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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>L'Opposition de gauche (trotskiste) en Russie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives &lt;br class='autobr' /&gt;
Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international &lt;br class='autobr' /&gt;
1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la d&#233;faite de la premi&#232;re vague de la r&#233;volution europ&#233;enne en 1921-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soi-disant stabilisation du capitalisme a apport&#233; avec elle le renforcement des positions du social r&#233;formisme dans la classe ouvri&#232;re, la d&#233;croissance du mouvement communiste international et le renforcement dans ses rangs des &#233;l&#233;ments centristes et droitiers. L'aile gauche du Komintern [1] a subi une s&#233;rie de d&#233;faites jusqu'&#224; ce qu'elle soit formellement exclue par l'IC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de l'aile gauche du communisme a &#233;t&#233; la cons&#233;quence du changement qui s'est produit dans les relations internationales. Cependant, cette d&#233;faite n'a pas conduit &#224; la liquidation du mouvement oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale sapaient de fait la &#171; stabilisation &#187;, suscitant des r&#233;veils partiels de la lutte de classe prol&#233;tarienne, gr&#226;ce auxquels l'aile gauche se renfor&#231;ait &#224; nouveau et se revivifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La p&#233;riode compl&#232;te rec&#232;le de tr&#232;s grandes possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires. Il s'ensuit la n&#233;cessit&#233; br&#251;lante d'un parti mondial du communisme. La conqu&#234;te du Komintern, sa transformation en l'instrument principal de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale, telle est la t&#226;che principale de l'opposition de gauche communiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte pour le redressement du PC(b)U et de l'IC, l'opposition bolchevik-l&#233;niniste s'oriente vers une r&#233;forme profonde de ces organisations, par le changement de leur direction opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me but, l'opposition donne une base id&#233;ologique aux &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens de gauche du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul l'accomplissement de cette t&#226;che &#224; l'&#233;tape actuelle, pr&#233;pare la possibilit&#233;, &#224; l'&#233;tape suivante, de conqu&#233;rir les ouvriers communistes &#224; la politique de L&#233;nine et de transformer le Komintern en avant-garde du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, &#224; un niveau plus &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Les &#233;tapes principales du d&#233;veloppement de la pratique de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. D'octobre 1923 au 14e congr&#232;s du PC(b)U [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re &#233;tape du mouvement d'opposition repr&#233;sentait une r&#233;action spontan&#233;e des masses du Parti contre la bureaucratisation qui commen&#231;ait &#224; s'y d&#233;velopper. Celle-ci &#233;tait la principale forme de pression exerc&#233;e contre cette r&#233;action spontan&#233;e par les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs de la direction du parti en mati&#232;re de politique &#233;conomique, qui ont eu de fortes r&#233;percussions sur la situation mat&#233;rielle des masses ouvri&#232;res, et la d&#233;faite de la tactique du Komintern en Allemagne, ont suscit&#233; un m&#233;contentement ouvert dans les rangs du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La tactique de l'opposition durant cette p&#233;riode consistait &#224; donner une forme id&#233;ologique &#224; ce m&#233;contentement et &#224; montrer les causes qui ont suscit&#233; les erreurs de la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'opposition n'a pu remplir ce r&#244;le jusqu'au bout, car elle (sa direction) n'avait pas encore totalement pris conscience, de fa&#231;on claire, du fait que le clivage qui s'est esquiss&#233; dans le parti allait devenir le point de d&#233;part de la lutte ult&#233;rieure &#224; l'int&#233;rieur du parti, qui entrainerait un clivage profond du parti selon deux options de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La d&#233;claration des 46 [3] et le Cours nouveau [4] sont les documents principaux de l'opposition &#224; cette &#233;poque ; ils refl&#233;taient une certaine absence d'explication, principalement en ce qui concerne l'analyse de la politique &#233;conomique du CC et de sa signification sociale, ainsi que du sens politique des dissensions &#224; l'int&#233;rieur du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette erreur de la direction de l'opposition &#233;tait accompagn&#233;e d'une autre erreur concernant les questions d'organisation. L'absence de forme organisationnelle de l'opposition en 1923 est l'une des causes de sa d&#233;faite &#224; Moscou, malgr&#233; le fait qu'elle disposait d'une majorit&#233; nette dans les rangs de l'organisation moscovite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La cause objective de toutes ces erreurs tactiques avait pour origine le d&#233;veloppement insuffisant des contradictions de classe durant cette p&#233;riode dans le pays ; de l&#224; &#233;galement r&#233;sultait le retard de la prise de conscience par le parti des t&#226;ches rendue prioritaires par la marche des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique aussi la presque compl&#232;te liquidation du mouvement oppositionnel jusqu'au 14e congr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Du 14e au 15e congr&#232;s [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les principales tendances de classe li&#233;es aux dissensions internes du parti se sont r&#233;v&#233;l&#233;es de fa&#231;on suffisamment claire lors du 14e congr&#232;s. D'un c&#244;t&#233; s'est form&#233; le bloc de centre droit ; de l'autre, un centre gauche qui &#233;tait &#224; la t&#234;te des mouvements oppositionnels du prol&#233;tariat de Leningrad [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode, apr&#232;s avoir form&#233; un bloc avec l'opposition de Leningrad tout en conservant son ind&#233;pendance id&#233;ologique, la principale t&#226;che tactique de l'opposition de 1923 consistait &#224; obtenir progressivement l'h&#233;g&#233;monie dans ce bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che, l'opposition l'a enti&#232;rement accomplie ; les documents principaux de l'&#233;poque en ont &#233;t&#233; l'expression :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La d&#233;claration de 1923 [7],&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;claration des 83 [8],&lt;br class='autobr' /&gt; La plate-forme des 13 [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans sa lutte contre le bloc de centre droit, la tactique de l'opposition unifi&#233;e est pass&#233;e par trois &#233;tapes principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La p&#233;riode de pr&#233;paration du travail clandestin. Celle-ci s'est r&#233;duite &#224; la cr&#233;ation de la fraction et &#224; la formulation d'une conception id&#233;ologique et organisationnelle. Ensuite, sur cette base, l'opposition unifi&#233;e a conduit &#224; une offensive ouverte et r&#233;solue sous la forme de &#171; si&#232;ge &#187; des &#171; bastilles de l'appareil &#187; (usine des appareils et instruments a&#233;ronautiques, usine Poutilov [10], etc.).&lt;br class='autobr' /&gt; Les le&#231;ons de la premi&#232;re p&#233;riode ont montr&#233; l'insuffisance d'une telle forme de lutte, la force &#233;norme des pr&#233;jug&#233;s dans la masse ouvri&#232;re elle-m&#234;me et la n&#233;cessit&#233; du passage &#224; une nouvelle forme de lutte : une forme plus compr&#233;hensible pour les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s des masses, et pr&#233;vue pour donner le temps d'une explication progressive, pers&#233;v&#233;rante et syst&#233;matique des positions de l'opposition, dans le cadre d'interventions publiques et l&#233;gales.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;faite du 16 octobre 1926 [11] a ouvert alors une p&#233;riode de recul de l'opposition sur la base de la r&#233;duction de la lutte fractionnelle clandestine et du transfert du centre de gravit&#233; vers le travail l&#233;gal. La 15e conf&#233;rence [12], le pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC [13], le pl&#233;num de f&#233;vrier du CC [14] ; telles ont &#233;t&#233; les &#233;tapes de cette nouvelle tactique. Le groupe des CD [15] a quitt&#233; l'opposition durant cette p&#233;riode ; il ne comprenait pas la n&#233;cessit&#233; de nouvelles formes de lutte, sans lesquelles on ne peut pr&#233;parer les conditions pour une nouvelle offensive.&lt;br class='autobr' /&gt; La tactique du recul et des interventions l&#233;gales ouvertes a &#233;t&#233; enti&#232;rement justifi&#233;e &#224; ce moment, quand les dissensions se sont &#224; nouveau attis&#233;es, en relation avec la r&#233;volution chinoise ; elles ont rendu in&#233;vitable l'aggravation de la lutte et le passage &#224; l'offensive. Gr&#226;ce &#224; son travail l&#233;gal, l'opposition a su recevoir un soutien politique fort du parti durant cette p&#233;riode.&lt;br class='autobr' /&gt; La nouvelle tactique offensive, pour la p&#233;riode qui va d'avril 1927 [16] au 15e congr&#232;s, utilisait des m&#233;thodes de lutte l&#233;gales et semi-l&#233;gales, et s'est d&#233;velopp&#233;e de fait &#224; une &#233;chelle plus importante que la lutte de 1926. Une grande campagne de p&#233;tition, des alliances, des manifestations, de pair avec le renforcement du travail fractionnel, &#233;taient des indicateurs du haut niveau de lutte et de la grande participation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Du 15e congr&#232;s au pl&#233;num de novembre 1928 [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La capitulation des centristes de gauche (les zinovi&#233;vistes) et la crise aigu&#235; du bloc de centre droit &#224; l'occasion de la gr&#232;ve du pain des koulaks, qui a port&#233; un coup d&#233;cisif aux illusions de la p&#233;riode de reconstruction, ont cr&#233;&#233; un nouveau rapport de force dans le pays et dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution vers la gauche de la politique des centristes a &#233;t&#233; l'expression de cette nouvelle p&#233;riode de d&#233;veloppement, et a donn&#233; &#224; l'opposition de nouvelles t&#226;ches &#224; accomplir. &#171; Le centrisme &#187;, dit le camarade Trotski, en &#233;valuant les perspectives de la p&#233;riode qui a suivi le congr&#232;s, &#171; est un coup d'arr&#234;t, mais les masses acqui&#232;rent &#233;galement leur propre exp&#233;rience dans la lutte. Nous comptons l&#224;-dessus &#187;. (&#192; une nouvelle &#233;tape) [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation dans la classe ouvri&#232;re, et le renforcement des &#233;l&#233;ments de gauche du parti, cr&#233;ent les conditions favorables pour le mouvement oppositionnel. Le caract&#232;re hybride du centrisme, son absence de clart&#233;, ses h&#233;sitations, qui se sont exprim&#233;es sous une forme claire aux pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 [19], ont d&#233;masqu&#233; encore plus son incapacit&#233; &#224; faire face &#224; de nouveaux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En d&#233;clarant que notre principale t&#226;che tactique est le soutien, sous une forme critique, des pas faits &#224; gauche par le centrisme, dans le but de d&#233;masquer la direction centriste, l'opposition a trouv&#233; le contact avec les masses du parti. Sur la base de cette tactique, elle a gagn&#233; l'initiative dans la lutte contre la droite et a pris l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des conventions collectives de 1928 [20] a &#233;t&#233; le point le plus avanc&#233; de l'offensive de l'opposition. Sous ses coups puissants, les centristes ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'entrer en lutte contre la droite ; cependant, l'opposition n'avait pas assez de forces pour mener &#224; bien la r&#233;forme du parti et remplacer la direction centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. De novembre 1928 &#224; la p&#233;riode actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Malgr&#233; le fait que la direction centriste ait conserv&#233; pleinement tous ses d&#233;saccords strat&#233;giques avec l'opposition, et n'ait pas touch&#233; au r&#233;gime du parti et aux m&#233;thodes bureaucratiques de la construction de l'&#233;conomie, elle s'est &#171; empar&#233;e des slogans de notre arsenal &#187; (Trotski), et prenant le chemin de la lutte administrative avec les koulaks et de l'organisation par en haut des kolkhozes et de l'industrialisation, elle a inculqu&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re et au parti des illusions qui n'&#233;taient pas du tout r&#233;volutionnaires, sur les possibilit&#233;s de sortie des contradictions dans de brefs d&#233;lais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le changement radical de la situation a oblig&#233; l'opposition &#224; changer &#224; nouveau sa tactique, en r&#233;orientant son travail vers l'explication &#233;nergique et syst&#233;matique aux masses de l'incapacit&#233; des centristes &#224; diriger la classe ouvri&#232;re vers une nouvelle voie, et &#224; sortir la dictature prol&#233;tarienne de l'orni&#232;re dans laquelle ils ont mis le pays par leur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression de cette nouvelle tactique a &#233;t&#233; la d&#233;claration du 4 octobre 1929 [21] donnant comme principale t&#226;che de cette p&#233;riode la cr&#233;ation d'un front uni par rapport aux masses qui se font des illusions sur &#171; le plan quinquennal &#187;. En analysant la situation, la d&#233;claration avertissait que le plan quinquennal des centristes, mis en place avec des m&#233;thodes rejet&#233;es par la r&#233;volution d'octobre, conduit non au d&#233;veloppement, mais &#224; la r&#233;duction des forces productives ; il n'am&#233;liore pas la situation mat&#233;rielle, politique et culturelle de la classe ouvri&#232;re, mais la d&#233;t&#233;riore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le passage de la direction centriste &#224; la voie de l'aventure ultra gauche et le premier repli qui a suivi le 15 mars [22] ont d&#233;montr&#233; la compl&#232;te absence de fondement et l'aventurisme de la politique centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de l'opposition, le d&#233;but du d&#233;clin des illusions centristes parmi les masses a permis justement &#224; l'opposition de commencer &#224; se pr&#233;parer &#224; une nouvelle tactique offensive, mettant en avant un nouveau mot d'ordre pour le changement de direction, mot d'ordre qui pouvait devenir &#224; ce moment-l&#224; la conclusion que les masses tiraient de leur propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression du passage &#224; une nouvelle tactique offensive s'est manifest&#233;e dans les documents &#171; des 4 et des 7 &#187; [23], qui ont formul&#233; pour la premi&#232;re fois les principales dissensions, et dans la &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t [24] du camarade Trotski, qui donnait la formulation la plus pr&#233;cise de la nouvelle tactique offensive et de ses principales t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Les principales le&#231;ons de notre lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jetant un regard r&#233;trospectif sur les &#233;tapes pass&#233;es de sa lutte, l'opposition l&#233;niniste doit tenir compte de fa&#231;on sens&#233;e des erreurs qui ont &#233;t&#233; faites, afin d'&#233;viter leur r&#233;p&#233;tition dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici seulement les principales d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la lutte, l'opposition ne se rendait pas compte de la profondeur des dissensions qui la s&#233;paraient de la fraction dominante, et des influences de classe que ces dissensions d&#233;terminaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-estimation du travail organisationnel a &#233;t&#233; &#233;galement li&#233;e &#224; cela ; elle a conduit &#224; laisser passer les conditions les plus favorables pour la cr&#233;ation d'une organisation ill&#233;gale qui fonctionne correctement et qui oriente son travail vers une longue p&#233;riode de travail clandestin. La cons&#233;quence des erreurs a &#233;t&#233; justement l'inad&#233;quation entre les exigences mises en avant par la crise politique et les possibilit&#233;s organisationnelles existantes. Une inad&#233;quation qui s'est refl&#233;t&#233;e de fa&#231;on si pr&#233;judiciable sur le travail de masse : il a &#233;t&#233; loin de correspondre &#224; son importance potentielle sur le plan id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concessions faites aux compagnons de route provisoires dans la lutte ont constitu&#233; un autre d&#233;faut non moins s&#233;rieux de notre travail ; elles ont souvent pris une proportion bien au-del&#224; de ce qu'exigeaient les int&#233;r&#234;ts du mouvement, pris dans sa totalit&#233;. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, dans nos rangs, de mettre de l'eau dans notre vin, ainsi que d'affaiblir la direction ; ces &#233;l&#233;ments (principalement avec une orientation de centre gauche) nuisaient, dans les moments d&#233;cisifs, aux bases id&#233;ologiques et aux forces organisationnelles de notre mouvement, ils y suscitaient de profondes crises internes. L'influence des compagnons de route se ressentait indubitablement aussi sur la ligne tactique de l'opposition dans une direction qui, selon l'appr&#233;ciation du camarade Trotski, consistait &#224; ce que &#171; nos erreurs &#233;taient toujours dans une bien plus grande mesure des erreurs de droite que des erreurs de gauche par rapport &#224; la ligne juste &#187; (voir sa lettre du 23 mai 1928 &#224; B&#233;loborodov). Ce n'est qu'en se purifiant, au cours de plusieurs processus, des &#233;l&#233;ments les plus nuisibles de centre gauche, que l'opposition l&#233;niniste a pu se donner une orientation claire &#224; sa tactique dans sa lutte implacable avec le centrisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Nos t&#226;ches en lien avec les fondements de la tactique l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale t&#226;che de l'opposition, pour le moment, est l'organisation de la lutte prol&#233;tarienne pour la r&#233;forme du parti, des syndicats, de l'&#201;tat, avec pour principe la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, ainsi que la rectification de la ligne strat&#233;gique du parti et son retour dans la voie trac&#233;e par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che ne peut &#234;tre accomplie que par la mobilisation de toutes les forces r&#233;volutionnaires du parti et de la classe ouvri&#232;re autour de l'opposition l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions qui se sont form&#233;es &#224; pr&#233;sent, la crise &#233;conomique et politique qui ne cesse de s'approfondir dans le pays, suscitent la croissance du m&#233;contentement de toutes les classes. Dans cette situation qui &#233;largit indubitablement notre base dans la classe ouvri&#232;re, notre ligne tactique doit se traduire par une offensive politique sur la base d'un travail organisationnel profond dans les masses, bien que grandisse en m&#234;me temps &#233;galement le danger des interventions contre-r&#233;volutionnaires des classes ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule possibilit&#233;, dit le camarade Trotski, de conserver et d'augmenter les chances de la voie du d&#233;veloppement r&#233;formiste de la r&#233;volution d'octobre et du parti, r&#233;side dans la mise en place du fonctionnement correct de l'organisation centralis&#233;e des bolcheviks-l&#233;ninistes, disposant de ressources techniques suffisantes pour influer de fa&#231;on syst&#233;matique sur l'opinion du parti atomis&#233;. &#187; (lettre du 08/08/1930) [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; principale de l'opposition l&#233;niniste doit &#234;tre la capacit&#233; &#224; effectuer un brusque changement de tactique pour se r&#233;armer, et &#224; utiliser de nouvelles m&#233;thodes de lutte, en d'autres termes &#224; pratiquer une politique de tournants brusques. Dans les p&#233;riodes de croissance de l'activit&#233; politique des masses et du renforcement, en parall&#232;le, de la pression des classes ennemies, elle doit mettre en pratique une tactique d'offensive d&#233;cid&#233;e et hardie ; dans les p&#233;riodes de recul politique de l'esprit des masses, elle doit passer &#224; une tactique d&#233;fensive et attentiste, mais en tentant, dans ces conditions, de faire preuve, sur la base d'une nouvelle ligne tactique, d'une tr&#232;s grande activit&#233; dans sa lutte pour gagner de l'influence sur les masses. Gardant la maitrise dans les compromis qu'elle passe et les accords forc&#233;s, elle ne doit jamais reculer d'un iota sur les questions de principe devant l'ennemi ou devant un alli&#233; peu s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse politique profonde et les &#233;valuations saines de la r&#233;alit&#233; ont toujours aid&#233; l'opposition &#224; indiquer de fa&#231;on juste la tactique &#224; suivre, en choisissant entre l'offensive et la d&#233;fensive en fonction de la situation objective. C'est pour cette raison qu'elle a toujours &#233;t&#233; &#233;trang&#232;re &#224; l'aventurisme et s'est toujours bas&#233;e uniquement sur la croissance de la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une &#233;laboration approfondie des mots d'ordre concrets du moment, &#224; partir des orientations programmatiques, qui soit &#233;trang&#232;re &#224; la fois au regard en arri&#232;re conservateur et &#224; la simple r&#233;p&#233;tition non critique des slogans anciens, peut assurer &#224; l'opposition bolchevik-l&#233;niniste une tactique efficace qui corresponde aux buts poursuivis.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. La lutte pour les masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution d'octobre, il n'y a pas eu de changements dans la situation de notre prol&#233;tariat qui conduisent &#224; la liquidation de son r&#244;le r&#233;volutionnaire pass&#233;. Au contraire, il a grandi de fa&#231;on plus sensible sur les plans politique et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le profond abattement de la classe ouvri&#232;re en ce qui concerne son &#233;tat d'esprit politique, sa passivit&#233;, sa fatigue durant les ann&#233;es qui ont suivi la fin de la guerre civile, malgr&#233; l'exposition de certaines de ses couches &#224; l'influence des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois qui lui viennent de la campagne et que la bureaucratie entretient consciemment, nous avons pu souvent observer la manifestation de la profonde r&#233;sistance, sourde, de la classe ouvri&#232;re face &#224; la ligne thermidorienne. Et cela permet d'estimer que maintenant, quand les illusions nuisibles parmi les masses s'effondrent rapidement, toute pression des classes ennemies peut cr&#233;er &#224; nouveau dans le parti et la classe ouvri&#232;re un retour vers l'activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique actuelle de la bureaucratie centriste est clairement calcul&#233;e pour brider le prol&#233;tariat, dans le but de lui retirer la possibilit&#233; de se d&#233;fendre. En liaison avec cela, une diff&#233;renciation, sur le plan de la conscience de classe des masses ouvri&#232;res, s'est effectu&#233;e &#224; des niveaux plus ou moins clairement marqu&#233;s. &#192; c&#244;t&#233; d'une aristocratie ouvri&#232;re peu nombreuse et tr&#232;s bien pay&#233;e, qui aspire &#224; une vie tranquille, et un groupe d'ouvriers de choc assez important, mais qui n'est pas encore totalement form&#233;, composant formellement le soutien du r&#233;gime, il y a de nombreuses &#171; recrues &#187;, venues de la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, dont l'&#233;tat d'esprit va des relations de confiance bienveillantes &#224; l'&#233;gard de toutes les fables que les centristes leur comptent, jusqu'&#224; une haine plus consciente du pouvoir sovi&#233;tique, tel qu'il est incarn&#233; par ses repr&#233;sentants actuels. Mais la fraction la plus importante du prol&#233;tariat industriel se lib&#232;re progressivement des illusions pass&#233;es, acquiert une exp&#233;rience politique, et s'imbibe d'un profond m&#233;contentement r&#233;volutionnaire ; elle continue de garder pour le moment une attitude d'attente, dans la mesure o&#249; le r&#233;gime existant ne donne pas la possibilit&#233; aux sentiments des masses de se manifester librement, tant qu'ils n'atteindront pas leur limite sup&#233;rieure, qui correspondrait &#224; l'intensit&#233; de la pression politique qu'ils subissent. Ce noyau principal de la classe ouvri&#232;re, capable d'entrainer &#224; sa suite le reste de la masse de nombreux millions de personnes, cherche maintenant une direction ferme, claire, ayant un programme d'action pr&#233;cis, visant &#224; r&#233;tablir un r&#233;gime normal et une ligne politique juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales questions tactiques de notre lutte sont de trouver les voies pour gagner &#224; nous des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires d'avant-garde et de la classe ouvri&#232;re et, par eux, gagner &#224; notre influence, &#224; notre direction la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re pour la lutte &#224; venir pour la r&#233;forme. Et pour ce faire, notre premi&#232;re t&#226;che consiste &#224; contrecarrer tous les &#233;l&#233;ments de d&#233;ception, de fatigue et d'apathie qui g&#234;nent l'essor de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la grande masse des ouvriers n'a pas pris conscience jusqu'&#224; pr&#233;sent de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte active contre la croissance du danger contre-r&#233;volutionnaire, par la faute de la direction centriste, malgr&#233; le fait que la dictature prol&#233;tarienne rec&#232;le de tr&#232;s grandes forces et possibilit&#233;s de renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'on ne peut pas vaincre vraiment avec la seule avant-garde. Et pour que toute la classe en arrive &#224; un soutien direct et conscient de l'avant-garde, il est n&#233;cessaire qu'elle acqui&#232;re sa propre exp&#233;rience politique et sache la g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison qu'il devrait &#234;tre clair pour nous que la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts vitaux du prol&#233;tariat conduira au r&#233;veil des couches retardataires des masses, seulement quand les buts de la lutte seront &#233;troitement li&#233;s &#224; la situation concr&#232;te et seront compr&#233;hensibles pour les grandes masses. Ce n'est qu'en cr&#233;ant une organisation fortement ramifi&#233;e, li&#233;e &#233;troitement aux masses sur leurs lieux de travail, et grandissant sur la base de la d&#233;fense m&#234;me des int&#233;r&#234;ts quotidiens les plus modestes, que nous pouvons compter sur la r&#233;ussite de notre agitation, et sur le fait que cette masse nous suivra dans la lutte pour la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous pr&#233;occupant avant tout de la classe ouvri&#232;re dans sa globalit&#233;, nous devons mener le travail aussi bien parmi les membres du parti, que parmi les ouvriers sans parti, contrecarrant de toutes les fa&#231;ons possibles les tentatives de cr&#233;er une s&#233;paration entre les uns et les autres. De telles tentatives sont aussi bien le fait de la bureaucratie centriste, qui essaie de semer la discorde entre les diff&#233;rents d&#233;tachements de la classe ouvri&#232;re, que des partis anti-sovi&#233;tiques, qui tentent de dresser les ouvriers sans parti contre le parti et de les d&#233;tourner vers la voie de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre directive tactique acquiert de ce fait un sens particulier &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rents courants politiques, et avant tout &#224; l'&#233;gard du centrisme lui-m&#234;me, qui &#171; repr&#233;sente le principal danger dans le parti &#187; (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'objectif principal du centrisme est d'&#233;touffer l'activit&#233; du prol&#233;tariat, aussi bien par des m&#233;thodes de terreur administrative et &#233;conomique, que des m&#233;thodes sophistiqu&#233;es de mensonge, notre t&#226;che est un grand travail d'explication, destin&#233; &#224; d&#233;masquer le centrisme, dans le but de relever l'activit&#233; des prol&#233;taires &#224; un niveau o&#249; plus aucune menace n'est capable d'emp&#234;cher l'intervention des masses. En outre, nous devons expliquer avec t&#233;nacit&#233; aux masses que la voie de la r&#233;forme passe par le remplacement de la direction centriste &#171; qui ne peut r&#233;aliser la r&#233;forme pour des raisons organiques &#187; (Rakovski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme, qui suscite le d&#233;senchantement et la chute de l'activit&#233; m&#234;me de la partie la plus r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, facilite l'influence des mencheviks sur les masses. En luttant contre le centrisme, et en montrant au prol&#233;tariat les voies les plus efficaces du sauvetage de son pouvoir (la dictature du prol&#233;tariat), nous paralysons en grande partie aussi l'influence des mencheviks et des autres partis anti-sovi&#233;tiques qui font du travail dans la classe ouvri&#232;re. Il convient &#233;galement de dire la m&#234;me chose sur les anarchistes et les partis qui ont de la m&#234;me fa&#231;on des complices &#224; l'int&#233;rieur de l'officiel PCR(b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En luttant contre ces courants, nous nous battons contre la division de la classe ouvri&#232;re en sph&#232;res d'influence, en fonction de ses principales cat&#233;gories sociales, contre sa soumission &#224; diff&#233;rentes influences &#233;trang&#232;res de classe, et pour son unit&#233;, son regroupement, avec le mot d'ordre du r&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat. Mais cette t&#226;che ne peut pas &#234;tre accomplie par une action ext&#233;rieure, en lan&#231;ant simplement des mots d'ordre ronflants, sans un travail pr&#233;paratoire correspondant dans toutes les organisations ouvri&#232;res de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, de ce point de vue, la lutte dans le secteur prol&#233;tarien du parti officiel est l'une des t&#226;ches &#224; accomplir. Mais le travail dans cette direction ne doit en aucun cas masquer la n&#233;cessit&#233; de conqu&#233;rir les organisations prol&#233;tariennes hors du parti, et particuli&#232;rement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en attirant de notre c&#244;t&#233; toute l'aile r&#233;volutionnaire du parti et la majorit&#233; r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, ainsi qu'en r&#233;tablissant ensuite la confiance &#224; son &#233;gard des couches pauvres et moyennes du village (par la voie de la propagande de mesures &#233;conomiques correspondantes), que nous pourrons r&#233;aliser une r&#233;forme dans toute l'ampleur n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de notre lutte, nous aurons sans doute &#224; faire face &#224; la r&#233;sistance cruelle des forces thermidoriennes et bonapartistes. Et l&#224; se posera au prol&#233;tariat la question des formes que prendra sa lutte avec ces forces, car, celle-ci ne pourra certainement pas se faire sans un &#233;pisode de guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti officiel repr&#233;sente maintenant la cohabitation de deux camps de la guerre civile. (L. F.) [27]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cohabitation ne peut continuer longtemps. L'un de ces camps doit p&#233;rir, afin de laisser la place au d&#233;veloppement de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas, par cons&#233;quent, miser sur le travail en direction du parti officiel, qui n'existe pas comme parti, mais nous devons choisir de nous orienter vers la recr&#233;ation du vieux parti l&#233;niniste avec le secteur r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien du parti officiel et les ouvriers actifs, d'avant-garde, consciemment r&#233;volutionnaires, qui se trouvent actuellement hors du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction bolchevik-l&#233;niniste, organis&#233;e et en &#233;tat d'agir, sera la base sur laquelle se fera la cristallisation de ces &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et r&#233;volutionnaires, et la renaissance du parti l&#233;niniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Les formes et les m&#233;thodes de lutte pour la r&#233;forme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous donnant pour t&#226;che de contribuer &#224; l'organisation des masses ouvri&#232;res, nous devons, en m&#234;me temps, nous rendre compte que le r&#233;gime et la politique centriste conduisent objectivement &#224; ce que, dans le mouvement des masses, une certaine spontan&#233;it&#233; puisse prendre le dessus sur le niveau d'organisation que l'opposition l&#233;niniste peut donner &#224; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison que, dans le cas o&#249; un mouvement se d&#233;clare de fa&#231;on spontan&#233;e, nous ne refuserons pas d'y participer. Car lorsque se pr&#233;sentent les conditions objectives d'une pression r&#233;volutionnaire directe, se mettre au service du mouvement des masses est, comme dit L&#233;nine, &#171; la t&#226;che la plus &#233;lev&#233;e du parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, nous ne sommes pas complaisants avec les &#233;l&#233;ments de spontan&#233;it&#233; des mouvements, nous ne nous soumettons pas &#224; eux, nous aspirons de toutes les mani&#232;res possibles &#224; les combattre, &#224; soumettre ces mouvements &#224; notre influence : &#171; aller &#224; la rencontre des masses ne veut pas dire l&#226;cher pied devant la spontan&#233;it&#233; &#187; (L. T.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, alors que la grande masse de la classe ouvri&#232;re (et pas toute son avant-garde) n'est pas encore sortie de son attentisme, il nous faut rejeter cat&#233;goriquement les propositions qui sont dict&#233;es par l'impatience r&#233;volutionnaire et l'absence de maturit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que cela veut dire que nous appelons &#224; la passivit&#233; et inculquons aux &#233;l&#233;ments d'avant-garde du prol&#233;tariat qu'il faut survivre avec fatalisme, tant que le d&#233;veloppement objectif des &#233;v&#233;nements ne nous apportera pas des r&#233;sultats tout pr&#234;ts &#171; par eux-m&#234;mes &#187; ? Absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut seulement dire qu'il ne s'agit pas de lancer des mots d'ordre qui ne peuvent &#234;tre encore compris des masses ouvri&#232;res et qui ne se d&#233;duisent pas de leur propre exp&#233;rience. La principale t&#226;che des ouvriers d'avant-garde et conscients, &#224; l'&#233;tape actuelle de l'offensive politique, doit consister, non &#224; crier des slogans ronflants, mais &#224; r&#233;aliser un travail opini&#226;tre pour cr&#233;er une organisation clandestine extr&#234;mement ramifi&#233;e, afin d'&#234;tre en mesure, gr&#226;ce elle, de se saisir des conflits, particuliers ou plus g&#233;n&#233;raux, des ouvriers avec la bureaucratie, et d'entra&#238;ner de plus en plus de masses d'ouvriers &#224; la lutte pour la r&#233;forme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre le r&#233;gime bureaucratique a eu principalement un caract&#232;re individualiste et anarchique. Dans les conditions d'&#233;touffement complet de l'activit&#233; normale des syndicats, qui se sont transform&#233;s d'organes de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des ouvriers en organes auxiliaires des gestionnaires, les ouvriers ont recours &#224; des formes de lutte comme les absences injustifi&#233;es, la d&#233;t&#233;rioration des machines, l'assassinat des ouvriers de choc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition l&#233;niniste ne met pas en avant toute forme de m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime bureaucratique existant et de sa politique. Sa t&#226;che consiste &#224; pr&#233;parer et &#224; organiser la r&#233;sistance collective et de masse &#224; toute la politique de la bureaucratie stalinienne. Et en ce sens, il y a, &#224; la disposition du prol&#233;tariat, toute une s&#233;rie de m&#233;thodes mises au point par l'exp&#233;rience pass&#233;e du mouvement, en commen&#231;ant par les protestations organis&#233;es et en finissant par des manifestations, des gr&#232;ves, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement, lorsqu'il a atteint une grande force et exerce une grande pression, peut se manifester en exer&#231;ant directement sa propre autorit&#233;, par la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, la destitution et l'&#233;lection des fonctionnaires dans le parti, les syndicats, les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fonction du degr&#233; de d&#233;veloppement d'un mouvement ouvrier de masse, la gr&#232;ve acquiert une grande importance en sa qualit&#233; d'instrument traditionnel de lutte de la classe ouvri&#232;re ; son utilisation dans les conditions actuelles est punie avec toute la s&#233;v&#233;rit&#233; de l'arbitraire bureaucratique, bien que du temps de L&#233;nine elle ait &#233;t&#233; reconnue comme moyen de d&#233;fense des ouvriers contre les perversions de l'appareil au pouvoir. Une r&#233;solution connue du 11e congr&#232;s [28] du parti sur les syndicats obligeait les cellules communistes des entreprises &#224; se mettre &#224; la t&#234;te des ouvriers contre les d&#233;formations bureaucratiques des organes &#233;conomiques d'&#201;tat (apr&#232;s &#233;puisement complet des autres moyens d'action).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions actuelles, l'utilisation organis&#233;e des gr&#232;ves peut jouer un grand r&#244;le dans la mobilisation des forces prol&#233;tariennes avec les slogans de r&#233;forme du parti, des syndicats et des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 11e congr&#232;s nous donne un argument important en faveur du droit de gr&#232;ve contre le r&#233;gime bureaucratique. L'opposition doit montrer aux masses qu'elle est &#224; cet &#233;gard le vrai promoteur de la ligne l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans les conditions se rapprochant de la pire des situations, celle qui exige la plus grande tension des forces du prol&#233;tariat, sa lutte peut prendre la forme la plus aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas d'intervention ouverte des &#233;l&#233;ments bonapartistes, dans le but d'un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire, le seul moyen de r&#233;tablir la dictature du prol&#233;tariat est l'&#233;crasement arm&#233; de la contre-r&#233;volution, d'o&#249; qu'elle vienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition bolchevik-l&#233;niniste a toujours consid&#233;r&#233; sa lutte pour la r&#233;forme comme une t&#226;che internationale. La lutte qui a &#233;t&#233; et qui est actuellement men&#233;e par l'opposition contre la direction stalinienne, l'est en lien &#233;troit avec la lutte g&#233;n&#233;rale de l'aile gauche du Komintern contre la domination du centrisme. Sans le remplacement de la direction centriste du Komintern, la pr&#233;paration du facteur subjectif de la r&#233;volution mondiale est impossible, car l'histoire de la direction stalinienne est l'histoire de ses erreurs incessantes et des d&#233;faites du prol&#233;tariat international suscit&#233;es par elles (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme stalinien et sa domination au Komintern ont grandi sur la base de la stabilisation relative du capitalisme et d'une s&#233;rie de d&#233;faites du prol&#233;tariat europ&#233;en au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es. Les succ&#232;s de la lutte contre l'opportunisme stalinien et pour la renaissance du Komintern seront stimul&#233;s par l'essor du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la situation internationale montre clairement la justesse de l'&#233;valuation g&#233;n&#233;rale du 3e congr&#232;s de l'IC [29] selon laquelle &#171; la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, descendante avec des mouvements passagers de remont&#233;e ; la courbe de la r&#233;volution est, par contre, montante avec quelques fl&#233;chissements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons, en nous appuyant sur ce fait, attendre en toute certitude un nouvel essor de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui sapera profond&#233;ment le terrain sous les pieds de la domination de la bureaucratie centriste et cr&#233;era la pouss&#233;e que nous attendons au profit de la classe ouvri&#232;re et de l'aile gauche du Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement pour cette raison que l'opposition l&#233;niniste n'a jamais consid&#233;r&#233; (&#224; la fa&#231;on des zinovi&#233;vistes et des d&#233;cistes qui souffrent de la m&#234;me fa&#231;on du bornage national) sa lutte contre le centrisme en faisant abstraction de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du d&#233;veloppement de toute la situation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En menant une lutte opini&#226;tre pour la renaissance du Komintern sur les bases du l&#233;ninisme, nous cr&#233;ons par l&#224; m&#234;me les &#233;l&#233;ments subjectifs de l'essor futur de la lutte prol&#233;tarienne, en pr&#233;parant le lendemain du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Komintern : Commounistitch&#233;ski Internatsional (en russe), soit Internationale communiste en fran&#231;ais (IC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 14e congr&#232;s du Parti communiste (bolch&#233;vique) de l'URSS (PC(b)U) s'est tenu &#224; Moscou entre le 18/12/1925 et le 31/12/1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#233;claration des 46 : lettre envoy&#233;e par un groupe de 46 dirigeants sovi&#233;tiques au Bureau politique du Comit&#233; central du PC(b)U le 15 octobre 1923, et gard&#233;e secr&#232;te, comme ne concernant que le bureau politique. &#201;crite par 46 dirigeants bolcheviks, dont Pr&#233;obajenski, Antonov-Ovs&#233;&#239;enko, Smirnov, Piatakov&#8230; elle d&#233;crit la situation dans le pays, critique la direction du parti et son manque de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cours nouveau de L. Trotski, &#233;crit fin 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 15e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou entre le 02/12/1927 et le 19/12/1927. Lors de ce congr&#232;s, les dirigeants de &#171; l'opposition unifi&#233;e &#187; sont exclus du parti. (Trotski l'avait &#233;t&#233; avant m&#234;me le congr&#232;s, au mois de novembre). C'est &#233;galement l&#224; qu'ont &#233;t&#233; avanc&#233;es les premi&#232;res r&#233;solutions sur le travail &#224; la campagne et directives pour la mise en place du 1er plan quinquennal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans les ann&#233;es 1920, le mouvement oppositionnel &#233;tait anim&#233; par G. Zinoviev &#224; Leningrad, ville o&#249; il avait une grande influence dans le Parti bolch&#233;vique et dont il avait &#233;t&#233; pr&#233;sident du soviet en d&#233;cembre 1917. (Elle s'appelait alors Petrograd, avant qu'on l'affuble du nom de L&#233;nine en 1924, question d'honorer le mort&#8230; et faire, en son nom, le contraire de sa politique. Rebaptis&#233;e depuis 1991 de son nom sous le tsarisme, Saint-P&#233;tersbourg, pour faire oublier son pass&#233; rouge. Mais c'est une autre histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] D&#233;claration de 1923 : voir la note 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] D&#233;claration des 83, r&#233;dig&#233;e par L&#233;on Trotski et envoy&#233;e au Comit&#233; central du PCPR en mai 1927. Th&#232;mes trait&#233;s : &#233;chec en Chine, &#233;chec en Grande-Bretagne, politique int&#233;rieure, danger de la guerre, unit&#233; du parti, d&#233;fense de G. Zinoviev. Elle a &#233;t&#233; sign&#233;e dans un premier temps par 83 bolcheviks de l'opposition (en fait 84), puis par plus de 3 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Plate-forme des 13 : pr&#233;par&#233;e pour le 15e congr&#232;s du PC(b)U en septembre 1927, elle &#233;tait sign&#233;e &#224; la fois par Kamenev, Zinoviev, Trotski, et plusieurs autres dirigeants de l'opposition trotskyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Usine Poutilov : usine d'armement construite en 1801 sous le r&#232;gne de Paul 1er &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Sa production se diversifie avec le temps (mat&#233;riel ferroviaire, par exemple). En 1900, l'usine occupait la premi&#232;re place dans l'empire russe pour sa production m&#233;tallurgique et de machines. En 1917, 29 000 ouvriers y &#233;taient employ&#233;s. Ils ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans les &#233;v&#233;nements. Plus de 10 000 ouvriers ont rejoint les fronts de la guerre civile. Nationalis&#233;e en 1917, l'usine a &#233;t&#233; privatis&#233;e en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La d&#233;faite du 16 octobre 1926 : au pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U, L. Trotski, G. Zinoviev et L. Kamenev ont &#233;t&#233; exclus du Bureau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] La 15e conf&#233;rence du PC(b)U s'est tenue &#224; Moscou entre le 26 octobre et le 3 novembre 1926. Elle &#233;tait consacr&#233;e &#224; la situation internationale, &#224; la situation &#233;conomique du pays et aux t&#226;ches du parti et des syndicats, enfin &#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Ce 7e pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC s'est tenu &#224; Moscou du 22/11 au 16/12/1926. Il portait sur la situation internationale (en particulier la Grande-Bretagne, la Chine et l'Allemagne), l'action du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC, les syndicats, et les oppositions &#224; l'int&#233;rieur du parti russe (des exclusions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Ce pl&#233;num du Comit&#233; central du parti, tenu le 12 f&#233;vrier 1927, a vot&#233; les r&#233;solutions relatives &#224; l'industrie du b&#226;timent en 1926/1927 et &#224; La baisse des prix de vente et de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Le groupe &#171; Centraliste d&#233;mocratique &#187; (abr&#233;g&#233; CD, &#233;galement nomm&#233; D&#233;ciste), s'est form&#233; en tant que tendance dans le parti bolch&#233;vique en mars 1919 au 8e congr&#232;s du PCR. Les dirigeants principaux &#233;taient Val&#233;riane Ossinski, Vladimir Smirnov et Timof&#233;&#239; Sapronov. Ils voulaient revenir &#224; une pratique politique et &#233;conomique initi&#233;e par la base ouvri&#232;re au d&#233;triment de la centralisation et de la bureaucratisation qui s'&#233;taient instaur&#233;es. Ils s'impliqu&#232;rent &#233;galement dans le d&#233;bat sur les syndicats fin 1920, d&#233;but 1921. Le groupe se dissout en mars 1921 suite au 10e congr&#232;s du PCR qui condamne les fractions. Ses membres se li&#232;rent en 1923 avec l'opposition de gauche initi&#233;e par Trotski, puis &#224; l'opposition unifi&#233;e de Trotski avec Kamenev et Zinoviev, et rompirent avec l'opposition trotskiste apr&#232;s la d&#233;faite de cette opposition unifi&#233;e du 16 octobre 1926, dont parle l'article. Certains membres ont fait ensuite d&#233;fection, d'autres sont rest&#233;s fid&#232;les &#224; leurs id&#233;es, mais tous ont subi la r&#233;pression stalinienne (isolateurs, prisons, exils, puis ex&#233;cutions massives &#224; la fin des ann&#233;es trente). Par rapport au r&#233;gime stalinien, ils jugent que &#171; Si chez nous les moyens de production sont nationalis&#233;s et que le pouvoir d'&#201;tat n'est pas entre les mains de la classe ouvri&#232;re, alors l'absence par elle-m&#234;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production montre que le sujet de l'exploitation a chang&#233; (le propri&#233;taire), mais pas l'objet (la classe ouvri&#232;re) &#187; [T. Sapronov : L'agonie de la dictature petite-bourgeoise]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils jugent en quelque sorte la contre-r&#233;volution comme achev&#233;e, et ont, dans la p&#233;riode du &#171; Grand tournant &#187; de Staline vers la d&#233;koulakisation, une politique que Trotski juge &#224; la fois gauchiste et en partie d&#233;faitiste. C'est &#224; leur propos que Trotski &#233;crit, fin 1928 : &#171; &#8230; aller au-devant de la masse ne signifie pas se mettre &#224; la t&#234;te des mouvements d&#233;sordonn&#233;s auxquels tendent les &#171; d&#233;cistes &#187;, qui, ou bien se casseront le cou sur une politique d'aventure, ce qui ne serait qu'un demi-malheur, ou bien aideront accidentellement l'ennemi &#224; tordre le cou &#224; la r&#233;volution, ce qui est beaucoup plus grave [&#8230;] &#187; Et estimant n&#233;cessaire de se d&#233;marquer de cette politique, Trotski ajoutait : &#171; Il faut que les flancs et l'arri&#232;re soient pour nous d&#233;limit&#233;s par une ligne claire, afin que la masse sache o&#249; nous sommes et o&#249; nous ne sommes pas. &#187; Cf. (Lettre du 21 octobre 1928). C'est ce point de vue que rappellent ici les r&#233;dacteurs du journal retrouv&#233; de l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Avril 27 : le 12 avril 1927, le Kuomintang retourne ses armes contre le Parti communiste chinois &#224; Shangha&#239; et y &#233;crase dans le sang la classe ouvri&#232;re, attisant ainsi la confrontation entre l'opposition de gauche et la majorit&#233; du PC(b)U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pl&#233;num de novembre 1928 : le pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 16 au 24 novembre 1928. L'opposition droiti&#232;re y a &#233;t&#233; condamn&#233;e ; celle-ci a cependant vot&#233; cette r&#233;solution avec les partisans de Staline pour pr&#233;server l'unit&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] &#192; une nouvelle &#233;tape est un texte &#233;crit apr&#232;s le 18 d&#233;cembre 1927. La citation n'y a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 : le premier s'est d&#233;roul&#233; du 6 au 11 avril 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U et la Commission centrale de contr&#244;le du PC(b)U ; il &#233;tait consacr&#233; &#224; des questions agraire, industrielle, d'organisation du parti. Le second s'est d&#233;roul&#233; du 4 au 12 juillet 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U ; questions abord&#233;es : Komintern, agriculture, formation de sp&#233;cialistes, nominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &#171; &#192; la fin de 1928, une campagne pour le