Matière et Révolution
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69144Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928
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<p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928 <br class='autobr' />
L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres. <br class='autobr' />
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928</p>
<p>L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres.</p>
<p>Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire d'extirper, là où ils se manifestent encore, les foyers de l'Opposition. Discours et presse officielle l'avouent pourtant au début de 1929 : ces efforts ont été vains et l'Opposition a survécu et progressé tout au cours de l'année 1928.</p>
<p>Elle est tout de même bien différente alors de ce qu'elle était en 1927, « fraction » au sein du parti officiel. Désormais, elle est divisée, par la force des choses - et les décisions de répression du G.P.U. -, en deux secteurs. D'une part son secteur illégal, clandestin, formé par les militants épargnés par la répression, trop ou pas assez connus. De l'autre, le secteur pratiquement « légal » - « ouvert », si on ose le dire, - qui fonctionne pratiquement au grand jour dans les zones de déportation (d'exil) qu'on commence à appeler les « colonies » de déportés lesquels peuvent à peu près librement se réunir, discuter, écrire et surtout correspondre.</p>
<p>Du premier, nous savons peu de choses en dehors des rapports contenus dans les archives et soigneusement fabriqués en tenant compte des nécessités du secret de la clandestinité. Nous savons cependant qu'après l'arrestation et l'envoi en exil de Trotsky et de ses compagnons, a fonctionné à Moscou un « centre » clandestin dirigé par le vieux- bolchevik ouralien Boris M. Eltsine (25), dont un émissaire se rendait par le train à Frounzé pour y remettre le courrier entre les mains d'un militant de confiance, le métallo de Moscou Mikhail Bodrov, lequel, aux rênes d'une troïka, sous une grande barbe et une blouse typique de moujik, assurait ensuite le transport des précieux documents qu'il remettait à Alma- Ata aux mains de Léon Sédov (26). Nous savons également qu'il existait des noyaux de l'Opposition dans presque toutes les grandes villes d'Union soviétique : Victor Serge nous a parlé de celui de Leningrad, dans lequel se trouvait notamment Alexandra Lvovna Sokolovskaia, la première femme de Trotsky et la mère de ses filles. Nous savons également que, parmi les quelque cent cinquante militants arrêtés à Moscou en janvier 1929, se trouvaient quelques- uns des responsables de la presse clandestine de l'Opposition depuis 1928, notamment un « ancien » de l'épisode de l'imprimerie clandestine de 1927, le grand mutilé et ex- tchékiste Khanaan M. Pevzner (27). L'un des dirigeants de Moscou était lanuchevsky.</p>
<p>Certains des animateurs de l'Opposition qui militent en dehors des prisons et des colonies ne sont pas de libres citoyens exerçant une activité clandestine. Ce sont des illégaux, des hommes et des femmes connus du G.P.U. mais qui lui ont échappé et vivent dans ce milieu du parti où ils sont généralement estimés, bénéficiant d'un « libéralisme » dont se plaint la Pravda. Le fait qu'ils « tiennent » démontre en effet qu'ils se meuvent dans un milieu qui, loin de leur être hostile, leur fournit hospitalité, aide et protection. Deux exemples : à Bogorodask, les ouvriers de l'usine Gloukhov dissimulent pendant plusieurs jours l'un des leurs, l'oppositionnel Stoukolkine, et réussissent à lui faire quitter la ville à la barbe du G.P.U. (28). Par ailleurs, dans ses mémoires récemment publiés, la communiste allemande Rosa Léviné-Meyer parle de ses rencontres à Moscou à cette époque avec G. Ia. Iakovine, un des dirigeants du « centre », mari de son amie l'historienne Pankratova. Iakovine a quitté Leningrad où il est trop connu et vit à Moscou, logé par des camarades : il s'est même procuré un laissez- passer qui lui permet d'entrer à l'hôtel Lux et d'y discuter avec les communistes étrangers. Il lui arrive même de revenir clandestinement à Leningrad pour y assurer des liaisons (29).</p>
<p>Les rapports qui proviennent d'Union soviétique à l'étranger - à L.D. et son fils Liova - mentionnent les activités de ce secteur de l'Opposition : publication de tracts et même de brochures, diffusions clandestines, souscription pour les emprisonnés, mais aussi interventions dans les réunions du parti ou les assemblées ouvrières, chez les chômeurs notamment, candidatures ouvertes aux comités d'usine ou aux soviets, et soulignent aussi leurs indéniables succès. Le secteur clandestin « libre » de l'Opposition a bel et bien maintenu une existence et une activité réelles, malgré les obstacles qui s'accumulent, la répression, le commencement de l'appel à la délation et la généralisation de la provocation qui semble avoir affecté à cette époque à peu près tous les groupes locaux. Le second secteur de l'Opposition, probablement le plus nombreux car il ne cesse de grandir au détriment du premier, est celui des colonies de déportés - 107 recensées pour 1928 à travers la correspondance de Harvard - et bientôt celui des prisons rouvertes spécialement pour les bolcheviks- léninistes récalcitrants, les « isolateurs ». Nous le connaissons bien mieux que le premier.</p>
<p>Pendant les trois premiers trimestres de 1928 en effet, le gros de la correspondance des déportés est en effet généralement distribué, bien que les lettres soient ouvertes au départ et à l'arrivée.</p>
<p>Une discussion passionnante commence entre exilés : ces hommes qui appartiennent à tous les « milieux » du parti et de l'État soviétique et qui, quelques mois auparavant, y exerçaient encore de hautes responsabilités, disposent maintenant d'un peu de temps pour faire le point, méditer sur l'expérience des années écoulées, entreprendre des travaux théoriques, passer au crible les documents du parti et de l'Internationale, mener entre eux une sorte de discussion en chaîne. Une partie des documents passionnants qui en sont le fruit a été publié à l'époque par le Biulleten et parfois en d'autres langues.</p>
<p>Citons la « Critique du projet de programme de l'I.C. », élaborée par Trotsky à Alma- Ata, la lettre de Rakovsky à Valentinov connue sous le titre de « Dangers professionnels du pouvoir ». On trouve à<br class='autobr' />
Harvard une autre « Critique du projet de programme de l'I.C. » par Dimitri Lapine, très appréciée parTrotsky. Mais nous n'avons ni la « Politique agraire du centrisme » de L. S. Sosnovsky, ni les travaux de Smilga et de Préobrajensky (« Les conquêtes de la dictature du prolétariat en l'an XI de la révolution »), de Rakovsky encore (« Les lois de la Dictature socialiste »), de Solntsev (« La loi du développement inégal chez Marx »), etc. Rarement sans doute dans l'histoire du marxisme il y eut période plus féconde et plus créatrice - et résultats plus mal connus ou inconnus : ces titres ne reflètent qu'une infime partie de la production théorique des déportés.</p>
<p>Il ne s'agit pas cependant d'un travail académique. La « Critique du projet de programme » vise à atteindre toutes les sections de l'I.C. On s'efforce de discuter partout des textes qui doivent exprimer une position collective et les textes circulent. Pour cette critique précisément, le temps ayant manqué, il y a tout de même une sorte de procédure référendaire à travers les colonies : sur les deux textes qui s'opposent, celui de Radek ne rallie qu'une demi- douzaine de signatures contre plusieurs centaines à celui de Trotsky.</p>
<p>Mais les problèmes politiques qui se posent ne sont pas ni gratuits ni abstraits. Pour isolées qu'elles soient, les premières capitulations - les ex- zinoviévistes Safarov, Ilya Vardine (30), mais aussi les ex- trotskystes Piatakov, Serebriakov, Antonov- Ovseenko, Krestinsky (31) - n'en sont pas moins d'inquiétants indices de la fragilité d'hommes qui se croyaient des « durs » et ont cédé dès le début de la répression. Cette « seconde vague » - la première était celle de Zinoviev- Kamenev n'est pas cependant dans l'ensemble prise au sérieux et elle n'entame ni les forces vives de l'Opposition ni surtout son moral. La grande majorité des oppositionnels en exil se reconnaît dans l'interpellation féroce de Sosnovsky au capitulard Vardine : « N'oublie pas que tu es mort (32) ! »</p>
<p>L'évolution de Radek apparaît, elle, plus dangereuse, telle qu'elle se traduit à travers des interrogations et des doutes qui s'expriment d'abord dans ses lettres. L'homme, pétri d'intelligence, journaliste de grand talent, est connu aussi pour sa versatilité politique et son impulsivité. En 1927, il était très réservé vis-à-vis de la « plate- forme de l'Opposition », suggérait entre autres que le « Thermidor » dont l'Opposition dénonçait le danger était peut- être déjà un fait accompli. Se refusant à fermer, comme le faisait la plate-forme, la perspective d'un « second parti », il se rangeait finalement tout près des éléments les plus gauchistes, proches des décistes. Or, au début de 1928, il renversait brutalement la vapeur : le raidissement de l'appareil après la crise du blé et la grève des livraisons de grain, début 1928, la décision d'appliquer aux koulaks des mesures de coercition lui semblent démontrer l'existence d'un véritable « tournant à gauche » qu'il juge positif - de la part de la direction stalinienne.</p>
<p>En mars 1928, alors qu'il est en déportation à Tobolsk, la bienveillance intéressée du G.P.U. lui octroie l'autorisation de rencontrer chez Smilga, à Tomsk, ses plus proches amis, Beloborodov et Préobrajensky, ce dernier ayant été autorisé à venir de Kazan. Radek écrit beaucoup et cherche à convaincre ses camarades d'exil. Les réactions ne se font pas attendre. Elles ne font qu'accélérer sa démarche. Entraîné par sa propre verve, piqué au vif par les « attaques à la baïonnette » qui fusent de toute part contre lui - le mot est de Trotsky - il part en guerre contre la révolution permanente, puis contre la politique de l'Opposition de gauche dans la révolution chinoise. Trotsky ne peut pas ne pas répondre. Il le fait dans une lettre datée du 17 juillet 1928, une sévère critique des thèmes de Radek, qui ne rompt pas pour autant la solidarité de tendance avec lui, puisqu'il conclut sur la nécessité de « dire cela dans l'intérêt de la clarté sans craindre les tentatives d'un adversaire "monolithique" d'exploiter les divergences de vue entre nous ».</p>
<p>En fait, au moment où commence, au sommet, la crise de ce que Trotsky appelle « le bloc centre-droite » et où s'annonce déjà la rupture entre Staline et Boukharine, le maintien des positions de l'Opposition et ses progrès rendent inévitables des mesures de répression aggravée. Dès la fin de septembre, les conditions de courrier normal dont les déportés avaient jusqu'alors pratiquement joui cessent brutalement. Le G.P.U. prend des mesures qui lui permettent d'effectuer un tri dans le courrier et de ne laisser arriver que la correspondance qu'il a décidé de laisser arriver et se donne les moyens d'interrompre totalement toute correspondance si cela lui apparaît nécessaire. Comme il est évident que ces mesures ne suffisent pas, le 16 décembre, le représentant du collège du G.P.U. Volynsky se présente à Alma- Ata et déclare à L. D. :</p>
<p>« L'activité de vos camarades d'idées a pris dans le pays au cours de ces derniers temps un caractère nettement contre- révolutionnaire ; les conditions dans lesquelles vous êtes placé à Alma- Ata vous laissent parfaitement en mesure de diriger cette besogne, c'est pour quoi le collège du G.P.U. a décidé d'exiger de vous la promesse catégorique de cesser votre activité, sinon il se verra dans l'obligation de changer les conditions de votre existence en vous isolant complètement de la vie politique : cela posera en même temps la question du changement de votre lieu de résidence (33). »</p>
<p>Le refus catégorique de Trotsky place le bureau politique au pied du mur. C'est seulement après trois jours de discussion passionnée et tendue qu'il se décide finalement et se prononce en faveur de la solution préconisée par Staline, contre l'attentisme de Boukharine. Trotsky est expulsé du territoire soviétique. Quelques jours auparavant, le G.P.U. a arrêté d'un coup quelque cent cinquante personnes pour la diffusion d'une lettre de Trotsky : parmi eux, de vieux- bolcheviks, les Géorgiens Budu Mdivani et Kavtaradzé, le critique littéraire Voronsky, des héros de l'Armée rouge et de la guerre civile, Drobnis, Gaievski, Grünstein, Pevzner34. La Pravda ne dissimule pas qu'ils ont bénéficié de bien des sympathies et de « trop de tolérance » : ils sont soumis à « un isolement sévère en tant qu'éléments hostiles à la dictature prolétarienne » et la Pravda du 24 janvier menace quiconque serait tenté de leur manifester la moindre indulgence.</p>
<p>En fait, c'est une nouvelle époque qui commence dans l'histoire de l'Opposition de gauche comme dans celle de l'Union soviétique elle- même.</p>
<p>25 Boris M. Eltsine (1875- 1937 ?), membre du parti en 1899, bolchevik en 1903, avait été président du soviet d'Ekaterinoslav en 1917 et membre de l'exécutif pan- russe des soviets. Il était depuis 1923 l'un des dirigeants de l'Opposition de gauche. Sur son rôle dans le « centre », cf. Victor Serge, Mémoires d'un révolutionnaire (Seuil, 1951), p. 265, 280, 334.</p>
<p>26 « Iz Orenburgskoi sselki », Bibliothèque du Collège de Harvard, 17399. Bien que le catalogue indique que l'auteur de ce document n'a pas été identifié, il s'agit à l'évidence de Victor Serge ce que confirment les recoupements avec sa correspondance.</p>
<p>27 V. Serge, op. cit., p. 335 et Destin d'une révolution, p. 126.</p>
<p>28 « Lettre de Moscou », Biulleten Oppositsii, n° 1/2, p. 17- 18.</p>
<p>29 Rosa Léviné-Meyer, Inside German Communism, appendice « Jakovin and Pankratova », p. 209- 213. Grigorila. Iakovine (1896 ? - 1938) était historien et diplômé de l'Institut des Professeurs Rouges.</p>
<p>30 Ilya V. Mguéladzé dit Vardine (1890- 1943), membre du parti depuis 1907, avait été l'un des dirigeants du parti et des soviets de Saratov en 1917, puis avait rejoint l'opposition de Zinoviev avant l'opposition unifiée.</p>
<p>31 Léonid P. Serebriakov (1890- 1937), métallurgiste, bolchevik en 1905, avait été plusieurs fois emprisonné et déporté sous le tsarisme ; il avait été secrétaire du C. C., membre de l'Opposition de gauche en 1923. Vladimir A. Antonov- Ovseenko (1884- 1938), d'abord officier, condamné à mort pour sa participation en tant que menchevik à la révolution de 1905, s'était évadé, avait collaboré avec Trotsky en exil, rejoint le parti avec lui en 1917. Il avait été responsable politique de l'Armée rouge. Nikolai N. Krestinsky (1883- 1938), ancien étudiant, bolchevik en 1903, avait été secrétaire du C. C. et membre de l'Opposition dès 1923.</p>
<p>32 Lettre de L. S. Sosnovsky à Ilya Vardine, 30 mai 1928, Biulleten Oppositsii n° 3/4, septembre 1929, p. 19. Sosnovsky faisait allusion à une coutume juive lors des funérailles.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf</a></p>
<p>LIRE ENCORE :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf</a></p>
<p>C'était une réponse à Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926</a></p>
<p>Puis en 1935-1936…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p></div>
Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9063
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90632026-07-29T22:23:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionSocialisme - SocialismStalinismeTrotskisme
<p>Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky <br class='autobr' />
Quand Boukharine débutait un ouvrage par : <br class='autobr' />
« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky</h2>
<p>Quand Boukharine débutait un ouvrage par :</p>
<p>« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution russe remporte la victoire définitive sans victoire de la révolution international. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf</a></p>
<p>Quelques années plus tard, le même Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !</p>
<p>« La thèse de Lénine quant à la possibilité de construire le socialisme intégral est en même temps une réponse à la question du caractère de la révolution russe. C'est une réponse à la question de savoir si l'on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener à son terme l'édification du socialisme, et cette réponse est positive. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm</a></p>
<p>Voyons maintenant Staline :</p>
<p>« Le sujet de la discussion était le suivant : le congrès estimait que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de grâce aux capitalistes de notre pays et édifier une société socialiste, même si la révolution occidentale ne vient pas à son secours. L'opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de grâce à nos capitalistes et édifier une société socialiste tant que les ouvriers occidentaux n'auront pas remporté la victoire. Or, comme la victoire de la révolution occidentale tarde à venir, il ne nous reste apparemment plus qu'à flâner. »</p>
<p>« Il s'ensuit que nous sommes capables d'édifier entièrement une société socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la révolution en Occident, mais que notre pays ne peut à lui seul se garantir contre les empiétements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la révolution dans plusieurs pays occidentaux. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>« Nous sommes confrontés à trois questions :<br class='autobr' />
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu'il est jusqu'à présent le seul pays de la dictature du prolétariat, que la révolution prolétarienne n'a pas encore été victorieuse dans d'autres pays et que le rythme de la révolution mondiale s'est ralenti ?<br class='autobr' />
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire complète, de victoire finale ?<br class='autobr' />
3) Si une telle victoire ne peut pas être qualifiée de définitive, alors quelles conditions sont nécessaires pour qu'elle le devienne ?<br class='autobr' />
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question générale de la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, c'est-à-dire dans notre pays. »</p>
<p>« Cette ligne de notre Parti a été formulée officiellement pour la première fois dans la résolution de la XIVe Conférence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l'édification du socialisme dans un seul pays. Je considère cette résolution comme l'un des documents les plus importants de l'histoire de notre Parti, non seulement parce qu'elle constitue une grande manifestation de soutien à la ligne léniniste sur la question de l'édification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu'elle constitue en même temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu'il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette résolution, qui, curieusement, a été adoptée sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :<br class='autobr' />
« En général, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . » * 8<br class='autobr' />
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la résolution dit :<br class='autobr' />
« L'existence de deux systèmes sociaux directement opposés fait naître la menace constante du blocus capitaliste, d'autres formes de pression économique, d'intervention armée, de restauration. Par conséquent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c'est-à-dire la garantie contre la restauration, est une révolution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. » 9<br class='autobr' />
Et voici ce que dit la résolution à propos de la construction d'une société socialiste complète et du trotskisme :<br class='autobr' />
« Il ne s'ensuit nullement qu'il soit impossible de construire une société socialiste complète dans un pays arriéré comme la Russie sans l'« aide de l'État » (Trotsky) de pays techniquement et économiquement plus développés. Une partie intégrante de la théorie de la révolution permanente de Trotsky est l'affirmation selon laquelle « le progrès réel de l'économie socialiste en Russie ne sera possible qu'après la victoire du prolétariat dans les principaux pays européens » (Trotsky, 1922) – affirmation qui, dans la période actuelle, condamne le prolétariat de l'U.R.S.S. à une passivité fataliste. En opposition à de telles « théories », le camarade Lénine écrivait : « On a infiniment éculé l'argument selon lequel, au cours du développement de la social-démocratie d'Europe occidentale, ils ont appris par cœur que nous ne sommes pas encore mûrs pour le socialisme, que, comme le disent certains « savants » parmi eux, les conditions économiques objectives du socialisme n'existent pas dans notre pays » (Notes sur Soukhanov). (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC » 10 )<br class='autobr' />
Je crois que ces points essentiels de la résolution de la XIVe Conférence n'ont pas besoin d'être expliqués. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particulièrement souligner le passage de la résolution qui met le trotskysme sur le même plan que le soukhanovisme. Or, qu'est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de Lénine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une variété de la social-démocratie, du menchévisme. Il faut souligner cela spécialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait défendu cette résolution à la XIVe Conférence, s'en est ensuite écarté pour s'en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a formé un bloc.<br class='autobr' />
En outre, en relation avec la situation internationale, la résolution relève deux déviations par rapport à la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de ces dangers :<br class='autobr' />
« En rapport avec la situation actuelle sur la scène internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la période actuelle : 1) une déviation vers la passivité, résultant d'une interprétation trop large de la stabilisation du capitalisme observée ici et là, et du ralentissement du rythme de la révolution internationale, c'est-à-dire de l'absence d'impulsion suffisante pour un travail énergique et systématique à l'édification de la société socialiste en URSS, malgré le ralentissement du rythme de la révolution internationale ; 2) une déviation vers l'étroitesse d'esprit nationale, l'oubli des devoirs des révolutionnaires prolétariens internationaux , l'oubli inconscient de la dépendance intime du sort de l'URSS de la révolution prolétarienne internationale, qui se développe, quoique lentement, l'incompréhension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l'existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prolétarien du monde, mais encore que la dictature du prolétariat en URSS a besoin de l'aide du prolétariat international. » (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC »)<br class='autobr' />
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conférence, en parlant de la première déviation, avait à l'esprit la déviation qui mène à la méfiance à l'égard de la victoire de l'édification socialiste dans notre pays, déviation répandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxième déviation, la Conférence avait à l'esprit la déviation qui mène à l'oubli des perspectives internationales de notre révolution, déviation qui prévaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique étrangère, qui ont parfois tendance à adopter le point de vue de l'établissement de « sphères d'influence » dans les pays dépendants. »</p>
<p>« De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, les masses ouvrières ne peuvent pas participer consciemment à cette œuvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, il ne peut y avoir de volonté de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu'il ne peut pas achever ce qu'il construit ? Par conséquent, l'absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit inévitablement à l'affaiblissement de la volonté de construction du prolétariat.<br class='autobr' />
De plus, si la volonté du prolétariat de construire le socialisme s'affaiblit, cela aura nécessairement pour conséquence de renforcer les éléments capitalistes de notre économie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les éléments capitalistes de notre économie ? Les sentiments pessimistes et défaitistes de la classe ouvrière ne peuvent qu'attiser les espoirs des éléments capitalistes de restaurer l'ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l'importance décisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les éléments capitalistes de notre économie et nourrit un esprit de capitulation. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Trotsky écrivait :</p>
<p>« Au VIIe plénum, Staline déclara (et ce n'était pas la première fois) :<br class='autobr' />
" La question de la construction de l'économie socialiste dans un seul pays fut, pour la première fois, posée dans le parti par Lénine en 1915 " [Compte rendu sténographique, p. 14 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Ainsi, on admet, ici, qu'avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se réclament pas de toute la tradition précédente du marxisme et du parti sur le problème du caractère international de la révolution prolétarienne. Notons cela.<br class='autobr' />
Qu'a donc déclaré Lénine, " pour la première fois ", en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même avaient dit jusqu'à cette date ?<br class='autobr' />
En 1915, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays capitalistes, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats " [LÉNINE, Œuvres, vol. XXI, p. 354 de l'édition française. Social-Démocrate, n° 44 du 23 août 1915 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Qu'est-ce que Lénine voulait dire en écrivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l'établissement de la dictature du prolétariat, est possible d'abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-même à l'offensive révolutionnaire, l'Etat prolétarien devra, au préalable, " organiser chez lui la production socialiste ", c'est-à-dire diriger lui-même le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C'est tout. On sait qu'une telle " victoire du socialisme " fut, pour la première fois, acquise en Russie ; pour repousser l'intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d'abord, " organiser chez lui la production socialiste " ou des trusts " de type socialiste conséquent ". Ce que Lénine entendait par " victoire du socialisme dans un seul pays", ce n'est pas une société socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-même - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste : précisément ce que la Révolution d'Octobre a réalisé chez nous dès la première période de son existence.<br class='autobr' />
Peut-être faut-il encore apporter des preuves à la démonstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.<br class='autobr' />
Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), Lénine évoquait " la nécessité, pour la victoire du socialisme en Russie, d'un certain laps de temps, pas moins de quelques mois ".<br class='autobr' />
Au début de la même année 1918, dans un article dirigé contre Boukharine et intitulé De l'enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" Si, dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un immense succès et la plus sûre garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait définitivement assis et deviendrait invincible " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 349 de l'édition française).<br class='autobr' />
Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi court pour la " consolidation définitive du socialisme " ? Quelle signification matérielle et sociale, concernant la production, donnait-il à ces paroles ?<br class='autobr' />
Cette question apparaît soudain sous un autre éclairage si l'on se rappelle que le 29 avril de la même année 1918, dans son rapport au Comité exécutif central panrusse des soviets, Lénine déclarait : <br class='autobr' />
" Il est douteux que même la génération suivante, qui sera plus développée, puisse réaliser entièrement le passage au socialisme " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 312 de l'édition française).<br class='autobr' />
Le 3 décembre 1919, au Congrès des exploitations collectives et des artels agricoles, Lénine s'exprima ;avec plus de vigueur encore : <br class='autobr' />
" Nous savons que nous ne pouvons instituer immédiatement l'ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-être même nos petits-enfants, le voient s'établir chez nous " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXX, p. 205 de l'édition française).<br class='autobr' />
Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il raison : quand il fixait douze mois de délai pour la " consolidation définitive du socialisme " ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l'édification de " l'ordre socialiste " ?<br class='autobr' />
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux étapes différentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.<br class='autobr' />
Dans le premier cas, par " consolidation définitive du socialisme", Lénine entendait, non pas l'édification de la société socialiste dans le délai d'un an ou même de " quelques mois " (c'est-à-dire la suppression des classes, le dépassement de l'opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'État prolétarien, qui rendrait possible l'échange des produits entre la ville et la campagne. La brièveté même du délai donne ici la clé qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.</p>
<p>« Telle est l'affaire avec Staline. Elle ne saurait être plus lamentable. Il est vrai qu'on pourrait s'en consoler si elle n'était tout aussi lamentable pour le VIIe Plénum du Comité exécutif de l'Internationale.<br class='autobr' />
Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le véritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilité de l'édification du socialisme dans un seul pays. Vérifions. Voici ce qu'écrivait Boukharine à ce sujet en 1917 : <br class='autobr' />
" Les révolutions sont les locomotives de l'histoire. Même dans la Russie arriérée, le prolétariat seul peut être le machiniste irremplaçable de cette locomotive. Mais le prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette tâche qui est " mise à l'ordre du jour " en Russie aussi ne peut être réalisée " à l'intérieur des frontières nationales ". Ici, la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable où on ne peut ouvrir une brèche que par le bélier de la révolution ouvrière internationale " (BOUKHARINE, La lutte des classes et la révolution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l'édition russe). »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html</a></p>
<p>Lénine n'a jamais défendu le « socialisme dans un seul pays » de Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464</a></p>
<p>Quelques mensonges sur la "construction stalinienne du socialisme"</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384</a></p>
<p>Quand Staline s'attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567</a></p>
<p>L'économie de l'URSS était-elle socialiste ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936</a></p>
<p>Face à la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu'exprime la notion anti-marxiste de « socialisme dans un seul pays », construire et souder une force fidèle au bolchévisme.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm</a></p></div>
La crise de la révolution et les tâches du prolétariat, vus par les trotskistes prisonniers dans l'isolateur de Verkhnéouralsk
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8726
https://www.matierevolution.org/spip.php?article87262026-07-18T22:27:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskisme
<p>À Verkhneouralsk, dans la région séparant la Russie d'Europe de la Sibérie, les ouvriers chargés de faire des travaux dans une prison y ont mis au jour une série de documents que des militants trotskystes soviétiques avaient cachés, sous le plancher de leur cellule, dans les années 1930. <br class='autobr' />
La crise de la révolution et les tâches du prolétariat, vus par les trotskistes prisonniers dans l'isolateur de Verkhnéouralsk <br class='autobr' />
Introduction <br class='autobr' />
Durant la révolution [dans l'original : le coup d'État] (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>À Verkhneouralsk, dans la région séparant la Russie d'Europe de la Sibérie, les ouvriers chargés de faire des travaux dans une prison y ont mis au jour une série de documents que des militants trotskystes soviétiques avaient cachés, sous le plancher de leur cellule, dans les années 1930.</p>
<h2 class="spip">La crise de la révolution et les tâches du prolétariat, vus par les trotskistes prisonniers dans l'isolateur de Verkhnéouralsk</h2>
<p>Introduction</p>
<p>Durant la révolution [dans l'original : le coup d'État] d'octobre, la révolution démocratique était étroitement liée au premier stade de la révolution socialiste.</p>
<p>Le programme, élaboré par Lénine pendant le 8e congrès du Parti bolchévique, examine la révolution d'octobre comme une première étape de la révolution mondiale dont elle ne peut être séparée. Le principe même de la révolution permanente a trouvé son expression dans cette disposition de notre programme : « le plus grand problème historique de la révolution russe est la nécessité de résoudre les tâches internationales… en réalisant le passage de la révolution étroitement nationale à la révolution mondiale » ; cette caractérisation par Lénine des tâches de notre révolution a été justifiée intégralement par toutes les étapes suivantes de son développement. Toutes les difficultés et les contradictions principales de notre révolution reposent sur les contradictions entre le caractère international de la révolution et le caractère national de la construction socialiste dans le pays. Voilà pourquoi Lénine répétait inlassablement que « notre salut face à toutes ces difficultés réside dans la révolution européenne », et que « nous sommes loin d'arriver même à la fin de la période transitoire du capitalisme au socialisme. Nous ne nous berçons pas d'espoirs sur le fait que nous pourrions y réussir sans l'aide du prolétariat international » (Lénine). La ligne stratégique du marxisme-bolchévisme est définie par ces positions de Lénine : elles forment la base de la théorie de la révolution permanente. La théorie du socialisme dans un seul pays s'oppose à elle, donne un éclairage national à la révolution effectuée et la détache de la révolution internationale ; elle apparaît comme la base stratégique du socialisme national.<br class='autobr' />
Chapitre un : La théorie de la révolution permanente et les problèmes de la construction du socialisme en URSS</p>
<p>1) Le point de départ principal de la théorie de la révolution permanente s'exprime dans les mots suivants de Lénine : « Du moment que la grande industrie à l'échelle mondiale existe, il est incontestable que l'on peut passer directement au socialisme ; et personne ne démentira ce fait. »</p>
<p>Cela écarte la question de la maturité ou non de pays particuliers pour le socialisme. Pour le passage victorieux à la révolution socialiste dans n'importe quel pays techniquement attardé et agricole, il est seulement nécessaire que, du fait de son rôle social et historique, le prolétariat de ce pays soit en capacité de se mettre à la tête de la révolution démocratique nationale et de renverser le pouvoir de la bourgeoisie. Mais cette position initiale implique que la révolution prolétarienne victorieuse en Russie n'est, dans le cadre de la situation internationale, qu'un maillon de la chaîne internationale. Dans la situation actuelle de l'économie mondiale, nous n'existons dans la chaîne des États capitalistes que comme un maillon de l'économie mondiale et, par conséquent, tirer « un juste bilan d'une révolution prolétarienne n'est possible qu'en se plaçant d'un point de vue international » (Lénine).</p>
<p>2) L'équilibre dynamique de l'économie soviétique ne doit pas être examiné comme l'équilibre d'une économie fermée et autonome. L'économie de l'URSS se développe sous la pression de l'économie mondiale ; elle est entrée dans le système de la division internationale du travail et représente une partie très originale, mais néanmoins partie prenante, du marché mondial « auquel nous sommes subordonnés et dont on ne peut se détacher » (Lénine). À l'intérieur [du pays], l'équilibre économique est maintenu par les effets de l'export et de l'import. Plus l'économie soviétique s'implique dans le système international de la division du travail, plus des éléments de l'économie soviétique, comme les prix et la qualité, tombent aussitôt directement sous la dépendance des éléments correspondants du marché mondial. En même temps, l'économie soviétique se trouve en lutte incessante avec le système capitaliste mondial, tout en gardant nécessairement des liens [mot illisible] avec le marché mondial, ce qui aggrave cette lutte. Dans ces conditions, la force de notre opposition à la pression économique, militaire et politique du capital mondial est déterminée par le rythme de notre développement économique. Mais nous ne sommes pas libres dans le choix des tempos. Ce rythme est déterminé d'un côté par les conditions matérielles de notre appareil [le mot qui précède est illisible dans le manuscrit, mais il semble possible de faire l'interprétation proposée] productif, d'un autre côté par la nécessité, en dernier ressort, de rattraper et dépasser les pays capitalistes développés, car notre plateforme proclame :« en cas de lutte longue entre les systèmes hostiles, le capitalisme et le socialisme, l'issue est déterminée en dernier ressort par le ratio de la productivité qui, dans les conditions du marché, se mesure par le ratio entre les prix intérieurs et les prix mondiaux » [2]. Nous ne saurons conserver un équilibre dynamique de toutes les parties constituantes de l'économie dans son ensemble, et en même temps accélérer de toutes les manières possibles notre propre développement, tout en assurant un avantage aux éléments socialistes sur les éléments capitalistes, que dans la mesure où, tout en nous appuyant sur les avantages de l'économie planifiée socialiste, nous utiliserons de façon pertinente les possibilités qui découlent des conditions de la division du travail à l'échelle mondiale.</p>
