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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Comment le royaume d'Aksoum, celui d'un peuple polyglotte et le premier empire officiellement chr&#233;tien (&#201;thiopie, IIe si&#232;cle av. J.-C. - IXe si&#232;cle) a disparu au Xe si&#232;cle</title>
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		<dc:date>2021-10-31T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ethiopie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Comment le royaume d'Aksoum, celui d'un peuple polyglotte et le premier empire officiellement chr&#233;tien (&#201;thiopie, IIe si&#232;cle av. J.-C. - IXe si&#232;cle) a disparu au Xe si&#232;cle De No&#233; &#224; la reine de Saba, des hautes terres d'Ethiopie au sud de l'Arabie, la civilisation aksumite m&#234;le l&#233;gendes et histoire tout en demeurant encore &#233;nigmatique. Connus des Grecs et de l'Empire romain, commer&#231;ant avec l'Inde autant qu'avec l'Egypte, les Aksumites et leurs pr&#233;d&#233;cesseurs ont domin&#233; l'Est africain (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot179" rel="tag"&gt;Ethiopie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L499xH382/Kingdom_of_Aksum-f1628.png?1780122925' width='499' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15051 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/obelisque-aksoum-c3756.jpg?1780122925' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L198xH255/images-94-bc257.jpg?1780122925' width='198' height='255' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment le royaume d'Aksoum, celui d'un peuple polyglotte et le premier empire officiellement chr&#233;tien (&#201;thiopie, IIe si&#232;cle av. J.-C. - IXe si&#232;cle) a disparu au Xe si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De No&#233; &#224; la reine de Saba, des hautes terres d'Ethiopie au sud de l'Arabie, la civilisation aksumite m&#234;le l&#233;gendes et histoire tout en demeurant encore &#233;nigmatique. Connus des Grecs et de l'Empire romain, commer&#231;ant avec l'Inde autant qu'avec l'Egypte, les Aksumites et leurs pr&#233;d&#233;cesseurs ont domin&#233; l'Est africain pendant pr&#232;s d'un mill&#233;naire. Aujourd'hui, la d&#233;couverte d'une de leurs cit&#233;s perdues vient &#233;clairer cette &#233;poque charni&#232;re de l'histoire d'une r&#233;gion qui a longtemps &#233;t&#233; un lien entre Orient et Occident.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De toutes les anciennes civilisations importantes du pass&#233;, celle de l'ancien royaume &#233;thiopien d'Aksum reste peut-&#234;tre la moins connue, &#187; r&#233;sume le Dr Stuart Munro-Hay dans son ouvrage de r&#233;f&#233;rence &#171; Aksum, an African civilization of late antiquity &#187;. Pourtant, le proph&#232;te perse Mani, fondateur du manich&#233;isme, le consid&#233;rait au milieu du IIIe si&#232;cle comme l'un des plus importants royaumes du monde, &#224; l'&#233;gal de la Perse, de Rome et de la Chine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son port d'Adulis, sur la mer Rouge, a repr&#233;sent&#233; pendant des si&#232;cles une escale pour les marchands et les explorateurs, sur une route reliant la M&#233;diterran&#233;e &#224; l'Inde en passant par l'Arabie ou l'Egypte. En l'an 77, Pline le Jeune l'a qualifi&#233; de &#171; fen&#234;tre sur le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/mysteres-antiques/20191220.OBS22541/en-ethiopie-la-cite-retrouvee-du-royaume-de-l-arche-perdue.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier v&#233;ritable empire de grande puissance &#224; appara&#238;tre en &#201;thiopie est le royaume d'Aksoum au Ier si&#232;cle, un des nombreux royaumes &#224; succ&#233;der &#224; celui de D'mt ; il r&#233;ussit &#224; unir les royaumes du plateau &#233;thiopien du Nord, apparus au Ier si&#232;cle av. J.-C.. Les bases de l'&#201;tat sont pos&#233;es sur les hauts plateaux du Nord et s'&#233;tendent &#224; partir de l&#224; vers le Sud. Le proph&#232;te Mani cite &#224; cette &#233;poque Aksoum comme une des quatre grandes puissances de son temps avec l'Empire romain, la Perse, et la Chine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les origines du royaume d'Aksoum sont encore aujourd'hui peu connues, et les experts ont &#224; ce sujet diff&#233;rentes interpr&#233;tations. M&#234;me l'identit&#233; du premier roi connu est contest&#233;e : si C. Conti Rossini propose que Zoskales d'Axoum, mentionn&#233; dans Le P&#233;riple de la mer &#201;rythr&#233;e, peut &#234;tre identifi&#233; avec un certain Za Haqle identifi&#233; parmi la liste des rois &#233;thiopiens (hypoth&#232;se reprise par de nombreux historiens ult&#233;rieurs tels que Yuri M. Kobishchanov et Sergew Hable Sellasie), G.W.B. Huntingford pense que Zoskales &#233;tait seulement un personnage secondaire dont l'autorit&#233; se serait limit&#233;e &#224; Adulis, et que l'identification de Conti Rossini ne peut &#234;tre justifi&#233;e[55].&lt;br class='autobr' /&gt;
Situ&#233;e dans le nord-est de l'&#201;thiopie et de l'&#201;rythr&#233;e actuelles, le royaume d'Aksoum est fortement impliqu&#233; dans le commerce avec l'Inde et le bassin m&#233;diterran&#233;en, en particulier l'Empire romain (plus tard byzantin).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le royaume d'Aksoum est mentionn&#233; d&#232;s le Ier si&#232;cle dans Le P&#233;riple de la mer &#201;rythr&#233;e comme ayant une activit&#233; commerciale importante, exportant l'ivoire dans tout le monde antique, des &#233;cailles de tortues, de l'or et des &#233;meraudes, important de la soie et des &#233;pices, notamment &#224; travers son port principal situ&#233; &#224; Adulis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De cet endroit &#224; la cit&#233; du peuple nomm&#233; Auxumites, il y a encore 5 jours ; c'est l&#224; qu'est apport&#233; tout l'ivoire arriv&#233; d'au del&#224; du Nil &#224; travers le territoire appel&#233; Cyeneum, puis de l&#224; &#224; Adulis. &#187; P&#233;riple de la mer &#201;rythr&#233;e, Chap.4&lt;br class='autobr' /&gt;
L'acc&#232;s du royaume d'Aksoum &#224; la mer Rouge et au Nil lui offre de nombreux d&#233;bouch&#233;s maritimes pour profiter du march&#233; entre les diff&#233;rentes r&#233;gions africaines (Nubie), arabes (Y&#233;men) et les &#233;tats indiens. Au IIIe si&#232;cle Axoum s'&#233;tend sur la p&#233;ninsule arabe au-del&#224; de la mer Rouge, et vers 350, conquiert le royaume de Koush.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'importance du march&#233; aksoumite fait preuve de nombreuses attestations arch&#233;ologiques : des pi&#232;ces axoumites ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes dans de nombreuses parties du sud-ouest indien, alors que de la monnaie kouchane indienne fut retrouv&#233;e au monast&#232;re de Debr&#233; Damo dans le nord-ouest de l'&#201;thiopie. Les contacts &#224; travers l'Oc&#233;an Indien trouveront &#233;cho un si&#232;cle plus tard, lorsque le pr&#234;tre d'Adulis Moses, se rend en Inde en compagnie d'un pr&#234;tre copte d'&#201;gypte afin d'&#233;tudier la philosophie Brahmane, ou lorsque le roi Kaleb fait appel &#224; des navires notamment indiens pour mener sa campagne au Y&#233;men.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; son apog&#233;e, Axoum contr&#244;le le nord de l'&#201;thiopie actuelle, l'&#201;rythr&#233;e, le nord du Soudan, le sud &#233;gyptien, Djibouti, la partie occidentale du Somaliland, le Y&#233;men et le sud de l'Arabie saoudite, totalisant un empire de 1 250 000 km2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui caract&#233;rise incontestablement ce royaume est la pratique de l'&#233;criture. Cet alphabet sp&#233;cifique, appel&#233; Ge'ez, se modifiera par la suite en introduisant des voyelles devenant un alphasyllabaire. D'autre part, les ob&#233;lisques g&#233;ants marquant les tombes (chambres souterraines) des rois ou de nobles restent les plus c&#233;l&#232;bres empreintes du royaume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des inscriptions trouv&#233;es en Arabie m&#233;ridionale c&#233;l&#232;brent des victoires contre GDRT (&#171; Gadarat &#187;), d&#233;crit en tant que &#171; nagashi de Habashat [ c.-&#224;-d. Abyssinia ] et d'Axum &#187;. D'autres inscriptions ont &#233;t&#233; employ&#233;es pour dater GDRT (interpr&#233;t&#233; comme repr&#233;sentant un mot ge'ez tel que Gadarat, Gedur, Gadurat ou Gedara) autour du d&#233;but du IIIe si&#232;cle. Un sceptre en bronze a &#233;t&#233; d&#233;couvert &#224; Atsbi Dera avec une inscription mentionnant l'&#171; GDR d'Axoum &#187;. Des pi&#232;ces de monnaie &#224; l'effigie du roi ont commenc&#233; &#224; &#234;tre frapp&#233;es sous le roi Endubis vers la fin du IIIe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin du royaume d'Aksoum est au moins aussi myst&#233;rieuse que son commencement. Par manque d'indices d&#233;taill&#233;s, la chute du royaume a &#233;t&#233; attribu&#233;e &#224; une p&#233;riode de s&#233;cheresse persistante, le d&#233;boisement, la peste, une variation dans les routes du commerce r&#233;duisant l'importance de la mer Rouge ou une combinaison de ces facteurs. En fait avec l'av&#232;nement de l'islam, Aksoum perd &#224; la fois ses possessions y&#233;m&#233;nites et son commerce ext&#233;rieur. Karl W. Butzer propose que l'environnement ait pu jouer un r&#244;le important &#224; la fin d'Axoum, ou ce serait moins le fait des relations commerciales se r&#233;duisant apr&#232;s 700, que l'appauvrissement des sols li&#233; &#224; une agriculture intensive combin&#233;e &#224; une diminution des pr&#233;cipitations, qui expliquerait le d&#233;placement du centre du pouvoir vers les terres plus fertiles et humides du centre de l'&#201;thiopie. Munro-Foin cite l'historien musulman Abu Ja'far al-Khwarazmi/Kharazmi, qui &#233;crit en 833, que la capitale &#171; du royaume de Habash &#187; &#233;tait alors Jarma. Il est &#233;galement possible que Jarma ne soit un autre nom d'Axoum tir&#233; du ge'ez girma (&#171; remarquable &#187;). Pour d'autres une nouvelle capitale Kubar aurait &#233;t&#233; fond&#233; plus au sud. Ceci laisserait &#224; penser que la capitale se serait alors d&#233;plac&#233;e vers un nouvel emplacement, jusqu'alors inconnu. Des royaumes chr&#233;tiens comme celui de Makurie, dans l'actuel sud Soudan, survivent &#224; la disparition d'Aksoum, devenant un lieu de p&#233;lerinage pour arabes et europ&#233;ens. Celui-ci s'effondrera &#224; son tour en 1312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/HISTOIRE%20DE%20L%20ETHIOPIE/fr-fr/#Le_Royaume_d.27Aksoum&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233; au nord de l'&#201;thiopie et de l'&#201;rythr&#233;e, le royaume d'Aksoum &#233;tait profond&#233;ment impliqu&#233; dans le commerce entre l'Inde et la M&#233;diterran&#233;e. Il est n&#233; gr&#226;ce au d&#233;veloppement de grandes villes comme Aksoum, Yeha, Hawulti, Matara, Adulis et Qohaito. Dans le P&#233;riple de la mer &#201;rythr&#233;e, Aksoum est mentionn&#233; au Ier si&#232;cle de notre &#232;re comme un important march&#233; pour l'ivoire qui &#233;tait export&#233; dans tous le monde antique. Il est pr&#233;cis&#233; qu'&#224; cette p&#233;riode le roi d'Aksoum &#233;tait Zoscales qui, en plus de r&#233;gner sur le royaume d'Aksoum, contr&#244;lait &#233;galement deux ports sur la Mer Rouge : Adulis (pr&#232;s de Massaoua) et Avalites (Assab).Le royaume d'Aksoum a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une transformation majeure du syst&#232;me de commerce maritime qui reliait l'Empire romain et l'Inde. Ce changement a eu lieu au d&#233;but de l'&#200;re commune. L'ancien syst&#232;me commercial reposait sur des voiliers naviguant le long des c&#244;tes entre de nombreux ports. La mer Rouge n'&#233;tait que d'une importance secondaire par rapport au Golfe persique et aux routes terrestres vers le Levant. A partir de 100 avant J.-C., une route entre l'&#201;gypte et l'Inde a &#233;t&#233; &#233;tablie, en passant par la mer Rouge et en utilisant les vents de la mousson pour traverser la Mer d'Oman directement vers le Sud de l'Inde. En l'an 100 apr&#232;s J.C., le volume du trafic commercial sur cette nouvelle route avait &#233;clips&#233; les anciennes routes. La demande des romains pour les marchandises venant d'Inde a augment&#233; de fa&#231;on spectaculaire, entra&#238;nant un accroissement du nombre de grands navires traversant la mer Rouge de l'&#201;gypte romaine vers la mer d'Oman et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence des Arabes sur les routes maritimes vers l'Inde et la c&#244;te orientale de l'Afrique, le d&#233;clin des crues du Nil et plusieurs saisons de s&#233;cheresse extr&#234;me et prolong&#233;e sont probablement les causes de ce d&#233;clin ; la population a d&#251; se r&#233;fugier &#224; l'int&#233;rieur des terres sur les hauts plateaux, dont la surexploitation a conduit &#224; une diminution du rendement des cultures et donc de l'approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier roi connu pour avoir fait battre monnaie se nomme Armah, dont les pi&#232;ces portent l'effigie des conqu&#234;tes persanes de J&#233;rusalem en 614. Une tradition musulmane indique que celui-ci, connu sous le nom de nedjaschi Ashama ibn Abjar dans la litt&#233;rature arabe, offrit l'asile au royaume d'Aksoum aux musulmans fuyant les pers&#233;cutions de la Mecque pendant la vie de Mahomet. L'&#201;thiopie a donc &#233;t&#233; le tout premier pays d'accueil de l'islam. Un hadith affirme que Mahomet recommande alors aux siens de ne jamais attaquer l'&#201;thiopie &#224; moins d'&#234;tre attaqu&#233;s par celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du royaume d'Aksoum est au moins aussi myst&#233;rieuse que son commencement. Par manque d'indices d&#233;taill&#233;s, la chute du royaume a &#233;t&#233; attribu&#233;e &#224; une p&#233;riode de s&#233;cheresse persistante, le d&#233;boisement, la peste, une variation dans les routes du commerce r&#233;duisant l'importance de la mer Rouge ou une combinaison de ces facteurs. En fait avec l'av&#232;nement de l'islam, Aksoum perd &#224; la fois ses possessions y&#233;m&#233;nites et son commerce ext&#233;rieur. Karl W. Butzer propose que l'environnement ait pu jouer un r&#244;le important &#224; la fin d'Axoum, ou ce serait moins le fait des relations commerciales se r&#233;duisant apr&#232;s 700, que l'appauvrissement des sols li&#233; &#224; une agriculture intensive combin&#233;e &#224; une diminution des pr&#233;cipitations, qui expliquerait le d&#233;placement du centre du pouvoir vers les terres plus fertiles et humides du centre de l'&#201;thiopie. Munro-Foin cite l'historien musulman Abu Ja'far al-Khwarazmi/Kharazmi, qui &#233;crit en 833, que la capitale &#171; du royaume de Habash &#187; &#233;tait alors Jarma. Il est &#233;galement possible que Jarma ne soit un autre nom d'Axoum tir&#233; du ge'ez girma (&#171; remarquable &#187;). Pour d'autres une nouvelle capitale Kubar aurait &#233;t&#233; fond&#233; plus au sud. Ceci laisserait &#224; penser que la capitale se serait alors d&#233;plac&#233;e vers un nouvel emplacement, jusqu'alors inconnu. Des royaumes chr&#233;tiens comme celui de Makurie, dans l'actuel sud Soudan, survivent &#224; la disparition d'Aksoum, devenant un lieu de p&#232;lerinage pour arabes et europ&#233;ens. Celui-ci s'effondrera &#224; son tour en 1312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de l'empire d'Aksoum est une p&#233;riode sombre sur laquelle on sait peu de choses jusqu'&#224; l'ascension de la dynastie Zagou&#233; au XIe ou XIIe si&#232;cle. Yekouno Amlak, qui tua le dernier roi Zagou&#233; et fonda la dynastie salomonide au XIIIe si&#232;cle, se disait descendant du dernier Empereur d'Aksoum, Del Na'od.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population aksoumite &#233;tait compos&#233;e de personnes parlant des langues s&#233;mitiques (appel&#233;s les Habeshas)22,23, des langues couchitiques et des langues nilo-sahariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le Ier si&#232;cle de notre &#232;re, une puissance domine politiquement et &#233;conomiquement la partie septentrionale des hauts plateaux de la Corne de l'Afrique et les c&#244;tes de la mer Rouge : le royaume d'Aksum. Celui-ci contr&#244;le une partie des &#233;changes transitant en mer Rouge par le biais du port d'Adoulis. Les c&#244;tes &#233;thiopiennes sont fr&#233;quent&#233;es par des marchands de tous horizons, parlant souvent grec, et parfois de religion chr&#233;tienne. Dans le premier tiers du IVe si&#232;cle, le roi d'Aksum a renonc&#233; au polyth&#233;isme pour embrasser le christianisme. Sa conversion est document&#233;e par les inscriptions de victoire qu'il fait &#233;riger sur son territoire, par les monnaies o&#249; le motif de la croix est d&#233;sormais frapp&#233; , par un auteur latin, Rufin d'Aquil&#233;e, qui dans sa traduction prolong&#233;e de l'Histoire eccl&#233;siastique d'Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e, raconte l'&#233;vang&#233;lisation de l'&#171; Inde ult&#233;rieure &#187; (qui d&#233;signe ici Aksum) &#171; au temps de Constantin &#187; et enfin par une lettre de l'empereur Constance II adress&#233;e au roi d'Aksum et dat&#233;e de 356. Les circonstances de la conversion du royaume d'Aksum au christianisme engagent l'&#201;glise d'&#201;thiopie dans une relation symbiotique avec l'&#201;glise copte d'Alexandrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'eau du chef&#034;. Situ&#233;e au c&#339;ur des plateaux &#233;thiopiens abondamment arros&#233;s par les pluies de la mousson, la cit&#233; d'Aksoum portait bien son nom. Capitale d'un domaine &#233;ponyme s'&#233;tendant de l'est de l'Afrique &#224; l'Arabie, et dont le proph&#232;te perse Mani faisait l'un des plus grands empires de l'&#233;poque, elle s'est principalement d&#233;velopp&#233;e entre le d&#233;but du IIe si&#232;cle avant notre &#232;re et la fin du IXe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au royaume d'Aksoum, les &#233;difices &#233;taient imposants et les palais nombreux. Les st&#232;les monolithiques d'une trentaine de m&#232;tres et de plusieurs centaines de tonnes, &#233;rig&#233;es entre le IIe et le IIIe si&#232;cle sont caract&#233;ristiques de cette architecture monumentale. Surtout, la richesse de ses territoires tenait &#224; l'essor d'une agriculture vari&#233;e et au bestiaire tr&#232;s bariol&#233; de la corne de l'Afrique. Bovins et ovins apprivois&#233;s, mais aussi chameaux, &#233;l&#233;phants, girafes, lions et l&#233;opards c&#244;toyaient une population dense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre reflet de cette prosp&#233;rit&#233;, l'artisanat. On y trouvait un travail d&#233;licat de la verrerie et de la poterie, dont t&#233;moignent les vases orn&#233;s et la vaisselle de luxe r&#233;v&#233;l&#233;s au cours des fouilles. La m&#233;tallurgie y &#233;tait &#233;galement bien ma&#238;tris&#233;e. Le travail du bronze, de l'or et de l'argent est attest&#233; par les pi&#232;ces de monnaie royale frapp&#233;es, que l'arch&#233;ologie a extraites des anciennes terres aksoumites, mais &#233;galement au Y&#233;men. Et pour cause, au carrefour de l'Asie et de la M&#233;diterran&#233;e, Aksoum a su d&#233;velopper d'importantes relations commerciales avec ses voisins, jouissant notamment d'une ouverture privil&#233;gi&#233;e sur la mer Rouge, gr&#226;ce au port d'Adoulis. Son rayonnement &#233;conomique s'est ainsi &#233;tendu jusqu'&#224; l'oc&#233;an Indien. En cons&#233;quence de ces &#233;changes, les langues pratiqu&#233;es s'y sont diversifi&#233;es, et au-del&#224; du gu&#232;ze, idiome s&#233;mitique majoritaire dans la r&#233;gion, on y entendait les dialectes sudarabiques autrefois pratiqu&#233;s par les Sab&#233;ens, mais aussi le grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si trois langues pour un seul empire semble t&#233;moigner de la diversit&#233; culturelle d'Aksoum, son identit&#233; religieuse est elle, assez exceptionnelle. Vers l'an 333 de l'&#232;re commune, apr&#232;s des si&#232;cles marqu&#233;s par le polyth&#233;isme, les hauts plateaux &#233;thiopiens se sont mu&#233;s en un grand royaume chr&#233;tien, sous l'impulsion d'un souverain du nom d'Ezana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zones d'ombres qui subsistent autour du d&#233;clin d'Aksoum sont significatives des connaissances encore trop n&#233;buleuses que nous avons sur cet empire. En raison de l'instabilit&#233; politique inh&#233;rente &#224; la r&#233;gion, les recherches &#224; son sujet ont &#233;t&#233; &#233;parses depuis le second XXe si&#232;cle. Certains historiens avancent que celui-ci aurait &#233;t&#233; vaincu par une reine pa&#239;enne, tandis que d'autres s'accordent sur un affaiblissement li&#233; &#224; la concurrence perse puis &#224; l'expansion arabe du IXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_d%27Aksoum&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur le Royaume d'Aksoum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trustmyscience.com/cite-perdue-sous-ethiopie-temoigne-splendeur-royaume-axoum/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une cit&#233; perdue d&#233;couverte sous l'&#201;thiopie t&#233;moigne de l'activit&#233; florissante du royaume d'Axoum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_rois_zagwe_d_axoum_a_lalibela.