pr&#233;tend que le total des d&#233;c&#232;s se monta &#224; quatre cent&lt;br class='autobr' /&gt;
mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la pr&#233;cision du chiffre de ces v&#233;ritables otages de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'arm&#233;e espagnole, il faut y ajouter un nombre inattendu d'&#233;trangers&lt;br class='autobr' /&gt;
que r&#233;v&#232;lent de r&#233;centes recherches aux Archives nationales de Cuba.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours &#224; Matanzas, les actes de d&#233;c&#232;s montrent un pourcentage &#233;lev&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de victimes d'origine p&#233;ninsulaire espagnole ou des &#238;les Canaries.&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouve sans surprise plus de 3 000 chinois puisque leur immigration&lt;br class='autobr' /&gt; est signal&#233;e depuis la deuxi&#232;me moiti&#233; du si&#232;cle dans l'agriculture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pas ou tr&#232;s peu de Fran&#231;ais, peut-&#234;tre par gratitude des&lt;br class='autobr' /&gt;
autorit&#233;s espagnoles satisfaites des v&#233;ritables forteresses qu'&#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
devenues leurs plantations de caf&#233; dans la r&#233;gion de Santiago de Cuba,&lt;br class='autobr' /&gt;
preuve de leur hostilit&#233; envers les insurg&#233;s. Plus &#233;tonnant est le chiffre&lt;br class='autobr' /&gt;
de 1758 Nord-Am&#233;ricains signal&#233; en d&#233;cembre 1897 parmi les actes&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;c&#232;s identifiant des Allemands, des Mexicains et plusieurs autres&lt;br class='autobr' /&gt;
nationalit&#233;s europ&#233;ennes ou am&#233;ricaines minoritaires, sans compter la&lt;br class='autobr' /&gt;
mention &#171; Africains &#187; sans autre pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les &#201;tats-Unis raflent la mise&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la suite. Au moment o&#249; l'Espagne s'acharnait &#224; asseoir&lt;br class='autobr' /&gt;
son existence de puissance d&#233;cadente sur le dernier lambeau de son&lt;br class='autobr' /&gt;
empire colonial, l'imp&#233;rialisme conqu&#233;rant n'avait qu'&#224; traverser le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;troit de Floride pour cueillir comme un fruit m&#251;r la plus grande et la&lt;br class='autobr' /&gt;
plus riche des &#238;les antillaises. Sans aucune concurrence de l'Angleterre,&lt;br class='autobr' /&gt;
la plus grande exportatrice de capitaux au monde pendant tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
XIXe si&#232;cle, y compris &#224; Cuba o&#249; il lui suffisait de conserver ses int&#233;r&#234;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les chemins de fer occidentaux pour conforter des investissements&lt;br class='autobr' /&gt;
sucriers ant&#233;rieurs. Le lion castillan &#233;cart&#233;, il faut &#233;carter aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
toute vell&#233;it&#233; de cr&#233;ation d'un &#233;tat ind&#233;pendant cubain. Bien avant&lt;br class='autobr' /&gt;
1898 la Standard Oil Company, la American Sugar Refining, la Bethlehem&lt;br class='autobr' /&gt;
Iron Works avaient investi dans le nickel, le mangan&#232;se, sans&lt;br class='autobr' /&gt;
oublier la American Tobacco Company.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait qu'&#224; pr&#233;parer l'opinion publique sous le g&#233;n&#233;reux pr&#233;texte&lt;br class='autobr' /&gt;
(d&#233;j&#224; !) du droit des Cubains &#224; la libert&#233;. Il fallait pour cela effacer&lt;br class='autobr' /&gt;
la contradiction entre la condamnation de l'inhumanit&#233; de la &#171; reconcentration&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; et les circonstances aggravantes du blocus naval de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#238;le, premi&#232;re mesure militaire de l'intervention arm&#233;e officiellement&lt;br class='autobr' /&gt;
dat&#233;e du 1er janvier 1899. Le fameux &#171; m&#233;morandum &#187; du secr&#233;taire&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#201;tat &#224; la guerre ne m&#226;chait pas ses mots : &#171; Cuba, avec un territoire&lt;br class='autobr' /&gt;
plus grand a aussi une plus grande population que Puerto Rico,&lt;br class='autobr' /&gt;
Blancs, Noirs, Asiatiques et leurs m&#233;langes. Les habitants sont g&#233;n&#233;ralement&lt;br class='autobr' /&gt;
indolents et apathiques. Il est &#233;vident que leur imm&#233;diate annexion&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; notre f&#233;d&#233;ration serait une folie et, avant d'y proc&#233;der, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
devons nettoyer le pays, m&#234;me si pour ce faire il fallait avoir recours&lt;br class='autobr' /&gt;
aux m&#234;mes m&#233;thodes que la Divine Providence appliqua aux villes de&lt;br class='autobr' /&gt;
Sodome et Gomorrhe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent dans le port de La Havane depuis le 25 janvier 1898, le&lt;br class='autobr' /&gt;
croiseur cuirass&#233; &#171; Maine &#187; de la marine des &#201;tats-Unis, explosa fort&lt;br class='autobr' /&gt;
opportun&#233;ment le 15 f&#233;vrier avec 266 morts &#224; bord, tandis que tout&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;tat-major du vaisseau &#233;tait &#171; miraculeusement &#187; &#224; terre. &#171; Tout est&lt;br class='autobr' /&gt;
calme ici ! &#187;, c&#226;blait de La Havane le reporter de la presse Hearst &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
son patron qui lui r&#233;pondait : &#171; Envoyez photos et je donnerai&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre ! &#187;. L'instrument l&#233;gal que le pr&#233;sident McKinley obtint du&lt;br class='autobr' /&gt;
Congr&#232;s, la fameuse &#171; R&#233;solution conjointe &#187;, pr&#233;cisait bien que &#171; le&lt;br class='autobr' /&gt;
droit des cubains &#224; &#234;tre libres &#187; passait par &#171; la facult&#233; octroy&#233;e au&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident des &#201;tats-Unis de disposer des ressources n&#233;cessaires pour&lt;br class='autobr' /&gt;
intervenir dans la guerre d'ind&#233;pendance cubaine et pacifier le pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ouvrage, Chemins pour le sucre, Oscar Zanetti et Alejandro&lt;br class='autobr' /&gt;
Garcia 345 ajoutent &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de : &#171; la perfide tactique du commandement&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire nord-am&#233;ricain de l'&#238;le fut de refuser la bellig&#233;rance&lt;br class='autobr' /&gt;
aux forces cubaines, s'appuyant s&#233;par&#233;ment sur leurs diff&#233;rents&lt;br class='autobr' /&gt;
chefs locaux et, une fois la d&#233;route espagnole acquise, interdire l'entr&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
des combattants cubains dans les principales villes dans le but&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;viter que l'arm&#233;e espagnole ne capitul&#226;t devant les patriotes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
(qui) furent exclus de la signature du protocole ratifiant la reddition&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnole. Ainsi la souverainet&#233; des &#238;les passa des mains du colonialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnol &#224; celles de l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain. Le trait&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, formellement inspir&#233; par des &#171; principes humanitaires et de&lt;br class='autobr' /&gt;
hauts devoirs sociaux et moraux &#187; dissimulait en r&#233;alit&#233; l'occupation&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire nord-am&#233;ricaine de Cuba pour un temps ind&#233;fini et l'acquisition&lt;br class='autobr' /&gt;
par les colonies espagnoles des Cara&#239;bes et du Pacifique en qualit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de butin de guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas longtemps &#224; attendre pour que la totalit&#233; de la mise soit&lt;br class='autobr' /&gt;
empoch&#233;e : les 4 ann&#233;es d'occupation militaire directe de Cuba ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont pas achev&#233;es que, le 2 mai 1901, l'Assembl&#233;e &#171; Constituante &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
cubaine adopte le trop c&#233;l&#232;bre amendement impos&#233; par le s&#233;nateur&lt;br class='autobr' /&gt;
am&#233;ricain Orvill Platt qui limite dans les proportions que l'on sait l'ind&#233;pendance&lt;br class='autobr' /&gt;
du pays. Vot&#233; par cette pseudo Constituante le 21 f&#233;vrier,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce correctif lui est brutalement impos&#233; juste avant la promulgation officielle&lt;br class='autobr' /&gt;
du 20 mai sous le cynique pr&#233;texte &#171; d'organiser la remise du&lt;br class='autobr' /&gt;
gouvernement de l'&#238;le &#224; son propre peuple &#187;. &#192; ce cynisme, se souvenant&lt;br class='autobr' /&gt;
peut-&#234;tre des ravages de 1896-1897, l'amendement Platt ajoute&lt;br class='autobr' /&gt;
que le gouvernement des &#201;tats-Unis re&#231;oit de celui de Cuba &#171; le droit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'intervention pour conserver son ind&#233;pendance nationale, pour maintenir&lt;br class='autobr' /&gt;
un gouvernement ad&#233;quat &#224; la protection des vies, int&#233;r&#234;ts et libert&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'application et le d&#233;veloppement de tous plans sanitaires tendant&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; b&#233;n&#233;ficier aux relations entre l'&#238;le et les &#201;tats-Unis &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Marti, mort au combat avant d'avoir connu ni les tribulations&lt;br class='autobr' /&gt;
de son peuple du fait de la &#171; reconcentration &#187; ni l'humiliation de la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire confisqu&#233;e et de l'ind&#233;pendance trahie, &#233;crivait ceci de New&lt;br class='autobr' /&gt;
York, le 29 octobre 1889 : &#171; pour que l'&#238;le soit nord-am&#233;ricaine nous&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avons aucun effort &#224; faire, parce que si nous ne profitons pas du peu&lt;br class='autobr' /&gt;
de temps qu'in nous reste pour emp&#234;cher qu'il en soit ainsi, cela se&lt;br class='autobr' /&gt;
fera par sa propre d&#233;composition. C'est ce qu'attends ce pays, et ce &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
quoi nous devons nous opposer (&#8230;) car une fois les &#201;tats-Unis &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cuba, qui va les en sortir ? &#187; Si l'actuelle volont&#233; du peuple cubain&lt;br class='autobr' /&gt;
tend depuis bient&#244;t 40 ann&#233;es &#224; relever efficacement ce d&#233;fi r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
de Jos&#233; Marti, quoi d'&#233;tonnant &#224; ce que l'actuel chef de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat cubain ait tenu &#224; assister &#224; la pr&#233;sentation du livre sur la &#171; reconcentration &#187; dont nous avons cit&#233; ici des extraits. Ce fut pour lui&lt;br class='autobr' /&gt;
l'occasion de rappeler que les &#201;tats-Unis ont eu recours &#224; la m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;thode au Vi&#234;t Nam dans ce qu'ils appelaient les &#171; villages strat&#233;giques&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, copie de ce qu'il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; comparer &#224; ces &#171; camps de&lt;br class='autobr' /&gt;
concentration de Cuba &#187;. De l&#224; &#224; consid&#233;rer que deux des plus grands&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;nocides de notre &#233;poque ont un pr&#233;c&#233;dent cubain&#8230; Ce fut du moins&lt;br class='autobr' /&gt;
une &#233;cole pour le nazisme et pour l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le colonel Raul Izquierdo Canosa, auteur du livre cit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;clarait &#224; &#171; Granma &#187; le 1er f&#233;vrier 1889 : &#171; Maintenir un nombre si&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lev&#233; de personnes dans des lieux fortifi&#233;s ou des zones sous&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le militaire impliquait un accroissement des mesures de s&#233;curit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
en moyens et en hommes, bien qu'il soit clair que les autorit&#233;s coloniales&lt;br class='autobr' /&gt;
ne se soient pas non plus pr&#233;occup&#233;es outre mesure de l'accueil&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#171; reconcentr&#233;s &#187;. &#192; mon avis, l'erreur initiale de Weyler, en appliquant&lt;br class='autobr' /&gt;
une mesure si ample et si complexe, fut de n'avoir pas cr&#233;&#233; auparavant&lt;br class='autobr' /&gt;
les conditions indispensables &#224; sa r&#233;alisation. Quand ils&lt;br class='autobr' /&gt;
prirent conscience du probl&#232;me qu'ils avaient cr&#233;&#233;, les Espagnols adopt&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques mesures comme la cr&#233;ation de zones de culture sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les terrains ext&#233;rieurs des aires fortifi&#233;es le 1er janvier 1897. Il &#233;tait d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
trop tard pour Weyler qui ne put emp&#234;cher l'encha&#238;nement de d&#233;faites&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se succ&#233;d&#232;rent cette ann&#233;e-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il connut &#224; son retour en Espagne la triste gloire d'avoir &#233;t&#233; compar&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
au duc d'Albe que Philippe II avait charg&#233; d'extirper le protestantisme&lt;br class='autobr' /&gt;
des Pays-Bas, sans succ&#232;s malgr&#233; l'ex&#233;cution de 8000 personnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il mourut dans son lit en 1930, &#224; 92 ans, non sans avoir connu&lt;br class='autobr' /&gt;
un dernier avatar : condamn&#233; pour participation &#224; un complot contre le&lt;br class='autobr' /&gt;
dictateur Primo de Riviera, d&#233;mentant ainsi un biographe z&#233;l&#233; qui lui&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi avait accord&#233; &#171; l'&#233;l&#233;gance de ne s'&#234;tre jamais soulev&#233; en armes&lt;br class='autobr' /&gt;
contre le gouvernement &#187;. On &#233;tait alors en pleine guerre du Rif, l'Espagne&lt;br class='autobr' /&gt;
avait d&#233;barqu&#233; au Maroc autant de soldats qu'&#224; Cuba 30 ans&lt;br class='autobr' /&gt;