<p>3) Dans la mesure où il existe une économie mondiale connectée et une division du travail mondiale, aucun pays pris seul (même le plus développé) ne possède une grande industrie développée, mécanisée et polyvalente capable d'assurer la construction du socialisme dans un cadre national fermé (une telle industrie, assurant la construction du socialisme, existe seulement à l'échelle mondiale) ; tout cela implique que le prolétariat est condamné, dans l'intérêt de la hausse de la productivité du travail, et alors que les liens avec le commerce extérieur se renforcent, à permettre dans certaines limites le développement du capitalisme dans le pays (le marché intérieur, les concessions, les sociétés mixtes [parenthèse incomplète à cause d'un mot illisible qui pourrait être le mot sociétés qui a été introduit]). De là vient aussi la NEP, comme une telle forme de lien économique entre la grande industrie et la masse de petits producteurs agricoles isolés, qui nous est imposée par tout le système de l'économie mondiale moderne.</p>
<p>De cette façon il apparaît que « notre ordre social est basé seulement sur la lutte du socialisme et du capitalisme, mais dans certaines limites également sur leur coopération » (Trotski). Dans ces conditions, la tâche principale consiste à « diriger le développement inéluctable (dans une certaine mesure et durant un certain laps de temps) du capitalisme dans le cadre du capitalisme d'État …, d'assurer la transformation dans un futur proche du capitalisme d'État en socialisme…, de renforcer les relations régulées par l'État pour contrebalancer les relations anarchiques petites-bourgeoises » (Lénine), c'est-à-dire en d'autres termes de soumettre les éléments petits-bourgeois à la comptabilité et au contrôle de l'État, et préparer les conditions pour l'industrialisation et la collectivisation sur la base de l'électrification, car « s'il n'y a pas d'électrification, le retour au capitalisme est de toutes les façons inévitable » (Lénine).</p>
<p>4) Tous les processus principaux en URSS [bout de phrase illisible car bord de page déchiré. NdT] « tombent, dans une mesure ou une autre, sous l'action des lois qui dirigent le développement capitaliste, y compris le changement des conjonctures » (Trotski). Cela crée un entrelacement original des contradictions intérieures et extérieures avec des liens réciproques entre elles. Ces contradictions intérieures et extérieures sont inextricablement liées en un seul ensemble. Pour surmonter les premières, il est nécessaire de résoudre les secondes. L'impossibilité de construire une économie socialiste autonome reflète les contradictions intérieures et extérieures de la construction du socialisme dans toute leur ampleur, à chaque nouvelle étape avec une plus grande ampleur et de façon bien plus profonde. Ainsi, toutes les contradictions du développement de l'URSS mènent en dernier ressort à la contradiction entre un État ouvrier isolé et le monde capitaliste qui l'entoure. L'entière résolution de toutes ces contradictions n'est possible qu'en s'orientant vers la révolution mondiale.</p>
<p>5) La construction socialiste en URSS se fait sur la base d'une lutte de classes continue et âpre aux plans national et international. La révolution prolétarienne, à la différence de toutes les autres révolutions, tend non à la perpétuation de la domination d'une seule classe, mais à l'annihilation de toutes les classes. Représentant un processus ininterrompu, la révolution prolétarienne ne peut s'attarder à une étape formelle, ne permettant pas à la société de trouver son équilibre ; lorsqu'elle se trouve dans une phase de recul, elle doit préparer les éléments d'une nouvelle avancée, sur une base plus élevée que celle qui a été acquise à l'occasion de l'essor précédent. Toute l'évolution se déroule entièrement à travers des affrontements incessants des différents groupes de classes d'une société en cours de restructuration ; et la refonte des relations sociales se fait dans une lutte ininterrompue. « Tant qu'il reste des ouvriers et des paysans, le socialisme reste non réalisé ; une lutte intransigeante se déroule en pratique et à chaque pas » (Lénine). Cependant, les méthodes et les formes de cette lutte du prolétariat avec la paysannerie doivent être différentes de celles que le prolétariat a utilisées contre les capitalistes et les propriétaires terriens.</p>
<p>Elles prennent aussi en même temps la forme d'un « rapprochement » : un accord de ces classes sur la base de l'hégémonie du prolétariat. Cet accord s'obtient par des concessions, accordées aux paysans « dans la détermination des moyens de mise en place des changements socialistes » (programme du Parti communiste de l'Union) dans le cadre d'une politique d'abolition des classes et dans le but de renforcer le pouvoir du prolétariat. Pour prendre l'ascendant sur la paysannerie, « la dernière classe capitaliste », il ne s'agit pas d'emprunter la voie administrative [mots illisibles dans le manuscrit], avec des méthodes d'expropriation, mais la voie de l'influence [mot illisible] de la grande industrie sur l'agriculture. L'accord avec la paysannerie doit être l'une des mesures visant à l'abolition des classes, qui passe par la remise sur pieds de la grande industrie et son développement puissant et par la transformation sociale de la paysannerie elle-même. « Mais cette tâche (la complète liquidation de la contradiction entre la ville et la campagne), l'une des tâches principales du socialisme, exige à son tour l'utilisation des ressources de l'économie mondiale. » (Trotski, Les problèmes du développement de l'URSS) Accomplir cette tâche intégralement et jusqu'au bout n'est possible que dans le cadre de l'industrie mondiale, c'est-à-dire après la victoire des ouvriers des pays avancés. Avant cette victoire, « la principale question pour nous reste l'établissement juste de relations entre le prolétariat et la paysannerie, juste du point de vue de l'abolition des classes » (Lénine).</p>
<p>6) Dans la mesure où le régime capitaliste domine dans l'arène mondiale, des milliers de liens lient cette petite économie marchande au capitalisme mondial et celle-ci donne naissance chaque heure au capitalisme à une grande échelle. C'est pour cette raison que le développement de la lutte de classe à l'intérieur du pays est étroitement lié au déroulement général de la lutte de classe internationale qui le conditionne. La question : « qui prendra le dessus sur qui ? », même du seul point de vue des relations à l'intérieur du pays, ne dépend pas pour sa solution d'un ratio entre les économies privée et étatique en URSS. Elle dépend du ratio entre le capitalisme et le socialisme dans l'arène mondiale. Si le régime capitaliste était en capacité de tenir encore toute une époque, alors le capitalisme agraire entrainerait derrière lui, dans ces conditions, le paysan moyen, paralysant l'influence du prolétariat sur le village, créant un obstacle politique à la construction socialiste. Tout cela conduirait à une rupture des relations entre le prolétariat et la paysannerie, et rendrait inéluctable la chute de la dictature du prolétariat. C'est pour cette raison qu'en suivant le camarade Trotski nous affirmons que « la révolution prolétarienne ne peut tenir qu'un temps dans un cadre national… Dans un pays isolé, parallèlement à ses succès grandissent inéluctablement des contradictions, engendrées aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Si cet isolement se prolongeait, la domination du prolétariat devrait périr, victime des contradictions qui l'assaillent. Son salut réside uniquement dans la victoire du prolétariat des pays avancés. Mais du point de vue des rapports de force sociaux entre les classes dans l'arène mondiale, il n'y a aucune raison d'estimer que la victoire du prolétariat des autres pays est l'affaire d'un futur lointain. Le renversement de la bourgeoisie mondiale dans une lutte révolutionnaire est une tâche beaucoup plus réaliste et immédiate que celle de rattraper et dépasser le niveau de l'économie capitaliste mondiale, sans franchir les frontières de l'URSS » (Trotski).</p>
<p>Seuls ceux qui estiment qu'à l'étape historique actuelle la chute de la dictature du prolétariat est inéluctable ou même extrêmement probable, « croient à l'immuabilité du capitalisme mondial ou à sa longévité. L'opposition de gauche n'a rien de commun avec un tel optimisme capitaliste » (Trotski). C'est pour cette raison que l'opposition léniniste n'estime pas objectivement inéluctable la rupture avec la paysannerie à l'étape historique actuelle. Au point où nous en sommes aujourd'hui, une telle rupture, et par conséquent la chute de la dictature du prolétariat à l'étape historique actuelle, ne peut être que le résultat d'une politique erronée de la direction.</p>
<p>7) En se rendant clairement compte que la dictature du prolétariat peut tenir dans un cadre national seulement un temps et que pour cette raison la tâche principale est la transformation de la dictature du prolétariat de nationale en internationale, l'opposition léniniste n'a jamais ignoré la nécessité de l'instauration d'un accord avec le paysan moyen, sans affaiblir une seule minute la lutte contre les koulaks et en s'appuyant fermement seulement sur les paysans pauvres. « La tâche intérieure se ramène à se renforcer par une politique de classe juste, par des rapports justes de la classe ouvrière avec la paysannerie et par un acheminement continuel dans la voie de la construction socialiste. Les ressources intérieures de l'URSS sont innombrables et rendent la chose tout à fait possible. En utilisant en même temps, dans ce but, le marché capitaliste mondial, nous lions nos futures destinées historiques au développement ultérieur de la révolution mondiale. » C'est ce qu'écrivait la plateforme en 1927.</p>
<p>Les étapes du développement de la révolution en URSS sont déterminées en dernier ressort par les zigzags du développement de la révolution mondiale, que l'opposition léniniste a toujours considérée comme un processus unique : « la soumission des intérêts de la lutte prolétarienne dans un seul pays aux intérêts de cette lutte à l'échelle mondiale »], tel est le slogan principal de Lénine, qui « détermine les tâches stratégiques du prolétariat socialiste de l'URSS » et qui est en même temps l'une des principales positions de la théorie de la révolution permanente.<br class='autobr' />
Chapitre deux : Le socialisme national et la révolution prolétarienne</p>
<p>1) L'apparition d'une nouvelle variété de socialisme national en Russie a ses origines idéologiques dans le bolchévisme de droite de la période 1905-1917. Bien que ne partageant pas le point de vue des mencheviks sur la question de l'évaluation du rôle de la bourgeoisie dans la révolution démocratique, le bolchévisme de droite est fermement intervenu en même temps en 1905 contre la prise du pouvoir par le prolétariat et a limité notre révolution à des objectifs démocratiques bourgeois. Dans la période de février à mars 1917, tous ceux qui viennent d'être décrits sans exception, ont mené une lutte incessante contre Lénine. Et après l'arrivée de Lénine, Kamenev, Rykov, puis Zinoviev et les bolchéviks dits de droite, l'ont fait à leur tour. Ce faisant, ils glissaient définitivement sur les positions de l'aile gauche de la démocratie radicale petite-bourgeoise. Cela a obligé Lénine à poser même la question : « y a-t-il place pour le bolchévisme de droite dans notre parti ? »]. (Lénine, Recueil no 11)</p>
<p>2) Les successeurs idéologiques du bolchévisme de droite, en sus des droitiers actuels, sont les centristes staliniens. En Chine, en Inde, en Espagne et dans tous les pays coloniaux et sous-développés, et ces derniers temps au Japon aussi, le centrisme se bat contre la ligne stratégique axée sur la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, ligne qu'il considère comme méthode principale pour faire échouer les tâches de la révolution démocratique ; il prône le slogan devenu réactionnaire de la dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie, complété par la théorie et la pratique d'un parti regroupant deux classes [les ouvriers et les paysans – NdT] ; il détache la révolution démocratique dans les colonies de la révolution mondiale grandissante et considère la première du point de vue des positions de la révolution nationale, alors qu'elle est de fait en même temps un maillon de la chaîne internationale et ne représente pas un but en soi. Le centrisme stalinien dissout ainsi le prolétariat dans la petite bourgeoisie et le soumet à la bourgeoisie nationale.</p>
<p>3) La théorie du socialisme dans un seul pays a été également proclamée par les centristes en 1924, et elle est construite sur l'incompréhension de la contradiction entre le caractère international de la révolution prolétarienne et le caractère national de la construction du socialisme en URSS ; c'est la ligne stratégique du socialisme national. À la base de cette théorie, il y a la vision d'une paysannerie qui possèderait [mot illisible] des qualités socialistes [mot illisible], à savoir la volonté de « s'enraciner dans le socialisme » (indépendamment du sort du prolétariat des autres pays), et l'idée de surmonter les contradictions internes dans le pays de la dictature du prolétariat et de construire la société socialiste nationale, conformément à la théorie des socialistes nationaux. Ce dépassement est garanti par le fait même d'un accord avec la paysannerie. Le seul obstacle pour la construction du socialisme national, du point de vue de cette théorie, ne pourrait être que l'intervention [étrangère].</p>
<p>Par conséquent, si en 1905 les bolchéviks de droite n'acceptaient pas l'idée de la conquête du pouvoir par le prolétariat en Russie avant que cela ne se fasse en Europe occidentale, ils faisaient de même en 1917 la propagande pour la révolution démocratique en Russie, en soi et pour soi, et rejetaient l'idée de la dictature du prolétariat. Leurs successeurs idéologiques (la droite et le centre actuels) voient depuis 1924 la conquête du pouvoir par le prolétariat dans un cadre national, non comme un acte initial mais comme un acte final de la révolution : ils ont proclamé comme tout à fait possible la construction d'une société socialiste isolée en URSS, en soi et pour soi. La révolution mondiale a cessé d'être pour eux une condition indispensable de la victoire, mais est seulement devenue à leurs yeux une circonstance favorable.</p>
<p>4) Les principaux caractères du « socialisme national » moderne sont :</p>
<p>a) la limitation de la révolution au cadre national et la rupture avec l'internationalisme prolétarien qui exige au contraire « la soumission des intérêts de la lutte dans un pays aux intérêts de cette lutte à l'échelle mondiale » (Lénine) ;</p>
<p>b) la déconnexion des contradictions internes de celles de l'économie mondiale, et l'incompréhension du fait que les succès de la construction socialiste grandissent de concert avec ses contradictions ;</p>
<p>c) la négation de la position de Lénine selon laquelle nous « existons dans la chaîne des États capitalistes en qualité de maillon de l'économie mondiale » et en liaison avec cela ;</p>
<p>d) le cap mis sur l'indépendance à l'égard de l'économie mondiale et pour la création d'une économie nationale autonome, vivant en cercle fermé.</p>
<p>La rupture avec Lénine dans ces questions particulières a conduit à une révision complète du socialisme aussi bien sur les questions de l'évaluation des forces agissantes de la révolution nationale, que les centristes et la droite ont également cessé de considérer comme un maillon de la révolution mondiale, que pour ce qui est de l'appréciation du paysan moyen, qu'ils ont cessé de considérer comme « la dernière classe capitaliste du pays », contrairement à Lénine.</p>
<p>5) En plein accord avec la théorie du socialisme dans un seul pays, les tenants du « socialisme national » considèrent la NEP comme une étape historique qui, directement sur la base de la coopération avec la paysannerie, crée les conditions pour la construction complète d'une société socialiste dans un seul pays, indépendamment du sort du prolétariat dans les autres pays. Au début il y avait la coopération par la mise à disposition des exploitations agricoles des moyens d'approvisionnement domestique ; maintenant il y a la collectivisation complète et l'artel socialiste par la collectivisation du matériel agricole ; ces mesures sont déclarées comme des conditions suffisantes pour surmonter les contradictions internes et l'intégration de la paysannerie dans le socialisme. La tactique du « socialisme national » dans le cadre de la NEP est en contradiction profonde avec la ligne stratégique de la révolution prolétarienne. Elle est la conséquence de la ligne du « socialisme national », à savoir sa théorie du socialisme dans un seul pays. Pour Lénine, la NEP n'a toujours été qu'une étape sur le chemin de la révolution mondiale, seulement une adaptation au rythme de son développement. La tactique de Lénine relative à la NEP consistait, parallèlement à des actions lentes et prudentes, comme pour un siège, à préparer et ensuite prendre l'offensive à l'intérieur du pays. Lénine rappelait que « la forteresse du Port-Arthur international sera prise, parce que dans tous les pays mûrissent les forces qui l'abattront. » (Lénine).</p>
<p>Le passage à l'offensive n'implique pas en même temps l'abandon de la NEP et de ses méthodes ; mais il [le passage à l'offensive] change seulement les formes des relations avec la paysannerie, dans la mesure où ce passage signifie le renforcement de la lutte contre la bourgeoisie paysanne et la mise en œuvre de la collectivisation et des sovkhozes, dont le rythme de croissance est déterminé par le rôle idéal exercé par la grande industrie, le niveau technique et l'étendue de nos relations avec l'économie mondiale. Dans la mesure où les processus intérieurs économiques ont des répercussions politiques complexes, les principaux problèmes économiques de la NEP sont avant tout des problèmes politiques très complexes, de la résolution desquels dépend le sort de l'État ouvrier. Les « socialistes nationaux » ignorent ce contenu politique des problèmes de la NEP.</p>
<p>6) Le « socialisme national » en Russie, devenu l'arme de la réaction sociale et politique contre les tendances socialistes d'Octobre, a connu deux périodes dans son développement. Dans les conditions d'un équilibre relatif dans l'économie et la politique de notre pays, quand les principales contradictions de la révolution étaient encore « considérées » en leur qualité de soi-disant « période de reconstruction », le cours du « socialisme national » a trouvé son expression tactique dans la politique d'accord avec le koulak et dans l'adaptation du développement de l'économie d'État aux besoins de la bourgeoisie paysanne. La coopérative, comme forme organisationnelle pure, a été déclarée route principale pour atteindre le socialisme. La lutte contre la théorie de la révolution permanente et le « trotskysme » était l'étendard idéologique au nom duquel se faisait la mobilisation des éléments petit-bourgeois et se préparait la pression contre les conquêtes socialistes de la révolution d'Octobre. En opposant au point de vue de l'opposition, l'idée que le « paysan moyen » serait un atout principal de la politique du « socialisme national », ses tenants non seulement quittaient ainsi les positions prolétariennes mais allaient dans la pratique, à l'encontre de l'union du prolétariat avec le paysan moyen. La politique du « socialisme national » conduisait à saper objectivement, au nom des intérêts de l'union avec « le paysan moyen » (qui était en fait, pour les « socialistes nationaux », synonyme de koulak), l'hégémonie du prolétariat, alors que l'opposition léniniste soulignait inlassablement que l'union avec le paysan moyen est conditionnée par le fait de réduire cette période de transition et de renforcer l'hégémonie du prolétariat.</p>
<p>7) La deuxième période de développement du « socialisme national » commence au moment où le pays est sorti d'un équilibre relatif et que toutes les forces latentes, qui ont mûri dans la période précédente sous le couvert de la politique de droite, sont sorties de l'ombre et, mettant à nu les contradictions de la révolution nationale, ont révélé la banqueroute complète du cours droitier et centriste.</p>
<p>En étant dans l'incapacité de passer sur la ligne stratégique du prolétariat et de s'appuyer directement sur l'avant-garde prolétarienne, et à travers elle sur les larges couches des ouvriers et des paysans pauvres, sans oser en même temps opérer un tournant brusque à droite, de peur de l'opposition du prolétariat qui a commencé à se manifester en 1928, l'aile centriste du « socialisme national » a tenté « de s'adapter au prolétariat, sans désavouer cependant les bases de principe de sa politique et principalement le concept de son omnipotence » (Trotski). Cela a trouvé son expression dans la tentative de résoudre toutes les contradictions par une brève action d'éclat entreprise dans le cadre national, mais sur la voie de l'aventure ultragauche.</p>
<p>L'essence de cette aventure réside dans une politique d'industrialisation à des rythmes aventureux, dans la suppression de la NEP, dans la liquidation administrative des classes à la campagne et dans la collectivisation totale comme méthodes de construction de la société socialiste nationale en quatre ans. Cela a conduit à toute une politique économique au-dessus des ressources réelles et des relations de classes réelles.</p>
<p>Nous avons affaire dans ce cas à une politique à la base de laquelle se trouve toujours la même vieille théorie du socialisme dans un seul pays, dont on a passé la troisième vitesse ; c'est la mise sur le cap de l'abolition des classes dans le cadre d'une économie fermée nationale qui se suffirait à elle-même. En chassant toutes les contradictions du village actuel dans les kolkhozes, où elles se reproduisent sur une nouvelle base, en niant la différenciation dans les kolkhozes et en déclarant que les kolkhozes sont à priori des entreprises socialistes, le centrisme stalinien cache dans les kolkhozes les tendances capitalistes des fermiers et sacrifie les paysans pauvres et les ouvriers agricoles et leur exploitation au profit des kolkhoziens prospères.</p>
<p>Ayant perdu le soutien du koulak et n'en trouvant pas dans la classe ouvrière, le centrisme stalinien tente de se créer un soutien du côté du paysan moyen du kolkhoze qui, conformément aux décisions du 16e congrès, doit devenir « le soutien du pouvoir soviétique à la campagne ». Le paysan moyen devrait s'enraciner dans le socialisme sur la base de l'économie petite-bourgeoise, unifiée administrativement par la collectivisation du matériel agricole.</p>
<p>« Le forcing bureaucratique des rythmes d'industrialisation et de collectivisation, s'appuyant sur une position théorique fausse, signifie une accumulation insouciante des disproportions et des contradictions, en particulier en ce qui concerne les relations avec l'économie mondiale » (Trotski) d'un côté, et les relations entre la ville et la campagne de l'autre. Le résultat de toute la politique du centrisme est l'aggravation des relations entre l'État et le prolétariat, et entre le prolétariat et la paysannerie, parallèlement à l'élévation de la bureaucratie au-dessus des classes et à la croissance du mécontentement général.</p>
<p>8) La ligne stratégique du « socialisme national », vérifiée par l'expérience des événements, a montré son échec complet en mettant le pays de la dictature du prolétariat face à la menace de sa chute ; elle est en même temps un frein pour la révolution dans les pays sous-développés, coloniaux ; elle détruit et désorganise l'Internationale communiste, paralysant le mouvement communiste dans le monde entier : « L'opposition de gauche internationale rejette et condamne catégoriquement la théorie du socialisme dans un seul pays créée par les épigones [citation reconstituée grâce à l'original. NdT] en 1924, comme la pire des réactions contre le marxisme et comme le produit principal de l'idéologie thermidorienne ; la lutte irréconciliable avec le stalinisme (ou le socialisme national), qui a trouvé son expression dans le programme de l'Internationale communiste, est la condition nécessaire de la stratégie révolutionnaire juste aussi bien dans les questions de la lutte de classes internationale que dans le domaine des tâches économiques de l'URSS » (Trotski).<br class='autobr' />
Chapitre trois : La crise actuelle de la révolution et les tâches stratégiques du prolétariat</p>
<p>1) À la base de toutes les turbulences du système soviétique, il y a les principales contradictions historiques suivantes, liées entre elles :</p>
<p> « a) l'héritage des contradictions capitalistes et précapitalistes de la vieille Russie bourgeoise tsariste, en premier lieu les contradictions entre la ville et la campagne ;</p>
<p> b) la contradiction entre l'arriération culturelle générale et les tâches de la transformation socialiste, qui ont surgi dialectiquement à partir de cette arriération ;</p>
<p> c) la contradiction entre l'État ouvrier et l'entourage capitaliste, en particulier entre le monopole du commerce extérieur et le marché mondial » (Trotski).</p>
<p>Toutes ces contradictions, qui en aucun cas ne sont de courte durée et épisodiques, se sont développées au cours des neuf dernières années dans les conditions créées par la politique erronée de la direction et par les défaites passées du prolétariat mondial, à partir de 1923.</p>
<p>L'arriération culturelle générale de notre pays, combinée à la domination de la petite production dans l'agriculture, a créé une contradiction profonde entre la base matérielle et la superstructure sociale et politique de la dictature du prolétariat. C'est sur cette base que la bureaucratie s'est développée, renforcée ; elle s'est entièrement révélée « comme une superstructure basée sur l'éparpillement et la démoralisation du petit producteur » (Lénine). De plus elle est d'une part due à l'absence de culture des grandes masses ouvrières, et d'autre part elle s'est développée comme un outil de lutte contre le prolétariat et contre les tendances socialistes de notre révolution de la part de l'ancienne couche des fonctionnaires d'État, qui représente les débris des classes évoluées précédemment dominantes, petites-bourgeoises, alors que les éléments de la direction bureaucratique du Parti communiste de l'Union, qui sont tombés dans une certaine mesure sous l'influence des éléments bourgeois de l'appareil d'État, ont pris de l'importance en profitant de la vague de réaction sociale et politique et du soutien de la direction du parti et du pays. En même temps, « la bureaucratie soviétique, qui représente un amalgame de la couche supérieure du prolétariat victorieux et de larges couches des classes déchues, incorporeront l'agence puissante du capital mondial » (Trotski).</p>
<p>La théorie du socialisme dans un seul pays va dans le sens des besoins sociaux de la bureaucratie soviétique, qui devient de plus en plus conservatrice dans ses aspirations à un régime national. Celle-ci a besoin de donner de la révolution réalisée une image définitive qui lui garantisse une situation privilégiée qui serait censée être suffisante pour la construction pacifique du socialisme.</p>
<p>Il y a un profond antagonisme entre les forces créatrices de la révolution et la bureaucratie. La politique erronée de la bureaucratie centriste, qui diverge des intérêts historiques de la classe ouvrière, est devenue par elle-même depuis longtemps l'une des principales sources de la croissance de la bureaucratie. En profitant d'un rapport de force défavorable au prolétariat, la bureaucratie centriste a décimé l'opposition léniniste du parti, a liquidé l'organisation de l'avant-garde du prolétariat en tant qu'organisation autonome. Elle a établi une oppression politique et économique, a liquidé les syndicats en qualité d'organes de défense des intérêts des ouvriers et comme école du communisme, a établi de façon plébiscitaire un régime bonapartiste dans le parti, les unions [professionnelles], les soviets, en renforçant ainsi les éléments de double pouvoir. La direction centriste a conduit le pays à une crise sociale et économique aigüe et à des secousses politiques profondes avec sa politique zigzagante entre l'opportunisme et l'aventurisme.</p>
<p>2) La sortie de la crise de la révolution, créée par neuf années de domination de la bureaucratie du parti et des soviets dans les conditions de la réaction sociale et politique, ne peut se faire que dans deux directions :</p>
<p> soit la restauration bourgeoise par la force via un coup d'État contre-révolutionnaire ouvert ;<br class='autobr' /> soit par le complet rétablissement de la dictature prolétarienne via une réforme profonde du parti, des unions [professionnelles], des soviets. C'est la lutte pour cette deuxième voie qui constitue le fond politique de toute la lutte de l'opposition léniniste, en qualité de détachement russe de l'opposition de gauche internationale.</p>
<p>3) La tâche principale du prolétariat dans le domaine économique est d'opérer un repli planifié à partir des positions aventuristes dans l'industrie et l'agriculture. Ce repli doit poursuivre les buts suivants :</p>
<p> la création de plans économiques qui tiennent compte de la réalité, garantissant la croissance permanente de l'économie sur la base d'un équilibre dynamique ;<br class='autobr' /> le rétablissement de la confiance des paysans à l'égard du prolétariat et de son État (rapprochement entre la paysannerie et le prolétariat) ;<br class='autobr' /> un tel regroupement des forces en ville et à la campagne, créerait les conditions pour une offensive future. C'est seulement par l'accomplissement de ces tâches que le prolétariat peut renforcer sa dictature et rester sur la voie du socialisme, en attendant la victoire du prolétariat d'autres pays.</p>
<p>4) Une retraite planifiée [celle que préconise l'opposition de gauche. NdT] par rapport aux positions aventuristes [celles de la direction stalinienne. NdT] suppose également une retraite dans la sphère des relations entre la ville et la campagne, vers les méthodes du marché, limitées par l'action stricte et croissante de la gestion planifiée. Mais une telle retraite vers les méthodes du marché ne résoudra pas encore les problèmes, ceux des relations avec le paysan moyen, dans le domaine politique. Du fait de la politique désastreuse de la direction, la confiance que la paysannerie accordait aux résultats du travail socialiste du prolétariat s'est dégradée. Le paysan moyen acceptera-t-il, après ce qu'a fait de lui la direction centriste ces dernières années, de conclure sur la base de la NEP un accord avec la classe ouvrière, ou bien le paysan moyen se contentera-t-il de « la restauration de la NEP » et exigera-t-il un renforcement de la NEP [une « NEP de la NEP » dans l'original. NdT] et des garanties politiques ? Il est impossible de le prévoir. C'est la pratique qui le montrera, l'expérience du repli lui-même. Et cela dépendra en premier lieu de la force, dans la lutte avec la contre-révolution bonapartiste, de la classe ouvrière elle-même qui s'emploiera à arracher à l'influence de celle-ci les masses moyennes et pauvres de la campagne.</p>
<p>En prenant sur soi l'initiative de la retraite par rapport à l'aventurisme, l'opposition léniniste répète une fois encore, en suivant Lénine, ses paroles qui doivent être prises comme fondement de nos relations avec la paysannerie : « nous déclarons honnêtement, sans aucun mensonge aux paysans : pour garder le cap vers le socialisme nous vous ferons, camarades paysans, toute une série de concessions, mais seulement dans certaines limites et dans une certaine mesure, et bien sûr, nous déciderons nous-mêmes des limites et de la mesure. Voilà comment se pose la question des relations entre le prolétariat et la paysannerie, c'est-à-dire soit la paysannerie doit aller avec nous pour un accord, et nous lui faisons des concessions économiques, soit c'est la lutte » (Lénine).</p>
<p>5) Sous la pression des contradictions et des difficultés, accentuées par la politique actuelle, la direction centriste sera obligée d'entamer une retraite spontanée à partir de ses positions aventuristes. Mais cette retraite, sous la domination centriste, déplacera inéluctablement toute la politique vers une « NEP politique », c'est-à-dire qu'elle transmettra l'initiative aux éléments thermidoriens et bonapartistes du Parti communiste de l'Union qui préparent dès à présent le plan d'un accord bonapartiste avec la paysannerie et le capital mondial.</p>
<p>Pour couper la route à une retraite qui irait dans la direction d'une « NEP politique », l'opposition léniniste mène une lutte intransigeante contre la fraction dirigeante du centrisme et met en avant un programme déterminé de revendications et de slogans, qui garantissent la sortie de la crise actuelle de la révolution sur une voie prolétarienne.</p>
<p>6) À présent, tout comme durant la période de la préparation de notre plateforme, « il existe dans le pays deux positions qui s'excluent mutuellement ; l'une est la position du prolétariat qui construit le socialisme, l'autre est celle de la bourgeoisie qui tente de ramener le développement sur une voie capitaliste ».</p>
<p>La fraction dirigeante du centrisme stalinien, hésitant entre ces deux positions [illisible] et faisant bloc avec les Béssédovski [3] « sur deux fronts », mais en pratique principalement contre l'opposition léniniste, conduit à ce que le rapport de force s'établisse au profit des forces thermidoriennes et bonapartistes.</p>
<p>L'opposition léniniste, par contre, est l'unique représentante de la position du prolétariat. Elle continue de défendre dans des conditions difficiles la ligne stratégique du marxisme-bolchévisme contre le « socialisme national », et chaque pas de notre révolution est observé du point de vue du développement de la révolution mondiale. Et son calcul historique principal est lié seulement au développement de cette révolution mondiale.</p>
<p>[1] Dans l'original, l'expression est « national-socialisme », mais il semble préférable d'éviter cette expression, remplacée dans cette traduction par « socialisme national ». Remarque valable pour tout le texte. Dans le numéro 5 d'octobre 1929 du Bulletin de l'opposition (bolchevik-léniniste), le titre du premier article, rédigé par Trotski, est Contre le national-communisme ! Dans la première partie des Problèmes de développement de l'URSS, Trotski emploie l'expression national-socialisme dans le chapitre intitulé Les contradictions de la période de transition : l'URSS et l'économie mondiale (avril 1931) dans le même sens que les auteurs de cette brochure traduite.</p>
<p>[2] Projet de plateforme des bolcheviks-léninistes (de l'opposition) pour le 15e congrès du PCR(b), intitulé La crise du parti et les voies pour en sortir. Tiré de la partie consacrée à L'URSS et l'économie capitaliste mondiale.</p>
<p>[3] Grigori Zinoviévitch Bessédovski est né en janvier 1896 à Poltava (Ukraine) dans la famille d'une couturière et d'un employé de commerce, qui a acquis par la suite un magasin. Le père, qui avait eu des activités social-démocrates, continuait à prêter son appartement pour les activités du parti. Grigori a été fortement marqué par la révolution de 1905 et a suivi des études de commerce. Il est devenu membre en 1909 d'un cercle destiné à l'instruction, mais qui est vite devenu anarcho-communiste. Après le suicide de son père en 1911, il a gagné sa vie en donnant des leçons, mais a été arrêté une première fois pour ses activités. Pour éviter ce type de problème, il a gagné la France où il a repris ses études tout en fréquentant les anarchistes et les syndicats. Il est revenu dans l'empire peu avant le début de la Première Guerre mondiale et, tout en poursuivant ses études, il a fondé deux groupes anarchistes. La guerre l'a conduit à participer à des manifestations antimilitaristes. Après la chute de la monarchie, il est allé rejoindre brièvement le parti des Cadets. À l'automne 1917, il rejoint les socialistes-révolutionnaires de gauche tout en passant ses examens. En 1919, il passe chez les SR de gauche d'Ukraine. En 1920, il arrive à convaincre la cellule dont il est membre et secrétaire de fusionner avec le parti bolchévique après l'occupation de Poltava par l'Armée rouge. À partir de ce moment, il occupe des postes de responsabilité grandissante dans l'agriculture, puis la diplomatie ; il devient conseiller de la mission économique à Paris en 1927. Son intervention dans des pourparlers avec les Anglais a été mal reçue, et une enquête du NKVD sur son comportement à l'étranger et une affaire d'argent l'ont conduit à fuir l'ambassade le 3 octobre 1929 et à demander, et obtenir, l'asile politique en octobre 1929. Affirmant dans la presse blanche avoir été « au premier rang de la lutte contre “le trotskysme” », il s'empressa de faire aux services de sécurité occidentaux des « révélations » desservant l'URSS, sur fond d'un anticommunisme déclaré. D'autres affaires de ce genre ayant éclaté, Trotsky présenta souvent Bessedovsky comme le « prototype du bureaucrate désertant dans le camp capitaliste » et comme un révélateur de l'état de décomposition de la bureaucratie stalinienne. Il a été vu pour la dernière fois en octobre 1962.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1932/00/opposition.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1932/00/opposition.htm</a></p>
<p>Averine, Vasily Kuzmitch (1885-1945), membre du Parti bolchevique depuis 1904 ; comité central en Ukraine de 1921 à 1923. À partir de 1923, il a travaillé dans l'industrie de l'aviation, puis il a été président du conseil de la ligne de chemin de fer Moscou-Kazan. Arrêté en 1937, condamné à 8 ans de camps de travail correctionnel [ITL]. Libéré en novembre 1945, mais assassiné dans son bureau par des personnes inconnues le 28 décembre 1945.</p>
<p>Al'ski, Arkadi (M.) Osipovitch (1892-1936), membre du parti à partir de mars 1917 ; à partir de 1921, adjoint du Narkom [commissaire du peuple] des finances de la RSFSR ; à partir de 1923, de l'URSS. Arrêté le 4 février 1936 ; fusillé le 4 novembre 1936.</p>
<p>Antonov-Ovseenko, Vladimir Aleksandrovitch (1883-1938), membre du parti à partir de juin 1917 ; dans le mouvement révolutionnaire à partir de 1901 ; à partir de 1922, chef de la direction politique de l'Armée rouge ouvrière et paysanne (RKKA) et membre du Conseil militaire révolutionnaire (RVS) de la République. Arrêté le 12 octobre 1937 ; fusillé le 10 février 1938.</p>
