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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand la r&#233;volution gagne l'arm&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la Baltique vers le Japon, en un vaste tour du monde, est &#233;cras&#233;e par la flotte japonaise &#224; Tsou-Shima. La d&#233;faite suscite une nouvelle vague d'indignation et de gr&#232;ves, tant elle souligne l'incurie du r&#233;gime. Le 14 juin 1905, les matelots du cuirass&#233; Potemkine se mutinent et jettent leurs officiers &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations social-d&#233;mocrates furent le centre dirigeant du vaste mouvement de gr&#232;ve qui commen&#231;a &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Odessa en mai ; elles tent&#232;rent de donner au mouvement le caract&#232;re d'un soul&#232;vement politique en y associant les troupes locales et 1' &#233;quipage du cuirass&#233; Potemkine, arriv&#233; &#224; Odessa, et &#224; la t&#234;te duquel se trouvaient les membres du groupe social-d&#233;mocrate local, Cyrille et Feldman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion insurrectionnelle sur le cuirass&#233; Potemkine, &#224; laquelle les &#233;quipages de plusieurs navires d&#233;cid&#232;rent de s'associer, fut le produit de 1' activit&#233; d'agitation intensive de l'Union de Crim&#233;e du parti et de son organisation des marins, qui rassemblait des dizaines de marins sur les divers navires de la flotte de la mer Noire ; malgr&#233; l'influence de l'Union, qui tentait de la freiner, l'organisation des marins pr&#233;parait une insurrection g&#233;n&#233;rale sur la flotte. Mais, comme d'habitude lors les complots dans le milieu militaire, l'agitation nourrie par le m&#233;contentement des membres d'&#233;quipage contre le corps des officiers et par l'effondrement de la discipline a suscit&#233; un mouvement trop puissant pour qu'une organisation clandestine puisse la diriger. Le heurt quotidien entre les membres d'&#233;quipage et le corps des officiers sur le Potemkine a provoqu&#233; une &#034;&#233;meute&#034;, qui a remis le cuirass&#233; entre les mains de l'&#233;quipage. Les matelots sociaux-d&#233;mocrates ont alors form&#233; un comit&#233; pour assumer la direction politique du mouvement et l'&#233;tendre sur toute la c&#244;te de la mer Noire. Cette tentative n'a pas &#233;t&#233; couronn&#233;e de succ&#232;s, on le sait, mais sa port&#233;e agitative a &#233;t&#233; &#233;norme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auparavant, &#224; la Nouvelle Alexandrie, une tentative de soul&#232;vement militaire tout aussi inattendue pour la direction du mouvement avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e dans l'&#339;uf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici a agi aussi &#034;1' organisation militaire r&#233;volutionnaire&#034; associ&#233;e au Parti social-d&#233;mocrate, &#224; laquelle appartenait le soldat Bourobine, tu&#233; pendant la tentative de soul&#232;vement militaire ; les autres ont r&#233;ussi &#224; se cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; L'histoire de la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine, en 1905 repose int&#233;gralement sur les relations r&#233;ciproques entre ces trois couches, c'est-&#224;-dire la lutte des couches extr&#234;mes, prol&#233;tarienne et petite-bourgeoise r&#233;actionnaire, pour exercer l'influence dominante sur la couche paysanne interm&#233;diaire, la plus nombreuse. Celui qui n'a pas compris ce probl&#232;me, qui constitua l'axe du mouvement r&#233;volutionnaire dans la flotte, ferait mieux de taire sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution russe en g&#233;n&#233;ral. Car elle fut tout enti&#232;re, et, pour une large part, elle est encore aujourd'hui une lutte entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie pour influencer de fa&#231;on d&#233;cisive la classe paysanne. La bourgeoisie, durant la p&#233;riode sovi&#233;tique, s'est pr&#233;sent&#233;e surtout dans la personne des koulaks, c'est-&#224;-dire des sommets de la petite bourgeoisie, de l'intelligentsia &#171; socialiste &#187;, et, maintenant sous la forme de la bureaucratie &#171; communiste &#187;. Telle est la m&#233;canique fondamentale de la r&#233;volution &#224; toutes ses &#233;tapes. Dans la flotte, cette m&#233;canique a pris une expression plus concentr&#233;e, et par l&#224; plus dramatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes sur la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 octobre 1904, le cuirass&#233; Kniaz-Potemkine a &#233;t&#233; mis en service. Constamment, l'&#233;quipage a d&#251; souffrir toutes sortes d'iniquit&#233;s. La nourriture &#233;tait particuli&#232;rement mauvaise. A plusieurs reprises, les matelots ont demand&#233; une am&#233;lioration de l'ordinaire, mais leurs r&#233;clamations n'ont pas &#233;t&#233; prises en consid&#233;ration, sans que pour cela les &#233;quipages se r&#233;voltassent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 juin 1005, le cuirass&#233; se trouvait dans le Golfe Tendrovski (Tendra) pour y faire des exercices de tir. Le 13 juin on apportait d'Odessa de la viande de tr&#232;s mauvaise qualit&#233; et qu'il &#233;tait impossible de manger tant pour son odeur infecte que pour les vers qui y pullulaient. Cependant, on la pr&#233;para pour les matelots. Quand, le 14 juin, &#224; deux heures de l'apr&#232;s-midi l'&#233;quipage apprit que la viande serait servie, tout le monde refusa d'y toucher. Chacun se contenta de manger dans son coin un morceau de pain en buvant un peu d'eau. Mais, quand le commandant (le capitaine de vaisseau Evgu&#233;ni Golikov) fut inform&#233; que l'&#233;quipage refusait la viande, il donna l'ordre de nous r&#233;unir, ce qui fut fait. L'&#233;quipage fut r&#233;uni sur le pont &#224; l'arri&#232;re. Le commandant commen&#231;a par demander pour quelles raisons les matelots refusaient de manger. L'&#233;quipage r&#233;pondit en montrant la qualit&#233; de la viande qu'on lui servait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le commandant et son second (le capitaine de fr&#233;gate Ippolite Giliarovsky) commenc&#232;rent &#224; demander quels &#233;taient ceux qui ne voulaient pas manger de cette viande, en les mena&#231;ant d'interpr&#233;ter leur refus comme une d&#233;rogation &#224; la discipline. Les plus timides parmi les matelots sortirent des rangs pour montrer qu'ils consentaient &#224; manger cette soupe pr&#233;par&#233;e avec de la viande pourrie. Le reste de l'&#233;quipag&#233; fut divis&#233; en petits groupes et la garde de service fut appel&#233;e d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le second donna l'ordre &#224; la garde de tirer, ce que cette derni&#232;re refusa de faire. L'officier, ayant observ&#233; cette d&#233;sob&#233;issance, prit l'arme du marin le plus proche et tira lui-m&#234;me sur le matelot Gr&#233;goire Vakoulintchuk (et non Omultchouk, comme on a &#233;crit par erreur), qui tomba mort. C'est alors que l'&#233;quipage, devant cet acte de cruaut&#233;, prit les armes pour se d&#233;fendre. Au premier coup de feu, les matelots, affol&#233;s par ce spectacle sanglant, se jet&#232;rent sur les r&#226;teliers d'armes et, en quelques secondes, des salves &#233;clat&#232;rent. Quelques officiers s'enfuirent dans leurs cabines, d'autres se jet&#232;rent &#224; la mer pour se sauver sur le torpilleur N&#176;267, qui nous accompagnait. Le second a &#233;t&#233; fusill&#233; sur le pont &#224; l'arri&#232;re et son cadavre jet&#233; &#224; la mer. Ensuite on fit monter l&#233; commandant du vaisseau et on l'ex&#233;cuta de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont &#233;t&#233; tu&#233;s, les officiers lieutenant N&#233;oupokoev, le lieutenant Tan (Wilhem Tonn), Smirnov, le m&#233;decin en chef. Le midshipman (enseigne de vaisseau) Vakhtin&#233; a &#233;t&#233; bless&#233;. Le sort de l'officier Leventsev est rest&#233; inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont rest&#233;s vivants le capitaine Gourine, le premier m&#233;canicien Tsvetkov, les lieutenants Tsarsk&#233;vitch, Praporscheski, Alex&#233;ev &#233;t Iastr&#233;bov, le m&#233;canicien Khark&#233;vitch, le midshipman Makarof, le commandant du torpilleur N&#176;267 baron Klodt, le lieutenant Nazarov, l'aum&#244;nier Parm&#233;n et le lieutenant Kaliujni, qui tous se sont d&#233;clar&#233;s solidaires d&#233; l'&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant les &#233;v&#233;nements d'Odessa dans un article publi&#233; par le journal bolch&#233;vik le Prol&#233;taire, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense port&#233;e des r&#233;cents &#233;v&#233;nements d'Odessa est que, pour la premi&#232;re fois, une puissante unit&#233; des forces navales du tsarisme &#8212; un cuirass&#233; entier &#8212; est pass&#233; ouvertement &#224; la R&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du sein de l'arm&#233;e elle-m&#234;me que jaillissent les bataillons r&#233;volutionnaires. La t&#226;che de ces l&#233;gions est de proclamer l'insurrection, de donner aux masses une direction militaire, indispensable dans la guerre civile comme dans toute autre guerre, de cr&#233;er des points d'appui pour une lutte d&#233;clar&#233;e et g&#233;n&#233;rale du peuple tout entier, d '&#233;tendre le soul&#232;vement aux r&#233;gions voisines, d 'assurer, ne serait-ce, au d&#233;but, que sur une petite portion du territoire, une victoire politique compl&#232;te, de proc&#233;der &#224; la refonte r&#233;volutionnaire du r&#233;gime autocratique gangren&#233;, de d&#233;velopper dans toute son ampleur l'effort cr&#233;ateur des masses populaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... L'arm&#233;e r&#233;volutionnaire est indispensable parce&lt;br class='autobr' /&gt;
que les grands probl&#232;mes historiques ne peuvent &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solus que par la force &#8212; d&#233;clare L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi vous raconter en d&#233;tail un petit &#233;pisode de cette r&#233;volte de la mer Noire afin que vous ayez une id&#233;e nette de ces &#233;v&#233;nements parvenus au point culminant de leur d&#233;veloppement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;unions d'ouvriers et de matelots r&#233;volutionnaires &#233;taient organis&#233;es de plus en plus souvent. Comme on emp&#234;chait les soldats d'assister en foule aux meetings ouvriers, ce furent les masses ouvri&#232;res qui se mirent &#224; assister en foule aux meetings de soldats. Des milliers d'hommes s'y r&#233;unissaient. Et l'id&#233;e d'une action commune y trouva un vif &#233;cho. Des d&#233;put&#233;s furent &#233;lus dans les unit&#233;s militaires les plus conscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s essay&#232;rent de r&#233;agir. Mais les discours &#171; patriotiques &#187; que certains officiers tent&#232;rent de prononcer produisirent les r&#233;sultats les plus lamentables : les matelots, entra&#238;n&#233;s aux discussions, acculaient leurs chefs &#224; se sauver l&#226;chement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 24 novembre 1905, une section fut post&#233;e en tenue de combat, aux portes des casernes de la flotte. Le contre-amiral Pissarevski avait ordonn&#233; bien haut, de fa&#231;on que tout le monde entend&#238;t : &#171; Ne laissez sortir personne des casernes ! En cas de refus d 'ob&#233;ir, tirez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rangs de la section qui avait re&#231;u cet ordre, sortit le matelot P&#233;trov ; il chargea son fusil sous les yeux de tous et tua le lieutenant-colonel Ste&#238;n, du r&#233;giment de Brest-Litovsk, et blessa d'un deuxi&#232;me coup de fusil le contre-amiral Pissarevski. Un officier ordonna : &#171; Arr&#234;tez-le ! &#187; Personne ne bougea. P&#233;troy avait jet&#233; son fusil par terre. &#171; Qu attendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tez-moi ! Il fut arr&#234;t&#233;. Mais les matelots accourus de toutes parts exig&#232;rent violemment qu'on le remit en libert&#233; en d&#233;clarant qu'ils se portaient garants de lui. L'excitation &#233;tait &#224; son comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; P&#233;trov, c'est un coup de feu qne tu as tir&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;garde, n'est-cc pas ? demanda l'officier, pour trouver une issue &#224; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par m&#233;garde ? Mais je suis sorti du rang, j'ai charg&#233; et vis&#233;, vous appelez &#231;a par m&#233;garde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ils r&#233;clament ta lib&#233;ration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trov fut rel&#226;ch&#233;. Mais les matelots ne s'en content&#232;rent pas ; tous les officiers de service furent arr&#234;t&#233;s, d&#233;sarm&#233;s et conduits aux bureaux... Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des matelots conf&#233;r&#232;rent pendant toute la nuit. On d&#233;cida de rel&#226;cher les officiers et de ne plus les laisser p&#233;n&#233;trer dans les casernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte s'est aggrav&#233;e au point de se transformer en insurrection. Le r&#244;le abject de bourreau de la libert&#233;, le r&#244;le auxiliaire de la police qu'on lui faisait jouer, ne pouvait manquer d'ouvrir peu &#224; peu les yeux &#224; l'arm&#233;e du tsar elle-m&#234;me. L'arm&#233;e a commenc&#233; &#224; h&#233;siter. Ce furent d'abord des cas isol&#233;s de d&#233;sob&#233;issance, des mutineries de r&#233;servistes, des protestations d'officiers, l'agitation parmi les soldats, les refus de compagnies ou de r&#233;giments entiers d'ouvrir le feu sur leurs fr&#232;res ouvriers. Puis ce fut le passage d'une partie de l'arm&#233;e du c&#244;t&#233; de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme importance des derniers &#233;v&#233;nements d'Odessa vient pr&#233;cis&#233;ment de ce que, pour la premi&#232;re fois, une grande unit&#233; des forces arm&#233;es du tsarisme, tout un cuirass&#233;, a pass&#233; ouvertement &#224; la r&#233;volution. Le gouvernement a fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s, us&#233; de tous les exp&#233;dients imaginables afin de cacher cet &#233;v&#233;nement au peuple et d'&#233;touffer, d&#232;s le d&#233;but, le soul&#232;vement des marins. Tout a &#233;t&#233; vain. Les &#233;quipages des navires de guerre envoy&#233;s contre le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire Potemkine ont refus&#233; de combattre leurs camarades. En r&#233;pandant en Europe la nouvelle de la reddition du Potemkine et l'ordre du tsar de couler le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire, le gouvernement autocratique n'a fait que se d&#233;shonorer &#224; jamais aux yeux de l'univers. L'escadre une fois rentr&#233;e &#224; S&#233;bastopol, le gouvernement s'empresse de licencier les &#233;quipages, de d&#233;sarmer les navires de guerre ; des rumeurs circulent sur la d&#233;mission en masse des officiers de la flotte de la mer Noire ; des troubles ont recommenc&#233; sur le cuirass&#233; Georges Pobi&#233;donossetz qui s'est rendu. &#192; Libau et &#224; Cronstadt, les marins se r&#233;voltent aussi ; les collisions avec la troupe se multiplient ; les marins et les ouvriers se battent sur les barricades contre les soldats (Libau). La presse &#233;trang&#232;re annonce des troubles &#224; bord d'un certain nombre d'autres vaisseaux de guerre (le Minine, l'Alexandre II, et autres). Le gouvernement du tsar est rest&#233; sans flotte. C'est tout au plus s'il a r&#233;ussi, pour le moment, &#224; emp&#234;cher la flotte de passer activement &#224; la r&#233;volution. Quant au cuirass&#233; Potemkine il est demeur&#233; le territoire invaincu de la r&#233;volution et, quel que soit son sort ult&#233;rieur, nous sommes devant un fait ind&#233;niable et symptomatique au plus haut point : la tentative de former le noyau d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucune r&#233;pression, aucun succ&#232;s partiel remport&#233; sur la r&#233;volution n'annuleront la port&#233;e de cet &#233;v&#233;nement. Le premier pas est fait. Le Rubicon est franchi. Le passage de l'arm&#233;e &#224; la r&#233;volution est d&#233;j&#224; un fait acquis pour toute la Russie et pour le monde entier. De nouvelles tentatives, plus &#233;nergiques encore, de former une arm&#233;e r&#233;volutionnaire suivront immanquablement les &#233;v&#233;nements survenus dans la flotte de la mer Noire. Notre devoir est maintenant de soutenir de toutes nos forces ces tentatives ; d'expliquer aux plus larges masses du prol&#233;tariat et de la paysannerie l'importance que pr&#233;sente pour tout le peuple, dans la lutte pour la libert&#233;, l'existence d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire ; d'aider les d&#233;tachements de cette arm&#233;e &#224; hisser le drapeau de la libert&#233; cher au peuple entier, susceptible de rallier la masse ; de les aider &#224; grouper les forces capables d'&#233;craser l'autocratie tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8529</link>
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		<dc:date>2025-11-05T23:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un groupe retir&#233; de l'activit&#233; politique, dans l'expectative. Nous nous r&#233;unissions dans une chambre de l'h&#244;tel Astoria, de coutume chez B&#8230;, professeur d'agronomie, ancien commissaire politique d'une arm&#233;e. Venaient l&#224; deux ou trois &#233;tudiants-ouvriers, deux vieux bolcheviks de ceux qui avaient &#233;t&#233; de toutes les r&#233;volutions de P&#233;trograd : x&#8230;, vieil ill&#233;gal, autrefois l'organisateur d'une imprimerie clandestine du Parti, un modeste &#233;cart&#233; des sin&#233;cures par trop de conscience et qui, dix ans apr&#232;s la prise du pouvoir, vivait dans la m&#234;me pauvret&#233; que toujours, maigre et bl&#234;me sous sa casquette d&#233;teinte ; F&#233;dorov, un grand diable roux, admirablement d&#233;coupl&#233; avec un visage ouvert de guerrier barbare. Ce F&#233;dorov qui travaillait dans une usine de banlieue devait bient&#244;t se d&#233;tacher de nous, se joindre &#224; la tendance Zinoviev et p&#233;rir plus tard avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous comptions deux th&#233;oriciens, tous deux professeurs rouges, Grigori Iakovl&#233;vitch Iakovine et F&#233;dor Dingdstaedt. Iakovine, rentr&#233; d'Allemagne, venait d'&#233;crire un ouvrage sur ce pays ; il donnait &#224; la Pravda de L&#233;ningrad des articles pleins de sous-entendus sur Vienne la Rouge ou &#171; le socialisme dans une seule ville &#187;. Probablement juif, sportif, l'intelligence toujours en &#233;veil, volontiers charmeur, il devait, apr&#232;s une p&#233;riode d'ill&#233;galit&#233; ardente, ing&#233;nieuse et dangereuse, cheminer ind&#233;finiment dans les prisons. A vingt ans, F&#233;dor Dingdstaedt avait &#233;t&#233;, avec Rochal, Illine-G&#233;n&#233;vaki, Raskolnikov, un des agitateurs du Parti Bolchevik dans la flotte de la Baltique en 1917. Maintenant, il dirigeait l'Institut des For&#234;ts et publiait un livre sur la question agraire aux Indes. Il devait, parmi nous, repr&#233;senter une extr&#234;me-gauche encline &#224; consid&#233;rer que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du r&#233;gime sovi&#233;tiue s'achevait. Le visage de Dingdstaedt, dans sa laideur heurt&#233;e, exprimait une obstination invincible. &#171; Celui-l&#224;, pensai-je, on ne le brisera jamais. &#187; Je ne me trompais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Babouchka &#187;, la grand'm&#232;re, pr&#233;sidait de coutume les r&#233;unions. Emp&#226;t&#233;e, avec un bon visage intelligent et souriant sous des cheveux blancs, Alexandra Lvovna Bronstein &#233;tait le bon sens et la loyaut&#233; m&#234;mes. Environ trente-cinq ans de vie militante derri&#232;re elle. Elle avait &#233;t&#233; la compagne des premi&#232;res ann&#233;es de combat de Trotsky et la m&#232;re de ses deux filles Nina et Z&#233;na&#239;de, qui toutes deux allaient p&#233;rir. On ne lui permettait plus que d'enseigner la sociologie &#224; des moins de quinze ans &#8211; et cela ne devait pas durer. J'ai connu peu de marxistes d'un esprit aussi libre, ferme et humain qu'Alexandra Lvovna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Pavlovitch, petit homme &#233;nergique au grand front et aux yeux bleus, &#233;tait d'une extr&#234;me-gauche qui se cherchait encore. Je ne sais pas ce qu'il est devenu plus tard dans les prisons o&#249; il marcha sans faiblesse. Pour l'instant, il dirigeait la Maison de la Presse et s'y plaisait parmi les fant&#244;mes sortis des ateliers du peintre Filonov. O&#249; sont ces &#339;uvres, o&#249; sont ces hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filonov, entour&#233; d'une vingtaine d'&#233;l&#232;ves enthousiastes et affam&#233;s, poursuivait, malgr&#233; la m&#233;connaissance de tous, son &#339;uvre de r&#233;novation &#8211; totale, bien entend &#8211; de l'art. Il remplissait les salles &#224; colonnes et les antichambres de la Maison de la Presse de vastes panneaux, construisant des sc&#232;nes et des grandes figures expressives d'une sorte de mosa&#239;que de dessins ench&#226;ss&#233;s les uns dans les autres, si bien qu'un &#339;il y &#233;tait fait de visions analytiques et qu'un front r&#233;v&#233;lait le cerveau plein d'images. Il bouleversait aussi la perspective pour exprimer la vision d'un &#339;il imaginaire situ&#233; quelque part au milieu de la toile. Baskakov se promenait parmi ces personnages surr&#233;els et trouvait l'opposition en retard sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev devint mon ami. Il allait &#234;tre le premier tu&#233; d'entre nous. Bien avant les chefs m&#234;mes du Parti, il posa la question de la collectivisation de l'agriculture. Membre du Parti depuis 1917, r&#233;dacteur &#224; la Krasnaya Gaz&#233;ta, la connaissance des conditions d'existence des ouvriers l'avait amen&#233; &#224; une vision implacable des probl&#232;mes politiques. Il suivit notamment les troubles de la Bourse du Travail que les ch&#244;meurs exasp&#233;r&#233;s finirent par mettre &#224; sac. &#171; J'ai vu dans cette bagarre, me racontait Tchadaev, une femme &#233;tonnante qui m'a rappel&#233; les meilleurs jours de 1917. Elle mettait de la volont&#233; et presque de l'ordre dans l'&#233;meute. D'apparence insignifiante, je la voyais faite pour la tribune. Et des ouvri&#232;res comme celle-l&#224; doivent se dresser contre nous, comprenez-vous ? &#187; Il suivit l'odieux proc&#232;s des fonctionnaires de la Bourse du Travail qui n'envoyait aux usines que des ouvri&#232;res assez jolies et, de plus, assez complaisantes. Ila laiss&#233; plusieurs excellents petits livres d'observation de m&#339;urs, probablement disparus, mis au pilon avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti somnole. Les r&#233;uniosn de cellule, d&#233;pourvues d'int&#233;r&#234;t, sont suivies, deux fois par mois, d'un public sage et indiff&#233;rent. De quoi vivent les gens ? Ils se sont repris &#224; vivre, tout comme ailleurs, de leurs int&#233;r&#234;ts personnels. Les communistes comme les autres. Apr&#232;s les vives pol&#233;miques soulev&#233;es contre Trotsky, on a &#233;pur&#233; les &#233;coles et les universit&#233;s, chassant m&#234;me de l'Universit&#233; Sverdlov des jeunes gens sur le point de finir leurs &#233;tudes. La consigne est de ne plus parler de politique. La jeunesse se replie sur elle-m&#234;me, commente les mauvais romans de Kollontay sur l'amour libre et la th&#233;orie d'Entschmen sur l'abolition de la morale dans la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, ce qui donne &#224; la vie sociale une certaine animation, c'est le commerce, le commerce le plus v&#233;reux qui soit au monde. Le commerce priv&#233; a conquis sur la coop&#233;rative et le commerce &#233;tatis&#233; toute la r&#233;partition au d&#233;tail et presque toute la r&#233;partition des articles manufactur&#233;s. D'o&#249; est-il sorti, ce capital commercial, tout &#224; fait inexistant il y a cinq ans ? Il tient des magasins, sollicite et obtient des concessions pour commencer &#224; produire, fait pulluler les fausses coop&#233;ratives. Tout ce qu'il a est vol&#233;, tout. Il s'enrichit de deux fa&#231;ons : par le vol direct et par la sp&#233;culation. Des mercantis fondent une fausse coop&#233;rative ; ils versent des pots-de-vin &#224; quelques fonctionnaires pour se faire attribuer des cr&#233;dits, des mati&#232;res premi&#232;res, des commandes. Ils n'avaient rien hier, l'Etat leur a tout fourni &#224; des conditions on&#233;reuses parce que les prix, les contrats, les conventions, tout est fauss&#233; par la corruption. Lanc&#233;s, ils continuent, cherchant surtout &#224; se faire les interm&#233;diaires entre la production socialis&#233;e et les consommateurs. S'ils fabriquent quelque chose avec les mati&#232;res premi&#232;res qu'on leur livre c'est toujours un article de consommation courante revendu sur le march&#233; &#224; des prix quintupl&#233;s pour le moins. Ils pr&#233;f&#232;rent d'ailleurs s'installer ouvertement dans le commerce. Ils raflent toute la production de v&#234;tements et de tissus, par exemple, de nos manufactures textiles et de nos fabriques de confection, ils vont m&#234;me la chercher dans les magasins-coop&#233;ratives et vous revendent quarante-cinq roubles l'imperm&#233;able qu'ils ont pay&#233; dix-neuf roubles &#224; la coop&#233;rative voisine (plus, naturellement, quelques roubles au g&#233;rant). Le commerce socialis&#233; est devenu le champ d'action d'une foule de rapaces en qui l'on voit tr&#232;s bien les capitalistes les plus d&#233;brouillards et les plus durs de demain. A cet &#233;gard, la N.E.P. est incontestablement une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les procureurs, &#224; commencer par Krylenko, passent leur vie &#224; instruire en vain des proc&#232;s de sp&#233;culation. Un petit homme frip&#233;, volubile, aux yeux roux, nomm&#233; Pliatsky, est, &#224; L&#233;ningrad, au centre de toutes les affaires de sp&#233;culation et de corruption. Ce personnage balzacien a mont&#233; des entreprises en s&#233;rie, achet&#233; des fonctionnaires dans les bureaux, et on ne se d&#233;cide pas &#224; le fusiller, car, au fond, on a besoin de lui : il fait marcher bien des choses ; la N.E.P. devient un jeu de dupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi vrai dans les campagnes, quoique autrement. L'&#233;levage du mouton dans les steppes du Midi a produit de singuliers millionnaires, partisans rouges de 1918-1920, gros parvenus aujourd'hui dont les filles habitent les plus beaux h&#244;tels de Crim&#233;e, dont les fils jouent gros jeu dans les casinos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque rien ne fait pressentir l'orage. A la Direction Centrale des Concessions &#8211; Glavkontsesskom, - dans un petit h&#244;tel &#224; un &#233;tage de la P&#233;trovka, Trotsky &#233;tudie des projets de concessions au capital &#233;tranger, r&#233;pond aux propositions de M. Urquardt, discute avec la Lena-Goldfields, qui exploite &#224; son seul profit de vieux placers d'or, constate que M. Hammer, citoyen des Etats-Unis, a r&#233;ussi &#224; monter les premi&#232;res fabriques de crayons en Russie et s'enrichit ainsi ailleurs, car on lui permet d'exporter ses b&#233;n&#233;fices. Autour de Trotsky, une &#233;quipe de vieux camarades, qui sont tous des jeunes du reste, se livrent &#224; d'autres travaux. Son secr&#233;tariat est un laboratoire o&#249; s'&#233;laborent sans cesse les id&#233;es, o&#249; l'exp&#233;rience historique s'&#233;l&#232;ve &#224; la pens&#233;e. On y travaille avec une ponctualit&#233; r&#233;gl&#233;e &#224; la minute. Le rendez-vous, fix&#233; pour dix heures cinq, n'est pas pour dix heures sept. On y travaille discr&#233;tement, presque silencieusement, dans la plus active et la plus sure camaraderie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouv&#233; l&#224; Georges Andreytchine, Bulgare &#233;nergique, osseux, aux yeux trop noirs enfonc&#233;s sous un front jaune et d&#233;garni. Ancien militant des I.W.W. d'Am&#233;rique, ce gar&#231;on voit tr&#232;s loin, cruellement m&#234;me. &#171; Cette petite-bourgeoisie qui s'enrichit et s'installe autour de nous, si nous ne lui cassons pas les reins, elle nous mettra en pi&#232;ces un jour ou l'autre&#8230; &#187; Il vit sur cette prescience nette et attend l'avenir. Assez optimiste pour le moment, car Trotsky d&#233;montre, dans une s&#233;rie d'articles, que nous allons vers le socialisme et non vers le capitalisme. Andreytchine luttera des ann&#233;es, sera vaincu, sera calomni&#233;, sera peut-&#234;tre tout &#224; fait mis&#233;rablement vaincu (j'en doute, quoiqu'on l'ait affirm&#233;), redeviendra un haut fonctionnaire et p&#233;rira au bout d'une dizaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sermux, Poznansky et Victor Eltsine, trois t&#234;tes et trois d&#233;vouements in&#233;branlables, garderont &#224; travers toutes les luttes, jusqu'&#224; je ne sais quelle fin terrible, la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution. Sermux est un gentelman blond, extr&#234;mement poli et r&#233;serv&#233; ; Poznansky, un grand juif &#224; chevelure &#233;bouriff&#233;e ; Victor Eltsine, juif ou tartare d'origine, le fils du vieux Boris Mikha&#239;loitch Eltsine, un des fondateurs du Parti, un des premiers pr&#233;sident des Soviets de l'Oural. Victor Eltsine a l'esprit froid d'un tacticien. &#171; En ce moment, dit-il, ne rien faire, ne point se manifester, maintenir nos liaisons, garder nos cadres de l'opposition de 1923 ; laisser Zinoviev s'user&#8230; &#187; (1926)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orage &#233;clata tout &#224; fait &#224; l'improviste. Nous-m&#234;mes ne nous y attendions pas. De passage &#224; Moscou, chez les opposants, j'appris que Zinoviev allait &#234;tre renvers&#233; au prochain Congr&#232;s du Parti et que Staline faisait des avances &#224; Trotsky, allant jusqu'&#224; lui offrir le portefeuille de l'Industrie. Les opposants de 1923 discutaient avec qui s'allier. C'est alors que Kratchkovsky, le h&#233;ros des batailles de l'Oural, dit ce mot m&#233;morable : &#171; Ne nous allions avec personne. Zinoviev nous l&#226;cherait au moment du danger et Staline nous roulerait. &#187; Personnellement, je pensais que le r&#233;gime bureaucratique &#233;tabli par Zinoviev dans le Parti ne saurait s'aggraver ; rien ne serait pire&#8230; Au contraire, tout changement devrait offrir des chances d'assainissement. Je me souviens d'un entretien avec l'anrchiste syndicaliste Grossman-Rostchine, tout &#224; fait ralli&#233; au marxisme bolchevik, qui vint me faire part de son anxi&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On dit que Staline se plaint des farceurs et des larbins du Komintern et s'appr&#234;te &#224; leur couper les vivres quand il aura d&#233;gomm&#233; Zinoviev. Ne craignez-vous pas que l'Internationale communiste en souffre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis &#224; peu pr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rien ne saurait faire plus de bien &#224; l'Internationale que de lui couper les vivres. Les profiteurs iront ailleurs, le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire en sera instantan&#233;ment assaini et fortifi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline s'&#233;tait exprim&#233; dans ce sens au Bureau Politique, mais rien de ce qu'il disait n'&#233;tait r&#233;ellement voulu, pens&#233; en principe : tout &#233;tait man&#339;uvre, propos de circonstance. Les larbins, il trouverait avantage &#224; les payer lui-m&#234;me. Apr&#232;s quelques mois de lutte tout &#224; fait sourde au Bureau Politique, quelques semaines de sourde agitation dans les deux capitales, l'effondrement de Zinoviev et de Kam&#232;nev fut soudain au XIVe Congr&#232;s. Ils avaient en r&#233;alit&#233; &#224; r&#233;pondre de plusieurs ann&#233;es de gestion politique sans gloire ni succ&#232;s : deux r&#233;volutions vaincues, l'une sans bataille, l'autre apr&#232;s des massacres inutiles et atroces &#8211; l'Allemagne et la Bulgarie. Une insurrection mal d&#233;clench&#233;e et l&#226;ch&#233;e en Estonie (alors qu'il aurait suffi d'une division de l'Arm&#233;e Rouge pour assurer la sovi&#233;tisation de ce petit pays). A l'int&#233;rieur, la renaissance des classes, deux millions de ch&#244;meurs environ, le conflit lantent entre les campagnes et la dictature. Dans le Pari, les r&#233;pressions, les &#233;purations, les vilenies multipli&#233;es contre Trotsky, Zinoviev et Kam&#233;nev incarnaient la d&#233;faite, le nouveau mensonge officiel. Ils tombaient litt&#233;ralement sous le poids de leurs fautes &#8211; et pourtant, &#224; ce moment, en gros, ils avaient raison. Ils s'opposaient &#224; la doctrine improvis&#233;e du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; au nom de la tradition de l'internationalisme r&#233;volutionnaire. Kam&#233;nev parlait de la condition mis&#233;rable des ouvriers dans l'industrie nationalis&#233;e, pronon&#231;ait le mot de capitalisme d'Etat, pr&#233;conisait une participation des salari&#233;s aux b&#233;n&#233;fices des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime de Zinoviev fut d'exiger la parole au Congr&#232;s, en qualit&#233; de co-rapporteur, apr&#232;s le rapport du Comit&#233; Central. Toute la presse inspir&#233;e par le Comit&#233; Central, c'est-&#224;-dire par Staline, Rykov et Boukharine, voulut voir l&#224; un attentat au prestige et &#224; l'unit&#233; du Parti. En r&#233;alit&#233;, la pi&#232;ce &#233;tait jou&#233;e d'avance, telle que le r&#233;gisseur la pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Tous les secr&#233;taires des r&#233;gions, nomm&#233;s par le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, avaient envoy&#233; au Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; sa d&#233;votion. La facile victoire du Comit&#233; Central de Staline-Rykov-Boukharine fut celle des bureaux sur le groupe Zinoviev, qui n'&#233;tait ma&#238;tre que des bureaux de L&#233;ningrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev, sinc&#232;rement d&#233;magogue, croyait &#224; ce qu'il disait de l'attachement des masses ouvri&#232;res de L&#233;ningrad &#224; sa coterie. Il prenait pour une opinion vivante l'opinion fabriqu&#233;e par ses sous-ordres de la Pravda de L&#233;ningrad. Il rentra pour en appeler au Parti et aux masses, alors que le Parti n'&#233;tait plus que l'ombre des bureaux et que les masses, indiff&#233;rentes, se r&#233;servaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de L&#233;ningrad fut bris&#233;e en quinze jours. Le rayon de Vyborg c&#233;da le premier. Le m&#233;canisme des abandons fut simple. D'une part, il se trouva aupr&#232;s de chaque Comit&#233; des malins qui comprirent que se prononcer pour le Comit&#233; Central, c'&#233;tait vraisemblablement commencer une carri&#232;re ; d'autre part, le respect du Comit&#233; Central d&#233;sarmait les meilleurs. Le C.C. evoya Goussev et Stesky pour installer les nouveaux Comit&#233;s. Pendant deux ou trois jours, la Pravda de L&#233;ningrad fut gard&#233;e par des hommes d&#233;vou&#233;s &#224; Zinoviev. Goussev parlait devant de grandes assembl&#233;es. Je l'&#233;coutai. Inintellectuel, habile et grossi&#232;rement d&#233;loyal, il d&#233;formait tout avec une violence syst&#233;matique. Gros, un peu chauve, mal ras&#233;, il venait &#224; bout de l'auditoire par un bas hypnotisme fond&#233; sur l'autorit&#233;. On sortait de l&#224; avec une pointe de d&#233;sespoir au c&#339;ur. Pas une parole ne sonnait vrai, pas une n'emportait l'adh&#233;sion, mais les vaincus s'&#233;taient mis dans un mauvais cas, il ne restait qu'&#224; suivre le Parti, il ne restait qu'&#224; voter les r&#233;solutions du Comit&#233; Central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, je ne les votai pas, je m'en allai avant le moment du vote pour ne pas faire ce geste d'impuissance. Le niveau d'&#233;ducation tr&#232;s bas d'une grande partie de l'assistance et la d&#233;pendance mat&#233;rielle de chacun &#224; l'&#233;gard des Comit&#233;s du Parti assuraient le succ&#232;s d'une argumentation aussi mis&#233;rable. Sous les coups de b&#233;lier d'un Goussev, la majorit&#233; officielle que Zinoviev gardait &#224; L&#233;ningrad depuis 1918 s'effrita en une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de l'accord conclu entre l'opposition de gauche (trotskyste) et celle de L&#233;ningrad nous surprit. Comment nous asseoir &#224; la m&#234;me table que les bureaucrates qui nous avaient traqu&#233;s, d&#233;nonc&#233;s, calomni&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux chefs du Parti de L&#233;ningrad : Evdokinov, Zorine, Guertik, Nakhinson, Bakaev, Ionov, que je connaissais presque tous depuis 1919, parurent avoir chang&#233; d'&#226;me en une nuit, et je ne peux m'emp&#234;cher de penser qu'ils &#233;prouvaient un profond soulagement &#224; sortir du mensonge asphyxiant pour nous tendre la main. Ils parlaient de Trotsky, qu'ils d&#233;nigraient odieusement l'avant-veille, avec admiration et commentaient les d&#233;tails des premi&#232;res entrevues avec lui, Zinoviev et Kam&#233;nev. &#171; Les relations sont meilleurs que jamais. &#187; C'est alors que Zinoviev et Kam&#233;nev remirent &#224; Trotsky des lettres-t&#233;moignages relatant comment dans des entretiens avec Staline, Boukharine et Rykov, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de forger une doctrine trotskyste pour d&#233;clencher contre elle des campagnes de r&#233;futation. Ils sign&#232;rent aussi une d&#233;claration reconnaissant que, sur des questions d&#233;cisives et notamment sur le r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, l'opposition de 1923 (Trotsky, Pr&#233;obrajensky, Rakovsky, Antonov Ovs&#233;enko) avait eu raison contre eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appartenais, avec Tchadaev, &#224; la cellule communiste de la Krasnaya Gaz&#233;ta : environ quatre cents ouvriers imprimeurs et typographes. Perdus parmi eux, il y avait deux ou trois bolcheviks, membres de l'administration, qui avaient fait la guerre civile. La majorit&#233; des membres dataient de la promotion L&#233;nine, c'est-&#224;-dire de la campagne de recrutement commenc&#233;e (par Staline &#8211; Note M et R) lors de la mort de Vladimir Illitch. Ouvriers arri&#233;r&#233;s qui s'&#233;taient abstenus de se joindre au Parti militant et combattant et ne lui avaient donn&#233; leur adh&#233;sion qu'apr&#232;s l'affermissement du pouvoir et la normalisation. Nous &#233;tions cinq opposants (dont un douteux), tous appartenaient &#224; la g&#233;n&#233;ration de la guerre civile. La bataille des id&#233;es s'engagea sur trois questions dont on ne parlait que le moins possible : r&#233;gime de l'agriculture, r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, &#233;volution chinoise. Tchang Ka&#239; Chek, conseill&#233; et m&#234;me dirig&#233; par Bl&#252;cher (Gallen) et Rasgone (Olguine) commen&#231;ait sa marche victorieuse de Canton vers Shanga&#239; : mont&#233;e de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, toute la discussion fut fauss&#233;e. Le comit&#233; de cellule ob&#233;issait au Comit&#233; de rayon, convoquait tous les quinze jours une s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re avec pr&#233;sence obligatoire et contr&#244;le &#224; l'entr&#233;e. Un orateur du rayon parlait deux heures sur la possibilit&#233; d'&#233;difier le socialisme dans un seul pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t que nous ouvrions la bouche, les interruptions et les cris fusaient. Il fallait calmement faire observer au pr&#233;sident que l'on perdait une demi-minute et recommencer la phrase hach&#233;e. La salle assistait &#224; ce duel dans un silence absolu. Elle &#233;tait neutre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survint le d&#233;sastre de Shanga&#239;. Je l'attendais, je l'avais annonc&#233; &#224; l'avance, renseign&#233; par des camarades arriv&#233;s de Chine et, chose inconcevable, par la lecture du Temps, seul journal fran&#231;ais (outre l'Humanit&#233;) qui me parvint. Toutes les informations concordaient. Tchang-Ka&#239;-Chek, arriv&#233; devant Shanga&#239;, avait trouv&#233; la ville prise par les syndicats. (Cette insurrection syndicale avait &#233;t&#233; admirablement organis&#233;e avec le concours d'instructeurs russes.) Tchang se pr&#233;parait presque ouvertement &#224; d&#233;sarmer les communistes et les piquets ouvriers. Nous le savions. Tout ce qui restait actif dans le Parti &#233;tait soulev&#233; d'enthousiasme par les nouvelles de Chine ; les initi&#233;s suivaient, jour par jour, la pr&#233;paration du coup de force militaire qui devait in&#233;luctablement, &#224; Shanga&#239;, aboutir au massacre des prol&#233;taires. A Moscou, Trotsky, Zinoviev, Radek (alors recteur de l'Universit&#233; chinoise) exigeaient du Comit&#233; Central un changement imm&#233;diat de tactique. Il e&#251;t suffi d'un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; de Shaga&#239; : &#171; D&#233;fendez-vous ! &#187; et la R&#233;volution n'e&#251;t pas &#233;t&#233; d&#233;capit&#233;e. Mais la politique de Staline consistait &#224; pers&#233;v&#233;rer dans l'alliance avec la bourgeoisie nationaliste, &#224; freiner le mouvement populaire, &#224; interdire la formation de Soviets, &#224; exiger du P.C. chinois la subordination au Kuo-Min-Tang. Les r&#233;sultats en &#233;taient d&#233;j&#224; monstrueux. Le P.C. chinois, dirig&#233; par Tchen-Dou-Siou, un honn&#234;te homme pourtant et un r&#233;volutionnaire, avait d&#233;savou&#233; les soul&#232;vements paysans du Houpe&#239; et laiss&#233; &#233;gorger par milliers les cultivateurs insurg&#233;s &#224; Tchan-Eha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de l'&#233;v&#233;nement de Shanga&#239;, Staline vint s'expliquer devant les militants de Moscou, r&#233;unis au Grand Th&#233;&#226;tre. Tout le Parti r&#233;p&#233;ta et commenta une de ses phrases, saisies au vol : &#171; on dit que Tchang-Ka&#239;-Chek s'appr&#234;t &#224; nous trahir. Je sais qu'il joue au plus fin, mais c'est lui qui sera roul&#233;. Nous le presserons comme un citron et puis nous le jetterons. &#187; Ce discours &#233;tait &#224; l'impression &#224; la Pravda quand parvint la terrible nouvelle. Le coup de force de Tchang-Ka&#239;-Chek &#233;tait accompli. La troupe du Kuo-Min-Tang nettoyait &#224; coups de mitrailleuses les faubourgs ouvriers. Quelques jours auparavant, le chef d'une division r&#233;volutionnaire avait offert au Comit&#233; de Shanga&#239; le soutien d&#233;cisif de ses r&#233;giments. Le Comit&#233;, se conformant aux directives re&#231;ues, avait d&#233;clin&#233; cette offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rencontrions avec une sorte de d&#233;sespoir. Les d&#233;bats du Comit&#233; Central se reproduisaient avec la m&#234;me violence dans toutes les cellules o&#249; il y avait des opposants. Il me sembla, quand apr&#232;s Tchadaev je pris la parole, que la haine atteignait son paroxysme. Un secr&#233;taire du rayon, vieux militant estonien, assistait &#224; cette s&#233;ance en prenant des notes pour la Comit&#233; r&#233;gional ; de l&#224;, mon propos passait dans les dossiers du Comit&#233; Central. Je finis mas cinq minutes en lan&#231;ant une phrase qui fit le silence pendant une minute : &#171; Son pretige de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral est plus cher &#224; Staline que le sang des ouvriers chinois ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques jours de l&#224;, on arr&#234;ta Netchaev, ouvrier d'une quarantaine d'ann&#233;es, autrefois commissaire de l'Arm&#233;e Rouge, esprit r&#233;fl&#233;chi, visage ferme, fatigu&#233;, &#224; lunettes d'or. (&#8230;) L'arrestation de Netchaev pour &#171; men&#233;es antisovi&#233;tiques &#187; fut confirm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle, entre membres du m&#234;me Parti, je me sentais cevant l'ennemi : &#171; Vous arr&#234;tez Netchaev. Il faudra demain que vous nous arr&#234;tiez tous, par milliers. Sachez que nous accepterons la prison et la d&#233;portation aux &#238;les pour le service de la classe ouvri&#232;re. La contre-r&#233;volution, c'est vous ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev dit : &#171; Je pense, moi, qu'ils nous &#233;crabouilleront avant le grand d&#233;gel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; vieux &#187; du Parti demeuraient fid&#232;les pour la plupart ; mais les fonctionnaires les plus jeunes, sollicit&#233;s tout &#224; coup en sens contraire, s'&#233;taient presque sans r&#233;sistance prononc&#233;s dans le sens de leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et de la fid&#233;lit&#233; la plus forte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mutinerie des marins russes pendant la r&#233;volution de 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8867</link>
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		<dc:date>2025-10-04T08:45:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; bord du yacht imp&#233;rial Etoile polaire, en octobre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutinerie fut &#233;cras&#233;e et Nikiforov fut oblig&#233; de fuir. Il partit en Crim&#233;e o&#249; il travailla ill&#233;galement pour le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, les bolch&#233;viks furent oblig&#233;s de soutenir une lutte acharn&#233;e, non seulement contre la contre-r&#233;volution tsariste qui relevait la t&#234;te, mais encore au sein de leur propre parti contre les mench&#233;viks, car, &#224; cette &#233;poque, le Parti social-d&#233;mocrate russe r&#233;unissait encore les bolch&#233;viks et les mench&#233;&#173;viks et, officiellement, &#233;tait uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le front unique des masses, qui s'&#233;tait constitu&#233; pendant la p&#233;riode de pouss&#233;e r&#233;volutionnaire, obligeait les mench&#233;viks, en d&#233;pit de leur nature revisionniste, &#224; participer involontairement aux combats de ces masses, lorsque le flot r&#233;volutionnaire se mit &#224; refluer, ces m&#234;mes mench&#233;viks se sentirent les ma&#238;tres de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite du soul&#232;vement de Moscou, le chef et l'id&#233;ologue du mench&#233;visme, G. Pl&#233;&#173;khanov, pronon&#231;a sa phrase c&#233;l&#232;bre : &#171; Il ne fallait pas prendre les armes &#187; et les militants mench&#233;viks locaux, solidement install&#233;s dans les comit&#233;s s'effor&#231;&#232;rent, avec un z&#232;le digne d'un sort meilleur, d'&#233;touffer par leur poli&#173;tique opportuniste le feu r&#233;volutionnaire qui ne s'&#233;tait pas &#233;teint dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement dans cette p&#233;riode de propagande mench&#233;vik qu'arriva en Crim&#233;e l'au&#173;teur de la Gr&#232;ve, qui avait re&#231;u son &#233;ducation et sa trempe bolch&#233;viks dans le groupe de combat du Parti &#224; P&#233;tersbourg (L&#233;ningrad). Ce groupe &#233;tait dirig&#233; par les bolch&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur re&#231;ut la t&#226;che difficile de d&#233;fendre la ligne bolch&#233;vik dans un comit&#233; du Parti compos&#233; de mench&#233;viks. Cette t&#226;che &#233;tait d'autant plus difficile que Nikiforov, quoique agitateur et organisateur de talent, ne poss&#233;dait pas encore les connaissances th&#233;oriques n&#233;cessaires pour faire pr&#233;valoir ses conceptions sur celles des comitards mench&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous voyons par son livre que l'auteur d&#233;fendait une ligne bolch&#233;vik exacte en organisant les masses pour la lutte, en al&#173;lant au combat avec les masses et en se pla&#173;&#231;ant &#224; leur t&#234;te, en vrai bolch&#233;vik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens la Gr&#232;ve est tr&#232;s instructive, tr&#232;s actuelle m&#234;me, bien qu'elle nous parle d'&#233;v&#233;&#173;nements qui se d&#233;roul&#232;rent en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nikoforov, &#034;La gr&#232;ve&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but du travail d'organisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re moiti&#233; de 1906 fut caract&#233;ris&#233;e dans le sud de la Russie par un fort mouvement de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup port&#233; au gouvernement tsariste par le prol&#233;tariat de P&#233;tersbourg et de Moscou, &#224; la fin de 1905, se r&#233;percuta dans tout le pays pendant toute l'ann&#233;e 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines m&#233;tallurgiques du sud et de l'Oural &#233;taient constamment en gr&#232;ve. Un mouvement r&#233;volutionnaire puissant se d&#233;veloppait parmi les matelots de la flotte commerciale de la mer Noire, une vague r&#233;volutionnaire se soulevait de nou&#173;veau parmi les marins de la flotte de guerre de la mer Noire et de la mer Baltique. La situation exigeait de nous une action d&#233;cisive. Les organi&#173;sations social-d&#233;mocrates s'effor&#231;aient de mobili&#173;ser toutes leurs forces dans le but de se mettre &#224; la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de Crim&#233;e m'ordonna de rejoindre d'urgence la ville de Kertch afin de venir en aide &#224; l'organisation locale. Dans la situation pr&#233;sente, Kertch avait une importance primordiale, car le d&#233;troit de Kertch &#233;tait le seul chemin par lequel l'on pouvait faire passer les quantit&#233;s &#233;normes de bl&#233; qui &#233;taient export&#233;es des ports de Rostov, Taganrog et Marioupol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fermant le d&#233;troit de Kertch, l'on paralysait tout le trafic des ports de la mer d'Azov et, par cons&#233;quent, le mouvement des exportations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais avoir un travail important &#224; effectuer parmi les ouvriers dragueurs et les dockers du port de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de Kertch &#233;tait, enti&#232;rement mench&#233;vik et la base de son organisation &#233;tait dans de petites usines m&#233;tallurgiques qui poss&#233;daient des groupes d'ouvriers mench&#233;viks assez forts. La flottille des dragueurs et les dockers &#233;taient en dehors de l'influence des mench&#233;viks. Les s.-r. (socialistes-r&#233;volutionnaires) et les anarchistes n'&#233;taient pas tr&#232;s forts et se recrutaient parmi la petite bourgeoisie de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;cision du comit&#233; de Kertch, j'allai travailler parmi les ouvriers dragueurs et les doc&#173;kers. Je me mis avec ardeur &#224; la besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passais des journ&#233;es enti&#232;res parmi eux. J'&#233;tudiais la vie des dockers, j'&#233;coutais leurs conversations et mis bient&#244;t le doigt sur les points o&#249; pouvait s'exercer mon agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les travaux de chargement et de d&#233;char&#173;gement des quais &#233;taient dirig&#233;s &#224; l'&#233;poque par des entrepreneurs qui s'entendaient avec l'admi&#173;nistration des bateaux et du port pour exploiter f&#233;rocement la masse non organis&#233;e des dockers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entrepreneurs saoulaient les dockers et les trompaient lors du r&#232;glement des comptes. Cha&#173;que r&#232;glement de compte provoquait des manifes&#173;tations de m&#233;contentement et des temp&#234;tes de protestations des ouvriers contre les entrepre&#173;neurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudiai tout ceci en d&#233;tail et le gravai dans ma m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais la possibilit&#233; de m'embaucher en qua&#173;lit&#233; de docker, mais je d&#233;cidai n&#233;anmoins de me faufiler dans la flottille des dragueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dragues &#233;taient encore en r&#233;paration et seule une petite quantit&#233; d'entre elles &#233;taient en action et nettoyaient le d&#233;troit de Kertch. J'engageai la conversation avec les ouvriers et, m'&#233;tant fait passer pour un sans-travail, je m'installai avec leur aide sur l'une des dragues, le Victor Choumski, en qualit&#233; de manoeuvre avec un salaire de 75 kopecks par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus embauch&#233; par le ma&#238;tre d'&#233;quipage, un vieux loup de mer qui avait fait son service mili&#173;taire dans la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poss&#233;dant une capacit&#233; de travail et une endu&#173;rance tout &#224; fait extraordinaires, il tenait solide&#173;ment en mains l'&#233;quipage du bateau et &#233;tait le bras droit du capitaine ; il buvait jusqu'&#224; en tomber ivre-mort. Lorsque je me pr&#233;sentai &#224; lui, il me scruta attentivement. Mes habits simples et ma force physique le satisfirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que sais-tu faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais faire tout le travail de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; as-tu travaill&#233; en dernier lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A Tcheliabinsk, au d&#233;p&#244;t des chemins de fer, r&#233;pondis-je, comptant bien qu'il n'irait pas en Sib&#233;rie prendre des renseignements sur mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi as-tu &#233;t&#233; renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parce que je buvais, r&#233;pondis-je g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a va, vas travailler ! Si je remarque que tu te sao&#251;les, je te fous &#224; la porte. Eh, Bespalov, je t'envoie un aide. Attrape !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov me regarda avec am&#233;nit&#233;. Il &#233;tait vo&#251;t&#233; et sombre comme s'il portait un lourd far&#173;deau. A ce point de vue, tous les vieux ouvriers m&#233;tallurgistes ayant pass&#233; une p&#233;riode d'entra&#238;&#173;nement consistant en 14-16 heures de travail par jour se ressemblent beaucoup ; ils sont comme coul&#233;s dans le m&#234;me moule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov, qui posait et pr&#233;parait les tuyaux de conduite sur les bateaux, travaillait avec son fils. Depuis longtemps il &#233;tait dans la flottille. Il avait succ&#233;d&#233; &#224; son p&#232;re dans ce travail. Il &#233;tait renfrogn&#233; et silencieux et buvait sans doute con&#173;sid&#233;rablement. Il &#233;tait tenace au travail ; ses mains noueuses saisissaient comme des pinces les objets et les posaient avec pr&#233;cision &#224; l'endroit voulu. Il travaillait bien, solidement et propre&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connaissais &#233;galement le travail des conduites d'eau et m'av&#233;rai comme &#233;tant un aide &#171; d&#233;lur&#233; &#187;, ce qui disposa aussit&#244;t le vieux en ma faveur. J'accordais une importance particuli&#232;re &#224; ce fait, car dans mon travail la sympathie d'un vieil ouvrier &#233;tait d&#233;j&#224; un soutien, m&#234;me s'il ne voulait pas se m&#234;ler de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le travail le plus difficile et le plus sale retomba sur moi ; je, soulevais les objets les plus lourds, j'enlevais la crasse aux endroits o&#249; il fallait poser les conduites, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours de mon travail &#224; bord du dragueur ne me montr&#232;rent aucun indice de la possibilit&#233; d'accomplir un travail politique quel&#173;conque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov &#233;tait peu loquace et r&#233;pondait peu volontiers aux questions qui n'avaient pas directement trait &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus tout de m&#234;me de sonder le vieux et j'engageai la conversation sur la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est bient&#244;t les &#233;lections &#224; la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et nous, on va voter aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cette question-l&#224; ne nous regarde pas. A trop penser on perd la t&#234;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et comment que &#231;a se fait que les journaux &#233;crivent que les ouvriers vont voter aussi ? insis&#173;tai-je en revenant &#224; la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On &#233;crit ce qu'on veut, et on fait ce qu'on veut aussi, pronon&#231;a Bespalov avec importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-dessus se termina notre causerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse de Bespalov, contenue dans sa phrase, qu'&#224; trop penser on pouvait perdre la t&#234;te, montrait que les vieux ouvriers sentaient profond&#233;ment et comprenaient parfaitement la politique du gouvernement tsariste et que Bes&#173;palov en savait plus long qu'il ne le laissait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens de la flottille &#233;vitaient en g&#233;n&#233;ral les conversations politiques et, en ce sens, le tra&#173;vail parmi eux ne disait rien qui vaille. Au con&#173;traire, les sujets touchant aux salaires trouvaient toujours chez eux un excellent accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait connaissance des ouvriers, de leur &#233;tat d'esprit et de leur situation &#233;conomique, je conclus qu'il me fallait commencer mon travail par la jeunesse non encore charg&#233;e de famille La majorit&#233; des ouvriers dragueurs travaillaient dans le m&#233;tier depuis des ann&#233;es et beaucoup d'entre eux m&#234;me depuis leur enfance ; ils avaient acquis des maisonnettes et avaient install&#233; leur famille. L'administration avait cr&#233;&#233; toute une &#233;chelle d'avancements savamment gradu&#233;s, dont les ouvriers franchissaient docilement les &#233;che&#173;lons, un par un. Des familles enti&#232;res avec leurs enfants, fr&#232;res, neveux, etc., avaient pris racine dans ce travail et vivaient d'une vie int&#233;rieure tr&#232;s ferm&#233;e. Les anciens &#233;taient particuli&#232;rement s&#233;v&#232;res pour toute &#171; libre pens&#233;e &#187; et tenaient la jeunesse tr&#232;s &#233;troitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration du port et de la flottille s'effor&#231;ait de se comporter d'une mani&#232;re famili&#232;re avec toute cette masse et demandait m&#234;me les conseils techniques des vieux particuli&#232;re&#173;ment respectables ou les consultait sur les questions de discipline et d'ordre int&#233;rieur. Natu&#173;rellement, il ne fallait m&#234;me pas penser &#224; com&#173;mencer le travail par les vieux. Il fallait t&#226;cher d'arracher peu &#224; peu la jeunesse &#224; l'influence des vieux et de l'amener ensuite &#224; s'int&#233;resser &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l&#224; que je commen&#231;ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fils de Bespalov, Andr&#233;, &#233;tait &#233;tudiant dans une &#233;cole technique et r&#234;vait de devenir m&#233;canicien &#224; bord ; je me liai rapidement d'amiti&#233; avec lui. Souvent nous passions des heures en&#173;ti&#232;res &#224; terre et devisions sur des th&#232;mes divers. Je l'initiai avec pr&#233;caution &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;cits sur la r&#233;volution qui venait d'avoir lieu provoquaient des questions diverses de sa part. Il me demandait pourquoi existaient &#171; les partis clandestins &#187;, pourquoi ils sont contre le tsar, etc. En pr&#233;sence de son p&#232;re, je menais la conversation plus doucement, le vieux faisait des r&#233;pliques dans le genre de : &#171; Les uns sont pous&#173;s&#233;s &#224; la r&#233;volution par la famine, les autres par la graisse, et nous... pourvu qu'on travaille... Et puis, on dit que les youpins jettent de l'huile sur le feu... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui parlais avec pr&#233;caution des gr&#232;ves de masse dans les diff&#233;rentes villes, je lui citais les gr&#232;ves des postes et t&#233;l&#233;graphes et des chemins de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux discutait avec ent&#234;tement et son fils &#233;coutait et me soutenait. En terminant ces con&#173;versations j'ajoutais toujours pour le vieux : &#171; Ni toi, ni moi, ne nous proposons de faire la r&#233;volu&#173;tion, grand-p&#232;re, mais l'homme doit tout de m&#234;me &#234;tre fix&#233; sur tout. &#187; La pr&#233;caution n'&#233;tait pas inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de chauffe de notre dragueur, que le vieux nommait Danilo, en abr&#233;geant son nom, s'adjoignit &#224; nos conversations. Danilo &#233;tait Ukrainien. C'&#233;tait un bon gars qui avait fait son service dans l'infanterie et s'&#233;tait embauch&#233; en&#173;suite dans notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gai et simple, il s'assimilait vivement le c&#244;t&#233; romantique de la r&#233;volution et s'en impr&#233;gnait comme une &#233;ponge s'imbibe de liquide. Revenu de la guerre russo-japonaise, il avait &#233;t&#233; lui-m&#234;me pris par la grande temp&#234;te dont le torrent l'avait entra&#238;n&#233; jusque sur les bords de la mer Noire. Il &#233;tait toujours heureux de nos causeries et y apportait une grande animation. Le vieux ne l'aimait pas pour cela et ronchonnait contre lui en le traitant de &#171; carillon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu la jeunesse se groupait autour de nous, la lecture des journaux pendant le casse-cro&#251;te, les commentaires des &#233;v&#233;nements dont les &#233;chos ne s'&#233;taient pas encore assoupis, les cause&#173;ries &#224; terre apr&#232;s le travail, tout cela attirait la jeunesse &#224; la vie politique. Progressivement, des questions g&#233;n&#233;rales, je passai aux questions ayant trait &#224; la vie de notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ancre, la journ&#233;e ouvri&#232;re de la flottille, &#233;tait de 11 h. 30 Je choisis en premier lieu ce th&#232;me pour mes causeries avec les jeunes ma&#173;rins. Je reliai cette question &#224; la lutte g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re et &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'auto-&#233;ducation politique ; je leur parlai de la lutte ac&#173;tuelle que les capitalistes, aid&#233;s par la gendar&#173;merie et la police, m&#232;nent contre les ouvriers qu'ils poursuivent pour la moindre manifestation de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;cits soulevaient particuli&#232;rement l'int&#233;&#173;r&#234;t de la jeunesse sur la r&#233;volution et provo&#173;quaient une foule de questions. Un certain roman&#173;tisme du myst&#232;re, de lutte contre le gouvernement et la police, trouvait un &#233;cho vivant dans les c&#339;urs de toute cette jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'autour de moi, insensiblement, se forma un groupe. Je me mis &#224; faire mon tra&#173;vail politique en dehors des heures de service. Nous organis&#226;mes des r&#233;unions de notre groupe, le soir. Ces r&#233;unions se passaient en longues cau&#173;series.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, dans la presse, les questions concernant la Douma &#233;taient fortement d&#233;battues. Je r&#233;ussis &#224; me lier sur ce terrain avec les an&#173;ciens, mais non avec tous il est vrai. Je leur expliquai ce que c'&#233;tait que la Douma, pourquoi le gouvernement tsariste la convoquait, etc. En un mot, je fus promu pr&#232;s des anciens au rang d'explicateur des questions politiques ayant trait &#224; la Douma. Mon travail progressa d'une mani&#232;re assez s&#233;rieuse et, malgr&#233; cela, je ne fus pas d&#233;&#173;couvert par l'administration qui, &#233;tant berc&#233;e par l'illusion de la docilit&#233; des ouvriers, ne re&#173;marquait pas ce qui se passait sous son nez. Personne ne remarquait ma figure modeste de man&#339;uvre, d'autant plus que je n'entrais jamais en discussion avec les anciens et m&#234;me, parfois, les soutenais lorsque les jeunes les taquinaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse s'assimilait sans s'en douter les conceptions r&#233;volutionnaires ; les exemples frap&#173;pants de mutineries de marins, de combats sur les barricades, etc. enflammaient leur imagina&#173;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque je disais que dans beaucoup d'usines les ouvriers avaient su imposer la journ&#233;e de 9 heures par une gr&#232;ve solidaire, la jeunesse s'excitait, Danilo se frottait les mains et, fermant les poings, disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudra secouer les n&#244;tres aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh, les n&#244;tres, il faudra du temps pour les mettre en train, disait Andr&#233; le pond&#233;r&#233;, pour calmer Danilo, rien que mon p&#232;re, pour le...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; De quoi ton p&#232;re ? c'est pas nos p&#232;res, c'est nous qu'il faut mettre en train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de &#171; secouer &#187; &#224; bord, chez nous, int&#233;ressa fortement les gars et ils n'abandon&#173;n&#232;rent plus cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re exp&#233;rience de travail avec la jeu&#173;nesse m'avait montr&#233; que ma tactique politique &#233;tait exacte, que je pouvais hardiment me reposer sur la jeunesse et travailler par son interm&#233;&#173;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de d&#233;velopper mon travail ult&#233;rieur de fa&#231;on &#224; &#234;tre moi-m&#234;me le plus longtemps pos&#173;sible dans l'ombre et &#224; ne pas provoquer trop t&#244;t l'attention de la gendarmerie ou de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'introduisis, avec l'autorisation du comit&#233; du Parti, une partie de la jeunesse dans un cercle du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'admission des jeunes &#224; un cercle politique les enthousiasma ; ils masquaient leur participa&#173;tion &#224; ce cercle par des m&#233;thodes de conspiration exag&#233;r&#233;es jusqu'&#224; la na&#239;vet&#233;, se consid&#233;raient avec orgueil comme membres d'un parti r&#233;volu&#173;tionnaire clandestin qui m&#232;ne la lutte, &#171; peut-on dire avec le tsar, son gouvernement et tous ses partisans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te tournait &#224; tous ces gars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question d'attirer la jeunesse des autres bateaux &#224; notre travail se posa devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut les r&#233;unir &#224; terre apr&#232;s le travail et leur parler, proposa Danilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel ballot ! r&#233;pliqua Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et toi, t'es si intelligent que tu crois que tous les autres sont des imb&#233;ciles, se froissa Da&#173;nilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas &#171; les autres &#187;, mais seulement toi. T'es un imb&#233;cile. Vas les r&#233;unir tous, et aujourd'hui m&#234;me toute la ville saura de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Naturellement, ce n'est pas comme cela qu'il faut faire, dis-je pour soutenir Andr&#233; ; nous aurons toujours le temps de tomber entre les pattes de la gendarmerie, donc il ne faut pas se d&#233;p&#234;cher, il faut les entra&#238;ner progressivement, un par un, en choisissant, non les bavards, mais les fermes. Nous formerons un cercle solide. Il faut avoir son homme sur chaque navire et, par son interm&#233;&#173;diaire, travailler parmi la jeunesse de ces b&#226;ti&#173;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; s'enthousiasmait insensiblement, com&#173;me si notre cause lui &#233;tait devenue proche depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gars prirent sur eux de faire de l'agita&#173;tion parmi le jeunesse et de travailler &#224; l'adh&#233;&#173;sion des ouvriers des autres b&#226;timents. Nous r&#233;sol&#251;mes d'organiser un cercle parmi eux. Nous nomm&#226;mes Andr&#233; organisateur responsable, on avait d&#233;cid&#233; de ne pas mettre les navires en liaison avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, mon vieux, reste dans ton coin et montre-nous comment il faut faire, le reste, nous le ferons nous-m&#234;mes, d&#233;clara Danilo avec une ferme conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se noua le petit lien de notre grand travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur ma proposition, le comit&#233; d&#233;cida d'organiser un meeting en plein air &#224; la veille du Pre&#173;mier Mai. Ce meeting avait pour but d'attirer le plus grand nombre d'ouvriers de notre flottille et de dockers. Je confiai &#224; Danilo le soin de mobiliser tout notre cercle pour ce travail. Les gars firent tous de leur mieux. 100 hommes de la flot&#173;tille assist&#232;rent au meeting. Les postes, la cha&#238;ne de francs-tireurs, les mots de passe myst&#233;rieux, tout cela produisait une forte impression sur les ouvriers. Des socialistes-r&#233;volutionnaires avec lesquels des empoignades formidables avaient toujours lieu, s'infiltr&#232;rent aussi chez nous. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de Kertch n'&#233;taient pas tr&#232;s ferr&#233;s en th&#233;orie et se faisaient chaque fois copieusement battre par les social-d&#233;mocrates. C'est pourquoi les socialistes-r&#233;volution&#173;naires s'effor&#231;aient toujours de concentrer la discussion sur les questions ayant trait &#224; la ter&#173;reur. Sur ce point-l&#224;, la discussion leur &#233;tait plus facile. N&#233;anmoins, ils ne pouvaient obtenir la majorit&#233; dans nos meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting de ce jour dura longtemps. Nous expliqu&#226;mes en d&#233;tail la signification du Pre&#173;mier Mai, comment il fallait le f&#234;ter et pourquoi l'autocratie et les capitalistes &#233;taient contre lui, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting se termina &#224; l'aube. Nous part&#238;mes tous ensemble. La police savait qu'un meeting avait lieu, mais avait peur de se risquer dans la steppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait une peur intense de nos groupes de combat, dont elle connaissait &#233;galement l'exis&#173;tence, mais dont elle s'exag&#233;rait l'importance. C'est pourquoi elle r&#233;solut de surveiller le retour des auditeurs dans un faubourg de la ville et de les arr&#234;ter lorsqu'ils passeraient. Mais nos &#233;claireurs firent passer les ouvriers par des chemins d&#233;tourn&#233;s &#224; travers la montagne et les amen&#232;&#173;rent du c&#244;t&#233; oppos&#233; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 300 hommes descendirent bruyamment et en chantant de la montagne vers la rue cen&#173;trale de la ville ; les flics de garde sifflaient &#233;per&#173;dument, les policiers qui avaient pr&#233;par&#233; la sou&#173;rici&#232;re couraient &#224; toute allure vers le lieu de la manifestation, mais ils ne trouv&#232;rent personne. Le r&#233;seau des ruelles &#233;troites avait englouti les manifestants qui s'en revinrent tous, sains et saufs, dans leurs foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre meeting eut une influence &#233;norme sur tous les ouvriers et surtout sur la jeunesse. Les questions politiques devinrent le th&#232;me constant des conversations de la jeunesse. Les vieux gar&#173;daient le silence, mais tol&#233;raient ces conversa&#173;tions ; le meeting avait bris&#233; leur ent&#234;tement. Les discussions sur la terreur &#233;taient particuli&#232;re&#173;ment passionn&#233;es : le romantisme du terrorisme paraissait tr&#232;s s&#233;duisant, tr&#232;s noble et entra&#238;&#173;nant... et la jeunesse subissait la contagion de cet aventurisme malsain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; me d&#233;clara qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de dis&#173;cuter la question de la terreur dans notre cer&#173;cle ; il craignait beaucoup que cette question dan&#173;gereuse n'apport&#226;t la dissension au sein de notre cercle et f&#238;t avorter tout notre travail. Dans une causerie longue et d&#233;taill&#233;e faite au cercle, j'ex&#173;pliquai la signification de la lutte prol&#233;tarienne de masse que j'illustrai de deux exemples : une r&#233;volte arm&#233;e de marins et le soul&#232;vement de Moscou, et je parlai de la terreur individuelle comme m&#233;thode nuisible de lutte, d&#233;tournant le prol&#233;tariat de la lutte politique de masse ; la jeunesse envisagea d&#232;s lors avec plus de calme cette question br&#251;lante. Mes explications sur le r&#244;le essentiel de la pr&#233;paration d'un mouvement ouvrier de masse dont la force agissante menait &#224; la victoire furent convaincantes et, d&#233;tournant la jeunesse du romantisme individuel, l'orient&#232;rent vers la voie de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre liaison avec les autres unit&#233;s de la flot&#173;tille se consolida tellement que l'on pouvait d&#233;j&#224; activer le travail de la jeunesse organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de poser devant la jeunesse la ques&#173;tion de l'&#233;laboration d'un plan concret de lutte pour la diminution de la journ&#233;e de travail. La t&#226;che &#233;tait assez malais&#233;e : tout le monde doutait de la possibilit&#233; de d&#233;cider les ouvriers &#224; la gr&#232;ve ; ce travail &#233;tait nouveau, et, de plus, la question ne pouvait &#234;tre r&#233;solue par les seules forces de la jeunesse, il fallait faire marcher les vieux. J'esti&#173;mai &#233;galement que la gr&#232;ve ne r&#233;ussirait pas. Il fallait pour cela faire un travail soutenu et de plus longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je proposai d'essayer spontan&#233;ment, sans faire gr&#232;ve, de r&#233;duire le nombre des heures de tra&#173;vail. D'abord personne ne comprit cette mani&#232;re de poser la question, ensuite, apr&#232;s y avoir pens&#233;, mes camarades d&#233;cid&#232;rent que l'on pouvait essayer. Andr&#233; et moi pr&#238;mes sur nous d'&#233;labo&#173;rer ce plan. Nous confi&#226;mes aux autres le soin de faire de l'agitation en faveur de la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas poser pour le moment la question de l'aug&#173;mentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;labor&#226;mes, avec Andr&#233;, un plan d&#233;taill&#233;. Il se r&#233;sumait en ceci : les ouvriers de la flottille des dragueurs devaient r&#233;duire de leur propre volont&#233; la journ&#233;e de travail de 11 heures et demie &#224; 9 heures : au jour fix&#233;, les ouvriers de la caravane devaient arriver au travail &#224; 7 heures du matin au lieu de 6 heures ; prendre une demi-heure pour d&#238;ner et terminer le travail &#224; 4 heures au lieu de 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions d&#233;signer le jour fix&#233; pour l'ac&#173;complissement de notre plan d&#232;s que les ouvriers seraient suffisamment pr&#233;par&#233;s. La veille de ce jour, avant la fin du travail, sur toutes les che&#173;min&#233;es de tous les bateaux, nous devions &#233;crire &#224; la craie, en grosses lettres, &#224; quelle heure, le lendemain, le travail devait commencer et se ter&#173;miner. Pour diriger cette campagne, nous chois&#238;mes un comit&#233; avec, comme centre, le Victor Choumski, sur lequel je travaillais. L'organisa&#173;teur responsable ou pr&#233;sident du comit&#233; fut Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, le Victor Choumski devint le centre du mouvement ouvrier qui se formait &#224; bord de la flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je fis, au comit&#233; du Parti, mon rapport sur le plan de campagne pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail, ce plan provoqua les protes&#173;tations de tout le comit&#233; qui d&#233;clara qu'il fallait me borner au travail d'&#233;ducation &#224; l'int&#233;rieur du cercle et ne pas m'occuper de travail actif. Je d&#233;clarai au comit&#233; que la tactique des manifesta&#173;tions de combat organis&#233;es donnerait phis de r&#233;&#173;sultats politiques que le travail d'&#233;ducation &#224; l'in&#173;t&#233;rieur des cercles. Apr&#232;s ma d&#233;claration cat&#233;gorique, le comit&#233; fut oblig&#233; de ratifier mon plan et je re&#231;us l'autorisation de commencer notre campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse op&#233;rait avec d&#233;cision : elle faisait de l'agitation ouverte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. L'administration habitu&#233;e &#224; sa prosp&#233;rit&#233; paisible ne sentait pas le danger et portait peu d'attention &#224; la &#171; jeunesse bavarde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation d'un syndicat clandestin. Pr&#233;paration &#224; la gr&#232;ve. Premier Mai. Arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#171; sans effusion de sang &#187; obtenue avec la journ&#233;e de 9 heures, enthousiasma non seulement les jeunes, mais &#233;veilla aussi les anciens. Les vieux se mirent &#224; pr&#234;ter une oreille plus attentive aux questions politiques. Mon auto&#173;rit&#233; augmenta &#233;galement de beaucoup parmi toute la population de la flottille. Mes causeries politiques acqu&#233;raient un caract&#232;re &#224; demi-l&#233;gal de masse, mais je n'en continuais pas moins &#224; exprimer mes id&#233;es avec mod&#233;ration. Je crois que c'est justement mon assurance qui en imposait aux vieux. Toutes les causeries avaient lieu pen&#173;dant le casse-cro&#251;te et, parfois., le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit cr&#233;&#233; par la victoire me donna l'id&#233;e de l'organisation d'un syndicat clandestin. Cette id&#233;e re&#231;ut un accueil favorable de la part des ouvriers. L'organisation d'un syndicat l&#233;gal &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, impossible ; de plus, je ne tenais pas beaucoup moi-m&#234;me &#224; la l&#233;galisation. Je tenais compte de ce que je ne pourrais pas travailler pendant longtemps et que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les gendarmes se m&#234;leraient de l'affaire. Je craignis qu'un syndicat l&#233;galis&#233; ne rest&#226;t sans direction convenable et tomb&#226;t entre les mains des r&#233;actionnaires qui, &#224; ce moment, s'&#233;taient comme &#233;vapor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant consacr&#233; quelques r&#233;unions &#224; la ques&#173;tion des buts et des t&#226;ches des syndicats, nous nous r&#233;un&#238;mes en une s&#233;ance constitutive form&#233;e des camarades les plus s&#251;rs. Nous &#233;l&#251;mes un comit&#233; de direction auquel nous confi&#226;mes le soin d'&#233;laborer les statuts de notre syndicat, de fabriquer un cachet et d'acqu&#233;rir tout ce qui &#233;tait n&#233;cessaire pour un syndicat clandestin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; nos m&#233;thodes de conspiration, 50 ou&#173;vriers adh&#233;r&#232;rent au syndicat. Des fonds assez importants, pr&#232;s de 100 roubles, furent r&#233;unis, que nous ne savions en somme pas &#224; quoi d&#233;pen&#173;ser. De cette fa&#231;on, le syndicat commen&#231;a &#224; fonc&#173;tionner. Mais, comme chaque syndicat doit faire quelque chose, il est naturel que nous nous m&#238;mes &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les moyens de recommander le n&#244;tre &#224; la classe ouvri&#232;re. Les membres de notre syndicat pos&#232;rent cette question avec insistance devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que, de pair avec le syst&#232;me d'enr&#244;lement des ouvriers avec tous leurs ascendants et descendants, il existait dans la flottille toute une &#233;chelle compliqu&#233;e de salaires. Lorsque je fis le calcul du salaire d'un ouvrier de cat&#233;gorie inf&#233;rieure, je trouvais qu'il ne gagnait en tout et pour tout que 18 roubles au plus par mois. De plus, les conditions du travail lui-m&#234;me &#233;taient excessivement dures et antihygi&#233;niques ; m&#234;me les chauffeurs qui accomplissaient un tra&#173;vail de bagnards n'avaient ni costumes, ni gants de travail ; il n'existait aucune organisation sani&#173;taire et m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les questions qui devaient, en premier lieu, fixer l'attention de notre jeune syndicat. A l'une de nos r&#233;unions, je fis un rapport d&#233;taill&#233; sur la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et j'indiquais que l'am&#233;lioration &#233;conomi&#173;que de leur situation ne pouvait &#234;tre que le r&#233;sul&#173;tat d'une lutt&#233; organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union chargea la direction du syndicat de se mettre en secret &#224; l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e de la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et d'&#233;laborer un plan de lutte pour l'application des mesures qui seraient &#233;labor&#233;es par la direc&#173;tion du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste &#224; cette &#233;poque, les marins de la flotte volontaire d'Odessa se mirent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syndicat r&#233;pondit &#224; cette gr&#232;ve par l'or&#173;ganisation d'une collecte parmi les ouvriers. 