plus t&#244;t. Weyler &#233;tait trop &#226;g&#233; pour y proposer ses services&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean La&#239;lle, journaliste &#224; L'Humanit&#233; dans &lt;i&gt;Le Livre Noir du Capitalisme&lt;/i&gt; (1998)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait Fidel Castro ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5362</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article5362</guid>
		<dc:date>2016-12-27T00:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Fidel Castro ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; r&#233;volution &#187; de Castro et Che Guevara &lt;br class='autobr' /&gt;
Che Guevara, compagnon de Fidel Castro &lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;ritage politique de Fidel Castro &lt;br class='autobr' /&gt;
Le castrisme et la politique nationaliste petite-bourgeoise &lt;br class='autobr' /&gt;
De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara &lt;br class='autobr' /&gt;
Les archives de Fidel Castro (en anglais) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les archives de Fidel Castro (en espagnol) &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution cubaine et le nouvel Etat &lt;br class='autobr' /&gt;
Obama &#224; Cuba &lt;br class='autobr' /&gt;
Une discussion interne aux trotskystes &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la &#034;Quatri&#232;me Internationale&#034; ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;06- R&#233;volution bolivienne et luttes de classe en Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 50 : rien de commun de l'ouvrier r&#233;volutionnaire bolivien de 1952 au maquisard et chef d'Etat Castro ou Guevara &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui &#233;tait Fidel Castro ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1526&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La &#171; r&#233;volution &#187; de Castro et Che Guevara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1596&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Che Guevara, compagnon de Fidel Castro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2016/nov2016/pers-n29.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'h&#233;ritage politique de Fidel Castro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2012/mai2012/cast-m31.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le castrisme et la politique nationaliste petite-bourgeoise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article106&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/cuba/archive/castro/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les archives de Fidel Castro (en anglais)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/castro/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les archives de Fidel Castro (en espagnol)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/hypoth/sjhyp4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution cubaine et le nouvel Etat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2016/mar2016/pers-m23.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Obama &#224; Cuba&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://tendanceclaire.org/utils/pdf.php?id=1105&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une discussion interne aux trotskystes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la &#034;Quatri&#232;me Internationale&#034; ou pr&#233;tendue telle courtisait le nationaliste petit-bourgeois pro-stalinien Castro :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.association-radar.org/IMG/pdf/16-014-00095.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Q.I. Avril 1962&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://spartacist.org/francais/oldsite/Gueril144.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guerillisme petit-bourgeois contre r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://proletariatuniversel.blogspot.fr/2016/11/castro-mort-du-dernier-dinosaure-latino.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mort d'un mythe stalinien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Critique trotskyste de la politique du POR dans la r&#233;volution ouvri&#232;re bolivienne de 1952, la plus importante de toute l'histoire de l'Am&#233;rique du sud</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3657</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article3657</guid>
		<dc:date>2013-08-09T02:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>
		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Critique trotskyste de la politique du POR dans la r&#233;volution ouvri&#232;re bolivienne de 1952, la plus importante de toute l'histoire de l'Am&#233;rique du sud&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;06- R&#233;volution bolivienne et luttes de classe en Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 50 : rien de commun de l'ouvrier r&#233;volutionnaire bolivien de 1952 au maquisard et chef d'Etat Castro ou Guevara &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Bolivie Bolivia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1336&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Critique trotskyste de la politique du POR dans la r&#233;volution ouvri&#232;re bolivienne de 1952, la plus importante de toute l'histoire de l'Am&#233;rique du sud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait Che Guevara ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3656</link>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique du sud America del sur</dc:subject>
		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Che Guevara ?&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;06- R&#233;volution bolivienne et luttes de classe en Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 50 : rien de commun de l'ouvrier r&#233;volutionnaire bolivien de 1952 au maquisard et chef d'Etat Castro ou Guevara &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Am&#233;rique du sud America del sur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1596&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Che Guevara ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3655</link>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>
		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;06- R&#233;volution bolivienne et luttes de classe en Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 50 : rien de commun de l'ouvrier r&#233;volutionnaire bolivien de 1952 au maquisard et chef d'Etat Castro ou Guevara &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Bolivie Bolivia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article106&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le castrisme et la politique nationaliste petite-bourgeoise</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3654</link>
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		<dc:date>2013-08-09T02:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique du sud America del sur</dc:subject>
		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le castrisme et la politique nationaliste petite-bourgeoise &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Bill Van Auken &lt;br class='autobr' /&gt;
Le castrisme a &#233;t&#233; l'objet d'une confusion immense, due en grande partie &#224; la tendance r&#233;visionniste pabliste qui est n&#233;e au sein de la Quatri&#232;me Internationale. Les pablistes ont pr&#233;sent&#233; &#8212; et certains continuent &#224; pr&#233;senter &#8212; le castrisme comme une nouvelle voie vers le socialisme et comme une confirmation qu'il est possible d'accomplir la r&#233;volution socialiste et de fonder un Etat ouvrier sans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;06- R&#233;volution bolivienne et luttes de classe en Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 50 : rien de commun de l'ouvrier r&#233;volutionnaire bolivien de 1952 au maquisard et chef d'Etat Castro ou Guevara &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Am&#233;rique du sud America del sur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le castrisme et la politique nationaliste petite-bourgeoise
&lt;p&gt;Par Bill Van Auken&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le castrisme a &#233;t&#233; l'objet d'une confusion immense, due en grande partie &#224; la tendance r&#233;visionniste pabliste qui est n&#233;e au sein de la Quatri&#232;me Internationale. Les pablistes ont pr&#233;sent&#233; &#8212; et certains continuent &#224; pr&#233;senter &#8212; le castrisme comme une nouvelle voie vers le socialisme et comme une confirmation qu'il est possible d'accomplir la r&#233;volution socialiste et de fonder un Etat ouvrier sans la participation consciente de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous Joseph Hansen aux Etats-Unis et Ernest Mandel en Europe, les r&#233;visionnistes pablistes abandonn&#232;rent la lutte visant &#224; former une avant-garde r&#233;volutionnaire dans la classe ouvri&#232;re, c&#233;dant ainsi les t&#226;ches historiques du prol&#233;tariat, dans les pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s, aux nationalistes petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce faisant, ils contribu&#232;rent &#224; pr&#233;parer certaines des d&#233;faites les plus terribles subies par la classe ouvri&#232;re pendant la seconde moiti&#233; du 20e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; international de la Quatri&#232;me Internationale a men&#233; une lutte implacable contre cette perspective, d&#233;fendant et d&#233;veloppant ainsi les armes th&#233;oriques et politiques forg&#233;es par le marxisme pendant toute la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Cette lutte impliquait les questions les plus essentielles concernant les t&#226;ches des marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mouvement a lutt&#233; contre tous ceux qui consid&#233;raient le marxisme uniquement comme un moyen de d&#233;couvrir, de d&#233;crire, et de s'adapter &#224; des processus objectifs soi-disant in&#233;luctables contraignant d'autres forces politiques que la classe ouvri&#232;re &#224; diriger la lutte pour le socialisme. Il a d&#233;fendu la perspective que l'unique voie vers le socialisme &#233;tait de construire des partis r&#233;volutionnaires, bas&#233;s sur le prol&#233;tariat international, dans une lutte implacable contre les bureaucraties dominantes et les directions petites-bourgeoises, aussi puissantes et populaires qu'elles puissent para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant du castrisme 35 ans plus tard, nous sommes en droit de demander qui a eu raison dans ce conflit. Le castrisme a-t-il perc&#233; une nouvelle voie vers le socialisme ou bien s'est-il r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre une impasse et un pi&#232;ge pour la classe ouvri&#232;re ? Quelles ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences de la renonciation par les pablistes du r&#244;le de la classe ouvri&#232;re et de son avant-garde r&#233;volutionnaire consciente ? Dans cette conf&#233;rence, nous saisirons l'occasion de r&#233;examiner cette exp&#233;rience strat&#233;gique et ses enseignements pour le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le culte du Che&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de commencer notre analyse avec les comm&#233;morations r&#233;centes du 30e anniversaire de l'ex&#233;cution d'Ernesto &#171; Che &#187; Guevara, propagandiste et praticien le plus pro&#233;minent de la perspective de lutte de gu&#233;rilla &#224; laquelle on identifie le castrisme. Nous avons assist&#233; r&#233;cemment &#224; un regain d'int&#233;r&#234;t en la personne du Che, d'un genre auquel le gu&#233;rillero, n&#233; en Argentine, ne se serait jamais attendu, m&#234;me dans ses pires cauchemars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Che a fait l'objet d'une commercialisation qui jure avec sa r&#233;putation de radical. On a fait de son image m&#234;me une marchandise. Le fabricant de montres suisse, Swatch, a cr&#233;&#233; un mod&#232;le &#171; r&#233;volution &#187; arborant le visage du gu&#233;rillero. Son visage a m&#234;me servi pour des publicit&#233;s de ski, pour d&#233;corer des CDs de musique rock, et m&#234;me pour vendre de la bi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, le gouvernement de Carlos Menem, favori de Washington pour son adh&#233;sion aux r&#232;gles du Fonds mon&#233;taire international (FMI) et pour son soutien enthousiaste &#224; la guerre de 1991 contre l'Irak, a m&#234;me fait sortir un timbre comm&#233;moratif c&#233;l&#233;brant le Che comme un &#171; grand Argentin &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime castriste s'y est mis, aussi. Il a r&#233;cemment rapatri&#233; la d&#233;pouille de Guevara depuis la Bolivie pour l'enterrer en grande pompe &#224; Cuba. Le gouvernement cubain organise des circuits touristiques sur le th&#232;me du Che pour des gauchistes nostalgiques &#233;trangers et vend des T-shirts et des bibelots &#171; Che &#187;, offrant ainsi une nouvelle source de devises &#233;trang&#232;res pour l'&#233;conomie cubaine en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le Che est-il si facilement converti en ic&#244;ne inoffensive, et n&#233;anmoins profitable ? Les qualit&#233;s cit&#233;es par ses admirateurs sont bien connues &#8212; bravoure physique, abn&#233;gation, asc&#233;tisme, le fait qu'il soit mort pour une cause. Tous ces traits peuvent &#234;tre dignes d'admiration. Il ne fait pas de doute que ces qualit&#233;s pr&#233;sentent un contraste frappant avec l'&#233;thique sociale dominante de notre temps, o&#249; la valeur d'une personne se d&#233;termine par la quantit&#233; de ses avoirs en bourse. Mais ces qualit&#233;s, en elles-m&#234;mes, n'indiquent en rien le caract&#232;re politique ou de classe de ceux qui les poss&#232;dent. Des sectes religieuses et m&#234;me des mouvements fascistes peuvent pr&#233;tendre avoir produit des martyrs ayant des qualit&#233;s semblables, dans des luttes poursuivant des objectifs compl&#232;tement r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un examen critique de la carri&#232;re de Guevara montre que ses conceptions politiques n'avaient rien &#224; voir avec le marxisme et que les panac&#233;es de la lutte arm&#233;e et de la guerre de gu&#233;rilla, auxquelles il &#233;tait identifi&#233;, &#233;taient fondamentalement hostiles &#224; la lutte r&#233;volutionnaire socialiste de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du r&#233;cent regain d'int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard de Guevara, plusieurs biographies du leader de gu&#233;rilla ont &#233;t&#233; publi&#233;es. Celles de l'auteur mexicain Jorge Castaneda et de l'Am&#233;ricain John Lee Anderson, bien qu'elles proposent en aucune fa&#231;on une analyse politique marxiste, fournissent n&#233;anmoins des pr&#233;cisions utiles sur la trajectoire de Guevara et de la r&#233;volution cubaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort tr&#232;s clairement du r&#233;cit d&#233;taill&#233; de la carri&#232;re