Matière et Révolution
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69144Le journal français « Le Monde » en 1994, adepte du Hutu Power génocidaire rwandais
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https://www.matierevolution.org/spip.php?article81512022-12-30T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisFascismeRwanda
<p>Le journal français « Le Monde » en 1994, adepte du Hutu Power génocidaire rwandais et de ses thèses racialistes aux côtés du président François Mitterrand <br class='autobr' />
En plein génocide, Colombani écrit dans son éditorial encadré à la une du journal « Le Monde » du 25 juillet 1994 : « Il n'y a pas les bons d'un côté, les méchants d'un autre » au moment même où il y a les génocidaires d'un côté et les victimes de l'autre… <br class='autobr' />
La journaliste Colette Braeckman répond à ce discours de propagande de (…)</p>
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<div class='rss_texte'><div class='spip_document_16204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH579/D3lUXdxX4AAihaE-0f73d.jpg?1792828730' width='500' height='579' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Le journal français « Le Monde » en 1994, adepte du Hutu Power génocidaire rwandais et de ses thèses racialistes aux côtés du président François Mitterrand </h2>
<p>En plein génocide, Colombani écrit dans son éditorial encadré à la une du journal « Le Monde » du 25 juillet 1994 : « Il n'y a pas les bons d'un côté, les méchants d'un autre » au moment même où il y a les génocidaires d'un côté et les victimes de l'autre…</p>
<p>La journaliste Colette Braeckman répond à ce discours de propagande de l'éditorialiste du journal « Le Monde » par un article intitulé « Désinformation et manipulation » l'accusant de diffusion de discours du gouvernement génocidaire aux côtés du gouvernement français.</p>
<p>« Le Monde » persiste et signe sa défense du régime génocidaire et de la politique française en sa faveur, dans un article du 11 mai 1994 intitulé « Horreur au Rwanda ». Il s'y refuse de reconnaitre l'action massive des milices fascistes hutus et prétend encore, plus d'un mois après le début du géncoide, que des massacres ont lieu du fait des deux camps et affirme qu'ils ont été provoqués par l'assassinat du président par les tutsis !!!</p>
<p>Dans un bilan du massacre dans son « Bilan économique et social 1994 », le journal « Le Monde » écrit :</p>
<p>« Terrible guerre civile. Après quatre années de guerre civile, les canons se sont enfin tus, en juillet, avec la victoire des rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR). Mais à quel prix ? Le FPR a conquis une capitale aux banques pillées et un pays vidé (800 000 personnes massacrées et plus de deux millions qui se sont réfugiées dans les pays voisins). »</p>
<p>Pas d'autre information. Aucune mention du génocide des tutsis ! Aucune mention de milices exterminatrices hutues ! On croirait que les morts sont le produit de la guerre du FPR !! Le mensonge du « Monde » continue après la tuerie.</p>
<p>Comme si c'était la guerre du FPR, ou une guerre raciale entre tutsis et hutus, qui avait massacré la population alors que c'est le régime que soutenait la France (et Le Monde) qui a lancé le massacre et c'est le FPR qui a sorti cette population (ce qu'il en reste) des griffes des génocidaires !!!</p>
<p>Citons quelques autres articles de ce journal.</p>
<p>Le Monde, Jacques Isnard le 13 mai 1997 :</p>
<p>« M. Museveni, d'origine tutsi, est considéré comme le parrain du nouvau régime. »</p>
<p>Le Monde, Jacques Isnard le 17 février 1993 :</p>
<p>« L'origine banayanchole de Museveni » (banayanchole est une ethnie proche des tutsis)</p>
<p>C'est l'explication raciale des événements par la France de Mitterrand que reprend dans cesse le monde et qui est fausse car Museveni n'est pas tutsi…</p>
<p>Le journal « Le Monde » reprend cette interprétation raciale des événements au Rwanda de 1993 à 1998, comme le rappelle Jean-Paul Gouteux dans sa brochure « Le Monde, un contre-pouvoir ? »…</p>
<p>Citons par exemple Le Monde 29 juin 1994 : « …un tutsi peut s'avérer un combattant du FPR en puissance. » sous la plume d'Isnard.</p>
<p>En somme tout tutsi est ennemi en puissance du régime soutenu militairement par la France…</p>
<p>Ou encore, dans « Le Monde » du 6 juillet 1994 : « Les centaines de milliers de réfugiés sont aussi à surveiller dans mesure où, comme on dit, un tutsi peut être un rebelle potentiel. »</p>
<p>Ce n'est pas du racisme anti-tutsi et pro-hutu racistes ça ?</p>
<p>Et c'est une position racialiste d'explication du Rwanda défendue de longue date par « Le Monde » :</p>
<p>« Pasteurs nomades de tradition guerrière, les Tutsi se raccrochent à la branche des Nilotiques. On les dit quelque peu sûrs d'eux-mêmes et dominateurs. »</p>
<div class='spip_document_16205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/index-112-4bcdf.jpg?1792816581' width='225' height='225' alt='' />
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</div><h2 class="spip">La brochure « Le Monde, un contre-pouvoir ? »</h2>
<p>L'introduction de la brochure de Gouteux</p>
<p>Le procès du Monde contre Gouteux condamne… « Le Monde » !!!</p>
<p>Lire ici :</p>
<p><a href="http://survie67.free.fr/Rwanda/jpg.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://survie67.free.fr/Rwanda/jpg.htm</a></p>
<p>Lire là :</p>
<div class='spip_document_16201 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner">
<a href='https://www.matierevolution.org/IMG/pdf/img608.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 2.8 Mio' type="application/pdf"><img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1792811672' width='64' height='64' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Des photos et des têtes de chapitre de la brochure de Gouteux</p>
<p>Lire ici :</p>
<div class='spip_document_16202 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner">
<a href='https://www.matierevolution.org/IMG/pdf/img609.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 1 Mio' type="application/pdf"><img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1792811672' width='64' height='64' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_16203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH293/Rwanda-un-genocide-colonial-politique-et-mediatique2-b52be.png?1792812073' width='300' height='293' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_16207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/PanchoLM20aout1996.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH793/PanchoLM20aout1996-a7dc7.jpg?1792828731' width='500' height='793' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<div class='spip_document_16206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH350/GADO-BURUNDI-BD-2005-5dbcc.jpg?1792828731' width='500' height='350' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Des dessins</h2>
<p>Le Monde n'est pas friand de photographies. Il utilise en revanche énormément les caricatures. On le voit notamment en Une avec les dessins de Plantu. Il faut considérer les caricatures comme étant une synthèse du point de vue de la rédaction sur le sujet traité. Les auteurs, qui assistent aux conférences de rédaction, ne connaissent en effet bien souvent pas le sujet.</p>
<p>La plus connue et la plus controversée des caricatures publiées par Le Monde est sans doute celle de Plantu dans l'édition du 21/22 août, date du retrait de l'opération Turquoise. Le dessinateur y représente un soldat français, embarquant dans un avion qui le ramène en France. Celui-ci se retourne et s'adresse à un membre du FPR en lui lançant : « Et on est bien d'accord, plus de génocide !!! » Etrange retournement de situation alors que le FPR s'est justement battu contre les forces armées rwandaises génocidaires.</p>
<p>On distinguera également un dessin de Sergueï, publié pourtant le 15 septembre 1995. Le dessinateur représente Paul Kagamé, leader du FPR, ressemblant étrangement à un dictateur d'Amérique du Sud, et tendant la main à une flaque de sang. Il cache dans son dos une machette, arme privilégiée du génocide perpétré par le gouvernement rwandais.</p>
<p>Ces deux premières caricatures illustrent à merveille la diabolisation du FPR qui s'opère dans les colonnes du Monde lors du génocide rwandais.Enfin, un dernier exemple, signé Pancho, illustre quant à lui un mécanisme plus répandu, celui de l'interprétation ethniste du conflit. Le 20 août 1996, le dessinateur illustre un article signé du journaliste Jean Hélène. Il représente le président du Burundi, Pierre Buyoya, sous la pression d'un embargo décidé par l'Ouganda et le Rwanda. Ces trois pays sont pourtant, selon l'analyse du Monde, gouvernés par les Tutsis. Le dessin illustre la réaction du président burundais face à l'embargo : « Tous des Hutu ! » lance-t-il.</p>
<p>La collusion entre les analyses venues des services français et celles livrées dans le quotidien national, en particulier par Jacques Isnard, n'a pas manqué de soulever les protestations, les indignations et même les accusations. Billets d'Afrique, publication de l'association Survie, qui a réalisé un remarquable travail de collecte des articles concernant le Rwanda, écrivait notamment à ce sujet dans son numéro de juin 1995.</p>
<p>« Cette analyse de réécriture instantanée de l'Histoire par les services de renseignements français est intéressante à plusieurs titres - et pas seulement par les quelques éléments d'information qui tentent d'en asseoir la crédibilité [...]. On y trouve à la fois les grosses ficelles désinformatrices (l'anti-Mobutu Museveni habillé en mafieux) et cette lecture raciste, virant à la paranoïa, qui conduisit la France à soutenir le camp du génocide (la légion tutsi, les nostalgiques de l'empire tutsi). »</p>
<p>Le 16 juillet, une lettre de lecteur parvient à la rédaction du Monde. Elle critique la description générale de la situation au Rwanda comme des massacres interethniques ne prenant pas en compte l'aspect politique des événements. C'est à dire la non prise en compte des mécanismes du génocide.</p>
<p>« Vous réduisez la guerre et les massacres à l'horreur quand il s'agit également d'actes politiques, exercés collectivement autant qu'individuellement et dont on peut, dont on doit chercher les mobiles et les causes possibles. Pourquoi ne consacrez-vous pas autant de place à une tentative de compréhension et d'analyse du drame qu'à la répétition d'une litanie de souffrances individuelles ? »</p>
<p> En juillet 1994, déjà, les premières accusations commencent donc à paraître vis à vis du traitement éditorial du génocide rwandais par le journal Le Monde. La première à le dénoncer est la journaliste belge Colette Braeckman. Celle-ci publie un article dans le journal Le Soir, intitulé « Désinformation et manipulation » le 25 juillet 1994. Elle commente un éditorial signé de Jean-Marie Colombani, directeur du Monde.</p>
<p>« Concluant une prise de position très critique à l'égard de l'action passée de la France au Rwanda, ce dernier [Jean-Marie Colombani] recommande à juste titre de se garder de toute naïveté et affirme - ce dont on se doutait déjà - que les bons et les méchants ne sont pas d'un seul côté. Il précise que « le FPR fait le vide autour de lui, est responsable de l'exode et surtout ne veut laisser rentrer que les paysans, sous prétexte de récoltes, ce qui lui permet d'exclure les intellectuels hutu ». Si cela était confirmé, conclut prudemment l'éditorialiste du Monde, « cela rappellerait quelque chose du côté du Cambodge. » »</p>
<p>Cette « information » sur la stratégie du FPR est en effet douteuse. Il faut une nouvelle fois s'interroger sur les sources de Jean-Marie Colombani. L'allusion au Cambodge n'est pas nouvelle. Le 18 juin 1994, Le Monde utilisait déjà la comparaison dans un reportage sur six colonnes sur les armes alimentant le FPR. Il n'est pas le seul. Depuis plusieurs années, les conseillers français du président rwandais Juvénal Habyarimana utilisent fréquemment l'appellation « Khmers noirs » afin de désigner les rebelles du FPR.</p>
<p>Il est, au sujet de la stratégie du FPR, intéressant d'examiner un article de l'International Herald Tribune, qui disposait d'un envoyé spécial au Rwanda.</p>
<p>« Des officiels français ont dit que le FPR avait mis des conditions au retour des réfugiés, parmi lesquelles qu'ils soient analphabètes et qu'aucun membre de leur famille n'appartienne aux Forces Armées Rwandaises. »<br class='autobr' />
L'information, reprise dans Le Monde par Colombani, provient donc des officiels français. Mais elle reprend en fait les propos d'un représentant rwandais. C'est un article du Monde, preuve que certains articles des envoyés spéciaux ne participaient pas à la désinformation, qui nous l'apprend. Jean-Baptiste Naudet2(*)7 écrit ainsi que la « manoeuvre d'intoxication » est le fait de « l'ex gouvernement rwandais en exil au Zaïre qui veut que le FPR règne sur un désert. » Le journaliste reprend ainsi un discours d'une grande importance, celui du ministre du Travail de l'ancien gouvernement rwandais génocidaire. Jean de Dieu Habineza déclarait ainsi, lors d'une conférence de presse du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) :<br class='autobr' />
« Le FPR a dit que seuls les gens qui ne savent ni lire ni écrire peuvent rentrer, je le confirme. »<br class='autobr' />
Les accusations apparaissent donc dès juillet 1994 sous la plume de Colette Braeckman. La journaliste belge conclut même son article dans le journal Le Soir par une citation évocatrice à destination de Jean-Marie Colombani :</p>
<p>« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, disait déjà Voltaire. »</p>
<p>C'est donc au fil de 1994 que les doutes vont émerger concernant le traitement du génocide rwandais par le journal Le Monde. Très vite, le quotidien dirigé par Jean-Marie Colombani fut suspecté de partialité dans sa description des événements, partialité qui, eu égard au caractère exceptionnel de la question rwandaise, fut qualifiée de complicité de génocide. Car, dans le même temps, certains envoyés spéciaux, même au Monde, rendent compte d'informations objectives qui contredisent les articles de la rédaction parisienne du quotidien.</p>
<p>Le 22 juin notamment, dans le journal Le Figaro, un article prouvait que les coupables du génocide avaient été identifiés, que les techniques de désinformation sont connues, notamment la diabolisation du FPR. « Le complexe de Fachoda, la vision anglophones contre francophones, le discours sur le FPR : les Khmers noirs de l'Afrique, nos ennemis, tout cela c'est vrai ! reconnaît aujourd'hui une source très haut placée à Paris. »</p>
<p>Jean-Paul Gouteux fait le même constat, il conclut d'ailleurs durement, en évoquant Jean-Marie Colombani : « Mais peut-être ne lit-il pas Le Figaro ? ».2(*)9 L'entomologiste français livre l'analyse la plus poussée sur le journal Le Monde. Nous avons donc souvent évoqué ses conclusions et ses remarques car elles sont sans aucun doute les plus documentées. Jean-Paul Gouteux faisait ainsi partie de l'association Survie qui a, dès 1994, cherché à compiler les articles de presse sur le Rwanda.</p>
<p>Pour conclure cette partie sur Le Monde, il est important de préciser une nouvelle fois certaines limites aux accusations. D'une part, si la ligne éditoriale a été globalement désinformatrice, certains envoyés spéciaux du journal ont livré des analyses pertinentes. Certains n'hésiteront pas à évoquer une énième technique : celle de glisser quelques articles de vérité pour crédibiliser les articles de désinformation. Mais ces allégations sont difficilement vérifiables.</p>
<p>Il est néanmoins indéniable qu'une certaine filiation se détache entre les journalistes de la rédaction. Nombreux ont été les auteurs à écrire sur le Rwanda. On pourra citer pour unique exemple un article du 3 octobre 1990, écrit par Jacques de Barrin, sur la première offensive du FPR sur le pays. « Pasteurs nomades de tradition guerrière, les Tutsis se raccrochent à la branche des Nilotiques. On les dit quelque peu sûrs d'eux-mêmes et dominateurs. Les Hutus, eux, appartiennent au monde bantou. Volontairement ou non, ils se donnent l'image de paysans accrochés à leurs terres, madrés et plutôt rustres, malhabiles en politique. »</p>
<p>Cette interprétation ethnique a, semble-t-il, donné au Monde une ligne de pensée cohérente -encore une fois celle-ci n'était pas toujours partagée par les envoyés spéciaux. L'africaniste Jean-Pierre Chrétien indique ainsi : « Apparemment, il n'y a pas à Libération une « pensée maison », alors qu'il y en a une au « Monde » qui est manifestement plus cohérente. (annexe 6) »</p>
<p>Autre spécialiste du Rwanda, François-Xavier Vershave revient également sur la question de la relation du Monde avec les services secrets.</p>
<p>« Le quotidien du soir évitait d'autant moins aisément les pièges des spécialistes de la désinformation, tels Barril ou certains officiers de Turquoise, qu'une partie de son service « Etranger » semblait en osmose avec la présentation officielle de l'engagement français au Rwandais et l'option foncièrement anti-FPR qui le sous-tend. »</p>
<p>Source : <br class='autobr' />
<a href="https://www.memoireonline.com/08/13/7297/m_Rwanda-un-genocide-colonial-politique-et-mediatique20.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.memoireonline.com/08/13/7297/m_Rwanda-un-genocide-colonial-politique-et-mediatique20.html</a></p>
<h2 class="spip">Lire le journal « Le Monde » sur le Rwanda</h2>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/09/08/genocide-au-rwanda-pour-le-tribunal-de-paris-aucune-complicite-de-l-armee-francaise-ne-peut-etre-etablie-a-bisesero_6140740_3212.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/09/08/genocide-au-rwanda-pour-le-tribunal-de-paris-aucune-complicite-de-l-armee-francaise-ne-peut-etre-etablie-a-bisesero_6140740_3212.html</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/18/genocide-au-rwanda-hubert-vedrine-defend-devant-la-justice-son-role-et-celui-de-francois-mitterrand_6114335_3212.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/18/genocide-au-rwanda-hubert-vedrine-defend-devant-la-justice-son-role-et-celui-de-francois-mitterrand_6114335_3212.html</a></p>
<h2 class="spip">Des articles</h2>
<p>Articles de Colombani, Isnard et autres :</p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1667" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1667</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1278" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1278</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27502" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27502</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1516" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1516</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27193" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27193</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1784" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1784</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27119" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27119</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=29665" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=29665</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1382" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=1382</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/HabyarimanaHommeVirilLeMonde8avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/HabyarimanaHommeVirilLeMonde8avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/LePremierMinistreAEteAssassineLM09041994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/LePremierMinistreAEteAssassineLM09041994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/ParasFrancaisAeroportKigaliLM11avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/ParasFrancaisAeroportKigaliLM11avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/ObsequesGrossouvreLM13041994.png" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/ObsequesGrossouvreLM13041994.png</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/lm30avril94p6.png" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/lm30avril94p6.png</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=22015" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=22015</a></p>
<p>Articles de Jean Hélène :</p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27212" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://francegenocidetutsi.fr/fgtshowdoc.php?num=27212</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/DeViolentsCombatsOntEclateLM08041994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/DeViolentsCombatsOntEclateLM08041994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/HeleneRwandaAfeuEtAsangLeMonde12avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/HeleneRwandaAfeuEtAsangLeMonde12avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/LeRwandaAFeuEtASangLM12avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/LeRwandaAFeuEtASangLM12avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/HeleneCapitaleLivreeAelleMemeLM13avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/HeleneCapitaleLivreeAelleMemeLM13avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/LaCapitaleLivreeAElleMemeLM13avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/LaCapitaleLivreeAElleMemeLM13avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/DisputeControleCapitaleLM14avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/DisputeControleCapitaleLM14avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/CombatsContinuentAuRwandaLM15avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/CombatsContinuentAuRwandaLM15avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/RebellesTutsisGagnentTerrainLM16avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/RebellesTutsisGagnentTerrainLM16avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/AffrontementsArmeLourdeLM29avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/AffrontementsArmeLourdeLM29avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/MaledictionTheorieColonialeLM29avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/MaledictionTheorieColonialeLM29avril1994.pdf</a></p>
<h2 class="spip">Jean Hélène était sur place et le journal Le Monde ne pouvait pas ne pas être au courant des faits</h2>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/1994-04-11-libkigalilivreealafureurdestueurshutus4questionspourunmassacre.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/1994-04-11-libkigalilivreealafureurdestueurshutus4questionspourunmassacre.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/FriletLaPaixCivileDetruiteEnPleinVol8avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/FriletLaPaixCivileDetruiteEnPleinVol8avril1994.pdf</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/KigaliLaMortAveuglementFrilet9avril1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/KigaliLaMortAveuglementFrilet9avril1994.pdf</a></p>
<p>Même après la chute du régime génocidaire, Jean Hélène écrit dans Le Monde, 7 septembre 1994 « Vengeances rwandaises » :</p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/VengeancesRwandaisesLM7septembre1994.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/VengeancesRwandaisesLM7septembre1994.pdf</a></p>
<p>Lire encore :</p>
<p> <a href="http://survie67.free.fr/editorial.html#Le-Monde-2010-09" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://survie67.free.fr/editorial.html#Le-Monde-2010-09</a></p>
<p><a href="http://survie67.free.fr/liens_media_omerta.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://survie67.free.fr/liens_media_omerta.htm</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/BdA1994-7-1.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francegenocidetutsi.org/BdA1994-7-1.pdf</a></p></div>
Pygmées et Bushmen, chasseurs-cueilleurs nomades au stade du communisme primitif
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6747
https://www.matierevolution.org/spip.php?article67472020-07-24T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGabonCôte d'IvoireCamerounRwandacommunisme
<p>Pygmées et Bushmen, chasseurs-cueilleurs nomades au stade du communisme primitif <br class='autobr' />
Les Pygmées ne sont pas un peuple, pas une ethnie, pas les occupants d'une région localisée, mais tout l'ancien peuple humain chasseurs-cueilleurs de petite taille des forêts d'Afrique soit des centaines de peuples, d'ethnies, de sociétés diverses et de régions. <br class='autobr' />
Précisons tout de suite que « Pygmées » et « Bushmen » sont des noms qui n'ont rien de commun avec des noms de peuples réels. Ils ont en commun (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique94" rel="directory">07- SOCIOLOGIE - SOCIOLOGY </a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot134" rel="tag">Gabon</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot135" rel="tag">Côte d'Ivoire</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot153" rel="tag">Cameroun</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag">communisme</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_13902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH286/groupe-Pygmees-lethnie-Baka-Cameroun_0_730_417-c626a.jpg?1792828731' width='500' height='286' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Pygmées et Bushmen, chasseurs-cueilleurs nomades au stade du communisme primitif</h2>
<p>Les Pygmées ne sont pas un peuple, pas une ethnie, pas les occupants d'une région localisée, mais tout l'ancien peuple humain chasseurs-cueilleurs de petite taille des forêts d'Afrique soit des centaines de peuples, d'ethnies, de sociétés diverses et de régions.</p>
<p>Précisons tout de suite que « Pygmées » et « Bushmen » sont des noms qui n'ont rien de commun avec des noms de peuples réels. Ils ont en commun d'avoir été une invention des colonisateurs occidentaux et de ne pas exister en réalité ! Il n'existe en effet pas plus un peuple Pygmée qu'un peuple Bushmen et cela ne signifie pas seulement que ces noms ont été inventés par les colons mais aussi que ces entités n'existent pas réellement comme un peuple. En effet, ces termes employés par les colonisateurs occidentaux décrivent non un ou deux peuples mais toute une série de peuples, de la forêt équatoriale pour les prétendus « Pygmées » et de la savane d'Afrique du Sud pour les prétendus « Bushmen ». Et non seulement une série de peuples mais une série de civilisations différentes. Ces peuples ont subi le mépris, l'oppression, l'esclavage forcé et même l'extermination systématique…</p>
<p>L'une des « idées » complètement fausses des colonisateurs, c'est que la petite taille des Pygmées et des Bushmen exprimerait une infériorité raciale et c'est complètement imbécile. La petite taille n'est pas insignifiante mais elle ne signifie nullement une race dégénérée ou peu évoluée, ni inférieure de quelque manière que ce soit. De même, aucun des comportements de ces peuples n'exprime une quelconque infériorité.</p>
<p>La seule caractéristique qui les différencie clairement de nous, c'est qu'ils sont chasseurs-cueilleurs nomades et n'appartiennent pas à une société qui reconnait ni l'Etat, ni l'argent, ni la soumission à un pouvoir quelconque, ni aucune forme d'oppression, de répression, de propriété privée des biens de production et des moyens de production, qui ne considère pas qu'il faut accumuler des biens, qu'il faut produire le plus de richesses possibles, ni le plus d'enfants possibles et surtout pas qu'il faut viser à la domination d'autres hommes ou êtres vivants !</p>
<p>Certains imbéciles essaient de faire croire que ces peuples seraient intermédiaires entre l'homme moderne et le singe ou bien un reste des premiers hommes, avant l'espèce humaine actuelle, mais c'est complètement faux : ce sont des hommes modernes, des homo sapiens sapiens, exactement au même titre que nous. Ils ne manifestent aucun type d'infériorité génétique, physiologique, intellectuelle ou culturelle ou d'un autre type encore. Leurs différences sont nombreuses mais elles sont surtout dues au milieu, au mode de vie, au mode de production, aux relations économiques et sociales.</p>
<p>Il faut d'ailleurs reconnaître que les colonisateurs africains, des peuples agriculteurs, n'ont pas généralement fait mieux que les colonisateurs européens à l'égard de ces peuples. Ils les ont esclavagisés, aussi bien les uns que les autres !</p>
<p>Ce sont des peuples qui ont en commun de ne pas être passés au stade de l'agriculture et donc de ne pas avoir connu ni la sédentarisation, ni l'urbanisation, ni l'Etat, ni la division en classes sociales, ni encore la propriété privée des moyens de production, ni l'agriculture et, même quand ils l'ont connu, de s'y refuser.</p>
<p>Les Pygmées, caractérisés par leur petite taille (en moyenne 1,44 mètre par homme adulte) semblent être les plus anciens occupants de la forêt équatoriale d'Afrique. Ils se répartissent en groupes très dispersés, du Cameroun au Rwanda en passant par le Gabon et jusqu'à l'Afrique australe. L'immense majorité ne s'est pas sédentarisé et n'est pas passé à l'agriculture, restant chasseurs-cueilleurs. Ils forment des peuples divers : Bushmen, Binga, M'buti, Twa, San, Bongo, Baga, Barimba, Bakoya, etc. On ne sait pas s'ils ont une origine commune ou pas.</p>
<p>Ces peuples ne cherchent pas l'accumulation de richesses, ne se sédentarisent pas, ne forment pas des villages durables et des villes, ne constituent pas d'Etat, ne développent pas des inégalités, ne forment pas de classes sociales, n'ont pas des dirigeants puissants.</p>
<p>Les premiers récits d'explorateurs sur les Pygmées :</p>
<p>« A journey to Ashango-land » (1867) de Du Chaillu, traduit en français en 1868 par « L'Afrique sauvage », puis « The Country of the Dwarfs » (1872), étude des « Bongo ». Du Chaillu souligne le refus des Pygmées de cultiver : « Pourquoi planter alors qu'il y a tant de fruits et de gibier dans la forêt ? »</p>
<p>Du Chaillu décrit une « tribu de nains », appellation sous laquelle une peuplade d'Afrique a été mentionné déjà en 1686 dans « Description de l'Afrique » par Dapper (1686). Il fait le rapprochement entre les Bongo et les Bushmen d'Afrique du sud et avec les chasseurs-cueilleurs d'Afrique de l'est.</p>
<p>Depuis, Pierre-Philippe Rey a étudié les Barimba en 1970, Raymond Mayer a étudié les Pygmées du Gabon en 1981, Emmanuel Mve Mebia a étudié les Baka, Pither Medjo-Mve a étudié les Bakoya, Kaim Klieman a étudié les Barimba, etc.</p>
<p> Les termes « pygmée », « populations autochtones » ou « peuples de la forêt » englobent les différents groupes ethniques disséminés le long de l'équateur dans de nombreux États de l'Afrique centrale actuelle, allant de la partie occidentale Cameroun, Gabon, Congo, République démocratique du Congo, jusqu'au Rwanda, au Burundi et à l'Ouganda à l'est. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs sont aujourd'hui confrontés à une précarisation croissante et leur culture se trouve menacée.</p>
<p>Les Pygmées sont divisés en deux grands ensembles : un groupe des Pygmées de l'ouest et un groupe des Pygmées de l'est. Ces deux ensembles ont divergé il y a environ 20 000 ans. Les deux auraient suivi une évolution convergente vers une forme de nanisme insulaire, ils se distinguent cependant par la forme de leur courbes de croissance respectives. Les deux groupes partagent des caractéristiques culturelles communes :</p>
<p>• Pygmées de l'Est, présents au Rwanda, à l'est de la RDC et en Ouganda) : ce groupe comprend les Aka, Sua, Efe (ou Mbuti) et les Batwa ;</p>
<p>• Pygmées de l'Ouest, présents au Cameroun, en Centrafrique, au Gabon, au Congo Brazzaville et en RDC) : y sont inclus les Bakas, Kola, Bongo, Koya, Aka et Twa.</p>
<p>Les pygmées pratiquent traditionnellement une forme de nomadisme. Ceux-ci se déplacent entre des campements temporaires installés pour une période de chasse, chaque campement accueille une famille élargie. Ces campements sont constitués d'un ensemble de mongulus, des huttes construites en feuilles de marantacées assemblées sur un treillis ancré en terre et arqué de force en forme de tonnelle. Les feuilles sont posées comme des tuiles agrafées par leurs pétioles incisés. Ce sont les femmes qui se chargent de construire ces huttes. Cela dénote une grande importance des femmes dans ces sociétés.</p>
<p>Dans toutes les ethnies l'unité sociale de base est le campement, il est généralement composé de 30 à 70 individus qui vivent dans une dizaine de huttes. Les individus sont généralement étroitement apparentés ou liés par des mariages. La composition des groupes change régulièrement et ils entretiennent de fortes relations entre groupe voisins.</p>
<p>La société pygmée, basée sur le retour immédiat (par opposition au retour différé, c'est-à-dire avec un échange de monnaie comme étape), est l'une des plus égalitaires qui existe. Il n'y a pas de hiérarchie au sein des campements, même pour les activités de groupe.</p>
<p>Les Pygmées pratiquent la chasse à l'arc ou à l'arbalète, à la sagaie et au filet. Alors que la chasse à l'arc (ou l'arbalète) se pratique individuellement, les battues au filet peuvent rassembler les individus de plusieurs campements. Les techniques de chasse varient selon le type de gibier disponible mais aussi selon les groupes ethniques. Ils sont réputés pour la chasse à l'éléphant. Ils pêchent grâce à des retenues temporaires qui leur permettent de capturer le poisson ou à l'aide de nasses de vannerie. En plus des fruits et des tubercules, ils récoltent du miel et des chenilles pour l'alimentation. Le produit de la chasse est systématiquement partagé entre les chasseurs pour leurs familles, les fruits de la récolte eux ne sont distribuées qu'en cas de surplus.</p>
<p>Les animaux les plus consommés sont les rongeurs (porc-épic et rats de Gambie) l'hylochère et les céphalophes. Les petits morceaux de viande abats et tubercules peuvent être cuits à l'étouffé ou bouillis en sauce par les femmes au campement, ces sauces varient en fonction de la saison et les disponibilités en accompagnement. La cuisine pratiquée par les hommes pendant les expéditions de chasse est plus rapide, les viandes sont grillées. Les Pygmées ont tendance à attaquer la viande en mordant latéralement avec les canines et prémolaires, car leurs incisives tallées en pointe sont fragiles et hypersensibles au chaud.</p>
<p>Une pharmacopée traditionnelle à base de plantes leur est utile pour soigner les blessures et maladies propres à la vie en forêt.</p>
<p>Les pygmées possèdent une connaissance matérielle et une intelligence de la forêt très importante, ils sont de ce fait souvent employés par les ONG, les compagnies d'exploitation du bois ou les sociétés de chasse comme guides. Ces talents leur sont reconnus (parfois considérés très élevés) par leurs voisins agriculteurs11. Une étude menée chez les Baka et les Aka de la région de la Sangha, a montré qu'ils connaissaient, ou en tout cas accordaient une plus grande importance aux « produits forestiers non-ligneux ».</p>
<p>Bien que considérés comme chasseurs cueilleurs, les peuples de la forêt gèrent la forêt et en particulier la ressource en igname : il est d'usage pour eux de replanter un fragment d'igname dans un trou comblé avec de l'humus, après l'avoir récolté dans la forêt. Ceci enrichit nettement la forêt en ressources, les anciens campements abandonnés depuis plus de 10 ans, sont de 6 à 30 fois plus riches en ignames que le reste de la forêt et les ignames y sont moins piquants.</p>
<h2 class="spip">Le communisme primitif des chasseurs-cueilleurs pygmées</h2>
<p>« Les Pygmées chassent à leur manière, et pas au fusil. On le sait, ils sont très petits ; il est presque ironique de penser que ce sont les hommes les plus petits qui tuent les animaux les plus gros (les éléphants). Avec un courage immense, ils attendent la charge de l'éléphant, après avoir fixé en terre une grosse lance dirigée vers la poitrine de l'animal ; ils ne se sauvent qu'au dernier moment ; ou bien ils frappent aux flancs et au ventre, ou encore aux pattes, pour lui couper les tendons.</p>
<p>Je n'ai pas essayé de les accompagner à la chasse à l'éléphant. Pour atteindre la zone favorable, quatre ou cinq journées de marche en forêt auraient été nécessaires, à une température oscillant entre 35 et 40°, et surtout avec un degré d'humidité de 100%. Mais je me souviens de ce que m'en avait raconté un agriculteur africain qui y était allé, et qui, au moment crucial, s'était caché derrière un arbre, saisi d'une peur incontrôlable à la vue du grand animal fonçant sur son « tuma » (le titre prestigieux auquel a droit le Pygmée passé maître dans la chasse à l'éléphant).</p>
<p>Je demandai au chef d'un campement si nous pouvions aller chasser avec eux ; nous étions deux, un collègue et moi-même. Il me répondit qu'il devait consulter les autres. La société pygmée ne comporte pas de hiérarchies sociales et le « chef » n'y a pas d'autorité véritable, il est seulement un point de repère pour les personnes qui viennent de l'extérieur….</p>
<p>Le campement se composait de neuf ou peut-être dix familles ; sept d'entre elles donnèrent leur accord. Dans la chasse au filet, celle qui est habituellement pratiquée par la grande majorité des Pygmées, sept filets au moins sont nécessaires pour former autour des animaux un cercle suffisamment grand. Chaque famille possède en général un de ces filets, longs d'environ cinquante mètres, tressés à l'aide d'une cordelette confectionnée à partir de l'écorce de certains arbres.</p>
<p>Nous partîmes le lendemain matin et campâmes dans la forêt à quelques heures de notre base de départ. En deux ou trois heures, les femmes construisirent les cabanes, qui sont de forme hémisphérique un peu allongée, de la longueur d'un Pygmée couché, et pourvues d'une ouverture si petite qu'on ne peut y pénétrer qu'en rampant. Elles sont formées d'une squelette de branches entrecroisées et recouvertes de grandes feuilles qui les rendent parfaitement étanches à la pluie. La couche est faite de troncs disposés dans le sens de la longueur, parallèlement au corps. Deux jeunes Pygmées, qui n'avaient pas d'épouse pour construire leur cabane dormirent à la belle étoile sur un lit de branches, serrés l'un contre l'autre pour se protéger du froid de la nuit…</p>
<p>Le lendemain, ce fut le départ pour la chasse, en compagnie des femmes et des enfants les plus petits, qui allaient à la recherche de tortues et d'oiseaux. La forêt est touffue, avec des arbres hauts de trente à quarante mètres ; le feuillage est si dense qu'il ne laisse pas filtrer les rayons du soleil, si bien que l'on y vit constamment plongé dans une ombre épaisse. Sur le sol la végétation est rare, constituée de buissons ou d'arbustes, très verts, afin de compenser la faiblesse de la lumière ; ce sont ces mêmes plantes que nous retrouvons dans nos appartements urbains, où la lumière n'abonde pas. Le sol est jonché de troncs d'arbres tombés et d'obstacles divers. Les hommes mettent en place les filets, hauts d'environ un mètre, de manière à former approximativement un cercle, et les fixent à des branches basses pour que les animaux ne les voient pas trop facilement.</p>
<p>Pendant cette phase, tous restent silencieux, invisibles les uns aux autres, jusqu'à ce qu'un signal les avertisse que le cercle est prêt, et la chasse commence alors. Un groupe de trois ou quatre hommes avance vers le centre, armé de lances, en faisant du bruit pour effrayer le gibier ; tous les autres restent près des filets, y compris les femmes, et se tiennent prêts à attraper les animaux qui, en s'enfuyant, viennent s'y prendre et tomber, ou restent un instant prisonniers des mailles. Ils se relèvent en effet très vite, et il faut agir rapidement pour les immobiliser ou les frapper. La forêt est très dense et l'on n'y voit en général qu'à quelques mètres, si bien qu'il est rare d'assister à la rencontre avec l'animal ; on entend des bruits de lutte et des cris, toute une excitation qui se prolonge jusqu'à ce que le gibier soit pris, ou bien se soit échappé. Ce cycle de chasse dure quarante ou cinquante minutes ; le groupe se déplace ensuite d'environ un kilomètre pour recommencer ailleurs.</p>
<p>On continua ainsi pendant toute la journée, sans attraper grand-chose. Entre un cycle et un autre, on tenta de changer le cours du sort par des actes de magie et des formules, tantôt en crachant sur les filets, tantôt en appâtant les animaux par des chants, ou bien en les insultant. A un moment donné, un gros animal fut capturé : nous le comprîmes aussitôt car nous entendîmes à quelque distance de là, au milieu du tohu-bohu de la chasse, un grand éclat de rire argentin, de toute évidence une exclamation de joie. Il s'agissait d'une grande antilope.</p>
<p>Tout le gibier est partagé entre les membres du campement mais certains des meilleurs morceaux sont réservés à celui qui a pris l'animal. Pour les Pygmées, la chasse est évidemment un travail, nécessaire pour vivre, mais c'est aussi un travail amusant…</p>
<p>Les Pygmées ont développé une extraordinaire connaissance du comportement des animaux, qui leur permet de pratiquer des chasses très difficiles, comme la chasse ua fourmilier, ou très dangereuses comme la chasse à l'éléphant…</p>
<p>Les Pygmées aiment profondément le genre de vie qui est le leur. Il est difficile de les déraciner : on ne le peut que si l'on détruit la forêt, comme cela a été fait durant ces derniers millénaires, et continue de se faire, à une vitesse hallucinante, dans une véritable tentative d'anéantissement à l'échelle de la planète…</p>
<p>Pendant plus de 99% de son histoire, l'humanité a vécu de la chasse et de la cueillette. Les Pygmées sont un des rares exemples encore existants de peuples qui pratiquent ce genre de vie. Dans les années soixante, il ne restait déjà plus guère de populations auprès desquelles ont pouvait encore mener ce genre de recherche…</p>
<p>L'organisation sociale primitive devait être très semblable à l'organisation sociale actuelle des Pygmées. Les Pygmées sont nomades ou semi-nomades. Une tribu peut se composer de cinq cents, mille ou deux mille personnes, parfois même plus, mais ils vivent toujours en bandes, en groupes d'une trentaine de personnes en moyenne – ce nombre peut varier entre dix et cinquante, femmes en enfants compris -, qui chassent ensemble. Plusieurs de ces bandes, ou la tribu tout entière, peuvent se réunir par intervalles pour des fêtes ou des célébrations qui sont l'occasion de grandes danses ou de rites collectifs. Les danses et les chants en chœur sont les activités sociales les plus importantes chez les Pygmées.</p>
<p>Peu de temps suffit pour construire une maison et il leur est donc facile de changer souvent de lieu de campement – nécessité qui leur est imposée par la chasse – et d'en bâtir un nouveau à quelques journées de marche. La composition du camp n'est pas fixe mais relativement fluide…</p>
<p>Le territoire de chasse est réparti entre les différents groupes, et les individus en héritent de leurs parents ; de plus, ils acquièrent en se mariant le droit de chasser sur le territoire de la famille de leur épouse.</p>
<p>Environ 30 à 40% de la nourriture des Pygmées est constituée de viande de gibiers divers, essentiellement d'antilope et de gazelle. Le singe est également considéré comme un mets de choix, en particulier nos cousins les grands singes, comme le gorille et le chimpanzé, qui habitent les mêmes régions que les Pygmées. La chasse est la tâche des hommes, tandis que les femmes s'occupent de la cueillette du reste de l'alimentation : fruits, herbes et végétaux de toutes sortes.</p>
<p>Ils marchent pieds nus et sont, ou du moins étaient jusqu'à il y a peu de temps, totalement dévêtus. Leur seul vêtement est un cache-sexe, généralement fait d'écorce d'arbre. Ils ne savent pas tisser, et lorsqu'ils en ont la possibilité, ils se procurent volontiers auprès des agriculteurs des guenilles de coton, chemises ou pantalons en piteux état. Au début de mon travail, à la moitié des années soixante, ils fabriquaient encore ces cache-sexe à partir de morceaux d'écorce d'arbre, battus afin de les rendre plus souples…</p>
<p>Les Pygmées sont extraordinairement bien adaptés à l'environnement de la forêt. Ils sont des experts de tout ce qui vit. Ils tirent des herbes et des racines des médicaments généralement inconnus de la médecine occidentale. Ils trempent leurs flèches dans un poison meurtrier, composé d'extraits de trois ou quatre plantes différentes ; ils ont également développé pour ces poisons des antidotes. Leur compétence majeure est l'éthologie, c'est-à-dire la connaissance du comportement animal, fondamentale pour eux dans la chasse. Ce sont en réalité les seuls êtres humains capables de survivre dans la forêt par leurs propres moyens…</p>
<p>Les Pygmées sont les gens les plus pacifiques que j'aie jamais connus. Gentils, d'une grande dignité et spirituels. Ils détestent la violence et la fuient. S'ils sont en désaccord, ils discutent, ils se disputent bruyamment… Il est exceptionnel qu'ils en viennent aux armes. Les meurtres sont rares… En cas de dissension grave, l'un des deux quitte le campement et rejoint une autre bande….</p>
<p>Il n'y chez eux ni chefs, ni hiérarchie, ni lois. Les hommes et les femmes sont égaux. Les questions qui concernent tout le monde sont débattues en commun autour du feu. La punition la plus grave qui puisse être infligée par la communauté est l'éloignement du camp, qui équivaut pratiquement, dans la forêt, à une condamnation à mort : vivre dans la forêt est magnifique en groupe, mais y survivre seul est impossible. Naturellement, l'exilé peut toujours s'adjoindre à un autre groupe, si celui-ci est disposé à l'accueillir.</p>
