Matière et Révolution
https://www.matierevolution.org/
Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
Ce site est complémentaire de https://www.matierevolution.fr/frSPIP - www.spip.netMatière et Révolutionhttps://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1792804444
https://www.matierevolution.org/
69144L'armée permanente, une institution nouvelle au Moyen-Age européen, née à l'intiative de la bourgeoisie
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9144
https://www.matierevolution.org/spip.php?article91442026-08-10T22:15:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeBourgeois
<p>L'armée permanente, une institution nouvelle au Moyen-Age européen, née à l'intiative de la bourgeoisie <br class='autobr' />
On prétend souvent que l'armée permanente est une institution inévitable pour défendre la sécurité, le territoire, la nation, la patrie et même le peuple. Ce sont en fait les classes possédantes que cette institution d'Etat défend et la bourgeoisie a été à son initiative au Moyen-âge, notamment lors des révoltes des communes, dans les guerres entre seigneurs féodaux européens qui ont (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot51" rel="tag">Bourgeois</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'armée permanente, une institution nouvelle au Moyen-Age européen, née à l'intiative de la bourgeoisie</h2>
<p>On prétend souvent que l'armée permanente est une institution inévitable pour défendre la sécurité, le territoire, la nation, la patrie et même le peuple. Ce sont en fait les classes possédantes que cette institution d'Etat défend et la bourgeoisie a été à son initiative au Moyen-âge, notamment lors des révoltes des communes, dans les guerres entre seigneurs féodaux européens qui ont permis à la bourgeoisie de se renforcer, aussi bien militairement que socialement et politiquement.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3181" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3181</a></p>
<p>Au début du Moyen-Age européen, les nobles (seigneurs féodaux, propriétaires terriens) avaient le monopole des armes. Pour un manant (pas un seigneur), porter une arme était un crime passible de la peine de morts. L'armée n'était pas permanente mais temporaire. Il n'y avait pas véritablement d'Etat centralisé. L'armée était constituée de l'« ost », les suzerains convoquant les seigneurs inférieurs (leurs vassaux) pour une durée limitée. L'essentiel de l'armée était la cavalerie, les piétons jouant un rôle secondaire. Il était impossible de faire des guerres de longue durée car les seigneurs refusaient de rester plus longtemps que la durée de l'ost (quarante jours) à laquelle ils étaient engagés pour un nombre fixé de guerriers (seigneurs et écuyers).</p>
<p>La bataille de Hastings en 1066 a été la dernière victoire d'une armée féodale (les Normands) sur une armée (anglaise) comprenant de nombreux manants/soldats. Des batailles fameuses au cours du Moyen-Age ont été des défaites cuisantes de la noblesse face à des armées du peuple en Angleterre, en France, en Hollande, aux Pays-Bas, au Brabant et en Suisse comme Crécy, Morgarten, Azincourt, Courtrai, Sempach, Näfels, Poitiers, Gand, Anvers, Brignais, etc...</p>
<p>L'intervention armée de la bourgeoisie et du petit peuple des villes et des campagnes, en lutte pour défendre leurs intérêts de classe contre la noblesse à partir des années 1200 environ, a complètement changé le caractère de la guerre et, à la fin de la guerre de Cent Ans, les grands Etats ne pouvaient plus se passer d'une infanterie de métier fondée sur des soldats apointés et enrégimentés en permanence, les armées féodales étant devenues incapables de battre les manants en armes. Le monopole des armes de guerre est alors passé des seigneurs de la noblesse à l'Etat central qui va devenir, même sous la royauté, de plus en plus un Etat bourgeois.</p>
<p>La « Guerre de Cent Ans » a constitué le grand tournant pour les armées européennes. Les conceptions de la guerre, de l'armée, de l'armement et des buts de guerre n'étaient plus les mêmes à la fin qu'au début. L'armée permanente, l'enrégimentement comme soldats embauchés de manants, soldats de l'infanterie et de l'Etat centralisé étaient nés.</p>
<p>Pierre Goubert dans « Initation à l'histoire de France » : « L'organisation décisive, et durable date du 26 mai 1445 : les « Compagnies de l'Ordonnance du Roi », une vingtaine pour commencer, furent créées. Sous l'autorité d'un capitaine choisi par le roi, chacune comprenait cent « lances » de six hommes tous cavaliers, un seul entièrement cuirassé, l'homme d'armes, ou « gendarme »… Elles étaient à la fois soldées, permanentes, et dépendantes du roi. Ces débuts sérieux d'une armée royale - dix mille à douze mille hommes pour commencer – furent complétés par l'instauration d'une infanterie à l'anglaise, les « francs-archers » (28 avril 1448) qui devaient s'entraîner régulièrement à l'arc ou à l'arbalète et répondre au premier appel du roi… L'artillerie fut considérablement développée… Un tel effort militaire, appelé à durer, ne pouvait se concevoir sans une réorganisation des finances et du gouvernement lui-même… Au fil de guerres de plus en plus difficiles qui mettaient en action des armées dont l'effectif doubla (d'environ 20 000 hommes sous Charles VIII à près de 50 000 en 1559) et qui ne pouvaient toujours vivre sur le pays comme l'armée française en Italie, les rois avaient dû mettre sur pied un système financier et administratif solide…. Les contribuables du temps eurent tout le loisir de s'en apercevoir… Les forces armées ont continué de grimper sous Louis XIII et Louis XIV et la misère de grandir dans les campagnes… Même après avoir signé la paix de Nimègue, Louis XIV conserva plus cent mille hommes sur le pied de guerre… Mais pas pour la défense de la France. Ainsi, en 1688, il lança ses troupes sur le Palatinat qu'il ravagea pour la deuxième fois, brûla Heidelberg, saccagea Mannheim, Spire, Worms et Bingen… Puis Louis XIV mobilisa plus de deux cent mille soldats contre la coalition dirigée par Guillaume d'Orange. »</p>
<h2 class="spip">Quand les armées féodales sont battues à plates coutures par des armées de soldats et des milices bourgeoises</h2>
<p>Quand les archers anglais (manants et même pas cavaliers) ont battu l'armée féodale française (des seigneurs à cheval)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Azincourt" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Azincourt</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Cr%C3%A9cy" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Cr%C3%A9cy</a></p>
<p>Quand les soldats suisses (des paysans) ont battu l'armée féodale des Habsbourg en la massacrant intégralement</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580</a></p>
<p>Lorsque les Flamands assiègent Courtrai le 9 juillet 1302, une puissante armée française dirigée par le comte Robert II d'Artois arrive pour écraser la rébellion. La bataille de Courtrai, dite des Éperons d'Or, se déroule le 11 juillet dans un champ près de la ville, sur un terrain gorgé d'eau. La charge de la cavalerie française est arrêtée par la milice flamande qui s'est déployée en arc de cercle, derrière un fossé. Les chevaliers français ne peuvent faire demi-tour pour contourner l'obstacle. La plupart d'entre eux sont abattus alors qu'ils piétinent dans la boue.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Flandre" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Flandre</a></p>
<p>Féodalité et Bourgeoisie, l'affrontement de classe</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4827" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4827</a></p>
<p>Révolution en Flandres à partir de 1336</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293</a></p>
<p>La révolution d'Etienne Marcel</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238</a></p>
<p>L'armement des ruraux et des bourgeois à la fin du Moyen Age</p>
<p><a href="https://books.openedition.org/irhis/1149?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.openedition.org/irhis/1149?lang=fr</a></p>
<p>L'armement du peuple</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/Armement_du_peuple" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/Armement_du_peuple</a></p>
<p>La guerre de Cent Ans, entre guerre féodale et guerre entre armées permanentes nationales</p>
<p><a href="https://www.lefigaro.fr/histoire/la-guerre-de-cent-ans-entre-guerre-feodale-et-guerre-nationale-20250201" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lefigaro.fr/histoire/la-guerre-de-cent-ans-entre-guerre-feodale-et-guerre-nationale-20250201</a></p>
<p>L'armée féodale</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ost" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Ost</a></p>
<p>L'ost du roi de France aux XIIIe-XVe siècles : le devenir de ses dimensions féodales</p>
<p><a href="https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-63?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-63?lang=fr</a></p>
<p>De l'armée féodale à l'armée permanente</p>
<p><a href="https://shs.cairn.info/le-miracle-capetien--9782262004330-page-123?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://shs.cairn.info/le-miracle-capetien--9782262004330-page-123?lang=fr</a></p>
<p>Les militaires du Moyen Age</p>
<p><a href="https://www.lhistoire.fr/les-militaires-du-moyen-age" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lhistoire.fr/les-militaires-du-moyen-age</a></p>
<p>Une mise en lumière des mutations militaires de la fin du Moyen Âge</p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/artefact/514" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journals.openedition.org/artefact/514</a></p>
<p>La décadence de la féodalité et l'essor de la bourgeoisie</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000z.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000z.htm</a></p>
<p>La guerre a toujours un caractère de classe. Un exemple : la guerre au Moyen-Age européen</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5665" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5665</a></p>
<p>L'organisation militaire avant les armées permanentes</p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1861_num_22_1_461937" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1861_num_22_1_461937</a></p>
<h2 class="spip">La naissance de l'armée permanente</h2>
<p>Aux sources d'une armée permanente</p>
<p><a href="https://enc.hal.science/hal-04096177/file/2013_ThENC_DELPU_Fabien.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://enc.hal.science/hal-04096177/file/2013_ThENC_DELPU_Fabien.pdf</a></p>
<p>Charles VII et la création de l'armée permanente</p>
<p><a href="https://www.histogames.com/HTML/chronologie/articles/0003-charles-vii-et-la-creation-d-une-armee-permanente.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.histogames.com/HTML/chronologie/articles/0003-charles-vii-et-la-creation-d-une-armee-permanente.php</a></p>
<p><a href="http://jeanmarieborghino.fr/charles-vii-reforme-larmee-francaise/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://jeanmarieborghino.fr/charles-vii-reforme-larmee-francaise/</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_militaire_de_la_France" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_militaire_de_la_France</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_d%27ordonnance" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_d%27ordonnance</a></p>
<p>La guerre anglaise aux XIVe et XVe siècles</p>
<p><a href="https://www.academie-stanislas.org/wp-content/uploads/2023/02/2019-06-07-giuliato.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.academie-stanislas.org/wp-content/uploads/2023/02/2019-06-07-giuliato.pdf</a></p>
<p>Histoire de l'armée de terre française</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Arm%C3%A9e_de_terre_fran%C3%A7aise" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Arm%C3%A9e_de_terre_fran%C3%A7aise</a></p>
<p>Du XVème au XIXème siècle, la guerre France/Angleterre sur mers et sur terre, un sous-produit de la lutte des classes</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3687" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3687</a></p>
<p>Une « révolution militaire » s'était ou non produite en Europe occidentale et centrale à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle)</p>
<p><a href="https://theatrum-belli.com/revolution-militaire-et-naissance-de-la-modernite/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://theatrum-belli.com/revolution-militaire-et-naissance-de-la-modernite/</a></p>
<p>La guerre et la construction de l'Etat en tant que crime organisé</p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_2000_num_13_49_1075" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_2000_num_13_49_1075</a></p>
<p>Au programme révolutionnaire, deux revendications fondamentales : la suppression de l'armée permanente de la bourgeoisie et l'armement du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7480" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7480</a></p>
<p> <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6275" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6275</a></p></div>
La révolution politique et sociale a existé aux époques antiques et anciennes
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8805
https://www.matierevolution.org/spip.php?article88052025-12-26T23:01:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeAntiquitéRévolution
<p>La révolution politique et sociale a existé aux époques antiques et anciennes <br class='autobr' />
Les révolutions des sociétés antiques et anciennes sont celles des esclaves, des serfs, des nationalités opprimées, des paysans, des chasseurs-cueilleurs, des femmes et des habitants des villes... <br class='autobr' />
Que le peuple ou une fraction de celui-ci renverse un régime, un système, un pouvoir, un système social, tout cela s'est produit aussi bien dans l'antiquité la plus ancienne qu'à l'époque moderne. On sait que sous (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot36" rel="tag">Antiquité</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La révolution politique et sociale a existé aux époques antiques et anciennes</h2>
<p>Les révolutions des sociétés antiques et anciennes sont celles des esclaves, des serfs, des nationalités opprimées, des paysans, des chasseurs-cueilleurs, des femmes et des habitants des villes...</p>
<p>Que le peuple ou une fraction de celui-ci renverse un régime, un système, un pouvoir, un système social, tout cela s'est produit aussi bien dans l'antiquité la plus ancienne qu'à l'époque moderne. On sait que sous Louis XVI, le climat a aggravé la situation sociale mais c'est le peuple qui l'a renversé. De même dans l'antiquité, ce n'est pas le climat qui a fait chuter un régime mais la population. Dès que sont apparues des divisions en classes sociales et des directions de la société au service de la classe dominante, il y a eu aussi des révoltes et des révolutions et des renversements du pouvoir en place. Or, les classes sociales datent de la plus haute antiquité et les pouvoir d'Etat est venu ensuite pour défendre ces classes exploiteuses contre… les révolutions.</p>
<h2 class="spip">Quelques exemples</h2>
<p>La mystérieuse découverte de restes humains brûlés et de milliers d'ornements précieux, qui auraient appartenu à des dirigeants royaux d'une cité maya, sont une preuve archéologique rare et directe d'un changement de régime politique vieux de plus d'un millénaire.</p>
<p><a href="https://www.nationalgeographic.fr/histoire/civilisations-precolombiennes-guatemala-ces-restes-humains-revelent-un-bouleversement-politique-majeur-dans-une-cite-maya" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.nationalgeographic.fr/histoire/civilisations-precolombiennes-guatemala-ces-restes-humains-revelent-un-bouleversement-politique-majeur-dans-une-cite-maya</a></p>
<p><a href="https://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/pivot-point-in-maya-history-fireburning-event-at-kanwitznal-ucanal-and-the-making-of-a-new-era-of-political-rule/564F837E84443D408CD844424B7F6952" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/pivot-point-in-maya-history-fireburning-event-at-kanwitznal-ucanal-and-the-making-of-a-new-era-of-political-rule/564F837E84443D408CD844424B7F6952</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article6324" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article6324</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5336" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5336</a></p>
<p>Même ceux qui ne voient partout que des actions du climat doivent reconnaitre que la crise sociale a entrainé une crise politique et causé finalement… une révolution !</p>
<p><a href="https://gurumed.org/2022/07/25/on-pourrait-sinspirer-de-leffondrement-de-cette-cit-maya-il-y-a-plus-de-500-ans-domin-par-le-changement-climatique-et-linstabilit-sociale/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gurumed.org/2022/07/25/on-pourrait-sinspirer-de-leffondrement-de-cette-cit-maya-il-y-a-plus-de-500-ans-domin-par-le-changement-climatique-et-linstabilit-sociale/</a></p>
<p>Mais pourquoi les Mayas brûlaient-ils leurs rois ?</p>
<p>Ces trouvailles seraient les restes brûlés d'anciens souverains et de leurs trésors. Les quatre corps des membres d'une famille royale auraient été enterrés dans la même tombe plusieurs décennies auparavant. En effet, les scientifiques ont procédé à la datation au carbone des charbons de bois et des os. Or, si les échantillons des premiers remontent à la fin de la période dite « classique tardive », entre environ 773 et 881 après J.-C., les seconds sont plus anciens.</p>
<p>Un des individus est même décédé un siècle avant que les restes ne soient exhumés pour être brûlés, y compris pour deux d'entre eux, à des températures très élevées. Pourquoi ? Là, commence le difficile travail scientifique d'interprétation. Pour les chercheurs, la destruction par le feu de ces restes royaux n'était nullement un acte de barbarie. Ils ne voient pas non plus dans cet événement un effondrement maya de la période classique, mais plutôt ce qu'ils nomment un « point pivot révolutionnaire » autour duquel le royaume K'anwitznal s'est réinventé.</p>
<p>Un rite de transition politico-sociale</p>