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les rois Zagwe d'Aksoum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Aksoum&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire d'Aksoum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=AolyDwAAQBAJ&amp;pg=PA186&amp;dq=chute+du+royaume+d%27aksoum&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjP-tm1kZHtAhVS1hoKHULIADQQ6AEwAXoECAMQAg#v=onepage&amp;q=chute%20du%20royaume%20d'aksoum&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une histoire de la chute du royaume d'Aksoum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://puamtv.wordpress.com/2016/05/23/il-etait-une-fois-les-royaumes-dafrique-l-ethiopie-24/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/histoire/les-vestiges-dune-cite-antique-oubliee-depuis-1300-ans-refont-surface-en-ethiopie-199008&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les vestiges d'une cit&#233; antique oubli&#233;e depuis 1300 ans refont surface en Ethiopie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?q=royaume+d%27aksoum&amp;client=firefox-b-d&amp;source=lnms&amp;tbm=vid&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjjq-fmo5HtAhXo4IUKHZ5YAnUQ_AUoAnoECBwQBA&amp;biw=1077&amp;bih=882&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des films&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin et la chute du royaume d'Aksoum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les empereurs auraient successivement transport&#233; le si&#233;ge de l'Empire sur plusieurs points de leur territoire. Selon les &#201;thiopiens, leur premi&#232;re capitale aurait &#233;t&#233; dans la contr&#233;e qu'occupent aujourd'hui les Ilmormas, dits Gallas-Azabos ; c'&#233;tait le temps de la splendeur de la ville d'Adoulis, emporium du commerce entre l'&#201;gypte et les pays que baignent les mers des Indes et de la Chine. La capitale de l'Empire fut ensuite transf&#233;r&#233;e &#224; Aksoum. Jusqu'alors, la nation avait profess&#233; la religion juda&#239;que ; c'est &#224; Aksoum, qu'au quatri&#232;me si&#232;cle de notre &#232;re, l'Empereur r&#233;gnant, ainsi qu'une partie de sa famille, auraient adopt&#233; le Christianisme que leur apportait Frumentius. Les princes rest&#233;s fid&#232;les au Juda&#239;sme soulev&#232;rent plusieurs provinces contre l'Empereur, apostat &#224; leurs yeux. Apr&#232;s avoir longtemps d&#233;sol&#233; le pays, les guerres de religion se termin&#232;rent par la r&#233;duction finale des partisants du culte primitif, qui se r&#233;fugi&#232;rent, dit-on, dans les montagnes du Samen, o&#249; ils purent pratiquer leur religion et la transmettre &#224; leurs descendants pendant une longue suite de g&#233;n&#233;rations. Depuis cette &#233;poque recul&#233;e, il existe en &#201;thiopie une loi coutumi&#232;re, qui interdit &#224; tout juif de poss&#233;der terre ou maison, de s&#233;journer m&#234;me &#224; l'orient du Takkaz&#233;. Aujourd'hui encore, les quelques repr&#233;sentants d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de ces antiques vaincus, dispers&#233;s sous le nom de Fellachas, et qui n'ont plus pour religion qu'un juda&#239;sme d&#233;figur&#233;, subissent cette loi ; et malgr&#233; l'&#233;tat d&#233;sordonn&#233; de la propri&#233;t&#233; dans toutes les provinces entre le Takkaz&#233; et la mer Rouge, malgr&#233; la facilit&#233; relative d'y acqu&#233;rir des terres, aucun fellacha ne songerait &#224; s'y &#233;tablir, comme aucune commune n'y consentirait au m&#233;pris de cette interdiction antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aksoum, les Empereurs se trouvaient encore sur la grande route commerciale qui, partant de l'&#201;gypte, passait &#224; l'&#238;le de M&#233;ro&#233;, arrivait &#224; Aksoum, et par Adoulis aboutissait jusqu'&#224; la Chine. Mais les n&#233;cessit&#233;s politiques les port&#232;rent &#224; s'&#233;tablir successivement au sud de leurs &#201;tats, dans les provinces de Lasta et de l'Idjou, puis dans les basses contr&#233;es voisines occup&#233;es aujourd'hui par les tribus Afars, dites Taltals ou Danakils ; puis dans le Chawa, puis dans l'Amara, province restreinte aujourd'hui par l'invasion des Ilmormas musulmans du Wallo, dits Gallas ; plus tard, au del&#224; de l'Abba&#239;e, dans le grand Damote qu'occupent maintenant les Ilmormas pa&#239;ens ; de l&#224;, dans le Sennaar, puis dans le Metcha, d'o&#249; ils transport&#232;rent encore une fois leur cour &#224; Idjou, puis sur la fronti&#232;re du Harnacenn, et successivement dans plusieurs autres provinces, jusqu'&#224; l'&#233;poque de la grande invasion musulmane conduite par Ahmed-Gragne, dans le seizi&#232;me si&#232;cle environ, &#233;poque &#224; laquelle ils fix&#232;rent leur vagabonde capitale &#224; Gondar, o&#249; vint expirer leur pouvoir et s'accomplir le d&#233;pouillement de leur famille et la ruine de l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine, le mot Ats&#233; impliquait les id&#233;es de protection et de gestion supr&#234;me ; mais, de m&#234;me que celui d'Imperator chez les Romains, il est devenu, par corruption, synonyme de despote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour devenir Ats&#233;, il fallait &#234;tre agnat de la famille de Menilek, et la primog&#233;niture &#233;tablissait le droit &#224; la succession au tr&#244;ne ; mais ce droit n'&#233;tait pas si imp&#233;rieux qu'il ne p&#251;t &#234;tre suspendu, lorsque l'empereur d&#233;signait son successeur, soit de son vivant, soit par testament, ou lorsque la nation manifestait spontan&#233;ment ses v&#339;ux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ats&#233; &#233;tait investi d'une sorte de d&#233;l&#233;gation de pouvoirs militaires, administratifs, judiciaires et, par fiction seulement, de pouvoirs cl&#233;ricaux ; mais dans la limite de curateur de ces pouvoirs. D'apr&#232;s les feudistes indig&#232;nes, la nation &#233;thiopienne aurait &#233;t&#233; une nation d'hommes libres, ayant pour chef un homme qui ne l'&#233;tait pas. En tout cas, il semblerait que l'on p&#251;t dire des princes &#233;thiopiens ce que Tacite disait des princes germains : de minoribus rebus principes consultant, de majoribus omnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les citoyens &#233;taient astreints au service de guerre, et leur r&#233;union composait les arm&#233;es nationales : les habitants des fronti&#232;res gardaient les fronti&#232;res ; les autres suivaient l'Ats&#233; &#224; la guerre. L'Ats&#233; &#233;tait l'organe du commandement supr&#234;me dont il puisait la raison dans le conseil des grands Pol&#233;marques ou Dedjazmatchs dont le nom signifie : porte des gens en campagne. Ces Dedjazmatchs, dont les pouvoirs expiraient presque compl&#232;tement &#224; la fin de la campagne, &#233;taient d&#233;sign&#233;s par les citoyens &#224; la nomination de l'Ats&#233;, et chacun d'eux commandait aux hommes d'armes repr&#233;sentant une province ou quelque grande division territoriale. On rassemblait l'arm&#233;e par bans imp&#233;riaux &#233;manant de l'Ats&#233; assist&#233; de son grand conseil. Certaines provinces, les unes privil&#233;gi&#233;es, les autres d&#233;sign&#233;es par le sort ou par les circonstances, se relayaient pour veiller &#224; la s&#251;ret&#233; de la personne de l'Ats&#233; et contribuer &#224; la splendeur de sa cour. La garde de chaque jour se composait de mille hommes. L'Ats&#233; avait aussi le droit de former, pour son service personnel, un corps de troupe qui ne devait pas exc&#233;der quelques centaines d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sa qualit&#233; de gardien de la Justice, l'Ats&#233; cassait ou confirmait les arr&#234;ts soumis &#224; sa cour, qui &#233;tait compos&#233;e de quatre grands juges nomm&#233;s Likaontes (mesureurs, mod&#233;rateurs) et de quatre assesseurs nomm&#233;s Azzages (ordonnateurs, commandeurs), tous h&#233;r&#233;ditaires, mais astreints n&#233;anmoins &#224; la confirmation de l'Ats&#233;. Le nombre de ces magistrats a &#233;t&#233; doubl&#233; quelquefois, mais il &#233;tait presque toujours de huit. Ces huit magistrats formaient le noyau du grand Conseil de l'Empire auquel on adjoignait quelques grands officiers de la maison de l'Ats&#233;, quelques grands feudataires, ainsi que quelques hauts dignitaires eccl&#233;siastiques. La noblesse des Likaontes remontait aux H&#233;breux, celle des Azzages &#233;tait d'origine &#233;thiopienne. Le costume de ces magistrats &#233;tait celui du clerg&#233;. De m&#234;me que l'Ats&#233;, ils ne portaient point d'armes sur leurs personnes, mais on en portait devant eux pour leur faire honneur ; ils devaient r&#233;sider aupr&#232;s de l'Ats&#233; et le suivre m&#234;me &#224; la guerre. Les Likaontes, qui exer&#231;aient vis-&#224;-vis de l'Ats&#233; un droit de remontrances et, en quelques circonstances, celui de veto suspensif, faisaient la r&#233;partition des imp&#244;ts et redevances dus &#224; l'Empereur par les grands vassaux ; les Azzages veillaient &#224; leur perception et &#224; la gestion du domaine imp&#233;rial, compos&#233; de terres de peu d'&#233;tendue, &#233;parses dans les provinces &#233;loign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que ce tribunal supr&#234;me, compos&#233; &#224; la rigueur de neuf juges, p&#251;t suffire, m&#234;me dans un vaste empire, &#224; ses importantes attributions. La richesse nationale &#233;tait agricole, et l'agriculture s'appuyait sur la forte constitution de la famille, en dehors de laquelle la propri&#233;t&#233; ne se transmettait que tr&#232;s-rarement. Ce r&#233;gime excluait l'intervention de l'autorit&#233; civile dans les questions si nombreuses relatives &#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque citoyen &#233;tait justiciable, en premi&#232;re instance au moins, de sa famille, qui relevait &#224; son tour de la commune. Il pouvait passer en appel au tribunal sup&#233;rieur du district ou de la province, et arriver en dernier ressort au tribunal de l'Ats&#233; et de ses Likaontes. Mais les cas &#233;taient rares, o&#249; il y e&#251;t int&#233;r&#234;t &#224; &#233;puiser ces juridictions, car la famille jouissait d'un ascendant tel, qu'&#224; moins d'injustice &#233;vidente, c'&#233;tait affronter l'opinion publique que de faire appel d'un jugement rendu dans son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme ne jouissait pas l&#233;galement des m&#234;mes droits que l'homme. La terre ne passait en h&#233;ritage aux femmes qu'&#224; d&#233;faut d'h&#233;ritiers m&#226;les ; dans certaines provinces, l'h&#233;riti&#232;re au premier degr&#233; pouvait &#234;tre d&#233;bout&#233;e par un h&#233;ritier m&#226;le du sixi&#232;me et m&#234;me du septi&#232;me degr&#233;. De plus, les femmes se mariaient sans dot, et il leur &#233;tait constitu&#233; un douaire, soit pr&#233;fix, soit coutumier, ou tout au moins un mi-douaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le trait caract&#233;ristique des constitutions &#233;thiopiennes, ce qui contribuait surtout &#224; pr&#233;venir l'encombrement des causes devant les juridictions interm&#233;diaires et la haute cour de l'Empereur, c'est que pour avoir confi&#233; la puissance judiciaire &#224; des organes remontant hi&#233;rarchiquement jusqu'&#224; l'Empereur, la nation ne s'en &#233;tait pas dessaisie. L'accus&#233; ou le d&#233;fendeur avait le droit de choisir son juge, tout &#201;thiopien &#233;tant consid&#233;r&#233; comme apte &#224; juger en premi&#232;re instance une cause civile, quelquefois m&#234;me criminelle, &#224; condition toutefois qu'il trouv&#226;t des assesseurs pour former son tribunal ; et nul ne pouvait se soustraire &#224; l'obligation qu'imposait une d&#233;signation pareille. Aujourd'hui encore, la coutume rend doublement responsable le citoyen qui refuse d'exercer ainsi le pouvoir judiciaire : il est responsable envers l'ayant-droit d'abord des restitutions et dommages-int&#233;r&#234;ts auxquels e&#251;t &#233;t&#233; condamn&#233; le d&#233;fendeur, et passible m&#234;me des peines encourues par l'accus&#233; ; il a &#224; r&#233;pondre, en outre, de son fait de d&#233;ni de justice. Comme on le voit, c'est l'institution du jury, mais d'un jury responsable, port&#233;e &#224; sa derni&#232;re limite et fond&#233;e sur cette id&#233;e, que la notion de la justice n'est point le privil&#233;ge exclusif des &#233;lus de la science judiciaire, mais un attribut de chaque homme, ins&#233;parable de sa conscience, et que c'est porter atteinte &#224; cette conscience que de frapper d'interdit sa principale manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;gime judiciaire &#233;tablit entre les citoyens une solidarit&#233; continuelle, soumet la justice &#224; leur contr&#244;le permanent, les porte &#224; conna&#238;tre leurs droits et leurs devoirs, leur permet de passer toujours par le jugement de leurs pairs v&#233;ritables, et la loi puise incessamment une sanction et une force nouvelles dans la raison et la conscience publique dont elle suit graduellement les progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; cette obligation de rendre la justice, les &#201;thiopiens disent qu'elle est pour tout citoyen aussi imp&#233;rieuse que celle de d&#233;fendre le pays en danger, l'injustice &#233;tant de tous les ennemis le plus redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En adoptant le Christianisme au quatri&#232;me si&#232;cle, la nation n'aurait rien chang&#233; &#224; ses constitutions d&#233;j&#224; anciennes. Les forces nationales et leur ordonnance se cimentaient et se confirmaient de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, sans autres modifications que celles qu'am&#232;ne naturellement le fonctionnement de toute vie. &#171; Notre pays, disent les traditionnistes, vivait paisiblement sous l'&#339;il de Dieu ; il pratiquait la justice, et nos Empereurs, qui tenaient leur cour de l'autre c&#244;t&#233; de la mer, dans la terre de Sana, &#233;changeaient des messages avec les rois de l'Inde, de la Chine et du pays des H&#233;breux, et faisaient sentir leur influence sur les peuples &#233;loign&#233;s. Mais, par suite de conseils que nous ignorons, ils s'habitu&#232;rent &#224; r&#233;sider de ce c&#244;t&#233;-ci de la mer, o&#249; un climat meilleur, un territoire f&#233;cond et facile &#224; d&#233;fendre et des populations viriles et bien ordonn&#233;es leur assuraient un asile inexpugnable. L'Islamisme naquit ; nos arm&#233;es durent traverser la mer pour d&#233;fendre nos antiques possessions contre les enfants d'Isma&#235;l, issu lui-m&#234;me d'une m&#232;re mauvaise. Apr&#232;s de longues luttes, nous perd&#238;mes la terre de Sana. Depuis lors, la mer a &#233;t&#233; notre fronti&#232;re orientale, et nous avons v&#233;cu chez nous chr&#233;tiens et heureux, sans plus intervenir dans les affaires des autres nations. Les p&#232;lerins nous apprenaient que les peuples s'entre-d&#233;truisaient autour de la ville de Constantin, o&#249; r&#233;gnaient les Empereurs de Rome. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut en croire ces traditionnistes, c'est le Bas-Empire qui aurait inocul&#233; &#224; l'&#201;thiopie le principe de sa d&#233;cadence. Des lettr&#233;s revenus de J&#233;rusalem et de Bysance &#233;tonn&#232;rent le clerg&#233; indig&#232;ne par les subtilit&#233;s th&#233;ologiques des Grecs. Ils &#233;blouirent les Ats&#233;s par la description des splendeurs et de la toute-puissance des C&#233;sars byzantins, et leur inspir&#232;rent l'ambition de les prendre pour mod&#232;les. Les Ats&#233;s envoy&#232;rent des hommes savants &#224; Alexandrie dont ils reconnaissaient la supr&#233;matie spirituelle, pour y &#233;tudier les lois du Bas-Empire. Ces hommes en rapport&#232;rent un recueil compos&#233; des Pandectes, des Institutes de Justinien et d'une Pragmatique Sanction alt&#233;r&#233;e, dit-on, par les Cophtes, en vue de justifier la supr&#233;matie de leur si&#233;ge patriarcal. Ce recueil, traduit en langue guez, ou langue sacr&#233;e, donna naissance &#224; une classe d'hommes n&#233;cessaires &#224; l'interpr&#233;tation des textes. Ils se recrut&#232;rent parmi les clercs qu'effrayaient les obligations de la vie cl&#233;ricale proprement dite, et qu'attiraient la faveur du prince et les b&#233;n&#233;fices r&#233;sultant de leurs fonctions d'organes de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre en &#339;uvre ce nouveau code, les Ats&#233;s augment&#232;rent d'abord le nombre restreint de troupes personnelles que les us leur permettaient d'entretenir. Ils s&#233;duisirent les Likaontes et les Azzages, ces premiers int&#233;ress&#233;s &#224; l'accroissement de la puissance imp&#233;riale, et se concili&#232;rent le clerg&#233; d'autant plus ais&#233;ment que les docteurs de la loi nouvelle sortaient de son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours d'apr&#232;s la tradition, ces conspirateurs contre les libert&#233;s nationales commenc&#232;rent &#224; &#233;tendre la juridiction des Ats&#233;s, en empi&#233;tant adroitement sur le droit de justice, qui appartenait encore &#224; tous. Quelques r&#233;voltes partielles &#233;clat&#232;rent ; l'Ats&#233; put les &#233;touffer. Mais il fallait rompre l'accord existant entre l'aristocratie et les communes : afin de les d&#233;sunir, l'Ats&#233; chercha &#224; gagner les Dedjazmatchs et autres grands commandants militaires. Ils relevaient, il est vrai, de son investiture confirmative, mais depuis une &#233;poque recul&#233;e, ils devaient &#234;tre choisis parmi les membres de certaines familles, pour lesquelles ces charges militaires constituaient un privil&#233;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prolongea d'ann&#233;e en ann&#233;e leurs pouvoirs, qui n'&#233;taient que temporaires, et dont tous les ans il renouvelait l'investiture, lorsqu'&#224; la f&#234;te de l'Invention de la Croix, les troupes des provinces venaient d&#233;filer devant lui. Bient&#244;t il leur permit de s'entourer, comme lui, de gardes, et d'entretenir des troupes permanentes ; il leur conf&#233;ra, comme &#224; ses repr&#233;sentants judiciaires, le droit de justice criminelle dans le ressort de leurs commandements ; et d&#232;s lors il eut des alli&#233;s d'un bout &#224; l'autre de l'Empire. De paternelle qu'elle &#233;tait &#224; l'origine, la puissance souveraine &#233;tait devenue ennemie de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exemple de l'Empereur, les Dedjazmatchs et autres grands Pol&#233;marques eurent chacun une cour et des clercs qui les aid&#232;rent &#224; absorber les juridictions, en d&#233;montrant, par leurs interpr&#233;tations subtiles et captieuses, que tout droit de juger d&#233;coulait de l'Ats&#233;. Comme les Ats&#233;s, ils attir&#232;rent la noblesse &#224; leurs cours, encourag&#232;rent ses d&#233;sordres et favorisant tant&#244;t les plaintes des communes contre leurs seigneurs, tant&#244;t les plaintes des seigneurs contre leurs communes, ils arriv&#232;rent &#224; d&#233;sunir la nation et finirent par concentrer en leurs mains la juridiction civile. De gratuite qu'elle &#233;tait, la justice devint salari&#233;e ; les Likaontes, les Azzages et d'autres esp&#232;ces de missi dominici parcouraient les provinces pour la distribuer au nom de leur ma&#238;tre. Des provinces se r&#233;volt&#232;rent : elles furent vaincues et expropri&#233;es en masse de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille, cet &#233;l&#233;ment essentiel d'ordre et de libert&#233;, &#233;tait encore dans sa force ; les nouveaux dominateurs l'affaiblirent, en accueillant avidement les plaintes de ses membres contre son autonomie. La loi salique qui l'avait r&#233;gie jusqu'alors cessa d'&#234;tre sa r&#232;gle absolue : les femmes furent admises, comme les h&#233;ritiers m&#226;les, au partage des terres ; des fiefs m&#234;me importants tomb&#232;rent en quenouille. &#171; Nos femmes, m'ont dit quelques indig&#232;nes, ont perdu d&#232;s-lors, avec l'esprit de soumission, leur principale vertu ; notre vieux mariage chr&#233;tien et irr&#233;vocable devint l'exception ; le mariage dotal et accessible au divorce, la r&#232;gle ; les riches et les nobles, et nos Empereurs eux-m&#234;mes, y ajout&#232;rent le concubinat. Le discr&#233;dit cessa de frapper les b&#226;tards : leur l&#233;gitimation et l'adoption d'&#233;trangers achev&#232;rent de d&#233;truire l'unit&#233; et la moralit&#233; de nos foyers. La division habita parmi nous. D&#232;s-lors les d&#233;lateurs ont paru ; les proc&#232;s se sont multipli&#233;s ; la connaissance des lois est devenue une science abstruse, sem&#233;e d'emb&#251;ches7, et a donn&#233; naissance &#224; cette classe d'hommes dangereux qui font m&#233;tier de nous d&#233;fendre devant nos juges. Nos familles se sont appauvries ; nos communes se sont d&#233;sagr&#233;g&#233;es ; les soldats de profession nous ont envahis ; plus de s&#251;ret&#233; ni d'abondance dans nos campagnes, et au mot qui d&#233;signait le cultivateur on substitua la d&#233;signation injurieuse qui pr&#233;vaut aujourd'hui. L'Empereur &#233;tait devenu tout, et tout &#233;tait devenu l'Empereur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que dans un pays o&#249; la justice se rendait gratuitement, et o&#249; la connaissance de la loi &#233;tait assez r&#233;pandue pour permettre &#224; chaque citoyen de remplir les fonctions de juge ou de d&#233;fendre sa propre cause, la profession d'avocat, cons&#233;quence de l'introduction d'un nouveau r&#233;gime l&#233;gal, ait &#233;t&#233; accueillie d&#233;favorablement. Les avocats &#233;thiopiens se recrutent parmi les hommes d'une r&#233;putation &#233;quivoque. Ils se font redouter par l'adresse avec laquelle ils aggravent les moindres accusations et &#233;garent leurs adversaires dans les d&#233;dales de la chicane. Ils ne craignent pas de se porter comme d&#233;lateurs ou comme d&#233;nonciateurs publics ; ils s'enrichissent, mais leur richesse passe pour n'&#234;tre pas durable, et il n'est pas rare, du reste, qu'ils succombent sous la main de quelque victime de leurs accusations. Les Wa&#239;zaros ou nobles, et les gentilshommes, mettent de l'amour-propre &#224; plaider leurs causes eux-m&#234;mes et &#224; plaider, gratuitement bien entendu, celles de leurs concitoyens inhabiles &#224; pr&#233;senter eux-m&#234;mes leur d&#233;fense. J'en ai vu se pr&#233;occuper, au d&#233;triment de leurs propres affaires, de la d&#233;fense d'un accus&#233; devant un tribunal, o&#249; le hasard les avait conduits. La qualification d'avocat appliqu&#233;e &#224; un homme qui ne fait pas m&#233;tier de plaider est regard&#233;e comme une injure qui rend passible de dommages-int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cependant Dieu envoya bient&#244;t des avertissements &#224; nos ma&#238;tres. La famille imp&#233;riale se d&#233;sunit comme les autres, et l'Empire fut d&#233;chir&#233; par des guerres entre pr&#233;tendants &#224; la couronne. On vit alors s'&#233;tablir l'usage cruel par suite duquel, &#224; l'av&#233;nement de chaque Empereur, tous les agnats imp&#233;riaux &#233;taient charg&#233;s de fers et rel&#233;gu&#233;s, leur vie durant, dans quelque mont-fort. Aux plus favoris&#233;s on permettait les jouissances mat&#233;rielles. Ceux qui parvenaient &#224; recouvrer leur libert&#233; se r&#233;fugiaient dans les parties d&#233;sertes du pays, attiraient des partisans en leur promettant le r&#233;tablissement de nos anciennes institutions, et quelques-uns ont soutenu de longues guerres qui mirent le tr&#244;ne en p&#233;ril. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restait &#224; d&#233;truire compl&#232;tement la propri&#233;t&#233;, gage de la stabilit&#233; de la famille. Durant les guerres civiles, les Ats&#233;s avaient expropri&#233; de leurs terres des provinces enti&#232;res ; ils les donn&#232;rent &#224; des colons &#233;trangers ou les rendirent &#224; leurs anciens propri&#233;taires, mais &#224; des conditions serviles, et ils affirm&#232;rent d&#233;sormais l'id&#233;e musulmane, que le territoire de l'Empire appartenait &#224; l'Empereur, et que leurs sujets n'en pouvaient avoir que la jouissance. Bient&#244;t ils les appel&#232;rent leurs esclaves, et, quel que f&#251;t son rang ou sa dignit&#233;, tout citoyen qui avait &#224; solliciter une faveur ou &#224; r&#233;clamer un droit dut se dire l'esclave de l'Empereur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Lik Atskou me racontait qu'un jour les habitants d'une commune &#233;loign&#233;e &#233;tant venus &#224; l'audience de l'Empereur pour se plaindre de quelque abus, l'empereur, apr&#232;s les avoir &#233;cout&#233;s jusqu'au bout :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyons, leur dit-il, sur la terre de qui &#234;tes-vous debout, en ce moment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sur celle de Votre Majest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! trouvez d'abord dans l'Empire une motte de terre, d'o&#249; vous puissiez r&#233;clamer sans &#234;tre sur ma terre : j'examinerai apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les hommes, ajouta le Lik Atskou, sont sourds et aveugles : on leur crie, ils n'entendent pas ; on leur montre, ils ne voient pas, jusqu'&#224; ce qu'un jour un rien leur fasse subitement ouvrir les yeux et les oreilles. Jusque l&#224;, dit-on, nos p&#232;res n'avaient pas cru &#224; la r&#233;alit&#233; d'un d&#233;pouillement aussi complet. Cette r&#233;ponse sacril&#233;ge r&#233;p&#233;t&#233;e partout leur fit comprendre leur abaissement. Nous n'&#233;tions plus qu'une nation de mendiants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour accro&#238;tre ces mis&#232;res, le clerg&#233; qu'on avait r&#233;duit au silence en le comblant de biens, se livra avec fureur aux dissensions th&#233;ologiques. Les dissidents s'appuy&#232;rent sur des partis de m&#233;contents : des guerres civiles &#233;clat&#232;rent, au nom de la religion ; les r&#233;pressions, envenim&#233;es par l'esprit de secte, atteignirent tous les exc&#232;s de la barbarie, et, ces lugubres r&#233;pressions accomplies, les Empereurs se faisaient gloire de convoquer des conciles ou des synodes et de d&#233;cider en ma&#238;tres des questions du dogme. La nation &#233;tait ext&#233;nu&#233;e ; les Empereurs ivres d'orgueil. Il y a trois si&#232;cles environ, l'un d'eux, apr&#232;s avoir vu d&#233;filer pendant plusieurs jours ses arm&#233;es, &#224; la revue annuelle, s'&#233;cria : &#171; Le monde entier ne me peut pas ! &#187; et il pria Dieu publiquement de lui envoyer un ennemi qui f&#251;t &#224; sa taille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toutes ces discordes, quelques provinces situ&#233;es aux extr&#233;mit&#233;s de l'Empire s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;es ; entre autres, la province de Harar, situ&#233;e au S.-E. ; elle avait adopt&#233; l'Islamisme et s'&#233;tait donn&#233; un roi. Dans la seconde moiti&#233; du seizi&#232;me si&#232;cle, un simple cavalier du nom d'Ahmed, au service de ce petit souverain, prit la campagne avec quelques compagnons, comme rebelle contre son prince qu'il accusait d'un passe-droit. Il d&#233;troussa les caravanes, arr&#234;ta les voyageurs, pilla des hameaux &#233;cart&#233;s, et sa troupe s'augmenta. Redoutant pour ses m&#233;faits la vengeance de ses compatriotes, il s'&#233;loigna et s'en fut r&#244;der sur les fronti&#232;res de l'Empire. Il surprit et battit en plusieurs rencontres les troupes du M&#233;ridazmatch ou Pol&#233;marque du Chawa, qui, s'&#233;tant mis lui-m&#234;me en campagne, fut surpris, vaincu et tu&#233;. Les troupes d'Ahmed grossissaient &#224; chaque succ&#232;s. Pour prot&#233;ger le Chawa, l'Empereur envoya une arm&#233;e ; Ahmed la d&#233;fit en bataille rang&#233;e et tua de sa main le Ras qui la commandait. Pour donner &#224; ses entreprises une signification religieuse et attirer du m&#234;me coup ses cor&#233;ligionnaires sous son drapeau, Ahmed prit alors, conform&#233;ment &#224; l'usage arabe, le titre d'Imam, qui signifie champion de la religion. Les chr&#233;tiens lui donn&#232;rent le sobriquet de Gragne, qui veut dire gaucher. Il d&#233;routa encore d'autres arm&#233;es imp&#233;riales. L'empereur marcha contre lui, fut battu dans une grande bataille, et il fuyait devant son vainqueur, qui le pourchassait de fronti&#232;re en fronti&#232;re, exterminant les chr&#233;tiens qui refusaient de reconna&#238;tre Mahomet, lorsqu'une bande de h&#233;ros portugais, envoy&#233;s au secours de l'Empire chr&#233;tien, d&#233;fit Ahmed Gragne dans une bataille livr&#233;e en B&#233;gamdir. Ahmed y laissa la vie, et la restauration de l'Empire put s'effectuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les neuf ann&#233;es, dit-on, durant lesquelles Ahmed Gragne ravagea l'Empire furent les plus d&#233;sastreuses peut-&#234;tre que la nation eut &#224; traverser. Partout o&#249; campait l'Imam, les populations chr&#233;tiennes &#233;taient r&#233;duites &#224; opter entre l'Islamisme ou la mort. Son arm&#233;e s'abattait sur une province, la pillait, l'incendiait et passait au fil de l'&#233;p&#233;e tous les habitants m&#226;les. Partout les &#233;glises furent d&#233;pouill&#233;es ; quelques-unes renfermaient des richesses consid&#233;rables : on en cite dont la toiture &#233;tait recouverte de lames d'or. D'autres poss&#233;daient des biblioth&#232;ques pr&#233;cieuses, monuments des si&#232;cles les plus recul&#233;s8, et les plus anciens sanctuaires furent jalousement d&#233;truits par le feu. Une portion consid&#233;rable de la population se r&#233;fugia chez les peuples voisins, o&#249; elle v&#233;cut pour un temps : beaucoup de ces r&#233;fugi&#233;s s'unirent &#224; des femmes &#233;trang&#232;res et donn&#232;rent naissance &#224; des g&#233;n&#233;rations, qui ont modifi&#233; profond&#233;ment la physionomie originelle de l'antique race chr&#233;tienne9. De tous c&#244;t&#233;s, des bandes d'hommes r&#233;solus &#224; mourir au moins les armes &#224; la main, prenaient refuge dans les cavernes et autres lieux-forts qu'offrent si fr&#233;quemment les kouallas ; ils y vivaient d'herbes, de racines ou de la viande des animaux sauvages, s'entendaient pour harceler les troupes musulmanes qui, &#224; leur tour, les traquaient comme des b&#234;tes fauves, et, d&#232;s que le conqu&#233;rant se portait sur d'autres points de l'Empire, ils reparaissaient sur les deugas et s'approvisionnaient en d&#233;vastant ce qu'avait laiss&#233; l'ennemi. Un grand nombre de ces refuges purent se soustraire aux armes des Musulmans. Mais, malheureusement, les monuments nationaux furent d&#233;truits &#224; tout jamais. &#171; Gragne ne put nous assujettir, disent les indig&#232;nes : il paraissait, rien ni personne ne restait debout devant sa face ; mais tout se redressait contre lui, quand il &#233;tait pass&#233; ; et cet obscur rebelle, ce voleur de grands chemins n'aurait jamais pu faire impression sur nous, si nous n'eussions &#233;t&#233; divis&#233;s et affaiblis d&#233;j&#224; par une s&#233;rie d'Empereurs qui nous avaient enlev&#233; les choses de nos p&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je dois &#224; l'obligeance d'un bibliophile, M. Gustave Grandin, la communication d'un Trait&#233; fort rare publi&#233; au dix-septi&#232;me si&#232;cle, et dont voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Muleasses, Roy de Tunis, avait &#233;rig&#233; une tr&#232;s-splendide biblioth&#232;que, au rapport de Louis d'Urreta, qui assure que Mena, Empereur d'&#198;thiopie, ayant entendu que l'arm&#233;e de l'Empereur Charles V emportait cette despouille, il donna charge &#224; des marchands &#233;gyptiens et v&#233;nitiens pour l'achepter &#224; quelque prix que ce f&#251;t. Lesquels accomplirent une partie de son dessein, car, ils en obtindrent plus de trois mille, qu'ils lui envoy&#232;rent. Ce prince les re&#231;eut avec une grande ioye et les envoya incontinent dans la Biblioth&#232;que Royale des Abyssins. Laquelle &#224; pr&#233;sent ne c&#232;de &#224; celle d'Alexandrie pour le nombre de ses livres ; selon Paul Ioue et Henry de Sponde, &#233;vesque de Pamiers, en ses Annales sacrez l'an 1535, num. 22... (Du Roy de Tunis, pages 50, 51.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Louis Urreta, Espagnol, asseure qu'au monast&#232;re de Sainte-Croix, au mont Amara, il y a trois biblioth&#232;ques tr&#232;s-amples. Lesquelles contiennent dix millions cent mille volumes escrits en beau parchemin et conseruez dans des estuis de soye. Cette grande et imcomparable multitude de livres (comme l'on croit) commen&#231;a d'&#234;tre ramass&#233;e par Makada ou Nicaula, Reyne de Saba, et Melilek, son fils, qu'elle eut de Salomon. Duquel on dit que les &#339;uures y sont conseru&#233;es avec celles d'Enoch, No&#233;, Abraham, et Job et des autres S.S. P&#232;res : comme il appert par le catalogue fait par Antoine Bricus et Laurent Cr&#233;mones. Lesquels par le commandement du pape Gr&#233;goire XIII et la pri&#232;re du cardinal Guillaume Sirlet purent visiter ce miracle du Monde, pour les livres, que l'on appelle en langue &#198;thiopique ASSABRARIA. C'est une chose et tr&#232;s-digne de remarque que la pratique qui se prit dans le couronnement des Empereurs des Abyssiens ; qui est le don qu'on leur fait des clefs de cette Biblioth&#232;que Royale du Mont Amara, pages 51, 52. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traict&#233; des plus belles biblioth&#232;ques publiqves et particvli&#232;res, qvi ont est&#233;, et qvi sont &#224; pr&#233;sent dans le monde. Divis&#233; en deux parties. Compos&#233; par le P. Lovys Jacob. &#192; Paris, chez Rolet Le Duc, rue Saint-Jacques, pr&#232;s la Poste. M. DC. XLIV. Avec privil&#233;ge du Roy.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En Europe, o&#249; les besoins et l'attirail de la vie se sont multipli&#233;s, on con&#231;oit malais&#233;ment que des communes enti&#232;res puissent effectuer de longs voyages et vivre longtemps &#224; l'&#233;tranger, sans se dissoudre. J'ai &#233;t&#233; &#224; m&#234;me de voir fr&#233;quemment, sur une &#233;chelle r&#233;duite, ces migrations de communaut&#233;s, et la constance avec laquelle elles gardaient leur organisation dans les pays, o&#249; elles avaient &#224; vivre, m'a souvent donn&#233; lieu d'admirer ces effets de l'autonomie communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t apr&#232;s la mort d'Ahmed Gragne, les populations rentr&#232;rent dans leurs provinces, et ce dut &#234;tre un &#233;trange spectacle que celui de tout un peuple revenant ainsi d'un exil de plusieurs ann&#233;es et reprenant avec ordre possession de l'h&#233;ritage de ses p&#232;res. En cons&#233;quence de leur organisation vivace, d&#232;s leur rentr&#233;e, les communes se trouv&#232;rent reconstitu&#233;es r&#233;guli&#232;rement ; encourag&#233;es par le clerg&#233; des campagnes, elles se dress&#232;rent devant l'Empereur, reprirent leurs droits, et la lutte recommen&#231;a aussi vive que jamais. Les querelles religieuses l'aviv&#232;rent, et ces populations, quoique r&#233;duites, se livr&#232;rent de nouveau aux guerres civiles. Gr&#226;ce &#224; l'unit&#233; de commandement, les partisans du C&#233;sarisme &#233;thiopien l'emport&#232;rent encore une fois, et les Empereurs purent op&#233;rer sans entraves la restauration de leur pouvoir d'apr&#232;s les formes les plus commodes pour leur omnipotence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelque ing&#233;nieux que soit un l&#233;gislateur &#224; disposer une soci&#233;t&#233; sur un plan pr&#233;con&#231;u, et quelque puissant qu'il soit, elle &#233;chappe toujours en quelques parties &#224; ses pr&#233;visions et am&#232;ne par l&#224; l'&#233;croulement de son &#233;difice. L'homme n'invente pas plus une soci&#233;t&#233; qu'une langue : il contribue &#224; leur vie ; il les peut modifier ; trop souvent, il ne fait que les corrompre. L'invasion de Gragne &#233;tait venue au moment o&#249; les Dedjazmatchs commen&#231;aient &#224; se retourner contre l'Empereur. Celui-ci, ayant ma&#238;tris&#233; encore une fois les communes, disposant &#224; son gr&#233; d'une aristocratie d&#233;cim&#233;e et ruin&#233;e par la r&#233;cente invasion, et d&#233;barrass&#233; en m&#234;me temps des craintes que lui avait donn&#233;es la puissance d&#233;j&#224; excessive de ses Dedjazmatchs, aurait fait un retour sur lui-m&#234;me : la solitude de son pouvoir l'effraya ; il dit &#224; ses conseillers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le fils de l'homme ne saurait porter seul la toute-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'eut ni la grandeur d'&#226;me, ni la prudence de d&#233;poser ses pouvoirs usurp&#233;s et de reprendre ceux que lui conf&#233;raient les constitutions primitives. Il crut sauver l'Empire par des demi-mesures : il rendit par octroi aux communes une partie de leur autonomie ; mais pour les maintenir dans sa d&#233;pendance et en imposer en m&#234;me temps aux Dedjazmatchs et autres grands Pol&#233;marques dont il restreignit le nombre et les attributions judiciaires, il forma des terres qui &#233;taient rest&#233;es sans ma&#238;tres, des fiefs ing&#233;nieusement r&#233;partis, et les donna par investiture annuelle aux cognats imp&#233;riaux ou &#224; ses cr&#233;atures, en les liant &#224; la couronne par une vassalit&#233; directe. Il institua &#224; perp&#233;tuit&#233; un nombre consid&#233;rable de fiefs de franc alleu, tenus, les uns au service de guerre, les autres &#224; payer un cens annuel ; des terres dites de bouclier, de javeline ou de cavalier, semblables &#224; celles dites Ziamet, Timor ou Kilidj, dans la constitution territoriale turque, et dont le propri&#233;taire doit, en temps de guerre et selon leur &#233;tendue, soit un service militaire personnel, soit un certain nombre de fantassins ou de cavaliers &#233;quip&#233;s. Ces dispositions abritaient la couronne derri&#232;re une arm&#233;e de vassaux directs, la plus nombreuse de l'Empire. Il m&#233;contenta ainsi les communes, par des restitutions incompl&#232;tes ; les cognats, par la d&#233;pendance o&#249; les tenait l'investiture annuelle ; le clerg&#233;, par son immixtion dans la gestion des biens cl&#233;ricaux ; l'ancienne noblesse, par la cr&#233;ation d'une noblesse nouvelle, et les grands vassaux par leur amoindrissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts de ses pr&#233;d&#233;cesseurs pour faire pr&#233;valoir le code de lois import&#233; du Bas-Empire, la nation n'avait cess&#233; de protester de diverses fa&#231;ons de son attachement &#224; ses anciennes coutumes, et les nombreux essais qu'ils avaient faits d'imposer par la force l'usage exclusif de ces lois n'ayant produit que des r&#233;sultats &#233;ph&#233;m&#232;res, il s'&#233;tait &#233;tabli insensiblement comme un compromis, par suite duquel la coexistence des deux r&#233;gimes de lois fut accept&#233;e, et les causes &#233;taient soumises &#224; l'un ou l'autre de ces r&#233;gimes, au choix du d&#233;fendeur. Seulement, les hommes de loi, conform&#233;ment &#224; leur principe que toute justice &#233;manait de l'Empereur, pr&#233;levaient &#224; leur profit sur les parties qui avaient recours &#224; la justice coutumi&#232;re, laquelle se rendait gratuitement, les frais et co&#251;ts qu'eut amen&#233;s le fonctionnement de la justice imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ats&#233;s maintinrent l'incarc&#233;ration perp&#233;tuelle des agnats imp&#233;riaux ; ils s'habitu&#232;rent &#224; continuer d'ann&#233;e en ann&#233;e le pouvoir aux princes cognats : pour plusieurs m&#234;me, ils laiss&#232;rent s'&#233;tablir une sorte d'h&#233;r&#233;dit&#233;. Pour mieux assurer leur pouvoir en augmentant l'influence de leur famille, ils &#233;tablirent que les princesses de leur sang conf&#233;reraient la noblesse &#224; leurs maris, ainsi qu'&#224; leurs enfants. Le mariage civil et soumis au divorce pr&#233;valait de plus en plus ; l'&#233;mancipation l&#233;gale de la femme avait accru les d&#233;sordres dans les familles ; les princesses imp&#233;riales surtout donnaient les plus scandaleux exemples d'immoralit&#233;, se mariaient et se d&#233;mariaient, et finissaient par se contenter du concubinat. Les enfants issus de ces associations &#233;tant d&#233;pourvus d'apanages proportionn&#233;s &#224; leur noblesse, avaient recours aux lib&#233;ralit&#233;s du souverain. Les d&#233;corations, les titres surtout se multipli&#232;rent, perdirent leur prestige, et propag&#232;rent &#224; la fois l'insolence et le servilisme. Sur plusieurs points de l'Empire, les communes aid&#233;es de leurs fid&#232;les alli&#233;s, le clerg&#233; et l'aristocratie des campagnes, entreprirent encore une fois la revendication de leurs droits. Elles furent r&#233;prim&#233;es cruellement et perdirent leurs derni&#232;res franchises. Tous les pouvoirs d&#233;pendirent du caprice imp&#233;rial ; la hi&#233;rarchie ne fut plus que fictive ; une &#233;galit&#233; servile r&#233;gna pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en vertu de ce principe qui veut que les pouvoirs accumul&#233;s s'alt&#232;rent et communiquent leur corruption &#224; leurs d&#233;positaires, les Ats&#233;s se d&#233;prav&#232;rent, et la dissolution de l'Empire progressa rapidement. Par condescendance pour l'opinion publique, et comme pour faire illusion &#224; leur peuple, les Empereurs affectaient de respecter quelques-unes de ses anciennes libert&#233;s. Selon la coutume, l'Empereur n'&#233;tait r&#233;ellement le ma&#238;tre que sur une grande route ; d&#232;s qu'il posait le pied sur la terre d'une commune, il devait ob&#233;issance &#224; la loi de cette commune et soumettre ses volont&#233;s aux officiers communaux. Les Ats&#233;s suivaient hypocritement cet usage et donnaient lieu quelquefois &#224; des incidents semblables &#224; celui du moulin de Sans-Souci, faisant croire ainsi &#224; une libert&#233; et &#224; une justice qui n'existaient plus. Ils maintenaient aussi aupr&#232;s de leur personne un Akab-Saat, officier charg&#233; de rester debout aupr&#232;s de l'Empereur quand il mangeait ou quand il buvait, et de lui arr&#234;ter m&#234;me la main, d&#232;s qu'il jugeait que son ma&#238;tre d&#233;passait les r&#232;gles de la temp&#233;rance. L'Ats&#233; ne prenait pas un repas, sans que l'Akab-Saat f&#251;t pr&#233;sent ; on citait des cas o&#249; cet officier avait saisi la coupe. Mais les orgies imp&#233;riales finissaient fr&#233;quemment par des ex&#233;cutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs vastes provinces de l'empire, telles que l'Innarya et le Kafa, le pays des Djindjerous, le Sennaar, une partie du grand Damote, le pays des Gallas-Azabo, avaient profit&#233; des suites de l'invasion musulmane, pour s'affranchir de leur vassalit&#233; &#224; l'empire et se constituer en &#201;tats ind&#233;pendants. Les Empereurs, trop occup&#233;s des discordes civiles pour les faire rentrer dans l'ob&#233;issance, se content&#232;rent d'exercer vis-&#224;-vis d'elles une suzerainet&#233; qui de nominale devint fictive ; ils se faisaient donner n&#233;anmoins le titre de Rois des Rois. D'accord avec leurs Likaontes et leurs clercs-l&#233;gistes, ils promulguaient des rescrits, des ordonnances et des lois, statuaient sur les dogmes et discr&#233;ditaient la religion et le clerg&#233; en faisant prononcer l'excommunication contre les infractions, m&#234;me l&#233;g&#232;res, &#224; leur autorit&#233;. Bient&#244;t ils se livr&#232;rent sans frein aux plus iniques extravagances. On raconte que l'un d'eux, rentrant dans son camp et voyant l'enceinte o&#249; &#233;taient ses tentes, imparfaitement palissad&#233;e, manda le chef dont les troupes avaient ex&#233;cut&#233; cette corv&#233;e, et, pour compl&#233;ter la cl&#244;ture, le fit lier avec quelques-uns de ses hommes, pour servir de palissade vivante. La nuit, les hy&#232;nes les d&#233;vor&#232;rent, p&#233;n&#233;tr&#232;rent aupr&#232;s de la tente imp&#233;riale et mang&#232;rent quelques gardes et le cheval favori de l'Empereur, qui craignit pour lui-m&#234;me et cria au secours. Les traditionnistes ajoutent que le lendemain le monstre d&#233;posa le sceptre et s'en alla, sous l'habit religieux, mourir dans un koualla d&#233;sert, o&#249;, au jour anniversaire de son dernier crime, on entend encore, dans la nuit, les hurlements des hy&#232;nes, les cris des victimes et un tumulte semblable &#224; celui d'un camp boulevers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre, pour se r&#233;fugier contre les remords et expier ses crimes, s'en alla s'asseoir en un lieu &#233;cart&#233; et fit construire autour de lui un mur circulaire, sans porte ni fen&#234;tres, et recouvert d'une vo&#251;te ; on pratiqua dans le mur &#233;pais une seule lucarne, par laquelle, sans pouvoir le voir ni en &#234;tre vu, on lui passait le pain et l'eau. Parfois des visiteurs compatissants l'appelaient ; il leur tenait des discours &#233;mouvants dont on rapporte encore des lambeaux. Il v&#233;cut ainsi plusieurs ann&#233;es. Un jour, comme il ne r&#233;pondait pas, on d&#233;molit ce s&#233;pulcre, et on trouva son corps dans l'attitude d'un homme qui prie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les stupides tyrannies des Ats&#233;s provoqu&#232;rent r&#233;bellions sur r&#233;bellions. Ils avaient ni&#233; la libert&#233;, ni&#233; jusqu'&#224; la propri&#233;t&#233; et n'avaient plus devant eux qu'une nation &#233;miett&#233;e, qui ne leur offrait plus aucun appui contre les partis. Comme pour pr&#233;cipiter l'agonie de l'Empire, des tribus Ilmormas s'enhardirent et entam&#232;rent les fronti&#232;res au S.