<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.matierevolution.org/spip.php?id_mot=192&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1777604414</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1934 en France ou comment la classe ouvri&#232;re peut donner un coup d'arr&#234;t &#224; la mont&#233;e fasciste</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8605</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8605</guid>
		<dc:date>2025-09-02T22:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1934 en France ou comment la classe ouvri&#232;re peut donner un coup d'arr&#234;t &#224; la mont&#233;e fasciste &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation en Europe en 1934 caract&#233;ris&#233;e par Trotsky : bonapartisme et fascisme &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky : &lt;br class='autobr' /&gt;
A toutes les organisations ouvri&#232;res, nous offrons un programme concret d'action sur la base du Front unique prol&#233;tarien. Nous posons au centre des t&#226;ches d'aujourd'hui L'AUTO-DEFENSE ACTIVE DU PROLETARIAT. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1934 en France ou comment la classe ouvri&#232;re peut donner un coup d'arr&#234;t &#224; la mont&#233;e fasciste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation en Europe en 1934 caract&#233;ris&#233;e par Trotsky : bonapartisme et fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toutes les organisations ouvri&#232;res, nous offrons un programme concret d'action sur la base du Front unique prol&#233;tarien. Nous posons au centre des t&#226;ches d'aujourd'hui L'AUTO-DEFENSE ACTIVE DU PROLETARIAT. La force contre la force ! La milice ouvri&#232;re est la seule arme pour lutter contre les bandes fascistes auxquelles la &#8211; police officielle viendra in&#233;vitablement en aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la milice ouvri&#232;re n'est pas faite pour les parades et les repr&#233;sentations de th&#233;&#226;tre du type Amsterdam ou Pleyel, mais pour une lutte impitoyable. La milice ouvri&#232;re est le poing arm&#233; du prol&#233;tariat. Pour un &#339;il, les deux yeux. Mener la guerre jusqu'&#224; &#233;puisement et jusqu'&#224; l'extermination. Ne pas permettre &#224; l'ennemi fasciste de lever la t&#234;te. Le talonner jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, un d&#233;but d'organisation du Front unique entre les partis et les syndicats ouvriers permettra, gr&#226;ce &#224; l'initiative prol&#233;tarienne, de s'engager dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier en France a &#233;t&#233; un avertissement impressionnant, mais rien de plus. Ayant senti le danger, l'ennemi a doubl&#233;, tripl&#233;, d&#233;cupl&#233; ses efforts. Maintenir leurs positions et en conqu&#233;rir de nouvelles, les ouvriers de France, comme ceux du monde entier, ne pourront y parvenir que par des combats h&#233;ro&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense r&#233;volutionnaire doit devenir la grande &#233;cole de l'offensive. Les ouvriers de France ont montr&#233; que br&#251;le encore dans leur sang la flamme des r&#233;volutions que couronna la Commune de Paris. Mais il ne suffit pas d'&#234;tre seulement pr&#234;ts &#224; se battre, comme le montre l'exemple de l'Autriche. Il faut de la technique, il faut de l'organisation, il faut un plan, il faut un &#233;tat-major !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier, le jour de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et des manifestations monstres, les ouvriers de France ont impos&#233; pour 24 heures le Front unique aux deux appareils bureaucratiques. Mais ce fut de l'improvisation et, pour vaincre, il faut de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil naturel du Front unique dans les jours de combat, c'est la repr&#233;sentation prol&#233;tarienne, les d&#233;put&#233;s des usines et des ateliers, des quartiers ouvriers et des syndicats : les soviets. Avant de devenir les organes du pouvoir, les soviets sont les appareils r&#233;volutionnaires du Front unique. Dans les soviets honn&#234;tement &#233;lus, la minorit&#233; se soumet &#224; la majorit&#233;. C'est dans ce sens que conduit la logique imp&#233;rieuse de la lutte. C'est dans ce sens qu'il faut diriger consciemment les efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ar&#232;ne de l'histoire, c'est maintenant le tour de la France prol&#233;tarienne. En France se d&#233;cide de nouveau le sort, non seulement de la France, mais aussi de l'Europe, et, en fin de compte, du monde entier . Si le fascisme r&#233;ussissait &#224; abattre le prol&#233;tariat fran&#231;ais, toute l'Europe se teindrait en noir. Et, au contraire, la victoire du prol&#233;tariat fran&#231;ais, dans les conditions actuelles, laisserait loin derri&#232;re elle, par son importance historique, m&#234;me la victoire d'Octobre remport&#233;e par le prol&#233;tariat en Russie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/03/lt19340300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/03/lt19340300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; va la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ligue communiste (trotskyste) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme et la guerre menacent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirig&#233;e par la grande bourgeoisie, la France sombre dans la d&#233;composition du monde capitaliste. Dans les couches dirigeantes de la soci&#233;t&#233;, dans toutes les institutions du r&#233;gime, les scandales pullulent, la corruption des riches s'&#233;tale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les ouvriers, c'est le ch&#244;mage grandissant ; pour les petits paysans, c'est la ruine ; pour tous les exploit&#233;s, c'est la mis&#232;re accrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme agonisant a fait faillite. Et pour essayer d'&#233;chapper &#224; cette banqueroute historique, les classes dirigeantes n'ont qu'un plan : encore plus de mis&#232;re pour les masses laborieuses ! Suppression de toutes les r&#233;formes, m&#234;me les plus minimes ! Suppression du r&#233;gime d&#233;mocratique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le talon de fer du fascisme devient dans le monde entier l'argument supr&#234;me du capitalisme aux abois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Imp&#233;rialisme frapp&#233; &#224; mort par la r&#233;volution russe d'octobre 1917, est parvenu &#224; maintenir sa domination sur l'humanit&#233; par suite de l'&#233;chec des partis prol&#233;tariens dans les diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'apr&#232;s guerre : trahison g&#233;n&#233;rale de la social d&#233;mocratie, et d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'I.C. cons&#233;cutive &#224; ces d&#233;faites. L'&#233;chec de la r&#233;volution allemande en 1923, de la r&#233;volution chinoise en 1927, du prol&#233;tariat allemand et autrichien en 1933 et 34 marquent les moments d&#233;cisifs o&#249; le capitalisme est parvenu &#224; se maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces victoires pr&#233;caires, obtenues sans qu'en Russie Sovi&#233;tique les anciennes classes dirigeantes aient pu se r&#233;tablir, n'ont fait elles-m&#234;mes qu'exasp&#233;rer la crise universelle. Plus violemment et anarchiquement crue jamais les exigences des monopoles sur le march&#233; mondial se heurtent aux limites nationales et au principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant des revers du prol&#233;tariat dans sa marche r&#233;volutionnaire vers le socialisme, la bourgeoisie mondiale utilise une derni&#232;re arme, le fascisme, au moyen duquel elle fait un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; pour &#233;carter de sa route la classe ouvri&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation internationale qui pousse la bourgeoisie fran&#231;aise vers le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fascisme lui m&#234;me n'est pas encore le dernier mot du capitalisme en d&#233;composition. Lorsqu'il a battu son ennemi &#224; l'int&#233;rieur, chaque imp&#233;rialisme veut s'&#233;tendre &#224; l'ext&#233;rieur. Telle est la source d'une nouvelle guerre mondiale . Cinquante millions d'hommes ont p&#233;ri dans les atroces souffrances de la derni&#232;re guerre et de ses suites. C'est par centaines de millions que les travailleurs de l'humanit&#233; enti&#232;re se verraient massacrer dans une prochaine guerre. La France, dont la population est stagnante, y &#233;chapperait moins que tout autre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces plans criminels de la bourgeoisie, les travailleurs doivent s'opposer de toutes leurs forces !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1934/prog34.htm#N10904&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1934/prog34.htm#N10904&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Union Communiste de Barta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI LES OUVRIERS ONT-ILS FAIT LA GREVE GENERALE DU 12 FEVRIER 1934 ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous reproduisons une affiche publi&#233;e le 11 f&#233;vrier 1934 par l'union d&#233;partementale des syndicats du Haut-Rhin, le P.S. et le P.C. (&#224; l'&#233;poque S.F.I.C.), et qui rappellera aux ouvriers la signification de leur mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GREVE GENERALE&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action se lance au choc d&#233;cisif contre la classe ouvri&#232;re. Les amis et les protecteurs des Staviski et autres voleurs, les Chiappe et Tardieu, royalistes, fascistes de toutes sortes, fils d'une bourgeoisie engraiss&#233;e de la peine des ouvriers, veulent r&#233;tablir le r&#233;gime de la dictature, de la poigne, pour an&#233;antir avec la d&#233;mocratie et la r&#233;publique toutes les libert&#233;s p&#233;niblement arrach&#233;es par la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour d&#233;tourner l'attention de sa responsabilit&#233; dans la crise, le ch&#244;mage et la mis&#232;re g&#233;n&#233;rale, la f&#233;odalit&#233; des banques et de l'industrie excite les masses contre le r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est sur le point d'&#233;tablir un Directoire compos&#233; d'une poign&#233;e de politiciens et g&#233;n&#233;raux aveugl&#233;ment soumis aux banques et au capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les traitements et salaires de tous les travailleurs seront encore r&#233;duits et des lois d'exception &#233;toufferont dans l'oeuf toute r&#233;sistance. La dictature fasciste veut sauver une soci&#233;t&#233; capitaliste compl&#232;tement pourrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le peuple fran&#231;ais ne veut pas de dictature &#224; la Hitler.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re saura d&#233;fendre les libert&#233;s publiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'ajoutera pas foi &#224; la campagne mensong&#232;re d'une presse &#224; la solde des capitalistes et des fascistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la meute d&#233;cha&#238;n&#233;e de la dictature doit s'opposer l'unanime refus de tous les travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re en a assez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assez de scandales, assez de ces fourberies et escroqueries qui ne seront pas arr&#234;t&#233;es par une dictature, mais simplement tenues secr&#232;tes. Assez de l'exploitation, du refus des poss&#233;dants de prendre les mesures r&#233;clam&#233;es par le peuple pour lutter contre le ch&#244;mage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les travailleurs, employ&#233;s et fonctionnaires doivent, par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures, donner un premier avertissement aux puissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cheminots, postiers, fonctionnaires, ouvriers et employ&#233;s des services publics, tramways, gaz, &#233;lectricit&#233;, employ&#233;s de banques, ouvriers des ateliers, usines et mines, vous cesserez le travail le 12 f&#233;vrier pour 24 heures !&lt;br class='autobr' /&gt;
Montrez au fascisme pr&#234;t &#224; prendre le pouvoir que vous vous opposerez &#224; sa domination, par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	3 f&#233;vrier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	le pr&#233;fet de police Jean Chiappe, soup&#231;onn&#233; de sympathie pour les ligues Monarchiste est destitu&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	manifestation antiparlementaires des ligues d'extr&#234;me droite (Croix-de-Feu, Action fran&#231;aise, Camelots du roi, Solidarit&#233; fran&#231;aise, Jeunesses patriotes).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	4 f&#233;vrier : les &#233;meutes fragilisent le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	6 f&#233;vrier : les ligues d'extr&#234;me droite appellent &#224; d&#233;filer. Les affrontements avec les forces de l'ordre pr&#232;s du Palais Bourbon font 16 morts et 2 300 bless&#233;s place de la Concorde (Paris).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	7 f&#233;vrier : chute du pr&#233;sident du Conseil &#201;douard Daladier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	9 f&#233;vrier : &lt;br class='autobr' /&gt; Gaston Doumergue nouveau pr&#233;sident du Conseil, forme un gouvernement d'union nationale. Il va mener une politique d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;pression. La politique souhait&#233;e par les ligues se met en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	12 f&#233;vrier : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et manifestations antifascistes. &#192; l'appel des syndicats et des partis de gauche, des manifestations unitaires contre le fascisme et pour la d&#233;fense de la r&#233;publique sont organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une tentative de coup d'&#201;tat fasciste en France, la classe ouvri&#232;re a fait front tr&#232;s rapidement, pr&#233;mices d'une r&#233;unification syndicale qui allait permettre la victoire du Front populaire deux ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 1934 le contexte politique est particuli&#232;rement tendu, tant en France qu'en Europe. La crise de 1929 a laiss&#233; des traces. Les dictatures se sont install&#233;es en Italie, au Portugal et en Allemagne. En URSS, Staline, d&#233;sormais ma&#238;tre du Kremlin, a organis&#233; la famine ukrainienne, faisant deux &#224; trois millions de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France la IIIe R&#233;publique est secou&#233;e par l'affaire Stavisky. Il s'agit d'une escroquerie de 200 millions de francs mont&#233;e avec le Cr&#233;dit municipal de Bayonne. Des politiciens locaux et nationaux sont impliqu&#233;s. La police d&#233;couvre le pot aux roses en d&#233;cembre 1933. L'escroc est un certain Serge Alexandre Stavisky (1886-1934), juif ukrainien. Bref, du pain b&#233;ni pour l'extr&#234;me droite fran&#231;aise antis&#233;mite et antir&#233;publicaine. Dans des circonstances fort &#233;tranges, l'homme sera d&#233;clar&#233; suicid&#233; &#224; Chamonix le 8 janvier 1934. Les doutes planent sur un acte d&#233;lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque les diff&#233;rents partis d'extr&#234;me droite peuvent compter sur 200.000 militants. Il y a l'Action Fran&#231;aise de Charles Maurras (1868-1952) et les Camelots du roi, deux groupes royalistes vomissant 1789. Il y a aussi les Jeunesses patriotes (proto-fasciste) et les Croix de feu du Colonel de la Rocque (1885-1946), issus des anciens combattants de 14-18, patriotes-r&#233;actionnaires. La plupart de ces hommes formeront l'ossature du r&#233;gime de Vichy et de sa milice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 f&#233;vrier 1934, les Ligues appellent &#224; manifester devant la Chambre des repr&#233;sentants (le parlement) avec l'id&#233;e d'y entrer. Ils sont plus de 30.000 &#224; crier &#171; &#224; bas les voleurs &#187;, &#171; mort &#224; la gueuse &#187; (la R&#233;publique), &#171; dehors les m&#233;t&#232;ques &#187;. Ils sont arm&#233;s de r&#233;volvers, mais aussi de cannes avec des lames de rasoirs pour couper les pattes des chevaux des gendarmes, ainsi que des billes de plomb. Le soir m&#234;me, le PCF, via l'ARAC (Association r&#233;publicaine des anciens combattants) appelle &#224; la contre-manifestation avec comme slogan : &#171; aux usines, aux chantiers, aux gares, manifestez contre les bandes fascistes &#187;. Bilan : 15 morts dont un policier et 655 bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-offensive ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radical Daladier, pr&#233;sident du conseil (ce qui &#233;quivaudrait aujourd'hui au poste de Premier ministre) depuis le 30 janvier, d&#233;missionne le lendemain. L&#233;on Blum, dirigeant de la SFIO, parle de &#171; manifestation fasciste et royaliste &#187; et dira : &#171; La R&#233;publique n'est pas une prostitu&#233;e qu'on ramasse dans le caniveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 f&#233;vrier, le PCF et la CGT-U appellent &#224; manifester, mais sans unit&#233; d'action. En effet, depuis plusieurs ann&#233;es, sur ordre de Moscou, les PC appliquent la politique de &#171; classe contre classe &#187;, attaquant autant les socialistes que la droite. Cette strat&#233;gie a grandement facilit&#233; l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir ! Mais en province plusieurs manifestations sont unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la CGT, elle appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 12 f&#233;vrier. Elle sera suivie par 4 millions de gr&#233;vistes. Du jamais vu en France. &#192; Paris, deux manifestations sont organis&#233;es, l'une par le PC/CGT-U et l'autre par la CGT et la SFIO. Elles doivent converger place de la Nation et sur le cours de Vincennes. L&#224; les militants se rejoignent aux cris d' &#171; Unit&#233;, unit&#233; &#187; et fusionnent. En effet, la scission n'a qu'une dizaine d'ann&#233;e (1920-1921) et &#224; la base, les militants sont parfois rest&#233;s proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#234;te de manif &#224; Paris une grande banderole : &#171; Nous faisons serment solennel de rester unis pour d&#233;sarmer et dissoudre les ligues factieuses. Pour d&#233;fendre et d&#233;velopper les libert&#233;s d&#233;mocratiques et pour assurer la paix humaine &#187;. Ce jour-l&#224; dans toute la France, ils seront plus d'un million &#224; battre le pav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Moscou, virage &#224; 180&#176;. Staline abandonne sa doctrine de &#171; classe contre classe &#187; pour appeler &#224; la cr&#233;ation de Fronts populaires r&#233;unissant communistes, socialistes, radicaux et autres centristes de gauche. Trois pays vont mettre en place ces Fronts populaires (France, Espagne, Gr&#232;ce), dont deux arriveront au pouvoir aux &#233;lections de 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau syndical, la r&#233;unification est d&#233;cid&#233;e en septembre 1935 et officialis&#233;e au congr&#232;s de Toulouse en mars 1936. Les Conf&#233;d&#233;r&#233;s disposent d'une majorit&#233; des deux-tiers, Jouhaux reste Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, avec quatre adjoints (les 4B : Belin, Bothereau, Bouyer, Buisson), face &#224; deux Unitaires (Frachon, Racamond).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois plus tard, le Front populaire gagne les &#233;lections. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier 1934 aura donc &#233;t&#233; d&#233;cisive dans le mouvement de mai-juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233; par les organisations r&#233;formistes politiques et syndicales, le mouvement prol&#233;tarien ne remettra pas en cause le pouvoir et n'emp&#234;chera pas la marche &#224; la guerre et au fascisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un exemple de lutte contre le fascisme en 1934&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/03/lt19340302.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/03/lt19340302.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#338;uvres de L&#233;on Trotsky en 1933</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7888</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7888</guid>
		<dc:date>2025-03-14T23:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#338;uvres de L&#233;on Trotsky en 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
La trag&#233;die du prol&#233;tariat allemand &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers allemands se rel&#232;veront, le stalinisme jamais ! &lt;br class='autobr' /&gt;
14 mars 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat le plus puissant d'Europe par son r&#244;le dans la production, son poids social et la force de ses organisations, n'a oppos&#233; aucune r&#233;sistance &#224; l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et aux premi&#232;res attaques violentes contre les organisations ouvri&#232;res. Tel est le fait dont il faut partir dans les calculs strat&#233;giques futurs. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'ann&#233;e 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#338;uvres de L&#233;on Trotsky en 1933&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die du prol&#233;tariat allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers allemands se rel&#232;veront, le stalinisme jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 mars 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat le plus puissant d'Europe par son r&#244;le dans la production, son poids social et la force de ses organisations, n'a oppos&#233; aucune r&#233;sistance &#224; l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et aux premi&#232;res attaques violentes contre les organisations ouvri&#232;res. Tel est le fait dont il faut partir dans les calculs strat&#233;giques futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une absurdit&#233; &#233;vidente que de penser que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'Allemagne suivrait la voie italienne : qu'Hitler consolidera pas &#224; pas sa domination, sans rencontrer de s&#233;rieuses r&#233;sistances ; que le fascisme allemand a devant lui de longues ann&#233;es de domination. Non, il faudra tirer le destin futur du national-socialisme de l'analyse de la situation allemande et internationale, et non de simples analogies historiques. Mais d&#232;s maintenant, une chose est claire : si d&#232;s septembre 1930 nous r&#233;clamions de l'Internationale communiste qu'elle fixe des objectifs &#224; court terme en Allemagne, maintenant il faut b&#226;tir une politique &#224; longue &#233;ch&#233;ance. Avant que des combats d&#233;cisifs soient possibles, l'avant-garde du prol&#233;tariat allemand devra s'orienter sur une nouvelle voie c'est-&#224;-dire comprendre clairement ce qui c'est pass&#233;, d&#233;finir sa responsabilit&#233; pour cette grande d&#233;faite historique, tracer de nouvelles voies et retrouver ainsi son assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le criminel de la social-d&#233;mocratie n'a pas besoin de commentaires : la cr&#233;ation de l'Internationale communiste il y a quatorze ans avait pr&#233;cis&#233;ment pour but d'arracher le prol&#233;tariat &#224; l'influence d&#233;moralisatrice de la social-d&#233;mocratie. Si cela n'a pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent, si le prol&#233;tariat allemand s'est r&#233;v&#233;l&#233;, lors d'une tr&#232;s grande &#233;preuve historique, impuissant, d&#233;sarm&#233;, paralys&#233;, la faute directe et imm&#233;diate en incombe &#224; la direction post-l&#233;ninienne de l'Internationale communiste. C'est la premi&#232;re conclusion qu'il est urgent de tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les coups perfides de la bureaucratie stalinienne, l'opposition de gauche a conserv&#233; jusqu'au bout sa fid&#233;lit&#233; au parti officiel. Les bolcheviks-l&#233;ninistes partagent aujourd'hui le sort de toutes les autres organisations communistes : nos cadres sont arr&#234;t&#233;s, nos publications interdites, notre litt&#233;rature confisqu&#233;e ; Hitler s'est m&#234;me empress&#233; de fermer le Bulletin de l'opposition, qui para&#238;t en russe. Mais si les bolcheviks-l&#233;ninistes subissent &#224; &#233;galit&#233; avec l'ensemble de l'avant-garde prol&#233;tarienne, toutes les cons&#233;quences de la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse du fascisme, par contre, ils ne peuvent ni ne veulent porter la moindre parcelle de responsabilit&#233; pour la politique officielle de l'Internationale communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1923, c'est-&#224;-dire depuis le d&#233;but de la lutte contre l'opposition de gauche, la direction stalinienne a aid&#233; de toutes ses forces, bien qu'indirectement, la social-d&#233;mocratie &#224; d&#233;sorienter, &#224; embrouiller et &#224; d&#233;courager le prol&#233;tariat allemand : elle retenait et freinait les ouvriers, alors que la situation exigeait une offensive r&#233;volutionnaire audacieuse ; elle proclamait l'approche d'une situation r&#233;volutionnaire, alors que celle-ci appartenait d&#233;j&#224; au pass&#233; ; elle passait des accords avec des phraseurs et des bavards de la petite bourgeoisie ; elle se mettait impuissamment &#224; la remorque de la social-d&#233;mocratie sous pr&#233;texte de mener la politique de front unique ; elle proclamait la &#034; troisi&#232;me p&#233;riode &#034; et la lutte pour la conqu&#234;te de la rue dans des conditions de reflux politique et de faiblesse du Parti communiste ; elle rempla&#231;ait la lutte s&#233;rieuse par des bonds, des aventures ou des parades ; elle isolait les communistes des syndicats de masse ; elle identifiait la social-d&#233;mocratie au fascisme et refusait le front unique avec les organisations ouvri&#232;res de masse, face aux attaques des bandes du national-socialisme ; elle sabotait toute initiative locale de front unique d&#233;fensif et, en m&#234;me temps, trompait syst&#233;matiquement les ouvriers en ce qui concerne le rapport de forces r&#233;el, d&#233;formait les faits, pr&#233;sentait les amis comme des ennemis, et les ennemis comme des amis, et serrait de plus en plus fortement le parti &#224; la gorge, ne lui permettant ni de respirer librement, ni de parler, ni de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tr&#232;s abondante litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; la question du fascisme, il suffit de se r&#233;f&#233;rer au discours du chef officiel du parti allemand, Thaelmann, qui, au pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en avril 1931, d&#233;masquait dans les termes suivants les &#034; pessimistes &#034;, c'est-&#224;-dire les gens qui savaient regarder l'avenir en face : &#034; nous ne nous sommes pas laiss&#233; &#233;garer par les paniquards... Nous avons &#233;tabli fermement et avec bon sens que le 14 septembre (1930) &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, le plus grand jour d'Hitler, et que les jours qui suivraient, seraient non pas meilleurs mais pires ; cette appr&#233;ciation que nous avons donn&#233;e du d&#233;veloppement de ce parti, est confirm&#233;e par les &#233;v&#233;nements... Aujourd'hui, les fascistes n'ont d&#233;j&#224; plus aucun motif de rire &#034;. Faisant allusion au fait que la social-d&#233;mocratie formait ses propres groupes de d&#233;fense, Thaelmann d&#233;montra dans ce discours que ces d&#233;tachements ne se distinguaient en rien des troupes de choc du national-socialisme, et qu'ils se pr&#233;paraient les uns comme les autres &#224; &#233;craser les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Thaelmann est arr&#234;t&#233;. Les bolcheviks-l&#233;ninistes se retrouvent avec Thaelmann sous les coups de la r&#233;action triomphante. Mais la politique de Thaelmann est la politique de Staline, c'est-&#224;-dire la politique officielle de l'Internationale communiste. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette politique qui est la cause de la compl&#232;te d&#233;moralisation du parti au moment du danger, quand les chefs perdent la t&#232;te, que les membres du parti qui ont perdu l'habitude de penser, tombent dans un &#233;tat de prostration et que les positions historiques les plus hautes sont rendues sans combat. Une th&#233;orie politique erron&#233;e porte en elle-m&#234;me son ch&#226;timent. La force et l'ent&#234;tement de l'appareil ne font qu'augmenter l'ampleur de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant rendu &#224; l'ennemi tout ce qu'il &#233;tait possible de rendre en un aussi court laps de temps, les staliniens essaient de corriger ce qui s'est pass&#233;, par des actions d&#233;sordonn&#233;es qui ne font que jeter une lumi&#232;re plus crue sur toute la cha&#238;ne de leurs crimes. Aujourd'hui, alors que la presse du Parti communiste est &#233;touff&#233;e, l'appareil d&#233;truit, qu'au-dessus de la maison de Liebknecht flotte impun&#233;ment le chiffon sanglant du fascisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'engage sur la voie du front unique non seulement &#224; la base, mais aussi au sommet. Ce nouveau zigzag, plus abrupt que tous ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;, n'a pas &#233;t&#233; accompli cependant par le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste sous sa propre impulsion : la bureaucratie stalinienne en a laiss&#233; l'initiative &#224; la II&#176; Internationale. Elle a r&#233;ussi &#224; saisir dans ses mains l'instrument du front unique, dont elle avait mortellement peur jusqu'&#224; pr&#233;sent. Pour autant que l'on puisse parler d'avantages dans une situation de recul panique, ceux-ci sont enti&#232;rement du c&#244;t&#233; du r&#233;formisme. Oblig&#233;e de r&#233;pondre &#224; une question directe, la bureaucratie stalinienne choisit la pire des solutions : elle ne refuse pas l'accord des deux Internationales, mais elle ne l'accepte pas non plus ; elle joue &#224; cache-cache. Elle a &#224; tel point perdu confiance en soi, elle est &#224; tel point humili&#233;e, qu'elle n'ose d&#233;j&#224; plus affronter de face, devant le prol&#233;tariat mondial, les chefs de la II&#176; Internationale, ces agents patent&#233;s de la bourgeoisie, ces &#233;lecteurs de Hindenburg, qui ont fray&#233; la voie au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste (&#034; Aux ouvriers de tous les pays &#034;) du 5 mars, les staliniens ne parlent pas du &#034; social-fascisme &#034;, comme de l'ennemi principal. Ils ne rappellent pas non plus la grande trouvaille de leur chef : &#034; la social-d&#233;mocratie et le fascisme ne sont pas des antipodes, mais des jumeaux &#034;. Ils n'affirment plus que la lutte contre le fascisme exige l'&#233;crasement pr&#233;alable de la social-d&#233;mocratie. Ils ne soufflent mot de l'impossibilit&#233; du front unique par en haut. Au contraire, ils &#233;num&#232;rent scrupuleusement les cas o&#249;, dans le pass&#233;, la bureaucratie stalinienne, de mani&#232;re inattendue pour les ouvriers et pour elle-m&#234;me, s'est trouv&#233;e dans l'obligation de proposer, en passant, &#224; l'improviste, le front unique aux dirigeants r&#233;formistes. C'est ainsi que sous la rafale de la temp&#234;te historique, s'&#233;parpillent les th&#233;ories artificielles et fausses, dignes de charlatans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;f&#233;rant aux &#034; conditions originales de chaque pays &#034; et &#224; l'impossibilit&#233; qui, soi-disant, en d&#233;coule, d'organiser le front unique &#224; l'&#233;chelle internationale (on oublie d'un seul coup toute la lutte contre &#034; l'exceptionnalisme &#034;, c'est-&#224;-dire la th&#233;orie des droitiers sur les particularit&#233;s nationales !), la bureaucratie stalinienne recommande aux Partis communistes nationaux d'adresser une proposition de front unique aux &#034; Comit&#233;s Centraux des Partis sociaux-d&#233;mocrates &#034;. Hier encore, on appelait cela capituler devant le social-fascisme ! C'est ainsi que passent sous la table, dans la corbeille &#224; papiers, les plus hautes le&#231;ons du stalinisme de ces quatre derni&#232;res ann&#233;es, et que tombe en poussi&#232;re tout un syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire ne s'arr&#234;te pas l&#224; : venant juste apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;laborer des conditions de front unique dans l'ar&#232;ne internationale, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste l'oublie aussit&#244;t et, vingt lignes plus loin, formulent les conditions dans lesquelles le front unique est acceptable et admissible dans tous les pays, quelles que soient les diff&#233;rences des conditions nationales. Le recul devant le fascisme s'accompagne d'un recul panique devant les commandements th&#233;oriques du stalinisme. Des &#233;clats et des d&#233;bris d'id&#233;es et de principes sont jet&#233;s sur la route comme du lest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de front unique, mises en avant par l'Internationale communiste pour tous les pays (Comit&#233;s d'action contre le fascisme, manifestations et gr&#232;ves contre l'abaissement des salaires) n'apportent rien de nouveau, au contraire, elles sont la reproduction sch&#233;matis&#233;e, bureaucratis&#233;e des mots d'ordre que l'opposition de gauche avait formul&#233;s de mani&#232;re beaucoup plus pr&#233;cise et concr&#232;te il y a deux ans et demi, et qui lui avait valu d'&#234;tre rang&#233;e dans le camp du social-fascisme. Un front unique sur ces bases pourrait donner en Allemagne des r&#233;sultats d&#233;cisifs ; mais, pour cela, il devrait &#234;tre r&#233;alis&#233; &#224; temps. Le temps est le facteur le plus important en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la valeur pratique des propositions du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste actuellement ? Pour l'Allemagne, elle est r&#233;duite au minimum. La politique de front unique suppose un &#034; front &#034;, c'est-&#224;-dire des positions fermes et une direction centralis&#233;e. L'opposition de gauche a avanc&#233; dans le pass&#233; les conditions du front unique, en tant que conditions de d&#233;fense active, avec la perspective d'un passage &#224; l'offensive. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand en est arriv&#233; au stade de la retraite d&#233;sordonn&#233;e, qui ne comporte m&#234;me pas de combats d'arri&#232;re-garde. Dans ces circonstances, .peuvent et vont se former des unions spontan&#233;es entre ouvriers communistes et sociaux-d&#233;mocrates pour des t&#226;ches isol&#233;es et &#233;pisodiques, mais la r&#233;alisation syst&#233;matique du front unique est remise in&#233;vitablement &#224; un avenir ind&#233;fini. Il ne faut d&#233;j&#224; plus se faire d'illusions &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an et demi, nous d&#233;clarions que la cl&#233; de la situation se trouvait dans les mains du Parti communiste allemand. Aujourd'hui, la bureaucratie stalinienne a laiss&#233; &#233;chapper cette cl&#233;. Il faudra des &#233;v&#233;nements importants, &#233;chappant &#224; la volont&#233; du parti pour donner la possibilit&#233; aux ouvriers de faire une halte, de se raffermir, de reformer leurs rangs et de passer &#224; une d&#233;fense active. Quand viendra pr&#233;cis&#233;ment ce moment, nous ne le savons pas. Peut-&#234;tre beaucoup plus vite que ne l'escompte la contre-r&#233;volution triomphante. Mais en tout cas, ce ne sont pas ceux qui ont compos&#233; le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, qui dirigeront la politique de front unique en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la position centrale a &#233;t&#233; abandonn&#233;e &#224; l'ennemi, il faut se renforcer aux abords, il faut pr&#233;parer des points d'appui pour une future attaque concentrique. Cette pr&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur de l'Allemagne implique qu'on fasse une analyse critique du pass&#233;, qu'on entretienne le moral des combattants d'avant-garde et leur coh&#233;sion, et que l'on organise l&#224; o&#249; c'est possible, les combattants d'arri&#232;re-garde, dans l'attente du moment o&#249; les d&#233;tachements isol&#233;s pourront se r&#233;unir en une grande arm&#233;e. Cette pr&#233;paration implique, en m&#234;me temps, la d&#233;fense des positions prol&#233;tariennes dans les pays &#233;troitement li&#233;s &#224; l'Allemagne, ou qui sont ses voisins imm&#233;diats : en Autriche, en Tch&#233;coslovaquie, en Pologne, dans les Pays baltes, en Scandinavie, en Belgique, en Hollande, en France et en Suisse. Il faut entourer l'Allemagne fasciste d'un anneau puissant de positions prol&#233;tariennes. Sans cesser une seule minute de tenter d'arr&#234;ter la retraite d&#233;sordonn&#233;e des ouvriers allemands, il faut maintenant cr&#233;er pour la lutte contre le fascisme des positions prol&#233;tariennes fortes autour des fronti&#232;res de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu vient l'Autriche qui est la plus directement menac&#233;e par le coup d'Etat fasciste. On peut dire avec certitude que, si le prol&#233;tariat autrichien s'emparait aujourd'hui du pouvoir et transformait son pays en une place d'armes r&#233;volutionnaire, l'Autriche deviendrait pour la r&#233;volution du prol&#233;tariat allemand, ce qu'&#233;tait le Pi&#233;mont pour la r&#233;volution de la bourgeoisie italienne. Il est impossible de pr&#233;voir jusqu'o&#249; ira sur cette voie le prol&#233;tariat autrichien, pouss&#233; en avant par les &#233;v&#233;nements mais paralys&#233; par la bureaucratie r&#233;formiste. La t&#226;che du communisme est d'aider les &#233;v&#233;nements contre l'austro-marxisme. Le moyen en est la politique de front unique. Les conditions que le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'internationale communiste r&#233;p&#232;te avec tant de retard apr&#232;s l'opposition de gauche, conservent ainsi toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de front unique, cependant, pr&#233;sente non seulement des avantages mais aussi des dangers. Elle donne facilement naissance &#224; des combinaisons des dirigeants derri&#232;re le dos des masses, &#224; une adaptation passive &#224; l'alli&#233; et &#224; des oscillations opportunistes. On ne peut pr&#233;venir ces dangers qu'en se donnant deux garanties expresses : maintien de la libert&#233; totale de critique en ce qui concerne l'alli&#233; et r&#233;tablissement de la libert&#233; totale de critique &#224; l'int&#233;rieur de son propre parti. Le refus de critiquer ses alli&#233;s conduit directement et imm&#233;diatement &#224; la capitulation devant le r&#233;formisme. La politique de front unique sans d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du parti, c'est-&#224;-dire sans le contr&#244;le du parti sur l'appareil, laisse les mains libres aux chefs pour des exp&#233;riences opportunistes, compl&#233;ment in&#233;vitable des exp&#233;riences aventuristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment agit dans ce cas le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ? Des dizaines de fois, l'opposition de gauche a pr&#233;dit que, sous le coup des &#233;v&#233;nements, les staliniens seraient oblig&#233;s d'abandonner leur ultra-gauchisme, et que, une fois sur la voie du front unique, ils commettraient toutes les trahisons opportunistes qu'ils nous attribuaient la veille. Cette pr&#233;diction s'est r&#233;alis&#233;e, cette fois encore, mot pour mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fait un saut p&#233;rilleux pour se retrouver sur les positions du front unique, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste foule aux pieds les garanties fondamentales qui, seules, peuvent assurer un contenu r&#233;volutionnaire &#224; la politique de front unique. Les staliniens prennent acte et font leur la demande hypocrite et diplomatique des r&#233;formistes, concernant la soi-disant &#034; non-agression mutuelle &#034;. Reniant toutes les traditions du marxisme et du bolchevisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste recommande aux Partis communistes, en cas de r&#233;alisation du front unique, de &#034; renoncer aux attaques contre les organisations sociales-d&#233;mocrates, pendant la lutte commune &#034;. C'est ainsi formul&#233; ! Renoncer &#034; aux attaques (!) contre la social-d&#233;mocratie &#034; (quelle formule honteuse !) implique que l'on renonce &#224; la libert&#233; de critique politique, c'est-&#224;-dire &#224; la fonction fondamentale du parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capitulation est provoqu&#233;e non par une n&#233;cessit&#233; pratique, mais par la panique. Les r&#233;formistes viennent et viendront &#224; un accord dans la mesure o&#249; la pression des &#233;v&#233;nements, conjugu&#233;e &#224; celle des masses, les y oblige. L'exigence de &#034; non-agression &#034; est un chantage, c'est-&#224;-dire une tentative de la part des chefs r&#233;formistes d'obtenir un avantage suppl&#233;mentaire. Se soumettre au chantage signifie construire le front unique sur des bases pourries, et donner la possibilit&#233; aux combinards r&#233;formistes de le faire &#233;clater sous n'importe quel pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique en g&#233;n&#233;ral, et encore plus dans les conditions du front unique, doit, &#233;videmment, correspondre aux rapports r&#233;els et ne pas d&#233;passer certaines limites. Il faut rejeter l'absurdit&#233; du &#034; social-fascisme &#034; : ce n'est pas une concession &#224; la social-d&#233;mocratie mais au marxisme. Il ne faut pas critiquer l'alli&#233; pour ses trahisons en 1918, mais pour son mauvais travail en 1933. La critique, &#224; l'image de la vie politique elle-m&#234;me dont elle est la voix, ne saurait s'arr&#234;ter m&#234;me une heure. Si les r&#233;v&#233;lations communistes correspondent &#224; la r&#233;alit&#233;, elles servent les objectifs du front unique, poussent en avant l'alli&#233; temporaire et, ce qui est encore plus important, donnent une &#233;ducation r&#233;volutionnaire au prol&#233;tariat dans son ensemble. Le premier degr&#233; de la politique honteuse et criminelle, que Staline imposa aux communistes chinois par rapport au Kuomintang, fut pr&#233;cis&#233;ment marqu&#233;e par le renoncement &#224; cette obligation fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire n'est pas meilleure en ce qui concerne la deuxi&#232;me garantie. Renon&#231;ant &#224; critiquer la social-d&#233;mocratie, l'appareil stalinien ne pense m&#234;me pas &#224; rendre le droit de critique aux membres de son propre parti. Le tournant lui-m&#234;me est accompli comme &#224; l'habitude, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation bureaucratique. Aucun congr&#232;s national, aucun congr&#232;s international ni m&#234;me de pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, aucune pr&#233;paration dans la presse du parti, aucune analyse des &#233;v&#233;nements politiques pass&#233;s. Et ce n'est pas &#233;tonnant : d&#232;s le d&#233;but de la discussion dans le parti, tout ouvrier qui r&#233;fl&#233;chit, poserait aux gens de l'appareil, la question : pourquoi les bolcheviks-l&#233;ninistes ont-ils &#233;t&#233; exclus de toutes les sections, pourquoi sont-ils arr&#234;t&#233;s, d&#233;port&#233;s et fusill&#233;s en URSS ? Est-ce donc seulement parce qu'ils creusent plus profond&#233;ment et qu'ils voient plus loin ? La bureaucratie stalinienne ne peut admettre cette conclusion. Elle est capable de n'importe quel bond et tournant, elle ne peut ni n'ose accepter une confrontation loyale avec les bolcheviks-l&#233;ninistes devant les ouvriers. Ainsi, dans la lutte pour sa conservation, l'appareil d&#233;pr&#233;cie son nouveau tournant, en ruinant &#224; l'avance son cr&#233;dit non seulement aupr&#232;s des sociaux-d&#233;mocrates, mais aussi aupr&#232;s des ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication du manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'accompagne encore d'une circonstance, qui est un peu &#224; c&#244;t&#233; de la question d&#233;battue, mais qui jette une vive lumi&#232;re sur la situation actuelle de l'Internationale communiste et sur l'attitude du groupe dirigeant stalinien &#224; son &#233;gard. Le manifeste est imprim&#233; dans la Pravda du 6 mars, non comme un appel direct et ouvert au nom du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste qui se trouve &#224; Moscou, comme cela s'est toujours fait, mais il est pr&#233;sent&#233; comme la traduction d'un document de l'Humanit&#233;, transmis par l'Agence Tass de Paris. Quelle ruse insens&#233;e et humiliante ! Apr&#232;s tous les succ&#232;s, apr&#232;s la r&#233;alisation du premier plan quinquennal, apr&#232;s la &#034; liquidation des classes &#034;, apr&#232;s &#034; l'entr&#233;e dans le socialisme &#034;, la bureaucratie stalinienne n'ose pas imprimer sous son propre nom, le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ! Voil&#224; sa v&#233;ritable attitude envers l'Internationale communiste, voil&#224; comment elle se sent r&#233;ellement dans l'ar&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste n'est pas la seule r&#233;ponse &#224; l'initiative de la II&#176; Internationale. Par le biais d'organisations servant de paravent : l'opposition syndicale rouge (RGO), allemande et polonaise, l'Antifa et la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail italienne, l'Internationale communiste convoque pour le mois d'avril &#034; un congr&#232;s paneurop&#233;en, ouvrier et antifasciste &#034;. La liste des invit&#233;s est, comme il convient, confuse et vaste : les &#034; entreprises &#034; (c'est ainsi formul&#233; : les &#034; entreprises &#034;, bien que les communistes soient &#233;vinc&#233;s de presque toutes les entreprises du monde, gr&#226;ce aux efforts de Staline-Lozovsky), les organisations ouvri&#232;res locales, r&#233;volutionnaires, r&#233;formistes, catholiques et sans parti, les organisations sportives, antifascistes et paysannes. Bien plus : &#034; Nous voulons inviter toutes les personnes isol&#233;es qui se battent effectivement (!) pour la cause des travailleurs.&#034; Ayant ruin&#233; pour longtemps la cause des masses, les strat&#232;ges font appel aux &#034; personnes isol&#233;es &#034;, ces justes qui n'ont pas trouv&#233; place dans les masses, mais qui, n&#233;anmoins, &#034; se battent effectivement pour la cause des travailleurs &#034;. Barbusse et le g&#233;n&#233;ral Sch&#246;naich seront &#224; nouveau mobilis&#233;s pour sauver l'Europe d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons devant nous le livret tout pr&#234;t de l'une de ces repr&#233;sentations de charlatans, dont les staliniens se servent habituellement pour masquer leur impuissance. Qu'a fait le bloc d'Amsterdam des centristes et des pacifistes dans la lutte contre l'attaque des brigands japonais contre la Chine ? Rien. Par respect pour la &#034; neutralit&#233; &#034; stalinienne, les pacifistes ne firent m&#234;me pas para&#238;tre un manifeste de protestation. Aujourd'hui, on pr&#233;pare une r&#233;&#233;dition du congr&#232;s d'Amsterdam, non contre la guerre, mais contre le fascisme. Que fera le bloc antifasciste des &#034; entreprises &#034; absentes et des &#034; isol&#233;s &#034; impuissants. Rien. On sortira un manifeste creux, si, cette fois-ci, on arrive jusqu'au congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant pour les &#034; personnes isol&#233;es &#034; a deux extr&#233;mit&#233;s : opportuniste et aventuriste. Les socialistes r&#233;volutionnaires russes, dans le pass&#233;, tendaient la main droite aux lib&#233;raux et tenaient une bombe de la main gauche. L'exp&#233;rience des dix derni&#232;res ann&#233;es prouve qu'apr&#232;s chaque grande d&#233;faite, provoqu&#233;e ou, du moins, aggrav&#233;e par la politique de l'Internationale communiste, la bureaucratie stalinienne a invariablement essay&#233; de sauver sa r&#233;putation &#224; l'aide de quelque grandiose aventure (l'Esthonie, la Bulgarie, Canton). Ce danger n'est-il pas encore pr&#233;sent aujourd'hui ? En tout cas, nous consid&#233;rons comme notre devoir d'&#233;lever la voix pour une mise en garde. Les aventures qui ont pour but de se substituer &#224; l'action des masses paralys&#233;es, d&#233;sorganisent encore plus les masses et aggravent la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la situation mondiale actuelle, ainsi que les conditions de chaque pays pris s&#233;par&#233;ment, sont aussi mortelles pour la social-d&#233;mocratie que favorables au parti r&#233;volutionnaire. Mais la bureaucratie stalinienne a su transformer la crise du capitalisme et celle du r&#233;formisme en crise du communisme. Tel est le bilan de dix ans de direction incontr&#244;l&#233;e des &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve des tartuffes pour dire : l'opposition de gauche critique un parti tomb&#233; entre les mains du bourreau. Les canailles ajoutent : l'opposition aide le bourreau. En combinant un sentimentalisme hypocrite et un mensonge empoisonn&#233;, les staliniens essaient de cacher le Comit&#233; central derri&#232;re l'appareil, l'appareil derri&#232;re le parti, et d'&#233;luder la question des responsables de la catastrophe, de la strat&#233;gie erron&#233;e, du r&#233;gime d&#233;sastreux, de la direction criminelle : c'est cela aider les bourreaux d'aujourd'hui et de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bureaucratie stalinienne en Chine n'&#233;tait pas moins d&#233;sastreuse que la politique actuelle en Allemagne. Mais l&#224;-bas, les choses se pass&#232;rent derri&#232;re le dos du prol&#233;tariat mondial, dans des circonstances qu'il ne comprenait pas. La voix critique de l'opposition de gauche en URSS ne parvenait pour ainsi dire pas jusqu'aux ouvriers des autres pays. L'exp&#233;rience de la Chine se passa presque impun&#233;ment pour l'appareil stalinien. En Allemagne il en va autrement. Toutes les &#233;tapes du drame se sont d&#233;roul&#233;es sous les yeux du prol&#233;tariat mondial. A chaque &#233;tape, l'opposition a fait entendre sa voix. Tout le cours du d&#233;veloppement a &#233;t&#233; pr&#233;dit &#224; l'avance. La bureaucratie stalinienne a calomni&#233; l'opposition, lui a imput&#233; des id&#233;es et des plans qui lui &#233;taient &#233;trangers, a exclu tous ceux qui parlaient de front unique, a aid&#233; la bureaucratie sociale-d&#233;mocrate &#224; saboter les comit&#233;s unifi&#233;s de d&#233;fense &#224; l'&#233;chelon local, a enlev&#233; aux ouvriers toute possibilit&#233; de d&#233;boucher sur la voie de la lutte de masse, a d&#233;sorganis&#233; l'avant-garde et paralys&#233; le prol&#233;tariat. Ainsi, en s'opposant au front unique de d&#233;fense avec la social-d&#233;mocratie, les staliniens se sont retrouv&#233;s avec elle, dans un front unique de panique et de capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, se trouvant d&#233;j&#224; devant des ruines, la direction de l'Internationale communiste craint plus que tout la lumi&#232;re et la critique. Que p&#233;risse la r&#233;volution mondiale, mais que vive le faux prestige ! Les banqueroutiers s&#232;ment la confusion et brouillent les traces. La Pravda consid&#232;re comme une &#034; immense victoire politique &#034; le fait que le Parti communiste allemand, alors qu'il recevait les premiers coups a perdu &#034; seulement &#034; 1 200 000 voix, pour une augmentation globale des votants de quatre millions. De la m&#234;me mani&#232;re, Staline, en 1924, jugeait comme une &#034; victoire immense &#034;, le fait que les ouvriers allemands qui avaient recul&#233; sans combat, aient r&#233;ussi &#224; donner au Parti communiste 3 600 000 voix. Si le prol&#233;tariat, tromp&#233; et d&#233;sarm&#233; par les deux appareils, a donn&#233; cette fois-ci au Parti communiste pr&#232;s de cinq millions d'&#233;lecteurs, cela signifie seulement qu'il lui aurait donn&#233; deux fois ou trois fois plus, s'il avait eu confiance en sa direction. Il l'aurait port&#233; au pouvoir, si le parti avait su montrer qu'il &#233;tait capable de le prendre et de le conserver. Mais il n'a rien donn&#233; au prol&#233;tariat si ce n'est la confusion, des zigzags, des d&#233;faites et des malheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cinq millions de communistes sont encore parvenus &#224; se rendre un &#224; un aux urnes. Mais ils ne sont ni dans les entreprises, ni dans la rue. Ils sont d&#233;sempar&#233;s, &#233;parpill&#233;s, d&#233;moralis&#233;s. Sous le joug de l'appareil, ils ont perdu l'habitude d'&#234;tre ind&#233;pendants. La terreur bureaucratique du stalinisme a paralys&#233; leur volont&#233;, avant que soit venu le tour de la terreur criminelle du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire clairement, nettement, ouvertement : le stalinisme en Allemagne a eu son 4 ao&#251;t. D&#233;sormais, les ouvriers d'avant-garde de ce pays ne parleront plus de la p&#233;riode de domination de la bureaucratie stalinienne qu'avec un sentiment br&#251;lant de honte, qu'avec des paroles de haine et de mal&#233;diction. Le Parti communiste officiel d'Allemagne est condamn&#233;. D&#233;sormais, il ne peut que perdre du terrain, s'effriter et se r&#233;duire &#224; n&#233;ant. Aucun moyen artificiel ne peut le sauver. Le communisme allemand ne peut rena&#238;tre que sur de nouvelles bases, et avec une nouvelle direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal s'exprime aussi dans le destin du stalinisme. Il se trouve dans les diff&#233;rents pays &#224; diff&#233;rents stades de son d&#233;clin. Dans quelle mesure l'exp&#233;rience tragique de l'Allemagne servira d'impulsion pour la renaissance des autres sections de l'Internationale communiste, c'est l'avenir qui le dira. En Allemagne, en tout cas, la sinistre chanson de la bureaucratie stalinienne a fini d'&#234;tre chant&#233;e. Le prol&#233;tariat allemand se rel&#232;vera, le stalinisme jamais. Les ouvriers d'avant-garde allemands doivent construire un nouveau parti sous les coups terribles de l'ennemi. Les bolcheviks-l&#233;ninistes consacreront toutes leurs forces &#224; ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/lounatcharsky.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Janvier 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt193302.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;vrier 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/04/lt193304.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avril 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%201.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1933 &#8211; Juillet 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/07/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Juillet 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/08/QI.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ao&#251;t 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%202.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Juillet 1933 &#8211; Octobre 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/10/331001a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Octobre 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/lt193311.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Novembre 1933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%203.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Novembre 1933 &#8211; Avril 1934&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?tbm=bks&amp;q=oeuvres+trotsky+1933&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution espagnole en 1933-1934</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8215</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8215</guid>
		<dc:date>2024-09-28T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;volution espagnole en 1933-1934 &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation en 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation apr&#232;s 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insurrection du Bierzo de d&#233;cembre 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution espagnole en 1933-1934&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation en 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation apr&#232;s 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection du Bierzo de d&#233;cembre 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-infobierzo-com.translate.goog/fabero-diciembre-de-1933-el-corazon-de-la-insurreccion-comunista-en-el-bierzo/432812/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-infobierzo-com.translate.goog/fabero-diciembre-de-1933-el-corazon-de-la-insurreccion-comunista-en-el-bierzo/432812/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_1934&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_1934&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_asturienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_asturienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection des Asturies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/260712/lectures-de-lete-1934-la-revolution-asturienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/260712/lectures-de-lete-1934-la-revolution-asturienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catalogne 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/catalogne.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/catalogne.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Octobre 1934 en Espagne : la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4798&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4798&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Films sur 1934 en Catalogne et aux Asturies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=s5qPYxzo8pc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=s5qPYxzo8pc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=V0UQRxhQ1X4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=V0UQRxhQ1X4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VYnGEdJ9Tjk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VYnGEdJ9Tjk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ndzzAlBNBGQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ndzzAlBNBGQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dr1wL-0tuDA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=dr1wL-0tuDA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La signification de la contre-r&#233;volution de janvier 1933 en Allemagne</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8890</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8890</guid>
		<dc:date>2024-07-18T22:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La signification de la contre-r&#233;volution de janvier 1933 en Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant la d&#233;cision Le camp de la contre-r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Les changements de gouvernements depuis Br&#252;ning montrent toute l'inconsistance et tout le vide de la philosophie universelle du fascisme (du fascisme pur, du national-fascisme, du fascisme social, du social-fascisme de gauche), dont les staliniens recouvrent tous et tout, hormis eux-m&#234;mes. Les sph&#232;res poss&#233;dantes sont trop peu nombreuses et trop ha&#239;es du peuple pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La signification de la contre-r&#233;volution de janvier 1933 en Allemagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Devant la d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp de la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements de gouvernements depuis Br&#252;ning montrent toute l'inconsistance et tout le vide de la philosophie universelle du fascisme (du fascisme pur, du national-fascisme, du fascisme social, du social-fascisme de gauche), dont les staliniens recouvrent tous et tout, hormis eux-m&#234;mes. Les sph&#232;res poss&#233;dantes sont trop peu nombreuses et trop ha&#239;es du peuple pour diriger en leur propre nom. Il leur faut une couverture : monarchiste traditionnelle (&#034; par la gr&#226;ce de Dieu &#034;), lib&#233;rale parlementaire (&#034; la souverainet&#233; du peuple &#034;), bonapartiste (&#034; l'arbitre impartial &#034;), ou, enfin, fasciste (&#034; la col&#232;re du peuple &#034;). La guerre et la r&#233;volution leur ont pris la monarchie. Pendant quatorze ans, gr&#226;ce aux r&#233;formistes, elles .se sont maintenues sur les b&#233;quilles de la d&#233;mocratie. Quand le parlement s'est scind&#233; en deux sous la pression des antagonismes entre les classes, elles essay&#232;rent de se cacher derri&#232;re le dos du pr&#233;sident. Ainsi s'ouvrit le chapitre du bonapartisme, c'est-&#224;-dire du pouvoir bureaucratico-policier, qui se place au-dessus de la soci&#233;t&#233; et se maintient par un &#233;quilibre relatif des deux camps oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les gouvernements transitoires de Br&#252;ning et de Papen, le bonapartisme, en la personne du g&#233;n&#233;ral Schleicher, a pris la forme la plus pure, mais seulement pour r&#233;v&#233;ler aussit&#244;t son inconsistance. Toutes les classes regardaient avec hostilit&#233;, perplexit&#233; et inqui&#233;tude cette figure politique &#233;nigmatique, semblable &#224; un point d'interrogation avec des &#233;paulettes de g&#233;n&#233;ral. Mais la cause principale de l'&#233;chec de Schleicher, de m&#234;me d'ailleurs que de ses succ&#232;s pr&#233;c&#233;dents, ne se trouve pas dans l'individu lui-m&#234;me : tant que le camp de la r&#233;volution et celui de la contre-r&#233;volution n'ont pas encore mesur&#233; leurs forces dans la lutte, le bonapartisme ne peut &#234;tre stable. De plus, la terrible crise industrielle et agricole, qui est suspendue au-dessus du pays comme un cauchemar, ne facilite pas l'&#233;quilibrisme bonapartiste. Il est vrai qu'&#224; premi&#232;re vue, la passivit&#233; du prol&#233;tariat aurait d&#251; faciliter consid&#233;rablement la t&#226;che du &#034; g&#233;n&#233;ral social &#034;. Mais il n'en alla pas ainsi : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette passivit&#233; qui d&#233;fit le cercle de peur qui soudait les classes poss&#233;dantes, et permit aux antagonismes qui les d&#233;chirent, d'&#233;clater au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue &#233;conomique, l'agriculture allemande m&#232;ne une existence parasitaire : c'est un boulet pesant aux pieds de l'industrie. Mais la base sociale r&#233;duite de la bourgeoisie industrielle lui fait une n&#233;cessit&#233; politique de conserver l'agriculture &#034; nationale &#034;, c'est-&#224;-dire la classe des junkers et des paysans riches avec toutes les couches qui d&#233;pendent d'eux. Le fondateur de cette politique fut Bismarck, qui &#233;tablit des liens solides entre les propri&#233;taires fonciers et les industriels par des victoires militaires, par l'or des r&#233;parations de guerre, par des profits &#233;lev&#233;s et par la peur du prol&#233;tariat. Mais l'&#233;poque de Bismarck appartient au pass&#233;. L'Allemagne actuelle se fonde non sur des victoires mais sur une d&#233;faite. Ce n'est pas la France qui lui paie des r&#233;parations mais c'est elle qui en paie &#224; la France. Le capitalisme en d&#233;composition ne lui donne pas de profits et ne lui ouvre aucune perspective. La peur des ouvriers reste l'unique ciment des classes poss&#233;dantes. Mais le prol&#233;tariat allemand, par la faute de sa direction, s'est trouv&#233; paralys&#233; au moment le plus critique, et les antagonismes des classes poss&#233;dantes &#233;clat&#232;rent publiquement. Malgr&#233; la passivit&#233; attentiste du camp de la gauche, le g&#233;n&#233;ral social est tomb&#233; sous les coups de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, les hautes sph&#232;res des classes poss&#233;dantes ont dress&#233; leur bilan gouvernemental ; au passif, la division dans leurs propres rangs ; &#224; l'actif, un feld-mar&#233;chal de 85 ans. Qu'y avait-il encore ? Rien &#224; part Hindenburg. Si Schleicher repr&#233;sentait la pure id&#233;e du bonapartisme, Hindenburg repr&#233;sente l'id&#233;e pure de la propri&#233;t&#233;. Le g&#233;n&#233;ral faisait la coquette, refusant de r&#233;pondre &#224; la question : qu'est-ce qui est pr&#233;f&#233;rable, le capitalisme ou le socialisme ? Hindenburg d&#233;clare sans ambages qu'il n'y a rien de mieux qu'un junker de l'Est de l'Elbe sur le tr&#244;ne. La propri&#233;t&#233; terrienne est la forme de propri&#233;t&#233; la plus enracin&#233;e, la plus pesante et la plus stable. Si, &#233;conomiquement, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re allemande est la femme entretenue de l'industrie, politiquement, c'est pr&#233;cis&#233;ment Hindenburg qui devait prendre la t&#234;te de la lutte contre le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le r&#233;gime de l'arbitre sup&#233;rieur, qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus des classes et des partis, a conduit imm&#233;diatement &#224; la domination du parti national allemand, &#224; la domination de la clique des poss&#233;dants les plus cupides et les plus avides. Le gouvernement de Hindenburg marque la quintessence du parasitisme social. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que, bien qu'indispensable, il s'est av&#233;r&#233;, sous sa forme pure, impossible. Hindenburg a besoin d'une couverture. Aujourd'hui, il ne peut plus se cacher sous le manteau du Kaiser, il lui faut recourir &#224; la chemise brune des nazis. S'il est impossible d'obtenir par le biais de la monarchie la sanction des forces c&#233;lestes pour la propri&#233;t&#233;, il ne reste plus qu'&#224; se couvrir de la sanction d'une populace r&#233;actionnaire et d&#233;cha&#238;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En associant Hitler au pouvoir, on poursuivait un double objectif : en premier lieu, rehausser la camarilla des propri&#233;taires par la pr&#233;sence des dirigeants du &#034; mouvement national &#034;, en deuxi&#232;me lieu, mettre &#224; la disposition imm&#233;diate des poss&#233;dants, les forces combattantes du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'un c&#339;ur l&#233;ger que la clique dirigeante pactisa avec ces fascistes qui sentent mauvais. Derri&#232;re les parvenus d&#233;cha&#238;n&#233;s, il y a beaucoup, beaucoup trop de poings : c'est l&#224; le c&#244;t&#233; dangereux des chemises brunes ; mais c'est l&#224; aussi leur principal avantage, ou, plus exactement, leur unique avantage. Et c'est cet avantage qui est d&#233;cisif, car nous vivons une &#233;poque telle aujourd'hui, que la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; ne peut &#234;tre assur&#233;e qu'&#224; coups de poings. On ne peut pas se passer des nationaux-socialistes. Mais il est tout aussi impossible de leur transmettre le pouvoir effectif : la menace venant du prol&#233;tariat n'est pas actuellement si grave, que les sph&#232;res dirigeantes puissent provoquer consciemment une guerre civile dont l'issue est hasardeuse. A cette nouvelle &#233;tape du d&#233;veloppement de la crise sociale en Allemagne r&#233;pond une nouvelle combinaison gouvernementale, dans laquelle les postes militaires et &#233;conomiques sont aux mains des messieurs, et o&#249; les pl&#233;b&#233;iens se sont vu attribuer des postes d&#233;coratifs ou secondaires. La fonction officieuse, mais d'autant plus effective, des ministres fascistes est d'intimider la r&#233;volution. Cependant, les fascistes doivent proc&#233;der &#224; l'&#233;crasement et &#224; l'extermination de l'avant-garde prol&#233;tarienne seulement dans les limites fix&#233;es par les repr&#233;sentants des propri&#233;taires fonciers et des industriels. Tel est le plan. Reste &#224; voir comment se d&#233;roulera son ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Hindenburg-Hitler rec&#232;le un ensemble complexe de contradictions : entre les repr&#233;sentants traditionnels des propri&#233;taires fonciers d'une part, les repr&#233;sentants patent&#233;s du grand capital, de l'autre ; entre les uns et les autres, d'une part, les oracles de la petite bourgeoisie r&#233;actionnaire, de l'autre. La combinaison est extr&#234;mement instable. Elle ne se maintiendra pas longtemps sous sa forme actuelle. Qu'est-ce qui prendrait sa rel&#232;ve, si elle tombait ? Comme les instruments principaux du pouvoir ne sont pas dans les mains d'Hitler, et comme il a suffisamment d&#233;montr&#233; qu'en plus de sa haine pour le prol&#233;tariat, il avait une peur organique des classes poss&#233;dantes et de leurs institutions, il n'est pas totalement exclu que les hautes sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;, en cas de rupture avec les nazis, essaient une nouvelle fois de reculer sur la voie pr&#233;sidentielle bonapartiste. Cependant, la probabilit&#233; d'une telle variante, qui n'aurait tout au plus qu'un caract&#232;re &#233;pisodique, est extr&#234;mement insignifiante. Le d&#233;veloppement futur de la crise dans le sens du fascisme est infiniment plus probable. Hitler chancelier signifie un d&#233;fi tellement direct et ouvert &#224; l'adresse de la classe ouvri&#232;re, qu'une r&#233;action de masse, ou, dans le pire des cas, une s&#233;rie de r&#233;actions isol&#233;es, est absolument in&#233;vitable. Et cela suffit pour que les fascistes s'emparent des premi&#232;res places, &#233;cartant leurs trop pesants mentors. A une seule condition : que les fascistes eux-m&#234;mes tiennent bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir est, sans aucun doute, un coup terrible pour la classe ouvri&#232;re. Mais ce n'est pas encore une d&#233;faite d&#233;finitive et irr&#233;m&#233;diable. L'ennemi que l'on pouvait abattre, quand il cherchait encore &#224; se hisser au pouvoir, occupe aujourd'hui toute une s&#233;rie de postes de commande. C'est pour lui un avantage consid&#233;rable, mais il n'y a pas encore eu de bataille. L'occupation de positions avantageuses n'est pas en soi d&#233;cisive, c'est la force vivante qui tranche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reichswehr et la police, les Casques d'acier, les troupes de choc des nazis, constituent trois arm&#233;es ind&#233;pendantes au service des classes poss&#233;dantes. Mais d'apr&#232;s le sens m&#234;me de l'actuelle combinaison gouvernementale, ces arm&#233;es ne sont pas r&#233;unies dans les m&#234;mes mains. La Reichswehr, sans parler des Casques d'acier, n'est pas dans les mains d'Hitler. Ses propres forces arm&#233;es constituent une grandeur probl&#233;matique, qui demande encore seulement &#224; &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve. Ses millions d'hommes en r&#233;serve sont une poussi&#232;re humaine. Pour s'emparer de la totalit&#233; du pouvoir, Hitler doit provoquer un semblant de guerre civile (la v&#233;ritable guerre civile, il en a lui-m&#234;me peur). Ses solides coll&#232;gues du minist&#232;re, qui disposent de la Reichswehr et des Casques d'acier, pr&#233;f&#233;reraient &#233;touffer le prol&#233;tariat par des moyens &#034; pacifiques &#034;. Ils sont beaucoup moins enclins &#224; provoquer une petite guerre civile, par peur d'une grande. Du gouvernement qui a &#224; sa t&#234;te un chancelier fasciste, &#224; la victoire compl&#232;te du fascisme, il y a encore pas mal de chemin. Cela signifie que le camp de la r&#233;volution dispose encore d'un certain laps de temps. Combien ? Il est impossible de l'&#233;valuer &#224; l'avance. On ne peut le mesurer que dans les combats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le Parti communiste officiel d&#233;clare que la social-d&#233;mocratie est le support le plus important de la domination bourgeoise, il ne fait que r&#233;p&#233;ter l'id&#233;e qui &#233;tait la position de d&#233;part, au moment de l'organisation de la IIIe Internationale. La social-d&#233;mocratie vote pour le r&#233;gime capitaliste, quand la bourgeoisie l'associe au pouvoir. La social-d&#233;mocratie tol&#232;re n'importe quel gouvernement bourgeois, qui tol&#232;re la social-d&#233;mocratie. M&#234;me compl&#232;tement &#233;cart&#233;e du pouvoir, la social-d&#233;mocratie continue &#224; soutenir la soci&#233;t&#233; bourgeoise, en recommandant aux ouvriers de m&#233;nager leurs forces pour des combats, auxquels elle n'est jamais pr&#234;te &#224; appeler. En paralysant l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, la social-d&#233;mocratie donne la possibilit&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise de vivre, alors qu'elle n'a d&#233;j&#224; plus la force de vivre, et fait par l&#224; m&#234;me du fascisme une n&#233;cessit&#233; politique. L'appel d'Hitler au pouvoir &#233;mane du feld-mar&#233;chal des Hohenzollern, &#233;lu gr&#226;ce aux voix des ouvriers sociaux-d&#233;mocrates ! La cha&#238;ne politique qui m&#232;ne de Wels &#224; Hitler, a un caract&#232;re personnel tout &#224; fait &#233;vident. Il ne peut y avoir deux opinions diff&#233;rentes &#224; ce sujet entre les marxistes. Mais le probl&#232;me n'est pas d'interpr&#233;ter la situation politique, mais de la transformer de mani&#232;re r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute de la bureaucratie stalinienne n'est pas d'&#234;tre &#034; intransigeante &#034; vis-&#224;-vis de la social-d&#233;mocratie ; elle fient &#224; ce que son intransigeance est politiquement impuissante. Parce que le bolchevisme, sous la direction de L&#233;nine, a vaincu en Russie, la bureaucratie stalinienne en tire &#034; l'obligation &#034; pour le prol&#233;tariat allemand de se rassembler autour de Th&#228;lmann. Son ultimatum dit en substance : tant que les ouvriers allemands ne reconna&#238;tront pas la direction communiste, &#224; l'avance, &#224; priori et inconditionnellement, ils n'oseront m&#234;me pas penser &#224; des combats s&#233;rieux. Les staliniens s'expriment autrement. Mais toutes leurs r&#233;serves, leurs restrictions, leurs ruses oratoires ne changent rien au caract&#232;re fondamental de l'ultimatisme bureaucratique, qui aida la social-d&#233;mocratie &#224; livrer l'Allemagne &#224; Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la classe ouvri&#232;re allemande depuis 1914, est la page la plus tragique de l'histoire contemporaine. Quelles trahisons stup&#233;fiantes de la part de son parti historique, la social-d&#233;mocratie, et quelle inexp&#233;rience et quelle impuissance de la part de son aile r&#233;volutionnaire ! Mais il n'est pas besoin de remonter si loin en arri&#232;re. Pendant les deux ou trois ann&#233;es d'avance fasciste, la politique de la bureaucratie stalinienne n'a pas &#233;t&#233; autre chose qu'une suite de crimes qui ont litt&#233;ralement sauv&#233; le r&#233;formisme et pr&#233;par&#233; par l&#224; m&#234;me le succ&#232;s ult&#233;rieur du fascisme. Aujourd'hui, alors que l'ennemi occupe d&#233;j&#224; des postes de commande importants, une question se pose in&#233;vitablement : n'est-il pas trop tard pour appeler &#224; un regroupement des forces en vue de la r&#233;sistance ? Mais alors surgit une question pr&#233;alable : que signifie dans le cas pr&#233;sent &#034; trop tard &#034; ? Faut-il comprendre que m&#234;me le tournant le plus audacieux sur la voie de la politique r&#233;volutionnaire ne peut d&#233;j&#224; plus changer radicalement le rapport des forces ? Ou cela signifie-t-il simplement qu'il n'y a aucune possibilit&#233; ni espoir d'obtenir le tournant indispensable ? Ce sont l&#224; deux questions distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; r&#233;pondu ci-dessus &#224; la premi&#232;re quant au fond. M&#234;me dans les conditions les plus favorables pour Hitler, il aurait besoin de longs mois - et quels mois critiques ! - pour &#233;tablir la domination du fascisme. Si l'on prend en consid&#233;ration la gravit&#233; de la situation &#233;conomique et politique, le caract&#232;re redoutable du danger imminent, la terrible inqui&#233;tude du prol&#233;tariat, sa multitude, son acharnement, la pr&#233;sence en son sein d'&#233;l&#233;ments combatifs et exp&#233;riment&#233;s, la capacit&#233; incomparable des ouvriers allemands &#224; l'organisation et &#224; la discipline, la r&#233;ponse est claire : pendant les mois qui sont n&#233;cessaires aux fascistes pour &#233;carter les obstacles int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs, et consolider leur dictature, le prol&#233;tariat, s'il a une direction juste, aurait le temps d'acc&#233;der deux ou trois fois au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans et demi, l'opposition de gauche proposait instamment que toutes les instances et les organisations du Parti communiste, du Comit&#233; central &#224; la petite cellule provinciale, adressent rapidement aux organisations parall&#232;les sociales-d&#233;mocrates et syndicales, une proposition concr&#232;te d'actions communes contre la liquidation imminente de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. Si la lutte contre les nazis s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e sur cette base, Hitler ne serait pas aujourd'hui chancelier, et le Parti communiste aurait un r&#244;le dirigeant dans la classe ouvri&#232;re. Mais ce qui est fait est fait. Les r&#233;sultats des erreurs accomplies ont eu le temps de se transformer en r&#233;alit&#233;s politiques et sont aujourd'hui un &#233;l&#233;ment de la situation objective. Il faut la prendre comme elle est. Elle est bien pire qu'elle ne pourrait &#234;tre. Mais elle n'est pas d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Un tournant politique mais efficace, audacieux, d&#233;clar&#233;, r&#233;fl&#233;chi peut sauver enti&#232;rement la situation et ouvrir la voie menant &#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler a besoin de temps. La reprise du commerce et de l'industrie, si elle devenait une r&#233;alit&#233;, ne signifierait pas encore un renforcement du fascisme au d&#233;triment du prol&#233;tariat. A la moindre am&#233;lioration de la conjoncture, le capital, affam&#233; de profits, ressentira vivement le besoin de calme dans les usines, et cela changera imm&#233;diatement le rapport des forces en faveur des ouvriers. Pour que la lutte &#233;conomique se fonde d&#232;s les premiers pas dans la lutte politique, il faut que les communistes soient &#224; leurs places, c'est-&#224;-dire dans les usines et les syndicats. Les chefs sociaux-d&#233;mocrates ont d&#233;clar&#233; qu'ils souhaitaient un rapprochement avec les ouvriers communistes. Que les 300 000 ouvriers, qui adh&#232;rent &#224; la RGO [1], prennent au mot les r&#233;formistes et fassent &#224; l'ADGB [2] la proposition suivante : &#034; Nous adh&#233;rons imm&#233;diatement, en tant que fraction, aux syndicats libres. &#034; A elle seule, cette initiative provoquera une modification de l'&#233;tat d'esprit des ouvriers, et, par cons&#233;quent de toute la situation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce tournant est-il r&#233;ellement possible ? C'est actuellement toute la question. Les vulgarisateurs de Marx, enclins au fatalisme, ne voient rien d'autre habituellement dans l'ar&#232;ne politique, que des causes objectives. Cependant, plus la lutte de classes devient aigu&#235;, plus elle s'approche du d&#233;nouement, et plus elle confie fr&#233;quemment la cl&#233; de toute la situation &#224; un parti d&#233;termin&#233; et &#224; sa direction. Actuellement, la question est la suivante : si la bureaucratie stalinienne a nagu&#232;re pers&#233;v&#233;r&#233; dans la voie de l'ultimatisme obtus, malgr&#233; une pression de dix atmosph&#232;res politiques, sera-t-elle capable de s'opposer &#224; une pression de cent atmosph&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre que les masses s'en m&#234;leront, apr&#232;s avoir renvers&#233; les barri&#232;res, dress&#233;es par l'appareil, &#224; l'instar de ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Berlin, o&#249; une gr&#232;ve des transports municipaux &#233;clata en novembre 1923. Evidemment, un mouvement spontan&#233; des masses n'est pas totalement exclu. Mais pour &#234;tre efficace, il doit, cette fois-ci, avoir une ampleur cent &#224; deux cents fois sup&#233;rieure &#224; celle de la gr&#232;ve de Berlin. Le prol&#233;tariat allemand est assez puissant pour d&#233;velopper un tel mouvement, malgr&#233; les obstacles qui peuvent venir du sommet. Mais les mouvements spontan&#233;s s'appellent ainsi, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils surgissent en dehors de la direction. La question est de savoir ce que doit faire le parti, pour donner une impulsion au mouvement des masses, pour l'aider &#224; se d&#233;velopper, pour en prendre la t&#234;te et lui assurer la victoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;l&#233;grammes d'aujourd'hui ont apport&#233; la nouvelle qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a &#233;clat&#233; &#224; L&#252;beck, en riposte &#224; l'arrestation d'un fonctionnaire social-d&#233;mocrate. Ce fait, s'il est v&#233;rifi&#233;, ne r&#233;habilite nullement la bureaucratie sociale-d&#233;mocrate. Mais il condamne irr&#233;vocablement les staliniens et leur th&#233;orie du social-fascisme. Seuls le d&#233;veloppement et l'aggravation de l'antagonisme entre les nationaux-socialistes et les sociaux-d&#233;mocrates peuvent, apr&#232;s toutes les erreurs commises, faire sortir les communistes de leur isolement et frayer un chemin &#224; la r&#233;volution. Ce processus, impliqu&#233; dans la logique m&#234;me des rapports, il ne faut pas le contrecarrer, mais l'aider. Pour cela, il faut une politique audacieuse de front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections de mars, auxquelles se raccroche la social-d&#233;mocratie pour paralyser l'&#233;nergie des ouvriers, ne r&#233;soudront, &#233;videmment, rien. S'il ne se produit pas d'ici les &#233;lections des &#233;v&#233;nements importants qui d&#233;placeront la question sur un autre terrain, le Parti communiste verra ses voix augmenter automatiquement. Cette augmentation sera infiniment plus grande, si le Parti communiste prend d&#232;s aujourd'hui l'initiative d'un front unique de d&#233;fense ! Oui, c'est de d&#233;fense qu'il s'agit aujourd'hui, Mais le Parti communiste est perdu, si, &#224; la suite de la social-d&#233;mocratie, bien qu'en termes diff&#233;rents, il transforme l'agitation &#233;lectorale en un battage purement parlementaire, en un moyen de d&#233;tourner l'attention des masses de leur impuissance actuelle et de la pr&#233;paration de la lutte, Une politique audacieuse de front unique est aujourd'hui la seule base correcte, m&#234;me pour la campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois : le Parti communiste a-t-il suffisamment de forces pour effectuer ce tournant ? Les ouvriers communistes ont-ils assez d'&#233;nergie et d'initiative pour aider la pression de cent atmosph&#232;res &#224; se frayer un chemin dans les cr&#226;nes de bureaucrates ? Si p&#233;nible que ce soit &#224; admettre, c'est ainsi que se pose aujourd'hui la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes pr&#233;c&#233;dentes &#233;taient d&#233;j&#224; &#233;crites, lorsque nous avons appris dans les journaux allemands, avec un retard in&#233;vitable, que Moscou avait enfin envoy&#233; un signal d'alarme au Comit&#233; central du Parti communiste allemand : l'heure d'un accord avec la social-d&#233;mocratie a sonn&#233;. Je n'ai pas encore eu de confirmation de cette nouvelle, mais elle est conforme &#224; la v&#233;rit&#233; : la bureaucratie stalinienne ne commande un tournant qu'apr&#232;s que les &#233;v&#233;nements aient durement frapp&#233; la classe ouvri&#232;re (en URSS, en Chine, en Angleterre, en Allemagne). Ce n'est qu'apr&#232;s que le chancelier fasciste eut braqu&#233; ses mitrailleuses sur la tempe du prol&#233;tariat encha&#238;n&#233;, qu'au Pr&#233;sidium de l'Internationale communiste on a trouv&#233; la solution : l'heure est venue de d&#233;faire les liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que l'opposition de gauche se placera sur le terrain de cet aveu tardif et s'efforcera d'en tirer le maximum pour la victoire du prol&#233;tariat. Mais, malgr&#233; cela, elle n'oubliera pas un seul instant que le tournant de l'Internationale communiste est un zigzag purement empirique, accompli dans un moment de panique. Les gens qui assimilent la social-d&#233;mocratie au fascisme, sont capables, au cours de la lutte contre le fascisme, de passer &#224; une id&#233;alisation de la social-d&#233;mocratie. Il faut veiller, d'un &#339;il vigilant, &#224; ce que soit sauvegard&#233;e la compl&#232;te ind&#233;pendance politique du communisme : les organisations frapperont ensemble, mais ne m&#234;leront pas leurs drapeaux ; il faut faire preuve d'une totale loyaut&#233; envers l'alli&#233;, mais le surveiller comme l'adversaire de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la fraction op&#232;re effectivement le revirement qui lui est dict&#233; par toute la situation, l'opposition de gauche occupera sa place dans le combat commun. La confiance des masses dans ce tournant sera d'autant plus grande qu'il se fera de fa&#231;on plus d&#233;mocratique. Un discours de Th&#228;lmann ou un manifeste du Comit&#233; central ne suffira pas, vu l'ampleur actuelle des &#233;v&#233;nements. Il faut la voix du parti. Il faut un congr&#232;s du parti. Il n'y a pas d'autre moyen de redonner confiance au parti et de renforcer la confiance des ouvriers dans le parti ! Le congr&#232;s doit se r&#233;unir dans deux ou trois semaines, pas plus tard que l'ouverture du Reichstag (&#224; supposer que le Reichstag soit ouvert en g&#233;n&#233;ral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme d'action est clair et simple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Proposition imm&#233;diate aux organisations sociales-d&#233;mocrates, du sommet &#224; la base, du front unique de d&#233;fense ;&lt;br class='autobr' /&gt; Proposition imm&#233;diate &#224; l'ADGB d'int&#233;grer le RGO dans les syndicats ;&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;paration imm&#233;diate d'un congr&#232;s extraordinaire du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va du sort de la classe ouvri&#232;re allemande, du sort de l'Internationale communiste et - ne l'oublions pas - du sort de la R&#233;publique des Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, 5 janvier 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. - Quels sont les plans possibles du gouvernement Hitler-Hindenburg dans la perspective des &#233;lections au Reichstag ? Il est absolument &#233;vident que le gouvernement actuel ne peut admettre un Reichstag, dont la majorit&#233; lui soit hostile. C'est pourquoi, la campagne &#233;lectorale et les &#233;lections doivent conduire, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; un d&#233;nouement. Le gouvernement comprend, que m&#234;me sa victoire compl&#232;te aux &#233;lections - c'est-&#224;-dire s'il dispose au parlement de 51 % des mandats - non seulement ne signifiera pas un r&#232;glement pacifique de la crise, mais, au contraire, pourra appara&#238;tre comme le signal d'un mouvement d&#233;cisif contre le fascisme. Voil&#224; pourquoi le gouvernement ne peut pas ne pas se pr&#233;parer &#224; des actions d&#233;cid&#233;es pour le moment o&#249; les r&#233;sultats des &#233;lections seront connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation pr&#233;ventive des forces n&#233;cessaires &#224; cela n'en trouvera pas moins une application, si les partis gouvernementaux se retrouvent en minorit&#233; et doivent, par cons&#233;quent, abandonner d&#233;finitivement le terrain de la l&#233;galit&#233; de Weimar. C'est ainsi que dans les deux cas, qu'il s'agisse d'une d&#233;faite parlementaire du gouvernement (moins de 50 %) ou d'une victoire (plus de 50 %), il faut s'attendre &#224; ce que les nouvelles &#233;lections soient le point de d&#233;part d'une lutte d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me variante n'est pas exclue : sous couvert de la pr&#233;paration des &#233;lections, les nationaux-socialistes effectuent un coup d'Etat, sans attendre les &#233;lections. Une action de ce genre semblerait la plus juste du point de vue tactique, si l'on se place du point de vue des nazis. Mais, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re petit-bourgeois de ce parti, son incapacit&#233; &#224; prendre l'initiative d'une action ind&#233;pendante et sa d&#233;pendance vis-&#224;-vis d'alli&#233;s m&#233;fiants, on peut en d&#233;duire qu'il est peu probable qu'Hitler se d&#233;cide &#224; une telle action. La supposition qu'un coup d'Etat de ce type soit con&#231;u par Hitler conjointement avec ses alli&#233;s, est tr&#232;s peu vraisemblable, car les &#233;lections ont une deuxi&#232;me fonction, qui est de modifier la r&#233;partition des si&#232;ges gouvernementaux entre les alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, au niveau de l'agitation, il est indispensable d'avancer cette troisi&#232;me &#233;ventualit&#233;. Si les passions s'&#233;chauffent trop pendant la p&#233;riode pr&#233;&#233;lectorale, un coup d'Etat pourrait devenir une n&#233;cessit&#233; pour le gouvernement, m&#234;me si aujourd'hui, ses plans ne vont pas aussi loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il est parfaitement clair que le prol&#233;tariat doit, dans ses calculs tactiques, raisonner &#224; court terme. Il va sans dire que ni une majorit&#233; gouvernementale au Reichstag, ni la dissolution du nouveau Reichstag pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e, ni un coup d'Etat fasciste avant les &#233;lections ne trancheront d&#233;finitivement la question en faveur du fascisme. Mais chacune de ces trois variantes marquerait une nouvelle &#233;tape tr&#232;s importante dans la lutte entre la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de l'opposition de gauche pendant la campagne &#233;lectorale, est d'offrir aux ouvriers une analyse des trois variantes possibles, dans la perspective g&#233;n&#233;rale d'une lutte &#224; mort in&#233;vitable du prol&#233;tariat contre le fascisme. En formulant ainsi la question, on donnera le caract&#232;re concret n&#233;cessaire &#224; l'agitation pour la politique de front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti proclamait &#224; chaque instant : &#034; Le prol&#233;tariat se trouve dans une p&#233;riode d'offensive grandissante. &#034; A cela le SAP r&#233;pond : &#034; Non, le prol&#233;tariat est sur la d&#233;fensive, nous l'invitons seulement &#224; passer &#224; l'offensive. &#034; L'une et l'autre formule montrent que ces individus ne comprennent pas ce que sont l'offensive et la d&#233;fensive, c'est-&#224;-dire l'attaque et la d&#233;fense. En fait, le malheur veut que le prol&#233;tariat ne soit pas sur la d&#233;fensive, mais dans une p&#233;riode de reflux qui, demain, peut se transformer en une fuite panique. Nous appelons le prol&#233;tariat non &#224; l'offensive, mais &#224; une d&#233;fense active. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce caract&#232;re d&#233;fensif des actions (d&#233;fense des organisations prol&#233;tariennes, des journaux, des r&#233;unions, etc.) qui doit &#234;tre le point de d&#233;part du front unique en direction de la social-d&#233;mocratie. Sauter &#224; pieds joints par-dessus le mot d'ordre de d&#233;fense active, c'est se griser de phrases creuses. Evidemment, en cas de succ&#232;s, la d&#233;fense active c&#233;dera la place &#224; l'offensive. Mais ce sera l'&#233;tape suivante, pour y arriver, il faut passer par le front unique sous le signe de la d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire appara&#238;tre plus clairement la signification historique des d&#233;cisions et des actions du parti dans les jours et les semaines qui viennent, il faut, &#224; mon avis, poser le probl&#232;me devant les communistes sans la moindre concession, au contraire, dans toute son &#226;pret&#233; : le refus par le parti du front unique, le refus de cr&#233;er des comit&#233;s locaux de d&#233;fense, c'est-&#224;-dire les Soviets de demain, est la preuve de la capitulation du parti devant le fascisme, c'est-&#224;-dire un crime historique, &#233;quivalent &#224; la liquidation du parti et de l'Internationale communiste. Si une telle catastrophe se produit, le prol&#233;tariat passera par-dessus des montagnes de cadavres, &#224; travers des ann&#233;es de souffrances et de malheurs infinis, pour arriver &#224; la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Opposition syndicale rouge, organis&#233;e par le KPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsbund (Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des Syndicats allemands) [1919-1933].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die du prol&#233;tariat allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers allemands se rel&#232;veront, le stalinisme jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 mars 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat le plus puissant d'Europe par son r&#244;le dans la production, son poids social et la force de ses organisations, n'a oppos&#233; aucune r&#233;sistance &#224; l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et aux premi&#232;res attaques violentes contre les organisations ouvri&#232;res. Tel est le fait dont il faut partir dans les calculs strat&#233;giques futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une absurdit&#233; &#233;vidente que de penser que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'Allemagne suivrait la voie italienne : qu'Hitler consolidera pas &#224; pas sa domination, sans rencontrer de s&#233;rieuses r&#233;sistances ; que le fascisme allemand a devant lui de longues ann&#233;es de domination. Non, il faudra tirer le destin futur du national-socialisme de l'analyse de la situation allemande et internationale, et non de simples analogies historiques. Mais d&#232;s maintenant, une chose est claire : si d&#232;s septembre 1930 nous r&#233;clamions de l'Internationale communiste qu'elle fixe des objectifs &#224; court terme en Allemagne, maintenant il faut b&#226;tir une politique &#224; longue &#233;ch&#233;ance. Avant que des combats d&#233;cisifs soient possibles, l'avant-garde du prol&#233;tariat allemand devra s'orienter sur une nouvelle voie c'est-&#224;-dire comprendre clairement ce qui c'est pass&#233;, d&#233;finir sa responsabilit&#233; pour cette grande d&#233;faite historique, tracer de nouvelles voies et retrouver ainsi son assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le criminel de la social-d&#233;mocratie n'a pas besoin de commentaires : la cr&#233;ation de l'Internationale communiste il y a quatorze ans avait pr&#233;cis&#233;ment pour but d'arracher le prol&#233;tariat &#224; l'influence d&#233;moralisatrice de la social-d&#233;mocratie. Si cela n'a pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent, si le prol&#233;tariat allemand s'est r&#233;v&#233;l&#233;, lors d'une tr&#232;s grande &#233;preuve historique, impuissant, d&#233;sarm&#233;, paralys&#233;, la faute directe et imm&#233;diate en incombe &#224; la direction post-l&#233;ninienne de l'Internationale communiste. C'est la premi&#232;re conclusion qu'il est urgent de tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les coups perfides de la bureaucratie stalinienne, l'opposition de gauche a conserv&#233; jusqu'au bout sa fid&#233;lit&#233; au parti officiel. Les bolcheviks-l&#233;ninistes partagent aujourd'hui le sort de toutes les autres organisations communistes : nos cadres sont arr&#234;t&#233;s, nos publications interdites, notre litt&#233;rature confisqu&#233;e ; Hitler s'est m&#234;me empress&#233; de fermer le Bulletin de l'opposition, qui para&#238;t en russe. Mais si les bolcheviks-l&#233;ninistes subissent &#224; &#233;galit&#233; avec l'ensemble de l'avant-garde prol&#233;tarienne, toutes les cons&#233;quences de la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse du fascisme, par contre, ils ne peuvent ni ne veulent porter la moindre parcelle de responsabilit&#233; pour la politique officielle de l'Internationale communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1923, c'est-&#224;-dire depuis le d&#233;but de la lutte contre l'opposition de gauche, la direction stalinienne a aid&#233; de toutes ses forces, bien qu'indirectement, la social-d&#233;mocratie &#224; d&#233;sorienter, &#224; embrouiller et &#224; d&#233;courager le prol&#233;tariat allemand : elle retenait et freinait les ouvriers, alors que la situation exigeait une offensive r&#233;volutionnaire audacieuse ; elle proclamait l'approche d'une situation r&#233;volutionnaire, alors que celle-ci appartenait d&#233;j&#224; au pass&#233; ; elle passait des accords avec des phraseurs et des bavards de la petite bourgeoisie ; elle se mettait impuissamment &#224; la remorque de la social-d&#233;mocratie sous pr&#233;texte de mener la politique de front unique ; elle proclamait la &#034; troisi&#232;me p&#233;riode &#034; et la lutte pour la conqu&#234;te de la rue dans des conditions de reflux politique et de faiblesse du Parti communiste ; elle rempla&#231;ait la lutte s&#233;rieuse par des bonds, des aventures ou des parades ; elle isolait les communistes des syndicats de masse ; elle identifiait la social-d&#233;mocratie au fascisme et refusait le front unique avec les organisations ouvri&#232;res de masse, face aux attaques des bandes du national-socialisme ; elle sabotait toute initiative locale de front unique d&#233;fensif et, en m&#234;me temps, trompait syst&#233;matiquement les ouvriers en ce qui concerne le rapport de forces r&#233;el, d&#233;formait les faits, pr&#233;sentait les amis comme des ennemis, et les ennemis comme des amis, et serrait de plus en plus fortement le parti &#224; la gorge, ne lui permettant ni de respirer librement, ni de parler, ni de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tr&#232;s abondante litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; la question du fascisme, il suffit de se r&#233;f&#233;rer au discours du chef officiel du parti allemand, Thaelmann, qui, au pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en avril 1931, d&#233;masquait dans les termes suivants les &#034; pessimistes &#034;, c'est-&#224;-dire les gens qui savaient regarder l'avenir en face : &#034; nous ne nous sommes pas laiss&#233; &#233;garer par les paniquards... Nous avons &#233;tabli fermement et avec bon sens que le 14 septembre (1930) &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, le plus grand jour d'Hitler, et que les jours qui suivraient, seraient non pas meilleurs mais pires ; cette appr&#233;ciation que nous avons donn&#233;e du d&#233;veloppement de ce parti, est confirm&#233;e par les &#233;v&#233;nements... Aujourd'hui, les fascistes n'ont d&#233;j&#224; plus aucun motif de rire &#034;. Faisant allusion au fait que la social-d&#233;mocratie formait ses propres groupes de d&#233;fense, Thaelmann d&#233;montra dans ce discours que ces d&#233;tachements ne se distinguaient en rien des troupes de choc du national-socialisme, et qu'ils se pr&#233;paraient les uns comme les autres &#224; &#233;craser les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Thaelmann est arr&#234;t&#233;. Les bolcheviks-l&#233;ninistes se retrouvent avec Thaelmann sous les coups de la r&#233;action triomphante. Mais la politique de Thaelmann est la politique de Staline, c'est-&#224;-dire la politique officielle de l'Internationale communiste. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette politique qui est la cause de la compl&#232;te d&#233;moralisation du parti au moment du danger, quand les chefs perdent la t&#232;te, que les membres du parti qui ont perdu l'habitude de penser, tombent dans un &#233;tat de prostration et que les positions historiques les plus hautes sont rendues sans combat. Une th&#233;orie politique erron&#233;e porte en elle-m&#234;me son ch&#226;timent. La force et l'ent&#234;tement de l'appareil ne font qu'augmenter l'ampleur de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant rendu &#224; l'ennemi tout ce qu'il &#233;tait possible de rendre en un aussi court laps de temps, les staliniens essaient de corriger ce qui s'est pass&#233;, par des actions d&#233;sordonn&#233;es qui ne font que jeter une lumi&#232;re plus crue sur toute la cha&#238;ne de leurs crimes. Aujourd'hui, alors que la presse du Parti communiste est &#233;touff&#233;e, l'appareil d&#233;truit, qu'au-dessus de la maison de Liebknecht flotte impun&#233;ment le chiffon sanglant du fascisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'engage sur la voie du front unique non seulement &#224; la base, mais aussi au sommet. Ce nouveau zigzag, plus abrupt que tous ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;, n'a pas &#233;t&#233; accompli cependant par le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste sous sa propre impulsion : la bureaucratie stalinienne en a laiss&#233; l'initiative &#224; la II&#176; Internationale. Elle a r&#233;ussi &#224; saisir dans ses mains l'instrument du front unique, dont elle avait mortellement peur jusqu'&#224; pr&#233;sent. Pour autant que l'on puisse parler d'avantages dans une situation de recul panique, ceux-ci sont enti&#232;rement du c&#244;t&#233; du r&#233;formisme. Oblig&#233;e de r&#233;pondre &#224; une question directe, la bureaucratie stalinienne choisit la pire des solutions : elle ne refuse pas l'accord des deux Internationales, mais elle ne l'accepte pas non plus ; elle joue &#224; cache-cache. Elle a &#224; tel point perdu confiance en soi, elle est &#224; tel point humili&#233;e, qu'elle n'ose d&#233;j&#224; plus affronter de face, devant le prol&#233;tariat mondial, les chefs de la II&#176; Internationale, ces agents patent&#233;s de la bourgeoisie, ces &#233;lecteurs de Hindenburg, qui ont fray&#233; la voie au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste (&#034; Aux ouvriers de tous les pays &#034;) du 5 mars, les staliniens ne parlent pas du &#034; social-fascisme &#034;, comme de l'ennemi principal. Ils ne rappellent pas non plus la grande trouvaille de leur chef : &#034; la social-d&#233;mocratie et le fascisme ne sont pas des antipodes, mais des jumeaux &#034;. Ils n'affirment plus que la lutte contre le fascisme exige l'&#233;crasement pr&#233;alable de la social-d&#233;mocratie. Ils ne soufflent mot de l'impossibilit&#233; du front unique par en haut. Au contraire, ils &#233;num&#232;rent scrupuleusement les cas o&#249;, dans le pass&#233;, la bureaucratie stalinienne, de mani&#232;re inattendue pour les ouvriers et pour elle-m&#234;me, s'est trouv&#233;e dans l'obligation de proposer, en passant, &#224; l'improviste, le front unique aux dirigeants r&#233;formistes. C'est ainsi que sous la rafale de la temp&#234;te historique, s'&#233;parpillent les th&#233;ories artificielles et fausses, dignes de charlatans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;f&#233;rant aux &#034; conditions originales de chaque pays &#034; et &#224; l'impossibilit&#233; qui, soi-disant, en d&#233;coule, d'organiser le front unique &#224; l'&#233;chelle internationale (on oublie d'un seul coup toute la lutte contre &#034; l'exceptionnalisme &#034;, c'est-&#224;-dire la th&#233;orie des droitiers sur les particularit&#233;s nationales !), la bureaucratie stalinienne recommande aux Partis communistes nationaux d'adresser une proposition de front unique aux &#034; Comit&#233;s Centraux des Partis sociaux-d&#233;mocrates &#034;. Hier encore, on appelait cela capituler devant le social-fascisme ! C'est ainsi que passent sous la table, dans la corbeille &#224; papiers, les plus hautes le&#231;ons du stalinisme de ces quatre derni&#232;res ann&#233;es, et que tombe en poussi&#232;re tout un syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire ne s'arr&#234;te pas l&#224; : venant juste apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;laborer des conditions de front unique dans l'ar&#232;ne internationale, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste l'oublie aussit&#244;t et, vingt lignes plus loin, formulent les conditions dans lesquelles le front unique est acceptable et admissible dans tous les pays, quelles que soient les diff&#233;rences des conditions nationales. Le recul devant le fascisme s'accompagne d'un recul panique devant les commandements th&#233;oriques du stalinisme. Des &#233;clats et des d&#233;bris d'id&#233;es et de principes sont jet&#233;s sur la route comme du lest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de front unique, mises en avant par l'Internationale communiste pour tous les pays (Comit&#233;s d'action contre le fascisme, manifestations et gr&#232;ves contre l'abaissement des salaires) n'apportent rien de nouveau, au contraire, elles sont la reproduction sch&#233;matis&#233;e, bureaucratis&#233;e des mots d'ordre que l'opposition de gauche avait formul&#233;s de mani&#232;re beaucoup plus pr&#233;cise et concr&#232;te il y a deux ans et demi, et qui lui avait valu d'&#234;tre rang&#233;e dans le camp du social-fascisme. Un front unique sur ces bases pourrait donner en Allemagne des r&#233;sultats d&#233;cisifs ; mais, pour cela, il devrait &#234;tre r&#233;alis&#233; &#224; temps. Le temps est le facteur le plus important en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la valeur pratique des propositions du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste actuellement ? Pour l'Allemagne, elle est r&#233;duite au minimum. La politique de front unique suppose un &#034; front &#034;, c'est-&#224;-dire des positions fermes et une direction centralis&#233;e. L'opposition de gauche a avanc&#233; dans le pass&#233; les conditions du front unique, en tant que conditions de d&#233;fense active, avec la perspective d'un passage &#224; l'offensive. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand en est arriv&#233; au stade de la retraite d&#233;sordonn&#233;e, qui ne comporte m&#234;me pas de combats d'arri&#232;re-garde. Dans ces circonstances, .peuvent et vont se former des unions spontan&#233;es entre ouvriers communistes et sociaux-d&#233;mocrates pour des t&#226;ches isol&#233;es et &#233;pisodiques, mais la r&#233;alisation syst&#233;matique du front unique est remise in&#233;vitablement &#224; un avenir ind&#233;fini. Il ne faut d&#233;j&#224; plus se faire d'illusions &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an et demi, nous d&#233;clarions que la cl&#233; de la situation se trouvait dans les mains du Parti communiste allemand. Aujourd'hui, la bureaucratie stalinienne a laiss&#233; &#233;chapper cette cl&#233;. Il faudra des &#233;v&#233;nements importants, &#233;chappant &#224; la volont&#233; du parti pour donner la possibilit&#233; aux ouvriers de faire une halte, de se raffermir, de reformer leurs rangs et de passer &#224; une d&#233;fense active. Quand viendra pr&#233;cis&#233;ment ce moment, nous ne le savons pas. Peut-&#234;tre beaucoup plus vite que ne l'escompte la contre-r&#233;volution triomphante. Mais en tout cas, ce ne sont pas ceux qui ont compos&#233; le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, qui dirigeront la politique de front unique en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la position centrale a &#233;t&#233; abandonn&#233;e &#224; l'ennemi, il faut se renforcer aux abords, il faut pr&#233;parer des points d'appui pour une future attaque concentrique. Cette pr&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur de l'Allemagne implique qu'on fasse une analyse critique du pass&#233;, qu'on entretienne le moral des combattants d'avant-garde et leur coh&#233;sion, et que l'on organise l&#224; o&#249; c'est possible, les combattants d'arri&#232;re-garde, dans l'attente du moment o&#249; les d&#233;tachements isol&#233;s pourront se r&#233;unir en une grande arm&#233;e. Cette pr&#233;paration implique, en m&#234;me temps, la d&#233;fense des positions prol&#233;tariennes dans les pays &#233;troitement li&#233;s &#224; l'Allemagne, ou qui sont ses voisins imm&#233;diats : en Autriche, en Tch&#233;coslovaquie, en Pologne, dans les Pays baltes, en Scandinavie, en Belgique, en Hollande, en France et en Suisse. Il faut entourer l'Allemagne fasciste d'un anneau puissant de positions prol&#233;tariennes. Sans cesser une seule minute de tenter d'arr&#234;ter la retraite d&#233;sordonn&#233;e des ouvriers allemands, il faut maintenant cr&#233;er pour la lutte contre le fascisme des positions prol&#233;tariennes fortes autour des fronti&#232;res de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu vient l'Autriche qui est la plus directement menac&#233;e par le coup d'Etat fasciste. On peut dire avec certitude que, si le prol&#233;tariat autrichien s'emparait aujourd'hui du pouvoir et transformait son pays en une place d'armes r&#233;volutionnaire, l'Autriche deviendrait pour la r&#233;volution du prol&#233;tariat allemand, ce qu'&#233;tait le Pi&#233;mont pour la r&#233;volution de la bourgeoisie italienne. Il est impossible de pr&#233;voir jusqu'o&#249; ira sur cette voie le prol&#233;tariat autrichien, pouss&#233; en avant par les &#233;v&#233;nements mais paralys&#233; par la bureaucratie r&#233;formiste. La t&#226;che du communisme est d'aider les &#233;v&#233;nements contre l'austro-marxisme. Le moyen en est la politique de front unique. Les conditions que le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'internationale communiste r&#233;p&#232;te avec tant de retard apr&#232;s l'opposition de gauche, conservent ainsi toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de front unique, cependant, pr&#233;sente non seulement des avantages mais aussi des dangers. Elle donne facilement naissance &#224; des combinaisons des dirigeants derri&#232;re le dos des masses, &#224; une adaptation passive &#224; l'alli&#233; et &#224; des oscillations opportunistes. On ne peut pr&#233;venir ces dangers qu'en se donnant deux garanties expresses : maintien de la libert&#233; totale de critique en ce qui concerne l'alli&#233; et r&#233;tablissement de la libert&#233; totale de critique &#224; l'int&#233;rieur de son propre parti. Le refus de critiquer ses alli&#233;s conduit directement et imm&#233;diatement &#224; la capitulation devant le r&#233;formisme. La politique de front unique sans d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du parti, c'est-&#224;-dire sans le contr&#244;le du parti sur l'appareil, laisse les mains libres aux chefs pour des exp&#233;riences opportunistes, compl&#233;ment in&#233;vitable des exp&#233;riences aventuristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment agit dans ce cas le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ? Des dizaines de fois, l'opposition de gauche a pr&#233;dit que, sous le coup des &#233;v&#233;nements, les staliniens seraient oblig&#233;s d'abandonner leur ultra-gauchisme, et que, une fois sur la voie du front unique, ils commettraient toutes les trahisons opportunistes qu'ils nous attribuaient la veille. Cette pr&#233;diction s'est r&#233;alis&#233;e, cette fois encore, mot pour mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fait un saut p&#233;rilleux pour se retrouver sur les positions du front unique, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste foule aux pieds les garanties fondamentales qui, seules, peuvent assurer un contenu r&#233;volutionnaire &#224; la politique de front unique. Les staliniens prennent acte et font leur la demande hypocrite et diplomatique des r&#233;formistes, concernant la soi-disant &#034; non-agression mutuelle &#034;. Reniant toutes les traditions du marxisme et du bolchevisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste recommande aux Partis communistes, en cas de r&#233;alisation du front unique, de &#034; renoncer aux attaques contre les organisations sociales-d&#233;mocrates, pendant la lutte commune &#034;. C'est ainsi formul&#233; ! Renoncer &#034; aux attaques (!) contre la social-d&#233;mocratie &#034; (quelle formule honteuse !) implique que l'on renonce &#224; la libert&#233; de critique politique, c'est-&#224;-dire &#224; la fonction fondamentale du parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capitulation est provoqu&#233;e non par une n&#233;cessit&#233; pratique, mais par la panique. Les r&#233;formistes viennent et viendront &#224; un accord dans la mesure o&#249; la pression des &#233;v&#233;nements, conjugu&#233;e &#224; celle des masses, les y oblige. L'exigence de &#034; non-agression &#034; est un chantage, c'est-&#224;-dire une tentative de la part des chefs r&#233;formistes d'obtenir un avantage suppl&#233;mentaire. Se soumettre au chantage signifie construire le front unique sur des bases pourries, et donner la possibilit&#233; aux combinards r&#233;formistes de le faire &#233;clater sous n'importe quel pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique en g&#233;n&#233;ral, et encore plus dans les conditions du front unique, doit, &#233;videmment, correspondre aux rapports r&#233;els et ne pas d&#233;passer certaines limites. Il faut rejeter l'absurdit&#233; du &#034; social-fascisme &#034; : ce n'est pas une concession &#224; la social-d&#233;mocratie mais au marxisme. Il ne faut pas critiquer l'alli&#233; pour ses trahisons en 1918, mais pour son mauvais travail en 1933. La critique, &#224; l'image de la vie politique elle-m&#234;me dont elle est la voix, ne saurait s'arr&#234;ter m&#234;me une heure. Si les r&#233;v&#233;lations communistes correspondent &#224; la r&#233;alit&#233;, elles servent les objectifs du front unique, poussent en avant l'alli&#233; temporaire et, ce qui est encore plus important, donnent une &#233;ducation r&#233;volutionnaire au prol&#233;tariat dans son ensemble. Le premier degr&#233; de la politique honteuse et criminelle, que Staline imposa aux communistes chinois par rapport au Kuomintang, fut pr&#233;cis&#233;ment marqu&#233;e par le renoncement &#224; cette obligation fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire n'est pas meilleure en ce qui concerne la deuxi&#232;me garantie. Renon&#231;ant &#224; critiquer la social-d&#233;mocratie, l'appareil stalinien ne pense m&#234;me pas &#224; rendre le droit de critique aux membres de son propre parti. Le tournant lui-m&#234;me est accompli comme &#224; l'habitude, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation bureaucratique. Aucun congr&#232;s national, aucun congr&#232;s international ni m&#234;me de pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, aucune pr&#233;paration dans la presse du parti, aucune analyse des &#233;v&#233;nements politiques pass&#233;s. Et ce n'est pas &#233;tonnant : d&#232;s le d&#233;but de la discussion dans le parti, tout ouvrier qui r&#233;fl&#233;chit, poserait aux gens de l'appareil, la question : pourquoi les bolcheviks-l&#233;ninistes ont-ils &#233;t&#233; exclus de toutes les sections, pourquoi sont-ils arr&#234;t&#233;s, d&#233;port&#233;s et fusill&#233;s en URSS ? Est-ce donc seulement parce qu'ils creusent plus profond&#233;ment et qu'ils voient plus loin ? La bureaucratie stalinienne ne peut admettre cette conclusion. Elle est capable de n'importe quel bond et tournant, elle ne peut ni n'ose accepter une confrontation loyale avec les bolcheviks-l&#233;ninistes devant les ouvriers. Ainsi, dans la lutte pour sa conservation, l'appareil d&#233;pr&#233;cie son nouveau tournant, en ruinant &#224; l'avance son cr&#233;dit non seulement aupr&#232;s des sociaux-d&#233;mocrates, mais aussi aupr&#232;s des ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication du manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'accompagne encore d'une circonstance, qui est un peu &#224; c&#244;t&#233; de la question d&#233;battue, mais qui jette une vive lumi&#232;re sur la situation actuelle de l'Internationale communiste et sur l'attitude du groupe dirigeant stalinien &#224; son &#233;gard. Le manifeste est imprim&#233; dans la Pravda du 6 mars, non comme un appel direct et ouvert au nom du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste qui se trouve &#224; Moscou, comme cela s'est toujours fait, mais il est pr&#233;sent&#233; comme la traduction d'un document de l'Humanit&#233;, transmis par l'Agence Tass de Paris. Quelle ruse insens&#233;e et humiliante ! Apr&#232;s tous les succ&#232;s, apr&#232;s la r&#233;alisation du premier plan quinquennal, apr&#232;s la &#034; liquidation des classes &#034;, apr&#232;s &#034; l'entr&#233;e dans le socialisme &#034;, la bureaucratie stalinienne n'ose pas imprimer sous son propre nom, le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ! Voil&#224; sa v&#233;ritable attitude envers l'Internationale communiste, voil&#224; comment elle se sent r&#233;ellement dans l'ar&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste n'est pas la seule r&#233;ponse &#224; l'initiative de la II&#176; Internationale. Par le biais d'organisations servant de paravent : l'opposition syndicale rouge (RGO), allemande et polonaise, l'Antifa et la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail italienne, l'Internationale communiste convoque pour le mois d'avril &#034; un congr&#232;s paneurop&#233;en, ouvrier et antifasciste &#034;. La liste des invit&#233;s est, comme il convient, confuse et vaste : les &#034; entreprises &#034; (c'est ainsi formul&#233; : les &#034; entreprises &#034;, bien que les communistes soient &#233;vinc&#233;s de presque toutes les entreprises du monde, gr&#226;ce aux efforts de Staline-Lozovsky), les organisations ouvri&#232;res locales, r&#233;volutionnaires, r&#233;formistes, catholiques et sans parti, les organisations sportives, antifascistes et paysannes. Bien plus : &#034; Nous voulons inviter toutes les personnes isol&#233;es qui se battent effectivement (!) pour la cause des travailleurs.&#034; Ayant ruin&#233; pour longtemps la cause des masses, les strat&#232;ges font appel aux &#034; personnes isol&#233;es &#034;, ces justes qui n'ont pas trouv&#233; place dans les masses, mais qui, n&#233;anmoins, &#034; se battent effectivement pour la cause des travailleurs &#034;. Barbusse et le g&#233;n&#233;ral Sch&#246;naich seront &#224; nouveau mobilis&#233;s pour sauver l'Europe d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons devant nous le livret tout pr&#234;t de l'une de ces repr&#233;sentations de charlatans, dont les staliniens se servent habituellement pour masquer leur impuissance. Qu'a fait le bloc d'Amsterdam des centristes et des pacifistes dans la lutte contre l'attaque des brigands japonais contre la Chine ? Rien. Par respect pour la &#034; neutralit&#233; &#034; stalinienne, les pacifistes ne firent m&#234;me pas para&#238;tre un manifeste de protestation. Aujourd'hui, on pr&#233;pare une r&#233;&#233;dition du congr&#232;s d'Amsterdam, non contre la guerre, mais contre le fascisme. Que fera le bloc antifasciste des &#034; entreprises &#034; absentes et des &#034; isol&#233;s &#034; impuissants. Rien. On sortira un manifeste creux, si, cette fois-ci, on arrive jusqu'au congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant pour les &#034; personnes isol&#233;es &#034; a deux extr&#233;mit&#233;s : opportuniste et aventuriste. Les socialistes r&#233;volutionnaires russes, dans le pass&#233;, tendaient la main droite aux lib&#233;raux et tenaient une bombe de la main gauche. L'exp&#233;rience des dix derni&#232;res ann&#233;es prouve qu'apr&#232;s chaque grande d&#233;faite, provoqu&#233;e ou, du moins, aggrav&#233;e par la politique de l'Internationale communiste, la bureaucratie stalinienne a invariablement essay&#233; de sauver sa r&#233;putation &#224; l'aide de quelque grandiose aventure (l'Esthonie, la Bulgarie, Canton). Ce danger n'est-il pas encore pr&#233;sent aujourd'hui ? En tout cas, nous consid&#233;rons comme notre devoir d'&#233;lever la voix pour une mise en garde. Les aventures qui ont pour but de se substituer &#224; l'action des masses paralys&#233;es, d&#233;sorganisent encore plus les masses et aggravent la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la situation mondiale actuelle, ainsi que les conditions de chaque pays pris s&#233;par&#233;ment, sont aussi mortelles pour la social-d&#233;mocratie que favorables au parti r&#233;volutionnaire. Mais la bureaucratie stalinienne a su transformer la crise du capitalisme et celle du r&#233;formisme en crise du communisme. Tel est le bilan de dix ans de direction incontr&#244;l&#233;e des &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve des tartuffes pour dire : l'opposition de gauche critique un parti tomb&#233; entre les mains du bourreau. Les canailles ajoutent : l'opposition aide le bourreau. En combinant un sentimentalisme hypocrite et un mensonge empoisonn&#233;, les staliniens essaient de cacher le Comit&#233; central derri&#232;re l'appareil, l'appareil derri&#232;re le parti, et d'&#233;luder la question des responsables de la catastrophe, de la strat&#233;gie erron&#233;e, du r&#233;gime d&#233;sastreux, de la direction criminelle : c'est cela aider les bourreaux d'aujourd'hui et de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bureaucratie stalinienne en Chine n'&#233;tait pas moins d&#233;sastreuse que la politique actuelle en Allemagne. Mais l&#224;-bas, les choses se pass&#232;rent derri&#232;re le dos du prol&#233;tariat mondial, dans des circonstances qu'il ne comprenait pas. La voix critique de l'opposition de gauche en URSS ne parvenait pour ainsi dire pas jusqu'aux ouvriers des autres pays. L'exp&#233;rience de la Chine se passa presque impun&#233;ment pour l'appareil stalinien. En Allemagne il en va autrement. Toutes les &#233;tapes du drame se sont d&#233;roul&#233;es sous les yeux du prol&#233;tariat mondial. A chaque &#233;tape, l'opposition a fait entendre sa voix. Tout le cours du d&#233;veloppement a &#233;t&#233; pr&#233;dit &#224; l'avance. La bureaucratie stalinienne a calomni&#233; l'opposition, lui a imput&#233; des id&#233;es et des plans qui lui &#233;taient &#233;trangers, a exclu tous ceux qui parlaient de front unique, a aid&#233; la bureaucratie sociale-d&#233;mocrate &#224; saboter les comit&#233;s unifi&#233;s de d&#233;fense &#224; l'&#233;chelon local, a enlev&#233; aux ouvriers toute possibilit&#233; de d&#233;boucher sur la voie de la lutte de masse, a d&#233;sorganis&#233; l'avant-garde et paralys&#233; le prol&#233;tariat. Ainsi, en s'opposant au front unique de d&#233;fense avec la social-d&#233;mocratie, les staliniens se sont retrouv&#233;s avec elle, dans un front unique de panique et de capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, se trouvant d&#233;j&#224; devant des ruines, la direction de l'Internationale communiste craint plus que tout la lumi&#232;re et la critique. Que p&#233;risse la r&#233;volution mondiale, mais que vive le faux prestige ! Les banqueroutiers s&#232;ment la confusion et brouillent les traces. La Pravda consid&#232;re comme une &#034; immense victoire politique &#034; le fait que le Parti communiste allemand, alors qu'il recevait les premiers coups a perdu &#034; seulement &#034; 1 200 000 voix, pour une augmentation globale des votants de quatre millions. De la m&#234;me mani&#232;re, Staline, en 1924, jugeait comme une &#034; victoire immense &#034;, le fait que les ouvriers allemands qui avaient recul&#233; sans combat, aient r&#233;ussi &#224; donner au Parti communiste 3 600 000 voix. Si le prol&#233;tariat, tromp&#233; et d&#233;sarm&#233; par les deux appareils, a donn&#233; cette fois-ci au Parti communiste pr&#232;s de cinq millions d'&#233;lecteurs, cela signifie seulement qu'il lui aurait donn&#233; deux fois ou trois fois plus, s'il avait eu confiance en sa direction. Il l'aurait port&#233; au pouvoir, si le parti avait su montrer qu'il &#233;tait capable de le prendre et de le conserver. Mais il n'a rien donn&#233; au prol&#233;tariat si ce n'est la confusion, des zigzags, des d&#233;faites et des malheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cinq millions de communistes sont encore parvenus &#224; se rendre un &#224; un aux urnes. Mais ils ne sont ni dans les entreprises, ni dans la rue. Ils sont d&#233;sempar&#233;s, &#233;parpill&#233;s, d&#233;moralis&#233;s. Sous le joug de l'appareil, ils ont perdu l'habitude d'&#234;tre ind&#233;pendants. La terreur bureaucratique du stalinisme a paralys&#233; leur volont&#233;, avant que soit venu le tour de la terreur criminelle du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire clairement, nettement, ouvertement : le stalinisme en Allemagne a eu son 4 ao&#251;t. D&#233;sormais, les ouvriers d'avant-garde de ce pays ne parleront plus de la p&#233;riode de domination de la bureaucratie stalinienne qu'avec un sentiment br&#251;lant de honte, qu'avec des paroles de haine et de mal&#233;diction. Le Parti communiste officiel d'Allemagne est condamn&#233;. D&#233;sormais, il ne peut que perdre du terrain, s'effriter et se r&#233;duire &#224; n&#233;ant. Aucun moyen artificiel ne peut le sauver. Le communisme allemand ne peut rena&#238;tre que sur de nouvelles bases, et avec une nouvelle direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal s'exprime aussi dans le destin du stalinisme. Il se trouve dans les diff&#233;rents pays &#224; diff&#233;rents stades de son d&#233;clin. Dans quelle mesure l'exp&#233;rience tragique de l'Allemagne servira d'impulsion pour la renaissance des autres sections de l'Internationale communiste, c'est l'avenir qui le dira. En Allemagne, en tout cas, la sinistre chanson de la bureaucratie stalinienne a fini d'&#234;tre chant&#233;e. Le prol&#233;tariat allemand se rel&#232;vera, le stalinisme jamais. Les ouvriers d'avant-garde allemands doivent construire un nouveau parti sous les coups terribles de l'ennemi. Les bolcheviks-l&#233;ninistes consacreront toutes leurs forces &#224; ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant fasciste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er avril 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire allemand - la contre-r&#233;volution de mars - est un &#233;v&#233;nement de la plus grande importance historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre imp&#233;rialiste mondiale n'a pas r&#233;solu les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Au contraire, elle les a aiguis&#233;es, approfondies et plac&#233;es &#224; un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise &#233;conomique de l'apr&#232;s-guerre (1920-1929) ne s'est pas faite sur la base du march&#233; mondial &#233;largi. Cette reprise reposait sur un retour, plus ou moins rapide, &#224; une demande normale, &#224; d'importants investissements dans des r&#233;gions d&#233;truites par la guerre et &#224; d'&#233;normes investissements dans la technologie industrielle, en particulier aux &#201;tats-Unis et en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restriction des march&#233;s mondiaux ainsi qu'une contraction significative du march&#233; sovi&#233;tique pour les pays capitalistes &#224; la suite de la r&#233;volution d'Octobre, avec la croissance g&#233;ante simultan&#233;e de l'appareil de production des &#201;tats-Unis, de l'Allemagne et d'autres pays du capitalisme et de leurs colonies, ont d&#233;termin&#233; la relativit&#233; et le caract&#232;re illusoire de la reprise &#233;conomique apr&#232;s la guerre. La totalit&#233; de la production mondiale pour toutes les ann&#233;es de croissance &#233;conomique apr&#232;s la guerre, si l'on part de la production par habitant plut&#244;t que de la taille absolue de la production, n'a pas d&#233;pass&#233; le niveau d'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique elle-m&#234;me n'a pas &#233;t&#233; homog&#232;ne dans tous les pays. En raison de la modification des relations sociales de l'apr&#232;s-guerre, la croissance &#233;conomique des &#201;tats-Unis &#233;tait due au d&#233;placement des produits et des capitaux europ&#233;ens, et la croissance &#233;conomique de l'Allemagne, qui la pla&#231;ait en deuxi&#232;me position apr&#232;s les &#201;tats-Unis en termes de quantit&#233; de marchandises export&#233;es, a eu lieu principalement au d&#233;triment de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette stagnation des forces productives de la soci&#233;t&#233; capitaliste a &#233;galement conduit &#224; la relativit&#233; de la stabilisation d'apr&#232;s-guerre, sa fragilit&#233; et sa courte dur&#233;e. Le probl&#232;me de la guerre pour la nouvelle redistribution des march&#233;s, entre les imp&#233;rialistes et contre l'URSS, ainsi que le probl&#232;me de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, se sont donc toujours pos&#233;s non pas comme des probl&#232;mes de d&#233;cennies lointaines, mais comme des probl&#232;mes &#224; l'ordre du jour, du mois et de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apais&#233;e et stabilis&#233;e apr&#232;s la guerre avec l'aide des capitaux am&#233;ricains, l'Europe - avec une Allemagne soumise au trait&#233; de Versailles et au plan Young dans son centre - est en pratique tributaire des &#201;tats-Unis. La part du lion de ce tribut a &#233;t&#233; pay&#233;e jusqu'en 1932 par l'Allemagne, pas seulement pour elle-m&#234;me, mais aussi pour toute l'Europe. Ce faisant, elle s'est transform&#233;e, &#224; cause des &#233;normes difficult&#233;s qui s'abattaient sur sa population active, en une immense poudri&#232;re qui devait exploser, t&#244;t ou tard, sous la forme d'un m&#233;contentement populaire massif ou d'une vague de nationalisme et de chauvinisme - c'est-&#224;-dire r&#233;volutionnaire ou contre-r&#233;volutionnaire - et de guerre. C'est exactement ce que Trotski voulait dire lorsqu'il soulignait en 1926 que le travail de l'Am&#233;rique pour transformer l'Europe en un nouveau type de domination pourrait bient&#244;t rencontrer une &#171; r&#233;sistance des peuples &#187; - une r&#233;volution ou une guerre [1]. Une explosion de masse nationaliste ou r&#233;volutionnaire en Allemagne signifierait que, &#224; un moment historique, le travail de l'Am&#233;rique pour transformer l'Europe - et principalement l'Allemagne, ce maillon le plus fragile et instable du capitalisme - en une sorte de dominion des &#201;tats-Unis, se heurterait &#224; la r&#233;sistance des masses populaires. Une telle explosion signifierait l'effondrement de l'&#233;quilibre europ&#233;en, l'effondrement du r&#233;formisme europ&#233;en et de la social-d&#233;mocratie, qui, en tant qu'ombre du capital am&#233;ricain, perdrait rapidement le reste de son influence et quitterait la sc&#232;ne. Dans ce cas, l'une des deux forces aux deux p&#244;les de la soci&#233;t&#233; capitaliste occuperait la sc&#232;ne historique : le fascisme ou le communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
brochure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La crise &#233;conomique mondiale a profond&#233;ment &#233;branl&#233; les fondements de la soci&#233;t&#233; capitaliste. M&#234;me un L&#233;viathan imp&#233;rialiste, comme les &#201;tats-Unis, a trembl&#233; sous ses coups.Avant la crise, le capitalisme allemand maintenait son &#233;quilibre en aspirant continuellement le capital &#233;tranger et en d&#233;veloppant consid&#233;rablement ses exportations industrielles, au prix de la surexploitation de toutes les forces du pays. Cela lui a permis dans les ann&#233;es de reprise &#233;conomique de r&#233;pondre aux besoins des masses et de calmer leurs sentiments politiques avec l'aide de la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la derni&#232;re crise mondiale, la bourgeoisie allemande a rationalis&#233;, concentr&#233; et &#233;largi son appareil de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises des industries chimiques et m&#233;tallurgiques se sont rassembl&#233;es au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, soit en fusionnant, soit en mutualisant les b&#233;n&#233;fices au nom des &#171; int&#233;r&#234;ts communs &#187; (par exemple, &#171; l'union des int&#233;r&#234;ts des usines de peinture &#187;, &#171; la soci&#233;t&#233; par actions des aci&#233;ries unies &#187;). L'appareil productif et les capacit&#233;s de production du capitalisme germanique ont atteint, malgr&#233; les entraves de Versailles, un niveau &#233;norme par rapport &#224; l'avant-guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute cette gigantesque r&#233;organisation technologique et structurelle s'est faite principalement par des emprunts &#224; l'&#233;tranger. L'Autriche, bien s&#251;r, a fait la m&#234;me chose, &#224; l'&#233;chelle de ce pays, &#224; la diff&#233;rence pr&#232;s que le gouvernement autrichien, contrairement au gouvernement allemand, est en fait priv&#233; d'autonomie et de contr&#244;le, &#233;tant sous la garde et le contr&#244;le de la Soci&#233;t&#233; des Nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part importante du fonds de roulement de l'&#233;conomie allemande se compose &#233;galement de pr&#234;ts &#233;trangers, de plus des pr&#234;ts &#224; court terme. Sur les quelque 25 milliards de capital circulant (en 1931), 9 &#224; 10 milliards &#233;taient des capitaux am&#233;ricains, n&#233;erlandais, anglais et suisses. La crise &#233;conomique prolong&#233;e a sap&#233; les exportations allemandes, puis l'&#233;conomie nationale dans son ensemble, d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;e par des &#233;normes paiements dans le cadre des plans de Dawes-Young. En plus de l'exportation habituelle des capitaux allemands &#224; l'&#233;tranger (de 1925 &#224; 1932, environ 9 milliards de marks), durant la crise les capitaux &#233;trangers ont commenc&#233; &#224; fuir l'Allemagne : environ 4 &#224; 5 milliards de marks jusqu'&#224; fin 1932. La fuite panique des capitaux allemands vers l'&#233;tranger a commenc&#233; &#224; partir de 1931, &#224; la fois en raison de l'instabilit&#233; de la situation politique interne, de la crise mondiale du cr&#233;dit et de l'effondrement de l'&#233;talon-or en Angleterre, lorsque, &#224; la suite de chocs mon&#233;taires et des changements de politique douani&#232;re (tarifs pr&#233;f&#233;rentiels des dominions et droits discriminatoires des pays capitalistes concurrents et de l'URSS), de nombreuses entreprises industrielles allemandes ont commenc&#233; &#224; &#234;tre transf&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tr&#233;cissement des march&#233;s mondiaux et int&#233;rieurs, fuite des capitaux, resserrement du cr&#233;dit, fermeture d'entreprises, ch&#244;mage et appauvrissement des masses, d&#233;vastation de la petite-bourgeoisie et de la paysannerie urbaine - tout cela se conjugua et donna naissance aux d&#233;crets d'urgence successifs de Br&#252;ning dans le seul but de sauver l'Allemagne capitaliste de la catastrophe par une imposition fiscale des masses, tout en pr&#233;servant les bases du r&#233;gime politique de d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre politique int&#233;rieur a commenc&#233; &#224; se briser. &#201;tant donn&#233; l'impuissance de l'Am&#233;rique &#224; &#171; aider &#187; l'Allemagne dans le futur, les causes de la catastrophe en tant que cons&#233;quences de la guerre perdue et du trait&#233; de Versailles, sont devenues de plus en plus &#233;videntes dans l'esprit des masses. Les jeunes g&#233;n&#233;rations, qui n'avaient pas v&#233;cu les horreurs de la guerre, commenc&#232;rent &#224; orienter leurs pens&#233;es et leur volont&#233; pour mettre fin au trait&#233; de Versailles et pour se lib&#233;rer de la servitude vis-&#224;-vis de la France (le r&#244;le de l'Am&#233;rique n'est pas visible pour les masses, car elle re&#231;oit le financement non pas directement, mais par l'interm&#233;diaire de la France). La croissance de la vague nationaliste et chauvine de la petite-bourgeoisie, habilement dirig&#233;e vers son cours fasciste par le capital monopoliste de l'Allemagne, a commenc&#233;. Ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; cause de la d&#233;rive de la direction communiste en 1932, n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;aliser jusqu'&#224; pr&#233;sent - la lib&#233;ration nationale de l'Allemagne - la petite-bourgeoisie le tente par la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les imp&#233;rialismes fran&#231;ais, britannique, am&#233;ricain n'avaient qu'un seul moyen de pr&#233;server l'&#233;quilibre interne de Weimar et de Versailles en Allemagne et en Europe : annuler ou reporter la dette et accorder un nouveau pr&#234;t &#224; l'Allemagne. La premi&#232;re partie de la t&#226;che a &#233;t&#233; presque enti&#232;rement achev&#233;e - l'ajournement a &#233;t&#233; accord&#233; et les r&#233;parations ont &#233;t&#233; annul&#233;es sous condition. Mais cela n'&#233;tait pas suffisant et n'a pas eu d'effet sur les processus internes du pays. Le dernier recours consistait &#224; accorder de nouveaux pr&#234;ts &#224; l'Allemagne pour relancer son industrie. Mais accorder des pr&#234;ts signifie augmenter la production. Et comment r&#233;soudre la question de savoir o&#249; vendre les marchandises allemandes alors que la crise s'aggrave dans le monde entier ? De plus, avec cette conjoncture, les sp&#233;cialistes anglais, fran&#231;ais et am&#233;ricains peuvent moins que jamais souhaiter un renforcement de l'industrie allemande, donc accro&#238;tre sa part du march&#233; mondial. Et comment, en outre, confier &#224; l'Allemagne de nouveaux capitaux, alors que la bourgeoisie allemande elle-m&#234;me ne croit pas &#224; la stabilit&#233; de la situation politique en Allemagne et exporte pr&#233;cipitamment ses capitaux &#224; l'&#233;tranger ? De plus, dans cette situation, il est impossible de renforcer le capitalisme allemand sans renforcer simultan&#233;ment ses aspirations &#224; la rupture du trait&#233; de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une telle tentative a &#233;t&#233; faite. Car il &#233;tait beaucoup moins co&#251;teux de sauver et de pr&#233;server les colonies et les territoires europ&#233;ens pris &#224; l'Allemagne avec l'aide d'un gouvernement accommodant de partis interm&#233;diaires qu'au moyen d'une nouvelle guerre. Et en 1931, la France a essay&#233; d'accorder &#224; l'Allemagne, avec l'Angleterre et les &#201;tats-Unis, un pr&#234;t &#224; long terme de 500 millions de dollars, mais sous r&#233;serve de l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le douanier sur l'Allemagne, du contr&#244;le financier de ses emprunts et d&#233;penses et de l'engagement de l'Allemagne de ne pas exiger de modifications des trait&#233;s de paix en sa faveur pendant 10 ans. C'est-&#224;-dire sous r&#233;serve de la transformation de l'Allemagne par les &#171; grandes puissances &#187; en une sorte de Chine ou d'Autriche.Il est clair que l'acceptation de ces conditions par le gouvernement Br&#252;ning aurait signifi&#233; une acc&#233;l&#233;ration extraordinaire du coup d'&#201;tat fasciste. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e. Mais en l'absence d'une direction communiste ad&#233;quate, l'Allemagne a continu&#233; &#224; avancer &#224; toute vitesse vers le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La croissance rapide du sentiment fasciste &#233;tait donc due &#224; l'impasse &#233;conomique, dans laquelle l'Allemagne avait &#233;t&#233; conduite par l'&#233;tat du capitalisme d'apr&#232;s-guerre, la crise &#233;conomique profonde et le syst&#232;me de Versailles, avec en toile de fond la faiblesse de l'avant-garde prol&#233;tarienne. &#192; son tour, la croissance rapide du fascisme a intensifi&#233; le chaos &#233;conomique, rendant impossible aux bourses internationales d'aider son &#233;conomie avec les capitaux. Un cercle vicieux a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, &#224; partir duquel il n'y avait pas de sortie &#171; normale &#187;. Cela allait d&#233;g&#233;n&#233;rer par une explosion de l'&#233;quilibre de l'apr&#232;s-guerre et, surtout, de la coquille politique de Weimar, sous l'impact de grandes masses de &#171; la nation &#187; sous la direction du capital financier. La contre-r&#233;volution de mars constitue la rupture du premier maillon du syst&#232;me de Versailles. C'est pourquoi le coup d'&#201;tat fasciste a &#233;t&#233; accueilli avec tant de haine par la bourgeoisie des pays victorieux et avec tant d'espoir et de joie par la bourgeoisie des pays vaincus dans la guerre imp&#233;rialiste, et des pays insatisfaits de l'issue de la guerre. D'o&#249; les sympathies inattendues de la bourgeoisie des pays victorieux pour les ouvriers et m&#234;me les communistes d'Allemagne, dont la lutte contre le fascisme visa &#224; consolider les syst&#232;mes &#233;troitement li&#233;s de Versailles et Weimar. Il est &#233;galement compr&#233;hensible que les gouvernements fascistes de Hongrie et d'Allemagne veuillent aider la bourgeoisie autrichienne &#224; fasciser son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La contre-r&#233;volution de mars signifie, en fin de compte, l'&#233;limination des vestiges de la r&#233;volution du 9 novembre [1918] et du syst&#232;me de Weimar. Mais cela signifie-t-il aussi le retour au pouvoir des forces sociales et politiques qui gouvernaient l'Allemagne avant la r&#233;volution de novembre, c'est-&#224;-dire la restauration au sens direct et imm&#233;diat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime fasciste en Allemagne, quelle que soit la forme de gouvernement - qu'il s'agisse d'une monarchie fasciste ou d'une r&#233;publique fasciste - est un r&#233;gime de terreur fasciste plut&#244;t qu'une r&#233;action de Bismarck raviv&#233;e, et constitue la pr&#233;dominance de la partie la plus puissante et agressive du puissant capitalisme monopoliste allemand, des sommets du capital industriel et bancaire, plus ou moins soutenu par le grand capital agraire, mais n'est pas une domination des junkers [nobles, propri&#233;taires terriens en Prusse], plus ou moins soutenus par le capital industriel et bancaire, ce qui serait un retour &#224; avant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sentait le r&#233;gime en Allemagne avant novembre [1918] ? En utilisant une formulation br&#232;ve et concise de Trotski, on pourrait dire : Jusqu'au 9 novembre, l'Allemagne &#233;tait un pays sans traditions r&#233;volutionnaires. La bourgeoisie arriva trop tard pour concurrencer s&#233;rieusement les forces de la vieille soci&#233;t&#233;. Apr&#232;s une modeste exp&#233;rience en 1848, elle a garanti &#224; Bismarck aid&#233; par l'arm&#233;e prussienne l'unification de la patrie. Les junkers, des purs f&#233;odaux, ont &#233;t&#233; appel&#233;s pour r&#233;gler les t&#226;ches de d&#233;veloppement capitaliste et ont pris en main toutes les ressources de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Apr&#232;s la guerre de 1864-1866-1870, les f&#233;odaux des r&#233;gions &#224; l'est de l'Elbe sont pass&#233;s de la selle prussienne sur la selle imp&#233;riale. La bourgeoisie lib&#233;rale n'a pas franchi les fronti&#232;res de l'opposition &#171; responsable &#187;, permettant aux junkers de mettre de l'ordre dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et de disposer de ses forces militaires. Enfin, lorsque la bourgeoisie allemande a &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; de nouveaux d&#233;fis de nature mondiale par le d&#233;veloppement capitaliste, elle a quand m&#234;me donn&#233; &#224; ceux qui &#233;taient unis autour de la monarchie la possibilit&#233; de diriger une nation arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation militaire allemande &#233;tait en pleine conformit&#233; avec le syst&#232;me de l'&#201;tat allemand avant la r&#233;volution. Ensemble, ils form&#232;rent une tour f&#233;odale sur les fondations capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de novembre a radicalement chang&#233; les r&#244;les des groupes sociaux dominants : La &#171; tour f&#233;odale &#187; a &#233;t&#233; politiquement d&#233;truite, le pouvoir direct a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; la bourgeoisie dans son ensemble, la bourgeoisie lib&#233;rale est pass&#233;e d'une opposition &#171; responsable &#187; &#224; l'exercice direct du pouvoir en tant que propri&#233;taire, et l'ensemble des junkers, &#233;conomiquement pr&#233;serv&#233;s, sont devenus l'opposition &#171; responsable &#187;. En Allemagne, un r&#233;gime d'ample d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;t&#233; mis en place, s'appuyant directement ou indirectement sur les r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat fasciste ne modifie pas le r&#244;le des classes ni la nature sociale du syst&#232;me. Il signifie seulement une concentration de la pl&#233;nitude du pouvoir direct entre les mains d'une &#233;troite couche dirigeante de la bourgeoisie industrielle et financi&#232;re. La d&#233;mocratie bourgeoise de l'Allemagne, qui ne pouvait &#234;tre compar&#233;e dans son ampleur qu'&#224; celle de la Nouvelle-Z&#233;lande - ou de l'Australie, est impitoyablement bris&#233;e. Conform&#233;ment aux objectifs nationaux et internationaux du fascisme, un r&#233;gime de terreur blanche est en train d'&#234;tre mis en place, par rapport auquel la politique r&#233;actionnaire de Bismarck - qui a impos&#233; la loi sur les socialistes expulsant 900 personnes des zones en &#233;tat de si&#232;ge et emprisonnant 1.500 pour une peine totale d'environ 1.000 ans (8 mois par personne) - appara&#238;t comme un d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La victoire du fascisme allemand marque la fin de l'&#232;re du pacifisme d&#233;mocratique d'apr&#232;s-guerre et est un coup dur, peut-&#234;tre fatal, &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise comme forme dominante du r&#232;gne de la bourgeoise dans les pays d&#233;cisifs du capitalisme. La r&#233;action terroriste - le fascisme - appara&#238;t sur le premier plan de la sc&#232;ne historique, peut-&#234;tre pour de longues ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lumi&#232;re des plus grands &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent en Allemagne, les communistes r&#233;volutionnaires sont oblig&#233;s de r&#233;fl&#233;chir et de comprendre ce que cette transformation abrupte de l'histoire introduit dans les probl&#232;mes mondiaux les plus importants. Quel sera &#224; court terme le sort du capitalisme et du mouvement communiste mondial ? Quelles sont les perspectives et les conditions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe ? Quelles seront les perspectives pour l'URSS et en cons&#233;quence ses probl&#232;mes ? Quelles sont les t&#226;ches directes de l'organisation internationale des bolcheviks-l&#233;ninistes ? Il faut r&#233;pondre imm&#233;diatement &#224; toutes ces questions, ne serait-ce que de mani&#232;re sch&#233;matique et g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La contre-r&#233;volution de mars se fonde sur l'intersection et l'imbrication des facteurs objectifs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le d&#233;sir croissant des cercles dirigeants du capitalisme monopoliste, qui r&#233;sulte de la restriction de la libre concurrence par les monopoles capitalistes, de renforcer la r&#233;action et d'&#233;liminer progressivement la d&#233;mocratie bourgeoise ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La volont&#233; des classes dominantes de r&#233;agir en contrecarrant la mont&#233;e r&#233;volutionnaire des masses produite par la crise historique de l'ensemble du syst&#232;me capitaliste et les soul&#232;vements r&#233;volutionnaires qu'il a subis apr&#232;s la guerre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La fin du pacifisme d&#233;mocratique et des illusions des masses vis-&#224;-vis de la d&#233;mocratie bourgeoise. La crise finale du bastion du r&#233;formisme mondial - de la social-d&#233;mocratie allemande - en cons&#233;quence de l'arr&#234;t de l'afflux des capitaux am&#233;ricains en Allemagne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'&#233;norme d&#233;ception des masses allemandes vis-&#224;-vis du r&#233;gime du parlementarisme d&#233;mocratique bourgeois qui, sous les coups de la crise &#233;conomique mondiale, a &#233;branl&#233; toute la vie &#233;conomique nationale du pays et d&#233;montr&#233; l'impuissance du r&#233;gime de Weimar &#224; les sauver de la faim, de la pauvret&#233; et de la destruction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'abandon des communistes par les ouvriers organis&#233;s et par la petite-bourgeoisie travailleuse &#224; la suite des r&#233;sultats du &#171; socialisme &#187; stalinien et de l'impuissance de la direction opportuniste du Parti communiste allemand &#224; prendre le pouvoir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La mont&#233;e du chauvinisme de la petite-bourgeoisie, du lumpen-prol&#233;tariat et de certaines couches du prol&#233;tariat &#224; cause des difficult&#233;s impos&#233;es par le trait&#233; de Versailles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'impossibilit&#233; pour la bourgeoisie allemande de continuer &#224; tenir le pouvoir entre ses mains par des m&#233;thodes et dans le cadre du syst&#232;me pourri de Weimar tout en maintenant les bases du trait&#233; de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a &#233;t&#233; la base de la puissante croissance du fascisme allemand, une croissance qui s'est termin&#233;e apr&#232;s presque huit mois de crise politique par un coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative formul&#233;e d&#232;s 1922 par Trotski - le communisme ou le fascisme - est maintenant r&#233;alis&#233;e en Allemagne par la solution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le fascisme allemand ne &#171; pousse &#187; pas dans la R&#233;publique de Weimar, ne se dissout pas en elle, ne s'adapte pas &#171; au cadre et aux formes de la d&#233;mocratie bourgeoise &#187;, mais il la d&#233;molit par un coup d'&#201;tat, men&#233; en alliance avec les junkers du parti &#171; national &#187; avec &#224; sa t&#234;te le Pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution a programm&#233; le coup d&#233;cisif &#224; la classe ouvri&#232;re au d&#233;but de 1933, ce qui n'&#233;tait pas accidentel. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1932, la vague de masse de la contre-r&#233;volution avait d&#233;j&#224; atteint son paroxysme. Puis, les masses ont commenc&#233; &#224; se d&#233;tourner des fascistes avec la croissance continue de l'&#233;lectorat communiste. Un nouveau retard dans la mise en &#339;uvre de la situation contre-r&#233;volutionnaire mena&#231;ait de renforcer ce retrait des masses d&#233;&#231;ues par la lenteur du fascisme de la contre-r&#233;volution et de renforcer le processus de radicalisation qui avait commenc&#233;. Le r&#233;gime allemand de Weimar ne pouvait pas opposer des obstacles d&#233;cisifs &#224; ce processus. Comme l'exp&#233;rience de 1932 l'a montr&#233;, le seul obstacle s&#233;rieux auquel le prol&#233;tariat et la petite-bourgeoisie qui le suivait seraient confront&#233;s dans leur propre tentative de renverser l'&#201;tat de Weimar ne pouvait &#234;tre que la stupidit&#233; (ou l'opportunisme) de la direction communiste. Le choix pour les sommets de l'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait alors : soit un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire, au moment le plus favorable pour eux au cours de ces 14 derni&#232;res ann&#233;es, soit le risque de laisser passer cette chance et d'&#234;tre confront&#233; dans un ou deux ans, sinon plus t&#244;t, &#224; une nouvelle ann&#233;e 1923. Telle &#233;tait la question &#224; la fin 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation a unifi&#233; les cercles dirigeants du capitalisme monopoliste en Allemagne autour de la r&#233;alisation imm&#233;diate de sa t&#226;che : le coup d&#233;cisif port&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la &#171; r&#233;volution inachev&#233;e &#187; du 9 novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les aveugles ou ceux qui ne voulaient pas regarder pouvaient ne pas saisir cette situation, d'une clart&#233; exceptionnelle. Une telle situation dictait imp&#233;rativement aux communistes des pr&#233;paratifs g&#233;n&#233;raux &#233;nergiques et rapides pour emp&#234;cher le coup d'&#201;tat et rattraper leur retard des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, c'est-&#224;-dire imm&#233;diatement : cr&#233;er un front unique ouvrier antifasciste, pr&#233;parer tout de suite une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, armer les ouvriers, d&#233;clarer largement leur disponibilit&#233; et leur d&#233;termination de repousser les premi&#232;res tentatives de coup contre-r&#233;volutionnaire par tous les moyens et de toutes leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Les forces motrices derri&#232;re la contre-r&#233;volution de mars sont les cercles les plus r&#233;actionnaires et chauvins du capitalisme monopoliste allemand, de l'imp&#233;rialisme allemand qui, &#224; travers son parti fasciste, a fait de la petite-bourgeoisie et des travailleurs d&#233;class&#233;s son pilier social. Ce conglom&#233;rat social est uni par la haine de la R&#233;publique de Weimar et du communisme, par la haine des partis qui ont dirig&#233; l'Allemagne de Weimar et fait la paix &#224; Versailles, par le d&#233;sir de briser les cha&#238;nes de Versailles et de ressusciter un &#171; empire allemand &#187; puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti des nationalistes (parti des grands propri&#233;taires terriens et seulement au second plan des grands industriels) et le Parti des nationaux-socialistes (parti des grands industriels principalement, sinon principalement, en termes de buts et objectifs, mais pas en termes de composition sociale) sont unis par un programme sp&#233;cifique d'exploitation du prol&#233;tariat et d'agression ext&#233;rieure, de cr&#233;ation d'un empire puissant qui se d&#233;barrasserait des cha&#238;nes de Versailles ne serait-ce que &#034; sur le dos de l'URSS. Ils se divisent surtout sur , la question de la forme du futur &#201;tat. Les nationaux-socialistes cherchent &#224; &#233;tablir une dictature de leur parti selon le mod&#232;le italien, pour &#233;tablir une domination politique du capital industriel ; les nationalistes cherchent &#224; restaurer la monarchie ou &#224; cr&#233;er une r&#233;publique conservatrice et, dans les deux cas, r&#233;tablir le r&#244;le politique d'avant-guerre des grands domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les divergences politiques entre les deux partis, et m&#234;me lorsque ces divergences sont aigu&#235;s, il faut garder &#224; l'esprit leurs affinit&#233;s sociales et g&#233;n&#233;tiques exceptionnelles. Le NSDAP (Parti ouvrier national-socialiste allemand) n'a pas scissionn&#233;, mais fut issu du seul parti national d'autrefois. Son programme a pour but de s'emparer de la petite-bourgeoisie et des ouvriers d&#233;class&#233;s, d'orienter leur m&#233;contentement dans un sens r&#233;actionnaire, pour faire d'eux un instrument des magnats du capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme &#171; radical &#187;, pris au pied de la lettre, a m&#234;me conduit certains opposants &#224; une &#233;valuation erron&#233;e du fascisme en tant que mouvement de gauche radical, ce qui a &#233;t&#233; &#224; l'origine des pires erreurs th&#233;oriques et tactiques dans la situation allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite-bourgeoisie et les ouvriers d&#233;class&#233;s attendent du coup r&#233;alis&#233; avec leurs mains des rivi&#232;res de lait et de miel. Ils placent en lui leurs espoirs pour un avenir meilleur. Ils croient en lui. Comme &#224; l'&#233;poque de la brume militaro-patriotique de 1914-1915, ils sont pr&#234;ts &#224; mourir pour cet avenir. Bien s&#251;r, apr&#232;s le coup d'&#201;tat, ils seront progressivement d&#233;&#231;us par le fascisme. Mais lorsque le gouvernement fasciste sera renforc&#233;, la petite-bourgeoisie &#233;voluant vers la gauche sera frein&#233;e pendant un certain temps par un nouvel appareil d'&#201;tat, qui dispose de moyens incomparablement plus puissants que celui de Weimar pour r&#233;primer les masses. Il sera alors difficile &#224; cette petite-bourgeoisie de nouer un lien actif avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. D&#233;terminer avec pr&#233;cision l'&#233;quilibre actuel des forces de classe en Allemagne est difficile. Le coup d'&#201;tat est toujours en cours et donc le rapport des forces change d'heure en heure. Une chose est certaine. Une classe ouvri&#232;re d&#233;sorient&#233;e et divis&#233;e s'est oppos&#233; avant le coup, et continue &#224; s'opposer, au front uni de la r&#233;action enrag&#233;e. Les groupes nationalistes ont &#233;t&#233; forc&#233;s - par le nombre et la conscience du prol&#233;tariat allemand - &#224; se pr&#233;parer &#224; un coup d'&#201;tat pendant 14 ans. La facilit&#233; avec laquelle ils ont r&#233;ussi &#224; infliger leurs premiers coups, habituellement d&#233;cisifs dans de tels cas, est due en grande partie &#224; la d&#233;sorientation du prol&#233;tariat allemand ces derni&#232;res ann&#233;es, surtout au moment le plus crucial de la lutte. &#201;cartel&#233; entre trois secteurs - social- d&#233;mocrate, communiste et &#171; chr&#233;tien &#187; - il n'&#233;tait unifi&#233; par personne, personne n'a essay&#233; de le rassembler pour lutter, m&#234;me face au coup d'&#201;tat fasciste. Aucun de ces d&#233;tachements n'a tent&#233; d'emp&#234;cher un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire. En cons&#233;quence, la contre-r&#233;volution n'a pas encore rencontr&#233; une r&#233;sistance unie ni m&#234;me partielle des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, de la part des partis antifascistes (ou non fascistes) &#171; de Weimar &#187;, purement bourgeois - le centre catholique et le Parti allemand d'&#201;tat (ancien Parti d&#233;mocrate) - on ne pouvait pas s'attendre &#224; une r&#233;sistance physique au fascisme. Apr&#232;s tout, m&#234;me un coup d'&#201;tat fasciste classique, purement hitl&#233;rien, n'est pas une atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des magnats de l'industrie lourde, des catholiques ou de la bourgeoisie commerciale d&#233;mocratique. La crainte des exp&#233;riences capitalistes-&#233;tatistes du nouveau r&#233;gime et la menace d'&#234;tre longtemps effac&#233; du contr&#244;le direct du pays ne pouvaient et ne peuvent servir d'incitation &#224; combattre le nouveau gouvernement sous une forme ou une m&#233;thode autre que le vote parlementaire et les articles d'opposition dans la presse, et surtout lorsque ces partis ne sont pas directement aux commandes du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut utiliser l'opposition de ces partis et des travailleurs sous leur influence, c'est-&#224;-dire des travailleurs orient&#233;s d&#233;mocratiquement, comme ceux des syndicats chr&#233;tiens et des syndicats Hirsch-Duncker, pour les arracher &#224; ces partis. Afin de s'opposer activement au fascisme, les communistes ne pouvaient agir qu'en avan&#231;ant le mot d'ordre d'un front unique ouvrier antifasciste avec ces travailleurs. Mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; fait. Plus que cela. Du fait de l'inaction et de la passivit&#233; totale des dirigeants communistes avant la nomination d'Hitler au poste de chancelier du Reich, au moment de sa nomination (30 janvier 1933) et apr&#232;s sa nomination, et m&#234;me au moment du coup d'&#201;tat lui-m&#234;me, toute cette force importante de travailleurs &#224; l'esprit d&#233;mocratique n'a pas &#233;t&#233; mise en marche. Ils sont rest&#233;s sous la pleine influence du Centre et du Parti allemand d'&#201;tat, c'est-&#224;-dire t&#233;moins passifs du coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Centre et le Parti allemand d'&#201;tat, ce sont des partis de la bourgeoisie lib&#233;rale. Ils sont antifascistes dans la mesure o&#249; la d&#233;mocratie bourgeoise s'oppose &#224; une autre forme d'&#201;tat bourgeois - le fascisme. Mais le r&#233;gime d'ample d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;t&#233; conquis par les mains des ouvriers, non par la bourgeoisie, et, par cons&#233;quent, sa liquidation fasciste pourrait &#234;tre emp&#234;ch&#233;e non par la bourgeoisie, m&#234;me si elle est lib&#233;rale, mais seulement par les ouvriers pour qui elle est un tremplin pour la lutte pour leurs besoins quotidiens et pour l'&#233;tablissement de leur dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre ne vote pas pour le fascisme. Mais s'il s'av&#232;re que le r&#233;sultat imm&#233;diat du coup d'&#201;tat n'est pas le r&#233;gime fasciste classique, mais un &#201;tat semi-fasciste, quelque peu att&#233;nu&#233; pour ainsi dire, le centre le soutiendra sans aucun doute directement, comme il a soutenu autrefois la monarchie de Wilhelm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du principal d&#233;tachement contre- r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire national-socialiste, on trouve : une partie de l'appareil d'&#201;tat central (dont une partie voire toute la police), un r&#233;seau en expansion rapide d'appareils locaux et des Landtag, des autorit&#233;s municipales et communales que les nationaux-socialistes saisissent par des coups de force locaux, des centaines de milliers de soldats, une masse de petits-bourgeois, de fonctionnaires, d'employ&#233;s et d'ouvriers arri&#233;r&#233;s. Ils disposent de facteurs qui un tr&#232;s grand r&#244;le dans le rapport des forces entre les classes : la d&#233;termination et la cruaut&#233;, l'enthousiasme et la volont&#233; de passer &#224; l'attaque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;tachement contre-r&#233;volutionnaire nationaliste peut compter pour sa part sur : la partie d&#233;cisive de l'appareil d'&#201;tat, les cent mille soldats de la Reichswehr, une partie de la police et de la gendarmerie, environ deux cent mille paramilitaires &#171; Stahlhelm &#187;, l'essentiel des g&#233;n&#233;raux et des officiers de l'empire, la noblesse et les grands propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de conflit ou de crise avec les nationaux-socialistes en ce qui concerne le choix de la forme du gouvernement, la Reichswehr pourrait se diviser s&#233;rieusement, mais les nationalistes pourraient compter sur les sociaux-d&#233;mocrates, qui pr&#233;f&#233;reront la monarchie ou une r&#233;publique semi-fasciste en tant que &#171; moindre mal &#187;, compar&#233; au r&#233;gime totalement fasciste. N'&#233;tant pas sous le feu direct de la critique communiste, les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates vont sans doute tenter d'&#233;chapper &#224; la catastrophe en mettant sur la balance en faveur de Hindenburg toute la base de masse qui leur reste, d&#232;s que (et si) il s'av&#232;re que ce dernier se diff&#233;rencie d'Hitler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est gu&#232;re possible aujourd'hui de pr&#233;ciser avec une certitude cat&#233;gorique les formes sous lesquelles le coup d'&#201;tat se cristallisera &#224; l'&#233;tape suivante, sera-t-il conservateur contre Weimar ou tout de suite fasciste achev&#233;, car il n'est pas suffisamment clair &#224; ce stade lequel des partenaires dispose dans ce bloc de l'h&#233;g&#233;monie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les deux variantes de d&#233;veloppement possible &#224; court terme sont tout aussi dangereuses pour la classe ouvri&#232;re, elles portent les m&#234;mes calamit&#233;s et le m&#234;me r&#233;gime de terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des frictions internes et une lutte accrues entre les alli&#233;s sont in&#233;vitables. Cette lutte peut m&#234;me parfois prendre des formes tr&#232;s aigu&#235;s, car les contradictions au sein de la classe, entre le capital agraire et industriel, et les contradictions entre les aspirations de la petite-bourgeoisie et les t&#226;ches de l'oligarchie financi&#232;re vont appara&#238;tre peut-&#234;tre sous des formes tr&#232;s inattendues. Mais un &#233;clatement du bloc avant le renforcement du nouveau r&#233;gime, &#224; la suite d'une explosion de ses contradictions internes, est peu probable, les buts et objectifs des deux partenaires sont trop &#233;troitement align&#233;s. Le prol&#233;tariat, donc le Parti communiste, devait et pouvait - et peut encore - utiliser les contradictions dans le camp de la bourgeoisie dans son ensemble entre sa partie fasciste et lib&#233;rale-d&#233;mocrate non fasciste. Mais au sein du Front de Harzburg les contradictions sont tr&#232;s minimes de ce point de vue. Bien entendu, cela ne signifie pas que le prol&#233;tariat ne doit pas suivre avec vigilance tous les hauts et les bas de cette lutte et qu'il ne doit pas l'utiliser &#224; son avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'itin&#233;raire concret de la contre-r&#233;volution n'exclut pas la possibilit&#233; que, d&#233;j&#224; dans le processus du coup d'&#201;tat, les nazis vont submerger les nationalistes, les repoussant finalement au second plan. Mais il est &#233;galement possible que le transfert du plein pouvoir aux fascistes se fasse avec un coup d'&#201;tat suppl&#233;mentaire, relativement pacifique, ou - ce qui est le plus probable - la fusion des deux partis en un seul avec l'&#233;rosion du centre et des vestiges des autres partis bourgeois. Peu importe si cela passe ou non par une phase de coalition avec ces vestiges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. La fin de l'Allemagne de Weimar et l'effondrement de l'&#233;quilibre europ&#233;en signifient la mort de la social- d&#233;mocratie allemande et le d&#233;but de la fin du r&#233;formisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution de mars a port&#233; un coup d&#233;cisif aux sociaux-d&#233;mocrates allemands. Sa politique de coalition avec les partis bourgeois, sa th&#233;orie du passage pacifique et &#233;volutif de la d&#233;mocratie bourgeoise au socialisme, ont fait faillite avec une clart&#233; absolue pour les masses dans le pays le plus classique de la d&#233;mocratie bourgeoise. Sa politique et sa th&#233;orie n'ont pas donn&#233; naissance au socialisme, mais au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement de la social-d&#233;mocratie allemande est d&#233;sormais in&#233;vitable. Elle va s'effondrer de trois mani&#232;res. La base ouvri&#232;re nourrira le communisme, c'est-&#224;-dire le parti communiste d'Allemagne renaissant, alors que les couches moyennes et sup&#233;rieures de l'appareil bureaucratique vont en partie s'int&#233;grer au fascisme et en partie deviendront des philistins. Aucune tentative des sociaux-d&#233;mocrates &#171; orthodoxes &#187; de sauver l'organisation par une adaptation semi- l&#233;gale ou ill&#233;gale &#224; la situation ne pourra emp&#234;cher ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie a fait faillite en politique et en th&#233;orie. En mars, les masses ont re&#231;u une le&#231;on de d&#233;monstration concentr&#233;e d'envergure historique. Et aujourd'hui la r&#233;action triomphe. L'effondrement de la social-d&#233;mocratie est le d&#233;but du triomphe d&#233;cisif des id&#233;es du communisme et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne parmi les larges couches du prol&#233;tariat allemand. En termes historiques, l'effondrement de la social- d&#233;mocratie allemande ne profitera pas au fascisme, mais au communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La social-d&#233;mocratie n'a pas r&#233;sist&#233; au coup d'&#201;tat fasciste. Mais la m&#234;me tactique sociale-d&#233;mocrate a &#233;t&#233; appliqu&#233;e par les dirigeants du parti communiste allemand (KPD). Le r&#233;sultat, c'est la plus grande victoire du fascisme, son &#171; Octobre &#187; sans effusion de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-r&#233;sistance des dirigeants du KPD et de l'Internationale communiste (IC) au coup d'&#201;tat fasciste n'est que le maillon d&#233;cisif et final de la cha&#238;ne de trahison de la r&#233;volution mondiale que le stalinisme inter&#173;national a forg&#233;e au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. La classe ouvri&#232;re allemande n'est pas encore bris&#233;e. Mais son activit&#233; a &#233;t&#233; paralys&#233;e par la trahison des dirigeants, qui se sont livr&#233;s au fascisme sans coup f&#233;rir, sans la moindre tentative de se pr&#233;parer &#224; temps pour se d&#233;fendre, sans chercher &#224; organiser la r&#233;sistance du prol&#233;tariat au moment du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers et des milliers de dirigeants, de cadres et de militants de la classe ouvri&#232;re remplissent les prisons et les camps de concentration en Allemagne en tant qu'otages. Le fascisme enrag&#233; r&#233;pondra sans aucun doute &#224; chaque gr&#232;ve, &#224; chaque lutte radicale des ouvriers par des ex&#233;cutions ou &#224; la menace d'ex&#233;cution imm&#233;diate de ces cadres, ce qui paralyse encore davantage l'activit&#233; du prol&#233;tariat dans la lutte contre la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la menace croissante d'un coup d'&#201;tat fasciste, la direction r&#233;volutionnaire des communistes &#233;tait oblig&#233;e de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; renforcer chaque jour le front unique antifasciste de la classe ouvri&#232;re ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; pr&#233;parer soigneusement une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour sa mise en &#339;uvre imm&#233;diate en r&#233;ponse &#224; la tentative de coup d'&#201;tat fasciste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; pr&#233;parer soigneusement tout ce qui est possible pour armer les travailleurs au moment de la contre-r&#233;volution ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; mobiliser les meilleures forces du mouvement communiste mondial pour aider le prol&#233;tariat allemand ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; mobiliser l'Arm&#233;e rouge sovi&#233;tique pour soutenir activement les actions antifascistes de la classe ouvri&#232;re allemande ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; d&#233;clarer ouvertement et courageusement &#224; l'opinion publique prol&#233;tarienne allemande que dans sa lutte h&#233;ro&#239;que contre le fascisme, elle n'est pas seule, que le prol&#233;tariat de l'URSS l'aidera &#224; &#233;craser la contre-r&#233;volution avec toutes les ressources de son pays, y compris ses forces arm&#233;es, qu'il attend cette heure historique en &#233;tant enti&#232;rement mobilis&#233;, que le prol&#233;tariat russe accomplira avec d&#233;termination son devoir vis-&#224;-vis de ses fr&#232;res allemands, comme il l'a fait en 1918 en Russie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants du KPD, de l'Internationale communiste et l'ensemble du stalinisme international n'ont jamais essay&#233; de pr&#233;parer et d'accomplir ces devoirs r&#233;volutionnaires internationaux fondamentaux, et ne les ont jamais remplis au moment le plus d&#233;cisif et le plus critique de la situation, n'ont jamais essay&#233; de les pr&#233;parer et de les mettre en &#339;uvre, et ne les ont pas mis en &#339;uvre au moment le plus d&#233;cisif et le plus critique de la situation, comme l'a indiqu&#233; en temps opportun l'opposition l&#233;niniste repr&#233;sent&#233;e par le camarade Trotski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le stalinisme international a pr&#233;par&#233; et provoqu&#233; une &#233;norme d&#233;faite mondiale du prol&#233;tariat. Ainsi il a achev&#233; sa trahison de la r&#233;volution mondiale. Il a ainsi ray&#233; l'Internationale communiste de la liste des facteurs r&#233;volutionnaires, la transformant en un appendice, en une aile gauche de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette trahison d&#233;cisive du stalinisme a port&#233; un coup dur au mouvement communiste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bureaucratie thermidorienne-bonapartiste est incapable de porter au communisme un coup mortel. Et en Allemagne, le mouvement communiste, qui rena&#238;t sur de nouvelles bases, va bient&#244;t se signaler, indiquant de nouvelles voies &#224; la classe ouvri&#232;re. Les batailles qui se d&#233;rouleront contre le fascisme le montreront clairement dans un avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de Weimar est morte. Ses banni&#232;res ne flotteront plus au-dessus des mairies en Allemagne. Des changements droitiers &#224; long terme dans le rapport des forces de classe, la croissance triennale du fascisme, la faillite et la capitulation de la social-d&#233;mocratie et de la direction de l'Internationale communiste - tout cela a &#233;t&#233; victorieusement r&#233;alis&#233; par la contre-r&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banni&#232;res imp&#233;riales et fascistes ne seront remplac&#233;es en Allemagne que par les drapeaux rouges de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Au fil des ans, l'opposition l&#233;niniste a observ&#233; avec inqui&#233;tude les &#233;v&#233;nements en Allemagne, expliquant constamment leur ampleur et leur tr&#232;s grande importance historique. Elle a constamment et sans rel&#226;che signal&#233; le danger qui p&#232;se sur l'ensemble du mouvement ouvrier mondial et qui devient m&#251;r en Allemagne sous la forme du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fausses pr&#233;dictions de l'Internationale communiste sur la mont&#233;e r&#233;volutionnaire (1929) et la situation directement r&#233;volutionnaire en Allemagne (1929-1932), l'opposition l&#233;niniste opposait continuellement les indications d'une situation directement contre-r&#233;volutionnaire, le danger d'un manque de croissance des tendances d&#233;fensives au sein du prol&#233;tariat, principalement en raison du fait que sa vigilance a &#233;t&#233; endormie par une direction faussement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fausses affirmations de l'Internationale communiste selon lesquelles le fascisme est &#171; une radicalisation de gauche des masses &#187; et &#171; un pas en avant vers le communisme &#187;, l'opposition l&#233;niniste r&#233;pliquait en analysant le fascisme en tant que mouvement nationaliste chauvin le plus &#224; droite, directement dirig&#233; par le capitalisme monopoliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les d&#233;clarations trompeuses de l'Internationale communiste selon lesquelles les fascistes ne pensent pas &#224; un coup d'&#201;tat et que le coup d'&#201;tat fasciste a d&#233;j&#224; eu lieu pendant la chancellerie de Br&#252;ning (1930-1932), que les fascistes se d&#233;veloppent dans la r&#233;publique de Weimar, que la dictature du Parti national socialiste en Allemagne s'inscrit dans le cadre et sous la forme de d&#233;mocratie bourgeoise, l'opposition l&#233;niniste indiquait les diff&#233;rences entre le fascisme et la d&#233;mocratie bourgeoise, soulignait l'importance de ces distinctions pour le prol&#233;tariat, insistait sur le danger exceptionnel et croissant d'un coup d'&#201;tat fasciste et sur le fait que le fascisme victorieux ne pr&#233;serverait pas mais d&#233;truirait la d&#233;mocratie bourgeoise de Weimar et ferait sauter ses formes et son cadre, ind&#233;pendamment du fait s'il acc&#232;de au pouvoir par des moyens parlementaires ou non parlementaires. &#192; la tactique de l'Internationale communiste d'un front uni avec les fascistes, l'opposition l&#233;niniste opposait celle d'un front unique contre les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste avec le slogan de l'Internationale communiste &#171; faire d'abord feu contre la social-d&#233;mocratie &#187;, l'opposition l&#233;niniste avan&#231;ait le mot d'ordre &#171; ouvrons le feu d'abord sur les nationaux-socialistes, les fascistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au terme &#171; social-fascistes &#187; (de juillet 1928 &#224; f&#233;vrier 1933) de l'Internationale communiste, qui d&#233;soriente les travailleurs dans leur lutte contre les fascistes, l'opposition l&#233;niniste pr&#233;sentait la th&#232;se que la social-d&#233;mocratie et le fascisme &#171; sont deux p&#244;les du front bourgeois &#187; qui ne pourraient s'unir qu'au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; bourgeoise serait directement menac&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre le slogan de l'Internationale communiste &#171; front unique par en bas &#187; - c'est-&#224;-dire, dans la pratique, le rejet de tout front unique avec les travailleurs sociaux-d&#233;mocrates - l'opposition l&#233;niniste opposait le front unique tel que formul&#233; par le IVe Congr&#232;s de l'IC, et par le bas et par le haut, surtout dans la lutte contre le fascisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant un certain nombre d'ann&#233;es, l'opposition l&#233;niniste a demand&#233; la pr&#233;paration et&#171; la mise en &#339;uvre dans la lutte contre le fascisme allemand de la tactique &#233;labor&#233;e par L&#233;nine au cours de la lutte contre Kornilov. En r&#233;ponse &#224; cela, tout le mouvement stalinien international accusa l'opposition et Trotski de s'efforcer de mettre en place un &#171; front unique avec Br&#252;ning &#187;, &#171; un front unique de Th&#228;lmann &#224; Br&#252;ning &#187;, &#171; un front unique avec des pr&#234;tres catholiques &#187;, avec le &#171; pape romain &#187;, pr&#233;tendant que nous serions favorables &#224; la th&#233;orie social-d&#233;mocrate du &#171; moindre mal &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolcheviks-l&#233;ninistes ont d&#233;fendu la n&#233;cessit&#233; d'appliquer la tactique du front unique selon les principes fondamentaux du IVe Congr&#232;s : et par le haut et par le bas. En r&#233;ponse, le stalinisme calomniait en disant que nous sommes pour un front uni uniquement par en haut, c'est-&#224;-dire seulement avec les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates, mais pas avec les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1930, les bolcheviks-l&#233;ninistes exigent que toutes les mesures soient prises pour pr&#233;parer un front unique en vue d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de l'armement des travailleurs sociaux-d&#233;mocrates et communistes. En rejetant ces mots d'ordre, le stalinisme disait que nous semions l'illusion que Br&#252;ning allait armer les ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la veille de la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle, les bolcheviks-l&#233;ninistes ont soulign&#233; que Hindenburg pouvait facilement passer dans le camp fasciste et que, par cons&#233;quent, la t&#226;che &#233;tait de faire en sorte qu'un ouvrier antifasciste soit candidat du front unique &#224; la pr&#233;sidence, impos&#233; par le Parti communiste &#224; la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les dirigeants, avec toute leur tactique, ont sap&#233; cette t&#226;che, assurant ainsi la victoire de Hindenburg, y compris par le vote de millions d'&#233;lecteurs communistes.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'automne 1932, les bolcheviks- l&#233;ninistes ont inlassablement signal&#233; que le danger d'un coup d'&#201;tat fasciste par l'ensemble des forces de la r&#233;action devenait non seulement pratiquement actuel, mais que c'&#233;tait une question de semaines ou au plus de quelques mois, c'est-&#224;-dire qu'un coup d'&#201;tat fasciste extraparlementaire ou parlementaire pouvait et devait &#234;tre attendu maintenant, chaque jour et chaque heure. M&#234;me ici, &#224; plusieurs milliers de kilom&#232;tres de l'Allemagne, le passage rapide de la crise politique &#224; un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire pouvait &#234;tre per&#231;u avec une clart&#233; qui ne laissait aucun doute. Mais c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que le stalinisme international criait plus fort que jamais que la crise r&#233;volutionnaire en Allemagne... m&#251;rissait. Cette clique et l'&#233;ditorial de la Pravda du 30 janvier 1933 se sont eux-m&#234;mes couverts de honte imp&#233;rissable. &#192; ce moment pr&#233;cis, lorsque le chancelier du Reich de la contre-r&#233;volution a finalement pris le pouvoir, ce journal de la stupide bureaucratie marmonnait encore : &#171; La dictature fasciste en Allemagne est au point mort. Elle pi&#233;tine, n'&#233;tant pas capable de renforcer sa position. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski a averti que si Hitler arrivait au pouvoir, cela allait le renforcer plusieurs fois, qu'au lendemain de sa victoire le char fasciste passerait sur les cr&#226;nes et les dos des prol&#233;taires allemands, que cela obligera l'URSS &#224; d&#233;placer l'Arm&#233;e rouge pour aider ceux qui se soul&#232;vent (et la confiance dans cette assistance augmenterait imm&#233;diatement spontan&#233;ment !) afin de lutter avec la classe ouvri&#232;re allemande contre le fascisme qui a pris le pouvoir. En r&#233;ponse &#224; cela, le XIIe pl&#233;num du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, par la bouche de Th&#228;lmann et de Manouilski, a d&#233;clar&#233; : &#171; Trotski provoque une guerre entre l'URSS et l'Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e, par la c&#233;cit&#233; et l'opportunisme, la trahison et la calomnie, la plus grande trahison de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Demain, la bureaucratie de l'IC expliquera certainement la facilit&#233; avec laquelle le coup d'&#201;tat a &#233;t&#233; men&#233; par la contre-r&#233;volution, par la &#171; passivit&#233; &#187; du prol&#233;tariat qui &#171; ne voulait pas accepter &#187; le combat, et non par le fait que ni l'IC ni la direction du KPD (sans parler de la IIe Internationale ou du SPD) ne l'ont pr&#233;par&#233; &#224; une r&#233;sistance, n'ont pas r&#233;sist&#233; et n'ont pas appel&#233; la classe ouvri&#232;re &#224; r&#233;sister. Ceci explique maintenant les raisons de la r&#233;sistance persistante de l'Internationale communiste &#224; la tactique l&#233;niniste du front unique. Pourquoi engager la social-d&#233;mocratie dans la lutte quand (tout comme la social-d&#233;mocratie) on ne se bat pas et on ne se pr&#233;pare pas &#224; la lutte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, plusieurs millions de travailleurs allemands se sont sans aucun doute dit : si le Parti communiste appelle constamment &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales et &#224; des barricades, alors qu'il n'y a pas de situation r&#233;volutionnaire et que les M&#252;ller et les Br&#252;ning sont &#224; la t&#234;te du gouvernement, alors sa r&#233;sistance sera certainement beaucoup plus importante lorsque les Hitler, les G&#246;ring et les Trick seront au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bavardage r&#233;volutionnaire de l'IC a cach&#233; son vrai visage aux ouvriers au point qu'il &#233;tait peu probable que beaucoup de communistes osent exprimer &#224; haute voix leur crainte que, exactement au moment du coup d'&#201;tat fasciste, la masse des six millions de communistes restera un t&#233;moin passif de ce coup. Mais c'est ce qui est arriv&#233;. Les dirigeants de l'Internationale communiste ont capitul&#233; devant le fascisme, paralysant ainsi toute r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es du communisme et la foi dans les communistes ont &#233;t&#233; durement touch&#233;es par cette trahison du stalinisme international. Cette trahison de la r&#233;volution internationale a &#233;clips&#233; le purcellisme, le kuomintangisme, et l'ann&#233;e 1933 restera dans l'histoire &#224; c&#244;t&#233; de la date du 4 ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. M&#234;me nous, bolcheviks-l&#233;ninistes de Russie, avons sous-estim&#233; toute la profondeur de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des dirigeants de l'Internationale communiste et des partis communistes des principaux pays capitalistes. L'extirpation du caract&#232;re r&#233;volutionnaire dans les partis communistes a &#233;t&#233; une cons&#233;quence, premi&#232;rement de leur soumission aux besoins int&#233;rieurs de la bureaucratie russe renaissante, deuxi&#232;mement de leur adaptation au r&#233;gime et au cadre de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique bourgeoise dans la p&#233;riode de stabilisation du capitalisme, et troisi&#232;mement des pressions exerc&#233;es par leurs propres appareils impr&#233;gn&#233;s d'inertie et des milliers de postes et fonctions bien pay&#233;s et respectables : membres du Reichstag, des Landtag, des municipalit&#233;s et des communaut&#233;s, &#233;diteurs, propagandistes, secr&#233;taires, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces causes d'ossification, de bureaucratisation et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence, que l'opposition l&#233;niniste a constamment signal&#233;es, ont agi lentement et imperceptiblement pour les masses. Seuls les &#233;v&#233;nements de 1933 en Allemagne, en provoquant une catastrophe, les ont soudainement d&#233;voil&#233;es, marquant une transformation qualitativement nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. La bureaucratie stalinienne a flirt&#233; avec Hitler pendant trois ans, le consid&#233;rant comme le futur ma&#238;tre de l'Allemagne. Elle l'a aid&#233; &#224; acc&#233;der au pouvoir avec tous ses agissements propres et ceux de l'Internationale communiste. Elle a mis le pied d'Hitler &#224; l'&#233;trier, comme elle l'avait fait avant pour Tchang Ka&#239;-chek.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1929 &#224; 1932, avant l'arriv&#233;e au gouvernement des radicaux en France, l'aile gauche du &#171; bloc national &#187;, ce v&#233;ritable centre dirigeant de la bourgeoisie fran&#231;aise et organe politique du &#171; Comit&#233; des forges &#187;, &#233;tait au pouvoir. La relation entre la France et l'URSS a alors atteint une tension &#233;lev&#233;e. Le point culminant de cette tension a &#233;t&#233; le proc&#232;s du &#171; parti industriel &#187; et du &#171; bureau syndical du Parti ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie &#187;. C'est &#224; cette &#233;poque que le fascisme allemand, devenu facteur politique principal, commen&#231;a &#224; menacer la France d'une mani&#232;re particuli&#232;rement f&#233;roce, flirtant simultan&#233;ment avec l'URSS. Hitler a r&#233;p&#233;t&#233;, en l'&#233;largissant, la man&#339;uvre de Tchang Ka&#239;-chek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position profond&#233;ment trompeuse d'Hitler a &#233;t&#233; prise au s&#233;rieux par la bureaucratie stalinienne. Par cons&#233;quent, l'importance de son accession au pouvoir &#233;tait compl&#232;tement &#233;touff&#233;e avant et apr&#232;s le 30 janvier. C'est seulement apr&#232;s que ses v&#233;ritables cartes de politique &#233;trang&#232;re eurent commenc&#233; &#224; se r&#233;v&#233;ler &#171; de mani&#232;re inattendue &#187; - elles co&#239;ncident parfaitement avec les projets sensationnels de Gustave Herv&#233; (conversation de G&#246;ring avec Fran&#231;ois Ponce, rencontres de Hessenberg, discours d'Hitler) - que la direction paniqu&#233;e a fait un tournant, marqu&#233; par deux actes honteux : l'URSS assume les fonctions de garant du trait&#233; de Versailles et le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste publie le 5 mars 1933 un manifeste annon&#231;ant sa d&#233;cision de capituler sans condition devant la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler aux sentiments nationaux d'Hitler ne sert &#224; rien. Pas plus que se r&#233;f&#233;rer au fait que m&#234;me le quotidien conservateur anglais, Morning Post, comprend que l'IC et ses sections ont &#233;t&#233; transform&#233;es par la bureaucratie en un facteur de stabilisation capitaliste (r&#233;daction d'Izvestia 4 mars 1933). Comme le fascisme est inexorablement hostile &#224; l'URSS, la bureaucratie se pr&#233;cipite maintenant ouvertement dans les bras de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir refus&#233; durant trois ans d'organiser un front unique pour combattre le fascisme, dans son manifeste la direction a transform&#233;e la tactique de front unique en une capitulation inconditionnelle devant la social-d&#233;mocratie. Par cet acte, la bureaucratie se cache derri&#232;re le dos des tra&#238;tres pour y chercher le salut devant le danger d'agression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; non-agression &#187; mutuelle est une amnistie mutuelle. L'Internationale communiste ne d&#233;nonce pas la trahison de la social-d&#233;mocratie, pour pouvoir rester silencieuse sur la m&#234;me trahison des dirigeants communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le sens du manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif du 5 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. La victoire du fascisme donne-t-elle un r&#233;pit suppl&#233;mentaire au capitalisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; le fait que notre &#233;poque est et reste l'&#233;poque des r&#233;volutions prol&#233;tariennes, que la victoire du fascisme est la plus haute exacerbation des contradictions de classe et des contradictions inter&#233;tatiques, n&#233;anmoins la victoire d'Hitler renforce temporairement la domination politique de la bourgeoisie, repoussant pour quelque temps les dates de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est le sens principal de la d&#233;faite du prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on ne peut pas parler de d&#233;cennies. Les id&#233;ologues fascistes peuvent en r&#234;ver. Si, comme l'&#233;crivait L&#233;nine, la victoire des Gardes blancs en Russie aurait signifi&#233; 30 &#224; 40 ans de terreur blanche effr&#233;n&#233;e, on ne peut en dire autant de l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Russie est un pays paysan. Les ouvriers constituent une infime minorit&#233; de la population. Un grand nombre d'entre eux n'ont pas encore rompu leurs liens avec le village. Ce n'est pas le cas en Allemagne. La classe ouvri&#232;re allemande repr&#233;sente la moiti&#233; du pays. Comme nous vivons dans une &#233;poque de guerres et de r&#233;volutions, l'exp&#233;rience politique des masses se d&#233;veloppe rapidement, tous les processus de la vie sociale se d&#233;roulent &#224; pas de g&#233;ant, les classes ne peuvent plus &#234;tre dans un &#233;tat de confusion et de passivit&#233;, aussi cruelles soient les d&#233;faites subies. Il n'y a pas de place pour les r&#234;ves capitalistes de d&#233;cennies de r&#233;pit capitaliste pour l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, la plus grande preuve de la d&#233;sorientation c'est de penser que dans un ou deux mois les vainqueurs vont changer, ouvrant la voie aux communistes. Qu'on soit ou non dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendamment du fait que le fascisme fait cro&#238;tre toutes les contradictions, il faut comprendre qu'il sera beaucoup plus difficile au prol&#233;tariat de le renverser que de renverser le r&#233;gime de Weimar (toutes proportions gard&#233;es). M&#234;me si l'Allemagne pr&#233;servait ses cha&#238;nes de Versailles, son capitalisme gagnera une pause, un r&#233;pit, gr&#226;ce &#224; la r&#233;pression sans merci de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions internes et externes pousseront les gouvernements de l'Allemagne fasciste sur la voie de l'agression externe et, en termes historiques, contre l'URSS, car il n'y a pas d'autre moyen de consolider durablement la contre-r&#233;volution, que pour la guerre et par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la guerre nourrit des explosions r&#233;volutionnaires &#233;normes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la perspective d'une guerre de l'Allemagne contre l'Union sovi&#233;tique ne doit pas &#234;tre comprise comme une perspective pour les mois &#224; venir, mais tr&#232;s probablement comme une perspective pour les ann&#233;es &#224; venir. En m&#234;me temps le coup d'&#201;tat fasciste rapproche &#224; pas de g&#233;ant une guerre Entre le Japon et l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur contre les travailleurs et la tentative de restructuration fasciste de toutes les organisations prol&#233;tariennes, vont &#233;videmment pr&#233;c&#233;der la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le slogan des ch&#244;meurs italiens - &#171; du pain et la guerre &#187; - est un indicateur alarmant de la situation, pas seulement en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tranglant les organisations ouvri&#232;res, la contre-r&#233;volution allemande peut soulever la question non seulement d'un r&#233;pit pour le capitalisme, mais aussi d'un changement dans la voie la plus probable de la r&#233;volution mondiale avant le coup d'&#201;tat : le prol&#233;tariat allemand peut c&#233;der sa premi&#232;re place au fran&#231;ais ou &#224; l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Quel sera le plus probablement le r&#233;alignement des forces hors d'Allemagne r&#233;sultant du coup d'&#201;tat fasciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, le fort renforcement du fascisme italien et l'affaiblissement de toutes les forces de classe qui le combattent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autriche, habit&#233;e par 7 &#224; 8 millions d'Allemands, est aussi une partie de l'Allemagne &#233;conomiquement ins&#233;parable. Malgr&#233; sa plus grande d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la France et de la Soci&#233;t&#233; des Nations, on peut dire que le coup d'&#201;tat en Allemagne pr&#233;d&#233;termine la fascisation de l'Autriche. En France, dans le camp bourgeois, le regroupement de la droite et l'arriv&#233;e au pouvoir du bloc national ne devraient pas prendre longtemps. Il est vrai que les groupes radicaux pacifistes au pouvoir ont consid&#233;rablement accru leur cr&#233;dibilit&#233; avec le succ&#232;s de leur politique &#233;trang&#232;re, en faisant de l'URSS un garant du trait&#233; de Versailles. Ils ont &#233;galement &#233;t&#233; renforc&#233;s par l'introduction ouverte du Parti communiste fran&#231;ais dans le courant du pacifisme bourgeois. N&#233;anmoins, les ma&#238;tres de la France ne sont pas ces petits groupes bourgeois, mais les forces r&#233;actionnaires qui sont encore dans l'ombre, voyant leur t&#226;che historique (ou strat&#233;gique) dans l'&#233;crasement de l'URSS par les forces du bloc franco-allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France n'a rien &#224; gagner de la nouvelle guerre franco-allemande. La pr&#233;servation du trait&#233; de Versailles lui fait maintenant courir le risque d'une attaque venant de l'Est. La crise bouleverse son &#233;conomie. La question des nouveaux march&#233;s et des zones d'influence devient de plus en plus importante. Donc, naturellement, les pens&#233;es et les regards des r&#233;actions fran&#231;aises et allemandes sont dirig&#233;s vers l'est, vers l'URSS. Tant que la base de la dictature prol&#233;tarienne cr&#233;&#233;e par la R&#233;volution d'Octobre ne sera pas vaincue, c'est-&#224;-dire que les relations de propri&#233;t&#233; bourgeoise ne seront pas restaur&#233;es, l'URSS r&#233;sistera au capitalisme mondial comme une force sociale hostile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; maintenant, la bourgeoisie n'arrivait toujours pas &#224; d&#233;cider de la guerre de peur de d&#233;clencher une r&#233;volution mondiale. Mais la situation politique au sein de l'URSS et de l'Allemagne alimente ses espoirs de l'issue d'une telle guerre heureuse pour le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le prol&#233;tariat pourrait bient&#244;t d&#233;cevoir les espoirs de la bourgeoisie. Et dans les conditions connues, la guerre peut m&#234;me donner lieu &#224; une renaissance de la dictature du prol&#233;tariat en URSS. Dans ce cas, la guerre des imp&#233;rialistes contre l'URSS serait le prologue de la plus grande temp&#234;te r&#233;volutionnaire mondiale et de la chute du capitalisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat en Allemagne risque d'exacerber les relations franco-allemandes seulement durant une courte p&#233;riode. Les relations germano-sovi&#233;tiques, cependant, le seront s&#233;rieusement et pendant longtemps, probablement jusqu'&#224; l'explosion des contradictions entre l'ensemble du monde capitaliste et le seul pays qui ne fait pas partie, directement et en premier lieu, du syst&#232;me capitaliste et qui lui reste hostile du fait des vestiges de l'h&#233;ritage de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat fasciste, ce n'est pas seulement la perspective &#224; plus long terme d'un bloc franco-allemand contre l'URSS, mais aussi la perspective imm&#233;diate d'un bloc allemand avec l'Italie, l'Autriche, la Hongrie et la Bulgarie. La Turquie peut facilement s'y joindre. Elle sera arrach&#233;e &#224; l'URSS par la proximit&#233; de la guerre et par la promesse de lui c&#233;der Batumi et une partie de la mer Noire sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;tats-Unis financeront la guerre contre l'URSS - il s'agit de l'ennemi le plus puissant, irr&#233;conciliable par principe - avec la participation de la Grande-Bretagne et de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e historique du bloc de l'URSS avec la France contre l'Allemagne est donc peu probable. Mais lui aussi comporte de grands dangers pour le d&#233;veloppement interne de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers pas vers sa cr&#233;ation ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faits par la bureaucratie. Une d&#233;claration de Litvinov sur l'accord de l'URSS pour garantir la s&#233;curit&#233; du trait&#233; de Versailles (depuis Brest-Litovsk, ce n'est pas la France mais l'Allemagne qui pr&#233;serve la Russie) constitue un pas important pour faire de l'URSS un vassal arm&#233; de la France, ce gendarme europ&#233;en, selon les termes d'un super patriote fran&#231;ais, Gustave Herv&#233;. D&#233;sormais) l'URSS sauvegarde les fronti&#232;res orientales de^la France imp&#233;rialiste et les fronti&#232;res occidentales de la Pologne semi- fasciste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;treinte de fer de l'amical imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#233;tranglera les derniers vestiges de la R&#233;volution d'Octobre. La bureaucratie, qui consid&#232;re sa propre d&#233;fense comme &#233;tant celle de la r&#233;volution, sacrifiera maintenant encore plus rapidement cette derni&#232;re au nom de la premi&#232;re, abandonnant en partie son monopole du commerce ext&#233;rieur en &#233;change de l'inviolabilit&#233; des fronti&#232;res occidentales de l'URSS garantie par la France. Bien s&#251;r, l'inclusion finale de l'URSS dans le syst&#232;me capitaliste pr&#233;suppose comme condition pr&#233;alable l'&#233;limination des vestiges du syst&#232;me d'Octobre, ce qui est impossible sans chocs internes et sans une d&#233;faite finale du prol&#233;tariat de l'URSS. Mais tout cela est grandement facilit&#233; par le renforcement g&#233;n&#233;ralis&#233; de la r&#233;action mondiale &#224; la suite de la victoire du fascisme allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat fasciste ravivera les espoirs et l'activit&#233; de tous les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires de l'URSS. Les &#233;l&#233;ments bonapartistes-thermidoriens de l'appareil d'&#201;tat, l'appareil du parti dans l'Arm&#233;e rouge, l'intelligentsia technique et toute autre, les koulaks et les nepmen, les larges couches de la paysannerie jet&#233;es dans le camp de la contre-r&#233;volution par la politique aventureuse du stalinisme - tous ces &#233;l&#233;ments seront politiquement activ&#233;s par la victoire de la contre-r&#233;volution en Allemagne. Dans ces circonstances, le risque d'un coup d'&#201;tat bonapartiste est particuli&#232;rement mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Le prol&#233;tariat mondial, dont le soutien a pr&#233;serv&#233; les vestiges du syst&#232;me d'Octobre, a &#233;t&#233; affaibli et d&#233;sorganis&#233; par les trahisons staliniennes en cha&#238;ne. Depuis plusieurs ann&#233;es, le stalinisme pr&#233;tend renforcer l'&#201;tat sovi&#233;tique, mais en r&#233;alit&#233; il ne s'occupe que de sa propre pr&#233;servation et de sa domination sur le prol&#233;tariat, au prix de l'abandon du cours de la r&#233;volution internationale, de l'&#233;tranglement de l'Internationale communiste, de la paralysie de la propagande et de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des partis communistes des pays capitalistes dominants et des colonies, de la lutte sans merci contre l'opposition l&#233;niniste et le camarade Trotski. D'o&#249; le silence de l'Internationale communiste sur les &#233;v&#233;nements de 1930 en Inde, les gr&#232;ves dans la flotte anglaise ainsi que l'interdiction faite aux travailleurs russes de r&#233;agir &#224; ces &#233;v&#233;nements et m&#234;me &#224; la terreur fasciste en Allemagne. (Et combien de meetings ont &#233;t&#233; organis&#233;s par les fonctionnaires corrompus pour s'en prendre furieusement au camarade Trotski !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la vague de r&#233;action mondiale monte, plus la bureaucratie rampe et d&#233;g&#233;n&#232;re. Elle ne combat pas la r&#233;action, mais la renforce en achetant l'existence non conflictuelle de l'URSS dans l'environnement capitaliste, en jetant par-dessus bord les conqu&#234;tes et traditions d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie voit le salut de l'URSS non pas dans la r&#233;volution mondiale, mais dans son rejet sous pr&#233;texte de construire une soci&#233;t&#233; socialiste dans un seul et unique pays et avec les seules forces de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en trahissant les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat mondial au nom du pr&#233;tendu int&#233;r&#234;t propre de l'URSS, la bureaucratie n'obtient en &#233;change que des bouts de papier portant l'inscription &#171; pacte de non-agression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'un renforcement de l'&#201;tat sovi&#233;tique, elle ne fait que faciliter sa d&#233;faite, car elle d&#233;truit les fondements sociaux internationaux sur lesquels la construction de la dictature du prol&#233;tariat en URSS peut se fonder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rejetant la r&#233;volution permanente internationale, elle nourrit la contre-r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bureaucratie de l'URSS a continuellement d&#233;gag&#233; les voies de la r&#233;action mondiale en vue de la d&#233;faite du mouvement communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS s'isole du prol&#233;tariat mondial, car ce dernier est isol&#233; du prol&#233;tariat de l'URSS.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution allemande inonde l'Europe d'une vague de r&#233;action noire. Le fascisme et le semi-fascisme mondial organisent des aides d'&#201;tat aux fascistes autrichiens et allemands. Seul le prol&#233;tariat de ces pays se voit attribuer son propre destin. L'Internationale communiste n'a pas essay&#233; de l'unir et d'appeler &#224; un contrecoup face &#224; la r&#233;action, ni de mobiliser les ressources du mouvement communiste mondial et les ressources &#233;tatiques du prol&#233;tariat de l'URSS pour l'aider, &#224; l'image de l'isolement entre ce dernier et le prol&#233;tariat allemand par le blocus de Wilhelm jusqu'&#224; la r&#233;volution du 9 novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler les &#171; partis communistes fraternels &#187; &#224; casser des vitres &#224; Barcelone et dans d'autres ambassades allemandes (mais pas &#224; Moscou, bien entendu) n'est qu'un d&#233;guisement &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la trahison. Cela s'accompagne d'un silence total du stalinisme sur la signification historique mondiale du coup d'&#201;tat. En URSS, pas un seul meeting, pas une seule r&#233;solution des travailleurs sur le coup d'&#201;tat fasciste en Allemagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire en Allemagne est un coup dur pour le prol&#233;tariat de l'URSS, car il renforce son isolement par rapport au prol&#233;tariat d'autres pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution en Allemagne aurait donn&#233; un puissant &#233;lan au mouvement r&#233;volutionnaire en URSS, mais le danger de la contre- r&#233;volution en Allemagne est si fort que, en ravivant les &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution dans notre pays, en renfor&#231;ant le regroupement des forces de classe &#224; droite, il peut grandement compliquer le r&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat et de son parti et rapproche le danger que le coup d'&#201;tat bonapartiste soit achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du fascisme allemand signifie que le prol&#233;tariat du monde entier devra surmonter une nouvelle grande vague de r&#233;action mondiale sur la voie de sa r&#233;volution victorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. La victoire du fascisme allemand non seulement ne signifie pas que le capitalisme s'est stabilis&#233;, mais au contraire elle fait monter &#224; un nouveau niveau sup&#233;rieur toutes ses contradictions. Seule une d&#233;faite de l'Union sovi&#233;tique lui donnerait une nouvelle base pour un &#233;quilibre pendant de nombreuses ann&#233;es. Le r&#233;pit que le capitalisme allemand s'ach&#232;te en &#233;tablissant un r&#233;gime fasciste n'est que le prolongement de son agonie. De nouvelles guerres en Europe et en Asie, de nouveaux bouleversements sociaux gigantesques sont &#224; l'ordre du jour.L'Allemagne de Weimar est tomb&#233;e, ne trouvant pas dans son camp un seul d&#233;fenseur pr&#234;t &#224; se sacrifier pour elle. Mais avec la R&#233;publique de Weimar, sont ensevelies non seulement les illusions r&#233;formistes des masses, mais &#233;galement les r&#233;els acquis de nombreuses g&#233;n&#233;rations de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution renforce rapidement sa position, nettoyant les Landtag, les municipalit&#233;s, les communaut&#233;s, les usines, les organisations culturelles et &#233;ducatives du pays des cadavres politiques de la d&#233;mocratie bourgeoise pourrie et affaiblie et aussi des membres du Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sommets politiques d&#233;cisifs ont &#233;t&#233; saisis par la contre-r&#233;volution sans combat en raison de la reddition des dirigeants de la classe ouvri&#232;re. Mais la r&#233;sistance spontan&#233;e des masses est devant nous. Les batailles futures entre le prol&#233;tariat et le fascisme vont commencer lorsque ce dernier commencera une vaste attaque frontale contre les acquis sociaux et &#233;conomiques de la classe ouvri&#232;re. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces batailles que les bolcheviks-l&#233;ninistes allemands doivent maintenant pr&#233;parer au mieux le prol&#233;tariat. Une forte r&#233;sistance au fascisme sur ce terrain peut, dans des conditions favorables, devenir le point de d&#233;part de batailles offensives du prol&#233;tariat contre le fascisme dans son ensemble, puis contre tout le r&#233;gime capitaliste allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est ridicule et criminel d'appeler aujourd'hui les travailleurs allemands &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale imm&#233;diate. Ce serait la pire preuve de l'ultra-gauchisme. Proclam&#233;e aujourd'hui, elle serait condamn&#233;e &#224; une d&#233;faite totale et inconditionnelle. La gr&#232;ve pouvait et devait avoir lieu le 30 janvier, le jour de l'arriv&#233;e au pouvoir du chancelier noir du Reich. Le prol&#233;tariat avait alors des bonnes chances de gagner. Si le prol&#233;tariat avait r&#233;pondu ce jour-l&#224; par une lutte, Hitler n'aurait pas recueilli 17 millions de voix le 5 mars, au contraire, beaucoup d'h&#233;sitants de son camp l'auraient quitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement transform&#233;e en guerre civile, cette lutte aurait ouvert des perspectives r&#233;volutionnaires colossales. Mais le stalinisme et les sociaux-d&#233;mocrates n'ont pas pr&#233;par&#233; le prol&#233;tariat &#224; cette lutte. L'Internationale communiste n'a m&#234;me pas sugg&#233;r&#233; que les sociaux-d&#233;mocrates r&#233;agissent imm&#233;diatement &#224; la nomination d'Hitler par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. C'est alors que l'on a manqu&#233; le moment o&#249; il a &#233;t&#233; possible de mener une gr&#232;ve victorieuse contre les fascistes. Et c'est cela qui a pr&#233;d&#233;termin&#233; un gigantesque renforcement de la contre-r&#233;volution (17 millions de voix pour les nationaux-socialistes le 5 mars) et la r&#233;alisation du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. L'erreur du Comit&#233; central du Parti communiste bulgare en 1923 - sa &#171; neutralit&#233; &#187; pendant le coup d'&#201;tat de Tsankov - a &#233;t&#233; rapidement consid&#233;r&#233;e par l'Internationale communiste comme une erreur de nature sociale-d&#233;mocrate. La m&#234;me &#233;valuation a &#233;t&#233; faite par le camarade Trotski &#224; l'&#233;gard du Comit&#233; central du Parti communiste polonais lors du coup d'&#201;tat de Pilsudski (&#224; l'initiative de Warski, le Comit&#233; central du Parti communiste de Pologne a presque soutenu le coup). La tactique employ&#233;e par le Comit&#233; central du KPD en 1933 a &#233;t&#233; pleinement et inconditionnellement mise en &#339;uvre conform&#233;ment aux directives de l'Internationale communiste, et non de fa&#231;on contraire aux directives, comme ce fut le cas en 1923 en Bulgarie. Elle co&#239;ncidait avec la tactique de la social- d&#233;mocratie allemande. Pas de mani&#232;re accidentelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le coup d'&#201;tat fasciste a finalement retir&#233; le masque ultragauche de la direction. Il va maintenant devenir clair pour tout le monde que tout ce vacarme ultragauche - qui a commenc&#233; &#224; la fin de 1927 (Canton) et s'est poursuivi au travers des barricades, des manifestations et des combats de rue des &#171; journ&#233;es rouges &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition en Allemagne - avait seulement pour but d'emp&#234;cher les masses de voir la d&#233;g&#233;n&#233;rescence sociale-d&#233;mocrate de la direction, de les d&#233;tourner de l'opposition, d'affaiblir et de paralyser le travail de l'opposition l&#233;niniste et du camarade Trotski qui d&#233;masquaient cette direction et cr&#233;aient la fraction internationale de v&#233;ritables communistes l&#233;ninistes. Avec ces aventures ultra- gauches, qui ne mena&#231;aient nullement la bourgeoisie, la direction masquait les limites et les adaptations de l'activit&#233; des partis communistes, et par cons&#233;quent des masses qui les suivaient encore, au cadre et aux formes des r&#233;gimes des plus grands pays capitalistes. Ayant ainsi transform&#233; les partis communistes en paratonnerres, pour soustraire le capitalisme des charges &#233;lectriques du m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; et orienter ce m&#233;contentement sur des lignes ultragauches, pr&#233;tendument r&#233;volutionnaires, mais qui ne menacent pas les fondements du capitalisme, les dirigeants ont ainsi d&#233;tourn&#233; les masses des voies de l'opposition l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique renforce les relations amicales de la bureaucratie avec les puissances imp&#233;rialistes, &#224; qui un tel paratonnerre social, rempla&#231;ant la social-d&#233;mocratie, compromise, et compensant l'impact de la r&#233;volution d'Octobre, est extr&#234;mement utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la brutale v&#233;rit&#233;, prouv&#233;e au monde entier par les derniers &#233;v&#233;nements en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Le r&#233;formisme s'est &#233;panoui sur la base de la d&#233;mocratie bourgeoise. La crise de cette derni&#232;re fut une crise de la social-d&#233;mocratie. C'&#233;tait particuli&#232;rement &#233;vident en Allemagne, o&#249; les sociaux-d&#233;mocrates perdaient leurs partisans ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. L'effondrement de la d&#233;mocratie bourgeoise c'est la fin du r&#233;formisme. Fascisme ou communisme ? Telle est la question pos&#233;e par l'histoire. Le fascisme allemand ne sera bient&#244;t confront&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re que sous la forme du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale communiste de L&#233;nine, liquid&#233; par le stalinisme et transform&#233; par lui en un appendice opportuniste du Commissariat du peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res va maintenant conna&#238;tre des divisions et des scissions au sein de ses sections les plus fortes. Pour s'opposer au fascisme, ce n'est pas cette Internationale communiste qu'il faudra, mais une Internationale communiste ressuscit&#233;e sur des bases plus &#233;lev&#233;es, par les meilleurs &#233;l&#233;ments des partis officiels actuels et des ouvriers r&#233;volutionnaires sans parti ainsi que par des travailleurs syndicalistes et sociaux-d&#233;mocrates gagn&#233;s par eux dans la lutte sous le mot d'ordre de front unique ouvrier, se regroupant autour de la gauche communiste internationale et de Trotski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement des partis communistes officiels est d&#233;sormais in&#233;vitable, non pas &#224; cause de la terreur hitl&#233;rienne, mais &#224; cause de la trahison d&#233;cisive du stalinisme. Hitler a fait sortir du mouvement communiste les &#233;l&#233;ments &#233;go&#239;stes et parasitaires. La trahison du stalinisme poussera tous ceux qui sont d&#233;termin&#233;s et d&#233;vou&#233;s au communisme dans les rangs de la gauche mondiale. D&#233;sormais, il ne fait aucun doute que le mouvement international de gauche se d&#233;veloppera et se renforcera en tant qu'axe de cristallisation non seulement du communisme, mais de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 ao&#251;t, l'Internationale communiste est n&#233;e. 1933 sera un puissant prologue pour sa renaissance. Les bolcheviks-l&#233;ninistes en Allemagne doivent prendre la t&#234;te d'une lutte directe de la classe ouvri&#232;re sous toutes ses formes. Utilisant les restes de la l&#233;galit&#233; et les profondeurs de la clandestinit&#233;, ils devraient la mobiliser sous les mots d'ordre de front unique pour lutter contre le fascisme, de sorte que la lutte partielle du prol&#233;tariat se transforme rapidement en une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Le fascisme se renforce au pouvoir et devient plus fort d'heure en heure. La terreur des nouveaux gardes-blancs a d&#233;j&#224; commenc&#233;. La peine de mort a &#233;t&#233; introduite, officiellement. La reddition des dirigeants ne sauvera pas le prol&#233;tariat de la terreur, mais ne rendra que plus facile la t&#226;che du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'opportunit&#233; de mettre fin au fascisme allemand n'est pas encore totalement perdue, tant que le fascisme ne l'a pas emport&#233; en Autriche, tant que la r&#233;action n'a pas pris le pouvoir en France, tant que le fascisme en Allemagne n'est pas encore totalement consolid&#233;, tant que les processus en URSS ne sont pas encore achev&#233;s, tant que le prol&#233;tariat allemand n'est pas encore &#233;cras&#233;. Mais il n'y a qu'une voie qui reste pour faire cela : celle du courage et de la d&#233;termination r&#233;volutionnaire d&#233;sint&#233;ress&#233;e, la voie de l'aide au soul&#232;vement renaissant du prol&#233;tariat allemand avec les ba&#239;onnettes de l'Arm&#233;e rouge et la mobilisation de toutes les forces du communisme international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas la voie choisie par la bureaucratie, pour laquelle l'arm&#233;e et les partis communistes internationaux ne sont qu'un moyen de garantir le pouvoir prol&#233;tarien usurp&#233;, mais la voie que choisira la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule une renaissance de la dictature du prol&#233;tariat et une renaissance du parti peuvent rendre r&#233;aliste cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Le fascisme est un tournant historique, un contretemps dans la croissance g&#233;n&#233;rale de la lutte de classe et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. Mais notre t&#226;che n'est pas de calmer les masses, ni de semer des illusions optimistes. Ne pas s'endormir, mais signaler le danger, sonner l'alarme, mobiliser pour la lutte - c'est notre t&#226;che, c'est ainsi que L&#233;nine et Trotski ont agi dans les moments les plus tragiques de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le danger est grand, plus nous devons tirer la sonnette d'alarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de communistes allemands remplissent les prisons fascistes. Des milliers d'ouvriers r&#233;volutionnaires ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;s et remplac&#233;s par des fascistes. La main fasciste assassine est lev&#233;e au-dessus de la t&#234;te des milliers de communistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces circonstances tragiques ne doivent en aucun cas nous amener &#224; garder le silence sur la v&#233;rit&#233; concernant les &#233;v&#233;nements et le r&#244;le des sociaux-d&#233;mocrates et des dirigeants communistes dans ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces communistes, qui m&#234;me en prison, r&#233;fl&#233;chissent aux raisons qui ont conduit les membres du Parti communiste &#224; &#234;tre emprisonn&#233;s et fusill&#233;s, et non &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat sous la direction du Parti communiste - ces communistes-l&#224;, alors qu'ils sont encore en prison, rejoindront nos id&#233;es et nos mots d'ordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution mondiale est &#224; l'une de ses &#233;tapes les plus dramatiques. Expliquer cela aux travailleurs du monde entier, mobiliser les travailleurs, faire comprendre &#224; la classe ouvri&#232;re les raisons qui ont conduit &#224; cette &#233;tape, lui faire comprendre que sous le r&#233;gime stalinien il ne peut y avoir de victoire du prol&#233;tariat pas seulement dans notre pays, qu'elle est aussi difficile en Europe, que l'une des barri&#232;res d&#233;cisives que la classe ouvri&#232;re doit surmonter pour d&#233;passer le mur g&#233;ant de la r&#233;action mondiale c'est le stalinisme international. Tel est notre premier devoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous sommes oblig&#233;s de le faire de toutes les mani&#232;res possibles, sous toutes les formes &#224; notre disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, le 1er avril 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signataires [3] des th&#232;ses &#171; Coup d'&#201;tat fasciste en Allemagne &#187; : Dingelstedt F., Karyakin M., Papirme&#239;ster P., Shinberg B., Novikov P, Abramsky A., Portnoi M., Bodrov M., Papirmeister A., Feldman, Nevelson Man, Kessel, Borzenko, Bloch, Kugelev, Kozhevnikov N., Zara&#239;kin, Papirme&#239;ster S., Eltsin V.B.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soutiennent les auteurs : Danilovich L., Khugaev K., Brontman, Vashakidze, Gogelashvili, Topuria, Efremov, Shpitalnik, Sassorov, Kholomenkin, Shvyrkhov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L. D. Trotsky, Europe et Am&#233;rique est une brochure publi&#233;e &#224; Moscou en 1926 analysant le r&#244;le des &#201;tats-Unis dans la capitalisme mondial, contenant deux rapports, de juillet 1924 et de f&#233;vrier 1926. Voir en particulier le chapitre &#171; L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Note du traducteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La position d&#233;fendue ici par le groupe de Verkhn&#233;ouralsk va &#224; l'encontre de celle d&#233;fendue par Trotsky qui avait &#233;crit en janvier 1932 : &#171; L'id&#233;e de pr&#233;senter aux &#233;lections pr&#233;sidentielles un candidat du front unique ouvrier est une id&#233;e fondamentalement erron&#233;e. &#187; (cf. le chapitre 9 de la brochure &#171; La r&#233;volution allemande et la bureaucratie stalinienne &#187;, note 2 et son appel de note). Note de la MIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] En 1933, selon Victor Serge et Ante Ciliga, la majorit&#233; des prisonniers trotskistes &#224; Verkhn&#233;ouralsk &#233;taient des &#171; jeunes &#187; militants, qui ont rejoint l'opposition d&#233;j&#224; clandestine au cours des ann&#233;es 1930-1933. Nous ne connaissons pas leurs itin&#233;raires politiques, leurs noms et pr&#233;noms... Les &#171; vieux &#187;, ceux qui ont rejoint l'opposition entre 1923 et 1928, sont mieux connus. Parmi les signataires, il s'agit de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; A. Abramsky, jeune militant, correspondant de Trotski &#224; Kharkov avant son arrestation, selon Ciliga il &#171; donnait le ton &#187; dans la cellule 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mikhail Bodrov, ouvrier m&#233;tallo de Moscou, fils de paysans n&#233; en 1902, dans l'arm&#233;e rouge de 1919 &#224; 1923, adh&#232;re au parti bolchevik en 1920, exclu en 1927 pour appartenance &#224; l'opposition trotskiste, p&#232;re de deux enfants Tamara et Anatoly, courrier de l'Opposition de gauche &#224; Alma-Ata, emprisonn&#233; en 1929, dirigeant de la gr&#232;ve de la faim de 204 trotskistes &#224; Magadan, condamn&#233; &#224; mort par d&#233;cret de la tro&#239;ka du NKVD &#224; Dalstro&#239; le 14 septembre 1937 et imm&#233;diatement ex&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Fedor N. Dingelstedt rejoint le parti bolchevik en 1910, organisateur des marins de Kronsdadt en 1917. Apr&#232;s la r&#233;volution, &#233;l&#232;ve &#224; l'Institut des professeurs rouges puis directeur de l'Institut des for&#234;ts de Leningrad et responsable de l'Opposition de Gauche. &#192; Verkhn&#233;ouralsk, il dirige une gr&#232;ve de la faim puis est d&#233;port&#233;, il dirige une gr&#232;ve de la faim &#224; Solovki. On perd sa trace en 1935, apr&#232;s son transfert &#224; Alma-Ata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Shaliko Gogelashvili, selon Ciliga &#171; membre du Komsomol et fils d'un ancien mineur sans parti &#233;tait un jeune homme vif et s&#233;rieux qui se consacrait avec z&#232;le et habilet&#233; &#224; l'&#233;tude des probl&#232;mes du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Man Nevelson, mari de la fille de Trotski, Nina, &#233;tait lyc&#233;en en 1917 quand il a organis&#233; les JC puis les Gardes rouges. Commissaire politique de l'Arm&#233;e rouge, il &#233;tait en 1920 chef du d&#233;partement politique de la 5e Arm&#233;e, et s'est reconverti comme &#233;conomiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Aaron Papirme&#239;ster avait dirig&#233;, avec ses deux fr&#232;res, Pavel et Samuel, eux aussi signataires de ces th&#232;ses, les partisans rouges en Sib&#233;rie au cours de la guerre civile. Il &#233;tait un des dirigeants du &#171; centre trotskiste &#187; &#224; Verkhn&#233;ouralsk en 1930, lors de la discussion sur le plan quinquennal, aux c&#244;t&#233;s de Dingelstedt et Nevelson, selon Ante Ciliga, qui se consid&#233;rait comme &#233;tant &#224; leur gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sassorov a d'abord &#233;t&#233; d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie et n'est arriv&#233; &#224; Verkhn&#233;ouralsk qu'en 1930 (cf. &#171; Lettre &#224; Trotsky du 11 novembre 1930 sur l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 7-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die du prol&#233;tariat allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Berlin, novembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; Berlin le premier jour de novembre 1932. &#171; Il faut habiter le &#8220;Westen&#8221;, c'est le quartier le plus agr&#233;able pour les &#233;trangers &#187;, nous disaient, &#224; Paris, quelques connaisseurs de Berlin. Mais nous chois&#238;mes la &#171; Alexander Platz &#187;, centre de vie bouillonnante, chauff&#233;e par l'angoisse des jeunes ch&#244;meurs berlinois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rues sont pleines. Pleines de cris, pleines de monde. Premi&#232;re surprise sur le trottoir, des jeunes gens ou des jeunes filles agitent de grosses tirelires en t&#244;le, faisant danser des sous dedans.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Donnez pour la campagne &#233;lectorale du Parti Communiste&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, tout de suite, une autre voix &#224; c&#244;t&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Donnez pour la campagne &#233;lectorale du Parti National Socialiste...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous restons un bon moment &#224; les regarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est certain que les qu&#234;teurs ne sont pas seuls. Il est certain que chacun se sent prot&#233;g&#233; par quelques copains. Mais &#231;a ne se voit pas. On ne voit que cette chose extraordinaire : l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, l'un en face de l'autre, militants communistes et hommes d'assaut nazis qu&#234;tent pour leur parti, se regardant parfois avec haine, mais sans se quereller. Nous sommes sous la tr&#234;ve politique. Cette discipline allemande&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections ont &#233;t&#233; fix&#233;es au 6, et Berlin pavoise. On accroche aux fen&#234;tres, avec le drapeau, son opinion politique. Dans les quartiers ouvriers, les drapeaux forment une ligne rouge homog&#232;ne sur les fa&#231;ades grises. Rouge est le drapeau des trois partis qui se disputent la classe ouvri&#232;re allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle blanc avec la noire croix gamm&#233;e au centre dit, sur la toile rouge, qu'il appartient aux hitl&#233;riens et il porte le num&#233;ro 1. Le parti nazi est le premier parti d'Allemagne par le nombre de ses voix. Les trois fl&#232;ches du &#171; Front de fer &#187; et le num&#233;ro 2 sont marqu&#233;s sur le drapeau rouge des social-d&#233;mocrates. La faucille et le marteau et 3 signalent les fen&#234;tres communistes. Les mots : &#171; Votez pour la liste 1 &#187;, &#171; Votez pour la liste 2 &#187;&#8230; lancent leurs appels aux passants.&lt;br class='autobr' /&gt;