de Guevara dans ces livres est la superficialit&#233; sans bornes et les r&#233;sultats tragiques de sa perspective politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'&#233;taient publi&#233;s ces r&#233;cits factuels, il y a eu une nouvelle tentative, de la part de diverses tendances petites-bourgeoises de gauche, de d&#233;crire Guevara comme un leader r&#233;volutionnaire et un th&#233;oricien dont l'exemple et les conceptions continuent &#224; donner une perspective significative &#224; la lutte contre le capitalisme. A la diff&#233;rence des biographes, ces groupes ne donnent pas de nouveaux aper&#231;us ou de nouveaux d&#233;tails. Ils m&#233;langent une nostalgie malsaine pour l'&#226;ge d'or du gauchisme petit-bourgeois avec ce qui est indubitablement une falsification des v&#233;ritables opinions de Guevara et de leurs cons&#233;quences politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, tel le Parti ouvrier socialiste (SWP) aux Etats-Unis, font &#233;cho, sans critique, aux comm&#233;morations officielles du gouvernement cubain. D'autres, tels le vieux vaurien pabliste Livio Maitan en Italie ou le MAS moreniste en Argentine, tentent de d&#233;peindre Guevara comme ayant incarn&#233; une alternative r&#233;volutionnaire &#224; la fois au stalinisme et au r&#233;gime castriste lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une analyse r&#233;cente de la question cubaine, les morenistes font l'&#233;loge du slogan gu&#233;variste d'&#171; Un, deux, de nombreux Vietnam &#187; et d&#233;clarent : &#171; M&#234;me avec des m&#233;thodes d&#233;sastreuses, les focos de gu&#233;rilla, l'isolementvis-&#224;-vis le mouvement de masse, l'opposition &#224; la construction des partis r&#233;volutionnaires ouvriers, il exprimait la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tendre la r&#233;volution &#224; l'&#233;chelle internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-ce qu'une perspective n&#233;cessaire et r&#233;volutionnaire peut s'exprimer au moyen de m&#233;thodes d&#233;sastreuses &#8212; cela les morenistes ne se donnent pas la peine de l'expliquer. Cette tendance, comme toutes les tendances pablistes, a fait carri&#232;re en tentant de d&#233;montrer comment diff&#233;rentes forces sociales &#8212; le p&#233;ronisme, le stalinisme, la lutte de gu&#233;rilla &#171; sont l'expression &#187; de la lutte pour le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure, les morenistes r&#233;ussirent m&#234;me &#224; trouver cette expression dans le dictateur cubain que Castro avait renvers&#233;, Fulgencio Batista. Le proclamant &#171; le Per&#243;n de Cuba &#187;, ils applaudirent les travailleurs cubains pour n'avoir pas suivi un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;manant du mouvement du 26 juillet de Castro. Apr&#232;s la victoire de Castro, cependant, ils mirent son portrait &#224; c&#244;t&#233; de celui du G&#233;n&#233;ral Per&#243;n sur l'ent&#234;te de leur journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nonobstant l'alchimie politique des morenistes, les m&#233;thodes d&#233;sastreuses de Guevara &#233;taient l'expression fid&#232;le de sa perspective politique &#8212; ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis, de son manque de perspective r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les morenistes, comme toutes les autres tendances pablistes, n'ont aucune envie de soumettre le castrisme et le gu&#233;varisme &#224; une analyse de classe, de rechercher leurs origines et leur d&#233;veloppement historiques, ou de faire un bilan de l'exp&#233;rience de l'Am&#233;rique latine avec la lutte de gu&#233;rilla de ces presque quatre derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che critique ne peut &#234;tre accomplie que par notre mouvement, bas&#233; sur la lutte qu'il a men&#233;e pendant toute cette p&#233;riode pour l'ind&#233;pendance et l'unit&#233; internationale de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme prol&#233;tarien contre le nationalisme petit-bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;visionnistes pablistes, comme les ex-gauchistes petits-bourgeois en g&#233;n&#233;ral, sont hostiles &#224; une telle approche. Ils nourrissent les espoirs fervents d'un renouveau du castrisme. Ils ont tous &#233;t&#233; enthousiasm&#233;s par l'apparition de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale au Chiapas, au Mexique, et ont aussi applaudi les actions du Mouvement r&#233;volutionnaire de Tupac Amaru quand ils ont occup&#233; l'ambassade japonaise &#224; Lima, il y a un peu plus d'un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mouvement ne s'est pas joint aux c&#233;l&#233;brations de cette apparence de renouveau du guevarisme et de la formule politique creuse de la &#171; lutte arm&#233;e &#187;. Nous avons une longue histoire de luttes contre de telles conceptions, ayant reconnu qu'elles expriment non pas les luttes socialistes et r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat, mais plut&#244;t la politique nationaliste de la petite bourgeoisie. Elles ne tentent pas de r&#233;soudre les questions br&#251;lantes de l'orientation r&#233;volutionnaire de l'avant-garde ouvri&#232;re, mais plut&#244;t de nier en bloc le r&#244;le r&#233;volutionnaire de cette classe et ainsi de leurrer des couches estudiantines radicalis&#233;es, ainsi que des travailleurs et des paysans, et de les &#233;carter de la lutte pour le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles obscurcissent, plut&#244;t qu'elles n'&#233;clairent, les probl&#232;mes strat&#233;giques de la r&#233;volution socialiste &#233;labor&#233;s par Trotsky dans sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Des slogans tels que &#171; le devoir du r&#233;volutionnaire est de faire la r&#233;volution &#187;, &#171; la lutte arm&#233;e &#187;, et &#171; la guerre populaire prolong&#233;e &#187; laissent sans r&#233;ponse la question de savoir quelle classe jouera le r&#244;le dirigeant dans la r&#233;volution, quel sera le rapport entre la r&#233;volution dans un seul pays et la r&#233;volution mondiale, et quelles relations s'&#233;tabliront entre la lutte des travailleurs et des masses opprim&#233;es des pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s et celle des travailleurs des pays capitalistes avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs discours radicaux, ces mouvements ont des conceptions bien d&#233;finies sur ces questions. Invariablement, elles tendent vers la suppression de la lutte ind&#233;pendante et r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, et la subordination des masses opprim&#233;es en bloc aux besoins de la bourgeoisie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, malgr&#233; le radicalisme de surface de pareils mouvements, ils sont, en derni&#232;re analyse, parmi les derni&#232;res d&#233;fenses de l'imp&#233;rialisme contre la r&#233;volution socialiste. C'est ce caract&#232;re essentiel du nationalisme petit-bourgeois et de la lutte de gu&#233;rilla qui permet d'entrevoir une r&#233;ponse &#224; la question de savoir comment le capitalisme a pu apprivoiser l'image de Guevara &#224; ses fins propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on examine attentivement la politique du MRTA p&#233;ruvien et des zapatistes mexicains, ce n'est qu'une manifestation diff&#233;rente de l'accommodement avec l'imp&#233;rialisme tent&#233; par tous les r&#233;gimes et les mouvements nationalistes bourgeois. Le groupe arm&#233; Tupac Amaru a occup&#233; l'ambassade japonaise dans le but de faire pression sur l'imp&#233;rialisme japonais et de le contraindre &#224; influencer et adoucir la politique du r&#233;gime Fujimori. Le but final du groupe, communiqu&#233; &#224; certains des otages, &#233;tait de forcer la n&#233;gociation d'un accord par lequel le groupe se transformerait en parti politique petit-bourgeois l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mouvement zapatiste, il a &#233;t&#233; universellement acclam&#233;pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il avait renonc&#233;, d&#232;s le d&#233;part, &#224; tout objectif r&#233;volutionnaire. Les vagues revendications du Subcomandante Marcos &#233;taient pour la d&#233;mocratisation, pour mettre fin &#224; la corruption, et pour davantage de droits culturels pour la population indig&#232;ne. Ces revendications auraient pu &#234;tre et ont &#233;t&#233; adopt&#233;es non seulement par la gauche petite-bourgeoise, mais aussi par le PRI au pouvoir et m&#234;me par le parti d'opposition de droite, le PAN. Marcos et les zapatistes, plut&#244;t que d'offrir une perspective r&#233;volutionnaire aux travailleurs et aux paysans opprim&#233;s du Mexique, sont devenus un instrument de plus pour les r&#232;glements de compte &#224; l'int&#233;rieur de la bourgeoisie mexicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le politique de la petite bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que voulons-nous dire exactement quand nous d&#233;crivons ces diff&#233;rents mouvements comme &#233;tant &#171; nationalistes petits-bourgeois &#187; ? Ce n'est pas simplement une &#233;pith&#232;te dont les marxistes accablent leurs opposants politiques. C'est une d&#233;finition scientifique des int&#233;r&#234;ts de classe et des m&#233;thodes qui caract&#233;risent ces mouvements. Marx, en se basant sur l'exp&#233;rience de la r&#233;volution de 1848, et Trotsky, dans sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, ont d&#233;montr&#233; que la petite bourgeoisie est incapable d'une action ind&#233;pendante et coh&#233;rente. Ses oscillations refl&#232;tent sa position sociale interm&#233;diaire. Prise entre les deux principales classes sociales et se divisant constamment entre exploiteurs et exploit&#233;s, elle doit suivre l'une ou l'autre de ces classes &#8211; soit la bourgeoisie soit le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, l'imp&#233;rialisme a cr&#233;&#233; et fini par d&#233;pendre d'une nouvelle couche sociale d&#233;sign&#233;e par &#171; classe moyenne &#187;. Dans les pays capitalistes avanc&#233;s, il s'agissait des fonctionnaires qui peuplaient les bureaucraties gouvernementales et les bureaux des grandes soci&#233;t&#233;s, administraient les services sociaux des &#201;tats-providence nouvellement &#233;tablis, et dirigeaient les m&#233;dias de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strate analogue est apparue dans les pays opprim&#233;s, et c'est entre les mains de cette couche sociale que l'imp&#233;rialisme a remis le pouvoir pendant la p&#233;riode de la d&#233;colonisation. En Am&#233;rique latine, comme dans d'autres r&#233;gions du globe, opprim&#233;es par l'imp&#233;rialisme, les occasions qui se pr&#233;sentaient &#224; cette couche sociale &#233;taient beaucoup plus limit&#233;es que celles offertes &#224; leurs homologues dans les pays capitalistes avanc&#233;s. Des milliers d'&#233;tudiants sortaient des universit&#233;s sans l'espoir de faire carri&#232;re dans une profession lib&#233;rale. Dans beaucoup de cas, ceux qui avaient une profession lib&#233;rale ou qui essayaient de gagner leur vie &#224; la t&#234;te d'une petite entreprise ne vivaient gu&#232;re mieux que le travailleur moyen. C'est cette strate sociale qui formait la principale base sociale de la politique nationaliste petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait donc une base objective de classe pour l'&#233;mergence des th&#233;ories pablistes d'une &#171; nouvelle r&#233;alit&#233; mondiale &#187;, selon lesquelles la lutte pour le socialisme serait men&#233;e, non pas par la classe ouvri&#232;re et son avant-garde consciente et r&#233;volutionnaire, mais plut&#244;t par la petite bourgeoisie radicalis&#233;e. Ces formulations r&#233;visionnistes refl&#233;taient en derni&#232;re analyse &#224; la fois les impulsions de cette couche sociale, et aussi le besoin ressenti par l'imp&#233;rialisme d'un tampon qui le prot&#232;gerait de la menace de r&#233;volution prol&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines de la r&#233;volution cubaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout &#233;v&#232;nement majeur, la r&#233;volution dirig&#233;e par Fidel Castro en 1959 avait des racines profondes dans des d&#233;veloppements historiques ant&#233;rieurs. Ces racines historiques, g&#233;n&#233;ralement laiss&#233;es de c&#244;t&#233; par les fans de Castro parmi les pablistes et la gauche petite-bourgeoise en g&#233;n&#233;ral, doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;es pour comprendre le contenu de classe et l'importance politique du castrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Cuba fut marqu&#233;e principalement par le caract&#232;re avort&#233; de la lutte pour son ind&#233;pendance, qui enleva l'&#238;le aux possessions coloniales du colonialisme espagnol moribond, pour ensuite la laisser au niveau d'une quasi-colonie politique et &#233;conomique des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis intervinrent &#224; Cuba en 1898 au terme d'une guerre d'ind&#233;pendance qui dura 30 ans. L'intervention fut courte et d&#233;cisive. Les Espagnols perdirent leur colonie dans le Trait&#233; de Paris, une n&#233;gociation &#224; laquelle les Cubains eux-m&#234;mes ne particip&#232;rent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus aboutit &#224; la fondation de la R&#233;publique cubaine, dite de l'Amendement de Platt. Ce texte, qui portait le nom du s&#233;nateur am&#233;ricain qui l'avait &#233;crit, fut impos&#233; comme amendement &#224; la premi&#232;re constitution cubaine. Il interdisait &#224; la r&#233;publique cubaine pr&#233;tendument ind&#233;pendante tout trait&#233; international qui porterait pr&#233;judice aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains. Il donnait aussi aux Etats-Unis le droit d'intervenir par la force arm&#233;e &#171; pour la pr&#233;servation de l'ind&#233;pendance cubaine, l'entretien d'un gouvernement capable de prot&#233;ger la vie, la propri&#233;t&#233;, et les libert&#233;s individuelles, et pour r&#233;pondre &#224; ses obligations envers Cuba impos&#233;es par le Trait&#233; de Paris &#187;. Les Etats-Unis allaient &#224; maintes reprises faire usage de ce &#171; droit &#187; pendant la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pendance de Cuba vis-&#224;-vis de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'&#233;tait pas seulement une d&#233;pendance formelle impos&#233;e par l'amendement de Platt. Elle se basait sur l'exportation cubaine de sucre vers le march&#233; am&#233;ricain. Ce seul produit fournissait la grande majorit&#233; des revenus d'exportation de l'&#238;le et &#233;tait presque uniquement destin&#233; aux Etats-Unis. La monoculture du sucre condamnait la majorit&#233; de la population &#224; l'arri&#233;ration, &#224; la pauvret&#233;, et au ch&#244;mage chronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations sociales et politiques pr&#233;dominantes &#224; Cuba &#233;taient li&#233;es au caract&#232;re inachev&#233; de la lutte d&#233;mocratique bourgeoise pour l'ind&#233;pendance nationale. Si le statut quasi-colonial de Cuba &#233;tait parmi les plus cr&#251;ment &#233;vidents au monde, il &#233;tait loin d'&#234;tre unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Quatri&#232;me Internationale devait lancer cette mise en garde, &#224; la veille de la Deuxi&#232;me guerre mondiale, &#171; Les Etats nationaux attard&#233;s ne peuvent plus compter sur un d&#233;veloppement d&#233;mocratique ind&#233;pendant. Cern&#233; par un capitalisme d&#233;cadent et emp&#234;tr&#233; dans les contradictions imp&#233;rialistes, l'Etat attard&#233; n'aura qu'une ind&#233;pendance quasi-fictive et son r&#233;gime politique, sous l'influence des contradictions internes de classe et les pressions externes, ne manquera pas de s'incliner vers la dictature contre le peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre d&#233;claration, de la m&#234;me ann&#233;e, soulignait qu'il n'y avait aucune possibilit&#233; de mettre fin &#224; l'oppression imp&#233;rialiste sinon par la r&#233;volution socialiste mondiale : &#171; Les espoirs de lib&#233;ration des peuples coloniaux sont donc li&#233;s de fa&#231;on encore plus &#233;troite qu'avant &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs du monde entier. Les colonies ne seront lib&#233;r&#233;es politiquement, &#233;conomiquement, et culturellement que lorsque les travailleurs des pays capitalistes avanc&#233;s mettront fin au r&#233;gime capitaliste et commenceront, avec les peuples &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s, &#224; r&#233;organiser l'&#233;conomie mondiale sur une nouvelle &#233;chelle, bas&#233;e sur les besoins sociaux et non pas les profits des monopoles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le verrons, l'histoire cubaine a d&#233;montr&#233; la validit&#233; de cette th&#232;se, bien que n&#233;gativement. Sans une telle lutte unitaire et internationale des travailleurs, la v&#233;ritable lib&#233;ration &#233;conomique, politique, et culturelle s'est av&#233;r&#233;e impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations am&#233;ricano-cubaines avaient cr&#233;&#233; un establishment politique bourgeois remarquable par son impuissance, sa corruption extr&#234;me, et ses &#233;ruptions fr&#233;quentes de violence. La domination am&#233;ricaine de l'&#233;conomie, jointe &#224; la pr&#233;dominance des immigr&#233;s dans les milieux bourgeois et des propri&#233;taires terriens, donna &#233;galement naissance &#224; un nationalisme cubain empreint d'un anti-am&#233;ricanisme extr&#234;me et m&#234;me de tendances x&#233;nophobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre perspective se d&#233;gagea, cependant. En 1925 le Parti communiste cubain se forma et int&#233;gra la Troisi&#232;me Internationale. Son personnage le plus &#233;minent &#233;tait Julio Antonio Mella, un &#233;tudiant en droit qui &#233;tait devenu le leader d'un mouvement de r&#233;forme universitaire au d&#233;but des ann&#233;es 1920 et qui avait essay&#233; d'orienter les &#233;tudiants vers la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mella et ses camarades dirig&#232;rent la lutte contre la dictature de Gerardo Machado, que Mella d&#233;crivait comme &#171; un Mussolini tropical &#187;. Emprisonn&#233; par la dictature, les pressions populaires le lib&#233;r&#232;rent et il quitta le pays, et voyagea en Union sovi&#233;tique, en Europe, et finalement au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mella rompit avec le Parti communiste au Mexique en 1929, et d&#233;clara son soutien &#224; la lutte de Trotsky contre la bureaucratie stalinienne. Peu de temps apr&#232;s, il fut assassin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mella faisait partie d'un large mouvement d'&#233;tudiants et d'intellectuels cubains qui voulaient mettre fin au syst&#232;me politique corrompu du pays et &#224; sa domination par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Mais il renon&#231;a aux conceptions nationalistes qui pr&#233;dominaient alors et adopta la perspective de l'internationalisme socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme allait emp&#234;cher la classe ouvri&#232;re d'arriver &#224; une r&#233;solution des probl&#232;mes historiques de Cuba bas&#233;e sur cette perspective. On peut donc dire que le stalinisme avait pr&#233;par&#233; l'arriv&#233;e au pouvoir de Fidel Castro longtemps avant que ce dernier et le Parti communiste cubain aient jamais consid&#233;r&#233; la possibilit&#233; de joindre leurs forces. En supprimant la perspective pour laquelle Mella et la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de marxistes cubains avaient lutt&#233;, le stalinisme favorisa le d&#233;veloppement du nationalisme petit-bourgeois gauchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re conf&#233;rence de cette universit&#233; d'&#233;t&#233;, David North a longuement discut&#233; le fait que l'histoire ne consiste pas seulement en des r&#233;ponses aux questions &#171; que s'est-il pass&#233; ? &#187; et &#171; qui a gagn&#233; ? &#187; mais qu'il s'agit plut&#244;t de savoir quelles &#233;taient les alternatives existantes et quelles furent les cons&#233;quences des alternatives choisies et de celles qui ne le furent pas. Que se serait-il pass&#233; si l'Opposition de gauche avait pr&#233;domin&#233; ? On peut poser la m&#234;me question en relation &#224; la question cubaine, bien qu'&#224; une plus petite &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des limites, bien s&#251;r, &#224; ce que l'on peut dire avec assurance sur &#171; ce qui aurait pu se passer &#187;. On ne peut pas affirmer avec certitude, par exemple, que s'il y avait eu un authentique Parti communiste &#224; Cuba, une r&#233;volution socialiste se serait produite en telle ou telle ann&#233;e. Cependant, on peut dire avec certitude que si un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re avait exist&#233;, &#224; la diff&#233;rence de l'appareil politique corrompu du stalinisme cubain, l'&#233;mergence de la tendance sp&#233;cifique nomm&#233;e castrisme aurait &#233;t&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence stalinienne du Parti communiste cubain, le pays passa par une crise r&#233;volutionnaire profonde. Une insurrection nationale se produisit en 1933, for&#231;ant le dictateur Machado &#224; fuir le pays. Le point culminant de ce mouvement fut une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re qui s'empara des usines, des raffineries de sucres, et des plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagnait en intensit&#233; et s'&#233;tendait dans le pays, le Parti communiste stalinien cubain (PC), qui dominait les syndicats, donna l'ordre de reprendre le travail, pr&#233;textant que la gr&#232;ve faisait peser la menace d'une intervention am&#233;ricaine. Alors que la vaste majorit&#233; des travailleurs refusait de tenir compte de cet appel, le PC entama des pourparlers secrets avec le dictateur Machado, obtenant des concessions pour le parti en &#233;change de son attitude &#171; responsable &#187; pour chercher &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pacte, dont la courte dur&#233;e n'est imputable qu'au fait que l'insurrection for&#231;a Machado &#224; s'exiler, allait servir de mod&#232;le pour le PC pendant les 25 prochaines ann&#233;es. Les staliniens conserv&#232;rent leur domination du mouvement ouvrier, tout en forgeant une s&#233;rie d'alliances avec des partis conservateurs bourgeois et m&#234;me des r&#233;gimes militaires. Dans les ann&#233;es 1940, les staliniens entr&#232;rent au gouvernement de &#171; l'homme fort &#187; d&#233;sign&#233; par les Etats-Unis, Batista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro et le castrisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme &#233;tant m&#233;pris&#233; pour sa collaboration avec les partis de droite et les dictatures, la rh&#233;torique de l'anti-imp&#233;rialisme et de la r&#233;volution sociale devint de plus en plus le monopole de nationalistes radicalis&#233;s des classes moyennes, notamment parmi les &#233;tudiants de l'Universit&#233; de La Havane. C'est dans cet environnement de serre chaude que Fidel Castro commen&#231;a sa carri&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fils d'une famille de propri&#233;taires terriens espagnols, Castro fit ses premiers pas en politique comme &#233;tudiant dans un lyc&#233;e j&#233;suite. Il s'y trouva sous l'influence de pr&#234;tres espagnols qui soutenaient le fascisme de Franco. Il lut tous les ouvrages de Jos&#233; Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange fasciste espagnole et &#233;tait, selon ses camarades, fortement attir&#233; par l'id&#233;ologie fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1940 et d&#233;but 1950, Castro participa aux activit&#233;s des gangs arm&#233;s d'&#233;tudiants qui dominaient l'universit&#233;. L'id&#233;ologie de ces gangs &#233;tait &#224; la fois nationaliste et explicitement anti-communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro commen&#231;a &#224; lutter contre Batista comme membre du Parti Ortodoxo bourgeois. Il se pr&#233;senta comme candidat &#224; la l&#233;gislature cubaine en 1952, mais le coup d'&#233;tat de Batista cette ann&#233;e-l&#224; barra le chemin &#224; ses ambitions parlementaires. Il commen&#231;a alors &#224; organiser un petit groupe de fid&#232;les pour une action arm&#233;e. Il mena un assaut sur les casernes &#224; Moncada en juillet 1953. Les 200 participants furent tous tu&#233;s ou emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro &#233;tait loin d'&#234;tre le seul &#224; organiser de telles actions. Tout au long de cette p&#233;riode, des membres de diff&#233;rents partis et de diff&#233;rentes factions petites-bourgeoises attaqu&#232;rent des casernes, tent&#232;rent des assassinats, et m&#234;me occup&#232;rent le palais de Batista. Il n'y a rien dans les d&#233;clarations politiques de Castro pendant cette p&#233;riode avant la r&#233;volution de 1959 qui le s&#233;pare du nationalisme cubain anti-Batista le plus ordinaire. Son discours le plus c&#233;l&#232;bre, &#171; L'histoire m'absoudra &#187;, pr&#233;par&#233; pour sa d&#233;fense au proc&#232;s sur l'assaut de Moncada, consiste en d&#233;nonciations de la r&#233;pression de la dictature et en une liste de r&#233;formes d&#233;mocratiques assez mod&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court s&#233;jour en prison, Castro partit au Mexique d'o&#249;, &#224; la fin de 1956, il organisa le d&#233;barquement &#224; Cuba de quelque 80 hommes. Comme &#224; Moncada, l'op&#233;ration fut une catastrophe - &#224; peine une douzaine d'hommes surv&#233;curent aux premiers heurts avec les forces r&#233;pressives de Batista. Cependant, deux ans &#224; peine plus tard Castro devait prendre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir tomba litt&#233;ralement aux mains des gu&#233;rilleros de Castro parce qu'il n'existait aucune autre force politique cr&#233;dible sur l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vide politique &#233;tait le fait, avant tout, de l'absence de toute avant-garde r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re cubaine. Malgr&#233; les limitations du r&#233;formisme castriste, sa politique sociale &#233;tait bien plus avanc&#233;e que celle pr&#244;n&#233;e par les staliniens. De plus, ses actions arm&#233;es, malgr&#233; leurs maigres succ&#232;s, lui assuraient un large soutien populaire, alors que les staliniens cubains &#233;taient per&#231;us comme &#233;tant des complices de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res intentions de Castro &#233;taient d'arriver &#224; un arrangement avec les Etats-Unis. Lors de son premier voyage aux Etats-Unis, quatre mois apr&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir, Castro d&#233;clara : &#171; J'ai d&#233;clar&#233; de mani&#232;re claire et d&#233;finitive que nous ne sommes pas des communistes. La porte est ouverte aux investissements priv&#233;s qui contribuent au d&#233;veloppement de l'industrie &#224; Cuba. Il nous est absolument impossible de progresser si nous ne parvenons pas &#224; nous entendre avec les Etats-Unis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de Castro, cependant, s'&#233;tait engag&#233; &#224; faire une r&#233;forme agraire limit&#233;e ainsi qu'&#224; certaines mesures sociales visant &#224; aider le peuple cubain. Dans ses premiers mois, il avait d&#233;cr&#233;t&#233; la redistribution des terres en friche, une r&#233;duction des loyers, des augmentations de salaire, et diverses mesures g&#233;n&#233;ralisant l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et aux soins m&#233;dicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington ne voulait rien entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis tent&#232;rent de discipliner Castro par la pression &#233;conomique pure et simple. Dans un conflit en spirale avec le r&#233;gime cubain, les Etats-Unis stopp&#232;rent leurs importations de sucre cubain - la principale source de revenus du pays - puis refus&#232;rent de lui vendre du p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime cubain riposta par des nationalisations, d'abord de la propri&#233;t&#233; am&#233;ricaine, ensuite des entreprises cubaines, et en se tournant vers la bureaucratie sovi&#233;tique pour avoir de l'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique ext&#233;rieure am&#233;ricaine &#233;tait rigidement id&#233;ologique et revancharde. La Grande-Bretagne avait r&#233;agi &#224; de telles situations tr&#232;s diff&#233;remment &#8211; les leaders africains tels Nkrumah, Kuanda, et Kenyatta &#233;taient courtis&#233;s malgr&#233; leurs discours radicaux et m&#234;me &#171; socialistes &#187;, pr&#233;servant ainsi l'influence et les int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme britannique dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, l'arrogance et la stupidit&#233; am&#233;ricaines furent parmi les piliers centraux du r&#233;gime castriste de ces 40 derni&#232;res ann&#233;es. Elles lui ont permis de se pr&#233;senter comme l'incarnation du nationalisme cubain et de d&#233;noncer toute opposition comme &#233;tant un outil de l'imp&#233;rialisme yankee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se tournant vers Moscou, Castro forgea une alliance avec les staliniens cubains. Les pablistes, et la gauche petite-bourgeoise en g&#233;n&#233;ral, applaudirent ce geste comme une indication de plus de la radicalisation de la r&#233;volution et de son caract&#232;re socialiste. Il n'en n'&#233;tait rien. Comme nous l'avons vu, le Parti Socialiste Populaire (PSP) &#8212;le nom du parti stalinien cubain &#224; l'&#233;poque&#8212;&#233;tait une force politique compl&#232;tement r&#233;actionnaire et discr&#233;dit&#233;e. Il repr&#233;sentait une partie de l'establishment politique bourgeois &#224; Cuba, ayant fid&#232;lement servi m&#234;me le r&#233;gime de Batista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se trouvant inopin&#233;ment catapult&#233; au pouvoir, Castro se tourna par n&#233;cessit&#233; vers le PSP. Il n'avait ni parti, ni programme, ni une vraie arm&#233;e. Les staliniens cubains lui fournirent un appareil et une id&#233;ologie par desquels il pouvait r&#233;gner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro r&#233;interpr&#233;terait par la suite son propre pass&#233; politique, d&#233;clarant qu'il &#233;tait devenu &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; longtemps avant le coup d'&#233;tat de Batista, mais &#171; pas exactement &#187; un communiste. Toutes ses aventures politiques - depuis son temps avec les gangs anti-communistes &#224; l'Universit&#233; de La Havane jusqu'&#224; sa campagne &#233;lectorale comme candidat d'un parti bourgeois - furent expliqu&#233;es comme de simples initiatives tactiques visant &#224; pr&#233;parer les conditions pour une r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que trouvait Castro&#8212;tout comme les autres nationalistes bourgeois de gauche&#8212;dans le &#171; marxisme-l&#233;ninisme ? &#187; Il est clair qu'ils ne cherchaient pas une perspective scientifique pour guider la lutte des travailleurs pour leur propre &#233;mancipation sociale et politique. Mais c'&#233;tait en m&#234;me temps bien plus qu'un simple pr&#233;texte pour obtenir le soutien de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils comprenaient le marxisme-l&#233;ninisme qu'ils apprenaient des staliniens comme une politique promouvant l'utilisation de l'Etat pour effectuer des changements voulus &#224; l'ordre social. Ils y voyaient aussi la justification de leur propre contr&#244;le illimit&#233; sur l'Etat, dirig&#233; par un &#171; parti r&#233;volutionnaire &#187; omnipotent couronn&#233; par un leader national infaillible et irrempla&#231;able. Il faut rappeler que Chiang Kai Shek avait aussi pris les staliniens comme mod&#232;le pour le r&#233;gime interne de son parti, le Kuomintang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la gu&#233;rilla&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme presque tous les r&#233;gimes et tendances nationalistes qui sont n&#233;s pendant l'apr&#232;s-guerre, le castrisme reposait sur une s&#233;rie de mythes concernant ses origines et son d&#233;veloppement. Le besoin de mythes leur est incontournable, du fait qu'ils reposent sur la petite bourgeoisie ou la bourgeoisie nationale, tout en pr&#233;tendant repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts des masses opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, Castro et ses fid&#232;les d&#233;peignirent leur victoire comme le r&#233;sultat exclusivement de la lutte arm&#233;e men&#233;e par les gu&#233;rilleros des montagnes de la Sierra Maestra : une victoire militaire contre l'imp&#233;rialisme et la bourgeoisie locale remport&#233;e par une petite force gr&#226;ce &#224; la volont&#233; et &#224; la d&#233;termination. A peine un mois apr&#232;s le renversement de Batista, Che Guevara &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons d&#233;montr&#233; qu'un petit groupe d'hommes d&#233;termin&#233;s, qui ont le soutien du peuple, et qui ne craignent pas la mort [...] peuvent venir &#224; bout d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. [...] Il y a une autre le&#231;on pour nos fr&#232;res en Am&#233;rique [latine], qui sont &#233;conomiquement dans la m&#234;me cat&#233;gorie agraire que nous, qui est que nous devons faire des r&#233;volutions agraires, lutter dans les champs, et de l&#224; conduire la r&#233;volution aux villes, et non pas la faire dans ces derni&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception, qui devint l'explication officielle de la r&#233;volution cubaine, &#233;tait une d&#233;formation radicale des faits. Au cours des six ann&#233;es pendant lesquelles Batista &#233;tait au pouvoir, 20,000 Cubains furent tu&#233;s par le r&#233;gime. Parmi ceux-l&#224;, 19,000 furent tu&#233;s dans les villes. Des actes de sabotage, des gr&#232;ves politiques, et d'autres formes de r&#233;sistance, la plupart hors du contr&#244;le du mouvement castriste du 26 juillet, &#233;taient largement r&#233;pandus et donn&#232;rent l'impulsion principale &#224; la chute du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gu&#233;rilleros castristes &#233;taient, au plus, de quelques milliers d'hommes. Il n'y eut aucune bataille militaire concluante et la bataille la plus grande ne vit combattre, au plus, que 200 gu&#233;rilleros. Batista perdit le soutien &#224; la fois de la bourgeoisie cubaine&#8212;dont une bonne partie soutenait Castro&#8212;et de Washington, qui imposa un embargo d'armes sur son r&#233;gime. Priv&#233; de ce soutien, le r&#233;gime se d&#233;sint&#233;gra rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur de Cuba, ce mythe de la d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et des classes dirigeantes nationales par les gu&#233;rilleros castristes, du fait uniquement de leur audace et de leur prouesse militaire, servait un objectif politique bien d&#233;fini. Il justifiait la consolidation d'un r&#233;gime qui pla&#231;ait tout le pouvoir de l'Etat incontestablement entre les mains de Castro lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe d&#233;velopp&#233; par Castro et Guevara serait export&#233;, avec des r&#233;sultats d&#233;sastreux. La soi-disant &#171; voie cubaine &#187; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e &#224; travers l'Am&#233;rique latine comme la seule forme possible de lutte r&#233;volutionnaire. Des milliers de jeunes en Am&#233;rique latine all&#232;rent &#224; leur mort apr&#232;s avoir re&#231;u la promesse que tout ce qu'il fallait pour renverser des gouvernements et mettre fin &#224; l'oppression sociale &#233;tait du courage et quelques armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crit le plus c&#233;l&#232;bre de Guevara, &#171; Guerra de Guerrillas &#187; (guerre de gu&#233;rilla) &#233;tait le manuel d'usage de cette strat&#233;gie condamn&#233;e d'avance. Il r&#233;sumait ce que Guevara d&#233;crivait comme les trois grandes le&#231;ons de l'exp&#233;rience cubaine pour la &#171; m&#233;canique des mouvements r&#233;volutionnaires en Am&#233;rique : &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les forces populaires peuvent gagner une guerre contre l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il n'est pas n&#233;cessaire que toutes les conditions soient r&#233;unies pour faire une r&#233;volution ; le foco insurrectionel [l'unit&#233; de gu&#233;rilla] peut les cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Dans les Am&#233;riques sous-d&#233;velopp&#233;es, le terrain de la lutte arm&#233;e doit principalement &#234;tre les zones rurales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y avait d'analyse politique dans ces &#233;crits &#233;tait radicalement faux. La voie du d&#233;veloppement en Am&#233;rique latine &#233;tait depuis longtemps capitaliste. La fondation essentielle de l'oppression en Am&#233;rique latine n'&#233;tait pas, comme disait Guevara, les latifundia&#8212;c'est-&#224;-dire la concentration des terres aux mains d'un petit nombre de propri&#233;taires&#8212;mais des relations capitalistes de travail salari&#233; et de profit. Alors m&#234;me que Guevara &#233;crivait ces lignes, le continent subissait de plein fouet d'importants changements structurels qui prol&#233;tarisaient encore plus la population et avaient pour cons&#233;quence une migration massive des zones rurales vers les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de ceci n'&#233;tait analys&#233;. La pr&#233;paration r&#233;volutionnaire &#233;tait limit&#233;e &#224; un processus impressionniste de choix d'une r&#233;gion rurale bien adapt&#233;e &#224; une guerre de gu&#233;rilla. Ceux qui suivirent cette perspective se virent terr&#233;s dans des jungles et des arri&#232;re-pays, condamn&#233;s &#224; des combats au corps &#224; corps avec les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort constamment dans la politique de Guevara est le rejet de la classe ouvri&#232;re comme classe r&#233;volutionnaire et le m&#233;pris pour la capacit&#233; des travailleurs et des masses opprim&#233;es de devenir politiquement conscients et de lutter pour leur propre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En proposant la campagne comme seule ar&#232;ne possible &#224; la lutte arm&#233;e, il ne s'agissait pas de mobiliser les paysans autour de revendications sociales. Au contraire, la conception de Guevara &#233;tait d'utiliser la violence pour &#171; obliger la dictature &#224; utiliser la violence, d&#233;masquant ainsi sa v&#233;ritable nature comme dictature des classes sociales r&#233;actionnaires. &#187; C'est-&#224;-dire que le but des unit&#233;s de gu&#233;rilleros &#233;tait de provoquer la r&#233;pression contre les paysans, qui &#233;taient suppos&#233;s r&#233;pondre en soutenant la lutte contre le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une telle lutte, on n'avait besoin ni de th&#233;orie ni de politique, et encore moins d'intervenir activement dans les luttes des travailleurs et des masses opprim&#233;es. En pr&#233;parant la construction de groupes de gu&#233;rilleros &#224; travers l'Am&#233;rique latine, Guevara insista sur l'exclusion de toute controverse ou discussion politiques. L'unit&#233; devait se baser seulement sur l'assentiment &#224; la tactique de la &#171; lutte arm&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sastre du Gu&#233;varisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats furent, comme on pouvait le pr&#233;voir, d&#233;sastreux. Guevara mit en place ses premiers groupes de gu&#233;rilleros dans son Argentine natale, sous la direction du journaliste Jorge Masetti. Dans sa biographie de Guevara, Anderson donne des d&#233;tails particuli&#232;rement terrifiants de ce d&#233;sastre. Les gu&#233;rilleros ne virent jamais le combat. Certains se perdirent et seraient apparemment morts de faim dans la campagne ; d'autres furent captur&#233;s par la police. Avant la d&#233;cimation de son groupe, cependant, Masetti avait ordonn&#233; l'ex&#233;cution de trois de ses membres pour de pr&#233;tendues infractions &#224; la discipline. L'auteur cite un des gu&#233;rilleros ayant surv&#233;cu, qui remarque que les trois hommes condamn&#233;s &#233;taient tous juifs. Il se trouve que Masetti, avant de s'aligner sur le castrisme, avait &#233;t&#233; membre d'un groupe nationaliste d'extr&#234;me-droite et anti-s&#233;mite en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe de Guevara en Bolivie connut une fin semblable. L'&#233;l&#233;ment le plus remarquable de son activit&#233; &#233;tait son indiff&#233;rence envers la situation politique et sociale dans le pays. Les mineurs d'&#233;tain, la force la plus puissante de la r&#233;volution bolivienne de 1951, participaient &#224; des gr&#232;ves et &#224; des confrontations avec l'arm&#233;e dans les mois pr&#233;c&#233;dant l'arriv&#233;e de Guevara en Bolivie. Dans son journal intime, Guevara remarque ces &#233;v&#232;nements simplement comme toile de fond de ses propres activit&#233;s. Il n'avait aucune perspective ni politique &#224; pr&#233;senter aux travailleurs boliviens. Quant aux paysans boliviens, leur r&#233;action &#224; l'initiation de la lutte arm&#233;e n'&#233;tait pas de soutenir les gu&#233;rilleros, mais de les livrer &#224; l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bolivie, les castristes avaient compt&#233; sur le soutien du Parti communiste pro-moscovite. Ce soutien ne se fit jamais sentir, et beaucoup d'observateurs attaqu&#232;rent les staliniens et la bureaucratie de Moscou elle-m&#234;me pour avoir condamn&#233; les gu&#233;rilleros &#224; un isolement total et peut-&#234;tre m&#234;me pour avoir donn&#233; au gouvernement am&#233;ricain des renseignements sur l'emplacement du Che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout &#224; fait possible. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC bolivien, Monje, &#233;tait apparemment en contact avec le KGB ; il partit vivre de fa&#231;on permanente &#224; Moscou peu de temps apr&#232;s la mort de Guevara. Une chose qui ressort de la biographie de Castaneda est de voir que les principaux partis communistes d'Am&#233;rique latine &#233;taient domin&#233;s de fa&#231;on extraordinaire par de telles personnes, dans bien des cas, des hommes qui avaient jou&#233; un r&#244;le direct dans l'assassinat de Trotsky en 1940. Il &#233;tablit aussi, &#224; partir de documents r&#233;cemment devenus disponibles dans les archives sovi&#233;tiques, que ces partis &#233;taient financ&#233;s par des subventions directes depuis Moscou. La bureaucratie sovi&#233;tique se payait des agences politiques fiables dont le but &#233;tait d'aider sa qu&#234;te pour une coexistence tranquille avec Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais finalement on a l'impression qu'une telle trahison n'&#233;tait pas vraiment si n&#233;cessaire. L'id&#233;e qu'une r&#233;volution se ferait gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e d'une vingtaine d'hommes arm&#233;s dans une r&#233;gion o&#249; ils n'avaient aucun ant&#233;c&#233;dent politique, aucun soutien ni m&#234;me un programme politique ou une perspective politique &#224; d&#233;velopper, &#233;tait condamn&#233;e d'avance. On a un certain aper&#231;u du caract&#232;re lamentable de cette aventure en apprenant que, pendant ses derniers jours, cern&#233; par l'arm&#233;e bolivienne, Guevara projetait de faire appel au soutien international ... en adressant des lettres &#224; Bertrand Russell et &#224; Jean-Paul Sartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuba et la Quatri&#232;me Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cubaine fut un tournant critique dans l'histoire de la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir dirig&#233; la lutte contre le pablisme en 1953, la section am&#233;ricaine, le Socialist Workers Party (SWP), se r&#233;unifia avec la principale tendance pabliste dirig&#233;e par Ernest Mandel dix ans plus tard. Cette r&#233;unification se basa principalement sur une &#233;valuation commune du castrisme et du r&#244;le du nationalisme petit-bourgeois. Le SWP et les pablistes d&#233;termin&#232;rent, au vu de la nationalisation de la majorit&#233; des forces productives &#224; Cuba, que Cuba &#233;tait devenu un Etat ouvrier. De plus, ils avanc&#232;rent la perspective que le castrisme pourrait devenir une tendance internationale, donnant naissance &#224; un nouveau leadership