renouvellement des conventions collectives s'est ouverte dans tout le pays [&#8230;] &#187;, pr&#233;cise Mikhail Vassiliev dans le num&#233;ro 20 des Cahiers du mouvement ouvrier : &#171; &#201;tant donn&#233; l'aggravation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvri&#232;re, la hausse des prix sur les marchandises de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, un mouvement de gr&#232;ve s'est intensifi&#233; dans le pays. &#187; Et il cite un document de l'opposition de gauche &#224; l'&#233;poque qui dit : &#171; Le m&#233;contentement des ouvriers, ne trouvant pas d'issue aupr&#232;s des syndicats, s'amplifie [&#8230;] La gr&#232;ve, c'est le moyen extr&#234;me d'autod&#233;fense de la classe ouvri&#232;re contre les perversions de l'appareil bureaucratique. [&#8230;] les bolcheviks-l&#233;ninistes doivent prendre la t&#234;te du mouvement partout et en se souciant en tout lieu de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs, luttant sans merci contre les perversions bureaucratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Nous n'avons pas le texte de la d&#233;claration du 4 octobre 1929, r&#233;dig&#233;e par Rakovski, l'un des responsables de l'opposition trotkiste &#224; l'&#233;poque. Mais elle est, semble-t-il, dans la continuit&#233; d'une autre d&#233;claration de Rakovski, cosign&#233;e avec deux autres oppositionnels, Kossior et Okoudjava, datant du 22 ao&#251;t (publi&#233;e notamment par P. Brou&#233; dans Les cahiers L&#233;on Trotsky no 6, p. 78 &#224; 85). &#192; sa fa&#231;on, ce texte du 22 ao&#251;t saluait le tournant &#224; gauche de la direction stalinienne, avec son plan d'industrialisation que les signataires de la d&#233;claration appelaient &#224; soutenir, appelant en m&#234;me temps &#224; la r&#233;int&#233;gration de l'opposition de gauche dans le parti, y compris la r&#233;int&#233;gration de Trotski et son retour d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski a, &#224; post&#233;riori (fin septembre), approuv&#233; sur le fond ce texte, auquel il apportait sa signature. Dans sa Lettre ouverte aux bolcheviks-l&#233;ninistes signataires de la d&#233;claration du 22 ao&#251;t 1929, il &#233;crivait : &#171; Le fait du tournant &#224; gauche de la direction officielle est patent. Depuis 1926, nous avons plus d'une fois pr&#233;dit qu'il &#233;tait in&#233;vitable sous les coups de la lutte de classe qui avait sans aucune difficult&#233; d&#233;moli le cadre de la politique droite-centre. De m&#234;me il n'est pas n&#233;cessaire de d&#233;montrer ici le fait incontestable que, si la lutte contre notre plate-forme a &#233;t&#233; conduite avec les arguments du groupe de droite actuel, la lutte officielle contre ce dernier a &#233;t&#233; men&#233;e avec des arguments emprunt&#233;s &#224; notre plate-forme. [&#8230;] Vous avez absolument raison de souligner que le plan quinquennal de construction socialiste peut devenir une &#233;tape tr&#232;s importante dans le d&#233;veloppement de la r&#233;volution d'Octobre. Dans des termes mesur&#233;s, mais sans &#233;quivoque, vous soulignez les conditions qui seraient n&#233;cessaires pour cela mais qui n'existent pas encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il mettait en garde contre toute illusion sur le cours qu'allait suivre la direction stalinienne, tant sur le plan international que dans sa politique vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re et dans le parti : &#171; La direction maintient et m&#234;me renforce la r&#233;pression parce que la co&#239;ncidence de nombre des mesures pratiques extr&#234;mement importantes qu'elle a prises dans sa politique actuelle avec les mots d'ordre et formulations de notre plate-forme, ne fait nullement dispara&#238;tre pour elle la dissemblance des principes th&#233;oriques d'o&#249; la direction et l'Opposition partent pour leur examen des probl&#232;mes de l'heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en garde semble avoir &#233;t&#233; prise en compte dans la d&#233;claration du 4 octobre, qui &#233;tait devenue, plus que sa premi&#232;re &#233;bauche du 22 ao&#251;t, une r&#233;f&#233;rence pour l'opposition de gauche (dont les r&#233;dacteurs du texte). C'est ce que l'on voit par le r&#233;sum&#233; qu'en donne Rakovski lui-m&#234;me en avril 1930 : &#171; Dans sa d&#233;claration au C.C. et &#224; la C.C.C. du 4 octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re, l'Opposition bolchevik-l&#233;niniste s'est &#233;lev&#233;e contre les mesures administratives extraordinaires &#224; la campagne, parce qu'elles entrainent des cons&#233;quences politiques n&#233;gatives. Nous nous sommes &#233;galement &#233;lev&#233;s contre la th&#233;orie tout &#224; fait n&#233;faste de la possibilit&#233; de construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste dans un seul pays [&#8230;] &#187;. Cette d&#233;claration d&#233;non&#231;ait &#171; l'application &#8211; en vue de l'accroissement de la discipline du travail et de la rationalisation &#8211; de proc&#233;d&#233;s rejet&#233;s par la r&#233;volution d'Octobre &#187; (d&#233;crets sur la discipline, introduction de la semaine continue, augmentation des normes de production&#8230;). Elle indiquait &#171; la n&#233;cessit&#233; d'une unification de toutes les forces communistes et r&#233;volutionnaires autour du Plan quinquennal d'industrialisation et de la lutte contre le capitalisme agraire et les droitiers. [&#8230;] Dans la mesure cependant o&#249; la r&#233;alisation du mot d'ordre d'unification de toutes les forces communistes signifie la fin de la p&#233;riode du monopole politique du centrisme la bureaucratie centriste va le combattre avec le m&#234;me acharnement que dans le pass&#233; &#187;. (D&#233;claration en vue du xvie congr&#232;s du PCUS, du 12 avril 1930, sign&#233;e de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, publi&#233;e par P. Brou&#233; dans le Cahier L&#233;on Trotsky no 6, p. 90 &#224; 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Il s'agit en fait d'une d&#233;cision prise le 14 mars 1930 par le Comit&#233; central du PC(b)U sur La lutte avec les d&#233;viations dans le mouvement kolkhozien par rapport &#224; la ligne du parti. Cette d&#233;cision a fait suite &#224; l'article sign&#233; par Staline dans la Pravda du 2 mars 1930, intitul&#233; Le vertige du succ&#232;s. Devant les difficult&#233;s rencontr&#233;es et la r&#233;sistance des paysans, la campagne de &#171; collectivisation &#187; a &#233;t&#233; stopp&#233;e un temps et un certain nombre de cadres de base ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s pour gauchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Il s'agit vraisemblablement du texte du 12 avril 1930, sign&#233; de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, puis cosign&#233; par quelques autres (Brou&#233; en cite deux autres) dont nous avons parl&#233; dans la note 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Nous n'avons pas ce texte. Il semble &#234;tre la lettre de Trotski d'ao&#251;t 1930 dont dit se souvenir Ciliga dans Au pays de mensonge d&#233;concertant (une de ces lettres surnomm&#233;es les &#171; cartes postales &#187; qui parvenaient aux oppositionnels m&#234;me dans les prisons). Ciliga n'en cite pas le texte, mais seulement les longues discussions qu'ont suscit&#233;es au sein des trois tendances des oppositionnels de Verkn&#233;ouralsk l'appr&#233;ciation que Trotsky donnait du stade o&#249; en &#233;tait le &#171; bonapartisme stalinien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciliga &#233;crit : &#171; Une de ses phrases : &#8220;La pr&#233;paration du bonapartisme dans le parti est achev&#233;e&#8221;, devint le fondement de tous les raisonnements et de toutes les th&#232;ses de la gauche. Quant aux droites, ils ne lui attribuaient qu'une valeur rh&#233;torique sans importance pour l'attitude d'ensemble adopt&#233;e par Trotski. Les gauches ne voulaient entendre que le jugement n&#233;gatif &#233;mis par Trotski sur la superstructure politique du r&#233;gime, les droites &#8211; que son jugement positif quant &#224; la base sociale : dictature du prol&#233;tariat et caract&#232;re socialiste de l'&#233;conomie &#187; (Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge d&#233;concertant, p. 181-182 de l'&#233;dition 10/18 de 1977). Mais il ne nous renseigne pas sur les pr&#233;cisions que Trotski donnait sur la nouvelle tactique de l'opposition dont parlent ici les auteurs du texte des oppositionnels emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Il s'agit vraisemblablement de la m&#234;me &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t 1930 cit&#233;e plus haut (cf note 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] L. F. : Peut-&#234;tre, sous ces initiales, les auteurs du texte tiennent-ils &#224; citer L. F&#233;dortchenko qui, si l'on en croit la liste des bolcheviks-l&#233;ninistes enferm&#233;s dans l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, publi&#233;e dans le no 19 de mars 1931 du Bulletin de l'Opposition, y aurait &#233;t&#233; enferm&#233;. S'agirait-il de L&#233;onide F&#233;dortchenko dont a retrouv&#233; mention par ailleurs et qui serait d&#233;c&#233;d&#233; en 1929 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le 11e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 27 mars au 2 avril 1922. Dans le projet de r&#233;solution sur Le r&#244;le et les t&#226;ches des syndicats dans les conditions de la Nouvelle politique &#233;conomique, r&#233;dig&#233; par L&#233;nine pour ce congr&#232;s, il &#233;crivait : &#171; Le passage des entreprises d'&#201;tat &#224; l'autonomie financi&#232;re est in&#233;vitablement et indissolublement li&#233; &#224; la nouvelle politique &#233;conomique, et dans un tr&#232;s proche avenir ce type de gestion deviendra immanquablement pr&#233;pond&#233;rant, sinon exclusif. En fait, cela signifie, dans une situation o&#249; la libert&#233; du commerce est autoris&#233;e et se d&#233;veloppe, que les entreprises d'&#201;tat reviennent dans une mesure notable &#224; des bases commerciales capitalistes. Cette constance, jointe &#224; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, d'obtenir de chaque entreprise d'&#201;tat une gestion non d&#233;ficitaire et m&#234;me b&#233;n&#233;ficiaire, &#224; l'attachement l&#233;gitime ou m&#234;me excessif aux int&#233;r&#234;ts particuliers de l'entreprise, ne peut manquer d'engendrer une certaine contradiction d'int&#233;r&#234;ts entre la masse des ouvriers et les directeurs, les administrateurs des entreprises d'&#201;tat ou les services administratifs dont ils rel&#232;vent. Aussi est-ce le devoir absolu des syndicats, m&#234;me &#224; l'&#233;gard des entreprises d'&#201;tat, de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat et des masses travailleuses vis-&#224;-vis de leurs employeurs. &#187; Et un peu plus loin il ajoutait : &#171; C'est pourquoi une des t&#226;ches essentielles des syndicats consiste &#224; d&#233;fendre dans tous les domaines et par tous les moyens les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat dans sa lutte contre le capital. Cette t&#226;che doit &#234;tre ouvertement situ&#233;e parmi les toutes premi&#232;res, l'appareil des syndicats doit &#234;tre r&#233;organis&#233;, modifi&#233; ou compl&#233;t&#233; en cons&#233;quence, il faut cr&#233;er, ou plus exactement faire en sorte que s'organisent des fonds de gr&#232;ve, etc. [&#8230;] D'o&#249; il d&#233;coule qu'actuellement nous ne pouvons absolument pas renoncer au recours &#224; la gr&#232;ve, que nous ne pouvons par principe admettre que la loi substitue aux gr&#232;ves l'arbitrage obligatoire de l'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution insistait aussi sur &#171; la diff&#233;rence entre la lutte de classe du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui reconna&#238;t la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, des usines, etc., avec un pouvoir politique aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui ne reconna&#238;t pas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et de la majorit&#233; des grosses entreprises, dans un &#201;tat dont le pouvoir politique est dans les mains du prol&#233;tariat &#187; en &#233;crivant : &#171; il est &#233;vident que le but final vis&#233; par les gr&#232;ves en r&#233;gime capitaliste est la destruction de l'appareil d'&#201;tat et le renversement de la classe d&#233;tenant actuellement le pouvoir d'&#201;tat. Mais dans un &#201;tat prol&#233;tarien de type transitoire comme l'est le n&#244;tre, le but final vis&#233; par les gr&#232;ves ne peut &#234;tre que le renforcement de l'&#201;tat prol&#233;tarien et du pouvoir d'&#201;tat exerc&#233; par la classe prol&#233;tarienne, au moyen de la lutte contre les d&#233;formations bureaucratiques de cet &#201;tat, contre ses erreurs et ses faiblesses, contre les app&#233;tits de classe des capitalistes &#233;chappant &#224; son contr&#244;le, etc. &#187; (L&#233;nine, &#338;uvres, tome 33, p. 185-196 de l'&#233;dition en fran&#231;ais.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ce 3e congr&#232;s de l'IC : il s'est tenu &#224; Moscou entre le 22 juin et le 12 juillet 1921. 103 partis et organisations et 605 d&#233;l&#233;gu&#233;s y ont particip&#233;. La citation est extraite des Th&#232;ses sur la situation mondiale et les t&#226;ches de l'Internationale communiste, chapitre VII, Perspectives et t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plateforme de l'Opposition de gauche en 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Correspondances de l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes au camp d'internement stalinien de Vorkouta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview d'un de ses sympathisants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Discussion de Trotsky sur l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste en 1928</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9047</link>
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		<dc:date>2026-05-08T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand la r&#233;volution gagne l'arm&#233;e</title>
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		<dc:date>2026-02-04T23:13:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la Baltique vers le Japon, en un vaste tour du monde, est &#233;cras&#233;e par la flotte japonaise &#224; Tsou-Shima. La d&#233;faite suscite une nouvelle vague d'indignation et de gr&#232;ves, tant elle souligne l'incurie du r&#233;gime. Le 14 juin 1905, les matelots du cuirass&#233; Potemkine se mutinent et jettent leurs officiers &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations social-d&#233;mocrates furent le centre dirigeant du vaste mouvement de gr&#232;ve qui commen&#231;a &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Odessa en mai ; elles tent&#232;rent de donner au mouvement le caract&#232;re d'un soul&#232;vement politique en y associant les troupes locales et 1' &#233;quipage du cuirass&#233; Potemkine, arriv&#233; &#224; Odessa, et &#224; la t&#234;te duquel se trouvaient les membres du groupe social-d&#233;mocrate local, Cyrille et Feldman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion insurrectionnelle sur le cuirass&#233; Potemkine, &#224; laquelle les &#233;quipages de plusieurs navires d&#233;cid&#232;rent de s'associer, fut le produit de 1' activit&#233; d'agitation intensive de l'Union de Crim&#233;e du parti et de son organisation des marins, qui rassemblait des dizaines de marins sur les divers navires de la flotte de la mer Noire ; malgr&#233; l'influence de l'Union, qui tentait de la freiner, l'organisation des marins pr&#233;parait une insurrection g&#233;n&#233;rale sur la flotte. Mais, comme d'habitude lors les complots dans le milieu militaire, l'agitation nourrie par le m&#233;contentement des membres d'&#233;quipage contre le corps des officiers et par l'effondrement de la discipline a suscit&#233; un mouvement trop puissant pour qu'une organisation clandestine puisse la diriger. Le heurt quotidien entre les membres d'&#233;quipage et le corps des officiers sur le Potemkine a provoqu&#233; une &#034;&#233;meute&#034;, qui a remis le cuirass&#233; entre les mains de l'&#233;quipage. Les matelots sociaux-d&#233;mocrates ont alors form&#233; un comit&#233; pour assumer la direction politique du mouvement et l'&#233;tendre sur toute la c&#244;te de la mer Noire. Cette tentative n'a pas &#233;t&#233; couronn&#233;e de succ&#232;s, on le sait, mais sa port&#233;e agitative a &#233;t&#233; &#233;norme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auparavant, &#224; la Nouvelle Alexandrie, une tentative de soul&#232;vement militaire tout aussi inattendue pour la direction du mouvement avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e dans l'&#339;uf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici a agi aussi &#034;1' organisation militaire r&#233;volutionnaire&#034; associ&#233;e au Parti social-d&#233;mocrate, &#224; laquelle appartenait le soldat Bourobine, tu&#233; pendant la tentative de soul&#232;vement militaire ; les autres ont r&#233;ussi &#224; se cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; L'histoire de la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine, en 1905 repose int&#233;gralement sur les relations r&#233;ciproques entre ces trois couches, c'est-&#224;-dire la lutte des couches extr&#234;mes, prol&#233;tarienne et petite-bourgeoise r&#233;actionnaire, pour exercer l'influence dominante sur la couche paysanne interm&#233;diaire, la plus nombreuse. Celui qui n'a pas compris ce probl&#232;me, qui constitua l'axe du mouvement r&#233;volutionnaire dans la flotte, ferait mieux de taire sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution russe en g&#233;n&#233;ral. Car elle fut tout enti&#232;re, et, pour une large part, elle est encore aujourd'hui une lutte entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie pour influencer de fa&#231;on d&#233;cisive la classe paysanne. La bourgeoisie, durant la p&#233;riode sovi&#233;tique, s'est pr&#233;sent&#233;e surtout dans la personne des koulaks, c'est-&#224;-dire des sommets de la petite bourgeoisie, de l'intelligentsia &#171; socialiste &#187;, et, maintenant sous la forme de la bureaucratie &#171; communiste &#187;. Telle est la m&#233;canique fondamentale de la r&#233;volution &#224; toutes ses &#233;tapes. Dans la flotte, cette m&#233;canique a pris une expression plus concentr&#233;e, et par l&#224; plus dramatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes sur la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 octobre 1904, le cuirass&#233; Kniaz-Potemkine a &#233;t&#233; mis en service. Constamment, l'&#233;quipage a d&#251; souffrir toutes sortes d'iniquit&#233;s. La nourriture &#233;tait particuli&#232;rement mauvaise. A plusieurs reprises, les matelots ont demand&#233; une am&#233;lioration de l'ordinaire, mais leurs r&#233;clamations n'ont pas &#233;t&#233; prises en consid&#233;ration, sans que pour cela les &#233;quipages se r&#233;voltassent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 juin 1005, le cuirass&#233; se trouvait dans le Golfe Tendrovski (Tendra) pour y faire des exercices de tir. Le 13 juin on apportait d'Odessa de la viande de tr&#232;s mauvaise qualit&#233; et qu'il &#233;tait impossible de manger tant pour son odeur infecte que pour les vers qui y pullulaient. Cependant, on la pr&#233;para pour les matelots. Quand, le 14 juin, &#224; deux heures de l'apr&#232;s-midi l'&#233;quipage apprit que la viande serait servie, tout le monde refusa d'y toucher. Chacun se contenta de manger dans son coin un morceau de pain en buvant un peu d'eau. Mais, quand le commandant (le capitaine de vaisseau Evgu&#233;ni Golikov) fut inform&#233; que l'&#233;quipage refusait la viande, il donna l'ordre de nous r&#233;unir, ce qui fut fait. L'&#233;quipage fut r&#233;uni sur le pont &#224; l'arri&#232;re. Le commandant commen&#231;a par demander pour quelles raisons les matelots refusaient de manger. L'&#233;quipage r&#233;pondit en montrant la qualit&#233; de la viande qu'on lui servait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le commandant et son second (le capitaine de fr&#233;gate Ippolite Giliarovsky) commenc&#232;rent &#224; demander quels &#233;taient ceux qui ne voulaient pas manger de cette viande, en les mena&#231;ant d'interpr&#233;ter leur refus comme une d&#233;rogation &#224; la discipline. Les plus timides parmi les matelots sortirent des rangs pour montrer qu'ils consentaient &#224; manger cette soupe pr&#233;par&#233;e avec de la viande pourrie. Le reste de l'&#233;quipag&#233; fut divis&#233; en petits groupes et la garde de service fut appel&#233;e d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le second donna l'ordre &#224; la garde de tirer, ce que cette derni&#232;re refusa de faire. L'officier, ayant observ&#233; cette d&#233;sob&#233;issance, prit l'arme du marin le plus proche et tira lui-m&#234;me sur le matelot Gr&#233;goire Vakoulintchuk (et non Omultchouk, comme on a &#233;crit par erreur), qui tomba mort. C'est alors que l'&#233;quipage, devant cet acte de cruaut&#233;, prit les armes pour se d&#233;fendre. Au premier coup de feu, les matelots, affol&#233;s par ce spectacle sanglant, se jet&#232;rent sur les r&#226;teliers d'armes et, en quelques secondes, des salves &#233;clat&#232;rent. Quelques officiers s'enfuirent dans leurs cabines, d'autres se jet&#232;rent &#224; la mer pour se sauver sur le torpilleur N&#176;267, qui nous accompagnait. Le second a &#233;t&#233; fusill&#233; sur le pont &#224; l'arri&#232;re et son cadavre jet&#233; &#224; la mer. Ensuite on fit monter l&#233; commandant du vaisseau et on l'ex&#233;cuta de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont &#233;t&#233; tu&#233;s, les officiers lieutenant N&#233;oupokoev, le lieutenant Tan (Wilhem Tonn), Smirnov, le m&#233;decin en chef. Le midshipman (enseigne de vaisseau) Vakhtin&#233; a &#233;t&#233; bless&#233;. Le sort de l'officier Leventsev est rest&#233; inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont rest&#233;s vivants le capitaine Gourine, le premier m&#233;canicien Tsvetkov, les lieutenants Tsarsk&#233;vitch, Praporscheski, Alex&#233;ev &#233;t Iastr&#233;bov, le m&#233;canicien Khark&#233;vitch, le midshipman Makarof, le commandant du torpilleur N&#176;267 baron Klodt, le lieutenant Nazarov, l'aum&#244;nier Parm&#233;n et le lieutenant Kaliujni, qui tous se sont d&#233;clar&#233;s solidaires d&#233; l'&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant les &#233;v&#233;nements d'Odessa dans un article publi&#233; par le journal bolch&#233;vik le Prol&#233;taire, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense port&#233;e des r&#233;cents &#233;v&#233;nements d'Odessa est que, pour la premi&#232;re fois, une puissante unit&#233; des forces navales du tsarisme &#8212; un cuirass&#233; entier &#8212; est pass&#233; ouvertement &#224; la R&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du sein de l'arm&#233;e elle-m&#234;me que jaillissent les bataillons r&#233;volutionnaires. La t&#226;che de ces l&#233;gions est de proclamer l'insurrection, de donner aux masses une direction militaire, indispensable dans la guerre civile comme dans toute autre guerre, de cr&#233;er des points d'appui pour une lutte d&#233;clar&#233;e et g&#233;n&#233;rale du peuple tout entier, d '&#233;tendre le soul&#232;vement aux r&#233;gions voisines, d 'assurer, ne serait-ce, au d&#233;but, que sur une petite portion du territoire, une victoire politique compl&#232;te, de proc&#233;der &#224; la refonte r&#233;volutionnaire du r&#233;gime autocratique gangren&#233;, de d&#233;velopper dans toute son ampleur l'effort cr&#233;ateur des masses populaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... L'arm&#233;e r&#233;volutionnaire est indispensable parce&lt;br class='autobr' /&gt;
que les grands probl&#232;mes historiques ne peuvent &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solus que par la force &#8212; d&#233;clare L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi vous raconter en d&#233;tail un petit &#233;pisode de cette r&#233;volte de la mer Noire afin que vous ayez une id&#233;e nette de ces &#233;v&#233;nements parvenus au point culminant de leur d&#233;veloppement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;unions d'ouvriers et de matelots r&#233;volutionnaires &#233;taient organis&#233;es de plus en plus souvent. Comme on emp&#234;chait les soldats d'assister en foule aux meetings ouvriers, ce furent les masses ouvri&#232;res qui se mirent &#224; assister en foule aux meetings de soldats. Des milliers d'hommes s'y r&#233;unissaient. Et l'id&#233;e d'une action commune y trouva un vif &#233;cho. Des d&#233;put&#233;s furent &#233;lus dans les unit&#233;s militaires les plus conscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s essay&#232;rent de r&#233;agir. Mais les discours &#171; patriotiques &#187; que certains officiers tent&#232;rent de prononcer produisirent les r&#233;sultats les plus lamentables : les matelots, entra&#238;n&#233;s aux discussions, acculaient leurs chefs &#224; se sauver l&#226;chement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 24 novembre 1905, une section fut post&#233;e en tenue de combat, aux portes des casernes de la flotte. Le contre-amiral Pissarevski avait ordonn&#233; bien haut, de fa&#231;on que tout le monde entend&#238;t : &#171; Ne laissez sortir personne des casernes ! En cas de refus d 'ob&#233;ir, tirez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rangs de la section qui avait re&#231;u cet ordre, sortit le matelot P&#233;trov ; il chargea son fusil sous les yeux de tous et tua le lieutenant-colonel Ste&#238;n, du r&#233;giment de Brest-Litovsk, et blessa d'un deuxi&#232;me coup de fusil le contre-amiral Pissarevski. Un officier ordonna : &#171; Arr&#234;tez-le ! &#187; Personne ne bougea. P&#233;troy avait jet&#233; son fusil par terre. &#171; Qu attendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tez-moi ! Il fut arr&#234;t&#233;. Mais les matelots accourus de toutes parts exig&#232;rent violemment qu'on le remit en libert&#233; en d&#233;clarant qu'ils se portaient garants de lui. L'excitation &#233;tait &#224; son comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; P&#233;trov, c'est un coup de feu qne tu as tir&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;garde, n'est-cc pas ? demanda l'officier, pour trouver une issue &#224; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par m&#233;garde ? Mais je suis sorti du rang, j'ai charg&#233; et vis&#233;, vous appelez &#231;a par m&#233;garde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ils r&#233;clament ta lib&#233;ration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trov fut rel&#226;ch&#233;. Mais les matelots ne s'en content&#232;rent pas ; tous les officiers de service furent arr&#234;t&#233;s, d&#233;sarm&#233;s et conduits aux bureaux... Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des matelots conf&#233;r&#232;rent pendant toute la nuit. On d&#233;cida de rel&#226;cher les officiers et de ne plus les laisser p&#233;n&#233;trer dans les casernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte s'est aggrav&#233;e au point de se transformer en insurrection. Le r&#244;le abject de bourreau de la libert&#233;, le r&#244;le auxiliaire de la police qu'on lui faisait jouer, ne pouvait manquer d'ouvrir peu &#224; peu les yeux &#224; l'arm&#233;e du tsar elle-m&#234;me. L'arm&#233;e a commenc&#233; &#224; h&#233;siter. Ce furent d'abord des cas isol&#233;s de d&#233;sob&#233;issance, des mutineries de r&#233;servistes, des protestations d'officiers, l'agitation parmi les soldats, les refus de compagnies ou de r&#233;giments entiers d'ouvrir le feu sur leurs fr&#232;res ouvriers. Puis ce fut le passage d'une partie de l'arm&#233;e du c&#244;t&#233; de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme importance des derniers &#233;v&#233;nements d'Odessa vient pr&#233;cis&#233;ment de ce que, pour la premi&#232;re fois, une grande unit&#233; des forces arm&#233;es du tsarisme, tout un cuirass&#233;, a pass&#233; ouvertement &#224; la r&#233;volution. Le gouvernement a fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s, us&#233; de tous les exp&#233;dients imaginables afin de cacher cet &#233;v&#233;nement au peuple et d'&#233;touffer, d&#232;s le d&#233;but, le soul&#232;vement des marins. Tout a &#233;t&#233; vain. Les &#233;quipages des navires de guerre envoy&#233;s contre le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire Potemkine ont refus&#233; de combattre leurs camarades. En r&#233;pandant en Europe la nouvelle de la reddition du Potemkine et l'ordre du tsar de couler le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire, le gouvernement autocratique n'a fait que se d&#233;shonorer &#224; jamais aux yeux de l'univers. L'escadre une fois rentr&#233;e &#224; S&#233;bastopol, le gouvernement s'empresse de licencier les &#233;quipages, de d&#233;sarmer les navires de guerre ; des rumeurs circulent sur la d&#233;mission en masse des officiers de la flotte de la mer Noire ; des troubles ont recommenc&#233; sur le cuirass&#233; Georges Pobi&#233;donossetz qui s'est rendu. &#192; Libau et &#224; Cronstadt, les marins se r&#233;voltent aussi ; les collisions avec la troupe se multiplient ; les marins et les ouvriers se battent sur les barricades contre les soldats (Libau). La presse &#233;trang&#232;re annonce des troubles &#224; bord d'un certain nombre d'autres vaisseaux de guerre (le Minine, l'Alexandre II, et autres). Le gouvernement du tsar est rest&#233; sans flotte. C'est tout au plus s'il a r&#233;ussi, pour le moment, &#224; emp&#234;cher la flotte de passer activement &#224; la r&#233;volution. Quant au cuirass&#233; Potemkine il est demeur&#233; le territoire invaincu de la r&#233;volution et, quel que soit son sort ult&#233;rieur, nous sommes devant un fait ind&#233;niable et symptomatique au plus haut point : la tentative de former le noyau d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucune r&#233;pression, aucun succ&#232;s partiel remport&#233; sur la r&#233;volution n'annuleront la port&#233;e de cet &#233;v&#233;nement. Le premier pas est fait. Le Rubicon est franchi. Le passage de l'arm&#233;e &#224; la r&#233;volution est d&#233;j&#224; un fait acquis pour toute la Russie et pour le monde entier. De nouvelles tentatives, plus &#233;nergiques encore, de former une arm&#233;e r&#233;volutionnaire suivront immanquablement les &#233;v&#233;nements survenus dans la flotte de la mer Noire. Notre devoir est maintenant de soutenir de toutes nos forces ces tentatives ; d'expliquer aux plus larges masses du prol&#233;tariat et de la paysannerie l'importance que pr&#233;sente pour tout le peuple, dans la lutte pour la libert&#233;, l'existence d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire ; d'aider les d&#233;tachements de cette arm&#233;e &#224; hisser le drapeau de la libert&#233; cher au peuple entier, susceptible de rallier la masse ; de les aider &#224; grouper les forces capables d'&#233;craser l'autocratie tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8529</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8529</guid>
		<dc:date>2025-11-05T23:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un groupe retir&#233; de l'activit&#233; politique, dans l'expectative. Nous nous r&#233;unissions dans une chambre de l'h&#244;tel Astoria, de coutume chez B&#8230;, professeur d'agronomie, ancien commissaire politique d'une arm&#233;e. Venaient l&#224; deux ou trois &#233;tudiants-ouvriers, deux vieux bolcheviks de ceux qui avaient &#233;t&#233; de toutes les r&#233;volutions de P&#233;trograd : x&#8230;, vieil ill&#233;gal, autrefois l'organisateur d'une imprimerie clandestine du Parti, un modeste &#233;cart&#233; des sin&#233;cures par trop de conscience et qui, dix ans apr&#232;s la prise du pouvoir, vivait dans la m&#234;me pauvret&#233; que toujours, maigre et bl&#234;me sous sa casquette d&#233;teinte ; F&#233;dorov, un grand diable roux, admirablement d&#233;coupl&#233; avec un visage ouvert de guerrier barbare. Ce F&#233;dorov qui travaillait dans une usine de banlieue devait bient&#244;t se d&#233;tacher de nous, se joindre &#224; la tendance Zinoviev et p&#233;rir plus tard avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous comptions deux th&#233;oriciens, tous deux professeurs rouges, Grigori Iakovl&#233;vitch Iakovine et F&#233;dor Dingdstaedt. Iakovine, rentr&#233; d'Allemagne, venait d'&#233;crire un ouvrage sur ce pays ; il donnait &#224; la Pravda de L&#233;ningrad des articles pleins de sous-entendus sur Vienne la Rouge ou &#171; le socialisme dans une seule ville &#187;. Probablement juif, sportif, l'intelligence toujours en &#233;veil, volontiers charmeur, il devait, apr&#232;s une p&#233;riode d'ill&#233;galit&#233; ardente, ing&#233;nieuse et dangereuse, cheminer ind&#233;finiment dans les prisons. A vingt ans, F&#233;dor Dingdstaedt avait &#233;t&#233;, avec Rochal, Illine-G&#233;n&#233;vaki, Raskolnikov, un des agitateurs du Parti Bolchevik dans la flotte de la Baltique en 1917. Maintenant, il dirigeait l'Institut des For&#234;ts et publiait un livre sur la question agraire aux Indes. Il devait, parmi nous, repr&#233;senter une extr&#234;me-gauche encline &#224; consid&#233;rer que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du r&#233;gime sovi&#233;tiue s'achevait. Le visage de Dingdstaedt, dans sa laideur heurt&#233;e, exprimait une obstination invincible. &#171; Celui-l&#224;, pensai-je, on ne le brisera jamais. &#187; Je ne me trompais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Babouchka &#187;, la grand'm&#232;re, pr&#233;sidait de coutume les r&#233;unions. Emp&#226;t&#233;e, avec un bon visage intelligent et souriant sous des cheveux blancs, Alexandra Lvovna Bronstein &#233;tait le bon sens et la loyaut&#233; m&#234;mes. Environ trente-cinq ans de vie militante derri&#232;re elle. Elle avait &#233;t&#233; la compagne des premi&#232;res ann&#233;es de combat de Trotsky et la m&#232;re de ses deux filles Nina et Z&#233;na&#239;de, qui toutes deux allaient p&#233;rir. On ne lui permettait plus que d'enseigner la sociologie &#224; des moins de quinze ans &#8211; et cela ne devait pas durer. J'ai connu peu de marxistes d'un esprit aussi libre, ferme et humain qu'Alexandra Lvovna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Pavlovitch, petit homme &#233;nergique au grand front et aux yeux bleus, &#233;tait d'une extr&#234;me-gauche qui se cherchait encore. Je ne sais pas ce qu'il est devenu plus tard dans les prisons o&#249; il marcha sans faiblesse. Pour l'instant, il dirigeait la Maison de la Presse et s'y plaisait parmi les fant&#244;mes sortis des ateliers du peintre Filonov. O&#249; sont ces &#339;uvres, o&#249; sont ces hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filonov, entour&#233; d'une vingtaine d'&#233;l&#232;ves enthousiastes et affam&#233;s, poursuivait, malgr&#233; la m&#233;connaissance de tous, son &#339;uvre de r&#233;novation &#8211; totale, bien entend &#8211; de l'art. Il remplissait les salles &#224; colonnes et les antichambres de la Maison de la Presse de vastes panneaux, construisant des sc&#232;nes et des grandes figures expressives d'une sorte de mosa&#239;que de dessins ench&#226;ss&#233;s les uns dans les autres, si bien qu'un &#339;il y &#233;tait fait de visions analytiques et qu'un front r&#233;v&#233;lait le cerveau plein d'images. Il bouleversait aussi la perspective pour exprimer la vision d'un &#339;il imaginaire situ&#233; quelque part au milieu de la toile. Baskakov se promenait parmi ces personnages surr&#233;els et trouvait l'opposition en retard sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev devint mon ami. Il allait &#234;tre le premier tu&#233; d'entre nous. Bien avant les chefs m&#234;mes du Parti, il posa la question de la collectivisation de l'agriculture. Membre du Parti depuis 1917, r&#233;dacteur &#224; la Krasnaya Gaz&#233;ta, la connaissance des conditions d'existence des ouvriers l'avait amen&#233; &#224; une vision implacable des probl&#232;mes politiques. Il suivit notamment les troubles de la Bourse du Travail que les ch&#244;meurs exasp&#233;r&#233;s finirent par mettre &#224; sac. &#171; J'ai vu dans cette bagarre, me racontait Tchadaev, une femme &#233;tonnante qui m'a rappel&#233; les meilleurs jours de 1917. Elle mettait de la volont&#233; et presque de l'ordre dans l'&#233;meute. D'apparence insignifiante, je la voyais faite pour la tribune. Et des ouvri&#232;res comme celle-l&#224; doivent se dresser contre nous, comprenez-vous ? &#187; Il suivit l'odieux proc&#232;s des fonctionnaires de la Bourse du Travail qui n'envoyait aux usines que des ouvri&#232;res assez jolies et, de plus, assez complaisantes. Ila laiss&#233; plusieurs excellents petits livres d'observation de m&#339;urs, probablement disparus, mis au pilon avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti somnole. Les r&#233;uniosn de cellule, d&#233;pourvues d'int&#233;r&#234;t, sont suivies, deux fois par mois, d'un public sage et indiff&#233;rent. De quoi vivent les gens ? Ils se sont repris &#224; vivre, tout comme ailleurs, de leurs int&#233;r&#234;ts personnels. Les communistes comme les autres. Apr&#232;s les vives pol&#233;miques soulev&#233;es contre Trotsky, on a &#233;pur&#233; les &#233;coles et les universit&#233;s, chassant m&#234;me de l'Universit&#233; Sverdlov des jeunes gens sur le point de finir leurs &#233;tudes. La consigne est de ne plus parler de politique. La jeunesse se replie sur elle-m&#234;me, commente les mauvais romans de Kollontay sur l'amour libre et la th&#233;orie d'Entschmen sur l'abolition de la morale dans la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, ce qui donne &#224; la vie sociale une certaine animation, c'est le commerce, le commerce le plus v&#233;reux qui soit au monde. Le commerce priv&#233; a conquis sur la coop&#233;rative et le commerce &#233;tatis&#233; toute la r&#233;partition au d&#233;tail et presque toute la r&#233;partition des articles manufactur&#233;s. D'o&#249; est-il sorti, ce capital commercial, tout &#224; fait inexistant il y a cinq ans ? Il tient des magasins, sollicite et obtient des concessions pour commencer &#224; produire, fait pulluler les fausses coop&#233;ratives. Tout ce qu'il a est vol&#233;, tout. Il s'enrichit de deux fa&#231;ons : par le vol direct et par la sp&#233;culation. Des mercantis fondent une fausse coop&#233;rative ; ils versent des pots-de-vin &#224; quelques fonctionnaires pour se faire attribuer des cr&#233;dits, des mati&#232;res premi&#232;res, des commandes. Ils n'avaient rien hier, l'Etat leur a tout fourni &#224; des conditions on&#233;reuses parce que les prix, les contrats, les conventions, tout est fauss&#233; par la corruption. Lanc&#233;s, ils continuent, cherchant surtout &#224; se faire les interm&#233;diaires entre la production socialis&#233;e et les consommateurs. S'ils fabriquent quelque chose avec les mati&#232;res premi&#232;res qu'on leur livre c'est toujours un article de consommation courante revendu sur le march&#233; &#224; des prix quintupl&#233;s pour le moins. Ils pr&#233;f&#232;rent d'ailleurs s'installer ouvertement dans le commerce. Ils raflent toute la production de v&#234;tements et de tissus, par exemple, de nos manufactures textiles et de nos fabriques de confection, ils vont m&#234;me la chercher dans les magasins-coop&#233;ratives et vous revendent quarante-cinq roubles l'imperm&#233;able qu'ils ont pay&#233; dix-neuf roubles &#224; la coop&#233;rative voisine (plus, naturellement, quelques roubles au g&#233;rant). Le commerce socialis&#233; est devenu le champ d'action d'une foule de rapaces en qui l'on voit tr&#232;s bien les capitalistes les plus d&#233;brouillards et les plus durs de demain. A cet &#233;gard, la N.E.P. est incontestablement une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les procureurs, &#224; commencer par Krylenko, passent leur vie &#224; instruire en vain des proc&#232;s de sp&#233;culation. Un petit homme frip&#233;, volubile, aux yeux roux, nomm&#233; Pliatsky, est, &#224; L&#233;ningrad, au centre de toutes les affaires de sp&#233;culation et de corruption. Ce personnage balzacien a mont&#233; des entreprises en s&#233;rie, achet&#233; des fonctionnaires dans les bureaux, et on ne se d&#233;cide pas &#224; le fusiller, car, au fond, on a besoin de lui : il fait marcher bien des choses ; la N.E.P. devient un jeu de dupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi vrai dans les campagnes, quoique autrement. L'&#233;levage du mouton dans les steppes du Midi a produit de singuliers millionnaires, partisans rouges de 1918-1920, gros parvenus aujourd'hui dont les filles habitent les plus beaux h&#244;tels de Crim&#233;e, dont les fils jouent gros jeu dans les casinos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque rien ne fait pressentir l'orage. A la Direction Centrale des Concessions &#8211; Glavkontsesskom, - dans un petit h&#244;tel &#224; un &#233;tage de la P&#233;trovka, Trotsky &#233;tudie des projets de concessions au capital &#233;tranger, r&#233;pond aux propositions de M. Urquardt, discute avec la Lena-Goldfields, qui exploite &#224; son seul profit de vieux placers d'or, constate que M. Hammer, citoyen des Etats-Unis, a r&#233;ussi &#224; monter les premi&#232;res fabriques de crayons en Russie et s'enrichit ainsi ailleurs, car on lui permet d'exporter ses b&#233;n&#233;fices. Autour de Trotsky, une &#233;quipe de vieux camarades, qui sont tous des jeunes du reste, se livrent &#224; d'autres travaux. Son secr&#233;tariat est un laboratoire o&#249; s'&#233;laborent sans cesse les id&#233;es, o&#249; l'exp&#233;rience historique s'&#233;l&#232;ve &#224; la pens&#233;e. On y travaille avec une ponctualit&#233; r&#233;gl&#233;e &#224; la minute. Le rendez-vous, fix&#233; pour dix heures cinq, n'est pas pour dix heures sept. On y travaille discr&#233;tement, presque silencieusement, dans la plus active et la plus sure camaraderie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouv&#233; l&#224; Georges Andreytchine, Bulgare &#233;nergique, osseux, aux yeux trop noirs enfonc&#233;s sous un front jaune et d&#233;garni. Ancien militant des I.W.W. d'Am&#233;rique, ce gar&#231;on voit tr&#232;s loin, cruellement m&#234;me. &#171; Cette petite-bourgeoisie qui s'enrichit et s'installe autour de nous, si nous ne lui cassons pas les reins, elle nous mettra en pi&#232;ces un jour ou l'autre&#8230; &#187; Il vit sur cette prescience nette et attend l'avenir. Assez optimiste pour le moment, car Trotsky d&#233;montre, dans une s&#233;rie d'articles, que nous allons vers le socialisme et non vers le capitalisme. Andreytchine luttera des ann&#233;es, sera vaincu, sera calomni&#233;, sera peut-&#234;tre tout &#224; fait mis&#233;rablement vaincu (j'en doute, quoiqu'on l'ait affirm&#233;), redeviendra un haut fonctionnaire et p&#233;rira au bout d'une dizaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sermux, Poznansky et Victor Eltsine, trois t&#234;tes et trois d&#233;vouements in&#233;branlables, garderont &#224; travers toutes les luttes, jusqu'&#224; je ne sais quelle fin terrible, la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution. Sermux est un gentelman blond, extr&#234;mement poli et r&#233;serv&#233; ; Poznansky, un grand juif &#224; chevelure &#233;bouriff&#233;e ; Victor Eltsine, juif ou tartare d'origine, le fils du vieux Boris Mikha&#239;loitch Eltsine, un des fondateurs du Parti, un des premiers pr&#233;sident des Soviets de l'Oural. Victor Eltsine a l'esprit froid d'un tacticien. &#171; En ce moment, dit-il, ne rien faire, ne point se manifester, maintenir nos liaisons, garder nos cadres de l'opposition de 1923 ; laisser Zinoviev s'user&#8230; &#187; (1926)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orage &#233;clata tout &#224; fait &#224; l'improviste. Nous-m&#234;mes ne nous y attendions pas. De passage &#224; Moscou, chez les opposants, j'appris que Zinoviev allait &#234;tre renvers&#233; au prochain Congr&#232;s du Parti et que Staline faisait des avances &#224; Trotsky, allant jusqu'&#224; lui offrir le portefeuille de l'Industrie. Les opposants de 1923 discutaient avec qui s'allier. C'est alors que Kratchkovsky, le h&#233;ros des batailles de l'Oural, dit ce mot m&#233;morable : &#171; Ne nous allions avec personne. Zinoviev nous l&#226;cherait au moment du danger et Staline nous roulerait. &#187; Personnellement, je pensais que le r&#233;gime bureaucratique &#233;tabli par Zinoviev dans le Parti ne saurait s'aggraver ; rien ne serait pire&#8230; Au contraire, tout changement devrait offrir des chances d'assainissement. Je me souviens d'un entretien avec l'anrchiste syndicaliste Grossman-Rostchine, tout &#224; fait ralli&#233; au marxisme bolchevik, qui vint me faire part de son anxi&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On dit que Staline se plaint des farceurs et des larbins du Komintern et s'appr&#234;te &#224; leur couper les vivres quand il aura d&#233;gomm&#233; Zinoviev. Ne craignez-vous pas que l'Internationale communiste en souffre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis &#224; peu pr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rien ne saurait faire plus de bien &#224; l'Internationale que de lui couper les vivres. Les profiteurs iront ailleurs, le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire en sera instantan&#233;ment assaini et fortifi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline s'&#233;tait exprim&#233; dans ce sens au Bureau Politique, mais rien de ce qu'il disait n'&#233;tait r&#233;ellement voulu, pens&#233; en principe : tout &#233;tait man&#339;uvre, propos de circonstance. Les larbins, il trouverait avantage &#224; les payer lui-m&#234;me. Apr&#232;s quelques mois de lutte tout &#224; fait sourde au Bureau Politique, quelques semaines de sourde agitation dans les deux capitales, l'effondrement de Zinoviev et de Kam&#232;nev fut soudain au XIVe Congr&#232;s. Ils avaient en r&#233;alit&#233; &#224; r&#233;pondre de plusieurs ann&#233;es de gestion politique sans gloire ni succ&#232;s : deux r&#233;volutions vaincues, l'une sans bataille, l'autre apr&#232;s des massacres inutiles et atroces &#8211; l'Allemagne et la Bulgarie. Une insurrection mal d&#233;clench&#233;e et l&#226;ch&#233;e en Estonie (alors qu'il aurait suffi d'une division de l'Arm&#233;e Rouge pour assurer la sovi&#233;tisation de ce petit pays). A l'int&#233;rieur, la renaissance des classes, deux millions de ch&#244;meurs environ, le conflit lantent entre les campagnes et la dictature. Dans le Pari, les r&#233;pressions, les &#233;purations, les vilenies multipli&#233;es contre Trotsky, Zinoviev et Kam&#233;nev incarnaient la d&#233;faite, le nouveau mensonge officiel. Ils tombaient litt&#233;ralement sous le poids de leurs fautes &#8211; et pourtant, &#224; ce moment, en gros, ils avaient raison. Ils s'opposaient &#224; la doctrine improvis&#233;e du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; au nom de la tradition de l'internationalisme r&#233;volutionnaire. Kam&#233;nev parlait de la condition mis&#233;rable des ouvriers dans l'industrie nationalis&#233;e, pronon&#231;ait le mot de capitalisme d'Etat, pr&#233;conisait une participation des salari&#233;s aux b&#233;n&#233;fices des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime de Zinoviev fut d'exiger la parole au Congr&#232;s, en qualit&#233; de co-rapporteur, apr&#232;s le rapport du Comit&#233; Central. Toute la presse inspir&#233;e par le Comit&#233; Central, c'est-&#224;-dire par Staline, Rykov et Boukharine, voulut voir l&#224; un attentat au prestige et &#224; l'unit&#233; du Parti. En r&#233;alit&#233;, la pi&#232;ce &#233;tait jou&#233;e d'avance, telle que le r&#233;gisseur la pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Tous les secr&#233;taires des r&#233;gions, nomm&#233;s par le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, avaient envoy&#233; au Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; sa d&#233;votion. La facile victoire du Comit&#233; Central de Staline-Rykov-Boukharine fut celle des bureaux sur le groupe Zinoviev, qui n'&#233;tait ma&#238;tre que des bureaux de L&#233;ningrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev, sinc&#232;rement d&#233;magogue, croyait &#224; ce qu'il disait de l'attachement des masses ouvri&#232;res de L&#233;ningrad &#224; sa coterie. Il prenait pour une opinion vivante l'opinion fabriqu&#233;e par ses sous-ordres de la Pravda de L&#233;ningrad. Il rentra pour en appeler au Parti et aux masses, alors que le Parti n'&#233;tait plus que l'ombre des bureaux et que les masses, indiff&#233;rentes, se r&#233;servaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de L&#233;ningrad fut bris&#233;e en quinze jours. Le rayon de Vyborg c&#233;da le premier. Le m&#233;canisme des abandons fut simple. D'une part, il se trouva aupr&#232;s de chaque Comit&#233; des malins qui comprirent que se prononcer pour le Comit&#233; Central, c'&#233;tait vraisemblablement commencer une carri&#232;re ; d'autre part, le respect du Comit&#233; Central d&#233;sarmait les meilleurs. Le C.C. evoya Goussev et Stesky pour installer les nouveaux Comit&#233;s. Pendant deux ou trois jours, la Pravda de L&#233;ningrad fut gard&#233;e par des hommes d&#233;vou&#233;s &#224; Zinoviev. Goussev parlait devant de grandes assembl&#233;es. Je l'&#233;coutai. Inintellectuel, habile et grossi&#232;rement d&#233;loyal, il d&#233;formait tout avec une violence syst&#233;matique. Gros, un peu chauve, mal ras&#233;, il venait &#224; bout de l'auditoire par un bas hypnotisme fond&#233; sur l'autorit&#233;. On sortait de l&#224; avec une pointe de d&#233;sespoir au c&#339;ur. Pas une parole ne sonnait vrai, pas une n'emportait l'adh&#233;sion, mais les vaincus s'&#233;taient mis dans un mauvais cas, il ne restait qu'&#224; suivre le Parti, il ne restait qu'&#224; voter les r&#233;solutions du Comit&#233; Central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, je ne les votai pas, je m'en allai avant le moment du vote pour ne pas faire ce geste d'impuissance. Le niveau d'&#233;ducation tr&#232;s bas d'une grande partie de l'assistance et la d&#233;pendance mat&#233;rielle de chacun &#224; l'&#233;gard des Comit&#233;s du Parti assuraient le succ&#232;s d'une argumentation aussi mis&#233;rable. Sous les coups de b&#233;lier d'un Goussev, la majorit&#233; officielle que Zinoviev gardait &#224; L&#233;ningrad depuis 1918 s'effrita en une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de l'accord conclu entre l'opposition de gauche (trotskyste) et celle de L&#233;ningrad nous surprit. Comment nous asseoir &#224; la m&#234;me table que les bureaucrates qui nous avaient traqu&#233;s, d&#233;nonc&#233;s, calomni&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux chefs du Parti de L&#233;ningrad : Evdokinov, Zorine, Guertik, Nakhinson, Bakaev, Ionov, que je connaissais presque tous depuis 1919, parurent avoir chang&#233; d'&#226;me en une nuit, et je ne peux m'emp&#234;cher de penser qu'ils &#233;prouvaient un profond soulagement &#224; sortir du mensonge asphyxiant pour nous tendre la main. Ils parlaient de Trotsky, qu'ils d&#233;nigraient odieusement l'avant-veille, avec