La passion politique domine la rue. Partout, on cause. Des petits groupes se forment dans tous les coins. Les cyclistes arr&#234;tent leurs v&#233;los. Des femmes, jeunes et vielles, se m&#234;lent aux discussions. Chacun porte, &#224; la boutonni&#232;re, le signe distinctif de son parti. On t&#226;che de convaincre, on apporte des arguments, on a des accusations contre les chefs, on m&#233;nage la masse. Le ton monte, tous veulent, &#224; la fois, dire les mille choses qu'ils savent du parti contraire ; les mots deviennent durs ; mais il n'y a pas de bagarre. On vit la tr&#234;ve politique. Toute atteinte &#224; l'ordre est s&#233;v&#232;rement punie. On serre les poings dans les poches, on discute. L'arriv&#233;e du schupo met fin &#224; la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des transports a &#233;clat&#233; &#224; Berlin. Tous les moyens de communication appartenant &#224; la BVG sont arr&#234;t&#233;s. Les trams, les autobus, le m&#233;tro restent dans leur gare. La gr&#232;ve a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e par une grande majorit&#233; du personnel. Mais il manquait environ cent cinquante voix pour atteindre les trois quarts qu'exige la loi avant de consid&#233;rer une gr&#232;ve comme l&#233;gale. Alors, les syndicats r&#233;formistes n'ont pas appuy&#233; la gr&#232;ve&#8230;. Nous demandons &#224; un social-d&#233;mocrate :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment se fait-il que la direction de vos syndicats n'approuve pas une gr&#232;ve d&#233;cid&#233;e par une si &#233;crasante majorit&#233; du personnel ? Environ 16.000 ouvriers sur 22.000 ont vot&#233; pour elle.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous ne pouvez pas comprendre parce que vous ne connaissez pas les lois allemandes. Ici, en Allemagne, nous avons une loi qui permet au gouvernement de saisir la caisse syndicale quand une gr&#232;ve n'est pas strictement approuv&#233;e par les trois quarts des voix. Il faut les trois quarts, juste les trois quarts, pas une voix ne doit manquer&#8230; Vous savez, nous avons une loi&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le Berlin ouvrier a aussi une loi, la solidarit&#233; prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les stations du m&#233;tro restent ferm&#233;es, pas un tram, pas un autobus ne sont dans la rue le premier jour. Les v&#233;los roulent par milliers sur le pav&#233;. Les &#233;lections d&#233;j&#224; pass&#233;es, les chefs nazis commencent &#224; n&#233;gocier et l&#226;chent la gr&#232;ve. Il faut rentrer. Et on rentre. Deux mille ouvriers, les plus actifs, les plus conscients, sont cong&#233;di&#233;s. La compagnie ne veut plus d'eux. Mais la gr&#232;ve a sem&#233; la peur dans les rangs de la bourgeoisie. La classe ouvri&#232;re allemande para&#238;t reprendre sa volont&#233; de lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les transports berlinois d&#233;pendaient de la municipalit&#233; social-d&#233;mocrate. La direction de la BVG avait annonc&#233; une r&#233;duction de salaire de 2%.. La gr&#232;ve avait &#233;t&#233; dirig&#233;e conjointement par les nazis et le parti communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression polici&#232;re a &#233;t&#233; brutale : 1000 arrestations, 100 bless&#233;s, 10 morts, 2500 employ&#233;s licenci&#233;s. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES ELECTIONS DU 6 NOVEMBRE 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour des &#233;lections. Nous le passerons dans les quartiers ouvriers. C'est la premi&#232;re fois que nous allons &#224; Wedding. On s'attendait &#224; voir des ruelles &#233;troites, nous trouvons de larges avenues asphalt&#233;es, beaucoup de balcons, des petits jardins devant les grandes maisons &#224; quatre et cinq &#233;tages. Wedding est pourtant le quartier des barricades. Wedding est la forteresse communiste de Berlin. De ces gentils petits balcons, les nazis ont re&#231;u des fleurs. Tr&#232;s souvent les fleurs &#8211; dit-on &#8211; &#233;taient accompagn&#233;es des lourds pots o&#249; elles poussaient, et les nazis se f&#226;chaient. A Wedding, les nazis n'avaient pas la vie facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les drapeaux sont rouges. Dans le nouveau Wedding plein de claires maisons modernes, on voit des croix gamm&#233;es. Ce sont des maisons habit&#233;es par des employ&#233;s, par des petits bourgeois. Dans le vieux Wedding dominent la faucille et le marteau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, au milieu d'une fa&#231;ade ou d'une rue qui ne porte que des croix gamm&#233;es, se d&#233;tache le num&#233;ro 3 de la liste communiste. Parfois, ce sont les trois fl&#232;ches. Ailleurs, c'est une croix gamm&#233;e qui ose vivre entre les drapeaux communistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment s'explique ce spectacle dans une atmosph&#232;re chauff&#233;e &#224; blanc ? Est-ce que les militants communistes, socialistes ou nazis ont un courage personnel si extraordinaire ? Nous croyons que, le 6 novembre, existait en Allemagne un &#233;quilibre de forces et que chaque militant le sentait aussi. On avait un fort parti derri&#232;re soi, et la victoire n'appartenait d&#233;finitivement &#224; personne. L'avenir &#233;tait ouvert &#224; chacun.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la porte des brasseries o&#249; l'on vote se tiennent, vivantes colonnes d'affichage, des hommes portant une pancarte sur la poitrine : liste 3, liste 2, liste 1. ... Les votants arrivent, passent par le local o&#249; l'on boit de la bi&#232;re et vont d&#233;poser leur vote dans la chambre &#224; c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tranquillit&#233; est parfaite. On ne voit pas beaucoup de nazis &#224; Wedding. Un groupe de 6, portant l'uniforme, passe pr&#232;s d'un local &#171; Reichsbanner &#187;. Les jeunes reichsbanner, aussi en uniforme, qui sont &#224; la porte, taquinent les hitl&#233;riens.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh !... les h&#233;ros, faut pas courir comme &#231;a. C'est votre chef qui vous attend ?... Venez donc&#8230; on a quelque chose pour vous&#8230; Les nazis ne r&#233;pondent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les communistes gagnent 700.000 voix. Les social-d&#233;mocrates en perdent 700.000. Les nazis en perdent 2 millions. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Vorw&#228;ert &#187; [3] commente la d&#233;faite hitl&#233;rienne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Voil&#224; dix ans que nous avons pr&#233;vu la d&#233;faite du national-socialisme, noir sur blanc, nous l'avions &#233;crit dans notre journal !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; Rote Fahne &#187; [4] f&#234;te le triomphe communiste et annonce que le nazisme commence &#224; se d&#233;sagr&#233;ger : &#171; Partout, il y a des S.A. qui d&#233;sertent les rangs de l'hitl&#233;risme et se mettent sous le drapeau communiste. On commence &#224; d&#233;savouer Hitler dans son propre mouvement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;contentement qui se signala dans le Parti Communiste KPD apr&#232;s sa d&#233;faite aux &#233;lections pr&#233;sidentielles s'apaisait maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement sort compl&#232;tement vaincu de ces &#233;lections, en ce sens que celles-ci ont montr&#233; de nouveau sa tr&#232;s faible base sociale ; et il s'ensuit une longue crise qui finit par la chute de Von Papen et l'av&#232;nement de Schleicher [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Rote Fahne &#187;, rappelant la gr&#232;ve de la BVG, interpr&#232;te ainsi les faits : &#171; L'offensive du prol&#233;tariat fait tomber Von Papen ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui n'&#233;tait pas vrai &#224; deux points de vue :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat, dans son ensemble, &#233;tait et resta jusqu'&#224; la fin sur la d&#233;fensive, quoique la gr&#232;ve des transports &#224; Berlin ait montr&#233; un regain de combativit&#233;. A la faveur de cette passivit&#233; g&#233;n&#233;rale du prol&#233;tariat, les fractions de la bourgeoisie prenaient tout leur temps pour se disputer le pouvoir ; avec la mont&#233;e de Schleicher, la grosse bourgeoisie terrienne &#233;tait provisoirement vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ATTENTE&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vit encore sous la tr&#234;ve politique, et No&#235;l approche. L'ouvrier berlinois ne veut pas avoir faim le jour de No&#235;l. Il veut que ses gosses soient gais ce jour-l&#224;, il veut avoir son arbre de No&#235;l garni et allum&#233;, et l'arbre doit &#234;tre un vrai petit sapin.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre d&#238;ner de No&#235;l ne sera pas tr&#232;s riche, dit Frau M&#252;ller. J'ai achet&#233; de la viande. On aura un petit r&#244;ti de veau. Mais l'arbre, oh ! l'arbre sera &#233;patant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mari de Frau M&#252;ller ch&#244;me depuis plus de deux ans. Ils vivent avec une allocation de 360 francs par mois. Leur nourriture quotidienne est compos&#233;e de pommes de terre &#224; la margarine, de quelques tranches de saucisson et d'un peu de l&#233;gumes secs.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arbre de No&#235;l n'est plus, pour Frau M&#252;ller, affaire de religion. Il repr&#233;sente dans sa vie, comme dans la vie de millions de ch&#244;meurs allemands, un besoin d'espoir. Il rappelle le &#171; bon vieux temps &#187;, quand on travaillait, quand on gagnait un salaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hiver est l&#224;. Les suicides augmentent. Le tuyau de gaz r&#233;sout vite les probl&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cours se remplissent de chanteurs, de danseurs, d'acrobates. Parfois, ce sont des cirques qui viennent : un poney maigre et poilu et quelques chiens, pas trop savants. Les sous tombent rares. Ce sont presque tous les ch&#244;meurs qui habitent sur la cour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FIN DE TREVE POLITIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues, c'est le petit commerce. On vend des lacets, des boutons, des jouets, des bonbons. Dans ce coin, deux jeunes ch&#244;meurs font admirer une cath&#233;drale, haute de deux m&#232;tre quatre-vingt, qu'ils ont construite en bois. Plus loin, c'est le Do X, avion fait avec des allumettes en une ann&#233;e de ch&#244;mage. Et encore une petite maison en bois pos&#233;e sur deux bicyclettes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle de l'hiver. Le gouvernement ne dit rien encore du secours d'hiver. Le Parti Communiste lance le mot d'ordre : &#171; Du charbon et des pommes de terre. Ouvrez les d&#233;p&#244;ts, distribuez les stocks au peuple &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petites manifestations dans les quartiers ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouvel an commence par cinq ouvriers assassin&#233;s par les nazis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin de tr&#234;ve politique. Le PC organise une manifestation pour le 4 janvier au Lustgarten : &#171; Le Berlin rouge viendra en masse le 4 janvier &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un jour de pluie. Les ouvriers viennent des quartiers les plus &#233;loign&#233;s. Des femmes, des enfants, des vieux, ils marchent, tous, calmes, s&#233;rieux, l'allure d&#233;cid&#233;e. Il pleut. Beaucoup d'entre eux n'ont pas de manteau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours prononc&#233; par Florin est fait des clich&#233;s habituels : &#171; Montrez &#224; Schleicher combien nous sommes. Il veut l'ill&#233;galit&#233; pour le PCA ?... Le Berlin ouvrier saura lui r&#233;pondre&#8230; Regardez la Russie !... L&#224;-bas, pas de ch&#244;mage&#8230;etc&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La masse &#233;coute, silencieuse. Elle attend une perspective, un chemin. Elle repart les mains vides. Le 15 janvier, le PC appelle les ouvriers sur les tombes de Rosa Luxembourg et de Karl Liebnecht. Les conseillers social-d&#233;mocrates de L&#252;chtenberg o&#249; se trouve le cimeti&#232;re ont fait voter l'interdiction de d&#233;filer devant les tombes. Seule une d&#233;l&#233;gation de porte-drapeaux pourra le faire. Les social-d&#233;mocrates trouvent que la manifestation devant la tombe de Karl et Rosa d&#233;range les autres visiteurs et l&#232;se leurs droits&#8230; Le PC d&#233;nonce cela, appelle les ouvriers socialistes &#224; manifester contre leurs chefs, mais reste comme toujours, seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;cide que les colonnes se rassembleront &#224; la Wagner Platz pour &#233;couter les orateurs. Le cort&#232;ge des porte-drapeaux se formera l&#224; pour aller au cimeti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 est un jour glacial. Le thermom&#232;tre accuse 16 degr&#233;s au-dessous de z&#233;ro. Les trottoirs sont pleins de monde. Les colonnes communistes avancent au milieu de la large Frankfurter Allee. La discipline est parfaite. Une formation, avec ses chefs, avec ses cadres, se d&#233;tache comme un corps articul&#233; parmi la masse qui marche &#224; son c&#244;t&#233;. Les chansons montent, puissantes. Leur rythme lent scande la marche. Elles grimpent vers les fen&#234;tres des maisons prol&#233;tariennes et les fen&#234;tres s'ouvrent. Toutes les fen&#234;tres sont ouvertes sur la Frankfurter Allee. Les refrains s'obstinent dans l'espoir : &#171; Wir siegen trotz Hass und Verbot &#187;. [6]&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent froid porte tr&#232;s loin la musique claire des fifres. Les tambours ouvrent la marche. Les rues sont de plus en plus pleines. On chante la chanson de Spartacus. Les drapeaux sont comme des voiles rouges. De temps en temps le clairon lance un long appel. Des colonnes, des trottoirs, des fen&#234;tres, vient la r&#233;ponse : &#171; Rot Front !... &#187; [7] C'est un peu th&#233;&#226;tral mais c'est fort impressionnant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; la Wagner Platz, les porte-drapeaux et les d&#233;l&#233;gations commencent &#224; former le cort&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
On attend les orateurs. Le froid devient insupportable. On ne peut rester sans bouger. La Croix-Rouge a d&#233;j&#224; d&#251; intervenir trois fois. Il fait trop froid, les v&#234;tements sont trop l&#233;gers, l'allocation de ch&#244;mage ne permet pas de manger &#224; sa faim, on vient de loin, on est parti avec une tasse d'eau chaude color&#233;e de caf&#233; et une maigre tartine. De magnifiques gar&#231;ons tombent par terre &#233;vanouis. C'est la faim, c'est le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge des drapeaux part vers le cimeti&#232;re. Cent, deux cent, mille drapeaux rouges se gonflent au vent. Vers un horizon ray&#233; de chemin&#233;es de fabrique, sur le pav&#233; de la ville ouvri&#232;re, avance, coule, un fleuve de drapeaux rouges, gronde une temp&#234;te de chansons rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique, de l'industrie lourde et de la bourgeoisie terrienne, chass&#233;e par la mont&#233;e de Schleicher-Papen, revient, mais accompagn&#233;e de Hitler et de Hugenberg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Schleicher a contre Hitler une grosse carte &#224; jouer : le Reichstag. Si au Reichstag les nazis refusent leur appui au gouvernement, celui-ci appellera &#224; de nouvelles &#233;lections. Hitler craint de nouvelles &#233;lections. Il a de s&#233;rieuses difficult&#233;s au sein de son parti. Strasser vient de l'abandonner, les sections d'assaut ne sont pas contentes. Le prestige du F&#252;hrer en souffre. Le F&#252;hrer a besoin de rafra&#238;chir ses lauriers et de montrer, face &#224; Schleicher qui veut s'entendre avec Leipart, que lui et lui seul est capable de mater la classe ouvri&#232;re. Leur coup d'Etat n&#233;cessite une connaissance du terrain : qu'est-ce que r&#233;pondra le prol&#233;tariat et jusqu'o&#249; ? Et par surcro&#238;t s'il y a une r&#233;ponse sanglante, voil&#224; une occasion de jeter le Parti Communiste dans l'ill&#233;galit&#233;, de r&#233;aliser la menace de Schleicher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES NAZIS SUR LA BULOW-PLATZ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, les ouvriers de Berlin lisent sur la premi&#232;re page des journaux cette chose incroyable : &#171; Les nazis se rassembleront &#224; B&#252;low Platz&#8230; Les nazis marcheront face &#224; la la maison Karl Liebnecht&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne veut le croire. La provocation est tellement claire, tellement monstrueuse, un d&#233;nouement sanglant tellement s&#251;r, qu'on s'attend d'un moment &#224; l'autre &#224; un d&#233;menti de la part de la police. Le d&#233;menti ne vient pas. Les nazis d&#233;fileront devant la maison Karl Liebnecht. Avec leurs drapeaux, avec leur musique, avec leurs chansons ils souilleront les rues du quartier prol&#233;tarien. Ils crieront : &#171; A mort la Commune &#187; face &#224; la citadelle communiste. Ils chanteront : &#171; Il faut rougir nos couteaux du sang des youpins &#187; dans ce morceau de ghetto qu'est B&#252;low Platz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les fabriques, dans les bureaux de pointage, dans les rues, dans les brasseries, parmi les gosses &#224; l'&#233;cole, les femmes au march&#233;, partout, partout, il n'y a pas d'autre sujet de conversation que la marche des nazis, le dimanche 22 janvier sur la B&#252;low Platz, devant la maison Karl Liebnecht, centrale du Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ouvriers berlinois, crie la &#171; Rote Fahne &#187;, obligez le gouvernement &#224; reculer. Manifestez dans les fabriques, dans les bureaux de pointage. Envoyez des lettres de protestation ! Ouvriers socialistes, rappelez-vous que les communistes sont accourus &#224; la d&#233;fense du &#171; Vorwa&#235;rt &#187; menac&#233;, c'est votre tour maintenant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC fit tout : d&#233;marches pour une contre-manifestation, d&#233;marches au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur pour arr&#234;ter la manifestation nazie, r&#233;union de la presse allemande et &#233;trang&#232;re pour recevoir de &#171; tr&#232;s importantes &#187; d&#233;clarations de la fraction parlementaire : &#171; Le PC rend responsable les autorit&#233;s de ce qui se passera &#224; la B&#252;low Platz et se r&#233;serve d'agir en cons&#233;quence si on verse le sang ouvrier &#187;&#8230; Il fit tout, tout ce qui &#233;tait menace, menace&#8230; et les appels &#224; la base par-dessus les chefs. Il n'oublia pas d'agir. Comme on sentait ces jours-l&#224; l'impuissance de cette politique fanfaronne et vide en face d'un danger r&#233;el. Devant la maison Karl Liebnecht, de petites colonnes emmen&#233;es par les groupes communistes se renouvelaient. Le leader se d&#233;tachait et faisait une petite harangue : &#171; Envoyez des lettres de protestation au pr&#233;fet de police. Causez avec les prolos nazis dans les usines, lors du pointage ! &#187; Et ils repartaient, form&#233;s. Dans des petits groupes, on discutait : &#171; Ils n'oseront pas&#8230; Je parie qu'au dernier moment la police interdira la manifestation &#187;. Un vieux : &#171; Non, ils la feront. Ils ne peuvent plus reculer. Mais le sang coulera. &#187; Les autres : &#171; S&#251;r que le sang coulera. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le samedi 21. Qu'arrivera-t-il le dimanche ? Le Parti Social-D&#233;mocrate, lui, est &#224; cette occasion cons&#233;quent jusqu'au bout : &#171; Cette provocation est possible parce que le PC maintient la classe ouvri&#232;re divis&#233;e. &#187; Et dans son appel : &#171; Les ouvriers socialistes sont des ouvriers disciplin&#233;s et, comme toujours, ne suivent que les directives de leurs chefs : les ouvriers socialistes s'abstiendront de manifester dimanche ! &#187; Et, par-dessus le march&#233;, les troupes Reichsbanner [8] sont appel&#233;es, comme par hasard, &#224; r&#233;aliser une longue marche d'exercice, lisez &#171; d'&#233;loignement &#187;, ce dimanche, en dehors de Berlin&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La presse lib&#233;rale bourgeoise parle ouvertement de provocation pas seulement au PC mais &#224; toute la classe ouvri&#232;re. Le &#171; Berliner Tageblatt &#187; conseille &#224; la police de faire marche arri&#232;re et de refuser aux nazis le droit de manifester le dimanche 22 &#224; la B&#252;low Platz, de ne pas se laisser entra&#238;ner par de fausses id&#233;es d'autorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La centrale des syndicats r&#233;formistes s'adresse au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, affirmant que cette provocation envers la classe ouvri&#232;re pourrait avoir les plus graves cons&#233;quences. La presse de droite [la DAZ, organe de l'industrie lourde] et le gouvernement Schleicher commencent &#224; s'&#233;mouvoir aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
La DAZ d&#233;clare, le 21, &#171; que les d&#233;cisions rapides ne sont pas toujours des d&#233;cisions de bon gouvernement ; que l'actuelle situation &#233;conomique et sociale de l'Allemagne exige avant tout du calme, de la tranquillit&#233;, et que les victimes de la B&#252;low Platz [on est s&#251;r d'avance qu'il y aura des victimes], ne vont pas, certainement, contribuer &#224; les assurer. &#187; Mais il ajoute : &#171; Schleicher parlera avec le ministre de l'Int&#233;rieur, Dr Bracht, et s'occupera personnellement de la manifestation de demain. On dit qu'il l'interdira. Nous n'observons que ceci : le gouvernement appara&#238;tra comme reculant devant les menaces communistes. De toutes fa&#231;ons, il faut apprendre en de pareilles occasions &#224; bien m&#233;diter les r&#233;solutions. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Schleicher parle avec son ministre. Celui-ci a besoin d'une heure pour lui d&#233;montrer qu'il n'y aura pas d'incident. &#171; La police est ma&#238;tresse de la situation &#187;, dira aussi express&#233;ment le pr&#233;fet de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, nouvel argument de la &#171; Rote Fahne &#187; : &#171; Pour satisfaire le d&#233;sir provocateur des nazis, le gouvernement va soumettre les agents de police &#224; une corv&#233;e suppl&#233;mentaire et exposer leur vie ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre propri&#233;taire, une bonne petite bourgeoise, nous conseille de faire provision de vivres : &#171; Ce dimanche sera un jour sanglant. Les morts se compteront par dizaines. Il surgira des gr&#232;ves, peut-&#234;tre m&#234;me la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Il faut toujours se m&#233;fier des ouvriers. Suivez mon conseil, achetez des provisions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin. Pas moyen d'arriver jusqu'&#224; la B&#252;low Platz. Les acc&#232;s sont barr&#233;s par la police. La carabine &#224; la main, les agents ferment les rues dans un circuit tr&#232;s &#233;tendu. Nous parcourons les groupes d'ouvriers qui se tiennent partout. On discute ferme. Qu'est-ce qu'on fera ? Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ? Est-ce qu'on fera quelque chose ? D&#233;sorientation profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police parcourt les rues. Une auto blind&#233;e fait son apparition &#224; grands fracas. Les bouches grises des quatre mitrailleuses sont salu&#233;es avec m&#233;pris par les ouvriers :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il leur faut ce truc-l&#224; pour venir chez nous&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'ils nous laissent manifester devant l'Angriff [journal fasciste de Goebbels]. Nous ne demandons pas &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;s par les autos blind&#233;es.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il ne faudra pas non plus barrer les rues&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni mettre des flics sur les toits&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'indignation, la honte, la rage grondent dans le quartier. Les trois fl&#232;ches sur quelques boutonni&#232;re signalent des adh&#233;rents du &#171; Front de fer &#187; [9]. Ce sont des ouvriers socialistes. Ils discutent entour&#233;s de communistes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une fois encore, vos chefs font le jeu des fascistes. Ils vous ont de rester aujourd'hui chez vous. Ils ont &#233;loign&#233; les Reichsbanner. Nous voulons l'unit&#233;, nous voulons que vous luttiez avec nous&#8230; Est-ce que vos chefs veulent l'unit&#233; ? &#8230;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nos chefs, nos chefs&#8230;. C'est toujours la m&#234;me chanson. Est-ce que les v&#244;tres vous dirigent mieux ? &#8230; Que font aujourd'hui vos chefs ? Ils vous ont de venir ici crier &#171; Rot Front &#187;. Vous criez, vous ne faites que crier&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une colonne vient de se former. Tentative de manifestation. &#171; A bas le gouvernement ! A mort Hitler ! &#187; Les flics accourent. Coups de matraque. Des fen&#234;tres tombent des hu&#233;es sur les agents. Les carabines braqu&#233;es sur les maisons, ceux-ci ordonnent : &#171; Fermez les fen&#234;tres, fermez les fen&#234;tres ! &#187; On cause dans un groupe. Un vieil ouvrier s'adresse aux gens pour crier : &#171; Les gosses, &#8230; &#231;a ce n'est rien&#8230; On ne fera rien avec des cris. O&#249; sommes-nous, les 800.000 qui avons vot&#233; communistes ? Descendez de tous les quartiers, tombez sur la place o&#249; ils sont mass&#233;s maintenant et &#233;crasez les comme des vers. &#187; Et ses doigts maigres &#233;crasaient des vers.
&lt;br /&gt;&#8212; Le Parti doit avoir ordonn&#233; de se concentrer dans les quartiers pour emp&#234;cher les nazis de partir vers la B&#252;low-Platz&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Le Parti a dit de se rassembler aux environs de la place pour manifester. Qu'a-t-il dit r&#233;ellement, le Parti ? Des responsables nous ont confirm&#233; ce dernier mot d'ordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien &#233;tions-nous dans le vaste p&#233;rim&#232;tre qui entoure la B&#252;low Platz ? Trente mille, quarante mille, peut-&#234;tre soixante mille. Mais on ne voyait que des groupes ; on causait, on criait jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de la police. Et c'est tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien que des groupes, des groupes impuissants. Berlin ouvrier n'avait pas r&#233;pondu &#224; l'appel du Parti Communiste. Dans le danger, le Parti Communiste restait seul et n'avait pas la confiance de la masse. La bourgeoisie venait de le constater d'une fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers cinq heures et demi, tout &#233;tait fini. Les derni&#232;res colonnes nazies, presque invisibles derri&#232;re les colonnes polici&#232;res qui les gardaient, abandonnaient le quartier de B&#252;low Platz. Mieux qu'une manifestation nazie, on peut dire qu'une manifestation de la police, arm&#233;e de toutes ses armes, avait eu lieu sur la place et ses environs. Dans cette remarque, les militants, de retour dans leurs maisons, puisaient une pauvre consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six heures du soir. Nous arrivons jusqu'&#224; la maison Karl Liebnecht. Des flics arm&#233;s de carabines se tiennent encore sur le trottoir. Les mains vides, la d&#233;faite au c&#339;ur, nous partons avec quelques ouvriers. Le cri qui a martel&#233; nos oreilles toute la journ&#233;e s'accroche encore &#224; nos pas : &#171; Circulez&#8230; circulez&#8230; circulez&#8230; &#187;. Et encore &#224; l'Alexander Platz, quelques nazis, deux, trois groupes isol&#233;s, qui s'en retournent eux aussi, apr&#232;s leur &#171; prouesse &#187;, passent entre les ouvriers. Ceux-ci les conspuent, les sifflent et c'est tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la trag&#233;die allemande, la B&#252;low Platz fut un point culminant, un moment d&#233;cisif. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs social-d&#233;mocrates cr&#233;eront cette justification scandaleuse qu'ils mirent en circulation : &#171; Les communistes nous reprochent d'avoir livr&#233;, le 20 juillet, l'Etat de Prusse sans r&#233;sistance, est-ce qu'ils ne se sont pas laiss&#233; sortir leur garde de la Maison Karl Liebnecht par la police, de la m&#234;me fa&#231;on, le 22 janvier ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HITLER CHANCELIER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements vont se d&#233;rouler maintenant &#224; une vitesse accrue. Le 25, le Parti Communiste r&#233;plique par une manifestation antifasciste qui d&#233;file pendant quatre heures devant la Maison Karl Liebnecht. Par un froid glacial, plus de 120.000 ouvriers sont venus des quartiers les plus &#233;loign&#233;s de Berlin. Une jeunesse magnifique forme les cadres antifascistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un entrain, un enthousiasme, une d&#233;cision que nous n'avions jamais vus. Avec leurs banderoles ces troupes ouvri&#232;res passent devant nous. Nous essayons d'&#233;valuer le nombre des combattants utiles dans la colonne. 95% par leur &#226;ge, leur allure, nous impressionnent comme des militants aptes &#224; la lutte arm&#233;e. De nouveau, quelle impression formidable ! Seulement, cette B&#252;low Platz&#8230; Et c'est malgr&#233; tout l'impression qui dominera en nous en entendant les fonctionnaires r&#233;p&#233;ter, &#224; l'arriv&#233;e de chaque colonne, face &#224; l'estrade o&#249; se tenait le C.C. du PC, le cri : &#171; Berlin rouge salue avec un triple &#171; Front Rouge ! &#187; le C.C. du PCA qui a &#224; sa t&#234;te le camarade Thaelman ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me jour, le 25 &#224; Dresde, dans une salle o&#249; se tenait une r&#233;union antifasciste convoqu&#233;e par les communistes, la police tire sur les assistants, tuant 9 ouvriers et en blessant 13. Ce fait incroyable est rest&#233; sans r&#233;ponse v&#233;ritable : on n'a pas pu d&#233;clencher la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Schleicher demande &#224; Hindenburg les pouvoirs pour dissoudre le Reichstag. Mais son sort est d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233;. Hindenburg les lui refuse et appelle von Papen. Commencent les pourparlers avec Hitler, Hugenberg, etc&#8230; qui semblent vouloir, comme les autres, tra&#238;ner en longueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 29, le Parti Social-D&#233;mocrate affirme au Lustgarten de son c&#244;t&#233;, &#171; r&#233;pliquant &#187; aussi &#224; la provocation du 22 : &#171; Berlin reste rouge ! Social-d&#233;mocrates, gardez votre discipline traditionnelle. Vous serez peut-&#234;tre appel&#233;s &#224; employer vos derni&#232;res &#233;nergies. Social-d&#233;mocrates, soyez calmes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette manifestation, un spectacle nouveau. Le SAP [11], form&#233; en une colonne ind&#233;pendante, Arborant le portrait de Rosa Luxemburg, appelle, dans un ch&#339;ur parl&#233; inlassablement r&#233;p&#233;t&#233;, au front unique &#171; SPD, KPD, SAP doivent marcher ensemble. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La gauche nous donne un espoir&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et alors, sur l'insouciance de ces partis qui parlent d'un coup d'Etat nazi sans y croire s&#233;rieusement, tombe comme la foudre, le lundi 30 janvier, la nouvelle : &#171; Hitler nomm&#233; chancelier du Reich ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La B&#252;low Platz a trouv&#233; son compl&#233;ment, sa conclusion !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir m&#234;me nous accourons &#224; la &#171; Masch &#187;, l'&#233;cole marxiste du PC. L'atmosph&#232;re est morne. Nous abordons, anxieux, les premiers camarades du PC. &#171; Que va-t-on faire ? &#187;, &#171; Que veut tu qu'on fasse ? &#187;, &#171; Est-ce qu'on laissera Hitler s'installer au pouvoir ? &#187;, &#171; Qui peut l'en emp&#234;cher ? &#187;, &#171; Mais vous croyez que la classe ouvri&#232;re restera passive ? &#187;, &#171; Bien s&#251;r, &#8230; peut-&#234;tre quelques gr&#232;ves partielles &#187;, &#171; Mais le Parti ? &#187;, &#171; Que peut faire le Parti ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup de massue. Mais nous essayons de leur d&#233;peindre l'espoir immense, l'attente &#233;norme, l'attention supr&#234;me avec lesquels le prol&#233;tariat du monde entier suit leur attitude&#8230; Cela les d&#233;prime encore d'avantage. D'autres arrivent. Le cercle s'&#233;largit. Il y a l&#224; des ouvriers d'usine, des ch&#244;meurs, des &#233;tudiants. Il y a l&#224;, amertume, cette rage d'impuissance atroce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; &#171; Nous n'avons pas de parti, nous n'avons pas de chefs ! Que pouvons nous ? Le 20 juillet, le parti appela &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, est-ce que les fabriques se sont arr&#234;t&#233;es ? Nous ne d&#233;cidons rien&#8230; sans les ouvriers socialistes, nous ne pouvons rien. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sans transition : &#171; D'ailleurs, Hitler s'usera vite. Il ne pourra tenir ses promesses. &#187;, &#171; Hitler signifie la guerre et la guerre signifie la r&#233;volution &#187;, &#171; Les nazis n'oseront pas jeter le parti dans l'ill&#233;galit&#233; &#187;, ou &#171; Il le fera, mais &#231;a vaut mieux. Le parti ressortira fortifi&#233;. &#187;, &#171; Les masses ont besoin de cette exp&#233;rience nazie, apr&#232;s elles viendront &#224; nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'un d'eux esquisse un fantastique sch&#233;ma avec les &#201;tats-Unis, la Pologne, la Roumanie&#8230; Non seulement, ils n'ont pas une id&#233;e commune, mais chacun d'eux a quatre, cinq id&#233;es diff&#233;rentes qu'il exprime &#224; tour de r&#244;le&#8230; &#171; Le parti n'a pas eu de politique. Tout &#233;tait pour lui le fascisme. Br&#252;ning, c'&#233;tait le fascisme, la social-d&#233;mocratie c'&#233;tait le fascisme. Von Papen, c'&#233;tait le fascisme. Schleicher, c'&#233;tait le fascisme&#8230; &#187; Un fonctionnaire intervient : &#171; Oui, &#231;a a &#233;t&#233; la politique de Neumann, on l'a d'ailleurs d&#233;j&#224; s&#233;v&#232;rement condamn&#233;e au sein du parti &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Confusion, d&#233;sarroi, manque total de confiance dans leur parti, dans leurs chefs&#8230; Et sous nos yeux fond comme un morceau de sucre dans l'eau le formidable Parti Communiste Allemand, le premier parti de Berlin, la plus puissante section de l'Internationale Communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la rue, ce soir, &#224; l'Alexander Platz, nous recevons, des mains de jeunes socialistes, la feuille extraordinaire que venait d'&#233;diter la social-d&#233;mocratie. En la prenant nous demandons : &#171; Eh bien ? &#187;&#8230; &#171; Jetz, abwarten &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; Maintenant attendre &#187;. Voil&#224; leur honteuse formule ! Dans la feuille, nous lisons : &#171; Face au gouvernement de menace de coup d'Etat, la social-d&#233;mocratie et tout le Front de Fer se maintiennent avec les deux pieds sur le terrain de la constitution et de la l&#233;galit&#233;. La social-d&#233;mocratie ne fera pas le premier pas pour en sortir. &#187; Les laquais, les fid&#232;les laquais !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre bout de Berlin, les nazis r&#233;alisent leur &#171; h&#233;ro&#239;que &#187; &#171; marche sur Rome &#187;, promise il y a longtemps par leur F&#252;hrer. Concentr&#233;s en h&#226;te au Tiergarten, ils &#171; conqui&#232;rent &#187; Berlin, entrant par la porte de Brandebourg.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; Rote Fahne &#187; du 31, appelant &#224; pr&#233;parer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, est saisie. Le &#171; Vorwaerts &#187; pr&#233;vient que &#171; faire la gr&#232;ve maintenant serait gaspiller les munitions de la classe ouvri&#232;re, en tirant dans le vide. &#187; Les syndicats r&#233;formistes pr&#234;chent &#171; le sang-froid et la prudence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er f&#233;vrier, Hitler lance - c'est le mot &#8211; par la radio son programme. Le jour suivant, on le retrouve sur les colonnes d'affichage. Il faut surmonter la d&#233;sagr&#233;gation communiste. Il faut d&#233;truire le mouvement ouvrier. (Il le dira plus tard, plus nettement encore). Deux plans de quatre ans. D'ici quatre ans les paysans seront heureux ; quatre ans encore et les ouvriers le seront aussi. Entre temps : service du travail obligatoire, dissolution du Reichstag. Nouvelles &#233;lections le 5 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les quartiers ouvriers de Berlin et &#224; l'int&#233;rieur de l'Allemagne, les communistes organisent des manifestations qui n'ont pas beaucoup d'&#233;cho. Des ch&#339;urs parl&#233;s appellent dans quelques fabriques &#224; pr&#233;parer la gr&#232;ve. La manifestation que le PC convoque pour le 3 f&#233;vrier, au Lustgarten, est interdite par la police&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
On emprisonne &#224; L&#252;beck un d&#233;put&#233; social-d&#233;mocrate. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale unanime d'une heure est la r&#233;ponse de la classe ouvri&#232;re de L&#252;beck. La nouvelle a, &#224; Berlin, une r&#233;percussion extraordinaire. Les ouvriers puisent dans cette &#233;tincelle un regain d'espoir et de confiance. Cette puissante classe ouvri&#232;re doit se nourrir de si peu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 f&#233;vrier, le cas se r&#233;p&#232;te &#224; Stassfurt. Le maire social-d&#233;mocrate de la ville a &#233;t&#233; tu&#233;. Et de nouveau, le jour des obs&#232;ques, une gr&#232;ve unanime ferme les usines et les magasins. Les ouvriers commentent avidement ces deux faits, se rappellent 1918-19 et disent : &#171; Tout n'est pas encore perdu. Les choses peuvent commencer comme &#231;a petit &#224; petit. Les gr&#232;ves peuvent d&#233;ferler de ville en ville, une flamme ici, une autre l&#224;, et l'incendie peut gagner toute l'Allemagne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7, premi&#232;re r&#233;union de masse sous Hitler, &#224; Berlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
La social-d&#233;mocratie manifeste au Lustgarten. Le chef de la fraction communiste au Reichstag, le d&#233;put&#233; Torgler, demande l'autorisation de lire devant les masses socialistes un appel au front unique que leur adresse le PC. On le lui refuse, et l'incident, que l'on ne conna&#238;tra que le lendemain, est clos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Otto Wels d&#233;fend dans son discours la politique de la social-d&#233;mocratie depuis 1918, et finit en disant aux masses : &#171; Le peuple aura l'occasion, le 5 mars, de prendre, de nouveau, son destin dans ses mains ! &#187; Trois &#171; Freiheit &#187; [12] saluent le discours du chef socialiste. Leur &#233;cho n'est pas encore &#233;teint que de l'autre c&#244;t&#233; de la place, un puissant &#171; Rot Front &#187; cri&#233; par des milliers de voix, &#233;clate comme un tonnerre. Mouvement, surprise : &#171; Les communistes sont l&#224; &#187;, &#8230; &#171; Unis&#8230; on marche ensemble &#187; &#8230; &#171; Ces gens ne viennent que pour faire du d&#233;sordre &#187; &#8230;. &#171; Ne dis pas de b&#234;tises &#187; &#8230; &#171; L'unit&#233;, l'unit&#233;&#8230; &#187; &#8230;. &#171; Tous les ouvriers communistes devraient voter la liste social-d&#233;mocrate. C'est s&#251;r que leur parti sera d&#233;clar&#233; ill&#233;gal. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kinstler, un des chefs socialistes, dit quelques mots : &#171; Mes fr&#232;res, mes s&#339;urs, n'affaiblissez pas cette magnifique d&#233;monstration par des incidents. Et, surtout, ne vous laissez pas provoquer. La vie et la sant&#233; des ouvriers berlinois nous sont trop ch&#232;res pour les mettre en jeu &#224; la l&#233;g&#232;re. Il faut les garder pour le jour de la lutte. &#187; &#171; Et maintenant, chantons notre marche socialiste &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne combattons pas avec les armes des barbares.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne voulons des fusils, nous ne voulons des lances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le drapeau du droit, l'&#233;p&#233;e spirituelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous conduisent au triomphe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union est finie. On commence &#224; se retirer. On entend encore quelques cris : &#171; Front unique&#8230; &#187;, &#171; L'unit&#233;&#8230; &#187; Un groupe de militants, au cri de &#171; A mort Hitler&#8230;. &#187;, &#171; A bas le gouvernement&#8230; &#187;, prend par la Braderstrasse. Ils sont de plus en plus nombreux. Ils avancent maintenant par la large Rosstrasse. Ils ont empli la rue. Ils ont empli les trottoirs. Les gens accourent de tous les c&#244;t&#233;s. C'est un v&#233;ritable fleuve qui coule sans arr&#234;t. Les agents les regardent passer sans intervenir. On y voit, sous les boutonni&#232;res, les trois fl&#232;ches, la faucille et le marteau : &#171; A bas le gouvernement&#8230;. &#187;, &#171; Rot Front&#8230; &#187;, &#171; Freiheit&#8230; &#187;, &#171; A mort Hitler&#8230; &#187;, &#171; &#171; Berlin reste rouge. &#187; Dans les coins, on commente, surpris : &#171; Ils marchent ensemble &#187;, &#171; SPD et KPD se sont unis &#187;, &#171; dieu soit b&#233;ni. Nous ne craignons maintenant aucun Hitler. &#187; C'est une petite vieille qui dit &#231;a. Elle l&#232;ve le poing : &#171; Rot Front &#187; et ses yeux sont pleins de larmes. Ils avancent toujours. Ils ont pris maintenant la Dresdenerstrasse. Devant un local nazi se tiennent quatre schupos. On voit un amas de chemises brunes se pressant contre les vitres de la porte ferm&#233;e. Et on assiste &#224; cette chose extraordinaire : le 7 f&#233;vrier, une manifestation ill&#233;gale, spontan&#233;e, dans laquelle marchent ouvriers socialistes et communistes, sous le gouvernement de Hitler, crie aux oreilles des nazis enerm&#233;s dans leur local et gard&#233;s par quatre schupos : &#171; A MORT HITLER&#8230;. &#187;, &#171; A BAS LE GOUVERNEMENT FASCISTE&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RETOURS EN ARRIERE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons quelques jours en arri&#232;re pour assister &#224; un &#233;v&#233;nement qui ouvre toute une &#233;poque de la politique des nazis au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 janvier. Minuit. Apr&#232;s la &#171; marche des torches &#187; sous la porte de Brandebourg, une section d'assaut rentre dans la ville. Elle s'engage pr&#233;cis&#233;ment &#8211; et pourquoi ? &#8211; dans la Wallstrasse, &#224; Charlottenbourg. La rue est, d'un bout &#224; l'autre, des sous-sols aux mansardes, communiste. Bagarres. Coups de feu. Le chef nazi Maikovski et le schupo qui accompagne la colonne, Zarits, tombent. Sont-ils tomb&#233;s dans la lutte ? Les nazis les ont-ils tu&#233;s ? On saura plus tard que Maikovski a eu des incidents avec ses chefs ; pour Zaurits, schupo bon gar&#231;on, on le dit ami des ouvriers&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement s'empare de ces deux cadavres. La providence les lui envoie. Il ouvre les protes du D&#244;me, la cath&#233;drale imp&#233;riale de Berlin. Les d&#233;l&#233;gations de la police, des troupes d'assaut sont form&#233;es au coude &#224; coude. Le Cabinet, au grand complet, est l&#224;. Le Kronprinz est l&#224;. Une messe solennelle a lieu &#171; pour le schupo et le membre des SA tomb&#233;s, ensemble, symboliquement, sous les balles de la canaille communiste. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut bien conqu&#233;rir le c&#339;ur des braves schupos qui ont encore, peut-&#234;tre, l'esprit de Severing et Grzesinski [13], comme le pr&#233;tendent les social-d&#233;mocrates. R&#233;concilier schupos et hommes des SA. Il faut davantage calmer la police qui craint pour son gagne-pain. La gagner et la transformer. La dompter. La souder aux nouveaux ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est tout ce que s'appliquera &#224; faire, pendant tout le mois de f&#233;vrier, Goering, ministre de l'Int&#233;rieur de Prusse. C'est ce qui inspirera plusieurs de ses fameux d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 janvier. La &#171; Berliner Boersenzeitung &#187;, journal du capital monopoliste, publie un entrefilet &#233;logieux sur l'attitude de la social-d&#233;mocratie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pendant que les communistes appellent &#224; la pr&#233;paration de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, la social-d&#233;mocratie ne semble pas incliner &#224; combattre le gouvernement par d'autres moyens que par des discours, des articles des leaders et des appels. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Involontairement, nous rapprochons cela des paroles que Mussolini leur d&#233;dia, &#224; la Chambre italienne, apr&#232;s l'assassinat de Matteoti, en juillet 1924 : &#171; Que font nos adversaires ? D&#233;clenchent-ils des manifestations dans la rue ? Essayent-ils de provoquer des r&#233;voltes dans l'arm&#233;e ? Rien de semblable ! Ils se bornent &#224; des campagnes de presse ! Ils sont incapables de faire autre chose que cela ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Se l'entendront-ils dire dans toutes les langues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous habitons chez Frau D&#8230;, une grosse personne obs&#233;d&#233;e par l'id&#233;e du manger. Son mari est placier. Ils ont connu de belles &#233;poques. Frau D&#8230; les r&#233;sume dans une phrase : &#171; On nageait dans la graisse d'oie. &#187; Aujourd'hui, ils vivent de longues p&#233;riodes de ch&#244;mage, et Frau D&#8230; est devenue une anticapitaliste farouche. Elle vote social-d&#233;mocrate, mais apr&#232;s les &#233;lections de novembre, et surtout d&#232;s qu'elle nous a su communistes, elle fut pour les solutions violentes : &#171; Il faudrait que les ouvriers comprennent une fois pour toutes. Qu'ils aillent prendre de force tout ce dont ils ont besoin. Moi, je suis communiste jusqu'au bout des ongles. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent. Schleicher tombe, et on parle d&#233;j&#224; de l'arriv&#233;e d'Hitler.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous croyez que les nazis auront le pouvoir ? demande Frau D&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils l'auront si les ouvriers ne leur barrent pas la route.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors la guerre civile sera in&#233;vitable, les ouvriers ne se laisseront pas faire. Hitler est d&#233;j&#224; chancelier. Frau D. est sure qu'il ne pourra pas tenir, il tombera comme les autres. Elle va se renseigner dans le quartier. Elle converse avec l'&#233;picier, elle entend ce qu'on, dit chez le boulanger, elle a tenu conseil avec Frau Bartel. Elle n'est plus aussi sure de la chute de Hitler.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le peuple a un tel enthousiasme pour lui ! Et, apr&#232;s tout, pourquoi ne pas lui donner l'occasion de r&#233;aliser ce qu'il a promis ! Qui sait ? &#8230; Un homme qui a r&#233;ussi &#224; mettre debout un pareil mouvement !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous t&#226;chons de lui faire comprendre ce que Hitler repr&#233;sente : la r&#233;action la plus monstrueuse qu'ait jamais connue l'Allemagne, la destruction des organisations ouvri&#232;res, la baisse des salaires...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais il donnera du travail. La r&#233;action&#8230; Je m'en fous de la r&#233;action. A l'&#233;poque du Kaiser, il y avait moins de libert&#233;, mais on mangeait davantage. Du travail, voil&#224; ce qu'il nous faut. Et Hitler a d&#233;j&#224; un projet qui fera marcher les affaires, augmenter les effectifs militaires. Qui sait ?... Il arrivera m&#234;me &#224; remettre en vigueur le service militaire obligatoire, et cela fait vivre le commerce. L'arm&#233;e, il faut des milliers et des milliers de paires de bottes, des milliers et des milliers d'uniformes. Il faut donner &#224; manger &#224; tout ce monde-l&#224;. Et puis encore &#231;a : tous ces grad&#233;s bien pay&#233;s se marient. Regardez, avant, une jeune fille comme Frida (Frida, c'est la bonne, qui ne touche pas un sou depuis un an) pouvait se marier avec un sous-off, avoir un bel int&#233;rieur &#224; soi et &#234;tre &#224; l'abri de la mis&#232;re sa vie durant. Maintenant, que voulez-vous ? Qu'elle se marie avec un ch&#244;meur ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous oubliez le programme antis&#233;mite de Hitler, Frau D&#8230;, et vous &#234;tes pourtant juive.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les nazis ne sont pas contre les juifs allemands. Ils veulent chasser toute cette youpinerie venue de Pologne, d'Autriche. Ces Galiciens pouilleux de la Grenadierstrasse. Qu'ils les chassent ! Ils sont venus ici apr&#232;s 1914, ils se sont enrichis de la mis&#232;re du peuple allemand. Moi, que voulez-vous, quand je vois une de ces juives polonaises clout&#233;e de diamants choisir aux halles la poule la plus dodue, la t&#226;ter avec ses doigts pleins de bagues, j'ai envie de lui cracher &#224; la figure. Ils nous ont tout pris, tout, ces sales youpins. Ils sont sales, sales, ils ne se lavent jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VERS LE FRONT UNIQUE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler est au pouvoir. La menace est l&#224;, nette, brutale. Alors, dans le camp ouvrier, p&#233;riode d'obscures man&#339;uvres. On a peine &#224; s'orienter m&#234;me &#224; l'aide des notes prises sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 janvier, Breitscheid d&#233;clare dans une r&#233;union du Comit&#233; directeur du Parti Social-d&#233;mocrate : &#171; La lutte contre le fascisme est entr&#233;e dans une nouvelle phase. Tous nos d&#233;sirs seraient que nos relations avec le Parti Communiste entrassent aussi dans une phase nouvelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une motion proposant un &#171; pacte de non-agression &#187; au PC est rejet&#233;e par une seule voix de majorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Summum de la confusion, de la diplomatie, de la man&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pacte reste pourtant au centre des d&#233;bats jusqu'&#224; la fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initiative de l'action unitaire semble partir et rester dans les mains des chefs r&#233;formistes ; d'une action qui ne peut &#234;tre qu'extra-parlementaire et r&#233;volutionnaire&#8230; dans les mains de chefs qui disent : &#171; Il faut attendre ! Attendre que Hitler sorte du terrain de la Constitution &#187; ! ! !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire jusqu'&#224; quel point tout est compromis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le CC du PC est incapable de mettre fin &#224; ce jeu, de poser clairement, audacieusement, fermement la question. La th&#233;orie du &#171; Social-fascisme &#187; lui lie les pieds et les mains.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; Rote Fahne &#187; du 2 et 3 f&#233;vrier publie tout au long le discours du pr&#233;sident de l'Internationale Communiste, Manowiski, - r&#233;ponse &#224; Otto Bauer [14] &#8211; o&#249; est d&#233;velopp&#233;e de nouveau la th&#233;orie du social-fascisme. Il entend faire une r&#233;ponse &#224; la social-d&#233;mocratie allemande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le CC du PC envoie Torgler parler, derri&#232;re le dos des masses, avec la direction du SPD, avec la direction syndicale de l'ADGB. Il envoie M&#252;nzenberg [15] parler en cachette avec K&#252;nstler [16]. Ces derniers prennent courage, deviennent impertinents, refusent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela, naturellement on ne le saura pas par les voies r&#233;guli&#232;res, normales, les organisations du PC, sa presse. Non. On le saura par des d&#233;tours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Torgler se pr&#233;sente &#224; la manifestation social-d&#233;mocrate du 7 et pr&#233;tend lire un appel aux masses. On lui r&#233;pond : &#171; Il fallait venir avant et remettre &#231;a aux organismes r&#233;guliers du parti. D'ailleurs, si nous c&#233;dons la tribune &#224; un communiste, la police peut dissoudre la r&#233;union. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 9, on trouve, pour r&#233;pliquer, l'id&#233;e d'un &#171; pacte d'agression &#187; contre le fascisme qu'on propose &#171; aux travailleurs qui sont contre le SPD &#187;&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 16, para&#238;t sur les colonnes d'affichage de Berlin une &#233;norme annonce :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Proposition de front unique &#187;, o&#249; on lit : &#171; La RGO s'est adress&#233;e &#224; l'ADGB en lui proposant de convoquer une r&#233;union commune des conseils d'usine afin d'organiser le mouvement contre la r&#233;action fasciste, la cr&#233;ation dans toutes les usines, bureaux de ch&#244;mage et dans les quartiers de comit&#233;s de d&#233;fense de la vie et des propri&#233;t&#233;s ouvri&#232;res. &#187; L'affiche se termine par : &#171; Cette proposition a &#233;t&#233; repouss&#233;e mais sera renouvel&#233;e. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
De son c&#244;t&#233;, l'ADGB publie une d&#233;claration : &#171; Dans une affiche que les passants ont pu lire, il est question d'une proposition qui nous a &#233;t&#233; faite. Nous d&#233;clarons n'avoir rien re&#231;u. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17, c'est une proposition des Jeunesses Communistes aux socialistes. Ces derniers r&#233;pondent en se r&#233;f&#233;rant au &#171; pacte &#187; connu et conseillent aux JC de s'adresser directement &#224; la direction du parti. Les r&#233;formistes se permettent toutes leurs r&#233;unions syndicales et &#233;lectorales par un appel &#224; l'unit&#233; de la classe ouvri&#232;re : &#171; v&#233;ritable front unique, pas de man&#339;uvres. Ouvriers communistes, nous vous tendons une main fraternelle. La r&#233;action est l&#224;, unissons-nous pour la combattre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 19 f&#233;vrier, a lieu dans la salle de la Maison des Syndicats la r&#233;union des comit&#233;s d'usine de l'ADGB et de l'AFA [syndicats d'employ&#233;s] de la r&#233;gion Berlin-Brandebourg. Elle m&#233;rite une relation plus d&#233;taill&#233;e. Le secr&#233;taire de la r&#233;gion s'adresse &#224; la salle : &#171; Il nous faut un front unique, mais &#231;a ne peut pas &#234;tre un front unique qui commence par des calomnies contre les dirigeants des syndicats. Pas plus que le Front unique qui est annonc&#233; sur les colonnes d'affichage. La RGO, que le PC met en avant, n'est pas pour nous un partenaire s&#233;rieux. Par surcro&#238;t, le mot d'ordre pour une Allemagne sovi&#233;tique n'est pas acceptable dans un front unique avec les ouvriers des syndicats libres. Nous rejetons, sur la base locale et dans le district, toutes les n&#233;gociations pour un pareil front unique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bref discours du docteur Gusko, qui parle au titre de rapporteur g&#233;n&#233;ral, finit en ces termes : &#171; Il faut dire, au sujet du front unique, que le PC ne prend pas tr&#232;s au s&#233;rieux ces mots d'ordre. La direction du PC sait depuis quinze jours que le pr&#233;sident des syndicats libres, Leipart, s'est d&#233;clar&#233; pr&#234;t &#224; donner suite &#224; tout appel direct de front unique qu'on lui adresserait. Mais l'&#233;cho communiste &#224; cette honn&#234;te proposition ne s'est pas fait entendre jusqu'&#224; pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence se termine par l'approbation, &#224; l'unanimit&#233;, d'une r&#233;solution qui dit : &#171; La r&#233;action a trouv&#233; des appuis dans la RGO. Et dans l'organisation des cellules d'usine nazies. Les ouvriers et employ&#233;s doivent avoir conscience que les meilleurs d&#233;fenseurs de leurs int&#233;r&#234;ts dans les ateliers sont les conseillers d'usine des syndicats libres&#8230;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; le langage qu'osaient tenir Leipart [secr&#233;taire de l'ADGB] et compagnie devant les ouvriers, le 19 f&#233;vrier ! A quoi bon continuer &#8230;. Tout ce mois de f&#233;vrier, ce furent des heures noires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;volutionnaires &#224; la remorque, dans l'attente des d&#233;cisions des chefs r&#233;formistes. Les masses qui pourraient d&#233;cider son avec eux. Et leur mot d'ordre est : &#171; Abwarten &#187; [attendre]. Peu &#224; peu, l'impression que le Parti Communiste ne peut rien, ne compte pour rien, gagne la rue. On cesse de s'occuper de lui. Cela, on le retrouvera le 5 mars dans le r&#233;sultat des &#233;lections. A ce moment d&#233;cisif, le parti &#171; r&#233;formiste, tra&#238;tre &#187; maintient, mieux et de beaucoup, ses votants que le parti &#171; r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes dans une impuissance totale, absolue. Extraordinaire r&#233;sultat d'une politique r&#233;volutionnaire &#171; juste &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRONT UNIQUE AU CIMETIERE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10, nous avions accompagn&#233; trois corps au cimeti&#232;re de la Friedrichfield, o&#249; reposent Rosa et Karl.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois jeunes communistes : Berner, Kollasch, Schulz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Berner, quelques d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coin des rues Fulda et Wesel, &#224; Neutkoln, Local Reichsbanner. Minuit. Un jeune au t&#233;l&#233;phone appelle le proche local communiste : &#171; L'air est lourd &#187;. Ils sont assi&#233;g&#233;s par les nazis. Les communistes accourent. Parmi eux, Erwin Berner. Arriv&#233;s au coin menac&#233;, une salve de revolvers. Les nazis embusqu&#233;s tirent. Berner est tomb&#233; l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police a interdit les cort&#232;ges. A la sortie de la maison, un officier inspecte les couronnes, en saisit une qui porte une l&#233;gende trop explicite, la d&#233;chire puis la pi&#233;tine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous prenons le m&#233;tro. A la sortie, attente. Apr&#232;s-midi nuageux, tr&#232;s froid, dans un carrefour livide. Attaque de neige : de tr&#232;s petites munitions blanches tombent dru.&lt;br class='autobr' /&gt;
Forces de police consid&#233;rables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, les voil&#224;. Les trois voitures, &#224; cinquante m&#232;tres l'une de l'autre, avancent, secou&#233;es par les pav&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chemin bien connu dans le cimeti&#232;re. Fleuve de drapeaux. Mais cette fois-ci, &#224; gauche, les poings lev&#233;s en silence, les ouvriers de la Reichsbanner saluent le cort&#232;ge. De jeunes socialistes, de jeunes communistes portent les cercueils des camarades tomb&#233;s. Le front unique. Le front unique dans le cimeti&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les quartiers de Berlin, dans tous les coins du Reich, de petits accords locaux ont lieu pour l'action. P&#233;nibles. Etriqu&#233;s. Mais le grand accord au centre, le seul qui pourrait d&#233;cider, d'o&#249; na&#238;trait la r&#233;sistance d'ensemble, la r&#233;plique de masse que craint la bourgeoisie (il n'y a qu'&#224; lire ses journaux), celui-l&#224; n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CAMPAGNE ELECTORALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte &#233;lectorale &#171; pour les derni&#232;res &#233;lections &#187; est ouverte par les nazis. Une grande affiche nazie &#171; contre les criminels de novembre (1918), contre le marxisme et l'internationalisme qui ont gouvern&#233; et d&#233;truit l'Allemagne durant les quatorze derni&#232;res ann&#233;es. &#187;, &#171; Contre le marxisme, votez Hitler ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours apr&#232;s, &#224; la m&#234;me place, une non moins grande affiche, blanche, imprim&#233;e en lettre rouges, ray&#233;e de noir &#8211; les couleurs de l'ancien drapeau imp&#233;rial : &#171; Allemands, soldats de la grande guerre, rappelez-vous que les social-d&#233;mocrates ont saign&#233; aussi sur les champs de bataille en d&#233;fendant la Patrie. Qu'en 1918, quand le Kaiser fuyait, ce sont eux qui ont emp&#234;ch&#233; l'Allemagne de sombrer dans un chaos semblable &#224; celui de la Russie. Et maintenant, on les insulte, on les destitue, on les pers&#233;cute. Et c'est l&#224; le remerciement de la Patrie ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La DAZ commente : &#171; Tout dans l'affiche, les couleurs, le ton, l'appel aux soldats, faisait croire, au premier abord, qu'il s'agissait du bloc nationaliste noir-blanc-rouge. Mais non, il s'agissait du SPD. Inutile de vous donner tant de mal, messieurs les social-d&#233;mocrates, on vous reconna&#238;tra toujours sous la nouvelle peau. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour suivant, dans une nouvelle affiche, les social-d&#233;mocrates r&#233;affirment leur droit d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme de fid&#232;les Allemands, d'honn&#234;tes patriotes, en se r&#233;f&#233;rant aux d&#233;clarations du chef du Staathelm Dasterberg : &#171; Il y a aussi les partis dits marxistes des soldats du front qui ont accompli, comme les meilleurs, leur devoir patriotique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors les nazis affichent cette question, en gros caract&#232;res : &#171; A quel parti appartient le &#171; camarade &#187; Crispien qui a dit : &#171; La social-d&#233;mocratie ne conna&#238;t pas une patrie qui s'appellerait Allemagne ?.... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici Pieck, un des membres les plus en vue du Comit&#233; Central du PC, qui se met &#224; dire, le 23 f&#233;vrier, &#224; l'assembl&#233;e &#233;lectorale du Sport-Palast : &#171; Hitler pr&#233;tend cr&#233;er l'unit&#233; de la nation. Comment peut-il dire cela puisqu'il veut &#233;liminer de l'unit&#233; de la nation la partie d&#233;cisive du peuple allemand en d&#233;non&#231;ant les 13 millions et demi de votants du SPD et du KPD comme des non-Allemands, des anti-Allemands, contre qui il faut mener une lutte destructrice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte continue. Les nazis attaquent les quatorze ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes comme formant un seul bloc de politique marxiste ! De ces quatorze ann&#233;es, cinq ont &#233;t&#233; remplies par l'activit&#233; de Hugenberg, leur actuel compagnon. Tant pis pour lui. Ce qu'il faut, ce sont de grandes lignes simples pour l'agitation, dira Goebels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur programme : &#171; Destruction du marxisme. &#187;, &#171; L'un d'eux doit rester vainqueur, le marxisme ou le peuple allemand. &#187; &#171; Dans dix ans, il n'y aura plus un seul marxiste en Allemagne. &#187; Hitler consacre toute son &#233;loquence &#224; d&#233;velopper ces formules. Et rien que cela. Quand on lui demande d'autres &#233;claircissements, il dit : &#171; Notre programme, c'est de faire le contraire de ce que vous avez fait ! &#187; Textuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, une formidable affiche contre la Russie sovi&#233;tique. Attaque sournoise. Haine brutale. Elle finit ainsi : &#171; Nous, ouvriers allemands rentrant de Russie, nous d&#233;clarons : plut&#244;t vivre dans une prison allemande que libre dans le paradis sovi&#233;tique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les quartiers ouvriers, plusieurs des colonnes qui portent cette affiche flambent le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous discutons avec des social-d&#233;mocrates de l'interdiction &#233;ventuelle du Parti Communiste : - Le Parti Communiste va certainement &#234;tre interdit. Si e fait se produit avant les &#233;lections, les votes devront se concentrer sur notre parti. Les communistes nous rejoindront en masse. D'ailleurs, je ne suis pas partisan de les admettre tous sans conditions&#8230; Une p&#233;riode de noviciat d'un an me para&#238;t n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela a un go&#251;t de sinistre sp&#233;culation et de b&#234;tise &#224; la fois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors, vous laisseriez frapper le PC sans bouger ? Et vous continueriez &#224; affirmer que Hitler se tient dans les limites de votre Constitution de Weimar&#8230; Ecoutez, cette petite malice a fait son temps. Avec notre peau, c'est la v&#244;tre qu'on porte au march&#233;. D'abord, ce sera le PC, ensuite viendra votre tour. D'ailleurs, votre petit calcul ne tient pas compte de la rancune et du m&#233;pris que vous voueront les ouvriers r&#233;volutionnaires. Vous sacrifiez pour longtemps toute possibilit&#233; de rapprochement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous parlions avec des social-d&#233;mocrates de gauche.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors qu'est-ce que vous faites ? Vous aussi misez sur les &#233;lections du 5 mars ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nullement, on se pr&#233;pare. Nous cherchons &#224; &#233;tablir un r&#233;seau de liaisons ill&#233;gales. On sait tr&#232;s bien que la lutte deviendra une lutte arm&#233;e dans les rues. Seulement, c'est &#224; eux d'employer les armes les premiers. Nous, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#8230;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais qu'entend-on par l&#224; ? Quand, comment pensez-vous d&#233;clencher cette gr&#232;ve ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne sais pas tr&#232;s bien &#8230; Quand on arr&#234;tera nos chefs. Quand la restauration de la monarchie aura lieu en Bavi&#232;re &#8230; Je ne sais pas tr&#232;s bien.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais ces motifs ne vous ont pas manqu&#233;, vous en avez &#224; chaque instant.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est pas suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sentons qu'ils ne feront rien. Tout cela revient &#8211; et voil&#224; ce qui est grave &#8211; &#224; donner du temps &#224; l'ennemi, &#224; lui abandonner l'initiative. Nous saisissons sur le vif, en ce moment, le m&#233;canisme sournois de cette mentalit&#233; l&#233;galiste, non-r&#233;volutionnaire, qui n'offre m&#234;me pas &#224; ceux d'entre nous qui veulent lutter un point de d&#233;part. Chaque &#233;v&#233;nement isol&#233; n'est pas un motif suffisant pour d&#233;clencher le combat. Or, chaque occasion perdue compromet davantage la situation et rend le d&#233;part plus difficile. Tant qu'on a la force, on attend. Et on la perd. Et quand la d&#233;faite est l&#224;, il n'y a plus de possibilit&#233; de lutter. Dans cette strat&#233;gie de la &#171; prudence &#187;, du &#171; sang-froid &#187;, de l' &#187;attente &#187;, si ch&#232;re aux chefs r&#233;formistes, il n'y a, au bout, qu'une cuisante et honteuse d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DERNIERS SOUBRESAUTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons dans nos notes :&lt;br class='autobr' /&gt;