-E., prirent pied et s'&#233;tendirent rapidement dans le Wollo et dans le grand Damote, pendant que de tous c&#244;t&#233;s les autres fronti&#232;res se morcelaient au profit de peuplades pa&#239;ennes ou musulmanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ats&#233;s devinrent le jouet de leurs Pol&#233;marques, dont la plupart tenaient &#224; la famille imp&#233;riale par le sang ou par leurs alliances. D&#233;shabitu&#233;s depuis longtemps de pr&#233;sider &#224; la guerre, du fond de leur palais de Gondar, ils faisaient insidieusement ressurgir le fant&#244;me des libert&#233;s communales et s'ing&#233;niaient &#224; opposer entre eux l'aristocratie, le clerg&#233; et les Dedjazmatchs, dont ils subissaient de plus en plus les insolences croissantes. Enfin un Ras ou Pol&#233;marque du Tegra&#239;e vint &#224; Gondar avec son arm&#233;e, d&#233;tr&#244;na l'empereur Joas, le fit &#233;trangler et intronisa son successeur. Pendant quelques ann&#233;es encore les Ras, Dedjazmatchs et Pol&#233;marques de tous grades s'entreheurt&#232;rent autour du palais imp&#233;rial, intronisant et d&#233;tr&#244;nant leurs cr&#233;atures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du dernier si&#232;cle, un flot victorieux porta l'Ats&#233; Tekla Guiorguis sur le vieux tr&#244;ne : il s'y cramponna et jeta la confusion parmi ses adversaires. On put croire qu'il ferait revivre le prestige de sa famille : son intelligence cultiv&#233;e, les charmes de sa personne, son audace et ses lib&#233;ralit&#233;s lui acquirent pendant quelque temps une pr&#233;pond&#233;rance incontestable. Le peuple, qui voyait avec chagrin l'humiliation de son antique famille souveraine, esp&#233;rait qu'il ferait appel aux anciennes constitutions. Comme me l'ont souvent r&#233;p&#233;t&#233; les indig&#232;nes, on se serait ralli&#233; autour de lui, et les princes, les Dedjazmatchs et tous les aventuriers militaires, qui s'entrebattaient pour le pouvoir, auraient &#233;t&#233; r&#233;duits au silence. Plus d'une fois les hommes d'une commune se sont rendus, la nuit, en troupe, au camp de l'Empereur, et l&#224;, faisant entendre le cri d'usage, sinistre et suppliant, qui annonce que des opprim&#233;s r&#233;clament justice, ils interrompaient le sommeil de l'Ats&#233; et lui disaient :&#8212;&#212; notre p&#232;re, que Dieu prolonge tes jours, et que nos conseils ne t'attristent pas, car nous te sommes soumis. N'aie pas peur : le Roi de tes anc&#234;tres sera avec toi. Ne t'a-t-il pas rev&#234;tu de notre pays comme d'un v&#234;tement de force ? Sois rassur&#233; et dis seulement : &#171; Je vous rends les constitutions de vos anc&#234;tres ; &#187; et pour les faire revivre, tes peuples se dresseront comme une for&#234;t sans fin, o&#249; dispara&#238;tront tous les voleurs de pouvoirs, ces vautours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces conseillers d&#233;vou&#233;s disparaissaient avant le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Tekla Guiorguis n'osa pas, et une derni&#232;re coalition le pr&#233;cipita du tr&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup de ceux qui, &#224; quelque degr&#233; qu'ils se trouvent de la hi&#233;rarchie sociale, ont eu &#224; porter le poids de la chute de leur famille, l'Ats&#233; Tekla Guiorguis, que les indig&#232;nes regardent comme leur dernier Empereur, avait quelques-unes de ces vertus ma&#238;tresses n&#233;cessaires &#224; un bon souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dieu, ajoutent-ils, le choisit comme victime, pour qu'on ne p&#251;t douter qu'il punissait en lui ses coupables pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il r&#233;pugnait &#224; la nation de se fractionner et de se d&#233;partir de son ancienne forme de gouvernement imp&#233;rial. Les coalis&#233;s victorieux mettaient en avant la n&#233;cessit&#233; de restaurer le vieux droit coutumier, et, &#224; l'instigation de leur principal chef, le Ras ou Pol&#233;marque du Tegra&#239;e, ils choisirent pour Ats&#233; un agnat imp&#233;rial d'une nullit&#233; notoire ; et le laissant dans Gondar sans revenus, sans gardes et sans autorit&#233;, ils se retir&#232;rent dans leurs provinces, d&#233;sunis et comme honteux de leur victoire. Quant aux grands vassaux qui avaient combattu avec l'Empereur d&#233;tr&#244;n&#233;, les uns &#233;taient tomb&#233;s en captivit&#233;, les autres, sous la conduite des chefs du Gojam, ayant pu regagner leurs gouvernements, s'y fortifi&#232;rent dans l'attente des &#233;v&#233;nements ; les Dedjazmatchs rest&#233;s neutres suivirent cet exemple, et au printemps, l'&#201;thiopie se trouva toute h&#233;riss&#233;e d'hommes en armes. La restauration de l'ancien Empire avec les coutumes servait de mot d'ordre aux coalis&#233;s et &#224; leurs adversaires. Mais, aux lueurs des premiers incendies, les masques, tombant, ne laiss&#232;rent appara&#238;tre que convoitises et ambitions personnelles. Malheureusement, le peuple &#233;tait en haleine de guerre ; les provinces se ru&#232;rent les unes contre les autres et donn&#232;rent le triste spectacle de partis qui s'entred&#233;chirent au nom de l'ordre et de la justice dont les repr&#233;sentants sinc&#232;res manquaient partout. Ces partis ne tard&#232;rent pas &#224; se fractionner, &#224; se multiplier, et la guerre civile fut end&#233;mique. De localit&#233; &#224; localit&#233;, les communications devinrent dangereuses ou cess&#232;rent tout-&#224;-fait : le commerce, les &#233;changes journaliers ne se firent plus que les armes &#224; la main ; et pendant que Ras, Dedjazmatchs et chefs &#224; tous les degr&#233;s s'alliaient, se trahissaient et se heurtaient au centre de l'Empire, les incursions &#233;trang&#232;res en r&#233;tr&#233;cissaient encore les fronti&#232;res. Les paysans ne s'occupant plus que de combat ou de pillage, la culture des terres fut abandonn&#233;e ou laiss&#233;e aux femmes et aux enfants ; des famines contribu&#232;rent au d&#233;peuplement ; les hernes, ou terres abandonn&#233;es, s'&#233;tendirent de plus en plus ; les b&#234;tes f&#233;roces prenaient la place des habitants ; les troupeaux disparaissaient, et des bandes de soldats sans ma&#238;tres, esp&#232;ces de miquelets, pr&#234;ts &#224; passer au service du plus offrant, &#233;pouvantaient le pays par leurs sauvages exc&#232;s. Ce fut alors, dit-on, qu'on substitua au terme g&#233;n&#233;rique d&#233;signant le militaire, l'homme de guerre, le mot Wattoadder qui le d&#233;signe aujourd'hui, et dont l'&#233;tymologie signifie un homme sans feu ni lieu. Ou s'&#233;gorgeait aux c&#233;r&#233;monies fun&#233;raires, aux mariages, devant les tribunaux, aux portes des &#233;glises ; le parjure et toutes les violences devinrent les moyens ; les jouissances imm&#233;diates, l'unique but ; et comme une soci&#233;t&#233;, si bas qu'elle soit tomb&#233;e, a besoin pour vivre, de quelques vertus, au milieu de ce d&#233;bordement de tous les app&#233;tits mauvais, le bien se m&#234;lait au mal, et des &#233;clairs d'h&#233;ro&#239;sme illuminaient fr&#233;quemment ces sinistres perspectives. La conscience publique se pervertit promptement au spectacle des accouplements de vertus et de crimes. S'il faut en croire les &#201;thiopiens, ils se seraient accoutum&#233;s, d&#232;s cette &#233;poque seulement, &#224; &#233;tablir avec la morale de d&#233;plorables compromis qui n'excitent plus chez eux aujourd'hui que la r&#233;probation de quelques aust&#232;res penseurs, toujours rares en tous pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clerg&#233; s&#233;culier, de son propre aveu, avait contribu&#233; puissamment, par ses erreurs et son indiscipline, &#224; disloquer l'Empire ; mais la catastrophe accomplie, il reprit le sens de sa haute mission. Frapp&#233; dans ses richesses, devenues excessives, il se r&#233;fugia dans son domaine transterrestre, combattit toutes les injustices par ses anath&#232;mes et se rangea r&#233;solument du c&#244;t&#233; des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ins&#233;curit&#233; &#233;tant devenue g&#233;n&#233;rale, les populations s'habitu&#232;rent &#224; d&#233;poser leurs valeurs mobili&#232;res dans les monts-forts, dans les cavernes fortifi&#233;es et surtout dans les villes et bourgs dont les &#233;glises jouissaient du droit d'asile, et o&#249; se r&#233;fugiaient aussi, dans les moments les plus difficiles, les femmes, les enfants, les vieillards et les infirmes des campagnes. Ces asiles, sans remparts, sans garnison, et d'acc&#232;s facile, n'avaient, pour gardien et d&#233;fenseur, que le clerg&#233; de la paroisse, pr&#233;sid&#233; par un abb&#233; que nommait le Dedjazmatch. Ils servirent de dernier abri au droit, &#224; l'enseignement, &#224; l'industrie et au commerce ; les foires et march&#233;s hebdomadaires ne se tinrent plus que dans leur enceinte, sous la juridiction de l'abb&#233;, laquelle s'&#233;tendait sur tout homme ayant pos&#233; le pied en de&#231;&#224; des limites de l'asile et couvrait &#233;galement la personne du faible, de l'opprim&#233;, du malfaiteur et du criminel. Cet &#233;tat de choses, qui subsiste encore aujourd'hui, mettait souvent en pr&#233;sence les abb&#233;s et les puissants du dehors ; le droit d'h&#233;bergement exerc&#233; par les soldats du Pol&#233;marque de la province, les d&#233;p&#244;ts de l&#233;galit&#233; contestable, les d&#233;linquants de toutes sortes, les meurtriers, les d&#233;serteurs ou les transfuges donnaient souvent lieu, de la part des chefs militaires, &#224; des r&#233;clamations contre la juridiction cl&#233;ricale. L'abb&#233; et son clerg&#233; n'avaient &#224; opposer &#224; leurs pr&#233;tentions que des armes spirituelles, et les repr&#233;sentations faites au nom du droit, de la l&#233;galit&#233; et de l'opinion publique. En g&#233;n&#233;ral, ces eccl&#233;siastiques se faisaient maltraiter, parfois m&#234;me tuer, plut&#244;t que de livrer ce qu'on leur demandait : ils s'&#233;criaient : &#171; Vouons nos corps au tranchant de l'&#233;p&#233;e ! &#187; En sa qualit&#233; de suzerain de l'abb&#233;, le Dedjazmatch d&#233;cidait de la l&#233;galit&#233; de ces r&#233;clamations, qu'il avait quelquefois provoqu&#233;es lui-m&#234;me indirectement. L'abb&#233;, accompagn&#233; de son clerg&#233; et muni des embl&#232;mes du culte, comparaissait devant la cour de son suzerain, d&#233;fendait ses droits, et il n'&#233;tait pas rare que, tournant son accusation contre son suzerain lui-m&#234;me, il le somm&#226;t de descendre de son si&#233;ge pour ester en justice. Celui-ci nommait alors un mandataire, remontait sur son alga et chargeait un de ses soldats de conduire les parties &#224; Gondar, devant le tribunal des Likaontes. J'ai plus d'une fois assist&#233; &#224; des d&#233;bats de cette nature ; j'ai vu ces gens d'&#201;glise, faibles et sans armes au milieu d'hommes de guerre, plaider au nom du droit, fl&#233;trir les convoitises mena&#231;antes de la soldatesque qui les entourait, invoquer &#233;loquemment la r&#233;probation contre de puissants adversaires, et les amener &#224; d&#233;savouer eux-m&#234;mes cette force qui faisait leur orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas de violation manifeste d'un asile, le clerg&#233; r&#233;gulier s'&#233;mouvait ; les religieux les plus v&#233;n&#233;r&#233;s quittaient leurs solitudes, rassemblaient le clerg&#233; des paroisses, allaient dans les camps, et g&#233;n&#233;ralement ils obtenaient justice. Lorsque le vrai coupable &#233;tait le Dedjazmatch, ils l'amenaient &#224; r&#233;sipiscence, sinon ils l'excommuniaient, mena&#231;aient ses serviteurs de l'anath&#232;me, s'ils continuaient &#224; le servir, mettaient la province en interdit, et, secourus par les religieux des provinces voisines, soulevaient contre lui la r&#233;probation nationale. Les cas les plus dangereux, heureusement peu communs, &#233;taient ceux o&#249; quelques-unes de ces bandes de soldats, passant du service d'un Dedjazmatch &#224; celui d'un autre, recevaient l'hospitalit&#233; pour une nuit, et faisaient na&#238;tre quelque pr&#233;texte pour piller les citadins. Les religieux sommaient alors le Pol&#233;marque de la province, sous peine d'excommunication, de poursuivre les violateurs, et enjoignaient &#224; tout chr&#233;tien de leur refuser l'eau, le feu, la nourriture, l'abri, et de d&#233;signer le chemin qu'ils avaient pris. Pour &#233;viter de p&#233;rir par le fer, les coupables se dispersaient ordinairement devant l'animadversion g&#233;n&#233;rale. Justice faite, ces ermites, parmi lesquels on voyait souvent la personnification h&#233;ro&#239;que des vertus chr&#233;tiennes et de la conscience publique, s'en retournaient &#224; leurs d&#233;serts, laissant derri&#232;re eux une trace bienfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut s'emp&#234;cher de reconna&#238;tre chez ces religieux, s&#233;par&#233;s de l'unit&#233; chr&#233;tienne par le fait plut&#244;t que par la volont&#233;, une pi&#233;t&#233; et des vertus incontestables ; leur d&#233;tachement, leur d&#233;n&#251;ment de tout ce qui excite les convoitises des hommes, leur donnent un ascendant, accru souvent du souvenir de leur vie pass&#233;e. On trouve parmi eux beaucoup d'hommes appartenant aux premi&#232;res familles, d'anciens notables, des soldats ou des chefs c&#233;l&#232;bres, qui, &#224; la suite de quelque grand chagrin ou d'un retour subit sur eux-m&#234;mes, ont quitt&#233; famille, dignit&#233;s, rang, fortune et jusqu'&#224; leur nom, pour prendre l'habit religieux et aller vivre d'aust&#233;rit&#233;s dans les cavernes ou les hernes les plus sauvages. Quelques-uns s'entourent, pour dispara&#238;tre, de pr&#233;cautions telles que leurs meilleurs amis perdent leur trace, jusqu'au jour o&#249; ceux-ci, frapp&#233;s par quelque infortune, un chevrier, un p&#226;tre ou quelque paysan leur apporte de la part d'un moine inconnu des encouragements et des conseils trahissant une vieille intimit&#233;. Quelquefois une catastrophe publique leur fournira l'occasion de reconna&#238;tre, parmi des religieux accourus au secours de quelque principe social, celui dont ils regrettent la perte depuis des ann&#233;es. Ces ermites se pr&#233;sentent quelquefois dans les camps, o&#249;, la veille encore, les trouv&#232;res chantaient leurs exploits militaires, leurs actes de folle g&#233;n&#233;rosit&#233;, et l'on comprend avec quelle &#233;motion leurs anciens compagnons d'armes ou leurs anciens adversaires les revoient, d&#233;pouill&#233;s de tout l'appareil qui faisait leur recherche et leur orgueil, et leur entendent dire : &#171; &#212; fr&#232;res, qui &#234;tes encore dans le r&#234;ve dont nous sommes sortis, nous vous en supplions, ouvrez un instant les yeux et consid&#233;rez ce qui nous am&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant la chute de l'Empire, le clerg&#233; s&#233;culier, par la double raison de son origine presque exclusivement pl&#233;b&#233;ienne, et de cet esprit de v&#233;ritable libert&#233; qu'inspire le christianisme, se pronon&#231;a &#233;nergiquement en faveur des communes, qui, gr&#226;ce aussi au concours que leur demandaient les chefs de guerre, reprirent dans plusieurs provinces l'usage de leurs libert&#233;s. De plus, par son enseignement de l'histoire, du droit &#233;crit, de la grammaire, de l'&#233;loquence et de la th&#233;ologie, le clerg&#233; maintint une morale chr&#233;tienne, les vertus civiques qui en d&#233;coulent, la puret&#233; de la langue, les traditions et l'esprit national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu qu'&#224; l'exemple du Bas-Empire, et encourag&#233; par quelques Empereurs, le clerg&#233; s'&#233;tait adonn&#233; aux subtilit&#233;s th&#233;ologiques ; il n'avait pas tard&#233; &#224; se diviser ; l'ignorance s'&#233;tait accrue et le peuple &#233;thiopien, dou&#233; d'un instinct religieux vivace, s'&#233;tait partag&#233; en trois sectes principales, sur les rivalit&#233;s desquelles s'&#233;taient ent&#233;es plus tard les rivalit&#233;s politiques. C'est ainsi que le clerg&#233; a attis&#233; les guerres civiles, &#233;branl&#233; dans l'esprit du peuple le respect de son enseignement, et qu'en portant atteinte &#224; son propre prestige par les irr&#233;gularit&#233;s de sa conduite, suite immanquable de son indiscipline et du d&#233;sordre des pouvoirs sociaux, il s'est priv&#233; de la force n&#233;cessaire pour emp&#234;cher qu'il ne s'introduis&#238;t dans les m&#339;urs certaines tol&#233;rances contraires &#224; la moralit&#233; de la famille, qui d&#233;figurent aujourd'hui la physionomie chr&#233;tienne de ce peuple. Mais une r&#233;union d'hommes ne commande pas longtemps les vertus, sans les pratiquer elle-m&#234;me. Le clerg&#233; aurait sans doute perdu tout prestige comme l'Empire, s'il n'e&#251;t produit une succession d'hommes d'&#233;lite, d&#233;fenseurs sinc&#232;res du bien, repr&#233;sentants des plus hautes vertus cl&#233;ricales et civiles, qui lui ont maintenu jusqu'aujourd'hui une certaine autorit&#233;, la seule qui ait surv&#233;cu aux d&#233;sastres, et autour de laquelle se groupent encore les &#233;l&#233;ments de la vie sociale. C'est lui qui recueille dans ses maisons, et sous le porche de ses &#233;glises, les malades, les infirmes et les bless&#233;s ; qui am&#232;ne les r&#233;conciliations et pr&#233;side aux trait&#233;s de paix ; qui se montre presque partout le champion de l'opprim&#233; et fait entendre aux puissants des avertissements salutaires. Il prodigue, il est vrai, les excommunications, au point d'en att&#233;nuer l'effet, mais il ne cesse du moins d'entretenir le culte du droit, de la justice et de la morale, et de sonner le tocsin en leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que le Tegra&#239;e, le B&#233;gamdir, l'Idjou, le Gojam et le Wora-Himano, se combattaient pour la pr&#233;potence, entra&#238;nant les autres provinces dans des alliances temporaires, dict&#233;es par les int&#233;r&#234;ts du moment, seul, le Chawa, avec ses annexes, s&#233;par&#233; du reste de l'&#201;thiopie chr&#233;tienne par les Ilmormas du Wallo, vivait en paix. Le Pol&#233;marque de cette province portait le titre de Maridazmatch. Le dernier qui en avait &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement investi, s'en &#233;tant d&#233;clar&#233; roi, d&#232;s la chute de l'Empire, avait pu l&#233;guer le pouvoir &#224; sa famille ; et, pour emp&#234;cher ses h&#233;ritiers d'allumer la guerre civile par leurs rivalit&#233;s, &#224; l'exemple des Empereurs, il avait fait adopter l'usage de tenir en captivit&#233; perp&#233;tuelle tous les parents m&#226;les du prince r&#233;gnant. Mais quoique le Chawa f&#251;t la seule portion de l'ancien Empire, o&#249; l'autorit&#233; e&#251;t une base un peu stable, les esp&#233;rances nationales se concentraient ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers Ats&#233;s avaient pris l'habitude de donner en apanage au Ras bitwodded ou Grand Conn&#233;table, la province du B&#233;gamdir et ses d&#233;pendances, comprenant tout le pays born&#233; au Nord par la cha&#238;ne de collines o&#249; est situ&#233; le col de Farka, &#224; l'Ouest par le lac Tsana, au Sud par l'Abba&#239;e et son grand affluent le Bechelo, et &#224; l'Est par le Takkaz&#233;. Sa position centrale, ses avantages au point de vue strat&#233;gique, le caract&#232;re belliqueux de sa population nombreuse, son voisinage de Gondar et le pr&#233;c&#233;dent &#233;tabli en faveur de sa supr&#233;matie, contribu&#232;rent &#224; faire de cette province comme la capitale politique de la nation et le point de mire de toutes les ambitions. Aussi fut-elle conquise successivement par les Pol&#233;marques du Tegra&#239;e, du Gojam, du Wora-Himano et de l'Idjou ; le vainqueur se faisait nommer Ras bitwodded par le titulaire de l'Empire, qui croupissait dans le palais d&#233;mantel&#233; de Gondar, ou bien, pla&#231;ant quelque nouvel agnat sur ce tr&#244;ne d&#233;risoire, il s'inclinait devant sa propre cr&#233;ature et se relevait Grand Conn&#233;table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du si&#232;cle dernier, le chef d'une famille musulmane de l'Idjou, nomm&#233; Gouangoul, Ilmorma d'origine, s'empara de l'autorit&#233; dans sa province ; son fils Guelmo lui succ&#233;da, puis Ali, surnomm&#233; Tallag (le Grand). Celui-ci soumit les provinces de Tohelederi, Dawont, Kallou et Delanta, voisines de l'Idjou ; il marcha contre le B&#233;gamdir et le conquit en une seule bataille, sur une arm&#233;e cinq ou six fois plus nombreuse que la sienne. D&#233;daignant de se faire nommer Ras, il s'intitula Imam ; en cons&#233;quence, il voulut imposer l'Islamisme &#224; ses sujets du B&#233;gamdir, mais cette tentative faillit le perdre ; il y renon&#231;a ; et apr&#232;s quelques ann&#233;es de r&#232;gne, qu'il passa toujours &#224; cheval, guerroyant contre ses rivaux, il mourut, recommandant &#224; sa famille de respecter la foi de son peuple. Cette famille fut refoul&#233;e en Idjou o&#249; elle maintint son ind&#233;pendance pendant quelques ann&#233;es, sans pouvoir ressaisir le B&#233;gamdir d'une fa&#231;on durable ; un accident de la fortune le rendit &#224; Gouksa, troisi&#232;me successeur d'Ali-le-Grand. Pour se faire mieux agr&#233;er de ses sujets, Gouksa adopta le christianisme, mais resta, dit-on, musulman par ses sympathies. Prudent, cauteleux, rancunier, &#233;conome, habile &#224; dissimuler et &#224; contenir ses ennemis les uns par les autres, il dut, quoique peu guerrier, faire tr&#232;s-souvent la guerre, et, gr&#226;ce &#224; son habilet&#233; &#224; choisir ses lieutenants, elle tourna constamment &#224; son avantage. Son r&#232;gne d'une trentaine d'ann&#233;es fut regard&#233; comme un r&#232;gne de paix, de s&#233;curit&#233; et d'ordre relatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des guerres civiles, la noblesse et les paysans avaient uni leurs int&#233;r&#234;ts ; le clerg&#233; leur &#233;tait acquis, et les communes s'&#233;taient r&#233;veill&#233;es de leur l&#233;thargie ; la noblesse combattit pour elles, et les paysans soutinrent leurs seigneurs, lorsque ceux-ci opposaient quelque r&#233;sistance aux volont&#233;s des Dedjazmatchs. La