<p>Les anciens rois auraient été brûlés longtemps après leur mort, lors d'un rituel intentionnel de destruction et de profanation destiné à marquer, au IXe siècle, la transition vers un nouveau régime politique. « Les rituels d'entrée du feu étaient bien connus dans l'ancien monde maya, souligne Christina Halperin. Il s'agissait peut-être aussi bien d'un acte de vénération que d'un acte de destruction. Ce rituel particulier d'entrée du feu d'Ucanal correspond à un changement prolifique dans l'histoire du site et également à des changements majeurs dans les basses terres mayas en général. »</p>
<p>Cette société maya aurait utilisé, au début de la période « classique terminale » (vers 810-950), les rituels du feu purificateur pour signifier la destruction symbolique d'une ancienne dynastie maya du « classique récent » (vers 600-810), afin de construire un nouvel ordre politique. En somme, il s'agissait d'un rite de transition politico-social révélant une société en mutation et non plongée dans un simple déclin.<br class='autobr' />
« Il est rare de trouver un contexte archéologique qui a marqué un tournant clé dans l'histoire. »</p>
<p>Christina Halperin décrit même le scénario probable de ce qui s'est déroulé à la pyramide d'Ucanal : « Ceux qui ont assumé le pouvoir sont rentrés dans une tombe royale de la fin du classique, ont brûlé les restes humains et les ornements corporels de la tombe royale et ont déposé les restes spectaculairement brûlés et explosés dans les fondations d'une nouvelle phase de construction du temple-pyramide. Il est rare de trouver un contexte archéologique qui a marqué un tournant clé dans l'histoire. Ce dépôt pourrait, en fait, en être un. »</p>
<p><a href="https://www.humanite.fr/sciences/archeologie/mais-pourquoi-les-mayas-brulaient-ils-leurs-rois" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.humanite.fr/sciences/archeologie/mais-pourquoi-les-mayas-brulaient-ils-leurs-rois</a></p>
<p>Les Mayas ne sont pas une exception, tous les pouvoirs des anciennes sociétés des Indiens des Amériques ont connu des révolutions et des renversements du pouvoir.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5336" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5336</a></p>
<p>Les exemples les plus fameux sont ceux des Olmèques et des Nazca</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235</a></p>
<p>On peut citer aussi : Caral</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263</a></p>
<p>Un autre exemple : ces reliques révèlent le bouleversement dans l'histoire des Nabatéens</p>
<p><a href="https://www.nationalgeographic.fr/video/histoire/ces-reliques-revelent-le-bouleversement-dans-lhistoire-des-nabateens" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.nationalgeographic.fr/video/histoire/ces-reliques-revelent-le-bouleversement-dans-lhistoire-des-nabateens</a></p>
<p><a href="https://mutations.hypotheses.org/comptes-rendus/10-11-17_structure_sociale_nabateens" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://mutations.hypotheses.org/comptes-rendus/10-11-17_structure_sociale_nabateens</a></p>
<p>L'Egypte antique a connu de nombreux bouleversements du pouvoir et notamment deux grandes révolutions sociales…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1901" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1901</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2102" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2102</a></p>
<p>Des révolutions aussi en Mésopotamie antique…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article225" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article225</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104</a></p>
<p>Et chez les Scythes…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5376" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5376</a></p>
<p>Dans l'empire perse aussi…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5257" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5257</a></p>
<p>En Numidie et en Maurétanie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5533" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5533</a></p>
<p>La chute de la civilisation antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6068" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6068</a></p>
<p>Les révolutions de l'antiquité</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article52" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article52</a></p>
<p>Quelques exemples qui montrent, n'en déplaise aux historiens et autres penseurs du pouvoir, que toutes les civilisations ont disparu du fait des révolutions réalisées par les opprimés et parce que le système avait atteint ses propres limites...</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2132" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2132</a></p>
<p>Lors de deux grandes vagues de révolution sociale (-2260 et -1200 avant J.-C.), le peuple travailleur d'Egypte a non seulement renversé le roi mais renversé aussi le régime pharaonique et tout le système d'exploitation.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222</a></p>
<p>Chez les Mochicas</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5278" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5278</a></p>
<p>Chez les Lambayèques</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282</a></p>
<p>Dans la civilisation de Chavín</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5288" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5288</a></p>
<p>Chez les Zapotèques</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5345" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5345</a></p>
<p>Dans l'empire Tiahuanaco-Huari</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5307" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5307</a></p>
<p>Chez les Toltèques</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247</a></p>
<p>Chez les Olmèques</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235</a></p>
<p>Une grande révolution : le passage du néolithique à l'âge du bronze</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5424" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5424</a></p>
<p>Révolution dans la civilisation de Cucuteni-Trypillia</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5411" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5411</a></p>
<p>Et dans la Chine antique…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article223" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article223</a></p>
<p>Chez les Assyriens…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article613" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article613</a></p>
<p>Chez les Phéniciens et Cananéens</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1165" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1165</a></p>
<p>Et en Méso-amérique antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article227" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article227</a></p>
<p>Dans la Rome antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article226" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article226</a></p>
<p>Dans la Grèce antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article224" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article224</a></p>
<p>En Palestine (Canaan) et en Israël antiques</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395</a></p>
<p>Dans l'Inde antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article243" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article243</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229</a></p>
<p>Dans la civilisation mégalithique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1618" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1618</a></p>
<p>Dans l'Afrique antique</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article230" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article230</a></p>
<p>A Corfou</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166</a></p>
<p>Et on est loin de les avoir toutes citées !</p>
<h2 class="spip">Les périodes de grands bouleversements se retrouvent dans toutes les langues antiques et anciennes</h2>
<p>Les mots révolte, révolution, soulèvement, insurrection, renversement de l'ordre, désordre social, période de désorganisation, changement radical, grand chambardement, destruction du pouvoir, nouvelle ère, nouveau régime, chute d'une ville, d'une société ou d'une civilisation et autres sont dans toutes les langues anciennes, y compris dans la plus lointaine antiquité.</p>
<p>En incas, pachacuti signifie une période de grand bouleversement de l'ordre politique et social et ce nom a même servi à un monarque incas qui voulait révolutionner le régime en fondant l'empire incas…</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pachacutec" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Pachacutec</a></p>
<p>Pachacutec, dont le nom signifie « bouleversement » ou « révolution », est la figure qui a accomplie la transition du chaos à l'ordre généralisé.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_inca-chanca" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_inca-chanca</a></p>
<p>La légende des soleils est un mythe cosmogonique mésoaméricain fondé sur la création puis la destruction de plusieurs mondes (ou soleils) successifs.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gende_des_soleils" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gende_des_soleils</a></p>
<p>Les quatre soleils indiquent les phases de révolutions sociales et politiques</p>
<p><a href="https://www.ethnographiques.org/2012/Guinchard" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ethnographiques.org/2012/Guinchard</a></p>
<p>En aymara, janwalt'a signifie désordre</p>
<p>Les égyptiens l'appellent Isfet (par opposition à l'ordre Maât)</p>
<p>Les grecs l'appellent chaos</p>
<p>Révolte et désordre en hébreu : אי סדר<br class='autobr' />
et מֶרֶד</p>
<p>Révolte et désordre en hindi : vidroh et gadabad</p>
<p>En latin : turba signifie à la fois foule, désordre, tapage, bouleversement et agitation</p>
<p>En romain, le terme capharnaüm est tiré d'une grande révolte des juifs dans la ville du même nom</p>
<p>En bambara, ka ɲagami signifie désordre</p>
<p>En chinois, Hǔnluàn signifie désordre</p>
<p>Le mot interrègne, qui indique une période d'instabilité sans pouvoir central, existe notamment en égyptien mais aussi dans toutes les langues antiques comme modernes, de tous les continents.</p>
<p>Ceux qui ne veulent absolument pas voir une révolution dans la chute des civilisations</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1677" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1677</a></p>
<p>Les civilisations sont-elles vouées à disparaître ... brutalement ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1046" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1046</a></p>
<p>Quelques exemples qui montrent, n'en déplaise aux historiens et autres penseurs du pouvoir, que toutes les civilisations ont disparu du fait des révolutions réalisées par les opprimés et parce que le système avait atteint ses propres limites...</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2132" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2132</a></p>
<p>Chronologie des apparitions et disparitions de civilisations</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2078" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2078</a></p>
<p>Du temps de Marx et Engels, les grandes révolutions des sociétés humaines de la Préhistoire et de l'Antiquité la plus ancienne étaient parfaitement inconnues !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5521" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5521</a></p>
<p>Contre le gradualisme dans les transformations sociales, y compris celles de la Préhistoire et l'Antiquité</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5525" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5525</a></p>
<p>Pourquoi et comment les civilisations ont disparu brutalement et de manière étonnante</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5165" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5165</a></p></div>
Luttes ouvrières au Moyen-âge, sous la royauté
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8696
https://www.matierevolution.org/spip.php?article86962025-06-11T22:12:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeGrève StrikeOuvriers Workers
<p>Comment est né le droit du travail au Moyen Âge ? <br class='autobr' />
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr <br class='autobr' />
La première grande grève du Moyen-âge en France : en 1229, celle des enseignants de l'université de Paris : <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris <br class='autobr' />
En Flandres, les grèves ouvrières ont lieu très tôt... (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag">Ouvriers Workers</a>
<div class='rss_texte'><p>Comment est né le droit du travail au Moyen Âge ?</p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr</a></p>
<p>La première grande grève du Moyen-âge en France : en 1229, celle des enseignants de l'université de Paris :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris</a></p>
<p>En Flandres, les grèves ouvrières ont lieu très tôt...</p>
<p>Entre 1225 et 1250, les premières grèves de travailleurs sont documentées dans des villes comme Douai et Gand. C'est plus tôt que partout ailleurs dans l'Europe médiévale.</p>
<p>Le règne du chef populaire Jacob van Artevelde (1338-45), capitaine général de Gand, marque l'apogée de la rébellion flamande. Bien qu'Artevelde ne soit pas lui-même un artisan et qu'il appartienne à la classe supérieure urbaine de Gand, il réussit à gagner le soutien des ouvriers du textile et de la plupart des autres artisans.</p>
<p><a href="https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/</a></p>
<p>Plongeons nous dans la Flandre de 1280, dans un dernier focus historique.</p>
<p>C'est le ventre du monde à cette époque, un condensé magnifique.</p>
<p>TAKEHANS</p>
<p>(Mot flamand pour grève et coalition d'ouvrier)</p>
<p>Voici les foulons et les teinturiers,</p>
<p>toute cette chaine de métiers</p>
<p>qui faisait vivre les drapiers.</p>
<p>Tout ce secteur d'activité</p>
<p>est déjà fortement industrialisé.</p>
<p>C'est la chaine du textile,</p>
<p>l'usine, c'est chaque ville.</p>
<p>Un monde de pré-prolétaires,</p>
<p>ruraux poussés là pour échapper à la misère.</p>
<p>Hordes des temps nouveaux,</p>
<p>pas si maniables, loin s'en faut.</p>
<p>Organisés en corporations,</p>
<p>dont on en veut aux conditions.</p>
<p>Nos grèves d'aujourd'hui,</p>
<p>ont sources en ces conflits.</p>
<p>La Flandre et le Hainaut</p>
<p>portent déjà nos maux.</p>
<p>Et s'allument à tour de rôle</p>
<p>d'antagonismes drôles.</p>
<p>Vastes foyers où Vulcain s'éreinte,</p>
<p>où la force du nombre et celle de l'argent,</p>
<p>se toisent comme deux colosses taquins,</p>
<p>avant l'ultime affrontement.</p>
<p>Où d'années en années,</p>
<p>sournoisement les clivages se sont installés.</p>
<p>Oh, il y a bien du travail,</p>
<p>mais à quels prix, quels salaires minimaux ?</p>
<p>Juste de quoi nourrir le cercle familial.</p>
<p>Quant on voit le drapier flamand bien gros.</p>
<p>Ah, ceux-là quelle nouvelle race est-ce donc ?</p>
<p>Boinebrock and co qui mangent sur le dos de quiconque.</p>
<p>Oubliant déjà que l'ouvrier est un homme,</p>
<p>quand les corporations encaissaient certaines sommes.</p>
<p>Décidément, le sens est au changement,</p>
<p>quand de royaux arbitres soutenaient tous ces gens.</p>
<p>Qui voulait gagner sa pitance, n'avait pas justice avec lui.</p>
<p>Salaires, durée du travail, concurrence, apprentis,</p>
<p>les compagnons eurent fort à faire.</p>
<p>Car au XIIIe siècle, les relations humaines se détériorèrent.</p>
<p>L'ouvrier, le valet, n'accédaient plus au rang de maitre.</p>
<p>La main d'œuvre abondante avait inspiré quelques malhonnêtes.</p>
<p> Y- avait-il un moyen pour s'ôter ce joug du col ?</p>
<p>plus de sentiments à faire envers les gens de monopole.</p>
<p>Ces grands bourgeois flamands qui asservirent des régions entières,</p>
<p>tenant d'un bout à l'autre la chaine de fabrication de laine d'Angleterre.</p>
<p>Ils avaient des façonniers jusqu'en Picardie,</p>
<p>chicanant sur les produits,</p>
<p>que ceux-ci confectionnaient, du petit jour à la nuit.</p>
<p>Quand, ils ne créaient pas des ateliers dans leurs villes,</p>
<p>pour avoir sous les pieds, une main d'œuvre plus docile.</p>
<p>En plus, ces gens là enrichis de jour en jour,</p>
<p>spoliaient presque les terres des ruraux alentour.</p>
<p>Parfois fort loin dans les campagnes,</p>
<p>ils achetaient les seigneuries exsangues.</p>
<p>Le paysan ainsi affamé refluait vers la ville.</p>
<p>Cercle vicieux, cercle subtil.</p>
<p>De quoi comprendre tous ces « mécontentements »,</p>
<p>« compilacions et takehans »,</p>
<p>ire des tisserands.</p>
<p>Ainsi en 1280, à Ypres, Douai, Tournai, Bruges,</p>
<p>on vit les bourgeois, le soir, s'enfermaient dans leur refuge,</p>
<p>jetant hors les villes leurs ouvriers.</p>
<p>La colère s'étendit à Provins, à Caen,</p>
<p>l'émeute descendit à Orléans</p>
<p>et même jusqu'à Béziers.</p>
<p>Ce fût la première fois, qu'en une seule année,</p>
<p>la révolte, dans le pays, s'étendit, générale.</p>
<p>Pour se rassurer, on fit une répression de la même taille.</p>
<p>A Ypres, on arracha les yeux de dix grévistes, avant de les bannir.</p>
<p>Et plus de cent condamnations suivirent.</p>
<p>C'étaient de féroces prémices.</p>
<p>Les ouvriers courront dès lors après la Justice.</p>
<p>A partir de Philippe III le hardi, on légiféra.</p>
<p>Mais survinrent de fâcheux spécialistes du droit.</p>
<p>Boileau, Beaumanoir, Bouthillier,</p>
<p>arrivèrent, surenchérissant chacun, à chaque traité.</p>
<p>La conclusion tomba : « c'était crime odieux que de se révolter ».</p>
<p>Takehans et Harelles équivaudraient dorénavant à peine de mort.</p>
<p>Le sieur Bouthillier avait fait très fort (1335).</p>
<p>La suite est encore actuelle,</p>
<p>et fait partie, cyniquement, de l'Histoire universelle.</p>
<p>Jean de Boinebroke</p>
<p>On l'a vu, nombreux déjà sont « ceus qui font fere leurs œuvres à autrui », à Paris et dans les riches Flandres.</p>