<p>Un des aspects qui m'a le plus frappé est l'amour exceptionnel que portent aussi bien les pères que les mères à leurs enfants, qui sont élevés par leurs parents mais traités par tous les adultes du groupe comme s'ils étaient les leurs…</p>
<p>Une forte solidarité existe à l'égard des anciens et de ceux qui ont quelque handicap, du moins aussi longtemps qu'il est possible de les aider sans mettre en danger la vie du groupe… J'ai constaté moi-même qu'on n'abandonne pas les aveugles ou les malades graves…</p>
<p>Leur divinité – si on peut l'appeler ainsi – est la forêt, dont ils se sentent faire intégralement partie. Elle est le père et la mère, elle est l'être grâce auquel la vie est possible et qu'il faut respecter. Quand un Pygmée meurt, selon les régions, soit on brûle son corps, soit on le dépose à l'intérieur de sa cabane que l'on abat sur son cadavre après avoir accompli les rites funéraires, puis on déplace le campement en laissant là le mort pour qu'il se dissolve dans la terre…</p>
<p>Les Pygmées sont connus depuis l'Antiquité – Hérodote et Aristote le disaient déjà – pour être les hommes les plus petits qui existent. En réalité, ils ne sont pas d'aussi petite taille que beaucoup de gens le croient. La tribu la plus petite a une stature moyenne de 1,43 m pour les hommes et 1,37 m pour les femmes. Il existe des groupes de Pygmées plus grands, et même de dix centimètres en moyenne. C'est une taille qui n'est guère inférieure, par exemple, à celle de l'ex-roi d'Italie Victor-Emmanuel III ; et l'on voit parfois dans nos contrées des gens aussi petits qu'un Pygmée d'Afrique. C'est quand on en voit beaucoup ensemble que l'on se rend compte qu'il s'agit d'un peuple très particulier. Mais il ne faut pas confondre les Pygmées avec les nains, qui sont petits en raison d'un dysfonctionnement physiologique ; dans plusieurs cas de nanisme hypophysaire, on rencontre d'ailleurs des tailles plus petites encore.</p>
<p>Nous ne savons pas si les Pygmées sont devenus petits au fil du temps ou s'ils l'ont toujours été. Si, comme cela est possible, ils ont toujours vécu dans la forêt, nous n'avons aucun espoir de retrouver des ossements car le sol y est à ce point acide que les os eux-mêmes s'y dissolvent rapidement.</p>
<p>Les premiers hommes, il y a deux ou trois millions d'années, étaient très petits, plus petits même que les Pygmées. Dans le monde industriel, la stature moyenne a augmenté pendant ces deux derniers siècles, essentiellement parce que l'alimentation s'est améliorée. Si nous regardons les armures médiévales, nous constatons qu'elles sont généralement très petites ; un homme d'aujourd'hui n'y entrerait pas. Les premières données disponibles quant à la hauteur moyenne des Européens remontent au début du siècle dernier – Napoléon faisait mesurer la taille des conscrits -, et elles nous montrent que nos quadrisaïeuls étaient nettement plus petits qu'on ne l'est aujourd'hui, que nos trisaïeuls étaient déjà un peu plus grands, et ainsi de suite ; mais le grand saut a été accompli en ce siècle, d'abord dans le nord de l'Europe, ensuite dans le Sud. La taille des Pygmées a-t-elle augmenté aussi ? Certains disent oui, mais nous n'avons aucune certitude.</p>
<p>Les Pygmées vivent tous aujourd'hui dans la forêt africaine. Nous constatons que les peuples qui habitent la forêt tropicale, où le climat est très humide, sont généralement toujours petits : c'est le cas dans le sud de l'Inde comme en Indonésie, aux Philippines et en Nouvelle-Guinée, pour les Mayas d'Amérique centrale comme pour les habitants des forêts tropicales brésiliennes, bien que de tous ces peuples les Pygmées soient les plus petits…</p>
<p>Lorsqu'un corps est de petite taille, la surface de ce corps, rapportée à son volume, est plus grande… La chaleur du corps s'évacue par la surface ; si celle-ci est comparativement plus grande, parce que nous sommes plus petits, la chaleur s'évacue plus facilement et l'action du refroidissement (par sudation) est plus efficace. Dans un milieu chaud et humide, il convient donc d'être petit. C'est un premier mécanisme de protection.</p>
<p>Un autre avantage de la petite taille, pour qui doit dépenser une énergie considérable, est que l'on a besoin de moins d'énergie pour déplacer son propre poids… Le Pygmée, lorsqu'il se déplace, fait moins d'effort qu'un individu plus grand que lui, parce que le poids qu'il a à déplacer est moindre…</p>
<p>La petite taille apparaît donc comme une adaptation biologique à la vie dans la forêt. Il se peut que les Pygmées y aient vécu suffisamment longtemps pour qu'une telle adaptation ait lieu…</p>
<p>Bien que les Pygmées soient petits, leur tête est aussi grosse que la nôtre. Leur thorax est musclé, bras et jambes sont minces et fuselés, les jambes sont un peu courtes mais l'ensemble est gracieux. Ils sont athlétiques, et les hommes grimpent avec une agilité merveilleuse dans des arbres parfois hauts de quarante mètres…</p>
<p>Aujourd'hui, de nombreux groupes pygmées ne passent plus la totalité de l'année dans la forêt. Pendant quatre et même parfois six mois par an, à la saison sèche, ils construisent leurs campements non loin des villages des agriculteurs locaux, qui les utilisent comme main d'œuvre dans leurs plantations et les traitent en esclaves.</p>
<p>A dire vrai, de nombreux agriculteurs considèrent les Pygmées comme moins que des humains. Ils ont établi un système d'esclavage héréditaire, au sens où un Pygmée a toujours un maître parmi les agriculteurs, que ses enfants héritent de ce même maître et que les enfants du maître héritent de ses Pygmées. Cet esclavage est d'ailleurs une réalité surtout dans la tête des agriculteurs ; et, de fait, il ne peut avoir lieu qu'avec le consentement du Pygmée. Le maître doit le traiter de manière raisonnable, faute de quoi le Pygmée s'en va dans la forêt, où plus personne n'est capable de le retrouver…</p>
<p>Il existe entre les agriculteurs et les Pygmées une relation commerciale, généralement au désavantage de ces derniers, qui n'utilisent pas d'argent et ignorent sa valeur. Les agriculteurs ne sont pas capables de chasser ou d'élever du bétail, hormis des poules, quelques chèvres, et, plus rarement, des porcs ; auprès des Pygmées, ils se procurent donc essentiellement de la viande, ainsi que d'autres produits de la forêt. En échange, les Pygmées obtiennent, outre la nourriture, des outils en fer tels que des pointes de lance et des couteaux, et des récipients de terre cuite (de plus en plus fréquemment remplacés maintenant par des casseroles, parfois même fabriquées en Chine). En effet, ils ne savent pas travailler le fer, car les habitudes nomades ne permettent pas d'emporter avec soi ces poids excessifs que représenteraient des enclumes ou des forges.</p>
<p>Les Pygmées sont considérés comme les plus pauvres de tous, tout en bas de l'échelle économique. Les agriculteurs, tant qu'ils le peuvent, font en sorte de les laisser dans l'ignorance de l'usage de la monnaie, de peur qu'ils n'en viennent alors à leur coûter trop cher. Le Pygmée travaille beaucoup pour eux, notamment dans les champs, du moins pendant les saisons qui ne se prêtent pas à la chasse. Il construit également les toits des maisons, car il est habile grimpeur et léger. Outre les outils, il est payé avec de l'alcool, du tabac, du manioc et des bananes, que les agriculteurs, il n'y a pas très longtemps encore, étaient les seuls à produire.</p>
<p>Quelques Pygmées commencent eux aussi aujourd'hui à produire du manioc. En effet, le manioc est une plante dont la culture demande peu de surveillance : il suffit de planter une petite branche dans la terre, de revenir deux ans plus tard et de récolter les racines…</p>
<p>Quoiqu'il en soit, les Pygmées n'aiment pas l'agriculture. Ils ne s'y résolvent que lorsque la forêt est détruite. Contraints à changer de mode de vie, ils ne se sont pas seulement faits paysans, certains sont devenus potiers, et d'autres, pêcheurs. Ils survivent tant bien que mal mais, aussi longtemps qu'ils le peuvent, ils vont à la chasse…</p>
<p>La vie des agriculteurs n'a jamais été considérée comme très agréable… Le chasseur travaille en général moins que l'agriculteur. Cela vaut également pour les quelques groupes de chasseurs qui subsistent encore dans la savane, cette plaine recouverte d'herbe, avec un arbre ici ou là, peuplée d'un grand nombre d'animaux herbivores. Aujourd'hui, avec la concurrence des économies plus avancées, ces chasseurs ont presque tous disparus mais l'abondance du gibier et sa visibilité devaient leur assurer autrefois une vie merveilleuse. Dans la forêt, les animaux peuvent plus facilement se cacher…</p>
<p>Les femmes des agriculteurs, auxquelles revient la part la plus dure du travail dans les champs, travaillent, elles, nettement plus que les femmes pygmées.</p>
<p>La forêt est un peu sombre, bien sûr, mais le Pygmée s'y trouve parfaitement à son aise, il s'y protégé. C'est un lieu où rien de mal ne peut lui arriver, où les dangers sont pour lui minimes et la vie très agréable. La même remarque vaut d'ailleurs pour tous les autres peuples de chasseurs-cueilleurs modernes sur lesquels nous avons des informations ethnographiques ou historiques. Ces peuples sont (ou étaient) magnifiquement adaptés à leur milieu, mais dès lors que celui-ci a été détruit, il leur a fallu inévitablement soit changer de mode de vie soit disparaître…</p>
<p>Il reste très peu de populations de chasseurs-cueilleurs : une trentaine, il y a encore quelques années, beaucoup moins aujourd'hui. Pratiquement, seuls les Pygmées en Afrique centrale, les Khoisan en Afrique méridionale et les Aborigènes d'Australie ont encore une certaine importance numérique (au-delà des cent-mille individus) mais il n'y a plus que les Pygmées, et encore, pas tous, pour continuer à vivre essentiellement de la chasse et de la cueillette…</p>
<p>Il existe en Afrique du sud deux populations connues en général comme étant les Bochimans (de « Bushmen », autrement dit les gens des broussailles) et les Hottentots. Les anthropologues ont inventé le terme de « Khoisan », en additionnant le nom des Khoi (les Hottentots) et celui des San (les Bochimans), car le terme de Bochiman est considéré comme péjoratif ; mais il semble que ce nouveau nom également leur soit désagréable, et nous ne savons pas très bien comment les appeler… Ils habitent aujourd'hui des endroits très arides mais ils vivaient antérieurement dans un environnement plus favorable, la savane, dont ils ont été chassés.</p>
<p>Mise à part la différence d'environnement, d'écologie, les Khoisan ont un mode de vie plutôt semblable à celui des Pygmées : ils se déplacent eux aussi en bandes de trente personnes en moyenne, passant librement d'une bande à une autre et s'associant en groupes plus importants dans certaines circonstances. Très peu d'entre eux sont restés aujourd'hui chasseurs-cueilleurs. Beaucoup sont devenus travailleurs dans les fermes, quelque fois soldats, ou bien survivent d'une manière ou d'une autre dans les villes.</p>
<p>Ils ont conservé leur langue, qui est certainement très ancienne et présente une caractéristique étonnante : elle possède des sons qui ne se rencontrent dans aucune langue et qu'on appelle des « clicks » ; ce sont des sortes de claquements de la langue, dont il existe plusieurs variétés, toutes difficiles à imiter. Certaines tribus bantoues d'Afrique du Sud, telle celle des Xhosa, se sont beaucoup mêlées avec les Khoisan, comme le montre l'apparition dans leur langue de trois clicks différents, ainsi que celle de gènes khoisan dans leur patrimoine génétique…</p>
<p>Tous les groupes de chasseurs-cueilleurs existant encore aujourd'hui ont des coutumes communes, même si celles-ci disparaissent peu à peu, soit par l'extinction physique de ces groupes, soit par leur conversion à d'autres modes de vie. Ce sont toujours des petits groupes, qui n'ont pas d'organisation hiérarchique, les chefs généralement n'existent pas et la vie sociale est fondée sur le respect réciproque.</p>
<p>Ils ont souvent une éthique élaborée. Une caractéristique importante de ces populations situées aux niveaux les plus bas de l'échelle économique est que sur le plan de la morale elles ne sont nullement primitives. Elles ont simplement une vision profondément différente de la nôtre. Quand les Hollandais, arrivés au Cap, se mirent à remonter vers le nord avec leurs troupeaux, occupant les territoires des indigènes, les incidents avec les populations commencèrent… Les paysans boers se mirent à tirer à vue, exterminant littéralement les Khoisan dans de vastes zones. Il n'en est plus resté qu'en Namibie et au Botswana, dans des savanes et des déserts pauvres et peu convoités…</p>
<p>Les chasseurs-cueilleurs ont un sens de la propriété différent, parce que la propriété individuelle est rare chez eux, et peu importante. Certains droits existent cependant, comme celui du territoire de chasse. Le Pygmée surpris à chasser sur un territoire qui n'est pas le sien doit payer une amende, non pas en argent puisqu'ils ignorent l'argent, mais en nature. Par contre, il ne respecte pas les propriétés des agriculteurs – quand il ne risque pas d'être vu -, et en particulier les produits alimentaires que ces derniers cultivent et dispensent avec une extrême frugalité aux Pygmées qui travaillent pour eux dans les champs. Il ne s'agit pratiquement que de bananes et de manioc, deux aliments l'un et l'autre très pauvres sur le plan nutritif. Ces propriétés agricoles modernes sont, au fond, les anciens terrains de chasse, des zones de forêt que l'on a converties en abattant les arbres, sans leur demander aucune permission ni leur offrir aucune compensation. Les Pygmées savent parfaitement que les agriculteurs les exploitent et qu'ils les considèrent comme des bêtes mais ils ont besoin de ne pas rompre les relations avec eux. Ils se vengent en leur volant de la nourriture quand ils le peuvent, et en se moquant d'eux…</p>
<p>Le Pygmée va encore à la chasse à l'arc ou, dans certaines zones, à l'arbalète, mais il chasse surtout au filet. Son avenir, c'est l'avenir de la forêt, qui était détruite lentement dans le passé et qui l'est aujourd'hui à une vitesse accrue. En Afrique, ce processus a commencé il y a trois mille ans, quand les paysans bantous partis du Cameroun se sont étendus vers le sud et vers l'est, et il s'est poursuivi, avec lenteur, des siècles durant. Aujourd'hui, il s'accélère, et de nombreux groupes pygmées ont été contraints ces dernières décennies d'abandonner le type d'existence qu'ils menaient…</p>
<p>L'étude des Pygmées, des Bochimans, des Eskimos, des Aborigènes australiens et de ces quelques autres groupes de chasseurs-cueilleurs qui survivent encore (sans doute pour peu de temps, on l'a vu) nous aide à comprendre comment pouvaient vivre nos ancêtres. Naturellement, on ne peut pas penser que le mode de vie de ces populations est resté totalement inchangé depuis les temps les plus reculés. Les Pygmées sont en contact avec les agriculteurs africains depuis au moins deux mille deux cent ans, troquant les produits de la chasse contre des outils de fer, plus efficaces que les outils de pierre…</p>
<p>La construction des habitations, la vie sociale en petits groupes semi-nomades, la dimension même de ces groupes, tout cela n'a probablement pas changé d'une manière sensible. De nombreux autres aspects de la vie des chasseurs-cueilleurs d'aujourd'hui évoquent la vie que menaient nos ancêtres : l'habitude de partager la nourriture, mangée en commun ; l'absence caractéristique de hiérarchies rigides et de lois préétablies (toute la tribu prend part aux décisions) ; probablement aussi les usages qui se rattachent à la fertilité et à la natalité… »</p>
<p>« Qui sommes-nous » de Cavalli-Sforza</p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/cea_0008-0055_1993_num_33_129_2078" class="spip_out" rel="external">L'invention des Pygmées</a></p>
<p><a href="https://portals.iucn.org/library/efiles/documents/NS-004.pdf#page=38" class="spip_out" rel="external">Lire aussi en anglais, « Les Pygmées Mbuti » de Colin Turnbull</a></p>
<p><a href="https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00801999/document" class="spip_out" rel="external">Lire encore en anglais sur les Pygmées du Gabon</a></p>
<p><a href="https://www.nationalgeographic.com/news/2017/03/democratic-republic-congo-pygmy-grow-deal-weed/" class="spip_out" rel="external">Why Pygmies Are Dealing Weed to Survive</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=chasseurs-cueilleurs+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">Lire aussi sur les chasseurs-cueilleurs</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3463" class="spip_out" rel="external">Les chasseurs-cueilleurs bushmen sont menacés</a></p></div>
Rwanda : le génocide programmé, comme contre-révolution, par le pouvoir rwandais et l'impérialisme français
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6530
https://www.matierevolution.org/spip.php?article65302019-10-06T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisFascismeRwanda
<p>Agathe Uwilingiyimana, à la tête de la tentative infructueuse de réforme de la dictature <br class='autobr' />
Attaquée et frappée à son domicile par des assassins de la dictature militaire, puis défendue par le peuple, elle est interviewée et va devenir l'égérie du mouvement démocratique de masseTriomphante à la tête du soulèvement social et démocratique Mitraillée dans la maison des gardes bleus belges qui la protégeaient <br class='autobr' />
Lire ici les accusations des forces fascistes et du dictateur Habyarimana contre (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory">1- 1 Cinq situations pré-révolutionnaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><p>Agathe Uwilingiyimana, à la tête de la tentative infructueuse de réforme de la dictature</p>
<div class='spip_document_13567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/maxresdefault-7.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/maxresdefault-7-65bb9.jpg?1792828731' width='500' height='281' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_13571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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</div>
<p>Attaquée et frappée à son domicile par des assassins de la dictature militaire, puis défendue par le peuple, elle est interviewée et va devenir l'égérie du mouvement démocratique de masse</p>
<div class='spip_document_13568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH266/987930760_small-dd00c.jpg?1792817846' width='400' height='266' alt='' />
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</figure>
</div>
<p>Triomphante à la tête du soulèvement social et démocratique</p>
<div class='spip_document_13570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L283xH178/images-78-1ca72.jpg?1792817846' width='283' height='178' alt='' />
</figure>
</div> <p>Mitraillée dans la maison des gardes bleus belges qui la protégeaient</p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/RTLM03-04-94-154-F.pdf" class="spip_out" rel="external">Lire ici les accusations des forces fascistes et du dictateur Habyarimana contre Agathe Uwilingiyimana, l'accusant de tenter un coup d'Etat en faveur du FPR</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/1994-04-08ReutersRwandasUwilingiyimanaCrusaderJustice.pdf" class="spip_out" rel="external">L'histoire en anglais de cette leader réformiste</a></p>
<p><a href="https://francegenocidetutsi.org/Kambanda67Fre.pdf" class="spip_out" rel="external">Le récit de son assassinat</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique57" class="spip_out" rel="external">D'autres lectures</a></p>
<h2 class="spip">Le Rwanda : réformisme puis fascisme contre une mobilisation populaire de masse</h2>
<p><i>« Dans ces pays-là, un génocide, ce n'est pas trop important »</i> <br class='autobr' />
Le président François Mitterrand, <br class='autobr' />
Déclaration de l'été 1994, <br class='autobr' />
citée par Le Figaro du 12/01/1998</p>
<p><strong>Les responsables<br class='autobr' />
</strong><br class='autobr' />
Le régime de dictature féroce d'Habyarimana, soutenu par la France, a de plus en plus de mal à se maintenir au pouvoir. Depuis 1990, la population pauvre du pays est en révolte, toutes ethnies confondues, contre la dictature et la misère. En 1992, le régime a été contesté par un véritable soulèvement de la population de la capitale Kigali. Il est menacé d'autre part par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti à majorité tutsi, soutenu par l'Ouganda, avec derrière les USA et l'Angleterre. Il est contraint de reculer, accepte que le pouvoir soit partagé avec les dirigeants de la mobilisation démocratique. Le 6 avril 1994, l'avion du président est abattu. Cet événement sert de prétexte au nouveau Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), constitué dans l'ambassade de France sous l'égide de l'ambassadeur, pour déclencher le génocide des Tutsis planifié depuis longtemps. La Radio des Mille collines exhorte les Hutus à se « éradiquer les cafards tutsis », tandis que l'armée montre l'exemple et distribue les machettes. Les Hutus qui refusent de participer au massacre sont assassinés. Plus d'un million de Tutsis seront massacrés dans les 100 jours qui suivront.</p>
<p>L'impérialisme français, sous la direction du président « socialiste » François Mitterrand (ainsi que de la cellule spéciale de l'Elysée pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-Léotard, n'a pas été passif : il a apporté son soutien, plein et entier, aux extrémistes hutus à plusieurs niveaux :<br class='autobr' />
militaire : avant le génocide en bloquant l'avancée du FPR sur Kigali et en enseignant l'art de tuer aux futures milices génocidaires ; pendant le génocide en livrant des armes et du matériel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en éditant les cartes d'identités avec la mention « hutu » et « tutsi » et ensuite lors des contrôles d'identité. N'oublions pas que, durant les années qui ont précédé le génocide, le chef d'Etat major de l'armée rwandaise est un officier français.</p>
<p>diplomatique : en accueillant à Paris, en plein génocide, des membres du GIR et en dissuadant l'ONU de voter l'embargo qui aurait rendu la vente d'arme au Rwanda illégale…</p>
<p>financier : durant tout le génocide en avançant des fonds qui serviront à des achats d'armes</p>
<p>médiatique : en faisant passer ce génocide pour une « guerre tribale » de plus, grâce à la collaboration zélée de la presse hexagonale (notamment Le Monde)</p>
<p>Ce soutien continuera après le génocide avec l'opération Turquoise, véritable opération de sauvetage des génocidaires, déguisée en action humanitaire.</p>
<p><strong>Pourquoi ?</strong><br class='autobr' />
Ce sommet atteint dans l'horreur constitue le point d'orgue d'une politique menée par la France dans ses anciennes colonies depuis leur indépendance.<br class='autobr' />
Pour assurer le pillage des matières premières et la mainmise sur des pans entiers de l'économie locale par des grands groupes français (tels Bolloré, Total, Bouygues, France Telecom…), l'Etat français n'hésite pas à soutenir les pires dictatures, du moment qu'elles sont aptes à garantir le bon déroulement des affaires.</p>
<p>Le régime extrémiste hutu avait par le passé démontré sa fidélité aux intérêts de la France en couvrant la vente illégale d'armes et d'équipement nucléaire à l'Afrique du Sud, alors frappée d'embargo. Le Rwanda devait devenir une plate-forme française, solide et sûre, au cœur d'une Afrique orientale peu fiable ou largement pro-américaine.</p>
<p>Plutôt que de voir ce bastion tomber sous influence « anglo-saxonne » (le FPR étant supposé être financé par la CIA), les décideurs français ont choisi la fuite en avant en soutenant l'extermination totale de tous les opposants au régime et de la minorité tutsi susceptible de soutenir le FPR dans sa marche au pouvoir. Cette ultime manœuvre n'empêcha d'ailleurs pas le GIR d'être chassé de Kigali…</p>
<p>Ce génocide n'est pas une irruption spontanée de la « folie des hommes », il est le résultat d'un choix stratégique de « nos » dirigeants : Mitterrand et Balladur, commis lors d'une cohabitation gauche/droite ! Ce crime est toujours assumé par les hommes politiques français qui ont, d'un commun accord, signé le rapport Quilès (extraits joints en annexe) selon lequel la France n'aurait fait que des erreurs limitées, mais ne serait pas responsable du génocide</p>
<p><strong>Rwanda : un génocide encouragé<br class='autobr' />
et couvert par l'impérialisme français</strong></p>
<p>L'opinion publique française commence à être informée, avec dix ans de retard, sur l'implication de la France dans le génocide rwandais de 1994. Mais cette seule information est loin d'éclairer toutes les responsabilités.<br class='autobr' />
Les responsabilités françaises</p>
<p>On sait maintenant que c'est bien le gouvernement rwandais de l'époque qui a organisé le massacre, utilisant tous les moyens de l'Etat, avec l'aide et la bénédiction du président socialiste de la République française François Mitterrand que ses amitiés liaient à la famille du dictateur rwandais, Juvénal Habyarimana. Mais si Mitterrand, et la cellule spéciale de l'Elysée qu'il dirigeait, ont effectivement pris les décisions essentielles, c'est avec l'accord des ministres et conseillers de droite du gouvernement Balladur, des Juppé, Léotard et autres Villepin. Le Rwanda n'est pas une affreuse affaire échappée à leur contrôle mais une décision mûrement pesée par les dirigeants français de l'époque. D'ailleurs ceux-ci, droite et gauche confondues, refusent toujours de reconnaître leur implication et font donner diplomatie et médias pour maintenir le rideau de fumée. Les procès des représentants politiques, diplomatiques et militaires impliqués dans un génocide, c'est bon pour les Yougoslaves, voire les Rwandais eux-mêmes, pas pour ceux de l'impérialisme français.<br class='autobr' />
Ceux-ci estimaient qu'une défaite du régime du dictateur Habyarimana revenait à voir le Rwanda, porte d'entrée vers le riche Zaïre, tomber dans l'escarcelle des USA. Pour l'empêcher il fallait une implication militaire et financière massive de la France aux côtés du gouvernement rwandais dans le conflit qui l'opposait aux forces armées de l'opposition réfugiée en Ouganda, le Front patriotique rwandais, à majorité tutsie. Très vite, le gouvernement français a couvert et même encouragé la tactique du gouvernement rwandais consistant à faire payer par des massacres de la population tutsie chaque avancée militaire du FPR. Ainsi l'offensive du FPR d'octobre 1990 repoussée avec l'aide des militaires français (opération dite Noroît) a été suivie de massacres de Tutsis au nord du pays, près de Bigogwe, à proximité du camp militaire français du DAMI.<br class='autobr' />
A partir de 1990, le lieutenant-colonel français Chollet, est le véritable chef militaire des forces armées rwandaises. En 1992, Paul Dijoud, directeur des affaires africaines de l'Etat français, déclare à Paul Kagamé (dirigeant du FPR à l'époque et actuel chef d'Etat du Rwanda) : « si vous vous emparez du pays, vous ne retrouverez pas vos femmes et vos familles, parce que tous auront été massacrés ». [1] au nom du président Mitterrand est envoyée à l'un des massacreurs connus, Jean Bosco Barayagwiza, leader du CDR qui vient d'organiser des massacres à Kibuye. Le 28 février 1993, le ministre de la coopération Marcel Debarge appelle, officiellement et au nom de la France, « tous les Hutus à s'unir contre le FPR » [2]. L'ex-spécialiste de la cellule spéciale de l'Elysée, Gérard Prunier, reconnaît : « c'est un appel à la guerre raciale ». Une semaine plus tard, le « Hutu Power », front uni des partis et des milices génocidaires, est né. Jean-Paul Gouteux [3] écrit : « Le mouvement Hutu Power n'a rien d'exotique. Il est occidental et moderne. Ce n'est pas l'expression d'un atavisme tribal enraciné dans l'Afrique profonde. (..) Des Français, hommes politiques, journalistes, ministres, universitaires ou chercheurs ont justifié la politique française au Rwanda à l'aide de considérations ethniques. » [4]<br class='autobr' />
Les mécanismes du génocide</p>
<p>La responsabilité des dirigeants français est bien écrasante. Reste à comprendre pourquoi leurs protégés de la classe dirigeante rwandaise ont voulu ce génocide et comment ils ont trouvé dans la population des centaines de milliers d'exécutants.<br class='autobr' />
Dans les années 1988-1991, une vague de mouvements populaires déstabilise la plupart des régimes africains et en renverse même plusieurs (par exemple, la dictature militaire de Moussa Traoré en 1991 au Mali). Le Rwanda en proie aux mêmes problèmes économiques et politiques, le poids de la dette extérieure et celui de la dictature, n'y échappe pas. Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. “ Au début de l'automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit à petit tout le pays ”, écrit M. Gérard Prunier.<br class='autobr' />
Les questions brûlantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la misère, la corruption du régime et la dicature. C'est la corruption en matière de scolarité qui donne l'étincelle mettant le feu aux poudres. Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la première assassinée au démarrage du génocide, dénonce les traffics dans les résultats du baccalauréat qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d'être reçus en rayant les premiers de la liste des reçus. Ellle subit une violente répression de la part de l'armée, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionante en va faire d'elle une des leaders de l'opposition démocratique qui vise à la démocratisation du pays, dont le multipartisme. <br class='autobr' />
En fait, la révolte populaire avait une base sociale d'autant plus importante que la classe dirigeante était absolument incapable de staisfaire les aspirations populaires, ayant même du mal à imaginer comment elle allait partager un gâteau sans cesse plus restreint entre des équipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l'opposition. Les recettes du café et du thé, durement touchées par la chute des cours sur les marchés mondiaux, connaissent une baisse inquiétante. Quant aux espoirs suscités par le développement du tourisme, ils auront été fauchés net avec le déclenchement de la guerre. En 1991, le déficit budgétaire, censé ne pas dépasser 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les dépenses de l'Etat ont monté en flèche : les effectifs de l'armée, guerre oblige, ont quasiment triplé. <br class='autobr' />
Dans les deux années qui suivent le mouvement populaire contre le régime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres à Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moitié de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires.<br class='autobr' />
Les leaders démocrates du mouvement sont alors appelés à participer au gouvernement aux côtés des membres du pouvoir liés à l'armée et à l'extrême-droite. Les opposants démocrates « réalistes » acceptent de gouverner avec les assassins qui ont déjà maintes fois démontré leur capacité de nuisance. Dans le mouvement d'opposition à la dictature, il y a à la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le régime militaire a momentanément reculé, remisé le parti unique et appelé certains opposants à la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR à l'extérieur et révolte populaire à l'intérieur, les dirigeants partent à la recherche d'une solution de type fasciste.<br class='autobr' />
Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les déclassés de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le préjugé si fréquemment employé en Afrique : l'ethnisme. Des médias qui appellent ouvertement au génocide des Tutsis, comme la « radio des mille collines » affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et prétendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tués.<br class='autobr' />
Et pour lier à eux une partie de la population ils l'obligent à se mouiller à leurs côtés. Tous ceux qui auront tué ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'où de premiers massacres, dès 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont poussés à tuer des Tutsis. D'où aussi la formation de milices de pauvres embrigadés et formés à tuer.<br class='autobr' />
Les massacres</p>
<p>Cette « stratégie », largement encouragée par des dirigeants politiques et militaires français , est adoptée à partir du moment où, sous la pression des USA, le président Habyarimana est contraint de signer les accords d'Arusha. Dans ces accords qui prévoient le partage du pouvoir entre la dictature, l'opposition intérieure et le FPR, la classe dirigeante rwandaise comme les dirigeants français voient la fin de leur domination du pays. L'ambassade de France au Rwanda affirme « les accords d'Arusha ne sont ni bons ni inéluctables » [5]. C'est un appui au clan le plus radical dit « Akazu » ou clan zéro qui, autour de la femme du président, prépare le génocide. Le plan en a été préparé dès 1992 (époque où des ambassadeurs et des personnels de l'ONU en ont transmis l'information tant à la Belgique qu'au Canada), lorsque le mouvement populaire est devenu menaçant. L'assassinat d'Habyarimana, quels que soient ceux qui l'ont commis (Kagamé est maintenant accusé de l'avoir fomenté, ce qui est peut-être vrai mais qui ne change rien à l'infamie des responsables du génocide), en donne le signal au soir du 6 avril.<br class='autobr' />
Le premier acte des bandes de tueurs a consisté à assassiner les Hutus dits « modérés », c'est-à-dire tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre s'étaient opposés à la dictature ou encore avaient pris une part dans la révolte contre la misère. Le massacre a alors atteint en quelques jours le génocide, visant à l'extermination de tous les Tutsis ainsi que de tous les Hutus qui refusaient d'y participer.<br class='autobr' />
En plein génocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont reçus officiellement à Paris [6]. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extrémiste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et Jérôme Bicamumpaka ministre des affaires étrangères du gouvernement génocidaire, dit intérimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 à l'Elysée, à Matignon et au quai d'Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L'Etat français continue à les armer et à les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les années qui suivront.<br class='autobr' />
Il n'est sans doute pas surprenant, ni nouveau, de voir dans un pays pauvre et arriéré africain un pouvoir avoir recours aux méthodes qui furent celles de pouvoirs fascistes européens (on peut même craindre de le voir se reproduire à l'avenir, en Côte d'Ivoire par exemple, où le gouvernement semble parfois regarder de ce côté). Et il n'est pas plus étonnant de voir la France « démocratique » lui apporter son soutien. Jadis dictature féroce dans tout son empire colonial, aujourd'hui soutien des dictateurs, souvent tout aussi féroces, qui maintiennent en retour l'ordre impérialiste.</p>
<p> [7] Cité par Le Figaro du 23 novembre 1997 et par Patrick de Saint Exupéry dans « L'inavouable »<br class='autobr' /> [8] cité par Jean-Paul Gouteux dans « La nuit rwandaise »<br class='autobr' /> [9] cité par Gérard Prunier dans « Rwanda, le génocide »<br class='autobr' /> [10] docteur en entomologie médicale, employé par la coopération en Afrique et qui a dénoncé le génocide rwandais et la responsabilité française, notamment dans « Un génocide secret d'Etat » et « La nuit rwandaise »<br class='autobr' /> [11] Mitterrand parle d'un « gouvernement représentant à Kigali une ethnie majoritaire à 80%. »<br class='autobr' /> [12] cité par Jean-Paul Gouteux dans « La nuit rwandaise »<br class='autobr' /> [13] Cité notamment par Mehdi Ba dans « Rwanda, un génocide français » et par Patrick de Saint Exupéry dans « L'inavouable ».</p>
<p>« Autopsie d'un génocide planifié »<br class='autobr' />
« Connivences françaises au Rwanda »<br class='autobr' />
de Verschave François-Xavier</p>
<p>« Faute d'être soumise à une autorité démocratique, la politique française en Afrique - et en particulier au Rwanda - met en scène une pluralité d'acteurs : politiques, militaires, affairistes, agissant pour leurs propres intérêts en dehors de tout contrôle.</p>
<p>Pendant trois ans (1990-1993), l'armée française a tenu à bout de bras les troupes d'un régime rwandais - ou plutôt d'un clan - s'enfonçant dans le génocide, le racisme et la corruption. Engagée dans le combat contre le Front patriotique rwandais (FPR) (1), l'"ennemi" diabolisé en "Khmer noir", la France a massivement équipé les Forces armées rwandaises (FAR) ; elle les a instruites dans des camps où se pratiquaient la torture et le massacre de civils (à Bigogwe par exemple) ; elle a encouragé une stratégie "antisubversive" qui passait par la création de milices enivrées de haine, et enivrées tout court. Après la publication, en février 1993, du rapport d'une commission internationale dénonçant - déjà - des "actes de génocide", le mot d'ordre, venu directement de l'Elysée, n'a pas changé : "Casser les reins du FPR."</p>
<p>Tout un pan du dispositif franco-africain défini à La Baule sombrera alors dans le jusqu'au-boutisme : sabotage des accords d'Arusha ; (possible) implication dans l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Juvénal Habyarimana (près d'accepter l'application de ces accords), puis accueil dans les locaux de l'ambassade de France à Kigali d'une sorte d'assemblée générale extraordinaire du "Hutu power", des partisans de l'épuration ethnique et du massacre des Tutsis.</p>
<p>Après la mort du président, une partie des concepteurs de la "solution finale du problème tutsi" sont à Paris, tandis que se constitue, sous l'aile de la France, un "gouvernement intérimaire" qui continuera d'encourager les appels au meurtre de Radio libre des Mille Collines (lire article page 8). Au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), la France fera cause commune avec ce "gouvernement" et s'opposera, cinq semaines durant, à la reconnaissance du génocide. D'avril à juin 1994, pendant que les massacres se poursuivaient et qu'étaient tués à la machette environ 500 000 Tutsis, une fraction de l'armée française n'aura qu'une obsession : continuer de ravitailler et d'assister les FAR - sous la protection desquelles "travaillaient" les tueurs. Elle y parvint assez longtemps pour faire le joint avec l'opération "Turquoise" : cette démonstration de force protégea certes quelques rescapés tutsis, mais permit surtout aux responsables du génocide de se mettre à l'abri au Zaïre ou ailleurs. Certains d'entre eux, tel M. Jérôme Bicamumpaka, conservent des visas de longue durée qui leur permettent de venir régulièrement en France et d'y entretenir d'utiles contacts.</p>
<p>Ce bref aperçu montre que la compromission de la France et sa responsabilité dans l'un des plus grands crimes collectifs de cette fin de siècle ne furent pas marginales (2). Comment la République en est-elle arrivée là, quel système de décision et quelle absence de contrôle politique ont-ils pu autoriser de telles aberrations ?</p>
<p>(…)</p>
<p>La présence de la France dans le camp des responsables du génocide rwandais illustre l'agencement désordonné des acteurs et des motivations. Du côté des décideurs, MM. François et Jean-Christophe Mitterrand ont tenu un rôle majeur, en raison des liens très forts les unissant à la famille du dictateur Habyarimana. Le président de la République française suivait avec une exceptionnelle attention, y compris en déplacement, l'évolution de la situation militaire au Rwanda ; durant la période de cohabitation (1993-1995), il nommera à la tête de la Mission militaire de coopération, rue Monsieur à Paris, son homme de confiance, le général Jean-Pierre Huchon - second personnage de l'état-major élyséen, fortement imprégné des schémas anti-Tutsis.</p>
<p>Le gouvernement de M. Edouard Balladur n'a pas contrecarré les tragiques desseins élyséens : la politique franco-africaine profite d'une grande continuité qui dépasse les clivages partisans. M. Charles Pasqua a la même approche des problèmes que M. François Mitterrand (son fils Pierre est l'un des "messieurs Afrique" du ministre de l'intérieur). L'ancien ministre de la coopération, M. Michel Roussin, passé du service de M. Jacques Chirac à celui de M. Edouard Balladur, s'est parfaitement entendu avec l'Elysée. Dans ces conditions, le premier ministre, qui ne s'intéresse guère au continent noir, a choisi de laisser faire. Deux membres du gouvernement se sont pourtant distingués : le ministre des affaires étrangères, M. Alain Juppé, en tentant d'introduire la rationalité du Quai d'Orsay (d'où l'inflexion de l'attitude officielle de la France à la mi-1993, en faveur des accords d'Arusha - inflexion compromise par la suite et par les autres acteurs) ; et celui de la défense, M. François Léotard, en contribuant à cantonner l'opération "Turquoise" dans ses objectifs affichés (fort éloignés des impulsions premières).</p>
<p>La détermination du président Mitterrand à combattre le FPR - ces "anglophones ougandais", "avant-garde du Tutsiland" (4) - a conduit à installer au Rwanda le plus gros dispositif de combat français en Afrique depuis l'affaire tchadienne. Puisque, officiellement, on ne faisait pas la guerre, toute la panoplie des missions discrètes (instruction, encadrement, conseil, renseignement, mise à disposition du régime rwandais de soldats antillais ou de mercenaires semi-publics, manipulation d'opposants politiques) a été utilisée. Le compte-rendu de la rencontre à Paris, le 9 mai 1994 (un mois après le déclenchement du génocide et alors que les massacres se poursuivaient), entre le général français Jean-Pierre Huchon et l'officier émissaire des FAR, M. Ephrem Rwabalinda, est édifiant. Par-delà les fournitures et soutiens militaires que pouvait apporter la France, la question du jour n'était pas comment arrêter le génocide, déjà à moitié accompli, mais comment retourner les médias en faveur du camp en train de le commettre (5) ?</p>
<p>L'engagement de la France au Rwanda est révélateur des dégâts que peuvent causer en Afrique des acteurs politiques, militaires, affairistes, voire mafieux (il y avait notamment un narco-trafic rwando-français), lorsqu'ils ne sont plus soumis à l'autorité démocratique. Certains ressuscitent le "syndrome de Fachoda", une paranoïa face aux "menées anglo-saxonnes" qui légitime les alliances avec le dictateur zaïrois Mobutu et le régime islamiste de Khartoum, contre l'Ouganda et le Rwanda actuel (6). Paris n'hésite pas à sacrifier des populations (Tutsis, Noubas, Dinkas, etc.) à la défense d'une ligne Maginot imaginaire, abritant le commerce français et la francophonie (7). Ce microcosme franco-africain reste lié à ses correspondants locaux par diverses formes de "solidarité" : la cogestion de comptes en Suisse, alimentés par le dépeçage de l'aide publique ou le détournement de marchandises ; la "fraternité d'armes" avec d'anciens élèves des écoles militaires hexagonales, intégrés dans une armée ou une garde présidentielle claniques, avec des officiers acheteurs d'armes ou matériels français, très largement commissionnés...</p>
<p>Mais l'horreur de l'histoire n'est pas faite que de décisions cyniques : elle se nourrit aussi de mesquineries et de lâchetés. Ni l'opinion ni les médias ne peuvent vraiment être exonérés. Ils n'ont rien dit lorsque M. François Mitterrand a affirmé solennellement : "Il n'y a pas de Monsieur Afrique à l'Elysée." C'était le 14 juillet 1990. Quatre mois plus tard, répondant à une demande téléphonique du dictateur Juvnal Habyarimana, M. Jean-Christophe Mitterrand lui promettait l'envoi des parachutistes français...</p>
<p>Notes :<br class='autobr' />
(1) Composé en majorité d'exilés tutsis.<br class='autobr' />
(2) Cf. Colette Braeckman, Rwanda : histoire d'un génocide, Fayard, Paris, 1994 ; François-Xavier Verschave, Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda, La Découverte, Paris, 1994 ; "Dossier" noir de la politique africaine de la France, par la Coalition pour ramener à la raison démocratique la politique africaine de la France, trois livraisons déjà parues, c/o Survie, 57, avenue du Maine, 75014 Paris.<br class='autobr' />
(3) Selon Jean-François Médard. Lire son intervention lors de la "mise en examen" de la politique africaine de la France, les 8 et 9 novembre 1994 à Biarritz reproduite dans L'Afrique à Biarritz, Agir Ici et Survie, Karthala, Paris, 1995.<br class='autobr' />
(4) Dont la carte, centrée sur l'Ouganda, ornait sous cette appellation le bureau du chef d'état-major des armées. D'après Antoine Glaser et Stephen Smith, L'Afrique sans Africains, Stock, Paris, 1994, pp. 184-185.<br class='autobr' />
(5) Lors du "flagrant délit" rwandais, l'ambassade de France a porté beaucoup plus d'attention à la sauvegarde de ses archives qu'au massacre du personnel rwandais de la coopération.<br class='autobr' />
(6) Jusqu'à la "transformation complète de notre politique au Rwanda" annoncée par le ministre Bernard Debré dans Le Monde, 29 décembre 1994 : l'ancienne était indéfendable dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne.<br class='autobr' />
(7) Mais, observe Colette Braeckman, "peut-on sérieusement imaginer que la défense de la francophonie puisse coïncider avec la protection d'un régime digne des nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais réparer un tel outrage à l'esprit même de la langue française".</p>
<p>Mars 1995</p>
<p>Chronologie</p>
<p>1973 : Habyarimana prend le pouvoir dans un coup d'Etat sanglant.<br class='autobr' />