f&#233;odalit&#233; reprit de la force de l'union sinc&#232;re de ses deux &#233;l&#233;ments essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux r&#233;duire ses sujets, Gouksa s'appliqua, comme les Empereurs, &#224; d&#233;sunir les paysans et les nobles ; mais il s'y prit en sens inverse. Les Empereurs avaient rendu la noblesse insolente en favorisant son luxe et ses empi&#233;tements sur les communes ; &#224; l'exemple d'Ali-le-Grand, Gouksa affecta au contraire une simplicit&#233; &#233;galitaire et une rusticit&#233; de m&#339;urs, qui flattaient le peuple et provoquaient les d&#233;dains de la noblesse. Au lieu d'employer les sommes provenant des imp&#244;ts &#224; augmenter le luxe de sa cour, il les entassait dans ses monts-forts. Il aviva les rivalit&#233;s entre les chefs des grandes familles, afin de se m&#233;nager des pr&#233;textes de les r&#233;primer et de r&#233;duire leurs pr&#233;rogatives. Il tint le clerg&#233; &#224; l'&#233;cart des affaires, usa envers lui de formes respectueuses, mais ne laissa &#233;chapper aucune occasion de discr&#233;diter ses principaux membres par une indulgence d&#233;daigneuse. Lorsqu'il crut avoir gagn&#233; le peuple, il r&#233;solut de d&#233;poss&#233;der ouvertement la noblesse et inaugura cette politique par un ban rest&#233; c&#233;l&#232;bre, qui a fait donner &#224; la dynastie de Gouangoul et d'Ali-le-Grand le nom de dynastie de Gouksa. Ce ban &#233;tait ainsi con&#231;u :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entends, pays, entends, entends ! Que l'&#233;p&#233;e d&#233;cide contre les ennemis de notre ma&#238;tre ! La terre est &#224; Dieu ; l'homme n'en saurait &#234;tre qu'usufruitier. Il la f&#233;conde par ses efforts ; il passe ; la terre l'engloutit et reverdit au soleil. Qu'est-ce qu'un propri&#233;taire dont l'objet est plus fort que lui ? D&#233;tenteurs de terres nobles et tenanciers de fiefs, il n'y a pas de droit de suzerainet&#233; h&#233;r&#233;ditaire. Dieu le donne &#224; qui il lui convient ; il me l'a donn&#233;, &#224; moi, Gouksa ! Je suis le seigneur du sol : toute terre rel&#232;ve de moi, et c'est moi seul qui la dispense &#224; mon gr&#233; ! Femmes nobles et seigneurs, tenanciers de fiefs, pr&#233;sentez-vous ; je conf&#232;re rang et investiture ! Que ceux qui ne m'aiment pas s'&#233;loignent d&#232;s cette heure ! Laboureurs, labourez ; trafiquants, continuez votre trafic. C'est moi qui suis votre droit et votre force ! Hommes et femmes nobles, cavaliers et gens de guerre, venez vous ranger autour de moi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend difficilement que Gouksa ait os&#233; proclamer ainsi par ban, en B&#233;gamdir, o&#249; sa puissance n'avait aucune racine, et o&#249; les populations &#233;taient encore fr&#233;missantes, que le droit de propri&#233;t&#233; &#233;tait r&#233;vocable. Mais que ne peut-on pas faire d'un peuple divis&#233; ! Gouksa avait eu soin de faire r&#233;pandre la croyance qu'une certaine classe de propri&#233;taires faisait seule obstacle &#224; la bonne administration de ses &#201;tats et au bonheur r&#233;gulier des cultivateurs, et que ses sujets seraient heureux, le jour o&#249; ils deviendraient tous &#233;gaux devant lui. Cette classe se composait des propri&#233;taires de terres allodiales, nobles ou roturi&#232;res, parmi lesquelles les unes &#233;taient censables, les autres cens&#233;ables. Ces propri&#233;taires formaient la classe la plus ind&#233;pendante de la nation et la plus nombreuse apr&#232;s celle des laboureurs, dont ils partageaient les pr&#233;occupations et les int&#233;r&#234;ts, et dont souvent m&#234;me ils &#233;pousaient les filles. Malgr&#233; le droit d'a&#238;nesse, l'admission de plus en plus fr&#233;quente de la femme &#224; l'h&#233;ritage territorial tendait &#224; restreindre leurs h&#233;ritages, et, par la modicit&#233; croissante de leur fortune, &#224; les faire rentrer dans la cat&#233;gorie des paysans, &#224; la circonstance pr&#232;s que leurs terres restaient allodiales, quelquefois m&#234;me saliques. Cet &#233;tat de choses leur donnait sur le paysan une influence qui leur permettait de l'entra&#238;ner &#224; r&#233;sister avec eux aux exactions des seigneurs de grands fiefs que les empi&#233;tements des Ats&#233;s avaient rendus amovibles, et qui, depuis la chute du tr&#244;ne, tenant leur investiture annuelle des Dedjazmatchs, &#233;taient devenus les instruments de leurs malt&#244;tes. D'autre part, ils &#233;taient les meilleurs soldats des Dedjazmatchs et Pol&#233;marques ; la plupart servaient quelques ann&#233;es, ne f&#251;t-ce que pour acqu&#233;rir l'exp&#233;rience des affaires et ce relief que conf&#232;re aux yeux du peuple la qualit&#233; d'ancien militaire ; beaucoup vivaient dans les cours des Dedjazmatchs, o&#249; ils occupaient les plus grandes charges. Depuis la chute de l'Empire, cette classe d'hommes qui formait comme le c&#339;ur de la nation, a fourni un grand nombre de chefs de guerre c&#233;l&#232;bres et de Pol&#233;marques. En assimilant leurs terres allodiales aux terres de fiefs amovibles, Gouksa augmentait ses revenus d'un chiffre consid&#233;rable et brisait la derni&#232;re et la plus redoutable r&#233;sistance que le B&#233;gamdir p&#251;t opposer &#224; la domination d'une famille impatiemment support&#233;e, surtout &#224; cause de son origine et de ses traditions musulmanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan applaudit : il ne sentait pas encore que cette mesure &#233;galitaire empirait sa situation, puisqu'elle lui enlevait ses derniers d&#233;fenseurs, qui allaient naturellement grossir le nombre de ses tyrans, les anciens titulaires de grands fiefs dont les Ats&#233;s et les Pol&#233;marques avaient d&#233;j&#224; fait des exacteurs en rendant leur existence pr&#233;caire. Ces derniers repr&#233;sentants de la v&#233;ritable noblesse territoriale ind&#233;pendante crurent prolonger leur existence en se pr&#234;tant &#224; leur propre abaissement. Il y a mani&#232;re de faire accepter aux hommes ce qui leur est le moins profitable, et ces possesseurs de fiefs inali&#233;nables, de terres libres &#224; divers degr&#233;s, devinrent les courtisans de Gouksa. Une premi&#232;re ann&#233;e, il maintint le statu quo, en confirmant les investitures aux titulaires ; puis, tous les ans, sous quelque pr&#233;texte, il en d&#233;pouilla un certain nombre, et, &#224; la fin de son r&#232;gne, il avait ruin&#233; ou dispers&#233; les grandes familles de ses &#201;tats, d&#233;poss&#233;d&#233; les seigneurs et notables qui lui portaient ombrage, augment&#233; consid&#233;rablement ses revenus, annul&#233; l'action politique du clerg&#233;, r&#233;tr&#233;ci les libert&#233;s des communes, tout en augmentant leurs imp&#244;ts ; et concentr&#233; presque tous les pouvoirs en ses mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Pol&#233;marques de sa mouvance suivirent son exemple, ainsi que les Pol&#233;marques du reste de l'&#201;thiopie, &#224; l'exception, toutefois, de ceux de l'Agaw-Medir, du Damote et du Gojam. Ces provinces, gouvern&#233;es par des princes cognats de la famille imp&#233;riale, conserv&#232;rent, en grande partie, les libert&#233;s traditionnelles. Quant &#224; la province de l'Idjou, berceau de la dynastie de Gouksa, chaque fois que ses ma&#238;tres ont voulu attenter &#224; ses franchises, elle a r&#233;pondu par des rebellions &#233;nergiques, et c'est jusqu'&#224; ce jour le pays de l'&#201;thiopie o&#249; le peuple jouit du plus de libert&#233;. Presque partout ailleurs, le sort des populations fut livr&#233; &#224; l'arbitraire d'un syst&#232;me f&#233;odal mutil&#233; en ce qu'il pouvait avoir de bon. Les nobles d&#233;poss&#233;d&#233;s se firent tous soldats de fortune : les Pol&#233;marques mirent de l'&#233;mulation &#224; les retenir &#224; leur service, au moyen de dignit&#233;s et d'investitures annuelles, et ces seigneurs temporaires exploitent et pressurent aujourd'hui &#224; ruine les contribuables de leurs fiefs sans avenir pour eux. La rapacit&#233; de ces tyranneaux pousse les cultivateurs &#224; un d&#233;sespoir tel, que parfois des communes enti&#232;res pr&#233;f&#232;rent abandonner leurs terres et &#233;migrer dans les &#201;tats voisins. &#192; la mort ou &#224; la chute du Pol&#233;marque, ils reprennent leurs h&#233;ritages, si le r&#232;gne de son successeur est plus &#233;quitable. Ceux qui se sentent de l'&#233;nergie s'enr&#244;lent dans les bandes de soldats, pr&#233;f&#233;rant &#224; la servitude de la vie des champs, les p&#233;rils et l'ind&#233;pendance de la vie militaire, et dans chaque province, le camp du Pol&#233;marque regorge de soldats turbulents et avides, vivant ga&#238;ment au jour le jour, tandis que les contribuables des villes, et surtout ceux des campagnes, vivent furtivement, en proie &#224; toutes les craintes, et r&#233;duits &#224; ruser pour dissimuler m&#234;me leur pain quotidien. La puissance des Pol&#233;marques est elle-m&#234;me pr&#233;caire : sujets aux retours qu'entra&#238;ne la fr&#233;quence des guerres, aux trahisons de leurs alli&#233;s, aux d&#233;sertions de leurs soldats, peu d'entre eux peuvent se vanter d'avoir re&#231;u le pouvoir de leur p&#232;re, presque aucun n'est assur&#233; de le l&#233;guer &#224; son fils. Quelque soldat de fortune, parti quelquefois des rangs les plus humbles, recueille son h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, d'apr&#232;s la constitution antique, le droit de justice n'&#233;manait pas des Ats&#233;s ; ils l'exer&#231;aient, il est vrai, mais dans des cas d&#233;finis et rares ; ils en &#233;taient surtout les gardiens, les d&#233;positaires. La nation exer&#231;ait ce droit elle-m&#234;me : le chef de famille, la commune, les tribunaux improvis&#233;s entre citoyens, la noblesse territoriale ; repr&#233;sentaient autant de juridictions, qui dispensaient ordinairement d'avoir recours au tribunal supr&#234;me des Ats&#233;s, et, quoique vaincue, apr&#232;s une lutte contre eux, plusieurs fois s&#233;culaire, pour la conservation de ce droit, la nation n'a jamais perdu compl&#232;tement l'habitude de l'exercer. Les Pol&#233;marques, qui avaient tout fait pour accaparer ce droit au b&#233;n&#233;fice des Empereurs, eussent voulu le garder pour eux-m&#234;mes, lorsque l'Empire tomba ; mais, &#224; cause de la nature pr&#233;caire de leur autorit&#233;, ils n'os&#232;rent pas affronter en ce point jusqu'au bout le sentiment intime de leurs sujets ; les circonstances leur vinrent bient&#244;t en aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communes reprirent leur juridiction primitive ; mais lorsque des conflits s'&#233;lev&#232;rent entre elles, comme il ne se trouvait plus aucun pouvoir judiciaire interm&#233;diaire entre elles et le pouvoir central repr&#233;sent&#233; d&#233;sormais par les Dedjazmatchs, ou autres Pol&#233;marques, h&#233;ritiers de fait, et chacun dans ses &#201;tats, du pouvoir imp&#233;rial, elles comprirent alors la faute qu'elles avaient commise en laissant d&#233;raciner ce qui restait de la noblesse territoriale, et elles durent subir en tout la juridiction des Pol&#233;marques. Ceux-ci empi&#233;t&#232;rent de plus en plus, jusqu'&#224; absorber toutes les causes entre citoyens, en r&#233;partissant toutes les communes de leurs &#201;tats en fiefs qu'ils distribuaient annuellement &#224; leurs hommes d'armes. Chaque Dedjazmatch, depuis ce temps, entretient quelques hommes de loi, pour interpr&#233;ter au besoin le texte du code de Justinien ; mais, si ce n'est pour les causes criminelles, il est rare qu'on y ait recours, ce recours d&#233;pendant des parties qui se r&#233;clament presque toujours des lois coutumi&#232;res. Les Pol&#233;marques et leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s jugent d'apr&#232;s elles, mais, &#224; l'exemple des hommes de loi des Empereurs, ils pr&#233;l&#232;vent des frais de justice, qui ruinent les plaideurs et constituent leurs principaux b&#233;n&#233;fices. Dans les causes civiles, ces frais montent souvent jusqu'&#224; la moiti&#233; des valeurs en litige. Depuis que la justice coutumi&#232;re a cess&#233; d'&#234;tre gratuite, sa v&#233;nalit&#233; est devenue notoire. N&#233;anmoins ces tribunaux d&#233;grad&#233;s subissent encore la pression de la conscience publique, qui leur appara&#238;t comme un fant&#244;me et donne encore assez souvent le spectacle consolant des embarras de la force injuste aux prises avec le droit et la faiblesse qu'elle opprime. Il s'est bien trouv&#233;, tant&#244;t dans une province, tant&#244;t dans une autre, quelques Pol&#233;marques qui se sont efforc&#233;s de relever l'autorit&#233; de la justice et de la morale. On cite parmi eux, le Ras Wold&#233; Sillass&#233;, qui gouverna le Tegra&#239;e pendant plus de vingt ans ; les Ras Ha&#239;lo et M&#233;red, Gouverneurs du Gojam et du Damote ; le Dedjadj Sabagadis, en Tegra&#239;e ; le Ras Ha&#239;lo, dans le Samen, et plusieurs Pol&#233;marques de moindre importance dont la m&#233;moire est b&#233;nie. L'action de ces hommes de bien, quoique born&#233;e &#224; l'&#233;tendue de leurs domaines, a exerc&#233; n&#233;anmoins sur le reste du pays une influence salutaire. Malheureusement, dans la longue lutte que le droit indig&#232;ne avait soutenue contre le code byzantin, il avait subi des alt&#233;rations dans ses parties essentielles, celles qui r&#232;glent la famille, la propri&#233;t&#233; et le mariage : la famille est rest&#233;e d&#233;mantel&#233;e ; le mariage et la propri&#233;t&#233; n'ont plus rien de stable, et n'&#233;tait l'esprit chr&#233;tien planant au-dessus de cette nation d&#233;sorient&#233;e, et qui, bien qu'alt&#233;r&#233;, l'illumine encore quelquefois, elle aurait atteint depuis longtemps le dernier degr&#233; de la d&#233;ch&#233;ance et de l'abaissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans toute soci&#233;t&#233; anarchique, la carri&#232;re des armes offre le seul refuge &#224; ceux qui ont souci de leur dignit&#233; ; aussi les camps renferment-ils, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, l'&#233;lite de la nation. Les cognats de la famille imp&#233;riale dont le nombre est grand, se font presque tous soldats. Leur origine leur assure la consid&#233;ration, et, pour peu qu'ils d&#233;ploient des qualit&#233;s personnelles, les plus brillantes perspectives s'ouvrent devant eux. De cette classe sont sortis la plupart des Ras, Dedjazmatchs ou autres Pol&#233;marques remarquables, comme aussi les femmes les plus c&#233;l&#232;bres par leur beaut&#233;, leur esprit et, il faut le dire aussi, par leurs d&#233;sordres. &#192; ces princes et princesses on donne le titre qualificatif de Wa&#239;zoro, de m&#234;me qu'aux agnats imp&#233;riaux des deux sexes, et leurs concitoyens traitent encore avec une d&#233;f&#233;rence marqu&#233;e ceux qui ont droit &#224; ce titre, quoiqu'ils l'aient vulgaris&#233; en le donnant &#224; presque toutes les femmes, tout comme en Europe on l'a fait de Madame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agnats imp&#233;riaux ne pouvaient avoir aucune dotation territoriale. Ils ne poss&#233;daient la terre que par h&#233;ritage maternel ou du chef de leur femme, et d&#233;pendaient, par cons&#233;quent, des lib&#233;ralit&#233;s de l'Empereur r&#233;gnant. La chute de l'Empire les a mis dans un d&#233;n&#251;ment complet. Les plus dignes et les plus heureux sont ceux qui vivent de la culture d'un matrimoine d'ordinaire fort restreint. D'autres ornent de peintures les murs des &#233;glises ou les livres de pi&#233;t&#233;, ou copient des livres d'heures, les relient m&#234;me ; d'autres encore sculptent de petits objets en bois ou peignent des diptyques. Ils vivent petitement du produit de ces industries, les seules qui, aux yeux de leurs compatriotes, ne les fassent pas d&#233;roger. D'apr&#232;s la croyance populaire, quand la famille imp&#233;riale aura satisfait &#224; la justice divine par son humiliation prolong&#233;e, un de ses membres rel&#232;vera, avec le tr&#244;ne de ses anc&#234;tres, les anciennes lois et les constitutions, et les malheurs de la nation auront leur terme. Par suite de cette croyance, aucun chef ne voudrait accepter dans ses troupes un prince agnat. Aussi, parmi ces princes, ceux qui laissent soup&#231;onner quelque ambition ou quelques qualit&#233;s sup&#233;rieures, sont-ils les plus malheureux. Les hommes au pouvoir &#233;touffent leur fortune par tous les moyens et les r&#233;duisent &#224; se consid&#233;rer heureux de pouvoir s'assurer le pain quotidien. La principale ressource de ces agnats consiste actuellement dans les aum&#244;nes qu'ils re&#231;oivent de quelques Dedjazmatchs. Quelques-uns se tiennent &#224; l'aff&#251;t des &#233;v&#232;nements politiques et se font comme les clients de quelque Pol&#233;marque, tel que celui du Tegra&#239;e, du B&#233;gamdir, du Samen ou du Gojam, dans l'espoir de leur voir acqu&#233;rir un jour la pr&#233;potence, &#224; l'abri de laquelle ils pourront remplacer le simulacre d'Empereur qui si&#233;ge &#224; Gondar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sahala Dinguil, dont je venais de gu&#233;rir la femme, et qui portait le titre d'Ats&#233; depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, lors de mon entr&#233;e dans le pays, avait &#233;t&#233; deux fois d&#233;tr&#244;n&#233;, sans bruit, par son patron le Ras Ali, Gouverneur de B&#233;gamdir, dont rel&#232;ve la ville de Gondar ; mais, chaque fois, il avait &#233;t&#233; r&#233;tabli dans sa majest&#233; d&#233;risoire, gr&#226;ce &#224; la croyance populaire que tant qu'il serait Ats&#233;, il ne devait y avoir ni peste ni famine, et que la famille de Gouksa se maintiendrait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gondar, derni&#232;re capitale de l'Empire, a &#233;t&#233; fond&#233;e par l'Ats&#233; Facilidas, peu de temps apr&#232;s l'expulsion de la Mission portugaise. Quelques &#233;rudits indig&#232;nes pr&#233;tendent que le mot gondar n'est autre que le mot Tegra&#239;en, qui signifie t&#233;nia ; les savants gondariens repoussent avec indignation cette &#233;tymologie et font observer que dans l'idiome F&#233;lacha, encore parl&#233; dans quelques villages aux environs de la ville, dar signifie gouvernement et gon, c&#244;te. &#192; l'appui de cette explication, ils comparent &#224; un os costal le prolongement montueux qui, partant du mont Atanaguer, s'avance vers le S. en dominant la plaine de Dambya, dont il est s&#233;par&#233; par les ruisseaux Angareb et Kaha, lesquels se joignent au Magatch, un des principaux tributaires du lac Tsana. C'est sur le sommet plat de ce prolongement que Gondar est assise, avec ses dix-neuf &#233;glises ; les indig&#232;nes affirment qu'elle en contient quarante-quatre, mais ils comptent celles des faubourgs presque abandonn&#233;es et toutes du c&#244;t&#233; de l'Est. De quelque c&#244;t&#233; que l'on arrive, on ne d&#233;couvre Gondar que lorsqu'on en est d&#233;j&#224; pr&#232;s. Les hauts murs blafards du palais imp&#233;rial frappent d'abord la vue ; le ton bistr&#233; des maisons basses et couvertes en chaume, les larges espaces h&#233;riss&#233;s de ruines, les &#233;glises blotties &#231;&#224; et l&#224;, dans leurs bosquets d'arbres &#233;lanc&#233;s et verts, le ciel toujours bleu, l'atmosph&#232;re limpide, les alentours nus et accident&#233;s, tout concourt &#224; donner &#224; la ville une physionomie attrayante, paisible et r&#233;jouie, malgr&#233; son d&#233;labrement. Le sol rocheux et couvert de pierres n'offre aucun vestige de ces travaux habituels en Europe, dans les centres populeux, tels que fontaines, aqueducs, &#233;gouts, enceintes, places r&#233;guli&#232;res, promenades et &#233;difices d&#233;coratifs ; il est ravin&#233; par les eaux pluviales ; la nature de ses rugosit&#233;s d&#233;note partout que des mains industrieuses n'ont jamais cherch&#233; &#224; le modifier, et que les hommes y ont pos&#233; mais non fix&#233; leurs demeures. Du reste, la f&#233;odalit&#233; semble &#234;tre peu favorable &#224; la formation de grandes villes : sous ce r&#233;gime, la famille constitu&#233;e fortement, offre partout un abri et un aliment au besoin de sociabilit&#233; ; de plus, l'homme ne prenant de valeur que par la terre, c'est dans les campagnes que s'&#233;tablissent les ambitieux, les puissants et les forts ; les villes restent alors le refuge des d&#233;class&#233;s, des artisans et de la population flottante et de peu d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quartiers les mieux conserv&#233;s sont : au S., non loin du palais, le quartier dit de l'Itchagu&#233; et le Salamgu&#233; ou quartier musulman, situ&#233; au pied de la colline en dedans de l'Angareb et du Kaha ; &#224; c&#244;t&#233; se trouve une place o&#249; se tient un march&#233; important de mules et de chevaux. Au S.-E., le quartier de Dinguiagu&#233; (pays de pierres), habit&#233; par les trafiquants chr&#233;tiens ; &#224; c&#244;t&#233; se trouve aussi une grande place irr&#233;guli&#232;re et pleine de roches, o&#249; se tient un march&#233; hebdomadaire important. Au N., et au pied du mont Tegra&#239;e-Mutchoaya, le quartier de l'Aboune ou l&#233;gat du patriarche cophte d'Alexandrie, &#224; demi s&#233;par&#233; de la ville par un ravin profond ; et pr&#232;s du palais, la maison du Ras bitwodded ou Grand Conn&#233;table, joli castel en ruine, surmont&#233; d'une tour. &#192; l'E., le quartier de B&#226;ta. Au N.