400 roubles furent envoy&#233;s aux gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la flottille se r&#233;partissaient en groupes professionnels de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier groupe : m&#233;tallurgistes, tourneurs et m&#233;canos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me groupe : m&#233;caniciens aux machines, aides-m&#233;caniciens, chauffeurs et hommes pr&#233;po&#173;s&#233;s au huilage des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me groupe : hommes pr&#233;pos&#233;s aux p&#233;ni&#173;ches et aux pompes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me groupe : matelots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes comptant le plus d'hommes et dont l'&#233;tat d'esprit &#233;tait le plus r&#233;volutionnaire &#233;taient les deux derniers et, lors de notre pre&#173;mier combat, ils avaient jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif. Les deux premiers groupes &#233;taient peu nombreux et faisaient montre d'une certaine retenue. Tant que la flottille hivernait pour les r&#233;parations, les deux derniers groupes pouvaient toujours avoir une influence d&#233;cisive sur la lutte. Mais lorsqu'elle &#233;tait en mer, ce r&#244;le passait aux premiers grou&#173;pes ; l'issue de la lutte d&#233;pendait enti&#232;rement d'eux, car l'&#226;me de la flottille : les machines, &#233;tait entre leurs mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une inspection minutieuse de nos for&#173;ces, il fut &#233;tabli qu'en cas de gr&#232;ve les m&#233;tallur&#173;gistes et les chauffeurs devraient &#234;tre &#224; l'avant-garde de celle-ci et nous d&#233;cid&#226;mes de les pr&#233;&#173;parer s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est caract&#233;ristique que d&#232;s que les ouvriers se mirent &#224; parler du syndicat qui avait &#233;t&#233; orga&#173;nis&#233;, les m&#233;tallurgistes se r&#233;veill&#232;rent, ayant compris que c'&#233;tait une organisation v&#233;ritable&#173;ment ouvri&#232;re qui &#233;tait n&#233;e Ils se mirent &#224; frap&#173;per avec insistance aux portes du syndicat et exig&#232;rent, sans mots inutiles, leur adh&#233;sion. Au&#173;tant il avait &#233;t&#233; difficile de les faire entrer dans la vie politique, autant il fut facile de les faire adh&#233;rer &#224; notre syndicat. Au bout d'un mois, les trois quarts des m&#233;tallurgistes et des chauffeurs faisaient d&#233;j&#224; partie de notre organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'informai le comit&#233; du Parti de l'organisation d'un syndicat clandestin, je fus assez froidement re&#231;u : &#171; C'est du blanquisme ! qu'est-ce que ce syndicat clandestin ? que va-t-il faire et comment pourra-t-il d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des ouvriers ? &#187; Voil&#224; ce que j'entendis de toutes parts. Je r&#233;pondis que notre syndicat &#233;tait plus une organisation politique de combat qu'une union professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on me reprocha alors de ne pas m'&#234;tre mis auparavant d'accord avec le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et, lorsque je d&#233;clarai qu'il &#233;tait possible qu'une gr&#232;ve &#233;clat&#226;t au mois de mai dans la flot&#173;tille et que notre syndicat &#233;tait en train d'&#233;labo&#173;rer un programme de revendications, cela causa une agitation extr&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement semblable &#224; Kertch &#233;tait une chose extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le diable l'emporte, il nous informe de ces choses pour la forme seulement. Pourquoi toutes ces choses se passent-t-elles en dehors du comit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment, en dehors du comit&#233; ? Mais je vous fais justement mon rapport pour ne pas laisser de c&#244;t&#233; le comit&#233;. Vous m'aviez confi&#233; le soin de travailler dans la flottille et j'y travaille, vous le voyez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut d&#233;battre la question de l'opportu&#173;nit&#233; d'une gr&#232;ve et savoir si les ouvriers y sont suffisamment pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le syndicat lui-m&#234;me pose la question de la gr&#232;ve et il faut croire qu'elle aura lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longues palabres, il me fut d&#233;clar&#233; que le comit&#233; ne prendrait pas la responsabilit&#233; d'une non r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sortis du comit&#233; assez pein&#233;. M&#234;me les. ou&#173;vriers membres du comit&#233; ne m'avaient pas sou&#173;tenu. J'&#233;tais seul et je r&#233;solus de continuer, seul, &#224; suivre ma voie jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pas encore pratiqu&#233; la lutte fraction&#173;nelle, je ne me sentais gu&#232;re assur&#233; apr&#232;s une telle r&#233;ception du comit&#233; du Parti ; je craignais de d&#233;vier du juste chemin. N&#233;anmoins, il n'y avait rien &#224; faire, il fallait continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du syndicat, ayant pr&#233;par&#233; les mat&#233;riaux de l'enqu&#234;te, fit son rapport &#224; l'assem&#173;bl&#233;e g&#233;n&#233;rale et pr&#233;para &#233;galement une liste des revendications &#224; pr&#233;senter pour l'am&#233;lioration des conditions de travail des ouvriers. Cette liste contenait 32 paragraphes qui englobaient toutes les revendications mat&#233;rielles et professionnel&#173;les des ouvriers. Le syndicat ratifia cette liste, d&#233;cida de la pr&#233;senter le 5 mai &#224; l'administra&#173;tion et de pr&#233;parer les ouvriers &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Premier Mai, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'ap&#173;peler les ouvriers &#224; faire la gr&#232;ve d'un jour et de v&#233;rifier par cette gr&#232;ve le degr&#233; de pr&#233;paration des ouvriers &#224; la lutte. Nous r&#233;sol&#251;mes de sou&#173;mettre pr&#233;alablement notre liste de revendica&#173;tions aux ouvriers non syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours avant le Premier Mai, je r&#233;unis la jeunesse et lui dis de commencer &#224; faire de l'agi&#173;tation parmi les ouvriers en faveur de la gr&#232;ve du Premier Mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes se mirent &#233;nergiquement, mais sans prendre assez de pr&#233;cautions, au travail. L'admi&#173;nistration s'inqui&#233;ta de leur agitation et organisa &#224; ce sujet une conf&#233;rence pr&#233;sid&#233;e par le chef du port. Cette conf&#233;rence r&#233;solut de d&#233;cider une certaine partie des ouvriers &#224; ne pas abandonner le travail et de mettre le pr&#233;fet de la ville au cou&#173;rant des &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient. A la veille du Premier Mai, des affiches de l'organisation du Parti et un appel du syndicat, hectogra&#173;phi&#233; par moi, furent distribu&#233;s &#224; bord de tous les bateaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions r&#233;solu de ne pas organiser de mee&#173;ting le soir et de le tenir le matin, d&#232;s qu'aurait commenc&#233; le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du Premier Mai, tous les ouvriers mont&#232;rent &#224; bord et certains d'entre eux se mirent m&#234;me au travail ; quant aux membres du syndi&#173;cat, ils fumaient paisiblement sur le pont. A 9 heures, la sir&#232;ne du Victor Choumski se mit &#224; hurler, soutenue par les sifflets des autres bateaux. L'administration, effray&#233;e, s'affaira. Les ouvriers descendirent &#224; terre aux cris de : &#171; Au meeting ! au meeting ! &#187; Ceux qui tentaient de res&#173;ter &#224; travailler furent chass&#233;s de force sur le quai. A terre, un meeting fut organis&#233;. Quelques ouvriers et moi f&#238;mes de courtes allocutions et, ensuite, tout le monde d&#233;cida d'aller d&#233;baucher les ouvriers des ateliers, des moulins et les d&#233;bar&#173;deurs. Toute notre masse se divisa en groupes et partit, chacun vers une destination donn&#233;e. Je pris une dizaine d'ouvriers et me dirigeai vers les moulins. Les ouvriers de l'un d'eux se joigni&#173;rent rapidement &#224; nous. A un autre endroit, il nous fallut organiser un meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce meeting fut r&#233;uni &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur du moulin. Bient&#244;t la police accompagn&#233;e d'une pa&#173;trouille militaire arriva et nous cerna. Les agents voulurent monter, mais les ouvriers se mirent &#224; leur jeter sur la t&#234;te des sacs de son et descendirent plusieurs flics de l'escalier. La police battit en retraite et se mit &#224; attendre, en bas, la fin du meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le meeting fut termin&#233;, les ouvriers d&#233;cid&#232;rent d'abandonner le travail et, en m&#234;me temps, exig&#232;rent une augmentation de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;quipes d'ouvriers travaillaient 12 heures par jour chacune au moulin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais avec moi le matelot Michel, qui s'&#233;tait &#233;chapp&#233; du croiseur Otchakov. C'&#233;tait un grand gars d'une force colossale. Il avait d&#233;cid&#233; de m'ac&#173;compagner aux moulins. Lorsque nous descend&#238;&#173;mes, nous f&#251;mes aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s et envoy&#233;s au commissariat, escort&#233;s par la patrouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commissariat, nous f&#251;mes interrog&#233;s par l'inspecteur Gvozdev. Apr&#232;s. un court interrogatoire, l'inspecteur ordonna de lib&#233;rer Michel et de m'enfermer dans une cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, je fus de nouveau convoqu&#233; par Gvozdev. Il m'invita &#224; m'asseoir et ordonna qu'on apporte le th&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! bien, Malakanov, nous savons que vous appartenez au Parti social-d&#233;mocrate, c'est bien ainsi, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regardai Gvozdev, mais ne lui r&#233;pondis rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous n'avons rien contre les social-d&#233;mo&#173;crates, parce que vous n'&#234;tes pas pour l'assassi&#173;nat des fonctionnaires et que vous limitez votre travail &#224; la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutais les sentences judicieuses de l'inspec&#173;teur et continuais &#224; me taire, attendant le mo&#173;ment o&#249; il se mettrait &#224; parler son vrai langage, le langage du policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que nous n'aurions absolument rien contre vous, si vous ne troubliez pas la vie publi&#173;que de notre ville... Nous estimons que votre con&#173;duite d'aujourd'hui est une atteinte &#224; l'ordre pu&#173;blic : d&#233;baucher les ouvriers des moulins, les ate&#173;liers oblig&#233;s de cesser le travail en ville, tout cela nous oblige &#224; porter notre attention sur vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'inspecteur prit une feuille de papier et continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai re&#231;u l'ordre du pr&#233;fet de vous enjoindre de quitter la ville dans les 24 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne partirai pas, fis-je d'un ton bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous ordonnons quand m&#234;me de quit&#173;ter la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je travaille et ne m'en irai pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela ne me regarde pas, r&#233;pliqua l'inspec&#173;teur, s'irritant. Si vous ne partez pas vous-m&#234;me, nous vous expulserons. J'estime que le pr&#233;fet a fait montre de beaucoup de condescendance &#224; votre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me donna l'ordre &#224; signer et ajouta ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous conseille d'ob&#233;ir &#224; l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'avait pas offert de th&#233;, bien qu'il y eut deux verres sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de ne pas partir avant d'avoir accom&#173;pli ma t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du Premier Mai fut couronn&#233;e de suc&#173;c&#232;s. Nos groupes de jeunes s'&#233;taient dispers&#233;s par toute la ville et avaient fait arr&#234;ter le tra&#173;vail de tous les artisans, des menuisiers, des ateliers de fabrication de canots, barques, etc. Ils avaient fait quitter le travail aux ouvri&#232;res des manufactures de tabac Messaksoudi. Les usines de constructions m&#233;caniques faisaient gr&#232;ve d'une mani&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup parmi les jeunes ne furent pas aussi heureux que nous : une quinzaine d'hommes furent amen&#233;s devant l'inspecteur Holbach du Ier arrondissement, qui leur fit subir un interrogatoire en r&#232;gle et ne les lib&#233;ra, le lendemain, que sur l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un meeting en plein air fut organis&#233;, la nuit, dans les entrep&#244;ts &#233;loign&#233;s de la ville ; plus de 1.000 personnes r&#233;pondirent &#224; notre appel ; mais la police ayant eu vent de notre r&#233;union d&#233;cida de la disperser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements de police, sous le commandement de l'inspecteur Holbach, se dirig&#232;rent vers la montagne. Nos francs-tireurs et une partie des matelots arm&#233;s s'&#233;taient habilement dispos&#233;s en cercle autour de notre r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police mena l'offensive de trois c&#244;t&#233;s, fran&#173;chit, sans la remarquer, la premi&#232;re barri&#232;re de francs-tireurs cach&#233;s dans les rochers et, d&#232;s qu'elle atteignit la seconde ligne de francs-tireurs, ceux-ci la re&#231;urent par un feu nourri. Les poli&#173;ciers s'orientant mal dans l'obscurit&#233;, pris de pa&#173;nique, s'enfuirent. Les francs-tireurs sortirent de leurs abris en criant : &#171; Hourra ! &#187; et augment&#232;&#173;rent encore la panique en tirant des coups de revolver. En se sauvant, les policiers se heurt&#232;&#173;rent aux barri&#232;res de francs-tireurs dissimul&#233;s et ceux-ci se mirent &#224; mitrailler la police en fuite. Plusieurs policiers furent d&#233;sarm&#233;s ; nous confis&#173;qu&#226;mes le revolver et le sabre du sous-inspecteur. Le sabre fut aussit&#244;t bris&#233;. La police subit une d&#233;faite compl&#232;te et le meeting r&#233;ussit enti&#232;re&#173;ment. La moiti&#233; des ouvriers de la flottille &#233;taient l&#224; ; il y avait &#233;galement beaucoup d'anciens. Les d&#233;bardeurs avaient bien travaill&#233;, eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la r&#233;union, nous d&#233;cid&#226;mes de des&#173;cendre en corps en ville. Les francs-tireurs &#233;taient partis par des chemins connus d'eux seuls. Nous descend&#238;mes en tourbillon sur la large perspective Vorontzov. La police nous attendait, pen&#173;sant nous attaquer, mais, voyant la foule &#233;norme qui descendait, elle n'osa pas le faire et se mit &#224; regarder en silence, &#233;tonn&#233;e, le torrent bruyant qui passait devant elle. L'h&#233;sitation de la police s'expliquait, non par le nombre des manifestants, mais surtout parce que la masse &#233;tait constitu&#233;e presque enti&#232;rement par des ouvriers avec les&#173;quels il &#233;tait dangereux de prendre contact. Le succ&#232;s du Premier Mai fut &#233;norme et l'organisation de Kertch en fut fi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, la direction du syndicat se r&#233;unit pour examiner le rapport sur la pr&#233;paration de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction pr&#233;senta la liste des membres du comit&#233; de gr&#232;ve, ainsi que la liste des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient figurer l&#233;galement comme &#233;tant les diri&#173;geants de la gr&#232;ve, remettre le cahier de revendi&#173;cations &#224; l'administration et mener au nom du comit&#233; tous les pourparlers avec celle-ci. Il fut d&#233;cid&#233; de garder le secret, m&#234;me devant les ouvriers, sur la composition du comit&#233; de gr&#232;ve, la composition de celui-ci ne devant &#234;tre connue que de la direction du syndicat. Nos revendica&#173;tions politiques &#233;taient : la f&#234;te du Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures. Nous discut&#226;mes long&#173;temps s'il fallait exiger la convocation de l'As&#173;sembl&#233;e constituante, mais r&#233;sol&#251;mes de pr&#233;sen&#173;ter, pour la premi&#232;re fois, le moins possible d'exi&#173;gences imm&#233;diatement irr&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures &#233;taient des questions ayant une importance poli&#173;tique de principe, c'est pourquoi nous estimions que ces points seraient suffisants pour donner un sens politique &#224; notre programme &#233;conomi&#173;que. Parmi nos autres revendications, nous avions pr&#233;sent&#233; : la cr&#233;ation d'un comit&#233; ouvrier qui au&#173;rait le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers, et l'augmentation des salaires de 30 &#224; 40 %. Nous &#233;l&#251;mes pour les pourparlers une d&#233;l&#233;gation compos&#233;e d'anciens, parmi les plus fermes et les plus tenaces. Je fus compris dans la d&#233;l&#233;gation afin de soutenir, en cas de besoin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s pendant les pourparlers. Un groupe sp&#233;cial de francs-tireurs, compos&#233; de jeunes, fut cr&#233;&#233; pour surveil&#173;ler la police et op&#233;rer la liaison avec la troupe. A la t&#234;te de ce groupe nous pla&#231;&#226;mes Michel en le chargeant de ne pas laisser la jeunesse s'em&#173;baller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La flottille en gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mai au soir, &#224; la fin du travail, copie de nos revendications fut remise &#224; tous les capitai&#173;nes de notre flottille. La liste de nos revendica&#173;tions elle-m&#234;me avait &#233;t&#233; signifi&#233;e, par notre d&#233;l&#233;&#173;gation, &#224; l'administration du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remettant cette liste au chef du port, la d&#233;l&#233;&#173;gation lui d&#233;clara : &#171; Nous attendons une r&#233;ponse jusqu'&#224; demain midi ; si toutes nos revendications ne sont pas satisfaites, les ouvriers cesseront le travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port s'agita :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais comment cela, sans nous pr&#233;venir ? Mais vous savez que les bateaux &#233;trangers vont arriver dans une semaine ! Nous allons retarder le nettoyage du port, et vous pensez qu'on va nous dire merci pour cela &#224; P&#233;tersbourg ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela d&#233;pend enti&#232;rement de vous, r&#233;pondit le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation, si toutes nos exi&#173;gences sont satisfaites, les ouvriers continueront &#224; travailler et les bateaux &#233;trangers ne seront pas retenus &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant salu&#233; le chef du port, la d&#233;l&#233;gation sortit. Le soir, un meeting de tous les ouvriers fut orga&#173;nis&#233;. Je pris la parole pour montrer les difficul&#173;t&#233;s que nous allions avoir &#224; surmonter au cours de la lutte. Je parlai des concessions que l'admi&#173;nistration pouvait nous faire et d&#233;clarai qu'elle allait faire son possible pour mettre ensuite les &#171; meneurs &#187; &#224; la porte, c'est pourquoi il fallait, &#224; tout prix, obtenir la possibilit&#233; de cr&#233;er un comit&#233; ouvrier. Les vieux ouvriers d&#233;clar&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les gars, il a &#233;t&#233; difficile de nous faire mar&#173;cher, mais du moment que nous y sommes, il faut &#234;tre fermes ; vous avez pein&#233; pour nous mettre en train, on a r&#233;duit la journ&#233;e de travail, obtenons d'autres am&#233;liorations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, au matin, je fus cong&#233;di&#233;. Le capitaine de mon bateau m'appela dans sa cabine et d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par ordre du commandant du port, je dois vous renvoyer ; allez vous faire r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis que je ne pouvais accepter mon compte tant que je ne 'conna&#238;trais pas les motifs de mon renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait clair que l'administration me consid&#233;&#173;rait comme l'organisateur de toute l'affaire et avait r&#233;solu de se d&#233;barrasser de moi au plus vite, pour faire avorter la gr&#232;ve naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine d&#233;clara qu'il allait transmettre au commandant du port mon refus d'accepter l'ordre de renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus d'utiliser enti&#232;rement la &#171; fran&#173;chise &#187; avec laquelle le commandant du port m'avait d&#233;clar&#233; que les bateaux &#233;trangers allaient bient&#244;t arriver au d&#233;troit. En approchant du d&#233;troit, les &#171; &#233;trangers &#187; allaient sans aucun doute exiger qu'on les laiss&#226;t franchir celui-ci ou qu'on leur rembours&#226;t les frais de stationnement. On attendait beaucoup de bateaux, car la campagne d'exportation du bl&#233; du port de Rostov commen&#231;ait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;union du comit&#233; de gr&#232;ve et de la d&#233;l&#233;&#173;gation, j'expliquai l'importance de l'action des &#233;trangers sur l'administration et nous r&#233;sol&#251;mes d'attirer l'attention de toute la masse ouvri&#232;re sur les &#171; &#233;trangers &#187; qui pouvaient faire notre jeu. Il fut d&#233;cid&#233; &#233;galement de tenir compte de ce fait lors de nos pourparlers avec l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi, l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, d&#233;l&#233;gu&#233; par le commandant du port, monta &#224; bord du Choumski et d&#233;clara que le commandant examinerait notre &#171; p&#233;tition &#187; et satisferait &#224; toutes les exigences acceptables. En m&#234;me temps, il ordonnait aux ouvriers de continuer le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tumulte s'&#233;leva parmi les ouvriers group&#233;s autour de l'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il satisfasse &#224; tout ce qui est marqu&#233; dans la liste ; pas besoin de faire des promesses, on croit pas aux paroles, qu'il signe, qu'il signe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez... laissez tomber le boulot, pas besoin d'&#233;couter ici, qu'y parle aux d&#233;l&#233;gu&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rapidement des inscriptions en blanc appa&#173;rurent sur les chemin&#233;es, le sifflet du Choleski se mit &#224; hurler et les sifflets des autres dragueurs lui firent &#233;cho. Le 5 mai, &#224; midi, tous les ouvriers de la flottille, l'administration et les pilotes excep&#173;t&#233;s, abandonn&#232;rent le travail. Bou&#239;ko, ahuri par la r&#233;ponse des ouvriers et le spectre de la gr&#232;ve qui se dressait mena&#231;ante devant lui, restait plant&#233; l&#224;, sans comprendre ce qui arrivait aux ouvriers qui n'avaient jamais parl&#233; d'un m&#233;contentement quelconque et qu'il tenait toujours pour si dociles et si apprivois&#233;s. Il &#233;cartait les bras avec impuissance et marmottait d'une voix rauque : &#171; Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ? &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tenais non loin de l'ing&#233;nieur et regar&#173;dais aussi, mais avec quelle joie prenante, les ouvriers qui descendaient en torrent du bord et s'&#233;parpillaient en ruisseaux par les petites rues de la ville ; je ne m'attendais pas &#224; un tel &#233;lan unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous remportons la premi&#232;re victoire, monsieur Bou&#239;ko ; informez-en le commandant du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bou&#239;ko se retourna d'un coup vers moi et me fixa d'un regard f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est Malakanov, lui r&#233;pondit rapidement le capitaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Malakanov ? Pourquoi n'est-il pas renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il a refus&#233; de se faire r&#233;gler, il exige qu'on lui dise les motifs de son renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cong&#233;diez-le imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous attendrez, monsieur Bou&#239;ko. On r&#233;&#173;glera nos comptes apr&#232;s la gr&#232;ve. En attendant, je vous souhaite une bonne sant&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soulevai ma casquette sale, lui fis un l&#233;ger salut et nous descend&#238;mes en foule &#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je volais litt&#233;ralement. L'ivresse de la victoire et, en m&#234;me temps, l'inqui&#233;tude pour l'issue de la gr&#232;ve m'agitaient &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de deux jours, la d&#233;l&#233;gation se pr&#233;&#173;senta chez le commandant du port et lui demanda sa d&#233;cision au sujet de nos revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant ne nous re&#231;ut pas. Nous f&#251;mes re&#231;us &#224; sa place par son bras droit, le m&#234;me ing&#233;nieur Bou&#239;ko, un type assez d&#233;go&#251;tant qui nous d&#233;clara que son chef ne voulait pas r&#233;pondre &#224; des exigences insolentes. Nous part&#238;mes. Le lendemain, nous appr&#238;mes du t&#233;l&#233;graphiste, un ami d'Andr&#233;, que le commandant avait re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme du minist&#232;re du Commerce et de l'In&#173;dustrie qui demandait pourquoi l'on avait arr&#234;t&#233; le travail et ordonnait de commencer imm&#233;diatement les travaux de nettoyage du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour, le chef du port nous fit savoir qu'il attendait nos repr&#233;sentants. Apr&#232;s une courte conf&#233;rence, nous d&#233;cid&#226;mes de lui envoyer un des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour savoir de quoi il s'agissait. Le d&#233;l&#233;gu&#233; revint et nous transmit que le chef du port voulait examiner nos revendica&#173;tions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consentait &#224; satisfaire une partie de nos exigences, mais, quant &#224; l'autre partie, il voulait y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; R&#233;fl&#233;chissez, lui r&#233;pliquai-je imm&#233;diate&#173;ment ; nous attendrons encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port rougit, mais demanda pos&#233;ment de quel bateau j'&#233;tais et quel &#233;tait mon nom. Je me nommai : Malakanov. Le chef du port bon&#173;dit et me cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es renvoy&#233;, je ne te parle pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;clar&#232;rent que j'avais refus&#233; d'accepter mon renvoi et que, de plus, j'avais &#233;t&#233; choisi comme d&#233;l&#233;gu&#233; par tous les ouvriers de la flottille. &#171; Par cons&#233;quent, ajout&#232;&#173;rent-ils, si vous ne voulez pas discuter avec lui, nous refuserons de continuer les pourparlers avec vous. &#187; Bou&#239;ko, qui se tenait pr&#232;s de la table, murmura : &#171; Ils sont vendus aux youpins. &#187; Je fus tellement indign&#233; par cette insolence que je me jetai sur lui les poings hauts ; effray&#233;, il sauta par-dessus la table et se cacha derri&#232;re le chef du port. J'attrapai un presse-papier et voulus le lui lancer &#224; la t&#234;te. Le commandant, perdant la t&#234;te, leva les bras au ciel et se mit &#224; les agiter en bal&#173;butiant : &#171; Messieurs, messieurs... mais quoi... comment pouvez-vous... calmez-vous... commen&#173;&#231;ons &#224;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gueule d&#233;go&#251;tante de l'ing&#233;nieur apeur&#233; et l'air comique du commandant me calm&#232;rent et je reposai le presse-papier sur la table. A la suite de cette sc&#232;ne, le commandant ne souleva plus la question de comp&#233;tence ; il nous fit asseoir autour de la table et ordonna &#224; l'ing&#233;nieur de s'&#233;loigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous d&#233;clara ensuite qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; satis&#173;faire une partie de nos revendications. La d&#233;l&#233;ga&#173;tion lui r&#233;pondit qu'elle exigeait qu'il f&#238;t droit, non seulement aux revendications secondaires, mais &#224; toutes les revendications que nous lui avions pr&#233;sent&#233;es. Le chef du port fit son pos&#173;sible pour &#234;tre aimable avec nous. Il s'effor&#231;ait de nous entra&#238;ner dans une discussion que nous &#233;lud&#226;mes. Nous lui r&#233;p&#233;t&#226;mes encore une fois nos revendications et sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous &#233;loignant, nous entend&#238;mes l'ing&#233;nieur qui disait, m&#233;content :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel plaisir trouvez-vous &#224; discuter avec cette canaille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous g&#226;tez tout avec votre emportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudrait leur l&#226;cher un r&#233;giment de cosa&#173;ques sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, un des d&#233;l&#233;gu&#233;s remarqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein, avez-vous entendu, les cosaques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y en a pas dans la ville, des cosaques, r&#233;pon&#173;dit tranquillement le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, nous devions tenir compte de cette menace. S'il n'y avait pas de cosaques, il y avait des soldats... Ils pouvaient nous organiser une provocation ; ce Bou&#239;ko &#233;tait un animal f&#233;&#173;roce et il nous ha&#239;ssait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre service de renseignements nous informa que le chef du port avait envoy&#233; une lettre au pr&#233;fet en lui demandant d'intervenir et de faire cesser la gr&#232;ve, mais que le pr&#233;fet avait r&#233;pondu, que tant qu'il n'y avait pas d'exc&#232;s, il ne voulait pas en provoquer par son intervention. Nous compr&#238;mes alors pourquoi la police ne nous tou&#173;chait pas. Le pr&#233;fet connaissait sans doute nos revendications ; quant &#224; la fa&#231;on dont il les envi&#173;sageait, nous ne le savions pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#238;mes &#233;galement que le chef du port s'&#233;tait adress&#233; au commandant de la place, aupr&#232;s duquel il avait essuy&#233; un refus. Le commandant lui avait r&#233;pondu : &#171; Chez moi non plus, la tran&#173;quillit&#233; ne r&#232;gne pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant re&#231;u ces renseignements, nous les trans&#173;m&#238;mes aux ouvriers et les pr&#233;v&#238;nmes en m&#234;me temps de la possibilit&#233; de provocations polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les dragueurs et les p&#233;niches furent ran&#173;g&#233;s le long du quai. Aucun signe de vie &#224; bord. Seul un ouvrier montait la garde sur chaque b&#226;ti&#173;ment. Sa t&#226;che &#233;tait de nous informer de ce que faisait l'administration du bord. Un dragueur au milieu du d&#233;troit, &#224; l'emplacement du travail, nous inqui&#233;tait fortement. Bien que l'&#233;quipage de ce dragueur nous ait fait savoir que le Lissovski (c'&#233;tait le nom du b&#226;timent) s'&#233;tait joint &#224; nous, n&#233;anmoins il n'avait pas amen&#233; la drague &#224; quai. Nous craignions qu'il ne se m&#238;t &#224; travailler la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gation r&#233;solut de rejoindre le Lissovski pour l'amener &#224; quai. Le chef du port poss&#233;dait un petit remorqueur qui, dans la journ&#233;e, &#233;tait toujours sous pression. Nous r&#233;sol&#251;mes de l'uti&#173;liser. Lorsque nous arriv&#226;mes pour le prendre, nous rencontr&#226;mes l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, qui, ayant appris que nous voulions aller &#224; bord du Lis&#173;sovski, refusa cat&#233;goriquement de nous donner le remorqueur. Nous d&#233;cid&#226;mes alors de le prendre par force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ouste ! &#224; bord les gars, pas besoin d' lambiner ici, s'&#233;cria Micha&#239;l en sautant sur le pont du remorqueur. Mais Bou&#239;ko tourna un tuyau vers lui et lui lan&#231;a un jet de vapeur &#224; la figure. Micha&#239;l tomba. Le m&#233;canicien mit le moteur en marche et le remorqueur s'&#233;loigna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furieux, nous engueulions l'ing&#233;nieur qui nous regardait en ricanant m&#233;chamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des d&#233;l&#233;gu&#233;s monta dans une barque &#224; rames.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons-y &#224; la rame ! laissons-le se cavaler avec son remorqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ass&#238;mes dans la barque et trois paires de rames nous firent rapidement atteindre le Lissovski. Bou&#239;ko, voyant que nous &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; rejoindre le Lissovski, lan&#231;a le remor&#173;queur &#224; toute vitesse vers celui-ci, puis fit un court virage vers le bateau-signal militaire. Cette man&#339;uvre nous inqui&#233;ta. Si Bou&#239;ko r&#233;ussissait &#224; convaincre le commandant du bateau-signal, il pourrait nous interdire l'acc&#232;s du Lissovski. Je fis part de mes r&#233;flexions aux autres d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vire sur le bateau-signal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barque vira vers celui-ci et nous l'atteign&#238;mes &#224; la suite de Bou&#239;ko. Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s et moi mont&#226;mes jusqu'&#224; la passerelle o&#249; nous f&#251;mes re&#231;us par le capitaine du bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il riait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que c'est que ces visites inusit&#233;es aujourd'hui ? dit-il gaiement, en nous souhaitant le bonjour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous sommes quelque peu inquiets de la visite que l'ing&#233;nieur du port est venu vous ren&#173;dre, r&#233;pond&#238;mes-nous ; voil&#224; de quoi il s'agit : Nous sommes en gr&#232;ve afin d'am&#233;liorer nos con&#173;ditions &#233;conomiques. Un dragueur est rest&#233; dans le d&#233;troit. Nous avons voulu l'amener &#224; quai pour qu'il ne souffre pas de la temp&#234;te, mais l'ing&#233;nieur du port s'y oppose. Nous craignons &#233;galement, qu'il ne veuille vous convaincre de nous emp&#234;cher de ramener le Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, il m'a en effet pri&#233; de vous emp&#234;cher de ramener le Lissovski, mais je ne peux pas faire cela sans un ordre expr&#232;s de mes sup&#233;rieurs. Je ne pourrais intervenir que si vous vous livriez &#224; des exc&#232;s &#224; bord du Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il n'y a pas d'exc&#232;s qui tiennent ; de toute fa&#231;on le Lissovski est en gr&#232;ve, seulement, en restant dans le d&#233;troit il risque de s'&#233;chouer ou de s'enliser dans la vase et nous n'avons pas le droit de le laisser s'ab&#238;mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine se tourna vers l'ing&#233;nieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous demande pardon, M. Bou&#239;ko, mais je n'ai pas le droit de me m&#234;ler de vos affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous redescend&#238;mes dans la barque et rejoign&#238;mes le Lissovski. Apr&#232;s avoir conf&#233;r&#233; avec l'&#233;quipage et le capitaine, nous lev&#226;mes l'ancre et amen&#226;mes le dragueur &#224; quai. Les ouvriers accueillirent son arriv&#233;e par des ovations joyeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade du t&#233;l&#233;graphe nous apprit que le ministre du Commerce et de l'Industrie avait de nouveau t&#233;l&#233;graphi&#233; pour savoir pourquoi les travaux ne commen&#231;aient pas, le chef du port avait r&#233;pondu que les ouvriers avaient organis&#233; une gr&#232;ve politique. Nous d&#233;cid&#226;mes de trans&#173;mettre t&#233;l&#233;graphiquement nos revendications au ministre, en d&#233;clarant que nous exigions com&#173;pl&#232;te satisfaction, sans quoi nous continuerions la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en gr&#232;ve depuis huit jours et com&#173;mencions &#224; souffrir de privations. La faim frap&#173;pait d&#233;j&#224; &#224; la porte des familles ouvri&#232;res. Nous atteignions le passage le plus dangereux qu'il fallait absolument franchir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, nous avions &#233;crit &#224; tous les syndicats de Crim&#233;e en leur demandant de soutenir notre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats d'Odessa et du Grand Tokmak nous d&#233;l&#233;gu&#232;rent leurs repr&#233;sentants avec une somme de pr&#232;s de cinq mille roubles. Cette aide renfor&#231;a la combativit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers vota, &#224; l'una&#173;nimit&#233;, la prolongation de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du syndicat des marins d'Odessa, nous re&#231;&#251;mes un t&#233;l&#233;gramme nous informant qu'une flottille comptant quatre dragueurs et huit p&#233;niches &#233;tait sortie du port d'Odessa, &#224; destination de Kertch. Ce fait nous plongea dans l'inqui&#233;tude. Nous r&#233;un&#238;mes une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale qui choi&#173;sit une d&#233;l&#233;gation pour aller &#224; la rencontre de la flottille d'Odessa et parler &#224; son &#233;quipage. Les marins d'Odessa organis&#232;rent une r&#233;union &#224; bord de leurs bateaux et d&#233;cid&#232;rent de se joindre &#224; la gr&#232;ve et de se soumettre au comit&#233; de gr&#232;ve de la flottille de Kertch. La flottille entra dans le port, tous les bateaux se rang&#232;rent en ordre et jet&#232;rent l'ancre. Au matin, les habitants de Kertch contemplaient avec admiration les &#171; in&#173;vit&#233;s d'Odessa &#187; rang&#233;s au milieu de la baie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union organis&#233;e par les d&#233;l&#233;gations des flottilles d'Odessa et de Kertch d&#233;cida que les Odessites ne sortiraient pas du port de Kertch avant la fin de la gr&#232;ve. Cette d&#233;cision fut com&#173;muniqu&#233;e aux capitaines de la flottille d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me de leur arriv&#233;e, le chef du port r&#233;unit en conf&#233;rence les capitaines des dragueurs d'Odessa et leur reprocha de ne pas avoir su l'aider &#224; sortir de sa situation difficile ; mais les capitaines, ayant simplement t&#233;moign&#233; de leur impuissance, retourn&#232;rent &#224; bord de leurs ba&#173;teaux. D'Odessa la flottille re&#231;ut l'ordre de retourner &#224; son port d'attache, mais les &#233;quipages d&#233;clar&#232;rent qu'ils ne l&#232;veraient l'ancre qu'une fois la gr&#232;ve termin&#233;e. De Marioupol, deux dragueurs re&#231;urent &#233;galement l'ordre de partir, mais les autorit&#233;s de Marioupol ayant appris que les Odessites avaient adh&#233;r&#233; &#224; la gr&#232;ve, donn&#232;rent aussit&#244;t contre-ordre et les dragueurs rest&#232;rent &#224; quai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;trangers arrivaient d&#233;j&#224; &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit et, ne se risquant pas dans le canal bloqu&#233;, jetaient l'ancre sur place. Le douzi&#232;me jour de la gr&#232;ve, huit bateaux &#233;tran&#173;gers stationnaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau du chef du port, des sc&#232;nes orageuses se d&#233;roulaient ; les capitaines des na&#173;vires &#233;trangers exigeaient que l'on f&#238;t passer leurs b&#226;timents : &#171; Nous subissons des pertes impor&#173;tantes, d&#233;claraient-ils, pourquoi vos dragueurs ne travaillent-ils pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;l&#233;grammes volaient vers le mi&#173;nistre ; les &#233;trangers exigeaient qu'on leur r&#233;&#173;pondit s'ils devaient attendre ou s'en retourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre envoya l'ordre au chef du port, de r&#233;gler imm&#233;diatement le conflit et de reprendre le travail. Le chef du port s'agitait et ne savait qu'entreprendre. Bou&#239;ko s'&#233;tait cach&#233; on ne savait o&#249;. La situation se tendait visiblement et l'on sentait que le chef du port allait bient&#244;t ca&#173;pituler. Mais, chez les ouvriers, la faim se faisait aussi sentir ; ils faiblissaient et commen&#231;aient &#224; h&#233;siter. A terre, les postes policiers &#233;taient renforc&#233;s ; souvent, pr&#232;s du Choumski, des gendarmes apparaissaient. Les ouvriers restaient tran&#173;quillement assis sur les bastingages et lorsque les gendarmes s'approchaient, ils les regardaient en silence. Sous ces regards les gendarmes se d&#233;p&#234;chaient de partir. Ils n'essayaient pas d'op&#233;rer d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appuyais fortement sur la jeunesse que je gardais sous mon influence. Avant chaque r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la faire de l'agitation parmi les h&#233;sitants et la r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la gr&#232;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; du Parti &#233;tait &#233;tonn&#233; de voir une telle tenue et une telle t&#233;nacit&#233; chez cette masse dont il d&#233;sesp&#233;rait auparavant de tirer politique&#173;ment quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en &#233;tions au quinzi&#232;me jour de gr&#232;ve. D&#232;s le matin j'avais re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme. Je lus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copie &#224; Malakanov &#187;. Je le d&#233;pliai et faillis tomber &#224; la renverse : &#171; Ordre ministre. Satis&#173;faites revendications, liquidez imm&#233;diatement conflit, commencez travail. Chef cabinet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;un&#238;mes rapidement le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation. Le t&#233;l&#233;gramme provoqua la jubi&#173;lation g&#233;n&#233;rale : &#171; Victoire, victoire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on vint nous dire qu'un envoy&#233; du chef du port cherchait partout la d&#233;l&#233;gation et que le chef du port nous invitait chez lui pour reprendre les pourparlers. Nous part&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port &#233;tait seul dans son cabinet. Il nous dit bonjour et me regarda d'un regard in&#173;terrogateur ; il ne savait &#233;videmment pas si j'avais re&#231;u la copie du t&#233;l&#233;gramme ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, causons un peu, peut-&#234;tre arrive&#173;rons-nous &#224; nous entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Causons, seulement nous ne changerons pas de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant rougit, mais se reprit aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, voyons encore une fois en quoi nous pouvons vous satisfaire. C'est &#224; tort que tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fit la grimace et continua &#224; lire ; il d&#233;clara encore que quelques revendica&#173;tions &#233;taient a exag&#233;r&#233;es &#187;, mais il c&#233;da bient&#244;t sur tous les points, except&#233; les trois premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous c&#233;d&#226;mes sur la question du Premier Mai, mais insist&#226;mes sur la journ&#233;e de huit heures pour les chauffeurs et d&#233;clar&#226;mes, pour la se&#173;conde fois, r&#233;solument, que nous ne c&#233;derions pas sur la question du comit&#233; ouvrier. Nous ne p&#251;mes arriver &#224; une entente. Mes d&#233;l&#233;gu&#233;s n'a&#173;vaient pas prononc&#233; une parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait s'entendre avec lui. Regarde, toutes nos exigences sont satisfaites. On aurait pu c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A grand peine je r&#233;ussis &#224; les convaincre de ne pas c&#233;der sur cette question. Je leur citai des exemples montrant comment les ouvriers avaient &#233;t&#233; priv&#233;s de tout ce qu'ils avaient gagn&#233; pendant les gr&#232;ves et leur dis qu'avec eux ce serait la m&#234;&#173;me chose, et que d&#232;s que la gr&#232;ve serait termin&#233;e, ils seraient les premiers chass&#233;s, tandis que si nous avions un comit&#233; ayant le droit de contr&#244;&#173;ler le renvoi des ouvriers, l'administration ne pourrait pas les renvoyer arbitrairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s tomb&#232;rent d'accord avec moi. Il &#233;tait n&#233;cessaire maintenant de r&#233;unir tous les ouvriers et d'obtenir leur acquiescement pour continuer la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;sol&#251;mes d'abord d'effectuer un travail pr&#233;paratoire parmi les gr&#233;vistes, afin de leur d&#233;&#173;montrer la n&#233;cessit&#233; d'obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier. Je r&#233;unis la jeunesse, lui expliquai l'importance de la victoire que nous avions remport&#233;e ainsi que l'instabilit&#233; de cette derni&#232;re si nous ne r&#233;ussissions pas &#224; obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse comprit parfaitement la situation et se mit &#224; travailler &#233;nergiquement les vieux. La nuit, nous convoqu&#226;mes une r&#233;union g&#233;n&#233;rale. La discussion fut chaude ; le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation eurent &#224; soutenir un assaut formi&#173;dable ; les ouvriers nous pressaient d'accepter les propositions du chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nous avons obtenu presque tout ce que nous voulions, nous pouvons c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, certains d&#233;l&#233;gu&#233;s h&#233;sit&#232;rent de nouveau et se mirent &#224; soutenir les opposants les plus tenaces. Les palabres se prolong&#232;rent et, pendant longtemps, nous ne m&#238;mes pas la question aux voix. Puis, je lan&#231;ai les jeunes. Ils se mirent &#224; parler l'un apr&#232;s l'autre. La discussion se prolon&#173;gea presque jusqu'&#224; l'aube. On escomptait la fatigue des auditeurs. Enfin nous m&#238;mes la ques&#173;tion aux voix. Nous e&#251;mes la majorit&#233; : 50 voix. C'&#233;tait la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Encore un effort, camarades, la victoire sera compl&#232;te et le comit&#233; sera le clou de notre vic&#173;toire ; nous l'enfoncerons de mani&#232;re &#224; ce qu'ils ne puissent l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous s&#233;par&#226;mes. Nous f&#238;mes en sorte que le chef du port apprenne que les ouvriers avaient d&#233;cid&#233; de prolonger la gr&#232;ve. Nous en &#233;tions au dix-septi&#232;me jour. Le soir, le chef du port invita la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, la victoire est &#224; vous, j'accepte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous acceptez quoi, demandai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'accepte le comit&#233;, le diable vous emporte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et les huit heures aux chauffeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je les accepte aussi. Reprenez le travail d&#232;s demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, il faut signer nos conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nos revendications &#224; nous. Signez en deux exemplaires. Je sortis les exemplaires pr&#233;&#173;par&#233;s et les posai devant lui, sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, quoi, vous n'avez pas confiance en ma parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous croyons, mais votre signature fera mieux sous nos revendications. &#199;a sera plus solide et nous les signerons &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant prit notre liste, lut attentive&#173;ment les deux exemplaires et, s'adressant &#224; moi, demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais quoi, vous &#233;tiez s&#251;rs de gagner la gr&#232;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui. D&#232;s que les &#233;trangers sont apparus, nous n'avons plus dout&#233; de la victoire. La der&#173;ni&#232;re d&#233;cision de notre assembl&#233;e l'indique du reste nettement : &#171; Continuer la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et qui va signer de votre c&#244;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident ? Vous avez d&#233;j&#224; &#233;lu le comit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, il est d&#233;j&#224; &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port signa les deux exemplaires et me tendit la plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vossiukov, signe, dis-je &#224; l'un des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vossiukov prit la plume de sa main calleuse qui tremblait honteusement et signa les deux exemplaires. J'en pris un pour moi et tendis le deuxi&#232;me au commandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le chef du port, vous devrez r&#233;soudre toutes les questions ayant trait &#224; la mise en pratique des conventions accept&#233;es par vous, avec le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier, Vossiukov. Je vous prie d'&#233;couter attentivement le paragra&#173;phe traitant du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mis &#224; lire le paragraphe 3' :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers de la flottille &#233;lisent un comit&#233; ouvrier qui aura le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers de la flottille et du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En cas d'objection du comit&#233;, l'administra&#173;tion n'op&#232;re pas le renvoi des ouvriers. Si le comit&#233; estime n&#233;cessaire de licencier tel ou tel ouvrier, l'administration s'engage &#224; ratifier la proposition du comit&#233;. Le comit&#233; assume le con&#173;tr&#244;le de l'application de l'accord entre les ou&#173;vriers et l'administration, sign&#233; &#224; la fin de la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sachez, Monsieur le chef du port, que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers a donn&#233; pleins pouvoirs au comit&#233; pour d&#233;clarer la gr&#232;ve au cas o&#249; l'administration refuserait d'ex&#233;cuter les clauses de l'engagement sign&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fixait la feuille de papier et hochait silencieusement la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, au revoir, demain le travail repren&#173;dra et, au fait, nos h&#244;tes d'Odessa rentreront chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'esp&#232;re, Monsieur Malakanov, que vous n'&#234;tes pas compris dans l'accord ? Nous vous avons signifi&#233; votre renvoi ayant la signature, me d&#233;clara le chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'insiste pas, d'autant plus que j'ai moi-m&#234;me promis de me faire r&#233;gler mon compte apr&#232;s la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef sourit aigrement et ne r&#233;pondit rien. Nous sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben, mon vieux, tu lui as bien parl&#233;. Qui c'est qu'aurait pu croire que tu l'aurais forc&#233; &#224; signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y avait rien &#224; faire, il avait les &#233;trangers sur le dos. S'il n'avait pas sign&#233; il aurait de toute fa&#231;on perdu la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, mon vieux, et de belles promesses, on se serait fait empiler en deux temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et puis t'as &#233;t&#233; malin au sujet du comit&#233;, t'as nomm&#233; Vossiukov pr&#233;sident et on n'avait m&#234;me pas encore &#233;lu le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous l'&#233;lirons. Quant &#224; Vossiukov, c'est un gars solide et d&#233;vou&#233;. Nous le ferons pr&#233;sident. Et, maintenant, tenez-vous au comit&#233; comme le cur&#233; &#224; l'encensoir et pas un diable ne pourra vous nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, nous nous r&#233;un&#238;mes sur la rive ; le comit&#233; de gr&#232;ve fit un compte rendu complet sur l'accord obtenu. Nous montr&#226;mes la signature du chef du port &#224; tout le monde. Certains pas&#173;sages de notre conversation avec le chef soule&#173;v&#232;rent des manifestations d'approbation bruyan&#173;tes. Je fis un tableau de la marche de la gr&#232;ve et des conditions dans lesquelles elle s'&#233;tait d&#233;&#173;roul&#233;e et expliquai l'importance de la solidarit&#233; des ouvriers, en fournissant comme exemple la solidarit&#233; de la flottille et des syndicats d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Odessites prirent la parole. Ils lou&#232;rent et admir&#232;rent la fermet&#233; et la bonne organisation des prol&#233;taires de Kertch. Le nombre de membres de notre syndicat doubla ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;posa ses pouvoirs. L'as&#173;sembl&#233;e d&#233;cida &#224; l'unanimit&#233; de lui donner le nom de comit&#233; ouvrier et la candidature de Vos&#173;siukov en qualit&#233; de pr&#233;sident du comit&#233; fut ratifi&#233;e. Il fut d&#233;cid&#233; que : &#171; en cas de violation par l'administration des conditions concernant le comit&#233; ouvrier, celui-ci d&#233;clare imm&#233;diatement la gr&#232;ve et tous les ouvriers doivent se soumettre aux ordres du comit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant l&#233;galis&#233; par cette d&#233;cision les pleins pou&#173;voirs du comit&#233; ouvrier, les ouvriers heureux, enivr&#233;s de leur victoire, cl&#244;tur&#232;rent leur derni&#232;re r&#233;union de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e j'allai me faire r&#233;gler mon compte. On travaillait ferme &#224; bord de tous les navires. Les voix se m&#234;laient au bruit des mar&#173;teaux. Apr&#232;s un mois de silence la flottille renais&#173;sait. Le dragueur Lissovski &#233;volua lentement vers l'embouchure du d&#233;troit. Derri&#232;re lui s'align&#232;rent les p&#233;niches. La flottille d'Odessa s'affairait aus&#173;si, levait l'ancre au fracas de ses cha&#238;nes ; les ordres retentissaient. Les Odessites se pr&#233;paraient &#224; prendre la mer. Un soleil &#233;clatant cares&#173;sait les visages h&#226;l&#233;s des ouvriers. Le travail re&#173;prenait avidement ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon compte fut rapidement r&#233;gl&#233;. Ayant fait mes adieux aux amis, je descendis sur la rive. Des &#233;claireurs accoururent vers moi et me pr&#233;&#173;vinrent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; File dans la steppe, les gendarmes arrivent pour t'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivis leur conseil. Je me sentais comme all&#233;g&#233; d'un poids &#233;norme. Toutes les difficult&#233;s et les inqui&#233;tudes de ces jours derniers s'&#233;taient envol&#233;es. Et comment ne pas me sentir l&#233;ger, lorsque je venais de gagner une victoire bolche&#173;vik importante sur le secteur du front prol&#233;tarien qui m'&#233;tait assign&#233;. Ces victoires, m&#234;me partielles, vous donnaient la force n&#233;cessaire pour d&#233;velopper et continuer le combat, pour pr&#233;parer la lutte d&#233;cisive et la victoire d'Octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8708</link>
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		<dc:date>2025-09-14T22:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la presse jaune. Partout, on ne parle que de lui, aussi bien dans les tranch&#233;es de Champagne qu'&#224; Paris. &#171; Vive le soviet &#187;, s'&#233;crient les poilus en lisant les courtes d&#233;p&#234;ches. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi s'ach&#232;vent les motions des assembl&#233;es o&#249; se r&#233;unissent des centaines d'ouvriers. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi sont intitul&#233;s les &#233;ditoriaux des organes d&#233;mocratiques tels que la Tranch&#233;e r&#233;publicaine, L'Humanit&#233;, Le Journal du Peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute : &#171; Les &#233;crivains, les artistes, la jeunesse qui &#233;crivent, des dizaines de minuscules revues et tout ce qu'il y a en France de conscient, croit en la Russie. Romain Rolland qui faisait derni&#232;rement un appel d&#233;sesp&#233;r&#233; &#224; l'Europe tant aim&#233;e : &#034;Tombe, meurs, voici ta tombe&#034;, &#233;crit maintenant : &#034;La lumi&#232;re lib&#233;ratrice vient de la Russie&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s juillet 1917, plusieurs mois avant la prise du pouvoir par les bolcheviks, la &#171; lumi&#232;re de la r&#233;volution russe &#187; s'identifie &#224; la lumi&#232;re du &#171; soviet &#187; et elle fait briller dans la lugubre nuit de l'Europe plong&#233;e dans la barbarie de la guerre imp&#233;rialiste la lueur d'un espoir qui ne sera pas pr&#232;s de s'&#233;teindre, m&#234;me apr&#232;s la paix de 1918. De fait, dans le sillage de la R&#233;volution russe, et alors que la guerre civile entre rouges et blancs fait toujours rage en Russie, des mouvements insurrectionnels ou quasi insurrectionnels &#233;clateront dans plusieurs pays d'Europe et leurs acteurs n'h&#233;siteront pas &#224; s'approprier le nom russe de &#171; soviet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, sur la lanc&#233;e de la r&#233;volution de novembre 1918, un dense r&#233;seau de conseils ouvriers s'&#233;tend sur tout le territoire. Les r&#233;publiques des conseils voient le jour, notamment en Bavi&#232;re (avril-mai 1919), en Hongrie (avril-ao&#251;t 1919) et dans le sud-est de la Slovaquie (juin-juillet 1919). Des communes agricoles d'inspiration communiste libertaire se constituent dans certaines r&#233;gions de l'Ukraine (1918-1921). Des conseils d'usine apparaissent un peu partout dans le nord de l'Italie au cours du biennio rosso (les deux ann&#233;es rouges) de 1919-1920 : les 150 000 ouvriers en gr&#232;ve de Turin &#233;lisent des conseils d'usine et des soviets sont form&#233;s &#224; Florence. Gramsci en tire cette conclusion : &#171; [L]a naissance des conseils ouvriers d'usine repr&#233;sente un grand &#233;v&#233;nement historique, le d&#233;but d'une &#232;re nouvelle dans l'histoire du genre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est aussi des exp&#233;riences qui, sans aller jusqu'&#224; l'insurrection, t&#233;moignent de la popularit&#233; et de l'exemplarit&#233; des soviets comme institutions autonomes. Le cas de l'Irlande m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te, tant il est peu connu, et pourtant socialement et politiquement significatif. En effet, pas moins d'une centaine d'exp&#233;riences d'autogestion voient le jour entre 1918 et 1923, pratiquement toutes sous l'appellation de &#171; soviet &#187;. Ainsi le &#171; soviet &#187; de Limerick cr&#233;&#233; en avril 1919 et qui est en fait un comit&#233; de gr&#232;ve, nomm&#233; par le Conseil des syndicats de la ville, prend en charge la gestion de la commune et finit m&#234;me par &#233;mettre sa propre monnaie. Il en est &#233;galement ainsi du &#171; soviet &#187; agraire de Broadford qui, en f&#233;vrier 1922, prend en main pendant dix mois la gestion d'un domaine agricole et convertit une partie des terres en p&#226;turages communs. Ainsi encore des soviets mis sur pied dans les 39 usines de l'entreprise laiti&#232;re et boulang&#232;re Cleeve en juillet-ao&#251;t 1922, dont la devise (&#171; Long live the Sovereign People &#187; ou &#171; Longue vie au peuple souverain &#187;) et le slogan (&#171; We make bread not profits &#187;, &#171; Nous faisons du pain, pas des profits &#187;) disent assez clairement la dimension anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1919 &#233;clate &#224; Paris la gr&#232;ve des m&#233;taux, &#171; condamnation de l'union sacr&#233;e et du r&#233;formisme de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) incarn&#233;s par son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;on Jouhaux &#187;, une mobilisation ouvri&#232;re qui &#171; exprime une opposition r&#233;solue au capitalisme et au gouvernement &#187;. Le Comit&#233; d'entente des Syndicats des m&#233;taux de la Seine appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 2 juin pour obtenir la semaine de quarante-quatre heures et une augmentation des salaires. Certains comit&#233;s locaux de gr&#232;ve ajoutent d'autres revendications plus politiques : fin de l'intervention contre les bolcheviks en Russie, amnistie des prisonniers politiques et militaires. Lors d'un meeting organis&#233; le 4 juin, &#224; Saint-Denis dans la banlieue parisienne, le Comit&#233; intersyndical se transforme en Comit&#233; local des soviets. Un drapeau rouge est accroch&#233; au balcon de l'h&#244;tel de ville. L'objectif est d'imposer &#224; la CGT le d&#233;clenchement d'un mouvement g&#233;n&#233;ral destin&#233; &#224; renverser le gouvernement de Clemenceau. L'historienne Mich&#232;le Zancarini-Fournel commente : &#171; La R&#233;volution russe est tr&#232;s populaire parmi les gr&#233;vistes, et particuli&#232;rement les soviets. C'est le &#034;seul r&#233;gime qui se rapproche le plus des aspirations ouvri&#232;res&#034;, affirme un gr&#233;viste d'Ivry le 18 juin 1919. Dans cette m&#234;me banlieue parisienne, lors d'un meeting organis&#233; le 24 juin, les membres des Jeunesses socialistes brandissent le drapeau rouge, entonnent des chants r&#233;volutionnaires et crient : &#034;Vive la R&#233;volution !&#034; Le tableau est le m&#234;me dans l'est parisien, du XIIIe au XXe arrondissement. &#187; Et dans l'ouest de la capitale, &#224; Boulogne, une garde rouge est m&#234;me form&#233;e pour combattre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances imp&#233;rialistes pendant la vague r&#233;volutionnaire en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe de l'ouest apr&#232;s la r&#233;volution russe de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons des &#233;checs de la vague r&#233;volutionnaire europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la vague r&#233;volutionnaire de 1917-1920 en Europe a &#233;chou&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chronology of the european revolution (1917-1923)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe en 1919-1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions russes vues de l'Europe en guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvri&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discutons avec Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9239</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article9239</guid>
		<dc:date>2025-08-17T22:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Discutons avec l'organisation fran&#231;aise Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici l'expos&#233; de Lutte Ouvri&#232;re que nous allons critiquer : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient de remarquer d'abord que le r&#233;cit et l'analyse de Lutte ouvri&#232;re nous am&#232;nent &#224; penser qu'il y a eu une &#171; r&#233;volution russe &#187; et c'est faux ! Et que ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discutons avec l'organisation fran&#231;aise Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici l'expos&#233; de Lutte Ouvri&#232;re que nous allons critiquer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de remarquer d'abord que le r&#233;cit et l'analyse de Lutte ouvri&#232;re nous am&#232;nent &#224; penser qu'il y a eu une &#171; r&#233;volution russe &#187; et c'est faux ! Et que ce serait cette r&#233;volution russe qui aurait visait la r&#233;volution mondiale gr&#226;ce &#224; la politique de L&#233;nine et Trotsky qui &#233;tait internationaliste au contraire des politiques de la social-d&#233;mocratie et du stalinisme. Et c'est faux ! En r&#233;alit&#233;, la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe n'a m&#234;me pas v&#233;ritablement d&#233;but&#233; en Russie mais en Irlande et en Finlande. La r&#233;volution prol&#233;tarienne du d&#233;but des ann&#233;es 1900 dans le monde est le produit de la crise mondiale du capitalisme d&#233;bouchant sur la guerre mondiale et menant &#224; la r&#233;volte des peuples et des classes ouvri&#232;res. Ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent du r&#233;cit, tr&#232;s russe, et tr&#232;s pseudo-bolchevique de LO. Comme si tout provenait de la chute du tsar&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la th&#232;se de LO est que le parti bolchevique de L&#233;nine &#233;tait pr&#234;t et d'avance programm&#233; pour cette r&#233;volution. Tout &#224; fait faux ! Quand les partis sociaux-d&#233;mocrates ont trahi la r&#233;volution de f&#233;vrier, la direction bolchevique en Russie &#233;tait de leur c&#244;t&#233; ! Quand L&#233;nine et Trotsky ont fait le choix de la r&#233;volution d'Octobre, une partie non n&#233;gligeable du parti bolchevique a choisi d'&#234;tre adversaire de la r&#233;volution. Cela ne montre pas seulement que le parti bolchevique &#233;tait d&#233;mocratique mais que les plus proches dirigeants de L&#233;nine avaient compl&#232;tement rompu avec la perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la th&#232;se de LO ne d&#233;coule nullement des points de vue de L&#233;nine et Trotsky. Le &#171; testament de L&#233;nine &#187; dit que ceux qui ont trahi en Octobre ne sont pas fiables. &#171; Les le&#231;ons d'Octobre &#187; de Trotsky ne semblent pas &#234;tre un ouvrage connu par LO&#8230; On ne retrouve nullement ces &#171; le&#231;ons &#187; dans celles de Lutte ouvri&#232;re sur la r&#233;volution d'Octobre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est le monde des ann&#233;es 1900 jusqu'aux ann&#233;es 1920 qui est m&#251;r pour la r&#233;volution. Ce n'est pas la Russie qui a entra&#238;n&#233; le monde dans la r&#233;volution m&#234;me si c'est le premier pays o&#249; une victoire a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le parti bolchevique &#233;tait loin d'&#234;tre parfaitement pr&#233;par&#233; &#224; Octobre, vu que pendant des ann&#233;es L&#233;nine avait combattu CONTRE la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, v&#233;ritable base de la r&#233;volution d'Octobre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement, Octobre qui est la plus belle illustration de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; n'est pas consid&#233;r&#233;e comme telle par Lutte Ouvri&#232;re ! Au point qu'on chercherait en vain le mot dans ce texte !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas nous mais Trotsky qui expliquait que la r&#233;volution permamente seule pouvait expliquer la r&#233;volution d'Octobre, les liens entre la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Russie, la r&#233;volution des nationalit&#233;s, la r&#233;volution des paysans, la r&#233;volution contre la guerre imp&#233;rialiste, le caract&#232;re mondial de la r&#233;volution et son caract&#232;re socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7432&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7432&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky explique aussi que &#171; tout le stalinisme, pris sur le plan th&#233;orique, est n&#233; de la critique de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle qu'elle a &#233;t&#233; formul&#233;e en 1905. &#187; Pas un mot l&#224;-dessus dans l'expos&#233; de LO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6310&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6310&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution permanente est notre philosophie permanente, ce n'est pas calomnier de dire que ce n'est pas le cas pour LO !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, quand LO &#233;voque la r&#233;volution permamente, c'est seulement pour lui faire dire que la bourgeoisie n'est plus capable de r&#233;aliser ses propres t&#226;ches historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, lui, rajoutait que le prol&#233;tariat ne peut pas se contenter de r&#233;aliser les t&#226;ches de la bourgeoisie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier texte cit&#233;, un paragraphe s'intitule &#171; Le caract&#232;re international de la r&#233;volution &#187; mais ce qui suit n'y correspond nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la v&#233;ritable perspective internationale avec laquelle Staline a rompu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re est tr&#232;s centr&#233;e sur la formation du parti r&#233;volutionnaire au point de consid&#233;rer que la r&#233;volution a surtout permis de renforcer le parti. Ainsi, concernant la r&#233;volution de 1905, qui n'est pas non plus seulement russe, LO &#233;crit : &#171; puis &#233;clata la r&#233;volution de 1905, qui fut une &#233;tape consid&#233;rable dans la construction de leur parti &#187;. Non seulement, c'est se polariser &#224; tort en l'occurrence sur le parti, mais c'est encore consid&#233;rer la r&#233;volution de 1905 comme&#8230; russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, en 1905, la derni&#232;re vague r&#233;volutionnaire internationale avant la premi&#232;re guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la vague r&#233;volutionnaire dont Octobre fait partie est mondiale et non russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7447&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7447&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En n'&#233;voquant pas la r&#233;volution mondiale dans le texte, LO fait de la r&#233;volution russe un acte du seul parti de L&#233;nine rendant r&#233;volutionnaire l'Europe, ce qui est l'inverse des faits. L&#233;nine, lui, disait que la r&#233;volution russe &#233;tait le maillon le plus faible de la r&#233;volution mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re dit que l'extension de la r&#233;volution voulue par L&#233;nine et Trotsky n'&#233;tait pas un v&#339;u pieu. Comme si la r&#233;volution mondiale n'&#233;tait pas une r&#233;alit&#233; objective avant m&#234;me qu'&#233;clate la r&#233;volution russe. La r&#233;volution mondiale n'&#233;tait pas une simple &#171; extension &#187; de la r&#233;volution russe. C'est l'inverse : la r&#233;volution en Russie ne pouvait triompher que comme maillon de la r&#233;volution mondiale, qui &#233;tait un fait objectif reconnu comme tel par L&#233;nine et Trotsky. La diff&#233;rence avec le point de vue de LO saut aux yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conception de son travail militant, LO tire de ce pass&#233; ? &#171; &#202;tre communiste r&#233;volutionnaire c'est militer au quotidien dans la classe ouvri&#232;re. C'est intervenir dans ses luttes des plus petites aux plus grandes pour que les travailleurs d&#233;couvrent leurs capacit&#233;s collectives. Mais c'est aussi y d&#233;fendre des id&#233;es et des perspectives quand il ne s'y passe rien. C'est chaque jour poser une pierre &#224; l'&#233;difice du parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre &#224; ce que LO nous dise qu'il faut pr&#233;parer les travailleurs &#224; fonder &#224; nouveau des soviets, faire au moins de la propagande dans ce but dans les entreprises, militer pour des comit&#233;s et conseils de travailleurs pr&#233;parant le prol&#233;tariat &#224; sa t&#226;che d'organisation de masse r&#233;volutionnaire que sont les soviets. LO ne dit pas cela du tout et ne fait pas cela du tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO n'explique pas non plus comment la r&#233;volution europ&#233;enne a &#233;chou&#233;, &#224; part nous dire que c'est la responsabilit&#233; de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur quelle fraction de la classe ouvri&#232;re, la social-d&#233;mocratie a trouv&#233; un appui pour la contre-r&#233;volution, LO ne le dit pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce texte, on ourrait croire que Lutte ouvri&#232;re milite dans les entreprises en donnant comme boussole aux travailleurs le pouvoir des soviets et c'est faux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se dire cependant que LO est tr&#232;s claire sur le type de parti que cette organisation veut construire ? Du tout ! La brique &#233;l&#233;mentaire du parti est le programme et LO n'en a pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'on apprend c'est que Lo veut construire &#171; un parti enti&#232;rement vou&#233; aux travailleurs et &#224; leurs luttes &#187;. C'est un engagement bien vague&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zinoviev et Kamenev</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7987</link>
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		<dc:date>2025-08-06T22:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Zinoviev et Kamenev, eux aussi, voulaient combattre le centrisme bureaucratique sans se faire exclure. Cela revient &#224; ne mener le combat contre Staline que dans le cadre admis par ce dernier. Le r&#233;sultat est que Zinoviev et Kamenev sont exclus du Parti non en tant que combattants marxistes mais des capitulards compromis. Si parmi les oppositionnels certains veulent, dans une situation si grave aller au combat sans la volont&#233; de le mener jusqu'au bout, ils ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zinoviev et Kamenev&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Zinoviev et Kamenev, eux aussi, voulaient combattre le centrisme bureaucratique sans se faire exclure. Cela revient &#224; ne mener le combat contre Staline que dans le cadre admis par ce dernier. Le r&#233;sultat est que Zinoviev et Kamenev sont exclus du Parti non en tant que combattants marxistes mais des capitulards compromis. Si parmi les oppositionnels certains veulent, dans une situation si grave aller au combat sans la volont&#233; de le mener jusqu'au bout, ils ne conna&#238;tront que des d&#233;faites et s'&#233;crouleront. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, novembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/lt01111932a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/lt01111932a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la premi&#232;re p&#233;riode de la lutte, on m'avait oppos&#233; la &#171; tro&#239;ka &#187;. Mais ce triumvirat &#233;tait lui-m&#234;me loin de l'unit&#233;. Kam&#233;nev, de m&#234;me que Zinoviev, &#233;taient, admettons, plus capables que Staline sur les plans th&#233;orique et politique. Mais &#224; l'un et &#224; l'autre, il manquait ce petit rien qui s'appelle du caract&#232;re. Les vues internationales, plus &#233;tendues que celles de Staline, qu'ils avaient acquises dans l'&#233;migration sous la direction de L&#233;nine, les avaient affaiblis, au lieu de les affermir. Le courant adopt&#233; &#233;tait dans le sens d'un d&#233;veloppement national autonome et la vieille formule du patriotisme russe &#171; on les couvrira du bonnet &#187; &#233;tait maintenant traduite avec z&#232;le dans la langue n&#233;o-socialiste. La tentative que firent Zinoviev et Kam&#233;nev pour maintenir au moins partiellement les id&#233;es internationales fit d'eux, aux yeux de la bureaucratie, des &#171; trotskystes &#187; de deuxi&#232;me ordre. Ils n'en mirent que plus d'acharnement dans leur campagne contre moi, pour consolider dans cette voie la confiance que leur accordait l'appareil. Mais ce furent de vains efforts. L'appareil d&#233;couvrait de plus en plus clairement en Staline le plus solide de ses repr&#233;sentants. Zinoviev et Kam&#233;nev se trouv&#232;rent bient&#244;t en hostilit&#233; directe avec Staline, et quand ils essay&#232;rent de soumettre la discussion int&#233;rieure de la &#171; tro&#239;ka &#187; au comit&#233; central, il se trouva que Staline y poss&#233;dait une majorit&#233; in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev passait officiellement pour le dirigeant de Moscou. Mais, depuis l'&#233;crasement de l'organisation moscovite du parti qui avait eu lieu en 1923 (avec la collaboration de Kam&#233;nev) lorsque l'organisation s'&#233;tait prononc&#233;e en majorit&#233; en faveur de l'opposition, la masse des militants communistes de Moscou gardait un silence morose. D&#232;s que Kam&#233;nev fit ses premi&#232;res tentatives pour r&#233;sister &#224; Staline, il resta entre ciel et terre. Il en fut autrement &#224; P&#233;trograd. Les communistes de cette capitale furent pr&#233;munis contre l'opposition de 1923 par la lourde toiture de l'appareil de Zinoviev. Mais maintenant, leur tour &#233;tait venu. Les ouvriers de L&#233;ningrad s'&#233;murent de voir le courant pris dans le sens du koulak et du socialisme dans un seul pays. La protestation de classe des ouvriers co&#239;ncida avec la Fronde d&#233;clar&#233;e du haut dignitaire Zinoviev. Ainsi se forma une nouvelle opposition dont fit m&#234;me partie, dans les premiers temps, Nadejda Kontantinovna Kroupska&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au grand &#233;tonnement de tous et avant tout d'eux-m&#234;mes, Zinoviev et Kam&#233;nev se trouv&#232;rent forc&#233;s de reprendre, l'un apr&#232;s l'autre, les arguments critiques de l'opposition et furent bient&#244;t rel&#233;gu&#233;s au camp des &#171; trotskystes &#187;. Il n'est pas &#233;tonnant que, dans notre milieu, le rapprochement fait avec Zinoviev et Kam&#233;nev ait sembl&#233;, pour le moins, paradoxal. Parmi les oppositionnels, un bon nombre se d&#233;clar&#232;rent contre ce bloc. Certains d'entre eux, m&#234;me &#8212;&#224; vrai dire, tr&#232;s peu&#8212; jug&#232;rent possible de faire bloc avec Staline contre Zinoviev et Kam&#233;nev. Un de mes amis intimes, Mratchkovsky, vieux r&#233;volutionnaire et un des meilleurs chefs d'arm&#233;e dans la guerre civile, se pronon&#231;a contre tout bloc avec qui que ce f&#251;t, donnant de son attitude l'explication classique : &#171; Staline trompera, Zinoviev se d&#233;robera. &#187; Mais, en fin de compte, des questions de cet ordre sont r&#233;solues par des appr&#233;ciations politiques et non psychologiques. Zinoviev et Kam&#233;nev reconnurent ouvertement que les &#171; trotskystes &#187; avaient eu raison dans la lutte men&#233;e contre eux depuis 1923. Ils adopt&#232;rent les bases de notre plate-forme. En de telles conditions il &#233;tait impossible de ne pas faire bloc avec eux, d'autant plus qu'ils avaient derri&#232;re eux les milliers d'ouvriers r&#233;volutionnaires de L&#233;ningrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et moi en dehors des s&#233;ances officielles, ne nous rencontr&#226;mes pas pendant trois ans, c'est-&#224;-dire &#224; dater de la nuit o&#249; Kamenev partant pour la G&#233;orgie, promit de soutenir le point de vue de L&#233;nine et le mien, mais, ayant appris que L&#233;nine &#233;tait dans un &#233;tat grave, se rangea du c&#244;t&#233; de Staline. D&#232;s sa premi&#232;re entrevue avec moi, Kam&#233;nev d&#233;clara ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il suffit que vous vous montriez avec Zinoviev sur une m&#234;me tribune : le parti trouvera aussit&#244;t son v&#233;ritable comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pouvais que rire de cet optimisme bureaucratique. Kam&#233;nev, &#233;videmment, sous-estimait le travail de d&#233;composition du parti que la &#171; tro&#239;ka &#187; avait accompli pendant trois ans. Je le lui indiquai sans aucune indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflux du mouvement r&#233;volutionnaire qui avait commenc&#233; &#224; la fin de 1923, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande prit une extension internationale. En Russie, la r&#233;action contre Octobre battait son plein. L'appareil du parti se rangeait de plus en plus vers la droite. En de telles conditions, il e&#251;t &#233;t&#233; pu&#233;ril de croire qu'il nous suffisait de nous unir pour que la victoire tomb&#226;t &#224; nos pieds comme un fruit m&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il nous faut viser loin, r&#233;p&#233;tai-je des dizaines de fois &#224; Kam&#233;nev et &#224; Zinoviev. Il faut que nous nous pr&#233;parions &#224; une lutte s&#233;rieuse, et pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur premier empressement, mes nouveaux alli&#233;s accept&#232;rent bravement cette formule. Mais ils ne devaient pas y suffire bien longtemps. Leur assurance tombait, non de jour en jour, mais d'heure en heure. Mratchkovsky, dans ses jugements sur les personnes, avait eu tout &#224; fait raison : Zinoviev finalement se d&#233;roba. Mais il n'entra&#238;na pas &#224; sa suite tous ceux qui pensaient comme lui, loin de l&#224;. Le double revirement de Zinoviev avait, en tout cas, port&#233; un coup irr&#233;parable &#224; la l&#233;gende du trotskysme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grigori Zinoviev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1882-1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pseudonyme de Yevsey-Hershen Aronovitch RADOMYSLSKY (1883-1936), dirigeant bolchevique, ami de L&#233;nine. Membre du POSDR en 1901 et de sa fraction bolchevique en 1903. &#201;tudie &#224; Berne (1902-1905), revient en Russie pour participer &#224; Saint-P&#233;tersbourg &#224; la r&#233;volution de 1905. Entre au CC en 1907 et devient en exil le lieutenant de L&#233;nine jusqu'&#224; la R&#233;volution de F&#233;vrier 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oppos&#233; &#224; l'insurrection en 1917, il dirigera cependant le parti &#224; Leningrad, membre du Bureau politique (1921-1926) et deviendra pr&#233;sident du Comintern (1919-1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forme en 1923 la tro&#239;ka avec Staline et Kamenev et impose dans l'I.C. la &#171; bolchevisation &#187; des partis communistes. Rompt ensuite avec Staline et forme l'Opposition Unifi&#233;e avec Trotsky (1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclu du parti avec les autres dirigeants de l'Opposition Unifi&#233;e en 1927, il capitule en 1928, est partiellement r&#233;habilit&#233; avant d'&#234;tre exclu &#224; nouveau en 1932. Apr&#232;s l'assassinat de Kirov (1934), il est emprisonn&#233; et sera condamn&#233; et fusill&#233; en 1936 lors du premier proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lev Borissovitch Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1883-1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce proche de Zinoviev le suivra dans toute sa trajectoire. Vieux-bolchevik, il fait partie de la direction du parti avant 1917. Mais il s'oppose &#224; l'insurrection en 1917 avec Zinoviev et Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, il fait partie avec eux de la Tro&#239;ka qui va diriger bri&#232;vement l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la rupture de la tro&#239;ka , il fondera l'Opposition Unifi&#233;e avec Trotsky et toujours Zinoviev. Comme ce dernier, il capitule devant la bureaucratie en 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera au centre du premier proc&#232;s de Moscou et fusill&#233; &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, Kamenev ne cachait pas le r&#244;le de Trotsky dans la direction de la r&#233;volution d'Octobre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A cette &#233;poque, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire4, avec &#224; sa t&#234;te le camarade Trotsky,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait d&#233;j&#224; en place et dirigeait les op&#233;rations en r&#233;organisant les forces de la garnison de Petrograd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Afin d'illustrer le niveau de tension de notre travail, je mentionnerai l'anecdote suivante : au cours&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une de ces nuits, Trotsky, moi et Sverdlov ou Ouritsky, tous deux membres des plus actifs du Comit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire r&#233;volutionnaire, nous rest&#226;mes de service &#224; Smolny. C'&#233;tait la nuit o&#249; les cadets appel&#233;s par&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#233;rensky &#233;taient attendus &#224; Petrograd, venant de Peterhof et d'Oranienbaum. Trotsky ne quitta pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;phone une seule minute, donnant des ordres &#224; nos commissaires aux chemins de fer. Alors que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous &#233;tions assis &#224; une table, nous v&#239;mes Trotsky p&#226;lir subitement, haleter et s'&#233;crouler de sa chaise&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le sol. Apr&#232;s l'avoir ranim&#233;, nous constat&#226;mes que sa faiblesse s'expliquait par le fait qu'il n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas eu le temps de manger quoi que ce soit depuis deux jours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kamenev/works/1921/00/Kamenev%20Octobre%2017.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kamenev/works/1921/00/Kamenev%20Octobre%2017.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, Trotsky est la b&#234;te noire de Kamenev-Zinoviev-Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trotsky n'a jamais saisi l'essentiel de la th&#233;orie l&#233;niniste sur les relations entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie dans la r&#233;volution russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/kamenev/1924/11/trotskyism.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/kamenev/1924/11/trotskyism.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, j'entends une question : &#171; Mais pouvez-vous dire avec une enti&#232;re certitude la m&#234;me chose sur Zinoviev et Kamenev que vous dites sur vous-m&#234;me ? Tous deux ont fait pas mal de d&#233;tours et gaspill&#233; pas mal de principes dans la derni&#232;re p&#233;riode de leur vie. Pourquoi ne pas admettre dans ce cas que, d&#233;sesp&#233;rant des cons&#233;quences de leur propre capitulation, ils se soient vraiment un instant jet&#233;s du c&#244;t&#233; de la terreur ? Plus tard, au cours de leur capitulation finale, ils ont consenti &#224; rencontrer le Gu&#233;p&#233;ou &#224; mi-chemin et &#224; vous embarquer dans leurs mauvais desseins, pour se rendre service &#224; eux-m&#234;mes et au r&#233;gime avec lequel ils cherchaient &#224; nouveau &#224; faire la paix. Cette hypoth&#232;se est entr&#233;e dans l'esprit de certains de mes amis. Je l'ai pes&#233; de toutes parts, sans les moindres pr&#233;jug&#233;s ou consid&#233;rations d'int&#233;r&#234;t personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev sont deux types profond&#233;ment diff&#233;rents. Zinoviev est un agitateur. Kamenev-un propagandiste. Zinoviev &#233;tait essentiellement guid&#233; par un subtil instinct politique. Kamenev avait l'habitude de raisonner et d'analyser. Zinoviev &#233;tait toujours enclin &#224; s'envoler en tangente. Kamenev, au contraire, a p&#233;ch&#233; par exc&#232;s de prudence. Zinoviev &#233;tait enti&#232;rement absorb&#233; par la politique, ne cultivant pas d'autres int&#233;r&#234;ts et app&#233;tits. A Kamenev si&#233;geaient un sybarite et un esth&#232;te. Zinoviev &#233;tait vindicatif. Kamenev &#233;tait la bonne nature personnifi&#233;e. Je ne sais pas quelles &#233;taient leurs relations mutuelles dans l'&#233;migration. En 1917, ils furent un temps rapproch&#233;s par leur opposition &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Dans les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s la victoire, l'attitude de Kamenev envers Zinoviev &#233;tait plut&#244;t ironique. Ils ont ensuite &#233;t&#233; rapproch&#233;s par leur opposition &#224; moi, et plus tard, &#224; Staline. Au cours des treize derni&#232;res ann&#233;es de leur vie, ils ont march&#233; c&#244;te &#224; c&#244;te et leurs noms ont toujours &#233;t&#233; mentionn&#233;s ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toutes leurs diff&#233;rences individuelles, en dehors de leur scolarit&#233; commune acquise dans l'&#233;migration sous la direction de L&#233;nine, ils &#233;taient dot&#233;s d'une gamme presque identique d'intellect et de volont&#233;. La capacit&#233; analytique de Kamenev a servi &#224; compl&#233;ter l'instinct de Zinoviev ; et ils exploreraient conjointement pour une d&#233;cision commune. Kamenev, plus prudent, laissait parfois Zinoviev l'entra&#238;ner plus loin qu'il n'avait voulu aller lui-m&#234;me, mais &#224; la longue ils se retrouv&#232;rent c&#244;te &#224; c&#244;te sur la m&#234;me ligne de retraite. Dans la stature de leurs personnalit&#233;s, ils &#233;taient pairs, et ils se compl&#233;taient par leurs dissemblances. Tous deux &#233;taient profond&#233;ment et sans r&#233;serve d&#233;vou&#233;s &#224; la cause du socialisme. Telle est l'explication de leur union tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils manquaient de caract&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune raison de m'obliger &#224; assumer une quelconque responsabilit&#233; politique ou morale pour Zinoviev et Kamenev. Mis &#224; part un bref intervalle &#8212; de 1926 &#224; 1927 &#8212; ils ont toujours &#233;t&#233; mes adversaires acharn&#233;s. Personnellement, je ne leur accordais pas beaucoup de confiance. Chacun d'eux, bien s&#251;r, &#233;tait le sup&#233;rieur intellectuel de Staline. Mais ils manquaient de caract&#232;re. L&#233;nine avait pr&#233;cis&#233;ment ce trait &#224; l'esprit lorsqu'il &#233;crivait dans son &#171; Testament &#187; que ce n'&#233;tait &#171; pas un hasard &#187; si Zinoviev et Kamenev &#233;taient des opposants &#224; l'insurrection &#224; l'automne 1917. Ils n'ont pas r&#233;sist&#233; &#224; l'apparition de l'opinion publique bourgeoise. Lorsque se cristallisent de profondes mutations sociales en Union sovi&#233;tique, conjugu&#233;es &#224; la formation d'une bureaucratie privil&#233;gi&#233;e, ce n'est &#171; pas par hasard &#187; que Zinoviev et Kamenev se laissent emporter dans le camp de Thermidor (1922-1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils surpassaient de loin leurs alli&#233;s d'alors, y compris Staline, dans la compr&#233;hension th&#233;orique des processus en cours. C'est l&#224; que r&#233;side l'explication de leur tentative de rompre avec la bureaucratie et de s'y opposer. En juillet 1926, au pl&#233;num du Comit&#233; central, Zinoviev d&#233;clara que &#171; sur la question de la r&#233;pression de l'appareil bureaucratique, Trotsky avait raison contre nous &#187;. Zinoviev, &#224; l'&#233;poque, reconnaissait que son erreur de mener une lutte contre moi &#233;tait encore &#171; plus dangereuse &#187; que son erreur de 1917 ! Cependant, la pression des couches privil&#233;gi&#233;es atteint des proportions illimit&#233;es. Ce n'est &#034;pas par hasard&#034; que Zinoviev et Kamenev ont capitul&#233; devant Staline &#224; la fin de 1927 et ont entra&#238;n&#233; avec eux ceux qui &#233;taient plus jeunes et moins autoritaires. Par la suite, ils n'ont pas m&#233;nag&#233; leurs efforts pour noircir l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1930-1932, alors que tout l'organisme du pays &#233;tait secou&#233; par les cons&#233;quences effroyables de la collectivisation forc&#233;e et effr&#233;n&#233;e, Zinoviev et Kamenev, comme tant d'autres capitulants, lev&#232;rent anxieusement la t&#234;te et commenc&#232;rent &#224; discuter entre eux &#224; voix basse des dangers de la nouvelle politique d'&#201;tat. . Ils ont &#233;t&#233; surpris en train de lire un document critique &#233;manant des rangs de l'opposition de droite. Pour ce crime terrible, ils ont &#233;t&#233; expuls&#233;s du parti - aucune autre accusation n'a &#233;t&#233; port&#233;e contre eux ! - et, pour couronner le tout, ont &#233;t&#233; exil&#233;s. En 1933, Zinoviev et Kamenev non seulement se r&#233;tractent une nouvelle fois mais se prosternent devant Staline. Aucune calomnie n'&#233;tait trop vile pour qu'ils la jettent contre l'opposition et surtout contre moi personnellement. Leur auto-d&#233;sarmement les rendait compl&#232;tement impuissants devant la bureaucratie qui pouvait d&#233;sormais leur demander n'importe quel aveu. Leur sort ult&#233;rieur fut le r&#233;sultat de ces capitulations progressives et de ces abaissements de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont succomb&#233; &#224; une pression sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ils manquaient de caract&#232;re. Ces mots ne doivent cependant pas &#234;tre pris dans leur sens le plus simplifi&#233;. La r&#233;sistivit&#233; de la mati&#232;re se mesure par la force n&#233;cessaire pour la d&#233;truire. J'ai eu l'occasion d'entendre des petits bourgeois tranquilles me dire dans les jours qui s&#233;parent le d&#233;but du proc&#232;s de mon internement : &#171; Impossible de comprendre Zinoviev... Il manque tellement de caract&#232;re ! Et je r&#233;pondrais : &#171; Avez-vous vous-m&#234;mes subi tout le poids de la pression &#224; laquelle il est soumis depuis plusieurs ann&#233;es ? Inintelligentes &#224; l'extr&#234;me sont les comparaisons, si r&#233;pandues dans les milieux intellectuels, de la conduite &#224; la cour de Danton, Robespierre et autres. C'&#233;taient des exemples de tribuns r&#233;volutionnaires qui trouv&#232;rent le couteau de la justice suspendu au-dessus d'eux, directement au milieu de l'ar&#232;ne de la lutte ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore plus inappropri&#233;es sont les comparaisons avec la conduite de Dimitrov lors du proc&#232;s de Leipzig. Certes, aux c&#244;t&#233;s de Torgier, Dimitrov a fait bonne figure par sa d&#233;termination et son courage. Mais les r&#233;volutionnaires dans divers pays et surtout dans la Russie tsariste n'ont pas montr&#233; moins de fermet&#233; dans des conditions incomparablement plus difficiles. Dimitrov faisait face &#224; l'ennemi de classe le plus vicieux. Il n'y avait aucune preuve contre lui, et il ne pouvait y en avoir. L'appareil d'&#201;tat des nazis &#233;tait sur pilotis &#224; ses d&#233;buts et n'&#233;tait pas adapt&#233; aux montages totalitaires. Dimitrov avait le soutien du gigantesque appareil de l'&#201;tat sovi&#233;tique et du Komintern. De tous les coins de la terre, les sympathies des masses populaires lui parvenaient. Ses amis &#233;taient pr&#233;sents au proc&#232;s. Pour devenir un &#171; h&#233;ros &#187;, il suffit d'avoir le courage humain ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#233;tait-ce l&#224; la situation de Zinoviev et Kamenev face au Gu&#233;p&#233;ou et &#224; la justice ? Pendant dix ans, ils avaient &#233;t&#233; envelopp&#233;s par des nuages de calomnies pay&#233;es en or lourd. Pendant dix ans, ils avaient oscill&#233; entre la vie et la mort, d'abord dans un sens politique, puis dans un sens moral, et enfin dans un sens physique. Peut-on trouver dans toute l'histoire pass&#233;e des exemples d'une telle destruction syst&#233;matique, raffin&#233;e et diabolique des &#233;pines, des nerfs et de toutes les fibres de l'&#226;me ? Zinoviev ou Kamenev auraient eu plus que amplement de caract&#232;re pour une p&#233;riode tranquille. Mais l'&#233;poque des grandioses convulsions sociales et politiques exigeait une fermet&#233; extraordinaire de ces hommes, dont les capacit&#233;s leur assuraient une place de premier plan dans la r&#233;volution. La disproportion entre leurs capacit&#233;s et leurs volont&#233;s a conduit &#224; des r&#233;sultats tragiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de mes relations avec Zinoviev et Kamenev peut &#234;tre retrac&#233;e sans difficult&#233; dans des documents, des articles et des livres. Le Bulletin de l'Opposition russe (1929-1937) d&#233;finit &#224; lui seul suffisamment cet ab&#238;me qui nous s&#233;para d&#233;finitivement du jour de leur capitulation. Entre nous etavec eux, il n'y avait aucun lien, aucune relation, aucune correspondance, ni m&#234;me aucune tentative en ce sens, il n'y en avait pas et il ne pouvait y en avoir. Dans mes lettres et mes articles, je conseillais invariablement aux oppositionnels, dans l'int&#233;r&#234;t de leur propre conservation politique et morale, de rompre impitoyablement avec les capitulards. Par cons&#233;quent, tout ce que je puis dire sur les vues et les projets de Zinoviev-Kamenev pour les huit derni&#232;res ann&#233;es de leur vie ne peut en aucun cas &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une d&#233;position de t&#233;moin. Mais j'ai en ma possession un nombre suffisant de documents et de faits facilement v&#233;rifiables ; Je connais si bien les participants, leurs personnages, leurs relations,&lt;br class='autobr' /&gt;
Les archives du proc&#232;s de Moscou r&#233;v&#232;lent le mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