Années 90 : révolte sociale contre la misère et politique contre la dictature, avec des manifestations monstres à Kigali (100.000 le 8 janvier 90, puis le 15 janvier)<br class='autobr' />
Avril 1990 : Le chef d'Etat du Rwanda M. Juvenal Habyarimana a achevé, le vendredi 6 avril, une visite officielle en France au cours de laquelle il a rencontré M. Mitterrand. <br class='autobr' />
20 juin 1990 : discours de Mitterrand en faveur du multipartisme au sommet franco-africain de La Baule.<br class='autobr' />
fin 1990 : le lieutenant-colonel Chollet, de l'armée française, organise l'armée rwandaise et Paul Barril travaille pour l'Akazu, clan familial présidentiel<br class='autobr' />
Octobre 1990 : Le 17 octobre, le Zaïre retire ses troupes du Rwanda où elles aidaient le régime en place. Le 18 octobre 1990, le dictateur Juvenal Habyarimana, en visite à l'Elysée, reçoit du président François Mitterrand la promesse de l'aide militaire française en échange d'une promesse d'ouverture politique à l'opposition. Opération Noroit : engagement français dans la guerre contre le FPR sous prétexte d'aide à l'évacuation des Français. Le contingent français stoppe l'offensive du FPR aux portes de Kigali une première fois, puis sert à aider le gouvernement à arrêter ses opposants dans la capitale. Le pouvoir accuse la communauté tutsie tout entière de complicité avec les forces armées du FPR qui attaquent le pouvoir depuis l'Ouganda. 4000 Tutsis rwandais traités de « suspects » de sympathie avec le FPR sont arrêtés sans jugement. " Il nous faut démasquer au plus vite les assaillants infiltrés dans la population ", déclare le président pour expliquer la campagne de délation nationale à laquelle les Rwandais sont aujourd'hui conviés. Une occasion rêvée pour les autorités et pour les particuliers de se débarrasser d'un voisin, d'un collègue de travail ou d'un opposant. Un simple coup de téléphone suffit, les militaires arrivent quelques minutes après, embarquent le suspect en remettant le contrôle d'identité à plus tard. Il a fallu ouvrir un stade pendant quelques jours pour y mettre le trop-plein des interpellés.<br class='autobr' />
Novembre 1990 : " Nous sommes prêts à vous aider financièrement pour régler le problème des réfugiés ", a déclaré, jeudi 8 novembre, le ministre français de la coopération, M. Jacques Pelletier, à l'issue d'une mission dans la région. <br class='autobr' />
Décembre 1990 : Dans son numéro de décembre, le tout nouveau bimensuel Kangura (proche de la direction de l'armée rwandaise) énonce " les dix commandements " que les Hutus (ethnie majoritaire, au pouvoir depuis 1959), sont censés appliquer. Sera ainsi considéré comme " traître " tout citoyen Hutu " qui fait alliance avec les Tutsis dans ses affaires ". Pire : " les Hutus doivent cesser d'avoir pitié des Tutsis " et, s'alliant à " leurs frères bantous ", se montrer " fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi ". Cet appel à la haine raciale ne semble pas avoir ému le gouvernement du président Habyarimana pas plus que les institutions judiciaires pourtant promptes, semble-t-il, à réagir dès qu'il s'agit de " suspects " d'origine tutsie.<br class='autobr' />
Juin 1991 : instauration du multipartisme qui donne naissance à une douzaine de partis officiels et à une soixantaine de journaux privés. En fait, les partis, associations et journaux qui sont critiques du régime sont sans cesse inquiétés et attaqués, alors que la presse et les organisations d'extrême-droite hutu sont favorisés par le pouvoir. Pourtant, les opposants du MDR, du PL et du PSD cultivent le réalisme, la modération et se refusent à s'appuyer sur la révolte populaire.<br class='autobr' />
Novembre 1991 : manifestation massive, à Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le président est obligé de céder le multipartisme. Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplacées par les troupes françaises.<br class='autobr' />
Janvier 1992 : « Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. » (citation du rapport Quilès)<br class='autobr' />
Février 1992 : la journaliste pro-française Simon Catherine écrit : « Les militaires français ne combattent pas directement, mais c'est vrai qu'ils apportent un "plus à l'armée rwandaise". Paradoxalement, cette présence française est à la fois critiquée par l'opposition et saluée comme une sorte de "gage" donné au processus de démocratisation. Même ceux qui la contestent admettaient, encore récemment, qu'elle avait permis d'éviter de "trop grosses bavures sur le plan humanitaire". » Les média français s'y entendent à cautionner au nom de l'humanitaire les exactions soutenues au Rwanda par la France.<br class='autobr' />
Mars 1992 : massacres organisés par le pouvoir dans le sud-est du pays, répétition de ce que sera la génocide. Dans la région de Bugesera, 13.000 habitants ont du fuir face aux massacres de Tutsis par des Hutus, massacre organisé quasi ouvertement par le pouvoir. Maisons brûlées, personnes violées et gravement blessées sont aussi des moyens utilisées d'une terreur de masse qui reste pour le moment localisée. Le mouvement fasciste hutu tente ainsi d'offrir un dérivatif au mécontentement populaire. Alphonse Mobito de l'Association rwandaise des droits de l'homme affirme que des centaines de personnes « ont été brûlées ou bien jetées dans des fosses d'aisance ». Un tract aux accents violemment tribalistes, lu le 3 mars sur les ondes de la radio nationale, est " en partie " à l'origine du drame, a reconnu, lundi 9 mars, dans un entretien accordé à Radio France internationale (RFI), le premier ministre, M. Sylvestre Nsanzimana. En plus de la radio, il faut citer comme média ouvertement génocidaire et lié au pouvoir le journal « Kangura », qui en appelle régulièrement au " salut du peuple bantou " et dénonce, à longueur de colonne, la " croisade " des Tutsis - ces " serpents venimeux ", qui ont " vendu leurs filles-vipères aux Américains, aux Européens, et même aux Africains " – et qui, malgré ses appels au meurtre des tutsis, n'a jamais été inquiété.<br class='autobr' />
14 mars 1992 : l'opposition démocratique annule la manifestation de protestation contre les massacres qu'elle envisageait du fait de ses négociations avec le pouvoir, accord qui prévoit que le Premier ministre rwandais sera choisi par l'opposition.<br class='autobr' />
Début mars 1992 : la France envoie de nouvelles troupes du 2e Régiment d'Infanterie de Marine.<br class='autobr' />
16 avril 1992 : le pouvoir est contraint de mettre en place un gouvernement d'union des partis politiques, y compris l'opposition démocratique, dont le dirigeant du MDR, Nsengiyaremye, est nommé chef du gouvernement.<br class='autobr' />
Juillet 1992 : Selon M. Habyarimana, interrogé par Radio France internationale, la France est au Rwanda pour protéger ses intérêts, sans autre précision (RFI, 19 juillet 1992).<br class='autobr' />
Août 1992 : le 26 août 1992, signature d'un avenant à l'accord d'assistance militaire de la France au Rwanda : l'Ambassadeur Georges Martres a simplement précisé “ s'être aperçu en 1992 que la coopération militaire destinée à l'armée rwandaise manquait de base juridique puisque l'accord en vigueur à cette époque ne mentionnait que la coopération avec la Gendarmerie ”.<br class='autobr' />
1er septembre 1992 : lettre officielle du président François Mitterrand de remercieents à Jean Bosco Barayagwiza, leader fasciste du CDR qui vient d'organiser des massacres à Kibuye pour torpiller les accords.<br class='autobr' />
Novembre 1992 : les violences des bandes fascistes hutus Interhmwe se multiplient.<br class='autobr' />
28 février 1993 : le ministre de la coopération, Marcel Debarge, en visite à Kigali, appelle tous les Hutus à s'unir contre le FPR. Selon un ex-spécialiste africain de l'Elysée Gérard Prunier, c'est « un appel à la guerre raciale » (dans Rwanda, le génocide). Une semaine plus tard, le front « Hutu power » est fondé.<br class='autobr' />
L'aide à l'armée rwandaise officiellement, en 1993, 12 millions de francs de matériel, et le détachement de quelques dizaines d'instructeurs n'avait jamais cessé, accompagnant la "montée en puissance" de ces troupes : en cinq ans, ses effectifs étaient passés de 15 000 à 40 000 hommes, alors que la guérilla elle-même se renforçait (Cf. Philippe Leymarie, "La France et le maintien de l'ordre en Afrique", le Monde diplomatique, juin 1994).<br class='autobr' />
17 juillet 1993 : formation d'un nouveau gouvernement avec Agathe Uwilingiyimana comme premier ministre.<br class='autobr' />
4 août 1993 : les accords d'Arusha sont signés par le président rwandais et le FPR, en vue d'un partage du pouvoir et d'une fin de la guerre, accords signés sous la pression américaine.<br class='autobr' />
Janvier 1994 : La France a pris part à des fournitures d'armes qui ont servi aux massacres : le rapport de Human Rights Watch de janvier 1994 souligne que des mortiers, des voitures blindées, des pièces d'artillerie, des hélicoptères, ont été livrés au Rwanda. Des conseillers militaires et jusqu'à 680 militaires ont été présents au Rwanda, officiellement pour protéger les expatriés, en fait pour contenir l'avance du Front patriotique. En outre, une vente d'armes égyptiennes, pour une valeur de 6 millions de dollars, a été garantie par le Crédit Lyonnais.<br class='autobr' />
Jusqu'en avril 94 : Opération militaire française « Amaryllis » qui évacue tous les Blancs et quelques gros bonnets des fascistes hutus.<br class='autobr' />
De janvier 1993 à mars 1994 : le régime achète l'essentiel des machettes du génocide ; 581 tonnes soit une machette pour trois adultes hutus<br class='autobr' />
6 avril 1994 : c'est le début du génocide déclenché à l'annonce de la mort du président dont l'avion a été abattu. La garde présidentielle (dont le sommet a été formé en France) démarre assassinant l'opposition politique et les Hutus modérés puis les Interhamwe miliciens du MRND ex parti unique, affilié à l'internationale démocrate chrétienne, installent des barrages où les Tutsis sont systématiquement tués. Puis l'armée et les miliciens contraignent la population hutu à tuer les Tutsis.<br class='autobr' />
Juillet 1994 : opération Turquoise</p>
<p>Historique</p>
<p>La révolte de 1990-92<br class='autobr' />
Le prétexte de la politique des classes dirigeantes et de l'impérialisme français a consisté à prétendre qu'il s'agissait seulement de se défendre contre l'attaque extérieure d'une armée financée et aidée par l'étranger. On ne voit pas pourquoi l'attaque militaire extérieure justifierait-elle une agression intérieure violente contre la moitié de la population civile qui n'avait nullement pris fait et cause dans cette guerre. Si, le 1er octobre 1990, le FPR, opposition organisée et armée à partir de l'Ouganda, lance sa première attaque, le choix de cette période n'était pas fortuit. 1990 était une année charnière dans toute l'Afrique. En effet, cette année-là, à cause de la crise économique du système capitaliste dans laquelle le monde s'enfonçait inexorablement depuis plus de vingt ans, tout le continent africain était pris dans une tourmente de luttes sociales sans précédent. Plus qu'aucune région du monde, l'Afrique plus vulnérable, parce qu'exploitée depuis des siècles, subissait douloureusement les conséquences de la crise. A cause de la chute des prix des matières premières sur le marché mondial, les conditions de vie des masses populaires s'étaient profondément dégradées, essentiellement à cause, d'une part, du fait que les caisses étant de plus en plus vides, les Etats n'avaient plus les moyens d'assurer les services publics nécessaires et d'augmenter les salaires, et d'autre part, de ce que, sous la pression du FMI et respectant les plans d'ajustement structurel de celui-ci, ces mêmes Etats bloquaient les salaires, diminuaient les bourses des étudiants et organisaient des licenciements massifs, tant dans le public que dans le privé, en édictant des lois permettant aux patrons de faire ce qu'ils voulaient.</p>
<p>Toutes ces attaques de la bourgeoisie mondiale à travers la politique de ses valets locaux finirent par déclencher la colère des différentes couches populaires africaines. Celle-ci s'exprima de différentes façons : des émeutes de la faim suite à une augmentation du prix du pain, comme au Maroc ou en Tunisie, mais surtout des grèves et des révoltes. C'était l'ensemble du continent africain qui était secoué. A Abidjan, à Douala, à Lomé, à Libreville, à Bamako, à Kinshasa, à Douala, etc, dans la plupart des capitales africaines, des milliers de gens, des travailleurs, des étudiants, des femmes, des jeunes s'élevaient pour dire qu'ils n'acceptaient plus de vivre comme avant. Ils descendaient dans la rue pour crier leur colère contre la misère. Ils s'érigeaient contre les plans d'ajustement du FMI, réclamaient les arrêts des licenciements, l'augmentation des salaires, des bourses et des meilleures conditions d'études. Ces grèves, émeutes, révoltes allaient ébranler les dictatures, en faire reculer certaines ou même tomber d'autres, comme au Mali, par exemple, en 1991.</p>
<p>Ce déferlement d'événements sans précédent, dont certains, comme la révolte des jeunes en Algérie en 88, avaient commencé des années avant 1990, ce déferlement d'événements donc contraignit l'impérialisme français à faire pression sur ses laquais locaux afin qu'ils modifient quelque peu la façade de leurs régimes dictatoriaux. Ainsi nombre de dictateurs qui, auparavant, avaient juré que de leur vivant ils n'instaureraient pas le multipartisme allaient finalement faire marche arrière et accepter qu'il y ait des partis autres que les leurs. Pour compléter le tableau, ajoutons que c'était dans la même période que, sous la pression des puissances impérialistes, en Afrique du sud, effrayée par l'explosion quasi permanente des townships et des ghettos, la bourgeoisie blanche a décidé d'aller rencontrer la direction de l'ANC à Lusaka, en Zambie, afin de discuter de la perspective d'un changement en douceur de l'apartheid sous la forme d'une solution négociée avec la bourgeoisie noire. Ici et là, le but visé par toutes ces opérations était évidemment de chercher à désamorcer la colère des masses populaires, à la domestiquer, en la détournant vers des changements formels afin d'éviter qu'elle ne débouche sur une remise en cause contagieuse de l'ordre social.</p>
<p>Le Rwanda aussi avait connu les mêmes problèmes que les autres pays africains. La chute des cours des matières premières avait créé au pays d'énormes difficultés : entre 1985 et 1988, le prix du café avait baissé de 30%, celui du thé, de 40%. Le prix de l'étain aussi avait chuté à tel point que, en 1985, la Somirwa, une société minière dont les exploitations d'étain assuraient à l'Etat 25% de recettes en devises et qui employait 8 000 personnes, avait fait faillite. Aussi les masses étaient-elles confrontées aux mêmes problèmes qu'ailleurs : précarité, misère, licenciements, suivis d'un profond mécontentement.</p>
<p>Dès 1989, le régime du parti unique était de plus en plus critiqué, y compris de l'intérieur. Dans la même année, trente trois intellectuels ont osé publier une lettre ouverte réclamant des élections libres. En 1990, sous la pression de la rue et de l'impérialisme français, comme les autres dictateurs, Habyarimana accepta de mettre sur pied une commission nationale en vue de l'instauration du multipartisme. Mais avant que celle-ci ne dépose les résultats de ses travaux, plusieurs paris politiques d'opposition, des syndicats indépendants, des associations de droits de l'homme et une presse libre diverse se créèrent.</p>
<p>En face de l'ancien parti unique le MRND, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, qui changea de nom pour devenir le MRNDD, le Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement, se créèrent toute une série de partis politiques bourgeois, des modérés libéraux aux partis ouvertement racistes, anti-tutsis. Le plus important d'entre eux était le MDR, le Mouvement Démocratique Républicain. Dirigé par des Hutus rivaux d'Habyarimana, originaires de la région du Centre et du Sud, ce parti se voulait l'héritier du Parmehutu de l'ancien dictateur Kayibanda.</p>
<p>Bon nombre de ces partis, pour ne pas dire la plupart, étaient de bouts du MNRD, le parti de la dictature. Leur ambition à tous était surtout de partager le pouvoir avec la clique de "l'Akazu", "la maisonnée" du dictateur. Par ailleurs, quoique se définissant généralement d'obédience hutue ou tutsie, ces partis étaient souvent organisés autour des ambitions personnelles de quelques individus et apparaissaient plus comme représentant les intérêts de telle ou telle région et non telle communauté ethnique. Par exemple Le MDR, issu du MNRD et dirigé par des Hutus, prétendait défendre les intérêts des Hutus du centre et du sud écartés de la gestion des affaires depuis la prise du pouvoir par les Hutus du Nord. Il en était de même pour tous les autres partis. C'est pourquoi, reprochant au parti du dictateur Habyarimana de concentrer exclusivement le pouvoir entre les mains des Hutus du Nord, la seule ambition de tous ces partis était de faire pression sur la dictature afin d'aboutir à un repartage du pouvoir sous la forme d'un rééquilibrage au profit des uns et des autres.</p>
<p>Dans tous les cas, la dictature de Habyarimana s'est trouvée ébranlée par cette situation. Elle était affaiblie par le mouvement de contestation qui se développait dans le pays. Elle avait surtout perdu la confiance d'une frange de sa base sociale petite-bourgeoise. Et ce fut dans cette situation-là qu'intervint la première attaque du FPR.</p>
<p>Les grandes puissances visent à un partage du pouvoir avec le FPR<br class='autobr' />
S'ajoutant au mouvement de contestation intérieur de plus en plus grandissant et aux pressions des pays riches qui souhaitaient une stabilité politique, cette attaque mit la dictature de Habyarimana sous la coupe d'une triple pression. La conjonction de ces trois éléments, à savoir les manifestations des rues, les pressions des puissances impérialistes et les raids du FPR, dans un contexte marqué par d'énormes difficultés économiques dues à la chutes des prix des matières premières, tout cela allait peser plus encore sur le pouvoir au point de l'obliger à composer avec l'opposition et d'accepter de discuter avec elle. Ainsi au mois de mars 1992 et au mois de juin 1993, un gouvernement de transition fut formé avec les partis de l'opposition. Au mois d'août1992, entre la dictature de Habyarimana et l'ensemble de l'opposition, tant politique que militaire, s'engagèrent des discussions et des négociations qui allaient durer plusieurs mois avant d'aboutir à un ensemble d'accords appelés "les Accords d'Arusha", du nom d'une ville tanzanienne où ils ont été conclus en août 1993.</p>
<p>Sur le papier, ces accords prévoyaient que le chef de l'Etat ne dirigerait plus. Le véritable pouvoir serait entre les mains des partis politiques qui s'appuieraient sur une Assemblée Nationale souveraine, avec un gouvernement de transition à base élargie devrait. Entre autres choses, dans ces accords, il y avait aussi la fin de la guerre, la réconciliation, la mise en place d'un Etat de droit, le retour des exilés éparpillés à travers le monde, le partage du pouvoir entre l'ancien parti unique, les partis d'opposition et le FPR. Celui-ci se transformerait en un parti et ses troupes intégreraient les rangs de l'armée. Enfin des élections présidentielles et législatives devraient avoir lieu en 1995.</p>
<p>Les puissances impérialistes ainsi que les partis de l'opposition pensaient tenir à travers ces accords la clé de la crise rwandaise. Ils croyaient qu'il suffirait de coucher sur du papier quelques idées généreuses sur la paix, l'Etat de droit, etc, pour que Habyarimana et sa bande d'Akazu acceptent tout, au point d'abandonner les privilèges. Mais c'était compter sans les dignitaires de la dictature qui firent seulement semblant d'admettre le compromis. Lors d'un meeting en 1992, Habyarimana traita les négociations d'Arusha de "simple chiffon de papier". Des négociations, lui et les siens se servaient surtout comme une couverture afin de mieux préparer la guerre. Car, pour ces gens-là, l'idée d'un simple partage du pouvoir était quelque chose d'inadmissible, une menace sur leurs intérêts. Par ce temps de crise où le gâteau à partager s'était réduit du fait de la chute des revenus de l'exportation, l'avidité de la petite minorité proche du pouvoir s'en était accrue d'autant. Les dignitaires du régime étaient désespérément accrochés à leurs postes, source principale de leur enrichissement, comme les hommes d'affaires qui avaient prospéré sous la parti unique ; les chefs de l'armée et autres militaires avaient peur de la concurrence de leurs rivaux du FPR et d'une démobilisation qui les conduirait au chômage. Par conséquent tout ce monde-là, plus tant d'autres profiteurs du système Habyarimana, ne voulait pas du moindre compromis avec leurs rivaux de l'opposition. Alors, en se servant de l'appareil d'Etat, il allait se liguer, faire bloc afin de s'opposer par tous les moyens à la perspective du partage du pouvoir et, afin de défendre ses privilèges, opter pour un génocide méthodiquement préparé.</p>
<p>La montée fasciste<br class='autobr' />
Ainsi, dès la première attaque du FPR, en octobre 1990, les principaux dignitaires du régime réagirent brutalement. Comme aux sombres heures de la dictature de Habyarimana, ils brandirent le spectre de "l'ennemi intérieur" et ne cachèrent pas leurs intentions de ne pas se laisser faire : en quelques heures, 10 000 personnes, généralement des Tutsis mais aussi des Hutus modérés considérés comme alliés du FPR, furent arrêtées et parquées dans le stade de Kigali. Dans les provinces, les autorités, les bourgmestres, les préfets, les commandants des zone, poussèrent les Hutus à s'attaquer à leurs voisins tutsis : dans la préfecture de Giseny, par exemple, 300 Tutsis furent tués, des milliers d'autres blessés ou obligés de s'enfuir, leurs maisons brûlées, leurs biens pillés. D'autres massacres de ce genre eurent lieu ailleurs. En 1991, suite à une autre attaque du FPR à Ruhengeri, sous la conduite de la police, de l'armée et des hauts fonctionnaires du coin, des Hutus massacrèrent 300 personnes d'une communauté des pasteurs tutsis. Avant ce massacre, un tract, signé par le préfet et le ministre de l'intérieur, avait circulé, appelant les paysans à détruire "les buissons et tous les rebelles qui s'y cachent. Et surtout n'oubliez pas, dit le tract, que celui qui coupe une mauvaise herbe doit aussi détruire ses racines". En 1992, au cours d'un meeting tenu à Gisenyi, un certain Léon Mugeséra, vice-président du MRND, le parti de la dictature, déclare : "Je prie instamment toutes les personnalités importantes du MRND de collaborer. Celui qui est à la tête du Trésor Public, qu'il nous apporte l'argent... L'homme d'affaires doit toucher à sa caisse et nous apporter de l'argent pour que nous allions trancher les têtes de ces salauds. Rappelez-vous que notre mouvement a ses racines dans les cellules et les secteurs. Le président vous a bien dit qu'un arbre bien en branches et en feuilles seulement, mais sans racines, est un arbre mort. Nos chefs de cellule doivent se mettre au travail, même s'ils ne sont pas payés. Tout élément étranger à la cellule doit être noté. Si c'est un complice des Inyenzis (Tutsis), il doit périr sans autre forme de procès... Notre faute, en 1959, c'est que j'étais enfant, c'est que nous les avons laissés sortir saints et saufs...Je vous répète que nous devons vite nous mettre à l'ouvrage... Sachez que celui à qui vous n'avez pas tranché la tête, c'est lui qui tranchera la vôtre." En fait, à partir de 1990, c'est ouvertement, au vu et au su de tout le monde, que les dignitaires rwandais, utilisant l'encadrement étatique totalitaire, préparaient psychologiquement la populations aux futurs massacres par le biais d'une propagande basée sur la menace des Tutsis.</p>
<p>Pendant 4 ans, ce type de discours alimenté par la haine des Tutsis en général allait être tenu non seulement par les dignitaires du régime mais aussi véhiculé, relayé par les média, notamment à la radio nationale d'abord et la radio dite libre des Milles Collines, et dans les colonnes d'un journal appelé le Kangura. En 1990, par exemple, dans une édition de celui-ci où, sur toute la première page il y avait une photo de Mitterrand avec la mention "Un véritable ami du Rwanda", était publié un texte appelé "Les Dix Commandements du Muhutu". Dans ce texte, on pouvait lire :" Tout Hutu doit savoir que toute femme tutsie, où qu'elle soit, travaille à la solde de son ethnie tutsie. Par conséquent, est traître tout Hutu qui épouse une Tutsie, qui fait d'une Tutsie sa concubine, qui fait d'une Tutsie sa secrétaire ou sa protégée. Tout Hutu doit savoir que tout tutsi est malhonnête dans les affaires. Il ne vise que la suprématie de son ethnie. Par conséquent, est traître tout hutu qui fait alliance avec les Tutsis dans les affaires, qui investit son argent ou l'argent de l'Etat dans une entreprise d'un Tutsi... Les Hutus doivent cesser d'avoir pitié des Tutsis... Tout Hutu doit diffuser largement la présente idéologie..."</p>
<p>L'objectif de toute cette propagande anti-tutsie était de chercher à resserrer les rangs de la communauté hutue autour du clan de l'Akazu au nom du nationalisme hutu, en faisant croire aux Hutus, surtout aux privilégiés de cette communauté, notamment aux hommes d'affaires et aux intellectuels qui avaient rejoint l'opposition hutue modérée, qu'ils risqueraient de tout perdre en acceptant un quelconque compromis avec le FRP, présenté comme le bras armé des Tutsis. Ainsi, dans tous les partis d'opposition, allaient se constituer des cercles et des groupes dirigés par des intellectuels qui se rallièrent à la dictature d'Habyarimana pour former ce qu'ils appelaient le Hutu power, le pouvoir hutu, une sorte de large cadre politique fasciste organisé d'en haut pour défendre les intérêts des privilégiés de cette communauté.</p>
<p>Pour se reconstituer une base sociale populaire qui s'était effritée depuis l'appauvrissement du pays et l'apparition du multipartisme, les dignitaires du pouvoir n'utilisaient pas seulement le spectre de la menace tutsie. Ils se servaient aussi d'autres moyens, comme la corruption. Ce fut à coup d'argent qu'ils se rallièrent certains dirigeants des partis adverses. C'est ainsi que le principal parti de l'opposition, le MDR, éclata en deux, entre, d'un côté, une tendance décidée à aller au bout du compromis avec le FPR, et, de l'autre, une autre qui rejoignit le camp de l'Akazu, au nom de la défense des intérêts des Hutus. La Parti Libéral qui avait la particularité d'avoir des Tutsis et son sein et d'être même dirigé par un président tutsi explosa lui aussi en deux fractions, l'une tutsie, l'autre hutue et sensible aux thèses du hutu power.</p>
<p>Et quand la corruption ne suffisait pas, on avait recours aux assassinats, qui se multiplièrent : parce qu'il refusait de se rallier au hutu power, Félicien Gatabazi, le dirigeant hutu du Parti social-démocrate fut assassiné au mois de février 1994. Pour renforcer son camp, le pouvoir encouragea également la création de plusieurs formations satellites, comme le Parti du bas peuple dirigé par une grande bourgeoise, mais surtout la CDR, la Coalition de la défense de la République, une organisation formée à la droite du MRND. Celle-ci était constituée de militants purs et durs de la cause hutue, originaires de la région du centre et du sud et fidèles à l'ancien dictateur Kayibanda. Ils se voulaient plus extrémistes que la clique de l'Akazu et refusaient tout compromis avec le FPR.</p>
<p>Ainsi, tout en participant aux négociations avec les partis d'opposition et le FPR, Habyarimana et les siens regroupèrent autour d'eux une partie des notables hutus et, de ce fait, constituèrent une force, une base sociale privilégiée, au service de laquelle ils mirent tout le savoir faire du parti unique, ses cadres, ses jeunes, ses réseaux, ses cellules, au service d'une violence planifiée et systématique. Et ils s'armèrent pour cela. L'Etat rwandais, grâce à l'encadrement de l'armée française, augmenta considérablement les affectifs de ses forces armées. De 7000, celles-ci passèrent à 40 000 soldats, équipés aussi en achetant des armes auprès de l'Egypte et de l'Afrique du Sud, avec garantie financière du... Crédit Lyonnais. Les transactions se faisaient de la façon la plus simple : le Rwanda mettait en gage sa production de thé, le Crédit Lyonnais donnait sa caution bancaire et le tour était joué : 6 millions de dollars d'achat d'armes à l'Egypte, 5,9 millions à l'Afrique du Sud. Grâce à la garantie politique et économique de l'impérialisme français, l'Etat rwandais s'est ainsi considérablement équipé auprès de l'Egypte et de l'Afrique du sud, sans oublier les armes livrées par la France : des mortiers, des canons légers, des pièces de rechanges, des douzaines de blindés légers Panhard, des transporteurs des troupes et six hélicoptères Gazelles. Sans oublier des milliers de machettes commandées par le pouvoir. Comme par hasard peu avant les massacres de 94 et pas dans un but de travail agricole.</p>
<p>En 1994, 30 0000 soldats rwandais disposaient d'armes légères en grande quantité, de lance-grenades, de mines terrestres et d'une artillerie à moyenne et longue portées. Une partie des armes a été distribuée à des civils, qui constituaient ainsi des "groupes d'autodéfense". Ceux-ci étaient organisés d'une façon méthodique. La plus petite autorité administrative du pays avait son groupe d'autodéfense dont le noyau avait pour nom le "Nyumba Kumi". Chaque noyau de ce type, contrôlé par les autorités, pouvait comprendre deux ou trois personnes et disposait d'une arme. Les "Nyumba Kumi" étaient reproupés par 10 et constituaient à leur tour une cellule.</p>
<p>Ces milices, créés et organisés par le MRND, étaient appelées "les Interahamwes", ce qui veut dire "ceux qui combattent ensemble". Leurs membres étaient recrutés dans la jeunesse désoeuvrée, les chômeurs, mais aussi parmi les réservistes de l'armée et de la gendarmerie. Les privilégiés du régime, leurs enfants, les intellectuels, les commerçants, eux aussi, ont fourni leurs contingents.</p>
<p>Ces groupes dits d'autodéfense étaient formés, entraînés par des militaires français et rwandais. Ils étaient directement placés sous l'autorité du clan de l'Akazu, notamment de Habyarimana lui-même, de son épouse et leur entourage. C'étaient ces milices-là qui allaient plus tard être lâchées sur les Tutsis. Mais bien avant le génocide, elles avaient été entraînées à massacrer, comme lors des différentes attaques du FPR, ou à agresser, tuer ou faire disparaître des opposants politiques et autres défenseurs des droits de l'homme.</p>
<p>A la fin de 1993, sous la conduite de l'appareil d'Etat, toutes les 146 communes de Rwanda étaient ainsi organisées en milices. Chacune d'elle, en fonction de son importance, avait entre 300 et 500 hommes armés de fusils d'assaut, de grenades et de machettes. Dans la ville de Gitamara, il y avait 50 000 fusils pour une population de 144 000 habitants.</p>
<p>Ces milices n'étaient pas seulement équipées. Elles étaient aussi entraînées, rôdées. Galvanisées par les dignitaires du pouvoir et surtout par une radio, la Radio des Mille Collines qui, à longueur des journées, critiquait "la démocratie importée", appelait à "sauvegarder la révolution de 1959" et leur désignait les Tutsis comme des ennemis à abattre, ces hommes savaient à quoi ils avaient été formés, quel travail on attendait d'eux, voire qui ils devaient éliminer, car des listes nominatives avaient été dressées.</p>
<p>Le printemps 94 des assassins <br class='autobr' />
Voilà comment, contrairement aux partis de l'opposition qui se faisaient tant d'illusions par rapport aux négociations, méthodiquement, avec le soutien de l'impérialisme français, le clan d'Akazu s'est préparé, en recrutant, en armant, mettant au point une formidable machine à tuer, pour défendre son pouvoir et ses privilèges ! Et ce fut ainsi aussi, c'est-à-dire par en haut, en s'appuyant sur l'Etat et ses moyens à leur service, et de façon organisée, qu'ils allaient mettre leurs desseins en application le 6 avril 1994.</p>
<p>Sous la pression des puissances impérialistes, Habyarimana avait fini par accepter les Accords d'Arusha. Il était allé signer les signer à Arusha rentrait à Kigali, ce jour-là, pour promulguer à son retour la liste du gouvernement de transition élargi qui lui avait été imposé. Mais pour les extrémistes de l'Akazu, notamment pour les responsables de la Coalition pour la Défense de la République, cela était hors de question ! Ils allèrent jusqu'au bout de leur logique en abattant son avion et déclenchèrent les massacres qui en peu de temps se transformèrent au génocide.</p>
<p>Dès le crash de l'avion, ils mirent sur pied un comité militaire dirigé par des gens comme Bagosora, un colonel à la retraite, membre du clan hutu hostile à tout compromis avec les autres partis. Alors qu'il y avait un gouvernement dans le pays, ils en formèrent un autre de leur cru, dans les enceintes de l'Ambassade de France. Ce gouvernement, totalement à la solde des extrémistes de l'Akazu, était en réalité une sorte de direction, d'état major politique d'où allaient être orchestrés tous les massacres à grande échelle.</p>
<p>La dite radio libre des Milles Collines rendit les Tutsis responsables de l'attentat. Alors munis des listes nominatives et des adresses, les escadrons de la mort, mirent en exécution ce à quoi ils avaient été minutieusement préparés. Les premières victimes étaient d'abord les Hutus modérés qui n'avaient pas rejoint le camp du Hutu power. Certains étaient membres du gouvernement d'union nationale ou de l'opposition qui voulait un compromis avec le FPR ; d'autres, des responsables des associations des droits de l'homme ou de simples citoyens qui au nom de la légalité et du fait qu'il y avait un gouvernement dans le pays refusaient de se mettre à la remorque des militaires du clan d'Akazu. Ils furent tous assassinés. Les massacres commencèrent, en quelque sorte, par un génocide politique, avec l'assassinat de quelques 10 000 opposants ou modérés hutus. Ensuite ce fut le tour des Tutsis, notamment les plus en vue, les plus riches donc les plus connus. Enfin, ce furent les massacres à grande échelle.</p>
<p>A Kigali, la capitale, sous les appels de la Radio des Mille Collines qui les invitait à tuer, les miliciens dressèrent des barrages sur les rues, les routes, les ruelles. Ils fouillèrent les voitures et filtrèrent les passants. Les Tutsis étaient systématiquement éliminés, à coups de fusils, de mitraillette, de machettes. D'autres miliciens perquisitionnaient dans les quartiers, fouillaient dans les maisons, obligeaient les gens dénoncer ou tuer leurs voisins et laissaient des cadavres à leur passage. Tous les Hutus qui hésitaient ou refusaient de participer aux massacres étaient tués à leur tour. Aucun lieu n'était épargné : les bureaux, les écoles, les hôpitaux étaient transformés en mouroirs. A l'université de Kigali, 87 professeurs dénoncés par leurs collègues hutus ont été assassinés par des miliciens tandis qu'à l'hôpital 170 blessés et malades étaient égorgés dans leurs lits ainsi que tout le personnel soignant tutsi.</p>
<p>Dans les villes et les villages des provinces aussi les miliciens agirent avec méthode et organisation. Ils persécutèrent les Tutsis et les massacrèrent, y compris dans les églises. Partout, les opérations étaient dirigées par les bourgmestres, les secrétaires communaux, les responsables de cellule, des prêtres. Chaque massacre était précédé par un meeting organisé par les autorités locales, où prenait la parole le dirigeant national le plus prestigieux. On appelait au "défrichage". Puis la milice locale partait "travailler". On estime à 32 000, le nombre des responsables à tous les niveaux de l'Etat et de l'administration qui ont participé aux massacres collectifs et à 80 à 100 000 celui des tueurs.</p>
<p>Alors, haine ethnique tout cela ? Evidemment non ! Comme on vient de le voir, ce qui s'est passé au Rwanda n'a rien à voir avec ce que certains ont dit ou voulu faire croire, à savoir que le génocide était la conséquence d'une guerre civile entre deux groupes ethniques, des Hutus, majoritaires, massacrant des Tutsis, minoritaires. Aussi horribles qu'ils aient pu être, les massacres dont le Rwanda a été le théâtre étaient le fruit d'une volonté politique conçue, organisée et méthodiquement appliquée par les dignitaires hutus du clan de l'Akazu, au moyen de l'Etat, en se servant de ses institutions, de l'armée, de la police, des pouvoir locaux, de la radio et même de l'église. Ces massacres ont été préparés, organisés, encadrés et consciencieusement exécutés, par des gens mobilisés, éduqués à cette fin, qui savaient ce qu'ils faisaient et pourquoi ils le faisaient.</p>
<p>Quant aux pauvres qui ont été entraînés dans ce massacre, dont de nombreux jeunes du lumpen prolétariat, il y en a eu des dizaines de milliers qui ont suivi mais qui l'ont fait passivement et, le plus souvent sous la menace. Ils étaient isolés, sans organisation, sans moyen pour résister. Ils avaient en face d'eux des assassins consciemment organisés et armés. On leur a donné des machettes mais les militaires et l'encadrement fasciste était sérieusement armé.</p>
<p>Par ailleurs, leurs victimes n'étaient pas que des Tutsis. Nombreux étaient les Hutus qui ont été assassinés par les bandes armées de la dictature. Nombreux aussi étaient les Tutsis qui ont été protégés, cachés, par des Hutus qui avaient refusé de s'associer à ces massacres collectifs.</p>
<p>Annexes</p>
<p>Bien qu'il serve exclusivement à justifier la politique de l'impérialisme français dans ce génocide, le rapport de la « commission Quilès » mérite d'être lu, car il contient aussi un certain nombre de vérités. Ce rapport est accessible sur internet. Nous n'en citons ici que les extraits les plus intéressants.<br class='autobr' />
Extraits du Rapport parlementaire Quilès <br class='autobr' />
enregistré le 15 décembre 1998<br class='autobr' />
(consultable sur internet)</p>
<p>“ Nous entretenons des relations amicales avec le Gouvernement du Rwanda qui s'est rapproché de la France après avoir constaté la relative indifférence de la Belgique à l'égard de son ancienne colonie. ” Intervention du Président de la République M. François Mitterrand en Conseil des Ministres du 17 octobre 1990.</p>
<p>LES ACCORDS DE COOPERATION MILITAIRE<br class='autobr' />
L'article premier de l'accord prévoit les conditions dans lesquelles les personnels militaires français sont mis à la disposition du Gouvernement rwandais et précise leur mission : “ le Gouvernement de la République française met à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise les personnels militaires français dont le concours lui est nécessaire pour l'organisation et pour l'instruction de la Gendarmerie rwandaise ”. <br class='autobr' />
“ Les personnels militaires français mis à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise sont désignés par le Gouvernement de la République française après accord du Gouvernement de la République rwandaise ” et que “ les intéressés sont placés sous l'autorité de l'officier français le plus ancien dans le grade le plus élevé mis à la disposition de la République rwandaise ”.<br class='autobr' />
Les personnels français “ servent sous l'uniforme rwandais, avec le grade dont ils sont titulaires ou, le cas échéant, son équivalent au sein des forces armées rwandaises. Leur qualité d'assistants techniques militaires est mise en évidence par un badge spécifique " Coopération Militaire " porté sur la manche gauche de l'uniforme à hauteur de l'épaule ”.<br class='autobr' />
L'avenant du 26 août 1992, en remplaçant dans les articles premier et 6 de l'accord de 1975 “ la Gendarmerie rwandaise ” par “ les forces armées rwandaises ”, étend la coopération militaire française à l'ensemble des missions des forces armées du Rwanda.</p>
<p>LES RAISONS DE LA PRÉSENCE DE LA FRANCE AU RWANDA<br class='autobr' />
En lui-même, ce petit pays d'Afrique, enclavé, surpeuplé et sans richesses, ne justifiait guère que l'on s'y intéressât autant. Comme l'a souligné le Ministre des Affaires étrangères, M. Hubert Védrine, lors de son audition, ce pays “ ne revêtait aucun intérêt stratégique particulier pour la France (...) L'indépendance du Zaïre, du Burundi et du Rwanda ne s'étaient pas déroulées dans des conditions optimales (...) Ces trois pays se sont tournés vers la France car elle était le seul pays qui conservait encore une politique exprimant son intérêt et son amitié pour un continent qui semblait largement abandonné par les autres puissances. ” L'engagement de la France au Rwanda est donc issu des conditions dans lesquelles ce pays a eu accès à l'indépendance. Mais il fallait aussi que le Rwanda fût francophone et voisin du Zaïre. Géographiquement, le Rwanda dispose en effet d'une frontière commune avec l'Est du Zaïre immensément riche en ressources minières (uranium, cobalt, diamants...) et constitue de ce fait un poste d'observation privilégié des évolutions de cette région. Il est clair que l'amorce d'une coopération franco-zaïroise ne pouvait prendre forme en laissant de côté le Rwanda et le Burundi qui, d'un point de vue géographique, constituent une voie de pénétration vers le Zaïre et le Sud du continent pour les populations du Nord-Est de l'Afrique.</p>
<p>LES ÉVÉNEMENTS AU RWANDA DE 1990 À 1994<br class='autobr' />
On assiste d'abord à une montée persistante de la contestation. (…) L'historien Gérard Prunier observe ainsi que “ la stabilité politique du régime suivit presque exactement la courbe des prix du café et de l'étain ”. Il ne s'agit d'ailleurs pas là d'une simple coïncidence : le même auteur fait ainsi valoir que l'agriculture de subsistance paysanne, base de l'économie rwandaise, n'offrant que peu de possibilité d'excédent direct, seules restaient “ pour l'élite du régime, (...) trois sources d'enrichissement : les exportations de thé et de café, pendant peu de temps l'exportation d'étain, et les ponctions sur l'aide internationale. Etant donné qu'une bonne part des deux premières sources allait au fonctionnement du Gouvernement, en 1988, la diminution des sources de revenus ne laissait que la troisième comme recours viable ”. D'où une exacerbation de la concurrence pour l'accès aux postes de responsabilité au fur et à mesure que les ressources se tarissaient. (…)</p>
<p>1990<br class='autobr' />
L'année 1990 représente un tournant important dans l'histoire politique contemporaine du Rwanda. Le poids des facteurs internes, tant politiques qu'économiques, n'est pas à sous-estimer. (…) Le Président Juvénal Habyarimana comprend alors qu'il n'échappera pas à une évolution politique de son régime : ainsi, alors qu'en janvier 1989, il soulignait que tout changement politique ne pouvait se concevoir qu'au sein du système du parti unique, son discours du 5 juillet 1990 marque l'acceptation du principe de séparation entre l'Etat et le MRND, seul parti politique autorisé, et la reconnaissance de la nécessité de réformes constitutionnelles, fondées sur l'instauration du multipartisme. (…) L'évolution du régime faisait donc de plus en plus de mécontents, et les mécontentements s'exprimaient d'autant plus que le niveau scolaire et l'alphabétisation du pays s'étaient développés. Le Gouvernement, ou les proches du régime, tentèrent d'enrayer par la force la protestation. En août 1989, M. Félécula Nyiramutarambirwa, membre du Parlement et originaire de Butare, dans le sud du pays, fut renversé par un camion après avoir accusé le Gouvernement de corruption sur des contrats pour la construction des routes. En novembre de la même année, le Père Silvio Sindambiwe, un journaliste dont la parole était libre, fut également tué dans un “ accident de la circulation ”. Des journalistes tentèrent de relater ces événements. Ils furent arrêtés. (…) C'est dans ce contexte qu'eut lieu, en avril 1990, le sommet franco-africain de La Baule. Sur l'insistance du Président Mitterrand, le Président Juvénal Habyarimana fit une déclaration en faveur du multipartisme le 5 juillet 1990. (…) Dans ces conditions, l'attaque du FPR, le 1er octobre, en montrant l'incapacité du régime du Président à assurer seul la sécurité du pays, contribua durement à l'affaiblissement de sa légitimité. Cette crise de légitimité l'obligea à composer avec son opposition interne et à demander un renforcement de la coopération militaire française. (…) En lieu et place de l'organisation de la résistance au FPR dans Kigali, une vague d'arrestations massive fut organisée. Le 9 octobre 1990, le ministère de la Justice rwandais admettait l'arrestation de 3 000 personnes environ. En fait, les chiffres sont évalués à 10 000. Selon M. Gérard Prunier “ de toute évidence, ces arrestations ne visent pas des partisans du FPR (très peu nombreux, et pas tous connus des services de police) ; elles frappent à l'aveuglette Tutsis éduqués et Hutus contestataires''. (…) Le Ministre de la Défense, intervenant à la radio nationale, demandera à la population de traquer les infiltrés. Cet appel sera immédiatement suivi d'effet. Une partie des soldats du FPR, vaincus, se réfugieront dans la région du Mutara, au nord-ouest du Rwanda. Cette région est une zone traditionnelle de l'émigration tutsie vers l'Ouganda. Or, 348 civils tutsis y seront massacrés entre le 11 et le 13 octobre 1990, et plus de 500 maisons seront incendiées dans la seule commune de Kibilira. S'il s'agit là d'un massacre dont l'ampleur est relative, compte tenu du caractère massif des exterminations constatées dans la région, ses caractéristiques méritent qu'on s'y arrête. D'abord, aucune des victimes n'est un combattant du FPR ; il ne semble pas non plus qu'il s'agisse de sympathisants avérés de ce mouvement : il serait en effet extraordinairement risqué d'afficher de telles sympathies et les Tutsis conservent le souvenir des persécutions de la période de 1959 à 1962. Ensuite, les massacres sont commis par les paysans sous la conduite des autorités civiles, selon les règles bien connues de la corvée collective. Interrogé sur la révolte qui aurait poussé les paysans du nord-ouest à massacrer les Tutsis, le Président Juvénal Habyarimana répond placidement dans une conférence de presse : “ Il ne s'agit pas d'une révolte. Tout le monde obéit. ” Enfin, les dirigeants locaux sous l'autorité desquels les massacres ont été commis ne seront pas inquiétés par le pouvoir central. (…)</p>