-O., au-del&#224; du Kaha, sur la lisi&#232;re d'une petite plaine, le faubourg ombreux de Kouskouam, o&#249; l'on voit les jolies ruines de l'&#233;glise, de l'habitation et de la grande tour b&#226;ties &#224; la chaux, vers 1720, par l'Iti&#233;gu&#233; Mintwab, femme et m&#232;re d'empereur, c&#233;l&#232;bre par ses vertus autant que par sa subite fortune ; on d&#233;couvre au S. la plaine de Dambya, et au loin, &#224; l'E., le bord du plateau du Wogara. Les autres quartiers &#233;pars au milieu des d&#233;combres sont insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faubourg de Kouskouam n'est habit&#233; que par des cultivateurs. Le quartier de B&#226;ta tire son nom de sa grande &#233;glise investie du droit d'asile et renomm&#233;e par son clerg&#233; nombreux, instruit et remuant ; il est surtout habit&#233; par des cultivateurs ais&#233;s ; en temps de troubles, les paysans y d&#233;posent de pr&#233;f&#233;rence leurs r&#233;serves de grains. Le quartier de l'Aboune, habit&#233; par quelques trafiquants et de petits propri&#233;taires, jouit &#233;galement d'un droit d'asile, peu respect&#233; lorsque le l&#233;gat est absent, mais qui, lorsqu'il y r&#233;side, attire une population ind&#233;cise compos&#233;e de r&#233;fugi&#233;s, de clercs et d'&#233;tudiants. Les trafiquants chr&#233;tiens forment presque &#224; eux seuls le quartier de Dinguiagu&#233;. Le Salamgu&#233;, habit&#233; exclusivement par des musulmans, tous trafiquants ou tisserands, passe pour la r&#233;union mercantile la plus consid&#233;rable de l'&#201;thiopie par ses relations lointaines et ses richesses en num&#233;raire. Ce quartier, un des plus populeux de la ville, en est cependant le moins salubre, tant &#224; cause de sa situation basse, du voisinage imm&#233;diat de l'Angareb et du Kaha, que des &#233;pid&#233;mies qu'y apportent souvent les caravanes d'esclaves. Le quartier de l'Itchagu&#233;, le plus peupl&#233; de tous, est en quelque sorte comme le c&#339;ur de la ville. Il doit son importance &#224; son droit d'asile qui est presque toujours respect&#233;. Le Dedjadj Oubi&#233;, le Ras Ali, et beaucoup de leurs notables, y poss&#233;daient des maisons o&#249; ils amassaient des provisions, et o&#249; leurs partisans se r&#233;fugiaient en temps de disgr&#226;ce. Ce quartier, ceint d'un haut mur, est peupl&#233; de gens de toutes les classes : on y trouve des princes et des seigneurs d&#233;chus ou r&#233;duits au repos par l'&#226;ge ; des femmes de hauts personnages venues pour faire leurs couches ou pour s'abriter avec leurs enfants, pendant que leurs maris sont en exp&#233;dition ; des femmes divorc&#233;es ; des matrones c&#233;l&#232;bres par leurs aventures, leur beaut&#233; pass&#233;e ou leur esprit ; quelques trafiquants, des moines, des religieuses, des n&#233;cessiteux, des soldats mutil&#233;s, des rebelles, des voleurs de grande route et des meurtriers ; des gens fuyant la vindicte des lois ou les pers&#233;cutions ; quelques artisans et m&#234;me quelques musulmans, car le clerg&#233; &#233;thiopien recueille et prot&#233;ge sans distinction dans ses asiles les nationaux, les &#233;trangers ou les ennemis de sa foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ats&#233;, d&#233;pouill&#233; de tout pouvoir et de toute autorit&#233;, vivait abandonn&#233; dans l'isolement de son palais ; n&#233;anmoins, la salle des plaids, de loin en loin, retentissait de la voix des avocats, qui, gr&#226;ce &#224; l'empire des us et coutumes, venaient plaider en dernier appel quelques proc&#232;s d'une nature sp&#233;ciale, devant l'antique tribunal supr&#234;me, pr&#233;sid&#233; par l'Ats&#233;, et compos&#233; comme on sait des quatre Likaontes et de leurs quatre Azzages, auxquels s'adjoignaient dans certaines occasions quelques prudhommes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Itchagu&#233;, chef r&#233;vocable du clerg&#233; r&#233;gulier, &#233;tait nomm&#233; par le Ras Ali, sur la pr&#233;sentation du clerg&#233; ; sa juridiction attirait &#224; Gondar des abb&#233;s et des moines des provinces &#233;loign&#233;es, ainsi que beaucoup de membres du clerg&#233; s&#233;culier. Toutes les causes civiles qui prenaient origine dans son quartier ressortissaient &#233;galement de sa juridiction ; quant aux causes criminelles, instruction faite, il les renvoyait en cour du Ras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aboune partageait avec l'Itchagu&#233; la juridiction sur le clerg&#233; s&#233;culier, et exer&#231;ait &#233;galement le droit de basse justice sur les habitants de son quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le N&#233;gadras (t&#234;te des trafiquants), chef de la gabelle, jugeait au civil tous les musulmans du quartier dit Salamgu&#233; ; quant au criminel, il instruisait les causes et renvoyait en cour du Ras. Il connaissait &#233;galement des causes commerciales entre chr&#233;tiens et musulmans, et de tous les d&#233;lits contre la douane. Ce fonctionnaire, ordinairement musulman, &#233;tait nomm&#233; pour trois ans par le Ras, auquel il payait une ferme en &#233;change de la perception des droits de douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville avait aussi un Gouverneur qui prenait le titre sp&#233;cial de Kantiba : il &#233;tait nomm&#233; chaque ann&#233;e par le Ras, et &#233;tait charg&#233; de la police de toute la ville, de la direction des march&#233;s et de la perception de certains imp&#244;ts ; il recrutait pour ce service une troupe dont le chiffre variait de soixante &#224; trois cents lances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gondar, un des centres commerciaux les plus importants, est &#233;galement un centre d'industrie. La simplicit&#233; des besoins des &#201;thiopiens ne rend n&#233;cessaire qu'un nombre restreint de m&#233;tiers : des tisserands, tous musulmans, des corroyeurs, des maroquiniers, des lormiers, des forgerons et des fabricants de javelines, de sabres et de couteaux ; des selliers, des sandaliers, des relieurs, des clercs, copistes et appr&#234;teurs de diphth&#232;re ou parchemin grossier ; des ga&#238;niers, et tous ceux qui cousent le cuir ; des orf&#232;vres, des fondeurs et ouvriers en cuivre ; ceux qui brodent les pretintailles pour les selles des mules ou les amulettes que portent les femmes, les hommes et les chevaux, comme aussi ceux qui brodent en soie de couleur les stoles ou longues chemises des femmes, leurs burnous et ceux des pr&#234;tres ; des fabricants de boucliers, des charpentiers, des tourneurs, ceux qui mettent en bois les carabines, ceux qui fa&#231;onnent les cornes &#224; boire, les femmes qui confectionnent des ustensiles de vannerie faite en paille et celles qui font du bouza, de l'hydromel et de l'eau-de-vie pour la vente de d&#233;tail. La poterie est faite par les femmes f&#233;lachas ou juives, et leurs maris ma&#231;onnent en bousillage ; ces sectaires sont &#233;tablis dans les villages aux environs de la ville. L'industrie de potier est partout frapp&#233;e d'infamie, ainsi que celle de tisserand, de corroyeur et d'ouvrier en fer. Tous ces ouvriers travaillent chacun pour leur compte, mais avec mesure. Lorsque le d&#233;sir de voyager les prend, ils vont s'&#233;tablir dans d'autres villes ou se laissent embaucher par les seigneurs ou les princes et font quelquefois le tour de l'&#201;thiopie &#224; la suite des arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clerg&#233; de Gondar fournit toujours quelque c&#233;l&#232;bre professeur de grammaire, de droit ou de th&#233;ologie, qui attire les &#233;tudiants de provinces &#233;loign&#233;es. Ces &#233;tudiants se partagent en deux classes : l'une d'hommes de tout &#226;ge se destinant &#224; la vie monastique ; l'autre, plus nombreuse, compos&#233;e de jeunes gens aspirant &#224; la pr&#234;trise ou &#224; la cl&#233;ricature. Ils manifestent envers leurs professeurs cet attachement profond, qui existait dans l'antiquit&#233; et le moyen-&#226;ge entre les ma&#238;tres et leurs &#233;l&#232;ves ou disciples. Il est touchant de voir les soins pieux dont ils entourent leurs professeurs, qu'ils choisissent librement ; l'&#233;mulation qu'ils mettent &#224; les servir en toutes choses, et l'on ne peut s'emp&#234;cher de regretter que ce culte filial, qui n'est que la reconnaissance envers ceux qui se consacrent &#224; nous enseigner &#224; penser, &#224; croire, &#224; vivre enfin, se soit refroidi parmi nous. Beaucoup de ces &#233;tudiants mendient leur subsistance, fabriquent des parasols en roseau et en c&#339;ur de jonc, ou bien se louent une partie de la journ&#233;e pour divers services. Des anachor&#232;tes, d&#233;sireux de s'&#233;difier sur quelque point de dogme, viennent se r&#233;fugier pour quelques jours dans les &#233;glises les moins fr&#233;quent&#233;es ; en tout temps d'ailleurs, on voit en ville beaucoup de moines mendiants et gyrovagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Gondar, gr&#226;ce &#224; sa situation centrale, &#224; la pr&#233;sence des deux plus grands dignitaires de l'&#201;glise d'&#201;thiopie, gr&#226;ce aux lumi&#232;res et &#224; la pr&#233;pond&#233;rance de son clerg&#233;, &#224; sa vigilance &#224; maintenir son droit d'asile, &#224; ses deux march&#233;s hebdomadaires, &#224; son commerce, &#224; ses diverses industries et enfin &#224; la puissance de la tradition, se maintient, depuis l'abaissement du pouvoir imp&#233;rial, comme une sorte de terrain neutre o&#249; les hommes de tous les partis se rencontrent, et quoique les arbitres de l'&#233;tat politique n'y r&#233;sident plus, elle n'en reste pas moins moralement la v&#233;ritable capitale de l'&#201;thiopie. La population, que Bruce &#233;valuait &#224; 30,000 &#226;mes, est aujourd'hui de 11 &#224; 13,000 ; en temps de trouble, cette population s'accro&#238;t de r&#233;fugi&#233;s dans la proportion d'un tiers environ. Comme la ville est assise sur un terrain d'une altitude moyenne, situ&#233; entre les basses terres et les hauts plateaux, on y jouit d'une temp&#233;rature assez douce dont la moyenne est de 20&#176; centigrades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant en pays &#233;tranger, le voyageur est tout d'abord impressionn&#233; par la nouveaut&#233; des choses ext&#233;rieures. Malgr&#233; leur vivacit&#233;, ces sensations s'att&#233;nuent d'ordinaire et s'effacent peu &#224; peu, surtout s'il s&#233;journe et pratique lui-m&#234;me les m&#339;urs nouvelles ; et c'est en fixant et en coordonnant ces premi&#232;res impressions avec les observations qu'il aura faites dans la suite, qu'il arrivera &#224; d&#233;terminer le mieux la v&#233;ritable physionomie du peuple qu'il &#233;tudie. Les allures de la population gondarienne saisissent de prime abord par leur caract&#232;re biblique ; elle appara&#238;t ce qu'elle est en r&#233;alit&#233; : impressionnable, hasardeuse, nonchalante, vaniteuse, l&#233;g&#232;re parfois, factieuse, pleine d'humour, et presque toujours avenante et charitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin, elle est r&#233;veill&#233;e par les chants religieux ; dans chaque &#233;glise, il ne se dit qu'une messe ; elle est chant&#233;e et commence bien avant le jour. D&#232;s cette heure, les afflig&#233;s et les d&#233;vots courent &#224; l'office ; les autres n'y vont qu'au moment de la cons&#233;cration : au soleil levant. Les jours de f&#234;te, les fid&#232;les visitent plusieurs &#233;glises, surtout celle de Saint Tekla-Ha&#239;manote, qui poss&#232;de les reliques v&#233;n&#233;r&#233;es de ce saint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon s'&#233;claire &#224; peine, que tous, aux portes, dans les rues et aux carrefours, &#233;changent le salut du matin. Les travaux et les affaires commencent partout ; les voyageurs, les soldats de passage se mettent en route ; les p&#226;tureurs, au pied des collines, r&#233;unissent les vaches, les veaux et les b&#234;tes de somme qu'on voit d&#233;valer dans toutes les directions ; des femmes et des jeunes filles, munies d'amphores, descendent &#231;a et l&#224;, en babillant, puiser de l'eau au Kaha et &#224; l'Angareb, o&#249; sont d&#233;j&#224; &#233;tablis des hommes &#224; demi-nus, lavant leurs toges et celles de leur famille, en les pi&#233;tinant dans l'eau. Sur la place du march&#233;, les acheteurs assi&#233;gent l'&#233;tal des bouchers, les chiens se hargnent autour, au-dessus plane une vol&#233;e d'&#233;perviers guettant l'occasion de happer quelque lambeau de viande ; des enfants, encore engourdis de sommeil, se rendent &#224; l'&#233;cole ; les oisifs, les nouvellistes de profession, group&#233;s aux carrefours, &#233;pluchent d&#233;j&#224; les nouvelles, brocardent les passants ou bien conf&#232;rent d'un air de myst&#232;re, selon que les temps leur paraissent calmes ou difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, le soleil devient incommode ; chacun rentre chez soi pour la grande affaire du d&#233;jeuner, et Gondar redevient silencieuse jusqu'&#224; deux ou trois heures de l'apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;thiopiens observent plusieurs je&#251;nes longs et rigoureux, ind&#233;pendamment de celui du mercredi et du vendredi. En temps de je&#251;ne, les offices ne commencent pas avant deux ou trois heures de l'apr&#232;s-midi, et les habitants attendent, pour faire l'unique repas de la journ&#233;e, que les carillons aient annonc&#233; la communion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne connaissant ni sablier, ni clepsydre, ni horloge d'aucune sorte, ils divisent la journ&#233;e en six parties qui ont leurs d&#233;nominations consacr&#233;es, d'apr&#232;s la hauteur du soleil sur l'horizon. Le clerg&#233; et les hommes instruits usent d'une chronom&#233;trie un peu moins grossi&#232;re : le dos au soleil, ils mesurent, par semelles et demi-semelles, la longueur de leur ombre. La dur&#233;e quotidienne de chacun de leurs je&#251;nes &#233;quivaut &#224; tel nombre de semelles et demi-semelles ; quelques-uns se prolongent jusque peu avant le coucher du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les longues matin&#233;es du mercredi et du vendredi, Gondar pr&#233;sente sa physionomie la plus anim&#233;e. Les &#233;glises restent ouvertes : on y voit, au milieu de d&#233;s&#339;uvr&#233;s et de chercheurs d'aventures, des vieillards, des femmes, des soldats et des clercs faisant leurs m&#233;ditations, leurs pri&#232;res ou causant paisiblement &#224; l'ombre des arbres du pourtour. Vers huit heures, les habitants se portent aux divers plaids de l'Ats&#233;, de l'Itchagu&#233;, de l'Aboune, du N&#233;gadras, du Kantiba ou des prudhommes : les d&#233;lib&#233;rations de quelque importance et les proc&#232;s &#233;tant remis de pr&#233;f&#233;rence &#224; ces jours. Comme les maisons n'offrent que tr&#232;s-peu de salles spacieuses, la plupart du temps, ces plaids se tiennent en plein air ; l'&#233;t&#233;, juges et assistants sont ordinairement munis de parasols. Ceux que les incidents judiciaires int&#233;ressent moins, vont badauder chez les ouvriers en r&#233;putation, o&#249; se r&#233;unissent quelques nouvellistes, des soldats et des &#233;trangers. Les r&#233;unions choisies se tiennent chez l'orf&#232;vre, le sellier et quelquefois chez le forgeron ; la pr&#233;occupation de ces ouvriers est de se d&#233;fendre des importuns, mais ils n'y r&#233;ussissent gu&#232;re. L'un a quelque chose &#224; faire &#224; sa bague, &#224; l'ornement de son bouclier, &#224; son amulette, ou bien deux points seulement, dit-il, &#224; sa selle ; l'autre, un ardillon ou une javeline &#224; redresser ou quelque br&#232;che &#224; faire dispara&#238;tre de son sabre ou de sa faucille ; si l'on veut seulement lui confier un outil, il le fera lui-m&#234;me. Les ouvriers c&#232;dent &#224; ces instances et perdent ainsi leur temps, sans autre b&#233;n&#233;fice que l'espoir de s'achalander par ces complaisances, tout en &#233;gayant leur travail des conversations qui s'&#233;tablissent chez eux. Les hommes les plus consid&#233;rables ne d&#233;daignent pas de se rendre &#224; ces cercles o&#249; se r&#233;p&#232;tent les bons mots, les anecdotes, les scandales, les r&#233;cits des derniers &#233;v&#232;nements ; o&#249; l'on fait la description des modes nouvelles, l'&#233;num&#233;ration des qualit&#233;s et des d&#233;fauts de tel cheval, de telle femme ; o&#249; l'on discute les h&#233;ros d'amour, ceux de guerre et parfois m&#234;me des points de th&#233;ologie, pendant que les plus affam&#233;s s'assoupissent sur place ou vont dormir chez eux en attendant l'heure de rompre le je&#251;ne. &#192; mesure que l'ombre s'allonge, on entend les voix plaintives des moines, des l&#233;preux et des &#233;tudiants, mendiant de porte en porte au nom du saint du jour, du Rem&#232;de du monde (J&#233;sus-Christ), de Saint Tekla-Ha&#239;manote ou de Notre-Dame-de-Miel (la Sainte Vierge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les eccl&#233;siastiques, en toge bien nette et en turban blanc, s'empressent vers leurs &#233;glises, o&#249; les clercs chantent d&#233;j&#224; les offices &#224; tue-t&#234;te. Les enfants sortent des &#233;coles en criant. Aux divers plaids, les avocats plaident leurs derniers moyens, s'efforcent de retenir encore l'assembl&#233;e ; les juges s'empressent de prononcer la sentence ou la remise &#224; huitaine. Le travail cesse partout. Sur les chemins qui conduisent &#224; la ville, on voit arriver les voyageurs &#224; pied, &#224; cheval, et des femmes &#224; la file, courb&#233;es sous des charges de ramilles ou de petit bois qu'elles ont pass&#233; la journ&#233;e &#224; ramasser. Le tintement des cloches annonce la fin des offices ; les rues se d&#233;peuplent ; chacun s'est r&#233;fugi&#233; chez soi, pour y prendre sa premi&#232;re gorg&#233;e, son premier morceau. Il est quatre, cinq ou m&#234;me six heures du soir. Les animaux reviennent des pacages et se dispersent joyeusement pour rentrer au logis, les b&#234;tes de somme hennissant, les vaches beuglant &#224; l'approche de leur g&#233;niture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les derniers bruits de la journ&#233;e. Quelquefois, une bande de soldats arrive en logement : les habitants rentrent et barrent leurs portes ; la rue reste aux &#233;trangers et &#224; ceux qui se sentent dispos&#233;s &#224; la querelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res clameurs partent ordinairement des maisons des courtisanes ou de celles des femmes qui d&#233;bitent le bouza ou l'eau-de-vie ; les gens du Kantiba tentent quelquefois de r&#233;tablir l'ordre, mais lorsque les &#233;trangers sont trop nombreux ou qu'ils rel&#232;vent de quelque favori du Ras, on les laisse s'arranger avec les habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un peu de bruit, on finit par s'entendre et r&#233;partir les &#233;trangers en logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil dispara&#238;t ; la ville se repose ; seuls, les d&#233;trousseurs ou les coureurs d'aventures se glissent dans l'ombre ; bient&#244;t, les hy&#232;nes leur succ&#232;dent, et, si l'on se r&#233;veille pendant la nuit, on n'entend que leurs hurlements sinistres m&#234;l&#233;s &#224; leur rire &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gutenberg.org/files/18812/18812-h/18812-h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Civilisations et r&#233;volutions dans l'Afrique antique</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2324</link>
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		<dc:date>2012-05-21T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Ghana</dc:subject>
		<dc:subject>Niger</dc:subject>
		<dc:subject>Ethiopie</dc:subject>
		<dc:subject>Nigeria</dc:subject>
		<dc:subject>Zimbabwe</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;nin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Afrique antique &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi ici &lt;br class='autobr' /&gt;
Civilisation d'If&#233; (Nig&#233;ria) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les villes pr&#233;coloniales d'Afrique &lt;br class='autobr' /&gt;
POPULATION COMPAREE DES VILLES &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1550 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lisbonne 65 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gao 140 000 &#224; 190 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1540 &lt;br class='autobr' /&gt;
Venise 130 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tombouctou 140 000 &#224; 170 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1545 &lt;br class='autobr' /&gt;
Londres 80 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