La simple lecture du proc&#232;s-verbal de la proc&#233;dure judiciaire confronte tout penseur &#224; l'&#233;nigme suivante : Mais qui sont ces extraordinaires accus&#233;s ? Sont-ils des politiciens &#226;g&#233;s et exp&#233;riment&#233;s, luttant au nom d'un programme d&#233;fini et capables d'allier les moyens &#224; la fin ou sont-ils des victimes de l'inquisition, dont la conduite est d&#233;termin&#233;e non par leur propre raison ou volont&#233; mais par les int&#233;r&#234;ts des inquisiteurs ? A-t-on affaire &#224; des gens normaux dont la psychologie est une unit&#233; int&#233;rieure refl&#233;t&#233;e dans des paroles et des actes, ou &#224; des cas cliniques qui choisissent la voie la moins rationnelle, et qui motivent leur choix par les arguments les plus insens&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions concernent surtout Zinoviev et Kamenev. Quels &#233;taient leurs motifs au juste &#8211; et ces motifs devaient &#234;tre exceptionnellement puissants &#8211; qui les guidaient dans leur pr&#233;tendue terreur ? Au premier proc&#232;s en janvier 1935,Zinoviev et Kamenev, tout en niant leur participation &#224; l'assassinat de Kirov, ont reconnu, en guise de compensation, leur &#034;responsabilit&#233; morale&#034; dans les tendances terroristes, et ce faisant, ils ont cit&#233; comme motivation de leur activit&#233; d'opposition leur d&#233;sir de restaurer le capitalisme. .&#8221; Si nous n'avions rien d'autre &#224; croire que cet &#171; aveu &#187; politique inhumain, il suffirait de d&#233;noncer le mensonge de la justice stalinienne. Et en effet, qui est capable de croire que Kamenev et Zinoviev &#233;taient si fanatiquement attach&#233;s &#224; ce capitalisme qu'ils avaient eux-m&#234;mes renvers&#233; qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; sacrifier leur propre t&#234;te ainsi que d'autres pour atteindre ce but ? Les aveux de l'accus&#233; en janvier 1935 ont r&#233;v&#233;l&#233; l'ordre de Staline si grossi&#232;rement qu'il a heurt&#233; m&#234;me la sensibilit&#233; des &#034;amis&#034; les moins exigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le proc&#232;s des seize (ao&#251;t 1936) la &#171; restauration du capitalisme &#187; est compl&#232;tement &#233;cart&#233;e. Le motif imp&#233;rieux de la terreur est la &#171; soif de pouvoir &#187; nue. L'acte d'accusation rejette une version en faveur d'une autre comme s'il s'agissait des solutions alternatives d'un probl&#232;me d'&#233;checs, o&#249; l'&#233;change des solutions s'effectue en silence et sans aucun commentaire. A la suite du procureur de la R&#233;publique, les accus&#233;s r&#233;p&#232;tent maintenant qu'ils n'avaient pas de programme, mais qu'&#224; la place ils &#233;taient saisis d'un d&#233;sir irr&#233;sistible de s'emparer des hauteurs dominantes de l'Etat, quel qu'en soit le prix. Mais nous voudrions nous demander : comment l'assassinat des &#171; chefs &#187; a-t-il pu remettre le pouvoir entre les mains de gens qui, par une s&#233;rie de reniements, ont r&#233;ussi &#224; saper la confiance en eux-m&#234;mes, &#224; se d&#233;grader, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le but de Zinoviev et Kamenev est incroyable, leurs moyens sont encore plus irrationnels. Dans les d&#233;positions les plus m&#251;rement r&#233;fl&#233;chies de Kamenev, on souligne avec une insistance particuli&#232;re que l'opposition s'est compl&#232;tement isol&#233;e des masses, a perdu ses principes et est ainsi priv&#233;e de tout espoir d'influence future ; et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raisonque l'opposition en vint &#224; l'id&#233;e de la terreur. Il n'est pas difficile de comprendre &#224; quel point une telle auto-caract&#233;risation est avantageuse pour Staline : c'est son ordre qui s'accomplit, c'est absolument &#233;vident. Mais si les d&#233;positions de Kamenev sont propres &#224; avilir l'opposition, elles sont tout &#224; fait inadapt&#233;es &#224; la justification de la terreur. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans des conditions d'isolement politique que la lutte terroriste signifie l'autodestruction rapide d'une faction r&#233;volutionnaire. Nous, les Russes, n'en sommes que trop conscients par l'exemple de Naroduaya Volya (1879-1883),ainsi que de l'exemple des social-r&#233;volutionnaires dans la p&#233;riode de la r&#233;action (1907-1909). Zinoviev et Kamenev n'&#233;taient pas seulement nourris de ces le&#231;ons, mais eux-m&#234;mes les commentaient d'innombrables fois dans la presse du parti. Pouvaient-ils, les vieux bolcheviks, avoir oubli&#233; et rejet&#233; les v&#233;rit&#233;s ABC du mouvement r&#233;volutionnaire russe uniquement parce qu'ils voulaient tellement le pouvoir ? Croire cela, c'est tout &#224; fait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/xx/kamzinov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/xx/kamzinov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que rapporte Isaac Deutscher dans son ouvrage &#171; Trotsky, le proph&#232;te hors-la-loi &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moscou venait tout juste d'annoncer que Zinoviev, Kamenev ainsi que quatorze autres inculp&#233;s allaient bient&#244;t &#234;tre jug&#233;s pour trahison, conspiration et tentative de meurtre sur la personne de Staline. Une longue mise en accusation fut alors diffus&#233;e, dans laquelle Trotsky &#233;tait fl&#233;tri comme &#233;tant le principal instigateur&#8230; Zinoviev et Kamenev &#233;taient accus&#233;s de terrorisme et &#233;galement de collusion avec la Gestapo&#8230; Plus tard, au cours de la journ&#233;e, la mise en accusation pr&#233;tendait que c'&#233;tait de Norv&#232;ge que Trotsky envoyait des terroristes et des assassins en Union Sovi&#233;tique&#8230; Le m&#234;me jour, le 15 ao&#251;t 1936, Trotsky r&#233;futa les accusations, les d&#233;crivant dans la presse comme &#171; le plus grand faux de l'Histoire politique du monde &#187; : &#171; Staline monte ce proc&#232;s afin d'&#233;touffer les m&#233;contentements et l'opposition. La bureaucratie au pouvoir traite chaque critique et chaque forme d'opposition comme une conspiration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation selon laquelle il utilisait la Norv&#232;ge comme base d'une activit&#233; terroriste visait, disait-il, &#224; le priver d'asile et de la possibilit&#233; de se d&#233;fendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 19 au 24 ao&#251;t, la TSF donnait les comptes rendus du proc&#232;s. Le procureur, les juges et les inculp&#233;s jouaient un spectacle si hallucinant par son masochisme et son sadisme qu'il semblait d&#233;passer l'imagination humaine. D&#232;s le d&#233;but, il apparut clairement que l'enjeu du proc&#232;s, c'&#233;taient les t&#234;tes des seize inculp&#233;s et avec elles, les t&#234;tes de Trotsky et de Lyova (dans l'acte d'accusation Lyova jouait le r&#244;le de principal assistant de son p&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que les d&#233;bats se d&#233;roul&#232;rent, il devint &#233;vident que ce proc&#232;s ne pouvait &#234;tre que le pr&#233;lude &#224; la destruction de toute une g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'&#233;tait la fa&#231;on dont les inculp&#233;s &#233;taient tra&#238;n&#233;s dans la boue, forc&#233;s de ramper vers la mort parmi les &#233;c&#339;urantes d&#233;nonciations et auto-d&#233;nonciations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparaison de tout ceci, les cauchemars de la R&#233;volution fran&#231;aise avec leurs charrettes, les guillotines, les luttes fratricides des Jacobins semblaient maintenant un drame d'une dignit&#233; sobre et solennelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robespierre avait plac&#233; ses adversaires &#224; la barre des accus&#233;s, parmi des voleurs et des sc&#233;l&#233;rats, et les avaient accabl&#233;s de charges fantastiques ; mais il ne les avait pas emp&#234;ch&#233;s de d&#233;fendre leur honneur et de mourir en combattant, et Danton, du moins, &#233;tait-il libre de s'exclamer : &#171; Apr&#232;s moi, ce sera ton tour, Robespierre ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Staline pr&#233;cipitait ses adversaires bris&#233;s dans les profondeurs insondables de l'auto-humiliation, il for&#231;ait les chefs et les penseurs du bolchevisme &#224; se conduire comme de mis&#233;rables bonnes femmes du Moyen Age qui devaient relater &#224; l'Inquisition tous leurs actes de sorcellerie, et tous les d&#233;tails de leurs d&#233;bauches avec le diable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, par exemple, le dialogue du procureur Vychinsky avec Kamenev qui se d&#233;roula &#224; la face du monde entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Quelle appr&#233;ciation porter vos articles et d&#233;claration &#233;crites dans lesquels vous exprimiez votre loyaut&#233; envers le Parti ? Est-ce que c'&#233;tait l&#224; une tromperie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Non, c'&#233;tait plus grave encore qu'une tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Une perfidie alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Pire encore que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Pire que la tromperie, pire que la perfidie ? Alors trouvez le mot. Etait-ce une trahison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Vous avez trouv&#233; le mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Inculp&#233; Zinoviev, est-ce que vous confirmez ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Zinoviev : Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici comment Kamenev conclut son mea culpa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux fois ma vie a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e, mais tout a des limites. Il y a une limite &#224; la magnanimit&#233; du prol&#233;tariat, et cette limite, nous l'avons atteinte&#8230; Nous sommes assis sur ce banc c&#244;te &#224; c&#244;te avec des agents des services secrets &#233;trangers. Nos armes &#233;taient les m&#234;mes, nos mains s'unirent avant qu'ici m&#234;me &#224; cette barre, nos destins fussent unis. Nous avons servi le fascisme, nous avons organis&#233; la contre-r&#233;volution contre le socialisme. Voil&#224; le chemin que nous avons suivi, et voil&#224; le gouffre de perfidie m&#233;prisable dans lequel nous sommes tomb&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; dans quel &#233;tat est Zinoviev quand il comparait au proc&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Zinoviev vint ensuite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis coupable d'avoir &#233;t&#233; l'organisateur, en qualit&#233; de second de Trotsky, du bloc trotskyste-zinovi&#233;viste qui se fixa pour but l'assassinat de Staline, de Vorochilov et autres chefs&#8230; Je plaide coupable d'avoir &#233;t&#233; l'organisateur principal de l'assassinat de Kirov. Nous avons fait alliance avec Trotsky ; mon bolchevisme d&#233;ficient s'est alors transform&#233; en anti-bolchevisme et, via le trotskysme, je suis arriv&#233; au fascisme. Le trotskysme est une vari&#233;t&#233; de fascisme, et le zinovi&#233;visme est une vari&#233;t&#233; de trotskysme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Smirnov, qui avait battu Koltchak au cours de la guerre civile et avait si&#233;g&#233; aux c&#244;t&#233;s de Trotsky dans le Conseil militaire r&#233;volutionnaire, d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas d'autre voie pour notre pays que celle qu'il suit actuellement. Il n'y a pas, et il ne peut pas y avoir d'autre direction que celle que l'Histoire nous a donn&#233;e. Trotsky, qui envoie ses directives et ses instructions aux terroristes, et consid&#232;re notre Etat comme un Etat fasciste est un ennemi, il est de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mrachkovsky, un autre vieux compagnon de Trotsky, h&#233;ros de la guerre civile, d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi ai-je suivi la voie contre-r&#233;volutionnaire ? C'est ma liaison avec Trotsky qui m'a amen&#233; &#224; faire ceci. Depuis le jour o&#249; cette liaison s'est &#233;tablie, j'ai commenc&#233; &#224; tromper le Parti et &#224; tromper ses chefs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bakayev, le chef intr&#233;pide de la Tch&#233;ka de Leningrad pendant la guerre civile et le chef des manifestations de l'opposition de 1927 confessait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les faits r&#233;v&#233;l&#233;s devant cette cour montrent au monde entier que l'organisateur de ce &#8230; bloc terroriste contre-r&#233;volutionnaire, son inspirateur et animateur, c'est Trotsky&#8230; J'ai jou&#233; ma t&#234;te &#224; maintes reprises dans l'int&#233;r&#234;t de Zinoviev et de Kamenev ; j'&#233;prouve une angoisse profonde &#224; la pens&#233;e d'&#234;tre devenu un instrument docile entre leurs mains, un agent de la contre-r&#233;volution, un homme qui a lev&#233; le bras contre Staline. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des heures, Vychinsky, l'ancien menchevik, qui ne s'&#233;tait joint au cort&#232;ge bolchevique que bien apr&#232;s la guerre civile, et qui maintenant occupait les fonctions de procureur g&#233;n&#233;ral, exhala sa fureur et sa rage, dans un acc&#232;s d'hyst&#233;rie savamment affect&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ces chiens enrag&#233;s du capitalisme ont tent&#233; d'arracher membre apr&#232;s membre des meilleurs parmi les meilleurs de notre terre sovi&#233;tique. Ils ont tu&#233; l'un des hommes de la R&#233;volution qui nous &#233;tait le plus cher, cet homme merveilleux, admirable, aussi brillant et aussi joyeux que le sourire sur ses l&#232;vres &#233;tait toujours joyeux et que notre vie est brillante et joyeuse. Ils ont tu&#233; notre Kirov, ils nous ont bless&#233; pr&#232;s du c&#339;ur&#8230; Notre ennemi est rus&#233;, on ne peut &#233;pargner un ennemi rus&#233;&#8230; Tout notre peuple fr&#233;mit d'indignation, et, en tant que procureur de l'Etat, je joins ma voix pleine d'indignation et de col&#232;re aux voix grondantes des multitudes&#8230; je demande que ces chiens devenus enrag&#233;s soient fusill&#233;s, tous sans exception. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de cinq journ&#233;es remplies de vitup&#233;rations grossi&#232;res et d'insultes obsc&#233;nes, cinq journ&#233;es pendant lesquelles l'accusation ne pr&#233;senta pas une seule preuve, la cour pronon&#231;a un verdict condamnant tous les inculp&#233;s &#224; la peine capitale, et qui se terminait par les phrases suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lev Davidovitch Trotsky et son fils Lev Lvovitch Sedov&#8230; convaincus d'avoir directement pr&#233;par&#233; et dirig&#233; personnellement l'organisation d'activit&#233;s terroristes en URSS doivent, s'ils sont d&#233;couverts sur le territoire de l'URSS, &#234;tre imm&#233;diatement arr&#234;t&#233;s et d&#233;f&#233;r&#233;s au Tribunal militaire de la Cour Supr&#234;me de l'URSS. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second jour du proc&#232;s, Trotsky donna une interview exhaustive &#224; Arbeiderbladet, qui la publia le jour suivant, le 21 ao&#251;t, en premi&#232;re page sous le titre &#171; Trotsky d&#233;clare que les accusations de Moscou sont fausses &#187; et qui ne laissait &#224; ses lecteurs aucun doute sur le fait que, dans cette affaire, ses sympathies &#233;taient avc Trotsky&#8230; Ce dernier fut tout &#224; coup sournoisement priv&#233; de cette libert&#233; et ceux qui l'en priv&#232;rent furent les hommes qui venaient de professer leur amiti&#233; &#224; son &#233;gard, de l'honorer et se flatter de lui avoir donn&#233; refuge. Le 26 ao&#251;t, un jour exactement apr&#232;s la fin du proc&#232;s de Moscou, deux officiers sup&#233;rieurs de la police norv&#233;gienne pass&#232;rent chez lui pour lui faire conna&#238;tre, d'ordre du Ministre de la Justice, qu'il avait commis une infraction contre les conditions fix&#233;es par son permis de r&#233;sidence ; et ils lui demand&#232;rent de signer un engagement de ne plus s'immiscer &#224; l'avenir, directement ou indirectement, oralement ou par &#233;crit, dans les sujets de politique actuelle relatifs &#224; d'autres pays&#8230;. Le 29 ao&#251;t, Yakoubovitch, l'ambassadeur sovi&#233;tique, avait remis &#224; Oslo une note officielle demandant l'expulsion de Trotsky ; la note insistait sur le fait que Trotsky utilisait la Norv&#232;ge comme base de conspiration et elle invoquait le verdict de la Cour Supr&#234;me de Moscou&#8230; Les ministres norv&#233;giens qui avaient peur de mettre Moscou en col&#232;re en autorisant Trotsky &#224; mener sa d&#233;fense en public, d&#233;cid&#232;rent par cons&#233;quent de l'interner&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1934, il semblait bien que le trotskysme e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;finitivement ray&#233; de la carte. Et cependant, deux ou trois ann&#233;es plus tard, Staline le craignait plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, les grandes purges et les d&#233;portations massives, qui avaient suivi l'assassinat de Kirov, donn&#232;rent une vie nouvelle au trotskysme. Les trotskystes , avec autour d'eux des dizaines et m&#234;me des centaines de milliers de gens r&#233;cemment bannis, ne se sentirent plus d&#233;sormais isol&#233;s. Ils furent rejoints par la masse des capitulateurs, qui songeaient lugubrement que les choses n'en seraient jamais venues &#224; ce point s'ils avaient tenu bon aux c&#244;t&#233; des trotskystes. Oppositionnels, appartenant &#224; des groupes d'&#226;ge plus jeunes, Komsomltsy qui s'&#233;taient pour la premi&#232;re fois oppos&#233;s au stalinisme bien longtemps apr&#232;s la d&#233;faite du trotskysme, d&#233;viationnistes en tous genres, simples travailleurs d&#233;port&#233;s pour des p&#233;cadilles contre la discipline du travail, m&#233;contents et rousp&#233;teurs qui ne commen&#231;aient &#224; penser en termes politiques que lorsqu'ils se trouvaient derri&#232;re les barbel&#233;s, tous ces gens formaient un public immense pour les v&#233;t&#233;rans trotskystes. Le r&#233;gime dans les camps de concentration &#233;tait de plus en plus cruel. Les habitants du camp devaient peiner dix ou douze heures par jour, et ils mouraient de faim et d&#233;p&#233;rissaient de maladies, dans une salet&#233; indescriptible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois de plus, cependant, les camps devenaient des &#233;coles et des champs de man&#339;uvre de l'opposition et les trotskystes des moniteurs sans &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent &#224; la t&#234;te des d&#233;port&#233;s dans presque toutes les gr&#232;ves et gr&#232;ves de la faim ; ils revendiquaient aupr&#232;s de l'administration des am&#233;liorations relatives aux conditions d'existence dans les camps ; et, par leur conduite t&#233;m&#233;raire, souvent h&#233;ro&#239;que, ils insuffl&#232;rent &#224; d'autres la volont&#233; de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fermement organis&#233;s, pratiquant l'auto-discipline, et politiquement bien inform&#233;s, ils constituaient la v&#233;ritable &#233;lite de cette &#233;norme fraction de la nation qui avait &#233;t&#233; rejet&#233;e derri&#232;re les barbel&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline se rendit compte qu'il n'arriverait &#224; rien par des pers&#233;cutions suppl&#233;mentaires. Il n'&#233;tait gu&#232;re possible d'ajouter encore aux tourments et &#224; l'oppression, qui n'avaient fait qu'entourer les trotskystes du halo du martyre. Aussi longtemps qu'ils vivraient, ils constitueraient pour lui une menace et, avec la guerre et ses risques qui se rapprochaient, la menace potentielle pourrait devenir r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que, depuis qu'il s'&#233;tait empar&#233; du pouvoir, il lui avait fallu le reconqu&#233;rir sans cesse. C'est alors qu'il prit la d&#233;cision de se d&#233;barrasser de la n&#233;cessit&#233; de poursuivre cette reconqu&#234;te. Son but &#233;tait de s'en assurer une fois pour toutes et contre tous les risques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il n'y avait qu'une mani&#232;re de r&#233;ussir dans cette entreprise : l'extermination int&#233;grale de tous les opposants et avant tout les trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s de Moscou avaient &#233;t&#233; mont&#233;s pour justifier ce dessein, dont la majeure partie fut alors ex&#233;cut&#233;e, non point sous les projecteurs des salles du tribunal, mais dans les cachots et les camps de l'Est et du Grand Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re intervention commune de L&#233;on Trotsky et de Zinoviev &#224; la tribune de la direction du Parti communiste de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5427&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8616</link>
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		<dc:date>2025-08-05T22:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
novembre 1926 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours suivant a &#233;t&#233; prononc&#233; par Trotsky lors du septi&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste en novembre 1926. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades ! La r&#233;solution accuse l'opposition, moi y compris, de d&#233;rive sociale-d&#233;mocrate. J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; tous les points de discorde qui nous ont divis&#233;s, la minorit&#233; du CC de la majorit&#233; au cours de la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode pendant laquelle l'appellation de &#171; bloc (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;novembre 1926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours suivant a &#233;t&#233; prononc&#233; par Trotsky lors du septi&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste en novembre 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades ! La r&#233;solution accuse l'opposition, moi y compris, de d&#233;rive sociale-d&#233;mocrate. J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; tous les points de discorde qui nous ont divis&#233;s, la minorit&#233; du CC de la majorit&#233; au cours de la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode pendant laquelle l'appellation de &#171; bloc d'opposition &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233;e. Je dois d&#233;clarer officiellement que les points de discorde, et notre point de vue sur ces points de discorde, n'offrent aucune base pour l'accusation de &#171; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question sur laquelle nous avons &#233;t&#233; le plus en d&#233;saccord, camarades, est celle de savoir quel danger nous menace &#224; l'&#233;poque actuelle : le danger que notre industrie d'&#201;tat reste arri&#233;r&#233;e ou qu'elle se pr&#233;cipite trop pr&#233;cipitamment en avant. L'opposition &#8211; &#224; laquelle je fais partie &#8211; a prouv&#233; que le v&#233;ritable danger qui nous menace est que notre industrie d'&#201;tat reste &#224; la tra&#238;ne du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie nationale dans son ensemble. Nous avons soulign&#233; que la politique suivie en mati&#232;re de r&#233;partition du revenu national entra&#238;ne une nouvelle augmentation de la disproportion. Pour une raison ou une autre, cela a &#233;t&#233; qualifi&#233; de &#171; pessimisme &#187;. Camarades, l'arithm&#233;tique ne conna&#238;t ni pessimisme ni optimisme, ni d&#233;couragement ni capitulation. Les chiffres sont des chiffres. Si vous examinez les chiffres de contr&#244;le de notre &#233;conomie planifi&#233;e, vous constaterez que ces chiffres montrent la disproportion, ou plus exactement la p&#233;nurie de biens industriels, qui a atteint l'ann&#233;e derni&#232;re le montant de 380 millions de roubles, alors que cette ann&#233;e ce chiffre sera 500 millions, c'est-&#224;-dire que les chiffres originaux de la commission de planification montrent que la disproportion a augment&#233; de 25 pour cent. Le camarade Rykov affirme dans sa th&#232;se que l'on peut esp&#233;rer (simplement esp&#233;rer) que la disproportion n'augmentera pas cette ann&#233;e. Quelle justification y a-t-il &#224; cet &#171; espoir &#187; ? Le fait est que la r&#233;colte n'est pas aussi favorable que nous l'esp&#233;rions tous. Si je devais suivre les fausses pistes de nos critiques, je pourrais dire que les th&#232;ses du camarade Rykov saluent le fait que les conditions d&#233;favorables r&#233;gnant au moment de la r&#233;colte ont nui &#224; des r&#233;coltes qui, par ailleurs, n'&#233;taient pas mauvaises, car si la r&#233;colte avait &#233;t&#233; plus abondante, le r&#233;sultat serait ont &#233;t&#233; une plus grande disproportion. (Camarade Rykov : &#171; Je suis d'un avis diff&#233;rent. &#187;) Les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes. (Une voix : &#171; Pourquoi n'avez-vous pas particip&#233; &#224; la discussion sur le rapport du camarade Rykov ? &#187;) Le camarade Kam&#233;nev vous a expliqu&#233; ici pourquoi il n'y a pas particip&#233;. Parce que je n'aurais pas pu ajouter &#224; ce rapport &#233;conomique sp&#233;cial, sous forme d'amendements ou d'argumentations, quoi que ce soit que nous n'avions pas pr&#233;sent&#233; lors du pl&#233;num d'avril. Les amendements et autres propositions pr&#233;sent&#233;s par moi-m&#234;me et par d'autres camarades au pl&#233;num d'avril restent pleinement en vigueur aujourd'hui. Mais l'exp&#233;rience &#233;conomique acquise depuis avril est &#233;videmment trop faible pour nous permettre d'esp&#233;rer qu'au stade actuel les camarades pr&#233;sents &#224; cette conf&#233;rence seront convaincus. Soulever &#224; nouveau ces points de discorde, avant que le cours r&#233;el de la vie &#233;conomique ne les ait mis &#224; l'&#233;preuve, susciterait des discussions inutiles. Ces questions seront plus acceptables pour le parti lorsqu'elles pourront trouver une r&#233;ponse &#224; l'aide de statistiques bas&#233;es sur l'exp&#233;rience la plus r&#233;cente ; car l'exp&#233;rience &#233;conomique objective ne d&#233;cide pas si les chiffres sont optimistes ou pessimistes, mais uniquement s'ils sont justes ou faux. Je pense que notre point de vue sur la disproportion est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; en d&#233;saccord sur le rythme de notre industrialisation et j'ai &#233;t&#233; parmi ces camarades qui ont soulign&#233; que le rythme actuel est insuffisant et que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce rythme insuffisant de l'industrialisation qui conf&#232;re la plus grande importance au processus de diff&#233;renciation en cours dans les villages. Certes, ce n'est pas une catastrophe que le koulak rel&#232;ve la t&#234;te ou &#8211; c'est l'autre aspect du m&#234;me sujet &#8211; que la paysannerie la plus pauvre ne soit plus pr&#233;pond&#233;rante. Ce sont l&#224; quelques-uns des accompagnements s&#233;rieux de la p&#233;riode de transition. Ce sont des signes malsains. Il n'est pas n&#233;cessaire de dire qu'ils ne donnent aucune raison de s'alarmer. Mais ce sont des ph&#233;nom&#232;nes qui doivent &#234;tre correctement estim&#233;s. Et j'ai &#233;t&#233; de ces camarades qui ont soutenu que le processus de diff&#233;renciation du village pouvait prendre une forme dangereuse si l'industrie restait &#224; la tra&#238;ne, c'est-&#224;-dire si la disproportion s'accroissait. L'opposition soutient qu'il est de notre devoir de r&#233;duire cette disproportion d'ann&#233;e en ann&#233;e. Je n'y vois rien de social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur le fait que la diff&#233;renciation du village exige une politique fiscale plus &#233;lastique &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rentes couches de la paysannerie, une r&#233;duction des imp&#244;ts pour les couches moyennes les plus pauvres de la paysannerie et une augmentation des imp&#244;ts pour les couches moyennes ais&#233;es, et une pression &#233;nergique sur le koulak, notamment dans ses relations avec le capital commercial. Nous avons propos&#233; que 40 pour cent de la paysannerie pauvre soit totalement exempt&#233;e d'imp&#244;ts. Avons-nous raison ou pas ? Je crois que nous avons raison ; vous croyez que nous avons tort. Mais ce qu'il y a de &#171; social-d&#233;mocrate &#187; l&#224;-dedans est un myst&#232;re pour moi (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affirm&#233; que la diff&#233;renciation croissante parmi la paysannerie, qui s'op&#232;re dans les conditions impos&#233;es par le retard de notre industrie, entra&#238;ne la n&#233;cessit&#233; de doubles garanties dans le domaine politique, c'est-&#224;-dire que nous ne pouvions absolument pas accepter l'extension de la franchise &#224; l'&#233;gard du koulak, employeur et exploiteur, ne serait-ce qu'&#224; petite &#233;chelle. Nous avons tir&#233; la sonnette d'alarme lorsque les inspections &#233;lectorales ont &#233;tendu le droit de vote &#224; la petite bourgeoisie. Avons-nous raison ou pas ? Vous consid&#233;rez que notre alarme &#233;tait &#171; exag&#233;r&#233;e &#187;. Eh bien, m&#234;me en supposant que ce soit le cas, cela n'a rien de social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons exig&#233; et propos&#233; que soit s&#233;v&#232;rement condamn&#233;e l'orientation des coop&#233;ratives agricoles vers &#171; l'agriculteur moyen hautement productif &#187;, nom sous lequel on d&#233;signe g&#233;n&#233;ralement le koulak. Nous avons propos&#233; de condamner la tendance des coop&#233;ratives de cr&#233;dit &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la paysannerie ais&#233;e. Je ne comprends pas, camarades, ce que vous trouvez l&#224; de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des divergences d'opinions sur la question des salaires. En substance, ces diff&#233;rences consistent en notre opinion selon laquelle, au stade donn&#233; de d&#233;veloppement de notre industrie et de notre &#233;conomie, et au niveau actuel de notre &#233;conomie, la question des salaires ne doit pas &#234;tre r&#233;gl&#233;e en partant du principe que le travailleur doit d'abord augmenter sa productivit&#233;. du travail, ce qui fera alors augmenter les salaires, mais que c'est le contraire qui doit &#234;tre la r&#232;gle, c'est-&#224;-dire qu'une augmentation des salaires, aussi modeste soit-elle, doit &#234;tre la condition pr&#233;alable &#224; une productivit&#233; accrue du travail. (Une voix : &#171; Et d'o&#249; vient l'argent ? &#187;) Cela peut &#234;tre juste ou non, mais ce n'est pas &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons soulign&#233; le lien entre divers aspects bien connus de la vie interne de notre parti et la croissance du bureaucratisme. Je pense qu'il n'y a l&#224; non plus rien de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes en outre oppos&#233;s &#224; une surestimation des &#233;l&#233;ments &#233;conomiques de la stabilisation capitaliste et &#224; une sous-estimation de ses &#233;l&#233;ments politiques. Si nous nous demandons par exemple : en quoi consiste actuellement la stabilisation &#233;conomique en Angleterre ? il appara&#238;t alors que l'Angleterre va se ruiner, que sa balance commerciale est d&#233;favorable, que les recettes de son commerce ext&#233;rieur diminuent, que sa production d&#233;cline. C'est la &#171; stabilisation &#233;conomique &#187; de l'Angleterre. Mais &#224; qui s'accroche l'Angleterre bourgeoise ? Pas &#224; Baldwin, pas &#224; Thomas, mais &#224; Purcell. Le Purcellisme est le pseudonyme de la &#171; stabilisation &#187; actuelle en Angleterre. Nous estimons donc qu'il est fondamentalement erron&#233;, compte tenu des masses ouvri&#232;res qui ont men&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, de s'unir directement ou indirectement avec Purcell. C'est la raison pour laquelle nous avons demand&#233; la dissolution du Comit&#233; anglo-russe. Je n'y vois rien de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur une nouvelle r&#233;vision de nos statuts syndicaux, sujet sur lequel j'ai fait rapport au CC. Une r&#233;vision des statuts dans lesquels le mot &#171; Profintern &#187; a &#233;t&#233; supprim&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re et remplac&#233; par &#171; Association syndicale internationale &#187;, sous lequel il est impossible de comprendre autre chose que &#171; Amsterdam &#187;. Je suis heureux de dire que cette r&#233;vision de la r&#233;vision de l'ann&#233;e derni&#232;re a &#233;t&#233; accomplie et que le mot &#171; Profintern &#187; a &#233;t&#233; rejet&#233; dans nos statuts syndicaux. Mais pourquoi notre malaise sur le sujet &#233;tait-il &#171; social-d&#233;mocrate &#187; ? Cela, camarades, est quelque chose que je ne comprends absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais, aussi bri&#232;vement que possible, &#233;num&#233;rer les principaux points des divergences d'opinions qui sont apparues r&#233;cemment. Notre point de vue sur les questions concern&#233;es a &#233;t&#233; que nous avons observ&#233; les dangers susceptibles de menacer la ligne de classe du parti et de l'Etat ouvrier dans les conditions impos&#233;es par une longue continuation de la NEP et notre encerclement par le capitalisme international. Mais ces divergences d'opinions et le point de vue que nous adoptons pour d&#233;fendre nos opinions ne peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme une &#171; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#187; par les m&#233;thodes logiques ou m&#234;me scolastiques les plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rences pass&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc &#233;t&#233; jug&#233; n&#233;cessaire de laisser de c&#244;t&#233; ces divergences d'opinions r&#233;elles et graves, engendr&#233;es par l'&#233;poque donn&#233;e de notre d&#233;veloppement &#233;conomique et politique, et de remonter dans le pass&#233; pour interpr&#233;ter les diff&#233;rences dans la conception du &#171; caract&#232;re de notre r&#233;volution &#187;. &#187; en g&#233;n&#233;ral &#8211; non pas dans la p&#233;riode donn&#233;e de notre r&#233;volution, non pas en ce qui concerne la t&#226;che concr&#232;te donn&#233;e, mais en ce qui concerne le caract&#232;re de la r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, ou comme l'expriment les th&#232;ses, la r&#233;volution &#171; en soi &#187;, la r&#233;volution &#034;dans sa substance.&#034; Lorsqu'un Allemand parle d'une chose &#171; en soi &#187;, il utilise un terme m&#233;taphysique pla&#231;ant la r&#233;volution hors de tout lien avec le monde r&#233;el qui l'entoure ; il est abstrait d'hier et de demain, et consid&#233;r&#233; comme une &#171; substance &#187; &#224; partir de laquelle tout proc&#233;dera. Or, sur la question de la &#171; substance &#187; r&#233;elle de la r&#233;volution, j'ai &#233;t&#233; reconnu coupable, au cours de la neuvi&#232;me ann&#233;e de notre r&#233;volution, d'avoir ni&#233; le caract&#232;re socialiste de notre r&#233;volution ! Ni plus ni moins ! J'ai d&#233;couvert cela pour la premi&#232;re fois dans cette r&#233;solution elle-m&#234;me. Si les camarades estiment n&#233;cessaire, pour une raison quelconque, de construire une r&#233;solution sur des citations de mes &#233;crits &#8211; et la partie principale de la r&#233;solution, mettant au premier plan la th&#233;orie du p&#233;ch&#233; originel (&#171; trotskysme &#187;), est construite sur des citations de mes &#233;crits entre 1917 et 1922 &#8211; alors il conviendrait au moins de retenir l'essentiel de tout ce que j'ai &#233;crit sur le caract&#232;re de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'excuserez, camarades, mais ce n'est pas un plaisir de devoir laisser de c&#244;t&#233; le sujet proprement dit et de d&#233;tailler o&#249; et quand j'ai &#233;crit ceci ou cela. Mais cette r&#233;solution, en justifiant la d&#233;viation &#171; social-d&#233;mocrate &#187;, se r&#233;f&#232;re &#224; des passages de mes &#233;crits, et je suis oblig&#233; de donner l'information. En 1922, le parti m'a charg&#233; d'&#233;crire le livre Terrorisme et communisme contre Kautsky, contre la caract&#233;risation de notre r&#233;volution par Kautsky comme une r&#233;volution non prol&#233;tarienne et non socialiste. Un grand nombre d'&#233;ditions de ce livre ont &#233;t&#233; distribu&#233;es tant en Allemagne qu'&#224; l'&#233;tranger par le Komintern. Le livre ne rencontra aucun accueil hostile parmi nos camarades les plus proches, ni de la part de L&#233;nine. Ce livre n'est pas cit&#233; dans la r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, le Bureau politique m'a charg&#233; d'&#233;crire un livre intitul&#233; Entre imp&#233;rialisme et r&#233;volution. Dans ce livre, j'ai utilis&#233; l'exp&#233;rience particuli&#232;re acquise en G&#233;orgie, sous la forme d'une r&#233;futation du point de vue des sociaux-d&#233;mocrates internationaux qui utilisaient le soul&#232;vement g&#233;orgien comme un mat&#233;riau contre nous, dans le but de soumettre &#224; un nouvel examen les principales questions de cette r&#233;volution prol&#233;tarienne qui a le droit de d&#233;molir non seulement les pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, mais aussi les institutions petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux congr&#232;s du Komintern&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste, j'ai pr&#233;sent&#233; un rapport, au nom du CC, d&#233;clarant en substance que nous &#233;tions entr&#233;s dans une &#233;poque d'&#233;quilibre instable. Je me suis oppos&#233; au camarade Boucharine, qui pensait &#224; l'&#233;poque que nous devions traverser une s&#233;rie ininterrompue de r&#233;volutions et de crises jusqu'&#224; la victoire du socialisme dans le monde entier et qu'il n'y aurait pas et ne pourrait pas y avoir de &#171; stabilisation &#187;. A l'&#233;poque, le camarade Boucharine m'accusait de d&#233;viation &#224; droite (peut-&#234;tre aussi social-d&#233;mocrate ?). En plein accord avec L&#233;nine, j'ai d&#233;fendu au troisi&#232;me congr&#232;s les th&#232;ses que j'avais formul&#233;es. L'importance de ces th&#232;ses &#233;tait que nous, malgr&#233; la vitesse plus lente de la r&#233;volution, traverserions avec succ&#232;s cette &#233;poque en d&#233;veloppant les &#233;l&#233;ments socialistes de notre &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du quatri&#232;me congr&#232;s mondial en 1923, le CC m'a charg&#233; de suivre L&#233;nine avec un rapport sur la NEP. Qu'ai-je prouv&#233; ? J'ai prouv&#233; que la NEP signifie simplement un changement dans les formes et les m&#233;thodes du d&#233;veloppement socialiste. Et maintenant, au lieu de prendre mes travaux, qui pouvaient &#234;tre bons ou mauvais, mais au moins fondamentaux, et dans lesquels, au nom du parti, j'ai d&#233;fini le caract&#232;re de notre r&#233;volution dans les ann&#233;es 1920 &#224; 1923, on saisit quelques petits passages, chacun de deux ou trois lignes seulement, d'une pr&#233;face et d'un post-scriptum &#233;crits &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te qu'aucun des passages cit&#233;s n'est issu d'un ouvrage fondamental. Ces quatre petites citations (1917 &#224; 1922) constituent le seul fondement de l'accusation selon laquelle je nie le caract&#232;re socialiste de notre r&#233;volution. La structure de l'accusation &#233;tant ainsi compl&#233;t&#233;e, tous les p&#233;ch&#233;s originels imaginables s'y ajoutent, m&#234;me le p&#233;ch&#233; de l'Opposition de 1925. L'exigence d'une industrialisation plus rapide et la proposition d'augmenter les imp&#244;ts des koulaks, toutes proviennent de ces quatre passages. (Une voix : &#171; Ne formez pas de fractions ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je regrette de devoir prendre votre temps, mais je dois citer encore quelques passages &#8211; je pourrais en citer des centaines &#8211; pour r&#233;futer tout ce que la r&#233;solution m'attribue. Tout d'abord, je dois attirer votre attention sur le fait que les quatre citations sur lesquelles repose la th&#233;orie de mon p&#233;ch&#233; originel sont toutes tir&#233;es de mes &#233;crits entre 1917 et 1922. Tout ce que j'ai dit depuis semble avoir &#233;t&#233; balay&#233; loin par le vent. Personne ne sait si j'ai ensuite consid&#233;r&#233; notre r&#233;volution comme socialiste ou non. Aujourd'hui, &#224; la fin de 1926, le point de vue actuel de la soi-disant Opposition sur les questions essentielles de l'&#233;conomie et de la politique est recherch&#233; dans des passages de mes &#233;crits personnels entre 1917 et 1922, et non m&#234;me dans des passages de mes principaux ouvrages, mais dans des &#339;uvres &#233;crites pour une occasion tout &#224; fait fortuite. Je reviendrai sur ces citations et r&#233;pondrai pour chacune d'elles. Mais permettez-moi d'abord de citer quelques citations d'un caract&#232;re plus essentiel, &#233;crites &#224; la m&#234;me &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, voici un extrait de mon discours &#224; la conf&#233;rence du Conseil des syndicats de Moscou, le 28 octobre 1921, apr&#232;s l'introduction de la NEP :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;organis&#233; notre politique &#233;conomique en pr&#233;vision d'un lent d&#233;veloppement de notre &#233;conomie. Nous envisageons la possibilit&#233; que la r&#233;volution en Europe, bien que se d&#233;veloppant et s'accroissant, se d&#233;veloppe plus lentement que pr&#233;vu. La bourgeoisie s'est montr&#233;e plus tenace. M&#234;me dans notre propre pays, nous sommes oblig&#233;s de compter avec une transition plus lente vers le socialisme, car nous sommes entour&#233;s de pays capitalistes. Nous devons concentrer nos forces sur les entreprises les plus grandes et les mieux &#233;quip&#233;es. En m&#234;me temps, nous ne devons pas oublier que l'imp&#244;t en nature parmi les paysans et l'augmentation des entreprises lou&#233;es constituent la base du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie marchande, de l'accumulation du capital et de l'&#233;mergence d'une nouvelle bourgeoisie. En m&#234;me temps, l'&#233;conomie socialiste sera construite sur la base plus &#233;troite mais plus solide de la grande industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une r&#233;union des membres du PC du SU, le 10 novembre de la m&#234;me ann&#233;e, dans le quartier de Sokolniki &#224; Moscou, j'ai d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avons-nous maintenant ? Nous avons maintenant le processus de r&#233;volution socialiste, en premier lieu dans un Etat, et en second lieu dans un Etat qui est le plus arri&#233;r&#233; de tous, tant sur le plan &#233;conomique que culturel, et entour&#233; de toutes parts par des pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conclusion en ai-je tir&#233; ? Ai-je propos&#233; la capitulation ? J'ai propos&#233; ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de notre devoir de faire en sorte que le socialisme prouve ses progr&#232;s. Les paysans seront les juges qui se prononceront sur les avantages ou les inconv&#233;nients de l'Etat socialiste. Nous sommes en concurrence avec le capitalisme sur le march&#233; paysan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la base actuelle de notre conviction que nous serons victorieux ? De nombreuses raisons justifient notre conviction. Celles-ci r&#233;sident &#224; la fois dans la situation internationale et dans l'&#233;volution du Parti communiste ; dans le fait que nous conservons le pouvoir entre nos mains et dans le fait que nous n'autorisons le libre-&#233;change que dans les limites que nous jugeons n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, camarades, a &#233;t&#233; dit en 1921, et non en 1926 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon rapport au IVe Congr&#232;s mondial (dirig&#233; contre Otto Bauer, avec qui ma relation a maintenant &#233;t&#233; d&#233;couverte), j'ai parl&#233; comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre arme principale dans la lutte &#233;conomique, bas&#233;e sur le march&#233;, est le pouvoir de l'&#201;tat. Seuls les r&#233;formistes &#224; courte vue sont incapables de saisir l'importance de cet instrument. La bourgeoisie le sait bien. Cela est prouv&#233; par toute son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres instruments entre les mains du prol&#233;tariat sont : la possession des forces productives les plus importantes du pays, de tout le trafic &#233;conomique, de toutes les mines, des entreprises d'exploitation des mati&#232;res premi&#232;res. Ceux-ci sont soumis au contr&#244;le &#233;conomique imm&#233;diat de la classe ouvri&#232;re. En m&#234;me temps, la classe ouvri&#232;re est propri&#233;taire de la terre et le paysan lui donne chaque ann&#233;e des centaines de millions de pouds de c&#233;r&#233;ales, sous forme d'imp&#244;ts en nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronti&#232;res du pays sont aux mains de l'&#201;tat ouvrier ; les biens &#233;trangers et les capitaux &#233;trangers ne peuvent &#234;tre import&#233;s dans le pays que dans la mesure approuv&#233;e par l'&#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les instruments et les moyens de construire le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livret que j'ai publi&#233; en 1923 sous le titre Questions de la vie quotidienne, vous pouvez lire &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la classe ouvri&#232;re a r&#233;ellement obtenu et obtenu gr&#226;ce &#224; sa lutte jusqu'&#224; pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat (avec l'aide de l'Etat ouvrier et paysan dirig&#233; par le Parti communiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;e rouge comme soutien mat&#233;riel de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation des moyens de production les plus importants, sans laquelle la dictature du prol&#233;tariat serait une forme vide, sans sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole du commerce ext&#233;rieur, pr&#233;misse n&#233;cessaire &#224; l'&#233;dification du socialisme dans un pays entour&#233; par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre &#233;l&#233;ments, irr&#233;vocablement acquis, forment la charpente d'acier de notre travail. Gr&#226;ce &#224; ce cadre, tout nouveau succ&#232;s &#233;conomique ou culturel que nous obtiendrons &#8211; pour autant qu'il s'agisse d'un succ&#232;s r&#233;el et non suppos&#233; &#8211; deviendra n&#233;cessairement un &#233;l&#233;ment constitutif de notre structure socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me livret contient une autre formulation encore plus pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le bouleversement r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; &#8211; relativement parlant &#8211; facile pour le prol&#233;tariat russe, plus sa t&#226;che d'instaurer l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste est difficile. Mais le cadre de notre nouvelle vie sociale, soud&#233; par la r&#233;volution, soutenu par quatre piliers fondamentaux (voir d&#233;but du chapitre) conf&#232;re &#224; tout effort sinc&#232;re et judicieusement dirig&#233; en mati&#232;re &#233;conomique et culturelle un caract&#232;re objectivement socialiste. Dans l'&#233;tat de soci&#233;t&#233; bourgeois, l'ouvrier, inconsciemment et involontairement, enrichit la bourgeoisie d'autant plus qu'il travaille mieux. Dans l'Etat sovi&#233;tique, le travailleur bon et consciencieux, sans y penser ni s'en soucier (s'il est un travailleur apolitique), accomplit un travail socialiste et augmente les moyens de la classe ouvri&#232;re. C'est l&#224; le v&#233;ritable sens de la r&#233;volution d'Octobre et, en ce sens, la nouvelle politique &#233;conomique n'apporte aucun changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le capitalisme ou le socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais prolonger ind&#233;finiment cette cha&#238;ne de citations, car je n'ai jamais et je n'ai jamais pu caract&#233;riser autrement notre r&#233;volution. Je me limiterai cependant &#224; un autre passage, tir&#233; d'un livre cit&#233; par le camarade Staline (Vers le capitalisme ou le socialisme ?). Ce livre a &#233;t&#233; publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1925 et a &#233;t&#233; imprim&#233; &#224; l'origine sous forme de feuilleton dans la Pravda. Les r&#233;dacteurs de notre organe central n'ont jamais attir&#233; mon attention sur aucune h&#233;r&#233;sie contenue dans ce livre quant au caract&#232;re de notre r&#233;volution. Cette ann&#233;e, la deuxi&#232;me &#233;dition du livre a &#233;t&#233; publi&#233;e. Il a &#233;t&#233; traduit dans diff&#233;rentes langues par le Komintern et c'est la premi&#232;re fois que j'entends dire qu'il donne une fausse id&#233;e de notre d&#233;veloppement &#233;conomique. Le camarade Staline vous a lu quelques lignes choisies arbitrairement pour montrer que cela est &#171; vaguement formul&#233; &#187;, je suis donc oblig&#233; de lire un passage un peu plus long, pour prouver que l'id&#233;e en question est assez clairement formul&#233;e. Ce qui suit est &#233;nonc&#233; dans la pr&#233;face, consacr&#233;e &#224; une critique de nos critiques bourgeois et sociaux-d&#233;mocrates, en particulier Kautsky et Otto Bauer. Ici, vous pouvez lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jugements (form&#233;s par les ennemis de notre &#233;conomie) prennent deux formes : en premier lieu, ils affirment qu'en &#233;difiant une &#233;conomie socialiste, nous ruinons le pays ; mais en second lieu, ils affirment qu'en d&#233;veloppant les forces de production, nous retournons en r&#233;alit&#233; au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces deux critiques est caract&#233;ristique de la mentalit&#233; de la bourgeoisie. La seconde est propre &#224; la social-d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire &#224; la mentalit&#233; bourgeoise socialement voil&#233;e. Il n'y a pas de fronti&#232;re stricte entre ces deux descriptions de la critique, et tr&#232;s souvent des &#233;changes d'arguments entre elles, sans qu'aucun d'eux ne s'aper&#231;oive qu'il utilise l'arme du voisin, dans l'enthousiasme de l'ancien contre la &#171; barbarie communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente brochure esp&#232;re avoir pour objectif de montrer au lecteur sans pr&#233;jug&#233;s que tous deux sont des trompeurs &#8211; &#224; la fois le grand bourgeois ouvertement et le petit bourgeois d&#233;guis&#233; en socialiste. Ils mentent quand ils disent que les bolcheviks ont ruin&#233; la Russie... Ils mentent quand ils disent que le d&#233;veloppement des forces productives est la voie vers le capitalisme ; le r&#244;le jou&#233; par l'&#233;conomie d'&#201;tat dans l'industrie, les transports et les services routiers, le commerce, la finance et le cr&#233;dit ne diminue pas avec la croissance des forces productives, mais au contraire augmente au sein de l'&#233;conomie collective du pays. Les faits et les chiffres le prouvent sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En agriculture, la question est beaucoup plus compliqu&#233;e. Pour un marxiste, cela n'a rien d'inattendu. La transition du syst&#232;me agricole individuel &#171; atomis&#233; &#187; &#224; l'agriculture socialiste n'est concevable qu'apr&#232;s avoir franchi un certain nombre d'&#233;tapes dans les domaines technique, &#233;conomique et agricole. La pr&#233;misse fondamentale de cette transition est que le pouvoir reste entre les mains de la classe soucieuse de conduire la soci&#233;t&#233; au socialisme et devenant de plus en plus capable d'influencer la population paysanne au moyen de l'industrie de l'ardoise, au moyen des am&#233;liorations techniques dans l'agriculture, et de fournir ainsi les conditions pr&#233;alables &#224; la collectivisation du travail agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de r&#233;solution sur l'opposition indique que le point de vue de Trotsky se rapproche beaucoup de celui d'Otto Bauer, qui avait d&#233;clar&#233; : &#171; En Russie, o&#249; le prol&#233;tariat ne repr&#233;sente qu'une petite minorit&#233; de la nation, le prol&#233;tariat ne peut maintenir son pouvoir que temporairement et est vou&#233;e &#224; la perdre &#224; nouveau d&#232;s que la majorit&#233; paysanne de la nation sera devenue suffisamment m&#251;re culturellement pour prendre elle-m&#234;me le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, camarades, qui pourrait imaginer qu'une formulation aussi absurde puisse venir &#224; l'esprit de chacun d'entre nous ? Qu'entend-on par : &#171; d&#232;s que la majorit&#233; paysanne de la nation sera devenue suffisamment m&#251;re culturellement &#187; ? Qu'est-ce que cela signifie ? Que faut-il entendre par &#171; culture &#187; ? Dans des conditions capitalistes, la paysannerie n'a pas de culture ind&#233;pendante. En ce qui concerne la culture, la paysannerie peut m&#251;rir sous l'influence du prol&#233;tariat ou de la bourgeoisie. Ce sont les deux seules possibilit&#233;s qui existent pour le progr&#232;s culturel de la paysannerie. Pour un marxiste, l'id&#233;e selon laquelle la paysannerie &#171; culturellement m&#251;re &#187;, apr&#232;s avoir renvers&#233; le prol&#233;tariat, pourrait prendre le pouvoir pour son propre compte, est une absurdit&#233; pleine de pr&#233;jug&#233;s. L'exp&#233;rience de deux r&#233;volutions nous a appris que la paysannerie, si elle entre en conflit avec le prol&#233;tariat et renverse le pouvoir prol&#233;tarien, constitue simplement un pont &#8211; &#224; travers le bonapartisme &#8211; pour la bourgeoisie. Un &#201;tat paysan ind&#233;pendant fond&#233; ni sur la culture prol&#233;tarienne ni sur la culture bourgeoise est impossible. Toute cette construction d'Otto Bauer s'effondre dans une lamentable absurdit&#233; petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit que nous n'avons pas cru &#224; l'instauration du socialisme. Et en m&#234;me temps on nous accuse de vouloir piller la paysannerie (pas les koulaks, mais la paysannerie !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense, camarades, que ce ne sont pas du tout des mots sortis de notre dictionnaire. Les communistes ne peuvent pas proposer &#224; l'&#201;tat ouvrier de &#171; piller &#187; la paysannerie, et c'est pr&#233;cis&#233;ment de la paysannerie qui nous pr&#233;occupe. Une proposition visant &#224; lib&#233;rer 40 pour cent de la paysannerie pauvre de tout imp&#244;t et &#224; imposer ces imp&#244;ts aux koulaks peut &#234;tre juste ou fausse, mais elle ne peut jamais &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une proposition visant &#224; &#171; piller &#187; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous le demande : si nous n'avons aucune confiance dans l'instauration du socialisme dans notre pays, ou si (comme on dit de moi) nous proposons d'attendre passivement la r&#233;volution europ&#233;enne, alors pourquoi proposons-nous de &#171; piller &#187; la paysannerie ? &#192; quelle fin ? C'est incompr&#233;hensible. Nous estimons que l'industrialisation &#8211; base de la socialisation &#8211; progresse trop lentement, ce qui d&#233;savantage la paysannerie. Si, disons, la quantit&#233; de produits agricoles mise sur le march&#233; cette ann&#233;e &#233;tait de 20 pour cent sup&#233;rieure &#224; celle de l'ann&#233;e derni&#232;re &#8211; je prends ces chiffres avec r&#233;serve &#8211; et en m&#234;me temps le prix des c&#233;r&#233;ales a baiss&#233; de 18 pour cent et les prix de divers produits industriels ont augment&#233; de 16 pour cent, comme cela a &#233;t&#233; le cas, alors le paysan gagne moins que lorsque ses r&#233;coltes sont plus pauvres et que les prix de d&#233;tail des produits industriels sont plus bas. L'acc&#233;l&#233;ration de l'industrialisation, rendue possible dans une large mesure par l'augmentation des imp&#244;ts sur les koulaks, aura pour cons&#233;quence la production d'une plus grande quantit&#233; de biens, r&#233;duisant les prix de d&#233;tail, au profit des travailleurs et de la plus grande partie de la paysannerie. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte de deux tendances&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que vous ne soyez pas d'accord avec cela. Mais personne ne peut nier qu'il s'agit d'un syst&#232;me de vues sur le d&#233;veloppement de notre &#233;conomie. Comment pouvez-vous affirmer que nous ne croyons pas &#224; la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement socialiste et en m&#234;me temps que nous exigeons le pillage des moujiks ? Avec quel objet ? Dans quel but ? Personne ne peut expliquer cela. Encore une fois, je me suis souvent demand&#233; pourquoi la dissolution du Comit&#233; anglo-russe peut &#234;tre cens&#233;e impliquer un appel &#224; quitter les syndicats ? Et pourquoi la non-adh&#233;sion &#224; l'Internationale d'Amsterdam ne constitue-t-elle pas un appel aux travailleurs &#224; ne pas adh&#233;rer aux syndicats d'Amsterdam ? (Une voix : &#171; Cela vous sera expliqu&#233; ! &#187;) Je n'ai jamais re&#231;u de r&#233;ponse &#224; cette question et je ne la recevrai jamais. (Une voix : &#171; Vous obtiendrez votre r&#233;ponse. &#187;) Je ne recevrai pas non plus de r&#233;ponse &#224; la question de savoir comment nous parvenons &#224; ne pas croire &#224; la r&#233;alisation du socialisme tout en nous effor&#231;ant de &#171; piller &#187; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre que j'ai cit&#233; pour la derni&#232;re fois parle en d&#233;tail de l'importance d'une r&#233;partition correcte de notre revenu national, puisque notre d&#233;veloppement &#233;conomique se d&#233;roule au milieu de la lutte de deux tendances : la tendance socialiste et la tendance capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de la lutte d&#233;pend du rythme de d&#233;veloppement de ces tendances. En d'autres termes, l'industrie d'&#201;tat devrait-elle se d&#233;velopper plus lentement que l'agriculture ? Si les p&#244;les oppos&#233;s de l'agriculteur capitaliste &#171; en haut &#187; et du prol&#233;tariat &#171; en bas &#187; se s&#233;paraient plus largement et plus rapidement au cours du d&#233;veloppement &#8211; &#8203;&#8203;alors le processus conduirait bien s&#251;r &#224; la restauration du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos ennemis peuvent faire de leur mieux pour prouver le caract&#232;re in&#233;vitable de cette possibilit&#233;. M&#234;me s'ils s'y prennent avec beaucoup plus d'habilet&#233; que le malheureux Kautsky (ou MacDonald), ils se br&#251;leront les doigts. La possibilit&#233; qui vient d'&#234;tre indiqu&#233;e est-elle totalement exclue ? Th&#233;oriquement, ce n'est pas le cas. Si le parti au pouvoir commettait une erreur apr&#232;s l'autre, tant dans le domaine politique qu'&#233;conomique, s'il entravait ainsi le d&#233;veloppement d'une industrie aujourd'hui si prometteuse et s'il abandonnait le contr&#244;le du d&#233;veloppement politique et &#233;conomique de la paysannerie, alors, bien entendu, la cause du socialisme dans notre pays serait perdue. Mais nous n'avons pas la moindre raison d'adopter de telles pr&#233;misses pour notre pronostic. Comment perdre le pouvoir, comment rejeter les acquis du prol&#233;tariat et comment &#339;uvrer pour le capitalisme, tels sont les points qui ont &#233;t&#233; brillamment expliqu&#233;s par Kautsky et ses amis au prol&#233;tariat international apr&#232;s le 9 novembre 1918. Personne n'a besoin d'y ajouter quoi que ce soit. &#224; propos de ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos t&#226;ches, nos objectifs et nos m&#233;thodes sont tr&#232;s diff&#233;rents. Ce que nous voulons montrer, c'est la mani&#232;re de maintenir et d'&#233;tablir fermement le pouvoir une fois conquis et la mani&#232;re dont la forme d'&#201;tat prol&#233;tarienne doit recevoir le contenu &#233;conomique du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le contenu de ce livre (Une voix : &#171; Il n'y a rien l&#224;-dedans sur les coop&#233;ratives ! &#187;) &#8211; j'en viendrai aux coop&#233;ratives &#8211; tout le contenu de ce livre est consacr&#233; &#224; la question de savoir comment la forme d'&#201;tat prol&#233;tarienne doit &#234;tre donn&#233; le contenu &#233;conomique du socialisme. On peut dire (des insinuations ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faites dans ce sens) : Oui, vous croyiez que nous allions vers le socialisme tant que le processus de reconstruction se poursuivrait et tant que l'industrie se d&#233;velopperait &#224; un rythme de 45 ou 35 %. cent ans, mais maintenant que nous sommes arriv&#233;s &#224; une crise du capital des fondations et que vous voyez les difficult&#233;s li&#233;es &#224; l'augmentation du capital des fondations, vous avez &#233;t&#233; saisi d'une soi-disant &#171; panique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas citer tout le chapitre sur : Le rythme du d&#233;veloppement, ses possibilit&#233;s mat&#233;rielles et ses limites. Il souligne les quatre &#233;l&#233;ments caract&#233;risant les avantages de notre syst&#232;me sur le capitalisme et tire la conclusion suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, ces quatre avantages, bien appliqu&#233;s, nous permettront d'augmenter le coefficient de notre croissance industrielle, non seulement pour doubler le pourcentage de la p&#233;riode d'avant-guerre, mais pour le tripler, voire plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je ne me trompe, le coefficient de notre croissance industrielle s'&#233;l&#232;vera, selon les plans, &#224; 18 pour cent. Il y a bien entendu encore l&#224; des &#233;l&#233;ments de reconstruction. Mais en tout cas, le pronostic statistique extr&#234;mement approximatif que j'ai fait &#224; titre d'exemple il y a dix-huit mois co&#239;ncide assez bien avec notre rythme r&#233;el de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous demandez : quelle est l'explication de ces passages effrayants cit&#233;s dans la r&#233;solution ? Je devrai r&#233;pondre &#224; cette question. Mais je dois d'abord r&#233;p&#233;ter qu'aucun mot n'a &#233;t&#233; cit&#233; des ouvrages fondamentaux que j'ai &#233;crits sur le caract&#232;re de la r&#233;volution entre 1917 et 1922, et qu'un silence complet est gard&#233; sur tout ce que j'ai &#233;crit depuis 1922, m&#234;me sur ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit. l'ann&#233;e derni&#232;re et cette ann&#233;e. Quatre passages sont cit&#233;s. Le camarade Staline les a trait&#233;s en d&#233;tail et la r&#233;solution en fait mention. Vous me permettrez donc d'y consacrer &#233;galement quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier est victorieux de la r&#233;volution d&#233;mocratique. La bourgeoisie devient contre-r&#233;volutionnaire. Parmi la paysannerie, les &#233;l&#233;ments ais&#233;s, ainsi qu'une partie consid&#233;rable des paysans moyens, deviendront plus &#171; sens&#233;s &#187;, se calmeront et passeront &#224; la contre-r&#233;volution pour s'emparer du pouvoir. des mains du prol&#233;tariat et de la paysannerie pauvre... La lutte serait presque impuissante pour le seul prol&#233;tariat russe, et sa d&#233;faite serait in&#233;vitable... si le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en ne se pr&#233;cipitait pas au secours du prol&#233;tariat russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains, camarades, que si quelqu'un vous disait que ces lignes repr&#233;sentent un produit malveillant du trotskisme, de nombreux camarades le croiraient. Mais ce passage est celui de L&#233;nine. Le portefeuille de L&#233;nine contient un brouillon d'un pamphlet que L&#233;nine avait l'intention d'&#233;crire &#224; la fin de 1905. Ici, cette situation possible est d&#233;crite : Les ouvriers sont victorieux dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, la partie ais&#233;e de la paysannerie passe pour contrer -r&#233;volution. Je puis dire que ce passage est cit&#233; dans le dernier num&#233;ro du Bolchevik, &#224; la page 68, mais malheureusement avec une grave d&#233;formation, bien que la citation soit donn&#233;e entre guillemets : les mots se r&#233;f&#233;rant &#224; la partie consid&#233;rable des agriculteurs moyens sont simplement laiss&#233;s dehors. Je vous invite &#224; comparer le cinqui&#232;me portefeuille de L&#233;nine, page 451, avec le dernier num&#233;ro du Bolchevik, page 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais citer des dizaines de ces passages des &#339;uvres de L&#233;nine : Vol. VI, page 398 ; Vol. IX, page 410 ; vol. VIII, page 192. (Je n'ai pas le temps de les lire, mais chacun peut rechercher les r&#233;f&#233;rences par lui-m&#234;me.) Je ne citerai qu'un passage du Vol. IX, page 415 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe (il fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique) ne peut pas maintenir et &#233;tablir fermement ses acquis par ses propres puissances... s'il n'y a pas de r&#233;volution en Occident. Sans cette condition pr&#233;alable, une restauration de l'ordre ancien est in&#233;vitable, tant dans la communalisation que dans la r&#233;partition des terres, car le petit agriculteur constituera toujours un support pour la restauration de toute forme de propri&#233;t&#233; ou de propri&#233;t&#233;. Apr&#232;s la victoire compl&#232;te du prol&#233;tariat, le petit paysan se retournera in&#233;vitablement contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Une voix : &#171; Nous avons introduit la NEP. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, j'y reviendrai tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournons-nous maintenant vers ce passage que j'ai &#233;crit en 1922, afin de voir comment mon point de vue sur la r&#233;volution &#224; l'&#233;poque de 1904-1905 avait &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention, camarades, de soulever la question de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Cette th&#233;orie &#8211; tant en ce qui concerne ce qui &#233;tait juste que ce qui &#233;tait incomplet et faux &#8211; n'a rien &#224; voir avec nos affirmations actuelles. En tout cas, cette th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#224; laquelle tant d'attention a &#233;t&#233; consacr&#233;e ces derniers temps, ne fait pas le moins du monde partie des responsabilit&#233;s ni de l'opposition de 1925 ni de l'opposition de 1923, et m&#234;me moi-m&#234;me, je la consid&#232;re comme une question qui a longtemps &#233;t&#233; r&#233;gl&#233; ad acta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au passage cit&#233; dans la r&#233;solution. (J'ai &#233;crit ceci en 1922, mais du point de vue de 1905-1906.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pris le pouvoir, le prol&#233;tariat entrera en conflit hostile non seulement avec tous les groupes de la bourgeoisie qui l'ont soutenu au d&#233;but de sa lutte r&#233;volutionnaire, mais aussi avec les larges masses paysannes, avec l'aide desquelles il est arriv&#233; au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cela ait &#233;t&#233; &#233;crit en 1922, il est mis au futur : Le prol&#233;tariat entrera en conflit avec la bourgeoisie, etc., car on y d&#233;crit des vues pr&#233;-r&#233;volutionnaires. Je vous le demande : le pronostic de L&#233;nine de 1905-1906, selon lequel la paysannerie moyenne passerait dans une large mesure &#224; la contre-r&#233;volution, s'est-il av&#233;r&#233; vrai ? Je maintiens que cela s'est av&#233;r&#233; en partie vrai. (Voix : En partie ? Quand ? Troubles.) Oui, sous la direction du parti et surtout sous la direction de L&#233;nine, la division entre nous et la paysannerie a &#233;t&#233; combl&#233;e par la nouvelle politique &#233;conomique. C'est incontestable. (D&#233;rangement) Si l'un d'entre vous imagine, camarades, qu'en 1926 je ne saisis pas le sens de la nouvelle politique &#233;conomique, vous vous trompez. Je saisis le sens de la nouvelle politique &#233;conomique de 1926, peut-&#234;tre pas aussi bien que d'autres camarades, mais je le comprends n&#233;anmoins. Mais il faut se rappeler qu'&#224; cette &#233;poque, avant qu'il y ait une nouvelle politique &#233;conomique, avant qu'il y ait une r&#233;volution de 1917, et que nous &#233;bauchions les premi&#232;res lignes d'&#233;volutions possibles, en utilisant l'exp&#233;rience acquise lors des r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes &#8211; la grande r&#233;volution fran&#231;aise et la r&#233;volution de 1848 &#8211; &#224; cette &#233;poque, tous les marxistes, sans oublier L&#233;nine (j'ai cit&#233; des citations), pensaient qu'apr&#232;s l'ach&#232;vement de la r&#233;volution d&#233;mocratique et l'attribution des terres &#224; la paysannerie, le prol&#233;tariat se heurterait &#224; l'opposition non seulement de la part des grands paysans, mais d'une partie consid&#233;rable de la paysannerie moyenne, qui repr&#233;senterait une force hostile et m&#234;me contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il eu parmi nous des signes de la v&#233;racit&#233; de ce pronostic ? Oui, il y a eu des signes, et des signes assez distincts. Par exemple, lorsque le mouvement Machno en Ukraine a aid&#233; les gardes blancs &#224; balayer le pouvoir sovi&#233;tique, cela a &#233;t&#233; une preuve de la justesse du pronostic de L&#233;nine. Le soul&#232;vement d'Antonov, le soul&#232;vement de Sib&#233;rie, le soul&#232;vement de la Volga, le soul&#232;vement de l'Oural, la r&#233;volte de Cronstadt, lorsque la &#171; paysannerie moyenne &#187; exprimait ses opinions au pouvoir sovi&#233;tique au moyen du canon des navires &#8211; tout cela ne prouve-t-il pas que La pr&#233;vision de L&#233;nine &#233;tait-elle correcte pour un certain stade de d&#233;veloppement de la r&#233;volution ? (Camarade Moissenienko : &#171; Et qu'avez-vous propos&#233; ? &#187;) N'est-il pas parfaitement clair que le passage que j'ai &#233;crit en 1922 sur la division entre nous et la paysannerie n'&#233;tait qu'un simple expos&#233; de ces faits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons surmont&#233; le schisme entre nous et la paysannerie gr&#226;ce &#224; la NEP. Et y a-t-il eu des diff&#233;rences entre nous lors du passage &#224; la NEP ? Il n'y a eu aucune diff&#233;rence lors de la transition vers le NEP. (Perturbations) Il y avait des divergences dans la question syndicale avant la transition vers la NEP, alors que le parti cherchait encore un moyen de sortir de l'impasse. Ces diff&#233;rences &#233;taient d'une importance capitale. Mais sur la question de la NEP, lorsque L&#233;nine a pr&#233;sent&#233; le point de vue de la NEP au Xe Congr&#232;s du Parti, nous avons tous vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; pour ce point de vue. Et lorsque la nouvelle r&#233;solution syndicale est apparue &#224; la suite de la Nouvelle Politique &#201;conomique &#8211; quelques mois apr&#232;s le Xe Congr&#232;s du Parti &#8211; nous avons de nouveau vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; pour cette r&#233;solution au sein du CC. Mais pendant la p&#233;riode de transition &#8211; et le changement qu'elle a provoqu&#233; n'a pas &#233;t&#233; minime &#8211; les paysans ont d&#233;clar&#233; : &#171; Nous sommes pour les bolcheviks, mais contre les communistes. &#187; Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie une forme typiquement russe de d&#233;sertion de la r&#233;volution prol&#233;tarienne de la part de la paysannerie moyenne &#224; un stade donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me reproche d'avoir dit qu'il est &#171; inutile de supposer que la Russie r&#233;volutionnaire puisse se maintenir face &#224; une Europe conservatrice &#187;. J'ai &#233;crit ceci en ao&#251;t 1917 et je crois que c'&#233;tait parfaitement juste. Sommes-nous rest&#233;s face &#224; une Europe conservatrice ? Consid&#233;rons les faits. Au moment o&#249; l'Allemagne concluait le trait&#233; de paix avec l'Entente, le danger &#233;tait particuli&#232;rement grand. Si la r&#233;volution allemande n'avait pas &#233;clat&#233; &#224; ce moment-l&#224; &#8211; cette r&#233;volution allemande qui restait inachev&#233;e, &#233;touff&#233;e par les sociaux-d&#233;mocrates, mais qui suffisait pourtant &#224; renverser l'ancien r&#233;gime et &#224; d&#233;moraliser l'arm&#233;e des Hohenzollern &#8211; aurait, je le r&#233;p&#232;te, eu lieu, la r&#233;volution allemande, telle que si cela n'avait pas &#233;clat&#233;, alors nous aurions d&#251; &#234;tre renvers&#233;s. Ce n'est pas un hasard si le passage contient l'expression &#171; en opposition &#224; une Europe conservatrice &#187; et non &#171; en opposition &#224; une &#171; Europe &#187; capitaliste. Contre une Europe conservatrice, en maintenant tout son appareil, et notamment ses arm&#233;es. Je vous le demande : pourrions-nous ou non nous maintenir dans ces circonstances ? (Une voix : &#171; Parlez-vous aux enfants ? &#187;) Si nous continuons &#224; exister, c'est parce que l'Europe n'est pas rest&#233;e ce qu'elle &#233;tait. L&#233;nine a &#233;crit &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons non seulement dans un seul &#201;tat, mais dans un syst&#232;me d'&#201;tats, et l'existence continue de la R&#233;publique sovi&#233;tique aux c&#244;t&#233;s des &#201;tats imp&#233;rialistes est impensable en tant que permanence. En fin de compte, c'est l'un ou l'autre syst&#232;me qui gagnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;nine a-t-il dit cela ? Le 18 mars 1919, soit deux ans apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre. Mes paroles de 1917 signifiaient que si notre r&#233;volution ne secouait pas l'Europe, ne la faisait pas bouger, alors nous &#233;tions perdus. N'est-ce pas la m&#234;me chose en substance ? Je demande &#224; tous les camarades plus &#226;g&#233;s qui pensaient politiquement avant et pendant 1917 : quelle &#233;tait votre conception de la r&#233;volution et de ses cons&#233;quences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'essaie de me souvenir de cela, je ne trouve pas d'autre formulation qu'approximativement la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyions : soit la r&#233;volution internationale se pr&#233;cipiterait &#224; notre secours et notre victoire serait alors parfaitement assur&#233;e, soit nous accomplirions notre modeste travail r&#233;volutionnaire en &#233;tant conscients que m&#234;me si nous sommes vaincus, nous avons servi la cause de la r&#233;volution et que notre exp&#233;rience sera utile. &#234;tre utile pour les r&#233;volutions ult&#233;rieures. Il &#233;tait clair pour nous que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible sans le soutien de la r&#233;volution internationale, de la r&#233;volution mondiale. Avant et apr&#232;s la r&#233;volution, nous croyions : maintenant, ou du moins tr&#232;s bient&#244;t, la r&#233;volution va &#233;clater dans les autres pays capitalistes hautement d&#233;velopp&#233;s, sinon nous sommes perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait notre conception du sort de la r&#233;volution. Qui a dit &#231;a ? (Camarade Moyssenenko : &#171; L&#233;nine ! &#187; Une voix : &#171; Et qu'a-t-il dit plus tard ? &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a dit cela en 1921, alors que le passage que je cite date de 1917. J'ai donc le droit de me r&#233;f&#233;rer &#224; ce que L&#233;nine a dit en 1921. (Une voix : &#171; Et qu'a dit L&#233;nine plus tard ?) Plus tard, j'ai moi aussi dit quelque chose. diff&#233;rent. (Rires) Avant et apr&#232;s la r&#233;volution, nous croyions que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ou du moins tr&#232;s bient&#244;t, la r&#233;volution va &#233;clater dans les autres pays capitalistes hautement d&#233;velopp&#233;s, sinon nous sommes perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;ploy&#233; tous nos efforts pour maintenir &#224; tout prix le syst&#232;me sovi&#233;tique, car nous &#233;tions conscients que nous ne travaillions pas seulement pour nous-m&#234;mes, mais aussi pour la r&#233;volution internationale. Nous le savions et nous avons exprim&#233; cette conviction avant et apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre, ainsi qu'au moment de la conclusion de la paix de Brest-Litovsk. Et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous avions raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage continue en disant que notre chemin est devenu plus complexe et plus sinueux, mais que pour l'essentiel notre pronostic &#233;tait correct. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, nous sommes pass&#233;s &#224; la NEP &#224; l'unanimit&#233;, sans aucune divergence. (Camarade Moyssenenko : &#171; Pour nous sauver de la ruine totale ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, juste pour cette raison, pour nous sauver d'une ruine totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je vous prie de prolonger le temps imparti pour mon discours. Je voudrais parler de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays. Je demande encore une demi-heure. (Perturbation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, sur la question des rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sident : Veuillez attendre que nous ayons d&#233;cid&#233;. Je soumets trois propositions : premi&#232;rement, respecter le temps initialement imparti au camarade Trotsky ; 2&#176; une prolongation d'une demi-heure ; troisi&#232;mement, une prolongation d'un quart d'heure. (Lors d'un vote, il y a une majorit&#233; pour la prolongation d'une demi-heure.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relations avec la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prochain passage cit&#233; de mes &#233;crits m'a valu le reproche suivant : Alors que L&#233;nine disait : dix &#224; vingt ans de relations correctes avec la paysannerie, et notre victoire est assur&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale ; Le trotskisme, au contraire, suppose que le prol&#233;tariat ne peut entretenir de relations correctes avec la paysannerie tant que la r&#233;volution mondiale n'est pas accomplie. Tout d'abord, je dois demander le sens r&#233;el du passage cit&#233;. L&#233;nine parle de dix &#224; vingt ans de relations correctes avec la paysannerie. Cela signifie que L&#233;nine ne s'attendait pas &#224; ce que le socialisme soit &#233;tabli d'ici dix &#224; vingt ans. Pourquoi ? Parce que par socialisme, il faut comprendre un &#233;tat de soci&#233;t&#233; dans lequel il n'y a ni prol&#233;tariat, ni paysannerie, ni aucune classe quelconque. Le socialisme abolit l'opposition entre la ville et la campagne. Ainsi s'offre &#224; nous un d&#233;lai de vingt ans, au cours duquel nous devons poursuivre une ligne politique conduisant &#224; des relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cependant affirm&#233; que le trotskysme estime qu'il ne peut y avoir de relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie tant que la r&#233;volution mondiale n'est pas accomplie. On me propose ainsi d'&#233;tablir une loi selon laquelle des relations incorrectes doivent &#234;tre entretenues autant que possible avec la paysannerie jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution internationale soit victorieuse. (Rires) Apparemment, il n'&#233;tait pas pr&#233;vu d'exprimer cette id&#233;e ici, car cela n'a aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#233;tait-ce que la NEP ? La NEP a &#233;t&#233; un processus de transition vers une nouvelle voie, pr&#233;cis&#233;ment pour l'&#233;tablissement de relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Y avait-il des divergences entre nous sur ce sujet ? Non, il n'y en avait pas. Ce qui nous pr&#233;occupe actuellement, c'est l'imposition du koulak, ainsi que les formes et les m&#233;thodes &#224; adopter pour rallier le prol&#233;tariat aux pauvres des villages. Quelle est la v&#233;ritable affaire en cours ? La meilleure m&#233;thode pour &#233;tablir des relations correctes entre la paysannerie et le prol&#233;tariat. Vous avez le droit d'&#234;tre en d&#233;saccord avec certaines de nos propositions, mais vous devez reconna&#238;tre que toute la lutte id&#233;ologique tourne autour de la question de savoir quelles relations sont correctes au stade actuel de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y avait-il des divergences entre nous en 1917 sur la question paysanne ? Non. Le d&#233;cret paysan, le d&#233;cret paysan &#171; social-r&#233;volutionnaire &#187;, a &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; par nous comme base. Le d&#233;cret agraire r&#233;dig&#233; par L&#233;nine fut accept&#233; par nous &#224; l'unanimit&#233; et ne provoqua aucune divergence dans nos milieux. La politique de &#171; d&#233;koulakisation &#187; a-t-elle suscit&#233; des divergences ? Non, il n'y avait aucune diff&#233;rence &#224; ce sujet. (Une voix : &#171; Et Brest ? &#187;) La lutte engag&#233;e par L&#233;nine pour conqu&#233;rir la paysannerie moyenne a-t-elle donn&#233; lieu &#224; des divergences ? Non, cela n'a donn&#233; lieu &#224; rien. Je n'affirme pas qu'il n'y avait aucune divergence d'opinions, mais je maintiens fermement que, si grandes qu'aient pu &#234;tre les divergences d'opinions sur des questions diverses et m&#234;me importantes, il n'y avait aucune divergence d'opinions quant &#224; la ligne principale de la politique &#224; suivre. &#224; l'&#233;gard de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, des rumeurs couraient &#224; l'&#233;tranger faisant &#233;tat de divergences sur cette question. Et qu'a &#233;crit L&#233;nine &#224; ce sujet ? Revenons en arri&#232;re. Le paysan Goulov m'a alors demand&#233; : &#171; Quelles sont les divergences d'opinion entre vous et Ilitch ? et j'ai r&#233;pondu &#224; cette question tant dans la Pravda que dans les Izvestia. L&#233;nine &#233;crivait &#224; ce sujet, tant dans la Pravda que dans les Izvestia, en f&#233;vrier 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Izvestia du 2 f&#233;vrier 1919 ont publi&#233; une lettre d'un paysan nomm&#233; Gulov, qui soul&#232;ve la question des relations entre notre gouvernement ouvrier et paysan et la paysannerie moyenne, et d&#233;clare que des rumeurs circulent selon lesquelles Il n'y a pas d'harmonie entre L&#233;nine et Trotsky, il existe entre eux de grandes divergences d'opinions, et pr&#233;cis&#233;ment sur la question de la paysannerie moyenne. Le camarade Trotsky a d&#233;j&#224; r&#233;pondu dans sa Lettre aux paysans moyens, publi&#233;e dans les Izvestia du 7 f&#233;vrier. Le camarade Trotsky d&#233;clare dans sa lettre que les rumeurs de diff&#233;rends entre lui et moi ne sont que les mensonges les plus monstrueux et les plus m&#233;chants, r&#233;pandus &#224; l'&#233;tranger par les propri&#233;taires terriens et capitalistes ou leurs complices volontaires et involontaires. Pour ma part, je souscris pleinement &#224; la d&#233;claration ainsi faite par le camarade Trotsky. Il n'y a aucune diff&#233;rence entre nous et, en ce qui concerne les paysans moyens, non seulement il n'y a aucune diff&#233;rence entre moi et Trotsky, mais encore aucune diff&#233;rence dans l'ensemble du Parti communiste, dont nous sommes tous deux membres. Le camarade Trotsky explique clairement et en d&#233;tail dans sa lettre pourquoi le Parti communiste et l'actuel gouvernement ouvrier et paysan, &#233;lu par les Sovi&#233;tiques et compos&#233; de membres du parti, ne consid&#232;rent pas la paysannerie moyenne comme leurs ennemis. Je signe doublement tout ce que dit le camarade Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait avant la NEP. Puis vint la transition vers la NEP. Je r&#233;p&#232;te encore une fois que le passage &#224; la NEP n'a donn&#233; lieu &#224; aucune divergence. Sur la question de la NEP, j'ai pr&#233;sent&#233; un rapport devant le IVe Congr&#232;s mondial, au cours duquel j'ai pol&#233;mique contre Otto Bauer. Plus tard, j'ai &#233;crit ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La NEP est consid&#233;r&#233;e par la bourgeoisie et les mencheviks comme une &#233;tape n&#233;cessaire (mais bien s&#251;r &#171; insuffisante &#187;) vers la lib&#233;ration des forces productives. Les th&#233;oriciens menchevistes, du type Kautsky comme Otto Bauer, ont accueilli la NEP comme l'aube de la restauration capitaliste en Russie. Ils ajoutent : soit la NEP d&#233;truira la dictature bolchevique (r&#233;sultat favorable), soit la dictature bolchevique d&#233;truira la NEP (r&#233;sultat regrettable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de mon rapport au IVe Congr&#232;s du Parti a prouv&#233; que la NEP ne d&#233;truirait pas la dictature bolchevique, mais que la dictature bolchevique, dans les conditions donn&#233;es par la NEP, assurerait la supr&#233;matie des &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie sur l'&#233;conomie capitaliste. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine sur le socialisme dans un seul pays&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a reproch&#233; un autre passage de mes ouvrages &#8211; et j'en viens ici &#224; la question de la possibilit&#233; de la victoire du socialisme dans un seul pays &#8211; qui se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions dans la position du gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233; avec une population agraire &#233;crasante ne peuvent &#234;tre r&#233;solues qu'&#224; l'&#233;chelle internationale et dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; dit en 1922. La r&#233;solution accusatrice fait la d&#233;claration suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence constate que de telles opinions du camarade Trotsky et de ses partisans sur la question fondamentale du caract&#232;re et des perspectives de notre r&#233;volution n'ont rien de commun avec les vues de notre parti, avec le l&#233;ninisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait &#233;t&#233; affirm&#233; qu'il existait une nuance de diff&#233;rence &#8211; je ne le trouve pas encore aujourd'hui &#8211; ou que ces vues n'ont pas encore &#233;t&#233; formul&#233;es avec pr&#233;cision (et je ne vois pas la formulation pr&#233;cise). Mais c'est dit clairement : ces vues &#171; n'ont rien de commun avec les vues du parti, avec le l&#233;ninisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois ici citer quelques lignes &#233;troitement li&#233;es au l&#233;ninisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire compl&#232;te de la r&#233;volution socialiste dans un seul pays est impensable et exige la coop&#233;ration active d'au moins certains pays avanc&#233;s, parmi lesquels nous ne pouvons pas compter la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas moi qui ai dit cela, mais quelqu'un de plus grand que moi. L&#233;nine l'a dit le 8 novembre 1918. Pas avant la R&#233;volution d'Octobre, mais le 8 novembre 1918, un an apr&#232;s notre prise du pouvoir. S'il n'avait rien dit d'autre que cela, nous pourrions facilement en d&#233;duire ce que nous aimions en extrayant l'une ou l'autre phrase de son contexte. (Une voix : &#171; Il parlait de la victoire finale ! &#187;) Non, pardon, il a dit : &#171; exige la coop&#233;ration active &#187;. Ici, il est impossible de s'&#233;carter de la question principale pour se tourner vers la question de &#171; l'intervention &#187;, car il est clairement indiqu&#233; que la victoire du socialisme exige &#8211; non seulement une protection contre l'intervention &#8211; mais la coop&#233;ration &#171; d'au moins certains pays avanc&#233;s, parmi lesquels nous &#187;. Je ne peux pas compter la Russie. (Voix : &#171; Et qu'est-ce qui en d&#233;coule ? &#187;) Ce n'est pas le seul passage dans lequel nous voyons qu'il ne s'agit pas simplement d'une intervention. La conclusion &#224; tirer est donc que le point de vue que j'ai d&#233;fendu, selon lequel les contradictions internes n&#233;es du retard de notre pays doivent &#234;tre r&#233;solues par la r&#233;volution internationale, n'est pas ma propri&#233;t&#233; exclusive, mais celui que L&#233;nine a d&#233;fendu. ces m&#234;mes vues, mais de mani&#232;re incomparablement plus pr&#233;cise et cat&#233;gorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit que cela s'appliquait &#224; l'&#233;poque o&#249; la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal des pays capitalistes &#233;tait cens&#233;e &#234;tre encore inconnue, c'est-&#224;-dire l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dant l'imp&#233;rialisme. Je ne peux pas entrer dans les d&#233;tails. Mais je dois malheureusement constater que le camarade Staline commet ici une grave erreur th&#233;orique et historique. La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme est plus ancienne que l'imp&#233;rialisme. Le capitalisme se d&#233;veloppe aujourd'hui de mani&#232;re tr&#232;s in&#233;gale selon les pays. Mais au XIXe si&#232;cle, cette in&#233;galit&#233; &#233;tait plus grande qu'au XXe. A cette &#233;poque, l'Angleterre &#233;tait le seigneur du monde, tandis que le Japon &#233;tait un &#201;tat f&#233;odal &#233;troitement confin&#233; dans ses propres limites. Au moment o&#249; le servage fut aboli chez nous, le Japon commen&#231;a &#224; s'adapter &#224; la civilisation capitaliste. Cependant, la Chine &#233;tait toujours plong&#233;e dans le plus profond sommeil. Et ainsi de suite. A cette &#233;poque, l'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste &#233;tait plus grande qu'aujourd'hui. Ces in&#233;galit&#233;s &#233;taient aussi bien connues de Marx et d'Engels que de nous. L'imp&#233;rialisme a d&#233;velopp&#233; une tendance plus &#171; nivelante &#187; que le capitalisme pr&#233;-imp&#233;rialiste, pour la raison que le capital financier est la forme de capital la plus &#233;lastique. Mais il est incontestable qu'il existe aujourd'hui aussi de grandes in&#233;galit&#233;s en mati&#232;re de d&#233;veloppement. Mais si l'on soutient qu'au XIXe si&#232;cle, avant l'imp&#233;rialisme, le capitalisme se d&#233;veloppait de mani&#232;re moins in&#233;gale, et que la th&#233;orie de la possibilit&#233; du socialisme dans un seul pays &#233;tait donc erron&#233;e &#224; cette &#233;poque, alors qu'aujourd'hui, maintenant que l'imp&#233;rialisme a accru l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du d&#233;veloppement, Si la th&#233;orie du socialisme dans un pays est devenue exacte, alors cette affirmation contredit toute l'exp&#233;rience historique et renverse compl&#232;tement les faits. Non, cela ne suffira pas ; il faut chercher d'autres arguments, plus s&#233;rieux : le camarade Staline a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui nient la possibilit&#233; de l'instauration du socialisme dans un seul pays doivent en m&#234;me temps nier la l&#233;gitimit&#233; de la R&#233;volution d'Octobre. (Staline, Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, p. 215)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1918, L&#233;nine nous a dit que l'instauration du socialisme n&#233;cessite la coop&#233;ration directe de certains pays avanc&#233;s, &#171; parmi lesquels nous ne pouvons pas compter la Russie &#187;. Pourtant L&#233;nine n'a pas ni&#233; le caract&#232;re justifiable de la R&#233;volution d'Octobre. Et il &#233;crivait &#224; ce propos en 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il y a des gens ing&#233;nieux (cela a &#233;t&#233; &#233;crit contre les partisans de Kautsky et de Suchanov) qui se croient tr&#232;s intelligents et se disent m&#234;me socialistes ; ceux-ci soutiennent que nous n'aurions pas d&#251; prendre le pouvoir avant que la r&#233;volution n'ait &#233;clat&#233; dans tous les pays. Ils ne se rendent pas compte qu'en parlant ainsi, ils s'&#233;cartent de la r&#233;volution et passent du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie. Attendre que les masses travailleuses accomplissent la r&#233;volution internationale, c'est attendre que nous soyons raides et rigides, attendre que nous mourrions de froid. &#199;a n'a pas de sens ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;sol&#233;, mais &#231;a continue comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'a pas de sens. La difficult&#233; de la r&#233;volution est connue de nous tous. Car la victoire finale ne peut avoir lieu qu'&#224; l'&#233;chelle internationale et ne peut &#234;tre obtenue que gr&#226;ce aux efforts conjoints des travailleurs de tous les pays. (L&#233;nine, vol. 15, page 287, &#233;crit le 14 mai 1918.