7 f&#233;vrier. Le &#171; Front de Fer &#187; d'Essen d&#233;cide de faire une manifestation, une &#171; d&#233;monstration de force &#187;. Les nazis se rendent sur les lieux, une demi-heure avant, occupent la place, ferment l'acc&#232;s des rues voisines et attendent en chantant leurs chansons de combat. Les chefs du &#171; Front de Fer &#187; d&#233;lib&#232;rent. Ils d&#233;cident, tout simplement, de changer l'itin&#233;raire du d&#233;fil&#233; et l'endroit fix&#233; pour la concentration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment on pr&#233;parait le moral des troupes antifascistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 f&#233;vrier. Les &#233;lections aux conseils d'usines qui ont lieu un peu partout dans le Riech n'indiquent pas un mouvement pr&#233;cis des ouvriers vers la liste r&#233;volutionnaire. Les r&#233;formistes maintiennent en g&#233;n&#233;ral leurs positions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les journaux relatent les exploits que les nazis ont commis la veille. Ils ont surpris trois jeunes qui revenaient d'une r&#233;union, insignes &#224; la boutonni&#232;re. Ils les leur ont arrach&#233;s. L'un des deux jeunes fut jet&#233; contre le mur, et, &#224; coups de poings, ils lui ont fait sauter toutes les dents. Il fut tra&#238;n&#233; ensuite par les cheveux sur plus de 100 m&#232;tres. L'autre fut gri&#232;vement bless&#233; &#224; coups de couteau. Le troisi&#232;me camarade se sauva et donn&#233; l'alerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous regardons les boutonni&#232;res. Nous cherchons l&#224; un signe de l'&#233;tat d'esprit. Les insignes portant les deux drapeaux de l' &#171; Action anti-fasciste &#187; [17], les trois fl&#232;ches du &#171; Front de Fer &#187; sont &#224; leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne dure depuis des mois : un courage, un esprit politique individuel extraordinaire ; en tant que classe, une paralysie incroyable. Mais cela n'est-il pas le fait des partis, des organisations ?&lt;br class='autobr' /&gt;
14 f&#233;vrier, 2 heures du matin. Nous revenons du Sport-Palast o&#249; la F&#233;d&#233;ration Sportive Rouge a organis&#233; sa f&#234;te de la Glace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Berlin est tout blanc. La neige qui est tomb&#233;e pendant des heures et des heures s'est amus&#233;e avec les statues de la Potsdamerplatz. Elle leur a enfl&#233; les joues, leur a mis des perruques bizarres, elle les a habill&#233;es de lourdes fourrures blanches. Aux arbres, elle a donn&#233; une d&#233;coupe nette, moiti&#233; blanche, moiti&#233; noire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est trop tard pour le m&#233;tro. Des groupes d'ouvriers marchent, poussant leurs v&#233;los.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu as vu ? &#8230;. Ils n'ont pas os&#233;&#8230;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r qu'ils n'ont pas os&#233; ! On &#233;tait bien dix mille &#8230;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;tait dix mille. Davantage peut-&#234;tre. A 7 heures, la salle &#233;tait d&#233;j&#224; pleine. Il fallait passer entre une double haie de gars d'autod&#233;fense, sur 50 m&#232;tres au moins ils faisaient un long corridor de regards attentifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait chaud dans la salle malgr&#233; la piste de glace. On se serre de plus en plus pour faire de la place pour ceux qui arrivent encore. Les vendeurs de concombres sal&#233;s se frayant difficilement un passage. En attendant, on d&#238;ne. Quelques sandwiches, une pomme. Le nombre de sandwiches distingue le ch&#244;meur de l'ouvrier qui travaille encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots d'ordre se d&#233;tachent sur les banderoles rouges : &#171; Contre la fascisation du sport &#187;, &#171; Contre le service obligatoire &#187;, &#171; Pour l'unit&#233; du sport rouge &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les accents du beau chant d'espoir, &#171; Fr&#232;res, vers le soleil, vers la libert&#233; &#187;, commencent &#224; monter. Les appels de &#171; Sport rouge &#187; sont repris par dix mille bouches. Quelques mots sur le r&#244;le du sport prol&#233;tarien sont dits, puis un appel &#224; voter pour la liste &#171; 3 &#187; aux &#233;lections du 5 mars, et le haut-parleur annonce le d&#233;fil&#233; des participants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Glissant mollement sur les patins, la colonne avance. Elle parcourt la piste, revient, et le signal est donn&#233; pour commencer la f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des matches de hockey, des courses de toutes sortes, des valses viennoises dans&#233;es merveilleusement sur la glace, et les heures passent. Le public note soigneusement tous les r&#233;sultats. Sur les escaliers, on entend des coups de talon secs, militaires. Les piquets d'autod&#233;fense se d&#233;placent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque six heures de sports sur glace. Pas un incident. Le fascisme est au pouvoir depuis quinze jours, mais ses hommes n'ont pas os&#233; venir au Sport-Palast. Il est une heure du matin quand on part. Les ouvriers qui habitent loin s'en vont par groupes. Sur le trottoir, quelques colonnes d'autod&#233;fense assurent la formation de ces groupes.&lt;br class='autobr' /&gt;
19 f&#233;vrier. Un &#171; congr&#232;s de la libre parole &#187; a lieu auquel participent des lib&#233;raux de gauche ; il est organis&#233; par les soins des communistes ; Einstein, Thomas Mann ont envoy&#233; leur adh&#233;sion. D&#232;s que le docteur W. Heine d&#233;clare &#224; la tribune que la croix gamm&#233;e a &#233;t&#233; trouv&#233;e en Palestine, dans des tombes juives qui dataient de l'&#233;poque de J&#233;sus, la r&#233;union est dissoute par la police.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Reichsbanner organise une imposante manifestation au Lustgarten, sous le drapeau de la R&#233;publique noir-rouge-or. Son chef, Holterman, r&#233;p&#232;te qu'eux aussi sont des Allemands : &#171; Nous avons lutt&#233; pour la libert&#233; de l'Allemagne pendant la guerre, nous lutterons, nous d&#233;fendrons la libert&#233; contre tous les ennemis de l'int&#233;rieur et nous jurons : &#171; Plut&#244;t mourir que de vivre esclaves ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les manifestants regagnent leur quartier, il y a, un peu partout, des incidents avec les nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REPRESSION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police perquisitionne, pour la deuxi&#232;me fois depuis l'arriv&#233;e de Hitler, &#224; la Maison Karl Liebnecht. La garde d'autod&#233;fense, huit communistes, est renvoy&#233;e. La maison est fouill&#233;e de fond en comble. Les meubles sont fractur&#233;s. On cherche des publications ill&#233;gales et surtout des armes. Ce m&#234;me jour, sur les colonnes d'affichage, la feuille rouge habituelle de la police, portant en titre : &#171; R&#233;compense &#187;, promet mille marks &#224; qui pourra donner des renseignements pr&#233;cis sur les endroits o&#249; s'impriment les tracts, les feuilles communistes, et o&#249; l'on cache des armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet apr&#232;s-midi, les nazis r&#233;p&#232;tent sur la B&#252;low-Platz leur exploit du 22 janvier. La police occupe les toits du quartier, et sous les carabines des schupos, les SA tiennent une r&#233;union de propagande &#233;lectorale avec concert en face de la Maison Karl Liebnecht.&lt;br class='autobr' /&gt;
22 f&#233;vrier. Nous sommes all&#233;s voir le camarade S&#8230; &#224; l'h&#244;pital. C'est un ancien spartakiste. Costaud, les yeux doux dans un visage rude. Nous l'avons connu &#224; la Silvesterfest de Fichte. Fraternel, chaleureux. Il dit &#171; Genosse &#187; [18], comme il dirait fr&#232;re, avec ferveur. Grand bless&#233; de guerre, une grippe a entra&#238;n&#233; chez lui des complications f&#226;cheuses. Il est l&#224;, la t&#234;te-band&#233;e, souffrant terriblement, respirant avec difficult&#233;. Mais il ne fait que demander, p&#233;niblement, mot &#224; mot : &#171; Comment vont les choses dehors ? Si je pouvais sortir ! Pourvu que j'aie le temps de vous donner un coup de main. Ces fascistes &#187;&#8230; Et il fait le geste de tordre le cou.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres camarades viennent le voir. Bient&#244;t nous sommes une &#171; cellule &#187; communiste autour de son lit. Les mots sont amers, p&#233;nibles &#224; entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les r&#233;unions de cellules sont moins fr&#233;quentes. Les camarades sont d&#233;courag&#233;s, ils abandonnent le travail&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un d'eux conclut : &#171; J'attends davantage du travail ill&#233;gal&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
23 f&#233;vrier. Pour la troisi&#232;me fois depuis l'arriv&#233;e d'Hitler, la Maison Karl Liebnecht est occup&#233;e. Dans l'apr&#232;s-midi, un gros contingent de troupes de la police se pr&#233;sente. Cinq personnes sont arr&#234;t&#233;es. On ferme le local du Comit&#233; Central et les bureaux de la &#171; Rote Fahne &#187; ; on met les scell&#233;s sur l'imprimerie. Et un piquet de schupos reste pour garder les locaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les journaux annoncent que cette fois l'occupation est d&#233;finitive, et que la Maison Karl Liebnecht sera ferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 f&#233;vrier. Meeting &#233;lectoral du PC au Sport-Palast. Une heure avant l'ouverture de la r&#233;union, l'immense salle est pleine. C'est Pieck qui a la parole. Sur la question du front unique, il dit ces mots : &#171; Nous nous adressons &#224; tous les ouvriers social-d&#233;mocrates, reichsbanner et adh&#233;rents des syndicats libres, nous leur tendons une main fraternelle, nous sommes pr&#234;ts &#224; tout front unique qui aura pour premier but la d&#233;fense des masses travailleuses&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il commente les mesures prises contre les &#233;coles la&#239;ques, la police d&#233;clare la r&#233;union dissoute, parce que l'orateur a parl&#233; avec m&#233;pris de la religion. La salle accueille cet ordre par un vibrant &#171; Rot Front &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas d'incident &#224; la sortie, mais dans quelques quartiers des ouvriers isol&#233;s sont matraqu&#233;s, poignard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EXPECTATIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'universit&#233;. Parmi ls camarades du groupe communiste. On cause &#224; voix basse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que va-t-on faire ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me question, qui revient tenace. On ne peut pas, on ne veut pas admettre que tout soit perdu d'avance, sans que rien ne soit fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rien. On entrera dans l'ill&#233;galit&#233;. Le parti perdra cinquante pour cent de ses effectifs. Les meilleurs resteront. On continuera le travail&#8230; Hier, en approchant du local o&#249; nous tenions les r&#233;unions de notre cellule, nous l'avons trouv&#233; occup&#233; par les nazis.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et quel est l'&#233;tat d'esprit parmi les intellectuels ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mauvais. Beaucoup ont peur. Ils veulent suspendre tout travail jusqu'&#224; des temps meilleurs.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais enfin, qu'est-ce que tu penses de tout cela ? A qui revient la responsabilit&#233; de cet &#233;tat de choses ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A la social-d&#233;mocratie. C'est elle qui freine les masses. Elle ne veut pas combattre. Elle a trahi de nouveau.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais en cela elle est cons&#233;quente ! Cet argument pouvait &#234;tre valable avant la fondation des Partis Communistes. Est-ce que 1914 ne nous avait pas d&#233;j&#224; montr&#233; de quoi &#233;tait capable la social-d&#233;mocratie ? Qu'attendiez-vous donc d'elle encore ? La question qui se pose pour des r&#233;volutionnaires est la suivante : comment s'est-il fait que la social-d&#233;mocratie ait pu conserver avec elle les masses les plus importantes malgr&#233; ses trahisons, malgr&#233; sa couardise, malgr&#233; la crise &#233;conomique profonde, quand il existait un Parti Communiste ? &#8230; Tu penses que la direction du Parti, que sa politique n'y ont &#233;t&#233; pour rien ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, on a commis des erreurs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'arr&#234;te un instant, puis d&#233;clare : &#171; Ce sont les chefs qui nous manquent&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INCENDIE DU REICHSTAG&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier, les social-d&#233;mocrates tiennent une r&#233;union au Sport Palast pour comm&#233;morer le cinquantenaire de la mort de Karl Marx. Nous voudrions y aller, mais nous tenons &#224; r&#233;unir nos camarades de la &#171; Masch &#187; [&#233;cole marxiste du parti communiste].&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; Masch &#187; a d&#233;m&#233;nag&#233;. Elle se trouve maintenant dans la Neue-Friedrichstrasse, une vielle rue dans le vieux Berlin. Le quartier, centre de magasins de tissus en gros, s'endort de bonne heure. Les ombres sont longues sur les trottoirs abandonn&#233;s. Des rues larges, des ruelles pointues. Dans cette grosse maison grise habite maintenant la Masch. Le vieil escalier sent le moisi et le pissat de chat, ce relent que sentent tous les vieux escaliers de bois de toutes les vieilles maisons du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cole est silencieuse, froide. Une p&#233;nible impression de maison &#224; louer monte de ses corridors sans &#233;l&#232;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre cours, qui a assez bien tenu, ne compte pas, ce soir, plus de dix camarades. On attend le professeur. Il est d&#233;j&#224; huit heures et demie, il n'arrive pas, il ne vient pas. Nous nous entretenons, comme toujours, de la situation politique. Nos copains sont d&#233;prim&#233;s, d&#233;courag&#233;s. Le camarade F, militant du Parti, affiche un pessimisme r&#233;sign&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce sera tr&#232;s dur pour les prolos, nous dit-il quand nous lui demandons comment vont les choses dans son quartier.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce que le Parti attendait autre chose du fascisme ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r, on savait, mais tout de m&#234;me les choses sont arriv&#233;es &#224; une telle vitesse !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moi, dit le camarade B, je trouve que le Parti se tait trop, dispara&#238;t trop. On ne le voit pas. On ne sait que dire &#224; ceux qui nous questionnent, &#224; chaque instant.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Il est tellement traqu&#233; ! Toutes ses r&#233;unions sont interdites.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les r&#233;unions du SPD sont tr&#232;s souvent interdites, mais ils arrivent tout de m&#234;me &#224; en tenir quelques unes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, accepte F., ils ont manifest&#233; hier dans notre quartier, et il faut avouer que ce fut assez bien. Plus de trois cent personnes. Par les temps qui courent&#8230;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et nous ? Pourquoi agissons-nous si peu ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si peu, si peu&#8230;. Nous sommes traqu&#233;s comme des b&#234;tes fauves. Tu veux commencer &#224; bouger et tu as d&#233;j&#224; la matraque sur le dos.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moi, s'ent&#234;te B., je crois que les social-d&#233;mocrates ont mieux en main leurs masses. Il peuvent mieux compter sur elles que notre parti. Et veux-tu que je te dise quelque chose ? Je souhaite que notre parti soit mis le plus t&#244;t possible dans l'ill&#233;galit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous protestons tous, indign&#233;s, mais il continue.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais oui, mais oui, le plus t&#244;t possible, puisque c'est s&#251;r qu'il sera d&#233;clar&#233; ill&#233;gal. Il se peut que nos dirigeants, ramollis aujourd'hui dans des postes bien pay&#233;s, aient besoin de revenir au pain sec des jours difficiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en venons &#224; parler des &#233;lections :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crois que nous perdrons des voix, continue B.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S&#251;rement. Presque tout le monde est d'accord l&#224;-dessus.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moi, dit un jeune, je crois que les nazis vont atteindre les cinquante pour cent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu es fou&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre professeur n'est pas venu, et c'est d&#233;j&#224; l'heure de partir. Nous descendons et marchons, comme toujours, avec quelques camarades que nous accompagnons souvent jusqu'&#224; Neukolln. Arriv&#233;s &#224; K&#246;nigstrasse, il y a quelque chose dans la rue qui change son aspect habituel. Un je ne sais quoi, une l&#233;g&#232;re inqui&#233;tude. Nous entendons courir derri&#232;re nous. C'est un groupe de jeunes gens. Ils nous rejoignent. Ils jettent :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Reichstag est en flammes &#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sans blague ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pas de blague. Il br&#251;le bel et bien.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je n'arrive pas &#224; le croire, continue F. &#8230; A qui peut venir l'id&#233;e de mettre le feu au Reichstag ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A qui ? &#8230;. &#187; Et la voix du jeune homme siffle, haineuse : &#171; Aux communistes. Ce sont les communistes, bien s&#251;r. &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que peuvent avoir les comunistes contre l'&#233;difice du Reichstag ? Nos objections ne sont pas de leur go&#251;t. Ils nous d&#233;visagent d'un air provocateur, se regardant entre eux, et, &#224; la fin, s'en vont. Nous demandons &#224; un schupo si c'est vrai que le Reichstag br&#251;le.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je n'en sais rien, nous r&#233;pond-il. Une dame vient de me poser la m&#234;me question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;cidons de le v&#233;rifier nous-m&#234;mes et nous nous mettons en marche. Arriv&#233;s &#224; la Schluss-Platz, nous d&#233;lib&#233;rons : il se peut que ce soit une provocation nazie, un guet-apens. C'est tellement &#233;norme. On n'ira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, Berlin est en branle. La nouvelle de l'incendie du Reichstag est arriv&#233;e aux quartiers les plus recul&#233;s. Une caravane de v&#233;los et de pi&#233;tons monte par Unter der Linden, vers la porte de Brandebourg. Une curiosit&#233; froide chez la plupart : voir, v&#233;rifier l'action des flammes. La police emp&#234;che la formation des groupes. On cause peu et de fa&#231;on discr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la presse communiste est interdite pour quatre semaines. Prison pr&#233;ventive pour tous les fonctionnaires du PC. Ordre de d&#233;tention contre deux de ses d&#233;put&#233;s &#171; soup&#231;onn&#233;s de complicit&#233; &#187; dans l'incendie du Reichstag. [19]&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de la presse social-d&#233;mocrate tombe &#233;galement sous le coup d'une interdiction de quatorze jours. Van der L&#252;bbe aurait avou&#233; &#171; des liaisons avec le SPD &#187;. Des arrestations en masse. On dit que Torgler s'est pr&#233;sent&#233; &#224; la pr&#233;fecture de police, accompagn&#233; de son avocat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette terreur f&#233;roce ne trouve aucune r&#233;ponse, aucune r&#233;sistance organis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison du &#171; Vorw&#228;rts &#187; est occup&#233;e par la police. On saisit des tracts, des brochures. Apr&#232;s quatre heures d'occupation, la police s'en va.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les journaux publient le roman-feuilleton enfant&#233; par Goering sur les plans du PC. Il y avait l&#224; des ponts saut&#233;s &#224; la dynamite, des trains d&#233;raill&#233;s, des kilos de poisons pour les cuisines collectives, des milliers de femmes et d'enfants pris comme otages, une fantastique organisation de communistes habill&#233;s en hommes d'assaut destin&#233;s &#224; piller les magasins, et encore, et encore &#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VEILLES D'ELECTIONS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de la social-d&#233;mocratie, Wels, s'adressant au Commissaire du Reich von Papen, pour protester contre l'interdiction de la presse de son parti : &#171; La social-d&#233;mocratie n'a rien de commun avec l'incendiaire du Reichstag. Tout son pass&#233; le prouve. Une discipline exemplaire a toujours &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par ses adh&#233;rents. Un coup d'&#339;il sur la presse communiste, pleine jusqu'&#224; maintenant des attaques les plus &#226;pres contre la social-d&#233;mocratie, montre de la fa&#231;on la plus claire qu'il n'existe aucun front unique entre le Parti Communiste et le parti social-d&#233;mocrate&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; des mots qui illustrent la valeur de ce fameux &#171; Pacte de non-agression &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un groupe de SA arrive sur la Bulow Platz. C'est la troupe que commanda Horst Wessel, le souteneur-&#171; po&#232;te &#187;, h&#233;ros v&#233;n&#233;r&#233; des nazis. Un coup de talon, un demi-tour, et ils sont align&#233;s face &#224; la Maison Karl Liebnecht. Trois hommes se d&#233;tachent. Ils portent le drapeau &#224; croix gamm&#233;e. Un ordre du chef, et les trois hommes avancent vers la Centrale du PC. Ils passent la porte o&#249; se tiennent deux schupos, et quelques instants apr&#232;s on les voit sur le toit. Un moment encore, et sur le grand mur quis'ornait si souvent du drapeau rouge &#224; faucille et marteau flotte la croix gamm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes des SA saluent, le bras lev&#233;. Le chef tient un petit discours : &#171; Le r&#234;ve de notre h&#233;ros bien-aim&#233;, le d&#233;sir le plus fervent de Horst Wessel vient de se r&#233;aliser. Le drapeau qu'il portait si fier et qu'il d&#233;fendit avec son sang flotte sur le bastion communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les derniers jours de f&#233;vrier, l'aspect des rues commence &#224; changer. Elles appartenaient aux ouvriers, elles ne sont &#224; personne maintenant. Abandonn&#233;es par les travailleurs, elles n'ont pas encore un nouveau ma&#238;tre. On n'y voit pas davantage les nazis, mais il n'y a plus de d&#233;fil&#233;s d'ouvriers, ni de ces piquets d'autod&#233;fense qui parcouraient les rues, se rendant &#224; leur poste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lections approchent. Peu de drapeaux aux fen&#232;tres. Ce bel esprit politique que nous avions remarqu&#233; jusqu'alors dispara&#238;t. M&#234;me les partisans nazis c&#232;dent. Dr&#244;le de ph&#233;nom&#232;ne : ils se sont eux-m&#234;mes un peu terroris&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 mars, a lieu ce magnifique &#171; R&#233;veil de la nation &#187; enfant&#233; par l'imagination de Goebels, ces retraites aux flambeaux, le m&#234;me soir, dans tous les villages et villes du Reich, ces feux allum&#233;s sur toutes les collines, dans tous les hameaux de montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous installons au coi de la Friedrichstrasse et Unter den Linden.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas tellement de monde. Tr&#232;s peu d'insignes, nazis surtout.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je te dis que ce sont des curieux, comme nous. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'un coup, mouvement. On pousse de tous les c&#244;t&#233;s. L&#224;-bas, au loin, descendant la Friedrichstrasse du c&#244;t&#233; nord, on voit une nappe de points jaunes, brillants, de petites flammes qui tremblent et qui se d&#233;placent suivant les m&#234;mes oscillations.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils viennent, ils viennent !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les agents excessivement polis : &#171; Messieurs-dames, s'il vous plait : placez-vous l&#224;-bas. Ils vont passer par ici. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une petite vieille tr&#232;s bien mise, en passant, est prise dans le remous : elle n'arrive pas &#224; voir de quoi il s'agit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais qu'y a-t-il ? Qu'y a-t-il ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est la retraite aux flambeaux des nazis&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah bah ! &#187; Et son geste est si sec, si m&#233;prisant, qu'elle doit appartenir, elle, au parti de Hugenberg ou au Centre catholique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les coins de la rue, les b&#226;timents prennent une teinte rouge. Une lueur d'incendie vacille sur eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voil&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les gens sans insignes qui nous environnent l&#232;vent le bras &#171; &#224; la romaine &#187;. Tiens, c'&#233;taient des nazis, eux aussi ! Des petits bourgeois peureux, qui ne mettront pas, avant les &#233;lections, le drapeau &#224; croix gamm&#233;e &#224; leur fen&#234;tre, ni l'insigne hitl&#233;rien &#224; leur boutonni&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cette &#233;poque, on pouvait encore ne pas lever le bras sans &#234;tre un h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils passent. Un homme sur vingt porte une torche qui fume plus qu'elle ne flambe. Le projet de Goebels promettait davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cris des chefs retentissent : &#171; O&#249; sont les communistes ? &#187; Et la colonne de r&#233;pondre : &#171; Dans la cave ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Passe un camion de schupos. Souriants, ils font eux aussi, ostensiblement, une fois, puis une autre fois encore, le salut hitl&#233;rien. Grand enthousiasme dans la foule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des hommes des troupes d'assaut qu&#234;tent bruyamment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour le voyage, sans retour, des Juifs en Palestine. &#187; Les gens s'esclaffent. On rit de bon c&#339;ur : &#171; Pour l'enterrement de Thaelmann ! &#187; Une dame, debout sur le marchepied de sont auto : &#171; Ecoute ce qu'il dit : pour l'enterrement de Thaelmann. &#187; Elle rit comme une hyst&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un SA, avec une gueule de cauchemar, secoue sa tirelire en r&#233;p&#233;tant : &#171; Donnez pour la r&#233;fection de la Maison Karl Liebnecht ! Allez-y voir la croix gamm&#233;e. Elle est bien l&#224; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous encaissons, nous encaissons&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place Fran&#231;ois-Joseph a lieu la concentration pour entendre Hitler, qui parlera &#224; Koenigsberg pour toute l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la premi&#232;re foisz &#224; Berlin nous voyons des hommes des troupes d'assaut jouer la fonction d'agents de police auxiliaires. Chaque schupo est accompagn&#233; de deux de ces hommes arm&#233;s de revolvers et de matraques. Ils sont sous les ordres du schupo, et, tr&#232;s gauche, tr&#232;s obs&#233;quieux &#224; ses c&#244;t&#233;s, ils le suivent et l'&#233;coutent comme des apprentis appliqu&#233;s. Cela frappe l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la radio, une voix d&#233;crit, seconde par seconde, ce qui se passe dans la salle de Koenigsbert &#171; o&#249; parlera le F&#252;hrer &#187;. Bient&#244;t arrive du haut-parleur un bruit de houle qui monte, qui monte : &#171; HEIL, HEIL, HEIL &#187;&#8230; C'est le F&#252;hrer qui entre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague des cris atteint son paroxysme. Elle se brise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; VOLKGENOSSEN, VOLKGENOSSINEN&#8230;. &#187; [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler d&#233;bite son discours-sermon que tous connaissent. Il parle depuis le premier mot en criant. Il n'expose pas. Il fait des harangues pendant une heure, deux s'il le faut, sans varier le ton. Avec un accent. M&#234;me nous, &#233;trangers, le remarquons. On dit ici qu'il a l'accent slave. Il n'est pas aussi bon orateur que Goebbels, qui scande son discours mot &#224; mot, se tenant sobrement &#224; la tribune, avec des gestes mesur&#233;s, appris, longuement essay&#233;s. Il n'a pas non plus l'&#233;nergie bestiale de la figure, de la voix et du geste de Goering, qui m&#226;che les mots, les retient dans la bouche jusqu'&#224; ce qu'ils lui enflent les joues, lui d&#233;forment le visage et qui les l&#226;che alors comme des crachats. Parce qu'il est l'homme du m&#233;pris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hitler, lui, gueule, tout simplement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rentrons. Les colonnes nazies que nous rencontrons sont accompagn&#233;es de camions de schupos qui fixent les fen&#234;tres des maisons, la carabine pr&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles marchent vers le triomphe du 5 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pr&#232;s de chez nous, une brasserie, c'est-&#224;-dire un local de vote. De bonne heure d&#233;j&#224;, un schupo et un nazi de la police auxiliaire se prom&#232;nent. Nous nous penchons &#224; la fen&#234;tre. Devant la brasserie les repr&#233;sentants des partis avec leurs pancartes se tiennent debout. Un homme d'assaut (SA) &#171; Liste 1 &#187;. Un vieux &#171; Liste 4 &#187; (Parti du Centre). Un Casque d'acier &#171; Liste 5 &#187;. Les listes &#171; 2 &#187; et &#171; 3 &#187;, social-d&#233;mocrates et communistes, manquent. Ils ont donc emp&#234;ch&#233; m&#234;me cela ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons v&#233;cu d&#233;j&#224; un jour d'&#233;lections, le 6 novembre, avec d&#233;faite nazie et triomphe communiste. Nous sommes dans la rue tr&#232;s t&#244;t pour voir ce qu'il y a de chang&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour ensoleill&#233;, magnifique. A Wedding, tout le monde est sur les trottoirs. Tout est-il comme auparavant ? Non. Ces piquets nazis qui passent, avec dix, quinze hommes d'assaut qui parcourent sans cesse, bruyamment, les rues. Et ces fa&#231;ades sans drapeaux qui sont une nouvelle fa&#231;on de montrer qu'on reste toujours communiste, socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous marchons. Les p&#226;t&#233;s de maison sont si peupl&#233;s que les locaux de vote se succ&#232;dent tous les 50 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant une colonne o&#249; est affich&#233; le portrait de Van der L&#252;bbe avec la promesse d'une r&#233;compense de 20.000 marks pour celui qui pourra donner des renseignements sur l'incendie du Reichstag, il y a un petit attroupement. On ricane. Quelqu'un ose dire, haut, en partant : &#171; Ils affirmaient pourtant qu'ils savaient d&#233;j&#224; tout, qu'il tenaient les coupables : des communistes. Les voil&#224; maintenant qui donnent 20.000 marks pour un renseignement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrivant au coin de la Spart-Platz, devant la brasserie, nous lisons de nouveaux &#171; LISTE 1 &#187;, &#171; 4 &#187;, &#171; 5 &#187;. Mais il y a encore un jeune ouvrier qui porte une pancarte. Il parle avec quelqu'un et nous tourne le dos. Tout d'un coup, il se retourne. A son cou pend le carton avec l'inscription si connue : &#171; Votez Liste 3, Parti Communiste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous poussons presque un cri. C'&#233;tait une bien pauvre joie, mais &#224; ce moment-l&#224;, &#231;a faisait rudement plaisir de voir un des n&#244;tres ! Notre surprise est si visible que le schupo et les hommes d'assaut nous regardent ironiquement. Nous allons voir le copain et lui serrons la main : &#171; Bonjour, &#231;a va quand m&#234;me, ce n'est pas d&#233;fendu ? &#187;. &#171; Non, nous l'avons cru. Mais ici nous sommes sortis tout de m&#234;me et on nous a laiss&#233;s tranquilles. On en a fait ensuite courir la nouvelle. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; de la rue Muller, nous commen&#231;ons &#224; voir plus nombreux le &#171; 2 &#187; et le &#171; 3 &#187;. M&#234;me &#224; la Reinickendorferstrasse on ne trouve que ces deux pancartes. Et &#224; la porte d'un local nous trouvons un copain seul, qui a suspendu &#224; une ficelle sur sa poitrine une feuille de bloc &#224; lettres avec un &#171; 3 &#187; &#233;crit au crayon. Ensuite cela aussi devient fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entr&#233;e de la rue Koestliner &#8211; la rue des barricades &#8211; est obstru&#233;e de monde. Ils regardent une moto nazie qui parcourt la citadelle communiste d'un bout &#224; l'autre. Celle-ci n'a pas plus de cent m&#232;tres. L'homme d'assaut assis dans le sidecar porte un &#233;norme drapeau avec la croix gamm&#233;e d&#233;pli&#233; au vent, et un revolver au poing, pr&#234;t &#224; tirer. Ils vont et viennent. Les prolos, aux fen&#234;tres, sur le trottoir, regardent froidement cette provocation inou&#239;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons l'apr&#232;s-midi &#224; Neukoln. L&#224;, les camarades ont su organiser leurs initiatives. Les pancartes sont dessin&#233;es soigneusement. Faites &#224; la main mais toutes pareilles. Les gens se prom&#232;nent tranquillement. Des hommes de la police auxiliaire passent portant un brassard. Nous approchons. Il s'agit d'un malade qu'on porte au local de vote. Il y a eu pas mal de ces nouveaux Lazare le 5 mars, qui ont &#233;cout&#233; le &#171; L&#232;ve-toi et va voter pour Hitler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix heures, ce m&#234;me soir. Nous attendons les r&#233;sultats des &#233;lections dans un petit restaurant du Westen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce que tout militant ayant v&#233;cu ces mois &#224; Berlin aurait pu pr&#233;voir arrive. La voix de la radio nous r&#233;p&#232;te, nous mart&#232;le la terrible d&#233;faite. Pendant un bon moment nous notons les chiffres. Ensuite aucune r&#233;action ne survenant, nous jetons le crayon.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question du pouvoir est r&#233;gl&#233;e. La r&#233;volution est vaincue. Les &#233;lections du 5 mars n'ont pas seulement &#233;t&#233; des &#233;lections, elles &#233;taient une revue des troupes. [21]&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous avions senti le 30 janvier se confirme et devient visible pour les larges masses. Le combat qui a dur&#233; des ann&#233;es finit par le triomphe de Hitler. Notre ancien espoir, l'espoir de millions de prol&#233;taires : l'Allemagne, s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, les nazis prom&#232;nent sauvagement leur victoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le front rouge en bouillie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le SA marche, prenez garde !&lt;br class='autobr' /&gt;
Livrez la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rumeurs les plus barbares ont cours, les bottes des nazis donnent le rythme de la vie. On se r&#233;veille la nuit : toc, toc, toc&#8230;, des nazis passent. On se r&#233;veille de nouveau : encore des bottes des hommes d'assaut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre voisine du deuxi&#232;me commence &#224; jouer au piano le &#171; Horst Wessel Lied &#187;, l'hymne hitl&#233;rien. Son fr&#232;re, de son c&#244;t&#233;, le chante. Ils ne sont pas tr&#232;s dou&#233;s, mais par contre ils sont tenaces. Nous avons du &#171; Horst Wessel &#187;, le matin, l'apr&#232;s-midi, le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des &#233;lections aux Comit&#233;s d'usine qui ont encore lieu se r&#233;v&#232;lent catastrophiques pour la liste r&#233;volutionnaire. On enregistre des passages en bloc aux nazis. Il y a des cas tr&#232;s, mais tr&#232;s douloureux. La panique se propage. Tout sombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les social-d&#233;mocrates disent maintenant : Hitler est arriv&#233; au pouvoir l&#233;galement. Donc il faut le tol&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
On assomme les militants chez eux, dans les chambres, en pr&#233;sence des femmes et des enfants. Des ouvriers disparaissent. Des jours apr&#232;s, on trouve leurs cadavres dans les bois. La nuit, dans les rues, des cris. Pas une fen&#234;tre ne s'ouvre. Mais, le jour, le soleil brille comme d'habitude. Les choses ont presque leur aspect normal. Il se trouve des gens pour nier la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des camions de SA arm&#233;s de carabines, les chants sanguinaires et triomphaux aux l&#232;vres, d&#233;ferlent aux coins des rues. Les locaux nazis, brasseries-casernes des SA, se multiplient. Pr&#232;s de chez nous, il n'y en avait qu'un. Maintenant, il y en a trois. Chaque rue connue pour son anti-fascisme, chaque p&#226;t&#233; de maison est fouill&#233; de fond en comble, ensuite noyaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appelait &#171; Nouvelle Moscou &#187; une vaste colonie de ces maisonnettes en bois et t&#244;le qu'on voit si nombreuses aux environs des villes allemandes. Celle-ci, &#224; Reinisckendorf, n'&#233;tait habit&#233;e que par des communistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin arrivent des camions charg&#233;s de policiers et d'hommes d'assaut. Ils cernent la colonie. Pendant cinq heures, tout est mis sens dessus-dessous. Matelas et coussins d&#233;chir&#233;s. Les jardins ravag&#233;s. Le d&#233;sarmement est m&#233;ticuleux. Tout ce qui peut servir pour se battre est emport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, avant de partir, voici ce qu'ils font : la salle de r&#233;unions, qui se trouve au beau milieu de l'endroit, et o&#249; depuis l'arriv&#233;e de Hitler une cinquantaine de camarades montent la garde chaque nuit, est livr&#233;e apr&#232;s une c&#233;r&#233;monie &#224; la &#171; Section d'assaut n&#176;63 &#187; Celle-ci s'installera dans cette salle, et des communistes de la &#171; Nouvelle Moscou &#187; auront chez eux les ennemis qu'ils ont combattu des ann&#233;es durant, leur disputant l'h&#233;g&#233;monie dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas ici, pour terminer, des mots de consolation. Les perspectives restent ouvertes. Pour les r&#233;volutionnaires, il n'y a pas de cul-de-sac, il y a des probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre. Mais il fallait que la v&#233;rit&#233; f&#251;t dite, il fallait que tout le monde sachent ce qu'ont connu, ce que connaissent les travailleurs allemands. Il fallait tout dire avec la lourde amertume qui hante les usines, les rues de Berlin. Et ne rien ajouter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut que cette honteuse suite des jours o&#249; rien n'est arriv&#233; et tout a &#233;t&#233; perdu p&#232;se sur nous comme elle a pes&#233; sur eux brisant les optimismes de commande ; la vanit&#233; qui ne veut rien revoir, rien r&#233;viser ; l'int&#233;r&#234;t de ceux qui veulent emp&#234;cher le d&#233;bat et continuer comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233; ; le petit courage de ceux qui ont besoin pour lutter d'un proche avenir rose. Il faut, enfin, qu'elle p&#232;se de tout son poids sur ceux qui sont capables d'accepter la lourde t&#226;che d'apprendre, de s'affirmer, de recommencer. Puisqu'il s'agit bien, maintenant, &#224; peu pr&#232;s d'un recommencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan Rustico&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les transports berlinois d&#233;pendaient de la municipalit&#233; social-d&#233;mocrate. La direction de la BVG avait annonc&#233; une r&#233;duction de salaire de 2 %. La gr&#232;ve fut dirig&#233;e conjointement par les nazis et les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 6 novembre 1932, les nazis ont obtenu 11,7 millions de voix soit 33,1% des suffrages contre 37,3% en juillet 1932. Le KPD obtient 5,37 millions de voix et les sociaux-d&#233;mocrates : 7,96 millions. Le cumul des voix du KPD (stalinien) et du SPD (social-d&#233;mocrate) repr&#233;sente 37,3% des suffrages. Sur cette base de recul &#233;lectoral, L&#233;on Blum &#233;crivait dans &#171; Le Populaire &#187; du 8-11-1932 : &#171; Hitler est d&#233;sormais exclu du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le Vorwarts : &#171; En avant &#187;, organe central du SPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Die Rote Fahne : le Drapeau rouge, organe central du KPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Von Papen, leader de l'aile droite du parti catholique Zentrum, chancelier du 1er juin 1932 au 1er d&#233;cembre 1932.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Schleicher est nomm&#233; chancelier le 2 d&#233;cembre 1932. Ministre de la Reichswehr (arm&#233;e) dans le cabinet von Papen, il repr&#233;sente la caste des officiers. Schleicher misait sur une scission dans le parti nazi, mais celle-ci n'eut pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; Nous triomphons malgr&#233; la haine et la r&#233;pression. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Rot Front : Front rouge. Exclamation devenue rituelle accompagn&#233;e du salut avec le poing ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Reichsbanner : &#171; Drapeau du Reich &#187;, milice d'auto-d&#233;fense social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En d&#233;cembre 1932, Reichsbanner, syndicats, associations sportives ouvri&#232;res s'&#233;taient regroup&#233;s dans un &#171; Front de fer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] D'apr&#232;s Margaret Buber-Neumann, dans son livre La R&#233;volution mondiale, les dirigeants du KPD avaient re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de Moscou qui interdisait aux communistes de provoquer le moindre heurt pendant la manifestation nazie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] SAP : Sozialistiche Arbeiterpartei (Parti ouvrier socialiste) fond&#233; en 1931. Socialiste de gauche. Se r&#233;clamait de Rosa Luxemburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Freiheit : Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Severing, social-d&#233;mocrate, ministre de l'int&#233;rieur de Prusse, relev&#233; de ses fonctions par von Papen le 20 juillet 1932 ; Grzesinski, pr&#233;fet de police de Berlin, limog&#233; en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Otto Bauer, social-d&#233;mocrate autrichien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] M&#252;nzenberg, un des fondateurs de l'Internationale des Jeunesses communistes. Prit une part active aux d&#233;buts du Secours ouvrier international. Se sp&#233;cialisa dans le recours auxg &#171; compagnons de route &#187;. Fut assassin&#233;, probablement par le Gu&#233;p&#233;ou, au cours de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] K&#252;nstler, d&#233;put&#233; social-d&#233;mocrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Action antifasciste : Antifa, organisation d'auto-d&#233;fense du KPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Genosse : camarade, au sens politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Quatre mille militants communistes sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Volksgenossen,Volksgenossinen, litt&#233;ralement : Compagnons du peuple, au masculin et au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Les nazis ont obtenu 17 277 000 voix, soit pr&#232;s de 44 % des suffrages. Ils ont 288 d&#233;put&#233;s. Le SPD a perdu peu de voix et il a encore 120 d&#233;put&#233;s. Le KPD a pr&#232;s de 4 800 000 voix et 81 d&#233;put&#233;s. Un d&#233;cret leur interdit de si&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rustico/works/1933/00/rustico.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rustico/works/1933/00/rustico.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de l'Internationale Communiste et la situation en Allemagne&lt;br class='autobr' /&gt;
26 septembre 1930&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Les origines du dernier tournant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque, les tournants tactiques, m&#234;me tr&#232;s importants, sont absolument in&#233;vitables. Ils sont le r&#233;sultat de tournants abrupts dans la situation objective (instabilit&#233; des rapports internationaux ; fluctuations brusques et irr&#233;guli&#232;res de la conjoncture ; r&#233;percussions brutales des fluctuations &#233;conomiques au niveau politique ; mouvements impulsifs des masses qui ont le sentiment de se trouver dans une situation sans issue, etc.). L'&#233;tude attentive des changements dans la situation objective est aujourd'hui une t&#226;che beaucoup plus importante et en m&#234;me temps infiniment plus difficile qu'avant la guerre, &#224; l'&#233;poque du d&#233;veloppement &#034;organique&#034; du capitalisme. La direction du parti se trouve maintenant dans la situation d'un chauffeur qui conduit sa voiture sur une route de montagne en lacets. Un tournant pris &#224; contretemps, une trop grande vitesse, font courir aux voyageurs et &#224; la voiture de tr&#232;s graves dangers, qui peuvent &#234;tre mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de l'Internationale Communiste nous a donn&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, des exemples de tournants tr&#232;s brusques. Le dernier en date, nous l'avons observ&#233; au cours des derniers mois. Quelle est la raison des tournants de l'Internationale Communiste depuis la mort de Lenine ? Est-ce d&#251; &#224; des changements de la situation objective ? Non. On peut affirmer en toute certitude qu'&#224; partir de 1923, l'Internationale Communiste n'a pris &#224; temps aucun tournant tactique fond&#233; sur une analyse correcte des changements intervenus dans les conditions objectives. Au contraire, chaque tournant est en fait le r&#233;sultat d'une aggravation insupportable de la contradiction entre la ligne de l'Internationale Communiste et la situation objective. Et nous le constatons encore une fois aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le IX&#176; plenum du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste, le VI&#176; Congr&#232;s et surtout le X&#176; plenum s'&#233;taient orient&#233;s vers un essor brusque et lin&#233;aire de la r&#233;volution (&#034;la troisi&#232;me p&#233;riode&#034;), essor que la situation objective &#224; cette &#233;poque excluait totalement, apr&#232;s les s&#233;v&#232;res d&#233;faites en Angleterre et en Chine, l'affaiblissement des partis communistes dans le monde entier, et surtout dans les conditions d'expansion commerciale et industrielle que connaissait toute une s&#233;rie de pays capitalistes. Le tournant tactique de l'Internationale Communiste &#224; partir de f&#233;vrier 1928 &#233;tait ainsi en totale contradiction avec le cours r&#233;el de l'histoire. Cette contradiction a donn&#233; naissance &#224; des tendances aventuristes, &#224; l'isolement prolong&#233; des partis, &#224; leur affaiblissement organisationnel, etc. La direction de l'Internationale Communiste n'a effectu&#233; un nouveau tournant qu'en f&#233;vrier 1930, lorsque ces ph&#233;nom&#232;nes avaient d&#233;j&#224; un caract&#232;re nettement mena&#231;ant ; ce tournant &#233;tait en retrait et &#224; droite par rapport &#224; la tactique de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;. Par une ironie du sort, sans piti&#233; pour le suivisme, ce nouveau tournant tactique de l'Internationale Communiste co&#239;ncida dans le temps avec un nouveau tournant dans la situation objective. La crise internationale d'une gravit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent ouvre sans doute de nouvelles perspectives de radicalisation des masses et de bouleversements sociaux. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ces conditions qu'un tournant &#224; gauche &#233;tait possible et n&#233;cessaire : il fallait impulser un rythme rapide &#224; la mont&#233;e r&#233;volutionnaire. Cela aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait correct et n&#233;cessaire si, pendant ces trois derni&#232;res ann&#233;es, la direction de l'Internationale Communiste avait mis &#224; profit, comme il se devait, la p&#233;riode de reprise &#233;conomique, doubl&#233;e du reflux du mouvement r&#233;volutionnaire, pour renforcer les positions du parti dans les organisations de masse, et principalement dans les syndicats. Dans ces conditions, le chauffeur aurait pu et aurait d&#251; en 1930 passer de seconde en troisi&#232;me ou, du moins, se pr&#233;parer &#224; le faire dans un avenir proche. En fait, on assista au processus inverse. Pour ne pas tomber dans le pr&#233;cipice, le chauffeur dut r&#233;trograder de la troisi&#232;me qu'il avait pass&#233;e trop t&#244;t, en seconde ; s'il avait suivi une ligne strat&#233;gique juste, il aurait &#233;t&#233; oblig&#233; d'acc&#233;l&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la contradiction flagrante entre les n&#233;cessit&#233;s tactiques et les perspectives strat&#233;giques, dans laquelle, cons&#233;quence logique des erreurs de leur direction, se retrouvent aujourd'hui les partis communistes de toute une s&#233;rie de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Allemagne que cette contradiction se manifeste sous la forme la plus nette et la plus dangereuse. En effet, les derni&#232;res &#233;lections y ont r&#233;v&#233;l&#233; un rapport de forces tout &#224; fait original, qui est le r&#233;sultat non seulement des deux p&#233;riodes de stabilisation en Allemagne depuis la guerre, mais aussi des trois p&#233;riodes d'erreurs de l'Internationale Communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. La victoire parlementaire du parti communiste &#224; la lumi&#232;re des t&#226;ches r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la presse officielle de l'Internationale Communiste pr&#233;sente les r&#233;sultats des &#233;lections en Allemagne comme une grandiose victoire du communisme ; cette victoire mettrait le mot d'ordre &#034;l'Allemagne des Soviets&#034; &#224; l'ordre du jour. Les bureaucrates optimistes refusent de r&#233;fl&#233;chir sur la signification du rapport de forces que r&#233;v&#232;lent les statistiques &#233;lectorales. Ils analysent l'augmentation des voix communistes ind&#233;pendamment des t&#226;ches r&#233;volutionnaires et des obstacles n&#233;s de la situation objective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti communiste a obtenu environ 4 600 000 voix contre 3 300 000 en 1928. Ce gain de 1 300 000 voix est &#233;norme si l'on se place du point de vue de la m&#233;canique parlementaire &#034;normale&#034;, compte tenu de l'augmentation g&#233;n&#233;rale du nombre des &#233;lecteurs. Mais les gains du parti communiste paraissent bien p&#226;les face &#224; la progression fulgurante des fascistes qui passent de 800 000 voix &#224; 6 400 000. Le fait que la social-d&#233;mocratie, malgr&#233; des pertes importantes, ait gard&#233; ses principaux cadres et r&#233;colt&#233; plus de voix ouvri&#232;res que le parti communiste, a une tout aussi grande importance dans l'appr&#233;ciation des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si l'on cherche quelles sont les conditions int&#233;rieures et internationales susceptibles de faire basculer avec le plus de force la classe ouvri&#232;re du c&#244;t&#233; du communisme, on ne peut donner un exemple meilleur que celui de la situation actuelle en Allemagne : le n&#339;ud coulant du plan Young, la crise &#233;conomique, la d&#233;cadence des dirigeants, la crise du parlementarisme, la fa&#231;on effrayante dont la social-d&#233;mocratie au pouvoir se d&#233;masque elle-m&#234;me. La place du Parti Communiste allemand dans la vie sociale du pays, malgr&#233; le gain de 1 300 000 voix, demeure faible et disproportionn&#233;e du point de vue des conditions historiques concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse des positions du communisme est indissolublement li&#233;e &#224; la politique et au fonctionnement interne de l'Internationale Communiste ; elle se r&#233;v&#232;le de mani&#232;re encore plus criante si nous comparons le r&#244;le social actuel du parti communiste et ses t&#226;ches concr&#232;tes et urgentes dans les conditions historiques pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le parti communiste lui-m&#234;me ne comptait pas sur un tel accroissement. Mais cela prouve qu'avec ses erreurs et ses d&#233;faites r&#233;p&#233;t&#233;es, la direction du parti communiste a perdu l'habitude des perspectives et des objectifs ambitieux. Hier, elle sous-estimait ses propres possibilit&#233;s, aujourd'hui elle sous-estime de nouveau les difficult&#233;s. Un danger est ainsi multipli&#233; par un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re qualit&#233; d'un authentique parti r&#233;volutionnaire est de savoir regarder la r&#233;alit&#233; en face.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Les h&#233;sitations de la grande bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque tournant de la route de l'histoire, &#224; chaque crise sociale, il faut encore et toujours r&#233;examiner le probl&#232;me des rapports existant entre les trois classes de la soci&#233;t&#233; actuelle : la grande bourgeoisie avec &#224; sa t&#234;te le capital financier, la petite bourgeoisie oscillant entre les deux principaux camps, et, enfin, le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie qui ne constitue qu'une fraction infime de la nation ne peut se maintenir au pouvoir sans appui dans la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, c'est-&#224;-dire parmi les derniers repr&#233;sentants des anciennes couches moyennes, et dans les masses qui constituent aujourd'hui les nouvelles couches moyennes. A l'heure actuelle, cet appui rev&#234;t deux formes principales, politiquement antagoniques, mais historiquement compl&#233;mentaires : la social-d&#233;mocratie et le fascisme. En la personne de la social-d&#233;mocratie, la petite bourgeoisie, qui est &#224; la remorque du capital financier, entra&#238;ne derri&#232;re elle des millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divis&#233;e, la grande bourgeoisie allemande h&#233;site aujourd'hui. Les d&#233;saccords internes ne portent que sur le choix du traitement &#224; appliquer aujourd'hui &#224; la crise sociale. La th&#233;rapeutique sociale-d&#233;mocrate rebute une partie de la grande bourgeoisie, parce que ses r&#233;sultats ont un caract&#232;re incertain et qu'elle risque d'entra&#238;ner de trop grands frais g&#233;n&#233;raux (imp&#244;ts, l&#233;gislation sociale, salaires). L'intervention chirurgicale fasciste appara&#238;t &#224; l'autre partie trop risqu&#233;e et non justifi&#233;e par la situation. En d'autres termes, la bourgeoisie financi&#232;re dans son ensemble h&#233;site quant &#224; l'appr&#233;ciation de la situation, car elle ne trouve pas encore de raisons suffisantes pour proclamer l'av&#232;nement de sa &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;, o&#249; la social-d&#233;mocratie doit c&#233;der imp&#233;rativement la place au fascisme ; de plus, chacun sait que lors du r&#232;glement de comptes g&#233;n&#233;ral, la social-d&#233;mocratie sera r&#233;compens&#233;e pour les services rendus par un pogrome g&#233;n&#233;ral. Les h&#233;sitations de la grande bourgeoisie - vu l'affaiblissement de ses principaux partis - entre la social-d&#233;mocratie et le fascisme sont le sympt&#244;me le plus manifeste d'une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il est &#233;vident que ces h&#233;sitations cesseraient sur-le-champ, d&#232;s l'apparition d'une situation r&#233;ellement r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. La petite bourgeoisie et le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la crise sociale puisse d&#233;boucher sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne, il est indispensable, en dehors des autres conditions, que les classes petites bourgeoises basculent de fa&#231;on d&#233;cisive du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat. Cela permet au prol&#233;tariat de prendre la t&#234;te de la nation, et de la diriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections r&#233;v&#232;lent une pouss&#233;e inverse, et c'est l&#224; que r&#233;side leur valeur symptomatique essentielle. Sous les coups de la crise, la petite bourgeoisie a bascul&#233; non du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais du c&#244;t&#233; de la r&#233;action imp&#233;rialiste la plus extr&#233;miste, en entra&#238;nant des couches importantes du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance gigantesque du national-socialisme traduit deux faits essentiels : une crise sociale profonde, arrachant les masses petites bourgeoises &#224; leur &#233;quilibre, et l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire qui, d&#232;s &#224; pr&#233;sent, jouerait aux yeux des masses un r&#244;le de dirigeant r&#233;volutionnaire reconnu. Si le parti communiste est le parti de l'espoir r&#233;volutionnaire, le fascisme en tant que mouvement de masse est le parti du d&#233;sespoir contre-r&#233;volutionnaire. Lorsque l'espoir r&#233;volutionnaire s'empare de la masse enti&#232;re du prol&#233;tariat, ce dernier entra&#238;ne immanquablement &#224; sa suite, sur le chemin de la r&#233;volution, des couches importantes et toujours plus larges de la petite bourgeoisie. Or, dans ce domaine, les &#233;lections donnent pr&#233;cis&#233;ment l'image oppos&#233;e : le d&#233;sespoir contre-r&#233;volutionnaire s'est empar&#233; de la masse petite bourgeoise avec une force telle qu'elle a entra&#238;n&#233; &#224; sa suite des couches importantes du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on expliquer cela ? Dans le pass&#233; nous avons observ&#233; (Italie, Allemagne) un brusque renforcement du fascisme, victorieux ou du moins mena&#231;ant, &#224; la suite d'une situation r&#233;volutionnaire &#233;puis&#233;e ou manqu&#233;e, &#224; l'issue d'une crise r&#233;volutionnaire, au cours de laquelle l'avant-garde prol&#233;tarienne avait r&#233;v&#233;l&#233; son incapacit&#233; &#224; prendre la t&#234;te de la nation, pour transformer le sort de toutes les classes, y compris celui de la petite bourgeoisie. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui a fait la force &#233;norme du fascisme en Italie. Mais aujourd'hui en Allemagne, il ne s'agit pas de l'issue d'une situation r&#233;volutionnaire mais de son approche. Les fonctionnaires dirigeants du parti, optimistes par fonction, en tirent la conclusion que le fascisme arriv&#233; &#034;trop tard&#034; est condamn&#233; &#224; une d&#233;faite rapide et in&#233;vitable (Die Rote Fahne). Ces gens ne veulent rien apprendre. Le fascisme arrive &#034;trop tard&#034;, si l'on se r&#233;f&#232;re aux crises r&#233;volutionnaires pass&#233;es. Mais il appara&#238;t assez t&#244;t - &#224; l'aube - pour la nouvelle crise r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il ait eu la possibilit&#233; d'occuper une position de d&#233;part aussi forte &#224; la veille d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, et non &#224; son terme, ne constitue pas le point faible du fascisme mais le point faible du communisme. La petite bourgeoisie, par cons&#233;quent, n'a pas besoin de nouvelles d&#233;sillusions quant &#224; la capacit&#233; du parti communiste &#224; am&#233;liorer son sort ; elle s'appuie sur l'exp&#233;rience du pass&#233;, elle se souvient des le&#231;ons de l'ann&#233;e 1923, des bonds capricieux du cours ultra-gauche de Maslow-Thaelmann, l'impuissance opportuniste du m&#234;me Thaelmann, le bavardage de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;, etc. Enfin, et c'est l'essentiel, sa m&#233;fiance pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne se nourrit de la m&#233;fiance que des millions d'ouvriers sociaux-d&#233;mocrates &#233;prouvent &#224; l'&#233;gard du parti communiste. La petite bourgeoisie, m&#234;me si les &#233;v&#233;nements l'ont compl&#232;tement arrach&#233;e &#224; l'orni&#232;re conservatrice, ne peut se tourner du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution sociale que si cette derni&#232;re a la sympathie de la majorit&#233; des ouvriers. Cette condition tr&#232;s importante fait pr&#233;cis&#233;ment d&#233;faut en Allemagne, et ce n'est pas par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration programmatique du Parti Communiste allemand avant les &#233;lections &#233;tait enti&#232;rement et uniquement consacr&#233;e au fascisme en tant qu'ennemi principal. Cependant le fascisme est sorti vainqueur des &#233;lections, ayant rassembl&#233; non seulement des millions d'&#233;l&#233;ments semi-prol&#233;tariens, mais aussi des centaines de milliers d'ouvriers de l'industrie. Cela montre que, malgr&#233; la victoire parlementaire du parti communiste, la r&#233;volution prol&#233;tarienne a subi globalement dans ces &#233;lections une grave d&#233;faite, qui n'est &#233;videmment pas d&#233;cisive, mais qui est pr&#233;liminaire, et qui doit servir d'avertissement et de mise en garde. Elle peut devenir d&#233;cisive, et le deviendra in&#233;vitablement, si le parti communiste n'est pas capable d'appr&#233;cier sa victoire parlementaire partielle en liaison avec cette d&#233;faite &#034;pr&#233;liminaire&#034; de la r&#233;volution, et d'en tirer toutes les conclusions n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme est devenu en Allemagne un danger r&#233;el ; il est l'expression de l'impasse aigu&#235; du r&#233;gime bourgeois, du r&#244;le conservateur de la social-d&#233;mocratie face &#224; ce r&#233;gime, et de la faiblesse accumul&#233;e du parti communiste, incapable de renverser ce r&#233;gime. Qui nie cela est un aveugle ou un fanfaron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, Brandler, en d&#233;pit de tous nos avertissements, surestimait monstrueusement les forces du fascisme. De cette appr&#233;ciation fausse du rapport des forces est n&#233;e une politique d&#233;fensive, faite d'attente, de d&#233;robade et de l&#226;chet&#233;. C'est ce qui a perdu la r&#233;volution. De tels &#233;v&#233;nements ne sont pas sans laisser de traces dans la conscience de toutes les classes de la nation. La surestimation du fascisme par la direction communiste a cr&#233;&#233; l'une des causes du renforcement ult&#233;rieur du fascisme. L'erreur inverse, c'est-&#224;-dire la sous-estimation du fascisme par la direction actuelle du parti communiste, peut mener la r&#233;volution &#224; une d&#233;faite encore plus grave pour de longues ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rythme de d&#233;veloppement qui, &#233;videmment, ne d&#233;pend pas uniquement de nous, conf&#232;re &#224; ce danger une acuit&#233; particuli&#232;re. Les pouss&#233;es de fi&#232;vre enregistr&#233;es par la courbe des temp&#233;ratures politiques et r&#233;v&#233;l&#233;es lors des &#233;lections, permettent de penser que le rythme du d&#233;veloppement de la crise nationale peut &#234;tre tr&#232;s rapide. En d'autres termes, le cours des &#233;v&#233;nements peut, dans un avenir tr&#232;s proche, faire resurgir en Allemagne, &#224; une nouvelle hauteur historique, la vieille contradiction tragique entre la maturit&#233; de la situation r&#233;volutionnaire d'une part, la faiblesse et la carence strat&#233;gique du parti r&#233;volutionnaire d'autre part. Il faut le dire clairement, ouvertement et, surtout, suffisamment t&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Le parti communiste et la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une erreur monstrueuse de se consoler en se disant que le parti bolchevique qui, en avril 1917, apr&#232;s l'arriv&#233;e de Lenine, commen&#231;ait &#224; se pr&#233;parer &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, avait moins de 80 000 membres et entra&#238;nait &#224; sa suite, m&#234;me &#224; P&#233;trograd, &#224; peine le tiers des ouvriers et une partie encore plus faible des soldats. La situation en Russie &#233;tait tout &#224; fait diff&#233;rente. Ce n'est qu'en mars que les partis r&#233;volutionnaires &#233;taient sortis de la clandestinit&#233;, apr&#232;s trois ann&#233;es d'interruption de la vie politique, m&#234;me &#233;touff&#233;e, qui existait avant la guerre. Pendant la guerre la classe ouvri&#232;re s'&#233;tait renouvel&#233;e approximativement pour 40%. La masse &#233;crasante du prol&#233;tariat ne connaissait pas les bolcheviks, n'avait m&#234;me jamais entendu parler d'eux. Le vote pour les mencheviks et les socialistes r&#233;volutionnaires, en mars et en juin, &#233;tait simplement l'expression de ses premiers pas h&#233;sitants apr&#232;s son r&#233;veil. Dans ce vote, il n'y avait pas l'ombre d'une d&#233;ception &#224; l'&#233;gard des bolcheviks ou d'une m&#233;fiance accumul&#233;e, qui ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat des erreurs du parti, v&#233;rifi&#233;es concr&#232;tement par les masses. Au contraire, chaque jour de l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire de 1917 d&#233;tachait les masses des conciliateurs et les poussait du c&#244;t&#233; des bolcheviks. D'o&#249; la croissance tumultueuse, irr&#233;sistible du parti et surtout de son influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, la situation en Allemagne diff&#232;re sur ce point et sur beaucoup d'autres. L'apparition sur la sc&#232;ne politique du Parti Communiste allemand ne date pas d'hier, ni d'avant-hier. En 1923, la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re &#233;tait derri&#232;re lui, ouvertement ou non. En 1924, dans une p&#233;riode de reflux, il recueillit 3 600 000 voix, c'est-&#224;-dire un pourcentage de la classe ouvri&#232;re sup&#233;rieur &#224; celui d'aujourd'hui. Ce qui signifie que les ouvriers qui sont rest&#233;s avec la social-d&#233;mocratie, comme ceux qui ont vot&#233; cette fois-ci pour les nationaux-socialistes, ont agi ainsi non par simple ignorance, non parce que le r&#233;veil date seulement d'hier, non parce qu'ils ne savent pas encore ce qu'est le parti communiste, mais parce qu'ils ne croient pas en lui sur la base de leur propre exp&#233;rience de ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier qu'en f&#233;vrier 1928 le IX&#176; plenum du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste a donn&#233; le signal d'une lutte renforc&#233;e, extraordinaire et implacable, contre les &#034;sociaux-fascistes&#034;. La social-d&#233;mocratie allemande, durant presque toute cette p&#233;riode, &#233;tait au pouvoir, et chacune de ses actions r&#233;v&#233;lait aux masses son r&#244;le criminel et inf&#226;me. Une crise &#233;conomique gigantesque couronna le tout. Il est difficile d'imaginer des conditions plus favorables &#224; l'affaiblissement de la social-d&#233;mocratie. Pourtant, cette derni&#232;re a dans l'ensemble maintenu ses positions. Comment expliquer ce fait surprenant ? Par le seul fait que la direction du parti communiste a aid&#233; par toute sa politique la social-d&#233;mocratie, en la soutenant sur sa gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que le vote de cinq &#224; six millions d'ouvriers et d'ouvri&#232;res pour la social-d&#233;mocratie exprime leur confiance pleine et enti&#232;re &#224; son &#233;gard. Il ne faut pas prendre les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates pour des aveugles. Ils ne sont pas si na&#239;fs quant &#224; leurs dirigeants, mais ils ne voient pas d'autre issue dans la situation actuelle. Nous parlons, &#233;videmment, des simples ouvriers, et non de l'aristocratie et de la bureaucratie ouvri&#232;res. La politique du parti communiste ne leur inspire pas confiance, non parce que le parti communiste est un parti r&#233;volutionnaire, mais parce qu'ils ne croient pas qu'il puisse remporter une victoire r&#233;volutionnaire et ne veulent pas risquer leur t&#234;te en vain. En votant, le c&#339;ur serr&#233;, pour la social-d&#233;mocratie, ces ouvriers ne lui manifestent pas leur confiance ; par contre ils expriment leur m&#233;fiance envers le parti communiste. C'est en cela que r&#233;side l'&#233;norme diff&#233;rence entre la situation des communistes allemands et celle des bolcheviks russes en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, les difficult&#233;s ne se limitent pas &#224; ce probl&#232;me. Une m&#233;fiance sourde &#224; l'&#233;gard de la direction s'est accumul&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du parti et surtout chez les ouvriers qui le soutiennent ou simplement votent pour lui. Ce qui accro&#238;t ce qu'on appelle la &#034;disproportion&#034; entre l'influence du parti et ses effectifs ; en Allemagne, une telle disproportion existe sans aucun doute, elle est particuli&#232;rement nette au niveau du travail dans les syndicats. L'explication officielle de la disproportion est &#224; ce point erron&#233;e que le parti n'est pas en mesure de &#034;renforcer&#034; au niveau organisationnel son influence. La masse y est consid&#233;r&#233;e comme un mat&#233;riau purement passif, dont l'adh&#233;sion ou la non-adh&#233;sion au parti d&#233;pend uniquement de la capacit&#233; du secr&#233;taire &#224; forcer la main &#224; chaque ouvrier. Le bureaucrate ne comprend pas que les ouvriers ont leur propre pens&#233;e, leur propre exp&#233;rience, leur propre volont&#233; et leur propre politique active ou passive &#224; l'&#233;gard du parti. En votant pour le parti, l'ouvrier vote pour son drapeau, pour la R&#233;volution d'Octobre, pour sa r&#233;volution future. Mais, en refusant d'adh&#233;rer au parti communiste ou de le suivre dans la lutte syndicale, il exprime sa m&#233;fiance envers la politique quotidienne du parti. Cette &#034;disproportion&#034; est en fin de compte un des canaux par o&#249; s'exprime la m&#233;fiance des masses envers la direction actuelle de l'Internationale Communiste. Et cette m&#233;fiance, cr&#233;&#233;e et renforc&#233;e par les erreurs, les d&#233;faites, le bluff et les tromperies cyniques des masses de 1923 &#224; 1930, repr&#233;sente l'un des principaux obstacles sur la route de la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans confiance en soi, le parti ne gagnera pas la classe. S'il ne gagne pas le prol&#233;tariat, il n'arrachera pas les masses petites bourgeoises au fascisme. Ces deux faits sont indissolublement li&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Retour &#224; la &#034;deuxi&#232;me p&#233;riode&#034; ou en avant, une nouvelle fois, vers la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on adopte la terminologie officielle du centrisme, il faut formuler le probl&#232;me de la mani&#232;re suivante. La direction de l'Internationale Communiste a impos&#233; aux sections nationales la tactique de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;, c'est-&#224;-dire la tactique de soul&#232;vement r&#233;volutionnaire imm&#233;diat, &#224; une &#233;poque (1928) qui se caract&#233;risait essentiellement par des traits de la &#034;deuxi&#232;me p&#233;riode&#034; : stabilisation de la bourgeoisie, reflux et d&#233;clin de la r&#233;volution. Le tournant qui s'est op&#233;r&#233; en 1930 marquait le refus de la tactique de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034; et un retour &#224; la tactique de la &#034;deuxi&#232;me p&#233;riode&#034;. Alors que ce tournant faisait son chemin dans l'appareil bureaucratique, des sympt&#244;mes tr&#232;s importants t&#233;moignaient clairement, au moins en Allemagne, du rapprochement effectif de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;. Cela ne prouve-t-il pas la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau tournant vers la tactique de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;, qui vient juste d'&#234;tre abandonn&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recourons &#224; ces termes pour rendre plus accessible l'&#233;nonc&#233; du probl&#232;me &#224; ceux dont la conscience est encombr&#233;e par la m&#233;thodologie et la terminologie de la bureaucratie centriste. Mais en aucun cas nous ne faisons n&#244;tre cette terminologie qui masque la combinaison du bureaucratisme stalinien avec la m&#233;taphysique boukharinienne. Nous rejetons la conception apocalyptique de la &#034;troisi&#232;me&#034; p&#233;riode en tant que derni&#232;re : leur nombre jusqu'&#224; la victoire du prol&#233;tariat est une question de rapport de forces et de changements dans la situation ; tout ceci ne peut &#234;tre v&#233;rifi&#233; qu'au travers de l'action. Mais nous rejetons l'essence m&#234;me du sch&#233;matisme strat&#233;gique, avec ses p&#233;riodes num&#233;rot&#233;es. Il n'y a pas de tactique abstraite, mise au point &#224; l'avance, que ce soit pour la &#034;deuxi&#232;me&#034; ou la &#034;troisi&#232;me&#034; p&#233;riode. Naturellement on ne peut arriver &#224; la victoire et &#224; la conqu&#234;te du pouvoir sans soul&#232;vement arm&#233;. Mais comment arriver au soul&#232;vement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;thodes et le rythme de mobilisation des masses d&#233;pendent non seulement de la situation objective en g&#233;n&#233;ral, mais aussi et avant tout, de l'&#233;tat dans lequel se trouve le prol&#233;tariat au d&#233;but de la crise sociale dans le pays, des rapports entre le parti et la classe, entre le prol&#233;tariat et la petite bourgeoisie, etc. L'&#233;tat du prol&#233;tariat au seuil de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034; d&#233;pend &#224; son tour de la tactique appliqu&#233;e par le parti dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement tactique normal et naturel, correspondant au tournant actuel dans la situation en Allemagne, aurait d&#251; &#234;tre une acc&#233;l&#233;ration du rythme, une progression des mots d'ordre et des m&#233;thodes de lutte. Mais ce tournant tactique n'aurait &#233;t&#233; normal et naturel que si le rythme et les mots d'ordre de la lutte d'hier avaient correspondu aux conditions de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Mais il n'en &#233;tait pas question. La contradiction aigu&#235; entre la politique ultra-gauche et la stabilisation de la situation est l'une des causes du tournant tactique. C'est pourquoi, au moment o&#249; le nouveau tournant de la situation objective, parall&#232;lement au regroupement g&#233;n&#233;ral d&#233;favorable des forces politiques, a apport&#233; au communisme un fort gain de voix, le parti s'av&#232;re strat&#233;giquement et tactiquement plus d&#233;sorient&#233;, embarrass&#233; et d&#233;rout&#233; qu'il ne l'a jamais &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer la contradiction dans laquelle est tomb&#233; le Parti Communiste allemand, comme la majorit&#233; des autres sections de l'Internationale Communiste, mais beaucoup plus profond&#233;ment qu'elles, prenons la comparaison la plus simple. Pour sauter une barri&#232;re, il faut d'abord prendre son &#233;lan en courant. Plus la barri&#232;re est haute, plus il importe de commencer &#224; courir &#224; temps, ni trop tard ni trop t&#244;t, pour atteindre l'obstacle avec la force n&#233;cessaire. Cependant, depuis f&#233;vrier 1928, et surtout depuis juin 1929, le Parti communiste allemand n'a fait que prendre son &#233;lan. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que le parti ait commenc&#233; &#224; s'essouffler et &#224; tra&#238;ner des pieds. L'Internationale Communiste donna enfin un ordre :&#034;ralentissez !&#034;. Mais &#224; peine le parti hors d'haleine avait-il retrouv&#233; une allure plus normale, qu'apparemment surgissait devant lui une barri&#232;re non imaginaire, bien r&#233;elle, qui risquait d'exiger un saut r&#233;volutionnaire. La distance suffirait-elle pour prendre de l'&#233;lan ? Fallait-il renoncer au tournant et le remplacer par un contre-tournant ? - telles sont les questions tactiques et strat&#233;giques qui se posent au parti allemand dans toute leur acuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que les cadres dirigeants du parti soient &#224; m&#234;me de trouver une r&#233;ponse correcte &#224; ces questions, ils doivent avoir la possibilit&#233; d'appr&#233;cier le chemin &#224; suivre, en liaison avec l'analyse de la strat&#233;gie des derni&#232;res ann&#233;es et de ses cons&#233;quences, telles qu'elles sont apparues aux &#233;lections. Si, faisant contrepoids &#224; cela, la bureaucratie r&#233;ussissait par ses cris de victoire &#224; &#233;touffer la voix de l'autocritique politique, le prol&#233;tariat serait in&#233;vitablement entra&#238;n&#233; dans une catastrophe plus effroyable que celle de 1923.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Les variantes possibles du d&#233;veloppement ult&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation r&#233;volutionnaire, qui pose au prol&#233;tariat le probl&#232;me imm&#233;diat de la conqu&#234;te du pouvoir, est compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments objectifs et subjectifs, qui sont li&#233;s entre eux et se conditionnent mutuellement dans une large mesure. Mais cette interd&#233;pendance est relative. La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal s'applique aussi enti&#232;rement aux facteurs de la situation r&#233;volutionnaire. Le d&#233;veloppement insuffisant de l'un d'eux peut conduire &#224; l'alternative suivante : soit la situation r&#233;volutionnaire ne parviendra m&#234;me pas &#224; l'explosion et se r&#233;sorbera, soit, parvenue &#224; l'explosion, elle se terminera par la d&#233;faite de la classe r&#233;volutionnaire. Quelle est, &#224; cet &#233;gard, la situation en Allemagne aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 . Nous sommes indubitablement en pr&#233;sence d'une crise nationale profonde (&#233;conomie, situation internationale). La voie normale du r&#233;gime parlementaire bourgeois n'offre aucune issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 . La crise politique de la classe dominante et de son syst&#232;me de gouvernement est absolument incontestable. Ce n'est pas une crise parlementaire mais la crise de la domination de classe de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 . Cependant la classe r&#233;volutionnaire est encore profond&#233;ment divis&#233;e par des contradictions internes. Le renforcement du parti r&#233;volutionnaire au d&#233;triment du parti r&#233;formiste en est &#224; son tout d&#233;but et se produit, pour le moment encore, &#224; un rythme qui est loin de correspondre &#224; la profondeur de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 . D&#233;s le d&#233;but de la crise, la petite bourgeoisie a occup&#233; une position qui menace le syst&#232;me actuel de domination du capital, mais qui est en m&#234;me temps mortellement hostile &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, nous sommes en pr&#233;sence des conditions objectives fondamentales de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; une de ses conditions politiques existe (l'&#233;tat de la classe dirigeante) ; l'autre condition politique (l'&#233;tat du prol&#233;tariat) ne fait que commencer &#224; &#233;voluer dans le sens de la r&#233;volution, mais, du fait de l'h&#233;ritage du pass&#233;, ne peut pas &#233;voluer rapidement ; enfin, la troisi&#232;me condition politique (l'&#233;tat de la petite bourgeoisie) penche non du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mais du c&#244;t&#233; de la contre-r&#233;volution bourgeoise. Cette derni&#232;re condition n'&#233;voluera dans un sens favorable que si des changements radicaux interviennent au sein m&#234;me du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire si la social-d&#233;mocratie est liquid&#233;e politiquement Nous sommes confront&#233;s ainsi &#224; une situation profond&#233;ment contradictoire. Certaines de ses composantes mettent &#224; l'ordre du jour la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; mais d'autres excluent toute possibilit&#233; de victoire dans une p&#233;riode tr&#232;s proche, car elles impliquent une profonde modification pr&#233;alable du rapport des forces politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement, on peut imaginer certaines variantes dans l'&#233;volution ult&#233;rieure de la situation actuelle en Allemagne ces variantes d&#233;pendent autant de causes objectives, dont la politique des ennemis de classe, que de l'attitude du parti communiste lui-m&#234;me. Indiquons sch&#233;matiquement quatre variantes possibles du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 . Le parti communiste effray&#233; par sa propre strat&#233;gie (la troisi&#232;me p&#233;riode), avance &#224; t&#226;tons, avec la plus grande prudence, en cherchant &#224; &#233;viter toute action risqu&#233;e ; il laisse &#233;chapper sans combat une situation r&#233;volutionnaire. Ce sera, la r&#233;p&#233;tition sous une autre forme de la politique de Brandler en 1921-1923. Les brandl&#233;riens et les semi-brandl&#233;riens l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur du parti pousseront dans cette direction, qui refl&#232;te la pression de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 . Sous l'influence de son succ&#232;s aux &#233;lections, le parti effectue, au contraire, un tournant brutal &#224; gauche, se lan&#231;ant dans une lutte directe pour le pouvoir et, devenu le parti d'une minorit&#233; active, subit une d&#233;faite catastrophique. Le fascisme, l'agitation criarde et imb&#233;cile de l'appareil, qui n'&#233;l&#232;ve en rien la conscience des masses, mais au contraire l'obscurcit, le d&#233;sespoir et l'impatience d'une partie de la classe ouvri&#232;re, et surtout de la jeunesse en ch&#244;mage, tout cela pousse dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 . Il est possible aussi que la direction, sans renoncer &#224; quoi que ce soit, s'efforce de trouver empiriquement une voie interm&#233;diaire entre les deux premi&#232;res variantes et accomplisse ainsi une nouvelle s&#233;rie d'erreurs ; mais elle mettra tant de temps &#224; surmonter la m&#233;fiance des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes que, pendant ce m&#234;me temps, les conditions objectives auront le temps d'&#233;voluer dans un sens d&#233;favorable pour la r&#233;volution, c&#233;dant la place &#224; une nouvelle p&#233;riode de stabilisation. Le parti allemand est pouss&#233; avant tout dans cette direction &#233;clectique, qui allie un suivisme g&#233;n&#233;ral &#224; un aventurisme dans des cas particuliers, par la direction stalinienne de Moscou qui redoute de prendre une position claire et se pr&#233;pare &#224; l'avance un alibi, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; de rejeter sur les &#034;ex&#233;cutants&#034; la responsabilit&#233;, &#224; droite ou &#224; gauche selon les r&#233;sultats. C'est une politique que nous connaissons bien, qui sacrifie les int&#233;r&#234;ts historiques internationaux du prol&#233;tariat aux int&#233;r&#234;ts de &#034;prestige&#034; de la direction bureaucratique. Les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques d'une telle orientation sont d&#233;j&#224; donn&#233;s dans la Pravda du 16 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 . Terminons par la variante la plus favorable ou plus exactement la seule favorable : gr&#226;ce &#224; l'effort de ses &#233;l&#233;ments les meilleurs et les plus conscients, le parti allemand se rend pleinement compte de toutes les contradictions de la situation actuelle. Par une politique juste, audacieuse et souple, le parti a encore le temps, &#224; partir de la situation actuelle, d'unir la majorit&#233; du prol&#233;tariat et d'obtenir que les masses semi-prol&#233;tariennes et les couches les plus exploit&#233;es de la petite bourgeoisie changent de camp. L'avant-garde prol&#233;tarienne en tant que dirigeant de la nation des travailleurs et des opprim&#233;s, acc&#232;de &#224; la victoire. La t&#226;che des bolcheviks-l&#233;ninistes (de l'Opposition de gauche) est d'aider le parti &#224; orienter sa politique dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tout &#224; fait inutile de chercher &#224; deviner laquelle de ces variantes a le plus de chances de se r&#233;aliser dans une proche p&#233;riode. C'est en luttant et non en se livrant &#224; des conjectures qu'on r&#233;sout de telles questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte id&#233;ologique implacable contre la direction centriste de l'Internationale Communiste est un &#233;l&#233;ment indispensable de ce combat. Moscou a d&#233;j&#224; donn&#233; le signal d'une politique de prestige bureaucratique, qui couvre les erreurs pass&#233;es et pr&#233;pare les erreurs de demain, par ses cris hypocrites sur le nouveau triomphe de la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en exag&#233;rant de fa&#231;on invraisemblable la victoire du parti, en minimisant de fa&#231;on non moins invraisemblable les difficult&#233;s et en interpr&#233;tant m&#234;me le succ&#232;s des fascistes comme un facteur positif de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, la Pravda &#233;met cependant une petite r&#233;serve. &#034;Les succ&#232;s du parti ne doivent pas lui tourner la t&#234;te.&#034; La politique perfide de direction stalinienne est ici encore fid&#232;le &#224; elle-m&#234;me. L'analyse de la situation est faite dans l'esprit de l'ultra-gauchiste non critique. Ce qui pousse consciemment le parti sur la voie de l'aventurisme. En m&#234;me temps, Staline se pr&#233;pare un alibi avec la phrase rituelle sur &#034;le vertige du succ&#232;s&#034;. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette politique &#224; courte vue et sans scrupule qui peut perdre la r&#233;volution allemande.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. O&#249; est l'issue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessus, nous avons donn&#233; une analyse sans aucune enjolivure ni indulgence des difficult&#233;s et des dangers qui rel&#232;vent enti&#232;rement de la sph&#232;re politique subjective ; ils d&#233;coulent principalement des erreurs et des crimes de la direction des &#233;pigones et, aujourd'hui, compromettent manifestement la nouvelle situation r&#233;volutionnaire qui, &#224; notre avis, est en train de se cr&#233;er. Les fonctionnaires soit ignoreront notre analyse, soit renouvelleront leurs stocks d'injures. Mais il ne s'agit pas de ces fonctionnaires incurables, mais du sort du prol&#233;tariat allemand. Dans le parti, y compris dans l'appareil, il y a bon nombre de gens qui observent et r&#233;fl&#233;chissent, et que le caract&#232;re aigu de la situation forcera &#224; r&#233;fl&#233;chir demain avec une intensit&#233; redoubl&#233;e. C'est &#224; eux que nous destinons notre analyse et nos conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute situation de crise contient des facteurs importants d'ind&#233;termination. Les &#233;tats d'esprit, les opinions et les forces, aussi bien hostiles qu'alli&#233;es, se forment dans le processus m&#234;me de la crise. Il est impossible de les pr&#233;voir &#224; l'avance de fa&#231;on math&#233;matique. Il faut les mesurer dans la lutte, par la lutte, et apporter &#224; sa politique les corrections n&#233;cessaires en se fondant sur ces mesures tir&#233;es de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on estimer &#224; l'avance la force de la r&#233;sistance conservatrice des ouvriers sociaux-d&#233;mocrates ? Non. A la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements des derni&#232;res ann&#233;es cette force appara&#238;t gigantesque. Mais le fond du probl&#232;me est que la politique erron&#233;e du parti, qui a trouv&#233; son expression la plus achev&#233;e dans la th&#233;orie absurde du social-fascisme, est ce qui a le plus favoris&#233; la coh&#233;sion de la social-d&#233;mocratie. Pour mesurer la capacit&#233; r&#233;elle de r&#233;sistance de la social-d&#233;mocratie, il faut trouver un autre instrument de mesure, c'est-&#224;-dire que les communistes se donnent une tactique correcte. Si cette condition est remplie - et ce n'est pas une mince condition - on d&#233;couvrira &#224; relativement court terme, &#224; quel point la social-d&#233;mocratie est rong&#233;e de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; dit ci-dessus s'applique &#233;galement au fascisme, mais sous une autre forme. Il s'est d&#233;velopp&#233; dans des conditions diff&#233;rentes, gr&#226;ce au levain de la strat&#233;gie zinovievo-stalinienne. Quelle est sa force offensive ? Quelle est sa stabilit&#233; ? A-t-il atteint son point culminant, comme nous l'affirment les optimistes de profession, ou en est-il seulement &#224; ses premiers pas ? Il est impossible de le pr&#233;dire m&#233;caniquement. On ne peut le d&#233;terminer qu'&#224; travers l'action. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;gard du fascisme, qui est un rasoir dans les mains de l'ennemi de classe, qu'une politique erron&#233;e du parti communiste peut, dans un d&#233;lai tr&#232;s court, conduire &#224; un r&#233;sultat fatal. Par ailleurs, une politique juste peut - il est vrai &#224; beaucoup plus long terme - miner les positions du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des crises du r&#233;gime, le parti r&#233;volutionnaire est beaucoup plus fort dans la lutte de masse extra-parlementaire, que dans le cadre du parlementarisme. A une seule condition cependant : qu'il comprenne correctement la situation et qu'il soit capable de lier pratiquement les besoins r&#233;els des masses aux t&#226;ches de la conqu&#234;te du pouvoir. Actuellement, tout se ram&#232;ne &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ce serait une tr&#232;s grave erreur de ne voir dans situation allemande actuelle que des difficult&#233;s et des dangers. Non, la situation offre &#233;galement d'&#233;normes possibilit&#233;s &#224; condition qu'elle soit analys&#233;e en profondeur et utilis&#233;e directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il pour cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 . Un tournant forc&#233; &#034;&#224; droite&#034;, alors que la situation &#233;volue &#034;&#224; gauche&#034;, demande un examen attentif, consciencieux et habile de l'&#233;volution ult&#233;rieure des autres composantes de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter imm&#233;diatement l'opposition abstraite entre m&#233;thodes de la deuxi&#232;me et de la troisi&#232;me p&#233;riode. Il faut prendre la situation comme elle est, avec toutes ses contradictions et dans la dynamique vivante de son d&#233;veloppement. Il faut s'adapter attentivement aux changements r&#233;els de cette situation, et agir sur elle dans le sens de son d&#233;veloppement effectif et non par complaisance pour les sch&#233;mas de Molotov ou Kuusinen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'orienter dans la situation est la t&#226;che la plus difficile la plus importante. On ne peut s'en acquitter par des m&#233;thodes bureaucratiques. Les statistiques, aussi importantes soient-elles sont insuffisantes pour cet objectif. Il faut &#234;tre quotidiennement &#224; l'&#233;coute en profondeur du prol&#233;tariat et des travailleurs en g&#233;n&#233;ral. Il faut non seulement mettre en avant des mots d'ordre vitaux et entra&#238;nants, mais aussi se soucier de la mani&#232;re dont ils sont repris par les masses. Seul un parti qui a partout des dizaines de milliers d'antennes, qui recueille leurs t&#233;moignages, qui examine tous les probl&#232;mes et qui &#233;labore activement une position collective, peut atteindre un tel objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 . Le fonctionnement interne du parti est indissolublement li&#233; &#224; ce probl&#232;me. Des gens d&#233;sign&#233;s par Moscou ind&#233;pendamment de la confiance ou de la m&#233;fiance du parti &#224; leur &#233;gard, ne peuvent mener les masses &#224; l'assaut de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Plus le r&#233;gime actuel du parti est artificiel, plus profonde sera la crise au jour et &#224; l'heure de la d&#233;cision. De tous les &#034;tournants&#034;, le plus urgent et le plus n&#233;cessaire concerne le r&#233;gime interne du parti. C'est une question de vie ou de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 . Le changement du r&#233;gime du parti est une condition mais aussi une cons&#233;quence du changement d'orientation. L'un est impensable sans l'autre. Le parti doit s'arracher &#224; cette atmosph&#232;re hypocrite, conventionnelle, o&#249; l'on passe sous silence les id&#233;aux r&#233;els et o&#249; l'on glorifie des valeurs fictives, en un mot &#224; l'atmosph&#232;re pernicieuse du stalinisme, qui est le r&#233;sultat non pas d'une influence id&#233;ologique et politique, mais d'une grossi&#232;re d&#233;pendance mat&#233;rielle de l'appareil et des m&#233;thodes de commandement qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arracher le parti &#224; sa prison bureaucratique, il est indispensable de v&#233;rifier globalement la &#034;ligne g&#233;n&#233;rale&#034; de la direction allemande, depuis 1923 et m&#234;me depuis les journ&#233;es de mars 1921. L'opposition de gauche a donn&#233;, dans une s&#233;rie de documents et de travaux th&#233;oriques, son appr&#233;ciation sur toutes les &#233;tapes de la politique officielle funeste de l'Internationale Communiste. Cette critique doit devenir un des acquis du parti. Il ne r&#233;ussira pas &#224; l'&#233;luder ni &#224; la passer sous douce. Le parti ne s'&#233;l&#232;vera pas &#224; la hauteur de ses t&#226;ches grandioses sans une libre appr&#233;ciation de son pr&#233;sent &#224; lumi&#232;re de son pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 . Si le parti communiste, malgr&#233; des conditions extraordinairement favorables, s'est r&#233;v&#233;l&#233; impuissant &#224; &#233;branler s&#233;rieusement l'&#233;difice social-d&#233;mocrate avec la formule du &#034;social-fascisme&#034;, par contre le fascisme r&#233;el menace maintenant ce m&#234;me &#233;difice non avec les formules purement verbales d'un radicalisme fictif, mais avec les formules chimiques des explosifs. Pour vraie que soit l'affirmation selon laquelle la social-d&#233;mocratie a pr&#233;par&#233; par toute sa politique l'&#233;panouissement du fascisme, il n'en reste pas moins vrai que le fascisme une menace mortelle surtout pour cette m&#234;me social-d&#233;mocratie, dont toute la splendeur est indissolublement li&#233;e aux formes et aux m&#233;thodes de l'&#233;tat d&#233;mocratique, parlementaire et pacifiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que les dirigeants de la social-d&#233;mocratie et une mince couche de l'aristocratie ouvri&#232;re pr&#233;f&#232;re en derni&#232;re instance une victoire du fascisme &#224; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Mais pr&#233;cis&#233;ment, l'imminence de ce choix est &#224; l'origine des immenses difficult&#233;s que conna&#238;t la direction social-d&#233;mocrate face &#224; ses propres ouvriers La politique de front unique des ouvriers contre le fascisme d&#233;coule de toute la situation. Elle offre au parti communiste d'&#233;normes possibilit&#233;s. Mais la condition du succ&#232;s r&#233;side dans l'abandon de la pratique et de la th&#233;orie du &#034;social-fascisme&#034; dont la nocivit&#233; devient dangereuse dans les conditions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise sociale provoquera in&#233;vitablement de profondes fissures dans l'&#233;difice social-d&#233;mocrate. La radicalisation des masses touchera &#233;galement les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates bien avant qu'ils cessent d'&#234;tre des sociaux-d&#233;mocrates. Il nous faudra in&#233;vitablement conclure avec les diff&#233;rentes organisations et fractions sociales-d&#233;mocrates des accords contre le fascisme, en posant aux dirigeants des conditions pr&#233;cises devant les masses. Seuls des opportunistes apeur&#233;s, alli&#233;s de Tchang-Ka&#239;-Chek et Wan-Jing-We&#239;, peuvent se lier les &#224; l'avance contre ces accords par une obligation formelle. Il faut abandonner les d&#233;clarations creuses des fonctionnaires contre le front unique, pour revenir &#224; la politique unique telle qu'elle fut formul&#233;e par Lenine et toujours appliqu&#233;e par les bolcheviks, et tout particuli&#232;rement en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 . Le probl&#232;me du ch&#244;mage est l'un des &#233;l&#233;ments les plus importants de la crise politique actuelle. La lutte contre la capitaliste et pour la journ&#233;e de travail de 7 heures reste toujours &#224; l'ordre du jour. Mais seul le mot d'ordre de coop&#233;ration large et syst&#233;matique avec l'URSS peut porter cette lutte &#224; la hauteur des t&#226;ches r&#233;volutionnaires. Dans sa d&#233;claration programmatique pour les &#233;lections, le Comit&#233; central du parti allemand d&#233;clare qu'apr&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir les communistes mettront au point une coop&#233;ration avec l'URSS. Cela ne fait aucun doute. Mais il faut pas opposer la perspective historique aux t&#226;ches politiques de l'heure. C'est d&#232;s aujourd'hui qu'il faut mobiliser ouvriers et, en premier lieu, les ch&#244;meurs, sous le mot de large coop&#233;ration &#233;conomique avec la R&#233;publique des Soviets. Le Gosplan de l'URSS doit &#233;laborer avec la participation des communistes et des sp&#233;cialistes allemands, un plan de coop&#233;ration &#233;conomique qui, partant du ch&#244;mage se d&#233;veloppe en une coop&#233;ration g&#233;n&#233;rale, englobant les principales branches de l'&#233;conomie. Le probl&#232;me n'est pas de promettre une r&#233;organisation de l'&#233;conomie apr&#232;s la prise du pouvoir, mais d'arriver au pouvoir. Le probl&#232;me n'est pas promettre une coop&#233;ration entre l'Allemagne sovi&#233;tique mais de gagner aujourd'hui les masses &#224; cette coop&#233;ration en la liant &#233;troitement &#224; la crise et au ch&#244;mage et en d&#233;veloppant en un plan gigantesque de r&#233;organisation sociale des deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 . La crise politique en Allemagne remet en question le r&#233;gime que le trait&#233; de Versailles a instaur&#233; en Europe. Le Comit&#233; central du Parti Communiste allemand dit qu'une fois au pouvoir, le prol&#233;tariat allemand liquidera les documents de Versailles. Et c'est tout ? L'abolition du trait&#233; Versailles serait ainsi la plus haute conqu&#234;te de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ! Par quoi sera-t-il remplac&#233; ? Cette mani&#232;re n&#233;gative de poser le probl&#232;me rapproche le parti des nationaux-socialistes. Etats unis sovi&#233;tiques d'Europe, voil&#224; le seul mot d'ordre correct apportant une solution au morcellement de l'Europe, qui menace non seulement l'Allemagne mais aussi l'Europe enti&#232;re d'une d&#233;cadence &#233;conomique et culturelle totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre d'unification prol&#233;tarienne de l'Europe en m&#234;me temps une arme tr&#232;s importante dans la lutte contre le chauvinisme abject des fascistes, contre leur croisade contre la France. La politique la plus dangereuse et la plus incorrecte est celle qui consiste &#224; s'adapter passivement &#224; l'ennemi, &#224; se faire passer pour lui. Aux mots d'ordre de d&#233;sespoir national et de folie nationale, il faut opposer les mots d'ordre qui proposent une solution internationale. Mais pour cela, il est indispensable de nettoyer le parti du poison du national-socialisme dont l'&#233;l&#233;ment essentiel est la th&#233;orie du socialisme dans seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour condenser tout ce qui a &#233;t&#233; dit ci-dessus en une formule simple, posons la question de la mani&#232;re suivante : la tactique du Parti Communiste allemand doit-elle, dans la p&#233;riode imm&#233;diate, &#234;tre plac&#233;e sous le signe de l'offensive ou la d&#233;fensive ? A cela nous r&#233;pondons : de la d&#233;fensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'affrontement avait lieu aujourd'hui, cons&#233;quence de l'offensive du parti communiste, l'avant-garde prol&#233;tarienne se briserait contre le bloc constitu&#233; par l'Etat et le fascisme, la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re se cantonnant dans une neutralit&#233; craintive et perplexe, la petite bourgeoisie, quant &#224; elle soutenant dans sa majorit&#233; directement le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une position d&#233;fensive implique une politique de rapprochement avec la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re allemande et le front unique avec les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates et sans parti contre le danger fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nier ce danger, le minimiser, le traiter &#224; la l&#233;g&#232;re est le plus grand crime que l'on puisse commettre aujourd'hui contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que va &#034;d&#233;fendre&#034; le parti communiste ? La constitution de Weimar ? Non, nous laissons ce soin &#224; Brandler. Le parti communiste doit appeler &#224; la d&#233;fense des positions mat&#233;rielles et intellectuelles que la classe ouvri&#232;re a d&#233;j&#224; conquises dans l'Etat allemand. C'est le sort de ses organisations politiques et syndicales, de ses journaux et de ses imprimeries, de ses clubs et de ses biblioth&#232;ques, qui est en jeu. L'ouvrier communiste doit dire &#224; l'ouvrier social-d&#233;mocrate : &#034;La politique de nos partis est inconciliable ; mais si les fascistes viennent cette nuit d&#233;truire le local de ton organisation, je viendrai &#224; ton aide, les armes &#224; la main. Promets-tu au cas o&#249; ce m&#234;me danger menacerait mon organisation d'accourir &#224; mon aide ?&#034; Telle est la quintessence de la politique de la p&#233;riode actuelle. Toute l'agitation doit &#234;tre men&#233;e dans cet esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus nous d&#233;velopperons cette agitation avec pers&#233;v&#233;rance, avec s&#233;rieux, avec r&#233;flexion, sans les hurlements et les forfanteries dont les ouvriers sont si las, plus les mesures organisationnelles d&#233;fensives que nous allons proposer dans chaque usine, dans chaque quartier ouvrier, seront pertinentes, moins grand sera le danger que l'attaque des fascistes nous prenne au d&#233;pourvu, plus grande sera l'assurance que cette attaque soudera et non divisera les rangs des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les fascistes, du fait de leur succ&#232;s vertigineux, du fait du caract&#232;re petit bourgeois, impatient et indisciplin&#233; de leur arm&#233;e, seront enclins &#224; passer &#224; l'attaque dans une proche p&#233;riode. Chercher &#224; les concurrencer actuellement dans cette voie serait une mesure non seulement d&#233;sesp&#233;r&#233;e mais aussi mortellement dangereuse. Au contraire, plus les fascistes appara&#238;tront aux yeux des ouvriers sociaux-d&#233;mocrates et &#224; l'ensemble des masses travailleuses comme le camp qui attaque, plus nous aurons de chances non seulement d'&#233;craser l'offensive des fascistes, mais aussi de passer &#224; une contre-offensive victorieuse. La d&#233;fense doit &#234;tre vigilante, active et courageuse. L'&#233;tat-major devra couvrir du regard tout le champ de bataille et tenir compte de tous les changements pour pas laisser passer un nouveau retournement de la situation lorsqu'il s'agira de donner le signal de l'assaut g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des strat&#232;ges qui se prononcent toujours et dans n'importe quelles circonstances pour la d&#233;fensive. Les brandl&#233;riens, par exemple, sont de ceux-l&#224;. S'&#233;tonner de ce qu'aujourd'hui encore ils parleront de d&#233;fensive, serait tout &#224; fait pu&#233;ril ils le font toujours. Les brandl&#233;riens sont un des porte-voix la social-d&#233;mocratie. Nous devons par contre nous rapprocher des ouvriers sociaux-d&#233;mocrates sur le terrain de la d&#233;fensive pour les entra&#238;ner ensuite dans une offensive d&#233;cisive. Les brandl&#233;riens en sont tout &#224; fait incapables. Lorsque le rapport de forces se modifiera de fa&#231;on radicale en faveur de r&#233;volution prol&#233;tarienne, les brandl&#233;riens appara&#238;tront une nouvelle fois comme un poids mort et comme un frein de la r&#233;volution. C'est la raison pour laquelle une politique d&#233;fensive visant au rapprochement avec les masses sociales-d&#233;mocrates ne doit en aucun cas impliquer une att&#233;nuation des contradictions avec l'&#233;tat-major brandl&#233;rien, derri&#232;re lequel il n'y pas et il n'y aura jamais les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du regroupement de forces, caract&#233;ris&#233; ci-dessus, et les t&#226;ches de l'avant-garde prol&#233;tarienne, les m&#233;thodes de r&#233;pression physique appliqu&#233;es par la bureaucratie stalinienne en Allemagne et dans d'autres pays contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, prennent une signification toute particuli&#232;re. C'est un service direct rendu &#224; la police sociale-d&#233;mocrate et aux troupes de choc du fascisme. En contradiction totale avec les traditions du mouvement r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, ces m&#233;thodes r&#233;pondent parfaitement &#224; la mentalit&#233; des bureaucrates petits bourgeois, qui tiennent &#224; leur salaire garanti d'en haut et qui craignent de le perdre avec l'irruption de la d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du parti. Les infamies des staliniens doivent faire l'objet d'un large travail d'explication, le plus concret possible, visant &#224; d&#233;masquer le r&#244;le des fonctionnaires les plus indignes de l'appareil du parti. L'exp&#233;rience de l'URSS et d'autres pays prouve que ceux qui luttent avec la plus grande fr&#233;n&#233;sie contre l'opposition de gauche, sont de tristes sires qui ont absolument besoin de dissimuler &#224; la direction leurs fautes et leurs crimes : dilapidation des fonds communs, abus de fonction, ou tout simplement incapacit&#233; totale. Il est tout &#224; fait clair que la d&#233;nonciation des exploits brutaux de l'appareil stalinien contre les bolcheviks-l&#233;ninistes sera d'autant plus couronn&#233;e de succ&#232;s que nous d&#233;velopperons plus largement notre agitation g&#233;n&#233;rale sur la base des t&#226;ches expos&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons examin&#233; le probl&#232;me du tournant tactique de l'Internationale Communiste uniquement &#224; la lumi&#232;re de la situation allemande c'est parce que la crise allemande place le Parti communiste allemand une nouvelle fois au centre de l'attention de l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale, et parce qu'&#224; la lumi&#232;re de cette crise tous les probl&#232;mes apparaissent avec le plus grand relief. Il ne serait pas difficile de montrer que ce qui est dit ici s'applique, plus moins, aussi aux autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, toutes les formes prises par la lutte des classes depuis la guerre ont un caract&#232;re infiniment moins aigu et d&#233;cisif qu'en Allemagne. Mais les tendances g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement sont les m&#234;mes, sans parler, bien &#233;videmment, de la d&#233;pendance directe qui lie le sort de la France &#224; celui de l'Allemagne. Les tournants de l'Internationale Communiste ont en tout cas un caract&#232;re universel. Le Parti Communiste fran&#231;ais, proclam&#233; par Molotov d&#232;s 1928 premier candidat pouvoir, a men&#233; ces deux derni&#232;res ann&#233;es une politique tout &#224; fait suicidaire. Il n'a pas vu en particulier l'essor &#233;conomique. Un tournant tactique fut annonc&#233; en France au moment o&#249; la remont&#233;e &#233;conomique c&#233;dait la place &#224; une crise. Ainsi les m&#234;mes contradictions, les m&#234;mes difficult&#233;s et les m&#234;mes t&#226;ches, dont nous avons parl&#233; &#224; propos de l'Allemagne, sont aussi &#224; l'ordre du jour en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de l'Internationale Communiste, en liaison avec le tournant de la situation, place l'Opposition communiste de gauche devant des t&#226;ches nouvelles et extr&#234;mement importantes. Ses forces sont r&#233;duites. Mais chaque courant se d&#233;veloppe parall&#232;lement &#224; ses t&#226;ches. Les comprendre clairement, c'est poss&#233;der un des gages les plus importants de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/09/300926a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/09/300926a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1953/07/vingt.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1953/07/vingt.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Texte sur le fascisme en Allemagne par l'Opposition trotskyste dans le goulag de de Verkhn&#233;ouralsk en avril 1933</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8049</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8049</guid>
		<dc:date>2024-03-02T23:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte &#233;crit par des oppositionnels trotskystes prisonniers b-l dans l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tournant fasciste en Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
1er avril 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
Revue Bolchevik-L&#233;niniste n&#176; 2 (12), 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
brochure &lt;br class='autobr' /&gt;
Les partisans de la revue Bolchevik-L&#233;niniste, estimant n&#233;cessaire qu'un point de vue soit adopt&#233; de mani&#232;re organis&#233;e sur les &#233;v&#233;nements d'une port&#233;e historique mondiale se produisant en Allemagne, pr&#233;sentent des th&#232;ses. La r&#233;daction du Bolchevik-L&#233;niniste, qui publie ces th&#232;ses, invite (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Texte &#233;crit par des oppositionnels trotskystes prisonniers b-l dans l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tournant fasciste en Allemagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1er avril 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revue Bolchevik-L&#233;niniste n&#176; 2 (12), 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;brochure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la revue Bolchevik-L&#233;niniste, estimant n&#233;cessaire qu'un point de vue soit adopt&#233; de mani&#232;re organis&#233;e sur les &#233;v&#233;nements d'une port&#233;e historique mondiale se produisant en Allemagne, pr&#233;sentent des th&#232;ses. La r&#233;daction du Bolchevik-L&#233;niniste, qui publie ces th&#232;ses, invite tous les bolcheviks-l&#233;ninistes qui sont dans l'isolateur &#224; en discuter et &#224; exprimer leur opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction B-L&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire allemand - la contre-r&#233;volution de mars - est un &#233;v&#233;nement de la plus grande importance historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre imp&#233;rialiste mondiale n'a pas r&#233;solu les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Au contraire, elle les a aiguis&#233;es, approfondies et plac&#233;es &#224; un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise &#233;conomique de l'apr&#232;s-guerre (1920-1929) ne s'est pas faite sur la base du march&#233; mondial &#233;largi. Cette reprise reposait sur un retour, plus ou moins rapide, &#224; une demande normale, &#224; d'importants investissements dans des r&#233;gions d&#233;truites par la guerre et &#224; d'&#233;normes investissements dans la technologie industrielle, en particulier aux &#201;tats-Unis et en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restriction des march&#233;s mondiaux ainsi qu'une contraction significative du march&#233; sovi&#233;tique pour les pays capitalistes &#224; la suite de la r&#233;volution d'Octobre, avec la croissance g&#233;ante simultan&#233;e de l'appareil de production des &#201;tats-Unis, de l'Allemagne et d'autres pays du capitalisme et de leurs colonies, ont d&#233;termin&#233; la relativit&#233; et le caract&#232;re illusoire de la reprise &#233;conomique apr&#232;s la guerre. La totalit&#233; de la production mondiale pour toutes les ann&#233;es de croissance &#233;conomique apr&#232;s la guerre, si l'on part de la production par habitant plut&#244;t que de la taille absolue de la production, n'a pas d&#233;pass&#233; le niveau d'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique elle-m&#234;me n'a pas &#233;t&#233; homog&#232;ne dans tous les pays. En raison de la modification des relations sociales de l'apr&#232;s-guerre, la croissance &#233;conomique des &#201;tats-Unis &#233;tait due au d&#233;placement des produits et des capitaux europ&#233;ens, et la croissance &#233;conomique de l'Allemagne, qui la pla&#231;ait en deuxi&#232;me position apr&#232;s les &#201;tats-Unis en termes de quantit&#233; de marchandises export&#233;es, a eu lieu principalement au d&#233;triment de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette stagnation des forces productives de la soci&#233;t&#233; capitaliste a &#233;galement conduit &#224; la relativit&#233; de la stabilisation d'apr&#232;s-guerre, sa fragilit&#233; et sa courte dur&#233;e. Le probl&#232;me de la guerre pour la nouvelle redistribution des march&#233;s, entre les imp&#233;rialistes et contre l'URSS, ainsi que le probl&#232;me de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, se sont donc toujours pos&#233;s non pas comme des probl&#232;mes de d&#233;cennies lointaines, mais comme des probl&#232;mes &#224; l'ordre du jour, du mois et de l'ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apais&#233;e et stabilis&#233;e apr&#232;s la guerre avec l'aide des capitaux am&#233;ricains, l'Europe - avec une Allemagne soumise au trait&#233; de Versailles et au plan Young dans son centre - est en pratique tributaire des &#201;tats-Unis. La part du lion de ce tribut a &#233;t&#233; pay&#233;e jusqu'en 1932 par l'Allemagne, pas seulement pour elle-m&#234;me, mais aussi pour toute l'Europe. Ce faisant, elle s'est transform&#233;e, &#224; cause des &#233;normes difficult&#233;s qui s'abattaient sur sa population active, en une immense poudri&#232;re qui devait exploser, t&#244;t ou tard, sous la forme d'un m&#233;contentement populaire massif ou d'une vague de nationalisme et de chauvinisme - c'est-&#224;-dire r&#233;volutionnaire ou contre-r&#233;volutionnaire - et de guerre. C'est exactement ce que Trotski voulait dire lorsqu'il soulignait en 1926 que le travail de l'Am&#233;rique pour transformer l'Europe en un nouveau type de domination pourrait bient&#244;t rencontrer une &#171; r&#233;sistance des peuples &#187; - une r&#233;volution ou une guerre [1]. Une explosion de masse nationaliste ou r&#233;volutionnaire en Allemagne signifierait que, &#224; un moment historique, le travail de l'Am&#233;rique pour transformer l'Europe - et principalement l'Allemagne, ce maillon le plus fragile et instable du capitalisme - en une sorte de dominion des &#201;tats-Unis, se heurterait &#224; la r&#233;sistance des masses populaires. Une telle explosion signifierait l'effondrement de l'&#233;quilibre europ&#233;en, l'effondrement du r&#233;formisme europ&#233;en et de la social-d&#233;mocratie, qui, en tant qu'ombre du capital am&#233;ricain, perdrait rapidement le reste de son influence et quitterait la sc&#232;ne. Dans ce cas, l'une des deux forces aux deux p&#244;les de la soci&#233;t&#233; capitaliste occuperait la sc&#232;ne historique : le fascisme ou le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La crise &#233;conomique mondiale a profond&#233;ment &#233;branl&#233; les fondements de la soci&#233;t&#233; capitaliste. M&#234;me un L&#233;viathan imp&#233;rialiste, comme les &#201;tats-Unis, a trembl&#233; sous ses coups.Avant la crise, le capitalisme allemand maintenait son &#233;quilibre en aspirant continuellement le capital &#233;tranger et en d&#233;veloppant consid&#233;rablement ses exportations industrielles, au prix de la surexploitation de toutes les forces du pays. Cela lui a permis dans les ann&#233;es de reprise &#233;conomique de r&#233;pondre aux besoins des masses et de calmer leurs sentiments politiques avec l'aide de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la derni&#232;re crise mondiale, la bourgeoisie allemande a rationalis&#233;, concentr&#233; et &#233;largi son appareil de production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les entreprises des industries chimiques et m&#233;tallurgiques se sont rassembl&#233;es au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, soit en fusionnant, soit en mutualisant les b&#233;n&#233;fices au nom des &#171; int&#233;r&#234;ts communs &#187; (par exemple, &#171; l'union des int&#233;r&#234;ts des usines de peinture &#187;, &#171; la soci&#233;t&#233; par actions des aci&#233;ries unies &#187;). L'appareil productif et les capacit&#233;s de production du capitalisme germanique ont atteint, malgr&#233; les entraves de Versailles, un niveau &#233;norme par rapport &#224; l'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette gigantesque r&#233;organisation technologique et structurelle s'est faite principalement par des emprunts &#224; l'&#233;tranger. L'Autriche, bien s&#251;r, a fait la m&#234;me chose, &#224; l'&#233;chelle de ce pays, &#224; la diff&#233;rence pr&#232;s que le gouvernement autrichien, contrairement au gouvernement allemand, est en fait priv&#233; d'autonomie et de contr&#244;le, &#233;tant sous la garde et le contr&#244;le de la Soci&#233;t&#233; des Nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part importante du fonds de roulement de l'&#233;conomie allemande se compose &#233;galement de pr&#234;ts &#233;trangers, de plus des pr&#234;ts &#224; court terme. Sur les quelque 25 milliards de capital circulant (en 1931), 9 &#224; 10 milliards &#233;taient des capitaux am&#233;ricains, n&#233;erlandais, anglais et suisses. La crise &#233;conomique prolong&#233;e a sap&#233; les exportations allemandes, puis l'&#233;conomie nationale dans son ensemble, d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;e par des &#233;normes paiements dans le cadre des plans de Dawes-Young. En plus de l'exportation habituelle des capitaux allemands &#224; l'&#233;tranger (de 1925 &#224; 1932, environ 9 milliards de marks), durant la crise les capitaux &#233;trangers ont commenc&#233; &#224; fuir l'Allemagne : environ 4 &#224; 5 milliards de marks jusqu'&#224; fin 1932. La fuite panique des capitaux allemands vers l'&#233;tranger a commenc&#233; &#224; partir de 1931, &#224; la fois en raison de l'instabilit&#233; de la situation politique interne, de la crise mondiale du cr&#233;dit et de l'effondrement de l'&#233;talon-or en Angleterre, lorsque, &#224; la suite de chocs mon&#233;taires et des changements de politique douani&#232;re (tarifs pr&#233;f&#233;rentiels des dominions et droits discriminatoires des pays capitalistes concurrents et de l'URSS), de nombreuses entreprises industrielles allemandes ont commenc&#233; &#224; &#234;tre transf&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tr&#233;cissement des march&#233;s mondiaux et int&#233;rieurs, fuite des capitaux, resserrement du cr&#233;dit, fermeture d'entreprises, ch&#244;mage et appauvrissement des masses, d&#233;vastation de la petite-bourgeoisie et de la paysannerie urbaine - tout cela se conjugua et donna naissance aux d&#233;crets d'urgence successifs de Br&#252;ning dans le seul but de sauver l'Allemagne capitaliste de la catastrophe par une imposition fiscale des masses, tout en pr&#233;servant les bases du r&#233;gime politique de d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre politique int&#233;rieur a commenc&#233; &#224; se briser. &#201;tant donn&#233; l'impuissance de l'Am&#233;rique &#224; &#171; aider &#187; l'Allemagne dans le futur, les causes de la catastrophe en tant que cons&#233;quences de la guerre perdue et du trait&#233; de Versailles, sont devenues de plus en plus &#233;videntes dans l'esprit des masses. Les jeunes g&#233;n&#233;rations, qui n'avaient pas v&#233;cu les horreurs de la guerre, commenc&#232;rent &#224; orienter leurs pens&#233;es et leur volont&#233; pour mettre fin au trait&#233; de Versailles et pour se lib&#233;rer de la servitude vis-&#224;-vis de la France (le r&#244;le de l'Am&#233;rique n'est pas visible pour les masses, car elle re&#231;oit le financement non pas directement, mais par l'interm&#233;diaire de la France). La croissance de la vague nationaliste et chauvine de la petite-bourgeoisie, habilement dirig&#233;e vers son cours fasciste par le capital monopoliste de l'Allemagne, a commenc&#233;. Ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; cause de la d&#233;rive de la direction communiste en 1932, n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;aliser jusqu'&#224; pr&#233;sent - la lib&#233;ration nationale de l'Allemagne - la petite-bourgeoisie le tente par la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les imp&#233;rialismes fran&#231;ais, britannique, am&#233;ricain n'avaient qu'un seul moyen de pr&#233;server l'&#233;quilibre interne de Weimar et de Versailles en Allemagne et en Europe : annuler ou reporter la dette et accorder un nouveau pr&#234;t &#224; l'Allemagne. La premi&#232;re partie de la t&#226;che a &#233;t&#233; presque enti&#232;rement achev&#233;e - l'ajournement a &#233;t&#233; accord&#233; et les r&#233;parations ont &#233;t&#233; annul&#233;es sous condition. Mais cela n'&#233;tait pas suffisant et n'a pas eu d'effet sur les processus internes du pays. Le dernier recours consistait &#224; accorder de nouveaux pr&#234;ts &#224; l'Allemagne pour relancer son industrie. Mais accorder des pr&#234;ts signifie augmenter la production. Et comment r&#233;soudre la question de savoir o&#249; vendre les marchandises allemandes alors que la crise s'aggrave dans le monde entier ? De plus, avec cette conjoncture, les sp&#233;cialistes anglais, fran&#231;ais et am&#233;ricains peuvent moins que jamais souhaiter un renforcement de l'industrie allemande, donc accro&#238;tre sa part du march&#233; mondial. Et comment, en outre, confier &#224; l'Allemagne de nouveaux capitaux, alors que la bourgeoisie allemande elle-m&#234;me ne croit pas &#224; la stabilit&#233; de la situation politique en Allemagne et exporte pr&#233;cipitamment ses capitaux &#224; l'&#233;tranger ? De plus, dans cette situation, il est impossible de renforcer le capitalisme allemand sans renforcer simultan&#233;ment ses aspirations &#224; la rupture du trait&#233; de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une telle tentative a &#233;t&#233; faite. Car il &#233;tait beaucoup moins co&#251;teux de sauver et de pr&#233;server les colonies et les territoires europ&#233;ens pris &#224; l'Allemagne avec l'aide d'un gouvernement accommodant de partis interm&#233;diaires qu'au moyen d'une nouvelle guerre. Et en 1931, la France a essay&#233; d'accorder &#224; l'Allemagne, avec l'Angleterre et les &#201;tats-Unis, un pr&#234;t &#224; long terme de 500 millions de dollars, mais sous r&#233;serve de l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le douanier sur l'Allemagne, du contr&#244;le financier de ses emprunts et d&#233;penses et de l'engagement de l'Allemagne de ne pas exiger de modifications des trait&#233;s de paix en sa faveur pendant 10 ans. C'est-&#224;-dire sous r&#233;serve de la transformation de l'Allemagne par les &#171; grandes puissances &#187; en une sorte de Chine ou d'Autriche.Il est clair que l'acceptation de ces conditions par le gouvernement Br&#252;ning aurait signifi&#233; une acc&#233;l&#233;ration extraordinaire du coup d'&#201;tat fasciste. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e. Mais en l'absence d'une direction communiste ad&#233;quate, l'Allemagne a continu&#233; &#224; avancer &#224; toute vitesse vers le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La croissance rapide du sentiment fasciste &#233;tait donc due &#224; l'impasse &#233;conomique, dans laquelle l'Allemagne avait &#233;t&#233; conduite par l'&#233;tat du capitalisme d'apr&#232;s-guerre, la crise &#233;conomique profonde et le syst&#232;me de Versailles, avec en toile de fond la faiblesse de l'avant-garde prol&#233;tarienne. &#192; son tour, la croissance rapide du fascisme a intensifi&#233; le chaos &#233;conomique, rendant impossible aux bourses internationales d'aider son &#233;conomie avec les capitaux. Un cercle vicieux a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, &#224; partir duquel il n'y avait pas de sortie &#171; normale &#187;. Cela allait d&#233;g&#233;n&#233;rer par une explosion de l'&#233;quilibre de l'apr&#232;s-guerre et, surtout, de la coquille politique de Weimar, sous l'impact de grandes masses de &#171; la nation &#187; sous la direction du capital financier. La contre-r&#233;volution de mars constitue la rupture du premier maillon du syst&#232;me de Versailles. C'est pourquoi le coup d'&#201;tat fasciste a &#233;t&#233; accueilli avec tant de haine par la bourgeoisie des pays victorieux et avec tant d'espoir et de joie par la bourgeoisie des pays vaincus dans la guerre imp&#233;rialiste, et des pays insatisfaits de l'issue de la guerre. D'o&#249; les sympathies inattendues de la bourgeoisie des pays victorieux pour les ouvriers et m&#234;me les communistes d'Allemagne, dont la lutte contre le fascisme visa &#224; consolider les syst&#232;mes &#233;troitement li&#233;s de Versailles et Weimar. Il est &#233;galement compr&#233;hensible que les gouvernements fascistes de Hongrie et d'Allemagne veuillent aider la bourgeoisie autrichienne &#224; fasciser son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La contre-r&#233;volution de mars signifie, en fin de compte, l'&#233;limination des vestiges de la r&#233;volution du 9 novembre [1918] et du syst&#232;me de Weimar. Mais cela signifie-t-il aussi le retour au pouvoir des forces sociales et politiques qui gouvernaient l'Allemagne avant la r&#233;volution de novembre, c'est-&#224;-dire la restauration au sens direct et imm&#233;diat ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime fasciste en Allemagne, quelle que soit la forme de gouvernement - qu'il s'agisse d'une monarchie fasciste ou d'une r&#233;publique fasciste - est un r&#233;gime de terreur fasciste plut&#244;t qu'une r&#233;action de Bismarck raviv&#233;e, et constitue la pr&#233;dominance de la partie la plus puissante et agressive du puissant capitalisme monopoliste allemand, des sommets du capital industriel et bancaire, plus ou moins soutenu par le grand capital agraire, mais n'est pas une domination des junkers [nobles, propri&#233;taires terriens en Prusse], plus ou moins soutenus par le capital industriel et bancaire, ce qui serait un retour &#224; avant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sentait le r&#233;gime en Allemagne avant novembre [1918] ? En utilisant une formulation br&#232;ve et concise de Trotski, on pourrait dire : Jusqu'au 9 novembre, l'Allemagne &#233;tait un pays sans traditions r&#233;volutionnaires. La bourgeoisie arriva trop tard pour concurrencer s&#233;rieusement les forces de la vieille soci&#233;t&#233;. Apr&#232;s une modeste exp&#233;rience en 1848, elle a garanti &#224; Bismarck aid&#233; par l'arm&#233;e prussienne l'unification de la patrie. Les junkers, des purs f&#233;odaux, ont &#233;t&#233; appel&#233;s pour r&#233;gler les t&#226;ches de d&#233;veloppement capitaliste et ont pris en main toutes les ressources de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Apr&#232;s la guerre de 1864-1866-1870, les f&#233;odaux des r&#233;gions &#224; l'est de l'Elbe sont pass&#233;s de la selle prussienne sur la selle imp&#233;riale. La bourgeoisie lib&#233;rale n'a pas franchi les fronti&#232;res de l'opposition &#171; responsable &#187;, permettant aux junkers de mettre de l'ordre dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et de disposer de ses forces militaires. Enfin, lorsque la bourgeoisie allemande a &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; de nouveaux d&#233;fis de nature mondiale par le d&#233;veloppement capitaliste, elle a quand m&#234;me donn&#233; &#224; ceux qui &#233;taient unis autour de la monarchie la possibilit&#233; de diriger une nation arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation militaire allemande &#233;tait en pleine conformit&#233; avec le syst&#232;me de l'&#201;tat allemand avant la r&#233;volution. Ensemble, ils form&#232;rent une tour f&#233;odale sur les fondations capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution de novembre a radicalement chang&#233; les r&#244;les des groupes sociaux dominants : La &#171; tour f&#233;odale &#187; a &#233;t&#233; politiquement d&#233;truite, le pouvoir direct a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; la bourgeoisie dans son ensemble, la bourgeoisie lib&#233;rale est pass&#233;e d'une opposition &#171; responsable &#187; &#224; l'exercice direct du pouvoir en tant que propri&#233;taire, et l'ensemble des junkers, &#233;conomiquement pr&#233;serv&#233;s, sont devenus l'opposition &#171; responsable &#187;. En Allemagne, un r&#233;gime d'ample d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;t&#233; mis en place, s'appuyant directement ou indirectement sur les r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat fasciste ne modifie pas le r&#244;le des classes ni la nature sociale du syst&#232;me. Il signifie seulement une concentration de la pl&#233;nitude du pouvoir direct entre les mains d'une &#233;troite couche dirigeante de la bourgeoisie industrielle et financi&#232;re. La d&#233;mocratie bourgeoise de l'Allemagne, qui ne pouvait &#234;tre compar&#233;e dans son ampleur qu'&#224; celle de la Nouvelle-Z&#233;lande - ou de l'Australie, est impitoyablement bris&#233;e. Conform&#233;ment aux objectifs nationaux et internationaux du fascisme, un r&#233;gime de terreur blanche est en train d'&#234;tre mis en place, par rapport auquel la politique r&#233;actionnaire de Bismarck - qui a impos&#233; la loi sur les socialistes expulsant 900 personnes des zones en &#233;tat de si&#232;ge et emprisonnant 1.500 pour une peine totale d'environ 1.000 ans (8 mois par personne) - appara&#238;t comme un d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La victoire du fascisme allemand marque la fin de l'&#232;re du pacifisme d&#233;mocratique d'apr&#232;s-guerre et est un coup dur, peut-&#234;tre fatal, &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise comme forme dominante du r&#232;gne de la bourgeoise dans les pays d&#233;cisifs du capitalisme. La r&#233;action terroriste - le fascisme - appara&#238;t sur le premier plan de la sc&#232;ne historique, peut-&#234;tre pour de longues ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lumi&#232;re des plus grands &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent en Allemagne, les communistes r&#233;volutionnaires sont oblig&#233;s de r&#233;fl&#233;chir et de comprendre ce que cette transformation abrupte de l'histoire introduit dans les probl&#232;mes mondiaux les plus importants. Quel sera &#224; court terme le sort du capitalisme et du mouvement communiste mondial ? Quelles sont les perspectives et les conditions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe ? Quelles seront les perspectives pour l'URSS et en cons&#233;quence ses probl&#232;mes ? Quelles sont les t&#226;ches directes de l'organisation internationale des bolcheviks-l&#233;ninistes ? Il faut r&#233;pondre imm&#233;diatement &#224; toutes ces questions, ne serait-ce que de mani&#232;re sch&#233;matique et g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La contre-r&#233;volution de mars se fonde sur l'intersection et l'imbrication des facteurs objectifs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le d&#233;sir croissant des cercles dirigeants du capitalisme monopoliste, qui r&#233;sulte de la restriction de la libre concurrence par les monopoles capitalistes, de renforcer la r&#233;action et d'&#233;liminer progressivement la d&#233;mocratie bourgeoise ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La volont&#233; des classes dominantes de r&#233;agir en contrecarrant la mont&#233;e r&#233;volutionnaire des masses produite par la crise historique de l'ensemble du syst&#232;me capitaliste et les soul&#232;vements r&#233;volutionnaires qu'il a subis apr&#232;s la guerre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La fin du pacifisme d&#233;mocratique et des illusions des masses vis-&#224;-vis de la d&#233;mocratie bourgeoise. La crise finale du bastion du r&#233;formisme mondial - de la social-d&#233;mocratie allemande - en cons&#233;quence de l'arr&#234;t de l'afflux des capitaux am&#233;ricains en Allemagne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'&#233;norme d&#233;ception des masses allemandes vis-&#224;-vis du r&#233;gime du parlementarisme d&#233;mocratique bourgeois qui, sous les coups de la crise &#233;conomique mondiale, a &#233;branl&#233; toute la vie &#233;conomique nationale du pays et d&#233;montr&#233; l'impuissance du r&#233;gime de Weimar &#224; les sauver de la faim, de la pauvret&#233; et de la destruction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'abandon des communistes par les ouvriers organis&#233;s et par la petite-bourgeoisie travailleuse &#224; la suite des r&#233;sultats du &#171; socialisme &#187; stalinien et de l'impuissance de la direction opportuniste du Parti communiste allemand &#224; prendre le pouvoir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La mont&#233;e du chauvinisme de la petite-bourgeoisie, du lumpen-prol&#233;tariat et de certaines couches du prol&#233;tariat &#224; cause des difficult&#233;s impos&#233;es par le trait&#233; de Versailles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'impossibilit&#233; pour la bourgeoisie allemande de continuer &#224; tenir le pouvoir entre ses mains par des m&#233;thodes et dans le cadre du syst&#232;me pourri de Weimar tout en maintenant les bases du trait&#233; de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a &#233;t&#233; la base de la puissante croissance du fascisme allemand, une croissance qui s'est termin&#233;e apr&#232;s presque huit mois de crise politique par un coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative formul&#233;e d&#232;s 1922 par Trotski - le communisme ou le fascisme - est maintenant r&#233;alis&#233;e en Allemagne par la solution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le fascisme allemand ne &#171; pousse &#187; pas dans la R&#233;publique de Weimar, ne se dissout pas en elle, ne s'adapte pas &#171; au cadre et aux formes de la d&#233;mocratie bourgeoise &#187;, mais il la d&#233;molit par un coup d'&#201;tat, men&#233; en alliance avec les junkers du parti &#171; national &#187; avec &#224; sa t&#234;te le Pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution a programm&#233; le coup d&#233;cisif &#224; la classe ouvri&#232;re au d&#233;but de 1933, ce qui n'&#233;tait pas accidentel. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1932, la vague de masse de la contre-r&#233;volution avait d&#233;j&#224; atteint son paroxysme. Puis, les masses ont commenc&#233; &#224; se d&#233;tourner des fascistes avec la croissance continue de l'&#233;lectorat communiste. Un nouveau retard dans la mise en &#339;uvre de la situation contre-r&#233;volutionnaire mena&#231;ait de renforcer ce retrait des masses d&#233;&#231;ues par la lenteur du fascisme de la contre-r&#233;volution et de renforcer le processus de radicalisation qui avait commenc&#233;. Le r&#233;gime allemand de Weimar ne pouvait pas opposer des obstacles d&#233;cisifs &#224; ce processus. Comme l'exp&#233;rience de 1932 l'a montr&#233;, le seul obstacle s&#233;rieux auquel le prol&#233;tariat et la petite-bourgeoisie qui le suivait seraient confront&#233;s dans leur propre tentative de renverser l'&#201;tat de Weimar ne pouvait &#234;tre que la stupidit&#233; (ou l'opportunisme) de la direction communiste. Le choix pour les sommets de l'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait alors : soit un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire, au moment le plus favorable pour eux au cours de ces 14 derni&#232;res ann&#233;es, soit le risque de laisser passer cette chance et d'&#234;tre confront&#233; dans un ou deux ans, sinon plus t&#244;t, &#224; une nouvelle ann&#233;e 1923. Telle &#233;tait la question &#224; la fin 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation a unifi&#233; les cercles dirigeants du capitalisme monopoliste en Allemagne autour de la r&#233;alisation imm&#233;diate de sa t&#226;che : le coup d&#233;cisif port&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la &#171; r&#233;volution inachev&#233;e &#187; du 9 novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les aveugles ou ceux qui ne voulaient pas regarder pouvaient ne pas saisir cette situation, d'une clart&#233; exceptionnelle. Une telle situation dictait imp&#233;rativement aux communistes des pr&#233;paratifs g&#233;n&#233;raux &#233;nergiques et rapides pour emp&#234;cher le coup d'&#201;tat et rattraper leur retard des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, c'est-&#224;-dire imm&#233;diatement : cr&#233;er un front unique ouvrier antifasciste, pr&#233;parer tout de suite une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, armer les ouvriers, d&#233;clarer largement leur disponibilit&#233; et leur d&#233;termination de repousser les premi&#232;res tentatives de coup contre-r&#233;volutionnaire par tous les moyens et de toutes leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Les forces motrices derri&#232;re la contre-r&#233;volution de mars sont les cercles les plus r&#233;actionnaires et chauvins du capitalisme monopoliste allemand, de l'imp&#233;rialisme allemand qui, &#224; travers son parti fasciste, a fait de la petite-bourgeoisie et des travailleurs d&#233;class&#233;s son pilier social. Ce conglom&#233;rat social est uni par la haine de la R&#233;publique de Weimar et du communisme, par la haine des partis qui ont dirig&#233; l'Allemagne de Weimar et fait la paix &#224; Versailles, par le d&#233;sir de briser les cha&#238;nes de Versailles et de ressusciter un &#171; empire allemand &#187; puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti des nationalistes (parti des grands propri&#233;taires terriens et seulement au second plan des grands industriels) et le Parti des nationaux-socialistes (parti des grands industriels principalement, sinon principalement, en termes de buts et objectifs, mais pas en termes de composition sociale) sont unis par un programme sp&#233;cifique d'exploitation du prol&#233;tariat et d'agression ext&#233;rieure, de cr&#233;ation d'un empire puissant qui se d&#233;barrasserait des cha&#238;nes de Versailles ne serait-ce que &#034; sur le dos de l'URSS. Ils se divisent surtout sur , la question de la forme du futur &#201;tat. Les nationaux-socialistes cherchent &#224; &#233;tablir une dictature de leur parti selon le mod&#232;le italien, pour &#233;tablir une domination politique du capital industriel ; les nationalistes cherchent &#224; restaurer la monarchie ou &#224; cr&#233;er une r&#233;publique conservatrice et, dans les deux cas, r&#233;tablir le r&#244;le politique d'avant-guerre des grands domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les divergences politiques entre les deux partis, et m&#234;me lorsque ces divergences sont aigu&#235;s, il faut garder &#224; l'esprit leurs affinit&#233;s sociales et g&#233;n&#233;tiques exceptionnelles. Le NSDAP (Parti ouvrier national-socialiste allemand) n'a pas scissionn&#233;, mais fut issu du seul parti national d'autrefois. Son programme a pour but de s'emparer de la petite-bourgeoisie et des ouvriers d&#233;class&#233;s, d'orienter leur m&#233;contentement dans un sens r&#233;actionnaire, pour faire d'eux un instrument des magnats du capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme &#171; radical &#187;, pris au pied de la lettre, a m&#234;me conduit certains opposants &#224; une &#233;valuation erron&#233;e du fascisme en tant que mouvement de gauche radical, ce qui a &#233;t&#233; &#224; l'origine des pires erreurs th&#233;oriques et tactiques dans la situation allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite-bourgeoisie et les ouvriers d&#233;class&#233;s attendent du coup r&#233;alis&#233; avec leurs mains des rivi&#232;res de lait et de miel. Ils placent en lui leurs espoirs pour un avenir meilleur. Ils croient en lui. Comme &#224; l'&#233;poque de la brume militaro-patriotique de 1914-1915, ils sont pr&#234;ts &#224; mourir pour cet avenir. Bien s&#251;r, apr&#232;s le coup d'&#201;tat, ils seront progressivement d&#233;&#231;us par le fascisme. Mais lorsque le gouvernement fasciste sera renforc&#233;, la petite-bourgeoisie &#233;voluant vers la gauche sera frein&#233;e pendant un certain temps par un nouvel appareil d'&#201;tat, qui dispose de moyens incomparablement plus puissants que celui de Weimar pour r&#233;primer les masses. Il sera alors difficile &#224; cette petite-bourgeoisie de nouer un lien actif avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. D&#233;terminer avec pr&#233;cision l'&#233;quilibre actuel des forces de classe en Allemagne est difficile. Le coup d'&#201;tat est toujours en cours et donc le rapport des forces change d'heure en heure. Une chose est certaine. Une classe ouvri&#232;re d&#233;sorient&#233;e et divis&#233;e s'est oppos&#233; avant le coup, et continue &#224; s'opposer, au front uni de la r&#233;action enrag&#233;e. Les groupes nationalistes ont &#233;t&#233; forc&#233;s - par le nombre et la conscience du prol&#233;tariat allemand - &#224; se pr&#233;parer &#224; un coup d'&#201;tat pendant 14 ans. La facilit&#233; avec laquelle ils ont r&#233;ussi &#224; infliger leurs premiers coups, habituellement d&#233;cisifs dans de tels cas, est due en grande partie &#224; la d&#233;sorientation du prol&#233;tariat allemand ces derni&#232;res ann&#233;es, surtout au moment le plus crucial de la lutte. &#201;cartel&#233; entre trois secteurs - social- d&#233;mocrate, communiste et &#171; chr&#233;tien &#187; - il n'&#233;tait unifi&#233; par personne, personne n'a essay&#233; de le rassembler pour lutter, m&#234;me face au coup d'&#201;tat fasciste. Aucun de ces d&#233;tachements n'a tent&#233; d'emp&#234;cher un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire. En cons&#233;quence, la contre-r&#233;volution n'a pas encore rencontr&#233; une r&#233;sistance unie ni m&#234;me partielle des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, de la part des partis antifascistes (ou non fascistes) &#171; de Weimar &#187;, purement bourgeois - le centre catholique et le Parti allemand d'&#201;tat (ancien Parti d&#233;mocrate) - on ne pouvait pas s'attendre &#224; une r&#233;sistance physique au fascisme. Apr&#232;s tout, m&#234;me un coup d'&#201;tat fasciste classique, purement hitl&#233;rien, n'est pas une atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des magnats de l'industrie lourde, des catholiques ou de la bourgeoisie commerciale d&#233;mocratique. La crainte des exp&#233;riences capitalistes-&#233;tatistes du nouveau r&#233;gime et la menace d'&#234;tre longtemps effac&#233; du contr&#244;le direct du pays ne pouvaient et ne peuvent servir d'incitation &#224; combattre le nouveau gouvernement sous une forme ou une m&#233;thode autre que le vote parlementaire et les articles d'opposition dans la presse, et surtout lorsque ces partis ne sont pas directement aux commandes du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut utiliser l'opposition de ces partis et des travailleurs sous leur influence, c'est-&#224;-dire des travailleurs orient&#233;s d&#233;mocratiquement, comme ceux des syndicats chr&#233;tiens et des syndicats Hirsch-Duncker, pour les arracher &#224; ces partis. Afin de s'opposer activement au fascisme, les communistes ne pouvaient agir qu'en avan&#231;ant le mot d'ordre d'un front unique ouvrier antifasciste avec ces travailleurs. Mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; fait. Plus que cela. Du fait de l'inaction et de la passivit&#233; totale des dirigeants communistes avant la nomination d'Hitler au poste de chancelier du Reich, au moment de sa nomination (30 janvier 1933) et apr&#232;s sa nomination, et m&#234;me au moment du coup d'&#201;tat lui-m&#234;me, toute cette force importante de travailleurs &#224; l'esprit d&#233;mocratique n'a pas &#233;t&#233; mise en marche. Ils sont rest&#233;s sous la pleine influence du Centre et du Parti allemand d'&#201;tat, c'est-&#224;-dire t&#233;moins passifs du coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Centre et le Parti allemand d'&#201;tat, ce sont des partis de la bourgeoisie lib&#233;rale. Ils sont antifascistes dans la mesure o&#249; la d&#233;mocratie bourgeoise s'oppose &#224; une autre forme d'&#201;tat bourgeois - le fascisme. Mais le r&#233;gime d'ample d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;t&#233; conquis par les mains des ouvriers, non par la bourgeoisie, et, par cons&#233;quent, sa liquidation fasciste pourrait &#234;tre emp&#234;ch&#233;e non par la bourgeoisie, m&#234;me si elle est lib&#233;rale, mais seulement par les ouvriers pour qui elle est un tremplin pour la lutte pour leurs besoins quotidiens et pour l'&#233;tablissement de leur dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre ne vote pas pour le fascisme. Mais s'il s'av&#232;re que le r&#233;sultat imm&#233;diat du coup d'&#201;tat n'est pas le r&#233;gime fasciste classique, mais un &#201;tat semi-fasciste, quelque peu att&#233;nu&#233; pour ainsi dire, le centre le soutiendra sans aucun doute directement, comme il a soutenu autrefois la monarchie de Wilhelm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du principal d&#233;tachement contre- r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire national-socialiste, on trouve : une partie de l'appareil d'&#201;tat central (dont une partie voire toute la police), un r&#233;seau en expansion rapide d'appareils locaux et des Landtag, des autorit&#233;s municipales et communales que les nationaux-socialistes saisissent par des coups de force locaux, des centaines de milliers de soldats, une masse de petits-bourgeois, de fonctionnaires, d'employ&#233;s et d'ouvriers arri&#233;r&#233;s. Ils disposent de facteurs qui un tr&#232;s grand r&#244;le dans le rapport des forces entre les classes : la d&#233;termination et la cruaut&#233;, l'enthousiasme et la volont&#233; de passer &#224; l'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tachement contre-r&#233;volutionnaire nationaliste peut compter pour sa part sur : la partie d&#233;cisive de l'appareil d'&#201;tat, les cent mille soldats de la Reichswehr, une partie de la police et de la gendarmerie, environ deux cent mille paramilitaires &#171; Stahlhelm &#187;, l'essentiel des g&#233;n&#233;raux et des officiers de l'empire, la noblesse et les grands propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de conflit ou de crise avec les nationaux-socialistes en ce qui concerne le choix de la forme du gouvernement, la Reichswehr pourrait se diviser s&#233;rieusement, mais les nationalistes pourraient compter sur les sociaux-d&#233;mocrates, qui pr&#233;f&#233;reront la monarchie ou une r&#233;publique semi-fasciste en tant que &#171; moindre mal &#187;, compar&#233; au r&#233;gime totalement fasciste. N'&#233;tant pas sous le feu direct de la critique communiste, les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates vont sans doute tenter d'&#233;chapper &#224; la catastrophe en mettant sur la balance en faveur de Hindenburg toute la base de masse qui leur reste, d&#232;s que (et si) il s'av&#232;re que ce dernier se diff&#233;rencie d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re possible aujourd'hui de pr&#233;ciser avec une certitude cat&#233;gorique les formes sous lesquelles le coup d'&#201;tat se cristallisera &#224; l'&#233;tape suivante, sera-t-il conservateur contre Weimar ou tout de suite fasciste achev&#233;, car il n'est pas suffisamment clair &#224; ce stade lequel des partenaires dispose dans ce bloc de l'h&#233;g&#233;monie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les deux variantes de d&#233;veloppement possible &#224; court terme sont tout aussi dangereuses pour la classe ouvri&#232;re, elles portent les m&#234;mes calamit&#233;s et le m&#234;me r&#233;gime de terreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des frictions internes et une lutte accrues entre les alli&#233;s sont in&#233;vitables. Cette lutte peut m&#234;me parfois prendre des formes tr&#232;s aigu&#235;s, car les contradictions au sein de la classe, entre le capital agraire et industriel, et les contradictions entre les aspirations de la petite-bourgeoisie et les t&#226;ches de l'oligarchie financi&#232;re vont appara&#238;tre peut-&#234;tre sous des formes tr&#232;s inattendues. Mais un &#233;clatement du bloc avant le renforcement du nouveau r&#233;gime, &#224; la suite d'une explosion de ses contradictions internes, est peu probable, les buts et objectifs des deux partenaires sont trop &#233;troitement align&#233;s. Le prol&#233;tariat, donc le Parti communiste, devait et pouvait - et peut encore - utiliser les contradictions dans le camp de la bourgeoisie dans son ensemble entre sa partie fasciste et lib&#233;rale-d&#233;mocrate non fasciste. Mais au sein du Front de Harzburg les contradictions sont tr&#232;s minimes de ce point de vue. Bien entendu, cela ne signifie pas que le prol&#233;tariat ne doit pas suivre avec vigilance tous les hauts et les bas de cette lutte et qu'il ne doit pas l'utiliser &#224; son avantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'itin&#233;raire concret de la contre-r&#233;volution n'exclut pas la possibilit&#233; que, d&#233;j&#224; dans le processus du coup d'&#201;tat, les nazis vont submerger les nationalistes, les repoussant finalement au second plan. Mais il est &#233;galement possible que le transfert du plein pouvoir aux fascistes se fasse avec un coup d'&#201;tat suppl&#233;mentaire, relativement pacifique, ou - ce qui est le plus probable - la fusion des deux partis en un seul avec l'&#233;rosion du centre et des vestiges des autres partis bourgeois. Peu importe si cela passe ou non par une phase de coalition avec ces vestiges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. La fin de l'Allemagne de Weimar et l'effondrement de l'&#233;quilibre europ&#233;en signifient la mort de la social- d&#233;mocratie allemande et le d&#233;but de la fin du r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution de mars a port&#233; un coup d&#233;cisif aux sociaux-d&#233;mocrates allemands. Sa politique de coalition avec les partis bourgeois, sa th&#233;orie du passage pacifique et &#233;volutif de la d&#233;mocratie bourgeoise au socialisme, ont fait faillite avec une clart&#233; absolue pour les masses dans le pays le plus classique de la d&#233;mocratie bourgeoise. Sa politique et sa th&#233;orie n'ont pas donn&#233; naissance au socialisme, mais au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement de la social-d&#233;mocratie allemande est d&#233;sormais in&#233;vitable. Elle va s'effondrer de trois mani&#232;res. La base ouvri&#232;re nourrira le communisme, c'est-&#224;-dire le parti communiste d'Allemagne renaissant, alors que les couches moyennes et sup&#233;rieures de l'appareil bureaucratique vont en partie s'int&#233;grer au fascisme et en partie deviendront des philistins. Aucune tentative des sociaux-d&#233;mocrates &#171; orthodoxes &#187; de sauver l'organisation par une adaptation semi- l&#233;gale ou ill&#233;gale &#224; la situation ne pourra emp&#234;cher ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie a fait faillite en politique et en th&#233;orie. En mars, les masses ont re&#231;u une le&#231;on de d&#233;monstration concentr&#233;e d'envergure historique. Et aujourd'hui la r&#233;action triomphe. L'effondrement de la social-d&#233;mocratie est le d&#233;but du triomphe d&#233;cisif des id&#233;es du communisme et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne parmi les larges couches du prol&#233;tariat allemand. En termes historiques, l'effondrement de la social- d&#233;mocratie allemande ne profitera pas au fascisme, mais au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie n'a pas r&#233;sist&#233; au coup d'&#201;tat fasciste. Mais la m&#234;me tactique sociale-d&#233;mocrate a &#233;t&#233; appliqu&#233;e par les dirigeants du parti communiste allemand (KPD). Le r&#233;sultat, c'est la plus grande victoire du fascisme, son &#171; Octobre &#187; sans effusion de sang.&lt;br class='autobr' /&gt;