<p>Beloborodov, Alexandre Georgievitch (1891-1938), membre du RSDRP depuis 1907 ; du parti bolchevique depuis 1917 ; à partir de 1923, du Narkom des affaires intérieures de la RSFSR. Arrêté le 15 août 1936 ; fusillé le 9 février 1938.</p>
<p>Boguslavski, Mikhaïl Solomonovitch (1886-1937), membre du parti bolchevique à partir de 1917 ; à partir de 1921, vice-président du Soviet de Moscou. Arrêté le 8 août 1936. Accusé lors du deuxième procès de Moscou en janvier 1937. Fusillé le 1er février 1937.</p>
<p>Bosh, Evguénia Bogdanovna (1879-1925), membre du parti depuis 1901 ; révolutionnaire professionnelle ; à partir de 1922, à la suite d'une grave maladie (cancer), le CC lui ordonne de se rendre en Italie et en Allemagne pour y être soignée. Décédée par suicide le 5 janvier 1925.</p>
<p>Breslav, Boris Abramovitch (S. V.) (1882-1938), membre du parti depuis 1903 ; à partir de 1922, chef de la direction politique du district militaire de Moscou. Arrêté le 31 octobre 1937 ; fusillé le 21 avril 1938.</p>
<p>Bubnov, Andrei Sergeevitch (1884-1938), membre du parti à partir de 1903 ; à partir de 1922, chef du département Agitation et Propagande du CC PCR (b). Candidat membre du CC du PCR (b). Membre du CC, 1924-1937. Arrêté le 17 octobre 1937 ; fusillé le 1er août 1938.</p>
<p>Byk, Iosif Moiseevitch (1882-1936), membre du parti bolchevique depuis 1918 ; à partir de 1923, président de la commission d'audit du fonds sucrier du Conseil suprême de l'économie populaire (VSNKh). Arrêté le 10 juillet 1936 ; fusillé le 5 octobre 1936.</p>
<p>Vaganian, (Ter-Vaganian) Vagarshak Arutiunovich (1893-1936), membre du parti bolchevique à partir de 1912 ; 1922—23 rédacteur en chef de la revue Sous la bannière du marxisme. Accusé au procès des 16, le premier procès du cadre de Moscou ; fusillé le 26 août 1936.</p>
<p>Vasilchenko, Semyon Filippovitch (1884-1937), membre du parti à partir de 1901 ; à partir de 1920, président du conseil d'administration de la maison d'édition Le Travailleur de Moscou. Travaille au Gosizdat. Arrêté le 28 mars 1936 ; fusillé en 1937.</p>
<p>Venediktov, Aleksandr Georgievitch [Abrosimov] (1884-1932), membre du parti à partir de 1904 ; à partir de 1923, dirige la section éditoriale et le département économique de la Maison d'édition d'État. Décédé le 21 août 1932.</p>
<p>Voronski, Alexandre Konstantinovitch (1884-1937), membre du parti depuis 1904 ; à partir de 1921, rédacteur de la revue Krasnaia nov [Terre vierge rouge] ; simultanément à partir de 1922, rédacteur de la revue Prozhektor [Phare]. Arrêté le 1er février 1937 ; fusillé le 13 août 1937.</p>
<p>Goltsman, Abram Zinovievitch (1894-1933), membre du parti à partir de 1917 ; à partir de 1922, membre du présidium et chef de la direction électrotechnique principale du VSNKh. Décédé dans un accident d'avion.</p>
<p>Danishevski, Karl Yuli. Khristianovitch (Jūlijs Kārlis Daniševskis) (1884-1941), membre du parti depuis 1900 ; à partir de 1921, chef de la direction centrale de l'industrie du bois ; président du conseil d'administration du trust « Northern Forest ». Arrêté le 16 juillet 1937 ; fusillé le 8 janvier 1938.</p>
<p>Drobnis, Yakov Naumovitch (1890-1937), membre du parti à partir de 1906 ; à partir de 1923, membre de la commission administrative et financière auprès du Conseil des commissaires du peuple de l'URSS. Arrêté le 6 août 1936. Jugé lors du deuxième procès de Moscou en janvier 1937. Fusillé le 1er février 1937.</p>
<p>Dudnik, F. [Akim Minovitch] (1881-1934), membre du parti bolchevique à partir de 1917. En 1923, membre du collège du commissariat populaire à l'agriculture de l'Ukraine soviétique. À partir de 1924, membre du présidium du comité central du parti communiste d'Ukraine. Décédé le 14 mars 1934.</p>
<p>Zhakov, Mikhail Petrovich (1893-1936), membre du parti à partir de 1911 ; à partir de 1923, étudiant à l'Institut des professeurs rouges. Enseigne à l'université Sun Yat Sen de Moscou, 1925-27. Arrêté et fusillé en 1936.</p>
<p>Kassior, (Kosior) Vladislav Vikentievitch (1891-1938), membre du parti à partir de 1907 ; rédacteur du journal Trud [Travail]. En 1921, membre du groupe du Centralisme démocratique. En 1925-26, représentant de la Vneshtorgbank à Paris. Condamné en 1936 à cinq ans de prison à l'Ukhpechlag de Vorkuta. Condamné à mort le 11 janvier 1938 ; fusillé avec d'autres opposants le 30 mars 1938.</p>
<p>Kovalenko, P.A. (1889-1937), membre du parti à partir de 1911 ; à partir de 1920, rédacteur au journal Pravda. Arrêté et fusillé en 1937.</p>
<p>Koganovitch, Piotr Kirillovitch (1887-1937), membre du parti à partir de 1905 ; à partir de 1921, membre du conseil d'administration de Tsentrosoiuz. Arrêté et fusillé en 1937.</p>
<p>Levitin, Mark Filippovitch (1891-1938), membre du RSDRP depuis 1909 ; membre du parti bolchevique depuis 1916 ; travail économique dans les agences du VSNKh et du STO (Conseil du travail et de la défense). Arrêté le 10 novembre 1937 ; fusillé le 8 février 1938.</p>
<p>Lobanov, Mikhaïl (A.) Ivanovitch (1887-1937), membre du parti depuis 1904 ; travail au sein du comité de Moscou du PCR (b). Fusillé le 9 mars 1937.</p>
<p>Lovatskov, Filipp Ivanovitch (1881-1937), membre du parti depuis 1904 ; en 1923, président du présidium du Conseil régional de l'économie populaire de l'Oural. Arrêté le 2 juillet 1937 ; fusillé le 30 octobre 1937.</p>
<p>Maksimovski, Vladimir Nikolaïevitch (1887-1941), membre du parti à partir de 1903 ; à partir de 1922, vice-nom des Lumières de la RSFSR ; professeur et doyen de l'Académie agricole Timiryazev. Arrêté le 27 juillet 1937, condamné à cinq ans d'exil. Mort en exil.</p>
<p>Mesyatsev, Pavel Aleksandrovitch (1889-1938), membre du parti à partir de 1906 ; à partir de 1921, membre du collège, puis plénipotentiaire du commissariat populaire à l'agriculture de la RSFSR. Arrêté le 21 août 1937 ; fusillé le 8 février 1938.</p>
<p>Minkin, Alexandre Eremeevitch (1887-1955), membre du parti depuis 1903 ; à partir de 1922, travaille au comité exécutif de la Comintern ; à partir de 1923, membre du collège du Narkomtorg. Membre du Glavkotsesskom, 1924-26. Condamné à huit ans de camp de travail correctionnel (ITL) en 1939 ; arrêté à nouveau en 1948 et condamné à dix ans d'ITL ; mort en prison le 13 janvier 1955.</p>
<p>Mouralov, Nikolaï Ivanovitch (1877-1937), membre du parti à partir de 1903 ; à partir de 1921, commandant du district militaire de Moscou. Membre du présidium du Gosplan en 1925-26. Arrêté le 17 avril 1936 ; accusé au deuxième procès de Moscou ; fusillé le 1er février 1937.</p>
<p>Nikolaev, Nikolaï Ilitch (Bezchetvernoi) (1895-1937), membre du parti depuis 1914 ; rédacteur en chef du journal Communiste. À partir de 1922, vice-président du conseil d'administration de la maison d'édition Krasnaia nov. Arrêté le 4 septembre 1936 ; fusillé le 29 mai 1937.</p>
<p>Osinski, N. (Obolenski, Valérian Valérianovitch) (1887-1938), membre du parti bolchevique depuis 1907 ; en 1920-21, l'un des dirigeants des démocrates centralistes ; à partir de 1921, narkom adjoint de l'agriculture de la RSFSR ; vice-président du VSNKh ; à partir de 1923, ambassadeur de l'URSS en Suède. Arrêté le 14 octobre 1937 ; fusillé le 1er septembre 1938.</p>
<p>Poliudov, Evgeny Venediktovich (1887-1937), membre du parti à partir de 1907 ; à partir de 1923, membre du collège du Commissariat du peuple aux finances. Arrêté le 30 avril 1937 ; fusillé le 9 septembre 1937.</p>
<p>Preobrajenski, Evgeny Alekseevitch (1886-1937), membre du parti depuis 1903 ; secrétaire du comité central 1920-21 ; comité de rédaction de la Pravda 1921-27 ; à partir de 1921, président du comité des finances du comité central et du conseil des commissaires du peuple ; figure importante du commissariat du peuple aux Lumières de la RSFSR. Preobrajenski était l'une des figures les plus influentes de l'économie soviétique dans les années 1920. Arrêté en décembre 1936, il a été fusillé le 13 juillet 1937.</p>
<p>Puzakov, Aleksei Mikhailovitch (1884-1937), membre du parti depuis 1905 ; à partir de 1922, secrétaire du comité régional de Koursk du PCR (b) ; à partir de 1923, secrétaire, puis président de la commission de contrôle du district. Arrêté le 31 mai 1934, condamné à cinq ans d'ITL. Condamné à mort le 1er octobre 1937 et fusillé le 8 décembre 1937.</p>
<p>Piatakov, Youri (G.) Leonidovitch (1890-1937), membre du parti depuis 1910 ; à partir de 1922, vice-président du Gosplan ; à partir de 1923, vice-président du Conseil suprême de l'économie populaire de l'URSS. À l'époque de la « Déclaration des 46 », il est membre du comité central du PCR (b). Il a été l'une des figures les plus influentes de l'économie soviétique dans les années 1920. Arrêté le 13 septembre 1936 ; accusé lors du deuxième procès de Moscou ; fusillé le 1er février 1937.</p>
<p>Rafail, (Farbman Rafail Borisovitch) (1893-1966), membre du parti depuis 1910 ; à partir de 1922, chef du département de l'éducation populaire de Moscou. Arrêté le 14 janvier 1933 ; condamné le 16 avril à trois ans d'ITL. En camp de 1935 à 1956. Refuse plusieurs fois sa réhabilitation de 1956 à 1966.</p>
<p>Rozengolts, Arkadi Pavlovitch (1889-1938), membre du parti depuis 1905 ; à partir de 1922, membre de la commission du commissariat du peuple aux finances de la RSFSR ; à partir de 1923, chef de la direction principale de l'armée de l'air ; membre du Conseil militaire révolutionnaire de l'URSS. Arrêté le 7 octobre 1937 ; accusé au troisième procès de Moscou ; fusillé le 15 mars 1938.</p>
<p>Sapronov, Timofei Vladimirovitch (1887-1938), membre du parti à partir de 1911 ; à partir de 1922, secrétaire et membre du présidium du VTsIK [Comité exécutif central panrusse]. Arrêté en 1935, il est condamné à l'ITL. Dans l'isolateur de Verkhne-Uralsk de 1935 à août 1937 ; fusillé le 28 septembre 1937.</p>
<p>Serebriakov, Leonid Petrovitch (1888-1937), membre du parti depuis 1905 ; membre du comité central depuis le huitième congrès ; secrétaire du comité central de 1919 à 21 ; à partir de 1922, adjoint au narkom des transports. Arrêté le 17 août 1936 ; accusé au deuxième procès de Moscou ; fusillé le 1er février 1937.</p>
<p>Smirnov, Vladimir Mikhailovitch (1887-1937), membre du parti à partir de 1907 ; à partir de 1921, membre du collège et président de la section financière du Gosplan de l'URSS. Arrêté en 1930 ; placé dans l'isoloir de Souzdal, puis dans celui de Verkhe-Uralsk de 1930 à mai 1937. Fusillé le 26 mai 1937.</p>
<p>Smirnov, Ivan Nikititch (1881-1936), membre du parti à partir de 1899 ; à partir de 1923, narkom des postes et télégraphes de l'URSS. Arrêté le 1er janvier 1933. Incarcéré à la prison centrale de l'OGPU-NKVD du 1er janvier 1933 à août 1936. Accusé au premier procès de Moscou ; fusillé le 25 août 1936.</p>
<p>Sosnovski, Lev Semyonovich (1886-1937), membre du parti à partir de 1904 ; à partir de 1918, rédacteur en chef des journaux Bednota et Kommunar. Membre du comité de rédaction de la Pravda 1923-27. Arrestations et emprisonnements répétés ; dernière arrestation le 23 octobre 1936 ; fusillé le 3 juillet 1937.</p>
<p>Stukov, Innokenty Nikolaevitch (1887-1936), membre du parti à partir de 1905 ; à partir de 1923, rédacteur en chef de la maison d'édition Moskovskii rabochii. Membre du Gosplan. Arrêté le 21 mars 1936 ; fusillé le 4 novembre 1936.</p>
<p>Kharechko, Taras (G.) Ivanovitch (1893-1937), membre du parti depuis 1914 ; à partir de 1922, membre du conseil d'administration de l'université de Leningrad, chef du département régional des affaires de presse, membre du collège du département de Leningrad de Tsentrokhim. Arrêté en 1936, détenu à l'ITL de 1936 à 1937. Condamné à mort le 18 septembre 1937 ; fusillé le 27 novembre 1937.</p>
<p>Shmidel, Oskar Karlovich (1889-1937), membre du parti depuis 1917 ; à partir de 1922, secrétaire de la cellule du parti du PCR (b) et économe de l'usine « Kauchuk » de la région de Khamovnicheski à Moscou. Arrêté le 17 juin 1937 ; fusillé le 7 octobre 1937.</p>
<p>Eltsine, Boris Mikhailovitch (1875-1937), membre du parti à partir de 1897 ; à partir de 1921, président du collège et membre du conseil d'administration de Glavpolitprosvet. Il est secrétaire général de l'Opposition de gauche soviétique en 1928. Ses trois enfants étaient également membres de l'opposition. Arrêté en janvier 1935, condamné à cinq ans d'ITL ; fusillé le 27 novembre 1937.</p>
<p>Yakovleva, Varvara Nikolaevna (1884-1941), membre du parti depuis 1904 ; à partir de 1920, secrétaire du comité de Moscou du PCR (b) ; à partir de 1921, secrétaire du bureau sibérien du CC PCR (b) ; à partir de 1922, commissaire adjoint du peuple aux Lumières en RSFSR. Arrêté le 27 septembre 1937 ; fusillé sans jugement à la prison d'Orlov du NKVD le 11 septembre 1941.</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2023/10/21/ztbo-o21.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2023/10/21/ztbo-o21.html</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/isolateur.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/isolateur.htm</a></p>
<p>Un témoignage</p>
<p><a href="https://sinedjib.com/index.php/2022/06/25/anton-ciliga-novembre-1930-dans-lisolateur-politique-de-verkhne-ouralsk/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://sinedjib.com/index.php/2022/06/25/anton-ciliga-novembre-1930-dans-lisolateur-politique-de-verkhne-ouralsk/</a></p>
<p>Lire encore :</p>
<p><a href="https://cahiersdumouvementouvrier.org/a-propos-des-trotskystes-de-verkhne-ouralsk/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://cahiersdumouvementouvrier.org/a-propos-des-trotskystes-de-verkhne-ouralsk/</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/cmo/n62/cmo_062.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/cmo/n62/cmo_062.pdf</a></p></div>
Qui est Jacob Blumkine ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8915
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89152026-07-16T22:48:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeTrotskisme
<p>Qui est Jacob Blumkine ? <br class='autobr' />
Neuf secrétaires (c'est-à-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont été assassinés sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, Léon Sédov et Robert Sheldon Harte. <br class='autobr' />
Lettre de Trotsky aux époux Rosmer : <br class='autobr' />
Chers amis, <br class='autobr' />
Dans le journal de Milioukov (les Dernières Nouvelles) du 29 décembre, il y a le télégramme suivant : <br class='autobr' />
« Blumkine est fusillé. <br class='autobr' />
Cologne, 28 décembre. — Le correspondant de (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Qui est Jacob Blumkine ?</h2>
<p>Neuf secrétaires (c'est-à-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont été assassinés sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, Léon Sédov et Robert Sheldon Harte.</p>
<h2 class="spip">Lettre de Trotsky aux époux Rosmer :</h2>
<p>Chers amis,</p>
<p>Dans le journal de Milioukov (les Dernières Nouvelles) du 29 décembre, il y a le télégramme suivant :</p>
<p>« Blumkine est fusillé.</p>
<p>Cologne, 28 décembre. — Le correspondant de Moscou du Journal de Cologne télégraphie : Ces jours-ci fut arrêté sur l'ordre du Guépéou le notoire Blumkine, le meurtrier de Mirbach. Blumkine fut accusé d'entretenir des relations secrètes avec Trotsky. D'après la sentence du Guépéou, Blumkine fut fusillé. »</p>
<p>Cette communication est-elle juste ? je n'en possède pas une certitude absolue. Mais tout un enchaînement de circonstances non seulement me permettent, mais me forcent à croire qu'elle est juste. Pour m'exprimer plus exactement : intérieurement je n'ai aucun doute. Ce qui me manque, c'est une confirmation juridique de l'assassinat de Blumkine par Staline.</p>
<p>Vous savez certainement que, quelque temps après l'insurrection armée des socialistes révolutionnaires de gauche, Blumkine passait aux bolcheviks, prenait une part héroïque à la guerre civile et puis travaillait assez longtemps dans mon secrétariat militaire. Plus tard il restait surtout au service du Guépéou, mais aussi au service militaire et à celui du parti. Il accomplissait dans divers pays des missions de la plus haute importance. Son dévouement à la Révolution d'octobre et au parti était absolu.</p>
<p>Jusqu'à la dernière heure, Blumkine accomplit le travail d'une fonction soviétique très importante. Comment a-t-il pu s'y tenir en appartenant à l'opposition ? Cela s'explique par le caractère de son travail ; celui-ci était tout à fait individuel. Blumkine n'avait pas ou presque pas affaire avec les noyaux communistes, la possibilité de participer à la discussion des questions du parti, etc. Cela ne signifie pas qu'il cachait ses pensées. Au contraire. A Menjinsky et à Trilisser, l'ancien chef de la section étrangère du Guépéou, Blumkine avait déclaré que ses sympathies allaient à l'opposition, mais que naturellement, comme tout autre oppositionnel, il était tout à fait prêt à accomplir sa fonction importante au service de la Révolution d'octobre. Menjinsky et Trilisser considéraient Blumkine comme irremplaçable, et c'était exact. Ils l'ont laissé à sa besogne, qu'il a accomplie jusqu'au bout.</p>
<p>Blumkine m'a vraiment visité à Constantinople. J'ai déjà mentionné que Blumkine était lié avec moi par les liens étroits du travail dans mon secrétariat. Il avait préparé en particulier un de mes volumes militaires (j'en parle dans la préface de ce volume). Blumkine est venu à Constantinople, chez moi, pour s'informer comment j'appréciais la situation et pour vérifier qu'il agissait justement en restant au service du gouvernement qui déporte, bannit et emprisonne les camarades de sa tendance. Je lui ai répondu naturellement qu'il agissait tout à fait justement en accomplissant son devoir révolutionnaire — non envers le gouvernement de Staline, qui avait usurpé les droits du parti, mais envers la révolution d'octobre.</p>
<p>On vous a peut-être cité, d'un des articles d'Iaroslavsky, une allégation concernant mon entretien pendant l'été avec un visiteur, à qui j'aurais prédit la perdition inévitable et proche du gouvernement soviétique. Le sycophante misérable ment, cela va de soi. Mais par un rapprochement de faits et de dates, je suis certain qu'il s'agit de mon entretien avec Blumkine. A sa question sur la possibilité de concilier son travail et son appartenance à l'opposition, je lui dis, entre autres, que mon exil, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne changent pas notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger les oppositionnels seront aux postes avancés ; qu'aux heures difficiles, Staline sera forcé de leur faire appel, comme Tsérételli avait appelé les bolcheviks contre Kornilov. En Liaison avec cela, j'ajoutai : « Mais que ce ne soit pas trop tard. » Évidemment Blumkine, après son arrestation, a exposé cet entretien comme une démonstration des véritables états d'âme et dispositions de l'opposition : il ne faut pas oublier que je suis exilé sur l'accusation de préparer la lutte armée contre le pouvoir des Soviets !</p>
<p>Par Blumkine, je transmis à Moscou pour nos amis une lettre d'information basée sur les mêmes idées que j'ai exposées dans une série d'articles publiés : la répression des stalinistes contre nous ne signifie pas encore le changement du caractère de classe de l'État, mais prépare seulement et facilite un tel changement ; notre voie reste, comme par le passé, celle de la réforme et non celle de la révolution ; la lutte implacable pour nos idées doit être orientée vers un long délai.</p>
<p>Je reçus ultérieurement la communication que Blumkine était arrêté et que la lettre transmise par son intermédiaire était tombée entre les mains de Staline. Je ne sais rien des conditions dans lesquelles Blumkine fut arrêté. Les gouvernants de Moscou savaient qu'il avait passé par Constantinople. Ses chefs (Meninsky, Trilisser) connaissaient bien ses idées oppositionnelles. Il s'est rendu à Moscou de sa propre initiative, dans l'intérêt du travail qu'il accomplissait. Sur les événements ultérieurs, je ne sais que ce qui est dit dans le télégramme ci-dessus du Journal de Cologne.</p>
<p>L'importance de ce fait n'exige pas d'explications. Vous savez, par le fameux procès de 1922, qu'on a évité de fusiller même les socialistes révolutionnaires qui avaient organisé des attentats contre Lénine, Ouritsky, Volodarsky, moi-même et autres. Des socialistes révolutionnaires de gauche, auxquels avait appartenu en 1918 Blumkine, on n'a fusillé, au moment de leur insurrection, que l'organisateur, Alexandrovitch. Blumkine, un des participants de cette insurrection, est bientôt devenu un bolchevik. Mais si on ne l'a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante à l'insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusillé en 1929 pour cette raison que, en servant courageusement la Révolution d'octobre, il ne partageait pas, sur les questions les plus importantes, les idées de la fraction stalinienne et considérait de son devoir de répandre les idées des bolcheviks-léninistes (opposition).</p>
<p>Blumkine est fusillé — je n'en ai pas le moindre doute — sur l'arrêt du Guépéou. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le Guépéou est devenu l'organe personnel de Staline. Pendant les années de la guerre civile, la Tchéka accomplissait une besogne sévère. Mais ce travail restait sous le contrôle du parti. Des centaines de fois se sont élevés, des milieux du parti, des protestations, des déclarations et des demandes ou exigences d'explications concernant tel ou tel arrêt. A la tête de la Tchéka se trouvait Dzerjinsky, un homme d'une force morale supérieure. Il restait subordonné au bureau politique, dont les membres avaient des idées bien nettes sur chaque question et savaient les défendre. Tout cela donnait la garantie que la Tchéka demeure l'instrument de la dictature révolutionnaire. Maintenant, le parti est étouffé. Sur l'exécution de Blumkine, des milliers et des dizaines de milliers de membres du parti chuchoteront avec horreur dans les coins. A la tête du Guépéou se trouve Menjinsky, pas un homme, mais l'ombre d'un homme. Le rôle principal dans le Guépéou est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt à accomplir sans réfléchir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l'aide de dossiers accumulés contre eux par le Guépéou. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline.</p>
<p>Ce crime inouï ne peut passer inaperçu, même dans les conditions présentes de l'omnipotence de l'appareil. Staline ne pouvait pas ne pas pressentir ce résultat par avance, et le fait que, malgré sa prudence félonne, il s'est décidé à tuer Blumkine, démontre combien est grande la peur de cet homme devant l'opposition de gauche. Il ne peut y avoir aucun doute que Blumkine est tombé en victime expiatoire, parce que Radek et autres capitulards n'ont pu entraîner avec eux qu'une petite minorité de l'opposition, tandis qu'à l'étranger l'opposition accuse dans différents pays de sérieux succès idéologiques et d'organisation.</p>
<p>Par l'exécution de Blumkine, Staline veut dire à l'opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu'il possède à l'intérieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l'arène mondiale. En d'autres termes, après les exclusions du parti, après la condamnation de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaye d'effrayer l'opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre.</p>
<p>On peut dire avec certitude que les résultats seront directement opposés au but que Staline se fixe. Une tendance d'idées historiquement progressive, qui se base sur la logique objective du développement, ni peut être ni effrayée, ni fusillée. Cependant il est clair que l'opposition ne peut pas, en envisageant seulement la marche objective des événements, se comporter passivement envers la nouvelle, cette fois sanguinaire, étape des représailles thermidoriennes de Staline. Il faut immédiatement ouvrir une campagne internationale, dans laquelle chaque oppositionnel doit faire la besogne qui, dans d'autres conditions, se répartirait sur les épaules de trois, cinq ou dix camarades.</p>
<p>Comment je me représente la marche de cette campagne ?</p>
<p>Avant tout il faut porter ce fait à la connaissance de tous les communistes et exiger de la direction officielle du parti la confirmation ou le démenti du fait.</p>
<p>D'autant plus décisivement, largement, énergiquement sera posée la question, d'autant plus complètement la direction sera prise à l'improviste et d'autant plus vite on pourra découvrir les dessous de ce fait. Il faut créer une telle atmosphère que de Paris, Berlin, Vienne, Prague, New York, on exige des explications de Moscou.</p>
<p>Que faut-il pour cela ? Avant tout, il me semble, publier un petit tract sur ce thème : « Est-il juste que Staline ait tué le camarade Blumkine ? » Dans ce tract il faut poser aux Cachin, aux Thälmann et Cie, carrément les questions suivantes : connaissent-ils ce fait, prennent-ils sur eux la responsabilité du meurtre du révolutionnaire prolétarien par la clique staliniste ?</p>
<p>S'il n'est pas fait de réponse à la première question, comme c'est presque certain, il faudra sans tarder publier un second tract d'un caractère plus offensif et le répandre à des dizaines de milliers d'exemplaires par tous les voies et canaux possibles.</p>
<p>Il est bien possible que Staline essaye, en cas d'une pression dans l'Occident et d'une inquiétude dans le P.C.R., de lancer quelque version envenimée dans le genre des connivences avec l'officier wrangélien ", de la préparation de l'insurrection ou d'actes terroristes. A des ignominies pareilles, il faut qu'on soit prêt. C'est à peine pourtant si de telles explications peuvent produire une impression sérieuse. Aussi bien parce qu'elles exhalent l'odeur des manigances de la police bonapartiste que, surtout, parce que, dans la lutte avec l'opposition, Staline a déjà dépensé les ressources de ce genre. Il n'est pas nécessaire de rappeler que la position de principe qu'occupait Blumkine avec nous tous excluait, de sa part, l'application dans la lutte de méthodes aventureuses, quelles qu'elles soient.</p>
<p>L'affaire Blumkine doit devenir l'affaire Sacco-Vanzetti de l'opposition communiste de gauche. La lutte pour le salut de nos amis de l'U.R.S.S. doit devenir en même temps la vérification des rangs de l'opposition dans les pays d'Occident. Après avoir accompli une campagne à la manière révolutionnaire, c'est-à-dire avec la plus haute tension des forces et avec le dévouement suprême, l'opposition s'élèvera d'un coup d'une tête entière. Cela nous donnera le droit de dire que Blumkine n'a pas donné sa vie en vain.</p>
<p>Chaque centre d'opposition devrait élaborer soigneusement les premiers pas de la campagne et les préparer minutieusement.</p>
<p>Pour la réalisation pratique des mesures tracées, le mieux serait peut-être de choisir, dans chaque endroit, une « troïka » avec des pleins pouvoirs, à laquelle tous les membres de l'opposition devraient être subordonnés au cours de cette campagne.</p>
<p>Il n'est pas exclu qu'avant même que cette lettre vous parvienne la presse ait publié de telles informations sur le sort de Blumkine qui rendent superflue la question juridique concernant la confirmation du fait. Il ne restera qu'à constater tout simplement le meurtre et à demander au comité central de chaque parti s'il prend la responsabilité de ce crime devant la classe ouvrière.</p>
<p>Le danger consiste en ce que l'interpellation devienne un tir à blanc, en se réduisant à un tract isolé. Il faut trouver le moyen de poser, de nouveau et de nouveau, la question et de jeter sans répit cette accusation à la figure des « chefs ». Il faut pénétrer dans les réunions du parti, dans les réunions ouvrières en général, il faut préparer des affiches et de petites feuilles volantes de dix lignes, etc., etc….</p>
<p>Je vous enverrai ultérieurement des matériaux supplémentaires, et en particulier la caractéristique de Blumkine dans la forme nécrologique (sic) quand seront éliminés les derniers doutes purement formels sur son sort. <br class='autobr' />
Tout à vous, <br class='autobr' />
L. Trotski</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930</a></p>
<p>Léon Trotsky :</p>
<p>Les plats les plus épicés sont encore à venir<br class='autobr' />
Dans son article « La lutte pour un issue », Biulleten Oppositsii n° 49, le camarade Ciliga raconte les tortures infligées par le GPU à un marin, afin de l'obliger à avouer sa participation à un imaginaire « complot contre Staline ». Il ne le laissa que quand il « fut devenu à moitié fou ». Ce fait mérite qu'on le prenne au sérieux.<br class='autobr' />
La succession de procès politiques publics en URSS a montré combien certains inculpés sont prêts à s'accuser de crimes que, de toute évidence, ils n'ont pas commis. Ces accusés, qui ont l'air de jouer devant le tribunal un rôle appris par cœur, s'en tirent avec des peines légères, parfois, de toute évidence, fictives. C'est précisément en échange de cette indulgence de la justice qu'ils ont fait ces « aveux ». Mais pourquoi les autorités ont-elles besoin de conspirations fictives ? Parfois pour impliquer une tierce personne, étrangère à l'affaire, parfois pour dissimuler leurs propres crimes, ainsi que la répression sanglante que rien ne justifie, pour créer enfin un climat favorable à la dictature bonapartiste.<br class='autobr' />
Nous avons déjà démontré sur la base des documents officiels que Medved, Iagoda et Staline avaient de toute évidence joué un rôle direct dans l'assassinat de Kirov. Il est probable qu'aucun d'eux ne souhaitait la mort de Kirov. Mais tous ont joué avec sa vie, en essayant, à travers cet acte terroriste, de préparer un amalgame – avec la « participation » de Zinoviev et Trotsky.<br class='autobr' />
La déposition de Zinoviev à son procès avait manifestement un caractère évasif qui était le résultat de l'accord conclu au préalable entre les accusateurs et les accusés : ce n'est de toute évidence qu'à cette condition que Zinoviev s'était vu promettre la vie sauve.<br class='autobr' />
Extorquer aux accusés des témoignages fantastiques contre eux-mêmes, afin de les faire ricocher sur d'autres, c'est depuis longtemps le système du GPU, c'est-à-dire de Staline.<br class='autobr' />
Mais pourquoi fallait-il organiser en 1930 une tentative d'assassinat contre Staline ? Pourquoi avoir impliqué un marin dans cette affaire ? Nous ne disposons là-dessus d'aucun renseignement, sauf les quelques lignes de l'article du camarade Ciliga. Nous allons prendre pourtant le risque de formuler une hypothèse.<br class='autobr' />
L'auteur de ces lignes a été expulsé en Turquie en 1929. Peu après, il reçut à Constantinople la visite de Blumkine qui allait payer cela de sa vie. L'exécution de Blumkine par Staline ébranla à l'époque bien des communistes, en URSS et ailleurs. C'est à cette époque que fut organisé à l'étranger le centre bolchevik-léniniste et que commença la publication de Biulleten et autres organes de presse. Dans ces conditions, Staline avait un besoin pressant d'une « tentative d'assassinat », surtout d'une tentative d'assassinat dont on aurait tiré les ficelles à l'étranger et dans laquelle il aurait pu impliquer Blumkine ou tout au moins son fantôme. Un marin faisait l'affaire, surtout s'il avait effectué des voyages entre un port soviétique et Constantinople. Ce marin a pu être arrêté par hasard – pour des propos imprudents, pour avoir lu de la littérature illégale, ou simplement pour contrebande : nous ne savons rien de lui. Peut-être l'a-t-on menacé de plusieurs années de prison. Mais l'astucieux Iagoda lui promit la liberté et toutes sortes d'autres avantages s'il acceptait de témoigner que Blumkine, sur ordre de Trotsky, l'avait entraîné dans un complot contre Staline. Si le coup avait réussi, l'exil de Trotsky et l'exécution de Blumkine auraient ainsi été justifiées. Mais le malheur c'est que le marin devint « à moitié fou ».<br class='autobr' />
Notre hypothèse n'est qu'une hypothèse. Mais elle répond parfaitement à la nature morale de Staline et aux méthodes de sa politique. « Ce cuisinier », disait Lénine en mettant en garde contre lui, « ne nous prépare jamais que des plats épicés. » Mais Lénine lui-même, quand il prononça ces paroles en février 1922, ne pouvait évidemment avoir prévu qu'une cuisine aussi diabolique se dresserait sur les fondements du parti bolchevique….<br class='autobr' />
Nous sommes en 1936. Les méthodes de Staline sont toujours les mêmes. Les dangers politiques qui le menacent se sont aggravés. La technique de Staline et Iagoda s'est enrichie de l'expérience née de plusieurs erreurs. Nous n'avons donc aucune illusion à nous faire : les plats les plus épicés sont encore à venir.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p>
<p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine.<br class='autobr' />
Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de gauche contre les représailles de Staline n'entre pas dans la sphère de ses intérêts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermeté pour dénoncer les crimes staliniens.<br class='autobr' />
Dans le dernier numéro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels supplémentaires avaient été fusillés, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question revêt-elle une importance exceptionnelle : seule la publicité autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arrêter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks révolutionnaires.<br class='autobr' />
L'ex-communiste Souvarine a volé au secours de Staline, prétendant que Blumkine aurait soi-disant exécuté dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence même du G.P.U. lui dicte d'exécuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.<br class='autobr' />
Souvarine en conclut que "dans la treizième année de la révolution", il faut supprimer le G.P.U.<br class='autobr' />
Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un débat théorique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter à la déclaration suivante.<br class='autobr' />
Le camarade Blumkine n'a jamais exécuté et, du fait même du caractère de son travail, n'aurait jamais pu exécuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a passé le plus gros de la dernière période en Extrême-Orient, principalement en Mongolie.<br class='autobr' />
L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'armée d'avoir d'autres opinions que celles du comité central aujourd'hui, équivaut à priver des droits de parti élémentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.<br class='autobr' />
Seuls des bureaucrates staliniens pourraient défendre une mesure aussi abjecte.<br class='autobr' />
Le G.P.U. est un organe d'autodéfense de la dictature du prolétariat. Dans la mesure où la révolution d'Octobre, même dans sa treizième année, est entourée d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer à de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'être une dictature.<br class='autobr' />
Seuls des libéraux ou des social-démocrates en train de devenir libéraux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de répression sont-elles adoptées ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacité révolutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.<br class='autobr' />
Le meurtre de Blumkine et, en général, les actes de répression contre l'opposition léniniste affaiblissent l'avant-garde révolutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - lâche et traÎtre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prolétariat.<br class='autobr' />
Que nos amis et nos ennemis le sachent.<br class='autobr' />
Léon Trotsky</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm</a></p>
<p>Des oppositionnels fusillés<br class='autobr' />
Le meurtre de Blumkine n'était qu'un commencement. Nous sommes informés de l'exécution de deux oppositionnels de plus, les camarades Silov et Rabinovicz. De toute évidence, l'histoire idiote d'oppositionnels participant au sabotage des chemins de fer voulait montrer autre chose, apporter, si l'on veut, une certaine explication pour l'attaque thermidorienne contre les bolcheviks-léninistes. Mais les camarades Silov et Rabinovicz n'avaient aucun lien d'aucune sorte ni avec le "sabotage", ni avec les chemins de fer.<br class='autobr' />
Le fait que Staline ait dissimulé jusqu'à présent qu'il avait fusillé Blumkine montre qu'il n'a rien à dire pour justifier ce perfide assassinat. Les motifs de Staline pour ces nouveaux crimes doivent être expliqués par le désir de vengeance et la peur de l'usurpateur.<br class='autobr' />
L'assassinat n'intimide pas l'Opposition, ce n'est pas la peine de le dire ; et il n'empêche pas Staline d'en méditer d'autres. Nous avons lourdement souffert des crimes de l'appareil stalinien. Mais nous n'identifions pas l'appareil et le parti. Le châtiment en réponse à la politique meurtrière de Staline, c'est le droit du parti dans son ensemble. Il nous en incombe à nous, qui sommes dans ses rangs.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm</a></p>
<h2 class="spip">Biographie</h2>
<p>Jacob Blumkine (1899-1929), socialiste-révolutionnaire de gauche en 1917-1918, fut l'un des deux exécutants de l'attentat contre l'ambassadeur d'Allemagne Mirbach, en juillet 1918. Adhéra ensuite au Parti bolchevique, entra dans la Tcheka, devint sympathisant de l'Opposition de gauche, rendit visite à Trotsky en 1929 à Constantinople et fut fusillé à son retour sur ordre de Staline, après avoir été dénoncé, selon la version la plus courante, par Karl Radek.</p>
<p>Iakov G. Blumkine était étudiant quand il adhéra au parti socialiste révolutionnaire de gauche qui le fit entrer dans la tchéka de Moscou. Quand se produisit la rupture entre ce parti et les bolcheviks, au moment de la paix de Brest Litovsk, Blumkine, sur ordre de son parti, et pour provoquer la reprise de la guerre, abattit à coups de revolver l'ambassadeur d'Allemagne comte von Mirbach. Arrêté, il fut convaincu par Trotsky dans sa prison, grâcié et ultérieurement admis au parti après avoir servi dans les services de renseignement puis au secrétariat de Trotsky. Partisan de l'Opposition de gauche, il rendit visite à Trotsky à l'été 1929. Il fut fusillé après son retour à Moscou, en décembre sans doute, et après avoir obtenu, dit Victor Serge, un sursis de quinze jours pour rédiger ses mémoires, dont le manuscrit serait donc resté aux mains du G.P.U.</p>