<p>1991</p>
<p>Avec le redéploiement de la vie politique s'est aussi créée, entre novembre 1991 et janvier 1992, toute une série de petits partis. Leur audience ne pourra jamais être mesurée. En fait, il semble que, pour l'essentiel d'entre eux, la perspective ait été d'exister comme parti enregistré de façon à pouvoir réclamer de participer à une “ conférence nationale ”, si une telle conférence était convoquée. Or, si certains de ces partis semblent être le fait d'initiatives indépendantes, comme le Parti pour la démocratie islamique, l'autonomie de nombre d'entre eux semble assez largement sujette à caution. C'est ainsi que, selon M. Dismas Nsengiyaremye, le Parti socialiste rwandais (PSR) et l'Union démocratique du peuple rwandais (UDSR) évoluaient dans le sillage du FPR. Mais, la plupart furent carrément suscités par le pouvoir rwandais, soucieux de créer un effet de nombre et d'expression de sensibilités proches autour du MRND. (…) A compter du 24 janvier 1991, le Lieutenant-Colonel Gilbert Canovas exerce à nouveau la fonction de conseiller du Chef d'état-major des FAR qu'il occupera jusqu'en juin 1991, le Président de la République ayant une fois de plus accepté la prolongation de sa mission. Le 21 mars 1991, la Mission d'assistance militaire est renforcée par l'envoi de 30 militaires du DAMI Panda. La coopération militaire française change d'échelle. La justification officielle en est le souci de prévenir “ les conséquences néfastes que peut avoir pour la paix dans la région la poursuite d'actions militaires déstabilisatrices ”. (…)</p>
<p>1992<br class='autobr' />
Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. Cependant, devant l'ampleur de la pression, le Président Juvénal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l'opposition réunie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplacé par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirigé par un membre du MDR. (…) Le 7 avril, le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye prêtait serment et le nouveau Gouvernement était mis en place le 16 avril, couronnant ainsi la réussite de la stratégie d'union de l'opposition. (…) L'arrivée au pouvoir du Gouvernement Nsengiyaremye ne signifiait en aucun cas que l'opposition venait de remporter une victoire totale. En effet, si le Général Juvénal Habyarimana, son entourage et son parti étaient, pour la première fois depuis 1973, contraints de partager le pouvoir, ils restaient présents aux affaires. Juvénal Habyarimana restait Président de la République et Chef d'état-major de l'armée. (…) Pour nombre de membres du MRND, l'arrivée au pouvoir de l'opposition et la perspective de négociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c'est-à-dire les partis d'opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu'emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalité n'étant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). Pour nombre de membres du MRND, l'arrivée au pouvoir de l'opposition et la perspective de négociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c'est-à-dire les partis d'opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu'emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalité n'étant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). (…) Le mois de mars 1992 voit en effet le début d'une série d'attentats terroristes. Par deux fois, des grenades sont jetées dans la foule, à la gare routière de Kigali, faisant cinq morts la première fois et un mort et 34 blessés la seconde. (…) Le mois de mars 1992 est aussi celui de la reprise des massacres de Tutsis dans les provinces. (…) Dans la région du Bugesera, (…) les massacres durèrent du 4 au 9 mars, et causèrent la mort d'un nombre de personnes évalué à 300 (l'administration rwandaise d'alors en a admis 182). Comme dans le cas des massacres du Mutara (voir ci-dessus), ils furent accomplis par les paysans sous la conduite de leur bourgmestre dans le cadre d'une “ umuganda ”. (…) M. Filip Reyntjens, auteur d'un rapport au nom de la Fédération internationale des droits de l'homme, écrit quant à lui que : “ début mars, on remarque la présence de militaires de la garde présidentielle en civil, munis de poignards et de pistolets. Par ailleurs, des membres des milices Interahamwe du MRND sont introduits dans la région à bord de véhicules de la Direction des Ponts et Chaussées du ministère des Travaux publics, service dirigé par M. Ntirivamunda, gendre du Chef de l'Etat ; l'essence nécessaire à l'opération est fournie par Séraphin Rwabukumba, beau-frère du Président et par l'ancien Ministre Joseph Nzirorera, proche de la famille présidentielle ”. (…) Dès que l'ampleur en fut connue, les massacres du Bugesera firent l'objet d'une démarche des ambassadeurs des pays de l'OCDE auprès du Président Juvénal Habyarimana. A ce propos, il a été écrit que l'Ambassadeur de France au Rwanda, M. Georges Martres, ne s'était pas associé à cette démarche. (…) Selon l'ancien Ministre de la Défense MRND, M. James Gasana, dans un document remis à la Mission et intitulé La violence politique au Rwanda de 1991 à 1993 : témoignage sur le rôle des organisations de jeunesse des partis politiques, c'est le MRND qui aurait le premier créé sa propre organisation de jeunesse, dénommée “ Inkuba ” (foudre), dès juin 1991, pour organiser troubles et manifestations destinés à déstabiliser le régime. Ont été créés par le MRND les “ Interahamwe ” (ceux qui combattent ensemble) et, par la CDR, dès sa constitution, les “ Impuzamugambi ” (ceux qui poursuivent le même but). (…)“ Dès la mi-1992, la décentralisation des Interahamwe autour des personnalités politiques riches alliées à l'entourage de Habyarimana se renforce. Leur mobilité couplée au regain de force du MRND va leur permettre d'opérer au niveau national, en particulier pour des meetings politiques. Il ne se forme pas de groupes préfectoraux car les préfets redoutent une action disciplinaire du Gouvernement. Même si les groupes créés sont généralement communaux, ils se créent par secteur dans la préfecture de la ville de Kigali et dans les environs. Les luttes entre les organisations des jeunesses ont plus fréquemment lieu par quartier en ville de Kigali. “ La prolifération des Interahamwe vers mi-1992 est due principalement à la perte du contrôle des FAR par Habyarimana et le MRND dans un contexte insurrectionnel d'Ukubohoza ou libération créé par les partis FDC(59). Elle est aussi due au positionnement de certaines personnalités du MRDN face à leurs rivaux de même région, au sein du même parti, dans la perspective des élections générales. Enfin, l'adhésion aux Interahamwe était pour les malfaiteurs une façon de trouver une protection politique contre les poursuites en justice, et pour les jeunes chômeurs une façon de subvenir à leurs besoins de survie sous la protection des dignitaires riches.'' (…) Les premiers contacts officiels entre le nouveau Gouvernement rwandais et le FPR ont lieu à peine un peu plus d'un mois après l'investiture. Le 24 mai en effet, le Ministre Ngulinzira rencontre le FPR à Kampala. Un calendrier de négociation est alors établi. Dès le 29 mai, soit cinq jours seulement après cette première rencontre, les pourparlers de paix commencent à Bruxelles entre le FPR et des représentants du Gouvernement membres des trois partis MDR, PSD et PL, dont la coalition prend désormais le nom de FDC (Forces démocratique pour le changement). Le 5 juin, un accord de cessez-le-feu est trouvé entre le FPR et la coalition gouvernementale FDC, malgré l'opposition du MRND. (…) Le 1er août, le cessez-le-feu entre en application, et le 18 août, soit un mois après le début des négociations des accords de paix proprement dit, le premier protocole d'accord est signé (à Arusha). (…) Les négociations s'engagent alors dans une seconde phase, plus concrète. Celle-ci aboutit à la signature d'accords sur le partage du pouvoir dans le cadre d'un “ Gouvernement de transition à base élargie ”. Ces accords sont signés en deux temps : le 30 octobre 1992 pour les dispositions les plus générales, le 9 janvier 1993 pour les parties les plus difficiles, notamment la répartition concrète des postes ministériels et le nombre des représentants à l'Assemblée nationale de transition. (…) M. Gérard Prunier, lors de son audition par la Mission, a tenu sur ce point les propos suivants : “ en 1992, le Président Juvénal Habyarimana avait demandé au Ministre de la Défense James Gasana de le débarrasser d'un certain nombre d'hommes de son entourage, qu'il trouvait peu sûrs, voire dangereux pour lui, en les marginalisant ou en les éliminant de leur poste (...) parmi ceux-ci figuraient les Colonels Rwagafilita, Serubuga, Sagatwa, avant qu'il ne change de camp, et Bagosora ”. Il a ajouté que “ si James Gasana avait réussi pour les Colonels Rwagafilita, Serubuga et Sagatwa, il avait toujours échoué dans le cas du Colonel Theoneste Bagosora qui représentait l'ultime point de résistance de Madame et de ses frères. Tant qu'il demeurait secrétaire administratif du ministère de la Défense, eux et leur groupe gardaient, dans ce ministère, un accès qu'ils estimaient absolument vital, non seulement pour le contrôle de l'armée, mais aussi parce que l'anse du panier dansait énormément ”. A ce propos, il a fait observer que “ le décuplement, en trois ans, de l'effectif de l'armée, de 5 200 à 50 000 hommes, en accroissant de façon considérable le budget de la défense, avait ouvert de façon tout aussi considérable les possibilités de détournement de fonds, d'abord pour financer les milices -ainsi les milices comme les Interahamwe ou les Impuzamugambi ont-elles été financées par de l'argent volé au ministère de la Défense- mais aussi dans un but d'enrichissement personnel ou politique ”. (…) Conscient de l'inquiétude de ses partisans, le Président Juvénal Habyarimana tente alors de les rassurer. Le même jour, il fait savoir dans un discours à la radio que toute latitude dans les négociations n'est pas laissée au Premier Ministre et au Ministre des Affaires étrangères et que leurs initiatives sont sous contrôle. “ Nos négociateurs à Arusha ont reçu des instructions... les positions qu'ils adoptent ne sont donc pas improvisées... C'est pourquoi je pense que le peuple rwandais peut être rassuré : toutes les précautions sont prises pour s'assurer que les actions individuelles ne mènent pas notre pays vers une aventure dont il ne veut pas ”. Cette déclaration ne suffit pas à apaiser la colère de certains Hutus radicaux. Selon un processus désormais connu, des massacres s'ensuivent donc. Cette fois, c'est la préfecture de Kibuye qui est le théâtre des événements. Selon M. Gérard Prunier, le bilan de ceux-ci se monterait à 85 morts environ, 200 blessés et plus de 5 000 déplacés. La négociation puis la conclusion des deux accords du 30 octobre 1992 puis du 9 janvier 1993 s'accompagnent d'une tension grandissante. Le 2 octobre 1992, le professeur belge Filip Reyntjens dénonce l'existence d'un “ réseau zéro ”. Cette expression, à laquelle on donne souvent le sens de “ zéro Tutsi ” (…)Le “ réseau zéro ” est une sorte d'escadron de la mort formé de miliciens du MRND et de soldats détachés et équipés par l'armée sous le contrôle de proches du Chef de l'Etat, c'est-à-dire des membres les plus notables de l'Akazu. Le professeur Filip Reyntjens cite ainsi les trois frères de Mme Habyarimana, le directeur des travaux publics et gendre du Président, M. Ntirivamunda, le Colonel Elie Sagatwa, secrétaire personnel du Président et son beau-frère, le chef du service de renseignement militaire, le commandant de la Garde présidentielle, et enfin le Colonel Theoneste Bagosora, directeur de cabinet du Ministre de la Défense. (…)Dans le témoignage déjà cité, M. James Gasana expose que “ dès septembre 1992, l'alliance des Interahamwe et des Impuzamugambi est plus forte que les Inkuba. Avec la CDR, ils constituent la base politique des " durs " des FAR. Ils mènent une campagne auprès des militaires pour le renversement du Gouvernement de Dismas Nsengiyaremye. ” De fait, le 18 octobre, la CDR organise une manifestation réclamant le départ du Premier Ministre et de son Gouvernement, s'insurgeant contre l'évolution gouvernementale de Radio Rwanda et remerciant la France pour sa présence. Les manifestants réclament aussi que tous les partis enregistrés participent au Gouvernement. Il s'agit bien, compte tenu de ce qui a été dit de ceux-ci, de tenter de paralyser l'action gouvernementale. (…) La tension continue à monter. Le 22 novembre 1992, M. Léon Mugesera, membre influent du MRND, s'adresse en ces termes aux militants de la ville de Kabaya, en préfecture de Gisenyi. “ Les partis d'opposition ont comploté avec l'ennemi pour faire tomber la préfecture de Byumba aux mains des Inyenzi (...). Ils ont comploté pour saper nos forces armées (...). La loi est très claire sur ce point : " Toute personne coupable d'actes visant à saper le moral des forces armées sera condamnée à mort. " Qu'est-ce que nous attendons ? (...) Et ces complices (Ibyitso) qui envoient leurs enfants au FPR ? Qu'attendons-nous pour nous débarrasser de ces familles ? Nous devons prendre en main la responsabilité et supprimer ces voyous. (...) Nous devons agir. Il faut les liquider tous ! ” (…) M. Michel Cuingnet, ancien chef de la Mission de coopération au Rwanda, a affirmé que dès les premières émissions de la RTLM en avril 1993, “ on annonçait sur les ondes qu'il fallait “ terminer le travail et écraser tous les cafards ”. Après le 6 avril 1994, MSF a rapporté que l'on pouvait entendre sur RTLM ce type de message : “ Il reste de la place dans les tombes. Qui va faire du bon boulot et nous aider à les remplir complètement ? ”. De fait, ces organes de presse, qui n'ont jamais été ni censurés ni interdits, ne font que relayer les propos des officiels du régime. Maître Eric Gillet a rappelé devant la Mission que dans un discours prononcé à Ruhengeri en novembre 1992, “ le Président Juvénal Habyarimana appelle les milices Interahamwe qu'il a créées à le soutenir dans son action et leur donne carte blanche ”.</p>
<p>1993<br class='autobr' />
Maître Gillet a cité également le mot du Colonel Bagosora, qui a déclaré lors d'un retour d'Arusha en janvier 1993 : “ je reviens préparer l'apocalypse ”. Cette volonté d'éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l'armée composée uniquement de Hutus. le Général Jean Varret a rapporté devant la Mission : “qu'à la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demandé, avec l'appui de l'ambassadeur, une formation d'officier de police judiciaire (OPJ), afin de pouvoir mener efficacement des enquêtes intérieures ”. (…)M. Faustin Twagiramungu a toutefois fait entendre une voix légèrement dissonante ou, plus exactement, apportant un complément. Il a précisé que “ les partisans de la CDR que l'on voyait chanter publiquement : "nous allons exterminer", n'avaient jamais dit qu'ils allaient exterminer seulement les Tutsis, mais qu'ils visaient aussi l'opposition qui, si elle comportait des Tutsis, était d'abord constituée par des Hutus”. (…) La signature du deuxième accord sur le partage du pouvoir, le 9 janvier 1993, radicalise encore la situation. D'abord, conformément aux craintes des Hutus radicaux, les accords fixent la répartition des sièges de l'Assemblée de transition devant laquelle répondra le Gouvernement. Celle-ci ne sera donc pas élue mais nommée. Les membres du MRND et de la CDR y voient une concession intolérable au FPR, celui-ci s'assurant ainsi d'une présence en nombre alors que, eu égard à la faible proportion de Tutsis du Rwanda, et au fait que nombre d'entre eux sont des proches du parti libéral, des élections tenues immédiatement ne lui auraient donné qu'une faible représentation. De plus, s'agissant du Gouvernement, les partis FDC et le PDC conservent tous leurs postes ministériels. Les cinq postes attribués au FPR sont, à part une création destinée à prendre en charge les réfugiés, tous pris sur le contingent du MRND, qui perd ainsi au profit du FPR quatre de ses sièges, dont le ministère de l'Intérieur. Eu égard au caractère stratégique de ce ministère, la colère du pouvoir MRND et de ses sympathisants déferle. Le 19 janvier, le MRND et la CDR organisent de violentes manifestations contre l'accord. Le 21 janvier, le Secrétaire général du MRND déclare que son parti le rejette purement et simplement. La présence d'une commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'homme au Rwanda, du 7 au 21 janvier 1993, avait eu un impact certain sur le ralentissement des violences. Son départ le 21 janvier, au moment même où le MRND rejette l'accord, libère leur expression. Pendant six jours, des violences meurtrières menées par des miliciens extrémistes associés aux populations locales dévastent le nord-ouest du Rwanda. Voici comment M. Dismas Nsengiyaremye les présente : “ avec la caution des autorités locales, le MRND organisa des manifestations violentes à travers tout le pays du 20 au 22 janvier 1993 et proclama son intention de paralyser toutes les activités. Les partis d'opposition ne se laissèrent pas intimider et organisèrent des contre-manifestations qui neutralisèrent les activistes du MRND et de ses satellites, dans les préfectures de Byumba, Kibungo, Kigali-ville, Kigali rural, Gitarama, Butare, Gikongoro, Cyangugu et Kibuye (sauf commune Rutsiro). Dans les préfectures de Gisenyi, Ruhengeri, Kigali rural (zone de Bumbogo et de Buliza), Byumba (commune Tumba) et Kibuye (commune Rutsiro), ces manifestations se transformèrent rapidement en émeutes et les prétendants manifestants se mirent à tuer les Tutsis et des membres des partis d'opposition. Il y eut environ 400 morts et 20 000 personnes déplacées ”. (…) Le développement de ces massacres amène le FPR à suspendre les contacts à Arusha. En fait, le 8 février 1993, il décide de rompre le cessez-le-feu et passe à l'attaque dans les environs de Byumba et de Ruhengeri. L'offensive est couronnée de succès. Le FPR enfonce les lignes rwandaises, l'annonce de la paix ayant par ailleurs largement démotivé les FAR. Il s'empare de l'essentiel de leur équipement, occupe la plus grande part des préfectures de Ruhengeri -ville qu'il conquiert dès le 8 février- et de Byumba, et avance jusqu'à Rulindo, à 30 km au nord de Kigali. Cependant, le 20 février, le FPR proclame un cessez-le-feu unilatéral. Il semble que deux éléments aient pu l'arrêter. D'une part l'annonce du renforcement de Noroît le plaçait dans la perspective risquée d'un affrontement direct avec les forces françaises. (…)En même temps, la perte de contrôle du Gouvernement sur l'ordre public devient totale. Le développement des milices devient incontrôlable. M. James Gasana en fait une des conséquences de l'offensive de Byumba : “ Malgré l'action de la gendarmerie, les Interahamwe ne cessent de se renforcer. La reprise des hostilités par le FPR a poussé les populations de Byumba en direction de Kigali, notamment. Il y a ainsi des milliers de jeunes gens déplacés de guerre, déscolarisés, sans autre occupation, aigris, et poussés dans la haine ethnique par la guerre, l‘abandon et la misère qui se font recruter dans les Interahamwe pour survivre. Il s'y ajoute aussi des centaines de militaires qui ont déserté le front ou qui ont été renvoyés pour indiscipline. Il faut scruter la frustration et la colère des milliers de jeunes déplacés de guerre, abandonnés à eux-mêmes dans la misère et l'angoisse des camps, pour comprendre la force que les Interahamwe vont avoir à Kigali. Dans leur long calvaire, ces jeunes ont côtoyé la mort dans les camps. Ils ont vu des centaines de corps mutilés par les bombes des rebelles du FPR. Les victimes sont soit leurs amis ou les membres de leur parenté. N'ayant rien à perdre et cherchant où s'accrocher pour la survie élémentaire, ils deviennent un réservoir de recrutement d'Interahamwe et sont utilisés avec d'autres jeunes dans les affrontements contre ceux qu'ils considèrent comme alliés au responsable de leur misère, le FPR. ” Les attentats aveugles reprennent. (…) Etape supplémentaire et gravissime dans la décomposition de l'Etat, le 14 juin 1993 est marqué par l'évasion spectaculaire et massive de la prison de Kigali de militaires, d'Interahamwe et d'individus impliqués dans les événements de décembre 1992 et janvier 1993. Dans son rapport d'expertise, André Guichaoua note que “ cette évasion de personnes ayant des dossiers très lourds (meurtres, viols, pillages) n'a pu se faire qu'avec la complicité des militaires de garde et des forces de l'ordre aux alentours de la prison ”. (…) Des liens existaient entre le groupe de Paul Barril “ SECRETS ” et l'entourage du Président Juvénal Habyarimana avant que l'attentat ne soit exécuté. Ces contacts auraient été plus particulièrement noués par certains responsables rwandais en vue d'aider à la bonne exécution du contrat de vente d'armes passé le 3 mai 1993 entre le Ministre de la Défense rwandais, M. James Gasana et M. Dominique Lemonnier, gérant de la société Dyl-Invest. Le Gouvernement rwandais n'ayant jamais reçu livraison des armes achetées dans le cadre de ce contrat, malgré le règlement d'une avance de 4 millions de dollars virés sur le compte de M. Lemonnier, le Colonel Elie Sagatwa aurait une première fois chargé M. Paul Barril, en novembre 1993, de veiller à la bonne exécution de ce contrat.</p>
<p>1994<br class='autobr' />
Le 20 mai 1994, M. Jérôme Bicamumpaka, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Gouvernement intérimaire hutu aurait donné procuration à M. Paul Barril afin qu'il mette en oeuvre toutes les démarches nécessaires pour récupérer l'acompte versé en novembre 1993. Paul Barril n'ayant pas réussi à obtenir satisfaction, a diligenté une procédure judiciaire devant le tribunal de grande instance d'Annecy contre Dominique Lemonnier, M. Sébastien Ntahobari étant intervenu dans cette procédure au nom du Gouvernement rwandais. Or, M. Ntahobari a bénéficié pour ce faire du concours de maître Hélène Clamagirand, avocate du groupe de Paul Barril mais aussi avocate de Mme Agathe Habyarimana consécutivement à l'attentat. Ceci témoigne des relations ayant pu exister entre ces différents protagonistes. Tous ces éléments ont pu être établis par la Mission sur la base d'informations communiquées par M. Patrick de Saint-Exupéry. (…) Tout concorde pour dire que l'extermination des Tutsis par les Hutus a été préparée de longs mois à l'avance, à la fois en termes d'idéologie, par la manipulation de la population avec l'aide des médias notamment, et en termes d'instruments du génocide, par la distribution systématique d'armes, l'utilisation de caches et la formation des milices. Ces faits étaient pour l'essentiel connus au moins depuis décembre 1993, comme l'a rappelé M. Eric Gillet lors de son audition devant la Mission. M. Georges Martres a estimé que le génocide était prévisible dès octobre 1993 “ sans toutefois qu'on puisse en imaginer l'ampleur et l'atrocité ”. Il a du reste ajouté que “ le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis ”. (…) Ce qui a frappé, semble-t-il, le plus, les témoins de l'époque lors du déclenchement du génocide, c'est, ainsi que l'a rapporté M. Jean-Hervé Bradol, “ qu'il ne s'agissait pas de massacres ou d'une quelconque fureur populaire faisant suite au décès d'un président, mais bien davantage d'un processus organisé et systématique. Ce n'était pas une foule énervée qui procédait à ces tueries, mais des milices agissant avec ordre et méthode ”. (…) Mme Alison Des Forges a également estimé que “ les massacres avaient été déclenchés par un groupe très restreint qui avait décapité le Gouvernement légitime pour pouvoir prendre le pouvoir ”. Ce petit groupe, composé de gens convaincus et organisés, “ disposait de collaborateurs au nord-ouest, à Gisenyi, au sud-ouest à Cyangugu, au sud-centre, à Gikongoro, et à l'est, à Kibungo ”. S'attaquant d'abord aux personnalités qui auraient pu s'opposer aux massacres, manipulant les populations par des messages radio destinés à semer la panique, ce petit groupe a réussi à contrôler la quasi-totalité du système administratif, militaire et politique. “ La preuve du caractère centralisé de ce génocide ” est apportée selon Mme Alison Des Forges par l'organisation systématique de mises en scènes fallacieuses tendant à prouver l'imminence d'une attaque des Tutsis et destinées à attiser la haine des populations contre ces derniers. “ L'extraordinaire efficacité de la machine du génocide ” a expliqué M. José Kagabo, serait donc le reflet de l'efficacité du système de contrôle de la société sous le régime Habyarimana : “ dans chaque préfecture un préfet, appartenant au parti, avait pour mission d'organiser le quadrillage des communes, elles-mêmes quadrillées en quartiers, chaque quartier étant divisé en îlots de dix maisons placés sous l'autorité et la surveillance constante d'un fonctionnaire du parti surnommé " Monsieur dix maisons " ”. Le Colonel Patrice Sartre et le Général Jacques Rosier ont fait part à la Mission de leur impression que l'administration, aussi bien les préfets que les bourgmestres, était sérieusement compromise dans tout ce qui s'était passé. La force d'action la plus importante et la mieux organisée demeure toutefois les milices hutues “ Interahamwe ” (ceux qui attaquent ensemble), proches du MRND, et “ Impuzamugambi ” (ceux qui ont le même but), proches de la CDR, dont les effectifs ont été estimés à 50 000 hommes en avril 1994. Elles disposaient surtout d'armes blanches (machettes, couteaux, massues cloutées..), mais également d'armes à feu, même si de nombreux responsables français ont fait observer que leurs cadres avaient évité de les doter de telles armes. Selon le témoignage du Lieutenant-Colonel Jacques Hogard devant la Mission, les milices s'en prenaient à la population civile tutsie, mais également hutue pour peu qu'elle ne soit pas de leur sensibilité. (…) Le ministère des Affaires étrangères répond le 8 avril à 22 heures : “ devant les risques que présente la situation au Rwanda, des dispositions sont prises pour procéder à l'évacuation de nos ressortissants ”. L'opération Amaryllis vient d'être déclenchée par la France de façon unilatérale. Cette intervention, strictement limitée dans le temps -elle se déroulera du 8 au 14 avril- a vocation d'assurer la protection et l'évacuation des ressortissants français ou étrangers. (…) La spécificité de l'opération d'évacuation Amaryllis tient dans la demande d'évacuation “ en avant-première ” d'une soixantaine de personnes, si les circonstances le permettent. C'est ainsi que 43 Français et 12 personnes de la parenté du Président Juvénal Habyarimana, parmi lesquelles son épouse et ses trois enfants, partiront le 9 avril par le premier avion qui décollera à 17 heures de l'aéroport de Kigali. (…) La France a été accusée d'avoir, d'une part, procédé à l'évacuation exclusive des dignitaires du régime hutu sans s'être préoccupée du sort des représentants de l'opposition hutus modérés ou tutsis, d'autre part, d'avoir appliqué un traitement différent aux personnels français de l'ambassade et aux personnels rwandais. La France a effectivement évacué par le premier avion la veuve du Président Juvénal Habyarimana ainsi que deux de ses filles, un de ses fils, deux de ses petits-enfants et quelques membres proches de son entourage limité, conformément aux ordres, à une dizaine de personnes. Les membres du “ deuxième cercle ” de la famille Habyarimana figuraient bien sur la liste des passagers à évacuer au cours des rotations ultérieures mais ces personnes, comme il a été indiqué, sont parties par la route à Gisenyi. (…)Le génocide commence dans la nuit du 6 avril 1994, dure quatre mois, fait un nombre de victimes de l'ordre de 800 000. Il est couvert ou organisé par des membres du gouvernement intérimaire mis en place après la disparition d'Habyarimana, mais aussi par des responsables militaires, ainsi que les membres de la CDR, du MRND et leurs milices. Une responsabilité lourde pèse sur eux, et notamment sur le Colonel Bagosora, directeur des services du ministère de la Défense, Augustin Bizimungu, Ministre de la Défense, et de nombreux responsables militaires et civils qui ont coordonné le génocide. (…) A partir de quelle date la communauté internationale a-t-elle pris acte qu'un génocide était en train d'être commis au Rwanda ? Le mot “ génocide ” apparaît pour la première fois dans la résolution 925 du 8 juin 1994 qui précise les modalités de mise en oeuvre de la résolution 918. Ce n'est que ce jour que le Conseil de sécurité prend “ note avec la plus vive préoccupation des informations suivant lesquelles des actes de génocide ont été commis au Rwanda ”. Auparavant on ne parlait que de “ violences généralisées ” (résolution 912 du 21 avril 1994) ou de “ très nombreux massacres de civils ” (résolution 918 du 17 mai 1994). L'hypocrisie la plus totale avait été atteinte dans la déclaration du Président du Conseil de sécurité du 30 avril 1994, dans laquelle le Conseil se déclarait atterré d'apprendre “ le massacre de civils innocents à Kigali et dans d'autres régions du Rwanda ” et évoquait “ des attaques contre des civils sans défense ”. Le mot de “ génocide ” était soigneusement évité mais on a eu cependant recours à sa définition juridique puisque le Conseil s'est cru obligé de rappeler “ que l'élimination des membres d'un groupe ethnique avec l'intention de détruire ce groupe totalement ou partiellement constitue un crime qui tombe sous le coup du droit international ”. Il ne s'agit pas d'une simple querelle sémantique. L'emploi du terme de génocide aurait entraîné, en vertu de l'article VIII de la Convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, une obligation pour les organes compétents de l'Organisation des Nations Unies de prendre “ les mesures appropriées pour la prévention et la répression des actes de génocide ”. Or la communauté internationale, et plus précisément les Etats-Unis, n'y étaient pas prêts. M. Herman Cohen a franchement reconnu devant la Mission que les Américains “ ont longtemps refusé de reconnaître le génocide, pour échapper aux conséquences juridiques d'une telle reconnaissance ”. Il est faux de croire que les Nations Unies ne savaient pas ce qui se passait ; au contraire elles ne le savaient que trop, mais ne voulaient pas reconnaître la réalité, préférant pratiquer la politique de l'autruche. Le Secrétaire général de l'ONU avait employé le mot de génocide pour la première fois le 4 mai 1994 dans une interview accordée à une télévision américaine, durant laquelle il avait déclaré “ Here you have a real genocide, in Kigali ”. Il l'a réutilisé le 25 mai 1994 dans une conférence de presse donnée à New York aux Nations Unies. Mais ce n'est que le 31 mai qu'il l'emploie pour la première fois par écrit dans l'un de ses rapports : “ D'après les témoignages recueillis, il ne fait guère de doute qu'il y a génocide, puisque des communautés et des familles appartenant à un groupe ethnique particulier ont été victimes de massacres de grande ampleur ”. (…) Le 22 juin 1994, le Premier Ministre, M. Edouard Balladur, annonçait devant l'Assemblée nationale l'intention de la France d'organiser une opération humanitaire. Il s'est ensuite rendu personnellement devant le Conseil de sécurité le 11 juillet 1994 pour présenter le bilan de l'opération. Lorsqu'il est intervenu devant l'Assemblée nationale, il s'est exprimé dans les termes suivants : “ Le Conseil de sécurité des Nations Unies va examiner, dans quelques heures, le projet de résolution autorisant la France à intervenir au Rwanda dans le cadre d'une opération humanitaire pour sauver les populations menacées. Pourquoi cette intervention ? » (…) L'opération Amaryllis s'achève le 14 avril, l'opération Turquoise s'ouvre le 22 juin. (…) L'opération Turquoise, qui s'est déroulée du 22 juin au 22 août, se différencie des opérations militaires précédentes menées par la France au Rwanda, qu'il s'agisse de Noroît ou d'Amaryllis. Elle concerne les Rwandais eux-mêmes et non plus les ressortissants français ou les ressortissants européens. Elle ne s'inscrit pas dans le cadre d'un accord d'assistance d'Etat à Etat. Revendiquée par la France, au nom d'une exigence morale, elle est d'emblée définie comme une opération humanitaire, placée sous mandat de l'ONU, et soumise à certaines conditions. Elle est autorisée par la résolution 929 qui prévoit la possibilité de recourir à la force. (…) Dénoncée par les uns comme une opération écran destinée en réalité à permettre aux FAR et aux milices de s'exfiltrer armés vers le Zaïre, en vue d'une reconquête militaire, elle a été critiquée par d'autres, comme M. Jean-Hervé Bradol, pour avoir été dans sa nature même “ une force neutre en période de génocide ”... alors qu'il aurait fallu “ non pas une opération humanitaire, qui lui paraissait inutile, mais une intervention militaire française ou internationale pour s'opposer aux tueurs ” puisque, selon lui, la convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide s'appliquait clairement en la circonstance. (…) Pas plus les milices que les FAR n'ont été systématiquement désarmées dans la ZHS. Un télégramme du 10 juillet 1994 indique à propos de cette zone : “ sauf à provoquer des réactions générales contre l'opération Turquoise, le désarmement des milices ne peut être systématique. Il est actuellement pratiqué ponctuellement dans les cas où des miliciens menacent des groupes de population ”. (…) Le Ministère des affaires étrangères répond par la publication du communiqué suivant : “ Devant la présence constatée de membres du Gouvernement intérimaire dans la zone humanitaire sûre, les autorités françaises rappellent qu'elles ne toléreront aucune activité politique ou militaire dans la zone sûre, dont la vocation est strictement humanitaire. » (…)Toutefois, le ministère des Affaires étrangères a déclaré le 16 juillet : “ Nous sommes prêts à apporter notre concours aux décisions que prendraient les Nations Unies à l'égard de ces personnes (Gouvernement intérimaire), mais notre mandat ne nous autorise pas à les arrêter de notre propre autorité. Une telle tâche pourrait être de nature à nous faire sortir de notre neutralité, meilleure garantie de notre efficacité. ” (…) Le Président de la République française, dans un entretien accordé le 9 septembre 1994, répondait lorsqu'on l'interrogeait sur le soutien de la France au Président Juvénal Habyarimana : “ Son pays était à l'ONU et il représentait à Kigali une ethnie à 80 % majoritaire. Il était reconnu par tout le monde. Pourquoi y aurait-il eu un interdit ? C'est la France, au contraire, qui a facilité la négociation entre les deux ethnies ”. (…) Comme l'a souligné Gérard Prunier au cours de son audition, “ la France (…) avait effectivement entraîné des miliciens qui ont participé au génocide sans avoir pris conscience -bêtise ou naïveté- de ce que représentait son action. ” (…)En cette année 1993, la question récurrente reste celle de la connaissance ou non par l'armée française de la constitution de milices “ dérivées ” des forces armées rwandaises : les milices “ Interahamwe ” (du MRND) et “ Impuzamugambi ” (de la CDR), constituées en 1992, de même que le “ réseau zéro ” et la société secrète “ Amasasu ” créée au sein des FAR par des officiers extrémistes. Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirmé de façon la plus catégorique que jamais au cours des réunions d'état-major auxquelles il avait assisté il n'avait été fait allusion devant lui à un équipement des milices. »</p></div>
Que s'est-il passé au Rwanda avant 1994 pour que Mitterrand et les classes possédantes rwandaises décident de se lancer dans un génocide de plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6396
https://www.matierevolution.org/spip.php?article63962019-04-06T16:44:44Ztext/htmlfrRobert ParisFranceRwanda
<p>Et pourquoi l'impérialisme français continue-t-il à cacher la vérité, à cacher aussi les assassins et à les protéger ? <br class='autobr' />
Quelle était la raison du génocide rwandais ? Pour les classes dirigeantes rwandaises ? Et pour l'impérialisme français ? <br class='autobr' />
Le rôle actif, militant et dirigeant de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais <br class='autobr' />
Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992 <br class='autobr' />
Lire ici <br class='autobr' />
Lire aussi <br class='autobr' />
Lire encore <br class='autobr' />
Lire (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique57" rel="directory">21- Rwanda : de la révolte au génocide</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><p>Et pourquoi l'impérialisme français continue-t-il à cacher la vérité, à cacher aussi les assassins et à les protéger ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134" class="spip_out" rel="external">Quelle était la raison du génocide rwandais ? Pour les classes dirigeantes rwandaises ? Et pour l'impérialisme français ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article5408">Le rôle actif, militant et dirigeant de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806">Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique57" class="spip_out" rel="external">Lire ici</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot163" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=survie+rwanda" class="spip_out" rel="external">Lire toujours</a></p></div>
The origins of the Rwandan genocide: the social revolt (without any ethnic character) of January 1990 and January 1992
https://www.matierevolution.org/spip.php?article5541
https://www.matierevolution.org/spip.php?article55412017-05-20T14:54:03Ztext/htmlenRobert ParisEnglishFascismeRwanda
<p>The origins of the Rwandan genocide: the social revolt (without any ethnic character) of January 1990 and January 1992 <br class='autobr' />
1990-1992, it is the years of the social and political revolt, against the dictatorship and the misery, in Rwanda. <br class='autobr' />
The ruling classes then pretend to retreat, to grant democracy to save the state and the armed forces from popular anger. <br class='autobr' />
1994 is the year of the riposte of the ruling classes: genocide. The ruling classes organize the massacre by forcing the Hutu (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory">000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot1" rel="tag">English</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">The origins of the Rwandan genocide: the social revolt (without any ethnic character) of January 1990 and January 1992</h2>
<p>1990-1992, it is the years of the social and political revolt, against the dictatorship and the misery, in Rwanda.</p>
<p>The ruling classes then pretend to retreat, to grant democracy to save the state and the armed forces from popular anger.</p>
<p>1994 is the year of the riposte of the ruling classes: genocide. The ruling classes organize the massacre by forcing the Hutu population to massacre the Tutsi population by using all the bodies of power, the army, the police, the prefects, the Catholic hierarchy and, of course, the fascist bands formed in The four years</p>
<p>In 1990, it was the social revolt that took to the streets of the capital, Kigali, braving the military dictatorship, as part of an almost general upheaval in Africa (remember the fall of Moussa Traoré in Mali ). For two years, all the oppressed have risen up, whatever their origins, and they have braved power to such an extent that it has been forced, in order to calm the revolt, to put members of the democratic opposition at the head of the government. The genocide of Rwanda is a massacre of state and with the bail of all the great powers. Like all other fascist massacres. This is not specific to Africa ... Let's not forget it.</p>
<p>French imperialism under the leadership of the "socialist" president François Mitterrand (as well as the special cell of the Elysée for Rwanda) and the right-wing government Balladur-Léotard, was not passive; Support for Hutu extremists on several levels: military: before the genocide by blocking the advance of the RPF on Kigali and teaching the art of killing future genocidal militias; During the genocide by delivering weapons and communication materials and helping to ethnically sort victims by publishing identity cards with the words "Hutu" and "Tutsi" and then during identity checks. Let us not forget that during the years preceding the genocide, the Chief of Staff of the Rwandan army is a French officer.</p>
<p>What interest could France, led by François Mitterrand helped by Vedrine and also by Balladur, Leotard, helped by De Vilepin, help African fascists to carry out such a massacre?</p>
<p>What interest could France, led by Francois Mitterrand helped by Vedrine and also by Balladur, Leotard, helped by De Vilepin, help African fascists to carry out such a massacre? It's really unbelievable !</p>
<p>The fascist genocides always seem incredible, inexplicable and the great powers always pretend to discover them but they have always been accomplices. And this for a class reason: there was never a fascist massacre without a serious social threat on the ruling classes.</p>
<p>Habyarimana's ferocious regime of dictatorship, supported by France, is finding it increasingly difficult to maintain itself in power. Since 1990, the poor population of the country is in revolt, all ethnic groups confronted, against the dictatorship and the misery. In 1992, the regime was challenged by a real uprising of the population of the capital Kigali. On the other hand, it is threatened by the RPF (Rwandan Patriotic Front), a party with a Tutsi majority, supported by Uganda, behind the US and England. He is forced to back down, accepting that power be shared with leaders of democratic mobilization. On April 6, 1994, the President's plane was shot down. This event serves as a pretext for the new Rwandan Interim Government (IRG), set up in the French embassy under the aegis of the ambassador, to trigger the long-planned Tutsi genocide. The Radio of the Thousand Hills urges the Hutus to "eradicate the Tutsi cockroaches", while the army sets the example and distributes the machetes. The Hutus who refuse to participate in the massacre are murdered. More than one million Tutsis will be massacred within 100 days. French imperialism, under the leadership of the "socialist" president François Mitterrand (as well as the special cell of the Elysée for Rwanda) and the right-wing government Balladur-Léotard, was not passive; Support for Hutu extremists on several levels: military: before the genocide by blocking the advance of the RPF on Kigali and teaching the art of killing future genocidal militias; During the genocide by delivering weapons and communication materials and helping to ethnically sort victims by publishing identity cards with the words "Hutu" and "Tutsi" and then during identity checks. Let us not forget that during the years preceding the genocide, the Chief of Staff of the Rwandan army is a French officer.</p>
<p>The report of the National Assembly on the situation in Rwanda reports that:</p>
<p>"In 1990, France financed a project to support air navigation security for 1.5 million francs with the provision of maintenance and maintenance equipment at Kigali airport. It also takes over the crew of the presidential plane, a Falcon 50 funded by a budgetary aid of 60 million francs. In addition, the President of the Republic announced on May 25, 1989 in Dakar a debt forgiveness which in 1990 saved a saving of 36.4 million francs. France is among the countries that support the structural adjustment plan put in place in Rwanda at the end of 1990. (...) The very sharp deterioration of the Rwandan economic situation at the dawn of the 1990s put an end to the illusion of Self-sufficiency on which the country's economy had been based since the 1970s.</p>
<p>Until then, and unlike Burundi, Rwanda refused any agreement with the IMF that would require a devaluation under a structural adjustment program; A rigorous program of its own, which has largely contributed to forging its reputation as a poor but economically sound country, has been imposed on itself. Indeed, this image has been used to develop important bilateral cooperation with European countries in particular. In 1991, bilateral and multilateral aid accounted for 21.5% of Rwanda's GDP (5) and 60% of its public expenditure for development; The OECD estimates that the total amount of annual aid provided to Rwanda over the period 1990-1993 ($ 50 per capita) is $ 343 million, compared to $ 35 million annually for the period 1971-1974 .</p>
<p>The continued degradation of internal and external balances has revealed the limitations of such a policy, even more so in the context of budgetary redeployment in favor of military spending, which rose from 1.9% of GDP in 1989 to 7.8% 1992. A Structural Adjustment Plan (SAP), supported by the IMF, the World Bank and by most of the countries and organizations in Rwanda, including France, has been in place since the end of 1990. (...) When Rwanda undergoes the RPF offensive on 1 October 1990, does France consider that it can intervene, both to protect its nationals and in the framework of the military cooperation agreement concluded in 1975, without being in contradiction with the principles of the discourse of La Baule. (...)</p>
