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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Question nationale en Catalogne et r&#233;volution prol&#233;tarienne en Espagne</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
17 mai 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 mai 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui chez les paysans contre le r&#244;le d&#233;nationalisateur du gros capital et contre la bureaucratie d'Etat. Le r&#244;le dirigeant - pour la phase actuelle - de la petite bourgeoisie dans le mouvement d'&#233;mancipation nationale, comme en g&#233;n&#233;ral dans tout le mouvement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire, introduit in&#233;vitablement dans ce dernier nombre de pr&#233;jug&#233;s de toute sorte. Venant de ce milieu, les illusions nationales s'infiltrent &#233;galement parmi les ouvriers. Telle est, vraisemblablement, dans l'ensemble, la situation en Catalogne, et peut-&#234;tre jusqu'&#224; un certain point dans la F&#233;d&#233;ration Catalane. Mais ce que je viens de dire n'att&#233;nue nullement le caract&#232;re progressiste, r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la lutte nationale catalane contre la suzerainet&#233; espagnole, l'imp&#233;rialisme bourgeois et le centralisme bureaucratique. Pas un instant l'on ne doit perdre de vue que l'Espagne tout enti&#232;re et la Catalogne, comme partie constituante de ce pays, sont gouvern&#233;es actuellement non point par des nationaux-d&#233;mocrates catalans, mais par des bourgeois imp&#233;rialistes espagnols, alli&#233;s &#224; de gros propri&#233;taires fonciers, &#224; de vieux bureaucrates et des g&#233;n&#233;raux, avec l'appui des nationaux-socialistes. Toute cette confr&#233;rie est d'avis de maintenir, d'une part, les servitudes des colonies espagnoles et d'assurer, d'autre part, le maximum de centralisation bureaucratique de la m&#233;tropole ; c'est-&#224;-dire qu'elle veut l'&#233;crasement des Catalans, des Basques et des autres nationalit&#233;s par la bourgeoisie espagnole. Dans la phase actuelle, &#233;tant donn&#233; les combinaisons pr&#233;sentes de forces de classes, le nationalisme catalan est un facteur r&#233;volutionnaire progressiste. Le nationalisme espagnol est un facteur imp&#233;rialiste r&#233;actionnaire. Le communiste espagnol qui ne comprend pas cette distinction, qui affecte de l'ignorer, qui ne la met pas en valeur au premier plan, qui s'efforce au contraire d'en att&#233;nuer l'importance, risque de devenir un agent inconscient de la bourgeoisie espagnole et d'&#234;tre &#224; tout jamais perdu pour la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. O&#249; est le danger des illusions nationales petites bourgeoises ? En ceci qu'elles peuvent diviser le prol&#233;tariat d'Espagne en secteurs nationaux. Le danger est tr&#232;s s&#233;rieux. Les communistes espagnols peuvent le combattre avec succ&#232;s, mais d'une seule mani&#232;re : en d&#233;non&#231;ant implacablement les violences commises par la bourgeoisie de la nation suzeraine et en gagnant ainsi la confiance du prol&#233;tariat des nationalit&#233;s opprim&#233;es. Toute autre politique reviendrait &#224; soutenir le nationalisme r&#233;actionnaire de la bourgeoisie imp&#233;rialiste qui est ma&#238;tresse du pays, contra le nationalisme r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la petite bourgeoisie d'une nation opprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question nationale en Catalogne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore au sujet des questions actuelles de la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi Maurin, le &#034;chef&#034; du Bloc ouvrier et paysan, partage le point de vue du s&#233;paratisme. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, il s'est d&#233;termine en tant qu'aile gauche du nationalisme petit-bourgeois. J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit que le nationalisme petit-bourgeois catalan est, au stade actuel, progressif. Mais &#224; une condition : qu'il d&#233;veloppe son activit&#233; hors des rangs du communisme, et qu'il se trouve toujours ainsi sous les coups de la critique des communistes. Au contraire, permettre au nationalisme petit-bourgeois de se manifester sous le masque communiste signifie en m&#234;me temps porter un coup perfide &#224; l'avant-garde prol&#233;tarienne et tuer la signification progressive du nationalisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que signifie le programme du s&#233;paratisme ? Le d&#233;membrement &#233;conomique et politique de l'Espagne ou, en d'autres termes, la transformation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique en une sorte de p&#233;ninsule balkanique, avec des Etats ind&#233;pendants, divis&#233;s par des barri&#232;res douani&#232;res, ayant des arm&#233;es ind&#233;pendantes et menant des guerres hispaniques &#034;ind&#233;pendantes&#034;. Bien entendu, le sage Maurin dira que ce n'est pas cela qu'il veut. Mais les programmes ont leur logique, ce dont manque Maurin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de l'Espagne sont-ils int&#233;ress&#233;s au d&#233;membrement &#233;conomique du pays ? En aucun cas. C'est pourquoi identifier la lutte d&#233;cisive pour le droit &#224; l'autod&#233;termination avec la propagande pour le s&#233;paratisme constitue un travail n&#233;faste. Notre programme est la F&#233;d&#233;ration hispanique avec le maintien indispensable de l'unit&#233; &#233;conomique. Nous n'avons pas l'intention d'imposer ce programme aux nationalit&#233;s opprim&#233;es de la p&#233;ninsule &#224; l'aide des armes de la bourgeoisie. En ce sens, nous sommes sinc&#232;rement pour le droit &#224; l'autod&#233;termination [2]. Si la Catalogne se s&#233;parait du reste de l'Espagne, la minorit&#233; communiste de Catalogne, comme celle d'Espagne, devrait combattre pour une F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les Balkans, c'est encore la vieille social-d&#233;mocratie d'avant guerre qui a mis en avant le mot d'ordre de F&#233;d&#233;ration balkanique d&#233;mocratique, comme issue &#224; la situation de fous cr&#233;&#233;e par le morcellement des Etats. Aujourd'hui, le mot d'ordre communiste dans les Balkans est celui de la F&#233;d&#233;ration balkanique des soviets (&#224; propos, l'I.C. a adopt&#233; le mot d'ordre de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique balkanique, mais a rejet&#233; en m&#234;me temps ce mot d'ordre pour l'Europe !). Pouvons-nous, dans ces conditions, faire n&#244;tre le mot d'ordre de la balkanisation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique ? N'est-ce pas monstrueux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicalistes - tout au moins certains de leurs chefs - ont d&#233;clar&#233; qu'ils lutteront contre le s&#233;paratisme, au besoin les armes &#224; la main. Dans ce cas, communistes et syndicalistes se trouveraient chacun d'un c&#244;t&#233; de la barricade, parce que, sans partager les illusions s&#233;paratistes et tout en les critiquant au contraire, les communistes doivent s'opposer impitoyablement aux bourreaux de l'imp&#233;rialisme et &#224; ses laquais syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la petite bourgeoisie en arrivait - contre les conseils et la critique des communistes - &#224; d&#233;membrer l'Espagne, les r&#233;sultats n&#233;gatifs d'un tel r&#233;gime ne tarderaient pas &#224; se manifester. Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de la p&#233;ninsule arriveraient vite &#224; cette conclusion : oui, les communistes avaient raison. Mais cela signifie pr&#233;cis&#233;ment que nous ne devons pas assumer la moindre parcelle de responsabilit&#233; dans le programme de Maurin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Monatte esp&#232;re que les syndicalistes espagnols cr&#233;eront un nouvel Etat syndicaliste [3]. Au lieu de cela, les amis espagnols de Monatte s'int&#232;grent avec succ&#232;s dans l'Etat bourgeois [4]. C'est l'histoire de cette malheureuse poule qui couve des oeufs de cane ! Aujourd'hui, il est tr&#232;s important de suivre de pr&#232;s tout ce que disent et font les syndicalistes espagnols. Cela ouvrira &#224; l'opposition de gauche en France des possibilit&#233;s pour porter un bon coup &#224; l'anarcho-syndicalisme fran&#231;ais. On ne peut douter un seul instant que, dans les conditions de la r&#233;volution, les anarcho-syndicalistes se compromettront &#224; chaque pas.&lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e g&#233;niale des syndicalistes consiste &#224; contr&#244;ler les Cort&#232;s sans y participer ! Employer la violence r&#233;volutionnaire, lutter pour le pouvoir, s'emparer du pouvoir, rien de cela n'est permis. A la place, on recommande de &#034;contr&#244;ler&#034; la bourgeoisie au pouvoir. Magnifique tableau : la bourgeoisie prend son petit d&#233;jeuner, elle d&#233;jeune, elle d&#238;ne et le prol&#233;tariat dirig&#233; par les syndicalistes, le ventre creux, contr&#244;le les op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky d&#233;veloppe ici la position d&#233;fendue par Lenine et le parti bolchevique &#224; l'&#233;gard des diverses nationalit&#233;s de l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans La R&#233;volution prol&#233;tarienne n0 117, 5 mai 1931, Pierre Monatte s'&#233;tonnait de l'orientation r&#233;formiste des dirigeants de la C. N. T. Il appelait les anarchistes et les anarcho-syndicalistes espagnols &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole de la r&#233;alit&#233; et &#224; accepter la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;dictature du prol&#233;tariat&#034; qui ne soit pas, comme en Russie, celle d'un parti ; il sugg&#233;rait que cette &#034;dictature&#034; pourrait, &#233;tant donn&#233; les conditions espagnoles, etre assur&#233;e par les syndicats, qui donneraient ainsi naissance &#224; un nouvel &#034;Etat ouvrier&#034; et &#224; une forme &#034;syndicale&#034; de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Allusion au noyau dirigeant de la C. N. T., avec Angel Pestana, Juan Peiro, etc., qui se compromettait alors ouvertement avec les dirigeants r&#233;publicains et s'orientait vers un plat r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confusionnisme de Maurin et la question catalane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus nuisible, le plus dangereux et m&#234;me le plus n&#233;faste, serait que dans l'esprit des ouvriers de Catalogne, d'Espagne et du monde entier, se renforce l'id&#233;e que nous sommes solidaires de la politique de la F&#233;d&#233;ration catalane, que nous en portons la responsabilit&#233;, ou, du moins, que nous sommes plus proches d'elle que du groupe centriste [2]. Les staliniens s'emploient de toutes leurs forces &#224; pr&#233;senter les choses de cette fa&#231;on. Jusqu'&#224; maintenant, nous n'avons pas combattu l&#224;-dessus avec assez de vigueur. Il est d'autant plus urgent et important de dissiper ce malentendu qu'il nous compromettrait terriblement et entraverait le succ&#232;s des ouvriers catalans et espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, c'est d'abord &#224; nos partisans en Catalogne m&#234;me qu'il revient de d&#233;noncer la F&#233;d&#233;ration catalane. Ils doivent se manifester par une critique claire, ouverte, pr&#233;cise, une critique qui ne taise rien sur la politique de Maurin, ce m&#233;lange de pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, d'ignorance, de &#034;science&#034; provinciale et de coquinerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections aux Cort&#232;s, la F&#233;d&#233;ration a recueilli pr&#232;s de 10 000 voix. Ce n'est pas beaucoup, mais, au cours d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une organisation v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire est capable de grandir vite. Il y a pourtant une circonstance qui amoindrit consid&#233;rablement le poids de ces 10 000 voix : la F&#233;d&#233;ration catalane a obtenu moins de voix aux &#233;lections aux Cort&#232;s qu'aux &#233;lections municipales &#224; Barcelone, le centre le plus important. Ce fait, &#224; premi&#232;re vue mineur, a en tant que sympt&#244;me une signification &#233;norme. Il d&#233;montre que, pendant que se manifeste encore dans les coins les plus retir&#233;s du pays un afflux, d'ailleurs faible, des ouvriers vers la F&#233;d&#233;ration, &#224; Barcelone, la confusion de Maurin n'attire pas les ouvriers, mais au contraire les &#233;loigne. Bien entendu, la faillite in&#233;vitable de Macia peut b&#233;n&#233;ficier &#224; Maurin en tant que failli de seconde zone. Mais l'impuissance m&#234;me de l'actuelle direction de la F&#233;d&#233;ration est totalement d&#233;montr&#233;e par les &#233;lections aux Cort&#232;s : il faut vraiment un talent particulier pour parvenir &#224; ne pas accro&#238;tre son influence &#224; Barcelone pendant les trois premiers mois de la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente la F&#233;d&#233;ration dans le langage de la politique r&#233;volutionnaire ? Est-ce une organisation communiste ? Et quelle organisation communiste : de droite, de gauche, ou du centre ? Il est hors de doute que ce sont des ouvriers r&#233;volutionnaires, des communistes en puissance, qui votent pour la F&#233;d&#233;ration. Mais ils n'ont dans la t&#234;te aucune clart&#233;. D'o&#249; leur viendrait-elle, puisqu'ils sont dirig&#233;s par des confusionnistes ? Dans ces conditions, les ouvriers les plus hardis, les plus d&#233;cid&#233;s, les plus cons&#233;quents, ne peuvent, in&#233;vitablement, que se pr&#233;cipiter du c&#244;t&#233; du parti officiel. Ce dernier n'a obtenu &#224; Barcelone que 170 voix et un peu moins de 1 000 pour l'ensemble de la Catalogne. Mais il ne faut pas croire que ce sont les plus mauvais &#233;l&#233;ments. Au contraire, la plupart pourraient &#234;tre avec nous, et le seront quand nous d&#233;ploierons notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la r&#233;volution de 1917, la majorit&#233; des organisations social-d&#233;mocrates russes &#233;taient encore communes et comprenaient dans leurs rangs bolcheviks, mencheviks, conciliateurs, etc [3]. La tendance &#224; l'unification &#233;tait si forte qu'&#224; la conf&#233;rence du parti bolchevique, fin mars, Staline, quelques jours avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, se pronon&#231;a pour l'unification avec les mencheviks [4]. Certaines organisations de province rest&#232;rent communes jusqu'&#224; la r&#233;volution d'Octobre. Je me figure la F&#233;d&#233;ration catalane comme une sorte d'organisation commune de ce type, une organisation non d&#233;limit&#233;e, qui comprend de futurs bolcheviks et de futurs mencheviks. Cela justifie une politique qui cherche &#224; provoquer une diff&#233;renciation politique dans les rangs de la F&#233;d&#233;ration. Le premier pas dans cette voie doit &#234;tre la d&#233;nonciation de la vulgarit&#233; politique du maurinisme. Ici, il faut &#234;tre sans piti&#233;. Pourtant, la comparaison entre cette F&#233;d&#233;ration et les organisations unifi&#233;es de Russie exige d'importantes r&#233;serves. Les organisations unifi&#233;es n'excluaient aucun groupement social-d&#233;mocrate existant. Tous avaient le droit de lutter pour leurs opinions &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation unifi&#233;e. Il en va tout autrement &#224; l'int&#233;rieur de la F&#233;d&#233;ration catalane. L&#224;, le &#034;trotskisme&#034; est mis &#224; l'index. N'importe quel confusionniste a le droit d'y d&#233;fendre sa confusion, mais le bolchevik-l&#233;niniste ne peut y &#233;lever ouvertement la voix [5]. Ainsi, d&#232;s le d&#233;but, cette organisation unifi&#233;e &#233;clectique se coupe de l'aile gauche. Mais, par cela m&#234;me, elle devient un bloc chaotique de tendances centristes et droiti&#232;res. Le centrisme peut se d&#233;velopper soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Le centrisme de la F&#233;d&#233;ration catalane, qui se s&#233;pare de l'aile gauche pendant la r&#233;volution, est vou&#233; &#224; une destruction honteuse. La t&#226;che de l'opposition de gauche consiste &#224; pr&#233;cipiter cette destruction par une critique impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe une autre circonstance &#224; laquelle il faut accorder une importance exceptionnelle. Officiellement, la F&#233;d&#233;ration catalane est en faveur de l'unification de toutes les organisations et groupements communistes. Il est certain que ses membres, &#224; la base, veulent sinc&#232;rement et loyalement cette unit&#233;, bien qu'ils attachent &#224; ce mot d'ordre toutes sortes d'illusions. Nous sommes tout &#224; fait &#233;trangers &#224; ces illusions. Nous luttons pour l'unit&#233; parce que, dans les cadres d'un parti unifi&#233;, nous esp&#233;rons effectuer avec succ&#232;s un travail progressif de d&#233;limitation id&#233;ologique sur la base des questions et des t&#226;ches, non pas impos&#233;es du dehors, mais d&#233;coulant du d&#233;veloppement de la r&#233;volution espagnole m&#234;me. De toute fa&#231;on, nous soutenons la lutte pour l'unification des communistes. La condition fondamentale de cette unification est pour nous le droit &#224; la possibilit&#233; de lutter pour nos mots d'ordre, pour nos points de vue, dans les cadres de l'organisation unifi&#233;e. Nous pouvons et nous devons promettre une totale loyaut&#233; dans cette lutte, mais cette condition fondamentale est refus&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la F&#233;d&#233;ration elle-m&#234;me tout en luttant sous le drapeau de l'unit&#233;, elle bannit les bolcheviks-l&#233;ninistes de ses propres rangs. Dans ces conditions, conf&#233;rer un r&#244;le dirigeant &#224; la F&#233;d&#233;ration catalane dans la lutte pour l'unit&#233; du P.C. constituerait de notre part la pire ineptie. Au congr&#232;s d'unification, Maurin s'appr&#234;te &#224; jouer les premiers violons. Pouvons-nous tol&#233;rer en silence cette d&#233;go&#251;tante hypocrisie ? En luttant contre l'opposition de gauche, Maurin imite la bureaucratie stalinienne afin de gagner ses faveurs. En r&#233;alit&#233;, il dit aux staliniens : &#034;Donnez-moi votre b&#233;n&#233;diction et avant tout vos subsides, et je vous promets de lutter contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, non pas par crainte, mais pour des raisons id&#233;ologiques.&#034; L'activit&#233; de Maurin en faveur de l'unification n'est qu'une forme de chantage vis-&#224;-vis des staliniens. Si nous nous taisions l&#224;-dessus, nous ne serions pas des r&#233;volutionnaires, mais les auxiliaires passifs d'un chantage politique. Nous devons d&#233;noncer sans rel&#226;che le r&#244;le de Maurin, c'est-&#224;-dire son charlatanisme &#034;unificateur&#034;, sans affaiblir un seul instant notre effort en faveur de l'unification r&#233;elle des rangs communistes, sans affaiblir notre lutte pour que les rangs communistes se rangent sous notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de la gauche internationale doit &#234;tre aujourd'hui concentr&#233; pour les neuf dixi&#232;mes sur l'Espagne. Il faut restreindre toutes les d&#233;penses pour avoir la possibilit&#233; de mettre sur pied un hebdomadaire en espagnol avec des &#233;ditions r&#233;guli&#232;res en catalan, tout en distribuant en m&#234;me temps des tracts en quantit&#233; consid&#233;rable. Il faut envisager de restreindre toutes les autres d&#233;penses, sans exception, afin de donner &#224; l'Opposition espagnole l'aide la plus grande possible [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Secr&#233;tariat International doit, &#224; mon avis, consacrer les neuf dixi&#232;mes de ses forces aux questions de la r&#233;volution espagnole. Il faut tout simplement oublier qu'il existe de par le monde toutes sortes de Landau. Il faut tourner le dos &#224; toutes leurs querelles, &#224; toutes les intrigues et &#224; tous les intrigants, sans leur consacrer d&#233;sormais une minute de plus. La r&#233;volution espagnole est &#224; l'ordre du jour. Il faut sans retard traduire les documents les plus importants et les soumettre &#224; la critique n&#233;cessaire. Le prochain num&#233;ro du Bulletin international doit &#234;tre enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la r&#233;volution espagnole. Il faut &#233;galement prendre toute une s&#233;rie de mesures d'organisation. Pour cela, il faut des hommes et des moyens. Il faut trouver les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas, et il ne peut y avoir de crime plus grand que de perdre du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International. Il semble, et Pierre Naville le confirmera, que les positions de Trotsky vis-&#224;-vis de Maurin, et de la F&#233;d&#233;ration catalane n'&#233;taient pas comprises par tous, et pas seulement dans les rangs de l'Opposition espagnole,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le &#034; groupe centriste &#034; d&#233;signe ici l'&#233;quipe stalinienne qui dirige le P. C. E. C'est seulement &#224; partir de 1933 que Trotsky r&#233;servera l'&#233;pith&#232;te de &#034;centriste&#034; aux groupes se trouvant entre les II&#176; et III&#176; Internationale d'une part et le mouvement pour la IV&#176; de l'autre : Maurin deviendra alors &#224; ses yeux un &#034;centriste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La plupart des organisations social-d&#233;mocrates russes qui s'&#233;taient reconstitu&#233;es avant 1917 l'avaient &#233;t&#233; sur une base &#034;unitaire&#034;. Nombreuses &#233;taient encore celles qui adh&#233;raient sous cette forme au parti bolchevique au mois d'ao&#251;t de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pour faciliter la fusion, Staline proposait le 1&#176; avril que les bolcheviques ne pr&#233;sentent aucune plate-forme politique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il semble - tant par la lecture de la presse contemporaine que selon le t&#233;moignage de Joaquin Maurin lui-m&#234;me - que la F&#233;d&#233;ration catalane ait plut&#244;t employ&#233; la dissuasion que l'exclusion. En tout cas, les amis politiques de Nin qui y avaient adh&#233;r&#233; ne devaient y rester que quelques mois ; ce fut le cas notamment de Molins y Fabrega, Franciso De Cabo et Carlotta Duran. Reste que Nin, de son c&#244;t&#233;, parle bien d' &#034;exclusions&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Raymond Molinier, dirigeant et &#034;financier&#034; de la Ligue fran&#231;aise, se rendra peu apr&#232;s en Espagne pour r&#233;gler la question de l'hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le conflit catalan et les t&#226;ches du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#233;t&#233; 1934)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'appr&#233;ciation du conflit catalan et des possibilit&#233;s en r&#233;sultant doit partir du fait que la Catalogne repr&#233;sente aujourd'hui indubitablement la plus forte position des forces d&#233;fensives dirig&#233;es contre la r&#233;action espagnole et contre les dangers du fascisme. Si cette position tombe, la r&#233;action aura remport&#233; une victoire d&#233;cisive et pour longtemps. Avec une politique juste de l'avant-garde prol&#233;tarienne il est possible de faire de cette position d&#233;fensive la plus forte, la position de d&#233;part d'une nouvelle offensive de la r&#233;volution espagnole. Telle doit &#234;tre notre perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ce d&#233;veloppement n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan r&#233;ussit &#224; s'emparer lui de la direction de la lutte d&#233;fensive contre le gouvernement central r&#233;actionnaire de Madrid. Mais cela n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan ne promet pas seulement de soutenir cette lutte, au cas qu'elle soit d&#233;clench&#233;e, - soit par l'intransigeance du gouvernement de Madrid, soit par l'agressivit&#233; de la petite-bourgeoisie catalane (cette politique de suivisme est pr&#233;conis&#233;e par nos camarades dans l'Alliance Ouvri&#232;re de Catalogne et r&#233;alis&#233;e contre Maurin) [a] -, mais s'il se met d&#232;s le d&#233;but &#224; la t&#234;te de la r&#233;sistance, s'il dessine des perspectives, lance des mots d'ordre plus hardis et d&#232;s le commencement m&#232;ne la lutte non seulement en paroles, mais en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une r&#233;sistance victorieuse n'est concevable que si non seulement elle mobilise toutes les forces de masse de la Catalogne (toutes les conditions en sont actuellement donn&#233;es), mais pousse de plus vers l'offensive. C'est pourquoi il est d'une importance d&#233;cisive que l'avant-garde prol&#233;tarienne sache expliquer d&#232;s maintenant aux masses ouvri&#232;res et paysannes du reste de l'Espagne que par la victoire ou la d&#233;faite de la r&#233;sistance catalane se d&#233;cidera aussi leur victoire ou leur d&#233;faite. La mobilisation de ces alli&#233;s de l'Espagne toute enti&#232;re doit &#234;tre faite d&#232;s maintenant et non pas au moment o&#249; l'offensive r&#233;actionnaire contre la Catalogne sera devenu un fait (ce qui est la position de nos camarades et de la majorit&#233; de l'A.O.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La Catalogne peut &#234;tre pour longtemps le pivot d&#233;cisif de la r&#233;volution espagnole. La conqu&#234;te de la direction en Catalogne doit &#234;tre le centre de notre politique en Espagne. La politique de nos camarades le [b] rend compl&#232;tement impossible. Cette politique doit &#234;tre rapidement chang&#233;e si l'on ne veut qu'une situation d&#233;cisive aboutisse, par notre faute, &#224; une nouvelle d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole qui serait d&#233;cisive pour longtemps. On ne doit pas se celer que la politique de nos camarades dans cette question jusqu'&#224; maintenant a fortement nui au prestige non seulement de notre propre organisation et de l'Alliance Ouvri&#232;re, mais &#224; celui du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, ce qui ne saurait &#234;tre r&#233;par&#233; que par un tournant radical et convaincant par les faits. La position de nos camarades et de ceux de l'A.O. ne peut &#234;tre comprise par les masses travailleuses non-prol&#233;tariennes que comme suit : le prol&#233;tariat s'engage par la voix de ces organisations &#224; participer si les autres commencent ; mais m&#234;me pour cela il demande son prix (les conditions pos&#233;es par l'A.O. &#224; l'Esquerra petite-bourgeoise, ignorent compl&#232;tement l'int&#233;r&#234;t particulier des paysans et des petits-bourgeois citadins) ; et cherchera - aussit&#244;t que la possibilit&#233; s'y pr&#234;tera - &#224; donner &#224; la lutte une direction dans les sens de ses propres buts de classe, la dictature du prol&#233;tariat. Au lieu d'appara&#238;tre comme le dirigeant de toutes les couches opprim&#233;es de la nation, comme le leader de la lib&#233;ration nationale, le prol&#233;tariat appara&#238;t ici purement comme un partenaire des autres classes, voire un partenaire tr&#232;s &#233;go&#239;ste, auquel il faut donner ou plut&#244;t promettre sa part parce que et pour aussi longtemps qu'on a besoin de lui. La petite-bourgeoisie catalane et la grande bourgeoisie et la r&#233;action se fondant sur la carence de cette petite-bourgeoisie ne pourraient demander rien de mieux qu'un prol&#233;tariat dans cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le tournant de nos camarades, doit consister tout d'abord en ceci : ils doivent propager (par notre propre organisation et par l'A.O.) la proclamation de la R&#233;publique Catalane Ind&#233;pendante et doivent demander pour l'assurer l'armement imm&#233;diat de tout le peuple. Ils ne doivent pas, pour cet armement, attendre le gouvernement, mais commencer imm&#233;diatement &#224; former des milices ouvri&#232;res, qui, elles, doivent alors non seulement revendiquer un meilleur armement de la part du gouvernement, mais doivent s'en procurer un elles-m&#234;mes par le d&#233;sarmement des r&#233;actionnaires et des fascistes. Le prol&#233;tariat doit prouver par les faits aux masses catalanes qu'il prend un int&#233;r&#234;t sacr&#233; &#224; la d&#233;fense de l'ind&#233;pendance catalane. Dans cela consistera le pas d&#233;cisif vers la conqu&#234;te de la direction de la lutte de toutes les couches pr&#234;tes &#224; la d&#233;fense de la ville et de la campagne. L'armement du peuple doit devenir le centre de notre agitation des prochaines semaines sous les mots d'ordre de : continuation du paiement de tous les salaires ; gouvernement et les employeurs doivent se partager le co&#251;t de l'armement et de l'approvisionnement ; les forces de combat existantes (police, etc.) seront encadr&#233;es comme instructeurs dans la formation des milices ; les officiers seront &#233;lus par les membres de la Milice ; la base des milices est l'usine, ou bien le rayon d'habitation ; les ouvriers des grandes entreprises, des chemins de fer, etc. et de toutes entreprises publiques feront automatiquement partie de la milice ; de plus tous les citoyens sont invit&#233;s &#224; s'enr&#244;ler ; toute formation &#233;lit son comit&#233;, qui, de son c&#244;t&#233;, envoie son repr&#233;sentant (sans doute par des instances interm&#233;diaires) au Comit&#233; central de toutes les formations de milice de Catalogne. Ce comit&#233; central (c.&#224;.d. le Soviet central) remplit la t&#226;che d'un &#233;tat-major politique, mais tout d'abord celle du contr&#244;le, plus tard, de la direction centrale de l'approvisionnement en armes et en vivres, etc. En r&#233;alisant cette t&#226;che, il sera oblig&#233; de devenir, d'un organe &#224; c&#244;t&#233; du gouvernement proprement dit, ce gouvernement lui-m&#234;me. Cela est la forme et le chemin concrets des soviets dans la situation donn&#233;e en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#201;tant donn&#233; l'extr&#234;me division du prol&#233;tariat catalan, qui ne permet pas &#224; son h&#233;g&#233;monie de se faire jour en Catalogne, le prol&#233;tariat dans la situation actuelle ne peut proclamer lui-m&#234;me l'ind&#233;pendance catalane. Mais il peut et il doit en appeler la proclamation de toute sa force et l'exiger de l'Esquerra petite-bourgeoise actuellement gouvernante. Il doit r&#233;pondre &#224; son retardement par la revendication de nouvelles &#233;lections imm&#233;diates : &#034;Nous avons besoin d'un gouvernement qui repr&#233;sente et dirige la volont&#233; r&#233;elle de lutte des masses populaires&#034;. Les comit&#233;s des formations de milice doivent devenir le moyen principal de la r&#233;alisation et de la pr&#233;paration de ces &#233;lections. Autrement dit : dans la mesure o&#249; les deux c&#244;t&#233;s de la chose - proclamation de l'ind&#233;pendance et armement du peuple - peuvent &#234;tre s&#233;par&#233; l'un de l'autre, c'est le dernier par lequel il faut commencer le travail pratique et par le moyen duquel il faut imposer le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Non seulement le prol&#233;tariat doit mettre en avant des revendications d&#233;mocratiques g&#233;n&#233;rales (la libert&#233; de la presse, etc., un Etat qui ne soit pas couteux, le nivellement des salaires des fonctionnaires, une &#233;conomie d&#233;mocratique - plus d'imp&#244;ts indirects, la taxation &#233;lev&#233;e directe des poss&#233;dants pour le financement de la r&#233;sistance, etc.) ; non seulement il doit faire siennes - en dehors de ses propres revendications de classe - toutes les revendications sp&#233;ciales aux paysans et aux petits-bourgeois citadins et m&#234;me d&#233;passer les revendications mises en avant jusqu'alors (il manque ici la connaissance des d&#233;tails, surtout dans la question agraire) ; mais avant tout le prol&#233;tariat doit d&#232;s maintenant et de sa propre initiative jeter les revendications comme mots d'ordre dans les masses et appeler celles-ci &#224; lutter pour eux, - mais non pas poser ces revendications &#224; l'Esquerra gouvernante comme &#034;conditions&#034;, sous lesquelles on serait pr&#234;t &#224; participer &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Plus haut on parle toujours vaguement de &#034;le prol&#233;tariat doit...&#034;. La raison en est que malheureusement on ne peut pas parler du &#034;Parti du prol&#233;tariat&#034;. Notre organisation qui - avec une politique juste - pourrait prendre sur elle le r&#244;le du parti, para&#238;t s'&#234;tre plus ou moins dissoute dans la masse molle d'unit&#233; de l'&#034;Alliance&#034;. Dans quelle mesure ici serait possible un tournant rapide qui corresponde &#224; la pouss&#233;e de l'heure actuelle, il n'est assur&#233;ment pas possible de le fixer hors du lieu-m&#234;me. Comme dans la situation actuelle le sort de la R&#233;volution espagnole et de notre organisation en Espagne peut &#234;tre d&#233;cid&#233; pour une longue p&#233;riode (naturellement il y a aussi la possibilit&#233; de r&#233;soudre le conflit - mais m&#234;me dans ce cas l'influence de notre organisation, si elle continue la politique actuelle, devrait subir parmi les masses pr&#234;tes &#224; lutter un dommage extraordinaire capable de la pousser enti&#232;rement hors de l'ar&#232;ne politique). L'envoi d'un d&#233;l&#233;gu&#233; du S.I. est n&#233;cessaire. Son voyage devrait &#234;tre pr&#233;par&#233; par une lettre du S.I. &#224; &#233;crire imm&#233;diatement et qui exposerait notre position dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la Generalitat ou crise nationale ?
&lt;p&gt;G. Munis&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;janvier 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune organisation n'a expliqu&#233; la v&#233;ritable signification et la v&#233;ritable port&#233;e de la crise du gouvernement de la Catalogne ; pas m&#234;me le POUM, qui en a &#233;t&#233; expuls&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle crise ne peut &#234;tre analys&#233;e comme un &#233;v&#233;nement isol&#233;, ayant des causes sp&#233;cifiques &#224; la Catalogne. De nombreuses mesures et de nombreux &#233;v&#233;nements, qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi cette crise, permettent de prouver, documents &#224; l'appui, que nous sommes en pr&#233;sence de la premi&#232;re attaque de la bourgeoisie nationale et internationale contre la r&#233;volution sociale et le prol&#233;tariat en armes, une menace tr&#232;s inqui&#233;tante pour les exploit&#233;s de tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du gouvernement de la Catalogne, dont l'objectif imm&#233;diat &#233;tait d'exclure le POUM, fait partie d'une s&#233;rie de mesures qui a d&#233;but&#233; avec la cr&#233;ation du gouvernement de Largo Caballero. Les instigateurs de ces mesures, les partis socialiste et stalinien, se proposent de d&#233;vier notre guerre civile dans une direction imp&#233;rialiste et de mater l'esprit r&#233;volutionnaire des masses, en les contraignant &#224; accepter la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les attaques gouvernementales contre la r&#233;volution sociale ont commenc&#233; d&#232;s le 19 juillet [1936], mais elles n'ont pu acqu&#233;rir une force organis&#233;e et avoir des effets pratiques que lorsque les dirigeants socialistes et staliniens se sont empar&#233;s du pouvoir. Dans un premier temps, le triomphe du prol&#233;tariat en armes et ses initiatives rudimentaires, mais d&#233;termin&#233;es, ont totalement paralys&#233; les gouvernements du Front populaire, qui sont les uniques responsables directs du d&#233;clenchement du soul&#232;vement fasciste. Ces gouvernements n'&#233;taient que des parodies de gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir r&#233;el, sous tous ses aspects &#8211; politiques, judiciaires, militaires, &#233;conomiques &#8211; se trouvait r&#233;parti entre tous les prol&#233;taires espagnols. Chaque organisation politique ou syndicale, chaque comit&#233; ouvrier, d&#233;tenait un peu de pouvoir, qu'il exer&#231;ait sans le contr&#244;le des directions politiques et syndicales et souvent contre elles. &#192; ce moment-l&#224;, les staliniens n'ont pas os&#233; invoquer [la d&#233;fense de] la patrie ou [de] l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine, mais, soutenus par les socialistes, ils ont pr&#233;par&#233; le terrain au niveau international, tout en veillant [au niveau national] &#224; prot&#233;ger la propri&#233;t&#233;, les banques, le Parlement, la bureaucratie bourgeoise et les d&#233;bris de l'ancienne arm&#233;e nationale. Si toutes les formes capitalistes sont encore debout, c'est gr&#226;ce aux efforts des socialistes et des staliniens. La collectivisation de l'industrie catalane se caract&#233;rise par le corporatisme syndical, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, elle est compl&#232;tement neutralis&#233;e par la banque, qui a gard&#233; toute sa libert&#233; d'action, et par le caract&#232;re petit-bourgeois du pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, la d&#233;sorganisation des milices a provoqu&#233; des d&#233;faites militaires, et le chaos de l'&#233;conomie a aggrav&#233; les probl&#232;mes d'approvisionnement ; le gouvernement a donc pr&#233;par&#233; son offensive pour la &#171; d&#233;fense de la R&#233;publique &#187; et a essay&#233; d'&#234;tre accept&#233;, &#224; tout prix, par les gouvernements de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Ces Etats, partisans de la non-intervention, sont rest&#233;s neutres, favorisant ainsi Franco [illisible] si les masses allaient, rompre ou non, la camisole de force d&#233;mocrate socialiste et stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce que se constitue le fameux &#171; gouvernement de la victoire &#187;. L'histoire a connu peu de chantages politiques aussi monstrueux que celui-ci. Malgr&#233; une situation totalement r&#233;volutionnaire, un prol&#233;tariat en armes, des usines et [des] ateliers aux mains des travailleurs, des terres occup&#233;es par les paysans, une justice exerc&#233;e par des travailleurs, et une situation sociale en Europe qui pouvait facilement se transformer en r&#233;volution, le &#171; gouvernement de la victoire &#187; s'est, d&#232;s sa cr&#233;ation, fix&#233; pour but d'interrompre le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, de sauver la bourgeoisie qui avait disparu de la sc&#232;ne espagnole, et de donner &#224; la France, &#224; la Grande-Bretagne et &#224; la Russie, l'assurance que ces Etats pouvaient s'associer avec un gouvernement qui n'avait rien de bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milices, qui ont &#233;t&#233; fond&#233;es dans un esprit prol&#233;tarien, sont une institution qui d&#233;pla&#238;t souverainement aux bourgeoisies fran&#231;aise et britannique, et repr&#233;sente un danger gravissime pour la bourgeoisie nationale. La militarisation des milices fut l'un des premiers d&#233;crets pris par le gouvernement Caballero afin de rassurer cette bourgeoisie. Ce gouvernement ne voulait pas des militants rouges, mais des soldats de la R&#233;publique. Pour s&#233;duire les autres pays et montrer que le gouvernement [espagnol] &#233;tait suffisamment fort pour emp&#234;cher le triomphe de la r&#233;volution sociale, celui-ci cr&#233;a des tribunaux &#171; populaires &#187;, pr&#233;sid&#233;s par des avocats qui jugeaient selon des lois con&#231;ues pour servir la bourgeoisie ; il renfor&#231;a les forces arm&#233;es &#224; la structure bourgeoise ; il dissout le Comit&#233; central des milices de Catalogne ; il mena campagne en faveur de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organe du parti stalinien catalan l'avoua dans son num&#233;ro du 10 janvier : &#171; Nous devons d&#233;montrer aux Etats non fascistes que nous sommes capables de r&#233;soudre d&#233;mocratiquement les probl&#232;mes de demain &#187;, d&#233;clara-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, les bavardages de la SDN [la Soci&#233;t&#233; des Nations] permirent &#224; Alvarez del Vayo de persuader les puissances imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques que le volet civil de notre guerre n'&#233;tait qu'une apparence cachant un complot italo-allemand contre l'h&#233;g&#233;monie franco-britannique en M&#233;diterran&#233;e. Les ministres se mirent &#224; diffuser cette version de la guerre dans toute l'Espagne. Ce ne sont pas, pr&#233;tendaient-ils, les int&#233;r&#234;ts d'une classe r&#233;volutionnaire qui sont en jeu, mais &#171; la paix de l'Europe &#187;, c'est-&#224;-dire la domination de tel ou tel imp&#233;rialisme. En effet, la France, la Grande-Bretagne et la Russie elle-m&#234;me &#233;taient impatientes que les objectifs r&#233;publicains de nos gouvernants se transforment en r&#233;alit&#233;s. La bourgeoisie espagnole serait sauv&#233;e, et, avec elle, la domination coloniale de ces pays sur l'Espagne. Sans doute, la France et la Grande-Bretagne craignent-elles les cons&#233;quences &#233;conomiques et militaires du triomphe de Franco. La non-intervention n'aurait jamais exist&#233; si le dilemme fascisme-ou-d&#233;mocratie &#233;tait une r&#233;alit&#233; sociale et non un leurre, une trahison. Mais face &#224; une r&#233;volution socialiste, la France et la Grande-Bretagne ne pouvaient qu'adopter une position de classe, favorisant les fascistes, tout en encourageant la trahison des socialistes et des staliniens. Dans le num&#233;ro susmentionn&#233; de Treball, ceux-ci avouent que le retrait des &#171; d&#233;mocraties &#187; ob&#233;it fondamentalement &#224; &#171; certaines attitudes observ&#233;es en Espagne &#187;. Ces &#171; attitudes &#187; ne sont rien d'autre que les mesures r&#233;volutionnaires prises par les masses. Ainsi, les staliniens et les socialistes, ob&#233;issant aux ordres de la bourgeoisie europ&#233;enne, recourent &#224; toutes sortes de basses man&#339;uvres, pour discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires, et r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; bourgeoise en menant campagne contre les comit&#233;s, les &#171; &#233;l&#233;ments incontr&#244;l&#233;s &#187; (la bourgeoisie a toujours coll&#233; cette &#233;tiquette aux r&#233;volutionnaires), la cr&#233;ation de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine et l'imposition du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces man&#339;uvres, la Russie a jou&#233; un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant et d&#233;cisif en orientant le cours des &#233;v&#233;nements. Sa solidarit&#233; active avec le prol&#233;tariat espagnol et avec la r&#233;volution sociale espagnole aurait rapidement d&#233;cid&#233; de l'&#233;volution de la guerre en notre faveur et aurait peut-&#234;tre ouvert les portes &#224; la r&#233;volution europ&#233;enne. Mais en Russie l'&#201;tat est monopolis&#233; par une caste bureaucratique qui ne survivrait pas longtemps &#224; la victoire d'une r&#233;volution socialiste dans n'importe quel pays. Le fascisme (&#224; sa droite) et le prol&#233;tariat (&#224; sa gauche) menacent ses privil&#232;ges, la for&#231;ant &#224; se battre sur ses deux flancs, &#224; trahir la r&#233;volution dans tous les pays pour sauver les alliances militaires qu'elle a conclues contre l'Allemagne. En Espagne, la bureaucratie sovi&#233;tique ne voit pas d'autre alli&#233; que la France. Mais la France ne peut &#234;tre l'alli&#233; d'une Espagne socialiste, et pour emp&#234;cher cette transformation [sociale], les dirigeants staliniens sont de fervents partisans d'une r&#233;publique d&#233;mocratique [bourgeoise].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre, tous leurs efforts tendent vers ce but. L'exclusion du POUM par le gouvernement de la Generalitat constitue une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans cette &#233;volution r&#233;gressive. Il faut dire que si le POUM &#233;tait un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire, il n'aurait jamais collabor&#233; &#224; un gouvernement dont la constitution visait &#224; gagner du temps jusqu'&#224; ce que le pouvoir puisse enclencher la marche arri&#232;re. Par sa pr&#233;sence le POUM a couvert les tra&#238;tres et s'est lui-m&#234;me ferm&#233; l'acc&#232;s aux masses. Le m&#234;me processus s'est produit avec la CNT, de fa&#231;on plus accentu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la Catalogne a consolid&#233; l'autorit&#233; du gouvernement [r&#233;gional] face &#224; la bourgeoisie europ&#233;enne. [Anthony] Eden, lui-m&#234;me, a d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des communes que ce &#171; serait une calomnie de consid&#233;rer le gouvernement de Valence comme un gouvernement communiste &#187;. De nouveaux accords commerciaux vont &#234;tre conclus avec la Grande-Bretagne et la France, et notre presse reproduit les &#233;loges de la presse capitaliste europ&#233;enne &#224; propos du discours d'Alvarez del Vayo. Et en &#233;change de quelques promesses, le gouvernement a lanc&#233; une vaste offensive contre le prol&#233;tariat. Il appelle &#224; d&#233;fendre la patrie, il supprime les postes de contr&#244;le des ouvriers sur les routes, il dissout les milices de l'arri&#232;re ; et les rues, les banques et les institutions sont de nouveau surveill&#233;es par les forces [de r&#233;pression] bourgeoises, qui portent l'uniforme bien commode de la Garde nationale de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre les comit&#233;s, vigoureusement men&#233;e par les socialistes et les staliniens, vise &#224; &#233;liminer compl&#232;tement l'intervention des travailleurs, pour assurer &#224; la France, la Grande-Bretagne et la Russie qu'il existe d&#233;sormais un gouvernement fort, aussi fort que celui de Blum, qui interdit les gr&#232;ves spontan&#233;es, ou [celui] du r&#233;actionnaire Baldwin. Dans cette campagne, le pouvoir mobilise tous les artifices et toute la perfidie dont il dispose puisque son existence d&#233;pend du soutien des masses et qu'en m&#234;me temps il ne peut gouverner sans les trahir. L'anarchie &#233;conomique, provoqu&#233;e par la dissolution des rapports bourgeois et exacerb&#233;e par les besoins de la guerre, est utilis&#233;e pour maintenir en place les rapports bourgeois eux-m&#234;mes. Ce ne sont pas les comit&#233;s qui cr&#233;ent l'anarchie, mais le gouvernement qui les emp&#234;che d'&#233;tablir un contr&#244;le absolu sur l'&#233;conomie, d'exercer le pouvoir politique et d'organiser la soci&#233;t&#233; dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Catalogne et celui de Valence opposent l'ordre d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire bourgeois &#224; l'ordre r&#233;volutionnaire, socialiste, des comit&#233;s. Ils dissolvent ces comit&#233;s et s'arrogent les m&#234;mes pouvoirs que n'importe quel gouvernement capitaliste. La crise de la Generalitat marque le moment o&#249; les questions militaires et les probl&#232;mes d'approvisionnement, qui n'ont pas pu &#234;tre r&#233;solus en raison de l'absence d'un pouvoir r&#233;volutionnaire, &#233;puisent suffisamment la population pour faire reculer la r&#233;volution sans produire de bouleversements dramatiques. Le temps de l'offensive bourgeoise contre le prol&#233;tariat est venu, offensive dont les troupes de choc sont fournies par les partis socialiste et stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus cette offensive r&#233;ussit, plus l'attitude de la France et de la Grande-Bretagne devient favorable envers l'Espagne. La bourgeoisie mondiale, aid&#233;e efficacement par la bureaucratie sovi&#233;tique, s'appuie sur les partis socialiste et stalinien pour sauver la bourgeoisie espagnole et transformer la guerre civile en guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat ne balaie pas les tra&#238;tres qui le gouvernent, il viendra un moment o&#249; les mots d'ordre en faveur de la d&#233;fense de la patrie serviront &#224; accueillir dans notre camp les bourgeois et les banquiers qui se sont enfuis, mais sont suffisamment patriotes pour comprendre que, derri&#232;re les &#171; rouges &#187;, il n'y a rien d'autre qu'une politique blanche et un c&#339;ur blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le prol&#233;tariat est politiquement impuissant. Des organisations comme la CNT, la FAI et le POUM ne veulent pas trahir les masses, mais il leur manque les principes n&#233;cessaires pour les guider vers la r&#233;volution. La CNT aujourd'hui reprend le mot de d&#233;fense de la patrie. Elle d&#233;nonce bruyamment les politiciens, mais se laisse entra&#238;ner dans une politique de capitulation, de concessions &#224; la bourgeoisie et de sabotage g&#233;n&#233;ral de la r&#233;volution. Le terrible manque d'un parti r&#233;volutionnaire repr&#233;sente la plus grave menace pour la r&#233;volution. En son absence, les socialistes, les staliniens et la bourgeoisie mondiale r&#233;ussiront &#224; r&#233;aliser l'union sacr&#233;e qui est leur objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux efforts d&#233;ploy&#233;s pour dissoudre les comit&#233;s, le prol&#233;tariat doit opposer la multiplication de ces comit&#233;s, en organisant des &#233;lections libres parmi les travailleurs [...] ; &#224; la collaboration de la CNT et du POUM au gouvernement [...], le prol&#233;tariat doit opposer une rupture absolue et la remise du pouvoir aux repr&#233;sentants &#233;lus par ces comit&#233;s. Ce n'est que lorsque le pouvoir politique appartiendra aux organismes des travailleurs qu'ils pourront &#233;tablir une politique r&#233;volutionnaire en mati&#232;re d'approvisionnement, cr&#233;er une arm&#233;e rouge, forte et disciplin&#233;e, balayer toutes les formes &#233;conomiques et politiques bourgeoises et ouvrir l'&#232;re de la r&#233;volution sociale en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.M. [Munis]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Felix Morrow&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les journ&#233;es de Mai : barricades &#224; Barcelone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne &#233;tait, plus encore qu'avant la guerre civile, le centre &#233;conomique principal de l'Espagne. Et cette puissance &#233;conomique &#233;tait maintenant entre les mains des ouvriers et des paysans (du moins le pensaient-ils). L'industrie textile espagnole dans sa totalit&#233; &#233;tait concentr&#233;e. Ses ouvriers produisaient maintenant des v&#234;tements et des couvertures pour l'arm&#233;e et la population civile, et des marchandises d'une n&#233;cessit&#233; vitale pour l'exportation. Comme le fer et les aci&#233;ries de Bilbao &#233;taient virtuellement coup&#233;s du reste de l'Espagne, les travailleurs de la m&#233;tallurgie et de l'industrie chimique de Catalogne avaient cr&#233;&#233; avec la rapidit&#233; la plus h&#233;ro&#239;que une vaste industrie de guerre pour &#233;quiper les arm&#233;es antifascistes. Les collectivit&#233;s agricoles, qui avaient r&#233;alis&#233; les plus grandes r&#233;coltes de toute l'histoire espagnole, nourrissaient l'arm&#233;e et les villes et fournissaient des agrumes pour l'exportation. Les marins de la C.N.T. transportaient les produits export&#233;s qui procuraient &#224; l'Espagne des cr&#233;dits &#233;trangers, et ramenaient de pr&#233;cieuses cargaisons pour la lutte contre Franco. Les masses de la C.N.T. tenaient les fronts de l'Aragon et de Teruel ; elles avaient envoy&#233; Durruti et leurs meilleures milices sauver Madrid juste &#224; temps. En un mot, le prol&#233;tariat catalan constituait la colonne vert&#233;brale des forces antifascistes, et le savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, apr&#232;s le 19 juillet, son pouvoir avait &#233;t&#233; reconnu par Companys lui-m&#234;me. Le pr&#233;sident catalan, s'adressant pendant les journ&#233;es de juillet &#224; la C.N.T.-F.A.I., avait dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Vous avez toujours &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement pers&#233;cut&#233;s, et moi-m&#234;me, avec beaucoup de peine mais contraint par les r&#233;alit&#233;s politiques, moi-m&#234;me, jadis &#224; vos c&#244;t&#233;s, je me suis vu plus tard oblig&#233; de m'opposer &#224; vous et de vous poursuivre. Aujourd'hui vous &#234;tes les ma&#238;tres de la ville et de la Catalogne, parce vous seuls avez vaincu les soldats fascistes. J'esp&#232;re que vous ne trouverez pas d&#233;plac&#233; que je puisse vous rappeler maintenant que l'aide des hommes de mon parti et de la Garde, plus ou moins nombreux, ne vous a pas manqu&#233; [... ] Vous avez vaincu, et tout est en votre pouvoir. Si vous n'&#233;prouvez pas le besoin ou le d&#233;sir que je sois pr&#233;sident, dites-le maintenant, et je deviendrai un soldat de plus dans la lutte antifasciste. Si, au contraire, vous me croyez quand je dis que je n'abandonnerai ce poste au fascisme victorieux que transform&#233; en, cadavre, je pourrai peut-&#234;tre, de mon nom et de mon prestige, vous servir avec mes camarades du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte et la rage des masses catalanes devant les empi&#233;tements de la contre-r&#233;volution &#233;taient par cons&#233;quent des sentiments d'hommes lib&#233;r&#233;s et ma&#238;tres de leur destin en danger de redevenir esclaves. Il &#233;tait hors de question de se soumettre sans combattre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 avril &#8211; au lendemain du ralliement des ministres de la C.N.T. &#224; la Generalidad &#8211; un r&#233;giment de carabiniers arriva &#224; Puigcerda et demanda aux patrouilles ouvri&#232;res de la C.N.T. de rendre le contr&#244;le des douanes. Tandis que les dirigeants les plus en vue de la C.N.T. se h&#226;taient vers Puigcerda pour n&#233;gocier une solution pacifique &#8211; c'est-&#224;-dire pour persuader les travailleurs de c&#233;der le contr&#244;le de la fronti&#232;re &#8211; on envoyait les Gardes civiles et d'assaut &#224; Figueras et dans d'autres villes de province pour arracher le contr&#244;le policier aux organisations ouvri&#232;res. En m&#234;me temps, &#224; Barcelone, les gardes d'assaut proc&#233;daient au d&#233;sarmement &#224; vue des travailleurs dans les rues. Durant les derni&#232;res semaines d'avril, ils rapport&#232;rent qu'ils en avaient d&#233;sarm&#233; trois cents de cette mani&#232;re. La nuit, des heurts se produisaient entre ouvriers et Gardes. Des camions de gardes d&#233;sarmaient les travailleurs isol&#233;s. Les travailleurs usaient de repr&#233;sailles. Ceux qui refusaient de se soumettre &#233;taient fusill&#233;s. En retour, des gardes &#233;taient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril, Roldan Cortada, dirigeant du syndicat du P.S.U.C., fut assassin&#233; &#224; Molins de Llobregat. On ne sait toujours pas qui l'a tu&#233;. La C.N.T. d&#233;non&#231;a ce meurtre et demanda une enqu&#234;te. Le P.O.U.M. fit remarquer avec bon sens que Cortada avait soutenu Caballero avant la fusion et qu'il &#233;tait connu pour d&#233;sapprouver l'esprit de pogrom engendr&#233; par les staliniens. Mais le P.S.U.C. profita de cette occasion pour d&#233;noncer les &#034; agents fascistes cach&#233;s &#034;, &#034; incontr&#244;lables &#034;, etc. Le 27 avril, des repr&#233;sentants de la C.N.T. et du P.O.U.M. parurent aux fun&#233;railles de Cortada, ils y trouv&#232;rent une manifestation des forces de la contre-r&#233;volution. Pendant trois heures et. demie, &#034; l'enterrement &#034; &#8211; les soldats et la police du P.S.U.C. et du gouvernement, rameut&#233;s de partout et arm&#233;s jusqu'aux dents &#8211; d&#233;fila dans les quartiers ouvriers de Barcelone. C'&#233;tait un d&#233;fi, et les masses de la C.N.T. le prirent comme tel. Le jour suivant, le gouvernement envoya une exp&#233;dition punitive &#224; Molins de Llobregat qui interpella les dirigeants anarchistes locaux et les ramena menottes aux mains &#224; Barcelone. Cette nuit-l&#224; et les suivantes, les groupes de la C.N.T. et des gardes d'assaut du P.S.U.C. se d&#233;sarm&#232;rent mutuellement dans les rues. Les premi&#232;res barricades surgirent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les carabiniers, renforc&#233;s et rejoints par les forces locales du P.S.U.C., attaqu&#232;rent les patrouilles ouvri&#232;res &#224; Puigcerda. Antonio Martin, maire et dirigeant de la C.N.T., populaire dans toute la Catalogue, fut tu&#233; par balles par les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai, la plus ancienne et la plus ch&#232;re des journ&#233;es ouvri&#232;res, le gouvernement interdit tout meeting et manifestation dans toute l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces derni&#232;res journ&#233;es d'avril, les travailleurs de Barcelone apprirent pour la premi&#232;re fois, dans les pages de Solidaridad obrera, ce qu'il &#233;tait advenu de leurs camarades de Madrid et de Murcia aux mains de la G.P.U. stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Telefonica, principal centre t&#233;l&#233;phonique de Barcelone qui dominait sa place publique la plus affair&#233;e, avait &#233;t&#233; occup&#233;e par les troupes fascistes le 19 juillet, les gardes d'assaut envoy&#233;s par le gouvernement la leur ayant rendue. Les travailleurs de la C.N.T. avaient perdu beaucoup des leurs pour le reconqu&#233;rir. Ils ne tenaient que plus &#224; le conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 19 juillet, le centre t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; par un comit&#233; U.G.T.-C.N.T., avec une d&#233;l&#233;gation gouvernementale install&#233;e dans l'immeuble. L'&#233;quipe de travailleurs appartenait presque int&#233;gralement &#224; la C.N.T., de m&#234;me que les gardes arm&#233;s qui d&#233;fendaient le b&#226;timent contre les incursions fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le de la Telefonica &#233;tait une instance concr&#232;te de double pouvoir. La C.N.T. &#233;tait en mesure d'&#233;couter les appels gouvernementaux. Tant qu'il serait possible aux travailleurs de contr&#244;ler les contacts t&#233;l&#233;phoniques des forces gouvernementales, le bloc bourgeois-stalinien ne serait jamais ma&#238;tre de la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 3 mai, &#224; 3 heures de l'apr&#232;s-midi, trois camions de gardes d'assaut sous le commandement personnel de Salas, commissaire &#224; l'ordre public, membre du P.S.U.C. [1] , arriv&#232;rent &#224; la Telefonica. Surpris, les gardes des &#233;tages inf&#233;rieurs furent d&#233;sarm&#233;s. Mais une mitrailleuse emp&#234;cha les gardes d'assaut d'occuper les &#233;tages sup&#233;rieurs. Salas appela des gardes en renfort. Les dirigeants anarchistes lui demand&#232;rent de quitter l'immeuble. Il refusa. La nouvelle se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre aux usines et aux faubourgs ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures apr&#232;s, &#224; 17 heures, les travailleurs se pr&#233;cipitaient dans les centres locaux de la C.N.T.-F.A.I. et du P.O.U.M., s'armaient et dressaient des barricades. Depuis les cachots de la dictature de Rivera jusqu'&#224; aujourd'hui, la C.N.T.-F.A.I. avait toujours organis&#233; des comit&#233;s de d&#233;fense locaux, avec une tradition d'initiative locale. Ces comit&#233;s de d&#233;fense assur&#232;rent la direction dans la semaine qui s'ouvrait, pour autant qu'il y en ait eu une. On ne tira presque pas la premi&#232;re nuit, car les travailleurs &#233;taient incomparablement plus forts que les forces gouvernementales. Dans les faubourgs ouvriers, beaucoup de membres de la police gouvernementale, qui n'avaient pas assez d'estomac pour lutter, rendirent pacifiquement leurs armes. Lo&#239;s Orr, t&#233;moin, &#233;crivit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Le matin suivant (mardi 4 mai), les travailleurs arm&#233;s contr&#244;laient la plus grande partie de Barcelone. Les anarchistes tenaient le port tout entier, et avec lui la forteresse de Montjuich, qui domine la ville et le port de ses canons ; tous les faubourgs de la ville &#233;taient entre leurs mains. Et les forces gouvernementales, &#224; l'exception de quelques barricades isol&#233;es, &#233;taient compl&#232;tement d&#233;bord&#233;es par le nombre et concentr&#233;es au centre de la ville, dans le quartier bourgeois, o&#249; elles pouvaient facilement &#234;tre encercl&#233;es de tous c&#244;t&#233;s comme les rebelles le furent au 19 juillet 1936. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de la C.N.T., du P.O.U.M. et d'autres confirment cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lerida, les gardes civils rendirent leurs armes aux travailleurs la nuit du lundi, de m&#234;me qu'&#224; Hostafranchs. Les militants du P.O.U.M. et de la C.N.T. s'empar&#232;rent des quartiers g&#233;n&#233;raux du P.S.U.C. et de l'Etat Catala &#224; Tarragone et &#224; Gerone en tant que &#034; mesure pr&#233;ventive &#034;. Ces premiers pas manifestes n'&#233;taient qu'un d&#233;but, car les masses catalanes s'&#233;taient rang&#233;es, &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, derri&#232;re les banni&#232;res de la C.N.T. La prise officielle de Barcelone, la constitution d'un gouvernement r&#233;volutionnaire auraient conduit, dans la nuit, au pouvoir ouvrier. Ni les dirigeants de la C.N.T. ni le P.O.U.M. ne contestent s&#233;rieusement que telle en aurait &#233;t&#233; l'issue [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'aile gauche de la C.N.T. et du P.O.U.M., des sections de la Jeunesse libertaire, les Amis de Durruti et les bolclieviks-l&#233;ninistes appel&#232;rent &#224; la prise du pouvoir par les travailleurs au travers du d&#233;veloppement d'organes d&#233;mocratiques de d&#233;fense (soviets). Le 4 mai, les bolcheviks-l&#233;ninistes publi&#232;rent le tract suivant, distribu&#233; sur les barricades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; VIVE L'OFFENSIVE REVOLUTIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucun compromis ! D&#233;sarmement de la Garde nationale r&#233;publicaine et des gardes d'assaut r&#233;actionnaires. C'est le moment d&#233;cisif. Plus tard il sera trop tard. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans toutes les usines, sauf celles qui sont li&#233;es &#224; la poursuite de la guerre, jusqu'&#224; la d&#233;mission du gouvernement r&#233;actionnaire. Seul le pouvoir ouvrier peut assurer la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Armement total de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vive l'unit&#233; d'action C.N.T.-F.A.I.-P.O.U.M. ! Vive le front r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ! Comit&#233;s de d&#233;fense r&#233;volutionnaires dans les ateliers, les usines et les districts ! Section bolchevik&#8212;l&#233;niniste d'Espagne (pour la IV&#232;me Internationale). &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tracts des Amis de Durruti, qui appelaient &#224; une &#034; Junte r&#233;volutionnaire &#034;, au complet d&#233;sarmement des gardes d'assaut et de la Garde nationale r&#233;publicaine, qui saluaient le P.O.U.M. pour avoir rejoint les travailleurs sur les barricades appr&#233;ci&#232;rent la situation de la m&#234;me mani&#232;re que les bolcheviks-l&#233;ninistes. En adh&#233;rant toutefois &#224; la discipline de leurs organisations, et sans publier de propagande autonome, la gauche du P.O.U.M. et de la C.N.T., la Jeunesse libertaire avaient la m&#234;me perspective que les bolcheviks-l&#233;ninistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient sans aucun doute raison. Aucun apologiste de la direction du P.O.U.M. et de la C.N.T. n'a avanc&#233; contre la prise du pouvoir un quelconque argument qui r&#233;siste &#224; l'analyse. Aucun d'eux n'ose nier que les travailleurs auraient pu ais&#233;ment prendre le pouvoir en Catalogne. Ils apportent trois arguments principaux pour d&#233;fendre la capitulation : La r&#233;volution aurait &#233;t&#233; isol&#233;e, limit&#233;e &#224; la Catalogne, et d&#233;faite de l'ext&#233;rieur ; les fascistes auraient pu, dans cette conjoncture, faire irruption et vaincre ; l'Angleterre et la France auraient &#233;cras&#233; la r&#233;volution par une intervention directe. Examinons successivement ces trois arguments .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'isolement de la r&#233;volution : la forme la plus plausible. la plus radicale donn&#233;e &#224; cet argument, est fond&#233;e sur une analogie avec la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; de juillet 1917 &#224; P&#233;trograd. &#034;En juillet 1917, m&#234;me les bolcheviks ne d&#233;cid&#232;rent pas de prendre le pouvoir, et se limit&#232;rent &#224; la d&#233;fensive, dirigeant les masses hors de la ligne de feu avec le moins de victimes possible.&#034; Curieusement, le P.O.U.M., l'I.L.P., les pivertistes [3] et autres apologistes qui utilisent cet argument sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ont toujours rappel&#233; aux &#034; trotskystes sectaires &#034; que &#034; l'Espagne n'&#233;tait pas la Russie &#034;, et que, par l&#224; m&#234;me, la politique bolchevique n'&#233;tait pas applicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse trotskyste, c'est-&#224;-dire bolchevique, de la r&#233;volution espagnole s'est toujours fond&#233;e sur la situation concr&#232;te en Espagne. En 1931, nous avons averti que le rythme rapide des &#233;v&#233;nements russes de 1917 ne se r&#233;p&#233;terait pas en Espagne. Au contraire, nous faisions alors l'analogie avec la grande R&#233;volution fran&#231;aise, qui, commenc&#233;e en 1789, franchit une s&#233;rie d'&#233;tapes avant d'atteindre son point culminant en 1793. Justement parce que nous, trotskystes, ne sch&#233;matisons pas les &#233;v&#233;nements historiques, nous ne pouvons prendre au s&#233;rieux l'analogie avec juillet 1917 [4] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, la manifestation arm&#233;e &#233;clata quatre mois seulement apr&#232;s la r&#233;volution de F&#233;vrier, trois mois apr&#232;s que les th&#232;ses d'Avril de L&#233;nine aient fix&#233; une perspective r&#233;volutionnaire au parti bolchevique. &#034; La masse &#233;crasante de la population de ce pays gigantesque commen&#231;ait tout juste &#224; &#233;merger des illusions de F&#233;vrier. Il y avait au front une arm&#233;e de douze millions d'hommes qui venaient &#224; peine d'&#234;tre touch&#233;s par les premi&#232;res rumeurs concernant les bolcheviks. Dans ces conditions, l'insurrection isol&#233;e du prol&#233;tariat de Petrograd aurait &#233;t&#233; in&#233;vitablement &#233;cras&#233;e. Il fallait gagner du temps. Telles furent les circonstances qui d&#233;termin&#232;rent la tactique des bolcheviks.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en Espagne, mai 1937 survenait apr&#232;s six ann&#233;es de r&#233;volution pendant lesquelles les masses avaient acquis une exp&#233;rience gigantesque dans tout le pays. Les illusions d&#233;mocratiques de 1931 avaient &#233;t&#233; d&#233;truites. Nous pouvons citer le t&#233;moignage des dirigeants de la C.N.T., du P.O.U.M., de socialistes, selon lesquels les illusions d&#233;mocratiques redor&#233;es du Front populaire n'eurent aucune influence sur les masses. En f&#233;vrier 1936, elles ne vot&#232;rent pas pour le Front populaire, mais contre Gil Robles, et pour la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Les masses avaient montr&#233; maintes et maintes fois qu'elles &#233;taient pr&#234;tes &#224; aller jusqu'au bout : les nombreuses luttes arm&#233;es dirig&#233;es par les anarchistes, les prises de terres pendant six ans, la r&#233;volte d'octobre 1934, la Commune des Asturies, la prise des usines et de la terre apr&#232;s le 19 juillet ! L'analogie avec juillet 1917 est infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917, douze millions de soldats russes &#224; peine touch&#233;s par la propagande bolchevique pouvaient &#234;tre envoy&#233;s contre P&#233;tersbourg. Mais en Espagne la C.N.T. dirigeait plus d'un tiers des forces arm&#233;es, un autre tiers ou presque &#233;tait dirig&#233; par l'U.G.T. dont la plupart des membres &#233;taient socialistes de gauche ou sous leur influence. M&#234;me si l'on accorde que la r&#233;volution n'aurait pas gagn&#233; imm&#233;diatement Madrid ou Valence. Cela ne revient aucunement &#224; affirmer que le gouvernement de Valence aurait trouv&#233; des troupes pour &#233;craser la r&#233;publique ouvri&#232;re de Catalogne ! Tout de suite apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de mai, les masses de l'U.G.T. firent la preuve de leur hostilit&#233; d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#233;gard de mesures r&#233;pressives contre le prol&#233;tariat catalan. C'est une des raisons pour lesquelles Caballero dut quitter le gouvernement. Elles auraient encore moins pu &#234;tre utilis&#233;es contre une r&#233;publique ouvri&#232;re victorieuse. M&#234;me les rangs staliniens n'auraient pas fourni une telle arm&#233;e massive : c'est une chose que d'amener les travailleurs et les paysans arri&#233;r&#233;s &#224; limiter leur lutte &#224; un combat pour une r&#233;publique d&#233;mocratique ; c'en est une autre enti&#232;rement diff&#233;rente que de les amener &#224; &#233;craser une r&#233;publique ouvri&#232;re. Toute tentative du bloc bourgeois-stalinien de rassembler des forces prol&#233;tariennes n'aurait pu que pr&#233;cipiter l'extension de l'Etat ouvrier &#224; toute l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons dire plus : l'exemple de la Catalogne aurait &#233;t&#233; suivi imm&#233;diatement ailleurs. La preuve ? Le bloc stalinien-bourgeois, alors qu'il cherchait &#224; consolider la r&#233;publique bourgeoise, &#233;tait toutefois pouss&#233; par l'atmosph&#232;re r&#233;volutionnaire &#224; avancer le mot d'ordre : &#034; Finissons-en d'abord avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &gt; C'&#233;tait un mot d'ordre habile,. bien propre &#224; faire attendre les masses. Mais le fait m&#234;me que la contre-r&#233;volution ait eu besoin de ce mot d'ordre d&#233;montre qu'elle fondait ses espoirs de victoire sur la r&#233;volution, non sur l'accord des masses, mais sur leur tol&#233;rance impatiente. Grin&#231;ant des dents, les masses disaient : &#034; Nous devons attendre d'en finir avec Franco, puis nous en finirons avec la bourgeoisie et ses laquais. &#034; Ce sentiment sans aucun doute, rarement r&#233;pandu se serait &#233;vanoui devant l'exemple de la r&#233;volution catalane, celle-ci aurait mis un terme &#224; ce : &#034; Nous devons attendre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Catalogne n'aurait pas touch&#233; la seule Espagne loyaliste. Car une Espagne ouvri&#232;re se serait lanc&#233;e dans une guerre r&#233;volutionnaire contre le fascisme qui aurait d&#233;sint&#233;gr&#233; les rangs franquistes, par les armes politiques plus que par les armes militaires. Toutes les armes politiques contre le fascisme dont le Front populaire n'avait pas autoris&#233; l'utilisation, et dont seule une r&#233;publique ouvri&#232;re pouvait user, auraient &#233;t&#233; d&#233;sormais dirig&#233;es contre Franco. Peu apr&#232;s le 19 juillet, Trotsky &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Comme chacun sait, une guerre civile ne se m&#232;ne pas seulement avec des armes militaires, mais aussi avec des armes politiques. D'un point de vue strictement militaire, la r&#233;volution espagnole est beaucoup plus faible que son ennemi. Sa force r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; jeter les larges masses dans l'action. Elle peut m&#234;me arracher l'arm&#233;e [de Franco] &#224; ses officiers r&#233;actionnaires. Pour ce faire, le programme de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut proclamer qu'&#224; partir de maintenant, la terre, les usines, les ateliers passeront des capitalistes aux mains du peuple. Il faut se diriger imm&#233;diatement vers la r&#233;alisation de ce programme dans les provinces o&#249; les travailleurs sont au pouvoir. L'arm&#233;e fasciste ne pourrait pas r&#233;sister &#224; l'influence d'un tel programme. Les soldats lieraient les pieds et les mains de leurs officiers et les livreraient aux quartiers g&#233;n&#233;raux des milices ouvri&#232;res. les plus proches. Mais les ministres bourgeois ne peuvent accepter un tel programme. En freinant la r&#233;volution sociale, ils poussent les ouvriers et les paysans &#224; r&#233;pandre dix fois plus de leur propre sang qu'il n'en faut dans la guerre civile. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Trotsky ne s'est av&#233;r&#233;e que trop vraie. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement de Front populaire ne fit aucune propagande en direction des paysans des forces franquistes, et derri&#232;re leurs lignes. Le gouvernement refusa absolument de promettre la terre &#224; ces paysans, et cette promesse n'aurait eu aucun impact tant que le gouvernement n'aurait pas d&#233;cr&#233;t&#233; effectivement la remise des terres aux comit&#233;s paysans dans ses propres zones, &#224; partir desquelles les nouvelles se seraient r&#233;pandues, par des milliers de canaux, jusqu'aux paysans du reste de l'Espagne. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement avait rejet&#233; tout projet (y compris celui d'Abd El Krim et d'autres Maures) de provoquer la r&#233;volution au Maroc par une d&#233;claration d'ind&#233;pendance. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement appela le prol&#233;tariat international &#224; pousser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; ses &#034; Gouvernements &#224; aider l'Espagne &#8211; mais il ne fit jamais directement appel au prol&#233;tariat international en d&#233;pit et contre ses gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des doctrinaires. Nous ne proclamons pas la r&#233;volution tous les ' jours. Nous jugeons &#224; partir de notre analyse concr&#232;te de la situation espagnole en mai 1937 : si la r&#233;publique ouvri&#232;re avait &#233;t&#233; instaur&#233;e en Catalogne, elle n'aurait pas &#233;t&#233; isol&#233;e ou &#233;cras&#233;e. Elle se serait rapidement &#233;tendue au reste de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les fascistes seraient imm&#233;diatement intervenus. La deuxi&#232;me justification de l'inopportunit&#233; de la prise du pouvoir en Catalogne recoupe la premi&#232;re, dans la mesure o&#249; elle nie implicitement l'impact de la prise du pouvoir sur les forces franquistes [5] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettant qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne en mai se soit &#233;tendue dans toute l'Espagne loyaliste, les dirigeants de la C.N.T. expliquent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il est &#233;vident que, si nous l'avions voulu, le mouvement de d&#233;fense se serait transform&#233; en un mouvement purement libertaire. C'est tr&#232;s bien, mais... les fascistes auraient sans aucun doute profit&#233; des circonstances pour briser toutes les lignes de r&#233;sistance .