B&#233;nin 125 000 &#224; 250 000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Oualata, ville de Mauritanie qui a &#233;t&#233; l'un des centres de l'empire Sonink&#233; du Ghana. La ville a &#233;t&#233; fond&#233;e en 600 et l'empire en 750. La ville a &#233;t&#233; &#224; son apog&#233;e au XV&#232;me si&#232;cle comme point (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot133" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot177" rel="tag"&gt;Ghana&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot178" rel="tag"&gt;Niger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot179" rel="tag"&gt;Ethiopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Nigeria&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;Zimbabwe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot261" rel="tag"&gt;B&#233;nin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.memoiredafrique.com/fr/index.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Afrique antique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lejournal.cnrs.fr/diaporamas/une-plongee-dans-lafrique-antique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir aussi ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11001 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH291/photo16-1c662-3b53b.jpg?1780121376' width='500' height='291' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Civilisation d'If&#233; (Nig&#233;ria)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?id=ZCn7dqX-S04C&amp;pg=PA35&amp;lpg=PA35&amp;dq=Niani+et+Kangaba+%3B+Tombouctou+et+Djenn%C3%A9&amp;source=bl&amp;ots=lg58MNoNEm&amp;sig=LPEV_uQnBxbGV2AYhP7IfEXJmUM&amp;hl=fr&amp;ei=Yu2oSd2kGISJjAfuyZXgDw&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;resnum=3&amp;ct=result#PPA5,M1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les villes pr&#233;coloniales d'Afrique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POPULATION COMPAREE DES VILLES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;en 1550&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisbonne 65 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gao 140 000 &#224; 190 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;en 1540 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venise 130 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tombouctou 140 000 &#224; 170 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;en 1545 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres 80 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;nin 125 000 &#224; 250 000&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH305/ouala-c4aae-8f3f2.jpg?1780121376' width='500' height='305' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oualata, ville de Mauritanie qui a &#233;t&#233; l'un des centres de l'empire Sonink&#233; du Ghana. La ville a &#233;t&#233; fond&#233;e en 600 et l'empire en 750. La ville a &#233;t&#233; &#224; son apog&#233;e au XV&#232;me si&#232;cle comme point d'arriv&#233;e des caravanes du Sahara.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11003 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH400/Palais_oba-a4758-10b76.jpg?1780121376' width='300' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Royaume du Benin, entr&#233;e du palais du roi (l'Oba)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11004 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/ankhafriquesouverainnigeria-cc8dc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L394xH898/ankhafriquesouverainnigeria-cc8dc-5f47f.jpg?1780121376' width='394' height='898' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Antiquit&#233; au Nig&#233;ria&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/anthropologie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Civilisation du Nigeria&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11005 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH188/250px-Askia-f6433-c56ef.jpg?1780121376' width='250' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tombeau des Askia (empire du Songha&#239;) &#224; Gao&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/arch%C3%A9ologie+afrique/video/x72ith_zimbabwe-afrique-austsite-archeolog_travel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'antiquit&#233; africaine, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH327/arton740-7d439-71e58.jpg?1780121376' width='500' height='327' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/antiquit%C3%A9+afrique/video/x8sd5i_lempire-du-ghana_creation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Empire du Ghana, le film en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=H-B08UIal7cC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Joseph+Ki-Zerbo%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwj0oejbk63iAhXSxoUKHaxXDhc4ChDoAQgqMAA#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Afrique du XIIe au XVIe si&#232;cle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A lire &#233;galement sur le site :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_civilisations_de_l%27Afrique_pr%C3%A9coloniale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Liste des civilisations de l'Afrique antique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nok_(culture)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Civilisation Nok du Nigeria&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article52&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article222&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions dans l'Egypte antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article225&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions en M&#233;sopotamie antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article223&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions en Chine antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article224&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions en Gr&#232;ce antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions dans la Rome antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article227&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions en M&#233;so-Am&#233;rique antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article234&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre contre la r&#233;volution communiste (socratique) &#224; Ath&#232;nes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sans classes, sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et sans Etat&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article230&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions de l'Afrique antique&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article228&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions des villes de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article395&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions en Palestine (Canaan) et en Isra&#235;l antiques&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=FkZB5j5Eqm8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ancient civilizations of Africa, the film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes et royaumes africains datent de la plus grande antiquit&#233;. Le royaume de Koush est aussi ancien que celui des pharaon et en &#233;tait au d&#233;but (XXVe au XXIe si&#232;cles av. J.-C.) tout &#224; fait ind&#233;pendant. Cette civilisation &#233;tait une civilisation urbaine, son peuple s'&#233;tant regroup&#233; autour de grands centres cultuels et commerciaux. La ville de Kerma &#233;tait son centre. On assiste d&#233;j&#224; &#224; un d&#233;veloppement de la m&#233;tallurgie (cuivre mais aussi bronze) et des arts : &#233;b&#233;nisterie, ivoire, c&#233;ramique. C'est l'influence de l'empire d'Egypte et ses guerres qui va limiter le d&#233;veloppement du royaume de Koush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les autres continents, l'Afrique a connu de grandes civilisations, des riches villes artisanales et commer&#231;antes et des royaumes et des empires prosp&#232;res, qui ont compl&#232;tement disparu et dont restent en t&#233;moignage les ruines de grandes villes et les richesses artistiques des objets qui appartenaient &#224; la classe dirigeante. Parce que ce continent a connu, lui aussi, de grandes r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH495/zimbabwe_Luis_Ferreira-bb07a-5798d.jpg?1780121376' width='327' height='495' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Forteresses du Grand Zimbabwe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://artslivres.com/images/Resized.php%3FFile%3DAL9_ZIMBABWE_Overhang4.jpg%26w%3D300%26q%3D80&amp;imgrefurl=http://artslivres.com/ShowArticle.php%3FId%3D299&amp;usg=__5n7JM19ajS3kDWI6aH66CLJGP0M=&amp;h=368&amp;w=300&amp;sz=34&amp;hl=fr&amp;start=12&amp;tbnid=hAX157Ii49AhEM:&amp;tbnh=122&amp;tbnw=99&amp;prev=/images%3Fq%3DZimbabwe%2BMutapa%26gbv%3D2%26hl%3Dfr%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grand Zimbabwe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=8Kdhyj2kc6c&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La civilisation de Grand Zimbabwe 1&lt;/strong&gt;, le film en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=l-DOE2KVBqM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La civilisation de Grand Zimbabwe 2, le film en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/arch%C3%A9ologie+afrique/video/x72ith_zimbabwe-afrique-austsite-archeolog_travel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fouilles arch&#233;ologiques &#224; Grand Zimbabwe, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &lt;strong&gt;Karl&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Mausch&lt;/strong&gt; d&#233;couvrit non loin de la ville de Victoria, en Rhod&#233;sie du sud, (actuel Zimbabwe), un ensemble de constructions de pierre en ruines dont une enceinte massive de fortification de pierres de kilom&#232;tres et demi appartenant &#224; la monarchie de Monomotapa. Un empire disparu sans laisser d'autres traces que ses villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sud du continent, on conna&#238;t &#224; la suite de fouilles arch&#233;ologiques et des r&#233;cits des premiers voyageurs portugais l'existence des royaumes du Grand Zimbabwe. Des conditions particuli&#232;rement favorables &#224; leur &#233;panouissement (fertilit&#233; des terres, importants gisements d'or) n'expliquent qu'en partie les causes de leur rayonnement et le caract&#232;re tr&#232;s urbain de leur civilisation. Les sites arch&#233;ologiques s'&#233;tendent sur plusieurs centaines de km 2. Parmi les diff&#233;rents royaumes du Grand Zimbabwe, le plus puissant fut celui de Monomopata, dont l'existence remonte peut-&#234;tre au XII e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XV e si&#232;cle, il dominait bon nombre de petits Etats et chefferies et occupait un vaste territoire. Le commerce de l'or avec la c&#244;te permit au royaume de se connecter aux r&#233;seaux marchands de l'oc&#233;an Indien. Mais au XVI e si&#232;cle, il d&#233;clina : les pouvoirs locaux acquirent peu &#224; peu leur ind&#233;pendance. Les Portuguais impos&#232;rent progressivement leur domination &#233;conomique, et, au XVII e si&#232;cle, contraignirent le roi &#224; signer un trait&#233; leur c&#233;dant le produit de ses mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIX e si&#232;cle, les Ngoni, chass&#233;s par les Zoulous d' Afrique du Sud, ravag&#232;rent le pays et an&#233;antirent le royaume, qui c&#233;da la place au royaume Rowzi. Dans les ann&#233;es 1830, les Nd&#233;b&#233;l&#233;, apparent&#233;s aux Zoulous, envahirent &#224; leur tour le sud du pays et fond&#232;rent un royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site arch&#233;ologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site arch&#233;ologique de l'Etat du Zimbabwe, auquel il a donn&#233; son nom &#224; &#233;t&#233; d&#233;couvert par un explorateur allemand, Adam Render, en 1868, les ruines de Zimbabwe, les plus spectaculaires de l'Afrique subsaharienne, s'&#233;tendent sur plus de 7 km 2 , &#224; la limite sud du plateau du Zimbabwe, dans la r&#233;gion de partage des eaux entres les fleuves Limpopo et Zamb&#232;ze. Les fouilles entreprises par l'arch&#233;ologue britannique Theodore Bent, &#224; partir de 1902, puis par l'&#233;gyptologue David Randall-MacIver en 1905, ont montr&#233; que le site fut habit&#233; au moins depuis le V&#232;me si&#232;cle par des populations de chasseurs et d'agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ruines comprennent plusieurs groupes d'&#233;difices en pierre s&#232;che (en langue shona dzimbabwe signifie &#171; maison de pierre &#187;) et sans fondations, r&#233;partis autour d'une acropole fortifi&#233;e, accessible par un &#233;troit chemin creus&#233; dans le roc. Cette fortification, dont les murailles ont pr&#232;s de 11 m de hauteur, d&#233;limite une enceinte ovale de 100 m de long et de 45 de large. Au sud de cette colline, le monument le plus significatif, probablement un lieu consacr&#233; &#224; des c&#233;r&#233;monies initiatiques, est un vaste enclos elliptique dont le mur ext&#233;rieur, long de 240 m, s'&#233;l&#232;ve &#224; pr&#232;s de 10 m de hauteur ; &#224; l'int&#233;rieur se dressait une tour conique de 9 m de hauteur et de 5,5 m de diam&#232;tre &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vestiges mis au jour dans ces constructions (IX e -XV e s.) t&#233;moignent de l'originalit&#233; de la culture de Zimbabwe ; on a notamment trouv&#233; des sculptures d'oiseaux en st&#233;atite (les arch&#233;ologues supposent que ces repr&#233;sentations, dont certaines ont plus de 40 cm de haut, et qui devaient &#234;tre pos&#233;es au sommet de petites colonnes, &#233;taient li&#233;es au culte des anc&#232;tres) et du mat&#233;riel pour la m&#233;tallurgie de l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux objets d'importation qui ont &#233;t&#233; d&#233;couverts &#224; Zimbabwe (en provenance de Perse, de l' Inde et de la Chine du d&#233;but de la dynastie Ming) t&#233;moignent de l'importance de cette cit&#233;, qui fut florissante d&#232;s le XIV e si&#232;cle, et des relations commerciales que le peuple Shona entretenait avec les pays lointains par les ports musulmans de l'oc&#233;an Indien. Les arch&#233;ologues estiment &#224; 10'000 personnes sa population &#224; l'&#233;poque de son apog&#233;e. Le site fut abandonn&#233; vers 1700.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cit&#233;-Etat d'If&#233;, au Nig&#233;ria, a subi le m&#234;me sort. C'est de l&#224; qu'&#233;tait dirig&#233; un vaste royaume yoruba, extr&#234;mement prosp&#232;re, avec de multiples villes en ruines. Tout s'est effondr&#233; sans qu'une explication puisse en &#234;tre donn&#233;e en termes d'une invasion par un voisin guerrier. La beaut&#233; des objets trouv&#233;s &#224; If&#233;, notamment les belles statues et les bijoux, t&#233;moigne de la richesse de cette civilisation. D'autres civilisations encore plus anciennes du Nig&#233;ria ont disparu et dont la chute est rest&#233;e inexpliqu&#233;e comme celle de Nok, d&#233;couverte par &lt;strong&gt;William&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Fagg&lt;/strong&gt;. Elles ont &#233;t&#233; dat&#233;es de 900 avant JC &#224; 200 apr&#232;s JC, date &#224; laquelle ces soci&#233;t&#233;s disparaissent compl&#232;tement et brutalement. On trouve au Tchad le m&#234;me type de civilisation disparue corps et biens, sans laisser de trace ni d'explication : celle de Sao, marqu&#233;e par les villes fortifi&#233;es de Midigu&#233;, Gawi et Tago &#233;tudi&#233;es par &lt;strong&gt;Jean-Paul Lebeuf&lt;/strong&gt;. Cependant, ici ou l&#224;, des traces subsistent des r&#233;volutions qui ont fait chuter ces royaumes africains, r&#233;volutions caus&#233;es par ces villes, ces concentrations explosives des contradictions de la richesse et de la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=rdVIoaTq-5Q&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Royaume du B&#233;nin, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L290xH290/252447493202224593vb-022c3-e5e67.png?1780121376' width='290' height='290' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;T&#234;te de reine Bini-Edo (B&#233;nin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au B&#233;nin d'apr&#232;s les &#233;tudes de &lt;strong&gt;Onwonwu&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Dike&lt;/strong&gt;, cit&#233; notamment par &lt;strong&gt;Jacques Maquet&lt;/strong&gt; dans &#171; Afrique, les civilisations noires &#187; : &lt;i&gt;&#171; La ville de B&#233;nin dominait plusieurs centaines de villages occup&#233;s par les Bini, et &#233;tait au sommet de sa puissance lorsque les premiers europ&#233;ens, des Portugais, y arriv&#232;rent en 1485. Selon les traditions recueillies &#224; cette &#233;poque, et qui subsistent encore chez les Bini, la premi&#232;re dynastie royale se rattachait &#224; If&#233;. Elle compta douze oba (rois) et se termina par une r&#233;volte qui cr&#233;a un r&#233;gime r&#233;publicain. Un nouveau souverain, venu encore d'If&#233;, r&#233;tablit la royaut&#233;. Mr Dike estime que cet &#233;v&#233;nement pourrait se situer au 12&#232;me si&#232;cle. &#187; &lt;/i&gt;Si les villes restaient une menace permanente pour ces r&#233;gimes, ce m&#234;me ouvrage expose combien les &#171; miracles &#187; de ces royaumes et empires reposaient sur l'activit&#233; artisanale et commerciale des villes : &lt;i&gt;&#171; Il fallait aux gouvernants des revenus plus importants que ceux que peut procurer le surplus agricole, pour disposer d'une telle richesse. Sans les possibilit&#233;s d'&#233;change et de profit que donne le grand commerce, les arts de l'Afrique occidentale n'auraient pu &#234;tre ce qu'ils furent. Et ce grand commerce devait se faire entre les villes o&#249; &#233;taient centralis&#233;s, pour l'exportation, les produits naturels de la r&#233;gion et les objets fabriqu&#233;s, et o&#249; &#233;taient entrepos&#233;s de nombreux produits import&#233;s. Ces villes de commerce ne se trouvaient pas toutes dans la r&#233;gion du golfe de B&#233;nin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH400/djenne-4fa57-835e7.jpg?1780121376' width='500' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Djenne (Mali)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=q2RA6qTLKBc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The kingdom of Mali, the film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11010 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH300/Mali-Tombouctou-1-3f213-158db.jpg?1780121376' width='450' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tombouctou (Mali)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=UynuvTRRpfY&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tombouctou, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.africamaat.com/SIKASSO-une-forteresse-militaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sikasso, forteresse d'Afrique de l'ouest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=NpZMApcqVTk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The golden age of Ghana and Mali, the film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la c&#244;te du S&#233;n&#233;gal au Kordofan, dans la savane soudanaise et la steppe sah&#233;lienne qui bordent au sud le Sahara, des villes marquaient, bien avant la p&#233;n&#233;tration europ&#233;enne, les t&#234;tes des caravanes transsahariennes, les centres d'&#233;change, les capitales. Koumbi, capitale du Ghana, pays de l'or comptait 30.000 habitants au 11&#232;me si&#232;cle ; Mali, nom de la ville o&#249; r&#233;sidait le souverain de l'empire connu par cette d&#233;signation (&#8230;) Des agglom&#233;rations localis&#233;es dans les sites de Jeriba, Mani-Koura, Niani et Kangaba ; Tombouctou et Djenn&#233; furent des centres brillants de vie intellectuelle, le premier, comme le dit Jean Suret-Canale, jouait le r&#244;le de port des caravanes sahariennes, tandis que le second, &#224; l'int&#233;rieur, concentrait les produits d'origine soudanaise et redistribuait les marchandises import&#233;es ; Gao sur le Niger, capitale de l'empire des Songhay depuis le d&#233;but du 11&#232;me si&#232;cle, comptait 50.000 habitants au 16&#232;me si&#232;cle. Ouagadougou, capitale d'un Etat mossi ; les &#171; sept villes &#187; haoussa : Daura, Kano, Rano, Zarai, Gobir, Katsena, Biram ; Ndijimi, capitale des princes du royaume tchadien du Kanem ; El Fasher au Darfour, o&#249; se rencontraient les caravanes venant du Tchad, du Sahara oriental et du Nil, ces centres t&#233;moignent de l'extension g&#233;ographique de la civilisation des cit&#233;s en Afrique. (...) L'immense r&#233;gion qui s'&#233;tend de l'Oc&#233;an Atlantique au bassin du Nil et du Sahara &#224; la for&#234;t &#233;quatoriale et atlantique o&#249; &#224; la c&#244;te du golfe de Guin&#233;e (l&#224; o&#249; la bande foresti&#232;re est interrompue) est caract&#233;ris&#233;e par un type de civilisation, celle des villes. (...) Toute la population n'&#233;tait &#233;videmment pas citadine ; il est m&#234;me probable que la proportion de paysans &#233;tait bien sup&#233;rieure &#224; celle des habitants des villes. (...) Quelle qu'ait &#233;t&#233; l'importance num&#233;rique relative de la population des cit&#233;s de la savane soudanaise et de la c&#244;te de B&#233;nin, ce sont les cit&#233;s qui donnent aux soci&#233;t&#233;s et aux cultures de cette r&#233;gion leur configuration originale. (...) La cit&#233; est le p&#244;le principal de la civilisation (...) &#187; &lt;/i&gt;Mais, comme en t&#233;moignent ces multiples civilisations prosp&#232;res brutalement disparues sans laisser de traces, si la ville contient en elle toutes les sources de la richesse de la royaut&#233;, elle comporte aussi tous les &#233;l&#233;ments de la r&#233;volution sociale et tous les risques de son renversement brutal. &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La r&#233;volution n'est pas seulement la cause de la chute des Etats et des civilisations. Elle est aussi &#224; leur origine. C'est la menace sociale qui a rendu l'Etat n&#233;cessaire. C'est la n&#233;cessit&#233; d'une stabilisation sociale qui a contraint les classes dirigeantes &#224; se pr&#233;occuper du mode d'organisation sociale et &#233;conomique permettant de pr&#233;server l'ordre en assurant une subsistance suffisante. C'est le peuple qui a produit son activit&#233; &#233;conomique. C'est le peuple qui a produit ainsi un surplus &#233;conomique, permettant l'&#233;mergence d'une classe dirigeante. C'est le peuple qui a produit sa civilisation, par le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; civile puis de la lutte des classes dont l'Etat n'est que la derni&#232;re &#233;manation. L'Histoire est pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on erron&#233;e comme une succession d'Etats. Non seulement l'Histoire commence avant l'Etat mais la philosophie de l'histoire est tr&#232;s diff&#233;rente. La d&#233;buter par l'Etat, c'est faire croire qu'elle est un produit de l'ordre. C'est, au contraire, le d&#233;sordre qui a produit l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'Etat, c'est le d&#233;veloppement des in&#233;galit&#233;s et les classes sociales. Et avec elles, le d&#233;sordre : la lutte des classes. Le Wagadou se caract&#233;rise aussi par une diff&#233;renciation sociale et la pluralit&#233; des pratiques&lt;br class='autobr' /&gt;
religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de la soci&#233;t&#233; se trouvent les nobles : les aristocrates, marabouts et paysans. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