r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective avait des implications allant bien au-del&#224; de Cuba. Comme Trotsky l'avait fait remarquer pendant le d&#233;bat sur la d&#233;finition de l'Etat sovi&#233;tique en 1939-40, toute d&#233;finition sociologique recouvre un pronostic historique. La d&#233;signation de Cuba comme Etat ouvrier repr&#233;sentait une rupture avec toute la conception historique et th&#233;orique de la r&#233;volution socialiste d&#233;velopp&#233;e depuis Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Cuba, le pouvoir &#233;tait tomb&#233; aux mains d'une arm&#233;e de gu&#233;rilleros d'un caract&#232;re clairement nationaliste et petit-bourgeois, sans attaches s&#233;rieuses aux travailleurs. Les travailleurs eux-m&#234;mes n'avaient jou&#233; aucun r&#244;le s&#233;rieux dans la formation du nouveau r&#233;gime, et ils n'avait pas plus &#233;tabli de mani&#232;re d'exercer un contr&#244;le d&#233;mocratique sur l'Etat nouvellement constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;signer un tel Etat d'&#171; Etat ouvrier &#187; avait d'immenses ramifications. Cela signifiait l'abandon de toute la lutte men&#233;e par le mouvement marxiste pour l'ind&#233;pendance politique et d'organisation de la classe ouvri&#232;re. Cela indiquait au contraire que la voie vers le socialisme &#233;tait la subordination des travailleurs aux leaders politiques petit-bourgeois. Ce serait les castristes, les arm&#233;es de gu&#233;rilleros et d'autres nationalistes rattach&#233;s &#224; la petite bourgeoisie, qui dirigeraient la r&#233;volution socialiste, non pas la classe ouvri&#232;re &#233;duqu&#233;e et organis&#233;e par les partis de la Quatri&#232;me Internationale. C'&#233;tait le principal pronostic historique qui se d&#233;gageait de la d&#233;finition sociologique d'un Etat ouvrier cubain &#233;mise par les pablistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective &#233;labor&#233;e par Joseph Hansen du SWP sur la question de Cuba reposait sur une grossi&#232;re vulgarisation du marxisme. Il prenait comme point de d&#233;part la d&#233;cision ant&#233;rieure du mouvement trotskyste d'utiliser la d&#233;finition tr&#232;s conditionnelle et un peu improvis&#233;e &#171; d'Etat ouvrier d&#233;form&#233; &#187; pour d&#233;crire la Chine et les Etats-tampons d'Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces pr&#233;c&#233;dentes discussions, le SWP avait mis l'accent sur l'adjectif &#171; d&#233;form&#233; &#187;, pour indiquer que ces Etats n'&#233;taient pas historiquement viables. Il s'&#233;tait oppos&#233; &#224; la tentative de Pablo d'utiliser cette d&#233;finition comme un moyen de doter le stalinisme d'un potentiel r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hansen, cependant, m&#234;me plus cr&#251;ment que Pablo, tenta de d&#233;montrer que le fait que Cuba r&#233;pondait &#224; une s&#233;rie de crit&#232;res abstraits&#8212;surtout la nationalisation &#233;conomique&#8212; le pla&#231;ait pr&#233;tendument dans la cat&#233;gorie des Etats ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re n'avait pas fait la r&#233;volution, et elle n'exer&#231;ait aucun contr&#244;le sur l'appareil d'Etat apr&#232;s la r&#233;volution. Mais ces faits &#233;taient rel&#233;gu&#233;s &#224; une position de vagues crit&#232;res normatifs auxquels la r&#233;volution cubaine ne r&#233;pondait pas encore, montrant qu'il &#233;tait n&#233;cessaire qu'elle fasse des progr&#232;s et qu'il fallait d'autant plus la soutenir inconditionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Hansen l'&#233;crivit &#224; l'&#233;poque : &#171; Le gouvernement cubain n'a pas encore institu&#233; de formes d&#233;mocratiques de pouvoir prol&#233;taire comme des conseils ouvriers, de soldats, ou de paysans. Mais il a cependant fait des pas dans une direction socialiste il a donn&#233; des preuves de ses tendances d&#233;mocratiques. Il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; armer le peuple et instituer une milice populaire. Il a garanti la libert&#233; d'expression &#224; tous les groupes qui soutiennent la r&#233;volution. A cet &#233;gard, il pr&#233;sente un contraste bienvenu avec les autres Etats non capitalistes, qui ont &#233;t&#233; entach&#233;s de stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la r&#233;volution cubaine pouvait se d&#233;velopper librement, sa tendance d&#233;mocratique l'am&#232;nerait sans doute &#224; la cr&#233;ation rapide de formes prol&#233;taires d&#233;mocratiques adapt&#233;es &#224; ses propres besoins. Une des plus fortes raisons pour soutenir vigoureusement cette r&#233;volution est donc de donner &#224; cette tendance la possibilit&#233; maximale d'op&#233;rer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; cubaine &#233;tait tr&#232;s diff&#233;rente du sc&#233;nario en rose d&#233;peint pas Hansen. Les trotskystes cubains, par exemple, furent r&#233;prim&#233;s sans merci, leurs chefs emprisonn&#233;s et leur presse d&#233;truite. L'&#238;le a depuis longtemps un des chiffres les plus &#233;lev&#233;s de prisonniers politiques au monde, dont un bon nombre sont d'anciens camarades de Castro dans le mouvement du 26 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue th&#233;orique, l'aspect le plus trompeur de l'analyse de Hansen &#233;tait sa suggestion que, s'il &#233;voluait d&#233;gag&#233; de toute contrainte ext&#233;rieure, le r&#233;gime castriste instituerait &#171; des formes prol&#233;taires d&#233;mocratiques &#187;, c'est-&#224;-dire ces conseils ouvriers ou, pour utiliser le terme forg&#233; par la r&#233;volution russe, des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles organes de pouvoir ouvrier, cependant, ne sont pas institu&#233;s ou accord&#233;s par les autorit&#233;s sup&#233;rieures d'un r&#233;gime cr&#233;&#233; par des nationalistes petit-bourgeois. De telles institutions - qu'elles soient cr&#233;&#233;es par Castro, Khadafi, ou Saddam Hussein - ne sont jamais rien de plus qu'une devanture pour un r&#233;gime bonapartiste. D'authentiques conseils ouvriers ou soviets ne peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;s que par les travailleurs eux-m&#234;mes, comme moyen d'organiser les masses, de renverser le capitalisme, et d'&#233;tablir un nouvel Etat bas&#233; sur le pouvoir prol&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et les bolcheviques n'ont pas accord&#233; les soviets aux travailleurs apr&#232;s &#234;tre arriv&#233;s au pouvoir. Ils ont au contraire dirig&#233; la lutte pour le pouvoir au sein de ces organes que le prol&#233;tariat russe lui-m&#234;me avait cr&#233;&#233;s au cours du d&#233;veloppement de sa lutte de classe et gr&#226;ce au d&#233;veloppement de la conscience de classe politique produite par l'intervention dans la dur&#233;e des marxistes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pablistes ont adopt&#233; la position que les nationalisations de Castro et l'auto-proclamation de son marxisme-l&#233;ninisme, constituaient la confirmation de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; Cuba, comme tant d'autres pays opprim&#233;s dans les d&#233;cennies qui ont suivi la Deuxi&#232;me guerre mondiale, ne confirmait que n&#233;gativement la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. C'est-&#224;-dire que l&#224; o&#249; il manquait un parti r&#233;volutionnaire &#224; la classe ouvri&#232;re, qui se trouvait donc incapable d'offrir une alternative politique aux masses opprim&#233;es, les repr&#233;sentants de la bourgeoisie nationale et de la petite bourgeoisie ont pu agir pour imposer leurs propres solutions. Nasser, Nehru, Peron, Ben Bella, Sukarno, les baasistes et, dans une p&#233;riode plus tardive, les int&#233;gristes islamiques en Iran et les sandinistes aux Nicaragua, sont tous des exemples de ce processus. Dans presque tous ces cas, des nationalisations ont &#233;galement eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un document adress&#233; au SWP par la Socialist Labour League (SLL) en 1961, les trotskystes britanniques critiqu&#232;rent durement l'adulation par Hansen des leaders nationalistes petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas la t&#226;che des trotskistes d'applaudir de tels leaders nationalistes &#187;, &#233;crivirent-ils. &#171; S'ils sont en mesure de disposer du soutien des masses c'est uniquement du fait de la trahison de la d&#233;mocratie sociale et particuli&#232;rement du stalinisme, et ils deviennent ainsi des tampons entre l'imp&#233;rialisme et les masses de travailleurs et de paysans. La possibilit&#233; de l'aide &#233;conomique de l'URSS leur permet souvent d'obtenir de meilleurs conditions dans leurs n&#233;gociations avec l'imp&#233;rialisme et permet parfois m&#234;me aux &#233;l&#233;ments plus radicaux parmi les leaders bourgeois et petit-bourgeois d'attaquer les biens des imp&#233;rialistes et ainsi de renforcer leur soutien parmi les masses. Mais, pour nous, dans chaque cas la question essentielle dans ces pays est que la classe ouvri&#232;re puisse conqu&#233;rir son ind&#233;pendance politique en construisant un parti marxiste, dirigeant les paysans pauvres vers la cr&#233;ation de soviets, et reconnaissant les rapports n&#233;cessaires avec la r&#233;volution socialiste internationale. A notre avis, les trotskystes ne devraient en aucun cas substituer &#224; cela l'espoir que les nationalistes puissent devenir des socialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui sont au fait de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence ult&#233;rieure du Workers Revolutionary Party britannique reconna&#238;tront que ce passage est une accusation directe de la ligne de Healy, Banda, et Slaughter, &#224; peine une d&#233;cennie plus tard, envers l'OLP et diff&#233;rents r&#233;gimes arabes. Ceci ne fait que d&#233;montrer la justesse de l'analyse, et le fait que l'attaque r&#233;visionniste sur la Quatri&#232;me Internationale &#233;tait bas&#233;e sur des forces objectives de classe. Ayant abandonn&#233; la lutte contre le pablisme, la direction de la section britannique allait &#234;tre victime des m&#234;mes forces qui avaient fatalement touch&#233; le SWP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la proclamation de Cuba comme Etat ouvrier, et de sa r&#233;volution comme nouvelle voie vers le socialisme, c'&#233;tait la renonciation de la perspective de la r&#233;volution permanente. La classe ouvri&#232;re n'avait plus un r&#244;le dirigeant &#224; jouer dans les pays attard&#233;s, et on n'avait plus &#224; lutter pour l'&#233;veil de la conscience socialiste de cette classe. Au lieu de cela, des bandes de gu&#233;rilleros, bas&#233;s sur les paysans, pouvaient faire na&#238;tre le socialisme sans l'aide des travailleurs, voire m&#234;me malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci marquait un rejet des fondements les plus essentiels du marxisme. La lutte pour le socialisme &#233;tait s&#233;par&#233;e du prol&#233;tariat. La lib&#233;ration de la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas la t&#226;che de cette classe elle-m&#234;me. Elle devenait plut&#244;t la spectatrice muette des actions de gu&#233;rilleros h&#233;ro&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant cette perspective, on peut comprendre clairement les bases de classe de l'engouement durable de la gauche petite-bourgeoise dans son ensemble avec Fidel Castro. Ce qu'ils voient dans Castro, c'est la capacit&#233; de la petite bourgeoisie &#224; dominer la classe ouvri&#232;re et &#224; jouer un r&#244;le apparemment ind&#233;pendant. Cuba, pour eux, d&#233;montrait que l'intellectuel de gauche, l'&#233;tudiant gauchiste, ou le manifestant des classes moyennes n'avaient pas &#224; se subordonner &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la lutte difficile et prolong&#233;e pour le d&#233;veloppement de la conscience socialiste parmi les travailleurs. Ils pouvaient simplement r&#233;volutionner la soci&#233;t&#233; par leur propre activit&#233; spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En combattant cette attaque r&#233;visionniste sur le marxisme, la SLL faisait remonter le conflit sur Cuba &#224; des questions fondamentales de m&#233;thode. Elle d&#233;montrait que le SWP faisait ce que Trotsky avait nomm&#233; &#171; le culte du fait accompli &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'adaptaient &#224; une pr&#233;tendue r&#233;alit&#233; d&#233;termin&#233;e par la structure sociale existante, les organisations politiques existantes de la classe ouvri&#232;re et les formes de conscience bourgeoise qui pr&#233;dominaient parmi de larges couches de travailleurs et de personnes opprim&#233;es. Le tout &#233;tait trait&#233; comme une s&#233;rie de facteurs objectifs et d&#233;terminants, enti&#232;rement s&#233;par&#233;s de la lutte consciente du parti r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode du SWP &#233;tait de contempler passivement ces &#171; faits &#187; et de s'adapter aux organisations existantes, en cherchant la strat&#233;gie qui offrait le plus de chances d'un succ&#232;s rapide. Ils devinrent ainsi des apologues pour ces organisations, justifiant chacune de leurs actions en disant que, vu les circonstances, que pouvaient-elles faire ? Ces &#171; circonstances &#187; excluaient cependant toujours la lutte consciente des trotskystes pour mobiliser la classe ouvri&#232;re ind&#233;pendamment sur la base de son propre programme socialiste et internationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La SLL d&#233;fendait les conqu&#234;tes th&#233;oriques du mouvement trotskyste dans sa lutte contre le stalinisme. Elle insistait pour dire que les exp&#233;riences strat&#233;giques de toute l'&#233;poque imp&#233;rialiste avaient d&#233;montr&#233; que des mouvements politiques qui se basaient sur d'autres classes que la classe ouvri&#232;re ne peuvent pas mener &#224; bien les luttes pour la lib&#233;ration de l'oppression imp&#233;rialiste et de l'arri&#233;ration &#233;conomique et culturelle dans les pays coloniaux ou anciennement coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes ne pouvaient aboutir que par la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re et l'extension de la r&#233;volution socialiste mondiale. La t&#226;che principale qui d&#233;coulait de cette analyse &#233;tait la construction de partis ind&#233;pendants r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re, bas&#233;s sur une lutte contre toutes les tendances opportunistes, particuli&#232;rement les staliniens, qui essayaient de subordonner la classe ouvri&#232;re au nationalisme et aux partis nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, le pablisme niait que l'accomplissement de la r&#233;volution socialiste n&#233;cessitait le d&#233;veloppement d'un haut niveau de conscience politique socialiste dans les sections les plus avanc&#233;es de la classe ouvri&#232;re. Du point