<p>In la Baule, President François Mitterrand reminded him that "France will continue to be your friend and, if you wish, your support, internationally as well as internally" and the President goes on to state that "France will All its effort to contribute to the efforts that will be made to move towards greater freedom ". (...) In a speech delivered on 5 July 1990, President Juvénal Habyarimana announced the end of the cumulation between his office as President of the Republic and President of the single MRND party, as well as the beginning of a democratic process With the recognition of the multiparty system.</p>
<p>Mr. Michel Lévêque, former Director of African Affairs at the Ministry of Foreign Affairs from 1989 to 1991, before the Mission, correlated these decisions with the talks that took place between Presidents François Mitterrand and Juvénal Habyarimana. Margin of the La Baule summit, which had focused on the need for institutional reforms in Rwanda and the issue of refugees. "Following these pressures, President Juvénal Habyarimana agreed to reactivate the Rwandan commission and the Rwanda-Uganda committee on refugees." (...) The attack launched by the RPF on 1 October 1990, which was compounded by economic difficulties, political demands and the awakening of Rwandan society, had to prove - by the reactions it had to provoke on the part of the authorities Of Kigali, that ethnicity remained a "dormant political resource", to quote Professor André Guichaoua, without, however, regionalism disappearing. (...)</p>
<p>The Church and the State represent the only organized forces within the Rwandan society. Just as the administrative and political framework is powerful, the Church of Rwanda has a hierarchical and administrative face that accentuates the rigid character of this society. This objective alliance between the State and the Church is reflected in particular in the existence of split administrations: for example, there is a system of vocational training provided by the State and, at the same time, an internal training 'Church. Similarly, the Church has used for its own benefit the traditional system of umuganda, which has been devastated by colonization, which the experts of the International Labor Office (ILO) assimilate to real forced labor. Thus, just as each Rwandan owed half a day of communal work to the State, under penalty of sanctions, so the Church had developed such a system for the benefit of his works, sanctioning resistance through refusals of sacrament. (...) The first owner, the first employer and the first investor after the State, at the end of the eighties, the Church represented a major economic and social power in Rwanda, especially in a particularly depressed economic context, By reducing civilian public spending. (...)</p>
<p>On 9 October 1990, the Rwandan Ministry of Justice admitted the arrest of some 3,000 people. In fact, the figures are estimated at 10,000.</p>
<p>According to Gérard Prunier, "these arrests are not aimed at supporters of the RPF (very few, not all of them known to the police); They are blindfolding the educated Tutsis and the protesting Hutus, in fact anyone who is not well-known to the ruling elites (and even their friends and working relationships, and arrests often serve to liquidate debts by getting rid of Creditors) as well as residents of other African countries, mainly Zairians and Ugandans, because even modest traders are always good at financial pressures. "According to the same author, the Minister of Justice, Mr. Theodore Mujyamana, at the time declared:" We have strong evidence of the guilt of all the detainees ... and being released is not proof of 'innocence. "</p>
<p>In fact, the grounds for arrest are often vague and few trials will take place. Beyond these arrests, other manifestations of the stiffening of the regime will intervene, such as the replacement of the Attorney General, Mr. Alphonse-Marie Nkubito, considered too liberal.</p>
<p>The Minister of Defense, speaking on the national radio, will ask the population to track down the infiltrators. This call will be immediately acted upon. Some of the RPF soldiers, defeated, will take refuge in the region of Mutara, in the northwest of Rwanda. This area is a traditional area of Tutsi emigration to Uganda. However, 348 Tutsi civilians will be massacred there between 11 and 13 October 1990, and more than 500 houses will be set on fire in the commune of Kibilira alone. While this is a massive massacre, given the massive nature of the exterminations in the region, its characteristics deserve attention. First, none of the victims is a RPF combatant; Nor do they appear to be proved sympathizers of this movement: it would indeed be extraordinarily risky to display such sympathies and the Tutsis retain the memory of the persecutions of the period from 1959 to 1962.</p>
<p>Then, the massacres are committed by the peasants under the leadership of the civil authorities, according to the well-known rules of collective labor. Asked about the revolt that would have pushed the peasants of the northwest to massacre the Tutsis, President Juvénal Habyarimana responds placidly in a press conference: "It is not a revolt. Everyone obeys. "Finally, the local leaders under whose authority the massacres were committed will not be disturbed by the central power.</p>
<p>The Mutara massacres can thus be defined as follows: following a RPF attack, they appear as a system of both intimidation and revenge in response to it. Rwandan Tutsis are treated as hostages liable to lose their lives in retaliation for attacks by the RPF. Co-ordinated by a local authority, these massacres are by no means individual acts. Finally, the fact that they are localized shows that they are not co-ordinated centrally, but the fact that they remain unpunished testifies to the complaisant gaze of the central government on these bloodthirsty acts. Thus, the killing of Rwandan Tutsis in response to the RPF's actions appears to be an organized solution, which enjoys a friendly indifference from the central authorities. (...)</p>
<p>It is appropriate to consider the question of ethnic mention on identity cards. We know that at least in cities and on the roads, identity cards were one of the main instruments of ethnic genocide. Insofar as the term "Hutu", "Tutsi" or "Twa" was used, a simple verification of identity cards made it possible to know the ethnicity of the person checked for possible elimination. However, it could be envisaged that the delay in the distribution of the new identity cards could be attributed to France itself. This opinion emerged very clearly during the missionary's hearing of Mr. André Guichaoua. He said: "The system of ethnic school and vocational quotas was formally abolished in November 1990, as was the mention of ethnic identity cards. The new cards are then ordered from French companies. On 26 May 1994, the cultural adviser of the French Embassy told the Ministry of Cooperation that they were in the process of being delivered the week in which the attack on the presidential plane took place. Why are you late ? Does this version match the reality? It should be noted that no identity card without mention of ethnic origin will be issued until April 1994 ".</p>
<p>To Mr. Jacques Myard, who was astonished at such an assertion, and then to President Paul Quilès, who inquired about the relationship between the distribution of the new identity cards and the functions of the French cultural attaché, Mr. André Guichaoua Then replied that "it was by a declaration of the cultural attache before the General Assembly of the personnel of the Ministry of Foreign Affairs, the Ministry of Cooperation and the French Cooperation Fund that he had learned that the embassy had Had been seized of this request in 1990 and that the identity cards had to be delivered during the week when the presidential plane had been shot down. "</p>
<p>He added that "with regard to identity cards, insofar as the abolition of the mention of ethnicity was requested in November 1990, it was important to know whether an order had been placed, under what conditions And to whom, and if the explanation then broadcast in Kigali, namely that the maps were being printed, corresponded to reality. "</p>
<p>Mr Pierre Brana, the rapporteur, asked him more specifically whether he attributed the delay in the implementation of the reform "to the identity card supplier, that is to France." André Guichaoua argued that, in any case, "the answer was certainly internal to Rwanda, since a supplier could not impose a decision in such a field" but "it was symptomatic that it was considered useful to do this Announces in full genocide, as if there was a French responsibility in this file. "</p>
<p>To the extent that this was a more widely shared sentiment, the Mission wished to verify all the information on this issue. During their hearings, Mr Jean-Christophe Mitterrand and Mr Jacques Pelletier stated that France had requested that the ethnic mention on identity cards be deleted.</p>
<p>Mr. Jacques Pelletier, then Minister of Cooperation, even confirmed to President Juvénal Habyarimana during his visit to Rwanda in November 1990 that the fact that the Rwandan identity cards "bear an ethnic mention" seemed to him to be mind-boggling. President Juvénal Habyarimana found this indication normal because it had always been so. The practice had been established in the days of the Belgians, and they had continued. " However, President Juvénal Habyarimana told him that "he thought that this mention could be suppressed. "Jacques Pelletier added that, to his knowledge" there were no requests for assistance from the Government of Rwanda for the manufacture of identity cards without ethnic mention. "</p>
<p>He also indicated that the fact that there was no request to his ministry "was not, in itself, surprising. The modification of the identity cards was not a considerable expense and Rwanda could take charge of it on its budget or go to another country because fortunately France was not the only one to have cooperation with Rwanda. "(...)</p>
<p>On 8 January 1992, demonstrations of unknown magnitude in Rwanda shook the main towns of the country, including Butare, Gitarama and especially Kigali, where 50,000 people marched to protest against the new government. A new day of protests is being convened for January 15, but the authorities forbid it and the protesters who pass by are arrested. However, given the scale of the pressure, President Juvénal Habyarimana finally agreed to sign a compromise with the opposition. Under this compromise, the Nsanzimana Government would be replaced by a Coalition Government. The latter, which would include MRND Ministers, would nevertheless be headed by a member of the MDR.</p>
<p>On 3 October 1990, the President, François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Roland Dumas and Hubert Védrine, as well as Admiral Jacques Lanxade on a trip to the Middle East: "On October 4, after a night in Abu Dhabi, the whole delegation arrived in Jeddah where it Was received at lunch by King Fahd. Shortly before this luncheon, two messages arrived, from the Elysee and the General Staff. These messages indicated that serious risks of abuses existed in Kigali and that President Juvénal Habyarimana requested the intervention of the French army. A very brief and brief Defense Council was held in Riyadh under the presidency of the President of the Republic, following which an order was issued to send two companies as quickly as possible to Kigali, With the mission to protect Europeans, French installations and to control the aerodrome in order to ensure the evacuation of French and foreign who requested it. These troops should not interfere in any way with the policing issues that were the responsibility of the Rwandan Government. "</p>
<p>This is Operation Noroît. The Noroît detachment under the command of General Jean-Claude Thomann consisted of a tactical staff of 40 persons and two companies - 1st and 3rd companies of the 8th RPIMA - each of 137 persons, totaling 314 men. 3rd company was responsible for intervening in the city, the 1st company called external company was responsible for the protection of the airport. The PC of the Noroît detachment was installed at the Hotel Méridien and General Jean-Claude Thomann will emphasize the practical value of setting up such an establishment. Noroît companies are asked "to adopt a discreet attitude" because it can not be created "the feeling of our commitment alongside the FAR".</p>
<p>The action of the Noroît forces is limited to the city of Kigali and to the airport, and the exits outside these places remain subordinated to the authorization of the staff of the army.</p>
<p>In his mission report, General Jean-Claude Thomann, the operations commander, noted that there were many roadblocks in the vicinity of the main towns, most often held by the gendarmerie or the Rwandan army, and checkpoints held by "Civilians who prohibit the access of certain villages of the bush and thus make it possible to filter the people of the hills. Civilian roadblocks are guarded by a dozen men armed with machetes ". He also noted the enthusiastic reception of the populations and the Rwandan armed forces reserved for the French soldiers. (...)</p>
<p>Operation Noroît is part of a larger unit whose components are on the one hand the technical military assistance agreement of 18 July 1975 on which President Juvenal Habyarimana supports his request for assistance and which will justify the Colonel Gilbert Canovas to carry out an advisory mission to the FAR, and diplomatic action based on the principles set out in La Baule's speech (democratization, pluripartism, power sharing ...). (...)</p>
<p>The Ambassador of France Georges Martres places himself in the logic of an external aggression which can more easily justify the intervention and the aid of France.</p>
<p>On October 7, he posed the problem: "The political choice is crucial for the Western powers that help Rwanda and especially Belgium and France. Either they consider above all the external aspect of the aggression and an increased commitment on their part is necessary on the military level to cope with it. Or they take into account the internal support of this movement (RPF) ... it will probably lead to the seizure of power by the Tutsis or at least by the Métis class ... If this second choice was retained, A delicate negotiation with military pressure would be necessary to guarantee the security of the European population with the prospect of replacing the difficulties of the assailants with those resulting from a Rwandan national army which would feel abandoned. "</p>
<p>In a telegram dated 27 October 1990, the Ambassador expressed a clearer view of the arrival of Libyan aircraft at Kampala airport on 23 and 24 October. Seizing this opportunity to insist on the need to highlight the character of external aggression in the media, he believes that France will be more at ease to help Rwanda if it is clearly shown to international public opinion That this is not a civil war. The situation would be much clearer and much easier to deal with if the northeastern part of the country was cleaned before further diplomatic action.</p>
<p>During his hearing, Mr Jean-Christophe Mitterrand, Counselor for the Presidency of the Republic for African Affairs from 1986 to 1992, recalled that on 19 October 1990 he had drawn up a note to the President of the Republic "indicating that the situation in Rwanda was influenced by the position in the conflict of the neighboring countries and that regional consultation between the different countries of the zone was the only way to stabilize the situation" and that "our military presence risked therefore As long as a political solution could not be found. "</p>
<p>Mr. Jean-Christophe Mitterrand then stated that "the President had commented negatively on this solution on the sidelines, but on the other hand he approved the principle of a mission to be carried out by the Minister for Cooperation, Mr. Jacques Pelletier. "</p>
<p>Accompanied by Mr. Jean-Christophe Mitterrand, Minister of Cooperation Jacques Pelletier visited the Great Lakes region from 5 to 9 November 1990. This visit took place after the Mwanza meeting on 17 October between the Presidents Juvénal Habyarimana and Yoweri Museveni and Gbadolite from 23 to 27 October between the Heads of State of the Economic Community of the Great Lakes countries, who had laid down the principle of a ceasefire controlled by a group of observers Zairean, Burundian, Ugandan, Rwandan and RPF representatives, and the creation of an African interposition force.</p>
<p>In this context, as Jacques Pelletier pointed out during his hearing, "the French Government had had two objectives since the beginning of the conflict: a very visible objective, namely to help a country to ensure its security against External aggression, and a less talked about, but equally important, goal to change the regime in place. "</p>
<p>End of the extracts from the report for the French National Assembly.</p>
<p>An explosive situation in the face of a military dictatorship: massive demonstrations in Kigali: 100,000 on 8 January 1990, then on 15 January 1990, and then the general revolt in 1992 in the capital Kigali, before which the regime pretended to accept a compromise with the Moderate leaders of the democratic opposition (while preparing the bloodbath)</p>
<p>On 8 and 15 January 1990, more than 100,000 demonstrators traveled the streets of the capital Kigali. "In the early autumn of 1990 Rwanda was going through a deep crisis that was slowly spreading throughout the country," Gérard Prunier writes. The burning issues that cause this mobilization are not the so-called ethnic issues but the social and political issues, the crisis, the misery, the corruption of the regime and the dictatorship. It is the corruption in schooling that gives the spark setting fire to the powders.</p>
<p>A teacher, Agathe Uwilingiyimana, who was the first to be murdered at the start of the genocide, denounced the traffics in the results of the baccalaureate that allow the children of the ruling class to be received by striking the top of the list of receipts. It is undergoing a violent repression by the army, but the population takes the cause of it. The mobilization in her favor is impressive and will make her one of the leaders of the democratic opposition which aims at the democratization of the country, including the multi-party system. In fact, the popular revolt had a social base all the more important that the ruling class was absolutely incapable of satisfying popular aspirations, having even difficulty imagining how it would share an ever-smaller cake between competing The bourgeoisie, the RPF and the opposition. Coffee and tea receipts, severely affected by falling prices on world markets, are falling worryingly. As for the hopes aroused by the development of tourism, they will have been cut short with the outbreak of the war. In 1991, the budget deficit, which was supposed to not exceed 2.6 billion Rwandan francs, reached 10.5 billion francs. State expenditure has skyrocketed: the army's compulsory force, which is compulsory, has almost tripled. In the two years following the popular movement against the regime is going to go on and on. It culminated in 1992 with massive demonstrations in Kigali and the big cities. In the capital, almost half of the population goes down into the streets and conspires with the military. The Democratic leaders of the movement are then called upon to participate in the government alongside the members of the army and the far right. The "realistic" democratic opponents agree to govern with the assassins who have already demonstrated their capacity of nuisance many times. In the movement of opposition to the dictatorship, there are both Hutus and Tutsis. But if the military regime has momentarily retreated, forgotten the single party and called certain opponents to the leadership of the government, it is only partly postponed. Taken between two fires, between RPF outside and popular revolt inside, the leaders set off in search of a fascist-type solution. In order to regain a popular base, the ruling classes turned to the declassés of the capital and the poor of the countryside, and based on the prejudice so frequently used in Africa: ethnism. Media outspokenly calling for Tutsi genocide, such as the "radio of a thousand hills" claim that Tutsi is synonymous with pro-RPF and claim that if the Hutus do not kill Tutsis, they will be killed. And to bind to them a part of the population they oblige him to get wet at their sides. Anyone who has killed will no longer be able to take sides for the RPF to accuse them of crime. This led to the first massacres, in 1990 and 1993, in which Hutus were forced to kill Tutsis. Hence also the formation of militia of poor recruits and trained to kill.</p>
<p>April 1990: The Head of State of Rwanda Mr. Juvenal Habyarimana completed an official visit to France on Friday, 6 April, during which he met Mr. Mitterrand.</p>
<p>20 June 1990: speech by Mitterrand in favor of multipartyism at the Franco-African summit in La Baule. At the end of 1990: Lieutenant-Colonel Chollet of the French army organizes the Rwandan army and Paul Barril works for the Akazu, a presidential family clan</p>
<p>October 1990: On October 17, Zaire withdrew its troops from Rwanda where they helped the regime in place. On October 18, 1990, dictator Juvenal Habyarimana, on a visit to the Elysee, received from President Francois Mitterrand the promise of French military aid in exchange for a promise of political openness to the opposition.</p>
<p>Operation Noroit: French engagement in the war against the RPF under the pretext of helping the evacuation of the French. The French contingent stopped the RPF offensive at the gates of Kigali for the first time and then helped the government to arrest its opponents in the capital. The authorities accuse the entire Tutsi community of complicity with the RPF armed forces that are attacking power from Uganda. 4,000 Rwandan Tutsis treated as "suspects" of sympathy with the RPF are arrested without trial. "We must unmask as quickly as possible the assailants infiltrated in the population," says the president to explain the campaign of national denigration to which the Rwandans are invited today. It is a great opportunity for authorities and individuals to get rid of a neighbor, a co-worker or an opponent. A simple telephone call is enough, the soldiers arrive a few minutes later, embark the suspect by handing over the identity check to later. It was necessary to open a stadium for a few days to put the overflow of the interrogated.</p>
<p>Thus, as of October 1990, the main dignitaries of the regime acted brutally. As in the dark hours of the Habyarimana dictatorship, they brandished the specter of the "internal enemy" and did not hide their intentions not to let themselves be carried away: in a few hours, 10,000 people, usually Tutsis but also moderate Hutus Considered as allies of the RPF, were arrested and parked in the Kigali stadium. In the provinces, the authorities, bourgmestres, prefects, and zone commanders, urged the Hutus to attack their Tutsi neighbors. In Giseny prefecture, for example, 300 Tutsis were killed, thousands more wounded Or obliged to flee, their houses burned, their property plundered. Other massacres of this kind took place elsewhere.</p>
<p>November 1990: "We are ready to help you financially to solve the refugee problem," said French cooperation minister Jacques Pelletier on Thursday (November 8th) after a mission to the region.</p>
<p>December 1990: In its December issue, the all-new bimonthly Kangura (close to the Rwandan army leadership) spells out the "Ten Commandments" that the Hutu (the majority ethnic group in power since 1959) are supposed to apply. A "Hutu citizen" who allies with the Tutsi in his affairs will be considered "traitor". Worse, "the Hutus must stop having pity on the Tutsi" and, allying themselves with their "Bantu brothers", be "firm and vigilant against their common Tutsi enemy". This appeal to racial hatred does not seem to have moved President Habyarimana's government, nor did the judicial institutions seem to be quick to react when it comes to "suspects" of Tutsi origin.</p>
<p>June 1991: the establishment of a multiparty system which gives rise to a dozen official parties and some sixty private newspapers. In fact, the parties, associations and newspapers that are critical of the regime are constantly worried and attacked, while the Hutu press and right-wing organizations are favored by the authorities. Yet opponents of the MDR, the PL and the PSD cultivate realism, moderation and refuse to rely on popular revolt.</p>
<p>November 1991: mass demonstration in Kigali against the dictatorship in place on Sunday 24 November. The president is obliged to cede the multiparty system.</p>
<p>On 1 November 1990, withdrawal of the Belgian troops, replaced by the French troops.</p>
<p>Between 1990 and 1994, thanks mainly to the support of France, the Rwandan army increased from 5,500 to 35,000. France supplies weapons through several channels (sale of weapons by groups established in France, direct and indirect transfers of equipment from the French Army, and France has supplied most of the heavy weapons, assault vehicles, Heavy weapons and helicopters used by the Rwandan government during the RPF war.</p>
<p>Le Monde 23 June 1994: "An intense and often clandestine military aid".</p>
<p>The regime receives military equipment for hundreds of millions of euros. These weapons had an impact on the genocide. French troops train troops, including civilian militiamen, they advise and mentor the troops of the Rwandan government.</p>
<p>Interamwhe militiamen were trained by French military advisers, notably in the Bagogwe camp. They taught the genocidaires how to kill a man with a machete !!! French soldiers contributed to ID card checks between October 1990 and 1993. At the same time, many such checks were used to eliminate people labeled Tutsi. The French authorities have kept these military engagements largely secret.</p>
<p>1990 was a pivotal year throughout Africa.</p>
<p>At the very moment when the great demonstrations in Rwanda broke out, social and political unrest was taking place throughout Africa: workers' revolt in Mozambique, youth demonstrations in Côte d'Ivoire, violent troubles in Gabon. All this in January 1990 ....</p>
<p>In fact, that year, because of the economic crisis of the capitalist system in which the world had been inexorably sinking for more than twenty years, the whole African continent was caught in a turmoil of unprecedented social struggles. More than any other region in the world, Africa, which was more vulnerable because it had been in operation for centuries, was suffering painfully from the consequences of the crisis. Due to the fall in commodity prices on the world market, the living conditions of the masses had deteriorated considerably, mainly because, on the one hand, because the funds were increasingly empty, States had no longer the means to provide the necessary public services and raise wages and, on the other hand, that under pressure from the IMF and in accordance with the IMF's structural adjustment They were blocking wages, decreasing student grants and organizing mass layoffs, both in the public and in the private sector, by enacting laws enabling employers to do whatever they wanted.</p>
<p>All these attacks of the world bourgeoisie through the politics of its local servants eventually triggered the anger of the different African layers. It expressed itself in different ways: riots of hunger following an increase in the price of bread, as in Morocco or Tunisia, but especially strikes and revolts. It was the entire African continent that was shaken. In Abidjan, Douala, Lomé, Libreville, Bamako, Kinshasa, Douala, etc., in most of the African capitals, thousands of people, workers, students, women, Ie they no longer accepted to live as before. They went down into the street to cry out their anger against misery. They stood up against the IMF's adjustment plans, demanded the stoppages of redundancies, increased wages, scholarships and better conditions for studies. These strikes, riots, revolts were going to shake the dictatorships, make some move back or even fall others, as in Mali, for example, in 1991.</p>
<p>This unprecedented wave of events, some of which, such as the youth revolt in Algeria in 1988, had begun years before 1990, this flood of events forced French imperialism to press its local lackeys to Modify somewhat the facade of their dictatorial regimes. Thus many dictators who had previously sworn that in their lifetime they would not establish the multiparty system would eventually backtrack and accept that there were parties other than their own. To complete the picture, it was during the same period that, under pressure from the imperialist powers, in South Africa, frightened by the almost permanent explosion of the townships and ghettos, the white bourgeoisie decided to meet The leadership of the ANC in Lusaka, Zambia, to discuss the prospect of a smooth change of apartheid in the form of a negotiated solution with the black bourgeoisie. Here and there, the aim of all these operations was evidently to seek to defuse the anger of the popular masses, to domesticate it, by diverting it to formal changes in order to prevent it from leading to a contagious questioning of the social order.</p>
<p>Rwanda also had the same problems as other African countries. The fall in commodity prices had created enormous difficulties in the country: between 1985 and 1988 coffee prices had fallen by 30%, and tea prices by 40%. The price of tin also dropped to such an extent that, in 1985, Somirwa, a mining company whose tin holdings provided the government with 25% foreign exchange earnings and employed 8,000 people, had gone bankrupt . Thus the masses were confronted with the same problems as elsewhere: precariousness, misery, dismissals, followed by a deep dissatisfaction. As early as 1989, the single-party regime was increasingly criticized, including from within. In the same year, thirty-three intellectuals dared to publish an open letter calling for free elections. In 1990, under pressure from the French street and imperialism, like other dictators, Habyarimana agreed to set up a national commission for the establishment of a multiparty system. However, before it presented the results of its work, several opposition political wars, independent trade unions, human rights associations and a diverse free press were created.</p>
<p>In front of the former single party, the MRND, the National Revolutionary Movement for Development, which changed its name to the MRNDD, the National Republican Movement for Democracy and Development, a whole series of bourgeois political parties Moderate liberals to openly racist, anti-Tutsi parties. The most important of these was the MDR, the Republican Democratic Movement. Led by rival Hutus of Habyarimana, originating from the central and southern region, this party wanted to be the heir to the Parmahutu of the former dictator Kayibanda. Many of these parties, if not most, were extremists of the MNRD, the party of the dictatorship. Their ambition was above all to share power with the clique of the "Akazu", "the household" of the dictator. Moreover, although generally defined as Hutu or Tutsi, these parties were often organized around the personal ambitions of a few individuals and appeared to represent the interests of a particular region rather than an ethnic community. For example, the MDR from the MNRD, led by Hutus, claimed to defend the interests of central and southern Hutu away from the management of affairs since the seizure of power by the northern Hutus. The same was true of all the other parties. For this reason, accusing Habyarimana's party of exclusively concentrating power in the hands of the Hutu of the North, the only ambition of all these parties was to put pressure on the dictatorship in order to achieve a re-partition of power in the form Of rebalancing to the benefit of each other.</p>
<p>The popular uprising of 1992</p>
<p>Agathe Uwilingiyimana, a teacher from southern Rwanda, denounces the fact that the exams are held annually and that the Hutu youths of the Northern ruling classes (the president's region) receive examinations each year. A military commando assaults Agathe Uwilingiyimana. Thousands of Rwandans brave the armed threats of the Interahamwe in the streets, gathering in a demonstration in solidarity with Agathe Uwilingiyimana in late summer 1992.</p>
<p>January 1992: "On 8 January 1992, demonstrations on a scale unknown in Rwanda shook the main towns of the country, including Butare, Gitarama and especially Kigali, where 50,000 people marched to protest against the new Government. A new day of protests is called for on January 15, but the authorities forbid it and the demonstrators who pass by are arrested. (Quote from the Quilès report)</p>
<p>February 1992: pro-French journalist Simon Catherine writes: "The French military do not fight directly, but it is true that they bring a" plus "to the Rwandan army. Paradoxically, this French presence is both criticized by the opposition and hailed as a kind of "pledge" given to the process of democratization. Even those who deny it have admitted, even recently, that it has prevented "too big humanitarian bribes". The French media agreed to endorse in the name of humanitarianism the exactions sustained in Rwanda by France.</p>
<p>March 1992: massacres organized by the power in the south-east of the country, repetition of what will be the genocide.</p>
<p>In any case, the dictatorship of Habyarimana was shaken by this situation. It was weakened by the protest movement that was developing in the country. Above all, it had lost the confidence of a fringe of its petty-bourgeois social base. And it was in this situation that the first RPF attack came. The Great Powers aim at a sharing of power with the RPF In addition to the growing internal protest movement and the pressures of the rich countries which wanted political stability, this attack placed the Habyarimana dictatorship under the Triple pressure. The combination of these three elements, namely street demonstrations, pressure from the imperialist powers and raids by the RPF, in a context marked by enormous economic difficulties due to the fall in commodity prices, would all weigh more Still on power to the point of forcing it to contend with the opposition and agree to discuss with it. Thus, in March 1992 and June 1993, a transitional government was formed with the opposition parties. In August 1992, between the dictatorship of Habyarimana and the entire opposition, both political and military, engaged in discussions and negotiations which would last several months before reaching a set of agreements called "The Arusha Accords", from the name of a Tanzanian city where they were concluded in August 1993.</p>
<p>conclusions</p>
<p>In the years 1988-1991, a wave of popular movements destabilized most of the African regimes and even overthrew several (for example, the military dictatorship of Moussa Traoré in 1991 in Mali). Rwanda, which is beset by the same economic and political problems, the burden of external debt and the dictatorship, is no exception. On 8 and 15 January 1990, more than 100,000 demonstrators traveled the streets of the capital Kigali. In the two years following the popular movement against the regime is going to go on and on. It culminated in 1992 with massive demonstrations in Kigali and the big cities. In the capital, almost half of the population goes down into the streets and conspires with the military.</p>
<p>Democratic leaders of the movement are then called upon to participate in the government. In the movement of opposition to the dictatorship, there are both Hutus and Tutsis. But if the military regime has momentarily retreated, forgotten the single party and called certain opponents to the leadership of the government, it is only partly postponed. Taken between two fires, between RPF outside and popular revolt inside, the leaders set off in search of a fascist-type solution.</p>
<p>In order to regain a popular base, they turned to the downgraded of the capital and the poor in the countryside and based on the prejudice so frequently used in Africa: ethnism. Media outspokenly calling for Tutsi genocide, such as the "radio of a thousand hills" claim that Tutsi is synonymous with pro-RPF and claim that if the Hutus do not kill Tutsis, they will be killed.</p>
<p>And to bind to them a part of the population they oblige him to get wet at their sides. Anyone who has killed will no longer be able to take sides for the RPF to accuse them of crime. This led to the first massacres, in 1990 and 1993, in which Hutus were forced to kill Tutsis. Hence also the formation of militia of poor recruits and trained to kill.</p>
<p>This "strategy", widely promoted by French political and military leaders, was adopted from the moment when, under US pressure, President Habyarimana was forced to sign the Arusha Accords. In these agreements, which envisage the division of power between the dictatorship, the internal opposition and the RPF, the Rwandan ruling class as well as the French leaders saw the end of their domination of the country. The French embassy in Rwanda says "the Arusha accords are neither good nor inescapable". It is a support for the most radical clan known as "Akazu" or clan zero who, around the president's wife, prepares the genocide. The plan was prepared as early as 1992 (when ambassadors and UN staff transmitted information to both Belgium and Canada) when the popular movement became threatening. The assassination of Habyarimana, regardless of who committed it (Kagame is now accused of having fomented him, which may be true but which does not change the infamy of the perpetrators of the genocide). Gives the signal on the evening of April 6th.</p>
<p>The first act of the bands of killers was to assassinate the so-called "moderate" Hutus, that is to say all those who somehow opposed the dictatorship or Share in the revolt against misery. The massacre then reached within a few days the genocide, aimed at the extermination of all the Tutsi as well as of all the Hutus who refused to participate. In the midst of genocide, the Rwandan leaders, and not the underlings, were officially received in Paris. Jean Bosco Barayagwiza, leader of the Hutu extremist party, the CDR, and the radio of a thousand hills, and Jérôme Bicamumpaka, foreign minister of the genocidal government, said interim, were welcomed on 27 April 1994 at the Elysée, Matignon and the wharf Orsay. The massacre has been going on for 21 days. The French state continues to arm and finance them. It will continue to support them in the months and years that follow. It is perhaps not surprising, nor new, to see in a poor and backward African country a power to resort to the methods that were those of European fascist powers. And it is not surprising to see France "democratic" presided over by the Left to support it. Formerly a fierce dictatorship in its entire colonial empire, now supporting dictators, often equally ferocious, who maintain the imperialist order in return, France, like all bourgeois powers, is clear on one point: fascism is a valid Revolutionary social risks. The massacres of the Ottoman empire were never criticized by the great powers at the time, nor were those of Hitler when they were against the Jews, the cause of revolutionary social destabilization in Eastern Europe, and those of Saddam Hussein against The Kurds and the Shiite poor when they rose up.</p>
<p>Fascism is always a solution for the bourgeoisie in any country where it believes that social and political destabilization risks leading to revolutionary social risks. Let's not forget it!</p>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=https://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?article134&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">What was the reason for the Rwandan genocide? For the Rwandan ruling classes? And for French imperialism?</a></p>
<h2 class="spip">Class Struggle In Rwanda</h2>
<p><a href="https://libcom.org/history/articles/rwanda-burundi-history" class="spip_out" rel="external">A history of Rwanda and Burundi</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Rwanda" class="spip_out" rel="external">History of Rwanda</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Rwandan_Revolution" class="spip_out" rel="external">1959-1961 : The False « Revolution »</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.org/1959-02-1959LettrePastoraledeMgrPerraudinpourlecareme.pdf" class="spip_out" rel="external">1959 : The Role of Church (in french)</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.org/Aprosoma10Commandements27septembre1959.pdf" class="spip_out" rel="external">Habyarymana 1959 (in french)</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.org/ExtraitsDuRapportDelUNARsurLesEmeutesAuRwanda10novembre1959.pdf" class="spip_out" rel="external">1959 : The Manipulation of Racial “Revolution”</a></p>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=https://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?rubrique57&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">From 1990 to 1994 : From Class Struggle to Genocide…</a></p>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=https://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?article72&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">Wrestling in Africa 1988-1991</a></p>
<p><a href="http://www.rwandadocumentsproject.net/gsdl/collect/usdocs/index/assoc/HASH7666.dir/0521.pdf" class="spip_out" rel="external">1990 : Human Rights Report for Rwanda</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.org/Nsengiyumva22mai1990Melvlin-2.pdf" class="spip_out" rel="external">Political and Social Unrest in 1989-1990 in Rwanda and in Africa</a></p>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=https://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?article3779&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">Revolts in Africa in 1988-1991: from Côte d'Ivoire to Algeria, from Benin to Mali with the fall of Moussa Traore and also from South Africa to Rwanda ...</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Agathe_Uwilingiyimana" class="spip_out" rel="external">1992 : Agathe Uwilingiyimana (in english)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Agathe_Uwilingiyimana" class="spip_out" rel="external">1992 : Agathe Uwilingiyimana (in french)</a></p>
<p><a href="http://francegenocidetutsi.org/MugeseraKabaya.pdf" class="spip_out" rel="external">Fascist speech (pre-genocide) by Léon Mugesera in Kabaya (in French)</a></p>
<p><a href="http://dosfan.lib.uic.edu/ERC/democracy/1993_hrp_report/93hrp_report_africa/Rwanda.html" class="spip_out" rel="external">1993 Human Rights Report: RWANDA</a></p>
<p><a href="http://www.nytimes.com/1994/07/24/world/the-rwanda-disaster-the-scene-aid-workers-struggle-to-keep-up-with-dying.html" class="spip_out" rel="external">1994, The Massacre</a></p>
<p><a href="https://libcom.org/blog/capitalism-violence-rwanda-1994-part-1-12062014" class="spip_out" rel="external">Capitalism is violence: Rwanda 1994</a></p>
<p><a href="http://history.emory.edu/home/documents/endeavors/volume1/Moises.pdf" class="spip_out" rel="external">The Rwandan Genocide: The True Motivations for Mass Killings</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Rwandan_genocide" class="spip_out" rel="external">Rwandan genocide</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/2011_Rwandan_textile_workers_strike" class="spip_out" rel="external">2011 : Rwandan textile workers strike</a></p>
<p><a href="http://nvdatabase.swarthmore.edu/content/rwandan-textile-workers-strike-against-unfair-labor-practices-2011" class="spip_out" rel="external">Rwandan textile workers strike against unfair labor practices, 2011</a></p>
<p><a href="http://www.newtimes.co.rw/section/article/2015-01-16/185012/" class="spip_out" rel="external">2015 : Struggle for power threatens to tear apart workers union</a></p>
<p><a href="http://www.newtimes.co.rw/section/article/2017-04-30/211547/" class="spip_out" rel="external">2017 : Trade unions petition</a></p>
<p><a href="http://www.newtimes.co.rw/section/article/2017-04-30/211545/" class="spip_out" rel="external">2017 : Miners Petition for Pension Benefits</a></p>
<p><a href="http://www.mywage.org/rwanda/home/labour-law/trade-union-rights" class="spip_out" rel="external">2017 : Official Rights of Workers and Unions in Rwanda</a></p>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=http://www.matierevolution.org%2Fspip.php?article2245&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">6 April 1994 - 6 April 2012: Rwanda, a massacre and a warning to workers and peoples all over the world</a></p></div>
Le rôle actif, militant et dirigeant de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais
https://www.matierevolution.org/spip.php?article5408
https://www.matierevolution.org/spip.php?article54082017-01-26T00:19:00Ztext/htmlfrRobert ParisFranceBelgiqueAfriqueFascismeRwanda