<p>Evolution sociétale, à la fin du XIIIe Siècle, les plus riches bourgeois dans les villes s'approprient les fonctions municipales, l'exercice de la justice. Résultat, il en ressort une oppression des autres « bourgeois » et des troubles sociaux.</p>
<p>(Après s'être émancipés des féodaux ou des évêques, ceux-ci font ironie du sort à nouveau appel à eux pour arbitrer leurs conflits).</p>
<p>Les revendications qui sont déjà modernes. « Salaires, durée du travail, concurrence… » Furent le déclic de beaucoup d'émeutes. On lynche souvent le notable. Mais les rois pour les ouvriers n'ont que de sévères compromis, le bannissement, voir la mort…</p>
<p>Et il en va de même dans les campagnes. L'ancienne noblesse a été décimé sur les champs de bataille (XIV et XVe Siècle), une nouvelle a surgit, les rois pourvoyant en lettre d'anoblissement. Cette gente ne « reconnaît plus les anciens contrats, le rachat des corvées, les droits dans les bois… ». Nombreuses sont les « jacqueries », filles de monopole et de spéculation, filles des guerres, filles des rois fous ou débiles qui se sont succédés et d'une noblesse qui n'en a que le nom, engraissée par le sang et l'impôt.</p>
<p>Les « tuchins » en Languedoc, (mis sur la touche, au chômage), les « maillotins » à Paris, les « harelles » de Rouen et en Normandie, n'envient rien aux premiers sans-culottes. Ces révoltés ont quatre cent ans d'avance, or les rois de ce temps sont bien plus coriaces qu'un Louis XVI.</p>
<p>A la fin du Moyen-âge, pompeusement appelé Renaissance, les artisans des campagnes triment sous la férule d'urbains patrons. Les nobles se mettent plus bas que terre pour ramasser les honneurs et pouvoir parader à la cour.</p>
<p>L'absolutisme règne partout.</p>
<p><a href="http://cgtmonoprixsiege.eklablog.com/luttes-sociales-au-moyen-age-a94389676" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://cgtmonoprixsiege.eklablog.com/luttes-sociales-au-moyen-age-a94389676</a></p>
<p>François Ier interdit en 1539 les assemblées de maîtres, compagnons et serviteurs, suite à une grève des typographes lyonnais.</p>
<p>À partir du 25 avril 1539 éclate le tric qui va durer plus de trois mois dans les ateliers typographiques de Lyon, la première grève ouvrière de l'histoire de France, appelée le Grand Tric des Imprimeurs de Lyon.</p>
<p><a href="https://rebellyon.info/25-avril-1539-a-Lyon-le-Grand-Tric-des-15040" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://rebellyon.info/25-avril-1539-a-Lyon-le-Grand-Tric-des-15040</a></p>
<p>La corporation et le compagnonnage étaient souvent en lutte, parce qu'ils représentaient des intérêts différents, sinon opposés : la corporation, les intérêts des maîtres ; le compagnonnage, ceux des ouvriers.</p>
<p>Les maîtres supportaient mal ces compagnies secrètes et insaisissables qui échappaient à leur autorité, fomentaient des grèves et des troubles. Ils provoquaient des descentes de police, au cours desquelles on s'emparait des papiers et de l'argent déposés chez la « mère ».</p>
<p>De leur côté, les compagnons trouvaient dans leur association le contrepoids nécessaire à la corporation de métier qui favorisait les maîtres aux dépens des ouvriers. Aussi, malgré l'illusoire suppression générale des compagnonnages par l'édit de Villers-Cotte-rets (1539), ceux-ci paraissent avoir multiplié le nombre de leurs adhérents jusqu'à la Révolution, et il semble, ce qui s'explique aisément, que la naissance de la grande industrie ait favorisé ce « mouvement ouvrier ».<br class='autobr' />
Et pourtant ils étaient traqués par trois sortes d'ennemis : l'Eglise, les maîtres, les villes.</p>
<p>Voici l'opinion de l'Eglise : elle est exprimée, au XVIIe siècle, par un ancien compagnon devenu prêtre ; c'est une définition et des griefs :</p>
<p>"Ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanant tous les mystères de notre religion, ruinent les maistres, vuidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu'un de leur cabale se plaint d'avoir reçu bravade, et se ruinent eux-mêmes par les défauts au devoir qu'ils font payer les uns aux autres pour estre employez à boire ; outre que le compagnonnage ne leur sert de rien pour la maîtrise. Ils ont entre eux une juridiction, eslisent des officiers, un pré-vost, un lieutenant, un greffier et un sergent ; ont des correspondances par les villes, et un mot du guet par lequel ils se reconnaissent et qu'ils tiennent secret, et font partout ligue offensive contre les apprentis de leur métier qui ne sont pas de leur cabale, les battent et les maltraitent, et les sollicitent d'entrer en leur compagnie." (Levasseur, I, 607.)</p>
<p>Et voici maintenant le son de la cloche patronale et municipale :</p>
<p>"Ils entretiennent de continuelles contestations qui ont produit des désordres infinis jusque-là. Ils s'attroupent et vont sur les grands chemins, et enfin maltraitent à coups de bâtons carrés, dont ils sont les uns et les autres continuellement armés, ceux qui ne sont pas de leur parti ; ils font plus, ils courent la nuit avec des sabres et des épées nues à la main, et enfin, conduits par la rage et une fureur sans pareille, ils se battent jusqu'à se faire tuer les uns les autres... Il y a eu contre eux des procédures sans nombre, des décrets de prise de corps..., mais les excès sont restés impunis, parce qu'ils prennent la fuite et vont travailler ailleurs. Ils ont formé un « syndicat » (le mot est significatif et justifie notre interprétation) qui prend des délibérations contre le corps des maîtres menuisiers et charpentiers pour défendre à certains compagnons de travailler dans certaines boutiques..." (Ordonnance du marquis de Castries, gouverneur de Montpellier, 1730. — Levasseur, II, 818.)</p>
<p>Ainsi les compagnonnages étaient les syndicats d'autrefois. Les uns et les autres représentent devant l'Histoire la classe ouvrière organisée...</p>
<p>On dit parfois que les grèves sont un produit récent de l'industrialisation progressive ou de la turbulence ouvrière. C'est une illusion. II y eut des grèves au temps jadis. La grève n'est peut-être pas aussi vieille que la souffrance des travailleurs, mais elle paraît aussi vieille que l'exploitation des hommes par d'autres hommes.</p>
<p>Le moyen âge lui-même eut ses « grévistes ». L'histoire a gardé le souvenir du maire de la ville d'Ypres et de la ville de Provins tués la même année, en 1280, à la suite d'une émeute d'ouvriers tisserands. L'année précédente, les tisserands de Douai — des artisans, ceux-là — s'étaient révoltés contre une taxe sur les draps, et, dans leur fureur qu'on imagine à peine, ils avaient tué onze échevinsl C'était une « jacquerie ». Les hommes d'armes étaient intervenus comme à Rome ; le comte de Flandre avait réduit l'émeute par la force, il avait fait pendre ou bannir les plus « mutins ».<br class='autobr' />
Dans les siècles lointains du moyen âge, les « gueux », affamés, écrasés sous le poids de formidables puissances d'oppression, eurent de terribles désespoirs, obscurs et sanglants efforts vers un peu moins de misère.<br class='autobr' />
Histoire d'une grève au seizième siècle (1).</p>
<p>(1) V. Hauser, Ouvriers du temps passé.</p>
<p>Passons trois siècles. Voici une grève moins violente, plus moderne, une grève où l'on est surpris de trouver presque tous les caractères des grèves de nos jours.<br class='autobr' />
C'était à Lyon, au printemps de l'année 1539. Lyon était déjà une cité importante, où battaient de nombreux métiers à tisser la soie, où florissaient les plus belles imprimeries « de ce royaume, voire de la chrétienté ».</p>
<p>Subitement, dans tous les ateliers à la fois, les compagnons typographes « ont tous ensemble laissé leur besogne ». C'était la « grève générale » de l'imprimerie lyonnaise au XVIe siècle !</p>
<p>Cette grève était le résultat d'une entente préalable, d'un monopole, comme on disait alors. Ces chômages concertés, ces « grèves générales » n'étaient sans doute pas rares chez les « typos » de Lyon, car ils avaient créé un mot pour les désigner : le trie.<br class='autobr' />
Trie, dit en son curieux langage le Règlement de 1696, est un mot inventé par les compagnons, « pour lequel, incontinent après la prononciation d'icelui, ils délaissent leur ouvrage pour faire quelque débauche ».</p>
<p>Les compagnons typographes, qui ont toujours précédé les autres compagnons dans la voie de l'organisation ouvrière, étaient groupés en une vaste confrérie, sorte de compagnonnage où le serment avait été prêté de « cesser l'œuvre quand l'un d'eux veut cesser ». Ainsi, au XVIe siècle, chez les « typos » de Lyon, il suffisait qu'un seul compagnon — un seul ! — eût à se plaindre d'un maître, pour qu'immédiatement tout le travail cessât.</p>
<p>La confrérie avait des chefs connus et une « bourse commune » : ce n'est pas d'hier qu'on verse des cotisations.</p>
<p>Une fois le trie prononcé, les compagnons, portant « armes, dagues, poignards et bâtons », menacèrent de « battre et mutiler et, en outre, d'expulser de la confrérie » les autres compagnons et les apprentis qui ne voulaient pas « laisser leur besogne ». Mais il paraît bien qu'ils n'eurent guère l'occasion de « battre et mutiler » les réfractaires, puisque tout le travail avait cessé.</p>
<p>Ils se rattrapèrent en « rossant » les patrons et même aussi le guet ! (C'était alors une mode.) En effet, le procureur du roi accuse formellement les compagnons d'avoir battu « le prévôt et les sergents jusqu'à mutilation et effusion de sang », — si bien que le guet n'osait plus sortir ! Ils avaient l'énergie rude, les typographes du XVIe siècle ! De vrais insurgés ! Ces curieux « grévistes » possédaient une véritable organisation militaire, avec bannières, enseignes, marches par grosses compagnies « bien formées et bien conduites », commandées par un capitaine, des lieutenants et chefs de bandes, bref, des officiers de grève !</p>
<p>Mais pourquoi donc cette mobilisation ouvrière dans la vieille cité lyonnaise ? Que voulaient donc les compagnons typographes ?</p>
<p>D'abord, une augmentation de salaires. Les salaires comprenaient des gages et la nourriture (on se souvient que jadis les ouvriers étaient nourris le plus souvent par les maîtres). Or, les patrons rognaient sur la nourriture. Ils trouvaient les compagnons trop gourmands, qu'on ne pouvait « contenter de nourriture » !</p>
<p>Ensuite, la diminution du nombre des apprentis. Ces apprentis, que les maîtres ne payaient pas, qui, au contraire, payaient les maîtres, avilissaient les salaires des compagnons en prenant leur place. Les compagnons leur adressèrent des menaces... et aussi des coups.</p>
<p>Enfin, lesdits compagnons, d'un naturel assez capricieux, il faut le dire, se plaignaient de « ne pouvoir travailler à leur guise ». Comment cela ? Les maîtres organisaient donc le chômage ?— Non, mais, disent-ils, les compagnons voudraient travailler en « amateurs » quand bon leur semble, quand le cœur leur en dit, pas à la tâche, à la journée, — et encore à leurs heures ! Ainsi, les compagnons « veulent faire la fête d'un jour ouvrier et besogner aux jours de fête » : mariages, baptêmes, enterrements, tout leur est prétexte à chômage. Les maîtres étaient fort scandalisés.</p>
<p>Ils disaient aussi que les compagnons étaient menés par une minorité violente, que la confrérie les obligeait à la grève forcée, alors que beaucoup d'entre eux « voudraient faire leur devoir et besogner » : c'est la moderne accusation contre les meneurs, contre les gré-viculteurs : tout cela n'est pas nouveau.</p>
<p>Au gré des maîtres, le travail des compagnons est trop irrégulier, trop fantaisiste : ils font le trie pour des raisons futiles. Eux, les maîtres, préfèrent augmenter les salaires-gages et ne pas nourrir de pareils gourmands : ils offrent aux compositeurs, c'est-à-dire aux meilleurs ouvriers, 6 sols 6 deniers tournois par jour, à peu près, selon M. Hauser, cinq francs de nos jours, sans tenir compte du pouvoir d'achat de l'argent, qui était peut-être à cette époque quatre fois plus grand qu'aujourd'ihui : mais faut-il croire que les compositeurs de Lyon gagnaient alors la valeur de 20 francs actuels ?<br class='autobr' />
C'était assez joli. Mais le pain était cher. Aussi les compagnons refusèrent-ils, préférant gagner moins et être nourris dans les' économats des maîtres. Ils prétendaient que leur travail les obligeait à vivre ensemble en la maison du maître, « et que, si on les forçait à se nourrir au dehors, il leur serait donné occasion de se débaucher, allant ainsi vivre par tavernes » !</p>
<p>Voilà où en étaient les choses au printemps de 1539. Elles avaient une physionomie qu'on croirait presque du XXe siècle. Qu'advint-il ?</p>
<p>Il advint qu'après trois mois de lutte, la misère s'étant abattue sur le logis des compagnons à tel point que la Grande Aumône de Lyon (véritable assistance publique oui fournissait indirectement des secours de grève) déclarait que ses ressources étaient presque épuisées, le sénéchal rendit un jugement très dur pour les ouvriers. Il leur retirait le droit de coalition, c'est-à-dire au'il supprimait leur confrérie, leur « syndicat m. et le droit de grève : « Les compagnons ne peuvent quitter leur tâche, sous peine de payer au maître et la forme et la valeur des journées de chômage. » Le sénéchal menace les ouvriers d'amendes et de bannissement, les condamne pour « excitation à la grève », pour « port d'armes » et « entraves à la liberté du travail ». C'est tout à fait moderne.</p>
<p>Le représentant de la justice royale déclara en outre que les maîtres pouvaient faire travailler autant d'apprentis que bon leur semblerait. Ils seront tenus seulement de mieux nourrir les compagnons : les contestations à propos de la nourriture seront examinées par le bureau de Y Aumône.</p>
<p>À cette sentence était joint un règlement d'atelier qui stipulait que tout travail commencé par le compagnon devait être terminé, que lesdits compagnons n'auraient pas le droit de travailler les jours de fête et de faire la fête les jours de travail. C'était la victoire des maîtres.</p>
<p>L'affaire chemina jusqu'au roi. Dans l'ordonnance du 21 août 1539, François Ier se place au point de vue de l'intérêt public, — point de vue de tous les gouvernements, de tous les temps. Il dit que la continuation de la grève des imprimeurs pourrait provoquer l'émigration hors de France d'une industrie remarquable ; il observe que les compagnons sont <c en état de rébellion » et <( troublent l'ordre public » (autre formule moderne), et il termine en approuvant la sentence du sénéchal. 11 ajoute même que celui-ci pourra condamner les compagnons, non seulement à prison et bannissement, mais à la torture et à la mort !....</p>
<p>A la même époque, un article du célèbre édit de Villers-Cotterets (1539) supprimait dans le royaume le droit de « coalition », toutes les confréries, aussi bien celles des maîtres que celles des compagnons. Mais on sait qu'il ne fut pas appliqué, car il ne pouvait pas l'être.</p>
<p>Il y a ainsi la grève des typographes lyinnais en 1539</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_tric" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_tric</a></p>
<p>De manière générale, les grèves corporatistes –des imprimeurs aux drapiers, en passant par les peintres et les charpentiers– qui éclatent par la suite au Moyen Âge sont bien souvent violemment réprimées. Pourtant, il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour que la grève devienne... illégale. La loi Le Chapelier, votée en juillet 1791, vient en effet interdire toute coalition de citoyens. Plus de 150 ans après, en 1946, le droit de grève devient finalement constitutionnel en France.</p>
<p>La terreur n'avait point rétabli l'ordre. Alors le roi poussa son sénéchal à « procéder » contre les grévistes, qui n'auront pas le droit d'en appeler au Parlement. Ceci n'empêcha nullement les ouvriers d'en obtenir un arrêt contre les apprentis « besognants » aux grands jours de Moulins (octobre 1540). Forts de cet arrêt, les compagnons poursuivirent les maîtres qui refusaient de s'y conformer. Alors ceux-ci méditèrent d'émigrer à Vienne. Grand émoi ! On envoie un délégué à la Cour : il obtient pour les maîtres le droit d'avoir autant d'apprentis qu'ils voudront (mars 1541).<br class='autobr' />
Mais voilà que les maîtres imprimeurs de Paris — dont les compagnons s'étaient mis en grève quelques semaines seulement après ceux de Lyon, pour la même question des apprentis — réclament la même faveur. Lors le roi ajourne sa décision à l'égard des Lyonnais.</p>
<p>Sa décision fut très dure pour les compagnons de Lyon. L'édit du 28 décembre 1541 leur donne tort une fois de plus. Il leur reproche « de s'être bandés ensemble pour contraindre les maîtres imprimeurs de leur fournir plus gros gages et nourriture plus opulente que par la coutume ancienne ils n'ont jamais eue ». Le roi était plus dur que le sénéchal. Il consacrait le droit de renvoi à peu près illimité. Il fixait la durée de la journée de travail de cinq heures du matin à huit heures du soir, et les maîtres en profitèrent pour prolonger jusqu'à seize heures la journée de travail de leurs ouvriers.<br class='autobr' />
C'était la défaite. Les compagnons imprimeurs de Lyon succombèrent en 1542, après trois ans de grève !</p>
<p>La défaite des compagnons de Paris datait de novembre 1541. Le roi, après avoir longtemps hésité, avait fini par décider en faveur des maîtres, car, disait-il, — c'est le savant Guillaume Budé qui parle, — l'imprimerie a rendu de grands services à l'esprit humain. Elle travaille aussi à « l'honneur et louange de Dieu notre créateur, manutention, soutènement et dilatation de la sainte foi catholique et sainte chrétienté par l'universel monde ».</p>
<p>Les compagnons de Lyon ne se tinrent pas pour battus. Mais en vain firent-ils appel de l'édit royal devant le roi lui-même. Le Parlement de Paris, défenseur de la bourgeoisie, intervint en faveur des maîtres imprimeurs, et un nouvel édit de 1544 accabla encore les ouvriers. Nouvelle défaite. Et la lutte dura encore plus d'un quart de siècle.</p>
<p>En 1571, nouvelle protestation, nouveau factum des ouvriers. Leur plainte véhémente est curieuse : elle est moderne. « Si l'on a jamais remarqué en aucuns états et métiers les maîtres et supérieurs tâcher, par infinis moyens, de subjuguer, assujettir et traiter avec toute rigueur et servitude les compagnons et domestiques de leur vocation, cela a été pratiqué de tout temps et à présent en l'art d'imprimerie, en laquelle les libraires et imprimeurs (et notamment de la ville de Lyon) ont toujours recherché toutes voies obliques et dressé tous leurs engins pour opprimer et vilement asservir les compagnons. »</p>