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Garcia Olivier) [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il traite ostensiblement de la situation sp&#233;cifique de la Catalogne en mai, ce raisonnement est, en fait, beaucoup plus fondamental : &#034; C'est un argument contre la prise du pouvoir par la classe ouvri&#232;re au cours de la guerre civile. &#034; C'&#233;tait &#233;galement la ligne du P.O.U.M. Son comit&#233; central soutint que, dans le cas o&#249; le gouvernement refuserait de signer son propre arr&#234;t de mort en convoquant une assembl&#233;e constituante (congr&#232;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s des soldats, des paysans et des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux), ce serait une erreur que de lui arracher le pouvoir par la force :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il [le P.O.U.M] croyait que les ouvriers protesteraient &#224; temps contre la contre-r&#233;volution &#224; laquelle le gouvernement proc&#233;dait, et que la revendication d'une telle assembl&#233;e constituante deviendrait si forte que le gouvernement serait oblig&#233; de se soumettre. Il soutenait qu'une insurrection serait erron&#233;e et peu opportune tant que les fascistes ne seraient pas d&#233;faits, et m&#234;me sur la question de d&#233;clencher ou non l'insurrection &#224; ce moment l&#224;, les opinions divergeaient en son sein [7] .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C.N.T. et le P.O.U.M. appelaient au socialisme par le biais du gouvernement. Mais si le gouvernement ne donnait pas son accord, alors il fallait attendre au moins jusqu'&#224; la fin de la guerre. Cela revenait en pratique &#224; s'adapter de fa&#231;on camoufl&#233;e au mot d'ordre bourgeois-stalinien : &#034; Finissons-en avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique du P.O.U.M. et de la C.N.T. &#8211; attendre d'en avoir fini avec Franco &#8211; signifiait concr&#232;tement la condamnation de la r&#233;volution. Car, comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait remarquer, le mot d'ordre bourgeois-stalinien d' &#034; attente &#034; &#233;tait destin&#233; &#224; neutraliser les masses jusqu'&#224; ce que l'Etat bourgeois soit r&#233;tabli. Pour cette raison pr&#233;cise, le bloc bourgeois stalinien et ses alli&#233;s anglo-fran&#231;ais n'avaient pas l'intention d'en finir avec Franco, ou (plus vraisemblablement) de faire la paix avec lui, tant que la contre-r&#233;volution n'avait pas consolid&#233; son pouvoir en Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons comment&#233; l'incapacit&#233; du Front populaire et de son Gouvernement &#224; faire de la propagande r&#233;volutionnaire pour d&#233;sint&#233;grer les forces franquistes. Mais le gouvernement ne r&#233;ussit pas plus &#224; combattre Franco avec succ&#232;s sur le plan militaire. Plus pr&#233;cis&#233;ment, dans la guerre civile, il n'y a pas de s&#233;paration entre t&#226;ches politiques et t&#226;ches militaires. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement concentrait d'&#233;normes forces de soldats d'&#233;lite et de police dans les villes, d&#233;tournant par l&#224; m&#234;me des hommes et des armes n&#233;cessaires au front. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement poursuivait une strat&#233;gie de guerre dilatoire, qui ne pouvait donner aucun r&#233;sultat d&#233;cisif, tant qu'il proc&#233;dait &#224; la contre-r&#233;volution. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement &#233;tait en train de subordonner les travailleurs basques et asturiens au commandement de la bourgeoisie basque tra&#238;tre qui allait bient&#244;t capituler sur le front Nord. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le Gouvernement &#233;tait en train de saboter directement les fronts de l'Aragon et du Levant tenus par la C.N.T. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement donnait aux agents fascistes (Asensio, Villalba, etc.) la possibilit&#233; de livrer des forteresses loyalistes &#224; Franco (Badajoz, Irun, Malaga) [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution portait des coups terribles au moral des troupes antifascistes. &#034; Pourquoi mourrions-nous en combattant Franco quand nos camarades sont fusill&#233;s par le gouvernement ? &#034; Cet &#233;tat d'esprit si dommageable &#224; la lutte contre le fascisme pr&#233;dominait apr&#232;s la journ&#233;e de mai et &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, par tous ces moyens, la politique gouvernementale facilitait les incursions militaires de Franco. L'instauration d'une r&#233;publique ouvri&#232;re aurait mis fin &#224; la tromperie, au sabotage, &#224; la d&#233;moralisation. Dot&#233;e de l'instrument de la planification &#233;tatique, la r&#233;publique ouvri&#232;re aurait pu utiliser comme aucun r&#233;gime capitaliste l'int&#233;gralit&#233; des ressources mat&#233;rielles et morales de l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de permettre aux troupes fascistes de percer, seul le pouvoir ouvrier pouvait conduire &#224; la victoire sur Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La menace d'intervention : La C.N.T. se r&#233;f&#232;re confus&#233;ment aux navires de guerre anglais et fran&#231;ais apparus dans le port le 3 mai, et &#224; des plans de d&#233;barquement de troupes anglo-fran&#231;aises. &#034; Dans l'&#233;ventualit&#233; d'un triomphe du communisme libertaire, il aurait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; un peu plus tard par l'intervention des puissances capitalistes et d&#233;mocratiques. &#034; (Garcia Oliver)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences de la C.N.T. &#224; des navires de guerre pr&#233;cis, &#224; un complot pr&#233;cis, obscurcit d&#233;lib&#233;r&#233;ment le caract&#232;re fondamental du probl&#232;me . Toute r&#233;volution sociale doit affronter le danger de l'intervention capitaliste. La r&#233;volution russe dut survivre tant &#224; la guerre civile financ&#233;e par les capitalistes qu'&#224; l'intervention imp&#233;rialiste directe. La r&#233;volution hongroise fut &#233;cras&#233;e par l'intervention aussi bien que par ses propres erreurs. N&#233;anmoins, quand les sociaux-d&#233;mocrates allemands et autrichiens justifi&#232;rent la stabilisation de leurs r&#233;publiques bourgeoises par le fait que les puissances alli&#233;es pourraient intervenir contre les Etats socialistes, les socialistes r&#233;volutionnaires et les communistes du monde entier &#8211; comme les anarchistes &#8211; d&#233;nonc&#232;rent les Kautsky et les Bauer comme des tra&#238;tres, et ils eurent raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat autrichien et allemand, disaient alors les r&#233;volutionnaires, doit compter avec la possibilit&#233; d'une d&#233;faite due &#224; l'intervention anglo-fran&#231;aise, parce que les r&#233;volutions courent toujours ce danger, mais attendre le moment hypoth&#233;tique o&#249; les Alli&#233;s seraient trop pr&#233;occup&#233;s pour intervenir, c'&#233;tait manquer la conjoncture favorable &#224; la r&#233;volution. Mais les sociaux-d&#233;mocrates l'emport&#232;rent... et finirent dans les camps de concentration de Hitler et Schuschnigg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cercles de la C.N.T. ni ceux du P.0,U.M. n'os&#232;rent avancer qu'il existait une quelconque situation conjoncturelle sp&#233;cifique qui rendait en mai 1937 l'intervention capitaliste plus mena&#231;ante qu'&#224; un autre moment. Les d&#233;fenseurs de cette th&#232;se se r&#233;f&#232;rent simplement au danger d'intervention, sans y ajouter d'analyse sp&#233;cifique. Nous posons la question l'intervention &#233;tait-elle plus dangereuse en mai 1937 qu'au moment de la r&#233;volution d'avril 1931 par exemple ? En mai 1937, les travailleurs avaient tous les avantages. En 1931, le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tait prostr&#233; au fond du puits de la crise mondiale. Les travailleurs allemands n'avaient pas encore &#233;t&#233; livr&#233;s &#224; Hitler par leurs dirigeants &#8211; sans combat &#8211; mais le prol&#233;tariat fran&#231;ais &#233;tait aussi assoupi que s'il &#233;tait accabl&#233; par un dictateur. La situation en France, pays limitrophe, est d&#233;cisive pour l'Espagne. Et, en mai 1937, le prol&#233;tariat fran&#231;ais entamait la deuxi&#232;me ann&#233;e du soul&#232;vement ouvert par les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de juin 1936. Il est inconcevable que les millions de travailleurs socialistes et communistes de France, d&#233;j&#224; irrit&#233;s par la neutralit&#233;, et maintenus dans cette ligne avec les plus grandes difficult&#233;s, par leurs dirigeants, aient permis l'intervention capitaliste en Espagne, qu'elle soit le fait de la bourgeoisie fran&#231;aise ou d'une autre. La transformation de la lutte en Espagne, de combat pour la sauvegarde d'une r&#233;publique bourgeoise, en combat pour la r&#233;volution socialiste, aurait enflamm&#233; les prol&#233;tariats fran&#231;ais, belge et anglais, bien plus que ne le fit la r&#233;volution russe, car cette fois la r&#233;volution aurait &#233;t&#233; &#224; leur porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un prol&#233;tariat vigilant, qu'aurait pu faire la bourgeoisie ? La bourgeoisie fran&#231;aise aurait ouvert ses fronti&#232;res &#224; l'Espagne, non pour l'intervention mais pour le commerce, permettant au nouveau r&#233;gime de s'assurer des marchandises &#8211; ou bien elle aurait eu &#224; affronter imm&#233;diatement la r&#233;volution chez elle. La r&#233;publique ouvri&#232;re espagnole n'aurait pas, comme le firent Caballero et Negrin, aid&#233; et encourag&#233; la &#034; non-intervention &#034;. L'Angleterre, indissolublement li&#233;e au sort de la France, n'aurait pas pu intervenir, non seulement &#224; cause du poids de la France, mais aussi &#224; cause du poids de sa propre classe ouvri&#232;re, pour laquelle la r&#233;volution ib&#233;rique aurait ouvert une nouvelle &#233;poque. Le Portugal aurait d&#251; imm&#233;diatement faire face &#224; la r&#233;volution. L'Allemagne et l'Italie auraient, bien entendu, cherch&#233; &#224; augmenter leur aide &#224; Franco. Mais la politique anglo-fran&#231;aise aurait toujours &#233;t&#233; : ni une Espagne socialiste, ni une Espagne tenue par Hitler ou Mussolini. En voulant jouer indistinctement sur les deux tableaux, l'imp&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais aurait &#233;t&#233; contraint de restreindre l'intervention italo-allemande dans les limites qui puissent emp&#234;cher l'axe Rome-Berlin de dominer la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins que tout autre, nous avons &#224; apprendre que toutes les puissances capitalistes ont comme commun int&#233;r&#234;t, et cherchent toutes la destruction de toute menace de r&#233;volution sociale. Il est n&#233;anmoins clair que les deux facteurs qui sauv&#232;rent la r&#233;volution russe de l'an&#233;antissement par l'intervention auraient jou&#233; en mai 1937 : en 1917, le prol&#233;tariat mondial, inspir&#233; par la r&#233;volution, imposa l'arr&#234;t de l'intervention, tandis que les imp&#233;rialistes ne pouvaient pas oublier suffisamment leurs divergences pour ne pas s'unir autour d'un plan unique d'an&#233;antissement de la r&#233;publique ouvri&#232;re. Le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tant &#224; nouveau mobilis&#233;, c'est &#224; leurs risques et p&#233;rils que les imp&#233;rialistes auraient cherch&#233; &#224; &#233;teindre l'incendie espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui nous invoquons par-dessus tout l'aide du prol&#233;tariat mondial Vous, les staliniens pour qui les masses ne sont d&#233;sormais rien d'autre que des carcasses que vous offrez en sacrifice sur l'autel de l'alliance avec les imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques ; vous les bureaucrates dont le m&#233;pris des masses, sur le dos desquelles vous vous dressez, vous fait oublier que ces m&#234;mes masses, qui vous servent encore de capital moral et mat&#233;riel, et qui s'amenuise sous votre gestion incomp&#233;tente, ont conduit victorieusement la r&#233;volution d'Octobre et la guerre civile ! Nous savons que vous n'aimez pas que l'on vous rappelle qu'en 1919-1922, le prol&#233;tariat mondial a sauv&#233; l'Union sovi&#233;tique des imp&#233;rialistes. Les capacit&#233;s r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re sont une chose que vous en &#234;tes venus &#224; ha&#239;r et &#224; craindre, car ils menacent vos privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les staliniens qui croient &#224; la possibilit&#233; d'une coexistence pacifique des Etats capitalistes et ouvriers, pas nous. Il est certain que l'Europe capitaliste ne supporterait pas ind&#233;finiment l'existence d'une Espagne socialiste. Mais la conjoncture sp&#233;cifique de mai 1937 &#233;tait assez favorable pour permettre &#224; une Espagne ouvri&#232;re d'installer son r&#233;gime int&#233;rieur et de se pr&#233;parer &#224; r&#233;sister &#224; l'imp&#233;rialisme en &#233;tendant la r&#233;volution &#224; la France et &#224; la Belgique, puis de mener une guerre r&#233;volutionnaire contre l'Allemagne et l'Italie, dans des conditions qui auraient pr&#233;cipit&#233; la r&#233;volution dans les pays fascistes. C'est la seule perspective r&#233;volutionnaire en Europe, dans cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la prochaine guerre, que la r&#233;volution commence en France ou en Espagne. Qui ne l'accepte pas rejette la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques ? &#034; Il serait &#233;videmment fort commode de faire l'histoire si l'on ne devait engager la lutte qu'avec &#034; des chances infailliblement favorables &#034; &#233;crivait Marx pendant que la Commune vivait encore. Clairvoyant, il voyait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; le &#034; hasard &#034; malheureux et d&#233;cisif (. . .) dans la pr&#233;sence des Prussiens en France et dans leurs positions si pr&#232;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les travailleurs parisiens devant l'alternative ou de relever le d&#233;fi ou de succomber sans combat. Dans le dernier cas, la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re serait un malheur bien plus grand que la perte d'un nombre quelconque de &#034; chefs &#034;. Gr&#226;ce au combat livr&#233; &#224; Paris, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste et l'Etat capitaliste est entr&#233;e dans une nouvelle phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle qu'en soit l'issue, nous avons obtenu un nouveau point de d&#233;part d'une importance historique universelle.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre &#224; Kugelmann, du 17 avril 1871, &#233;d. Anthropos.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berneri avait raison. Ecras&#233;e entre les Prussiens-franquistes et Versailles-Valence, la Commune de Catalogne aurait pu faire jaillir une flamme embrasant le monde. Et dans des conditions incomparablement plus favorables que celles de la Commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; d'analyser le plus s&#233;rieusement possible les raisons que la direction centriste a donn&#233;es pour ne pas engager une lutte pour le pouvoir contre la contre-r&#233;volution. Comme ils ne sont pas des r&#233;formistes inv&#233;t&#233;r&#233;s, mais des centristes, ils sont tent&#233;s de justifier leur capitulation en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la situation &#034;sp&#233;ciale&#034;, &#034; sp&#233;cifique &#034;, de l'Espagne de mai 1937, mais sans donner de d&#233;tails pr&#233;cis. A l'examen, nous avons trouv&#233; que, comme toujours dans le cas d'alibis de ce type, les r&#233;f&#233;rences &#224; la situation sp&#233;cifique sont d&#233;nu&#233;es de sens et cachent un retrait fondamental par rapport &#224; la voie r&#233;volutionnaire. Ce ne sont pas des erreurs de fait, mais des divergences de principe qui, d'un point de vue mondial et de classe, s&#233;parent les r&#233;volutionnaires tant des dirigeants r&#233;formistes que des centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 4 mai au matin, les travailleurs arm&#233;s des barricades qui recouvraient Barcelone se sentirent &#224; nouveau, comme le 19 juillet, les ma&#238;tres de leur monde. Comme le 19 juillet, les &#233;l&#233;ments bourgeois et petits-bourgeois terrifi&#233;s se cachaient dans leurs maisons. Les syndicalistes dirig&#233;s par le P.S.U.C. restaient passifs. Seule, une fraction de la police, les gardes arm&#233;s du P.S.U.C. et les voyous arm&#233;s d'Estat Catala se tenaient sur les barricades gouvernementales qui se limitaient au centre de la ville, entour&#233;es par les travailleurs en armes. Le premier discours radiodiffus&#233; de Companys, une d&#233;claration selon laquelle la Generalidad n'&#233;tait pas responsable de la provocation de la Telefonica, indique l'&#233;tat de la situation. Chaque faubourg de la ville, sous la direction des comit&#233;s de d&#233;fense locaux aid&#233;s par les groupes du P.O.U.M., de la F.A.I. et de la Jeunesse libertaire, &#233;tait fermement contr&#244;l&#233; par les travailleurs. Il n'y eut pour ainsi dire aucun coup de feu lundi soir tant la domination ouvri&#232;re &#233;tait totale. Tout ce qui manquait aux travailleurs pour instaurer leur pouvoir, c'&#233;tait la coordination et l'action commune sous la direction du centre... Au centre, la Casa C.N.T., les dirigeants interdirent toute action et ordonn&#232;rent aux travailleurs de quitter les barricades [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la C.N.T. ne s'int&#233;ressaient pas &#224; l'organisation des masses arm&#233;es. Ils &#233;taient occup&#233;s par une n&#233;gociation interminable avec le gouvernement. C'&#233;tait un jeu qui convenait parfaitement &#224; ce dernier : retenir les masses sans direction derri&#232;re les barricades, en les ber&#231;ant de l'espoir que l'on trouverait une solution d&#233;cente. La r&#233;union au palais de la Generalidad tra&#238;na jusqu'&#224; 6 heures du matin. Ainsi, les forces gouvernementales gagn&#232;rent assez d'espace vital pour fortifier les b&#226;timents gouvernementaux, et, &#224; l'instar des fascistes en juillet, elles occup&#232;rent les tours de la cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi matin &#224; 11 heures, les dirigeants se rencontr&#232;rent, non pour organiser la d&#233;fense, mais pour &#233;lire un nouveau comit&#233; pour n&#233;gocier avec le gouvernement. Alors Companys trouva un nouveau truc : Bien sur, nous pouvons en arriver &#224; un accord &#224; l'amiable, nous sommes tous des antifascistes, etc., etc., disaient Companys et le Premier ministre Taradellas. &#8211; Mais nous ne pouvons pas engager de n&#233;gociations tant que les rues ne sont pas d&#233;sert&#233;es par les hommes arm&#233;s. Sur quoi le comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. passa le mardi avec un micro, appelant les travailleurs &#224; quitter les barricades. &#034; Nous vous appelons &#224; baisser vos armes. Pensez &#224; notre grand but, commun &#224; tous... L'unit&#233; avant tout. D&#233;posez vos armes. Un seul mot d'ordre : Nous devons travailler &#224; abattre le fascisme ! &#034; Solidaridad obrera eut l'audace de para&#238;tre, avec, en page 8, la relation de l'attaque du lundi contre la Telefonica, sans mentionner l'&#233;dification des barricades, ne donnant d'autres directives que &#034; restez calmes &#034; afin de ne pas alarmer les miliciens du front auxquels parvenaient des centaines de milliers d'exemplaires du journal. A 5 heures, des d&#233;l&#233;gations du Comit&#233; national de l'U.G.T. et de la C.N.T. arriv&#232;rent de Valence et publi&#232;rent en commun un appel au &#034; peuple :&#034; pour qu'il d&#233;pose les armes. Vasquez, secr&#233;taire national de la C.N.T., se joignit &#224; Companys dans l'appel radiodiffus&#233;. On passa la nuit en nouvelles n&#233;gociations (le Gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; passer un accord incluant l'abandon des barricades par les travailleurs !) dont sortit un accord pour un cabinet provisoire de quatre membres, appartenant &#224; la C.N.T., au P.S.U.C., &#224; l'Union paysanne et &#224; l'Esquerra. Les n&#233;gociations furent ponctu&#233;es d'appels aux dirigeants de la C.N.T. qui avaient de l'autorit&#233;, les invitant &#224; se rendre sur les points o&#249; les travailleurs menaient l'offensive. C'est ainsi qu'&#224; Coll Blanch, il fallait persuader ceux-ci de ne pas occuper les casernes. Tandis que d'autres appels arrivaient &#8211; des quartiers g&#233;n&#233;raux des ouvriers du cuir, de l'Union m&#233;dicale, du centre local de la Jeunesse libertaire, qui demandait du renfort au Comit&#233; r&#233;gional, parce que la police attaquait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi : Ni les nombreux appels &#224; la radio, ni l'appel commun de l'U.G.T.-C.N.T., ni l'&#233;tablissement d'un nouveau cabinet n'avaient arrach&#233; les travailleurs aux barricades. Sur les barricades, les travailleurs anarchistes d&#233;chiraient Solidaridad obrera et brandissaient les poings et les fusils vers les radios quand Montseny &#8211; rappel&#233;e de toute urgence de Valence apr&#232;s l'&#233;chec de Vasquez et de Garcia Oliver &#8211; les exhortait &#224; la dispersion. Les comit&#233;s de d&#233;fense locaux transmirent &#224; la Casa C.N.T. que les travailleurs ne se rendraient pas sans conditions. Tr&#232;s bien, donnons-leur des conditions. La C.N.T. fit parvenir par radio les propositions qu'elle faisait au Gouvernement : que les hostilit&#233;s cessent, que chaque parti reste sur ses positions, que la police et les civils qui combattaient aux c&#244;t&#233;s de la C.N.T. (sans en &#234;tre membres) s'en retirent compl&#232;tement, que les comit&#233;s responsables soient avertis d&#232;s que le pacte est rompu quelque part, que l'on ne r&#233;ponde pas aux coups de feu isol&#233;s, que les d&#233;fenseurs des locaux syndicaux restent passifs et attendent d'autres informations. Le gouvernement annon&#231;a bient&#244;t son accord avec la C.N.T. Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Le seul objectif du gouvernement &#233;tait de mettre fin au combat des masses, pour mieux briser leur r&#233;sistance, d&#233;finitivement. De surcro&#238;t, &#034; l'accord &#034; n'engageait en rien le gouvernement. Le contr&#244;le de la Telefonica, le d&#233;sarmement des masses n'&#233;taient pas mentionn&#233;s &#8211; et ce, non par hasard. L'accord fut suivi dans la nuit d'ordres de reprise du travail venant des centres locaux de la C.N.T. et de l'U.G.T. (cette derni&#232;re, il faut s'en souvenir, &#233;tant contr&#244;l&#233;e par les staliniens). &#034; Les organisations et les partis antifascistes r&#233;unis en session au palais de la Generalidad ont r&#233;solu le conflit qui a cr&#233;&#233; cette situation anormale &#034;, d&#233;clarait le manifeste commun. &#034; Ces &#233;v&#233;nements nous ont appris que nous devrons d&#233;sormais &#233;tablir des relations de cordialit&#233; et de camaraderie, dont nous avons beaucoup regrett&#233; l'absence ces derniers jours. &#034; Cependant, comme l'admettait Souchy, les barricades rest&#232;rent toutes en place dans la nuit de mercredi. Mais le jeudi matin, le P.O.U.M. ordonna &#224; ses membres de quitter les barricades qui, pour la plupart, &#233;taient encore sous le feu. Le mardi, le manifeste des Amis de Durruti, jusqu'alors assez froid avec le P.O.U.M., avait salu&#233; sa pr&#233;sence sur les barricades, pr&#233;sence qui d&#233;montrait qu'il s'agissait l&#224; d'une &#034; force r&#233;volutionnaire &#034;,. La Batalla du mardi &#233;tait rest&#233;e dans les limites de la th&#233;orie selon laquelle il ne devait pas y avoir de renversement insurrectionnel du gouvernement pendant la guerre civile, mais elle avait appel&#233; &#224; la d&#233;fense des barricades, &#224; la d&#233;mission de Salas et Ayguad&#233;, &#224; l'abrogation des d&#233;crets de dissolution des patrouilles ouvri&#232;res. Si limit&#233; que fut ce programme, il contrastait tellement avec l'appel du Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. &#224; d&#233;serter les barricades que le prestige du P.O.U.M. s'accrut tr&#232;s fort dans les masses anarchistes. Le P.O.U.M. avait l&#224; une occasion sans pr&#233;c&#233;dent de prendre la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, la direction du P.O.U.M. s'en remit une fois de plus &#224; celle de la C.N.T. : elle ne fit pas de propositions publiques d'action commune avec la C.N.T., propositions qui auraient dot&#233; la r&#233;bellion embryonnaire d'un ensemble de revendications auxquelles devait acc&#233;der sa directive en toute une ann&#233;e, le P.O.U.M., d'une d&#233;f&#233;rence servile &#224; l'&#233;gard des dirigeants de la C.N.T., n'avait pas fait une seule proposition pr&#233;sentant un net caract&#232;re de front uni. Mais elle proposa une conf&#233;rence en coulisses avec le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. Quelles que fussent les propositions du P.O.U.M., elles &#233;taient rejet&#233;es &#8211; Vous n'&#234;tes pas d'accord ? alors n'en parlons plus Et le matin suivant (5 mai) la Batalla n'eut pas un mot &#224; dire sur les propositions que le P.O.U.M. fit &#224; la C.N.T., sur le comportement timor&#233; des dirigeants de la C.N.T., de leur refus d'organiser la d&#233;fense, etc. [10] . Au lieu de cela : &#034; le prol&#233;tariat de Barcelone a remport&#233; une victoire partielle sur la contre-r&#233;volution &#034;. Et 24 heures plus tard, &#034; la provocation contre-r&#233;volutionnaire ayant &#233;t&#233; repouss&#233;e, il faut quitter la rue. Travailleurs, retournez aux usines &#034; (la Batalla, 6 mai). Les masses avaient r&#233;clam&#233; la victoire sur la contre-r&#233;volution. Les bureaucrates de la C.N.T. avaient refus&#233; le combat. Les centristes du P.O.U.M. avaient ainsi lanc&#233; un pont sur le gouffre qui s&#233;parait les masses des bureaucrates, en assurant celles-ci que la victoire &#233;tait d'ores et d&#233;j&#224; acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi, les Amis de Durruti avaient couru au front, appelant les travailleurs de la C.N.T. &#224; ne pas tenir compte des ordres de d&#233;sertion de la Casa C.N.T. et &#224; continuer la lutte pour le pouvoir ouvrier. Ils avaient chaleureusement accueilli la collaboration du P.O.U.M. Les masses restaient sur les barricades. Le P.O.U.M., qui comptait au moins 30 000 travailleurs en Catalogne, pouvait faire pencher la balance dans n'importe quel sens. Sa direction la poussa vers la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup plus terrible encore contre les travailleurs en lutte le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. d&#233;non&#231;a &#224; toute la presse y compris la presse stalinienne et bourgeoise &#8211; les Amis de Durruti comme des &#034; agents provocateurs &#034; (en fran&#231;ais dans le texte) ; ce qui, naturellement, fut publi&#233; partout en premi&#232;re page le jeudi matin. La presse du P.O.U.M. ne d&#233;fendit pas les anarchistes de l'aile gauche contre cette calomnie r&#233;pugnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi fut rempli d'exemples de &#034; victoires &#034; au nom desquelles le P.O.U.M. appela les travailleurs &#224; quitter les barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, on trouva le corps bris&#233; de Camillo Berneri l&#224; o&#249; les gardes du P.S.U.C., qui avaient enlev&#233; cet homme fragile chez lui, la nuit pr&#233;c&#233;dente, l'avaient abandonn&#233;. Berneri, chef spirituel de l'anarchisme italien depuis la mort de Malatesta, chef de la r&#233;volte d'Anc&#244;ne en 1914, &#233;chapp&#233; des griffes de Mussolini, avait combattu les r&#233;formistes (les dirigeants de la C.N.T. compris) dans Guerra di Classe, son journal tr&#232;s influent. Il avait caract&#233;ris&#233; la politique stalinienne en trois mots &#034; cela pue Noske &#034;. Il avait d&#233;fi&#233; Moscou par des mots retentissants : &#034; Ecras&#233;e entre les Prussiens et Versailles, la Commune de Paris avait allum&#233; un incendie qui enflamma le monde. Que le g&#233;n&#233;ral Goded de Moscou s'en souvienne. &#034;Il avait d&#233;clar&#233; aux masses de la C.N.T. : &#034; Le dilemme : guerre ou r&#233;volution n'a plus aucune signification. Le seul dilemme, c'est : la victoire sur Franco, gr&#226;ce &#224; la guerre r&#233;volutionnaire, ou la d&#233;faite. &#034; Son identification des staliniens &#224; Noske &#233;tait terriblement juste. Les staliniens-d&#233;mocrates ont assassin&#233; Camillo Berneri comme Noske, le social-d&#233;mocrate, avait enlev&#233; et assassin&#233; Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honneur &#224; notre camarade Camillo Berneri. Souvenons nous de lui avec l'amour que nous portons &#224; Karl et &#224; Rosa. En &#233;crivant, camarades, je ne peux m'emp&#234;cher de pleurer, de pleurer Camillo Berneri. La liste de nos martyrs est aussi longue que la vie de la classe ouvri&#232;re. Heureux ceux qui tombent en combattant l'ennemi de classe, qui tombent en pleine lutte au milieu de leurs camarades. Il est bien plus terrible de mourir seul du poignard de ceux qui se disent socialistes ou communistes, comme Karl et Rosa, comme nos camarades qui meurent dans les chambres d'ex&#233;cution de l'exil sib&#233;rien. Le supplice de Camillo Berneri fut sp&#233;cial. Il mourut entre les mains de &#034; marxistes-l&#233;ninistes staliniens &#034;, tandis que ses amis les plus proches, Montseny, Garcia Oliver, Peiro, Vasquez, abandonnaient le prol&#233;tariat de Barcelone &#224; ses bourreaux. Le jeudi 6 mai 1937. Gardons ce jour en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants anarchistes et gouvernementaux &#233;taient all&#233;s &#224; Lerida le mercredi pour arr&#234;ter une force sp&#233;ciale de 500 membres du P.O.U.M. et de la C.N.T. qui se h&#226;taient depuis Hucsca, pourvus d'artillerie l&#233;g&#232;re. Les repr&#233;sentants de Valence et de la Generalidad avaient promis que si les troupes ouvri&#232;res n'avan&#231;aient pas, le gouvernement ne tenterait pas d'envoyer des troupes suppl&#233;mentaires &#224; Barcelone. Les troupes ouvri&#232;res s'&#233;taient arr&#234;t&#233;es, gr&#226;ce &#224; cette promesse et aux exhortations des dirigeants anarchistes. Cependant, le jeudi, on re&#231;ut des appels t&#233;l&#233;phoniques de militants de la C.N.T. des villes qui sont sur la route de Valence &#224; Barcelone : &#034; 5 000 gardes d'assaut sont en route. Devons-nous les arr&#234;ter ? &#034; demand&#232;rent les travailleurs de la C.N.T. Leurs Dirigeants leur ordonn&#232;rent de laisser passer les gardes, ne dirent rien aux troupes ouvri&#232;res qui attendaient &#224; Lerida, et turent la nouvelle de la venue des gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi &#224; 3 heures, la Casa C.N.T. ordonna &#224; ses gardes d'&#233;vacuer la Telefonica. Le gouvernement et la C.N.T. avaient pass&#233; un accord : chaque partie devait retirer ses forces arm&#233;es. D&#232;s que les gardes de la C.N.T. furent partis, la police occupa le b&#226;timent tout entier, et fit entrer des partisans du gouvernement pour accomplir le travail technique ex&#233;cut&#233; auparavant par des travailleurs de la C.N.T. La C.N.T. s'en plaignit au gouvernement qui n'avait pas tenu sa promesse. La Generalidad r&#233;pondit : On ne peut pas revenir sur le &#034; fait accompli &#034; (en fran&#231;ais dans le texte). Souchy, le porte-parole de la C.N.T., admit que &#034; si les travailleurs des districts ext&#233;rieurs avaient &#233;t&#233; imm&#233;diatement inform&#233;s du cours des &#233;v&#233;nements, ils auraient certainement insist&#233; pour que des mesures plus fermes soient prises, et seraient retourn&#233;s &#224; l'attaque &#034;. Ainsi, les dirigeants anarchistes ultra-d&#233;mocratiques avaient tout simplement censur&#233; les nouvelles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les ordres de la Casa C.N.T., les employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone avaient transmis tous les appels pendant les combats r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires. Alors que, d&#232;s que le gouvernement eut pris la place, les locaux de la C.N.T. et de la F.A.I. furent coup&#233;s du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues que les travailleurs devaient emprunter pour retourner au travail, la police et les gardes du P.S.U.C. fouillaient les passants, d&#233;chiraient les cartes de la C.N.T. et arr&#234;taient ses militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 4 heures, la gare principale de Barcelone, qui &#233;tait aux mains de la C.N.T. depuis le 19 juillet, fut attaqu&#233;e par le P.S.U.C. et les gardes d'assaut, avec des mitrailleuses et des grenades. Les faibles forces de la C.N.T. qui la gardaient tent&#232;rent de t&#233;l&#233;phoner pour obtenir du renfort... A 4 heures, le g&#233;n&#233;ral Pozas se pr&#233;senta lui-m&#234;me au minist&#232;re de la D&#233;fense de la Catalogne (dont le ministre appartenait &#224; la C.N.T.) et informa poliment les camarades ministres que le poste du minist&#232;re catalan de la D&#233;fense n'existait plus, et que les arm&#233;es catalanes constituaient d&#233;sormais la IVe brigade de l'arm&#233;e espagnole dont Pozas &#233;tait le chef. Le cabinet de Valence avait pris cette d&#233;cision sous l'autorit&#233; de d&#233;crets militaires demandant un commandement unifi&#233;, sign&#233;s par les ministres de la C.N.T. Bien entendu, la C.N.T. remit le contr&#244;le &#224; Pozas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles terribles arrivaient de Tarragone. Une imposante force de police &#233;tait arriv&#233;e le mercredi matin et avait occup&#233; le central t&#233;l&#233;phonique. Ce sur quoi, la C.N.T. avait appel&#233; &#224; l'in&#233;vitable conf&#233;rence. Tandis que les n&#233;gociations se d&#233;roulaient, les r&#233;publicains et les staliniens s'armaient. Le jour suivant, ils prirent d'assaut le quartier g&#233;n&#233;ral de la Jeunesse libertaire. L&#224;-dessus, la C.N.T. demanda une nouvelle conf&#233;rence, o&#249; on l'informa que la Generalidad avait envoy&#233; des instructions explicites pour d&#233;truire les organisations anarchistes si elles refusaient de rendre les armes. (Il faut se rappeler que ces instructions provenaient d'un gouvernement qui comptait des ministres anarchistes.) Les repr&#233;sentants de la C.N.T. consentirent &#224; rendre leurs armes, si le gouvernement lib&#233;rait tous ceux qui avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, rempla&#231;ait la police et les gardes du P.S.U.C. par l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, et garantissait l'immunit&#233; pour les membres et les locaux de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le capitaine Barbeta, d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement, accepta. La C.N.T. d&#233;posa les armes et, pendant la nuit, les gardes d'assaut occup&#232;rent ses locaux et tu&#232;rent nombre d'anarchistes, dont Pedro Rua, l'&#233;crivain uruguayen, venu combattre le fascisme, et qui &#233;tait devenu commandant des milices. La Casa C.N.T. remarqua que c'&#233;tait &#034; renier la parole d'honneur donn&#233;e la soir&#233;e pr&#233;c&#233;dente par les autorit&#233;s &#034;. Pas un mot de tout cela ne fut rapport&#233; aux masses de Barcelone, bien que la Casa C.N.T.-F.A.I. ait &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t au courant des &#233;v&#233;nements [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi, &#224; 18 heures, la nouvelle parvint &#224; la Casa C.N.T. les premiers d&#233;tachements de Valence,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 500 gardes d'assaut, &#233;taient arriv&#233;s &#224; Tortosa, en route pour Barcelone. La Casa C.N.T. avait dit de ne pas s'y opposer, tout &#233;tait arrang&#233;, etc. Les gardes d'assaut occup&#232;rent tous les locaux de la C.N.T.-F.A.I. et de la Jeunesse libertaire de Tortosa, arr&#234;t&#232;rent tous ceux qu'ils trouv&#232;rent, et en conduisirent certains, menottes aux mains, vers les prisons de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses ne savaient rien des &#233;v&#233;nements de Tarragone, de, Tortosa, de la Telefonica, de Pozas, de l'arriv&#233;e des gardes de Valence. Mais les attaques de travailleurs dans les rues, &#224; la gare, le renouveau des combats sur les barricades, y rappel&#232;rent beaucoup de ceux qui les avaient quitt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux &#233;v&#233;nements catastrophiques du jeudi, la Casa C.N.T. &#034; envoya une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement pour savoir ce que celui-ci avait l'intention de faire (Souchy), mais sans attendre de le savoir, elle publia un nouveau manifeste d'apaisement : tandis que les barricades retentissaient toujours, la Casa C.N.T. d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Maintenant que nous sommes revenus &#224; la normale, que les responsables de la r&#233;volte ont &#233;t&#233; d&#233;mis de leurs responsabilit&#233;s publiques, que tous les ouvriers ont repris le travail, et que Barcelone est &#224; nouveau calme [... ] la C.N.T. et la F.A.I. continuent &#224; collaborer loyalement comme par le pass&#233; avec toutes les organisations politiques et syndicales du front antifasciste. La meilleure preuve en est que la C.N.T. continue &#224; participer au gouvernement central, au gouvernement de la Generalidad et &#224; toutes les municipalit&#233;s. La presse de la C.N.T. a appel&#233; au calme et a appel&#233; la population &#224; retourner au travail. Les nouvelles transmises par radio aux syndicats et aux comit&#233;s de d&#233;fense n'&#233;taient que des appels au calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une preuve suppl&#233;mentaire que la C.N.T. ne voulait pas briser et n'a pas bris&#233; le front antifasciste, c'est que lorsque le nouveau gouvernement de la Generalidad a &#233;t&#233; form&#233;, le 5 mai, les repr&#233;sentants de la C.N.T. de Catalogne ont tout fait pour que sa t&#226;che lui soit facilit&#233;e, et que le secr&#233;taire de la C.N.T. en fasse partie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la C.N.T. qui contr&#244;laient le conseil de D&#233;fense (minist&#232;re) de la Generalidad ordonn&#232;rent &#224; toutes leurs forces de n'intervenir dans le conflit ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre. Et ils veill&#232;rent &#224; ce que leurs ordres soient ex&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de D&#233;fense de la C.N.T. ordonna &#233;galement &#224; chaque district de Barcelone de ne pas venir au centre r&#233;pondre aux provocations. Ces ordres aussi furent suivis, puisque, effectivement, personne n'y vint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Jusqu'&#224; la fin, nombreux furent ces pi&#232;ges tendus &#224; la C.N.T., mais elle resta fermement sur ses positions et ne r&#233;pondit pas &#224; la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jeudi soir : les gardes d'assaut et du P.S.U.C. continuent leurs raids, leurs arrestations, leurs fusillades. Et [...] la Casa C.N.T.-F.A.I. envoie une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement avec de nouvelles propositions pour cesser les hostilit&#233;s : tous les groupes doivent se contraindre &#224; retirer leurs gardes arm&#233;s et leurs patrouilles des barricades ; rel&#226;cher tous les prisonniers ; &#233;viter les repr&#233;sailles. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles arriv&#232;rent de Tarragone et Reus, &#034; o&#249; les membres du P.S.U.C. et d'Estat Catala, profitant (!) de la pr&#233;sence de quelques gardes d'assaut qui passaient en allant vers Barcelone, utilis&#232;rent leur avantage passager fourni par cette occasion pour d&#233;sarmer et tuer les ouvriers &#034; (Souchy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La C.N.T. tenta d'obtenir du gouvernement de Barcelone et de Valence la promesse que les gardes d'assaut n'entrent pas imm&#233;diatement (!) dans la ville, mais restent hors de ses limites jusqu'&#224; ce que la situation se soit &#233;claircie... Il y eut quelques sceptiques quant &#224; l'assurance que les troupes qui arrivaient seraient loyales envers les travailleurs. &#034; Mais ce scepticisme (quand surgit-il ?) n'avait pas &#233;t&#233; partag&#233; par les ministres de la C.N.T. des cabinets de Catalogne et de Valence qui avaient vot&#233; pour que le gouvernement central reprenne le contr&#244;le de l'ordre public en Catalogne. Le minist&#232;re de l'Ordre public de Catalogne avait cess&#233; d'exister depuis le 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 6 au 7 mai : &#034; Les anarchistes ont propos&#233; maintes et maintes fois de n&#233;gocier, impatients de terminer le conflit. &#034; Naturellement, le gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; n&#233;gocier, pendant que ses forces brisaient les reins de la classe ouvri&#232;re sous le couvert de la Casa C.N.T. Les travailleurs proches des anarchistes s'&#233;taient rassembl&#233;s pour d&#233;fendre Tortosa et Tarragone. A 4 heures, le Comit&#233; provincial &#8211; la direction de la C.N.T. catalane hors de Barcelone &#8211; informa la Casa C.N.T.-F.A.I. qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; retenir les gardes de Valence. Non, il ne faut pas, r&#233;pondit la Casa C.N.T. A 5 h 15, le gouvernement et la Casa C.N.T. pass&#232;rent un autre accord . armistice, &#233;vacuation des barricades, lib&#233;ration des prisonniers de part et d'autre, reprise de leurs fonctions par les patrouilles ouvri&#232;res. Le comit&#233; r&#233;gional transmit &#224; nouveau par radio aux travailleurs : &#034; Comme nous sommes parvenus &#224; un accord [... ] nous voulons vous informer [... ] du r&#233;tablissement complet de la paix et du calme Gardez ce calme et voire pr&#233;sence d'esprit. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi : Selon les ordres de la Casa C.N.T.-F.A.I., quelques travailleurs commenc&#232;rent &#224; d&#233;molir les barricades. Mais celles des gardes d'assaut, de l'Estat Catala et du P.S.U.C. restaient intactes. Les gardes d'assaut d&#233;sarm&#232;rent syst&#233;matiquement les travailleurs. Voyant que les forces gouvernementales continuaient l'offensive, les travailleurs retourn&#232;rent sur les barricades, contre la volont&#233; de la C.N.T. comme du P.O.U.M. Mais la d&#233;sillusion et le d&#233;couragement gagnaient : beaucoup de travailleurs anarchistes avaient fait confiance jusqu'au bout &#224; la C.N.T.-F.A.I., d'autres l'ayant perdue, s'&#233;taient retourn&#233;s vers la direction des travailleurs du P.O.U.M. jusqu'&#224; ce qu'on leur ordonne de quitter les barricades. Les Amis de Durruti et les bolcheviks-l&#233;ninistes furent capables de ramener les travailleurs sur les barricades les nuits de jeudi et de vendredi, mais ils n'&#233;taient pas assez forts, pas assez implant&#233;s dans les masses pour les organiser pour une lutte de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du vendredi, les gardes de Valence arriv&#232;rent. Ils s'empar&#232;rent imm&#233;diatement de la presse et de la direction des Amis de Durruti. Des groupes de gardes patrouillaient dans les rues pour intimider les travailleurs. &#034; Le gouvernement de la Generalidad a r&#233;prim&#233; l'insurrection avec ses propres forces &#034;, d&#233;clara Companys. Voyons, s'&#233;cri&#232;rent les dirigeants de la C.N.T., vous savez que &#231;a n'&#233;tait pas une insurrection, vous l'avez dit. &#034; Nous devons d&#233;raciner les incontr&#244;lables &#034;, r&#233;pondit Companys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse de lib&#233;rer les prisonniers ne fut pas tenue. Au contraire, les arrestations de masse commenc&#232;rent. On avait &#233;galement promis qu'il n'y aurait pas de repr&#233;sailles ; mais les semaines suivantes, il y en eut de brutales contre les villes et les quartiers qui avaient os&#233; r&#233;sister. Le gouvernement, naturellement, garda le contr&#244;le de la Telefonica &#8211; ce pour quoi il s'&#233;tait lanc&#233; dans la lutte. Valence d&#233;tenait maintenant le contr&#244;le de la police, qui allait vite revenir aux staliniens. Valence s'&#233;tait appropri&#233; le minist&#232;re de la D&#233;fense et l'arm&#233;e de Catalogne, qui allaient rapidement tomber sous le contr&#244;le de Prieto. Les patrouilles ouvri&#232;res seraient dissoutes sans retard, avec l'application du d&#233;cret de Ayguade sur l'ordre public. L'autonomie catalane avait cess&#233; d'exister avec l'arriv&#233;e des forces arm&#233;es de Valence. Ayguade, &#034; d&#233;missionn&#233; &#034; d'apr&#232;s la C.N.T., allait dans une semaine si&#233;ger &#224; Valence en tant que repr&#233;sentant de la Generalidad au gouvernement central... auquel la C.N.T. participait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'entr&#233;e des gardes d'assaut &#224; Barcelone, la Batalla se plaignit : &#034; C'est une provocation. Ils tentent de changer notre victoire en d&#233;faite par une d&#233;monstration de force. &#034; Et de pleurnicher : &#034; C'est le P.O.U.M. qui a conseill&#233; d'arr&#234;ter la lutte, d'abandonner les rues, de retourner au travail. Nul ne peut douter qu'il lut de ceux qui contribu&#232;rent le plus au retour &#224; la normale. &#034; La pusillanimit&#233; de l'agneau poumiste ne l'avait donc pas sauv&#233; de la gueule du loup. Pauvres politiciens en v&#233;rit&#233;, qui ne savent pas distinguer la victoire de la d&#233;faite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi, un membre de l'ex&#233;cutif central du P.O.U.M. avait dit &#224; Charles Orr &#034; nous ne nous sentons pas assez forts spirituellement ou physiquement pour prendre la t&#234;te de l'organisation des masses pour la r&#233;sistance &#034;. Ainsi... ils avaient th&#233;oris&#233; leur impuissance en &#034; victoire &#034;, pour justifier l'arr&#234;t de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le P.O.U.M. se soit mis en avant et, en d&#233;pit de la C.N.T., ait essay&#233; de diriger les travailleurs au moins vers un r&#233;el armistice, c'est-&#224;-dire, ait maintenu les travailleurs en armes et les entreprises pr&#234;tes &#224; r&#233;sister &#224; une offensive ult&#233;rieure. Supposons m&#234;me que cela ait &#233;chou&#233;, et que le P.O.U.M. et les travailleurs aient &#233;t&#233; battus par la pure force des armes. &#034; Dans le pire des cas, fit remarquer l'opposition au sein du P.O.U.M., on aurait pu organiser un comit&#233; central de d&#233;fense, fond&#233; sur la repr&#233;sentation des barricades. Pour cela, il aurait suffi de tenir d'abord un meeting des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacune des barricades du P.O.U.M. et de quelques barricades de la C.N.T., et de nommer un comit&#233; central provisoire. C'est ce &#224; quoi travaillait le comit&#233; local du P.O.U.M., le mardi apr&#232;s-midi. Mais il ne rencontra aucune volont&#233; d'ex&#233;cution de la part de la direction centrale. &#034; A tout le moins, un tel organe central directement enracin&#233; dans les masses aurait pu organiser la r&#233;sistance aux raids, aux arrestations, &#224; l'interdiction de la presse, &#224; la mise hors la loi des Amis de Durruti et du P.O.U.M. qui suivirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'organisation de la r&#233;sistance n'aurait pas fait plus de victimes que la capitula-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tion : 500 morts et 1 500 bless&#233;s, surtout le mardi apr&#232;s midi, lorsque la C.N.T. commen&#231;a &#224; se retirer ; des centaines d'autres morts ou bless&#233;s dans les &#034; rafles &#034; des semaines suivantes ; &#034; l'&#233;puration &#034; des troupes du P.O.U.M. ou anarchistes envoy&#233;es les semaines suivantes sur la ligne de feu sans protection de l'aviation ou de l'artillerie ; l'assassinat de Nin et Mena, et d'autres dirigeants du P.O.U.M., des milliers et des dizaines de milliers de prisonniers dans la p&#233;riode qui suivit. La capitulation fit au moins autant de victimes que n'en auraient fait la lutte et la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition du P.O.U.M. &#8211; et elle n'&#233;tait pas trotskyste n'avait que trop raison lorsqu'elle d&#233;clarait dans son bulletin du 29 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette retraite, ordonn&#233;e sans conditions, sans avoir obtenu le contr&#244;le de l'ordre public, sans la garantie des patrouilles ouvri&#232;res, sans organes concrets du front uni des travailleurs, sans explications satisfaisantes &#224; la classe ouvri&#232;re, mettant tous les &#233;l&#233;ments en lutte (r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires) dans le m&#234;me sac, constitue l'une des plus grandes capitulation et trahison du mouvement ouvrier.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de fer de la politique est inexorable. Un cours erron&#233; entra&#238;ne ses partisans dans des gouffres insoup&#231;onnables. La direction anarchiste, d&#233;termin&#233;e &#224; poursuivre sa politique de collaboration avec l'Etat bourgeois &#8211; il semble pourtant que ces hommes d&#233;fiaient hier encore la monarchie au risque de leur vie &#8211; sacrifiait la vie et l'avenir de ses partisans de la mani&#232;re la plus l&#226;che. S'agrippant aux basques de la C.N.T., les dirigeants du P.O.U.M. chassaient les travailleurs des barricades en plein combat. Moins que tout autre, ils se seraient cru capables de tomber aussi bas une ann&#233;e auparavant. Des dirigeants qui ont trahi les travailleurs de telle fa&#231;on sont irr&#233;vocablement perdus pour le mouvement r&#233;volutionnaire. Ils ne peuvent pas revenir en arri&#232;re, admettre leur terrible complicit&#233;. Ils sont &#233;galement pitoyables, car, au lendemain de leur trahison, la bourgeoisie renforc&#233;e se dispensera de leurs services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aux partisans du P.O.U.M. un autre point sur lequel leur comparaison avec P&#233;tersbourg en juillet, 1917 ne tient pas. L'&#233;chec de la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; fut suivi d'une chasse sauvage aux bolcheviks. Trotsky fut emprisonn&#233;, L&#233;nine et Zinoniev durent se cacher, les journaux bolcheviques furent interdits. On cria &#034; les bolcheviks sont des agents de l'Allemagne &#034;. Toutefois, en quatre mois, les bolcheviks en arriv&#232;rent &#224; la r&#233;volution d'Octobre. J'&#233;cris six mois apr&#232;s les journ&#233;es de mai, et le P.O.U.M. est toujours &#233;cras&#233;, mort. L'analogie ne tient pas sur ce point parce que telle est la diff&#233;rence : les bolcheviks s'&#233;taient mis courageusement &#224; la t&#234;te du mouvement de Juillet, et ils &#233;taient devenus de ce fait la chair et le sang des masses, tandis que le P.O.U.M. leur tourna le dos, et, en retour, elles ne virent pas l'urgence de le sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La question &#233;pineuse de la justification de la reprise par les arm&#233;es de la Telefonica fut &#034; r&#233;solue &#034; dans la presse stalinienne par quatre explications diff&#233;rentes, au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; &#034; Salas envoya la police r&#233;publicaine arm&#233;e pour y d&#233;sarmer les employ&#233;s, dont la plupart &#233;taient membres des syndicats de la C.N.T. Pendant tr&#232;s longtemps, le service t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; d'une mani&#232;re qui appelait les critiques les plus graves, et il &#233;tait imp&#233;ratif pour toute la conduite de la guerre que l'on rem&#233;die aux d&#233;fauts du service. &#034; (Le Daily Worker de Londres, 11 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; La police &#034; occupa le central t&#233;l&#233;phonique. Ce faisant, la police n'entendait en aucune mani&#232;re porter atteinte aux droits des travailleurs garantis par la loi (comme l'ont pr&#233;tendu par la suite les provocateurs trotskystes). Ce que la police voulait, c'&#233;tait mettre toutes les connections t&#233;l&#233;phoniques sous le contr&#244;le imm&#233;diat du gouvernement. &#034; (Imprecorr, 22 mai.) Toutefois, ce qui &#233;tait &#034; garanti par la loi &#034;, c'&#233;tait le contr&#244;le ouvrier, sanctionn&#233; par le d&#233;cret de collectivisation du 24 octobre 1936 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; Une semaine plus tard, ce fut une nouvelle histoire , &#034; Le camarade Salas se rendit &#224; la Telefonica qui avait &#233;t&#233; occup&#233;e la nuit pr&#233;c&#233;dente par cinquante membres du P.O.U.M. et plusieurs &#233;l&#233;ments incontr&#244;lables. Les gardes p&#233;n&#233;tr&#232;rent par la force dans l'immeuble et chass&#232;rent ses occupants. L'affaire fut rapidement r&#233;gl&#233;e. Surpris par la rapidit&#233; de mouvement du gouvernement, les cinquante individus quitt&#232;rent le b&#226;timent et le central t&#233;l&#233;phonique fut &#224; nouveau ( ! )) aux mains du gouveriieinent. &#034; (Inprecorr, 29 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; La version finale fut publi&#233;e par la section catalane du Komintern comme l'histoire rapport&#233;e par Salas : &#034; Tout d'abord, il n'y eut pas d'occupation de la Telefonica, pas plus qu'il ne fut question de l'occuper. Je re&#231;us un ordre sign&#233; de Ayguade, ministre de l'Ordre public, selon lequel un d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement devait y &#234;tre install&#233;, et j'avais la responsabilit&#233; de veiller &#224; ce qu'il le soit. Dans ce but, nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes dans le central t&#233;l&#233;phonique, le capitaine Menendez et moi, avec une escorte personnelle de quatre hommes. J'expliquai mon affaire et j'&#233;mis le souhait de parler avec un membre responsable du comit&#233;. On nous dit qu'il n'y en avait pas dans l'immeuble. Nous attend&#238;mes toutefois en bas de l'escalier pendant qu'ils allaient voir. Deux minutes plus tard, quelques individus commenc&#232;rent &#224; nous tirer dessus du haut des escaliers. Aucun de nous ne fut touch&#233;. Je t&#233;l&#233;phonai imm&#233;diatement aux gardes de venir, non pour occuper l'immeuble dans lequel nous &#233;tions d&#233;j&#224;, mais pour l'entourer d'un cordon et emp&#234;cher quiconque d'entrer [...] Eroles [fonctionnaire anarchiste de la police] et moi sommes mont&#233;s au sommet de l'immeuble, o&#249; ils &#233;taient install&#233;s avec une mitrailleuse, des grenades &#224; main et des fusils. Nous sommes mont&#233;s ensemble sans escorte et sans arme. Au sommet, j'ai expliqu&#233; le but de ma visite. Ils sont descendus. Le d&#233;l&#233;gu&#233; fut install&#233; selon les ordres. Les forces ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es. Il n'y eut ni heurts ni arrestations. &#034; Le t&#233;moignage de la C.N.T. stigmatise cette histoire comme un mensonge. Salas commen&#231;a par d&#233;sarmer les gardes et contraindre les travailleurs du t&#233;l&#233;phone &#224; lever les mains. Les gardes des &#233;tages sup&#233;rieurs ne sortirent que le jour suivant, apr&#232;s un accord selon lequel les deux parties devaient &#233;vacuer les lieux &#8211; accord promptement viol&#233; par le gouvernement. Les quatre versions staliniennes diff&#233;rentes attestent la difficult&#233; de camoufler la simple v&#233;rit&#233; ; ils voulaient la fin du contr&#244;le ouvrier sur la Telefonica et ils l'ont obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] M&#234;me le dirigeant de l ' I.L.P., Fermer Brockway, toujours &#224;la droite du P.O.U.M., conc&#232;de dans ce cas que &#034; pendant deux jours les travailleurs domin&#232;rent la situation. Une action audacieuse et unie des dirigeants de la C.N.T. aurait renvers&#233; le gouvernement &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Partisans fran&#231;ais de Marceau Pivert, dirigeant du Parti socialiste ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L&#233;on Trotsky, la R&#233;volution espagnole (1930-1940), les Editions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Un dirigeant anarchiste bien connu m'a dit &#034; Vous, trotskystes, vous &#234;tes des utopistes encore pires que nous ne l'avons jamais &#233;t&#233;. Le Maroc est aux mains de Franco, dirig&#233; d'une main de fer. Notre d&#233;claration d'ind&#233;pendance du Maroc serait sans effet. &#034; Je lui ai rappel&#233; que la d&#233;claration d'&#233;mancipation des esclaves de Lincoln avait &#233;t&#233; publi&#233;e alors que la Conf&#233;d&#233;ration tenait toujours le Sud. Les marxistes au moins devraient savoir que Marx et Engels donn&#232;rent &#224; cet acte politique un poids &#233;norme dans la d&#233;faite du Sud. Un autre anarchiste disait : &#034; Nos paysans ont d&#233;j&#224; pris beaucoup de terres, et cependant cela n'a eu aucun impact sur les paysans domin&#233;s par Franco. &#034; A force de questions, il admit toutefois que les paysans craignaient que le gouvernement ne tente de reprendre la terre apr&#232;s la guerre. En Russie aussi, les paysans s'empar&#232;rent de beaucoup de terres en novembre 1917. Toutefois, ils la cultiv&#232;rent maussadement et craintivement. Le d&#233;cret sovi&#233;tique de nationalisation des terres eut un effet psychologique sur les paysans, et en fit dans leur grande maiorit&#233; des partisans du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Discours de Paris, l'Espagne et le monde (anarchiste), 2 juillet 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Fermer Brockway, secr&#233;taire de l'I.L.P. (Parti ind&#233;pendant du travail), la V&#233;rit&#233; sur Barcelone, Londres 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La politique militaire du gouvernement est analys&#233;e en d&#233;tail dans les chapitres XV et XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Pour les t&#233;moignages critiques des &#233;v&#233;nements des jours suivants, je suis redevable &#224; deux camarades am&#233;ricains, Lois et Charles Orr (ce dernier &#233;tait l'&#233;diteur de Spanish Revolution, journal du P.O.U.M. de langue anglaise), et au rapport long et document&#233; des bolcheviks-l&#233;ninistes espagnols paru dans la Lutte ouvri&#232;re du 10 juin 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le bulletin du P.O.U.M. en langue anglaise (cf. note 29) du 19 mai 1937 dit &#034; Pris dans les r&#234;nes du gouvernement, [la C.N.T.] tenta de m&#233;nager les deux c&#244;t&#233;s par une &#034; union &#034; des opposants [...] L'attitude de la C.N.T. ne manqua pas de provoquer des r&#233;sistances et des protestations. Le groupe des Amis de Durruti fit &#233;merger la volont&#233; des masses de la C.N.T., mais il ne fut pas capable d'en prendre la direction [ ] Les travailleurs, profond&#233;ment &#233;prouv&#233;s par la capitulation de leur f&#233;d&#233;ration syndicale, regardent ailleurs pour trouver une nouvelle direction. Le P.O.U.M. devrait la leur fournir. &#034;Ces lignes radicales n'&#233;taient destin&#233;es qu'&#224; l'exportation. Rien de tel ne parut dans la presse r&#233;guli&#232;re du P.O.U.M. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale Spanish Revolution a donn&#233; aux lecteurs anglais qui ne pouvaient pas suivre sa presse espagnole une image d&#233;form&#233;e de la conduite du P.O.U.M. : ce fut sa &#034; face gauche &#034;. Ceci dit sans aucune volont&#233; de mettre en doute l'int&#233;grit&#233; r&#233;volutionnaire du camarade Charles Orr, son &#233;diteur, qui ne peut gu&#232;re &#234;tre tenu pour responsable de la disparit&#233; existant entre le bulletin anglais et la volumineuse presse du P.O.U.M. en espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ils ne rapport&#232;rent l'&#233;v&#233;nement que dans Solidaridad obrera des 15 et 16 mai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939... &lt;br class='autobr' /&gt;
James. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. &#192; la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapable d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves et le Marxist Group , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant mi- th&#233;orique et mi- d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25 000 et 30 000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats aux &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux &#201;tats-Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P.. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode, d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France, il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc. Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. &#192; cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskistes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173;tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux &#201;tats-Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me, et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux &#201;tats-Unis, car l'atmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'hui en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les, &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux &#201;tats-Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux &#201;tats-Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187;. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#233;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky - C'est une question pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste en 1928</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9047</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article9047</guid>
		<dc:date>2026-05-08T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand Boukharine expliquait que Trotsky &#233;tait le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8801</link>
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		<dc:date>2026-02-23T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie) &lt;br class='autobr' /&gt;
1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds coulants n'&#233;puisent la mer des souffrances. La ba&#239;onnette ne calme pas les peuples. Les ordres des g&#233;n&#233;raux n'arr&#234;tent pas la d&#233;b&#226;cle de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait le manifeste des bolch&#233;viki de juillet, publi&#233; le 12 ao&#251;t, le jour de la convocation de la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'&#233;tait pas pass&#233; trois mois depuis la victoire de la clique imp&#233;rialiste, o&#249; les galons des g&#233;n&#233;raux et les coffres-forts incombustibles des banquiers &#233;taient devenus le symbole du gouvernement russe de pair avec la pique cosaque et les tribunaux &#171; &#224; tir rapide &#187;, lorsqu'un bond dialectique de l'histoire renversa compl&#232;tement l'ancien rapport du &#171; peuple &#187; au pouvoir. Dans l'incendie d'une affreuse guerre civile, le front imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; enfonc&#233; par la pouss&#233;e vigoureuse de la masse des ouvriers et des soldats. La &#171; poign&#233;e d'espions allemands &#187;, comme les bourgeois haineux appelaient les chefs du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; port&#233;e par la vague r&#233;volutionnaire au sommet de l'appareil nouveau du pouvoir des Soviets. La dictature de l'imp&#233;rialisme s'est chang&#233;e en dictature du prol&#233;tariat et des soldats-paysans, qui ont saisis leurs ennemis de classe dans leurs mains de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la r&#233;volution russe a pass&#233; &#224; une phase nouvelle, la phase de la r&#233;volution socialiste. Les millions d'hommes dont se composent les classes laborieuses sont entr&#233;s en mouvement ; par leur soul&#232;vement victorieux, ils ont provoqu&#233; en m&#234;me temps une incroyable exasp&#233;ration de la part de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, li&#233;es au capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du r&#233;gime imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;volution. Mais cette chute et la victoire du prol&#233;tariat appuy&#233; par le peuple pauvre des campagnes, victoire qui a ouvert des horizons inappr&#233;ciables &#224; l'univers entier, n'est pas encore le commencement d'une &#233;poque organique. La r&#233;sistance de la bourgeoisie est seulement transport&#233;e dans d'autres centres et un autre milieu, et le pouvoir prol&#233;tario-paysan est plac&#233; devant la n&#233;cessit&#233; de briser cette r&#233;sistance &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital international qui &#224; tous les carrefours lance l'anath&#232;me sur &#171; la grande &#233;meute &#187; des ouvriers et des soldats, soutient par tous les moyens la lutte arm&#233;e de la contre-r&#233;volution et la &#171; sape lente &#187; des intellectuels et de leurs protecteurs par patriotisme. Et devant le prol&#233;tariat se pose, plus aigu que jamais, le probl&#232;me de la r&#233;volution internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne se posent que des probl&#232;mes qu'ils peuvent r&#233;soudre. Tout l'ensemble des rapports qui se sont form&#233;s en Europe, m&#232;ne &#224; cette fin in&#233;vitable. Ainsi la r&#233;volution permanente en Russie se transforme en r&#233;volution europ&#233;enne du prol&#233;tariat, arm&#233; par ce m&#234;me &#201;tat imp&#233;rialiste sur la t&#234;te duquel il l&#232;ve d&#233;j&#224; le couteau luisant de la guillotine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re &#171; ind&#233;pendant &#187;. &#8212; La Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la contre-r&#233;volution lors des journ&#233;es de juillet a abouti &#224; un minist&#232;re form&#233; de ministres ne &#171; d&#233;pendant de personne, que de leur conscience &#187;, c'est-&#224;- dire tout simplement d&#233;pendant compl&#232;tement du capital. L'organe officiel de Milioukov, Retch, l'a d&#233;clar&#233; urbi et orbi : &#171; Les exigences des cadets &#8212; &#233;crivait ce journal &#8212; ont certainement &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; la base de l'activit&#233; du gouvernement tout entier... C'est justement pour cela, puisque les exigences fondamentales des cadets ont &#233;t&#233; accept&#233;es, que le parti n'a pas cru possible de poursuivre la discussion pour des diff&#233;renciations sp&#233;cifiques de parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forme o&#249; s'est moul&#233;e la victoire effective de la contre-r&#233;volution ne fut pas une forme de gouvernement purement cadet, mais l'instauration du r&#233;gime bonapartiste de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet, qui constitu&#232;rent un moment critique de la lutte r&#233;volutionnaire, ont &#233;t&#233; en fait un demi-soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La masse des ouvriers et des soldats, pouss&#233;e par la politique du gouvernement, est sortie dans la rue, mais elle n'&#233;tait pas capable alors d'une action d&#233;cisive. Le parti prol&#233;tarien, qui d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, avait conquis les sympathies des ouvriers et des soldats p&#233;tersbourgeois, comprenant toute la complexit&#233; de la situation et le caract&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; du soul&#232;vement, se pronon&#231;ait contre l'action. Cette derni&#232;re a pris ainsi le caract&#232;re ind&#233;cis d'une d&#233;monstration &#224; demi-pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'action de juillet fut un demi-soul&#232;vement, en revanche la victoire de la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; dans une certaine mesure aussi une demi-victoire. Les ultra-imp&#233;rialistes ne purent organiser la boucherie, malgr&#233; tous leurs efforts. L'offensive de la contre-r&#233;volution commen&#231;a sur le front entier. Mais les forces du patriotisme de clinquant des fabricants et des manufacturiers, malgr&#233; la protection des cravaches cosaques, des mitrailleuses, du contre-espionnage et de l'appareil judiciaire tsariste, n'en furent pas moins insuffisantes pour sucer d&#233;finitivement &#224; mort le prol&#233;tariat et la garnison. La contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas encore assez forte pour disperser les Soviets, alors que les Soviets &#233;taient d&#233;j&#224; trop faibles pour mener une contre-attaque d&#233;cisive et puissante : tra&#238;tres au prol&#233;tariat, le sceau de Ca&#239;n sur le front, ils souffraient maintenant eux-m&#234;mes sous le fardeau des suites de cette trahison. Ils s'&#233;taient transform&#233;s en un paravent, en une forme d&#233;corative derri&#232;re laquelle se cachait un contenu r&#233;actionnaire. Mais la d&#233;mocratie authentique &#8212; la d&#233;mocratie ouvri&#232;re en premier lieu &#8212; &#233;tait, elle aussi, hors d'&#233;tat de rejeter en arri&#232;re par un coup subit l'imp&#233;rialisme dont l'impudence croissait sans cesse : car elle &#233;tait, sinon compl&#232;tement en d&#233;route, du moins affaiblie et temporairement d&#233;sorganis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;tait cr&#233;&#233; cet &#233;quilibre relatif des forces sociales qui forma une base au bonapartisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme est caract&#233;ris&#233; par le fait que des individus distincts acqui&#232;rent une importance hors de toute proportion avec leur r&#244;le r&#233;el. Ils ne poss&#232;dent pas de base sociale autonome comme appui. Mais c'est &#224; eux n&#233;anmoins qu'appartient le pouvoir dans l'&#201;tat. La personnalit&#233; du bonapartiste peut avoir de l'importance par elle-m&#234;me &#8230; tel fut Napol&#233;on Ier, tel fut C&#233;sar. Mais elle peut &#234;tre mis&#233;rable et m&#233;prisable par essence, telle la personnalit&#233; de Napol&#233;on III, ce &#171; passager sur le tr&#244;ne royal &#187;, ou telle encore celle de Kerensky. Dans l'un et l'autre cas cependant, le sens social du bonapartisme reste le m&#234;me : il exprime une forme cach&#233;e de la victoire de la contre-r&#233;volution, le dernier degr&#233; avant le pouvoir tout nu, d&#233;couvert, de la clique r&#233;actionnaire. Subjectivement, le bonapartiste s'imagine qu'il se tient entre les classes, utilisant pour soi la lutte des classes, &#171; tirant des bord&#233;es &#187; entre les classes. Objectivement, il n'est que l'instrument des classes poss&#233;dantes, qui l'utilisent. Dans ces conditions, ce qu'on appelle la lutte sur deux fronts est la lutte cach&#233;e du front contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement, le h&#233;ros du jeu bonapartiste est un ren&#233;gat. Il doit passer d'abord par un stage d&#233;mocratique donn&#233;, avant que d'&#234;tre re&#231;u dans les salons politiques des dominateurs du monde. Il lui faut l'aur&#233;ole du &#171; h&#233;ros populaire &#187;, du &#171; sauveur de la patrie &#187;. Il lui faut la popularit&#233; parmi les masses, les ovations et &#171; l'amour du peuple &#187;. Cela peut &#234;tre un aventurier au pass&#233; suspect, ou un r&#233;volutionnaire honn&#234;te dans le pass&#233;, se tournant vers un pr&#233;sent suspect ; cela peut &#234;tre un civil qui devient un militaire, cherchant &#224; se cr&#233;er une garde pr&#233;torienne, ou un militaire qui s'empare des affaires civiles ; cela peut &#234;tre un homme d'action, qui, par ses &#171; exploits &#187;, met en valeur son h&#233;ro&#239;sme, ou un h&#233;ros phraseur, un charlatan de la langue, laquelle se meut d'autant plus vite que plus grande est l'infirmit&#233; intellectuelle de son possesseur. Mais il faut absolument qu'il &#171; sauve &#187;. Le r&#244;le du lib&#233;rateur-messie, &#8212; voici l'&#233;tiquette professionnelle de tout bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, lorsque le capital financier eut besoin d'un homme de paille, cet homme ait &#233;t&#233; Kerensky. Il renfermait en lui les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour que l'aristocratie de l'argent appos&#226;t bienveillamment sur ce &#171; d&#233;mocrate &#187; le sceau de son approbation et de sa reconnaissance. Dans le pass&#233; &#8212; r&#233;volutionnaire, mais pas des plus fermes ; h&#233;ros de la r&#233;volution du printemps avec ses &#233;lans sentimentaux et sa fraternisation des soldats-paysans avec l'agrarien Rodzianko ; cabotin et phraseur jusqu'&#224; la moelle des os, qui sait et pleurer et rire, et s'arracher tragiquement les cheveux et embrasser la terre &#8212; lorsque les circonstances l'exigent ; favori du grand public et aventurier qui promet ; sp&#233;cialiste de la prostitution de la r&#233;volution, qui abrite habilement le pillage imp&#233;rialiste sous le drapeau rouge ; poltron qui traite bravement ses adversaires politiques de poltrons ; membre du parti socialiste, qui en &#233;lude &#224; chaque pas les dispositions ; cr&#233;ature des &#171; organes pl&#233;nipotentiaires &#187;, qui au fond se moque de ces organes ; homme qui a sauv&#233; Nicolas II de la peine de mort, mais qui a introduit, pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, la peine de mort pour les soldats ; partisan de la r&#233;volution, qui soufflette cette r&#233;volution &#224; la face ; ennemi de l'imp&#233;rialisme allemand, qui vend sous &#171; la sauce r&#233;volutionnaire &#187; le sang des soldats russes &#224; l'imp&#233;rialisme anglais, et qui, derri&#232;re les coulisses de la diplomatie secr&#232;te, rampe &#224; genoux devant le capital alli&#233; ; enfin, lib&#233;rateur jur&#233; de la patrie, qui ne prononce le