<p>1 Mgr Thaddée Ntihinyurwa Evêque de Cyangugu en 1994 2 Mgr Joseph Sibomana Evêque Kibungo <br class='autobr' />
3 Mgr Jean-Baptiste Morandini Nonce Apostolique du Rwanda en 1994 <br class='autobr' />
4 Mgr Thaddée Nsengiyumva Evêque de Kabgayi <br class='autobr' />
5 Mgr André Perraudin Archevêque –Evêque émerite de Kabgayi <br class='autobr' />
6 Mgr Joseph Ruzindana Evêque de Byumba M <br class='autobr' />
7 Mgr Vincent Nsengiyumva Archevêque de Kigali <br class='autobr' />
8 Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi Evêque de Butare <br class='autobr' />
9 Mgr Wenceslas Karibushi Evêque de Nyundo <br class='autobr' />
10 Mgr Phocas Nikwigize Evêque de (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique57" rel="directory">21- Rwanda : de la révolte au génocide</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot111" rel="tag">Belgique</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot123" rel="tag">Afrique</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_8230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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</figure>
</div>
<p>1 Mgr Thaddée Ntihinyurwa Evêque de Cyangugu en 1994</p>
<p>2 Mgr Joseph Sibomana Evêque Kibungo</p>
<p>3 Mgr Jean-Baptiste Morandini Nonce Apostolique du Rwanda en 1994</p>
<p>4 Mgr Thaddée Nsengiyumva Evêque de Kabgayi</p>
<p>5 Mgr André Perraudin Archevêque –Evêque émerite de Kabgayi</p>
<p>6 Mgr Joseph Ruzindana Evêque de Byumba M</p>
<p>7 Mgr Vincent Nsengiyumva Archevêque de Kigali</p>
<p>8 Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi Evêque de Butare</p>
<p>9 Mgr Wenceslas Karibushi Evêque de Nyundo</p>
<p>10 Mgr Phocas Nikwigize Evêque de Ruhengeri</p>
<p>11 Mgr Augustin Misago Evêque de Gikongoro</p>
<div class='spip_document_8232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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</div>
<p>Les pères Blancs du Rwanda sont rouges de sang ainsi que l'Eglise catholique qui continue de les couvrir, de les défendre et de les protéger...</p>
<div class='spip_document_8220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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</div><div class='spip_document_8209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-2904.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-2904-bad79.jpg?1792828732' width='500' height='336' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_8235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-2927.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH341/-2927-0d939.jpg?1792828732' width='500' height='341' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">Le rôle actif, militant et dirigeant de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais</h2>
<p>Lue dans plusieurs églises du pays, la déclaration symbolique des neuf évêques catholiques rwandais apparaît en effet plus circonscrite que les apparences ne le laissaient supposer. « Nous demandons pardon au nom de tous les chrétiens pour toute forme de péché commis. Nous regrettons que des membres de l'Église aient violé leurs vœux d'allégeance aux commandements de Dieu », écrivent les prélats.</p>
<p>L'annonce d'excuses officielles de l'Église catholique concernant le génocide des Tutsis était exagérée : il ne s'agissait pas de reconnaître les responsabilités de l'institution, encore moins le Vatican, mais de dénoncer « des individus » qui auraient failli en 1994.</p>
<p>Mgr Philippe Rukamba, le président de la Conférence épiscopale, a tenu à clarifier : « L'Église n'a pas participé au génocide », et elle ne l'a « jamais commandité ».</p>
<p>Eh bien, c'est un pur mensonge : l'Eglise a participé et elle a commandité le massacre !!</p>
<p>Au Rwanda, l'Eglise catholique est la seconde puissance instituée après l'État. En position privilégiée elle a joué un rôle non négligeable dans le génocide des Tutsi en 1994 et elle s'est compromise ouvertement avec le régime hutiste qui organisa et exécuta le crime. Et l'Eglise catholique mondiale a participé à l'effort qui a suivi le génocide, pour le nier et pour protéger les criminels pères blancs réfugiés dans les églises du monde entier pour échapper à la justice !</p>
<p>Le Vatican, lui aussi, n'a pas ménagé ses efforts pour protéger les criminels en organisant leur exfiltration vers l'Europe et en soutenant ceux, restés sur place, confrontés à la justice rwandaise comme ce fut le cas pour Mgr Misago finalement acquitté suite aux pressions du Vatican.</p>
<p>Des prêtres notoirement compromis dans le génocide rwandais vivaient au Vatican ou ailleurs dans le monde et continuaient à exercer leurs responsabilités de pasteurs catholiques. L'Osservatore Romano s'est fait l'écho au moins une fois très ouvertement de la théorie du double génocide, thèse des génocidaires justement, pour justifier cette impunité.</p>
<p>Mais d'abord, l'Eglise catholique a été responsable de la mise en place du régime ethnique et raciste hutu du Rwanda…</p>
<p>Les autorités de l'Église catholique au Rwanda développeront à la fin des années 1950 une prédication de libération du peuple Hutu opprimé par les Tutsi, à l'instar des discours contre la noblesse française à la fin du XVIIIe siècle. On rappelle fréquemment la Lettre pastorale du 11 février 1959 de Monseigneur Perraudin, qui sera perçue comme une justification morale de la chasse aux Tutsi qui débutera quelques semaines plus tard. Monseigneur Perraudin insiste sur la distinction raciale et conteste l'analyse de classe, pour barrer la route aux sensibilités communistes qui auraient pu s'éveiller alors dans les milieux populaires.</p>
<p>Christian Terras et Mehdi Ba - Rwanda, l'honneur perdu de l'Église – Golias :</p>
<p><i>« Cette intronisation du premier roi chrétien modifia la situation : il s'ensuivit une vague de conversions restée dans les mémoires sous le nom de Tornade. Signe éclatant de l'implantation du catholicisme au Rwanda : en vingt ans, plus de 90 % des Rwandais devinrent catholiques. Le français demeura la langue officielle, car, la plupart des missionnaires étaient francophones. Cependant, une nouvelle génération de prêtres flamands, d'origine plus modeste que leurs collègues francophones, s'identifia davantage aux Hutus et entreprit de former une contre-élite hutue, et leur apprit le néerlandais. Ces Hutus devinrent les leaders de la « nation hutue » et s'impliquèrent dans la politique active. »</i></p>
<p>On ne peut pas passer sous silence le rôle de l'Église catholique au Rwanda. Avec l'arrivée des Belges, elle fonctionna pratiquement comme une institution religieuse étatique. Cela est vrai pour l'époque coloniale comme pour l'époque du génocide ; nous sommes contraints de constater que c'est là un rôle que l'Église ne peut pas effacer.</p>
<p>L'essentiel de l'idéologie raciste hamitique a tout simplement été inventé par les Pères Blancs, des missionnaires catholiques qui écrivirent ce qui devint la version officielle de l'histoire du Rwanda, conforme à leurs points de vue essentiellement racistes. Dans la mesure où ils contrôlaient tout le système scolaire de la colonie à la satisfaction des Belges, les Pères Blancs purent, avec l'approbation des Belges, endoctriner des générations entières d'écoliers Hutu et Tutsi et leur inculquer la théorie hamitique.</p>
<p>Avec l'appui total de l'Église catholique, une interprétation fantaisiste de la démocratie commença à faire circuler la notion de rubanda nyamwinshi qui signifiait « le peuple majoritaire ». Même si Kayibanda régnait en dictateur sur un pays qui n'avait jamais connu la démocratie, comme les Hutu formaient une grande majorité de la population rwandaise, il allait de soi que, pour l'Eglise catholique, la domination Hutu était démocratique.</p>
<p>Dans le début de guerre civile intertehnique qui commença à la fin de 1959, l'Eglise catholique était déjà l'un des acteurs militants et extrémistes du Hutu power ! Belges et catholiques étaient les partisans de l'ethnisme hutu et des méthodes les plus violentes pour l'imposer…</p>
<p>Sous la direction de Grégoire Kayibanda, diplômé du séminaire catholique et cosignataire du Manifeste des Bahutu, un parti à prédominance Hutu apparut, le Mouvement démocratique rwandais/Parti du Mouvement de l'Émancipation Hutu, ou encore Parmehutu. À la fois les Belges et les dirigeants ecclésiastiques prirent ouvertement le parti de leurs nouveaux amis Hutu. Les Pères Blancs donnèrent quelques conseils stratégiques aux dirigeants Hutu et en général soutinrent leur cause. En parallèle, le plus haut gradé militaire belge sur le terrain dirigeait les opérations au nom des Hutu et ses propres troupes, lorsqu'elles se décidaient à intervenir, encourageaient les attaques des Hutu contre les Tutsi.</p>
<p>Par la suite, l'Eglise a maintenu son alliance avec le pouvoir Hutu…</p>
<p>Plus de 60 pour cent des Rwandais étaient de religion catholique et l'Église catholique est restée un allié et un rempart sûr pour le régime Habyarimana, lui conférant légitimité et liberté d'action jusqu'à la fin. Tout comme les gouvernements des pays étrangers et les organismes d'aide présents au Rwanda, la hiérarchie catholique a rarement contesté les fondements ethniques de la vie publique ou la dictature militaire de parti unique de Habyarimana.</p>
<p>La hiérarchie de l'Église catholique demeura un rempart solide sur lequel la république de <br class='autobr' />
Habyarimana put compter presque jusqu'à la fin. Plus de 60 pour cent des Rwandais étaient Catholiques. La séparation entre l'Église et l'État n'existait pratiquement pas. Bien que les Tutsi aient depuis toujours constitué la majorité du clergé catholique, sept des neuf évêques en place au début du génocide étaient Hutu, et les chefs de l'Église étaient actifs dans les structures de l'État et du parti à tous les niveaux, jusqu'au sommet. Comme l'ont noté presque toutes les études sur cette période, l'archevêque de Kigali, Monseigneur Vincent Nsengiyumva, était un proche et un homme de confiance du Président. Nsengiyumva, qui était le confesseur personnel d'Agathe, la femme du Président, et qui était reconnu pour porter l'insigne du portrait d'Habyarimana épinglé sur sa soutane, avait été un membre actif du comité central du MRND jusqu'à ce que Rome l'oblige à démissionner du comité en 1989. L'Église et l'État ont traditionnellement entretenu des relations de travail mutuellement profitables, un phénomène qui s'est renforcé sous le long règne d'Habyarimana. L'Église procurait une légitimité symbolique additionnelle à l'État qui, en retour, en facilitait les activités. Les deux insistaient sur le principe d'obéissance et sur une dépendance accrue vis-à-vis les structures de pouvoir. Ensemble, ils coopéraient à « étendre leur contrôle sur la population, la conformer et l'intégrer à l'économie et à la politique. » Ils avaient en commun d'importantes valeurs sociales : bien que le Rwanda ait été décrit partout comme un pays qui avait trop peu de terres pour sa population, la régulation des naissances était un anathème tant sur le plan public que privé. Le moment venu, Habyarimana put prendre pour excuse la croissance constante de la population du pays pour refuser d'autoriser le retour des réfugiés qui avaient fui durant les massacres des Tutsi organisés par le gouvernement précédent. Vers la fin seulement, il sembla montrer un peu moins de fermeté sur la question, mais il était déjà trop tard. Près de 20 pour cent de la population était affiliée à diverses dénominations protestantes, dont aucune n'avait de position institutionnelle dans le régime. La hiérarchie anglicane et les Baptistes étaient toutefois généralement favorables au régime, et le président de l'Église Presbytérienne du pays était membre du comité MRND dans sa préfecture.</p>
<p>Après l'assassinat de Habyarymana, l'Eglise a participé activement au massace ethnique…</p>
<p><i>« Ensemble, les chefs militaires et le nouveau gouvernement intérimaire des partisans du « Hutu <br class='autobr' />
Power »pouvoir hutu, assermenté suite à l'écrasement de l'avion, prenaient toutes les décisions, tandis que la structure complexe du régime rwandais exécutait le génocide avec une effroyable efficacité. Tous ont bénéficié d'un soutien indispensable de la part des leaders Hutu des Églises catholique et anglicane. Cette position a été facilement interprétée par les Chrétiens ordinaires comme un appui implicite aux tueries, comme l'a été la proche association des leaders religieux avec les leaders du génocide. C'est peut-être là ce qui permet d'expliquer le plus grand mystère du génocide : la terrible facilité avec laquelle le « Hutu Power »pouvoir hutu a pu rendre autant de citoyens ordinaires complices du génocide. Il est impossible d'expliquer autrement pourquoi tant de personnes ont pu être assassinées si vite. »</i> explique le rapport de l'OUA sur le génocide au Rwanda.</p>
<p>Dans les années qui ont suivi, les dirigeants des Nations Unies, des États-Unis, de la Belgique et de l'Église anglicane ont tous présenté des excuses pour n'avoir pas su stopper le génocide, pour n'avoir pas pu mettre un terme au génocide. Aucun n'a reconnu un rôle actif, pourtant évident. Ni le gouvernement français ni l'Église catholique n'en ont encore présenté. Aucun gouvernement ni aucune institution responsable n'a non plus suggéré que l'on doive au Rwanda une quelconque compensation pour cet échec ; pendant cette période, jamais aucun responsable n'a démissionné en signe de protestation ni n'a été amené à répondre de ses actes.</p>
<p>Il faut préciser que l'église catholique et ses hautes sphères s'investirent de toute leur énergie pour soustraire les prêtres génocidaires à la justice rwandaise et lancèrent leurs réseaux -opus dei en tête- dans une campagne d'intoxication et de falsification des faits véridiques relatant le génocide rwandais. Cette institution avait dès la période coloniale soutenu, préformé la constitution d'une élite hutu exterminationiste antitutsi, et le premier président du Rwanda indépendant, l'extrémiste hutu Kayibanda qui a organisé des massacres et persécutions de masses de Tutsi, est un ancien séminariste, ancien secrétaire particulier de l'archevêque de Kigali. L'église aura suscité une part significative de son action criminelle.</p>
<p>Au mois de juin 2001, deux religieuses Hutu du couvent de Sovu, Consolata Mukangango (Sœur Gertrude, supérieure du couvent) et Julienne Mukabutera (Sœur Kizito), ont été condamnées par la justice belge à respectivement quinze et douze ans de réclusion pour avoir livré aux milices Interahamwe les familles tutsies qui s'étaient réfugiées dans l'enceinte du couvent.</p>
<p>Bon nombre de génocidaires notoires, condamnés par le TPIR (1) sont, aujourd'hui encore, protégés, hébergés et nourris par l'Eglise. D'autres, ne sont ni poursuivis ni jugés, car des indices sérieux attestent que certaines personnalités belges proches de l'ancien régime du Président Habyarimana, proches aussi du Mouvement Catholique Charismatique et de "l'Opus Dei" utilisent leurs pouvoirs et leurs relations pour empêcher que la justice fasse son travail normalement et surtout que la lumière se fasse sur la pire tragédie jamais advenue en Afrique.</p>
<p>Le mémorial du génocide Gisozi, à Kigali, pointe sans hésiter l'archevêque suisse, Mgr. Perraudin, Père Blanc, originaire de Bagnes en Valais . Missionnaire en Afrique durant des années et consacré, le 25 mars 1956, évêque du Vicariat apostolique de Kabgayi. On continue à s'interroger sur son rôle précis dans le génocide rwandais et comment cet homme de foi, croyant, pratiquant dont le digne but était d'évangéliser les Africains se retrouve sur la liste des génocidaires, du moins fiché comme un des principaux idéologue ? Par la suite, on le verra proche de Grégoire Kayibanda dont il sera le conseiller et l'ami, son implication et son influence sur les dirigeants du Rwanda ne fait aucun doute, il se défendra face aux accusateurs en lançant à la cantonade que "les Tutsi sont la cause de leur propre génocide. »</p>
<p>Le père blanc italien Bérôme Carlisquia, dit aussi Carlo Bellomi, a été accusé par de nombreux témoins et les autorités rwandaises actuelles d'avoir été le cerveau de la préparation et l'exécution du génocide contre les Tutsis dans la région de Rusumo. Il prêchait, selon de nombreux témoignages, la haine et la violence envers les Tutsis, il fut régulièrement vu à différentes barrières, fusil à la main, accompagné de tueurs Hutus ! Il est réfugié aujourd'hui à Brescia en Italie où il mène une vie tranquille.</p>
<p>Très certainement une des grandes figures missionnaires de l'Eglise Catholique au Rwanda fut le prêtre blanc Gabriel Maindron. Il a résidé au Rwanda plus de trente ans ! Il fut au Rwanda responsable de la paroisse Crête-Congo-Nil. Il faut noter que dès que ce personnage est arrivé dans cette région du Rwanda en 1985, tout y a changé, plus rien n'était comme avant. Dès son arrivée il a commencé à y créer la zizanie entre Hutus et Tutsis. Alors, que les deux ethnies y vivaient en harmonie jusque là. Pour réaliser sa mission le prêtre blanc Maindron, s'est appuyé sur quatre prêtres Hutus extrémistes. Il était en permanence escorté par des miliciens extrémistes Hutus qui furent ses garde-corps. Maindron assistera maintes fois directement à des mises à mort durant le génocide. Maindron était un grand ami du lieutenant-colonel Chollet, un tout-puissant conseiller militaire français du Président Habyarimana, des documents prouvent que Maindron aurait fait du renseignement militaire dans la préparation du génocide, et même pendant le génocide ! Il aurait participé à pratiquement toutes les réunions politiques de l'extrémisme Hutu.</p>
<p>L'Archevêque de Kigali [ la capitale du Rwanda ], ‘‘Monseigneur'' Vincent Nsengiyumva, était membre du parti unique du régime Hutu de Habyarimana, il fut escorté par la garde présidentielle, il était un informateur-conseiller du Président et de ses colonels les plus durs et les plus extrémistes, tel que le colonel Elie Sagatwa et un document, retrouvé plus tard dans la résidence présidentielle, démontre que l'Archevêque jouait même les intermédiaires pour des promotions d'officiers et qu'il faisait du renseignement !</p>
<p>Des personnes rescapées du génocide témoignent à son sujet de la sorte : « après les massacres dans l'église de Kibuye, je vois, du haut de ma cache dans le clocher, le Père Maindron et plusieurs personnes qui se dirigent vers l'église, parmi celles-ci il y avait le bourgmestre et le préfet Kahishema, le grand organisateur du génocide dans la région… ».</p>
<p>Le père Johan Pristill, un ancien professeur allemand de dogmatique du Grand Séminaire de Nyakibanda au Rwanda, va traduire le ‘‘Mein Kamf'' de Hitler en kinyarwanda, non seulement pour le diffuser sur les ondes de sa radio comme dit plus haut, mais aussi à l'attention des cadres extrémistes hutus co-architectes du génocide, transformant au passage l'œuvre maîtresse d'Hitler pour qu'elle ne vise plus le ‘‘juif'', mais le ‘‘Tutsi'' cette fois ! A la fin du génocide, ce même Père Pristill aurait été mandaté par des réseaux proches de Caritas internationalis pour exfiltrer des prêtres, des religieux et religieuses rwandais et rwandaises ayant participé au génocide.</p>
<p>Ainsi, les terres propices à l'accueil d'ecclésiastiques responsables de participation, d'incitation au génocide, sont l'Italie, la France, la Belgique et la Suisse. Il semblerait que pour faire ce qu'il a fait le Père Pristill aurait collaboré étroitement avec le Père dominicain canadien Yvon Romerlau, qui fut un proche de l'ancien président Hutu Habyarimana ; ce Père canadien serait aujourd'hui à Rome. Coïncidence ou non ( ?) le fait est que la paroisse de Nyumba, celle du Père Pristill, fut un des lieux les plus touchés par les massacres, après le génocide on va y découvrir environ 30.000 cadavres. Bien avant le génocide, au moment de sa préparation… et c'est bien le cas de le dire, la fondation Adenauer en Allemagne, qui participe activement à des projets appuyés par l'Internationale démocrate-chrétienne, va financer la station de radio RTLM (radio-télé des Mille Collines) qui sera appelée après le génocide ‘‘radio télé de la Mort''. Effectivement tous les jours et pendant des mois, cette radio a incité à tuer des séries entières de personnes dont les noms et adresses étaient journellement citées !</p>
<p>On peut ainsi citer comme exemples de génocidaires notoires cachés et protégés dans des couvents, des monastères, etc., le père Wenceslas Munyeshyaka, l'abbé Gabriel Maindron à Fontenay-le-Comte, l'abbé Martin Kabalera à Luchon (tous les trois en France) et l'abbé Daniel Nahimana (en Italie).</p>
<p>Le père Wenceslas, exerce aujourd'hui en France les fonctions de prêtre coopérateur et aumônier des Scouts de France à Gisors en Normandie. Il a été accusé de génocide et crime contre l'humanité (viol, assassinat, extermination). L'affaire a été transmise aux autorités françaises le 20 novembre 2007 où elle est demeurée sans suites malgré une condamnation de la Cours Européenne des Droits de l'Homme dénonçant la lenteur de la procédure. Des témoins ont relaté avec précision des exécutions massives survenues les 17 et 22 avril 1994 à la paroisse de la Sainte-Famille à Kigali, où Munyeshyaka officiait.</p>
<p>Entre avril et mai 1994, l'abbé Wenceslas Munyeshyaka aurait en effet contribué au génocide mené contre les tutsis par les milices hutus et des membres des forces armées rwandaises. Il aurait à plusieurs reprises participé à la sélection de réfugiés tutsis choisis pour être massacrés, les aurait laissés mourir de soif, aurait dénoncé aux autorités les personnes essayant de les aider, et aurait violé plusieurs femmes. Il tirait son pouvoir des rapports qu'il a entretenus avec les responsables militaires et les chefs politiques tels que le colonel Tharcisse Renzaho. Au Rwanda, le 26 novembre 2006, devant un tribunal militaire, il a été condamné par contumace à la prison à vie pour ces crimes de guerre dénoncés par de nombreux témoins.</p>
<p>L'abbé Gabriel Maindron, alias Munderere, vient en tête d'une liste de suspects de génocide en fuite établie par les autorités rwandaises. Il était curé de la Paroisse Crête Congo-Nil, dans la province de Kibuye à l'ouest du Rwanda. A la chute du régime génocidaire en 1994, le missionnaire revient en France et s'entretient avec le journaliste Nicolas Poincaré qui publie en 1995 ''Gabriel Maindron, un prètre dans la tourmente''. Dans ce livre, les tutsis sont une nouvelle fois accusés d'être une minorité qui tient la majorité hutue à l'écart du pouvoir depuis quelque quatre siècles de régime monarchique. Il s'agit d'un mensonge basé sur aucune réalité historique et semblable à celui que l'Eglise répendait il n'y a que quelques décennies à propos des juifs qui, comparés à une pieuvre aux longues tentacules, étaient accusés de règner sans partage. Ce mensonge est le fondement idéologique de la révolution sociale de novembre 1959, soutenue par l'Eglise et l'administration coloniale belge, qui renverse "les cruels féodaux hamites" pour fonder le pouvoir hutu "un peuple de Bantou très croyants, simples mais honnêtes et travailleurs". Comme l'antisémitisme, l'antitutsisme se nourrit de fantasmes racistes. En effet, avant l'arrivée des premiers colons au début du XXème siècle, il n'existait au Rwanda ni ethnie hutue, ni ethnie tutsie, ni structure gouvernementale centralisée que l'on puisse qualifier de monarchie malgré ce que continue à affirmer le curé français.</p>
<p>L'Abbé Martin Kabalera, réfugié à Luchon dans l'archidiocèse de Toulouse, déclare : "Je suis content que les gens qui m'accusent soient en vie. J'en suis fier." Ce prêtre feint d'oublier qu'on l'accuse de complicité dans l'assassinat de femmes, d'enfants et de militaires tutsis dont il avait la charge. Qui d'autres peut témoigner contre lui si ce n'est les survivants ?</p>
<p>Seuls deux génocidaires réfugiés en France, ont été arrêtés le 26 Novembre 1999 et le 15 février 2000 et transférés devant le Tribunal international de l'Onu : Jean de Dieu Kamuhanda, ministre de la Culture et de l'Enseignement Supérieur au moment des faits, condamné à "la prison à vie pour le restant de ses jours" et François-Xavier Nzuwonemeye, commandant du 42 ème Bataillon de Reconnaissance de l'Armée Rwandaise génocidaire, actuellement en jugement.</p>
<p>La France, cette soeur aînée de l'Eglise, sait donc se faire terre d'asile pour des criminels génocidaires qui échappent ainsi à la justice internationale. C'est pourtant cette même France qui matraque (parfois à la hache) les sans papiers en grève de la faim... Deux poids, deux mesures : la fameuse "immigration choisie" de Sarkozy-Pasqua-Debré-Chevènement se fait selon un choix des plus curieux !</p>
<p><a href="http://www.afrik.com/article8261.html" class="spip_out" rel="external">L'Eglise catholique est l'un des coupables du génocide</a></p>
<p><a href="http://autreversion.info/L'Eglise%20et%20le%20g%E9nocide%20au%20Rwanda%20%20plus%20que%20complice.htm" class="spip_out" rel="external">L'Eglise et le génocide au Rwanda : plus que complice</a></p>
<p><a href="http://fr.soc.politique.narkive.com/LOAK8XWt/rwanda-les-peres-blancs-complices-des-genocidaires" class="spip_out" rel="external">Les catholiques belges coninuent de soutenir les prêtres génocidaires</a></p>
<p><a href="http://golias-news.fr/article6020.html" class="spip_out" rel="external">Rwanda : l'Eglise catholique au cœur du génocide</a></p>
<p><a href="http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/L-Eglise-reste-blessee-par-le-genocide-rwandais-2014-04-14-1136268" class="spip_out" rel="external">Le journal « La Croix » cache derrière des propos lénifiants la réalité du crime génocidaire de l'Eglise</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
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<a href='https://www.matierevolution.org/IMG/pdf/-74.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 4 Mio' type="application/pdf"><img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1792811672' width='64' height='64' alt='' /></a>
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Révoltes en Afrique en 1988-1991 : de la Côte d'ivoire à l'Algérie, du Bénin au Mali avec la chute de Moussa Traore et aussi de l'Afrique du sud au Rwanda...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article1684
https://www.matierevolution.org/spip.php?article16842015-08-15T23:55:00Ztext/htmlfrRobert ParisAfriqueMaliCôte d'IvoireAlgérieRwandaMauritanieBénin
<p>Ces révoltes ont eu lieu en même temps dans l'essentiel de l'Afrique... <br class='autobr' />
Pendant toutes ces années de 1988 à 1991, l'Afrique est parcourue de mouvements sociaux, de révoltes et de manifestations. La lutte touche Sénégal, Mali, Gabon, Côte d'Ivoire, Niger, Kenya, Bénin, Algérie, etc… Dans certains pays, la mobilisation prend l'aspect d'une révolte générale contre le régime. Dans d'autres, comme le Mali en 1991 où le régime de dictature militaire de Moussa Traore tombe. Des régimes, qui (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique49" rel="directory">20- Révoltes en Afrique 1988-1991</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot123" rel="tag">Afrique</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot133" rel="tag">Mali</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot135" rel="tag">Côte d'Ivoire</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot138" rel="tag">Algérie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot207" rel="tag">Mauritanie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot261" rel="tag">Bénin</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_6387 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L420xH200/-1425-9e47c.jpg?1792819113' width='420' height='200' alt='' />
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<p>Ces révoltes ont eu lieu en même temps dans l'essentiel de l'Afrique...</p>
<p>Pendant toutes ces années de 1988 à 1991, l'Afrique est parcourue de mouvements sociaux, de révoltes et de manifestations. La lutte touche Sénégal, Mali, Gabon, Côte d'Ivoire, Niger, Kenya, Bénin, Algérie, etc… Dans certains pays, la mobilisation prend l'aspect d'une révolte générale contre le régime. Dans d'autres, comme le Mali en 1991 où le régime de dictature militaire de Moussa Traore tombe. Des régimes, qui avaient tenu depuis les indépendances, sont pour la première fois menacés par les masses populaires.</p>
<p>..AU BENIN...</p>
<p>Des grèves et des manifestations de fonctionnaires qui ne touchaient plus leurs salaires depuis des mois y éclatèrent en décembre 1989. La contestation paralysa l'administration, les écoles et l'université. Les banques étaient en faillite, les comptes des particuliers bloqués. En 1989, tout au long de l'année, le Bénin est secoué par des luttes populaires diverses des travailleurs du privé, des fonctionnaires, des étudiants. Les salariés dénoncent les salaires impayés et les mauvaises conditions de travail. C'est l'un des pays où le mouvement a un caractère le plus ouvrier. A partir de janvier 1990, les mouvements de contestation se généralisent en Afrique, avec des grèves, des grèves générales, des manifestations de masses, des émeutes et des révoltes. Au Bénin, le 4 janvier 1990, les enseignants sont lancés dans un bras de fer avec le pouvoir et déclarent : « Même si nos salaires sont payés, le travail ne reprendra pas tant que nos revendications ne seront pas satisfaites. » Le pouvoir réagit en lâchant du lest sur le plan politique. Le général-président Kérékou, qui se faisait appeler « camarade Kérékou » abandonne son pseudo « socialisme populaire », le parti unique et ouvre le régime. Sous la pression de la rue et du FMI, Mathieu Kérékou, au pouvoir depuis octobre 1972, décida d'abandonner les références au « marxisme-léninisme » et le régime du parti unique. Il accepta la tenue d'une « conférence nationale des forces vives de la nation » en février 1990 qui réforma la constitution, imposa le multipartisme, la liberté de presse, une amnistie pour les prisonniers politiques et un gouvernement de transition chargé de préparer les élections. Et le 24 mars dernier, ce fut le premier ministre de transition, Nicéphore Soglo, qui remporta les élections présidentielles contre Kérékou qui accepta le verdict des urnes.</p>
<p>...EN GUINEE...</p>
<p>En Guinée, les choses avaient commencé plus tôt, mais l'évolution fut moins spectaculaire. Le général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984, avait annoncé, dès le 2 octobre 1989, la fin du parti unique et la marche vers une démocratie pluraliste. Une multitude d'organisations fleurirent alors qui attendent toujours leur légalisation... En Guinée aussi l'année 1990 a été marquée par une série de grèves et de manifestations qui touchèrent les enseignants en juin (pour des augmentations de salaires), les pré-retraités de la fonction publique en septembre (pour le paiement de leurs indemnités dont ils n'avaient touché que 10 %), les étudiants qui furent en grève pendant un mois en novembre (contre la réduction drastique du nombre de bourses et pour l'application du multipartisme). C'est que la marche vers la démocratie pluraliste se faisait à pas de tortue. Finalement une nouvelle constitution a été élaborée par de hauts fonctionnaires nommés par Lansana Conté. Elle fut adoptée par référendum en décembre dernier. Elle instaure le bipartisme et ne sera appliquée que dans 5 ans !</p>
<p>...AU GABON...</p>
<p>Le 16 janvier, les étudiants de l'université Omar Bongo, au Gabon, entrent en grève et occupent l'université pour protester contre le manque de professeurs et de moyens. Il s'en suit des bagarres avec les forces de l'ordre qui font de nombreux blessés, mais ne parviennent pas à arrêter le mouvement de protestation au Gabon. Loin de se calmer, les étudiants développent la lutte. Le 18 janvier, ils entraînent les collégiens et lycéens, ainsi que les jeunes chômeurs. Ce jour-là, des centaines de manifestations sillonnent les artères de Libreville et s'affrontent avec les forces de l'ordre. Dans les quartiers populaires, comme Mont-Bouet, Akebe, Rio, Kembo, l'agitation se transforme en émeutes : des groupes de jeunes armés de bâtons et de cailloux s'attaquent aux bâtiments publics et pillent les boutiques. Des voitures sont incendiées et servent pour constituer des barrages et barricades. Les manifestants défilent sur le périphérique qui conduit à l'aéroport et ils le bloquent. Le 18, le pouvoir riposte en fermant universités, lycées et collèges. Mais, la 19, l'agitation gagne de l'ampleur. Plus d'une centaine de boutiques sont pillées. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre se généralisent à la plupart des quartiers populaires. Le gouvernement interdit les attroupements, renforce les contrôles d'identité et instaure le couvre-feu à partir de 19 heures. Le mouvement, bien que réprimé, se poursuit au Gabon. Au Gabon, le couvre-feu semblait avoir rétabli le calme, mais c'était une apparence trompeuse : le 12 février, le mouvement prend un caractère social. Depuis cinq ans, les salaires sont bloqués, si bien que la grève d'une catégorie limitée met le feu aux poudres. La grève touche d'abord les fonctionnaires : enseignants du supérieur, médecins, agents du ministère des finances, agents des banques gabonaises et des sociétés de cigarettes arrêtent le travail, rapidement rejoints par les salariés des Postes et Télécommunications, de l'Energie Electrique et de nombreuses sociétés privées. L'électricité est coupée. Les centraux téléphoniques sont bloqués. Le transport aérien est en grève. Le pays est paralysé et coupé du monde. C'est une gifle pour Bongo. Les travailleurs de la Navigation entrent en lutte. Le dictateur Bongo accepte de négocier directement avec les grévistes, puisque les travailleurs en grève refusent d'être représentés par le syndicat unique, agent du pouvoir. Bongo essaie de négocier avec chaque catégorie à part, mais devant la menace de la généralisation de la lutte à toute la classe ouvrière, le dictateur recule. Il déclare qu'il reconnaît le multipartisme, alors qu'il avait toujours déclaré que, lui vivant, on ne verrait jamais cela au Gabon ! Le 23 mars, les travailleurs du pétrole de Port Gentil se mettent en grève contre leurs conditions de travail et réclament des augmentations de salaires. L'agitation s'étend à d'autres catégories de travailleurs, aux lycéens, aux collégiens qui se répandent dans les rues. L'intervention de la police entraîne des émeutes dans la plupart des quartiers populaires. Les manifestants s'en prennent aux bâtiments administratifs et aux boutiques qui sont parfois saccagées et pillées. La police et les forces de l'ordre locales sont débordées. Les autorités de Port Gentil font appel à des renforts militaires de Libreville. Le couvre-feu est instauré à Libreville, puis dans l'ensemble du pays. Face aux émeutes, les paras français et la Légion débarquent à Port Gentil et à Libreville pour réprimer les manifestants, et pas seulement pour « défendre les ressortissants français » comme il le prétend, les forces gabonaises se révélant insuffisantes pour faire face à la révolte. En deux jours, Port Gentil connaît une véritable explosion de mécontentement social qui s'attaque à tout ce qui représente l'oppression : bâtiments publics, intérêts privés des riches, voitures… Au Gabon, Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967 annonçait le 19 avril 1990 l'instauration immédiate du multipartisme. Il nommait un premier ministre chargé de la transition et la nouvelle constitution était adoptée le 22 mai. Mais le lendemain un dirigeant de l'opposition, Joseph Rendjembé, était retrouvé mort dans les bras d'une dame, semble-t-il. Mais la suspicion était telle que des émeutes se déclenchèrent dans la capitale puis à Port-Gentil. Elf rapatria son personnel français et arrêta sa production, suivi par Shell. Le gouvernement français envoya des renforts de troupes sous prétexte d'évacuer et protéger les ressortissants français qui n'étaient pourtant pas menacés. Mais finalement la garde présidentielle réussit à reprendre la ville. Bongo menaça de faire appel à d'autres compagnies pour exploiter le pétrole et Elf reprit immédiatement sa production. Des élections législatives pluralistes eurent lieu en trois temps à l'automne 1990 avec une série d'irrégularités qui aboutirent à des invalidations. Le principal parti d'opposition, le plus modéré, ayant décidé de déclarer forfait, l'ex-parti unique remporta 62 sièges sur 120. Bongo lui-même n'entend pas laisser la place avant la fin de son mandat en I992. Il prétend se placer désormais au-dessus des partis et s'est d'ailleurs payé le luxe de financer la campagne électorale des partis d'opposition qui ont alors mis une sourdine à leurs critiques. Ce sont les paras français qui ont sauvé Omar Bongo en 1990 contre un mouvement de protestation populaire.</p>
<p>...EN COTE D'IVOIRE...</p>
<p>En Côte d'Ivoire, où Houphouët Boigny est au pouvoir depuis 30 ans, toute une série de mouvements de protestation contre la décision de diminuer de 10 à 40 % les salaires dans le public comme dans le privé a démarré en mars 1990. Toutes les catégories de salariés entrèrent tour à tour en lutte, rejoignant les étudiants en grève dès février, et les manifestations se succédèrent. En 1988, en Côte d'Ivoire, la contestation débute par des mouvements sociaux divers : médecins, soldats appelés, policiers et dockers. En même temps, on assiste à un mouvement de soldats qui occupent les bâtiments publics. Dans le mois de février 1990 en Côte d'Ivoire, la dictature d'Houphouët Boigny est en butte à une situation de crise d'une ampleur sans précédent depuis l'indépendance. La classe ouvrière est dans le coup. Les syndicalistes qui manifestaient pour l'autorisation de syndicats libres ont été arrêtés. Les travailleurs de l'Energie et des Eaux entrent en grève. Le gouvernement essaie de faire croire que les coupures sont liées à des problèmes techniques. Le gouvernement annule la mesure de baisse des salaires de 15 à 40% qu'il avait prévu d'annoncer. Ce sont les étudiants qui ont commencé à s'affronter directement au pouvoir. La première manifestation est partie de la résidence universitaire de Youpougon. Ils marchent sur l'université, occupent les rues, dressent des barrages. Ils sont rejoints par les lycéens et les collégiens. En expulsant les étudiants de leurs universités, le pouvoir le pousse dans la rue. La jeunesse des quartiers populaires les rejoint et ils envahissent la capitale. La jeunesse se mobilise massivement, remplit les rues de la capitale Abidjan, conspue le pouvoir et le président Houphouët, détruit les signes extérieurs de richesse et de pouvoir. On n'avait jamais vu ça : c'est une véritable déferlante qui démarre de Koumassi avec un grand nombre de jeunes, très jeunes. Le mouvement de masse de la jeunesse est si important que le pouvoir choisit de faire le mort et de laisser passer la vague. Houphouët est conspué par les jeunes et les milieux populaires aux cris de « Houphouët voleur » et « Houphouët bandit ». Ils crient aussi : « les grotos (les riches) doivent payer ! ». Des émeutes ont lieu également dans les grandes villes, comme Bouaké ou Bongerville. Houphouët Boigny contre-attaque à la télévision : « On m'accuse d'avoir volé le pays. Mais c'est un mensonge. Je suis né dans l'or. Je suis n é dans une cadillac. » Il rajoute qu'en Côte d'Ivoire, on ne peut pas faire payer les riches pour enrichir les pauvres parce qu' »il n'y a que de faux riches et de faux pauvres. S'il y avait un seul riche en Côte d'Ivoire, je lui aurai demandé d'aider le pays. » En mai-juin 1990, de nombreuses catégories sociales manifestent. Les travailleurs des bus, de Blohorn, de Carena (chantier naval) ou encore de Sonaco (société nationale de conditionnement). Pour la première fois en Côte d'Ivoire, le secteur privé se met en grève. Au mois de mars, le Gabon, la révolte ouvrière explose. Dès le 15 avril Houphouët Boigny revenait sur sa décision de diminuer les salaires et le 30 mars il annonçait l'instauration du multipartisme. Une trentaine de partis émergèrent et 19 furent reconnus officiellement. L'agitation sociale n'en continua pas moins, au point que les soldats et les policiers se mirent aussi à manifester, et que l'année scolaire fut décrétée « année blanche » pour les étudiants. Les travailleurs du secteur public, des banques et des assurances qui, même s'ils sont relativement privilégiés, ont entamé plusieurs mouvements grévistes au cours de ces derniers mois, bien que la police veille à empêcher les syndicalistes de se réunir. La crainte de ces grèves à l'approche de la paie du mois d'avril a d'ailleurs sûrement joué pour beaucoup dans le sursis accordé par les bailleurs de fonds d'Houphouët, sursis qui a permis à celui-ci d'ajourner les réductions de salaires annoncées.</p>
<p>...AU CAMEROUN...</p>
<p>Au Cameroun, une manifestation de 20 000 personnes en faveur du multipartisme eut lieu le 26 mai 1990. La repression fit 6 morts. Mais lors du congrès du parti unique en juin 1990, appelé le « congrès de la liberté et de la démocratie » , Paul Biya demanda à son parti de se préparer à affronter la concurrence et il promit l'élaboration d'une charte des libertés. En juillet il mit sur pied une commission chargée de réviser la constitution. Les lois d'exception ont été abrogées, une amnistie votée en avril 1991 alors que des émeutes avaient lieu dans plusieurs régions du pays. Les prisonniers politiques furent libérés.</p>
<p>...AU NIGER...</p>
<p>Suivant l'exemple des étudiants gabonais et sénégalais, les élèves et étudiants du Niger se mettent aussi en grève. A Niamey, ils protestent également la dégradation de leurs conditions d'études. Le lendemain, ils organisent une marche politique au travers de la ville. Mais, à hauteur du pont Kennedy qu'ils veulent traverser, les forces de l'ordre chargent et tirent dans la foule. Il y a vingt morts et de nombreux blessés parmi les manifestants. Le 12 février, des événements importants se produisent au Niger et au Gabon. Au Niger, devant les violences dont les étudiants ont été victimes, la colère l'emporte sur la peur. Une manifestation de protestation regroupe non seulement des élèves mais de nombreux travailleurs et des habitants des quartiers populaires. Le groupe des travailleurs de l'uranium est particulièrement massif et fait une démonstration de force. La dictature de Saïbou tente de se disculper, prétendant qu'elle n'a pas ordonné de tirer et ferme les établissements scolaires. C'est également en juin 1990 que le général Ali Saïbou, élu en décembre 1989 à la tête de l'État nigérien, a annoncé une révision de la constitution destinée à favoriser l'avènement d'un pluralisme politique. Lui qui aime affirmer : « il n'y a pas plus démocrate que moi » a néanmoins fait tirer sur les manifestants en février dernier, puis en mai sur les Touaregs révoltés, et les morts se comptent déjà par dizaines.</p>
<p>… A MADAGASCAR…</p>
<p>S'il s'est trouvé à Madagascar des centaines de milliers de personnes pour manifester régulièrement, malgré l'état de siège, malgré les risques d'affrontements et les menaces de licenciement pour les fonctionnaires qui font grève, c'est que la population veut un changement qui s'identifie pour elle avec le départ de Ratsiraka. C'est si vrai que, lorsqu'à la fin juillet, les dirigeants de l'opposition ont proposé un compromis qui maintenait en place le dictateur, ils furent accueillis par des huées. Et si les dirigeants de l'opposition peuvent chevaucher ce mouvement, le canaliser, c'est en grande partie parce qu'aucune organisation, aucun parti n'est en mesure de proposer une autre politique ni ne dénonce même les contradictions de tous ces vieux routiers de la politique malgache qui, rappelons-le, ont tous soutenu le régime de Ratsiraka pendant des années, et dont certains viennent tout juste de quitter le navire de peur qu'il ne sombre.</p>
<p>... AU MALI...</p>