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, L&#233;nine n'a pas ni&#233; le &#171; caract&#232;re justifiable &#187; de la R&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin. En 1921 &#8211; non pas en 1914, mais en 1921 &#8211; L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes avanc&#233;s, il existe une classe de travailleurs agricoles, cr&#233;&#233;e par des d&#233;cennies de travail salari&#233;. Ce n'est que dans les pays o&#249; cette classe est suffisamment d&#233;velopp&#233;e que la transition du capitalisme au socialisme est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il ne s'agit pas d'intervention mais de niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique et d'&#233;volution des rapports de classes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nombre de nos ouvrages et dans toutes nos d&#233;clarations dans la presse, nous avons soulign&#233; que tel n'est pas le cas en Russie, que les ouvriers industriels y sont en minorit&#233; et que l'&#233;crasante majorit&#233; sont de petits agriculteurs. La r&#233;volution sociale dans un pays comme celui-ci ne peut finalement r&#233;ussir qu'&#224; deux conditions : premi&#232;rement, &#224; la condition qu'elle soit soutenue au moment opportun par la r&#233;volution sociale dans un ou plusieurs pays plus avanc&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre condition est l'entente entre le prol&#233;tariat et la majorit&#233; de la population paysanne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que seule une entente avec la paysannerie peut sauver la r&#233;volution socialiste en Russie, aussi longtemps que la r&#233;volution sociale n'a pas &#233;clat&#233; dans d'autres pays. Cela doit &#234;tre d&#233;clar&#233; ouvertement &#224; toutes les r&#233;unions et dans toute la presse. (L&#233;nine, discours au Xe Congr&#232;s du Parti RCP, 1921)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'a pas d&#233;clar&#233; que l'entente avec la paysannerie suffisait pour construire le socialisme ind&#233;pendamment du sort du prol&#233;tariat international. Non, cette compr&#233;hension n'est qu'une des conditions. L'autre condition est le soutien que d'autres pays doivent apporter &#224; la r&#233;volution. Il combine ces deux conditions, soulignant leur n&#233;cessit&#233; particuli&#232;re pour nous qui vivons dans un pays arri&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, on me reproche d'avoir d&#233;clar&#233; qu'&#171; un v&#233;ritable progr&#232;s de l'&#233;conomie socialiste en Russie n'est possible qu'apr&#232;s la victoire du prol&#233;tariat dans les pays les plus importants d'Europe &#187;. Il est probable, camarades, que nous sommes devenus inexacts dans l'emploi de divers termes. Qu'entend-on par &#171; &#233;conomie socialiste &#187; au sens strict du terme ? Nous avons de grands succ&#232;s &#224; enregistrer et nous en sommes naturellement fiers. J'ai tent&#233; de les d&#233;crire dans mon livret, Vers le socialisme ou le capitalisme, pour mieux comprendre l'ampleur de ces succ&#232;s. Les th&#232;ses du camarade Rykov affirment que nous nous rapprochons du niveau d'avant-guerre. Mais ce n'est pas tout &#224; fait exact. Notre population est-elle la m&#234;me qu'avant la guerre ? Non, c'est plus grand. Et la consommation moyenne de biens industriels par habitant est consid&#233;rablement inf&#233;rieure &#224; celle de 1913. Le Conseil &#233;conomique supr&#234;me du peuple estime qu'&#224; cet &#233;gard, nous ne retrouverons le niveau d'avant-guerre qu'en 1930. Et puis, quel &#233;tait le niveau de 1913 ? C'&#233;tait le niveau de la mis&#232;re, du retard, de la barbarie. Si nous parlons d'&#233;conomie socialiste et d'un progr&#232;s r&#233;el de l'&#233;conomie socialiste, nous entendons : pas d'antagonisme entre la ville et la campagne, contenu g&#233;n&#233;ral, prosp&#233;rit&#233;, culture. C'est ce que nous entendons par le progr&#232;s r&#233;el de l'&#233;conomie socialiste. Et nous sommes encore loin de cet objectif. Nous avons des enfants indigents, nous avons des ch&#244;meurs, des villages viennent chaque ann&#233;e trois millions de travailleurs superflus, dont un demi-million cherchent du travail dans les villes, o&#249; les industries ne peuvent en absorber plus de 1 100 000 par an. Nous avons le droit d'&#234;tre fiers de ce que nous avons accompli, mais nous ne devons pas d&#233;former la perspective historique. Ce que nous avons accompli n'est pas encore un v&#233;ritable progr&#232;s de l'&#233;conomie socialiste, mais seulement les premiers pas s&#233;rieux sur ce long pont menant du capitalisme au socialisme. Est-ce la m&#234;me chose ? En aucun cas. Le passage cit&#233; contre moi disait la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'avons pas encore achev&#233; les fondations de notre &#233;conomie socialiste, et les forces hostiles du capitalisme en voie de disparition pourraient encore nous en priver &#224; nouveau. Cela doit &#234;tre clairement reconnu et ouvertement admis, car il n'y a rien de plus dangereux que les illusions et les vertiges, surtout &#224; de grandes hauteurs. Et il n'y a rien d'&#171; effrayant &#187;, rien qui puisse donner la moindre cause de d&#233;sespoir, dans la reconnaissance de cette am&#232;re v&#233;rit&#233;, car nous avons toujours proclam&#233; et r&#233;p&#233;t&#233; cette v&#233;rit&#233; &#233;l&#233;mentaire du marxisme, &#224; savoir que les efforts conjoints des travailleurs de certains pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires &#224; la victoire du socialisme. (L&#233;nine, &#338;uvres compl&#232;tes, &#233;dition russe, vol. XX/2, page 487.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas ici d'une intervention, mais des efforts conjoints de plusieurs pays avanc&#233;s pour l'instauration du socialisme. Ou bien L&#233;nine a-t-il &#233;crit cela avant l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, avant que soit connue la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal ? Non, il a &#233;crit ceci en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant un autre passage, dans l'article sur les coop&#233;ratives, un seul passage, qui s'oppose &#224; tout le reste de ce qu'a &#233;crit L&#233;nine, ou plut&#244;t, on tente ainsi de s'y opposer. (Une voix : &#171; Accidentellement ! &#187;) Pas du tout par accident. Je suis enti&#232;rement d'accord avec la phrase. Il faut bien le comprendre. Le passage est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, tous les grands moyens de production sont en possession de l'&#201;tat, le pouvoir d'&#201;tat est entre les mains du prol&#233;tariat : l'alliance de ce prol&#233;tariat avec les millions de paysans pauvres et les plus pauvres, la s&#233;curit&#233; du direction de ce prol&#233;tariat sur la paysannerie, etc. ; n'est-ce pas l&#224; tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir construire &#224; partir des coop&#233;ratives, des coop&#233;ratives seules, que nous traitions autrefois d'une mani&#232;re de belle-m&#232;re, comme de petites affaires de commer&#231;ants et que nous sommes maintenant justifi&#233;s &#224; un certain point ? Dans quelle mesure en traitant ainsi dans le cadre de la NEP &#8211; pour construire &#224; partir des seules coop&#233;ratives un &#233;tat de soci&#233;t&#233; socialiste complet ? Ce n'est pas encore l'instauration de l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste, mais c'est tout ce qui est n&#233;cessaire et suffisant pour cette r&#233;alisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Une voix : &#171; Vous lisez beaucoup trop vite. &#187; Rires) Alors il faudra m'accorder encore quelques minutes, camarades. (Rires. Une voix : &#171; Bien ! &#187;) N'est-ce pas ? Je suis d'accord. (Une voix : &#171; C'est exactement ce que nous voulons. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la question ici ? Quels &#233;l&#233;ments sont ici &#233;num&#233;r&#233;s ? En premier lieu, la possession des moyens de production ; dans le second, le pouvoir du prol&#233;tariat ; troisi&#232;mement, l'alliance entre le prol&#233;tariat et la paysannerie ; quatri&#232;mement, la direction prol&#233;tarienne de la paysannerie et cinqui&#232;mement, les coop&#233;ratives. Je vous le demande : l'un d'entre vous croit-il que le socialisme puisse s'&#233;tablir dans un seul pays isol&#233; ? Le prol&#233;tariat bulgare pourrait-il &#224; lui seul, s'il avait la paysannerie derri&#232;re lui, prendre le pouvoir, construire les coop&#233;ratives et instaurer le socialisme ? Non, ce serait impossible. Par cons&#233;quent, d'autres &#233;l&#233;ments sont n&#233;cessaires en plus de ce qui pr&#233;c&#232;de : la situation g&#233;ographique, la richesse naturelle, les techniques et la culture. L&#233;nine &#233;num&#232;re ici les conditions du pouvoir d'&#201;tat, les rapports de propri&#233;t&#233; et les formes d'organisation des coop&#233;ratives. Rien de plus. Et il dit que pour &#233;tablir le socialisme, nous n'avons pas besoin de prol&#233;tariser la paysannerie, ni de nouvelles r&#233;volutions, mais que nous sommes capables, avec le pouvoir entre nos mains, en alliance avec la paysannerie et avec l'aide des coop&#233;ratives. , pour mener &#224; bien notre t&#226;che &#224; travers l'action de ces formes et m&#233;thodes &#233;tatiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, camarades, nous connaissons une autre d&#233;finition du socialisme que L&#233;nine a donn&#233;e. Selon cette d&#233;finition, le socialisme &#233;quivaut au pouvoir sovi&#233;tique plus l'&#233;lectrification. L'&#233;lectrification est-elle annul&#233;e dans le passage qui vient d'&#234;tre cit&#233; ? Non, ce n'est pas annul&#233;. Tout ce que L&#233;nine a dit par ailleurs sur l'instauration du socialisme &#8211; et j'en ai donn&#233; plus haut des formulations claires &#8211; est compl&#233;t&#233; par cette citation, mais non annul&#233;. Car l'&#233;lectrification ne doit pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e dans le vide, mais dans certaines conditions, dans les conditions impos&#233;es par le march&#233; mondial et l'&#233;conomie mondiale, qui sont des faits tr&#232;s tangibles. L'&#233;conomie mondiale n'est pas une simple g&#233;n&#233;ralisation th&#233;orique, mais une r&#233;alit&#233; pr&#233;cise et puissante, dont les lois nous englobent ; un fait dont chaque ann&#233;e de notre d&#233;veloppement nous convainc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle th&#233;orie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder cela en d&#233;tail, je voudrais vous rappeler ce qui suit : Certains de nos camarades, avant de cr&#233;er une th&#233;orie enti&#232;rement nouvelle, et &#224; mon avis totalement fausse, bas&#233;e sur une interpr&#233;tation unilat&#233;rale de l'article de L&#233;nine sur les coop&#233;ratives avaient un point de vue tout &#224; fait diff&#233;rent. En 1924, le camarade Staline ne disait pas la m&#234;me chose qu'aujourd'hui. Cela a &#233;t&#233; soulign&#233; au XIVe Congr&#232;s du Parti, mais le passage cit&#233; n'a pas disparu pour autant, mais est rest&#233; pleinement conserv&#233; m&#234;me en 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de remporter la victoire finale du socialisme dans un seul pays sans les efforts conjoints des prol&#233;tariats de plusieurs pays avanc&#233;s ? Non, c'est impossible. Les efforts d'un seul pays suffisent pour renverser la bourgeoisie &#8211; c'est ce que montre l'histoire de notre r&#233;volution. Mais pour la victoire finale du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout d'un pays aussi agraire que la Russie, ne suffisent pas ; pour cela, les efforts des prol&#233;tariats de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires. (Les Principes du l&#233;ninisme, avril 1924.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit par Staline en 1924, mais la r&#233;solution ne me cite que jusqu'en 1922. (Rires) Oui, c'est ce qui a &#233;t&#233; dit en 1924 : Pour l'organisation de l'&#233;conomie socialiste &#8211; non pour se prot&#233;ger contre l'intervention, non pour garantir contre la restauration. de l'ordre capitaliste, non, non, mais pour &#171; l'organisation de la production socialiste &#187;, les efforts d'un seul pays, surtout d'un pays aussi agraire que la Russie, ne suffisent pas. Le camarade Staline a renonc&#233; &#224; ce point de vue. Il a bien s&#251;r le droit de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les d&#233;fauts de cette formulation ? Elles consistent en ce qu'il r&#233;unit deux questions diff&#233;rentes : la question de la possibilit&#233; d'&#233;tablir le socialisme dans un seul pays, par ses propres efforts &#8211; &#224; laquelle une r&#233;ponse affirmative doit &#234;tre donn&#233;e ; et la question de savoir si un pays dans lequel la dictature du prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;tablie peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme compl&#232;tement &#224; l'abri d'une intervention, et par cons&#233;quent comme compl&#232;tement &#224; l'abri d'une restauration de l'ordre capitaliste, &#224; moins qu'une r&#233;volution victorieuse n'ait eu lieu dans un certain nombre de pays. d'autres pays &#8211; auxquels une r&#233;ponse n&#233;gative doit &#234;tre donn&#233;e. (Staline, Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, page 44, 1926.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous me permettez de le dire, on ne retrouve pas ces deux questions confondues dans le premier passage cit&#233;, datant de 1924. Il ne s'agit pas ici d'intervention, mais uniquement de l'impossibilit&#233; de l'organisation compl&#232;te de une production compl&#232;tement socialis&#233;e gr&#226;ce aux efforts seuls d'un pays paysan comme la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vraiment, camarades, toute la question peut-elle se r&#233;duire &#224; une question d'intervention ? Pouvons-nous simplement imaginer que nous instaurons le socialisme ici, dans cette maison, pendant que les ennemis dehors, dans la rue, jettent des pierres &#224; travers les vitres ? La question n'est pas si simple. L'intervention, c'est la guerre, et la guerre est la continuation de la politique, mais avec d'autres armes. Mais la politique est une &#233;conomie appliqu&#233;e. Toute la question rel&#232;ve donc des relations &#233;conomiques entre l'Union sovi&#233;tique et les pays capitalistes. Ces relations ne s'&#233;puisent pas sous cette seule forme connue sous le nom d'intervention. Ils poss&#232;dent un caract&#232;re beaucoup plus continu et profond. Le camarade Boucharine a d&#233;clar&#233; en termes tr&#232;s clairs que le seul danger d'une intervention r&#233;side dans le fait qu'en cas d'absence d'intervention :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... nous pouvons travailler au socialisme m&#234;me sur cette mis&#233;rable base technique (nous pouvons y travailler, c'est vrai. &#8211; LT), que cette croissance du socialisme sera beaucoup plus lente, que nous avancerons &#224; pas de tortue ; mais nous travaillerons quand m&#234;me au socialisme et nous le r&#233;aliserons. (Au XIVe Congr&#232;s du Parti)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous travaillons vers le socialisme. Il est incontestable que nous y parviendrons main dans la main avec le prol&#233;tariat mondial. (Rires) &#192; mon avis, il n'est pas de bon ton de rire lors d'une conf&#233;rence communiste lorsque l'on parle de la r&#233;alisation du socialisme main dans la main avec le prol&#233;tariat international. (Rires. Voix : &#171; Pas de d&#233;magogie ! &#187; &#171; Vous ne pouvez pas nous attraper avec &#231;a !! &#187;) Mais je vous dis que nous ne r&#233;aliserons jamais le socialisme &#224; la vitesse d'un escargot, car les march&#233;s mondiaux exercent un contr&#244;le trop strict sur nous. (Une voix : &#171; Vous &#234;tes tout &#224; fait alarm&#233; ! &#187;) Comment le camarade Boucharine imagine-t-il cette prise de conscience ? Dans son dernier article dans Le Bolchevik, qui, je dois le dire, est l'ouvrage le plus scolastique jamais sorti de la plume de Boucharine (rires), il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir si nous pouvons &#339;uvrer au socialisme et l'instaurer si nous faisons abstraction de cela des questions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez simplement ceci : &#171; Si nous pouvons &#339;uvrer au socialisme et l'&#233;tablir, si nous extrayons cette question des questions internationales. &#187; Si nous accomplissons cette &#171; abstraction &#187;, alors bien s&#251;r, le reste est facile. Mais nous ne pouvons pas. C'est tout l'int&#233;r&#234;t. (Rire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de se promener nu dans les rues de Moscou en janvier, si l'on parvient &#224; s'abstraire de la m&#233;t&#233;o et de la police. (Rires) Mais j'ai peur que cette abstraction &#233;choue, tant en ce qui concerne la m&#233;t&#233;o que la police, si nous essayions. (Rire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le r&#233;p&#233;tons encore une fois : il s'agit de forces int&#233;rieures et non de dangers li&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur. Il s'agit donc du caract&#232;re de la r&#233;volution. (Boucharine, n&#176; 19/20 du Bolchevik)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de notre r&#233;volution, ind&#233;pendant des relations internationales. Depuis quand existe ce caract&#232;re autarcique de notre r&#233;volution ? Je maintiens que notre r&#233;volution, telle que nous la connaissons, n'existerait pas du tout sans deux conditions internationales pr&#233;alables : premi&#232;rement, le facteur du capital financier, qui, dans sa cupidit&#233;, a f&#233;cond&#233; notre d&#233;veloppement &#233;conomique, et deuxi&#232;mement, le marxisme, quintessence th&#233;orique du mouvement ouvrier international, qui a f&#233;cond&#233; notre lutte prol&#233;tarienne. Cela signifie que la r&#233;volution se pr&#233;parait, avant 1917, &#224; ces carrefours o&#249; se rencontrent les grandes forces du monde. De ce choc de forces est n&#233;e la grande guerre, et de l&#224; la R&#233;volution d'Octobre. Et maintenant, on nous dit de nous abstraire de la situation internationale et de construire nous-m&#234;mes notre socialisme chez nous. C'est une m&#233;thode de pens&#233;e m&#233;taphysique. Il n'y a aucune possibilit&#233; d'abstraction de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'exportation ? Une affaire interne ou internationale ? Les marchandises &#224; exporter doivent &#234;tre produites dans le pays, c'est donc une question interne. Mais ils doivent &#234;tre export&#233;s &#224; l'&#233;tranger, il s'agit donc d'une transaction internationale. Et qu'est-ce que l'importation ? L'importation est internationale ! Les marchandises doivent &#234;tre achet&#233;es &#224; l'&#233;tranger. Mais il faut les introduire dans le pays, c'est donc une affaire int&#233;rieure apr&#232;s tout. (Rires) Cet exemple d'importation et d'exportation suffit &#224; lui seul &#224; faire s'effondrer toute la th&#233;orie du camarade Boucharine, qui propose une &#171; abstraction &#187; de la situation internationale. Le succ&#232;s de l'&#233;dification socialiste d&#233;pend de la rapidit&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique, et cette rapidit&#233; est aujourd'hui d&#233;termin&#233;e directement et plus fortement que jamais par les importations de mati&#232;res premi&#232;res et de machines. Certes, nous pouvons nous soustraire &#224; la p&#233;nurie de titres &#233;trangers et commander davantage de coton et de machines. Mais nous ne pouvons le faire qu'une seule fois. Une seconde fois, nous ne pourrons pas accomplir cette abstraction. (Rires) L'ensemble de notre travail constructif est d&#233;termin&#233; par les conditions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on me demande si notre &#201;tat est prol&#233;tarien, je ne peux que r&#233;pondre que la question est d&#233;plac&#233;e. Si vous ne souhaitez pas porter votre jugement sur deux ou trois mots pris au hasard dans un rapport st&#233;nographique non corrig&#233;, mais sur ce que j'ai dit et &#233;crit dans des dizaines de discours et d'articles - et c'est la seule fa&#231;on de former un jugement jugement sur les opinions des uns et des autres &#8211; si nous ne voulons pas nous tromper avec une phrase non corrig&#233;e, mais cherchons &#224; comprendre les opinions r&#233;elles des uns et des autres, alors vous devez admettre sans h&#233;sitation que je me joins &#224; vous pour consid&#233;rer notre Etat comme un Etat prol&#233;tarien. J'ai d&#233;j&#224; r&#233;pondu par plusieurs citations &#224; la question de savoir si cet &#201;tat &#233;difie le socialisme. Si vous demandez s'il existe dans ce pays suffisamment de forces et de moyens pour r&#233;aliser compl&#232;tement l'instauration du socialisme d'ici trente ou cinquante ans, ind&#233;pendamment de ce qui se passe dans le monde ext&#233;rieur, alors je dois r&#233;pondre que la question est pos&#233;e dans un sens. forme totalement fausse. Nous disposons des forces suffisantes pour promouvoir l'&#339;uvre de socialisation et, par l&#224; m&#234;me, pour aider le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, qui n'a pas moins de chances de conqu&#233;rir le pouvoir dans dix, vingt ou trente ans que nous n'en avons d'instaurer le socialisme ; ce n'est pas une perspective moindre, mais une perspective bien plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous le demande, camarades &#8211; et c'est sur cet axe que tourne toute la question &#8211; que se passera-t-il en Europe pendant que nous travaillons &#224; notre socialisation ? Vous r&#233;pondez : Nous &#233;tablirons le socialisme dans notre pays, ind&#233;pendamment de ce qui se passe dans le monde entier. Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps faudra-t-il pour instaurer le socialisme ? L&#233;nine &#233;tait d'avis que nous n'aurons pas instaur&#233; le socialisme en vingt ans, &#233;tant donn&#233; que notre pays agraire est tr&#232;s arri&#233;r&#233;. Et dans trente ans nous ne l'aurons pas non plus &#233;tabli. Prenons trente &#224; cinquante ans au minimum. Que va-t-il se passer en Europe pendant tout ce temps ? Je ne peux pas faire de pronostic pour notre pays sans inclure un pronostic pour l'Europe. Il peut y avoir quelques variations. Si vous dites que le prol&#233;tariat europ&#233;en sera certainement arriv&#233; au pouvoir dans les trente &#224; cinquante prochaines ann&#233;es, alors cela ne fait plus aucun doute. Car si le prol&#233;tariat europ&#233;en prend le pouvoir dans les dix, vingt ou trente prochaines ann&#233;es, alors la position du socialisme sera assur&#233;e, tant dans notre pays qu'au niveau international. Mais vous pensez probablement que nous devons imaginer un avenir dans lequel le prol&#233;tariat europ&#233;en n'acc&#233;dera pas au pouvoir ? Sinon pourquoi tout ton pronostic ? Par cons&#233;quent, je vous demande, &#224; votre avis, que va-t-il se passer en Europe &#224; cette &#233;poque ? D'un point de vue purement th&#233;orique, trois variantes sont possibles. L'Europe h&#233;sitera autour du niveau d'avant-guerre, comme c'est le cas aujourd'hui, le prol&#233;tariat et la bourgeoisie oscillant entre eux et maintenant simplement un &#233;quilibre. Il faut cependant qualifier cet &#171; &#233;quilibre &#187; d'inconstant, car il l'est extr&#234;mement. Cette situation ne peut pas durer vingt, trente ou quarante ans. Il faut d&#233;cider d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyez-vous que le capitalisme retrouvera un &#233;quilibre dynamique renouvel&#233; ? Croyez-vous que le capitalisme puisse assurer une nouvelle p&#233;riode d'ascendant, une reproduction nouvelle et &#233;tendue de ce processus qui a eu lieu avant la guerre imp&#233;rialiste ? Si vous croyez que cela est possible (je ne crois pas moi-m&#234;me que le capitalisme ait une telle perspective devant lui), si vous le permettez, ne serait-ce qu'en th&#233;orie, pour un instant, cela signifierait que le capitalisme n'a pas encore rempli sa mission historique en Europe et dans le reste du monde. du monde, et que le capitalisme actuel n'est pas un capitalisme imp&#233;rialiste et en d&#233;composition, mais un capitalisme toujours en voie de modernisation, d&#233;veloppant l'&#233;conomie et la culture. Et cela voudrait dire que nous sommes apparus trop t&#244;t sur la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Le camarade Trotsky a largement d&#233;pass&#233; le temps qui lui &#233;tait imparti. Il parle depuis plus d'une heure et demie. Il demande cinq minutes suppl&#233;mentaires. Je prendrai votre vote. Qui est pour ? Qui est contre ? Quelqu'un demande-t-il un nouveau vote ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Je demande un nouveau vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Qui est favorable &#224; ce que cinq minutes suppl&#233;mentaires soient accord&#233;es au camarade Trotsky ? Qui est contre ? La majorit&#233; est contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Je souhaitais utiliser ces cinq minutes pour un bref r&#233;sum&#233; des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Je vais reprendre le vote. Qui est favorable &#224; ce que le temps de parole du camarade Trotsky soit prolong&#233; de cinq minutes ? Les partisans brandissent les billets de leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s. Qui est contre ? La majorit&#233; y est favorable. Il vaut mieux prolonger le temps que de compter les votes pendant cinq minutes. Le camarade Trotsky continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Si l'on suppose qu'au cours des trente &#224; cinquante prochaines ann&#233;es dont nous avons besoin pour l'instauration du socialisme, le capitalisme europ&#233;en se d&#233;veloppera vers le haut, alors nous devons en conclure que nous serons certainement &#233;trangl&#233;s ou &#233;cras&#233;s, car le capitalisme ascendant il poss&#233;dera certainement, entre autres choses, des techniques de guerre am&#233;lior&#233;es en cons&#233;quence. Nous sommes en outre conscients qu'un capitalisme dont la prosp&#233;rit&#233; augmente rapidement est tout &#224; fait capable d'entra&#238;ner les masses dans la guerre, aid&#233; par l'aristocratie ouvri&#232;re qu'il est capable de cr&#233;er. Ces sombres perspectives sont, &#224; mon avis, impossibles &#224; r&#233;aliser ; la situation &#233;conomique internationale n'offre aucune base. En tout cas, nous n'avons pas besoin de fonder l'avenir du socialisme dans notre pays sur cette supposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la deuxi&#232;me possibilit&#233; d'un capitalisme en d&#233;clin et en d&#233;composition. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur cette base que le prol&#233;tariat europ&#233;en apprend, lentement mais s&#251;rement, l'art de faire la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible d'imaginer que le capitalisme europ&#233;en poursuivra son processus de d&#233;cadence pendant trente &#224; cinquante ans et que le prol&#233;tariat restera pendant ce temps incapable d'accomplir la r&#233;volution ? Je demande pourquoi je devrais accepter cette hypoth&#232;se, qui ne peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e que comme l'hypoth&#232;se d'un pessimisme infond&#233; et tr&#232;s profond &#224; l'&#233;gard du prol&#233;tariat europ&#233;en, et en m&#234;me temps d'un optimisme non critique &#224; l'&#233;gard de l'instauration du socialisme par le peuple sans aide. forces de notre pays ? En quoi le devoir th&#233;orique ou politique d'un communiste peut-il &#234;tre d'accepter l'hypoth&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat europ&#233;en n'aura pas pris le pouvoir dans les quarante &#224; cinquante prochaines ann&#233;es ? (S'il prend le pouvoir, alors le sujet de controverse dispara&#238;t.) Je maintiens que je ne vois aucune raison th&#233;orique ou politique de croire que nous construirons le socialisme avec la coop&#233;ration de la paysannerie plus facilement que le prol&#233;tariat europ&#233;en ne prendra le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Le prol&#233;tariat europ&#233;en a les plus grandes chances. Et si tel est le cas, alors je vous demande : pourquoi ces deux &#233;l&#233;ments s'opposent-ils, au lieu de se combiner comme les &#171; deux conditions &#187; de L&#233;nine ? Pourquoi exige-t-on la reconnaissance th&#233;orique de l'instauration du socialisme dans un seul pays ? Qu'est-ce qui a donn&#233; naissance &#224; ce point de vue ? Pourquoi cette question n'a-t-elle jamais &#233;t&#233; pos&#233;e par personne avant 1925 ? (Une voix : &#171; C'&#233;tait le cas ! &#187;) Ce n'est pas le cas, cela n'a jamais &#233;t&#233; avanc&#233;. M&#234;me le camarade Staline &#233;crivait en 1924 que les efforts d'un pays agraire &#233;taient insuffisants pour instaurer le socialisme. Aujourd'hui, je reste fermement convaincu que la victoire du socialisme dans notre pays n'est possible qu'en conjonction avec la r&#233;volution victorieuse du prol&#233;tariat europ&#233;en. Cela ne veut pas dire que nous ne travaillons pas en faveur d'un &#233;tat de soci&#233;t&#233; socialiste ou que nous ne devons pas poursuivre ce travail avec toute l'&#233;nergie possible. De m&#234;me que l'ouvrier allemand se pr&#233;pare &#224; prendre le pouvoir, nous pr&#233;parons le socialisme de l'avenir, et chaque succ&#232;s que nous pouvons enregistrer facilite la lutte du prol&#233;tariat allemand, tout comme sa lutte facilite notre progr&#232;s socialiste. C'est la seule v&#233;ritable vision internationale que l'on puisse adopter de notre travail pour la r&#233;alisation de l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, je r&#233;p&#232;te les paroles que j'ai prononc&#233;es au pl&#233;num du CC : ne croyions-nous pas que notre &#201;tat est un &#201;tat prol&#233;tarien, bien qu'avec des d&#233;formations bureaucratiques, c'est-&#224;-dire un &#201;tat qui devrait &#234;tre mis en contact beaucoup plus &#233;troit avec la classe ouvri&#232;re ? , malgr&#233; de nombreuses opinions bureaucratiques erron&#233;es affirmant le contraire ; ne croyions-nous pas que notre d&#233;veloppement &#233;tait socialiste ? ne croyions-nous pas que notre pays poss&#233;dait les moyens ad&#233;quats pour promouvoir l'&#233;conomie socialiste ? si nous n'&#233;tions pas convaincus de notre victoire compl&#232;te et d&#233;finitive : alors, il va sans dire, notre place ne serait pas dans les rangs d'un Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition peut et doit s'appr&#233;cier selon ces deux crit&#232;res : elle peut accepter l'une ou l'autre ligne. Ceux qui croient que notre Etat n'est pas un Etat prol&#233;tarien et que notre d&#233;veloppement n'est pas socialiste doivent diriger le prol&#233;tariat contre un tel Etat et fonder un autre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceux qui croient que notre Etat est un Etat prol&#233;tarien, mais avec des d&#233;formations bureaucratiques form&#233;es sous la pression des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois et de l'encerclement capitaliste ; qui croient que notre d&#233;veloppement est socialiste, mais que notre politique &#233;conomique n'assure pas suffisamment la redistribution n&#233;cessaire du revenu national ; ceux-ci doivent combattre avec les m&#233;thodes et les moyens du parti ce qu'ils consid&#232;rent comme faux, erron&#233; ou dangereux, mais doivent en m&#234;me temps partager l'enti&#232;re responsabilit&#233; de toute la politique du parti et de l'Etat ouvrier. (Le pr&#233;sident sonne.) J'ai presque fini. Encore une minute et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que les conflits internes au parti se sont caract&#233;ris&#233;s ces derniers temps par une extr&#234;me acuit&#233; de forme et par une attitude fractionn&#233;e. Il est incontestable que cette aggravation partielle du conflit de la part de l'opposition &#8211; quelles que soient les pr&#233;misses qui l'ont suscit&#233;e &#8211; pourrait &#234;tre interpr&#233;t&#233;e, et a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e par une large partie des membres du parti, comme signifiant que les divergences de vues l'opinion &#233;tait arriv&#233;e &#224; un point qui rendait impossible une collaboration commune, c'est-&#224;-dire qu'elle pouvait conduire &#224; une scission. Cela signifie un &#233;cart &#233;vident entre les moyens et les objectifs, c'est-&#224;-dire entre les objectifs pour lesquels l'opposition a voulu lutter et les moyens qu'elle a employ&#233;s pour une raison ou une autre. C'est pour cette raison que nous avons reconnu ce moyen &#8211; la fraction &#8211; comme d&#233;fectueux, et non pour une raison quelconque d&#233;coulant de la pr&#233;sente consid&#233;ration. (Une voix : &#171; Vos forces &#233;taient insuffisantes ; vous avez &#233;t&#233; vaincus ! &#187;) Nous reconnaissons cela en tenant compte de l'ensemble de la situation interne du parti. Le but et l'objet de la d&#233;claration du 16 octobre &#233;taient de d&#233;fendre nos vues, mais de le faire dans le respect des limites fix&#233;es par notre travail commun et notre solidarit&#233; de responsabilit&#233; pour l'ensemble de la politique du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, quel est le danger objectif que repr&#233;sente la r&#233;solution sur la d&#233;viation social-d&#233;mocrate ? Le danger r&#233;side dans le fait qu'il nous pr&#234;te des vues qui conduiraient n&#233;cessairement, non seulement &#224; une politique fractionn&#233;e, mais &#224; une politique de deux partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;solution a la tendance objective de transformer aussi bien la d&#233;claration du 16 octobre que le communiqu&#233; du CC en fragments de papier qui, avec satisfaction... (Une voix : &#171; Est-ce une menace ? &#187;) Non, camarades, ce n'est pas une menace. . C'est ma derni&#232;re pens&#233;e que d'prof&#233;rer une quelconque menace. (Une voix : &#171; Pourquoi soulever cela encore ? &#187;) Vous entendrez dans un instant. Encore quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, l'acceptation de cette r&#233;solution sera pr&#233;judiciable, mais pour autant que je puisse juger de l'attitude de la soi-disant opposition, en particulier des camarades dirigeants, l'acceptation de cette r&#233;solution ne nous fera pas d&#233;vier de la ligne de la d&#233;claration du 16 octobre. Nous n'acceptons pas les vues qui nous sont impos&#233;es. Nous n'avons pas l'intention d'&#233;largir artificiellement les divergences, ni de les aggraver et de pr&#233;parer ainsi une rechute dans la lutte fractionn&#233;e. Au contraire, chacun de nous, sans chercher &#224; minimiser les divergences d'opinions existantes, s'efforcera d'adapter ces divergences dans le cadre de notre travail continu et de notre responsabilit&#233; commune dans la politique du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui 16 d&#233;cembre, le repr&#233;sentant du Conseil du GPU Volinsky m'a transmis oralement l'ultimatum suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail de vos propres coll&#232;gues dans le pays &#187; &#8211; a-t-il d&#233;clar&#233; presque litt&#233;ralement &#8211; &#8203;&#8203;&#171; a r&#233;cemment pris un caract&#232;re ouvertement contre-r&#233;volutionnaire. Les conditions dans lesquelles vous vivez &#224; Alma Alta vous offrent toutes les possibilit&#233;s de diriger ce travail. C'est pour cette raison que le Conseil de la Gu&#233;p&#233;ou a d&#233;cid&#233; d'exiger de vous la promesse cat&#233;gorique de mettre fin &#224; ce travail, sinon le Conseil sera oblig&#233; de modifier vos conditions d'existence dans le sens d'un isolement complet de la vie politique. A cet &#233;gard, la question du changement de lieu de r&#233;sidence se pose &#233;galement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;clar&#233; au repr&#233;sentant du GPU que je ne lui donnerais qu'une r&#233;ponse &#233;crite &#224; une formulation &#233;crite. Mon refus de r&#233;pondre oralement &#224; la Gu&#233;p&#233;ou s'expliquait par des exp&#233;riences ant&#233;rieures ; mes paroles seraient malicieusement d&#233;form&#233;es afin d'induire en erreur les masses laborieuses de l'URSS et du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, quelles que soient les mesures ult&#233;rieures que devra prendre la Gu&#233;p&#233;ou, qui ne joue apr&#232;s tout aucun r&#244;le ind&#233;pendant dans cette affaire mais se contente d'ex&#233;cuter techniquement l'ancienne d&#233;cision de la fraction &#233;troite de Staline que je connais depuis un certain temps, j'estime qu'il est n&#233;cessaire de soumettre ce qui suit au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique et au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exiger que je renonce &#224; mon activit&#233; politique, c'est exiger que j'abjure la lutte pour les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat international, lutte que je m&#232;ne sans interruption depuis trente-deux ans, c'est-&#224;-dire pendant toute ma vie consciente. La tentative de pr&#233;senter mon activit&#233; comme &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#233;mane de ceux que j'accuse devant le prol&#233;tariat international de fouler aux pieds les enseignements fondamentaux de Marx et de L&#233;nine, de nuire aux int&#233;r&#234;ts historiques de la r&#233;volution mondiale, de rompre avec le syst&#232;me politique. traditions et h&#233;ritage d'Octobre, de la pr&#233;paration inconsciente &#8211; et donc la plus dangereuse &#8211; du Thermidor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renoncer &#224; l'activit&#233; politique signifierait renoncer &#224; la lutte contre l'aveuglement de la direction actuelle qui accumule sur les difficult&#233;s objectives de la construction socialiste des difficult&#233;s politiques toujours plus grandes qui naissent de l'incapacit&#233; opportuniste de mener une politique prol&#233;tarienne &#224; grande &#233;chelle historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait le renoncement &#224; la lutte contre le r&#233;gime &#233;touffant du Parti qui refl&#232;te la pression croissante des classes ennemies sur l'avant-garde prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait se r&#233;concilier passivement avec la politique &#233;conomique de l'opportunisme, une politique qui sape et d&#233;truit les fondements de la dictature du prol&#233;tariat, qui entrave la croissance mat&#233;rielle et culturelle de cette dictature et qui, en m&#234;me temps, porte des coups durs &#224; l'alliance du prol&#233;tariat. les ouvriers et les paysans travailleurs, base du pouvoir sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renoncement &#224; l'activit&#233; politique signifierait couvrir sous silence la politique d&#233;sastreuse de la direction internationale qui, en Allemagne, en 1923, a conduit &#224; l'abandon de grandes positions r&#233;volutionnaires sans lutte ; une politique qui a tent&#233; de dissimuler ses erreurs opportunistes avec les aventures d'Estonie et de Bulgarie ; qui a mal &#233;valu&#233; la situation internationale au Ve Congr&#232;s et a donn&#233; aux partis des directives qui n'ont fait que les affaiblir et les diviser, une politique qui, &#224; travers le Comit&#233; anglo-russe, a soutenu le Conseil g&#233;n&#233;ral britannique, rempart de la r&#233;action imp&#233;rialiste, dans les mois les plus difficiles pour les r&#233;formistes tra&#238;tres ; qui en Pologne, au tournant int&#233;rieur brutal, transforma l'avant-garde du prol&#233;tariat en arri&#232;re-garde de Pilsudski ; qui en Chine a men&#233; jusqu'au bout la ligne historique du menchevisme et a ainsi aid&#233; la bourgeoisie &#224; d&#233;molir, &#224; saigner et &#224; d&#233;capiter le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ; ce qui a partout affaibli le Komintern et dilapid&#233; son capital id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cesser l'activit&#233; politique signifierait se soumettre passivement &#224; l'&#233;moussement et &#224; la falsification directe de notre arme la plus importante : la m&#233;thode marxiste et les le&#231;ons strat&#233;giques que nous avons acquises dans la lutte sous la direction de L&#233;nine et avec l'aide de cette m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait se r&#233;concilier passivement &#8211; &#8203;&#8203;en en assumant la responsabilit&#233; &#8211; avec la th&#233;orie de la transition du koulak vers le socialisme, avec le mythe de la mission r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie coloniale, avec le mot d'ordre des &#171; partis ouvriers et paysans combin&#233;s &#187;. &#187; pour l'Est, un slogan qui rompt avec les fondements de la th&#233;orie des classes, et enfin &#224; ce qui est le point culminant de toutes ces fables r&#233;actionnaires et bien d'autres, la th&#233;orie du socialisme en un seul pays, le plus grand crime contre l'internationalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile l&#233;niniste du Parti subit des coups depuis 1923, c'est-&#224;-dire depuis la d&#233;faite sans pr&#233;c&#233;dent de la r&#233;volution allemande. La force de ces coups s'est accrue &#224; chaque d&#233;faite successive du prol&#233;tariat international et russe sous la direction opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension th&#233;orique et l'exp&#233;rience politique nous enseignent qu'une p&#233;riode de recul, de r&#233;gression, c'est-&#224;-dire de r&#233;action, peut avoir lieu non seulement apr&#232;s les r&#233;volutions bourgeoises, mais aussi apr&#232;s les r&#233;volutions prol&#233;tariennes. Depuis six ans, nous vivons en URSS dans des conditions de r&#233;action croissante contre Octobre et, avec elle, d'ouverture de la voie &#224; Thermidor. L'expression la plus ouverte et la plus aboutie de cette r&#233;action au sein du Parti est la pers&#233;cution sauvage et l'&#233;crasement organis&#233; de l'aile gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses derni&#232;res tentatives pour r&#233;sister aux thermidoriens d&#233;clar&#233;s, la faction stalinienne a d&#251; emprunter les &#171; d&#233;chets &#187; et les &#171; restes &#187; des id&#233;es de l'opposition. Cr&#233;ativement, il est impuissant. La lutte contre la gauche lui enl&#232;ve toute fermet&#233;. Sa politique pratique est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, fausse, contradictoire et indigne de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre le juste danger, entreprise avec tant de clameur, reste aux trois quarts seulement une campagne simul&#233;e et sert surtout &#224; dissimuler devant les masses la v&#233;ritable guerre d'an&#233;antissement contre les bolcheviks-l&#233;ninistes. La bourgeoisie mondiale et le menchevisme international. ont tous deux b&#233;ni cette guerre : ces juges ont depuis longtemps accord&#233; le &#171; droit historique &#187; &#224; Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette politique aveugle, l&#226;che et incomp&#233;tente d'adaptation &#224; la bureaucratie et &#224; la petite bourgeoisie n'avait pas &#233;t&#233; suivie, la situation des masses laborieuses au cours de la douzi&#232;me ann&#233;e de la dictature serait bien plus favorable ; la d&#233;fense militaire est bien plus ferme et plus fiable ; le Komintern se trouverait dans une position tout &#224; fait diff&#233;rente et n'aurait pas &#224; reculer pas &#224; pas devant la social-d&#233;mocratie tra&#238;tresse et soudoy&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse incurable de cette r&#233;action d'appareil au sein du Parti, malgr&#233; toute sa puissance apparente, r&#233;side dans le fait qu'elle ne sait pas ce qu'elle fait. Il exerce le commandement des classes ennemies. Il ne peut y avoir de plus grande mal&#233;diction historique pour une faction n&#233;e de la R&#233;volution et qui est aujourd'hui en train de la miner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande force historique de l'Opposition, malgr&#233; sa faiblesse momentan&#233;e, r&#233;side dans le fait qu'elle ressent le pouls des processus historiques mondiaux, qu'elle per&#231;oit clairement la dynamique des forces de classe, qu'elle pr&#233;voit l'avenir et s'y pr&#233;pare consciemment. Renoncer &#224; l'activit&#233; politique, ce serait renoncer aux pr&#233;paratifs du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace de changer mes conditions d'existence et de m'isoler de l'activit&#233; politique donne l'impression que je ne suis pas s&#233;par&#233; de Moscou par 4 500 kilom&#232;tres, par 150 kilom&#232;tres de la voie ferr&#233;e la plus proche et &#224; peu pr&#232;s par la m&#234;me distance de la fronti&#232;re des provinces occidentales d&#233;sol&#233;es de Moscou. La Chine, o&#249; le paludisme le plus f&#233;roce partage sa domination avec la l&#232;pre et la peste. Comme si la faction stalinienne, dont l'organe direct est la Gu&#233;p&#233;ou, n'avait pas fait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour m'isoler non seulement de la vie politique, mais aussi de toute autre forme de vie. Les journaux moscovites n'arrivent ici qu'avec un retard de dix jours &#224; un mois, parfois plus. Les lettres ne me parviennent que dans des cas exceptionnels, apr&#232;s avoir tra&#238;n&#233; pendant deux ou trois mois dans les tiroirs de la Gu&#233;p&#233;ou et du Secr&#233;tariat du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux de mes plus proches collaborateurs depuis la guerre civile, les camarades Sermouks et Fosnansky, qui m'accompagnaient volontairement jusqu'&#224; mon lieu d'exil, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s d&#232;s leur arriv&#233;e, jet&#233;s dans une cave avec des criminels de droit commun, puis envoy&#233;s dans les coins les plus recul&#233;s. du Nord. Une lettre de ma fille d&#233;sesp&#233;r&#233;ment malade, que vous avez exclue du Parti et emp&#234;ch&#233;e de tout travail, a mis soixante-treize jours pour me parvenir de l'h&#244;pital, de sorte que ma r&#233;ponse l'a trouv&#233;e n'est plus en vie. Une autre lettre sur la grave maladie de ma deuxi&#232;me fille, que vous avez &#233;galement exclue du Parti et chass&#233;e de tout travail, m'est venue de Moscou il y a un mois, quarante-trois jours apr&#232;s son envoi. Les demandes t&#233;l&#233;graphiques concernant la sant&#233; n'arrivent presque jamais &#224; destination. Dans une situation similaire, voire bien pire, se trouvent des milliers des meilleurs bolcheviks-l&#233;ninistes, dont les services rendus &#224; la r&#233;volution d'Octobre et au prol&#233;tariat international sont infiniment plus grands que ceux de ceux qui les ont exil&#233;s ou emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;parant des r&#233;pressions encore plus cruelles contre l'opposition, la v&#233;ritable faction &#233;troite de Staline, que L&#233;nine qualifiait dans son Testament de grossi&#232;re et d&#233;loyale (&#224; une &#233;poque o&#249; ces caract&#233;ristiques n'avaient pas encore atteint le centi&#232;me de leur d&#233;veloppement actuel), en essayant, avec l'aide de la Gu&#233;p&#233;ou, d'&#233;tablir &#224; la porte de l'opposition une sorte de &#171; lien &#187; avec les ennemis de la dictature. Entre eux, les dirigeants actuels disent : &#171; Nous devons faire cela pour les masses. &#187; Et bien souvent encore plus cyniquement : &#171; C'est pour les niais. &#187; Mon proche collaborateur, Georgi Vassilievitch Butov, secr&#233;taire du Conseil de guerre r&#233;volutionnaire pendant toutes les ann&#233;es de la guerre civile, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et d&#233;tenu dans des conditions inou&#239;es. De cet homme honn&#234;te et modeste, camarade irr&#233;prochable du Parti, ils essay&#232;rent d'extorquer la confirmation de leurs accusations consciemment fabriqu&#233;es et fausses dans l'esprit thermidorien. Butov a r&#233;pondu par une gr&#232;ve de la faim h&#233;ro&#239;que qui a dur&#233; cinquante jours et qui a entra&#238;n&#233; sa mort en prison en septembre de cette ann&#233;e. La violence, les coups, la torture &#8211; physique et morale &#8211; sont inflig&#233;s aux meilleurs ouvriers-bolcheviks pour leur fid&#233;lit&#233; &#224; Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les conditions g&#233;n&#233;rales qui, selon le Conseil de la Gu&#233;p&#233;ou, &#171; ne font aucun obstacle &#187; &#224; l'activit&#233; politique de l'opposition en g&#233;n&#233;ral et de moi-m&#234;me en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace lamentable de modifier ces conditions dans le sens d'un isolement plus strict signifie simplement que la faction stalinienne a d&#233;cid&#233; de remplacer l'exil par l'emprisonnement. Cette d&#233;cision, comme mentionn&#233; ci-dessus, n'est pas nouvelle pour moi. D&#233;j&#224; adopt&#233;e comme perspective en 1924, cette d&#233;cision a &#233;t&#233; progressivement concr&#233;tis&#233;e en une s&#233;rie d'&#233;tapes, afin d'habituer le Parti &#233;cras&#233; et tromp&#233; de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e aux m&#233;thodes de Staline, dont la d&#233;loyaut&#233; au pouvoir a aujourd'hui m&#251;ri au maximum. une malhonn&#234;tet&#233; bureaucratique venimeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la D&#233;claration au VIe Congr&#232;s de l'Internationale communiste, o&#249; nous avons r&#233;fut&#233; les calomnies qui souillent seulement leurs auteurs, nous avons fait conna&#238;tre notre volont&#233; in&#233;branlable de lutter, dans le cadre du Parti, avec toutes les m&#233;thodes de la d&#233;mocratie du Parti, pour les id&#233;es de Marx et de L&#233;nine. sans quoi le Parti &#233;touffe, se p&#233;trifie et s'effondre. Une fois de plus, nous avons manifest&#233; notre volont&#233; in&#233;branlable d'aider, en paroles et en actes, le noyau prol&#233;tarien du Parti &#224; changer le cours politique, &#224; restaurer la sant&#233; du Parti et du pouvoir sovi&#233;tique avec des forces unies &#8211; sans convulsions ni catastrophes. Nous resterons fermes sur ces paroles. A l'accusation de travail fractionnel, nous avons r&#233;pondu qu'il ne peut &#234;tre liquid&#233; imm&#233;diatement que lorsque l'article 58 [1] s'applique perfidement &#224; nous, est rappel&#233; et que nous sommes r&#233;int&#233;gr&#233;s dans le Parti, non pas comme des p&#233;cheurs repentis mais comme des combattants r&#233;volutionnaires qui ne trahissent pas. leur banni&#232;re. Comme si nous avions pr&#233;vu l'ultimatum qui nous est pr&#233;sent&#233; aujourd'hui, nous avons &#233;crit litt&#233;ralement dans la D&#233;claration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seule une bureaucratie corrompue jusqu'&#224; ses racines peut exiger ce renoncement (&#224; l'activit&#233; politique, c'est-&#224;-dire au service du Parti et du prol&#233;tariat international). Seuls des ren&#233;gats m&#233;prisables peuvent faire une telle promesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux rien changer &#224; ces mots. Je les soumets &#224; nouveau au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique et au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, qui portent l'enti&#232;re responsabilit&#233; du travail du GPU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sa part ! Vous voulez continuer &#224; suivre les impulsions des forces de classe hostiles au prol&#233;tariat. Nous connaissons notre devoir. Nous le m&#232;nerons jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LD TROTSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 d&#233;cembre 1928, Alma Alta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1928/12/reply.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1928/12/reply.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, de nouveaux ragots &#233;manant de Moscou ont circul&#233;. L&#233;nine a qualifi&#233; Trotsky de &#171; Judas &#187;. Quand ? O&#249; ? Pourquoi ? Au d&#233;but, les staliniens europ&#233;ens &#233;taient un peu g&#234;n&#233;s &#224; l'id&#233;e de r&#233;v&#233;ler cette sale pourriture aux ouvriers avanc&#233;s. Mais lorsque la d&#233;faite du prol&#233;tariat allemand entra dans l'inventaire des exploits de la bureaucratie stalinienne un autre crime, le plus terrible de tous, celui-ci dut recourir &#224; des mesures tr&#232;s s&#233;v&#232;res. Ils commenc&#232;rent alors &#224; faire circuler des rumeurs sur un &#171; Judas &#187; de plus en plus fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi est-il bas&#233; ? Deux ans avant la guerre, dans l'un des moments d'accentuation de la lutte des &#233;migr&#233;s, L&#233;nine avait trait&#233; avec col&#232;re Trotsky de &#171; youdushka &#187; dans une note qu'il avait &#233;crite. Quiconque conna&#238;t un tant soit peu la litt&#233;rature russe sait que &#171; Youdushka &#187; (Golovlev) est un type litt&#233;raire, le h&#233;ros du satiriste russe Saltykov-Shtshedrin. Dans la lutte des &#233;migr&#233;s de cette &#233;poque, on pouvait trouver dans presque tous les articles pol&#233;miques des &#171; fouilles &#187; emprunt&#233;es &#224; Saltykov. Dans le cas qui nous occupe, il ne s'agissait m&#234;me pas d'un article, mais d'une note r&#233;dig&#233;e dans un moment de col&#232;re. En tout cas, Ioudouchka Golovlev n'a aucun rapport avec le Judas des &#201;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des in&#233;vitables exag&#233;rations des lettres pol&#233;miques de L&#233;nine, Staline prenant la d&#233;fense des attitudes de Zinoviev-Kamenev en octobre 1917, &#233;crivait en 1924 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine va parfois d&#233;lib&#233;r&#233;ment en avant dans ses lettres, met au premier plan les erreurs possibles qui peuvent &#234;tre commises et les critique &#224; l'avance dans le but de mettre en garde le parti et de le garantir contre des erreurs, ou bien il lui arrive de gonfler des bagatelles et de faire... un &#233;l&#233;phant sorti d'un moucheron&#034; dans le m&#234;me but p&#233;dagogique... Tirer de telles lettres de L&#233;nine (et il n'y en a pas quelques-unes) une conclusion sur les divergences d'opinions &#034;tragiques&#034;, et faire un grand faire cela, c'est ne pas comprendre les lettres de L&#233;nine, ne pas conna&#238;tre L&#233;nine. &#187; (Trotskisme ou l&#233;ninisme ? &#8211; 1924)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;ductions de Staline, qui tiennent tr&#232;s mal comme justification du comportement de Zinoviev-Kam&#233;nev en octobre 1917 &#8211; il ne s'agissait pas alors d'une &#171; bagatelle &#187;, ni d'un &#171; moucheron &#187; &#8211; peuvent n&#233;anmoins &#234;tre pleinement appliqu&#233;es. &#224; cet &#233;pisode de troisi&#232;me ordre qui a donn&#233; lieu &#224; la note d'exil de L&#233;nine sur Ioudouchka Golovlev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que L&#233;nine ait eu des affrontements violents avec Trotsky au cours des ann&#233;es d'&#233;migration, tout le monde le sait. Mais tout cela s'est pass&#233; plusieurs ann&#233;es avant la r&#233;volution d'Octobre, la guerre civile, la construction de l'&#201;tat sovi&#233;tique et la fondation de l'Internationale communiste. Les v&#233;ritables relations entre L&#233;nine et Trotsky sont, semble-t-il, consign&#233;es dans des documents post&#233;rieurs et faisant plus autorit&#233; que celui d'une note r&#233;sultant d'un conflit dans l'&#233;migration. Que veulent dire les calomniateurs professionnels lorsqu'ils lancent la comparaison avec &#171; Judas &#187; dans le d&#233;bat : que L&#233;nine n'avait pas confiance politiquement en Trotsky ? Ou qu'il ne lui faisait pas confiance moralement ? Parmi les centaines de d&#233;clarations de L&#233;nine, nous en citons deux ou trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, L&#233;nine d&#233;clarait lors d'une s&#233;ance du comit&#233; du parti de Petrograd :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne peux m&#234;me pas en parler s&#233;rieusement. Trotsky dit depuis longtemps que l'unification (avec les mencheviks) est impossible. Trotsky l'a compris et depuis lors, il n'y a pas eu de meilleur bolchevik. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de la guerre civile, alors que Trotsky devait prendre seul des d&#233;cisions d'une ampleur extraordinaire, L&#233;nine, de sa propre initiative, lui tendit une feuille de papier vierge avec l'inscription suivante en bas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades ! Je connais le caract&#232;re rigoureux des ordres du camarade Trotsky, mais je suis tellement convaincu, convaincu &#224; un degr&#233; si absolu de la justesse, de l'opportunit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;mis par le camarade Trotsky dans l'int&#233;r&#234;t de la cause, que je soutenir l'ordre &#8211; V. Oulianov-L&#233;nine &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la premi&#232;re des deux d&#233;clarations cit&#233;es ci-dessus donne une &#233;valuation politique assez claire, la seconde r&#233;v&#232;le le degr&#233; de confiance morale. Il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire de citer les dizaines de citations des articles et discours de L&#233;nine o&#249; il exprime son attitude &#224; l'&#233;gard de Trotsky, ni de reproduire ici encore la correspondance de L&#233;nine-Trotsky sur la question nationale ou sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. . Nous nous bornerons seulement &#224; rappeler cette lettre que NK Krupskaia, compagnon de L&#233;nine pendant tant d'ann&#233;es, adressa &#224; Trotsky quelques jours apr&#232;s la mort de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cher Lev Davidovitch, je vous &#233;cris pour vous raconter comment Vladimir Illitch, environ un mois avant sa mort, s'est arr&#234;t&#233;, en lisant votre livre, au passage o&#249; vous caract&#233;risiez Marx et L&#233;nine, et il m'a demand&#233; de lire le ce passage, avec quelle attention il l'a &#233;cout&#233; et ensuite comment il l'a lui-m&#234;me relu. Et il y a encore une chose que je veux vous dire : les sentiments que L&#233;nine avait con&#231;us pour vous lorsque vous &#234;tes venus de Sib&#233;rie &#224; Londres n'ont pas chang&#233; jusqu'&#224; sa mort. Je vous souhaite, Lev Davidovitch, force et sant&#233;, et je vous embrasse chaleureusement. &#8211; N. Krupskaia&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agents trop z&#233;l&#233;s de Staline auraient agi avec plus de prudence s'ils n'avaient pas soulev&#233; la question de la confiance morale. D&#233;j&#224; malade, L&#233;nine a exhort&#233; Trotsky &#224; ne pas parvenir &#224; un accord avec Staline : &#171; Staline fera un mauvais compromis et ensuite il trompera &#187;. Dans son Testament, L&#233;nine a demand&#233; le retrait de Staline de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, invoquant comme motivation la d&#233;loyaut&#233; de Staline. Enfin, le dernier document dict&#233; par L&#233;nine, la veille de sa deuxi&#232;me attaque, &#233;tait sa lettre &#224; Staline dans laquelle il rompait &#171; toutes relations personnelles et fraternelle &#187; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suffira-t-il peut-&#234;tre, messieurs les calomniateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1933/xx/falsify.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1933/xx/falsify.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions permettent d&#233;sormais d'&#233;lucider bri&#232;vement les derniers &#233;pisodes de l'enqu&#234;te relative &#224; l'assassinat de Kirov ainsi que les amalgames (ou plus exactement, s&#233;ries d'amalgames) tiss&#233;s avec cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le myst&#233;rieux consul s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un consul letton : notre hypoth&#232;se selon laquelle un petit consul d'une petite nation serait choisi pour l'amalgame s'est pleinement confirm&#233;e. Il devient cependant n&#233;cessaire de nommer le consul. &#8211; &#233;videmment &#224; cause de la pression diplomatique &#8211; et cette n&#233;cessit&#233; risquait de faire sauter l'amalgame : car, qui croirait qu'un consul de Lettonie soit l'organisateur d'une intervention mondiale contre l'URSS ? Il fallait trouver une nouvelle version : le consul de Lettonie &#233;tait, en tant que en fait, l'agent d'Hitler. Tout &#224; fait possible. Mais comment alors relier Trotsky &#224; Hitler ? Staline n'a m&#234;me pas tent&#233; de fournir une explication. Il a laiss&#233; ses mercenaires &#224; l'&#233;tranger pour se d&#233;gager du mieux qu'ils pouvaient. Mais les mercenaires sont incapables de donner plus que ce que la nature leur a donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Zinoviev a-t-il &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le groupe Zinoviev a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en relation avec l'assassinat de Kirov. Mais l'acte d'accusation ne laisse m&#234;me pas &#233;chapper la moindre trace d'un seul des zinovievistes arr&#234;t&#233;s &#224; Moscou. Mais pourquoi alors sont-ils arr&#234;t&#233;s ? Les laquais &#233;trangers salissent maintenant Zinoviev avec de la boue avec autant d'&#233;hont&#233; qu'en 1928-25, ils rampaient sur le ventre devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Quelle accusation, politiquement, peut-on porter contre Zinoviev, Kamenev et leurs amis ? Leur capitulation. Par cet acte de l&#226;chet&#233; politique, ils ont pouss&#233; la jeunesse r&#233;volutionnaire dans une impasse. La jeunesse est laiss&#233;e sans perspective. En m&#234;me temps, sous le lourd couvercle de la bureaucratie, la jeunesse n'a pas le droit de penser, de vivre ou de respirer. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans de telles conditions que naissent les humeurs terroristes. Seule la croissance d'un v&#233;ritable bolchevisme, &#224; l'&#233;chelle mondiale, peut insuffler de nouveaux espoirs &#224; la jeunesse r&#233;volutionnaire sovi&#233;tique et la prot&#233;ger contre la voie du d&#233;sespoir et de l'aventurisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation du programme de l'opposition russe de 1926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le foss&#233; entre le groupe terroriste et Zinoviev et ses amis devait &#234;tre combl&#233; par la &#171; plate-forme de l'Opposition de gauche &#187; de 1926. Citant l'un des accus&#233;s, qui reprend manifestement la formule du juge d'instruction de la GPU, l'acte d'accusation proclame la succession &#171; id&#233;ologique &#187; de la &#171; nouvelle opposition &#187; de 1926 (la faction Zinoviev) au groupe Nicolaiev. Mais comment relier cela au consul, &#224; l'intervention et &#224; l'acte terroriste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; plateforme &#187; de 1926 a &#233;t&#233; publi&#233;e dans toutes les langues. L'attitude &#224; l'&#233;gard de l'URSS y &#233;tait expos&#233;e avec une clart&#233; exhaustive. Les laquais, il est vrai, n'ont pas &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; cela. Mais les travailleurs conscients, m&#234;me &#224; cette date, peuvent tirer un grand profit de la connaissance du document de 1926. Apr&#232;s en avoir pris connaissance, ils tireront la conclusion pr&#233;cise que, m&#234;me si la bureaucratie s'est appropri&#233; les mesures les plus progressistes du programme qu'elle avait vilipend&#233;, les terroristes de Leningrad n'ont jamais pu tirer de ce document marxiste aucune justification pour un aventurisme insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Il y a une odeur historique sp&#233;cifique dans cette tentative de relier l'opposition de gauche &#224; l'id&#233;e d'intervention. En 1917, Milioukov, Kerensky et Cie accus&#232;rent L&#233;nine, Trotsky et d'autres bolcheviks d'&#234;tre des agents de l'&#233;tat-major allemand et de servir les plans interventionnistes des Hohenzollern. En son temps, cette calomnie d&#233;bile a fait le tour du monde entier. Staline est incapable d'inventer un seul mot nouveau. Il r&#233;p&#232;te servilement la vieille calomnie contre les dirigeants du bolchevisme. Il n'est que l'&#233;l&#232;ve de Milioukov et de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Lorsqu'en mars 1917, je fus arr&#234;t&#233; par les autorit&#233;s navales britanniques et incarc&#233;r&#233; dans un camp de concentration au Canada, L&#233;nine &#233;crivit dans la Pravda (n&#176; 34, avril 1917) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-on croire un instant &#224; la v&#233;racit&#233; de la d&#233;p&#234;che que le gouvernement britannique a re&#231;ue et qui pr&#233;tend que TROTSKY, l'ancien pr&#233;sident du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, en 1905, un r&#233;volutionnaire qui s'est d&#233;vou&#233; de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e ? pendant des d&#233;cennies au service de la r&#233;volution &#8211; que cet homme est impliqu&#233; dans un plan subventionn&#233; par le gouvernement allemand ? Il s'agit en effet d'une diffamation d&#233;lib&#233;r&#233;e, inou&#239;e et inadmissible d'un r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots ont &#233;t&#233; &#233;crits avant que je rejoigne L&#233;nine, avant mon &#233;lection &#224; la pr&#233;sidence du soviet bolchevique en 1917, avant la r&#233;volution d'Octobre, la guerre civile, la cr&#233;ation de la Troisi&#232;me Internationale et la fondation de l'&#201;tat sovi&#233;tique. Aujourd'hui, apr&#232;s dix-huit ans, aucun agent du contre-espionnage britannique, mais les staliniens r&#233;p&#232;tent exactement la m&#234;me &#171; diffamation d&#233;lib&#233;r&#233;e, inou&#239;e et inadmissible d'un r&#233;volutionnaire ! &#187; Cette simple juxtaposition r&#233;v&#232;le mieux que tout le poison du mensonge, de la diffamation et de la fraude que la bureaucratie stalinienne d&#233;verse dans le mouvement ouvrier mondial !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne croyons pas &#224; l'acte d'accusation&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Les quatorze accus&#233;s en relation avec l'assassinat de Kirov ont tous &#233;t&#233; abattus. Ont-ils tous particip&#233; &#224; l'acte terroriste ? L'acte d'accusation r&#233;pond &#224; cette question par l'affirmative, mais n'apporte m&#234;me pas un semblant de preuve. Nous ne croyons pas &#224; l'acte d'accusation. Nous avons vu avec quelle tendance effront&#233;e et l&#226;che il a introduit le nom de Trotsky dans son texte ; et avec quelle d&#233;lib&#233;ration il passe sous silence ce qui est arriv&#233; &#224; la provocation du consul concernant la &#171; lettre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est beaucoup plus facile d'impliquer dans cette affaire une douzaine de YCLers de Leningrad que d'impliquer Trotsky. Qui sont ces YCLers ? Nous ne savons pas. Il n'y a pas beaucoup de difficult&#233; &#224; ex&#233;cuter des YCL inconnus. Parmi eux, il devait y avoir aussi des agents de la Gu&#233;p&#233;ou : ceux-l&#224; m&#234;mes qui s'&#233;taient arrang&#233;s pour r&#233;unir Nicola&#239;ev avec le &#171; consul &#187; et qui avaient pr&#233;par&#233; l'amalgame, mais qui, au dernier moment, se montr&#232;rent n&#233;gligents et laiss&#232;rent Nicola&#239;ev tirer le feu. coup mortel. L'&#233;limination physique de ces agents est devenue n&#233;cessaire afin d'&#233;carter les participants et les t&#233;moins g&#234;nants de l'amalgame. Mais parmi les personnes abattues, il y avait peut-&#234;tre aussi des YCLers qui avaient simplement un esprit critique. La t&#226;che de l'amalgame &#233;tait : terroriser compl&#232;tement la jeunesse assoiff&#233;e d'ind&#233;pendance, en lui montrant que le moindre doute sur les b&#233;n&#233;dictions divines qui d&#233;coulent de Staline, ou sur la conception immacul&#233;e de Kaganovitch se heurterait d&#233;sormais au m&#234;me peine comme acte terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Les agents &#233;trangers du Gu&#233;p&#233;ou, qui se font souvent passer pour des amis de l'URSS et qui compromettent les vrais amis de l'URSS, accusent tous ceux qui ont une attitude critique envers les terroristes (!) d'&#234;tre en sympathie avec eux. r&#233;pressions qui ont eu lieu. Un r&#233;volutionnaire ne peut &#233;prouver que du m&#233;pris pour ces m&#233;thodes de crapaud. Il est indubitable que les ennemis et les opposants furtifs de la r&#233;volution d'Octobre utilisent au maximum, pour leurs propres objectifs, les d&#233;clarations confuses et contradictoires, ainsi que les mesures sommaires de r&#233;pression. Mais cette circonstance ne doit en aucun cas nous inciter &#224; nous aveugler sur le double r&#244;le de la bureaucratie sovi&#233;tique, qui, d'une part, prot&#232;ge (&#224; sa mani&#232;re) les conqu&#234;tes de la r&#233;volution d'Octobre contre les ennemis de classe ; et qui, d'autre part, d&#233;fend farouchement ses propres privil&#232;ges &#233;conomiques et politiques contre les critiques et les protestations des travailleurs avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GPU est un outil de bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'outil de la bureaucratie, la GPU dirige l'arme de la terreur &#224; la fois contre les contre-r&#233;volutionnaires qui menacent l'&#201;tat ouvrier et contre les YCL m&#233;contents de l'absolutisme de la bureaucratie incontr&#244;l&#233;e. S'identifier &#224; l'&#201;tat ouvrier &#8211; conform&#233;ment &#224; l'ancienne formule : &#171; Je suis l'&#201;tat ! &#8211; la couche sup&#233;rieure de la bureaucratie pr&#233;sente la terreur contre le parti et la YCL comme une terreur contre la contre-r&#233;volution. C'est pr&#233;cis&#233;ment l'objectif que visent &#224; atteindre les amalgames venimeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Il ne s'agit pas tant de la lutte de la bureaucratie sovi&#233;tique contre Trotsky et les &#171; trotskystes &#187; ; mais la question de l'atmosph&#232;re morale du mouvement ouvrier mondial. L'amalgame ignoble construit autour du &#171; consul &#187; qui, apparemment, &#233;tait &#224; l'emploi simultan&#233; de trois gouvernements, constitue aujourd'hui l'une des nombreuses mesures ordinaires et normales utilis&#233;es par la bureaucratie stalinienne dans la lutte pour ses positions de caste. En 1921, mettant en garde ses camarades les plus intimes contre l'&#233;lection de Staline au poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;nine d&#233;clara : &#171; Ce cuisinier ne pr&#233;parera que des plats poivr&#233;s. &#187; Bien entendu, &#224; cette &#233;poque, il ne pouvait encore y avoir aucune r&#233;f&#233;rence aux plats empoisonn&#233;s des amalgames. &#192; qui sont-ils offerts aujourd'hui ? Aux travailleurs. Les staliniens empoisonnent syst&#233;matiquement l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale avec des mensonges. Les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat ouvrier peuvent-ils l'exiger ? Jamais ! Mais cela est exig&#233; par les int&#233;r&#234;ts rapaces de la bureaucratie incontr&#244;l&#233;e, qui cherche &#224; sauvegarder &#224; tout prix son prestige, son pouvoir et ses privil&#232;ges, par la terreur contre tous ceux qui, dans les rangs du prol&#233;tariat, pensent et critiquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable d&#233;vouement &#224; l'Union sovi&#233;tique signifie une lutte contre la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Aussi passionn&#233; que soit notre d&#233;vouement &#224; l'Union Sovi&#233;tique, il ne doit pas &#234;tre aveugle ; sinon &#231;a ne vaut rien. Le d&#233;veloppement de l'&#201;tat ouvrier se d&#233;roule &#224; travers des contradictions internes et externes. Les formes et les m&#233;thodes de l'&#201;tat ouvrier ont d&#233;j&#224; chang&#233; &#224; plusieurs reprises et elles continueront &#224; changer &#224; l'avenir. L'&#233;tape bureaucratique, pour laquelle il existait des causes objectives, est &#233;puis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme de la bureaucratie est devenu le plus grand frein &#224; la poursuite de la croissance culturelle et &#233;conomique des Sovi&#233;tiques. Les laquais de la bureaucratie qui d&#233;ifient son r&#233;gime jouent un r&#244;le r&#233;actionnaire. Les marxistes-r&#233;volutionnaires se sont donn&#233; pour t&#226;che de lib&#233;rer l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale de l'influence fatale de la clique bureaucratique incontr&#244;l&#233;e, afin d'aider ensuite les travailleurs d'URSS &#224; r&#233;g&#233;n&#233;rer le parti et les soviets, et non au moyen d'aventures terroristes qui ne sont que des actes terroristes. condamn&#233; d'avance, mais gr&#226;ce au mouvement de masse conscient de classe contre l'absolutisme bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1935/01/amalgam.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1935/01/amalgam.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole de falsification de Staline, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/ssf/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/ssf/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline sur ses propres machinations, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8022</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8022</guid>
		<dc:date>2025-08-04T22:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/10/11.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/11/04.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171018.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171101.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170922a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171019.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1925/05/trotskyism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5798&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2020/02/17/leco-f17.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rosa Luxemburg et les bolcheviks &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution russe</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8479</link>
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		<dc:date>2025-07-25T22:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg et les bolcheviks &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution russe &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les bolcheviks ont certainement commis plus d'une faute dans leur politique et en commettent sans doute encore - qu'on nous cite une r&#233;volution o&#249; aucune faute n'ait &#233;t&#233; commise ! L'id&#233;e d'une politique r&#233;volutionnaire sans faille, et surtout dans cette situation sans pr&#233;c&#233;dent, est si absurde qu'elle est tout juste digne d'un ma&#238;tre d'&#233;cole allemand. Si, dans une situation exceptionnelle, un simple vote au Reichstag fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rosa Luxemburg et les bolcheviks &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution russe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les bolcheviks ont certainement commis plus d'une faute dans leur politique et en commettent sans doute encore - qu'on nous cite une r&#233;volution o&#249; aucune faute n'ait &#233;t&#233; commise ! L'id&#233;e d'une politique r&#233;volutionnaire sans faille, et surtout dans cette situation sans pr&#233;c&#233;dent, est si absurde qu'elle est tout juste digne d'un ma&#238;tre d'&#233;cole allemand. Si, dans une situation exceptionnelle, un simple vote au Reichstag fait d&#233;j&#224; perdre la &#171; t&#234;te &#187; aux &#171; chefs &#187; du socialisme allemand, alors que la voie leur est clairement trac&#233;e par l'abc du socialisme, si alors leur c&#339;ur bat la chamade et s'ils y perdent tout leur socialisme comme une le&#231;on mal apprise - comment veut-on qu'un parti plac&#233; dans une situation historique v&#233;ritablement &#233;pineuse et in&#233;dite, o&#249; il veut tracer de nouvelles voies pour le monde entier, comment veut-on qu'il ne commette pas de faute ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la situation fatale dans laquelle se trouvent aujourd'hui les bolch&#233;viks ainsi que la plupart de leurs fautes sont elles-m&#234;mes la cons&#233;quence du caract&#232;re fondamentale&#172;ment insoluble du probl&#232;me auquel les a confront&#233;s le prol&#233;tariat international et surtout le prol&#233;tariat allemand. &#201;tablir une dictature prol&#233;tarienne et accomplir un bouleversement socialiste dans un seul pays, encercl&#233; par l'h&#233;g&#233;monie scl&#233;ros&#233;e de la r&#233;action imp&#233;rialiste et assailli par une guerre mondiale, la plus sanglante de l'histoire humaine, c'est la quadrature du cercle. Tout parti socialiste &#233;tait condamn&#233; &#224; &#233;chouer devant cette t&#226;che et &#224; p&#233;rir, qu'il soit guid&#233;, dans sa politique par la volont&#233; de vaincre et la foi dans le socialisme international, ou par le renoncement &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aimerions les voir &#224; l'&#339;uvre, ces Basques pleurnichards, les Axelrod, les Dan, les Grigoriants et compagnie qui, l'&#233;cume aux l&#232;vres, vitup&#232;rent contre les bolcheviks et colportent leurs mis&#232;res &#224; l'&#233;tranger, trouvant en cela - et comment donc ! - des &#226;mes compa&#172;tis&#172;santes, celles de h&#233;ros tels que Str&#246;bel, Bernstein et Kautsky, nous aimerions bien voir ces Allemands &#224; la place des bolcheviks ! Toute leur subtile sagesse se bornerait &#224; une alliance avec les Milioukov &#224; l'int&#233;rieur, avec l'Entente &#224; l'ext&#233;rieur, sans oublier qu'&#224; l'int&#233;&#172;rieur, ils renonceraient consciemment &#224; accomplir la moindre r&#233;forme socialiste ou m&#234;me &#224; l'entamer, en vertu de cette c&#233;l&#232;bre prudence de ch&#226;tr&#233; selon laquelle la Russie est un pays agraire o&#249; le capitalisme n'est pas encore &#224; point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien la fausse logique de la situation objective tout parti socialiste qui acc&#232;de aujourd'hui au pouvoir en Russie est condamn&#233; &#224; adopter une fausse tactique aussi longtemps que le gros de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne internationale, dont il fait partie, lui fera faux bond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; des fautes des bolcheviks incombe en premier lieu au prol&#233;tariat international et surtout &#224; la bassesse persistante et sans pr&#233;c&#233;dent de la social-d&#233;mocratie allemande, parti qui pr&#233;tendait en temps de paix marcher &#224; la pointe du prol&#233;tariat mondial, s'attribuait le privil&#232;ge d'endoctriner et de diriger tout le monde, comptait dans le pays au moins dix millions de partisans des deux sexes et qui maintenant crucifie le socialisme trente six fois par jour sur l'ordre des classes dirigeantes, comme les valets v&#233;naux du Moyen Age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles qui nous viennent aujourd'hui de Russie et la situation des bolcheviks sont un appel &#233;mouvant &#224; la derni&#232;re &#233;tincelle du sentiment de l'honneur qui som&#172;meille encore dans les masses d'ouvriers et de soldats allemands. Ils ont permis de sang-froid que la r&#233;volution russe soit d&#233;chiquet&#233;e, encercl&#233;e, affam&#233;e. Puissent-ils &#224; la douzi&#232;me heure la sauver au moins du comble de l'horreur : le suicide moral, l'alliance avec l'imp&#233;rialisme allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'une seule issue au drame qui s'est nou&#233; en Russie : l'insurrection tombant sur l'arri&#232;re de l'imp&#233;rialisme allemand, le soul&#232;vement des masses allemandes qui donnerait le signal d'un ach&#232;vement r&#233;volutionnaire international du g&#233;nocide. Le sauvetage de l'honneur de la r&#233;volution russe co&#239;ncide, en cette heure fatale, avec le salut de l'honneur du prol&#233;tariat allemand et du socialisme international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19180900.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19180900.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti bolchevik, force motrice de la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution russe, depuis le moment o&#249; elle a &#233;clat&#233;, en mars, jusqu'au coup d'&#201;tat d'octobre, r&#233;pond exactement, dans son cours g&#233;n&#233;ral, au sch&#233;ma du d&#233;veloppement, tant de la R&#233;volution anglaise que de la R&#233;volution fran&#231;aise. C'est la forme de d&#233;veloppement typique de tout premier grand heurt des forces r&#233;volutionnaires cr&#233;&#233;es au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise contre les cha&#238;nes de la vieille soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son d&#233;veloppement se poursuit naturellement selon une ligne ascendante, en partant de d&#233;buts mod&#233;r&#233;s, jusqu'&#224; des buts de plus en plus radicaux, et, parall&#232;lement, de la collaboration des classes et des partis &#224; la domination exclusive du parti le plus radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, en mars 1917, la r&#233;volution fut dirig&#233;e par les &#034;cadets&#034;, c'est-&#224;-dire la bourgeoisie lib&#233;rale. La premi&#232;re vague du flot r&#233;volutionnaire emporta tout : la quatri&#232;me Douma, le produit le plus r&#233;actionnaire du plus r&#233;actionnaire des syst&#232;mes &#233;lectoraux, celui des quatre classes, issu du coup d'Etat, se transforma du jour au lendemain en un organe de la r&#233;volution. Tous les partis bourgeois, y compris les droites nationalistes, form&#232;rent soudain un seul bloc uni contre l'absolutisme. Celui-ci s'&#233;croula d&#232;s le premier choc, presque sans combat, comme un organe pourri qu'il suffisait de toucher du doigt pour le faire tomber. De m&#234;me, la courte tentative faite par la bourgeoisie lib&#233;rale pour sauver au moins la dynastie et le tr&#244;ne fut bris&#233;e en quelques heures. Le flot imp&#233;tueux des &#233;v&#232;nements submergea en quelques jours des territoires que la R&#233;volution fran&#231;aise avait mis des dizaines d'ann&#233;es &#224; conqu&#233;rir. Il apparut ici que la Russie r&#233;alisait les r&#233;sultats d'un si&#232;cle de d&#233;veloppement europ&#233;en, et, avant tout, que la r&#233;volution de 1917 &#233;tait une continuation directe de celle de 1905-1907, et non un cadeau des &#034;lib&#233;rateurs allemands&#034;. En somme, la r&#233;volution reprenait en mars 1917 au point exact o&#249; la pr&#233;c&#233;dente avait interrompu son oeuvre, dix ans auparavant. La R&#233;publique d&#233;mocratique &#233;tait le produit tout pr&#234;t, int&#233;rieurement m&#251;r, du premier assaut de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors commen&#231;a la seconde &#233;tape, la plus difficile. D&#232;s le d&#233;but, la force motrice de la r&#233;volution fut le prol&#233;tariat des villes. Mais ses revendications &#233;taient loin d'&#234;tre &#233;puis&#233;es par l'instauration de la d&#233;mocratie politique, elles portaient avant tout sur la question br&#251;lante de la politique internationale : la paix imm&#233;diate. En m&#234;me temps, la r&#233;volution se pr&#233;cipita sur la masse de l'arm&#233;e, qui &#233;leva la m&#234;me revendication d'une paix imm&#233;diate, et sur la masse de la paysannerie, qui mit au premier plan la question agraire, ce pivot de la r&#233;volution depuis 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix imm&#233;diate et la terre : avec ces deux mots d'ordre, la scission int&#233;rieure du bloc r&#233;volutionnaire &#233;tait faite. Le premier &#233;tait en contradiction absolue avec les tendances imp&#233;rialistes de la bourgeoisie lib&#233;rale, dont le porte-parole &#233;tait Milioukov. Le second, v&#233;ritable spectre pour l'aile droite de la bourgeoisie, la noblesse terrienne, &#233;tait en m&#234;me temps, en tant qu'attentat &#224; la sacro-sainte propri&#233;t&#233; individuelle, un point douloureux pour l'ensemble des classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, au lendemain m&#234;me de la premi&#232;re victoire de la r&#233;volution, commen&#231;a dans son sein une lutte autour de ces deux questions br&#251;lantes : la paix et la question agraire. La bourgeoisie lib&#233;rale lan&#231;a une tactique de diversion et de faux-fuyants. Les masses ouvri&#232;res, l'arm&#233;e, les paysans, exer&#231;aient une pression de plus en plus forte. Il ne fait aucun doute qu'&#224; ces deux questions, celle de la paix et celle de la terre, &#233;taient li&#233;s les destins m&#234;mes de la bourgeoisie politique, de la r&#233;publique. Les classes bourgeoises qui, submerg&#233;es par la premi&#232;re vague de la r&#233;volution, s'&#233;taient laiss&#233;es entra&#238;ner jusqu'&#224; la forme d'Etat r&#233;publicain, commenc&#232;rent &#224; chercher en arri&#232;re des points d'appui pour pouvoir organiser en silence la contre-r&#233;volution. La marche sur Petrograd des cosaques de Kal&#233;dine exprima nettement cette tendance. Si ce premier assaut avait &#233;t&#233; couronn&#233; de succ&#232;s, c'en &#233;tait fait, non seulement de la question de la paix et de la question agraire, mais aussi du sort de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me. Une dictature militaire, avec un r&#233;gime de terreur contre le prol&#233;tariat, puis le retour &#224; la monarchie, en eussent &#233;t&#233; les cons&#233;quences in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mesurer par l&#224; ce qu'a d'utopique et au fond de r&#233;actionnaire la tactique suivie par les socialistes russes de la tendance Kautsky, les mencheviks. Ent&#234;t&#233;s dans leur fiction du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution russe - puisque la Russie n'&#233;tait pas encore m&#251;re pour la r&#233;volution sociale ! -, ils s'accrochaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; la collaboration avec les lib&#233;raux bourgeois, c'est-&#224;-dire &#224; l'union forc&#233;e des &#233;l&#233;ments, qui, s&#233;par&#233;s par la marche logique, interne, du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire, &#233;taient d&#233;j&#224; entr&#233;s en opposition violente. Les Axelrod, les Dan, voulaient &#224; tout prix collaborer avec les classes et les partis qui mena&#231;aient pr&#233;cis&#233;ment des plus grands dangers la r&#233;volution et sa premi&#232;re conqu&#234;te, la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, c'est &#224; la tendance bolcheviste que revient le m&#233;rite historique d'avoir proclam&#233; d&#232;s le d&#233;but et suivi avec une logique de fer la tactique qui seule pouvait sauver la d&#233;mocratie et pousser la r&#233;volution en avant. Tout le pouvoir aux masses ouvri&#232;res et paysannes, tout le pouvoir aux soviets -c'&#233;tait l&#224; en effet le seul moyen de sortir de la difficult&#233; o&#249; se trouvait engag&#233;e la r&#233;volution, c'&#233;tait l&#224; le coup d'&#233;p&#233;e qui pouvait trancher le n&#339;ud gordien, tirer la r&#233;volution de l'impasse et lui ouvrir un champ de d&#233;veloppement illimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti de L&#233;nine fut ainsi le seul en Russie qui comprit les vrais int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution ; dans cette premi&#232;re p&#233;riode, il en fut la force motrice, en tant que seul parti qui poursuivit une politique r&#233;ellement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique &#233;galement pourquoi les bolcheviks, au d&#233;but minorit&#233; calomni&#233;e et traqu&#233;e de toutes parts, furent en peu de temps pouss&#233;s &#224; la pointe du mouvement, et purent rassembler sous leurs drapeaux toutes les masses vraiment populaires : le prol&#233;tariat des villes, l'arm&#233;e, la paysannerie, ainsi que les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires de la d&#233;mocratie, &#224; savoir l'aile gauche des socialistes-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques mois, la situation r&#233;elle de la r&#233;volution russe se trouva r&#233;sum&#233;e dans l'alternative suivante : ou victoire de la contre-r&#233;volution ou dictature du prol&#233;tariat, ou Kal&#233;dine ou L&#233;nine. Telle est la situation qui se produit tr&#232;s rapidement dans chaque r&#233;volution, une fois dissip&#233;e la premi&#232;re ivresse de la victoire, et qui d&#233;coulait en Russie des questions br&#251;lantes de la paix et de la terre, pour lesquelles il n'y avait pas de solution possible dans les cadres de la r&#233;volution &#034;bourgeoise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe n'a fait que confirmer par l&#224; l'enseignement fondamental de toute grande r&#233;volution, dont la loi est la suivante : ou aller de l'avant rapidement et r&#233;solument, abattre d'une main de fer tous les obstacles, et reculer ses buts de plus en plus loin, ou &#234;tre rejet&#233;e en arri&#232;re de son point de d&#233;part et &#233;cras&#233;e par la contre-r&#233;volution. S'arr&#234;ter, pi&#233;tiner sur place, se contenter des premiers r&#233;sultats obtenus, cela est impossible dans une r&#233;volution. Et quiconque veut transporter dans la tactique r&#233;volutionnaire ces petites habilet&#233;s de la lutte parlementaire, montre uniquement qu'il ignore non seulement la psychologie, la loi profonde de la r&#233;volution, mais encore tous les enseignements de l'histoire&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts de la r&#233;volution russe vus par Rosa Luxemburg en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la r&#233;volution en Russie a triomph&#233; d'embl&#233;e de l'absolutisme bureaucratique, mais cette victoire n'est pas une fin, elle n'est qu'un timide. d&#233;but. D'une part, en raison de son caract&#232;re g&#233;n&#233;ralement r&#233;actionnaire et de son opposition de classe au prol&#233;tariat, la bourgeoisie abandonnera un jour ou l'autre, avec une logique in&#233;luctable, ses positions avanc&#233;es de lib&#233;ralisme r&#233;solu. D'autre part, une fois sur la br&#232;che, l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat russe prendra, avec la m&#234;me logique historique in&#233;luctable, la voie d'une action d&#233;mocratique et sociale radicale et remettra le programme de 1905 &#224; l'ordre du jour : r&#233;publi-que d&#233;mocratique, journ&#233;e de huit heures, expropriation des grands propri&#233;taires terriens. Mais il en r&#233;sulte avant tout pour le prol&#233;tariat socialiste de Russie le plus urgent des mots d'ordre, li&#233; indissolublement &#224; tous les autres : fin &#224; la guerre imp&#233;rialiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire se r&#233;v&#232;le par son programme en opposition flagrante avec la bourgeoisie imp&#233;rialiste russe qui s'enthousiasme pour Constantinople et profite de la guerre. L'action pour la paix en Russie comme ailleurs ne peut prendre qu'une seule forme : celle d'une lutte de classe r&#233;volutionnaire contre sa propre bourgeoisie, d'une lutte pour la prise du pouvoir dans l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; les perspectives imp&#233;rieuses du d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution russe. Bien loin d'avoir achev&#233; son oeuvre, elle n'en a accompli que de minces pr&#233;mices que suivront d'implacables luttes de classe pour la paix et le programme radical du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au grand drame historique qui se joue sur la N&#233;va correspond le drame satyrique de la Spree. Si notre m&#233;moire ne nous fait d&#233;faut, le mot d'ordre du 4 ao&#251;t 1914 2 &#233;tait : lib&#233;rons la Russie du despotisme tsariste. C'&#233;tait l&#224; le sublime pr&#233;texte du g&#233;nocide, et au nom de ce &#171; bon vieux programme de Marx et d'Engels &#187;, les vassaux de la fraction social-d&#233;mocrate ont d&#233;cid&#233; de soutenir la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et o&#249; est l'all&#233;gresse, maintenant que la strat&#233;gie militaire allemande a atteint son objectif ? O&#217; est le triomphe dans la presse gouvernementale ? Hourrah ! On a r&#233;ussi ! &#187; En chiens battus, les &#171; lib&#233;rateurs &#187; allemands contemplent l'&#339;uvre de la r&#233;volution russe. Ils ne parviennent m&#234;me pas &#224; esquisser une grimace d&#233;cente, &#224; faire contre mauvaise fortune &#171; bon c&#339;ur &#187;. La com&#233;die des premiers mois de guerre, la farce mise en sc&#232;ne par la social-d&#233;mocratie allemande pour la social-d&#233;mocratie allemande, afin de mener les masses par le bout du nez est si bien oubli&#233;e que les acteurs ne tentent m&#234;me pas d'exhumer les masques poussi&#233;reux pour cacher &#224; demi leur mauvaise humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur bleue d'un renforcement de la Russie par un renouveau interne, la peur d'une comparaison, qui saute aux yeux et vous tourne en d&#233;rision, entre la Russie qui s'est lib&#233;r&#233;e elle-m&#234;me par la r&#233;volution et la &#171; Pologne ind&#233;pendante &#187; lib&#233;r&#233;e &#171; manu militari &#187; par les Allemands, la peur surtout du mauvais exemple que pourrait donner la Russie, qui risquerait de corrompre les bonnes m&#339;urs du prol&#233;tariat allemand, montre en tous lieux son pied fourchu. M&#234;me dans l'organe &#233;clair&#233; de Mosse 3, un flambeau du lib&#233;ralisme allemand tente na&#239;vement de faire la preuve consolante et rassurante de ce que la fameuse &#171; lib&#233;ration de la Russie &#187;, noble objectif de la guerre, achopperait sur des difficult&#233;s internes et sombrerait dans l'anarchie. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'explosion de la r&#233;volution en Russie, on a d&#233;pass&#233; le point mort o&#249; stagnait la situation historique avec la poursuite de la guerre et le renoncement parall&#232;le &#224; la lutte de classe prol&#233;tarienne. Dans une Europe qui toute enti&#232;re sentait le moisi, o&#249; l'on &#233;touffait depuis bient&#244;t trois ans, on dirait qu'une fen&#234;tre s'est brusquement ouverte, laissant passer un souffle d'air frais et vivifiant vers lequel chacun se tourne dans un profond soupir. Les &#171; lib&#233;rateurs &#187; allemands notamment ont aujourd'hui les yeux fix&#233;s sur le th&#233;&#226;tre de la r&#233;volution russe. Les hommages geignards que les gouvernements allemand et austro-hongrois rendent aux &#171; mendiants et conjur&#233;s &#187; et la tension anxieuse dans laquelle est accueillie ici la moindre d&#233;claration de Tche&#239;dze 4 et du conseil des ouvriers et des soldats concernant la guerre et la paix, offrent &#224; pr&#233;sent la confirmation tangible d'un fait que m&#234;me les socialistes oppositionnels de l'Arbeitsgemeinschaft 5 hier encore ne parvenaient pas &#224; comprendre : aucun &#171; arrangement diplomatique &#187; aucune ambassade Wilson, mais l'action r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et elle seule pr&#233;sente une issue &#224; l'impasse de la guerre mondiale. Maintenant, les vainqueurs de Tannenberg et de Varsovie attendent en tremblant des seuls prol&#233;taires russes, de la &#171; rue &#187;, qu'ils les d&#233;livrent de l'&#233;tau de la guerre ! ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat d'un seul pays ne parviendra pas, il est vrai, a desserrer cet &#233;tau, quel que soit l'h&#233;ro&#239;sme qui l'anime. La r&#233;volution russe prend d'elle-m&#234;me les proportions d'un probl&#232;me inter&#172;national. En effet, dans leurs aspirations pacifiques, les travailleurs russes entrent en conflit violent, non seulement avec leur propre bourgeoisie qu'ils savent d&#233;j&#224; ma&#238;triser, mais aussi avec la bourgeoisie anglaise, fran&#231;aise et italienne. On voit bien &#224; travers le ton bougon des d&#233;clarations de la presse bourgeoise des pays de l'Entente, de tous les Times, des Matin, des Corriere della Sera que les capitalistes occidentaux, ces vaillants champions de la &#171; d&#233;mo-cratie &#187; et des droits des &#171; petites nations &#187; observent avec des grin&#172;ce&#172;ments de dents et une rage sans cesse croissante les progr&#232;s de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui fixent le terme de la belle &#233;poque d'une h&#233;g&#233;monie sans partage de l'imp&#233;rialisme en Europe. Ces capitalistes de l'Entente constituent le plus solide des renforts pour la bourgeois&#172;sie russe contre laquelle se dresse le prol&#233;tariat russe dans sa lutte pour la paix. Par tous les moyens, diplomatiques, financiers, politico-&#233;conomiques, ils peuvent exercer sur la Russie une &#233;norme pression et ils l'exercent sans doute d&#233;j&#224;. R&#233;volution lib&#233;rale ? Gouvernement provisoire de la bourgeoisie ? Tr&#232;s bien ! On les a aussit&#244;t reconnus officiellement et on a salu&#233; en eux les garants d'un renforcement militaire de la Russie, les instruments ob&#233;issants de l'imp&#233;rialisme internatio&#172;nal. Mais pas un pas de plus ! Que la r&#233;volution d&#233;voile son vrai visage prol&#233;tarien, qu'elle se retourne en toute logique contre la guerre et l'imp&#233;rialisme et ses chers alli&#233;s lui montreront aussit&#244;t les dents et chercheront &#224; la museler par tous les moyens. Par cons&#233;quent, la t&#226;che qui s'impose aux prol&#233;taires socialistes d'Angleterre, de France et l'Italie est maintenant de lever l'&#233;tendard de la r&#233;bellion contre la guerre par des actions de masse &#233;nergiques dans leur propre pays, contre leurs propres classes dirigeantes, s'ils ne veulent pas trahir l&#226;chement le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire russe, le laisser massacrer en un combat in&#233;gal, non seulement contre la bourgeoisie russe mais aussi contre celle de l'Ouest. Les puissances de l'Entente se sont d&#233;j&#224; ing&#233;r&#233;es dans les affaires int&#233;rieures de la r&#233;volution russe, il y va donc de l'honneur des travailleurs de ces pays de couvrir la r&#233;volution russe et d'imposer la paix par une attaque de flanc r&#233;volutionnaire contre leurs propres classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article279&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article279&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes gouvernementaux d'Allemagne peuvent bien crier que la domination des bolcheviks en Russie n'est qu'une caricature de dictature du prol&#233;tariat. Qu'elle l'ait &#233;t&#233; ou non, ce ne fut pr&#233;cis&#233;ment que parce qu'elle &#233;tait une cons&#233;quence de l'attitude du prol&#233;tariat allemand, laquelle n'&#233;tait pas autre chose qu'une caricature de lutte de classes. Nous vivons tous sous la loi de l'histoire, et l'ordre socialiste ne peut pr&#233;cis&#233;ment s'&#233;tablir qu'internationalement. Les bolcheviks ont montr&#233; qu'ils peuvent faire tout ce qu'un parti vraiment r&#233;volutionnaire peut faire dans les limites des possibilit&#233;s historiques. Qu'ils ne cherchent pas &#224; faire des miracles. Car une r&#233;volution prol&#233;tarienne mod&#232;le et impeccable dans un pays isol&#233;, &#233;puis&#233; par la guerre, &#233;trangl&#233; par l'imp&#233;rialisme, trahi par le prol&#233;tariat international, serait un miracle. Ce qui importe, c'est de distinguer dans la politique des bolcheviks l'essentiel de l'accessoire, la substance de l'accident. Dans cette derni&#232;re p&#233;riode, o&#249; nous sommes &#224; la veille des luttes d&#233;cisives dans le monde entier, le probl&#232;me le plus important du socialisme est pr&#233;cis&#233;ment la question br&#251;lante du moment : non pas telle ou telle question de d&#233;tail de la tactique, mais la capacit&#233; d'action du prol&#233;tariat, la combativit&#233; des masses, la volont&#233; de r&#233;aliser le socialisme. Sous ce rapport, L&#233;nine, Trotsky et leurs amis ont &#233;t&#233; les premiers qui aient montr&#233; l'exemple au prol&#233;tariat mondial ; ils sont jusqu'ici encore les seuls qui puisent s'&#233;crier avec Hutten : &#034;J'ai os&#233; !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce qui est essentiel, ce qui est durable dans la politique des bolcheviks. En ce sens, il leur reste le m&#233;rite imp&#233;rissable d'avoir, en conqu&#233;rant le pouvoir et en posant pratiquement le probl&#232;me de la r&#233;alisation du socialisme, montr&#233; l'exemple au prol&#233;tariat international, et fait faire un pas &#233;norme dans la voie du r&#232;glement de comptes final entre le Capital et le Travail dans le monde entier. En Russie, le probl&#232;me ne pouvait &#234;tre que pos&#233;. Et c'est dans ce sens que l'avenir appartient partout au &#034;bolchevisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1502&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1502&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La R&#233;volution russe et la G&#233;orgie</title>