La non-r&#233;sistance des dirigeants du KPD et de l'Internationale communiste (IC) au coup d'&#201;tat fasciste n'est que le maillon d&#233;cisif et final de la cha&#238;ne de trahison de la r&#233;volution mondiale que le stalinisme inter&#173;national a forg&#233;e au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. La classe ouvri&#232;re allemande n'est pas encore bris&#233;e. Mais son activit&#233; a &#233;t&#233; paralys&#233;e par la trahison des dirigeants, qui se sont livr&#233;s au fascisme sans coup f&#233;rir, sans la moindre tentative de se pr&#233;parer &#224; temps pour se d&#233;fendre, sans chercher &#224; organiser la r&#233;sistance du prol&#233;tariat au moment du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers et des milliers de dirigeants, de cadres et de militants de la classe ouvri&#232;re remplissent les prisons et les camps de concentration en Allemagne en tant qu'otages. Le fascisme enrag&#233; r&#233;pondra sans aucun doute &#224; chaque gr&#232;ve, &#224; chaque lutte radicale des ouvriers par des ex&#233;cutions ou &#224; la menace d'ex&#233;cution imm&#233;diate de ces cadres, ce qui paralyse encore davantage l'activit&#233; du prol&#233;tariat dans la lutte contre la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la menace croissante d'un coup d'&#201;tat fasciste, la direction r&#233;volutionnaire des communistes &#233;tait oblig&#233;e de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; renforcer chaque jour le front unique antifasciste de la classe ouvri&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; pr&#233;parer soigneusement une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour sa mise en &#339;uvre imm&#233;diate en r&#233;ponse &#224; la tentative de coup d'&#201;tat fasciste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; pr&#233;parer soigneusement tout ce qui est possible pour armer les travailleurs au moment de la contre-r&#233;volution ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; mobiliser les meilleures forces du mouvement communiste mondial pour aider le prol&#233;tariat allemand ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; mobiliser l'Arm&#233;e rouge sovi&#233;tique pour soutenir activement les actions antifascistes de la classe ouvri&#232;re allemande ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; d&#233;clarer ouvertement et courageusement &#224; l'opinion publique prol&#233;tarienne allemande que dans sa lutte h&#233;ro&#239;que contre le fascisme, elle n'est pas seule, que le prol&#233;tariat de l'URSS l'aidera &#224; &#233;craser la contre-r&#233;volution avec toutes les ressources de son pays, y compris ses forces arm&#233;es, qu'il attend cette heure historique en &#233;tant enti&#232;rement mobilis&#233;, que le prol&#233;tariat russe accomplira avec d&#233;termination son devoir vis-&#224;-vis de ses fr&#232;res allemands, comme il l'a fait en 1918 en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du KPD, de l'Internationale communiste et l'ensemble du stalinisme international n'ont jamais essay&#233; de pr&#233;parer et d'accomplir ces devoirs r&#233;volutionnaires internationaux fondamentaux, et ne les ont jamais remplis au moment le plus d&#233;cisif et le plus critique de la situation, n'ont jamais essay&#233; de les pr&#233;parer et de les mettre en &#339;uvre, et ne les ont pas mis en &#339;uvre au moment le plus d&#233;cisif et le plus critique de la situation, comme l'a indiqu&#233; en temps opportun l'opposition l&#233;niniste repr&#233;sent&#233;e par le camarade Trotski.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le stalinisme international a pr&#233;par&#233; et provoqu&#233; une &#233;norme d&#233;faite mondiale du prol&#233;tariat. Ainsi il a achev&#233; sa trahison de la r&#233;volution mondiale. Il a ainsi ray&#233; l'Internationale communiste de la liste des facteurs r&#233;volutionnaires, la transformant en un appendice, en une aile gauche de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette trahison d&#233;cisive du stalinisme a port&#233; un coup dur au mouvement communiste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bureaucratie thermidorienne-bonapartiste est incapable de porter au communisme un coup mortel. Et en Allemagne, le mouvement communiste, qui rena&#238;t sur de nouvelles bases, va bient&#244;t se signaler, indiquant de nouvelles voies &#224; la classe ouvri&#232;re. Les batailles qui se d&#233;rouleront contre le fascisme le montreront clairement dans un avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de Weimar est morte. Ses banni&#232;res ne flotteront plus au-dessus des mairies en Allemagne. Des changements droitiers &#224; long terme dans le rapport des forces de classe, la croissance triennale du fascisme, la faillite et la capitulation de la social-d&#233;mocratie et de la direction de l'Internationale communiste - tout cela a &#233;t&#233; victorieusement r&#233;alis&#233; par la contre-r&#233;volution de mars.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les banni&#232;res imp&#233;riales et fascistes ne seront remplac&#233;es en Allemagne que par les drapeaux rouges de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Au fil des ans, l'opposition l&#233;niniste a observ&#233; avec inqui&#233;tude les &#233;v&#233;nements en Allemagne, expliquant constamment leur ampleur et leur tr&#232;s grande importance historique. Elle a constamment et sans rel&#226;che signal&#233; le danger qui p&#232;se sur l'ensemble du mouvement ouvrier mondial et qui devient m&#251;r en Allemagne sous la forme du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fausses pr&#233;dictions de l'Internationale communiste sur la mont&#233;e r&#233;volutionnaire (1929) et la situation directement r&#233;volutionnaire en Allemagne (1929-1932), l'opposition l&#233;niniste opposait continuellement les indications d'une situation directement contre-r&#233;volutionnaire, le danger d'un manque de croissance des tendances d&#233;fensives au sein du prol&#233;tariat, principalement en raison du fait que sa vigilance a &#233;t&#233; endormie par une direction faussement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fausses affirmations de l'Internationale communiste selon lesquelles le fascisme est &#171; une radicalisation de gauche des masses &#187; et &#171; un pas en avant vers le communisme &#187;, l'opposition l&#233;niniste r&#233;pliquait en analysant le fascisme en tant que mouvement nationaliste chauvin le plus &#224; droite, directement dirig&#233; par le capitalisme monopoliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les d&#233;clarations trompeuses de l'Internationale communiste selon lesquelles les fascistes ne pensent pas &#224; un coup d'&#201;tat et que le coup d'&#201;tat fasciste a d&#233;j&#224; eu lieu pendant la chancellerie de Br&#252;ning (1930-1932), que les fascistes se d&#233;veloppent dans la r&#233;publique de Weimar, que la dictature du Parti national socialiste en Allemagne s'inscrit dans le cadre et sous la forme de d&#233;mocratie bourgeoise, l'opposition l&#233;niniste indiquait les diff&#233;rences entre le fascisme et la d&#233;mocratie bourgeoise, soulignait l'importance de ces distinctions pour le prol&#233;tariat, insistait sur le danger exceptionnel et croissant d'un coup d'&#201;tat fasciste et sur le fait que le fascisme victorieux ne pr&#233;serverait pas mais d&#233;truirait la d&#233;mocratie bourgeoise de Weimar et ferait sauter ses formes et son cadre, ind&#233;pendamment du fait s'il acc&#232;de au pouvoir par des moyens parlementaires ou non parlementaires. &#192; la tactique de l'Internationale communiste d'un front uni avec les fascistes, l'opposition l&#233;niniste opposait celle d'un front unique contre les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste avec le slogan de l'Internationale communiste &#171; faire d'abord feu contre la social-d&#233;mocratie &#187;, l'opposition l&#233;niniste avan&#231;ait le mot d'ordre &#171; ouvrons le feu d'abord sur les nationaux-socialistes, les fascistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au terme &#171; social-fascistes &#187; (de juillet 1928 &#224; f&#233;vrier 1933) de l'Internationale communiste, qui d&#233;soriente les travailleurs dans leur lutte contre les fascistes, l'opposition l&#233;niniste pr&#233;sentait la th&#232;se que la social-d&#233;mocratie et le fascisme &#171; sont deux p&#244;les du front bourgeois &#187; qui ne pourraient s'unir qu'au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; bourgeoise serait directement menac&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre le slogan de l'Internationale communiste &#171; front unique par en bas &#187; - c'est-&#224;-dire, dans la pratique, le rejet de tout front unique avec les travailleurs sociaux-d&#233;mocrates - l'opposition l&#233;niniste opposait le front unique tel que formul&#233; par le IVe Congr&#232;s de l'IC, et par le bas et par le haut, surtout dans la lutte contre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain nombre d'ann&#233;es, l'opposition l&#233;niniste a demand&#233; la pr&#233;paration et&#171; la mise en &#339;uvre dans la lutte contre le fascisme allemand de la tactique &#233;labor&#233;e par L&#233;nine au cours de la lutte contre Kornilov. En r&#233;ponse &#224; cela, tout le mouvement stalinien international accusa l'opposition et Trotski de s'efforcer de mettre en place un &#171; front unique avec Br&#252;ning &#187;, &#171; un front unique de Th&#228;lmann &#224; Br&#252;ning &#187;, &#171; un front unique avec des pr&#234;tres catholiques &#187;, avec le &#171; pape romain &#187;, pr&#233;tendant que nous serions favorables &#224; la th&#233;orie social-d&#233;mocrate du &#171; moindre mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks-l&#233;ninistes ont d&#233;fendu la n&#233;cessit&#233; d'appliquer la tactique du front unique selon les principes fondamentaux du IVe Congr&#232;s : et par le haut et par le bas. En r&#233;ponse, le stalinisme calomniait en disant que nous sommes pour un front uni uniquement par en haut, c'est-&#224;-dire seulement avec les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates, mais pas avec les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1930, les bolcheviks-l&#233;ninistes exigent que toutes les mesures soient prises pour pr&#233;parer un front unique en vue d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de l'armement des travailleurs sociaux-d&#233;mocrates et communistes. En rejetant ces mots d'ordre, le stalinisme disait que nous semions l'illusion que Br&#252;ning allait armer les ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la veille de la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle, les bolcheviks-l&#233;ninistes ont soulign&#233; que Hindenburg pouvait facilement passer dans le camp fasciste et que, par cons&#233;quent, la t&#226;che &#233;tait de faire en sorte qu'un ouvrier antifasciste soit candidat du front unique &#224; la pr&#233;sidence, impos&#233; par le Parti communiste &#224; la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les dirigeants, avec toute leur tactique, ont sap&#233; cette t&#226;che, assurant ainsi la victoire de Hindenburg, y compris par le vote de millions d'&#233;lecteurs communistes.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'automne 1932, les bolcheviks- l&#233;ninistes ont inlassablement signal&#233; que le danger d'un coup d'&#201;tat fasciste par l'ensemble des forces de la r&#233;action devenait non seulement pratiquement actuel, mais que c'&#233;tait une question de semaines ou au plus de quelques mois, c'est-&#224;-dire qu'un coup d'&#201;tat fasciste extraparlementaire ou parlementaire pouvait et devait &#234;tre attendu maintenant, chaque jour et chaque heure. M&#234;me ici, &#224; plusieurs milliers de kilom&#232;tres de l'Allemagne, le passage rapide de la crise politique &#224; un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire pouvait &#234;tre per&#231;u avec une clart&#233; qui ne laissait aucun doute. Mais c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que le stalinisme international criait plus fort que jamais que la crise r&#233;volutionnaire en Allemagne... m&#251;rissait. Cette clique et l'&#233;ditorial de la Pravda du 30 janvier 1933 se sont eux-m&#234;mes couverts de honte imp&#233;rissable. &#192; ce moment pr&#233;cis, lorsque le chancelier du Reich de la contre-r&#233;volution a finalement pris le pouvoir, ce journal de la stupide bureaucratie marmonnait encore : &#171; La dictature fasciste en Allemagne est au point mort. Elle pi&#233;tine, n'&#233;tant pas capable de renforcer sa position. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotski a averti que si Hitler arrivait au pouvoir, cela allait le renforcer plusieurs fois, qu'au lendemain de sa victoire le char fasciste passerait sur les cr&#226;nes et les dos des prol&#233;taires allemands, que cela obligera l'URSS &#224; d&#233;placer l'Arm&#233;e rouge pour aider ceux qui se soul&#232;vent (et la confiance dans cette assistance augmenterait imm&#233;diatement spontan&#233;ment !) afin de lutter avec la classe ouvri&#232;re allemande contre le fascisme qui a pris le pouvoir. En r&#233;ponse &#224; cela, le XIIe pl&#233;num du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, par la bouche de Th&#228;lmann et de Manouilski, a d&#233;clar&#233; : &#171; Trotski provoque une guerre entre l'URSS et l'Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e, par la c&#233;cit&#233; et l'opportunisme, la trahison et la calomnie, la plus grande trahison de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Demain, la bureaucratie de l'IC expliquera certainement la facilit&#233; avec laquelle le coup d'&#201;tat a &#233;t&#233; men&#233; par la contre-r&#233;volution, par la &#171; passivit&#233; &#187; du prol&#233;tariat qui &#171; ne voulait pas accepter &#187; le combat, et non par le fait que ni l'IC ni la direction du KPD (sans parler de la IIe Internationale ou du SPD) ne l'ont pr&#233;par&#233; &#224; une r&#233;sistance, n'ont pas r&#233;sist&#233; et n'ont pas appel&#233; la classe ouvri&#232;re &#224; r&#233;sister. Ceci explique maintenant les raisons de la r&#233;sistance persistante de l'Internationale communiste &#224; la tactique l&#233;niniste du front unique. Pourquoi engager la social-d&#233;mocratie dans la lutte quand (tout comme la social-d&#233;mocratie) on ne se bat pas et on ne se pr&#233;pare pas &#224; la lutte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, plusieurs millions de travailleurs allemands se sont sans aucun doute dit : si le Parti communiste appelle constamment &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales et &#224; des barricades, alors qu'il n'y a pas de situation r&#233;volutionnaire et que les M&#252;ller et les Br&#252;ning sont &#224; la t&#234;te du gouvernement, alors sa r&#233;sistance sera certainement beaucoup plus importante lorsque les Hitler, les G&#246;ring et les Trick seront au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bavardage r&#233;volutionnaire de l'IC a cach&#233; son vrai visage aux ouvriers au point qu'il &#233;tait peu probable que beaucoup de communistes osent exprimer &#224; haute voix leur crainte que, exactement au moment du coup d'&#201;tat fasciste, la masse des six millions de communistes restera un t&#233;moin passif de ce coup. Mais c'est ce qui est arriv&#233;. Les dirigeants de l'Internationale communiste ont capitul&#233; devant le fascisme, paralysant ainsi toute r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es du communisme et la foi dans les communistes ont &#233;t&#233; durement touch&#233;es par cette trahison du stalinisme international. Cette trahison de la r&#233;volution internationale a &#233;clips&#233; le purcellisme, le kuomintangisme, et l'ann&#233;e 1933 restera dans l'histoire &#224; c&#244;t&#233; de la date du 4 ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. M&#234;me nous, bolcheviks-l&#233;ninistes de Russie, avons sous-estim&#233; toute la profondeur de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des dirigeants de l'Internationale communiste et des partis communistes des principaux pays capitalistes. L'extirpation du caract&#232;re r&#233;volutionnaire dans les partis communistes a &#233;t&#233; une cons&#233;quence, premi&#232;rement de leur soumission aux besoins int&#233;rieurs de la bureaucratie russe renaissante, deuxi&#232;mement de leur adaptation au r&#233;gime et au cadre de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique bourgeoise dans la p&#233;riode de stabilisation du capitalisme, et troisi&#232;mement des pressions exerc&#233;es par leurs propres appareils impr&#233;gn&#233;s d'inertie et des milliers de postes et fonctions bien pay&#233;s et respectables : membres du Reichstag, des Landtag, des municipalit&#233;s et des communaut&#233;s, &#233;diteurs, propagandistes, secr&#233;taires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces causes d'ossification, de bureaucratisation et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence, que l'opposition l&#233;niniste a constamment signal&#233;es, ont agi lentement et imperceptiblement pour les masses. Seuls les &#233;v&#233;nements de 1933 en Allemagne, en provoquant une catastrophe, les ont soudainement d&#233;voil&#233;es, marquant une transformation qualitativement nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. La bureaucratie stalinienne a flirt&#233; avec Hitler pendant trois ans, le consid&#233;rant comme le futur ma&#238;tre de l'Allemagne. Elle l'a aid&#233; &#224; acc&#233;der au pouvoir avec tous ses agissements propres et ceux de l'Internationale communiste. Elle a mis le pied d'Hitler &#224; l'&#233;trier, comme elle l'avait fait avant pour Tchang Ka&#239;-chek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1929 &#224; 1932, avant l'arriv&#233;e au gouvernement des radicaux en France, l'aile gauche du &#171; bloc national &#187;, ce v&#233;ritable centre dirigeant de la bourgeoisie fran&#231;aise et organe politique du &#171; Comit&#233; des forges &#187;, &#233;tait au pouvoir. La relation entre la France et l'URSS a alors atteint une tension &#233;lev&#233;e. Le point culminant de cette tension a &#233;t&#233; le proc&#232;s du &#171; parti industriel &#187; et du &#171; bureau syndical du Parti ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie &#187;. C'est &#224; cette &#233;poque que le fascisme allemand, devenu facteur politique principal, commen&#231;a &#224; menacer la France d'une mani&#232;re particuli&#232;rement f&#233;roce, flirtant simultan&#233;ment avec l'URSS. Hitler a r&#233;p&#233;t&#233;, en l'&#233;largissant, la man&#339;uvre de Tchang Ka&#239;-chek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position profond&#233;ment trompeuse d'Hitler a &#233;t&#233; prise au s&#233;rieux par la bureaucratie stalinienne. Par cons&#233;quent, l'importance de son accession au pouvoir &#233;tait compl&#232;tement &#233;touff&#233;e avant et apr&#232;s le 30 janvier. C'est seulement apr&#232;s que ses v&#233;ritables cartes de politique &#233;trang&#232;re eurent commenc&#233; &#224; se r&#233;v&#233;ler &#171; de mani&#232;re inattendue &#187; - elles co&#239;ncident parfaitement avec les projets sensationnels de Gustave Herv&#233; (conversation de G&#246;ring avec Fran&#231;ois Ponce, rencontres de Hessenberg, discours d'Hitler) - que la direction paniqu&#233;e a fait un tournant, marqu&#233; par deux actes honteux : l'URSS assume les fonctions de garant du trait&#233; de Versailles et le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste publie le 5 mars 1933 un manifeste annon&#231;ant sa d&#233;cision de capituler sans condition devant la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler aux sentiments nationaux d'Hitler ne sert &#224; rien. Pas plus que se r&#233;f&#233;rer au fait que m&#234;me le quotidien conservateur anglais, Morning Post, comprend que l'IC et ses sections ont &#233;t&#233; transform&#233;es par la bureaucratie en un facteur de stabilisation capitaliste (r&#233;daction d'Izvestia 4 mars 1933). Comme le fascisme est inexorablement hostile &#224; l'URSS, la bureaucratie se pr&#233;cipite maintenant ouvertement dans les bras de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir refus&#233; durant trois ans d'organiser un front unique pour combattre le fascisme, dans son manifeste la direction a transform&#233;e la tactique de front unique en une capitulation inconditionnelle devant la social-d&#233;mocratie. Par cet acte, la bureaucratie se cache derri&#232;re le dos des tra&#238;tres pour y chercher le salut devant le danger d'agression.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; non-agression &#187; mutuelle est une amnistie mutuelle. L'Internationale communiste ne d&#233;nonce pas la trahison de la social-d&#233;mocratie, pour pouvoir rester silencieuse sur la m&#234;me trahison des dirigeants communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le sens du manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif du 5 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. La victoire du fascisme donne-t-elle un r&#233;pit suppl&#233;mentaire au capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fait que notre &#233;poque est et reste l'&#233;poque des r&#233;volutions prol&#233;tariennes, que la victoire du fascisme est la plus haute exacerbation des contradictions de classe et des contradictions inter&#233;tatiques, n&#233;anmoins la victoire d'Hitler renforce temporairement la domination politique de la bourgeoisie, repoussant pour quelque temps les dates de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est le sens principal de la d&#233;faite du prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on ne peut pas parler de d&#233;cennies. Les id&#233;ologues fascistes peuvent en r&#234;ver. Si, comme l'&#233;crivait L&#233;nine, la victoire des Gardes blancs en Russie aurait signifi&#233; 30 &#224; 40 ans de terreur blanche effr&#233;n&#233;e, on ne peut en dire autant de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie est un pays paysan. Les ouvriers constituent une infime minorit&#233; de la population. Un grand nombre d'entre eux n'ont pas encore rompu leurs liens avec le village. Ce n'est pas le cas en Allemagne. La classe ouvri&#232;re allemande repr&#233;sente la moiti&#233; du pays. Comme nous vivons dans une &#233;poque de guerres et de r&#233;volutions, l'exp&#233;rience politique des masses se d&#233;veloppe rapidement, tous les processus de la vie sociale se d&#233;roulent &#224; pas de g&#233;ant, les classes ne peuvent plus &#234;tre dans un &#233;tat de confusion et de passivit&#233;, aussi cruelles soient les d&#233;faites subies. Il n'y a pas de place pour les r&#234;ves capitalistes de d&#233;cennies de r&#233;pit capitaliste pour l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, la plus grande preuve de la d&#233;sorientation c'est de penser que dans un ou deux mois les vainqueurs vont changer, ouvrant la voie aux communistes. Qu'on soit ou non dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendamment du fait que le fascisme fait cro&#238;tre toutes les contradictions, il faut comprendre qu'il sera beaucoup plus difficile au prol&#233;tariat de le renverser que de renverser le r&#233;gime de Weimar (toutes proportions gard&#233;es). M&#234;me si l'Allemagne pr&#233;servait ses cha&#238;nes de Versailles, son capitalisme gagnera une pause, un r&#233;pit, gr&#226;ce &#224; la r&#233;pression sans merci de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions internes et externes pousseront les gouvernements de l'Allemagne fasciste sur la voie de l'agression externe et, en termes historiques, contre l'URSS, car il n'y a pas d'autre moyen de consolider durablement la contre-r&#233;volution, que pour la guerre et par la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la guerre nourrit des explosions r&#233;volutionnaires &#233;normes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, la perspective d'une guerre de l'Allemagne contre l'Union sovi&#233;tique ne doit pas &#234;tre comprise comme une perspective pour les mois &#224; venir, mais tr&#232;s probablement comme une perspective pour les ann&#233;es &#224; venir. En m&#234;me temps le coup d'&#201;tat fasciste rapproche &#224; pas de g&#233;ant une guerre Entre le Japon et l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur contre les travailleurs et la tentative de restructuration fasciste de toutes les organisations prol&#233;tariennes, vont &#233;videmment pr&#233;c&#233;der la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan des ch&#244;meurs italiens - &#171; du pain et la guerre &#187; - est un indicateur alarmant de la situation, pas seulement en Italie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;tranglant les organisations ouvri&#232;res, la contre-r&#233;volution allemande peut soulever la question non seulement d'un r&#233;pit pour le capitalisme, mais aussi d'un changement dans la voie la plus probable de la r&#233;volution mondiale avant le coup d'&#201;tat : le prol&#233;tariat allemand peut c&#233;der sa premi&#232;re place au fran&#231;ais ou &#224; l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Quel sera le plus probablement le r&#233;alignement des forces hors d'Allemagne r&#233;sultant du coup d'&#201;tat fasciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, le fort renforcement du fascisme italien et l'affaiblissement de toutes les forces de classe qui le combattent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Autriche, habit&#233;e par 7 &#224; 8 millions d'Allemands, est aussi une partie de l'Allemagne &#233;conomiquement ins&#233;parable. Malgr&#233; sa plus grande d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la France et de la Soci&#233;t&#233; des Nations, on peut dire que le coup d'&#201;tat en Allemagne pr&#233;d&#233;termine la fascisation de l'Autriche. En France, dans le camp bourgeois, le regroupement de la droite et l'arriv&#233;e au pouvoir du bloc national ne devraient pas prendre longtemps. Il est vrai que les groupes radicaux pacifistes au pouvoir ont consid&#233;rablement accru leur cr&#233;dibilit&#233; avec le succ&#232;s de leur politique &#233;trang&#232;re, en faisant de l'URSS un garant du trait&#233; de Versailles. Ils ont &#233;galement &#233;t&#233; renforc&#233;s par l'introduction ouverte du Parti communiste fran&#231;ais dans le courant du pacifisme bourgeois. N&#233;anmoins, les ma&#238;tres de la France ne sont pas ces petits groupes bourgeois, mais les forces r&#233;actionnaires qui sont encore dans l'ombre, voyant leur t&#226;che historique (ou strat&#233;gique) dans l'&#233;crasement de l'URSS par les forces du bloc franco-allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France n'a rien &#224; gagner de la nouvelle guerre franco-allemande. La pr&#233;servation du trait&#233; de Versailles lui fait maintenant courir le risque d'une attaque venant de l'Est. La crise bouleverse son &#233;conomie. La question des nouveaux march&#233;s et des zones d'influence devient de plus en plus importante. Donc, naturellement, les pens&#233;es et les regards des r&#233;actions fran&#231;aises et allemandes sont dirig&#233;s vers l'est, vers l'URSS. Tant que la base de la dictature prol&#233;tarienne cr&#233;&#233;e par la R&#233;volution d'Octobre ne sera pas vaincue, c'est-&#224;-dire que les relations de propri&#233;t&#233; bourgeoise ne seront pas restaur&#233;es, l'URSS r&#233;sistera au capitalisme mondial comme une force sociale hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant, la bourgeoisie n'arrivait toujours pas &#224; d&#233;cider de la guerre de peur de d&#233;clencher une r&#233;volution mondiale. Mais la situation politique au sein de l'URSS et de l'Allemagne alimente ses espoirs de l'issue d'une telle guerre heureuse pour le capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, le prol&#233;tariat pourrait bient&#244;t d&#233;cevoir les espoirs de la bourgeoisie. Et dans les conditions connues, la guerre peut m&#234;me donner lieu &#224; une renaissance de la dictature du prol&#233;tariat en URSS. Dans ce cas, la guerre des imp&#233;rialistes contre l'URSS serait le prologue de la plus grande temp&#234;te r&#233;volutionnaire mondiale et de la chute du capitalisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat en Allemagne risque d'exacerber les relations franco-allemandes seulement durant une courte p&#233;riode. Les relations germano-sovi&#233;tiques, cependant, le seront s&#233;rieusement et pendant longtemps, probablement jusqu'&#224; l'explosion des contradictions entre l'ensemble du monde capitaliste et le seul pays qui ne fait pas partie, directement et en premier lieu, du syst&#232;me capitaliste et qui lui reste hostile du fait des vestiges de l'h&#233;ritage de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le coup d'&#201;tat fasciste, ce n'est pas seulement la perspective &#224; plus long terme d'un bloc franco-allemand contre l'URSS, mais aussi la perspective imm&#233;diate d'un bloc allemand avec l'Italie, l'Autriche, la Hongrie et la Bulgarie. La Turquie peut facilement s'y joindre. Elle sera arrach&#233;e &#224; l'URSS par la proximit&#233; de la guerre et par la promesse de lui c&#233;der Batumi et une partie de la mer Noire sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;tats-Unis financeront la guerre contre l'URSS - il s'agit de l'ennemi le plus puissant, irr&#233;conciliable par principe - avec la participation de la Grande-Bretagne et de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e historique du bloc de l'URSS avec la France contre l'Allemagne est donc peu probable. Mais lui aussi comporte de grands dangers pour le d&#233;veloppement interne de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers pas vers sa cr&#233;ation ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faits par la bureaucratie. Une d&#233;claration de Litvinov sur l'accord de l'URSS pour garantir la s&#233;curit&#233; du trait&#233; de Versailles (depuis Brest-Litovsk, ce n'est pas la France mais l'Allemagne qui pr&#233;serve la Russie) constitue un pas important pour faire de l'URSS un vassal arm&#233; de la France, ce gendarme europ&#233;en, selon les termes d'un super patriote fran&#231;ais, Gustave Herv&#233;. D&#233;sormais) l'URSS sauvegarde les fronti&#232;res orientales de^la France imp&#233;rialiste et les fronti&#232;res occidentales de la Pologne semi- fasciste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;treinte de fer de l'amical imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#233;tranglera les derniers vestiges de la R&#233;volution d'Octobre. La bureaucratie, qui consid&#232;re sa propre d&#233;fense comme &#233;tant celle de la r&#233;volution, sacrifiera maintenant encore plus rapidement cette derni&#232;re au nom de la premi&#232;re, abandonnant en partie son monopole du commerce ext&#233;rieur en &#233;change de l'inviolabilit&#233; des fronti&#232;res occidentales de l'URSS garantie par la France. Bien s&#251;r, l'inclusion finale de l'URSS dans le syst&#232;me capitaliste pr&#233;suppose comme condition pr&#233;alable l'&#233;limination des vestiges du syst&#232;me d'Octobre, ce qui est impossible sans chocs internes et sans une d&#233;faite finale du prol&#233;tariat de l'URSS. Mais tout cela est grandement facilit&#233; par le renforcement g&#233;n&#233;ralis&#233; de la r&#233;action mondiale &#224; la suite de la victoire du fascisme allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le coup d'&#201;tat fasciste ravivera les espoirs et l'activit&#233; de tous les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires de l'URSS. Les &#233;l&#233;ments bonapartistes-thermidoriens de l'appareil d'&#201;tat, l'appareil du parti dans l'Arm&#233;e rouge, l'intelligentsia technique et toute autre, les koulaks et les nepmen, les larges couches de la paysannerie jet&#233;es dans le camp de la contre-r&#233;volution par la politique aventureuse du stalinisme - tous ces &#233;l&#233;ments seront politiquement activ&#233;s par la victoire de la contre-r&#233;volution en Allemagne. Dans ces circonstances, le risque d'un coup d'&#201;tat bonapartiste est particuli&#232;rement mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Le prol&#233;tariat mondial, dont le soutien a pr&#233;serv&#233; les vestiges du syst&#232;me d'Octobre, a &#233;t&#233; affaibli et d&#233;sorganis&#233; par les trahisons staliniennes en cha&#238;ne. Depuis plusieurs ann&#233;es, le stalinisme pr&#233;tend renforcer l'&#201;tat sovi&#233;tique, mais en r&#233;alit&#233; il ne s'occupe que de sa propre pr&#233;servation et de sa domination sur le prol&#233;tariat, au prix de l'abandon du cours de la r&#233;volution internationale, de l'&#233;tranglement de l'Internationale communiste, de la paralysie de la propagande et de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des partis communistes des pays capitalistes dominants et des colonies, de la lutte sans merci contre l'opposition l&#233;niniste et le camarade Trotski. D'o&#249; le silence de l'Internationale communiste sur les &#233;v&#233;nements de 1930 en Inde, les gr&#232;ves dans la flotte anglaise ainsi que l'interdiction faite aux travailleurs russes de r&#233;agir &#224; ces &#233;v&#233;nements et m&#234;me &#224; la terreur fasciste en Allemagne. (Et combien de meetings ont &#233;t&#233; organis&#233;s par les fonctionnaires corrompus pour s'en prendre furieusement au camarade Trotski !).&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus la vague de r&#233;action mondiale monte, plus la bureaucratie rampe et d&#233;g&#233;n&#232;re. Elle ne combat pas la r&#233;action, mais la renforce en achetant l'existence non conflictuelle de l'URSS dans l'environnement capitaliste, en jetant par-dessus bord les conqu&#234;tes et traditions d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie voit le salut de l'URSS non pas dans la r&#233;volution mondiale, mais dans son rejet sous pr&#233;texte de construire une soci&#233;t&#233; socialiste dans un seul et unique pays et avec les seules forces de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en trahissant les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat mondial au nom du pr&#233;tendu int&#233;r&#234;t propre de l'URSS, la bureaucratie n'obtient en &#233;change que des bouts de papier portant l'inscription &#171; pacte de non-agression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'un renforcement de l'&#201;tat sovi&#233;tique, elle ne fait que faciliter sa d&#233;faite, car elle d&#233;truit les fondements sociaux internationaux sur lesquels la construction de la dictature du prol&#233;tariat en URSS peut se fonder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rejetant la r&#233;volution permanente internationale, elle nourrit la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie de l'URSS a continuellement d&#233;gag&#233; les voies de la r&#233;action mondiale en vue de la d&#233;faite du mouvement communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'URSS s'isole du prol&#233;tariat mondial, car ce dernier est isol&#233; du prol&#233;tariat de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution allemande inonde l'Europe d'une vague de r&#233;action noire. Le fascisme et le semi-fascisme mondial organisent des aides d'&#201;tat aux fascistes autrichiens et allemands. Seul le prol&#233;tariat de ces pays se voit attribuer son propre destin. L'Internationale communiste n'a pas essay&#233; de l'unir et d'appeler &#224; un contrecoup face &#224; la r&#233;action, ni de mobiliser les ressources du mouvement communiste mondial et les ressources &#233;tatiques du prol&#233;tariat de l'URSS pour l'aider, &#224; l'image de l'isolement entre ce dernier et le prol&#233;tariat allemand par le blocus de Wilhelm jusqu'&#224; la r&#233;volution du 9 novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler les &#171; partis communistes fraternels &#187; &#224; casser des vitres &#224; Barcelone et dans d'autres ambassades allemandes (mais pas &#224; Moscou, bien entendu) n'est qu'un d&#233;guisement &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la trahison. Cela s'accompagne d'un silence total du stalinisme sur la signification historique mondiale du coup d'&#201;tat. En URSS, pas un seul meeting, pas une seule r&#233;solution des travailleurs sur le coup d'&#201;tat fasciste en Allemagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire en Allemagne est un coup dur pour le prol&#233;tariat de l'URSS, car il renforce son isolement par rapport au prol&#233;tariat d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution en Allemagne aurait donn&#233; un puissant &#233;lan au mouvement r&#233;volutionnaire en URSS, mais le danger de la contre- r&#233;volution en Allemagne est si fort que, en ravivant les &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution dans notre pays, en renfor&#231;ant le regroupement des forces de classe &#224; droite, il peut grandement compliquer le r&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat et de son parti et rapproche le danger que le coup d'&#201;tat bonapartiste soit achev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire du fascisme allemand signifie que le prol&#233;tariat du monde entier devra surmonter une nouvelle grande vague de r&#233;action mondiale sur la voie de sa r&#233;volution victorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. La victoire du fascisme allemand non seulement ne signifie pas que le capitalisme s'est stabilis&#233;, mais au contraire elle fait monter &#224; un nouveau niveau sup&#233;rieur toutes ses contradictions. Seule une d&#233;faite de l'Union sovi&#233;tique lui donnerait une nouvelle base pour un &#233;quilibre pendant de nombreuses ann&#233;es. Le r&#233;pit que le capitalisme allemand s'ach&#232;te en &#233;tablissant un r&#233;gime fasciste n'est que le prolongement de son agonie. De nouvelles guerres en Europe et en Asie, de nouveaux bouleversements sociaux gigantesques sont &#224; l'ordre du jour.L'Allemagne de Weimar est tomb&#233;e, ne trouvant pas dans son camp un seul d&#233;fenseur pr&#234;t &#224; se sacrifier pour elle. Mais avec la R&#233;publique de Weimar, sont ensevelies non seulement les illusions r&#233;formistes des masses, mais &#233;galement les r&#233;els acquis de nombreuses g&#233;n&#233;rations de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution renforce rapidement sa position, nettoyant les Landtag, les municipalit&#233;s, les communaut&#233;s, les usines, les organisations culturelles et &#233;ducatives du pays des cadavres politiques de la d&#233;mocratie bourgeoise pourrie et affaiblie et aussi des membres du Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sommets politiques d&#233;cisifs ont &#233;t&#233; saisis par la contre-r&#233;volution sans combat en raison de la reddition des dirigeants de la classe ouvri&#232;re. Mais la r&#233;sistance spontan&#233;e des masses est devant nous. Les batailles futures entre le prol&#233;tariat et le fascisme vont commencer lorsque ce dernier commencera une vaste attaque frontale contre les acquis sociaux et &#233;conomiques de la classe ouvri&#232;re. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces batailles que les bolcheviks-l&#233;ninistes allemands doivent maintenant pr&#233;parer au mieux le prol&#233;tariat. Une forte r&#233;sistance au fascisme sur ce terrain peut, dans des conditions favorables, devenir le point de d&#233;part de batailles offensives du prol&#233;tariat contre le fascisme dans son ensemble, puis contre tout le r&#233;gime capitaliste allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est ridicule et criminel d'appeler aujourd'hui les travailleurs allemands &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale imm&#233;diate. Ce serait la pire preuve de l'ultra-gauchisme. Proclam&#233;e aujourd'hui, elle serait condamn&#233;e &#224; une d&#233;faite totale et inconditionnelle. La gr&#232;ve pouvait et devait avoir lieu le 30 janvier, le jour de l'arriv&#233;e au pouvoir du chancelier noir du Reich. Le prol&#233;tariat avait alors des bonnes chances de gagner. Si le prol&#233;tariat avait r&#233;pondu ce jour-l&#224; par une lutte, Hitler n'aurait pas recueilli 17 millions de voix le 5 mars, au contraire, beaucoup d'h&#233;sitants de son camp l'auraient quitt&#233;. Imm&#233;diatement transform&#233;e en guerre civile, cette lutte aurait ouvert des perspectives r&#233;volutionnaires colossales. Mais le stalinisme et les sociaux-d&#233;mocrates n'ont pas pr&#233;par&#233; le prol&#233;tariat &#224; cette lutte. L'Internationale communiste n'a m&#234;me pas sugg&#233;r&#233; que les sociaux-d&#233;mocrates r&#233;agissent imm&#233;diatement &#224; la nomination d'Hitler par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. C'est alors que l'on a manqu&#233; le moment o&#249; il a &#233;t&#233; possible de mener une gr&#232;ve victorieuse contre les fascistes. Et c'est cela qui a pr&#233;d&#233;termin&#233; un gigantesque renforcement de la contre-r&#233;volution (17 millions de voix pour les nationaux-socialistes le 5 mars) et la r&#233;alisation du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. L'erreur du Comit&#233; central du Parti communiste bulgare en 1923 - sa &#171; neutralit&#233; &#187; pendant le coup d'&#201;tat de Tsankov - a &#233;t&#233; rapidement consid&#233;r&#233;e par l'Internationale communiste comme une erreur de nature sociale-d&#233;mocrate. La m&#234;me &#233;valuation a &#233;t&#233; faite par le camarade Trotski &#224; l'&#233;gard du Comit&#233; central du Parti communiste polonais lors du coup d'&#201;tat de Pilsudski (&#224; l'initiative de Warski, le Comit&#233; central du Parti communiste de Pologne a presque soutenu le coup). La tactique employ&#233;e par le Comit&#233; central du KPD en 1933 a &#233;t&#233; pleinement et inconditionnellement mise en &#339;uvre conform&#233;ment aux directives de l'Internationale communiste, et non de fa&#231;on contraire aux directives, comme ce fut le cas en 1923 en Bulgarie. Elle co&#239;ncidait avec la tactique de la social- d&#233;mocratie allemande. Pas de mani&#232;re accidentelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat fasciste a finalement retir&#233; le masque ultragauche de la direction. Il va maintenant devenir clair pour tout le monde que tout ce vacarme ultragauche - qui a commenc&#233; &#224; la fin de 1927 (Canton) et s'est poursuivi au travers des barricades, des manifestations et des combats de rue des &#171; journ&#233;es rouges &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition en Allemagne - avait seulement pour but d'emp&#234;cher les masses de voir la d&#233;g&#233;n&#233;rescence sociale-d&#233;mocrate de la direction, de les d&#233;tourner de l'opposition, d'affaiblir et de paralyser le travail de l'opposition l&#233;niniste et du camarade Trotski qui d&#233;masquaient cette direction et cr&#233;aient la fraction internationale de v&#233;ritables communistes l&#233;ninistes. Avec ces aventures ultra- gauches, qui ne mena&#231;aient nullement la bourgeoisie, la direction masquait les limites et les adaptations de l'activit&#233; des partis communistes, et par cons&#233;quent des masses qui les suivaient encore, au cadre et aux formes des r&#233;gimes des plus grands pays capitalistes. Ayant ainsi transform&#233; les partis communistes en paratonnerres, pour soustraire le capitalisme des charges &#233;lectriques du m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; et orienter ce m&#233;contentement sur des lignes ultragauches, pr&#233;tendument r&#233;volutionnaires, mais qui ne menacent pas les fondements du capitalisme, les dirigeants ont ainsi d&#233;tourn&#233; les masses des voies de l'opposition l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique renforce les relations amicales de la bureaucratie avec les puissances imp&#233;rialistes, &#224; qui un tel paratonnerre social, rempla&#231;ant la social-d&#233;mocratie, compromise, et compensant l'impact de la r&#233;volution d'Octobre, est extr&#234;mement utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la brutale v&#233;rit&#233;, prouv&#233;e au monde entier par les derniers &#233;v&#233;nements en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Le r&#233;formisme s'est &#233;panoui sur la base de la d&#233;mocratie bourgeoise. La crise de cette derni&#232;re fut une crise de la social-d&#233;mocratie. C'&#233;tait particuli&#232;rement &#233;vident en Allemagne, o&#249; les sociaux-d&#233;mocrates perdaient leurs partisans ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. L'effondrement de la d&#233;mocratie bourgeoise c'est la fin du r&#233;formisme. Fascisme ou communisme ? Telle est la question pos&#233;e par l'histoire. Le fascisme allemand ne sera bient&#244;t confront&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re que sous la forme du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale communiste de L&#233;nine, liquid&#233; par le stalinisme et transform&#233; par lui en un appendice opportuniste du Commissariat du peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res va maintenant conna&#238;tre des divisions et des scissions au sein de ses sections les plus fortes. Pour s'opposer au fascisme, ce n'est pas cette Internationale communiste qu'il faudra, mais une Internationale communiste ressuscit&#233;e sur des bases plus &#233;lev&#233;es, par les meilleurs &#233;l&#233;ments des partis officiels actuels et des ouvriers r&#233;volutionnaires sans parti ainsi que par des travailleurs syndicalistes et sociaux-d&#233;mocrates gagn&#233;s par eux dans la lutte sous le mot d'ordre de front unique ouvrier, se regroupant autour de la gauche communiste internationale et de Trotski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement des partis communistes officiels est d&#233;sormais in&#233;vitable, non pas &#224; cause de la terreur hitl&#233;rienne, mais &#224; cause de la trahison d&#233;cisive du stalinisme. Hitler a fait sortir du mouvement communiste les &#233;l&#233;ments &#233;go&#239;stes et parasitaires. La trahison du stalinisme poussera tous ceux qui sont d&#233;termin&#233;s et d&#233;vou&#233;s au communisme dans les rangs de la gauche mondiale. D&#233;sormais, il ne fait aucun doute que le mouvement international de gauche se d&#233;veloppera et se renforcera en tant qu'axe de cristallisation non seulement du communisme, mais de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 ao&#251;t, l'Internationale communiste est n&#233;e. 1933 sera un puissant prologue pour sa renaissance. Les bolcheviks-l&#233;ninistes en Allemagne doivent prendre la t&#234;te d'une lutte directe de la classe ouvri&#232;re sous toutes ses formes. Utilisant les restes de la l&#233;galit&#233; et les profondeurs de la clandestinit&#233;, ils devraient la mobiliser sous les mots d'ordre de front unique pour lutter contre le fascisme, de sorte que la lutte partielle du prol&#233;tariat se transforme rapidement en une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Le fascisme se renforce au pouvoir et devient plus fort d'heure en heure. La terreur des nouveaux gardes-blancs a d&#233;j&#224; commenc&#233;. La peine de mort a &#233;t&#233; introduite, officiellement. La reddition des dirigeants ne sauvera pas le prol&#233;tariat de la terreur, mais ne rendra que plus facile la t&#226;che du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'opportunit&#233; de mettre fin au fascisme allemand n'est pas encore totalement perdue, tant que le fascisme ne l'a pas emport&#233; en Autriche, tant que la r&#233;action n'a pas pris le pouvoir en France, tant que le fascisme en Allemagne n'est pas encore totalement consolid&#233;, tant que les processus en URSS ne sont pas encore achev&#233;s, tant que le prol&#233;tariat allemand n'est pas encore &#233;cras&#233;. Mais il n'y a qu'une voie qui reste pour faire cela : celle du courage et de la d&#233;termination r&#233;volutionnaire d&#233;sint&#233;ress&#233;e, la voie de l'aide au soul&#232;vement renaissant du prol&#233;tariat allemand avec les ba&#239;onnettes de l'Arm&#233;e rouge et la mobilisation de toutes les forces du communisme international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas la voie choisie par la bureaucratie, pour laquelle l'arm&#233;e et les partis communistes internationaux ne sont qu'un moyen de garantir le pouvoir prol&#233;tarien usurp&#233;, mais la voie que choisira la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une renaissance de la dictature du prol&#233;tariat et une renaissance du parti peuvent rendre r&#233;aliste cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Le fascisme est un tournant historique, un contretemps dans la croissance g&#233;n&#233;rale de la lutte de classe et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. Mais notre t&#226;che n'est pas de calmer les masses, ni de semer des illusions optimistes. Ne pas s'endormir, mais signaler le danger, sonner l'alarme, mobiliser pour la lutte - c'est notre t&#226;che, c'est ainsi que L&#233;nine et Trotski ont agi dans les moments les plus tragiques de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le danger est grand, plus nous devons tirer la sonnette d'alarme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des milliers de communistes allemands remplissent les prisons fascistes. Des milliers d'ouvriers r&#233;volutionnaires ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;s et remplac&#233;s par des fascistes. La main fasciste assassine est lev&#233;e au-dessus de la t&#234;te des milliers de communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces circonstances tragiques ne doivent en aucun cas nous amener &#224; garder le silence sur la v&#233;rit&#233; concernant les &#233;v&#233;nements et le r&#244;le des sociaux-d&#233;mocrates et des dirigeants communistes dans ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces communistes, qui m&#234;me en prison, r&#233;fl&#233;chissent aux raisons qui ont conduit les membres du Parti communiste &#224; &#234;tre emprisonn&#233;s et fusill&#233;s, et non &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat sous la direction du Parti communiste - ces communistes-l&#224;, alors qu'ils sont encore en prison, rejoindront nos id&#233;es et nos mots d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution mondiale est &#224; l'une de ses &#233;tapes les plus dramatiques. Expliquer cela aux travailleurs du monde entier, mobiliser les travailleurs, faire comprendre &#224; la classe ouvri&#232;re les raisons qui ont conduit &#224; cette &#233;tape, lui faire comprendre que sous le r&#233;gime stalinien il ne peut y avoir de victoire du prol&#233;tariat pas seulement dans notre pays, qu'elle est aussi difficile en Europe, que l'une des barri&#232;res d&#233;cisives que la classe ouvri&#232;re doit surmonter pour d&#233;passer le mur g&#233;ant de la r&#233;action mondiale c'est le stalinisme international. Tel est notre premier devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous sommes oblig&#233;s de le faire de toutes les mani&#232;res possibles, sous toutes les formes &#224; notre disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, le 1er avril 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signataires [3] des th&#232;ses &#171; Coup d'&#201;tat fasciste en Allemagne &#187; : Dingelstedt F., Karyakin M., Papirme&#239;ster P., Shinberg B., Novikov P, Abramsky A., Portnoi M., Bodrov M., Papirmeister A., Feldman, Nevelson Man, Kessel, Borzenko, Bloch, Kugelev, Kozhevnikov N., Zara&#239;kin, Papirme&#239;ster S., Eltsin V.B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutiennent les auteurs : Danilovich L., Khugaev K., Brontman, Vashakidze, Gogelashvili, Topuria, Efremov, Shpitalnik, Sassorov, Kholomenkin, Shvyrkhov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L. D. Trotsky, Europe et Am&#233;rique est une brochure publi&#233;e &#224; Moscou en 1926 analysant le r&#244;le des &#201;tats-Unis dans la capitalisme mondial, contenant deux rapports, de juillet 1924 et de f&#233;vrier 1926. Voir en particulier le chapitre &#171; L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Note du traducteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La position d&#233;fendue ici par le groupe de Verkhn&#233;ouralsk va &#224; l'encontre de celle d&#233;fendue par Trotsky qui avait &#233;crit en janvier 1932 : &#171; L'id&#233;e de pr&#233;senter aux &#233;lections pr&#233;sidentielles un candidat du front unique ouvrier est une id&#233;e fondamentalement erron&#233;e. &#187; (cf. le chapitre 9 de la brochure &#171; La r&#233;volution allemande et la bureaucratie stalinienne &#187;, note 2 et son appel de note). Note de la MIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] En 1933, selon Victor Serge et Ante Ciliga, la majorit&#233; des prisonniers trotskistes &#224; Verkhn&#233;ouralsk &#233;taient des &#171; jeunes &#187; militants, qui ont rejoint l'opposition d&#233;j&#224; clandestine au cours des ann&#233;es 1930-1933. Nous ne connaissons pas leurs itin&#233;raires politiques, leurs noms et pr&#233;noms... Les &#171; vieux &#187;, ceux qui ont rejoint l'opposition entre 1923 et 1928, sont mieux connus. Parmi les signataires, il s'agit de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; A. Abramsky, jeune militant, correspondant de Trotski &#224; Kharkov avant son arrestation, selon Ciliga il &#171; donnait le ton &#187; dans la cellule 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mikhail Bodrov, ouvrier m&#233;tallo de Moscou, fils de paysans n&#233; en 1902, dans l'arm&#233;e rouge de 1919 &#224; 1923, adh&#232;re au parti bolchevik en 1920, exclu en 1927 pour appartenance &#224; l'opposition trotskiste, p&#232;re de deux enfants Tamara et Anatoly, courrier de l'Opposition de gauche &#224; Alma-Ata, emprisonn&#233; en 1929, dirigeant de la gr&#232;ve de la faim de 204 trotskistes &#224; Magadan, condamn&#233; &#224; mort par d&#233;cret de la tro&#239;ka du NKVD &#224; Dalstro&#239; le 14 septembre 1937 et imm&#233;diatement ex&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Fedor N. Dingelstedt rejoint le parti bolchevik en 1910, organisateur des marins de Kronsdadt en 1917. Apr&#232;s la r&#233;volution, &#233;l&#232;ve &#224; l'Institut des professeurs rouges puis directeur de l'Institut des for&#234;ts de Leningrad et responsable de l'Opposition de Gauche. &#192; Verkhn&#233;ouralsk, il dirige une gr&#232;ve de la faim puis est d&#233;port&#233;, il dirige une gr&#232;ve de la faim &#224; Solovki. On perd sa trace en 1935, apr&#232;s son transfert &#224; Alma-Ata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Shaliko Gogelashvili, selon Ciliga &#171; membre du Komsomol et fils d'un ancien mineur sans parti &#233;tait un jeune homme vif et s&#233;rieux qui se consacrait avec z&#232;le et habilet&#233; &#224; l'&#233;tude des probl&#232;mes du travail &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Man Nevelson, mari de la fille de Trotski, Nina, &#233;tait lyc&#233;en en 1917 quand il a organis&#233; les JC puis les Gardes rouges. Commissaire politique de l'Arm&#233;e rouge, il &#233;tait en 1920 chef du d&#233;partement politique de la 5e Arm&#233;e, et s'est reconverti comme &#233;conomiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Aaron Papirme&#239;ster avait dirig&#233;, avec ses deux fr&#232;res, Pavel et Samuel, eux aussi signataires de ces th&#232;ses, les partisans rouges en Sib&#233;rie au cours de la guerre civile. Il &#233;tait un des dirigeants du &#171; centre trotskiste &#187; &#224; Verkhn&#233;ouralsk en 1930, lors de la discussion sur le plan quinquennal, aux c&#244;t&#233;s de Dingelstedt et Nevelson, selon Ante Ciliga, qui se consid&#233;rait comme &#233;tant &#224; leur gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sassorov a d'abord &#233;t&#233; d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie et n'est arriv&#233; &#224; Verkhn&#233;ouralsk qu'en 1930 (cf. &#171; Lettre &#224; Trotsky du 11 novembre 1930 sur l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 7-8).&lt;br class='autobr' /&gt;
(Note du traducteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Simone Weil, &#171; Allons-nous vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? &#187; 25 ao&#251;t 1933</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8092</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8092</guid>
		<dc:date>2023-06-27T22:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Simone Weil, &#171; Allons-nous vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? &#187; 25 ao&#251;t 1933 &lt;br class='autobr' /&gt; http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/syndrev/revolutionproletarienne/serieav1939/1933/revolutionproletarienne-n158.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.antilivre.org/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.google.fr/books/edition/Allons_nous_vers_la_R%C3%A9volution_Prol%C3%A9ta/AR9kEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=r%C3%A9volution+prol%C3%A9tarienne&amp;printsec=frontc&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Simone Weil, &#171; Allons-nous vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
25 ao&#251;t 1933&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L189xH266/indexqs-5-70366.jpg?1777607081' width='189' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/syndrev/revolutionproletarienne/serieav1939/1933/revolutionproletarienne-n158.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/syndrev/revolutionproletarienne/serieav1939/1933/revolutionproletarienne-n158.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.antilivre.org/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.antilivre.org/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne/allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Allons_nous_vers_la_R%C3%A9volution_Prol%C3%A9ta/AR9kEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=r%C3%A9volution+prol%C3%A9tarienne&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Allons_nous_vers_la_R%C3%A9volution_Prol%C3%A9ta/AR9kEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=r%C3%A9volution+prol%C3%A9tarienne&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-finir-avec-ce-monde.fr/2020/01/simone-weil-allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne-1933.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-finir-avec-ce-monde.fr/2020/01/simone-weil-allons-nous-vers-la-revolution-proletarienne-1933.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=IQ4NIqpba3I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=IQ4NIqpba3I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cras31.info/IMG/pdf/larpnumero158.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cras31.info/IMG/pdf/larpnumero158.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=simone+weil+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=simone+weil+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=La+r%C3%A9volution+prol%C3%A9tarienne+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=La+r%C3%A9volution+prol%C3%A9tarienne+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passait en 1933 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?q=allemagne+1933+site%3Amatierevolution.fr&amp;client=firefox-b-d&amp;ei=tTBdY5r7BJK8a431k_AO&amp;ved=0ahUKEwjaqdzDy4X7AhUS3hoKHY36BO4Q4dUDCA4&amp;uact=5&amp;oq=allemagne+1933+site%3Amatierevolution.fr&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFC1CFi_E2CYFmgBcAB4AIABJ4gBxgKSAQIxMJgBAKABAcABAQ&amp;sclient=gws-wiz-serp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/search?q=allemagne+1933+site%3Amatierevolution.fr&amp;client=firefox-b-d&amp;ei=tTBdY5r7BJK8a431k_AO&amp;ved=0ahUKEwjaqdzDy4X7AhUS3hoKHY36BO4Q4dUDCA4&amp;uact=5&amp;oq=allemagne+1933+site%3Amatierevolution.fr&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFC1CFi_E2CYFmgBcAB4AIABJ4gBxgKSAQIxMJgBAKABAcABAQ&amp;sclient=gws-wiz-serp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?q=fascisme+site%3Amatierevolution.fr&amp;client=firefox-b-d&amp;ei=ODFdY_jbOI-GlwTJkbf4AQ&amp;ved=0ahUKEwj418uCzIX7AhUPw4UKHcnIDR8Q4dUDCA4&amp;uact=5&amp;oq=fascisme+site%3Amatierevolution.fr&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFCrBliQEGDqEWgBcAB4AIABKogBhwKSAQE4mAEAoAEBwAEB&amp;sclient=gws-wiz-serp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/search?q=fascisme+site%3Amatierevolution.fr&amp;client=firefox-b-d&amp;ei=ODFdY_jbOI-GlwTJkbf4AQ&amp;ved=0ahUKEwj418uCzIX7AhUPw4UKHcnIDR8Q4dUDCA4&amp;uact=5&amp;oq=fascisme+site%3Amatierevolution.fr&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFCrBliQEGDqEWgBcAB4AIABKogBhwKSAQE4mAEAoAEBwAEB&amp;sclient=gws-wiz-serp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil sur l'Allemagne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesauterhin.eu/rien-au-monde-ne-peut-nous-interdire-detre-lucides-simone-weil-en-allemagne-1932-1933/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesauterhin.eu/rien-au-monde-ne-peut-nous-interdire-detre-lucides-simone-weil-en-allemagne-1932-1933/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article135278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article135278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions sur l'hitl&#233;risme, Simone Weil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;marxisme&#034; de Simone Weil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2007-3-page-207.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2007-3-page-207.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'incendie du Reichstag et ses buts</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7796</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7796</guid>
		<dc:date>2023-02-01T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Un proc&#232;s politique sans axe politique 26 novembre 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le proc&#232;s de l'incendie du Reichstag approche de son point culminant. Quel est le type de d&#233;cision qui va &#234;tre dict&#233; d'en haut aux juges ? Le gouvernement est en mauvaise posture. Si on cherche des pr&#233;c&#233;dents historiques, il faut bien s&#251;r se tourner vers l'affaire Dreyfus en France et l'affaire Beilis dans la Russie tsariste [1]. On a bien r&#233;ussi &#224; condamner le capitaine Dreyfus &#224; l'&#206;le du Diable, malgr&#233; l'absence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un proc&#232;s politique sans axe politique&lt;br class='autobr' /&gt;