<p>Au Mali, le climat social est à la révolte dès 1990. La misère a atteint un niveau insupportable. On a vu un directeur d'école démonter le plafond d'une salle de classe pour la revendre afin de nourrir sa famille. La peur du régime, qui emprisonne et torture, a été telle pendant toutes ces années que les opposants osent à peine parler entre eux. Mais la révolte est telle que la peur va tomber. Le régime s'est discrédité par sa corruption et parce qu'il s'est montré incapable de battre les résistances armées des touaregs nomades qu'il méprisait, opprimait et dont il prétendait écraser aisément dans le sang la révolte armée. Les revendications sociales commencent à monter au cours de l'année 1990. Les petits vendeurs bana-bana, opprimés et réprimes, et les petits commerçants ne se laissent plus faire. Les commerçants en ont assez, par exemple, de voir le commerce des fruits et légumes monopolisé par le président et sa femme. Les associations à but politique se multiplient et le régime cherche à leur interdire d'intervenir sur ce terrain. La colère monte dans la jeunesse et dans la classe ouvrière. Les fonctionnaires, notamment les enseignants, ne sont pas payés pendant des mois quand ce n'est pas des années. Il est très significatif de l'ambiance dans la classe ouvrière que, le 1er mai 1990, le syndicat unique lui-même, l'Union Nationale des Travailleurs du Mali, se prononce pour la première fois en faveur de la démocratisation du pays, dans un discours public. L'Association des Elèves et Etudiants du Mali, après la répression de 1979, se réveille de longues années de silence et de soumission. AEEM et Comité National d'Initiative pour la Démocratie appellent à une manifestation pour le multipartisme le 10 décembre 1990. Plus de dix mille manifestants répondent à l'appel. C'est la plus grande manifestation jamais organisée au Mali sous le régime de Moussa Traoré. La manifestation se déroule pacifiquement dans la capitale Bamako, mais le pouvoir n'entend pas reculer. Les organisateurs et les manifestants non plus. Le 24 janvier 1991, ils appellent à une nouvelle manifestation qui va enclencher le cycle des affrontements se terminant par la chute du dictateur. Les manifestants bloquent la route et saccagent les édifices publics. Les forces de l'ordre ouvrent le feu sur les manifestants faisant de nombreux morts et blessés. Le 25 janvier, des chars sont déployés contre les manifestants et les écoles sont fermées. Le 28 janvier, à la nouvelle de l'arrestation de plusieurs élèves et étudiants, dont le secrétaire général de l'AEEM, Oumar Mariko, le mouvement explose en insurrection de toute la jeunesse, englobant celle des quartiers populaires. Ces derniers, tout particulièrement les jeunes chômeurs, armés de bâtons et de pierres, envahissent les rues de la capitale, brûlent des magasins et des édifices publics, ainsi que des voitures. Les résidences de plusieurs membres du gouvernement et du parti unique, dont celle du directeur général des douanes, beau-frère du président Traoré, sont entièrement saccagées. A partir de ce moment, les émeutes se multiplient tous les jours dans Bamako, où les manifestants érigent des barricades. Cette situation se propage aux villes de province. Les morts de manifestants et le nombre de blessés ne cessent de croître tous les jours. Le 29 janvier, ce sont des centaines de manifestants arrêtés qui ont été torturés, dont une douzaine d'enfants de moins de douze ans. Le général-président a annoncé que l'interdiction aux associations de faire de la politique est levée, mais cela ne diminue pas la pression de la rue. L'AEEM revendique la libération de tous les emprisonnés. Le 31 janvier, le gouvernement laisse entendre qu'il pourrait libérer de nombreux manifestants arrêtés dont Oumar Mariko. Le 2 février, la télévision nationale annonce la libération de 196 élèves sur les 232 officiellement arrêtées. 34 détenus ont été déférés en justice et condamnées lourdement pour trouble à l'ordre public, pillage, incendie, dévastation d'édifices publics, vol et recel. Les Touaregs du nord du Mali s'invitent dans la lutte, en attaquant l'usine de phosphates de Bourem, à une centaine de kilomètres de la ville de Gao, dans la nuit du 21 février 1991, tuant deux militaires. <br class='autobr' />
Le 22 mars 1991, les émeutes reprennent à Bamako. De violentes manifestations parcourent la capitale. Les forces de l'ordre tirent à balles réelles et tuent. C'est un véritable carnage à la mitraillette et à la grenade offensive. La guerre est déclarée par le pouvoir aux jeunes manifestants qui enflamment le ministère de l'emploi. Le 23 mars, la jeunesse scolarisée est rejointe dans la révolte par les chômeurs et les travailleurs. Les travailleurs de la COMATEX, dont le dictateur-président a dit, avec une expression de profond mépris, qu'ils ne savent même pas qui ils sont, ont arrêté le travail. Les émeutes s'étendent à l'ensemble du pays. Des répressions violentes ont lieu à Sikasso et Diola. Certains policiers se font lyncher. Le centre commercial de Bamako est le siège d'un véritable carnage. Tout ce qui appartient aux responsables du régime est saccagé. Les commerçants sont attaqués eux aussi. Les morts continuent de tomber, mais, cette fois, la foule ne recule plus devant les forces de l'ordre. Les étudiants inventent un moyen d'autodéfense face aux policiers. Ils l'intitulent article 320 : 300 francs CFA pour acheter un litre d'essence et 20 francs CFA pour une boite d'allumette. L'action consiste à jeter de l'essence sur les policiers et à lancer une allumette. <br class='autobr' />
Les jours suivants, les manifestations continuent, s'attaquant à la BIRD et à la Banque Mondiale de Bamako. L'hôtel de ville est saccagé. Deux dignitaires proches de l'ancien président ont été lynchés par la foule en colère. Le 29 mars, des villas de dignitaires sont pillées. L'Etat d'urgence a été décrété dans les villes du Mali. Le bilan est de nombreux manifestant morts et de centaines de blessés graves qui ont les membres déchiquetés. Le chef de l'Etat lance un appel au calme et affirme sa « totale disponibilité pour une dialogue et une consultation et pour trouver des solutions durables des différents problèmes ». Les manifestants répondent « C'est terminé. On ira jusqu'au bout. » Il y a déjà un bilan de plusieurs centaines de morts. La grève générale commence, paralysant le pays. Les mères de famille, révoltées que leurs enfants soient tués comme des lapins, s'attaquent à mains nues à la présidence à Coulouba. Le général-président leur barre la route avec des blindés. Mais l'armée ne marche plus et on est à un doigt d'une grave mutinerie. Affirmant agir en coordination avec les organisations démocratiques, les militaires déposent la dictature de Moussa Traoré et prennent le pouvoir le 27 mars 1991.</p>
<p> … AU RWANDA….</p>
<p>Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue, contre la dictature militaire et la maisère et regroupant Hutus et Tutsis, secouèrent les principales villes du Rwanda, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. Une situation explosive face à une dictature militaire : des manifestations monstres à Kigali : 100.000 le 8 janvier 1990, puis le 15 janvier 1990, puis la révolte générale en 1992 dans la capitale Kigali devant laquelle le régime fait mine d'accepter un compromis avec les dirigeants modérés de l'opposition démocratique (tout en préparant le bain de sang). Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. “ Au début de l'automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit à petit tout le pays ”, écrit M. Gérard Prunier. Les questions brûlantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la misère, la corruption du régime et la dictature. C'est la corruption en matière de scolarité qui donne l'étincelle mettant le feu aux poudres. Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la première assassinée au démarrage du génocide, dénonce les trafics dans les résultats du baccalauréat qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d'être reçus en rayant les premiers de la liste des reçus. Elle subit une violente répression de la part de l'armée, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionnante en va faire d'elle une des leaders de l'opposition démocratique qui vise à la démocratisation du pays, dont le multipartisme. En fait, la révolte populaire avait une base sociale d'autant plus importante que la classe dirigeante était absolument incapable de satisfaire les aspirations populaires, ayant même du mal à imaginer comment elle allait partager un gâteau sans cesse plus restreint entre des équipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l'opposition. Les recettes du café et du thé, durement touchées par la chute des cours sur les marchés mondiaux, connaissent une baisse inquiétante. Quant aux espoirs suscités par le développement du tourisme, ils auront été fauchés net avec le déclenchement de la guerre. En 1991, le déficit budgétaire, censé ne pas dépasser 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les dépenses de l'Etat ont monté en flèche : les effectifs de l'armée, guerre oblige, ont quasiment triplé. Dans les deux années qui suivent le mouvement populaire contre le régime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres à Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moitié de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires. Les leaders démocrates du mouvement sont alors appelés à participer au gouvernement aux côtés des membres du pouvoir liés à l'armée et à l'extrême-droite. Les opposants démocrates « réalistes » acceptent de gouverner avec les assassins qui ont déjà maintes fois démontré leur capacité de nuisance. Dans le mouvement d'opposition à la dictature, il y a à la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le régime militaire a momentanément reculé, remisé le parti unique et appelé certains opposants à la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR à l'extérieur et révolte populaire à l'intérieur, les dirigeants partent à la recherche d'une solution de type fasciste. Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les déclassés de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le préjugé si fréquemment employé en Afrique : l'ethnisme. Des médias qui appellent ouvertement au génocide des Tutsis, comme la « radio des mille collines » affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et prétendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tués. Et pour lier à eux une partie de la population ils l'obligent à se mouiller à leurs côtés. Tous ceux qui auront tué ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'où de premiers massacres, dès 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont poussés à tuer des Tutsis. D'où aussi la formation de milices de pauvres embrigadés et formés à tuer. Cependant, devant l'ampleur de la pression, le Président Juvénal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l'opposition réunie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplacé par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirigé par un membre du MDR. (…) Le 7 avril, le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye prêtait serment et le nouveau Gouvernement était mis en place le 16 avril, couronnant ainsi la réussite de la stratégie d'union de l'opposition. (…) L'arrivée au pouvoir du Gouvernement Nsengiyaremye ne signifiait en aucun cas que l'opposition venait de remporter une victoire totale. En effet, si le Général Juvénal Habyarimana, son entourage et son parti étaient, pour la première fois depuis 1973, contraints de partager le pouvoir, ils restaient présents aux affaires. Juvénal Habyarimana restait Président de la République et Chef d'état-major de l'armée. (…) Pour nombre de membres du MRND, l'arrivée au pouvoir de l'opposition et la perspective de négociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c'est-à-dire les partis d'opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu'emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalité n'étant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). Pour nombre de membres du MRND, l'arrivée au pouvoir de l'opposition et la perspective de négociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c'est-à-dire les partis d'opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu'emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalité n'étant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). (…) Le mois de mars 1992 voit en effet le début d'une série d'attentats terroristes. Par deux fois, des grenades sont jetées dans la foule, à la gare routière de Kigali, faisant cinq morts la première fois et un mort et 34 blessés la seconde. (…) Le mois de mars 1992 est aussi celui de la reprise des massacres de Tutsis dans les provinces. (…) Dans la région du Bugesera, (…) les massacres durèrent du 4 au 9 mars, et causèrent la mort d'un nombre de personnes évalué à 300 (l'administration rwandaise d'alors en a admis 182). Comme dans le cas des massacres du Mutara (voir ci-dessus), ils furent accomplis par les paysans sous la conduite de leur bourgmestre dans le cadre d'une “ umuganda ”.</p>
<p>... EN AFRIQUE DU SUD...</p>
<p>Si le gouvernement de Botha prétend qu'il va réformer l'apartheid, si depuis 1986 il affirme vouloir aller doucement vers la suppression du « pass » (le fameux passeport intérieur cause de nombreuses émeutes) et déclare : « Je suis engagé dans un processus de réformes destinées à élargir la démocratie », ce n'est pas seulement pour améliorer son image à l'extérieur mais parce que, depuis l'été 1984, l'insurrection populaire et ouvrière gagne chaque année en ampleur dans tout le pays. En août 1984, quelques jours après les élections, des émeutes éclatent dans la région de Johannesburg, violemment réprimées et faisant 29 mort officiellement. A Sabokeng, une grande cité noire, les forces de l'ordre tentent de détruire les groupes noirs armés. 7000 policiers occupent la ville, fouillent les maisons, et se heurtent à la population noire, faisant officiellement 95 morts. Le maire de Tembissa, une autre grande cité noire, a dû fuir devant la haine de la population qui manifestait et menaçait de s'occuper de lui. En avril 1985, dix conseillers municipaux noirs, accusés de collaboration avec le pouvoir blanc, ont été tués et 174 d'entre eux ont dû démissionner. En juillet 1985, 410 policiers ont été soit tués soit ont vu leur maison brûlée par les jeunes manifestants.</p>
<p>La bourgeoisie (impérialiste et sud africaine), inquiète de la montée ouvrière et populaire, cherche à trouver une issue politique qui intègrerait les nationalistes et les réformistes, en détournant le risque social. Les négociations de la grande bourgeoisie blanche sud africaine avec l'ANC débutent en 1985. Le 18 septembre 1985, une délégation d'hommes d'affaire blancs sud africains se rend en Zambie pour rencontrer la direction de l'ANC. L'un d'entre eux est Oppenheimer, principal actionnaire de la De Beer, premier producteur de diamant qui contrôle les deux tiers de la production mondiale de diamant. Il affirme qu'il va falloir rapidement supprimer l'apartheid. Ces patrons blancs n'ont cure des souffrances de la majorité de la population pauvre d'Afrique du sud, ni des exactions particulières subies par les Noirs mais le danger d'explosion ouvrière incontrôlable, de plus en plus évident pour tous, les pousse à vouloir changer de régime au plus vite. Ils trouvent dans l'ANC (et ses alliés de l'UDF) un partenaire prêt à sacrifier la révolution pour obtenir une part du pouvoir en sauvant la grande bourgeoisie. L'ANC qui affirmait vouloir le socialisme et diriger « une révolution démocratique assurant la libération des opprimés » rassure les possédants d'Afrique du sud. En fait, l'ANC n'avait jamais défendu une perspective de renversement de la bourgeoisie, mais seulement de mise place d'une bourgeoisie noire, comme le dit clairement son programme : « la charte de la liberté ». En 1956, Nelson Mandela la commentait ainsi : « Si la Charte proclame la nécessité de changement démocratique, il ne s'agit en aucune manière d'une prise de position pour un Etat socialiste, mais d'un programme pour l'unification des différentes classes et groupements populaires sur une base démocratique. » Il concluait : « Le démantèlement de ces monopoles (banques et mines d'or) ouvrira un horizon au développement d'une classe bourgeoise prospère non-européenne. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une bourgeoisie non-européenne aura l'opportunité de posséder en son propre nom et en toute légitimité les mines et les usines. Le commerce et l'entreprise privée connaîtront un boom et fleuriront comme jamais auparavant. » Rien à voir avec l'image socialiste, et même communiste, que les partis communistes ont donné de Nelson Mandela. Lui, n'a jamais cautionné cette image. Même si la mobilisation ouvrière a contraint, par la suite, l'ANC à parler des travailleurs, le docteur Montlana, numéro deux de l'ANC, déclarait : « La solution, c'est que les Noirs travaillent plus dur au sein du système capitaliste. (…) Laissez ceux qui ont l'ambition, l'ambition capitaliste, individuelle et privée, de travailler à la satisfaire et ne leur tournez pas le dos parce qu'ils ne veulent pas devenir des vagabonds avec leur sac sur le dos. (…) Il y a des gens qui attendent d'un régime socialiste qu'il les conduise au pays du lait et du miel. A ces gens-là, je dis : vous êtes des idiots. Trop de nos gens sont simplement fainéants. Trop souvent nous reprochons au système nos propres limites. » En juin 1986, la situation a tellement empiré que le gouvernement Botha est contraint de décréter l'Etat d'urgence. La répression qui s'abat alors est massive et féroce. Des organisations d'opposition jusque là tolérées sont interdites, leurs membres arrêtés, torturés, tués. Cependant, les grèves continuent de se multiplier. L'une des plus grandes est la grève générale de la région du Triangle de Vaal, en novembre 1984, dans laquelle 150.000 travailleurs sont soutenus par 250.000 élèves et étudiants. Les mots d'ordre sont : départ des forces de répression des cités noires, suppression des augmentations de loyers, des tarifs de l'eau et de l'électricité, abolition de taxes pour les habitants, amélioration du système éducatif pour les noirs. Grâce aux pressions conjuguées de l'ANC, du PC, de la bourgeoisie et de l'Etat, les principaux dirigeants syndicaux firent finalement le choix de renoncer à la perspective qu'ils défendaient jusque là : une Afrique du Sud post-apartheid où les travailleurs auraient le contrôle du pouvoir et des richesses de la société, ont accepté progressivement de devenir le prolongement politique de l'ANC dans la classe ouvrière, c'est-à-dire d'être la monnaie d'échange contre laquelle l'ANC est arrivée au pouvoir. C'est sur cette base que se constitua le COSATU, la grande centrale syndicale unifiée. L'unification des forces de la classe ouvrière a servi à cacher un changement complet d'orientation. Pour l'ANC, le PC sud-africain et pour la bourgeoisie comme pour l'impérialisme, les dirigeants nationalistes noirs n'étaient une bouée de sauvetage face à la menace révolutionnaire que s'ils s'avéraient capables de canaliser et de freiner le mouvement révolutionnaire des masses ouvrières d'Afrique du sud. Ils ont dû en faire progressivement la démonstration pendant que l'Afrique du sud faisait à pas comptés quelques gestes de désengagement dans le système de l'apartheid et dans ses interventions militaires contre les pays voisins. Le 22 décembre 1988, l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba signent à New York deux traités qui prévoient, l'un le retrait des soldats cubains d'Angola et l'autre, l'accession de la Namibie à l'indépendance.</p>
<p>Le 12 août 1988, Nelson Mandela, chef historique du Congrès national africain (ANC), emprisonné depuis 1963, est hospitalisé au Cap après avoir contracté la tuberculose. En fait, il s'agit du résultat d'une négociation au sommet entre les dirigeants de la grande bourgeoisie sud-africaine et les dirigeants de l'ANC qui suit une autre négociation au sommet entre la haute bureaucratie russe et l'impérialisme US. La fin de l'apartheid accompagne la fin de la politique des blocs et la réintégration de la haute bureaucratie russe au sein de la bourgeoisie mondiale. Les gestes se multiplient et les pas de chaque partie se succèdent. Le 23 novembre 1988, le président Botha décide de gracier les " six de Sharpeville ", tous les recours judiciaires ayant été épuisés après le sursis à exécution obtenu le 17 mars. Le 15 mars 1989, Pieter Botha reprend ses fonctions à la tête de l'Etat après la congestion cérébrale dont il a été victime le 18 janvier. Le Parti national, au pouvoir depuis 1948, a souhaité, le 13, que Frederik De Kerk, qui dirige le parti depuis la démission, le 2 février, de Pieter Botha, devienne président de la République " dans l'intérêt du pays ". Le 5 juillet 1989, le président Pieter Botha reçoit, dans sa résidence du Cap, Nelson Mandela, chef historique de l'ANC emprisonné depuis 1963, qui se prononce pour " une évolution pacifique de la situation ". Le 25 août 1989, Frederik De Klerk, nouveau président sud africain, confirme ses intentions réformistes : supprimer l'apartheid de façon négociée. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s'engagent à " lutter contre la violence et l'intimidation, d'où qu'elles viennent ". Le 15 octobre 1989, huit dirigeants nationalistes, dont Walter Sisulu, compagnon de Nelson Mandela, sont libérés après vingt cinq ans passés en prison. Les sept membres de l'ANC libérés participent, le 29, au premier rassemblement autorisé par le régime depuis 1960, qui réunit soixante mille personnes dans le stade de Soweto. Le 2 février 1990, le président sud africain Frederik De Klerk annonce devant le Parlement la légalisation des mouvements nationalistes noirs, dont le Congrès national africain (ANC), interdit depuis 1960, la libération des prisonniers politiques qui n'ont pas commis de violences, la fin de la censure et la suspension des exécutions capitales. Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré après vingt sept ans de captivité. Le 13 février 1990, parlant devant plus de cent mille personnes au stade de Soweto, à Johannesburg, Nelson Mandela multiplie les appels " au calme et à la discipline ". Le16 février 1990, le comité exécutif de l'ANC, réuni depuis le 14 à Lusaka (Zambie) en l'absence de Nelson Mandela, accepte de rencontrer Frederik De Klerk. Le 4 mars 1990, Lennox Sebe, " président à vie " du bantoustan du Ciskei, est renversé par un coup d'Etat militaire dirigé par le général Josh Gqozo. Le nouveau pouvoir réclame la réintégration du Ciskei au sein de l'Afrique du Sud. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s'engagent à " lutter contre la violence et l'intimidation, d'où qu'elles viennent ". Le 7 juin 1990, l'état d'urgence, instauré le 12 juin 1986, est levé, sauf dans la province du Natal, où se poursuivent des affrontements entre factions rivales dans les cités noires. Le 19, la loi abolissant, à partir du 15 octobre, la ségrégation raciale dans les lieux publics est votée par les députés. Le 6 août 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent, à Pretoria, leur deuxième série de pourparlers préalables à des négociations sur une nouvelle Constitution. Dans l'accord signé après quinze heures de discussions, l'ANC annonce qu'elle suspend la lutte armée, tandis que le gouvernement s'engage à libérer tous les prisonniers politiques et à autoriser le retour des exilés avant la fin de l'année.</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article101" class="spip_out" rel="external">En Algérie</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article916" class="spip_out" rel="external">Au Mali</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513" class="spip_out" rel="external">Au Rwanda</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article72" class="spip_out" rel="external">Dans toute l'Afrique noire</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3524" class="spip_out" rel="external">Avec une réponse fasciste notamment en Mauritanie</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1022" class="spip_out" rel="external">La réponse est aussi la dictature militaire répressive au Soudan</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=YRhaKTZ8Glc" class="spip_out" rel="external">Le Gabon en 1990</a></p>
<p><a href="http://www.dailymotion.com/video/xfzlvs_la-cote-d-ivoire-en-1990-intervention-de-boigny-ouattara_news" class="spip_out" rel="external">La Côte d'Ivoire en 1990</a></p>
<p><a href="http://boutique.ina.fr/video/economie-et-societe/vie-sociale/CAB90010051/manifestations-en-cote-d-ivoire.fr.html" class="spip_out" rel="external">Encore la Côte d'Ivoire en 1990</a></p>
<p><a href="http://www.ina.fr/video/CAB90020110" class="spip_out" rel="external">Le Gabon en 1990</a></p>
<p><a href="http://conflits.revues.org/320" class="spip_out" rel="external">Au Bénin</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1986" class="spip_out" rel="external">Encore au Mali</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1826" class="spip_out" rel="external">1990 au Cameroun</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article120" class="spip_out" rel="external">Et l'une des révoltes dirigée par la prolétariat pouvait entrainer tout le continent : celle d'Afrique du sud</a></p>
<p>Rappelons qu'à cette époque le monde est lui aussi touché par ces révoltes : <a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article79" class="spip_out" rel="external">Yougoslavie</a>, <a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique72" class="spip_out" rel="external">Chine</a>, <a href="http://www.contretemps.eu/interventions/venezuela-27-fevrier-1989-jour-peuple-sest-reveille" class="spip_out" rel="external">Venezuela</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_en_Irak_%281991%29" class="spip_out" rel="external">Irak</a>, <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2123" class="spip_out" rel="external">Philippines</a>, <a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article163" class="spip_out" rel="external">Birmanie</a>, et bien sûr les pays de l'Est, pour ne citer que les principales révoltes populaires...</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article78" class="spip_out" rel="external">Le grand tournant mondial à partir du milieu des années 80</a></p>
<p>A voir :</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=M7pVByq9Nfg" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film1</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=idLPjAgCs-s" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film2</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=q4mwOcK2BRs" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film3</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.youtube.com/watch?v=wttloB_4zxw" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film4</a></p>
<p><a href="http://www.dailymotion.com/video/x6xgwq_algerie-5-octobre-1988-1_news" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film5</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=WrSNG_a1-Ps" class="spip_out" rel="external">La révolte de 1988, le film6</a></p></div>
Il y a vingt ans, c'était le génocide rwandais dont sont responsables les classes dirigeantes rwandaises mais aussi celles de France et du monde….
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4208
https://www.matierevolution.org/spip.php?article42082014-04-06T01:11:00Ztext/htmlfrRobert ParisFascismeRwanda
<p>Il y a vingt ans, c'était le génocide rwandais dont sont responsables les classes dirigeantes rwandaises mais aussi celles de France et du monde…. <br class='autobr' />
Dans une interview à Jeune Afrique, parue la veille du lancement des commémorations officielles, M. Kagame accuse notamment des soldats français d'avoir été non seulement "complices" mais aussi "acteurs" des massacres. <br class='autobr' />
L'ancien ministre Paul Quilès (PS), qui dirigea la mission parlementaire d'enquête sur le Rwanda, a qualifié dimanche (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip"> Il y a vingt ans, c'était le génocide rwandais dont sont responsables les classes dirigeantes rwandaises mais aussi celles de France et du monde…. </h2>
<p>Dans une interview à Jeune Afrique, parue la veille du lancement des commémorations officielles, M. Kagame accuse notamment des soldats français d'avoir été non seulement "complices" mais aussi "acteurs" des massacres.</p>
<p>L'ancien ministre Paul Quilès (PS), qui dirigea la mission parlementaire d'enquête sur le Rwanda, a qualifié dimanche d'"ignominieuse" cette accusation. "Les victimes et la mémoire du génocide terrible du Rwanda méritent mieux que cette accusation ignominieuse", a déclaré l'ancien ministre de la Défense sur RTL. "Je pense que M. Kagame est actuellement en difficulté au plan international et il essaie de détourner l'attention et ce n'est pas bien", selon M. Quilès qui a pointé "un régime autoritaire" à Kigali.</p>
<p>Que Kagame soit un chef d'Etat qui n'est nullement meilleur qu'un autre, certes ! Mais que la France génocidaire prétende faire la leçon à celui qui a arrêté le génocide rwandais alors que celui-ci a été de bout en bout conseillé et aidé par la France, c'est fort de café !!!!</p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=Rwanda+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">Lire ici</a></p>
<div class='spip_document_4307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH328/610x-2-c5a32-8fe58.jpg?1792824779' width='500' height='328' alt='' />
</figure>
</div>
<p>L'armée française encadrant les troupes fascistes génocidaires qu'elles venaient de former dans leurs camps...</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article134" class="spip_out" rel="external">Et aussi</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513" class="spip_out" rel="external">La suite</a></p></div>
Travailleurs français, ce qui se cache dans les "vive la France" de vos ennemis
https://www.matierevolution.org/spip.php?article3458
https://www.matierevolution.org/spip.php?article34582013-05-24T17:09:06Ztext/htmlfrRobert ParisMaliRwandaNiger
<p>La France bombarde au Mali, assassine en Syrie, exploite au Niger, organise un génocide au Rwanda, la France licencie, précarise, détruit la société y compris en France, toujours pour l'intérêt de ses trusts multinationaux Areva, Suez, Bouygues et Total et des banques et il faudrait crier « Vive la France des banquiers et des trusts » ?!!! <br class='autobr' />
Bien des travailleurs ont le sentiment d'appartenir à un pays pacifique et ne comprennent pas pourquoi la violence frapperait la France alors que (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot133" rel="tag">Mali</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot178" rel="tag">Niger</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La France bombarde au Mali, assassine en Syrie, exploite au Niger, organise un génocide au Rwanda, la France licencie, précarise, détruit la société y compris en France, toujours pour l'intérêt de ses trusts multinationaux Areva, Suez, Bouygues et Total et des banques et il faudrait crier « Vive la France des banquiers et des trusts » ?!!!</h2>
<p>Bien des travailleurs ont le sentiment d'appartenir à un pays pacifique et ne comprennent pas pourquoi la violence frapperait la France alors que celle-ci ne soutient que le camp de la liberté contre les dictatures et tous les terrorismes du monde. C'est certes le discours commun de tous les hommes politiques, tous les média, tous les gouvernements et pourtant c'est un mensonge grossier. La France est un des pays qui, par ses interventions militaires et par l'intervention de ses trusts, opprime, exploite et assassine. Désolé si cette affirmation un peu abrupte vous choque mais il est parfois nécessaire d'aller a contrario du discours officiel endormant et mensonger. La France, c'est le plus grand génocide d'Afrique, celui du Rwanda, programmé et financé depuis l'Elysée par Mitterrand et Léotard, gauche et droite réunis, avec la signature aussi des écolos et du PCF (voir le rapport parlementaire Quilès signé Voynet et Buffet). La France, c'est aussi le pays qui a soutenu presque jusqu'au bout Milosevic et ses milices assassines dans la guerre de Yougoslavie. C'est également le pays qui a soutenu jusqu'au bout tous les dictateurs, quitte à se retourner au dernier moment, de Saddam Hussein à Ben Ali et de Khadafi à la dictature assassine des généraux algériens, sans parler des dictateurs africains de tous poils qu'elle a elle-même généralement mis en place et soutenus militairement. Ainsi, c'est la France qui crédibilise le dictateur assassin du Tchad et vient de le présenter comme le sauveur du Mali.</p>
<p>En ce moment, le peuple français n'est pas consulté sur les guerres du soldat Hollande et même pas informés de la réalité des interventions militaires. Ainsi, l'armée française intervient directement en Syrie, même si elle prétend le contraire. On a beaucoup parlé de l'intervention au Mali, pour la glorifier bien entendu, mais on ne nous dit rien sur l'intervention dans le Niger voisin qui est pourtant militaire et massive. Celle-ci ne s'est pas déroulée en réponse au dernier attentat meurtrier mais bien avant, très peu avant celle du Mali...</p>
<p>Bien entendu, on nous fait croire que la France intervient en Côte d'Ivoire comme au Mali ou en Syrie ou en Libye pour libérer un peuple d'un dictateur, de la terreur et de la misère. Comment se fait-il que la France aurait soutenu jusqu'au dernier moment ces dictateurs comme un Kadhafi pour finalement intervenir militairement pour, en le faisant chuter par leur intervention, que leurs intérêts locaux et régionaux ne soient pas mis en cause par les nouveaux pouvoirs ? Comment se fait-ils qu'ils prétendent être en guerre avec les islamistes armés alors que c'est eux, la France notamment, qui les a armés ? Comment se fait-il alors que, suite à ces guerres, de nouveaux régimes de terreur et de misère prennent la suite ? Comment se fait-il que l'Etat français qui n'a plus d'argent pour ses services publics, pour ses retraités, pour ses malades, pour ses hôpitaux, pour ses écoles, pour sa recherche, en trouve assez pour intervenir militairement aux quatre coins du monde ? Comment se fait-il que cet Etat qui n'a aucune solidarité pour ses vieux, pour ses chômeurs, pour ses jeunes, pour ses salariés licenciés, soit aussi solidaire, hypocritement bien sûr, des peuples les plus lointains ?</p>
<p>Croire à tous ces discours mensongers, c'est oublier que l'argent qui sert soi-disant à la reconstruction d'Haïti, de la Côte d'Ivoire, du Mali, de la Libye revient en fait dans les coffres des trusts français du pétrole, du Bâtiment, du nucléaire et bien d'autres encore…</p>
<p>C'est encore la France qui vient de faire de multiples guerres en Afrique de la Côte d'Ivoire au Mali, du Tchad (lieu de guerre permanente de l'armée française) au Centrafrique. Les peuples n'y gagnent, contrairement à ce que prétend la propagande que des morts et des destructions. Il suffit de voir ce qu'est devenu l'Afghanistan. Le pays dit « des droits de l'homme » n'intervient nullement pour défendre les droits des peuples. Aucune armée au monde envoyée par un Etat bourgeois n'est jamais intervenue dans un but de défense des populations civiles. Il suffit pour s'en rendre compte de constater que les forces de l'ONU qui occupent un pays s'opposent aux révoltes sociales mais laissent massacrer les populations civiles comme au Zaïre actuellement. Ils occupent des régions entières, transforment des pays en zones militaires occupées, mais laissent les peuples se faire violer, piller, tuer par des bandes armées, comme actuellement au Kivu.</p>
<p>Les buts de ces guerres sont présentées à la fois comme défendant la « conception de la France de la liberté et de la sécurité », « nos alliances avec les gouvernants locaux » et aussi, pourquoi pas, les « intérêts de la France », présentés comme intérêts communs des entreprises françaises (doux non pour les patrons) et de la population française. Mais tous ces justificatifs sont aussi mensongers les uns que les autres. C'est aussi faux que lorsque le colonialisme prétendait civiliser l'Afrique ou l'Indochine. Non ! L'Etat français ne défend ni la liberté des peuples ni les prétendus intérêts du peuple français.</p>
<p>Et cela pour la simple et bonne raison que, n'en déplaise à Mélenchon ou au PCF, le « peuple français » n'existe pas. Les nations et les peuples sont des notions mensongères qui servent juste à cacher des classes aux intérêts divergents. Non ! Il n'y pas d'un côté les Français et de l'autre d'autres peuples mais d'un côté le Capital et de l'autre le Travail ! Certes, les idéologies, la propagande, les traditions, les hommes et partis politiques, les syndicats nous disent le contraire. Eh bien ne craignons pas de dire qu'ils mentent éhontément….</p>
<p>Les buts de la France au Tchad, au Mali, en Afghanistan n'est pas la défense des peuples mais l'exploitation du monde au service des trusts, des banques, du grand capital.</p>
<p>L'armée française ne défend pas davantage les peuples d'Afrique ou d'Haïti où elle intervient que les CRS qui matraquent les ouvriers de Goodyear, de PSA Aulnay ou d'autres usines en lutte contre des licenciements, ne défendent le peuple français.</p>
<p>Non ! L'Etat n'est pas au service du peuple. Quels que soient les équipes gouvernantes, l'Etat est au service des classes dirigeantes et aucune élection au sein des institutions de la démocratie bourgeoise ne supprimera la domination de la bourgeoisie. Bien au contraire, toutes les institutions démocratiques ont justement été mises en place pour stabiliser la domination de l'infime minorité des grands possesseurs de capitaux.</p>
<p>Il suffit de réaliser qu'on consulte les peuples pour choisir les président ou les parlementaires mais jamais pour discuter et décider des guerres, pour nommer ou démettre les responsables des forces armées et de police, jamais pour nommer les responsables des banques centrales, des trusts, même pas ceux qui sont dirigés par l'Etat.</p>
<p>« La France c'est nous » est non seulement un grossier mensonge mais c'est le principal piège en période d'effondrement du système. C'est en effet, au nom de la « défense de la France » qu'on est en train de faire passer en douce des attaques anti-sociales d'ampleur. Les uns nous disent qu'il faut nous sacrifier pour améliorer la compétitivité de « la France ». les autres nous disent qu'il faut « moins d'Europe et plus de France », que la voie du sauvetage passe par la sortie de l'euro ou de l'Europe. Tous nous disent ainsi que, si les patrons français nous frappent, ce ne serait pas de leur faute, ce serait la faute des autres pays et même des autres peuples ! Mensonges ! Nous ne sommes nullement dans le même bateau que les capitalistes et pas davantage qu'ils soient français ou étrangers. Il y a belle lurette que les grands bourgeois ont des intérêts à défendre qui dépassent largement les frontières nationales et dans la crise actuelle, c'est eux-mêmes qui misent à la chute de leurs propres pays en bourse, en désinvestissant de la production, en ruinant des régions entières de « leur pays ». Le Capital n'a pas de pays à défendre, pas de peuples à protéger.</p>
<p>Ces baratins d'un autre âge, il est vital dans la crise actuelle que les travailleurs cessent d'y croire.</p>
<p>Plus que jamais l'adage de Karl Marx « Les travailleurs n'ont pas de patrie » sonne comme une libération de chaînes idéologiques extrêmement dangereuses et qui peuvent se révéler mortelles dès que les classes dirigeantes nous lanceront à nouveau dans des guerres mondiales et des fascismes soit disant pour sauver le pays.</p>
<p>La France ne nous a jamais appartenu, même si on nous a fait croire le contraire. Même notre emploi, notre salaire, notre logement, notre famille peuvent nous y être enlevés sans autre motif que les intérêts d'une infime minorité de capitalistes.</p>
<p>Notre famille, ce n'est pas une profession, pas une entreprise, pas une région, pas une religion, pas un pays.</p>
<p>Notre famille, ce sont les travailleurs du monde et elle seule peut offrir un autre avenir que celui, violent et misérable, dans lequel va plonger le monde actuel.</p>
<p>Demain, si les classes dirigeantes parvenaient à nous opposer violemment à d'autres peuples ce serait soi-disant pour défendre notre pays et en réalité parce que leur système d'exploitation est dans une impasse.</p>
<p>Lançons haut et fort le cri de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » et ne craignons pas de construire de nouveau une organisation internationale des travailleurs qui oppose aux stratégies des classes dirigeantes le programme révolutionnaire du prolétariat mondial !</p></div>
Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992
https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806
https://www.matierevolution.org/spip.php?article28062012-11-13T03:12:00Ztext/htmlfrRobert ParisFascismeRwanda
<p>Lire ici le vent de révolution en Afrique en 1990, rapporté à Kigali <br class='autobr' />
Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992 <br class='autobr' />
1990-1992, ce sont les années de la révolte sociale et politique, contre la dictature et la misère, au Rwanda. <br class='autobr' />
Les classes dirigeantes font alors mine de reculer, d'accorder la démocratie pour sauver l'Etat et les forces armées de la colère populaire. <br class='autobr' />
1994, c'est l'année de la riposte des classes (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique57" rel="directory">21- Rwanda : de la révolte au génocide</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag">Rwanda</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://francegenocidetutsi.org/Nsengiyumva22mai1990Melvlin-2.pdf" class="spip_out" rel="external">Lire ici le vent de révolution en Afrique en 1990, rapporté à Kigali</a></p>
<h2 class="spip">Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992</h2>
<p>1990-1992, ce sont les années de la révolte sociale et politique, contre la dictature et la misère, au Rwanda.</p>
<p>Les classes dirigeantes font alors mine de reculer, d'accorder la démocratie pour sauver l'Etat et les forces armées de la colère populaire.</p>
<p>1994, c'est l'année de la riposte des classes dirigeantes : le génocide.<br class='autobr' />
Les classes dirigeantes organisent le massacre en contraignant la population hutu à massacrer la population tutsi en se servant de tous les organismes du pouvoir, de l'armée, de la police, des préfets, de la hiérarchie catholique et bien sûr des bandes fascistes formées dans les quatre années</p>
<p>En 1990, c'est la révolte sociale qui est descendue dans les rues de la capitale, Kigali, bravant la dictature militaire, dans le cadre d'un soulèvement presque général à l'Afrique (rappelez-vous la chute de Moussa Traoré au Mali). Pendant deux ans, tous les opprimés se sont soulevés quelque soient leurs origines et ils ont bravé le pouvoir au point que celui-ci a été contraint, pour calmer la révolte, de mettre des membres de l'opposition démocratique à la tête du gouvernement.<br class='autobr' />
Le génocide du Rwanda, c'est un massacre d'Etat et avec la caution de toutes les grandes puissances. Comme tous les autres massacres fascistes. Ce n'est pas spécifique à l'Afrique... Ne l'oublions pas.</p>
<p>L'impérialisme français, sous la direction du président « socialiste » François Mitterrand (ainsi que de la cellule spéciale de l'Elysée pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-Léotard, n'a pas été passif : il a apporté son soutien, plein et entier, aux extrémistes hutus à plusieurs niveaux : militaire : avant le génocide en bloquant l'avancée du FPR sur Kigali et en enseignant l'art de tuer aux futures milices génocidaires ; pendant le génocide en livrant des armes et du matériel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en éditant les cartes d'identités avec la mention « hutu » et « tutsi » et ensuite lors des contrôles d'identité. N'oublions pas que, durant les années qui ont précédé le génocide, le chef d'Etat major de l'armée rwandaise est un officier français.</p>
<p>Quel intérêt pouvait donc avoir la France, dirigée par François Mitterrand aidé de Védrine et aussi Balladur, Léotard aidés de De Vilepin, à aider des fascistes africains pour réaliser un tel massacre ?</p>
<p>Quel intérêt pouvait donc avoir la France, dirigée par François Mitterrand aidé de Védrine et aussi Balladur, Léotard aidés de De Vilepin, à aider des fascistes africains pour réaliser un tel massacre ? C'est vraiment incroyable !</p>
<p>Les génocides fascistes ont toujours l'air incroyables, inexplicables et les grandes puissances font toujours semblant de les découvrir mais elles ont toujours été complices. Et ce pour une raison de classe : il n'y a jamais eu de massacre fasciste sans que pèse sur les classes dirigeantes une grave menace sociale.</p>
<p>Le régime de dictature féroce d'Habyarimana, soutenu par la France, a de plus en plus de mal à se maintenir au pouvoir. Depuis 1990, la population pauvre du pays est en révolte, toutes ethnies confondues, contre la dictature et la misère. En 1992, le régime a été contesté par un véritable soulèvement de la population de la capitale Kigali. Il est menacé d'autre part par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti à majorité tutsi, soutenu par l'Ouganda, avec derrière les USA et l'Angleterre. Il est contraint de reculer, accepte que le pouvoir soit partagé avec les dirigeants de la mobilisation démocratique. Le 6 avril 1994, l'avion du président est abattu. Cet événement sert de prétexte au nouveau Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), constitué dans l'ambassade de France sous l'égide de l'ambassadeur, pour déclencher le génocide des Tutsis planifié depuis longtemps. La Radio des Mille collines exhorte les Hutus à se « éradiquer les cafards tutsis », tandis que l'armée montre l'exemple et distribue les machettes. Les Hutus qui refusent de participer au massacre sont assassinés. Plus d'un million de Tutsis seront massacrés dans les 100 jours qui suivront.<br class='autobr' />
L'impérialisme français, sous la direction du président « socialiste » François Mitterrand (ainsi que de la cellule spéciale de l'Elysée pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-Léotard, n'a pas été passif : il a apporté son soutien, plein et entier, aux extrémistes hutus à plusieurs niveaux : militaire : avant le génocide en bloquant l'avancée du FPR sur Kigali et en enseignant l'art de tuer aux futures milices génocidaires ; pendant le génocide en livrant des armes et du matériel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en éditant les cartes d'identités avec la mention « hutu » et « tutsi » et ensuite lors des contrôles d'identité. N'oublions pas que, durant les années qui ont précédé le génocide, le chef d'Etat major de l'armée rwandaise est un officier français.</p>
<p><a href="http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/r1271.asp" class="spip_out" rel="external">Le rapport de l'assemblée nationale sur la situation au Rwanda</a> <br class='autobr' />
rapporte que :</p>