<p>Il est né le 8 octobre 1900 à Odessa ou dans le village de Sosnica près de Tchernihiv en 1898. En 1913, il est diplômé de l'école primaire juive. Il étudia l'hébreu et le russe.</p>
<p>En juillet 1910 il déménage à Lviv, il étudie l'allemand. Après la capture de Lviv par les russes en septembre 1914, son père Grigory Isaevitch Bloumkine intègre l'Armée impériale russe durant la Première Guerre mondiale.</p>
<p>En 1914, il travaille comme électricien dans un dépôt de tram et au théâtre. Il prend part aux détachements d'autodéfense juive contre les pogroms à Odessa. Il rejoint le Parti socialiste-révolutionnaire en 1916. En octobre 1917, il visite la région de la Volga.</p>
<p>En novembre 1917, Iakov Bloumkine rejoint le détachement de marins qui participe aux combats avec l'Ukraine. Au cours des événements révolutionnaires à Odessa en 1918, il participe à l'expropriation de la propriété de la Banque d'État. En janvier 1918, il organise la formation à Odessa du 1er régiment de volontaires.</p>
<p>Il s'installe à Moscou en mai 1918. Les dirigeants du Parti socialiste-révolutionnaire et de la Tchéka l'envoient au département de la lutte contre l'espionnage international. En juin 1918, il dirige le département de contre-espionnage pour surveiller la protection des ambassades et de leurs éventuelles activités criminelles.</p>
<p>Le 6 juillet 1918, il participe à l'assassinat de l'ambassadeur d'Allemagne Wilhelm von Mirbach : autour de 14 h 40, il tire plusieurs coups de feu sur l'ambassadeur. En septembre 1918 il est en Ukraine. De décembre 1918 à mars 1919, il est secrétaire du comité politique de Kiev. Il est impliqué dans l'exécution de l'amiral Alexandre Koltchak.</p>
<p>En 1929, il est envoyé à Prinkipo pour assassiner Trotski mais il ne le tue pas et s'allie à lui2. Si l'on en croit les archives déposées à la Houghton Library de Harvard, il semble que Bloumkine ait été un contact de Trotski ; c'est ce qu'en conclut Christian Salmon :</p>
<p>« À la fin de 1929, Trotski avait reconnu publiquement avoir reçu la visite de Blumkine. Selon lui, son fils, Lev Sedov, l'aurait rencontré dans la rue à Constantinople, venant d'Extrême-Orient et rentrant en Union soviétique. Il l'aurait alors convaincu de venir « à la maison » pour le rencontrer. En réalité, un document rédigé par Blumkine, daté du 3 avril 1929, découvert à Stanford dans les papiers de Lev Sedov, fait apparaître que les contacts de Trotski avec Blumkine n'ont pas relevé d'une rencontre fortuite mais d'une liaison organisée avec l'URSS, dans laquelle l'agent secret était évidemment une pièce maîtresse. Cette rencontre décidera Staline à faire fusiller Blumkine, un bolchevik, à son retour à Moscou. »</p>
<p>Il faut préciser que Bloumkine connait bien des secrets de la Tchéka, notamment sur l'affaire Savinkov : il n'est pas impossible qu'il ait fait partie des quatre personnes ayant poussé Boris Savinkov du quatrième étage de la Loubianka.</p>
<p>En 1937 Schrubel, ancien tchékiste, avoua peu avant sa mort au camp de la Kolyma avoir poussé Savinkov lui-même avec l'aide de trois autres tchékistes3. Bloumkine, ancien socialiste-révolutionnaire devenu bolchevique et tchékiste, rendait visite à Savinkov en prison, ce qui supposait un grand nombre d'autorisations. L'objet de ces visites est incompréhensible si on ne revient pas sur le procès de Savinkov : Savinkov revenait de l'étranger, où il était très populaire ; chez les socialistes allemands tout particulièrement, mais aussi les socialistes de la tendance Marceau Pivert en France, et des socialistes britanniques. Son procès était de ce fait suivi de près par des journalistes étrangers, et il ne pouvait pas être condamné à mort comme la majorité des socialistes-révolutionnaires4 à l'époque. La sentence ne fut que de cinq ans, absolument dérisoire pour l'Union soviétique. L'objectif était toutefois bien de se débarrasser de lui.</p>
<p>Lors de la mort de Savinkov, une lettre dans laquelle il disait qu'il allait se suicider a été retrouvée dans sa cellule. Son propre fils, Lev Borissovitch Savinkov, a cru à l'authenticité de la lettre disant : « Ce sont les expressions de mon père ». On ignore donc si Bloumkine a lui-même poussé Savinkov, mais les visites quotidiennes de Bloumkine à Savinkov dans sa cellule alors que personne n'avait droit aux visites s'expliquent par le fait que Bloumkine devait « attraper le style de Savinkov » comme il l'a lui-même confié à Iakoubovitch sous le sceau du secret.</p>
<p>Iakov Bloumkine fut exécuté en 1929 par Stakine en tant que trotskiste.</p>
<h2 class="spip">L'affaire Blumkine</h2>
<p>En U.R.S.S., des bouleversements sont en cours à la fin de l'année 1929.</p>
<p>Le plénum du comité central (10-17 novembre) a vu la capitulation et I'auto-critique des dirigeants de la droite du parti communiste russe, Boukharine étant exclu du bureau politique. Du côté de l'Opposition de gauche, Smirnov, Bogoulavsky et quelques centaines de déportés ont fini par capituler fin octobre. Mais ce n'est pas dans le parti stalinisé, qui ne canalise plus les batailles politiques, que se situe I'enjeu de l'hiver 1929-1930. C'est dans les campagnes, pour la « liquidation des koulaks », et dans les usines, pour la réalisation coûte que coûte du plan quinquennal, que l'avenir économique et surtout politique de l'U.R.S.S. se joue.</p>
<p>Staline semble maître du parti bolchevique puisqu'il contraint les dirigeants « droitiers » à se renier et certains capitulards de gauche à ramper. Mais il n'a pas brisé les forces sociales incarnées par ses adversaires dans le parti, qu'ils soient de « droite » ou de « gauche ». Bien que l'écrasante majorité des opposants soit en exil, dans les camps, il n'a pas mis un terme définitif au travail clandestin des opposants de gauche russes encore en liberté et n'a pas réussi à les isoler, à les priver de tout lien avec le parti.</p>
<p>La destruction de tout travail oppositionnel relève plus que jamais de la répression policière. La politique économique d'ailleurs ne peut se placer que sous le signe de la coercition qui a marque la collectivisation des campagnes et la réalisation du premier plan quinquennal. Et cette politique sur une grande échelle dicte du coup la nécessité de développer la répression, c'est-à-dire d'en developper les moyens. Le G. P. U. , véritable cheville ouvrière de la collectivisation en lieu et place du parti, est ainsi appelé à des responsabilites de plus en plus larges.</p>
<p>C'est dans ce contexte politique, économique et social difficile où le parti de Staline devient véritablement le parti de la bureaucratie et le G. P. U., son bras armé, qu'éclate « I'affaire Blumkine ». Il s'agit de 1'exécution à Moscou en décembre 1929 d' Iakov Blumkine. L'information qui parait le 29 décembre, dans un journal d'émigrés blancs à Paris, est laconique :</p>
<p>« Ces jours-ci, le légendaire Blumkine, le meurtrier de Mirbach a été arrêté. Blumkine a été accusé d'entretenir des relations secrètes avec Trotsky. Conformément à la sentence du G. P. U. , Blumkine a été fusillé ». (1)</p>
<p>L'exécution d'un heros</p>
<p>L'homme ainsi exécuté à Moscou a eu un destin hors du commun en liaison avec celui de la révolution russe. Né en 1899 d'une famille bourgeoise, après avoir poursuivi des études supérieures, Iakov G. Blumkine est à dix-huit ans à la fois militant du parti socialiste révolutionnaire de gauche (S.R.) et membre de la Tcheka à Moscou. Il est déjà appelé à de lourdes responsabilités qu'il va pleinement assumer : les S.R. de gauche, souhaitant une reprise des hostilités avec l'Allemagne, décident de la provoquer en assassinant l'ambassadeur allemand von Mirbach et confient cette tâche à Blumkine et un de ses camarades. L'attentat réussit, mais Blumkine est arrêté, condamné a mort.</p>
<p>Trotsky le visite dans sa cellule et s'attache à le convaincre. Blumkine, secrètement gracié, va être admis dans les rangs du parti bolchevique qu'il sert dans des « missions impossibles » pour le G.P.U. et le service de renseignements de l'armée. Il se couvre de gloire pendant la guerre civile où il accomplit des missions dans les lignes blanches au compte des bolcheviks puis dans des voyages à des fins militaires au Moyen-Orient et en Mongolie. Il est à la fin de la guerre une figure de légende, l'as du contre-espionnage, collaborateur de Trotsky, servant dans son secrétariat personnel et l'aidant à l'édition des Ecrits militaires.</p>
<p>Lié à Trotsky et à Radek, Blumkine est partisan de l'Opposition dès 1923. Ses activités professionnelles l'éloignent pourtant du combat et le placent dans une position difficile apres l'exclusion de l'Opposition unifiée des rangs du parti. Il expose alors à ses supérieurs hiérarchiques, Menjinsky (successeur de Dzerjinsky à la tête du G.P.U.) et Trilisser (vice-président du G.P.U.) ses positions favorables à Trotsky et à l'Opposition qui sont désormais difficilement conciliables avec ses activités au sein du G. P. U., déjà chargé d'appliquer l'article 58 contre les opposants. Pour les deux responsables du G.P.U., il n'est pas question de perdre Blumkine qu'ils autorisent à conserver son poste dans la mesure où, du fait de son travail et de ses responsabilités, il ne peut avoir aucune activité en liaison avec l'Opposition. Ses activités passées au service de la Tcheka lui valent de toute évidence la confiance de ses supérieurs et ses convictions ne sauraient l'altérer. Blumkine, bien qu'opposant, est irremplaçable au service de l'Union soviétique. Cela reste vrai jusqu'en 1929.</p>
<p>Dès le bannissement de Trotsky, le contact est pris avec Blumkine. Le 2 avril, il est à Prinkipo, rédigeant a la demande de Trotsky une notice nécrologique concernant son camarade Efime Dreitser - jeune intellectuel, oppositionnel dès 1923, conseiller militaire en Chine, arrêté à son retour et que l'on croit mort - et la signant du pseudonyme de « Svoj » (2). A l'été, revenant d'une mission aux Indes, il est de nouveau chez Trotsky- qui ne reconnaitra que cette visite-là. A-t-il été chargé d'une mission particulière dont nous ne savons rien ? N'a-t-il eu à porter que la lettre anodine d'instructions dont la copie se trouve dans les Archives de Trotsky a Harvard (3) ? Selon les affirmations ultérieures de Trotsky, Blumkine l'aurait interrogé sur la compatibilité de ses taches au G.P.U. avec ses idées oppositionnelles, comme il l'avait fait quelques années auparavant auprès de ses supérieurs. Le G.P.U. défendant l'Etat ouvrier et l'Opposition s'étant prononcée - notamment<br class='autobr' />
lors du conflit sino-soviétique - pour la défense de l'U.R.S.S. contre les agressions impérialistes, il n'y a pour Trotsky aucune contradiction ou incompatibilité et c'est un devoir pour les opposants de tenir leur rôle.</p>
<p>Les circonstances du retour de Blumkine à Moscou sont évidemment mal connues et une controverse s'est développée autour des conditions de son arrestation par le G.P.U. Il existe cinq versions différentes des événements qui l'ont précédée. Leur dénominateur commun est Karl Radek. Il est en effet formellement accusé par un opposant clandestin de Moscou (« N. ») d'avoir trahi Blumkine pour prouver à Iaroslavsky et Staline son repentir sincère (4).</p>
<p>Victor Serge, lui, affirme que Radek conseilla à Blumkine d'entrer en rapport avec Ordjonikidze, président de la commission centrale de controle, afin d'exposer sa situation. Seul Deutscher blanchit Radek en reprenant l'hypothèse avancée par d'autres sur le rôle joué dans l'affaire par une maitresse de Blumkine, agent elle aussi du G.P.U., qui l'aurait dénoncé. Or cette version est incontestablement la moins détaillée mais plus favorable Radek que celle de l'ex-agent du G.P.U., Orlov, dans son livre « The Secret History of Stalin's Crimes » (L'histoire secrete des crimes de Staline), selon laquelle Elena Zubilina - qu'il mentionne comme « Lisa G. » - agent du G.P.U., avait été placée dans l'entourage de Blumkine pour lui soutirer des informations à la suite de la dénonciation de Radek. Il est en tout cas difficile de connaitre le rôle exact de ce dernier - dont la culpabilité n'est pas prouvée malgré les fortes présomptions convergentes qui pèsent sur lui - et du même coup les circonstances exactes de l'arrestation de Blumkine. Relevons seulement que, pour Trotsky, Radek a fait verser le sang de son ami.</p>
<p>Victor Serge, dans « Destin d'une révolution », indique que Blumkine, après sa condamnation, aurait demandé et obtenu un sursis pour écrire ses mémoires. Son travail achevé, il est exécuté le 25 décembre 1929.</p>
<p>Le 5 janvier 1930, Trotsky écrit une longue lettre aux Rosmer où il leur fait part de l'exécution de Blumkine et s'emploie à donner des faits la version qu'il veut imposer : un seul entretien, suite a une rencontre de « hasard » entre Blumkine et Léon Sédov dans Constantinople.</p>
<p>Rappelant que les auteurs des attentats contre Lénine et les autres dirigeants bolcheviques n'avaient pas été exécutés, il écrit :</p>
<p>« Mais si on ne l'a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante a l'insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusillé en 1929 pour cette raison que, servant courageusement la Révolution d'Octobre, il ne partageait pas sur les questions importantes, les idées de la fraction stalinienne et considerait de son devoir de repandre les idées des bolcheviks-léninistes (Opposition) ». (5)</p>
<p>Trotsky en tire les conclusions politiques suivantes :</p>
<p>« Blumkine est fusillé (...) sur l'arrêt du G.P.U. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le G.P. U. est devenu l'organe personnel de Staline. (...) Le rôle principal dans le G.P.U. est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt a accomplir sans reflechir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. (...) Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l' aide de dossiers accumulés contre eux par le G.P.U. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline ». (6)</p>
<p>Soulignant que le meurtre de Blumkine révèle la peur de Staline face à l'Opposition de gauche, Trotsky écrit :</p>
<p>« Par I'exécution de Blumkine, Staline veut dire a l'Opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu'il possède a l'intérieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l'arène mondiale. (...) Après les exclusions du parti, après les condamnations de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaie d'effrayer l'Opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre ». (7)</p>
<p>NOTES</p>
<p>1. Cité par Trotsky dans une lettre aux Rosmer, 5 janvier 1930, in Broué, Correspondance, op.</p>
<p>2. Voir l'article de P. Broué : « Compléments sur les trotskystes en U.R.S.S. » n° 24, decembre 1985, P • 63-72., . .</p>
<p>3. Trotsky,« Message confié à Blumkine », aout 1929, m Cahters Leon Trotsky, n 7/8, op.</p>
<p>4. « N. » : « Lettre de Moscou », 25 décembre 1929, m Cahiers Léon Trotsky, n 7 8, op. cit.,</p>
<p>5. Lettre de Trotsky aux Rosmer, 5 Janvier 1930, Broué, Correspondance,</p>
<p>6. Ibidem.</p>
<p>7. Ibidem.</p></div>
L'Opposition de gauche (trotskiste) en Russie
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8926
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89262026-07-15T22:31:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussieStalinismeTrotskisme
<p>L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives <br class='autobr' />
Tactique et tâches de l'opposition léniniste <br class='autobr' />
I. Le rôle historique et les tâches de l'opposition léniniste dans le mouvement ouvrier international <br class='autobr' />
1. L'opposition léniniste est avant tout un courant international. Son apparition et son développement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus consécutivement à la (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory">6- L'organisation du prolétariat</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives</h2>
<p>Tactique et tâches de l'opposition léniniste</p>
<p>I. Le rôle historique et les tâches de l'opposition léniniste dans le mouvement ouvrier international</p>
<p>1. L'opposition léniniste est avant tout un courant international. Son apparition et son développement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus consécutivement à la défaite de la première vague de la révolution européenne en 1921-23.</p>
<p>La soi-disant stabilisation du capitalisme a apporté avec elle le renforcement des positions du social réformisme dans la classe ouvrière, la décroissance du mouvement communiste international et le renforcement dans ses rangs des éléments centristes et droitiers. L'aile gauche du Komintern [1] a subi une série de défaites jusqu'à ce qu'elle soit formellement exclue par l'IC.</p>
<p>La défaite de l'aile gauche du communisme a été la conséquence du changement qui s'est produit dans les relations internationales. Cependant, cette défaite n'a pas conduit à la liquidation du mouvement oppositionnel.</p>
<p>Les contradictions de l'économie mondiale sapaient de fait la « stabilisation », suscitant des réveils partiels de la lutte de classe prolétarienne, grâce auxquels l'aile gauche se renforçait à nouveau et se revivifiait.</p>
<p>2. La période complète recèle de très grandes possibilités révolutionnaires. Il s'ensuit la nécessité brûlante d'un parti mondial du communisme. La conquête du Komintern, sa transformation en l'instrument principal de la révolution prolétarienne mondiale, telle est la tâche principale de l'opposition de gauche communiste internationale.</p>
<p>Dans sa lutte pour le redressement du PC(b)U et de l'IC, l'opposition bolchevik-léniniste s'oriente vers une réforme profonde de ces organisations, par le changement de leur direction opportuniste.</p>
<p>Dans le même but, l'opposition donne une base idéologique aux éléments prolétariens de gauche du mouvement communiste international.</p>
<p>Seul l'accomplissement de cette tâche à l'étape actuelle, prépare la possibilité, à l'étape suivante, de conquérir les ouvriers communistes à la politique de Lénine et de transformer le Komintern en avant-garde du prolétariat révolutionnaire international, à un niveau plus élevé.<br class='autobr' />
isolateur<br class='autobr' />
II. Les étapes principales du développement de la pratique de l'opposition léniniste</p>
<p>A. D'octobre 1923 au 14e congrès du PC(b)U [2]</p>
<p>1. La première étape du mouvement d'opposition représentait une réaction spontanée des masses du Parti contre la bureaucratisation qui commençait à s'y développer. Celle-ci était la principale forme de pression exercée contre cette réaction spontanée par les éléments petits-bourgeois.</p>
<p>Les erreurs de la direction du parti en matière de politique économique, qui ont eu de fortes répercussions sur la situation matérielle des masses ouvrières, et la défaite de la tactique du Komintern en Allemagne, ont suscité un mécontentement ouvert dans les rangs du parti.</p>
<p>2. La tactique de l'opposition durant cette période consistait à donner une forme idéologique à ce mécontentement et à montrer les causes qui ont suscité les erreurs de la direction.</p>
<p>Cependant, l'opposition n'a pu remplir ce rôle jusqu'au bout, car elle (sa direction) n'avait pas encore totalement pris conscience, de façon claire, du fait que le clivage qui s'est esquissé dans le parti allait devenir le point de départ de la lutte ultérieure à l'intérieur du parti, qui entrainerait un clivage profond du parti selon deux options de classe.</p>
<p>3. La déclaration des 46 [3] et le Cours nouveau [4] sont les documents principaux de l'opposition à cette époque ; ils reflétaient une certaine absence d'explication, principalement en ce qui concerne l'analyse de la politique économique du CC et de sa signification sociale, ainsi que du sens politique des dissensions à l'intérieur du parti.</p>
<p>Cette erreur de la direction de l'opposition était accompagnée d'une autre erreur concernant les questions d'organisation. L'absence de forme organisationnelle de l'opposition en 1923 est l'une des causes de sa défaite à Moscou, malgré le fait qu'elle disposait d'une majorité nette dans les rangs de l'organisation moscovite.</p>
<p>4. La cause objective de toutes ces erreurs tactiques avait pour origine le développement insuffisant des contradictions de classe durant cette période dans le pays ; de là également résultait le retard de la prise de conscience par le parti des tâches rendue prioritaires par la marche des événements.</p>
<p>Cela explique aussi la presque complète liquidation du mouvement oppositionnel jusqu'au 14e congrès.<br class='autobr' />
isolateur</p>
<p>B. Du 14e au 15e congrès [5]</p>
<p>1. Les principales tendances de classe liées aux dissensions internes du parti se sont révélées de façon suffisamment claire lors du 14e congrès. D'un côté s'est formé le bloc de centre droit ; de l'autre, un centre gauche qui était à la tête des mouvements oppositionnels du prolétariat de Leningrad [6].</p>
<p>En cette période, après avoir formé un bloc avec l'opposition de Leningrad tout en conservant son indépendance idéologique, la principale tâche tactique de l'opposition de 1923 consistait à obtenir progressivement l'hégémonie dans ce bloc.</p>
<p>Cette tâche, l'opposition l'a entièrement accomplie ; les documents principaux de l'époque en ont été l'expression :</p>
<p> La déclaration de 1923 [7],<br class='autobr' /> La déclaration des 83 [8],<br class='autobr' /> La plate-forme des 13 [9].</p>
<p>2. Dans sa lutte contre le bloc de centre droit, la tactique de l'opposition unifiée est passée par trois étapes principales :</p>
<p> La période de préparation du travail clandestin. Celle-ci s'est réduite à la création de la fraction et à la formulation d'une conception idéologique et organisationnelle. Ensuite, sur cette base, l'opposition unifiée a conduit à une offensive ouverte et résolue sous la forme de « siège » des « bastilles de l'appareil » (usine des appareils et instruments aéronautiques, usine Poutilov [10], etc.).<br class='autobr' /> Les leçons de la première période ont montré l'insuffisance d'une telle forme de lutte, la force énorme des préjugés dans la masse ouvrière elle-même et la nécessité du passage à une nouvelle forme de lutte : une forme plus compréhensible pour les éléments avancés des masses, et prévue pour donner le temps d'une explication progressive, persévérante et systématique des positions de l'opposition, dans le cadre d'interventions publiques et légales.<br class='autobr' /> La défaite du 16 octobre 1926 [11] a ouvert alors une période de recul de l'opposition sur la base de la réduction de la lutte fractionnelle clandestine et du transfert du centre de gravité vers le travail légal. La 15e conférence [12], le plénum du Comité exécutif de l'IC [13], le plénum de février du CC [14] ; telles ont été les étapes de cette nouvelle tactique. Le groupe des CD [15] a quitté l'opposition durant cette période ; il ne comprenait pas la nécessité de nouvelles formes de lutte, sans lesquelles on ne peut préparer les conditions pour une nouvelle offensive.<br class='autobr' /> La tactique du recul et des interventions légales ouvertes a été entièrement justifiée à ce moment, quand les dissensions se sont à nouveau attisées, en relation avec la révolution chinoise ; elles ont rendu inévitable l'aggravation de la lutte et le passage à l'offensive. Grâce à son travail légal, l'opposition a su recevoir un soutien politique fort du parti durant cette période.<br class='autobr' /> La nouvelle tactique offensive, pour la période qui va d'avril 1927 [16] au 15e congrès, utilisait des méthodes de lutte légales et semi-légales, et s'est développée de fait à une échelle plus importante que la lutte de 1926. Une grande campagne de pétition, des alliances, des manifestations, de pair avec le renforcement du travail fractionnel, étaient des indicateurs du haut niveau de lutte et de la grande participation des masses.</p>
<p>C. Du 15e congrès au plénum de novembre 1928 [17]</p>
<p>1. La capitulation des centristes de gauche (les zinoviévistes) et la crise aiguë du bloc de centre droit à l'occasion de la grève du pain des koulaks, qui a porté un coup décisif aux illusions de la période de reconstruction, ont créé un nouveau rapport de force dans le pays et dans le parti.</p>
<p>L'évolution vers la gauche de la politique des centristes a été l'expression de cette nouvelle période de développement, et a donné à l'opposition de nouvelles tâches à accomplir. « Le centrisme », dit le camarade Trotski, en évaluant les perspectives de la période qui a suivi le congrès, « est un coup d'arrêt, mais les masses acquièrent également leur propre expérience dans la lutte. Nous comptons là-dessus ». (À une nouvelle étape) [18]</p>
<p>L'agitation dans la classe ouvrière, et le renforcement des éléments de gauche du parti, créent les conditions favorables pour le mouvement oppositionnel. Le caractère hybride du centrisme, son absence de clarté, ses hésitations, qui se sont exprimées sous une forme claire aux plénums d'avril et de juillet 1928 [19], ont démasqué encore plus son incapacité à faire face à de nouveaux dangers.</p>
<p>2. En déclarant que notre principale tâche tactique est le soutien, sous une forme critique, des pas faits à gauche par le centrisme, dans le but de démasquer la direction centriste, l'opposition a trouvé le contact avec les masses du parti. Sur la base de cette tactique, elle a gagné l'initiative dans la lutte contre la droite et a pris l'offensive.</p>
<p>La campagne des conventions collectives de 1928 [20] a été le point le plus avancé de l'offensive de l'opposition. Sous ses coups puissants, les centristes ont été obligés d'entrer en lutte contre la droite ; cependant, l'opposition n'avait pas assez de forces pour mener à bien la réforme du parti et remplacer la direction centriste.</p>
<p>D. De novembre 1928 à la période actuelle</p>
<p>1. Malgré le fait que la direction centriste ait conservé pleinement tous ses désaccords stratégiques avec l'opposition, et n'ait pas touché au régime du parti et aux méthodes bureaucratiques de la construction de l'économie, elle s'est « emparée des slogans de notre arsenal » (Trotski), et prenant le chemin de la lutte administrative avec les koulaks et de l'organisation par en haut des kolkhozes et de l'industrialisation, elle a inculqué à la classe ouvrière et au parti des illusions qui n'étaient pas du tout révolutionnaires, sur les possibilités de sortie des contradictions dans de brefs délais.</p>
<p>2. Le changement radical de la situation a obligé l'opposition à changer à nouveau sa tactique, en réorientant son travail vers l'explication énergique et systématique aux masses de l'incapacité des centristes à diriger la classe ouvrière vers une nouvelle voie, et à sortir la dictature prolétarienne de l'ornière dans laquelle ils ont mis le pays par leur politique.</p>
<p>L'expression de cette nouvelle tactique a été la déclaration du 4 octobre 1929 [21] donnant comme principale tâche de cette période la création d'un front uni par rapport aux masses qui se font des illusions sur « le plan quinquennal ». En analysant la situation, la déclaration avertissait que le plan quinquennal des centristes, mis en place avec des méthodes rejetées par la révolution d'octobre, conduit non au développement, mais à la réduction des forces productives ; il n'améliore pas la situation matérielle, politique et culturelle de la classe ouvrière, mais la détériore.</p>
<p>3. Le passage de la direction centriste à la voie de l'aventure ultra gauche et le premier repli qui a suivi le 15 mars [22] ont démontré la complète absence de fondement et l'aventurisme de la politique centriste.</p>
<p>Dans les rangs de l'opposition, le début du déclin des illusions centristes parmi les masses a permis justement à l'opposition de commencer à se préparer à une nouvelle tactique offensive, mettant en avant un nouveau mot d'ordre pour le changement de direction, mot d'ordre qui pouvait devenir à ce moment-là la conclusion que les masses tiraient de leur propre expérience.</p>
<p>L'expression du passage à une nouvelle tactique offensive s'est manifestée dans les documents « des 4 et des 7 » [23], qui ont formulé pour la première fois les principales dissensions, et dans la « carte postale » d'août [24] du camarade Trotski, qui donnait la formulation la plus précise de la nouvelle tactique offensive et de ses principales tâches.</p>
<p>E. Les principales leçons de notre lutte</p>
<p>En jetant un regard rétrospectif sur les étapes passées de sa lutte, l'opposition léniniste doit tenir compte de façon sensée des erreurs qui ont été faites, afin d'éviter leur répétition dans le futur.</p>
<p>Notons ici seulement les principales d'entre elles.</p>
<p>Depuis le début de la lutte, l'opposition ne se rendait pas compte de la profondeur des dissensions qui la séparaient de la fraction dominante, et des influences de classe que ces dissensions déterminaient.</p>
<p>La sous-estimation du travail organisationnel a été également liée à cela ; elle a conduit à laisser passer les conditions les plus favorables pour la création d'une organisation illégale qui fonctionne correctement et qui oriente son travail vers une longue période de travail clandestin. La conséquence des erreurs a été justement l'inadéquation entre les exigences mises en avant par la crise politique et les possibilités organisationnelles existantes. Une inadéquation qui s'est reflétée de façon si préjudiciable sur le travail de masse : il a été loin de correspondre à son importance potentielle sur le plan idéologique.</p>
<p>Les concessions faites aux compagnons de route provisoires dans la lutte ont constitué un autre défaut non moins sérieux de notre travail ; elles ont souvent pris une proportion bien au-delà de ce qu'exigeaient les intérêts du mouvement, pris dans sa totalité. Le résultat a été, dans nos rangs, de mettre de l'eau dans notre vin, ainsi que d'affaiblir la direction ; ces éléments (principalement avec une orientation de centre gauche) nuisaient, dans les moments décisifs, aux bases idéologiques et aux forces organisationnelles de notre mouvement, ils y suscitaient de profondes crises internes. L'influence des compagnons de route se ressentait indubitablement aussi sur la ligne tactique de l'opposition dans une direction qui, selon l'appréciation du camarade Trotski, consistait à ce que « nos erreurs étaient toujours dans une bien plus grande mesure des erreurs de droite que des erreurs de gauche par rapport à la ligne juste » (voir sa lettre du 23 mai 1928 à Béloborodov). Ce n'est qu'en se purifiant, au cours de plusieurs processus, des éléments les plus nuisibles de centre gauche, que l'opposition léniniste a pu se donner une orientation claire à sa tactique dans sa lutte implacable avec le centrisme.<br class='autobr' />
III. Nos tâches en lien avec les fondements de la tactique léniniste</p>
<p>La principale tâche de l'opposition, pour le moment, est l'organisation de la lutte prolétarienne pour la réforme du parti, des syndicats, de l'État, avec pour principe la démocratie ouvrière, ainsi que la rectification de la ligne stratégique du parti et son retour dans la voie tracée par Lénine.</p>
<p>Cette tâche ne peut être accomplie que par la mobilisation de toutes les forces révolutionnaires du parti et de la classe ouvrière autour de l'opposition léniniste.</p>
<p>Les conditions qui se sont formées à présent, la crise économique et politique qui ne cesse de s'approfondir dans le pays, suscitent la croissance du mécontentement de toutes les classes. Dans cette situation qui élargit indubitablement notre base dans la classe ouvrière, notre ligne tactique doit se traduire par une offensive politique sur la base d'un travail organisationnel profond dans les masses, bien que grandisse en même temps également le danger des interventions contre-révolutionnaires des classes ennemies.</p>
<p>« La seule possibilité, dit le camarade Trotski, de conserver et d'augmenter les chances de la voie du développement réformiste de la révolution d'octobre et du parti, réside dans la mise en place du fonctionnement correct de l'organisation centralisée des bolcheviks-léninistes, disposant de ressources techniques suffisantes pour influer de façon systématique sur l'opinion du parti atomisé. » (lettre du 08/08/1930) [26]</p>
<p>La qualité principale de l'opposition léniniste doit être la capacité à effectuer un brusque changement de tactique pour se réarmer, et à utiliser de nouvelles méthodes de lutte, en d'autres termes à pratiquer une politique de tournants brusques. Dans les périodes de croissance de l'activité politique des masses et du renforcement, en parallèle, de la pression des classes ennemies, elle doit mettre en pratique une tactique d'offensive décidée et hardie ; dans les périodes de recul politique de l'esprit des masses, elle doit passer à une tactique défensive et attentiste, mais en tentant, dans ces conditions, de faire preuve, sur la base d'une nouvelle ligne tactique, d'une très grande activité dans sa lutte pour gagner de l'influence sur les masses. Gardant la maitrise dans les compromis qu'elle passe et les accords forcés, elle ne doit jamais reculer d'un iota sur les questions de principe devant l'ennemi ou devant un allié peu sûr.</p>
<p>L'analyse politique profonde et les évaluations saines de la réalité ont toujours aidé l'opposition à indiquer de façon juste la tactique à suivre, en choisissant entre l'offensive et la défensive en fonction de la situation objective. C'est pour cette raison qu'elle a toujours été étrangère à l'aventurisme et s'est toujours basée uniquement sur la croissance de la conscience des masses.</p>
<p>Seule une élaboration approfondie des mots d'ordre concrets du moment, à partir des orientations programmatiques, qui soit étrangère à la fois au regard en arrière conservateur et à la simple répétition non critique des slogans anciens, peut assurer à l'opposition bolchevik-léniniste une tactique efficace qui corresponde aux buts poursuivis.<br class='autobr' />
IV. La lutte pour les masses</p>
<p>Depuis la révolution d'octobre, il n'y a pas eu de changements dans la situation de notre prolétariat qui conduisent à la liquidation de son rôle révolutionnaire passé. Au contraire, il a grandi de façon plus sensible sur les plans politique et culturel.</p>
<p>Malgré le profond abattement de la classe ouvrière en ce qui concerne son état d'esprit politique, sa passivité, sa fatigue durant les années qui ont suivi la fin de la guerre civile, malgré l'exposition de certaines de ses couches à l'influence des préjugés petits-bourgeois qui lui viennent de la campagne et que la bureaucratie entretient consciemment, nous avons pu souvent observer la manifestation de la profonde résistance, sourde, de la classe ouvrière face à la ligne thermidorienne. Et cela permet d'estimer que maintenant, quand les illusions nuisibles parmi les masses s'effondrent rapidement, toute pression des classes ennemies peut créer à nouveau dans le parti et la classe ouvrière un retour vers l'activité révolutionnaire.</p>
<p>La politique actuelle de la bureaucratie centriste est clairement calculée pour brider le prolétariat, dans le but de lui retirer la possibilité de se défendre. En liaison avec cela, une différenciation, sur le plan de la conscience de classe des masses ouvrières, s'est effectuée à des niveaux plus ou moins clairement marqués. À côté d'une aristocratie ouvrière peu nombreuse et très bien payée, qui aspire à une vie tranquille, et un groupe d'ouvriers de choc assez important, mais qui n'est pas encore totalement formé, composant formellement le soutien du régime, il y a de nombreuses « recrues », venues de la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, dont l'état d'esprit va des relations de confiance bienveillantes à l'égard de toutes les fables que les centristes leur comptent, jusqu'à une haine plus consciente du pouvoir soviétique, tel qu'il est incarné par ses représentants actuels. Mais la fraction la plus importante du prolétariat industriel se libère progressivement des illusions passées, acquiert une expérience politique, et s'imbibe d'un profond mécontentement révolutionnaire ; elle continue de garder pour le moment une attitude d'attente, dans la mesure où le régime existant ne donne pas la possibilité aux sentiments des masses de se manifester librement, tant qu'ils n'atteindront pas leur limite supérieure, qui correspondrait à l'intensité de la pression politique qu'ils subissent. Ce noyau principal de la classe ouvrière, capable d'entrainer à sa suite le reste de la masse de nombreux millions de personnes, cherche maintenant une direction ferme, claire, ayant un programme d'action précis, visant à rétablir un régime normal et une ligne politique juste.</p>
<p>Les principales questions tactiques de notre lutte sont de trouver les voies pour gagner à nous des éléments révolutionnaires d'avant-garde et de la classe ouvrière et, par eux, gagner à notre influence, à notre direction la majorité de la classe ouvrière pour la lutte à venir pour la réforme. Et pour ce faire, notre première tâche consiste à contrecarrer tous les éléments de déception, de fatigue et d'apathie qui gênent l'essor de l'activité révolutionnaire des masses.</p>
<p>En même temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la grande masse des ouvriers n'a pas pris conscience jusqu'à présent de la nécessité d'une lutte active contre la croissance du danger contre-révolutionnaire, par la faute de la direction centriste, malgré le fait que la dictature prolétarienne recèle de très grandes forces et possibilités de renaissance.</p>
<p>Nous savons qu'on ne peut pas vaincre vraiment avec la seule avant-garde. Et pour que toute la classe en arrive à un soutien direct et conscient de l'avant-garde, il est nécessaire qu'elle acquière sa propre expérience politique et sache la généraliser.</p>
<p>C'est pour cette raison qu'il devrait être clair pour nous que la défense des intérêts vitaux du prolétariat conduira au réveil des couches retardataires des masses, seulement quand les buts de la lutte seront étroitement liés à la situation concrète et seront compréhensibles pour les grandes masses. Ce n'est qu'en créant une organisation fortement ramifiée, liée étroitement aux masses sur leurs lieux de travail, et grandissant sur la base de la défense même des intérêts quotidiens les plus modestes, que nous pouvons compter sur la réussite de notre agitation, et sur le fait que cette masse nous suivra dans la lutte pour la réforme.</p>