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		<dc:date>2025-06-10T22:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;La R&#233;volution russe et la G&#233;orgie &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine et la G&#233;orgie en 1922 &lt;br class='autobr' /&gt;
La question des nationalit&#233;s ou de l' &#171; autonomie &#187; [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis fort coupable, je crois, devant les ouvriers de Russie, de n'&#234;tre pas intervenu avec assez d'&#233;nergie et de rudesse dans la fameuse question de l'autonomie, appel&#233;e officiellement, si je ne me trompe, question de l'union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;t&#233;, au moment o&#249; cette question s'est pos&#233;e, j'&#233;tais malade, et en automne j'ai trop compt&#233; sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La R&#233;volution russe et la G&#233;orgie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et la G&#233;orgie en 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des nationalit&#233;s ou de l' &#171; autonomie &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fort coupable, je crois, devant les ouvriers de Russie, de n'&#234;tre pas intervenu avec assez d'&#233;nergie et de rudesse dans la fameuse question de l'autonomie, appel&#233;e officiellement, si je ne me trompe, question de l'union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;t&#233;, au moment o&#249; cette question s'est pos&#233;e, j'&#233;tais malade, et en automne j'ai trop compt&#233; sur ma gu&#233;rison et aussi sur l'espoir que les sessions pl&#233;ni&#232;res d'octobre et de d&#233;cembre [2] me permettraient d'intervenir dans cette question. Or, je n'ai pu assister ni &#224; la session d'octobre (consacr&#233;e &#224; ce probl&#232;me), ni &#224; celle de d&#233;cembre ; et c'est ainsi que la question a &#233;t&#233; discut&#233;e presque compl&#232;tement en dehors de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu seulement m'entretenir avec le camarade Dzerjinski qui, &#224; son retour du Caucase, m'a fait savoir o&#249; en &#233;tait cette question en G&#233;orgie. J'ai pu de m&#234;me &#233;changer deux mots avec le camarade Zinoviev et lui dire mes craintes &#224; ce sujet. De la communication que m'a faite le camarade Dzerjinski, qui &#233;tait &#224; la t&#234;te de la commission envoy&#233;e par le Comit&#233; central pour &#171; enqu&#234;ter &#187; sur l'incident g&#233;orgien, je n'ai pu tirer que les craintes les plus s&#233;rieuses. Si les choses en sont venues au point qu'Ordjonikidz&#233; s'est laiss&#233; aller &#224; user de violence, comme me l'a dit le camarade Dzerjinski, vous pouvez bien vous imaginer dans quel bourbier nous avons gliss&#233;. Visiblement, toute cette entreprise d'&#171; autonomie &#187; a &#233;t&#233; fonci&#232;rement erron&#233;e et inopportune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend qu'il fallait absolument unifier l'appareil. D'o&#249; &#233;manaient ces affirmations ? N'est-ce pas de ce m&#234;me appareil de Russie, que, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit dans un num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent de mon journal, nous avons emprunt&#233; au tsarisme en nous bornant &#224; le badigeonner l&#233;g&#232;rement d'un vernis sovi&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, il aurait fallu renvoyer cette mesure jusqu'au jour o&#249; nous aurions pu dire que nous nous portions garants de notre appareil, parce que nous l'avions bien en mains. Et maintenant nous devons en toute conscience dire l'inverse ; nous appelons n&#244;tre un appareil qui, de fait, nous est encore fonci&#232;rement &#233;tranger et repr&#233;sente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes, qu'il nous &#233;tait absolument impossible de transformer en cinq ans faute d'avoir l'aide des autres pays et alors que pr&#233;dominaient les pr&#233;occupations militaires et la lutte contre la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, il est tout &#224; fait naturel que &#171; la libert&#233; de sortir de l'union &#187; qui nous sert de justification, apparaisse comme une formule bureaucratique incapable de d&#233;fendre les allog&#232;nes de Russie contre l'invasion du Russe authentique, du Grand-Russe, du chauvin, de ce gredin et de cet oppresseur qu'est au fond le bureaucrate russe typique. Il n'est pas douteux que les ouvriers sovi&#233;tiques et sovi&#233;tis&#233;s, qui sont en proportion infime, se noieraient dans cet oc&#233;an de la racaille grand-russe chauvine, comme une mouche dans du lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour appuyer cette mesure, on dit que nous avons cr&#233;&#233; les commissariats du peuple s'occupant sp&#233;cialement de la psychologie nationale, de l'&#233;ducation nationale. Mais alors une question se pose : est-il possible de d&#233;tacher ces commissariats du peuple int&#233;gralement ? Seconde question : Avons- nous pris avec assez de soin des mesures pour d&#233;fendre r&#233;ellement les allog&#232;nes contre le typique argousin russe ? Je pense que nous n'avons pas pris ces mesures, encore que nous eussions pu et d&#251; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un r&#244;le fatal a &#233;t&#233; jou&#233; ici par la h&#226;te de Staline et son go&#251;t pour l'administration, ainsi que par son irritation contre le fameux &#171; social-nationalisme &#187;. L'irritation joue g&#233;n&#233;ralement en politique un r&#244;le des plus d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains aussi que le camarade Dzerjinski, qui s'est rendu au Caucase pour enqu&#234;ter sur les &#171; crimes &#187; de ces &#171; social- nationaux &#187;, se soit de m&#234;me essentiellement distingu&#233; ici par son &#233;tat d'esprit cent pour cent russe (on sait que les allog&#232;nes russifi&#233;s forcent constamment la note en l'occurrence), et que l'impartialit&#233; de toute sa commission se caract&#233;rise assez par les &#171; voies de fait &#187; d'Ordjonikidz&#233;. Je pense que l'on ne saurait justifier ces voies de fait russes par aucune provocation, ni m&#234;me par aucun outrage, et que le camarade Dzerjinski a commis une faute irr&#233;parable en consid&#233;rant ces voies de fait avec trop de l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordjonikidz&#233; repr&#233;sentait le pouvoir pour tous les autres citoyens du Caucase. Il n'avait pas le droit de s'emporter, droit que lui et Dzerjinski ont invoqu&#233;. Ordjonikidz&#233; aurait d&#251;, au contraire, montrer un sang-froid auquel aucun citoyen ordinaire n'est tenu, &#224; plus forte raison s'il est inculp&#233; d'un crime &#171; politique &#187;. Car, au fond, les social-nationaux &#233;taient des citoyens inculp&#233;s d'un crime politique, et toute l'ambiance de cette accusation ne pouvait le qualifier autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici se pose une importante question de principe : Comment concevoir l'internationalisme ? [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30.XII.22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 d&#233;cembre 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des nationalit&#233;s ou de l'&#171; autonomie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit dans mes ouvrages sur la question nationale qu'il est tout &#224; fait vain de poser dans l'abstrait la question du nationalisme en g&#233;n&#233;ral. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprim&#233;e, entre le nationalisme d'une grande nation et celui d'une petite nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d'une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, &#224; travers l'histoire, d'une infinit&#233; de violences, et m&#234;me plus, nous commettons une infinit&#233; d'injustices et d'exactions sans nous en apercevoir. Il n'est que d'&#233;voquer mes souvenirs de la Volga sur la fa&#231;on dont on traite chez nous les allog&#232;nes : le Polonais, le Tatar, l'Ukrainien, le G&#233;orgien et les autres allog&#232;nes du Caucase ne s'entendent appeler respectivement que par des sobriquets p&#233;joratifs, tels &#171; Poliatchichka &#187;, &#171; Kniaz &#187;, &#171; Khokhol &#187;, &#171; Kapkazski tch&#233;lovek &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi l'internationalisme du c&#244;t&#233; de la nation qui opprime ou de la nation dite &#171; grande &#187; (encore qu'elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l'est, par exemple, l'argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l'&#233;galit&#233; formelle des nations, mais encore dans une in&#233;galit&#233; compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l'in&#233;galit&#233; qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n'a pas compris cela n'a pas compris non plus ce qu'est l'attitude vraiment prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de la question nationale : celui-l&#224; s'en tient, au fond, au point de vue petit-bourgeois et, par suite, ne peut que glisser &#224; chaque instant vers les positions de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui est important pour le prol&#233;taire ? Il est important, mais aussi essentiel et indispensable, qu'on lui assure dans la lutte de classe prol&#233;tarienne le maximum de confiance de la part des allog&#232;nes. Que faut-il pour cela ? Pour cela il ne faut pas seulement l'&#233;galit&#233; formelle, il faut aussi compenser d'une fa&#231;on ou d'une autre, par son comportement ou les concessions &#224; l'allog&#232;ne, la d&#233;fiance, le soup&#231;on, les griefs qui, au fil de l'histoire, ont &#233;t&#233; engendr&#233;s chez lui par le gouvernement de la nation &#171; imp&#233;rialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que pour les bolch&#233;viks, pour les communistes, il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire d'expliquer cela plus longuement. Et je crois qu'ici nous avons, en ce qui concerne la nation g&#233;orgienne, l'exemple typique du fait qu'une attitude vraiment prol&#233;tarienne exige que nous redoublions de prudence, de pr&#233;venance et d'accommodement. Le G&#233;orgien qui consid&#232;re avec d&#233;dain ce c&#244;t&#233; de l'affaire, qui lance d&#233;daigneusement des accusations de &#171; social-nationalisme &#187;, (alors qu'il est lui-m&#234;me non seulement un vrai, un authentique &#171; social-national &#187;, mais encore un brutal argousin grand-russe), ce G&#233;orgien-l&#224; porte en r&#233;alit&#233; atteinte &#224; la solidarit&#233; prol&#233;tarienne de classe, car il n'est rien qui en retarde le d&#233;veloppement et la consolidation comme l'injustice nationale ; il n'est rien qui soit plus sensible aux nationaux &#171; offens&#233;s &#187;, que le sentiment d'&#233;galit&#233; et la violation de cette &#233;galit&#233;, f&#251;t-ce par n&#233;gligence ou plaisanterie, par leurs camarades prol&#233;taires. Voil&#224; pourquoi, dans le cas consid&#233;r&#233;, il vaut mieux forcer la note dans le sens de l'esprit d'accommodement et de la douceur &#224; l'&#233;gard des minorit&#233;s nationales que faire l'inverse. Voil&#224; pourquoi, dans le cas consid&#233;r&#233;, l'int&#233;r&#234;t fondamental de la solidarit&#233; prol&#233;tarienne, et donc de la lutte de classe prol&#233;tarienne, exige que nous n'observions jamais une attitude purement formelle envers la question nationale, mais que nous tenions toujours compte de la diff&#233;rence obligatoire dans le comportement du prol&#233;taire d'une nation opprim&#233;e (ou petite) envers la nation qui opprime (ou grande).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 d&#233;cembre 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc les mesures pratiques &#224; prendre dans la situation ainsi cr&#233;&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il faut maintenir et consolider l'union des r&#233;publiques socialistes ; il ne peut exister aucun doute sur ce point. Cette mesure nous est n&#233;cessaire comme elle l'est au prol&#233;tariat communiste mondial pour combattre la bourgeoisie mondiale et pour se d&#233;fendre contre ses intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il faut maintenir l'union des r&#233;publiques socialistes en ce qui concerne l'appareil diplomatique. C'est d'ailleurs une exception dans notre appareil d'Etat. Nous n'y avons pas admis une seule personne quelque peu influente de l'ancien appareil tsariste. Dans son personnel les cadres moyens comme les cadres sup&#233;rieurs sont communistes. Aussi a-t-il d&#233;j&#224; conquis (on peut le dire hardiment) le nom d'appareil communiste &#233;prouv&#233;, infiniment mieux &#233;pur&#233; des &#233;l&#233;ments de l'ancien appareil tsariste, bourgeois et petit-bourgeois que celui dont nous sommes oblig&#233;s de nous contenter dans les autres commissariats du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il faut infliger une punition exemplaire au camarade Ordjonikidz&#233; (je dis cela avec d'autant plus de regret que je compte personnellement parmi ses amis et que j'ai milit&#233; avec lui &#224; l'&#233;tranger, dans l'&#233;migration), et aussi achever l'enqu&#234;te ou proc&#233;der &#224; une enqu&#234;te nouvelle sur tous les documents de la commission Dzerjinski, afin de redresser l'&#233;norme quantit&#233; d'irr&#233;gularit&#233;s et de jugements partiaux qui s'y trouvent indubitablement. Il va de soi que c'est Staline et Dzerjinski qui doivent &#234;tre rendus politiquement responsables de cette campagne fonci&#232;rement nationaliste grand-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, il faut introduire les r&#232;gles les plus rigoureuses quant &#224; l'emploi de la langue nationale dans les r&#233;publiques allog&#232;nes faisant partie de notre Union, et v&#233;rifier ces r&#232;gles avec le plus grand soin. I1 n'est pas douteux que, sous pr&#233;texte d'unit&#233; des services ferroviaires, sous pr&#233;texte d'unit&#233; fiscale, etc., une infinit&#233; d'abus de nature authentiquement russe, se feront jour chez nous avec notre appareil actuel. Pour lutter contre ces abus, il faut un esprit d'initiative tout particulier, sans parler de l'extr&#234;me loyaut&#233; de ceux qui m&#232;neront cette lutte. Un code minutieux sera n&#233;cessaire, et seuls les nationaux habitant la r&#233;publique donn&#233;e sont capables de l'&#233;laborer avec quelque succ&#232;s. Et il ne faut jamais jurer d'avance qu'&#224; la suite de tout ce travail on ne revienne en arri&#232;re au prochain congr&#232;s des Soviets en ne maintenant l'union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques que sur le plan militaire et diplomatique, et en r&#233;tablissant sous tous les autres rapports la compl&#232;te autonomie des diff&#233;rents commissariats du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que le morcellement des commissariats du peuple et le d&#233;faut de coordination de leur fonctionnement par rapport &#224; Moscou et autres centres peuvent &#234;tre suffisamment compens&#233;s par l'autorit&#233; du Parti, si celle-ci s'exerce avec assez de circonspection et en toute impartialit&#233; ; le pr&#233;judice que peut causer &#224; notre Etat l'absence d'appareils nationaux unifi&#233;s avec l'appareil russe est infiniment, incommensurablement moindre que celui qui en r&#233;sulte pour nous, pour toute l'Internationale, pour les centaines de millions d'hommes des peuples d'Asie, qui appara&#238;tra apr&#232;s nous sur l'avant-sc&#232;ne historique dans un proche avenir. Ce serait un opportunisme impardonnable si, &#224; la veille de cette intervention de l'Orient et au d&#233;but de son r&#233;veil, nous ruinions &#224; ses yeux notre autorit&#233; par la moindre brutalit&#233; ou injustice &#224; l'&#233;gard de nos propres allog&#232;nes. Une chose est la n&#233;cessit&#233; de faire front tous ensemble contre les imp&#233;rialistes d'Occident, d&#233;fenseurs du monde capitaliste. L&#224; il ne saurait y avoir de doute, et il est superflu d'ajouter que j'approuve absolument ces mesures. Autre chose est de nous engager nous-m&#234;mes, f&#251;t-ce pour les questions de d&#233;tail, dans des rapports imp&#233;rialistes &#224; l'&#233;gard des nationalit&#233;s opprim&#233;es, en &#233;veillant ainsi la suspicion sur la sinc&#233;rit&#233; de nos principes, sur notre justification de principe de la lutte contre l'imp&#233;rialisme. Or, la journ&#233;e de demain, dans l'histoire mondiale, sera justement celle du r&#233;veil d&#233;finitif des peuples opprim&#233;s par l'imp&#233;rialisme et du commencement d'une longue et &#226;pre bataille pour leur affranchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31.XII.22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes rajout&#233;es par l'&#233;diteur sont signal&#233;es par [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Autonomie, projet d'organiser toutes les r&#233;publiques formant la R.S.F.S.R. sur les bases d'autonomie. Le projet d'&#034;autonomie&#034; fut d&#233;pos&#233; par Staline. L&#233;nine le critiqua s&#233;v&#232;rement et proposa une solution fonci&#232;rement diff&#233;rente &#224; cette question : formation de l'Union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques englobant des r&#233;publiques &#233;gales en droit. En d&#233;cembre 1922 le 1er Congr&#232;s des Soviets de l'U.R.S.S. prit la d&#233;cision de former l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il s'agit des sessions pl&#233;ni&#232;res du C.C. du P.C.(b)R. qui eurent lieu en octobre et d&#233;cembre 1922 et qui d&#233;lib&#233;r&#232;rent du probl&#232;me de la formation de l'U.S.S.R. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Plus loin, dans les notes st&#233;nographi&#233;es, la phrase Je pense que nos camarades n'ont pas suffisamment compris cette importante question de principe &#187; est barr&#233;e. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky et la G&#233;orgie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A LA M&#201;MOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE STEPAN CHAOUMIAN, D'ALEXIS DJAPARIDZE ET DE TRENTRE-QUATRE AUTRES COMMUNISTES DE BAKOU&lt;br class='autobr' /&gt;
tu&#233;s le 20 septembre 1918, sans enqu&#234;te ni jugement, &#224; un endroit d&#233;sert de la r&#233;gion transcaucasienne entre les stations de P&#233;r&#233;val et d'Akhtcha Kouima, par le chef de la mission militaire anglaise &#224; Askhabad, Teague-Jones, au su et avec l'approbation des autorit&#233;s anglaises en Transcaucasie et, en particulier, du commandant des troupes britanniques en Transcaucasie, le g&#233;n&#233;ral-major Thompson ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES OUVRIERS FUSILL&#201;S PAR LE GOUVERNEMENT MENCHEVIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant le meeting du square Alexandrovsky, &#224; Tiflis, le 10 f&#233;vrier 1918 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; LA M&#201;MOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE DIZAINES, DE CENTAINES ET DE MILLIERS DE COMMUNISTES CAUCASIENS&lt;br class='autobr' /&gt;
tomb&#233;s en luttant pour le pouvoir sovi&#233;tique, fusill&#233;s, pendus, tortur&#233;s, par le gouvernement &#171; d&#233;mocratique &#187; coalitionniste de Transcaucasie, par le gouvernement menchevique de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187;, par les troupes du sultan, alli&#233; de la &#171; d&#233;mocratie &#187; transcaucasienne, par les troupes du Hohenzollern, protecteur de la G&#233;orgie menchevique, par les troupes anglaises entr&#233;es en G&#233;orgie pour lutter avec les mencheviks contre les communistes, par les gardes-blancs de D&#233;nikine et de Wrangel, avec le concours direct et indirect des mencheviks g&#233;orgiens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES CHEFS DES INSURRECTIONS PAYSANNES DE L'OSS&#201;TIE, DE L'ABKHAZIE, DE L'ADJAR, DE LA GOURIE, DE LA MINGRELIE, etc.,&lt;br class='autobr' /&gt;
fusill&#233;s par le gouvernement menchevique de G&#233;orgie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AUTEUR D&#201;DIE CE LIVRE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit pour d&#233;voiler le mensonge, la calomnie et la haine r&#233;pandus &#224; flots par les oppresseurs, les exploiteurs, les imp&#233;rialistes, les rapaces, les meurtriers et leurs mercenaires politiques et valets b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; nous &#233;crivons ces lignes, moins de trois semaines nous s&#233;parent de la conf&#233;rence de G&#234;nes. Combien de temps nous s&#233;pare de sa r&#233;union effective, nul vraisemblablement ne le sait encore. La campagne diplomatique engag&#233;e autour de cette conf&#233;rence se rattache, de la fa&#231;on la plus &#233;troite, &#224; la campagne politique men&#233;e autour de la Russie sovi&#233;tique. Entre la diplomatie de la bourgeoisie et celle de la social-d&#233;mocratie, Ton assiste &#224; une division fondamentale du travail : la diplomatie m&#232;ne les intrigues officielles, la social-d&#233;mocratie mobilise l'opinion publique contre le gouvernement des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut la diplomatie ? Imposer &#224; la Russie r&#233;volutionnaire le plus lourd tribut possible ; l'obliger &#224; payer le plus de r&#233;parations possible ; &#233;largir, autant que faire se peut, sur le territoire sovi&#233;tique, le cadre de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; cr&#233;er, pour les financiers, les industriels, les usuriers russes et &#233;trangers, le plus grand nombre de privil&#232;ges aux d&#233;pens des ouvriers et des paysans russes. Tout ce qui nagu&#232;re servait de paravent &#224; ces exigences : &#171; d&#233;mocratie &#187;, &#171; droit &#187;, &#171; libert&#233; &#187;, est aujourd'hui rejet&#233; par la diplomatie bourgeoise, tout comme un boutiquier rejette le papier d'emballage d'un coupon de tissu, lors-qu'il s'agit de montrer la marchandise, de la marchander et de la mesurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, rien ne se perd. L'emballage de papier du &#171; droit &#187; tombe en la possession de la social-d&#233;mocratie ; c'est sa marchandise &#224; elle, c'est l'objet de son trafic. La IIe Internationale &#8212; et ce qui nous en disons se rapportera aussi &#224; l'Internationale 2 &#189;, ombre projet&#233;e par l'autre &#8212; s'ing&#233;nie &#224; prouver aux ouvriers que, le Gouvernement sovi&#233;tique n'observant pas le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187;, les masses laborieuses de Russie ne m&#233;ritent pas d'&#234;tre soutenues dans leur lutte contre les usuriers de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre peu de respect pour le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187; s'est manifest&#233; avec le plus de vigueur, comme on le sait, par la r&#233;volution du 7 novembre. C'est l&#224; notre p&#233;ch&#233; originel. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es, la bourgeoisie tenta d'extirper la r&#233;volution socialiste par le glaive. Aujourd'hui, elle se borne &#224; y apporter des amendements capitalistes fondamentaux. On ne discute que sur leur &#233;tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La IIe Internationale veut cependant profiter de la conf&#233;rence de G&#234;nes pour restaurer le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187;. De l&#224;, semble-t-il, devrait d&#233;couler un programme bien d&#233;termin&#233; : ne pas admettre &#224; G&#234;nes le gouvernement &#171; usurpateur &#187;, &#171; dictatorial &#187;, &#171; terroriste &#187; des Soviets, et y amener, au contraire, les reliques d&#233;mocratiques de l'Assembl&#233;e Constituante. Mais poser ainsi la question serait trop ridicule, et, en outre, cela contrarierait les d&#233;marches pratiques de la bourgeoisie. La IIe Internationale n'a aucune pr&#233;tention au r&#244;le de chevalier utopique de la d&#233;mocratie. Elle n'est que son Sancho Pan&#231;a. Elle n'ose pas poser la question dans toute son ampleur. Elle veut seulement tirer son petit b&#233;n&#233;fice ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau de la lutte pour le petit b&#233;n&#233;fice de la d&#233;mocratie, c'est aujourd'hui la G&#233;orgie. La r&#233;volution sovi&#233;tique y eut lieu il y a moins d'un an. Auparavant, la G&#233;orgie &#233;tait dirig&#233;e par le parti de la IIe Internationale. Cette R&#233;publique menchevique oscillait sans cesse entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne, demandant au premier son aide ou bien lui offrant la sienne contre la seconde. C'est bien d'ailleurs le r&#244;le de toute la IIe Internationale. La G&#233;orgie menchevique paya de son propre &#233;croulement sa liaison avec la contre-r&#233;volution. Et le m&#234;me sort menace in&#233;vitablement la IIe Internationale. Rien d'&#233;tonnant si la campagne de la social-d&#233;mocratie dans tous les pays en faveur de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187; prend, en quelque sorte, valeur de symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en faveur des pr&#233;tentions des mencheviks g&#233;orgiens, les t&#234;tes les plus inventives de la IIe Internationale ne trouv&#232;rent pas &#224; mettre en avant un seul argument qui n'e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;j&#224; utilis&#233; mille fois par les d&#233;fenseurs des droits &#171; d&#233;mocratiques &#187; chers &#224; Milioukov, K&#233;rensky, Tchernov, Martov. Aucune diff&#233;rence de principe. Les social-d&#233;mocrates nous pr&#233;sentent aujourd'hui in-octavo ce que jadis la presse coalis&#233;e de l'imp&#233;rialisme pr&#233;sentait in-folio. Il ne sera pas difficile de s'en convaincre, si l'on examine la d&#233;cision du Comit&#233; Ex&#233;cutif de la IIe Internationale &#224; propos de la G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de cette d&#233;cision m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Le style, c'est l'homme, mais c'est aussi le parti. &#201;coutons dans quel style politique la IIe Internationale converse avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8212; &#171; Le territoire de la G&#233;orgie a &#233;t&#233; occup&#233; par les troupes du Gouvernement de Moscou, qui maintient en G&#233;orgie un pouvoir odieux &#224; sa population et appara&#238;t aux yeux du prol&#233;tariat du monde entier comme le seul responsable de la destruction de la R&#233;publique G&#233;orgienne et de l'instauration du r&#233;gime terroriste dans ce pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas l&#224; ce que la presse r&#233;actionnaire de l'univers entier affirmait pendant quatre ans au sujet de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique dans son ensemble ? Ne disait-on pas que le pouvoir des Soviets &#233;tait odieux &#224; la population russe et ne se maintenait que par une terreur militaire ? N'est-ce pas, soi-disant, gr&#226;ce aux r&#233;giments lettons, chinois, allemands et bachkirs que nous avons gard&#233; P&#233;trograd et Moscou ? N'est-ce pas, soi-disant, par la force que le pouvoir des Soviets a &#233;t&#233; &#233;tendu par Moscou en Ukraine, en Sib&#233;rie, dans le Don, au Kouban, dans l'Azerbe&#239;djan ? Et si, aujourd'hui, apr&#232;s la d&#233;faite de la canaille r&#233;actionnaire, la IIe Internationale ne r&#233;p&#232;te plus ces phrases, mot pour mot, qu'&#224; propos de la G&#233;orgie, cela en change-t-il la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; &#171; La responsabilit&#233; du Gouvernement de Moscou a &#233;t&#233; aggrav&#233;e encore par les derniers &#233;v&#233;nements de G&#233;orgie, en particulier &#224; la suite des gr&#232;ves de protestation organis&#233;es par les ouvriers (?) et r&#233;prim&#233;es par la force, comme le font les gouvernements r&#233;actionnaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le gouvernement r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie a emp&#234;ch&#233; par la force les dirigeants mencheviks de la bureaucratie des chemins de fer, les fonctionnaires et les officiers blancs qui n'avaient pas eu le temps de fuir, de saboter l'&#201;tat ouvrier et paysan. A propos de ces r&#233;pressions, Merrheim, le petit valet bien connu de l'imp&#233;rialisme en France, parle des &#171; milliers &#187; de citoyens g&#233;orgiens oblig&#233;s d'abandonner leur toit. &#171; Parmi ces fugitifs &#8212; nous le citons textuellement &#8212; se trouvent un grand nombre d'officiers, d'anciens fonctionnaires de la r&#233;publique et tous les chefs de la garde populaire. &#187; La voil&#224; bien cette machine menchevique qui, pendant trois ans, usait de repr&#233;sailles impitoyables envers les ouvriers r&#233;volutionnaires et les paysans g&#233;orgiens insurg&#233;s et qui, apr&#232;s le renversement des mencheviks, demeura un instrument docile des tentatives de restauration de l'Entente ! Que le gouvernement r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie ait pris des mesures rigoureuses contre la bureaucratie saboteuse, nous le reconnaissons volontiers. Mais c'est ce que nous avons fait sur tout le territoire de la r&#233;volution. D&#232;s son &#233;tablissement, le pouvoir d&#233;s Soviets, &#224; P&#233;trograd et &#224; Moscou, se heurta &#224; un essai de gr&#232;ve des cheminots, dirig&#233;s par la bureaucratie menchevique et socialiste-r&#233;volutionnaire des chemins de fer. Appuy&#233;s par les ouvriers, nous avons &#233;cras&#233; cette bureaucratie, nous l'avons &#233;pur&#233;e, nous l'avons soumise a l'autorit&#233; des travailleurs. La canaille r&#233;actionnaire du monde entier cria au terrorisme barbare des bolcheviks. Les m&#234;mes lamentations sont reprises aujourd'hui &#224; la suite de cette canaille r&#233;actionnaire par les chefs social-d&#233;mocrates, mais &#224; propos de la seule G&#233;orgie. O&#249; est le changement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas frappant que les chefs de la social-d&#233;mocratie parlent de la r&#233;pression des gr&#232;ves ouvri&#232;res comme d'une m&#233;thode propre aux &#171; gouvernements r&#233;actionnaires &#187; ? Aurions-nous oubli&#233; qui sont les membres de la IIe Internationale ? Noske et Ebert, ses dirigeants, auraient-ils &#233;t&#233; exclus ? Combien de gr&#232;ves et d'insurrections n'ont-ils pas r&#233;prim&#233;es ? Ne sont-ce peut-&#234;tre pas eux les bourreaux de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht ? Ne serait-ce pas le social-d&#233;mocrate H&#246;rsing, membre de la IIe Internationale, qui provoqua le Mouvement de Mars pour le noyer ensuite dans le sang ? Et que pense-t-on des derni&#232;res et toutes r&#233;centes mesures prises par le social-d&#233;mocrate Ebert contre la gr&#232;ve des cheminots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Ex&#233;cutif ne verrait-il pas, de Londres, ce qui se passe sur le continent ? Dans ce cas, il nous sera permis de demander respectueusement &#224; Henderson s'il ne fut pas conseiller secret de la couronne lors de l'insurrection irlandaise de P&#226;ques 1916, lorsque les troupes royales saccag&#232;rent Dublin et fusill&#232;rent quinze Irlandais, au nombre desquels le socialiste Connolly, d&#233;j&#224; bless&#233; ? Peut-&#234;tre Vandervelde, ancien pr&#233;sident de la IIe Internationale, petit conseiller d'un petit roi, n'a-t-il pas invit&#233; les socialistes russes &#224; se r&#233;concilier pendant la guerre avec le tsarisme, plong&#233; jusqu'au cou dans le sang des ouvriers et des paysans et destin&#233; bient&#244;t &#224; y mourir &#233;touff&#233; ? Faut-il multiplier les exemples ? En v&#233;rit&#233;, la d&#233;fense du droit de gr&#232;ve sied aux leaders de la IIe Internationale &#224; peu pr&#232;s comme un sermon sur la fid&#233;lit&#233; &#224; Judas Iscariote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8212; &#171; Au moment o&#249; le Gouvernement de Moscou demande sa reconnaissance aux autres gouvernements, il devrait, s'il veut qu'on respecte ses propres droits, respecter de m&#234;me les droits des autres peuples et ne pas violer les principes les plus &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent reposer les relations entre pays civilis&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style politique, c'est le Parti, c'est son &#226;me. Ce dernier point est le clou de la IIe Internationale. Si la Russie veut obtenir sa reconnaissance ( de qui ? ), elle doit &#171; respecter de m&#234;me ( comment ? ) les droits des autres peuples et ne pas violer &#8212; remarquez-le bien &#8212; les principes &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent ( doivent ! ) reposer les relations entre peuples civilis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a &#233;crit cela ? Nous dirions : c'est Longuet lui-m&#234;me, s'il n'avait pas d&#233;m&#233;nag&#233; dans l'Internationale deux et demie. Peut-&#234;tre est-ce Vandervelde, ce fin l&#233;giste de la couronne belge ? Ou bien M. Henderson, inspir&#233; par son propre pr&#234;che du dimanche &#224; l'assembl&#233;e religieuse de la &#171; fraternit&#233; &#187; ? Ou bien peut-&#234;tre est-ce Ebert, &#224; ses heures de loisir ? II est pourtant n&#233;cessaire d'&#233;tablir, pour l'histoire, le nom de l'auteur de cette incomparable r&#233;solution. &#201;videmment, nous n'en doutons pas, la pens&#233;e de la IIe Internationale y a travaill&#233; collectivement. Mais quel fut le canal &#233;lu qui vomit la pourriture de cette pens&#233;e collective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons cependant au texte. Pour &#234;tre reconnu par les gouvernements bourgeois, imp&#233;rialistes, n&#233;griers (c'est d'eux pr&#233;cis&#233;ment qu'il s'agit), le Gouvernement sovi&#233;tique doit &#171; ne pas violer les principes &#187; et &#171; respecter de m&#234;me les droits des autres peuples &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ann&#233;es durant, les gouvernements imp&#233;rialistes ont essay&#233; de nous renverser. Ils n'y ont pas r&#233;ussi. Leur situation &#233;conomique est d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Leur rivalit&#233; mutuelle atteint son comble. Us se sont vus oblig&#233;s d'entrer en relations avec la Russie sovi&#233;tique &#224; cause de ses mati&#232;res premi&#232;res, de son march&#233; et de ses versements. En l'invitant &#224; adopter cette politique, Lloyd George expliquait &#224; Briand que la morale internationale permettait de s'entendre non seulement avec les brigands de l'Est (Turquie), mais aussi avec ceux du Nord (Russie sovi&#233;tique). Nous n'en voudrons pas &#224; Lloyd George pour une parole un peu forte. Dans cette question, nous acceptons enti&#232;rement sa formule franche. Oui, nous estimons possible, admissible et n&#233;cessaire de nous entendre, jusqu'&#224; un certain point, avec les bandits imp&#233;rialistes d'Occident, comme avec ceux d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord, en nous imposant des obligations, doit en m&#234;me temps obliger nos ennemis &#224; renoncer &#224; nous attaquer les armes &#224; la main. Tel est le r&#233;sultat qui s'annonce de quatre ans de guerre d&#233;clar&#233;e. Sans doute, les gouvernements bourgeois r&#233;clament) eux aussi, la reconnaissance des &#171; principes &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent reposer les relations entre pays civilis&#233;s &#187;. Mais ces principes n'ont rien de commun avec la d&#233;mocratie et le droit des nationalit&#233;s. On exige de nous la reconnaissance des dettes conclues par le tsarisme pour r&#233;primer cette m&#234;me G&#233;orgie, la Finlande, la Pologne, tous les autres pays limitrophes et les masses laborieuses de la Grande Russie elle-m&#234;me. On exige de nous le remboursement des pertes subies par les capitalistes du fait de la r&#233;volution. On ne saurait nier que la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'ait l&#233;s&#233; quelques poches et quelques bourses qui s'estiment le plus saint des principes &#171; sur lesquels reposent les relations entre pays civilis&#233;s &#187;. Il en sera question &#224; G&#234;nes et ailleurs. Mais de quels principes parlent les leaders de la IIe Internationale ? Des principes de brigandage du trait&#233; de Versailles, qui continuent provisoirement &#224; r&#233;gler les relations entre &#201;tats, les principes de Clemenceau, de Lloyd George et du Mikado ? Ou bien, dans leur langue de filous retors, parlent-ils des principes sur lesquels ne reposent pas, mais doivent reposer les relations entre les peuples ? Alors, pourquoi en font-ils la condition de notre acceptation dans la respectable &#171; famille &#187; des &#201;tats imp&#233;rialistes actuels ? Ou bien veulent-ils que nous d&#233;sarmions d&#232;s aujourd'hui et que nous &#233;vacuions des territoires devant l'imp&#233;rialisme, en consid&#233;ration des relations qui existeront demain entre les peuples ? Mais nous avons d&#233;j&#224; fait cette exp&#233;rience &#224; la face de l'univers. Pendant les pourparlers de Brest-Litovsk, nous avons publiquement d&#233;sarm&#233;. Cela emp&#234;cha-t-il le militarisme allemand d'envahir notre pays ? Peut-&#234;tre la social-d&#233;mocratie allemande, appui de la IIe Internationale, leva-t-elle l'&#233;tendard de la r&#233;volte ? Non, elle resta le parti gouvernemental du Hohenzollern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En G&#233;orgie gouvernait le parti petit-bourgeois des mencheviks ; aujourd'hui y gouverne le parti des bolcheviks g&#233;orgiens. Les mencheviks s'appuyaient sur le concours mat&#233;riel de l'imp&#233;rialisme d'Europe et d'Am&#233;rique. Les bolcheviks g&#233;orgiens s'appuient sur le concours de la Russie sovi&#233;tique. En vertu de quelle logique l'Internationale social-d&#233;mocrate veut-elle faire d&#233;pendre la paix entre la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique et les &#201;tats capitalistes de la restitution de la G&#233;orgie aux mencheviks ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est mauvaise, mais le but est clair. La IIe Internationale voulut et veut encore la chute du pouvoir des Soviets. Elle a fait dans ce sens tout ce qu'elle a pu. Elle mena cette lutte de concert avec le capital, au nom de la d&#233;mocratie, contre la dictature. Les masses ouvri&#232;res occidentales la chass&#232;rent de cette position, l'emp&#234;chant ainsi de combattre ouvertement la R&#233;publique sovi&#233;tique. Aujourd'hui, derri&#232;re le paravent g&#233;orgien, la social-d&#233;mocratie recommence le m&#234;me combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses laborieuses du monde entier ont manifest&#233; d&#232;s le premier moment leur volont&#233; de consid&#233;rer la r&#233;volution russe comme un bloc. En cela, leur instinct r&#233;volutionnaire co&#239;ncidait, et ce n'&#233;tait pas pour la premi&#232;re fois, avec la raison th&#233;orique qui enseigne qu'une r&#233;volution, avec son h&#233;ro&#239;sme et ses cruaut&#233;s, sa lutte pour l'individu et son m&#233;pris de l'individu, ne peut &#234;tre comprise que suivant la logique concr&#232;te de ses rapports int&#233;rieurs, et non pas par l'appr&#233;ciation de telle de ses parties ou de tel de ses &#233;pisodes suivant le prix-courant du droit, de la morale ou de l'esth&#233;tique. Le premier grand combat th&#233;orique livr&#233; par le communisme pour la d&#233;fense du droit r&#233;volutionnaire de la dictature et de ses m&#233;thodes, a port&#233; ses fruits. Les social-d&#233;mocrates ont d&#233;finitivement abandonn&#233; les m&#233;thodes marxistes et jusqu'&#224; la phras&#233;ologie marxiste elle-m&#234;me. Les ind&#233;pendants d'Allemagne, les socialistes italiens et leurs cong&#233;n&#232;res, mis au pied du mur par les ouvriers, ont &#171; reconnu &#187; la dictature, pour manifester d'autant plus vivement leur incapacit&#233; de combattre pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis communistes ont grandi, sont devenus une force. Cependant, le d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne marque un temps d'arr&#234;t s&#233;rieux dont la nature et l'importance ont &#233;t&#233; assez pleinement expliqu&#233;es par le IIIe Congr&#232;s de l'Internationale Communiste. La cristallisation de la conscience r&#233;volutionnaire, r&#233;v&#233;l&#233;e par l'essor des partis communistes, a &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'un reflux de la vague r&#233;volutionnaire spontan&#233;e de la premi&#232;re p&#233;riode d'apr&#232;s guerre. L'opinion publique bourgeoise a repris l'offensive. Son principal objectif consistait &#224; d&#233;truire ou tout au moins &#224; obscurcir l'aur&#233;ole de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une campagne grandiose s'engagea, dans laquelle le mensonge grossier et criard apporta moins d'avantages &#224; la bourgeoisie que les fragments de v&#233;rit&#233; choisis avec soin. Gr&#226;ce &#224; son espionnage de presse, la bourgeoisie aborda la r&#233;volution par l'escalier de service. Savez-vous ce que c'est qu'une r&#233;publique prol&#233;tarienne ? Ce sont les locomotives souffrant d'asthme, c'est le pou porteur de typhus, c'est la fille d'un avocat fameux de nos amis dans une chambre non chauff&#233;e, c'est le menchevik en prison, ce sont les cabinets non nettoy&#233;s. Voil&#224; ce qui c'est qu'une r&#233;volution de la classe ouvri&#232;re ! Les journalistes bourgeois ont montr&#233; &#224; l'univers entier le pou sovi&#233;tique agrandi au microscope. Mistress Snowden, revenue de la Volga sur la Tamise, estima avant tout de son devoir de se gratter publiquement. C'&#233;tait presque un rite symbolisant les avantages de la civilisation sur la barbarie. Cependant, la question ne fut pas ainsi &#233;puis&#233;e. MM. les informateurs de l'opinion publique bourgeoise abord&#232;rent la r&#233;volution&#8230; par derri&#232;re, mais arm&#233;s d'un microscope. Ils regard&#232;rent certains d&#233;tails avec un soin extr&#234;me, m&#234;me excessif, mais ce qu'ils regard&#232;rent n'est pas la r&#233;volution du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, le fait m&#234;me de porter la question sur le terrain de nos difficult&#233;s &#233;conomiques et de nos imperfections quotidiennes constituait un progr&#232;s. Abandonnant les discours monotones et pas tr&#232;s intelligents sur les avantages de l'Assembl&#233;e Constituante par rapport au pouvoir des Soviets, l'opinion publique bourgeoise semblait enfin comprendre que nous existions, tandis que la Constituante &#233;tait bien morte. Accuser les d&#233;sordres de nos transports et autres, c'&#233;tait en quelque sorte reconna&#238;tre de facto les Soviets et entrer dans la voie de nos propres alarmes et de nos efforts. Reconna&#238;tre ne signifie toutefois aucunement faire la paix. Cela signifie seulement qu'apr&#232;s l'offensive qui a &#233;chou&#233;, commence la guerre de positions. Nous nous souvenons tous que, pendant la grande boucherie, la lutte se concentra subitement sur le front fran&#231;ais autour d'une &#171; Maison du Passeur &#187;. Pendant plusieurs semaines, cette maison se trouva mentionn&#233;e chaque jour dans les communiqu&#233;s. Au fond, cette maison n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte pour percer un front ou bien pour causer &#224; l'ennemi le plus de mal possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique bourgeoise continuant sa guerre &#224; mort contre nous, s'est naturellement empar&#233; de la G&#233;orgie comme d'une &#171; Maison du Passeur &#187; dans le stade actuel de la guerre de positions. Lord Northcliffe, Huysmans, Gustave Herv&#233;, les bandits au pouvoir en Roumanie, Martov, le royaliste L&#233;on Daudet, Mistress Snowden et sa belle-s&#339;ur, Kautsky, et m&#234;me Frau Louisa Kautsky (voir la Wiener Arbeiter Zeitung), en un mot, toutes les armes dont dispose l'opinion publique bourgeoise, ont fait leur jonction pour d&#233;fendre la d&#233;mocratique, la loyale et la strictement neutre G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici que nous assistons &#224; une r&#233;cidive de fureur incompr&#233;hensible au premier abord : toutes les accusations, politiques, juridiques, morales, criminelles, qui furent jadis lanc&#233;es contre le syst&#232;me sovi&#233;tique en g&#233;n&#233;ral, sont aujourd'hui reprises contre le pouvoir des Soviets en G&#233;orgie. C'est pr&#233;cis&#233;ment en G&#233;orgie que les Soviets n'expriment pas la volont&#233; du peuple. Et en Grande Russie ? A-t-on oubli&#233; la dissolution de la Constituante par les &#171; r&#233;giments lettons et chinois &#187; ? N'est-il pas prouv&#233; depuis longtemps que n'ayant nulle part de base, nous appliquons partout du &#171; dehors &#187; (!!!) la force arm&#233;e et que nous envoyons &#224; tous les diables les plus solides gouvernements d&#233;mocratiques avec toutes leurs racines ? C'est pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que nous avons commenc&#233;, messieurs ! C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi vous pr&#233;disiez la chute des Soviets dans quelques semaines, Clemenceau au d&#233;but des pourparlers de Versailles, et Kautsky au d&#233;but de la r&#233;volution allemande. Pourquoi donc, aujourd'hui, ne parle-t-on que de la G&#233;orgie ? Parce que Jordania et Ts&#233;r&#233;telli sont &#233;migr&#233;s ? Mais tous les autres : les moussavatistes d'Azerba&#239;djan, les dachnaks d'Arm&#233;nie, la rada du Kouban, le kroug du Don, les p&#233;duriens d'Ukraine, Martov et Tchernov, K&#233;rensky et Milioukov ? Pourquoi accorder une telle pr&#233;f&#233;rence aux mencheviks de G&#233;orgie sur ceux de Moscou ? Pour les mencheviks g&#233;orgiens on r&#233;clame le retour au pouvoir, pour ceux de Moscou seulement l'all&#232;gement des mesures de r&#233;pression. Ce n'est pas tr&#232;s logique, mais le but politique est bien clair. La G&#233;orgie est un pr&#233;texte tout frais pour mobiliser de nouveau la haine et l'hostilit&#233; contre nous dans cette guerre de positions qui tra&#238;ne en longueur. Telles sont les lois de la guerre &#171; d'usure &#187;. Nos adversaires r&#233;p&#232;tent en petit ce qui a &#233;chou&#233; en grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; le contenu et le caract&#232;re de notre ouvrage. Nous avons d&#251; reprendre les questions d&#233;j&#224; comment&#233;es au point de vue des principes, en particulier dans Terrorisme et Communisme. Nous avons recherch&#233; cette fois-ci le maximum de concr&#233;tisation. Il s'agissait de montrer, par un exemple pr&#233;cis, l'action des forces essentielles de notre &#233;poque. Dans l'histoire de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187;, nous avons essay&#233; de suivre la politique d'un parti social-d&#233;mocrate au pouvoir, oblig&#233; de trouver sa voie entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Nous voulons esp&#233;rer que pr&#233;cis&#233;ment ce caract&#232;re d&#233;taill&#233; et concret de notre exposition fera mieux comprendre les probl&#232;mes int&#233;rieurs de la r&#233;volution, ses besoins et ses difficult&#233;s, au lecteur d&#233;nu&#233; d'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire imm&#233;diate, mais int&#233;ress&#233; &#224; l'acqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne renvoyons pas toujours aux sources ; ce serait fatigant pour le lecteur, surtout &#233;tranger, puisqu'il s'agit des publications russes. Nous renvoyons ceux qui voudraient v&#233;rifier nos citations et trouver des donn&#233;es plus compl&#232;tes, aux brochures suivantes : Documents et mat&#233;riaux sur la politique ext&#233;rieure de la Transcaucasie et de la G&#233;orgie, Tiflis, 1919 ; La R.S.F.S.R. et la R&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie dans leurs relations mutuelles, Moscou, 1922 ; Makharadze : La dictature du parti menchevik en G&#233;orgie, Moscou, 1921 ; Mechtch&#233;riakov : Un Paradis menchevik, Moscou, 1921 ; Chafir : La Guerre civile en Russie et la G&#233;orgie menchevique, Moscou, 1921 ; du m&#234;me : Les myst&#232;res du royaume menchevik, Tiflis, 1921. Les deux derni&#232;res brochures se basent sur les mat&#233;riaux trouv&#233;s par la commission sp&#233;ciale de l'Internationale communiste en G&#233;orgie et en Crim&#233;e. Nous nous sommes servis en outre des archives des commissariats de la guerre et des affaires &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;cit, de m&#234;me que nos sources, ne peuvent pr&#233;tendre, m&#234;me de loin, &#233;puiser le sujet. Les mat&#233;riaux les plus pr&#233;cieux nous sont inaccessibles : ce sont les documents les plus compromettants, emport&#233;s par l'ancien gouvernement menchevik, ainsi que les archives britanniques et fran&#231;aises, depuis novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on r&#233;unissait consciencieusement ces documents et si on les publiait, on aurait une chrestomathie tr&#232;s instructive &#224; l'usage des leaders des Internationales II et II 1/2. Malgr&#233; ses difficult&#233;s financi&#232;res, la R&#233;publique sovi&#233;tique prendrait volontiers les frais de cette &#233;dition &#224; sa charge. Naturellement elle s'engagerait, &#224; condition de r&#233;ciprocit&#233;, &#224; mettre &#224; la disposition de l'&#233;diteur tous les documents, sans exception, des archives sovi&#233;tiques concernant la G&#233;orgie. Nous craignons fort que notre proposition ne soit pas accept&#233;e. D'ailleurs, qu'importe : nous attendrons que d'autres moyens se pr&#233;sentent pour que devienne manifeste ce qui est cach&#233;. Finalement, ceci arrivera, un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, le 20 f&#233;vrier 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. L&#233;gende et r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les mencheviks renvers&#233;s du pouvoir repr&#233;sentent-ils le sort de la G&#233;orgie ? Il s'est form&#233; sur ce pays toute une l&#233;gende destin&#233;e &#224; empaumer les simples d'esprit. Or, les simples d'esprit ne manquent pas ici-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son plein gr&#233;, le peuple g&#233;orgien d&#233;cida de se s&#233;parer en bonne amiti&#233; de la Russie. Ainsi commence la l&#233;gende. Cette d&#233;cision, le peuple g&#233;orgien-l'exprima par un vote d&#233;mocratique. En m&#234;me temps, il inscrivit sur son drapeau un programme de neutralit&#233; absolue dans les relations internationales. Ni en action ni en pens&#233;e, la G&#233;orgie ne s'immis&#231;a dans la guerre civile russe. Ni les empires centraux, ni l'Entente ne purent la faire d&#233;vier de la voie de la neutralit&#233;. Sa devise &#233;tait : Vis &#224; ta guise et laisse les autres en paix. Ayant appris l'existence de cette terre b&#233;nie, quelques vieux p&#232;lerins (Vandervelde, Renaudel, Mrs Snowden) prirent imm&#233;diatement des billets directs pour la G&#233;orgie. Courb&#233; sous le faix des ans et de la sagesse, le v&#233;n&#233;rable Kautsky ne tarda pas &#224; les suivre. Tous, semblables aux premiers ap&#244;tres, ils convers&#232;rent en des langues qu'ils ne connaissaient point et eurent des visions qu'ils relat&#232;rent ensuite dans des articles et des livres. Chemin faisant, de Tiflis &#224; Vienne, Kautsky ne cessa de chanter de Nunc dimittis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bons pasteurs n'avaient pas encore eu le temps d'apporter &#224; leurs ouailles la bienheureuse nouvelle qu'une chose horrible se produisait : Sans motif aucun, la Russie sovi&#233;tique lan&#231;a son arm&#233;e sur la G&#233;orgie d&#233;mocratique, qui prosp&#233;rait dans une neutralit&#233; pacifique, et &#233;crasa impitoyablement la R&#233;publique d&#233;mocratique, objet de l'amour des masses populaires. C'est dans l'imp&#233;rialisme effr&#233;n&#233; du pouvoir sovi&#233;tique et, en particulier, dans sa jalousie pour les succ&#232;s d&#233;mocratiques des mencheviks g&#233;orgiens qu'il faut chercher la raison de ce monstrueux forfait. L&#224;, en somme, finit la l&#233;gende. Ce sont ensuite des proph&#233;ties apocalyptiques sur la chute in&#233;vitable des bolcheviks et sur la restauration des mencheviks dans leur splendeur premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la d&#233;monstration de cette l&#233;gende qu'est consacr&#233; l'&#233;difiant opuscule de Kautsky.[1] C'est sur cette l&#233;gende &#233;galement que sont bas&#233;s les r&#233;solutions de la IIe Internationale sur la G&#233;orgie, les articles du Times, les discours de Vandervelde, les sympathies avou&#233;es de la reine de Belgique et les &#233;crits des Herv&#233; et des Merrheim. S'il n'a pas encore &#233;t&#233; publi&#233; d'encyclique papale l&#224;-dessus, c'est uniquement &#224; la fin pr&#233;matur&#233;e de Beno&#238;t XV qu'il faut l'attribuer. Son successeur, esp&#233;rons-le, comblera cette lacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si, semblable &#224; beaucoup d'autres, la l&#233;gende sur la G&#233;orgie n'est pas d&#233;nu&#233;e de po&#233;sie, elle s'&#233;carte, comme toutes les l&#233;gendes, de la r&#233;alit&#233;. Ou, pour parler plus exactement, elle n'est, d'un bout &#224; l'autre, qu'un mensonge, produit non pas de l'imagination populaire, mais de la presse capitaliste qui l'a fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces. Le mensonge et seulement le mensonge : voil&#224; la base de la furieuse campagne antisovi&#233;tique dans laquelle les leaders de la IIe Internationale jouent le r&#244;le dominant. C'est ce qui, pas &#224; pas, nous allons d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la G&#233;orgie fut r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; M. Henderson par Mrs Snowden qui, elle-m&#234;me, avait vu Jordania et Ts&#233;r&#233;telli &#224; l'&#339;uvre pendant son voyage d'&#233;tudes &#224; Batoum et &#224; Tiflis. Quant &#224; nous, nous avons connu ces messieurs bien avant leur dictature sur la G&#233;orgie d&#233;mocratique ind&#233;pendante &#8212; &#224; laquelle ils n'avaient d'ailleurs jamais song&#233; &#8212;, nous les avons connus comme politiciens russes &#224; Petrograd et &#224; Moscou. Tchk&#233;idz&#233; fut &#224; la t&#234;te du soviet de Petrograd, puis du Comit&#233; Ex&#233;cutif Central des Soviets &#224; l'&#233;poque de K&#233;rensky, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks faisaient la loi dans les soviets. Ts&#233;r&#233;telli fut ministre du gouvernement de K&#233;rensky ; il fut l'inspirateur de la politique de conciliation.[2] Avec Dan et d'autres, Tchk&#233;idz&#233; servit d'interm&#233;diaire entre le soviet menchevique et le gouvernement de coalition. Gu&#233;guetchkori et Tchkenk&#233;li remplirent des missions de confiance pour le gouvernement provisoire, Tchkenk&#233;li re&#231;ut le poste de commissaire g&#233;n&#233;ral pour la Transcaucasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position adopt&#233;e par les mencheviks &#233;tait en substance la suivante : la r&#233;volution devait conserver son caract&#232;re bourgeois et, par suite, continuer &#224; &#234;tre dirig&#233;e par la bourgeoisie ; la coalition des socialistes avec la bourgeoisie devait avoir pour but d'habituer les masses populaires &#224; la domination de la bourgeoisie ; l'aspiration du prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir &#233;tait n&#233;faste pour La r&#233;volution ; il fallait d&#233;clarer une guerre impitoyable aux bolcheviks. Comme id&#233;ologues de la r&#233;publique bourgeoise, Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233;, de m&#234;me que leurs adeptes, d&#233;fendaient sans r&#233;serve l'unit&#233; et l'indivisibilit&#233; de la R&#233;publique dans les limites de l'ancien Empire tsariste. Les pr&#233;tentions de la Finlande &#224; l'&#233;largissement de son autonomie, les revendications analogues de la d&#233;mocratie nationale ukrainienne furent impitoyablement combattues par Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233;. Au Congr&#232;s des soviets, Tchkenk&#233;li repoussa avec acharnement les tendances s&#233;paratistes de quelques r&#233;gions fronti&#232;res, quoique, &#224; cette &#233;poque, la Finlande m&#234;me ne r&#233;clam&#226;t pas l'autonomie compl&#232;te. Pour r&#233;primer ces tendances autonomistes, Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233; organis&#232;rent une force arm&#233;e sp&#233;ciale. Ils l'eussent employ&#233;e si l'histoire leur en e&#251;t laiss&#233; le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; la lutte contre les bolcheviks qu'ils consacr&#232;rent surtout leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne conna&#238;t peut-&#234;tre pas une seule campagne de fureur, de haine et de diffamation analogue &#224; celle qui fut men&#233;e contre nous &#224; l'&#233;poque de K&#233;rensky. Dans tous leurs articles et rubriques, en prose et en vers, par la parole et par le dessin, les journaux de toutes les nuances et de toutes les tendances vilipend&#232;rent, anath&#233;matis&#232;rent, fl&#233;trirent les bolcheviks. Il n'y eut pas d'infamie que Ton ne nous attribu&#226;t &#224; tous en g&#233;n&#233;ral et &#224; chacun en particulier. Lorsqu'il semblait que la campagne avait atteint son point culminant, un &#233;pisode quelconque, parfois infime, lui redonnait une nouvelle &#233;nergie, et elle continuait avec un redoublement de fureur. La bourgeoisie sentait planer sur elle un danger mortel. Sa terreur folle s'exprimait par une rage stupide. Comme toujours, les mencheviks refl&#233;taient l'&#233;tat d'esprit de la bourgeoisie. Au fort de cette campagne, M. Henderson rendit visite au Gouvernement Provisoire et constata avec soulagement que sir Buchanan repr&#233;sentait avec dignit&#233; et succ&#232;s l'id&#233;al de la d&#233;mocratie britannique aupr&#232;s de la d&#233;mocratie de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police et le contre-espionnage tsaristes, qui, par crainte des faux pas, &#233;taient rest&#233;s temporairement inactifs, ne cherchaient qu'&#224; prouver leur d&#233;vouement aux nouveaux ma&#238;tres. Tous les partis de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e leur montr&#232;rent ce qui devait &#234;tre l'objet de leur sollicitude : les bolcheviks. Des fables stupides sur notre liaison avec l'&#233;tat-major des Hohenzollern, fables auxquelles, en r&#233;alit&#233;, personne ne croyait, sauf peut-&#234;tre des espions de bas &#233;tage et des marchandes moscovites, furent colport&#233;es, amplifi&#233;es, d&#233;lay&#233;es, d&#233;velopp&#233;es sur tous les tons. Mieux que personne les leaders des mencheviks savaient ce que valaient ces accusations. Mais Ts&#233;r&#233;telli et sa s&#233;quelle, pour des motifs politiques, jugeaient utile de les soutenir. Ts&#233;r&#233;telli donne le ton et, de tous les c&#244;t&#233;s, les contre-r&#233;volutionnaires de la bande noire lui font &#233;cho de leurs aboiements. On accuse formellement le parti communiste de trahir l'&#201;tat, d'&#234;tre au service du militarisme allemand. La racaille bourgeoise, dirig&#233;e par les officiers patriotes, pille nos typographies et nos magasins, K&#233;rensky ferme nos journaux, des milliers de communistes sont arr&#234;t&#233;s &#224; Petrograd et sur tous les points du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks et leurs alli&#233;s, les socialistes-r&#233;volutionnaires, avaient re&#231;u le pouvoir des mains des soviets d'ouvriers et de soldats, mais ils sentirent bient&#244;t que le terrain allait leur manquer. Ce qu'ils voulaient, c'&#233;tait faire contrepoids aux soviets d'ouvriers et de soldats, en aidant les &#233;l&#233;ments petits bourgeois et bourgeois du pays &#224; s'organiser politiquement au moyen des municipalit&#233;s et des zemstvos d&#233;mocratiques. Mais, comme les soviets &#233;voluent trop rapidement &#224; gauche, les mencheviks ne se contentent plus de travailler &#224; consolider les classes bourgeoises ; ils s'efforcent d'affaiblir et de d&#233;sorganiser les soviets. Les r&#233;&#233;lections sont intentionnellement ajourn&#233;es, le deuxi&#232;me congr&#232;s des soviets est ouvertement sabot&#233;. Ts&#233;r&#233;telli est l'inspirateur de cette politique &#224; laquelle Tchk&#233;idz&#233; donne des formes organiques. D&#233;j&#224;, en ao&#251;t et en septembre 1917, on cherche dans l'organe central des soviets &#224; prouver que les soviets ont fait leur temps, qu'ils &#171; se d&#233;composent &#187;. Plus les masses ouvri&#232;res et paysannes deviennent r&#233;volutionnaires, pressantes dans leurs revendications, impatientes, plus la d&#233;pendance des mencheviks &#224; l'&#233;gard des classes poss&#233;dantes rev&#234;t un caract&#232;re brutal, d&#233;clar&#233;. Les municipalit&#233;s et les zemstvos bourgeois-d&#233;mocratiques n'arrivent pas &#224; sauver la situation : la vague r&#233;volutionnaire balaye cette faible digue. Le deuxi&#232;me congr&#232;s pan-russe des soviets, que, sous notre pression, les mencheviks se d&#233;cident cependant &#224; convoquer, s'empare du pouvoir, avec l'appui de la garnison de Petrograd, presque sans combat, sans effusion de sang. Alors les mencheviks, coalis&#233;s avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les cadets, entreprennent une lutte acharn&#233;e et, o&#249; ils le peuvent, arm&#233;e contre les soviets, c'est-&#224;-dire contre les ouvriers et les paysans. Et ainsi sont jet&#233;es les bases des fronts futurs des gardes-blancs Durant les neuf premiers mois de la r&#233;volution, les mencheviks franchissent donc trois &#233;tapes : au printemps de l'ann&#233;e 1917, ils sont les ma&#238;tres incontest&#233;s des soviets ; en &#233;t&#233;, ils tentent d'occuper une position &#171; neutre &#187; entre les soviets et la bourgeoisie ; en automne, de concert avec la bourgeoisie, ils d&#233;clarent la guerre civile aux soviets. Cette succession d'&#233;tapes caract&#233;rise essentiellement le menchevisme et, comme nous le verrons plus loin, toute l'histoire de la G&#233;orgie menchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la r&#233;volution du 7 novembre, Tchk&#233;idz&#233; file au Caucase. La prudence avait toujours &#233;t&#233; la plus remarquable de ses qualit&#233;s civiques. Bient&#244;t il est &#233;lu pr&#233;sident du se&#239;m de coalition transcaucasien : ainsi, il remplit au Caucase, sur une plus petite &#233;chelle, le r&#244;le qu'il avait jou&#233; en grand &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En union avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les cadets, les mencheviks deviennent les inspirateurs du Comit&#233; contre-r&#233;volutionnaire du Salut de la Patrie et de la R&#233;volution. Ce comit&#233; entre imm&#233;diatement en liaison avec la cavalerie cosaque de Krasnov qui marchait alors sur Petrograd et fomente une tentative d'insurrection arm&#233;e parmi les &#233;l&#232;ves des &#233;coles militaires. Les leaders des mencheviks, auxquels Kautsky conf&#232;re le monopole de l'organisation pacifique des d&#233;mocraties, sont les initiateurs et les organisateurs r&#233;els de la guerre civile en Russie. Le Comit&#233; du Salut de la Patrie et de la R&#233;volution qui fonctionne &#224; Petrograd et dans lequel les mencheviks travaillent avec les organisations des gardes-blancs, est li&#233; directement &#224; tous les complots, insurrections et attentats ult&#233;rieurs contre-r&#233;volutionnaires : avec les Tch&#233;co-Slovaques sur la Volga, avec le comit&#233; de l'Assembl&#233;e Constituante de Samara et avec Koltchak, avec le gouvernement de Tcha&#239;kovsky et le g&#233;n&#233;ral Miller au Nord, avec D&#233;nikine et Wrangel au Sud, avec les &#233;tats-majors des r&#233;publiques bourgeoises des confins de la Russie, avec les clans d'&#233;migr&#233;s &#224; l'&#233;tranger et les agents secrets de l'Entente qui lui dispensent des fonds. Les leaders des mencheviks, et parmi eux les leaders g&#233;orgiens, trempent dans toutes ces machinations, non pas au nom de la d&#233;fense de la G&#233;orgie ind&#233;pendante dont il n'est pas encore question, mais comme chefs de l'un des partis antisovi&#233;tiques ayant des points d'appui dans tout le pays. A la Constituante, le chef du bloc antisovi&#233;tique n'est autre que Ts&#233;r&#233;telli lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toute la contre-r&#233;volution, les mencheviks reculaient du centre industriel &#224; la p&#233;riph&#233;rie retardataire. Ils s'arr&#234;t&#232;rent naturellement &#224; la Transcaucasie comme &#224; l'un de leurs derniers refuges. Si, &#224; Samara, ils se retranchaient derri&#232;re le mot d'ordre de l'Assembl&#233;e Constituante, &#224; Tiflis ils tent&#232;rent, &#224; un certain moment, de lever le drapeau de la r&#233;publique ind&#233;pendante. Mais ils ne le firent pas du premier coup. Leur &#233;volution du centralisme bourgeois au s&#233;paratisme petit-bourgeois, &#233;volution d&#233;termin&#233;e non par les revendications nationales des masses g&#233;orgiennes, mais par la guerre civile qui s&#233;vissait dans toute la Russie, s'effectua en plusieurs &#233;tapes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s la r&#233;volution du 7 novembre, &#224; Petrograd, Jordania d&#233;clara, &#224; une s&#233;ance du conseil municipal de Tiflis : &#171; L'insurrection &#224; Petrograd vit ses derniers jours. D&#232;s le d&#233;but d'ailleurs, elle &#233;tait condamn&#233;e &#224; l'insucc&#232;s. &#187; L'on ne pouvait raisonnablement exiger que Jordania montr&#226;t &#224; Tiflis plus de clairvoyance que les bons bourgeois de tous les points du monde. La seule diff&#233;rence, c'est que Tiflis est un des points de la r&#233;volution russe et que Jordania est l'un des principaux acteurs de la lutte qui devait, soi-disant, mettre fin &#224; l'insurrection bolchevique. Pourtant, les &#171; derniers jours &#187; &#233;taient depuis longtemps pass&#233;s et la pr&#233;diction de Jordania ne se r&#233;alisait toujours pas. D&#232;s novembre, il fallut cr&#233;er &#224; la h&#226;te un commissariat transcaucasien autonome ; non pas un &#201;tat, mais une place d'armes contre-r&#233;volutionnaire provisoire, d'o&#249; les mencheviks g&#233;orgiens esp&#233;raient fournir un concours d&#233;cisif &#224; la restauration de l'ordre &#171; d&#233;mocratique &#187; dans toute la Russie. Cet espoir avait quelques raisons d'&#234;tre : l'&#233;tat &#233;conomique arri&#233;r&#233; du pays, la faiblesse extr&#234;me du prol&#233;tariat industriel, l'&#233;loignement du centre de la Russie, la diff&#233;rence des conditions sociales, des coutumes et des religions des nations multiples, se m&#233;fiant l'une de l'autre et s&#233;par&#233;es par des antagonismes de race, enfin le voisinage du Don et du Kouban, toutes choses &#233;minemment favorables &#224; l'opposition &#224; la r&#233;volution ouvri&#232;re et qui firent que, pour une longue p&#233;riode de temps, la Ciscaucasie et le Caucase devinrent une Vend&#233;e et une Gironde li&#233;es par la communaut&#233; de lutte contre les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les innombrables troupes tsaristes qui op&#233;raient sur le front turc se trouvaient encore en Transcaucasie. La nouvelle de la proposition de paix faite par le gouvernement sovi&#233;tique et de la r&#233;forme agraire &#233;mut non seulement les masses des soldats, mais aussi la population laborieuse de la Transcaucasie. C'est alors que commence pour les contre-r&#233;volutionnaires embusqu&#233;s en Transcaucasie le temps des alarmes. Ils organisent imm&#233;diatement un bloc de l'&#171; ordre &#187; dans lequel entrent tous les partis sauf, bien entendu, celui des bolcheviks. Les mencheviks, qui y jouent le r&#244;le dominant, contribuent de tout leur pouvoir &#224; l'union des seigneurs terriens et des petits bourgeois g&#233;orgiens, des boutiquiers et des propri&#233;taires de mines de naphte arm&#233;niens, des beks et des khans tartares. Les officiers r&#233;actionnaires russes se mettent enti&#232;rement &#224; la disposition du bloc anti-bolchevique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du mois de d&#233;cembre eut lieu le congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s du front transcaucasien, convoqu&#233; sous les auspices des mencheviks eux-m&#234;mes. La majorit&#233; se trouva &#234;tre pour la gauche. Les mencheviks alors, avec la droite du congr&#232;s, firent un coup d'&#201;tat et cr&#233;&#232;rent sans les gauches, c'est-&#224;-dire sans la majorit&#233;, un soviet des troupes transcaucasiennes. En accord avec ce conseil, le Commissariat Transcaucasien d&#233;cide, en janvier 1918, de &#171; reconna&#238;tre comme d&#233;sirable l'envoi de troupes cosaques dans les localit&#233;s o&#249; il se produit actuellement des d&#233;sordres&#8230; &#187;. Comme m&#233;thode l'usurpation, comme force arm&#233;e les cosaques de Kornilov : tels sont les points de d&#233;part v&#233;ritables de la d&#233;mocratie transcaucasienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat menchevique en Transcaucasie n'est pas une exception. Lorsqu'il apparut que les bolcheviks, au deuxi&#232;me congr&#232;s pan-russe des soviets (novembre 1917), formaient l'&#233;crasante majorit&#233;, l'ancien Comit&#233; Ex&#233;cutif (compos&#233; de mencheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires) qui avait convoqu&#233; le congr&#232;s se refusa &#224; c&#233;der la place et &#224; transmettre les affaires au Comit&#233; Ex&#233;cutif &#233;lu par le congr&#232;s. Par bonheur, nous avions pour nous non seulement la majorit&#233; formelle du congr&#232;s, mais toute la garnison de la capitale. C'est ce qui emp&#234;cha les mencheviks de nous disperser et nous permit de leur donner une le&#231;on pratique de d&#233;mocratie sovi&#233;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, m&#234;me apr&#232;s le coup d'&#201;tat des mencheviks, les troupes de Transcaucasie constituaient une menace permanente pour l'&#171; ordre &#187;. Se sentant soutenus par les soldats dont l'esprit &#233;tait nettement r&#233;volutionnaire, les masses ouvri&#232;res et paysannes de la Transcaucasie manifestaient l'intention non &#233;quivoque de suivre l'exemple de leurs fr&#232;res du Nord. Pour sauver la situation il fallait d&#233;sarmer et &#233;mietter les troupes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de d&#233;sarmement de l'arm&#233;e fut &#233;labor&#233; en secret par le gouvernement de Transcaucasie et les g&#233;n&#233;raux tsaristes. Au complot prirent part le g&#233;n&#233;ral Prj&#233;valsky, le colonel Chatilov, qui fut plus tard le compagnon d'armes de Wrangel, le futur ministre de l'Int&#233;rieur de G&#233;orgie, Ramichvili, etc. En m&#234;me temps que l'on prenait des mesures pour d&#233;sarmer les unit&#233;s r&#233;volutionnaires, l'on d&#233;cidait de ne pas d&#233;sarmer les r&#233;giments cosaques, soutiens de Kornilov et de Krasnov. La collaboration de la Gironde menchevique et de la Vend&#233;e cosaque rev&#234;t id un caract&#232;re militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de d&#233;sarmement l'on fit d&#233;pouiller, et souvent m&#234;me massacrer, par des d&#233;tachements contre-r&#233;volutionnaires sp&#233;ciaux, les soldats qui regagnaient leurs foyers. A plusieurs stations, de violents combats eurent lieu o&#249; l'on fit donner l'artillerie lourde et les trains blind&#233;s. Des milliers d'hommes p&#233;rirent dans cette boucherie dont les mencheviks g&#233;orgiens &#233;taient les organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky repr&#233;sente les troupes transcaucasiennes favorables aux bolcheviks comme des bandes indisciplin&#233;es, pillardes, massacrant et d&#233;vastant tout sur leur passage. C'est ainsi que les repr&#233;sentait &#233;galement, autrefois, toute la racaille contre-r&#233;volutionnaire. Le proc&#233;d&#233; est naturel, car ce qu'il faut &#224; Kautsky c'est que les initiateurs du d&#233;sarmement, les mencheviks g&#233;orgiens, nous apparaissent comme &#171; des chevaliers au sens le plus noble du mot &#187;. Mais nous avons &#224; notre disposition d'autres t&#233;moignages &#233;manant des mencheviks eux-m&#234;mes. Ces derniers, lorsque le d&#233;sarmement prit des formes sanglantes et un caract&#232;re de banditisme d&#233;clar&#233;, eurent peur eux-m&#234;mes de leur &#339;uvre. Le 14 janvier 1918, un menchevik en vue, Diough&#233;li, d&#233;clarait : &#171; Sous pr&#233;texte de d&#233;sarmer les soldats, on les pillait litt&#233;ralement. Ext&#233;nu&#233;s, &#224; bout de forces, ces malheureux qui avaient tant souffert et qui n'avaient qu'un d&#233;sir : rentrer chez eux, se voyaient enlever jusqu'&#224; leurs chaussures. Tout &#233;tait mis &#224; l'encan. Des bandes de brigands vendaient l'armement et l'&#233;quipement militaire. C'&#233;tait quelque chose de r&#233;voltant. &#187; (Slovo, n&#176; 10.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, Djough&#233;li qui avait lui-m&#234;me particip&#233; au d&#233;sarmement de la garnison de Tiflis (nous aurons encore l'occasion de parler de ce monsieur), accusait Ramichvili d'avoir embauch&#233; une des bandes les plus pillardes de la contre-r&#233;volution transcaucasienne pour op&#233;rer le d&#233;sarmement des soldats. A ce sujet, ces deux messieurs eurent publiquement un &#171; &#233;change de vues &#187; que nous nous devons de reproduire ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N. Ramichvili. &#8212; Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li &#8212; No&#233; Ramichvili est un menteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; N. Ramichvili (r&#233;p&#233;tant). &#8212; Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li. &#8212; Cessez d'employer des expressions injurieuses &#224; mon &#233;gard,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187;N. Ramichvili. &#8212; Je d&#233;clare que tout ce qu'a dit Djough&#233;li est une basse insinuation et que Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li. &#8212; Et vous, vous &#234;tes un l&#226;che et une canaille, et j'agirai envers vous en cons&#233;quence. &#187; &lt;i&gt;Slovo, n&#176; 22.