griots et cordonniers forment les hommes de caste. -&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re strate sociale, les esclaves, rassemble les prisonniers de guerre. Dans les soci&#233;t&#233;s Mandingues, malgr&#233; la vie quotidienne assortie d'une recherche de la paix, les classes se distinguent et chacun sait d'o&#249; il vient, qui il est, bref son origine sociale. H. Labouret dans son analyse de la soci&#233;t&#233; Mandingue a cru pouvoir distinguer cinq degr&#233;s dans la hi&#233;rarchie des groupes sociaux. Viennent en premier les nobles (kuntigi lu) porteurs de carquois et dont les privil&#232;ges sont d'origine guerri&#232;re. Viennent ensuite ceux qu'il appelle les chefs de famille ordinaire (djatigilu) puis les hommes libres (hor&#244; lu = w&#244;r&#244; lu). Les gens cast&#233;s (n'a makala lu) occupent l'avant dernier degr&#233; de cette &#233;chelle sociale au bas de laquelle se tiennent les esclaves (djon lu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=7ozbkXDdA3w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Anciennes civilisations du Niger, le film en anglais&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=x9cd0RXHwMo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La vieille ville de Djenn&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=eD_F4SD1al8&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les empires de l'or et Tombouctou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=6Q-TZUs1hTQ&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Djenn&#233; et Tombouctou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Djenn&#233;-Djenno, sur le delta int&#233;rieur du Niger au coeur du Mali, l'une des plus vieilles cit&#233; d'Afrique de l'Ouest (fond&#233;e vers 250 avant notre &#232;re), atteint 10 000 habitants environ vers l'an 800. Le mur de la cit&#233;, fait de briques cylindriques entre 400 et 800, a jusqu'&#224; 11 m de largeur. Ses deux kilom&#232;tres de circonf&#233;rence abritent des maisons rondes ou rectangulaires, en jonc tress&#233; ou b&#226;ties en boue du fleuve : elles sont fragiles et s'effondrent souvent. De nouvelles demeures sont reconstruites sur les d&#233;bris des anciennes. L'agriculture locale peut apparemment nourrir sa nombreuse population. Elle commerce avec Tombouctou qui conna&#238;t la prosp&#233;rit&#233; gr&#226;ce au march&#233; du sel gemme, extrait dans le sud du Sahara. Cette soci&#233;t&#233; disparait brutalement en 1400 sans avoir &#233;t&#233; victime de guerre de ces voisins, probablement &#224; l'issue d'une crise &#233;conomique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH332/yeha-a48da-f637b.jpg?1780121376' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Royaume D'mt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le royaume de D'mt s'&#233;tendait sur l'actuelle r&#233;gion de &#201;rythr&#233;e et le nord de l'&#201;thiopie. Apparu vers le 800 av. J.-C., il a perdur&#233; jusqu'au VIIe si&#232;cle av. J.-C. Le royaume de D'mt a d&#233;velopp&#233; des proc&#233;d&#233;s d'irrigation, utilisait des charrues, cultivait le millet, et travaillait d&#233;j&#224; le fer pour forger ses propres outils et ses armes. Les restes d'un temple important datant d'environ 700 avant J-C ont &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;s &#224; Yeha. Encore une civilisation qui dispara&#238;t sans &#234;tre attaqu&#233;e apparemment...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11012 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L200xH266/200px-Stela_aksum-b26c2-aa400.jpg?1780121376' width='200' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Royaume d'Aksoum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233; au nord de l'&#201;thiopie et de l'&#201;rythr&#233;e, le royaume d'Aksoum &#233;tait profond&#233;ment impliqu&#233; dans le commerce entre l'Inde et la M&#233;diterran&#233;e. Il est n&#233; gr&#226;ce au d&#233;veloppement de grandes villes comme Aksoum, Yeha, Hawulti, Matara, Adulis et Qohaito. Dans le P&#233;riple de la mer &#201;rythr&#233;e, Aksoum est mentionn&#233; au Ier si&#232;cle de notre &#232;re comme un important march&#233; pour l'ivoire qui &#233;tait export&#233; dans tous le monde antique. Il est pr&#233;cis&#233; qu'&#224; cette p&#233;riode le roi d'Aksoum &#233;tait Zoscales qui, en plus de r&#233;gner sur le royaume d'Aksoum, contr&#244;lait &#233;galement deux ports sur la Mer Rouge : Adulis (pr&#232;s de Massaoua) et Avalites (Assab).Le royaume d'Aksoum a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une transformation majeure du syst&#232;me de commerce maritime qui reliait l'Empire romain et l'Inde. Ce changement a eu lieu au d&#233;but de l'&#200;re commune. L'ancien syst&#232;me commercial reposait sur des voiliers naviguant le long des c&#244;tes entre de nombreux ports. La mer Rouge n'&#233;tait que d'une importance secondaire par rapport au Golfe persique et aux routes terrestres vers le Levant. A partir de 100 avant J.-C., une route entre l'&#201;gypte et l'Inde a &#233;t&#233; &#233;tablie, en passant par la mer Rouge et en utilisant les vents de la mousson pour traverser la Mer d'Oman directement vers le Sud de l'Inde. En l'an 100 apr&#232;s J.C., le volume du trafic commercial sur cette nouvelle route avait &#233;clips&#233; les anciennes routes. La demande des romains pour les marchandises venant d'Inde a augment&#233; de fa&#231;on spectaculaire, entra&#238;nant un accroissement du nombre de grands navires traversant la mer Rouge de l'&#201;gypte romaine vers la mer d'Oman et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands empires ont d&#251; leur succ&#232;s &#224; celle d'une classe de grands commer&#231;ants. Par exemple, les peuples vivants &#224; proximit&#233; de la grande boucle du Niger ont pris le contr&#244;le du lucratif commerce d'or et du sel. Ainsi, l'empire du Mali est parti du grand commerce de Nani et de sa r&#233;gion. Aujourd'hui, on aurait du mal &#224; imaginer une r&#233;gion de commerce aussi prosp&#232;re avec plus de quarante millions de personnes et quatre cents villes. L&#224; encore, ce n'est pas l'Etat qui a cr&#233;&#233; la richesse sociale, mais le contraire. Au XI&#232;me si&#232;cle, le royaume du Mali &#233;tait encore tr&#232;s petit, bien inf&#233;rieur &#224; l'extension du grand commerce de ses villes. Il n'a connu un grand d&#233;veloppement que vers 1200-1300, sous les r&#232;gnes de Soundiata Keita et Mansa Musa. Le d&#233;veloppement &#233;conomique datait d&#233;j&#224; de plusieurs centaines d'ann&#233;es. La grandeur de l'empire a accru consid&#233;rablement les possibilit&#233;s du grand commerce mais a aussi d&#233;velopp&#233; un appareil d'Etat vivant de luxe et ponctionnant les richesses produites. Il a surtout permis de stabiliser les relations sociales en rendant plus difficile les changements sociaux et p&#233;rennis&#233; les in&#233;galit&#233;s sociales entre les classes. A la mort de Mansa Musa, les divisions, r&#233;bellions et r&#233;voltes se sont multipli&#233;es. L'une des r&#233;voltes a donn&#233; naissance &#224; l'empire Songha&#239; qui a connu un d&#233;veloppement au quatorzi&#232;me si&#232;cle. Ce dernier a &#233;t&#233; une dictature militaire f&#233;roce mais le fondement &#233;conomique et social est rest&#233; le m&#234;me. La chute a eu aussi les m^mes bases : la r&#233;volte de la population contre la dictature a permis &#224; l'arm&#233;e marocaine en 1590 d'attaquer le r&#233;gime, jusque-l&#224; militairement inattaquable. Avec la disparition du Songha&#239;, des routes commerciales d&#233;plac&#233; vers l'est.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11013 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L340xH259/7744-daaed-38167.jpg?1780121376' width='340' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'empereur Kankan Musa tenant entre ses mains une p&#233;pite d'or repr&#233;sent&#233; ici par des explorateurs espagnols ... d&#233;j&#224; tr&#232;s int&#233;ress&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empire du Ghana, comme l'empire du Mali, a &#233;t&#233; fond&#233; sur le grand commerce de l'or. A la base, il y a eu le d&#233;veloppement de grandes villes commerciales essentiellement fond&#233;es sur le commerce de l'or. La future capitale de l'empire, Kumbi Saleh, a &#233;t&#233; form&#233;e du regroupement de deux villes commerciales et artisanales. L'empire du Ghana est un bon exemple du fondement &#233;conomique et social de l'Etat. La religion n'est nullement la base de cet &#233;difice, m&#234;me si les rois vont s'appuyer sur les id&#233;ologies et sur les structures religieuses pour baser leur r&#233;gime. Ainsi, la religion des villes commerciales du Ghana est l'islam mais celle de la ville et de la cit&#233; royale reste dans la croyance traditionnelle sonink&#233;. Le Ghana a atteint son apog&#233;e au XIe si&#232;cle. Il disposait alors d'une arm&#233;e de 200.000 hommes et d'une richesse qui d&#233;passait largement les petits royaumes europ&#233;ens. Ce n'est pas la guerre qui a fait chuter l'empire du Ghana mais la crise sociale qui a d&#233;moli les fondations de la soci&#233;t&#233;. Quand les invasions almoravides ont commenc&#233;, le peuple ne voulait pas de battre pour ce r&#233;gime et ce syst&#232;me d'exploitation. La capitale est tomb&#233;e en 1080.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique de l'Ouest, les empires du Ghana, du Mali et du Songha&#239; ont trouv&#233; leur justification dans la n&#233;cessit&#233; de contr&#244;ler les voies du commerce trans-saharien. L'or et les esclaves ont &#233;t&#233; envoy&#233;s au nord en &#233;change de tissus, d'ustensiles et de sel. Apr&#232;s le troisi&#232;me si&#232;cle, quand les chameaux ont commenc&#233; &#224; &#234;tre employ&#233; dans le commerce, les grandes caravanes, y compris, parfois, dix mille b&#234;tes, fait r&#233;guli&#232;rement des voyages &#224; travers le d&#233;sert dangereux, transportant du sel en Afrique du Nord en &#233;change d'or en Afrique de l'Ouest. Le fleuve Niger offrait une s&#233;curit&#233; d'approvisionnement en eau et de repos pour ces grandes exp&#233;ditions, dirig&#233;es par des gens qui connaissaient la savane et pouvait facilement trouver encore lointain les r&#233;gions productrices de l'or. Le grand commerce a vivifi&#233; le commerce local, donnant les bases d'une soci&#233;t&#233; prosp&#232;re. Beaucoup de commer&#231;ants &#233;taient des femmes, particuli&#232;rement celles actives dans les march&#233;s locaux o&#249; l'augmentation de la prosp&#233;rit&#233; et l'accumulation de la richesse a augment&#233; le trafic dans les aliments et les produits de luxe. En Afrique de l'Est, les villes swahili sont apparues lorsque le commerce trans-saharien s'est d&#233;plac&#233; vers l'est et ces villes se sont ensuite transform&#233;es en villes-Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'antiquit&#233;, la c&#244;te est-africaine a &#233;t&#233; impliqu&#233;e dans le grand commerce. Au XIIe si&#232;cle, une vague de colons arabes et persans rejoint les Bantous de la langue swahili afin de transformer les &#233;tablissements commerciaux primitifs donnant naissance au plein essor commercial des villes. Entre entre 1200 et 1500, la c&#244;te Est de l'Afrique a &#233;t&#233; constell&#233;e de trente-sept villes-grand commerce qui sont ensuite devenues des cit&#233;s-&#233;tats. Ces gouvernements n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre proches des grands n&#233;gociants et de d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts. Il s'agissait d'un commerce international. Kilwa est devenu le principal port de l'or envoy&#233; par le biais de l'&#201;gypte &#224; l'Europe. Le minerai de fer de Mombasa et Malindi a fourni les fours de l'Inde. En 1400, un commerce syst&#233;matique avec la Chine a m&#234;me &#233;t&#233; mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique centrale a vu avec la consolidation des communaut&#233;s bantoues, le d&#233;veloppement des in&#233;galit&#233;s sociales, et la transformation de la soci&#233;t&#233; traditionnelle en royaumes. Les Etats Bantous datent de la fin du Moyen-Age. Ce sont les Etats Kongo, Benin, Mutapa (au Zimbabwe) dont la capitale &#233;tait &lt;a href=&#034;http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://detoursdesmondes.typepad.com/photos/uncategorized/2007/05/27/zimbabwe_stamp.jpg&amp;imgrefurl=http://detoursdesmondes.typepad.com/dtours_des_mondes/2007/06/grand_zimbabwe.html&amp;usg=__ItNHxEIzaUiHZqEg-9oHyM1YbaI=&amp;h=250&amp;w=300&amp;sz=14&amp;hl=fr&amp;start=8&amp;tbnid=yIbVjuRC37Mn-M:&amp;tbnh=97&amp;tbnw=116&amp;prev=/images%3Fq%3DZimbabwe%2BMutapa%26gbv%3D2%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grand Zimbabwe&lt;/a&gt;, Mossi et Yoruba. L'un des Etats les plus impressionnants est celui de Mutapa, qui a eu son apog&#233;e entre 1250 et 1450, avec un palais pouvant accueillir un millier de fonctionnaires et un temple aux dimensions &#233;tonnantes. Une fois encore, ce n'est pas le royaume qui est &#224; l'origine de cette prosp&#233;rit&#233; mais un florissant commerce de l'or avec les villes c&#244;ti&#232;res qui a prosp&#233;r&#233; de longues ann&#233;es avant la naissance de l'Etat. Malgr&#233; l'existence d'un roi m&#226;le, l'Etat Mutapa a conserv&#233; de la soci&#233;t&#233; pr&#233;c&#233;dente la reconnaissance d'un pouvoir f&#233;minin matrilin&#233;aire. La cit&#233; elle-m&#234;me de Grand Zimbabwe devait accueillir jusqu'&#224; 20 000 habitants et son organisation sociale &#233;tait structur&#233;e autour d'un roi, d'une caste dirigeante et d'une arm&#233;e. L'influence de cette dynastie d&#233;clina soudainement au cours du XVe si&#232;cle sans doute sous l'influence de la surpopulation, de l'&#233;puisement des p&#226;turages, de la contestation populaire et de la fragmentation du royaume. C'est la r&#233;volution sociale qui mit fin &#224; cette civilisation. Vers 1420, des membres issus de la civilisation de Grand Zimbabwe fondent un &#233;tat shona plus au nord, le royaume du roi Mwene Mutapa (&#171; Le Grand Maraudeur &#187;), connu sous le nom de Monomotapa, qui va prosp&#233;rer jusqu'en 1629 alors qu'une autre dynastie, les Torwa, s'&#233;tablit &#224; Khami. Le royaume shona des Torwa &#233;mergea vers 1480 et fut consid&#233;r&#233; comme le successeur direct du &#171; Grand Zimbabwe &#187;. Il prosp&#233;ra gr&#226;ce au commerce du b&#233;tail et de l'or. Le nouvel empire Rozvi surgit ainsi sur les d&#233;combres du royaume des Torwa, repr&#233;sentant pr&#232;s de la moiti&#233; du Zimbabwe actuel. Celui-ci va s'effondrer &#224; son tour au milieu du XIXe si&#232;cle, victime indirecte des guerres zoulous men&#233;es au Natal et dans le futur Transvaal. En 1823, Mzilikazi, chef du clan Xumalo et lieutenant du roi zoulou Shaka entre en r&#233;bellion contre son monarque. Condamn&#233; &#224; une mort certaine, il parvint &#224; fuir le Zoulouland avec sa tribu. Refoul&#233; de Zambie par la nation Kololo, il finit par s'&#233;tablir d&#233;finitivement dans le sud-ouest de l'actuel Zimbabwe vers 1840. C'est pr&#232;s des collines &#171; Amatobos &#187; (&#171; les cr&#226;nes chauves &#187;) qu'il installe sa capitale, Inyati.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empire ou royaume Kongo est marqu&#233; lui aussi par la multiplicit&#233; des villes commerciales : Mpangala, Mazinga, Ngoyo, Mpemba, Lwangu, Nsundi, Mbinda, Mbembe, Mbamba, Mpangu. Il se d&#233;veloppa du VIIe au XVe si&#232;cles. Empire Kongo &#233;tait un &#201;tat tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, avec un large r&#233;seau commercial. &#192; part les ressources naturelles et l'ivoire, le pays fondait et commer&#231;ait le cuivre, l'or, les v&#234;tements de raffia, et la poterie, disposait d'une monnaie et de finances publiques.Sa chute provient du fait qu'il se mit sous la coupe du commerce des esclaves organis&#233; par le Portugal et d'autres pays europ&#233;ens. Au XVII&#232;me si&#232;cle, les Portugais et les Anglais nommaient m&#234;me les rois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout,dans toute l'Afrique, les Etats se donnent des justifications mystiques, religieuse et mythique, mais leur v&#233;ritable fondement est d'abord li&#233; au d&#233;veloppement &#233;conomique, &#224; celui du grand commerce et aux in&#233;galit&#233;s sociales qu'ils ont engendr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11014 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L262xH205/egypt_archi_pyr_meidum-2f094-565fa.gif?1780121376' width='262' height='205' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.arte.tv/fr/Les-reines-noires---Meroe--l-empire-africain-au-bord-du-Nil/1084452.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;ro&#233;-Nubie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=dNI5Lg_ODHE&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nubie-Soudan, le film en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ankhonline.com/nubie_egypte/nubie_egypte_contexte_negro_africain.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Nubie, royaume n&#233;gro-africain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/momie%2Bnoire/video/x4pdoh_le-mystere-de-la-momie-noire-1-sur_tech&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Africains momifi&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Nubie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nubie (Histoire)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.truveo.com/Histoire-des-noirs-M%C3%A9ro%C3%A9-civilisation/id/4096900235&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;ro&#233; royaume nubien, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cit&#233;, situ&#233;e en aval de la sixi&#232;me cataracte du Nil en Nubie, &#224; l'Est de Koush, donne son nom &#224; une brillante civilisation qui se d&#233;veloppe depuis la premi&#232;re cataracte jusqu'au confluent des deux Nils et sans doute plus au sud, entre le Ve et IIIe si&#232;cles de notre &#232;re. Influenc&#233;e par ses voisins, surtout l'&#201;gypte lagide des Ptol&#233;m&#233;es puis romaine, mais aussi le Proche-Orient et la Perse, elle conna&#238;t un &#226;ge d'or au Ier si&#232;cle av. J.-C..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cit&#233; fut d&#233;couverte par l'explorateur fran&#231;ais Fr&#233;d&#233;ric Cailliaud en 1822.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de M&#233;ro&#233; est tr&#232;s &#233;tendu et les fouilles n'ont qu'&#224; peine effleur&#233; les vestiges. De nombreux sanctuaires ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur de la ville et environ deux cent pyramides sont recens&#233;es dans les trois n&#233;cropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin vers l'est, fermant cette immense plaine, les pyramides royales, construites au sommet de deux petites collines, &#233;taient encore quasi intactes avant qu'en 1834, Giuseppe Ferlini, un aventurier italien, m&#233;decin militaire au service de l'arm&#233;e de Mohamed Ali, ne d&#233;couvre un tr&#233;sor dans la s&#233;pulture de la reine Amanishakh&#233;to en se servant des dessins et plans de Cailliaud. Pour y parvenir, Ferlini ordonna le d&#233;mant&#232;lement de la pyramide, la transformant en un amas de pierre. Les bijoux de la reine sont actuellement expos&#233;s &#224; Munich et &#224; Berlin (&#196;gyptisches Museum). Toutes les tombes furent ensuite syst&#233;matiquement pill&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pyramides de M&#233;ro&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rois et reines qui se succ&#232;dent, ne sont souvent pour nous qu'un nom sur une table d'offrandes fun&#233;raires ou le d&#233;cor d'une pyramide. La connaissance du M&#233;ro&#239;tique restant parcellaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs femmes acc&#232;dent au pouvoir sous le titre de candace. En -33, la candace Amanishakh&#233;to refuse de se soumettre aux Romains. Le royaume vit encore deux cents ans, avant de s'&#233;teindre pour des raisons encore mal connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 350, Ezana, le roi d'Axoum, affirme sur deux st&#232;les qu'il a combattu victorieusement les Noba (Nubiens), traversant l'ancien territoire des Kasou (Koushites). On en a conclu qu'&#224; cette &#233;poque, le royaume de M&#233;ro&#233; avait succomb&#233; sous les coups des &#201;thiopiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=7b3YK8QMJdg&amp;feature=related&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les empires de l'or, le film en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=EJxM2qDqaVg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ethiopie antique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe assez peu de donn&#233;es sur l'&#201;thiopie sous l'antiquit&#233; qui semble avoir fait partie du pays de Pount (-3000 - -1000). Le royaume D'mt (VIIIe - IXe si&#232;cle av. J.-C.) est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; comme la premi&#232;re forme organis&#233;e d'un &#201;tat &#233;thiopien auquel succ&#232;dera le premier empire important ayant r&#233;gn&#233; sur le territoire &#233;thiopien : le royaume d'Aksoum (Ier si&#232;cle av. J.-C. - Xe si&#232;cle) qui couvrait une partie de l'&#201;thiopie (nord) ainsi que de l'&#201;rythr&#233;e actuelles. C'est alors le premier grand &#201;tat connu d'Afrique, form&#233; d'une population cosmopolite venant d'Arabie du Sud mais aussi de juifs et de grecs. Ce royaume commen&#231;a &#224; d&#233;cliner au VIIe si&#232;cle, pour des raisons relativement obscures, sans doute li&#233;es &#224; l'expansion de l'Islam qui coupera l'empire du reste du monde chr&#233;tien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 990, l'Empire d'&#201;thiopie va alors remplacer le royaume axoumite et une renaissance d&#233;bute vers le XIIe si&#232;cle sous la dynastie Zagou&#233; qui sera renvers&#233;e en 1270 par Yekouno Amlak. L'arriv&#233;e au pouvoir de ce dernier, pr&#233;tendu descendant de M&#233;n&#233;lik Ier (premier Roi d'&#201;thiopie au Xe si&#232;cle av. J.-C.), marque l'av&#232;nement de la dynastie salomonide qui r&#233;gna jusqu'en 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mediterranee-antique.info/Divers/Menart/T1/VPA_107.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Civilisation ancienne d'Ethiopie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11015 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH455/ethiopie09-6cffe-6d2ed.jpg?1780121376' width='300' height='455' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ethiopie antique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es 1970-1980</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article1661</link>
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		<dc:date>2010-09-28T06:51:25Z</dc:date>
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		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Ethiopie</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du sud South Korea</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire ici - Read here&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot179" rel="tag"&gt;Ethiopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot180" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du sud South Korea&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici - Read here&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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