<p>En nous préoccupant avant tout de la classe ouvrière dans sa globalité, nous devons mener le travail aussi bien parmi les membres du parti, que parmi les ouvriers sans parti, contrecarrant de toutes les façons possibles les tentatives de créer une séparation entre les uns et les autres. De telles tentatives sont aussi bien le fait de la bureaucratie centriste, qui essaie de semer la discorde entre les différents détachements de la classe ouvrière, que des partis anti-soviétiques, qui tentent de dresser les ouvriers sans parti contre le parti et de les détourner vers la voie de la contre-révolution.</p>
<p>Notre directive tactique acquiert de ce fait un sens particulier à l'égard des différents courants politiques, et avant tout à l'égard du centrisme lui-même, qui « représente le principal danger dans le parti » (L. Trotski).</p>
<p>Dans la mesure où l'objectif principal du centrisme est d'étouffer l'activité du prolétariat, aussi bien par des méthodes de terreur administrative et économique, que des méthodes sophistiquées de mensonge, notre tâche est un grand travail d'explication, destiné à démasquer le centrisme, dans le but de relever l'activité des prolétaires à un niveau où plus aucune menace n'est capable d'empêcher l'intervention des masses. En outre, nous devons expliquer avec ténacité aux masses que la voie de la réforme passe par le remplacement de la direction centriste « qui ne peut réaliser la réforme pour des raisons organiques » (Rakovski).</p>
<p>Le centrisme, qui suscite le désenchantement et la chute de l'activité même de la partie la plus révolutionnaire de la classe ouvrière, facilite l'influence des mencheviks sur les masses. En luttant contre le centrisme, et en montrant au prolétariat les voies les plus efficaces du sauvetage de son pouvoir (la dictature du prolétariat), nous paralysons en grande partie aussi l'influence des mencheviks et des autres partis anti-soviétiques qui font du travail dans la classe ouvrière. Il convient également de dire la même chose sur les anarchistes et les partis qui ont de la même façon des complices à l'intérieur de l'officiel PCR(b).</p>
<p>En luttant contre ces courants, nous nous battons contre la division de la classe ouvrière en sphères d'influence, en fonction de ses principales catégories sociales, contre sa soumission à différentes influences étrangères de classe, et pour son unité, son regroupement, avec le mot d'ordre du rétablissement de la dictature du prolétariat. Mais cette tâche ne peut pas être accomplie par une action extérieure, en lançant simplement des mots d'ordre ronflants, sans un travail préparatoire correspondant dans toutes les organisations ouvrières de masse.</p>
<p>En premier lieu, de ce point de vue, la lutte dans le secteur prolétarien du parti officiel est l'une des tâches à accomplir. Mais le travail dans cette direction ne doit en aucun cas masquer la nécessité de conquérir les organisations prolétariennes hors du parti, et particulièrement les syndicats.</p>
<p>Ce n'est qu'en attirant de notre côté toute l'aile révolutionnaire du parti et la majorité révolutionnaire de la classe ouvrière, ainsi qu'en rétablissant ensuite la confiance à son égard des couches pauvres et moyennes du village (par la voie de la propagande de mesures économiques correspondantes), que nous pourrons réaliser une réforme dans toute l'ampleur nécessaire.</p>
<p>Au cours de notre lutte, nous aurons sans doute à faire face à la résistance cruelle des forces thermidoriennes et bonapartistes. Et là se posera au prolétariat la question des formes que prendra sa lutte avec ces forces, car, celle-ci ne pourra certainement pas se faire sans un épisode de guerre civile.</p>
<p>Le parti officiel représente maintenant la cohabitation de deux camps de la guerre civile. (L. F.) [27]</p>
<p>Cette cohabitation ne peut continuer longtemps. L'un de ces camps doit périr, afin de laisser la place au développement de l'autre.</p>
<p>Nous ne pouvons pas, par conséquent, miser sur le travail en direction du parti officiel, qui n'existe pas comme parti, mais nous devons choisir de nous orienter vers la recréation du vieux parti léniniste avec le secteur révolutionnaire prolétarien du parti officiel et les ouvriers actifs, d'avant-garde, consciemment révolutionnaires, qui se trouvent actuellement hors du parti.</p>
<p>La fraction bolchevik-léniniste, organisée et en état d'agir, sera la base sur laquelle se fera la cristallisation de ces éléments prolétariens et révolutionnaires, et la renaissance du parti léniniste.<br class='autobr' />
V. Les formes et les méthodes de lutte pour la réforme</p>
<p>En nous donnant pour tâche de contribuer à l'organisation des masses ouvrières, nous devons, en même temps, nous rendre compte que le régime et la politique centriste conduisent objectivement à ce que, dans le mouvement des masses, une certaine spontanéité puisse prendre le dessus sur le niveau d'organisation que l'opposition léniniste peut donner à ce mouvement.</p>
<p>C'est pour cette raison que, dans le cas où un mouvement se déclare de façon spontanée, nous ne refuserons pas d'y participer. Car lorsque se présentent les conditions objectives d'une pression révolutionnaire directe, se mettre au service du mouvement des masses est, comme dit Lénine, « la tâche la plus élevée du parti ».</p>
<p>Pour autant, nous ne sommes pas complaisants avec les éléments de spontanéité des mouvements, nous ne nous soumettons pas à eux, nous aspirons de toutes les manières possibles à les combattre, à soumettre ces mouvements à notre influence : « aller à la rencontre des masses ne veut pas dire lâcher pied devant la spontanéité » (L. T.).</p>
<p>Aujourd'hui, alors que la grande masse de la classe ouvrière (et pas toute son avant-garde) n'est pas encore sortie de son attentisme, il nous faut rejeter catégoriquement les propositions qui sont dictées par l'impatience révolutionnaire et l'absence de maturité politique.</p>
<p>Est-ce que cela veut dire que nous appelons à la passivité et inculquons aux éléments d'avant-garde du prolétariat qu'il faut survivre avec fatalisme, tant que le développement objectif des événements ne nous apportera pas des résultats tout prêts « par eux-mêmes » ? Absolument pas.</p>
<p>Cela veut seulement dire qu'il ne s'agit pas de lancer des mots d'ordre qui ne peuvent être encore compris des masses ouvrières et qui ne se déduisent pas de leur propre expérience. La principale tâche des ouvriers d'avant-garde et conscients, à l'étape actuelle de l'offensive politique, doit consister, non à crier des slogans ronflants, mais à réaliser un travail opiniâtre pour créer une organisation clandestine extrêmement ramifiée, afin d'être en mesure, grâce elle, de se saisir des conflits, particuliers ou plus généraux, des ouvriers avec la bureaucratie, et d'entraîner de plus en plus de masses d'ouvriers à la lutte pour la réforme. Jusqu'à présent, la lutte de la classe ouvrière contre le régime bureaucratique a eu principalement un caractère individualiste et anarchique. Dans les conditions d'étouffement complet de l'activité normale des syndicats, qui se sont transformés d'organes de défense des intérêts des ouvriers en organes auxiliaires des gestionnaires, les ouvriers ont recours à des formes de lutte comme les absences injustifiées, la détérioration des machines, l'assassinat des ouvriers de choc, etc.</p>
<p>L'opposition léniniste ne met pas en avant toute forme de mécontentement à l'égard du régime bureaucratique existant et de sa politique. Sa tâche consiste à préparer et à organiser la résistance collective et de masse à toute la politique de la bureaucratie stalinienne. Et en ce sens, il y a, à la disposition du prolétariat, toute une série de méthodes mises au point par l'expérience passée du mouvement, en commençant par les protestations organisées et en finissant par des manifestations, des grèves, etc.</p>
<p>Le mouvement, lorsqu'il a atteint une grande force et exerce une grande pression, peut se manifester en exerçant directement sa propre autorité, par la démocratie ouvrière, la destitution et l'élection des fonctionnaires dans le parti, les syndicats, les soviets.</p>
<p>En fonction du degré de développement d'un mouvement ouvrier de masse, la grève acquiert une grande importance en sa qualité d'instrument traditionnel de lutte de la classe ouvrière ; son utilisation dans les conditions actuelles est punie avec toute la sévérité de l'arbitraire bureaucratique, bien que du temps de Lénine elle ait été reconnue comme moyen de défense des ouvriers contre les perversions de l'appareil au pouvoir. Une résolution connue du 11e congrès [28] du parti sur les syndicats obligeait les cellules communistes des entreprises à se mettre à la tête des ouvriers contre les déformations bureaucratiques des organes économiques d'État (après épuisement complet des autres moyens d'action).</p>
<p>Dans les conditions actuelles, l'utilisation organisée des grèves peut jouer un grand rôle dans la mobilisation des forces prolétariennes avec les slogans de réforme du parti, des syndicats et des soviets.</p>
<p>La résolution du 11e congrès nous donne un argument important en faveur du droit de grève contre le régime bureaucratique. L'opposition doit montrer aux masses qu'elle est à cet égard le vrai promoteur de la ligne léniniste.</p>
<p>Enfin, dans les conditions se rapprochant de la pire des situations, celle qui exige la plus grande tension des forces du prolétariat, sa lutte peut prendre la forme la plus aiguë.</p>
<p>En cas d'intervention ouverte des éléments bonapartistes, dans le but d'un coup d'État contre-révolutionnaire, le seul moyen de rétablir la dictature du prolétariat est l'écrasement armé de la contre-révolution, d'où qu'elle vienne.<br class='autobr' />
VI. Conclusion</p>
<p>L'opposition bolchevik-léniniste a toujours considéré sa lutte pour la réforme comme une tâche internationale. La lutte qui a été et qui est actuellement menée par l'opposition contre la direction stalinienne, l'est en lien étroit avec la lutte générale de l'aile gauche du Komintern contre la domination du centrisme. Sans le remplacement de la direction centriste du Komintern, la préparation du facteur subjectif de la révolution mondiale est impossible, car l'histoire de la direction stalinienne est l'histoire de ses erreurs incessantes et des défaites du prolétariat international suscitées par elles (L. Trotski).</p>
<p>Le centrisme stalinien et sa domination au Komintern ont grandi sur la base de la stabilisation relative du capitalisme et d'une série de défaites du prolétariat européen au cours des huit dernières années. Les succès de la lutte contre l'opportunisme stalinien et pour la renaissance du Komintern seront stimulés par l'essor du mouvement ouvrier international.</p>
<p>L'analyse de la situation internationale montre clairement la justesse de l'évaluation générale du 3e congrès de l'IC [29] selon laquelle « la courbe du développement capitaliste est, d'une façon générale, descendante avec des mouvements passagers de remontée ; la courbe de la révolution est, par contre, montante avec quelques fléchissements ».</p>
<p>Nous pouvons, en nous appuyant sur ce fait, attendre en toute certitude un nouvel essor de la révolution prolétarienne, qui sapera profondément le terrain sous les pieds de la domination de la bureaucratie centriste et créera la poussée que nous attendons au profit de la classe ouvrière et de l'aile gauche du Komintern.</p>
<p>C'est justement pour cette raison que l'opposition léniniste n'a jamais considéré (à la façon des zinoviévistes et des décistes qui souffrent de la même façon du bornage national) sa lutte contre le centrisme en faisant abstraction de sa dépendance à l'égard du développement de toute la situation internationale.</p>
<p>En menant une lutte opiniâtre pour la renaissance du Komintern sur les bases du léninisme, nous créons par là même les éléments subjectifs de l'essor futur de la lutte prolétarienne, en préparant le lendemain du mouvement communiste international.</p>
<p>[1] Komintern : Commounistitchéski Internatsional (en russe), soit Internationale communiste en français (IC).</p>
<p>[2] Le 14e congrès du Parti communiste (bolchévique) de l'URSS (PC(b)U) s'est tenu à Moscou entre le 18/12/1925 et le 31/12/1925.</p>
<p>[3] Déclaration des 46 : lettre envoyée par un groupe de 46 dirigeants soviétiques au Bureau politique du Comité central du PC(b)U le 15 octobre 1923, et gardée secrète, comme ne concernant que le bureau politique. Écrite par 46 dirigeants bolcheviks, dont Préobajenski, Antonov-Ovséïenko, Smirnov, Piatakov… elle décrit la situation dans le pays, critique la direction du parti et son manque de démocratie.</p>
<p>[4] Cours nouveau de L. Trotski, écrit fin 1923.</p>
<p>[5] Le 15e congrès du PC(b)U s'est tenu à Moscou entre le 02/12/1927 et le 19/12/1927. Lors de ce congrès, les dirigeants de « l'opposition unifiée » sont exclus du parti. (Trotski l'avait été avant même le congrès, au mois de novembre). C'est également là qu'ont été avancées les premières résolutions sur le travail à la campagne et directives pour la mise en place du 1er plan quinquennal.</p>
<p>[6] Dans les années 1920, le mouvement oppositionnel était animé par G. Zinoviev à Leningrad, ville où il avait une grande influence dans le Parti bolchévique et dont il avait été président du soviet en décembre 1917. (Elle s'appelait alors Petrograd, avant qu'on l'affuble du nom de Lénine en 1924, question d'honorer le mort… et faire, en son nom, le contraire de sa politique. Rebaptisée depuis 1991 de son nom sous le tsarisme, Saint-Pétersbourg, pour faire oublier son passé rouge. Mais c'est une autre histoire).</p>
<p>[7] Déclaration de 1923 : voir la note 3.</p>
<p>[8] Déclaration des 83, rédigée par Léon Trotski et envoyée au Comité central du PCPR en mai 1927. Thèmes traités : échec en Chine, échec en Grande-Bretagne, politique intérieure, danger de la guerre, unité du parti, défense de G. Zinoviev. Elle a été signée dans un premier temps par 83 bolcheviks de l'opposition (en fait 84), puis par plus de 3 000.</p>
<p>[9] Plate-forme des 13 : préparée pour le 15e congrès du PC(b)U en septembre 1927, elle était signée à la fois par Kamenev, Zinoviev, Trotski, et plusieurs autres dirigeants de l'opposition trotskyste.</p>
<p>[10] Usine Poutilov : usine d'armement construite en 1801 sous le règne de Paul 1er à Saint-Pétersbourg. Sa production se diversifie avec le temps (matériel ferroviaire, par exemple). En 1900, l'usine occupait la première place dans l'empire russe pour sa production métallurgique et de machines. En 1917, 29 000 ouvriers y étaient employés. Ils ont joué un rôle majeur dans les événements. Plus de 10 000 ouvriers ont rejoint les fronts de la guerre civile. Nationalisée en 1917, l'usine a été privatisée en 1992.</p>
<p>[11] La défaite du 16 octobre 1926 : au plénum du Comité central du PC(b)U, L. Trotski, G. Zinoviev et L. Kamenev ont été exclus du Bureau politique.</p>
<p>[12] La 15e conférence du PC(b)U s'est tenue à Moscou entre le 26 octobre et le 3 novembre 1926. Elle était consacrée à la situation internationale, à la situation économique du pays et aux tâches du parti et des syndicats, enfin à l'opposition.</p>
<p>[13] Ce 7e plénum du Comité exécutif de l'IC s'est tenu à Moscou du 22/11 au 16/12/1926. Il portait sur la situation internationale (en particulier la Grande-Bretagne, la Chine et l'Allemagne), l'action du Comité exécutif de l'IC, les syndicats, et les oppositions à l'intérieur du parti russe (des exclusions).</p>
<p>[14] Ce plénum du Comité central du parti, tenu le 12 février 1927, a voté les résolutions relatives à l'industrie du bâtiment en 1926/1927 et à La baisse des prix de vente et de détail.</p>
<p>[15] Le groupe « Centraliste démocratique » (abrégé CD, également nommé Déciste), s'est formé en tant que tendance dans le parti bolchévique en mars 1919 au 8e congrès du PCR. Les dirigeants principaux étaient Valériane Ossinski, Vladimir Smirnov et Timoféï Sapronov. Ils voulaient revenir à une pratique politique et économique initiée par la base ouvrière au détriment de la centralisation et de la bureaucratisation qui s'étaient instaurées. Ils s'impliquèrent également dans le débat sur les syndicats fin 1920, début 1921. Le groupe se dissout en mars 1921 suite au 10e congrès du PCR qui condamne les fractions. Ses membres se lièrent en 1923 avec l'opposition de gauche initiée par Trotski, puis à l'opposition unifiée de Trotski avec Kamenev et Zinoviev, et rompirent avec l'opposition trotskiste après la défaite de cette opposition unifiée du 16 octobre 1926, dont parle l'article. Certains membres ont fait ensuite défection, d'autres sont restés fidèles à leurs idées, mais tous ont subi la répression stalinienne (isolateurs, prisons, exils, puis exécutions massives à la fin des années trente). Par rapport au régime stalinien, ils jugent que « Si chez nous les moyens de production sont nationalisés et que le pouvoir d'État n'est pas entre les mains de la classe ouvrière, alors l'absence par elle-même de la propriété privée des moyens de production montre que le sujet de l'exploitation a changé (le propriétaire), mais pas l'objet (la classe ouvrière) » [T. Sapronov : L'agonie de la dictature petite-bourgeoise]</p>
<p>Ils jugent en quelque sorte la contre-révolution comme achevée, et ont, dans la période du « Grand tournant » de Staline vers la dékoulakisation, une politique que Trotski juge à la fois gauchiste et en partie défaitiste. C'est à leur propos que Trotski écrit, fin 1928 : « … aller au-devant de la masse ne signifie pas se mettre à la tête des mouvements désordonnés auxquels tendent les « décistes », qui, ou bien se casseront le cou sur une politique d'aventure, ce qui ne serait qu'un demi-malheur, ou bien aideront accidentellement l'ennemi à tordre le cou à la révolution, ce qui est beaucoup plus grave […] » Et estimant nécessaire de se démarquer de cette politique, Trotski ajoutait : « Il faut que les flancs et l'arrière soient pour nous délimités par une ligne claire, afin que la masse sache où nous sommes et où nous ne sommes pas. » Cf. (Lettre du 21 octobre 1928). C'est ce point de vue que rappellent ici les rédacteurs du journal retrouvé de l'isolateur de Verkhnéouralsk.</p>
<p>[16] Avril 27 : le 12 avril 1927, le Kuomintang retourne ses armes contre le Parti communiste chinois à Shanghaï et y écrase dans le sang la classe ouvrière, attisant ainsi la confrontation entre l'opposition de gauche et la majorité du PC(b)U.</p>
<p>[17] Plénum de novembre 1928 : le plénum du Comité central du PC(b)U s'est tenu à Moscou du 16 au 24 novembre 1928. L'opposition droitière y a été condamnée ; celle-ci a cependant voté cette résolution avec les partisans de Staline pour préserver l'unité du parti.</p>
<p>[18] À une nouvelle étape est un texte écrit après le 18 décembre 1927. La citation n'y a pas été retrouvée.</p>
<p>[19] Plénums d'avril et de juillet 1928 : le premier s'est déroulé du 6 au 11 avril 1928 à Moscou et réunissait le Comité central du PC(b)U et la Commission centrale de contrôle du PC(b)U ; il était consacré à des questions agraire, industrielle, d'organisation du parti. Le second s'est déroulé du 4 au 12 juillet 1928 à Moscou et réunissait le Comité central du PC(b)U ; questions abordées : Komintern, agriculture, formation de spécialistes, nominations.</p>
<p>[20] « À la fin de 1928, une campagne pour le renouvellement des conventions collectives s'est ouverte dans tout le pays […] », précise Mikhail Vassiliev dans le numéro 20 des Cahiers du mouvement ouvrier : « Étant donné l'aggravation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière, la hausse des prix sur les marchandises de première nécessité, un mouvement de grève s'est intensifié dans le pays. » Et il cite un document de l'opposition de gauche à l'époque qui dit : « Le mécontentement des ouvriers, ne trouvant pas d'issue auprès des syndicats, s'amplifie […] La grève, c'est le moyen extrême d'autodéfense de la classe ouvrière contre les perversions de l'appareil bureaucratique. […] les bolcheviks-léninistes doivent prendre la tête du mouvement partout et en se souciant en tout lieu de la défense des intérêts des travailleurs, luttant sans merci contre les perversions bureaucratiques. »</p>
<p>[21] Nous n'avons pas le texte de la déclaration du 4 octobre 1929, rédigée par Rakovski, l'un des responsables de l'opposition trotkiste à l'époque. Mais elle est, semble-t-il, dans la continuité d'une autre déclaration de Rakovski, cosignée avec deux autres oppositionnels, Kossior et Okoudjava, datant du 22 août (publiée notamment par P. Broué dans Les cahiers Léon Trotsky no 6, p. 78 à 85). À sa façon, ce texte du 22 août saluait le tournant à gauche de la direction stalinienne, avec son plan d'industrialisation que les signataires de la déclaration appelaient à soutenir, appelant en même temps à la réintégration de l'opposition de gauche dans le parti, y compris la réintégration de Trotski et son retour d'exil.</p>
<p>Trotski a, à postériori (fin septembre), approuvé sur le fond ce texte, auquel il apportait sa signature. Dans sa Lettre ouverte aux bolcheviks-léninistes signataires de la déclaration du 22 août 1929, il écrivait : « Le fait du tournant à gauche de la direction officielle est patent. Depuis 1926, nous avons plus d'une fois prédit qu'il était inévitable sous les coups de la lutte de classe qui avait sans aucune difficulté démoli le cadre de la politique droite-centre. De même il n'est pas nécessaire de démontrer ici le fait incontestable que, si la lutte contre notre plate-forme a été conduite avec les arguments du groupe de droite actuel, la lutte officielle contre ce dernier a été menée avec des arguments empruntés à notre plate-forme. […] Vous avez absolument raison de souligner que le plan quinquennal de construction socialiste peut devenir une étape très importante dans le développement de la révolution d'Octobre. Dans des termes mesurés, mais sans équivoque, vous soulignez les conditions qui seraient nécessaires pour cela mais qui n'existent pas encore ».</p>
<p>Mais il mettait en garde contre toute illusion sur le cours qu'allait suivre la direction stalinienne, tant sur le plan international que dans sa politique vis-à-vis de la classe ouvrière et dans le parti : « La direction maintient et même renforce la répression parce que la coïncidence de nombre des mesures pratiques extrêmement importantes qu'elle a prises dans sa politique actuelle avec les mots d'ordre et formulations de notre plate-forme, ne fait nullement disparaître pour elle la dissemblance des principes théoriques d'où la direction et l'Opposition partent pour leur examen des problèmes de l'heure. »</p>
<p>Cette mise en garde semble avoir été prise en compte dans la déclaration du 4 octobre, qui était devenue, plus que sa première ébauche du 22 août, une référence pour l'opposition de gauche (dont les rédacteurs du texte). C'est ce que l'on voit par le résumé qu'en donne Rakovski lui-même en avril 1930 : « Dans sa déclaration au C.C. et à la C.C.C. du 4 octobre de l'année dernière, l'Opposition bolchevik-léniniste s'est élevée contre les mesures administratives extraordinaires à la campagne, parce qu'elles entrainent des conséquences politiques négatives. Nous nous sommes également élevés contre la théorie tout à fait néfaste de la possibilité de construction d'une société socialiste dans un seul pays […] ». Cette déclaration dénonçait « l'application – en vue de l'accroissement de la discipline du travail et de la rationalisation – de procédés rejetés par la révolution d'Octobre » (décrets sur la discipline, introduction de la semaine continue, augmentation des normes de production…). Elle indiquait « la nécessité d'une unification de toutes les forces communistes et révolutionnaires autour du Plan quinquennal d'industrialisation et de la lutte contre le capitalisme agraire et les droitiers. […] Dans la mesure cependant où la réalisation du mot d'ordre d'unification de toutes les forces communistes signifie la fin de la période du monopole politique du centrisme la bureaucratie centriste va le combattre avec le même acharnement que dans le passé ». (Déclaration en vue du xvie congrès du PCUS, du 12 avril 1930, signée de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, publiée par P. Broué dans le Cahier Léon Trotsky no 6, p. 90 à 103).</p>
<p>[22] Il s'agit en fait d'une décision prise le 14 mars 1930 par le Comité central du PC(b)U sur La lutte avec les déviations dans le mouvement kolkhozien par rapport à la ligne du parti. Cette décision a fait suite à l'article signé par Staline dans la Pravda du 2 mars 1930, intitulé Le vertige du succès. Devant les difficultés rencontrées et la résistance des paysans, la campagne de « collectivisation » a été stoppée un temps et un certain nombre de cadres de base ont été réprimés pour gauchisme.</p>
<p>[23] Il s'agit vraisemblablement du texte du 12 avril 1930, signé de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, puis cosigné par quelques autres (Broué en cite deux autres) dont nous avons parlé dans la note 21.</p>
<p>[24] Nous n'avons pas ce texte. Il semble être la lettre de Trotski d'août 1930 dont dit se souvenir Ciliga dans Au pays de mensonge déconcertant (une de ces lettres surnommées les « cartes postales » qui parvenaient aux oppositionnels même dans les prisons). Ciliga n'en cite pas le texte, mais seulement les longues discussions qu'ont suscitées au sein des trois tendances des oppositionnels de Verknéouralsk l'appréciation que Trotsky donnait du stade où en était le « bonapartisme stalinien ».</p>
<p>Ciliga écrit : « Une de ses phrases : “La préparation du bonapartisme dans le parti est achevée”, devint le fondement de tous les raisonnements et de toutes les thèses de la gauche. Quant aux droites, ils ne lui attribuaient qu'une valeur rhétorique sans importance pour l'attitude d'ensemble adoptée par Trotski. Les gauches ne voulaient entendre que le jugement négatif émis par Trotski sur la superstructure politique du régime, les droites – que son jugement positif quant à la base sociale : dictature du prolétariat et caractère socialiste de l'économie » (Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, p. 181-182 de l'édition 10/18 de 1977). Mais il ne nous renseigne pas sur les précisions que Trotski donnait sur la nouvelle tactique de l'opposition dont parlent ici les auteurs du texte des oppositionnels emprisonnés.</p>
<p>[26] Il s'agit vraisemblablement de la même « carte postale » d'août 1930 citée plus haut (cf note 24)</p>
<p>[27] L. F. : Peut-être, sous ces initiales, les auteurs du texte tiennent-ils à citer L. Fédortchenko qui, si l'on en croit la liste des bolcheviks-léninistes enfermés dans l'isolateur de Verkhnéouralsk, publiée dans le no 19 de mars 1931 du Bulletin de l'Opposition, y aurait été enfermé. S'agirait-il de Léonide Fédortchenko dont a retrouvé mention par ailleurs et qui serait décédé en 1929 ?</p>
<p>[28] Le 11e congrès du PC(b)U s'est tenu à Moscou du 27 mars au 2 avril 1922. Dans le projet de résolution sur Le rôle et les tâches des syndicats dans les conditions de la Nouvelle politique économique, rédigé par Lénine pour ce congrès, il écrivait : « Le passage des entreprises d'État à l'autonomie financière est inévitablement et indissolublement lié à la nouvelle politique économique, et dans un très proche avenir ce type de gestion deviendra immanquablement prépondérant, sinon exclusif. En fait, cela signifie, dans une situation où la liberté du commerce est autorisée et se développe, que les entreprises d'État reviennent dans une mesure notable à des bases commerciales capitalistes. Cette constance, jointe à la nécessité impérieuse d'accroître la productivité du travail, d'obtenir de chaque entreprise d'État une gestion non déficitaire et même bénéficiaire, à l'attachement légitime ou même excessif aux intérêts particuliers de l'entreprise, ne peut manquer d'engendrer une certaine contradiction d'intérêts entre la masse des ouvriers et les directeurs, les administrateurs des entreprises d'État ou les services administratifs dont ils relèvent. Aussi est-ce le devoir absolu des syndicats, même à l'égard des entreprises d'État, de défendre les intérêts de classe du prolétariat et des masses travailleuses vis-à-vis de leurs employeurs. » Et un peu plus loin il ajoutait : « C'est pourquoi une des tâches essentielles des syndicats consiste à défendre dans tous les domaines et par tous les moyens les intérêts de classe du prolétariat dans sa lutte contre le capital. Cette tâche doit être ouvertement située parmi les toutes premières, l'appareil des syndicats doit être réorganisé, modifié ou complété en conséquence, il faut créer, ou plus exactement faire en sorte que s'organisent des fonds de grève, etc. […] D'où il découle qu'actuellement nous ne pouvons absolument pas renoncer au recours à la grève, que nous ne pouvons par principe admettre que la loi substitue aux grèves l'arbitrage obligatoire de l'État. »</p>
<p>La résolution insistait aussi sur « la différence entre la lutte de classe du prolétariat dans un État qui reconnaît la propriété privée de la terre, des usines, etc., avec un pouvoir politique aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte économique du prolétariat dans un État qui ne reconnaît pas la propriété privée de la terre et de la majorité des grosses entreprises, dans un État dont le pouvoir politique est dans les mains du prolétariat » en écrivant : « il est évident que le but final visé par les grèves en régime capitaliste est la destruction de l'appareil d'État et le renversement de la classe détenant actuellement le pouvoir d'État. Mais dans un État prolétarien de type transitoire comme l'est le nôtre, le but final visé par les grèves ne peut être que le renforcement de l'État prolétarien et du pouvoir d'État exercé par la classe prolétarienne, au moyen de la lutte contre les déformations bureaucratiques de cet État, contre ses erreurs et ses faiblesses, contre les appétits de classe des capitalistes échappant à son contrôle, etc. » (Lénine, Œuvres, tome 33, p. 185-196 de l'édition en français.)</p>
<p>[29] Ce 3e congrès de l'IC : il s'est tenu à Moscou entre le 22 juin et le 12 juillet 1921. 103 partis et organisations et 605 délégués y ont participé. La citation est extraite des Thèses sur la situation mondiale et les tâches de l'Internationale communiste, chapitre VII, Perspectives et tâches.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm</a></p>
<p>Plateforme de l'Opposition de gauche en 1927</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm</a></p>
<p>Correspondances de l'Opposition de gauche</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm</a></p>
<p>Les trotskystes au camp d'internement stalinien de Vorkouta</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm</a></p>
<p>Interview d'un de ses sympathisants :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm</a></p>
<p> Discussion de Trotsky sur l'Opposition de gauche</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm</a></p></div>
Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. »
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9045
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90452026-07-10T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotsky1927StalinismeParti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. » <br class='autobr' />
Léon Trotsky <br class='autobr' />
Nouvelle étape <br class='autobr' />
Fin décembre 1927 <br class='autobr' />
La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. Celle-ci a été provoquée par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorité à l'intérieur du parti et ait à subir des attaques constantes reflète la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory">8- La contre-révolution</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag">1927</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. »</h2>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>Nouvelle étape</p>
<p>Fin décembre 1927</p>
<p>La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. Celle-ci a été provoquée par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorité à l'intérieur du parti et ait à subir des attaques constantes reflète la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil d'État sur celui du parti et de l'appareil du parti sur l'aile gauche, prolétarienne, du parti. L'Opposition est aujourd'hui le point sur lequel se concentrent les plus puissantes pressions contre la révolution à l'échelle du monde.</p>
<p>Le Danger de Thermidor</p>
<p>Dictature prolétarienne ou Thermidor ?<br class='autobr' />
Boukharine pose la question de cette façon : si c'est une dictature prolétarienne, nous devons soutenir inconditionnellement tout ce qui est fait sous son nom. Si c'est Thermidor, alors nous devons mener contre tout cela une lutte sans merci. En fait, les éléments de Thermidor – en liaison avec l'ensemble de la situation internationale – se sont développés dans le pays au cours des dernières années bien plus vite que les éléments de la dictature. La défense de la dictature signifie la lutte contre les éléments de Thermidor, pas seulement dans le pays tout entier, mais dans l'appareil d'État et les couches influentes du parti lui-même.</p>
<p>Mais, même dans un processus de retour en arrière, il doit venir un point critique où la quantité se change en qualité, c'est-à-dire le moment où le pouvoir d'État change de nature de classe et devient un pouvoir bourgeois ? Ce point n'est-il pas déjà atteint ? Un ouvrier, individuellement et tirant les leçons de sa vie quotidienne, peut en arriver à la conclusion que le pouvoir n'est plus aux mains de la classe ouvrière : à l'usine, l'autorité suprême est le « triangle », la critique a été interdite et, dans le parti, l'appareil est tout-puissant ; dans le dos des organisations soviétiques, ce sont des bureaucrates qui donnent les ordres, etc. Mais il suffit d'examiner cette question du point de vue des classes bourgeoises à la ville et à la campagne pour voir tout à fait clairement que le pouvoir n'est pas entre leurs mains. Ce qui est en train de se passer, c'est la concentration du pouvoir entre les mains de ces organes bureaucratiques qui reposent sur la classe ouvrière, mais qui tendent toujours plus vers les couches supérieures de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et se mélangent partiellement avec elle.</p>
<p>La lutte contre le danger de Thermidor est une lutte de classe. La lutte pour arracher le pouvoir des mains d'une autre classe est une lutte révolutionnaire. La lutte pour des changements – parfois décisifs, mais toujours sous le règne de la même classe – est une lutte réformiste. Le pouvoir n'a pas encore été arraché des mains du prolétariat. Il est encore possible de redresser notre ligne politique actuelle, d'écarter les éléments de dualité de pouvoir et de renforcer la dictature par des mesures de type réformiste.</p>
<p>La prééminence, dans le parti et par conséquent dans le pays également, est aux mains de la fraction de Staline qui possède tous les traits du centrisme – et, qui plus est, d'un centrisme dans une période de recul, pas de montée. Cela signifie de petits zigzags à gauche et de grands zigzags à droite. Il n'est pas douteux que le dernier geste à gauche (le manifeste pour l'anniversaire) va obliger à apaiser la droite et ceux qui sont les vraies sources de son soutien dans le pays – en fait, pas en paroles.</p>
<p>Les zigzags à gauche ne s'expriment pas seulement par des manifestes bâclés d'anniversaire. L'insurrection de Canton est indiscutablement un zigzag aventuriste de l'I.C. à gauche, après qu'aient été pleinement révélées les conséquences désastreuses de la politique menchevique suivie en Chine. L'épisode de Canton constitue une répétition, en pire et en plus pernicieux du putsch d'Esthonie en 1924, après qu'on eût laissé passer la situation révolutionnaire de 1923 en Allemagne. Le menchevisme plus l'aventurisme bureaucratique ont porté à la révolution chinoise un double coup : il n'est pas douteux que le prix de l'insurrection de Canton sera un nouveau zigzag, beaucoup plus ample, à droite, dans le domaine de la politique internationale et particulièrement en Chine.</p>
<p>La tâche objective d'un régime thermidorien serait de transférer les leviers de commande politiques principaux aux mains de la gauche des nouvelles classes possédantes. La condition la plus importante – mais pas la seule – de la victoire de Thermidor serait un écrasement de l'Opposition tel qu'il n'y aurait plus à en avoir « peur ». Dans les appareils du parti et de l'État, les brasseurs d'affaires qui ont réussi, en utilisant tous les fils, à s'unir par toutes sortes de liens avec la société bourgeoise nouvelle, prendraient le pas sur les politiques purs, les centristes, les gens de l'appareil stalinien qui effraient les ouvriers avec l'opposition, préservant ainsi temporairement leur « indépendance ». Quant à ce que deviendraient alors les centristes de l'espèce stalinienne, c'est une question secondaire. Peut-être quelques-uns d'entre eux se détacheraient-ils pour se porter à gauche. Le reste, bien plus nombreux, se retirerait purement et simplement du jeu. Une troisième catégorie renoncerait à l'indépendance imaginaire actuelle du centrisme et ses hommes entreraient dans la nouvelle combinaison, purement thermidorienne. Voilà ce que serait la première étape de la marche au pouvoir de la bourgeoisie.</p>