admiration et commentaient les d&#233;tails des premi&#232;res entrevues avec lui, Zinoviev et Kam&#233;nev. &#171; Les relations sont meilleurs que jamais. &#187; C'est alors que Zinoviev et Kam&#233;nev remirent &#224; Trotsky des lettres-t&#233;moignages relatant comment dans des entretiens avec Staline, Boukharine et Rykov, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de forger une doctrine trotskyste pour d&#233;clencher contre elle des campagnes de r&#233;futation. Ils sign&#232;rent aussi une d&#233;claration reconnaissant que, sur des questions d&#233;cisives et notamment sur le r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, l'opposition de 1923 (Trotsky, Pr&#233;obrajensky, Rakovsky, Antonov Ovs&#233;enko) avait eu raison contre eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appartenais, avec Tchadaev, &#224; la cellule communiste de la Krasnaya Gaz&#233;ta : environ quatre cents ouvriers imprimeurs et typographes. Perdus parmi eux, il y avait deux ou trois bolcheviks, membres de l'administration, qui avaient fait la guerre civile. La majorit&#233; des membres dataient de la promotion L&#233;nine, c'est-&#224;-dire de la campagne de recrutement commenc&#233;e (par Staline &#8211; Note M et R) lors de la mort de Vladimir Illitch. Ouvriers arri&#233;r&#233;s qui s'&#233;taient abstenus de se joindre au Parti militant et combattant et ne lui avaient donn&#233; leur adh&#233;sion qu'apr&#232;s l'affermissement du pouvoir et la normalisation. Nous &#233;tions cinq opposants (dont un douteux), tous appartenaient &#224; la g&#233;n&#233;ration de la guerre civile. La bataille des id&#233;es s'engagea sur trois questions dont on ne parlait que le moins possible : r&#233;gime de l'agriculture, r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, &#233;volution chinoise. Tchang Ka&#239; Chek, conseill&#233; et m&#234;me dirig&#233; par Bl&#252;cher (Gallen) et Rasgone (Olguine) commen&#231;ait sa marche victorieuse de Canton vers Shanga&#239; : mont&#233;e de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, toute la discussion fut fauss&#233;e. Le comit&#233; de cellule ob&#233;issait au Comit&#233; de rayon, convoquait tous les quinze jours une s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re avec pr&#233;sence obligatoire et contr&#244;le &#224; l'entr&#233;e. Un orateur du rayon parlait deux heures sur la possibilit&#233; d'&#233;difier le socialisme dans un seul pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t que nous ouvrions la bouche, les interruptions et les cris fusaient. Il fallait calmement faire observer au pr&#233;sident que l'on perdait une demi-minute et recommencer la phrase hach&#233;e. La salle assistait &#224; ce duel dans un silence absolu. Elle &#233;tait neutre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survint le d&#233;sastre de Shanga&#239;. Je l'attendais, je l'avais annonc&#233; &#224; l'avance, renseign&#233; par des camarades arriv&#233;s de Chine et, chose inconcevable, par la lecture du Temps, seul journal fran&#231;ais (outre l'Humanit&#233;) qui me parvint. Toutes les informations concordaient. Tchang-Ka&#239;-Chek, arriv&#233; devant Shanga&#239;, avait trouv&#233; la ville prise par les syndicats. (Cette insurrection syndicale avait &#233;t&#233; admirablement organis&#233;e avec le concours d'instructeurs russes.) Tchang se pr&#233;parait presque ouvertement &#224; d&#233;sarmer les communistes et les piquets ouvriers. Nous le savions. Tout ce qui restait actif dans le Parti &#233;tait soulev&#233; d'enthousiasme par les nouvelles de Chine ; les initi&#233;s suivaient, jour par jour, la pr&#233;paration du coup de force militaire qui devait in&#233;luctablement, &#224; Shanga&#239;, aboutir au massacre des prol&#233;taires. A Moscou, Trotsky, Zinoviev, Radek (alors recteur de l'Universit&#233; chinoise) exigeaient du Comit&#233; Central un changement imm&#233;diat de tactique. Il e&#251;t suffi d'un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; de Shaga&#239; : &#171; D&#233;fendez-vous ! &#187; et la R&#233;volution n'e&#251;t pas &#233;t&#233; d&#233;capit&#233;e. Mais la politique de Staline consistait &#224; pers&#233;v&#233;rer dans l'alliance avec la bourgeoisie nationaliste, &#224; freiner le mouvement populaire, &#224; interdire la formation de Soviets, &#224; exiger du P.C. chinois la subordination au Kuo-Min-Tang. Les r&#233;sultats en &#233;taient d&#233;j&#224; monstrueux. Le P.C. chinois, dirig&#233; par Tchen-Dou-Siou, un honn&#234;te homme pourtant et un r&#233;volutionnaire, avait d&#233;savou&#233; les soul&#232;vements paysans du Houpe&#239; et laiss&#233; &#233;gorger par milliers les cultivateurs insurg&#233;s &#224; Tchan-Eha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de l'&#233;v&#233;nement de Shanga&#239;, Staline vint s'expliquer devant les militants de Moscou, r&#233;unis au Grand Th&#233;&#226;tre. Tout le Parti r&#233;p&#233;ta et commenta une de ses phrases, saisies au vol : &#171; on dit que Tchang-Ka&#239;-Chek s'appr&#234;t &#224; nous trahir. Je sais qu'il joue au plus fin, mais c'est lui qui sera roul&#233;. Nous le presserons comme un citron et puis nous le jetterons. &#187; Ce discours &#233;tait &#224; l'impression &#224; la Pravda quand parvint la terrible nouvelle. Le coup de force de Tchang-Ka&#239;-Chek &#233;tait accompli. La troupe du Kuo-Min-Tang nettoyait &#224; coups de mitrailleuses les faubourgs ouvriers. Quelques jours auparavant, le chef d'une division r&#233;volutionnaire avait offert au Comit&#233; de Shanga&#239; le soutien d&#233;cisif de ses r&#233;giments. Le Comit&#233;, se conformant aux directives re&#231;ues, avait d&#233;clin&#233; cette offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rencontrions avec une sorte de d&#233;sespoir. Les d&#233;bats du Comit&#233; Central se reproduisaient avec la m&#234;me violence dans toutes les cellules o&#249; il y avait des opposants. Il me sembla, quand apr&#232;s Tchadaev je pris la parole, que la haine atteignait son paroxysme. Un secr&#233;taire du rayon, vieux militant estonien, assistait &#224; cette s&#233;ance en prenant des notes pour la Comit&#233; r&#233;gional ; de l&#224;, mon propos passait dans les dossiers du Comit&#233; Central. Je finis mas cinq minutes en lan&#231;ant une phrase qui fit le silence pendant une minute : &#171; Son pretige de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral est plus cher &#224; Staline que le sang des ouvriers chinois ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques jours de l&#224;, on arr&#234;ta Netchaev, ouvrier d'une quarantaine d'ann&#233;es, autrefois commissaire de l'Arm&#233;e Rouge, esprit r&#233;fl&#233;chi, visage ferme, fatigu&#233;, &#224; lunettes d'or. (&#8230;) L'arrestation de Netchaev pour &#171; men&#233;es antisovi&#233;tiques &#187; fut confirm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle, entre membres du m&#234;me Parti, je me sentais cevant l'ennemi : &#171; Vous arr&#234;tez Netchaev. Il faudra demain que vous nous arr&#234;tiez tous, par milliers. Sachez que nous accepterons la prison et la d&#233;portation aux &#238;les pour le service de la classe ouvri&#232;re. La contre-r&#233;volution, c'est vous ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev dit : &#171; Je pense, moi, qu'ils nous &#233;crabouilleront avant le grand d&#233;gel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; vieux &#187; du Parti demeuraient fid&#232;les pour la plupart ; mais les fonctionnaires les plus jeunes, sollicit&#233;s tout &#224; coup en sens contraire, s'&#233;taient presque sans r&#233;sistance prononc&#233;s dans le sens de leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et de la fid&#233;lit&#233; la plus forte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mutinerie des marins russes pendant la r&#233;volution de 1905</title>
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		<dc:date>2025-10-04T08:45:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; bord du yacht imp&#233;rial Etoile polaire, en octobre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutinerie fut &#233;cras&#233;e et Nikiforov fut oblig&#233; de fuir. Il partit en Crim&#233;e o&#249; il travailla ill&#233;galement pour le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, les bolch&#233;viks furent oblig&#233;s de soutenir une lutte acharn&#233;e, non seulement contre la contre-r&#233;volution tsariste qui relevait la t&#234;te, mais encore au sein de leur propre parti contre les mench&#233;viks, car, &#224; cette &#233;poque, le Parti social-d&#233;mocrate russe r&#233;unissait encore les bolch&#233;viks et les mench&#233;&#173;viks et, officiellement, &#233;tait uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le front unique des masses, qui s'&#233;tait constitu&#233; pendant la p&#233;riode de pouss&#233;e r&#233;volutionnaire, obligeait les mench&#233;viks, en d&#233;pit de leur nature revisionniste, &#224; participer involontairement aux combats de ces masses, lorsque le flot r&#233;volutionnaire se mit &#224; refluer, ces m&#234;mes mench&#233;viks se sentirent les ma&#238;tres de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite du soul&#232;vement de Moscou, le chef et l'id&#233;ologue du mench&#233;visme, G. Pl&#233;&#173;khanov, pronon&#231;a sa phrase c&#233;l&#232;bre : &#171; Il ne fallait pas prendre les armes &#187; et les militants mench&#233;viks locaux, solidement install&#233;s dans les comit&#233;s s'effor&#231;&#232;rent, avec un z&#232;le digne d'un sort meilleur, d'&#233;touffer par leur poli&#173;tique opportuniste le feu r&#233;volutionnaire qui ne s'&#233;tait pas &#233;teint dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement dans cette p&#233;riode de propagande mench&#233;vik qu'arriva en Crim&#233;e l'au&#173;teur de la Gr&#232;ve, qui avait re&#231;u son &#233;ducation et sa trempe bolch&#233;viks dans le groupe de combat du Parti &#224; P&#233;tersbourg (L&#233;ningrad). Ce groupe &#233;tait dirig&#233; par les bolch&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur re&#231;ut la t&#226;che difficile de d&#233;fendre la ligne bolch&#233;vik dans un comit&#233; du Parti compos&#233; de mench&#233;viks. Cette t&#226;che &#233;tait d'autant plus difficile que Nikiforov, quoique agitateur et organisateur de talent, ne poss&#233;dait pas encore les connaissances th&#233;oriques n&#233;cessaires pour faire pr&#233;valoir ses conceptions sur celles des comitards mench&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous voyons par son livre que l'auteur d&#233;fendait une ligne bolch&#233;vik exacte en organisant les masses pour la lutte, en al&#173;lant au combat avec les masses et en se pla&#173;&#231;ant &#224; leur t&#234;te, en vrai bolch&#233;vik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens la Gr&#232;ve est tr&#232;s instructive, tr&#232;s actuelle m&#234;me, bien qu'elle nous parle d'&#233;v&#233;&#173;nements qui se d&#233;roul&#232;rent en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nikoforov, &#034;La gr&#232;ve&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but du travail d'organisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re moiti&#233; de 1906 fut caract&#233;ris&#233;e dans le sud de la Russie par un fort mouvement de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup port&#233; au gouvernement tsariste par le prol&#233;tariat de P&#233;tersbourg et de Moscou, &#224; la fin de 1905, se r&#233;percuta dans tout le pays pendant toute l'ann&#233;e 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines m&#233;tallurgiques du sud et de l'Oural &#233;taient constamment en gr&#232;ve. Un mouvement r&#233;volutionnaire puissant se d&#233;veloppait parmi les matelots de la flotte commerciale de la mer Noire, une vague r&#233;volutionnaire se soulevait de nou&#173;veau parmi les marins de la flotte de guerre de la mer Noire et de la mer Baltique. La situation exigeait de nous une action d&#233;cisive. Les organi&#173;sations social-d&#233;mocrates s'effor&#231;aient de mobili&#173;ser toutes leurs forces dans le but de se mettre &#224; la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de Crim&#233;e m'ordonna de rejoindre d'urgence la ville de Kertch afin de venir en aide &#224; l'organisation locale. Dans la situation pr&#233;sente, Kertch avait une importance primordiale, car le d&#233;troit de Kertch &#233;tait le seul chemin par lequel l'on pouvait faire passer les quantit&#233;s &#233;normes de bl&#233; qui &#233;taient export&#233;es des ports de Rostov, Taganrog et Marioupol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fermant le d&#233;troit de Kertch, l'on paralysait tout le trafic des ports de la mer d'Azov et, par cons&#233;quent, le mouvement des exportations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais avoir un travail important &#224; effectuer parmi les ouvriers dragueurs et les dockers du port de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de Kertch &#233;tait, enti&#232;rement mench&#233;vik et la base de son organisation &#233;tait dans de petites usines m&#233;tallurgiques qui poss&#233;daient des groupes d'ouvriers mench&#233;viks assez forts. La flottille des dragueurs et les dockers &#233;taient en dehors de l'influence des mench&#233;viks. Les s.-r. (socialistes-r&#233;volutionnaires) et les anarchistes n'&#233;taient pas tr&#232;s forts et se recrutaient parmi la petite bourgeoisie de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;cision du comit&#233; de Kertch, j'allai travailler parmi les ouvriers dragueurs et les doc&#173;kers. Je me mis avec ardeur &#224; la besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passais des journ&#233;es enti&#232;res parmi eux. J'&#233;tudiais la vie des dockers, j'&#233;coutais leurs conversations et mis bient&#244;t le doigt sur les points o&#249; pouvait s'exercer mon agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les travaux de chargement et de d&#233;char&#173;gement des quais &#233;taient dirig&#233;s &#224; l'&#233;poque par des entrepreneurs qui s'entendaient avec l'admi&#173;nistration des bateaux et du port pour exploiter f&#233;rocement la masse non organis&#233;e des dockers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entrepreneurs saoulaient les dockers et les trompaient lors du r&#232;glement des comptes. Cha&#173;que r&#232;glement de compte provoquait des manifes&#173;tations de m&#233;contentement et des temp&#234;tes de protestations des ouvriers contre les entrepre&#173;neurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudiai tout ceci en d&#233;tail et le gravai dans ma m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais la possibilit&#233; de m'embaucher en qua&#173;lit&#233; de docker, mais je d&#233;cidai n&#233;anmoins de me faufiler dans la flottille des dragueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dragues &#233;taient encore en r&#233;paration et seule une petite quantit&#233; d'entre elles &#233;taient en action et nettoyaient le d&#233;troit de Kertch. J'engageai la conversation avec les ouvriers et, m'&#233;tant fait passer pour un sans-travail, je m'installai avec leur aide sur l'une des dragues, le Victor Choumski, en qualit&#233; de manoeuvre avec un salaire de 75 kopecks par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus embauch&#233; par le ma&#238;tre d'&#233;quipage, un vieux loup de mer qui avait fait son service mili&#173;taire dans la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poss&#233;dant une capacit&#233; de travail et une endu&#173;rance tout &#224; fait extraordinaires, il tenait solide&#173;ment en mains l'&#233;quipage du bateau et &#233;tait le bras droit du capitaine ; il buvait jusqu'&#224; en tomber ivre-mort. Lorsque je me pr&#233;sentai &#224; lui, il me scruta attentivement. Mes habits simples et ma force physique le satisfirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que sais-tu faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais faire tout le travail de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; as-tu travaill&#233; en dernier lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A Tcheliabinsk, au d&#233;p&#244;t des chemins de fer, r&#233;pondis-je, comptant bien qu'il n'irait pas en Sib&#233;rie prendre des renseignements sur mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi as-tu &#233;t&#233; renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parce que je buvais, r&#233;pondis-je g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a va, vas travailler ! Si je remarque que tu te sao&#251;les, je te fous &#224; la porte. Eh, Bespalov, je t'envoie un aide. Attrape !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov me regarda avec am&#233;nit&#233;. Il &#233;tait vo&#251;t&#233; et sombre comme s'il portait un lourd far&#173;deau. A ce point de vue, tous les vieux ouvriers m&#233;tallurgistes ayant pass&#233; une p&#233;riode d'entra&#238;&#173;nement consistant en 14-16 heures de travail par jour se ressemblent beaucoup ; ils sont comme coul&#233;s dans le m&#234;me moule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov, qui posait et pr&#233;parait les tuyaux de conduite sur les bateaux, travaillait avec son fils. Depuis longtemps il &#233;tait dans la flottille. Il avait succ&#233;d&#233; &#224; son p&#232;re dans ce travail. Il &#233;tait renfrogn&#233; et silencieux et buvait sans doute con&#173;sid&#233;rablement. Il &#233;tait tenace au travail ; ses mains noueuses saisissaient comme des pinces les objets et les posaient avec pr&#233;cision &#224; l'endroit voulu. Il travaillait bien, solidement et propre&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connaissais &#233;galement le travail des conduites d'eau et m'av&#233;rai comme &#233;tant un aide &#171; d&#233;lur&#233; &#187;, ce qui disposa aussit&#244;t le vieux en ma faveur. J'accordais une importance particuli&#232;re &#224; ce fait, car dans mon travail la sympathie d'un vieil ouvrier &#233;tait d&#233;j&#224; un soutien, m&#234;me s'il ne voulait pas se m&#234;ler de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le travail le plus difficile et le plus sale retomba sur moi ; je, soulevais les objets les plus lourds, j'enlevais la crasse aux endroits o&#249; il fallait poser les conduites, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours de mon travail &#224; bord du dragueur ne me montr&#232;rent aucun indice de la possibilit&#233; d'accomplir un travail politique quel&#173;conque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov &#233;tait peu loquace et r&#233;pondait peu volontiers aux questions qui n'avaient pas directement trait &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus tout de m&#234;me de sonder le vieux et j'engageai la conversation sur la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est bient&#244;t les &#233;lections &#224; la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et nous, on va voter aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cette question-l&#224; ne nous regarde pas. A trop penser on perd la t&#234;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et comment que &#231;a se fait que les journaux &#233;crivent que les ouvriers vont voter aussi ? insis&#173;tai-je en revenant &#224; la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On &#233;crit ce qu'on veut, et on fait ce qu'on veut aussi, pronon&#231;a Bespalov avec importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-dessus se termina notre causerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse de Bespalov, contenue dans sa phrase, qu'&#224; trop penser on pouvait perdre la t&#234;te, montrait que les vieux ouvriers sentaient profond&#233;ment et comprenaient parfaitement la politique du gouvernement tsariste et que Bes&#173;palov en savait plus long qu'il ne le laissait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens de la flottille &#233;vitaient en g&#233;n&#233;ral les conversations politiques et, en ce sens, le tra&#173;vail parmi eux ne disait rien qui vaille. Au con&#173;traire, les sujets touchant aux salaires trouvaient toujours chez eux un excellent accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait connaissance des ouvriers, de leur &#233;tat d'esprit et de leur situation &#233;conomique, je conclus qu'il me fallait commencer mon travail par la jeunesse non encore charg&#233;e de famille La majorit&#233; des ouvriers dragueurs travaillaient dans le m&#233;tier depuis des ann&#233;es et beaucoup d'entre eux m&#234;me depuis leur enfance ; ils avaient acquis des maisonnettes et avaient install&#233; leur famille. L'administration avait cr&#233;&#233; toute une &#233;chelle d'avancements savamment gradu&#233;s, dont les ouvriers franchissaient docilement les &#233;che&#173;lons, un par un. Des familles enti&#232;res avec leurs enfants, fr&#232;res, neveux, etc., avaient pris racine dans ce travail et vivaient d'une vie int&#233;rieure tr&#232;s ferm&#233;e. Les anciens &#233;taient particuli&#232;rement s&#233;v&#232;res pour toute &#171; libre pens&#233;e &#187; et tenaient la jeunesse tr&#232;s &#233;troitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration du port et de la flottille s'effor&#231;ait de se comporter d'une mani&#232;re famili&#232;re avec toute cette masse et demandait m&#234;me les conseils techniques des vieux particuli&#232;re&#173;ment respectables ou les consultait sur les questions de discipline et d'ordre int&#233;rieur. Natu&#173;rellement, il ne fallait m&#234;me pas penser &#224; com&#173;mencer le travail par les vieux. Il fallait t&#226;cher d'arracher peu &#224; peu la jeunesse &#224; l'influence des vieux et de l'amener ensuite &#224; s'int&#233;resser &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l&#224; que je commen&#231;ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fils de Bespalov, Andr&#233;, &#233;tait &#233;tudiant dans une &#233;cole technique et r&#234;vait de devenir m&#233;canicien &#224; bord ; je me liai rapidement d'amiti&#233; avec lui. Souvent nous passions des heures en&#173;ti&#232;res &#224; terre et devisions sur des th&#232;mes divers. Je l'initiai avec pr&#233;caution &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;cits sur la r&#233;volution qui venait d'avoir lieu provoquaient des questions diverses de sa part. Il me demandait pourquoi existaient &#171; les partis clandestins &#187;, pourquoi ils sont contre le tsar, etc. En pr&#233;sence de son p&#232;re, je menais la conversation plus doucement, le vieux faisait des r&#233;pliques dans le genre de : &#171; Les uns sont pous&#173;s&#233;s &#224; la r&#233;volution par la famine, les autres par la graisse, et nous... pourvu qu'on travaille... Et puis, on dit que les youpins jettent de l'huile sur le feu... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui parlais avec pr&#233;caution des gr&#232;ves de masse dans les diff&#233;rentes villes, je lui citais les gr&#232;ves des postes et t&#233;l&#233;graphes et des chemins de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux discutait avec ent&#234;tement et son fils &#233;coutait et me soutenait. En terminant ces con&#173;versations j'ajoutais toujours pour le vieux : &#171; Ni toi, ni moi, ne nous proposons de faire la r&#233;volu&#173;tion, grand-p&#232;re, mais l'homme doit tout de m&#234;me &#234;tre fix&#233; sur tout. &#187; La pr&#233;caution n'&#233;tait pas inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de chauffe de notre dragueur, que le vieux nommait Danilo, en abr&#233;geant son nom, s'adjoignit &#224; nos conversations. Danilo &#233;tait Ukrainien. C'&#233;tait un bon gars qui avait fait son service dans l'infanterie et s'&#233;tait embauch&#233; en&#173;suite dans notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gai et simple, il s'assimilait vivement le c&#244;t&#233; romantique de la r&#233;volution et s'en impr&#233;gnait comme une &#233;ponge s'imbibe de liquide. Revenu de la guerre russo-japonaise, il avait &#233;t&#233; lui-m&#234;me pris par la grande temp&#234;te dont le torrent l'avait entra&#238;n&#233; jusque sur les bords de la mer Noire. Il &#233;tait toujours heureux de nos causeries et y apportait une grande animation. Le vieux ne l'aimait pas pour cela et ronchonnait contre lui en le traitant de &#171; carillon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu la jeunesse se groupait autour de nous, la lecture des journaux pendant le casse-cro&#251;te, les commentaires des &#233;v&#233;nements dont les &#233;chos ne s'&#233;taient pas encore assoupis, les cause&#173;ries &#224; terre apr&#232;s le travail, tout cela attirait la jeunesse &#224; la vie politique. Progressivement, des questions g&#233;n&#233;rales, je passai aux questions ayant trait &#224; la vie de notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ancre, la journ&#233;e ouvri&#232;re de la flottille, &#233;tait de 11 h. 30 Je choisis en premier lieu ce th&#232;me pour mes causeries avec les jeunes ma&#173;rins. Je reliai cette question &#224; la lutte g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re et &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'auto-&#233;ducation politique ; je leur parlai de la lutte ac&#173;tuelle que les capitalistes, aid&#233;s par la gendar&#173;merie et la police, m&#232;nent contre les ouvriers qu'ils poursuivent pour la moindre manifestation de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;cits soulevaient particuli&#232;rement l'int&#233;&#173;r&#234;t de la jeunesse sur la r&#233;volution et provo&#173;quaient une foule de questions. Un certain roman&#173;tisme du myst&#232;re, de lutte contre le gouvernement et la police, trouvait un &#233;cho vivant dans les c&#339;urs de toute cette jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'autour de moi, insensiblement, se forma un groupe. Je me mis &#224; faire mon tra&#173;vail politique en dehors des heures de service. Nous organis&#226;mes des r&#233;unions de notre groupe, le soir. Ces r&#233;unions se passaient en longues cau&#173;series.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, dans la presse, les questions concernant la Douma &#233;taient fortement d&#233;battues. Je r&#233;ussis &#224; me lier sur ce terrain avec les an&#173;ciens, mais non avec tous il est vrai. Je leur expliquai ce que c'&#233;tait que la Douma, pourquoi le gouvernement tsariste la convoquait, etc. En un mot, je fus promu pr&#232;s des anciens au rang d'explicateur des questions politiques ayant trait &#224; la Douma. Mon travail progressa d'une mani&#232;re assez s&#233;rieuse et, malgr&#233; cela, je ne fus pas d&#233;&#173;couvert par l'administration qui, &#233;tant berc&#233;e par l'illusion de la docilit&#233; des ouvriers, ne re&#173;marquait pas ce qui se passait sous son nez. Personne ne remarquait ma figure modeste de man&#339;uvre, d'autant plus que je n'entrais jamais en discussion avec les anciens et m&#234;me, parfois, les soutenais lorsque les jeunes les taquinaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse s'assimilait sans s'en douter les conceptions r&#233;volutionnaires ; les exemples frap&#173;pants de mutineries de marins, de combats sur les barricades, etc. enflammaient leur imagina&#173;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque je disais que dans beaucoup d'usines les ouvriers avaient su imposer la journ&#233;e de 9 heures par une gr&#232;ve solidaire, la jeunesse s'excitait, Danilo se frottait les mains et, fermant les poings, disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudra secouer les n&#244;tres aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh, les n&#244;tres, il faudra du temps pour les mettre en train, disait Andr&#233; le pond&#233;r&#233;, pour calmer Danilo, rien que mon p&#232;re, pour le...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; De quoi ton p&#232;re ? c'est pas nos p&#232;res, c'est nous qu'il faut mettre en train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de &#171; secouer &#187; &#224; bord, chez nous, int&#233;ressa fortement les gars et ils n'abandon&#173;n&#232;rent plus cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re exp&#233;rience de travail avec la jeu&#173;nesse m'avait montr&#233; que ma tactique politique &#233;tait exacte, que je pouvais hardiment me reposer sur la jeunesse et travailler par son interm&#233;&#173;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de d&#233;velopper mon travail ult&#233;rieur de fa&#231;on &#224; &#234;tre moi-m&#234;me le plus longtemps pos&#173;sible dans l'ombre et &#224; ne pas provoquer trop t&#244;t l'attention de la gendarmerie ou de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'introduisis, avec l'autorisation du comit&#233; du Parti, une partie de la jeunesse dans un cercle du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'admission des jeunes &#224; un cercle politique les enthousiasma ; ils masquaient leur participa&#173;tion &#224; ce cercle par des m&#233;thodes de conspiration exag&#233;r&#233;es jusqu'&#224; la na&#239;vet&#233;, se consid&#233;raient avec orgueil comme membres d'un parti r&#233;volu&#173;tionnaire clandestin qui m&#232;ne la lutte, &#171; peut-on dire avec le tsar, son gouvernement et tous ses partisans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te tournait &#224; tous ces gars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question d'attirer la jeunesse des autres bateaux &#224; notre travail se posa devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut les r&#233;unir &#224; terre apr&#232;s le travail et leur parler, proposa Danilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel ballot ! r&#233;pliqua Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et toi, t'es si intelligent que tu crois que tous les autres sont des imb&#233;ciles, se froissa Da&#173;nilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas &#171; les autres &#187;, mais seulement toi. T'es un imb&#233;cile. Vas les r&#233;unir tous, et aujourd'hui m&#234;me toute la ville saura de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Naturellement, ce n'est pas comme cela qu'il faut faire, dis-je pour soutenir Andr&#233; ; nous aurons toujours le temps de tomber entre les pattes de la gendarmerie, donc il ne faut pas se d&#233;p&#234;cher, il faut les entra&#238;ner progressivement, un par un, en choisissant, non les bavards, mais les fermes. Nous formerons un cercle solide. Il faut avoir son homme sur chaque navire et, par son interm&#233;&#173;diaire, travailler parmi la jeunesse de ces b&#226;ti&#173;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; s'enthousiasmait insensiblement, com&#173;me si notre cause lui &#233;tait devenue proche depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gars prirent sur eux de faire de l'agita&#173;tion parmi le jeunesse et de travailler &#224; l'adh&#233;&#173;sion des ouvriers des autres b&#226;timents. Nous r&#233;sol&#251;mes d'organiser un cercle parmi eux. Nous nomm&#226;mes Andr&#233; organisateur responsable, on avait d&#233;cid&#233; de ne pas mettre les navires en liaison avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, mon vieux, reste dans ton coin et montre-nous comment il faut faire, le reste, nous le ferons nous-m&#234;mes, d&#233;clara Danilo avec une ferme conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se noua le petit lien de notre grand travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur ma proposition, le comit&#233; d&#233;cida d'organiser un meeting en plein air &#224; la veille du Pre&#173;mier Mai. Ce meeting avait pour but d'attirer le plus grand nombre d'ouvriers de notre flottille et de dockers. Je confiai &#224; Danilo le soin de mobiliser tout notre cercle pour ce travail. Les gars firent tous de leur mieux. 100 hommes de la flot&#173;tille assist&#232;rent au meeting. Les postes, la cha&#238;ne de francs-tireurs, les mots de passe myst&#233;rieux, tout cela produisait une forte impression sur les ouvriers. Des socialistes-r&#233;volutionnaires avec lesquels des empoignades formidables avaient toujours lieu, s'infiltr&#232;rent aussi chez nous. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de Kertch n'&#233;taient pas tr&#232;s ferr&#233;s en th&#233;orie et se faisaient chaque fois copieusement battre par les social-d&#233;mocrates. C'est pourquoi les socialistes-r&#233;volution&#173;naires s'effor&#231;aient toujours de concentrer la discussion sur les questions ayant trait &#224; la ter&#173;reur. Sur ce point-l&#224;, la discussion leur &#233;tait plus facile. N&#233;anmoins, ils ne pouvaient obtenir la majorit&#233; dans nos meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting de ce jour dura longtemps. Nous expliqu&#226;mes en d&#233;tail la signification du Pre&#173;mier Mai, comment il fallait le f&#234;ter et pourquoi l'autocratie et les capitalistes &#233;taient contre lui, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting se termina &#224; l'aube. Nous part&#238;mes tous ensemble. La police savait qu'un meeting avait lieu, mais avait peur de se risquer dans la steppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait une peur intense de nos groupes de combat, dont elle connaissait &#233;galement l'exis&#173;tence, mais dont elle s'exag&#233;rait l'importance. C'est pourquoi elle r&#233;solut de surveiller le retour des auditeurs dans un faubourg de la ville et de les arr&#234;ter lorsqu'ils passeraient. Mais nos &#233;claireurs firent passer les ouvriers par des chemins d&#233;tourn&#233;s &#224; travers la montagne et les amen&#232;&#173;rent du c&#244;t&#233; oppos&#233; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 300 hommes descendirent bruyamment et en chantant de la montagne vers la rue cen&#173;trale de la ville ; les flics de garde sifflaient &#233;per&#173;dument, les policiers qui avaient pr&#233;par&#233; la sou&#173;rici&#232;re couraient &#224; toute allure vers le lieu de la manifestation, mais ils ne trouv&#232;rent personne. Le r&#233;seau des ruelles &#233;troites avait englouti les manifestants qui s'en revinrent tous, sains et saufs, dans leurs foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre meeting eut une influence &#233;norme sur tous les ouvriers et surtout sur la jeunesse. Les questions politiques devinrent le th&#232;me constant des conversations de la jeunesse. Les vieux gar&#173;daient le silence, mais tol&#233;raient ces conversa&#173;tions ; le meeting avait bris&#233; leur ent&#234;tement. Les discussions sur la terreur &#233;taient particuli&#232;re&#173;ment passionn&#233;es : le romantisme du terrorisme paraissait tr&#232;s s&#233;duisant, tr&#232;s noble et entra&#238;&#173;nant... et la jeunesse subissait la contagion de cet aventurisme malsain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; me d&#233;clara qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de dis&#173;cuter la question de la terreur dans notre cer&#173;cle ; il craignait beaucoup que cette question dan&#173;gereuse n'apport&#226;t la dissension au sein de notre cercle et f&#238;t avorter tout notre travail. Dans une causerie longue et d&#233;taill&#233;e faite au cercle, j'ex&#173;pliquai la signification de la lutte prol&#233;tarienne de masse que j'illustrai de deux exemples : une r&#233;volte arm&#233;e de marins et le soul&#232;vement de Moscou, et je parlai de la terreur individuelle comme m&#233;thode nuisible de lutte, d&#233;tournant le prol&#233;tariat de la lutte politique de masse ; la jeunesse envisagea d&#232;s lors avec plus de calme cette question br&#251;lante. Mes explications sur le r&#244;le essentiel de la pr&#233;paration d'un mouvement ouvrier de masse dont la force agissante menait &#224; la victoire furent convaincantes et, d&#233;tournant la jeunesse du romantisme individuel, l'orient&#232;rent vers la voie de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre liaison avec les autres unit&#233;s de la flot&#173;tille se consolida tellement que l'on pouvait d&#233;j&#224; activer le travail de la jeunesse organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de poser devant la jeunesse la ques&#173;tion de l'&#233;laboration d'un plan concret de lutte pour la diminution de la journ&#233;e de travail. La t&#226;che &#233;tait assez malais&#233;e : tout le monde doutait de la possibilit&#233; de d&#233;cider les ouvriers &#224; la gr&#232;ve ; ce travail &#233;tait nouveau, et, de plus, la question ne pouvait &#234;tre r&#233;solue par les seules forces de la jeunesse, il fallait faire marcher les vieux. J'esti&#173;mai &#233;galement que la gr&#232;ve ne r&#233;ussirait pas. Il fallait pour cela faire un travail soutenu et de plus longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je proposai d'essayer spontan&#233;ment, sans faire gr&#232;ve, de r&#233;duire le nombre des heures de tra&#173;vail. D'abord personne ne comprit cette mani&#232;re de poser la question, ensuite, apr&#232;s y avoir pens&#233;, mes camarades d&#233;cid&#232;rent que l'on pouvait essayer. Andr&#233; et moi pr&#238;mes sur nous d'&#233;labo&#173;rer ce plan. Nous confi&#226;mes aux autres le soin de faire de l'agitation en faveur de la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas poser pour le moment la question de l'aug&#173;mentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;labor&#226;mes, avec Andr&#233;, un plan d&#233;taill&#233;. Il se r&#233;sumait en ceci : les ouvriers de la flottille des dragueurs devaient r&#233;duire de leur propre volont&#233; la journ&#233;e de travail de 11 heures et demie &#224; 9 heures : au jour fix&#233;, les ouvriers de la caravane devaient arriver au travail &#224; 7 heures du matin au lieu de 6 heures ; prendre une demi-heure pour d&#238;ner et terminer le travail &#224; 4 heures au lieu de 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions d&#233;signer le jour fix&#233; pour l'ac&#173;complissement de notre plan d&#232;s que les ouvriers seraient suffisamment pr&#233;par&#233;s. La veille de ce jour, avant la fin du travail, sur toutes les che&#173;min&#233;es de tous les bateaux, nous devions &#233;crire &#224; la craie, en grosses lettres, &#224; quelle heure, le lendemain, le travail devait commencer et se ter&#173;miner. Pour diriger cette campagne, nous chois&#238;mes un comit&#233; avec, comme centre, le Victor Choumski, sur lequel je travaillais. L'organisa&#173;teur responsable ou pr&#233;sident du comit&#233; fut Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, le Victor Choumski devint le centre du mouvement ouvrier qui se formait &#224; bord de la flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je fis, au comit&#233; du Parti, mon rapport sur le plan de campagne pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail, ce plan provoqua les protes&#173;tations de tout le comit&#233; qui d&#233;clara qu'il fallait me borner au travail d'&#233;ducation &#224; l'int&#233;rieur du cercle et ne pas m'occuper de travail actif. Je d&#233;clarai au comit&#233; que la tactique des manifesta&#173;tions de combat organis&#233;es donnerait phis de r&#233;&#173;sultats politiques que le travail d'&#233;ducation &#224; l'in&#173;t&#233;rieur des cercles. Apr&#232;s ma d&#233;claration cat&#233;gorique, le comit&#233; fut oblig&#233; de ratifier mon plan et je re&#231;us l'autorisation de commencer notre campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse op&#233;rait avec d&#233;cision : elle faisait de l'agitation ouverte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. L'administration habitu&#233;e &#224; sa prosp&#233;rit&#233; paisible ne sentait pas le danger et portait peu d'attention &#224; la &#171; jeunesse bavarde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation d'un syndicat clandestin. Pr&#233;paration &#224; la gr&#232;ve. Premier Mai. Arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#171; sans effusion de sang &#187; obtenue avec la journ&#233;e de 9 heures, enthousiasma non seulement les jeunes, mais &#233;veilla aussi les anciens. Les vieux se mirent &#224; pr&#234;ter une oreille plus attentive aux questions politiques. Mon auto&#173;rit&#233; augmenta &#233;galement de beaucoup parmi toute la population de la flottille. Mes causeries politiques acqu&#233;raient un caract&#232;re &#224; demi-l&#233;gal de masse, mais je n'en continuais pas moins &#224; exprimer mes id&#233;es avec mod&#233;ration. Je crois que c'est justement mon assurance qui en imposait aux vieux. Toutes les causeries avaient lieu pen&#173;dant le casse-cro&#251;te et, parfois., le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit cr&#233;&#233; par la victoire me donna l'id&#233;e de l'organisation d'un syndicat clandestin. Cette id&#233;e re&#231;ut un accueil favorable de la part des ouvriers. L'organisation d'un syndicat l&#233;gal &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, impossible ; de plus, je ne tenais pas beaucoup moi-m&#234;me &#224; la l&#233;galisation. Je tenais compte de ce que je ne pourrais pas travailler pendant longtemps et que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les gendarmes se m&#234;leraient de l'affaire. Je craignis qu'un syndicat l&#233;galis&#233; ne rest&#226;t sans direction convenable et tomb&#226;t entre les mains des r&#233;actionnaires qui, &#224; ce moment, s'&#233;taient comme &#233;vapor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant consacr&#233; quelques r&#233;unions &#224; la ques&#173;tion des buts et des t&#226;ches des syndicats, nous nous r&#233;un&#238;mes en une s&#233;ance constitutive form&#233;e des camarades les plus s&#251;rs. Nous &#233;l&#251;mes un comit&#233; de direction auquel nous confi&#226;mes le soin d'&#233;laborer les statuts de notre syndicat, de fabriquer un cachet et d'acqu&#233;rir tout ce qui &#233;tait n&#233;cessaire pour un syndicat clandestin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; nos m&#233;thodes de conspiration, 50 ou&#173;vriers adh&#233;r&#232;rent au syndicat. Des fonds assez importants, pr&#232;s de 100 roubles, furent r&#233;unis, que nous ne savions en somme pas &#224; quoi d&#233;pen&#173;ser. De cette fa&#231;on, le syndicat commen&#231;a &#224; fonc&#173;tionner. Mais, comme chaque syndicat doit faire quelque chose, il est naturel que nous nous m&#238;mes &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les moyens de recommander le n&#244;tre &#224; la classe ouvri&#232;re. Les membres de notre syndicat pos&#232;rent cette question avec insistance devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que, de pair avec le syst&#232;me d'enr&#244;lement des ouvriers avec tous leurs ascendants et descendants, il existait dans la flottille toute une &#233;chelle compliqu&#233;e de salaires. Lorsque je fis le calcul du salaire d'un ouvrier de cat&#233;gorie inf&#233;rieure, je trouvais qu'il ne gagnait en tout et pour tout que 18 roubles au plus par mois. De plus, les conditions du travail lui-m&#234;me &#233;taient excessivement dures et antihygi&#233;niques ; m&#234;me les chauffeurs qui accomplissaient un tra&#173;vail de bagnards n'avaient ni costumes, ni gants de travail ; il n'existait aucune organisation sani&#173;taire et m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les questions qui devaient, en premier lieu, fixer l'attention de notre jeune syndicat. A l'une de nos r&#233;unions, je fis un rapport d&#233;taill&#233; sur la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et j'indiquais que l'am&#233;lioration &#233;conomi&#173;que de leur situation ne pouvait &#234;tre que le r&#233;sul&#173;tat d'une lutt&#233; organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union chargea la direction du syndicat de se mettre en secret &#224; l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e de la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et d'&#233;laborer un plan de lutte pour l'application des mesures qui seraient &#233;labor&#233;es par la direc&#173;tion du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste &#224; cette &#233;poque, les marins de la flotte volontaire d'Odessa se mirent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syndicat r&#233;pondit &#224; cette gr&#232;ve par l'or&#173;ganisation d'une collecte parmi les ouvriers. 