nom de celle-ci qu'avec un enrouement plein de v&#233;n&#233;ration, magicien et enchanteur, qui par les attributs de la splendeur imp&#233;riale fait habilement apercevoir le chemin du salut, &#8212; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le petit homme convenant aux industriels unifi&#233;s et aux gros bonnets des exploitations mini&#232;res, aux maraudeurs et aux sp&#233;culateurs, aux endosseurs des commandes de l'Etat et des gros dividendes, aux grands rentiers et aux agrariens, aux propri&#233;taires d'immeubles et aux cocottes, aux chevaliers de la Bourse et aux archev&#234;ques de l'Eglise orthodoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir bonapartiste de Kerensky devait servir de pont transitoire pour le sauvetage des b&#233;n&#233;fices capitalistes et de la rente fonci&#232;re hors des atteintes des ouvriers et des paysans. Entre le peuple et le bloc des grands propri&#233;taires, ce pouvoir a pris le r&#244;le d'un arbitre, d'un &#171; pouvoir omni-national &#187; qui &#233;tait cens&#233; se tenir au-dessus des classes, mais qui dans les replis des chancelleries de minist&#232;re, agiotait avec les ennemis d&#233;clar&#233;s du peuple. Les sommit&#233;s de la bancocratie pensaient d&#233;j&#224; parvenir &#224; l'&#233;tablissement de leur domination inexpugnable, en passant par le pont du r&#233;gime de Kerensky. Cependant, ils n'avaient pas escompt&#233; une circonstance, qui diff&#233;renciait essentiellement le fruit h&#226;tif du bonapartisme russe de ses mod&#232;les de l'Europe occidentale. A l'Occident, le bonapartisme poussait, alors que les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volution &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;solus ; et le bonapartisme &#171; suo-modo &#187; de Kerensky cr&#251;t &#224; une p&#233;riode o&#249; presque tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution attendaient d'&#234;tre r&#233;solus : les paysans commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; perdre patience, ne recevant pas la terre ; les ouvriers et toutes les couches pauvres souffraient cruellement de la d&#233;sorganisation ; toutes les classes inf&#233;rieures de la ville et de la campagne, avec la masse des soldats, avaient soif de paix. En un mot, les aspirations subjectives des larges masses du peuple, comme la situation objective des affaires, ne pouvaient &#234;tre r&#233;solues par les m&#233;thodes dont disposaient Kerensky avec le Milioukov-des-Dardanelles qui regardait derri&#232;re son dos. La faillite de cette politique &#233;tait in&#233;vitable, et elle arriva plus t&#244;t que l'on ne pouvait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187; proclama solennellement la paix civile, et, comme il sied &#224; des prostitu&#233;s de la r&#233;volution, d&#233;clara que &#171; toute l'invincible puissance de la r&#233;volution russe serait employ&#233;e au salut de la Russie et &#224; la restauration de son honneur souill&#233; par la l&#226;chet&#233; et par une honteuse poltronnerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; salut de la Russie &#187; ces messieurs entendaient le service du capital. Par &#171; honteuse poltronnerie &#187;, &#8212; l'esprit r&#233;volutionnaire des soldats, qui en d&#233;pit de la peine de mort marchaient contre leurs bourreaux. Par &#171; puissance de la r&#233;volution &#187;, &#8212; les assauts furieux d'une bande de contre-r&#233;volutionnaires. Comment les dirigeants bourgeois n'auraient-ils pas employ&#233; comme troupes de couverture un &#171; pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; aussi excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte contre la r&#233;volution sous le pavillon de la lutte avec la contre-r&#233;volution &#8212; telle &#233;tait l'essence de la politique du gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187;. La presse bourgeoise, avec ses mercenaires hautement qualifi&#233;s, pr&#234;chait sur tous les tons, de pair avec la th&#233;orie de l'espionnage, la th&#233;orie de la &#171; contre-r&#233;volution de gauche &#187;, encourageant avec bienveillance &#8212; et quelquefois m&#234;me les grondant un peu &#8212; les adroits serviteurs des appartements minist&#233;riels. &#171; La contre-r&#233;volution &#8212; &#233;crivait le journal des millionnaires moscovites, le Roussko&#239;e Slowo, &#8212; est venue de nos jours, non du c&#244;t&#233; dont on l'attendait selon la th&#233;orie et l'habitude, non de droite, mais de gauche, non des bourgeois, mais de la part de l'extr&#234;me aile gauche de la r&#233;volution russe &#187; (Roussko&#239;e Slowo du 6/19 VIII 1917). Et pour cette raison, vive la lutte avec la &#171; contre-r&#233;volution &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la directive que donnaient au gouvernement ind&#233;pendant les dirigeants de la banque, de la bourse et des syndicats. Au Congr&#232;s du commerce et de l'industrie de Moscou, le millionnaire et le m&#233;c&#232;ne bien connu Riabouchinsky mit ouvertement en avant un programme cynique pour l'&#233;tranglement criminel de la r&#233;volution, la dissolution des Soviets, le blocus de la classe ouvri&#232;re par la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre Gouvernement Provisoire &#8212; a d&#233;clar&#233; Riabouchinsky &#8212; se trouvait sous l'influence de personnes &#233;trang&#232;res. En fait, nous &#233;tions domin&#233;s par une poign&#233;e de charlatans... Le pouvoir ne favorise pas les classes commer&#231;antes et industrielles... Il est n&#233;cessaire que l'Etat se place un tant soit peu (!) au point de vue de la classe commer&#231;ante et industrielle. Le gouvernement doit &#234;tre bourgeois par ses pens&#233;es et bourgeois par ses actions... Il est possible que pour sortir de cette situation, il soit n&#233;cessaire de faire appel au bras d&#233;charn&#233; de la faim, &#224; une mis&#232;re du peuple qui saisisse &#224; la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et les comit&#233;s d&#233;mocratiques &#187;. Les applaudissements furieux des gros porte-monnaies couvrirent ce discours v&#233;ritablement cannibale. Et c'est dans ce discours que le gouvernement du bonapartiste puisait d&#233;j&#224; son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si durant la p&#233;riode des &#171; gouvernements d&#233;pendants &#187; la bourgeoisie financi&#232;re et capitaliste avait eu recours au sabotage organis&#233;, en cet instant, alors que l'appareil de l'Etat &#233;tait en fait tomb&#233; entre ses mains &#224; elle, elle d&#233;cida, par des coups simultan&#233;s dans le domaine politique comme dans le domaine &#233;conomique, de s'assurer la consolidation de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en juillet avait eu lieu le Congr&#232;s des treize organisations d'entreprises les plus importantes avec, en t&#234;te, le Conseil des Congr&#232;s des Banques par Actions, rois du naphte et du sucre, barons de la houille et marchands de bois, &#171; as &#187; des chemins de fer et monopolisateurs du cuir, empereurs de la m&#233;tallurgie et fabricants de papier, &#8212; tous ils en vinrent &#224; la conclusion unanime, qu'une union panrusse du capital &#233;tait n&#233;cessaire. Ainsi surgit le &#171; Comit&#233; Principal de l'Industrie Unifi&#233;e &#187;, alias &#171; Comit&#233; de D&#233;fense de l'Industrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; D&#233;fense de l'Industrie &#187;, apr&#232;s plus ample examen, se r&#233;duisait &#224; l'attaque contre les ouvriers. Apr&#232;s la d&#233;faite du parti prol&#233;tarien en juillet, le grand capital se d&#233;lectait d&#233;j&#224; d'avance de la restauration de l'autocratie dans les fabriques ci les usines, o&#249; les organisations des ouvriers r&#233;volutionnaires avaient brid&#233; leurs propres seigneurs. Le programme du capital financier fut formul&#233; bri&#232;vement et clairement par son organe officiel L'Industrie et le Commerce : &#171; Restauration de l'ordre dans les fabriques et les usines &#187;, &#171; Discipline de fer &#224; l'arri&#232;re et sur le front &#187; (Industrie et Commerce, n&#176; 26-27). En se fondant sur cette &#171; base &#187;, messieurs les industriels esp&#233;raient bien b&#226;tir une superstructure correspondante, limitant le salaire des ouvriers, s'assurant des dividendes maxima, introduisant pour les ouvriers le travail obligatoire des for&#231;ats et faisant comprendre aux ouvriers que &#171; le pouvoir ferme &#233;tait ressuscit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sycophantes, savants ou non, des classes dominantes qui, &#224; la solde du capital, se sentent aussi bien que l'Isra&#233;lite dans le sein d'Abraham, compl&#233;taient et &#171; motivaient &#187; ce programme. Le chien de garde des int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers, le professeur Migouline, le m&#234;me qui dans son livre Pour le Tricentenaire de la maison des Romanoff, l&#233;chait tour &#224; tour les bottes de tous les repr&#233;sentants de cette &#171; maison &#187;, excusez-moi d'en parler, ornait les pages du Nouvel Economiste de ses exigences d'une discipline militaire pour les chemins de fer et par sa d&#233;fense du Droit fondamental de l'homme et du citoyen, &#8212; le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Et la presse d&#233;veloppait d&#233;j&#224; des plans de ch&#226;timents et de r&#233;pression in concreto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Provisoire &#171; correspondait &#187; d'une fa&#231;on assez r&#233;ussie &#224; ce programme. Il est vrai qu'il ne sortait pas d'un &#233;tat permanent d'accablement, et que son caract&#232;re provisoire ne contredisait nullement le caract&#232;re permanent de cet accablement. Chaque s&#233;ance presque du gouvernement s'achevait d'une fa&#231;on tragique : il &#233;tait arriv&#233; une d&#233;l&#233;gation du front &#8212; son rapport produisait une &#171; impression accablante &#187; ; on annon&#231;ait des d&#233;lits forestiers, &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les bolch&#233;viki obtenaient des succ&#232;s &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les paysans exigeaient de la terre &#8212; il en &#233;tait de nouveau &#171; accabl&#233; &#187; ; les ouvriers se mettaient en gr&#232;ve &#8212; cela agissait &#171; p&#233;niblement &#187; sur le gouvernement. Les comptes rendus de toutes ses s&#233;ances s'ach&#232;vent sans exception par ces mots. &#199;a aurait pu &#234;tre une trag&#233;die, si en r&#233;alit&#233; ce n'e&#251;t &#233;t&#233; une com&#233;die. Car l'accablement du gouvernement ne l'emp&#234;chait par extraordinaire en aucune fa&#231;on de r&#233;primer le peuple ainsi que l'exigeaient le capital et la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les paysans, le gouvernement de Kerensky partit en guerre au moyen d'arrestations, d'exp&#233;ditions, de r&#233;pression, de jugements. On jugeait pour la transgression des vieux trait&#233;s du temps du servage et pour la mise &#224; ex&#233;cution des instructions de Tchernov ; on mettait en prison les paysans ordinaires et les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux comit&#233;s terriens ; on arr&#234;tait les simples membres et les pr&#233;sidents de ces comit&#233;s. Les uns et les autres &#233;chouaient au banc des accus&#233;s et allaient peupler les appartements gratuits de sa nouvelle &#171; Majest&#233; &#187;. C'est ainsi que le pouvoir r&#233;primait dans les gouvernements de Pskov, Moguilev, Podolie, etc., oubliant sans doute de penser &#224; la socialisation des terres qui figure dans le programme du parti pr&#233;sid&#233; par Kerensky. Ici s'est d&#233;voil&#233; avec une extr&#234;me clart&#233; le sens social du pouvoir bonapartiste. En apparence &#8212; le gouvernement &#171; moujik &#187; d'un socialiste paysan. En r&#233;alit&#233; &#8212; le poing rapace du capital usurier. En paroles &#8212; terre et libert&#233;. En fait &#8212; la d&#233;fense arm&#233;e de la propri&#233;t&#233; agraire. &#171; En principe &#187; &#8212; la libre initiative des organisations paysannes. En r&#233;alit&#233; &#8212; la camisole de force, le tribunal criminel et les policiers de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les ouvriers, on menait la politique qu'exigeaient les industriels unifi&#233;s. Ceux-ci ne pouvaient encore prendre le prol&#233;tariat &#224; la gorge. Mais presque tous les produits de l'activit&#233; l&#233;gislative dans le domaine &#233;conomique se ramenaient &#224; toutes sortes de chausse-trappes pos&#233;es par le pouvoir d'Etat imp&#233;rialiste aux ouvriers &#171; n&#233;gligents &#187; qui se hasardaient &#224; porter atteinte au droit sacr&#233; utendi et abutendi.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore moins dissimul&#233;e fut l'offensive contre les organisations politiques du prol&#233;tariat et contre ses &#171; droits et franchises &#187;. La presse a &#233;t&#233; mise presque hors la loi, les assembl&#233;es abandonn&#233;es &#224; la disposition de deux minist&#232;res, la Guerre et l'Int&#233;rieur. Le parti prol&#233;tarien a &#233;t&#233; serr&#233; dans l'&#233;tau d'une position sp&#233;ciale, laquelle empirait &#224; mesure que les administrateurs z&#233;l&#233;s avaient plus de libert&#233; d'initiative. Et, comme r&#233;sultat d'un aplatissement sans exemple devant les pillards de la guerre mondiale, et du triomphe d'un byzantinisme servile, les l&#233;gislateurs du Palais d'Hiver annonc&#232;rent au monde entier une nouvelle loi sur les offenses faites aux Majest&#233;s &#233;trang&#232;res et &#224; leurs repr&#233;sentants, ch&#226;tiant de prison toute r&#233;v&#233;lation du pillage international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e paysanne partagea le sort du peuple entier. Elle fut livr&#233;e par le &#171; d&#233;mocrate &#187; Kerensky au bon plaisir et aux d&#233;pr&#233;dations des g&#233;n&#233;raux du tzar, qui organis&#232;rent dans le quartier-g&#233;n&#233;ral l'&#233;tat-major de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. &#171; Discipline de fer &#187;, c'est-&#224;-dire f&#233;roce r&#233;pression des soldats ; justice militaire de campagne &#224; tir rapide, que les tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution avaient le front et l'audace d'appeler r&#233;volutionnaire ; calomnie syst&#233;matique la plus &#233;hont&#233;e des soldats, organis&#233;e par le m&#234;me quartier-g&#233;n&#233;ral, tout cela se m&#234;la en un peloton de boue et de sang, au moyen duquel on pensait &#233;touffer l'esprit r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature imp&#233;rialiste, qui dans la personne de l'aventurier cr&#233;&#233; par la &#171; r&#233;volution &#187;, avait pos&#233; sa botte ensanglant&#233;e sur le pays entier, se fit sentir aussi sur les r&#233;gions fronti&#232;res. Etait-il possible, en effet, d'oublier le grand droit des nations &#224; l'autod&#233;termination ? Et par la d&#233;monstration de ce droit, les filous du &#171; d&#233;mocratisme &#187; dispers&#232;rent la Di&#232;te finlandaise, la mena&#231;ant de la force arm&#233;e, et en Ukraine mirent en avant une argumentation sous forme de cuirassiers pour le plus grand triomphe de la &#171; libert&#233; et de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'imp&#233;rialisme russe montrait les dents &#224; ses colonies, sous le couvert du secret diplomatique, Kerensky et Terechtchenko jouaient la d&#233;go&#251;tante com&#233;die de la vente aux ench&#232;res de leur pass&#233; socialiste, s'entendant avec Lloyd George au sujet de la liquidation de la Conf&#233;rence internationale des social-patriotes &#224; Stockholm. Ayant d&#233;chir&#233;, derri&#232;re les coulisses des secrets d'Etat, le malheureux projet des &#171; socialistes &#187;, Lloyd George d&#233;clara au nom des quatre puissances de l'Entente, que les passeports pour la Conf&#233;rence ne seraient pas donn&#233;s, car &#171; au moment o&#249; en Russie l'on prend les premi&#232;res mesures pour r&#233;tablir la discipline et pour enrayer la fraternisation sur le front, rien ne saurait &#234;tre plus nuisible qu'une Conf&#233;rence avec la participation de sujets ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accompagnateur temporaire de l'imp&#233;rialisme britannique en Russie annon&#231;a solennellement que la &#171; d&#233;cision des questions de la guerre et de la paix lui appartenait &#224; lui seul, en union &#233;troite avec les gouvernements des pays- alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement central de l'Etat incarnait d&#233;j&#224; la dictature imp&#233;rialiste, par cela m&#234;me une large carri&#232;re s'offrait &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Pour autant que le vieil appareil tzariste (l'Okhrana, transmu&#233;e en contre-espionnage, comprenant les juges, les fonctionnaires, tout ce que l'on appelait l' &#171; administration &#187;, les g&#233;n&#233;raux et les officiers) existait encore, pour autant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;duit en miettes par la r&#233;volution du printemps, il recommen&#231;a &#224; fleurir, absorbant les sucs vivifiants de la r&#233;action. A son aide arrivaient les volontaires de la bourgeoisie, la presse, les cellules contre-r&#233;volutionnaires multipli&#233;es, les conf&#233;rences et les congr&#232;s de toutes les esp&#232;ces, les organisations monarchiques demandant une &#171; r&#233;publique &#187;, et les cercles &#171; r&#233;publicains &#187; r&#233;clamant &#224; grands cris une monarchie, les conspirations des g&#233;n&#233;raux et des P&#232;res de l'Eglise, des chevaliers de la croix militaire de St-Georges et des &#171; as &#187; de l'industrie, des agrariens-propri&#233;taires-fonciers aux cheveux gris et des casse-cous junkers et banquiers, des grands seigneurs &#224; h&#233;morro&#239;des et des &#171; hardis cosaques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnalit&#233;s, ces groupes, ces organisations et ces soci&#233;t&#233;s, teint&#233;es de la couleur noir-vert de la r&#233;action bourgeoise, exprimaient par elles-m&#234;mes le bloc des poss&#233;dants, le &#171; parti de l'ordre &#187; unifi&#233;, qui marchait en rangs serr&#233;s contre le parti du soul&#232;vement prol&#233;tarien. Le centre d'affaires organisateur de cette clique fut ce que l'on appelait la &#171; conf&#233;rence des hommes politiques de Moscou &#187;, dirig&#233;e par les millionnaires avec en t&#234;te Rodzianko et Riabouchinsky ; parmi les savants consultants qui se mirent &#224; leur service, se trouvait, entre autres, toute la &#171; troupe des hommes c&#233;l&#232;bres &#187; : &#171; l'auteur du premier manifeste social-d&#233;mocrate &#187; prof. Strouv&#233; ; le sp&#233;cialiste de la philosophie id&#233;aliste prof. Novgorodsev, qui mit l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant au service des bourreaux, de Kerensky et des coffre forts des Riabouchinsky ; le prof. Boulgakov, marxiste transform&#233; en un &#171; P&#232;re savant &#187; qui par erreur ne portait pas la soutane ; M. Berdiaev, unissant adroitement le culte de l'Aphrodite C&#233;leste au culte du m&#233;tal d'origine des plus terrestre &#8212; les mots &#171; Bildung und Besitz &#187; ( &#171; les hommes cultiv&#233;s et les poss&#233;dants &#187; ), &#171; union de la science et de l'industrie &#187;, form&#232;rent pour ainsi dire le rempart de l'offensive d&#233;cisive qui se pr&#233;parait. Ces hommes s'unirent, repr&#233;sentant la &#171; force militaire &#187;, les g&#233;n&#233;raux du tsar et les chefs des Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions centrales du parti de la libert&#233; du peuple, ce parti classique du capital financier et de l'imp&#233;rialisme russe, constitu&#232;rent l'&#233;tat-major des id&#233;es et de la politique de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque domine maintenant les syndicats, la Bourse, le commerce et l'industrie. Et, comme la petite industrie d&#233;pend actuellement de la grande et qu'en m&#234;me temps e&#252;e d&#233;pend des banques, comme les propri&#233;taires d'immeubles et les petits-bourgeois, les propri&#233;taires fonciers et les manufacturiers, les rois des trusts et les loups de Bourse sont tous soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie du capital &#8212; leurs groupements politiques sont devenus seulement un appareil de secours du parti dominant de tous les poss&#233;dants exasp&#233;r&#233;s, du parti de la &#171; libert&#233; du peuple &#187;. L'&#233;tendard vert de l'esp&#233;rance en la conservation de l'ordre capitaliste, contre l'&#233;tendard rouge du socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d&#233;cisif que la r&#233;action voulait porter &#224; la r&#233;volution, devait s'abriter sous le pavillon &#171; omninational &#187;. Il fallait accommoder les &#171; conqu&#234;tes &#187; du capital &#224; la sauce de &#171; l'ordre et la patrie &#187;. Il fallait cr&#233;er l'apparence d'une sanction omninationale pour le coup d'Etat d&#233;finitif qui arrivait, pour la restauration et le retour &#224; la monarchie, &#224; laquelle les &#171; r&#233;publicains &#187; de mars aspiraient comme le poisson aspire &#224; l'eau. Il fallait enfin se cr&#233;er une base solide d'organisation. Ainsi naquit l'id&#233;e de la Conf&#233;rence d'Etat de Moscou, des nouveaux Etats g&#233;n&#233;raux, o&#249; les &#171; cadavres &#187; de la Douma d'Empire devaient saisir &#224; la gorge la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la bourgeoisie se consolidait, ses app&#233;tits croissaient toujours davantage. Maintenant les sommit&#233;s bourgeoises trouvaient d&#233;j&#224; insuffisante la politique de Kerensky et de sa clique. Kerensky personnifiait sa dictature. Mais Kerensky &#233;tait un &#233;tranger, &#233;chou&#233; dans la bourgeoise. Kerensky servait le capital sans y &#234;tre forc&#233;, pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais Kerensky avait des &#171; p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#187;. Kerensky &#233;tait pr&#234;t &#224; l&#233;cher les bottes du capital. Mais Kerensky n'en &#233;tait pas moins un h&#233;ros en phrases et non en action. Sa destin&#233;e, il l'avait d&#233;j&#224; accomplie : par l'offensive de juillet, il avait aid&#233; le capital &#224; attacher les masses du peuple au char de l'imp&#233;rialisme ; par la d&#233;faite de juillet du prol&#233;tariat, il avait aid&#233; le capital &#224; brider les ouvriers et les soldats, il avait introduit la peine de mort sur le front. Mais il avait d&#233;j&#224; presque fini d'user sa popularit&#233;. Ayant r&#233;alis&#233; tout ce qu'exigeait de lui la bourgeoisie, il avait perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s de la masse. Ayant rempli son mandat en faveur des &#171; capitaines de l'industrie &#187;, il avait d&#233;j&#224; fait ha&#239;r son nom par le prol&#233;tariat et les soldats. Il &#233;tait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de citron exprim&#233;, de beau parleur dont les phrases ne sont que ridicules. Il continuait &#224; parler au nom de la r&#233;volution, mais on lui jetait d&#233;j&#224; &#224; la face le nom de tra&#238;tre &#224; la r&#233;volution. Ses objurgations n'agissaient pas. Sa figure avait cess&#233; d'en imposer. Derri&#232;re l'&#233;clat ext&#233;rieur et le murmure tragique, les masses avaient d&#233;j&#224; distingu&#233; le vagabond vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie exigeait maintenant un dictateur militaire et Kerensky n'&#233;tait qu'un bavard civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se pr&#233;para le terrain favorable &#224; l'apparition d'un nouveau pr&#233;tendant au r&#244;le historique de &#171; sauveur de la patrie &#187;. Pour &#234;tre ce pr&#233;tendant, l'aristocratie d'argent, les cercles commerciaux et industriels et les propri&#233;taires de latifundia d&#233;sign&#232;rent Kornilov. La Conf&#233;rence de Moscou devait proclamer dictateur ce g&#233;n&#233;ral-sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ? Elle se trouvait dans un &#233;tat de confusion et de prostration compl&#232;te. Les organes sovi&#233;tistes, le C.C.E. en t&#234;te, continuaient &#224; pr&#234;cher l'union de toutes les &#171; forces vives &#187;, mais troubl&#233;s par les mots d'ordre de Riabouchinsky, ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; regarder avec inqui&#233;tude de tous les c&#244;t&#233;s. Ils tent&#232;rent de convoquer une &#171; Conf&#233;rence de d&#233;fense &#187;, mais elle n'eut pour r&#233;sultat que des attaques contre les bolch&#233;viki. Ils tent&#232;rent de &#171; critiquer &#187; les Riabouchinsky, mais leurs critiques ne furent que les pitoyables balbutiements d'un esclave peureux. Ayant exclu les bolch&#233;viki de la d&#233;l&#233;gation, pour &#171; antipatriotisme &#187;, ils s'unirent en fait aux mots d'ordre &#171; omninationaux &#187; du gouvernement, qui avait fui la r&#233;volution &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat veillait. Il voyait le danger terrible qui approchait de plus en plus, et il mobilisait ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Conf&#233;rence de Moscou. &#8212; Le complot de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une gr&#232;ve de protestation, d'indignation et de m&#233;pris que le prol&#233;tariat de Moscou opposa aux repr&#233;sentants du &#171; peuple &#187; arriv&#233;s de toutes parts, en galons de g&#233;n&#233;raux, en fracs et en mitres archi&#233;piscopales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, notre premier et terrible avertissement &#224; messieurs les contre-r&#233;volutionnaires ! &#187; &#8212; &#233;crivait l'organe de Moscou du parti du prol&#233;tariat, le Social-d&#233;mocrate. 41 unions professionnelles d&#233;cid&#232;rent &#224; une majorit&#233; &#233;crasante de d&#233;clarer cette gr&#232;ve. Il est vrai que les poltrons &#171; r&#233;volutionnaires &#187; du Soviet de Moscou, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viki, &#233;tant en paroles les repr&#233;sentants des masses, ne craignaient rien tant qu'une action de ces masses, et se h&#226;t&#232;rent de &#171; contremander &#187; la gr&#232;ve pour adopter une r&#233;solution d&#233;clarant que la gr&#232;ve &#233;tait &#171; funeste &#224; la r&#233;volution &#187;. Mais le prol&#233;tariat de Moscou confirma de nouveau sa d&#233;cision, et quatre cent mille ouvriers, comme un seul homme, relev&#232;rent le mot d'ordre de leurs organisations de classe. Et cependant qu'au nom du pr&#233;sident de la Douma noire, Rodzianko, arrivaient chaque jour des t&#233;l&#233;grammes de congratulation de la part des comit&#233;s de Bourse, des unions de propri&#233;taires fonciers et des organisations commerciales et industrielles, de toutes parts arrivaient les nouvelles des gr&#232;ves et des d&#233;monstrations du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; conscience publique &#187; des sommit&#233;s bourgeoises-militaires agraires entra en une collision extr&#234;mement aigu&#235; avec la &#171; conscience publique &#187; du prol&#233;tariat. &#171; Vive la dictature militaire ! &#187; criaient les &#171; hommes du cens &#187;. &#171; A bas la contre-r&#233;volution ! &#187; d&#233;clarait avec d&#233;cision le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique bourgeoise-monarchiste s'&#233;tait impos&#233; le but d'agir par deux voies : par la voie de l'action &#171; parlementaire &#187; &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et par la voie de l'action extra-parlementaire des junkers, des Cosaques et des officiers, en t&#232;te desquels les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires et sous la dictature personnelle de Kornilov. Le terrain d'une telle action &#233;tait soigneusement pr&#233;par&#233;. On appelait &#224; Moscou les r&#233;giments de Cosaques. Les chevaliers de la croix de St-Georges mobilisaient en h&#226;te leurs &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les directeurs des &#233;coles militaires mettaient au point leurs mitrailleuses et en appelaient aux junkers, leur offrant de se &#171; lever en masse &#187;. Et pour les citadins, les petits boutiquiers, les marchands de grains, les nombreux fonctionnaires, les comm&#232;res, les &#171; intellectuels &#187;, tous ces avocats et ces journalistes, ces instituteurs et ces professeurs, ces popes et ces anciens brigadiers de police, ces rats de Palais et ces ing&#233;nieurs, ces artistes et ces docteurs en m&#233;decine &#8212; on leur pr&#233;parait l'entr&#233;e triomphale de Kornilov, qui devait, passant &#224; cheval sous des arcs de triomphe, aller &#171; baiser &#187;, &#224; l'exemple des tsars, l'ic&#244;ne d'Iversky devant les troupes &#233;chelonn&#233;es et criant &#171; un hourra enthousiaste &#187; pour le sauveur du monde bourgeois, et devant le public semant des fleurs sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citadin, qui applaudissait auparavant Kerensky apr&#232;s avoir, en mars, pleur&#233; des larmes d'attendrissement devant le &#171; premier r&#233;volutionnaire &#187; Rodzianko, le petit bourgeois attach&#233; au char de l'imp&#233;rialisme aspirait vraiment &#224; l'&#171; ordre &#187; et &#224; un &#171; pouvoir ferme &#187;. Il s'indignait positivement de tout : il s'indignait de voir les soldats suspendus absolument inutilement aux marchepieds des tramways, et il se r&#233;jouissait sinc&#232;rement lorsqu'ils se cassaient le cou ! il s'indignait des femmes de chambre et des concierges qui gagnaient maintenant un peu plus de 10 roubles par mois et qui avaient l'audace d'exiger une existence humaine ; il s'indignait des Soviets qui &#171; pillaient &#187; les propri&#233;taires et r&#233;quisitionnaient les locaux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une marchande des halles il accueillait avidement toutes les calomnies dirig&#233;es contre la r&#233;volution, et les r&#233;pandait imm&#233;diatement dans ses feuilles, ses journaux, ses proclamations, ses conversations &#224; haute voix et ses insinuations &#224; l'oreille. Le veston graisseux du charcutier et le costume &#233;l&#233;gant de la danseuse d'Op&#233;ra s'y rencontraient d'une fa&#231;on touchante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce citadin-l&#224; qui devait jouer le r&#244;le du &#171; peuple &#187; couronnant, de concert avec la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187;, le nouveau Messie qui devait sauver les &#171; gens comme il faut &#187; de la &#171; tyrannie des soldats ne faisant pas la guerre et des ouvriers ne travaillant pas &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou, d&#233;j&#224; proclam&#233;e &#171; d'Etat &#187; fut une com&#233;die historique de premi&#232;re grandeur. A peine serait-il possible de trouver un exemple d'hypocrisie plus profonde que les sc&#232;nes qui se jouaient dans la salle d'op&#233;ra du Grand Th&#233;&#226;tre, comme d'apr&#232;s une partition. Tout ce qui s'y passait &#233;tait un march&#233; o&#249; se jouait une lutte fictive, un march&#233; sans l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence repr&#233;sentait un march&#233; entre les chefs petits-bourgeois et les gens du cens, mais c'&#233;tait aussi un march&#233; entre deux dictateurs dont l'un &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent, et l'autre, dont on ne faisait encore qu'attendre la venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;galisation du front avait lieu suivant les mots d'ordre du parti de la libert&#233; populaire &#187; &#8212; &#233;crivait l'officieux cadet Retch3, en bouclant le bilan de la com&#233;die. Ainsi, semblait-il, cette pi&#232;ce avait plus ou moins atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence parlait au nom de la &#171; nation &#187;. En r&#233;alit&#233;, les fondements de la nation, le prol&#233;tariat et les paysans pauvres en avaient &#233;t&#233; exclus. En revanche, toutes les nuances du bloc des poss&#233;dants avaient &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es. Le marchandage avait lieu en l'absence du ma&#238;tre. Mais il n'en &#233;tait pas moins un marchandage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrouements imp&#233;rialement arrogants de Kerensky lorsqu'il promettait du fer et du sang au prol&#233;tariat, seraient d'introduction aux sc&#232;nes &#233;c&#339;urantes de fraternisation entre les gouvernants gav&#233;s par le capital et les h&#233;ros des perfidies petit-bourgeoises, entre le Bonaparte ex-avou&#233;, juriste et le dictateur des g&#233;n&#233;raux cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky savait que Kornilov concentrait des troupes pour tenter un coup d'Etat arm&#233;. Mais il le saluait comme &#171; le premier soldat de la R&#233;volution &#187;, au milieu des hurlements enthousiastes de tous les buffles et requins de la Bourse. Et en m&#234;me temps, &#171; &#224; toute &#233;ventualit&#233; &#187;, on faisait des contre-pr&#233;paratifs, et les deux adversaires allaient prudemment passer la nuit dans des wagons, pr&#234;ts &#224; chaque instant &#224; un d&#233;part pr&#233;cipit&#233;. Tseretelli savait que la d&#233;mocratie n'avait rien &#224; attendre de la r&#233;action qui se d&#233;veloppait &#224; toute vitesse. Mais il serrait avec effusion la main de la clique financi&#232;re Boublikoff, la suppliant &#8212; comme l'&#233;crivirent plus tard les Izvestia du C.C.E. d&#233;fensiste &#8212; d'&#171; effacer pour un temps les malentendus de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat : Alexeiev, Kornilov, Kal&#233;dine &#8212; d&#233;veloppa pleinement le programme de tortures &#233;labor&#233; par les capitalistes de la finance. Coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, destruction des &#171; Soviets et comit&#233;s &#187;, balayer compl&#232;tement ou rendre absolument inoffensives les organisations militaires &#8212; tel &#233;tait le programme des g&#233;n&#233;raux, approuv&#233; par l'usine, la propri&#233;t&#233;, la banque et la Bourse. Mais pas uniquement par ceux-ci, ni directement. Le discours-programme lu par Kornilov avait &#233;t&#233; &#233;crit pour le g&#233;n&#233;ral, par le lieutenant de Kerensky, Philonenko, le m&#234;me Philonenko qui avait, avec Savinkov, &#233;tabli pour Kerensky le projet de la peine de mort dans l'arm&#233;e. Inutile de dire que les Milioukov et les Riabouchinsky s'&#233;taient fix&#233; la m&#234;me ligne de conduite que leurs amis militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelait la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire les Soviets, les conseillers municipaux, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, qui agissaient sous le manteau de la r&#233;volution, arriva &#224; la Conf&#233;rence avec une d&#233;claration qui diminuait encore la plateforme d&#233;j&#224; si fragile des d&#233;fensistes. La lutte pour la paix avait presque compl&#232;tement cess&#233; (ce n'est pas en vain que le journal de l'Okhrana, le Novo&#239;e Vr&#233;mia, &#233;crivait que &#171; la Russie avait montr&#233; qu'elle n'&#233;tait nullement un troupeau internationaliste ! &#187;) &#8212; tout avait &#233;t&#233; ramen&#233; .m mot d'ordre &#171; omninational &#187; de la d&#233;fense. &#171; Prudence &#187; et &#171; r&#233;alisme &#187; sur toute la ligne ! Pas un pas sans la permission du ma&#238;tre qui crie d&#233;j&#224; : &#171; coucher &#187; ! M&#234;me l'organe de la r&#233;volution mod&#233;r&#233;e et de la mod&#233;ration r&#233;volutionnaire, la Nova&#239;a Jizn, appr&#233;ciant la d&#233;claration de Tchkheidz&#233;, demandait avec stup&#233;faction : &#171; La fantaisie la plus folle de Milioukov et de Goutchkov aurait-elle pu exiger quelque chose de plus il y a deux mois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les app&#233;tits de la bourgeoisie croissaient sans cesse, il &#233;tait inutile d'en attendre de la reconnaissance envers les capitulants de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Et lorsque Tchernov, ce menu filou de la politique, qui cache sa poltronnerie sous des r&#233;flexions sur l'&#233;thique, se mit &#224; applaudir Kal&#233;dine alors que celui-ci protestait contre les accusations de contre-r&#233;volution dont on accablait les Cosaques, le brave g&#233;n&#233;ral lui fit une r&#233;ponse insultante, en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y avait pas de place pour les d&#233;faitistes au sein du gouvernement ! &#187;. En vain s'&#233;tendit-on sur les &#171; sacrifices &#187;, sur les &#171; concessions mutuelles &#187;, sur les &#171; probl&#232;mes omninationaux &#187; ; en vain le &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Tseretelli versa-t-il des torrents de larmes, en vain le &#171; chef retrait&#233; &#187; Plekhanov multiplia-t-il les anecdotes ; en vain le n&#233;gateur de tout Etat, admirateur de la Conf&#233;rence d'Etat, le prince Kropotkine, prodigua-t-il ses enseignements, second&#233; de tous les grands-p&#232;res et de toutes les grands-m&#232;res de la r&#233;volution russe : les capitalistes et leurs id&#233;ologues maintinrent leur point de vue. Ils le maintinrent dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de l'affaire : la &#171; d&#233;mocratie &#187; se montra ob&#233;issante. On pouvait lui faire pleine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit boutiquier me chante victoire m&#234;me lorsqu'on soufflette l'une de ses joues : ne comprenez-vous pas qu'il a encore une force qui aurait pu &#234;tre soufflet&#233;e ? C'est pourquoi les chefs &#171; d&#233;mocrates &#187; regardaient chacune de leurs d&#233;faites comme une victoire. Quelques-uns d'entre eux reconnaissaient que la &#171; d&#233;mocratie &#187; avait recul&#233;. Mais c'est justement &#8212; assurait &#171; l'organe de la pens&#233;e socialiste &#187; le Dien, qui a mis sa pens&#233;e &#224; la solde du capital des banques &#8212; &#171; c'est justement parce qu'elle (la d&#233;mocratie) &#233;tait forte, qu'elle a eu l'audace de reculer &#187;. &#171; L'audace de reculer ! &#187; &#8212; telle &#233;tait &#171; l'audace &#187; de messieurs Tseretelli et Tchkheidz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou fut un march&#233; comportant un coup de barre &#224; droite, ce fait ne servit pas seulement les r&#233;actionnaires naturels : le capital international y &#233;tait, lui aussi, profond&#233;ment int&#233;ress&#233;. Les ambassadeurs alli&#233;s, entass&#233;s dans la loge imp&#233;riale ne salu&#232;rent personne avec autant de chaleur que le trio sanguinaire des g&#233;n&#233;raux. L'on comprend que le &#171; plus proche r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou ait &#233;t&#233; la possibilit&#233; de conclure un emprunt de cinq milliards sur le march&#233; &#233;tranger4 &#187;. Ce fut d'autant plus &#171; possible &#187; que le g&#233;n&#233;ral Kornilov mena&#231;ait ouvertement de rendre Riga, exigeant la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. Il &#171; ex&#233;cuta &#187; plus tard cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; ne se transforma pas en un Long Parlement, comme l'esp&#233;raient ces messieurs du Novo&#239;e Vr&#233;mia. Mais aussi il n'y eut pas de coup d'Etat ext&#233;rieur, comme celui qu'invoquaient ardemment les bourgeois de toutes les nuances. Il est vrai que le &#171; nom &#187; du &#171; h&#233;ros &#187; volait d&#233;j&#224; sur toutes les bouches. L'aventurier militaire, l'&#171; honn&#234;te &#233;p&#233;e &#187;, born&#233;, mais allant droit au but, ce g&#233;n&#233;ral trapu &#224; la physionomie de Kalmouk, qui avait la ferme r&#233;solution de noyer les rues des villes dans le sang des ouvriers et, au moyen des fusillades, d'en finir avec les soldats r&#233;volutionnaires, &#233;tait tout &#224; fait l'homme qu'il fallait &#224; Milioukov et &#224; Riabouchinsky. A ses audiences, on arrivait avec des rapports comme l'on arrive avec des rapports chez les &#171; personnes augustes &#187; : Poutilov et Riabouchinsky, le diplomate suspect Aladyine, le chef du parti cadet Prilioukov, &#8212; tous se prosternaient successivement aux pieds du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si fort que d&#233;sirassent ceux qui aspiraient &#224; la dictature du g&#233;n&#233;ral, que la Conf&#233;rence de Moscou sanctionn&#226;t le coup d'&#201;tat, celui-ci n'eut pas lieu. Messieurs les g&#233;n&#233;raux s'aper&#231;urent que le prol&#233;tariat, qui avait salu&#233; de sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale les rapaces assembl&#233;s, avait r&#233;agi. Il fallait gagner du temps. Il convenait donc de mobiliser les forces militaires de la contre-r&#233;volution, afin de saigner &#224; blanc d'un coup d&#233;cisif les ouvriers rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complot fut remis, mais non supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus importante des op&#233;rations pr&#233;paratoires &#224; ce complot fut la monstrueuse provocation sur le front. Kornilov rendit Riga en &#233;change de la peine de mort. A dessein, par fractions, on envoya &#224; une perte certaine les meilleurs r&#233;giments des tirailleurs lettons, enti&#232;rement bolch&#233;vistes. Kornilov jouait &#224; coup s&#251;r. S'ils avaient refus&#233; d'ob&#233;ir &#224; l'ordre, on aurait pu leur attribuer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite et les d&#233;truire par la main des bourreaux. La peine de mort aurait alors envahi le pays tout entier. S'ils ob&#233;issaient, ils &#233;taient d&#233;truits par les balles allemandes. Ils ob&#233;irent, pour ne pas donner aux chevaliers de la contre-r&#233;volution la possibilit&#233; de calomnier les bolch&#233;viki. Et ils p&#233;rirent. Mais la mort ne les pr&#233;serva pas de la calomnie. En m&#234;me temps que Kornilov &#171; rassurait &#187; les pillards alli&#233;s par des renseignements secrets, leur communiquant les v&#233;ritables motifs de la reddition de Riga, de son quartier-g&#233;n&#233;ral il r&#233;pandait les calomnies les plus honteuses sur ses soldats. C'est en vain que les organisations militaires protestaient : c'est en vain m&#234;me que protestaient les commissaires du Gouvernement Provisoire : en vain Vo&#239;tinsky, qui aux journ&#233;es de juillet pr&#234;chait les fusillades d'ouvriers, jurait-il &#171; &#224; la face du pays tout entier &#187;, que les soldats se comportaient h&#233;ro&#239;quement. Le quartier-g&#233;n&#233;ral mentait sans interruption, racontant des histoires d'abandons illicites des positions, d'insubordination aux ordres, d'agents allemands. Une nouvelle vague boueuse de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent et de perfide pers&#233;cution des soldats avait inond&#233; le pays entier. Les journaux &#171; hautement patriotiques &#187; des magnats du capital repr&#233;sentaient l'arm&#233;e comme une cohue de mis&#233;rables poltrons, comme une bande sauvage de pillards. Et en r&#233;ponse aux communiqu&#233;s officiels russes, envoy&#233;s par le &#171; commandant en chef &#187;, arrivait l'&#233;cho de la presse capitaliste d'Occident et d'Am&#233;rique. Le Matin et le Times, le Temps et le Daily Chronicle fourmillaient d'&#233;pith&#232;tes choisies, d'injures &#224; l'adresse d'une arm&#233;e trahie par les g&#233;n&#233;raux et par la bourgeoisie : &#171; fuite sans combat &#187;, &#171; d&#233;sob&#233;issance aux ordres &#187;, &#171; ridicules comit&#233;s d'arm&#233;e &#187;, &#171; esprit de trahison que l'on observe parmi les troupes russes &#187;, &#171; r&#233;tablissement d'une discipline de fer &#187;, &#8212; en un mot, toute la terminologie russe des policiers du Novo&#239;e Vr&#233;mia et des imp&#233;rialistes de la Retch &#233;tait brillamment assimil&#233;e par les &#171; alli&#233;s &#187;, qui &#233;taient secr&#232;tement inform&#233;s de tout et ne faisaient qu'aider les Milioukov &#224; atteindre le but d&#233;sir&#233; : la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie &#187; ? L'arm&#233;e de l'union sacr&#233;e poursuivait son ancienne politique : terroris&#233;e par les cris d'&#171; anarchie &#187;, pitoyable, battue, cette &#171; d&#233;mocratie &#187; de Tchkh&#233;&#239;dz&#233; et de Tseretelli, de Liber et de Dan ne trouvait en soi que le courage de tomber sur les bolch&#233;viki qui menaient une campagne &#233;nergique contre les fusillades et les supplices. Les choses en vinrent au point que le Novo&#239;e Vr&#233;mia &#233;crivait avec pleine raison : &#171; Ouvrez les Izvestia des Sov. des D&#233;p. Ouv. &#187; Cela m&#234;me qu'imprimait le Novo&#239;e Vr&#233;mia en avril, remplit maintenant les colonnes de ce journal gouvernemental. Avec un retard de deux mois ? &#8212; C'est en g&#233;n&#233;ral la norme pour la lente r&#233;flexion des camarades &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec un retard de deux mois &#187;, la d&#233;mocratie (!) r&#233;volutionnaire (! !) s'&#233;tait approch&#233;e des positions des gens de Souvorine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le bloc des partis petit-bourgeois, qui perdait la confiance des masses, s'amusait &#224; une capitulation permanente devant les forces contre-r&#233;volutionnaires, le bloc de ces derni&#232;res continuait &#224; se pr&#233;parer en vue de l'organisation de l'action. A l'arri&#232;re et sur le front, dans les capitales et sur le Don, des centres de combat de la contre-r&#233;volution se formaient. Le &#171; commandant en chef &#187; et le &#171; premier soldat de la r&#233;volution &#187; redistribuaient fi&#233;vreusement les forces militaires, &#233;vacuant les troupes r&#233;volutionnaires des centres de la r&#233;volution et remplissant ceux-ci d'unit&#233;s de cavalerie &#171; s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail pr&#233;paratoire &#233;tait men&#233; sous le mot d'ordre invent&#233; par les provocateurs des cadets et des g&#233;n&#233;raux : lutte contre le complot des bolch&#233;viki. Pr&#233;parant le complot des agrariens et des capitalistes, ils protestaient contre un complot des ouvriers ; emmenant les troupes du front, ils accusaient de trahison les partis du prol&#233;tariat ; organisant la contre-r&#233;volution, l'esprit contre-r&#233;volutionnaire des ouvriers et des soldats provoquait leurs hurlements ; allant vers la guerre civile, ils trompettaient que le prol&#233;tariat la pr&#233;parait ; d&#233;fendant les armes &#224; la main les b&#233;n&#233;fices du capital, ils d&#233;claraient que le mot d'ordre des ouvriers &#233;tait le mot d'ordre de la bourgeoisie fran&#231;aise : &#171; enrichissez- vous ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les journaux capitalistes &#171; fixaient la date &#187; du soul&#232;vement bolch&#233;vik. Chaque jour, &#233;crivant sur les &#171; pogroms &#187; &#224; venir qu'&#233;taient cens&#233;s devoir produire les bolch&#233;viki, excitant le petit propri&#233;taire, qui par nature est poltron, mais devient sanguinaire d&#232;s qu'il se sent en s&#251;ret&#233;, les filous du gros capital &#171; cr&#233;aient l'atmosph&#232;re &#187; pour le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evaluant sobrement la situation &#8212; t&#233;l&#233;graphiait secr&#232;tement au minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, le directeur de la chancellerie diplomatique aupr&#232;s de l'&#233;tat-major dans le G. Q.-G., Troubetsko&#239;. &#8212; il faut reconna&#238;tre que l'effectif entier du commandement, la majorit&#233; &#233;crasante de l'effectif des officiers et les meilleures unit&#233;s de combat de l'ann&#233;e suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se mettront &#224; l'arri&#232;re, tous les Cosaques, la plus grande partie des &#233;coles militaires, ainsi que les meilleures unit&#233;s de ligne. A la force physique il faut ajouter... la sympathie morale de toutes les couches non-socialistes de la population, et dans les classes inf&#233;rieures... une indiff&#233;rence qui se soumettra &#224; chaque coup de cravache. Il est hors de doute qu'une quantit&#233; &#233;norme des socialistes de mars ne tarderont pas &#224; passer de leur c&#244;t&#233;... L'on ne peut dire que Kornilov pr&#233;pare le triomphe de Guillaume II, car au moment pr&#233;sent, les troupes allemandes n'ont plus &#224; triompher que de nos espaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le &#171; rapport r&#233;el des forces &#187; &#233;tait &#233;valu&#233; par les conspirateurs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, le complot contre-r&#233;volutionnaire embrassait trois milieux. Le cercle le plus vaste comprenait entre autres le Gouvernement Provisoire avec Kerensky en t&#234;te. C'&#233;tait le march&#233; de deux dictateurs contre la r&#233;volution, march&#233; qui avait &#233;t&#233; consolid&#233; dans de multiples pourparlers de derri&#232;re les coulisses, cach&#233;s non seulement aux yeux du peuple mais aussi &#224; ceux des chefs de cette m&#234;me &#171; d&#233;mocratie &#187; qui suivait encore Kerensky. Le second cercle, plus &#233;troit, comprenait la conspiration de Kornilov dans son sens propre. Ici &#233;taient mobilis&#233;es toutes les forces les plus s&#251;res de la contre-r&#233;volution avec les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires en t&#234;te. Enfin, le troisi&#232;me cercle, la conspiration dans la conspiration, contenait la conspiration monarchique d'une poign&#233;e d'anciens courtisans de Nicolas II, sous la direction d'une paire de s&#233;nateurs, d'officiers titr&#233;s de la garde, de l'ex-demoiselle d'honneur Marguerite Dournovo, des grands-ducs et des ma&#238;tres-chanteurs filous de la clique du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky, qui comprenait fort bien que la bourgeoisie avait besoin non plus de lui, mais de Kornilov, allait toujours plus loin sur le chemin de l'adaptation au courant contre-r&#233;volutionnaire. Mais il lui fallait l'apparence au moins d'une liaison avec les masses. Sa position &#233;tait en fait la m&#234;me que la situation d'un agent provocateur qui s'est emp&#234;tr&#233; dans les filets de l'Okhrana : s'il ne trahit pas, on le renvoie ; mais on le renvoie tout aussi bien lorsqu'il est d&#233;voil&#233; par les r&#233;volutionnaires qu'il trahissait. Kerensky avait d&#233;j&#224; perdu presque tout cr&#233;dit aupr&#232;s des masses. Mais pour remplir ses honorables fonctions, il devait encore faire un geste de menace &#224; droite, pour en r&#233;alit&#233; remplir son r&#244;le de massacreur par rapport aux gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'avancer ouvertement contre Kornilov &#8212; cela e&#251;t signifi&#233; rompre avec la clique des financiers et des g&#233;n&#233;raux ; mais entrer ouvertement en alliance avec eux, &#8230;. e&#251;t signifi&#233; d&#233;truire les derniers restes de confiance envers sa propre personne, dont la r&#233;putation &#233;tait d&#233;j&#224; sans cela fortement avari&#233;e. En pr&#233;sence de ces conditions, il ne restait qu'une chose &#224; faire : tout en jouant la com&#233;die de la lutte, entrer en r&#233;alit&#233; dans des marchandages de coulisses, c'est-&#224;-dire en fait entrer dans la conspiration contre la r&#233;volution. Ceci &#233;tait d'autant plus facile &#224; faire, que tous les lieutenants de Kerensky &#233;taient d'enrag&#233;s kornilovistes : Savinkov, Philonenko, Bourtsef, sans m&#234;me parler des membres du parti cadet, &#233;taient de chaleureux partisans du coup d'&#201;tat en faveur de la propri&#233;t&#233; des nobles et des bureaux des banquiers. C'est pourquoi les premiers pr&#233;paratifs pour la lutte (et pour la lutte non plus contre les &#171; bolch&#233;viki &#187; seulement, mais contre les soviets mench&#233;viki et social-r&#233;volutionnaires) furent faits selon les dispositions des com&#233;diens bonapartistes ; et Savinkov, de l'aveu m&#234;me de Kerensky, concentrait vers P&#233;tersbourg le 3me corps de cavalerie pour venir &#224; bout de cette m&#234;me d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour un partisan de laquelle il se donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Kornilov pr&#233;senta son ultimatum par l'interm&#233;diaire du prince Lvov, un des ministres du premier gouvernement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Kerensky &#171; arr&#234;te &#187; Lvov. Kornilov, dans le quartier-g&#233;n&#233;ral duquel s'&#233;taient embusqu&#233;s les &#171; hommes politiques &#187;, &#233;dite un manifeste solennel &#171; au peuple russe &#187;, o&#249; il d&#233;clare que le gouvernement est aux mains des Allemands et des bolch&#233;viki. Les &#171; op&#233;rations militaires &#187; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Goutchkov, Rodzianko, Nabokov et les autres chefs de la bourgeoisie des cadets et des bandes noires organisent l'incursion des brigands du quartier-g&#233;n&#233;ral, les ministres cadets font sauter le gouvernement de l'int&#233;rieur, afin d'affaiblir leurs nigauds de coll&#232;gues &#171; socialistes &#187;. Le cabinet se disperse avec bruit et fracas. Une confusion incroyable commence parmi les &#171; dirigeants &#187;. Apr&#232;s des supplications, des pourparlers, des menaces et des pri&#232;res, dans le r&#233;seau des plus sales intrigues, le monde voit poindre le gouvernement Kerensky-Kichkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bourse r&#233;pond &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Kornilov par un rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des valeurs. Le capital international applaudit dans sa presse avec une rare unanimit&#233; au &#171; sauveur de la Russie &#187;. Non seulement les organes de la bancocratie alli&#233;e, tels que le Times, le Temps ou les mercenaires des trusts am&#233;ricains, mais la presse imp&#233;rialiste allemande, elle aussi, salue avec enthousiasme le nouveau h&#233;ros. Le gouvernement anglais met &#224; la disposition de Kornilov ses automobiles blind&#233;es, afin d'aider &#224; la r&#233;pression de P&#233;tersbourg rouge. L'armement et les finances sont dirig&#233;s contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment avec le mouvement des troupes korniloviennes vers P&#233;tersbourg, l'ultimatum de la contre-r&#233;volution est soutenu par la menace d'ouvrir le front aux Allemands. La main droite de Kornilov, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, d&#233;clare que le front sera ouvert et qu'un armistice s&#233;par&#233; sera conclu, afin de jeter les troupes dans le bain sanglant de la capitale. Patriotes brevet&#233;s, gardiens jur&#233;s de la &#171; fiert&#233; nationale &#187;, Saint-Georges au c&#339;ur noir et &#224; la doublure rouge, ces g&#233;n&#233;raux &#233;taient pr&#234;ts &#224; ramper bassement devant la ba&#239;onnette prussienne, uniquement pour pouvoir diriger une partie de leurs troupes contre le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vent d'orage passa sur le pays. Le prol&#233;tariat, qui avait veill&#233; tout le temps, qui avait vainement appel&#233; et averti la d&#233;mocratie petite-bourgeoise du danger mena&#231;ant, tressaillit. Les ouvriers des capitales et des provinces coururent aux armes. Partout o&#249; il y avait la moindre possibilit&#233; de trouver des d&#233;fenseurs d'acier pour la libert&#233;, les prol&#233;taires s'armaient. En un instant P&#233;tersbourg cr&#233;a une garde rouge. Les ouvriers des fabriques de canons doubl&#232;rent d'un coup la productivit&#233; de ces fabriques et se mirent &#224; fournir des mitrailleuses, des canons et des munitions pour la d&#233;fense contre leurs adversaires de classes. Le parti prol&#233;tarien, les bolch&#233;viki, proclama le mot d'ordre de la lutte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, de la lutte, non pour Kerensky, mais pour la r&#233;volution. Et pourtant, en cet instant critique, la marche m&#234;me de la lutte fit occuper les postes dangereux par la classe ouvri&#232;re et par son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets et la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pris d'une mortelle terreur, se pr&#233;cipit&#232;rent vers les prol&#233;taires. Les matelots bolch&#233;vistes de Kronstadt, que l'on avait tant calomni&#233;s, que l'on avait nomm&#233; contre-r&#233;volutionnaires et ennemis de la libert&#233;, furent proclam&#233;s ses meilleurs d&#233;fenseurs et appel&#233;s en toute h&#226;te &#224; P&#233;tersbourg. Les ouvriers, contre lesquels, en juillet, on faisait venir les r&#233;giments de cavalerie &#171; s&#251;rs &#187; et les &#171; unit&#233;s de choc &#187;, furent d&#233;clar&#233;s rempart de la r&#233;volution. Le parti du prol&#233;tariat, auparavant trait&#233; comme un ramassis de criminels, de provocateurs et d'espions, fut r&#233;habilit&#233; dans les vingt-quatre heures et reconnu un alli&#233; bienvenu. Les chefs sovi&#233;tistes de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re : ils comprenaient parfaitement que la contre-r&#233;volution avait sa logique ; ils savaient que la bande kornilovienne victorieuse balayerait non seulement les bolch&#233;viki, mais tous les coalitionnistes ; ils voyaient que la r&#233;action &#233;tait pr&#234;te &#224; tout d&#233;truire, les &#171; Soviets et les comit&#233;s &#187;, suivant la demande de Milioukov et de Riabouchinsky. Et, tremblant de tous leurs membres, ils se mirent &#224; glapir plaintivement sur l'&#171; unit&#233; du front r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e des masses fut extraordinairement forte. Litt&#233;ralement toutes les organisations ouvri&#232;res se lev&#232;rent. Dans les Soviets, malgr&#233; la majorit&#233; coalitionniste, on sentit les pulsations d'une nouvelle art&#232;re combative. Partout &#8212; dans les capitales et dans les villes perdues des provinces &#8212; il se cr&#233;ait des organes r&#233;volutionnaires du pouvoir. A P&#233;tersbourg et &#224; Moscou, le peuple arm&#233; r&#233;apparut sur la sc&#232;ne. Et partout o&#249; il &#233;tait question seulement de mobilisation des forces, de pression sur les troupes, de collectivit&#233;s de combat responsables, le parti du prol&#233;tariat se trouvait &#234;tre l'organisation la plus hardie, la plus d&#233;cid&#233;e et la plus capable de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov se fl&#233;trit avant d'avoir eu le temps de fleurir. Les forces militaires de Kornilov, qui marchaient sur P&#233;tersbourg, ayant &#233;t&#233; tromp&#233;es par leurs g&#233;n&#233;raux, se d&#233;composaient d&#232;s leur premier contact avec les troupes envoy&#233;es contre elles, non par Kerensky, qui jouait la com&#233;die, mais par les organisations sovi&#233;tistes, auxquelles avait pass&#233; en fait la direction militaire. Et dans les centres urbains, o&#249; les chevaliers de la Croix de St- Georges, les soldats de choc et les femmes de choc, les officiers et les g&#233;n&#233;raux, avaient tant parl&#233; du &#171; jour &#187; de joie, et o&#249; ils avaient avec une telle &#171; intr&#233;pidit&#233; &#187; arbor&#233; les cocardes korniloviennes, d&#233;montrant leur m&#233;pris souverain envers la &#171; pl&#232;be d&#233;cha&#238;n&#233;e &#187; &#8212; ces h&#233;ros ne se d&#233;cid&#232;rent pas du tout &#224; agir. Ils connaissaient la valeur de leurs alli&#233;s &#8212; la masse des petits propri&#233;taires, qui n'est audacieuse que lorsqu'elle est en s&#233;curit&#233;. L'appui de Kal&#233;dine, qui devait marcher venant du sud et couper le nord des transports de bl&#233;, s'exprima seulement par le fait que l'on envoya vers Moscou durant quelques jours, des wagons de melons d'eau et de tournesols au lieu de bl&#233;. L'attaque des brigands contre le peuple avait &#233;chou&#233;. Les conspirateurs avaient &#233;videmment trop pr&#233;sum&#233; de leurs forces. Mais ils avaient aussi trop m&#233;pris&#233; les forces de la r&#233;volution. &#171; Les bas-fonds des villes &#187; ne montraient aucune disposition &#224; se soumettre aux &#171; coups de cravaches &#187;, comme l'esp&#233;raient les bandits du capital. Ces bas-fonds, en r&#233;ponse &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne du g&#233;n&#233;ral s'&#233;taient &#233;cri&#233;s unanimement : &#171; La mort ou la victoire ! &#187; et avec un enthousiasme que seul est capable de d&#233;velopper une classe de travailleurs, brillants d'inspiration, comprenant leurs grandes destin&#233;es historiques ; jeunes et h&#233;ro&#239;ques, ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s aux avant- postes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation fut la m&#233;thode fondamentale de dissolution des troupes korniloviennes. M&#234;me les Turkm&#232;nes-Tekk&#233;s &#224; moiti&#233; sauvages, dont le fougueux g&#233;n&#233;ral avait donn&#233; des cohortes choisies pour le salut de la civilisation bourgeoise, m&#234;me ces &#171; sauvages &#187; que l'on avait imagin&#233; d'apprivoiser pour ma&#238;triser les Huns du &#171; socialisme, du communisme et de l'anarchie &#187;, perdaient leur d&#233;vouement servile &#224; Kornilov. L'offensive militaire sur le front int&#233;rieur, que l'on pr&#233;parait dans les salons les plus &#233;l&#233;gants des m&#233;c&#232;nes russes, au sujet de laquelle la presse bourgeoise avait sonn&#233; les grands carillons de toutes ses cloches, cette offensive s'&#233;tait soudain rid&#233;e comme une vessie o&#249; l'on pique une aiguille, et l'aust&#232;re h&#233;ros de la bourgeoisie ne repr&#233;sentait plus qu'un homme stupidement ent&#234;t&#233;, qui se distingue par tout ce que l'on voudra, sauf par le g&#233;nie d'un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute kornilovienne joua un r&#244;le diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui que cherchait la cabale bourgeoise : elle ouvrit les yeux non seulement aux ouvriers retardataires, mais aux paysans, non seulement aux hommes de l'arri&#232;re, mais aux soldats du front ; elle provoqua un immense regroupement de forces et consolida extraordinairement la position du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir coalitionniste, qui avait ouvert toutes grandes les portes pour l'entr&#233;e solennelle de la contre-r&#233;volution, n'avait pu surgir ni se maintenir qu'en se basant sur la confiance inconsciente des masses capitalistes et sur leur d&#233;fensisme de bonne foi. Et c'est &#224; ce m&#234;me titre que les masses avaient pu reconna&#238;tre pour guides les socialistes- r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viki. L'excitation joyeuse, sentimentalement na&#239;ve, de la r&#233;volution de mars, de cette r&#233;volution &#171; omninationale &#187;, o&#249; m&#234;me les filous br&#251;l&#233;s de l'oligarchie financi&#232;re faisaient semblant d'&#234;tre attendris et approchaient des mouchoirs blancs de leurs yeux bouffis de graisse, la confiance des masses tromp&#233;es envers les pesants &#171; chefs de la r&#233;volution &#187; v&#234;tus de noir, tels que les Rodzianko et les Lvov &#8212; s'en allait maintenant en fum&#233;e. Le d&#233;veloppement de la lutte des classes brisait toutes les illusions, faisait tomber tous les voiles, arrachant impitoyablement leurs masques &#224; tous les h&#233;ros du mensonge et montrant aux masses le v&#233;ritable visage de rapaces de ces &#171; bienfaiteurs du peuple &#187;. Les imp&#233;rialistes bourgeois et la presse de la social-trahison, auxquels l'on croyait auparavant, &#224; ce point que pendant les journ&#233;es de juillet la bourgeoisie avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un &#233;tat de si&#232;ge contre le parti prol&#233;tarien traqu&#233; &#224; tous les carrefours, avaient maintenant perdu la confiance des masses, d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, qui d&#233;j&#224; au temps de la Conf&#233;rence de Moscou suivait en sa majorit&#233; la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, perdait rapidement tout ce qui lui restait d'illusions petites-bourgeoises autrefois inh&#233;rentes &#224; ces couches attard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans avaient vu dans l'action de Kornilov une attaque de la part des propri&#233;taires fonciers et une menace r&#233;elle &#224; leurs r&#234;ves terriens. Si jusque-l&#224; les paysans, &#224; la grande joie de tous les grands propri&#233;taires, avaient &#171; support&#233; &#187; et remis la d&#233;cision de la question &#171; jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e Constituante &#187;, ce &#224; quoi s'appliquaient et s'occupaient messieurs les socialistes-r&#233;volutionnaires, en revanche leur patience m&#234;me &#233;tait maintenant &#224; bout. Aussit&#244;t apr&#232;s le mouvement kornilovien des propri&#233;taires, un immense mouvement des paysans se dessina, se muant parfois en un v&#233;ritable soul&#232;vement des paysans. La presse capitaliste signalait avec terreur ce fait, inscrivant les &#171; d&#233;sordres &#187; agraires dans la rubrique de &#171; l'anarchie &#187; et des &#171; pillages &#187;. En r&#233;alit&#233;, le mouvement agraire &#233;tait l'indice du d&#233;veloppement de la conscience des paysans, qui ne se contentaient plus des &#233;ternelles promesses. Les &#171; usurpations illicites &#187;, si ha&#239;es de la bourgeoisie, &#233;taient devenues des &#233;v&#233;nements ordinaires. La terre fuyait rapidement des mains des propri&#233;taires et commen&#231;ait &#224; se d&#233;poser solidement entre les mains des paysans. L'arm&#233;e, qui jadis croyait aveugl&#233;ment en Kerensky, attir&#233;e dans la honteuse offensive de juin, &#233;tait maintenant, apr&#232;s le coup de cravache du bourreau, remplie de haine envers tout l'effectif de commandement, y compris les officiers. L'effectif de commandement, qui s'&#233;tait montr&#233; enti&#232;rement korniloviste, avait introduit la peine de mort, avait calomni&#233; et pers&#233;cut&#233; les soldats, les trahissant &#224; chaque pas, traitant l'ancien &#171; saint animal &#187; comme une vile pl&#232;be &#8212; cet effectif de commandement avait senti se poser sur lui le regard fixe et rempli de haine d'une arm&#233;e de plusieurs millions d'hommes. La lutte de classes qui secouait la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, s'&#233;tait transport&#233;e sur le front avec une force incroyable. Une fois pour toutes, l'arm&#233;e avait rejet&#233; de dessus soi le joug des imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pop&#233;e kornilovienne avait aiguis&#233; &#224; l'extr&#234;me les questions nationales. Cette aventure avait &#233;t&#233; une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'imp&#233;rialisme de grande puissance russe. Sous le faux mot d'ordre d'une &#171; Russie une et indivisible &#187;, que mettaient en avant les g&#233;n&#233;raux patriotisants et les patriotes g&#233;n&#233;ralisant de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187;, se dissimulait la politique habituelle de strangulation des pillards imp&#233;rialistes, qui s'en d&#233;lectaient encore aux temps b&#233;nis du tsarisme. Et si les g&#233;n&#233;raux &#224; cravache et sans cravache mettaient en avant le mot d'ordre &#171; une et indivisible &#187;, cela signifiait que ceux que l'on appelait &#171; allog&#232;nes &#187; devaient commencer &#224; crier au secours. Aussi l'&#171; aventure &#187; kornilovienne et sa d&#233;faite provoqu&#232;rent-elles la croissance des tendances nationalistes et s&#233;paratistes et la d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique de la conscience de classes de larges masses populaires, s'exprima dans la compl&#232;te banqueroute des partis coalitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mench&#233;viki s'appuyaient en majeure partie sur les couches arri&#233;r&#233;es, contamin&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s, les esp&#233;rances et les croyances petite-bourgeoises de la classe ouvri&#232;re ; car la banqueroute des illusions allait particuli&#232;rement vite parmi le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment : ces illusions s'usaient avec une rapidit&#233; presque catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient entr&#233;s dans une p&#233;riode de d&#233;composition int&#233;rieure, se divisant avec toujours plus d'acuit&#233; en id&#233;ologues du solide moujik qui doit triompher du monde entier et en id&#233;ologues des paysans les plus pauvres ; ce processus a trouv&#233; son expression dans la d&#233;marcation chez les socialistes-r&#233;volutionnaires d'une aile gauche, qui se renfor&#231;ait chaque jour. Enfin, formant boule de neige, le parti du prol&#233;tariat s'&#233;tait augment&#233;. Le pays se s&#233;parait de plus en plus en deux camps ennemis : l'un, &#8212; en t&#234;te duquel se tenait le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et son parti &#8212; devenait le camp de tous les travailleurs, le camp &#171; populaire &#187; ; et l'autre &#8212; r&#233;unissait toutes les fractions des classes dominantes, depuis l'ex-demoiselle d'honneur jusqu'au marchand de grains et l'usurier de village ; &#224; la t&#234;te de ce camp se trouvait le capital financier et le parti de la trahison populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche des &#233;v&#233;nements avait pos&#233; maintenant devant la camarilla bourgeoise le probl&#232;me direct de la guerre civile. La confiance disparue des masses envers le capital, la compl&#232;te d&#233;composition des partis coalitionnistes, la croissance fi&#233;vreusement rapide du parti du prol&#233;tariat, tout cela for&#231;ait la bourgeoisie &#224; s'orienter vers la guerre civile. Gouverner par le mensonge, la flatterie, la coalition ; gouverner par l'interm&#233;diaire des tra&#238;tres &#171; socialistes &#187; ; jouer aux d&#233;mocrates en brandissant le glaive de la peine de mort, devenait impossible. Il restait une chose &#224; faire : une nouvelle tentative de contre-r&#233;volution arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que d'en arriver &#224; la bataille d&#233;finitive, l'histoire for&#231;a le pays &#224; passer encore une fois sous les fourches caudines d'une com&#233;die panrusse : la &#171; Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; liquidation &#187; de l'aventure Kornilov. &#8212; La Conf&#233;rence D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e d'en bas avait fait d&#233;vier le n&#339;ud coulant qu'avait d&#233;j&#224; savonn&#233; pour le peuple Saurus Kornilov, lequel avait recueilli par avance, les lauriers de la reconnaissance bourgeoise. Que le gouvernement bonapartiste le voul&#251;t ou non &#8212; le fait restait un fait. Il n'y avait plus qu'&#224; compter d'une fa&#231;on ou d'une autre avec ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la situation de Kerensky tra&#231;ait une ligne de conduite : continuer la fiction de la &#171; lutte avec la contre- r&#233;volution &#187; et en r&#233;alit&#233; lutter &#224; gauche. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'essentiel de cette farce (politique) que signifiait par elle-m&#234;me la &#171; liquidation &#187; de l'aventure de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pouvoir &#187; lui-m&#234;me commen&#231;a &#224; se montrer sous un aspect vraiment tragi-comique. Une crise succ&#233;dait &#224; l'autre. A l'arri&#232;re-plan de la corruption politique g&#233;n&#233;rale des milieux dirigeants, s'agitait une bande d'&#233;perviers bonapartistes, form&#233;e d'&#233;l&#233;ments de la plus grande diversit&#233;, pr&#233;tendant aux premiers r&#244;les : Savinkov, ex-militant et terroriste, plus tard auteur d'une hom&#233;lie larmoyante contre l'assassinat et enfin auteur de la peine de mort : Philonenko, homme dont, selon son propre aveu, &#171; les paupi&#232;res ne clignaient pas &#187; et &#171; la voix ne tremblait pas &#187; en pronon&#231;ant la peine de mort pour les soldats, &#171; socialiste &#187; qui &#233;dulcorait les aphorismes korniloviens d'une certaine proportion de sadico-sologoubisme de son propre cru ; Kerensky en personne, et toute une compagnie de ses &#171; aides &#187; cad&#233;tomorphes et m&#234;me cadets, qui se tenaient devant la porte et ne faisaient que &#171; convoiter &#187;. Enfin, l'&#233;cume boueuse des duperies mutuelles et des march&#233;s de derri&#232;re les coulisses, donna naissance &#224; un directoire russe, suspect sous tous les rapports et dont les parrains furent d'un c&#244;t&#233; Tseretelli-Gotz, et de l'autre, les h&#233;ros du parti cadet qui pr&#233;f&#233;raient demeurer derri&#232;re les coulisses. Le &#171; Conseil des cinq &#187; ne brillait pas par les noms : &#224; sa t&#234;te se mit naturellement Kerensky, qui en investit quatre autres &#224; &#171; son image et &#224; sa ressemblance &#187; : Tereschtchenko, Verkhovsky, Verderevsky et Nikitine, un r&#244;le technique &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; Verkhovsky et &#224; Verderevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma le directoire, qui devait &#233;videmment &#234;tre un pont conduisant au consulat. Le na&#239;f travailliste Boulat reconnut ouvertement l'habilet&#233; du citoyen Kerensky : &#171; Pendant que nous nous disputions et que nous discourions ici, le pouvoir fut cr&#233;&#233; sans notre aide... Qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me n'aurons-nous plus &#224; nous r&#233;unir ici [c'est-&#224;-dire dans le Com. Ex&#233;c. Centr. &#8212; note de N. Bouk.]. La loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e chez nous. On arrivera chez nous, on invoquera tel ou tel paragraphe et l'on nous dispersera... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le pouvoir s'&#233;difia simplement : il fut &#233;lu par Kerensky, approuv&#233; par Kerensky, rendu responsable devant Kerensky. Kerensky &#8212; telle est l'unique source du pouvoir ind&#233;pendant. Kerensky &#8212; tel est le seul vase d'&#233;lection de la gr&#226;ce d&#233;vers&#233;e encore par le gouvernement de la premi&#232;re heure. Kerensky &#233;tait le chef &#171; reconnu de tous &#187; dans l'&#171; Etat russe &#187;. Ainsi du moins, semblait-il. Et il en &#233;tait effectivement ainsi. Mais en fait, c'&#233;taient l&#224; les derniers efforts de la clique des tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie, qui commen&#231;ait &#224; r&#233;v&#233;ler un &#233;quilibre de plus en plus instable, ayant perdu d&#233;j&#224; tout point d'appui &#224; gauche, et perdant rapidement &#8212; malgr&#233; tous ses efforts pour le retenir &#8212; son point d'appui &#224; droite. L'organisation d'un directoire signifiait en fait la victoire pacifique du g&#233;n&#233;ral Kornilov : c'&#233;tait le fruit l&#233;gal du march&#233; ill&#233;gal entre le h&#233;ros de la cravache et l'aventurier de la langue. Le plan de Kornilov consistait pr&#233;cis&#233;ment en la formation d'un directoire. Il est vrai qu'au moment d&#233;cisif, Kerensky n'avait pas soutenu Kornilov ; autrement, &#224; la t&#234;te du directoire l'on aurait vu Kornilov. Mais, de fait, un pouvoir personnifi&#233; en cinq dictateurs et ne d&#233;pendant de personne que d'un dictateur-chef, un tel pouvoir constituait la victoire compl&#232;te des principes du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu correspondait pleinement &#224; la forme. La &#171; liquidation &#187; de la r&#233;volte de Kornilov prit le caract&#232;re d'un v&#233;ritable persiflage des masses. Tout d'abord, Kornilov solennellement proclam&#233; tra&#238;tre, demeura en fait commandant en chef jusqu'&#224; son remplacement. Puis Kerensky se nomma commandant en chef, d&#233;signant comme chef d'&#233;tat-major &#8212; c'est-&#224;-dire encore une fois comme commandant en chef effectif &#8212; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;eff, le bourreau tsariste, le meilleur ami du g&#233;n&#233;ral Kornilov, le participant direct de la conspiration kornilovienne et l'interm&#233;diaire entre Kornilov, Riabouchinsky et Milioukov ; Alex&#233;&#239;eff, qui au d&#233;but de la r&#233;volution mena&#231;ait de fusiller &#171; les bandes r&#233;volutionnaires qui venaient de P&#233;tersbourg ! &#187;, Alex&#233;&#239;eff, que lui-m&#234;me il avait d&#251; chasser sous la pouss&#233;e de la col&#232;re et de l'indignation g&#233;n&#233;rale !, Alex&#233;&#239;eff, qui, &#224; la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques de Moscou avait prononc&#233; des &#171; paroles d'or &#187;, qu'il r&#233;p&#233;ta &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et qui furent imprim&#233;es par Riabouchinsky sur la recommandation de Milioukov ! Et c'est cet individu-l&#224; qui fut d&#233;sign&#233; pour &#233;purer l'arm&#233;e des &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution ! Bien plus. Lui-m&#234;me, un participant de la conspiration, fut charg&#233; d'instruire l'affaire de la conspiration. Kerensky lui-m&#234;me, souill&#233; de cette boue, chargea son complice d'instruire l'affaire de leur principal associ&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclam&#233; tra&#238;tre, le commandant en chef arriva donc dans un h&#244;tel de premi&#232;re classe au lieu d'arriver &#224; l'&#233;chafaud, et re&#231;ut pour le &#171; surveiller &#187; les troupes qui lui &#233;taient fid&#232;les. Le cadet Paltchinsky fut charg&#233; de la surveillance de P&#233;tersbourg. Les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, qui seulement par n&#233;gligence n'avaient pas eu le temps de passer ouvertement du c&#244;t&#233; de Kornilov (ou par poltronnerie ne l'avaient pas voulu), furent laiss&#233;s &#224; leurs postes ou re&#231;urent de l'avancement. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s aux journ&#233;es korniloviennes et qui avaient dirig&#233; les op&#233;rations militaires contre Kornilov, furent d&#233;clar&#233;s hors la loi. Eux, qui avaient sauv&#233; la r&#233;volution et la r&#233;publique, furent d&#233;clar&#233;s &#171; ennemis de la r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les actes ind&#233;pendants &#8212; disait l'ordre du 4 septembre &#8212; ne doivent pas &#234;tre admis dans l'avenir, et le Gouvernement Provisoire luttera contre eux, comme &#233;tant des actes anarchiques et nuisibles &#224; la r&#233;publique &#187;. Ceci se passait en m&#234;me temps que la &#171; lutte &#187; contre Kornilov, cette lutte ne rev&#234;tant &#233;videmment aucun caract&#232;re &#171; anarchique &#187;, est exerc&#233;e par une bande d'aigrefins kornilovistes. Cela, au moment o&#249; des pourparlers officiels sont engag&#233;s pour faire entrer dans le cabinet des chefs du parti cadet, compromis dans la conspiration ; au moment o&#249; Maklakov est nomm&#233; ambassadeur &#224; l'&#233;tranger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les masses, il fallait malgr&#233; tout trouver une &#171; couverture &#187;. On la trouva en tombant sur les gardes dirig&#233;s par l'ex-demoiselle d'honneur. En g&#233;n&#233;ral, il &#233;tait impossible de dissimuler la conspiration. Eh bien ! que Marguerite Khitrovo paie en bloc ! &#8212; tel &#233;tait le plan de la respectable compagnie qui livra volontiers le groupe de ses presque partisans, afin de sortir elle-m&#234;me plus ou moins s&#232;che de l'eau. Une ridicule &#171; r&#233;pression des conspirateurs &#187; commen&#231;a : on nettoya l'&#171; Aigle Imp&#233;rial &#187; &#224; Kiev, la soci&#233;t&#233; &#171; le H&#233;ros Russe &#187;, on arr&#234;ta (pour les rel&#226;cher imm&#233;diatement apr&#232;s) une paire d'ex-grands ducs, mais on laissa prudemment de c&#244;t&#233; l'&#226;me de la conspiration v&#233;ritable, et non d'op&#233;rette : Milioukov et Goutchkov, Rodzianko et Riabouchinsky, Poutilov et Vychnegradsky, Kornilov et Kal&#233;dine, le comit&#233; central du parti de la trahison populaire et la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques-conspirateurs &#8212; en un mot tous ceux qui, de connivence avec Kerensky, avaient men&#233; les pourparlers pour le plan de la &#171; dictature collective &#187; de sang et de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux capitalistes qui, aux jours o&#249; l'on attendait la glorieuse venue de Kornilov, aiguisaient f&#233;rocement leurs dents, et avaient commenc&#233; &#224; se calmer aux jours de sa d&#233;faite, relev&#232;rent de nouveau la t&#234;te et recommenc&#232;rent &#224; passer &#224; l'offensive. Les personnages officiels repr&#233;sentant l'autorit&#233; judiciaire blanchissaient Kornilov avec la m&#234;me impudence qui leur avait permis auparavant de noircir le parti du prol&#233;tariat. Et de connivence avec le procureur r&#233;actionnaire Alexandrov, le &#171; d&#233;mocrate &#187; Stahl d&#233;clarait, en montrant du doigt les bolch&#233;viki : &#171; J'estime que la conspiration de droite et celle de gauche sont &#233;galement criminelles devant le pays &#187; et les obligeants juristes-journalistes expliquaient qu'il n'y avait pas eu de la part de Kornilov de crime &#171; contre l'ordre existant &#187;, pour la simple raison qu'&#171; il n'y a pas maintenant en Russie d'ordre existant &#187;5. Ceux que l'on qualifie d'intellectuels &#8212; les historiens, les avocats, les po&#232;tes, les savants et les dilettantes &#8212; s'&#233;lanc&#232;rent de nouveau &#224; l'attaque contre les ouvriers : le presque-marxiste professeur Wipper, oubliant ses esquisses de la th&#233;orie de la connaissance historique, racontait dans l'organe de Riabouchinsky que la r&#233;volution russe tout enti&#232;re engendra la mauvaise volont&#233; des g&#233;n&#233;raux allemands, et son coll&#232;gue au journal, Balmont, qui jadis avait chant&#233; le soul&#232;vement ouvrier, commen&#231;ait &#224; composer des odes inspir&#233;es &#224; Kornilov, nommant avec servilit&#233; ce possesseur d'une physionomie obtuse d'Asiatique, le &#171; fier cygne &#187; de la civilisation russe. Cependant, messieurs les capitalistes &#233;taient &#233;galement tr&#232;s m&#233;contents de la conduite de Kerensky, dont ils exigeaient une plus grande d&#233;cision, ou sa d&#233;mission en faveur de Kornilov. Ceci &#233;tait un plan &#233;labor&#233; par les conspirateurs. Kerensky n'avait-il pas, au lieu de soutenir Kornilov par la force arm&#233;e au moment le plus critique, jou&#233; la com&#233;die de la lutte contre lui ? Un tel r&#244;le ne convenait plus du tout aux tentatives r&#233;elles, aux rois des industries textile et m&#233;tallurgique. Et ils commenc&#232;rent une campagne &#233;nergique qui d&#233;voila enti&#232;rement le double jeu du &#171; d&#233;mocrate &#187; ha&#239; de la d&#233;mocratie, Kerensky. La campagne fut ouverte par l'organe de Riabouchinsky Outro Rossii. On d&#233;montra documentairement la participation de Kerensky &#224; l'&#233;laboration du plan de dictature militaire, ainsi qu'&#224; l'intention d'&#233;craser P&#233;tersbourg et Kronstadt, &#224; l'appel du troisi&#232;me corps militaire, &#224; la provocation du &#171; complot des bolch&#233;viki &#187; et &#224; la pr&#233;paration de la dissolution des Soviets ; il surnagea tout un fatras d'intrigues, de tromperies et de duperies mutuelles. Chaque jour nouveau apportait des informations plus sensationnelles les unes que les autres. Il devenait &#233;vident pour tout le monde qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'aventure Kornilov, il existait une aventure Kerensky, qui ne se diff&#233;renciait &#171; principiellement &#187; de la premi&#232;re que par plus de duplicit&#233; et de poltronnerie. &#171; Tu veux te d&#233;filer ? Mais tu es n&#244;tre, tu as d&#233;j&#224; vendu ton &#226;me et tu as re&#231;u une avance consid&#233;rable ! &#187; &#8212; disait le diable bourgeois au minist&#233;riable pan Twardovsky, qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; alors un compte-courant de presque un million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts du directoire de Kerensky pour effacer ses p&#233;ch&#233;s devant la bourgeoisie, cette derni&#232;re, sauvant Kornilov, montait &#224; l'assaut. Il est vrai que Kerensky avait proclam&#233; la r&#233;publique, afin de d&#233;montrer qu'en Russie &#171; il y a de l'ordre &#187;. Mais il avait supprim&#233; &#224; P&#233;tersbourg le Rabotchy6 et la Nova&#239;a Jizn. Sous pr&#233;texte de lutte contre l'anarchie, il pr&#233;parait en h&#226;te des exp&#233;ditions de r&#233;pression contre le Soviet de Tachkent et menait des pourparlers avec les gros bonnets de Moscou : Konovalov, Bourychkine, Tchetverikov, Tretiakov et Smirkov, c'est-&#224;-dire la fleur de la &#171; petite Conf&#233;rence &#187; de Moscou. Il tentait de dissoudre la &#171; Centre-flotte &#187;. Il nommait au Conseil Militaire le kornilovien av&#233;r&#233; Klembovsky. Et cependant la bourgeoisie ne graciait plus son commis : il lui en fallait un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'en haut l'on jouait sans interruption aux &#171; chevaux-fondus &#187; de minist&#232;res, ce petit jeu qui &#233;tait si caract&#233;ristique du r&#233;gime tsariste, lequel s'imaginait pouvoir par des substitutions de personnes arranger les choses, dans les basses couches il se passait un processus de &#171; gauchissement &#187; rapide. Ce processus trouva aussi son expression dans le changement de position des principaux Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs petit-bourgeois perdaient de plus en plus, m&#234;me leur propre assiette. Si auparavant ils exprimaient heureusement le caract&#232;re irr&#233;solu de la petite bourgeoisie &#8212; des paysans, des gueux des villes, des couches arri&#233;r&#233;es de la classe ouvri&#232;re, &#8212; en revanche, ils tournaient maintenant assez nettement &#224; droite : la masse de la petite bourgeoisie t&#233;moignait d'une forte attraction vers le prol&#233;tariat ; ses chefs t&#233;moignaient d'une attraction plus forte encore vers le grand capital. Le sommet bureaucratis&#233; du Com. Cent. Ex&#233;c., qui sous la pression des masses, avait pour un certain temps mod&#233;r&#233; quelque peu son ardeur r&#233;actionnaire et son empressement servile, s'&#233;tait de nouveau pr&#233;cipit&#233; &#224; toute vitesse vers le bloc avec la bourgeoisie du cens, et, craignant de reconna&#238;tre ouvertement son respect pour les cadets compl&#232;tement compromis par l'aventure Kornilov, les tra&#238;nait au gouvernement en qualit&#233; de &#171; candidatures d'affaires &#187; &#8212; masque sous lequel agissent constamment les jongleurs politiques et les menteurs de profession. Dans ces conditions, craignant la contagion bolch&#233;vik grandissante, ces messieurs, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; entr&#233;s en accord avec les gens du cens, et transform&#233;s eux-m&#234;mes en &#171; petits bonapartes &#187;, devaient chercher un point d'appui social autre que celui qu'ils avaient auparavant. Et d'autre part il leur fallait, en pr&#233;sence du rapide accroissement du bolch&#233;visme non seulement dans le pays, mais dans les organisations sovi&#233;tistes, opposer aux Soviets quelque autre force &#171; &#233;galement &#8212; d&#233;mocratique &#187;, et avec cela panrusse. Refouler les Soviets en arri&#232;re, sanctionner la coalition, cr&#233;er l'organisation d'une solide bourgeoisie moyenne, pour que gr&#226;ce &#224; celle-ci p&#251;t gouverner l'oligarchie des finances ; enfin, pr&#233;venir la pouss&#233;e des bolch&#233;viki en opposant une solide barri&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187; r&#233;volutionnaire, tel &#233;tait le plan des Liber et des Dan, dont les noms sont d&#233;j&#224; devenus des qualificatifs pour les personnages du type social-tra&#238;tre7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces besoins que surgit le plan de la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187;. Le but pos&#233; par les sommit&#233;s du Com. Cent. Ex&#233;c. consistait en la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie &#224; la margarine. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ce but ne put se r&#233;aliser que par la voie d'un faux. Si la Conf&#233;rence &#171; d'&#201;tat &#187; de Moscou devait falsifier la voix de la &#171; nation &#187;, en substituant &#224; cette nation des bourreaux galonn&#233;s et sans galons, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique devait falsifier la voix de la d&#233;mocratie, en substituant aux paysans, aux soldats et aux ouvriers, le bourgeois moyen ais&#233; et l'intellectuel korniloviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets, ces uniques repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, avaient acquis la troisi&#232;me place. Au premier rang l'on avait dispos&#233; les repr&#233;sentants des zemstvos, des villes, des coop&#233;ratives, auxquels se joignait toute une queue d'organisations professionnelles-intellectuelles. Les zemstvos pouvaient d'autant plus facilement servir de nouvelle base aux chefs d&#233;&#231;us dans leurs calculs, que beaucoup d'entre eux n'avaient m&#234;me pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus, et de cette fa&#231;on, le sceau du tsarisme au front, pouvaient servir &#224; n'importe quel truquage, pourvu qu'il f&#251;t &#224; reculons. Les villes exprimaient d&#233;j&#224; une lassitude de la r&#233;volution ; la majorit&#233; soc.-r&#233;volut. de droite et cadette des conseils municipaux, qui approuvait les ex&#233;cutions, ne correspondait plus &#224; aucun titre &#224; la disposition d'esprit des grandes masses des villes. Enfin, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, que les paysans ais&#233;s &#233;lisaient pour se livrer au commerce des harengs et du savon et auxquels ils n'avaient jamais remis aucun mandat politique, poss&#233;daient la confiance enti&#232;re du citoyen Tseretelli ; car la Jeanne d'Arc des politiciens de coop&#233;rative, Mme Kouskova, avait d&#233;clar&#233; au Congr&#232;s des coop&#233;ratives, parmi les hurlements enthousiastes de ses partisans du camp des cadets, qu'elle se ferait couper la main, si cette main venait &#224; d&#233;poser un bulletin portant les candidats de ce m&#234;me parti auquel appartenait la belliqueuse coop&#233;rante ; m&#234;me les mencheviki liberdanovites lui semblaient trop rouges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant falsifi&#233;e par essence, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique ne pouvait manquer de s'occuper de falsifications durant toute la p&#233;riode de son activit&#233;. D&#233;j&#224; Kerensky, qui avait pr&#233;alablement d&#233;fini par la voie de la presse le caract&#232;re priv&#233; de la Conf&#233;rence (pour &#234;tre &#171; d'Etat, &#187; il y manquait tout de m&#234;me Riabouchinsky et Kal&#233;dine !) avait &#171; donn&#233; le ton &#187; &#224; la respectable assembl&#233;e en d&#233;clarant : &#171; l'aventure Kornilov a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par moi (c'est-&#224;-dire par Kerensky) jusqu'au bout &#187;. (Ceci pr&#233;cis&#233;ment alors que la commission d'enqu&#234;te avait dit publiquement qu'il lui &#171; &#233;tait p&#233;nible d'interroger Kornilov ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les discours sans fin des ministres pass&#233;s et pr&#233;sents se mirent &#224; couler, et &#224; leur suite des repr&#233;sentants innombrables d'innombrables organisations. Tchernov racontait comment dans le minist&#232;re de coalition, on l'emp&#234;chait de travailler, &#8212; et il se pronon&#231;ait pour le minist&#232;re de coalition. Skobelev, qui jadis avait promis de pr&#233;lever 100 % sur la bourgeoisie, narrait d'une voix inintelligible les difficult&#233;s du travail et prenait parti pour la coalition. Zaroudny amusait le public de mauvaises anecdotes de la vie des ministres, affirmant qu'il n'avait rien compris et qu'il ne comprenait rien, et parlait aussi en faveur de la coalition. En un mot, tous les ministres habitu&#233;s aux commodit&#233;s de la coalition la d&#233;fendaient de toutes leurs forces. Et la &#171; masse &#187; habilement cuisin&#233;e par des sp&#233;cialistes de la duperie, fournit 766 voix &#224; la coalition, et 688 contre. Les Soviets avaient par une majorit&#233; &#233;crasante vot&#233; contre ; par une majorit&#233; plus &#233;crasante encore, avaient vot&#233; contre, les unions professionnelles ; la flotte s'&#233;tait prononc&#233;e contre sans une exception ; m&#234;me une moiti&#233; des anciennes organisations d'arm&#233;e avait rejet&#233; la coalition. Les coalitionnistes triomph&#232;rent gr&#226;ce &#224; ceux auxquels ils avaient d'avance assur&#233; la sup&#233;riorit&#233; : gr&#226;ce aux membres des zemstvos, aux conseillers municipaux, aux coop&#233;rateurs, unis aux social-tra&#238;tres de toutes les autres institutions. Mais lorsque l'on posa la question des cadets, m&#234;me cette majorit&#233; choisie n'osa pas voter pour le parti korniloviste de la trahison populaire. Les rossignols de la social-trahison eurent beau chanter, ce num&#233;ro n'eut aucun succ&#232;s. Et lorsqu'il fut d&#233;montr&#233; jusqu'&#224; l'&#233;vidence que la coalition avec la bourgeoisie sans les cadets &#233;tait un non-sens ; lorsque les mench&#233;viki et les soc.-r&#233;volut. virent se poser devant eux la question de l'organisation du pouvoir socialiste &#171; sans bourgeois &#187;, ils recul&#232;rent avec horreur devant une telle perspective et vot&#232;rent contre la R&#233;volution dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta que la Conf&#233;rence D&#233;mocratique vit s'&#233;crouler sa propre r&#233;solution, prouvant ainsi son indigence, d&#233;couvrant sa nudit&#233; s&#233;nile et de loqueteuse apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici parurent sur la sc&#232;ne les prestidigitateurs de profession, dont le premier &#233;tait le &#171; noble Tseretelli. &#187; Gr&#226;ce &#224; une v&#233;ritable fraude, c'est tout juste s'ils ne parvinrent pas &#224; faire triompher la r&#233;solution la plus honteuse, proposant de cr&#233;er un organe &#171; sanctionn&#233; &#187; par le bonaparte et destin&#233; &#224; &#171; seconder &#187; le gouvernement pour la cr&#233;ation du pouvoir. Les bolcb&#233;viki, Trotski en t&#234;te, dont les discours brillants et courageux mettaient hors d'eux-m&#234;mes tous les buffles et tous les valets de la bourgeoisie, firent une sortie d&#233;monstrative en r&#233;ponse &#224; des sc&#232;nes de moquerie et d'infamie. Les amendements gliss&#233;s par Tseretelli furent toutefois retir&#233;s. Mais la politique effective qui r&#233;sultait du march&#233; conclu entre Kerensky, Tseretelli, Gotz &amp; Cie, entre les gens des coop&#233;ratives et ceux du cens, derri&#232;re lesquels se tenait aussi le ha&#239;ssable parti de la trahison populaire, cette politique continua &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre par les h&#233;ros de la Conf&#233;rence, m&#234;me apr&#232;s tous ces &#233;v&#233;nements. Les r&#233;solutions vot&#233;es offraient, lors de la cr&#233;ation du pouvoir, d'&#171; exiger la r&#233;alisation du programme du 14 ao&#251;t &#187;, c'est-&#224;-dire de ce programme que Tchkheidz&#233; avait si chaudement d&#233;fendu en pr&#233;sence de Kal&#233;dine et en l'absence du prol&#233;tariat, &#224; la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Conf&#233;rence de Moscou au Grand Th&#233;&#226;tre avait &#233;t&#233; la sage-femme du complot de Kornilov, la montagne de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique aurait accouch&#233; avant tout de la ridicule souris du &#171; pr&#233;-parlement &#187;. Un organe de promulgation des lois plac&#233; aupr&#232;s de Kerensky et priv&#233; de tout pouvoir, un mis&#233;rable bureau dans lequel l'effectif fortement r&#233;duit de la Conf&#233;rence &#233;tait compl&#233;t&#233; par une masse compacte d'hommes du cens, les cadets en t&#234;te, contre lesquels la Conf&#233;rence avait jadis vot&#233; &#8212; tel fut le r&#233;sultat des discussions &#171; sur le pouvoir &#187;. Le probl&#232;me qui consistait &#224; mettre fin &#224; l'irresponsabilit&#233; du bonaparte avait trouv&#233; sa solution dans la cr&#233;ation d'une pr&#233;-Douma, responsable pr&#233;cis&#233;ment devant celui dont elle devait vaincre l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence D&#233;mocratique se montra st&#233;rile comme le figuier de l'&#201;vangile. Mais lorsque messieurs les cadets se r&#233;jouissaient malignement de l'&#171; impuissance de la d&#233;mocratie &#187;, ils comprenaient parfaitement que leur joie &#233;tait toute de fa&#231;ade. Ils savaient parfaitement que l'impuissance du charroi de &#171; d&#233;mocrates &#187; amen&#233; par Tseretelli et approuv&#233; par Kerensky, avait peu de chose de commun avec la d&#233;mocratie qui se renfor&#231;ait tous les jours derri&#232;re les murs du th&#233;&#226;tre Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; &#233;crivait l'organe de la banque, Rousska&#239;a Volia, &#224; l'ouverture de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#8212; des &#233;v&#233;nements remplissant la p&#233;riode allant du moment de la d&#233;faite sur le front, au moment de la d&#233;faite de la contre-r&#233;volution, est que le bolch&#233;visme d&#233;magogique a relev&#233; la t&#234;te et que la &#171; d&#233;mocratie organis&#233;e &#187; de P&#233;trograd s'est trouv&#233;e prisonni&#232;re des l&#233;ninistes. On peut dire aussi que ce r&#233;sultat politique du sixi&#232;me mois de la r&#233;volution est &#171; bouleversant &#187;, si relative que puisse &#234;tre sa signification... La Conf&#233;rence des organisations d&#233;mocratiques s'est ouverte sous l'action pesante de ces -&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;sistible croissance du parti du prol&#233;tariat, qui, comme l'a d&#233;clar&#233; avec toute la profondeur de sentiments dont elle est capable, une dame patronnesse, Mme Breschkovska&#239;a &#8212; &#171; g&#226;te nos braves, nos bons ouvriers, paysans et soldats &#187;. Ce renforcement de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire du travail mettait la bourgeoisie dans une situation v&#233;ritablement critique. Dans le pays, un conflit succ&#233;dait &#224; l'autre : gr&#232;ve des ouvriers des chemins de fer, troubles paysans toujours croissants --- mobilisation des forces sovi&#233;tistes &#8212; n'&#233;tait-il pas clair que la vague de la guerre civile submergerait le piteux &#233;difice du pr&#233;-parlement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de la guerre civile. La R&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; &#171; Convocation du Second Congr&#232;s ! &#187; &#8212; tel &#233;tait le mot d'ordre avec lequel les bolch&#233;viki allaient &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et au pr&#233;-parlement. Le parti du prol&#233;tariat comprenait parfaitement l'in&#233;vitabilit&#233; objective de la guerre civile. Il ne restait &#224; la grande bourgeoisie d'autre issue que d'attaquer ouvertement le peuple, contre lequel elle menait une guerre de partisans permanente. En r&#233;ponse au mot d'ordre du prol&#233;tariat, Kerensky saccageait le Soviet de Tachkent ; en r&#233;ponse &#224; la voix des paysans, &#171; son &#187; Gouvernement continuait les arrestations de comit&#233;s terriens ; en r&#233;ponse aux supplications des ouvriers des chemins de fer et des mineurs du Don, on les &#171; r&#233;primait &#187; ; en r&#233;ponse aux demandes de reconnaissance des droits de la Finlande, on y envoyait des exp&#233;ditions destin&#233;es &#224; la pacification et l'on en &#233;loignait les unit&#233;s r&#233;volutionnaires ; en r&#233;ponse aux r&#233;solutions des ouvriers r&#233;clamant la mise en libert&#233; des bolch&#233;viki, on lib&#233;rait les anciens ge&#244;liers et les gendarmes ; enfin, en r&#233;ponse &#224; la clameur unanime du peuple entier : &#171; &#224; bas les tra&#238;tres-cadets ! &#187;, Kerensky forma un minist&#232;re cadet &#224; l'aide de laquais en livr&#233;e, anciens socialistes. Apr&#232;s toutes les r&#233;v&#233;lations, apr&#232;s la pers&#233;cution de l'arm&#233;e par les cadets, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volte et de la trahison des cadets, apr&#232;s la tra&#238;trise de Riga, apr&#232;s le jeu monstrueux de provocation, dont l'enjeu &#233;tait la peine de mort &#8212; Kerensky jette le d&#233;fi, nommant au minist&#232;re des tra&#238;tres stigmatis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de guerre civile &#8212; c'est sous ce nom qu'est entr&#233; dans l'histoire le nouveau cabinet de la r&#233;publique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus important des industriels moscovites, l'id&#233;ologue et le praticien du sabotage panrusse &#8212; est nomm&#233; ministre du commerce et de l'industrie, et suppl&#233;ant du premier ministre. Tout n'est-il pas fini d&#233;sormais pour les lock-outers ? Tretiakov, encore un industriel et un boursier, l'un des monopolisateurs du rayon textile &#8212; est nomm&#233; pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique. La d&#233;sorganisation ne va-t-elle pas &#234;tre maintenant &#233;cart&#233;e ? Comme contr&#244;leur d'Etat on d&#233;signe Smirnov, Smirnov, qui non seulement dans, sa fabrique donnait &#224; ses ouvriers un salaire de famine, les privait de feu et d'eau, mais faisait mourir de faim ses chevaux, afin d'avoir plus tard la possibilit&#233; de fermer son entreprise pour des raisons politiques. N'y aura-t-il pas maintenant un contr&#244;le suffisant sur les finances de l'Etat ? Est-ce que cet anthropophage ne remettra pas en ordre le m&#233;nage d&#233;sorganis&#233; du peuple ? Terechtchenko reste ministre des Affaires Etrang&#232;res. Mais n'a-t-il pas prouv&#233; l'ardeur de son z&#232;le pour la cause de la paix ? Efremov est nomm&#233; ministre pl&#233;nipotentiaire et envoy&#233; extraordinaire en Suisse. Mais ne s'est-il pas recommand&#233; comme le meilleur ami de l'imp&#233;rialisme anglais ? Et n'est-ce pas l&#224; la meilleure garantie pour la paix et la libert&#233; ? Kichkine, avec lequel les Soviets de Moscou ont refus&#233; d'avoir aucune esp&#232;ce de rapport, est confirm&#233; dans son titre de ministre de l'Assistance. Qui donc peut douter qu'il ne remplisse son devoir envers la R&#233;volution ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;bulosit&#233; &#171; socialiste &#187; &#8212; le collaborateur du Roussko&#239;e Slowo, Bernatzki, l'&#171; ouvrier &#187; Gvozdev, l'avocat Maliantovitch et les autres dii minores dispos&#233;s autour du noyau fortement imp&#233;rialiste (noyau &#171; d'affaires &#187;) des cadets et des korniloviens &#8212; &#233;tait d'avance destin&#233;e &#224; rester accroch&#233;e derri&#232;re le char triomphal du &#171; commerce et de l'industrie &#187;. Il est vrai que le cabinet avait &#233;t&#233; approuv&#233; par Monsieur Buchanan. Bien plus, les bons amis anglo-fran&#231;ais avaient eu recours tout simplement &#224; des exactions politiques et au chantage, afin d'obtenir du Gouvernement de leur nouvelle demie-colonie l'effectif d&#233;sir&#233;, et ce Gouvernement ne parvint au pouvoir qu'apr&#232;s de myst&#233;rieuses conf&#233;rences des petits bonapartes de Russie avec l'ambassadeur de Sa Majest&#233; George. Mais le peuple russe n'en recevait aucun soulagement. Le r&#244;le objectif du nouveau cabinet ne pouvait &#234;tre douteux : c'&#233;tait la provocation &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs du Gouvernement Provisoire esp&#233;raient avec cela &#234;tre soutenus par les petits propri&#233;taires et par les gens du juste milieu qui s'&#233;taient group&#233;s &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique sous l'h&#233;g&#233;monie politique des coop&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois le dire franchement &#187; &#8212; &#233;crivait dans le journal &#171; banquier-d&#233;mocratique &#187; Den &#8212; l'un de ses collaborateurs les plus importants : &#171; partageant compl&#232;tement le programme politique de la coop&#233;ration &#187; &#8212; &#171; il est impossible de ne pas voir et de ne pas sentir que c'est de l&#224; que partira la masse des combattants aspirant &#224; la revanche pour tout ce que le bolch&#233;visme, dans le sens le plus large de ce mot, a apport&#233; et apporte avec lui de sombre et de mauvais. Et j'en suis convaincu : ce ne sera pas seulement une lutte de paroles &#187;. Et l'organe officieux de Kerensky, Savinkov et C&#176;, Volia Naroda, sonnait le tocsin et appelait tout le monde au ralliement sous l'&#233;tendard de la lutte contre le bolch&#233;visme, affirmant qu' &#171; il n'y avait pas de place pour le coalitionnisme &#187; et que la &#171; d&#233;mocratie devait s'unir et, d'une main de fer, forcer le bolch&#233;visme &#224; ob&#233;ir &#224; sa volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exasp&#233;ration croissante du marchand de grains, de l'avocat et du coop&#233;rateur se refl&#233;tait la terreur du poss&#233;dant devant le communisme mena&#231;ant. Cette terreur les inondait d'une sueur froide : leur imagination effray&#233;e se repr&#233;sentait d&#233;j&#224; les horreurs des pillages, des massacres, du &#171; partage &#187; g&#233;n&#233;ral, des pogroms et du &#171; carnage &#187;. Le bourgeois moyen, malgr&#233; son r&#233;alisme indigent et sali de petit commer&#231;ant, n'est au fond jamais r&#233;aliste, et malgr&#233; son rationalisme qui veut &#234;tre sobre, il est domin&#233; tout entier par deux sortes d'&#233;motions : la peur, quand ses affaires vont mal, et la vengeance quand &#171; il &#187; a triomph&#233;. Il ferme d'une cha&#238;ne la porte de sa demeure et glisse son portefeuille sous son oreiller, lorsqu'aucune n&#233;cessit&#233; ne s'en fait sentir m&#234;me au point de vue de ses int&#233;r&#234;ts ; il devient taciturne comme un asc&#232;te, en lisant avec volupt&#233; les articles braillards de ses id&#233;ologues, alors qu'on lui laisse encore pleine libert&#233; de parole. Mais il cr&#232;ve de sa canne les yeux de ses ennemis vaincus, et il est pr&#234;t &#224; amener sa femme, sa fille et sa s&#339;ur pour assister &#224; l'ex&#233;cution de ses adversaires politiques. Son abjection et sa vindicte sont directement proportionnelles &#224; sa l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si exag&#233;r&#233;es que fussent les &#171; horreurs &#187; que pr&#233;voyait ce bourgeois, son instinct presque animal lui permettait de deviner que la collision &#233;tait in&#233;vitable. Pendant ce temps, le capital financier la pr&#233;parait en toute connaissance de cause et mobilisait toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la pouss&#233;e des classes dans ce sens gagnait toutes les directions &#224; la fois. Dans le domaine &#233;conomique, on introduisait syst&#233;matiquement et avec obstination le plan de Riabouchinsky &#8212; prendre les ouvriers par la &#171; main osseuse de la faim &#187;. Les lockouts &#171; cach&#233;s &#187; et &#171; ouverts &#187; se multipliaient toujours. En pr&#233;sence de l'effondrement complet de l'industrie et de la d&#233;sorganisation &#233;conomique compl&#232;te, la &#171; classe commerciale-industrielle &#187; versait savamment de l'huile sur le feu par un sabotage consciencieusement calcul&#233; et toujours croissant. Messieurs les ministres d&#233;cid&#232;rent enfin de centraliser cette affaire et d'organiser la d&#233;sorganisation, en &#233;levant le sabotage &#224; la hauteur de principe d'un probl&#232;me int&#233;ressant l'Etat et la nation. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce but, c'est-&#224;-dire dans le but de l'augmentation artificielle du ch&#244;mage et de la famine, d&#233;j&#224; grands par ailleurs, que les Smirnov et les Konovalov commenc&#232;rent &#224; provoquer avec tout le z&#232;le dont ils &#233;taient capables le &#171; d&#233;chargement &#187; &#8212; de P&#233;tersbourg d'abord (c'&#233;tait le point le plus rouge, et par cons&#233;quent le plus dangereux), puis ensuite du district de Moscou. Et pendant que les commer&#231;ants et les industriels op&#233;raient dans les fabriques et les usines, les &#233;tablissements financiers commenc&#232;rent &#224; suivre dans des proportions encore plus grandes la m&#234;me politique par rapport aux conseils municipaux &#171; nouveaux &#187;, et surtout aux bolch&#233;vistes, leur refusant n'importe quel cr&#233;dit. En effet, pouvait-on inventer une affaire plus &#171; pan-nationale &#187; que le lent resserrement du n&#339;ud coulant d&#233;j&#224; savonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique compl&#233;tait l'&#233;conomie nationale. Et avant tout, la politique internationale. Les ardents patriotes &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; conclure n'importe quelle paix en &#233;change de la pacification des ouvriers et des paysans. Les myst&#233;rieuses conf&#233;rences &#224; l'&#233;tranger, au sujet desquelles il sourdait quelques informations dans la presse, exprimaient ce besoin arriv&#233; &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la reddition de P&#233;trograd en m&#234;me temps que sa destruction par les canons allemands &#8212; &#233;tait devenu la pens&#233;e secr&#232;te des bourgeois russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des coups de main arm&#233;s se pr&#233;paraient aussi &#224; l'int&#233;rieur. L'on vit la mobilisation g&#233;n&#233;rale et les organisations d&#233;faites lors des journ&#233;es de Kornilov, retranch&#233;es le plus solidement possible sur le Don. De cette Vend&#233;e russe devait sortir la croisade contre la r&#233;volution du peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re de son c&#244;t&#233; tendait tous ses efforts, se pr&#233;parant &#224; passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. Pour les grandes masses ouvri&#232;res, la n&#233;cessit&#233; de la lutte pour le pouvoir se faisait sentir plus que jamais. Les gr&#232;ves &#233;conomiques par lesquelles le prol&#233;tariat avait tent&#233; de r&#233;pondre &#224; la pouss&#233;e du capital n'&#233;taient d'aucun secours. Elles &#233;taient directement suscit&#233;es par provocation du capital, qui transformait cet instrument de lutte en des knock-out de la part des ouvriers. Le pouvoir aux Soviets ! Le pouvoir au Congr&#232;s des Soviets ! A bas le Gouvernement ! &#8212; ces mots d'ordre &#233;taient devenus si populaires qu'ils n'avaient besoin d'aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans augmentaient toujours plus leur activit&#233;, passant au soul&#232;vement direct contre les propri&#233;taires du sol ; les r&#233;pressions quelles qu'elles fussent ne pouvaient plus les intimider, bien qu'elles lui tombassent en abondance sur la t&#234;te. La crise m&#251;rissait avec une rapidit&#233; stup&#233;fiante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration publi&#233;e par le nouveau Gouvernement confirmait pleinement les pires craintes : conduire la guerre &#171; en union avec les alli&#233;s &#187; ; &#171; mettre en ordre les rapports fonciers sans violation des droits de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re existante &#187; ; relever les imp&#244;ts indirects ; enfin, mener &#171; la lutte la plus d&#233;cid&#233;e, la plus suivie, la plus syst&#233;matique contre toutes les manifestations de la contre-r&#233;volution et de l'anarchie &#187; &#8212; tel &#233;tait ce &#171; programme &#187;. Traduit en langue vulgaire, il signifiait : brigandage international, protection des agrariens, spoliation des masses, &#233;tranglement de la R&#233;volution. Tel devait &#234;tre et tel fut le programme du Gouvernement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de l'&#233;dification du pouvoir, elle devait &#234;tre &#171; r&#233;solue &#187; par la &#171; situation du Conseil Provisoire de la R&#233;publique Russe &#187;, publi&#233;e sous la signature du citoyen Konovalov. Cette &#171; position &#187; r&#233;v&#233;la avec une clart&#233; surprenante le r&#244;le des tra&#238;tres du social- patriotisme : ils avaient atteint le but de leurs d&#233;sirs ! Les droits d&#233;j&#224; fort &#233;court&#233;s de la d&#233;mocratie y &#233;taient plum&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s. On autorisait avec bienveillance le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; &#224; &#171; discuter les projets l&#233;gislatifs, au sujet desquels le Gouvernement Provisoire reconna&#238;t n&#233;cessaire de prendre l'avis du Conseil &#187; &#8212; telles furent les honorables fonctions de cette chancellerie de cour de Kerensky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; consultatif, qui devait &#234;tre en m&#234;me temps un rempart contre l'Assembl&#233;e Constituante (Lvov, Karavulov et d'autres criaient d&#233;j&#224; &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre encore une fois les &#233;lections), et contre les Soviets des ouvriers, soldats et paysans &#8212; fut, au fond, de prime abord d&#233;truit par le parti du prol&#233;tariat. Les bolch&#233;viki se retir&#232;rent de ce pr&#233;-parlement &#171; r&#233;form&#233; &#187;, et il perdit imm&#233;diatement la signification d'un centre o&#249; se refl&#232;te enti&#232;rement le degr&#233; de tension de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat mobilisait avec toujours plus de pers&#233;v&#233;rance les forces des Soviets. Le Comit&#233; R&#233;gional de l'arm&#233;e, de la Flotte et des Ouvriers de Finlande publia un appel tranchant contre le Gouvernement, qui envoyait des troupes contre-r&#233;volutionnaires en Finlande ; on commen&#231;a &#224; pr&#233;parer une s&#233;rie de Congr&#232;s r&#233;gionaux et de soldats. Un travail fi&#233;vreux commen&#231;a pour la convocation du Congr&#232;s panrusse d&#233;cid&#233; &#233;galement en son temps &#8212; sous une forte pression de la part des masses &#8212; par le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif. Le foyer de la vie politique devenait ainsi non le lamentable Conseil de la R&#233;publique, mais le Congr&#232;s approchant de la R&#233;volution russe. Au centre de ce travail de mobilisation se tenait le Soviet de P&#233;tersbourg, qui avait d&#233;monstrativement &#233;lu pr&#233;sident Trotsky, le tribun le plus brillant du soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les sommit&#233;s de la vieille bureaucratie des Soviets, ceux qui encore au temps de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique reniaient les Soviets, sentant que leur terrain &#233;tait enfin d&#233;finitivement perdu, &#233;tablirent alors leur trahison compl&#232;te. L'organe officiel des Soviets engagea donc la lutte pour la destruction de ces Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous (!) voulons remplacer &#8212; &#233;crivaient les Izvestia &#8212; l'organisation provisoire des Soviets par une organisation permanente compl&#232;te et g&#233;n&#233;rale de l'ordre, de la vie de l'Etat et des r&#233;gions. Lorsque l'autocratie fut tomb&#233;e et avec elle tout l'ordre bureaucratique, nous (!) avons construit les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, comme des baraques provisoires o&#249; p&#251;t trouver un refuge la d&#233;mocratie enti&#232;re. Maintenant, au lieu de baraques, l'on construit un b&#226;timent d&#233;finitif en pierres de taille, et, naturellement, les gens quittent constamment les baraques pour des installations plus commodes, &#224; mesure que l'on ach&#232;ve de construire un &#233;tage apr&#232;s l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fensistes sans abri d&#233;cid&#232;rent de passer aux &#171; installations plus commodes &#187; de la nouvelle Douma de Boulyguine, qui pouvait &#171; poser des questions &#187; &#224; la clique incontr&#244;l&#233;e de la bourgeoisie... Des &#171; d&#233;mocrates &#187; et des &#171; socialistes &#187; &#233;taient tomb&#233;s si bas ! Mais ils ne se content&#232;rent pas de proclamer leur reniement : ils commenc&#232;rent une campagne acharn&#233;e pour couler le Congr&#232;s d&#233;j&#224; fix&#233; au 20 octobre. Dans le Bureau du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, le citoyen Dan, ce vieux renard du coalitionnisme, de l'hypocrisie et des transactions de derri&#232;re la coulisse, posa le premier la question de contremander le Congr&#232;s. Cela ne lui r&#233;ussit pas. Mais tous les agents locaux du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, tous les mench&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite cherch&#232;rent &#224; couler le Congr&#232;s ou tout au moins &#224; le discr&#233;diter : &#171; par ce Congr&#232;s on d&#233;pr&#233;cie la Constituante &#187; ; ce congr&#232;s est inutile, car &#171; pour le moment nous avons le Conseil de la R&#233;publique &#187; , ce congr&#232;s, c'est la d&#233;magogie bolch&#233;viste qui jette la d&#233;mocratie dans les bras de la contre-r&#233;volution &#187;, etc., etc., &#8212; ainsi trompettaient partout et &#224; tout moment, ceux qui, en fait, n'avaient pas de place dans les grandes organisations de classes des ouvriers et des paysans ressuscit&#233;s &#224; une vie nouvelle au milieu des temp&#234;tes de la bataille sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des d&#233;fensistes contre le Congr&#232;s &#233;tait cependant d'avance vou&#233;e &#224; un &#233;chec complet par la marche progressive de la lutte des classes dont la flamme ne faisait que grandir de jour en jour. Les propri&#233;taires fonciers, les marchands, les industriels, suppliaient d&#233;j&#224; t&#233;l&#233;graphiquement le Gouvernement de leur envoyer de l'artillerie et des troupes pour la r&#233;pression des paysans, &#8212; le Gouvernement satisfaisait &#224; leurs demandes et enjoignait par circulaire &#224; ses commissaires d'appliquer la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; ; il amenait de tous c&#244;t&#233;s &#224; P&#233;tersbourg des junkers et des troupes de choc ; Tachkent, et en particulier le Soviet de Tachkent, form&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, &#233;tait devenu le but constant des aspirations conqu&#233;rantes de Kerensky-Konovalov ; contre les Finnois, on menait la m&#234;me campagne de violence, et m&#234;me le plus &#171; d&#233;mocrate &#187; des ministres, Verkhovsky, donnait secr&#232;tement des ordres pour qu'on arr&#234;t&#226;t des commissaires du Comit&#233; R&#233;gional en cas de &#171; r&#233;sistance &#187; de leur part ; le contr&#244;leur d'Etat, le saboteur Smirnov, avait d&#233;j&#224; accompli une offensive directe contre tous les soviets, en &#233;laborant un projet pour leur r&#233;vision, comme s'ils avaient form&#233; un d&#233;partement de police aupr&#232;s du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ; &#224; Minsk l'on avait ferm&#233; le tr&#232;s populaire Molot ; chez les Lettons, l'on avait ferm&#233; le Volnyi Stri&#233;lok ; pour &#233;difier la classe ouvri&#232;re, dans les myst&#232;res des chancelleries minist&#233;rielles, on pr&#233;parait d&#233;j&#224; la loi sur l'arbitrage obligatoire, c'est-&#224;-dire la loi contre les gr&#232;ves. Les bandes contre-r&#233;volutionnaires avaient commenc&#233; &#224; mener presque ouvertement une propagande antis&#233;mite de pogroms, contre laquelle le Gouvernement ne trouvait aucune mesure &#224; prendre. En revanche, ce Gouvernement approuva tacitement l'ex&#233;cution des soldats russes en France, dont certaines nouvelles &#233;taient arriv&#233;es jusqu'au pays, puis par l'organe de Terechtchenko, il mit &#224; la retraite Skobelev, que le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif envoyait saluer les diplomates alli&#233;s, avec des instructions plus que mod&#233;r&#233;es : m&#234;me lui ne paraissait d&#233;j&#224; plus convenir &#224; la cordiale compagnie Terechtchenko-Maklakov-Alexeiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout cela les cheminots ont le dessus ; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Bakou brise la r&#233;sistance du capital ; les &#233;lections aux Doumas de districts &#224; Moscou, donnent une brillante victoire aux bolch&#233;viki, &#233;levant le nombre de leurs voix de 11 &#224; 50 % ; le Congr&#232;s de la flotte Baltique se d&#233;clare enti&#232;rement pour les bolch&#233;viki ; le district entier de Moscou s'agite et bouillonne : les tanneurs sont en gr&#232;ve, les employ&#233;s de la ville se pr&#233;parent &#224; entrer en gr&#232;ve, avec les travailleurs sur bois, les ouvriers des industries textiles, les m&#233;tallurgistes ; dans les Soviets, l'on d&#233;molit radicalement tout le pass&#233; : les r&#233;&#233;lections proclament unanimement le triomphe des bolch&#233;viki ; &#231;&#224; et l&#224;, les ouvriers descendent dans les rues et exigent d&#233;j&#224; que les Soviets passent des paroles &#224; l'action ; enfin, la III&#232;me conf&#233;rence de Zimmerwald et le soul&#232;vement des matelots allemands font concevoir de nouveaux espoirs en un mouvement de l'autre c&#244;t&#233; des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 septembre arrive la nouvelle de l'occupation par les Allemands d'Oesel. Puis l'on re&#231;oit les d&#233;tails sur les combats maritimes, d&#233;tails qui font d&#233;couvrir une nouvelle et monstrueuse provocation internationale sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;voile que la flotte anglaise avait tranquillement laiss&#233; p&#233;rir en h&#233;ros la flotte baltique rouge qui &#233;tait all&#233;e au combat. Il se d&#233;voile que le Gouvernement avait lui-m&#234;me pris des dispositions pour l'enl&#232;vement des canons qui prot&#233;geaient la route de P&#233;tersbourg. Il se d&#233;voile que le chef de la petite conf&#233;rence des politiciens moscovites, peu auparavant convaincu de livraisons frauduleuses, Rodzianko, avait dans son rapport presque exig&#233; la reddition de P&#233;tersbourg et de Kronstadt et s'&#233;tait extasi&#233; devant les ex&#233;cutions et l' &#171; ordre &#187; qu'avaient introduit &#224; Riga les Schutzleute de Guillaume II. C'est peu de Riga ! Il faut que l'on d&#233;truise la &#171; flotte pervertie ! &#187; Il faut que p&#233;risse Kronstadt ! A bas P&#233;tersbourg ! Le mot d'ordre du Gouvernement : &#171; &#224; Moscou ! &#187; &#8212; devint clair pour tout le monde : ils fuyaient la R&#233;volution, ces tra&#238;tres, ils filaient, comme jadis Thiers avait fil&#233; de Paris &#224; Versailles. Qu'il ne s'agissait pas du tout l&#224; du p&#233;ril allemand, &#8212; c'est ce qu'avait r&#233;v&#233;l&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexeiev en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;tendue du nouveau complot s'&#233;tait maintenant r&#233;v&#233;l&#233;e. A P&#233;tersbourg, Paltchinsky devait venir &#224; bout des ouvriers, en aggravant le ch&#244;mage et en &#171; d&#233;chargeant &#187; la ville, transformant le prol&#233;tariat conscient en des va-nu-pieds chroniques, incapables d'aucune esp&#232;ce de r&#233;sistance ; les centres de la r&#233;volution &#8212; la Finlande, P&#233;tersbourg, Kronstadt, la flotte &#8212; qu'ils soient tous, au pis-aller d&#233;truits avec tous leurs maudits Soviets et Comit&#233;s, par le feu des pi&#232;ces allemandes, avec la neutralit&#233; bienveillante des &#171; alli&#233;s &#187; ; le Gouvernement s'organise &#224; Moscou, &#224; c&#244;t&#233; de la petite conf&#233;rence, dans la patrie des Konovalov et des Tretiakovski ; sur le Don il se forme une &#171; arm&#233;e d&#233;vou&#233;e &#187;. Tel &#233;tait, en d&#233;sespoir de cause, le dernier des gros enjeux du capital russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces militaires de la contre-r&#233;volution se mobilisaient en effet &#224; fond. Les g&#233;n&#233;raux cosaques avaient introduit la lev&#233;e en masse, fortifi&#233; les stanitzi, s'armaient de mitrailleuses et commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; exp&#233;dier leurs unit&#233;s dans la Russie centrale ; les officiers organisaient en secret des d&#233;tachements de marche, form&#233;s d'officiers ; les junkers prenaient le fusil de nouveau &#8212; comme au temps de Kornilov. &#8212; Les militaires professionnels disaient d&#233;j&#224; avec orgueil que ce qui allait venir ne serait pas l'&#171; essai sur le papier &#187; de Kornilov, mais quelque chose de beaucoup plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dissolvant la Douma d'Empire, le Gouvernement n'avait fait un geste &#224; gauche, qu'afin de continuer sa politique de droite en g&#233;n&#233;ral. Il &#233;tait, par le fait, devenu le centre dirigeant de la contre-r&#233;volution des Cosaques et des cadets ; il s'&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; b&#233;ni soit qui vient au nom de Kornilow &#187;, t&#226;chant par tous les moyens de provoquer la &#171; r&#233;volte des bolch&#233;viki. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti du prol&#233;tariat comprenait tout le s&#233;rieux de la situation. Il n'&#233;tait plus question maintenant de d&#233;monstrations seulement ou de demi-d&#233;monstrations. Les masses se pr&#233;paraient au v&#233;ritable combat, non plus au combat de com&#233;die. Elles ne seraient pas all&#233;es &#224; une simple d&#233;monstration. Tous comprenaient fort bien que l'&#233;poque des paroles, de l'agitation, de la propagande, le temps de la pr&#233;paration &#233;tait pass&#233; : il faut agir, ou autrement on nous &#233;crasera &#8212; telle &#233;tait la disposition d'esprit presque aust&#232;re des masses. Aucun tapage, aucune excitation joyeuse ni sentimentale : des pens&#233;es d'affaires, des paroles d'affaires, une ferme r&#233;solution de lutter jusqu'au bout, d'accepter le combat et de le continuer de toutes ses forces jusqu'&#224; la d&#233;faite ou jusqu'&#224; la victoire &#8212; voici ce que pensaient, voici ce que sentaient les prol&#233;taires, en se pr&#233;parant &#224; la lutte. Le parti discutait la question du soul&#232;vement : l'extr&#234;me aile droite avait d&#233;j&#224; arbor&#233; le pavillon de combat &#8212; il fallait relever le gant et passer imm&#233;diatement &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup de feu fut tir&#233; par la contre-r&#233;volution : des unit&#233;s cosaques saccag&#232;rent le soviet de Kalouga. Ce ne fut qu'&#224; un pur hasard que les membres du Soviet durent de n'&#234;tre pas fusill&#233;s. Tout subit un saccage barbare, uniquement parce que la vague du m&#233;contentement populaire avait mis &#224; la t&#234;te du Soviet de Kalouga les bolch&#233;viki ; les troupes cosaques avaient r&#233;solu de s'entra&#238;ner contre eux, dirig&#233;es par le commissaire du gouvernement provisoire et avec la participation bienveillante des politiciens de la Douma locale. Le commissaire comme les &#171; politiciens &#187; se trouv&#232;rent &#234;tre des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;. Le premier mot dans la trahison et l'assassinat leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Kalouga forc&#232;rent les Soviets &#224; aller rapidement de l'avant. Pendant ce temps, le Soviet de P&#233;tersbourg adoptait d&#233;j&#224; la position de combat : une r&#233;solution tranchante contre le Gouvernement indiquait que les op&#233;rations militaires &#233;taient proches. Les matelots de Kronstadt vouaient &#224; la mal&#233;diction le &#171; mis&#233;rable bonaparte &#187; ; le Congr&#232;s des Soviets de la r&#233;gion septentrionale se d&#233;roula comme une parade r&#233;gl&#233;e et ordonn&#233;e de l'arm&#233;e de la R&#233;volution ; le Congr&#232;s des repr&#233;sentants du VIe corps d'arm&#233;e d&#233;clara refuser quelque aide que ce f&#251;t au Gouvernement de Kerensky et proclama la n&#233;cessit&#233; du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;tersbourg d&#233;cida d'organiser un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Le Comit&#233; central de la flotte de la Baltique, le Comit&#233; r&#233;gional de Finlande, les Comit&#233;s de fabrique et d'usine, les unions professionnelles, le Soviet de P&#233;tersbourg des d&#233;put&#233;s paysans, l'organisation militaire du parti, etc., y envoy&#232;rent leurs repr&#233;sentants. C'&#233;tait l&#224; l'&#233;tat-major militaire de la nouvelle R&#233;volution et du soul&#232;vement contre la dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, au sein du &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187;, la droite organisait des ovations bruyantes au g&#233;n&#233;ral Alexeiev, et l'ap&#244;tre de l'imp&#233;rialisme russe, le cadet Pierre Strouv&#233;, d&#233;clarait que &#171; pour le nom glorieux du g&#233;n&#233;ral Kornilov nous donnerions notre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;tersbourg, sous les yeux de la population tout enti&#232;re, on se met ouvertement &#224; pr&#233;parer le soul&#232;vement. Les ouvriers s'arment. Les soldats s'arment. De tous c&#244;t&#233;s on concentre des forces. Des unit&#233;s d'arm&#233;e, des corps d'arm&#233;e entiers envoient leurs salutations et la promesse de leur soutien. Le congr&#232;s de la Ve arm&#233;e se prononce pour le passage imm&#233;diat de la terre aux paysans. Toutes les forces tendues, l'on attend la solution de la crise, se pr&#233;parant &#224; s'y m&#234;ler au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le branle est donn&#233; par le conflit entre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et l'&#233;tat-major du district, qui refuse de reconna&#238;tre les pleins pouvoirs du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient &#233;vident pour tous qu'une collision est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre (4 novembre), l'on fixe le &#171; jour du Soviet de P&#233;tersbourg &#187; qui se transforme en une revue g&#233;n&#233;rale des forces de la R&#233;volution. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire prend des mesures pour la protection de la ville, nomme des commissaires dans toutes les unit&#233;s militaires et aux points les plus importants. La disposition effective des forces militaires passe de cette fa&#231;on au Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre), les troupes r&#233;volutionnaires occup&#232;rent les gares, la poste, le t&#233;l&#233;graphe, la Banque d'Etat, l'Agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;tersbourg (P. T. A.). Des ministres isol&#233;s furent arr&#234;t&#233;s. A 6 h. du soir, la veille encore, le Gouvernement Provisoire avait tent&#233; de supprimer le journal Rabotchiy i Soldat8. Et la m&#234;me nuit, une partie de ce m&#234;me Gouvernement se trouvait d&#233;j&#224; sous cl&#233;. Le pouvoir bonapartiste &#233;tait renvers&#233; sans qu'on e&#251;t vers&#233; une goutte de sang &#8212; si unie, si r&#233;guli&#232;re et si puissante avait &#233;t&#233; la pouss&#233;e des ouvriers et des soldats marchant au combat pour le pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre (7 novembre), Trotsky, le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution, d&#233;clara au nom du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire au Soviet de P&#233;trograd, sous le tonnerre d'applaudissements des assistants, que &#171; le Gouvernement Provisoire n'existait plus &#187;. Et comme une preuve vivante de ce fait, para&#238;t &#224; la tribune, salu&#233; d'une formidable ovation, L&#233;nine, que la nouvelle r&#233;volution lib&#233;rait du myst&#232;re dont il avait d&#251; s'entourer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 10 heures du soir s'ouvre le second Congr&#232;s panrusse des Soviets. D&#232;s les premiers mots, il devient clair qu'il n'y a pas de place l&#224; pour les d&#233;fensistes. Ma&#238;tres de la situation dans le pass&#233;, ils quittent maintenant le Congr&#232;s ; &#224; leur suite sort aussi la poign&#233;e des &#171; internationalistes &#187; dirig&#233;s par Martoff, qui se sont tout &#224; coup mis &#224; hurler &#224; la &#171; violence &#187; et &#224; la &#171; conspiration &#187;. Les r&#233;solutions du Congr&#232;s n'en devinrent que plus unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky avait introduit la peine de mort. Le Congr&#232;s l'abolit en premier lieu. Kerensky mettait en prison les membres des Comit&#233;s fonciers. Le Congr&#232;s mit en libert&#233; les paysans, les ouvriers, les soldats qui souffraient dans les cachots du Gouvernement bonapartiste. Les d&#233;crets relatifs &#224; la paix et &#224; la terre, qui offraient des pourparlers de paix imm&#233;diats et la remise des terres aux paysans, furent accept&#233;s avec un enthousiasme comme on n'en avait encore jamais vu. La proclamation du pouvoir des Soviets et l'&#233;lection du Conseil des Commissaires du Peuple, avec L&#233;nine en t&#234;te, souleva une joie imp&#233;tueuse du c&#244;t&#233; des ouvriers et des soldats et d&#233;cha&#238;na une haine rageuse, brutale, du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie devenue folle de peur. L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Gouvernement russe &#8212; cela ne devait-il pas sembler le monde renvers&#233; &#224; tous les &#171; &#233;l&#233;ments bien intentionn&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; P&#233;tersbourg le pouvoir avait &#233;t&#233; conquis presque sans un coup de feu, en revanche dans l'autre centre &#8212; &#224; Moscou &#8212; la lutte avait &#233;t&#233; acharn&#233;e et cruelle. Ici s'&#233;taient dessin&#233;s plus nettement que partout ailleurs, tous les groupements de classes, qui s'&#233;taient instruites dans l'action, dans le processus de la lutte arm&#233;e, les positions des classes, des groupes, des partis, des organisations. Les ouvriers, dirig&#233;s par le parti du prol&#233;tariat &#8212; avaient assum&#233; la plus grande responsabilit&#233;. Les soldats,&#8212; toute la garnison comme un seul homme &#8212; marchaient de pair avec les ouvriers. Les bolch&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#8212; d'un c&#244;t&#233; de la barricade. La grande bourgeoisie, les propri&#233;taires, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les sommit&#233;s des organisations mench&#233;vistes, les g&#233;n&#233;raux, les officiers, les junkers et les Cosaques &#8212; de l'autre. Fusil contre fusil ! Mitrailleuse contre mitrailleuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Moscou &#233;tait entr&#233; dans la lutte sans y &#234;tre pr&#233;par&#233;. Son but &#233;tait un but unique &#8212; soutenir les camarades de P&#233;tersbourg. P&#233;rir, mais soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signal du soul&#232;vement fut donn&#233; par le parti du prol&#233;tariat, en occupant le poste de ses d&#233;tachements arm&#233;s. Plus loin, les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent vertigineusement vite. Organisation du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, occupation du Kremlin, sa reddition, combats au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; moment tragique o&#249; les d&#233;tachements des junkers expulsent presque les troupes sovi&#233;tistes du centre ; leur &#233;chec, et, enfin, h&#226;t&#233;e par le feu de l'artillerie lourde, la victoire &#8212; sous le tonnerre des pi&#232;ces de si&#232;ge, le p&#233;tillement des mitrailleuses et le sifflement des balles de fusil, toutes ces sc&#232;nes paraissaient et disparaissaient devant la &#171; tr&#232;s pieuse &#187; capitale de la Russie, qui vivait d&#233;j&#224; pour la seconde fois un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire fut obtenue uniquement gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme exclusif des ouvriers et des soldats eux-m&#234;mes. Les gardes-rouges se battaient comme de v&#233;ritables lions de la R&#233;volution, avec un d&#233;vouement aveugle, avec une bravoure ne connaissant pas la peur. Coude &#224; coude avec eux marchaient les soldats, le d&#233;tachement de Dvinsk &#224; leur t&#234;te, le d&#233;tachement de choc de la R&#233;volution. Ces soldats de Dvinsk avaient &#233;t&#233; jet&#233;s dans les prisons du front, puis dans la prison de Boutyr par le socialiste-r&#233;volutionnaire Kerensky. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s par les ouvriers de Moscou. Et ils avaient jur&#233; de lutter jusqu'au bout. La lutte de Moscou fut r&#233;ellement la lutte des masses elles-m&#234;mes, &#233;nergiques, d&#233;brouillardes, actives et braves, comme seuls peuvent &#234;tre braves des fils du peuple qui rejettent les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le peuple se battaient les d&#233;tachements des junkers sous le commandement du soc.-r&#233;volut. Riabtzev. Le centre organisateur g&#233;n&#233;ral &#233;tait la Douma municipale, qui avait cr&#233;&#233; le &#171; Comit&#233; de Salut &#187; contre-r&#233;volutionnaire. Le soc.-r&#233;volut. Roudnev compl&#233;tait heureusement le soc.-r&#233;volut. Riabtzev, ayant cr&#233;&#233; et arm&#233; la garde blanche de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie avait pr&#233;f&#233;r&#233; agir dans l'ombre. N'avait-elle pas des agents suffisamment s&#251;rs dans les terroristes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques jours auparavant, ces social-tra&#238;tres avaient protest&#233; dans les Soviets contre la garde-rouge, craignant, disaient-ils, une &#171; scission entre les soldats et les ouvriers &#187;. Maintenant que soldats et ouvriers s'&#233;taient mis &#224; verser en commun leur sang, ces messieurs avaient arm&#233; les fils de famille, propri&#233;taires et bourgeois, dirigeant leurs fusils contre les soldats et contre les ouvriers ! Le Soviet de Moscou des d&#233;put&#233;s des soldats, o&#249; la majorit&#233; appartenait aux soc.-r&#233;volut. et aux mench&#233;viki, si&#233;geant dans le m&#234;me &#233;difice que les chefs des prol&#233;taires et des paysans soulev&#233;s, avait fourni des cadres choisis d'espions de Kerensky, qui suivaient, livraient, trahissaient et jugeaient les bolch&#233;viki faits prisonniers. Les soldats le destitu&#232;rent. Mais les g&#233;n&#233;raux &#171; socialistes &#187; des coalitionnistes continu&#232;rent son &#339;uvre. Ayant adopt&#233; tout d'abord le &#171; noble &#187; mot d'ordre : &#171; Assez de sang vers&#233; &#187;, ces mis&#233;rables imprimaient par centaines de mille exemplaires des nouvelles mensong&#232;res annon&#231;ant que Kerensky avait d&#233;j&#224; pris P&#233;tersbourg ; il leur fallait (car c'&#233;tait l&#224; ce qu'il fallait au capital) briser les forces des ouvriers et des soldats, non seulement par la force de la garde blanche, mais aussi par la force du mensonge et de la calomnie massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop profonde &#233;tait la haine envers les oppresseurs. Moscou fut pris de force. Mais il fut pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre (11 novembre), &#224; P&#233;tersbourg, les anciens chefs de la petite bourgeoisie tent&#232;rent de soulever une r&#233;volte des junkers. La r&#233;volte fut r&#233;prim&#233;e en quelques heures, et son organisateur &#8212; G&#246;tz &#8212; s'enfuit. Kerensky, ayant rassembl&#233; le reste de ses troupes, marcha un instant sur P&#233;tersbourg. Mais les troupes rouges le battirent &#224; plate couture sous Gatchina, et lui, qui avait solennellement d&#233;clar&#233; que ceux qui tenteraient de renverser la coalition, passeraient par-dessus son cadavre, prit la fuite honteusement, tel un l&#226;che et un perfide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e, la R&#233;volution avait vaincu dans les centres importants. Ce fait tranchait la destin&#233;e de l'ancien pouvoir. La dictature des imp&#233;rialistes avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, soutenu par les campagnes pauvres. Plus tard commen&#231;a son offensive contre l'ennemi qui avait d&#233;j&#224; rendu sa principale position, et sa lutte h&#233;ro&#239;que contre l'imp&#233;rialisme mondial, lutte pour la destruction du capital, pour la mise en ex&#233;cution active de la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie distingue toutes les r&#233;volutions en &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187; et en &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Les glorieuses r&#233;volutions &#8212; c'est lorsque les ouvriers et les paysans tirent les marrons du feu pour la bourgeoisie ; les &#171; grandes r&#233;voltes &#187;, c'est lorsque les ouvriers ne veulent pas se contenter d'un r&#244;le aussi modeste ; c'est lorsqu'ils d&#233;passent les limites fix&#233;es par le capital. &#171; Nec plus ultra &#187; dit la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; au prol&#233;tariat : &#171; le pouvoir et la propri&#233;t&#233; appartiennent &#224; la bourgeoisie &#187;. &#171; En avant, au-del&#224; de ce trait maudit ; en avant, place au socialisme &#187; dit la &#171; grande r&#233;volte &#187;. La R&#233;volution d'octobre a &#233;t&#233; une &#171; grande r&#233;volte &#187; pour la bourgeoisie. Mais pour le prol&#233;tariat elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement une glorieuse r&#233;volution. Sous ce rapport, entre mars et octobre, il y a un ab&#238;me profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a &#233;t&#233; forc&#233; de &#171; saluer &#187; la R&#233;volution d'octobre ; elle &#233;tait &#171; claire &#187;, sous des &#171; v&#234;tements purs &#187;, &#171; lumineuse &#187;, &#171; innocente &#187;, &#8212; car elle &#233;tait &#171; omninationale &#187;. Puisqu'elle avait re&#231;u le sceau, m&#234;me des ennemis de toutes les r&#233;volutions comment n'e&#251;t-elle pas &#233;t&#233; bonne et belle ? Aux yeux de la bourgeoisie, la R&#233;volution de mars &#233;tait, en somme, acceptable, parce qu'ayant renvers&#233; les sauvages agrariens, elle avait livr&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste. A cela, les bourgeois &#171; consentaient &#187;. Ici, le r&#244;le lib&#233;rateur de la R&#233;volution leur semblait clair : n'&#233;taient-ils pas parvenus les premiers &#224; se placer derri&#232;re le bouclier du pouvoir ! Il est vrai que d&#232;s le premier jour ils avaient senti que la R&#233;volution irait de l'avant, qu'il leur fallait &#234;tre sur leurs gardes ; mais, tout en pr&#233;parant la corde, ils souriaient joyeusement, s'extasiaient et pleuraient de cet &#171; enthousiasme r&#233;volutionnaire &#187; dont soudain furent saisis tous ceux qui, quelques jours auparavant, se donnaient encore le mot d'ordre &#171; plut&#244;t la d&#233;faite que la R&#233;volution &#187;. Les publicistes et les po&#232;tes appelaient la R&#233;volution : la R&#233;surrection du Christ, parce que le pouvoir agrarien tsariste qui &#233;crasait quelque peu les pieds de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187; avait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, et que le Christ bourgeois s'&#233;tait dress&#233; sur ses deux pieds aupr&#232;s du pouvoir. Tous les &#171; intellectuels &#187; vivant des aum&#244;nes de la table des seigneurs, en commen&#231;ant par les ex-solistes de S. M. et en finissant par la boh&#232;me irr&#233;ductible, applaudirent unanimement &#224; la R&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre se pr&#233;sentait devant la &#171; soci&#233;t&#233; instruite la R&#233;volution ouvri&#232;re d'octobre. Inanim&#233;e, &#233;troitement de classe, couverte de sang, vandalesque, &#171; sans un grain d'id&#233;alisme &#187;, violente, conspiratrice, quelque chose comme une r&#233;volution &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#8212; telle &#233;tait, aux yeux des pillards capitalistes, la plus grande r&#233;volution du prol&#233;tariat qu'ait vu le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; capitaliste est une loi de la nature &#8212; c'est l&#224; un axiome de la r&#233;volution bourgeoise qui d&#233;livre cette propri&#233;t&#233; et son annexe personnelle, des biens du f&#233;odalisme. La propri&#233;t&#233; capitaliste est destin&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;truite avec les restes du f&#233;odalisme &#8212; c'est l&#224; l'axiome de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pourquoi la r&#233;volution prol&#233;tarienne est la n&#233;gation de la r&#233;volution bourgeoise ; elle est la n&#233;gation de l'ordre bourgeois en g&#233;n&#233;ral. Dans la r&#233;volution bourgeoise, la soci&#233;t&#233; ne perd que sa vieille coquille politique, le pouvoir passe des mains d'un groupe de poss&#233;dants aux mains d'un autre, des mains des nobles aux mains de la bourgeoisie. Il est vrai que comme la bourgeoisie accomplit cette op&#233;ration tout de m&#234;me un peu risqu&#233;e, par les mains des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, quelque chose change pourtant dans les rapports de production. Mais le monopole de classe des poss&#233;dants reste intact. En principe, non seulement il n'est pas aboli, mais il en re&#231;oit son fondement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la r&#233;volution socialiste ; c'est avant tout la r&#233;volution des rapports de production. Car elle ne modifie pas la monopolisation des moyens de production par une poign&#233;e de poss&#233;dants : elle d&#233;truit cette monopolisation. Elle ne signifie pas le changement de place des groupes poss&#233;dants : mais leur expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise actuelle est la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements que l'Occident a v&#233;cus il y a cent ans. La r&#233;volution socialiste est un nouveau levier qui renverse tous les rapports constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement victorieux d'octobre a montr&#233; que non seulement la r&#233;volution socialiste est possible en Russie, mais qu'elle y est historiquement indispensable. Contre les forces r&#233;unies de l'ennemi s'est avanc&#233;e la masse innombrable, qui a balay&#233; cet ennemi dans les centres principaux de la vie sociale avec une facilit&#233; &#224; laquelle personne ne s'attendait. Les bavards pu&#233;rils de la pens&#233;e &#171; socialiste &#187; tournant &#224; vide, qui voient leur vocation historique dans la critique du communisme ouvrier, ne comprenaient et ne comprennent pas que le fait m&#234;me de la dictature victorieuse t&#233;moigne d&#233;j&#224; de la justesse historique du bouleversement socialiste. Mais l'unique activit&#233; cr&#233;atrice dont les chefs en retraite de la petite bourgeoisie soient capables durant la lutte h&#233;ro&#239;que, est l'invention d'&#233;pith&#232;tes injurieuses nouvelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution d'octobre, accueillie par les hurlements sauvages et les grincements de dents de la bourgeoisie, devait immanquablement trouver son &#233;cho parmi le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale : pour la premi&#232;re fois, depuis qu'existe la lutte de classes, le prol&#233;tariat a pris d'une main ferme le pouvoir d'Etat. Le spectre rouge du communisme est apparu, gigantesque ! La bancocratie europ&#233;enne commence &#224; s'agiter et &#224; se pr&#233;cipiter. Elle aspirait &#224; une d&#233;pression d&#233;finitive des bolch&#233;viki &#8212; elle a vu venir la r&#233;pression de la bourgeoisie russe. Au pouvoir se trouve le parti qu'elle ha&#239;t le plus, le plus extr&#234;me, le plus cons&#233;quent, le plus anticapitaliste, le plus r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le magasin &#224; poudre de la vieille Europe ensanglant&#233;e, est tomb&#233; le brandon de la R&#233;volution socialiste russe. Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle s'&#233;largit. Et elle se confondra in&#233;vitablement avec l'immense soul&#232;vement triomphal du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Dans le droit romain , la propri&#233;t&#233; est d&#233;finie par le &#171; droit d'user et d'abuser &#187; (jus utendi et abutendi). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Novo&#239;e Vremia, 11/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Retch, 16/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Birjev&#239;a Vi&#233;domosti, 17/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Rousko&#239;e Slovo, 25/VII 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Rabotchy Put, nom sous lequel est publi&#233; la Pravda entre le 3(16) septembre et le 26 octobre (8 novembre) 1917. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 En Russie, l'on dit couramment maintenant &#171; un liberdanovetz &#187; pour un social-patriote du type Liber et Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Titre utilis&#233; alors par la Pravda. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste</title>