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le d&#233;sarmement n'&#233;tait pas une &#339;uvre aussi chevaleresque que veut bien le dire Kautsky, puisque deux hommes de m&#234;me tendance qui ont particip&#233; activement &#224; cette affaire s'efforcent, d'une fa&#231;on aussi chevaleresque, de s'en rejeter mutuellement la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'on ne saurait s'emp&#234;cher de plaindre Kautsky : voil&#224; ce qui c'est que l'exc&#232;s de z&#232;le et le manque de retenue ! Par son ton d'apologie emphatique, tout l'opuscule de Kautsky, soit dit en passant, rappelle extraordinairement les &#233;crits de quelques antiques acad&#233;miciens fran&#231;ais sur la mission civilisatrice de la principaut&#233; de Monaco ou le r&#244;le bienfaisant des Karageorg&#233;vitch. Mis au rancart dans leur patrie, des acad&#233;miciens fossiles recevaient des d&#233;corations et des pensions du gouvernement reconnaissant de la bienheureuse Arcadie dont ils avaient r&#233;v&#233;l&#233; au monde l'existence. Kautsky, lui, autant que nous le sachions, n'a &#233;t&#233; incorpor&#233; que dans les membres honoraires de la garde populaire g&#233;orgienne. Cela prouve qu'il est plus d&#233;sint&#233;ress&#233; que les acad&#233;miciens fran&#231;ais. Mais s'il les &#233;gale par la profondeur de ses g&#233;n&#233;ralisations historiques, il leur est consid&#233;rablement inf&#233;rieur sous le rapport de l'&#233;l&#233;gance du style laudatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix de Brest-Litovsk est sortie de la d&#233;composition de l'ancienne arm&#233;e. Cette arm&#233;e avait &#233;t&#233; cruellement &#233;prouv&#233;e par une longue s&#233;rie de d&#233;faites. Le fait m&#234;me de la R&#233;volution de Mars avait port&#233; un coup terrible &#224; son organisation int&#233;rieure. Il fallait la refondre compl&#232;tement, changer sa base sociale, lui donner de nouveaux buts et de nouveaux rapports internes. Mais l'&#233;cart entre la parole et l'action, la creuse phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire, sans volont&#233; d&#233;termin&#233;e de changement de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli, la tuaient d&#233;finitivement. Le ministre de la guerre du gouvernement de K&#233;rensky, le g&#233;n&#233;ral Verkhovsky, ne cessait de r&#233;p&#233;ter que l'arm&#233;e &#233;tait compl&#232;tement incapable de continuer la guerre et qu'il fallait conclure la paix &#224; tout prix. Pourtant, l'on continuait &#224; esp&#233;rer un miracle, et cet espoir et ces h&#233;sitations qui rev&#234;taient la forme d'un patriotisme fr&#233;n&#233;tique ne faisaient que montrer combien la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e. C'est de l&#224; qu'est sorti Brest-Litovsk. Les mencheviks exigeaient de nous la continuation de la guerre avec l'Allemagne, esp&#233;rant que nous nous casserions ainsi plus s&#251;rement le cou. Sous le drapeau anti-germanique ils s'unirent avec toutes les forces de la r&#233;action. Ils tent&#232;rent d'utiliser contre nous les derniers restes de l'inertie militaire du peuple. Comme toujours, les leaders g&#233;orgiens &#233;taient au premier rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de la paix de Brest-Litovsk servit de pr&#233;texte pour la proclamation de l'ind&#233;pendance de la Transcaucasie (22 avril 1918). A en juger par la rh&#233;torique patriotarde ant&#233;rieure, on e&#251;t pu croire que cette proclamation avait pour but la continuation de la guerre contre la Turquie et l'Allemagne. Au contraire, la s&#233;paration officielle de la Transcaucasie d'avec la Russie &#233;tait motiv&#233;e par le d&#233;sir de cr&#233;er une base juridique plus ferme pour l'intervention &#233;trang&#232;re. Avec le concours de cette derni&#232;re, les mencheviks esp&#233;raient, non sans raison, maintenir en Transcaucasie le r&#233;gime bourgeois-d&#233;mocratique et porter ensuite un coup au Nord sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les partis de la bourgeoisie et des grands propri&#233;taires fonciers alli&#233;s aux mencheviks, mais aussi les chefs eux-m&#234;mes du menchevisme g&#233;orgien parlaient ouvertement, dans leurs discours et dans leurs &#233;crits, de la lutte contre le bolchevisme russe comme de la raison principale de la s&#233;paration de la Transcaucasie. Le 26 avril, Ts&#233;r&#233;telli disait au Se&#239;m transcaucasien : &#171; Lorsque le bolchevisme a surgi en Russie, lorsqu'il a lev&#233; la main pour attenter &#224; la vie de l'&#201;tat, nous avons lutt&#233; contre lui avec toutes les forces dont nous disposions&#8230; Nous avons combattu, en Russie, les assassins de l'&#201;tat et les assassins de la nation et, AVEC LA M&#202;ME ABN&#203;GATION, NOUS COMBATTRONS ICI LES ASSASSINS DE LA NATION. &#187; (Applaudissements prolong&#233;s.) Avec la m&#234;me abn&#233;gation et&#8230; avec le m&#234;me succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles laissent-elles l'ombre d'un doute sur la nature de la t&#226;che que les mencheviks assignaient &#224; la Transcaucasie ind&#233;pendante ? Cette t&#226;che ne consistait pas dans la cr&#233;ation entre la mer Noire et la Caspienne d'une r&#233;publique social-d&#233;mocrate id&#233;ale, neutre, mais dans la lutte contre les assassins de l'&#201;tat (bourgeois), contre les bolcheviks, pour la restauration de la &#171; nation &#187; bourgeoise et d&#233;mocratique dans les anciennes formes &#233;tatiques. Tous le discours de Ts&#233;r&#233;telli, dont nous venons de citer un passage, n'est que la r&#233;p&#233;tition des lieux communs path&#233;tiques que nous avons tant de fois entendu d&#233;velopper par cet orateur &#224; Petrograd. Cette s&#233;ance &#171; historique &#187; du Se&#239;m transcaucasien &#233;tait pr&#233;sid&#233;e par ce m&#234;me Tchk&#233;idz&#233; qui, pr&#233;sident en quelque sorte inamovible, avait nagu&#232;re maintes fois ferm&#233; la bouche aux bolcheviks &#224; Petrograd. Seulement, ce que ces messieurs avaient fait autrefois &#224; Petrograd en grand, ils le faisaient maintenant en petit au Caucase. Avec la m&#234;me abn&#233;gation et avec le m&#234;me succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la non-reconnaissance de Brest-Litovsk mit du coup la Transcaucasie en tant qu'&#171; &#201;tat &#187;, dans une situation sans issue,'car elle donna toute libert&#233; d'action aux Turcs et &#224; leurs alli&#233;s. A peine quelques semaines s'&#233;taient-elles &#233;coul&#233;es que le gouvernement transcaucasien et le Se&#239;m imploraient la Turquie de se conformer au trait&#233; de Brest-Litovsk. Mais les Turcs ne voulaient rien entendre. Les pachas et les g&#233;n&#233;raux allemands devinrent les ma&#238;tres incontest&#233;s de la situation en Transcaucasie. N&#233;anmoins, le but principal &#233;tait atteint : au moyen des troupes &#233;trang&#232;res, la r&#233;volution &#233;tait temporairement &#233;cras&#233;e, la chute du r&#233;gime bourgeois ajourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, sans consulter aucunement la population, ils proclam&#232;rent l'ind&#233;pendance de la Transcaucasie ( 22 avril 1918), les mencheviks g&#233;orgiens, il va de soi, annonc&#232;rent aux nationalit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes du Caucase l'av&#232;nement d'une nouvelle &#232;re de fraternit&#233; sur les bases de la d&#233;mocratie. Mais, &#224; peine surgie, la nouvelle r&#233;publique se d&#233;sagr&#233;geait d&#233;j&#224;. L'Azerba&#239;djan cherchait son salut dans la Turquie, l'Arm&#233;nie plus que tout craignait les Turcs, la G&#233;orgie se r&#233;fugiait sous la protection de l'Allemagne. Cinq semaines apr&#232;s sa proclamation solennelle, la r&#233;publique transcaucasienne &#233;tait liquid&#233;e. De m&#234;me que sa naissance, ses fun&#233;railles furent c&#233;l&#233;br&#233;es par de pompeuses d&#233;clarations d&#233;mocratiques. Mais cela ne changeait rien au fond de l'affaire : la d&#233;mocratie petite-bourgeoise avait montr&#233; son impuissance compl&#232;te &#224; &#233;viter les collisions nationales et &#224; accorder les int&#233;r&#234;ts nationaux. Le 26 mai 1918, de nouveau sans consultation aucune de la population, la G&#233;orgie, fragment du Caucase, est &#233;rig&#233;e en &#201;tat ind&#233;pendant. Ce sont de nouveau des torrents d'&#233;loquence d&#233;mocratique. Cinq mois seulement se passent et, pour une parcelle de territoire, une guerre &#233;clate entre la G&#233;orgie d&#233;mocratique et l'Arm&#233;nie non moins d&#233;mocratique. De part et d'autre ce sont de grands discours sur les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la civilisation et la perfidie de l'agresseur. Kautsky ne souffle mot de la guerre &#171; d&#233;mocratique &#187; arm&#233;no-g&#233;orgienne. Sous la direction de Jordania, de Ts&#233;r&#233;telli et de leurs sosies arm&#233;niens et tartares, la Transcaucasie se transforme imm&#233;diatement en une p&#233;ninsule des Balkans o&#249; les sanglantes rivalit&#233;s nationales s'allient au plus pur charlatanisme d&#233;mocratique. A travers tous ses errements et ses chutes sanglantes, le menchevisme g&#233;orgien n'en poursuit pas moins la r&#233;alisation de son id&#233;e premi&#232;re : la lutte implacable contre l'&#171; anarchie &#187; bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance de la G&#233;orgie donne aux mencheviks la possibilit&#233; &#8212; ou plut&#244;t les met dans la n&#233;cessit&#233; &#8212; de prendre ouvertement position dans la lutte de la R&#233;publique sovi&#233;tique contre l'imp&#233;rialisme. La d&#233;claration de Jordania sur ce point est on ne peut plus claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement g&#233;orgien porte &#224; la connaissance de la population &#8212; est-il dit dans la communication gouvernementale du 13 juin 1918 &#8212; que les troupes allemandes arriv&#233;es &#224; Tiflis ont &#233;t&#233; appel&#233;es par le gouvernement g&#233;orgien lui-m&#234;me et ont pour t&#226;che de d&#233;fendre, en plein accord avec le gouvernement et selon ses indications, les fronti&#232;res de la r&#233;publique d&#233;mocratique g&#233;orgienne. Une partie de ces troupes a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; envoy&#233;e dans l'arrondissement de Bortchalino pour le purger des bandes de brigands qui l'infestent. &#187; (En r&#233;alit&#233;, pour mener une guerre non officielle contre l'Azerbe&#239;djan d&#233;mocratique, et cela pour une parcelle de territoire en litige.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Kautsky, les troupes allemandes avaient &#233;t&#233; appel&#233;es exclusivement pour combattre les Turcs et, sauf dans le domaine militaire, la G&#233;orgie conservait une ind&#233;pendance compl&#232;te. Que nos bons d&#233;mocrates aient invit&#233; le g&#233;n&#233;ral von Kress en qualit&#233; de simple sentinelle charg&#233;e de veiller sur la d&#233;mocratie g&#233;orgienne, la chose est difficilement admissible ; toujours est-il que ce g&#233;n&#233;ral &#233;tait bien peu pr&#233;par&#233; pour ce r&#244;le. Mais il ne faudrait pas s'exag&#233;rer la na&#239;vet&#233; de nos d&#233;mocrates. A cette &#233;poque, le r&#244;le jou&#233; par les troupes allemandes, durant l'ann&#233;e 1918, dans les &#201;tats fronti&#232;res russes, ne pouvait faire de doute. En Finlande, les Allemands avaient &#233;t&#233; les bourreaux de la r&#233;volution ouvri&#232;re. Dans les provinces baltiques, il en avait &#233;t&#233; de m&#234;me. Ils avaient travers&#233; toute l'Ukraine, dispersant les soviets, massacrant les communistes, &#233;crasant les ouvriers et les paysans. Jordania n'avait aucune raison de s'attendre &#224; ce qu'ils vinssent en G&#233;orgie avec d'autres intentions. Aussi est-ce en parfaite connaissance de cause que le gouvernement menchevique fit appel aux troupes victorieuses des Hohenzollern. Ces troupes avaient, sur les Turcs, l'avantage de la discipline. &#171; Il resterait encore &#224; savoir quel est pour nous le pire danger, le danger bolchevique ou le danger turc &#187;, d&#233;clarait, le 28 avril 1918, le rapporteur officiel du Se&#239;m transcaucasien, le menchevik Inirchvili. Que le danger bolchevique f&#251;t bien pire que le danger allemand, les mencheviks n'en doutaient nullement. Ils ne le cachaient pas dans leurs discours et le d&#233;montr&#232;rent dans la pratique. Ministres du gouvernement pan-russe, les mencheviks g&#233;orgiens nous avaient accus&#233;s d'&#234;tre les alli&#233;s de l'&#233;tat-major allemand et livr&#233;s aux juges tsaristes pour crime de haute trahison. Ils avaient qualifi&#233; de trahison &#224; la Russie la paix de Brest-Litovsk qui avait ouvert &#171; les portes de la r&#233;volution &#187; &#224; l'imp&#233;rialisme allemand. C'est avec ce mot d'ordre qu'ils avaient men&#233; campagne pour le renversement des bolcheviks. Or, lorsqu'ils sentirent le sol de la r&#233;volution s'&#233;chauffer sous leurs pieds, ils s&#233;par&#232;rent la Transcaucasie de la Russie, puis la G&#233;orgie de la Transcaucasie et ouvrirent toutes grandes les portes de la d&#233;mocratie aux troupes du kaiser qu'ils accueillirent avec force r&#233;v&#233;rences et flatteries. Apr&#232;s la d&#233;faite de l'Allemagne, ils agirent, comme nous le verrons, exactement de m&#234;me envers l'Entente victorieuse. Sous ce rapport, comme sous les autres, la politique des mencheviks n'est que le reflet de la politique de la bourgeoisie russe : repr&#233;sent&#233;e par les cadets (Milioukov), cette derni&#232;re &#233;tait entr&#233;e en Ukraine avec le consentement des troupes d'occupation allemandes et, apr&#232;s la d&#233;faite de l'Allemagne, avait imm&#233;diatement d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; l'Entente ces m&#234;mes cadets, enfants prodigues, qui, dans tous leurs errements, n'avaient pourtant jamais perdu de vue le but fondamental : la lutte contre les bolcheviks. C'est pourquoi l'Entente leur ouvrit si facilement son c&#339;ur et, ce qui importe davantage, sa bourse. C'est pourquoi le ministre de la guerre, Henderson, qui avait fraternis&#233; &#224; Petrograd avec le ministre de la guerre, Ts&#233;r&#233;telli, accueillit comme un fr&#232;re ce dernier que le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress venait de serrer sur son c&#339;ur. Volte-face, contradictions, trahisons, mais toujours contre la r&#233;volution du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 septembre 1918, dans une lettre &#224; von Kress, Jordania disait &#224; ce dernier : &#171; Il n'est pas dans notre int&#233;r&#234;t d'amoindrir le prestige de l'Allemagne au Caucase. &#187; Or, deux mois plus tard, il fallait d&#233;j&#224; ouvrir toutes grandes les portes aux troupes britanniques. Cet acte fut pr&#233;c&#233;d&#233; des pourparlers dont le but principal &#233;tait de prouver, d'expliquer, de persuader que la d&#233;mocratie g&#233;orgienne s'&#233;tait vu imposer un demi-mariage de raison avec le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress, mais que le v&#233;ritable mariage auquel elle aspirait de toute la force de son sentiment &#233;tait celui qui devait la lier au g&#233;n&#233;ral anglais Walker. Le 15 d&#233;cembre, d'apr&#232;s son propre t&#233;moignage, le vieux menchevik Topouridz&#233;, repr&#233;sentant du gouvernement &#224; Batoum, r&#233;pondant aux questions de la mission de l'Entente, disait : &#171; ]'estime que, par tous les moyens et de toutes les forces dont elle dispose, notre r&#233;publique aidera les puissances de l'Entente dans leur lutte contre les bolcheviks&#8230; &#187; Le m&#234;me Topouridz&#233; d&#233;clare, &#224; l'agent anglais Webster, que la G&#233;orgie &#171; consid&#233;rera qu'elle fait son devoir si, au Caucase, elle pr&#234;te son concours &#224; l'Angleterre dans la lutte contre le bolchevisme&#8230; &#187;. Lorsque le colonel anglais Jordan eut expliqu&#233; que les troupes alli&#233;es entraient en G&#233;orgie &#171; conform&#233;ment au plan g&#233;n&#233;ral de paix et d'ordre international &#187;, c'est-&#224;-dire pour &#233;touffer le bolchevisme et soumettre tous les peuples de la Russie &#224; l'amiral Koltchak, Gu&#233;guetchkori l'informa que &#171; le Gouvernement g&#233;orgien, anim&#233; du d&#233;sir de travailler en accord avec les alli&#233;s &#224; la r&#233;alisation des principes du droit et de la justice proclam&#233;s par ces derniers, donne son consentement &#224; l'entr&#233;e des troupes &#187;. En un mot, en passant de la nationalit&#233; allemande &#224; celle de l'Entente, les chefs du menchevisme g&#233;orgien ne tinrent aucun compte du bon vieux conseil du po&#232;te russe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Flatteurs, flatteurs, dans votre bassesse sachez au moins conserver une ombre de noblesse ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me rappelle que trop bien la salle des s&#233;ances de Brest-Litovsk. J'ai encore sous les yeux les personnages assis autour de la table : le baron K&#252;hlmann, le g&#233;n&#233;ral Hoffmann, le comte Czernin. Mais je me souviens encore plus nettement des repr&#233;sentants de la petite-bourgeoisie ukrainienne qui, eux aussi, s'intitulaient socialistes et qui &#233;taient &#8212; par leur niveau politique &#8212; les sosies des mencheviks g&#233;orgiens. Au cours m&#234;me des pourparlers ils firent bloc, en catimini, avec les repr&#233;sentants f&#233;odaux de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Il fallait les voir s'empresser, faire le gros dos devant leurs nouveaux ma&#238;tres, chercher &#224; lire dans leurs yeux leurs moindres d&#233;sirs ; il fallait voir le d&#233;dain triomphant avec lequel ils nous regardaient, nous, les repr&#233;sentants isol&#233;s du prol&#233;tariat &#224; ces s&#233;ances de Brest-Litovsk !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je connais les volte-face de ces fripons, leurs flagorneries, leurs fa&#231;ons de semer la discorde et de jeter de l'huile sur le feu, leurs complaisances serviles ; je sais comment, pareils &#224; des chiens, ils courent apr&#232;s les ma&#238;tres &#187;[3]. Ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; fertiles en &#233;preuves. Mais je ne sais pas de minutes plus p&#233;nibles, plus douloureuses que celles qu'il nous a fallu traverser, le rouge de la honte au front, &#224; cause de l'ignominie, de la platitude, de la bassesse de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise qui, dans sa lutte contre le prol&#233;tariat, se jette aux genoux des repr&#233;sentants du monde f&#233;odal et capitaliste. Et n'est-ce pas l&#224; exactement ce qu'a fait &#224; deux reprises le menchevisme g&#233;orgien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Georgien. Eine Sozialdemokratische Bauernrepublik (Vienne, 1921).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je n'ai vu &#8212; raconte lui-m&#234;me Kautsky &#8212; que ce que l'on peut voir de la porti&#232;re d'un compartiment de chemin de fer ou &#224; Tiflis. D'autant plus que j'ignore les langues g&#233;orgienne et russe. &#187; Plus loin, il d&#233;clare : &#171; Les communistes m'&#233;vitaient. &#187; Il faudrait encore ajouter que les hospitaliers mencheviks trompaient &#224; chaque pas leur honorable visiteur, qui d'ailleurs se pr&#234;tait volontiers lui-m&#234;me &#224; cette duperie. Le fruit d'une enqu&#234;te men&#233;e dans des conditions si favorables fut l'opuscule en question, qui couronne dignement la campagne internationale contre la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Kautsky confond les &#233;v&#233;nements et alt&#232;re la v&#233;rit&#233; m&#234;me quand cela ne lui est pas n&#233;cessaire pour atteindre son but : ainsi il raconte que Tchk&#233;idz&#233; et Ts&#233;r&#233;telli avaient &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te du soviet de Petrograd, en 1905. En r&#233;alit&#233;, personne &#224; cette &#233;poque n'avait entendu parler d'eux &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Shakespeare : Le roi Lear.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. La stricte neutralit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, Vandervelde, Henderson, en un mot toutes les Mrs Snowden du monde, nient cat&#233;goriquement la collaboration de la G&#233;orgie menchevique avec la contre-r&#233;volution russe et &#233;trang&#232;re. Or c'est l&#224; qu'est toute la question. Pendant la guerre acharn&#233;e men&#233;e par la Russie des Soviets contre les garde-blancs, soutenus par l'imp&#233;rialisme &#233;tranger, la G&#233;orgie d&#233;mocratique a, soi-disant, observ&#233; la neutralit&#233;. Et non pas simplement la neutralit&#233;, &#233;crit le respectable Kautsky, mais une &#171; stricte neutralit&#233; &#187;. Nous pourrions en douter, m&#234;me si les faits nous &#233;taient inconnus. Mais nous les connaissons. Nous savons non seulement que les mencheviks g&#233;orgiens ont particip&#233; &#224; toutes les intrigues ourdies contre la R&#233;publique des Soviets, mais aussi que la G&#233;orgie ind&#233;pendante fut elle-m&#234;me cr&#233;&#233;e pour servir d'instrument dans la guerre imp&#233;rialiste et dans la guerre civile contre la Russie ouvri&#232;re et paysanne. C'est ce que nous avons d&#233;j&#224; pu voir par ce qui a &#233;t&#233; expos&#233; pr&#233;c&#233;demment. Mais notre brave Kautsky ne veut rien entendre. Mrs Snowden, elle, est indign&#233;e. Macdonald repousse avec v&#233;h&#233;mence ces &#171; stupides accusations &#187;. C'est bien &#171; stupides accusations &#187; qu'&#233;crit Macdonald, car il est fort en col&#232;re. Or, Macdonald, sans &#234;tre Brutus, n'en est pas moins &#171; un homme honorable &#187;. Malheureusement, il existe des faits, des documents, des proc&#232;s-verbaux auxquels nous sommes forc&#233;s d'accorder plus de cr&#233;ance qu'aux hommes les plus honorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 septembre 1918, une conf&#233;rence officielle des repr&#233;sentants de la R&#233;publique G&#233;orgienne, du Gouvernement du Kouban et de l'Arm&#233;e Volontaire eut lieu. Cette derni&#232;re &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par les g&#233;n&#233;raux Alex&#233;&#239;ev, D&#233;nikine, Romanovsky, Dragomirov, Loukomsky, par le monarchiste Choulguine et par d'autres personnages, dont les noms seuls suffisent pour indiquer la qualit&#233;. Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev ouvrit la conf&#233;rence par ces paroles : &#171; Au nom de l'Arm&#233;e Volontaire et du Gouvernement du Kouban, je salue les repr&#233;sentants de la G&#233;orgie, notre AMIE, en la personne de E. E. Gu&#233;guetchkori et du g&#233;n&#233;ral G. I. Mazniev. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amis avaient quelques malentendus &#224; r&#233;gler : le principal concernait le secteur de Sotchi. Pour dissiper ces malentendus, Gu&#233;guetchkori disait : &#171; N'est-ce pas en G&#233;orgie que, lorsqu'ils &#233;taient pourchass&#233;s en Russie, les officiers russes venaient de tous c&#244;t&#233;s chercher un refuge ? Nous les recevions, nous partagions avec eux nos maigres ressources, nous leur payions une solde, nous les nourrissions et nous faisions ainsi tout ce qu'il nous &#233;tait possible de faire dans notre situation pr&#233;caire pour leur venir en aide&#8230; &#187; Ces quelques paroles suffiraient d&#233;j&#224; pour faire na&#238;tre quelques doutes sur la &#171; neutralit&#233; &#187; de la G&#233;orgie dans la guerre men&#233;e par les ouvriers contre les g&#233;n&#233;raux du tsar. Mais Gu&#233;guetchkori se h&#226;te lui-m&#234;me de changer ces doutes en certitude. &#171; Je crois devoir vous rappeler &#8212; dit-il &#224; Alex&#233;&#239;ev, &#224; D&#233;nikine et aux autres &#8212; qu'il convient de ne pas oublier LES SERVICES QUE NOUS VOUS AVONS RENDUS DANS VOTRE LUTTE CONTRE LE BOLCHEVISME ET DE TENIR COMPTE L'APPUI QUE NOUS VOUS AVONS PR&#202;T&#201;. &#187; Que peut-il y avoir de plus net que ces paroles de Gu&#233;guetchkori, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de la G&#233;orgie d&#233;mocratique et leader du parti menchevique ! Mais peut-&#234;tre M. Macdonald a-t-il besoin de commentaires ? Le deuxi&#232;me repr&#233;sentant de la G&#233;orgie, Mazniev, est l&#224; pour les fournir : &#171; Les officiers &#8212; explique-t-il &#8212; ne cessent de quitter Tiflis pour vous rejoindre (vous, c'est-&#224;-dire Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine) et, en cours de route, je leur fournis toutes sortes de secours. Le g&#233;n&#233;ral Liazlov peut l'attester. Ils re&#231;oivent de l'argent, des vivres, etc., et tout cela gratis. Comme vous l'aviez demand&#233;, j'ai group&#233; les officiers qui se trouvaient &#224; Sotchi, &#224; Gagry, &#224; Soukhoum, et je les ai exhort&#233;s a rejoindre vos arm&#233;es&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky se porte garant de la neutralit&#233; et m&#234;me de la neutralit&#233; la plus stricte de la G&#233;orgie. Macdonald traite tout bonnement de &#171; stupides accusations &#187; ce que l'on dit des services rendus par les mencheviks aux blancs dans leur lutte contre les bolcheviks. Mais notre homme honorable se h&#226;te trop de nous invectiver. Les faits sont l&#224; pour confirmer nos accusations. Les faits d&#233;mentent Macdonald. Les faits attestent que c'est nous qui disons la v&#233;rit&#233; et non Mrs. Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. S'effor&#231;ant de d&#233;montrer que la cession temporaire du secteur de Sotchi &#224; la G&#233;orgie ne fera rien perdre aux gardes-blancs, puisque ce qui importe surtout &#224; ces derniers c'est d'avancer vers le Nord, contre les bolcheviks, Gu&#233;guetchkori dit : &#171; Si, ce dont je ne doute pas, nous voyons dans l'avenir la reconstitution d'une nouvelle Russie, il ne s'agira pas seulement pour nous de la r&#233;trocession du secteur de Sotchi, mais des questions beaucoup plus importantes &#8212; fait que vous ne devez pas perdre de vue. &#187; Ces paroles d&#233;voilent le sens de l'autonomie g&#233;orgienne : il ne s'agit pas l&#224; d'une &#171; autonomie nationale &#187;, mais bien d'une man&#339;uvre strat&#233;gique dans la lutte contre le bolchevisme. Quand Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine auront reconstitu&#233; une &#171; nouvelle Russie &#187;, ce dont Gu&#233;guetchkori &#171; ne doute pas &#187;, il s'agira pour les mencheviks g&#233;orgiens, non plus seulement de r&#233;troc&#233;der le secteur de Sotchi, mais bien de faire revenir la G&#233;orgie tout enti&#232;re dans le sein de la Russie une et indivisible, la voil&#224; bien, la &#171; stricte neutralit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme s'il craignait que quelques cerveaux &#233;pais ne conservassent encore des doutes, Gu&#233;guetchkori ach&#232;ve : &#171; Quant &#224; l'attitude &#224; l'&#233;gard des bolcheviks, je puis d&#233;clarer que la LUTTE MEN&#201;E CONTRE LE BOLCHEVISME sur notre territoire est des plus acharn&#233;es. PAR TOUS LES MOYENS &#192; NOTRE DISPOSITION NOUS COMBATTONS LE BOLCHEVISME, mouvement anti&#233;tatique, mena&#231;ant l'int&#233;grit&#233; de notre &#201;tat, et je pense que, sous ce rapport, nous avons d&#233;j&#224; fourni UNE S&#201;RIE DE PREUVES ASSEZ &#201;LOQUENTES. &#187; Ces paroles-l&#224;, en tout cas, se passent de commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment a-t-on pu conna&#238;tre des conversations d'un caract&#232;re si intime ? Proc&#232;s-verbal en a &#233;t&#233; dress&#233; et publi&#233;. Mais ces proc&#232;s-verbaux ne sont-ils pas faux ? C'est fort peu vraisemblable. Ils ont &#233;t&#233; publi&#233;s par le Gouvernement g&#233;orgien lui-m&#234;me dans un livre intitul&#233; : Documents et mat&#233;riaux sur la politique ext&#233;rieure de la Transcaucasie et de la G&#233;orgie. (Tiflis, 1919.) Les proc&#232;s-verbaux cit&#233;s vont de la page 391 &#224; la page 414. Comme c'est Gu&#233;guetchkori qui &#233;tait le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, il s'ensuit que c'est lui-m&#234;me qui a fait imprimer ses entretiens avec Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine. Gu&#233;guetchkori est excusable : en ce temps-l&#224; il ne pouvait encore pr&#233;voir que Kautsky et Macdonald devraient un jour se porter garants de la neutralit&#233; des mencheviks g&#233;orgiens en jurant sur l'honneur de la IIe Internationale. D'ailleurs, ce n'est pas l&#224; le seul cas o&#249; la situation des honorables gentlemen de la IIe Internationale e&#251;t &#233;t&#233; beaucoup plus facile si la st&#233;nographie et l'imprimerie n'avaient pas exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la port&#233;e politique des d&#233;clarations faites par Gu&#233;guetchkori, dans son entretien avec D&#233;nikine, nous devienne tout &#224; fait claire, il est indispensable de rappeler quelle &#233;tait, en septembre 1918, la situation militaire et politique de la Russie des Soviets. Prenez en mains une carte, la chose en vaut la peine. Notre fronti&#232;re occidentale passait alors entre Pskov et Novgorod ; Pskov, Minsk et Moghilev &#233;taient aux mains du prince L&#233;opold de Bavi&#232;re. Et, en ce temps-l&#224;, les princes allemands comptaient pour quelque chose en Europe&#8230; et ailleurs ! L'Ukraine, elle aussi, &#233;tait tout enti&#232;re occup&#233;e par les Allemands qui avaient &#233;t&#233; appel&#233;s pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie contre les bolcheviks. Appuy&#233; sur Odessa et sur S&#233;bastopol, le groupe du g&#233;n&#233;ral von Kierbach s'&#233;tendait presque jusqu'&#224; Koursk et Voron&#232;ge. Les cosaques du Don mena&#231;aient Voron&#232;ge du sud-est. En arri&#232;re d'eux, dans le Kouban, Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine formaient leur arm&#233;e. Au Caucase, les Turcs et les Allemands faisaient la loi. Un couloir &#233;troit nous reliait &#224; Astrakhan. La Volga &#233;tait deux fois coup&#233;e dans le nord : par les cosaques, &#224; Tsarytsine, et par les Tch&#233;co-Slovaques, &#224; Samara. Toute la partie sud de la mer Caspienne se trouvait d&#233;j&#224; entre les mains des blancs command&#233;s par des officiers de la marine anglaise ; quant &#224; la partie septentrionale, elle nous fut enlev&#233;e l'ann&#233;e suivante. A l'est, nous luttions contre les Tch&#233;co-Slovaques et les blancs qui occupaient les r&#233;gions transvolgiennes, l'Oural et la Sib&#233;rie. Au nord, r&#233;gnait l'Entente qui d&#233;tenait Arkhangel et tout le littoral de la mer Blanche. La partie septentrionale du chemin de fer de Mourmansk &#233;tait occup&#233;e par un corps de d&#233;barquement anglo-fran&#231;ais. La Finlande de Mannerheim mena&#231;ait Petrograd qui se trouvait ainsi &#224; demi encercl&#233; par l'ennemi. Quant &#224; notre arm&#233;e, elle commen&#231;ait &#224; peine &#224; se former sous le feu de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, les repr&#233;sentants officiels de la G&#233;orgie menchevique annoncent aux organisateurs de l'arm&#233;e volontaire que la G&#233;orgie sauve les officiers blancs des pers&#233;cutions bolcheviques, qu'elle les entretient gratuitement, qu'elle recrute parmi eux des volontaires pour les arm&#233;es Alex&#233;&#239;ev et de D&#233;nikine, et enfin qu'elle lutte &#171; sans merci &#187; contre le bolchevisme et t&#226;che &#171; par tous les moyens &#187; d'en venir &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;guetchkori ne se vantait pas ; il n'exag&#233;rait pas les services qu'il avait rendus &#224; la contre-r&#233;volution. Lui et ses amis ont fait r&#233;ellement tout ce qu'ils ont pu. Bien entendu, on ne pouvait exiger d'eux qu'ils missent sur pied, pour secourir les Blancs, une force arm&#233;e s&#233;rieuse, oblig&#233;s qu'ils &#233;taient eux-m&#234;mes de recourir aux troupes allemandes pour lutter contre &#171; l'anarchie &#187; int&#233;rieure. Leurs ressources r&#233;elles &#233;taient de beaucoup inf&#233;rieures &#224; leur bonne volont&#233; contre-r&#233;volutionnaire. Il n'en reste pas moins qu'ils ont rendu aux organisations militaires des gardes-blancs des services immenses dans les circonstances d'alors. Ils s'empar&#232;rent de l'immense mat&#233;riel de guerre de l'arm&#233;e du Caucase, abandonn&#233; sur le territoire g&#233;orgien, et l'employ&#232;rent en grande partie &#224; contenir les Blancs : les cosaques du Don, du Kouban, de T&#233;rek, les officiers tch&#233;tch&#232;nes, les d&#233;tachements de Heimann et de Filimonov, l'Arm&#233;e Volontaire Alex&#233;&#239;ev et de D&#233;nikine, etc. Leur aide &#233;tait alors d'une importance capitale pour les troupes contre-r&#233;volutionnaires qui op&#233;raient au Caucase et ne recevaient presque rien du dehors. La collaboration de la G&#233;orgie menchevique avec les contre-r&#233;volutionnaires de tout poil ayant &#233;t&#233; journali&#232;re, mais n'&#233;tant enregistr&#233;e qu'incidemment, il serait difficile d'&#233;crire maintenant une histoire suivie de cette collaboration, d'autant plus que les documents les plus pr&#233;cieux ont &#233;t&#233; emport&#233;s par les mencheviks &#224; l'&#233;tranger. Mais les documents qui sont rest&#233;s dans les bureaux de Tiflis suffisent pleinement pour chasser de l'esprit du plus pointilleux des notaires la derni&#232;re ombre de doute sur la fameuse neutralit&#233; g&#233;orgienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pourparlers et la collaboration militaire avec les organisateurs de l'Arm&#233;e Volontaire commencent d&#232;s le mois de juin 1918, sinon le premier jour de l'autonomie g&#233;orgienne. Plusieurs op&#233;rations purement militaires (par exemple, l'avance vers la gare de Govoristchenska&#239;a ) furent entreprises par la G&#233;orgie &#224; la demande du Gouvernement du Kouban, qui &#233;tait de connivence avec les &#171; volontaires &#187;. Le g&#233;n&#233;ral Heimann qui, parti de Daghestanska&#239;a, avan&#231;ait contre les bolcheviks, re&#231;ut du g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien Mazniev, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, 600 fusils, 2 mitrailleuses et des cartouches. Le g&#233;n&#233;ral Maslovsky, qui &#233;tait, comme Heimann, au service Alex&#233;&#239;ev et agissait de concert avec le commandement menchevique, re&#231;ut de la G&#233;orgie un train blind&#233; &#224; Touaps&#233;. C'est &#224; cela, entre autres, que pensait Gu&#233;guetchkori lorsqu'il rappelait &#224; Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine les secours fournis par la G&#233;orgie. En octobre 1918, c'est-&#224;-dire peu apr&#232;s la conversation Gu&#233;guetchkori-D&#233;nikine, que nous connaissons d&#233;j&#224;, le Gouvernement g&#233;orgien livra aux Gouvernement du Don, qui &#233;tait en &#233;tat de guerre avec les troupes sovi&#233;tiques, une quantit&#233; importante de mat&#233;riel de guerre.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre 1918, le g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien Mazniev rapportait &#224; son Gouvernement qu'il luttait contre les bolcheviks, la main dans la main avec les cosaques de l'Arm&#233;e Volontaire. &#171; J'ai, dit-il, laiss&#233; en premi&#232;re ligne les cosaques et ramen&#233; &#224; Sotchi, pour qu'elles s'y reposent, les troupes qui me sont confi&#233;es. &#187; Le 26 novembre, le Gouvernement g&#233;orgien d&#233;cida de livrer au repr&#233;sentant de l'Arm&#233;e Volontaire, Obi&#233;dov, la quantit&#233; indispensable de m&#233;dicaments et de mat&#233;riel de pansement et de l' &#171; aider enti&#232;rement dans cette affaire &#187;. Cette affaire, c'&#233;tait la guerre civile organis&#233;e contre la Russie des Soviets. &#201;videmment, le mat&#233;riel de pansement et les m&#233;dicaments sont des objets tr&#232;s humains, tout ce qu'il y a de plus neutres. Mais, malheureusement, le Gouvernement g&#233;orgien a commenc&#233; par enlever par la force ces objets aux troupes caucasiennes &#171; contamin&#233;es par l'anarchie bolchevique &#187; pour les remettre ensuite aux gardes-blancs attaquant la Russie des Soviets par le sud. Tout cela, dans son ensemble, s'appelle &#171; stricte neutralit&#233; &#187; chez Kautsky, mais non chez Jordania. Ce dernier &#233;crivait au chef de la mission imp&#233;riale allemande, le 15 octobre 1918, c'est-&#224;-dire au beau milieu des &#233;v&#233;nements que nous relatons : &#171; Je n'ai JAMAIS consid&#233;r&#233; la G&#233;orgie, au point de vue de sa situation internationale, comme un &#201;tat enti&#232;rement neutre, car DES FAITS &#201;VIDENTS NOUS PROUVENT LE CONTRAIRE. &#187; Parfaitement juste ! Cette lettre aussi a &#233;t&#233; publi&#233;e par Jordania lui-m&#234;me dans le livre &#233;dit&#233; &#224; Tiflis, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; et qui &#233;tait &#224; l'enti&#232;re disposition de Kautsky lorsqu'il &#233;crivait sa brochure. Mais ce dernier a pr&#233;f&#233;r&#233; se fier &#224; son inspiration apostolique. Tout donne lieu de croire que Jordania, qui ne pouvait nier l'&#233;vidence, au cours de ses entretiens &#171; d'affaires &#187; avec le g&#233;n&#233;ral von Kress, s'est permis, lors de ses conversations &#233;difiantes avec Kautsky, de mener ce v&#233;n&#233;rable vieillard par le bout du nez, et cela d'autant plus facilement que Kautsky avait apport&#233; &#224; Tiflis un nez fort bien conform&#233; &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie conclut un accord d'apr&#232;s lequel elle laissait disposer de ses voies ferr&#233;es pour le transport en Azerba&#239;djan des troupes turques, avec l'aide desquelles fut renvers&#233; le pouvoir des Soviets de Bakou, qui avait &#233;t&#233; instaur&#233; dans cette ville par les ouvriers, quoiqu'ils fussent coup&#233;s de la Russie. Ce fait eut pour nous les cons&#233;quences les plus graves. Bakou, qui alimentait de p&#233;trole la Russie, devint un point d'appui pour nos ennemis. On pourra dire, il est vrai, que, s&#233;par&#233; de la Russie, le Gouvernement g&#233;orgien a &#233;t&#233; contraint de fournir un concours d&#233;cisif aux troupes du sultan lanc&#233;es contre le prol&#233;tariat de Bakou. Admettons qu'il en soit ainsi. Il n'en reste pas moins que Jordania et les autres leaders g&#233;orgiens ont exprim&#233; au parti musulman moussavat, r&#233;actionnaire et bourgeois, leurs f&#233;licitations &#224; l'occasion de la prise de Bakou par les troupes ottomanes. L'acte de violence du militarisme turc n'&#233;tait donc que la r&#233;alisation des d&#233;sirs m&#251;mes du menchevisme, d&#233;sirs que ce dernier, comme on le voit, ne songeait nullement &#224; dissimuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne perdit pas seulement Bakou pour un certain temps ; elle perdit pour toujours quelques dizaines le ses meilleurs fils. En septembre 1918, presque &#224; la date o&#249; Gu&#233;guetchkori &#233;tait en pourparlers avec D&#233;nikine, vingt-six bolcheviks, leaders du prol&#233;tariat de Bakou, et parmi eux les camarades Chaoumian, membre du Comit&#233; Central de notre parti, et Alexis Djaparidz&#233;, furent fusill&#233;s dans une petite gare perdue dans la steppe transcaucasienne. L&#224;-dessus, Henderson, vous pouvez vous renseigner c apr&#232;s de Thompson, votre g&#233;n&#233;ral de la guerre &#233;mancipatrice : ce furent ses agents qui remplirent le r&#244;le de bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ni Chaoumian, ni Djaparidz&#233; ne connurent l'all&#233;gresse caus&#233;e &#224; Jordania par la prise de la cit&#233; sovi&#233;tique de Bakou. Mais ils n'en emport&#232;rent pas moins dans la tombe la haine ardente des aide-bourreaux mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuscrit de cet ouvrage &#233;tait d&#233;j&#224; termin&#233;, lorsque nous avons re&#231;u le livre que Vadime Tcha&#239;kine, socialiste-r&#233;volutionnaire et membre de l'Assembl&#233;e Constituante, venait de faire para&#238;tre sous le titre : Pour servir &#224; l'histoire de la R&#233;volution russe - Ex&#233;cution de vingt-six commissaires de Bakou. (Editions Grj&#233;bine, Moscou). Cet ouvrage, compos&#233; en grande partie de documents dont les principaux ont &#233;t&#233; reproduits photographiquement, forme un r&#233;cit des circonstances dans lesquelles les autorit&#233;s militaires anglaises ont organis&#233;, sans aucun jugement, le meurtre de vingt-six commissaires de Bakou. L'organisateur direct de l'assassinat &#233;tait le chef de la mission militaire anglaise &#224; Askhabad, R&#233;ginald Teague-Jones. Le g&#233;n&#233;ral Thompson avait connaissance de toute cette affaire, et Teague-Jones, comme le montrent tous les d&#233;tails du crime, agissait avec l'assentiment du respectable g&#233;n&#233;ral. Apr&#232;s que le meurtre de ces vingt-six hommes sans d&#233;fense dont on s'&#233;tait empar&#233;, soi-disant, pour les emmener dans l'Inde, eut &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; &#224; une station perdue dans la steppe, le g&#233;n&#233;ral Thompson favorisa la fuite de l'un des principaux auteurs de l'assassinat, Droujkine, sc&#233;l&#233;rat bien connu par sa v&#233;nalit&#233;. Les d&#233;marches de Vadime Tcha&#239;kine &#8212; qui, pourtant, n'&#233;tait pas bolchevik, mais socialiste r&#233;volutionnaire et membre de l'Assembl&#233;e Constituante &#8212; aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral anglais Malleson et du g&#233;n&#233;ral anglais Milnes, rest&#232;rent sans r&#233;sultat. Il s'av&#233;ra que tous ces gentlemen &#233;taient de connivence pour cacher le meurtre et les meurtriers et fabriquer de faux rapports. Comme le montrent les documents du m&#234;me livre, le ministre g&#233;orgien des Affaires &#233;trang&#232;res, Gu&#233;guetchkori, s'&#233;tait engag&#233;, sur les instances de Tcha&#239;kine, &#224; ne pas laisser l'assassin Droujkine sortir de la G&#233;orgie. En r&#233;alit&#233;, de concert avec le g&#233;n&#233;ral anglais Thompson, il donna &#224; Droujkine l'enti&#232;re possibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; l'instruction et &#224; la justice. Alors que les comit&#233;s des socialistes r&#233;volutionnaires russes et g&#233;orgiens et des mencheviks russes transcaucasiens, apr&#232;s avoir examin&#233; tous les d&#233;tails de l'affaire, signaient une d&#233;claration sur la conduite criminelle des autorit&#233;s militaires anglaises, le Comit&#233; des mencheviks g&#233;orgiens, qui, r&#233;uni en commission avec les autres partis, &#233;tait arriv&#233; &#224; la m&#234;me conclusion que ces derniers, refusa de signer le document, de crainte de se brouiller avec les autorit&#233;s anglaises. Le t&#233;l&#233;graphe du Gouvernement menchevik g&#233;orgien se refusa &#224; transmettre les d&#233;p&#234;ches dans lesquelles Vadime Tcha&#239;kine d&#233;non&#231;ait les meurtriers anglais. En admettant m&#234;me que l'on ne sache rien d'autre sur les mencheviks, les documents indiscutables du livre de Tcha&#239;kine suffiraient &#224; les marquer d'une fl&#233;trissure ineffa&#231;able, eux, leur d&#233;mocratie, leurs protecteurs et leurs d&#233;fenseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas le moindre espoir que, malgr&#233; les indications directes, pr&#233;cises, indiscutables, donn&#233;es par Tcha&#239;kine, M. Henderson ou M. Macdonald, M. J.-H. Thomas ou M. Clynes, M. Sexton ou M. Davison, M. Adamson ou M. Hodges, M. Rose ou M. Bowerman, M. Young ou M. Spoore se consid&#233;reront comme oblig&#233;s d'examiner ouvertement et loyalement cette affaire jusqu'au bout et de demander compte de leur conduite aux repr&#233;sentants de la Grande-Bretagne, qui ont d&#233;fendu si brillamment en Transcaucasie la d&#233;mocratie, la civilisation, le droit, la religion et la morale contre la barbarie bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les Mrs. Snowden du monde nient la collaboration des mencheviks g&#233;orgiens avec les organisations et les arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires : pour cela, elles se basent sur deux faits. Tout d'abord, les mencheviks se sont plaints eux-m&#234;mes aux socialistes anglais de ce que l'Entente les for&#231;&#226;t de soutenir les contre-r&#233;volutionnaires ; ensuite, il y avait entre la G&#233;orgie et les Blancs des querelles qui, par moments, rev&#234;taient la forme de conflits arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois, avec des gestes mena&#231;ants, le g&#233;n&#233;ral anglais Walker avertit le repr&#233;sentant du Gouvernement, No&#233; Jordania, que l'organe central des mencheviks serait imm&#233;diatement ferm&#233; s'il se permettait de publier un article d&#233;sagr&#233;able &#224; l'Entente. Un lieutenant anglais frappait de son sabre-ba&#239;onnette sur la table d'un procureur g&#233;orgien, exigeant la lib&#233;ration imm&#233;diate des d&#233;tenus que lui, par la gr&#226;ce de Dieu lieutenant de Sa Majest&#233;, avait d&#233;sign&#233;s. En somme, &#224; en juger par les documents, les autorit&#233;s militaires anglaises se conduisaient en G&#233;orgie avec plus d'insolence encore que les autorit&#233;s allemandes. En ces occasions, certes, Jordania ne manquait pas de faire respectueusement remarquer que la G&#233;orgie &#233;tait presque autonome et se plaignait &#224; Macdonald de la violation de la presque neutralit&#233; g&#233;orgienne. La prudence la plus &#233;l&#233;mentaire l'exigeait. Lorsque D&#233;nikine enlevait &#224; la G&#233;orgie le secteur de Soukhoum, les mencheviks se plaignaient de D&#233;nikine &#224; Walker et de Walker &#224; Henderson, avec le m&#234;me succ&#232;s dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y avait eu ni plaintes ni conflits de ce genre, cela signifierait tout bonnement que les mencheviks ne se distingu&#232;rent en rien de D&#233;nikine. Mais ce serait aussi inexact que de dire que Henderson ne diff&#232;re en rien de Churchill. Les oscillations petites-bourgeoises, &#224; une &#233;poque r&#233;volutionnaire, sont d'une tr&#232;s grande amplitude : elles vont de l'appui au prol&#233;tariat jusqu'&#224; l'alliance formelle avec la contre-r&#233;volution des seigneurs terriens. Moins les politiciens petits-bourgeois sont autonomes et plus ils d&#233;clament sur leur enti&#232;re ind&#233;pendance et leur stricte neutralit&#233;. De ce point de vue, il est facile de suivre au jour le jour toute l'histoire des mencheviks et des socialistes r&#233;volutionnaires de droite et de gauche, durant toute la r&#233;volution. Jamais ils ne sont neutres. Jamais ils ne sont ind&#233;pendants. Leur &#171; neutralit&#233; &#187; n'est jamais qu'un balancier oscillant de droite &#224; gauche et de gauche &#224; droite. Qu'ils soutiennent les bolcheviks (socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, anarchistes) ou qu'ils soutiennent les g&#233;n&#233;raux tsaristes (socialistes-r&#233;volutionnaires de droite, mencheviks), les partis petits-bourgeois ont fr&#233;quemment, au moment d&#233;cisif, peur du triomphe prochain de leur alli&#233;, ou, plus souvent encore, ils l'abandonnent &#224; l'heure du danger. Il faut dire, il est vrai, que si, en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, les partis petits-bourgeois subissent ordinairement toutes les cons&#233;quences de la d&#233;faite, il leur arrive rarement de jouir des avantages de la victoire. Apr&#232;s avoir consolid&#233; ses positions avec l'aide de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, la contre-r&#233;volution monarchique, en la personne de Koltchak &#224; l'est, de Youd&#233;nitch, de Miller et des g&#233;n&#233;raux anglais au nord et &#224; l'ouest, de D&#233;nikine au sud, faisait subir les pires humiliations &#224; ses auxiliaires d&#233;mocrates et les foulait impitoyablement aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne poss&#232;de, elle aussi, sous ce rapport, une certaine exp&#233;rience, qui ne lui vient pas, il est vrai, de l'&#233;poque r&#233;volutionnaire, mais de la guerre, o&#249; elle a attrap&#233; pas mal de coups dont elle porte encore la marque. Les social-patriotes qui ont pr&#234;t&#233; leur concours &#224; leur bourgeoisie, au moment o&#249; la guerre &#233;tait la plus dure pour cette derni&#232;re, comptaient bien voir, sinon le prol&#233;tariat participer aux fruits de la victoire, tout au moins le r&#244;le du socialisme, et, par la m&#234;me occasion, le leur, acqu&#233;rir une importance d&#233;cisive dans le r&#232;glement du sort des &#201;tats apr&#232;s la guerre. Ils se sont tromp&#233;s. Dup&#233;s, Henderson, Sembat et consorts d&#233;non&#231;aient leur bourgeoisie, la mena&#231;aient, se plaignaient d'elle &#224; l'Internationale. Mais cela ne veut pas dire qu'ils ne l'avaient point servie. Ils la servaient, mais avec des pr&#233;tentions. Ils la servaient, mais &#233;taient tromp&#233;s par elle. Ils la servaient, mais ils se plaignaient. Personne n'ira dire que ce sont simplement des valets &#224; gages. Non, ce sont des opportunistes petits-bourgeois, c'est-&#224;-dire des laquais politiques, des laquais &#224; ambition, loquaces, toujours h&#233;sitants, des laquais sur lesquels on ne peut jamais se reposer enti&#232;rement mais des laquais tout de m&#234;me, et jusqu'&#224; la moelle des os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Empruntant, comme on l'a vu, leurs m&#233;thodes aux acad&#233;miciens fran&#231;ais qui chantent les louanges de la politique &#233;clair&#233;e de la principaut&#233; de Monaco ou de la dynastie des Karag&#233;org&#233;vitch, Kautsky ne demande point d'explications, ne cherche point les causes des faits, ne s'&#233;tonne d'aucune contradiction et ne recule pas devant les incoh&#233;rences. Si la G&#233;orgie s'est d&#233;tach&#233;e de la Russie r&#233;volutionnaire, la faute en est aux bolcheviks. Si la G&#233;orgie a eu recours aux troupes allemandes, c'est qu'elles valent mieux que les troupes turques. Les troupes des Hohenzollern sont entr&#233;es dans la G&#233;orgie, &#171; non pour piller &#187;, &#226;nonne Kautsky, &#171; mais pour organiser ses forces productrices &#187;. &#171; Salu&#233;es avec all&#233;gresse dans les rue de Tiflis &#187; ( par qui ? par qui ? par qui ? ), les troupes des Hohenzollern partent, mais la vertu d&#233;mocratique de la G&#233;orgie reste intacte. Thompson et Walker, eux aussi, contribuent &#224; l'accro&#238;tre. Et, apr&#232;s que la G&#233;orgie s'est livr&#233;e au lieutenant allemand &#8212; auquel elle avait fait elle-m&#234;me les premi&#232;res avances &#8212; puis au lieutenant britannique, qui pourrait douter qu'au moment de l'arriv&#233;e de la D&#233;l&#233;gation de la IIe Internationale sa vertu d&#233;mocratique n'e&#251;t atteint son plein &#233;panouissement ? D'o&#249; la d&#233;duction proph&#233;tique de Kautsky : C'est l'esprit du menchevisme incarn&#233; par la G&#233;orgie menchevique qui sauvera la Russie (p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est venu de donner la parole &#224; &#171; l'esprit menchevique &#187; en personne. Vers la fin de 1918 (le 27 d&#233;cembre), eut lieu &#224; Moscou la conf&#233;rence du parti social-d&#233;mocrate ouvrier russe (menchevik). A cette conf&#233;rence, on examina la politique des fractions du parti qui avaient accept&#233; la participation aux gouvernements des gardes-blancs ou qui s'&#233;taient alli&#233;s ouvertement &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tranger. Il s'agissait sp&#233;cialement en l'occurrence des mencheviks g&#233;orgiens. Dans le compte rendu officiel du Comit&#233; central des mencheviks au sujet de cette conf&#233;rence, nous lisons : &#171; Le parti ne peut ni NE VEUT SOUFFRIR en son sein des alli&#233;s de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire et de l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain, quels que puissent &#234;tre les motifs qui ont pouss&#233; beaucoup d'entre eux dans la voie d'une telle alliance. &#187; La r&#233;solution de la conf&#233;rence dit en propres termes : &#171; La conf&#233;rence constate que la politique de la social-d&#233;mocratie g&#233;orgienne, qui a tent&#233; de sauver le r&#233;gime d&#233;mocratique et l'autonomie de la G&#233;orgie en ayant recours &#224; l'aide &#233;trang&#232;re et &#224; la s&#233;paration d'avec la Russie, a mis la social-d&#233;mocratie g&#233;orgienne en CONTRADICTION AVEC LES T&#194;CHES ESSENTIELLES POURSUIVIES PAR LE PARTI DANS SON ENSEMBLE. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode &#233;difiant donne une id&#233;e, non seulement de la perspicacit&#233; de Kautsky en ce qui concerne l'estimation des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, mais encore de sa bonne foi par rapport aux faits qu'il expose. N&#233;gligeant m&#234;me de s'en r&#233;f&#233;rer &#224; ses amis, les mencheviks, Kautsky repr&#233;sente la politique ext&#233;rieure Jordania-Ts&#233;r&#233;telli comme une politique r&#233;ellement menchevique et, partant, comme un mod&#232;le pour la social-d&#233;mocratie internationale. Or, l'appr&#233;ciation officielle de Martov et de Dan sur ce parti &#171; vraiment menchevique &#187; qu'&#233;tait le parti g&#233;orgien, constate que la politique ext&#233;rieure Jordania-Ts&#233;r&#233;telli a sur le parti &#171; une influence d&#233;sorganisatrice &#187; qui menace &#171; d'&#233;branler jusque dans ses fondements le prestige du parti aux yeux des masses prol&#233;tariennes &#187;.[5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que Kautsky appose sur la politique g&#233;orgienne de &#171; stricte neutralit&#233; &#187; le sceau de la b&#233;n&#233;diction marxiste, Martov et Dan deviennent des plus mena&#231;ants &#224; l'&#233;gard de cette politique : &#171; Le parti risque &#8212; &#233;crivent-ils &#8212; de devenir l'objet de la ris&#233;e g&#233;n&#233;rale s'il permet que telle ou telle de ses fractions commette en alliance ouverte ou masqu&#233;e, avec ses ennemis de classe, des actions politiques contraires &#224; l'esprit m&#234;me de la politique r&#233;volutionnaire du parti &#187;.[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, on pourrait s'arr&#234;ter. La docte robe de chambre de Kautsky est bien prise entre les deux battants de la porte menchevique : il semble bien qu'il lui soit impossible de l'en arracher. Il se peut n&#233;anmoins que Kautsky, quoi qu'il soit un peu tard, recoure &#224; l'aide de Martov. C'est possible. Et, sans aucun doute, cette aide, il l'obtiendra. Nous pouvons nous-m&#234;mes, pour att&#233;nuer le coup port&#233; &#224; Kautsky par les mencheviks, donner quelques explications. Le moment &#233;tait alors intens&#233;ment r&#233;volutionnaire Les bolcheviks battaient Koltchak. En Allemagne et en Autriche-Hongrie, la r&#233;volution venait d'&#233;clater. Les leaders mencheviques furent oblig&#233;s de jeter par-dessus bord le lest trop compromettant qui pouvait les faire couler. Dans les assembl&#233;es ouvri&#232;res de Moscou et de Petrograd, ils reniaient avec indignation la politique tra&#238;tresse de la G&#233;orgie d'alors. Ils mena&#231;aient d'exclure Jordania et ses partisans si ces derniers ne cessaient de faire du parti l'objet d'une &#171; ris&#233;e g&#233;n&#233;rale &#187;. Le temps &#233;tait mouvement&#233; : Hilferding lui-m&#234;me voulait introduire les Soviets dans la constitution. Cela suffit pour montrer qu'on &#233;tait &#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On brandissait la foudre de l'exclusion, mais l'exclusion eut-elle lieu ? &#201;videmment non. On n'y songeait m&#234;me pas. Ces gens-l&#224; ne seraient pas des mencheviks si, chez eux, l'acte suivait la parole. Le menchevisme international tout entier n'est autre chose qu'une menace conditionn&#233;e qui ne se r&#233;alise jamais, une main symbolique lev&#233;e, mais qui jamais ne s'abat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait n'en subsiste pas moins : sur la question essentielle de la politique des mencheviks g&#233;orgiens, Kautsky trompe honteusement ses lecteurs. Son mensonge est d&#233;voil&#233; par les mencheviks eux-m&#234;mes. Les pans de sa robe de chambre sont bien pris : impossible de les arracher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Macdonald ? Oh ! Macdonald est un homme tout ce qu'il y a de plus honorable. Seulement, il a un petit d&#233;faut : il ne comprend rien aux questions du socialisme &#8212; absolument rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La liste exacte de ce mat&#233;riel, tr&#232;s nombreux, a &#233;t&#233; publi&#233;e d'apr&#232;s des documents authentiques dans le livre de J. Chafir : La Guerre civile en Russie et la G&#233;orgie menchevique. Moscou, 1921, page 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. la publication cit&#233;e du Comit&#233; central menchevique, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibid., p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Le r&#233;gime int&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en politique ext&#233;rieure, la stricte neutralit&#233; et, en politique int&#233;rieure, bien entendu, la plus enti&#232;re libert&#233;. D'ailleurs, comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? &#171; Les rapports entre les ouvriers et les paysans de G&#233;orgie &#8212; raconte Kautsky &#8212; sont jusqu'&#224; pr&#233;sent les meilleurs du monde &#187; (p. 54). Du Rhin &#224; l'Oc&#233;an Pacifique, les insurrections ensanglantent le monde et &#171; la G&#233;orgie est le seul pays qui, avec l'Autriche allemande, n'ait point &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de la violence. &#187; Et les communistes ? &#171; L&#233;galement reconnus et jouissant d'une compl&#232;te libert&#233; d'action &#187;, ils n'ont pu pourtant acqu&#233;rir aucune influence (p. 65). Les social-d&#233;mocrates ont obtenu &#224; toutes les &#233;lections une &#233;crasante majorit&#233; de voix. Voil&#224; bien, en effet, le pays unique en son genre, de l'Oc&#233;an Pacifique au Rhin ! D'ailleurs, au-del&#224; du Rhin, on aurait peine &#233;galement &#224; trouver un pays semblable, si ce n'est la principaut&#233; de Monaco, telle que la repr&#233;sentent les fossiles pensionn&#233;s de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant une telle cro&#251;te politique, on s'arr&#234;te tout d'abord, paralys&#233;, comme devant une de ces impertinentes gravures polychromes dont chaque couleur s&#233;par&#233;ment est fausse, et dont l'ensemble est d'une fausset&#233; qui blesse encore davantage les yeux. Tout ce que nous connaissons des origines de la G&#233;orgie autonome et de sa politique ext&#233;rieure d&#233;ment d&#233;j&#224;, &#224; priori, le tableau de pacification g&#233;n&#233;rale que Kautsky nous trace pour l'avoir observ&#233; de la porti&#232;re de son wagon, entre Batoum et Tiflis. La liaison entre la politique ext&#233;rieure et la politique int&#233;rieure devait se manifester en G&#233;orgie avec d'autant plus de force que ce pays &#233;tait n&#233; par voie de bourgeonnement, en deux &#233;tapes, de sorte que des questions qui, la veille encore, &#233;taient pour lui des questions int&#233;rieures, devenaient le lendemain des questions ext&#233;rieures. En outre, les mencheviks, sous pr&#233;texte de r&#233;soudre leurs probl&#232;mes ext&#233;rieurs, avaient fait appel aux troupes &#233;trang&#232;res &#8212; d'abord aux troupes allemandes, ensuite aux troupes anglaises &#8212; et, de nouveau, l'on peut dire d&#233;j&#224;, &#224; priori, que le g&#233;n&#233;ral von Kress et le g&#233;n&#233;ral Walker n'ont pas jou&#233; un r&#244;le peu important dans la vie int&#233;rieure du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme, d'apr&#232;s Kautsky, dont la banalit&#233; devient parfois paradoxale, les g&#233;n&#233;raux des Hohenzollern remplissaient en G&#233;orgie les hautes fonctions d'&#171; organisateurs des forces productives &#187; ( p. 51), sans porter atteinte au m&#233;canisme d&#233;licat de la d&#233;mocratie, il nous semble opportun de rapporter ici l'apostrophe mena&#231;ante de von Kress, relative &#224; l'arrestation d'un groupe de nobles r&#233;actionnaires qui &#233;taient en train d'organiser des bandes de pogromistes : &#171; Le Gouvernement n'a pas le droit &#8212; enseignait von Kress au ministre Ramichvili &#8212; de consid&#233;rer la politique d'un parti ou d'un groupe de citoyens comme suspecte par le fait seul qu'elle est dirig&#233;e contre le r&#233;gime actuel. Tant que cette politique n'est pas dirig&#233;e contre l'existence m&#234;me de l'&#201;tat, l'on ne saurait dire qu'on soit en pr&#233;sence d'un crime de haute trahison. &#187; R&#233;pondant &#224; ces enseignements classiques, Ramichvili, entre autres, d&#233;clarait respectueusement : &#171; J'ai propos&#233; aux militants de cette union (de seigneurs terriens) de me pr&#233;senter un projet d'am&#233;lioration de la situation des ci-devant nobles, ce que l'on est en train de faire. &#187; Qui joue ici le meilleur r&#244;le : l'organisateur des forces productrices, von Kress, ou le d&#233;mocrate Ramichvili ? Il serait difficile de le dire. Nous avons d&#233;j&#224; dit que les officiers anglais s'immis&#231;aient dans la vie int&#233;rieure de la G&#233;orgie avec une insolence encore plus grande que les officiers allemands. Toutefois, abstraction faite de la brutalit&#233; et de l'exc&#232;s de franchise propres aux militaires, l'on voit que l'immixtion aussi bien des Allemands que des Anglais suivait la m&#234;me ligne de conservatisme politique et social que suivaient les mencheviks depuis le d&#233;but de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale le&#231;on tir&#233;e par Ts&#233;r&#233;telli de l'exp&#233;rience de la r&#233;volution russe &#233;tait que &#171; la timidit&#233; et le manque de fermet&#233; dont avait fait preuve la d&#233;mocratie dans sa lutte contre l'anarchie &#187; avaient perdu la d&#233;mocratie, la r&#233;volution et le pays ; et, en sa qualit&#233; de principal inspirateur de la politique du Gouvernement, il exigeait que le Se&#239;m transcaucasien &#171; impos&#226;t au Gouvernement le devoir de lutter par les mesures les plus rigoureuses contre toute manifestation anarchique&#8230; &#187; (18 mars 1918). Auparavant d&#233;j&#224;, le 15 f&#233;vrier, Jordania d&#233;clarait, &#224; une s&#233;ance du Se&#239;m : &#171; Dans notre paye, l'anarchie fait chaque jour des progr&#232;s&#8230; Parmi la classe ouvri&#232;re, l'&#233;tat d'esprit est favorable au bolchevisme ; les ouvriers mencheviks eux-m&#234;mes sont contamin&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;giments nationaux g&#233;orgiens sont imbus du m&#234;me esprit. Les soldats d&#233;mobilis&#233;s apportent le virus r&#233;volutionnaire dans les villages. &#171; Ce qui se passe actuellement dans nos villages &#8212; dit Jordania &#8212; n'est pas nouveau. Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me dans toutes (!) les r&#233;volutions, partout (!) les masses &#233;taient hostiles &#224; la d&#233;mocratie. Il est temps que nous mettions fin au r&#232;gne des illusions du parti social-d&#233;mocrate sur la paysannerie. Il est temps de revenir &#224; Marx et de monter fermement la garde pour la d&#233;fense de la r&#233;volution et contre la r&#233;action paysanne. &#187; Cette r&#233;f&#233;rence &#224; Marx t&#233;moigne d'une niaiserie doubl&#233;e de charlatanisme. Pendant la p&#233;riode menchevique dont nous parlons, les paysans transcaucasiens s'insurgeaient, non pas contre la r&#233;volution d&#233;mocratique, mais bien contre sa lenteur, contre son ind&#233;cision et contre sa pusillanimit&#233;, surtout dans la question agraire. Ce n'est qu'apr&#232;s la victoire effective de la r&#233;volution agraire-d&#233;mocratique que le terrain est d&#233;blay&#233; pour les actions contre-r&#233;volutionnaires des paysans soulev&#233;s contre les exigences mat&#233;rielles de la ville, contre les tendances socialistes de la politique &#233;conomique et, finalement, contre la dictature du parti de la classe ouvri&#232;re. Si, dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, la force motrice des insurrections agraires est fournie par les couches inf&#233;rieures de la population des campagnes, par les &#233;l&#233;ments les plus opprim&#233;s et les plus pauvres, dans la deuxi&#232;me p&#233;riode, par contre, le r&#244;le directeur, dans les soul&#232;vements paysans, passe &#224; la couche sup&#233;rieure de la population des campagnes, aux &#233;l&#233;ments les plus riches, aux gros bonnets. Mais il est superflu de d&#233;montrer que les mencheviks g&#233;orgiens comprennent aussi peu l'A B C r&#233;volutionnaire du marxisme que leurs confr&#232;res non g&#233;orgiens. Il nous suffit d'enregistrer l'aveu suivant lequel les masses paysannes, qui forment l'immense majorit&#233; de la population, agissaient en bolcheviks contre la &#171; d&#233;mocratie &#187; des mencheviks. Fid&#232;le au programme fix&#233; par le Se&#239;m, le Gouvernement g&#233;orgien, appuy&#233; sur la d&#233;mocratie petite bourgeoise des villes et sur les couches sup&#233;rieures de la classe ouvri&#232;re, tr&#232;s peu nombreuse d'ailleurs, menait une lutte sans merci contre les masses ouvri&#232;res contamin&#233;es par le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire de la G&#233;orgie menchevique n'est qu'une longue suite d'insurrections paysannes. Elles &#233;clatent litt&#233;ralement dans tous les coins de ce petit pays et rev&#234;tent souvent un caract&#232;re d'acharnement extr&#234;me. Dans certains districts, le pouvoir sovi&#233;tique se maintient pendant des mois. On liquide les insurrections par des exp&#233;ditions sp&#233;ciales qui se terminent par des ex&#233;cutions sommaires, ordonn&#233;es par des tribunaux militaires compos&#233;s d'officiers et de hobereaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e de la fa&#231;on dont le Gouvernement g&#233;orgien venait &#224; bout des paysans r&#233;volutionnaires, le mieux est de prendre le rapport des mencheviks abkhasiens sur l'action du d&#233;tachement Mazniev en Abkhasie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par sa cruaut&#233;, par sa barbarie &#8212; dit le rapport pr&#233;sent&#233; au Gouvernement g&#233;orgien &#8212; ce d&#233;tachement a surpass&#233; les atrocit&#233;s du g&#233;n&#233;ral tsariste Alikhanov, de triste m&#233;moire. Ainsi les cosaques de ce d&#233;tachement faisaient irruption dans les paisibles villages abkhasiens, s'emparant de tout ce qui avait quelques valeur et violant les femmes. Une autre fraction de ce d&#233;tachement s'occupait, sous la surveillance directe de M. Toukbar&#233;li, &#224; d&#233;truire, en y f&#234;tant des bombes, les maisons appartenant aux personnes qui avaient &#233;t&#233; l'objet d'une d&#233;nonciation. Des actes de violence analogues ont &#233;t&#233; accomplis dans le district de Goudaout. Le chef du d&#233;tachement g&#233;orgien, le lieutenant Koupounia, ex-inspecteur de police &#224; Poti, fit coucher sous le feu des mitrailleuses les membres de l'Assembl&#233;e du village d'Asti ; puis, marchant sur le dos de ses victimes, il les frappa &#224; coups redoubl&#233;s du plat de son sabre. Ensuite, il ordonna &#224; ces malheureux de s'assembler en un tas, et, poussant son cheval &#224; toute allure, s'enfon&#231;a dans la foule en distribuant &#224; droite et &#224; gauche de grands coups de fouet. Les membres de l'ex-Conse&#239;l du Peuple abkhasien, Tsoukou&#239;a et Aboukhava, qui &#233;taient venus protester contre une telle atrocit&#233;, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et enferm&#233;s dans un hangar&#8230; Le suppl&#233;ant du commissaire du district de Goudaout, le lieutenant Grigoriadi, faisait donner la bastonnade aux membres des assembl&#233;es rurales et nommait &#224; son gr&#233; les commissaires ruraux, qu'ils choisissait parmi les anciens fonctionnaires tsaristes les plus d&#233;test&#233;s du peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas &#233;vident que les rapports entre les mencheviks et les paysans, comme le dit Kautsky, ont toujours &#233;t&#233; &#171; les meilleurs du monde &#187; ?&#8230; L'une des cons&#233;quences de la r&#233;pression abkhasienne fut la sortie de presque tous les mencheviks abkhasiens du sein de la fraction social-d&#233;mocrate (Tarnova, Bazba, Tchoukbar, Kobakhia, Tsvichba, Bartsitse et Dsoukou&#239;a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Oss&#233;tie insurg&#233;e, Djough&#233;li n'agit pas mieux. Comme nous nous assignons la t&#226;che, pour des raisons p&#233;dagogiques, de caract&#233;riser la politique des mencheviks g&#233;orgiens dans la mesure du possible au moyen de leurs propres d&#233;clarations et documents, il nous faut ici, malgr&#233; notre d&#233;go&#251;t, donner quelques citations d'un livre de Valiko Djough&#233;li, l'ex-chef de la Garde Populaire, le menchevik &#171; chevaleresque &#187; dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. Ces citations auront trait aux faits et gestes de Djough&#233;li lui-m&#234;me lors de la r&#233;pression de l'insurrection des paysans oss&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ennemi fuit partout, en d&#233;sordre, presque sans r&#233;sistance. Il faut ch&#226;tier cruellement ces tra&#238;tres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, il fait dans son journal (le livre est &#233;crit sous forme d'un journal) la relation suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la nuit. De toutes parts on voit des feux. Ce sont les maisons des insurg&#233;s qui br&#251;lent. Mais j'y suis d&#233;j&#224; habitu&#233;, et ce spectacle ne me trouble presque pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant nous lisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De tous c&#244;t&#233;s, autour de nous, br&#251;lent les villages oss&#232;tes&#8230; Pour servir les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re en lutte, les int&#233;r&#234;ts du socialisme qui vient, nous SERONS CRUELS. Oui, nous le serons. C'est en toute s&#233;r&#233;nit&#233;, la conscience calme, que je regarde les ruines et, au-dessus, les colonnes de fum&#233;e&#8230; Je suis tout &#224; fait calme&#8230; oui, je suis calme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du jour suivant, Djough&#233;li &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des flammes&#8230; Des maisons br&#251;lent&#8230; Par le fer et par le feu&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, quelques heures plus tard, il &#233;crit encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et les feux flambent, flambent&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du m&#234;me jour, il continue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenant, les flammes sont partout&#8230; Elles flambent, elles flambent&#8230; Flammes sinistres&#8230; Une terrible, cruelle et f&#233;erique beaut&#233;&#8230; Et, jetant un coup d'&#339;il circulaire sur ces flammes &#233;clatantes dans la nuit, un vieux camarade me dit tristement : &#171; Je commence &#224; comprendre N&#233;ron et le grand incendie de Rome. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et les feux flambent, flambent de tous c&#244;t&#233;s&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;pugnant cabotinage fortifie en tout cas notre opinion sur les rapports entre les mencheviks et les paysans g&#233;orgiens : ces rapports n'ont cess&#233; d'&#234;tre &#171; les meilleurs du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;vacuation de l'Adjar (district de Batoum) par les Anglais, en 1920, le Gouvernement g&#233;orgien fut oblig&#233;, pour prendre possession de la r&#233;gion, de recourir &#224; l'artillerie. En un mot, l'histrionisme n&#233;ronien de Djough&#233;li pouvait trouver &#224; s'exercer sur tous les points du territoire g&#233;orgien.[7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'exemple de Jordania, le ministre de l'Int&#233;rieur, Ramichvili ( qui s'occupait, comme nous l'avons vu, d'am&#233;liorer la situation des ci-devant nobles), avait, lui aussi, recours &#224; Marx pour justifier la terreur blanche exerc&#233;e contre les paysans insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il est certain que, malgr&#233; la terreur blanche d&#233;guis&#233;e sous les fleurs de la rh&#233;torique, la dictature menchevique e&#251;t &#233;t&#233; balay&#233;e comme un f&#233;tu de paille sans la pr&#233;sence dans le pays des troupes &#233;trang&#232;res. Si les mencheviks se sont maintenus au pouvoir &#224; cette &#233;poque, ils le doivent, non &#224; l'Allemand Marx, mais &#224; l'Allemand von Kress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est d'une ineptie flagrante, ce sont les affirmations de Kautsky sur la &#171; libert&#233; absolue d'action du parti communiste g&#233;orgien &#187;. Il aurait pu se contenter de dire : une certaine libert&#233;. Mais nous connaissons d&#233;j&#224; la mani&#232;re de Kautsky : s'il parle de neutralit&#233;, ce ne peut &#234;tre que la neutralit&#233; &#171; stricte &#187; ; la libert&#233;, pour lui, est &#171; absolue &#187;, et les rapports ne sont pas simplement de bons rapports, mais &#171; les meilleurs du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe avant tout, c'est que ni Kautsky, ni Vandervelde, ni Mrs. Snowden elle-m&#234;me, ni les diplomates &#233;trangers, ni les journalistes de la presse bourgeoise, ni le Times, fid&#232;le gardien de la libert&#233;, ni l'honn&#234;te Temps, ni, en un mot, aucun de ceux qui ont donn&#233; leur b&#233;n&#233;diction &#224; la G&#233;orgie d&#233;mocratique, n'aient remarqu&#233; dans cette G&#233;orgie&#8230; la Police Sp&#233;ciale. Et cependant elle existait, la Police Sp&#233;ciale, ne vous en d&#233;plaise ; c'&#233;tait la Tch&#233;ka menchevique. Cette Police Sp&#233;ciale s'emparait de tous ceux qui agissaient contre la d&#233;mocratie menchevique, les arr&#234;tait, les fusillait. Cette Police Sp&#233;ciale ne diff&#233;rait en rien, dans ses m&#233;thodes terroristes, de la Tch&#233;ka de la Russie Sovi&#233;tique, en rien, except&#233; dans ses buts. La Tch&#233;ka prot&#233;geait la dictature socialiste contre les agents du Capital, tandis que la Police Sp&#233;ciale prot&#233;geait un r&#233;gime bourgeois contre &#171; l'anarchie &#187; bolchevique. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que les honorables citoyens qui maudissaient la Tch&#233;ka ne remarquaient pas du tout la Police Sp&#233;ciale g&#233;orgienne ! En revanche, les bolcheviks g&#233;orgiens, eux, ne pouvaient pas ne pas la remarquer, puisque c'&#233;tait pour eux surtout qu'elle existait. Est-il n&#233;cessaire de faire ici le martyrologe du communisme g&#233;orgien ? Arrestations, d&#233;portations, extraditions, gr&#232;ves de la faim, ex&#233;cutions capitales&#8230; Est-ce bien n&#233;cessaire ? Ne suffit-il pas de rappeler le rapport respectueusement pr&#233;sent&#233; par Gu&#233;guetchkori &#224; D&#233;nikine : &#171; En ce qui concerne l'attitude envers les bolcheviks, je puis d&#233;clarer que, chez nous, la lutte contre le bolchevisme est IMPITOYABLE. Nous employons tous les moyens pour R&#201;PRIMER le bolchevisme&#8230; et de cela nous avons d&#233;j&#224; donn&#233; nombre de preuves &#233;loquentes. &#187; Cette citation m&#233;riterait d'&#234;tre inscrite sur le bonnet de nuit de Kautsky, si d&#233;j&#224; il n'&#233;tait en tous sens couvert d'inscriptions peu flatteuses. L&#224; o&#249; Gu&#233;guetchkori dit : nous les r&#233;primons par tous les moyens, nous les &#233;tranglons impitoyablement, Kautsky explique : libert&#233; absolue. Ne serait-il pas temps Je soumettre Kautsky lui-m&#234;me &#224; une bonne petite tutelle v&#233;ritablement d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 8 f&#233;vrier 1918, tous les journaux bolcheviks &#233;taient interdits en G&#233;orgie. A cette &#233;poque, la presse menchevique continuait &#224; para&#238;tre l&#233;galement en Russie sovi&#233;tique. Le 10 f&#233;vrier eut lieu la fusillade dirig&#233;e contre un meeting pacifique qui se tenait dans le jardin Alexandrovsky, &#224; Tiflis, le jour de l'inauguration du Se&#239;m transcaucasien. Le 15 f&#233;vrier, &#224; une s&#233;ance du Se&#239;m, Jordania s'&#233;levait contre l'esprit bolchevique qui r&#233;gnait parmi les masses populaires et m&#234;me parmi les ouvriers mencheviks. Enfin, Ts&#233;r&#233;telli, qui, avec K&#233;rensky, accusait notre parti de crime de haute trahison, d&#233;plorait au Se&#239;m, en mars, la &#171; timidit&#233; &#187; et les &#171; h&#233;sitations &#187; du gouvernement de K&#233;rensky dans sa lutte contre les bolcheviks. Comme en Finlande, dans les pays baltiques, et en Ukraine, les troupes allemandes furent appel&#233;es en G&#233;orgie pour lutter contre les bolcheviks. Au repr&#233;sentant am&#233;ricain qui lui avait pos&#233; une question sur les bolcheviks, Topouridz&#233;, le repr&#233;sentant diplomatique de la G&#233;orgie, r&#233;pondit : &#171; Nous en sommes venus &#224; bout, nous les avons &#233;cras&#233;s. Ce qui le prouve, c'est que de tous les pays qui composaient l'ancienne Russie, la G&#233;orgie est le seul o&#249; le bolchevisme n'existe pas. &#187; Topouridz&#233; n'est pas moins cat&#233;gorique en ce qui concerne l'avenir : &#171; Notre R&#233;publique contribuera de toutes ses forces et par tous les moyens &#224; aider les puissances de l'Entente dans leur lutte contre les bolcheviks. &#187; Le chef des troupes britanniques de la Transcaucasie occidentale, le g&#233;n&#233;ral Forestier Walker, expliqua &#224; Jordania, le 4 janvier 1919, oralement et par &#233;crit, que l'ennemi de l'Entente au Caucase &#233;tait &#171; le bolchevisme, que les grandes puissances avaient d&#233;cid&#233; d'extirper toujours et partout o&#249; U appara&#238;trait &#187;. A propos de l'instruction re&#231;ue de Walker, Jordania d&#233;clara deux semaines apr&#232;s au g&#233;n&#233;ral anglais Milne : &#171; Le g&#233;n&#233;ral Walker&#8230; a &#233;t&#233; le premier &#224; comprendre la situation r&#233;elle de notre pays. &#187; Le g&#233;n&#233;ral Milne lui-m&#234;me r&#233;suma de la fa&#231;on suivante le pacte conclu entre lui et Jordania : &#171; Nos ennemis communs sont les Allemands et les bolcheviks. &#187; Tout cela, dans son ensemble, cr&#233;ait &#233;videmment les conditions les plus favorables pour la &#171; libert&#233; d'action absolue &#187; des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 f&#233;vrier 1919, Walker donne l'ordre suivant (N&#174; 99/6) au Gouvernement g&#233;orgien : &#171; Tous les bolcheviks qui entreront en G&#233;orgie doivent &#234;tre incarc&#233;r&#233;s dans le Mtskh&#232;te (prison de Tiflis) et gard&#233;s &#224; vue. &#187; Il s'agit ici des bolcheviks qui fuyaient D&#233;nikine. Mais, d&#232;s le 26 f&#233;vrier, Walker &#233;crit (N&#174; 99/9) : &#171; A la suite de la conversation que j'ai eue avec Son Excellence M. Jordania, le 20 de ce mois, j'en suis arriv&#233; &#224; la conclusion qu'il fallait &#224; tout prix emp&#234;cher &#224; l'avenir l'entr&#233;e des bolcheviks en G&#233;orgie par la voie des chemins de fer g&#233;orgiens. &#187; Les r&#233;fugi&#233;s bolcheviks que l'on enfermait dans le Mtskh&#232;te avaient au moins la vie sauve pour un certain temps. Walker &#171; en arrive &#224; la conclusion &#187; que le mieux &#233;tait de leur barrer la seule voie de salut et de les rejeter ainsi dans les mains des bourreaux de D&#233;nikine. Si, entre ses campagnes contre les cruaut&#233;s du Gouvernement sovi&#233;tique et ses exercices religieux, Arthur Henderson arrivait &#224; trouver un moment de loisir, il devrait bien s'entretenir &#224; ce sujet avec Forestier Walker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs Excellences ne se born&#232;rent pas &#224; des pourparlers et &#224; des &#233;changes de missives. D&#232;s le 8 avril, 42 personnes, parmi lesquelles les commissaires sovi&#233;tiques de la R&#233;publique de T&#233;rek, leurs femmes et leurs enfants, des soldats de l'Arm&#233;e Rouge et d'autres r&#233;fugi&#233;s, &#233;taient arr&#234;t&#233;s par un poste g&#233;orgien pr&#232;s de la forteresse de Darial et, apr&#232;s des insultes, des violences et des voies de fait, &#233;taient, par ordre du colonel Ts&#233;r&#233;telli, chass&#233;s sur le territoire de D&#233;nikine. Jordania essaya d'expliquer cet innocent &#233;pisode en en rejetant la responsabilit&#233; exclusivement sur le colonel Ts&#233;r&#233;telli ; mais ce dernier ne faisait que remplir la convention secr&#232;te conclue entre Jordania et Walker. Il est vrai que le document N&#176; 99/9 ne pr&#233;voit pas les coups de crosse et de b&#226;ton &#224; la poitrine et &#224; la t&#234;te. Mais, comment faire autrement pour chasser des gens ext&#233;nu&#233;s, affol&#233;s de terreur, qui cherchent &#224; se sauver d'une mort certaine ? Le colonel Ts&#233;r&#233;telli, comme on le voit, s'&#233;tait on ne peut mieux assimil&#233; les pr&#233;ceptes de son illustre homonyme, d'apr&#232;s lequel &#171; la timidit&#233; et les h&#233;sitations de la d&#233;mocratie &#187; dans sa lutte contre le bolchevisme pouvaient causer la perte de &#034;&#201;tat et de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, la R&#233;publique g&#233;orgienne fut d&#232;s le d&#233;but bas&#233;e sur la lutte contre le communisme. Les leaders du parti et les membres du gouvernement se donnaient pour but dans leur programme &#171; la r&#233;pression impitoyable &#187; dirig&#233;e contre les bolcheviks. C'est &#224; ce but qu'&#233;taient adapt&#233;s les organes les plus importants de l'&#201;tat : la Police Sp&#233;ciale, la Garde Populaire et la Milice. Les officiers allemands et, plus tard, les officiers anglais, qui &#233;taient les v&#233;ritables ma&#238;tres de la G&#233;orgie &#224; cette &#233;poque, approuvaient enti&#232;rement sous ce rapport le programme social-d&#233;mocrate. Les journaux communistes &#233;taient interdits, les assembl&#233;es dispers&#233;es &#224; coups de fusil, les villages occup&#233;s par les bolcheviks, incendi&#233;s. La Police Sp&#233;ciale passait les chefs bolcheviks par les armes, la prison de Mtskh&#232;te regorgeait de communistes, les r&#233;fugi&#233;s bolcheviks &#233;taient remis entre les mains de D&#233;nikine. Dans le courant du seul mois d'octobre 1919, d'apr&#232;s la d&#233;claration du ministre de l'Int&#233;rieur, plus de trente communistes furent fusill&#233;s en G&#233;orgie. A part cela, comme l'affirme l'optimisme b&#233;at de Kautsky, le Parti communiste jouissait en G&#233;orgie d'une &#171; libert&#233; d'action absolue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, pr&#233;cis&#233;ment, au moment o&#249; Kautsky se trouvait &#224; Tiflis, les communistes g&#233;orgiens poss&#233;daient leurs &#233;ditions l&#233;gales et jouissaient d'une certaine libert&#233;, mais d'une libert&#233; qui &#233;tait loin d'&#234;tre &#171; absolue &#187;&#8230; Mais il faut se h&#226;ter d'ajouter que ce r&#233;gime provisoire avait &#233;t&#233; institu&#233; apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle de D&#233;nikine, sous la pression de l'ultimatum sovi&#233;tique dont l'aboutissement fut le trait&#233; de paix conclu le 3 mai 1920 entre la Russie des Soviets et la G&#233;orgie. Entre le mois de f&#233;vrier 1918 et le mois de juin 1920, le Parti Communiste g&#233;orgien n'avait cess&#233; d'&#234;tre r&#233;duit &#224; l'action clandestine&#8230; Les Soviets sont donc intervenus en 1920 dans les affaires int&#233;rieures d'une &#171; d&#233;mocratie &#187; et, qui plus est, d'une d&#233;mocratie &#171; neutre &#187; !&#8230; H&#233;las ! H&#233;las ! il est impossible de le nier. Le g&#233;n&#233;ral von Kress exigeait pour les nobles g&#233;orgiens la libert&#233; d'action contre-r&#233;volutionnaire. Le g&#233;n&#233;ral Walker exigeait que les communistes fussent jet&#233;s dans le Mtskh&#232;te et renvoy&#233;s &#224; coups de crosse &#224; D&#233;nikine. Et nous, apr&#232;s avoir mis en d&#233;route D&#233;nikine et l'avoir poursuivi jusqu'aux fronti&#232;res de la G&#233;orgie, nous exige&#226;mes pour les communistes la libert&#233; d'action dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas pour but une insurrection arm&#233;e. Le monde est loin d'&#234;tre parfait, M. Henderson ! Le gouvernement menchevique se vit oblig&#233; de faire droit &#224; notre demande et de lib&#233;rer d'un seul coup (d'apr&#232;s les donn&#233;es officielles), pr&#232;s de 900 bolcheviks.[8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit il n'y avait pas tant que cela de bolcheviks emprisonn&#233;s. Mais il faut tenir compte du chiffre de la population. Si, pour &#234;tre &#233;quitables (car nos c&#339;urs non plus ne sont pas insensibles &#224; l'&#233;quit&#233;, &#244; Mrs. Snowden ! ) nous prenons comme base du calcul la G&#233;orgie, o&#249; il y avait 900 d&#233;tenus pour 2 millions et demi d'habitants, il r&#233;sulte que nous avons le droit d'incarc&#233;rer dans les prisons des r&#233;publiques sovi&#233;tiques pr&#232;s de 45.000 mencheviks. Or, aux p&#233;riodes les plus p&#233;nibles et les plus aigu&#235;s de la r&#233;volution &#8212; dont les mencheviks profitaient toujours pour intensifier leur propagande hostile &#8212; nous ne sommes jamais arriv&#233;s m&#234;me au dixi&#232;me de ce chiffre imposant. Et, comme sur le territoire sovi&#233;tique on serait bien en peine de rassembler 45.000 mencheviks, nous pouvons nous porter garants de ce que jamais nous n'atteindrons la norme de r&#233;pression institu&#233;e par la d&#233;mocratie Jordania-Ts&#233;r&#233;telli et approuv&#233;e par les lumi&#232;res de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au mois de mai, sous le r&#233;gime de la guerre civile, nous oblige&#226;mes le gouvernement g&#233;orgien &#224; &#171; l&#233;galiser &#187; le parti communiste. Ceux qui avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, naturellement, ne ressuscit&#232;rent pas, mais ceux qui &#233;taient en prison furent rel&#226;ch&#233;s. Si donc la d&#233;mocratie rev&#234;tit des formes tant soit peu d&#233;mocratiques, ce ne fut, comme nous le voyons, que sous le poing de la dictature prol&#233;tarienne. Le poing r&#233;volutionnaire, instrument de d&#233;mocratisme, quel excellent th&#232;me pour votre prochain pr&#234;che dominical, M. Henderson ! &#8212; Est-ce &#224; dire qu'&#224; partir du milieu de l'ann&#233;e 1920, la politique g&#233;orgienne se modifia et tendit &#224; un rapprochement avec les bolcheviks ? Pas le moins du monde. Le gouvernement menchevik traversa, au printemps 1920, une p&#233;riode aigu&#235; d'&#233;pouvante et capitula. Mais lorsqu'il se fut convaincu, non sans stup&#233;faction, que le poing au-dessus de lui ne s'abattait pas, il se dit qu'il s'&#233;tait exag&#233;r&#233; le danger et commen&#231;a &#224; faire machine en arri&#232;re sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;pressions contre les communistes reprirent. Dans une s&#233;rie de notes d'une monotonie fatigante, notre repr&#233;sentant diplomatique ne cessa de protester contre l'interdiction des journaux, contre les arrestations, la mainmise sur les biens du parti, etc. Mais ces protestations ne produisaient plus d'effet : le gouvernement g&#233;orgien avait pris le mors au dents ; il collaborait avec Wrangel, comptait sur la Pologne, et, ce faisant, h&#226;tait le d&#233;nouement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : En quoi exactement la &#171; d&#233;mocratie &#187; menchevique diff&#233;rait-elle de la dictature bolchevique ? En premier lieu, en ce que le r&#233;gime terroriste menchevique, qui &#233;tait un pastiche des m&#233;thodes employ&#233;es par les bolcheviks, avait pour but de prot&#233;ger les piliers de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'alliance avec l'imp&#233;rialisme. La dictature sovi&#233;tique, elle, &#233;tait et est encore une lutte organis&#233;e pour la reconstruction socialiste de la soci&#233;t&#233; en union avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. En second lieu, en ce que la dictature sovi&#233;tique des bolcheviks puise sa justification dans sa mission historique et dans les conditions de sa r&#233;alisation et agit ouvertement. Le r&#233;gime menchevique, lui, avec son terrorisme et sa d&#233;mocratie, est le b&#226;tard impuissant de la poltronnerie et du mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Nous n'&#233;num&#233;rerons pas ici les insurrections paysannes en G&#233;orgie. L'article du camarade Mikha Tskhaka&#239;a paru dans le N&#176; 18 de l'Internationale Communiste donne un tableau succinct du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cf. la note du ministre des Affaires Etrang&#232;res g&#233;orgien en date du 30 juin 1920 (N&#176; 5171)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. La p&#233;riode de circonspection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite militaire des empires centraux et la r&#233;volution allemande avaient introduit des changements profonds dans la situation mondiale. Les politiciens de Tiflis cherch&#232;rent une nouvelle orientation. Ils s'arr&#234;t&#232;rent &#224; la plus simple, qui &#233;tait de ramper devant l'Entente. Mais l'avenir ne laissait pas de leur inspirer des inqui&#233;tudes. Alli&#233;e et vassale de l'Allemagne, la G&#233;orgie avait obtenu pour un temps de s&#233;rieuses garanties d'immunit&#233;, car, par la paix de Brest-Litovsk, l'Allemagne tenait encha&#238;n&#233;e la Russie sovi&#233;tique, dont l'&#233;croulement, d'ailleurs, semblait in&#233;vitable. La soumission sans r&#233;serve &#224; l'Angleterre ne r&#233;solvait pas la question ; en effet, la Russie sovi&#233;tique &#233;tait en guerre avec l'Angleterre et, quelle que f&#251;t l'issue de cette guerre, la G&#233;orgie pouvait fort bien, &#224; un tournant de la lutte, se trouver coinc&#233;e entre les deux adversaires et oblig&#233;e de faire la culbute. La victoire de l'Entente &#233;tait en m&#234;me temps celle de D&#233;nikine et, par suite, entra&#238;nait la liquidation de la domination menchevique. Or, en 1919, les progr&#232;s de D&#233;nikine &#233;taient consid&#233;rables. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique &#233;tait &#233;galement grosse de dangers, mais, en 1919, les troupes sovi&#233;tiques &#233;taient repouss&#233;es du Caucase. Dans leurs rapports avec la contre-r&#233;volution, les politiciens de Tiflis devinrent plus prudents, ils adopt&#232;rent une politique d'expectative et de faux-fuyants, mais ils n'en furent pour cela ni plus perspicaces ni plus honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du mouvement ouvrier en Europe n'&#233;tait pas non plus sans causer des inqui&#233;tudes aux mencheviks. L'ann&#233;e 1919 fut marqu&#233;e par une furieuse pouss&#233;e r&#233;volutionnaire. Les tr&#244;nes des Hohenzollern et des Habsbourg s'&#233;taient effondr&#233;s. Incomparablement plus formidable, le tr&#244;ne de la bourgeoisie n'en chancelait pas moins sur ses bases. Les partis de la IIe Internationale se l&#233;zardaient. Sans cesser toutefois de d&#233;noncer les communistes et de leur faire la le&#231;on, les mencheviks russes se mirent &#224; parler de la r&#233;volution socialiste, renonc&#232;rent temporairement, sous un pr&#233;texte d&#233;cent, au mot d'ordre de l'Assembl&#233;e Constituante et condamn&#232;rent leurs &#233;mules g&#233;orgiens pour leur liaison politique avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain. C'&#233;taient l&#224; des sympt&#244;mes alarmants qui r&#233;clamaient &#233;galement un redoublement de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'ann&#233;e 1919 &#8212; les premiers mois except&#233;s &#8212; les mencheviks g&#233;orgiens ne se h&#226;tent point de venir en aide &#224; D&#233;nikine &#8212; qui, &#224; cette &#233;poque, d'ailleurs, avait beaucoup moins besoin d'eux qu'auparavant &#8212; et ne font pas parade de leur assistance aux Blancs. Au contraire, ils lui donnent intentionnellement un caract&#232;re de contrainte, comme s'ils ne l'accordaient que sous la cravache des officiers anglais. Mais leur collaboration avec l'Entente n'est pas un compromis pass&#233; avec l'ennemi et impos&#233; par la force des choses : elle conserve un caract&#232;re de liaison, de d&#233;pendance id&#233;ologique et politique &#233;troite. Ils traduisent dans la langue du menchevisme g&#233;orgien la vague phras&#233;ologie socialiste des &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; et les fades banalit&#233;s wilsoniennes ; ils s'inclinent devant l'id&#233;e de la Soci&#233;t&#233; des Nations. Plus circonspects en pratique, ils ne deviennent pas pour cela plus honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mrs. Snowden doit &#234;tre curieuse de savoir ce que nous entendons par &#171; honn&#234;tet&#233; &#187;, nous qui ne reconnaissons ni Dieu ni ses commandements. Non sans ironie, si tant est que l'ironie soit compatible avec la pi&#233;t&#233;, M. Henderson, lui aussi, nous posera probablement cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avouons humblement, nous ne reconnaissons pas la morale absolue de la pr&#234;traille, des &#233;glises, des universit&#233;s, du Vatican, de la Croix ou du P&#232;lerin. L'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant, l'id&#233;e philosophique abstraite d'un Christ immat&#233;riel, d&#233;gag&#233; de tous les attributs que lui ont conf&#233;r&#233;s l'art et le mythe religieux, nous sont aussi &#233;trangers que la morale &#233;ternelle d&#233;couverte sur le Sina&#239; par ce parangon d'astuce et de cruaut&#233; qu'&#233;tait le vieux Mo&#239;se. La morale est fonction de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me ; elle est l'expression abstraite des int&#233;r&#234;ts des classes de la soci&#233;t&#233;, surtout des classes dominantes. La morale officielle est la corde avec laquelle on tient en laisse les opprim&#233;s. Au cours de la lutte, la classe ouvri&#232;re &#233;labore sa morale r&#233;volutionnaire qui d&#233;bute par le renversement de Dieu et des normes absolues. Par honn&#234;tet&#233;, nous entendons, nous, la conformit&#233; de la parole et de l'action devant la classe ouvri&#232;re en vue du but supr&#234;me du mouvement et de la lutte : l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; par la r&#233;volution sociale. Nous ne disons point, par exemple, qu'il ne faut pas employer la ruse, que l'on ne doit pas tromper, qu'il faut aimer ses ennemis, etc. Une morale aussi &#233;lev&#233;e n'est &#233;videmment accessible qu'aux hommes d'&#201;tat profond&#233;ment croyants, tels lord Curzon, lord Northcliffe ou M. Henderson. Nous ha&#239;ssons nos ennemis ou les m&#233;prisons, selon qu'ils le m&#233;ritent ; nous les battons ou les dupons, suivant les circonstances, et si m&#234;me nous concluons un accord avec eux, il ne s'ensuit pas que, dans un &#233;lan d'amour magnanime, nous soyons pr&#234;ts &#224; tout leur pardonner. Mais nous estimons que l'on ne doit pas mentir &#224; la masse et la tromper sur les buts et les m&#233;thodes de sa lutte. La r&#233;volution sociale est bas&#233;e tout enti&#232;re sur le d&#233;veloppement de la conscience du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, sur sa foi dans ses propres forces et dans le parti qui le dirige. A la t&#234;te de la masse et avec la masse, notre parti a commis des fautes. Ces fautes, nous les avons reconnues ouvertement devant la masse et, avec elle, nous avons donn&#233; le coup de barre n&#233;cessaire. Ce que les tartufes de la l&#233;galit&#233; appellent notre d&#233;magogie n'est que la v&#233;rit&#233; proclam&#233;e trop ouvertement, trop brutalement et d'une fa&#231;on trop inqui&#233;tante pour eux. Voil&#224;, Mrs. Snowden, ce que nous entendons par honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la politique du menchevisme g&#233;orgien n'&#233;tait que stratag&#232;mes, ruses mesquines, friponneries destin&#233;es non seulement &#224; tromper l'ennemi, mais &#224; endormir la vigilance des masses. Parmi les paysans et m&#234;me parmi les ouvriers mencheviks, les tendances bolchevistes dominaient. On les r&#233;primait par la force. En m&#234;me temps, l'on pervertissait la masse en lui repr&#233;sentant ses ennemis comme ses amis. L'on faisait passer von Kress pour l'ami du peuple g&#233;orgien. Le g&#233;n&#233;ral Walker &#233;tait repr&#233;sent&#233; comme le rempart de la d&#233;mocratie. Les tractations avec les gardes-blancs russes s'effectuaient tant&#244;t ouvertement pour complaire &#224; l'Entente, tant&#244;t secr&#232;tement pour ne pas provoquer l'indignation de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1919 fut pour les mencheviks g&#233;orgiens une ann&#233;e de circonspection et de dissimulation relatives. Mais leur politique n'y gagna rien en honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. La G&#233;orgie et Wrangel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les derniers mois de Tann&#233;e 1919, la situation militaire de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique change radicalement : Youd&#233;nitch est &#233;cras&#233;, D&#233;nikine est tout d'abord rejet&#233; vers le sud, puis compl&#232;tement d&#233;fait. Vers la fin de Tann&#233;e, les troupes de D&#233;nikine ne se composent plus que de quelques groupements compl&#232;tement d&#233;moralis&#233;s. Un refroidissement semble se produire entre l'Entente et les Blancs. La fraction extr&#233;miste des interventionnistes anglo-fran&#231;ais concentre son attention sur les &#201;tats des confins de la Russie. Dans la campagne projet&#233;e contre cette derni&#232;re, c'est la Pologne qui doit jouer le premier r&#244;le. Ce nouveau plan permet &#224; la diplomatie anglo-fran&#231;aise d'ignorer les pr&#233;tentions imp&#233;rialistes des gardes-blancs russes et lui laisse les coud&#233;es franches pour la reconnaissance de l'ind&#233;pendance de la G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances que le Gouvernement sovi&#233;tique propose &#224; la G&#233;orgie une alliance contre D&#233;nikine. Cette proposition a un double but : premi&#232;rement, faire comprendre au Gouvernement g&#233;orgien que, s'il change son orientation politique, il pourra, dans le domaine militaire, au lieu de recourir &#224; von Kress et au g&#233;n&#233;ral Walker, obtenir l'appui des forces de Boudienny ; deuxi&#232;mement, acc&#233;l&#233;rer, avec le concours de la G&#233;orgie, la liquidation des d&#233;bris des troupes de D&#233;nikine et les emp&#234;cher de former un nouveau front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette proposition, le Gouvernement g&#233;orgien r&#233;pond par un refus cat&#233;gorique. Apr&#232;s tout ce que nous avons appris sur les rapports de la G&#233;orgie avec les Allemands, les Turcs, avec D&#233;nikine et les Anglais, il serait superflu de suivre Kautsky dans ses d&#233;monstrations et de l'&#233;couter nous expliquer le refus de la G&#233;orgie par un souci de&#8230; neutralit&#233;. D'autant plus que Jordania lui-m&#234;me, qui venait alors d'obtenir, au prix d'efforts inou&#239;s, la reconnaissance de la G&#233;orgie par l'Entente, nous r&#233;v&#232;le assez franchement les mobiles de la politique menchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 janvier, il d&#233;clarait &#224; l'Assembl&#233;e Constituante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous savez que la Russie sovi&#233;tique nous a propos&#233; une alliance militaire. Nous l'avons refus&#233;e cat&#233;goriquement (!!). Vous avez certainement eu connaissance de notre r&#233;ponse. Que signifierait une telle alliance ? Elle signifierait que nous devons rompre tout lieu avec l'Europe&#8230; Ici, les voies de la G&#233;orgie et de la Russie se s&#233;parent. Notre voie m&#232;ne &#224; l'Europe ; celle de la Russie, &#224; l'Asie. Nos ennemis, je le sais, diront que nous sommes du c&#244;t&#233; des imp&#233;rialistes. C'est pourquoi je me dois de le d&#233;clarer r&#233;solument : je pr&#233;f&#232;re les imp&#233;rialistes de l'Occident aux fanatiques de l'Orient ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bouche du chef du gouvernement, ces paroles ne sauraient en tout cas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme &#233;quivoques. Jordania &#233;tait en quelque sorte heureux de l'occasion qui s'offrait &#224; lui non pas seulement de d&#233;clarer, mais de crier &#224; la face du monde entier que, dans la nouvelle campagne militaire que les &#171; imp&#233;rialistes de l'Occident &#187; pr&#233;paraient contre les &#171; fanatiques de l'Orient &#187;, la G&#233;orgie serait sans r&#233;serve aux c&#244;t&#233;s des Pilsudski, des Take Ionescu, des Millerand et consorts. L'on ne saurait contester &#224; Jordania le droit de &#171; pr&#233;f&#233;rer &#187; l'Europe imp&#233;rialiste qui attaque, &#224; la Russie sovi&#233;tique qui se d&#233;fend. Mais alors il ne faut pas non plus nous contester &#224; nous, les &#171; fanatiques de l'Orient &#187;, le droit de casser les reins quand il le faudra au petit-bourgeois qui s'est fait le laquais de l'Entente. Car, nous aussi, nous pouvons &#171; d&#233;clarer r&#233;solument &#187; que nous pr&#233;f&#233;rons un ennemi auquel nous avons cass&#233; les reins &#224; un ennemi capable encore de mordre et de nous faire du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie &#8212; la moins d&#233;sorganis&#233;e &#8212; des d&#233;bris de l'arm&#233;e de D&#233;nikine s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e en Crim&#233;e. Mais qu'est-ce que la Crim&#233;e ? Ce n'est pas une place d'armes, c'est une sourici&#232;re. En 1919, nous avons abandonn&#233; nous-m&#234;me cette bouteille, D&#233;nikine ayant menac&#233;, de l'Ukraine, d'enfoncer un bouchon dans son goulot &#233;troit. N&#233;anmoins, Wrangel se retrancha en Crim&#233;e o&#249; il reconstitua une nouvelle arm&#233;e et forma un nouveau gouvernement. S'il y est parvenu, c'est uniquement parce que la flotte anglo-fran&#231;aise &#233;largissait la place d'armes de Crim&#233;e. La mer Noire &#233;tait tout enti&#232;re &#224; la disposition de Wrangel. Mais, par eux-m&#234;mes, les navires de guerre de l'Entente ne suffisaient point &#224; assurer le succ&#232;s de Wrangel. Ils lui fournissaient l'&#233;quipement militaire, les armes et, en partie, les vivres. Mais ce qu'il fallait avant tout &#224; Wrangel, c'&#233;tait les hommes. D'o&#249; les recevait-il ? En majeure partie, en quantit&#233; d&#233;cisive, de la G&#233;orgie. M&#234;me si la G&#233;orgie menchevique n'avait pas eu d'autre p&#233;ch&#233; &#224; son actif, celui-l&#224; seul aurait suffi pour d&#233;cider de son sort. L'on ne saurait all&#233;guer la pression de l'Entente, car la G&#233;orgie, loin de r&#233;sister &#224; cette derni&#232;re, faisait d'elle-m&#234;me des avances. Mais, politiquement, la question est plus simple, plus claire : si l'&#171; ind&#233;pendance &#187; de la G&#233;orgie comporte pour ce pays l'obligation, &#224; la premi&#232;re demande des Turcs, des Allemands, des Anglais, des Fran&#231;ais, de mettre le feu &#224; la maison de la Russie sovi&#233;tique, ce n'est pas &#224; nous, en tout cas, de nous r&#233;signer &#224; une telle ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas entr&#233; plus de quinze &#224; vingt mille soldats en Crim&#233;e avec Wrangel. La mobilisation de la population locale ne donnait pas de r&#233;sultats appr&#233;ciables : les hommes mobilis&#233;s ne voulaient pas se battre, beaucoup d'entre eux fuyaient dans les montagnes, o&#249; ils formaient des d&#233;tachements &#171; verts &#187;. N'ayant qu'une place d'armes et des ressources limit&#233;es, Wrangel avait besoin de mat&#233;riel humain de premier ordre : officiers blancs, volontaires, riches cosaques, ennemis irr&#233;ductibles du pouvoir sovi&#233;tique, ayant d&#233;j&#224; pass&#233; par l'&#233;cole de la guerre civile sous le commandement de Koltchak, de D&#233;nikine ou de Youd&#233;nitch. Ces &#233;l&#233;ments d'&#233;lite, les navires de l'Entente les amenaient de partout. Mais c'est de la G&#233;orgie surtout qu'ils arriv&#232;rent en grand nombre. Sous les coups incessants de notre cavalerie, l'aile droite de l'arm&#233;e en d&#233;route de D&#233;nikine avait recul&#233; jusqu'au Caucase et &#233;tait venue chercher son salut sur le territoire de la r&#233;publique menchevique. L'affaire, bien entendu, n'alla pas sans l'accomplissement de quelques-unes des formalit&#233;s de ce que l'on est convenu d'appeler le droit international. En qualit&#233; de pays &#171; neutre &#187;, la G&#233;orgie accueillit les troupes blanches qui s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;es sur son territoire et, naturellement, les enferma dans des &#171; camps de concentration &#187;. Mais, en qualit&#233; de pays auquel les imp&#233;rialistes de l'Occident &#233;taient plus chers que les fanatiques de l'Orient, elle organisa les camps de fa&#231;on &#224; permettre aux blancs de gagner la Crim&#233;e sans perdre de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un accord pr&#233;alable avec les agents de l'Entente &#8212; nous en avons la preuve documentaire &#8212; le gouvernement menchevique eut soin de s&#233;parer de leurs compagnons les soldats de D&#233;nikine qui &#233;taient en bonne sant&#233; et capables de porter les armes, et les concentra intentionnellement &#224; Poti, au bord de la mer. L&#224;, ils furent recueillis par les navires de l'Entente. Mais, pour sauver les apparences de la neutralit&#233;, Jordania, nouveau Ponce-Pilate, fit d&#233;livrer &#224; ses agents par les capitaines des bateaux anglais et fran&#231;ais des re&#231;us attestant que les r&#233;fugi&#233;s seraient emmen&#233;s &#224; Constantinople Si, n&#233;anmoins, en cours de route, ils furent d&#233;pos&#233;s &#224; S&#233;bastopol, la faute en est exclusivement &#224; la perfidie des capitaines. Et ainsi jusqu'&#224; 10.000 hommes de troupes d'&#233;lite de l'arm&#233;e de D&#233;nikine furent transport&#233;s de Poti en Crim&#233;e. Parmi les documents trouv&#233;s en G&#233;orgie, nous avons en notre possession un proc&#232;s-verbal instructif de la commission gouvernementale pour les r&#233;fugi&#233;s de guerre. Le commandant du camp de concentration, le g&#233;n&#233;ral Ardjavanidz&#233;, ayant envoy&#233; le rapport suivant : &#171; En ce moment, par suite du d&#233;part de Poti de l'Arm&#233;e Volontaire, le camp est vide &#187;, l'on apposa au bas de son rapport cette simple formule : &#171; Prendre bonne note de la communication. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des conditions analogues, quelques mois plus tard, 6.000 cosaques, apr&#232;s une descente avort&#233;e, furent transport&#233;s de Gagri en Crim&#233;e. Le commandant de la milice de l'arrondissement de Gagri, le menchevik Ossidz&#233;, petit fonctionnaire local qui n'&#233;tait pas initi&#233; aux secrets du gouvernement de Tiflis, communiquait avec quelque &#233;tonnement &#224; son gouvernement : &#171; En arr&#234;tant les bolcheviks, nous avons laiss&#233;, &#224; Gagri, le champ libre aux agents de Wrangel. &#187; Ces deux exp&#233;ditions de troupes, qui furent les plus importantes pendant toute la campagne, eurent lieu en juin et en octobre. Mais, d&#233;j&#224;, depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, la lib&#233;ration des soldats de D&#233;nikine intern&#233;s et leur envoi en Crim&#233;e par Batoum s'effectuait r&#233;guli&#232;rement. C'est ce que confirment des documents de Tiflis dat&#233;s de janvier 1920. Les recruteurs de Wrangel travaillent au grand jour. Les officiers blancs &#224; la recherche d'un engagement affluent en G&#233;orgie. Ils y trouvent une agence blanche parfaitement organis&#233;e qui leur fournit les moyens de se rendre en Crim&#233;e. Toutes les fois que cela est n&#233;cessaire, le Gouvernement g&#233;orgien leur vient en aide par des subventions p&#233;cuniaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialiste-r&#233;volutionnaire Tcha&#239;kine, pr&#233;sident du Comit&#233; de la lib&#233;ration de la mer Noire (organisation dirigeant l'insurrection des paysans de l'endroit contre D&#233;nikine), dans un document officiel adress&#233; au Gouvernement g&#233;orgien, caract&#233;rise ainsi la politique de la G&#233;orgie : &#171; Inutile de d&#233;montrer que des faits comme le d&#233;part du g&#233;n&#233;ral Erd&#233;li, quittant librement la G&#233;orgie, l'arriv&#233;e des g&#233;n&#233;raux de D&#233;nikine, qui viennent de Crim&#233;e pour enr&#244;ler des soldats et que l'on n'interne pas, la campagne de propagande men&#233;e &#224; Poti par le g&#233;n&#233;ral N&#233;vadovsky pour le recrutement des soldats, etc., constituent de la part de la G&#233;orgie une violation incontestable de la neutralit&#233; en faveur de l'Arm&#233;e Volontaire, et un acte d'hostilit&#233; envers les forces qui sont en &#233;tat de guerre contre l'Arm&#233;e Volontaire. &#187; Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit le 23 avril 1920, c'est-&#224;-dire avant les d&#233;parts en masse des partisans de Wrangel, dirig&#233;s de Poti sur S&#233;bastopol. Le 6 septembre, le g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien, Mdivani, d&#233;clarait, dans un rapport au commandant de la mission fran&#231;aise que les autorit&#233;s g&#233;orgiennes, non seulement ne faisaient point obstacle au d&#233;part des partisans de D&#233;nikine, mais leur pr&#234;taient au contraire &#171; le plus large concours, allant jusqu'&#224; fournir aux r&#233;fugi&#233;s des subsides de un &#224; quinze mille roubles &#187;. Il se trouvait au total, en G&#233;orgie, de vingt-cinq &#224; trente mille cosaques et jusqu'&#224; quatre mille volontaires de l'arm&#233;e de D&#233;nikine. Ils furent pour la plupart transport&#233;s en Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie ne se contentait pas de donner des hommes &#224; Wrangel. Elle lui fournissait encore le mat&#233;riel qui lui &#233;tait indispensable pour mener la guerre. Depuis la fin de l'ann&#233;e 1919 jusqu'&#224; l'&#233;crasement d&#233;finitif de Wrangel, la G&#233;orgie exp&#233;dia &#224; ce dernier, en quantit&#233; consid&#233;rable, du charbon, du naphte, de la benzine pour moteurs d'aviation, du p&#233;trole et des huiles lubrifiantes. La conclusion d'un trait&#233; avec la Russie sovi&#233;tique, en mai 1921, n'interrompit point ce travail. Il continua, mais d'une fa&#231;on un peu plus voil&#233;e, par l'interm&#233;diaire des &#171; particuliers &#187;. Le 8 juillet, Batoum, qui se trouvait, en fait, en possession de l'Angleterre, passa aux mains de la G&#233;orgie menchevique. Mais le port de Batoum n'en continua pas moins &#224; travailler pour Wrangel. Notre mission militaire, dont nous avons en ce moment les rapports sous les yeux,[9] nous renseignait alors avec la plus grande exactitude sur toutes les men&#233;es du gouvernement g&#233;orgien. Les documents trouv&#233;s par la suite &#224; Batoum, &#224; Tiflis et en Crim&#233;e, confirment enti&#232;rement ces rapports, donnent les noms des bateaux, la nature de leur cargaison, les noms des hommes de paille (parmi lesquels figurait, par exemple, le cadet Paramonov). Les extraits les plus importants des documents trouv&#233;s sont d&#233;j&#224; publi&#233;s ; les autres le seront prochainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on pourrait objecter que la G&#233;orgie n'a pas envoy&#233; au secours de Wrangel sa propre arm&#233;e. Mais elle ne pouvait pas le faire : compos&#233;e exclusivement de membres du parti, la garde populaire &#233;tait trop peu consid&#233;rable et suffisait &#224; peine &#224; assurer l'ordre &#224; l'int&#233;rieur. L'arm&#233;e nationale ne repr&#233;senta jusqu'&#224; la fin qu'une force fictive : ses unit&#233;s, demi-organis&#233;es, n'&#233;taient politiquement, rien moins que s&#251;res et ne poss&#233;daient pas les qualit&#233;s combatives n&#233;cessaires. C'est pourquoi le gouvernement menchevique ne fit point pour Wrangel ce qu'il se montra dans la suite incapable de faire pour sa propre d&#233;fense, c'est-&#224;-dire de mettre sur pied une force arm&#233;e. Mais &#224; l'impossible nul n'est tenu, et il fit, en somme, tout ce qui d&#233;pendait de lui. Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que c'est la G&#233;orgie menchevique qui a cr&#233;&#233; l'arm&#233;e de Wrangel. Les 30.000 officiers, sous-officiers et cosaques d'&#233;lite qui furent transport&#233;e de G&#233;orgie en Crim&#233;e avaient br&#251;l&#233; derri&#232;re eux tous leurs vaisseaux et vendirent ch&#232;rement leur vie dans les combats. Sans eux, Wrangel e&#251;t &#233;t&#233; forc&#233;, d&#232;s le milieu de l'&#233;t&#233;, d'&#233;vacuer la Crim&#233;e. Avec eux, il lutta avec acharnement jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e et nous porta &#224; maintes reprises de rudes coups. La liquidation du front de Wrangel exigea de grands sacrifices. Sur le large secteur qui se terminait &#224; l'isthme &#233;troit de P&#233;r&#233;kop, des milliers de jeunes ouvriers et paysans tomb&#232;rent dans la lutte contre la r&#233;action. Sans la G&#233;orgie, Wrangel n'aurait pas eu d'arm&#233;e. Sans Wrangel, la Pologne ne se serait peut-&#234;tre pas d&#233;cid&#233;e &#224; nous attaquer. Si, n&#233;anmoins, elle l'avait fait, nous n'aurions pas &#233;t&#233; oblig&#233;s de diviser nos forces, et la paix de Riga aurait &#233;t&#233; tout autre : elle n'aurait pas en tout cas donn&#233; des millions de paysans ukrainiens et blanc-russiens aux seigneurs polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les mencheviks g&#233;orgiens, la Crim&#233;e fut le cha&#238;non qui les relia aux imp&#233;rialistes de l'Occident contre les fanatiques de l'Orient. Ce cha&#238;non nous co&#251;ta des milliers de vies humaines. C'est avec ces vies que le gouvernement de Jordania acheta la reconnaissance juridique de l'ind&#233;pendance de sa R&#233;publique. A notre avis, il paya bien trop cher cette camelote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au sud-ouest, la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique, durant l'ann&#233;e 1920, frappait du poing droit, &#224; l'ouest, son ennemi principal, la Pologne bourgeoise ; du poing gauche, au sud, Wrangel. Connaissant tous les faits que nous venons d'exposer, n'avait-elle pas le droit de frapper du talon la G&#233;orgie et d'&#233;craser la t&#234;te menchevique ? N'&#233;tait-ce pas l&#224; un acte de d&#233;fense r&#233;volutionnaire l&#233;gitime ? Le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#233;quivaut-il au droit de porter impun&#233;ment pr&#233;judice &#224; ses voisins ? Si, durant l'ann&#233;e 1920, la Russie sovi&#233;tique n'a pas frapp&#233; la G&#233;orgie menchevique, ce n'est pas parce qu'elle doutait de son droit de casser les reins &#224; cet ennemi haineux, implacable, perfide, mais parce que la conjoncture politique ne le lui permettait pas. Nous ne voulions pas faciliter la t&#226;che &#224; Millerand, &#224; Churchill et &#224; Pilsudski, qui cherchaient &#224; entra&#238;ner dans la guerre contre nous les &#201;tats limitrophes de la Russie. Nous nous efforcions de montrer &#224; cet &#201;tats que, sous certaines conditions, ils pouvaient vivre paisiblement, sans aucune crainte, aux c&#244;t&#233;s de la R&#233;publique sovi&#233;tique. Pour apprivoiser les petites r&#233;publiques dirig&#233;es par de petits-bourgeois au cr&#226;ne &#233;pais, nous avons maintes fois, durant ces derni&#232;res ann&#233;es, fait des concessions sans pr&#233;c&#233;dent, pass&#233; des compromis monstrueux. Pour prendre un exemple r&#233;cent, l'aventure de la bourgeoisie finlandaise en Car&#233;lie ne nous donnait-elle pas pleinement le droit d'envahir la Finlande ? Si nous ne l'avons pas fait, ce n'est pas pour des raisons juridiques formelles &#8212; car nous avions et nous avons encore pour nous la l&#233;galit&#233; &#8212; mais parce que l'essence m&#234;me de notre politique consiste &#224; ne recourir &#224; la force arm&#233;e que lorsque tous les autres moyens sont &#233;puis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Citons comme &#233;chantillon un de ces rapports dat&#233; du 14 juillet : &#171; Au d&#233;but de la semaine derni&#232;re ont lev&#233; l'ancre pour la Crim&#233;e les navires suivants transportant du mat&#233;riel de guerre : &#171; Vozrojd&#233;ni&#233; &#187;, &#171; Donets &#187; et &#171; Kiev &#187;. Le 7 sont partis : la &#171; Margarita &#187; avec des projectiles, des cartouches et des automobiles, le &#171; Jarki &#187; avec des cartouches et le sous-marin &#171; Outka &#187;. Sur ces bateaux se sont embarqu&#233;s plus de 2.000 volontaires, ainsi que la repr&#233;sentation officielle de l'Arm&#233;e volontaire sous la direction du g&#233;n&#233;ral Dratsenko. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. Le d&#233;nouement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fournissant &#224; Wrangel des hommes et du mat&#233;riel, la G&#233;orgie fut en m&#234;me temps, durant toute l'ann&#233;e 1920, un nid de conspiration pour les gardes-blancs russes, et particuli&#232;rement pour les gardes-blancs caucasiens de diff&#233;rentes tendances. Elle servit d'interm&#233;diaire entre P&#233;tliura, l'Ukraine, le Kouban, le Daghestan et les montagnards r&#233;actionnaires. Apr&#232;s leur d&#233;faite, les blancs trouvent asile chez les mencheviks ; chez eux, ils organisent leurs &#233;tats-majors et d&#233;veloppent leur activit&#233;. De la G&#233;orgie ils dirigent des d&#233;tachements d'insurg&#233;s sur le territoire du pouvoir sovi&#233;tique par les voies suivantes : 1&#176; Soukhoum-Kal&#233;-col de Marouch et sources du Kouban et de la Laba ; 2&#176; Soukhoum-Kal&#233;-Gagri, Adler-Krasna&#239;a Poliana, col d'A&#239;chka-sources de la Laba ; 3&#176; Kouta&#239;s-Oni-Naltchik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils agissent plus ou moins en secret, de fa&#231;on &#224; sauver tout juste les apparences pour la diplomatie ; n&#233;anmoins, la police sp&#233;ciale g&#233;orgienne est parfaitement au courant de leurs agissements. &#171; Durant mon s&#233;jour en G&#233;orgie &#8212; &#233;crit, le 12 novembre 1920, &#224; la police sp&#233;ciale un lieutenant garde-blanc &#8212; je ne ferai absolument rien qui soit susceptible de provoquer des d&#233;sagr&#233;ments avec la mission sovi&#233;tique, car mon travail s'effectuera d'une fa&#231;on encore plus clandestine qu'auparavant. Si l'on exige de moi des r&#233;pondants, je puis en pr&#233;senter une quantit&#233; suffisante parmi les hommes d'&#201;tat g&#233;orgiens. &#187; Ce document, avec beaucoup d'autres, a &#233;t&#233; trouv&#233; dans les archives mencheviques par la commission de l'Internationale Communiste. Les organisations des conspirateurs sont en liaison &#233;troite avec les missions de l'Entente et en particulier avec les sections de contre-espionnage de ces derniers. Si Henderson avait l&#224;-dessus de moindre doute, il n'aurait qu'&#224; se renseigner aux archives du contre-espionnage britannique. Nous aimons &#224; croire que son stage patriotique lui facilitera l'acc&#232;s de ce sanctuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Batoum &#233;tait &#224; cette &#233;poque le centre le plus important des intrigues et des complots de l'Entente et de ses vassaux. En juillet 1920, l'Angleterre remit Batoum directement aux mains de la G&#233;orgie menchevique, qui, pour gagner les sympathies de la population de l'Adjar, dut imm&#233;diatement employer l'artillerie. &#201;vacuant Batoum, apr&#232;s la destruction pr&#233;alable de ses ouvrages de d&#233;fense maritime, le commandement britannique t&#233;moignait par l&#224; m&#234;me de son enti&#232;re confiance dans les intentions de la G&#233;orgie &#224; l'&#233;gard de Wrangel. La d&#233;faite de ce dernier changea du coup la situation. Les g&#233;n&#233;raux et les diplomates de l'Entente connaissaient trop bien le caract&#232;re v&#233;ritable des rapports mutuels de la G&#233;orgie, de Wrangel et des r&#233;publiques sovi&#233;tiques pour ne conserver aucun doute sur la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e dans laquelle la liquidation du front de Wrangel mettait les mencheviks g&#233;orgiens. Il est &#224; croire d'ailleurs que ces derniers &#233;galement &#233;lev&#232;rent la voix pour r&#233;clamer des &#171; garanties &#187;. Dans les sph&#232;res dirigeantes anglaises, la question se posa d'une nouvelle occupation de Batoum sous forme d'affermage, de cr&#233;ation d'un port franc ou sous toute autre de ces enseignes qui existent en aussi grand nombre chez les diplomates que les fausses d&#233;s chez les cambrioleurs. La presse dirigeante g&#233;orgienne parlait de l'occupation projet&#233;e avec une satisfaction ostensible plut&#244;t qu'avec inqui&#233;tude. Il s'agissait, &#224; n'en pas douter, de la cr&#233;ation d'un nouveau front contre nous. Nous d&#233;clar&#226;mes que nous consid&#233;rerions l'occupation de Batoum par les Anglais comme l'ouverture des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peu pr&#232;s &#224; cette &#233;poque, la protectrice attitr&#233;e des faibles, la France de M. Millerand, s'int&#233;ressa particuli&#232;rement au sort de la G&#233;orgie ind&#233;pendante. Arriv&#233; en G&#233;orgie, le &#171; Commissaire g&#233;n&#233;ral pour la Transcaucasie &#187;, M. Abel Chevalley, sans perdre de temps, d&#233;clara, par l'interm&#233;diaire de l'Agence t&#233;l&#233;graphique g&#233;orgienne : &#171; Les Fran&#231;ais aiment d'un amour fraternel la G&#233;orgie et je suis heureux de pouvoir le d&#233;clarer publiquement. Les int&#233;r&#234;ts de la France concordent enti&#232;rement avec ceux de la G&#233;orgie&#8230; &#187; Les int&#233;r&#234;ts de la France, qui avait encercl&#233; la Russie par le blocus de la famine et l&#226;ch&#233; sur elle toute une meute de g&#233;n&#233;raux tsaristes, &#171; concordaient enti&#232;rement &#187; avec les int&#233;r&#234;ts de la G&#233;orgie d&#233;mocratique ! Apr&#232;s force discours lyriques et quelque peu niais sur l'amour ardent des Fran&#231;ais pour les G&#233;orgiens, M. Chevalley, il est vrai, comme il sied &#224; tout bon repr&#233;sentant de la Troisi&#232;me R&#233;publique, expliqua que &#171; les &#201;tats du monde entier avaient besoin actuellement de mati&#232;res premi&#232;res et de produits fabriqu&#233;s ; or, la G&#233;orgie &#233;tait la grande voie naturelle entre l'Orient et l'Occident &#187;. En d'autres termes, ce qui attirait les amis de M. Millerand ce n'&#233;tait pas seulement leur amour pour la G&#233;orgie, mais aussi l'odeur du naphte de Bakou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s l'arriv&#233;e de M. Chevalley, l'amiral fran&#231;ais Dumesnil d&#233;barqua en G&#233;orgie. Sa tendresse pour les compatriotes de No&#233; Jordania ne le c&#233;dait en rien &#224; celle de son coll&#232;gue, le diplomate. L'amiral d&#233;clara que la France &#171; ne reconnaissant pas la mainmise sur la propri&#233;t&#233; d'autrui &#187; ( qui l'e&#251;t cru ? ), lui, Dumesnil, tant qu'il se trouverait sur le territoire de la G&#233;orgie &#171; ind&#233;pendante &#187;, ne permettrait pas au gouvernement sovi&#233;tique de s'emparer des navires russes qui se trouvaient dans le port g&#233;orgien et qui &#233;taient destin&#233;s &#224; &#234;tre transmis &#224; Wrangel ou &#224; ses successeurs &#233;ventuels. Les voies par lesquelles triomphe le droit sont parfois vraiment imp&#233;n&#233;trables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration des repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie fran&#231;aise avec les d&#233;mocrates de G&#233;orgie prit un d&#233;veloppement extraordinaire. Le torpilleur fran&#231;ais Saquiart bombarda et br&#251;la la go&#233;lette russe Ze&#239;nab. Avec le concours des agents de la Police Sp&#233;ciale g&#233;orgienne, les contre-espions fran&#231;ais attaqu&#232;rent le courrier diplomatique des soviets et le d&#233;valis&#232;rent. Les torpilleurs fran&#231;ais prot&#233;g&#232;rent le d&#233;part pour Constantinople du bateau russe Printsip, ancr&#233; dans le port g&#233;orgien. L'organisation des insurrections dans les r&#233;publiques sovi&#233;tiques et dans les r&#233;gions voisines de la Russie redoubla d'intensit&#233;. La quantit&#233; de l'armement amen&#233; de la G&#233;orgie dans ces r&#233;gions augmenta sensiblement. Le blocus de famine de l'Arm&#233;nie, qui, &#224; cette &#233;poque, avait d&#233;j&#224; adopt&#233; le r&#233;gime sovi&#233;tique, continua. Mais Batoum ne fut pas occup&#233;. Il est possible qu'&#224; cette &#233;poque, Lloyd George ait renonc&#233; &#224; la pens&#233;e d'un nouveau front. Il est possible &#233;galement que l'amour ardent que nourrissaient les Fran&#231;ais pour la G&#233;orgie ait emp&#234;ch&#233; les Anglais de manifester le m&#234;me sentiment. Notre d&#233;claration relative &#224; Batoum ne resta pas naturellement non plus sans effet. Apr&#232;s avoir, au dernier moment, pay&#233; les services de la G&#233;orgie par cette lettre de cr&#233;dit fictive que constituait la reconnaissance de jure de l'&#201;tat g&#233;orgien, l'Entente d&#233;cida de ne rien construire sur le fondement instable de la G&#233;orgie menchevique. Apr&#232;s la lutte acharn&#233;e qu'ils avaient men&#233;e contre nous, les mencheviks g&#233;orgiens &#233;taient persuad&#233;s, au printemps de l'ann&#233;e 1920, que nos troupes parach&#232;veraient leur victoire sur D&#233;nikine, arriveraient &#224; &#233;tapes forc&#233;es jusqu'&#224; Tiflis et Batoum et balayeraient comme un f&#233;tu de paille la d&#233;mocratie menchevique&#8230; Mais nous, qui n'attendions d'un coup d'&#201;tat en G&#233;orgie, aucune cons&#233;quence r&#233;volutionnaire importante, nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; tol&#233;rer &#224; nos c&#244;t&#233;s la d&#233;mocratie menchevique, &#224; condition qu'elle consentit &#224; former avec nous un front commun contre la contre-r&#233;volution russe et l'imp&#233;rialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre attitude, dict&#233;e par des consid&#233;rations politiques, fut interpr&#233;t&#233;e &#224; Tiflis comme une marque de faiblesse. Nos amis de Tiflis nous &#233;crivaient alors que, tout d'abord, les dirigeants mencheviques ne pouvaient arriver &#224; comprendre les motifs de notre conduite pacifique : ils se rendaient parfaitement compte que nous aurions pu occuper la G&#233;orgie sans coup f&#233;rir. Bient&#244;t ils imagin&#232;rent une explication fantaisiste : l'Angleterre ne consentait, soi-disant, &#224; entrer en pourparlers avec nous que si nous nous engagions &#224; ne rien entreprendre contre la G&#233;orgie. Quoi qu'il en soit, la peur du d&#233;but fait bient&#244;t place &#224; l'insolence chez les mencheviks, qui cherchent &#224; nous provoquer de toutes les fa&#231;ons. Lors de nos revers sur le front polonais et de nos embarras sur le front de Wrangel, la G&#233;orgie se range ouvertement du c&#244;t&#233; de nos ennemis. Sans envergure r&#233;volutionnaire, sans largeur de vues politiques, sans perspective aucune, cette mis&#233;rable d&#233;mocratie petite-bourgeoise qui, apr&#232;s avoir ramp&#233; la veille devant les Hohenzollern, &#233;tait pr&#234;te maintenant &#224; s'aplatir devant Wilson, qui, tout en soutenant Wrangel, &#233;tait pr&#234;te &#224; le renier au moment critique, qui, tout en concluant un accord avec la Russie sovi&#233;tique, n'avait pour but que de tromper cette derni&#232;re, qui, l&#226;che et poltronne, s'&#233;tait &#224; la fin compl&#232;tement emp&#234;tr&#233;e dans le filet de ses propres machinations, avait elle-m&#234;me prononc&#233; son arr&#234;t de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique nous en eussions enti&#232;rement le droit, nous ne consid&#233;rions pas, comme nous l'avons dit plus haut, qu'il fut de notre int&#233;r&#234;t politique de liquider par la force des armes la G&#233;orgie menchevique. Surtout, nous savions bien que si l'on s'avisait de leur marcher sur le pied, les politiciens mencheviques allaient pousser les hauts cris dans toutes les langues des d&#233;mocraties civilis&#233;es. Ces gens-l&#224; ne sont pas les ouvriers de Rostov, de Novotcherkask ou d'Ekat&#233;rinodar, que les partisans de D&#233;nikine, soutenus par la &#171; neutralit&#233; &#187; amicale et le concours effectif des mencheviks g&#233;orgiens, massacraient par centaines et par milliers et qui p&#233;rissaient obscur&#233;ment sans m&#234;me que l'Europe en e&#251;t connaissance. Les politiciens mencheviques g&#233;orgiens sont tous des intellectuels, d'anciens &#233;tudiants des universit&#233;s d'Europe, les g&#233;n&#233;reux amphitryons de Renaudel, de Vandervelde et de Kautsky. Dans ces conditions, n'&#233;tait-il pas facile de pr&#233;voir qu'ils allaient rallier les sympathies de tous les organes de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, du lib&#233;ralisme et de la r&#233;action ? N'&#233;tait-il pas clair que tous les politiciens qui s'&#233;taient d&#233;shonor&#233;s en soutenant le carnage imp&#233;rialiste, que tous les tra&#238;tres et les banqueroutiers du socialisme officiel, en r&#233;ponse aux lamentations de leurs confr&#232;res g&#233;orgiens offens&#233;s, allaient pousser des clameurs d'indignation pour attester leur attachement &#224; la justice et leur d&#233;vouement &#224; l'id&#233;al d&#233;mocratique ? D'autant plus qu'il n'y aurait aucune d&#233;pense &#224; supporter. Nous connaissions trop bien les mencheviks pour douter qu'ils laisseraient passer une si belle occasion d'adopter des r&#233;solutions, de lancer des manifestes, des appels, des d&#233;clarations, de composer des m&#233;morandums, des articles et de prononcer des discours grandiloquents et path&#233;tiques avec l'approbation de la bourgeoisie et avec l'appui de leurs gouvernements. Si m&#234;me nous n'en avions pas eu d'autres plus s&#233;rieuses, cette seule raison, c'est-&#224;-dire le d&#233;sir de ne pas donner un pr&#233;texte commode &#224; la d&#233;mocratie internationale de battre le rappel, e&#251;t suffi pour nous d&#233;cider &#224; ne pas toucher aux chefs mencheviks de la contre-r&#233;volution dans leur refuge g&#233;orgien. Nous voulions un accord. Nous propos&#226;mes aux mencheviks une action commune contre D&#233;nikine. Ils refus&#232;rent. Nous concl&#251;mes avec eux un trait&#233; qui portait beaucoup moins atteinte &#224; leur ind&#233;pendance que le protectorat de l'Entente. Nous insist&#226;mes sur l'ex&#233;cution du trait&#233; ; dans une s&#233;rie de notes et de protestations, nous d&#233;non&#231;&#226;mes la conduite hostile &#224; notre &#233;gard des mencheviks g&#233;orgiens. Par une pression des masses laborieuses de la G&#233;orgie elle-m&#234;me, nous nous effor&#231;&#226;mes d'avoir dans ce pays un voisin susceptible de devenir pour nous un interm&#233;diaire avantageux entre la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique et l'Occident capitaliste. C'est dans ce sens qu'&#233;tait orient&#233;e toute notre politique envers la G&#233;orgie. Mais les mencheviks ne pouvaient plus faire volte-face. En &#233;tudiant l'histoire documentaire de nos rapports avec le gouvernement des mencheviks, je me suis maintes fois &#233;tonn&#233; de notre longanimit&#233; et j'ai rendu en m&#234;me temps justice &#224; cette gigantesque machine bourgeoise de falsification et de mensonge au moyen de laquelle le coup d'&#201;tat sovi&#233;tique, in&#233;vitable en G&#233;orgie, &#233;tait repr&#233;sent&#233; comme une agression militaire soudaine et sans motif aucun, comme l'agression du m&#233;chant loup sovi&#233;tique contre le pauvre petit Chaperon Rouge du menchevisme. O po&#232;tes de la Bourse, fabulistes de la diplomatie, mythologues de la grande presse, &#244; canailles &#224; gages du Capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la perspicacit&#233; dont il a le secret, Kautsky d&#233;couvre la m&#233;canique diabolique du coup d'&#201;tat bolchevique en G&#233;orgie : l'insurrection commen&#231;a, non pas &#224; Tiflis, comme cela e&#251;t d&#251; arriver si elle f&#251;t partie des masses ouvri&#232;res, mais aux confins du pays, dans le voisinage des troupes sovi&#233;tiques, et se d&#233;veloppa de la p&#233;riph&#233;rie au centre. N'est-il pas clair que le r&#233;gime menchevique est tomb&#233; victime d'une agression militaire d&#233;clench&#233;e de l'ext&#233;rieur ? Ces consid&#233;rations feraient honneur &#224; un jeune juge d'instruction. Mais elle n'apportent rien pour la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sovi&#233;tique &#233;tait partie des centres de Petrograd et de Moscou, et, de l&#224;, s'&#233;tait r&#233;pandue dans tout l'ancien empire des tsars. La r&#233;volution, &#224; cette &#233;poque, n'avait pas d'arm&#233;e. Ses propagateurs &#233;taient des d&#233;tachements d'ouvriers arm&#233;s &#224; la h&#226;te. Ils p&#233;n&#233;traient presque sans r&#233;sistance dans les r&#233;gions les plus retardataires et, soutenus par la sympathie illimit&#233;e des travailleurs, y instauraient le pouvoir sovi&#233;tique. Lorsque la r&#233;action, personnifi&#233;e par la bourgeoisie et les grands propri&#233;taires fonciers, s'&#233;tait empar&#233;e, comme au Don ou au Kouban, du centre de la r&#233;gion, l'insurrection allait de la p&#233;riph&#233;rie au centre, tr&#232;s souvent avec le concours effectif des agitateurs et des militants arriv&#233;s des capitales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la contre-r&#233;volution, gr&#226;ce au secours qu'elle avait re&#231;u du dehors, r&#233;ussit &#224; reprendre pied dans les parties les plus arri&#233;r&#233;es du territoire russe et &#224; s'y retrancher ; ainsi en fut-il au Don, au Kouban, au Caucase, dans la r&#233;gion de la Volga, en Sib&#233;rie, sur le littoral de la mer Blanche et m&#234;me en Ukraine. En m&#234;me temps que la contre-r&#233;volution, la r&#233;volution formait son arm&#233;e. Bient&#244;t ce furent des batailles rang&#233;es, des campagnes militaires en r&#232;gle qui d&#233;cid&#232;rent du sort des fronti&#232;res de la r&#233;volution sovi&#233;tique. Mais comme les arm&#233;es en pr&#233;sence n'avaient point &#233;t&#233; amen&#233;es &#171; de l'ext&#233;rieur &#187;, qu'elles avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par les classes qui luttaient &#224; mort l'une contre l'autre sur toute l'&#233;tendue de l'ancien empire des tsars, c'&#233;tait donc la lutte r&#233;volutionnaire des classes qui s'exprimait ainsi dans la langue des op&#233;rations militaires. La contre-r&#233;volution, il est vrai, &#233;tait dans une large mesure soutenue par une force militaire venue du dehors. Mais cela ne fait que confirmer notre th&#232;se. Sans P&#233;tersbourg, Moscou, le rayon d'Ivanovo-Voznessensk, le bassin du Donetz, l'Oural, il n'y e&#251;t pas eu de r&#233;volution. D'elle-m&#234;me la r&#233;gion du Don n'aurait jamais instaur&#233; le pouvoir sovi&#233;tique. Un village du gouvernement de Moscou ne l'aurait pas fait non plus. Mais, comme le village du gouvernement de Moscou, la stanitza du Kouban ainsi que le steppe transvolgien formaient, depuis longtemps, partie int&#233;grale d'un tout administratif et &#233;conomique unique et avaient &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s avec lui dans le tourbillon de la r&#233;volution, ils tomb&#232;rent naturellement sous la direction r&#233;volutionnaire et de la ville et du prol&#233;tariat industriel. Ce n'est pas un pl&#233;biscite sur chaque point du pays, mais l'h&#233;g&#233;monie incontest&#233;e de l'avant-garde prol&#233;tarienne dans tout le pays qui assura la diffusion et la victoire de la R&#233;volution. Avec l'appui de la force arm&#233;e du dehors quelques r&#233;gions des confins de la Russie r&#233;ussirent non seulement &#224; &#233;chapper au tourbillon de la r&#233;volution, mais &#224; maintenir, pour un temps assez long, le r&#233;gime bourgeois. Les &#171; d&#233;mocraties &#187; de Finlande, d'Esthonie, de Lettonie, de Lithuanie et m&#234;me de Pologne doivent leur existence &#224; la force militaire &#233;trang&#232;re qui, durant la p&#233;riode critique de leur formation, pr&#234;ta son appui &#224; la bourgeoisie et &#233;crasa le prol&#233;tariat. Dans ces pays touchant directement &#224; l'Occident capitaliste la corr&#233;lation des forces fut fauss&#233;e par l'introduction d'un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur : la force militaire &#233;trang&#232;re, au moyen de laquelle la bourgeoisie put, par le massacre, l'emprisonnement et la d&#233;portation, d&#233;cimer l'&#233;lite prol&#233;tarienne. De cette fa&#231;on seulement la d&#233;mocratie parvint &#224; &#233;tablir un &#233;quilibre temporaire sur des bases bourgeoises. Pourquoi, &#224; propos, les bonnes &#226;mes de la IIe Internationale ne pr&#233;coniseraient-elles pas un programme comportant : en premier lieu, le retrait des arm&#233;es bourgeoises form&#233;es en Finlande, en Estonie, en Lettonie, etc., avec l'appui des forces ext&#233;rieures ; en second lieu, la lib&#233;ration de tous les prisonniers et l'amnistie pour tous les exil&#233;s (il est impossible, malheureusement, de ressusciter les morts) ; et enfin un r&#233;f&#233;rendum ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de la Transcaucasie &#233;tait diff&#233;rente : entre elle et les centres de la r&#233;volution s'&#233;tendait la Vend&#233;e cosaque. Sans la Russie sovi&#233;tique, la d&#233;mocratie petite-bourgeoise de Transcaucasie e&#251;t &#233;t&#233; imm&#233;diatement &#233;cras&#233;e par D&#233;nikine. Sans les gardes-blancs du Don et du Kouban, elle se f&#251;t imm&#233;diatement dissoute dans la r&#233;volution sovi&#233;tique. Elle vivait et s'alimentait de la guerre civile acharn&#233;e qui d&#233;solait la Russie et de la force militaire &#233;trang&#232;re install&#233;e en Transcaucasie. D&#232;s l'instant o&#249; la guerre civile se termina par la victoire de la R&#233;publique sovi&#233;tique, l'effondrement du r&#233;gime petit-bourgeois en Transcaucasie devint in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1918 d&#233;j&#224;, Jordania d&#233;plorait que les tendances bolcheviques eussent p&#233;n&#233;tr&#233; dans les campagnes et les villes et touch&#233; jusqu'aux ouvriers mencheviks eux-m&#234;mes. Les insurrections paysannes se succ&#233;daient sans interruption en G&#233;orgie. Alors qu'en Russie sovi&#233;tique, jusqu'&#224; l'insurrection des Tch&#233;co-Slovaques (mai 1918) dirig&#233;e par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, les journaux mencheviks paraissaient librement, en G&#233;orgie au contraire le parti communiste avait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; l'action clandestine, d&#232;s le d&#233;but de f&#233;vrier. Quoique les travailleurs de Transcaucasie, coup&#233;s de la Russie sovi&#233;tique, fussent continuellement terroris&#233;s par la pr&#233;sence des troupes &#233;trang&#232;res, les insurrections r&#233;volutionnaires ont occup&#233; dans la vie de la G&#233;orgie une place beaucoup plus grande que les insurrections des blancs sur le territoire sovi&#233;tique. L'appareil d'oppression du gouvernement g&#233;orgien fut incomparablement plus consid&#233;rable que celui de la Russie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre victoire sur D&#233;nikine et, par la suite, sur la toute puissante Entente produisit une impression profonde sur les masses populaires de Transcaucasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les troupes sovi&#233;tiques approch&#232;rent des fronti&#232;res de l'Azerbe&#239;djan et de la G&#233;orgie, les masses laborieuses de ces r&#233;publiques qui avaient toujours &#233;t&#233; de c&#339;ur avec les travailleurs de la Russie, furent envahies par une puissante effervescence r&#233;volutionnaire. Leur &#233;tat d'esprit pourrait se comparer &#224; celui qui se manifesta chez les masses populaires de la Prusse Orientale et m&#234;me, jusqu'&#224; un certain point, de toute l'Allemagne, lors de notre offensive sur Varsovie, alors que la gauche de notre arm&#233;e rouge arrivait aux fronti&#232;res de l'Allemagne. Mais alors nous n'&#233;tions en pr&#233;sence que d'un &#233;pisode &#233;ph&#233;m&#232;re, tandis que la d&#233;faite des arm&#233;es de D&#233;nikine sous les yeux de l'Entente avait un caract&#232;re d&#233;cisif ; aussi les masses laborieuses d'Azerba&#239;djan, d'Arm&#233;nie et de G&#233;orgie ne doutaient-elles pas que le gouvernement sovi&#233;tique au nord du Caucase repos&#226;t sur des bises fermes et que sa domination fut in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Azerba&#239;djan, la r&#233;volution sovi&#233;tique s'accomplit presque automatiquement lorsque nos troupes approch&#232;rent des fronti&#232;res de ce pays. Le parti dirigeant des moussavats, compos&#233; de bourgeois et de propri&#233;taires fonciers, &#233;tait loin d'avoir des traditions et une influence aussi fortes que les mencheviks g&#233;orgiens. Bakou, qui, en Azerba&#239;djan, jouait un r&#244;le incomparablement plus important que Tiflis en G&#233;orgie, &#233;tait une vieille citadelle du bolchevisme. Les partisans des moussavats s'enfuirent, abandonnant presque sans r&#233;sistance le pouvoir aux communistes de Bakou. L'attitude des dachnaks arm&#233;niens ne fut pas beaucoup plus digne. En G&#233;orgie, les &#233;v&#233;nements se d&#233;roul&#232;rent plus m&#233;thodiquement. Les tendances bolcheviques qui avaient &#233;t&#233; oblig&#233;es de se dissimuler commenc&#232;rent &#224; se manifester ouvertement. Le parti communiste fit des progr&#232;s rapides en tant qu'organisation et, en peu de temps, il r&#233;ussit &#224; conqu&#233;rir !es sympathies des travailleurs. Le journal des socialistes-f&#233;d&#233;ralistes g&#233;orgiens, le Sakartvello, &#233;crivait, le 7 d&#233;cembre 1920 : &#171; La force des communistes en G&#233;orgie, il y a quelques mois, &#233;tait tout autre que maintenant. Mors la G&#233;orgie n'&#233;tait pas encore entour&#233;e de bolcheviks. Nous avions pour voisins des &#201;tats nationaux ind&#233;pendants. Notre situation &#233;conomique et financi&#232;re &#233;tait incomparablement meilleure qu&#8216;aujourd'hui. Mais la situation a chang&#233; et ce changement s'est effectu&#233; au profit des bolcheviks. A l'heure actuelle, le parti bolchevik a ses organisations en G&#233;orgie. En certains milieux ouvriers, comme par exemple dans le syndicat des ouvriers du Livre, il dispose m&#234;me de la majorit&#233;. En somme, l'activit&#233; des bolcheviks a pris un d&#233;veloppement consid&#233;rable. A l'int&#233;rieur, la croissance des forces bolcheviques ; &#224; l'ext&#233;rieur, leur domination illimit&#233;e. Telle est la situation dans laquelle est tomb&#233;e la G&#233;orgie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refl&#233;tant l'&#233;tat de choses r&#233;el, ces plaintes d'un organe qui nous &#233;tait r&#233;solument hostile ont pour nous une tr&#232;s grande importance : elles constituent une r&#233;futation cat&#233;gorique de Kautsky qui, constatant &#171; l'enti&#232;re libert&#233; &#187; accord&#233;e aux communistes en m&#234;me temps que leur compl&#232;te impuissance, se base l&#224;-dessus pour repr&#233;senter la r&#233;volution sovi&#233;tique, en G&#233;orgie, comme un r&#233;sultat de la violence, de la contrainte &#233;trang&#232;re. Or, les mots de la gazette nationaliste : &#171; A l'int&#233;rieur, la croissance des forces bolcheviques ; &#224; l'ext&#233;rieur, leur domination &#187; sont la formule exacte du coup d'&#201;tat sovi&#233;tique qui allait se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentant leur situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e, les mencheviks g&#233;orgiens s'engag&#232;rent dans la voie de la r&#233;action ouverte. Le refus brutal et provocant du gouvernement de Jordania de s'allier &#224; la Russie contre D&#233;nikine avait d&#233;j&#224; discr&#233;dit&#233; jusqu'&#224; un certain point les mencheviks parmi les masses. Les infractions syst&#233;matiques au trait&#233; conclu avec la Russie sovi&#233;tique, infractions que nous pr&#238;mes soin de d&#233;noncer, eurent un effet analogue. Concevant l'impossibilit&#233; d'exister par eux-m&#234;mes, alors que le pouvoir sovi&#233;tique avait triomph&#233; sur tout le sud-est de l'ancien empire des tsars, les mencheviks firent des tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es pour aider Wrangel et obtenir le concours militaire de l'Entente. Mais ce fut en vain. En Crim&#233;e, ce ne fut pas seulement le sort de Wrangel, ce fut aussi celui de la G&#233;orgie menchevique qui se d&#233;cida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos effectifs au Caucase furent quelque peu augment&#233;s durant l'automne 1920, au moment de la descente effectu&#233;e par Wrangel au Kouban, alors qu'il n'&#233;tait bruit que d'une occupation de Batoum. Cette concentration de nos troupes avait un caract&#232;re purement d&#233;fensif. La liquidation du front de Wrangel et l'armistice avec la Pologne renforc&#232;rent les tendances sovi&#233;tiques en G&#233;orgie. La pr&#233;sence des r&#233;giments rouges aux fronti&#232;res de ce pays signifiait qu'il n'y avait nullement lieu de craindre une intervention &#233;trang&#232;re en cas de r&#233;volution sovi&#233;tique. Ce n'est pas pour renverser les mencheviks qu'il fallait des soldats rouges, mais pour pr&#233;venir toute tentative de d&#233;barquement de troupes envoy&#233;es de Constantinople par l'Angleterre, par la France ou par Wrangel pour &#233;touffer la r&#233;volution sovi&#233;tique. Les mencheviks eux-m&#234;mes, avec leur garde pr&#233;torienne populaire et leur arm&#233;e nationale fictive, oppos&#232;rent une r&#233;sistance insignifiante. Commenc&#233;e au d&#233;but de f&#233;vrier, la r&#233;volution sovi&#233;tique &#233;tait d&#233;j&#224;, vers le milieu de mars, termin&#233;e dans toutes les parties du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas la moindre intention de dissimuler ou de rabaisser l'importance du r&#244;le de l'arm&#233;e sovi&#233;tique dans la victoire des soviets au Caucase. En f&#233;vrier 1921, cette arm&#233;e pr&#234;ta &#224; la r&#233;volution un concours puissant, quoique beaucoup moindre que celui qu'avaient fourni, durant trois ans, aux mencheviks les arm&#233;es turque, allemande, anglaise, sans parler des gardes-blancs russes. Si le Comit&#233; R&#233;volutionnaire qui dirigeait l'insurrection ne commen&#231;a pas ses op&#233;rations &#224; Tiflis, centre de la garde populaire menchevique, mais dans les fronti&#232;res, o&#249; il pouvait s'arc-bouter &#224; l'arm&#233;e rouge et rassembler ses forces, cela prouve uniquement qu'il avait un sens politique avis&#233;, ce que l'on ne saurait dire de Kautsky, qui, apr&#232;s coup, cherche &#224; dicter &#224; la r&#233;volution g&#233;orgienne une tactique contraire &#224; celle qui lui a donn&#233; la victoire. Que Kautsky garde ses le&#231;ons de strat&#233;gie pour lui ! Nous, nous voulons nous instruire et apprendre &#224; battre l'ennemi. Les ap&#244;tres de la IIe Internationale, eux, enseignent l'art d'&#234;tre battu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui arriva fut ce qui, depuis longtemps d&#233;j&#224;, se pr&#233;parait et ne pouvait pas ne pas arriver. L'histoire des rapports entre la G&#233;orgie et la Russie sovi&#233;tique n'est qu'un chapitre du livre sur le blocus de la Russie, sur les interventions militaires, sur l'or fran&#231;ais, sur les navires anglais, sur les quatre fronts qui d&#233;vor&#232;rent l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re. Ce chapitre ne saurait &#234;tre isol&#233; du reste du livre. La G&#233;orgie, telle que nous la repr&#233;sentent maintenant les capitaines mencheviques de la guerre civile, n'a jamais exist&#233; : il n'y a jamais eu de G&#233;orgie d&#233;mocratique, pacifique, autonome, neutre. Ce qu'a &#233;t&#233; la G&#233;orgie, c'est une place d'armes de la guerre de classes pan-russe Cette place d'armes est maintenant aux mains du prol&#233;tariat victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, apr&#232;s que les dirigeants mencheviques de la G&#233;orgie ont aid&#233; &#224; massacrer, &#224; pendre et &#224; faire mourir de froid des dizaines de milliers de soldats rouges, des milliers de communistes et &#224; nous porter des blessures que nous mettrons de longues ann&#233;es &#224; gu&#233;rir ; apr&#232;s que, malgr&#233; toutes nos pertes et tous nos sacrifices, nous sommes sortis vainqueurs de la lutte ; apr&#232;s que les masses laborieuses de la G&#233;orgie ont, avec notre concours, jet&#233; leurs dirigeants par-dessus bord &#224; Batoum, ceux-ci viennent nous proposer de consid&#233;rer la partie comme nulle et de recommencer le jeu. Aux mencheviks qui se sont compromis avec les officiers russes, turcs, prussiens et britanniques, Macdonald, Kautsky, Mrs. Snowden et autres savants accoucheurs et sages-femmes de la IIe Internationale se chargeront de refaire une virginit&#233; d&#233;mocratique, apr&#232;s quoi, sous la protection de la flotte britannique, avec les subsides des rois du naphte et du mangan&#232;se, aux applaudissements du Times et avec la b&#233;n&#233;diction du nouveau pape, la G&#233;orgie menchevique, le pays le plus d&#233;mocratique, le plus libre, le plus neutre du monde, sera restaur&#233;e, dans sa splendeur premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. La Gironde g&#233;orgienne, type politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie a jou&#233;, dans l'histoire du menchevisme russe, un r&#244;le des plus importants. C'est en G&#233;orgie que le menchevisme a rev&#234;tu la forme la plus &#233;vidente, la plus marqu&#233;e de l'adaptation du marxisme au besoins de la classe intellectuelle, chez un peuple arri&#233;r&#233; qui, dans son d&#233;veloppement, n'en &#233;tait encore, &#224; tout prendre, qu'&#224; sa p&#233;riode pr&#233;-capitaliste. L'industrie faisant d&#233;faut, la bourgeoisie nationale, au sens v&#233;ritable du mot, n'existait pas. Le capital commercial se trouvait concentr&#233; presque exclusivement entre les mains des Arm&#233;niens. La culture intellectuelle &#233;tait l'apanage des petits propri&#233;taires fonciers, nobles pour la plupart. Le capitalisme qui commen&#231;ait &#224; p&#233;n&#233;trer la vie nationale n'avait pas encore cr&#233;&#233; sa culture, mais il avait d&#233;j&#224; engendr&#233; des besoins que la noblesse g&#233;orgienne, dont tout l'avoir consistait en vignes et en troupeaux de moutons, &#233;tait impuissante &#224; satisfaire. Le m&#233;contentement contre l'administration russe et le tsarisme s'alliait &#224; la haine du capitalisme repr&#233;sent&#233; par le marchand et l'usurier arm&#233;niens. L'incertitude du lendemain et le d&#233;sir de trouver une issue &#224; sa situation amen&#232;rent naturellement la nouvelle g&#233;n&#233;ration des intellectuels, nobles et petits-bourgeois, &#224; adh&#233;rer &#224; l'id&#233;ologie d&#233;mocratique et &#224; se chercher un appui parmi les travailleurs. Mais, &#224; cette &#233;poque (fin du si&#232;cle dernier), le programme de la d&#233;mocratie politique, sous son ancienne forme jacobine ou &#171; manchest&#233;rienne &#187;, &#233;tait d&#233;j&#224; depuis longtemps condamn&#233; par la marche de l'&#233;volution historique et, dans la conscience des masses opprim&#233;es d'Europe, avait c&#233;d&#233; le pas &#224; diff&#233;rentes th&#233;ories socialistes qui, &#224; leur tour, perdaient de plus en plus de terrain devant le marxisme. Les aspirations de la noblesse des campagnes et des villes &#224; un champ plus large d'activit&#233; dans les domaines litt&#233;raire, politique et autres, aspirations marqu&#233;es d'une sorte d'aversion envieuse pour le capitalisme ; les premiers mouvements des artisans et des ouvriers industriels, peu nombreux encore, qui s'&#233;veillaient &#224; la vie politique ; le m&#233;contentement sourd de la classe paysanne opprim&#233;e trouv&#232;rent leur expression dans l'adaptation menchevique du marxisme, laquelle simultan&#233;ment habituait &#224; la reconnaissance du caract&#232;re in&#233;vitable du d&#233;veloppement capitaliste, remettait en honneur les id&#233;es de la d&#233;mocratie politique discr&#233;dit&#233;e en Occident et pr&#233;disait pour un avenir ind&#233;termin&#233; et lointain la domination de la classe ouvri&#232;re qui devait surgir, organiquement et sans douleur, de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nobles d'origine, petits-bourgeois par leur genre de vie et leur tour d'esprit, avec un faux passeport marxiste en poche, tels &#233;taient les chefs du menchevisme g&#233;orgien lorsqu'ils entr&#232;rent dans la politique r&#233;volutionnaire. M&#233;ridionaux impressionnables et souples, ils devinrent, en beaucoup de cas, les chefs des &#233;tudiants et du mouvement d&#233;mocratique ; la prison, la d&#233;portation et la tribune de la Douma d'Empire consolid&#232;rent leur autorit&#233; politique et leur donn&#232;rent en G&#233;orgie une certaine r&#233;putation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconsistance petite-bourgeoise du menchevisme, et particuli&#232;rement de sa fraction g&#233;orgienne, apparaissait de plus en plus nettement &#224; mesure que la r&#233;volution prenait plus d'ampleur et que ses t&#226;ches int&#233;rieures et internationales devenaient plus compliqu&#233;es. La poltronnerie politique est un trait important du menchevisme ; or, la r&#233;volution n'admet gu&#232;re la poltronnerie. Durant les grands &#233;v&#233;nements, un menchevik fait pi&#232;tre figure. Ce trait de son caract&#232;re s'explique par la crainte sociale du petit-bourgeois devant le grand, de l'intellectuel, simple &#171; p&#233;kin &#187;, devant un g&#233;n&#233;ral, du petit avocat devant un v&#233;ritable diplomate, du provincial m&#233;fiant et vaniteux devant un Fran&#231;ais ou un Anglais. La poltronnerie devant les repr&#233;sentants attitr&#233;s du Capital a pour pendant obligatoire la hauteur envers les ouvriers. Dans la haine de Ts&#233;r&#233;telli pour la Russie sovi&#233;tique il y a une r&#233;volte organique contre la tentative de l'ouvrier de se mettre lui-m&#234;me &#224; l'&#339;uvre que seul, lui, le petit-bourgeois instruit est de taille &#224; accomplir, et encore avec la permission du grand bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Tchkenk&#233;li ou Gu&#233;guetchkori parlent du bolchevisme, ils empruntent leurs &#233;pith&#232;tes aux charretiers non seulement de Tiflis, mais de toute l'Europe. Mais quand ils &#171; conversent &#187; avec le g&#233;n&#233;ral tsariste Alex&#233;iev, ou bien avec le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress, ou encore avec le g&#233;n&#233;ral anglais Walker, ils s'efforcent d'atteindre &#224; la noblesse de langage des ma&#238;tres d'h&#244;tel suisses. C'est surtout des g&#233;n&#233;raux qu'ils ont peur. Ils leur donnent des gages, ils cherchent &#224; les convaincre, ils leur expliquent avec d&#233;f&#233;rence que le socialisme g&#233;orgien est quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent des autres formes du socialisme, qui ne visent qu'&#224; la destruction et au d&#233;sordre, tandis que leur socialisme, &#224; eux, est une garantie d'ordre. L'exp&#233;rience politique rend les petits-bourgeois plus cyniques, mais ne leur apprend rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ouvert plus haut, devant nos lecteurs, le journal de Djough&#233;li et nous avons vu tel qu'il se repr&#233;sente lui-m&#234;me un des chevaliers du menchevisme. Il br&#251;le les villages oss&#232;tes et, dans un style de coll&#233;gien d&#233;prav&#233;, exprime dans son journal son admiration pour la beaut&#233; de l'incendie et ses affinit&#233;s avec N&#233;ron. Les bolcheviks, qui ne taisent pas les faits de la guerre civile et les mesures de rigueur qu'ils emploient pour mater leurs ennemis, en imposent incontestablement &#224; ce r&#233;pugnant cabotin. Comme ses ma&#238;tres, Djough&#233;li est absolument incapable de comprendre que, derri&#232;re cette politique ouverte et intr&#233;pide de violence r&#233;volutionnaire, il y a la conscience d'un droit historique, d'une mission r&#233;volutionnaire, conscience qui n'a rien de commun avec le cynisme &#233;hont&#233; d'un satrape &#171; d&#233;mocratique &#187; provincial incendiant les villages et se regardant avec complaisance dans la glace pour bien se convaincre de sa ressemblance avec le d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; romain au front ceint d'une couronne imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Djough&#233;li n'est pas une exception ; ce qui le prouve mieux que tout, c'est la pr&#233;face on ne peut plus &#233;logieuse &#233;crite pour son livre par le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Gu&#233;guetchkori. A la suite de Jordania, le ministre de l'Int&#233;rieur, Ramichvili, se r&#233;f&#233;rant &#224; Marx, proclamait avec emphase le droit de la d&#233;mocratie &#224; la terreur implacable. De N&#233;ron &#224; Marx&#8230; Le cabotinage de ces bourgeois de province, leurs proc&#233;d&#233;s superficiels, leur imitation purement simiesque sont le t&#233;moignage criant de leur nullit&#233;, du vide de leur esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant eux-m&#234;mes la compl&#232;te impuissance de la G&#233;orgie &#171; ind&#233;pendante &#187;, oblig&#233;s, apr&#232;s l'effondrement de l'Allemagne, de chercher la protection de l'Entente, les mencheviks dissimul&#232;rent de plus en plus soigneusement leur Police Sp&#233;ciale et, au lieu du masque bon march&#233; mod&#232;le Djough&#233;li-N&#233;ron, rev&#234;tirent le masque Jordania-Ts&#233;r&#233;telli-Gladstone, pour imiter ce d&#233;clamateur fameux, amoureux des lieux communs &#224; la sauce lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks g&#233;orgiens, surtout dans leur jeunesse, avaient besoin d'un marxisme frelat&#233;, dans la mesure o&#249; il justifiait leur position essentiellement bourgeoise. Leur poltronnerie politique, leur phras&#233;ologie d&#233;mocratique, assemblage de lieux communs path&#233;tiques, leur r&#233;pulsion instinctive pour tout ce qui est pr&#233;cis, achev&#233;, tranch&#233; dans le domaine des id&#233;es, leur v&#233;n&#233;ration envieuse des formes ext&#233;rieures de la civilisation bourgeoise donnaient par leur amalgame un type diam&#233;tralement oppos&#233; au type marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Ts&#233;r&#233;telli traite de la &#171; d&#233;mocratie internationale &#187;, que ce soit &#224; Saint-P&#233;tersbourg, &#224; Tiflis ou &#224; Paris, il est absolument impossible de savoir s'il parle de la mythique &#171; famille des peuples &#187;, de l'Internationale ou bien de l'Entente. En fin de compte, c'est toujours &#224; cette derni&#232;re qu'il s'adresse, mais il s'exprime de telle fa&#231;on qu'on peut croire qu'il s'agit &#233;galement du prol&#233;tariat mondial. Ses id&#233;es d&#233;lay&#233;es, ses conceptions amorphes facilitent on ne peut plus cette confusion. Lorsque Jordania, le chef du clan, parle de la solidarit&#233; internationale, il all&#232;gue, &#224; l'appui de son argumentation, l'hospitalit&#233; des rois g&#233;orgiens. &#171; L'avenir de l'Internationale et de la Soci&#233;t&#233; des Nations est assur&#233; &#187;, annonce Tchkenk&#233;li &#224; son retour d'Europe. Pr&#233;jug&#233;s nationaux et bribes du socialisme, Marx et Wilson, emballements purement litt&#233;raires et &#233;troitesse petite-bourgeoise, pathos et bouffonnerie, l'Internationale et la Soci&#233;t&#233; des Nations, une certaine dose de sinc&#233;rit&#233;, beaucoup de charlatanisme et, par-dessus tout, satisfaction b&#233;ate d'un apothicaire de province ; telle est la mixture qui forme l'&#226;me d'un menchevik g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks g&#233;orgiens acclam&#232;rent avec enthousiasme les quatorze points de Wilson. Ils acclam&#232;rent la cr&#233;ation de la Soci&#233;t&#233; des Nations. Auparavant, ils avaient acclam&#233; l'entr&#233;e des troupes du kaiser en G&#233;orgie. Puis ils avaient acclam&#233; leur d&#233;part. Ils acclam&#232;rent l'arriv&#233;e des troupes anglaises. Ils acclam&#232;rent la d&#233;claration amicale de l'amiral fran&#231;ais. Ils acclam&#232;rent, il va de soi, Kautsky, Vandervelde, Mrs. Snowden et sont pr&#234;ts, &#224; chaque instant, &#224; acclamer l'archev&#234;que de Cantorb&#233;ry si celui-ci veut bien &#171; se fendre &#187; de quelques nouvelles mal&#233;dictions &#224; l'adresse des bolcheviks. C'est de cette fa&#231;on que ces messieurs d&#233;montrent qu'ils sont les enfants v&#233;ritables de la &#171; civilisation europ&#233;enne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;morandum pr&#233;sent&#233; par la d&#233;l&#233;gation g&#233;orgienne &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations &#224; Gen&#232;ve nous d&#233;voile, d'une fa&#231;on saisissante, l'essence du menchevisme g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rang&#233; sous le drapeau de la d&#233;mocratie occidentale &#8212; est-il dit dans la conclusion du m&#233;morandum &#8212; le peuple g&#233;orgien, tout naturellement, ressent une sympathie exclusive pour Vid&#233;e de la formation d'un syst&#232;me politique, qui, cons&#233;quence directe de la guerre, sert en m&#234;me temps de moyen pour paralyser la possibilit&#233; de nouvelles guerres dans l'avenir. La Soci&#233;t&#233; des Nations, qui incarne ce syst&#232;me, repr&#233;sente, par la f&#233;condit&#233; de ses r&#233;sultats, l'acquisition la plus remarquable de l'humanit&#233; dans sa voie vers l'unit&#233; future. Priant de l'admettre dans la Soci&#233;t&#233; des Nations&#8230; le gouvernement g&#233;orgien estime que les principes m&#234;mes appel&#233;s &#224; r&#233;gler la vie internationale dirig&#233;e d&#233;sormais vers la solidarit&#233; et la collaboration, exigent l'admission dans la famille des peuples libres europ&#233;ens du peuple antique qui fut autrefois l'avant-garde du christianisme en Orient et qui est devenu maintenant l'avant-garde de la d&#233;mocratie, du peuple qui n'aspire qu'au travail libre, opini&#226;tre, dans la maison qui est son h&#233;ritage l&#233;gitime et incontestable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, il n'y a plus qu'&#224; tirer l'&#233;chelle. Voil&#224; un document classique de la bassesse. Il peut servir de crit&#233;rium s&#251;r ; le socialiste chez lequel ce m&#233;morandum ne provoquera pas un haut-le-c&#339;ur doit &#234;tre exclu ignominieusement et pour toujours du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion principale que Kautsky tire de son &#233;tude sur la G&#233;orgie est que, contrairement &#224; la Russie, avec ses fractions, ses scissions et ses luttes intestines, contrairement &#224; tout ce monde coupable, qui sous ce rapport ne vaut pas mieux que la Russie, c'est dans les montagnes de la G&#233;orgie seulement qu'il a trouv&#233; le r&#232;gne du marxisme v&#233;ritable, du marxisme authentique. Pourtant, Kautsky ne cache pas qu'il n'y a, en G&#233;orgie, ni grande ni moyenne industrie et, par suite, pas de prol&#233;tariat au sens actuel du mot. La grande masse des d&#233;put&#233;s mencheviks de l'Assembl&#233;e Constituante g&#233;orgienne &#233;tait compos&#233;e de professeurs, de m&#233;decins, d'employ&#233;s. La masse des &#233;lecteurs &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par les paysans. N&#233;anmoins, Kautsky ne se donne pas la peine d'expliquer ce prodige historique, lui, qui, avec tous les mencheviks, nous accuse de repr&#233;senter les c&#244;t&#233;s arri&#233;r&#233;s de la Russie comme des sup&#233;riorit&#233;s, d&#233;couvre le mod&#232;le id&#233;al de la social-d&#233;mocratie dans le coin le plus retardataire de l'ancienne Russie. En r&#233;alit&#233;, si le &#171; marxisme &#187; en G&#233;orgie n'a pas connu les scissions et une lutte de fraction aussi intense que dans les autres pays moins favoris&#233;s, cela prouve uniquement que le milieu social y &#233;tait plus primitif, le processus de diff&#233;renciation de la d&#233;mocratie bourgeoise et de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne y &#233;tant consid&#233;rablement en retard, et, par suite, que le menchevisme g&#233;orgien n'avait rien de commun avec le marxisme. Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions fondamentales, Kautsky d&#233;clare du haut de sa grandeur qu'il connaissait d&#233;j&#224; les v&#233;rit&#233;s du marxisme, alors &#166; que beaucoup d'entre nous n'&#233;taient encore qu'au berceau. Nous ne chercherons pas &#224; contester &#224; Kautsky cette sup&#233;riorit&#233;. Le sage Nestor &#8212; celui de Shakespeare et non celui d'Hom&#232;re &#8212; se consid&#233;rait comme sup&#233;rieur &#224; son ennemi plus jeune que lui parce que la femme qu'il aimait avait &#233;t&#233; autrefois plus belle que la grand-m&#232;re de ce dernier. Chacun se console comme il peut. Mais peut-&#234;tre est-ce parce que Kautsky a, depuis trop longtemps, &#233;tudi&#233; l'alphabet du socialisme qu'il n'a pas su, quand il s'agissait de la G&#233;orgie, en lire les premi&#232;res lettres. Pour lui la stabilit&#233; et la dur&#233;e relatives de la domination du menchevisme g&#233;orgien sont le fruit d'une sagesse tactique sup&#233;rieure ; il ne voit pas qu'elles s'expliquent par le fait que l'&#232;re du socialisme r&#233;volutionnaire pour la G&#233;orgie arri&#233;r&#233;e a commenc&#233; plus tard que pour les autres parties de l'ancienne Russie. Profond&#233;ment bless&#233; par le cours de l'histoire, Karl Kautsky, aux derniers jours de l'&#232;re menchevique, est arriv&#233; &#224; Tiflis pour y apaiser sa soif spirituelle. Trois quarts de si&#232;cle apr&#232;s que Marx et Engels avaient &#233;crit leur Manifeste, Mrs. Snowden s'est empress&#233;e &#233;galement d'y courir pour a&#233;rer son bagage spirituel. La chose, en effet, s'imposait. L'&#201;vangile de Jordania est raisonnable, organique, v&#233;ritablement dans l'esprit &#171; fabien &#187; ; il va du roi g&#233;orgien Vakhtanga &#224; M. Huysmans ; il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le ciel lui-m&#234;me pour la satisfaction des besoins les plus nobles du socialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la b&#234;tise est vivace, lorsqu'elle a des racines sociales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Encore d&#233;mocratie et sovi&#233;tisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous en avons fini avec le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements, qu'il nous soit permis de nous arr&#234;ter &#224; quelques consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la Transcaucasie durant les cinq derni&#232;res ann&#233;es est un cours extr&#234;mement instructif de d&#233;mocratie en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe, aucun des partis caucasiens n'avait inscrit dans son programme la s&#233;paration d'avec la Russie. Quatre ou cinq mois plus tard, en avril 1918, le Se&#239;m transcaucasien compos&#233; des d&#233;put&#233;s de cette m&#234;me Assembl&#233;e Constituante d&#233;cr&#233;tait la s&#233;paration de la G&#233;orgie d'avec la Russie et sa constitution en &#201;tat ind&#233;pendant. Et ainsi, sur cette question fondamentale de la vie &#233;tatique : avec la Russie sovi&#233;tique ou sans elle et contre elle, personne ne consulta la population de la Transcaucasie ; il ne fut question ni de r&#233;f&#233;rendum, ni de pl&#233;biscite, ni de nouvelles &#233;lections. La s&#233;paration de la Transcaucasie d'avec la Russie fut d&#233;cr&#233;t&#233;e par les m&#234;mes d&#233;put&#233;s qui avaient &#233;t&#233; &#233;lus pour repr&#233;senter la Transcaucasie &#224; Saint-P&#233;tersbourg sur la base des plates-formes d&#233;mocratiques amorphes de la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique Transcaucasienne fut proclam&#233;e tout l'abord comme f&#233;d&#233;ration de toutes les nationalit&#233;s du Caucase. Mais la situation cr&#233;&#233;e par la s&#233;paration d'avec la Russie et la recherche de nouvelles orientations internationales amena le fractionnement de la Transcaucasie en trois parties distinctes : l'Azerbe&#239;djan, l'Arm&#233;nie et la G&#233;orgie. Le 26 mai 1918 d&#233;j&#224;, c'est-&#224;-dire cinq semaines apr&#232;s la s&#233;paration, le Se&#239;m &#8212; form&#233; de d&#233;put&#233;s de l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe &#8212; qui avait cr&#233;&#233; la R&#233;publique Transcaucasienne, proclamait sa liquidation. Comme auparavant, l'on ne demanda point leur avis aux masses populaires ; il n'y eut ni &#233;lections ni aucune autre forme de consultation. Et ainsi, tout d'abord, sans s'occuper du d&#233;sir de la population, on l'avait s&#233;par&#233;e de la Russie pour r&#233;aliser, comme l'expliquaient les dirigeants du Se&#239;m, une union plus &#233;troite des Tartares, des Arm&#233;niens, des G&#233;orgiens. Ensuite, &#224; la premi&#232;re secousse ext&#233;rieure, Tartares, Arm&#233;niens et G&#233;orgiens avaient &#233;t&#233;, sans qu'on les consult&#226;t, scind&#233;s en trois &#201;tats distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, la fraction g&#233;orgienne du Se&#239;m proclamait la G&#233;orgie r&#233;publique ind&#233;pendante. Les ouvriers et les paysans g&#233;orgiens ne furent point consult&#233;s : on les mit en pr&#233;sence du fait accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les dix mois qui suivirent, les mencheviks consolid&#232;rent le &#171; fait accompli &#187; : ils pourchass&#232;rent les communistes qu'ils r&#233;duisirent &#224; l'action clandestine, entr&#232;rent en relations avec les Turcs et les Allemands, conclurent des trait&#233;s de paix, remplac&#232;rent les Allemands par les Anglais et les Am&#233;ricains, accomplirent leurs r&#233;formes fondamentales, surtout cr&#233;&#232;rent leur force arm&#233;e pr&#233;torienne, la Garde Populaire, et, apr&#232;s tout cela seulement, se d&#233;cid&#232;rent &#224; convoquer l'Assembl&#233;e Constituante (mai 1919), mettant ainsi les masses dans la n&#233;cessit&#233; d'&#233;lire des repr&#233;sentants au Parlement de la r&#233;publique g&#233;orgienne ind&#233;pendante, dont elles n'avaient jamais entendu parler et &#224; laquelle elles n'avaient jamais pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie tout cela ? Si Macdonald, par exemple, comprenait tant soit peu l'histoire, c'est-&#224;-dire s'il &#233;tait capable de voir dans l'histoire le mouvement des forces et des int&#233;r&#234;ts vitaux et de distinguer leur aspect v&#233;ritable du masque qui les recouvre, leurs causes r&#233;elles des contingences, il arriverait tout d'abord &#224; la conclusion que les politiciens mencheviks, ces d&#233;mocrates par excellence, s'effor&#231;aient de r&#233;aliser, et r&#233;alisaient en fait, les mesures les plus importantes, contrairement aux m&#233;thodes de la d&#233;mocratie politique. Ils utilis&#232;rent, il est vrai, la fraction transcaucasienne de l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe, mais ils l'employ&#232;rent &#224; des buts diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux pour lesquels elle avait &#233;t&#233; &#233;lue. Puis il soutinrent artificiellement ce r&#233;sidu de la r&#233;volution de la veille pour faire opposition au lendemain de cette r&#233;volution. Ils ne convoqu&#232;rent l'Assembl&#233;e Constituante g&#233;orgienne qu'apr&#232;s avoir mis la G&#233;orgie dans une situation &#224; laquelle il n'y avait pour la population d'autre issue que celle qu'ils lui avaient impos&#233;e : la Transcaucasie &#233;tait s&#233;par&#233;e de la Russie, la G&#233;orgie de la Transcaucasie ; les Anglais occupaient Batoum ; les blancs, amis rien moins que s&#251;rs, &#233;taient aux fronti&#232;res de la r&#233;publique ; les bolcheviks g&#233;orgiens &#233;taient mis hors la loi, le parti menchevik restait le seul interm&#233;diaire possible entre la G&#233;orgie et l'Entente dont d&#233;pendaient les arrivages de bl&#233;. Dans ces conditions, les &#233;lections &#171; d&#233;mocratiques &#187; ne pouvaient avoir pour r&#233;sultat que le sanctionnement de cette s&#233;rie d'actes accomplis au moyen de la contrainte contre-r&#233;volutionnaire par les mencheviks eux-m&#234;mes et par leurs complices et protecteurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on compare &#224; cela le coup d'&#201;tat du 7 novembre pr&#233;par&#233; par nous au grand jour en rassemblant les masses autour du programme : &#171; Tout le pouvoir aux soviets &#187;, en construisant les soviets, en luttant pour les soviets, en y conqu&#233;rant la majorit&#233; contre les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires dans une lutte sans merci, et que l'on nous dise o&#249; est la v&#233;ritable d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut maintenant revenir &#224; quelques questions relatives au m&#233;canisme de la r&#233;volution tel que nous le connaissons par l'exp&#233;rience des temps modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'heure actuelle, la r&#233;volution n'&#233;tait possible qu'au cas o&#249; les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; du peuple, par suite, de classes diff&#233;rentes, &#233;taient en contradiction avec le syst&#232;me existant de la propri&#233;t&#233; et du r&#233;gime &#233;tatique. C'est pourquoi la r&#233;volution d&#233;butait par les revendications &#171; populaires &#187; &#233;l&#233;mentaires, dans lesquelles l'int&#233;r&#234;t de la classe des poss&#233;dants, l'ineptie de la petite bourgeoisie, l'&#233;tat politique arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat trouvaient leur expression. Ce n'est qu'au cours de la r&#233;alisation effective de ce programme que des antagonismes d'int&#233;r&#234;ts se r&#233;v&#232;lent dans le camp m&#234;me de la r&#233;volution. Les &#233;l&#233;ments poss&#233;dants, conservateurs sont rejet&#233;s progressivement ou d'un seul coup dans le camp de la contre-r&#233;volution. Les unes apr&#232;s les autres les diff&#233;rentes couches des masses opprim&#233;es se l&#232;vent pour la lutte. Leurs revendications se font plus cat&#233;goriques, leurs m&#233;thodes de lutte plus implacables. La r&#233;volution atteint son point culminant. Pour qu'elle continue son ascension, il lui manque soit des bases mat&#233;rielles (dans les conditions de la production), soit une force politique consciente (le parti). Alors la courbe commence &#224; s'abaisser pour une courte dur&#233;e de temps ou pour une longue p&#233;riode historique. Le parti extr&#234;me de la r&#233;volution ou bien est &#233;limin&#233; du pouvoir, ou bien restreint son programme d'action, en attendant qu'il se produise un changement en sa faveur dans le rapport des forces. Nous ne donnons ici que la formule alg&#233;brique de la r&#233;volution sans ses significations exactes de classe, mais cela nous suffit pour le moment, car il s'agit du rapport entre les forces vives, qui s'accroissent dans la lutte, et les forces de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions parlementaires h&#233;rit&#233;es du pass&#233; (&#201;tats G&#233;n&#233;raux en France, Douma d'Empire en Russie) peuvent, &#224; un certain moment, donner une impulsion &#224; la r&#233;volution, mais bient&#244;t elles la contrecarrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation &#233;lue &#224; la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution refl&#232;te in&#233;vitablement l'amorphisme politique, la na&#239;vet&#233;, la bonhomie, l'ind&#233;cision de cette derni&#232;re. Aussi devient-elle rapidement un frein pour le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire : s'il n'existe pas une force r&#233;volutionnaire capable de franchir cet obstacle, la r&#233;volution pi&#233;tine sur place, puis fait machine en arri&#232;re. La contre-r&#233;volution balaye la Constituante. Ainsi en fut-il pendant !a R&#233;volution de 1848 : le g&#233;n&#233;ral Wrangel liquida l'Assembl&#233;e Constituante prussienne qui n'avait pas su le liquider et qui n'avait pas &#233;t&#233; liquid&#233;e elle-m&#234;me au moment n&#233;cessaire par le parti r&#233;volutionnaire. Nous avons eu aussi, on le sait, notre g&#233;n&#233;ral Wrangel, qui avait h&#233;rit&#233; des penchants de son a&#239;eul. Mais nous l'avons liquid&#233;. Si nous y avons r&#233;ussi, c'est parce que nous avions liquid&#233; pr&#233;alablement l'Assembl&#233;e Constituante. La Constituante de Samara, elle, a refait l'exp&#233;rience prussienne et elle a trouv&#233; son fossoyeur en Koltchak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise n'a pu op&#233;rer pendant un certain temps au moyen d'institutions repr&#233;sentatives encombrantes, toujours en retard sur les &#233;v&#233;nements, que parce que l'Allemagne, &#224; cette &#233;poque, &#233;tait r&#233;duite &#224; rien et qu'il &#233;tait difficile &#224; l'Angleterre, alors comme maintenant, de s'engager sur le continent. Ainsi la R&#233;volution fran&#231;aise &#8212; et c'est ce qui la distingue de la n&#244;tre &#8212; a eu &#224; ses d&#233;buts une longue &#171; halte &#187; ext&#233;rieure qui lui a permis, jusqu'&#224; un certain point, d'ajuster et d'adapter, sans se presser, les repr&#233;sentations d&#233;mocratiques successives aux besoins de la r&#233;volution. Quand la situation devint mena&#231;ante, le parti r&#233;volutionnaire dirigeant n'orienta pas sa politique dans le sens de la d&#233;mocratie formelle, mais, avec le couperet de la guillotine, tailla &#224; la h&#226;te la d&#233;mocratie &#224; la mesure des besoins de sa politique : les Jacobins extermin&#232;rent les membres de la droite de la Convention et intimid&#232;rent les centristes du Marais. La r&#233;volution ne suivit pas le lit du fleuve d&#233;mocratique ; elle marcha par les d&#233;fil&#233;s et les ravins de la dictature terroriste. L'histoire, en somme, ne conna&#238;t pas de r&#233;volution qui se soit termin&#233;e par la voie d&#233;mocratique. Car la r&#233;volution est un litige grave, qu'on ne r&#233;soud jamais suivant la forme, mais selon le fond. Il arrive assez souvent que les gens perdent leur fortune et m&#234;me ce que l'on appelle l'honneur &#224; un jeu purement conventionnel comme le jeu de cartes ; mais les classes ne consentent jamais &#224; perdre leur avoir, leur pouvoir et leur honneur au jeu conventionnel du parlementarisme d&#233;mocratique. Elles r&#233;solvent toujours la question s&#233;rieusement, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment au rapport v&#233;ritable des forces mat&#233;rielles et non pas suivant leur repr&#233;sentation plus ou moins fictive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait douter que, m&#234;me dans les pays o&#249; le prol&#233;tariat, comme en Angleterre, forme la majorit&#233; absolue de la population, une institution repr&#233;sentative qui serait cr&#233;&#233;e par la r&#233;volution ouvri&#232;re ne refl&#233;terait, en m&#234;me temps que les premi&#232;res revendications de la r&#233;volution, les traditions monstrueusement conservatrices de ce pays. La personne d'un leader trade-unioniste anglais d'aujourd'hui est un amalgame de pr&#233;jug&#233;s religieux et sociaux remontant &#224; une &#233;poque extr&#234;mement recul&#233;e, contemporaine, pour le moins, de la restauration de la cath&#233;drale de Saint-Paul ; d'habitudes pratiques de fonctionnaire d'organisation ouvri&#232;re vivant &#224; une &#233;poque de maturit&#233; politique ; de raideur de petit bourgeois visant &#224; la respectabilit&#233; ; de conscience frelat&#233;e de politicien ouvrier familiaris&#233; avec toutes les trahisons. Ajoutez &#224; cela les influences intellectuelles, doctrinales, &#171; fabiennes &#187; diverses : morale socialiste des pr&#233;dicateurs de dimanche, syst&#232;mes rationalistes des pacifistes, dilettantisme des socialistes amateurs, &#233;troitesse obstin&#233;e et hautaine du &#171; fabianisme &#187;. Si les conditions sociales actuelles en Angleterre sont extr&#234;mement r&#233;volutionnaires, le long pass&#233; historique de ce pays a marqu&#233; d'une empreinte conservatrice puissante la conscience de la bureaucratie ouvri&#232;re et m&#234;me de la couche sup&#233;rieure des ouvriers les plus qualifi&#233;s. En Russie, les obstacles &#224; la r&#233;volution socialiste sont objectifs : ils consistent dans le morcellement de la propri&#233;t&#233; paysanne et dans l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de .a technique ; en Angleterre ils sont subjectifs : ils consistent dans le croupissement id&#233;ologique de tous les Henderson et Mrs. Snowden du Royaume-Uni. La r&#233;volution ouvri&#232;re aura raison de ces obstacles par des m&#233;thodes d'&#233;puration qu'elle appliquera sur elle-m&#234;me. Mais il n'y a aucun espoir qu'elle puisse en avoir raison par la voie de la d&#233;mocratie. M. Macdonald l'en emp&#234;chera, non pas par son programme, mais par le fait m&#234;me de son conservatisme personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; l'instabilit&#233; des rapports sociaux &#224; l'int&#233;rieur et les changements brusques et toujours dangereux &#224; l'ext&#233;rieur, il n'est pas douteux que, si la r&#233;volution russe s'&#233;tait mise aux pieds les entraves du d&#233;mocratisme bourgeois, elle serait depuis longtemps d&#233;j&#224; &#233;tendue sur la grand-route, la gorge tranch&#233;e. Kautsky, il est vrai, d&#233;clare dans ses &#233;crits que l'&#233;croulement de la R&#233;publique sovi&#233;tique ne serait pas un coup sensible pour la r&#233;volution internationale. C'est l&#224; une autre question. Nous sommes persuad&#233;s que l'effondrement de la R&#233;publique du prol&#233;tariat russe serait un soulagement consid&#233;rable pour beaucoup de gens, qui expliqueraient imm&#233;diatement qu'ils avaient, d&#232;s le d&#233;but, pr&#233;vu la chose. Kautsky &#233;crirait sa mille et uni&#232;me brochure, dans laquelle il expliquerait pourquoi le pouvoir des ouvriers russes succomb&#233;, mais