<p>Et pourtant ce sont les compagnons qui ont acquis aux maîtres « et leur acquièrent journellement de grandes et honorables richesses au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang ». Car si les compagnons « peuvent suffire aux fatigues extrêmes de leur état si violent, ils n'en rapportent en leur vieillesse, chargés de femmes et d'enfants, pour tout loyer et récompense, que pauvreté, goutte et autres maladies causées par les travaux incroyables qu'ils ont été corttraints d'endurer... Aussi l'on ne voit que trop d'exemples de pauvres compagnons imprimeurs réduits, après une longue servitude, en une nécessité calamiteuse et indigne, après avoir consommé leur âge, jeunesse et industrie audit état. »</p>
<p>Vaincus, tour à tour humbles et révoltés, les « pauvres compagnons » abandonnent le droit de grève ; ils demandent seulement qu'aux maîtres aussi on retire le droit de coalition. « Il est bien et saintement défendu de ne faire monopole, mais cela se doit non seulement adresser aux compagnons, mais aussi aux libraires et maîtres, qui ont toujours conjuré, comme monopoleurs, la ruine desdits compagnons. » Enfin ils demandent que les maîtres soient désarmés comme les compagnons, que les salaires ne soient plus fixés « au gré et jugement des libraires et maîtres imprimeurs qui seraient juges en leur cause, mais par une dommission arbitraire composée d'un nombre égal et pareil des maîtres et compagnons plus anciens, qui savent et connaissent le labeur, auquel s'ajouteront quelques notables bourgeois ou marchands nommés par les deux parties ». Notre époque n'a pas même inventé les commissions mixtes !</p>
<p>La requête des compagnons se termine par de poignantes paroles où gémit leur dignité de travailleurs humiliés, priant que les fautes soient punies par des amendes, et non par peine corporelle et ignominieuse, car ce serait violer indignement la liberté naturelle des hommes, « disant qu'ils sont personnes libres », qui « s'emploient volontairement à un état si excellent et noble et de telle importance pour les sciences et les lettres, et non comme esclaves ou galériens et forçats ».</p>
<p>A ce factum, les maîtres ripostèrent par un Mémoire pour l'imprimerie, en affirmant que les ouvriers étaient contents de leur sort, mais que « quelques partiaux ou mutins en bien peu de nombre tiennent tous les autres en bride, les contraignant suivre tous leurs monopoles, quelque déréglés qu'ils soient ».</p>
<p>Finalement, le roi trancha le différend par la déclaration de 1572. Les compagnons obtenaient que le nombre des apprentis serait limité à deux par presse, que ce nombre ne pourrait être dépassé qu'avec le consentement des ouvriers, que la durée de l'apprentissage serait de trois ans, que le salaire à Paris serait, outre la nourriture, de 18 livres par mois, à peu près 56 francs en monnaie actuelle, que l'obligation de prévenir huit jours d'avance en cas de rupture serait réciproque, etc.<br class='autobr' />
Est-ce à dire que la paix régna dans le domaine d'imprimerie ? S'il en eût été ainsi, le règlement de i618 n'aurait pas interdit de nouveau l'assemblée, le serment, le port d'arme, le trie.</p>
<p>Coalition » ouvrières au dix-septième siècle.</p>
<p>Passons encore un siècle, puisque, au lieu de faire l'histoire, d'ailleurs inconnue, des grèves d'autrefois, nous n'en cherchons que des exemples. Nous voici à la fin du XVIIe siècle. Boisguilbert signale des coalitions d'ouvriers en vue de hausser les salaires quand le prix de la vie haussait, ou de les empêcher de baisser quand le prix de la vie baissait. On lit dans son Traité des grains :</p>
<p>Il y a un esprit de rébellion si fort établi contre la justice dans ces occasions entre les ouvriers, que l'on voit dans les villes de commerce des sept à huit cents ouvriers d'une seule manufacture s'absenter tout à coup et en un moment, en quittant les ouvrages imparfaits, parce que l'on voulait diminuer d'un sou leur journée, le prix de leurs ouvrages étant baissé quatre fois davantage ; les plus mutins usant de violence envers ceux qui auraient pu être raisonnables. Il y a même des statuts parmi eux, dont quelques-uns sont par écrit, et qu'ils se remettent de main en main, quoique la plupart forains et étrangers, par lesquels il est porté que si l'un d'eux entreprend de diminuer le prix ordinaire, il soit aussitôt interdit de faire le métier ; et outre la voie de fait dont ils usent en ces occasions, le maître même s'en ressent par une défense générale à tous les ouvriers de travailler jamais chez lui : on a vu des marchands considérables faire banqueroute par cette seule raison qu'ils avaient été deux ou trois ans sans pouvoir trouver personne pour faire leurs ouvrages, quoiqu'il y en eût quantité sur le lieu, du même art, qui ne trouvaient point de maître.</p>
<p>Il y eut même des émeutes à Caen : les compagnons toiliers forcent les maîtres à augmenter les salaires. A Darnétal, près de Rouen, les compagnons drapiers excluent des ateliers quiconque n'est pas de leur cabale ou de leur compagnonnage ; en juin 1697, certains patrons ayant employé des ouvriers étrangers, les compagnons « descendent dans la rue », s'ameutent au nombre de trois ou quatre mille, font fermer les fabriques et, malgré l'intervention de toutes les autorités de la province, demeurent un mois sans reprendre le travail.</p>
<p>Vers la même époque, à Paris, le commissaire de la place Maubert opérait une descente chez la « mère » des compagnons maréchaux, parce que les dits compagnons, pour faire augmenter leurs salaires, provoquaient des émeutes devant la porte des maîtres.</p>
<p>Les grandes grèves de Lyon au dix-huitième siècle.</p>
<p>Chapeliers mutins. — Nous sommes enfin à la veille du « beau tapage » de 1789, à Lyon. Lyon fut souvent agitée par des mouvements ouvriers. Sous l'ancien régime, elle était déjà le théâtre de bien des conflits <( entre le capital et le travail ».<br class='autobr' />
Etaient-ils assez « mutins », ces compagnons chapeliers lyonnais qui, en 1777, menacèrent les maîtres pour les obliger à renvoyer des ouvriers étrangers ? Les « étrangers » paraissent souvent avoir été la cause d'émeutes, tant les ouvriers d'autrefois pratiquaient la solidarité de classe ! Ceux de Lyon allèrent jusqu'à s'armer de couteaux, de bâtons et de pierres, à s'ameuter au nombre d'environ deux cents et à provoquer des bagarres au cours desquelles cinq personnes furent blessées. Le lieutenant de police dut rendre une ordonnance contre les attroupements.<br class='autobr' />
La révolte des tisseurs en 1744.</p>
<p>Mais c'est surtout parmi les tisseurs que les agitations étaient fréquentes, car leur misère était profonde. Rien qu'en un demi-siècle, au XVIIIe, il y eut à Lyon trois grandes grèves de tisseurs : en 1744, en 1779 et en 1788.</p>
<p>L'année 1744 fut marquée par une grande effervescence ouvrière dans le bassin textile du Forez et du Lyonnais. D'Argenson, dans ses Mémoires, note qu'à cette époque 40,000 travailleurs avaient cessé le travail dans les manufactures de Saint-Etienne.</p>
<p>A Lyon, les tisseurs firent une véritable révolution. En juin 1744, avait été promulgué un règlement qui favorisait encore les maîtres fabricants au détriment des maîtres ouvriers et des compagnons. Alors, contre l'aristocratie des grands fabricants, les maîtres ouvriers travaillant à façon pour le compte des premiers complotèrent secrètement avec leurs ouvriers. La grève éclata. Ce fut une révolte. Les grévistes s'emparèrent de la ville, dont ils furent maîtres pendant plusieurs jours. Des marchands furent arrêtés et maltraités, des caves pillées, la maison de l'intendant de Lyon envahie. Le malheureux intendant écrivait à son beau-frère, le 7 août : « Le cœur me saigne de les voir nos maîtres, et que le prévôt des marchands, les juges, moi, personne en un mot ne puisse arrêter un tel désordre et soutenir ceux qu'on veut opprimer. Cela est horrible, • et je vous écris les larmes aux yeux. » Encore une fois, le représentant du gouvernement était du côté des grands fabricants.</p>
<p>Cette « étrange dictature ouvrière » ne put résister aux soldats du roi ; un ouvrier fut pendu, d'autres furent condamnés aux galères. Le roi publia, le 1er avril 1745, des lettres d'amnistie (ainsi même l'amnistie pour « fait de grève » n'est pas une invention de notre époque). Malgré tout, les grands fabricants, effrayés, avaient dû céder et consentir un nouveau règlement. Les fusils aidant, le calme se rétablit dans la rue, sinon dans les esprits « et dans les hautes maisons de la Croix-Rousse, où montaient les brouillards du Rhône, les pauvres lampes des tisseurs se rallumèrent, étoffant la nuit triste de leur cercle fumeux (1) ».</p>
<p>La grève du tarif (1779).</p>
<p>Les esprits étaient si peu calmés, les intérêts ouvriers si peu satisfaits que la guerre recommença en 1779. Les ouvriers demandaient un tarif général pour toutes les étoffes et une augmentation de 2 sous par aune. Nouvelle émeute, nouvelle intervention de la force armée : trois ouvriers sont pendus, après quoi une nouvelle amnistie plénière est accordée par le roi. C'était une défaite pour la classe ouvrière.<br class='autobr' />
La grève générale de 1786.</p>
<p>En 1786, un mouvement ouvrier considérable agita de nouveau la ville de Lyon. Question de salaires. Les maçons, que les entrepreneurs payaient tous les trois ou quatre mois et sans daigner leur faire un compte, réclament un payement plus régulier. Les chapeliers demandent que leur journée, en raison du prix croissant des loyers et des vivres, soit portée de 32 à 40 sous pour douze heures de travail.<br class='autobr' />
Et les malheureux tisseurs disent avec amertume : • « Quand on ne considérerait les ouvriers en soie que comme des instruments mécaniques nécessaires à la fabrication des étoffes, ou qu'abstraction faîte de leur qualité d'homme qui doit intéresser à leur sort, on eût l'inhumanité de ne vouloir les traiter que comme des animaux domestiques que l'on entretient et ne conserve que pour les bénéfices que leur travail procure, touiours faudrait-il leur accorder la subsistance qu'on est forcé de fournir à ceux-ci, si on ne voulait pas s'exposer à se voir frustré du fruit de leur travail. »<br class='autobr' />
Aussi, le 7 août 1786, à la pointe du jour, sur un mot d'ordre, tisseurs, chapeliers, maçons et manœuvres désertent les ateliers, les manufactures, les chantiers, et, comme les plébéiens de Rome, ils se retirent aux portes de la ville et signifient qu'ils ne rentreront à Lyon que lorsque satisfaction leur sera donnée. La révolte ouvrière fut écrasée par l'armée ; Bonaparte était là : il servait comme lieutenant d'artillerie.</p>
<p><a href="https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=c&ident=12VY69" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=c&ident=12VY69</a></p>
<p>Le monde des métiers n'était pas homogène, ni professionnellement, encore qu'il n'y ait guère eu de différences structurelles entre les « grands métiers » de la draperie et les « petits métiers », ni surtout socialement. Certains métiers, ceux qui requéraient des équipements assez lourds, avaient une petite élite d'entrepreneurs que, vers 1300, on appellerait « les bonnes gens des métiers ».</p>
<p>Tel était le cas des drapiers. Avant 1250 les tisserands de Saint-Omer avaient pu avoir plusieurs métiers. Un ban de 1259 leur interdit d'en avoir plus d'un. Mais à défaut d'intégration horizontale, restait l'intégration verticale : les drapiers faisaient travailler les autres artisans ; ils étaient les organisateurs de la production. Il est donc inexact de parler de marchands-drapiers allant acheter la laine en Angleterre, la faisant traiter par « leurs » ouvriers, allant vendre « leurs » draps aux foires de Champagne ou plus loin. Les drapiers n'étaient pas des marchands, et réciproquement, c'était interdit. Les deux groupes étaient antagonistes. Vers 1275 les drapiers étaient en passe de l'emporter : les Anglais venaient vendre leur laine aux foires de Flandre ou de Saint-Omer ; les Italiens venaient y acheter des draps, ou dans les halles, voire directement chez le drapier. Le marchand était court-circuité.</p>
<p>Certains maîtres des métiers devaient avoir leur propre « maisoncelle », mais beaucoup se prolétarisèrent : ils ne différaient plus des valets qu'ils salariaient, aux côtés desquels ils travaillaient. Est-ce à dire que les travailleurs de la draperie étaient misérables ? Non sans doute, ce qui explique l'afflux de paysans venus demander à la ville de meilleurs salaires. A Saint-Omer en 1279 les valets foulons se louaient pour un salaire quotidien de 12 à 14 deniers, ce qui veut dire que, même quand le blé était cher (96 deniers le quintal vers 1280), il ne leur fallait que de 37 à 66 journées pour payer le pain de leur petite famille. La ville imposait aux valets de la draperie de posséder des « draps » (vêtements) valant au moins cinq sous. Ils buvaient du vin dans les tavernes et, s'il faut en croire Jean de Garlande (f 1246) les « ongles bleus » ou teinturiers étaient bien accueillis des jolies femmes, « à cause de leurs sous ».</p>
<p>Le sort des ouvrières, si nombreuses dans les villes drapantes, était plus dur. Avec sa salacité cléricale Jean de Garlande a noté que « les dévideresses, celles qui dévident le filé, se dévident et s'ouvrent le corps par de fréquents coïts ; il leur arrive même de dévider et d'ouvrir les bourses des écoliers ». Autrement dit les femmes célibataires étaient acculées à la prostitution. Hors du mariage, point de salut.</p>
<p>Dans ces villes où, pendant longtemps, l'expansion laissa une chance à chacun, les luttes sociales furent tardives. Les graves crises de 1070 et 1127, qui déchirèrent le comté, trouvèrent les villes unanimes. C'est le capitalisme qui engendra la lutte des classes. Dès qu'ils eurent conquis le pouvoir urbain les marchands durent réglementer le travail, sans ménagements, peut-on croire. Quand, en 1225, un imposteur se présenta comme le comte Baudouin IX, empereur de Constantinople, échappé des geôles bulgares, l'accueil triomphal que lui réservèrent les artisans n'était peut-être pas innocent : avec le retour du bon comte, n'espéraient-ils pas le retour du bon vieux temps ?</p>
<p>Toujours est-il qu'au XIIIe siècle la grande affaire fut la suppression des métiers autonomes, des gheudes. Vers 1175, Guiman, le moine de Saint-Vaast, se plaignait déjà que beaucoup d'entre elles eussent disparu. Il en restait cependant, et de coriaces. Celle des tisserands d'Arras fut vendue par le comte aux échevins en 1243, rachetée par les artisans en 1270, puis revendue aux échevins, qui avaient surenchéri et qui, bien sûr, la confisquèrent. Bref, ne purent « s'entremettre des métiers » que ceux qui y avaient été « mis par échevins », comme on dit à Saint-Omer. Ce furent trop souvent de petits chefs abusifs dont les exactions devaient être dénoncées en 1280.</p>
<p>Du reste la violence était partout. Il y avait celle, légale, des rapports économiques. Par exemple les tisserands devaient payer à leurs ouvriers le salaire légal, que les échevins fixaient assez haut pour éviter les émeutes de la faim, tandis qu'ils devaient vendre leurs tissus aux prix du marché ; leur marge était laminée. Il y avait les abus de pouvoir des puissants. A Douai l'odieux Jean Boinebroke, qui se croyait tout permis parce qu'il était échevin, « truandait » avec une égale férocité drapiers, artisans, ouvrières. Les travailleurs étaient sans défense. Restaient les coalitions, les « alliances ». A Douai les takehans furent interdits dès 1245 sous la peine de 60 livres et d'être banni an et jour. De même encore par la suite, de même ailleurs. Et les villes s'entendirent pour expulser ou justicier réciproquement leurs rebelles, les « estrange homme » qui avaient fait « laide œuvre » dans leur ville d'origine. Cependant point d'explosion avant 1280.</p>
<p>Il est possible que de semblables rapports sociaux aient existé dans d'autres villes du nord du royaume, en particulier dans celles où des troubles sociaux très graves devaient éclater à partir de 1280. Hélas, l'information, quand elle n'est pas chiche, est décevante. Cependant Beaumanoir, qui écrivait vers 1280, a noté que les « bonnes villes » étaient déchirées par des « débats » aigus, « si comme des pauvres contre les riches », voire entre les lignages des riches. Les « pauvres » et les « moyens » étaient exclus de l'administration des villes. Tout appartenait aux « riches », qui étaient « redoutés pour leur avoir ou leur lignage », d'où de scandaleuses « fraudes et malices ». Et de conclure que « les pauvres n'ont nulle droite voie de pourchacier leur droit fors que par aus courre sus », autrement dit de les massacrer. Moralité : le seigneur devait contrôler les bonnes villes comme des « enfans sousagiés » (mineurs), afin d'empêcher les riches de méfaire. Le bon bailli n'a pas précisé qui étaient ces moyens et ces pauvres. Des gens des métiers ? Sans doute. En tout cas il n'a pas opposé des grands et des petits, mais des riches et des pauvres. Ces sociétés étaient fondées sur l'argent.</p>
<p>Paris est relativement bien connu. Sa population a peut-être triplé à chaque siècle : 250 000 habitants en 1328, donc 83 000 vers 1200, 28 000 vers 1100, 9 000 vers l'an Mil et 3 000 au lendemain du siège de 885. On y trouvait d'abord le roi, son hôtel, sa cour, ses officiers, plus, du moins au XIIIe siècle, des princes et des nobles. Le clergé y était exceptionnellement riche et nombreux, sans parler des étudiants, dont on reparlera. C'était donc avant tout un centre de consommation. La population secondaire comprenait des bourgeois, qualificatif qui, paraît-il, eut tendance à être réservé aux artisans les plus riches, prenant ainsi une saveur sociale.</p>
<p>Au sommet de cette bourgeoisie il faut placer les « marchands de l'eau », qui sont cités dès 1171. Ces marchands, qui auraient pu être très puissants, car la place était exceptionnellement bien placée, manquèrent de tout dynamisme : ce n'étaient pas des entrepreneurs, mais des rentiers. Leur hanse avait le monopole de la circulation fluviale entre les ponts de Paris et de Mantes, sauf pour les marchands forains à prendre un « compagnon français », un associé parisien auquel ils cédaient la moitié de leur bénéfice. C'était une rente de situation. Leur prévôt et leurs quatre échevins, qui sont cités dès 1263, constituaient un simple tribunal de commerce.</p>