400 roubles furent envoy&#233;s aux gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la flottille se r&#233;partissaient en groupes professionnels de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier groupe : m&#233;tallurgistes, tourneurs et m&#233;canos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me groupe : m&#233;caniciens aux machines, aides-m&#233;caniciens, chauffeurs et hommes pr&#233;po&#173;s&#233;s au huilage des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me groupe : hommes pr&#233;pos&#233;s aux p&#233;ni&#173;ches et aux pompes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me groupe : matelots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes comptant le plus d'hommes et dont l'&#233;tat d'esprit &#233;tait le plus r&#233;volutionnaire &#233;taient les deux derniers et, lors de notre pre&#173;mier combat, ils avaient jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif. Les deux premiers groupes &#233;taient peu nombreux et faisaient montre d'une certaine retenue. Tant que la flottille hivernait pour les r&#233;parations, les deux derniers groupes pouvaient toujours avoir une influence d&#233;cisive sur la lutte. Mais lorsqu'elle &#233;tait en mer, ce r&#244;le passait aux premiers grou&#173;pes ; l'issue de la lutte d&#233;pendait enti&#232;rement d'eux, car l'&#226;me de la flottille : les machines, &#233;tait entre leurs mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une inspection minutieuse de nos for&#173;ces, il fut &#233;tabli qu'en cas de gr&#232;ve les m&#233;tallur&#173;gistes et les chauffeurs devraient &#234;tre &#224; l'avant-garde de celle-ci et nous d&#233;cid&#226;mes de les pr&#233;&#173;parer s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est caract&#233;ristique que d&#232;s que les ouvriers se mirent &#224; parler du syndicat qui avait &#233;t&#233; orga&#173;nis&#233;, les m&#233;tallurgistes se r&#233;veill&#232;rent, ayant compris que c'&#233;tait une organisation v&#233;ritable&#173;ment ouvri&#232;re qui &#233;tait n&#233;e Ils se mirent &#224; frap&#173;per avec insistance aux portes du syndicat et exig&#232;rent, sans mots inutiles, leur adh&#233;sion. Au&#173;tant il avait &#233;t&#233; difficile de les faire entrer dans la vie politique, autant il fut facile de les faire adh&#233;rer &#224; notre syndicat. Au bout d'un mois, les trois quarts des m&#233;tallurgistes et des chauffeurs faisaient d&#233;j&#224; partie de notre organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'informai le comit&#233; du Parti de l'organisation d'un syndicat clandestin, je fus assez froidement re&#231;u : &#171; C'est du blanquisme ! qu'est-ce que ce syndicat clandestin ? que va-t-il faire et comment pourra-t-il d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des ouvriers ? &#187; Voil&#224; ce que j'entendis de toutes parts. Je r&#233;pondis que notre syndicat &#233;tait plus une organisation politique de combat qu'une union professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on me reprocha alors de ne pas m'&#234;tre mis auparavant d'accord avec le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et, lorsque je d&#233;clarai qu'il &#233;tait possible qu'une gr&#232;ve &#233;clat&#226;t au mois de mai dans la flot&#173;tille et que notre syndicat &#233;tait en train d'&#233;labo&#173;rer un programme de revendications, cela causa une agitation extr&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement semblable &#224; Kertch &#233;tait une chose extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le diable l'emporte, il nous informe de ces choses pour la forme seulement. Pourquoi toutes ces choses se passent-t-elles en dehors du comit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment, en dehors du comit&#233; ? Mais je vous fais justement mon rapport pour ne pas laisser de c&#244;t&#233; le comit&#233;. Vous m'aviez confi&#233; le soin de travailler dans la flottille et j'y travaille, vous le voyez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut d&#233;battre la question de l'opportu&#173;nit&#233; d'une gr&#232;ve et savoir si les ouvriers y sont suffisamment pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le syndicat lui-m&#234;me pose la question de la gr&#232;ve et il faut croire qu'elle aura lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longues palabres, il me fut d&#233;clar&#233; que le comit&#233; ne prendrait pas la responsabilit&#233; d'une non r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sortis du comit&#233; assez pein&#233;. M&#234;me les. ou&#173;vriers membres du comit&#233; ne m'avaient pas sou&#173;tenu. J'&#233;tais seul et je r&#233;solus de continuer, seul, &#224; suivre ma voie jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pas encore pratiqu&#233; la lutte fraction&#173;nelle, je ne me sentais gu&#232;re assur&#233; apr&#232;s une telle r&#233;ception du comit&#233; du Parti ; je craignais de d&#233;vier du juste chemin. N&#233;anmoins, il n'y avait rien &#224; faire, il fallait continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du syndicat, ayant pr&#233;par&#233; les mat&#233;riaux de l'enqu&#234;te, fit son rapport &#224; l'assem&#173;bl&#233;e g&#233;n&#233;rale et pr&#233;para &#233;galement une liste des revendications &#224; pr&#233;senter pour l'am&#233;lioration des conditions de travail des ouvriers. Cette liste contenait 32 paragraphes qui englobaient toutes les revendications mat&#233;rielles et professionnel&#173;les des ouvriers. Le syndicat ratifia cette liste, d&#233;cida de la pr&#233;senter le 5 mai &#224; l'administra&#173;tion et de pr&#233;parer les ouvriers &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Premier Mai, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'ap&#173;peler les ouvriers &#224; faire la gr&#232;ve d'un jour et de v&#233;rifier par cette gr&#232;ve le degr&#233; de pr&#233;paration des ouvriers &#224; la lutte. Nous r&#233;sol&#251;mes de sou&#173;mettre pr&#233;alablement notre liste de revendica&#173;tions aux ouvriers non syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours avant le Premier Mai, je r&#233;unis la jeunesse et lui dis de commencer &#224; faire de l'agi&#173;tation parmi les ouvriers en faveur de la gr&#232;ve du Premier Mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes se mirent &#233;nergiquement, mais sans prendre assez de pr&#233;cautions, au travail. L'admi&#173;nistration s'inqui&#233;ta de leur agitation et organisa &#224; ce sujet une conf&#233;rence pr&#233;sid&#233;e par le chef du port. Cette conf&#233;rence r&#233;solut de d&#233;cider une certaine partie des ouvriers &#224; ne pas abandonner le travail et de mettre le pr&#233;fet de la ville au cou&#173;rant des &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient. A la veille du Premier Mai, des affiches de l'organisation du Parti et un appel du syndicat, hectogra&#173;phi&#233; par moi, furent distribu&#233;s &#224; bord de tous les bateaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions r&#233;solu de ne pas organiser de mee&#173;ting le soir et de le tenir le matin, d&#232;s qu'aurait commenc&#233; le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du Premier Mai, tous les ouvriers mont&#232;rent &#224; bord et certains d'entre eux se mirent m&#234;me au travail ; quant aux membres du syndi&#173;cat, ils fumaient paisiblement sur le pont. A 9 heures, la sir&#232;ne du Victor Choumski se mit &#224; hurler, soutenue par les sifflets des autres bateaux. L'administration, effray&#233;e, s'affaira. Les ouvriers descendirent &#224; terre aux cris de : &#171; Au meeting ! au meeting ! &#187; Ceux qui tentaient de res&#173;ter &#224; travailler furent chass&#233;s de force sur le quai. A terre, un meeting fut organis&#233;. Quelques ouvriers et moi f&#238;mes de courtes allocutions et, ensuite, tout le monde d&#233;cida d'aller d&#233;baucher les ouvriers des ateliers, des moulins et les d&#233;bar&#173;deurs. Toute notre masse se divisa en groupes et partit, chacun vers une destination donn&#233;e. Je pris une dizaine d'ouvriers et me dirigeai vers les moulins. Les ouvriers de l'un d'eux se joigni&#173;rent rapidement &#224; nous. A un autre endroit, il nous fallut organiser un meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce meeting fut r&#233;uni &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur du moulin. Bient&#244;t la police accompagn&#233;e d'une pa&#173;trouille militaire arriva et nous cerna. Les agents voulurent monter, mais les ouvriers se mirent &#224; leur jeter sur la t&#234;te des sacs de son et descendirent plusieurs flics de l'escalier. La police battit en retraite et se mit &#224; attendre, en bas, la fin du meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le meeting fut termin&#233;, les ouvriers d&#233;cid&#232;rent d'abandonner le travail et, en m&#234;me temps, exig&#232;rent une augmentation de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;quipes d'ouvriers travaillaient 12 heures par jour chacune au moulin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais avec moi le matelot Michel, qui s'&#233;tait &#233;chapp&#233; du croiseur Otchakov. C'&#233;tait un grand gars d'une force colossale. Il avait d&#233;cid&#233; de m'ac&#173;compagner aux moulins. Lorsque nous descend&#238;&#173;mes, nous f&#251;mes aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s et envoy&#233;s au commissariat, escort&#233;s par la patrouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commissariat, nous f&#251;mes interrog&#233;s par l'inspecteur Gvozdev. Apr&#232;s. un court interrogatoire, l'inspecteur ordonna de lib&#233;rer Michel et de m'enfermer dans une cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, je fus de nouveau convoqu&#233; par Gvozdev. Il m'invita &#224; m'asseoir et ordonna qu'on apporte le th&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! bien, Malakanov, nous savons que vous appartenez au Parti social-d&#233;mocrate, c'est bien ainsi, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regardai Gvozdev, mais ne lui r&#233;pondis rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous n'avons rien contre les social-d&#233;mo&#173;crates, parce que vous n'&#234;tes pas pour l'assassi&#173;nat des fonctionnaires et que vous limitez votre travail &#224; la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutais les sentences judicieuses de l'inspec&#173;teur et continuais &#224; me taire, attendant le mo&#173;ment o&#249; il se mettrait &#224; parler son vrai langage, le langage du policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que nous n'aurions absolument rien contre vous, si vous ne troubliez pas la vie publi&#173;que de notre ville... Nous estimons que votre con&#173;duite d'aujourd'hui est une atteinte &#224; l'ordre pu&#173;blic : d&#233;baucher les ouvriers des moulins, les ate&#173;liers oblig&#233;s de cesser le travail en ville, tout cela nous oblige &#224; porter notre attention sur vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'inspecteur prit une feuille de papier et continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai re&#231;u l'ordre du pr&#233;fet de vous enjoindre de quitter la ville dans les 24 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne partirai pas, fis-je d'un ton bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous ordonnons quand m&#234;me de quit&#173;ter la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je travaille et ne m'en irai pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela ne me regarde pas, r&#233;pliqua l'inspec&#173;teur, s'irritant. Si vous ne partez pas vous-m&#234;me, nous vous expulserons. J'estime que le pr&#233;fet a fait montre de beaucoup de condescendance &#224; votre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me donna l'ordre &#224; signer et ajouta ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous conseille d'ob&#233;ir &#224; l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'avait pas offert de th&#233;, bien qu'il y eut deux verres sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de ne pas partir avant d'avoir accom&#173;pli ma t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du Premier Mai fut couronn&#233;e de suc&#173;c&#232;s. Nos groupes de jeunes s'&#233;taient dispers&#233;s par toute la ville et avaient fait arr&#234;ter le tra&#173;vail de tous les artisans, des menuisiers, des ateliers de fabrication de canots, barques, etc. Ils avaient fait quitter le travail aux ouvri&#232;res des manufactures de tabac Messaksoudi. Les usines de constructions m&#233;caniques faisaient gr&#232;ve d'une mani&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup parmi les jeunes ne furent pas aussi heureux que nous : une quinzaine d'hommes furent amen&#233;s devant l'inspecteur Holbach du Ier arrondissement, qui leur fit subir un interrogatoire en r&#232;gle et ne les lib&#233;ra, le lendemain, que sur l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un meeting en plein air fut organis&#233;, la nuit, dans les entrep&#244;ts &#233;loign&#233;s de la ville ; plus de 1.000 personnes r&#233;pondirent &#224; notre appel ; mais la police ayant eu vent de notre r&#233;union d&#233;cida de la disperser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements de police, sous le commandement de l'inspecteur Holbach, se dirig&#232;rent vers la montagne. Nos francs-tireurs et une partie des matelots arm&#233;s s'&#233;taient habilement dispos&#233;s en cercle autour de notre r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police mena l'offensive de trois c&#244;t&#233;s, fran&#173;chit, sans la remarquer, la premi&#232;re barri&#232;re de francs-tireurs cach&#233;s dans les rochers et, d&#232;s qu'elle atteignit la seconde ligne de francs-tireurs, ceux-ci la re&#231;urent par un feu nourri. Les poli&#173;ciers s'orientant mal dans l'obscurit&#233;, pris de pa&#173;nique, s'enfuirent. Les francs-tireurs sortirent de leurs abris en criant : &#171; Hourra ! &#187; et augment&#232;&#173;rent encore la panique en tirant des coups de revolver. En se sauvant, les policiers se heurt&#232;&#173;rent aux barri&#232;res de francs-tireurs dissimul&#233;s et ceux-ci se mirent &#224; mitrailler la police en fuite. Plusieurs policiers furent d&#233;sarm&#233;s ; nous confis&#173;qu&#226;mes le revolver et le sabre du sous-inspecteur. Le sabre fut aussit&#244;t bris&#233;. La police subit une d&#233;faite compl&#232;te et le meeting r&#233;ussit enti&#232;re&#173;ment. La moiti&#233; des ouvriers de la flottille &#233;taient l&#224; ; il y avait &#233;galement beaucoup d'anciens. Les d&#233;bardeurs avaient bien travaill&#233;, eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la r&#233;union, nous d&#233;cid&#226;mes de des&#173;cendre en corps en ville. Les francs-tireurs &#233;taient partis par des chemins connus d'eux seuls. Nous descend&#238;mes en tourbillon sur la large perspective Vorontzov. La police nous attendait, pen&#173;sant nous attaquer, mais, voyant la foule &#233;norme qui descendait, elle n'osa pas le faire et se mit &#224; regarder en silence, &#233;tonn&#233;e, le torrent bruyant qui passait devant elle. L'h&#233;sitation de la police s'expliquait, non par le nombre des manifestants, mais surtout parce que la masse &#233;tait constitu&#233;e presque enti&#232;rement par des ouvriers avec les&#173;quels il &#233;tait dangereux de prendre contact. Le succ&#232;s du Premier Mai fut &#233;norme et l'organisation de Kertch en fut fi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, la direction du syndicat se r&#233;unit pour examiner le rapport sur la pr&#233;paration de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction pr&#233;senta la liste des membres du comit&#233; de gr&#232;ve, ainsi que la liste des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient figurer l&#233;galement comme &#233;tant les diri&#173;geants de la gr&#232;ve, remettre le cahier de revendi&#173;cations &#224; l'administration et mener au nom du comit&#233; tous les pourparlers avec celle-ci. Il fut d&#233;cid&#233; de garder le secret, m&#234;me devant les ouvriers, sur la composition du comit&#233; de gr&#232;ve, la composition de celui-ci ne devant &#234;tre connue que de la direction du syndicat. Nos revendica&#173;tions politiques &#233;taient : la f&#234;te du Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures. Nous discut&#226;mes long&#173;temps s'il fallait exiger la convocation de l'As&#173;sembl&#233;e constituante, mais r&#233;sol&#251;mes de pr&#233;sen&#173;ter, pour la premi&#232;re fois, le moins possible d'exi&#173;gences imm&#233;diatement irr&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures &#233;taient des questions ayant une importance poli&#173;tique de principe, c'est pourquoi nous estimions que ces points seraient suffisants pour donner un sens politique &#224; notre programme &#233;conomi&#173;que. Parmi nos autres revendications, nous avions pr&#233;sent&#233; : la cr&#233;ation d'un comit&#233; ouvrier qui au&#173;rait le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers, et l'augmentation des salaires de 30 &#224; 40 %. Nous &#233;l&#251;mes pour les pourparlers une d&#233;l&#233;gation compos&#233;e d'anciens, parmi les plus fermes et les plus tenaces. Je fus compris dans la d&#233;l&#233;gation afin de soutenir, en cas de besoin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s pendant les pourparlers. Un groupe sp&#233;cial de francs-tireurs, compos&#233; de jeunes, fut cr&#233;&#233; pour surveil&#173;ler la police et op&#233;rer la liaison avec la troupe. A la t&#234;te de ce groupe nous pla&#231;&#226;mes Michel en le chargeant de ne pas laisser la jeunesse s'em&#173;baller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La flottille en gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mai au soir, &#224; la fin du travail, copie de nos revendications fut remise &#224; tous les capitai&#173;nes de notre flottille. La liste de nos revendica&#173;tions elle-m&#234;me avait &#233;t&#233; signifi&#233;e, par notre d&#233;l&#233;&#173;gation, &#224; l'administration du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remettant cette liste au chef du port, la d&#233;l&#233;&#173;gation lui d&#233;clara : &#171; Nous attendons une r&#233;ponse jusqu'&#224; demain midi ; si toutes nos revendications ne sont pas satisfaites, les ouvriers cesseront le travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port s'agita :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais comment cela, sans nous pr&#233;venir ? Mais vous savez que les bateaux &#233;trangers vont arriver dans une semaine ! Nous allons retarder le nettoyage du port, et vous pensez qu'on va nous dire merci pour cela &#224; P&#233;tersbourg ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela d&#233;pend enti&#232;rement de vous, r&#233;pondit le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation, si toutes nos exi&#173;gences sont satisfaites, les ouvriers continueront &#224; travailler et les bateaux &#233;trangers ne seront pas retenus &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant salu&#233; le chef du port, la d&#233;l&#233;gation sortit. Le soir, un meeting de tous les ouvriers fut orga&#173;nis&#233;. Je pris la parole pour montrer les difficul&#173;t&#233;s que nous allions avoir &#224; surmonter au cours de la lutte. Je parlai des concessions que l'admi&#173;nistration pouvait nous faire et d&#233;clarai qu'elle allait faire son possible pour mettre ensuite les &#171; meneurs &#187; &#224; la porte, c'est pourquoi il fallait, &#224; tout prix, obtenir la possibilit&#233; de cr&#233;er un comit&#233; ouvrier. Les vieux ouvriers d&#233;clar&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les gars, il a &#233;t&#233; difficile de nous faire mar&#173;cher, mais du moment que nous y sommes, il faut &#234;tre fermes ; vous avez pein&#233; pour nous mettre en train, on a r&#233;duit la journ&#233;e de travail, obtenons d'autres am&#233;liorations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, au matin, je fus cong&#233;di&#233;. Le capitaine de mon bateau m'appela dans sa cabine et d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par ordre du commandant du port, je dois vous renvoyer ; allez vous faire r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis que je ne pouvais accepter mon compte tant que je ne 'conna&#238;trais pas les motifs de mon renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait clair que l'administration me consid&#233;&#173;rait comme l'organisateur de toute l'affaire et avait r&#233;solu de se d&#233;barrasser de moi au plus vite, pour faire avorter la gr&#232;ve naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine d&#233;clara qu'il allait transmettre au commandant du port mon refus d'accepter l'ordre de renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus d'utiliser enti&#232;rement la &#171; fran&#173;chise &#187; avec laquelle le commandant du port m'avait d&#233;clar&#233; que les bateaux &#233;trangers allaient bient&#244;t arriver au d&#233;troit. En approchant du d&#233;troit, les &#171; &#233;trangers &#187; allaient sans aucun doute exiger qu'on les laiss&#226;t franchir celui-ci ou qu'on leur rembours&#226;t les frais de stationnement. On attendait beaucoup de bateaux, car la campagne d'exportation du bl&#233; du port de Rostov commen&#231;ait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;union du comit&#233; de gr&#232;ve et de la d&#233;l&#233;&#173;gation, j'expliquai l'importance de l'action des &#233;trangers sur l'administration et nous r&#233;sol&#251;mes d'attirer l'attention de toute la masse ouvri&#232;re sur les &#171; &#233;trangers &#187; qui pouvaient faire notre jeu. Il fut d&#233;cid&#233; &#233;galement de tenir compte de ce fait lors de nos pourparlers avec l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi, l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, d&#233;l&#233;gu&#233; par le commandant du port, monta &#224; bord du Choumski et d&#233;clara que le commandant examinerait notre &#171; p&#233;tition &#187; et satisferait &#224; toutes les exigences acceptables. En m&#234;me temps, il ordonnait aux ouvriers de continuer le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tumulte s'&#233;leva parmi les ouvriers group&#233;s autour de l'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il satisfasse &#224; tout ce qui est marqu&#233; dans la liste ; pas besoin de faire des promesses, on croit pas aux paroles, qu'il signe, qu'il signe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez... laissez tomber le boulot, pas besoin d'&#233;couter ici, qu'y parle aux d&#233;l&#233;gu&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rapidement des inscriptions en blanc appa&#173;rurent sur les chemin&#233;es, le sifflet du Choleski se mit &#224; hurler et les sifflets des autres dragueurs lui firent &#233;cho. Le 5 mai, &#224; midi, tous les ouvriers de la flottille, l'administration et les pilotes excep&#173;t&#233;s, abandonn&#232;rent le travail. Bou&#239;ko, ahuri par la r&#233;ponse des ouvriers et le spectre de la gr&#232;ve qui se dressait mena&#231;ante devant lui, restait plant&#233; l&#224;, sans comprendre ce qui arrivait aux ouvriers qui n'avaient jamais parl&#233; d'un m&#233;contentement quelconque et qu'il tenait toujours pour si dociles et si apprivois&#233;s. Il &#233;cartait les bras avec impuissance et marmottait d'une voix rauque : &#171; Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ? &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tenais non loin de l'ing&#233;nieur et regar&#173;dais aussi, mais avec quelle joie prenante, les ouvriers qui descendaient en torrent du bord et s'&#233;parpillaient en ruisseaux par les petites rues de la ville ; je ne m'attendais pas &#224; un tel &#233;lan unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous remportons la premi&#232;re victoire, monsieur Bou&#239;ko ; informez-en le commandant du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bou&#239;ko se retourna d'un coup vers moi et me fixa d'un regard f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est Malakanov, lui r&#233;pondit rapidement le capitaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Malakanov ? Pourquoi n'est-il pas renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il a refus&#233; de se faire r&#233;gler, il exige qu'on lui dise les motifs de son renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cong&#233;diez-le imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous attendrez, monsieur Bou&#239;ko. On r&#233;&#173;glera nos comptes apr&#232;s la gr&#232;ve. En attendant, je vous souhaite une bonne sant&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soulevai ma casquette sale, lui fis un l&#233;ger salut et nous descend&#238;mes en foule &#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je volais litt&#233;ralement. L'ivresse de la victoire et, en m&#234;me temps, l'inqui&#233;tude pour l'issue de la gr&#232;ve m'agitaient &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de deux jours, la d&#233;l&#233;gation se pr&#233;&#173;senta chez le commandant du port et lui demanda sa d&#233;cision au sujet de nos revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant ne nous re&#231;ut pas. Nous f&#251;mes re&#231;us &#224; sa place par son bras droit, le m&#234;me ing&#233;nieur Bou&#239;ko, un type assez d&#233;go&#251;tant qui nous d&#233;clara que son chef ne voulait pas r&#233;pondre &#224; des exigences insolentes. Nous part&#238;mes. Le lendemain, nous appr&#238;mes du t&#233;l&#233;graphiste, un ami d'Andr&#233;, que le commandant avait re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme du minist&#232;re du Commerce et de l'In&#173;dustrie qui demandait pourquoi l'on avait arr&#234;t&#233; le travail et ordonnait de commencer imm&#233;diatement les travaux de nettoyage du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour, le chef du port nous fit savoir qu'il attendait nos repr&#233;sentants. Apr&#232;s une courte conf&#233;rence, nous d&#233;cid&#226;mes de lui envoyer un des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour savoir de quoi il s'agissait. Le d&#233;l&#233;gu&#233; revint et nous transmit que le chef du port voulait examiner nos revendica&#173;tions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consentait &#224; satisfaire une partie de nos exigences, mais, quant &#224; l'autre partie, il voulait y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; R&#233;fl&#233;chissez, lui r&#233;pliquai-je imm&#233;diate&#173;ment ; nous attendrons encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port rougit, mais demanda pos&#233;ment de quel bateau j'&#233;tais et quel &#233;tait mon nom. Je me nommai : Malakanov. Le chef du port bon&#173;dit et me cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es renvoy&#233;, je ne te parle pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;clar&#232;rent que j'avais refus&#233; d'accepter mon renvoi et que, de plus, j'avais &#233;t&#233; choisi comme d&#233;l&#233;gu&#233; par tous les ouvriers de la flottille. &#171; Par cons&#233;quent, ajout&#232;&#173;rent-ils, si vous ne voulez pas discuter avec lui, nous refuserons de continuer les pourparlers avec vous. &#187; Bou&#239;ko, qui se tenait pr&#232;s de la table, murmura : &#171; Ils sont vendus aux youpins. &#187; Je fus tellement indign&#233; par cette insolence que je me jetai sur lui les poings hauts ; effray&#233;, il sauta par-dessus la table et se cacha derri&#232;re le chef du port. J'attrapai un presse-papier et voulus le lui lancer &#224; la t&#234;te. Le commandant, perdant la t&#234;te, leva les bras au ciel et se mit &#224; les agiter en bal&#173;butiant : &#171; Messieurs, messieurs... mais quoi... comment pouvez-vous... calmez-vous... commen&#173;&#231;ons &#224;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gueule d&#233;go&#251;tante de l'ing&#233;nieur apeur&#233; et l'air comique du commandant me calm&#232;rent et je reposai le presse-papier sur la table. A la suite de cette sc&#232;ne, le commandant ne souleva plus la question de comp&#233;tence ; il nous fit asseoir autour de la table et ordonna &#224; l'ing&#233;nieur de s'&#233;loigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous d&#233;clara ensuite qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; satis&#173;faire une partie de nos revendications. La d&#233;l&#233;ga&#173;tion lui r&#233;pondit qu'elle exigeait qu'il f&#238;t droit, non seulement aux revendications secondaires, mais &#224; toutes les revendications que nous lui avions pr&#233;sent&#233;es. Le chef du port fit son pos&#173;sible pour &#234;tre aimable avec nous. Il s'effor&#231;ait de nous entra&#238;ner dans une discussion que nous &#233;lud&#226;mes. Nous lui r&#233;p&#233;t&#226;mes encore une fois nos revendications et sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous &#233;loignant, nous entend&#238;mes l'ing&#233;nieur qui disait, m&#233;content :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel plaisir trouvez-vous &#224; discuter avec cette canaille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous g&#226;tez tout avec votre emportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudrait leur l&#226;cher un r&#233;giment de cosa&#173;ques sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, un des d&#233;l&#233;gu&#233;s remarqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein, avez-vous entendu, les cosaques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y en a pas dans la ville, des cosaques, r&#233;pon&#173;dit tranquillement le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, nous devions tenir compte de cette menace. S'il n'y avait pas de cosaques, il y avait des soldats... Ils pouvaient nous organiser une provocation ; ce Bou&#239;ko &#233;tait un animal f&#233;&#173;roce et il nous ha&#239;ssait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre service de renseignements nous informa que le chef du port avait envoy&#233; une lettre au pr&#233;fet en lui demandant d'intervenir et de faire cesser la gr&#232;ve, mais que le pr&#233;fet avait r&#233;pondu, que tant qu'il n'y avait pas d'exc&#232;s, il ne voulait pas en provoquer par son intervention. Nous compr&#238;mes alors pourquoi la police ne nous tou&#173;chait pas. Le pr&#233;fet connaissait sans doute nos revendications ; quant &#224; la fa&#231;on dont il les envi&#173;sageait, nous ne le savions pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#238;mes &#233;galement que le chef du port s'&#233;tait adress&#233; au commandant de la place, aupr&#232;s duquel il avait essuy&#233; un refus. Le commandant lui avait r&#233;pondu : &#171; Chez moi non plus, la tran&#173;quillit&#233; ne r&#232;gne pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant re&#231;u ces renseignements, nous les trans&#173;m&#238;mes aux ouvriers et les pr&#233;v&#238;nmes en m&#234;me temps de la possibilit&#233; de provocations polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les dragueurs et les p&#233;niches furent ran&#173;g&#233;s le long du quai. Aucun signe de vie &#224; bord. Seul un ouvrier montait la garde sur chaque b&#226;ti&#173;ment. Sa t&#226;che &#233;tait de nous informer de ce que faisait l'administration du bord. Un dragueur au milieu du d&#233;troit, &#224; l'emplacement du travail, nous inqui&#233;tait fortement. Bien que l'&#233;quipage de ce dragueur nous ait fait savoir que le Lissovski (c'&#233;tait le nom du b&#226;timent) s'&#233;tait joint &#224; nous, n&#233;anmoins il n'avait pas amen&#233; la drague &#224; quai. Nous craignions qu'il ne se m&#238;t &#224; travailler la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gation r&#233;solut de rejoindre le Lissovski pour l'amener &#224; quai. Le chef du port poss&#233;dait un petit remorqueur qui, dans la journ&#233;e, &#233;tait toujours sous pression. Nous r&#233;sol&#251;mes de l'uti&#173;liser. Lorsque nous arriv&#226;mes pour le prendre, nous rencontr&#226;mes l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, qui, ayant appris que nous voulions aller &#224; bord du Lis&#173;sovski, refusa cat&#233;goriquement de nous donner le remorqueur. Nous d&#233;cid&#226;mes alors de le prendre par force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ouste ! &#224; bord les gars, pas besoin d' lambiner ici, s'&#233;cria Micha&#239;l en sautant sur le pont du remorqueur. Mais Bou&#239;ko tourna un tuyau vers lui et lui lan&#231;a un jet de vapeur &#224; la figure. Micha&#239;l tomba. Le m&#233;canicien mit le moteur en marche et le remorqueur s'&#233;loigna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furieux, nous engueulions l'ing&#233;nieur qui nous regardait en ricanant m&#233;chamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des d&#233;l&#233;gu&#233;s monta dans une barque &#224; rames.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons-y &#224; la rame ! laissons-le se cavaler avec son remorqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ass&#238;mes dans la barque et trois paires de rames nous firent rapidement atteindre le Lissovski. Bou&#239;ko, voyant que nous &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; rejoindre le Lissovski, lan&#231;a le remor&#173;queur &#224; toute vitesse vers celui-ci, puis fit un court virage vers le bateau-signal militaire. Cette man&#339;uvre nous inqui&#233;ta. Si Bou&#239;ko r&#233;ussissait &#224; convaincre le commandant du bateau-signal, il pourrait nous interdire l'acc&#232;s du Lissovski. Je fis part de mes r&#233;flexions aux autres d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vire sur le bateau-signal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barque vira vers celui-ci et nous l'atteign&#238;mes &#224; la suite de Bou&#239;ko. Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s et moi mont&#226;mes jusqu'&#224; la passerelle o&#249; nous f&#251;mes re&#231;us par le capitaine du bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il riait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que c'est que ces visites inusit&#233;es aujourd'hui ? dit-il gaiement, en nous souhaitant le bonjour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous sommes quelque peu inquiets de la visite que l'ing&#233;nieur du port est venu vous ren&#173;dre, r&#233;pond&#238;mes-nous ; voil&#224; de quoi il s'agit : Nous sommes en gr&#232;ve afin d'am&#233;liorer nos con&#173;ditions &#233;conomiques. Un dragueur est rest&#233; dans le d&#233;troit. Nous avons voulu l'amener &#224; quai pour qu'il ne souffre pas de la temp&#234;te, mais l'ing&#233;nieur du port s'y oppose. Nous craignons &#233;galement, qu'il ne veuille vous convaincre de nous emp&#234;cher de ramener le Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, il m'a en effet pri&#233; de vous emp&#234;cher de ramener le Lissovski, mais je ne peux pas faire cela sans un ordre expr&#232;s de mes sup&#233;rieurs. Je ne pourrais intervenir que si vous vous livriez &#224; des exc&#232;s &#224; bord du Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il n'y a pas d'exc&#232;s qui tiennent ; de toute fa&#231;on le Lissovski est en gr&#232;ve, seulement, en restant dans le d&#233;troit il risque de s'&#233;chouer ou de s'enliser dans la vase et nous n'avons pas le droit de le laisser s'ab&#238;mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine se tourna vers l'ing&#233;nieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous demande pardon, M. Bou&#239;ko, mais je n'ai pas le droit de me m&#234;ler de vos affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous redescend&#238;mes dans la barque et rejoign&#238;mes le Lissovski. Apr&#232;s avoir conf&#233;r&#233; avec l'&#233;quipage et le capitaine, nous lev&#226;mes l'ancre et amen&#226;mes le dragueur &#224; quai. Les ouvriers accueillirent son arriv&#233;e par des ovations joyeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade du t&#233;l&#233;graphe nous apprit que le ministre du Commerce et de l'Industrie avait de nouveau t&#233;l&#233;graphi&#233; pour savoir pourquoi les travaux ne commen&#231;aient pas, le chef du port avait r&#233;pondu que les ouvriers avaient organis&#233; une gr&#232;ve politique. Nous d&#233;cid&#226;mes de trans&#173;mettre t&#233;l&#233;graphiquement nos revendications au ministre, en d&#233;clarant que nous exigions com&#173;pl&#232;te satisfaction, sans quoi nous continuerions la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en gr&#232;ve depuis huit jours et com&#173;mencions &#224; souffrir de privations. La faim frap&#173;pait d&#233;j&#224; &#224; la porte des familles ouvri&#232;res. Nous atteignions le passage le plus dangereux qu'il fallait absolument franchir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, nous avions &#233;crit &#224; tous les syndicats de Crim&#233;e en leur demandant de soutenir notre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats d'Odessa et du Grand Tokmak nous d&#233;l&#233;gu&#232;rent leurs repr&#233;sentants avec une somme de pr&#232;s de cinq mille roubles. Cette aide renfor&#231;a la combativit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers vota, &#224; l'una&#173;nimit&#233;, la prolongation de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du syndicat des marins d'Odessa, nous re&#231;&#251;mes un t&#233;l&#233;gramme nous informant qu'une flottille comptant quatre dragueurs et huit p&#233;niches &#233;tait sortie du port d'Odessa, &#224; destination de Kertch. Ce fait nous plongea dans l'inqui&#233;tude. Nous r&#233;un&#238;mes une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale qui choi&#173;sit une d&#233;l&#233;gation pour aller &#224; la rencontre de la flottille d'Odessa et parler &#224; son &#233;quipage. Les marins d'Odessa organis&#232;rent une r&#233;union &#224; bord de leurs bateaux et d&#233;cid&#232;rent de se joindre &#224; la gr&#232;ve et de se soumettre au comit&#233; de gr&#232;ve de la flottille de Kertch. La flottille entra dans le port, tous les bateaux se rang&#232;rent en ordre et jet&#232;rent l'ancre. Au matin, les habitants de Kertch contemplaient avec admiration les &#171; in&#173;vit&#233;s d'Odessa &#187; rang&#233;s au milieu de la baie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union organis&#233;e par les d&#233;l&#233;gations des flottilles d'Odessa et de Kertch d&#233;cida que les Odessites ne sortiraient pas du port de Kertch avant la fin de la gr&#232;ve. Cette d&#233;cision fut com&#173;muniqu&#233;e aux capitaines de la flottille d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me de leur arriv&#233;e, le chef du port r&#233;unit en conf&#233;rence les capitaines des dragueurs d'Odessa et leur reprocha de ne pas avoir su l'aider &#224; sortir de sa situation difficile ; mais les capitaines, ayant simplement t&#233;moign&#233; de leur impuissance, retourn&#232;rent &#224; bord de leurs ba&#173;teaux. D'Odessa la flottille re&#231;ut l'ordre de retourner &#224; son port d'attache, mais les &#233;quipages d&#233;clar&#232;rent qu'ils ne l&#232;veraient l'ancre qu'une fois la gr&#232;ve termin&#233;e. De Marioupol, deux dragueurs re&#231;urent &#233;galement l'ordre de partir, mais les autorit&#233;s de Marioupol ayant appris que les Odessites avaient adh&#233;r&#233; &#224; la gr&#232;ve, donn&#232;rent aussit&#244;t contre-ordre et les dragueurs rest&#232;rent &#224; quai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;trangers arrivaient d&#233;j&#224; &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit et, ne se risquant pas dans le canal bloqu&#233;, jetaient l'ancre sur place. Le douzi&#232;me jour de la gr&#232;ve, huit bateaux &#233;tran&#173;gers stationnaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau du chef du port, des sc&#232;nes orageuses se d&#233;roulaient ; les capitaines des na&#173;vires &#233;trangers exigeaient que l'on f&#238;t passer leurs b&#226;timents : &#171; Nous subissons des pertes impor&#173;tantes, d&#233;claraient-ils, pourquoi vos dragueurs ne travaillent-ils pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;l&#233;grammes volaient vers le mi&#173;nistre ; les &#233;trangers exigeaient qu'on leur r&#233;&#173;pondit s'ils devaient attendre ou s'en retourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre envoya l'ordre au chef du port, de r&#233;gler imm&#233;diatement le conflit et de reprendre le travail. Le chef du port s'agitait et ne savait qu'entreprendre. Bou&#239;ko s'&#233;tait cach&#233; on ne savait o&#249;. La situation se tendait visiblement et l'on sentait que le chef du port allait bient&#244;t ca&#173;pituler. Mais, chez les ouvriers, la faim se faisait aussi sentir ; ils faiblissaient et commen&#231;aient &#224; h&#233;siter. A terre, les postes policiers &#233;taient renforc&#233;s ; souvent, pr&#232;s du Choumski, des gendarmes apparaissaient. Les ouvriers restaient tran&#173;quillement assis sur les bastingages et lorsque les gendarmes s'approchaient, ils les regardaient en silence. Sous ces regards les gendarmes se d&#233;p&#234;chaient de partir. Ils n'essayaient pas d'op&#233;rer d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appuyais fortement sur la jeunesse que je gardais sous mon influence. Avant chaque r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la faire de l'agitation parmi les h&#233;sitants et la r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la gr&#232;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; du Parti &#233;tait &#233;tonn&#233; de voir une telle tenue et une telle t&#233;nacit&#233; chez cette masse dont il d&#233;sesp&#233;rait auparavant de tirer politique&#173;ment quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en &#233;tions au quinzi&#232;me jour de gr&#232;ve. D&#232;s le matin j'avais re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme. Je lus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copie &#224; Malakanov &#187;. Je le d&#233;pliai et faillis tomber &#224; la renverse : &#171; Ordre ministre. Satis&#173;faites revendications, liquidez imm&#233;diatement conflit, commencez travail. Chef cabinet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;un&#238;mes rapidement le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation. Le t&#233;l&#233;gramme provoqua la jubi&#173;lation g&#233;n&#233;rale : &#171; Victoire, victoire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on vint nous dire qu'un envoy&#233; du chef du port cherchait partout la d&#233;l&#233;gation et que le chef du port nous invitait chez lui pour reprendre les pourparlers. Nous part&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port &#233;tait seul dans son cabinet. Il nous dit bonjour et me regarda d'un regard in&#173;terrogateur ; il ne savait &#233;videmment pas si j'avais re&#231;u la copie du t&#233;l&#233;gramme ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, causons un peu, peut-&#234;tre arrive&#173;rons-nous &#224; nous entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Causons, seulement nous ne changerons pas de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant rougit, mais se reprit aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, voyons encore une fois en quoi nous pouvons vous satisfaire. C'est &#224; tort que tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fit la grimace et continua &#224; lire ; il d&#233;clara encore que quelques revendica&#173;tions &#233;taient a exag&#233;r&#233;es &#187;, mais il c&#233;da bient&#244;t sur tous les points, except&#233; les trois premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous c&#233;d&#226;mes sur la question du Premier Mai, mais insist&#226;mes sur la journ&#233;e de huit heures pour les chauffeurs et d&#233;clar&#226;mes, pour la se&#173;conde fois, r&#233;solument, que nous ne c&#233;derions pas sur la question du comit&#233; ouvrier. Nous ne p&#251;mes arriver &#224; une entente. Mes d&#233;l&#233;gu&#233;s n'a&#173;vaient pas prononc&#233; une parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait s'entendre avec lui. Regarde, toutes nos exigences sont satisfaites. On aurait pu c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A grand peine je r&#233;ussis &#224; les convaincre de ne pas c&#233;der sur cette question. Je leur citai des exemples montrant comment les ouvriers avaient &#233;t&#233; priv&#233;s de tout ce qu'ils avaient gagn&#233; pendant les gr&#232;ves et leur dis qu'avec eux ce serait la m&#234;&#173;me chose, et que d&#232;s que la gr&#232;ve serait termin&#233;e, ils seraient les premiers chass&#233;s, tandis que si nous avions un comit&#233; ayant le droit de contr&#244;&#173;ler le renvoi des ouvriers, l'administration ne pourrait pas les renvoyer arbitrairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s tomb&#232;rent d'accord avec moi. Il &#233;tait n&#233;cessaire maintenant de r&#233;unir tous les ouvriers et d'obtenir leur acquiescement pour continuer la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;sol&#251;mes d'abord d'effectuer un travail pr&#233;paratoire parmi les gr&#233;vistes, afin de leur d&#233;&#173;montrer la n&#233;cessit&#233; d'obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier. Je r&#233;unis la jeunesse, lui expliquai l'importance de la victoire que nous avions remport&#233;e ainsi que l'instabilit&#233; de cette derni&#232;re si nous ne r&#233;ussissions pas &#224; obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse comprit parfaitement la situation et se mit &#224; travailler &#233;nergiquement les vieux. La nuit, nous convoqu&#226;mes une r&#233;union g&#233;n&#233;rale. La discussion fut chaude ; le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation eurent &#224; soutenir un assaut formi&#173;dable ; les ouvriers nous pressaient d'accepter les propositions du chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nous avons obtenu presque tout ce que nous voulions, nous pouvons c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, certains d&#233;l&#233;gu&#233;s h&#233;sit&#232;rent de nouveau et se mirent &#224; soutenir les opposants les plus tenaces. Les palabres se prolong&#232;rent et, pendant longtemps, nous ne m&#238;mes pas la question aux voix. Puis, je lan&#231;ai les jeunes. Ils se mirent &#224; parler l'un apr&#232;s l'autre. La discussion se prolon&#173;gea presque jusqu'&#224; l'aube. On escomptait la fatigue des auditeurs. Enfin nous m&#238;mes la ques&#173;tion aux voix. Nous e&#251;mes la majorit&#233; : 50 voix. C'&#233;tait la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Encore un effort, camarades, la victoire sera compl&#232;te et le comit&#233; sera le clou de notre vic&#173;toire ; nous l'enfoncerons de mani&#232;re &#224; ce qu'ils ne puissent l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous s&#233;par&#226;mes. Nous f&#238;mes en sorte que le chef du port apprenne que les ouvriers avaient d&#233;cid&#233; de prolonger la gr&#232;ve. Nous en &#233;tions au dix-septi&#232;me jour. Le soir, le chef du port invita la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, la victoire est &#224; vous, j'accepte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous acceptez quoi, demandai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'accepte le comit&#233;, le diable vous emporte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et les huit heures aux chauffeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je les accepte aussi. Reprenez le travail d&#232;s demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, il faut signer nos conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nos revendications &#224; nous. Signez en deux exemplaires. Je sortis les exemplaires pr&#233;&#173;par&#233;s et les posai devant lui, sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, quoi, vous n'avez pas confiance en ma parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous croyons, mais votre signature fera mieux sous nos revendications. &#199;a sera plus solide et nous les signerons &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant prit notre liste, lut attentive&#173;ment les deux exemplaires et, s'adressant &#224; moi, demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais quoi, vous &#233;tiez s&#251;rs de gagner la gr&#232;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui. D&#232;s que les &#233;trangers sont apparus, nous n'avons plus dout&#233; de la victoire. La der&#173;ni&#232;re d&#233;cision de notre assembl&#233;e l'indique du reste nettement : &#171; Continuer la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et qui va signer de votre c&#244;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident ? Vous avez d&#233;j&#224; &#233;lu le comit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, il est d&#233;j&#224; &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port signa les deux exemplaires et me tendit la plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vossiukov, signe, dis-je &#224; l'un des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vossiukov prit la plume de sa main calleuse qui tremblait honteusement et signa les deux exemplaires. J'en pris un pour moi et tendis le deuxi&#232;me au commandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le chef du port, vous devrez r&#233;soudre toutes les questions ayant trait &#224; la mise en pratique des conventions accept&#233;es par vous, avec le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier, Vossiukov. Je vous prie d'&#233;couter attentivement le paragra&#173;phe traitant du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mis &#224; lire le paragraphe 3' :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers de la flottille &#233;lisent un comit&#233; ouvrier qui aura le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers de la flottille et du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En cas d'objection du comit&#233;, l'administra&#173;tion n'op&#232;re pas le renvoi des ouvriers. Si le comit&#233; estime n&#233;cessaire de licencier tel ou tel ouvrier, l'administration s'engage &#224; ratifier la proposition du comit&#233;. Le comit&#233; assume le con&#173;tr&#244;le de l'application de l'accord entre les ou&#173;vriers et l'administration, sign&#233; &#224; la fin de la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sachez, Monsieur le chef du port, que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers a donn&#233; pleins pouvoirs au comit&#233; pour d&#233;clarer la gr&#232;ve au cas o&#249; l'administration refuserait d'ex&#233;cuter les clauses de l'engagement sign&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fixait la feuille de papier et hochait silencieusement la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, au revoir, demain le travail repren&#173;dra et, au fait, nos h&#244;tes d'Odessa rentreront chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'esp&#232;re, Monsieur Malakanov, que vous n'&#234;tes pas compris dans l'accord ? Nous vous avons signifi&#233; votre renvoi ayant la signature, me d&#233;clara le chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'insiste pas, d'autant plus que j'ai moi-m&#234;me promis de me faire r&#233;gler mon compte apr&#232;s la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef sourit aigrement et ne r&#233;pondit rien. Nous sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben, mon vieux, tu lui as bien parl&#233;. Qui c'est qu'aurait pu croire que tu l'aurais forc&#233; &#224; signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y avait rien &#224; faire, il avait les &#233;trangers sur le dos. S'il n'avait pas sign&#233; il aurait de toute fa&#231;on perdu la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, mon vieux, et de belles promesses, on se serait fait empiler en deux temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et puis t'as &#233;t&#233; malin au sujet du comit&#233;, t'as nomm&#233; Vossiukov pr&#233;sident et on n'avait m&#234;me pas encore &#233;lu le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous l'&#233;lirons. Quant &#224; Vossiukov, c'est un gars solide et d&#233;vou&#233;. Nous le ferons pr&#233;sident. Et, maintenant, tenez-vous au comit&#233; comme le cur&#233; &#224; l'encensoir et pas un diable ne pourra vous nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, nous nous r&#233;un&#238;mes sur la rive ; le comit&#233; de gr&#232;ve fit un compte rendu complet sur l'accord obtenu. Nous montr&#226;mes la signature du chef du port &#224; tout le monde. Certains pas&#173;sages de notre conversation avec le chef soule&#173;v&#232;rent des manifestations d'approbation bruyan&#173;tes. Je fis un tableau de la marche de la gr&#232;ve et des conditions dans lesquelles elle s'&#233;tait d&#233;&#173;roul&#233;e et expliquai l'importance de la solidarit&#233; des ouvriers, en fournissant comme exemple la solidarit&#233; de la flottille et des syndicats d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Odessites prirent la parole. Ils lou&#232;rent et admir&#232;rent la fermet&#233; et la bonne organisation des prol&#233;taires de Kertch. Le nombre de membres de notre syndicat doubla ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;posa ses pouvoirs. L'as&#173;sembl&#233;e d&#233;cida &#224; l'unanimit&#233; de lui donner le nom de comit&#233; ouvrier et la candidature de Vos&#173;siukov en qualit&#233; de pr&#233;sident du comit&#233; fut ratifi&#233;e. Il fut d&#233;cid&#233; que : &#171; en cas de violation par l'administration des conditions concernant le comit&#233; ouvrier, celui-ci d&#233;clare imm&#233;diatement la gr&#232;ve et tous les ouvriers doivent se soumettre aux ordres du comit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant l&#233;galis&#233; par cette d&#233;cision les pleins pou&#173;voirs du comit&#233; ouvrier, les ouvriers heureux, enivr&#233;s de leur victoire, cl&#244;tur&#232;rent leur derni&#232;re r&#233;union de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e j'allai me faire r&#233;gler mon compte. On travaillait ferme &#224; bord de tous les navires. Les voix se m&#234;laient au bruit des mar&#173;teaux. Apr&#232;s un mois de silence la flottille renais&#173;sait. Le dragueur Lissovski &#233;volua lentement vers l'embouchure du d&#233;troit. Derri&#232;re lui s'align&#232;rent les p&#233;niches. La flottille d'Odessa s'affairait aus&#173;si, levait l'ancre au fracas de ses cha&#238;nes ; les ordres retentissaient. Les Odessites se pr&#233;paraient &#224; prendre la mer. Un soleil &#233;clatant cares&#173;sait les visages h&#226;l&#233;s des ouvriers. Le travail re&#173;prenait avidement ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon compte fut rapidement r&#233;gl&#233;. Ayant fait mes adieux aux amis, je descendis sur la rive. Des &#233;claireurs accoururent vers moi et me pr&#233;&#173;vinrent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; File dans la steppe, les gendarmes arrivent pour t'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivis leur conseil. Je me sentais comme all&#233;g&#233; d'un poids &#233;norme. Toutes les difficult&#233;s et les inqui&#233;tudes de ces jours derniers s'&#233;taient envol&#233;es. Et comment ne pas me sentir l&#233;ger, lorsque je venais de gagner une victoire bolche&#173;vik importante sur le secteur du front prol&#233;tarien qui m'&#233;tait assign&#233;. Ces victoires, m&#234;me partielles, vous donnaient la force n&#233;cessaire pour d&#233;velopper et continuer le combat, pour pr&#233;parer la lutte d&#233;cisive et la victoire d'Octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;</title>