<p>Qu'est-ce qui provoque le reflux ? La pression des forces de classe anti-prolétariennes sur l'État soviétique pouvait rencontrer une résistance organisée seulement de la part des vieux cadres du parti et de la partie ouvrière de l'appareil de l'État et du parti. Cependant, la partie ouvrière de l'appareil d'État qui, autrefois, se séparait nettement des cadres des anciens intellectuels bourgeois et n'avait pas confiance en eux, s'est, au cours des dernières années, détachée toujours plus de la classe ouvrière, se rapprochant, par ses conditions de vie et d'existence, des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et elle est devenue plus complaisante à l'égard de l'influence des ennemis de classe. D'autre part, le gros du prolétariat, qui avait donné son avant-garde à l'appareil bureaucratique de l'État, après la formidable tension des premières années de la révolution, a manifesté une grande passivité politique. Au cours de la période de reconstruction, quand sa situation matérielle s'est améliorée rapidement, les défaites de la révolution au plan international ont pesé lourd dans ce sens. Il faut ajouter l'influence du régime du parti. Le prolétariat charrie encore largement avec lui l'héritage du passé capitaliste. Les premières années de la révolution ont porté au premier plan les éléments les plus actifs de la classe, les plus révolutionnaires, les plus bolcheviques. A l'heure actuelle, ceux qui sont devant, ce sont l'élite des domestiques, de ceux qui savent courber l'échine. Les éléments « remuants » sont mis à l'écart et pourchassés et c'est une source d'affaiblissement du parti et de la classe. Cela les désarme devant l'ennemi. Ainsi la pression grandissante des forces bourgeoises sur l'État ouvrier s'est-elle jusqu'à présent exercée sans se heurter à une résistance active de la masse essentielle du prolétariat. Une telle situation ne peut se prolonger indéfiniment. Il y a tout lieu de penser que l'intérêt manifesté par les masses des ouvriers sans-parti pour la discussion d'avant le 15e congrès en liaison avec la campagne des contrats collectifs, montre que de larges masses ouvrières commencent à s'éveiller et à s'intéresser aux problèmes politiques fondamentaux d'aujourd'hui en même temps que commence à s'emparer d'eux l'inquiétude pour le sort de la dictature prolétarienne.</p>
<p>Au fur et à mesure que grandira l'activité du prolétariat, la demande adressée à l'opposition dans les milieux ouvriers grandira également. Au cours des années où elle a lutté contre le reflux à l'intérieur du parti (1923-1927), l'Opposition n'a pu que freiner ce processus. On ne peut sérieusement arrêter semblable processus autrement que par le développement de la lutte de classe du prolétariat, dirigée contre la nouvelle bourgeoisie, contre les influences non prolétariennes qui s'exercent sur l'État ouvrier, et contre l'impérialisme mondial. Le prolétariat est habitué à prendre conscience des dangers et à réagir contre eux par l'intermédiaire de son parti. Le monopole dont le parti jouit depuis 1917 a encore renforcé son rôle. La gravité de la situation consiste en ce que le régime du parti freine et paralyse l'activité du prolétariat en même temps que la théorie officielle du parti le tranquillise et l'endort. C'est pour cette raison et dans de telles conditions que l'Opposition porte une grande responsabilité.</p>
<p>Oustrialovisme et menchevisme</p>
<p>Boukharine opère un rapprochement entre le point de vue de l'Opposition et celui d'Oustrialov. En quoi est-ce le clou du caractère charlatanesque de cette théorie ? Oustrialov parle ouvertement du caractère inéluctable de Thermidor, étape du salut dans le développement national de la révolution d'Octobre. L'Opposition, elle, parle du danger de Thermidor et montre la voie de la lutte contre ce danger. Comme il glisse vers la droite, le centrisme est obligé de se fermer les yeux devant le danger et de nier même sa possibilité. Il n'est pas possible de rendre à Thermidor un service plus grand que de nier la réalité du danger thermidorien. La tentative de rapprocher le point de vue de l'Opposition sur Thermidor de celui des mencheviks n'est pas moins charlatanesque. Les mencheviks estiment que le danger bonapartiste a sa source essentielle dans le régime de la dictature prolétarienne, que l'erreur principale est de compter sur la révolution mondiale, qu'une politique juste exige un repli dans les limites économiques et politiques de la bourgeoisie et que, pour se sauver de Thermidor et du bonapartisme, il faut revenir à la démocratie, c'est-à-dire au régime parlementaire bourgeois. L'Opposition, pour sa part, ne nie nullement le danger de Thermidor, mais, bien au contraire, s'efforce de concentrer sur lui l'attention de l'avant-garde prolétarienne, car elle pense que la source politique principale de ce danger réside dans le comportement insuffisamment ferme de la dictature prolétarienne, l'insuffisance des liens avec la révolution mondiale, un esprit de conciliation excessif à l'égard de la bourgeoisie, de l'intérieur comme de l'extérieur. La démocratie parlementaire n'est pour nous qu'une des formes de la domination du capital.</p>
<p>Le menchevisme est thermidorien d'un bout à l'autre. Oustrialov, dans son thermidorianisme, est réaliste. Le menchevisme est utopique d'un bout à l'autre. Est-il vraisemblable en effet qu'en cas de défaite de la dictature, celle-ci se transforme en démocratie bourgeoise ? Non. C'est la moins vraisemblable de toutes les variantes. Jamais encore dans l'Histoire la dictature révolutionnaire n'a été remplacée par la démocratie. Thermidor, par son essence même, est un régime de transition de kerenskysme à rebours. Le kerenskysme de 1917 a couvert la dualité du pouvoir, s'est débattu dans son cadre et, contre son gré, a servi au prolétariat pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. L'avènement du régime thermidorien signifierait décréter à nouveau la dualité du pouvoir – avec prépondérance de la bourgeoisie – et, de nouveau, ce régime, contre son gré, aiderait la bourgeoisie à arracher le pouvoir des mains du prolétariat. Le régime thermidorien, par nature, ne pourrait durer indéfiniment. Son rôle objectif consisterait à couvrir l'accession au pouvoir de la bourgeoisie à travers les organismes soviétiques familiers aux travailleurs. Mais la résistance du prolétariat, ses tentatives de se maintenir ou de regagner les positions perdues, deviendraient inévitables. Pour venir à bout île telles tentatives et se renforcer véritablement, la bourgeoisie éprouverait d'urgence le besoin, non d'un régime thermidorien, mais d'un régime bien plus fort, beaucoup plus résolu, le plus vraisemblablement du bonapartisme, ou, plus actuel, du fascisme.</p>
<p>Les mencheviks, en tant qu'aile gauche de la société bourgeoise, combattraient sous le bonapartisme pour la légalité. Ce faisant, ils serviraient de soupape de sûreté pour le régime bourgeois. Les bolcheviks-léninistes, cependant, combattraient pour la conquête du pouvoir sous la forme de la dictature du prolétariat.</p>
<p>La question du « délai »</p>
<p>La question générale du danger thermidorien soulève des questions plus concrètes. Quelle est la proximité de ce danger ? Thermidor n'a-t-il pas déjà commencé ? Quels sont les indices réels sur son accomplissement ou non ?</p>
<p>La question du rythme auquel se produisent les divers changements est très importante pour notre tactique. Le rythme des nouveaux alignements politiques à l'intérieur des classes et entre elles est beaucoup plus difficile à déterminer que le rythme des processus économiques dans le pays. En tout cas, ceux qui s'attendent à ce que le processus de recul se poursuive au rythme actuel pendant des années font une grosse erreur. C'est, de toutes les perspectives, la plus improbable. Dans le processus de déclin, il pourra y avoir, et il y aura, des mouvements très brusques sous la pression des forces bourgeoisies de l'intérieur et de l'extérieur. Le temps qu'ils prendront, on ne peut le prédire. Ce pourrait être plus bref que nous le pensons. Ceux qui ne veulent pas s'en rendre compte, qui repoussent cette idée, seront inévitablement pris à l'improviste. Il n'est pas besoin de rappeler que la capitulation de Zinoviev et Kamenev les a confrontés, dès le tout début, à la nécessité d'enjoliver la situation, de minimiser le danger et d'endormir la gauche du parti. Quelques camarades ont lié la question du rythme de Thermidor avec la question de la composition du C.C. en tant qu'incarnation de l'autorité du pouvoir et de la révolution. Aussi longtemps que les Oppositionnels ont été tolérés au C.C., ils ont joué le rôle de frein sur ceux qui reculaient et la politique du C.C., selon les termes de Tomsky, n'était « ni chair ni poisson », c'est-à-dire que le recul vers Thermidor rencontrait de la résistance à l'intérieur. L'élimination du C.C. des Oppositionnels – c'est ce que pensaient les camarades que j'ai mentionnés – signifierait que ceux qui opèrent cette retraite ne pouvaient plus collaborer avec les représentants de la ligne prolétarienne internationale. Cela signifierait donc le début officiel de Thermidor. Cette manière de poser la question est pour le moins incomplète et, pour cette raison, ne peut conduire qu'à des conclusions fausses.</p>
<p>La force de l'Opposition consiste en ce que, armée de la méthode marxiste, elle peut prévoir le cours du développement et mettre en garde. La « force » de la fraction stalinienne consiste dans son abandon de l'orientation marxiste : la fraction stalinienne joue aujourd'hui un rôle que ne peuvent jouer que des gens qui portent des œillères, se dispensent de regarder à gauche et à droite et ne regardent pas devant eux les conséquences à venir. La fraction stalinienne considère les prédictions marxistes de l'Opposition comme des injures personnelles, des calomnies, etc., révélant en cela les caractères typiques de son étroitesse d'esprit petite-bourgeoise. Et c'est pourquoi elle attaque l'Opposition avec une fureur redoublée.</p>
<p>Cela signifie-t-il toutefois que l'exclusion et même l'amputation de l'Opposition tout entière constitue le passage à Thermidor, devenu un fait accompli ? Non, il s'agit seulement de la préparation à Thermidor dans le cadre du parti. La fraction stalinienne, en abattant la barrière prolétarienne de gauche, est en train, contre son propre gré, de paver la voie à la marche au pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce phénomène n'est pas encore accompli, ni en politique, ni dans l'économie, ni dans la culture, ni dans la vie quotidienne. Pour assurer dans la réalité la victoire de Thermidor, il est nécessaire en premier lieu de supprimer (ou de limiter) le monopole du commerce extérieur, de réviser les instructions électorales, etc.</p>
<p>Les forces de pression thermidoriennes de même que les forces de résistance prolétariennes, pourront seulement se révéler dans le procès de la lutte réelle des classes. C'est pourquoi on ne peut pas considérer la mise de l'Opposition hors du parti comme l'accomplissement déjà effectué de Thermidor. A vrai dire, une telle appréciation pourrait être juste si la marche ultérieure des événements montrait que, de l'intérieur du parti, il ne peut plus venir de nouveaux éléments à l'Opposition et que, dans la classe ouvrière, il ne saurait surgir de nouvelles forces pour résister à l'assaut de la bourgeoisie, et que par suite, l'intervention d'une Opposition peu nombreuse ne serait que le dernier bouillonnement de la vague d'Octobre. On ne peut formuler une telle appréciation parce qu'il n'y a pas de causes pour penser que le prolétariat, en dépit des phénomènes de passivité et de luttes avortées, phénomènes qui se sont manifestés dans son sein au cours de la période écoulée, n'est pas capable de île fendre les conquêtes d'Octobre contre la bourgeoisie intérieure et extérieure, ce qui signifierait capituler avant la lutte et sans lutte. Il est absolument hors de doute que la poussée ultérieure à droite grossira le flux vers l'Opposition des éléments ouvriers du parti, et augmentera l'influence de ses idées sur la classe ouvrière. La question du délai dans lequel peut se produire Thermidor, et les chances de son succès ou de son insuccès, cela, en général, n'est pas et ne peut pas être une question de pure analyse théorique ou de pronostic. Il s'agit de la lutte de forces vives. Le résultat doit être déterminé dans l'action elle-même. La lutte intérieure du parti, malgré toute son acuité, n'est qu'un prélude à l'époque des combats de classe. Toutes les tâches sont encore entièrement devant nous.</p>
<p>Il est clair, qu'en cas de marche plus rapide et plus favorable du mouvement révolutionnaire en Occident et en Orient, l'Opposition accomplira beaucoup plus facilement sa tâche historique. Mais au cas où la Révolution mondiale serait différée, la lutte ne serait nullement sans espoir. L'Opposition ne se chargera certes pas de construire le socialisme dans un seul pays. Si l'on part du fait que l'impérialisme demeurera victorieux en Occident et en Orient pendant plusieurs années, ce serait un pur enfantillage de penser que le prolétariat en U.R.S.S. pourrait garder le pouvoir et construire le socialisme contre l'impérialisme mondial victorieux. Mais une telle sorte de perspective mondiale n'est en rien fondée. Les contradictions de l'économie mondiale ne s'adoucissent pas, mais s'aiguisent. Ce ne seront pas les grandes commotions qui manqueront. Cela, l'Opposition l'a précisément enseigné, par exemple, lors des événements de Chine, du Comité anglo-russe etc. Les succès dans cette voie sont seulement possibles à condition que soient assurées la défense et la pratique du bolchevisme véritable, fût-ce, pour un temps, à titre de petite minorité.</p>
<p>Mais, si même tout le développement de la lutte dans la prochaine période se montrait entièrement défavorable à la dictature du prolétariat en U.R.S.S., et aboutissait à sa chute, alors, même dans ce cas, le travail de l'Opposition garderait toute son importance. L'achèvement de Thermidor signifierait inéluctablement la scission du parti. L'Opposition serait l'expression des cadres révolutionnaires, et dans ce cas formerait, non « un deuxième parti », mais le prolongement historique du parti bolchevique. Le « deuxième » parti serait formé par l'union des éléments bureaucratiques et propriétaires, possédant déjà leur point d'appui sur le flanc droit. Le deuxième parti ne serait, à vrai dire, qu'une étape pour la bourgeoisie impérialiste intérieure et étrangère. La tâche du parti bolchevique, après la révolution bourgeoise, consisterait à préparer la deuxième révolution prolétarienne. Aujourd'hui, toutefois, il s'agit de prévenir un tel développement, en ayant recours au noyau prolétarien du parti et à la classe ouvrière dans son ensemble.</p>
<p>Perspectives</p>
<p>Le parti une fois formellement amputé de l'Opposition, les classes non prolétariennes se sentiront beaucoup plus d'assurance. Leur pression se renforcera encore. Les formes et méthodes de cette pression se feront toujours plus variées et plus enveloppantes : depuis la pression du chef d'équipe sur les ouvriers à l'usine jusqu'à la pression de la bourgeoisie européenne et américaine dans la question du monopole du commerce extérieur.</p>
<p>Si même nous prenons comme point de départ cette supposition que la pression de la bourgeoisie intérieure et internationale doit se terminer victorieusement, (mais ceci n'est nullement résolu par avance) alors, même en ce cas, il est impossible de s'imaginer que tout va se passer sans heurts, par le moyen d'un glissement accéléré, sans obstacles, sans tentatives de contre-pression prolétarienne de la part de la gauche. Précisément, l'offensive croissante des classes non prolétariennes doit pousser des couches de plus en plus larges sur la voie de la lutte active. Pour « diriger » la défense du noyau ouvrier du parti, aussi bien que de la classe ouvrière dans son ensemble, elles ont besoin de l'Opposition, même en cas de développement très défavorable des événements. Il est inutile d'expliquer que le noyau prolétarien du parti et la classe ouvrière ne se tourneront vers l'Opposition que si celle-ci sait, dans toutes les questions de la vie et de la lutte des masses, montrer que ses points de vue correspondent aux intérêts même du prolétariat. Cela suppose de l'activité de la part de l'Opposition, son intervention permanente dans tous les procès économiques, politiques et culturels de la vie ouvrière.</p>
<p>La fraction Staline se trouve non seulement sous la menace de la pression croissante venant de droite, mais aussi de l'inéluctable résistance de la gauche. Les stalinistes fulminent contre l'Opposition, espérant se rendre eux-mêmes maîtres de l'inéluctable résistance de la gauche contre les forces qui surgissent de droite.</p>
<p>Les éléments de l'aile droite du parti, de même que les éléments oustrialovistes de l'appareil d'État, comprennent la nécessité de certaines manœuvres vers la gauche, mais ils craignent que ces manœuvres puissent aller trop loin. Les déments du flanc droit, qui, appartenant ou non au parti, participent à la solution de toutes les questions du parti, sont caractérisés par leur liaison organique avec les nouveaux propriétaires. Ils ne peuvent accepter que des manœuvres qui, si elles comportent certains « sacrifices » en faveur du prolétariat, ne compromettent pas la situation matérielle des classes exploiteuses et ne rétrécissent pas leur rôle politique. C'est précisément de ce point de vue que se pose pour eux la question de la journée de sept heures, la question des salaires, l'aide aux pauvres de la campagne, etc. Les manœuvres de gauche ne sauveront pas la politique de Staline. La queue va frapper la tête. La croissance de l'aile droite s'exprime dans l'immédiat par la prépondérance croissante de l'appareil de l'État sur l'appareil du parti. Il est possible de suivre clairement la croissance de ce procès au cours des deux années qui se sont écoulées entre le 14e et le 15e Congrès. Le 14e Congrès du parti fut l'apogée de l'appareil du parti et en même temps de Staline. Le 15e Congrès a révélé un sérieux déplacement des forces vers la droite. Les fières déclarations des fonctionnaires de l'appareil centriste, selon lesquelles ils vont détruire en passant l'aile droite aussi, ne se sont pas réalisées. Le bureau politique est demeuré aussi oscillant qu'il l'était avant le 15e Congrès. La composition du nouveau comité central et de la nouvelle commission centrale de contrôle a introduit de nouvelles figures qui y sont entrées exclusivement en qualité de fonctionnaires. Le 15e Congrès a révélé l'affaiblissement de l'appareil du parti dans le système général du régime soviétique. La lutte Staline-Rykov reflète dans une large mesure la lutte des deux appareils où se réfracte à son tour la lutte de classe. La pression des classes non prolétariennes, largement et directement, se manifeste à travers l'appareil d'État. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle se meut dans des cadres de classe bien clairs. Dans l'avenir, quand la politique de « sur place », la politique qui consiste à éluder les questions, à attendre, deviendra impossible, Staline pourra, avec succès, enfourcher le cheval de droite et liquider Rykov. Tout simplement se mettre à sa place. Mais même cette question ne peut être résolue sans de nouveaux déplacements de forces et sans de profondes secousses dans le parti. Les difficultés économiques s'approchent et menacent avec une force inexorable. L'Opposition a eu raison, aussi bien dans la compréhension de la situation économique du pays que dans ses prévisions concernant la marche future des événements. Les échecs graves dans la réquisition de blé pendant le premier trimestre sont l'indication d'une atteinte sérieuse à l'équilibre de toute l'économie de l'U.R.S.S. Une entorse sérieuse a déjà été faite au plan d'exportation et par suite au plan d'importation. Le manque de produits alimentaires a déjà contraint des centres ouvriers parmi les plus importants, comme Léningrad, à passer au système de la carte de rationnement. La cause spécifique des difficultés économiques pour l'année 1927-1928 réside dans l'inflation monétaire. Celle-ci a aggravé les difficultés de notre économie qui sont la conséquence du retard de l'industrie, de la disproportion etc.</p>
<p>L'inflation monétaire a été tout d'abord l'expression de ce fait que les dépenses réelles de l'économie d'État sont devenues beaucoup plus fortes que ses revenus réels ; et deuxièmement qu'une telle situation dans notre pays mène inéluctablement à porter atteinte à la liaison entre la ville et la campagne. Il n'est possible d'obtenir les moyens réels d'industrialiser plus vite le pays qu'en ayant recours à une sérieuse révision de la répartition des revenus nationaux, révision effectuée au bénéfice des éléments socialistes de notre économie. Faute de cela, même le plan actuellement en cours d'exécution pour les dépenses de capital a déterminé une situation très tendue des possibilités d'émission de papier-monnaie.</p>
<p>La lutte actuellement menée contre les difficultés économiques (renforcement du ravitaillement des campagnes en marchandises industrielles en privant le marché des villes) peut conduire à des succès partiels dans des compartiments séparés, au prix de nouvelles difficultés dans d'autres endroits. Toute la situation économique révèle la faillite de la politique actuelle qui consiste à trouver des solutions au coup par coup en fonction d'une ligne générale fausse.</p>
<p>Le plan de l'Opposition a été repoussé ; le groupe Staline n'a aucun plan, tandis que les éléments de droite ont peur de parler à haute voix de leurs véritables intentions : telle est la situation de la direction économique en ce moment. Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que la situation économique ultérieure devenant plus aiguë, la ligne de la droite triomphera, et cela, la plate-forme de l'Opposition l'a prévu d'une manière absolument juste. A la base de la crise aiguë qui se manifeste actuellement dans la situation économique, il y a, comme racine, la disproportion entre l'économie industrielle et l'économie paysanne. Il n'est possible de faire disparaître cette disproportion que de deux manières : soit par les méthodes de régulation du plan et par une politique appropriée des impôts, des prix, des crédits, etc., soit par les moyens élémentaires du marché, non seulement du marché intérieur qui, pour cela, est certainement insuffisant, mais aussi par les moyens du marché extérieur. La première voie, c'est la voie de la plus juste répartition des revenus nationaux. La seconde, c'est celle qui consiste à supprimer aussi le monopole du commerce extérieur.</p>
<p>La clé de la situation, c'est la question du monopole du commerce extérieur. Il est hors de doute que la suppression du monopole du commerce extérieur, ou sa limitation, qui toucherait à son essence même, mènerait dans les premiers temps à une augmentation importante des forces productives. Les marchandises deviendraient meilleur marché. Les salaires s'élèveraient. Le pouvoir d'achat du rouble paysan grandirait. Mais l'ensemble signifierait la marche accélérée de l'économie nationale vers la liaison avec le capital mondial Dans ces conditions, la dictature du prolétariat ne pourrait être maintenue que pendant un court délai, ne pouvant pas s'évaluer en années. La restauration de la servitude capitaliste signifierait le partage, direct ou indirect, de la Russie en sphères d'influences ; elle serait entraînée dans la politique des secousses guerrières de l'impérialisme mondial, avec la perspective de la ruine et du dépérissement, comme en Chine. Dans la première période, la suppression du monopole du commerce extérieur donnerait indubitablement une impulsion aux forces productrices et une élévation temporaire du bien-être des masses travailleuses. C'est précisément dans ce sens qu'exerce sa pression le koulak, qui ne lâche pas son blé, de même que le capitaliste américain ne lâche aucun crédit.</p>
<p>Il n'est pas nécessaire de penser que la droite lancera le mot d'ordre de la suppression du monopole du commerce extérieur. Il y a beaucoup de moyens détournés et partiels comme l'a montré l'Histoire, lors des instructions pour les élections aux soviets. Dans les premiers temps, la pression s'exercera par ces voies détournées. La revendication de la suppression du monopole du commerce extérieur peut être assez rapidement présentée sous sa forme la plus large. On dira aux ouvriers : « Certes, Lénine était pour le monopole, mais tout dépend des conditions de temps et de lieu. Notre doctrine n'est pas un dogme. La situation a changé. Le développement des forces productives exige aussi quelque chose d'autre. » La politique actuelle, qui mène à une impasse, se prolongeant, il est absolument hors de doute que le mot d'ordre de la suppression par degrés du monopole du commerce extérieur peut entraîner derrière lui une partie de la classe ouvrière.</p>
<p>La pression de la droite s'exercera simultanément dans plusieurs directions. La prévision du système des élections vient de nouveau à l'ordre du jour. La politique fiscale, les droits de l'administration sur les usines et fabriques, la politique des crédits, et particulièrement dans les campagnes, etc., etc., toutes ces questions se poseront de nouveau sous la pression de la droite. Staline et son appareil se heurteront demain à cette pression et révéleront leur impuissance devant elle. On peut écarter les rykovistes et préparer la destitution de Rykov lui-même. Ces plaisanteries bureaucratiques ne résolvent pas la question. La pression de droite ne se réfracte pas seulement à travers le groupe Rykov. Cette pression est elle-même beaucoup plus profonde que la fraction Rykov. Elle provient des nouveaux possédants et des bureaucrates qui lui sont liés. Il faut, ou bien s'appuyer sur ces nouveaux possédants contre les ouvriers, ou bien s'appuyer sur les ouvriers contre leurs prétentions.</p>
<p>Tout cela réuni signifie que la formation des fractions se fera scion un rythme puissant sur l'aile droite, aussi bien à l'intérieur du parti qu'en dehors. Le cercle de l'appareil ne viendra pas à bout de la pression de classe. La logique de la situation est telle que le 15e Congrès, conformément à toutes les données, constitue le début de la poussée fractionnelle de droite du parti. Dans ces conditions, le rôle de l'aile gauche sera décisif pour le sort du parti et de la dictature du prolétariat. La critique de l'opportunisme, une juste orientation de classe, de justes mots d'ordre, l'éducation des meilleurs éléments révolutionnaires du parti, ce travail est particulièrement nécessaire et obligatoire en tout temps et à chaque occasion. La tâche de l'Opposition consiste à assurer la continuité du parti bolchevique authentique. Pendant une certaine période, cela signifiera aller contre le courant.</p>
<p>L'Opposition et l'Internationale</p>
<p>La résolution du 15e congrès, d'après le compte rendu du comité central dit :</p>
<p>« Dans le moment présent, en Europe, le reflux, d'une faible durée, de la vague révolutionnaire (après la défaite de la Révolution allemande de 1923) se change de nouveau en une vague montante par l'élévation de l'activité combative du prolétariat, etc. »</p>
<p>Nous avons de cette façon le premier aveu officiel fait ouvertement de ce qu'après la défaite de la révolution allemande en l'année 1923, le mouvement ouvrier a reflué en Europe – au moins sur le continent d'Europe – pendant environ quatre années. Que l'on allait avoir à faire face à ce reflux, cela pouvait et devait être prévu déjà en novembre-décembre 1923. C'est précisément dans cette période que l'Opposition a prédit que viendrait inéluctablement une certaine « pacification » dans les rapports capitalistes, qu'on assisterait inéluctablement à une invasion croissante de la part de l'Amérique dans le domaine de l'économie et de la politique européenne, et que, parallèlement à celà, se produirait inéluctablement un renforcement temporaire de la social-démocratie au détriment du communisme. Alors, ce pronostic marxiste fut qualifié de liquidateur. Le 5e Congrès de l'Internationale, réuni en 1924, fut conduit, dans l'ensemble, de ce point de vue que la vague révolutionnaire continuerait probablement à monter et que de là découlait la tâche d' « organiser » immédiatement la révolution. L'insurrection d'Estonie fut l'un des fruits les plus apparents de cette manière d'envisager les choses. Ce que l'on a appelé la « bolchevisation » des partis de l'Internationale, proclamé par le 5e Congrès, en liaison avec la tendance à écarter des éléments réellement indignes et corrompus, comportait aussi la lutte contre une juste appréciation marxiste des phases de l'époque impérialiste et de ses flux et reflux, appréciation sans laquelle, d'une manière générale, la stratégie révolutionnaire du bolchevisme est impossible. La position fausse prise par le 5e Congrès a inévitablement alimenté les erreurs et les tendances ultra-gauchistes.</p>
<p>Quand le reflux, au moment où il se produisit, eût révélé toute sa profondeur, la nouvelle direction de l'Internationale, devenue sage après coup, frappa les éléments de gauche des partis communistes. Le système de la permanence des dirigeants mis en pratique ces dernières années, n'a cessé de se renforcer dans l'Internationale.</p>
<p>La tâche la plus importante du 6e Congrès est d'apprécier d'une manière juste les erreurs fondamentales de la position prise par le 5e Congrès et de condamner d'une manière décisive cette direction dont l'incurie et le suivisme en présence de chaque tournant brusque des événements met sens dessus dessous les comités centraux des sections nationales des partis et ainsi ne permet pas de former des cadres dirigeants capables de s'orienter dans le changement des périodes de flux et de reflux du mouvement ouvrier.</p>
<p>Dans la classe ouvrière d'Europe, on observe indubitablement un déplacement vers la gauche. Il s'exprime par le renforcement de la lutte gréviste et l'augmentation des voix communistes, mais ce n'est que la première étape de ce développement. Le nombre des voix social-démocrates augmente parallèlement à celui des voix communistes, distançant même en partie ces derniers. Si ce processus se développe et s'approfondit, une seconde phase se produira alors, avec le début du déplacement de la social-démocratie vers le communisme.</p>
<p>Simultanément il faudra renforcer l'organisation des partis communistes, renforcement qu'il n'est pas encore possible de constater aujourd'hui. Un des plus grands obstacles à la croissance et au renforcement des partis communistes, c'est l'orientation politique de l'Internationale et son régime interne.</p>
<p>La poursuite de l'attaque contre la gauche va entraîner un nouvel écart des ciseaux entre le cours droitier du parti et le déplacement à gauche de la classe ouvrière. Une situation révolutionnaire peut, dans une des plus prochaines étapes, se déclarer ouvertement dans les pays d'Europe avec la même force et la même acuité qu'à Vienne. Toute la question réside dans la force des partis de l'Internationale communiste, dans leur ligne politique, dans leur direction. Les événements récents de Canton, complément aventurier de la politique menchevique, montrent que ce serait le plus grand crime de se créer à soi-même quelque illusion que ce soit sur la ligne politique actuelle de la direction dans les questions internationales. Seule l'Opposition, par un travail systématique, opiniâtre, persévérant et ininterrompu, est capable d'aider les partis communistes d'Occident et d'Orient à aller sur la voie bolchevique et à se montrer à la hauteur des situations révolutionnaires qui ne manqueront pas dans les années qui viennent. L'Opposition en U.R.S.S. ne peut remplir sa tâche que comme facteur révolutionnaire. La rupture de Kamenev et de Zinoviev avec la gauche de l'Internationale n'en est que plus inadmissible.</p>
<p>La question des deux partis</p>
<p>La lutte officielle contre l'Opposition se mène sous deux mots d'ordres essentiels : contre deux partis et contre le « trotskysme ». La prétendue lutte de Staline contre deux partis masque la formation d'une dualité de pouvoir dans le pays et la formation d'un parti bourgeois sur le flanc droit du parti russe et sous le couvert de son drapeau.</p>
<p>Dans toute une série d'institutions et dans les bureaux des secrétariats, ont lieu des conférences secrètes des membres de l'appareil du parti avec les spécialistes et les professeurs partisans d'Oustrialov en vue d'élaborer les méthodes et les mots d'ordre pour lutter contre l'Opposition. Ça, c'est la formation clandestine d'un deuxième parti qui, par tous les moyens, s'efforce de subordonner, et, partiellement, subordonne le noyau prolétarien de notre parti en même temps qu'il menace son aile gauche. Tout en masquant la formation de ce deuxième parti, l'appareil accuse l'Opposition de s'efforcer de créer un deuxième parti, et cela précisément parce que l'Opposition s'efforce de soustraire à la pression croissante de la bourgeoisie le noyau prolétarien du parti (faute de quoi il serait en général impossible de sauver l'unité du parti bolchevique). Ce serait pure illusion de penser qu'il est possible de maintenir la dictature du prolétariat, seulement par des adjurations verbales en faveur d'un parti indivisible.</p>
<p>La question : un ou deux partis – posée d'un point de vue concret, d'un point de vue de classe, et non d'un point de vue d'agitation verbale – sera résolue précisément par la question de savoir si on réussira à éveiller et à mobiliser les forces de résistance dans le parti et dans le prolétariat. L'Opposition ne peut atteindre ce but que si elle ne se laisse pas intimider par l'épouvantail des deux partis et par le charlatanisme en ce qui concerne le « trotskysme ».</p>
<p>Dans les thèses du camarade Zinoviev intitulées « Bilan du plénum de juillet », il est dit ce qui suit à propos de la question de deux partis :</p>
<p>« Si Staline exclut par paquets les oppositionnels du parti, il peut passer demain à des exclusions bien plus massives. Oui, c'est ainsi. Et néanmoins, cela ne nous fait en aucun cas aboutir au « mot d'ordre » des « deux partis ».</p>
<p>L'affaire se complique du fait que, sous le régime de Staline, il n'est pas possible de lutter pour les idées de Lénine autrement qu'en courant le risque d'être exclu du parti. C'est tout à fait indiscutable. Celui qui n'a pas réglé cette question pour lui-même et se dit que tout vaut mieux que d'être exclu du parti, ne peut, dans les conditions actuelles, combattre véritablement pour le léninisme ni prendre une position ferme d'« oppositionnel ».</p>
<p>« Il peut très bien arriver que des groupes importants d'Oppositionnels (et au nombre de ceux-ci tous les éléments dirigeants de l'Opposition), soient dans quelque temps chassés du parti. Et cependant, leur tâche sera de continuer leur travail et quoique n'étant plus formellement membres du parti, de ne pas s'éloigner d'un iota des enseignements de Lénine. Leur tâche sera, dans cette période particulièrement difficile, non pas de s'orienter vers la formation d'un deuxième parti, mais de continuer à s'orienter vers le redressement du parti, vers la correction de la ligne politique. Disons-le sans phrases : il est extrêmement difficile pour un léniniste exclu du parti de coordonner son travail avec celui des léninistes demeurés dans le parti. Mais faire cela est absolument nécessaire du point de vue de nos buts essentiels. »</p>
<p>Et plus loin :</p>
<p>« Ainsi que l'atteste toute l'expérience de la lutte, l'Opposition est unanime à considérer que la lutte pour l'unité du parti sur la base léniniste ne doit, en aucun cas, se réduire à se mettre à l'unisson de l'appareil, à atténuer les divergences et à baisser le ton politiquement. Lorsque les camarades se détachent de l'opposition pour aller à droite, ils n'invoquent pas pour expliquer leur départ, leur propre glissement vers le point de vue de Staline sur les questions intérieures et internationales, mais ils accusent l'Opposition de s'orienter vers le deuxième parti. En d'autres termes, ils ne font que répéter l'accusation lancée par Staline afin de masquer leur propre reculade. » (p. 14 et 15)</p>
<p>Il est vrai que nous ne sommes pas maintenant en juillet mais en décembre ; ces lignes conservent pourtant aujourd'hui toute leur force.</p>
<p>Répétons-le une fois encore. Si la droite, à l'intérieur du parti et autour, se rassemblait et gagnait à ses idées, au cours de la période prochaine, une fraction importante du noyau prolétarien du parti, la création d'un second parti deviendrait inévitable, ce qui signifierait la chute de la dictature et par conséquent la défaite des travailleurs. C'est la voie politique de la victoire des oustrialovistes. La voie opposée ne peut être imaginée que sous la forme de l'isolement de l'aile droite au moyen de la lutte oppositionnelle contre le centrisme de l'appareil et pour gagner l'influence sur le noyau prolétarien du parti. La dictature du prolétariat ne peut pas se maintenir longtemps sur la base de défaites successives de la gauche prolétarienne. Au contraire, la dictature, non seulement est compatible avec l'isolement et la liquidation politique de l'aile droite, mais elle exige impérieusement une telle liquidation. C'est pourquoi capituler devant le centrisme de l'appareil, au nom d'on ne sait qu'elle unité du parti, signifierait travailler directement et véritablement pour l'existence de deux partis, c'est-à-dire pour l'écroulement de la dictature du prolétariat.</p>
<p>La capitulation de Zinoviev et Kamenev</p>
<p>Si l'Opposition avait fait au congrès une déclaration ferme et loyale – une déclaration et non une demi-douzaine – si, sur aucune question politique, et en particulier, sur les causes du fractionnisme, elle n'avait agi contre sa conscience, notre situation serait incomparablement plus favorable.</p>
<p>Les hésitations dans les rangs de l'Opposition se sont produites, non pas à la base, mais au sommet. La conduite des camarades Zinoviev et Kamenev constitue un fait absolument inouï dans l'histoire du mouvement révolutionnaire, et même, si l'on veut, dans l'histoire de la lutte politique en général. Zinoviev et Kamenev ont formellement pris comme point de départ l'unité du parti considérée comme le critère suprême et, par leur conduite, ils ont affirmé qu'on ne pouvait obtenir cette unité en luttant pour ses idées, mais seulement par une reculade sur le terrain des idées.</p>
<p>Mais c'est pour le parti le blâme le plus impitoyable qu'on puisse imaginer. Cette conduite en effet contribue non à préserver l'unité du parti, mais à le démoraliser.</p>
<p>Elle justifie en quelque sorte les éléments de carriérisme, de duplicité, de poursuite d'intérêts personnels. Refuser de défendre ses positions revient à justifier en particulier le comportement de cette large couche de membres du parti corrompus et bornés qui pensent comme l'Opposition mais votent comme la majorité.</p>
<p>La reculade de Zinoviev et de Kamenev résulte de cette croyance mensongère selon laquelle il serait possible, dans n'importe quelle situation historique, de se tirer d'affaire en recourant à d'astucieuses manœuvres, au lieu de se maintenir sur une ligne politique principielle. C'est la pire caricature du léninisme. Caractérisant la politique de manœuvre de Lénine, nous disons dans notre plate-forme :</p>