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		<dc:date>2026-01-30T23:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrrit par la IV&#232;me Internationale de Trotsky les 19-26 mai 1940 pour la conf&#233;rence d'alarme &lt;br class='autobr' /&gt; La moiti&#233; du monde vit dans l'esclavage colonial. Les colonies et les pays assujettis couvrent plus de la moiti&#233; de la surface de la terre. Plus d'un milliard de personnes, de couleur jaune, brune et noire, sont soumis &#224; la loi de l'infime minorit&#233; de super capitalistes qui r&#232;gnent sur le monde occidental. La lutte de cette grande masse de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ecrrit par la IV&#232;me Internationale de Trotsky les 19-26 mai 1940 pour la conf&#233;rence d'alarme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La moiti&#233; du monde vit dans l'esclavage colonial. Les colonies et les pays assujettis couvrent plus de la moiti&#233; de la surface de la terre. Plus d'un milliard de personnes, de couleur jaune, brune et noire, sont soumis &#224; la loi de l'infime minorit&#233; de super capitalistes qui r&#232;gnent sur le monde occidental. La lutte de cette grande masse de d&#233;poss&#233;d&#233;s pour se lib&#233;rer repr&#233;sente l'une des deux grandes forces progressistes de la soci&#233;t&#233; moderne. L'autre est le combat du prol&#233;tariat des pays avanc&#233;s pour son &#233;mancipation. C'est dans la r&#233;ussite de leur conjonction que r&#233;side la cl&#233; de toute la strat&#233;gie de la r&#233;volution socialiste mondiale. Le nationalisme dans les pays occidentaux est une arme du pouvoir capitaliste, utilis&#233;e pour opposer entre eux les peuples exploit&#233;s dans des guerres men&#233;es par des moyens &#233;conomiques et militaires au seul profit des capitalistes. Mais, dans les pays orientaux arri&#233;r&#233;s et opprim&#233;s, les mouvements nationalistes forment une composante &#224; part enti&#232;re de la lutte contre l'imp&#233;rialisme mondial. &#192; ce titre, ils doivent &#234;tre soutenus dans toute la mesure du possible par la classe ouvri&#232;re du monde occidental tout entier. Quand les travailleurs de l'Orient et de l'Occident r&#233;unis proc&#233;deront &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, aboliront le capitalisme et construiront une &#233;conomie socialiste mondiale, les grandes entit&#233;s nationales du monde pourront pour la premi&#232;re fois vivre c&#244;te &#224; c&#244;te au milieu d'une culture mondiale florissante arborant fi&#232;rement la multitude de ses p&#233;tales raciaux et ethniques. Voil&#224; l'image de la d&#233;mocratie et de l'&#233;galit&#233; dans le socialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous le drapeau de la &#171; d&#233;mocratie &#187; et de l'&#171; &#233;galit&#233; &#187; bourgeoises, les grands empires ont &#233;t&#233; b&#226;tis sur l'exploitation du prol&#233;tariat en m&#233;tropole et sur l'asservissement des peuples d&#233;munis d'outre-mer. Tout au long des trois si&#232;cles de leur expansion, les nations capitalistes ont sans cesse guerroy&#233; pour acqu&#233;rir et &#233;tendre leurs domaines coloniaux, pour se d&#233;fendre contre les invasions de leurs rivaux ou pour &#233;craser les r&#233;voltes des peuples colonis&#233;s. En 1914-1918, les grandes puissances imp&#233;rialistes ont combattu pour repartager un monde d&#233;j&#224; divis&#233;. Elles n'ont r&#233;ussi qu'&#224; pr&#233;cipiter le d&#233;clin catastrophique du syst&#232;me capitaliste. Les r&#233;volutions issues de la guerre n'ont cependant pas r&#233;ussi &#224; instaurer dans les pays occidentaux avanc&#233;s et les pays orientaux arri&#233;r&#233;s, le pouvoir prol&#233;tarien qui pouvait et peut seul r&#233;organiser le monde sur une base socialiste. Les travailleurs n'ont triomph&#233; et pris le pouvoir qu'en Russie. Le capitalisme a surv&#233;cu, mais seulement pour infliger au monde les nouvelles affres de son tr&#233;pas. Vingt-deux ans apr&#232;s l'armistice de 1918, ravag&#233;s par une crise qu'ils &#233;taient impuissants &#224; surmonter, les imp&#233;rialistes ont une fois de plus plong&#233; le monde dans un conflit sanglant : l'Allemagne, l'Italie et le Japon, pour &#171; s'&#233;tendre ou mourir &#187; ; la Grande-Bretagne, la France et les &#201;tats-Unis, pour d&#233;fendre et renforcer leur h&#233;g&#233;monie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La guerre imp&#233;rialiste actuelle est la continuation de la lutte commenc&#233;e en 1914 pour le contr&#244;le non seulement de l'Europe, mais aussi de la richesse, du travail et des march&#233;s des deux h&#233;misph&#232;res, de l'Afrique et de l'Asie, de l'Am&#233;rique latine et de l'Oc&#233;anie. La Grande-Bretagne combat &#224; nouveau pour pr&#233;server son gigantesque empire de 450 millions d'hommes r&#233;partis sur un quart du globe ; dix esclaves noirs ou jaunes pour chaque britannique, 100 kilom&#232;tres carr&#233;s de territoire domin&#233; pour chaque quart de kilom&#232;tre carr&#233; de la m&#233;tropole. La France se bat non seulement pour dominer le continent europ&#233;en, mais aussi pour contr&#244;ler les 75 millions d'esclaves de ses colonies asiatiques et africaines. Les petits propri&#233;taires d'esclaves, de la Hollande, la Belgique, le Portugal et l'Espagne, sont confront&#233;s au d&#233;membrement ; pleinement conscients que les pays qu'ils ont jusqu'ici pill&#233;s sans entrave ext&#233;rieure sont aujourd'hui l'enjeu de la guerre. L'Allemagne se bat ouvertement pour conqu&#233;rir ces d&#233;pouilles &#224; son profit. L'Italie, telle un chacal, veut sa part des restes. Le Japon m&#232;ne en Chine une guerre d'expansion depuis sept ans d&#233;j&#224; et est au bord d'un conflit avec les &#201;tats-Unis pour le contr&#244;le du Pacifique, pour les richesses de la Chine et de l'Inde. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, qui est sorti de la derni&#232;re guerre en cr&#233;ancier du monde, compte sortir de celle-ci en ma&#238;tre incontest&#233;. Mais l'issue finale ne d&#233;pend pas que des pillards imp&#233;rialistes seuls. Ils ont repris leur lutte arm&#233;e pour la domination du monde. Mais les fronts de guerre qu'ils ont ouverts craqueront sous les r&#233;volutions des travailleurs de tous les pays. Dans les empires qu'ils cherchent &#224; conqu&#233;rir ou &#224; d&#233;fendre, les guerres nationales et coloniales et les r&#233;volutions jamais totalement vaincues des ann&#233;es qui ont suivi la derni&#232;re guerre rena&#238;tront elles aussi et &#224; une &#233;chelle incomparablement plus &#233;tendue qu'auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1914-1918, la Grande-Bretagne et la France ont d&#233;fendu avec succ&#232;s leurs possessions face au premier d&#233;fi allemand. Elles se sont partag&#233; les colonies allemandes et se sont disput&#233; les restes de l'empire turc. Mais la guerre avait &#233;prouv&#233; le monde imp&#233;rialiste au point que son maillon le plus faible s'est rompu. La r&#233;volution d'Octobre en Russie a fait vaciller tout le syst&#232;me. Toute l'Europe centrale est entr&#233;e en convulsion. Dans les colonies, les mouvements nationalistes, longtemps limit&#233;s et avort&#233;s, se sont engouffr&#233;s dans le nouveau flot r&#233;volutionnaire. Quand Versailles a d&#233;voil&#233; la perfidie compl&#232;te que cachaient les promesses des Alli&#233;s d'&#171; autod&#233;termination des nations &#187; , la r&#233;volte gagna quasiment toutes les vastes possessions des vainqueurs imp&#233;rialistes. Les griefs accumul&#233;s et enfouis dans les pays assujettis pendant des si&#232;cles d'oppression &#233;clat&#232;rent en une s&#233;rie d'explosions formidables.&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant plus de dix ans, des guerres de lib&#233;ration nationale furent men&#233;es, l'esclave combattait le ma&#238;tre, dans presque tous les pays domin&#233;s de la surface de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La guerre mondiale des Alli&#233;s contre l'Allemagne continua apr&#232;s 1918 sous la forme d'une guerre mondiale men&#233;e par les Alli&#233;s contre les peuples qu'ils entendaient garder sous leur joug. En guise de r&#233;ponse &#224; l'exigence de libert&#233; des Irlandais, l'Angleterre envoya les Blacks and Tans. Les promesses d'ind&#233;pendance g&#233;n&#233;reusement accord&#233;es pendant la guerre aux peuples arabes du Proche et du Moyen-Orient prirent la forme du joug d'acier de l'imp&#233;rialisme, impos&#233; et maintenu par les bombes, les ba&#239;onnettes et les potences. Des insurrections nationalistes ravag&#232;rent l'&#201;gypte et le reste du monde musulman. Seuls les Turcs conqu&#233;rirent leur ind&#233;pendance. Le reste du Levant fut soumis de force au contr&#244;le imp&#233;rialiste. Aux r&#233;voltes nationalistes qui avaient commenc&#233; en Inde pendant la guerre, les Britanniques r&#233;pondirent en 1919 par le massacre d'Amritsar, et les fusils britanniques ne se sont depuis lors jamais compl&#232;tement tus dans cette colonie, la plus riche entre toutes. Des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales et des soul&#232;vements se produisirent au Kenya, au Congo et dans d'autres parties de l'Afrique. La r&#233;volte druze en Syrie en 1925 faillit abattre le pouvoir des Fran&#231;ais. Au Maroc, en 1925-1926, les Fran&#231;ais se joignirent aux Espagnols pour &#233;craser la r&#233;volte du Rif dirig&#233;e par Abd el-Krim. De 1926 &#224; 1930, les Fran&#231;ais recoururent au massacre aveugle pour endiguer des soul&#232;vements r&#233;p&#233;t&#233;s en Indochine. En 1926-1927, les ouvriers et les paysans de l'Indon&#233;sie se soulev&#232;rent contre le pouvoir de la &#171; d&#233;mocratie &#187; hollandaise, exerc&#233; &#224; coups de fouet, de mitraillette et de bombardier. En 1925-1927, la Chine, proie de toutes les puissances depuis un si&#232;cle, &#233;tait ravag&#233;e par la plus grande des r&#233;volutions nationales d'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'imp&#233;rialisme est parvenu &#224; survivre &#224; la guerre et &#224; avoir raison des soul&#232;vements coloniaux. En Europe, &#224; l'exception de la Russie les r&#233;volutions ouvri&#232;res furent &#233;cras&#233;es avec l'aide des tra&#238;tres des partis sociaux-d&#233;mocrates de la IIe Internationale. Les travailleurs russes r&#233;ussirent &#224; repousser l'intervention des puissances arm&#233;es, mais demeur&#232;rent tragiquement isol&#233;s. Cet isolement, conjugu&#233; &#224; l'arri&#233;ration de la Russie, favorisa le d&#233;veloppement de la bureaucratie symbolis&#233;e par Staline. L'Union sovi&#233;tique entra dans sa longue et douloureuse p&#233;riode de d&#233;g&#233;n&#233;rescence. Le capitalisme occidental entra parall&#232;lement dans une p&#233;riode de relative stabilisation. Cette combinaison d'&#233;l&#233;ments permit aux imp&#233;rialistes de sortir victorieux des guerres nationales et coloniales qui suivirent la guerre en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'imp&#233;rialisme maintint son pouvoir dans les colonies et les semi-colonies avant tout par la terreur. Des milliers de personnes furent massacr&#233;es et des milliers p&#233;rirent en prison et en d&#233;portation entre 1919 et 1929. Mais la force brutale ne suffisait plus. Avec la participation des larges masses d'ouvriers et de paysans, les mouvements coloniaux prirent une ampleur jusqu'alors in&#233;gal&#233;e. Alors les imp&#233;rialistes tendirent la main aux exploiteurs nationaux (propri&#233;taires terriens et capitalistes en herbe) pour les mettre de leur c&#244;t&#233; et s'en servir comme boucliers contre les masses compl&#232;tement d&#233;munies. Les privil&#232;ges offerts &#233;taient assez limit&#233;s, mais suffisaient &#224; amener dans le camp imp&#233;rialiste les secteurs dominants des diff&#233;rentes classes dirigeantes de ces pays. L'Irlande se vit reconna&#238;tre le statut d'&#171; &#201;tat libre &#187; . On accorda &#224; l'Inde une &#171; constitution &#187;, et Gandhi rendit un fier service aux Britanniques en d&#233;tournant obstin&#233;ment la lutte nationaliste dans la voie du compromis. En &#201;gypte, apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; la r&#233;volte nationaliste de 1919 avec un corps exp&#233;ditionnaire de 60 000 hommes, les Britanniques finirent par s'entendre avec la bourgeoisie nationale et donn&#232;rent &#224; l'&#201;gypte un vague semblant d'ind&#233;pendance. L'Irak et plus tard la Syrie devinrent des d&#233;pendances &#171; ind&#233;pendantes &#187; . En Chine, en 1925-1927, les ouvriers et les paysans se soulev&#232;rent dans la plus grande r&#233;volte de masse de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Mais l'Internationale communiste dirig&#233;e par Staline attela les ouvriers et les paysans au joug de la bourgeoisie nationale qui, &#224; son tour, s'entendit avec les imp&#233;rialistes. En soutenant dans l'unit&#233; Tchang Ka&#239;-Chek contre le mouvement de masse, les imp&#233;rialistes parvinrent &#224; endiguer la vague r&#233;volutionnaire qui avait menac&#233; pour un temps de les chasser d&#233;finitivement de leurs positions retranch&#233;es en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ce proc&#233;d&#233; offrait une &#171; solution &#187; temporaire aux dirigeants imp&#233;rialistes, il ne r&#233;solvait pas les probl&#232;mes br&#251;lants des peuples coloniaux, ne les tirait pas de l'arri&#233;ration et ne laissait pas la possibilit&#233; d'une croissance m&#234;me relative des forces productives. Au contraire, il acc&#233;l&#233;rait l'expropriation de la petite bourgeoisie coloniale, le servage de la paysannerie coloniale et alourdissait le fardeau du prol&#233;tariat colonial. Les concessions faites par les imp&#233;rialistes aux exploiteurs nationaux &#233;taient plut&#244;t minces, mais d&#232;s le d&#233;but de la crise &#233;conomique de 1929, ils ne purent m&#234;me pas les maintenir. La crise, au contraire, exacerba les antagonismes dans le camp imp&#233;rialiste et porta de nouveaux coups aux peuples opprim&#233;s. Le Japon commen&#231;a son exp&#233;dition en Chine en 1931. L'Italie soumit l'&#201;thiopie en 1935. Les nouveaux clivages entre les puissances aboutirent rapidement au d&#233;clenchement du nouveau conflit mondial en 1939. Pour les colonies, la nouvelle guerre imp&#233;rialiste n'offre que la perspective d'un renforcement de l'exploitation, peu importe si les anciens ma&#238;tres demeurent ou si de nouveaux ma&#238;tres prennent leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le capitalisme a d&#233;j&#224; pleinement d&#233;montr&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale qu'il ne correspond plus comme syst&#232;me d'organisation au d&#233;veloppement des forces productives. Il ne peut davantage assurer aux travailleurs des pays avanc&#233;s ne serait-ce que le minimum vital. S'il parvenait &#224; survivre &#224; cette guerre, la forme totalitaire qu'il a prise dans les pays pauvres (Italie, Allemagne, Balkans) avant m&#234;me le conflit se g&#233;n&#233;raliserait bient&#244;t. Alors que la guerre ne fait que commencer, ce processus est d&#233;j&#224; clairement visible en France et en Grande-Bretagne. Aux colonies, dans le pass&#233;, le pouvoir imp&#233;rialiste a entra&#238;n&#233; l'&#233;touffement du d&#233;veloppement &#233;conomique et a perp&#233;tu&#233; l'arri&#233;ration des rapports &#233;conomiques et sociaux sous leurs formes les plus oppressives. Si une &#171; solution &#187; imp&#233;rialiste au conflit mondial actuel est impos&#233;e, un taux d'exploitation encore plus &#233;lev&#233; sera impos&#233; aux colonies et la servitude du pass&#233; sera renforc&#233;e et d&#233;multipli&#233;e. Les Alli&#233;s occidentaux font encore une fois des promesses de &#171; libert&#233; &#187; et de &#171; coop&#233;ration &#187; pour les lendemains de leur victoire dans cette guerre. Mais croire &#224; de pareilles promesses, c'est ouvrir la voie aux cruelles d&#233;ceptions du Versailles futur. L'Allemagne, pour sa part, ne s'embarrasse pas d'illusions trompeuses, mais combat ouvertement pour dominer les peuples qu'elle ne peut conqu&#233;rir que par le fer et le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les espoirs de lib&#233;ration des peuples coloniaux sont donc li&#233;s plus nettement que jamais &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs du monde entier. Les colonies ne seront lib&#233;r&#233;es politiquement, &#233;conomiquement et culturellement que lorsque les travailleurs des pays avanc&#233;s mettront un terme au pouvoir capitaliste et s'attaqueront de concert avec les peuples arri&#233;r&#233;s &#224; la r&#233;organisation de l'&#233;conomie mondiale &#224; un autre niveau, en l'orientant vers les besoins sociaux et non pas vers les profits monopolistes. Ce n'est que de cette fa&#231;on que les pays coloniaux et semi-coloniaux pourront sortir de leurs divers degr&#233;s d'arri&#233;ration et prendre leur place comme partie int&#233;grante d'une r&#233;publique socialiste mondiale en marche. Tardivement entra&#238;n&#233;s dans l'orbite de l'&#233;conomie mondiale, ces pays ont &#224; accomplir un gigantesque bond en avant, &#233;conomiquement et politiquement, pour s'aligner sur les autres nations. Leur arri&#233;ration se traduit le plus cruellement dans le maintien des relations f&#233;odales et semi-f&#233;odales qui encha&#238;nent des multitudes de paysans. Les imp&#233;rialistes ont ajout&#233; &#224; ce joug celui du capital monopoliste, en agissant soit directement, soit par l'entremise de leurs agents locaux (comme les compradores et plus tard les banquiers de la Chine). Ainsi la moindre tentative de r&#233;organisation &#233;l&#233;mentaire de la soci&#233;t&#233; sur des bases nationales, d&#233;mocratiques met-elle les masses coloniales en conflit avec l'imp&#233;rialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La bourgeoisie nationale des pays arri&#233;r&#233;s est incapable d'effectuer cette transformation, m&#234;me partiellement, car cela signifierait la suppression du syst&#232;me d'exploitation sur lequel repose leur propre position dans la soci&#233;t&#233;. La r&#233;volution russe de 1917 a apport&#233; une preuve positive qu'un pays retardataire ne peut faire ce grand bond en avant que si la classe ouvri&#232;re est capable d'assumer la direction de la r&#233;volution agraire et d'orienter la lutte d&#233;mocratique vers une solution socialiste dans un pouvoir prol&#233;tarien. Les luttes nationales avort&#233;es des pays coloniaux de 1919 &#224; 1931 &#233;taient dirig&#233;es, comme en Inde et en Chine, par la bourgeoisie nationale. Elles n'ont fait que confirmer, que les r&#233;volutions nationales et d&#233;mocratiques aux colonies ne peuvent &#234;tre men&#233;es &#224; bien que par le prol&#233;tariat en collaboration avec les travailleurs des pays avanc&#233;s. La mutation nationale et d&#233;mocratique des pays arri&#233;r&#233;s ne sera possible que dans un monde socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, les mots d'ordre d&#233;mocratiques et transitoires sont toujours aussi valables, surtout dans les pays domin&#233;s relativement plus avanc&#233;s tels que la Chine et l'Inde. Le mot d'ordre d'assembl&#233;e nationale ou constituante reste le levier le plus puissant pour mener les masses au combat. Mais dans ce mot d'ordre, le parti r&#233;volutionnaire des travailleurs doit inclure tout le contenu de la r&#233;volution agraire et de la lutte pour la lib&#233;ration nationale. Sinon, c'est une tromperie facile dans les mains de la bourgeoisie nationale, comme cela a &#233;t&#233; le cas en Chine avec l'aide du Komintern en 1927 et encore aujourd'hui. Il ne faut pas laisser la lutte d&#233;mocratique aux mains de la bourgeoisie nationale, mais il faut, dans une situation de mont&#233;e du mouvement de masse, qu'elle s'exprime par la cr&#233;ation de conseils ouvriers, de paysans et de soldats au niveau local, provincial et national, en tant qu'organes de la lutte de masse et t&#244;t ou tard en tant qu'organes du pouvoir des travailleurs. Un tel pouvoir oppos&#233; &#224; celui de la bourgeoisie nationale sera seul capable de mener &#224; terme la r&#233;volution d&#233;mocratique en lib&#233;rant les paysans et la terre elle-m&#234;me des griffes des exploiteurs nationaux et &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette lutte, la ligne de conduite du parti des travailleurs doit &#234;tre de pr&#233;server sa propre ind&#233;pendance et l'ind&#233;pendance de la classe ouvri&#232;re comme force politique s&#233;par&#233;e et distincte. En Chine, en 1927, le Komintern a subordonn&#233; le Parti communiste chinois au Kouo-Min-Tang national bourgeois, la classe ouvri&#232;re chinoise &#224; la bourgeoisie nationale, et, finalement, cette derni&#232;re a r&#233;ussi &#224; &#233;craser le mouvement de masse en &#233;change de quelques miettes de la table imp&#233;rialiste. Quoique les conditions de la lutte varient consid&#233;rablement d'une colonie &#224; l'autre, surtout en fonction du degr&#233; d'arri&#233;ration, l'exp&#233;rience chinoise de 1925-1927 demeure un exemple classique, une le&#231;on salutaire pour tous ceux qui luttent pour la lib&#233;ration des peuples opprim&#233;s de l'Orient. Le prol&#233;tariat de l'Inde et de la Chine guidera le monde colonial tout entier et, en retour, il aura la force, la direction et le soutien des travailleurs occidentaux. Car ce n'est qu'ainsi que le monde sera conquis, reb&#226;ti et lib&#233;r&#233; pour toujours de la guerre et de l'oppression, de la faim et de l'ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi la Quatri&#232;me internationale de Trotsky &#233;tait en &#233;chec en 1939</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8723</link>
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		<dc:date>2026-01-19T23:03:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
avril 1939 &lt;br class='autobr' /&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory"&gt;11- Organisation internationale des travailleurs r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;avril 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapables d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 [2] . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M [3] . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 [4] et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party [5] et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur [6] . Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves [7] et le Marxist Group [8] , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh [9] . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee [11] - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner [12] et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant [13] mi&#8209;th&#233;orique et mi-d'organisation. Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous [14]. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25000 et 30000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats au &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux Etats&#8209;Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur [16] qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P. [17]. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle [18] est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode [19], d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France [20], il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek [21]. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. A cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald [22] &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus. Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskvstes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal [23] . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173; tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux Etats&#8209;Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me. Et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux Etats&#8209;Unis. Car l'athmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;nerescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; [24] avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'huit en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les , &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres [25]. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux Etats&#8209;Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux Etats&#8209;Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley [26] qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux. Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine [27]. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats. Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow [28]. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway [29] devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187; [30]. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#234;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain [31] , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky - C'est une question pratique. Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La conf&#233;rence de septembre 1938 ne dura qu'une journ&#233;e, mais elle avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e de r&#233;unions de commissions. James avait assist&#233; &#224; la commission fran&#231;aise qui avait trait&#233; la question de l'attitude &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P., du P.C.I. de Molinier. L'unanimit&#233; s'&#233;tait faite sur la triste situation pr&#233;sente de la section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mai 1937, les ouvriers de Barcelone s'&#233;taient lanc&#233;s dans une insurrection qui avait spontan&#233;ment &#233;clat&#233; apr&#232;s une tentative manqu&#233;e des forces de police de reprendre le central t&#233;l&#233;phonique au contr&#244;le des miliciens de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le gros des forces trotskystes se trouvait &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U. M. et ne d&#233;passait pas deux douzaines ; les trotskystes &#233;taient exclus du P.O.U.M. dont les fondateurs ex&#8209;trotskystes s'&#233;taient engag&#233;s &#224; ne pas construire de fraction. C'est au moins ce que les documents nous apprennent. Mais James laisse supposer qu'il y avait &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. un &#171; travail de fraction &#187; engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La scission de la section britannique avait &#233;t&#233; consacr&#233;e par les deux conf&#233;rences des 10 et 11 octobre 1936 et le fait que tous les membres n'avaient pas &#233;t&#233; d'accord pour appliquer la r&#233;solution vot&#233;e sur la section britannique &#224; la conf&#233;rence internationale de &#171; Gen&#232;ve &#187; en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il s'agissait du Militant Group anim&#233; par D. D. Harber et Ken Alexander. Il &#233;tait form&#233; de militants entr&#233;s dans le Labour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il s'agissait du groupe dit &#171; independent &#187;, puisqu'il avait &#233;t&#233; tr&#232;s vite exclu de l'I.L.P., regroup&#233; autour de James et du Journal Fight. Rappelons que l'Independent Labour Party (I.L.P.) &#233;tait une vieille formation centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Reg Groves (n&#233; en 1908), membre du P.C., fondateur du &#171; Balham Group &#187;, exclu en ao&#251;t 1932, avait &#233;t&#233; le principal fondateur de la Communist League, puis s'&#233;tait oppos&#233; &#224; l'entrisme dans l'I.L. P. Apr&#232;s la scission de 1933, il &#233;tait entr&#233; dans le Labour Party et &#233;tait devenu l'un des dirigeants de la Socialist League &#224; Londres. Il s'&#233;tait s&#233;par&#233; de son ancien groupe, la Marxist League.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Il s'agit en r&#233;alit&#233; du Militant Group.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Il s'agissait du Revolutionary Socialist Party dirig&#233; par Frank Maitland et qui provenait d'une formation &#171; DeL&#233;oniste &#187; du Socialist Labor Party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la nouvelle organisation &#233;tait un ancien des jeunesses communistes qui avait rejoint les trotskystes dans le Labour en 1936, Eric Starkey Jackson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ralph Lee, militant sud&#8209;africain d'origine, se plaignait de n'avoir pas &#233;t&#233; soutenu contre les calomnies staliniennes par la direction du Militant Group. Bien que le S.I. lui ait donn&#233; raison, il avait pris pr&#233;texte de cette affaire pour cr&#233;er sa propre organisation, la Workers International League, avec une poign&#233;e de militants, six ou sept au d&#233;part dont plusieurs devaient jouer ult&#233;rieurement un r&#244;le important dans le mouvement trotskvste britannique (Gerrv Healv. Jock Haston, Betty Hamilton).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Venu de l'anarchisme, Henry Sara (1888&#8209;1953) avait &#233;t&#233; du Balham Group, puis de la Marxist League. Harry Wicks (n&#233; en 1905) cheminot r&#233;voqu&#233; en 1926, responsable J.C., avait connu le m&#234;me itin&#233;raire et beaucoup milit&#233; dans le comit&#233; contre les proc&#232;s de Moscou dont le secr&#233;taire &#233;tait Hilary Sumner dit Charles Sumner (1911&#8209;1976), petit&#8209;fils d'un ami de Lincoln et fils du secr&#233;taire de John Reed, recrut&#233; dans le Labour Party en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Il s'agit ici non de The Militant, organe du groupe dans le Labour Party, mais de l'ancien organe de la C.L.A. jusqu'en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les trotskystes avaient milit&#233; dans l'Independent Labour Party de 1933 a 1936 mais en avaient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s. James avait souhait&#233; y rester et y continuer un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] James reste apparemment fid&#232;le &#224; la strat&#233;gie qui avait &#233;t&#233; la sienne en 1936, o&#249; il avait esp&#233;r&#233; un instant faire passer la coupure entre le fief &#233;cossais de Maxton &#8209; irr&#233;cup&#233;rable &#8209; et Fenner Brockway qui incarnait &#224; ses yeux la confusion d'une majorit&#233; de militants anglais honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Cette r&#233;solution intitul&#233;e &#171; Le Bureau international pour l'unit&#233; socialiste r&#233;volutionnaire (bureau de Londres) et la IV' Internationale &#187; est reproduite dans &#338;uvres, 10, pp. 209&#8209;212. Elle affirmait la n&#233;cessit&#233; de &#171; d&#233;noncer syst&#233;matiquement et sans compromissions les h&#233;sitations, les &#233;quivoques et les actes hypocrites du bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus imm&#233;diat sur la voie de la poursuite de la construction de la IV&#176; Internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Le P.O.I. &#233;tait toujours profond&#233;ment divis&#233; sur la fa&#231;on dont il devait se comporter &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P. dont l'existence m&#234;me lui &#244;tait pratiquement toute perspective de d&#233;veloppement. Le P.S.O.P. &#233;tait dirig&#233; par Marceau Pivert et form&#233; essentiellement des anciens &#233;l&#233;ments de la gauche de la S.F.I.O. exclus en juin 38 &#224; son congr&#232;s de Royan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le bastion de la section belge avait de tout temps &#233;t&#233; la F&#233;d&#233;ration de Charleroi et ses mineurs de charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Trotsky faisait &#224; la section belge deux reproches de taille : celui d'avoir soutenu la candidature du premier ministre bourgeois van Zeeland contre le &#171; rexiste &#187; Degrelle, s'alignant ainsi que la position &#171; antifasciste &#187; de capitulation du P.C. et du P.O.B., et celui d'avoir organis&#233; en pays wallon des syndicats scissionnistes apr&#232;s des exclusions de la centrale r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Allusion &#224; la mont&#233;e qui avait culmin&#233; avec les gr&#232;ves de juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le mar&#233;chal Tchiang Ka&#239;&#8209;chek (1887&#8209;1975), ancien chef de l'&#233;cole militaire du gouvernement de Canton, puis chef militaire et principal dirigeant de ce gouvernement et du parti nationaliste chinois le Guomindang, avait consenti pendant plusieurs ann&#233;es &#224; utiliser les communistes. En avril 1927, s'alliant a la p&#232;gre et aux banques, il les avait massacr&#233;s &#224; Shanghai et mis hors&#8209;la&#8209;loi dans tout le pays. La politique de soumission du P.C.C. &#224; Tchiang, con&#231;ue et d&#233;fendue par Staline et Boukharine, avait &#233;t&#233; critiqu&#233;e par Trotsky et l'Opposition de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] La Conf&#233;rence de Zimmerwald, en septembre 1915, marque le premier regroupement internationaliste cons&#233;quent dans le cours de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Socialist Appeal &#233;tait l'organe du Socialist Workers Party, la section am&#233;ricaine de la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] La fraction trotskyste &#233;tait entr&#233;e en 1934 dans la S.F.I.O., en ao&#251;t-septembre, constituant le &#171; G.B.L. &#187; (Groupe bolchevik&#8209;l&#233;niniste de la S.F.I.O.). Ses premi&#232;res recrues avaient &#233;t&#233; les dirigeants des Jeunesses de l'Entente de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] L'&#233;valuation de Trotsky est d'une grande prudence. Jean&#8209;Paul Joubert dans R&#233;volutionnaires de la S.F.I.O. estime &#224; 10 000 l'effectif initial du P.S.O.P., mais pense que ce chiffre baissa tr&#232;s vite en particulier au lendemain de la crise internationale de Munich qui le divisa profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Sherman Stanley &#233;tait le pseudonyme de Stanley Plastrik (1915&#8209;1981), un jeune militant du S.W.P. gagn&#233; dans les jeunesses socialistes, Y.P.S.L. Il se passionnait pour les Indes et avait pris des contacts notamment avec le parti socialiste du congr&#232;s et avait commenc&#233; &#224; &#233;changer une correspondance avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Trotsky disposait d'une information assez succincte sur l'activit&#233; du groupe trotskyste indochinois que dirigeait Ta Tu Thau et qui &#233;ditait La Lutte &#224; Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le bastion de l'I.L.P. se trouvait &#224; Glasgow dont son principal dirigeant James Maxton (1885&#8209;1946) &#233;tait d&#233;put&#233; depuis 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] James avait pens&#233; pouvoir gagner Brockway en 1935, une date &#224; laquelle Trotsky avait perdu toute illusion, &#224; supposer qu'il en ait eu, &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Trotsky fait allusion ici au congr&#232;s de Keighton de l'l.L.P. les 11 et 12 avril 1936 ; le chantage de Maxton &#224; la d&#233;mission avait conduit Brockway et ses partisans &#224; remettre en cause un vote du congr&#232;s et faire se d&#233;juger ce dernier. Cf. &#338;uvres 9 pp. 203&#8209;210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] James Maxton avait d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des Communes qu'il aprouvait enti&#232;rement ce que Chamberlain avait fait pour la paix pendant la p&#233;riode de crise internationale qui s'&#233;tait termin&#233;e par les accords de Munich (Cf. &#338;uvres 19, pp. 144&#8209;148.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les bolcheviks et l'oppression des noirs</title>
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		<dc:date>2026-01-17T23:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, laquelle est d'ailleurs restreinte autant qu'il se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire dit des Russes qu'ils se sont &#171; presque &#187; lib&#233;r&#233;s du joug du servage en 1861. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, apr&#232;s la guerre civile contre les propri&#233;taires d'esclaves am&#233;ricains, que les N&#232;gres d'Am&#233;rique du Nord se sont affranchis de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affranchissement des esclaves am&#233;ricains s'est effectu&#233; d'une mani&#232;re moins &#171; r&#233;formiste &#187; que celui des esclaves russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi &#224; pr&#233;sent, un demi-si&#232;cle plus tard, les s&#233;quelles de l'esclavage sont beaucoup plus marqu&#233;es sur les Russes que sur les N&#232;gres. Et il serait s&#251;rement plus juste de parler non seulement des s&#233;quelles mais aussi des institutions&#8230; Dans le pr&#233;sent article, nous nous bornerons toutefois &#224; une petite illustration de ce que nous venons de dire : le probl&#232;me de l'instruction. On sait que l'analphab&#233;tisme est une des s&#233;quelles de l'esclavage. Dans un pays opprim&#233; par les pachas, les Pourichk&#233;vitch, etc., la majorit&#233; de la population ne peut &#234;tre instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, il y a 73 % d'analphab&#232;tes, sans compter les enfants &#226;g&#233;s de moins de neuf ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les N&#232;gres des Etats-Unis d'Am&#233;rique, il y avait, en 1900, 44,5 % d'analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourcentage scandaleusement &#233;lev&#233; d'analphab&#232;tes est une honte pour un pays civilis&#233;, avanc&#233; comme la r&#233;publique d'Am&#233;rique du Nord. Et chacun sait de plus que, dans l'ensemble, la situation des N&#232;gres d'Am&#233;rique est indigne d'un pays civilis&#233; : le capitalisme ne peut donner une lib&#233;ration compl&#232;te, ni m&#234;me une &#233;galit&#233; compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est instructif de savoir que parmi les blancs d'Am&#233;rique le pourcentage des analphab&#232;tes n'est que de 6 %. Mais si nous divisons l'Am&#233;rique en zones anciennement esclavagistes (la &#171; Russie &#187; am&#233;ricaine) et en zones non esclavagistes (la non-Russie am&#233;ricaine) nous obtenons pour la population blanche un pourcentage d'analphab&#232;tes &#233;gal &#224; 11-12 % pour les premi&#232;res zones et 4 &#224; 6 % pour les secondes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux fois plus d'analphab&#232;tes parmi les blancs dans les ex-zones d'esclavage. Il n'y a pas que les N&#232;gres qui portent les s&#233;quelles de l'esclavage !&lt;br class='autobr' /&gt;
Honte &#224; l'Am&#233;rique pour la situation qu'elle fait aux N&#232;gres !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la vie des Etats Unis d'Am&#233;rique du Nord subsiste encore la division du pays en Etats du Nord et du Sud ; dans les premiers pr&#233;dominent les traditions de libert&#233; et de lutte contre les propri&#233;taires d'esclaves ; dans les seconds pr&#233;dominent les traditions esclavagistes, avec les vestiges de la pers&#233;cution des N&#232;gres sur qui p&#232;sent l'oppression &#233;conomique, le retard culturel (44 % d'illettr&#233;s parmi les N&#232;gres et 6 % parmi les blancs), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression des noirs et l'internationale de L&#233;nine et Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pendant et apr&#232;s la guerre, il s'est d&#233;velopp&#233; parmi les peuples coloniaux et semi-coloniaux, un mouvement de r&#233;volte contre le pouvoir du capital mondial, mouvement qui fait de grands progr&#232;s. La p&#233;n&#233;tration et la colonisation intense des r&#233;gions habit&#233;es par des races noires pose le dernier grand probl&#232;me dont d&#233;pend le d&#233;veloppement futur du capitalisme. Le capitalisme fran&#231;ais admet clairement que son imp&#233;rialisme, apr&#232;s la guerre, ne pourra se maintenir que par la cr&#233;ation d'un empire franco-africain, reli&#233; par une voie terrienne transsaharienne. Les maniaques financiers de l'Am&#233;rique, qui exploitent chez eux 12 millions de n&#232;gres, s'appliquent maintenant &#224; p&#233;n&#233;trer pacifiquement en Afrique. Les mesures extr&#234;mes prises pour &#233;craser la gr&#232;ve du Rrand montrent assez combien l'Angleterre redoute la menace surgie pour sa position en Afrique. De m&#234;me que sur le Pacifique le danger d'une autre guerre mondiale est devenu mena&#231;ant par suite de la concurrence des puissances imp&#233;rialistes, de m&#234;me l'Afrique appara&#238;t comme l'objet de leurs rivalit&#233;s. Bien plus, la guerre, la r&#233;volution russe, les grands mouvements qui ont soulev&#233; les nationalistes d'Asie et les musulmans contre l'imp&#233;rialisme, ont &#233;veill&#233; la conscience de millions de n&#232;gres opprim&#233;s par les capitalistes, r&#233;duits &#224; une situation inf&#233;rieure depuis des si&#232;cles, non seulement en Afrique, mais peut-&#234;tre m&#234;me encore davantage en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'histoire a d&#233;volu aux n&#232;gres d'Am&#233;rique un r&#244;le important dans l'affranchissement de toute la race africaine. Il y a 300 ans que les n&#232;gres am&#233;ricains ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leur pays natal, l'Afrique, transport&#233;s en Am&#233;rique o&#249; ils ont &#233;t&#233; l'objet des pires traitements et vendus comme esclaves. Depuis 250 ans, ils ont travaill&#233; sous le fouet des propri&#233;taires am&#233;ricains : ce sont eux qui ont coup&#233; les for&#234;ts, construit les routes, plant&#233; les cotonniers, pos&#233; les traverses de chemins de fer et soutenu l'aristocratie du Sud. Leur r&#233;compense a &#233;t&#233; la mis&#232;re, l'ignorance, la d&#233;gradation. Le n&#232;gre n'&#233;tait pas un esclave docile, il a eu recours &#224; la r&#233;bellion, &#224; l'insurrection, aux men&#233;es souterraines pour recouvrer sa libert&#233; ; mais ses soul&#232;vements ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s dans le sang ; par la torture, on l'a forc&#233; &#224; se soumettre ; la presse bourgeoise et la religion se sont associ&#233;es pour justifier son esclavage. Quand l'esclavage concurren&#231;a le salariat et devint un obstacle au d&#233;veloppement de l'Am&#233;rique capitaliste, il dut dispara&#238;tre. La guerre de s&#233;cession entreprise, non pas pour affranchir les n&#232;gres, mais pour maintenir la supr&#233;matie industrielle des capitalistes du Nord, mit le n&#232;gre dans l'obligation de choisir entre l'esclavage dans le Sud et le salariat dans le Nord. Les muscles, le sang, les larmes du n&#232;gre &#171; affranchi &#187; ont aid&#233; &#224; l'&#233;tablissement du capitalisme am&#233;ricain, et quand, devenue une puissance mondiale, l'Am&#233;rique a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale, le n&#232;gre am&#233;ricain a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; l'&#233;gal du blanc, pour tuer et se faire tuer pour la d&#233;mocratie. Quatre cent mille ouvriers de couleur ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s dans les troupes am&#233;ricaines, o&#249; ils ont form&#233; les r&#233;giments de &#171; Jim crow &#187;. A peine sortis de la fournaise de la guerre, les soldats n&#232;gres, revenus au foyer, ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s, lynch&#233;s, assassin&#233;s, priv&#233;s de toute libert&#233; et clou&#233;s au pilori. Ils ont combattu, mais pour affirmer leur personnalit&#233; ils ont d&#251; payer cher. On les a encore plus pers&#233;cut&#233; qu'avant la guerre pour leur apprendre &#224; &#171; rester &#224; leur place &#187;. La large participation des n&#232;gres &#224; l'industrie apr&#232;s la guerre, l'esprit de r&#233;bellion qu'ont &#233;veill&#233; en eux les brutalit&#233;s dont ils sont les victimes, met les n&#232;gres d'Am&#233;rique, et surtout ceux de l'Am&#233;rique du Nord, &#224; l'avant-garde de la lutte de l'Afrique contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est avec une grande joie que l'Internationale Communiste voit les ouvriers n&#232;gres exploit&#233;s r&#233;sister aux attaques des exploiteurs, car l'ennemi de la race n&#232;gre est aussi celui des travailleurs blancs. Cet ennemi, c'est le capitalisme, l'imp&#233;rialisme. La lutte internationale de la race n&#232;gre est une lutte contre le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. C'est sur la base de cette lutte que le mouvement n&#232;gre doit &#234;tre organis&#233; : en Am&#233;rique, comme centre de culture n&#232;gre et centre de cristallisation de la protestation des n&#232;gres ; en Afrique, comme r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre pour le d&#233;veloppement du capitalisme ; en Am&#233;rique Centrale (Costa-Rica, Guat&#233;mala, Colombie, Nicaragua et les autres r&#233;publiques &#171; ind&#233;pendantes &#187; o&#249; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain est pr&#233;dominant) ; &#224; Porto-Rico, &#224; Ha&#239;ti, &#224; Saint-Domingue et dans les autres &#238;les de la mer du Cara&#239;bes, o&#249; les mauvais traitements inflig&#233;s aux n&#232;gres par les envahisseurs am&#233;ricains ont soulev&#233; les protestations des n&#232;gres protestations des n&#232;gres conscients et des ouvriers blancs r&#233;volutionnaires. En Afrique du Sud et au Congo, l'industrialisation croissante de la population n&#232;gre a provoqu&#233; des soul&#232;vements de formes vari&#233;es ; en Afrique Orientale, la p&#233;n&#233;tration r&#233;cente du capital mondial pousse la population indig&#232;ne &#224; r&#233;sister activement &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'Internationale Communiste doit indiquer au peuple n&#232;gre qu'il n'est pas seul &#224; souffrir de l'oppression du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, elle doit lui montrer que les ouvriers et les paysans d'Europe, d'Asie et d'Am&#233;rique, sont aussi les victimes de l'imp&#233;rialisme ; que la lutte contre l'imp&#233;rialisme n'est pas la lutte d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde ; qu'en Chine, en Perse, en Turquie, en Egypte et au Maroc, les peuples coloniaux combattent avec h&#233;ro&#239;sme contre leurs exploiteurs imp&#233;rialistes, que ces peuples se soul&#232;vent contre les m&#234;mes maux que ceux qui accablent les n&#232;gres (oppression de race, exploitation industrielle intensifi&#233;e. mise &#224; l'index) ; que ces peuples r&#233;clament les m&#234;mes droits que les n&#232;gres : affranchissement et &#233;galit&#233; industrielle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste, qui repr&#233;sente les ouvriers et les paysans r&#233;volutionnaires du monde entier dans leur lutte pour abattre l'imp&#233;rialisme, l'Internationale Communiste qui n'est pas seulement l'organisation des ouvriers blancs d'Europe et d'Am&#233;rique, mais aussi celle des peuples de couleur opprim&#233;s du monde entier, consid&#232;re qu'il est de son devoir d'encourager et d'aider l'organisation internationale du peuple n&#232;gre dans sa lutte contre l'ennemi commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le probl&#232;me n&#232;gre est devenu une question vitale de la r&#233;volution mondiale. La III&#176; Internationale qui a reconnu le pr&#233;cieux secours que pouvaient apporter &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne les populations asiatiques dans les pays semi-capitalistes, regarde la coop&#233;ration de nos camarades noirs opprim&#233;s essentielle &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui d&#233;truira la puissance capitaliste. C'est pourquoi le 4&#176; Congr&#232;s d&#233;clare que tous les communistes doivent sp&#233;cialement appliquer au probl&#232;me n&#232;gre les &#171; th&#232;ses sur la question coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. a) Le 4&#176; Congr&#232;s reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de soutenir toute forme du mouvement n&#232;gre ayant pour but de miner et d'affaiblir le capitalisme ou l'imp&#233;rialisme, ou d'arr&#234;ter sa p&#233;n&#233;tration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Internationale Communiste luttera pour assurer aux n&#232;gres l'&#233;galit&#233; de race, l'&#233;galit&#233; politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'internationale Communiste utilisera tous les moyens &#224; sa disposition pour amener les trade-unions &#224; admettre les travailleurs n&#232;gres dans leurs rangs ; l&#224; o&#249; ces derniers ont le droit nominal d'adh&#233;rer aux trade-unions, elle fera une propagande sp&#233;ciale pour les attirer ; si elle n'y r&#233;ussit pas, elle organisera les n&#232;gres dans des syndicats sp&#233;ciaux et appliquera particuli&#232;rement la tactique du front unique pour forcer les syndicats &#224; les admettre dans leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'Internationale Communiste pr&#233;parera imm&#233;diatement un Congr&#232;s ou une conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale des n&#232;gres &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a-t-elle eu une importance pour l'Afrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'African Blood Brotherhood (ABB), qui recruta et forma la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de militant&#8226;e&#8226;s et dirigeant&#8226;e&#8226;s communistes noir&#8226;e&#8226;s aux &#201;tats-Unis. Le cas de Cyril Briggs, la mani&#232;re dont les militant&#8226;e&#8226;s du mouvement noir autonome aux &#201;tats-Unis ont nou&#233; un lien &#233;troit avec la R&#233;volution russe, le mouvement communiste et la th&#233;orie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Briggs, bolchevik noir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917 : quand l'Afrique aussi vivait la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Russie sovi&#233;tique et les n&#232;gres&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je dis ici sera qualifi&#233; de propagande. Cela ne me d&#233;range pas ; la propagande a maintenant acquis son droit au respect et je suis fier d'&#234;tre un propagandiste. La diff&#233;rence entre la propagande et l'art a &#233;t&#233; grav&#233;e dans mon esprit d&#232;s l'enfance par un mentor litt&#233;raire &#8211; Milton, sa po&#233;sie et sa prose politique pr&#233;sentes c&#244;te &#224; c&#244;te comme exemples supr&#234;mes. De m&#234;me, mon professeur, aussi splendide et large d'esprit soit-il, mais inconsciemment partial &#224; l'&#233;gard de ce qu'il consid&#233;rait comme de la propagande, pensait que cette artificialit&#233; dor&#233;e, &#034;Le portrait de Dorian Gray&#034;, survivrait &#224; &#034;L'Homme et les Armes&#034; et &#224; &#034;L'autre &#238;le de John Bull&#034; [de George Bernard Shaw]. Mais in&#233;vitablement, en grandissant, j'ai d&#251; r&#233;viser et changer d'avis sur la propagande. J'ai d&#233;couvert que l'un des plus grands sonnets de Milton &#233;tait de la pure propagande et, en &#233;largissant mon horizon, j'ai d&#233;couvert que certains des plus grands esprits de la litt&#233;rature moderne &#8211; Voltaire, Hugo, Heine, Swift, Shelly, Byron, Tolsto&#239;, Ibsen - avaient &#233;t&#233; contamin&#233;s par la propagande. Cette vision &#233;largie n'a pas seulement inclus la litt&#233;rature de propagande dans mes perspectives litt&#233;raires ; elle m'a &#233;galement &#233;loign&#233; de l'&#226;ge enfantin de la jouissance du travail cr&#233;atif pour une curiosit&#233; plaisante, pour m'amener &#224; un autre extr&#234;me o&#249; j'ai toujours cherch&#233; la force de motivation ou l'intention de propagande qui sous-tend toute litt&#233;rature d'int&#233;r&#234;t. Mon droit d'a&#238;nesse et le contexte historique de la race qui me l'a donn&#233; m'ont rendu tr&#232;s respectueux et r&#233;ceptif &#224; la propagande et les &#233;v&#233;nements mondiaux depuis l'ann&#233;e 1914 ont prouv&#233; que ce n'est pas une mince science que de convaincre des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Noirs am&#233;ricains ne sont pas encore profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s de l'esprit du mouvement de masse et ne r&#233;alisent donc pas l'importance d'une propagande organis&#233;e. C'est la plus grande contribution de Marcus Garvey au mouvement n&#232;gre ; son travail de pionnier dans ce domaine est un exploit que les hommes &#224; la compr&#233;hension plus large et aux id&#233;es plus saines qui lui succ&#233;deront devront poursuivre. Ce n'est qu'&#224; mon arriv&#233;e en Europe, en 1919, que j'ai pleinement r&#233;alis&#233; et compris l'efficacit&#233; de la propagande insidieuse qui est g&#233;n&#233;ralement entretenue contre la race noire. Et ce n'est pas par l'affront occasionnel d'une minorit&#233; de d&#233;mons civilis&#233;s - principalement les Europ&#233;ens qui avaient s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger pour voler les peuples de couleur dans leur pays natal - que j'ai acquis mes connaissances, mais plut&#244;t par les questions sur les Noirs qui m'ont &#233;t&#233; pos&#233;es par des personnes sinc&#232;rement compatissantes et cultiv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens moyens qui lisent les journaux, les livres et les revues populaires, et qui vont voir les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre moyennes et les films de Mary Pickford, sont tr&#232;s au fait du probl&#232;me des Noirs ; et ils constituent la partie la plus importante du grand public que les propagandistes n&#232;gres pourraient atteindre. Pour eux, la trag&#233;die du Noir am&#233;ricain s'est termin&#233;e avec &#034;La case de l'oncle Tom&#034; et l'&#233;mancipation. Depuis lors, ils ne connaissent que la com&#233;die - le m&#233;nestrel et le vaudevilliste noirs, le boxeur, la m&#232;re et le majordome noirs du cin&#233;matographe, les caricatures des romans d'amour et le sauvage lynch&#233; qui a viol&#233; une belle fille blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques rares personnes demandent si Booker T. Washington se porte bien ou si la &#034;Black Star Line&#034; fonctionne ; peut-&#234;tre que quelqu'un de moins discret que sagace se demandera comment les hommes de couleur peuvent d&#233;sirer &#224; ce point les femmes blanches alors qu'ils sont condamn&#233;s au lynchage. La d&#233;sinformation, l'indiff&#233;rence et la l&#233;g&#232;ret&#233; r&#233;sument l'attitude de l'Europe occidentale &#224; l'&#233;gard des Noirs. Il y a une minorit&#233; intellectuelle sup&#233;rieure mais tr&#232;s fractionn&#233;e qui sait mieux, mais dont l'influence sur l'opinion publique est infinit&#233;simale, de sorte qu'il peut &#234;tre relativement facile pour les propagandistes am&#233;ricains blancs - dont les int&#233;r&#234;ts les poussent &#224; d&#233;former la r&#233;alit&#233; du Noir - de transformer l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale en antagonisme hostile si les Noirs am&#233;ricains qui ont la tutelle intellectuelle des int&#233;r&#234;ts raciaux ne s'organisent pas efficacement, et &#224; l'&#233;chelle mondiale, pour lutter contre leurs exploiteurs et traducteurs blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mondiale a fondamentalement modifi&#233; le statut des Noirs en Europe. Elle a amen&#233; des milliers d'entre eux d'Am&#233;rique et des colonies britanniques et fran&#231;aises &#224; participer &#224; la lutte contre les puissances centrales. Depuis lors, de graves affrontements ont eu lieu en Angleterre entre les Noirs qui se sont ensuite install&#233;s dans les villes portuaires et les autochtones. La France a fait appel &#224; ses troupes noires pour assurer la police dans les r&#233;gions occup&#233;es d'Allemagne. La couleur de ces troupes, leurs coutumes aussi, sont diff&#233;rentes et &#233;tranges et la nature de leur travail rendrait naturellement leur pr&#233;sence irritante et insupportable aux habitants dont la connaissance ant&#233;rieure des n&#232;gres &#233;tait bas&#233;e, peut-&#234;tre, sur leurs prouesses de cannibales. Et puis, la pr&#233;sence de ces troupes fournit un aliment rare aux chauvins d'une race jadis fi&#232;re et dominatrice, aujourd'hui battue et buvant la lie la plus sale de l'humiliation sous les ba&#239;onnettes du vainqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi splendide que soit le geste de la France r&#233;publicaine &#224; l'&#233;gard des gens de couleur, son utilisation de troupes noires en Allemagne pour atteindre ses objectifs imp&#233;riaux ne devrait rencontrer rien de moins que la condamnation de la part de la section avanc&#233;e des Noirs. La propagande que les Noirs doivent faire en Allemagne n'est pas celle des troupes noires avec des ba&#239;onnettes dans ce malheureux pays. En tant que soldats conscrits et esclaves de la France imp&#233;riale, ils ne peuvent en aucun cas aider le mouvement des Noirs ni gagner la sympathie des groupes blancs internationaux &#224; large vision dont les adversaires internationaux sont &#233;galement les ennemis intransigeants du progr&#232;s des Noirs. En examinant la situation des troupes noires en Allemagne, les Noirs intelligents devraient la comparer &#224; celle des troupes blanches en Inde, &#224; Saint-Domingue et &#224; Ha&#239;ti. Que n'auraient pas fait les propagandistes ha&#239;tiens avec les marines s'ils avaient &#233;t&#233; noirs au lieu d'&#234;tre blancs am&#233;ricains ! Les bouleversements mondiaux ayant rapproch&#233; les trois plus grandes nations europ&#233;ennes - l'Angleterre, la France et l'Allemagne - des Noirs, les Am&#233;ricains de couleur devraient saisir l'occasion de promouvoir une meilleure compr&#233;hension interraciale. Comme les Am&#233;ricains blancs en Europe profitent de la situation pour intensifier leur propagande contre les Noirs, les Noirs doivent y r&#233;pondre par un contre-mouvement vigoureux. Les Noirs doivent se rendre compte que la supr&#233;matie du capital am&#233;ricain aujourd'hui accro&#238;t proportionnellement l'influence am&#233;ricaine dans la politique et la vie sociale du monde. Chaque fonctionnaire am&#233;ricain &#224; l'&#233;tranger, chaque touriste suffisant, est un protagoniste de la culture du dollar et un propagandiste contre les Noirs. En plus de brandir le b&#226;ton rooseveltien au visage des petits indig&#232;nes du nouveau monde, l'Am&#233;rique tient un club &#233;conomique au-dessus de la t&#234;te de toutes les grandes nations europ&#233;ennes, &#224; l'exception de la Russie, de sorte que les individus audacieux d'Europe occidentale qui ont autrefois rican&#233; de la culture du dollar peuvent encore trouver n&#233;cessaire et utile de se taire discr&#232;tement. Plus l'influence am&#233;ricaine s'accro&#238;t dans le monde, et particuli&#232;rement en Europe, gr&#226;ce &#224; l'extension du capital am&#233;ricain, plus il devient n&#233;cessaire pour toutes les minorit&#233;s en lutte des Etats-Unis de s'organiser largement pour propager leurs griefs dans le monde entier. De tels efforts de propagande, outre qu'ils renforceront la cause dans le pays, attireront certainement la sympathie et l'aide des groupes &#233;trangers qui m&#232;nent une lutte &#224; mort pour &#233;chapper aux octuple bras des int&#233;r&#234;ts commerciaux am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Noir, en tant que minorit&#233; la plus r&#233;prim&#233;e et la plus pers&#233;cut&#233;e, devrait profiter de cette p&#233;riode d'effervescence dans les affaires internationales pour sortir sa cause de l'obscurit&#233; nationale et la faire avancer en tant que question internationale de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'on puisse dire que l'Europe occidentale est plut&#244;t ignorante et apathique &#224; l'&#233;gard des Noirs dans les affaires mondiales, il y a une grande nation avec un bras en Europe qui pense intelligemment aux Noirs comme elle le fait pour tous les probl&#232;mes internationaux. Lorsque les travailleurs russes ont renvers&#233; leur gouvernement inf&#226;me en 1917, l'un des premiers actes du nouveau Premier ministre, L&#233;nine, a &#233;t&#233; une proclamation saluant tous les peuples opprim&#233;s &#224; travers le monde, les exhortant &#224; s'organiser et &#224; s'unir contre l'oppresseur international commun, le capitalisme priv&#233;. Plus tard, &#224; Moscou, L&#233;nine lui-m&#234;me s'est attaqu&#233; &#224; la question des Noirs am&#233;ricains et s'est exprim&#233; &#224; ce sujet devant le deuxi&#232;me congr&#232;s de la Troisi&#232;me Internationale. Il consulta John Reed, le journaliste am&#233;ricain, et insista sur la n&#233;cessit&#233; urgente d'une propagande et d'un travail d'organisation parmi les Noirs du Sud. Le sujet n'a pas &#233;t&#233; abandonn&#233;. Lorsque Sen Katayama, r&#233;volutionnaire japonais chevronn&#233;, se rendit des &#201;tats-Unis en Russie en 1921, il pla&#231;a le probl&#232;me des Noirs am&#233;ricains au premier rang de ses pr&#233;occupations. Depuis lors, il travaille sans rel&#226;che et de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e pour promouvoir la cause des Noirs am&#233;ricains exploit&#233;s au sein des conseils sovi&#233;tiques de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce pays gigantesque solidement sous leur contr&#244;le, et malgr&#233; l'&#233;nergie et la r&#233;flexion qu'ils consacrent &#224; la renaissance de l'industrie nationale, l'avant-garde des travailleurs russes et les minorit&#233;s nationales, maintenant lib&#233;r&#233;es de l'oppression imp&#233;riale, pensent s&#233;rieusement au sort des classes opprim&#233;es, des minorit&#233;s nationales et raciales opprim&#233;es dans le reste de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Am&#233;rique. Ils se sentent proches en esprit de ces peuples. Ils veulent contribuer &#224; leur lib&#233;ration. Parmi les opprim&#233;s qui occupent les pens&#233;es de la nouvelle Russie, les N&#232;gres d'Am&#233;rique et d'Afrique ne sont pas les moindres. Si nous nous reportons deux d&#233;cennies en arri&#232;re pour nous rappeler comment la pers&#233;cution tsariste des Juifs russes a agit&#233; l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, nous aurons une id&#233;e de l'&#233;tat d'esprit de la Russie lib&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres d'Am&#233;rique. Le peuple russe lit la terrible histoire de son propre pass&#233; r&#233;cent dans la situation tragique du Noir am&#233;ricain d'aujourd'hui. En effet, les Etats du Sud peuvent tr&#232;s bien servir &#224; montrer ce qui s'est pass&#233; en Russie. En effet, si les pauvres Blancs exploit&#233;s du Sud pouvaient un jour faire cause commune avec les Noirs pers&#233;cut&#233;s et pill&#233;s, vaincre l'oligarchie oppressive - les cambrioleurs politiques et les propri&#233;taires terriens voleurs - et la priver de tous les privil&#232;ges politiques, la situation serait tr&#232;s semblable &#224; celle de la Russie sovi&#233;tique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Moscou, j'ai rencontr&#233; un vieux r&#233;volutionnaire juif qui avait fait un s&#233;jour en Sib&#233;rie, redevenu jeune et rempli de l'esprit de la r&#233;volution triomphante. Nous avons parl&#233; des affaires am&#233;ricaines et avons naturellement abord&#233; le sujet des Noirs. Je lui ai parl&#233; des difficult&#233;s du probl&#232;me, je lui ai dit que les meilleurs &#233;l&#233;ments blancs lib&#233;raux travaillaient &#233;galement &#224; l'am&#233;lioration du statut des Noirs, et il a fait la remarque suivante : &#034;Lorsque la bourgeoisie d&#233;mocratique des &#201;tats-Unis condamnait le tsarisme pour les pogroms juifs, elle infligeait &#224; votre peuple un traitement plus sauvage et plus barbare que celui que les Juifs ont connu dans l'ancienne Russie. L'Am&#233;rique&#034;, disait-il religieusement, &#034;devait faire une sorte de geste expiatoire pour ses p&#233;ch&#233;s&#034;. Il n'y a pas de bourgeoisie suraliment&#233;e ici en Russie pour faire un passe-temps des probl&#232;mes sociaux laids, mais les travailleurs russes, qui ont gagn&#233; &#224; travers l'&#233;preuve de la pers&#233;cution et de la r&#233;volution, tendent la main de la fraternit&#233; internationale &#224; tous les millions de n&#232;gres r&#233;prim&#233;s de l'Am&#233;rique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; cet esprit d'appr&#233;ciation et de r&#233;ponse sympathique dans tous les cercles de Moscou et de Petrograd. Je n'avais jamais imagin&#233; ce qui m'attendait en Russie. J'avais quitt&#233; l'Am&#233;rique en septembre 1922, d&#233;termin&#233; &#224; m'y rendre, &#224; voir la nouvelle vie r&#233;volutionnaire du peuple et &#224; en rendre compte. Je ne fus pas peu constern&#233; lorsque, ayant une aversion cong&#233;nitale pour la notori&#233;t&#233;, je d&#233;couvris qu'en posant le pied sur le sol russe, je devins imm&#233;diatement un personnage notoire. Et curieusement, il n'y avait rien de d&#233;sagr&#233;able &#224; ce que je sois emport&#233; dans la vague de la Russie r&#233;volutionnaire. Pour le meilleur ou pour le pire, chaque personne en Russie est vitalement affect&#233;e par la r&#233;volution. Seul un corps sans &#226;me peut y vivre sans &#234;tre profond&#233;ment boulevers&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Russie en novembre, le mois du quatri&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste et du cinqui&#232;me anniversaire de la r&#233;volution russe. Toute la nation r&#233;volutionnaire &#233;tait mobilis&#233;e pour l'occasion, Petrograd &#233;tait magnifique avec ses drapeaux rouges et ses banderoles. Les drapeaux rouges flottaient sur la neige de tous les grands b&#226;timents de granit. Les trains, les tramways, les usines, les magasins, les h&#244;tels, les &#233;coles portaient tous des d&#233;corations. Ce fut un mois de f&#234;te auquel, en tant que membre de la race noire, j'ai particip&#233; tr&#232;s activement. J'ai &#233;t&#233; re&#231;u comme si les gens avaient &#233;t&#233; inform&#233;s de ma venue et s'y &#233;taient pr&#233;par&#233;s. Lorsque Max Eastman et moi avons essay&#233; de nous frayer un chemin &#224; travers la foule dense qui encombrait la rue Tverskaya &#224; Moscou le 7 novembre, j'ai &#233;t&#233; attrap&#233;, lanc&#233; en l'air et pass&#233; par des douzaines de jeunes robustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comme ils sont excit&#233;s par un visage &#233;tranger&#034;, dit Eastman. Un jeune communiste russe remarque : &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? Certains Indiens sont aussi sombres que vous.&#034; Ce &#224; quoi un autre a r&#233;pondu : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes. Les Indiens sont avec nous depuis longtemps. Les gens voient donc instinctivement la diff&#233;rence.&#034; Et c'est ainsi que la conversation tournait toujours autour de moi, jusqu'&#224; ce que mon visage s'enflamme. La presse moscovite imprima de longs articles sur les Noirs d'Am&#233;rique, un po&#232;te fut inspir&#233; de rimer sur les Africains qui se tournaient vers la Russie socialiste et bient&#244;t on me demanda partout - aux conf&#233;rences des po&#232;tes et des journalistes, aux r&#233;unions des soldats et des ouvriers d'usine. Lentement, j'ai commenc&#233; &#224; perdre conscience de moi-m&#234;me en r&#233;alisant que j'&#233;tais accueilli comme un symbole, comme un membre du grand groupe n&#232;gre am&#233;ricain - semblable aux malheureux esclaves noirs de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en en Afrique - que les travailleurs de la Russie sovi&#233;tique, se r&#233;jouissant de leur libert&#233;, saluaient &#224; travers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie, en termes g&#233;n&#233;raux, est un pays o&#249; toutes les races d'Europe et d'Asie se rencontrent et se m&#233;langent. Le fait est que, sous le pouvoir r&#233;pressif de la bureaucratie tsariste, les diff&#233;rentes races ont conserv&#233; une certaine tol&#233;rance bienveillante les unes envers les autres. Les haines raciales f&#233;roces qui s&#233;vissent dans les Balkans n'ont jamais exist&#233; en Russie. Alors que dans le Sud, aucun Noir ne pouvait approcher un &#034;cracker&#034; comme un homme de confiance, un p&#232;lerin juif dans l'ancienne Russie pouvait trouver le repos et la subsistance dans la maison d'un paysan orthodoxe. Il est difficile de d&#233;finir le type russe par ses caract&#233;ristiques. L'Hindou, le Mongol, le Persan, l'Arabe, l'Europ&#233;en de l'Ouest, tous ces types peuvent se retrouver dans la population polyglotte de Moscou. Ainsi, pour les Russes, je n'&#233;tais qu'un autre type, mais &#233;tranger, avec lequel ils n'&#233;taient pas encore familiaris&#233;s. Ils &#233;taient curieux de moi, tous et chacun, jeunes et vieux, d'une mani&#232;re amicale et rafra&#238;chissante. Leur curiosit&#233; n'avait rien de l'intol&#233;rable impertinence et souvent de l'affront pur et simple que tout homme de couleur tr&#232;s fonc&#233;e, qu'il soit Noir, Indien ou Arabe, subissait en Allemagne et en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, alors que j'essayais de publier un volume de mes po&#232;mes &#224; Londres, j'ai re&#231;u la visite de Bernard Shaw qui a fait remarquer qu'il devait &#234;tre tragique pour un Noir sensible d'&#234;tre un artiste. Shaw avait raison. Certaines des critiques anglaises de mon livre touchaient le fond de la boue journalistique. Le critique anglais surpassait son cousin am&#233;ricain (&#224; l'exception du Sud, bien s&#251;r, ce qui ne pouvait surprendre aucun Blanc et encore moins un Noir) en saupoudrant la critique de pr&#233;jug&#233;s raciaux. Le s&#233;dentaire et cuivr&#233; &#034;Spectator&#034; a m&#234;me d&#233;clar&#233; qu'aucun homme blanc &#034;cultiv&#233;&#034; ne pouvait lire la po&#233;sie d'un Noir sans pr&#233;jug&#233;s, qu'il devait instinctivement chercher ce &#034;quelque chose&#034; qui devait le rendre hostile &#224; cette po&#233;sie. Mais heureusement, M. McKay n'a pas froiss&#233; nos susceptibilit&#233;s ! Les Anglais, du plus bas au plus haut, ne peuvent imaginer qu'un Noir puisse &#234;tre autre chose qu'un amuseur, un boxeur, un pr&#233;dicateur baptiste ou un subalterne. Les Allemands sont un peu pires. N'importe quel Noir d'apparence saine et &#224; l'esprit aventureux peut s'amuser &#224; se faire passer pour un autre Siki ou un buck dancer. Lorsqu'un &#233;crivain am&#233;ricain m'a pr&#233;sent&#233; comme po&#232;te &#224; un Allemand tr&#232;s cultiv&#233;, amateur de tous les arts, il ne pouvait pas le croire, et je ne pense pas qu'il le croie encore. Un &#233;tudiant am&#233;ricain annonce &#224; sa logeuse de la classe moyenne qu'il invite un ami noir &#224; d&#233;jeuner : &#034;Mais &#234;tes-vous s&#251;r qu'il n'est pas cannibale ?