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		<dc:date>2025-09-14T22:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la presse jaune. Partout, on ne parle que de lui, aussi bien dans les tranch&#233;es de Champagne qu'&#224; Paris. &#171; Vive le soviet &#187;, s'&#233;crient les poilus en lisant les courtes d&#233;p&#234;ches. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi s'ach&#232;vent les motions des assembl&#233;es o&#249; se r&#233;unissent des centaines d'ouvriers. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi sont intitul&#233;s les &#233;ditoriaux des organes d&#233;mocratiques tels que la Tranch&#233;e r&#233;publicaine, L'Humanit&#233;, Le Journal du Peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute : &#171; Les &#233;crivains, les artistes, la jeunesse qui &#233;crivent, des dizaines de minuscules revues et tout ce qu'il y a en France de conscient, croit en la Russie. Romain Rolland qui faisait derni&#232;rement un appel d&#233;sesp&#233;r&#233; &#224; l'Europe tant aim&#233;e : &#034;Tombe, meurs, voici ta tombe&#034;, &#233;crit maintenant : &#034;La lumi&#232;re lib&#233;ratrice vient de la Russie&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s juillet 1917, plusieurs mois avant la prise du pouvoir par les bolcheviks, la &#171; lumi&#232;re de la r&#233;volution russe &#187; s'identifie &#224; la lumi&#232;re du &#171; soviet &#187; et elle fait briller dans la lugubre nuit de l'Europe plong&#233;e dans la barbarie de la guerre imp&#233;rialiste la lueur d'un espoir qui ne sera pas pr&#232;s de s'&#233;teindre, m&#234;me apr&#232;s la paix de 1918. De fait, dans le sillage de la R&#233;volution russe, et alors que la guerre civile entre rouges et blancs fait toujours rage en Russie, des mouvements insurrectionnels ou quasi insurrectionnels &#233;clateront dans plusieurs pays d'Europe et leurs acteurs n'h&#233;siteront pas &#224; s'approprier le nom russe de &#171; soviet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, sur la lanc&#233;e de la r&#233;volution de novembre 1918, un dense r&#233;seau de conseils ouvriers s'&#233;tend sur tout le territoire. Les r&#233;publiques des conseils voient le jour, notamment en Bavi&#232;re (avril-mai 1919), en Hongrie (avril-ao&#251;t 1919) et dans le sud-est de la Slovaquie (juin-juillet 1919). Des communes agricoles d'inspiration communiste libertaire se constituent dans certaines r&#233;gions de l'Ukraine (1918-1921). Des conseils d'usine apparaissent un peu partout dans le nord de l'Italie au cours du biennio rosso (les deux ann&#233;es rouges) de 1919-1920 : les 150 000 ouvriers en gr&#232;ve de Turin &#233;lisent des conseils d'usine et des soviets sont form&#233;s &#224; Florence. Gramsci en tire cette conclusion : &#171; [L]a naissance des conseils ouvriers d'usine repr&#233;sente un grand &#233;v&#233;nement historique, le d&#233;but d'une &#232;re nouvelle dans l'histoire du genre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est aussi des exp&#233;riences qui, sans aller jusqu'&#224; l'insurrection, t&#233;moignent de la popularit&#233; et de l'exemplarit&#233; des soviets comme institutions autonomes. Le cas de l'Irlande m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te, tant il est peu connu, et pourtant socialement et politiquement significatif. En effet, pas moins d'une centaine d'exp&#233;riences d'autogestion voient le jour entre 1918 et 1923, pratiquement toutes sous l'appellation de &#171; soviet &#187;. Ainsi le &#171; soviet &#187; de Limerick cr&#233;&#233; en avril 1919 et qui est en fait un comit&#233; de gr&#232;ve, nomm&#233; par le Conseil des syndicats de la ville, prend en charge la gestion de la commune et finit m&#234;me par &#233;mettre sa propre monnaie. Il en est &#233;galement ainsi du &#171; soviet &#187; agraire de Broadford qui, en f&#233;vrier 1922, prend en main pendant dix mois la gestion d'un domaine agricole et convertit une partie des terres en p&#226;turages communs. Ainsi encore des soviets mis sur pied dans les 39 usines de l'entreprise laiti&#232;re et boulang&#232;re Cleeve en juillet-ao&#251;t 1922, dont la devise (&#171; Long live the Sovereign People &#187; ou &#171; Longue vie au peuple souverain &#187;) et le slogan (&#171; We make bread not profits &#187;, &#171; Nous faisons du pain, pas des profits &#187;) disent assez clairement la dimension anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1919 &#233;clate &#224; Paris la gr&#232;ve des m&#233;taux, &#171; condamnation de l'union sacr&#233;e et du r&#233;formisme de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) incarn&#233;s par son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;on Jouhaux &#187;, une mobilisation ouvri&#232;re qui &#171; exprime une opposition r&#233;solue au capitalisme et au gouvernement &#187;. Le Comit&#233; d'entente des Syndicats des m&#233;taux de la Seine appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 2 juin pour obtenir la semaine de quarante-quatre heures et une augmentation des salaires. Certains comit&#233;s locaux de gr&#232;ve ajoutent d'autres revendications plus politiques : fin de l'intervention contre les bolcheviks en Russie, amnistie des prisonniers politiques et militaires. Lors d'un meeting organis&#233; le 4 juin, &#224; Saint-Denis dans la banlieue parisienne, le Comit&#233; intersyndical se transforme en Comit&#233; local des soviets. Un drapeau rouge est accroch&#233; au balcon de l'h&#244;tel de ville. L'objectif est d'imposer &#224; la CGT le d&#233;clenchement d'un mouvement g&#233;n&#233;ral destin&#233; &#224; renverser le gouvernement de Clemenceau. L'historienne Mich&#232;le Zancarini-Fournel commente : &#171; La R&#233;volution russe est tr&#232;s populaire parmi les gr&#233;vistes, et particuli&#232;rement les soviets. C'est le &#034;seul r&#233;gime qui se rapproche le plus des aspirations ouvri&#232;res&#034;, affirme un gr&#233;viste d'Ivry le 18 juin 1919. Dans cette m&#234;me banlieue parisienne, lors d'un meeting organis&#233; le 24 juin, les membres des Jeunesses socialistes brandissent le drapeau rouge, entonnent des chants r&#233;volutionnaires et crient : &#034;Vive la R&#233;volution !&#034; Le tableau est le m&#234;me dans l'est parisien, du XIIIe au XXe arrondissement. &#187; Et dans l'ouest de la capitale, &#224; Boulogne, une garde rouge est m&#234;me form&#233;e pour combattre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances imp&#233;rialistes pendant la vague r&#233;volutionnaire en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe de l'ouest apr&#232;s la r&#233;volution russe de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons des &#233;checs de la vague r&#233;volutionnaire europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la vague r&#233;volutionnaire de 1917-1920 en Europe a &#233;chou&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chronology of the european revolution (1917-1923)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe en 1919-1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions russes vues de l'Europe en guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvri&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discutons avec Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9239</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article9239</guid>
		<dc:date>2025-08-17T22:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Discutons avec l'organisation fran&#231;aise Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici l'expos&#233; de Lutte Ouvri&#232;re que nous allons critiquer : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient de remarquer d'abord que le r&#233;cit et l'analyse de Lutte ouvri&#232;re nous am&#232;nent &#224; penser qu'il y a eu une &#171; r&#233;volution russe &#187; et c'est faux ! Et que ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discutons avec l'organisation fran&#231;aise Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici l'expos&#233; de Lutte Ouvri&#232;re que nous allons critiquer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/portail/cercle-leon-trotsky/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de remarquer d'abord que le r&#233;cit et l'analyse de Lutte ouvri&#232;re nous am&#232;nent &#224; penser qu'il y a eu une &#171; r&#233;volution russe &#187; et c'est faux ! Et que ce serait cette r&#233;volution russe qui aurait visait la r&#233;volution mondiale gr&#226;ce &#224; la politique de L&#233;nine et Trotsky qui &#233;tait internationaliste au contraire des politiques de la social-d&#233;mocratie et du stalinisme. Et c'est faux ! En r&#233;alit&#233;, la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe n'a m&#234;me pas v&#233;ritablement d&#233;but&#233; en Russie mais en Irlande et en Finlande. La r&#233;volution prol&#233;tarienne du d&#233;but des ann&#233;es 1900 dans le monde est le produit de la crise mondiale du capitalisme d&#233;bouchant sur la guerre mondiale et menant &#224; la r&#233;volte des peuples et des classes ouvri&#232;res. Ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent du r&#233;cit, tr&#232;s russe, et tr&#232;s pseudo-bolchevique de LO. Comme si tout provenait de la chute du tsar&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la th&#232;se de LO est que le parti bolchevique de L&#233;nine &#233;tait pr&#234;t et d'avance programm&#233; pour cette r&#233;volution. Tout &#224; fait faux ! Quand les partis sociaux-d&#233;mocrates ont trahi la r&#233;volution de f&#233;vrier, la direction bolchevique en Russie &#233;tait de leur c&#244;t&#233; ! Quand L&#233;nine et Trotsky ont fait le choix de la r&#233;volution d'Octobre, une partie non n&#233;gligeable du parti bolchevique a choisi d'&#234;tre adversaire de la r&#233;volution. Cela ne montre pas seulement que le parti bolchevique &#233;tait d&#233;mocratique mais que les plus proches dirigeants de L&#233;nine avaient compl&#232;tement rompu avec la perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la th&#232;se de LO ne d&#233;coule nullement des points de vue de L&#233;nine et Trotsky. Le &#171; testament de L&#233;nine &#187; dit que ceux qui ont trahi en Octobre ne sont pas fiables. &#171; Les le&#231;ons d'Octobre &#187; de Trotsky ne semblent pas &#234;tre un ouvrage connu par LO&#8230; On ne retrouve nullement ces &#171; le&#231;ons &#187; dans celles de Lutte ouvri&#232;re sur la r&#233;volution d'Octobre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est le monde des ann&#233;es 1900 jusqu'aux ann&#233;es 1920 qui est m&#251;r pour la r&#233;volution. Ce n'est pas la Russie qui a entra&#238;n&#233; le monde dans la r&#233;volution m&#234;me si c'est le premier pays o&#249; une victoire a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le parti bolchevique &#233;tait loin d'&#234;tre parfaitement pr&#233;par&#233; &#224; Octobre, vu que pendant des ann&#233;es L&#233;nine avait combattu CONTRE la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, v&#233;ritable base de la r&#233;volution d'Octobre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement, Octobre qui est la plus belle illustration de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; n'est pas consid&#233;r&#233;e comme telle par Lutte Ouvri&#232;re ! Au point qu'on chercherait en vain le mot dans ce texte !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas nous mais Trotsky qui expliquait que la r&#233;volution permamente seule pouvait expliquer la r&#233;volution d'Octobre, les liens entre la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Russie, la r&#233;volution des nationalit&#233;s, la r&#233;volution des paysans, la r&#233;volution contre la guerre imp&#233;rialiste, le caract&#232;re mondial de la r&#233;volution et son caract&#232;re socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7432&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7432&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky explique aussi que &#171; tout le stalinisme, pris sur le plan th&#233;orique, est n&#233; de la critique de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle qu'elle a &#233;t&#233; formul&#233;e en 1905. &#187; Pas un mot l&#224;-dessus dans l'expos&#233; de LO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6310&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6310&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution permanente est notre philosophie permanente, ce n'est pas calomnier de dire que ce n'est pas le cas pour LO !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, quand LO &#233;voque la r&#233;volution permamente, c'est seulement pour lui faire dire que la bourgeoisie n'est plus capable de r&#233;aliser ses propres t&#226;ches historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, lui, rajoutait que le prol&#233;tariat ne peut pas se contenter de r&#233;aliser les t&#226;ches de la bourgeoisie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier texte cit&#233;, un paragraphe s'intitule &#171; Le caract&#232;re international de la r&#233;volution &#187; mais ce qui suit n'y correspond nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-02-26-la-revolution-russe-de-fevrier-1917-le-debut-dune-formidable-mobilisation-qui-allait-porter-le_78897.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la v&#233;ritable perspective internationale avec laquelle Staline a rompu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re est tr&#232;s centr&#233;e sur la formation du parti r&#233;volutionnaire au point de consid&#233;rer que la r&#233;volution a surtout permis de renforcer le parti. Ainsi, concernant la r&#233;volution de 1905, qui n'est pas non plus seulement russe, LO &#233;crit : &#171; puis &#233;clata la r&#233;volution de 1905, qui fut une &#233;tape consid&#233;rable dans la construction de leur parti &#187;. Non seulement, c'est se polariser &#224; tort en l'occurrence sur le parti, mais c'est encore consid&#233;rer la r&#233;volution de 1905 comme&#8230; russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, en 1905, la derni&#232;re vague r&#233;volutionnaire internationale avant la premi&#232;re guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la vague r&#233;volutionnaire dont Octobre fait partie est mondiale et non russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7447&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7447&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En n'&#233;voquant pas la r&#233;volution mondiale dans le texte, LO fait de la r&#233;volution russe un acte du seul parti de L&#233;nine rendant r&#233;volutionnaire l'Europe, ce qui est l'inverse des faits. L&#233;nine, lui, disait que la r&#233;volution russe &#233;tait le maillon le plus faible de la r&#233;volution mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re dit que l'extension de la r&#233;volution voulue par L&#233;nine et Trotsky n'&#233;tait pas un v&#339;u pieu. Comme si la r&#233;volution mondiale n'&#233;tait pas une r&#233;alit&#233; objective avant m&#234;me qu'&#233;clate la r&#233;volution russe. La r&#233;volution mondiale n'&#233;tait pas une simple &#171; extension &#187; de la r&#233;volution russe. C'est l'inverse : la r&#233;volution en Russie ne pouvait triompher que comme maillon de la r&#233;volution mondiale, qui &#233;tait un fait objectif reconnu comme tel par L&#233;nine et Trotsky. La diff&#233;rence avec le point de vue de LO saut aux yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conception de son travail militant, LO tire de ce pass&#233; ? &#171; &#202;tre communiste r&#233;volutionnaire c'est militer au quotidien dans la classe ouvri&#232;re. C'est intervenir dans ses luttes des plus petites aux plus grandes pour que les travailleurs d&#233;couvrent leurs capacit&#233;s collectives. Mais c'est aussi y d&#233;fendre des id&#233;es et des perspectives quand il ne s'y passe rien. C'est chaque jour poser une pierre &#224; l'&#233;difice du parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre &#224; ce que LO nous dise qu'il faut pr&#233;parer les travailleurs &#224; fonder &#224; nouveau des soviets, faire au moins de la propagande dans ce but dans les entreprises, militer pour des comit&#233;s et conseils de travailleurs pr&#233;parant le prol&#233;tariat &#224; sa t&#226;che d'organisation de masse r&#233;volutionnaire que sont les soviets. LO ne dit pas cela du tout et ne fait pas cela du tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO n'explique pas non plus comment la r&#233;volution europ&#233;enne a &#233;chou&#233;, &#224; part nous dire que c'est la responsabilit&#233; de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur quelle fraction de la classe ouvri&#232;re, la social-d&#233;mocratie a trouv&#233; un appui pour la contre-r&#233;volution, LO ne le dit pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce texte, on ourrait croire que Lutte ouvri&#232;re milite dans les entreprises en donnant comme boussole aux travailleurs le pouvoir des soviets et c'est faux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se dire cependant que LO est tr&#232;s claire sur le type de parti que cette organisation veut construire ? Du tout ! La brique &#233;l&#233;mentaire du parti est le programme et LO n'en a pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'on apprend c'est que Lo veut construire &#171; un parti enti&#232;rement vou&#233; aux travailleurs et &#224; leurs luttes &#187;. C'est un engagement bien vague&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zinoviev et Kamenev</title>
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		<dc:date>2025-08-06T22:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Zinoviev et Kamenev, eux aussi, voulaient combattre le centrisme bureaucratique sans se faire exclure. Cela revient &#224; ne mener le combat contre Staline que dans le cadre admis par ce dernier. Le r&#233;sultat est que Zinoviev et Kamenev sont exclus du Parti non en tant que combattants marxistes mais des capitulards compromis. Si parmi les oppositionnels certains veulent, dans une situation si grave aller au combat sans la volont&#233; de le mener jusqu'au bout, ils ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zinoviev et Kamenev&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Zinoviev et Kamenev, eux aussi, voulaient combattre le centrisme bureaucratique sans se faire exclure. Cela revient &#224; ne mener le combat contre Staline que dans le cadre admis par ce dernier. Le r&#233;sultat est que Zinoviev et Kamenev sont exclus du Parti non en tant que combattants marxistes mais des capitulards compromis. Si parmi les oppositionnels certains veulent, dans une situation si grave aller au combat sans la volont&#233; de le mener jusqu'au bout, ils ne conna&#238;tront que des d&#233;faites et s'&#233;crouleront. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, novembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/lt01111932a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/lt01111932a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la premi&#232;re p&#233;riode de la lutte, on m'avait oppos&#233; la &#171; tro&#239;ka &#187;. Mais ce triumvirat &#233;tait lui-m&#234;me loin de l'unit&#233;. Kam&#233;nev, de m&#234;me que Zinoviev, &#233;taient, admettons, plus capables que Staline sur les plans th&#233;orique et politique. Mais &#224; l'un et &#224; l'autre, il manquait ce petit rien qui s'appelle du caract&#232;re. Les vues internationales, plus &#233;tendues que celles de Staline, qu'ils avaient acquises dans l'&#233;migration sous la direction de L&#233;nine, les avaient affaiblis, au lieu de les affermir. Le courant adopt&#233; &#233;tait dans le sens d'un d&#233;veloppement national autonome et la vieille formule du patriotisme russe &#171; on les couvrira du bonnet &#187; &#233;tait maintenant traduite avec z&#232;le dans la langue n&#233;o-socialiste. La tentative que firent Zinoviev et Kam&#233;nev pour maintenir au moins partiellement les id&#233;es internationales fit d'eux, aux yeux de la bureaucratie, des &#171; trotskystes &#187; de deuxi&#232;me ordre. Ils n'en mirent que plus d'acharnement dans leur campagne contre moi, pour consolider dans cette voie la confiance que leur accordait l'appareil. Mais ce furent de vains efforts. L'appareil d&#233;couvrait de plus en plus clairement en Staline le plus solide de ses repr&#233;sentants. Zinoviev et Kam&#233;nev se trouv&#232;rent bient&#244;t en hostilit&#233; directe avec Staline, et quand ils essay&#232;rent de soumettre la discussion int&#233;rieure de la &#171; tro&#239;ka &#187; au comit&#233; central, il se trouva que Staline y poss&#233;dait une majorit&#233; in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev passait officiellement pour le dirigeant de Moscou. Mais, depuis l'&#233;crasement de l'organisation moscovite du parti qui avait eu lieu en 1923 (avec la collaboration de Kam&#233;nev) lorsque l'organisation s'&#233;tait prononc&#233;e en majorit&#233; en faveur de l'opposition, la masse des militants communistes de Moscou gardait un silence morose. D&#232;s que Kam&#233;nev fit ses premi&#232;res tentatives pour r&#233;sister &#224; Staline, il resta entre ciel et terre. Il en fut autrement &#224; P&#233;trograd. Les communistes de cette capitale furent pr&#233;munis contre l'opposition de 1923 par la lourde toiture de l'appareil de Zinoviev. Mais maintenant, leur tour &#233;tait venu. Les ouvriers de L&#233;ningrad s'&#233;murent de voir le courant pris dans le sens du koulak et du socialisme dans un seul pays. La protestation de classe des ouvriers co&#239;ncida avec la Fronde d&#233;clar&#233;e du haut dignitaire Zinoviev. Ainsi se forma une nouvelle opposition dont fit m&#234;me partie, dans les premiers temps, Nadejda Kontantinovna Kroupska&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au grand &#233;tonnement de tous et avant tout d'eux-m&#234;mes, Zinoviev et Kam&#233;nev se trouv&#232;rent forc&#233;s de reprendre, l'un apr&#232;s l'autre, les arguments critiques de l'opposition et furent bient&#244;t rel&#233;gu&#233;s au camp des &#171; trotskystes &#187;. Il n'est pas &#233;tonnant que, dans notre milieu, le rapprochement fait avec Zinoviev et Kam&#233;nev ait sembl&#233;, pour le moins, paradoxal. Parmi les oppositionnels, un bon nombre se d&#233;clar&#232;rent contre ce bloc. Certains d'entre eux, m&#234;me &#8212;&#224; vrai dire, tr&#232;s peu&#8212; jug&#232;rent possible de faire bloc avec Staline contre Zinoviev et Kam&#233;nev. Un de mes amis intimes, Mratchkovsky, vieux r&#233;volutionnaire et un des meilleurs chefs d'arm&#233;e dans la guerre civile, se pronon&#231;a contre tout bloc avec qui que ce f&#251;t, donnant de son attitude l'explication classique : &#171; Staline trompera, Zinoviev se d&#233;robera. &#187; Mais, en fin de compte, des questions de cet ordre sont r&#233;solues par des appr&#233;ciations politiques et non psychologiques. Zinoviev et Kam&#233;nev reconnurent ouvertement que les &#171; trotskystes &#187; avaient eu raison dans la lutte men&#233;e contre eux depuis 1923. Ils adopt&#232;rent les bases de notre plate-forme. En de telles conditions il &#233;tait impossible de ne pas faire bloc avec eux, d'autant plus qu'ils avaient derri&#232;re eux les milliers d'ouvriers r&#233;volutionnaires de L&#233;ningrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et moi en dehors des s&#233;ances officielles, ne nous rencontr&#226;mes pas pendant trois ans, c'est-&#224;-dire &#224; dater de la nuit o&#249; Kamenev partant pour la G&#233;orgie, promit de soutenir le point de vue de L&#233;nine et le mien, mais, ayant appris que L&#233;nine &#233;tait dans un &#233;tat grave, se rangea du c&#244;t&#233; de Staline. D&#232;s sa premi&#232;re entrevue avec moi, Kam&#233;nev d&#233;clara ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il suffit que vous vous montriez avec Zinoviev sur une m&#234;me tribune : le parti trouvera aussit&#244;t son v&#233;ritable comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pouvais que rire de cet optimisme bureaucratique. Kam&#233;nev, &#233;videmment, sous-estimait le travail de d&#233;composition du parti que la &#171; tro&#239;ka &#187; avait accompli pendant trois ans. Je le lui indiquai sans aucune indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflux du mouvement r&#233;volutionnaire qui avait commenc&#233; &#224; la fin de 1923, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande prit une extension internationale. En Russie, la r&#233;action contre Octobre battait son plein. L'appareil du parti se rangeait de plus en plus vers la droite. En de telles conditions, il e&#251;t &#233;t&#233; pu&#233;ril de croire qu'il nous suffisait de nous unir pour que la victoire tomb&#226;t &#224; nos pieds comme un fruit m&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il nous faut viser loin, r&#233;p&#233;tai-je des dizaines de fois &#224; Kam&#233;nev et &#224; Zinoviev. Il faut que nous nous pr&#233;parions &#224; une lutte s&#233;rieuse, et pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur premier empressement, mes nouveaux alli&#233;s accept&#232;rent bravement cette formule. Mais ils ne devaient pas y suffire bien longtemps. Leur assurance tombait, non de jour en jour, mais d'heure en heure. Mratchkovsky, dans ses jugements sur les personnes, avait eu tout &#224; fait raison : Zinoviev finalement se d&#233;roba. Mais il n'entra&#238;na pas &#224; sa suite tous ceux qui pensaient comme lui, loin de l&#224;. Le double revirement de Zinoviev avait, en tout cas, port&#233; un coup irr&#233;parable &#224; la l&#233;gende du trotskysme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grigori Zinoviev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1882-1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pseudonyme de Yevsey-Hershen Aronovitch RADOMYSLSKY (1883-1936), dirigeant bolchevique, ami de L&#233;nine. Membre du POSDR en 1901 et de sa fraction bolchevique en 1903. &#201;tudie &#224; Berne (1902-1905), revient en Russie pour participer &#224; Saint-P&#233;tersbourg &#224; la r&#233;volution de 1905. Entre au CC en 1907 et devient en exil le lieutenant de L&#233;nine jusqu'&#224; la R&#233;volution de F&#233;vrier 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oppos&#233; &#224; l'insurrection en 1917, il dirigera cependant le parti &#224; Leningrad, membre du Bureau politique (1921-1926) et deviendra pr&#233;sident du Comintern (1919-1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forme en 1923 la tro&#239;ka avec Staline et Kamenev et impose dans l'I.C. la &#171; bolchevisation &#187; des partis communistes. Rompt ensuite avec Staline et forme l'Opposition Unifi&#233;e avec Trotsky (1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclu du parti avec les autres dirigeants de l'Opposition Unifi&#233;e en 1927, il capitule en 1928, est partiellement r&#233;habilit&#233; avant d'&#234;tre exclu &#224; nouveau en 1932. Apr&#232;s l'assassinat de Kirov (1934), il est emprisonn&#233; et sera condamn&#233; et fusill&#233; en 1936 lors du premier proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lev Borissovitch Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1883-1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce proche de Zinoviev le suivra dans toute sa trajectoire. Vieux-bolchevik, il fait partie de la direction du parti avant 1917. Mais il s'oppose &#224; l'insurrection en 1917 avec Zinoviev et Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, il fait partie avec eux de la Tro&#239;ka qui va diriger bri&#232;vement l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la rupture de la tro&#239;ka , il fondera l'Opposition Unifi&#233;e avec Trotsky et toujours Zinoviev. Comme ce dernier, il capitule devant la bureaucratie en 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera au centre du premier proc&#232;s de Moscou et fusill&#233; &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, Kamenev ne cachait pas le r&#244;le de Trotsky dans la direction de la r&#233;volution d'Octobre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A cette &#233;poque, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire4, avec &#224; sa t&#234;te le camarade Trotsky,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait d&#233;j&#224; en place et dirigeait les op&#233;rations en r&#233;organisant les forces de la garnison de Petrograd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Afin d'illustrer le niveau de tension de notre travail, je mentionnerai l'anecdote suivante : au cours&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une de ces nuits, Trotsky, moi et Sverdlov ou Ouritsky, tous deux membres des plus actifs du Comit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire r&#233;volutionnaire, nous rest&#226;mes de service &#224; Smolny. C'&#233;tait la nuit o&#249; les cadets appel&#233;s par&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#233;rensky &#233;taient attendus &#224; Petrograd, venant de Peterhof et d'Oranienbaum. Trotsky ne quitta pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;phone une seule minute, donnant des ordres &#224; nos commissaires aux chemins de fer. Alors que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous &#233;tions assis &#224; une table, nous v&#239;mes Trotsky p&#226;lir subitement, haleter et s'&#233;crouler de sa chaise&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le sol. Apr&#232;s l'avoir ranim&#233;, nous constat&#226;mes que sa faiblesse s'expliquait par le fait qu'il n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas eu le temps de manger quoi que ce soit depuis deux jours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kamenev/works/1921/00/Kamenev%20Octobre%2017.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kamenev/works/1921/00/Kamenev%20Octobre%2017.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, Trotsky est la b&#234;te noire de Kamenev-Zinoviev-Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trotsky n'a jamais saisi l'essentiel de la th&#233;orie l&#233;niniste sur les relations entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie dans la r&#233;volution russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/kamenev/1924/11/trotskyism.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/kamenev/1924/11/trotskyism.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, j'entends une question : &#171; Mais pouvez-vous dire avec une enti&#232;re certitude la m&#234;me chose sur Zinoviev et Kamenev que vous dites sur vous-m&#234;me ? Tous deux ont fait pas mal de d&#233;tours et gaspill&#233; pas mal de principes dans la derni&#232;re p&#233;riode de leur vie. Pourquoi ne pas admettre dans ce cas que, d&#233;sesp&#233;rant des cons&#233;quences de leur propre capitulation, ils se soient vraiment un instant jet&#233;s du c&#244;t&#233; de la terreur ? Plus tard, au cours de leur capitulation finale, ils ont consenti &#224; rencontrer le Gu&#233;p&#233;ou &#224; mi-chemin et &#224; vous embarquer dans leurs mauvais desseins, pour se rendre service &#224; eux-m&#234;mes et au r&#233;gime avec lequel ils cherchaient &#224; nouveau &#224; faire la paix. Cette hypoth&#232;se est entr&#233;e dans l'esprit de certains de mes amis. Je l'ai pes&#233; de toutes parts, sans les moindres pr&#233;jug&#233;s ou consid&#233;rations d'int&#233;r&#234;t personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev sont deux types profond&#233;ment diff&#233;rents. Zinoviev est un agitateur. Kamenev-un propagandiste. Zinoviev &#233;tait essentiellement guid&#233; par un subtil instinct politique. Kamenev avait l'habitude de raisonner et d'analyser. Zinoviev &#233;tait toujours enclin &#224; s'envoler en tangente. Kamenev, au contraire, a p&#233;ch&#233; par exc&#232;s de prudence. Zinoviev &#233;tait enti&#232;rement absorb&#233; par la politique, ne cultivant pas d'autres int&#233;r&#234;ts et app&#233;tits. A Kamenev si&#233;geaient un sybarite et un esth&#232;te. Zinoviev &#233;tait vindicatif. Kamenev &#233;tait la bonne nature personnifi&#233;e. Je ne sais pas quelles &#233;taient leurs relations mutuelles dans l'&#233;migration. En 1917, ils furent un temps rapproch&#233;s par leur opposition &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Dans les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s la victoire, l'attitude de Kamenev envers Zinoviev &#233;tait plut&#244;t ironique. Ils ont ensuite &#233;t&#233; rapproch&#233;s par leur opposition &#224; moi, et plus tard, &#224; Staline. Au cours des treize derni&#232;res ann&#233;es de leur vie, ils ont march&#233; c&#244;te &#224; c&#244;te et leurs noms ont toujours &#233;t&#233; mentionn&#233;s ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toutes leurs diff&#233;rences individuelles, en dehors de leur scolarit&#233; commune acquise dans l'&#233;migration sous la direction de L&#233;nine, ils &#233;taient dot&#233;s d'une gamme presque identique d'intellect et de volont&#233;. La capacit&#233; analytique de Kamenev a servi &#224; compl&#233;ter l'instinct de Zinoviev ; et ils exploreraient conjointement pour une d&#233;cision commune. Kamenev, plus prudent, laissait parfois Zinoviev l'entra&#238;ner plus loin qu'il n'avait voulu aller lui-m&#234;me, mais &#224; la longue ils se retrouv&#232;rent c&#244;te &#224; c&#244;te sur la m&#234;me ligne de retraite. Dans la stature de leurs personnalit&#233;s, ils &#233;taient pairs, et ils se compl&#233;taient par leurs dissemblances. Tous deux &#233;taient profond&#233;ment et sans r&#233;serve d&#233;vou&#233;s &#224; la cause du socialisme. Telle est l'explication de leur union tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils manquaient de caract&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune raison de m'obliger &#224; assumer une quelconque responsabilit&#233; politique ou morale pour Zinoviev et Kamenev. Mis &#224; part un bref intervalle &#8212; de 1926 &#224; 1927 &#8212; ils ont toujours &#233;t&#233; mes adversaires acharn&#233;s. Personnellement, je ne leur accordais pas beaucoup de confiance. Chacun d'eux, bien s&#251;r, &#233;tait le sup&#233;rieur intellectuel de Staline. Mais ils manquaient de caract&#232;re. L&#233;nine avait pr&#233;cis&#233;ment ce trait &#224; l'esprit lorsqu'il &#233;crivait dans son &#171; Testament &#187; que ce n'&#233;tait &#171; pas un hasard &#187; si Zinoviev et Kamenev &#233;taient des opposants &#224; l'insurrection &#224; l'automne 1917. Ils n'ont pas r&#233;sist&#233; &#224; l'apparition de l'opinion publique bourgeoise. Lorsque se cristallisent de profondes mutations sociales en Union sovi&#233;tique, conjugu&#233;es &#224; la formation d'une bureaucratie privil&#233;gi&#233;e, ce n'est &#171; pas par hasard &#187; que Zinoviev et Kamenev se laissent emporter dans le camp de Thermidor (1922-1926).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils surpassaient de loin leurs alli&#233;s d'alors, y compris Staline, dans la compr&#233;hension th&#233;orique des processus en cours. C'est l&#224; que r&#233;side l'explication de leur tentative de rompre avec la bureaucratie et de s'y opposer. En juillet 1926, au pl&#233;num du Comit&#233; central, Zinoviev d&#233;clara que &#171; sur la question de la r&#233;pression de l'appareil bureaucratique, Trotsky avait raison contre nous &#187;. Zinoviev, &#224; l'&#233;poque, reconnaissait que son erreur de mener une lutte contre moi &#233;tait encore &#171; plus dangereuse &#187; que son erreur de 1917 ! Cependant, la pression des couches privil&#233;gi&#233;es atteint des proportions illimit&#233;es. Ce n'est &#034;pas par hasard&#034; que Zinoviev et Kamenev ont capitul&#233; devant Staline &#224; la fin de 1927 et ont entra&#238;n&#233; avec eux ceux qui &#233;taient plus jeunes et moins autoritaires. Par la suite, ils n'ont pas m&#233;nag&#233; leurs efforts pour noircir l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1930-1932, alors que tout l'organisme du pays &#233;tait secou&#233; par les cons&#233;quences effroyables de la collectivisation forc&#233;e et effr&#233;n&#233;e, Zinoviev et Kamenev, comme tant d'autres capitulants, lev&#232;rent anxieusement la t&#234;te et commenc&#232;rent &#224; discuter entre eux &#224; voix basse des dangers de la nouvelle politique d'&#201;tat. . Ils ont &#233;t&#233; surpris en train de lire un document critique &#233;manant des rangs de l'opposition de droite. Pour ce crime terrible, ils ont &#233;t&#233; expuls&#233;s du parti - aucune autre accusation n'a &#233;t&#233; port&#233;e contre eux ! - et, pour couronner le tout, ont &#233;t&#233; exil&#233;s. En 1933, Zinoviev et Kamenev non seulement se r&#233;tractent une nouvelle fois mais se prosternent devant Staline. Aucune calomnie n'&#233;tait trop vile pour qu'ils la jettent contre l'opposition et surtout contre moi personnellement. Leur auto-d&#233;sarmement les rendait compl&#232;tement impuissants devant la bureaucratie qui pouvait d&#233;sormais leur demander n'importe quel aveu. Leur sort ult&#233;rieur fut le r&#233;sultat de ces capitulations progressives et de ces abaissements de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont succomb&#233; &#224; une pression sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ils manquaient de caract&#232;re. Ces mots ne doivent cependant pas &#234;tre pris dans leur sens le plus simplifi&#233;. La r&#233;sistivit&#233; de la mati&#232;re se mesure par la force n&#233;cessaire pour la d&#233;truire. J'ai eu l'occasion d'entendre des petits bourgeois tranquilles me dire dans les jours qui s&#233;parent le d&#233;but du proc&#232;s de mon internement : &#171; Impossible de comprendre Zinoviev... Il manque tellement de caract&#232;re ! Et je r&#233;pondrais : &#171; Avez-vous vous-m&#234;mes subi tout le poids de la pression &#224; laquelle il est soumis depuis plusieurs ann&#233;es ? Inintelligentes &#224; l'extr&#234;me sont les comparaisons, si r&#233;pandues dans les milieux intellectuels, de la conduite &#224; la cour de Danton, Robespierre et autres. C'&#233;taient des exemples de tribuns r&#233;volutionnaires qui trouv&#232;rent le couteau de la justice suspendu au-dessus d'eux, directement au milieu de l'ar&#232;ne de la lutte ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore plus inappropri&#233;es sont les comparaisons avec la conduite de Dimitrov lors du proc&#232;s de Leipzig. Certes, aux c&#244;t&#233;s de Torgier, Dimitrov a fait bonne figure par sa d&#233;termination et son courage. Mais les r&#233;volutionnaires dans divers pays et surtout dans la Russie tsariste n'ont pas montr&#233; moins de fermet&#233; dans des conditions incomparablement plus difficiles. Dimitrov faisait face &#224; l'ennemi de classe le plus vicieux. Il n'y avait aucune preuve contre lui, et il ne pouvait y en avoir. L'appareil d'&#201;tat des nazis &#233;tait sur pilotis &#224; ses d&#233;buts et n'&#233;tait pas adapt&#233; aux montages totalitaires. Dimitrov avait le soutien du gigantesque appareil de l'&#201;tat sovi&#233;tique et du Komintern. De tous les coins de la terre, les sympathies des masses populaires lui parvenaient. Ses amis &#233;taient pr&#233;sents au proc&#232;s. Pour devenir un &#171; h&#233;ros &#187;, il suffit d'avoir le courage humain ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#233;tait-ce l&#224; la situation de Zinoviev et Kamenev face au Gu&#233;p&#233;ou et &#224; la justice ? Pendant dix ans, ils avaient &#233;t&#233; envelopp&#233;s par des nuages de calomnies pay&#233;es en or lourd. Pendant dix ans, ils avaient oscill&#233; entre la vie et la mort, d'abord dans un sens politique, puis dans un sens moral, et enfin dans un sens physique. Peut-on trouver dans toute l'histoire pass&#233;e des exemples d'une telle destruction syst&#233;matique, raffin&#233;e et diabolique des &#233;pines, des nerfs et de toutes les fibres de l'&#226;me ? Zinoviev ou Kamenev auraient eu plus que amplement de caract&#232;re pour une p&#233;riode tranquille. Mais l'&#233;poque des grandioses convulsions sociales et politiques exigeait une fermet&#233; extraordinaire de ces hommes, dont les capacit&#233;s leur assuraient une place de premier plan dans la r&#233;volution. La disproportion entre leurs capacit&#233;s et leurs volont&#233;s a conduit &#224; des r&#233;sultats tragiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de mes relations avec Zinoviev et Kamenev peut &#234;tre retrac&#233;e sans difficult&#233; dans des documents, des articles et des livres. Le Bulletin de l'Opposition russe (1929-1937) d&#233;finit &#224; lui seul suffisamment cet ab&#238;me qui nous s&#233;para d&#233;finitivement du jour de leur capitulation. Entre nous etavec eux, il n'y avait aucun lien, aucune relation, aucune correspondance, ni m&#234;me aucune tentative en ce sens, il n'y en avait pas et il ne pouvait y en avoir. Dans mes lettres et mes articles, je conseillais invariablement aux oppositionnels, dans l'int&#233;r&#234;t de leur propre conservation politique et morale, de rompre impitoyablement avec les capitulards. Par cons&#233;quent, tout ce que je puis dire sur les vues et les projets de Zinoviev-Kamenev pour les huit derni&#232;res ann&#233;es de leur vie ne peut en aucun cas &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une d&#233;position de t&#233;moin. Mais j'ai en ma possession un nombre suffisant de documents et de faits facilement v&#233;rifiables ; Je connais si bien les participants, leurs personnages, leurs relations,&lt;br class='autobr' /&gt;
Les archives du proc&#232;s de Moscou r&#233;v&#232;lent le mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
La simple lecture du proc&#232;s-verbal de la proc&#233;dure judiciaire confronte tout penseur &#224; l'&#233;nigme suivante : Mais qui sont ces extraordinaires accus&#233;s ? Sont-ils des politiciens &#226;g&#233;s et exp&#233;riment&#233;s, luttant au nom d'un programme d&#233;fini et capables d'allier les moyens &#224; la fin ou sont-ils des victimes de l'inquisition, dont la conduite est d&#233;termin&#233;e non par leur propre raison ou volont&#233; mais par les int&#233;r&#234;ts des inquisiteurs ? A-t-on affaire &#224; des gens normaux dont la psychologie est une unit&#233; int&#233;rieure refl&#233;t&#233;e dans des paroles et des actes, ou &#224; des cas cliniques qui choisissent la voie la moins rationnelle, et qui motivent leur choix par les arguments les plus insens&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions concernent surtout Zinoviev et Kamenev. Quels &#233;taient leurs motifs au juste &#8211; et ces motifs devaient &#234;tre exceptionnellement puissants &#8211; qui les guidaient dans leur pr&#233;tendue terreur ? Au premier proc&#232;s en janvier 1935,Zinoviev et Kamenev, tout en niant leur participation &#224; l'assassinat de Kirov, ont reconnu, en guise de compensation, leur &#034;responsabilit&#233; morale&#034; dans les tendances terroristes, et ce faisant, ils ont cit&#233; comme motivation de leur activit&#233; d'opposition leur d&#233;sir de restaurer le capitalisme. .&#8221; Si nous n'avions rien d'autre &#224; croire que cet &#171; aveu &#187; politique inhumain, il suffirait de d&#233;noncer le mensonge de la justice stalinienne. Et en effet, qui est capable de croire que Kamenev et Zinoviev &#233;taient si fanatiquement attach&#233;s &#224; ce capitalisme qu'ils avaient eux-m&#234;mes renvers&#233; qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; sacrifier leur propre t&#234;te ainsi que d'autres pour atteindre ce but ? Les aveux de l'accus&#233; en janvier 1935 ont r&#233;v&#233;l&#233; l'ordre de Staline si grossi&#232;rement qu'il a heurt&#233; m&#234;me la sensibilit&#233; des &#034;amis&#034; les moins exigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le proc&#232;s des seize (ao&#251;t 1936) la &#171; restauration du capitalisme &#187; est compl&#232;tement &#233;cart&#233;e. Le motif imp&#233;rieux de la terreur est la &#171; soif de pouvoir &#187; nue. L'acte d'accusation rejette une version en faveur d'une autre comme s'il s'agissait des solutions alternatives d'un probl&#232;me d'&#233;checs, o&#249; l'&#233;change des solutions s'effectue en silence et sans aucun commentaire. A la suite du procureur de la R&#233;publique, les accus&#233;s r&#233;p&#232;tent maintenant qu'ils n'avaient pas de programme, mais qu'&#224; la place ils &#233;taient saisis d'un d&#233;sir irr&#233;sistible de s'emparer des hauteurs dominantes de l'Etat, quel qu'en soit le prix. Mais nous voudrions nous demander : comment l'assassinat des &#171; chefs &#187; a-t-il pu remettre le pouvoir entre les mains de gens qui, par une s&#233;rie de reniements, ont r&#233;ussi &#224; saper la confiance en eux-m&#234;mes, &#224; se d&#233;grader, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le but de Zinoviev et Kamenev est incroyable, leurs moyens sont encore plus irrationnels. Dans les d&#233;positions les plus m&#251;rement r&#233;fl&#233;chies de Kamenev, on souligne avec une insistance particuli&#232;re que l'opposition s'est compl&#232;tement isol&#233;e des masses, a perdu ses principes et est ainsi priv&#233;e de tout espoir d'influence future ; et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raisonque l'opposition en vint &#224; l'id&#233;e de la terreur. Il n'est pas difficile de comprendre &#224; quel point une telle auto-caract&#233;risation est avantageuse pour Staline : c'est son ordre qui s'accomplit, c'est absolument &#233;vident. Mais si les d&#233;positions de Kamenev sont propres &#224; avilir l'opposition, elles sont tout &#224; fait inadapt&#233;es &#224; la justification de la terreur. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans des conditions d'isolement politique que la lutte terroriste signifie l'autodestruction rapide d'une faction r&#233;volutionnaire. Nous, les Russes, n'en sommes que trop conscients par l'exemple de Naroduaya Volya (1879-1883),ainsi que de l'exemple des social-r&#233;volutionnaires dans la p&#233;riode de la r&#233;action (1907-1909). Zinoviev et Kamenev n'&#233;taient pas seulement nourris de ces le&#231;ons, mais eux-m&#234;mes les commentaient d'innombrables fois dans la presse du parti. Pouvaient-ils, les vieux bolcheviks, avoir oubli&#233; et rejet&#233; les v&#233;rit&#233;s ABC du mouvement r&#233;volutionnaire russe uniquement parce qu'ils voulaient tellement le pouvoir ? Croire cela, c'est tout &#224; fait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/xx/kamzinov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/xx/kamzinov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que rapporte Isaac Deutscher dans son ouvrage &#171; Trotsky, le proph&#232;te hors-la-loi &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moscou venait tout juste d'annoncer que Zinoviev, Kamenev ainsi que quatorze autres inculp&#233;s allaient bient&#244;t &#234;tre jug&#233;s pour trahison, conspiration et tentative de meurtre sur la personne de Staline. Une longue mise en accusation fut alors diffus&#233;e, dans laquelle Trotsky &#233;tait fl&#233;tri comme &#233;tant le principal instigateur&#8230; Zinoviev et Kamenev &#233;taient accus&#233;s de terrorisme et &#233;galement de collusion avec la Gestapo&#8230; Plus tard, au cours de la journ&#233;e, la mise en accusation pr&#233;tendait que c'&#233;tait de Norv&#232;ge que Trotsky envoyait des terroristes et des assassins en Union Sovi&#233;tique&#8230; Le m&#234;me jour, le 15 ao&#251;t 1936, Trotsky r&#233;futa les accusations, les d&#233;crivant dans la presse comme &#171; le plus grand faux de l'Histoire politique du monde &#187; : &#171; Staline monte ce proc&#232;s afin d'&#233;touffer les m&#233;contentements et l'opposition. La bureaucratie au pouvoir traite chaque critique et chaque forme d'opposition comme une conspiration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation selon laquelle il utilisait la Norv&#232;ge comme base d'une activit&#233; terroriste visait, disait-il, &#224; le priver d'asile et de la possibilit&#233; de se d&#233;fendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 19 au 24 ao&#251;t, la TSF donnait les comptes rendus du proc&#232;s. Le procureur, les juges et les inculp&#233;s jouaient un spectacle si hallucinant par son masochisme et son sadisme qu'il semblait d&#233;passer l'imagination humaine. D&#232;s le d&#233;but, il apparut clairement que l'enjeu du proc&#232;s, c'&#233;taient les t&#234;tes des seize inculp&#233;s et avec elles, les t&#234;tes de Trotsky et de Lyova (dans l'acte d'accusation Lyova jouait le r&#244;le de principal assistant de son p&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que les d&#233;bats se d&#233;roul&#232;rent, il devint &#233;vident que ce proc&#232;s ne pouvait &#234;tre que le pr&#233;lude &#224; la destruction de toute une g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'&#233;tait la fa&#231;on dont les inculp&#233;s &#233;taient tra&#238;n&#233;s dans la boue, forc&#233;s de ramper vers la mort parmi les &#233;c&#339;urantes d&#233;nonciations et auto-d&#233;nonciations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparaison de tout ceci, les cauchemars de la R&#233;volution fran&#231;aise avec leurs charrettes, les guillotines, les luttes fratricides des Jacobins semblaient maintenant un drame d'une dignit&#233; sobre et solennelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robespierre avait plac&#233; ses adversaires &#224; la barre des accus&#233;s, parmi des voleurs et des sc&#233;l&#233;rats, et les avaient accabl&#233;s de charges fantastiques ; mais il ne les avait pas emp&#234;ch&#233;s de d&#233;fendre leur honneur et de mourir en combattant, et Danton, du moins, &#233;tait-il libre de s'exclamer : &#171; Apr&#232;s moi, ce sera ton tour, Robespierre ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Staline pr&#233;cipitait ses adversaires bris&#233;s dans les profondeurs insondables de l'auto-humiliation, il for&#231;ait les chefs et les penseurs du bolchevisme &#224; se conduire comme de mis&#233;rables bonnes femmes du Moyen Age qui devaient relater &#224; l'Inquisition tous leurs actes de sorcellerie, et tous les d&#233;tails de leurs d&#233;bauches avec le diable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, par exemple, le dialogue du procureur Vychinsky avec Kamenev qui se d&#233;roula &#224; la face du monde entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Quelle appr&#233;ciation porter vos articles et d&#233;claration &#233;crites dans lesquels vous exprimiez votre loyaut&#233; envers le Parti ? Est-ce que c'&#233;tait l&#224; une tromperie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Non, c'&#233;tait plus grave encore qu'une tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Une perfidie alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Pire encore que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Pire que la tromperie, pire que la perfidie ? Alors trouvez le mot. Etait-ce une trahison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Vous avez trouv&#233; le mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vychinsky : Inculp&#233; Zinoviev, est-ce que vous confirmez ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Zinoviev : Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici comment Kamenev conclut son mea culpa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux fois ma vie a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e, mais tout a des limites. Il y a une limite &#224; la magnanimit&#233; du prol&#233;tariat, et cette limite, nous l'avons atteinte&#8230; Nous sommes assis sur ce banc c&#244;te &#224; c&#244;te avec des agents des services secrets &#233;trangers. Nos armes &#233;taient les m&#234;mes, nos mains s'unirent avant qu'ici m&#234;me &#224; cette barre, nos destins fussent unis. Nous avons servi le fascisme, nous avons organis&#233; la contre-r&#233;volution contre le socialisme. Voil&#224; le chemin que nous avons suivi, et voil&#224; le gouffre de perfidie m&#233;prisable dans lequel nous sommes tomb&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; dans quel &#233;tat est Zinoviev quand il comparait au proc&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Zinoviev vint ensuite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis coupable d'avoir &#233;t&#233; l'organisateur, en qualit&#233; de second de Trotsky, du bloc trotskyste-zinovi&#233;viste qui se fixa pour but l'assassinat de Staline, de Vorochilov et autres chefs&#8230; Je plaide coupable d'avoir &#233;t&#233; l'organisateur principal de l'assassinat de Kirov. Nous avons fait alliance avec Trotsky ; mon bolchevisme d&#233;ficient s'est alors transform&#233; en anti-bolchevisme et, via le trotskysme, je suis arriv&#233; au fascisme. Le trotskysme est une vari&#233;t&#233; de fascisme, et le zinovi&#233;visme est une vari&#233;t&#233; de trotskysme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Smirnov, qui avait battu Koltchak au cours de la guerre civile et avait si&#233;g&#233; aux c&#244;t&#233;s de Trotsky dans le Conseil militaire r&#233;volutionnaire, d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas d'autre voie pour notre pays que celle qu'il suit actuellement. Il n'y a pas, et il ne peut pas y avoir d'autre direction que celle que l'Histoire nous a donn&#233;e. Trotsky, qui envoie ses directives et ses instructions aux terroristes, et consid&#232;re notre Etat comme un Etat fasciste est un ennemi, il est de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mrachkovsky, un autre vieux compagnon de Trotsky, h&#233;ros de la guerre civile, d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi ai-je suivi la voie contre-r&#233;volutionnaire ? C'est ma liaison avec Trotsky qui m'a amen&#233; &#224; faire ceci. Depuis le jour o&#249; cette liaison s'est &#233;tablie, j'ai commenc&#233; &#224; tromper le Parti et &#224; tromper ses chefs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bakayev, le chef intr&#233;pide de la Tch&#233;ka de Leningrad pendant la guerre civile et le chef des manifestations de l'opposition de 1927 confessait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les faits r&#233;v&#233;l&#233;s devant cette cour montrent au monde entier que l'organisateur de ce &#8230; bloc terroriste contre-r&#233;volutionnaire, son inspirateur et animateur, c'est Trotsky&#8230; J'ai jou&#233; ma t&#234;te &#224; maintes reprises dans l'int&#233;r&#234;t de Zinoviev et de Kamenev ; j'&#233;prouve une angoisse profonde &#224; la pens&#233;e d'&#234;tre devenu un instrument docile entre leurs mains, un agent de la contre-r&#233;volution, un homme qui a lev&#233; le bras contre Staline. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des heures, Vychinsky, l'ancien menchevik, qui ne s'&#233;tait joint au cort&#232;ge bolchevique que bien apr&#232;s la guerre civile, et qui maintenant occupait les fonctions de procureur g&#233;n&#233;ral, exhala sa fureur et sa rage, dans un acc&#232;s d'hyst&#233;rie savamment affect&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ces chiens enrag&#233;s du capitalisme ont tent&#233; d'arracher membre apr&#232;s membre des meilleurs parmi les meilleurs de notre terre sovi&#233;tique. Ils ont tu&#233; l'un des hommes de la R&#233;volution qui nous &#233;tait le plus cher, cet homme merveilleux, admirable, aussi brillant et aussi joyeux que le sourire sur ses l&#232;vres &#233;tait toujours joyeux et que notre vie est brillante et joyeuse. Ils ont tu&#233; notre Kirov, ils nous ont bless&#233; pr&#232;s du c&#339;ur&#8230; Notre ennemi est rus&#233;, on ne peut &#233;pargner un ennemi rus&#233;&#8230; Tout notre peuple fr&#233;mit d'indignation, et, en tant que procureur de l'Etat, je joins ma voix pleine d'indignation et de col&#232;re aux voix grondantes des multitudes&#8230; je demande que ces chiens devenus enrag&#233;s soient fusill&#233;s, tous sans exception. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de cinq journ&#233;es remplies de vitup&#233;rations grossi&#232;res et d'insultes obsc&#233;nes, cinq journ&#233;es pendant lesquelles l'accusation ne pr&#233;senta pas une seule preuve, la cour pronon&#231;a un verdict condamnant tous les inculp&#233;s &#224; la peine capitale, et qui se terminait par les phrases suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lev Davidovitch Trotsky et son fils Lev Lvovitch Sedov&#8230; convaincus d'avoir directement pr&#233;par&#233; et dirig&#233; personnellement l'organisation d'activit&#233;s terroristes en URSS doivent, s'ils sont d&#233;couverts sur le territoire de l'URSS, &#234;tre imm&#233;diatement arr&#234;t&#233;s et d&#233;f&#233;r&#233;s au Tribunal militaire de la Cour Supr&#234;me de l'URSS. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second jour du proc&#232;s, Trotsky donna une interview exhaustive &#224; Arbeiderbladet, qui la publia le jour suivant, le 21 ao&#251;t, en premi&#232;re page sous le titre &#171; Trotsky d&#233;clare que les accusations de Moscou sont fausses &#187; et qui ne laissait &#224; ses lecteurs aucun doute sur le fait que, dans cette affaire, ses sympathies &#233;taient avc Trotsky&#8230; Ce dernier fut tout &#224; coup sournoisement priv&#233; de cette libert&#233; et ceux qui l'en priv&#232;rent furent les hommes qui venaient de professer leur amiti&#233; &#224; son &#233;gard, de l'honorer et se flatter de lui avoir donn&#233; refuge. Le 26 ao&#251;t, un jour exactement apr&#232;s la fin du proc&#232;s de Moscou, deux officiers sup&#233;rieurs de la police norv&#233;gienne pass&#232;rent chez lui pour lui faire conna&#238;tre, d'ordre du Ministre de la Justice, qu'il avait commis une infraction contre les conditions fix&#233;es par son permis de r&#233;sidence ; et ils lui demand&#232;rent de signer un engagement de ne plus s'immiscer &#224; l'avenir, directement ou indirectement, oralement ou par &#233;crit, dans les sujets de politique actuelle relatifs &#224; d'autres pays&#8230;. Le 29 ao&#251;t, Yakoubovitch, l'ambassadeur sovi&#233;tique, avait remis &#224; Oslo une note officielle demandant l'expulsion de Trotsky ; la note insistait sur le fait que Trotsky utilisait la Norv&#232;ge comme base de conspiration et elle invoquait le verdict de la Cour Supr&#234;me de Moscou&#8230; Les ministres norv&#233;giens qui avaient peur de mettre Moscou en col&#232;re en autorisant Trotsky &#224; mener sa d&#233;fense en public, d&#233;cid&#232;rent par cons&#233;quent de l'interner&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1934, il semblait bien que le trotskysme e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;finitivement ray&#233; de la carte. Et cependant, deux ou trois ann&#233;es plus tard, Staline le craignait plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, les grandes purges et les d&#233;portations massives, qui avaient suivi l'assassinat de Kirov, donn&#232;rent une vie nouvelle au trotskysme. Les trotskystes , avec autour d'eux des dizaines et m&#234;me des centaines de milliers de gens r&#233;cemment bannis, ne se sentirent plus d&#233;sormais isol&#233;s. Ils furent rejoints par la masse des capitulateurs, qui songeaient lugubrement que les choses n'en seraient jamais venues &#224; ce point s'ils avaient tenu bon aux c&#244;t&#233; des trotskystes. Oppositionnels, appartenant &#224; des groupes d'&#226;ge plus jeunes, Komsomltsy qui s'&#233;taient pour la premi&#232;re fois oppos&#233;s au stalinisme bien longtemps apr&#232;s la d&#233;faite du trotskysme, d&#233;viationnistes en tous genres, simples travailleurs d&#233;port&#233;s pour des p&#233;cadilles contre la discipline du travail, m&#233;contents et rousp&#233;teurs qui ne commen&#231;aient &#224; penser en termes politiques que lorsqu'ils se trouvaient derri&#232;re les barbel&#233;s, tous ces gens formaient un public immense pour les v&#233;t&#233;rans trotskystes. Le r&#233;gime dans les camps de concentration &#233;tait de plus en plus cruel. Les habitants du camp devaient peiner dix ou douze heures par jour, et ils mouraient de faim et d&#233;p&#233;rissaient de maladies, dans une salet&#233; indescriptible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois de plus, cependant, les camps devenaient des &#233;coles et des champs de man&#339;uvre de l'opposition et les trotskystes des moniteurs sans &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent &#224; la t&#234;te des d&#233;port&#233;s dans presque toutes les gr&#232;ves et gr&#232;ves de la faim ; ils revendiquaient aupr&#232;s de l'administration des am&#233;liorations relatives aux conditions d'existence dans les camps ; et, par leur conduite t&#233;m&#233;raire, souvent h&#233;ro&#239;que, ils insuffl&#232;rent &#224; d'autres la volont&#233; de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fermement organis&#233;s, pratiquant l'auto-discipline, et politiquement bien inform&#233;s, ils constituaient la v&#233;ritable &#233;lite de cette &#233;norme fraction de la nation qui avait &#233;t&#233; rejet&#233;e derri&#232;re les barbel&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline se rendit compte qu'il n'arriverait &#224; rien par des pers&#233;cutions suppl&#233;mentaires. Il n'&#233;tait gu&#232;re possible d'ajouter encore aux tourments et &#224; l'oppression, qui n'avaient fait qu'entourer les trotskystes du halo du martyre. Aussi longtemps qu'ils vivraient, ils constitueraient pour lui une menace et, avec la guerre et ses risques qui se rapprochaient, la menace potentielle pourrait devenir r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que, depuis qu'il s'&#233;tait empar&#233; du pouvoir, il lui avait fallu le reconqu&#233;rir sans cesse. C'est alors qu'il prit la d&#233;cision de se d&#233;barrasser de la n&#233;cessit&#233; de poursuivre cette reconqu&#234;te. Son but &#233;tait de s'en assurer une fois pour toutes et contre tous les risques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il n'y avait qu'une mani&#232;re de r&#233;ussir dans cette entreprise : l'extermination int&#233;grale de tous les opposants et avant tout les trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s de Moscou avaient &#233;t&#233; mont&#233;s pour justifier ce dessein, dont la majeure partie fut alors ex&#233;cut&#233;e, non point sous les projecteurs des salles du tribunal, mais dans les cachots et les camps de l'Est et du Grand Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re intervention commune de L&#233;on Trotsky et de Zinoviev &#224; la tribune de la direction du Parti communiste de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5427&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline</title>
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		<dc:date>2025-08-05T22:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
novembre 1926 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours suivant a &#233;t&#233; prononc&#233; par Trotsky lors du septi&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste en novembre 1926. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades ! La r&#233;solution accuse l'opposition, moi y compris, de d&#233;rive sociale-d&#233;mocrate. J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; tous les points de discorde qui nous ont divis&#233;s, la minorit&#233; du CC de la majorit&#233; au cours de la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode pendant laquelle l'appellation de &#171; bloc (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;ponse de Trotsky &#224; Staline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;novembre 1926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours suivant a &#233;t&#233; prononc&#233; par Trotsky lors du septi&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste en novembre 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades ! La r&#233;solution accuse l'opposition, moi y compris, de d&#233;rive sociale-d&#233;mocrate. J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; tous les points de discorde qui nous ont divis&#233;s, la minorit&#233; du CC de la majorit&#233; au cours de la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode pendant laquelle l'appellation de &#171; bloc d'opposition &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233;e. Je dois d&#233;clarer officiellement que les points de discorde, et notre point de vue sur ces points de discorde, n'offrent aucune base pour l'accusation de &#171; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question sur laquelle nous avons &#233;t&#233; le plus en d&#233;saccord, camarades, est celle de savoir quel danger nous menace &#224; l'&#233;poque actuelle : le danger que notre industrie d'&#201;tat reste arri&#233;r&#233;e ou qu'elle se pr&#233;cipite trop pr&#233;cipitamment en avant. L'opposition &#8211; &#224; laquelle je fais partie &#8211; a prouv&#233; que le v&#233;ritable danger qui nous menace est que notre industrie d'&#201;tat reste &#224; la tra&#238;ne du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie nationale dans son ensemble. Nous avons soulign&#233; que la politique suivie en mati&#232;re de r&#233;partition du revenu national entra&#238;ne une nouvelle augmentation de la disproportion. Pour une raison ou une autre, cela a &#233;t&#233; qualifi&#233; de &#171; pessimisme &#187;. Camarades, l'arithm&#233;tique ne conna&#238;t ni pessimisme ni optimisme, ni d&#233;couragement ni capitulation. Les chiffres sont des chiffres. Si vous examinez les chiffres de contr&#244;le de notre &#233;conomie planifi&#233;e, vous constaterez que ces chiffres montrent la disproportion, ou plus exactement la p&#233;nurie de biens industriels, qui a atteint l'ann&#233;e derni&#232;re le montant de 380 millions de roubles, alors que cette ann&#233;e ce chiffre sera 500 millions, c'est-&#224;-dire que les chiffres originaux de la commission de planification montrent que la disproportion a augment&#233; de 25 pour cent. Le camarade Rykov affirme dans sa th&#232;se que l'on peut esp&#233;rer (simplement esp&#233;rer) que la disproportion n'augmentera pas cette ann&#233;e. Quelle justification y a-t-il &#224; cet &#171; espoir &#187; ? Le fait est que la r&#233;colte n'est pas aussi favorable que nous l'esp&#233;rions tous. Si je devais suivre les fausses pistes de nos critiques, je pourrais dire que les th&#232;ses du camarade Rykov saluent le fait que les conditions d&#233;favorables r&#233;gnant au moment de la r&#233;colte ont nui &#224; des r&#233;coltes qui, par ailleurs, n'&#233;taient pas mauvaises, car si la r&#233;colte avait &#233;t&#233; plus abondante, le r&#233;sultat serait ont &#233;t&#233; une plus grande disproportion. (Camarade Rykov : &#171; Je suis d'un avis diff&#233;rent. &#187;) Les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes. (Une voix : &#171; Pourquoi n'avez-vous pas particip&#233; &#224; la discussion sur le rapport du camarade Rykov ? &#187;) Le camarade Kam&#233;nev vous a expliqu&#233; ici pourquoi il n'y a pas particip&#233;. Parce que je n'aurais pas pu ajouter &#224; ce rapport &#233;conomique sp&#233;cial, sous forme d'amendements ou d'argumentations, quoi que ce soit que nous n'avions pas pr&#233;sent&#233; lors du pl&#233;num d'avril. Les amendements et autres propositions pr&#233;sent&#233;s par moi-m&#234;me et par d'autres camarades au pl&#233;num d'avril restent pleinement en vigueur aujourd'hui. Mais l'exp&#233;rience &#233;conomique acquise depuis avril est &#233;videmment trop faible pour nous permettre d'esp&#233;rer qu'au stade actuel les camarades pr&#233;sents &#224; cette conf&#233;rence seront convaincus. Soulever &#224; nouveau ces points de discorde, avant que le cours r&#233;el de la vie &#233;conomique ne les ait mis &#224; l'&#233;preuve, susciterait des discussions inutiles. Ces questions seront plus acceptables pour le parti lorsqu'elles pourront trouver une r&#233;ponse &#224; l'aide de statistiques bas&#233;es sur l'exp&#233;rience la plus r&#233;cente ; car l'exp&#233;rience &#233;conomique objective ne d&#233;cide pas si les chiffres sont optimistes ou pessimistes, mais uniquement s'ils sont justes ou faux. Je pense que notre point de vue sur la disproportion est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; en d&#233;saccord sur le rythme de notre industrialisation et j'ai &#233;t&#233; parmi ces camarades qui ont soulign&#233; que le rythme actuel est insuffisant et que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce rythme insuffisant de l'industrialisation qui conf&#232;re la plus grande importance au processus de diff&#233;renciation en cours dans les villages. Certes, ce n'est pas une catastrophe que le koulak rel&#232;ve la t&#234;te ou &#8211; c'est l'autre aspect du m&#234;me sujet &#8211; que la paysannerie la plus pauvre ne soit plus pr&#233;pond&#233;rante. Ce sont l&#224; quelques-uns des accompagnements s&#233;rieux de la p&#233;riode de transition. Ce sont des signes malsains. Il n'est pas n&#233;cessaire de dire qu'ils ne donnent aucune raison de s'alarmer. Mais ce sont des ph&#233;nom&#232;nes qui doivent &#234;tre correctement estim&#233;s. Et j'ai &#233;t&#233; de ces camarades qui ont soutenu que le processus de diff&#233;renciation du village pouvait prendre une forme dangereuse si l'industrie restait &#224; la tra&#238;ne, c'est-&#224;-dire si la disproportion s'accroissait. L'opposition soutient qu'il est de notre devoir de r&#233;duire cette disproportion d'ann&#233;e en ann&#233;e. Je n'y vois rien de social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur le fait que la diff&#233;renciation du village exige une politique fiscale plus &#233;lastique &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rentes couches de la paysannerie, une r&#233;duction des imp&#244;ts pour les couches moyennes les plus pauvres de la paysannerie et une augmentation des imp&#244;ts pour les couches moyennes ais&#233;es, et une pression &#233;nergique sur le koulak, notamment dans ses relations avec le capital commercial. Nous avons propos&#233; que 40 pour cent de la paysannerie pauvre soit totalement exempt&#233;e d'imp&#244;ts. Avons-nous raison ou pas ? Je crois que nous avons raison ; vous croyez que nous avons tort. Mais ce qu'il y a de &#171; social-d&#233;mocrate &#187; l&#224;-dedans est un myst&#232;re pour moi (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affirm&#233; que la diff&#233;renciation croissante parmi la paysannerie, qui s'op&#232;re dans les conditions impos&#233;es par le retard de notre industrie, entra&#238;ne la n&#233;cessit&#233; de doubles garanties dans le domaine politique, c'est-&#224;-dire que nous ne pouvions absolument pas accepter l'extension de la franchise &#224; l'&#233;gard du koulak, employeur et exploiteur, ne serait-ce qu'&#224; petite &#233;chelle. Nous avons tir&#233; la sonnette d'alarme lorsque les inspections &#233;lectorales ont &#233;tendu le droit de vote &#224; la petite bourgeoisie. Avons-nous raison ou pas ? Vous consid&#233;rez que notre alarme &#233;tait &#171; exag&#233;r&#233;e &#187;. Eh bien, m&#234;me en supposant que ce soit le cas, cela n'a rien de social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons exig&#233; et propos&#233; que soit s&#233;v&#232;rement condamn&#233;e l'orientation des coop&#233;ratives agricoles vers &#171; l'agriculteur moyen hautement productif &#187;, nom sous lequel on d&#233;signe g&#233;n&#233;ralement le koulak. Nous avons propos&#233; de condamner la tendance des coop&#233;ratives de cr&#233;dit &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la paysannerie ais&#233;e. Je ne comprends pas, camarades, ce que vous trouvez l&#224; de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des divergences d'opinions sur la question des salaires. En substance, ces diff&#233;rences consistent en notre opinion selon laquelle, au stade donn&#233; de d&#233;veloppement de notre industrie et de notre &#233;conomie, et au niveau actuel de notre &#233;conomie, la question des salaires ne doit pas &#234;tre r&#233;gl&#233;e en partant du principe que le travailleur doit d'abord augmenter sa productivit&#233;. du travail, ce qui fera alors augmenter les salaires, mais que c'est le contraire qui doit &#234;tre la r&#232;gle, c'est-&#224;-dire qu'une augmentation des salaires, aussi modeste soit-elle, doit &#234;tre la condition pr&#233;alable &#224; une productivit&#233; accrue du travail. (Une voix : &#171; Et d'o&#249; vient l'argent ? &#187;) Cela peut &#234;tre juste ou non, mais ce n'est pas &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons soulign&#233; le lien entre divers aspects bien connus de la vie interne de notre parti et la croissance du bureaucratisme. Je pense qu'il n'y a l&#224; non plus rien de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes en outre oppos&#233;s &#224; une surestimation des &#233;l&#233;ments &#233;conomiques de la stabilisation capitaliste et &#224; une sous-estimation de ses &#233;l&#233;ments politiques. Si nous nous demandons par exemple : en quoi consiste actuellement la stabilisation &#233;conomique en Angleterre ? il appara&#238;t alors que l'Angleterre va se ruiner, que sa balance commerciale est d&#233;favorable, que les recettes de son commerce ext&#233;rieur diminuent, que sa production d&#233;cline. C'est la &#171; stabilisation &#233;conomique &#187; de l'Angleterre. Mais &#224; qui s'accroche l'Angleterre bourgeoise ? Pas &#224; Baldwin, pas &#224; Thomas, mais &#224; Purcell. Le Purcellisme est le pseudonyme de la &#171; stabilisation &#187; actuelle en Angleterre. Nous estimons donc qu'il est fondamentalement erron&#233;, compte tenu des masses ouvri&#232;res qui ont men&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, de s'unir directement ou indirectement avec Purcell. C'est la raison pour laquelle nous avons demand&#233; la dissolution du Comit&#233; anglo-russe. Je n'y vois rien de &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur une nouvelle r&#233;vision de nos statuts syndicaux, sujet sur lequel j'ai fait rapport au CC. Une r&#233;vision des statuts dans lesquels le mot &#171; Profintern &#187; a &#233;t&#233; supprim&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re et remplac&#233; par &#171; Association syndicale internationale &#187;, sous lequel il est impossible de comprendre autre chose que &#171; Amsterdam &#187;. Je suis heureux de dire que cette r&#233;vision de la r&#233;vision de l'ann&#233;e derni&#232;re a &#233;t&#233; accomplie et que le mot &#171; Profintern &#187; a &#233;t&#233; rejet&#233; dans nos statuts syndicaux. Mais pourquoi notre malaise sur le sujet &#233;tait-il &#171; social-d&#233;mocrate &#187; ? Cela, camarades, est quelque chose que je ne comprends absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais, aussi bri&#232;vement que possible, &#233;num&#233;rer les principaux points des divergences d'opinions qui sont apparues r&#233;cemment. Notre point de vue sur les questions concern&#233;es a &#233;t&#233; que nous avons observ&#233; les dangers susceptibles de menacer la ligne de classe du parti et de l'Etat ouvrier dans les conditions impos&#233;es par une longue continuation de la NEP et notre encerclement par le capitalisme international. Mais ces divergences d'opinions et le point de vue que nous adoptons pour d&#233;fendre nos opinions ne peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme une &#171; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#187; par les m&#233;thodes logiques ou m&#234;me scolastiques les plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rences pass&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc &#233;t&#233; jug&#233; n&#233;cessaire de laisser de c&#244;t&#233; ces divergences d'opinions r&#233;elles et graves, engendr&#233;es par l'&#233;poque donn&#233;e de notre d&#233;veloppement &#233;conomique et politique, et de remonter dans le pass&#233; pour interpr&#233;ter les diff&#233;rences dans la conception du &#171; caract&#232;re de notre r&#233;volution &#187;. &#187; en g&#233;n&#233;ral &#8211; non pas dans la p&#233;riode donn&#233;e de notre r&#233;volution, non pas en ce qui concerne la t&#226;che concr&#232;te donn&#233;e, mais en ce qui concerne le caract&#232;re de la r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, ou comme l'expriment les th&#232;ses, la r&#233;volution &#171; en soi &#187;, la r&#233;volution &#034;dans sa substance.&#034; Lorsqu'un Allemand parle d'une chose &#171; en soi &#187;, il utilise un terme m&#233;taphysique pla&#231;ant la r&#233;volution hors de tout lien avec le monde r&#233;el qui l'entoure ; il est abstrait d'hier et de demain, et consid&#233;r&#233; comme une &#171; substance &#187; &#224; partir de laquelle tout proc&#233;dera. Or, sur la question de la &#171; substance &#187; r&#233;elle de la r&#233;volution, j'ai &#233;t&#233; reconnu coupable, au cours de la neuvi&#232;me ann&#233;e de notre r&#233;volution, d'avoir ni&#233; le caract&#232;re socialiste de notre r&#233;volution ! Ni plus ni moins ! J'ai d&#233;couvert cela pour la premi&#232;re fois dans cette r&#233;solution elle-m&#234;me. Si les camarades estiment n&#233;cessaire, pour une raison quelconque, de construire une r&#233;solution sur des citations de mes &#233;crits &#8211; et la partie principale de la r&#233;solution, mettant au premier plan la th&#233;orie du p&#233;ch&#233; originel (&#171; trotskysme &#187;), est construite sur des citations de mes &#233;crits entre 1917 et 1922 &#8211; alors il conviendrait au moins de retenir l'essentiel de tout ce que j'ai &#233;crit sur le caract&#232;re de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'excuserez, camarades, mais ce n'est pas un plaisir de devoir laisser de c&#244;t&#233; le sujet proprement dit et de d&#233;tailler o&#249; et quand j'ai &#233;crit ceci ou cela. Mais cette r&#233;solution, en justifiant la d&#233;viation &#171; social-d&#233;mocrate &#187;, se r&#233;f&#232;re &#224; des passages de mes &#233;crits, et je suis oblig&#233; de donner l'information. En 1922, le parti m'a charg&#233; d'&#233;crire le livre Terrorisme et communisme contre Kautsky, contre la caract&#233;risation de notre r&#233;volution par Kautsky comme une r&#233;volution non prol&#233;tarienne et non socialiste. Un grand nombre d'&#233;ditions de ce livre ont &#233;t&#233; distribu&#233;es tant en Allemagne qu'&#224; l'&#233;tranger par le Komintern. Le livre ne rencontra aucun accueil hostile parmi nos camarades les plus proches, ni de la part de L&#233;nine. Ce livre n'est pas cit&#233; dans la r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, le Bureau politique m'a charg&#233; d'&#233;crire un livre intitul&#233; Entre imp&#233;rialisme et r&#233;volution. Dans ce livre, j'ai utilis&#233; l'exp&#233;rience particuli&#232;re acquise en G&#233;orgie, sous la forme d'une r&#233;futation du point de vue des sociaux-d&#233;mocrates internationaux qui utilisaient le soul&#232;vement g&#233;orgien comme un mat&#233;riau contre nous, dans le but de soumettre &#224; un nouvel examen les principales questions de cette r&#233;volution prol&#233;tarienne qui a le droit de d&#233;molir non seulement les pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, mais aussi les institutions petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux congr&#232;s du Komintern&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste, j'ai pr&#233;sent&#233; un rapport, au nom du CC, d&#233;clarant en substance que nous &#233;tions entr&#233;s dans une &#233;poque d'&#233;quilibre instable. Je me suis oppos&#233; au camarade Boucharine, qui pensait &#224; l'&#233;poque que nous devions traverser une s&#233;rie ininterrompue de r&#233;volutions et de crises jusqu'&#224; la victoire du socialisme dans le monde entier et qu'il n'y aurait pas et ne pourrait pas y avoir de &#171; stabilisation &#187;. A l'&#233;poque, le camarade Boucharine m'accusait de d&#233;viation &#224; droite (peut-&#234;tre aussi social-d&#233;mocrate ?). En plein accord avec L&#233;nine, j'ai d&#233;fendu au troisi&#232;me congr&#232;s les th&#232;ses que j'avais formul&#233;es. L'importance de ces th&#232;ses &#233;tait que nous, malgr&#233; la vitesse plus lente de la r&#233;volution, traverserions avec succ&#232;s cette &#233;poque en d&#233;veloppant les &#233;l&#233;ments socialistes de notre &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du quatri&#232;me congr&#232;s mondial en 1923, le CC m'a charg&#233; de suivre L&#233;nine avec un rapport sur la NEP. Qu'ai-je prouv&#233; ? J'ai prouv&#233; que la NEP signifie simplement un changement dans les formes et les m&#233;thodes du d&#233;veloppement socialiste. Et maintenant, au lieu de prendre mes travaux, qui pouvaient &#234;tre bons ou mauvais, mais au moins fondamentaux, et dans lesquels, au nom du parti, j'ai d&#233;fini le caract&#232;re de notre r&#233;volution dans les ann&#233;es 1920 &#224; 1923, on saisit quelques petits passages, chacun de deux ou trois lignes seulement, d'une pr&#233;face et d'un post-scriptum &#233;crits &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te qu'aucun des passages cit&#233;s n'est issu d'un ouvrage fondamental. Ces quatre petites citations (1917 &#224; 1922) constituent le seul fondement de l'accusation selon laquelle je nie le caract&#232;re socialiste de notre r&#233;volution. La structure de l'accusation &#233;tant ainsi compl&#233;t&#233;e, tous les p&#233;ch&#233;s originels imaginables s'y ajoutent, m&#234;me le p&#233;ch&#233; de l'Opposition de 1925. L'exigence d'une industrialisation plus rapide et la proposition d'augmenter les imp&#244;ts des koulaks, toutes proviennent de ces quatre passages. (Une voix : &#171; Ne formez pas de fractions ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je regrette de devoir prendre votre temps, mais je dois citer encore quelques passages &#8211; je pourrais en citer des centaines &#8211; pour r&#233;futer tout ce que la r&#233;solution m'attribue. Tout d'abord, je dois attirer votre attention sur le fait que les quatre citations sur lesquelles repose la th&#233;orie de mon p&#233;ch&#233; originel sont toutes tir&#233;es de mes &#233;crits entre 1917 et 1922. Tout ce que j'ai dit depuis semble avoir &#233;t&#233; balay&#233; loin par le vent. Personne ne sait si j'ai ensuite consid&#233;r&#233; notre r&#233;volution comme socialiste ou non. Aujourd'hui, &#224; la fin de 1926, le point de vue actuel de la soi-disant Opposition sur les questions essentielles de l'&#233;conomie et de la politique est recherch&#233; dans des passages de mes &#233;crits personnels entre 1917 et 1922, et non m&#234;me dans des passages de mes principaux ouvrages, mais dans des &#339;uvres &#233;crites pour une occasion tout &#224; fait fortuite. Je reviendrai sur ces citations et r&#233;pondrai pour chacune d'elles. Mais permettez-moi d'abord de citer quelques citations d'un caract&#232;re plus essentiel, &#233;crites &#224; la m&#234;me &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, voici un extrait de mon discours &#224; la conf&#233;rence du Conseil des syndicats de Moscou, le 28 octobre 1921, apr&#232;s l'introduction de la NEP :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;organis&#233; notre politique &#233;conomique en pr&#233;vision d'un lent d&#233;veloppement de notre &#233;conomie. Nous envisageons la possibilit&#233; que la r&#233;volution en Europe, bien que se d&#233;veloppant et s'accroissant, se d&#233;veloppe plus lentement que pr&#233;vu. La bourgeoisie s'est montr&#233;e plus tenace. M&#234;me dans notre propre pays, nous sommes oblig&#233;s de compter avec une transition plus lente vers le socialisme, car nous sommes entour&#233;s de pays capitalistes. Nous devons concentrer nos forces sur les entreprises les plus grandes et les mieux &#233;quip&#233;es. En m&#234;me temps, nous ne devons pas oublier que l'imp&#244;t en nature parmi les paysans et l'augmentation des entreprises lou&#233;es constituent la base du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie marchande, de l'accumulation du capital et de l'&#233;mergence d'une nouvelle bourgeoisie. En m&#234;me temps, l'&#233;conomie socialiste sera construite sur la base plus &#233;troite mais plus solide de la grande industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une r&#233;union des membres du PC du SU, le 10 novembre de la m&#234;me ann&#233;e, dans le quartier de Sokolniki &#224; Moscou, j'ai d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avons-nous maintenant ? Nous avons maintenant le processus de r&#233;volution socialiste, en premier lieu dans un Etat, et en second lieu dans un Etat qui est le plus arri&#233;r&#233; de tous, tant sur le plan &#233;conomique que culturel, et entour&#233; de toutes parts par des pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conclusion en ai-je tir&#233; ? Ai-je propos&#233; la capitulation ? J'ai propos&#233; ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de notre devoir de faire en sorte que le socialisme prouve ses progr&#232;s. Les paysans seront les juges qui se prononceront sur les avantages ou les inconv&#233;nients de l'Etat socialiste. Nous sommes en concurrence avec le capitalisme sur le march&#233; paysan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la base actuelle de notre conviction que nous serons victorieux ? De nombreuses raisons justifient notre conviction. Celles-ci r&#233;sident &#224; la fois dans la situation internationale et dans l'&#233;volution du Parti communiste ; dans le fait que nous conservons le pouvoir entre nos mains et dans le fait que nous n'autorisons le libre-&#233;change que dans les limites que nous jugeons n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, camarades, a &#233;t&#233; dit en 1921, et non en 1926 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon rapport au IVe Congr&#232;s mondial (dirig&#233; contre Otto Bauer, avec qui ma relation a maintenant &#233;t&#233; d&#233;couverte), j'ai parl&#233; comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre arme principale dans la lutte &#233;conomique, bas&#233;e sur le march&#233;, est le pouvoir de l'&#201;tat. Seuls les r&#233;formistes &#224; courte vue sont incapables de saisir l'importance de cet instrument. La bourgeoisie le sait bien. Cela est prouv&#233; par toute son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres instruments entre les mains du prol&#233;tariat sont : la possession des forces productives les plus importantes du pays, de tout le trafic &#233;conomique, de toutes les mines, des entreprises d'exploitation des mati&#232;res premi&#232;res. Ceux-ci sont soumis au contr&#244;le &#233;conomique imm&#233;diat de la classe ouvri&#232;re. En m&#234;me temps, la classe ouvri&#232;re est propri&#233;taire de la terre et le paysan lui donne chaque ann&#233;e des centaines de millions de pouds de c&#233;r&#233;ales, sous forme d'imp&#244;ts en nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronti&#232;res du pays sont aux mains de l'&#201;tat ouvrier ; les biens &#233;trangers et les capitaux &#233;trangers ne peuvent &#234;tre import&#233;s dans le pays que dans la mesure approuv&#233;e par l'&#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les instruments et les moyens de construire le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livret que j'ai publi&#233; en 1923 sous le titre Questions de la vie quotidienne, vous pouvez lire &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la classe ouvri&#232;re a r&#233;ellement obtenu et obtenu gr&#226;ce &#224; sa lutte jusqu'&#224; pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat (avec l'aide de l'Etat ouvrier et paysan dirig&#233; par le Parti communiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;e rouge comme soutien mat&#233;riel de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation des moyens de production les plus importants, sans laquelle la dictature du prol&#233;tariat serait une forme vide, sans sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole du commerce ext&#233;rieur, pr&#233;misse n&#233;cessaire &#224; l'&#233;dification du socialisme dans un pays entour&#233; par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre &#233;l&#233;ments, irr&#233;vocablement acquis, forment la charpente d'acier de notre travail. Gr&#226;ce &#224; ce cadre, tout nouveau succ&#232;s &#233;conomique ou culturel que nous obtiendrons &#8211; pour autant qu'il s'agisse d'un succ&#232;s r&#233;el et non suppos&#233; &#8211; deviendra n&#233;cessairement un &#233;l&#233;ment constitutif de notre structure socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me livret contient une autre formulation encore plus pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le bouleversement r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; &#8211; relativement parlant &#8211; facile pour le prol&#233;tariat russe, plus sa t&#226;che d'instaurer l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste est difficile. Mais le cadre de notre nouvelle vie sociale, soud&#233; par la r&#233;volution, soutenu par quatre piliers fondamentaux (voir d&#233;but du chapitre) conf&#232;re &#224; tout effort sinc&#232;re et judicieusement dirig&#233; en mati&#232;re &#233;conomique et culturelle un caract&#232;re objectivement socialiste. Dans l'&#233;tat de soci&#233;t&#233; bourgeois, l'ouvrier, inconsciemment et involontairement, enrichit la bourgeoisie d'autant plus qu'il travaille mieux. Dans l'Etat sovi&#233;tique, le travailleur bon et consciencieux, sans y penser ni s'en soucier (s'il est un travailleur apolitique), accomplit un travail socialiste et augmente les moyens de la classe ouvri&#232;re. C'est l&#224; le v&#233;ritable sens de la r&#233;volution d'Octobre et, en ce sens, la nouvelle politique &#233;conomique n'apporte aucun changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le capitalisme ou le socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais prolonger ind&#233;finiment cette cha&#238;ne de citations, car je n'ai jamais et je n'ai jamais pu caract&#233;riser autrement notre r&#233;volution. Je me limiterai cependant &#224; un autre passage, tir&#233; d'un livre cit&#233; par le camarade Staline (Vers le capitalisme ou le socialisme ?). Ce livre a &#233;t&#233; publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1925 et a &#233;t&#233; imprim&#233; &#224; l'origine sous forme de feuilleton dans la Pravda. Les r&#233;dacteurs de notre organe central n'ont jamais attir&#233; mon attention sur aucune h&#233;r&#233;sie contenue dans ce livre quant au caract&#232;re de notre r&#233;volution. Cette ann&#233;e, la deuxi&#232;me &#233;dition du livre a &#233;t&#233; publi&#233;e. Il a &#233;t&#233; traduit dans diff&#233;rentes langues par le Komintern et c'est la premi&#232;re fois que j'entends dire qu'il donne une fausse id&#233;e de notre d&#233;veloppement &#233;conomique. Le camarade Staline vous a lu quelques lignes choisies arbitrairement pour montrer que cela est &#171; vaguement formul&#233; &#187;, je suis donc oblig&#233; de lire un passage un peu plus long, pour prouver que l'id&#233;e en question est assez clairement formul&#233;e. Ce qui suit est &#233;nonc&#233; dans la pr&#233;face, consacr&#233;e &#224; une critique de nos critiques bourgeois et sociaux-d&#233;mocrates, en particulier Kautsky et Otto Bauer. Ici, vous pouvez lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jugements (form&#233;s par les ennemis de notre &#233;conomie) prennent deux formes : en premier lieu, ils affirment qu'en &#233;difiant une &#233;conomie socialiste, nous ruinons le pays ; mais en second lieu, ils affirment qu'en d&#233;veloppant les forces de production, nous retournons en r&#233;alit&#233; au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces deux critiques est caract&#233;ristique de la mentalit&#233; de la bourgeoisie. La seconde est propre &#224; la social-d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire &#224; la mentalit&#233; bourgeoise socialement voil&#233;e. Il n'y a pas de fronti&#232;re stricte entre ces deux descriptions de la critique, et tr&#232;s souvent des &#233;changes d'arguments entre elles, sans qu'aucun d'eux ne s'aper&#231;oive qu'il utilise l'arme du voisin, dans l'enthousiasme de l'ancien contre la &#171; barbarie communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente brochure esp&#232;re avoir pour objectif de montrer au lecteur sans pr&#233;jug&#233;s que tous deux sont des trompeurs &#8211; &#224; la fois le grand bourgeois ouvertement et le petit bourgeois d&#233;guis&#233; en socialiste. Ils mentent quand ils disent que les bolcheviks ont ruin&#233; la Russie... Ils mentent quand ils disent que le d&#233;veloppement des forces productives est la voie vers le capitalisme ; le r&#244;le jou&#233; par l'&#233;conomie d'&#201;tat dans l'industrie, les transports et les services routiers, le commerce, la finance et le cr&#233;dit ne diminue pas avec la croissance des forces productives, mais au contraire augmente au sein de l'&#233;conomie collective du pays. Les faits et les chiffres le prouvent sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En agriculture, la question est beaucoup plus compliqu&#233;e. Pour un marxiste, cela n'a rien d'inattendu. La transition du syst&#232;me agricole individuel &#171; atomis&#233; &#187; &#224; l'agriculture socialiste n'est concevable qu'apr&#232;s avoir franchi un certain nombre d'&#233;tapes dans les domaines technique, &#233;conomique et agricole. La pr&#233;misse fondamentale de cette transition est que le pouvoir reste entre les mains de la classe soucieuse de conduire la soci&#233;t&#233; au socialisme et devenant de plus en plus capable d'influencer la population paysanne au moyen de l'industrie de l'ardoise, au moyen des am&#233;liorations techniques dans l'agriculture, et de fournir ainsi les conditions pr&#233;alables &#224; la collectivisation du travail agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de r&#233;solution sur l'opposition indique que le point de vue de Trotsky se rapproche beaucoup de celui d'Otto Bauer, qui avait d&#233;clar&#233; : &#171; En Russie, o&#249; le prol&#233;tariat ne repr&#233;sente qu'une petite minorit&#233; de la nation, le prol&#233;tariat ne peut maintenir son pouvoir que temporairement et est vou&#233;e &#224; la perdre &#224; nouveau d&#232;s que la majorit&#233; paysanne de la nation sera devenue suffisamment m&#251;re culturellement pour prendre elle-m&#234;me le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, camarades, qui pourrait imaginer qu'une formulation aussi absurde puisse venir &#224; l'esprit de chacun d'entre nous ? Qu'entend-on par : &#171; d&#232;s que la majorit&#233; paysanne de la nation sera devenue suffisamment m&#251;re culturellement &#187; ? Qu'est-ce que cela signifie ? Que faut-il entendre par &#171; culture &#187; ? Dans des conditions capitalistes, la paysannerie n'a pas de culture ind&#233;pendante. En ce qui concerne la culture, la paysannerie peut m&#251;rir sous l'influence du prol&#233;tariat ou de la bourgeoisie. Ce sont les deux seules possibilit&#233;s qui existent pour le progr&#232;s culturel de la paysannerie. Pour un marxiste, l'id&#233;e selon laquelle la paysannerie &#171; culturellement m&#251;re &#187;, apr&#232;s avoir renvers&#233; le prol&#233;tariat, pourrait prendre le pouvoir pour son propre compte, est une absurdit&#233; pleine de pr&#233;jug&#233;s. L'exp&#233;rience de deux r&#233;volutions nous a appris que la paysannerie, si elle entre en conflit avec le prol&#233;tariat et renverse le pouvoir prol&#233;tarien, constitue simplement un pont &#8211; &#224; travers le bonapartisme &#8211; pour la bourgeoisie. Un &#201;tat paysan ind&#233;pendant fond&#233; ni sur la culture prol&#233;tarienne ni sur la culture bourgeoise est impossible. Toute cette construction d'Otto Bauer s'effondre dans une lamentable absurdit&#233; petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit que nous n'avons pas cru &#224; l'instauration du socialisme. Et en m&#234;me temps on nous accuse de vouloir piller la paysannerie (pas les koulaks, mais la paysannerie !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense, camarades, que ce ne sont pas du tout des mots sortis de notre dictionnaire. Les communistes ne peuvent pas proposer &#224; l'&#201;tat ouvrier de &#171; piller &#187; la paysannerie, et c'est pr&#233;cis&#233;ment de la paysannerie qui nous pr&#233;occupe. Une proposition visant &#224; lib&#233;rer 40 pour cent de la paysannerie pauvre de tout imp&#244;t et &#224; imposer ces imp&#244;ts aux koulaks peut &#234;tre juste ou fausse, mais elle ne peut jamais &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une proposition visant &#224; &#171; piller &#187; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous le demande : si nous n'avons aucune confiance dans l'instauration du socialisme dans notre pays, ou si (comme on dit de moi) nous proposons d'attendre passivement la r&#233;volution europ&#233;enne, alors pourquoi proposons-nous de &#171; piller &#187; la paysannerie ? &#192; quelle fin ? C'est incompr&#233;hensible. Nous estimons que l'industrialisation &#8211; base de la socialisation &#8211; progresse trop lentement, ce qui d&#233;savantage la paysannerie. Si, disons, la quantit&#233; de produits agricoles mise sur le march&#233; cette ann&#233;e &#233;tait de 20 pour cent sup&#233;rieure &#224; celle de l'ann&#233;e derni&#232;re &#8211; je prends ces chiffres avec r&#233;serve &#8211; et en m&#234;me temps le prix des c&#233;r&#233;ales a baiss&#233; de 18 pour cent et les prix de divers produits industriels ont augment&#233; de 16 pour cent, comme cela a &#233;t&#233; le cas, alors le paysan gagne moins que lorsque ses r&#233;coltes sont plus pauvres et que les prix de d&#233;tail des produits industriels sont plus bas. L'acc&#233;l&#233;ration de l'industrialisation, rendue possible dans une large mesure par l'augmentation des imp&#244;ts sur les koulaks, aura pour cons&#233;quence la production d'une plus grande quantit&#233; de biens, r&#233;duisant les prix de d&#233;tail, au profit des travailleurs et de la plus grande partie de la paysannerie. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte de deux tendances&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que vous ne soyez pas d'accord avec cela. Mais personne ne peut nier qu'il s'agit d'un syst&#232;me de vues sur le d&#233;veloppement de notre &#233;conomie. Comment pouvez-vous affirmer que nous ne croyons pas &#224; la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement socialiste et en m&#234;me temps que nous exigeons le pillage des moujiks ? Avec quel objet ? Dans quel but ? Personne ne peut expliquer cela. Encore une fois, je me suis souvent demand&#233; pourquoi la dissolution du Comit&#233; anglo-russe peut &#234;tre cens&#233;e impliquer un appel &#224; quitter les syndicats ? Et pourquoi la non-adh&#233;sion &#224; l'Internationale d'Amsterdam ne constitue-t-elle pas un appel aux travailleurs &#224; ne pas adh&#233;rer aux syndicats d'Amsterdam ? (Une voix : &#171; Cela vous sera expliqu&#233; ! &#187;) Je n'ai jamais re&#231;u de r&#233;ponse &#224; cette question et je ne la recevrai jamais. (Une voix : &#171; Vous obtiendrez votre r&#233;ponse. &#187;) Je ne recevrai pas non plus de r&#233;ponse &#224; la question de savoir comment nous parvenons &#224; ne pas croire &#224; la r&#233;alisation du socialisme tout en nous effor&#231;ant de &#171; piller &#187; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre que j'ai cit&#233; pour la derni&#232;re fois parle en d&#233;tail de l'importance d'une r&#233;partition correcte de notre revenu national, puisque notre d&#233;veloppement &#233;conomique se d&#233;roule au milieu de la lutte de deux tendances : la tendance socialiste et la tendance capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de la lutte d&#233;pend du rythme de d&#233;veloppement de ces tendances. En d'autres termes, l'industrie d'&#201;tat devrait-elle se d&#233;velopper plus lentement que l'agriculture ? Si les p&#244;les oppos&#233;s de l'agriculteur capitaliste &#171; en haut &#187; et du prol&#233;tariat &#171; en bas &#187; se s&#233;paraient plus largement et plus rapidement au cours du d&#233;veloppement &#8211; &#8203;&#8203;alors le processus conduirait bien s&#251;r &#224; la restauration du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos ennemis peuvent faire de leur mieux pour prouver le caract&#232;re in&#233;vitable de cette possibilit&#233;. M&#234;me s'ils s'y prennent avec beaucoup plus d'habilet&#233; que le malheureux Kautsky (ou MacDonald), ils se br&#251;leront les doigts. La possibilit&#233; qui vient d'&#234;tre indiqu&#233;e est-elle totalement exclue ? Th&#233;oriquement, ce n'est pas le cas. Si le parti au pouvoir commettait une erreur apr&#232;s l'autre, tant dans le domaine politique qu'&#233;conomique, s'il entravait ainsi le d&#233;veloppement d'une industrie aujourd'hui si prometteuse et s'il abandonnait le contr&#244;le du d&#233;veloppement politique et &#233;conomique de la paysannerie, alors, bien entendu, la cause du socialisme dans notre pays serait perdue. Mais nous n'avons pas la moindre raison d'adopter de telles pr&#233;misses pour notre pronostic. Comment perdre le pouvoir, comment rejeter les acquis du prol&#233;tariat et comment &#339;uvrer pour le capitalisme, tels sont les points qui ont &#233;t&#233; brillamment expliqu&#233;s par Kautsky et ses amis au prol&#233;tariat international apr&#232;s le 9 novembre 1918. Personne n'a besoin d'y ajouter quoi que ce soit. &#224; propos de ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos t&#226;ches, nos objectifs et nos m&#233;thodes sont tr&#232;s diff&#233;rents. Ce que nous voulons montrer, c'est la mani&#232;re de maintenir et d'&#233;tablir fermement le pouvoir une fois conquis et la mani&#232;re dont la forme d'&#201;tat prol&#233;tarienne doit recevoir le contenu &#233;conomique du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le contenu de ce livre (Une voix : &#171; Il n'y a rien l&#224;-dedans sur les coop&#233;ratives ! &#187;) &#8211; j'en viendrai aux coop&#233;ratives &#8211; tout le contenu de ce livre est consacr&#233; &#224; la question de savoir comment la forme d'&#201;tat prol&#233;tarienne doit &#234;tre donn&#233; le contenu &#233;conomique du socialisme. On peut dire (des insinuations ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faites dans ce sens) : Oui, vous croyiez que nous allions vers le socialisme tant que le processus de reconstruction se poursuivrait et tant que l'industrie se d&#233;velopperait &#224; un rythme de 45 ou 35 %. cent ans, mais maintenant que nous sommes arriv&#233;s &#224; une crise du capital des fondations et que vous voyez les difficult&#233;s li&#233;es &#224; l'augmentation du capital des fondations, vous avez &#233;t&#233; saisi d'une soi-disant &#171; panique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas citer tout le chapitre sur : Le rythme du d&#233;veloppement, ses possibilit&#233;s mat&#233;rielles et ses limites. Il souligne les quatre &#233;l&#233;ments caract&#233;risant les avantages de notre syst&#232;me sur le capitalisme et tire la conclusion suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, ces quatre avantages, bien appliqu&#233;s, nous permettront d'augmenter le coefficient de notre croissance industrielle, non seulement pour doubler le pourcentage de la p&#233;riode d'avant-guerre, mais pour le tripler, voire plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je ne me trompe, le coefficient de notre croissance industrielle s'&#233;l&#232;vera, selon les plans, &#224; 18 pour cent. Il y a bien entendu encore l&#224; des &#233;l&#233;ments de reconstruction. Mais en tout cas, le pronostic statistique extr&#234;mement approximatif que j'ai fait &#224; titre d'exemple il y a dix-huit mois co&#239;ncide assez bien avec notre rythme r&#233;el de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous demandez : quelle est l'explication de ces passages effrayants cit&#233;s dans la r&#233;solution ? Je devrai r&#233;pondre &#224; cette question. Mais je dois d'abord r&#233;p&#233;ter qu'aucun mot n'a &#233;t&#233; cit&#233; des ouvrages fondamentaux que j'ai &#233;crits sur le caract&#232;re de la r&#233;volution entre 1917 et 1922, et qu'un silence complet est gard&#233; sur tout ce que j'ai &#233;crit depuis 1922, m&#234;me sur ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit. l'ann&#233;e derni&#232;re et cette ann&#233;e. Quatre passages sont cit&#233;s. Le camarade Staline les a trait&#233;s en d&#233;tail et la r&#233;solution en fait mention. Vous me permettrez donc d'y consacrer &#233;galement quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier est victorieux de la r&#233;volution d&#233;mocratique. La bourgeoisie devient contre-r&#233;volutionnaire. Parmi la paysannerie, les &#233;l&#233;ments ais&#233;s, ainsi qu'une partie consid&#233;rable des paysans moyens, deviendront plus &#171; sens&#233;s &#187;, se calmeront et passeront &#224; la contre-r&#233;volution pour s'emparer du pouvoir. des mains du prol&#233;tariat et de la paysannerie pauvre... La lutte serait presque impuissante pour le seul prol&#233;tariat russe, et sa d&#233;faite serait in&#233;vitable... si le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en ne se pr&#233;cipitait pas au secours du prol&#233;tariat russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains, camarades, que si quelqu'un vous disait que ces lignes repr&#233;sentent un produit malveillant du trotskisme, de nombreux camarades le croiraient. Mais ce passage est celui de L&#233;nine. Le portefeuille de L&#233;nine contient un brouillon d'un pamphlet que L&#233;nine avait l'intention d'&#233;crire &#224; la fin de 1905. Ici, cette situation possible est d&#233;crite : Les ouvriers sont victorieux dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, la partie ais&#233;e de la paysannerie passe pour contrer -r&#233;volution. Je puis dire que ce passage est cit&#233; dans le dernier num&#233;ro du Bolchevik, &#224; la page 68, mais malheureusement avec une grave d&#233;formation, bien que la citation soit donn&#233;e entre guillemets : les mots se r&#233;f&#233;rant &#224; la partie consid&#233;rable des agriculteurs moyens sont simplement laiss&#233;s dehors. Je vous invite &#224; comparer le cinqui&#232;me portefeuille de L&#233;nine, page 451, avec le dernier num&#233;ro du Bolchevik, page 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais citer des dizaines de ces passages des &#339;uvres de L&#233;nine : Vol. VI, page 398 ; Vol. IX, page 410 ; vol. VIII, page 192. (Je n'ai pas le temps de les lire, mais chacun peut rechercher les r&#233;f&#233;rences par lui-m&#234;me.) Je ne citerai qu'un passage du Vol. IX, page 415 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe (il fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique) ne peut pas maintenir et &#233;tablir fermement ses acquis par ses propres puissances... s'il n'y a pas de r&#233;volution en Occident. Sans cette condition pr&#233;alable, une restauration de l'ordre ancien est in&#233;vitable, tant dans la communalisation que dans la r&#233;partition des terres, car le petit agriculteur constituera toujours un support pour la restauration de toute forme de propri&#233;t&#233; ou de propri&#233;t&#233;. Apr&#232;s la victoire compl&#232;te du prol&#233;tariat, le petit paysan se retournera in&#233;vitablement contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Une voix : &#171; Nous avons introduit la NEP. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, j'y reviendrai tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournons-nous maintenant vers ce passage que j'ai &#233;crit en 1922, afin de voir comment mon point de vue sur la r&#233;volution &#224; l'&#233;poque de 1904-1905 avait &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention, camarades, de soulever la question de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Cette th&#233;orie &#8211; tant en ce qui concerne ce qui &#233;tait juste que ce qui &#233;tait incomplet et faux &#8211; n'a rien &#224; voir avec nos affirmations actuelles. En tout cas, cette th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#224; laquelle tant d'attention a &#233;t&#233; consacr&#233;e ces derniers temps, ne fait pas le moins du monde partie des responsabilit&#233;s ni de l'opposition de 1925 ni de l'opposition de 1923, et m&#234;me moi-m&#234;me, je la consid&#232;re comme une question qui a longtemps &#233;t&#233; r&#233;gl&#233; ad acta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au passage cit&#233; dans la r&#233;solution. (J'ai &#233;crit ceci en 1922, mais du point de vue de 1905-1906.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pris le pouvoir, le prol&#233;tariat entrera en conflit hostile non seulement avec tous les groupes de la bourgeoisie qui l'ont soutenu au d&#233;but de sa lutte r&#233;volutionnaire, mais aussi avec les larges masses paysannes, avec l'aide desquelles il est arriv&#233; au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cela ait &#233;t&#233; &#233;crit en 1922, il est mis au futur : Le prol&#233;tariat entrera en conflit avec la bourgeoisie, etc., car on y d&#233;crit des vues pr&#233;-r&#233;volutionnaires. Je vous le demande : le pronostic de L&#233;nine de 1905-1906, selon lequel la paysannerie moyenne passerait dans une large mesure &#224; la contre-r&#233;volution, s'est-il av&#233;r&#233; vrai ? Je maintiens que cela s'est av&#233;r&#233; en partie vrai. (Voix : En partie ? Quand ? Troubles.) Oui, sous la direction du parti et surtout sous la direction de L&#233;nine, la division entre nous et la paysannerie a &#233;t&#233; combl&#233;e par la nouvelle politique &#233;conomique. C'est incontestable. (D&#233;rangement) Si l'un d'entre vous imagine, camarades, qu'en 1926 je ne saisis pas le sens de la nouvelle politique &#233;conomique, vous vous trompez. Je saisis le sens de la nouvelle politique &#233;conomique de 1926, peut-&#234;tre pas aussi bien que d'autres camarades, mais je le comprends n&#233;anmoins. Mais il faut se rappeler qu'&#224; cette &#233;poque, avant qu'il y ait une nouvelle politique &#233;conomique, avant qu'il y ait une r&#233;volution de 1917, et que nous &#233;bauchions les premi&#232;res lignes d'&#233;volutions possibles, en utilisant l'exp&#233;rience acquise lors des r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes &#8211; la grande r&#233;volution fran&#231;aise et la r&#233;volution de 1848 &#8211; &#224; cette &#233;poque, tous les marxistes, sans oublier L&#233;nine (j'ai cit&#233; des citations), pensaient qu'apr&#232;s l'ach&#232;vement de la r&#233;volution d&#233;mocratique et l'attribution des terres &#224; la paysannerie, le prol&#233;tariat se heurterait &#224; l'opposition non seulement de la part des grands paysans, mais d'une partie consid&#233;rable de la paysannerie moyenne, qui repr&#233;senterait une force hostile et m&#234;me contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il eu parmi nous des signes de la v&#233;racit&#233; de ce pronostic ? Oui, il y a eu des signes, et des signes assez distincts. Par exemple, lorsque le mouvement Machno en Ukraine a aid&#233; les gardes blancs &#224; balayer le pouvoir sovi&#233;tique, cela a &#233;t&#233; une preuve de la justesse du pronostic de L&#233;nine. Le soul&#232;vement d'Antonov, le soul&#232;vement de Sib&#233;rie, le soul&#232;vement de la Volga, le soul&#232;vement de l'Oural, la r&#233;volte de Cronstadt, lorsque la &#171; paysannerie moyenne &#187; exprimait ses opinions au pouvoir sovi&#233;tique au moyen du canon des navires &#8211; tout cela ne prouve-t-il pas que La pr&#233;vision de L&#233;nine &#233;tait-elle correcte pour un certain stade de d&#233;veloppement de la r&#233;volution ? (Camarade Moissenienko : &#171; Et qu'avez-vous propos&#233; ? &#187;) N'est-il pas parfaitement clair que le passage que j'ai &#233;crit en 1922 sur la division entre nous et la paysannerie n'&#233;tait qu'un simple expos&#233; de ces faits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons surmont&#233; le schisme entre nous et la paysannerie gr&#226;ce &#224; la NEP. Et y a-t-il eu des diff&#233;rences entre nous lors du passage &#224; la NEP ? Il n'y a eu aucune diff&#233;rence lors de la transition vers le NEP. (Perturbations) Il y avait des divergences dans la question syndicale avant la transition vers la NEP, alors que le parti cherchait encore un moyen de sortir de l'impasse. Ces diff&#233;rences &#233;taient d'une importance capitale. Mais sur la question de la NEP, lorsque L&#233;nine a pr&#233;sent&#233; le point de vue de la NEP au Xe Congr&#232;s du Parti, nous avons tous vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; pour ce point de vue. Et lorsque la nouvelle r&#233;solution syndicale est apparue &#224; la suite de la Nouvelle Politique &#201;conomique &#8211; quelques mois apr&#232;s le Xe Congr&#232;s du Parti &#8211; nous avons de nouveau vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; pour cette r&#233;solution au sein du CC. Mais pendant la p&#233;riode de transition &#8211; et le changement qu'elle a provoqu&#233; n'a pas &#233;t&#233; minime &#8211; les paysans ont d&#233;clar&#233; : &#171; Nous sommes pour les bolcheviks, mais contre les communistes. &#187; Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie une forme typiquement russe de d&#233;sertion de la r&#233;volution prol&#233;tarienne de la part de la paysannerie moyenne &#224; un stade donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me reproche d'avoir dit qu'il est &#171; inutile de supposer que la Russie r&#233;volutionnaire puisse se maintenir face &#224; une Europe conservatrice &#187;. J'ai &#233;crit ceci en ao&#251;t 1917 et je crois que c'&#233;tait parfaitement juste. Sommes-nous rest&#233;s face &#224; une Europe conservatrice ? Consid&#233;rons les faits. Au moment o&#249; l'Allemagne concluait le trait&#233; de paix avec l'Entente, le danger &#233;tait particuli&#232;rement grand. Si la r&#233;volution allemande n'avait pas &#233;clat&#233; &#224; ce moment-l&#224; &#8211; cette r&#233;volution allemande qui restait inachev&#233;e, &#233;touff&#233;e par les sociaux-d&#233;mocrates, mais qui suffisait pourtant &#224; renverser l'ancien r&#233;gime et &#224; d&#233;moraliser l'arm&#233;e des Hohenzollern &#8211; aurait, je le r&#233;p&#232;te, eu lieu, la r&#233;volution allemande, telle que si cela n'avait pas &#233;clat&#233;, alors nous aurions d&#251; &#234;tre renvers&#233;s. Ce n'est pas un hasard si le passage contient l'expression &#171; en opposition &#224; une Europe conservatrice &#187; et non &#171; en opposition &#224; une &#171; Europe &#187; capitaliste. Contre une Europe conservatrice, en maintenant tout son appareil, et notamment ses arm&#233;es. Je vous le demande : pourrions-nous ou non nous maintenir dans ces circonstances ? (Une voix : &#171; Parlez-vous aux enfants ? &#187;) Si nous continuons &#224; exister, c'est parce que l'Europe n'est pas rest&#233;e ce qu'elle &#233;tait. L&#233;nine a &#233;crit &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons non seulement dans un seul &#201;tat, mais dans un syst&#232;me d'&#201;tats, et l'existence continue de la R&#233;publique sovi&#233;tique aux c&#244;t&#233;s des &#201;tats imp&#233;rialistes est impensable en tant que permanence. En fin de compte, c'est l'un ou l'autre syst&#232;me qui gagnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;nine a-t-il dit cela ? Le 18 mars 1919, soit deux ans apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre. Mes paroles de 1917 signifiaient que si notre r&#233;volution ne secouait pas l'Europe, ne la faisait pas bouger, alors nous &#233;tions perdus. N'est-ce pas la m&#234;me chose en substance ? Je demande &#224; tous les camarades plus &#226;g&#233;s qui pensaient politiquement avant et pendant 1917 : quelle &#233;tait votre conception de la r&#233;volution et de ses cons&#233;quences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'essaie de me souvenir de cela, je ne trouve pas d'autre formulation qu'approximativement la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyions : soit la r&#233;volution internationale se pr&#233;cipiterait &#224; notre secours et notre victoire serait alors parfaitement assur&#233;e, soit nous accomplirions notre modeste travail r&#233;volutionnaire en &#233;tant conscients que m&#234;me si nous sommes vaincus, nous avons servi la cause de la r&#233;volution et que notre exp&#233;rience sera utile. &#234;tre utile pour les r&#233;volutions ult&#233;rieures. Il &#233;tait clair pour nous que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible sans le soutien de la r&#233;volution internationale, de la r&#233;volution mondiale. Avant et apr&#232;s la r&#233;volution, nous croyions : maintenant, ou du moins tr&#232;s bient&#244;t, la r&#233;volution va &#233;clater dans les autres pays capitalistes hautement d&#233;velopp&#233;s, sinon nous sommes perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait notre conception du sort de la r&#233;volution. Qui a dit &#231;a ? (Camarade Moyssenenko : &#171; L&#233;nine ! &#187; Une voix : &#171; Et qu'a-t-il dit plus tard ? &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a dit cela en 1921, alors que le passage que je cite date de 1917. J'ai donc le droit de me r&#233;f&#233;rer &#224; ce que L&#233;nine a dit en 1921. (Une voix : &#171; Et qu'a dit L&#233;nine plus tard ?) Plus tard, j'ai moi aussi dit quelque chose. diff&#233;rent. (Rires) Avant et apr&#232;s la r&#233;volution, nous croyions que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ou du moins tr&#232;s bient&#244;t, la r&#233;volution va &#233;clater dans les autres pays capitalistes hautement d&#233;velopp&#233;s, sinon nous sommes perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;ploy&#233; tous nos efforts pour maintenir &#224; tout prix le syst&#232;me sovi&#233;tique, car nous &#233;tions conscients que nous ne travaillions pas seulement pour nous-m&#234;mes, mais aussi pour la r&#233;volution internationale. Nous le savions et nous avons exprim&#233; cette conviction avant et apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre, ainsi qu'au moment de la conclusion de la paix de Brest-Litovsk. Et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous avions raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage continue en disant que notre chemin est devenu plus complexe et plus sinueux, mais que pour l'essentiel notre pronostic &#233;tait correct. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, nous sommes pass&#233;s &#224; la NEP &#224; l'unanimit&#233;, sans aucune divergence. (Camarade Moyssenenko : &#171; Pour nous sauver de la ruine totale ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, juste pour cette raison, pour nous sauver d'une ruine totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je vous prie de prolonger le temps imparti pour mon discours. Je voudrais parler de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays. Je demande encore une demi-heure. (Perturbation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, sur la question des rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sident : Veuillez attendre que nous ayons d&#233;cid&#233;. Je soumets trois propositions : premi&#232;rement, respecter le temps initialement imparti au camarade Trotsky ; 2&#176; une prolongation d'une demi-heure ; troisi&#232;mement, une prolongation d'un quart d'heure. (Lors d'un vote, il y a une majorit&#233; pour la prolongation d'une demi-heure.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relations avec la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prochain passage cit&#233; de mes &#233;crits m'a valu le reproche suivant : Alors que L&#233;nine disait : dix &#224; vingt ans de relations correctes avec la paysannerie, et notre victoire est assur&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale ; Le trotskisme, au contraire, suppose que le prol&#233;tariat ne peut entretenir de relations correctes avec la paysannerie tant que la r&#233;volution mondiale n'est pas accomplie. Tout d'abord, je dois demander le sens r&#233;el du passage cit&#233;. L&#233;nine parle de dix &#224; vingt ans de relations correctes avec la paysannerie. Cela signifie que L&#233;nine ne s'attendait pas &#224; ce que le socialisme soit &#233;tabli d'ici dix &#224; vingt ans. Pourquoi ? Parce que par socialisme, il faut comprendre un &#233;tat de soci&#233;t&#233; dans lequel il n'y a ni prol&#233;tariat, ni paysannerie, ni aucune classe quelconque. Le socialisme abolit l'opposition entre la ville et la campagne. Ainsi s'offre &#224; nous un d&#233;lai de vingt ans, au cours duquel nous devons poursuivre une ligne politique conduisant &#224; des relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cependant affirm&#233; que le trotskysme estime qu'il ne peut y avoir de relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie tant que la r&#233;volution mondiale n'est pas accomplie. On me propose ainsi d'&#233;tablir une loi selon laquelle des relations incorrectes doivent &#234;tre entretenues autant que possible avec la paysannerie jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution internationale soit victorieuse. (Rires) Apparemment, il n'&#233;tait pas pr&#233;vu d'exprimer cette id&#233;e ici, car cela n'a aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#233;tait-ce que la NEP ? La NEP a &#233;t&#233; un processus de transition vers une nouvelle voie, pr&#233;cis&#233;ment pour l'&#233;tablissement de relations correctes entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Y avait-il des divergences entre nous sur ce sujet ? Non, il n'y en avait pas. Ce qui nous pr&#233;occupe actuellement, c'est l'imposition du koulak, ainsi que les formes et les m&#233;thodes &#224; adopter pour rallier le prol&#233;tariat aux pauvres des villages. Quelle est la v&#233;ritable affaire en cours ? La meilleure m&#233;thode pour &#233;tablir des relations correctes entre la paysannerie et le prol&#233;tariat. Vous avez le droit d'&#234;tre en d&#233;saccord avec certaines de nos propositions, mais vous devez reconna&#238;tre que toute la lutte id&#233;ologique tourne autour de la question de savoir quelles relations sont correctes au stade actuel de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y avait-il des divergences entre nous en 1917 sur la question paysanne ? Non. Le d&#233;cret paysan, le d&#233;cret paysan &#171; social-r&#233;volutionnaire &#187;, a &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; par nous comme base. Le d&#233;cret agraire r&#233;dig&#233; par L&#233;nine fut accept&#233; par nous &#224; l'unanimit&#233; et ne provoqua aucune divergence dans nos milieux. La politique de &#171; d&#233;koulakisation &#187; a-t-elle suscit&#233; des divergences ? Non, il n'y avait aucune diff&#233;rence &#224; ce sujet. (Une voix : &#171; Et Brest ? &#187;) La lutte engag&#233;e par L&#233;nine pour conqu&#233;rir la paysannerie moyenne a-t-elle donn&#233; lieu &#224; des divergences ? Non, cela n'a donn&#233; lieu &#224; rien. Je n'affirme pas qu'il n'y avait aucune divergence d'opinions, mais je maintiens fermement que, si grandes qu'aient pu &#234;tre les divergences d'opinions sur des questions diverses et m&#234;me importantes, il n'y avait aucune divergence d'opinions quant &#224; la ligne principale de la politique &#224; suivre. &#224; l'&#233;gard de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, des rumeurs couraient &#224; l'&#233;tranger faisant &#233;tat de divergences sur cette question. Et qu'a &#233;crit L&#233;nine &#224; ce sujet ? Revenons en arri&#232;re. Le paysan Goulov m'a alors demand&#233; : &#171; Quelles sont les divergences d'opinion entre vous et Ilitch ? et j'ai r&#233;pondu &#224; cette question tant dans la Pravda que dans les Izvestia. L&#233;nine &#233;crivait &#224; ce sujet, tant dans la Pravda que dans les Izvestia, en f&#233;vrier 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Izvestia du 2 f&#233;vrier 1919 ont publi&#233; une lettre d'un paysan nomm&#233; Gulov, qui soul&#232;ve la question des relations entre notre gouvernement ouvrier et paysan et la paysannerie moyenne, et d&#233;clare que des rumeurs circulent selon lesquelles Il n'y a pas d'harmonie entre L&#233;nine et Trotsky, il existe entre eux de grandes divergences d'opinions, et pr&#233;cis&#233;ment sur la question de la paysannerie moyenne. Le camarade Trotsky a d&#233;j&#224; r&#233;pondu dans sa Lettre aux paysans moyens, publi&#233;e dans les Izvestia du 7 f&#233;vrier. Le camarade Trotsky d&#233;clare dans sa lettre que les rumeurs de diff&#233;rends entre lui et moi ne sont que les mensonges les plus monstrueux et les plus m&#233;chants, r&#233;pandus &#224; l'&#233;tranger par les propri&#233;taires terriens et capitalistes ou leurs complices volontaires et involontaires. Pour ma part, je souscris pleinement &#224; la d&#233;claration ainsi faite par le camarade Trotsky. Il n'y a aucune diff&#233;rence entre nous et, en ce qui concerne les paysans moyens, non seulement il n'y a aucune diff&#233;rence entre moi et Trotsky, mais encore aucune diff&#233;rence dans l'ensemble du Parti communiste, dont nous sommes tous deux membres. Le camarade Trotsky explique clairement et en d&#233;tail dans sa lettre pourquoi le Parti communiste et l'actuel gouvernement ouvrier et paysan, &#233;lu par les Sovi&#233;tiques et compos&#233; de membres du parti, ne consid&#232;rent pas la paysannerie moyenne comme leurs ennemis. Je signe doublement tout ce que dit le camarade Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait avant la NEP. Puis vint la transition vers la NEP. Je r&#233;p&#232;te encore une fois que le passage &#224; la NEP n'a donn&#233; lieu &#224; aucune divergence. Sur la question de la NEP, j'ai pr&#233;sent&#233; un rapport devant le IVe Congr&#232;s mondial, au cours duquel j'ai pol&#233;mique contre Otto Bauer. Plus tard, j'ai &#233;crit ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La NEP est consid&#233;r&#233;e par la bourgeoisie et les mencheviks comme une &#233;tape n&#233;cessaire (mais bien s&#251;r &#171; insuffisante &#187;) vers la lib&#233;ration des forces productives. Les th&#233;oriciens menchevistes, du type Kautsky comme Otto Bauer, ont accueilli la NEP comme l'aube de la restauration capitaliste en Russie. Ils ajoutent : soit la NEP d&#233;truira la dictature bolchevique (r&#233;sultat favorable), soit la dictature bolchevique d&#233;truira la NEP (r&#233;sultat regrettable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de mon rapport au IVe Congr&#232;s du Parti a prouv&#233; que la NEP ne d&#233;truirait pas la dictature bolchevique, mais que la dictature bolchevique, dans les conditions donn&#233;es par la NEP, assurerait la supr&#233;matie des &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie sur l'&#233;conomie capitaliste. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine sur le socialisme dans un seul pays&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a reproch&#233; un autre passage de mes ouvrages &#8211; et j'en viens ici &#224; la question de la possibilit&#233; de la victoire du socialisme dans un seul pays &#8211; qui se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions dans la position du gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233; avec une population agraire &#233;crasante ne peuvent &#234;tre r&#233;solues qu'&#224; l'&#233;chelle internationale et dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; dit en 1922. La r&#233;solution accusatrice fait la d&#233;claration suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence constate que de telles opinions du camarade Trotsky et de ses partisans sur la question fondamentale du caract&#232;re et des perspectives de notre r&#233;volution n'ont rien de commun avec les vues de notre parti, avec le l&#233;ninisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait &#233;t&#233; affirm&#233; qu'il existait une nuance de diff&#233;rence &#8211; je ne le trouve pas encore aujourd'hui &#8211; ou que ces vues n'ont pas encore &#233;t&#233; formul&#233;es avec pr&#233;cision (et je ne vois pas la formulation pr&#233;cise). Mais c'est dit clairement : ces vues &#171; n'ont rien de commun avec les vues du parti, avec le l&#233;ninisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois ici citer quelques lignes &#233;troitement li&#233;es au l&#233;ninisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire compl&#232;te de la r&#233;volution socialiste dans un seul pays est impensable et exige la coop&#233;ration active d'au moins certains pays avanc&#233;s, parmi lesquels nous ne pouvons pas compter la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas moi qui ai dit cela, mais quelqu'un de plus grand que moi. L&#233;nine l'a dit le 8 novembre 1918. Pas avant la R&#233;volution d'Octobre, mais le 8 novembre 1918, un an apr&#232;s notre prise du pouvoir. S'il n'avait rien dit d'autre que cela, nous pourrions facilement en d&#233;duire ce que nous aimions en extrayant l'une ou l'autre phrase de son contexte. (Une voix : &#171; Il parlait de la victoire finale ! &#187;) Non, pardon, il a dit : &#171; exige la coop&#233;ration active &#187;. Ici, il est impossible de s'&#233;carter de la question principale pour se tourner vers la question de &#171; l'intervention &#187;, car il est clairement indiqu&#233; que la victoire du socialisme exige &#8211; non seulement une protection contre l'intervention &#8211; mais la coop&#233;ration &#171; d'au moins certains pays avanc&#233;s, parmi lesquels nous &#187;. Je ne peux pas compter la Russie. (Voix : &#171; Et qu'est-ce qui en d&#233;coule ? &#187;) Ce n'est pas le seul passage dans lequel nous voyons qu'il ne s'agit pas simplement d'une intervention. La conclusion &#224; tirer est donc que le point de vue que j'ai d&#233;fendu, selon lequel les contradictions internes n&#233;es du retard de notre pays doivent &#234;tre r&#233;solues par la r&#233;volution internationale, n'est pas ma propri&#233;t&#233; exclusive, mais celui que L&#233;nine a d&#233;fendu. ces m&#234;mes vues, mais de mani&#232;re incomparablement plus pr&#233;cise et cat&#233;gorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit que cela s'appliquait &#224; l'&#233;poque o&#249; la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal des pays capitalistes &#233;tait cens&#233;e &#234;tre encore inconnue, c'est-&#224;-dire l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dant l'imp&#233;rialisme. Je ne peux pas entrer dans les d&#233;tails. Mais je dois malheureusement constater que le camarade Staline commet ici une grave erreur th&#233;orique et historique. La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme est plus ancienne que l'imp&#233;rialisme. Le capitalisme se d&#233;veloppe aujourd'hui de mani&#232;re tr&#232;s in&#233;gale selon les pays. Mais au XIXe si&#232;cle, cette in&#233;galit&#233; &#233;tait plus grande qu'au XXe. A cette &#233;poque, l'Angleterre &#233;tait le seigneur du monde, tandis que le Japon &#233;tait un &#201;tat f&#233;odal &#233;troitement confin&#233; dans ses propres limites. Au moment o&#249; le servage fut aboli chez nous, le Japon commen&#231;a &#224; s'adapter &#224; la civilisation capitaliste. Cependant, la Chine &#233;tait toujours plong&#233;e dans le plus profond sommeil. Et ainsi de suite. A cette &#233;poque, l'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste &#233;tait plus grande qu'aujourd'hui. Ces in&#233;galit&#233;s &#233;taient aussi bien connues de Marx et d'Engels que de nous. L'imp&#233;rialisme a d&#233;velopp&#233; une tendance plus &#171; nivelante &#187; que le capitalisme pr&#233;-imp&#233;rialiste, pour la raison que le capital financier est la forme de capital la plus &#233;lastique. Mais il est incontestable qu'il existe aujourd'hui aussi de grandes in&#233;galit&#233;s en mati&#232;re de d&#233;veloppement. Mais si l'on soutient qu'au XIXe si&#232;cle, avant l'imp&#233;rialisme, le capitalisme se d&#233;veloppait de mani&#232;re moins in&#233;gale, et que la th&#233;orie de la possibilit&#233; du socialisme dans un seul pays &#233;tait donc erron&#233;e &#224; cette &#233;poque, alors qu'aujourd'hui, maintenant que l'imp&#233;rialisme a accru l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du d&#233;veloppement, Si la th&#233;orie du socialisme dans un pays est devenue exacte, alors cette affirmation contredit toute l'exp&#233;rience historique et renverse compl&#232;tement les faits. Non, cela ne suffira pas ; il faut chercher d'autres arguments, plus s&#233;rieux : le camarade Staline a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui nient la possibilit&#233; de l'instauration du socialisme dans un seul pays doivent en m&#234;me temps nier la l&#233;gitimit&#233; de la R&#233;volution d'Octobre. (Staline, Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, p. 215)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1918, L&#233;nine nous a dit que l'instauration du socialisme n&#233;cessite la coop&#233;ration directe de certains pays avanc&#233;s, &#171; parmi lesquels nous ne pouvons pas compter la Russie &#187;. Pourtant L&#233;nine n'a pas ni&#233; le caract&#232;re justifiable de la R&#233;volution d'Octobre. Et il &#233;crivait &#224; ce propos en 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il y a des gens ing&#233;nieux (cela a &#233;t&#233; &#233;crit contre les partisans de Kautsky et de Suchanov) qui se croient tr&#232;s intelligents et se disent m&#234;me socialistes ; ceux-ci soutiennent que nous n'aurions pas d&#251; prendre le pouvoir avant que la r&#233;volution n'ait &#233;clat&#233; dans tous les pays. Ils ne se rendent pas compte qu'en parlant ainsi, ils s'&#233;cartent de la r&#233;volution et passent du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie. Attendre que les masses travailleuses accomplissent la r&#233;volution internationale, c'est attendre que nous soyons raides et rigides, attendre que nous mourrions de froid. &#199;a n'a pas de sens ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;sol&#233;, mais &#231;a continue comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'a pas de sens. La difficult&#233; de la r&#233;volution est connue de nous tous. Car la victoire finale ne peut avoir lieu qu'&#224; l'&#233;chelle internationale et ne peut &#234;tre obtenue que gr&#226;ce aux efforts conjoints des travailleurs de tous les pays. (L&#233;nine, vol. 15, page 287, &#233;crit le 14 mai 1918.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, L&#233;nine n'a pas ni&#233; le &#171; caract&#232;re justifiable &#187; de la R&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin. En 1921 &#8211; non pas en 1914, mais en 1921 &#8211; L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes avanc&#233;s, il existe une classe de travailleurs agricoles, cr&#233;&#233;e par des d&#233;cennies de travail salari&#233;. Ce n'est que dans les pays o&#249; cette classe est suffisamment d&#233;velopp&#233;e que la transition du capitalisme au socialisme est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il ne s'agit pas d'intervention mais de niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique et d'&#233;volution des rapports de classes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nombre de nos ouvrages et dans toutes nos d&#233;clarations dans la presse, nous avons soulign&#233; que tel n'est pas le cas en Russie, que les ouvriers industriels y sont en minorit&#233; et que l'&#233;crasante majorit&#233; sont de petits agriculteurs. La r&#233;volution sociale dans un pays comme celui-ci ne peut finalement r&#233;ussir qu'&#224; deux conditions : premi&#232;rement, &#224; la condition qu'elle soit soutenue au moment opportun par la r&#233;volution sociale dans un ou plusieurs pays plus avanc&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre condition est l'entente entre le prol&#233;tariat et la majorit&#233; de la population paysanne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que seule une entente avec la paysannerie peut sauver la r&#233;volution socialiste en Russie, aussi longtemps que la r&#233;volution sociale n'a pas &#233;clat&#233; dans d'autres pays. Cela doit &#234;tre d&#233;clar&#233; ouvertement &#224; toutes les r&#233;unions et dans toute la presse. (L&#233;nine, discours au Xe Congr&#232;s du Parti RCP, 1921)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'a pas d&#233;clar&#233; que l'entente avec la paysannerie suffisait pour construire le socialisme ind&#233;pendamment du sort du prol&#233;tariat international. Non, cette compr&#233;hension n'est qu'une des conditions. L'autre condition est le soutien que d'autres pays doivent apporter &#224; la r&#233;volution. Il combine ces deux conditions, soulignant leur n&#233;cessit&#233; particuli&#232;re pour nous qui vivons dans un pays arri&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, on me reproche d'avoir d&#233;clar&#233; qu'&#171; un v&#233;ritable progr&#232;s de l'&#233;conomie socialiste en Russie n'est possible qu'apr&#232;s la victoire du prol&#233;tariat dans les pays les plus importants d'Europe &#187;. Il est probable, camarades, que nous sommes devenus inexacts dans l'emploi de divers termes. Qu'entend-on par &#171; &#233;conomie socialiste &#187; au sens strict du terme ? Nous avons de grands succ&#232;s &#224; enregistrer et nous en sommes naturellement fiers. J'ai tent&#233; de les d&#233;crire dans mon livret, Vers le socialisme ou le capitalisme, pour mieux comprendre l'ampleur de ces succ&#232;s. Les th&#232;ses du camarade Rykov affirment que nous nous rapprochons du niveau d'avant-guerre. Mais ce n'est pas tout &#224; fait exact. Notre population est-elle la m&#234;me qu'avant la guerre ? Non, c'est plus grand. Et la consommation moyenne de biens industriels par habitant est consid&#233;rablement inf&#233;rieure &#224; celle de 1913. Le Conseil &#233;conomique supr&#234;me du peuple estime qu'&#224; cet &#233;gard, nous ne retrouverons le niveau d'avant-guerre qu'en 1930. Et puis, quel &#233;tait le niveau de 1913 ? C'&#233;tait le niveau de la mis&#232;re, du retard, de la barbarie. Si nous parlons d'&#233;conomie socialiste et d'un progr&#232;s r&#233;el de l'&#233;conomie socialiste, nous entendons : pas d'antagonisme entre la ville et la campagne, contenu g&#233;n&#233;ral, prosp&#233;rit&#233;, culture. C'est ce que nous entendons par le progr&#232;s r&#233;el de l'&#233;conomie socialiste. Et nous sommes encore loin de cet objectif. Nous avons des enfants indigents, nous avons des ch&#244;meurs, des villages viennent chaque ann&#233;e trois millions de travailleurs superflus, dont un demi-million cherchent du travail dans les villes, o&#249; les industries ne peuvent en absorber plus de 1 100 000 par an. Nous avons le droit d'&#234;tre fiers de ce que nous avons accompli, mais nous ne devons pas d&#233;former la perspective historique. Ce que nous avons accompli n'est pas encore un v&#233;ritable progr&#232;s de l'&#233;conomie socialiste, mais seulement les premiers pas s&#233;rieux sur ce long pont menant du capitalisme au socialisme. Est-ce la m&#234;me chose ? En aucun cas. Le passage cit&#233; contre moi disait la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'avons pas encore achev&#233; les fondations de notre &#233;conomie socialiste, et les forces hostiles du capitalisme en voie de disparition pourraient encore nous en priver &#224; nouveau. Cela doit &#234;tre clairement reconnu et ouvertement admis, car il n'y a rien de plus dangereux que les illusions et les vertiges, surtout &#224; de grandes hauteurs. Et il n'y a rien d'&#171; effrayant &#187;, rien qui puisse donner la moindre cause de d&#233;sespoir, dans la reconnaissance de cette am&#232;re v&#233;rit&#233;, car nous avons toujours proclam&#233; et r&#233;p&#233;t&#233; cette v&#233;rit&#233; &#233;l&#233;mentaire du marxisme, &#224; savoir que les efforts conjoints des travailleurs de certains pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires &#224; la victoire du socialisme. (L&#233;nine, &#338;uvres compl&#232;tes, &#233;dition russe, vol. XX/2, page 487.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas ici d'une intervention, mais des efforts conjoints de plusieurs pays avanc&#233;s pour l'instauration du socialisme. Ou bien L&#233;nine a-t-il &#233;crit cela avant l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, avant que soit connue la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal ? Non, il a &#233;crit ceci en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant un autre passage, dans l'article sur les coop&#233;ratives, un seul passage, qui s'oppose &#224; tout le reste de ce qu'a &#233;crit L&#233;nine, ou plut&#244;t, on tente ainsi de s'y opposer. (Une voix : &#171; Accidentellement ! &#187;) Pas du tout par accident. Je suis enti&#232;rement d'accord avec la phrase. Il faut bien le comprendre. Le passage est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, tous les grands moyens de production sont en possession de l'&#201;tat, le pouvoir d'&#201;tat est entre les mains du prol&#233;tariat : l'alliance de ce prol&#233;tariat avec les millions de paysans pauvres et les plus pauvres, la s&#233;curit&#233; du direction de ce prol&#233;tariat sur la paysannerie, etc. ; n'est-ce pas l&#224; tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir construire &#224; partir des coop&#233;ratives, des coop&#233;ratives seules, que nous traitions autrefois d'une mani&#232;re de belle-m&#232;re, comme de petites affaires de commer&#231;ants et que nous sommes maintenant justifi&#233;s &#224; un certain point ? Dans quelle mesure en traitant ainsi dans le cadre de la NEP &#8211; pour construire &#224; partir des seules coop&#233;ratives un &#233;tat de soci&#233;t&#233; socialiste complet ? Ce n'est pas encore l'instauration de l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste, mais c'est tout ce qui est n&#233;cessaire et suffisant pour cette r&#233;alisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Une voix : &#171; Vous lisez beaucoup trop vite. &#187; Rires) Alors il faudra m'accorder encore quelques minutes, camarades. (Rires. Une voix : &#171; Bien ! &#187;) N'est-ce pas ? Je suis d'accord. (Une voix : &#171; C'est exactement ce que nous voulons. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la question ici ? Quels &#233;l&#233;ments sont ici &#233;num&#233;r&#233;s ? En premier lieu, la possession des moyens de production ; dans le second, le pouvoir du prol&#233;tariat ; troisi&#232;mement, l'alliance entre le prol&#233;tariat et la paysannerie ; quatri&#232;mement, la direction prol&#233;tarienne de la paysannerie et cinqui&#232;mement, les coop&#233;ratives. Je vous le demande : l'un d'entre vous croit-il que le socialisme puisse s'&#233;tablir dans un seul pays isol&#233; ? Le prol&#233;tariat bulgare pourrait-il &#224; lui seul, s'il avait la paysannerie derri&#232;re lui, prendre le pouvoir, construire les coop&#233;ratives et instaurer le socialisme ? Non, ce serait impossible. Par cons&#233;quent, d'autres &#233;l&#233;ments sont n&#233;cessaires en plus de ce qui pr&#233;c&#232;de : la situation g&#233;ographique, la richesse naturelle, les techniques et la culture. L&#233;nine &#233;num&#232;re ici les conditions du pouvoir d'&#201;tat, les rapports de propri&#233;t&#233; et les formes d'organisation des coop&#233;ratives. Rien de plus. Et il dit que pour &#233;tablir le socialisme, nous n'avons pas besoin de prol&#233;tariser la paysannerie, ni de nouvelles r&#233;volutions, mais que nous sommes capables, avec le pouvoir entre nos mains, en alliance avec la paysannerie et avec l'aide des coop&#233;ratives. , pour mener &#224; bien notre t&#226;che &#224; travers l'action de ces formes et m&#233;thodes &#233;tatiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, camarades, nous connaissons une autre d&#233;finition du socialisme que L&#233;nine a donn&#233;e. Selon cette d&#233;finition, le socialisme &#233;quivaut au pouvoir sovi&#233;tique plus l'&#233;lectrification. L'&#233;lectrification est-elle annul&#233;e dans le passage qui vient d'&#234;tre cit&#233; ? Non, ce n'est pas annul&#233;. Tout ce que L&#233;nine a dit par ailleurs sur l'instauration du socialisme &#8211; et j'en ai donn&#233; plus haut des formulations claires &#8211; est compl&#233;t&#233; par cette citation, mais non annul&#233;. Car l'&#233;lectrification ne doit pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e dans le vide, mais dans certaines conditions, dans les conditions impos&#233;es par le march&#233; mondial et l'&#233;conomie mondiale, qui sont des faits tr&#232;s tangibles. L'&#233;conomie mondiale n'est pas une simple g&#233;n&#233;ralisation th&#233;orique, mais une r&#233;alit&#233; pr&#233;cise et puissante, dont les lois nous englobent ; un fait dont chaque ann&#233;e de notre d&#233;veloppement nous convainc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle th&#233;orie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder cela en d&#233;tail, je voudrais vous rappeler ce qui suit : Certains de nos camarades, avant de cr&#233;er une th&#233;orie enti&#232;rement nouvelle, et &#224; mon avis totalement fausse, bas&#233;e sur une interpr&#233;tation unilat&#233;rale de l'article de L&#233;nine sur les coop&#233;ratives avaient un point de vue tout &#224; fait diff&#233;rent. En 1924, le camarade Staline ne disait pas la m&#234;me chose qu'aujourd'hui. Cela a &#233;t&#233; soulign&#233; au XIVe Congr&#232;s du Parti, mais le passage cit&#233; n'a pas disparu pour autant, mais est rest&#233; pleinement conserv&#233; m&#234;me en 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de remporter la victoire finale du socialisme dans un seul pays sans les efforts conjoints des prol&#233;tariats de plusieurs pays avanc&#233;s ? Non, c'est impossible. Les efforts d'un seul pays suffisent pour renverser la bourgeoisie &#8211; c'est ce que montre l'histoire de notre r&#233;volution. Mais pour la victoire finale du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout d'un pays aussi agraire que la Russie, ne suffisent pas ; pour cela, les efforts des prol&#233;tariats de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires. (Les Principes du l&#233;ninisme, avril 1924.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit par Staline en 1924, mais la r&#233;solution ne me cite que jusqu'en 1922. (Rires) Oui, c'est ce qui a &#233;t&#233; dit en 1924 : Pour l'organisation de l'&#233;conomie socialiste &#8211; non pour se prot&#233;ger contre l'intervention, non pour garantir contre la restauration. de l'ordre capitaliste, non, non, mais pour &#171; l'organisation de la production socialiste &#187;, les efforts d'un seul pays, surtout d'un pays aussi agraire que la Russie, ne suffisent pas. Le camarade Staline a renonc&#233; &#224; ce point de vue. Il a bien s&#251;r le droit de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les d&#233;fauts de cette formulation ? Elles consistent en ce qu'il r&#233;unit deux questions diff&#233;rentes : la question de la possibilit&#233; d'&#233;tablir le socialisme dans un seul pays, par ses propres efforts &#8211; &#224; laquelle une r&#233;ponse affirmative doit &#234;tre donn&#233;e ; et la question de savoir si un pays dans lequel la dictature du prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;tablie peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme compl&#232;tement &#224; l'abri d'une intervention, et par cons&#233;quent comme compl&#232;tement &#224; l'abri d'une restauration de l'ordre capitaliste, &#224; moins qu'une r&#233;volution victorieuse n'ait eu lieu dans un certain nombre de pays. d'autres pays &#8211; auxquels une r&#233;ponse n&#233;gative doit &#234;tre donn&#233;e. (Staline, Probl&#232;mes du l&#233;ninisme, page 44, 1926.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous me permettez de le dire, on ne retrouve pas ces deux questions confondues dans le premier passage cit&#233;, datant de 1924. Il ne s'agit pas ici d'intervention, mais uniquement de l'impossibilit&#233; de l'organisation compl&#232;te de une production compl&#232;tement socialis&#233;e gr&#226;ce aux efforts seuls d'un pays paysan comme la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vraiment, camarades, toute la question peut-elle se r&#233;duire &#224; une question d'intervention ? Pouvons-nous simplement imaginer que nous instaurons le socialisme ici, dans cette maison, pendant que les ennemis dehors, dans la rue, jettent des pierres &#224; travers les vitres ? La question n'est pas si simple. L'intervention, c'est la guerre, et la guerre est la continuation de la politique, mais avec d'autres armes. Mais la politique est une &#233;conomie appliqu&#233;e. Toute la question rel&#232;ve donc des relations &#233;conomiques entre l'Union sovi&#233;tique et les pays capitalistes. Ces relations ne s'&#233;puisent pas sous cette seule forme connue sous le nom d'intervention. Ils poss&#232;dent un caract&#232;re beaucoup plus continu et profond. Le camarade Boucharine a d&#233;clar&#233; en termes tr&#232;s clairs que le seul danger d'une intervention r&#233;side dans le fait qu'en cas d'absence d'intervention :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... nous pouvons travailler au socialisme m&#234;me sur cette mis&#233;rable base technique (nous pouvons y travailler, c'est vrai. &#8211; LT), que cette croissance du socialisme sera beaucoup plus lente, que nous avancerons &#224; pas de tortue ; mais nous travaillerons quand m&#234;me au socialisme et nous le r&#233;aliserons. (Au XIVe Congr&#232;s du Parti)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous travaillons vers le socialisme. Il est incontestable que nous y parviendrons main dans la main avec le prol&#233;tariat mondial. (Rires) &#192; mon avis, il n'est pas de bon ton de rire lors d'une conf&#233;rence communiste lorsque l'on parle de la r&#233;alisation du socialisme main dans la main avec le prol&#233;tariat international. (Rires. Voix : &#171; Pas de d&#233;magogie ! &#187; &#171; Vous ne pouvez pas nous attraper avec &#231;a !! &#187;) Mais je vous dis que nous ne r&#233;aliserons jamais le socialisme &#224; la vitesse d'un escargot, car les march&#233;s mondiaux exercent un contr&#244;le trop strict sur nous. (Une voix : &#171; Vous &#234;tes tout &#224; fait alarm&#233; ! &#187;) Comment le camarade Boucharine imagine-t-il cette prise de conscience ? Dans son dernier article dans Le Bolchevik, qui, je dois le dire, est l'ouvrage le plus scolastique jamais sorti de la plume de Boucharine (rires), il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir si nous pouvons &#339;uvrer au socialisme et l'instaurer si nous faisons abstraction de cela des questions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez simplement ceci : &#171; Si nous pouvons &#339;uvrer au socialisme et l'&#233;tablir, si nous extrayons cette question des questions internationales. &#187; Si nous accomplissons cette &#171; abstraction &#187;, alors bien s&#251;r, le reste est facile. Mais nous ne pouvons pas. C'est tout l'int&#233;r&#234;t. (Rire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de se promener nu dans les rues de Moscou en janvier, si l'on parvient &#224; s'abstraire de la m&#233;t&#233;o et de la police. (Rires) Mais j'ai peur que cette abstraction &#233;choue, tant en ce qui concerne la m&#233;t&#233;o que la police, si nous essayions. (Rire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le r&#233;p&#233;tons encore une fois : il s'agit de forces int&#233;rieures et non de dangers li&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur. Il s'agit donc du caract&#232;re de la r&#233;volution. (Boucharine, n&#176; 19/20 du Bolchevik)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de notre r&#233;volution, ind&#233;pendant des relations internationales. Depuis quand existe ce caract&#232;re autarcique de notre r&#233;volution ? Je maintiens que notre r&#233;volution, telle que nous la connaissons, n'existerait pas du tout sans deux conditions internationales pr&#233;alables : premi&#232;rement, le facteur du capital financier, qui, dans sa cupidit&#233;, a f&#233;cond&#233; notre d&#233;veloppement &#233;conomique, et deuxi&#232;mement, le marxisme, quintessence th&#233;orique du mouvement ouvrier international, qui a f&#233;cond&#233; notre lutte prol&#233;tarienne. Cela signifie que la r&#233;volution se pr&#233;parait, avant 1917, &#224; ces carrefours o&#249; se rencontrent les grandes forces du monde. De ce choc de forces est n&#233;e la grande guerre, et de l&#224; la R&#233;volution d'Octobre. Et maintenant, on nous dit de nous abstraire de la situation internationale et de construire nous-m&#234;mes notre socialisme chez nous. C'est une m&#233;thode de pens&#233;e m&#233;taphysique. Il n'y a aucune possibilit&#233; d'abstraction de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'exportation ? Une affaire interne ou internationale ? Les marchandises &#224; exporter doivent &#234;tre produites dans le pays, c'est donc une question interne. Mais ils doivent &#234;tre export&#233;s &#224; l'&#233;tranger, il s'agit donc d'une transaction internationale. Et qu'est-ce que l'importation ? L'importation est internationale ! Les marchandises doivent &#234;tre achet&#233;es &#224; l'&#233;tranger. Mais il faut les introduire dans le pays, c'est donc une affaire int&#233;rieure apr&#232;s tout. (Rires) Cet exemple d'importation et d'exportation suffit &#224; lui seul &#224; faire s'effondrer toute la th&#233;orie du camarade Boucharine, qui propose une &#171; abstraction &#187; de la situation internationale. Le succ&#232;s de l'&#233;dification socialiste d&#233;pend de la rapidit&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique, et cette rapidit&#233; est aujourd'hui d&#233;termin&#233;e directement et plus fortement que jamais par les importations de mati&#232;res premi&#232;res et de machines. Certes, nous pouvons nous soustraire &#224; la p&#233;nurie de titres &#233;trangers et commander davantage de coton et de machines. Mais nous ne pouvons le faire qu'une seule fois. Une seconde fois, nous ne pourrons pas accomplir cette abstraction. (Rires) L'ensemble de notre travail constructif est d&#233;termin&#233; par les conditions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on me demande si notre &#201;tat est prol&#233;tarien, je ne peux que r&#233;pondre que la question est d&#233;plac&#233;e. Si vous ne souhaitez pas porter votre jugement sur deux ou trois mots pris au hasard dans un rapport st&#233;nographique non corrig&#233;, mais sur ce que j'ai dit et &#233;crit dans des dizaines de discours et d'articles - et c'est la seule fa&#231;on de former un jugement jugement sur les opinions des uns et des autres &#8211; si nous ne voulons pas nous tromper avec une phrase non corrig&#233;e, mais cherchons &#224; comprendre les opinions r&#233;elles des uns et des autres, alors vous devez admettre sans h&#233;sitation que je me joins &#224; vous pour consid&#233;rer notre Etat comme un Etat prol&#233;tarien. J'ai d&#233;j&#224; r&#233;pondu par plusieurs citations &#224; la question de savoir si cet &#201;tat &#233;difie le socialisme. Si vous demandez s'il existe dans ce pays suffisamment de forces et de moyens pour r&#233;aliser compl&#232;tement l'instauration du socialisme d'ici trente ou cinquante ans, ind&#233;pendamment de ce qui se passe dans le monde ext&#233;rieur, alors je dois r&#233;pondre que la question est pos&#233;e dans un sens. forme totalement fausse. Nous disposons des forces suffisantes pour promouvoir l'&#339;uvre de socialisation et, par l&#224; m&#234;me, pour aider le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, qui n'a pas moins de chances de conqu&#233;rir le pouvoir dans dix, vingt ou trente ans que nous n'en avons d'instaurer le socialisme ; ce n'est pas une perspective moindre, mais une perspective bien plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous le demande, camarades &#8211; et c'est sur cet axe que tourne toute la question &#8211; que se passera-t-il en Europe pendant que nous travaillons &#224; notre socialisation ? Vous r&#233;pondez : Nous &#233;tablirons le socialisme dans notre pays, ind&#233;pendamment de ce qui se passe dans le monde entier. Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps faudra-t-il pour instaurer le socialisme ? L&#233;nine &#233;tait d'avis que nous n'aurons pas instaur&#233; le socialisme en vingt ans, &#233;tant donn&#233; que notre pays agraire est tr&#232;s arri&#233;r&#233;. Et dans trente ans nous ne l'aurons pas non plus &#233;tabli. Prenons trente &#224; cinquante ans au minimum. Que va-t-il se passer en Europe pendant tout ce temps ? Je ne peux pas faire de pronostic pour notre pays sans inclure un pronostic pour l'Europe. Il peut y avoir quelques variations. Si vous dites que le prol&#233;tariat europ&#233;en sera certainement arriv&#233; au pouvoir dans les trente &#224; cinquante prochaines ann&#233;es, alors cela ne fait plus aucun doute. Car si le prol&#233;tariat europ&#233;en prend le pouvoir dans les dix, vingt ou trente prochaines ann&#233;es, alors la position du socialisme sera assur&#233;e, tant dans notre pays qu'au niveau international. Mais vous pensez probablement que nous devons imaginer un avenir dans lequel le prol&#233;tariat europ&#233;en n'acc&#233;dera pas au pouvoir ? Sinon pourquoi tout ton pronostic ? Par cons&#233;quent, je vous demande, &#224; votre avis, que va-t-il se passer en Europe &#224; cette &#233;poque ? D'un point de vue purement th&#233;orique, trois variantes sont possibles. L'Europe h&#233;sitera autour du niveau d'avant-guerre, comme c'est le cas aujourd'hui, le prol&#233;tariat et la bourgeoisie oscillant entre eux et maintenant simplement un &#233;quilibre. Il faut cependant qualifier cet &#171; &#233;quilibre &#187; d'inconstant, car il l'est extr&#234;mement. Cette situation ne peut pas durer vingt, trente ou quarante ans. Il faut d&#233;cider d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyez-vous que le capitalisme retrouvera un &#233;quilibre dynamique renouvel&#233; ? Croyez-vous que le capitalisme puisse assurer une nouvelle p&#233;riode d'ascendant, une reproduction nouvelle et &#233;tendue de ce processus qui a eu lieu avant la guerre imp&#233;rialiste ? Si vous croyez que cela est possible (je ne crois pas moi-m&#234;me que le capitalisme ait une telle perspective devant lui), si vous le permettez, ne serait-ce qu'en th&#233;orie, pour un instant, cela signifierait que le capitalisme n'a pas encore rempli sa mission historique en Europe et dans le reste du monde. du monde, et que le capitalisme actuel n'est pas un capitalisme imp&#233;rialiste et en d&#233;composition, mais un capitalisme toujours en voie de modernisation, d&#233;veloppant l'&#233;conomie et la culture. Et cela voudrait dire que nous sommes apparus trop t&#244;t sur la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Le camarade Trotsky a largement d&#233;pass&#233; le temps qui lui &#233;tait imparti. Il parle depuis plus d'une heure et demie. Il demande cinq minutes suppl&#233;mentaires. Je prendrai votre vote. Qui est pour ? Qui est contre ? Quelqu'un demande-t-il un nouveau vote ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Je demande un nouveau vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Qui est favorable &#224; ce que cinq minutes suppl&#233;mentaires soient accord&#233;es au camarade Trotsky ? Qui est contre ? La majorit&#233; est contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Je souhaitais utiliser ces cinq minutes pour un bref r&#233;sum&#233; des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident : Je vais reprendre le vote. Qui est favorable &#224; ce que le temps de parole du camarade Trotsky soit prolong&#233; de cinq minutes ? Les partisans brandissent les billets de leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s. Qui est contre ? La majorit&#233; y est favorable. Il vaut mieux prolonger le temps que de compter les votes pendant cinq minutes. Le camarade Trotsky continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Trotsky : Si l'on suppose qu'au cours des trente &#224; cinquante prochaines ann&#233;es dont nous avons besoin pour l'instauration du socialisme, le capitalisme europ&#233;en se d&#233;veloppera vers le haut, alors nous devons en conclure que nous serons certainement &#233;trangl&#233;s ou &#233;cras&#233;s, car le capitalisme ascendant il poss&#233;dera certainement, entre autres choses, des techniques de guerre am&#233;lior&#233;es en cons&#233;quence. Nous sommes en outre conscients qu'un capitalisme dont la prosp&#233;rit&#233; augmente rapidement est tout &#224; fait capable d'entra&#238;ner les masses dans la guerre, aid&#233; par l'aristocratie ouvri&#232;re qu'il est capable de cr&#233;er. Ces sombres perspectives sont, &#224; mon avis, impossibles &#224; r&#233;aliser ; la situation &#233;conomique internationale n'offre aucune base. En tout cas, nous n'avons pas besoin de fonder l'avenir du socialisme dans notre pays sur cette supposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la deuxi&#232;me possibilit&#233; d'un capitalisme en d&#233;clin et en d&#233;composition. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur cette base que le prol&#233;tariat europ&#233;en apprend, lentement mais s&#251;rement, l'art de faire la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible d'imaginer que le capitalisme europ&#233;en poursuivra son processus de d&#233;cadence pendant trente &#224; cinquante ans et que le prol&#233;tariat restera pendant ce temps incapable d'accomplir la r&#233;volution ? Je demande pourquoi je devrais accepter cette hypoth&#232;se, qui ne peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e que comme l'hypoth&#232;se d'un pessimisme infond&#233; et tr&#232;s profond &#224; l'&#233;gard du prol&#233;tariat europ&#233;en, et en m&#234;me temps d'un optimisme non critique &#224; l'&#233;gard de l'instauration du socialisme par le peuple sans aide. forces de notre pays ? En quoi le devoir th&#233;orique ou politique d'un communiste peut-il &#234;tre d'accepter l'hypoth&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat europ&#233;en n'aura pas pris le pouvoir dans les quarante &#224; cinquante prochaines ann&#233;es ? (S'il prend le pouvoir, alors le sujet de controverse dispara&#238;t.) Je maintiens que je ne vois aucune raison th&#233;orique ou politique de croire que nous construirons le socialisme avec la coop&#233;ration de la paysannerie plus facilement que le prol&#233;tariat europ&#233;en ne prendra le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Le prol&#233;tariat europ&#233;en a les plus grandes chances. Et si tel est le cas, alors je vous demande : pourquoi ces deux &#233;l&#233;ments s'opposent-ils, au lieu de se combiner comme les &#171; deux conditions &#187; de L&#233;nine ? Pourquoi exige-t-on la reconnaissance th&#233;orique de l'instauration du socialisme dans un seul pays ? Qu'est-ce qui a donn&#233; naissance &#224; ce point de vue ? Pourquoi cette question n'a-t-elle jamais &#233;t&#233; pos&#233;e par personne avant 1925 ? (Une voix : &#171; C'&#233;tait le cas ! &#187;) Ce n'est pas le cas, cela n'a jamais &#233;t&#233; avanc&#233;. M&#234;me le camarade Staline &#233;crivait en 1924 que les efforts d'un pays agraire &#233;taient insuffisants pour instaurer le socialisme. Aujourd'hui, je reste fermement convaincu que la victoire du socialisme dans notre pays n'est possible qu'en conjonction avec la r&#233;volution victorieuse du prol&#233;tariat europ&#233;en. Cela ne veut pas dire que nous ne travaillons pas en faveur d'un &#233;tat de soci&#233;t&#233; socialiste ou que nous ne devons pas poursuivre ce travail avec toute l'&#233;nergie possible. De m&#234;me que l'ouvrier allemand se pr&#233;pare &#224; prendre le pouvoir, nous pr&#233;parons le socialisme de l'avenir, et chaque succ&#232;s que nous pouvons enregistrer facilite la lutte du prol&#233;tariat allemand, tout comme sa lutte facilite notre progr&#232;s socialiste. C'est la seule v&#233;ritable vision internationale que l'on puisse adopter de notre travail pour la r&#233;alisation de l'&#201;tat de soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, je r&#233;p&#232;te les paroles que j'ai prononc&#233;es au pl&#233;num du CC : ne croyions-nous pas que notre &#201;tat est un &#201;tat prol&#233;tarien, bien qu'avec des d&#233;formations bureaucratiques, c'est-&#224;-dire un &#201;tat qui devrait &#234;tre mis en contact beaucoup plus &#233;troit avec la classe ouvri&#232;re ? , malgr&#233; de nombreuses opinions bureaucratiques erron&#233;es affirmant le contraire ; ne croyions-nous pas que notre d&#233;veloppement &#233;tait socialiste ? ne croyions-nous pas que notre pays poss&#233;dait les moyens ad&#233;quats pour promouvoir l'&#233;conomie socialiste ? si nous n'&#233;tions pas convaincus de notre victoire compl&#232;te et d&#233;finitive : alors, il va sans dire, notre place ne serait pas dans les rangs d'un Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition peut et doit s'appr&#233;cier selon ces deux crit&#232;res : elle peut accepter l'une ou l'autre ligne. Ceux qui croient que notre Etat n'est pas un Etat prol&#233;tarien et que notre d&#233;veloppement n'est pas socialiste doivent diriger le prol&#233;tariat contre un tel Etat et fonder un autre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceux qui croient que notre Etat est un Etat prol&#233;tarien, mais avec des d&#233;formations bureaucratiques form&#233;es sous la pression des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois et de l'encerclement capitaliste ; qui croient que notre d&#233;veloppement est socialiste, mais que notre politique &#233;conomique n'assure pas suffisamment la redistribution n&#233;cessaire du revenu national ; ceux-ci doivent combattre avec les m&#233;thodes et les moyens du parti ce qu'ils consid&#232;rent comme faux, erron&#233; ou dangereux, mais doivent en m&#234;me temps partager l'enti&#232;re responsabilit&#233; de toute la politique du parti et de l'Etat ouvrier. (Le pr&#233;sident sonne.) J'ai presque fini. Encore une minute et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que les conflits internes au parti se sont caract&#233;ris&#233;s ces derniers temps par une extr&#234;me acuit&#233; de forme et par une attitude fractionn&#233;e. Il est incontestable que cette aggravation partielle du conflit de la part de l'opposition &#8211; quelles que soient les pr&#233;misses qui l'ont suscit&#233;e &#8211; pourrait &#234;tre interpr&#233;t&#233;e, et a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e par une large partie des membres du parti, comme signifiant que les divergences de vues l'opinion &#233;tait arriv&#233;e &#224; un point qui rendait impossible une collaboration commune, c'est-&#224;-dire qu'elle pouvait conduire &#224; une scission. Cela signifie un &#233;cart &#233;vident entre les moyens et les objectifs, c'est-&#224;-dire entre les objectifs pour lesquels l'opposition a voulu lutter et les moyens qu'elle a employ&#233;s pour une raison ou une autre. C'est pour cette raison que nous avons reconnu ce moyen &#8211; la fraction &#8211; comme d&#233;fectueux, et non pour une raison quelconque d&#233;coulant de la pr&#233;sente consid&#233;ration. (Une voix : &#171; Vos forces &#233;taient insuffisantes ; vous avez &#233;t&#233; vaincus ! &#187;) Nous reconnaissons cela en tenant compte de l'ensemble de la situation interne du parti. Le but et l'objet de la d&#233;claration du 16 octobre &#233;taient de d&#233;fendre nos vues, mais de le faire dans le respect des limites fix&#233;es par notre travail commun et notre solidarit&#233; de responsabilit&#233; pour l'ensemble de la politique du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, quel est le danger objectif que repr&#233;sente la r&#233;solution sur la d&#233;viation social-d&#233;mocrate ? Le danger r&#233;side dans le fait qu'il nous pr&#234;te des vues qui conduiraient n&#233;cessairement, non seulement &#224; une politique fractionn&#233;e, mais &#224; une politique de deux partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;solution a la tendance objective de transformer aussi bien la d&#233;claration du 16 octobre que le communiqu&#233; du CC en fragments de papier qui, avec satisfaction... (Une voix : &#171; Est-ce une menace ? &#187;) Non, camarades, ce n'est pas une menace. . C'est ma derni&#232;re pens&#233;e que d'prof&#233;rer une quelconque menace. (Une voix : &#171; Pourquoi soulever cela encore ? &#187;) Vous entendrez dans un instant. Encore quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, l'acceptation de cette r&#233;solution sera pr&#233;judiciable, mais pour autant que je puisse juger de l'attitude de la soi-disant opposition, en particulier des camarades dirigeants, l'acceptation de cette r&#233;solution ne nous fera pas d&#233;vier de la ligne de la d&#233;claration du 16 octobre. Nous n'acceptons pas les vues qui nous sont impos&#233;es. Nous n'avons pas l'intention d'&#233;largir artificiellement les divergences, ni de les aggraver et de pr&#233;parer ainsi une rechute dans la lutte fractionn&#233;e. Au contraire, chacun de nous, sans chercher &#224; minimiser les divergences d'opinions existantes, s'efforcera d'adapter ces divergences dans le cadre de notre travail continu et de notre responsabilit&#233; commune dans la politique du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1926/11/answer3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui 16 d&#233;cembre, le repr&#233;sentant du Conseil du GPU Volinsky m'a transmis oralement l'ultimatum suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail de vos propres coll&#232;gues dans le pays &#187; &#8211; a-t-il d&#233;clar&#233; presque litt&#233;ralement &#8211; &#8203;&#8203;&#171; a r&#233;cemment pris un caract&#232;re ouvertement contre-r&#233;volutionnaire. Les conditions dans lesquelles vous vivez &#224; Alma Alta vous offrent toutes les possibilit&#233;s de diriger ce travail. C'est pour cette raison que le Conseil de la Gu&#233;p&#233;ou a d&#233;cid&#233; d'exiger de vous la promesse cat&#233;gorique de mettre fin &#224; ce travail, sinon le Conseil sera oblig&#233; de modifier vos conditions d'existence dans le sens d'un isolement complet de la vie politique. A cet &#233;gard, la question du changement de lieu de r&#233;sidence se pose &#233;galement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;clar&#233; au repr&#233;sentant du GPU que je ne lui donnerais qu'une r&#233;ponse &#233;crite &#224; une formulation &#233;crite. Mon refus de r&#233;pondre oralement &#224; la Gu&#233;p&#233;ou s'expliquait par des exp&#233;riences ant&#233;rieures ; mes paroles seraient malicieusement d&#233;form&#233;es afin d'induire en erreur les masses laborieuses de l'URSS et du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, quelles que soient les mesures ult&#233;rieures que devra prendre la Gu&#233;p&#233;ou, qui ne joue apr&#232;s tout aucun r&#244;le ind&#233;pendant dans cette affaire mais se contente d'ex&#233;cuter techniquement l'ancienne d&#233;cision de la fraction &#233;troite de Staline que je connais depuis un certain temps, j'estime qu'il est n&#233;cessaire de soumettre ce qui suit au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique et au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exiger que je renonce &#224; mon activit&#233; politique, c'est exiger que j'abjure la lutte pour les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat international, lutte que je m&#232;ne sans interruption depuis trente-deux ans, c'est-&#224;-dire pendant toute ma vie consciente. La tentative de pr&#233;senter mon activit&#233; comme &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#233;mane de ceux que j'accuse devant le prol&#233;tariat international de fouler aux pieds les enseignements fondamentaux de Marx et de L&#233;nine, de nuire aux int&#233;r&#234;ts historiques de la r&#233;volution mondiale, de rompre avec le syst&#232;me politique. traditions et h&#233;ritage d'Octobre, de la pr&#233;paration inconsciente &#8211; et donc la plus dangereuse &#8211; du Thermidor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renoncer &#224; l'activit&#233; politique signifierait renoncer &#224; la lutte contre l'aveuglement de la direction actuelle qui accumule sur les difficult&#233;s objectives de la construction socialiste des difficult&#233;s politiques toujours plus grandes qui naissent de l'incapacit&#233; opportuniste de mener une politique prol&#233;tarienne &#224; grande &#233;chelle historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait le renoncement &#224; la lutte contre le r&#233;gime &#233;touffant du Parti qui refl&#232;te la pression croissante des classes ennemies sur l'avant-garde prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait se r&#233;concilier passivement avec la politique &#233;conomique de l'opportunisme, une politique qui sape et d&#233;truit les fondements de la dictature du prol&#233;tariat, qui entrave la croissance mat&#233;rielle et culturelle de cette dictature et qui, en m&#234;me temps, porte des coups durs &#224; l'alliance du prol&#233;tariat. les ouvriers et les paysans travailleurs, base du pouvoir sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renoncement &#224; l'activit&#233; politique signifierait couvrir sous silence la politique d&#233;sastreuse de la direction internationale qui, en Allemagne, en 1923, a conduit &#224; l'abandon de grandes positions r&#233;volutionnaires sans lutte ; une politique qui a tent&#233; de dissimuler ses erreurs opportunistes avec les aventures d'Estonie et de Bulgarie ; qui a mal &#233;valu&#233; la situation internationale au Ve Congr&#232;s et a donn&#233; aux partis des directives qui n'ont fait que les affaiblir et les diviser, une politique qui, &#224; travers le Comit&#233; anglo-russe, a soutenu le Conseil g&#233;n&#233;ral britannique, rempart de la r&#233;action imp&#233;rialiste, dans les mois les plus difficiles pour les r&#233;formistes tra&#238;tres ; qui en Pologne, au tournant int&#233;rieur brutal, transforma l'avant-garde du prol&#233;tariat en arri&#232;re-garde de Pilsudski ; qui en Chine a men&#233; jusqu'au bout la ligne historique du menchevisme et a ainsi aid&#233; la bourgeoisie &#224; d&#233;molir, &#224; saigner et &#224; d&#233;capiter le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ; ce qui a partout affaibli le Komintern et dilapid&#233; son capital id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cesser l'activit&#233; politique signifierait se soumettre passivement &#224; l'&#233;moussement et &#224; la falsification directe de notre arme la plus importante : la m&#233;thode marxiste et les le&#231;ons strat&#233;giques que nous avons acquises dans la lutte sous la direction de L&#233;nine et avec l'aide de cette m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait se r&#233;concilier passivement &#8211; &#8203;&#8203;en en assumant la responsabilit&#233; &#8211; avec la th&#233;orie de la transition du koulak vers le socialisme, avec le mythe de la mission r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie coloniale, avec le mot d'ordre des &#171; partis ouvriers et paysans combin&#233;s &#187;. &#187; pour l'Est, un slogan qui rompt avec les fondements de la th&#233;orie des classes, et enfin &#224; ce qui est le point culminant de toutes ces fables r&#233;actionnaires et bien d'autres, la th&#233;orie du socialisme en un seul pays, le plus grand crime contre l'internationalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile l&#233;niniste du Parti subit des coups depuis 1923, c'est-&#224;-dire depuis la d&#233;faite sans pr&#233;c&#233;dent de la r&#233;volution allemande. La force de ces coups s'est accrue &#224; chaque d&#233;faite successive du prol&#233;tariat international et russe sous la direction opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension th&#233;orique et l'exp&#233;rience politique nous enseignent qu'une p&#233;riode de recul, de r&#233;gression, c'est-&#224;-dire de r&#233;action, peut avoir lieu non seulement apr&#232;s les r&#233;volutions bourgeoises, mais aussi apr&#232;s les r&#233;volutions prol&#233;tariennes. Depuis six ans, nous vivons en URSS dans des conditions de r&#233;action croissante contre Octobre et, avec elle, d'ouverture de la voie &#224; Thermidor. L'expression la plus ouverte et la plus aboutie de cette r&#233;action au sein du Parti est la pers&#233;cution sauvage et l'&#233;crasement organis&#233; de l'aile gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses derni&#232;res tentatives pour r&#233;sister aux thermidoriens d&#233;clar&#233;s, la faction stalinienne a d&#251; emprunter les &#171; d&#233;chets &#187; et les &#171; restes &#187; des id&#233;es de l'opposition. Cr&#233;ativement, il est impuissant. La lutte contre la gauche lui enl&#232;ve toute fermet&#233;. Sa politique pratique est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, fausse, contradictoire et indigne de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre le juste danger, entreprise avec tant de clameur, reste aux trois quarts seulement une campagne simul&#233;e et sert surtout &#224; dissimuler devant les masses la v&#233;ritable guerre d'an&#233;antissement contre les bolcheviks-l&#233;ninistes. La bourgeoisie mondiale et le menchevisme international. ont tous deux b&#233;ni cette guerre : ces juges ont depuis longtemps accord&#233; le &#171; droit historique &#187; &#224; Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette politique aveugle, l&#226;che et incomp&#233;tente d'adaptation &#224; la bureaucratie et &#224; la petite bourgeoisie n'avait pas &#233;t&#233; suivie, la situation des masses laborieuses au cours de la douzi&#232;me ann&#233;e de la dictature serait bien plus favorable ; la d&#233;fense militaire est bien plus ferme et plus fiable ; le Komintern se trouverait dans une position tout &#224; fait diff&#233;rente et n'aurait pas &#224; reculer pas &#224; pas devant la social-d&#233;mocratie tra&#238;tresse et soudoy&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse incurable de cette r&#233;action d'appareil au sein du Parti, malgr&#233; toute sa puissance apparente, r&#233;side dans le fait qu'elle ne sait pas ce qu'elle fait. Il exerce le commandement des classes ennemies. Il ne peut y avoir de plus grande mal&#233;diction historique pour une faction n&#233;e de la R&#233;volution et qui est aujourd'hui en train de la miner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande force historique de l'Opposition, malgr&#233; sa faiblesse momentan&#233;e, r&#233;side dans le fait qu'elle ressent le pouls des processus historiques mondiaux, qu'elle per&#231;oit clairement la dynamique des forces de classe, qu'elle pr&#233;voit l'avenir et s'y pr&#233;pare consciemment. Renoncer &#224; l'activit&#233; politique, ce serait renoncer aux pr&#233;paratifs du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace de changer mes conditions d'existence et de m'isoler de l'activit&#233; politique donne l'impression que je ne suis pas s&#233;par&#233; de Moscou par 4 500 kilom&#232;tres, par 150 kilom&#232;tres de la voie ferr&#233;e la plus proche et &#224; peu pr&#232;s par la m&#234;me distance de la fronti&#232;re des provinces occidentales d&#233;sol&#233;es de Moscou. La Chine, o&#249; le paludisme le plus f&#233;roce partage sa domination avec la l&#232;pre et la peste. Comme si la faction stalinienne, dont l'organe direct est la Gu&#233;p&#233;ou, n'avait pas fait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour m'isoler non seulement de la vie politique, mais aussi de toute autre forme de vie. Les journaux moscovites n'arrivent ici qu'avec un retard de dix jours &#224; un mois, parfois plus. Les lettres ne me parviennent que dans des cas exceptionnels, apr&#232;s avoir tra&#238;n&#233; pendant deux ou trois mois dans les tiroirs de la Gu&#233;p&#233;ou et du Secr&#233;tariat du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux de mes plus proches collaborateurs depuis la guerre civile, les camarades Sermouks et Fosnansky, qui m'accompagnaient volontairement jusqu'&#224; mon lieu d'exil, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s d&#232;s leur arriv&#233;e, jet&#233;s dans une cave avec des criminels de droit commun, puis envoy&#233;s dans les coins les plus recul&#233;s. du Nord. Une lettre de ma fille d&#233;sesp&#233;r&#233;ment malade, que vous avez exclue du Parti et emp&#234;ch&#233;e de tout travail, a mis soixante-treize jours pour me parvenir de l'h&#244;pital, de sorte que ma r&#233;ponse l'a trouv&#233;e n'est plus en vie. Une autre lettre sur la grave maladie de ma deuxi&#232;me fille, que vous avez &#233;galement exclue du Parti et chass&#233;e de tout travail, m'est venue de Moscou il y a un mois, quarante-trois jours apr&#232;s son envoi. Les demandes t&#233;l&#233;graphiques concernant la sant&#233; n'arrivent presque jamais &#224; destination. Dans une situation similaire, voire bien pire, se trouvent des milliers des meilleurs bolcheviks-l&#233;ninistes, dont les services rendus &#224; la r&#233;volution d'Octobre et au prol&#233;tariat international sont infiniment plus grands que ceux de ceux qui les ont exil&#233;s ou emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;parant des r&#233;pressions encore plus cruelles contre l'opposition, la v&#233;ritable faction &#233;troite de Staline, que L&#233;nine qualifiait dans son Testament de grossi&#232;re et d&#233;loyale (&#224; une &#233;poque o&#249; ces caract&#233;ristiques n'avaient pas encore atteint le centi&#232;me de leur d&#233;veloppement actuel), en essayant, avec l'aide de la Gu&#233;p&#233;ou, d'&#233;tablir &#224; la porte de l'opposition une sorte de &#171; lien &#187; avec les ennemis de la dictature. Entre eux, les dirigeants actuels disent : &#171; Nous devons faire cela pour les masses. &#187; Et bien souvent encore plus cyniquement : &#171; C'est pour les niais. &#187; Mon proche collaborateur, Georgi Vassilievitch Butov, secr&#233;taire du Conseil de guerre r&#233;volutionnaire pendant toutes les ann&#233;es de la guerre civile, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et d&#233;tenu dans des conditions inou&#239;es. De cet homme honn&#234;te et modeste, camarade irr&#233;prochable du Parti, ils essay&#232;rent d'extorquer la confirmation de leurs accusations consciemment fabriqu&#233;es et fausses dans l'esprit thermidorien. Butov a r&#233;pondu par une gr&#232;ve de la faim h&#233;ro&#239;que qui a dur&#233; cinquante jours et qui a entra&#238;n&#233; sa mort en prison en septembre de cette ann&#233;e. La violence, les coups, la torture &#8211; physique et morale &#8211; sont inflig&#233;s aux meilleurs ouvriers-bolcheviks pour leur fid&#233;lit&#233; &#224; Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les conditions g&#233;n&#233;rales qui, selon le Conseil de la Gu&#233;p&#233;ou, &#171; ne font aucun obstacle &#187; &#224; l'activit&#233; politique de l'opposition en g&#233;n&#233;ral et de moi-m&#234;me en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace lamentable de modifier ces conditions dans le sens d'un isolement plus strict signifie simplement que la faction stalinienne a d&#233;cid&#233; de remplacer l'exil par l'emprisonnement. Cette d&#233;cision, comme mentionn&#233; ci-dessus, n'est pas nouvelle pour moi. D&#233;j&#224; adopt&#233;e comme perspective en 1924, cette d&#233;cision a &#233;t&#233; progressivement concr&#233;tis&#233;e en une s&#233;rie d'&#233;tapes, afin d'habituer le Parti &#233;cras&#233; et tromp&#233; de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e aux m&#233;thodes de Staline, dont la d&#233;loyaut&#233; au pouvoir a aujourd'hui m&#251;ri au maximum. une malhonn&#234;tet&#233; bureaucratique venimeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la D&#233;claration au VIe Congr&#232;s de l'Internationale communiste, o&#249; nous avons r&#233;fut&#233; les calomnies qui souillent seulement leurs auteurs, nous avons fait conna&#238;tre notre volont&#233; in&#233;branlable de lutter, dans le cadre du Parti, avec toutes les m&#233;thodes de la d&#233;mocratie du Parti, pour les id&#233;es de Marx et de L&#233;nine. sans quoi le Parti &#233;touffe, se p&#233;trifie et s'effondre. Une fois de plus, nous avons manifest&#233; notre volont&#233; in&#233;branlable d'aider, en paroles et en actes, le noyau prol&#233;tarien du Parti &#224; changer le cours politique, &#224; restaurer la sant&#233; du Parti et du pouvoir sovi&#233;tique avec des forces unies &#8211; sans convulsions ni catastrophes. Nous resterons fermes sur ces paroles. A l'accusation de travail fractionnel, nous avons r&#233;pondu qu'il ne peut &#234;tre liquid&#233; imm&#233;diatement que lorsque l'article 58 [1] s'applique perfidement &#224; nous, est rappel&#233; et que nous sommes r&#233;int&#233;gr&#233;s dans le Parti, non pas comme des p&#233;cheurs repentis mais comme des combattants r&#233;volutionnaires qui ne trahissent pas. leur banni&#232;re. Comme si nous avions pr&#233;vu l'ultimatum qui nous est pr&#233;sent&#233; aujourd'hui, nous avons &#233;crit litt&#233;ralement dans la D&#233;claration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seule une bureaucratie corrompue jusqu'&#224; ses racines peut exiger ce renoncement (&#224; l'activit&#233; politique, c'est-&#224;-dire au service du Parti et du prol&#233;tariat international). Seuls des ren&#233;gats m&#233;prisables peuvent faire une telle promesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux rien changer &#224; ces mots. Je les soumets &#224; nouveau au Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique et au Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, qui portent l'enti&#232;re responsabilit&#233; du travail du GPU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sa part ! Vous voulez continuer &#224; suivre les impulsions des forces de classe hostiles au prol&#233;tariat. Nous connaissons notre devoir. Nous le m&#232;nerons jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LD TROTSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 d&#233;cembre 1928, Alma Alta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1928/12/reply.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1928/12/reply.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, de nouveaux ragots &#233;manant de Moscou ont circul&#233;. L&#233;nine a qualifi&#233; Trotsky de &#171; Judas &#187;. Quand ? O&#249; ? Pourquoi ? Au d&#233;but, les staliniens europ&#233;ens &#233;taient un peu g&#234;n&#233;s &#224; l'id&#233;e de r&#233;v&#233;ler cette sale pourriture aux ouvriers avanc&#233;s. Mais lorsque la d&#233;faite du prol&#233;tariat allemand entra dans l'inventaire des exploits de la bureaucratie stalinienne un autre crime, le plus terrible de tous, celui-ci dut recourir &#224; des mesures tr&#232;s s&#233;v&#232;res. Ils commenc&#232;rent alors &#224; faire circuler des rumeurs sur un &#171; Judas &#187; de plus en plus fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi est-il bas&#233; ? Deux ans avant la guerre, dans l'un des moments d'accentuation de la lutte des &#233;migr&#233;s, L&#233;nine avait trait&#233; avec col&#232;re Trotsky de &#171; youdushka &#187; dans une note qu'il avait &#233;crite. Quiconque conna&#238;t un tant soit peu la litt&#233;rature russe sait que &#171; Youdushka &#187; (Golovlev) est un type litt&#233;raire, le h&#233;ros du satiriste russe Saltykov-Shtshedrin. Dans la lutte des &#233;migr&#233;s de cette &#233;poque, on pouvait trouver dans presque tous les articles pol&#233;miques des &#171; fouilles &#187; emprunt&#233;es &#224; Saltykov. Dans le cas qui nous occupe, il ne s'agissait m&#234;me pas d'un article, mais d'une note r&#233;dig&#233;e dans un moment de col&#232;re. En tout cas, Ioudouchka Golovlev n'a aucun rapport avec le Judas des &#201;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des in&#233;vitables exag&#233;rations des lettres pol&#233;miques de L&#233;nine, Staline prenant la d&#233;fense des attitudes de Zinoviev-Kamenev en octobre 1917, &#233;crivait en 1924 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine va parfois d&#233;lib&#233;r&#233;ment en avant dans ses lettres, met au premier plan les erreurs possibles qui peuvent &#234;tre commises et les critique &#224; l'avance dans le but de mettre en garde le parti et de le garantir contre des erreurs, ou bien il lui arrive de gonfler des bagatelles et de faire... un &#233;l&#233;phant sorti d'un moucheron&#034; dans le m&#234;me but p&#233;dagogique... Tirer de telles lettres de L&#233;nine (et il n'y en a pas quelques-unes) une conclusion sur les divergences d'opinions &#034;tragiques&#034;, et faire un grand faire cela, c'est ne pas comprendre les lettres de L&#233;nine, ne pas conna&#238;tre L&#233;nine. &#187; (Trotskisme ou l&#233;ninisme ? &#8211; 1924)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;ductions de Staline, qui tiennent tr&#232;s mal comme justification du comportement de Zinoviev-Kam&#233;nev en octobre 1917 &#8211; il ne s'agissait pas alors d'une &#171; bagatelle &#187;, ni d'un &#171; moucheron &#187; &#8211; peuvent n&#233;anmoins &#234;tre pleinement appliqu&#233;es. &#224; cet &#233;pisode de troisi&#232;me ordre qui a donn&#233; lieu &#224; la note d'exil de L&#233;nine sur Ioudouchka Golovlev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que L&#233;nine ait eu des affrontements violents avec Trotsky au cours des ann&#233;es d'&#233;migration, tout le monde le sait. Mais tout cela s'est pass&#233; plusieurs ann&#233;es avant la r&#233;volution d'Octobre, la guerre civile, la construction de l'&#201;tat sovi&#233;tique et la fondation de l'Internationale communiste. Les v&#233;ritables relations entre L&#233;nine et Trotsky sont, semble-t-il, consign&#233;es dans des documents post&#233;rieurs et faisant plus autorit&#233; que celui d'une note r&#233;sultant d'un conflit dans l'&#233;migration. Que veulent dire les calomniateurs professionnels lorsqu'ils lancent la comparaison avec &#171; Judas &#187; dans le d&#233;bat : que L&#233;nine n'avait pas confiance politiquement en Trotsky ? Ou qu'il ne lui faisait pas confiance moralement ? Parmi les centaines de d&#233;clarations de L&#233;nine, nous en citons deux ou trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, L&#233;nine d&#233;clarait lors d'une s&#233;ance du comit&#233; du parti de Petrograd :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne peux m&#234;me pas en parler s&#233;rieusement. Trotsky dit depuis longtemps que l'unification (avec les mencheviks) est impossible. Trotsky l'a compris et depuis lors, il n'y a pas eu de meilleur bolchevik. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de la guerre civile, alors que Trotsky devait prendre seul des d&#233;cisions d'une ampleur extraordinaire, L&#233;nine, de sa propre initiative, lui tendit une feuille de papier vierge avec l'inscription suivante en bas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades ! Je connais le caract&#232;re rigoureux des ordres du camarade Trotsky, mais je suis tellement convaincu, convaincu &#224; un degr&#233; si absolu de la justesse, de l'opportunit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;mis par le camarade Trotsky dans l'int&#233;r&#234;t de la cause, que je soutenir l'ordre &#8211; V. Oulianov-L&#233;nine &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la premi&#232;re des deux d&#233;clarations cit&#233;es ci-dessus donne une &#233;valuation politique assez claire, la seconde r&#233;v&#232;le le degr&#233; de confiance morale. Il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire de citer les dizaines de citations des articles et discours de L&#233;nine o&#249; il exprime son attitude &#224; l'&#233;gard de Trotsky, ni de reproduire ici encore la correspondance de L&#233;nine-Trotsky sur la question nationale ou sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. . Nous nous bornerons seulement &#224; rappeler cette lettre que NK Krupskaia, compagnon de L&#233;nine pendant tant d'ann&#233;es, adressa &#224; Trotsky quelques jours apr&#232;s la mort de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cher Lev Davidovitch, je vous &#233;cris pour vous raconter comment Vladimir Illitch, environ un mois avant sa mort, s'est arr&#234;t&#233;, en lisant votre livre, au passage o&#249; vous caract&#233;risiez Marx et L&#233;nine, et il m'a demand&#233; de lire le ce passage, avec quelle attention il l'a &#233;cout&#233; et ensuite comment il l'a lui-m&#234;me relu. Et il y a encore une chose que je veux vous dire : les sentiments que L&#233;nine avait con&#231;us pour vous lorsque vous &#234;tes venus de Sib&#233;rie &#224; Londres n'ont pas chang&#233; jusqu'&#224; sa mort. Je vous souhaite, Lev Davidovitch, force et sant&#233;, et je vous embrasse chaleureusement. &#8211; N. Krupskaia&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agents trop z&#233;l&#233;s de Staline auraient agi avec plus de prudence s'ils n'avaient pas soulev&#233; la question de la confiance morale. D&#233;j&#224; malade, L&#233;nine a exhort&#233; Trotsky &#224; ne pas parvenir &#224; un accord avec Staline : &#171; Staline fera un mauvais compromis et ensuite il trompera &#187;. Dans son Testament, L&#233;nine a demand&#233; le retrait de Staline de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, invoquant comme motivation la d&#233;loyaut&#233; de Staline. Enfin, le dernier document dict&#233; par L&#233;nine, la veille de sa deuxi&#232;me attaque, &#233;tait sa lettre &#224; Staline dans laquelle il rompait &#171; toutes relations personnelles et fraternelle &#187; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suffira-t-il peut-&#234;tre, messieurs les calomniateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1933/xx/falsify.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1933/xx/falsify.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions permettent d&#233;sormais d'&#233;lucider bri&#232;vement les derniers &#233;pisodes de l'enqu&#234;te relative &#224; l'assassinat de Kirov ainsi que les amalgames (ou plus exactement, s&#233;ries d'amalgames) tiss&#233;s avec cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le myst&#233;rieux consul s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un consul letton : notre hypoth&#232;se selon laquelle un petit consul d'une petite nation serait choisi pour l'amalgame s'est pleinement confirm&#233;e. Il devient cependant n&#233;cessaire de nommer le consul. &#8211; &#233;videmment &#224; cause de la pression diplomatique &#8211; et cette n&#233;cessit&#233; risquait de faire sauter l'amalgame : car, qui croirait qu'un consul de Lettonie soit l'organisateur d'une intervention mondiale contre l'URSS ? Il fallait trouver une nouvelle version : le consul de Lettonie &#233;tait, en tant que en fait, l'agent d'Hitler. Tout &#224; fait possible. Mais comment alors relier Trotsky &#224; Hitler ? Staline n'a m&#234;me pas tent&#233; de fournir une explication. Il a laiss&#233; ses mercenaires &#224; l'&#233;tranger pour se d&#233;gager du mieux qu'ils pouvaient. Mais les mercenaires sont incapables de donner plus que ce que la nature leur a donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Zinoviev a-t-il &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le groupe Zinoviev a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en relation avec l'assassinat de Kirov. Mais l'acte d'accusation ne laisse m&#234;me pas &#233;chapper la moindre trace d'un seul des zinovievistes arr&#234;t&#233;s &#224; Moscou. Mais pourquoi alors sont-ils arr&#234;t&#233;s ? Les laquais &#233;trangers salissent maintenant Zinoviev avec de la boue avec autant d'&#233;hont&#233; qu'en 1928-25, ils rampaient sur le ventre devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Quelle accusation, politiquement, peut-on porter contre Zinoviev, Kamenev et leurs amis ? Leur capitulation. Par cet acte de l&#226;chet&#233; politique, ils ont pouss&#233; la jeunesse r&#233;volutionnaire dans une impasse. La jeunesse est laiss&#233;e sans perspective. En m&#234;me temps, sous le lourd couvercle de la bureaucratie, la jeunesse n'a pas le droit de penser, de vivre ou de respirer. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans de telles conditions que naissent les humeurs terroristes. Seule la croissance d'un v&#233;ritable bolchevisme, &#224; l'&#233;chelle mondiale, peut insuffler de nouveaux espoirs &#224; la jeunesse r&#233;volutionnaire sovi&#233;tique et la prot&#233;ger contre la voie du d&#233;sespoir et de l'aventurisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation du programme de l'opposition russe de 1926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le foss&#233; entre le groupe terroriste et Zinoviev et ses amis devait &#234;tre combl&#233; par la &#171; plate-forme de l'Opposition de gauche &#187; de 1926. Citant l'un des accus&#233;s, qui reprend manifestement la formule du juge d'instruction de la GPU, l'acte d'accusation proclame la succession &#171; id&#233;ologique &#187; de la &#171; nouvelle opposition &#187; de 1926 (la faction Zinoviev) au groupe Nicolaiev. Mais comment relier cela au consul, &#224; l'intervention et &#224; l'acte terroriste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; plateforme &#187; de 1926 a &#233;t&#233; publi&#233;e dans toutes les langues. L'attitude &#224; l'&#233;gard de l'URSS y &#233;tait expos&#233;e avec une clart&#233; exhaustive. Les laquais, il est vrai, n'ont pas &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; cela. Mais les travailleurs conscients, m&#234;me &#224; cette date, peuvent tirer un grand profit de la connaissance du document de 1926. Apr&#232;s en avoir pris connaissance, ils tireront la conclusion pr&#233;cise que, m&#234;me si la bureaucratie s'est appropri&#233; les mesures les plus progressistes du programme qu'elle avait vilipend&#233;, les terroristes de Leningrad n'ont jamais pu tirer de ce document marxiste aucune justification pour un aventurisme insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Il y a une odeur historique sp&#233;cifique dans cette tentative de relier l'opposition de gauche &#224; l'id&#233;e d'intervention. En 1917, Milioukov, Kerensky et Cie accus&#232;rent L&#233;nine, Trotsky et d'autres bolcheviks d'&#234;tre des agents de l'&#233;tat-major allemand et de servir les plans interventionnistes des Hohenzollern. En son temps, cette calomnie d&#233;bile a fait le tour du monde entier. Staline est incapable d'inventer un seul mot nouveau. Il r&#233;p&#232;te servilement la vieille calomnie contre les dirigeants du bolchevisme. Il n'est que l'&#233;l&#232;ve de Milioukov et de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Lorsqu'en mars 1917, je fus arr&#234;t&#233; par les autorit&#233;s navales britanniques et incarc&#233;r&#233; dans un camp de concentration au Canada, L&#233;nine &#233;crivit dans la Pravda (n&#176; 34, avril 1917) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-on croire un instant &#224; la v&#233;racit&#233; de la d&#233;p&#234;che que le gouvernement britannique a re&#231;ue et qui pr&#233;tend que TROTSKY, l'ancien pr&#233;sident du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, en 1905, un r&#233;volutionnaire qui s'est d&#233;vou&#233; de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e ? pendant des d&#233;cennies au service de la r&#233;volution &#8211; que cet homme est impliqu&#233; dans un plan subventionn&#233; par le gouvernement allemand ? Il s'agit en effet d'une diffamation d&#233;lib&#233;r&#233;e, inou&#239;e et inadmissible d'un r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots ont &#233;t&#233; &#233;crits avant que je rejoigne L&#233;nine, avant mon &#233;lection &#224; la pr&#233;sidence du soviet bolchevique en 1917, avant la r&#233;volution d'Octobre, la guerre civile, la cr&#233;ation de la Troisi&#232;me Internationale et la fondation de l'&#201;tat sovi&#233;tique. Aujourd'hui, apr&#232;s dix-huit ans, aucun agent du contre-espionnage britannique, mais les staliniens r&#233;p&#232;tent exactement la m&#234;me &#171; diffamation d&#233;lib&#233;r&#233;e, inou&#239;e et inadmissible d'un r&#233;volutionnaire ! &#187; Cette simple juxtaposition r&#233;v&#232;le mieux que tout le poison du mensonge, de la diffamation et de la fraude que la bureaucratie stalinienne d&#233;verse dans le mouvement ouvrier mondial !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne croyons pas &#224; l'acte d'accusation&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Les quatorze accus&#233;s en relation avec l'assassinat de Kirov ont tous &#233;t&#233; abattus. Ont-ils tous particip&#233; &#224; l'acte terroriste ? L'acte d'accusation r&#233;pond &#224; cette question par l'affirmative, mais n'apporte m&#234;me pas un semblant de preuve. Nous ne croyons pas &#224; l'acte d'accusation. Nous avons vu avec quelle tendance effront&#233;e et l&#226;che il a introduit le nom de Trotsky dans son texte ; et avec quelle d&#233;lib&#233;ration il passe sous silence ce qui est arriv&#233; &#224; la provocation du consul concernant la &#171; lettre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est beaucoup plus facile d'impliquer dans cette affaire une douzaine de YCLers de Leningrad que d'impliquer Trotsky. Qui sont ces YCLers ? Nous ne savons pas. Il n'y a pas beaucoup de difficult&#233; &#224; ex&#233;cuter des YCL inconnus. Parmi eux, il devait y avoir aussi des agents de la Gu&#233;p&#233;ou : ceux-l&#224; m&#234;mes qui s'&#233;taient arrang&#233;s pour r&#233;unir Nicola&#239;ev avec le &#171; consul &#187; et qui avaient pr&#233;par&#233; l'amalgame, mais qui, au dernier moment, se montr&#232;rent n&#233;gligents et laiss&#232;rent Nicola&#239;ev tirer le feu. coup mortel. L'&#233;limination physique de ces agents est devenue n&#233;cessaire afin d'&#233;carter les participants et les t&#233;moins g&#234;nants de l'amalgame. Mais parmi les personnes abattues, il y avait peut-&#234;tre aussi des YCLers qui avaient simplement un esprit critique. La t&#226;che de l'amalgame &#233;tait : terroriser compl&#232;tement la jeunesse assoiff&#233;e d'ind&#233;pendance, en lui montrant que le moindre doute sur les b&#233;n&#233;dictions divines qui d&#233;coulent de Staline, ou sur la conception immacul&#233;e de Kaganovitch se heurterait d&#233;sormais au m&#234;me peine comme acte terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Les agents &#233;trangers du Gu&#233;p&#233;ou, qui se font souvent passer pour des amis de l'URSS et qui compromettent les vrais amis de l'URSS, accusent tous ceux qui ont une attitude critique envers les terroristes (!) d'&#234;tre en sympathie avec eux. r&#233;pressions qui ont eu lieu. Un r&#233;volutionnaire ne peut &#233;prouver que du m&#233;pris pour ces m&#233;thodes de crapaud. Il est indubitable que les ennemis et les opposants furtifs de la r&#233;volution d'Octobre utilisent au maximum, pour leurs propres objectifs, les d&#233;clarations confuses et contradictoires, ainsi que les mesures sommaires de r&#233;pression. Mais cette circonstance ne doit en aucun cas nous inciter &#224; nous aveugler sur le double r&#244;le de la bureaucratie sovi&#233;tique, qui, d'une part, prot&#232;ge (&#224; sa mani&#232;re) les conqu&#234;tes de la r&#233;volution d'Octobre contre les ennemis de classe ; et qui, d'autre part, d&#233;fend farouchement ses propres privil&#232;ges &#233;conomiques et politiques contre les critiques et les protestations des travailleurs avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GPU est un outil de bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'outil de la bureaucratie, la GPU dirige l'arme de la terreur &#224; la fois contre les contre-r&#233;volutionnaires qui menacent l'&#201;tat ouvrier et contre les YCL m&#233;contents de l'absolutisme de la bureaucratie incontr&#244;l&#233;e. S'identifier &#224; l'&#201;tat ouvrier &#8211; conform&#233;ment &#224; l'ancienne formule : &#171; Je suis l'&#201;tat ! &#8211; la couche sup&#233;rieure de la bureaucratie pr&#233;sente la terreur contre le parti et la YCL comme une terreur contre la contre-r&#233;volution. C'est pr&#233;cis&#233;ment l'objectif que visent &#224; atteindre les amalgames venimeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Il ne s'agit pas tant de la lutte de la bureaucratie sovi&#233;tique contre Trotsky et les &#171; trotskystes &#187; ; mais la question de l'atmosph&#232;re morale du mouvement ouvrier mondial. L'amalgame ignoble construit autour du &#171; consul &#187; qui, apparemment, &#233;tait &#224; l'emploi simultan&#233; de trois gouvernements, constitue aujourd'hui l'une des nombreuses mesures ordinaires et normales utilis&#233;es par la bureaucratie stalinienne dans la lutte pour ses positions de caste. En 1921, mettant en garde ses camarades les plus intimes contre l'&#233;lection de Staline au poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;nine d&#233;clara : &#171; Ce cuisinier ne pr&#233;parera que des plats poivr&#233;s. &#187; Bien entendu, &#224; cette &#233;poque, il ne pouvait encore y avoir aucune r&#233;f&#233;rence aux plats empoisonn&#233;s des amalgames. &#192; qui sont-ils offerts aujourd'hui ? Aux travailleurs. Les staliniens empoisonnent syst&#233;matiquement l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale avec des mensonges. Les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat ouvrier peuvent-ils l'exiger ? Jamais ! Mais cela est exig&#233; par les int&#233;r&#234;ts rapaces de la bureaucratie incontr&#244;l&#233;e, qui cherche &#224; sauvegarder &#224; tout prix son prestige, son pouvoir et ses privil&#232;ges, par la terreur contre tous ceux qui, dans les rangs du prol&#233;tariat, pensent et critiquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable d&#233;vouement &#224; l'Union sovi&#233;tique signifie une lutte contre la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Aussi passionn&#233; que soit notre d&#233;vouement &#224; l'Union Sovi&#233;tique, il ne doit pas &#234;tre aveugle ; sinon &#231;a ne vaut rien. Le d&#233;veloppement de l'&#201;tat ouvrier se d&#233;roule &#224; travers des contradictions internes et externes. Les formes et les m&#233;thodes de l'&#201;tat ouvrier ont d&#233;j&#224; chang&#233; &#224; plusieurs reprises et elles continueront &#224; changer &#224; l'avenir. L'&#233;tape bureaucratique, pour laquelle il existait des causes objectives, est &#233;puis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme de la bureaucratie est devenu le plus grand frein &#224; la poursuite de la croissance culturelle et &#233;conomique des Sovi&#233;tiques. Les laquais de la bureaucratie qui d&#233;ifient son r&#233;gime jouent un r&#244;le r&#233;actionnaire. Les marxistes-r&#233;volutionnaires se sont donn&#233; pour t&#226;che de lib&#233;rer l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale de l'influence fatale de la clique bureaucratique incontr&#244;l&#233;e, afin d'aider ensuite les travailleurs d'URSS &#224; r&#233;g&#233;n&#233;rer le parti et les soviets, et non au moyen d'aventures terroristes qui ne sont que des actes terroristes. condamn&#233; d'avance, mais gr&#226;ce au mouvement de masse conscient de classe contre l'absolutisme bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1935/01/amalgam.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1935/01/amalgam.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole de falsification de Staline, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/ssf/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/ssf/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline sur ses propres machinations, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/10/stalin2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8022</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8022</guid>
		<dc:date>2025-08-04T22:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/10/11.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/11/04.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171018.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171101.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170922a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171019.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1925/05/trotskyism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5798&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2020/02/17/leco-f17.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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