<p>« De son temps (du temps de Lénine), le parti a toujours connu les causes de la manœuvre, sa signification, ses limites, la ligne en deçà de laquelle il ne faut pas reculer, et les positions desquelles doit partir à nouveau l'offensive prolétarienne... Grâce à cela, l'armée, tout en manœuvrant, a toujours maintenu sa cohésion, et la conscience de ses buts. »</p>
<p>Toutes ces conditions de la manœuvre léniniste ont été foulées aux pieds d'une manière qui viole tous les principes, par Zinoviev et par Kamenev. Nourrir l'espoir que, dans quelques mois, le document capitulard sera « enfoui » sous de nouveaux événements et sous de nouvelles luttes, c'est se tromper soi-même de façon pitoyable. Assurément, les éléments indifférents du parti passeront outre à ce document, mais les cadres de la fraction staliniste, de même que l'Opposition, ne l'oublieront pas et, au prochain tournant, l'évoqueront devant la classe ouvrière.</p>
<p>La capitulation politique de Zinoviev et de Kamenev s'explique par la tentative de passer d'une position révolutionnaire à une position centriste de gauche faisant contrepoids à la position centriste de droite occupée par Staline. Le centrisme peut se maintenir longtemps dans une époque de développement lent (le kautskysme avant la guerre) ; dans les conditions de l'époque actuelle, le centrisme est obligé d'abandonner rapidement ses positions et d'aller, soit à gauche, soit à droite. Lors de la montée du mouvement ouvrier, il n'est pas rare de voir le centrisme de gauche constituer un pont menant vers la position révolutionnaire. Lors d'une période de dépression, comme c'est le cas actuellement, le centrisme de gauche n'est qu'un pont conduisant de l'Opposition vers Staline. Le groupe Zinoviev-Kamenev ne pourra jouer aucun rôle indépendant. Sa capitulation est un déplacement de forces au sommet sous l'énorme pression exercée de l'intérieur et de l'extérieur sur l'aile révolutionnaire du parti russe et de l'Internationale. Les événements « enfouiront » la déclaration capitularde du 18 décembre en ce sens seulement qu'ils enjamberont le groupe Zinoviev-Kamenev.</p>
<p>Sur le « Trotskysme »</p>
<p>Zinoviev et Kamenev, qui ont pris une part dirigeante dans la création de la légende sur le trotskysme au cours des années 1924 et 1925, ont dit dans la déclaration de juillet 1926 :</p>
<p>« A l'heure actuelle, personne ne peut plus mettre en doute que le noyau essentiel de l'Opposition de 1923 a justement mis en garde contre le danger d'un écart hors de la ligne prolétarienne et contre l'avènement menaçant du régime de l'appareil. »</p>
<p>Il est absolument clair que si l'Opposition de 1923 a, depuis plus de deux ans, mis en garde contre les dangers essentiels menaçant le parti et la dictature du prolétariat, accuser cette Opposition de ce que l'on a nommé le « trotskysme », n'a pu que fournir une base pour les erreurs les plus graves dans la manière de comprendre la situation ainsi que les tâches qui en découlent. Conjointement avec les dirigeants de l'Opposition de 1923, Zinoviev et Kamenev ont élaboré les documents essentiels de l'Opposition, et parmi eux, le plus important de tous : la plate-forme Il est clair que les accusations de déviations petites-bourgeoises, de « trotskysme », etc. se trouvent par là même réduites en poussière.</p>
<p>La tentative attardée de relancer la lutte contre une « rechute » du trotskysme ne représente rien d'autre qu'une lamentable rechute de Zinoviev et Kamenev dans leurs propres erreurs de 1923, erreurs qui ont aidé à déplacer le régime du parti de la voie léniniste sur une voie glissant vers le marécage du centrisme et de l'opportunisme.</p>
<p>Le bilan du bloc</p>
<p>La capitulation de Zinoviev et de Kamenev pose de nouveau la question de savoir si le bloc ne fut pas, dans l'ensemble, une erreur. Les divers camarades qui sont enclins à formuler une telle conclusion, ne considèrent pas l'histoire du bloc dans son ensemble, mais seulement le maillon final de cette histoire.</p>
<p>L'Opposition de 1923 a pris naissance à Moscou, et celle de 1925-1926 à Léningrad. L'aile droite du parti possède sa base d'appui dans le Caucase du Nord, où la lutte entre les stalinistes et les rykovistes s'est déroulée sous sa forme la plus claire et la plus précise. Cette répartition des groupes politiques n'est pas due au hasard, et à elle seule, elle explique le bloc entre Moscou et Léningrad, c'est-à-dire le bloc entre les deux centres prolétariens les plus importants de notre Union. En dépit de telles ou telles vacillations se produisant au sommet, le bloc a été provoqué par de profondes pressions de classe. Parler dans ces conditions d'un « bloc » sans principes, c'est de la vulgaire médisance. Et, sur le plan des idées, l'Opposition de Léningrad, précisément grâce à sa base prolétarienne hautement qualifiée, a introduit dans le bloc des éléments de très grande valeur. Le rapprochement entre les éléments ouvriers d'avant-garde de Moscou et de Léningrad, continuera, en dépit du fait que les éléments dirigeants de l'Opposition de Léningrad sont devenus des renégats.</p>
<p>On peut dire de même en ce qui concerne l'Opposition dans l'Internationale. Les éléments les plus révolutionnaires, après les hésitations et les oscillations provoquées dans une large mesure par les fameuses décisions du 5e Congrès mondial, se trouveront progressivement les uns les autres. Les meilleurs éléments de l'Opposition de 1923 et de l'Opposition de 1925-1926 s'uniront à l'échelle internationale. Le départ de Zinoviev et de Kamenev n'empêchera pas ce processus de s'accomplir.</p>
<p>Appréciation de la tactique de l'Opposition</p>
<p>Dans l'histoire du bloc oppositionnel, on peut distinguer trois périodes : a) d'avril 1926 au 16 octobre ; b) du 16 octobre 1926 au 8 août 1927 ; c) du 8 août au 15e Congrès. Chacune de ces périodes est caractérisée par une montée de l'activité oppositionnelle, puis, lorsque celle-ci atteint un niveau critique, par un ralentissement plus ou moins important accompagné de déclarations de refus d'une activité fractionnelle.</p>
<p>Ce « caractère cyclique » original de la tactique oppositionnelle amène à penser qu'il s'agit en l'espèce de quelques causes d'ordre général. II est nécessaire de les rechercher d'une part dans les conditions générales de la dictature prolétarienne au sein d'un pays où la paysannerie est nombreuse, et, d'autre part, dans les conditions particulières créées par le reflux de la vague révolutionnaire et sa lutte contre l'aile gauche, l'appareil est armé de toutes les méthodes et de tous les moyens de la dictature. L'Opposition ne dispose comme arme que de la propagande. Les discours, l'utilisation du « prestige » des individualités, la « soudure » avec les sans-parti, l'occupation de locaux de réunions, les mots d'ordre lancés, ainsi que les pancartes dans les rues, lors du 7 novembre, tout cela, ce sont les formes diverses de la propagande.</p>
<p>L'appareil tente de transformer ces armes de propagande en formes embryonnaires de fraction d'abord, puis de parti et de guerre civile. L'Opposition refuse de s'engager sur cette voie. Elle atteint chaque fois la limite où l'appareil la place devant la nécessité de renoncer aux méthodes et procédés de propagande qu'elle utilisait. Les trois déclarations de l'Opposition, 16 octobre, 8 août et celle de novembre-décembre, ont eu pour but de montrer encore et toujours à la masse du parti que l'Opposition se fixe comme tâche, non le deuxième parti et la guerre civile, mais le redressement de la ligne suivie par le parti et par l'État par une réforme profonde.</p>
<p>Ceux qui critiquent la tactique suivie par l'Opposition, un instant, sur son caractère de « marche en zig-zag », raisonnent comme si l'Opposition déterminait librement sa tactique, et font abstraction de la pression frénétique d'une masse d'ennemis, de l'omnipotence de l'appareil, du glissement politique de la direction, de la passivité relative des masses ouvrières etc. Il n'est possible de comprendre la tactique de l'Opposition, avec ses inéluctables contradictions internes, que si l'on n'oublie pas que l'Opposition nage contre le courant, luttant contre les difficultés et des obstacles jusque-là inconnus dans l'histoire.</p>
<p>Dans les cas où ceux qui critiquent ne se bornent pas à des considérations fragmentaires et partielles, parfois fondées et parfois non fondées, mais tentent d'opposer à notre tactique, issue des conditions posées par la réalité, telle autre tactique, ils donnent habituellement et tout simplement un point d'appui pour l'appel à la capitulation. Quant aux véritables capitulards, ceux-ci tentent de caractériser la tactique actuelle de l'Opposition par cette formule : « Ni paix, ni guerre. » Par la « paix », ils entendent la capitulation ; par la « guerre » ils entendent deux partis. Mais les thèses de Zinoviev lui-même sur le bilan du plénum de juillet 1927, d'un bout à l'autre, sont imprégnées de cette pensée : Ni capitulation, ni deuxième parti. Telle fut toute la ligne suivie par l'Opposition.</p>
<p>Aux lâcheurs, il arrive toujours de cracher sur ce qu'ils ont fait la veille.</p>
<p>Aucun manuel n'enseigne les moyens de redresser une dictature prolétarienne placée sous le coup de Thermidor. Il faut chercher la méthode en partant de la situation réelle. Ces moyens seront trouvés si l'orientation fondamentale est juste. Quelques conseils.</p>
<p>I. – L'auto-éducation théorique est une tâche essentielle pour chaque oppositionnel et l'unique gage sérieux de sa fermeté. L'étude du compte-rendu sténographique du 15e Congrès du parti à la lumière des contre-thèses de l'Opposition et des faits nouveaux de la vie politique et économique doit constituer le contenu principal du travail de tout oppositionnel dans la dispersion qui a succédé à la dissolution de la fraction.</p>
<p>II. – Un oppositionnel, indépendamment du fait qu'il demeure dans le parti ou en soit exclu, doit militer activement dans toutes les organisations prolétariennes et soviétiques en général (parti, syndicats, soviets, clubs, etc.). Étant donné cela, un oppositionnel ne peut, en aucun cas, limiter son rôle à la critique ; il doit accomplir le travail positif mieux et plus consciencieusement que les fonctionnaires salariés. C'est seulement sur cette base que la critique faite du point de vue des principes trouvera accès dans la conscience des masses.</p>
<p>III. – Il est nécessaire d'en appeler à l'Internationale pour chercher à poser devant le 16e Congrès la question de l'Opposition dans toute sa plénitude.</p></div>
Iakov Blumkine a été assassiné par Staline
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9637
https://www.matierevolution.org/spip.php?article96372026-06-21T22:01:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeTrotskisme
<p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine. <br class='autobr' />
Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine.</p>
<p>Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de gauche contre les représailles de Staline n'entre pas dans la sphère de ses intérêts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermeté pour dénoncer les crimes staliniens.</p>
<p>Dans le dernier numéro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels supplémentaires avaient été fusillés, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question revêt-elle une importance exceptionnelle : seule la publicité autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arrêter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks révolutionnaires.</p>
<p>L'ex-communiste Souvarine a volé au secours de Staline, prétendant que Blumkine aurait soi-disant exécuté dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence même du G.P.U. lui dicte d'exécuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.</p>
<p>Souvarine en conclut que "dans la treizième année de la révolution", il faut supprimer le G.P.U.</p>
<p>Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un débat théorique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter à la déclaration suivante.</p>
<p>Le camarade Blumkine n'a jamais exécuté et, du fait même du caractère de son travail, n'aurait jamais pu exécuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a passé le plus gros de la dernière période en Extrême-Orient, principalement en Mongolie.</p>
<p>L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'armée d'avoir d'autres opinions que celles du comité central aujourd'hui, équivaut à priver des droits de parti élémentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.</p>
<p>Seuls des bureaucrates staliniens pourraient défendre une mesure aussi abjecte.</p>
<p>Le G.P.U. est un organe d'autodéfense de la dictature du prolétariat. Dans la mesure où la révolution d'Octobre, même dans sa treizième année, est entourée d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer à de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'être une dictature.</p>
<p>Seuls des libéraux ou des social-démocrates en train de devenir libéraux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de répression sont-elles adoptées ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacité révolutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.</p>
<p>Le meurtre de Blumkine et, en général, les actes de répression contre l'opposition léniniste affaiblissent l'avant-garde révolutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - lâche et traÎtre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prolétariat.</p>
<p>Que nos amis et nos ennemis le sachent.</p>
<p>Léon Trotsky</p>
<p> Note tirée des Écrits de Léon Trotsky :</p>
<p> « Jakob Blumkin fusillé par les staliniens. » Biulleten Oppozitsii , numéro 9, février-mars 1930. Non signé. Traduit pour ce volume par Jim Burnett. Des extraits de cet article, datés du lendemain, signés par Trotsky et réécrits à la première personne sous forme de lettre à Alfred Rosmer, ont été traduits dans The Militant , le 1er mars 1930, sous le titre « L'opposition au service de la révolution bolchevique ».</p>
<p>Il ne reste plus aucun doute, même pour ceux qui ne voulaient pas le croire : Blumkin a été fusillé sous l'accusation d'avoir rendu visite à Trotsky à Constantinople et d'avoir eu une conversation avec lui sur la situation du parti et les tâches de l'Opposition. [ 1 ]</p>
<p>Blumkin a été fusillé – sur décision du GPU. [ 2 ] Cela n'a pu se produire que parce que le GPU était devenu l'instrument personnel de Staline . Pendant les années de guerre civile, la Tchéka a accompli un travail macabre. Mais elle le faisait sous le contrôle du parti. Des centaines de fois, des protestations, des déclarations et des demandes d'explications ont fusé de l'intérieur du parti. À la tête de la Tchéka se trouvait Dzerjinski, [ 3 ] un homme d'une autorité morale exceptionnelle. Il recevait des ordres du Politburo, [ 4 ] dont les membres connaissaient ses opinions personnelles sur tous les sujets et soutenaient ses positions. Tout cela garantissait que la Tchéka était une arme de la dictature révolutionnaire. À présent, le parti est étranglé. Avec l'exécution de Blumkin, des milliers, voire des dizaines de milliers de membres du parti, se terrent, murmurant des horreurs. À la tête du GPU se trouve Menjinski, non pas un homme, mais son ombre. [ 5 ] Au sein du GPU, le rôle principal est joué par Yagoda, [ 6 ] un carriériste méprisable qui a lié son destin à Staline et qui est prêt à exécuter tous les ordres qu'on lui donne, sans réfléchir ni poser de questions. Le Politburo n'existe pas. Boukharine a déjà affirmé que Staline tenait les membres du prétendu Politburo entre ses mains, [ 7 ] grâce à des documents collectés par le GPU. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine relevait de la responsabilité personnelle de Staline.</p>
<p>Ce crime inouï n'aurait pu passer inaperçu, même dans le contexte actuel d'un appareil tout-puissant. Staline n'aurait pu être insensible à cette situation auparavant ; et le fait que, malgré toutes les précautions prises, il ait décidé de faire assassiner Blumkin témoigne de la profonde crainte que cet homme nourrissait de l'Opposition de gauche. Il n'y a aucun doute : Blumkin a été victime d'un assassinat pour payer le fait qu'une infime minorité de l'Opposition ait suivi Radek [ 8 ] et les autres capitulants, au moment même où l'Opposition à l'étranger remportait d'importants succès idéologiques et organisationnels dans plusieurs pays.</p>
<p>En faisant exécuter Blumkine, Staline entend avertir l'opposition bolchevique-léniniste internationale qu'il détient à l'intérieur du pays des centaines, voire des milliers d'otages prêts à payer de leur vie pour les succès du bolchevisme authentique sur la scène mondiale. Autrement dit, après les exclusions du parti, la perte d'emploi, la famine qui accable les familles, l'emprisonnement, le bannissement et l'exil, Staline tente d'intimider les derniers membres de l'opposition encore sous son contrôle par la méthode du « fusillage ».</p>
<p>On peut l'affirmer avec certitude : les résultats démontreront exactement le contraire des objectifs que Staline s'est fixés. La progression d'un courant idéologique historiquement progressiste, agissant selon la logique du développement, ne sera ni intimidée ni réprimée.</p>
<p>Peu après l'insurrection des SR de gauche – alors qu'il n'avait que dix-huit ans, il lança une bombe à Mirbach [ 9 ] – Blumkin rejoignit les bolcheviks et joua un rôle héroïque dans la guerre civile. Peu après, il travailla au secrétariat militaire de Trotsky. Par la suite, il travailla principalement pour le GPU, mais aussi pour l'armée et le parti. Il accomplit des missions à haute responsabilité. Son dévouement à la Révolution d'Octobre et au parti était absolu.</p>
<p>Jusqu'à ses derniers instants, Blumkin s'est consacré à des fonctions soviétiques importantes. Comment pouvait-il y rester, étant de l'opposition ? Cela tient à la nature même de son travail, qui revêtait un caractère tout à fait individuel. Blumkin n'avait rien – ou presque rien – à voir avec les cellules du parti ou les discussions sur les problèmes du parti, etc. Mais cela ne signifiait pas qu'il dissimulait ses opinions. Au contraire, à Menjinski et à Trilisser [ 10 ] – ancien chef de la section étrangère du GPU –, Blumkin a déclaré que ses sympathies allaient à l'opposition, mais qu'il allait de soi qu'il était prêt – comme tout opposant – à accomplir son devoir en faveur de la défense de la Révolution d'Octobre. Menjinski et Trilisser considéraient Blumkin comme irremplaçable, et ils ne se trompaient pas. Ils l'ont maintenu dans ses fonctions, qu'il a poursuivies jusqu'à la fin.</p>
<p>Blumkin a bel et bien cherché à rencontrer le camarade Trotsky à Constantinople. Comme mentionné précédemment, Blumkin était étroitement lié à Trotsky, ayant travaillé dans son secrétariat. Il avait notamment préparé l'un des ouvrages militaires du camarade Trotsky (dont la préface fait mention). Blumkin a donc cherché à rencontrer Trotsky à Constantinople pour connaître son analyse de la situation et vérifier s'il agissait correctement en restant au service d'un gouvernement qui déportait, exilait et emprisonnait ses plus proches compagnons de pensée. Le camarade Trotsky lui a répondu qu'il agissait bien sûr parfaitement correctement en accomplissant son devoir révolutionnaire – non pas envers le gouvernement stalinien, qui avait usurpé les droits du parti, mais envers la Révolution d'Octobre.</p>
<p>Dans un article de Yaroslavsky [ 11 ], il est fait mention d'une conversation, durant l'été, entre le camarade Trotsky et un visiteur, au cours de laquelle ce dernier aurait prédit la fin rapide et inévitable du pouvoir soviétique. Il va sans dire que ce flagorneur méprisable ment. Mais, à la lumière de ces propos, nous estimons que cette remarque se rapporte à la conversation du camarade Trotsky avec Blumkin. Interrogé par Blumkin sur le lien entre son travail et son adhésion à l'Opposition, le camarade Trotsky lui répondit, entre autres, que son exil à l'étranger, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne modifiait en rien notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger, les Oppositionnistes seraient aux premières loges ; qu'à l'heure où Staline rencontrerait des difficultés, ce dernier ferait appel à eux, comme Tseretelli avait fait appel aux bolcheviks contre Kornilov. [ 12 ] À ce propos, il ajouta : « Pourvu qu'il ne soit pas trop tard pour aider. » Après son arrestation, Blumkin présenta évidemment cette conversation comme preuve de la sincérité des sentiments et des intentions de l'Opposition. Il ne faut pas oublier que le camarade Trotsky fut exilé, accusé de préparer un soulèvement armé contre le pouvoir soviétique. Par l'intermédiaire de Blumkin, une lettre d'information destinée aux sympathisants parvint à Moscou. On y lisait essentiellement les idées exposées dans plusieurs articles de Trotsky : la répression stalinienne à notre encontre ne signifiait pas pour autant une trahison de la nature de classe de l'État, mais seulement qu'elle préparait et facilitait une telle trahison ; notre voie, comme auparavant, demeure celle de la réforme, et non celle de la révolution ; il faut s'attendre à une lutte acharnée pour nos idées pendant encore longtemps.</p>
<p>On a ensuite appris que Blumkin avait été arrêté et que la lettre envoyée par son intermédiaire était parvenue entre les mains de Staline.</p>
<p>Blumkin n'a pas été fusillé en 1918 pour avoir participé à une insurrection armée contre le pouvoir soviétique, mais il l'a été en 1929 pour avoir servi avec abnégation la cause de la Révolution d'Octobre, se démarquant toutefois sur des questions importantes de la faction stalinienne, et pour avoir considéré comme son devoir de diffuser les idées des bolcheviks-léninistes (Opposition).</p>
<p>Il est tout à fait possible que Staline tente d'utiliser une variante pernicieuse, dans le style associé à l'« officier Wrangel » [ 13 ] – préparant un soulèvement armé ou des actes terroristes. Nous devons nous préparer à ce genre d'abjection. Une telle explication, cependant, n'aura guère d'effets significatifs. D'une manière générale, elle rappelle trop les méthodes policières bonapartistes [ 14 ] et, en particulier, dans sa lutte contre l'Opposition, Staline a déjà, de fait, épuisé toutes ses ressources. Il est inutile de rappeler que la position de principe adoptée par Blumkine en notre nom à tous excluait de sa part toute forme de lutte aventuriste.</p>
<p> Blumkin (1899-1929) était un terroriste social-révolutionnaire de gauche devenu communiste et fonctionnaire du GPU. Il travailla un temps au secrétariat de Trotsky, où il participa à l'édition du premier tome de son ouvrage * Comment la révolution s'est armée* . Il fut le premier sympathisant russe de l'Opposition de gauche à rendre visite à Trotsky en exil en Turquie. Portant une lettre de Trotsky à l'Opposition, il fut dénoncé au GPU et fusillé en décembre 1929. Léon Trotsky (1879-1940) devint révolutionnaire en 1896 et collaborateur de Lénine sur le projet Iskra en 1902. Il rompit avec Lénine l'année suivante en raison de désaccords sur la nature du parti révolutionnaire et se rallia aux mencheviks. Il rompit de nouveau avec eux l'année suivante et tenta, durant la décennie qui suivit, de réunir les factions. Lors de la révolution de 1905, il dirigea le Soviet de Saint-Pétersbourg et développa la théorie de la révolution permanente. En 1915, il rédigea le Manifeste Zimmerwald contre la guerre. Il adhéra au Parti bolchevique en 1917, fut élu à son Comité central et organisa l'insurrection qui rendit possible la création du nouvel État soviétique. Son premier poste au sein du gouvernement fut celui de commissaire aux Affaires étrangères. Puis, en tant que commissaire à la Guerre, il organisa l'Armée rouge et la mena à la victoire après trois années de guerre civile et d'intervention impérialiste. Il fonda l'Opposition de gauche en 1923 et lutta pendant la décennie suivante pour ramener l'Union soviétique et le Komintern à l'internationalisme léniniste et à la démocratie prolétarienne. Vaincu par la faction stalinienne, il fut exclu du Parti communiste et du Komintern, et exilé en Turquie en 1929. En 1933, il cessa ses efforts pour réformer le Komintern et appela à la création d'une nouvelle Internationale. Il considérait son travail au sein de la Quatrième Internationale comme le plus important de sa carrière. Le nom de Constantinople a été officiellement changé en Istanbul en 1930, mais beaucoup de gens ont continué à utiliser l'ancien nom pendant un certain temps après.</p>
<p> GPU était l'un des noms abrégés de la police politique soviétique ; d'autres noms étaient Cheka, NKVD, MVD, KGB, etc., mais GPU est souvent utilisé à leur place.</p>
<p> Félix Dzerjinski (1877-1926), fondateur du Parti social-démocrate polonais, participa activement aux mouvements révolutionnaires polonais et russe. Après la révolution russe, il dirigea la Tchéka dès sa création en décembre 1917, puis le Conseil suprême de l'économie nationale à partir de 1924.</p>
<p> Sous Lénine, le Politburo était un organe subordonné au Comité central du Parti communiste russe. Le premier Politburo, élu en 1919, était composé de Lénine, Trotsky, Kamenev, Krestinsky et Staline. Après le XVIe Congrès, alors que le Comité central et le Politburo étaient devenus des chambres d'enregistrement des décisions de Staline, le Politburo comprenait Staline, Kaganovitch, Kalinine, Kirov, Kosior, Kouïbychev, Molotov, Roudzoutak, Rykov et Vorochilov. En décembre 1930, Rykov fut destitué et remplacé par Ordjonikidze.</p>
<p> Vyacheslav Menzhinsky (1874-1934) a succédé à Dzerzhinsky à la tête de la police secrète soviétique en 1926, mais il n'en était que nominalement responsable.</p>
<p> Henry Yagoda (1891-1938) était le principal lieutenant de Staline au sein du GPU. Après avoir supervisé l'organisation du procès de Moscou de 1936, il fut lui-même jugé en 1938, reconnu coupable et exécuté.</p>
<p> Boukharine (1888-1938), président du Komintern de 1926 à 1929, était un vieux bolchevik représentant l'aile droite du Parti communiste, allié à Staline contre l'aile gauche. La répression stalinienne contre les dirigeants de l'Opposition de droite débuta peu après l'expulsion de l'Opposition de gauche par le XVe Congrès, fin 1927 ; fin 1929, ces dirigeants capitulèrent face à Staline. Boukharine dénonça la mainmise de Staline sur le Politburo en 1929, quelques mois avant d'en être destitué. Malgré sa capitulation, il fut exécuté à l'issue du troisième procès de Moscou.</p>
<p> Radek (1885-1939) fut un révolutionnaire de premier plan en Pologne et en Allemagne avant la Première Guerre mondiale, et un dirigeant du Komintern. Figure de proue de l'opposition de gauche, il fut l'un des premiers à capituler face à Staline après son expulsion et sa déportation. Réintégré au parti en 1930, il travailla comme propagandiste pour Staline jusqu'à son arrestation lors du second procès de Moscou, où il fut condamné à dix ans de prison.</p>
<p> Les SR de gauche étaient une faction dissidente du Parti social-révolutionnaire (SR) en 1917. Ils participèrent brièvement à une coalition avec les bolcheviks au sein du nouveau gouvernement soviétique, mais rejoignirent rapidement l'opposition « par la gauche ». Ils organisèrent une insurrection contre le gouvernement soviétique en 1918, après que celui-ci eut voté l'acceptation des conditions allemandes pour la fin de la guerre. Mirbach (1871-1918), nommé ambassadeur d'Allemagne à Moscou en avril 1918, fut assassiné en juillet par les SR de gauche, qui souhaitaient faire échouer le traité de paix de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la république soviétique.</p>
<p> M.A. Trilisser , un vieux bolchevik, était un fonctionnaire du GPU et fut promu à la tête d'une section spéciale du Komintern en 1935, dont la fonction était d'épurer le Komintern. Il disparut lors des purges de 1937-1938.</p>
<p> Emelyan Yaroslavsky (1878-1943) était un spécialiste stalinien de premier plan dans l'extirpation du « trotskisme », ce qui, cependant, ne l'a pas empêché de tomber en disgrâce en 1931-32 lorsqu'il n'a pas réussi à suivre le rythme exigé par Staline dans la réécriture de l'histoire soviétique.</p>
<p> Iraklii Tseretelli (1882-1959) était un ministre menchevik du gouvernement provisoire de coalition, de mars à août 1917. Bien que ce gouvernement ait persécuté et emprisonné les bolcheviks, il les a appelés à aider à combattre et à vaincre la poussée contre-révolutionnaire contre le gouvernement provisoire menée par son propre commandant en chef, le général tsariste Lavr G. Kornilov (1870-1918).</p>
<p> le GPU tenta de discréditer l'Opposition de gauche en prétendant qu'un « officier Wrangel » cherchait à entrer en contact avec ses membres. Piotr N. Wrangel (1878-1928) était un général de la Garde blanche qui avait combattu pour renverser les Soviets pendant la guerre civile. Cette tentative de présenter les opposants comme des collaborateurs des contre-révolutionnaires se retourna contre le GPU, contraint d'admettre que le prétendu officier Wrangel était en réalité un agent du GPU.</p>
<p> bonapartisme est un terme marxiste désignant une dictature ou un régime présentant certaines caractéristiques d'une dictature, en période de fragilité de la domination de classe ; il repose sur l'armée, la police et la bureaucratie d'État, plutôt que sur des partis parlementaires ou un mouvement de masse. Dans les années 1930, Trotsky distinguait deux types de bonapartisme : bourgeois et soviétique. Ses écrits les plus importants sur le bonapartisme bourgeois (qu'il distinguait du fascisme) se trouvent dans *La Lutte contre le fascisme en Allemagne* (Pathfinder Press, 1971). Sa conception du bonapartisme soviétique trouve sa forme définitive dans son essai « L'État ouvrier, Thermidor et le bonapartisme », *Écrits*, p. 34-35 .</p>
<p><a href="https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Victor Serge :</p>
<p>Notre camarade Iakov Gregorievitch Blumkine fut assassiné – fusillé – en décembre 1929. Nous veillerons à ce que cette puissante figure de combattant ne soit pas oubliée. Il avait eu une vie épique. Terroriste socialiste-révolutionnaire de gauche, il avait exécuté, par ordre de son parti, en 1918, le comte Mirbach, ambassadeur d'Allemagne à Moscou. Passé un peu plus tard au parti communiste, il avait rempli les missions les plus périlleuses en Ukraïne et en était revenu couvert de blessures. En Perse, au début de 1919, il avait dirigé la tentative révolutionnaire de Koutchouk Khan dans le Ghilan. Plus tard, organisateur de l'armée de la République de Mongolie, collaborateur des Izvestia dans laquelle il donnait des articles remarqués sur Joffre et Foch, chargé de missions secrètes aux Indes, en Egypte, à Constantinople…. Il vit là Trotski banni et s'offrit à transmettre un message de lui à des camarades de Moscou. (Cette lettre exposait les tendances de l'opposition à l'étranger et demandait que l'on tentât de diffuser en Russie le Bulletin édité à Paris. Trahi à son retour à Moscou, il eut un entretien avec Radek qui, d'après mes renseignements personnels, lui aurait conseillé de se rendre chez Ordjonikidzé, « le seul homme qui pourrait te sauver, car le Géorgien (Staline) ne te manquera pas… » Blumkine, de chez Radek, téléphona à Ordjonikidzé, prit rendez-vous avec lui au Kremlin. Mais les téléphones étaient surveillés, il fut arrêté en sortant et bientôt fusillé sur l'ordre personnel de Staline. Il avait vécu courageusement, il mourut de même.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380</a></p>
<p>Lire aussi</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p>
<p><a href="https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov</a></p></div>
Notre courant Voix des Travailleurs
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8955
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89552026-02-14T23:19:00Ztext/htmlfrRobert ParisParti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Notre courant, c'est Lénine, Trotsky, l'opposition de gauche russe, Natalia Sedova, Munis, Péret, Breton, Barta, Bucholtz, Louise, Pierre Bois et Bénard qui l'ont fondé… <br class='autobr' />
Nous ne nous contentons pas de suivre des prophètes, des leaders idéalisés, de nous cacher derrière nos prédecesseurs et ne défendons pas une religion inchangeable. <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328 <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330 <br class='autobr' />
Nous sommes issus du courant marxiste (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Notre courant, c'est Lénine, Trotsky, l'opposition de gauche russe, Natalia Sedova, Munis, Péret, Breton, Barta, Bucholtz, Louise, Pierre Bois et Bénard qui l'ont fondé…</h2>
<p>Nous ne nous contentons pas de suivre des prophètes, des leaders idéalisés, de nous cacher derrière nos prédecesseurs et ne défendons pas une religion inchangeable.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330</a></p>
<p>Nous sommes issus du courant marxiste révolutionnaire socialiste, léniniste et trotskiste de Barta, un grand dirigeant trotskiste d'origine roumaine ayant milité en France à l'époque de la guerre et de l'après deuxième guerre mondiale.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541</a></p>
<p>Comment nous caractérisons notre courant</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1368" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1368</a></p>
<p>Nous sommes communistes au sens de Marx et Engels</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4408" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4408</a></p>
<p>Nous sommes des révolutionnaires qui veulent raisonner dialectiquement</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7848" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7848</a></p>
<p>Nous avons confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4897" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4897</a></p>
<p>Nous combattons l'opportunisme de nombre de groupes qui se disent révolutionnaires</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3946" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3946</a></p>
<p>Ce qui nous caractérise : nous sommes les enfants de la révolution sociale et, en même temps, nous sommes les combattants de la philosophie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537</a></p>
<p>Nous sommes les partisans à la fois de l'auto-organisation et du pouvoir des conseils ouvriers ainsi que de la fondation d'un (ou plusieurs) parti mondial de la révolution.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1464" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1464</a></p>
<p>Nous ne nous cachons pas que le système a atteint ses limites et acceptons la responsabilité que cela signifie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4257" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4257</a></p>
<p>Nous voulons abattre les Etats capitalistes, la propriété privée du grand capital et des grandes entreprises,</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3692" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3692</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7134" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7134</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159</a></p>
<p>Pour nous, les travailleurs conscients, ce n'est pas l'aristocratie ouvrière</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465</a></p>
<p>Un de nos rôles essentiels, nous révolutionnaires, comprendre la révolution sociale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6846" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6846</a></p>
<p>Et d'abord comprendre que le monde est déterminé non par la stabilité et l'ordre établi, mais par la révolution et la contre-révolution</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595</a></p>
<p>Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715</a></p>
<p>Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4724" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4724</a></p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article49890" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article49890</a></p>
<p>L'opposition de gauche russe puis internationale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4804" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4804</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135</a></p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?page=recherche_avanc&swishe_type1=and1&swishe_from1=full1&lang=fr&choix=2&typetri=triP&swishe_exp1=opposition+de+gauche&OK=OK" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?page=recherche_avanc&swishe_type1=and1&swishe_from1=full1&lang=fr&choix=2&typetri=triP&swishe_exp1=opposition+de+gauche&OK=OK</a></p>
<p>Natalia Sedova</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article175133" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article175133</a></p>
<p>Munis</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article24043" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article24043</a></p>
<p>Péret</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article125530" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article125530</a></p>
<p>Breton</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3952" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3952</a></p>
<p>Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576</a></p>
<p>Bucholtz</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article7452" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7452</a></p>
<p>Louise</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580</a></p>
<p>Pierre Bois</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203</a></p>
<p>Daniel Bénard</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280</a></p></div>
Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8865
https://www.matierevolution.org/spip.php?article88652026-02-12T23:20:00Ztext/htmlfrRobert ParisIV° Internationale1943-1947Parti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947 <br class='autobr' />
Ce qu'en dit Wikipedia <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale <br class='autobr' />
Le POI <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste <br class='autobr' />
Le PCI <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste <br class='autobr' />
Le groupe UCI de Barta <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576 <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541 <br class='autobr' />
Ce qu'en dit le pseudo-trotskiste Mandel (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory">12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947</h2>