<p>Le monde des métiers est connu par le Livre des métiers où le prévôt de Paris, Etienne Boileau (c. 1261-c. 1271) compila les statuts de 101 métiers (compilation incomplète). C'étaient surtout des métiers de l'alimentation, du bâtiment et du luxe. L'industrie parisienne avait peu de fabricats à exporter. La draperie, qui comprenait des « grands maîtres faisant faire leurs œuvres à autrui », autrement dit des drapiers, et des « menus maîtres faisant œuvre à autrui », c'est-à-dire des tisserands, n'est pas citée dans le commerce international. D'ailleurs ses effectifs semblent avoir été fort réduits : 360 tisserands vers 1300, sans doute 25 fois moins qu'à Gand, en tout cas pas plus que 0,5% de la population. D'une façon générale, si les métiers parisiens étaient nombreux, leurs effectifs semblent avoir été squelettiques. Les métiers parisiens n'avaient aucune autonomie. Les confréries d'artisans étaient rarissimes.</p>
<p>Pour la Normandie il a été établi qu'à l'époque ducale les marchands n'étaient point riches et que les riches n'étaient pas marchands : c'étaient des percepteurs des revenus ducaux, des tonloyers, des monétaires, des chapelains du duc, des chanoines, des changeurs, des usuriers. En 1066 la conquête de l'Angleterre n'y changea rien et les Normands assistèrent sans réagir à la révolution nautique des années 1150 qui vit l'avènement des navires gros porteurs, ce qui révolutionna le transport des pondéreux, des vins en particulier. Rouen vit passer tous les tonneaux du bassin parisien mais ses marchands ne firent que se créer une rente de situation à l'instar des marchands de l'eau de Paris. La charte de 1150 leur accorda le monopole de la navigation sur la basse Seine et nul ne put passer sous le pont de Rouen sans s'associer à eux. Ce fut la « compagnie normande ».</p>
<p>Pour la plupart des villes françaises on aperçoit une société placide. On cite bouchers, poissonniers, vignerons, crieurs de vin, tanneurs, cordonniers, savetiers, corroyeurs, peaussiers, selliers, bourreliers, fèvres, orfèvres, tonneliers, changeurs et merciers, très rarement les marchands, jamais des ouvriers du textile. Apparemment ni capitalisme, ni conflits sociaux. Les progrès du commerce n'entraînèrent pas ceux des marchands. Ceux-ci furent incapables d'organiser la production. Il y eut, certes, des réussites individuelles, mais sans doute débouchèrent-elles sur la constitution de fortunes foncières. Vers 1080 on cite à Angers un Haymond mercator possédant un bourg suburbain.</p>
<p>Dans les villes occitanes la société fut originale. Comme le renouveau économique fut tardif, les milites conservèrent la suprématie jusque vers 1150-1200.</p>
<p>On a dit de ces villes des Xe et XIe siècles qu'elles étaient des « repaires de gens armés ». Les chevaliers urbains descendaient de la noblesse (milites majores) ou des petits chevaliers, des riches alleutiers (milites minores). Ils avaient des castra (châteaux) et des seigneuries rurales qui leur rapportèrent de plus en plus de vin, de grains ou d'argent. Ils tenaient aussi en fief des moulins, des fours, des péages, dont le produit augmenta au fil des siècles. Ils eurent donc de l'argent à prêter. Certains, même, firent du commerce. Ils vivaient en ville, dans des maisons fortes ou des tours, celles de l'enceinte par exemple, voire dans les anciens monuments romains fortifiés : à Nîmes les arènes abritèrent jusqu'à 120 maisons nobles. Ils possédaient des quartiers entiers, dont ils lotirent le sol contre de beaux cens. A Montpellier il leur fut interdit en 1113 de se mésallier avec des bourgeois. Ils eurent même des cimetières propres. C'était donc bien une classe sociale. Cependant ce petit monde (10% de la population urbaine, dit-on) était divisé par des haines cruelles, d'où des luttes de partis, de quartiers. C'est pour en sortir qu'ils inventèrent, après 1130, le consulat, seigneurie collective issue du tribunal seigneurial, d'où de nouveaux profits (les amendes).</p>
<p>L'hégémonie de cette noblesse urbaine fut ébranlée par la croissance et l'enrichissement du tiers état. Dès 1166 à Nîmes, dès 1170 en Avignon le consulat fut partagé entre les milites et les cives. Le coup fatal fut porté au début du XIIIe siècle. En 1216 Simon de Montfort, le croisé du nord, combla les fossés et rasa les tours des maisons fortes de Toulouse ; lors de sa croisade de 1226 Louis VIII rasa 300 tours en Avignon et expulsa des arènes les chevaliers nîmois. Puis les milites furent souvent exclus des consulats.</p>
<p>On vit apparaître au grand jour toute une série de métiers. A Montpellier en 1246 il y eut dix « échelles », une pour les bourgeois, sans doute les rentiers et les marchands, et neuf pour 35 métiers ; les dix échelles élisaient 82 conseillers qui nommaient les quatre consuls. A Nîmes il y avait en 1272, sans compter les bourgeois, neuf échelles regroupant 26 métiers. Le plus original est la présence de métiers des juristes, avocats et notaires. A Narbonne ils sont cités dès 1150 : progrès du droit écrit !</p>
<p>Après 1200 l'oligarchie urbaine fut de plus en plus composée de nouveaux riches. Ces nouvelles fortunes provenaient du maniement de l'argent (monétaires, changeurs, usuriers surtout) ou du commerce des denrées agricoles. La draperie n'était pas inconnue, mais elle était marginale. Les profits étaient le plus souvent réinvestis dans la terre : oligarchie de rentiers. Et la grande masse de la population était faite de cultivateurs : de 6 à 7 000 en 1236 à Montpellier, ville de 10 000 feux en 1273.</p>
<p>A la même époque les bourgeois artésiens ou flamands avaient très peu de terres, car la terre rapportait dix fois moins que le commerce, et la grande masse de la population était composée d'artisans, d'ouvriers. La France urbaine était donc double : d'un côté celle des profits capitalistes, de l'autre celle des placements fonciers.</p>
<p>On s'est parfois demandé si la ville médiévale était un phénomène capitaliste ou un élément du monde féodal. La question n'a aucun sens, car il n'y a aucune incompatibilité entre le capitalisme, qui est d'ordre économique, et la féodalité, qui est d'ordre politique. On le voit bien dans la France de 1789. Saint-Omer, où le capitalisme fut si précoce et si vivace, eut, dès 1127, un seigneur féodal : ce fut un « vassal collectif » ; par la suite il lui arriva d'avoir des vassaux.</p>
<p><a href="https://books.openedition.org/septentrion/49452?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.openedition.org/septentrion/49452?lang=fr</a></p>
<p>FRÉQUENCE DES CONFLITS CORPORATIFS</p>
<p>Au contraire de ce que la lecture des manuels d'histoire et les affirmations intéressées des admirateurs du « bon vieux temps » peuvent laisser croire, les conflits corporatifs ont existé ,partout où le travail, sous uune forme quelconque, fut exploité (1), Les jacqueries des campagnes étaient-elles autre chose que des rrévoltes de paysans exploités contre leur exploiteur féodal ? Et parmi les compagnons des corporations, plus tard parmi les ouvriers des manufactures, les mouvements de revendication, les « trics », furent innombrables (2).</p>
<p>A toutes les époques, les coalitions d'ouvriers furent sévèrement réprimées. Les Coutumes de Beauvaisis de Ph. de Beaumanoir (1280), considéraient déjà les coalitions comme un délit. On punissait d'amende et de prison ceux qui y recouraient : « Et tenir en longe prison et drestroite, et quand ils ont eu longue peine de prison, on pot lever de cascunne personne soixante sous d'amende. » Une ordonnance du bailly de Rouen, en 1285, interdisait aux ouvriers de s'assembler, comme ils avaient coutume de le faire 50 ans auparavant, sur 1a place Damiette, parce que ses assemblées prenaient le caractère de coalitions.</p>
<p>En 1729, les tisserands de Douai se mutinèrent et mirent à mort quelques échevins. Le comte de Flandre vint rétablir l'ordre et plusieurs mutins furent pendus. En 1280, les ouvriers d'Ypres s'insurgèrent contre une augmentation de la journée de travail et tuèrent le maire. La même année, les drapiers de Provins prirent les armes pour la même raison et massacrèrent aussi leur bourgmestre.</p>
<p>Du XIV° au XVI° siècle, les conflits furent nombreux. On note des émeutes ou grèves provoquées par la question des salaires ou des revendications corporatives à Provins (1324), Châlons-sur-marne (1369), Troyes (1372), Sens (1383), Bourges (1466), Beauvais (1554), Paris (1545), etc (3). Et l'histoire ne nous a sans doute gardé la trace que d'une infime partie de ces mouvements.</p>
<p>Les compagnons boulangers de Paris passaient au XVI° siècle pour se mettre souvent en grève. Ils refusaient de s'engager pour un mois comme le leur prescrivaient les règlements de la corporation, préférant travailler à la journée. Leur confrérie mettait les patrons à l'index et réclamait des augmentations de salaire. Ils se promenaient par la ville armés de dagues et de bâtons et molestaient patrons et non grévistes. Les patrons obtinrent en 1579 une ordonnance du roi réprimant sévèrement ces pratiques (4 ). Deux siècles plus tard, la situation ne s'était sans doute pas améliorée dans ce métier puisque des lettres patentes de Louis XV faisaient défense aux compagnons boulangers de porter des armes à feu, épées ou bâtons (5).</p>
<p>Les compagnons prenaient de plus en plus l'habitude de l'« action directe ». ils essayaient par l'intimidation de faire inscrire à leurs confréries et participer à leurs coalitions leurs camarades de travail.</p>
<p>En cas de tric, ils leur interdisaient l'accès des boutiques ou ateliers. Une sentence de 1601 condamnait à la prison quatre compagnons cordonniers parisiens pour des faits qui sont baptisés aujourd'hui « entrave à la liberté du travail ».</p>
<p>L'interdiction des trics et du port des armes existait dans de nombreux statuts, par exemple chez les imprimeurs de Paris (1649).</p>
<p>Au XVII° siècle, les sociétés compagnonniques, bien que plus sévèrement interdites que jamais, se multipliaient, parce qu'à l'intérieur des corporations, la division s'accentuaient entre maîtres et compagnons.<br class='autobr' />
L'atténuation des règles concernant l'embauchage des forains, consécutive au progrès qui créait de plus en plus une économie nationale, avait permis l'émigration des ouvriers à travers le pays. Les sociétés compagnonniques avait pris un grand essor, mais sous leur impulsion conflits et mises à l'index se multipliaient. La classe prolétarienne prenait peu à peu conscience de ses droits.</p>
<p>Dans la région de Rouen, les conflits étaient fréquents dans le textile ; en 1691, les compagnons toiliers firent une grève violente pour les salaires. En 1697, un important conflit se produisit à Darnétal, près de Rouen : trois à quatre mille compagnons y faisaient grève parce que les maîtres embauchaient des ouvriers étrangers à des prix très bas. Malgré 1a répression, la grève dura un mois. A Paris, vers la même époque, les compagnons maraîchers étaient en grève pour les salaires, ainsi que les chapeliers, contre lesquels les jurés de la corporation portèrent plainte, parce que les compagnons menaçaient ceux qui ne voulaient pas adhérer à leur société.</p>
<p>En 1732, les papetiers d'Auvergne se mirent en grève, leur confrérie ayant été supprimée, ce qui indiquait déjà une conscience assez développée de leurs intérêts de classe. En 1772, ils luttaient par la grève contre l'augmentation de la journée de travail. En 1781, une grève eut lieu aux papeteries Montgolfier, à Rives, à cause du renvoi de deux ouvriers. Les grévistes débauchèrent tous les ouvriers des papeteries de la région et le patron dut reprendre les congédiés : c'est qu'il y avait dans ses cuves pour 3.000 livres de matière en fermentation dont il craignait la perte.<br class='autobr' />
Les papetiers étaient organisés dans une puissante société compagnonnique à tendance républicaine. Un inspecteur qui avait fait une tournée dans le Dauphiné, en 1769, signalait dans son rapport que les ouvriers avaient l'habitude de mettre les usines à l'interdit quand un différend divisait ouvriers et patrons. Ils allaient même jusqu'à appliquer des amendes non seulement à ceux d'entre eux qui ne se pliaient pas à leur discipline, mais aux maîtres eux-mêmes. L'inspecteur se montrait fort scandalisé de ce que ces derniers s'exécutassent presque toujours, par crainte de la mise à l'index. Les ouvriers papetiers étaient sans nul doute parmi les -mieux organisés ; il faut remarquer qu'il s'agissait d'ouvriers de manufactures.</p>
<p>A Castres, en 1786, les ouvriers firent renvoyer un « jaune ». Chez les chapeliers de Lyon, en 1777, une grève violente eut lieu pour obtenir le renvoi des ouvriers étrangers. Des bagarres à main armée firent six blessés. A Troyes, les tondeurs de draps, organisés en société, quittaient leurs patrons à volonté et mettaient les usines à l'index. Un arrêt du Conseil de Châlons en 1773, interdisait les coalitions, confréries, défilés dans les rues avec des armes et défendait aux hôteliers de faire office de Père ou de mère des ouvriers tondeurs. A signaler encore une grève chez les papetiers, à Annonay, en 1781.</p>
<p>Tous ces mouvements marquaient évidemment entre deux couches sociales l'existence d'un antagonisme que le système corporatif avait été bien impuissant à faire disparaître et même à endiguer.</p>
<p>Bien au contraire, on peut dire que la corporation, en donnant des armes aux maîtres contre les compagnons, suscitait les conflits.</p>
<p>LA GREVE DES IMPRIMEURS LYONNAIS</p>
<p>Le sac de Mayence par l'archevêque Adolphe de Nassau, en 1462, avait obligé les ouvriers imprimeurs qui travaillaient dans cette ville sur les presses inventées par Gutenberg et son associé Füst, à se répandre dans les pays voisins et notamment en France, où l'art de l'imprimerie n'avait pas fait jusque-là de grands progrès. L'invention était combattue par les copistes – dont beaucoup étaient des moines – par l'Église, ennemie des innovations, et par la Sorbonne. Le travail était lent et l'encrage se faisait à la main, Mais après l'arrivée des ouvriers allemands, l'imprimerie progressa rapidement. Au début du XVI° siècle, on comptait 37 villes en France où elle existait ; il y avait à Paris, vers le milieu du siècle, 800 ouvriers imprimeurs et presque autant à Lyon (6).</p>
<p>Les livres des imprimeurs lyonnais étaient tout d'abord rechecrhés pour leur correction et leur bon marché. Les premiers livres datés sortirent des presses lyonnaises vers 1573, mais il est probable qu'on imprimait dans cette ville depuis de nombreuses almées déjà. Certains maîtres imprimeurs étaient des esprits distingués, renommés Jusque dans les pays voisins, tels Jean de Tournes, Sébastien Gryphe, plus tard Etienne Dolet, Nourry, l'éditeur de Rabelais, etc. Imprimeurs et correcteurs -étaient parfois des érudits, voire de véritables savants.</p>
<p>Quant aux ouvriers, dont beaucoup étaient étrangers, ils étaient réputés turbulents et fort jaloux de leur indépendance. A Lyon, ils ont si souvent battu le guet, lit-on dans un factum de l'époque, que le guet n'ose plus sortir. » Ou demandait à l'apprenti imprimeur de svaoir lire le grec et d'avoir appris le latin, car les livres s'imprimaient à cette époque presque toujours en latin. Les ouvriers de ce métier étaient donc généralement plus instruits que ceux des autres corporations. Beaucoup d'entre eux, originaires d'Allemagne, étaient luthériens. La propagande calviniste par la brochure était active, en dépit des condamnations au bûcher prononcées à Lyon à plusieurs reprises. Aussi remarquait-on chez les ouvriers imprimeurs une certaine fermentation d'idées.</p>
<p>Malgré leurs qualités professionnelles, les compagnons imprimeurs étaient dans une grande misère.</p>
<p>Ils recevaient un maigre salaire pour une longue journée de travail. L'imprimerie n'avait pas tardé à subir une crise.., de surproduction. Les ouvrages se vendaient mal et les imprimeries étrangères, surtout celles de Genève et de Lausanne, faisaient grande concurrence aux maîtres imprimeurs lyonnais. Ceux-ci avaient résolu le problème du prix de revient qui se posait pour eux, par la diminution des salaires.</p>
<p>L'époque était caractérisée à Lyon par de nombreux troubles sociaux et des tries. (1519, 1529, année de la grande rebeine, 1530, etc.) Parmi les ouvriers imprimeurs régnait un esprit permanent de bataille.</p>
<p>En 1514, les maîtres imprimeurs s'étaient plaints au Consulat « que des malandrins ont couru sus aux ouvriers compagnons de leur métier et en ont blessés plusieurs jusqu'à la mort, » Le Consulat rétorque que le tort était du côté des ouvriers imprimeurs qui faisaient maintes insolences par la ville, jusqu'à outrager le ‘guet et blesser M, le Lieutenant de police lui-même. Les maîtres imprimeurs promirent alors de remettre aux mains de la justice ceux qui s'étaient rendus coupables d'un tel crime. Effectivement, les coupables furent saisis par les archers, mis eu prison et condamnés à être fustigés et bannis (7). En 1524, les imprimeurs attaquèrent encore et malmenèrent une ronde faite par le pennonage de la rue Thomassin (8). Les ouvriers imprimeurs étaient organisés dans une confrérie et s'engageaient par serment à cesser le travail collectivement dès que l'un d'entre eux aurait à se plaindre de son patron. La confrérie dpisosait d'une bourse alimentée par les cotisations des membres. Ceux qui ne s'affiliaient pas étaient menacés.</p>
<p>La bourse servait pour les banquets confraternels, mais aussi à organiser la résistance eu cas de fric, malgré l'autorité qui interdisait aux ouvriers ,l'avoir recours aux monopoles. Les compagnons circulaient armés de dagues et de poignards sous leurs vêtements. Ils étaient organisés eu compagnies, ayant à leur tête des chefs (9), Ils malmenaient à l'occasion les maîtres ou les compagnons qui refusaient d'abandonner le travail. Ils étaient en conflit perpétuel avec le guet et le prévôt.<br class='autobr' />
En 1539, une cessation générale du travail se produisit qui dura quatre mois. Le différend fut porté devant le sénéchal. Cinq compagnons défendirent les intérêts de leurs camarades et dix maîtres parlèrent au nom de la confrérie patronale.<br class='autobr' />