oublierait d'expliquer pourquoi lui-m&#234;me est condamn&#233; &#224; n'&#234;tre qu'une nullit&#233;. Quant &#224; nous, nous consid&#233;rons que le fait que la R&#233;publique sovi&#233;tique a tenu bon pendant les ann&#233;es les plus p&#233;nibles est la meilleure preuve de la vitalit&#233; du syst&#232;me sovi&#233;tique. Ce syst&#232;me, &#233;videmment, ne renferme en soi aucune vertu mirifique. Mais il s'est r&#233;v&#233;l&#233; assez souple pour conserver au Parti communiste, qu'il a li&#233; &#233;troitement aux masses, la libert&#233; de man&#339;uvre n&#233;cessaire pour ne pas paralyser son initiative, pour le pr&#233;server des dangers du jeu parlementaire, qui est chose de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me ordre par rapport aux t&#226;ches fondamentales de la r&#233;volution. Quant au danger contraire, qui consisterait &#224; ne pas remarquer les changements survenus dans l'&#233;tat des esprits et les modifications dans la corr&#233;lation des forces, il faut reconna&#238;tre que, durant la derni&#232;re ann&#233;e, le sovi&#233;tisme a montr&#233;, sous ce rapport, une vitalit&#233; sup&#233;rieure. Les mencheviks du monde entier se sont mis &#224; parler du thermidor de la r&#233;volution russe. Mais ce n'est pas eux, c'est nous-m&#234;mes qui avons &#233;tabli ce diagnostic. Et, ce qui est encore plus important, c'est que le parti communiste a fait aux aspirations &#171; thermidoriennes &#187;, aux tendances de la petite bourgeoise, les concessions n&#233;cessaires pour la conservation du pouvoir au prol&#233;tariat sans briser le syst&#232;me et sans l&#226;cher le gouvernail de direction. Un professeur russe, qui aime &#224; r&#233;fl&#233;chir et auquel la r&#233;volution a &#233;t&#233; d'un certain profit, a qualifi&#233;, assez spirituellement d'ailleurs, notre nouvelle politique &#233;conomique de &#171; descente faite en serrant les freins &#187;. Tr&#232;s probablement, notre professeur &#8212; et il n'est pas le seul &#8212; se repr&#233;sente cette descente, dont nous n'avons d'ailleurs nullement l'intention d'amoindrir l'importance, comme quelque chose de d&#233;finitif et de d&#233;cisif. Il devra bient&#244;t se convaincre que, malgr&#233; l'importance de certains de ses &#233;carts, notre politique se redresse toujours et conserve sa direction fondamentale. Pour s'en convaincre, il faut la juger non pas d'apr&#232;s un fait isol&#233;, sensationnel, mais suivant son sens g&#233;n&#233;ral et les n&#233;cessit&#233;s de toute une &#233;poque. En tout cas, la &#171; descente faite en serrant les freins &#187; a pour le prol&#233;tariat au pouvoir les m&#234;mes avantages qu'ont, pour le r&#233;gime bourgeois, les r&#233;formes accomplies en temps utile, lesquelles diminuent la pression r&#233;volutionnaire. Voil&#224; qui doit &#234;tre facile &#224; comprendre pour Henderson, dont le parti tout entier n'est qu'un frein de s&#251;ret&#233; &#224; l'usage de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser maintenant de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du syst&#232;me sovi&#233;tique, dont, depuis longtemps d&#233;j&#224;, les mencheviks de tous les pays parlent tant dans leurs discours et dans leurs &#233;crits ? Ce qu'ils appellent &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; est en rapport &#233;troit avec ce qui a &#233;t&#233; nomm&#233; plus haut la &#171; descente faite en serrant les freins &#187;. La r&#233;volution internationale traverse en ce moment une p&#233;riode de cristallisation, de rassemblement de ses forces ; ext&#233;rieurement c'est une sorte de pi&#233;tinement sur place et m&#234;me de recul. C'est ce qu'exprime en partie notre nouvelle politique &#233;conomique. Il est naturel que cette p&#233;riode p&#233;nible, o&#249; le mouvement international subit un temps d'arr&#234;t, se r&#233;percute sur la situation et sur l'&#233;tat d'esprit des masses laborieuses de Russie et, partant, sur le travail du syst&#232;me sovi&#233;tique. Notre appareil administratif et &#233;conomique a fait, durant cette p&#233;riode, de grands progr&#232;s. Mais, &#233;videmment, la vie des soviets, en tant qu'organes de repr&#233;sentation des masses, n'a pu conserver cette tension qui &#233;tait sa caract&#233;ristique dans la p&#233;riode des premi&#232;res victoires int&#233;rieures ou aux moments o&#249; le danger ext&#233;rieur &#233;tait mena&#231;ant. Les luttes st&#233;riles des partis parlementaires, leurs combinaisons et leurs intrigues peuvent rev&#234;tir et rev&#234;tent fr&#233;quemment un caract&#232;re &#171; dramatique &#187; extraordinaire, au moment o&#249; les masses traversent une p&#233;riode de grande d&#233;pression morale. Le syst&#232;me sovi&#233;tique ne jouit pas d'une telle ind&#233;pendance. Il refl&#232;te beaucoup plus directement les masses et leur &#233;tat d'esprit. Il est monstrueux de lui reprocher comme une inf&#233;riorit&#233; ce qui est sa sup&#233;riorit&#233; essentielle. Seul le d&#233;veloppement de la r&#233;volution en Europe redonnera une impulsion plus puissante au syst&#232;me sovi&#233;tique. Mais peut-&#234;tre pourait-on &#171; remonter le moral &#187; des travailleurs gr&#226;ce &#224; une opposition menchevique et aux autres syst&#232;mes du parlementarisme ? Les pays &#224; d&#233;mocratie parlementaire ne manquent pas. Eh bien ! o&#249; sont les r&#233;sultats ? Il faudrait &#234;tre le plus &#171; bouch&#233; &#187; des professeurs de droit constitutionnel, ou le plus impudent des ren&#233;gats du socialisme pour nier que les masses ouvri&#232;res de Russie, maintenant, au moment de la soi-disant d&#233;cadence du syst&#232;me sovi&#233;tique, participent &#224; la direction de toutes les branches de la vie sociale, d'une fa&#231;on infiniment plus active, plus directe, plus constante, plus d&#233;cisive que dans n'importe quelle r&#233;publique parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays o&#249; le parlementarisme est d&#233;j&#224; de date ancienne, il s'est form&#233; toute une s&#233;rie de m&#233;canismes de transmission complexes et vari&#233;s, au moyen desquels la volont&#233; du Capital trouve son expression par l'interm&#233;diaire d'un Parlement issu du suffrage universel. Dans les pays jeunes et &#224; civilisation peu avanc&#233;e, la d&#233;mocratie bas&#233;e sur la classe paysanne rev&#234;t un caract&#232;re beaucoup plus sinc&#232;re et, par l&#224; m&#234;me, tr&#232;s instructif. De m&#234;me que l'on commence l'&#233;tude des organismes animaux par les amibes, de m&#234;me il faudrait commencer l'&#233;tude des myst&#232;res du parlementarisme anglais par l'&#233;tude de la pratique des constitutions balkaniques. Les partis dirigeants qui ont &#233;t&#233; au pouvoir en Bulgarie depuis la reconnaissance de l'ind&#233;pendance de ce pays ont men&#233; entre eux une lutte implacable, quoique leurs programmes fussent sensiblement les m&#234;mes. Chaque parti appel&#233; au pouvoir par le souverain &#8212; que ce parti f&#251;t russophile ou germanophile &#8212; commen&#231;ait par dissoudre l'Assembl&#233;e populaire et proc&#233;dait &#224; de nouvelles &#233;lections qui lui donnaient invariablement une majorit&#233; &#233;crasante et ne laissaient &#224; chacun des autres partis rivaux que deux ou trois si&#232;ges au Parlement. Deux ou trois ans plus tard, un de ces partis r&#233;duits &#224; rien par les &#233;lections d&#233;mocratiques, &#233;tait appel&#233; &#224; son tour au pouvoir par le souverain, pronon&#231;ait la dissolution de l'Assembl&#233;e populaire et obtenait l'immense majorit&#233; des mandats aux nouvelles &#233;lections. La classe paysanne bulgare, qui, par son niveau intellectuel et son exp&#233;rience politique, n'est nullement inf&#233;rieure &#224; la classe paysanne g&#233;orgienne, manifestait invariablement sa volont&#233; politique en votant pour le parti au pouvoir. Pendant la r&#233;volution, les paysans ne soutiennent un parti que lorsque le cours des &#233;v&#233;nements leur montre que ce parti peut prendre ou bien a d&#233;j&#224; pris le pouvoir. C'est pourquoi ils marchent avec les socialistes-r&#233;volutionnaires apr&#232;s la r&#233;volution de mars 1917 et avec les bolcheviks apr&#232;s novembre. La domination d&#233;mocratique des mencheviks en G&#233;orgie avait, au fond, ce caract&#232;re &#171; balkanique &#187;, mais avec cette seule diff&#233;rence que l'&#233;poque &#233;tait r&#233;volutionnaire ; elle s'appuyait sur les paysans dont l'impuissance de fonder, en r&#233;gime bourgeois, un parti autonome, capable de diriger l'&#201;tat, est attest&#233;e par l'histoire. Ce sont les villes qui, dans les temps modernes, ont toujours fourni un programme et une direction politique. Les r&#233;volutions ont invariablement rev&#234;tu un caract&#232;re d'autant plus d&#233;cisif que les masses populaires liaient dans une plus large mesure leur sort &#224; celui du parti extr&#234;me gauche des villes. Il en fut ainsi &#224; Munster, &#224; la fin de la R&#233;forme. Il en fut ainsi pendant la grande R&#233;volution fran&#231;aise, durant laquelle le club des Jacobins r&#233;ussit &#224; s'appuyer sur la campagne. Si la r&#233;volution de 1848 se cassa le cou &#224; ses premiers pas, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que son aile gauche, tr&#232;s faible, ne sut pas trouver d'appui dans les campagnes et que la classe paysanne, repr&#233;sent&#233;e par l'arm&#233;e, resta le soutien de l'ordre. La r&#233;volution russe actuelle n'a pris une telle envergure que parce que les ouvriers ont su faire la conqu&#234;te politique des paysans en leur montrant qu'ils &#233;taient capables de cr&#233;er un pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En G&#233;orgie, la faiblesse num&#233;rique et l'&#233;tat arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat, isol&#233; en outre des centres de la r&#233;volution, permirent au bloc politique des intellectuels petits-bourgeois et des groupes ouvriers les plus conservateurs de se maintenir beaucoup plus longtemps au pouvoir. Par les &#233;meutes et les insurrections, la classe paysanne g&#233;orgienne tenta d'imposer au pouvoir ses revendications fondamentales, mais, comme toujours, se r&#233;v&#233;la incapable de cr&#233;er un pouvoir. Ses insurrections isol&#233;es furent r&#233;prim&#233;es. Parall&#232;lement &#224; la r&#233;pression, la duperie parlementaire faisait son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; relative du r&#233;gime menchevique &#233;tait due &#224; l'impuissance politique des masses paysannes &#233;parses, impuissance que les mencheviks entretinrent artificiellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils y r&#233;ussirent d'autant plus facilement qu'ils r&#233;solurent la question du pouvoir effectif contrairement aux principes de la d&#233;mocratie en organisant une force arm&#233;e ind&#233;pendante, sans lien aucun avec les institutions d&#233;mocratiques. Nous voulons parler de la Garde Populaire, &#224; laquelle nous n'avons, jusqu'&#224; pr&#233;sent, touch&#233; qu'incidemment. L'organisation de la Garde Populaire nous d&#233;voile les arcanes de la d&#233;mocratie menchevique. Elle &#233;tait soumise directement au pr&#233;sident de la R&#233;publique et se composait de partisans du r&#233;gime, tri&#233;s sur le volet et parfaitement arm&#233;s. Kautsky le sait : &#171; Seuls &#8212; dit-il &#8212; les camarades &#233;prouv&#233;s et organis&#233;s pouvaient recevoir les armes. &#187; En sa qualit&#233; de menchevik &#233;prouv&#233; et organis&#233;, Kautsky lui-m&#234;me fut incorpor&#233; &#224; titre honorifique dans la Garde Populaire g&#233;orgienne. Voil&#224; qui est touchant ; pourtant l'organisation d'une garde se concilie bien peu avec la d&#233;mocratie. Dans sa pol&#233;mique contre les bolcheviks, Kautsky &#233;crit dans la m&#234;me brochure : &#171; Si le prol&#233;tariat ou le parti du prol&#233;tariat n'a pas le monopole de l'armement, il ne peut, dans un pays agricole, se maintenir au pouvoir qu'avec l'appui moral des paysans. &#187; Mais, qu'&#233;tait-ce que la Garde Populaire, sinon le monopole de l'armement entre les mains du parti menchevique ? Parall&#232;lement &#224; la garde arm&#233;e de la dictature menchevique, on cr&#233;a, il est vrai, en G&#233;orgie, une arm&#233;e sur la base du service militaire obligatoire. Mais l'importance de cette arm&#233;e &#233;tait presque nulle. Au moment du renversement du menchevisme (f&#233;vrier et mars 1921), l'arm&#233;e nationale ne participa presque pas aux engagements et, r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, passa aux bolcheviks ou simplement se rendit sans combat. Peut-&#234;tre Kautsky a-t-il l&#224;-dessus d'autres renseignements. Qu'il nous les communique. Mais, avant tout, qu'il explique pourquoi il fallait une force arm&#233;e pr&#233;torienne soigneusement s&#233;lectionn&#233;e si la d&#233;mocratie g&#233;orgienne s'appuyait uniquement sur les sympathies des masses laborieuses ? Pourquoi ce monopole de l'armement entre les mains des mencheviks &#233;prouv&#233;s et des partisans patent&#233;s du r&#233;gime ? L&#224;-dessus, Kautsky garde le silence. Macdonald, on le sait, a pour r&#232;gle de ne pas se casser la t&#234;te &#224; approfondir les questions de la r&#233;volution, d'autant plus qu'en Angleterre il est habitu&#233; &#224; voir des troupes r&#233;actionnaires mercenaires veiller &#224; la s&#251;ret&#233; de la d&#233;mocratie. Pour les pan&#233;gyristes de la d&#233;mocratie menchevique, la force arm&#233;e de ce r&#233;gime est une bagatelle &#224; laquelle il est inutile de s'arr&#234;ter. Toujours est-il que la Garde Populaire disposait effectivement de la pl&#233;nitude du pouvoir. Avec la Police Sp&#233;ciale, elle punissait ou faisait gr&#226;ce, arr&#234;tait, fusillait, d&#233;portait. Sans consulter la Constituante, elle d&#233;cr&#233;tait le travail obligatoire. Ferdinand Lassalle avait d&#233;j&#224; montr&#233; d'une fa&#231;on saisissante que les canons constituent la partie essentielle de toute constitution. Comme nous le voyons, au-dessus de la constitution g&#233;orgienne s'&#233;levait, arm&#233;e jusqu'aux dents, la Garde Populaire, dont les effectifs, d'apr&#232;s Kautsky, se montaient &#224; 30.000 [10] mencheviks qui op&#233;raient, non pas avec le programme de la IIe Internationale, mais avec les fusils et les canons, cette partie la plus importante de la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, en outre, qu'il se trouvait en G&#233;orgie des troupes &#233;trang&#232;res sp&#233;cialement invit&#233;es par les mencheviks pour soutenir leur r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contre-espionnage de l'Entente, le contre-espionnage de D&#233;nikine et de Wrangel et la Police Sp&#233;ciale menchevique agissaient en commun sur un large front. Toujours au service de la Garde Populaire et des troupes d'occupation pour les besoins de la lutte contre l'anarchie, ils repr&#233;sentaient en somme la partie la plus achev&#233;e de la &#171; constitution &#187; du menchevisme g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 82 % des mencheviks que renfermait l'Assembl&#233;e Constituante n'&#233;taient donc que la repr&#233;sentation parlementaire des canons de la Garde Populaire, de la Police Sp&#233;ciale, de l'exp&#233;dition militaire anglaise et de la prison cellulaire de Tiflis. Et voil&#224; d&#233;voil&#233;s devant nous, les myst&#232;res de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et chez vous ? nous demande la voix irrit&#233;e de Mrs. Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Chez nous, madame ? Tout d'abord, madame, si Ton compare les institutions, en tenant compte de l'&#233;tendue du pays et du chiffre de la population, Ton voit que l'appareil de la dictature du menchevisme g&#233;orgien est beaucoup plus consid&#233;rable que celui du gouvernement sovi&#233;tique. Pour s'en convaincre, il suffit d'une simple op&#233;ration arithm&#233;tique. De plus, madame, nous avons eu contre nous tout l'univers capitaliste, qui nous a fait une guerre sans tr&#234;ve, tandis que la G&#233;orgie a &#233;t&#233; continuellement prot&#233;g&#233;e par les pays imp&#233;rialistes victorieux qui nous combattaient par les armes. Enfin, madame &#8212; et ceci n'est pas de peu d'importance &#8212; nous n'avons jamais et nulle part ni&#233; que notre r&#233;gime f&#251;t le r&#233;gime de la dictature r&#233;volutionnaire de classe et non de la d&#233;mocratie pure qui, soi-disant, puise en elle-m&#234;me les garanties de sa stabilit&#233;. Nous n'avons pas menti comme mentent les mencheviks g&#233;orgiens et leurs patrons. Nous sommes habitu&#233;s &#224; appeler les choses par leurs noms. Lorsque nous privons la bourgeoisie et ses valets de droits politiques, nous ne recourons pas au masque d&#233;mocratique, nous agissons en d&#233;clarant ouvertement que nous r&#233;alisons le droit r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat victorieux. Lorsque nous fusillons nos ennemis, nous ne disons pas que ce sont les harpes d'Eole de la d&#233;mocratie qui fr&#233;missent. Toute politique r&#233;volutionnaire honn&#234;te exige avant tout que l'on ne jette pas de la poudre aux yeux des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le chiffre est consid&#233;rablement major&#233; : comme toujours les mench&#233;viks n'ont pas laiss&#233; passer l'occasion de duper une fois de plus l'honorable soldat de leur Garde Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. Le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les puissances alli&#233;es n'ont pas l'intention de s'&#233;carter du grand principe du droit des petits peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Elles n'y renonceront que lorsqu'elles seront forc&#233;es de reconna&#238;tre qu'une nation quelconque, temporairement ind&#233;pendante, par son impuissance &#224; maintenir l'ordre, par son humeur querelleuse, par ses actes agressifs et m&#234;me par l'affirmation enfantine et inutile de sa propre dignit&#233;, constitue un danger possible pour la paix de l'univers. Les grandes puissances ne tol&#233;reront pas une telle nation, car elles ont d&#233;cid&#233; que la paix du monde entier doit &#234;tre sauvegard&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces termes &#233;nergiques que le g&#233;n&#233;ral anglais Walker inculquait aux mencheviks g&#233;orgiens la conception de la relativit&#233; du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes. Politiquement, Henderson &#233;tait compl&#232;tement et est encore pour son g&#233;n&#233;ral. Mais, en th&#233;orie, il est enti&#232;rement pr&#234;t &#224; transformer le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes en un principe absolu et &#224; l'utiliser contre la R&#233;publique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes est la formule essentielle de la d&#233;mocratie pour les nations opprim&#233;es. L&#224; o&#249; l'oppression de classe et de caste se complique de l'asservissement national, les revendications de la d&#233;mocratie rev&#234;tent avant tout la forme de revendications pour l'&#233;galit&#233;, l'autonomie ou l'ind&#233;pendance compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la d&#233;mocratie bourgeoise comportait le droit pour les nations de disposer d'elles-m&#234;mes. Mais ce principe d&#233;mocratique est entr&#233; en contradiction ouverte, cat&#233;gorique, avec les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie des nations les plus puissantes. Il est apparu que la forme r&#233;publicaine de gouvernement se conciliait parfaitement avec la domination de la Bourse. La dictature du Capital s'est empar&#233;e sans peine de la technique du suffrage universel. Mais le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes a rev&#234;tu et rev&#234;t un caract&#232;re de danger mena&#231;ant et imm&#233;diat, car il implique, en nombre de cas, le d&#233;membrement de l'&#201;tat bourgeois ou la s&#233;paration des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus puissantes d&#233;mocraties bourgeoises se sont transform&#233;es en aristocraties imp&#233;rialistes. Au moyen du peuple de la m&#233;tropole, qu'elle tient en main par le r&#233;gime &#171; d&#233;mocratique &#187;, l'oligarchie financi&#232;re de la City &#233;tend sa domination sur une masse formidable d'&#234;tres humains en Asie et en Afrique. La R&#233;publique Fran&#231;aise, dont la population se monte &#224; 38 millions d'hommes, n'est qu'une partie d'un empire colonial comptant actuellement jusqu'&#224; 60 millions d'esclaves de couleur. Les colonies fran&#231;aises, peupl&#233;es de Noirs, doivent fournir des contingents de plus en plus &#233;lev&#233;s pour l'arm&#233;e destin&#233;e &#224; entretenir l'esclavage colonial et &#224; maintenir la domination des capitalistes sur les travailleurs en France m&#234;me. L'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire la tendance &#224; &#233;largir par tous les moyens son march&#233; au d&#233;triment des peuples voisins, la lutte pour l'accroissement de la puissance coloniale, pour la domination des mers, est devenue de plus en plus incompatible avec les tendances nationales s&#233;paratistes des peuples opprim&#233;s. Or, comme la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, y compris la social-d&#233;mocratie, est tomb&#233;e sous la d&#233;pendance politique compl&#232;te de l'imp&#233;rialisme, le programme du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes a &#233;t&#233;, en fait, r&#233;duit &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand carnage imp&#233;rialiste a introduit des changements d&#233;cisifs dans la question. Durant la guerre, tous les partis bourgeois et social-patriotes firent jouer &#8212; mais &#224; rebours &#8212; le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Par tous les moyens, les gouvernements bellig&#233;rants s'efforc&#232;rent d'accaparer ce mot d'ordre, tout d'abord dans la guerre qu'ils men&#232;rent les uns contre les autres, puis dans leur lutte contre la Russie sovi&#233;tique. L'imp&#233;rialisme allemand exploita l'ind&#233;pendance nationale des Polonais, des Ukrainiens, des Lithuaniens, des Lettons, des Estoniens, des Finlandais, des Caucasiens tout d'abord contre le tsarisme, ensuite, sur une plus large &#233;chelle, contre nous. En union avec le tsarisme, l'Entente r&#233;clamait l'&#171; affranchissement &#187; des peuples des confins de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique sovi&#233;tique, qui avait h&#233;rit&#233; de l'empire tsariste, soud&#233; par la violence et l'oppression, proclama ouvertement le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et la libert&#233; pour eux de se constituer en &#201;tats nationaux ind&#233;pendants. Comprenant combien ce principe &#233;tait important &#224; l'&#233;poque d'une transition au socialisme, notre parti ne le transforma pourtant jamais en un dogme absolu, sup&#233;rieur &#224; toutes les autres n&#233;cessit&#233;s et t&#226;ches historiques. Le d&#233;veloppement &#233;conomique de l'humanit&#233; actuelle a un caract&#232;re profond&#233;ment centraliste. Le capitalisme a cr&#233;&#233; les pr&#233;misses essentielles pour la r&#233;alisation d'un syst&#232;me &#233;conomique mondial unique. L'imp&#233;rialisme n'est que l'expression rapace de ce besoin d'unit&#233; et de direction pour toute la vie &#233;conomique du globe. Chacun des grands pays imp&#233;rialistes est &#224; l'&#233;troit dans les cadres de son &#233;conomie nationale et aspire &#224; &#233;largir ses march&#233;s. Son but, tout au moins id&#233;al, est le monopole de l'&#233;conomie universelle. La rapacit&#233; et le brigandage capitalistes sont maintenant l'expression de la t&#226;che essentielle de notre &#233;poque : la coordination de la vie &#233;conomique de toutes les parties du monde et la cr&#233;ation, dans l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; tout enti&#232;re, d'une production mondiale harmonieuse, p&#233;n&#233;tr&#233;e du principe de l'&#233;conomie des forces et des moyens. C'est l&#224; aussi la t&#226;che du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ne saurait &#234;tre au-dessus des tendances unificatrices, caract&#233;ristiques de l'&#233;conomie socialiste. Sous ce rapport, il occupe dans la marche du d&#233;veloppement historique la place subordonn&#233;e qui revient &#224; la d&#233;mocratie. Le centralisme socialiste n&#233; peut pourtant prendre imm&#233;diatement la place du centralisme imp&#233;rialiste. Les nations opprim&#233;es doivent obtenir la possibilit&#233; de d&#233;tendre leurs membres ankylos&#233;s sous les cha&#238;nes de la contrainte capitaliste. Combien de temps encore durera la p&#233;riode pendant laquelle la Finlande, la Tch&#233;co-Slovaquie, la Pologne, etc., se contenteront de l'ind&#233;pendance nationale, c'est l&#224; une question dont la solution d&#233;pend avant tout du cours g&#233;n&#233;ral du d&#233;veloppement de la r&#233;volution sociale. Mais l'impuissance &#233;conomique de ces compartiments &#224; cloisons &#233;tanches que sont les diff&#233;rents &#201;tats nationaux se manifeste dans toute son &#233;tendue d&#232;s la naissance de chaque nouvel &#201;tat national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne saurait avoir pour t&#226;che ou pour m&#233;thode la suppression m&#233;canique de la nationalit&#233; et la cimentation forc&#233;e des peuples. La lutte dans le domaine de la langue, de l'instruction, de la litt&#233;rature, de la culture lui est compl&#232;tement &#233;trang&#232;re, car son principe dirigeant n'est pas la satisfaction des int&#233;r&#234;ts professionnels des intellectuels ou des int&#233;r&#234;ts nationaux des boutiquiers, mais la satisfaction des int&#233;r&#234;ts fondamentaux de la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution sociale victorieuse laissera &#224; chaque groupe national la facult&#233; de r&#233;soudre &#224; sa guise les probl&#232;mes de sa culture nationale, mais elle unifiera &#8212; au profit et avec l'assentiment des travailleurs &#8212; les t&#226;ches &#233;conomiques dont la solution rationnelle d&#233;pend des conditions historiques et techniques naturelles, mais non de la nature des groupements nationaux. La f&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique cr&#233;era une forme &#233;tatique extr&#234;mement mobile et souple qui accordera entre eux, de la fa&#231;on la plus harmonieuse, les besoins nationaux et les besoins &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'Occident et l'Orient, la R&#233;publique sovi&#233;tique a surgi, arm&#233;e de deux mots d'ordre : dictature du prol&#233;tariat et droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Dans certains cas, ces deux stades peuvent n'&#234;tre s&#233;par&#233;s l'un de l'autre que par quelques ann&#233;es ou m&#234;me quelques mois. Pour l'immense Orient, cet intervalle de temps se mesurera vraisemblablement par des dizaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions r&#233;volutionnaires o&#249; se trouvait la Russie, il suffit de neuf mois du r&#233;gime d&#233;mocratique de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli pour pr&#233;parer les conditions de la victoire du prol&#233;tariat. Comparativement au r&#233;gime de Nicolas II et de Raspoutine, le r&#233;gime K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli &#233;tait historiquement un pas en avant. La reconnaissance de ce fait, &#224; laquelle nous ne nous sommes, il va de soi, jamais refus&#233;s, n'est pas l'appr&#233;ciation formelle, l'appr&#233;ciation des professeurs, des popes, de Macdonald sur la d&#233;mocratie, mais l'appr&#233;ciation r&#233;volutionnaire, historique, mat&#233;rialiste de la signification v&#233;ritable de la d&#233;mocratie. Neuf mois de r&#233;volution suffirent &#224; la d&#233;mocratie pour qu'elle cess&#226;t d'&#234;tre un facteur progressif. Cela ne veut pas dire, certes, que l'on e&#251;t pu, en novembre 1917, au moyen d'un r&#233;f&#233;rendum, obtenir une r&#233;ponse exacte de la majorit&#233; des ouvriers et des paysans, auxquels on aurait demand&#233; s'ils consid&#233;raient avoir pass&#233; une &#233;cole pr&#233;paratoire suffisante de d&#233;mocratisme. Mais cela veut dire que, apr&#232;s neuf mois de r&#233;gime d&#233;mocratique, la conqu&#234;te du pouvoir par l'avant-garde prol&#233;tarienne ne risquait pas de se heurter &#224; l'incompr&#233;hension il et aux pr&#233;jug&#233;s de la majorit&#233; des travailleurs, que, bien au contraire, elle obtenait du coup la possibilit&#233; d'&#233;largir et de consolider ses positions en attirant &#224; une participation active et en gagnant &#224; sa cause des masses laborieuses de plus en plus consid&#233;rables. C'est en cela, n'en d&#233;plaise aux d&#233;mocrates born&#233;s, que consiste la signification du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration des r&#233;gions excentriques de l'Empire tsariste d'avec la Russie et leur transformation en r&#233;publiques petites-bourgeoises ind&#233;pendantes eut la m&#234;me signification relativement progressive que la d&#233;mocratie dans son ensemble. Seuls, les imp&#233;rialistes et les social-imp&#233;rialistes peuvent refuser aux peuples opprim&#233;s le droit de se s&#233;parer du pays auquel ils sont accol&#233;s. Seuls, les fanatiques et les charlatans du nationalisme peuvent voir dans l'ind&#233;pendance nationale un but en soi. Pour nous l'ind&#233;pendance nationale a &#233;t&#233; et reste encore l'&#233;tape historique, in&#233;vitable en beaucoup de cas, vers la dictature de la classe ouvri&#232;re qui, en vertu des lois de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire, manifeste, m&#234;me au cours de la guerre civile, des tendances profond&#233;ment centralistes, oppos&#233;es au s&#233;paratisme national et concordant enti&#232;rement avec les besoins de l'&#233;conomie socialiste rationnelle de l'avenir, m&#233;thodiquement r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps faudra-t-il pour que la classe ouvri&#232;re se d&#233;barrasse de ses illusions sur l'ind&#233;pendance nationale et se mette &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ? C'est l&#224; une question dont la solution d&#233;pend de la rapidit&#233; du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire (nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;), ainsi que des conditions int&#233;rieures et ext&#233;rieures sp&#233;ciales &#224; chaque pays. En G&#233;orgie, l'ind&#233;pendance nationale fictive a dur&#233; trois ans. Fallait-il v&#233;ritablement trois ans et &#233;tait-ce assez de trois ans pour que les masses laborieuses de G&#233;orgie arrivassent &#224; se d&#233;barrasser de leurs illusions nationales ? C'est l&#224; une question &#224; laquelle il est impossible de donner une r&#233;ponse acad&#233;mique. Lorsque l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution se livrent une lutte ut hum&#233;e sur chaque parcelle du territoire du globe, le r&#233;f&#233;rendum et le pl&#233;biscite se transforment en fiction : demandez plut&#244;t &#224; MM. Korfanty, Z&#233;ligovski ou aux commissions sp&#233;ciales de l'Entente. Pour nous la question ne se r&#233;sout pas par les m&#233;thodes de la statistique d&#233;mocratique, mais par les m&#233;thodes de la dynamique i &#233;volutionnaire. En somme, de quoi s'agit-il en l'occurrence ? Du fait que la r&#233;volution sovi&#233;tique g&#233;orgienne,accomplie incontestablement avec la participation active .le l'Arm&#233;e Rouge (&#231;'aurait &#233;t&#233; une trahison que de ne i ms aider les ouvriers et les paysans de la G&#233;orgie par la force arm&#233;e, du moment que nous avions cette force inn&#233;e &#224; notre disposition), s'est produite, apr&#232;s une exp&#233;rience politique de trois ann&#233;es d'ind&#233;pendance nationale, dans des conditions qui lui assuraient enti&#232;rement, non pas seulement un succ&#232;s militaire provisoire, mais le succ&#232;s politique v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire la facult&#233; d'&#233;largir et de consolider les fondements sovi&#233;tiques de la G&#233;orgie eIle-m&#234;me. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment en cela, n'en d&#233;plaise aux p&#233;dants &#233;troits de la d&#233;mocratie, que consiste la t&#226;che r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de leurs mentors des chancelleries diplomatiques bourgeoises, les politiciens de la IIe Internationale font des grimaces ironiques lorsqu'ils nous entendent parler du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Attrape-nigauds ! Pi&#232;ges de l'imp&#233;rialisme rouge ! &#8212; s'exclament-ils. En r&#233;alit&#233;, ces pi&#232;ges sont dispos&#233;s par l'histoire elle-m&#234;me qui ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes d'une fa&#231;on rectiligne. En tout cas ce n'est pas nous qui transit -linons en pi&#232;ges les zigzags du d&#233;veloppement historique, car, reconnaissant en fait le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, nous montrons toujours aux masses a signification historique restreinte et ne lui subordonnons, en aucun cas, les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance par l'&#201;tat ouvrier du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes est par l&#224; m&#234;me la reconnaissance du fait que la violence r&#233;volutionnaire n'est pas un facteur historique tout-puissant. La R&#233;publique sovi&#233;tique ne se dispose nullement &#224; substituer sa force arm&#233;e aux efforts r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat des autres pays. La conqu&#234;te du pouvoir par ce prol&#233;tariat doit &#234;tre le fruit de sa propre exp&#233;rience politique. Cela ne signifie pas que les efforts r&#233;volutionnaires des travailleurs &#8212; de G&#233;orgie par exemple &#8212; ne puissent pas trouver un secours arm&#233; de l'ext&#233;rieur. Il faut seulement que ce secours vienne au moment o&#249; le besoin en est pr&#233;par&#233; par le d&#233;veloppement ant&#233;rieur et a m&#251;ri dans la conscience de l'avant-garde r&#233;volutionnaire soutenue par la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs. Ce sont l&#224; des questions de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et non de rituel d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique r&#233;elle de l'heure actuelle exige que nous accordions, par tous les moyens en notre pouvoir, les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat ouvrier avec les conditions d&#233;coulant du fait que cet &#201;tat est entour&#233; de toutes parts par des &#201;tats bourgeois national-d&#233;mocratiques, grands et petits. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces consid&#233;rations d&#233;coulant de l'appr&#233;ciation des forces r&#233;elles qui ont d&#233;termin&#233; notre politique de concessions, de patience, d'expectative envers la G&#233;orgie. Mais quand cette politique de conciliation, apr&#232;s avoir produit politiquement tous ses fruits, ne donna plus les garanties &#233;l&#233;mentaires de s&#233;curit&#233; ; quand le principe du droit des nationalit&#233;s, entre les mains du g&#233;n&#233;ral Walker et de l'amiral Dumesnil, fut devenu une garantie juridique pour la contre-r&#233;volution qui pr&#233;parait un nouveau coup contre nous, nous ne v&#238;mes et ne pouvions voir aucun obstacle de principe &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de l'avant-garde r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie, &#224; faire entrer les troupes rouges dans ce pays pour aider les ouvriers et les paysans pauvres &#224; renverser, dans le plus bref d&#233;lai possible et avec le minimum de sacrifices, cette mis&#233;rable d&#233;mocratie qui s'&#233;tait elle-m&#234;me perdue sur sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement nous reconnaissons, mais nous soutenons de toutes nos forces le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes l&#224; o&#249; il est dirig&#233; contre les &#201;tats f&#233;odaux, capitalistes, imp&#233;rialistes. Mais, l&#224; o&#249; la fiction de l'autonomie nationale se transforme entre les mains de la bourgeoisie en une arme dirig&#233;e contre la r&#233;volution du prol&#233;tariat, nous n'avons aucune raison de nous comporter &#224; son &#233;gard autrement qu'envers tous les autres principes de la d&#233;mocratie transform&#233;s en leur contraire par le Capital. Par rapport au Caucase la politique sovi&#233;tique s'est trouv&#233;e juste &#233;galement sous le rapport national : c'est ce que d&#233;montrent, mieux que tout, les rapports r&#233;ciproques actuels des peuples transcaucasiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque du tsarisme avait &#233;t&#233; une &#233;poque de pogroms barbares au Caucase. Arm&#233;niens et Tartares se massacraient p&#233;riodiquement. Ces explosions sanglantes de nationalisme sous le joug de fer du tsarisme &#233;taient la continuation de la lutte s&#233;culaire des peuples transcaucasiens entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque &#171; d&#233;mocratique &#187; donna &#224; la lutte nationale un caract&#232;re beaucoup plus net et beaucoup plus organis&#233;. D&#232;s le d&#233;but, des arm&#233;es nationales se form&#232;rent qui, hostiles les unes aux autres, en venaient fr&#233;quemment aux mains. La tentative de cr&#233;er une R&#233;publique transcaucasienne bourgeoise sur les bases du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique &#233;choua pitoyablement, honteusement. Cinq semaines apr&#232;s sa cr&#233;ation la f&#233;d&#233;ration se d&#233;sagr&#233;geait. Quelques mois plus tard, les r&#233;publiques &#171; d&#233;mocratiques &#187; guerroyaient d&#233;j&#224; ouvertement les unes contre les autres. Ce seul fait suffit pour trancher la question. Car, du moment que la d&#233;mocratie, &#224; la suite du tsarisme, s'av&#233;rait impuissante &#224; cr&#233;er, pour les peuples de la Transcaucasie, des conditions de voisinage pacifique, il '&#034;&#8226;tait &#233;videmment n&#233;cessaire d'entrer dans une nouvelle voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, le pouvoir sovi&#233;tique a pu &#233;tablir la concorde entre les nations caucasiennes. Dans les &#233;lections aux soviets, les ouvriers de Bakou et de Tiflis &#233;lisent un Tartare, un Arm&#233;nien ou un G&#233;orgien sans s'occuper de sa nationalit&#233;. En Transcaucasie, les r&#233;giments rouges musulmans, arm&#233;niens, g&#233;orgiens et russes vivent c&#244;te &#224; c&#244;te. Chacun d'eux sent, comprend qu'il est une partie d'une arm&#233;e unique. Aucune force ne parviendra &#224; les lancer l'un contre l'autre. Par contre, tous ensemble, ils d&#233;fendront la Transcaucasie sovi&#233;tique contre toute agression ext&#233;rieure ou int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pacification nationale de la Transcaucasie, obtenue gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution sovi&#233;tique, est par elle-m&#234;me un fait d'une immense importance au point de vue politique, ainsi qu'au point de vue de la civilisation. C'est ainsi que se cr&#233;e et se d&#233;veloppe l'internationalisme v&#233;ritable, vivant, que nous pouvons opposer sans crainte aux dissertations pacifistes et vides par lesquelles les chevaliers de la IIe Internationale compl&#232;tent l'action chauvine de ses patries nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait des troupes sovi&#233;tiques de G&#233;orgie avec l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum sous le contr&#244;le d'une commission mixte compos&#233;e de socialistes et de communistes n'est qu'un pi&#232;ge imp&#233;rialiste, des plus vulgaires, que l'on veut nous tendre sous le drapeau d&#233;mocratique du droit des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons de c&#244;t&#233; toute une s&#233;rie de questions fondamentales : En vertu de quel droit les d&#233;mocrates veulent-ils nous imposer la forme d&#233;mocratique de consultation de la nation au lieu de la forme sovi&#233;tique, plus &#233;lev&#233;e &#224; notre point de vue ? Pourquoi l'application du r&#233;f&#233;rendum est-elle limit&#233;e &#224; la seule G&#233;orgie ? Pourquoi pose-t-on cette exigence uniquement &#224; la R&#233;publique sovi&#233;tique ? Pourquoi les social-d&#233;mocrates veulent-ils faire un r&#233;f&#233;rendum chez nous alors qu'ils ne font rien d'approchant chez eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoptons, pour un instant, le point de vue de nos adversaires, si tant est qu'ils aient un semblant de point de vue. Prenons &#224; part la question de la G&#233;orgie et examinons-la isol&#233;ment. Le probl&#232;me pos&#233; est celui-ci : cr&#233;ation des conditions permettant au peuple g&#233;orgien d'exprimer librement (d&#233;mocratiquement, mais non sovi&#233;tiquement) sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Quelles sont les parties contractantes ? Qui assure l'ex&#233;cution effective des conditions de l'accord : d'une part, vraisemblablement, les r&#233;publiques sovi&#233;tiques alli&#233;es ; mais de l'autre ? Ne serait-ce pas la IIe Internationale ? Mais o&#249; est la force mat&#233;rielle dont elle dispose pour assurer l'ex&#233;cution de ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Si m&#234;me l'on admet que l'&#201;tat ouvrier passe un accord avec... Henderson et Vandervelde et que, conform&#233;ment aux clauses de cet accord, l'on cr&#233;e des commissions de contr&#244;le compos&#233;es de communistes et de social-d&#233;mocrates, comment faire avec la &#171; troisi&#232;me &#187; force, avec les gouvernements imp&#233;rialistes ? N'interviendront-ils pas ? Est-ce que les valets social-d&#233;mocrates r&#233;pondent de leurs patrons ? Mais o&#249; sont les garanties mat&#233;rielles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les troupes sovi&#233;tiques doivent &#234;tre retir&#233;es de G&#233;orgie. Mais la fronti&#232;re occidentale de la G&#233;orgie est form&#233;e par la mer Noire. Or, les navires de guerre de l'Entente dominent cette mer sans contr&#244;le. Les d&#233;barquements des gardes-blancs effectu&#233;s par les navires de l'Angleterre et de la France sont trop bien connus de la population du Caucase. Les troupes sovi&#233;tiques s'en iront, mais la flotte imp&#233;rialiste restera. Pour la population g&#233;orgienne, cela signifie qu'elle doit chercher &#224; tout prix un accord avec le ma&#238;tre v&#233;ritable de la situation &#8212; avec l'Entente. Le paysan g&#233;orgien devra se dire que, quoiqu'il pr&#233;f&#232;re le pouvoir sovi&#233;tique, du moment que ce pouvoir est forc&#233;, pour certaines raisons (&#233;videmment, par suite de sa faiblesse), d'&#233;vacuer la G&#233;orgie, malgr&#233; la menace permanente que fait peser sur ce pays l'imp&#233;rialisme, il n'a, lui, paysan g&#233;orgien, qu'une chose &#224; faire : chercher des interm&#233;diaires entre lui et cet imp&#233;rialisme. N'est-ce pas ainsi que vous voulez faire violence &#224; la volont&#233; du peuple g&#233;orgien et lui imposer les mencheviks ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ou bien va-t-on nous proposer de faire sortir de la mer Noire les navires de guerre de l'Entente ? Qui le proposera ? Les gouvernements de l'Entente ou Mrs. Snowden ? Cette question a une certaine importance. Nous demandons des &#233;claircissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. O&#249; seront dirig&#233;s les navires de guerre : dans la mer de Marmara ou dans la M&#233;diterran&#233;e ? Mais, du moment que l'Angleterre est ma&#238;tresse des D&#233;troits, cette distance n'a aucune importance. Quelle est donc l'issue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Peut-&#234;tre pourrait-on fermer &#224; cl&#233; les D&#233;troits ? Et peut-&#234;tre, par la m&#234;me occasion, en remettre la cl&#233; &#224; la Turquie ? Car le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, n'implique nullement pour la Grande-Bretagne le droit de tenir en mains les D&#233;troits, Constantinople, la mer Noire et, par suite, tout le littoral, surtout si l'on consid&#232;re que notre flotte de la mer Noire nous a &#233;t&#233; vol&#233;e par les bandits blancs et se trouve aux mains de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons consenti &#224; poser la question ainsi que cherchent &#224; la poser nos adversaires, c'est-&#224;-dire sur le terrain des principes et des garanties d&#233;mocratiques. Et il en ressort qu'on cherche &#224; nous tromper de la fa&#231;on la plus impudente : on exige de nous le d&#233;sarmement mat&#233;riel du territoire sovi&#233;tique et, comme garantie contre les usurpations et les coups d'&#201;tat des imp&#233;rialistes et des gardes-blancs, l'on nous propose... une r&#233;solution de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce qu'aucun danger imp&#233;rialiste ne menace le Caucase ? Mrs. Snowden n'a-t-elle pas entendu parler du naphte de Bakou ? Bien possible que non. En tout cas, nous pouvons l'informer que la voie de Bakou passe par Tiflis. Ce dernier point est le centre strat&#233;gique de la Transcaucasie, chose que n'ignorent pas les g&#233;n&#233;raux anglais et fran&#231;ais. Au Caucase, il existe actuellement des organisations conspiratives de gardes-blancs sous la d&#233;nomination solennelle de &#171; Comit&#233;s de lib&#233;ration &#187; et autres, ce qui ne les emp&#234;che pas de toucher des subventions p&#233;cuniaires des propri&#233;taires de naphte anglais, des propri&#233;taires de mines de mangan&#232;se italiens, etc. Les bandes blanches re&#231;oivent par mer des armes. La lutte est men&#233;e pour le naphte et le mangan&#232;se. Comment arriver au naphte : par D&#233;nikine, par le parti musulman des moussavats ou par les portes de &#171; l'ind&#233;pendance nationale &#187; dont la IIe Internationale tient les cl&#233;s ; voil&#224; qui est bien &#233;gal aux propri&#233;taires du naphte, pourvu qu'ils arrivent au but. D&#233;nikine n'a pas r&#233;ussi &#224; battre l'Arm&#233;e Rouge ; Macdonald, se dit-on, r&#233;ussira peut-&#234;tre &#224; la faire partir pacifiquement : le r&#233;sultat sera le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Macdonald n'y r&#233;ussira pas. De telles questions ne se tranchent pas par des r&#233;solutions de la IIe Internationale, quand bien m&#234;me ces r&#233;solutions ne seraient pas aussi pitoyables, aussi contradictoires, aussi friponnes et aussi balbutiantes que la r&#233;solution adopt&#233;e sur la G&#233;orgie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X. L'opinion publique bourgeoise, la social-d&#233;mocratie, le communisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste encore &#224; &#233;lucider une question. Pour quel motif les gens de la IIe Internationale exigent-ils de nous, de la Russie sovi&#233;tique, du parti communiste, que nous &#233;vacuions la G&#233;orgie ? Au nom de quel principe ? Admettons que la G&#233;orgie ait, en effet, &#233;t&#233; occup&#233;e par la violence et que cette occupation soit le fait de l'imp&#233;rialisme sovi&#233;tique. Mais de quel droit Henderson, membre de la IIe Internationale, ancien ministre anglais, vient-il exiger de nous, du prol&#233;tariat organis&#233; en &#201;tat, de la IIIe Internationale, du communisme r&#233;volutionnaire, le d&#233;sarmement de la G&#233;orgie sovi&#233;tique ? Lorsque c'est M. Churchill qui l'exige, il montre du doigt ses grosse pi&#232;ces d'artillerie de marine et les fils de fer barbel&#233;s du blocus. Mais M. Henderson que nous montrera-t-il, lui ? L'&#201;criture sainte n'est qu'un mythe ; le programme de M. Henderson un mythe aussi, la na&#239;vet&#233; en moins ; quant &#224; ses actes &#8212; ils t&#233;moignent contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas longtemps encore, Henderson &#233;tait ministre de l'une des d&#233;mocraties du monde, de sa d&#233;mocratie, de la d&#233;mocratie de la Grande-Bretagne. Pourquoi n'a-t-il pas insist&#233; pour que cette d&#233;mocratie, pour la d&#233;fense de laquelle il est pr&#234;t &#224; tous les sacrifices, m&#234;me &#224; celui d'accepter un portefeuille minist&#233;riel des mains du conservateur-lib&#233;ral Lloyd George, pourquoi, dis-je, n'a-t-il pas insist&#233;, pourquoi n'a-t-il m&#234;me pas essay&#233; d'insister pour que cette d&#233;mocratie commen&#231;&#226;t &#224; r&#233;aliser, non pas nos principes &#8212; oh ! non ! &#8212; mais les siens, &#224; lui, Henderson ? Pourquoi n'a-t-il pas exig&#233; l'&#233;vacuation de l'Inde et de l'&#201;gypte ? Pourquoi n'a-t-il pas soutenu nagu&#232;re les Irlandais lorsqu'ils r&#233;clamaient leur lib&#233;ration compl&#232;te du joug anglais ? Nous savons que Henderson, ainsi que Macdonald, protestent p&#233;riodiquement dans de m&#233;lancoliques r&#233;solutions contre les exc&#232;s de l'imp&#233;rialisme anglais. Mais cette protestation impuissante et veule ne repr&#233;sente pas et n'a d'ailleurs jamais repr&#233;sent&#233; une menace r&#233;elle pour les int&#233;r&#234;ts de la domination coloniale du Capital britannique ; elle n'a jamais provoqu&#233; et ne provoque aucune action hardie et d&#233;cisive ; son seul but est d'apaiser les remords des citoyens &#171; socialistes &#187; de la nation dirigeante et de donner une issue au m&#233;contement des ouvriers anglais. Mais elle n'a jamais eu en vue de briser les cha&#238;nes des esclaves coloniaux. Les Henderson de tout poil ne consid&#232;rent pas la domination de l'Angleterre sur les colonies comme une question politique, mais comme un fait d'histoire naturelle. Nulle part et jamais ils n'ont d&#233;clar&#233; que les Hindous, les &#201;gyptiens et les autres peuples asservis avaient le droit, bien mieux, &#233;taient oblig&#233;s, au nom de leur avenir, de s'insurger contre la domination anglaise ; jamais ils n'ont assum&#233;, en tant que &#171; socialistes &#187;, l'obligation d'aider par la force les colonies dans leur lutte pour leur affranchissement. Pourtant, il est hors de doute qu'il ne s'agit ici que du devoir archi-d&#233;mocratique le plus &#233;l&#233;mentaire, devoir motiv&#233; par deux raisons : tout d'abord, les esclaves coloniaux constituent indubitablement une majorit&#233; &#233;crasante en comparaison de la minorit&#233; dominante anglaise ; ensuite, cette minorit&#233; elle-m&#234;me, et en particulier ses socialistes officiels, reconnaissent les principes d&#233;mocratiques comme une base essentielle de leur existence. Voici l'Inde par exemple. Pourquoi Henderson n'organise-t-il pas un mouvement insurrectionnel pour le retrait des troupes anglaises de l'Inde ? Pourtant, il n'existe pas, et il ne peut exister d'exemple plus frappant, plus monstrueux, plus cynique de m&#233;connaissance absolue des lois d&#233;mocratiques que le fait de l'asservissement de cet immense et malheureux pays par le capitalisme anglais. Il semblerait pourtant que Henderson, Macdonald et consorts dussent tous les jours &#8212; et non seulement le jour, mais aussi la nuit &#8212; sonner l'alarme, exiger, lancer des appels, d&#233;noncer, pr&#234;cher l'insurrection des Hindous et de tous les ouvriers anglais contre la violation barbare des principes d&#233;mocratiques. Mais non, ils se taisent, ou &#8212; ce qui est pire encore &#8212; ils signent, de temps &#224; autre, en &#233;touffant un b&#226;illement, une r&#233;solution banale et vide comme un sermon anglican, r&#233;solution ayant pour but de d&#233;montrer que, tout en restant enti&#232;rement sur la plate-forme de la domination coloniale, ils pr&#233;f&#233;reraient y cueillir des roses sans &#233;pines et qu'en tout cas, ils ne consentent pas, eux, loyaux socialistes britanniques, &#224; se piquer les doigts &#224; ces &#233;pines. Lorsque des consid&#233;rations soi-disant d&#233;mocratiques et patriotiques l'exigent, Henderson s'assied tranquillement dans un fauteuil de ministre du roi, et il ne lui vient m&#234;me pas &#224; l'esprit que ce fauteuil est plac&#233; sur le pi&#233;destal le plus antid&#233;mocratique du monde : la domination par une poign&#233;e de capitalistes, &#224; l'aide de quelques dizaines de millions d'Anglais, de plusieurs centaines de millions d'esclaves de couleur, en Asie et en Afrique. Encore mieux : au nom de la d&#233;fense de cette monstrueuse domination dissimul&#233;e sous un masque de d&#233;mocratie, Henderson s'est alli&#233; &#224; la dictature militaire et polici&#232;re du tsarisme russe. Ministre de la guerre, vous avez &#233;t&#233; par cela m&#234;me ministre du tsarisme russe, M. Henderson. Veuillez ne pas l'oublier ! Et, naturellement, il n'est m&#234;me jamais venu &#224; l'esprit de Henderson d'exiger du tsar, son patron et alli&#233;, le retrait des troupes russes de la G&#233;orgie ou des autres territoires asservis. A cette &#233;poque, il e&#251;t qualifi&#233; une pareille revendication de service rendu au militarisme allemand. Et tout mouvement r&#233;volutionnaire dirig&#233;e en G&#233;orgie contre le tsar aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, de m&#234;me que l'insurrection irlandaise, comme le r&#233;sultat d'une corruption ou d'une intrigue allemande. En v&#233;rit&#233;, on sent la t&#234;te tourner devant ces contradictions et ces inepties monstrueuses. Et pourtant elles sont dans l'ordre des choses ; car la domination par la Grande-Bretagne, ou plut&#244;t par ses sph&#232;res dirigeantes, d'un quart de la population du globe n'est pas envisag&#233;e par les Henderson comme une question politique, mais comme un fait d'histoire naturelle. Ces d&#233;mocrates sont imbus, jusqu'&#224; la mo&#235;lle des os, de l'id&#233;ologie des exploiteurs, des planteurs, des parasites, des antid&#233;mocrates, en ce qui concerne les races dont la peau est d'une autre couleur que la leur, qui ne lisent pas Shakespeare et ne portent pas de cols glac&#233;s ; aussi, avec tout leur socialisme &#171; fabien &#187;, cacochyme et impuissant, resteront-ils toujours prisonniers de l'opinion publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant derri&#232;re eux la G&#233;orgie tsariste, l'Irlande, l'&#201;gypte, l'Inde, n'ont-ils pas le front d'exiger de nous &#8212; qui sommes leurs ennemis et non leurs alli&#233;s &#8212; l'&#233;vacuation de la G&#233;orgie sovi&#233;tique ? Cette exigence grotesque et sans aucun fondement constitue pourtant &#8212; si &#233;trange que cela puisse para&#238;tre de prime abord &#8212; un hommage involontaire rendu &#224; la dictature du prol&#233;tariat par la d&#233;mocratie petite-bourgeoise. Ne le comprenant pas ou ne le comprenant qu'&#224; demi, Henderson et consorts disent : &#171; On ne peut &#233;videmment pas exiger, de la d&#233;mocratie bourgeoise, dont nous devenons les ministres lorsqu'on nous y invite, qu'elle tienne s&#233;rieusement compte du principe d&#233;mocratique du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ;pas plus qu'on ne peut nous demander &#8212; &#224; nous socialistes appartenant &#224; cette d&#233;mocratie, et citoyens honorables d'une nation dominante, masquant son esclavagisme par des fictions d&#233;mocratiques &#8212; d'aider s&#233;rieusement et efficacement les esclaves des colonies &#224; s'insurger contre leurs oppresseurs. Mais, vous, par contre, qui repr&#233;sentez la r&#233;volution constitu&#233;e en &#201;tat, vous &#234;tes tenus &#224; r&#233;aliser ce que nous ne sommes pas en &#233;tat de faire par manque de courage, par fausset&#233; et par hypocrisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, tout en pla&#231;ant la d&#233;mocratie au-dessus de tout, ils reconnaissent n&#233;anmoins, volontairement ou non, la possibilit&#233;, et m&#234;me la n&#233;cessit&#233;, de poser &#224; la dictature du prol&#233;tariat des exigences tellement immod&#233;r&#233;es qu'elles sembleraient comiques ou m&#234;me simplement stupides si on les adressait &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise aupr&#232;s de laquelle ces messieurs remplissent les fonctions de ministres ou de d&#233;put&#233;s loyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ils donnent &#224; l'estime involontaire qu'ils t&#233;moignent pour la dictature du prol&#233;tariat &#8212; qu'ils r&#233;cusent, d'ailleurs &#8212;, une forme propre &#224; leur b&#233;gaiement politique. Ils exigent de la dictature qu'elle se constitue et se d&#233;fende, non pas par ses propres m&#233;thodes, mais au moyen de celles qu'ils reconnaissent, en paroles, comme obligatoires pour la d&#233;mocratie, sans pourtant jamais les r&#233;aliser en fait. Nous en avons d&#233;j&#224; parl&#233; dans le premier manifeste de l'Internationale Communiste ; nos ennemis exigent que nous ne d&#233;fendions notre vie que selon les r&#232;gles de la lutte fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment aux r&#232;gles &#233;tablies par nos ennemis, qui n&#233;anmoins ne les consid&#232;rent pas, eux, comme obligatoires dans leur lutte contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rafra&#238;chir et pr&#233;ciser ses id&#233;es sur la politique des &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; envers les peuples retardataires, ainsi que sur le r&#244;le jou&#233; dans cette politique par 'les gens de la IIe Internationale, il suffit de lire les m&#233;moires de M. Pal&#233;ologue, ancien ambassadeur fran&#231;ais aupr&#232;s de la Cour imp&#233;riale. Si ce livre n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il faudrait &#233;galement inventer M. Pal&#233;ologue lui-m&#234;me, s'il ne nous avait pas &#233;pargn&#233; cette peine par son apparition, on ne peut plus opportune, sur l'ar&#232;ne de la litt&#233;rature internationale. M. Pal&#233;ologue est un repr&#233;sentant achev&#233; de la IIIe R&#233;publique, poss&#233;dant, outre un nom byzantin, une mentalit&#233; essentiellement byzantine. En novembre 1914, durant la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre, il re&#231;oit par l'interm&#233;diaire d'une dame de la cour, par ordre &#171; d'en haut &#187; ( sans doute de l'imp&#233;ratrice), une lettre autographe de Raspoutine contenant de pieuses instructions. M. Pal&#233;ologue, repr&#233;sentant de la R&#233;publique, r&#233;pond par la lettre suivante &#224; la s&#233;v&#232;re le&#231;on de Raspoutine : &#171; Le peuple fran&#231;ais, qui a toutes les intuitions du c&#339;ur, comprend fort bien que le peuple russe incarne son amour de la patrie dans la personne du tsar... &#187; Cette lettre, &#233;crite par un diplomate r&#233;publicain, avec le d&#233;sir qu'elle parvienne au tsar, a &#233;t&#233; compos&#233;e dix ans apr&#232;s le 22 janvier 1905 et cent vingt-deux ans apr&#232;s l'ex&#233;cution de Louis Capet, en la personne de qui, selon les Pal&#233;ologues d'alors, le peuple fran&#231;ais incarnait son amour de la patrie. Ce qui est &#233;tonnant, ce n'est pas de voir M. Pal&#233;ologue, conform&#233;ment &#224; l'infamie de la diplomatie secr&#232;te, barbouiller volontairement son visage r&#233;publicain de la boue dans laquelle se vautrait la cour imp&#233;riale ; ce qui &#233;tonne surtout, c'est qu'il ex&#233;cute cette besogne honteuse de sa propre initiative et en informe ouvertement cette m&#234;me d&#233;mocratie qu'il repr&#233;sentait si platement aupr&#232;s de la cour de Raspoutine. Mais cela ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre encore aujourd'hui un homme politique de la &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; et d'y occuper un poste en vue. Il y aurait de quoi s'&#233;tonner si nous ne connaissions pas les lois du d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui s'est &#233;lev&#233;e jusqu'&#224; Robespierre pour finir par Pal&#233;ologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La franchise de l'ancien ambassadeur cache n&#233;anmoins, la chose n'est pas douteuse, une ruse byzantine sup&#233;rieure. S'il nous en dit tant, c'est pour ne pas dire tout. Peut-&#234;tre n'essaye-t-il que d'endormir notre curiosit&#233; soup&#231;onneuse. Peut-on jamais savoir quelles &#233;taient les exigences pos&#233;es par le capricieux et tout-puissant Raspoutine ? Qui peut conna&#238;tre les chemins tortueux que Pal&#233;ologue devait suivre pour sauvegarder les int&#233;r&#234;ts de la France et de la civilisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, nous pouvons &#234;tre certains d'une chose : c'est que M. Pal&#233;ologue appartient aujourd'hui &#224; un groupe politique fran&#231;ais qui est pr&#234;t &#224; jurer que le pouvoir sovi&#233;tique n'est pas l'incarnation de la volont&#233; du peuple russe et qui ne cesse de r&#233;p&#233;ter que la reprise des relations avec la Russie ne deviendra possible que le jour o&#249; des &#171; institutions d&#233;mocratiques r&#233;guli&#232;res &#187; auront remis la direction de la Russie entre les mains des Pal&#233;ologue russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambassadeur de la d&#233;mocratie fran&#231;aise n'est pas seul. Sir Buchanan est &#224; ses c&#244;t&#233;s. Le 14 novembre 1914, Buchanan, d'apr&#232;s Pal&#233;ologue, d&#233;clare &#224; Sazonov ce qui suit : &#171; Le gouvernement de Sa Majest&#233; britannique a &#233;t&#233; ainsi amen&#233; &#224; reconna&#238;tre que LA QUESTION DES D&#201;TROITS ET CELLE DE CONSTANTINOPLE DEVRONT &#202;TRE R&#201;SOLUES CONFORM&#201;MENT AU VOEU DE LA RUSSIE. Je suis heureux de vous le d&#233;clarer. &#187; C'est ainsi que se composait le programme de la guerre pour le droit, la justice et la libert&#233; des peuples de disposer d'eux-m&#234;mes. Quatre jours plus tard, Buchanan d&#233;clarait &#224; Sazonov : &#171; Le Gouvernement britannique se verra oblig&#233; d'annexer l'&#201;gypte Il exprime l'espoir que le Gouvernement russe ne s'y opposera pas. &#187; Sazonov s'est empress&#233; d'acquiescer. Et, trois jours apr&#232;s, Pal&#233;ologue &#171; rappelait &#187; &#224; Nicolas II que &#171; la France poss&#232;de en Syrie et en Palestine un pr&#233;cieux patrimoine de souvenirs historiques, d'int&#233;r&#234;ts moraux et mat&#233;riels... Je compte que Votre Majest&#233; acquiescera aux mesures que le Gouvernement de la R&#233;publique croirait devoir prendre pour sauvegarder ce patrimoine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, certes ! &#187; r&#233;pond Sa Majest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 12 mars 1915, Buchanan exige qu'en &#233;change de Constantinople et des D&#233;troits, la Russie c&#232;de &#224; l'Angleterre la partie neutre, c'est-&#224;-dire non encore partag&#233;e, de la Perse. Sazanov r&#233;pond : &#171; C'est entendu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, deux d&#233;mocraties, conjointement avec le tsarisme, qui se trouvait, lui aussi, &#224; cette &#233;poque, sous l'influence des rayons projet&#233;s par le phare d&#233;mocratique de l'Entente, tranchaient les destin&#233;es de Constantinople, de la Syrie, de la Palestine, de l'&#201;gypte et de la Perse. M. Buchanan repr&#233;sentait la d&#233;mocratie britannique ni mieux ni pis que M. Pal&#233;ologue ne repr&#233;sentait la d&#233;mocratie fran&#231;aise. Apr&#232;s le renversement de Nicolas II, M. Buchanan conserva son poste. Henderson, ministre de Sa Majest&#233;, et, si nous ne nous abusons pas, socialiste anglais, vint &#224; Petrograd sous le r&#233;gime de K&#233;rensky pour remplacer Buchanan en cas de besoin, car il avait sembl&#233; &#224; je ne sais quel membre du Gouvernement anglais que, pour une conversation avec K&#233;rensky, il fallait avoir un autre timbre de voix que celui avec lequel on parlait &#224; Raspoutine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henderson examina la situation &#224; Petrograd et jugea que M. Buchanan &#233;tait bien &#224; sa place comme repr&#233;sentant de la d&#233;mocratie anglaise. Buchanan avait, sans aucun doute, la m&#234;me opinion du socialiste Henderson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; M. Pal&#233;ologue, lui, au moins, donnait &#171; ses &#187; socialistes en exemple aux dignitaires tsaristes frondeurs. Parlant de la propagande men&#233;e &#224; la cour par le comte Witte en vue de finir plus t&#244;t la guerre, M. Pal&#233;ologue dit &#224; Sazonov : &#171; Voyez nos socialistes : ils sont impeccables &#187; (p. 189). Cette appr&#233;ciation de MM. Renaudel, Sembat, Vandervelde et de tous leurs partisans, dans la bouche de M. Pal&#233;ologue, produit une certaine impression m&#234;me actuellement, apr&#232;s tout ce que nous avons v&#233;cu. Recevant lui-m&#234;me des admonestations de Raspoutine, dont il accuse respectueusement r&#233;ception, M. Pal&#233;ologue, .( son tour, appr&#233;cie d'un air protecteur, devant un ministre tsariste, les socialistes fran&#231;ais et reconna&#238;t leur impeccabilit&#233; Les paroles : &#171; Voyez nos socialistes : ils sont impeccables &#187; devraient servir d'&#233;pigraphe et &#234;tre inscrites au drapeau de la IIe Internationale, d'o&#249; il aurait fallu depuis longtemps enlever les mots relatifs &#224; l'union des prol&#233;taires du monde entier, paroles qui vont &#224; Henderson comme un bonnet phrygien &#224; M. Pal&#233;ologue. Les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henderson consid&#232;rent la domination de la race anglo-saxonne sur les autres races comme un fait naturel, d&#251; &#224; la civilisation. La question du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ne commence pour eux qu'au-del&#224; de l'Empire britannique. C'est cette pr&#233;somption nationale qui rapproche le plus les socialistes occidentaux de leur bourgeoisie, c'est-&#224;-dire les asservit en fait &#224; cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au d&#233;but de la guerre, en r&#233;ponse &#224; cette objection bien naturelle qu'on lui faisait : Comment peut-on parler &#238;le la d&#233;fense de la d&#233;mocratie lorsqu'on est alli&#233; du tsarisme ? &#8212; un socialiste fran&#231;ais, professeur d'une Universit&#233; suisse, dit textuellement : &#171; Il s'agit de la France, et non de la Russie ; dans cette lutte, la France repr&#233;sente une force morale, la Russie une force physique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II en parlait comme d'une chose absolument naturelle sans se rendre compte du chauvinisme &#233;hont&#233; de ses paroles. Un ou deux mois apr&#232;s, lors d'une discussion sur ce m&#234;me sujet, &#224; la r&#233;daction de l'Humanit&#233;, &#224; Paris, je citai les paroles du professeur fran&#231;ais de Gen&#232;ve : &#034;Il a parfaitement raison&#034;, me r&#233;pondit le directeur de ri : journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me revient &#224; l'esprit une phrase de Renan, disant dans sa jeunesse, que la mort d'un Fran&#231;ais &#233;tait un &#233;v&#233;nement moral, tandis que la mort d'un cosaque (Renan voulait simplement dire : d'un Russe) &#233;tait un fait d'ordre physique. Ce monstrueux orgueil national a des causes profondes. Alors que les autres peuples v&#233;g&#233;taient encore dans une barbarie moyen&#226;geuse, la bourgeoisie fran&#231;aise avait d&#233;j&#224; un long et glorieux pass&#233;. Plus ancienne encore, la bourgeoisie anglaise avait d&#233;j&#224; fray&#233; la voie vers une nouvelle civilisation. De l&#224; son d&#233;dain pour le reste de l'humanit&#233;, qu'elle consid&#232;re comme du fumier historique. Par son assurance de classe, la richesse de son exp&#233;rience, la diversit&#233; de ses conqu&#234;tes dans le domaine de la culture, la bourgeoisie anglaise opprimait moralement sa propre classe ouvri&#232;re en l'empoisonnant de son id&#233;ologie de race dominatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bouche de Renan, la phrase sur le Fran&#231;ais et le cosaque exprimait le cynisme d'une classe effectivement puissante au point de vue moral et mat&#233;riel. L'utilisation de la m&#234;me phrase par un socialiste fran&#231;ais prouvait l'abaissement du socialisme fran&#231;ais, la pauvret&#233; de son id&#233;ologie, sa d&#233;pendance servile &#224; l'&#233;gard des d&#233;chets moraux qui tombent de la table de ses ma&#238;tres, les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si M. Pal&#233;ologue, r&#233;p&#233;tant sous une forme adoucie les paroles de Renan, dit que la mort d'un Fran&#231;ais repr&#233;sente une perte incomparablement plus importante pour la civilisation que celle d'un Russe, il affirme par l&#224; m&#234;me, ou tout au moins il le sous-entend, que la perte sur le champ de bataille d'un financier, d'un millionnaire, d'un professeur, d'un avocat, d'un diplomate, d'un journaliste fran&#231;ais, repr&#233;sente une perte incomparablement plus grande que celle d'un &#233;b&#233;niste, d'un ouvrier, d'un chauffeur ou d'un paysan &#233;galement fran&#231;ais. Cette conclusion d&#233;coule infailliblement de la premi&#232;re. L'aristocratisme national est, de par son essence m&#234;me, contraire au socialisme, non pas au sens &#233;galitaire et sentimental du christianisme, qui consid&#232;re toutes les nations, tous les hommes, comme &#233;tant d'un poids &#233;gal dans la balance de la civilisation, mais dans ce sens que l'aristocratisme national, &#233;troitement H&#233; au conservatisme bourgeois, est enti&#232;rement dirig&#233; contre le bouleversement r&#233;volutionnaire, seul capable de cr&#233;er des conditions favorables &#224; une culture humaine plus &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aristocratisme national consid&#232;re la valeur culturelle de l'homme sous l'angle du pass&#233; accumul&#233;. Le socialisme l'envisage sous l'angle de l'avenir. Il est hors de doute qu'il &#233;mane de M. Pal&#233;ologue, diplomate fran&#231;ais, plus de science assimil&#233;e par lui que d'un paysan du Gouvernement de Tambov. Mais d'un autre c&#244;t&#233; il n'y a aucun doute, que le paysan de Tambov ; qui a chass&#233; les propri&#233;taires fonciers et les diplomates &#224; coups de trique, a l&gt;os&#233; les fondements d'une nouvelle culture plus &#233;lev&#233;e. L'ouvrier et le paysan fran&#231;ais, gr&#226;ce &#224; leur degr&#233; de culture sup&#233;rieur, r&#233;aliseront mieux ce travail et avanceront plus rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres, marxistes russes, par suite du d&#233;veloppement arri&#233;r&#233; de la Russie, nous n'avons pas eu au-dessus de nous de puissante culture bourgeoise. Nous avons communi&#233; avec la culture spirituelle de l'Europe, non pas par l'interm&#233;diaire de notre piteuse bourgeoisie nationale, mais d'une mani&#232;re ind&#233;pendante, en assimilant et en tirant jusqu'au bout les conclusions les plus r&#233;volutionnaires de l'exp&#233;rience et de la pens&#233;e europ&#233;ennes. Cela donna &#224; notre g&#233;n&#233;ration certains avantages. Et je ne cacherai pas que l'admiration sinc&#232;re et profonde que nous &#233;prouvons pour les produits du g&#233;nie anglais dans les domaines les plus vari&#233;s de la cr&#233;ation humaine, ne fait qu'accentuer le m&#233;pris, &#233;galement profond et sinc&#232;re, que nous &#233;prouvons pour l'id&#233;ologie born&#233;e, la banalit&#233; th&#233;orique et l'absence de dignit&#233; r&#233;volutionnaire chez les chefs patent&#233;s du socialisme anglais. Ils ne sont pas du tout les pr&#233;curseurs d'un monde nouveau ; ils ne sont que les &#233;pigones d'une vieille culture qui exprime, par leur interm&#233;diaire, ses craintes au sujet de son avenir. Leur d&#233;bilit&#233; spirituelle constitue en quelque sorte le ch&#226;timent pour le pass&#233; orageux et riche en m&#234;me temps de la culture bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience bourgeoise s'est assimil&#233;e les immenses conqu&#234;tes culturelles de l'humanit&#233;. En m&#234;me temps, elle constitue actuellement l'obstacle principal au d&#233;veloppement de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales qualit&#233;s de notre parti, et qui en fait le levier le plus puissant du d&#233;veloppement de notre &#233;poque, c'est son ind&#233;pendance compl&#232;te et incontestable &#224; l'&#233;gard de l'opinion publique bourgeoise. Ces paroles ont une signification bien plus importante qu'on ne croirait &#224; premi&#232;re vue. Elles exigent des commentaires, surtout si l'on tient compte de cet ingrat auditoire que constituent les politiciens de la IIe Internationale. Dans ces conditions, on est oblig&#233; de fixer toute id&#233;e r&#233;volutionnaire, m&#234;me la plus simple, &#224; l'aide de clous solides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique bourgeoise constitue un tissu psychologique serr&#233; qui enveloppe de tous les c&#244;t&#233;s les armes et les instruments de la violence bourgeoise, en les pr&#233;servant de cette fa&#231;on autant des nombreux chocs particuliers que du choc r&#233;volutionnaire fatal et, en fin de compte, in&#233;vitable. L'opinion publique bourgeoise agissante est compos&#233;e de deux parties, dont la premi&#232;re comprend les conceptions, les opinions et les pr&#233;jug&#233;s h&#233;rit&#233;s qui constituent l'exp&#233;rience accumul&#233;e du pass&#233;, couche solide de banalit&#233;s opportunes et de niaiserie utile ; l'autre partie est constitu&#233;e par un m&#233;canisme complexe, tr&#232;s moderne et dirig&#233; habilement, ayant en vue la mobilisation du pathos patriotique, de l'indignation morale, de l'enthousiasme national, de l'&#233;lan altruiste et des autres genres de mensonge et de tromperie. Telle est la formule g&#233;n&#233;rale. Cependant, il est n&#233;cessaire de l'expliquer par des exemples. Lorsqu'un avocat &#171; cadet &#187; qui a aid&#233;, aux frais de l'Angleterre ou de la France, &#224; pr&#233;parer un n&#339;ud coulant pour le cou de la classe ouvri&#232;re, meurt du typhus dans une prison de la Russie affam&#233;e, le t&#233;l&#233;graphe et la T.S.F. de l'opinion publique bourgeoise effectuent une quantit&#233; d'oscillations amplement suffisante pour provoquer la r&#233;action d'indignation n&#233;cessaire dans la conscience collective, suffisamment pr&#233;par&#233;e, des Mrs. Snowden. Il est plus qu'&#233;vident que toute la besogne diabolique du radio-t&#233;l&#233;graphe capitaliste serait inutile si le cr&#226;ne de la petite bourgeoisie ne constituait pas un r&#233;sonateur appropri&#233;. Examinons un autre ph&#233;nom&#232;ne : la famine, dans la r&#233;gion de la Volga. Cette famine, d'une horreur sans pr&#233;c&#233;dent, est due, au moins pour la moiti&#233;, &#224; la guerre civile allum&#233;e dans les r&#233;gions de la Volga par les Tch&#233;co-Slovaques et par Koltchak, c'est-&#224;-dire en fait organis&#233;e et aliment&#233;e par le capital anglo-am&#233;ricain et fran&#231;ais. La s&#233;cheresse s'est abattue sur un sol pr&#233;alablement &#233;puis&#233;, d&#233;vast&#233;, d&#233;pourvu de cheptel et de machines agricoles. Si nous avons emprisonn&#233; quelques officiers et avocats &#8212; ce que nous n'avons jamais cit&#233; comme exemple d'humanit&#233; &#8212;, l'Europe bourgeoise, et avec elle l'Am&#233;rique, ont tent&#233; &#224; leur tour de transformer la Russie enti&#232;re en une prison affam&#233;e, de nous entourer d'une muraille de blocus, en m&#234;me temps que, par l'interm&#233;diaire de leurs agents blancs, ils faisaient sauter, incendiaient, d&#233;truisaient nos maigres r&#233;serves. S'il se trouve quelque part un balance de morale pure, que l'on p&#232;se les mesures de rigueur prises par nous durant notre lutte &#224; mort contre le monde entier et les souffrances inflig&#233;es aux m&#232;res de la r&#233;gion de la Volga par le capital mondial, dont le seul but &#233;tait de recouvrer les int&#233;r&#234;ts des sommes qu'il nous avait pr&#234;t&#233;es. Mais la machine de l'opinion publique bourgeoise agit d'une fa&#231;on si syst&#233;matique, avec tant d'assurance et d'insolence, et le cr&#233;tinisme petit-bourgeois lui pr&#234;te une telle force de r&#233;percussion que Mrs. Snowden en arrive &#224; r&#233;server tous ses sentiments humanitaires pour... les mencheviks que nous avons offens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subordination des social-r&#233;formistes &#224; l'opinion publique bourgeoise met &#224; leur activit&#233; des limites infranchissables, beaucoup plus &#233;troites que les fronti&#232;res de la l&#233;galit&#233; bourgeoise. Des &#201;tats capitalistes contemporains, l'on peut dire, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, que leur r&#233;gime est d'autant plus &#171; d&#233;mocratique &#187;, &#171; lib&#233;ral &#187; et &#171; libre &#187; que les socialistes nationaux sont plus respectables et que la subordination du parti national ouvrier &#224; l'opinion publique bourgeoise est plus niaise. A quoi bon un gendarme du for ext&#233;rieur pour un Macdonald qui en poss&#232;de un dans son for int&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons passer ici sous silence une question que l'on ne peut m&#234;me mentionner sans &#234;tre accus&#233; d'attenter &#224; la biens&#233;ance : nous voulons parler de la religion. Il n'y a pas tr&#232;s longtemps, Lloyd George a qualifi&#233; l'&#201;glise de station centrale de distribution de force motrice pour tous les partis et pour toutes les tendances, c'est-&#224;-dire pour l'opinion publique bourgeoise dans son ensemble. Cela est surtout juste en ce qui concerne l'Angleterre. Cela ne veut pas dire que Lloyd George se laisse influencer dans la politique par la religion, que la haine de Churchill envers la Russie sovi&#233;tique soit dict&#233;e par son d&#233;sir d'aller au ciel et que les notes de lord Curzon soient tir&#233;es du Sermon sur la montagne. Non. Le mobile de leur politique sont les int&#233;r&#234;ts tr&#232;s terre-&#224;-terre de la bourgeoisie qui les a mis au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; l'opinion publique &#187; qui, seule, rend possible le fonctionnement normal de l'appareil de contrainte &#233;tatique, trouve son principal appui dans la religion. La norme du droit qui domine les personnes, les classes, la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, comme un fouet id&#233;al, n'est que la transposition affaiblie de la norme religieuse, ce fouet c&#233;leste suspendu sur l'humanit&#233; exploit&#233;e. En somme, soutenir un docker sans travail, avec des arguments formels, la foi en l'inviolabilit&#233; de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, est chose condamn&#233;e d'avance &#224; l'insucc&#232;s. Ce qu'il faut avant tout, c'est un argument mat&#233;riel : un sergot avec une bonne matraque sur la terre, et, au-dessus de lui, un argument mystique : un sergot &#233;ternel, avec ses foudres, dans le ciel. Mais lorsque, dans la t&#234;te des &#171; socialistes &#187; eux-m&#234;mes, le f&#233;tichisme de la l&#233;galit&#233; bourgeoise s'allie &#224; celui de l'&#233;poque des druides, l'on a alors un gendarme int&#233;rieur id&#233;al avec l'aide duquel la bourgeoisie peut se permettre provisoirement le luxe d'observer plus ou moins le rituel d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons des trahisons des social-r&#233;formistes, nous ne voulons pas du tout dire qu'ils soient tous, ou que la majeure partie d'entre eux soient simplement des &#226;mes &#224; vendre ; sous un tel aspect, ils ne seraient pas &#224; la hauteur du r&#244;le s&#233;rieux que leur fait jouer la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Il n'est m&#234;me pas important de savoir dans quelle mesure leur respectable ambition de petit bourgeois est flatt&#233;e par le titre de d&#233;put&#233; de l'opposition loyale ou par le portefeuille d'un ministre du roi, bien que cela ne fasse pas d&#233;faut. Il suffit de savoir que l'opinion publique bourgeoise, qui, durant les p&#233;riodes de calme, les autorise &#224; rester dans l'opposition, aux moments d&#233;cisifs, lorsqu'il s'agit de la vie ou de la mort de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ou tout au moins de ses int&#233;r&#234;ts primordiaux, tels la guerre, l'insurrection en Irlande, aux Indes, une gr&#232;ve importante des mineurs, ou la proclamation d'une R&#233;publique sovi&#233;tique en Russie, a toujours trouv&#233; moyen de les engager &#224; occuper une position politique utile &#224; l'ordre capitaliste. Ne d&#233;sirant nullement donner &#224; la personnalit&#233; de M. Henderson une envergure titanique, qu'elle est loin d'avoir, nous pouvons affirmer avec certitude que M. Henderson, avec son coefficient de &#171; parti ouvrier &#187;, est un des principaux piliers de la soci&#233;t&#233; bourgeoise en Angleterre. Dans l'esprit des Henderson, les &#233;l&#233;ments fondamentaux de l'&#233;ducation bourgeoise et les d&#233;bris du socialisme s'unissent en un bloc compact gr&#226;ce au ciment traditionnel de la religion. La question de l'affranchissement mat&#233;riel d'un prol&#233;tariat anglais ne peut &#234;tre s&#233;rieusement pos&#233;e tant que le mouvement ne sera pas d&#233;barrass&#233; des leaders, des organisations, de l'&#233;tat d'esprit qui repr&#233;sentent une soumission humble, timide, asservie, poltronne et veule des opprim&#233;s &#224; l'opinion publique de leurs oppresseurs. Il faut se d&#233;barrasser du gendarme int&#233;rieur afin de pouvoir renverser le gendarme ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste enseigne aux ouvriers &#224; m&#233;priser l'opinion publique bourgeoise et, en particulier, &#224; m&#233;priser les &#171; socialistes &#187; qui rampent &#224; plat-ventre devant les commandements de la bourgeoisie. Il ne s'agit pas d'un m&#233;pris superficiel, de d&#233;clamations et de mal&#233;dictions lyriques &#8212; les po&#232;tes de la bourgeoisie elle-m&#234;me l'ont d&#233;j&#224; fait fr&#233;mir maintes fois par leurs provocations insolentes, surtout en ce qui concerne la religion, la famille et le mariage &#8212;, il s'agit ici d'un profond affranchissement int&#233;rieur de l'avant-garde prol&#233;tarienne, des pi&#232;ges et des emb&#251;ches morales de la bourgeoisie ; il s'agit d'une nouvelle opinion publique r&#233;volutionnaire qui permettrait au prol&#233;tariat, non en paroles, mais en fait, non pas &#224; l'aide de tirades, mais, lorsqu'il le faut, avec des bottes, de fouler aux pieds les commandements de la bourgeoisie et d'atteindre son but r&#233;volutionnaire librement choisi, qui constitue en m&#234;me temps une n&#233;cessit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/imperialisme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/imperialisme.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;wikipedia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1917, apr&#232;s la r&#233;volution russe d'octobre, les pays transcaucasiens refusent de reconna&#238;tre l'autorit&#233; du pouvoir bolch&#233;vique de Petrograd : la pr&#233;sidence du Haut Commissariat &#224; la Transcaucasie est confi&#233;e &#224; Evgu&#233;ni Gu&#233;gu&#233;tchkori (ancien d&#233;put&#233; menchevique repr&#233;sentant la G&#233;orgie &#224; la Douma russe). Le 10 f&#233;vrier 1918, une Assembl&#233;e parlementaire transcaucasienne, dite Sejm, pr&#233;sid&#233;e par Nicolas Tcheidze (ancien pr&#233;sident menchevique du Comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de Petrograd, de f&#233;vrier &#224; octobre 1917) confirme Evgu&#233;ni Gu&#233;gu&#233;tchkori dans ses fonctions. Le 9 avril, la Sejm proclame l'ind&#233;pendance de la r&#233;publique d&#233;mocratique f&#233;d&#233;rative de Transcaucasie et confie la responsabilit&#233; de son ex&#233;cutif &#224; Akaki Tchenk&#233;li (Akaki Tchkhenk&#233;li), ancien d&#233;put&#233; menchevique repr&#233;sentant la G&#233;orgie &#224; la Douma russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cohabitation des trois peuples sud-caucasiens - arm&#233;nien, azerba&#239;djanais et g&#233;orgien - se heurte aux sentiments nationalistes : &#224; peine un mois plus tard, (le 26 mai 1918), l'ind&#233;pendance de la r&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie est proclam&#233;e au nom de tous les partis par No&#233; Jordania porte-parole du Conseil national g&#233;orgien (ancien pr&#233;sident menchevique du Soviet de Tiflis et l'un des leaders du Parti ouvrier social-d&#233;mocrate g&#233;orgien). Deux jours plus tard, l'Arm&#233;nie et l'Azerba&#239;djan proclament leur ind&#233;pendance &#224; leur tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tcheidze devient pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e parlementaire provisoire de la r&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie, No&#233; Ramichvili premier pr&#233;sident de gouvernement et No&#233; Jordania deviendra 2e et le 3e pr&#233;sidents de gouvernement. L'&#201;tat g&#233;orgien peut rena&#238;tre. En &#224; peine trois ann&#233;es, une constitution moderne est cr&#233;&#233;e, la reconstruction nationale est entreprise et de multiples r&#233;formes sont mises en &#339;uvre afin d'acheminer la G&#233;orgie vers la d&#233;mocratie. La situation g&#233;opolitique de la G&#233;orgie de l'&#233;poque, conflit potentiel avec la Turquie, lui font solliciter la protection des forces de la Triplice : les troupes allemandes d&#233;barquent &#224; Batoumi, une des villes qui sera plus tard promise par le pouvoir bolch&#233;vique &#224; l'empire ottoman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale change la situation : l'arm&#233;e britannique prend le relais provisoirement de l'arm&#233;e allemande. Entre 1918 et 1921, la Turquie, l'Arm&#233;nie et l'Azerba&#239;djan entrent en conflit pour des questions frontali&#232;res, la Russie pour des questions plus existentielles. En mai 1920, le gouvernement bolch&#233;vique russe de Moscou signe un trait&#233; de paix avec le gouvernement social-d&#233;mocrate g&#233;orgien de Tbilissi. En janvier 1921, les alli&#233;s de la Triple-Entente reconnaissent de jure la r&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie. Malgr&#233; une coop&#233;ration d&#233;clar&#233;e et une reconnaissance mutuelle de la part de la Russie sovi&#233;tique, malgr&#233; la reconnaissance internationale, l'Arm&#233;e rouge envahit le territoire g&#233;orgien en f&#233;vrier 1921 et met fin &#224; la R&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie en mars 1921. La classe politique et la classe militaire &#233;migrent, pensant pouvoir reconqu&#233;rir le pays de l'ext&#233;rieur &#224; travers leur gouvernement en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'invasion sovi&#233;tique, la r&#233;publique socialiste sovi&#233;tique de G&#233;orgie fut proclam&#233;e. Il y eut alors un bras de fer entre les diff&#233;rentes factions de Moscou dirig&#233;es par L&#233;nine et Staline, durant l'Affaire g&#233;orgienne des ann&#233;es 1920, qui m&#232;nera &#233;galement &#224; la perte de pr&#232;s d'un tiers des territoires g&#233;orgiens au profit de ses diff&#233;rents voisins. En d&#233;cembre 1922, l'URSS est proclam&#233;e et la RSG devint une des trois r&#233;publiques de la R&#233;publique socialiste f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique de Transcaucasie, dissoute &#224; son tour en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1927, Staline arriva &#224; la t&#234;te de l'Union sovi&#233;tique apr&#232;s avoir proc&#233;d&#233; &#224; des &#233;liminations politiques. &#192; partir de cette &#233;poque, la destin&#233;e de la G&#233;orgie changea. En effet, le dictateur sovi&#233;tique &#233;tait n&#233; sous le nom de Joseph Djougachvili &#224; Gori, en G&#233;orgie et c'est notamment pour cette raison que le statut de la r&#233;gion changea consid&#233;rablement. Dans les ann&#233;es 1930, apr&#232;s avoir supprim&#233; toute opposition anticommuniste, le gouvernement de Moscou fit de la G&#233;orgie un lieu de d&#233;tente pour l'intelligentsia sovi&#233;tique. Puis peu &#224; peu, la contr&#233;e se d&#233;veloppa et apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dirigeants du monde (dont Georges Pompidou, Fidel Castro&#8230;) visit&#232;rent le pays. &#192; la mort de Staline en 1953, son successeur Nikita Khrouchtchev entama une politique qui consistait &#224; supprimer le culte de la personne de l'ancien chef d'&#201;tat. Pour cette raison, plusieurs manifestations et r&#233;voltes &#233;clat&#232;rent &#224; Tbilissi, et chacune d'entre elles fut brutalement arr&#234;t&#233;e. Bient&#244;t, une opposition se d&#233;veloppa et &#224; partir des ann&#233;es 1970, un sentiment nationaliste fort se d&#233;veloppa en G&#233;orgie. Lors de la trag&#233;die du 9 avril 1989, une manifestation anti-sovi&#233;tique fut violemment dispers&#233;e par l'arm&#233;e, menant &#224; la d&#233;mission du gouvernement. En 1990, la RSS de G&#233;orgie fut dissoute et remplac&#233;e par le Conseil supr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9orgie_(pays&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9orgie_(pays&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec des bolcheviks en 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tentative_de_coup_d%27%C3%89tat_en_G%C3%A9orgie_de_1920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tentative_de_coup_d%27%C3%89tat_en_G%C3%A9orgie_de_1920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre sovi&#233;to-g&#233;orgienne et la sovi&#233;tisation de la G&#233;orgie (f&#233;vrier-mars 1921)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/rha/6463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/rha/6463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre russo-g&#233;orgienne de 1921&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_sovi%C3%A9tique_de_la_G%C3%A9orgie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_sovi%C3%A9tique_de_la_G%C3%A9orgie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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