<p>Ce qu'en dit Wikipedia</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale</a></p>
<p>Le POI</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste</a></p>
<p>Le PCI</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste</a></p>
<p>Le groupe UCI de Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541</a></p>
<p>Ce qu'en dit le pseudo-trotskiste Mandel</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm</a></p>
<p>Ce qu'en dit Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5814" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5814</a></p>
<p>Des témoignages</p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/chaines/chs-umr-8058/jean-rene-chauvin-recit-d-une-vie-engagee-dans-le-xxe-siecle/1945-1948-au" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.canal-u.tv/chaines/chs-umr-8058/jean-rene-chauvin-recit-d-une-vie-engagee-dans-le-xxe-siecle/1945-1948-au</a></p>
<p><a href="https://chsprod.hypotheses.org/jean-rene-chauvin-parcours-dun-militant/de-1954-a-1965" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://chsprod.hypotheses.org/jean-rene-chauvin-parcours-dun-militant/de-1954-a-1965</a></p>
<p>Les groupements de la IVème Internationale en 1943</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1943</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1943" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1943</a></p>
<p>La Vérité, 1944</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1944" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1944</a></p>
<p>POI-CCI, janvier 1944</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1944/01/barta_sfqi2.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1944/01/barta_sfqi2.htm</a></p>
<p>POI, février 1944</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1945</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1945" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1945</a></p>
<p>PCI, juillet 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_160745.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_160745.htm</a></p>
<p>PCI, novembre 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement</a></p>
<p>PCI, décembre 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1946</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-0</a></p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-suite" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-suite</a></p>
<p>PCI, janvier 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_280146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_280146.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_230146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_230146.htm</a></p>
<p>PCI, février 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022846.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022846.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022546.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022546.htm</a></p>
<p>PCI, juillet 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm</a></p>
<p>PCI, octobre 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm</a></p>
<p>PCI, novembre 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais//barta/1946/11/ldc74_110846.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais//barta/1946/11/ldc74_110846.htm</a></p>
<p>Natalia Trotsky en 1947</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1947</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/la-verite/annee-1947" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/la-verite/annee-1947</a></p></div>
Pourquoi la Quatrième internationale de Trotsky était en échec en 1939
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8723
https://www.matierevolution.org/spip.php?article87232026-01-19T23:03:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyIV° InternationaleTrotskisme
<p>Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale <br class='autobr' />
avril 1939 <br class='autobr' /> James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique montée de la combativité des ouvriers français et, parallèlement, de l'incontestable déclin de notre propre mouvement en France durant la même période. A la conférence de fondation, on a consacré six séances à la question française [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la résolution qu'on allait présenter. Cela (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory">11- Organisation internationale des travailleurs révolutionnaires</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale </h2>
<p>avril 1939</p>
<p> James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique montée de la combativité des ouvriers français et, parallèlement, de l'incontestable déclin de notre propre mouvement en France durant la même période. A la conférence de fondation, on a consacré six séances à la question française [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la résolution qu'on allait présenter. Cela donne une idée des difficultés. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un problème de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades français étaient capables d'analyser la situation politique, mais incapables d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel état de choses résulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration à Paris et de l'intérêt prédominant qu'il porte aux questions purement politiques au détriment des problèmes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une réflexion et une analyse sérieuse.</p>
<p> 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, à partir de toutes les sources disponibles, une enquête sur l'activité organisationnelle de nos camarades en Espagne à partir de 1936. D'après tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organisés à l'intérieur du P.O.U.M. auraient été capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 [2] . Je crois que nous avons beaucoup à apprendre des méthodes de travail appliquées par nos camarades, à l'intérieur comme à l'extérieur du P.O.U.M [3] . Et comme, de même qu'en France et peut‑être en Hollande, et en Grande‑Bretagne où il y a entre nous et la social-démocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons à travailler comme nos camarades ont dû le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est très important de travailler à partir de l'expérience réelle de nos camarades en Espagne.</p>
<p>3. La section britannique. Vous êtes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 [4] et la formation de deux groupes, l'un enraciné dans le Labour Party [5] et l'autre à l'extérieur [6] . Quand le camarade Cannon est arrivé, à l'été 1938, la Revolutionary Socialist League a résulté d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves [7] et le Marxist Group [8] , et était en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh [9] . Le pacte d'unité et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activité propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux dernières nouvelles, les frictions ont continué et c'est maintenant le groupe à l'intérieur du Labour Party qui domine [10] .</p>
<p>Il existe aussi un autre groupe ‑ celui de Lee [11] - à l'intérieur du Labour Party, qui a refusé de rien avoir à faire avec la fusion, disant qu'elle était vouée à l'échec. Le groupe Lee est très actif.</p>
<p>J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'étais arrivé à la conclusion a) que je n'avais aucune objection à ce que même la majorité des camarades du groupe fusionné soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe indépendant, avec son journal, devait continuer. En dernière analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adhérents dans les circonstances actuelles et notre indépendance de groupe, avec un journal était absolument nécessaire. Wicks, Sara, Sumner [12] et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaillé pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, étaient tout à fait d'accord avec nous sur la nécessité d'une organisation indépendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant [13] mi‑théorique et mi-d'organisation. Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure où on a eu le temps de l'étudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.</p>
<p>La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous [14]. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre députés, un journal qui se vend entre 25000 et 30000 exemplaires par semaine, ses congrès et ses déclarations sont l'objet de publicité dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour présenter quinze candidats au élections dont la majorité ont perdu le dépôt de 750 livres par candidat. En général, il dit plutôt le même genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux Etats‑Unis où il n'y a rien, entre la social-démocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a passé son temps à s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons été incapables d'exploiter les scissions répétées et le mécontentement général de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menacé de le faire, entraîner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas créer tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progrès extraordinaire [15].</p>
<p>Je crois que la résolution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bientôt tomber dans le stalinisme, était une erreur [16] qui a désorienté la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progrès futurs en Grande‑Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont dépendre largement des succès de notre section française (et de sa capacité) à attirer à elle les meilleurs éléments du P.S.O.P. [17]. Je propose cependant que notre section britannique ne néglige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux à aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.</p>
<p>Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a déjà fait dans une ou deux régions d'Amérique du Nord, où les intellectuels, déterminés à entrer en contact avec les masses, sont entrés dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout où cela a été possible et, en certains endroits, avec un grand succès. Il me semble qu'en France et, très certainement en Grande‑Bretagne, cela constitue un moyen à tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, basé en province sur une région industrielle [18] est extrêmement bien organisé et, en dépit de certaines faiblesses politiques au cours de la dernière période [19], démontre que, dans toute montée comme celle qui s'est produite en France [20], il jouerait vraisemblablement un rôle plus important et réaliserait au moins des progrès infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section française.</p>
<p> Trotsky ‑ Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos idées, qui ne sont pas aussi dénuées de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul général du mouvement ouvrier dans les quinze dernières années. Quand le mouvement révolutionnaire décline de façon générale, quand une défaite suit une autre défaite, quand le fascisme s'étend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine à duper les travailleurs, il va de soi que les révolutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique général. Et cela, quand bien même leurs idées sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur éducation à travers des pronostics ou des conceptions théoriques, mais à travers l'expérience générale de leur vie. C'est là l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les réactions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilité de remporter un grand succès politique.</p>
<p>Je me souviens des discussions en 1927 à Moscou après l'écrasement des ouvriers chinois par Tchiang Kaï‑chek [21]. Nous l'avions prédit dix jours auparavant et Staline nous avait répondu par des affirmations de ce genre : « Borodine est vigilant », « Tchiang Kaï‑chek ne peut matériellement nous trahir », etc Huit ou dix jours plus tard, c'était la tragédie et nos camarades exprimèrent leur confiance : notre analyse était si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous étions sûrs d'entraîner le parti. Je répondis que l'étranglement de la révolution chinoise était mille fois plus important pour les masses que toutes nos prédictions. Nos prédictions pouvaient convaincre une poignée d'intellectuels qui s'intéressaient à ces problèmes, mais pas les masses.</p>
<p>La victoire militaire de Tchiang devait inévitablement provoquer un reflux, une démoralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction révolutionnaire.</p>
<p>Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de défaites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est créé dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de désespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est là l'état d'esprit général des masses. C'est la raison la plus générale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique général, hors de la disposition générale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la période entre 1908 et 1913, en Russie. A cette époque aussi nous étions en pleine réaction. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et même en 1907, déjà, commença la grande réaction, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des méthodes nouvelles pour conquérir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire à cette époque, c'était de former des cadres, mais ils fondaient ensuite littéralement. Il se produisit de nombreuses scissions, à droite, à gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... Lénine restait à Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bientôt des possibilités de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, où il y eut une vague dont la guerre brisa le développement. Pendant la guerre, il régna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se réunirent à Zimmerwald [22] étaient en majorité des éléments très confus. Au plus profond des masses, dans les tranchées et ailleurs, il existait bien un état d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terrorisé encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si misérable, et même la majorité des gens qui s'étaient rencontrés à Zimmerwald allaient virer à droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas à dégager leurs responsabilités personnelles mais, là aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait à nager contre le courant.</p>
<p>Notre situation à nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, à aucune autre époque. Nous avons à subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'était dressée justement contre la trahison de la II° internationale. La dégénérescence de la III° Internationale s'est accomplie si rapidement et de façon tellement inattendue que c'est la même génération à qui nous avons autrefois annoncé sa formation qui est encore là pour nous entendre aujourd'hui dénoncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont déjà une fois entendu tout cela.</p>
<p>Il faut tenir compte aussi de l'importance de la défaite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV° Internationale, par sa naissance, est liée à l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les « trotskvstes ». On nous dit : « Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? » C'est évidemment une question de fond. Nous devons commencer par y répondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute révolution engendre une réaction. Max Eastman a écrit que Trotsky accordait à la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succès et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une défaite.</p>
<p> Il faut donc ajouter la dégénérescence de l'Internationale communiste, d'un côté, et, de l'autre, la terrible défaite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits‑là sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvrière que notre pauvre petit journal, même quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal [23] . Nous sommes sur un frêle esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la véritable raison n'est pas là. La vérité, c'est que le courant était trop fort. Voilà l'explication la plus générale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le découragement, nous qui sommes l'avant‑garde de l'avant‑garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des éléments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caractère. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caractère, n'ont jamais été disciplinés et ont toujours cherché une tendance plus radicale ou plus indépendante : ils ont trouvé la nôtre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, à l'écart du courant général du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a évidemment son côté négatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas être lié aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement révolutionnaire qui commence à se construire n'est elle pas à prédominance ouvrière. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers mécontents des organisations existantes. Par tout, il y a aussi beaucoup d'étrangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas mêlés aussi facilement au mouvement ouvrier. Un Tchèque sera plus facilement membre de la IV° Internationale au Mexique ou aux Etats‑Unis qu'en Tchécoslovaquie même. Et de même pour un Français aux Etats‑Unis. Car l'athmosphère nationale exerce une profonde influence sur les individus.</p>
<p>Les juifs, par exemple, sont souvent à moitié étrangers, pas tout à fait assimilés : ils adhèrent volontiers à toute tendance nouvelle, critique, révolutionnaire ou à moitié révolutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en littérature. Une tendance révolutionnaire nouvelle, qui va contre le courant général dominant de l'histoire à un moment donné, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coupés de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est précisément pour eux qu'il est le plus difficile de pénétrer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tombée du ciel, qu'elle est déterminée, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caractère de notre mission historique en cette période.</p>
<p>Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le passé : d'un côté une mentalité petite‑bourgeoise ‑ l'individualisme - et de l'autre, un élan, une extraordinaire capacité d'improvisation. Si on les compare à l'époque classique de la II° Internationale, on s'aperçoit que le parti socialiste français et la social-démocratie allemande, avaient au parlement le même nombre d'élus. Mais il n'est même pas possible de comparer les organisations. Les Français étaient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficultés, tandis que pour les Allemands, trouver un demi‑million ne posait pas de problèmes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Français, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caractérisé l'organisation française : « Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! »</p>
<p>Notre organisation française souffre de la même maladie, le mal français traditionnel, cette incapacité d'organisation et, bien entendu, en même temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure où la France a connu une montée ouvrière, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la défaite du Front populaire a constitué la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une défaite est une défaite, et elle se retourne directement contre les tendances révolutionnaires, au moins jusqu'à ce que se produise une nouvelle montée à un niveau supérieur. Il nous faut nous préparer surtout et attendre un élément nouveau, un facteur nouveau dans la configuration générale des forces.</p>
<p>Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus à nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils étaient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes mûrs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont reçu que des coups, subi que des défaites, de terribles défaites, et ils en ont l'habitude. Ils apprécient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais été capables de pénétrer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre à le faire. Or il est terriblement nécessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.</p>
<p>Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a là aussi des gens comme ça.</p>
<p>Pourquoi avons‑nous perdu des hommes ? Après ces terribles défaites mondiales, la montée ouvrière en France s'est réalisée à un niveau très bas, très primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la période du Front populaire a été une sorte de caricature de notre révolution de février. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande révolution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu à passer par une caricature de la révolution russe.</p>
<p>James. ‑ Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilité sur le parti communiste ?</p>
<p>Trotsky. ‑ Il constitue un facteur important dans l'élaboration de la mentalité des masses, et on peut dire, en effet, que la dégénerescence du parti communiste a été un facteur très actif.</p>
<p>En 1914, les bolcheviks dominaient complètement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus sérieuses démontrent qu'à la veille de la guerre les bolcheviks ne représentaient pas moins des trois quarts de l'avant‑garde ouvrière. Pourtant, avec le début de la révolution de février, les éléments les plus arriérés, les paysans, les soldats, et même d'anciens ouvriers bolcheviques ont été attirés dans ce courant Front populaire. Le parti bolchévique fut réduit à l'isolement et très affaibli. Le courant général était à un bas niveau politique, mais il était puissant et il aboutit finalement à la révolution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant après toutes ces défaites, le front populaire a attiré des éléments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des idées, mais qui étaient engagés dans le mouvement des masses, et nous avons été encore plus isolés qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.</p>
<p>Il faut tenir compte de tous ces éléments. Je peux même affirmer que nombre de nos dirigeants ‑ attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejetés hors du mouvement de masse révolutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fraîche, naîtront dans le courant révolutionnaire.</p>
<p>En France, la régénération de notre groupe a commencé [24] avec l'entrée dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues étaient habituées à un milieu large et, après la scission, elles se sont un peu découragées. Au fond, elles n'étaient pas suffisamment trempées, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont été reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.</p>
<p>En Espagne, ces mêmes raisons ont joué un rôle identique, en plus ce déplorable facteur qu'a constitué le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui représentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la première année nous n'avons pas tenté de mobiliser et d'organiser nos forces de façon indépendante. Nous espérions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance privée, nous avons essayé de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas réussi. Nous avons perdu du temps. Fallait‑il le faire ? C'est difficile à dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade expérimenté, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons placé nos espoirs en Nin, et sa politique a consisté en une série de manœuvres personnelles, destinées à esquiver ses propres responsabilités. Il jouait avec la révolution. Il était sincère, mais sa mentalité était celle d'un menchevik. C'était là un handicap effroyable, et qu'il était difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifiées dès le départ par ceux‑là même qui nous représentaient dans la première période, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la première révolution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Après, nous étions réduits à l'état de misérable minorité, de trente à quarante hommes peut‑être. Puis il y eut la guerre...</p>
<p>James. ‑ Combien le parti bolchevique comptait‑il de militants ?</p>
<p>Trotsky. ‑ En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sibérie. Mais en fait ils n'étaient pas organisés. Les gens que Lénine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'étaient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les idées que nous avions répandues parmi l'avant-garde ouvrière constituaient un extraordinaire capital qui devait être utilisé, plus tard, au cours de la révolution, mais pratiquement, à cette date, nous étions complètement isolés.</p>
<p>L'Histoire a ses lois propres, très puissantes, plus puissantes que notre propre conception théorique de l'histoire ! Aujourd'huit en Europe, c'est la catastrophe, le déclin, l'extermination de tous les pays. Cela pèse lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un côté toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'armées, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le problème, pour eux, c'est qu'ils vont être mobilisés demain, que leurs enfants peuvent être tués. Il y a une terrible disproportion entre la tâche et les moyens.</p>
<p>Si la guerre éclate maintenant, et il semble qu'elle doive éclater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispersés d'abord : jeunes, ils seront mobilisés ; mais subjectivement, ils resteront fidèles au mouvement. Quant à ceux qui ne seront ni arrêtés, ni mobilisés et qui resteront fidèles , ‑ peut-être trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste ‑, ils seront complètement isolés.</p>
<p>C'est seulement après plusieurs mois que critique et dégoût commenceront à se manifester à une grande échelle et un peu partout : nos camarades isolés, un blessé dans un hôpital, un soldat dans une tranchée, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosphère a changé, et prononceront une parole hardie. Et celui‑là même qui était un camarade tout à fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un régiment, d'une division et se sentira un dirigeant révolutionnaire. C'est caractéristique de notre période.</p>
<p>Je ne veux pas dire par là qu'il faille nous résigner à l'impuissance de notre organisation française. Je crois sincèrement que, si les camarades américains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de mûrir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades américains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secrétariat international, il faut décider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres [25]. Pour une révolution, la différence n'est pas énorme mais pour le travail de préparation de l'avant‑garde, elle est considérable. Avec des éléments neufs, nous pouvons faire un énorme pas en avant.</p>
<p>Maintenant, aux Etats‑Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons être très optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exagérer. Aux Etats‑Unis, nous avons un crédit‑temps supérieur. La situation n'est pas immédiatement aussi pressante, aussi aiguë. C'est important.</p>
<p>Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley [26] qui écrit que nous pouvons maintenant remporter des succès très importants dans les pays coloniaux et semi‑coloniaux. Nous avons un mouvement très important en Indochine [27]. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un très important mouvement nègre, parce que ces gens n'ont pas traversé de la même manière l'histoire des deux dernières décennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la révolution russe, ni de la Ill° Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en était à ses débuts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succès dans la jeunesse. Dans la mesure où nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons résultats. Les jeunes sont très attentifs à un programme révolutionnaire, clair et honnête.</p>
<p>La Grande‑Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une tâche particulière. Je l'ai suivie d'un peu plus près quand j'étais en Norvège. Il me semble que nos camarades qui sont entrés dans l'I.L.P. ont fait avec lui la même expérience que nos camarades américains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entrés dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont mené une politique opportuniste et c'est pourquoi leur expérience dans l'I.L.P. n'a pas été si bonne. L'I.L.P. est resté presque comme il était avant, alors que le P.S. américain s'est vidé. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow [28]. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle était très corrompue. C'est un travail à part de Maxton.</p>
<p>Les révoltes de la base sont un phénomène familier dans l'I.L.P. Au cours de la préparation d'un congrès, Fenner Brockway [29] devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorité. Maxton annonce alors qu'il va démissionner. Fenner Brockway s'écrie : « Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! » [30]. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre ‑ de les rouler dans la boue ‑, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques féroces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc émissaire de tous les pêchés du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentrées contre Maxton, des attaques systématiques dans notre presse, que nous pourrons hâter la scission dans l'I.L.P. En même temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain [31] , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.</p>
<p>James. ‑ Et que pensez‑vous d'un journal indépendant, pour fustiger Maxton, etc. ?</p>
<p>Trotsky - C'est une question pratique. Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatrième Internationale pour tous les pays de langue française, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilité juridique. Je crois que, même si nous travaillons à l'intérieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal indépendant, non pas en opposition à nos camarades qui sont dedans, mais plutôt pour échapper au contrôle de l'I.L.P.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] La conférence de septembre 1938 ne dura qu'une journée, mais elle avait été précédée de réunions de commissions. James avait assisté à la commission française qui avait traité la question de l'attitude à l'égard du P.S.O.P., du P.C.I. de Molinier. L'unanimité s'était faite sur la triste situation présente de la section française.</p>
<p>[2] En mai 1937, les ouvriers de Barcelone s'étaient lancés dans une insurrection qui avait spontanément éclaté après une tentative manquée des forces de police de reprendre le central téléphonique au contrôle des miliciens de la C.N.T.</p>
<p>[3] Le gros des forces trotskystes se trouvait à l'extérieur du P.O.U. M. et ne dépassait pas deux douzaines ; les trotskystes étaient exclus du P.O.U.M. dont les fondateurs ex‑trotskystes s'étaient engagés à ne pas construire de fraction. C'est au moins ce que les documents nous apprennent. Mais James laisse supposer qu'il y avait à l'intérieur du P.O.U.M. un « travail de fraction » engagé.</p>
<p>[4] La scission de la section britannique avait été consacrée par les deux conférences des 10 et 11 octobre 1936 et le fait que tous les membres n'avaient pas été d'accord pour appliquer la résolution votée sur la section britannique à la conférence internationale de « Genève » en juillet.</p>
<p>[5] Il s'agissait du Militant Group animé par D. D. Harber et Ken Alexander. Il était formé de militants entrés dans le Labour.</p>
<p>[6] Il s'agissait du groupe dit « independent », puisqu'il avait été très vite exclu de l'I.L.P., regroupé autour de James et du Journal Fight. Rappelons que l'Independent Labour Party (I.L.P.) était une vieille formation centriste.</p>
<p>[7] Reg Groves (né en 1908), membre du P.C., fondateur du « Balham Group », exclu en août 1932, avait été le principal fondateur de la Communist League, puis s'était opposé à l'entrisme dans l'I.L. P. Après la scission de 1933, il était entré dans le Labour Party et était devenu l'un des dirigeants de la Socialist League à Londres. Il s'était séparé de son ancien groupe, la Marxist League.</p>
<p>[8] Il s'agit en réalité du Militant Group.</p>
<p>[9] Il s'agissait du Revolutionary Socialist Party dirigé par Frank Maitland et qui provenait d'une formation « DeLéoniste » du Socialist Labor Party.</p>
<p>[10] Le secrétaire général de la nouvelle organisation était un ancien des jeunesses communistes qui avait rejoint les trotskystes dans le Labour en 1936, Eric Starkey Jackson.</p>
<p>[11] Ralph Lee, militant sud‑africain d'origine, se plaignait de n'avoir pas été soutenu contre les calomnies staliniennes par la direction du Militant Group. Bien que le S.I. lui ait donné raison, il avait pris prétexte de cette affaire pour créer sa propre organisation, la Workers International League, avec une poignée de militants, six ou sept au départ dont plusieurs devaient jouer ultérieurement un rôle important dans le mouvement trotskvste britannique (Gerrv Healv. Jock Haston, Betty Hamilton).</p>
<p>[12] Venu de l'anarchisme, Henry Sara (1888‑1953) avait été du Balham Group, puis de la Marxist League. Harry Wicks (né en 1905) cheminot révoqué en 1926, responsable J.C., avait connu le même itinéraire et beaucoup milité dans le comité contre les procès de Moscou dont le secrétaire était Hilary Sumner dit Charles Sumner (1911‑1976), petit‑fils d'un ami de Lincoln et fils du secrétaire de John Reed, recruté dans le Labour Party en 1934.</p>
<p>[13] Il s'agit ici non de The Militant, organe du groupe dans le Labour Party, mais de l'ancien organe de la C.L.A. jusqu'en 1934.</p>
<p>[14] Les trotskystes avaient milité dans l'Independent Labour Party de 1933 a 1936 mais en avaient été écartés. James avait souhaité y rester et y continuer un travail.</p>
<p>[15] James reste apparemment fidèle à la stratégie qui avait été la sienne en 1936, où il avait espéré un instant faire passer la coupure entre le fief écossais de Maxton ‑ irrécupérable ‑ et Fenner Brockway qui incarnait à ses yeux la confusion d'une majorité de militants anglais honnêtes.</p>
<p>[16] Cette résolution intitulée « Le Bureau international pour l'unité socialiste révolutionnaire (bureau de Londres) et la IV' Internationale » est reproduite dans Œuvres, 10, pp. 209‑212. Elle affirmait la nécessité de « dénoncer systématiquement et sans compromissions les hésitations, les équivoques et les actes hypocrites du bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus immédiat sur la voie de la poursuite de la construction de la IV° Internationale. »</p>
<p>[17] Le P.O.I. était toujours profondément divisé sur la façon dont il devait se comporter à l'égard du P.S.O.P. dont l'existence même lui ôtait pratiquement toute perspective de développement. Le P.S.O.P. était dirigé par Marceau Pivert et formé essentiellement des anciens éléments de la gauche de la S.F.I.O. exclus en juin 38 à son congrès de Royan.</p>
<p>[18] Le bastion de la section belge avait de tout temps été la Fédération de Charleroi et ses mineurs de charbon.</p>
<p>[19] Trotsky faisait à la section belge deux reproches de taille : celui d'avoir soutenu la candidature du premier ministre bourgeois van Zeeland contre le « rexiste » Degrelle, s'alignant ainsi que la position « antifasciste » de capitulation du P.C. et du P.O.B., et celui d'avoir organisé en pays wallon des syndicats scissionnistes après des exclusions de la centrale réformiste.</p>
<p>[20] Allusion à la montée qui avait culminé avec les grèves de juin 1936.</p>
<p>[21] Le maréchal Tchiang Kaï‑chek (1887‑1975), ancien chef de l'école militaire du gouvernement de Canton, puis chef militaire et principal dirigeant de ce gouvernement et du parti nationaliste chinois le Guomindang, avait consenti pendant plusieurs années à utiliser les communistes. En avril 1927, s'alliant a la pègre et aux banques, il les avait massacrés à Shanghai et mis hors‑la‑loi dans tout le pays. La politique de soumission du P.C.C. à Tchiang, conçue et défendue par Staline et Boukharine, avait été critiquée par Trotsky et l'Opposition de gauche.</p>
<p>[22] La Conférence de Zimmerwald, en septembre 1915, marque le premier regroupement internationaliste conséquent dans le cours de la guerre.</p>
<p>[23] Socialist Appeal était l'organe du Socialist Workers Party, la section américaine de la IV° Internationale.</p>
<p>[24] La fraction trotskyste était entrée en 1934 dans la S.F.I.O., en août-septembre, constituant le « G.B.L. » (Groupe bolchevik‑léniniste de la S.F.I.O.). Ses premières recrues avaient été les dirigeants des Jeunesses de l'Entente de la Seine.</p>
<p>[25] L'évaluation de Trotsky est d'une grande prudence. Jean‑Paul Joubert dans Révolutionnaires de la S.F.I.O. estime à 10 000 l'effectif initial du P.S.O.P., mais pense que ce chiffre baissa très vite en particulier au lendemain de la crise internationale de Munich qui le divisa profondément.</p>
<p>[26] Sherman Stanley était le pseudonyme de Stanley Plastrik (1915‑1981), un jeune militant du S.W.P. gagné dans les jeunesses socialistes, Y.P.S.L. Il se passionnait pour les Indes et avait pris des contacts notamment avec le parti socialiste du congrès et avait commencé à échanger une correspondance avec Trotsky.</p>
<p>[27] Trotsky disposait d'une information assez succincte sur l'activité du groupe trotskyste indochinois que dirigeait Ta Tu Thau et qui éditait La Lutte à Saïgon.</p>
<p>[28] Le bastion de l'I.L.P. se trouvait à Glasgow dont son principal dirigeant James Maxton (1885‑1946) était député depuis 1922.</p>
<p>[29] James avait pensé pouvoir gagner Brockway en 1935, une date à laquelle Trotsky avait perdu toute illusion, à supposer qu'il en ait eu, à ce sujet.</p>
<p>[30] Trotsky fait allusion ici au congrès de Keighton de l'l.L.P. les 11 et 12 avril 1936 ; le chantage de Maxton à la démission avait conduit Brockway et ses partisans à remettre en cause un vote du congrès et faire se déjuger ce dernier. Cf. Œuvres 9 pp. 203‑210.</p>
<p>[31] James Maxton avait déclaré à la Chambre des Communes qu'il aprouvait entièrement ce que Chamberlain avait fait pour la paix pendant la période de crise internationale qui s'était terminée par les accords de Munich (Cf. Œuvres 19, pp. 144‑148.</p></div>