de vue pabliste, la conscience politique des travailleurs &#233;tait, en derni&#232;re analyse, une question sans grande importance. S'il leur arrivait de consid&#233;rer que la classe ouvri&#232;re avait une relation &#224; la r&#233;volution socialiste, c'&#233;tait simplement en tant que force objective dirig&#233;e et manipul&#233;e par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution r&#233;dig&#233;e par les pablistes apr&#232;s la r&#233;unification avec le SWP &#233;num&#233;rait les implications politiques des r&#233;visions th&#233;oriques d&#233;velopp&#233;es sur la question cubaine : &#171; La faiblesse de l'ennemi dans les pays arri&#233;r&#233;s laisse ouverte la possibilit&#233; d'arriver au pouvoir m&#234;me avec un instrument contondant. &#187; C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait possible d'&#233;tablir des &#233;tats ouvriers sans m&#234;me construire des partis de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces pays, d&#233;claraient-ils, et particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine, les conditions de pauvret&#233; massive et la faiblesse relative des structures de l'&#233;tat bourgeois &#171; cr&#233;ent des situations o&#249; la faillite d'une vague r&#233;volutionnaire ne produit pas automatiquement une relative stabilisation sociale ou &#233;conomique, m&#234;me temporaire. Une succession apparemment in&#233;puisables de luttes de masses continue ... La faiblesse de l'ennemi offre &#224; la r&#233;volution de plus importants moyens de r&#233;cup&#233;rer apr&#232;s des d&#233;faites temporaires que dans les pays imp&#233;rialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une d&#233;formation grossi&#232;re de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Trotsky. Quand Trotsky d&#233;signait la faiblesse de la bourgeoisie dans la Russie tsariste, ce n'&#233;tait pas dans un vide intemporel, mais plut&#244;t en relation &#224; la domination de l'imp&#233;rialisme d'un c&#244;t&#233;, et de la force objective de la classe ouvri&#232;re russe, peu nombreuse mais concentr&#233;e. La bourgeoisie n'&#233;tait jamais trop faible pour &#233;craser ou contr&#244;ler la d&#233;mocratie petite-bourgeoise. Elle &#233;tait faible en ce sens qu'elle confrontait un prol&#233;tariat jeune, &#224; la t&#234;te duquel marchait un parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pablistes, cependant, avaient rejet&#233; le r&#244;le du prol&#233;tariat industriel et avaient donn&#233; la t&#226;che de faire la r&#233;volution &#224; pr&#233;cis&#233;ment de telles forces petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur th&#233;orie des &#171; instruments contondants &#187; et des &#171; luttes de masses in&#233;puisables &#187; fut &#233;labor&#233;e &#224; la veille du d&#233;but d'une s&#233;rie de coups d'Etat soutenus par Washington&#8212;commen&#231;ant par celui du g&#233;n&#233;ral Castelo Branco au Br&#233;sil&#8212;qui plongeraient l'Am&#233;rique latine dans une d&#233;cennie de r&#233;pression cauchemardesque, dont l'ombre plane toujours sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les pablistes n'avaient pas pr&#233;par&#233; la classe ouvri&#232;re &#224; de tels &#233;v&#232;nements, mais ils avaient facilit&#233; ces &#233;v&#232;nements en insistant pour dire que d'autres forces que la classe ouvri&#232;re pouvaient faire la r&#233;volution et en approuvant la perspective castriste d'actions arm&#233;es entreprises par des bandes isol&#233;es de gu&#233;rilleros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pablisme et la crise de la direction ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le castrisme devint-il un tel p&#244;le d'attraction en Am&#233;rique latine ? Si l'histoire a r&#233;fut&#233; la th&#233;orie selon laquelle les conditions pr&#233;alables existaient pour une lutte de gu&#233;rilleros &#224; travers le continent, il y avait une chose que tous ces pays avaient en commun. Les repr&#233;sentants politiques dominants de la classe ouvri&#232;re, particuli&#232;rement les partis communistes staliniens, n'offraient pas de voie pour aller de l'avant dans une situation de crise r&#233;volutionnaire grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; nouvelle r&#233;alit&#233; &#187; c&#233;l&#233;br&#233;e par les pablistes&#8212;l'&#233;mergence d'une tendance nationaliste radicale dirig&#233;e par la petite-bourgeoise, telle le castrisme&#8212;&#233;tait essentiellement une manifestation de la crise non r&#233;solue de l'orientation politique de la classe ouvri&#232;re. Ils la pr&#233;sentaient, cependant, comme une r&#233;solution de cette crise, d&#233;savouant l'objectif strat&#233;gique de la Quatri&#232;me Internationale. Abandonnant une orientation ind&#233;pendante vers la classe ouvri&#232;re et la lutte pour construire un parti qui pourrait briser la domination politique de la bureaucratie, ils r&#233;duisirent le r&#244;le de la Quatri&#232;me Internationale &#224; celui de conseiller et d'assistant aux nationalistes petit-bourgeois et aux staliniens, essayant de les influencer et de les pousser subtilement vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cette perspective se r&#233;alisa-t-elle en pratique ? En 1968 les pablistes eurent leur Neuvi&#232;me Congr&#232;s, imm&#233;diatement apr&#232;s le d&#233;sastre bolivien de Guevara, &#224; la veille de grandes luttes de classe en Am&#233;rique latine. Leurs instructions aux partis membres du Secr&#233;tariat Unifi&#233; en Am&#233;rique latine &#233;taient d'abandonner la classe ouvri&#232;re et de mener des luttes de gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur communiqu&#233; disait : &#171; M&#234;me dans le cas de pays o&#249; il pourrait y avoir d'abord de grandes mobilisations des classes urbaines, la guerre civile prendra des formes vari&#233;es, et l'axe principal d'une p&#233;riode enti&#232;re sera la gu&#233;rilla rurale, un terme dont le sens principal est g&#233;ographique et militaire, et qui n'implique pas exclusivement (ou m&#234;me principalement) une composition paysanne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#233;solution continuait : &#171; La seule perspective r&#233;aliste en Am&#233;rique latine est la lutte arm&#233;e, qui peut durer bien des ann&#233;es. On ne peut concevoir la pr&#233;paration technique comme simplement un aspect du travail politique, mais plut&#244;t comme l'aspect fondamental &#224; l'&#233;chelle internationale et l'un des aspects fondamentaux dans ces pays o&#249; les conditions minimales n'existent pas encore. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions n'auraient pas pu &#234;tre plus explicites. Au cas o&#249; quiconque dans les sections latino-am&#233;ricaines aurait pu avoir des doutes sur la question de savoir s'ils avaient un soutien suffisant parmi les paysans, ou le soutien politique n&#233;cessaire pour mener une insurrection dans les campagnes, la r&#233;solution assurait qu'aucun soutien paysan n'&#233;tait n&#233;cessaire et que la situation politique n'avait rien &#224; voir. On avait simplement &#224; faire la &#171; pr&#233;paration technique &#187; de la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat fut la liquidation politique et la destruction physique des cadres dirig&#233;s par les pablistes en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, par exemple, la section officielle du Secr&#233;tariat Unifi&#233; se reconstitua en ERP avant de rompre formellement avec les pablistes. Elle s'engagea dans l'enl&#232;vement et la demande de ran&#231;on d'hommes d'affaires, ajoutant simplement des revendications telles des augmentations de salaire et de meilleures conditions pour les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel fut l'effet de telles actions ? On enseignait aux travailleurs que leur r&#244;le n'&#233;tait pas de lutter pour mettre fin au capitalisme. Ils devaient simplement agir en spectateurs reconnaissants, tandis que des gu&#233;rilleros h&#233;ro&#239;ques luttaient pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, les travailleurs men&#232;rent une offensive soutenue, qui fut finalement &#233;trangl&#233;e par le gouvernement d'Unit&#233; Populaire d'Allende, dont la politique pr&#233;para le chemin pour la dictature de Pinochet. En Argentine, le Cordobazo de 1969, pendant lequel les travailleurs de Cordoba prirent contr&#244;le de la ville, inaugura une offensive soutenue qui fut r&#233;prim&#233;e par les p&#233;ronistes et puis liquid&#233;e par la dictature de Videla. En Bolivie, les mineurs se soulev&#232;rent mais se trouv&#232;rent subordonn&#233;s par leurs dirigeants politiques &#224; une section pr&#233;tendument de gauche et nationaliste de l'arm&#233;e, dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Torres. Comme on pouvait le pr&#233;voir, Torres c&#233;da bient&#244;t le pouvoir &#224; ses coll&#232;gues plus traditionnels, qui us&#232;rent d'une r&#233;pression sans merci contre les travailleurs boliviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se tournant vers le castrisme, les pablistes avaient abandonn&#233; et la classe ouvri&#232;re et la lutte pour la lib&#233;rer de la domination des vieilles bureaucraties. Tout comme Castro avait soi-disant confirm&#233; la r&#233;volution permanente, il avait aussi rendu superflue cette lutte essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hansen, du SWP, avan&#231;a cette th&#232;se avec son cynisme et son manque de finesse habituels, proclamant que Castro avait triomph&#233; du r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Incapable de faire sauter l'obstacle stalinien, la r&#233;volution a fait un important retour sur elle-m&#234;me et a fait un d&#233;tour. Ce d&#233;tour nous a conduit dans des contr&#233;es tr&#232;s accident&#233;es, telles la Sierra Maestra de Cuba, mais il est clair que l'on est &#224; pr&#233;sent en train de contourner le barrage routier stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'a pas besoin de se tourner vers Moscou pour notre orientation. C'est la principale le&#231;on &#224; tirer de l'exp&#233;rience cubaine. Pour rompre finalement avec l'hypnose stalinienne, il a fallu ramper &#224; quatre pattes &#224; travers les jungles de la Sierra Maestra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conclusion eut des implications politiques bien d&#233;finies, qui d&#233;passaient largement Cuba. Si l'on pouvait simplement &#171; contourner le barrage routier stalinien &#187; gr&#226;ce &#224; une guerre de gu&#233;rilla men&#233;e par des nationalistes petit-bourgeois, la lutte difficile et soutenue men&#233;e par la Quatri&#232;me Internationale pour briser l'emprise du stalinisme sur la classe ouvri&#232;re &#233;tait non seulement superflue, mais m&#234;me contreproductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet net de cette perspective fut non pas de briser, mais plut&#244;t de renforcer l'emprise du stalinisme sur le mouvement ouvrier dans les pays opprim&#233;s et particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine. Elle contribua &#224; &#233;loigner toute une g&#233;n&#233;ration de jeunes latino-am&#233;ricains de toute lutte au sein de la classe ouvri&#232;re. Ce virage vers la lutte de gu&#233;rilla fut un soutien inesp&#233;r&#233; aux staliniens et aux autres directions bureaucratiques, isolant les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires de la jeunesse et une section des ouvriers radicalis&#233;s et renfor&#231;ant ainsi le contr&#244;le des bureaucraties sur le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, l'adaptation pabliste au nationalisme petit-bourgeois contribua &#224; garantir que la classe ouvri&#232;re n'aurait pas d'orientation r&#233;volutionnaire d&#233;velopp&#233;e en entrant dans les grandes luttes de classe de la fin des ann&#233;es 1960 et d&#233;but 1970. Les aventures de gu&#233;rilla qu'ils recommandaient donn&#232;rent aux arm&#233;es et &#224; l'imp&#233;rialisme le pr&#233;texte n&#233;cessaire pour instaurer la dictature. Ainsi la tendance r&#233;visionniste a jou&#233; un r&#244;le essentiel dans la pr&#233;paration des d&#233;faites les plus sanglantes de l'histoire des travailleurs en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan de la gu&#233;rilla&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sont devenus les mouvements gu&#233;varistes-castristes que les pablistes d&#233;claraient &#234;tre les nouveaux instruments de la r&#233;volution socialiste ? Tracer leur &#233;volution concr&#232;te signifie r&#233;v&#233;ler le caract&#232;re de classe de ces mouvements depuis leurs origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FALN v&#233;n&#233;zu&#233;lien &#233;tait un des principaux mouvements de gu&#233;rilla dans les ann&#233;es 1960, form&#233; avec le soutien cubain. Citons une d&#233;claration d'un des leaders du mouvement pendant cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand nous parlons de la lib&#233;ration du Venezuela nous voulons dire la lib&#233;ration de toute l'Am&#233;rique latine ; nous ne reconnaissons pas de fronti&#232;res en Am&#233;rique latine. Nos fronti&#232;res sont des fronti&#232;res id&#233;ologiques. Nous interpr&#233;tons la solidarit&#233; internationale d'une fa&#231;on vraiment r&#233;volutionnaire, et nous avons donc r&#233;solu de combattre, combattre l'imp&#233;rialisme jusqu'&#224; ce qu'il n'existe plus ; nous sommes d&#233;cid&#233;s de ne pas d&#233;poser les armes avant que l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain en particulier ne soit r&#233;duit &#224; l'impuissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur de ces lignes &#233;tait Teodoro Petkoff. Il a non seulement d&#233;pos&#233; les armes, mais il est devenu depuis Ministre du Plan au Venezuela et le principal architecte de l'application des programmes d'aust&#233;rit&#233; du FMI. Apr&#232;s sa proclamation de solidarit&#233; continentale et d'une lutte &#224; mort contre l'imp&#233;rialisme yankee, Petkoff s'occupe &#224; pr&#233;sent de r&#233;duire les salaires et de privatiser les entreprises d'&#233;tat, &#224; fin de mieux concurrencer les autres pays de la r&#233;gion dans la lutte pour obtenir des capitaux de l'&#233;tranger. Il est pressenti pour &#234;tre le principal candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle au Venezuela cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son cas a valeur d'exemple. Les gu&#233;rilleros Tupamaro de l'Uruguay font &#224; pr&#233;sent partie du Frente Amplio, un front &#233;lectoral bourgeois qui g&#232;re les conditions de d&#233;sint&#233;gration sociale de la capitale, Montevideo. Le mouvement M-19 est arriv&#233; &#224; un arrangement avec le gouvernement colombien qui lui assurait non seulement des si&#232;ges au parlement, mais aussi l'occasion de troquer leurs armes pour des pr&#234;ts bancaires afin de cr&#233;er de petites entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, le r&#233;gime castriste et ses d&#233;fenseurs pr&#233;tendirent qu'en Am&#233;rique centrale, l'arriv&#233;e au pouvoir des Sandinistes au Nicaragua et l'&#233;ruption de la guerre civile d'El Salvador offrait une nouvelle confirmation de leur perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il devenu de tous ces mouvements ? Les Sandinistes, le FMLN d'El Salvador, l'URNG au Guatemala ont tous sign&#233; des pactes avec les forces responsables du meurtre de centaines de milliers de travailleurs et de paysans. Castro a aid&#233; &#224; n&#233;gocier ces pactes dans les n&#233;gociations de Contadora et Esquipulas, qui ont consolid&#233; le pouvoir aux mains de sections de la bourgeoisie soutenues par les Etats-Unis, qui ont transform&#233; les cadres des pr&#233;tendus mouvements de lib&#233;ration en d&#233;put&#233;s parlementaires, en officiers militaires, et en policiers des nouveaux r&#233;gimes. Tous ces groupes se sont scind&#233;s en factions diverses, se d&#233;non&#231;ant mutuellement&#8212;&#224; raison&#8212;pour leurs trahisons politiques et leur corruption financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, les masses de la r&#233;gion font face &#224; des conditions de pauvret&#233; et d'oppression autant, voire plus s&#233;v&#232;res que celles qui propuls&#232;rent les vagues r&#233;volutionnaires dans la r&#233;gion il y a 20 ans. L'effet net de ces mouvements nationalistes petit-bourgeois influenc&#233;s par Castro fut de semer la d&#233;moralisation au sein d'une couche de travailleurs, de jeunes, et de paysans les plus militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuba aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du Cuba ? Quel est le r&#233;sultat final de la nouvelle voie vers le socialisme proclam&#233;e par le r&#233;gime de Castro et par les pablistes il y a 35 ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 30 ans l'&#238;le a surv&#233;cu gr&#226;ce aux &#233;normes subventions vers&#233;es par la bureaucratie de Moscou. Selon les admirateurs de Castro et les estimations am&#233;ricaines, les subventions &#233;conomiques vers&#233;es par l'URSS &#224; Cuba s'&#233;levaient &#224; entre $3 et $5 milliards par an. Le m&#233;canisme pour ces subventions &#233;tait l'achat, par le bloc sovi&#233;tique, de produits agricoles cubains, particuli&#232;rement de sucre, &#224; des prix sup&#233;rieurs &#224; celui du march&#233; mondial &#8211; parfois 12 fois sup&#233;rieurs ! &#8211; et la vente du p&#233;trole &#224; des prix en dessous du march&#233; mondial. Avec cet arrangement, Cuba &#233;tait arriv&#233; &#224; un stade o&#249; il achetait du sucre de la R&#233;publique Dominicaine voisine, et revendait le p&#233;trole sovi&#233;tique sur les march&#233;s internationaux pour obtenir des devises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pendance sur les subventions sovi&#233;tiques a eu l'effet de consolider la monoculture du sucre, fondation historique de son arri&#233;ration &#233;conomique et de son oppression. Tout comme avant la r&#233;volution de 1959, les exportations du Cuba, dont 83 pourcent allaient en URSS et en Europe de l'est, consistaient en sucre, tabac, nickel, et quelques autres produits agricoles. Du bloc sovi&#233;tique, il importait des produits de consommation manufactur&#233;s et des machines, ainsi qu'une bonne partie de son alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des ajustements ou des changements abrupts de politique &#233;conomique de l'infaillible &#171; lider maximo &#187; Fidel Castro n'a chang&#233; cette relation essentielle. Finalement, les importantes r&#233;formes gagn&#233;es par le peuple cubain en mati&#232;re de sant&#233;, d'&#233;ducation et de nutrition ont &#233;t&#233; soutenues par ces subventions. Maintenant que le r&#233;gime fait appel &#224; l'investissement direct de l'&#233;tranger, ces r&#233;formes sont syst&#233;matiquement rong&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro est entr&#233; dans un pacte faustien avec la bureaucratie sovi&#233;tique, fonctionnant comme un pion dans les relations sovi&#233;tico-am&#233;ricaines en &#233;change de subventions du Kremlin. Fatalement, le diable est venu prendre ce qui lui est d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution de l'URSS fut une catastrophe &#233;conomique pour Cuba. La r&#233;ponse du r&#233;gime castriste fut d'encourager davantage d'investissement en provenance de l'&#233;tranger et de permettre le d&#233;veloppement d'une stratification sociale grandissante &#224; l'int&#233;rieur du pays m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre des affaires &#233;trang&#232;res Roberto Robaina a r&#233;cemment expliqu&#233; la politique de Cuba dans une interview pour le journal de l'Etat, Granma : &#171; Ce qui se passe &#224; Cuba, c'est une ouverture &#233;conomique avec enti&#232;re garantie pour les investisseurs &#233;trangers. Cette ouverture est strat&#233;gique et s'amplifie et s'approfondit chaque jour. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mitsubishi Motors, Castrol, Unilever, Sherrit Gordon, Grupo Sol, Total, Melia Hotels, Domos, ING Bank, Rolex, DHL, Lloyds, Canon, Bayer, ce sont tous des noms &#224; succ&#232;s dans l'univers des affaires et on les trouve &#224; Cuba. Certaines de ces firmes ont le plus grand capital au monde et ils nous ont fait confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La facilit&#233; de l'investissement, la s&#233;curit&#233; et le respect, les garanties de rapatriement des profits, la disponibilit&#233; de personnels excellents, les logements, le d&#233;sir d'avancer, le s&#233;rieux des n&#233;gociations, et la loyaut&#233; des partenaires cubains sont certains des &#233;l&#233;ments les plus appr&#233;ci&#233;s par ceux qui ont choisi de rejoindre Cuba &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne l'a pas dit dans Granma, on dit sans doute en priv&#233; &#224; ces investisseurs qu'&#224; Cuba le travail est pay&#233; &#224; des prix parmi les plus bas de l'h&#233;misph&#232;re, et que l'absence de gr&#232;ves est assur&#233;e par un &#233;tat policier form&#233; par les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime castriste a l'habitude de dire qu'il recherche l'investissement des capitalistes &#233;trangers pour sauver &#171; les conqu&#234;tes sociales &#187; de la R&#233;volution Cubaine. La r&#233;alit&#233; est que le r&#233;gime de Castro, comme les r&#233;gimes bourgeois &#224; travers l'ancien monde colonial, est en train de vendre de la main d'&#339;uvre bon march&#233; aux multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de Cuba, ce processus prend une forme tr&#232;s directe et centralis&#233;e. Le travail cubain est vendu aux entreprises &#233;trang&#232;res, qui paient le gouvernement cubain en devises &#233;trang&#232;res. Le gouvernement embauche les travailleurs n&#233;cessaires et leur paie une fraction de cette somme en pesos, la devise locale. Les entreprises &#233;trang&#232;res conservent le droit de licencier les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de l'in&#233;galit&#233; sociale se nourrit aussi d'une &#233;conomie parall&#232;le &#224; base de dollars. La plus grande source de devises &#233;trang&#232;res &#224; Cuba provient de l'envoi par des exil&#233;s cubains, install&#233;s pour la plupart aux Etats-Unis, d'argent &#224; leurs familles. Que peut-on dire d'une r&#233;volution qui d&#233;pend &#233;conomiquement de ceux qu'elle a r&#233;cemment d&#233;nonc&#233;s comme &#233;tant des &#171; gusanos &#187; (des vers) contre-r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres devises &#233;trang&#232;res entrent dans le pays par le biais du tourisme, que le r&#233;gime castriste a mis au centre de sa planification &#233;conomique. Le r&#233;sultat est ce que certains ont appel&#233; un apartheid touristique. De nouveaux h&#244;tels, restaurants, et magasins se construisent, r&#233;serv&#233;s uniquement aux &#233;trangers et dont l'acc&#232;s est interdit aux Cubains ordinaires. La prostitution s'&#233;tend. L'immense majorit&#233; de la population vit dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime castriste met toutes les difficult&#233;s &#233;conomiques de l'&#238;le sur le compte de l'embargo am&#233;ricain. La politique am&#233;ricaine est, sans l'ombre d'un doute, l'exercice brutal et irrationnel de la puissance imp&#233;rialiste envers un petit pays opprim&#233;. Mais cette politique est en place depuis 35 ans. Entre-temps, Cuba a eu des relations &#233;conomiques avec presque tous les autres grands pays du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise cubaine est fondamentalement le produit du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Elle n'a r&#233;solu aucun des probl&#232;mes historiques de la soci&#233;t&#233; cubaine. Ces contradictions ont &#233;t&#233; simplement cach&#233;es par les subventions massives de la bureaucratie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de pays au monde ont vu un tel exode de r&#233;fugi&#233;s. Dans les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, c'&#233;tait largement des couches bourgeoises ou de la classe moyenne ais&#233;e. Mais ceux qui dans les ann&#233;es 80 et 90 fuyaient &#224; bord de radeaux et dans des chambres &#224; air &#233;taient motiv&#233;s par les m&#234;mes forces qui faisaient fuir des milliers de personnes de Haiti, du Mexique, et de bien d'autres pays : le d&#233;sir d'&#233;chapper &#224; la faim et &#224; l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de cette situation, il y a un r&#233;gime qui &#233;touffe les aspirations des masses de travailleurs cubains. Castro r&#232;gne &#224; travers une dictature politique organis&#233;e sur un trac&#233; militaire. L'institution essentielle de l'&#233;tat est l'arm&#233;e, qui dirige la plupart des entreprises &#233;conomiques de Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro est ench&#226;ss&#233; dans la constitution cubaine comme pr&#233;sident &#224; vie. S'opposer &#224; lui est donc non seulement &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187;, mais aussi anticonstitutionnel. Il est &#224; la fois chef de l'Etat, chef du gouvernement, premier secr&#233;taire du Parti Communiste et commandant en chef des arm&#233;es. Bref, tout pouvoir est concentr&#233; entre ses mains et il impose son diktat personnel sur chaque d&#233;cision importante. A pr&#233;sent que Castro est septuag&#233;naire, la succession devient une question de plus en plus pressante. Son fr&#232;re Raul occupe toutes les positions de second dans le gouvernement, l'arm&#233;e, et le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; Cuba &#233;tait identifi&#233; au socialisme&#8212;une id&#233;e promue par les imp&#233;rialistes d'un c&#244;t&#233; et le r&#233;gime castriste et ses partisans radicaux de l'autre&#8212;ceci avait l'effet de discr&#233;diter la conception d'une alternative socialiste au capitalisme, particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Premi&#232;re Internationale sous Marx a adopt&#233; le slogan que &#171; La lib&#233;ration des travailleurs sera la t&#226;che des travailleurs eux-m&#234;mes &#187;. C'est-&#224;-dire que le socialisme est, en derni&#232;re analyse, l'auto-d&#233;termination de la classe ouvri&#232;re. On ne peut pas l'accorder aux travailleurs ; une autre classe agissant au nom des travailleurs ne peut pas la gagner pour eux. Le socialisme ne peut &#234;tre le produit que de la lutte consciente de la classe ouvri&#232;re, organis&#233;e d&#233;mocratiquement en classe par elle-m&#234;me, luttant pour transformer la soci&#233;t&#233; pour elle-m&#234;me et pour le bien de toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; international a d&#233;fendu cette perspective contre toutes les th&#233;ories en vogue dans les ann&#233;es 1960 et 1970 qui niaient le r&#244;le r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re et qui disaient avoir d&#233;couvert d'autres raccourcis, plus r&#233;volutionnaires et plus commodes, pour arriver au socialisme. Plus de trente ans apr&#232;s, rien ne reste de ces th&#233;ories. L'histoire a puissamment donn&#233; raison &#224; la lutte entreprise par le CIQI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons rappeler ce que Joseph Hansen a dit sur la lutte intransigeante du Comit&#233; international et son refus de s'incliner devant le castrisme. Cette position, a-t-il pr&#233;venu, serait &#171; un suicide politique en Am&#233;rique latine &#187;. Que s'est-il pass&#233;, en fait ? Le r&#233;visionnisme pabliste et son soutien au castrisme ont encourag&#233; une g&#233;n&#233;ration de jeunes radicalis&#233;s &#224; tenter des aventures suicidaires dont la classe ouvri&#232;re a pay&#233; le prix le plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se serait-il pass&#233; si, au lieu de s'adapter au castrisme, les forces influenc&#233;es par le pablisme avaient soumis le nationalisme petit-bourgeois &#224; une critique sans merci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement le r&#233;sultat aurait pu &#234;tre un isolement temporaire, du moins vis-&#224;-vis des mouvements domin&#233;s par la petite bourgeoisie, mais ils auraient ainsi &#233;duqu&#233; les sections les plus avanc&#233;es des travailleurs et des jeunes. Cette lutte aurait pu pr&#233;parer une formation politique capable de mobiliser la classe ouvri&#232;re dans une lutte r&#233;volutionnaire. Au lieu de tomber sous la domination de dictatures militaires qui ont contribu&#233; &#224; stabiliser un temps le capitalisme mondial, l'Am&#233;rique latine aurait pu donner une impulsion puissante &#224; la r&#233;volution socialiste mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons centrales que nous devons tirer de cette exp&#233;rience strat&#233;gique concernent les responsabilit&#233;s essentielles des marxistes. Leur t&#226;che n'est pas de d&#233;couvrir et de s'adapter &#224; d'autres forces qui accompliront spontan&#233;ment la r&#233;volution socialiste. Elle est plut&#244;t de construire des partis ind&#233;pendants et r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re, des sections du Comit&#233; international de la Quatri&#232;me Internationale, qui se basent sur une rigueur th&#233;orique implacable et disent la v&#233;rit&#233; aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives en Am&#233;rique latine et &#224; travers le monde sont en train de m&#251;rir vers une situation o&#249; la lutte entreprise par le mouvement trotskyste rencontrera le mouvement r&#233;volutionnaire de millions de personnes. Les le&#231;ons que le mouvement trotskyste a assimil&#233;es des luttes pour le socialisme au 20e si&#232;cle deviendront d&#233;cisives pour leur r&#233;alisation au 21e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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