26 novembre 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de l'incendie du Reichstag approche de son point culminant. Quel est le type de d&#233;cision qui va &#234;tre dict&#233; d'en haut aux juges ? Le gouvernement est en mauvaise posture. Si on cherche des pr&#233;c&#233;dents historiques, il faut bien s&#251;r se tourner vers l'affaire Dreyfus en France et l'affaire Beilis dans la Russie tsariste [1]. On a bien r&#233;ussi &#224; condamner le capitaine Dreyfus &#224; l'&#206;le du Diable, malgr&#233; l'absence de preuves, gr&#226;ce au fait que le conseil de guerre si&#233;geait &#224; huis clos. Dans le proc&#232;s Beilis, qui a &#233;t&#233; public et dans lequel la presse a pris une part active, les ma&#238;tres se sont r&#233;v&#233;l&#233;s impuissants &#224; imposer la condamnation d'un employ&#233; juif pour le meurtre d'un enfant chr&#233;tien. Mais le tribunal a prononc&#233; un verdict selon lequel le meurtre pouvait avoir &#233;t&#233; commis pour des raisons rituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler sera&#8209;t&#8209;il oblig&#233; de chercher une inspiration dans la d&#233;cision classique de la justice de Kiev ? Du fait qu'il est impossible, de quelque mani&#232;re que ce soit, de soutenir l'accusation contre les communistes, qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par hasard, le tribunal de Leipzig pourrait d&#233;cr&#233;ter que le crime a &#233;t&#233; commis par le parti communiste par l'interm&#233;diaire de criminels non identifi&#233;s. G&#246;ring, bien s&#251;r, aimerait bien pendre Dimitrov [2]. Mais il est de la plus extr&#234;me importance pour ce gouvernement qui a r&#244;ti ses ch&#226;taignes dans les flammes du Reichstag [3] d'&#233;tablir que cet incendie a &#233;t&#233; allum&#233;, sinon par ceux&#8209;l&#224;, du moins par d'autres communistes. C'est sa t&#226;che politique. Cependant, c'est pr&#233;cis&#233;ment sous son aspect politique que le proc&#232;s de Leipzig est le plus faible. L'accusation est non seulement fausse juridiquement, elle est absurde politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quel objectif en t&#234;te le parti communiste a&#8209;t&#8209;il pr&#233;tendument mis le feu au Reichstag ? La r&#233;ponse officielle est celle&#8209;ci : c'&#233;tait le signal de l'insurrection. &#192; force d'&#234;tre utilis&#233;e, la formule semble avoir acquis un semblant de contenu. Mais elle est tout &#224; fait creuse. Un signal n'est un signal que si sa signification est comprise de ceux auxquels il s'adresse. Par exemple, pendant l'insurrection d'octobre &#224; Petrograd, les dirigeants avaient pr&#233;vu d'avance que le croiseur Aurora tirerait un coup &#224; blanc quand une lanterne rouge appara&#238;trait sur la tour de la forteresse Pierre&#8209;et&#8209;Paul. Si le Palais d'Hiver ne se rendait pas &#224; la suite du coup de canon &#224; blanc, alors l'artillerie de la forteresse Pierre&#8209;et&#8209;Paul commencerait le bombardement. La lanterne rouge &#233;tait un signal pour les artilleurs de l'Aurora ; le coup de canon &#224; blanc de l'Aurora un signal pour les artilleurs de la forteresse. Dans ce cas, le signal avait une signification technique sp&#233;cifique compr&#233;hensible par ceux auxquels il s'adressait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la nature m&#234;me de l'affaire, il est &#233;vident que la m&#233;thode de signalisation doit &#234;tre aussi simple que possible et facile &#224; r&#233;aliser sur le plan technique. Les instruments du signal doivent &#234;tre &#224; la port&#233;e directe des dirigeants. Allumer une lanterne rouge est une chose tr&#232;s diff&#233;rente que de mettre le feu au Reichstag. Est&#8209;il concevable que qui que ce soit ait pu escompter que le Reichstag pouvait &#234;tre incendi&#233; &#224; tout moment selon les besoins, et que les flammes ne seraient pas imm&#233;diatement &#233;teintes, mais que l'incendie gagnerait ? Une entreprise de ce type est li&#233;e &#224; bien trop d'inconnues pour qu'on puisse la choisir comme un &#8220; signal &#8221; ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que &#8211; pour des raisons que nous ne saisissons pas et que personne jusqu'&#224; maintenant n'a m&#234;me tent&#233; de nous expliquer &#8211; les commandants communistes aient d&#233;cid&#233; d'annoncer l'heure de l'attaque au moyen d'une gigantesque conflagration au c&#339;ur de la capitale. Pour atteindre ses objectifs, il e&#251;t en tout cas fallu que l'&#233;tat&#8209;major central ait donn&#233; des instructions aux &#233;tats&#8209;majors r&#233;gionaux afin qu'ils prennent possession des rues, les armes &#224; la main, d&#232;s que le d&#244;me du Reichstag serait embras&#233; par les flammes. Beaucoup de gens auraient donc d&#251; &#234;tre initi&#233;s d'avance au secret de l'incendie. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, un signal aussi colossal qu'un b&#226;timent parlementaire en flammes n'aurait pu &#234;tre destin&#233; &#224; une poign&#233;e d'hommes &#8211; pour eux, un t&#233;l&#233;phone aurait suffi &#8211; mais &#224; des milliers, sinon &#224; des dizaines et des centaines de milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc cet aspect extr&#234;mement important de l'affaire est&#8209;il compl&#232;tement immerg&#233; dans les ombres du tribunal ? Depuis l'&#233;poque de l'incendie, des dizaines de milliers de gens ont r&#233;ussi &#224; d&#233;serter les rangs du parti communiste et &#224; rallier les nazis pour &#233;chapper &#224; la terreur. Des ren&#233;gats de ce genre ont figur&#233; au proc&#232;s en qualit&#233; de t&#233;moins &#224; charge principaux de l'accusation. Dans plusieurs camps de concentration, la majorit&#233; des prisonniers ont vot&#233; pour Hitler. Si, parmi tous ces &#8220; repentis &#8221;, il ne s'est pas trouv&#233; de t&#233;moins &#8211; pas des centaines ou des milliers, mais m&#234;me des individus isol&#233;s &#8211; pour r&#233;v&#233;ler devant le tribunal le secret de ce signal, c'est donc la preuve irr&#233;futable qu'il n'existe pas un semblable secret. La conclusion est claire : un signal dont personne ne sait rien n'est pas un signal. Le d&#244;me embras&#233; du Reichstag ne proclamait rien et n'appelait &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut&#8209;&#234;tre s'agit&#8209;il, non d'un signal technique, mais, pour ainsi dire, d'un signal &#8220; spirituel &#8221; ? La t&#226;che des incendiaires, dira le procureur, &#233;tait de frapper un coup audacieux offensif pour soulever les masses et les lancer dans la voie de l'insurrection. En d'autres termes, l'incendie ne fut pas un signal au sens r&#233;el du terme, mais un acte de terrorisme r&#233;volutionnaire. Mais cette version ne r&#233;siste pas non plus au plus l&#233;ger souffle de critique. S'il s'&#233;tait agi au moins d'un quartier&#8209;g&#233;n&#233;ral nazi, ou disons, d'une pr&#233;fecture de police, l'incendie du b&#226;timent aurait eu un semblant de signification politique, pourvu, bien entendu, que cet acte ait &#233;t&#233; accompagn&#233; d'autres actions agressives pr&#233;par&#233;es d'avance. Mais l'incendie d'un b&#226;timent &#8220; neutre &#8221; comme le Reichstag, ouvert &#224; tous les partis, ne pouvait rien signifier pour les masses. En fait le feu aurait pu y prendre de fa&#231;on accidentelle. Comment et pourquoi une lueur rouge au&#8209;dessus du d&#244;me du Reichstag aurait signifi&#233; pour les masses une association arbitraire avec l'id&#233;e de l'insurrection imm&#233;diate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En planifiant quelque action que ce soit, un parti terroriste, comme, par exemple, les socialistes r&#233;volutionnaires russes &#224; l'&#233;poque du tsarisme, est avant tout pr&#233;occup&#233; de rendre ce coup aussi clair et aussi attirant que possible pour les masses nationales. M&#234;me avant son acte terroriste, le parti publierait des manifestes au moyen desquels il chercherait &#224; centrer la haine de la population contre une personne ou une institution donn&#233;e. L'acte lui&#8209;m&#234;me s'accompagnerait de la publication de proclamations expliquant sa signification r&#233;volutionnaire. Nous n'avons d&#233;couvert aucune de ces conditions n&#233;cessaires d'un terrorisme politique &#224; Berlin ! vers la fin de f&#233;vrier. Au cours de ces journ&#233;es, les communistes s'agitaient pour des &#233;lections au Reichstag et pas pour l'incendier. Ni dans la nuit de l'incendie, ni ensuite, n'a paru en Allemagne une seule proclamation expliquant aux masses la signification de ce myst&#233;rieux &#233;v&#233;nement. Il n'est pas &#233;tonnant qu'&#224; l'exception de G&#246;ring et de ses agents, personne n'ait interpr&#233;t&#233; cet incendie comme un signal pour l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorant la v&#233;ritable nature du terrorisme politique, le procureur affirme que le parti communiste, comme tous les criminels de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, cherche naturellement &#224; dissimuler sa participation au crime. On pourrait soutenir avec un &#233;gal bonheur qu'Erostrate, en cherchant &#224; s'immortaliser par l'incendie du temple d'Eph&#232;se, cherchait en m&#234;me temps &#224; dissimuler son nom pour &#233;chapper aux cons&#233;quences de son acte. Puisqu'aucune organisation n'assume ouvertement la responsabilit_e9 de cette &#339;uvre de destruction, n'en explique le sens et n'appelle les masses &#224; l'action, il ne reste plus qu'une salle de r&#233;union carbonis&#233;e, mais l'acte politique dispara&#238;t. Dans son z&#232;le irrationnel, l'accusation arrache un proc&#232;s politique de son axe politique. Un &#233;tat&#8209;major insurrectionnel ne pouvait pas plus donner de fa&#231;on anonyme le signal de l'insurrection qu'un gouvernement d&#233;clarer la guerre de fa&#231;on anonyme. Un parti r&#233;volutionnaire pr&#234;t &#224; descendre dans la rue pour le renversement arm&#233; du syst&#232;me existant ne rejetterait pas la responsabilit&#233; de l'incendie de quelques pupitres et carpettes, si c'&#233;tait n&#233;cessaire au cours de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous en arrivons ici &#224; examiner les personnes tenues pour les &#8220; incendiaires &#8221;. Ils sont cinq : un Hollandais ch&#244;meur, le pr&#233;sident de la fraction communiste au Reichstag, et trois communistes bulgares [4]. La premi&#232;re question qui se pose est la suivante : pourquoi le signal pour le soul&#232;vement des ouvriers allemands &#233;tait&#8209;il donn&#233; par quatre &#233;trangers ? Un t&#233;moin de l'accusation a cherch&#233; &#224; expliquer cette &#233;nigme en disant que le parti communiste voulait &#8220; d&#233;tourner de lui l'attention &#8221; en mettant en avant des &#233;trangers. Nous nous heurtons une fois de plus &#224; la m&#234;me absurdit&#233; : un parti qui, pour les objectifs de l'insurrection, devrait avoir concentr&#233; sur lui l'attention des masses, s'occuperait &#224; &#8220; la d&#233;tourner &#8221;. Mais s'il s'agissait de dissimuler la participation apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; cet incendie anonyme et par cons&#233;quent sans objectif, alors comment se fait&#8209;il que le pr&#233;sident de la fraction communiste, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire le repr&#233;sentant le plus &#233;minent et le plus responsable du parti dans les murs du Reichstag, soit arriv&#233; &#224; y &#234;tre impliqu&#233; et, de plus, non en qualit&#233; de l'un des dirigeants de cet acte de terrorisme, mais en tant qu'incendiaire direct ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus ahurissante encore, si possible, est la pr&#233;tendue participation de Dimitrov &#224; cet incendie &#8211; Dimitrov, qui est un vieux r&#233;volutionnaire et qui &#233;tait d&#233;j&#224; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des syndicats bulgares en 1910 quand l'auteur de ces lignes l'a rencontr&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; Sofia. Selon sa d&#233;position devant le tribunal, Dimitrov s'est install&#233; &#224; Berlin pour mieux se consacrer aux affaires bulgares, et, pr&#233;cis&#233;ment pour cela, il a &#233;vit&#233; toute esp&#232;ce de lien avec les activit&#233;s du parti communiste allemand. M&#234;me ses ennemis n'ont aucune raison de douter de sa parole [5]. Il n'est pas difficile de comprendre qu'un homme politique responsable, dirigeant de Berlin le travail de son parti en Bulgarie, ne prendrait pas le risque d'&#234;tre arr&#234;t&#233; et exil&#233; pour une participation de second ordre aux affaires allemandes. Pour la Bulgarie, Dimitrov &#233;tait unique ; pour l'Allemagne, il pouvait &#234;tre seulement un parmi de nombreux autres. Mais, m&#234;me si on laisse de c&#244;t&#233; cette consid&#233;ration irr&#233;futable, la question reste de savoir pourquoi le parti communiste allemand ne pouvait trouver pour assister Van der Lubbe [6] quelqu'un d'autre qu'un membre du pr&#233;sidium de l'Internationale communiste. Bien plus, la participation de Dimitrov aurait pu s'expliquer si l'objectif avait &#233;t&#233; non de &#8220; d&#233;tourner l'attention du parti &#8221;, mais au contraire de d&#233;montrer que l'incendie &#233;tait l'&#339;uvre de l'Internationale communiste dans son ensemble. Puisque Dimitrov, avec les deux autres Bulgares, &#233;tait arriv&#233; en Allemagne venant de Moscou, leur participation &#224; l'incendie du Reichstag aurait en m&#234;me temps servi &#224; r&#233;v&#233;ler la main des soviets devant le monde entier. M&#234;me si l'on suppose que quelqu'un ait eu besoin d'une telle d&#233;monstration, ce ne pouvait &#234;tre en tout cas ni les communistes allemands, ni Moscou. Pourquoi le choix s'est&#8209;il donc port&#233; sur Dimitrov ? Et qui l'a choisi ? Du point de vue des objectifs politiques du proc&#232;s, il faut bien reconna&#238;tre que c'&#233;tait le pire choix possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisateurs de ce proc&#232;s avaient entre leurs mains des moyens exceptionnels de mise en sc&#232;ne &#8211; une r&#233;serve illimit&#233;e de t&#233;moins de l'accusation pr&#234;ts &#224; t&#233;moigner tout ce qu'on leur commanderait, la panique de tous les t&#233;moins possibles de la d&#233;fense, la totale absence de critique de la part de la presse, et la soumission totale aux gouvernants de la police, de l'accusation, des juges et m&#234;me des avocats de la d&#233;fense. On pourrait croire que le succ&#232;s de n'importe quelle accusation serait, dans ces conditions, assur&#233; d'avance. N&#233;anmoins, le proc&#232;s est entr&#233; dans sa troisi&#232;me phase &#8220; politique &#8221; comme une cause perdue par Hitler. La cl&#233; de l'&#233;nigme est simple : le parti communiste d'Allemagne n'a pas pris le chemin de l'insurrection. Il n'a pas &#233;t&#233; &#233;cras&#233; au combat comme la Commune de Paris en 1871 ou le prol&#233;tariat russe en 1905 : il s'est montr&#233; incapable de se battre. En dehors de son appel symbolique pour une &#8220; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#8221; &#8211; une feuille de papier imprim&#233;e &#224; laquelle aucun homme n'a r&#233;pondu &#8211; le parti communiste a &#233;t&#233; et est rest&#233; un objet passif tout au long des tragiques &#233;v&#233;nements qui ont chang&#233; la face de l'Allemagne. Que celui qui en doute lise la lettre de Maria Reese [7], la populaire d&#233;put&#233;e communiste au Reichstag, qui a rompu avec son parti pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il s'est r&#233;v&#233;l&#233; impuissant non seulement &#224; prendre l'offensive, mais m&#234;me &#224; mener un combat d&#233;fensif, parce qu'il n'a pu rien pr&#233;voir, parce qu'il a &#233;t&#233; incapable de se pr&#233;parer &#224; quoi que ce soit, et parce qu'il n'avait ni les ressources, ni les raisons de donner aux masses des signaux r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y avait eu &#224; sa place un autre parti capable d'assurer la d&#233;fense, il aurait eu le choix entre diff&#233;rents moyens et m&#233;thodes de lutte, mais aucun ne l'aurait conduit &#224; incendier le Reichstag. Et si, contrairement &#224; tout sens politique sain, un parti r&#233;volutionnaire avait d&#233;cid&#233; de mettre le feu au Reichstag, il n'aurait pas choisi pour ce travail un myst&#233;rieux ch&#244;meur hollandais qui ne pouvait comprendre personne sans difficult&#233; et &#224; qui on ne pouvait rien confier ; ni le pr&#233;sident de la fraction parlementaire, toujours sous les yeux du public ; ni un membre du pr&#233;sidium de l'Internationale communiste, personnifiant Moscou ; ni deux jeunes Bulgares incapables de parler l'allemand. Finalement, si un parti communiste avait incendi&#233; le Reichstag par l'interm&#233;diaire d'un groupe aussi fantastique d'incendiaires, il aurait au moins expliqu&#233; aux ouvriers la signification politique de cet acte. Aucune d&#233;position des t&#233;moins, aucune &#8220; piste &#8221;, ni les jurons de G&#246;ring ne sont capables de soutenir l'inconsistance politique interne de l'accusation. Que le procureur affirme avec le cynisme qui l'a distingu&#233; dans ce proc&#232;s cynique : c'&#233;tait ainsi. L'implacable logique de la politique le r&#233;fute en r&#233;pliquant : cela ne peut avoir &#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le capitaine fran&#231;ais Alfred Dreyfus (1859&#8209;1935), officier d'&#233;tat&#8209;major, avait &#233;t&#233; condamn&#233; pour espionnage au profit de l'Allemagne en 1894, &#224; la suite d'une enqu&#234;te et d'un jugement plus inspir&#233;s par l'antis&#233;mitisme que par la justice : on sait que l'&#8220; affaire Dreyfus &#8221; devait secouer la France pendant plusieurs ann&#233;es. Lib&#233;r&#233; en 1899, Dreyfus ne devait &#234;tre d&#233;finitivement blanchi et r&#233;int&#233;gr&#233; dans ses droits qu'en 1906. L'ouvrier juif Menahem T. Beilis (1874&#8209;1934) avait &#233;t&#233; accus&#233; &#224; Kiev en 1913 d'avoir commis un &#8220; crime rituel &#8221; sur un enfant chr&#233;tien. Il avait &#233;t&#233; acquitt&#233; apr&#232;s une f&#233;roce agitation antis&#233;mite et d'importants mouvements de solidarit&#233; des ouvriers juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Hermann G&#246;ring (1893&#8209;1946), ancien &#8220; as &#8221; de l'aviation allemande pendant la guerre, un des principaux lieutenants de Hitler et chefs du parti nazi &#233;tait ministre&#8209;pr&#233;sident de Prusse. Gueorgui Dimitrov (1882&#8209;1949), ouvrier imprimeur, avait milit&#233; dans le parti social&#8209;d&#233;mocrate bulgare d&#232;s 1902. En 1909, il &#233;tait membre du comit&#233; central et secr&#233;taire de la centrale syndicale contr&#244;l&#233;e par son parti &#8211; celui des tesnjaki ou &#8220; &#233;troits &#8221; &#8211;, le seul parti d'Europe centrale qui f&#251;t proche du parti bolchevique. Il avait &#233;t&#233; l'un des fondateurs du P.C. en Bulgarie, et l'un de ses dirigeants. Condamn&#233; &#224; mort apr&#232;s l'insurrection de 1923, il s'&#233;tait &#233;tabli &#224; Moscou. I !l &#233;tait entr&#233; en 1929 dans l'appareil clandestin de l'I.C. et avait &#233;t&#233; envoy&#233; &#224; Berlin o&#249; il &#233;tait connu des autorit&#233;s sous le nom de Dr Hediger, et, dans le parti, sous celui de Helmuth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La stupeur provoqu&#233;e par l'incendie du Reichstag avait permis au gouvernement nazi d'appliquer son plan de mise hors la loi du K.P.D. et l'arrestation massive de ses militants et cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Aux c&#244;t&#233;s de Torgler, chef de la fraction du K.P.D. au Reichstag, et de Dimitrov, figuraient aussi sur le banc des accus&#233;s le Hollandais Van der Lubbe (voir plus bas), et deux autres militants bulgares, Vassil Tanev (1897&#8209;1942), collaborateur de Dimitrov, et Blagoi Popov (n&#233; en 1902), dirigeant des J.C. bulgares et de l'Internationale des jeunes..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Trotsky joue ici le jeu de la d&#233;fense : il ne devait pas en effet ignorer que Dimitrov &#233;tait &#224; Berlin le responsable du bureau d'Europe occidentale de l'I.C., et que son autorit&#233; politique s'&#233;tendait &#224; l'Allemagne, non &#224; la Bulgarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Hollandais Marinus Van der Lubbe (1909&#8209;1934), qui semble avoir &#233;t&#233; plus ou moins li&#233; dans le pass&#233; &#224; des groupes gauchistes issus du courant communiste de gauche de Gorter et Pannekoek, a fait au cours du proc&#232;s curieuse impression sur les t&#233;moins qui l'ont parfois suppos&#233; drogu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir l'article de Trotsky du 10.11.1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/09/lt19330920.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/09/lt19330920.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quatorze questions &#224; L&#233;on Trotsky</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7795</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7795</guid>
		<dc:date>2023-01-05T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1932 L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations familiales sous les soviets Quatorze questions &#224; L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
1. &#034;L'&#201;tat sovi&#233;tique transforme-t-il les hommes en robots ?&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi donc ? Je me le demande. Les id&#233;ologues du syst&#232;me patriarcal comme Tolsto&#239; ou Ruskin, objectent que le machinisme transforme le paysan libre et l'artisan en de tristes automates. Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, cette accusation a surtout &#233;t&#233; port&#233;e contre le syst&#232;me industriel am&#233;ricain (taylorisme, fordisme). (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1932&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations familiales sous les soviets&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatorze questions &#224; L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#034;L'&#201;tat sovi&#233;tique transforme-t-il les hommes en robots ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ? Je me le demande. Les id&#233;ologues du syst&#232;me patriarcal comme Tolsto&#239; ou Ruskin, objectent que le machinisme transforme le paysan libre et l'artisan en de tristes automates. Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, cette accusation a surtout &#233;t&#233; port&#233;e contre le syst&#232;me industriel am&#233;ricain (taylorisme, fordisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre allons-nous maintenant entendre, venant de Chicago et de D&#233;troit, un toll&#233; contre la machine qui d&#233;truit les &#226;mes ? Pourquoi ne pas revenir &#224; la hache de pierre et aux habitations sur pilotis, pourquoi ne pas revenir aux v&#234;tements en peau de mouton ? Non ; nous refusons de le faire. Dans le domaine de la m&#233;canisation, la R&#233;publique sovi&#233;tique n'est jusqu'&#224; pr&#233;sent qu'un disciple des &#201;tats-Unis et n'a pas l'intention de s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre la question ne vise-t-elle pas le fonctionnement m&#233;canique, mais les traits distinctifs de l'ordre social. Les hommes ne deviennent-ils pas des robots dans l'&#201;tat sovi&#233;tique parce que les machines appartiennent &#224; l'&#201;tat et ne sont pas propri&#233;t&#233; priv&#233;e ? Il suffit de poser clairement la question pour montrer qu'elle n'a pas de fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste enfin la question du r&#233;gime politique, de la dure dictature, de la tension la plus &#233;lev&#233;e de toutes les forces, du bas niveau de vie de la population. Cela n'aurait aucun sens de nier ces faits. Mais ils sont l'expression non pas tant du nouveau r&#233;gime que de l'h&#233;ritage redoutable de l'arri&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature devra devenir plus douce et plus douce &#224; mesure que le bien-&#234;tre &#233;conomique du pays augmentera. L'actuel commandement des hommes c&#233;dera la place &#224; la disposition des choses. La route ne m&#232;ne pas au robot mais &#224; un homme d'un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#034;L'&#201;tat sovi&#233;tique est-il compl&#232;tement domin&#233; par un petit groupe qui exerce au Kremlin des pouvoirs oligarchiques sous le couvert d'une dictature du prol&#233;tariat ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce n'est pas le cas. Selon les circonstances la m&#234;me classe peut r&#233;gner &#224; l'aide de m&#233;thodes politiques et de syst&#232;mes diff&#233;rents. Ainsi, sur le chemin de son histoire, la bourgeoisie a poursuivi son r&#232;gne sous la monarchie absolue, le bonapartisme, la r&#233;publique parlementaire et la dictature fasciste. Toutes ces formes de gouvernement ont conserv&#233; un caract&#232;re capitaliste dans la mesure o&#249; les richesses les plus importantes de la nation, l'administration des moyens de production, des &#233;coles et de la presse, sont rest&#233;es uniquement entre les mains de la bourgeoisie, et en dans la mesure o&#249; les lois prot&#232;geaient surtout la propri&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime sovi&#233;tique signifie la domination du prol&#233;tariat, quelle que soit l'&#233;tendue de la couche sociale qui concentre le pouvoir directement entre ses mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#034;Les Sovi&#233;tiques ont-ils confisqu&#233; la joie de l'enfance et transform&#233; l'&#233;ducation en un syst&#232;me de propagande bolcheviste ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation des enfants a toujours et partout &#233;t&#233; li&#233;e &#224; la propagande. La propagande commence par instiller les avantages de se moucher dans mouchoir plut&#244;t que dans ses doigts, et progresse vers les avantages de la plate-forme r&#233;publicaine sur celle des d&#233;mocrates, ou vice versa. L'&#233;ducation dans l'esprit de la religion est de la propagande ; vous ne refuserez s&#251;rement pas d'admettre que saint Paul &#233;tait l'un des plus grands propagandistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation mondaine port&#233;e par la R&#233;publique fran&#231;aise est impr&#233;gn&#233;e de propagande jusqu'&#224; la moelle. Son id&#233;e principale est que toutes les vertus sont inh&#233;rentes &#224; la nation fran&#231;aise ou, plus exactement, &#224; la classe dirigeante de la nation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut nier que l'&#233;ducation des enfants sovi&#233;tiques soit aussi de la propagande. La seule diff&#233;rence est que dans les pays bourgeois il s'agit d'injecter &#224; l'enfant le respect des vieilles institutions et des id&#233;es tenues pour acquises. En URSS, il s'agit de nouvelles id&#233;es, et donc la propagande saute aux yeux. La &#171; propagande &#187;, dans le mauvais sens du terme, est le nom que les gens donnent habituellement &#224; la d&#233;fense et &#224; la diffusion d'id&#233;es qui ne leur plaisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de conservatisme et de stabilit&#233;, la propagande quotidienne n'est pas perceptible. En p&#233;riode de r&#233;volution, la propagande prend n&#233;cessairement un caract&#232;re belliqueux et agressif. Quand je suis rentr&#233; du Canada &#224; Moscou avec ma famille au d&#233;but du mois de mai 1917, mes deux gar&#231;ons ont &#233;tudi&#233; dans un &#171; gymnase &#187; (&#224; peu pr&#232;s, un lyc&#233;e) fr&#233;quent&#233; par les enfants de nombreux politiciens, dont certains ministres du gouvernement provisoire. Dans tout le gymnase, il n'y avait que deux bolcheviks, mes fils et un troisi&#232;me sympathisant. Malgr&#233; la r&#232;gle officielle, &#171; l'&#233;cole doit &#234;tre libre de politique &#187;, mon fils, &#226;g&#233; de douze ans &#224; peine, a &#233;t&#233; impitoyablement battu en tant que bolchevik. Apr&#232;s que je fus &#233;lu pr&#233;sident du Soviet de Petrograd, mon fils n'a jamais &#233;t&#233; appel&#233; autrement que &#8220;Pr&#233;sident&#8221; et a &#233;t&#233; pass&#233; &#224; tabac deux fois. C'&#233;tait de la propagande contre le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents et les enseignants d&#233;vou&#233;s &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; crient contre la &#171; propagande &#187;. Si un &#201;tat veut construire une nouvelle soci&#233;t&#233;, peut-il faire autrement que commencer par l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La propagande sovi&#233;tique prive-t-elle l'enfance de joie ?&#034; Mais, pour quelle raison et de quelle mani&#232;re le ferait-elle ? Les enfants sovi&#233;tiques jouent, chantent, dansent et pleurent comme tous les autres enfants. Le soin particulier du r&#233;gime sovi&#233;tique pour les enfants est admis m&#234;me par des observateurs malveillants. Par rapport &#224; l'ancien r&#233;gime, la mortalit&#233; infantile a diminu&#233; de moiti&#233;. C'est vrai, on ne dit rien aux enfants sovi&#233;tiques du p&#233;ch&#233; originel et du paradis. En ce sens, on peut dire que les enfants sont priv&#233;s des joies de la vie apr&#232;s la mort. N'&#233;tant pas expert en la mati&#232;re, je ne m'hasarde pas &#224; juger de l'&#233;tendue de la perte. Pourtant, les douleurs de vie pr&#233;sente prennent un certain ascendant sur les joies de la vie &#224; venir. Si les enfants absorbent la quantit&#233; de calories n&#233;cessaire, l'abondance de leurs forces vives leur fera trouver suffisamment de raisons de se r&#233;jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, mon petit-fils de cinq ans est venu me voir de Moscou. Bien qu'il ne sache rien de Dieu, je ne pouvais trouver en lui aucune inclination particuli&#232;rement p&#233;cheresse, sauf quand, avec l'aide de certains journaux, il avait r&#233;ussi &#224; boucher herm&#233;tiquement le tuyau de vidange du lavabo. Pour qu'il se m&#234;le aux autres enfants de Prinkipo, nous avons d&#251; l'envoyer dans un jardin d'enfants dirig&#233; par des religieuses catholiques. Les dignes s&#339;urs n'ont que des &#233;loges pour la morale de mon petit-fils ath&#233;e, qui a maintenant pr&#232;s de sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ce m&#234;me petit-fils, j'ai pu, au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, acqu&#233;rir une bonne connaissance des livres pour enfants russes, ceux des Sovi&#233;tiques ainsi que ceux des &#233;migr&#233;s. Il y a de la propagande dans les deux. Pourtant, les livres sovi&#233;tiques sont incomparablement plus frais, plus pleins de vie. Le petit homme lit et &#233;coute ces livres avec le plus grand plaisir. Non, la propagande sovi&#233;tique ne prive pas les enfants de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#171; Le bolchevisme d&#233;truit-il d&#233;lib&#233;r&#233;ment la famille ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
5. &#034;Le bolchevisme dissout-il toutes les normes morales en mati&#232;re de sexe ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
6. &#034;Est-il vrai que la bigamie et la polygamie ne sont pas punissables sous le syst&#232;me sovi&#233;tique ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on entend par &#171; famille &#187; une union obligatoire bas&#233;e sur le contrat de mariage, la b&#233;n&#233;diction de l'&#233;glise, les droits de propri&#233;t&#233; et le passeport unique, alors le bolchevisme a d&#233;truit &#224; la racine cette notion polici&#232;re de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend par &#171; famille &#187; la domination illimit&#233;e des parents sur les enfants et l'absence de droits l&#233;gaux pour l'&#233;pouse, alors le bolchevisme n'a malheureusement pas encore compl&#232;tement d&#233;truit cet h&#233;ritage de la vieille barbarie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on entend par monogamie l'id&#233;al &#171; familial &#187;, non pas au sens l&#233;gal mais au sens r&#233;el, les bolcheviks ne pourraient pas d&#233;truire ce qui n'est pas sur terre et n'y a jamais &#233;t&#233;, sauf en d'heureuses exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne permet d'affirmer que la loi sovi&#233;tique sur le mariage a incit&#233; &#224; la polygamie et &#224; la polyandrie. Les statistiques sur les relations matrimoniales r&#233;elles ne sont pas disponibles et ne peuvent pas l'&#234;tre. Mais m&#234;me sans colonnes de chiffres, on peut &#234;tre s&#251;r qu'&#224; Moscou les indices des adult&#232;res et des mariages naufrag&#233;s ne sont pas tr&#232;s diff&#233;rents des donn&#233;es correspondantes pour New York, Londres ou Paris et - qui sait ? - sont peut-&#234;tre encore plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la prostitution, la lutte a &#233;t&#233; ardue et assez fructueuse. Cela prouve que les Sovi&#233;tiques n'ont aucune intention de tol&#233;rer cette promiscuit&#233; d&#233;brid&#233;e qui trouve son expression la plus destructrice et venimeuse dans la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mariage long et permanent, bas&#233; sur l'amour et la coop&#233;ration mutuels, voil&#224; la norme id&#233;ale. A cela tendent les influences de l'&#233;cole, de la litt&#233;rature et de l'opinion publique sovi&#233;tique. Lib&#233;r&#233; des cha&#238;nes de la police et du clerg&#233;, et plus tard aussi de celles de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, le lien entre l'homme et la femme trouvera sa propre voie, d&#233;termin&#233;e par la physiologie, la psychologie et le souci du bien-&#234;tre de la race. Le r&#233;gime sovi&#233;tique est encore loin de la solution de ce probl&#232;me ainsi que d'autres probl&#232;mes fondamentaux, mais il a cr&#233;&#233; de s&#233;rieuses conditions pr&#233;alables &#224; leur solution. En tout cas, le probl&#232;me du mariage a cess&#233; d'&#234;tre une question de tradition impos&#233;e et de force aveugle des circonstances ; il a &#233;t&#233; pos&#233; comme un probl&#232;me de raison collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, cinq millions et demi d'enfants naissent en Union sovi&#233;tique. L'exc&#233;dent des naissances sur les d&#233;c&#232;s s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de trois millions. La Russie tsariste ne connaissait pas une telle croissance d&#233;mographique. Ce fait, &#224; lui seul, ne permet pas de parler de d&#233;sint&#233;gration morale ou de baisse des forces vitales de la population russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Est-il vrai que l'inceste n'est pas consid&#233;r&#233; comme une infraction p&#233;nale ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois admettre que je ne me suis jamais int&#233;ress&#233; &#224; cette question du point de vue des poursuites p&#233;nales, de sorte que je ne pourrai pas r&#233;pondre sans obtenir des informations sur ce que la loi sovi&#233;tique dit de l'inceste, si elle en dit quoi que ce soit. Pourtant, je pense que toute la question appartient plus au domaine de la pathologie d'une part, et de l'&#233;ducation d'autre part, qu'&#224; celui de la criminologie. L'inceste diminue les qualit&#233;s souhaitables et la capacit&#233; de survie de l'esp&#232;ce. Pour cette raison m&#234;me, il est consid&#233;r&#233; par la grande majorit&#233; des &#234;tres humains en bonne sant&#233; comme une violation des standards normaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du socialisme est d'amener la raison non seulement dans les relations &#233;conomiques mais aussi autant que possible dans les fonctions biologiques de l'homme. D&#233;j&#224; aujourd'hui, les &#233;coles sovi&#233;tiques font de nombreux efforts pour &#233;clairer les enfants sur les besoins r&#233;els du corps et de l'esprit humain. Je n'ai aucune raison de croire que les cas pathologiques d'inceste sont plus nombreux en Russie que dans d'autres pays. En m&#234;me temps, je suis enclin &#224; soutenir que pr&#233;cis&#233;ment dans ce domaine, l'intervention judiciaire peut faire plus de mal que de bien. Je doute, par exemple, que l'humanit&#233; aurait &#233;t&#233; gagnante si la justice britannique avait envoy&#233; Byron en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#034;Est-il vrai qu'un divorce peut &#234;tre obtenu &#224; la demande ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, c'est vrai. Il aurait &#233;t&#233; plus judicieux de poser une autre question : &#171; Est-il vrai qu'il existe encore des pays o&#249; le divorce ne peut &#234;tre obtenu &#224; la demande de l'une ou l'autre des parties du mariage ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &#171; Est-il vrai que les Sovi&#233;tiques n'ont aucun respect de la chastet&#233; des hommes et des femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que dans ce domaine ce n'est pas le respect mais l'hypocrisie qui a d&#233;clin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il un doute, par exemple, sur le fait qu'Ivar Kreuger, le roi des allumettes, d&#233;crit de son vivant comme un diabolique asc&#232;te et comme un ennemi irr&#233;conciliable des Sovi&#233;tiques, a plus d'une fois d&#233;nonc&#233; l'immoralit&#233; des gar&#231;ons et des filles russes du Komsomol qui ne souhaitaient pas recueillir la b&#233;n&#233;diction de l'&#233;glise sur leurs &#233;treintes ? Sans son naufrage financier, Kreuger serait all&#233; dans sa tombe non seulement encens&#233; en tant qu'homme juste par la Bourse, mais aussi en tant que pilier de la moralit&#233;. Mais maintenant, la presse rapporte que le nombre des femmes d&#233;tenues par Kreuger sur divers continents &#233;tait plusieurs fois multiple du nombre des chemin&#233;es de ses usines d'allumettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les romans fran&#231;ais, anglais et am&#233;ricains d&#233;crivent les familles doubles et triples non pas comme des exceptions mais comme la r&#232;gle. Un jeune observateur allemand tr&#232;s bien inform&#233;, Klaus Mehnert, qui a r&#233;cemment fait publier un livre sur la jeunesse sovi&#233;tique, &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est vrai que les jeunes Russes ne sont pas des parangons de vertu ... mais moralement ils ne sont certainement pas inf&#233;rieurs aux Allemands du m&#234;me &#226;ge.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est vrai. A New York, en f&#233;vrier 1917, j'ai observ&#233; un soir dans une wagon du m&#233;tro environ deux douzaines d'&#233;tudiants avec leurs amies. Bien qu'il y ait un certain nombre de personnes dans la voiture qui n'&#233;taient pas de leur groupe, la conduite des plus vifs de ces couples &#233;tait telle qu'on pouvait tout de suite dire que, m&#234;me si ces jeunes croyaient en principe &#224; la monogamie, en pratique ils y venaient par des chemins bien d&#233;tourn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition de la loi am&#233;ricaine sur la prohibition ne signifierait nullement que la nouvelle administration s'efforcerait d'encourager l'ivresse. De m&#234;me, l'abolition par le gouvernement sovi&#233;tique d'un certain nombre de lois cens&#233;es prot&#233;ger le foyer domestique, la chastet&#233;, etc., n'a rien &#224; voir avec un effort quelconque pour d&#233;truire la p&#233;rennit&#233; de la famille ou encourager la promiscuit&#233;. Il s'agit simplement d'atteindre, en &#233;levant le niveau mat&#233;riel et culturel, quelque chose qui ne peut &#234;tre atteint par une interdiction formelle ou par un pr&#234;che sans vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &#171; Le but ultime du bolchevisme est-il de reproduire le stade de la ruche ou de la fourmi dans la vie humaine ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
11. &#171; En quoi l'id&#233;al du bolchevisme diff&#232;re-t-il de l'&#233;tat de civilisation qui pr&#233;vaudrait sur la terre si les insectes en avaient obtenu le contr&#244;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questions sont injustes pour les insectes aussi bien que pour l'homme. Ni les fourmis ni les abeilles n'ont &#224; r&#233;pondre de monstruosit&#233;s telles que celles qui remplissent l'histoire humaine. D'un autre c&#244;t&#233;, peu importe combien mauvais peuvent &#234;tre les &#234;tres humains, ils ont des possibilit&#233;s qu'aucun insecte ne peut atteindre. Il ne serait pas difficile de prouver que le but des Sovi&#233;tiques est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;truire toutes les caract&#233;ristiques li&#233;es aux fourmis de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que les abeilles comme les fourmis sont divis&#233;es en classes : certaines travaillent ou se battent, d'autres se sp&#233;cialisent dans la reproduction. Peut-on voir dans une telle sp&#233;cialisation des fonctions sociales l'id&#233;al du bolchevisme ? Ce sont plut&#244;t les caract&#233;ristiques de notre civilisation actuelle pouss&#233;es &#224; leurs limites. Certaines esp&#232;ces de fourmis r&#233;duisent en esclavage des petites fourmis de couleur diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me sovi&#233;tique ne ressemble pas du tout &#224; cela. Les fourmis n'ont m&#234;me pas encore produit leur John Brown ou leur Abraham Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Franklin a d&#233;crit l'homme comme &#171; l'animal qui fabrique des outils &#187;. Cette caract&#233;risation notable est le fondement de l'interpr&#233;tation marxiste de l'histoire. L'outil artificiel a lib&#233;r&#233; l'homme du r&#232;gne animal et a donn&#233; une impulsion au travail de l'esprit humain ; il a provoqu&#233; le passage de l'esclavage au f&#233;odalisme, au capitalisme et au syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la question serait clairement qu'un contr&#244;le universel qui engloberait tout devrait tuer toute individualit&#233;. Le mal du syst&#232;me sovi&#233;tique consisterait alors en son contr&#244;le excessif, n'est-ce pas ? Pourtant, une s&#233;rie d'autres questions, comme nous l'avons vu, accuse les Sovi&#233;tiques de &#238;nerefuser de soumettre au contr&#244;le de l'&#201;tat les domaines les plus intimes de la vie personnelle, l'amour, la famille, les relations sexuelles. La contradiction est parfaitement &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Sovi&#233;tiques ne se fixent nullement pour but de contr&#244;ler la puissance intellectuelle et morale de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, par le contr&#244;le de l'&#233;conomie, ils veulent lib&#233;rer chaque personne humaine du contr&#244;le du march&#233; et de ses forces aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford a organis&#233; la production automobile sur le syst&#232;me de la cha&#238;ne et a ainsi obtenu un rendement &#233;norme. La t&#226;che du socialisme, si l&#8216;on en vient au principe de la technique de production, est d'organiser l'ensemble de l'&#233;conomie nationale et internationale d'apr&#232;s le syst&#232;me de la cha&#238;ne, sur la base d'un plan et d'une proportion pr&#233;cise dans la d&#233;composition des travaux en parties &#233;l&#233;mentaires. Le principe de la cha&#238;ne, transpos&#233; des usines individuelles &#224; toutes les usines et exploitations agricoles, doit se traduire par une telle performance en bout de cha&#238;ne que, compar&#233; &#224; cela, la r&#233;ussite de Ford ressemblera &#224; un mis&#233;rable atelier d'artisanat de la banlieue de D&#233;troit. Une fois qu'il aura conquis la nature, l'homme n'aura plus &#224; gagner son pain quotidien &#224; la sueur de son front. C'est la condition pr&#233;alable &#224; la lib&#233;ration de la personnalit&#233;. D&#232;s que, disons trois ou quatre heures, de travail quotidien suffiront pour satisfaire g&#233;n&#233;reusement tous les besoins mat&#233;riels, chaque homme et chaque femme aura les vingt heures restantes, libres de tout &#171; contr&#244;le &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions d'&#233;ducation, de perfectionnement corporel et spirituel de l'homme seront au centre de l'attention g&#233;n&#233;rale. Les &#233;coles philosophiques et scientifiques, les tendances oppos&#233;es de la litt&#233;rature, de l'architecture et de l'art en g&#233;n&#233;ral, seront pour la premi&#232;re fois d'une importance vitale non seulement pour une couche sup&#233;rieure, mais pour l'ensemble de la population. Lib&#233;r&#233;e de la pression de forces &#233;conomiques aveugles, la lutte des groupes, des tendances et des &#233;coles se tiendra sur le terrain des id&#233;es et prendra un caract&#232;re profond&#233;ment d&#233;sint&#233;ress&#233;. Dans cette atmosph&#232;re, la personnalit&#233; humaine ne s'&#233;tiolera pas, mais au contraire s'&#233;panouira pour la premi&#232;re fois et sera au centre de l'attention g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#034;Est-il vrai que le sovi&#233;tisme apprend aux enfants &#224; ne pas respecter leurs parents ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; sous une forme aussi g&#233;n&#233;rale, cette affirmation n'est qu'une caricature. Pourtant, il est vrai que des progr&#232;s rapides dans les domaines de la technique, des id&#233;es ou des mani&#232;res diminuent g&#233;n&#233;ralement l'autorit&#233; de la g&#233;n&#233;ration plus &#226;g&#233;e, y compris celle des parents. Lorsque les professeurs donnent des conf&#233;rences sur la th&#233;orie darwinienne, l'autorit&#233; de ces parents qui croient qu' &#200;ve a &#233;t&#233; faite &#224; partir d'une c&#244;te d'Adam ne peut que d&#233;cliner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Union sovi&#233;tique, tous les conflits sont incomparablement plus vifs et plus douloureux. Les m&#339;urs des Komsomols doivent in&#233;vitablement se heurter &#224; l'autorit&#233; des parents qui voudraient encore user de leur bon jugement pour marier leurs fils et leurs filles. L'homme de l'Arm&#233;e rouge qui a appris &#224; manier les tracteurs et les moissonneuses-batteuses ne peut pas reconna&#238;tre sur le plan de la technique l'autorit&#233; de son p&#232;re qui travaille avec une charrue en bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conserver sa dignit&#233;, le p&#232;re ne peut plus simplement d&#233;signerer l'ic&#244;ne de la main et renforcer ce geste avec une claque sur le visage. Les parents doivent riposter aux armes de l'esprit. Les enfants qui s'appuient sur l'autorit&#233; officielle de l'&#233;cole se montrent cependant mieux arm&#233;s. L'amour propre bless&#233; du parent se retourne souvent contre l'Etat. Cela se produit g&#233;n&#233;ralement dans les familles hostiles aux buts fondamentaux du nouveau r&#233;gime. La majorit&#233; des parents prol&#233;tariens se acceptent d'autant plus facilement avec la perte d'une partie de leur autorit&#233; parentale que l'&#201;tat prend en charge la plus grande partie de leurs soins parentaux. Pourtant, m&#234;me chez eux, il y a des conflits de g&#233;n&#233;rations. Chez les paysans, ceux-ci prennent une nettet&#233; particuli&#232;re. Est-ce bien ou mal ? Je pense que c'est bien. Sinon, il n'y aurait pas de marche vers l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de souligner ma propre exp&#233;rience. &#192; dix-sept ans, j'ai d&#251; m'&#233;loigner de chez moi. Mon p&#232;re avait tent&#233; de d&#233;terminer le cours de ma vie. Il m'a di t : &#034;M&#234;me dans trois cents ans, les choses que vous visez ne se r&#233;aliseront pas.&#034; Et il ne s'agissait que du renversement de la monarchie. Plus tard, mon p&#232;re a compris les limites de son influence et mes relations avec ma famille se sont r&#233;tablies. Apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre, il a vu son erreur. &#034;Votre v&#233;rit&#233; &#233;tait plus forte&#034;, a-t-il dit. De tels exemples se sont compt&#233;s par milliers et, plus tard, par centaines de milliers et par millions. Ils caract&#233;risent le bouleversement critique d'une p&#233;riode o&#249; &#171; le lien de l'&#226;ge &#187; se brise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &#034;Est-il vrai que les bolcheviks p&#233;nalisent la religion et proscrivent le culte religieux ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation d&#233;lib&#233;r&#233;ment trompeuse a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e mille fois par des faits, des preuves et des t&#233;moignages totalement indiscutables. Pourquoi cela revient-il toujours ? Parce que l'&#233;glise se consid&#232;re pers&#233;cut&#233;e lorsqu'elle n'est pas soutenue par le budget et la police et que ses opposants ne sont pas soumis aux repr&#233;sailles de la pers&#233;cution. Dans de nombreux &#201;tats, la critique scientifique des confessions religieuses est consid&#233;r&#233;e comme un crime ; dans d'autres, elle est simplement tol&#233;r&#233;e. L'&#201;tat sovi&#233;tique agit autrement. Loin de consid&#233;rer le culte religieux comme un crime, il tol&#232;re l'existence de diverses religions, mais soutient en m&#234;me temps ouvertement la propagande mat&#233;rialiste contre les croyances religieuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette situation que l'&#233;glise interpr&#232;te comme une pers&#233;cution religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &#171; Est-il vrai que l'&#201;tat bolchevique, bien qu'hostile &#224; la religion, s'appuie n&#233;anmoins sur les pr&#233;jug&#233;s des masses ignorantes ? Par exemple, les Russes ne consid&#232;rent aucun saint comme vraiment acceptable pour le ciel si son corps ne d&#233;fie pas la d&#233;composition. Est-ce la raison pour laquelle les bolcheviks conservent artificiellement la momie de L&#233;nine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; il s'agit d'une interpr&#233;tation totalement incorrecte, dict&#233;e par les pr&#233;jug&#233;s et l'hostilit&#233;. Je peux faire cette d&#233;claration d'autant plus librement que, depuis le tout d&#233;but, j'ai &#233;t&#233; un opposant d&#233;termin&#233; de l'embaumement, du mausol&#233;e et autres... tout comme la veuve de L&#233;nine, N.K. Kroupskaya. Il ne fait aucun doute que si L&#233;nine, sur son lit de malade, avait pens&#233; un instant qu'ils traiteraient son cadavre comme celui d'un pharaon, il en aurait appel&#233; d'avance, avec indignation, au Parti. J'ai pr&#233;sent&#233; cette objection comme mon principal argument. Le corps de L&#233;nine ne doit pas &#234;tre utilis&#233; contre l'esprit de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;galement soulign&#233; le fait que &#171; l'incorruptibilit&#233; &#187; du cadavre embaum&#233; de L&#233;nine pourrait nourrir des superstitions religieuses. Krassine, qui a d&#233;fendu et a apparemment &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'id&#233;e de l'embaumement, a object&#233; : &#171; Au contraire, ce qui &#233;tait une question de miracle avec les pr&#234;tres deviendra une question de technologie entre nos mains. Des millions de personnes auront une vision de l'apparence de l'homme qui a apport&#233; de si grands changements dans la vie de notre pays. Avec l'aide de la science, nous satisferons cet int&#233;r&#234;t l&#233;gitime des masses et leur expliquerons en m&#234;me temps le myst&#232;re de l'incorruptibilit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, l'&#233;rection du mausol&#233;e poursuivait un objectif politique : renforcer &#233;ternellement l'autorit&#233; des disciples par l'autorit&#233; de l'enseignant. Pourtant, il n'y a pas de raison de voir en cela un appui &#224; la superstition religieuse. Les visiteurs du mausol&#233;e sont inform&#233;s que le m&#233;rite de la pr&#233;servation du corps contre la d&#233;composition est d&#251; &#224; la chimie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#233;ponses n'essaient absolument pas de masquer la situation actuelle en Union sovi&#233;tique, de sous-estimer les r&#233;alisations &#233;conomiques et culturelles, ni encore moins de repr&#233;senter le socialisme comme une &#233;tape d&#233;j&#224; atteinte. Le r&#233;gime sovi&#233;tique est et restera longtemps un r&#233;gime de transition, plein de contradictions et de difficult&#233;s extr&#234;mes. N&#233;anmoins, nous devons voir les faits &#224; la lumi&#232;re de leur &#233;volution. L'Union sovi&#233;tique a recueilli l'h&#233;ritage de l'empire des Romanov. Depuis quinze ans, elle vit entour&#233;e d'un monde hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa situation de forteresse assi&#233;g&#233;e a donn&#233; &#224; la dictature des formes particuli&#232;rement grossi&#232;res. La politique du Japon ne peut pas le moins du monde d&#233;velopper en Russie un sentiment de s&#233;curit&#233;. Le fait que les &#201;tats-Unis, qui ont men&#233; la guerre contre les Sovi&#233;tiques sur leur territoire, n'ont pas encore nou&#233; de relations diplomatiques avec Moscou, a eu aussi une influence &#233;norme et, naturellement, n&#233;gative sur le r&#233;gime interne du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L&#233;on Trotsky a &#233;crit cet article &#224; la fin de 1932, plus d'un an avant la reconnaissance am&#233;ricaine de la Russie. - N.D.E. )&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des d&#233;faites prol&#233;tariennes des ann&#233;es trente</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7343</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7343</guid>
		<dc:date>2021-10-28T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des d&#233;faites prol&#233;tariennes des ann&#233;es trente &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui encore nous, travailleurs, et toute la transformation sociale plus que jamais indispensable, sommes d'abord victimes du succ&#232;s incroyable de la grande arnaque des ann&#233;es trente, commune au stalinisme et &#224; l'imp&#233;rialisme, faire passer l'URSS en pleine contre-r&#233;volution pour le centre de la r&#233;volution communiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;mancipation des ouvriers ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des d&#233;faites prol&#233;tariennes des ann&#233;es trente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore nous, travailleurs, et toute la transformation sociale plus que jamais indispensable, sommes d'abord victimes du succ&#232;s incroyable de la grande arnaque des ann&#233;es trente, commune au stalinisme et &#224; l'imp&#233;rialisme, faire passer l'URSS en pleine contre-r&#233;volution pour le centre de la r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; l'&#233;mancipation des masses. Voil&#224; pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte &#224; mort.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie sovi&#233;tique gagnait en assurance au fur et &#224; mesure que la classe ouvri&#232;re internationale subissait de plus lourdes d&#233;faites. Entre ces deux faits, la relation n'est pas seulement chronologique, elle est causale et r&#233;ciproque : la direction bureaucratique du mouvement contribuait aux d&#233;faites ; les d&#233;faites affermissaient la bureaucratie. La d&#233;faite de l'insurrection bulgare et la retraite sans gloire des ouvriers allemands en 1923. l'&#233;chec d'une tentative de soul&#232;vement en Esthonie en 1924, la perfide liquidation de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Angleterre et la conduite indigne des communistes polonais lors du coup de force de Pilsudsky en 1926, l'effroyable d&#233;faite de la R&#233;volution chinoise en 1927, les d&#233;faites plus graves encore qui suivirent en Allemagne et en Autriche &#8212; telles sont les catastrophes historiques qui ont ruin&#233; la confiance des masses en la r&#233;volution mondiale et permis &#224; la bureaucratie sovi&#233;tique de s'&#233;lever de plus en plus haut comme un phare indiquant la voie du salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous int&#233;resse surtout ici, c'est le fait &#233;difiant et incontestable que les d&#233;faites continues de la r&#233;volution en Europe et en Asie, tout en affaiblissant la situation internationale de l'U.R.S.S., ont extraordinairement affermi la bureaucratie sovi&#233;tique. Deux dates surtout sont m&#233;morables dans cette s&#233;rie historique. Dans la seconde moiti&#233; de 1923, l'attention des ouvriers sovi&#233;tiques se concentra avec passion sur l'Allemagne o&#249; le prol&#233;tariat paraissait avancer la main vers le pouvoir ; la retraite panique du Parti communiste allemand fut pour les masses ouvri&#232;res de l'U.R.S.S. une p&#233;nible d&#233;ception. La bureaucratie sovi&#233;tique d&#233;clencha aussit&#244;t sa campagne contre la &#034;r&#233;volution permanente&#034; et infligea &#224; l'opposition de gauche sa premi&#232;re cruelle d&#233;faite. En 1926-27 la population de l'U.R.S.S. eut un nouvel afflux d'espoir ; tous les regards se port&#232;rent cette fois sur l'Orient o&#249; se d&#233;roulait le drame de la R&#233;volution chinoise. L'opposition de gauche se remit de ses revers et recruta de nouveaux militants. A la fin de 1927, la R&#233;volution chinoise fut torpill&#233;e par le bourreau Tchang Kai-chek auquel les dirigeants de l'Internationale communiste avaient litt&#233;ralement livr&#233; les ouvriers et les paysans chinois. Une vague glac&#233;e de d&#233;senchantement passa sur les masses de l'U.R.S.S. Apr&#232;s une campagne fr&#233;n&#233;tique dans la presse et les r&#233;unions, la bureaucratie se d&#233;cida enfin &#224; proc&#233;der &#224; des arrestations en masse d'opposants (1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de milliers de militants r&#233;volutionnaires s'&#233;taient, il est vrai, rassembl&#233;s sous le drapeau des bolcheviks-l&#233;ninistes. Les ouvriers consid&#233;raient l'opposition avec une sympathie certaine. Mais une sympathie qui restait passive, car on ne croyait d&#233;j&#224; plus pouvoir modifier la situation en luttant. Or la bureaucratie affirmait : &#034;L'opposition se pr&#233;pare &#224; nous jeter dans une guerre r&#233;volutionnaire pour la r&#233;volution internationale. Assez de bouleversements ! Nous avons m&#233;rit&#233; quelque repos. Nous b&#226;tirons chez nous la soci&#233;t&#233; socialiste. Comptez sur nous qui sommes vos chefs !&#034; Cette propagande du repos, cimentant le bloc des fonctionnaires et des militaires, trouvait &#224; n'en pas douter un &#233;cho chez les ouvriers fatigu&#233;s, et plus encore dans les masses paysannes. On se demandait si l'opposition n'&#233;tait pas dispos&#233;e &#224; sacrifier les int&#233;r&#234;ts de l'U.R.S.S. &#224; la &#034;r&#233;volution permanente&#034;. En fait, c'&#233;taient les int&#233;r&#234;ts vitaux de l'U.R.S.S. qui &#233;taient en jeu. En dix ans, la politique erron&#233;e de l'Internationale communiste avait assur&#233; la victoire de Hitler en Allemagne, c'est-&#224;-dire un grave danger de guerre &#224; l'ouest ; une politique non moins erron&#233;e fortifiait l'imp&#233;rialisme japonais et rapprochait au plus haut point le danger &#224; l'est. Mais les p&#233;riodes de r&#233;action sont surtout caract&#233;ris&#233;es par le manque de courage intellectuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1928 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291031aa.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291031aa.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1930 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/09/300926a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/09/300926a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1931 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/08/300800g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/08/300800g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1932 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1933 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4666&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4666&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 1935 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en 1935 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360416a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360416a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/03/lt19360325.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/03/lt19360325.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/08/lt19370829.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/08/lt19370829.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1938 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un complot de la bourgeoisie contre la classe ouvri&#232;re, d&#233;nonc&#233; par le trotskiste Pierre Naville : les suites du 6 f&#233;vrier 1934</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7586</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7586</guid>
		<dc:date>2021-10-10T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un complot de la bourgeoisie contre la classe ouvri&#232;re, d&#233;nonc&#233; par le trotskiste Pierre Naville : les suites du 6 f&#233;vrier 1934 &lt;br class='autobr' /&gt; Le complotisme ! Une vision du monde qui infecterait le cerveau de ceux qui n'ont pas fait d'&#233;tudes : les idiots, dont bien s&#251;r les jeunes des banlieues et les travailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement d&#233;nonce les travailleurs pr&#233;sents dans les manifs de cet &#233;t&#233; contre le pass (laissez-passer en bon fran&#231;ais, les &#171; instruits &#187; ont oubli&#233; ce mot, qui rappellerait P&#233;tain et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un complot de la bourgeoisie contre la classe ouvri&#232;re, d&#233;nonc&#233; par le trotskiste Pierre Naville : les suites du 6 f&#233;vrier 1934
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le complotisme ! Une vision du monde qui infecterait le cerveau de ceux qui n'ont pas fait d'&#233;tudes : les idiots, dont bien s&#251;r les jeunes des banlieues et les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement d&#233;nonce les travailleurs pr&#233;sents dans les manifs de cet &#233;t&#233; contre le pass (laissez-passer en bon fran&#231;ais, les &#171; instruits &#187; ont oubli&#233; ce mot, qui rappellerait P&#233;tain et la guerre d'Alg&#233;rie qu'ils ont soutenus) et la vaccination obligatoire : ce sont des complotistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'extr&#234;me-gauche (Lutte Ouvri&#232;re et ses disciples de la Fraction l'Etincelle du NPA) se rallie id&#233;ologiquement au gouvernement en adoptant le concept de &#171; complotisme &#187;, qui serait une id&#233;ologie r&#233;pandue chez les travailleurs, surtout les non-vaccin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce serait du point de vue intellectuel que cette alliance gouvernement-extr&#234;me gauche aurait lieu. Comme dans tout Front unique, ces deux tendances marcheraient ensemble mais frapperaient s&#233;par&#233;ment les ouvriers au nom de ceux qui ont de l'instruction, pour &#171; sauver la science &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me-gauche d&#233;nonce le complotisme en d&#233;non&#231;ant un manque de conscience de classe chez les travailleurs &#171; complotistes &#187;. Mais aussi malheureusement en s'inclinant respectueusement devant la science bourgeoise institutionnelle confondue avec la science tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un m&#233;pris de classe qui est commun &#224; ce deux tendances, qui d&#233;nonce tout ce qui s'oppose &#224; l'Etat. Les larbins id&#233;ologues de l'Etat bourgeois peuvent d'ailleurs parfois approuver la d&#233;nonciation d'un complot, ils baptisent alors la personne qui le d&#233;nonce &#171; lanceur d'alerte &#187;. Ces larbins croient donc en fait beaucoup moins que l'extr&#234;me-gauche en cette th&#233;orie du complot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans discuter en d&#233;tail cette question, il est tout d'abord important de constater que la &#171; th&#233;orie du complot &#187; n'a &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; &#233;t&#233; une vision du monde d&#233;nonc&#233;e par les marxistes. Il y a aurait donc changement d'&#233;poque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov dans sa brochure &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1904/00/plekhanov_19040000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/a&gt;, que tout marxiste qui se respecte relit et m&#233;dite chaque jour, on trouve :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La conception th&#233;ologique de l'histoire&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La conception id&#233;aliste de l'histoire&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Philosophie de l'histoire de Saint-Simon&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les conceptions d'Augustin Thierry et de Mignet&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La philosophie de l'histoire de Schelling&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La philosophie de l'histoire de Hegel&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La conception marxiste de l'histoire&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov &#233;tait loin d'&#234;tre parfait, mais personne ne lui conteste son &#233;rudition, son exhaustivit&#233; : or il ne donne pas sa place &#224; la Conception complotiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trostky qui &#233;taient aussi loin d'&#234;tre parfaits, avaient lu et relu Pl&#233;khanov (avec un crayon en main, pr&#233;cisait L&#233;nine), ne pouvaient pas ne pas avoir remarqu&#233; l'absence de la th&#233;orie du complot chez Pl&#233;khanov. Ils ont pourtant &#233;t&#233; incapable de compl&#233;ter Pl&#233;khanov sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi LO et son ex-Fraction n'ajoutent-ils pas ce chapitre manquant aux oeuvres de Plekhanov, L&#233;nine et Trotsky, &#224; l'heure o&#249; cette th&#233;orie du complot leur para&#238;t infecter la conscience ouvri&#232;re ? Ils se contentent de reprendre ce terme comme une invective contre des mouvements qu'ils veulent discr&#233;diter, en ajoutant la r&#233;f&#233;rence incontournable aux &#171; r&#233;seaux sociaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre parce que la situation est pire : L&#233;nine et Trotsky d&#233;non&#231;aient souvent des complots, surtout ceux de la bourgeoisie. Le comble est atteint dans l'article ci-dessous, o&#249; Pierre Naville caract&#233;rise de &#171; complot contre la classe ouvri&#232;re &#187; les men&#233;es de la bourgeoisie fran&#231;aise suite aux &#233;meutes du 6 f&#233;vrier 1934 ! Pierre Naville donne donc clairement une &lt;i&gt;analyse complotiste des &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;. Trotsky lisait sans doute son journal fran&#231;ais &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, o&#249; cet article parut le 11 f&#233;vrier 1934. A-t-il jamais d&#233;nonc&#233; cet article comme &#171; complotiste &#187; ? Pas &#224; notre connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, LO et sa Fraction affirmeront que cet article marxiste de Naville qui d&#233;crit et d&#233;nonce un complot n'a rien &#224; voir avec la description et la d&#233;nonciation d'un complot, car Naville n'&#233;tait pas sur Facebook. Et puis il y a complot et complot, un complot n'est pas toujours un complot, n'est d'ailleurs jamais vraiment un complot, Hegel l'aurait bien d&#233;montr&#233; gr&#226;ce &#224; sa dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre que cet article de P. Naville discr&#233;dite la d&#233;nonciation, faite par LO et la Fraction, au nom du trotskisme, du complotisme, l'article de P. Naville est tout &#224; fait d'actualit&#233; : il d&#233;crit le d&#233;but d'une p&#233;riode bonapartiste (1934-1940) analogue &#224; la situation actuelle : la bourgeoisie fran&#231;aise saborde la d&#233;mocratie bourgeoise et marche &#224; la guerre et au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le complot a vaincu. Avant-hier nous avons assist&#233; au sursaut dernier du radicalisme bourgeois. Mais la r&#233;action &#233;tait d&#233;cid&#233;e &#224; en finir. Apr&#232;s l'&#233;meute du 6 f&#233;vrier, elle utilisa la r&#233;pression de Daladier pour multiplier l'agitation. Les violences, la guerilla men&#233;e contre la police toute la nuit de mercredi, est son oeuvre. Mais aujourd'hui que Daladier-Frot ont capitul&#233;, que la gauche bourgeoise a manifest&#233; son impuissance, alors toutes les bandes r&#233;actionnaires, toute la grande presse v&#233;nale, crient aux &#171; apaches &#187;, &#224; la &#171; tourbe &#187;, qui prend possession de la rue apr&#232;s &#171; les bons patriotes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La com&#233;die inf&#226;me se d&#233;veloppe. Hypocritement les r&#233;acteurs et les fascistes, la &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Echo de Paris&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;Ami du Peuple&lt;/i&gt; s'attendrissent sur le bon peuple de Paris, l'union nationale, et la fi&#232;vre sacr&#233;e du chauvinisme. Derri&#232;re cette mascarade s'&#233;chafaude le &lt;i&gt;grand complot contre la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. Voil&#224; la menace directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague r&#233;actionnaire monte. Nous entrons dans le r&#233;gime de &#171; l'Etat Fort &#187;, flanqu&#233; des formations fascistes des Croix de Feu et autres, qui essaient dans leurs affiches de retourner l'accusation en parlant du &#171; fascisme Daladier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'&#233;labore dans le dos de Doumergue. Doumergue joue en cette affaire exactement le r&#244;le du &lt;i&gt;paravent&lt;/i&gt;, ni plus ni moins, &#224; la mani&#232;re d'Hindenburg en Allemagne. On amuse les badauds avec son sourire et son accent languedocien, alors que les Tardieu, Reynaud et Cie tirent les ficelles et s'agitent. Qu'on lise le livre de Tardieu qui vient de para&#238;tre : &lt;i&gt;L'heure de la d&#233;cision&lt;/i&gt; ; c'est tout le programme du nouveau minist&#232;re :m&#226;ter les partis ouvriers, liquider les syndicats de fonctionnaires, ramener la Chambre au rang de Parlement-croupion, centraliser le pouvoir ex&#233;cutif de l'Etat et &#233;largir le r&#244;le de la Police. Et tout cela a un objectif direct : &lt;i&gt;pr&#233;parer la guerre !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qui s'agite derri&#232;re les grandes phrases sur &#171; la libert&#233; et la paix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ouvriers ne sont pas et ne seront pas dupes ! Le P.C., la C.G.T., les socialistes, tous les repr&#233;sentants des courants d&#233;mocratiques et r&#233;volutionnaires le constatent : ce qui, en fin de compte, menace le prol&#233;tariat en France, c'est le r&#233;gime d'Hitler, la militarisation permanente de l'Etat, sa centralisation pouss&#233;e &#224; outrance, le prol&#233;tariat r&#233;duit &#224; l'esclavage total, transform&#233; &#224; nouveau pour demain en chair &#224; canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience allemande servira-t-elle ? Social-d&#233;mocratie et stalinisme on fait faillite l&#224;-bas. Ici, ils recommencent les m&#234;mes erreurs. Et pourtant, n'est-ce pas Cachin qui &#233;crit dans l'&lt;i&gt;Huma&lt;/i&gt; d'aujourd'hui : Si la classe ouvri&#232;re n'agissait pas d'urgence , la bourgeoisie glisserait rapidement au fascisme int&#233;gral ! &#171; &lt;i&gt;Au moins ne sera-ce pas ICI sans que le parti des ouvriers, notre Parti Communiste, se d&#233;fende &#233;nergiquement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas un aveu que &lt;i&gt;l&#224;-bas&lt;/i&gt;, le PC ne s'est pas d&#233;fendu &#233;nergiquement ? Mais le PC continue &#224; observer &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt; la m&#234;me tactique qui a men&#233; &#224; la d&#233;faite en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Parti socialiste on voit clairement comment ses cadres dirigeants h&#233;sitent et sont tiraill&#233;s, entre les combinaisons avec le radicalisme bourgeois et les exigences des militants de ses sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses ouvri&#232;res attendent qu'un nouveau courant grandisse, qui soit r&#233;ellement son guide politique. Toute notre action est dirig&#233;e dans ce sens. Les luttes actuelles montrent mieux que tout l'in&#233;luctabilit&#233; de la croissance d'un nouveau P.C. du prol&#233;tariat. Les militants les plus avertis ont d&#233;j&#224; pu v&#233;rifier dans la semaine qui vient de s'&#233;couler combien nos avertissements &#233;taient justifi&#233;s. L'accueil re&#231;u par nos tracts, nos journaux, a d'un coup montr&#233; la sympathie montante envers nos id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la situation politique est claire : la r&#233;action a remport&#233; une victoire en brisant la r&#233;sistance de la gauche bourgeoise, en mena&#231;ant directement la classe ouvri&#232;re. Une d&#233;fensive combattive, acharn&#233;e, s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la classe ouvri&#232;re il faut dire la v&#233;rit&#233;, sans &#233;quivoques. La bourgeoisie va tenter de jeter la confusion en se faisant b&#233;nisseuse et en faisant donner sa presse &#224; gage. Pas de sang ! Pas de violence ! Union de tous les Fran&#231;ais ! s'&#233;crient hypocritement les organisateurs de complots, ceux qui avaient arm&#233; les bandes fascistes du 6 f&#233;vrier, et qui mena&#231;aient de revenir &#224; la grenade si Daladier ne d&#233;missionnait pas sur le champ !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend se borner &#224; r&#233;clamer une r&#233;publique &#171; propre et honn&#234;te &#187;, et tourner l'indignation petite bourgeoise contre les turpitudes parlementaires. Mais le minist&#232;re, tel que le compose Doumergue, d&#233;chire le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des g&#233;n&#233;raux, des hauts fonctionnaires aux ordres, plus de contr&#244;le parlementaire, voil&#224; qui permettre aux r&#233;actionnaires et fascistes de s'organiser m&#233;thodiquement &#224; l'abri du prestige du bonasse Doumergue. Voil&#224; qui permettra de soulever m&#233;thodiquement la province, de pr&#233;parer la r&#233;vision de la Constitution, la restriction des libert&#233;s communales, l'instauration g&#233;n&#233;rale de la police d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce plan d'agression, la classe ouvri&#232;re doit opposer son plan de r&#233;sistance, soigneusement m&#251;ri, d&#233;veloppant &#224; chaque &#233;tape les mots d'ordre de lutte et de revendications pr&#233;cises. Aujourd'hui, la directive est nette : premi&#232;re riposte &#224; l'instauration du gouvernement Doumergue : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale effective, un rassemblement prol&#233;tarien massif, l'organisation du front unique ouvrier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Naville. 11 f&#233;vrier 1934, &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_6_f%C3%A9vrier_1934&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'a &#233;t&#233; le 6 f&#233;vrier 1934&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