Les griefs des compagnons étaient de trois ordres : 1° Ils réclamaient contre l'insuffisance des salaires qui avaient été réduits ; 2° ils demandaient à travailler certains jours de fête ; ils se plaignaient de l'emploi par les maîtres d'un trop grand nombre d'apprentis.</p>
<p>Sur le premier point, il faut remarquer que les compagnons étaient nourris par les maîtres : ils prenaient leurs repas dans l'atelier. C'était sur cette partie du salaire payé en nourriture que les maîtres cherchaient à réaliser des économies. Pour comprendre la deuxième de leurs revendications, il faut se rappeler que le nombre de jours de fête était considérable, et que ces jours-là le salaire n'était pas payé. Par contre, les maîtres reprochaient aux compagnons de quitter l'atelier plus tôt que de coutume en certaines occasions et de perdre aussi beaucoup de temps pour assister aux enterrements. C'est que les journées de travail étaient longues et que chaque prétexte pour les écourter aux dépens de l'employeur -était saisi avec empressement. Les compagnons étaient contraints d'êt rdeebout depuis 2 heures après minuit, ,jusqu'à 8 et 9 heures du soir (10). Quant à l'emploi des apprentis aux lieu et place des compagnons, c'était un grief souvent formulé sous le régime des corporations. Alors qu'une presse occupait régulièrement quatre à cinq hommes, certains maîtres n'hésitaient pas à y faire travailler trois, quatre et parfois cinq apprentis. Les compagnons voulaient n'y voir occuper que deux apprentis au maximum. Mais les maîtres arguaient de la nécessité de réduire les frais de main-d'oeuvre.</p>
<p>A ces griefs, les patrons répondirent naturellement que les compagnons étaient conduits par des meneurs qui les terrorisaient. Ils les accusaient de travailler irrégulièrement et d'être trop exigeants sur le chapitre de la nourrit ure, Aussi proposaient-ils d'augmenter le gage des ouvriers, à charge par ceux-ci de se nourrir. Ils offraient aux compositeurs 6 sols 6 deniers par jour. Il est difficile d'évaluer la valeur réelle de -cette somme. Certains auteurs se basant sur le cours du blé, bien qu'une telle estimation soit très arbitraire, fixent le pouvoir d'achat de ce salaire à 5 francs d'avant 1914. Mais le cours du blé lui-même variait dans d'énormes proportions, Les patrons l'esmtiaient à 10 sols le bichet : très souvent il valait beaucoup plus, jusqu'à 25 sols, et pendant l'année de disette de 1531, il avait coûté de 50 à 60 sols.</p>
<p>Les ouvriers refusèrent, préférant être nourris, afin, disaient-ils, de ne pas avoir à prendre leurs repas dans les tavernes, cause de frais et de perte de temps. La sentence fut rendue le 31 juillet. Se fondant sur l'intérêt général, le sénéchal interdisait aux ouvriers de se réunir par groupe de plus de cinq ; défense leur était faite de se coaliser sous peine d'amende et de bannissement ; de porter des armes et de menacer les apprentis et les compagnons non grévistes. Les maîtres étaient autorisés à faire travailler autant d'apprentis qu'ils le dérsaiient, mais ils étaient invités à donner aux ouvriers la même quantité de nourriture que cinq ou six années auparavant. Formule assez vague ! Les contestations devaient être tranchées par le bureau de la Grande Aumône (11).</p>
<p>Un règlement d'atelier joint à la sentence enjoignait aux compagnons de terminer tout travail commencé, aux maîtres de payer à compter du moment où la « presse » était mise en train et de ne pas renvoyer arbitrairement. En cas de nécessité, ils pouvaient adjoindre à l'équipe autant d'ouvriers qu'ils le jugeaient nécessaire. Ils pouvaient remplacer l'ouvrier malade sans que celui-ci ait tin recours quelconque.<br class='autobr' />
Le travail était interdit les jours de fête et il était défendu de quitter l'atelier la veille avant l'heure normale. Aucun chômage ne devait se produire en dehors des fêtes sauf pour la mort du maître ou de sa femme. Le droit de coalition était retiré aux ouvriers, mais non aux maures.</p>
<p>Cette sentence était donc entièrement en faveur de ces derniers. Les quelques dispositions favorables aux ouvriers étaient vaguement énoncées et faciles à tourner, Le sénéchal dut éprouver quelques inquiétudes quant à l'applicationde ses décisions, car il crut devoir en référer au pouvoir royal, François Ier, estimant que la grève était de nature « porter préjudice » à l'imprimerie lyonnaise et que la rébellion des compagnons était intolérable, confirma tous les termes de la sentence, mais ordonna par surcroît la dissolution de la confrérie patronale. Il donna le pouvoir au sénéchal, assisté d'un certain nombre de notables, de juger les cas de violence, rébellion, coalition, etc. et de condamner les coupables à la prison, un bannissement et si besoin était, à la torture et à la peine capitale.<br class='autobr' />
On pourrait croire que de telles menaces allaient effrayer les grévistes et les faire rentrer sans délai dans les ateliers. Il nous faut à ce sujet réviser quelque peu les idées due nous nous sommes formés sur la vie sociale nous l'ancien régime. Le fait que les compagnons se promenaient en armes est déjà assez symptomatique. Le pouvoir royal n'était absolu que de nom, du moinsj usqu'au XVII °siècle. Les autorités municipales ne disposaient pas d'une force armée bien considérable, A Lyon, des émeutes furent à plusieurs reprises pratiquement maîtresses de la ville, et cela se produisit encore au siècle dernier. L'appareil coercitif de la bourgeoisie de l'époque était singulrieèment moins puissant que celui dont dispose notre capitalisme contemporain : aussi la répression était-elle plus brutale, l'émeute vaincue.</p>
<p>L'Edit de Villers-Cotterêts, en août 1539, supprimait le droit de coalition dans toute la France. C'est qu ‘à la suite des désastres militaires du règne, la situation du royaume n'était pas florissante et que partout des trics étaient en cours. Il y en avait à Paris même, chez les garçons boulangers et les garçons bouchers.</p>
<p>Les compagnons imprimeurs lyonnais dont la confrérie subsistait malgré l'interdiction, introduisirent auprès du Parlement une enquête tendant à faire casser la sentence du sénéchal. Le Parlement de Paris était jaloux de ses prérogatives. II se montrait peu disposé à être dépossédé ;tu profit de la juridiction inférieure Constituée par le sénéchal et ses notables. Ce qui fit qu'en septembre 1540, il rendit à Moulins, en faveur des imprimeurs lyonnais, un arrêt rétablissant pour eux les anciennes règles des corporations, en ce qui concernait l'apprentissage et interdisant aux apprentis de composer avant d'avoir effectué trois années de stage (12).</p>
<p>Les compagnons prirent la détermination de demander aux patrons des dommages et intérêts s'ils ne se conformaient pas à l'arrêt. Les maîtres usèrent du chantage : ils menacèrent de quitter Lyon pour Vienne. Le Consulat, feignant une grande crainte, les fit mander et les pria de ne pas s'éloigner, afin que la ville ne fut pas privée d'une industrie qui faisait une partie de sa prospérité. La ville dépêcha à la Cour un député, les maîtres un autre, à frais communs, pour obtenir du roi la réforme de l'arrêt. Les négociations durèrent un an…</p>
<p>Ces procédures, ces rivalités de ,juridiction, ces décisions contradictoires ne sont pas un des moindres étonnements que l'on éprouve à suivre les péripéties des luttes ouvrière des siècles révolus.</p>
<p>Les pourparlers traînaient en longueur, car les délégués s'occupaient d'autres affaires municipales.</p>
<p>Dans l'intervalle, un conflit identique avait pris naissance à Paris : la grève de Paris, parallèle à celle de Lyon, réagissait sur la situation dans cette ville. C'est pourquoi nous devons en dire quelques mots. A la suite d'une cessation de travail des ouvriers parisiens, les maîtres de cette ville s'adressèrent au roi pour obtenir le même traitement que leurs collègues lyonnais. Ils voulaient, comme eux, avoir le droit de « faire et tenir des apprentis, autant qu'ils voudraient et pourraient mettre en oeuvre ». A Paris, la question des apprentis était à la base du conflit. Les ouvriers étaient moins solidement organisés que ceux de Lyon ; les forces de police plus considérables et la grève avait été moins violente.</p>
<p>Mais les ouvriers parisiens s'opposèrent à l'enregistrement de l'Edit de Villers-Cotterêts (1539) et à défaut de l'enregistrement par le prévôt, l'édit n'était pas exécutoire. Tandis que les ouvriers lyonnais s'adressaient au Parlement, les Parisiens portèrent leurs doléances devant le Conseil privé du roi, Ils demandaient ta limitation du nombre des apprentis, la liberté de quitter le travail plus lot les vigiles, des modifications au droit de renvoi par les maîtres et au régime de travail des fondeurs de caractères.<br class='autobr' />
Le roi ordonna une enquête. La question fut renvoyée devant le lieutenant civil qui penchait plutôt du côté des compagnons, car traditionnellement la judicature du Châtelet défendait le respect des règles corporatives. Mais les maîtres lyonnais reçurent satisfaction : l'arrêt du Parlement, favorable aux compagnons, fut révoqué le 28 décembre 1541 : la nouvelle sentence renforçait celles antérieures, interdisait les trics, les assemblées de plus de cinq personnes, les est le port des armes, etc. Les maîtres obtenaient le droit d'embaucher et de débaucherà leur gré. Le taux des gages restait à déterminer. Les maîtres, sur le chapitre de la nourriture, devaient » donner raisonnablement « . Un préavis de 8 jours était imposé unilatéralement aux ouvriers.<br class='autobr' />
Les négociations continuaient chez les imprimeurs Parisiens. Les compagnons avaient accepté l'enquête prescrite et l'avaient même entreprise pour leur propre compte, tandis que les maîtres s'y opposaient.</p>
<p>Les ouvriers se livrèrent alors à quelques violences dont le pouvoir royal prit prétexte pour les débouter, leur ordonner de s'incliner devant les décisions antérieures et hm défendre de faire appel à nouveau (19 novembre 1542). Les compagnons lyonnais avaient repris la lutte contre l'arrêt de 1541. Mais la défaite des ouvriers parisiens entraîna la leur. Le roi leur rendait applicable l'arrêt de Paris. Cependant, la question n'était pas définitivement tranchée encore. Une série de procès assez fastidieuse commença alors. Les compagnons attaquèrent les lettres patentes du roi et le procureur du roi à Lyon pi-il fait et cause pour eux, en se portant appelant contre la publication de ces lettres. Le Parlement de Cris fut à nouveau saisi et il n'était pas impossible qu'il adopta la thèse des compagnons. L'appel fut porté devant le conseil privé du roi. Cet organisme décida… une nouvelle enquête et le renvoi de l'affaire devant le Grand Conseil (19 mars 1543).</p>
<p>Les ouvriers firent traîner les choses en longueur. Leur procureur, Michel Sosson, sommé de produire ses arguments, se présenta enfin et la sentence fut prononcée (11 septembre 1544) Le roi maintenait ses édits antérieurs, repoussait l'appel des ouvriers et de son propre procureur et les condamnait aux dépens. Défense était faite sous peine d'amende de contrevenir à l'édit.</p>
<p>Ce qui frappe dans ces démêlés, c'est l'extrême variété des jucdaitures et l'enchevêtrement de leurs prérogatives. Il serait très intéressant de savoir quels mobiles poussaient certains magistrats royaux à se ranger du côté des grévistes. Nous n'en avons trouvé aucune expcliation dans le travail de Hauser auquel nous empruntons la plupart des faits précédents. Il est probable que l'examen des archives éclarierait un peu ces mobiles. Il est à noter aussi que le roi, sensé prendre quantité de décisions, n'était guère qu'une machine à signer sur le vu des avis des différents organismes d'État. Ses arrêts se contredisaient d'ailleurs assez souvent au gré des conclusions différentes de deuxc ours distinctes et on ne manquera pas d'observer, dans le cas des imprimeurs, que des arrêts rendus comme définitifs et sans appel, furent quelques mois après infirmés ou tout au moins remis en question. Le certain, c'est qu'à cette époque comme à la nôtre, la force ouvrière était le principal élément du succès des revendications. Les imprimeurs lyonnais et parisiens le savaient bien, qui avaient recours à la cessation du travail et à l'action directe.</p>
<p>Ils le savaient si bien que vingt ans plus tard, sous le règne de Charles IX, les maîtres se plaignaient de ce qu'ils n'avaient pas respecté l'édit de 1514. Ils continuaient à se coaliser et à quitter le travail pour faire aboutir leurs revendications. Tant à cause de la cherté du papier que du prix de la main-d'oeuvre, les maîtres lyonnais étaient contraints de faire imprimer leurs livres à l'étranger. Il était impossible, disaient-ils, de satisfaire les compagnons « eu vivres, gages et salaires ».</p>
<p>L'Edit de Gaillon, en 1571, renouvelait celui de 1539. Il renforçait les interdictions de ce dernier, défendait le tric et même de faire « journée blanche », Le maître était autorisé dans ces deux cas à retenir sur le salaire une somme correspondant au préjudice causé. Le certificat de travail était institué pour tout ouvrier quittant son maître. Le défaut de certificat rendait l'embauche impossible. Le salaire nourriture était supprimé, à l'exemple de ce qui se faisait dans les pays étrangers (Flandres, Allemagne, Italie). Une commission arbitrale, composée de libraires-jurés, de maîtres imprimeurs et de notables, devait déterminer le nouveau salaire. Le maître pouvait utiliser autant d'apprentis qu'il le voulait. C'était l'application à Lyon du régime parisien. Il devenait nécessaire d'avoir fait un apprentissage pour passer compagnon et de présenter, pour s'établir maître, un certificat de capacité signé de deux libraires et de deux maîtres imprimeurs. Or, jusque-là, l'imprimerie n'était pas soumise aux règles corporatives ordinaires ; il n'y avait pas de chef d'oeuvre ; était imprimeur qui voulait, s'il avait assez d'argent. L'édit sanctionnait donc l'abolition de la liberté d'exercer le métier.</p>
<p>Alors que les compagnons avaient toujours défendu le principe du salaire égal pour un même travail, le maître acquerrait le droit de payer le travail fourni. Tout compagnon abandonnant un travail était passible d'amende, de dommages et intérêts et même du fouet s' il n'était pas solvable. Une infraction à l'édit était punissable de 200 livres d'amende et de peines corporelles en cas de récidive. Mais ni à Paris, ni à Lyon, les ouvriers n'acceptèrent. Contrairement aux ordonnances, ils continuèrent à se coaliser, à se cotiser et introduisirent une instance auprès du Parlement contre l'Edit de Gaillon, Il faut en retenir les termes. Ils reprochaient aux patrons de les vouloir « opprimer et vilement asservir ». Après avoir rappelé qu'en fait, ils étaient, eux, les véritables imprimeurs, ils indqiuaient que c'étaient eux qui leur avaient acquis « et leur acquièrent chaque jour de grandes et honorables richesses, au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang », Chargés de famille, ils n'avaient dans leur vieillesse que misère et maladie. Ils faisaient un parallèle entre la richesse des maîtres et leur condition précaire, accusant les patrons de faire des bénéfices scandaleux (jusqu'à 150% ). A Paris, les ouvriers devaient rendre 2.650 feuilles par jour et à Lyon 3.350, ce qui nécessitait des journées de 16 et 17 heures. Les maîtres prétendaient être contraints à faire imprimer à Montuel, Genève, Lausanne, à cause des prix de façon trop élevés. Mais les compagnons rétorquaient que les imprimeurs de Genève, d'Anvers, d'Allemagne s'en tiraient en vendant leurs ouvrages bien meilleur marché, (En Hollande, on demandait aux ouvriers 4.000 feuilles par ,jour. Le prolétariat y était-il plus exploité encore ou l'outillage industriel meilleur ? Il est difficile de le savoir.)</p>
<p>Les compagnons protestaient aussi contre une différence de traitement qui permettait aux maîtres de faire des monopoles, ce qui leur était interdit. Ils revendiquaient même le droit de porter des armes « pour insolence d'aucuns maîtres ». Ils s'élevaient contre l'emploi abusif des apprentis, ce qui les privait de leur salaire, alors qu'ils avaient dû eux-mêmes faire des sacrifices pour apprendre le métier. Ils demandaient à être nourris comme par le passé, s'indignaient que les salaires puissent être fixés par les maîtres seuls et demandaient une commission paritaire, comprenant quelques notables nommés par les deux parties. Enfin, considérant que ce serait « violer indignement la liberté naturelle des hommes », ils réclamaient que les fautes soient punies par des amendes, non par des châtiments corporels.</p>
<p>A ce réquisitoire qui dénotait chez les compagnons une volonté assez nette et un souci de leur dignité assez développé, les maîtres répondirent par une courte diatribe qui dénonçait la confrérie des compagnons avec cotisation obligatoire, vitupérait les fauteurs de désordre et demandait que leurs noms soient relevés et des sanctions prises contre eux. Ils suggéraient aussi que les compagnons soient astreints à fournir caution avant d'engager des procès, car ils avaient l'habitude de ne pas payer les amendes quand ils étaient condamnés.</p>
<p>Le Roi apporta alors quelques modifications à son édit. Il limitait à deux par presse le nombre des apprentis, un à la presse, l'autre à la casse. Il enjoignait aux maîtres de ne pas renvoyer arbitrairement, et aux ouvriers de ne pas quitter abusivement le travail. En outre des fêtes religieuses, les ouvriers obtenaient le salaire pour les journées du Vendredi-Saint, de la Saint-Jean et une demi-journée 1e jour du carême prenant. Le roi maintenait pour les maîtres 1e droit de ne pas nourrir les ouvriers, mais fixait pour Paris le salaire à 18 livres tournois par mois, tandis qu'à Lyon il devait être déterminé par le sénéchal. L'obligation de donner congé 8 jours d'avance devenait réciproque. La durée de l'apprentissage était fixée à trois ans. 7.a peine du fouet disparaissait de l'article 22. Les maîtres perdaient le droit de faire imprimer hors de France, en mettant sur les feuilles de titre de fausses indications d'origine, comme ils l'avaient fait jusque-là.</p>
<p>Les ouvriers obtenaient donc des avantages, grâce à leur action tenace, mais l'interdiction de leurs confréries et des coalitions subsistait, tandis que les maîtres pouvaient y recourir, Cette déclaration de 1573 devait rester la charte de l'imprimerie jusqu'en 1618.</p>