<p><i>« En 1990, la France finance pour 1,5 million de francs, un projet d'appui à la sécurité de la navigation aérienne avec la fourniture à l'aéroport de Kigali de matériels de radioguidage et de leur maintenance. Elle prend également en charge l'équipage de l'avion présidentiel, un Falcon 50 financé par une aide budgétaire de 60 millions de francs. Par ailleurs, le Président de la République a annoncé le 25 mai 1989 à Dakar une remise de dette qui représente en 1990 une économie de 36,4 millions de francs. La France figure parmi les pays qui soutiennent le plan d'ajustement structurel mis en place au Rwanda fin 1990. (...) La très forte dégradation de la situation économique rwandaise à l'aube des années 1990 met fin à l'illusion de l'autosuffisance sur laquelle reposait l'économie de ce pays depuis les années 1970.</p>
<p>Jusqu'à cette époque, et contrairement au Burundi, le Rwanda refusait tout accord avec le FMI qui lui imposerait une dévaluation dans le cadre d'un programme d'ajustement structurel ; il s'imposait, de lui-même, un programme de rigueur qui a largement contribué à forger sa réputation de pays pauvre mais économiquement sain. C'est d'ailleurs en vertu de cette image que s'est développée une coopération bilatérale importante avec les pays européens notamment. En 1991, l'aide bilatérale et multilatérale représentait 21,5 % du PIB(5) rwandais et 60 % de ses dépenses publiques en faveur du développement ; l'OCDE estime, de son côté, à 343 millions de dollars le montant total de l'aide annuelle fournie au Rwanda sur la période 1990-1993 (soit 50 dollars par habitant) contre 35 millions de dollars annuels pour la période 1971-1974.</p>
<p>La dégradation continue des équilibres intérieurs et extérieurs a fait apparaître les limites d'une telle politique, plus encore dans un contexte de redéploiement budgétaire en faveur des dépenses militaires, qui passent de 1,9 % du PIB en 1989 à 7,8 % en 1992. Dès la fin de l'année 1990, est mis en place un plan d'ajustement structurel (PAS) soutenu par le FMI, la Banque mondiale et par la plupart des pays et organisations présents au Rwanda, dont la France. (…) Lorsque le Rwanda subit, le 1er octobre 1990, l'offensive du FPR, la France considère-t-elle qu'elle peut intervenir, tant pour protéger ses ressortissants que dans le cadre de l'accord de coopération militaire conclu en 1975, sans se trouver en contradiction avec les principes du discours de La Baule. (…)</p>
<p>A la Baule, le Président François Mitterrand le rappelle “ la France continuera d'être votre amie, et si vous le souhaitez, votre soutien, sur le plan international, comme sur le plan intérieur ” et le Président poursuit en déclarant “ la France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté ”. (...) Dans un discours prononcé le 5 juillet 1990, le Président Juvénal Habyarimana annonce la fin du cumul entre sa fonction de Président de la République et celle de Président du parti unique MRND, ainsi que l'amorce d'un processus démocratique avec la reconnaissance du multipartisme.</p>
<p>M. Michel Lévêque, ancien Directeur des Affaires africaines au ministère des Affaires étrangères de 1989 à 1991, a, devant la Mission, établi une corrélation entre ces décisions et les entretiens qui s'étaient déroulés entre les Présidents François Mitterrand et Juvénal Habyarimana, en marge du sommet de La Baule et qui avaient porté sur la nécessité de réformes institutionnelles au Rwanda et la question des réfugiés. “ A la suite de ces pressions, le Président Juvénal Habyarimana a accepté de réactiver la commission rwandaise et le comité rwando-ougandais sur les réfugiés ”. (…) L'attaque lancée par le FPR le 1er octobre 1990, sur laquelle se greffent les difficultés économiques, les revendications politiques et le réveil de la société rwandaise, devait prouver -par les réactions qu'elle devait susciter de la part du pouvoir de Kigali- que l'ethnisme restait bel et bien une “ ressource politique dormante ”, pour reprendre l'expression du professeur André Guichaoua, sans que le régionalisme disparaisse pour autant. (…)</p>
<p>L'Eglise et l'Etat représentant les seules forces organisées au sein de la société rwandaise. De même que l'encadrement administratif et politique est puissant, de même, l'Eglise du Rwanda présente un visage hiérarchique et administratif qui accentue encore le caractère rigide de cette société. Cette alliance objective de l'Etat et de l'Eglise se traduit notamment par l'existence d'administrations dédoublées : par exemple, il existe un système de formation professionnelle assurée par l'Etat et, parallèlement, un circuit de formation interne à l'Eglise. De manière similaire, l'Eglise a utilisé à son profit le système traditionnel de l'umuganda, dévoyé par la colonisation, que les experts du Bureau international du travail (BIT) assimilent à de véritables travaux forcés. Ainsi, de même que chaque Rwandais devait à l'Etat une demi-journée de travaux communaux, sous peine de sanctions, de même l'Eglise avait développé un tel système au profit de ses oeuvres, sanctionnant les résistances par des refus de sacrement. (…) Premier propriétaire, premier employeur et premier investisseur après l'Etat, l'Eglise représentait à la fin des années quatre-vingts une puissance économique et sociale majeure au Rwanda, plus encore dans un contexte économique particulièrement dégradé, qui se traduisit notamment par une réduction des dépenses publiques civiles. (…)</p>
<p>Le 9 octobre 1990, le ministère de la Justice rwandais admettait l'arrestation de 3 000 personnes environ. En fait, les chiffres sont évalués à 10 000.</p>
<p>Selon M. Gérard Prunier “ de toute évidence, ces arrestations ne visent pas des partisans du FPR (très peu nombreux, et pas tous connus des services de police) ; elles frappent à l'aveuglette Tutsis éduqués et Hutus contestataires, en fait quiconque n'est pas bien vu des élites au pouvoir (et même leurs amis et relations de travail ; de plus, les arrestations servent souvent à liquider des dettes en se débarrassant des créanciers) ainsi que les résidents d'autres pays africains, principalement des Zaïrois et des Ougandais, car, même modestes, des commerçants sont toujours bons à pressurer financièrement. ” Selon le même auteur, le Ministre de la Justice, M. Théodore Mujyamana, avait à l'époque déclaré : “ nous avons des preuves solides de la culpabilité de tous les détenus... et être relâché n'est pas une preuve d'innocence. ”</p>
<p>En fait, les motifs d'arrestation sont souvent vagues et peu de procès auront lieu. Par delà ces arrestations, d'autres manifestations du raidissement du régime interviendront, comme le remplacement du Procureur général, M. Alphonse-Marie Nkubito, considéré comme trop libéral.</p>
<p>Le Ministre de la Défense, intervenant à la radio nationale, demandera à la population de traquer les infiltrés. Cet appel sera immédiatement suivi d'effet. Une partie des soldats du FPR, vaincus, se réfugieront dans la région du Mutara, au nord-ouest du Rwanda. Cette région est une zone traditionnelle de l'émigration tutsie vers l'Ouganda. Or, 348 civils tutsis y seront massacrés entre le 11 et le 13 octobre 1990, et plus de 500 maisons seront incendiées dans la seule commune de Kibilira. S'il s'agit là d'un massacre dont l'ampleur est relative, compte tenu du caractère massif des exterminations constatées dans la région, ses caractéristiques méritent qu'on s'y arrête.<br class='autobr' />
D'abord, aucune des victimes n'est un combattant du FPR ; il ne semble pas non plus qu'il s'agisse de sympathisants avérés de ce mouvement : il serait en effet extraordinairement risqué d'afficher de telles sympathies et les Tutsis conservent le souvenir des persécutions de la période de 1959 à 1962.</p>
<p>Ensuite, les massacres sont commis par les paysans sous la conduite des autorités civiles, selon les règles bien connues de la corvée collective. Interrogé sur la révolte qui aurait poussé les paysans du nord-ouest à massacrer les Tutsis, le Président Juvénal Habyarimana répond placidement dans une conférence de presse : “ Il ne s'agit pas d'une révolte. Tout le monde obéit. ” Enfin, les dirigeants locaux sous l'autorité desquels les massacres ont été commis ne seront pas inquiétés par le pouvoir central.</p>
<p>Les massacres du Mutara peuvent ainsi être définis comme suit : consécutifs à une attaque du FPR, ils apparaissent comme un système à la fois d'intimidation et de vengeance en réponse à celle-ci. Les Tutsis rwandais sont traités comme des otages susceptibles de perdre leur vie en représailles aux attaques du FPR. Coordonnés par une autorité locale, ces massacres ne sont en aucun cas des actes individuels. Enfin, le fait qu'ils soient localisés montre qu'ils ne font pas l'objet d'une coordination au niveau central, mais le fait qu'ils demeurent impunis témoigne du regard complaisant que pose le pouvoir central sur ces actes sanguinaires. Ainsi, le meurtre des Tutsis rwandais en réponse aux actions du FPR apparaît comme une solution organisée, qui bénéficie d'une bienveillante indifférence des autorités centrales. (…)</p>
<p>il convient de s'arrêter sur la question de la mention ethnique sur les cartes d'identité. On sait en effet qu'au moins dans les villes et sur les routes, les cartes d'identité constituèrent l'un des principaux instruments du génocide ethnique. Dans la mesure où le terme “ hutu ”, “ tutsi ” ou “ twa ” y était porté, une simple vérification des cartes d'identité permettait de connaître l'appartenance ethnique de la personne contrôlée en vue éventuellement de l'éliminer.<br class='autobr' />
Or, il a pu être envisagé que le retard dans la distribution des nouvelles cartes d'identité pouvait être attribué à la France elle-même. Cette opinion est apparue très précisément lors de l'audition de M. André Guichaoua par la Mission. Celui-ci a en effet déclaré : “ Le système des quotas ethniques scolaires et professionnels était formellement aboli dès novembre 1990, tout comme la mention de l'ethnie sur les cartes d'identité. Les nouvelles cartes sont alors commandées à des entreprises françaises. Le conseiller culturel de l'ambassade de France déclarera le 26 mai 1994, devant les personnels du ministère de la Coopération, qu'elles étaient justement en cours de livraison la semaine où l'attentat contre l'avion présidentiel a eu lieu. Pourquoi ce retard ? Cette version correspond-elle à la réalité ? Il convient de préciser qu'aucune carte d'identité sans mention d'origine ethnique ne sera délivrée avant avril 1994 ”.</p>
<p>A M. Jacques Myard qui s'étonnait d'une telle assertion, puis au Président Paul Quilès qui s'enquérait du rapport entre la distribution des nouvelles cartes d'identité et les fonctions de l'attaché culturel français, M. André Guichaoua a alors répondu que “ c'est par une déclaration de l'attaché culturel devant l'assemblée générale des personnels du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Coopération et de la Caisse française de coopération qu'il avait appris que l'ambassade avait été saisie de cette demande dès 1990 et que les cartes d'identité devaient être livrées au cours de la semaine où l'avion présidentiel avait été abattu. ”</p>
<p>Il a ajouté que “ s'agissant des cartes d'identité, dans la mesure où l'abolition de la mention de l'ethnie avait été demandée en novembre 1990, il était important de savoir si une commande avait été passée, dans quelles conditions et à qui, et si l'explication alors diffusée à Kigali, à savoir que les cartes étaient en cours d'impression, correspondait à la réalité. ”</p>
<p>M. Pierre Brana, rapporteur, lui ayant alors plus précisément demandé s'il imputait le retard de la mise en œuvre de la réforme “ au fournisseur des cartes d'identité, c'est-à-dire à la France ”, M. André Guichaoua a fait valoir qu'en tout état de cause “ la réponse était certainement interne au Rwanda, un fournisseur ne pouvant imposer une décision dans un tel domaine ” mais qu'il “ trouvait symptomatique qu'il ait été jugé utile de faire cette annonce en plein génocide, comme s'il y avait une responsabilité française dans ce dossier. ”</p>
<p>Dans la mesure où il y avait là l'expression d'un sentiment plus largement partagé, la Mission a souhaité vérifier l'ensemble des informations relatives à cette question. Lors de leurs auditions, M. Jean-Christophe Mitterrand et M. Jacques Pelletier ont exposé que la France avait demandé que la mention ethnique sur les cartes d'identité soit supprimée.</p>
<p>M. Jacques Pelletier, alors Ministre de la Coopération, a même confirmé avoir dit au Président Juvénal Habyarimana lors de sa visite au Rwanda en novembre 1990 que le fait que les cartes d'identité rwandaises “ portent une mention ethnique lui paraissait ahurissant. Le Président Juvénal Habyarimana trouvait cette indication normale car il en avait toujours été ainsi. La pratique en avait été établie du temps des Belges, et l'on avait continué ”. Le Président Juvénal Habyarimana lui avait toutefois dit “ qu'il pensait que cette mention pouvait être supprimée. ” M. Jacques Pelletier a ajouté qu'à sa connaissance “ il n'y a pas eu demandes d'aide du Gouvernement rwandais pour la fabrication de cartes d'identité sans mention ethnique. ”</p>
<p>Il a également indiqué que la circonstance qu'il n'y ait pas eu de demande adressée à son ministère “ n'était pas, en soi, étonnante. La modification des cartes d'identité ne représentait pas une dépense considérable et le Rwanda pouvait la prendre en charge sur son budget ou s'adresser à un autre pays parce que, heureusement, la France n'était pas la seule à avoir une coopération avec le Rwanda. ” (…)</p>
<p>Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés.<br class='autobr' />
Cependant, devant l'ampleur de la pression, le Président Juvénal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l'opposition réunie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplacé par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirigé par un membre du MDR.</p>
<p>Le 3 octobre 1990, le Président François Mitterrand, MM. Jean-Pierre Chevènement, Roland Dumas et Hubert Védrine, ainsi que l'Amiral Jacques Lanxade dans un voyage au Moyen-Orient : “ Le 4 octobre, après une nuit à Abu Dhabi, l'ensemble de la délégation est arrivé à Djeddah où elle était reçue à déjeuner par le Roi Fahd. C'est peu avant ce déjeuner que deux messages sont arrivés, en provenance respectivement de l'Elysée et de l'état-major des armées. Ces messages précisaient que des risques graves d'exactions existaient à Kigali et que le Président Juvénal Habyarimana demandait l'intervention de l'armée française. Un Conseil de défense restreint, très bref, s'est tenu sur l'heure à Riyad, sous la présidence du Président de la République, à la suite duquel l'ordre a été donné d'envoyer au plus vite deux compagnies à Kigali, avec la mission de protéger les Européens, les installations françaises et de contrôler l'aérodrome afin d'assurer l'évacuation des Français et étrangers qui le demandaient. Ces troupes ne devaient en aucun cas se mêler des questions de maintien de l'ordre qui étaient du ressort du Gouvernement rwandais. ”</p>
<p>C'est l'opération Noroît. Le détachement Noroît sous le commandement du Général Jean-Claude Thomann était composé d'un état-major tactique de 40 personnes et de deux compagnies -1ère et 3ème compagnies du 8ème RPIMA- de chacune 137 personnes, soit un effectif total de 314. La 3ème compagnie était chargée d'intervenir en ville, la 1ère compagnie dite compagnie extérieure avait la responsabilité de la protection de l'aéroport. Le PC du détachement Noroît était installé à l'hôtel Méridien et le Général Jean-Claude Thomann soulignera tout l'intérêt pratique d'une implantation dans un tel établissement. Il est demandé aux compagnies Noroît “ d'adopter une attitude discrète ” car il ne saurait être créé “ le sentiment de notre engagement aux côtés des FAR ”.</p>
<p>L'action des forces Noroît est limitée à la ville de Kigali et à l'aéroport, les sorties en dehors de ces lieux restant subordonnées à l'autorisation de l'état-major des armées.</p>
<p>Le Général Jean-Claude Thomann, Commandant des opérations, note dans son rapport de mission l'existence aux abords des villes principales, de nombreux barrages tenus le plus souvent par la gendarmerie ou l'armée rwandaise, et de points de contrôle tenus par des “ civils qui interdisent l'accès de certains villages de brousse et permettent ainsi de filtrer les gens des collines. Les barrages civils sont gardés par une dizaine d'hommes armés de machettes ”.<br class='autobr' />
Il constate par ailleurs l'accueil enthousiaste des populations et des forces armées rwandaises réservé aux soldats français. (…)</p>
<p>L'opération Noroît fait partie d'un ensemble plus vaste dont les composantes sont d'une part l'accord d'assistance militaire technique du 18 juillet 1975 sur lequel le Président Juvénal Habyarimana appuie notamment sa demande d'assistance, et qui justifiera la venue du Colonel Gilbert Canovas pour exercer une mission de conseil auprès des FAR, d'autre part une action diplomatique fondée sur les principes énoncés dans le discours de La Baule (démocratisation, pluripartisme, partage du pouvoir…). (…)</p>
<p>L'Ambassadeur de France Georges Martres se place dans la logique d'une agression extérieure qui peut plus facilement justifier l'intervention et l'aide de la France.</p>
<p>Le 7 octobre, il pose le problème en ces termes : “ le choix politique est crucial pour les puissances occidentales qui aident le Rwanda et notamment la Belgique et la France. Ou bien elles considèrent avant tout l'aspect extérieur de l'agression et un engagement accru de leur part est nécessaire sur le plan militaire pour y faire face. Ou bien elles prennent en compte l'appui intérieur dont bénéficie ce mouvement (FPR).... il aboutira vraisemblablement à la prise du pouvoir par les Tutsis ou tout au moins par la classe métisse... Si ce deuxième choix était retenu, une négociation délicate assortie de pressions militaires s'imposerait pour garantir la sécurité de la population européenne, avec la perspective de substituer aux difficultés provenant des assaillants celles qui résulteraient alors d'une armée nationale rwandaise qui se sentirait abandonnée. ”</p>
<p>Dans un télégramme daté du 27 octobre 1990, l'Ambassadeur se prononce plus nettement à propos de l'arrivée, les 23 et 24 octobre, d'avions libyens sur l'aéroport de Kampala. Saisissant cette occasion pour insister sur la nécessité de mettre en valeur sur le plan médiatique le caractère d'agression extérieure, il estime que la France sera plus à l'aise pour aider le Rwanda s'il est clairement montré à l'opinion publique internationale qu'il ne s'agit pas d'une guerre civile. La situation serait beaucoup plus claire et beaucoup plus facile à traiter selon lui si le nord-est du pays était nettoyé avant la poursuite de l'action diplomatique.</p>
<p>Au cours de son audition, M. Jean-Christophe Mitterrand, conseiller à la Présidence de la République pour les affaires africaines de 1986 à 1992, a rappelé qu'il avait établi le 19 octobre 1990 une note à l'attention du Président de la République “ indiquant que la situation au Rwanda était influencée par la position dans le conflit des pays voisins et qu'une concertation régionale entre les différents pays de la zone constituait le seul moyen de stabiliser la situation ” et que “ notre présence miliaire risquait donc de perdurer aussi longtemps qu'une solution politique n'aura pu être trouvée. ”</p>
<p>M. Jean-Christophe Mitterrand a alors précisé que “ le Président avait, en marge, commenté négativement cette solution, mais qu'il avait en revanche approuvé le principe d'une mission, qui sera effectuée par le Ministre de la Coopération, M. Jacques Pelletier. ”</p>
<p>Accompagné de M. Jean-Christophe Mitterrand, le Ministre de la Coopération Jacques Pelletier s'est rendu dans la région des Grands Lacs du 5 au 9 novembre 1990. Cette visite intervenait après la rencontre de Mwanza, le 17 octobre, entre les Présidents Juvénal Habyarimana et Yoweri Museveni et celle de Gbadolite, du 23 au 27 octobre, entre les Chefs d'Etat de la communauté économique des pays des Grands Lacs qui avaient posé le principe d'un cessez-le-feu contrôlé par un groupe d'observateurs zaïrois, burundais, ougandais, rwandais et représentants du FPR, et la création d'une force africaine d'interposition.</p>
<p>Dans ce contexte, comme l'a rappelé M. Jacques Pelletier au cours de son audition, “ le Gouvernement français avait eu deux objectifs dès le début du conflit : un objectif très visible, à savoir, aider un pays à assurer sa sécurité contre une agression extérieure, et un objectif dont on a moins parlé, mais qui était tout aussi important, faire évoluer le régime en place. ”</i></p>
<p>Fin des extraits du rapport pour l'Assemblée nationale française.</p>
<p><strong>Une situation explosive face à une dictature militaire : des manifestations monstres à Kigali : 100.000 le 8 janvier 1990, puis le 15 janvier 1990, puis la révolte générale en 1992 dans la capitale Kigali devant laquelle le régime fait mine d'accepter un compromis avec les dirigeants modérés de l'opposition démocratique (tout en préparant le bain de sang)</strong></p>
<p>Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. “ Au début de l'automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit à petit tout le pays ”, écrit M. Gérard Prunier. Les questions brûlantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la misère, la corruption du régime et la dictature. C'est la corruption en matière de scolarité qui donne l'étincelle mettant le feu aux poudres.</p>
<p>Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la première assassinée au démarrage du génocide, dénonce les trafics dans les résultats du baccalauréat qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d'être reçus en rayant les premiers de la liste des reçus. Elle subit une violente répression de la part de l'armée, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionnante en va faire d'elle une des leaders de l'opposition démocratique qui vise à la démocratisation du pays, dont le multipartisme. En fait, la révolte populaire avait une base sociale d'autant plus importante que la classe dirigeante était absolument incapable de satisfaire les aspirations populaires, ayant même du mal à imaginer comment elle allait partager un gâteau sans cesse plus restreint entre des équipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l'opposition. Les recettes du café et du thé, durement touchées par la chute des cours sur les marchés mondiaux, connaissent une baisse inquiétante. Quant aux espoirs suscités par le développement du tourisme, ils auront été fauchés net avec le déclenchement de la guerre. En 1991, le déficit budgétaire, censé ne pas dépasser 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les dépenses de l'Etat ont monté en flèche : les effectifs de l'armée, guerre oblige, ont quasiment triplé. Dans les deux années qui suivent le mouvement populaire contre le régime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres à Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moitié de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires. Les leaders démocrates du mouvement sont alors appelés à participer au gouvernement aux côtés des membres du pouvoir liés à l'armée et à l'extrême-droite. Les opposants démocrates « réalistes » acceptent de gouverner avec les assassins qui ont déjà maintes fois démontré leur capacité de nuisance. Dans le mouvement d'opposition à la dictature, il y a à la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le régime militaire a momentanément reculé, remisé le parti unique et appelé certains opposants à la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR à l'extérieur et révolte populaire à l'intérieur, les dirigeants partent à la recherche d'une solution de type fasciste. Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les déclassés de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le préjugé si fréquemment employé en Afrique : l'ethnisme. Des médias qui appellent ouvertement au génocide des Tutsis, comme la « radio des mille collines » affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et prétendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tués. Et pour lier à eux une partie de la population ils l'obligent à se mouiller à leurs côtés. Tous ceux qui auront tué ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'où de premiers massacres, dès 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont poussés à tuer des Tutsis. D'où aussi la formation de milices de pauvres embrigadés et formés à tuer.</p>
<p>Avril 1990 : Le chef d'Etat du Rwanda M. Juvenal Habyarimana a achevé, le vendredi 6 avril, une visite officielle en France au cours de laquelle il a rencontré M. Mitterrand.</p>
<p>20 juin 1990 : discours de Mitterrand en faveur du multipartisme au sommet franco-africain de La Baule. fin 1990 : le lieutenant-colonel Chollet, de l'armée française, organise l'armée rwandaise et Paul Barril travaille pour l'Akazu, clan familial présidentiel</p>
<p>Octobre 1990 : Le 17 octobre, le Zaïre retire ses troupes du Rwanda où elles aidaient le régime en place. Le 18 octobre 1990, le dictateur Juvenal Habyarimana, en visite à l'Elysée, reçoit du président François Mitterrand la promesse de l'aide militaire française en échange d'une promesse d'ouverture politique à l'opposition.</p>
<p>Opération Noroit : engagement français dans la guerre contre le FPR sous prétexte d'aide à l'évacuation des Français. Le contingent français stoppe l'offensive du FPR aux portes de Kigali une première fois, puis sert à aider le gouvernement à arrêter ses opposants dans la capitale. Le pouvoir accuse la communauté tutsie tout entière de complicité avec les forces armées du FPR qui attaquent le pouvoir depuis l'Ouganda. 4000 Tutsis rwandais traités de « suspects » de sympathie avec le FPR sont arrêtés sans jugement. " Il nous faut démasquer au plus vite les assaillants infiltrés dans la population ", déclare le président pour expliquer la campagne de délation nationale à laquelle les Rwandais sont aujourd'hui conviés. Une occasion rêvée pour les autorités et pour les particuliers de se débarrasser d'un voisin, d'un collègue de travail ou d'un opposant. Un simple coup de téléphone suffit, les militaires arrivent quelques minutes après, embarquent le suspect en remettant le contrôle d'identité à plus tard. Il a fallu ouvrir un stade pendant quelques jours pour y mettre le trop-plein des interpellés.</p>
<p>Ainsi, dès octobre 1990, les principaux dignitaires du régime réagirent brutalement. Comme aux sombres heures de la dictature de Habyarimana, ils brandirent le spectre de "l'ennemi intérieur" et ne cachèrent pas leurs intentions de ne pas se laisser faire : en quelques heures, 10 000 personnes, généralement des Tutsis mais aussi des Hutus modérés considérés comme alliés du FPR, furent arrêtées et parquées dans le stade de Kigali. Dans les provinces, les autorités, les bourgmestres, les préfets, les commandants des zone, poussèrent les Hutus à s'attaquer à leurs voisins tutsis : dans la préfecture de Giseny, par exemple, 300 Tutsis furent tués, des milliers d'autres blessés ou obligés de s'enfuir, leurs maisons brûlées, leurs biens pillés. D'autres massacres de ce genre eurent lieu ailleurs.</p>
<p>Novembre 1990 : " Nous sommes prêts à vous aider financièrement pour régler le problème des réfugiés ", a déclaré, jeudi 8 novembre, le ministre français de la coopération, M. Jacques Pelletier, à l'issue d'une mission dans la région.</p>
<p>Décembre 1990 : Dans son numéro de décembre, le tout nouveau bimensuel Kangura (proche de la direction de l'armée rwandaise) énonce " les dix commandements " que les Hutus (ethnie majoritaire, au pouvoir depuis 1959), sont censés appliquer. Sera ainsi considéré comme " traître " tout citoyen Hutu " qui fait alliance avec les Tutsis dans ses affaires ". Pire : " les Hutus doivent cesser d'avoir pitié des Tutsis " et, s'alliant à " leurs frères bantous ", se montrer " fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi ". Cet appel à la haine raciale ne semble pas avoir ému le gouvernement du président Habyarimana pas plus que les institutions judiciaires pourtant promptes, semble-t-il, à réagir dès qu'il s'agit de " suspects " d'origine tutsie.</p>
<p>Juin 1991 : instauration du multipartisme qui donne naissance à une douzaine de partis officiels et à une soixantaine de journaux privés. En fait, les partis, associations et journaux qui sont critiques du régime sont sans cesse inquiétés et attaqués, alors que la presse et les organisations d'extrême-droite hutu sont favorisées par le pouvoir. Pourtant, les opposants du MDR, du PL et du PSD cultivent le réalisme, la modération et se refusent à s'appuyer sur la révolte populaire.</p>
<p>Novembre 1991 : manifestation massive, à Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le président est obligé de céder le multipartisme.</p>
<p>Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplacées par les troupes françaises.</p>
<p> Entre 1990 et 1994, grâce principalement au soutien de la France, l'armée rwandaise passe de 5 500 à 35 000 hommes. La France fournit des armes par plusieurs canaux (vente d'armes par des groupes installés en France, cessions directes et indirectes de matériels de l'Armée française ; au total la France a fourni la plupart des armes lourdes, des véhicules d'assaut, des armes lourdes et des hélicoptères utilisés par le gouvernement rwandais pendant la guerre contre le FPR.</p>
<p>Le Monde 23 juin 1994 : "Une aide militaire intense et souvent clandestine ».</p>
<p>La régime reçoit des équipements militaires pour des centaines de millions d'euros. Ces armes ont eu un impact sur le génocide. Les troupes françaises entraînement des troupes, y compris des miliciens civils, elles conseillent et encadrent les troupes du gouvernement rwandais.</p>
<p>Des miliciens Interamwhe ont été formés par les conseillers militaires français, notamment dans le camp de Bagogwe. Ils ont appris aux génocidaires comment tuer un homme avec une machette !!! Des militaires français ont contribué aux contrôles de cartes d'identité entre octobre 1990 et 1993 . A la même période de nombreux contrôles de ce type ont été l'occasion de l'élimination de personnes étiquetées tutsi. Les autorités françaises ont gardé ces engagements militaires largement secrets.</p>
<p><strong>1990 était une année charnière dans toute l'Afrique.</strong></p>
<p>Au moment même où éclataient les grandes manifestations du Rwanda, des troubles sociaux et politiques avaient lieu dans toute l'Afrique : révolte de salariés au Mozambique, manifestations monstres de jeunes en Côte d'Ivoire, troubles violents au Gabon. Tout cela en janvier 1990….</p>
<p>En effet, cette année-là, à cause de la crise économique du système capitaliste dans laquelle le monde s'enfonçait inexorablement depuis plus de vingt ans, tout le continent africain était pris dans une tourmente de luttes sociales sans précédent. Plus qu'aucune région du monde, l'Afrique plus vulnérable, parce qu'exploitée depuis des siècles, subissait douloureusement les conséquences de la crise. A cause de la chute des prix des matières premières sur le marché mondial, les conditions de vie des masses populaires s'étaient profondément dégradées, essentiellement à cause, d'une part, du fait que les caisses étant de plus en plus vides, les Etats n'avaient plus les moyens d'assurer les services publics nécessaires et d'augmenter les salaires, et d'autre part, de ce que, sous la pression du FMI et respectant les plans d'ajustement structurel de celui-ci, ces mêmes Etats bloquaient les salaires, diminuaient les bourses des étudiants et organisaient des licenciements massifs, tant dans le public que dans le privé, en édictant des lois permettant aux patrons de faire ce qu'ils voulaient.</p>
<p>Toutes ces attaques de la bourgeoisie mondiale à travers la politique de ses valets locaux finirent par déclencher la colère des différentes couches populaires africaines. Celle-ci s'exprima de différentes façons : des émeutes de la faim suite à une augmentation du prix du pain, comme au Maroc ou en Tunisie, mais surtout des grèves et des révoltes. C'était l'ensemble du continent africain qui était secoué. A Abidjan, à Douala, à Lomé, à Libreville, à Bamako, à Kinshasa, à Douala, etc, dans la plupart des capitales africaines, des milliers de gens, des travailleurs, des étudiants, des femmes, des jeunes s'élevaient pour dire qu'ils n'acceptaient plus de vivre comme avant. Ils descendaient dans la rue pour crier leur colère contre la misère. Ils s'érigeaient contre les plans d'ajustement du FMI, réclamaient les arrêts des licenciements, l'augmentation des salaires, des bourses et des meilleures conditions d'études. Ces grèves, émeutes, révoltes allaient ébranler les dictatures, en faire reculer certaines ou même tomber d'autres, comme au Mali, par exemple, en 1991.</p>
<p>Ce déferlement d'événements sans précédent, dont certains, comme la révolte des jeunes en Algérie en 1988, avaient commencé des années avant 1990, ce déferlement d'événements donc contraignit l'impérialisme français à faire pression sur ses laquais locaux afin qu'ils modifient quelque peu la façade de leurs régimes dictatoriaux. Ainsi nombre de dictateurs qui, auparavant, avaient juré que de leur vivant ils n'instaureraient pas le multipartisme allaient finalement faire marche arrière et accepter qu'il y ait des partis autres que les leurs. Pour compléter le tableau, ajoutons que c'était dans la même période que, sous la pression des puissances impérialistes, en Afrique du sud, effrayée par l'explosion quasi permanente des townships et des ghettos, la bourgeoisie blanche a décidé d'aller rencontrer la direction de l'ANC à Lusaka, en Zambie, afin de discuter de la perspective d'un changement en douceur de l'apartheid sous la forme d'une solution négociée avec la bourgeoisie noire. Ici et là, le but visé par toutes ces opérations était évidemment de chercher à désamorcer la colère des masses populaires, à la domestiquer, en la détournant vers des changements formels afin d'éviter qu'elle ne débouche sur une remise en cause contagieuse de l'ordre social.</p>
<p>Le Rwanda aussi avait connu les mêmes problèmes que les autres pays africains. La chute des cours des matières premières avait créé au pays d'énormes difficultés : entre 1985 et 1988, le prix du café avait baissé de 30%, celui du thé, de 40%. Le prix de l'étain aussi avait chuté à tel point que, en 1985, la Somirwa, une société minière dont les exploitations d'étain assuraient à l'Etat 25% de recettes en devises et qui employait 8 000 personnes, avait fait faillite. Aussi les masses étaient-elles confrontées aux mêmes problèmes qu'ailleurs : précarité, misère, licenciements, suivis d'un profond mécontentement.<br class='autobr' />
Dès 1989, le régime du parti unique était de plus en plus critiqué, y compris de l'intérieur. Dans la même année, trente trois intellectuels ont osé publier une lettre ouverte réclamant des élections libres. En 1990, sous la pression de la rue et de l'impérialisme français, comme les autres dictateurs, Habyarimana accepta de mettre sur pied une commission nationale en vue de l'instauration du multipartisme. Mais avant que celle-ci ne dépose les résultats de ses travaux, plusieurs paris politiques d'opposition, des syndicats indépendants, des associations de droits de l'homme et une presse libre diverse se créèrent.</p>
<p>En face de l'ancien parti unique le MRND, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, qui changea de nom pour devenir le MRNDD, le Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement, se créèrent toute une série de partis politiques bourgeois, des modérés libéraux aux partis ouvertement racistes, anti-tutsis. Le plus important d'entre eux était le MDR, le Mouvement Démocratique Républicain. Dirigé par des Hutus rivaux d'Habyarimana, originaires de la région du Centre et du Sud, ce parti se voulait l'héritier du Parmehutu de l'ancien dictateur Kayibanda.<br class='autobr' />
Bon nombre de ces partis, pour ne pas dire la plupart, étaient de bouts du MNRD, le parti de la dictature. Leur ambition à tous était surtout de partager le pouvoir avec la clique de "l'Akazu", "la maisonnée" du dictateur. Par ailleurs, quoique se définissant généralement d'obédience hutue ou tutsie, ces partis étaient souvent organisés autour des ambitions personnelles de quelques individus et apparaissaient plus comme représentant les intérêts de telle ou telle région et non telle communauté ethnique. Par exemple Le MDR, issu du MNRD et dirigé par des Hutus, prétendait défendre les intérêts des Hutus du centre et du sud écartés de la gestion des affaires depuis la prise du pouvoir par les Hutus du Nord. Il en était de même pour tous les autres partis. C'est pourquoi, reprochant au parti du dictateur Habyarimana de concentrer exclusivement le pouvoir entre les mains des Hutus du Nord, la seule ambition de tous ces partis était de faire pression sur la dictature afin d'aboutir à un repartage du pouvoir sous la forme d'un rééquilibrage au profit des uns et des autres.</p>
<p><strong>Le soulèvement populaire de 1992</strong></p>
<p>Agathe Uwilingiyimana, une enseignante du sud du Rwanda, dénonce la anière de tenir les examens et le fait que chaque année des jeunes hutu des classes dirigeantes du Nord (la région du président) sont cette année là reçus aux examens. Un commando militaire agresse Agathe Uwilingiyimana. Des milliers de Rwandaises bravent les menaces armées des Interahamwe dans la rue, se regroupant dans une manifestation par solidarité avec Agathe Uwilingiyimana à la fin de l'été 1992.</p>
<p>Janvier 1992 : « Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. » (citation du rapport Quilès)</p>
<p>Février 1992 : la journaliste pro-française Simon Catherine écrit : « Les militaires français ne combattent pas directement, mais c'est vrai qu'ils apportent un "plus à l'armée rwandaise". Paradoxalement, cette présence française est à la fois critiquée par l'opposition et saluée comme une sorte de "gage" donné au processus de démocratisation. Même ceux qui la contestent admettaient, encore récemment, qu'elle avait permis d'éviter de "trop grosses bavures sur le plan humanitaire". » Les média français s'y entendent à cautionner au nom de l'humanitaire les exactions soutenues au Rwanda par la France.</p>
<p>Mars 1992 : massacres organisés par le pouvoir dans le sud-est du pays, répétition de ce que sera le génocide.</p>
<p>Dans tous les cas, la dictature de Habyarimana s'est trouvée ébranlée par cette situation. Elle était affaiblie par le mouvement de contestation qui se développait dans le pays. Elle avait surtout perdu la confiance d'une frange de sa base sociale petite-bourgeoise. Et ce fut dans cette situation-là qu'intervint la première attaque du FPR.<br class='autobr' />
Les grandes puissances visent à un partage du pouvoir avec le FPR S'ajoutant au mouvement de contestation intérieur de plus en plus grandissant et aux pressions des pays riches qui souhaitaient une stabilité politique, cette attaque mit la dictature de Habyarimana sous la coupe d'une triple pression. La conjonction de ces trois éléments, à savoir les manifestations des rues, les pressions des puissances impérialistes et les raids du FPR, dans un contexte marqué par d'énormes difficultés économiques dues à la chute des prix des matières premières, tout cela allait peser plus encore sur le pouvoir au point de l'obliger à composer avec l'opposition et d'accepter de discuter avec elle. Ainsi au mois de mars 1992 et au mois de juin 1993, un gouvernement de transition fut formé avec les partis de l'opposition. Au mois d'août 1992, entre la dictature de Habyarimana et l'ensemble de l'opposition, tant politique que militaire, s'engagèrent des discussions et des négociations qui allaient durer plusieurs mois avant d'aboutir à un ensemble d'accords appelés "les Accords d'Arusha", du nom d'une ville tanzanienne où ils ont été conclus en août 1993.</p>
<p><strong>Conclusions</strong></p>
<p>Dans les années 1988-1991, une vague de mouvements populaires déstabilise la plupart des régimes africains et en renverse même plusieurs (par exemple, la dictature militaire de Moussa Traoré en 1991 au Mali). Le Rwanda en proie aux mêmes problèmes économiques et politiques, le poids de la dette extérieure et celui de la dictature, n'y échappe pas. Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. Dans les deux années qui suivent le mouvement populaire contre le régime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres à Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moitié de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires.</p>
<p>Les leaders démocrates du mouvement sont alors appelés à participer au gouvernement. Dans le mouvement d'opposition à la dictature, il y a à la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le régime militaire a momentanément reculé, remisé le parti unique et appelé certains opposants à la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR à l'extérieur et révolte populaire à l'intérieur, les dirigeants partent à la recherche d'une solution de type fasciste.</p>
<p>Pour retrouver une base populaire, ils se tournent vers les déclassés de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le préjugé si fréquemment employé en Afrique : l'ethnisme. Des médias qui appellent ouvertement au génocide des Tutsis, comme la « radio des mille collines » affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et prétendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tués.</p>
<p>Et pour lier à eux une partie de la population ils l'obligent à se mouiller à leurs côtés. Tous ceux qui auront tué ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'où de premiers massacres, dès 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont poussés à tuer des Tutsis. D'où aussi la formation de milices de pauvres embrigadés et formés à tuer.</p>
<p>Cette « stratégie », largement encouragée par des dirigeants politiques et militaires français , est adoptée à partir du moment où, sous la pression des USA, le président Habyarimana est contraint de signer les accords d'Arusha. Dans ces accords qui prévoient le partage du pouvoir entre la dictature, l'opposition intérieure et le FPR, la classe dirigeante rwandaise comme les dirigeants français voient la fin de leur domination du pays. L'ambassade de France au Rwanda affirme « les accords d'Arusha ne sont ni bons ni inéluctables ». C'est un appui au clan le plus radical dit « Akazu » ou clan zéro qui, autour de la femme du président, prépare le génocide. Le plan en a été préparé dès 1992 (époque où des ambassadeurs et des personnels de l'ONU en ont transmis l'information tant à la Belgique qu'au Canada), lorsque le mouvement populaire est devenu menaçant. L'assassinat d'Habyarimana, quels que soient ceux qui l'ont commis (Kagamé est maintenant accusé de l'avoir fomenté, ce qui est peut-être vrai mais qui ne change rien à l'infamie des responsables du génocide), en donne le signal au soir du 6 avril.</p>
<p>Le premier acte des bandes de tueurs a consisté à assassiner les Hutus dits « modérés », c'est-à-dire tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre s'étaient opposés à la dictature ou encore avaient pris une part dans la révolte contre la misère. Le massacre a alors atteint en quelques jours le génocide, visant à l'extermination de tous les Tutsis ainsi que de tous les Hutus qui refusaient d'y participer.<br class='autobr' />
En plein génocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont reçus officiellement à Paris. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extrémiste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et Jérôme Bicamumpaka ministre des affaires étrangères du gouvernement génocidaire, dit intérimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 à l'Elysée, à Matignon et au quai d'Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L'Etat français continue à les armer et à les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les années qui suivront.<br class='autobr' />
Il n'est sans doute pas surprenant, ni nouveau, de voir dans un pays pauvre et arriéré africain un pouvoir avoir recours aux méthodes qui furent celles de pouvoirs fascistes européens. Et il n'est pas plus étonnant de voir la France « démocratique » présidée par la gauche lui apporter son soutien. Jadis dictature féroce dans tout son empire colonial, aujourd'hui soutien des dictateurs, souvent tout aussi féroces, qui maintiennent en retour l'ordre impérialiste, la France comme toutes les puissances bourgeoise est claire sur un point : la fascisme est une issue valable en cas de risques sociaux révolutionnaires. Jamais les grandes puissances n'ont reproché à l'époque ses massacres à l'empire Ottoman, ni ceux de Hitler quand ils avaient lieu contre les Juifs, cause de déstabilisation sociale révolutionnaire en Europe de l'Est, ni ceux de Saddam Hussein contre les Kurdes et les Chiites pauvres quand ils se sont soulevés.</p>
<p>Le fascisme est toujours une solution pour la bourgeoisie dans n'importe quel pays où elle estime que la déstabilisation sociale et politique risque d'entraîner des risques sociaux révolutionnaires. Ne l'oublions pas !</p>
<p><a href="http://books.google.fr/books?id=7YT24p8GQikC&pg=PA63&lpg=PA63&dq=manifestation+kigali+janvier+1992&source=bl&ots=mv0lNaSrEf&sig=3O1Lfj5cW-Rg5LPFvLppwAjr3N4&hl=fr&sa=X&ei=L_dHU5CFAYWs0QWMnYDIAQ&ved=0CC4Q6AEwAA#v=onepage&q=manifestation%20kigali%20janvier%201992&f=false" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<p><a href="http://www.francerwandagenocide.org/documents/ValerieBemeriki.pdf" class="spip_out" rel="external">Un témoin</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article134" class="spip_out" rel="external">La suite ici</a></p></div>