&#034; lui demande-t-elle sans la moindre once d'un sourire humoristique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Petrograd et &#224; Moscou, je n'ai pu d&#233;celer aucune trace de ce snobisme ignorant parmi les classes &#233;duqu&#233;es. L'attitude des simples travailleurs, des soldats et des marins &#233;tait encore plus remarquable. Elle &#233;tait si merveilleusement na&#239;ve ; pour eux, je n'&#233;tais qu'un membre noir du monde de l'humanit&#233;. On pourrait pr&#233;tendre que les bons sentiments des Russes &#224; l'&#233;gard d'un Noir &#233;taient l'effet de la pression et de la propagande bolchevistes. Le fait est que j'ai pass&#233; la plupart de mon temps libre dans des cercles non partisans et antibolchevistes. &#192; Moscou, je trouvais l'h&#244;tel Luxe o&#249; je logeais extr&#234;mement d&#233;primant, la salle &#224; manger &#233;tait un anath&#232;me pour moi et j'&#233;tais fatigu&#233; &#224; mort de rencontrer les ambassadeurs prol&#233;tariens des pays &#233;trangers, dont certains se comportaient comme s'ils &#233;taient les saints messagers de J&#233;sus, Prince du Ciel, au lieu d'&#234;tre des repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re. Je passais donc beaucoup de mes soir&#233;es libres au caf&#233; Domino, repaire notoire de po&#232;tes et d'&#233;crivains dilettantes. C'est l&#224; que venaient les jeunes anarchistes, les menchevistes et tous les jeunes aspirants &#224; la friture pour lire et discuter de leur po&#233;sie et de leur prose. Parfois, un groupe d'hommes plus &#226;g&#233;s venait aussi. Un soir, j'ai vu Pilnyal, le romancier, Okonoff, le critique, Feodor, le traducteur de Poe, un &#233;diteur, un directeur de th&#233;&#226;tre et leurs jeunes disciples, boire de la bi&#232;re au cours d'une discussion litt&#233;raire tr&#232;s int&#233;ressante. Il y avait toujours de la musique, de bons chants folkloriques et de mauvais violons, l'endroit ressemblait plus &#224; un cabaret de seconde zone qu'&#224; un club de po&#232;tes, mais il y avait n&#233;anmoins de quoi s'amuser, avec des bavardages aimables et des plaisanteries l&#233;g&#232;res qui permettaient &#224; la soir&#233;e de s'&#233;couler agr&#233;ablement. C'&#233;tait le lieu de rencontre du groupe frivole avec lequel je me d&#233;tendais apr&#232;s avoir &#233;crit toute la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soir&#233;es des po&#232;tes prol&#233;tariens qui se tenaient &#224; l'Arbot &#233;taient beaucoup plus s&#233;rieuses. La direction &#233;tait communiste, le public ouvrier et attentif comme des &#233;coliers assidus. A ces r&#233;unions venaient aussi quelques uns des plus brillants intellectuels du Domino Caf&#233;. L'une de ces jeunes femmes m'a dit qu'elle voulait rester en contact avec toutes les phases de la nouvelle culture. &#192; Petrograd, les r&#233;unions de l'intelligentzia semblaient plus formelles et plus ouvertes. On y trouvait des hommes aussi remarquables que Tchoukovski, le critique, Eug&#232;ne Zamiatan, le c&#233;l&#232;bre romancier, et Maishack, le po&#232;te et traducteur de Kipling. Le monde des artistes et du th&#233;&#226;tre est &#233;galement repr&#233;sent&#233;. L'esprit communiste n'&#233;tait pas pr&#233;sent lors de ces r&#233;unions de l'intelligentzia. Il y r&#233;gnait m&#234;me un climat d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des bolchevistes. Mais j'&#233;tais invit&#233; &#224; parler et &#224; lire mes po&#232;mes chaque fois que j'apparaissais &#224; l'une d'entre elles et j'&#233;tais trait&#233; avec toute la courtoisie et la consid&#233;ration qui s'imposaient en tant qu'&#233;crivain. Parmi ces Russes sophistiqu&#233;s et cultiv&#233;s, dont beaucoup parlaient de deux &#224; quatre langues, il n'y avait pas d'exc&#232;s de correction, pas d'&#233;tonnement vulgaire ni de sup&#233;riorit&#233; d&#233;mesur&#233;e sur le fait qu'un Noir soit po&#232;te. J'&#233;tais un po&#232;te, c'est tout, et leurs questions passionn&#233;es montraient qu'ils &#233;taient beaucoup plus int&#233;ress&#233;s par la technique de ma po&#233;sie, mes opinions et ma position &#224; l'&#233;gard des mouvements litt&#233;raires modernes que par la diff&#233;rence de ma couleur. Mais je ne pr&#233;tends pas que cette petite diff&#233;rence n'avait rien d'attrayant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ma derni&#232;re visite &#224; Petrograd, j'ai s&#233;journ&#233; dans le palais du grand-duc Vladimir Alexandre, le fr&#232;re du tsar Nicolas II. Son vieil et aimable intendant, qui s'est occup&#233; de mon confort, erre comme un fant&#244;me dans les grandes salles. La maison est aujourd'hui le si&#232;ge des intellectuels de Petrograd. Une belle peinture du duc est expos&#233;e dans la salle &#224; manger. On m'a dit qu'il avait un esprit lib&#233;ral, qu'il &#233;tait un m&#233;c&#232;ne et qu'il &#233;tait tr&#232;s appr&#233;ci&#233; par l'intelligentsia russe. L'atmosph&#232;re de la maison &#233;tait th&#233;oriquement apolitique, mais j'ai rapidement senti une forte hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'autorit&#233; bolcheviste. Mais m&#234;me ici, je n'ai eu que des rencontres agr&#233;ables et des conversations enrichissantes avec les d&#233;tenus et les visiteurs, qui exprimaient librement leurs opinions contre le gouvernement sovi&#233;tique, m&#234;me s'ils me savaient tr&#232;s sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers jours de ma visite, j'ai eu le sentiment que cette grande d&#233;monstration d'amabilit&#233; &#233;tait en quelque sorte l'expression de l'esprit enthousiaste des jours de f&#234;te, qu'une fois le mois termin&#233;, je pourrais tranquillement m'installer pour terminer le livre sur le Noir am&#233;ricain que le d&#233;partement des publications d'&#201;tat de Moscou m'avait demand&#233; d'&#233;crire, et pendant ce temps-l&#224;, continuer tranquillement &#224; faire des contacts int&#233;ressants. Mais mes journ&#233;es en Russie ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par l'enthousiasme affectueux de la population &#224; mon &#233;gard. Parmi les ouvriers, les soldats et les marins aux &#233;toiles rouges et aux chevrons, les &#233;tudiants et les enfants prol&#233;taires, je ne pouvais pas m'en tirer aussi facilement qu'avec l'intelligentsia. A chaque r&#233;union, j'&#233;tais accueilli par des acclamations bruyantes, des manifestations amicales. Les ouvri&#232;res de la grande banque de Moscou insist&#232;rent pour conna&#238;tre les conditions de travail des femmes de couleur en Am&#233;rique et, apr&#232;s un bref expos&#233;, on me posa les questions les plus pr&#233;cises sur les postes les plus accessibles aux femmes de couleur, leurs salaires et leurs relations g&#233;n&#233;rales avec les ouvri&#232;res blanches. Je n'ai pas pu donner de d&#233;tails, mais lorsque j'ai eu termin&#233;, les femmes russes ont adopt&#233; une r&#233;solution envoyant leurs salutations aux travailleuses de couleur d'Am&#233;rique, les exhortant &#224; organiser leurs forces et &#224; envoyer une repr&#233;sentante en Russie. J'ai re&#231;u un message similaire du d&#233;partement de la propagande du Soviet de Petrograd, dirig&#233; par Nicoleva, une femme tr&#232;s &#233;nergique. On m'y a montr&#233; le nouveau statut des femmes russes acquis gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution de 1917. Les femmes capables peuvent s'adapter &#224; n'importe quel poste ; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#224; celui des hommes ; salaire complet pendant la p&#233;riode de grossesse et pas de travail pour la m&#232;re deux mois avant et deux mois apr&#232;s l'accouchement. L'obtention d'un divorce est relativement facile et n'est pas influenc&#233;e par le pouvoir de l'argent, les chicaneries des d&#233;tectives et les trafics d'influence. Un service sp&#233;cial s'occupe des probl&#232;mes de propri&#233;t&#233; personnelle commune et de la tutelle et de l'entretien des enfants. L'avortement l&#233;gal n'est pas sanctionn&#233; et les enfants n&#233;s hors mariage ne sont pas stigmatis&#233;s par la loi comme &#233;tant ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes des classes inf&#233;rieures submerg&#233;es et des minorit&#233;s nationales r&#233;prim&#233;es de l'ancienne Russie ne pouvaient pas &#234;tre compar&#233;s &#224; la situation p&#233;nible des millions de Noirs aux &#201;tats-Unis aujourd'hui. Tout comme les Noirs sont exclus de la marine am&#233;ricaine et des rangs sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e, les Juifs et les fils de la paysannerie et du prol&#233;tariat ont fait l'objet de discriminations dans l'Empire russe. Il est inutile de r&#233;p&#233;ter l'&#233;vidence en disant que la Russie sovi&#233;tique ne tol&#232;re pas de telles discriminations, car le gouvernement r&#233;el du pays est maintenant entre les mains des minorit&#233;s nationales combin&#233;es, de la paysannerie et du prol&#233;tariat. Avec la permission de L&#233;on Trotsky, commissaire en chef des forces militaires et navales de la Russie sovi&#233;tique, j'ai visit&#233; les plus hautes &#233;coles militaires au Kremlin et dans les environs de Moscou. C'est l&#224; que j'ai vu le nouveau mat&#233;riel, les fils des travailleurs form&#233;s comme cadets par les vieux officiers des classes sup&#233;rieures. Pendant deux semaines, j'ai &#233;t&#233; l'invit&#233; de la marine rouge &#224; Petrograd avec la m&#234;me jeunesse prol&#233;tarienne enthousiaste de la nouvelle Russie, qui m'a conduit &#224; travers la machinerie complexe des sous-marins, m'a fait visiter les avions captur&#233;s aux Britanniques pendant la guerre contre-r&#233;volutionnaire autour de Petrograd et m'a montr&#233; la fabrication d'un navire de guerre pr&#234;t &#224; l'action. Mais ce qui &#233;tait encore plus int&#233;ressant, c'&#233;tait la vie des hommes et des officiers, la discipline simplifi&#233;e qui &#233;tait strictement appliqu&#233;e, la nourriture qui &#233;tait servie &#224; tous et &#224; chacun de la m&#234;me mani&#232;re, les cours d'&#233;ducation extra-politique et l'extr&#234;me tact et &#233;lasticit&#233; des commissaires politiques, tous communistes, qui agissaient en tant que conseillers et arbitres entre les hommes et les &#233;tudiants et les officiers. Deux ou trois fois, on m'a donn&#233; de la kasha qui est parfois servie avec les repas. &#192; Moscou, j'ai commenc&#233; &#224; beaucoup aimer cette nourriture, mais il &#233;tait toujours difficile de l'obtenir. J'avais toujours imagin&#233; qu'il s'agissait d'un aliment malsain et peu app&#233;tissant, que le paysan russe ne mangeait qu'en raison de son extr&#234;me pauvret&#233;. Mais au contraire, je l'ai trouv&#233; tr&#232;s rare et nourrissant lorsqu'il est bien cuit avec un peu de viande et servi avec du beurre - un aliment &#224; base de c&#233;r&#233;ales qui ressemble beaucoup au riz et aux pois des Antilles, qui sont communs mais tr&#232;s d&#233;licieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets rouges sont vus sous leur meilleur jour lors des exercices de gymnastique et des assembl&#233;es politiques o&#249; la discipline est mise de c&#244;t&#233;. C'est surtout &#224; ces derni&#232;res que le visiteur a l'impression de se trouver au milieu des premi&#232;res journ&#233;es r&#233;volutionnaires, tant les discours sont encourageants et tant l'enthousiasme des hommes est intense. A toutes ces r&#233;unions, j'ai d&#251; prendre la parole et les &#233;tudiants m'ont pos&#233; des questions g&#233;n&#233;rales sur les Noirs dans l'arm&#233;e et la marine am&#233;ricaines, et lorsque je leur ai donn&#233; des informations communes connues de tous les Noirs am&#233;ricains, les &#233;tudiants, les officiers et les commissaires ont &#233;t&#233; unanimes &#224; souhaiter que ce groupe de jeunes Noirs am&#233;ricains suive une formation pour devenir officiers dans l'arm&#233;e et la marine de la Russie sovi&#233;tique. Les &#233;tudiants prol&#233;taires de Moscou &#233;taient impatients de d&#233;couvrir la vie et le travail des &#233;tudiants noirs. Ils envoy&#232;rent des messages d'encouragement et de bonne volont&#233; aux &#233;tudiants noirs d'Am&#233;rique et, par un beau geste de fraternit&#233;, &#233;lurent la d&#233;l&#233;gation noire du Parti communiste am&#233;ricain et moi-m&#234;me membres honoraires du Soviet de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces journ&#233;es russes restent les plus m&#233;morables de ma vie. Les communistes intellectuels et l'intelligentsia &#233;taient int&#233;ress&#233;s de savoir que l'Am&#233;rique avait produit un formidable corps d'intellectuels et de professionnels n&#232;gres, poss&#233;dant une litt&#233;rature distincte et des int&#233;r&#234;ts culturels et commerciaux diff&#233;rents de ceux des Blancs. Et ils pensent naturellement que les dirigeants militants de l'intelligentsia doivent sentir et exprimer l'esprit de r&#233;volte qui sommeille dans les masses n&#232;gres inarticul&#233;es, pr&#233;cis&#233;ment parce que le mouvement d'&#233;mancipation des masses russes est pass&#233; par des phases similaires. La Russie est pr&#234;te &#224; recevoir des messagers et des h&#233;rauts de bonne volont&#233; et de compr&#233;hension interraciale de la part de la race noire. Sa d&#233;monstration d'amabilit&#233; et d'&#233;quit&#233; &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres peut ne pas conduire &#224; des relations saines entre la Russie sovi&#233;tique et l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, les anthropologues 100 pour cent purs blancs am&#233;ricains invoqueront bient&#244;t la science pour prouver que les Russes ne sont pas du tout le peuple blanc de Dieu J'ai m&#234;me surpris un peu de propagande am&#233;ricaine anti-n&#232;gre en Russie. Une de mes amies, membre de l'intelligentsia moscovite, m'a r&#233;p&#233;t&#233; les remarques de l'&#233;ditrice d'un journal danois, &#224; savoir qu'il ne fallait pas me consid&#233;rer comme un Noir repr&#233;sentatif, car elle avait v&#233;cu en Am&#233;rique et avait trouv&#233; tous les Noirs paresseux, mauvais et vicieux, et qu'ils &#233;taient une terreur pour les femmes blanches. A Petrograd, j'ai pu entendre une histoire similaire de la bouche de Chukovsky, le critique, qui &#233;tait en relations intimes avec un haut fonctionnaire de l'American Relief Administration et sa femme sudiste. Chukovsky est lui-m&#234;me un intellectuel &#034;occidental&#034;, terme qui s'applique &#224; ces Russes qui placent la civilisation ouest-europ&#233;enne avant la culture russe et qui croient que le salut de la Russie r&#233;side dans son occidentalisation compl&#232;te. Il a pass&#233; une partie impressionnante de sa jeunesse &#224; Londres et adore tout ce qui est anglais ; pendant la guerre mondiale, il &#233;tait tr&#232;s pro-anglais. Il exprime &#233;galement une admiration sinc&#232;re pour la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Il poss&#232;de plus de livres anglo-am&#233;ricains que de livres russes dans sa belle biblioth&#232;que et consid&#232;re la section litt&#233;raire du New York Times comme un journal de tr&#232;s haut niveau. C'est un v&#233;ritable maniaque de la culture am&#233;ricaine anglo-saxonne. Chukovsky &#233;tait assez incr&#233;dule lorsque je lui ai expos&#233; les faits concernant le statut du Noir dans la civilisation am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les Am&#233;ricains sont un peuple d'une telle &#233;nergie et d'une telle capacit&#233;, m'a-t-il dit, comment peuvent-ils agir de fa&#231;on aussi mesquine envers une minorit&#233; raciale ? Puis il m'a racont&#233; une aventure qu'il aurait v&#233;cue &#224; Londres et qui ressemble fort &#224; une bonne plaisanterie. Cependant, je la rapporte ici avec la conviction qu'elle est authentique, car Chukovsky est un homme int&#232;gre : Au d&#233;but du si&#232;cle, il a &#233;t&#233; envoy&#233; en Angleterre en tant que correspondant d'un journal d'Odessa, mais &#224; Londres, il &#233;tait plus enclin &#224; la r&#234;verie po&#233;tique et &#224; l'&#233;tude de la litt&#233;rature anglaise au British Museum et n'envoyait que rarement des nouvelles chez lui. Il perd donc son emploi et doit trouver des chambres meubl&#233;es bon march&#233;. Quelques semaines plus tard, alors qu'il s'est install&#233; dans de nouveaux locaux, un invit&#233; noir arrive, un homme d'&#233;glise am&#233;ricain. Le pr&#233;dicateur se procure une chambre au dernier &#233;tage et utilise la salle &#224; manger et le salon avec les autres invit&#233;s, parmi lesquels se trouve une famille am&#233;ricaine blanche. Cette derni&#232;re proteste contre la pr&#233;sence du Noir dans la maison et en particulier dans la chambre d'amis. La propri&#233;taire est confront&#233;e &#224; un dilemme : elle ne peut pas perdre ses pensionnaires am&#233;ricains et l'argent du pasteur n'est pas &#224; d&#233;daigner. Elle finit par trouver un compromis en obtenant des Am&#233;ricains blancs qu'ils acceptent que le Noir reste sans avoir le privil&#232;ge de la chambre d'amis, et Chukovsky fut pri&#233; de dire la v&#233;rit&#233; au Noir. Chukovsky monte &#224; l'&#233;tage pour pr&#233;senter les faits d&#233;sagr&#233;ables au pr&#234;cheur et lui offrir un peu de r&#233;confort, mais l'homme noir n'est pas offens&#233; outre mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les invit&#233;s blancs ont le droit de s'opposer &#224; moi, expliqua-t-il, anticipant sur Garvey, ils appartiennent &#224; une race sup&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais, dit Chukovsky, je ne m'oppose pas &#224; vous, je ne sens pas de diff&#233;rence ; nous ne comprenons pas les pr&#233;jug&#233;s de couleur en Russie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Eh bien&#034;, philosophe le pr&#233;dicateur, &#034;vous &#234;tes tr&#232;s gentil, mais si je me fie aux Ecritures, je ne consid&#232;re pas les Russes comme des Blancs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher camarade,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais r&#233;pondre, point par point, &#224; vos questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Quels moyens pratiques pourraient emp&#234;cher la France d'employer des n&#232;gres pour des fins imp&#233;rialistes sur le continent europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un moyen : &#233;veiller chez les n&#232;gres un sentiment de r&#233;volte contre la besogne qu'on leur impose. Il faut leur ouvrir les yeux, leur prouver qu'en aidant les imp&#233;rialistes fran&#231;ais &#224; asservir l'Europe, ils s'asservissent eux-m&#234;mes, qu'ils assurent la domination du capital fran&#231;ais dans les colonies africaines et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re d'Europe, et le monde ouvrier de France et d'Allemagne en particulier, est directement int&#233;ress&#233;e &#224; ce que les Noirs soient instruits de cette situation et de ses cons&#233;quences. Nous nous sommes content&#233;s jadis d'affirmer le droit des populations dans les colonies &#224; une libre d&#233;termination de leur r&#233;gime politique ; nous avons proclam&#233; l'&#233;galit&#233; de toutes les races humaines. Le temps de ces manifestations platoniques est pass&#233;. Il faut agir. Toutes les fois qu'on pourra mener des Noirs sous le drapeau de la R&#233;volution, toutes les fois qu'on formera des groupes dispos&#233;s &#224; r&#233;pandre l'id&#233;e de la r&#233;volution dans les colonies africaines, on rendra &#224; la cause du prol&#233;tariat un service beaucoup plus important que ne sauraient l'&#234;tre des r&#233;solutions de principe, comme celles que multipliait la IIe Internationale. Si le Parti Communiste se contentait de r&#233;solutions de ce genre, s'il n'appliquait tous ses efforts &#224; conqu&#233;rir des esprits et des c&#339;urs, parmi les n&#232;gres les plus avanc&#233;s, il n'aurait pas le droit de s'appeler Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Sans aucun doute, l'utilisation des troupes de couleur pendant la guerre imp&#233;rialiste et, actuellement, pour l'occupation de la Ruhr fait partie de l'ex&#233;cution d'un plan soigneusement pr&#233;par&#233; et syst&#233;matiquement mis en &#339;uvre par le capital fran&#231;ais et anglais : le capitalisme aux abois cherche en dehors de l'Europe trop agit&#233;e, trop peu s&#251;re, des forces nouvelles qui lui permettraient, dans les cas extr&#234;mes, de r&#233;sister aux masses r&#233;volutionnaires ; il compte sur des Africains ou des Asiatiques mobilis&#233;s, arm&#233;s, disciplin&#233;s. L'utilisation des r&#233;serves coloniales met en question la r&#233;volution europ&#233;enne, le sort du prol&#233;tariat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Il est, d'autre part, &#233;vident que l'intervention des forces coloniales, compos&#233;es d'&#233;l&#233;ments arri&#233;r&#233;s, dans les conflits d'imp&#233;rialisme europ&#233;en pr&#233;sente des risques tr&#232;s s&#233;rieux pour la bourgeoisie qui recourt &#224; ce moyen de domination. Les Noirs et, en g&#233;n&#233;ral, les indig&#232;nes des colonies ne sont conservateurs ou plut&#244;t ne gardent leur immobilit&#233; d'esprit que dans les conditions &#233;conomiques et sous l'influence des coutumes du pays natal. Lorsque le capital les arrache &#224; ces conditions et les force &#224; risquer leur vie dans des conflits dont ils ne comprennent pas les origines complexes et les fins obscures (conflits internationaux, conflits de classes) une transformation s'op&#232;re rapidement dans la conscience de ces hommes sacrifi&#233;s, et l'id&#233;e r&#233;volutionnaire prend une importance qu'autrement ils ne lui auraient jamais accord&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; - Voil&#224; pourquoi il est bon de former d&#232;s &#224; pr&#233;sent des cadres d'hommes intelligents, conscients, d&#233;vou&#233;s, parmi les repr&#233;sentants les plus cultiv&#233;s de race noire, il faut que des n&#232;gres s'occupent du rel&#232;vement mat&#233;riel et moral de leur pays et qu'ils apprennent &#224; tenir compte de ce qui se passe dans les m&#233;tropoles, qu'ils comprennent que le sort des races opprim&#233;es d&#233;pend de l'affranchissement du prol&#233;tariat dans les pays d'o&#249; vient l'oppression : le sort des Noirs d&#233;pend de la destin&#233;e qui sera faite &#224; la classe ouvri&#232;re internationale. La pr&#233;paration de propagandistes n&#232;gres doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des t&#226;ches les plus importantes et les plus urgentes du mouvement r&#233;volutionnaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; - Dans l'Am&#233;rique du Nord, une difficult&#233; consid&#233;rable g&#234;ne cet effort de propagande par un stupide orgueil de caste et de race, les privil&#233;gi&#233;s de la classe ouvri&#232;re se refusent &#224; consid&#233;rer les n&#232;gres comme des fr&#232;res de lutte et de labeur. La politique de Gompers est tout enti&#232;re bas&#233;e sur l'exploitation de pr&#233;jug&#233;s de cette vile esp&#232;ce et ne peut garantir que l'asservissement des ouvriers blancs ou noirs. Il faut combattre &#224; outrance cette politique dans tous les domaines, sur tous les points. Le capitalisme ne songe qu'&#224; obscurcir et amoindrir la conscience des masses prol&#233;tariennes ; pour lui faire &#233;chec, on s'efforcera d'&#233;veiller chez les n&#232;gres, esclaves du capitalisme am&#233;ricain, le sentiment de la dignit&#233; humaine et de la protestation r&#233;volutionnaire. Cette t&#226;che peut &#234;tre accomplie surtout, comme je vous l'ai d&#233;j&#224; dit, par des noirs, r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et pourvus d'une instruction politique. Il ne saurait &#234;tre question, bien entendu, d'un chauvinisme des n&#232;gres &#224; opposer au chauvinisme des blancs. Il s'agit de solidarit&#233; entre tous les travailleurs exploit&#233;s, &#224; quelque race qu'ils appartiennent. Je ne puis indiquer ici les formes d'organisation qui conviendraient le mieux &#224; ce mouvement dans l'Am&#233;rique du Nord, parce que je ne connais pas d'assez pr&#232;s les conditions concr&#232;tes et les possibilit&#233;s qui s'offrent dans ce pays. Mais, j'en suis certain, on trouvera des formes d'organisation d&#232;s qu'on aura la ferme volont&#233; d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salutations communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de gauche (bolchevik-l&#233;niniste) peut et doit devenir le drapeau de la partie la plus opprim&#233;e du prol&#233;tariat mondial, et par cons&#233;quence, en premier lieu, pour les ouvriers n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire aux Etats-Unis en 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autod&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains en 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky et la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par C.L.R. James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky commen&#231;a &#224; prendre un int&#233;r&#234;t sp&#233;cial &#224; la question n&#232;gre d&#232;s qu'il s'attaqua lui-m&#234;me aux probl&#232;mes am&#233;ricains du point de vue de la constitution d'une organisation trotskyste r&#233;volutionnaire. Depuis ce temps-l&#224; il ne cessa de mettre l'accent sur l'importance de cette question. Bien que non ordonn&#233;es et dans une certaine mesure accidentelles, ces discussions et ces conversations sont organis&#233;es gr&#226;ce &#224; la mani&#232;re tr&#232;s homog&#232;ne dont les questions y sont trait&#233;es et r&#233;unies toutes ensemble, elles constituent un exemple remarquable d'analyse marxiste pour tout travail n&#232;gre aux Etats-Unis. Dans toute r&#233;solution sur la question n&#232;gre &#224; l'&#233;poque actuelle, il est n&#233;cessaire de r&#233;sumer bri&#232;vement les id&#233;es de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'auto-d&#233;termination, Trotsky pensait que les diff&#233;rences qui existent entre les Indes, la Catalogne, la Pologne, etc. et la situation des n&#232;gres aux &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas d&#233;cisives. En d'autres termes, la question n&#232;gre faisait partie pour lui de la question nationale. Il s'opposait fermement &#224; tous ceux qui dans la Ive Internationale rejetaient tout de go le principe de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres des &#201;tats-Unis. Dans une discussion datant de 1939, Trotsky d&#233;clarait qu'il ne proposait pas que le parti invoqu&#226;t le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains, mais il insista sur le fait que le parti devait se d&#233;clarer pr&#234;t &#224; lutter avec les n&#232;gres sur le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination, &#224; quelque moment que ceux-ci la revendiquent. Trotsky insistait sur le fait que si les n&#232;gres d&#233;cidaient, sous la pouss&#233;e d'&#233;v&#233;nements historiques impr&#233;vus (par exemple une p&#233;riode de fascisme aux &#201;tats-Unis) de lutter pour l'auto-d&#233;termination, la lutte serait de toute fa&#231;on progressive, pour la raison bien simple que cette auto-d&#233;termination ne pourrait &#234;tre obtenue qu'&#224; travers une guerre contre le capitalisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre sont contenues tr&#232;s clairement, quoique incompl&#232;tement, dans une discussion datant de 19391. En abordant le travail n&#232;gre, Trotsky se basait sur les sentiments des masses n&#232;gres r&#233;elles aux U.S.A. et le fait que leur oppression en tant que n&#232;gres est si forte qu'ils la ressentent &#224; chaque instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous ceux qui souffrent de l'oppression et de la discrimination, les n&#232;gres furent de tout temps les plus opprim&#233;s et les plus discrimin&#233;s au sein m&#234;me du milieu le plus dynamique de la classe ouvri&#232;re. Le parti devrait dire aux &#233;l&#233;ments conscients parmi les n&#232;gres qu'ils ont &#233;t&#233; convoqu&#233;s par le processus historique pour prendre leur place &#224; l'avant-garde de la lutte de la classe ouvri&#232;re pour le socialisme. Trotsky disait aussi que si le parti &#233;tait incapable de se tracer une voie pour atteindre cette couche de la soci&#233;t&#233;, dans laquelle il donnait aux n&#232;gres une place tr&#232;s importante, cela signifierait qu'il s'avoue lui-m&#234;me incapable d'aller vers la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que conscient du r&#244;le des n&#232;gres dans l'avant-garde, Trotsky, toutefois mettait toujours l'accent sur la conscience que devaient avoir les n&#232;gres d'&#234;tre une minorit&#233; opprim&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale. Chaque fois que cela &#233;tait possible, il insistait sur la conclusion politique qui devait &#234;tre tir&#233;e de la situation politique sp&#233;ciale des n&#232;gres sous le capitalisme am&#233;ricain pendant 300 ans. Il pr&#233;voyait sauvent des r&#233;voltes violentes parmi les n&#232;gres &#224; l'occasion desquelles ils se vengeraient de toute l'oppression et de toutes les humiliations dont ils ont souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky s'int&#233;ressa beaucoup au mouvement de Garvey en tant qu'expression des sentiments spontan&#233;s des masses n&#232;gres, sontan&#233;it&#233; qui le pr&#233;occupait essentiellement. Il recommandait sp&#233;cialement au parti d'&#233;tudier l'attitude des n&#232;gres pendant la guerre civile pour comprendre la question n&#232;gre aujourd'hui. Il recommandait l'&#233;tude du mouvement de Garvey en tant qu'indication indispensable pour le parti s'il voulait trouver la voie qui m&#232;ne vers les masses noires. Il approuvait l'id&#233;e d'une organisation ind&#233;pendante de masse du peuple n&#232;gre, form&#233;e gr&#226;ce &#224; l'instrument du parti. La mani&#232;re g&#233;n&#233;rale dont il abordait ie probl&#232;me n&#232;gre peut se caract&#233;riser par le fait suivant : il pensait que dans certaines occasions le parti r&#233;volutionnaire pouvait retirer son propre candidat aux &#233;lections pour le congr&#232;s et soutenir un d&#233;mocrate n&#232;gre pr&#233;sent&#233; par une communaut&#233; n&#232;gre soucieuse d'avoir son propre repr&#233;sentant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces id&#233;es Trotsky ne fait qu'appliquer &#224; la lutte concr&#232;te le principe fondamental com pris dans le droit de l'auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune t&#226;che n'est plus urgente que la collection et la publication des textes et des id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre aux &#201;tats-Unis, ainsi que leur &#233;tude s&#233;rieuse par tous les membres du parti et leur divulgation sous une forme organis&#233;e parmi le prol&#233;tariat et les masses n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Workers Party et le travail n&#232;gre dans le mouvement ouvrier organis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire en Afrique du sud en 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les th&#232;ses disent que le mot d'ordre de &#171; r&#233;publique noire &#187; est aussi nuisible (&#171; equally harmful &#187;) &#224; la cause de la r&#233;volution que celui de &#171; l'Afrique du Sud aux Blancs &#187;, nous ne pouvons &#234;tre d'accord avec cette affirmation. De la part des Blancs, il s'agit du maintien d'une domination inf&#226;me ; de la part des Noirs, des premiers pas vers leur &#233;mancipation. Le droit total et inconditionnel des Noirs &#224; l'ind&#233;pendance, il nous faut le reconna&#238;tre absolument et sans r&#233;serve. C'est seulement sur la base d'une lutte commune contre la domination des exploiteurs blancs que pourra s'&#233;lever et se renforcer la solidarit&#233; des travailleurs noirs et des travailleurs blancs. Il est possible qu'apr&#232;s la victoire les Noirs tiennent pour inutile la cr&#233;ation en Afrique du Sud d'un &#201;tat noir particulier. Naturellement, nous ne leur imposerons pas un s&#233;paratisme d'&#201;tat. Mais qu'ils le reconnaissent librement, sur la base de leur exp&#233;rience propre, pas sous les verges des oppresseurs blancs. Les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens ne doivent jamais oublier le droit des nationalit&#233;s opprim&#233;es &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, y compris leur droit &#224; la s&#233;paration compl&#232;te, et le devoir du prol&#233;tariat de la nation qui opprime &#224; d&#233;fendre ce droit, y compris, s'il le faut, les armes &#224; la main ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand le Parti Communiste Am&#233;ricain, optant sous l'&#233;gide de Staline pour l'alliance avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, l&#226;chait le combat des noirs comme il l&#226;chait le combat des travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panafricanisme sera l'internationalisme du communisme prol&#233;tarien ou ne sera pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Obras de Leon Trotsky</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8457</link>
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		<dc:date>2026-01-11T06:21:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Obras de Leon Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Escritos Leon Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/espanol/trotsky/indice.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Obras Escogidas &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/espanol/trotsky/oelt/index.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Leon Trotsky Escritos, 1929 - 1940 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/espanol/trotsky/eis/escritos/index.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Archivo Leon Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/espanol/trotsky/obras.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Escritos Leon Trotsky 1932-1934 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://proletarios.org/books/Trotsky-Escritos_Tomo_III_(1932-1934).pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Obras Leon Trotsky&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique124" rel="directory"&gt;18- ESPANOL- MATERIAL Y REVOLUCION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Obras de Leon Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Escritos Leon Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/indice.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/indice.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obras Escogidas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/oelt/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/oelt/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leon Trotsky&lt;br class='autobr' /&gt;
Escritos, 1929 - 1940&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/eis/escritos/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/eis/escritos/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Archivo Leon Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/obras.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/espanol/trotsky/obras.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Escritos Leon Trotsky 1932-1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://proletarios.org/books/Trotsky-Escritos_Tomo_III_(1932-1934&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://proletarios.org/books/Trotsky-Escritos_Tomo_III_(1932-1934&lt;/a&gt;).pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obras Leon Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Obras_de_Le%C3%B3n_Trotsky/GSCvEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Obras_de_Le%C3%B3n_Trotsky/GSCvEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textos esenciales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Le%C3%B3n_Trotsky_textos_esenciales/2j-eAwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22+revolucion&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Le%C3%B3n_Trotsky_textos_esenciales/2j-eAwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22+revolucion&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1909-00-00-1905-trotsky_1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1909-00-00-1905-trotsky_1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecciones de octubre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1924.09.15.LeccionesOctubre-Porta-Trotsky.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1924.09.15.LeccionesOctubre-Porta-Trotsky.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revolucion traicionada&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1936-revtraicio-trotsky-2_2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://grupgerminal.org/?q=system/files/1936-revtraicio-trotsky-2_2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historia de la revolucion rusa &#8211; Tomo I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Historia_de_la_Revoluci%C3%B3n_Rusa/SQNrDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Historia_de_la_Revoluci%C3%B3n_Rusa/SQNrDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historia de la revolucion rusa &#8211; Tomo II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Historia_de_la_Revoluci%C3%B3n_Rusa_Tomo_II/GbLyDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Historia_de_la_Revoluci%C3%B3n_Rusa_Tomo_II/GbLyDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=inauthor:%22Le%C3%B3n+Trotsky%22&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obras de Leon Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Obras_de_Le%C3%B3n_Trotsky/GSCvEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Obras+de+Leon+Trotsky&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Obras_de_Le%C3%B3n_Trotsky/GSCvEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Obras+de+Leon+Trotsky&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre du 8 octobre 1923 de L&#233;on Trotsky au Comit&#233; central</title>
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		<dc:date>2026-01-04T23:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lettre du 8 octobre 1923 de L&#233;on Trotsky au Comit&#233; central et &#224; la Commission de contr&#244;le centrale du Parti communiste russe &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux membres du CC et du CCC [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Une des propositions de la commission du camarade Dzerjinski [2] (sur les gr&#232;ves et autres questions) stipule qu'il est n&#233;cessaire d'obliger les membres du Parti qui ont connaissance de regroupements au sein du Parti &#224; informer imm&#233;diatement la GPU, le CC et le CCC. Il semble que l'obligation pour les membres du Parti de signaler (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lettre du 8 octobre 1923 de L&#233;on Trotsky au Comit&#233; central et &#224; la Commission de contr&#244;le centrale du Parti communiste russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux membres du CC et du CCC [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Une des propositions de la commission du camarade Dzerjinski [2] (sur les gr&#232;ves et autres questions) stipule qu'il est n&#233;cessaire d'obliger les membres du Parti qui ont connaissance de regroupements au sein du Parti &#224; informer imm&#233;diatement la GPU, le CC et le CCC. Il semble que l'obligation pour les membres du Parti de signaler l'existence d'&#233;l&#233;ments hostiles au sein du Parti soit une obligation &#233;l&#233;mentaire pour chaque membre du Parti, au point qu'il n'y ait pas besoin de prendre une r&#233;solution &#224; ce sujet six ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre. Le fait que la n&#233;cessit&#233; d'une telle r&#233;solution se soit pos&#233;e est un sympt&#244;me extr&#234;mement inqui&#233;tant, accompagn&#233; d'autres sympt&#244;mes tout aussi clairs. La n&#233;cessit&#233; d'une telle r&#233;solution signifie : a) que des groupements d'opposition ill&#233;gaux [3] se sont form&#233;s au sein du Parti, pouvant devenir dangereux pour la r&#233;volution, et b) qu'il existe au sein du Parti des &#233;tats d'esprit qui permettent &#224; des camarades ayant connaissance de ces groupements de ne pas informer l'organisation du Parti &#224; leur sujet. Ces deux faits t&#233;moignent de la d&#233;t&#233;rioration extr&#234;me de la situation au sein du Parti depuis le XIIe Congr&#232;s, au cours duquel la pleine unit&#233; de 90 % du Parti a &#233;t&#233; proclam&#233;e dans les rapports du Comit&#233; central. Il est vrai que cette &#233;valuation &#233;tait exag&#233;r&#233;ment optimiste m&#234;me &#224; l'&#233;poque. Il y a de tr&#232;s nombreux membres du Parti, et certainement pas les pires, qui &#233;taient profond&#233;ment pr&#233;occup&#233;s par les m&#233;thodes et les moyens par lesquels le XIIe Congr&#232;s avait &#233;t&#233; convoqu&#233; [4]. La majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s au Congr&#232;s &#233;tait remplie de cette pr&#233;occupation. Il est indiscutable que l'immense majorit&#233; du Parti, compte tenu de la situation internationale et de la maladie de L&#233;nine en particulier, &#233;tait enti&#232;rement pr&#234;te &#224; soutenir le nouveau Comit&#233; central. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;sir de garantir la possibilit&#233; de travail unanime et r&#233;ussi du Parti, d'abord dans le domaine de l'&#233;conomie, qui a apais&#233; les groupements au sein du Parti et forc&#233; beaucoup &#224; contenir leur m&#233;contentement et &#224; s'abstenir d'exprimer leur inqui&#233;tude l&#233;gitime depuis la tribune du Congr&#232;s. Cependant, six mois de travail du nouveau Comit&#233; central ont intensifi&#233; les m&#233;thodes et les moyens par lesquels le XIIe Congr&#232;s avait &#233;t&#233; convoqu&#233; [avril 1923]. Et le r&#233;sultat &#224; l'int&#233;rieur du Parti en a &#233;t&#233; &#224; la fois la formation au sein du Parti de groupements ouvertement hostiles et aigris, et la pr&#233;sence de nombreux &#233;l&#233;ments qui connaissent ce danger et qui pourtant gardent le silence &#224; ce sujet. Nous voyons ici &#224; la fois la d&#233;t&#233;rioration nette de la situation au sein du Parti et l'&#233;loignement croissant du Comit&#233; central par rapport au Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La d&#233;t&#233;rioration extr&#234;me de la situation au sein du Parti a deux causes : a) le r&#233;gime interne du Parti fondamentalement incorrect et malsain, et b) le m&#233;contentement des travailleurs et des paysans face &#224; la situation &#233;conomique s&#233;v&#232;re qui s'est d&#233;velopp&#233;e non seulement en raison de difficult&#233;s objectives, mais aussi en raison d'erreurs fondamentales &#233;videntes dans la politique &#233;conomique. Ces deux raisons, comme il ressortira de ce qui suit, sont &#233;troitement li&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le XIIe Congr&#232;s s'est r&#233;uni sous le signe de la smychka [un terme utilis&#233; pour d&#233;signer l'alliance entre la classe ouvri&#232;re et les paysans]. En tant qu'auteur des th&#232;ses sur l'industrie [5], j'ai soulign&#233; au Comit&#233; central avant la tenue du Congr&#232;s le danger &#233;norme si nos t&#226;ches &#233;conomiques &#233;taient pr&#233;sent&#233;es au XIIe Congr&#232;s sous une forme d'agitation abstraite, pr&#233;cis&#233;ment alors que notre t&#226;che consistait &#224; appeler &#224; &#171; un changement dans l'attention et la volont&#233; du Parti &#187; en direction des t&#226;ches concr&#232;tes et vitales de r&#233;duction des co&#251;ts de la production d'&#201;tat. Je ne peux que conseiller &#224; tous les membres du CC et du CCC de se familiariser avec la correspondance qui a eu lieu sur cette question &#224; cette &#233;poque au sein du Politburo. [6] J'ai prouv&#233; qu'avec la tendance &#224; simplement expliquer dans notre agitation et &#224; utiliser le slogan de la smychka, en ignorant sa v&#233;ritable signification &#233;conomique (&#233;conomie planifi&#233;e ; forte concentration de l'industrie ; forte r&#233;duction des frais g&#233;n&#233;raux de l'industrie et du commerce), le rapport sur les t&#226;ches organisationnelles de l'industrie perdrait de sa signification pratique. &#192; la demande du Pl&#233;num, cependant, j'ai fait un rapport dans lequel j'ai essay&#233; de ma part de ne pas compliquer le travail du futur Comit&#233; central, qui &#233;tait choisi pour la premi&#232;re fois sans le camarade L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La r&#233;solution sur l'industrie [7] exige le renforcement et la consolidation de l'organisation du Gosplan [la Commission de planification d'&#201;tat], sa consolidation en tant qu'organe directeur de la planification. Il est extr&#234;mement remarquable qu'apr&#232;s le XIIe Congr&#232;s, le Comit&#233; central ait re&#231;u &#224; sa disposition la note du camarade L&#233;nine, &#233;crite alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; malade. Ici, il exprime l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; de donner au Gosplan m&#234;me des droits l&#233;gislatifs (ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, de gestion administrative). [8] En r&#233;alit&#233;, cependant, depuis le congr&#232;s, le Gosplan a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; encore plus en arri&#232;re-plan. Son travail sur diverses missions est utile et n&#233;cessaire, mais cela n'a absolument rien &#224; voir avec la r&#233;gulation planifi&#233;e de l'&#233;conomie telle qu'elle a &#233;t&#233; &#233;tablie par le XIIe Congr&#232;s. L'incoh&#233;rence du plan prend les formes les plus &#233;videntes dans le travail des organes &#233;conomiques d'&#201;tat central et g&#233;n&#233;ralement les plus importants. Plus qu'avant le XIIe Congr&#232;s, les questions &#233;conomiques les plus importantes sont d&#233;cid&#233;es &#224; la h&#226;te au Politburo, sans la pr&#233;paration n&#233;cessaire et ind&#233;pendamment de leur relation avec le plan. Les camarades Rykov et Pyatakov [9] charg&#233;s de l'industrie d'&#201;tat (le camarade Rykov &#233;tant charg&#233; de l'&#233;conomie dans son ensemble), ont envoy&#233; un rapport le 19 septembre au Comit&#233; central dans lequel ils disent prudemment que &#171; certaines d&#233;cisions du Politburo nous contraignent &#224; attirer l'attention sur le fait qu'avec les conditions qui se sont d&#233;velopp&#233;es, la direction de l'industrie d'&#201;tat, qui nous a &#233;t&#233; confi&#233;e, devient extr&#234;mement difficile. &#187; Il est vrai que les camarades que j'ai nomm&#233;s ont refus&#233; de distribuer leur lettre, estimant qu'il &#233;tait peu sage de commencer une discussion &#224; ce sujet lors du Pl&#233;num. Mais cette circonstance formelle (le refus d'envoyer leur lettre) ne modifie en rien le fait que les directeurs de l'activit&#233; &#233;conomique caract&#233;risent la politique du Politburo en mati&#232;re &#233;conomique comme une politique de d&#233;cisions accidentelles et non syst&#233;matiques, rendant toute direction planifi&#233;e de l'&#233;conomie &#171; extr&#234;mement difficile &#187;. Dans les conversations priv&#233;es, cette &#233;valuation prend un caract&#232;re incomparablement plus cat&#233;gorique. Il n'y a pas un seul organe du Parti ou du Soviet o&#249; les questions &#233;conomiques sont examin&#233;es et &#233;labor&#233;es dans leurs connexions internes et avec la perspective n&#233;cessaire. Pour &#234;tre parfaitement pr&#233;cis, nous devons dire qu'il n'y a pas de direction de l'&#233;conomie, le chaos vient d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dans le cadre de cette lettre, je n'essaierai pas de faire une analyse concr&#232;te de notre politique dans le domaine des finances, de l'industrie, de l'achat de c&#233;r&#233;ales, de l'exportation de c&#233;r&#233;ales ou des imp&#244;ts, car cela n&#233;cessiterait le d&#233;veloppement d'une argumentation tr&#232;s complexe avec l'introduction de beaucoup de mat&#233;riel. Il ne fait aucun doute aujourd'hui que l'une des principales raisons de la crise commerciale et industrielle actuelle est le caract&#232;re autosuffisant de notre politique financi&#232;re, c'est-&#224;-dire une politique qui n'est pas subordonn&#233;e &#224; un plan &#233;conomique g&#233;n&#233;ral. Les succ&#232;s s&#233;par&#233;s dans l'industrie sont interrompus ou risquent d'&#234;tre interrompus par le manque de coordination entre les &#233;l&#233;ments de base de l'&#233;conomie d'&#201;tat ; et, en raison de la nature m&#234;me de la NEP, chaque interruption dans le domaine de l'industrie d'&#201;tat et du commerce d'&#201;tat signifie la croissance du capital priv&#233; aux d&#233;pens du capital d'&#201;tat. Ce qui caract&#233;rise principalement le moment pr&#233;sent, c'est le fait que la disproportion croissante entre les prix des produits agricoles et industriels &#233;quivaut &#224; la liquidation de la NEP, car le paysan &#8211; la base de la NEP &#8211; se moque de la raison pour laquelle il ne peut pas acheter : que ce soit parce que le commerce est interdit par d&#233;cret, ou parce que deux bo&#238;tes d'allumettes co&#251;tent autant qu'un poud [36 livres] de c&#233;r&#233;ales. Je ne vais pas commencer maintenant &#224; dresser un tableau de la mani&#232;re dont la concentration &#8211; une question de vie ou de mort pour l'industrie &#8211; se heurte &#224; chaque pas &#224; des consid&#233;rations &#171; politiques &#187; (c'est-&#224;-dire locales) et progresse beaucoup plus lentement que les prix des produits industriels. Mais je sens qu'il est n&#233;cessaire de traiter un aspect mineur du probl&#232;me, qui donne cependant une illustration extr&#234;mement claire de la question dans son ensemble. Il montre en quoi consiste la direction du Parti de l'&#233;conomie, compte tenu de l'absence de plan, de syst&#232;me et de ligne correcte du Parti. Lors du XIIe Congr&#232;s, on a constat&#233; un abus inqui&#233;tant de la publicit&#233; industrielle et commerciale de la part de plusieurs organisations du Parti. [10] En quoi consistait cet abus ? Certaines organisations du Parti, qui sont cens&#233;es diriger les organisations &#233;conomiques en leur enseignant un niveau plus &#233;lev&#233; de conscience, de pr&#233;cision, d'&#233;conomie et de responsabilit&#233;, les corrompent en r&#233;alit&#233; en ayant recours aux moyens les plus grossiers et les plus gaspilleurs pour tromper le gouvernement : au lieu de simplement taxer les entreprises industrielles au profit des organisations du Parti, ce qui serait ill&#233;gal, mais aurait au moins un sens, elles ont recours &#224; l'achat forc&#233; de publicit&#233;s ridicules, ce qui entra&#238;ne un gaspillage de papier, de travail typographique, etc. Ce qui est le plus scandaleux dans tout cela, c'est que les responsables ne d&#233;cident pas de r&#233;sister &#224; cette extorsion et &#224; cette activit&#233; d&#233;valorisante, mais paient docilement pour une demi-page ou une page enti&#232;re de publicit&#233; dans le &#171; Compagnon communiste &#187;, selon les ordres pr&#233;cis du secr&#233;taire du comit&#233; de la ville. Si l'un des responsables avait le courage de refuser, c'est-&#224;-dire s'il manifestait une v&#233;ritable compr&#233;hension du devoir du Parti, il serait imm&#233;diatement class&#233; parmi ceux qui ne reconnaissent pas &#171; la direction du Parti &#187;, avec toutes les cons&#233;quences qui en d&#233;coulent. Apr&#232;s le XIIe Congr&#232;s, les choses ne se sont pas am&#233;lior&#233;es dans ce domaine, &#224; l'exception peut-&#234;tre de quelques endroits isol&#233;s. Il faudrait ne rien comprendre au travail &#233;conomique correct et &#224; ce que signifie un sentiment de responsabilit&#233; pour fermer les yeux sur le leadership &#233;conomique de ce type, ou pour consid&#233;rer que de tels ph&#233;nom&#232;nes ont peu d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Il ne fait aucun doute que le XIIe Congr&#232;s, ainsi que l'ensemble du Parti, a cherch&#233; &#224; renforcer l'influence directrice et de contr&#244;le du Parti sur les organisations &#233;conomiques, en particulier dans le sens de l'attribution aux dirigeants d'une v&#233;ritable responsabilit&#233; pour les m&#233;thodes et les r&#233;sultats de leur travail &#233;conomique. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette voie (initiative, &#233;conomie, responsabilit&#233;, etc.) que les r&#233;alisations ont &#233;t&#233; minimales. Et le m&#233;contentement des masses est caus&#233; principalement par le gaspillage et l'irresponsabilit&#233; de tr&#232;s nombreux organismes &#233;conomiques, dont les dirigeants se soumettent d'autant plus volontiers au soi-disant &#171; leadership &#187; du Parti (sous forme de publicit&#233;s d&#233;pourvues de sens et d'autres extorsions), et toute leur activit&#233; de base reste comme avant en dehors de toute direction ou de tout contr&#244;le v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Le dernier Pl&#233;num du Comit&#233; central a cr&#233;&#233; une commission extraordinaire charg&#233;e de r&#233;duire les d&#233;penses et de baisser les prix. [11] Ce simple fait est une preuve cruelle que notre travail &#233;conomique est incorrect. Tous les &#233;l&#233;ments de fixation des prix ont &#233;t&#233; analys&#233;s en temps voulu et les r&#233;solutions du XIIe Congr&#232;s sur la r&#233;duction des co&#251;ts de production et des d&#233;penses commerciales ont &#233;t&#233; adopt&#233;es &#224; l'unanimit&#233;. [12] Les organisations qui auraient d&#251; mettre en &#339;uvre ces r&#233;solutions sont bien connues : le Soviet supr&#234;me de l'&#233;conomie populaire, le Gosplan, le Soviet du travail et de la d&#233;fense, et le Politburo, en tant qu'organe politique de premier plan. Que signifie la cr&#233;ation d'une commission extraordinaire dans ces conditions ? Le fait que les organes permanents, dont la t&#226;che directe &#233;tait de produire au co&#251;t le plus bas possible, n'ont pas fourni les r&#233;sultats n&#233;cessaires. Que peut accomplir une commission extraordinaire ? En agissant de l'ext&#233;rieur, elle peut ici ou l&#224; faire bouger les choses, donner une impulsion dans la bonne direction, insister sur certaines mesures et enfin, simplement ordonner administrativement la r&#233;duction de divers prix. Mais il est absolument clair que la r&#233;duction m&#233;canique des prix par les organismes gouvernementaux, sous l'influence de la pression politique, n'enrichira dans la plupart des cas que les interm&#233;diaires et n'aura gu&#232;re d'effet sur le march&#233; paysan. Fermer les ciseaux [13], c'est-&#224;-dire se rapprocher d'une smychka &#233;conomique r&#233;elle et authentique, ne peut se faire qu'organiquement : par une concentration strictement planifi&#233;e, par une r&#233;duction organique, et non pr&#233;cipit&#233;e, des co&#251;ts de production, et en garantissant la responsabilit&#233; effective des dirigeants pour les m&#233;thodes et les r&#233;sultats de leur activit&#233; &#233;conomique. La simple cr&#233;ation d'une commission de r&#233;duction des prix est &#233;loquente, et en m&#234;me temps, une preuve accablante de la mani&#232;re dont une politique qui ignore la signification de la r&#233;gulation planifi&#233;e, sous l'influence de ses propres cons&#233;quences in&#233;vitables, tente &#224; nouveau de commander les prix comme sous le communisme de guerre. L'un m&#232;ne &#224; l'autre, sapant l'&#233;conomie plut&#244;t que de la gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La disparit&#233; monstrueuse des prix, ajout&#233;e au fardeau d'un imp&#244;t unique, qui est principalement contraignant parce qu'il ne correspond pas aux v&#233;ritables relations &#233;conomiques, suscite une fois de plus une insatisfaction extr&#234;me parmi les paysans. Cette insatisfaction se refl&#232;te dans les humeurs des travailleurs, &#224; la fois directement et indirectement. Enfin, les humeurs changeantes des travailleurs se r&#233;pandent dans les rangs inf&#233;rieurs du Parti. Des groupes d'opposition sont n&#233;s et ont pris de la force. Leur m&#233;contentement s'est aiguis&#233;. Ainsi, la smychka : du paysan &#8211; &#224; travers le travailleur &#8211; au Parti &#8211; nous montre son revers. Celui qui ne l'a pas pr&#233;vu plus t&#244;t, ou qui a ferm&#233; les yeux jusqu'&#224; r&#233;cemment, a re&#231;u une le&#231;on plut&#244;t explicite. Les formules agitatrices g&#233;n&#233;rales de la smychka donnent directement des r&#233;sultats oppos&#233;s si le probl&#232;me central n'est pas r&#233;solu : la rationalisation de la production d'&#201;tat et la fermeture des ciseaux. Tel &#233;tait l'essence du vif affrontement au sein du Politburo &#224; la veille du XIIe Congr&#232;s. La vie a donn&#233; une r&#233;ponse irr&#233;futable &#224; cet argument. Cette le&#231;on cruelle, que nous n'avons pas encore commenc&#233; &#224; r&#233;soudre, aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;e au moins en partie, sinon aux trois quarts, s'il y avait eu ne serait-ce qu'une approche correcte de l'analyse de l'interaction entre les facteurs &#233;conomiques et une approche planifi&#233;e des probl&#232;mes &#233;conomiques fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'un des objectifs les plus importants du nouveau Comit&#233; central, indiqu&#233; par le XIIe Congr&#232;s, &#233;tait la s&#233;lection minutieuse du personnel de haut en bas. [14] Cependant, l'attention de l'Orgburo (Bureau organisationnel) dans la s&#233;lection du personnel &#233;tait dirig&#233;e selon des lignes compl&#232;tement diff&#233;rentes. Lors de la nomination, de la r&#233;vocation ou de la mutation des membres du parti, ce qui a &#233;t&#233; le plus valoris&#233;, c'&#233;tait le degr&#233; auquel ils pourraient aider ou s'opposer au maintien du r&#233;gime int&#233;rieur du parti qui est secr&#232;tement et officieusement, mais d'autant plus vigoureusement, g&#233;r&#233; par l'Orgburo et le Secr&#233;tariat du Comit&#233; central. Lors du XIIe Congr&#232;s du Parti, il a &#233;t&#233; dit que le Comit&#233; central devrait &#234;tre compos&#233; de &#171; 15 personnes ind&#233;pendantes &#187;. Cette d&#233;claration n'a plus besoin de commentaire suppl&#233;mentaire. Apr&#232;s cela, le crit&#232;re de &#171; l'ind&#233;pendance &#187; a commenc&#233; &#224; &#234;tre avanc&#233; lors de la nomination par le Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral [16] des secr&#233;taires de gubkom (comit&#233; provincial), et au-del&#224;, des secr&#233;taires de haut en bas, jusqu'&#224; la plus petite cellule du parti. Ce processus de s&#233;lection de la hi&#233;rarchie du parti parmi les camarades reconnus par le Secr&#233;tariat comme &#233;tant ind&#233;pendants dans le sens mentionn&#233; ci-dessus a &#233;t&#233; men&#233; avec un effort sans pr&#233;c&#233;dent. Il n'est pas n&#233;cessaire d'introduire des exemples distincts ici, car l'ensemble du parti sait et parle de centaines de cas &#233;minents. Je ne mentionnerai que l'Ukraine, o&#249; nous ne pourrons pas &#233;viter de conna&#238;tre des cons&#233;quences graves de ce travail v&#233;ritablement perturbateur dans les mois &#224; venir. [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Pendant les moments les plus graves du communisme de guerre, les nominations d'en haut au sein du parti n'&#233;taient pas aussi r&#233;pandues que maintenant, pas m&#234;me &#224; un dixi&#232;me de la fr&#233;quence actuelle. La nomination des secr&#233;taires du gubkom est maintenant devenue la r&#232;gle. Cela cr&#233;e essentiellement une position pour le secr&#233;taire qui est ind&#233;pendante de l'organisation locale. S'il rencontre de l'opposition, des critiques ou du m&#233;contentement, le secr&#233;taire peut recourir &#224; une mutation en s'appuyant sur le centre. Lors d'une des sessions du Politburo, il a &#233;t&#233; not&#233; avec satisfaction que lorsque les provinces sont regroup&#233;es, la seule question qui int&#233;ressera les organisations fusionn&#233;es est de savoir qui sera le secr&#233;taire du gubkom uni. Nomm&#233; par le centre et donc presque ind&#233;pendant de l'organisation locale, le secr&#233;taire devient &#224; son tour une source de nominations et de r&#233;vocations suppl&#233;mentaires, dans les limites de la province. Cette bureaucratie des secr&#233;taires, cr&#233;&#233;e du haut vers le bas et de plus en plus autonome, rassemble toutes les ficelles en ses propres mains. La participation des masses du parti &#224; la formation r&#233;elle de l'organisation du parti devient de plus en plus &#233;ph&#233;m&#232;re. Au cours de la derni&#232;re ann&#233;e et demie, une psychologie secr&#233;tariat sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e ; sa caract&#233;ristique principale est la croyance que le secr&#233;taire est capable de d&#233;cider de chaque question, sans &#234;tre familiaris&#233; avec le c&#339;ur du sujet. Nous voyons fr&#233;quemment comment des camarades, qui n'ont manifest&#233; aucune qualit&#233; organisationnelle, administrative ou autre lorsqu'ils dirigeaient des organisations sovi&#233;tiques, commencent &#224; d&#233;cider de mani&#232;re imp&#233;rieuse des questions &#233;conomiques, militaires et autres d&#232;s qu'ils assument le poste de secr&#233;taire. Une telle pratique est d'autant plus pr&#233;judiciable qu'elle affaiblit ou d&#233;truit tout sentiment de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le Xe Congr&#232;s du Parti [en mars 1921] a &#233;t&#233; plac&#233; sous le signe de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. [18] Beaucoup des discours prononc&#233;s &#224; l'&#233;poque en d&#233;fense de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re me semblaient exag&#233;r&#233;s et dans une certaine mesure d&#233;magogiques, compte tenu de l'incompatibilit&#233; entre une d&#233;mocratie ouvri&#232;re pleinement d&#233;velopp&#233;e et un r&#233;gime dictatorial. Cependant, il &#233;tait absolument clair que la r&#233;pression pendant l'&#233;poque du communisme de guerre devait faire place &#224; une coll&#233;gialit&#233; du parti plus large et plus vivante. Cependant, le r&#233;gime qui s'est fondamentalement d&#233;velopp&#233; m&#234;me avant le XIIe Congr&#232;s, et qui s'est renforc&#233; et s'est pleinement form&#233; apr&#232;s le congr&#232;s, est beaucoup plus &#233;loign&#233; de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re que le r&#233;gime pendant les p&#233;riodes les plus graves du communisme de guerre. La bureaucratisation de l'appareil du parti a atteint des proportions in&#233;dites en appliquant des m&#233;thodes de s&#233;lection du secr&#233;tariat. Si pendant les heures les plus cruelles de la guerre civile, nous discutions au sein des organisations du parti et m&#234;me dans la presse de l'utilisation de sp&#233;cialistes, d'une arm&#233;e partisane par rapport &#224; une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, de la discipline, etc., maintenant il n'y a m&#234;me pas un soup&#231;on d'un tel &#233;change ouvert d'opinions sur les probl&#232;mes qui pr&#233;occupent v&#233;ritablement le parti. Une couche tr&#232;s large de travailleurs du parti qui font partie de l'appareil de l'&#201;tat ou du parti et qui refusent tout simplement de d&#233;tenir des opinions du parti, ou du moins des opinions qui peuvent &#234;tre ouvertement exprim&#233;es a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e. Il semble qu'ils consid&#232;rent que la hi&#233;rarchie du secr&#233;tariat est l'appareil qui cr&#233;e l'opinion du parti et prend des d&#233;cisions du parti. Sous cette couche de personnes qui retiennent leurs propres opinions se trouve la large couche des masses du parti, devant lesquelles chaque r&#233;solution se pr&#233;sente d&#233;j&#224; sous la forme d'un appel ou d'un ordre. Au sein de ces rangs du parti, il y a une &#233;norme quantit&#233; de m&#233;contentement, dont certaines sont absolument l&#233;gitimes et d'autres sont caus&#233;es par des facteurs accidentels. Ce m&#233;contentement ne se dissipe pas par un &#233;change ouvert d'opinions lors de conf&#233;rences du parti ou sous la pression des masses sur les organisations du parti (l'&#233;lection des comit&#233;s du parti, des secr&#233;taires, etc.), mais il s'accumule en secret et conduit donc &#224; des abc&#232;s internes. &#192; un moment o&#249; l'appareil officiel, c'est-&#224;-dire les secr&#233;taires, du parti pr&#233;sente de plus en plus l'image d'une organisation qui a atteint une homog&#233;n&#233;it&#233; presque compl&#232;te, les r&#233;flexions et les jugements sur les questions les plus aigu&#235;s et les plus douloureuses contournent simplement l'appareil officiel du parti et cr&#233;ent des conditions pour des regroupements ill&#233;gaux au sein du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le XIIe Congr&#232;s a officiellement pris la direction des Vieux bolcheviks. [19] Il est absolument &#233;vident que les cadres des anciens bolcheviks de la clandestinit&#233; sont la levure r&#233;volutionnaire du parti et son &#233;pine dorsale organisationnelle. Nous devons et devrions, avec toutes les mesures id&#233;ologiques et du parti normales, aider &#224; la s&#233;lection des Vieux bolcheviks qui, bien s&#251;r, ont les qualifications n&#233;cessaires, pour occuper des postes de direction au sein du parti. Cependant, la mani&#232;re dont la s&#233;lection est actuellement r&#233;alis&#233;e &#8211; la m&#233;thode de la nomination directe d'en haut &#8211; comporte un danger encore plus grand : avec cette m&#233;thode, les Vieux bolcheviks sont divis&#233;s au sommet en deux groupes, guid&#233;s par le crit&#232;re de &#171; l'ind&#233;pendance &#187;. Le Vieux Bolch&#233;visme en tant que tel est, pour ainsi dire, rendu responsable aux yeux de l'ensemble du parti de toutes les particularit&#233;s du r&#233;gime int&#233;rieur actuel du parti et de ses graves erreurs dans la construction de l'&#233;conomie. Nous ne devons pas oublier que la grande majorit&#233; des membres de notre parti se compose de jeunes r&#233;volutionnaires sans l'endurcissement de la clandestinit&#233;, ou de membres venus d'autres partis. Le m&#233;contentement croissant envers l'appareil secr&#233;taire autosuffisant, qui s'identifie au Vieux Bolch&#233;visme, pourrait avoir, &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements dans la m&#234;me direction, les cons&#233;quences les plus graves pour le maintien de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique et du leadership organisationnel des bolcheviks de la clandestinit&#233; au sein de notre parti, qui compte actuellement un demi-million de membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Un sympt&#244;me inqui&#233;tant a &#233;t&#233; la tentative du Politburo de construire un budget bas&#233; sur la vente de vodka [20] c'est-&#224;-dire de g&#233;n&#233;rer des revenus pour l'&#201;tat ouvrier ind&#233;pendamment des succ&#232;s de la construction de l'&#233;conomie. Seule une protestation d&#233;cisive au sein du Comit&#233; central et au-del&#224; de ses limites a mis fin &#224; cette tentative, qui aurait port&#233; le coup le plus cruel non seulement au travail de l'&#233;conomie, mais aussi au parti lui-m&#234;me. Cependant, l'id&#233;e de la future l&#233;galisation de la vodka n'a pas encore &#233;t&#233; rejet&#233;e par le Comit&#233; central. Il ne fait absolument aucun doute qu'il existe une connexion interne entre le caract&#232;re autosuffisant de l'organisation secr&#233;taire, de plus en plus ind&#233;pendante du parti, et la tendance &#224; cr&#233;er un budget aussi ind&#233;pendant que possible des succ&#232;s ou des &#233;checs de la construction collective du parti. La tentative de transformer une attitude n&#233;gative envers la l&#233;galisation de la vodka en un crime contre le parti et de chasser un camarade du comit&#233; de r&#233;daction du journal central pour avoir demand&#233; la libert&#233; de discuter de ce plan fatal, restera &#224; jamais l'un des moments les plus indignes de l'histoire du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. L'arm&#233;e a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre tout aussi durement touch&#233;e &#224; la fois par la direction non syst&#233;matique de l'&#233;conomie et par le r&#233;gime int&#233;rieur du parti d&#233;crit ci-dessus. Les d&#233;cisions prises par le Politburo concernant l'arm&#233;e ont toujours un caract&#232;re &#233;pisodique ou accidentel. Les questions fondamentales concernant la construction de l'arm&#233;e, sa pr&#233;paration au d&#233;ploiement militaire, n'ont jamais &#233;t&#233; examin&#233;es au Politburo, car le Politburo, surcharg&#233; de questions diverses, n'a jamais la possibilit&#233; d'examiner m&#234;me une seule question en d&#233;tail et de mani&#232;re planifi&#233;e et syst&#233;matique. Les &#233;v&#233;nements &#233;conomiques et internationaux suscitent du Politburo des d&#233;cisions absolument oppos&#233;es concernant l'arm&#233;e en un temps record. Pour ne pas entrer trop en profondeur dans la question, je soulignerai qu'au moment de l'ultimatum de Curzon [21], la question de l'augmentation de la taille de l'arm&#233;e de cent ou deux cent mille hommes a &#233;t&#233; soulev&#233;e deux fois au Politburo ; il a fallu beaucoup d'efforts pour rejeter cette proposition. En juillet, lorsque j'&#233;tais en vacances, le Pl&#233;num du Comit&#233; central a charg&#233; le Conseil militaire r&#233;volutionnaire [Revvoensoviet] d'&#233;laborer un plan de r&#233;duction de l'arm&#233;e de cinquante ou cent mille hommes. L'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral s'est attel&#233; f&#233;brilement &#224; cette t&#226;che en juillet et en ao&#251;t. Fin ao&#251;t, elle a &#233;t&#233; annul&#233;e en raison des &#233;v&#233;nements en Allemagne [22] et remplac&#233;e par une directive visant &#224; &#233;laborer un plan de renforcement de l'arm&#233;e. Chaque directive de ce genre, n&#233;cessitant une planification complexe et difficile, provoque une s&#233;rie de propositions, de directives et de questions correspondantes de la part du centre vers les districts p&#233;riph&#233;riques. Dans ces derniers, l'impression est que le Revvoensoviet ne dispose d'aucune id&#233;e directrice dans son travail. L'un des membres du comit&#233; central qui, semble-t-il, aurait d&#251; savoir d'o&#249; provient l'impulsion de ces d&#233;cisions a trouv&#233; possible de formuler cette conclusion sur la nature contradictoire des directives du Revvoensoviet, sous forme imprim&#233;e qui plus est, dans une revue militaire du district militaire ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la s&#233;lection du parti effectu&#233;e sous l'&#233;gide des institutions officielles du parti, elle porte tout autant atteinte &#224; la coh&#233;sion morale de l'arm&#233;e. Absolument le m&#234;me genre de travail syst&#233;matique qui a &#233;t&#233; men&#233; d'en haut contre, disons, l'ancien Sovnarkom ukrainien, a &#233;t&#233; effectu&#233; et est en cours contre le Revvoensoviet de la R&#233;publique. Le rythme de travail dans ce dernier cas est un peu plus lent et ses formes sont un peu plus prudentes et d&#233;guis&#233;es. Mais en essence, ici comme l&#224;, ce que l'on peut voir principalement, c'est la nomination de personnel pr&#234;t &#224; aider &#224; l'isolement des organes dirigeants de l'arm&#233;e. La duplicit&#233; est introduite d'en haut dans les relations internes de l'appareil militaire. G&#233;n&#233;ralement indirectement, mais parfois plut&#244;t ouvertement, le Revvoensoviet est oppos&#233; au parti, bien qu'il n'y ait gu&#232;re d'institution sovi&#233;tique qui applique aussi strictement la lettre et l'esprit non seulement des directives du parti, d&#233;cid&#233;es lors de ses congr&#232;s, mais &#233;galement de toutes les r&#233;solutions du Politburo ; le Revvoensoviet ne permet pas au sein de ses murs la condamnation ni m&#234;me la discussion de ces d&#233;cisions, bien que, comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, elles ne se distinguent pas toujours par leur opportunit&#233; ou leur coordination. La d&#233;marche la plus simple serait de remplacer le Revvoensoviet. Cependant, sans d&#233;cider pour le moment de prendre une telle mesure, l'Orgburo d&#233;veloppe sa politique organisationnelle dans le domaine militaire, ce qui force tout le personnel s&#233;rieux de l'arm&#233;e &#224; se demander anxieusement o&#249; cette d&#233;marche va mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. La garantie de la capacit&#233; de combat de l'arm&#233;e d&#233;pend d&#233;sormais &#224; neuf dixi&#232;mes non du d&#233;partement de la Guerre, mais de l'industrie. La nature g&#233;n&#233;ralement non syst&#233;matique de l'&#233;conomie a, cela va sans dire, un effet entier sur l'industrie qui approvisionne l'arm&#233;e. Le changement de personnel dirigeant, qui a &#233;t&#233; men&#233; ici aussi, selon le crit&#232;re de &#171; l'ind&#233;pendance &#187;, a &#233;t&#233; men&#233; avec une telle rapidit&#233; que dans la p&#233;riode extr&#234;mement responsable d'aujourd'hui, la production militaire, o&#249; le travail aurait d&#251; &#234;tre men&#233; avec une &#233;nergie d&#233;cupl&#233;e, est rest&#233;e sans r&#233;elle direction pendant pr&#232;s de trois mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de concentrer son attention sur l'industrie dans son ensemble, et en particulier sur l'industrie militaire, &#224; la derni&#232;re pl&#233;ni&#232;re, une tentative a &#233;t&#233; faite d'ajouter un groupe de membres du comit&#233; central dirig&#233; par le camarade Staline au Revvoensoviet. [23] Outre la signification interne de cette mesure, qui ne n&#233;cessite aucune explication, l'annonce m&#234;me d'un nouveau Revvoensoviet ne peut &#234;tre comprise par nos voisins que comme la transition vers une politique nouvelle, c'est-&#224;-dire agressive. Seule ma protestation, exprim&#233;e de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive, a emp&#234;ch&#233; la pl&#233;ni&#232;re de mettre imm&#233;diatement en &#339;uvre la mesure donn&#233;e. La pl&#233;ni&#232;re a mis de c&#244;t&#233; la cr&#233;ation d'un nouveau Revvoensoviet &#171; jusqu'&#224; la mobilisation &#187;. &#192; premi&#232;re vue, il semble inexplicable pourquoi nous devrions mettre en &#339;uvre une telle proposition &#224; l'avance, en la distribuant en dizaines d'exemplaires, alors qu'il est absolument inconnu quand, et dans quelles circonstances, une mobilisation sera n&#233;cessaire, si elle sera n&#233;cessaire du tout, et qui en particulier le parti peut assigner &#224; ce moment-l&#224; au travail militaire. Mais en r&#233;alit&#233;, cette directive, qui &#224; premi&#232;re vue semble si peu claire, est l'une de ces &#233;tapes pr&#233;paratoires indirectes pour atteindre le but mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment. Elles sont typiques de la pratique de la majorit&#233; au Politburo et &#224; l'Orgburo. De plus, la pl&#233;ni&#232;re a d&#233;cid&#233; d'ajouter imm&#233;diatement au Revvoensoviet un ou deux membres du Comit&#233; central &#171; dans une capacit&#233; sp&#233;ciale de surveillance de l'industrie militaire &#187;, qui n'est en aucune mani&#232;re subordonn&#233;e au Revvoensoviet et qui est rest&#233;e pendant pr&#232;s de trois mois sans leader. Sur cette base, le Politburo a ajout&#233; les camarades Lashevich et Voroshilov [24] au Revvoensoviet ; le camarade Voroshilov, nomm&#233; &#171; dans une capacit&#233; sp&#233;ciale de surveillance de l'industrie militaire &#187;, reste cependant &#224; Rostov. En essence, cette mesure, elle aussi, est pr&#233;paratoire comme mentionn&#233; ci-dessus. Ce n'est pas un hasard si, en r&#233;ponse &#224; mon reproche selon lequel les motifs r&#233;els des changements au Revvoensoviet n'ont rien en commun avec les raisons officiellement avanc&#233;es, le camarade Kou&#239;bychev [25] n'a non seulement pas ni&#233; la contradiction &#8211; et comment aurait-il pu la nier ? &#8211; mais m'a ouvertement dit : &#171; Nous estimons qu'il est n&#233;cessaire de lutter contre vous, mais nous ne pouvons pas vous d&#233;clarer ennemi ; c'est pourquoi nous sommes oblig&#233;s de recourir &#224; de telles m&#233;thodes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. La crise actuelle rapidement croissante au sein du parti ne peut &#233;videmment pas &#234;tre surmont&#233;e par des mesures r&#233;pressives, quelles que soient leur justesse ou leur injustice dans chaque cas donn&#233;. Les difficult&#233;s objectives du d&#233;veloppement sont tr&#232;s grandes. Cependant, elles ne sont pas r&#233;duites, mais augment&#233;es par le r&#233;gime int&#233;rieur du parti fondamentalement incorrect ; en d&#233;tournant l'attention des t&#226;ches cr&#233;atives vers les groupements internes du parti ; en s&#233;lectionnant artificiellement le personnel, en ignorant souvent leur situation de parti et sovi&#233;tique ; en rempla&#231;ant une direction fiable et comp&#233;tente par des commandes formelles, en comptant exclusivement sur l'ob&#233;issance passive de tous. En sapant le d&#233;veloppement &#233;conomique, ce r&#233;gime int&#233;rieur du parti a &#233;t&#233; et est la raison imm&#233;diate de la croissance du m&#233;contentement de certains, de l'apathie et de la passivit&#233; d'autres, et encore de l'abandon du travail pour d'autres. Peut-&#234;tre que le parti pourrait vivre temporairement avec le r&#233;gime int&#233;rieur oppressif actuel, s'il garantissait des succ&#232;s &#233;conomiques. Mais ce n'est pas le cas. C'est pourquoi ce r&#233;gime ne peut pas durer longtemps. Il doit &#234;tre chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Si la nature non syst&#233;matique de la politique &#233;conomique et le bureaucratisme secr&#233;taire de la politique du parti causait de l'alarme m&#234;me avant le XIIe Congr&#232;s, alors, d'un autre c&#244;t&#233;, personne, probablement, ne s'attendait &#224; ce que cette politique r&#233;v&#232;le si rapidement sa faillite. Le parti entre dans ce qui pourrait &#234;tre l'&#233;poque la plus cruciale de son histoire, portant le lourd fardeau des erreurs commises par nos organes dirigeants. L'activit&#233; du parti a &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e. Avec une grande inqui&#233;tude, le parti observe les contradictions hurlantes de notre travail &#233;conomique avec toutes ses cons&#233;quences. Peut-&#234;tre avec une inqui&#233;tude encore plus grande, le parti observe le clivage introduit artificiellement d'en haut au prix de l'impuissance des organes dirigeants du parti et du soviet. Le parti sait que les motifs officiels des nominations, des r&#233;vocations, des remplacements et des mutations ne co&#239;ncident pas toujours avec les motifs r&#233;els ou avec les int&#233;r&#234;ts de la cause. En cons&#233;quence, le parti est divis&#233;. &#192; l'occasion du sixi&#232;me anniversaire de la r&#233;volution d'Octobre et &#224; la veille de la r&#233;volution en Allemagne, le Politburo est contraint de discuter du projet de proposition selon lequel chaque membre du parti est oblig&#233; d'informer les organisations du parti et la GPU des groupements ill&#233;gaux au sein du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument clair qu'un tel r&#233;gime et un tel &#233;tat g&#233;n&#233;ral au sein du parti sont incompatibles avec les t&#226;ches qui peuvent se poser et qui, selon toutes les preuves, se poseront au parti en raison m&#234;me de la r&#233;volution allemande. Il faut mettre fin au bureaucratisme des secr&#233;taires. La d&#233;mocratie au sein du parti, au moins dans les limites n&#233;cessaires pour &#233;viter que le parti ne soit menac&#233; de stagnation et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence, doit jouir de tous les droits. La base du parti doit, dans les limites des principes du parti, expliquer ce qui ne la satisfait pas ; elle avoir la possibilit&#233; r&#233;elle, conform&#233;ment aux r&#232;glements du parti et, avant tout, dans l'esprit de notre parti tout entier, de cr&#233;er son appareil organisationnel. Il doit y avoir un regroupement des forces du parti, en fonction des exigences r&#233;elles de notre travail, principalement dans l'industrie et en particulier dans la production militaire. Sans v&#233;ritablement mettre en &#339;uvre les d&#233;cisions du XIIe Congr&#232;s concernant l'industrie, il est impossible de garantir quoi que ce soit qui approche un niveau stable des salaires des ouvriers et leur augmentation syst&#233;matique. La mani&#232;re la moins douloureuse et la plus courte de sortir de cette situation serait que le groupe dirigeant actuel reconnaisse toutes les cons&#233;quences du r&#233;gime qu'il soutient artificiellement, et d&#233;montre qu'il est sinc&#232;rement pr&#234;t &#224; aider &#224; la redirection de la vie du parti dans une direction plus saine. Dans ce cas, les m&#233;thodes et les formes organisationnelles pour changer de cap pourraient &#234;tre trouv&#233;es sans aucune difficult&#233;. Le parti respirerait plus librement. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce chemin que je propose au Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Les membres du Comit&#233; central et de la Commission de contr&#244;le central savent que, tout en luttant aussi fermement et pr&#233;cis&#233;ment que possible au sein du Comit&#233; central contre les politiques incorrectes, en particulier en ce qui concerne l'&#233;conomie et le r&#233;gime interne du parti, je me suis r&#233;solument abstenu de pr&#233;senter la lutte au sein du CC pour &#234;tre jug&#233;e m&#234;me par un cercle tr&#232;s restreint de camarades, et en particulier par ceux qui, en cas d'approche d'un cours interne du parti &#224; peu pr&#232;s correct, devront occuper des postes importants au sein du Comit&#233; central ou de la Commission de contr&#244;le central. Je dois d&#233;clarer que mes efforts dans ce sens au cours de la derni&#232;re ann&#233;e et demie [26] n'ont produit aucun r&#233;sultat. Il y a le danger que le parti puisse &#234;tre pris au d&#233;pourvu par une crise d'une extr&#234;me acuit&#233;, et dans ce cas, le parti aurait le droit d'accuser tous ceux qui ont vu le danger, mais ne l'ont pas ouvertement nomm&#233;, de prioriser la forme au contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la situation qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, je consid&#232;re que c'est non seulement mon droit, mais mon devoir, de dire ce qui est &#224; chaque membre du parti que je consid&#232;re comme suffisamment pr&#233;par&#233;, mature, ma&#238;tre de lui-m&#234;me et, par cons&#233;quent, capable d'aider le parti &#224; sortir de l'impasse sans secousses ni convulsions entre factions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 octobre 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La lettre de L.D. Trotsky a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e dans le contexte de 1) la crise &#233;conomique croissante dans notre pays, qui mena&#231;ait de rompre la &#171; smychka &#187; [alliance] entre les travailleurs et les paysans ; 2) la bureaucratisation croissante de l'appareil du parti ; et 3) l'activation perceptible de la pr&#233;tendue &#171; tro&#239;ka &#187; dirigeante (G.E. Zinoviev, L.B. Kamenev et I.V. Staline), qui visait &#224; discr&#233;diter et &#224; isoler politiquement L. D. Trotsky. Le pr&#233;texte pour r&#233;diger la lettre &#233;tait la d&#233;cision du Pl&#233;num du CC de septembre (1923) de changer la composition du Conseil militaire r&#233;volutionnaire de la R&#233;publique (Revvoensovet) et d'y introduire six membres du Comit&#233; central du parti. La lettre n'avait jamais &#233;t&#233; publi&#233;e int&#233;gralement avant sa publication en mai 1990 dans Izvestiia TsK KPSS. Divers extraits de celle-ci sont apparus pour la premi&#232;re fois dans le journal Sotsialisticheskii vestnik [Le H&#233;raut socialiste] (Berlin) n&#176; 11 (81) du 24 mai 1924, pp. 9-10, et dans la presse sovi&#233;tique, dans le journal Molodoi kommunist [Jeune communiste], 1989, n&#176; 8, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il s'agit de la commission compos&#233;e de F. E. Dzerjinski, G. E. Zinoviev, V. M. Molotov, A. I. Rykov, I. V. Staline et M.P. Tomsky, form&#233;e pour analyser la situation &#233;conomique et interne du parti, selon une r&#233;solution du Politburo du CC en date du 18 septembre 1923. Trotsky a &#233;t&#233; nomm&#233; membre de la commission au d&#233;but du mois de novembre, mais contraint de se retirer de celle-ci le 14 novembre, n'ayant pas pu assister &#224; aucune de ses sessions en raison de probl&#232;mes de sant&#233; et d'une surcharge de travail dans d'autres commissions. Dans sa lettre expliquant son retrait de la commission, il a not&#233; que celle-ci avait souvent &#233;t&#233; convoqu&#233;e &#224; court terme, ce qui rendait sa participation &#171; physiquement impossible &#187;. L'obligation de participer activement aux s&#233;ances avait pr&#233;c&#233;demment &#233;t&#233; impos&#233;e aux membres de la commission par le Politburo. Rossiiskii Gosudarstvennyi Arkhiv Sotsial'no-politicheskoi istorii (RGASPI), f. 17, op. 171, delo 33, list 142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Il s'agit de &#171; La V&#233;rit&#233; des Travailleurs &#187; et du &#171; Groupe des Travailleurs du RCP &#187;. &#171; La V&#233;rit&#233; des Travailleurs &#187; (Groupe Central &#171; La V&#233;rit&#233; des Travailleurs &#187;) &#233;tait un groupe ill&#233;gal au sein du RCP (b) form&#233; au printemps 1921. Ses membres estimaient qu'avec le passage &#224; la NEP, le RCP (b) &#171; perdait de mani&#232;re de plus en plus irr&#233;versible ses liens et son contact avec le prol&#233;tariat &#187;. &#171; La V&#233;rit&#233; des Travailleurs &#187; avait pour objectif d'introduire une clart&#233; de classe au sein du prol&#233;tariat. Dans certaines de ses publications ill&#233;gales, elle s'est fix&#233; pour objectif de former un nouveau parti ouvrier. Le &#171; Groupe des Travailleurs du RCP &#187; a &#233;t&#233; form&#233; au printemps et &#224; l'&#233;t&#233; 1923 par G. Myasnikov et N. Kuznetsov, membres de l'ancienne &#171; opposition ouvri&#232;re &#187; expuls&#233;s du parti. Il a &#233;t&#233; rejoint par plusieurs vieux bolcheviks qui ne se sont pas soumis aux d&#233;cisions du Xe et du XIe Congr&#232;s du RCP (b) concernant l'inadmissibilit&#233; des regroupements internes du parti. Le Pl&#233;num de septembre (1923) du CC RCP (b) a d&#233;clar&#233; que &#171; La V&#233;rit&#233; des Travailleurs &#187; et le &#171; Groupe des Travailleurs du RCP &#187; menaient &#171; un travail anticommuniste et antisovi&#233;tique &#187; et a d&#233;clar&#233; que leur participation &#233;tait incompatible avec l'appartenance au RCP (b). Par r&#233;solution de la Commission de Contr&#244;le central en d&#233;cembre 1923, les participants actifs de ces groupes ont &#233;t&#233; exclus du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le XIIe Congr&#232;s du RCP (b) s'est tenu &#224; Moscou du 17 au 25 avril 1923. Lorsqu'il fait r&#233;f&#233;rence aux &#171; m&#233;thodes et moyens &#187; avec lesquels le congr&#232;s a &#233;t&#233; convoqu&#233;, L. D. Trotsky fait allusion au fait qu'&#224; la veille du congr&#232;s, lors de nombreuses conf&#233;rences provinciales du parti, les d&#233;l&#233;gu&#233;s au congr&#232;s ont &#233;t&#233; &#233;lus sans candidats suppl&#233;ants, sur recommandation des secr&#233;taires des comit&#233;s provinciaux, lesquels, &#224; leur tour, depuis l'&#233;t&#233; 1922, avaient &#233;t&#233; choisis sur recommandation du Comit&#233; central, c'est-&#224;-dire qu'ils avaient en r&#233;alit&#233; &#233;t&#233; nomm&#233;s par le Secr&#233;tariat dirig&#233; par Joseph Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Une partie des th&#232;ses de L. D. Trotsky a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans l'&#233;dition Stenograficheskii otchet 12-ogo s'ezda RKP/b v Moskve [Le compte-rendu st&#233;nographique du 12e Congr&#232;s du RCP (b)] Moscou 1968, pp. 810-815.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Pour une partie de cette correspondance, voir Ibid., pp. 816-820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cf, ibid., pp. 675-688.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ici, Trotsky fait r&#233;f&#233;rence au travail de V. I. L&#233;nine, &#171; On Giving Legislative Functions to Gosplan &#187; (cf. L&#233;nine, V. I. Complete Collected Works, vol. 45, pp. 349-353), publi&#233; pour la premi&#232;re fois en URSS en 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Alexe&#239; I. Rykov (1881-1938), membre du parti depuis 1898, en 1923 membre du Politburo du CC, pr&#233;sident du Soviet supr&#234;me de l'&#233;conomie populaire, vice-pr&#233;sident du Soviet des commissaires du peuple et du Soviet du travail et de la d&#233;fense. En 1917 et apr&#232;s, il fut l'un des repr&#233;sentants les plus &#233;minents de l'aile droite de la direction bolchevique. Iouri (Grigori) L. Piatakov (1890-1937), membre du parti depuis 1910, en 1923 vice-pr&#233;sident de Gosplan et du Soviet supr&#234;me de l'&#233;conomie populaire. Il devint l'un des dirigeants de l'Opposition de Gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Stenograficheskii otchet 12-ogo s'ezda RKP/b v Moskve, pp. 327-328.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Trotsky fait r&#233;f&#233;rence au Pl&#233;num de septembre (1923) du Comit&#233; central du RCP (b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Stenograficheskii otchet 12-ogo s'ezda RKP/b v Moskve, pp. 680-681.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; La paire de ciseaux des prix &#187; d&#233;signait l'&#233;cart croissant entre les prix des biens industriels et agricoles. Au d&#233;but d'octobre 1923, l'indice des prix de d&#233;tail par rapport aux prix de 1913 s'&#233;levait respectivement &#224; 187 et 58 (source : &#171; Ekonomicheskaia zhizn', &#187; 11 octobre 1923).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Stenograficheskii otchet 12-ogo s'ezda RKP/b v Moskve, p. 673.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cf, ibid., pp. 68, 200-201 ; voir aussi la note 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Trotsky fait r&#233;f&#233;rence au Secr&#233;tariat du Comit&#233; central, dirig&#233; par Joseph Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Trotsky fait r&#233;f&#233;rence &#224; la destitution du pr&#233;sident du Sovnarkom (Conseil des commissaires du peuple) de l'Ukraine, C. G. Rakovsky &#8212; l'un de ses plus proches camarades de pens&#233;e et futur leader de l'Opposition de Gauche &#8212; et au remplacement de nombreux responsables sovi&#233;tiques apr&#232;s le Pl&#233;num de juin (1923) du Comit&#233; central du Parti communiste ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le Xe Congr&#232;s du RCP (b) s'est tenu &#224; Moscou du 8 au 16 mars 1921. Lors de ce congr&#232;s, entre autres choses, une r&#233;solution a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#171; Sur les questions de la construction du parti &#187;, qui parlait de la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;mocratisation de la vie interne du parti (cf. Stenograficheskii otchet desiatogo s'ezda RKP [b] [Le compte rendu st&#233;nographique du dixi&#232;me congr&#232;s du RCP [b]] Moscou 1963, pp. 559-571).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Stenograficheskii otchet 12-ogo s'ezda RKP/b v Moskve, pp. 705-706.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Lors du Pl&#233;num de juin 1923 du Comit&#233; central du RCP (b), il a &#233;t&#233; discut&#233; de la question de l'introduction d'un monopole d'&#201;tat sur la vente de la vodka. Dans ses lettres de l'&#233;poque, et notamment dans une lettre adress&#233;e au Comit&#233; central et &#224; la Commission de contr&#244;le central du RCP (b) le 29 juin, Trotsky a protest&#233; cat&#233;goriquement contre cette mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le m&#233;morandum du ministre des Affaires &#233;trang&#232;res britannique, G. Curzon, du 8 mai 1923 s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre une tentative infructueuse d'exercer une pression sur le gouvernement sovi&#233;tique. L'incident a provoqu&#233; une d&#233;t&#233;rioration de courte dur&#233;e des relations entre l'Union sovi&#233;tique et la Grande-Bretagne, qui s'est rapidement dissip&#233;e en quelques semaines et a contribu&#233; au renforcement de la position internationale de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Il s'agit des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires en Allemagne qui ont commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper &#224; l'&#233;t&#233; 1923. Voir aussi : Peter Schwarz, &#171; The German October : The Missed Revolution of 1923 &#187; (L'Octobre allemand : la r&#233;volution manqu&#233;e de 1923). &lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/en/articles/2008/10/1923-o30.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/en/articles/2008/10/1923-o30.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Il s'agit d'une r&#233;solution du Pl&#233;num de septembre du Comit&#233; central visant &#224; introduire au sein du Revvoensoviet de la R&#233;publique plusieurs membres du Comit&#233; central, et &#224; cr&#233;er sous la pr&#233;sidence du RVS un organe ex&#233;cutif, dont les membres, il &#233;tait propos&#233;, comprendraient S.S. Kamenev, G.L. Pyatakov, E.M. Sklyansky, M.M. Lashevich, I.V. Staline et d'autres (cf. RGASPI, f. 17, op. 2, delo 103, listy 2-3 ; f.17, op. 3, delo 384, list 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Mikha&#239;l M. Lashevich (1884-1928) &#8212; membre du parti depuis 1901. En 1922-25, pr&#233;sident du Comit&#233; r&#233;volutionnaire de Sib&#233;rie, &#224; partir de novembre 1925, membre du Revvoensoviet de l'URSS. En 1918-19 et en 1923-25, membre du Comit&#233; central du parti. Kliment E. Vorochilov (1881-1969) est membre du parti depuis 1903. En 1921-24, membre du Bureau du Sud-Est du Comit&#233; central du RCP (b), commandant les troupes du district militaire du Caucase du Nord. &#192; partir de 1924, commandant des troupes du district militaire de Moscou, membre du Revvoensoviet de l'URSS. Membre du Comit&#233; central depuis 1921. Vorochilov est l'un des alli&#233;s les plus proches de Staline depuis la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Valerian V. Kuybyshev (1888-1935), membre du parti depuis 1904. En 1922-23, secr&#233;taire du Comit&#233; central du RCP (b). &#192; partir de 1923, pr&#233;sident de la Commission centrale de contr&#244;le et commissaire du peuple &#224; l'Inspection des travailleurs et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Trotsky fait r&#233;f&#233;rence &#224; la p&#233;riode commen&#231;ant au printemps 1922, lorsque Staline a assum&#233; le poste de Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; central du RCP (b).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution...</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Les probl&#232;mes de la guerre civile &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les probl&#232;mes de la guerre civile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les r&#233;formistes se figuraient que pour l'Europe occidentale ce r&#244;le &#233;tait termin&#233;. Mais la guerre imp&#233;rialiste remit la guerre civile &#224; l'ordre du jour. Cela, nous le savons et le comprenons. Nous l'avons inclus dans notre programme. Cependant, nous manquons presque compl&#232;tement d'une conception scientifique de la guerre civile, de ses phases, de ses aspects et de ses m&#233;thodes. Nous constatons m&#234;me de formidables lacunes dans la simple description des &#233;v&#233;nements qui se sont succ&#233;d&#233; dans ce domaine au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Il m'est arriv&#233; r&#233;cemment de faire remarquer que nous consacrons beaucoup de temps et d'efforts &#224; l'&#233;tude de la Commune de Paris, mais que nous n&#233;gligeons tout &#224; fait la lutte du prol&#233;tariat allemand, riche pourtant en exp&#233;riences de guerre civile, et que nous ignorons quasi-compl&#232;tement les le&#231;ons de l'insurrection bulgare de septembre 1923. Mais le plus surprenant est qu'il semble bien qu'on ait, depuis longtemps, rel&#233;gu&#233; aux archives l'exp&#233;rience de la R&#233;volution d'Octobre. Et pourtant, dans la R&#233;volution d'Octobre, il est bien des choses dont peuvent tirer profit jusqu'aux tacticiens militaires, car il n'est pas douteux que la prochaine guerre, dans une mesure infiniment plus large que jusqu'ici, se combinera avec diverses formes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare de septembre 1923 offrent &#233;galement un int&#233;r&#234;t puissant. Nous avons &#224; notre disposition les moyens n&#233;cessaires, puisque tant de camarades bulgares ayant pris part &#224; l'insurrection r&#233;sident maintenant en Russie, de nous livrer &#224; une &#233;tude s&#233;rieuse de ces &#233;v&#233;nements. Il est d'ailleurs facile de s'en faire une id&#233;e d'ensemble. Le pays qui fut le th&#233;&#226;tre de l'insurrection n'est pas plus grand qu'une province russe. Et l'organisation des forces combattantes, les groupements politiques, y rev&#234;tent un caract&#232;re gouvernemental. D'autre part, pour les pays (et ils sont nombreux, la totalit&#233; des pays d'Orient, notamment) o&#249; la population paysanne pr&#233;domine, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare a une importance capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste notre t&#226;che ? A r&#233;diger un manuel pour la conduite des op&#233;rations r&#233;volutionnaires, une th&#233;orie de la r&#233;volution, ou bien un r&#232;glement de la guerre civile ? De toute fa&#231;on, au premier plan de l'ouvrage que nous avons &#224; mettre sur pied, on traitera de l'insurrection en tant que supr&#234;me phase de la r&#233;volution. Il faut r&#233;unir et coordonner les donn&#233;es de l'exp&#233;rience de la guerre civile, analyser les conditions dans lesquelles elle a lieu, &#233;tudier les fautes commises, mettre en relief les op&#233;rations les mieux r&#233;ussies, en tirer les conclusions n&#233;cessaires. Ce faisant, qu'enrichirons-nous : la science, c'est-&#224;-dire la connaissance des lois de l'&#233;volution historique, ou bien l'art militaire r&#233;volutionnaire, pris en tant qu'ensemble de r&#232;gles d'action tir&#233;es de l'exp&#233;rience ? Selon moi, enrichirons l'un et l'autre. Mais, pratiquement, nous n'aurons en vue que l'art militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Composer en quelque sorte un &#171; r&#232;glement de la guerre civile &#187; est une t&#226;che compliqu&#233;e. Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de tracer une caract&#233;ristique des conditions essentielles &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat. Ainsi, nous resterons encore dans le domaine de la politique r&#233;volutionnaire ; mais l'insurrection n'est-elle pas, apr&#232;s tout, la continuation de la politique par d'autres moyens ? L'analyse des conditions essentielles &#224; l'insurrection devra &#234;tre adapt&#233;e &#224; diff&#233;rents types de pays. D'un c&#244;t&#233;, nous avons des pays o&#249; le prol&#233;tariat constitue la majorit&#233; de la population et, d'un autre c&#244;t&#233;, des pays o&#249; le prol&#233;tariat est une infime minorit&#233; parmi la population paysanne. Entre ces deux p&#244;les, se situent les pays d'un type interm&#233;diaire. D&#232;s lors, nous devons nous baser pour notre &#233;tude sur trois types de pays ; industriels, agraires et interm&#233;diaires. De m&#234;me dans le chapitre d'introduction consacr&#233; aux postulats et conditions r&#233;volutionnaires n&#233;cessaires &#224; la prise du pouvoir, on d&#233;crira la caract&#233;ristique des particularit&#233;s de chacun de ces types de pays, au point de vue de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous envisageons l'insurrection de deux fa&#231;ons : d'abord comme une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de processus historique, comme une r&#233;fraction des lois objectives de la lutte de classes ; ensuite, d'un point de vue objectif et pratique, &#224; savoir : de quelle mani&#232;re pr&#233;parer et ex&#233;cuter l'insurrection pour en assurer le plus s&#251;rement le succ&#232;s. La guerre nous offre &#224; ce sujet une analogie frappante. Car elle est aussi le produit de certaines conditions historiques, le r&#233;sultat d'un conflit d'int&#233;r&#234;ts. En m&#234;me temps, la guerre est un art. La th&#233;orie de la guerre est une &#233;tude des forces et des moyens dont on dispose, de leur concentration et de leur emploi en vue de la victoire. De m&#234;me, l'insurrection est un art. Dans un sens strictement pratique, c'est-&#224;-dire s'approchant dans une certaine mesure des r&#232;glements militaires, on peut et on doit mettre sur pied une th&#233;orie de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, on se heurtera d'embl&#233;e &#224; toutes sortes de m&#233;prises et aux critiques de ceux qui ne manqueront pas de dire que l'id&#233;e d'&#233;crire le r&#232;glement de l'insurrection, &#224; plus forte raison celui de la guerre civile, est pure utopie bureaucratique. Il est probable que l'on dira encore que nous voulons militariser l'histoire, que le processus r&#233;volutionnaire ne se r&#233;glemente pas, que, dans chaque pays, la r&#233;volution a ses particularit&#233;s, son originalit&#233;, qu'en temps de r&#233;volution, la situation se modifie &#224; tous moments et qu'il est chim&#233;rique de vouloir fabriquer en s&#233;rie des canevas pour la conduite des r&#233;volutions ou de composer, &#224; l'instar d'un adjudant de quartier, un tas de prescriptions intangibles et d'en imposer la stricte observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si quelqu'un pr&#233;tendait &#233;tablir quelque chose de ce genre, il serait tout bonnement ridicule. Mais, au fond, l'on peut tout aussi bien en dire autant de nos r&#232;glements militaires. Toute guerre se d&#233;roule dans une situation et dans des conditions qu'on ne peut pr&#233;voir &#224; l'avance. Cependant, sans le secours de r&#232;glements r&#233;unissant les donn&#233;es de l'exp&#233;rience militaire, il est pu&#233;ril de vouloir conduire une arm&#233;e, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Le vieil adage : &#171; Ne te cramponne pas au r&#232;glement comme un aveugle &#224; un mur &#187; ne diminue nullement l'importance des r&#232;glements militaires, pas plus que la dialectique ne diminue l'importance de la logique formelle ou des r&#232;gles d'arithm&#233;tique. Il est indubitable que, dans la guerre civile, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement de plans, &#224; l'organisation, aux dispositions &#224; prendre, sont infiniment plus rares que dans les guerres entre arm&#233;es &#171; nationales &#187;. Dans la guerre civile, la politique se m&#234;le aux actions militaires plus &#233;troitement, plus intimement que dans la guerre &#171; nationale &#187;. Ainsi, il serait vain de transposer les m&#234;mes m&#233;thodes d'un domaine dans l'autre. Mais il ne s'ensuit pas qu'il est interdit de s'appuyer sur l'exp&#233;rience acquise pour en tirer les m&#233;thodes, les proc&#233;d&#233;s, les indications, les directives, les suggestions ayant une signification pr&#233;cise et de les convertir en r&#232;gles g&#233;n&#233;rales susceptibles de prendre place dans un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, au nombre de ces r&#232;gles, on mentionnera la n&#233;cessit&#233; de subordonner strictement les actions purement militaires &#224; la ligne politique g&#233;n&#233;rale, de tenir rigoureusement compte de l'ensemble de la situation et de l'&#233;tat d'esprit des masses. Dans tous les cas, avant de taxer d'utopie une &#339;uvre de ce genre, il est n&#233;cessaire de d&#233;cider, apr&#232;s un examen approfondi de la question, s'il existe des r&#232;gles g&#233;n&#233;rales conditionnant ou facilitant la victoire en p&#233;riode de guerre civile et en quoi elles consistent. Ce n'est qu'au cours d'un examen de ce genre que l'on pourra d&#233;finir o&#249; se terminent les indications pr&#233;cises, utiles, disciplinant le travail &#224; accomplir et o&#249; commence la fantaisie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;chons d'aborder la r&#233;volution en partant de ce point de vue. La phase supr&#234;me de la r&#233;volution c'est l'insurrection, laquelle d&#233;cide du pouvoir. L'insurrection est toujours pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode d'organisation et de pr&#233;paration sur la base d'une campagne politique d&#233;termin&#233;e. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le moment de l'insurrection est bref, mais il est un moment d&#233;cisif dans le cours de la r&#233;volution. Si la victoire est acquise, elle est suivie d'une p&#233;riode qui comprend l'affermissement de la r&#233;volution au moyen de l'&#233;crasement des derni&#232;res forces ennemies et l'organisation du nouveau pouvoir et des forces r&#233;volutionnaires charg&#233;es de la d&#233;fense de la r&#233;volution. Dans ces conditions le r&#232;glement de la guerre civile devra se composer de trois chap&#238;tres au moins : la pr&#233;paration de l'insurrection, l'insurrection et enfin l'affermissement de la victoire. Ainsi, outre l'introduction de principe dont il est question plus haut pour la caract&#233;ristique, sous la forme abr&#233;g&#233;e de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales ou sous forme de directives, des postulats et conditions r&#233;volutionnaires, notre r&#232;glement de la guerre civile devra renfermer trois chapitres englobant dans l'ordre de leur succession les trois principales &#233;tapes de la guerre civile. Telle sera l'architecture strat&#233;gique de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me strat&#233;gique que nous avons &#224; r&#233;soudre consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; combiner logiquement toutes les forces et moyens r&#233;volutionnaires en vue d'atteindre le but principal : la prise et la d&#233;fense du pouvoir. Il est &#233;vident que chaque aspect de cette strat&#233;gie de la guerre civile soul&#232;ve de multiples probl&#232;mes tactiques particuliers comme la formation de centuries d'usine, l'organisation de postes de commandement dans les villes et sur les voies ferr&#233;es, et la pr&#233;paration minutieuse des moyens de s'emparer dans les villes des points vitaux. Ces probl&#232;mes tactiques d&#233;couleront dans notre r&#232;glement de la guerre civile, les uns du deuxi&#232;me chapitre relatif &#224; l'insurrection, les autres du troisi&#232;me chapitre qui embrassera la p&#233;riode d'&#233;crasement de l'ennemi et d'affermissement du pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous adoptons un semblable plan de travail, nous aurons la possibilit&#233; d'aborder notre ouvrage de plusieurs c&#244;t&#233;s &#224; la fois. Ainsi on chargera un groupe de camarades de certaines questions tactiques se rapportant &#224; la guerre civile. D'autres groupes &#233;tabliront le plan g&#233;n&#233;ral de l'introduction de principe et ainsi de suite. En m&#234;me temps il sera n&#233;cessaire d'examiner, sous l'angle de la guerre civile, les mat&#233;riaux historiques qu'on aura r&#233;unis, car il est &#233;vident que notre intention n'est pas de forger un r&#232;glement qui serait un simple produit de l'esprit, mais un r&#232;glement inspir&#233; par l'exp&#233;rience, &#233;clair&#233; et enrichi d'une part par les th&#233;ories marxistes et, d'autre part, par les donn&#233;es de la science militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les r&#232;glements militaires ne traitent que de la m&#233;thode, en d'autres termes ils ne donnent que des directives g&#233;n&#233;rales sans les appuyer d'exemples pr&#233;cis ou d'explications d&#233;taill&#233;es. Pourrons-nous adopter la m&#234;me m&#233;thode pour &#233;noncer le r&#232;glement de la guerre civile ? Ce n'est pas certain. Il est tr&#232;s possible que nous soyons oblig&#233;s de citer, &#224; titre d'illustration, dans le r&#232;glement m&#234;me ou dans un chapitre annexe un certain nombre de faits historiques ou, tout au moins, de nous y r&#233;f&#233;rer. Ce sera peut-&#234;tre une excellente fa&#231;on d'&#233;viter un exc&#232;s de sch&#233;matisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection et la fixation du &#171; moment &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ? D'un r&#232;glement de la guerre civile ou d'un r&#232;glement de l'insurrection ? Je pense tout de m&#234;me que si l'on adopte le r&#232;glement, il s'agit avant tout d'un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains camarades, dit-on, ont &#233;lev&#233; des objections &#224; ce sujet et ont donn&#233; l'impression qu'ils confondaient la guerre civile avec la lutte de classes et l'insurrection avec la guerre civile. La v&#233;rit&#233; est que la guerre civile constitue une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la lutte de classes, lorsque celle-ci rompant les cadres de la l&#233;galit&#233; vient se placer sur le plan d'un affrontement public et dans une certaine mesure physique des forces en pr&#233;sence. Con&#231;ue de cette fa&#231;on, la guerre civile embrasse les insurrections spontan&#233;es d&#233;termin&#233;es par des causes locales, les interventions sanguinaires des hordes contre-r&#233;volutionnaires, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire, l'insurrection pour la prise du pouvoir et la p&#233;riode de liquidation des tentatives de soul&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire. Tout cela entre dans le cadre de la notion de la guerre civile, tout cela est plus large que l'insurrection et tout de m&#234;me infiniment plus &#233;troit que la notion de la lutte de classes qui passe &#224; travers toute l'histoire de l'Humanit&#233;. Si l'on parle de l'insurrection comme d'une t&#226;che &#224; r&#233;aliser, il faut en causes &#224; bon escient et non en la d&#233;formant comme on le fait couramment en la confondant avec la r&#233;volution. Nous devons lib&#233;rer les autres de cette confusion et commencer par nous en d&#233;barrasser nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection pose partout et toujours une t&#226;che pr&#233;cise &#224; r&#233;aliser. Dans ce but nous r&#233;partissons les r&#244;les, confions &#224; chacun sa mission, distribuons des armes, choisissons le moment, portons des coups et prenons le pouvoir si... on ne nous &#233;crase pas avant. L'insurrection doit se faire selon un plan con&#231;u d'avance. Elle est une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la r&#233;volution. La prise du pouvoir n'arr&#234;te pas la guerre civile, elle ne fait qu'en changer le caract&#232;re. Ainsi c'est bien d'un r&#232;glement de la guerre civile qu'il s'agit et pas seulement d'un r&#232;glement de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; fait allusion aux dangers de sch&#233;matisme. Voyons &#224; la lumi&#232;re d'un exemple en quoi ils peuvent consister. J'ai eu l'occasion d'observer fr&#233;quemment une des plus dangereuses manifestations du sch&#233;matisme dans la fa&#231;on dont nos jeunes officiers d'&#233;tat-major abordent les questions militaires de la r&#233;volution. Si nous prenons les trois &#233;tapes que nous avons distingu&#233;es dans la guerre civile, nous apercevons que le travail militaire du parti r&#233;volutionnaire rev&#234;t, dans chacune des trois p&#233;riodes, un caract&#232;re particulier. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous nous heurtons forc&#233;ment aux forces (police, arm&#233;e) de la classe dominante. Les neuf dixi&#232;mes du travail militaire du parti consistent &#224; ce moment &#224; d&#233;sagr&#233;ger l'arm&#233;e ennemie, &#224; la disloquer de l'int&#233;rieur et pour un dixi&#232;me seulement &#224; rassembler et pr&#233;parer les forces r&#233;volutionnaires. Il va de soi que les rapports arithm&#233;tiques que j'indique sont pris arbitrairement, mais ils donnent tout de m&#234;me une id&#233;e de ce que doit &#234;tre r&#233;ellement le travail militaire clandestin du parti r&#233;volutionnaire. Plus on s'approche du moment de l'insurrection, plus on doit intensifier le travail pour la formation des organisations de combat. C'est alors qu'on peut craindre certains dangers de sch&#233;matisme. Il est &#233;vident que les formations de combat &#224; l'aide desquelles le parti r&#233;volutionnaire s'appr&#234;te &#224; accomplir l'insurrection ne peuvent avoir de physionomie tr&#232;s nette, &#224; plus forte raison elles ne sauraient correspondre &#224; des unit&#233;s militaires comme la brigade, la division ou le corps d'arm&#233;e. Cela ne dispense pas ceux qui ont la charge de diriger l'insurrection d'y faire p&#233;n&#233;trer l'ordre et la m&#233;thode. Mais le plan de l'insurrection ne se b&#226;tit pas sur une direction centralis&#233;e des troupes de la r&#233;volution, mais au contraire sur la plus grande initiative de chaque d&#233;tachement auquel on aura assign&#233; d'avance avec le maximum de pr&#233;cision la t&#226;che qui lui incombe. L'insurg&#233; combat en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale en observant les m&#233;thodes de la &#171; petite guerre &#187;, c'est-&#224;-dire au moyen de d&#233;tachements de partisans ou de demi-partisans ciment&#233;s beaucoup plus par la discipline politique et par la claire conscience de l'unit&#233; du but &#224; atteindre que par n'importe quelle discipline hi&#233;rarchique. Apr&#232;s la prise du pouvoir la situation se modifie compl&#232;tement. La lutte de la r&#233;volution victorieuse pour assurer sa d&#233;fense et son d&#233;veloppement se transforme aussit&#244;t en lutte pour l'organisation de l'appareil gouvernemental centralis&#233;. Les d&#233;tachements de partisans, dont l'apparition au moment de la lutte pour la prise du pouvoir est aussi in&#233;vitable que n&#233;cessaire, peuvent &#234;tre, apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, une cause de graves dangers susceptibles d'&#233;branler l'Etat r&#233;volutionnaire en formation. C'est alors qu'on doit proc&#233;der &#224; l'organisation d'une arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fixation du moment de l'insurrection est en rapport &#233;troit avec les mesures que nous venons d'envisager. Il va de soi qu'il n'est pas question de d&#233;signer arbitrairement, par dessus les &#233;v&#233;nements, la date fixe et irr&#233;vocable de l'insurrection. Ce serait vraiment se faire une id&#233;e par trop simpliste du caract&#232;re de la r&#233;volution et de son d&#233;veloppement. Marxistes, nous devons savoir et comprendre qu'il ne suffit pas de vouloir l'insurrection pour l'accomplir. Lorsque les conditions objectives la rendent possible il faut la faire car elle ne se fait pas d'elle-m&#234;me. Et pour cela l'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire doit avoir en t&#234;te le plan de l'insurrection avant de la d&#233;clencher. Le plan de l'insurrection donnera une orientation de temps et de lieu. On tiendra compte de la fa&#231;on la plus minutieuse de tous les facteurs et &#233;l&#233;ments de l'insurrection, on aura le coup d'&#339;il juste pour d&#233;terminer leur dynamisme, pour d&#233;finir la distance que l'avant-garde r&#233;volutionnaire devra maintenir entre elle et la classe ouvri&#232;re pour ne pas s'en isoler et au m&#234;me moment on ex&#233;cutera le bond d&#233;cisif. La fixation du moment de l'insurrection est un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires de cette orientation. Il sera fix&#233; d'avance, d&#232;s que les prodromes de l'insurrection appara&#238;tront clairement. Il est certain que le terme choisi ne sera pas &#233;bruit&#233; &#224; tout venant, au contraire, on le dissimulera le plus possible &#224; l'ennemi, sans toutefois induire en erreur son propre parti et les masses qui le suivront. Le travail du parti dans tous les domaines sera subordonn&#233; au terme de l'insurrection et tout devra &#234;tre au jour fix&#233;. Si l'on s'est tromp&#233; dans ses calculs le moment de l'insurrection pourra &#234;tre report&#233;, bien que ce soit l&#224; une &#233;ventualit&#233; comportant toujours de graves inconv&#233;nients et beaucoup de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que le terme de l'insurrection est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant sans importance par beaucoup de communistes occidentaux qui ne se sont toujours pas d&#233;barrass&#233;s de leur mani&#232;re fataliste et passive d'aborder les principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution. Rosa Luxembourg en est encore le type le plus expressif et le plus talentueux. Psychologiquement on le comprend sans peine. Elle s'&#233;tait form&#233;e, pour ainsi dire, dans la lutte contre l'appareil bureaucratique de la social-d&#233;mocratie et des syndicats allemands. Inlassablement elle avait d&#233;montr&#233; que cet appareil &#233;touffait l'initiative du prol&#233;tariat. A cela elle ne voyait salut et issue que dans une irr&#233;sistible pouss&#233;e des masses balayant toutes les barri&#232;res et d&#233;fenses &#233;difi&#233;es par la bureaucratie social-d&#233;mocrate. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire d&#233;bordant toutes les rives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#233;tait devenue pour Rosa Luxembourg synonyme de r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cependant, quelle que soit sa puissance, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne r&#233;sout pas le probl&#232;me du pouvoir, elle ne fait que le poser. Pour s'emparer du pouvoir il faut, s'appuyant sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, organiser l'insurrection. Toute l'&#233;volution de Rosa Luxembourg fait penser qu'elle aurait fini par l'admettre. Mais quand elle fut arrach&#233;e &#224; la lutte, elle n'avait encore dit ni son dernier, ni son avant-dernier mot. Cependant il y avait encore r&#233;cemment dans le parti communiste allemand un tr&#232;s fort courant vers le fatalisme r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution approche, disait-on, elle apportera l'insurrection et nous donnera le pouvoir. Quant au parti, son r&#244;le est dans ce moment de faire de l'agitation r&#233;volutionnaire et d'en attendre les effets. Dans de telles conditions, poser carr&#233;ment la question du terme de l'insurrection, c'est arracher le parti &#224; la passivit&#233; et au fatalisme, c'est le mettre en face des principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution, notamment l'organisation consciente de l'insurrection pour chasser l'ennemi du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la question du moment de l'insurrection doit &#234;tre trait&#233;e dans le r&#232;glement de la guerre civile. Ainsi nous faciliterons la pr&#233;paration du parti &#224; l'insurrection ou tout au moins la pr&#233;paration de ses cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que le pas le plus difficile qu'un parti communiste aura &#224; franchir sera le passage du travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, forc&#233;ment long, &#224; la lutte directe pour la prise du pouvoir. Ce passage ne se fera pas sans provoquer des crises et des crises graves. Le seul moyen d'en affaiblir la port&#233;e et de faciliter le groupement des &#233;l&#233;ments dirigeants les plus r&#233;solus consiste &#224; amener les cadres du parti &#224; m&#233;diter et approfondir d'avance les questions d&#233;coulant de l'insurrection r&#233;volutionnaire et cela d'autant plus concr&#232;tement que les &#233;v&#233;nements seront plus proches. Sous ce rapport l'&#233;tude de la R&#233;volution d'Octobre est d'une importance unique pour les partis communistes europ&#233;ens. Malheureusement cette &#233;tude pour le moment ne se fait pas et ne se fera pas aussi longtemps qu'on n'en donnera pas les moyens. Nous-m&#234;mes n'avons ni &#233;tudi&#233; ni coordonn&#233; les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre et sp&#233;cialement les enseignements militaires r&#233;volutionnaires qui s'en d&#233;gagent. Il faudra suivre pas &#224; pas toutes les &#233;tapes de la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire qui va de mars &#224; octobre, la fa&#231;on dont s'est d&#233;roul&#233;e l'insurrection d'Octobre sur quelques-uns des points les plus typiques, puis la lutte pour l'affermissement du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui destinerons-nous le r&#232;glement de la guerre civile ? Aux ouvriers, ont r&#233;pondu certains camarades, afin que chacun d'eux sache comment se comporter. Evidemment il n'y aurait qu'&#224; se louer de ce que &#171; tout &#187; ouvrier sache ce qu'il lui appartient de faire. Mais c'est poser la question sur une trop large &#233;chelle, et partant utopique. De toute fa&#231;on ce n'est pas par ce bout qu'il faut commencer. Notre r&#232;glement doit &#234;tre destin&#233; en premier lieu aux cadres du parti, aux chefs de la r&#233;volution. Naturellement on y vulgarisera certains chapitres, certaines questions &#224; l'intention des larges milieux ouvriers, mais avant tout il s'adressera aux chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;alable nous devons pour nous-m&#234;mes rassembler notre propre exp&#233;rience et nos id&#233;es, les formuler aussi clairement que possible, les v&#233;rifier minutieusement et, autant qu'on le pourra, les syst&#233;matiser. Avant la guerre imp&#233;rialiste certains &#233;crivains militaires se plaignaient que les guerres fussent devenues trop rares pour la bonne instructions des officiers. Avec non moins de raison, l'on peut dire que la raret&#233; des r&#233;volutions entrave l'&#233;ducation des r&#233;volutionnaires. Sous ce rapport, notre g&#233;n&#233;ration n'a pas &#224; se plaindre. Nous qui en sommes avons eu le temps de faire la r&#233;volution de 1905 et de vivre assez pour prendre une part dirigeante &#224; la r&#233;volution de 1917. Mais point n'est besoin de dire que l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire quotidienne se dissipe rapidement. Et puis que de nouveaux probl&#232;mes ! Ne sommes-nous pas oblig&#233;s aujourd'hui de discuter des questions comme la fabrication de l'&#233;toffe, la construction de l'usine &#233;lectrique de Nolkoff et tant d'autres probl&#232;mes &#233;conomiques plut&#244;t que la fa&#231;on dont se fait l'insurrection. Mais qu'on se rassure, cette derni&#232;re question est loin d'&#234;tre p&#233;rim&#233;e. Plus d'une fois l'histoire demandera qu'on y r&#233;ponde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel moment doit-on commencer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe allemande de 1923 a amen&#233; l'Internationale Communiste &#224; s'occuper des m&#233;thodes d'organisations de la r&#233;volution et sp&#233;cialement de l'insurrection r&#233;volutionnaire. A ce sujet, la fixation du moment de l'insurrection a acquis une importance de principe du fait qu'il est apparu nettement que cette question est la pierre d'achoppement sur laquelle viennent buter tous les probl&#232;mes relatifs &#224; l'organisation de la r&#233;volution. La social-d&#233;mocratie a adopt&#233;, vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, l'attitude qui caract&#233;rise la bourgeoisie lib&#233;rale dans sa p&#233;riode de lutte pour le pouvoir contre la f&#233;odalit&#233; de la monarchie. La bourgeoisie lib&#233;rale sp&#233;cule sur la r&#233;volution, mais se garde bien d'en endosser la responsabilit&#233;. Au moment propice de la lutte, elle jette dans la balance sa richesse, son instruction et les autres moyens d'influence de sa classe pour faire main-basse sur le pouvoir. En 1918 la social-d&#233;mocratie allemande a jou&#233; un r&#244;le de ce genre. Au fond, elle constitue l'appareil politique qui transmit &#224; la bourgeoisie le pouvoir d&#233;chu des Hohenzollern. Une telle politique de sp&#233;culation passive est absolument incompatible avec le communisme pour autant qu'il s'assigne le but de s'emparer du pouvoir au nom et dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est une r&#233;volution de masses formidables inorganis&#233;es, dans leur ensemble. L'aveugle pouss&#233;e des masses joue dans le mouvement un r&#244;le consid&#233;rable. La victoire ne peut &#234;tre acquise que par un parti communiste qui se donne comme objectif pr&#233;cis la prise du pouvoir, qui, avec un soin minutieux m&#233;dite, forge, rassemble les moyens d'atteindre le but poursuivi et qui, s'appuyant sur l'insurrection des masses, r&#233;alise ses desseins. Par sa centralisation, sa r&#233;solution, sa fa&#231;on m&#233;thodique d'aborder l'insurrection, le parti communiste apporte au prol&#233;tariat dans la lutte pour le pouvoir les avantages que la bourgeoisie porte en elle du fait m&#234;me de sa position &#233;conomique. Sous ce rapport, la question du moment de l'insurrection n'est pas un simple d&#233;tail technique, elle d&#233;montre au contraire de la fa&#231;on la plus nette et la plus pr&#233;cise dans quelle mesure on s'est pr&#233;par&#233; &#224; aborder l'insurrection avec toutes les r&#232;gles de l'art militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'on ne peut baser ses calculs, quand il s'agit de fixer le moment de l'insurrection, sur l'exp&#233;rience purement militaire. Disposant de forces arm&#233;es suffisantes, un Etat peut, &#224; son gr&#233;, d&#233;clencher la guerre. D'autre part, pendant la guerre c'est le haut commandement qui d&#233;cide de l'offensive apr&#232;s avoir pes&#233; toutes les donn&#233;es de la situation. Mais il est tout de m&#234;me plus facile d'analyser une situation militaire qu'une situation r&#233;volutionnaire. Le commandement militaire a affaire &#224; des unit&#233;s combattantes organis&#233;es dont la liaison entre elles a &#233;t&#233; soigneusement &#233;tudi&#233;e et combin&#233;e &#224; l'avance gr&#226;ce &#224; quoi le commandement tient, pour ainsi dire, ses arm&#233;es dans la main. Il est &#233;vident qu'il n'en saurait &#234;tre de m&#234;me dans la r&#233;volution. Les formations de combat n'y sont pas s&#233;par&#233;es des masses ouvri&#232;res, elles ne peuvent m&#234;me accro&#238;tre la violence du choc qu'elles doivent donner qu'en liaison avec le mouvement offensif des masses. D&#232;s lors, il incombe au commandement r&#233;volutionnaire de saisir le rythme du mouvement pour fixer &#224; coup s&#251;r le moment o&#249; doit avoir lieu l'offensive d&#233;cisive. Comme on le voit, la fixation du terme de l'insurrection pose un probl&#232;me difficile. Il peut se faire aussi que la situation soit d'une nettet&#233; telle que la direction du parti n'ait plus aucun doute sur l'opportunit&#233; de l'action. Mais si une telle appr&#233;ciation de la situation se produit 24 heures avant le moment d&#233;cisif, le signal est susceptible d'arriver trop tard, le parti, saisi &#224; l'improviste, est mis par cons&#233;quent dans l'impossibilit&#233; de diriger le mouvement qui, dans ce cas, peut se terminer par la d&#233;faite. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir autant que possible &#224; l'avance l'approche du moment d&#233;cisif ou, en d'autres termes, de fixer le terme de l'insurrection en se basant sur la marche g&#233;n&#233;rale du mouvement et sur l'ensemble de la situation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, le terme fix&#233; tombe dans un mois ou deux, le Comit&#233; Central ou la Direction du Parti profite de ce d&#233;lai pour amener le parti &#224; pied d'&#339;uvre en l'initiant &#224; toutes les questions qui se posent, au moyen d'une propagande accrue, d'une pr&#233;paration et d'une organisation appropri&#233;es, et d'un choix judicieux des &#233;l&#233;ments les plus combatifs pour l'ex&#233;cution des missions d&#233;termin&#233;es. Il va sans dire qu'un terme qui aura &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; un mois, deux mois et &#224; plus forte raison trois ou quatre mois &#224; l'avance, ne saurait &#234;tre irr&#233;vocable, mais la tactique doit consister &#224; v&#233;rifier tout au long du d&#233;lai fix&#233; si le choix du moment a &#233;t&#233; juste. Voyons un exemple : les postulats politiques indispensables au succ&#232;s de l'insurrection r&#233;sident dans l'&#233;branlement de la machine gouvernementale et dans l'appui que donne &#224; l'avant-garde r&#233;volutionnaire la majorit&#233; des travailleurs des principaux centres et r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que les choses n'en soient pas encore arriv&#233;es l&#224;, mais qu'elles en sont proches. Les forces du parti r&#233;volutionnaire croissent rapidement, mais il est malais&#233; de constater s'il a derri&#232;re lui une majorit&#233; suffisante de travailleurs. Entre temps, la situation devenant de plus en plus grave, la question de l'insurrection se pose pratiquement. Que doit faire la Direction du parti ? Elle peut, par exemple, raisonner de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Du moment qu'au cours des derni&#232;res semaines l'influence du parti a grandi rapidement, il est permis de croire que dans tels ou tels des principaux centres du pays la majorit&#233; des ouvriers est sur le point de nous suivre. Dans ces conditions, concentrons sur ces points d&#233;cisifs les meilleures forces du parti et calculons qu'il nous faudra environ un mois pour gagner la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Du moment que la plupart des principaux centres du pays sont avec nous, nous pouvons appeler les travailleurs &#224; constituer des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, &#224; condition bien entendu que se poursuive la d&#233;sorganisation de l'appareil gouvernemental. Calculons que la constitution des Soviets dans les principaux centres et r&#233;gions du pays exige encore deux semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Du moment que dans les principales agglom&#233;rations et r&#233;gions du pays les Soviets sont en voie d'organisation sous la direction du parti, il s'ensuit naturellement que la convocation d'un Congr&#232;s national des Soviets s'impose. Mais avant qu'il ne se tienne, trois ou quatre semaines peuvent s'&#233;couler. Or, c'est l'&#233;vidence m&#234;me que dans une situation pareille le Congr&#232;s des Soviets ne peut, &#224; moins de s'exposer &#224; la r&#233;pression, que consacrer la prise du pouvoir. Autrement dit, le pouvoir de fait doit &#234;tre dans les mains du prol&#233;tariat au moment de la r&#233;union du Congr&#232;s. Ainsi deux mois &#224; deux mois et demi sont le d&#233;lai qu'on s'assignera pour pr&#233;parer l'insurrection. Ce laps de temps d&#233;coulant de l'analyse g&#233;n&#233;rale qu'on aura faite de la situation politique et de son d&#233;veloppement ult&#233;rieur, d&#233;finit le caract&#232;re et l'allure qu'on doit donner au travail militaire r&#233;volutionnaire en vue de la d&#233;sorganisation de l'arm&#233;e bourgeoise, de la mainmise sur les r&#233;seaux de chemin de fer, de la formation et de l'armement de d&#233;tachements d'ouvriers et ainsi de suite. Nous assignons au commandant clandestin de la ville &#224; conqu&#233;rir une t&#226;che bien d&#233;finie : prise de telle et telle mesure pendant les quatre premi&#232;res semaines, mise au point de chaque disposition et intensification des pr&#233;paratifs au cours des deux semaines suivantes de sorte que, dans les quinze jours qui suivent, tout soit pr&#234;t pour l'action. De cette fa&#231;on, par la r&#233;alisation de t&#226;ches &#224; caract&#232;re limit&#233; mais nettement d&#233;fini, le travail militaire r&#233;volutionnaire est ex&#233;cut&#233; dans les limites du d&#233;lai fix&#233;. Ainsi on &#233;vitera de tomber dans le d&#233;sordre et la passivit&#233; qui peuvent &#234;tre fatales et l'on obtiendra, par contre, la fusion n&#233;cessaire des efforts de m&#234;me que plus de r&#233;solutions chez tous les chefs du mouvement. Au moment, le travail politique doit &#234;tre pouss&#233; &#224; fond. La r&#233;volution suit son cours logique. Un mois apr&#232;s nous sommes d&#233;j&#224; en mesure de v&#233;rifier si le parti a r&#233;ussi r&#233;ellement &#224; gagner la majorit&#233; des ouvriers dans les principaux centres industriels du pays. Cette v&#233;rification peut &#234;tre faite au moyen d'un r&#233;f&#233;rendum quelconque, par une action des syndicats, par des manifestations dans la rue, de toute fa&#231;on par une combinaison de tous ces moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous acqu&#233;rons la certitude que la premi&#232;re &#233;tape que nous nous &#233;tions trac&#233;e a &#233;t&#233; franchie comme nous l'avions pr&#233;vu, le terme fix&#233; pour l'insurrection en est singuli&#232;rement renforc&#233;. En revanche, s'il s'av&#232;re que quelle que soit la croissance de notre influence au cours du mois &#233;coul&#233;, nous n'avons toujours pas la majorit&#233; des ouvriers derri&#232;re nous, il est prudent d'ajourner le moment de l'insurrection. Dans le m&#234;me temps nous aurons maintes occasions de v&#233;rifier jusqu'&#224; quel point la classe dirigeante a perdu la t&#234;te, jusqu'&#224; quel degr&#233; l'arm&#233;e est, d&#233;mobilis&#233;e et l'appareil affaibli. Au moyen de ces constatations on se rendra compte de la nature des fuites qui auront pu se produire dans notre travail clandestin de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire. L'organisation des Soviets sera par la suite un moyen &#233;ventuel de v&#233;rifier les rapports de forces et, partant, d'&#233;tablir si les conditions sont propres au d&#233;clenchement de l'insurrection. Evidemment il ne sera pas toujours possible, en tous temps et en tous lieux, de constituer les Soviets avant l'insurrection. Il faut m&#234;me s'attendre &#224; ce que les Soviets ne puissent &#234;tre organis&#233;s qu'au cours de l'action. Mais partout o&#249;, sous la direction du parti communiste, l'on aura la possibilit&#233; de les organiser avant le renversement du r&#233;gime bourgeois, ils appara&#238;tront comme le pr&#233;lude de l'insurrection prochaine. Et le terme n'en sera que plus facile &#224; fixer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central du parti v&#233;rifiera le travail de son organisation militaire, il se rendra compte des r&#233;sultats obtenus dans chaque branche et dans la mesure o&#249; la situation politique l'exigera il donnera &#224; ce travail l'impulsion n&#233;cessaire. Il faut s'attendre &#224; ce que l'organisation militaire, se basant non pas sur l'analyse g&#233;n&#233;rale de la situation et sur le rapport des forces en pr&#233;sence mais sur l'appr&#233;ciation des r&#233;sultats qu'elle aura obtenus dans le domaine de son action pr&#233;paratoire, se consid&#233;rera toujours comme insuffisamment pr&#234;te. Mais il va de soi que ce qui d&#233;cide dans ces moments-l&#224;, c'est l'appr&#233;ciation qu'on se fait de la situation et du rapport des forces respectives, notamment des troupes de choc de l'ennemi et des n&#244;tres. De cette fa&#231;on un terme qui aura &#233;t&#233; fix&#233; deux, trois ou quatre mois &#224; l'avance, pourra avoir un effet sans &#233;gal sur l'organisation de l'insurrection, si m&#234;me on devait &#234;tre contraint par la suite de l'avancer ou de la retarder de quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'exemple qui pr&#233;c&#232;de est purement hypoth&#233;tique, mais il est une excellente illustration de l'id&#233;e qu'on doit se faire de la pr&#233;paration de l'insurrection. Il ne s'agit pas de jouer aveugl&#233;ment avec des dates, mais de d&#233;terminer le moment de l'insurrection en se basant sur la marche m&#234;me des &#233;v&#233;nements, d'en v&#233;rifier la justesse au cours des &#233;tapes successives du mouvement et d'en fixer le terme auquel tout le travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire devra &#234;tre subordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te que sous ce rapport on doit &#233;tudier de la fa&#231;on la plus attentive les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre, de l'unique r&#233;volution que jusqu'ici le prol&#233;tariat ait faite victorieusement. Il faut composer, du point de vue strat&#233;gique et tactique, un calendrier d'Octobre. Il faut exposer comment les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s vague apr&#232;s vague, quelles en ont &#233;t&#233; les r&#233;percussions dans le parti, dans les Soviets, au sein du Comit&#233; Central et dans l'organisation militaire du parti. Quel fut le sens des h&#233;sitations qui se produisirent dans le parti ? De quel poids pes&#232;rent-elles sur l'ensemble des &#233;v&#233;nements ? Quel fut le r&#244;le de l'organisation militaire ? Voil&#224; un travail d'une importance inappr&#233;ciable. Le remettre &#224; plus tard serait commettre une faute impardonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme avant la temp&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore une question d'une valeur consid&#233;rable pour l'intelligibilit&#233; du d&#233;veloppement de la guerre civile qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, devra &#234;tre trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement. Celui qui s'est tenu au courant des discussions qui ont suivi les &#233;v&#233;nements d'Allemagne de 1923 a remarqu&#233; &#224; coup s&#251;r l'explication qu'on a donn&#233;e de la d&#233;faite. &#171; La principale cause de la d&#233;faite, a-t-on dit, est qu'au moment d&#233;cisif le prol&#233;tariat allemand manqua totalement d'esprit combatif ; les masses ne voulurent pas se battre, la meilleure preuve est qu'elles ne r&#233;agirent nullement devant l'offensive fasciste ; or en pr&#233;sence de l'attitude des masses, que pouvait faire le parti ?.. &#187; Tel a &#233;t&#233; le son de cloche de nos camarades Brandler [1] , Talheimer [2] et autres. Au premier abord l'argument para&#238;t irr&#233;futable. Cependant le &#171; moment d&#233;cisif &#187; de 1923 ne s'est pas form&#233; du jour au lendemain. Il fut le r&#233;sultat de toute la pr&#233;c&#233;dente p&#233;riode de luttes dont la violence alla constamment en s'aggravant. L'ann&#233;e 1923 est marqu&#233;e d'un bout &#224; l'autre par les batailles que le prol&#233;tariat allemand eut &#224; soutenir. Or, comment se fait-il qu'&#224; la veille de son Octobre la classe ouvri&#232;re allemande ait perdu tout &#224; coup sa combativit&#233; ? On ne se l'explique pas. Aussi bien on ne peut s'emp&#234;cher de se demander s'il est exact que les ouvriers allemands n'aient pas voulu se battre. Cette question nous ram&#232;ne &#224; notre propre exp&#233;rience d'Octobre. Si l'on relit les journaux, ne f&#251;t-ce que ceux de notre parti, de la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da la R&#233;volution d'Octobre, nous voyons les camarades qui combattaient l'id&#233;e de l'insurrection arguer pr&#233;cis&#233;ment du peu d'empressement des masses ouvri&#232;res russes pour la bataille. Aujourd'hui cela peut para&#238;tre &#224; peine croyable, pourtant tel &#233;tait le principal argument qu'ils invoquaient. Ainsi, nous nous trouvions dans une situation analogue : durant toute l'ann&#233;e 1917 le prol&#233;tariat russe avait &#233;t&#233; sur la br&#232;che, cependant lorsque la question de la prise du pouvoir se posa des voix s'&#233;lev&#232;rent pour affirmer que les masses ouvri&#232;res ne voulaient pas se battre. Et effectivement, &#224; la veille d'Octobre le mouvement s'&#233;tait quelque peu ralenti. Est-ce effet du hasard ? Ou plut&#244;t faut-il y voir une certaine &#171; loi &#187; historique ? Selon moi il n'est pas douteux qu'un ph&#233;nom&#232;ne de ce genre doit avoir certaines causes g&#233;n&#233;rales. Dans la nature ce ph&#233;nom&#232;ne s'appelle : le calme avant la temp&#234;te. Je suis bien pr&#232;s de croire qu'au moment de la r&#233;volution ce ph&#233;nom&#232;ne n'a pas d'autre sens. Au cours d'une p&#233;riode donn&#233;e la combativit&#233; du prol&#233;tariat s'accro&#238;t, elle prend les formes les plus diverses : gr&#232;ves, manifestations, collisions avec la police. A ce moment les masses commencent &#224; prendre conscience de leur force. L'ampleur croissante du mouvement suffit d&#233;j&#224; &#224; leur donner une satisfaction politique. Toute manifestation nouvelle, tout succ&#232;s dans le domaine politique et &#233;conomique accroissent leur enthousiasme. Mais cette p&#233;riode s'&#233;puise vite. L'exp&#233;rience des masses grandit en m&#234;me temps que leur organisation se d&#233;veloppe. Dans le camp oppos&#233; l'ennemi montre aussi qu'il n'est pas d&#233;cid&#233; &#224; c&#233;der la place sans combat. Il en r&#233;sulte que l'&#233;tat d'esprit r&#233;volutionnaire des masses se fait plus critique, plus profond, plus angoissant. Les masses cherchent, surtout si elles ont constat&#233; des fautes et subi des revers, une direction s&#251;re, elles veulent avoir la certitude qu'on va se battre et qu'on saura les conduire et que dans la bataille d&#233;cisive elles peuvent escompter la victoire. Or, c'est ce passage de l'optimisme quasi-aveugle &#224; une conscience plus nette des difficult&#233;s &#224; surmonter qui engendre ce temps d'arr&#234;t r&#233;volutionnaire qui correspond dans une certaine mesure &#224; une crise dans l'&#233;tat des masses. A condition que le reste de la situation s'y pr&#234;te, cette crise ne peut &#234;tre dissip&#233;e que par le parti politique et surtout par l'impression qu'il donne d'&#234;tre v&#233;ritablement d&#233;cid&#233; &#224; prendre la direction de l'insurrection. Entre temps la grandeur du but &#224; atteindre (il y va de la prise du pouvoir) suscite d'in&#233;vitables h&#233;sitations jusque dans le parti, sp&#233;cialement dans ses milieux dirigeants sur qui se concentrera tout &#224; l'heure la responsabilit&#233; du mouvement. Ainsi, recueillement des masses avant la bataille et h&#233;sitations des chefs sont deux ph&#233;nom&#232;nes qui, bien que loin d'&#234;tre &#233;quivalents, n'en sont pas moins simultan&#233;s. C'est pourquoi on entend dire que les masses ne cherchent pas la bataille, que leurs dispositions sont au contraire plut&#244;t passives et que dans ces conditions c'est aller au devant d'une aventure que de les pousser &#224; l'insurrection. Il va de soi que lorsqu'un &#233;tat d'esprit pareil prend le dessus, la r&#233;volution ne peut qu'&#234;tre vaincue. Et apr&#232;s la d&#233;faite, provoqu&#233;e par le parti lui-m&#234;me, rien n'emp&#234;che plus de raconter &#224; tout venant que l'insurrection &#233;tait impossible pour la raison que les masses ne la voulaient pas. Cette question doit &#234;tre examin&#233;e &#224; fond. En s'appuyant sur l'exp&#233;rience acquise, il faut apprendre &#224; saisir le moment o&#249; le prol&#233;tariat se dit &#224; lui-m&#234;me ; &#171; Il n'y a plus rien &#224; attendre des gr&#232;ves, des manifestations et autres protestations. Il s'agit maintenant de se battre. J'y suis pr&#234;t parce qu'il n'y a pas d'autre issue &#224; la situation, mais puisqu'il s'agit de bataille il faut la livrer avec l'appoint de toutes nos forces et sous une direction s&#251;re... &#187; A ce moment la situation atteint une gravit&#233; extr&#234;me. C'est le d&#233;s&#233;quilibre le plus complet : une boule sur le sommet d'un c&#244;ne. Le moindre choc peut la faire tomber d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. En Russie, gr&#226;ce &#224; la fermet&#233; et &#224; la r&#233;solution de la Direction du parti, la boule a suivi la ligne qui menait &#224; la victoire. En Allemagne, la politique du parti a chass&#233; la boule dans le sens de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et l'action militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel caract&#232;re, un caract&#232;re politique ou un caract&#232;re militaire, donnerons-nous &#224; notre ouvrage ? Nous le ferons partir du point o&#249; la politique devient une question d'action militaire et sous cet angle il envisagera la politique. A premi&#232;re vue cela peut para&#238;tre une contradiction, car ce n'est pas la politique qui est au service de l'insurrection mais l'insurrection qui est au service de la politique. En r&#233;alit&#233;, rien dans cela ne se contredit. L'insurrection dans son ensemble sert &#233;videmment les buts principaux de la politique prol&#233;tarienne. Seulement lorsque l'insurrection est d&#233;clench&#233;e, c'est la politique du moment qui, tout enti&#232;re, doit lui &#234;tre subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la politique &#224; l'action militaire et la conjonction de ces deux alternatives cr&#233;ent g&#233;n&#233;ralement de grandes difficult&#233;s. Nous savons tous que le point de jonction est toujours le plus faible. Nous nous en sommes quelque peu rendu compte ici-m&#234;me. Un camarade a d&#233;montr&#233;, par une m&#233;thode &#224; rebours, combien il est difficile de combiner la politique et l'action militaire. Un autre camarade est venu ensuite aggraver l'erreur de son pr&#233;d&#233;cesseur. Si l'on en croit le premier de ces camarades, L&#233;nine aurait contest&#233; en 1918 l'importance de l'arm&#233;e rouge sous pr&#233;texte que de la lutte qui mettait aux prises les deux imp&#233;rialismes rivaux d&#233;coulait notre salut. D'apr&#232;s le deuxi&#232;me nous aurions jou&#233; soi-disant &#171; le r&#244;le du troisi&#232;me larron &#187;. Or jamais L&#233;nine n'a tenu et n'aurait pu tenir ce langage. Il est certain que si nous eussions eu affaire, au moment de la R&#233;volution d'Octobre &#224; une Allemagne victorieuse et que la paix e&#251;t &#233;t&#233; conclue, l'Allemagne n'e&#251;t pas manqu&#233; de nous &#233;craser quand bien m&#234;me nous eussions dispos&#233; d'une arm&#233;e de trois millions d'hommes, car ni en 1918, ni en 1919, nous n'aurions pu trouver les forces capables de se mesurer avec des arm&#233;es allemandes triomphantes. Dans ces conditions la lutte entre les deux camps imp&#233;rialistes fut notre principale ligne de protection. Mais dans les cadres de cette lutte nous aurions pu trouver la mort cent fois en 1918 nous n'avions pas eu notre embryon d'arm&#233;e rouge. Est-ce parce que l'Angleterre et la France paralysaient l'Allemagne que le probl&#232;me de Kazan a &#233;t&#233; r&#233;solu ? Si nos soldats rouges n'avaient pas d&#233;fendu Kazan, s'ils avaient ouvert la route de Moscou aux mercenaires de l'arm&#233;e blanche, on nous aurait coup&#233; la gorge et on aurait eu raison. A ce moment nous aurions eu beau jeu &#224; faire figure de &#171; troisi&#232;me larron &#187; avec... la gorge tranch&#233;e. Lorsque L&#233;nine disait : &#171; Militants qui travaillez dans l'arm&#233;e, n'exag&#233;rez pas votre importance ; vous repr&#233;sentez un facteur dans la complexit&#233; des forces, mais vous n'&#234;tes ni notre unique, ni m&#234;me notre principale force ; en r&#233;alit&#233; nous nous maintenons gr&#226;ce &#224; la guerre europ&#233;enne, qui paralyse les deux imp&#233;rialismes rivaux &#187;, il se pla&#231;ait au point de vue politique. Mais il ne s'ensuit pas qu'il contestait &#171; l'importance de l'arm&#233;e rouge &#187;. Si nous appliquons cette m&#233;thode de raisonnement aux probl&#232;mes int&#233;rieurs de la r&#233;volution, nous aboutissons &#224; des conclusions tr&#232;s curieuses. Prenons notamment la question de l'organisation des formations de combat. Un parti communiste dont l'existence est plus ou moins ill&#233;gale charge son organisation militaire clandestine de former des centuries. Qu'est-ce que repr&#233;sente au fond quelques dizaines de centuries ainsi constitu&#233;es par rapport au probl&#232;me de la prise du pouvoir ? Si l'on se place &#224; un point de vue social, historique, la question du pouvoir se d&#233;cide par la composition de la soci&#233;t&#233;, par le r&#244;le du prol&#233;tariat dans la production, par sa maturit&#233; politique, par le degr&#233; de d&#233;sorganisation de l'Etat bourgeois et ainsi de suite. En r&#233;alit&#233;, tous ces facteurs ne jouent qu'en dernier lieu, tandis que l'issue de la lutte peut d&#233;pendre directement de l'existence de ces quelques dizaines de centuries. Des conditions sociales et politiques favorables &#224; la prise du pouvoir sont une chance pr&#233;alable de succ&#232;s, mais elles ne garantissent pas automatiquement la victoire, elles permettent d'aller jusqu'au point o&#249; la politique c&#232;de le pas &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois la guerre civile n'est que la continuation violente de la lutte des classes. Quant &#224; l'insurrection elle est la continuation de la politique par d'autres moyens. C'est pourquoi on ne la peut comprendre que sous l'angle de ses moyens. Il n'est pas possible de mesurer la politique &#224; l'aune de la guerre, pas plus qu'il n'est possible de mesurer la guerre &#224; l'aune unique de la politique, ne serait-ce que sous le rapport du temps. C'est l&#224; une question sp&#233;ciale qui vaut d'&#234;tre s&#233;rieusement trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement de la guerre civile. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous mesurons le temps &#224; l'aune politique, c'est-&#224;-dire par des ann&#233;es, des mois, des semaines. En p&#233;riode d'insurrection nous mesurons le temps avec des heures et des journ&#233;es. Ce n'est pas pour rien que l'on dit qu'en temps de guerre un mois, parfois m&#234;me une seule journ&#233;e, comptent pour une ann&#233;e. En avril 1917 L&#233;nine disait : &#171; Patiemment, infatigablement, expliquez aux ouvriers... &#187; et &#224; la fin d'octobre il ne restait d&#233;j&#224; plus de temps pour donner des explications &#224; celui qui n'avait pas encore compris ; il fallait passer &#224; l'offensive &#224; la t&#234;te de ceux qui avaient saisi. En octobre la perte d'une seule journ&#233;e e&#251;t pu r&#233;duire &#224; n&#233;ant tout le travail de plusieurs mois, voire d'ann&#233;es de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me souvient d'un th&#232;me de manoeuvre que nous avions donn&#233; il y a quelque temps &#224; notre Acad&#233;mie militaire. Il s'agissait de d&#233;cider si nous devions &#233;vacuer tout de suite la r&#233;gion de Bi&#233;lostok, que sa position rendait intenable, ou de nous y maintenir dans l'espoir que Bi&#233;lostok, centre ouvrier, s'insurgerait ? Il va de soi qu'on ne peut r&#233;soudre s&#233;rieusement une question de ce genre que sur la base de donn&#233;es pr&#233;cises et r&#233;elles. La man&#339;uvre militaire ne dispose pas de ces donn&#233;es puisque en elle tout est conventionnel. Mais en principe la controverse se ramenait &#224; deux mesures de temps relatives l'une &#224; la guerre, l'autre &#224; la politique r&#233;volutionnaire. Or, quelle est la mesure qui, toutes conditions &#233;gales, l'emporte &#224; la guerre ? Celle de la guerre. En d'autres termes, il &#233;tait douteux que Bi&#233;lostok se soulev&#226;t en l'espace de quelques jours et m&#234;me en admettant que le soul&#232;vement escompt&#233; ait lieu, restait &#224; savoir ce que ferait le prol&#233;tariat insurg&#233; sans armes et sans pr&#233;paration militaire, tandis qu'il &#233;t&#233; fort possible qu'en deux ou trois jours, deux ou trois divisions fussent d&#233;cim&#233;es en demeurant sur des positions intenables dans l'attente d'une insurrection qui, m&#234;me au cas o&#249; elle se produirait, pourrait tr&#232;s bien ne pas modifier radicalement la situation militaire. Brest-Litowsk nous donne un exemple classique d'une juste application des mesures de temps politique et militaire. On sait que la majorit&#233; du Comit&#233; central du parti communiste russe, et moi dans le nombre, avait pris la d&#233;cision contre la minorit&#233; en t&#234;te de laquelle se trouvait le camarade L&#233;nine, de ne pas conclure la paix, bien que nous courrions le risque de voir les Allemands passer &#224; l'offensive. Quel &#233;tait le sens de cette d&#233;cision ? Certains camarades esp&#233;raient utopiquement une guerre r&#233;volutionnaire. D'autres, dont j'&#233;tais, jugeaient de t&#226;ter l'ouvrier allemand afin de savoir s'il s'opposerait au kaiser au cas o&#249; ce dernier attaquerait la r&#233;volution. En quoi consistait l'erreur que nous commettions ? Dans le risque excessif que nous courions. Pour secouer l'apathie de l'ouvrier allemand il aurait peut-&#234;tre fallu des semaines, voire des mois, alors qu'&#224; ce moment les arm&#233;es allemandes n'avaient besoin que quelques jours pour s'avancer jusqu'&#224; Dwinsk, Minsk et Moscou. La mesure de la politique r&#233;volutionnaire est longue, tandis que la mesure de la guerre est courte. Celui qui ne se p&#233;n&#232;tre pas de cette v&#233;rit&#233; apr&#232;s avoir pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;, m&#233;dit&#233;, approfondi l'exp&#233;rience pass&#233;e, court le risque, du fait de la conjonction de la politique r&#233;volutionnaire et de l'action militaire, c'est-&#224;-dire de ce qui nous conf&#232;re le plus de sup&#233;riorit&#233; sur l'ennemi, de commettre fautes sur fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; de poser les probl&#232;mes de la guerre civile avec le maximum de clart&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade nous a ramen&#233; &#224; la question de savoir quel genre de r&#232;glement nous avons &#224; mettre sur pied : r&#232;glement de l'insurrection ou r&#232;glement de la guerre civile. Nous ne devons pas, nous a dit ce camarade, viser trop loin, sinon notre t&#226;che ne fera, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, que co&#239;ncider avec les t&#226;ches de l'Internationale communiste. Rien de moins vrai. Et celui qui tient ce langage d&#233;montre qu'il confond la guerre civile, dans l'acception propre de ce terme, avec la lutte de classes. Si nous prenons l'Allemagne comme sujet d'&#233;tude, nous pouvons par exemple commencer avec profit par examiner les &#233;v&#233;nements de mars 1921. Ensuite vient la longue p&#233;riode de regroupement des forces, sous les mots d'ordre du front uni. Il est &#233;vident qu'aucun r&#232;glement de guerre civile ne convient &#224; cette p&#233;riode. A partir de janvier 1923 et de l'occupation de la Ruhr, appara&#238;t de nouveau une situation r&#233;volutionnaire qui s'aggrave brusquement en juin 1923, lorsque s'effondre la politique de r&#233;sistance passive pratiqu&#233;e par la bourgeoisie allemande et que craque de toutes parts l'appareil d'Etat bourgeois. C'est cette p&#233;riode que nous devons &#233;tudier minutieusement, parce qu'elle nous donne d'un c&#244;t&#233; un exemple classique de la fa&#231;on dont se d&#233;veloppe et m&#251;rit une situation r&#233;volutionnaire et d'un autre c&#244;t&#233; un exemple non moins classique d'une r&#233;volution rat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, l'Allemagne eut sa guerre civile, mais l'insurrection qui devait la couronner et la r&#233;soudre ne vint pas. Le r&#233;sultat fut une situation r&#233;volutionnaire, vraiment exceptionnelle, irr&#233;m&#233;diablement compromise et une bourgeoisie &#233;branl&#233;e, affermie de nouveau au pouvoir. Pourquoi ? Parce qu'au moment propice, la politique ne fut pas continu&#233;e par les moyens insurrectionnels qui s'imposaient logiquement. Il est &#233;vident que le redressement du r&#233;gime bourgeois qui suivit en Allemagne l'avortement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne a une stabilit&#233; tr&#232;s douteuse. Qu'on se rassure, nous aurons encore en Allemagne, &#224; &#233;ch&#233;ance plus ou moins longue, une nouvelle situation r&#233;volutionnaire. Mais il est clair que le mois d'ao&#251;t 1924 fut bien diff&#232;rent du mois d'ao&#251;t 1923. Et si nous fermions les yeux sur l'exp&#233;rience qui se d&#233;gage de ces &#233;v&#233;nements, si nous ne la mettions pas &#224; profit pour nous instruire, si nous allions passivement au-devant de fautes comme celles qui ont &#233;t&#233; commises, nous pourrions nous attendre &#224; voir se r&#233;p&#233;ter la catastrophe allemande de 1923 et le p&#233;ril qui en r&#233;sulterait pour le mouvement ouvrier serait immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans ce domaine moins que dans tout autre, nous ne pouvons tol&#233;rer de d&#233;formation de notions essentielles. Nous avons vu des camarades s'essayer ici &#224; des objections d'un scepticisme incoh&#233;rent au sujet du moment de l'insurrection. Ces camarades ne font que d&#233;montrer ainsi qu'ils savent pas poser en marxistes la question de l'insurrection sur le plan de l'art militaire. A l'appui de leur th&#232;se, ils invoquent comme argument que, dans l'imbroglio d'une situation extr&#234;mement complexe et variable, il est impossible de se lier d'avance par une d&#233;cision anticip&#233;e. Mais, si l'on devait s'en tenir &#224; ces lieux communs, il faudrait d&#232;s lors renoncer aux plans et aux dates d'op&#233;rations militaires, car &#224; la guerre, il arrive aussi que la situation change brusquement et inopin&#233;ment. Un plan d'op&#233;rations militaires ne se r&#233;alise jamais dans la proportion de 100%, il faut m&#234;me s'estimer heureux si, au cours de son ex&#233;cution, il se r&#233;alise dans la proportion de 25%. Mais le chef militaire qui s'appuierait l&#224;-dessus pour nier d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale l'utilit&#233; d'un plan de campagne m&#233;riterait tout simplement qu'on lui pass&#226;t la camisole de force. Dans tous les cas, je recommande de s'en tenir &#224; cette m&#233;thode comme la plus juste et la plus logique : formulons d'abord les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de notre r&#232;glement de la guerre civile et voyons ensuite ce que l'on peut supprimer ou r&#233;server. Mais si nous commen&#231;ons par des suppressions, des r&#233;serves, des d&#233;viations, des doutes, des h&#233;sitations, nous n'aboutirons jamais &#224; des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade a contest&#233; la remarque que j'avais faite au sujet de l'&#233;volution de l'organisation militaire du parti en p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, pendant l'insurrections et apr&#232;s la prise du pouvoir. Selon ce camarade, l'existence de d&#233;tachements de partisans ne devrait pas &#234;tre tol&#233;r&#233;e, seules des formations militaires r&#233;guli&#232;res seraient n&#233;cessaires. Les d&#233;tachements de partisans, nous a-t-il dit, sont des organisations chaotiques... En &#233;coutant ces propos, j'&#233;tais bien pr&#232;s de d&#233;sesp&#233;rer. En effet, &#224; quoi rime cette d&#233;testable arrogance doctrinale ? Si les d&#233;tachements de partisans sont des organisations chaotiques, il faut alors reconna&#238;tre que, de ce point de vue purement formel, la r&#233;volution est aussi un chaos. Or, dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, on est bel et bien oblig&#233; de s'appuyer exclusivement sur des d&#233;tachements de ce genre. On nous objecte que ces d&#233;tachements doivent &#234;tre constitu&#233;s sur le m&#234;me type. Si l'on veut dire par l&#224; que, dans la guerre de partisans, on ne doit n&#233;gliger aucun des &#233;l&#233;ments d'ordre et de m&#233;thode accessibles &#224; ce genre de guerre, nous sommes tout &#224; fait d'accord. Mais si vous r&#234;vez d'une organisation militaire hi&#233;rarchis&#233;e, centralis&#233;e et constitu&#233;e avant que l'insurrection ait eu lieu, c'est l&#224; une utopie qui, au cas o&#249; l'on voudrait lui donner corps dans la vie, risquerait d'&#234;tre fatale. Si, &#224; l'aide d'une organisation militaire clandestine, j'ai &#224; m'emparer d'une ville (but partiel de l'ensemble d'un plan pour la prise du pouvoir dans le pays), je r&#233;partis ma t&#226;che en objectifs particuliers (occupation des &#233;difices gouvernementaux, des gares, de la poste, du t&#233;l&#233;graphe, des imprimeries) et je confie l'ex&#233;cution de chacune de ces missions aux chefs de petits d&#233;tachements initi&#233;s d'avance aux buts qui leur sont assign&#233;s. Chaque d&#233;tachement ne doit compter que sur lui-m&#234;me ; il doit poss&#233;der sa propre intendance, sinon il se pourrait qu'apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; de l'h&#244;tel des postes, par exemple, il manque totalement de vivres. Toute tentative de centraliser et hi&#233;rarchiser ces d&#233;tachements m&#232;nerait in&#233;luctablement &#224; la bureaucratisation, qui, en temps de guerre, est doublement redoutable : 1&#176; parce qu'elle ferait croire faussement aux chefs de d&#233;tachements que quelqu'un doit forc&#233;ment les commander, alors qu'il faut au contraire leur inculquer l'assurance qu'ils disposent de la plus large libert&#233; de mouvement et de la plus grande initiative ; 2&#176; parce que la bureaucratisation, li&#233;e au syst&#232;me hi&#233;rarchique, enl&#232;verait aux d&#233;tachements leurs meilleurs &#233;l&#233;ments pour les besoins de toutes sortes d'&#233;tats-majors. D&#232;s le premier moment de l'insurrection, ces &#233;tats-majors resteraient suspendu entre ciel et terre, tandis que les d&#233;tachements, dans l'attente d'ordres sup&#233;rieurs, se verraient vou&#233;s &#224; l'inaction et &#224; des pertes de temps qui rendraient certain l'&#233;chec de l'insurrection. Telles sont les raisons pour lesquelles le d&#233;dain des militaires professionnels pour les organisations &#171; chaotiques &#187; de partisans doit &#234;tre condamn&#233; comme un pr&#233;jug&#233; anti-r&#233;aliste, anti-scientifique et anti-marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, apr&#232;s la prise du pouvoir dans les principaux centres du pays, les d&#233;tachements de partisans peuvent jouer en rase campagne un r&#244;le extr&#234;mement efficace. Il suffit de rappeler l'appui que les d&#233;tachements de partisans apport&#232;rent &#224; l'arm&#233;e rouge et &#224; la R&#233;volution, en op&#233;rant &#224; l'arri&#232;re des troupes allemandes en Ukraine et &#224; l'arri&#232;re des troupes de Koltchak en Sib&#233;rie. N&#233;anmoins, il reste d&#233;finitivement acquis comme r&#232;gle que le pouvoir r&#233;volutionnaire se met aussit&#244;t &#224; l'&#339;uvre pour incorporer les meilleurs d&#233;tachements de partisans et leurs &#233;l&#233;ments les plus s&#251;rs dans le syst&#232;me d'une organisation militaire r&#233;guli&#232;re. Autrement, ces d&#233;tachements de partisans deviendraient indubitablement des facteurs de d&#233;sordre susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en bandes arm&#233;es au service des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois anarchisants insurg&#233;s contre l'Etat prol&#233;tarien. Nous en avons pas mal d'exemples. Il est vrai que, parmi les partisans rebelles &#224; l'organisation militaire r&#233;guli&#232;re, il y eut aussi des h&#233;ros. On a cit&#233; les noms de Siverss [3] et de Kikvids&#233; [4]. Je pourrais en nommer beaucoup d'autres. Siverss et Kikvids&#233; combattirent et moururent en h&#233;ros. Et aujourd'hui, dans la lumi&#232;re de leurs immenses m&#233;rites, au regard de la R&#233;volution, p&#226;lissent au point de dispara&#238;tre tels ou tels c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs de leur action de partisans. Mais &#224; ce moment, il &#233;tait indispensable de combattre tout ce qu'il y avait en eux de n&#233;gatif. A ce prix seulement, nous pouvions arriver &#224; organiser l'arm&#233;e rouge et &#224; la mettre &#224; m&#234;me de remporter des victoires d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, je mets en garde contre une confusion de terminologie, parce que, le plus souvent, elle dissimule une confusion de notions. De m&#234;me, je mets en garde contre les erreurs que l'on peut commettre en se refusant &#224; poser la question de l'insurrection d'une fa&#231;on nette et courageuse, sous pr&#233;texte que la situation varie et se modifie continuellement. Ext&#233;rieurement, cela rappelle &#233;trangement la dialectique ; de toute fa&#231;on, on le prend volontiers pour tel. Mais, en r&#233;alit&#233;, il n'en rien. La pens&#233;e dialectique est comme un ressort, et les ressorts sont faits d'acier tremp&#233;. Les doutes et les r&#233;serves ne d&#233;cident et n'enseignent rien du tout. Lorsque l'id&#233;e essentielle est mise lumineusement en relief, les r&#233;serves et les restrictions peuvent se ranger logiquement autour d'elle. Si l'on tient uniquement aux r&#233;serves, le r&#233;sultat dans la th&#233;orie sera la confusion et dans la pratique le chaos. Or, confusion et chaos n'ont rien de commun avec la dialectique. En r&#233;alit&#233;, une pseudo-dialectique de ce genre cache le plus souvent des sentiments social-d&#233;mocrates ou stupides vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, comme vis-&#224;-vis d'une chose qui s'accomplit en dehors de nous. Dans ces conditions, il ne peut pas &#234;tre question de concevoir l'insurrection comme un art. Et pourtant, c'est pr&#233;cis&#233;ment la th&#233;orie de cet art que nous voulons &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les questions que nous avons soulev&#233;es doivent &#234;tre m&#233;dit&#233;es, travaill&#233;es, formul&#233;es. Elles doivent devenir partie int&#233;grante de notre instruction et &#233;ducation militaire. Le rapport de ces questions avec les probl&#232;mes de la d&#233;fense de la R&#233;publique des Soviets est indiscutable. Nos ennemis continuent de ressasser que l'arm&#233;e rouge aurait soi-disant pour t&#226;che de provoquer artificiellement des mouvements r&#233;volutionnaires dans les autres pays, afin de les faire aboutir par la force de ses ba&#239;onnettes. Inutile de dire que cette caricature n'a rien de commun avec la politique que nous poursuivons. Nous sommes par dessus tout int&#233;ress&#233;s au maintien de la paix, nous l'avons prouv&#233; par notre attitude, par les concessions que nous faites dans les trait&#233;s et par la r&#233;duction progressive des effectifs de notre arm&#233;e. Mais nous sommes suffisamment imbus de r&#233;alisme r&#233;volutionnaire pour nous rendre compte clairement que nos ennemis essayeront encore de nous t&#226;ter avec leurs armes. Et si nous sommes loin de l'id&#233;e de forcer, par des mesures militaires artificielles, le d&#233;veloppement de la R&#233;volution, nous sommes s&#251;rs en revanche que la guerre des Etats capitalistes contre l'Union sovi&#233;tique sera suivie de violentes commotions sociales, pr&#233;mices de la guerre civile, dans les pays de nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons savoir combiner la guerre d&#233;fensive qui sera impos&#233;e &#224; notre arm&#233;e rouge avec la guerre civile dans le camp ennemi. Dans ce but, le r&#232;glement de la guerre civile doit devenir un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires d'un type sup&#233;rieur de manuel militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#8212; 29 juillet 1924.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Brandler, Heinrich (1877-1967) - d'origine ouvri&#232;re (ma&#231;on). Vieux militant du parti social-d&#233;mocratique allemand. Pendant la guerre imp&#233;rialite (1914-1918) a adopt&#233; la position de la gauche, en adh&#233;rant &#224; la fraction de Rosa Luxembourg et Karl. Liebknecht. Fut l'un des principaux organisateurs et des chefs du Parti Communiste Allemand (KPD). En raison des &#233;v&#233;nements de mars 1921 fut condamn&#233; &#224; cinq ann&#233;es de prison, mais il r&#233;ussit &#224; s'enfuir en Russie Sovi&#233;tique. Apr&#232;s l'amnistie de 1922, revint en Allemagne et devint le principal dirigeant du KPD, qu'il dirigea jusqu'&#224; la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en automne 1923. Au d&#233;but de 1924, lors du congr&#232;s du Parti &#224; Francfort, la tactique pratiqu&#233;e par Brandler et ses amis au cours des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires de 1923, subie la critique acerbe de l'aile gauche, qui avait toujours &#233;t&#233; en opposition avec le comit&#233; central du Parti, &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Brandler. Lors de ce congr&#232;s la tendance de gauche eut la majorit&#233; absolue, et la direction de parti passa &#224; celle-ci. La tactique du vieux comit&#233; central du Parti allemand fut aussi examin&#233;e lors du Ve Congr&#232;s de l'Internationale Communiste (voir le rapport st&#233;nographique des travaux du Ve Congr&#232;s de l'I.C.). - Note &#339;uvre. Note de l'&#233;diteur : pour de plus amples d&#233;tails voir la pr&#233;sentation de &#034;5 ann&#233;es d'Internationale Communiste&#034; et l'article : &#034;Peut-on d&#233;terminer l'&#233;ch&#233;ance d'une r&#233;volution ou d'une contre-r&#233;volution ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Talheimer, Auguste - comme Brandler, un de plus proche associ&#233; de Rosa Luxembourg et des fondateurs du mouvement Spartakiste. Ensemble avec Brandler &#233;tait l'organisateur KPD et son principal th&#233;oricien. Jusqu'&#224;u Congres de Parti de Frantfort il &#233;tait le membre et le r&#233;dacteur principal de l'organe du parti &#171; Rote Fahne &#187; ? pr&#233;sent, en 1924, il dirige la section propagandiste de l'Internationale Communiste. - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Siverss - l'organisateur des d&#233;tachements de partisans, &#224; la t&#234;te desquels il menait une lutte infatigable de guerrilla contre la contre-r&#233;volution du sud. En novembre 1918 fut mortellement bless&#233; lors de la bataille de Balachov.(Sur les exploits Siverss consulter l'ouvrage. d'Antonov-Ovseenko &#171; Notes sur la guerre civile &#187;, tome I, paru en 1924). - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La VIe division qui a re&#231;u par la suite le nom de la division du nom Kikvidz&#233; fut form&#233;e le 16 mai 1918 sous la direction du camarade Kikvidz&#233;. Cette division a r&#233;alis&#233; de nombreux faits d'armes. Elle luttait contre Petlioura, les Allemands et contre les troupes de Krasnov. Le camarade Kikvidz&#233; fut tu&#233; le 11 janvier 1919 dans la ferme Zoubrilovo, dans r&#233;gion du Don. Depuis ce temps-l&#224; en l'honneur de ce chef la division a &#233;t&#233; baptis&#233;e la division Kikvidz&#233;. - Note &#338;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note compl&#233;mentaire de L. Trotsky, dans &#171; Comment la r&#233;volution s'est arm&#233; &#187;]. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du Camarade Kikvidz&#233; la division continua &#224; prende part, avec succ&#232;s, au combat sur le front Sud. La division a maintenu sa capacit&#233; de combat lors de l'offensive de Denikine. Lors des batailles de l'automne 1919 il a vaincu de grandes unit&#233;s ennemies aux abords de Davidovka, Lougansk, Litzki et ailleurs. En hiver de 1919-1920 elle a lutt&#233; contre l'ennemi &#224; Bataisk et &#224; Olginsk. Le 2 mars 1920 la division a captur&#233; Bataisk. Lors de la retraite de Denikine, une brigade de cette division fut la premi&#232;re &#224; entrer dans Novorossiisk, pour cela elle fut d&#233;cor&#233;e de l'Ordre du Drapeau Rouge. En mai de 1920 la division a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e au Front Occidental : elle pris part &#224; l'intervention r&#233;volutionnaire sur le front polonais en juillet 1920 et &#224; la marche sur Varsovie. La paix avec la Pologne a trouv&#233; la division dans la r&#233;gion de Minsk.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La guerre et la r&#233;volution
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute une g&#233;n&#233;ration a surgi dont la jeunesse politique a &#233;t&#233; marqu&#233;e par la R&#233;volution d'Octobre ou les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Pour cette g&#233;n&#233;ration, particuli&#232;rement en Russie, la IIe Internationale repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne assez p&#233;nible. La jeunesse r&#233;volutionnaire a toujours consid&#233;r&#233; les Mench&#233;viks et les S.R. [Social-r&#233;volutionnaires] comme des ennemis de classe, toujours de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, de la tranch&#233;e. Elle n'a pas v&#233;cu le moment historique d'un pass&#233; r&#233;cent, non seulement jusqu'&#224; la guerre imp&#233;rialiste, mais pendant cette m&#234;me guerre, alors qu'au sein m&#234;me de la IIe Internationale qui se courbait honteusement et sans honneur devant l'Imp&#233;rialisme, d&#233;butait le processus int&#233;rieur qui devait conduire au schisme et &#224; la cr&#233;ation de l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui monte une g&#233;n&#233;ration encore plus jeune qui, n'ayant pas l'exp&#233;rience de la guerre civile, ne peut concevoir le r&#244;le jou&#233; par les Mench&#233;viks et les &#171; S.R. &#187;. Ce n'est pas en vain que ces m&#234;mes Mench&#233;viks comptent sur la virginit&#233; politique des jeunes pour se redonner une vie nouvelle sous forme d'une organisation de la jeunesse. Ils pensent que les faits ont trac&#233; une croix d&#233;finitive sur le pass&#233;, et ils veulent obtenir une large audience aupr&#232;s des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que le slogan d'un &#171; Front uni de tous les travailleurs &#187; leur semble, en cette circonstance, devoir trouver une certaine r&#233;sonance. Si un Front uni est possible avec Scheidemann et Vandervelde, pourquoi pas avec Martov et Tchernov ? En quel sens est possible ce Front uni avec Scheidemann ? Et tout d'abord qui est Scheidemann ? Et qui est Vandervelde ? Les jeunes communistes &#8212; qui se heurt&#232;rent d'abord &#224; la IIe Internationale en la personne du social-r&#233;volutionnaire K&#233;rensky et du Mench&#233;vik Ts&#233;retelli, quand ceux-ci d&#233;sarm&#232;rent les prol&#233;taires de P&#233;tersbourg et mirent en prison des milliers de travailleurs les prenant soi-disant pour des espions allemands, ou plus tard, quand ces m&#234;mes Mench&#233;viks et S.R., en qualit&#233; d'organisateurs, d'orateurs, de terroristes, d'agitateurs, d'administrateurs et de ministres de Noullans, de Koltchak, de D&#233;nikine, d'Ioudenitch, de Miller, massacr&#232;rent les ouvriers et les paysans russes au nom et sous les drapeaux de l'Entente &#8212; ces jeunes communistes sont d&#233;j&#224; renseign&#233;s sur le compte des Partis cit&#233;s plus haut, mais ils les connaissent encore imparfaitement. Les chefs de la Social-d&#233;mocratie internationale, y compris nos &#171; S.R. &#187; et nos Mench&#233;viks, avaient jur&#233; au Congr&#232;s de B&#226;le, un an et demi &#224; peine avant la guerre mondiale, de r&#233;pliquer &#224; une ouverture des hostilit&#233;s par la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste petit-bourgeois est capable de tous les retournements. Il joue tr&#232;s souvent avec les couleurs de la R&#233;volution, mais aux moments d&#233;cisifs de l'Histoire, il &#171; s'aplatit &#187;. Les repr&#233;sentants qualifi&#233;s de la jeune g&#233;n&#233;ration doivent conna&#238;tre le pass&#233; r&#233;cent. Il faut leur enseigner, le plus concr&#232;tement possible, par des tableaux expressifs de la vie politique, par des figures humaines, ce que fut la p&#233;riode pr&#233;paratoire &#224; la R&#233;volution d'Octobre et &#224; la naissance de la IIIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de cette &#233;poque &#8212; nous pensons &#224; l'histoire des classes laborieuses et de leurs groupements politiques &#8212; n'a pas &#233;t&#233; encore &#233;crite et ne le sera pas de sit&#244;t. Il faut &#233;tudier ce pass&#233; tout r&#233;cent &#224; l'aide de mat&#233;riaux bruts, tels que souvenirs, documents, discours et articles. La compr&#233;hension de ces tranches du pass&#233; est d'autant plus facilit&#233;e que l'actualit&#233;, trop directement m&#234;me, d&#233;coule des &#233;v&#233;nements d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre tend &#224; d&#233;montrer le propos que nous avons expos&#233; &#8212; bien que de fa&#231;on limit&#233;e &#8212; en offrant &#224; la jeunesse l'&#233;tude de ce pass&#233; tr&#232;s r&#233;cent. L'auteur a eu l'avantage, pendant la guerre en qualit&#233; d'&#233;migr&#233;, d'observateur et aussi de participant, de pouvoir p&#233;n&#233;trer au sein m&#234;me de plusieurs Partis socialistes europ&#233;ens et nord-am&#233;ricains. On trouvera ici, rassembl&#233;s, les fruits de ces travaux n&#233;s de cette participation et reli&#233;s au th&#232;me central : la Guerre et l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce livre prit naissance d&#233;j&#224; au d&#233;but de l'ann&#233;e 1919. Mais je ne r&#233;ussis pas, jusqu'&#224; maintenant, &#224; r&#233;unir les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la composition de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais alors &#233;crit une introduction explicative. Celle-ci, &#233;crite en Mars 1920, est compl&#233;t&#233;e d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre se trouvent rassembl&#233;s des documents se rapportant &#224; la lutte politique qui se d&#233;roula pendant la grande guerre imp&#233;rialiste. Tous ces &#233;v&#233;nements, ici expos&#233;s, sont loin de pr&#233;senter le m&#234;me int&#233;r&#234;t. J'ai r&#233;uni ces articles, ces pamphlets, ces esquisses caract&#233;ristiques comme des r&#233;percussions, parfois tr&#232;s fugitives, de cette grande &#233;poque, comme des tranches de la grande lutte qui ne cessa pas m&#234;me aux mois les plus sombres de la r&#233;action imp&#233;rialiste, et qui actuellement s'&#233;tend sur le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Autriche-Hongrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre me trouva &#224; Vienne. De l&#224; partit le signal de la premi&#232;re guerre mondiale, apr&#232;s le meurtre de l'archiduc par de jeunes terroristes serbes. La vie int&#233;rieure de cette nation, d&#233;j&#224; d&#233;chir&#233;e par des dissentiments internes qui la faisaient ressembler &#224; une gigantesque maison d'ali&#233;n&#233;s, prit un caract&#232;re plus aigu en 1914. L&#224; furent d&#233;truits les espoirs et tous les avantages acquis en 1906 gr&#226;ce &#224; la premi&#232;re r&#233;volution russe. Celle-ci avait d&#233;gag&#233; de fa&#231;on d&#233;cisive les contradictions de classe et rejet&#233; &#171; l'&#233;c&#339;urante &#187; lutte nationaliste, avec ses miasmes de chauvinisme. Apr&#232;s tout, chaque droit conquis, comme tout r&#233;gime d&#233;mocratique lui-m&#234;me, n'est pas en soi un rem&#232;de, mais met en lumi&#232;re les plaies de toute soci&#233;t&#233;. Pour assainir la vie politique il aurait fallu disposer d'un Parti r&#233;volutionnaire capable de rassembler les prol&#233;taires de toute nationalit&#233; et de s'opposer &#224; l'imp&#233;rialisme croissant. Mais ceci ne se produisit pas. L'acquisition du droit de vote co&#239;ncidait avec le reflux de la vague r&#233;volutionnaire russe et donnait un avantage d&#233;cisif aux &#233;l&#233;ments opportunistes du Socialisme en Autriche-Hongrie. La chasse aux mandats en un pays aux multiples nationalit&#233;s &#233;tait favorable &#224; l'&#233;closion d'un opportunisme provincial et nationaIiste. La Social-d&#233;mocratie &#171; r&#233;aliste &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;formatrice et sachant s'adapter, per&#231;a gr&#226;ce au chauvinisme, mais, ce faisant, accentua la chute du prol&#233;tariat. En cons&#233;quence, il r&#233;gnait, en Autriche-Hongrie, une atmosph&#232;re de profond d&#233;sespoir qui n'existait pas en Russie malgr&#233; le caract&#232;re incomparablement plus horrible du despotisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre s'av&#233;rait une issue &#224; l'impasse o&#249; se trouvait l'Imp&#233;rialisme austro-hongrois qui esp&#233;rait effectuer la soudure totale de la monarchie &#224; la flamme de l'incendie mondial. Il en &#233;tait de m&#234;me pour la petite-bourgeoisie chauvine qui, ayant &#224; supporter la concurrence du commerce international, cherchait son salut l&#224; o&#249; il est le moins possible de le trouver. M&#234;me remarque pour la Social-d&#233;mocratie austro-hongroise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son chef, prudent et &#233;vasif, opportuniste mais tacticien habile et perspicace dans les limites de l'opportunisme, Victor Adler, laissa compl&#232;tement tomber les r&#234;nes et c&#233;da la premi&#232;re place (&#224; moiti&#233; volontairement, &#224; moiti&#233; contre son gr&#233;) aux Austerlitz, Renner, Zeiss et autres bourgeois auxquels la IIe Internationale a permis, et permet encore, de s'intituler &#171; socialistes &#187;. Tous pouss&#232;rent un soupir de soulagement. Je me souviens, comment Hans Deutsch (actuellement, &#224; ce qu'il para&#238;t, ami du ministre de la Guerre) parlait ouvertement de l'in&#233;luctable guerre &#171; salvatrice &#187;, qui devait d&#233;finitivement lib&#233;rer l'Autriche du &#171; cauchemar &#187; serbe. La pourriture des cercles dirigeants sociaux-d&#233;mocrates se r&#233;v&#233;la subitement dans toute son horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de honte pour le parti et d'aversion envers les &#171; faux marxistes &#187; &#8212; qui n'attendaient que le moment favorable pour trahir ouvertement &#8212;, ce sentiment avait encore, &#224; ce moment-l&#224;, gard&#233; toute sa fra&#238;cheur, et la d&#233;sillusion n'en &#233;tait que plus douloureuse ! Je me vis oblig&#233; de quitter Vienne o&#249; j'avais pass&#233; sept ans de ma vie d'&#233;migr&#233;. J'avais sign&#233; en arrivant (1907) l'engagement de rester dans les limites du territoire de la monarchie &#171; bis auf Widerruf &#187; (jusqu'&#224; la clause contradictoire), c'est-&#224;-dire jusqu'au moment o&#249; je serai mis dehors ! Ce qui, en principe, ne pouvait avoir lieu sans mon accord ! Escort&#233; par les policiers autrichiens, le groupe bigarr&#233; des ressortissants russes fut dirig&#233; vers la Suisse, le 3 ou le 4 ao&#251;t 1914 (nouveau style).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse, nous avons commenc&#233; &#224; mesurer l'ampleur du krach qui allait se produire, frappant ainsi toute l'organisation socialiste internationale et, de suite, nous avons cherch&#233; quelles seraient les voies conduisant au salut. La petite nation neutre, resserr&#233;e entre trois des principaux bellig&#233;rants (un quatri&#232;me se pr&#233;parant seulement &#224; la lutte : l'Italie), &#233;tait devenue une ar&#232;ne politique o&#249; les marxistes russes, de temps &#224; autre, pouvaient avoir la vision des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient. Quant &#224; moi, je sentis la n&#233;cessit&#233; de me rendre compte de ce qui se passait dans le monde. Cela me contraignit &#224; tenir un journal, c'est-&#224;-dire une forme de litt&#233;rature dont je n'avais jamais us&#233; jusqu'&#224; ce jour. Je ne renouvelai cette exp&#233;rience qu'une seule fois ensuite, dans une prison espagnole, apr&#232;s mon expulsion. Cependant, quand apr&#232;s deux ou trois semaines, les journaux socialistes allemands et fran&#231;ais re&#231;us &#224; Z&#252;rich donn&#232;rent un tableau clair de l'immense catastrophe politique et morale du Socialisme, la forme de mon journal changea. Il devint un pamphlet critique et politique. Le Marxisme ne pouvait pas se laisser aller au d&#233;couragement devant le visage terrifiant des &#233;v&#233;nements ! Qu'importent l'effondrement, la trahison et la d&#233;sertion politiques ! Le Marxisme devait d&#233;montrer que c'est seulement en vainquant politiquement et en rejetant les superstructures de la IIe Internationale, que le prol&#233;tariat pourrait se frayer un chemin jusqu'&#224; la voie du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Ce processus cruel, mais sauveur, ne pouvait qu'&#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233; par les horreurs et la sauvagerie de la guerre. J'&#233;crivis une brochure La Guerre et l'Internationale, qui fut &#233;dit&#233;e &#224; Z&#252;rich en Novembre 1914 et qui, gr&#226;ce &#224; la collaboration de Fritz Platten, fut assez largement diffus&#233;e en Suisse, en Allemagne et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;e aux pays de langue allemande et &#233;dit&#233;e en cette langue, la brochure attaquait en premi&#232;re ligne la Social-d&#233;mocratie allemande, Parti leader de la IIe Internationale. Evidemment... il &#233;tait soulign&#233; que... les Fran&#231;ais, ayant d&#233;capit&#233; leur roi, vivaient fort bien en R&#233;publique ! En analysant le servilisme m&#233;prisable de l'id&#233;ologie de guerre allemande, la brochure ne laisse aucun doute quant &#224; ce qui suit : &#224; savoir que, devant une nouvelle contradiction de l'Histoire, l'Imp&#233;rialisme et le Socialisme &#8212; en guerre avec leurs slogans, leurs programmes et leurs antagonismes &#8212; repr&#233;sentent tous deux une r&#233;action en armes qu'il faut &#233;craser et rejeter hors du chemin de l'Histoire. Etant donn&#233; la fa&#231;on dont elle avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e, la brochure re&#231;ut l'accueil qu'on pouvait en attendre de la part de la presse social-patriote. Je me souviens du leader des journalistes chauvins Heilemann, d&#233;clarant ouvertement que l'&#339;uvre &#233;tait d'un fou, mais cons&#233;quente avec elle-m&#234;me en sa propre folie. Il va de soi qu'il ne manquait pas de remarques pr&#233;tendant que ladite brochure &#233;tait inspir&#233;e par un patriotisme secret et qu'elle se r&#233;v&#233;lait une arme de la propagande des Alli&#233;s. Le tribunal allemand estima l'ouvrage irr&#233;v&#233;rencieux envers les Hohenzollern et condamna l'auteur, par contumace, &#224; quelques mois de prison. J'ignore totalement si la R&#233;publique de Ebert me tiendra compte de cette condamnation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;us une invitation du journal Kievckaia Mysl me demandant de me rendre en France au titre de correspondant de guerre. Pendant toute la p&#233;riode de mon s&#233;jour &#224; l'&#233;tranger, j'avais conserv&#233; des liens avec la r&#233;daction de ce journal. Il se signalait, dans les milieux r&#233;volutionnaires internationaux en g&#233;n&#233;ral et dans ceux de Kiev en particulier, pour son radicalisme non clairement avou&#233; avec une &#171; pointe &#187; de Marxisme. Comme &#171; l'Intelligentsia &#187; de Kiev se compose de propri&#233;taires terriens et qu'il s'y trouve peu d'industrie, la lutte des classes n'y atteint pas le degr&#233; constat&#233; &#224; P&#233;trograd ou dans les autres centres du mouvement ouvrier. La pression politique du Pouvoir, s'appuyant sur celle du nationalisme, obligeait l'opposition bourgeoise &#224; se parer de la nuance du radicalisme. Ceci explique la ligne de conduite suivie par la r&#233;daction qui, ne s'identifiant ni &#224; la Social-d&#233;mocratie, ni &#224; la classe ouvri&#232;re, faisait une large place &#224; des collaborateurs marxistes et leur permettait d'expliquer les &#233;v&#233;nements, en particulier ceux de l'&#233;tranger, d'apr&#232;s leur point de vue r&#233;volutionnaire. Pendant la guerre des Balkans, alors que la mentalit&#233; imp&#233;rialiste ne s'&#233;tait pas encore empar&#233;e des cercles de la petite bourgeoisie, j'eus l'occasion, dans les colonnes de ce m&#234;me journal, de mener une lutte ouverte contre les fourberies et les crimes des diplomates alli&#233;s dans les Balkans et aussi contre l'Imp&#233;rialisme &#171; n&#233;o-slave &#187;. Sur ce terrain, l'opposition des &#171; Kadets &#187; [Constitutionnels-d&#233;mocrates] avait conclu alliance avec la monarchie. J'acceptai la proposition d'autant plus volontiers qu'elle me donnait la possibilit&#233; de me glisser plus pr&#232;s de la vie politique fran&#231;aise en cette &#233;poque critique. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, le journal, c&#233;dant &#224; la pression de l'opinion bourgeoise et les instances de ses collaborateurs sociaux-patriotes, donna compl&#232;tement dans le patriotisme, s'effor&#231;ant de conserver tout juste &#171; une lueur d'honorabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Goloss &#187; [La Voix] et &#171; Nach&#233; Slovo &#187; [Notre Parole] (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces circonstances, deux &#233;migr&#233;s russes assez peu connus fond&#232;rent un modeste quotidien en langue russe. Cet organe avait &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me suivant : renseigner les milliers de prol&#233;taires abandonn&#233;s par leur pays et en m&#234;me temps maintenir leur int&#233;r&#234;t sans cesse croissant envers les gigantesques &#233;v&#233;nements journaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal s'effor&#231;ait (c'&#233;tait d'ailleurs l&#224; son but) d'&#233;clairer lesdits &#233;v&#233;nements &#224; la lueur du socialisme international et de ne pas laisser s'&#233;teindre l'esprit de solidarit&#233; entre les peuples. Les noms de ces deux initiateurs, de ces deux organisateurs et travailleurs infatigables, acquirent par la suite une grande c&#233;l&#233;brit&#233; pendant la R&#233;volution. Antonov-Ovseenko, actuellement commandant en Ukraine et Manouilsky (Bezrabotny), membre de la d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique en Ukraine. Ils &#233;taient des publicistes sinc&#232;res, dou&#233;s de lyrisme, mais &#224; des degr&#233;s diff&#233;rents : Manouilsky &#233;tait plus analytique, le second plus path&#233;tique, mais tous deux &#233;taient ardemment d&#233;vou&#233;s &#224; leur t&#226;che. Manouilsky tomba malade, atteint de tuberculose pulmonaire et fut envoy&#233; en Suisse pour se soigner, et d'o&#249;, plus tard, il participa au mouvement. Le journal reposa alors enti&#232;rement sur les &#233;paules d'Antonov. Et ceci n'est pas uniquement une figure de rh&#233;torique : non seulement, il &#233;crivait des articles, tenait la chronique journali&#232;re sur la guerre, traduisait les t&#233;l&#233;grammes et effectuait les corrections, mais encore il emportait &#171; sur ses &#233;paules &#187; des ballots entiers des &#233;ditions fra&#238;chement imprim&#233;es. Ajoutez &#224; cela qu'il organisait des concerts, des spectacles, des soir&#233;es au b&#233;n&#233;fice du journal et acceptait toutes sortes de dons destin&#233;s &#224; une loterie. Le journal sortait avec des difficult&#233;s mat&#233;rielles et techniques sans cesse croissantes. Avant la sortie du premier num&#233;ro, il restait en caisse trente francs. Toute personne nantie d'un certain bon sens aurait pens&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;diter un journal r&#233;volutionnaire quotidien dans les conditions impos&#233;es par la guerre, par le chauvinisme enrag&#233; et la censure malveillante. Cette publication eut d'autant plus de m&#233;rite &#224; para&#238;tre, avec de courtes interruptions, qu'elle continua d'exister, sous une autre appellation, jusqu'&#224; la R&#233;volution russe, c'est-&#224;-dire pendant deux ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre, apr&#232;s que les arm&#233;es allemandes eussent &#233;t&#233; contenues sur la Marne, devint de plus en plus cruelle et sans merci. Elle ne tenait compte ni de ses victimes ni des d&#233;penses &#233;normes qu'elle exigeait : des milliards ! Nach&#233; Slovo, lui, qui avait d&#233;clar&#233; la guerre au monstre imp&#233;rialiste, faisait &#233;tat dans sa comptabilit&#233; de sommes de dix francs ! Une fois par semaine au moins, il semblait que le journal ne pourrait survivre aux exigences financi&#232;res ! Aucune issue ! Et pourtant il s'en trouvait toujours une ! Les typographes se passaient de manger. Antonov portait des chaussures trou&#233;es ! et &#224; nouveau le miracle s'accomplissait ! le num&#233;ro suivant sortait. La principale ressource provenait des soir&#233;es organis&#233;es par le journal. Afin de nous couler, la Pr&#233;fecture interdit les concerts. Les dons augment&#232;rent ! La personnalit&#233; moscovite bien connue Chakhov, sympathisant &#224; &#034;l'id&#233;e&#034;, se trouvant justement &#224; Paris, nous envoya de fa&#231;on inattendue la somme de 1.100 F accompagn&#233;e d'un mot : &#034;contre l'arbitraire&#8221;. Il s'av&#233;ra qu'il s'&#233;tait inform&#233; de l'importance de la somme maxima rapport&#233;e par une soir&#233;e et il nous faisait un don &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Paris, je trouvai le journal en son second mois d'existence. Un des collaborateurs les plus actifs en cette premi&#232;re &#233;poque &#233;tait Martov, qui priva le journal de l'objectivit&#233; indispensable. Martov gardait l'espoir de faire revivre le Parti &#224; l'aide du social-patriotisme, alors que l'aile gauche &#233;tait convaincue de la faillite totale de la IIe Internationale et de la n&#233;cessit&#233; absolue de former l'Union combattante des socialistes r&#233;volutionnaires.. En d'autres termes, le journal &#233;tait, au d&#233;but, l'organe d'un bloc provisoire comprenant des membres de l'actuel centre gauche (Internationale II et 1/2 !) et des actuels communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc en arriva bient&#244;t &#224; une pol&#233;mique interne acharn&#233;e et ensuite &#224; une cassure totale. Peu apr&#232;s Zimmerwald, Martov rompit avec Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nach&#233; Slovo &#187; et &#171; Sozial-Demokrat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte contre ses ennemis Nach&#233; Slovo se d&#233;barrassa d&#233;finitivement de ses collaborateurs douteux et assura l'&#233;quilibre d'une plate-forme politique qui ne tenait jusqu'ici que par compromis. Le 1er Mars 1916, la r&#233;daction exposa le programme suivant : Nach&#233; Slovo se donne comme objectif le r&#233;tablissement de l'Internationale dans le cadre de la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat de tous les pays contre la guerre et l'Imp&#233;rialisme et contre les principes du Capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat sans merci contre le Social-patriotisme, qui &#233;gare la conscience des travailleurs et paralyse leur volont&#233; r&#233;volutionnaire, est le principal but de l'action entreprise par Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe se rallie &#224; la r&#233;solution &#171; zimmerwaldienne &#187;, voyant en celle-ci une &#233;tape sur le chemin qui doit mener &#224; la cr&#233;ation d'une IIIe Internationale r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo regarde comme une obligation de l'aile gauche des Internationalistes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de condamner l'&#233;clectisme politique,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de fournir au prol&#233;tariat les explications n&#233;cessaires pour qu'il comprenne les conditions et le caract&#232;re de l'&#232;re historique o&#249; nous entrons,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui faire saisir l'importance de la tactique r&#233;volutionnaire qui souligne le changement d'une lutte jusqu'ici d&#233;fensive en une bataille offensive,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui montrer la voie d'un approfondissement et d'un &#233;largissement &#233;conomiques syst&#233;matiques amenant aux conflits entre la classe ouvri&#232;re et son gouvernement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ceci, sous le drapeau de &#171; la conqu&#234;te du pouvoir politique pour r&#233;aliser la r&#233;volution sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo se donne comme obligation, dans les cadres sociaux-d&#233;mocrates russes, d'&#233;purer ses rangs de tous les sociaux-patriotes qui portent en eux le caract&#232;re le plus antir&#233;volutionnaire et le plus d&#233;moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo r&#233;clame une totale rupture avec les &#233;tats-majors sociaux-patriotes et une lutte impitoyable contre eux. Etant donn&#233; l'influence de ces derniers sur les masses ouvri&#232;res, il est absolument n&#233;cessaire d'obtenir l'union de tous les Internationalistes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gen&#232;ve, pendant la guerre, le journal Sozial-Demokrat sous la direction de L&#233;nine, sortit environ 33 num&#233;ros. Les diff&#233;rences de points de vue entre Nach&#233; Slovo et Sozial-Demokrat s'amenuisaient &#224; mesure que se creusait le foss&#233; entre les sociaux-patriotes et les sociaux-pacifistes. Le fait m&#234;me de la participation de Martov &#224; Nach&#233; Slovo &#8212; lequel Martov, oubliant son ex-glissement &#224; gauche, continuait &#224; d&#233;montrer que les Mench&#233;viks n'avaient pas &#233;volu&#233; sur le plan de l'Internationalisme &#8212; ne pouvait que brouiller les cartes. La critique de Sozial-Demokrat &#233;tait, sous ce rapport, irr&#233;prochablement juste et aida l'aile gauche &#224; d&#233;busquer Martov. En outre, elle donna au journal, apr&#232;s la Conf&#233;rence de Zimmerwald, une tournure plus pr&#233;cise et sans compromis. A la seconde Conf&#233;rence de Zimmerwald (Kienthal), la rupture entre le journal Nach&#233; Slovo et les internationalistes du type Martov devint un fait accompli. Martov se poussa &#224; nouveau vers la droite et marcha la main dans la main avec Axelrod, qui unissait francophilie et pacifisme, pla&#231;ant au-dessus de tout sa haine envers le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait trois points de d&#233;saccord (et particuli&#232;rement quand la r&#233;daction passa entre les mains de &#171; l'aile gauche &#187;) entre les deux journaux. Ces trois points concernaient le d&#233;faitisme, le combat pour la paix et le caract&#232;re de la r&#233;volution grandissante en Russie. Nach&#233; Slovo refusait le d&#233;faitisme. Sozial-Demokrat d&#233;non&#231;ait le slogan &#171; la lutte pour la paix &#187; craignant que celui-ci ne cache des tendances pacifistes et lui opposait la guerre civile. Pour finir, Nach&#233; Slovo, pensait que l'objectif du Parti &#233;tait la prise du pouvoir au nom de la r&#233;volution socialiste. Sozial-Demokrat tenait pour la dictature &#171; d&#233;mocratique &#187; paysanne et ouvri&#232;re. La R&#233;volution de Mars balaya ces diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses colonnes, le journal Nach&#233; Slovo relevait toutes les nouvelles arrivant &#224; Paris ayant trait au r&#233;veil de l'esprit international parmi les mouvements ouvriers. Par l'interm&#233;diaire de ce journal, nous appelions les Internationalistes d'Angleterre, de Suisse, d'Italie, d'Am&#233;rique et m&#234;me d'Australie, d'o&#249; correspondait Artem (Sergueiev), maintenant d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous jetions avec avidit&#233; sur tout ce qui pouvait &#233;voquer une id&#233;e r&#233;volutionnaire en Allemagne et nous creusions profond&#233;ment tous les documents publi&#233;s par l'opposition social-d&#233;mocrate allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs de &#171; Nach&#233; Slovo &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les travailleurs russes r&#233;sidant &#224; Paris, &#224; Londres et m&#234;me en Suisse, Nach&#233; Slovo comptait des amis d&#233;vou&#233;s et leur nombre allait sans cesse croissant. Beaucoup plus qu'un dixi&#232;me de ces personnes se consacr&#232;rent, par la suite, &#224; la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. L'&#233;tat-major litt&#233;raire du journal se composait de membres de diff&#233;rentes tendances :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y comptait des bolch&#233;viks &#224; opinions conciliatrices, des purs bolch&#233;viks, des &#171; avant-gardistes &#187; et de futurs mench&#233;viks. Il est logique de donner la liste des principaux collaborateurs, apr&#232;s le d&#233;part de Martov et de ses amis : Angelica Balabanova, M. Bronsky, Vladimirov, Divilkovsky (Avdiev), Zalevsky, Kollonta&#239;, Lozovsky, Lounatcharsky, Manouilsky (Bezrabotny), Mechtcheriakov, Ovseenko-Antonov (Gallsky), Pokrovsky, Pavlovitch, Poliansky, Radek, Rappoport (Vanne), Riazanov (Boukvoied), Racovski, Rothstein, Sokolnikov, Sergu&#233;ev (Artem), Trotsky, Ouritsky (Boretsky), Tchoudnovsky, Tchitch&#233;rine (Ornatsky). Nos amis les plus proches parmi les &#233;trangers se nommaient Alfred Rosmer et Henriette Roland-Holst.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. I. Tchoudnovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal de Tchernov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de Goloss et ensuite de nach&#233; slovo, incita un groupe de sociaux-r&#233;volutionnaires, avec comme chef de file Tchernov, &#224; fonder un quotidien de tendance subjective. Parmi les membres de l'Intelligentsia populiste, l'&#233;pid&#233;mie patriotique s&#233;vissait incomparablement plus que dans les rangs marxistes. On aurait pu compter sur les doigts les socialistes-r&#233;volutionnai&#173;res-internationalistes. Leur internationalisme n'avait pas un caract&#232;re r&#233;volutionnaire, mais bien humanitaire et id&#233;aliste. En ce qui concerne le chef de ce parti, il remplissait sa fonction &#171; naturelle &#187;, ce qui signifie qu'il s'effor&#231;ait de prendre position sans oser le faire, d&#233;fendant &#224; sa mani&#232;re l'internationalisme en coop&#233;&#173;ration avec les sociaux-patriotes fran&#231;ais et comblait les lacunes et les trous de cette doctrine par le bla-bla-bla de ses &#233;crits et de ses discours. S'en prenant tout d'abord &#224; la Social-d&#233;mocratie allemande, &#224; la critique de laquelle il se pr&#233;parait depuis longtemps en empruntant des arguments ici et l&#224;, tant&#244;t chez Bernstein, tant&#244;t chez les syndicalistes, Tchernov, apr&#232;s une certaine p&#233;riode d'attente, d&#233;cida que la crise subie par la IIe Internationale signifiait la ruine totale de l'id&#233;ologie marxiste et qu'il fallait battre le fer quand il &#233;tait chaud. Il est &#233;vident qu'il ne d&#233;passa pas le niveau d'une argumentation ordinaire et d'un pathos soi-disant moralisateur. Jusque dans la boue du chauvinisme fran&#231;ais, il recherchait des arguments pour &#233;tayer sa grande d&#233;couverte : &#171; Marx et Engels &#233;taient les fondateurs du social-imp&#233;rialisme allemand. &#187; La crise ne survint qu'&#224; la suite du manque d'audience de la voix de Tchernov chez les dirigeants responsables de la IIe Internationale. Ce fameux pro&#173;ph&#232;te &#171; subjectiviste &#187; oublie simplement de nous expliquer pourquoi les 9/10 de ses partisans avec les blanquistes, les syn&#173;dicalistes et les anarchistes se trouv&#232;rent entra&#238;n&#233;s dans les remous du patriotisme. Pendant deux ou trois mois, il s'effor&#231;a, chaque jour, de d&#233;montrer qu'il avait des opinions se distinguant par leur haute teneur politique r&#233;volutionnaire. La censure fran&#173;&#231;aise le prit au mot et, apr&#232;s la fermeture de nos journaux, inter&#173;dit aussi le sien. Il se rendit &#224; Zimmerwald o&#249; il fit figure de provincial et finit par s'accrocher &#224; la gauche zimmerwaldienne (r&#233;sultat totalement impr&#233;visible non seulement pour la gauche, mais aussi pour la Conf&#233;rence et pour lui-m&#234;me). Il est &#233;vident que cela ne l'emp&#234;cha pas, d'&#234;tre le ministre de la guerre imp&#233;&#173;rialiste et, en des discours vides et ampoul&#233;s, de d&#233;fendre l'offensive de juin 1917 en coop&#233;ration avec les arm&#233;es de l'Entente imp&#233;rialiste. Les pires traits d'une intelligentsia oppor&#173;tuniste, malgr&#233; l'enrichissement qui lui fut donn&#233; par son exp&#233;&#173;rience parlementaire et journalistique, se retrouvent en la figure politique de Tchernov. L'ind&#233;chiffrable vague r&#233;volutionnaire projeta ce charlatan &#224; la pr&#233;sidence d'une assembl&#233;e, puis d'un seul coup le rejeta dans un oubli total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le choix et l'&#233;tude scrupuleuse de la documentation n&#233;cessaire &#224; notre publication, il s'av&#233;ra indispensable de la scinder en deux tomes. Dans le second livre, nous publierons des articles concernant les groupements politiques et la lutte int&#233;&#173;rieure au sein des principaux partis socialistes europ&#233;ens ; il en sera de m&#234;me pour les documents relatant deux mois de travail en Am&#233;rique, &#224; la veille de la r&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pris pour objectif de ne pas reproduire tous les articles de cette p&#233;riode de guerre, car leur publication aurait alourdi outre-mesure cet ouvrage. Nous avons &#233;cart&#233; ceux qui ne pr&#233;sentaient qu'un int&#233;r&#234;t secondaire, &#233;galement ceux contenant des redites. Il nous fallut aussi nous priver des articles trop malmen&#233;s par la censure fran&#231;aise. Et ces derniers sont plut&#244;t nombreux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les coupures effectu&#233;es par la censure, le sens de certains articles reste transparent et nous avons essay&#233; de les r&#233;tablir en leur int&#233;grit&#233;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale il fut impossible d'&#233;chapper aux redites, une partie importante des articles ayant &#233;t&#233; &#233;crite pour un quotidien qui, par son essence m&#234;me, ne vit que de r&#233;p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lueur d'une r&#233;vision attentive, nous avons pens&#233; que ces r&#233;p&#233;titions &#233;taient utiles en ce qui concerne les jeunes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers doivent s'impr&#233;gner jusqu'&#224; saturation de l'atmosph&#232;re r&#233;gnant &#224; l'&#233;poque de la guerre imp&#233;rialiste, &#233;poque r&#233;volue pour nous-m&#234;me et qui, pour toujours, creuse un foss&#233; sanglant entre le pass&#233; de l'humanit&#233; et son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou-Simbirsk, 18 mars 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Dans la deuxi&#232;me quinzaine de janvier, Goloss fut interdit par ordre du gouvernement fran&#231;ais, mais le 29, il reparaissait sous le titre Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Science militaire et litt&#233;rature : parler pour ne rien dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en publiant bon nombre d'utiles articles sp&#233;ciaux, la revue Affaires militaires ne r&#233;ussit pas &#224; trouver son &#233;quilibre intellectuel. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. Des &#233;v&#233;nements qui n'avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;vus par les collaborateurs d'Affaires militaires se sont d&#233;roul&#233;s dans le monde entier et en particulier dans notre propre pays. Tout d'abord, ces collaborateurs furent nombreux &#224; penser qu'aucun sch&#233;ma n'&#233;tant applicable &#224; ces &#233;v&#233;nements, tout &#233;tait incompr&#233;hensible ; par cons&#233;quent, il valait mieux refuser tout crit&#232;re d'appr&#233;ciation et attendre patiemment de voir quelle serait l'issue de ce bouleversement. Mais au fur et &#224; mesure de l'&#233;coulement du temps, certaines caract&#233;ristiques de l'ordre commenc&#232;rent &#224; poindre de cet immense chaos que les collaborateurs d'Affaires militaires n'avaient absolument pas pr&#233;vus. L'intelligence humaine est g&#233;n&#233;ralement passive et assez paresseuse ; elle saisit plus facilement ce qu'elle conna&#238;t et qui n'exige pas de r&#233;flexions suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui se passe actuellement. S'&#233;tant tout d'abord convaincus que leurs connaissances n'&#233;taient pas rejet&#233;es et reconnaissant ensuite dans la nouvelle organisation des traits qui leur &#233;taient familiers, maints sp&#233;cialistes militaires se d&#233;p&#234;ch&#232;rent d'en conclure qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil et que par cons&#233;quent, les anciennes structures pouvaient encore tr&#232;s bien servir avec succ&#232;s. Mais il y a plus. Apr&#232;s avoir conclu que finalement, dans le domaine militaire aussi, tout finirait par retomber aux anciens usages, ils reprirent courage et d&#233;cid&#232;rent d'attendre beno&#238;tement la restauration. &#192; cette enseigne, quelques collaborateurs d'Affaires militaires s'empress&#232;rent de remettre sur le tapis leurs conceptions g&#233;n&#233;rales fortement poussi&#233;reuses &#8212; notamment &#224; propos de la place de la guerre et de l'arm&#233;e dans l'histoire de l'&#233;volution humaine. De toute &#233;vidence, ils se prennent pour des &#171; sp&#233;cialistes &#187; dans ce domaine aussi. Erreur fatale ! Un bon artilleur ou un intendant est loin d'&#234;tre toujours appel&#233; &#224; jouer les historiens philosophes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers deux ou trois exemples, en voici la preuve. Dans son num&#233;ro 15-16, les Affaires militaires publient en bonne place un article du citoyen F.&#8239;Herschelman : &#171; La guerre sera-t-elle possible &#224; l'avenir ? &#187; &#192; commencer par le titre, tout est faux dans cet article. Quant au fond, l'auteur se demande si les guerres sont in&#233;vitables &#224; l'avenir et arrive &#224; la conclusion qu'elles le seront. Comme chacun sait, il existe une abondante litt&#233;rature &#224; ce sujet. Aujourd'hui, la question est pass&#233;e du domaine litt&#233;raire &#224; celui du combat intensif, prenant ouvertement dans tous les pays l'aspect d'une guerre civile. En Russie, le pouvoir est aux mains d'un parti politique dont le programme d&#233;finit avec pr&#233;cision et nettet&#233; les caract&#233;ristiques sociales et historiques des guerres pass&#233;es ou actuelles, et qui pr&#233;cise avec autant de clart&#233; que d'exactitude les conditions dans lesquelles les guerres deviendront non seulement inutiles, mais aussi impossibles. Personne ne demande au citoyen Herschelman d'adopter le point de vue communiste. Mais quand un sp&#233;cialiste militaire entreprend une analyse de la guerre dans une revue russe officieuse &#8211; en 1919, pas en 1914 ! &#8211; il semble qu'on serait en droit d'exiger que ledit sp&#233;cialiste connaisse au moins les rudiments du programme qui est la doctrine officielle du r&#233;gime et sur lequel repose toute notre politique int&#233;rieure et internationale. Il n'y fait m&#234;me pas allusion. Comme il est de tradition, l'auteur commence par le commencement, c'est-&#224;-dire qu'il d&#233;marre sur un postulat de la pire banalit&#233;, tir&#233; de la scholastique impuissance historique de Leer et stipulant que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; sur l'interpr&#233;tation la plus large, voire illimit&#233;e, du mot &#171; lutte &#187;, cet aphorisme supprime en toute simplicit&#233; l'ensemble de l'histoire humaine en la dissolvant sans r&#233;sidu dans la biologie. Lorsque sans jouer sur les mots nous parlons de guerre, nous sous-entendons un affrontement syst&#233;matique de groupes humains organis&#233;s par l'&#201;tat et qui utilisent les moyens techniques dont ils disposent au nom de buts fix&#233;s par le pouvoir politique qui les repr&#233;sente. Il est absolument &#233;vident que rien de semblable n'existe en dehors de la soci&#233;t&#233; humaine. Si la lutte est propre &#224; tout ce qui vit, la guerre en revanche est un ph&#233;nom&#232;ne purement historique et humain. Celui qui ne s'en rend pas compte est encore tr&#232;s loin du seuil m&#234;me de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, les hommes se mangeaient entre eux. Dans certains pays, le cannibalisme s'est encore conserv&#233; jusqu'&#224; nos jours. Il est vrai que les Achantis ne publient pas de revues militaires, mais s'ils le faisaient, leurs th&#233;oriciens militaires &#233;criraient vraisemblablement : &#171; Esp&#233;rer que les gens renoncent au cannibalisme est vain, puisque la lutte est l'apanage de tout ce qui vit. &#187; Avec la permission du citoyen Herschelman, nous pourrions r&#233;pliquer au savant anthropophage qu'il ne s'agit pas pour l'instant de la lutte en g&#233;n&#233;ral, mais de l'une de ses formes singuli&#232;res, qui s'exprime en l'occurrence par l'homme &#224; l'aff&#251;t de son semblable. Manifestement, le cannibalisme n'a pas disparu sous l'effet de la persuasion, mais &#224; la suite des modifications de l'ordre social : en effet, lorsqu'il se r&#233;v&#233;la plus avantageux de transformer les prisonniers en esclaves, l'anthropophagie (cannibalisme) disparut. Et la lutte ? La lutte, eh bien, elle demeura. Cependant, pour le moment nous ne parlons pas de lutte, mais de cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, le m&#226;le se battait avec un autre m&#226;le pour une femelle. Les fianc&#233;s antiques &#171; enlevaient la fille de l'eau &#187;. Comme le citoyen Herschelman le sait sans doute, ce moyen n'a plus cours de nos jours, bien que la lutte soit l'apanage de tout ce qui vit. Les r&#232;glements de comptes dans les bois ou les cavernes ont &#233;t&#233; remplac&#233;s plus tard par des tournois de chevalerie en pr&#233;sence des dames. Cependant, tournois et duels appartiennent aujourd'hui au pass&#233; ou se sont dans l'ensemble transform&#233;s en vulgaire &#233;cho de mascarade des anciens heurts sanglants. Pour comprendre ce processus, il faut suivre de pr&#232;s l'&#233;volution de l'&#233;conomie, les relations entre hommes et femmes, les modifications fondamentales intervenues dans la vie familiale et tribale courante, l'apparition et l'&#233;volution des classes, le conditionnement historique des opinions et des pr&#233;jug&#233;s des chevaliers et de la noblesse, le r&#244;le du duel en tant qu'&#233;l&#233;ment de l'id&#233;ologie de classe, la disparition du fondement social des classes privil&#233;gi&#233;es, la transformation du duel en une survivance inutile, etc. Sur la base d'un aphorisme vide de sens &#8211; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#8211; dans ce domaine comme dans tous les autres, on ne peut pas aller bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribus et les clans slaves se battaient entre eux. Du temps du f&#233;odalisme, les principaut&#233;s se battaient entre elles. Les tribus allemandes faisaient de m&#234;me, tout comme les principaut&#233;s f&#233;odales de la future France unifi&#233;e. Les luttes sanglantes entre f&#233;odaux, les guerres opposant entre elles les provinces ou les villes aux arm&#233;es de chevaliers &#233;taient &#224; l'ordre du jour non pas parce que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;, mais parce qu'elles &#233;taient d&#233;termin&#233;es par certaines relations sociales de l'&#233;poque, et elles disparurent en m&#234;me temps que ces derni&#232;res. Les motifs qui poussaient les Moscovites &#224; se battre contre les habitants de Kiev, les Prussiens contre les Saxons, les Normands contre les Bourguignons &#233;taient &#224; l'&#233;poque aussi profonds et rigoureux que les causes qui se trouvaient &#224; l'origine de la derni&#232;re guerre entre Allemands et Anglais. Par cons&#233;quent, une fois encore, il ne s'agit pas d'une simple loi de la nature en tant que telle, mais de lois sp&#233;cifiques d&#233;finissant l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine. Sans m&#234;me nous &#233;loigner du domaine le plus g&#233;n&#233;ral des consid&#233;rations historiques, permettez-moi de poser une question : si l'homme a d&#233;pass&#233; le stade de la guerre entre la Bourgogne et la Normandie, la Saxe et la Prusse, entre les principaut&#233;s de Kiev et de Moscou, pourquoi ne d&#233;passerait-il pas le stade des affrontements entre l'Angleterre et l'Allemagne, la Russie et le Japon ? De toute &#233;vidence, la lutte dans le sens le plus large du mot demeurera ; toutefois, la guerre &#8211; qui n'est qu'une forme particuli&#232;re de cette lutte &#8211; n'est apparue qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; l'homme commen&#231;a &#224; b&#226;tir sa soci&#233;t&#233; et &#224; utiliser des armes. Cette forme singuli&#232;re de lutte &#8211; la guerre &#8211; a suivi le cours des modifications de la soci&#233;t&#233; humaine et, dans certaines circonstances historiques, elle peut compl&#232;tement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur morcellement, les guerres f&#233;odales &#233;taient essentiellement dues &#224; l'isolement de l'&#233;conomie moyen&#226;geuse. Chaque r&#233;gion consid&#233;rait sa voisine comme un monde repli&#233; sur lui-m&#234;me duquel on pouvait tirer profit. Dans leurs nids d'aigle, les chevaliers observaient d'un &#339;il rapace l'enrichissement des villes qui se d&#233;veloppaient. L'&#233;volution ult&#233;rieure a unifi&#233; les provinces et les r&#233;gions en un tout. &#192; la suite d'une lutte interne et externe impitoyable, la France unifi&#233;e, l'Italie unifi&#233;e et l'Allemagne unifi&#233;e se d&#233;velopp&#232;rent sur cette nouvelle base &#233;conomique. L'unit&#233; &#233;conomique ayant ainsi transform&#233; de grands pays en un organisme &#233;conomique unique, les guerres devinrent impossibles dans les limites de cette nouvelle formation historique &#233;largie : la nation et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;volution des relations &#233;conomiques n'en resta pas l&#224;. L'industrie avait depuis longtemps d&#233;pass&#233; son cadre national et avait li&#233; le monde entier par les cha&#238;nes de l'interd&#233;pendance. Ce n'est pas seulement la Bourgogne ou la Normandie, la Saxe ou la Prusse, Moscou ou Kiev, mais la France, l'Allemagne et la Russie qui ont cess&#233; depuis longtemps d'&#234;tre des mondes se suffisant &#224; eux-m&#234;mes pour devenir des parties d&#233;pendantes de l'&#233;conomie mondiale. Nous ne le sentons que trop bien aujourd'hui, en p&#233;riode de blocus militaire, quand nous ne recevons plus les produits industriels allemands ou anglais qui nous sont indispensables. D'autre part, les ouvriers allemands ou anglais ressentent eux aussi cette rupture m&#233;canique d'un tout &#233;conomique, puisqu'ils ne re&#231;oivent plus ni le bl&#233; du Don, ni le beurre sib&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondements de l'&#233;conomie sont devenus mondiaux. La perception des b&#233;n&#233;fices &#8212; c'est-&#224;-dire le droit d'&#233;cr&#233;mer l'&#233;conomie mondiale &#8212; n'en est pas moins demeur&#233;e aux mains des classes bourgeoises de certaines nations. S'il faut donc chercher les racines des guerres actuelles dans la &#171; nature &#187;, ce n'est pas dans la nature biologique ni m&#234;me dans la nature humaine en g&#233;n&#233;ral qu'on doit les qu&#233;rir, mais dans la &#171; nature &#187; sociale de la bourgeoisie qui naquit, puis se d&#233;veloppa en tant que classe exploitante, usurpatrice, dirigeante, profiteuse et ravageuse, en contraignant les masses laborieuses &#224; guerroyer au nom de ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;troitement li&#233;e en un tout, l'&#233;conomie mondiale cr&#233;e des sources inou&#239;es d'enrichissement et de puissance. La bourgeoisie de chaque nation voudrait &#234;tre la seule &#224; b&#233;n&#233;ficier de ces sources, d&#233;sorganisant par la m&#234;me occasion l'&#233;conomie mondiale, comme le firent les f&#233;odaux &#224; l'&#233;poque de transition vers un nouveau r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe destin&#233;e &#224; semer toujours davantage de d&#233;sordre dans l'&#233;conomie ne peut se maintenir longtemps au pouvoir. C'est pourquoi la bourgeoisie elle-m&#234;me se sent contrainte de chercher une issue en cr&#233;ant &#171; la Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. L'id&#233;e de Wilson est de r&#233;viser l'&#233;conomie mondiale unifi&#233;e en cr&#233;ant une esp&#232;ce de soci&#233;t&#233; de brigandage par actions, afin que les profits soient r&#233;partis entre les capitalistes de tous les pays sans qu'ils se battent entre eux. Manifestement, Wilson entend garder la majorit&#233; des actions pour ses propres boursiers de New York ou de Chicago, ce dont ne veulent pas entendre parler les bandits de Londres, Paris, Tokyo et autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet affrontement des app&#233;tits bourgeois que g&#238;t la difficult&#233; des gouvernements bourgeois de trouver une solution au probl&#232;me de la &#171; Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. On peut n&#233;anmoins assurer qu'apr&#232;s l'exp&#233;rience de la guerre actuelle, les milieux capitalistes des pays les plus importants auraient cr&#233;&#233; les conditions d'une exploitation plus ou moins centralis&#233;e et unifi&#233;e du monde entier sans recourir &#224; la guerre, de la m&#234;me fa&#231;on que la bourgeoisie avait liquid&#233; les guerres f&#233;odales dans les limites du territoire national. La bourgeoisie aurait pu mener cette nouvelle t&#226;che &#224; bien si la classe ouvri&#232;re ne s'&#233;tait pas retourn&#233;e contre elle, tout comme en son temps elle-m&#234;me s'&#233;tait oppos&#233;e aux forces f&#233;odales. La guerre civile qui s'est termin&#233;e en Russie par la victoire du prol&#233;tariat aura une fin semblable dans tous les autres pays ; cette guerre m&#232;ne &#224; la conclusion suivante : le prol&#233;tariat prend en mains la solution du probl&#232;me qui se pose aujourd'hui &#224; l'humanit&#233; &#8212; probl&#232;me de vie ou de mort, &#224; savoir la transformation de toute la surface terrestre, de ses richesses naturelles et de tout ce qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le travail de l'homme en une &#233;conomie mondiale, mieux syst&#233;matis&#233;e en fonction d'une seule et m&#234;me pens&#233;e, et o&#249; la r&#233;partition des biens se fait comme dans une grande coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Herschelman n'a sans doute aucune id&#233;e de tout cela. Il a d&#233;couvert un quelconque opuscule d'un certain professeur Danievski, intitul&#233; Le syst&#232;me de l'&#233;quilibre politique, du l&#233;gitimisme et des commencements de la nation, et, en s'appuyant sur quelques conclusions rachitiques du juriste officiel, en conclut &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; des guerres jusqu'&#224; l'ach&#232;vement des si&#232;cles. Dans les colonnes de la revue de l'Arm&#233;e Rouge ouvri&#232;re et paysanne &#8211; en mai 1919 ! &#8211; l'&#233;ditorial expose gravement que le d&#233;but de... la l&#233;gitimit&#233; ne pr&#233;serve pas de la guerre ! La l&#233;gitimit&#233;, c'est la reconnaissance de l'immuabilit&#233; de toute la saloperie monarchiste, de classes et de castes qui s'est accumul&#233;e sur cette terre. Chercher &#224; prouver que la reconnaissance des droits &#233;ternels du pouvoir des Hohenzollern ou des Romanov, ou encore des usuriers parisiens, ne pr&#233;serve pas des guerres, cela signifie simplement parler pour ne rien dire. C'est aussi valable pour la th&#233;orie du soi-disant &#171; &#233;quilibre politique &#187;. Personne n'a mieux d&#233;montr&#233; la fausset&#233; et l'inanit&#233; de cette th&#233;orie que le marxisme (communisme). La tricherie diplomatique de &#171; l'&#233;quilibre &#187; n'&#233;tait que la fa&#231;ade d'une comp&#233;tition diabolique des engins militaires d'une part et de l'autre &#8211; des aspirations de l'Angleterre &#224; affaiblir la France et l'Allemagne, de l'Allemagne &#224; affaiblir la France, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux locomotives ont &#233;t&#233; lanc&#233;es l'une contre l'autre sur la m&#234;me voie, voil&#224; la signification de la th&#233;orie du monde arm&#233; par &#171; l'&#233;quilibre europ&#233;en &#187;, une th&#233;orie dont les marxistes ont d&#233;montr&#233; la fausset&#233; bien avant qu'elle ne s'&#233;croul&#226;t dans le sang et la boue. Seuls les songe-creux petits-bourgeois et les charlatans bourgeois peuvent parler du principe national comme fondement de la paix &#233;ternelle. Lorsque le d&#233;veloppement de l'industrie exigea la transformation de la province en une unit&#233; nationale beaucoup plus vaste, les guerres furent men&#233;es sous la banni&#232;re nationale. Les guerres contemporaines ne supposent pas le principe national. Il ne s'agit d&#233;j&#224; plus des guerres civiles. Koltchak vend la Sib&#233;rie &#224; l'Am&#233;rique, D&#233;nikine est pr&#234;t &#224; inf&#233;oder les trois quarts du peuple russe &#224; l'Angleterre et &#224; la France pourvu qu'on le laisse continuer de piller &#224; son aise le dernier quart. Le principe national ne joue m&#234;me plus de r&#244;le dans les guerres internationales. L'Angleterre et la France se partagent les colonies allemandes, et &#233;cart&#232;lent l'Asie. L'Am&#233;rique fourre son nez dans les affaires europ&#233;ennes, tandis que l'Italie s'adjuge des Slaves. &#192; moiti&#233; &#233;touff&#233;e, la Serbie trouve encore le moyen d'&#233;trangler les Bulgares. Dans le meilleur des cas, le principe national n'est qu'un pr&#233;texte. Il s'agit en fait de souverainet&#233; mondiale, c'est-&#224;-dire de la domination &#233;conomique du monde entier. Apr&#232;s une critique superficielle de la l&#233;gitimit&#233;, de la th&#233;orie de l'&#233;quilibre politique et du principe national, le citoyen Herschelman ne mentionne m&#234;me pas le probl&#232;me de l'issue de la guerre. Et pourtant, cette issue se d&#233;cide actuellement sur le terrain. Apr&#232;s avoir chass&#233; la bourgeoisie du gouvernail national et pris les r&#234;nes du pouvoir, la classe ouvri&#232;re pr&#233;pare la cr&#233;ation de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique europ&#233;enne et mondiale qui reposera sur une &#233;conomie mondiale unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a &#233;t&#233; et demeurera une forme arm&#233;e de l'exploitation ou de la lutte contre l'exploitation. La domination f&#233;d&#233;rative du prol&#233;tariat en tant que transition vers une Commune mondiale signifie la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme et donc la liquidation des affrontements arm&#233;s. La guerre dispara&#238;tra comme le cannibalisme. La lutte, elle, continuera, mais ce sera la lutte collective de l'humanit&#233; contre les forces ennemies de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juillet 1919, Voronej-Kolodezna&#238;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Affaires militaires n&#176; 23-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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