<p>Nous avons voulu relater avec quelque détail les luttes qui se déroulaient dans l'imprimerie pour donner une idée de l'acuité des questions sociales et corporatives sous l'ancienne organisation du travail. En règle générale, les pouvoirs publics se prononçaient contre les compagnons. Si le roi était sévère pour les ouvriers lyonnais, c'est qu'il redoutait de voir leur exemple suivi par des autres métiers. « Car c'est donner, disait François I er, un exemple et occasion aux autres compagnons et serviteurs de métier qui sont en notre royaume de faire quelquefois le semblable, qui est un vrai fondement et entreténement de mutineries et séditions qui tournent à la fin au grand détriment de la chose publique. »</p>
<p>II est donc certain que l'ancienne réglementation corporative par édits royaux fut absolument impuissante, non seulement à faire le bonheur des ouvriers au sein d'organismes professionnels, mais aussi à empêcher l'antagonisme des classes en présence. Aussi pouvons nous dire avec Hauser : « La question dite sociale se posait alors sinon avec la même extension, du moins avec l'a même intensité et presque dans les mêmes termes. » Ou avec Marx : « Toute l'histoire de la société est l'histoire de la lutte des classes. »</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] La grève la plus ancienne citée dans l'histoire eut lieu 1.500 ans av. J.-C. en Egypte parmi les ouvriers esclaves occupés à édifier les pyramides, et fut provoquée par I'insuffisance de la nourriture. Les pharaons la réprimèrent dans le sang. Il y eut aussi des grèves en Chine, 600 ans av. J.-C., une autre 29 ans av. J.-C. parmi les ouvriers construisaient un palais pour Hérode. Les maçons et les terrassiers étaient souvent les acteurs de ces tragédies qui se terminaient par des massacres de grévistes. Grève à Byzance sous Constantin ; sous Charlemagne, parmi les maçons construisant son Palais à Aix-la-Chapelle (9° s.) ; en Angleterre, en 1271, parmi les ouvriers agricoles ; à Constantinople en 1195, chez les tailleurs, etc. En Angleterre, une loi de 1549 punissait les grévistes du pilori, et en cas de récidive ordonnait qu'une oreille leur soit arrachée : elle ne fut abolie qu'à la fin du 18° siècle.</p>
<p>[2] Le mot « tric » est l'équivalent du terme actuel grève. Son étymologie est obscure. Faut-il y voir une analogie avec le mot anglais « strike », prit actuellement dans le même sens de grève ? Dans ce cas, lequel de ces deux mots est la déformation de l'autre ? Question philologique que nous ne sommes pas capables de trancher. Mais il est vraisemblable qu'à la suite de la guerre de cent Ans, il dut y avoir entre les deux langues d'assez nombreux échanges de mots.</p>
<p>[3] LOUANDRE. Préface à l'Histoire de l'industrie française et des gens de métiers, d'A. Monteil (Limoges, s.d.)</p>
<p>[4] LEVASSEUR. Histoire des classes ouvrières. (Paris, 1901)</p>
<p>[5] LESPINASSE. Les Métiers et corporations de la ville de Paris.</p>
<p>[6] VINGTRINIER. Histoire de l'imprimerie lyonnaise.</p>
<p>[7] VINGTRINIER. Loc. cit.</p>
<p>[8] VIAL. Institutions et coutumes lyonnaises.</p>
<p>[9] Dès le 13e siècle, les Lyonnais, dans leur lutte contre l'Archevêque, étaient organisés par quartiers et par corporations, sous la conduite d'un capitaine. Les compagnons avaient adopté pour leur propre compte cette organisation militaire. Leur confrérie était vraisemblablement une société compagnonnique, dont elle présentait tons les caractères.</p>
<p>[10] HAUSER. Ouvriers du temps passé. Ces chiffres paraissent exagérés. Cependant une telle durée de la journée de travail n'était pas rare à cette époque. Les heures ci-dessus marquent d'ailleurs le moment du lever et du coucher. Même au 18° siècle, les imprimeurs travaillaient encore (if, 6 heures du matin à S heures du soir en été, et de 7 heures à 9 heures l'hiver. (Arrêt de 1724.)</p>
<p>[11] La Grande Aumône était une institution philanthropique privée, fondée par les bourgeois lyonnais à la suite de la famine suivie de peste de 1530-31. Ces années-là, les réfugiés des, campagnes envahissaient la ville, et l'on entendait crier à chaque coin de rue : » Je meurs de faim. » Les pauvres furent répartis en cinq hôpitaux et secourus grâce à une quête publique. On distribuait du pain et de la soupe à 7 ou 8.000 personnes. Puis on renvoya les étrangers à la ville, munis d'une « bonne aumône ». Cette institution demeura par la suite. Elle recueillait les orphelins et les plaçaient chez les maîtres. Pendant la grève des compagnons imprimeurs, la Grande Aumône dut nourrir les familles des grévistes, mais elle se plaignait que ses ressources n'y suffisaient pas.</p>
<p>[12] On nommait Parlement un certain nombre de cours de Judicatures qui connaissaient des affaires en dernier ressort,<br class='autobr' />
vérifiaient et enregistraient les édits du roi. Le Parlement pouvait parfois faire opposition au roi et il avait d'autant plus d'importance que le pouvoir royal était plus faible.</p>
<p>source : <a href="https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1948-02-greves-et-luttes-sociales-sous-lancien-regime-soudeille/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1948-02-greves-et-luttes-sociales-sous-lancien-regime-soudeille/</a></p>
<p>Révoltes ouvrières et urbaines</p>
<p>Au Moyen-âge le prolétariat industriel n'existe pas encore. Mais il y a déjà des ouvriers du textile. La révolte la plus connue est celle des « Ciompi » de Florence. Il s'agit non pas de marchands ou d'artisans, mais d'ouvriers du textile. Ils se révoltent le 22 juin 1378 contre des salaires trop bas alors que l'inflation gangrène la cité, mais aussi contre le chômage qui commence à les toucher.</p>
<p>Ils revendiquent par ailleurs le droit de s'organiser en tant qu'association, comme les marchands peuvent le faire. C'est tout le petit peuple de Florence qui s'insurge, brûlant palais et couvents. Les Ciompi demandent à être reconnus comme branche professionnelle pour avoir accès aux décisions communales et donc à des postes au sein du « Conseil municipal ». Le 21 juillet, les révoltés attaquent les bâtiments des patrons de la laine, du fisc et de la justice. Le lendemain, ils prennent le pouvoir et installent le cardeur de laine Michele di Lando comme « ministre » de la Justice. Mais ils seront trahis par les artisans aisés et la « Commune de Florence » sera écrasée le 31 août. Di Lando a eu la chance de ne pas être exécuté, mais simplement exilé.</p>
<p>On assistera à la même révolte en Auvergne et au Languedoc de 1381 à 1384, venant des ouvriers teinturiers du textile : les Ongles bleus ou Tuchins.</p>
<p>Autre révolte d'importance, celle des « Maillotins » à Paris de mars 1382 à janvier 1383. Au départ, il s'agit d'une révolte fiscale. Le 1er mars 1382, les ouvriers et les artisans parisiens se révoltent et sont rejoints, de suite, par les paysans de Clichy et des Ternes.</p>
<p>Ils s'emparent alors de 2 000 gros maillets de plomb, arment 20 000 hommes et s'en prennent aux banquiers et aux collecteurs d'impôts. Ils vont auto-administrer la ville jusqu'au 1er décembre, date du retour du roi Charles VI et de son armée. N'étant pas encore des régicides, ils laissent entrer les troupes royales dans la capitale. Dès janvier 1383, ces dernières vont se livrer à une féroce répression. Les chefs maillotins seront arrêtés, torturés et exécutés. Presque 500 ans avant la Commune de Paris !</p>
<p> <a href="https://www.force-ouvriere.fr/les-revoltes-du-moyen-age" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.force-ouvriere.fr/les-revoltes-du-moyen-age</a></p>
<p>La Royauté et les Corporations</p>
<p>La Royauté ne reste pas longtemps l'alliée des bourgeois ; dès le xive siècle, elle se met en tête la chevalerie et la parade ; mais ce n'est jamais par là qu'elle grandit. Tous les rois qui étendirent son pouvoir, jusqu'à la renaissance, le firent par des gens de peu, hommes de loi, hommes d'argent ou hommes d'administration. Comment agit-elle ? En mettant en campagne contre sa féodalité, des armées victorieuses ? Non ; mais par des « ordonnances » rédigées par ses légistes, par son « parlement, » cour de justice avec laquelle elle détruit peu à peu les juridictions locales ; par des impôts qui vont grossissant, selon la loi de toutes les monarchies.</p>
<p>Soumettre les classes ouvrières à sa juridiction et en tirer de gros droits, c'est la première idée. On peut dire que durant les longs siècles de son existence, la royauté fut toujours gueuse, toujours à court d'argent, toujours cupide. Au moyen âge, elle falsifiait les monnaies ; au xviie siècle, elle érigeait la banqueroute en système ; c'est par l'énormité de ses exactions qu'elle souleva les grandes insurrections du xive siècle comme c'est par le déficit qu'elle amena la Révolution.</p>
<p>Ces grandes insurrections du xive siècle ne sont plus disséminées comme celles des communes. Elles visent à être des « révolutions ; » elles commencent à avoir pour théâtre Paris, devenu la capitale de la France, et une des grandes villes du monde. La plus célèbre est celle que dirigea Étienne Marcel (1358). Puis vint celle des Maillotins (1382), ainsi nommée parce que la bourgeoisie s'était armée de maillets. À ce moment les classes insurgées commencent à sentir leur solidarité. Paris, Rouen, la Flandre, etc. correspondent et s'entendent. Toutes ces tentatives échouèrent. Qui les avait faites ? Encore les corporations ouvrières, les corps de métiers. C'est à eux qu'on s'en prit. À la suite du soulèvement des Maillotins, voici ce que la royauté fit dans Paris : Suppression des magistrats élus, remplacés par des « visiteurs » nommés par le prévôt (lui-même délégué du roi) ; suppression de la juridiction professionnelle ; interdiction à toutes les associations de se réunir ailleurs que dans les églises, avec permission du prévôt, et en présence d'un de ses agents.</p>
<p>C'est ce que le pouvoir central devait établir partout.</p>
<p>Voyons comment il le fit aux xve et xvie siècles, époques où la puissance royale fit ses derniers progrès, pour aboutir au monstrueux despotisme des xviie et xviiie siècles.</p>
<p>I. — Dans un état monarchique, les ouvriers pouvaient-ils rester maîtres d'élire leurs magistrats ? — Non certes ; et cette première liberté devait disparaître peu à peu. Déjà, nous l'avons vu retirée aux Parisiens, en 1381 ; nous la voyons disparaître successivement, soit par le mouvement naturel des choses, soit par les empiétements du pouvoir central, dans toute la France.</p>
<p>D'abord on a vu que dans certains métiers non affranchis, c'est le fournisseur ou l'artisan du roi qui a la haute main. C'est ainsi qu'on vit le barbier du roi (ou son chirurgien, car, à cette époque, ces deux professions étaient réunies) devenir le chef, le magistrat suprême, au xive siècle, de la corporation des barbiers et chirurgiens de Paris, et au xve siècle, de toutes les corporations semblables de France. Position lucrative : car il vendait en province son droit à des lieutenants.</p>
<p>Mais, au siècle suivant, les souvenirs de liberté locale s'effacent tellement que les élections disparaissent d'elles-mêmes. Les magistrats corporatifs sont choisis par leurs prédécesseurs, ou même leurs places sont vendues. Elles restent ainsi entre les mains d'une petite aristocratie, qui s'en fait une source d'exactions.</p>
<p>D'ailleurs, la royauté, toujours à court d'argent, avait un moyen aussi simple qu'efficace de s'en procurer. Elle créait des « offices », c'est-à-dire qu'elle imaginait une fonction nouvelle, ou en prenait une existante qu'elle érigeait en fonction publique, qu'elle vendait à beaux deniers comptants. C'est ainsi qu'elle s'arrogea le droit de vendre certaines magistratures corporatives qui ressortaient de l'élection. C'est ainsi que François Ier érigea en offices les places de vendeurs, compteurs, déchargeurs de marée, jusque là élus par la corporation des chasse-marée. Henri II fit mieux, il devait de l'argent à un graveur de la monnaie ; il le paya… aux dépens du public, en lui donnant les offices de jaugeurs, marqueurs, mesureurs et contrôleurs… des vins… c'est-à-dire en l'autorisant à exiger une somme d'argent de tous ceux qui voudraient exercer le métier. — Entre les vins et la gravure, le rapport n'est pourtant pas grand. Charles IX, créa enfin des « offices » de jurés et de magistrats des maçons et des charpentiers, dans toutes les villes du royaume. Déjà François Ier avait ôté le choix de ces magistrats aux communautés, dans certaines villes, pour le donner aux municipalités ; et le même Charles IX avait ordonné qu'on les prît à l'ancienneté.</p>
<p>Tous ces détails se résument en un seul mot : plus d'élections libres, plus d'indépendance corporative. Tout revient ou dans les mains des privilégiés, ou dans les mains du roi.</p>
<p>II. — En même temps, le pouvoir royal prenait le droit de faire les règlements du travail, qui jusque-là avaient émané des corporations mêmes.</p>
<p>Dès le xive siècle, la royauté faisait des ordonnances soit sur les rapports des ouvriers et des patrons, soit sur la fabrication. Elle ne cessa pas d'en faire.</p>
<p>Elle rédigeait la loi, elle l'appliquait ; querelles de métiers entre eux, querelles des ouvriers et des patrons d'un même métier, procès pour interdire telle invention nouvelle, utile au public, mais nuisible aux patrons… tout cela ressortait des juges royaux.</p>
<p>Il serait fastidieux d'entrer dans les détails : je puis dire seulement qu'à la fin du xvie siècle, la royauté réglementait et jugeait partout la fabrication.</p>
<p>III. — Le roi ne fait pas seulement des magistrats ; il fait des patrons, je veux dire qu'il vend ou donne, à son gré, le droit d'entrer dans la corporation comme maître et de fonder un établissement.</p>
<p>Louis XI le premier, à la fin du xve siècle, s'arrogea le droit à son avènement de créer un « maître » dans chaque corporation du royaume en le dispensant des épreuves et des droits auxquels était assujetti quiconque ambitionnait ce titre ; et dans quel but ? Dans un but financier ; ce titre, il ne le donnait pas, il le vendait.</p>
<p>Cet exemple fut imité dans la suite avec une rare profusion ; le roi, les princes et les princesses, suivirent la lucrative habitude de répandre les lettres de maîtrises à tout propos : mariage princier, naissance princière, baptême princier, passage d'un prince dans une ville, tout donne prétexte à ces nobles exploitants de gagner quelque argent. À vrai dire, ils étaient si larges de ces générosités qu'ils faisaient payer, que les acheteurs n'y suffisaient pas. À la mort d'Henri IV, il en restait qui avaient été offertes quarante ans avant, et qui n'avaient pas trouvé d'acquéreur.</p>
<p>IV. — En même temps que la maîtrise peut s'acquérir sans examen par lettre royale, elle se ferme à l'ouvrier grâce au « chef d'œuvre ». La règle des corporations n'est pas changée : il faut toujours avoir été apprenti et ouvrier, et avoir fait son chef-d'œuvre, pour devenir patron. Seulement, elle est éludée, grâce à la résistance des patrons. Le jeune homme riche, le fils de patron achète, sans travailler, un titre d'apprenti, avec de l'argent ; il fait faire son chef-d'œuvre, et il est toujours reçu. L'ouvrier qui a assez d'épargnes pour pouvoir passer trois mois au moins à ne faire qu'un chef-d'œuvre est le plus souvent refusé après ce temps écoulé.</p>
<p>Ainsi, une première division se creuse entre les patrons et les ouvriers. Mais l'esprit d'inégalité fait tant de progrès, que les patrons eux-mêmes se divisent en classes ; les jeunes, qui n'ont pas dix ans d'exercice ; les modernes, qui ont passé ce temps dans le métier ; les anciens, qui ont rempli les fonctions de juré ; et les droits sont différents pour chaque classe.</p>
<p>En outre, le temps vient où les querelles s'enveniment entre patrons et ouvriers. Ces querelles, qui les juge ? La royauté. Dans quel sens ? Dans le sens des privilèges, cela va sans dire.</p>
<p>Les grèves commencent. Il faut voir avec quelle rigueur le pouvoir royal les traite.</p>
<p>En 1541, les ouvriers imprimeurs de Lyon, insuffisamment payés se mettent en grève. Ordonnance du roi pour interdire leurs réunions, et leur ordonner de reprendre le travail. Lettres patentes confirmant l'ordonnance en 1541. Ordonnance identique en 1544. Troisième ordonnance en 1571. Les ouvriers ne se rendirent pas ; et la guerre civile les préserva de l'autorité du roi.</p>
<p>V. — Nous avons signalé au moyen âge, à côté de l'association en quelque sorte forcée des corps de métiers, l'association volontaire des confréries. Au début, qu'était-ce ? Une société de secours, ou une société de réjouissances et de cérémonies. Mais à mesure que la liberté se retirait des « corporations, » on se rabattit sur les confréries, et leur importance grandit.</p>
<p>Ce furent encore bien souvent des prétextes à banquets, où l'on buvait beaucoup. Mais ce fut mieux aussi. C'est grâce à elles que se fit le groupement libre des classes ouvrières. C'est grâce à elles que les ouvriers eurent leurs associations à part, associations devenues nécessaires pour résister à l'exploitation. Dès le xive siècle, nous les trouvons organisées pour débattre les salaires. Deux cents ans plus tard, dans les grèves du xvie siècle, les ouvriers se présentent toujours groupés en « confréries. »</p>
<p>On conçoit que l'autorité ait vu d'un mauvais œil ce dernier acte de liberté. Du xive siècle jusqu'à la fin, la royauté ne cesse de les interdire ; elles ne cessent pas non plus de reparaître ; sans cesse poursuivies et discutées, pour être simplement tolérées après, jusqu'aux prochaines rigueurs.</p>
<p>C'est aux confréries qu'il faut rattacher l'institution du compagnonnage, dont l'institution et les cérémonies bizarres, qui devaient vivre si longtemps, remontent au xive siècle.</p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Associations_ouvri%C3%A8res_dans_le_pass%C3%A9/Texte_entier" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Associations_ouvri%C3%A8res_dans_le_pass%C3%A9/Texte_entier</a></p></div>
Le peuple révolté contre Notre-Dame de Paris...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9076
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90762024-12-06T23:10:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeFranceReligion
<p>Le peuple révolté contre Notre-Dame de Paris <br class='autobr' />
Aujoud'hui, Notre-Dame de Paris est perçue comme église catholique et comme monument historique, une des sources de revenus du tourisme parisien. Autrefois, au Moyen-Age, quand la ville de Paris était aux mains des religieux catholiques, Notre-Dame était liée aussi à l'argent, non à celui qu'elle rapportait mais à celui qu'elle extorquait au peuple. Elle était un des trois pouvoirs religieux (avec l'Université elle aussi catholique), mais aussi (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique96" rel="directory">09 - RELIGION</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag">Religion</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Le peuple révolté contre Notre-Dame de Paris</h2>
<p>Aujoud'hui, Notre-Dame de Paris est perçue comme église catholique et comme monument historique, une des sources de revenus du tourisme parisien. Autrefois, au Moyen-Age, quand la ville de Paris était aux mains des religieux catholiques, Notre-Dame était liée aussi à l'argent, non à celui qu'elle rapportait mais à celui qu'elle extorquait au peuple. Elle était un des trois pouvoirs religieux (avec l'Université elle aussi catholique), mais aussi pouvoirs civils, politiques, économiques et militaires de la ville de Paris. Le roi n'était qu'un invité… La bourgeoisie était dépendante. Une grande partie de l'argent revenait à l'Eglise. Le peuple était exploité par elle. Elle possédait des champs, des serfs, des commerces, des droits nombreux et scandaleux. Ce n'est pas un hasard si nombre de révoltes s'en prenaient à Notre-Dame.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_primitive_Notre-Dame_de_Paris" class="spip_out" rel="external">Texte 0</a></p>
<p><a href="https://www.lepoint.fr/histoire/quand-notre-dame-de-paris-etait-pillee-par-les-parisiens-28-11-2024-2576619_1615.php?utm_source=firefox-newtab-fr-fr#11" class="spip_out" rel="external">Texte 1</a></p>
<p><a href="https://passerelles.essentiels.bnf.fr/fr/chronologie/construction/5528aa47-6ab5-48d1-92fb-46ca5144731b-cathedrale-notre-dame-paris/article/11f41c27-4472-4001-a193-c0b4a7f224ec-destin-notre-dame-paris" class="spip_out" rel="external">Texte 2</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1964_num_50_147_1733" class="spip_out" rel="external">Texte 3</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1964_num_50_147_1732" class="spip_out" rel="external">Texte 4</a></p>
<p><a href="https://hal.science/hal-02100630/document" class="spip_out" rel="external">Texte 5</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve999" class="spip_out" rel="external">Texte 6</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5469" class="spip_out" rel="external">Texte 7</a></p>
<p><a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/021224/du-plomb-en-quantite-dans-les-ecoles-parisiennes-mais-un-suivi-de-la-mairie-defaillant" class="spip_out" rel="external">Texte 8</a></p>
<p><a href="https://basta.media/Notre-Dame-Les-enfants-particulierement-vulnerables-aux-intoxications-au-plomb-ecoles-creches" class="spip_out" rel="external">Texte 9</a></p>
<p><a href="https://www.groupe-seche.com/nos-solutions-en-action/urgence-environnement-decontamination-dune-ecole-polluee-au-plomb-suite-a-lincendie-de-la-cathedrale-notre-dame-de-paris" class="spip_out" rel="external">Texte 10</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/08/29/pollution-au-plomb-les-ecoles-autour-de-notre-dame-seront-elles-pretes-pour-la-rentree_5504261_3224.html" class="spip_out" rel="external">Texte 11</a></p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Notre-Dame_de_Paris,_1844/03/01" class="spip_out" rel="external">Texte 12</a></p>
<p><a href="https://www.scientifiquesnotre-dame.org/incendies-dans-l-histoire#4" class="spip_out" rel="external">Texte 13</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris" class="spip_out" rel="external">Texte 14</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame_de_Paris" class="spip_out" rel="external">Texte 15</a></p>
<p><a href="https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/incendie-a-notre-dame-un-taux-de-plomb-400-a-700-fois-superieurs-au-seuil-autorise-7797980414" class="spip_out" rel="external">Texte 16</a></p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Notre-Dame_de_Paris" class="spip_out" rel="external">Texte 17</a></p>
<p><a href="https://www.lastryge.fr/single-post/incendie-%C3%A0-notre-dame-de-paris" class="spip_out" rel="external">Texte 18</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article6557">Texte 19</a></p>
<p><a href="https://www.capital.fr/economie-politique/notre-dame-de-paris-les-chiffres-fous-de-sa-restauration-xxl-1506279" class="spip_out" rel="external">Texte 20</a></p></div>
Philosophie médiévale
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8213
https://www.matierevolution.org/spip.php?article82132023-06-10T22:08:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgePhilosophie
<p>« Déjà le scolastique Duns Scot [1] s'était demandé « si la matière ne pouvait pas penser ». » Marx-Engels <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/09/kmfe18440900v.htm#sdfootnote217sym <br class='autobr' />
1- Duns Scotus John (environ 1265-1308), scolastique franciscain représentant du nominalisme, courant de la philosophie du Moyen Age suivant lequel les idées générales n'ont pas de réalité et ne sont que les noms des objets, par opposition au réalisme qui reconnaît l'existence de ces idées (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory">Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot149" rel="tag">Philosophie</a>
<div class='rss_texte'><p>« Déjà le scolastique Duns Scot [1] s'était demandé « si la matière ne pouvait pas penser ». »<br class='autobr' />
Marx-Engels</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/09/kmfe18440900v.htm#sdfootnote217sym" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/09/kmfe18440900v.htm#sdfootnote217sym</a></p>
<p>1- Duns Scotus John (environ 1265-1308), scolastique franciscain représentant du nominalisme, courant de la philosophie du Moyen Age suivant lequel les idées générales n'ont pas de réalité et ne sont que les noms des objets, par opposition au réalisme qui reconnaît l'existence de ces idées générales indépendamment de celle des choses.</p>
<p>Philosophie médiévale</p>
<h2 class="spip">Les plus grands penseurs</h2>
<p>• Boèce (480 - 524 ou 525)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%A8ce" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%A8ce</a></p>
<p>• Al-Kindi (Abû Yûsuf Ya'qûb ibn Ishâq al-Kindî) (vers 801 - 873)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Kindi" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Kindi</a></p>
<p>• Jean Scot Erigène (810 - 870)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Scot_%C3%89rig%C3%A8ne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Scot_%C3%89rig%C3%A8ne</a></p>
<p>• Rhazes (Abû Bakr ibn Zakariyyâ al-Râzî) (865 - 923)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rhaz%C3%A8s" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Rhaz%C3%A8s</a></p>
<p>• Al-Farabi (Abû Nasr Muhammad ibn Muhammad ibn Tarhân ibn Azwalag al-Fârâbî) (870 - 950)<br class='autobr' />
<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-F%C3%A2r%C3%A2b%C3%AE" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-F%C3%A2r%C3%A2b%C3%AE</a></p>
<p>• Abu-l-Ala al-Maari (973-1057)</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6110" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6110</a></p>
<p>• Avicenne (Abû 'Ali al-Husayn ibn 'Abdallah ibn Sînâ) (980 - 1037)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Avicenne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Avicenne</a></p>
<p>• Anselme de Cantorbéry (1033 - 1109)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Anselme_de_Cantorb%C3%A9ry" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Anselme_de_Cantorb%C3%A9ry</a></p>
<p>• Al-Ghazali (Abû Hâmid Muhammad ibn Muhammad ibn Tawus Ahmad al-Tûsî al-Shaf'î) (1058-1111)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Ghazali" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Ghazali</a></p>
<p>• Martianus Capella (Ve siècle)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Martianus_Capella" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Martianus_Capella</a></p>
<p>• Pseudo-Denys l'Aréopagite (Ve s.)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pseudo-Denys_l%27Ar%C3%A9opagite" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Pseudo-Denys_l%27Ar%C3%A9opagite</a></p>
<p>• Roscelin de Compiègne (1050 - 1120)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roscelin_de_Compi%C3%A8gne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Roscelin_de_Compi%C3%A8gne</a></p>
<p>• Guillaume de Champeaux (1070 - 1121)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Champeaux" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Champeaux</a></p>
<p>• Pierre Abélard (1079 - 1142)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Ab%C3%A9lard" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Ab%C3%A9lard</a></p>
<p>• Héloïse (abbesse) (1092 – 1164)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9lo%C3%AFse_(abbesse" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9lo%C3%AFse_(abbesse</a>)</p>
<p>• Ibn Tufayl (Abû Bakr Muhammad ibn Tufayl) (1100 - 1185)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Tufayl" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Tufayl</a></p>
<p>• Averroès (Abû al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ruchd) (1126 - 1198)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Averro%C3%A8s" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Averro%C3%A8s</a></p>
<p>• Maïmonide (Mosheh ben Maymûn) (1135 - 1204)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mo%C3%AFse_Ma%C3%AFmonide" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Mo%C3%AFse_Ma%C3%AFmonide</a></p>
<p>• Albert le Grand (1193 ou 1206 - 1280)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_le_Grand" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_le_Grand</a></p>
<p>• Roger Bacon (1214 - 1294)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Bacon" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Bacon</a></p>
<p>• Bonaventure (1221 - 1274)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bonaventure_de_Bagnoregio" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Bonaventure_de_Bagnoregio</a></p>
<p>• Thomas d'Aquin (1225 - 1274)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_d%27Aquin" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_d%27Aquin</a></p>
<p>• Siger de Brabant (1240 - 1281)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Siger_de_Brabant" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Siger_de_Brabant</a></p>
<p>• Duns Scot (vers 1266 - 1308)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Duns_Scot" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Duns_Scot</a></p>
<p>• Guillaume d'Occam (vers 1285 - 1349 ou 1350)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_d%27Ockham" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_d%27Ockham</a></p>
<p>• Jean Buridan (vers 1300 - 1358)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Buridan" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Buridan</a></p>
<p>• Ibn Khaldun (Abu Zayd 'abd Al-Rahman ibn Muhammad ibn Khaldûn) (1332 - 1395)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Khaldoun" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Khaldoun</a></p>
<p>• Nicole Oresme (vers 1323 - 1382)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Oresme" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Oresme</a></p>
<h2 class="spip">Lire encore :</h2>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3287" class="spip_out" rel="external">Introduction</a></p>
<p><a href="https://archive.org/search?query=Philosophie+m%C3%A9di%C3%A9vale" class="spip_out" rel="external">Texte 1</a></p>
<p><a href="http://sos.philosophie.free.fr/anselme.php" class="spip_out" rel="external">Texte 2</a></p>
<p><a href="http://sos.philosophie.free.fr/abelard.php" class="spip_out" rel="external">Texte 3</a></p>
<p><a href="http://sos.philosophie.free.fr/thomas.php" class="spip_out" rel="external">Texte 4</a></p>
<p><a href="http://sos.philosophie.free.fr/ockham.php" class="spip_out" rel="external">Texte 5</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_m%C3%A9di%C3%A9vale" class="spip_out" rel="external">Texte 6</a></p>
<p><a href="http://www.menestrel.fr/?-Auteurs-medievaux-</p>
<p>[Texte 8 -> https://www.cairn.info/revue-annales-2009-1-page-143.htm" class="spip_out" rel="external">Texte 7</a></p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/annuaire-cdf/11949" class="spip_out" rel="external">Texte 9</a></p>
<p><a href="https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/1974-v1-n2-philoso1319/203017ar.pdf" class="spip_out" rel="external">Texte 10</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/phlou_0776-555x_1910_num_17_67_2755" class="spip_out" rel="external">Texte 11</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/wulf_maurice_de/Histoire_philo_medievale/Histoire_philo_medievale_preface.html" class="spip_out" rel="external">Texte 12</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/panaccio_claude/philo_medievale/philo_medievale.html" class="spip_out" rel="external">Texte 13</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/wulf_maurice_de/Histoire_philo_medievale/Histoire_philo_medievale.html" class="spip_out" rel="external">Texte 14</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/brehier_emile/philo_au_moyen_age/philo_au_moyen_age_avant_propos.html" class="spip_out" rel="external">Texte 15</a></p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Portail:Philosophie/Liste_des_philosophes_par_ann%C3%A9e_de_naissance#Moyen_%C3%82ge" class="spip_out" rel="external">Texte 16</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Medieval_literature" class="spip_out" rel="external">Texte 17</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Category:Medieval_writers" class="spip_out" rel="external">Texte 18</a></p>
<p><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Category:Medieval_philosophers" class="spip_out" rel="external">Texte 19</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6178" class="spip_out" rel="external">Texte 20</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6465" class="spip_out" rel="external">Texte 21</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3349" class="spip_out" rel="external">Conclusion : la sortie du moyen âge</a></p></div>
Friedrich Engels et le soulèvement de la France méridionale
https://www.matierevolution.org/spip.php?article7576
https://www.matierevolution.org/spip.php?article75762022-03-07T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeFranceRévolutionRévolution bourgeoiseRévolteLutte de classes - Class struggle
<p>Friedrich Engels et le soulèvement de la France du midi occitan <br class='autobr' />
Engels note que le midi occitan connut un immense soulèvement face à la croisade papale et royale : « La nation provençale, avait au Moyen-Âge non seulement un « précieux développement », mais elle était même à la tête du développement européen... Ce n'est pas seulement « une phase de la vie du Moyen-Âge... qui avait connu grâce à elle » un grand éclat : elle offrait même, au cœur du Moyen-Âge, un reflet de l'ancienne (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag">Révolution bourgeoise</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Friedrich Engels et le soulèvement de la France du midi occitan</h2>
<p>Engels note que le midi occitan connut un immense soulèvement face à la croisade papale et royale : « La nation provençale, avait au Moyen-Âge non seulement un « précieux développement », mais elle était même à la tête du développement européen... Ce n'est pas seulement « une phase de la vie du Moyen-Âge... qui avait connu grâce à elle » un grand éclat : elle offrait même, au cœur du Moyen-Âge, un reflet de l'ancienne civilisation hellène. »</p>
<p>Il relève que c'est une question de classe en même temps qu'une question nationale :</p>
<p>« Tandis que les luttes sauvages de la noblesse féodale régnante emplissaient le moyen âge de leur fracas, dans toute l'Europe de l'Ouest le travail silencieux des classes opprimées avait miné le système féodal ; il avait créé des conditions dans lesquelles il restait de moins en moins de place aux seigneurs féodaux. Certes, à la campagne, les nobles seigneurs sévissaient encore ; ils tourmentaient les serfs, ne soufflaient mot de leur peine, piétinaient leurs récoltes, violentaient leurs femmes et leurs filles. Mais alentour s'étaient élevées des villes : en Italie, dans le midi de la France, au bord du Rhin, les municipes de l'antiquité romaine, ressuscités de leurs cendres ; ailleurs, notamment en Allemagne, des créations nouvelles ; toujours entourées de remparts et de fossés, c'étaient des citadelles bien plus fortes que les châteaux de la noblesse, parce que seule une grande armée pouvait les réduire. Derrière ces remparts et ces fossés se développait - assez petitement et dans les corporations - l'artisanat médiéval, se concentraient les premiers capitaux, naissaient et le besoin de commercer des villes entre elles ainsi qu'avec le reste du monde, et, peu à peu également, avec le besoin, les moyens de protéger ce commerce. Dès le XVe siècle, les bourgeois des villes étaient devenus plus indispensables à la société que la noblesse féodale… Entre les centres de navigation maritime du Nord et du Midi, la liaison était maintenue par terre ; les routes par lesquelles elle se faisait passaient par l'Allemagne. Tandis que la noblesse devenait de plus en plus superflue et gênait toujours plus l'évolution, les bourgeois des villes, eux, devenaient la classe qui personnifiait la progression de la production et du commerce, de la culture et des institutions politiques et sociales. »</p>
<p>Source : <a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000z.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000z.htm</a></p>
<div class='spip_document_15660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/carte_occitan_langue_france_medievale_comte_toulouse_1208_croisade_albigeois_moyen-age_central.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH490/carte_occitan_langue_france_medievale_comte_toulouse_1208_croisade_albigeois_moyen-age_central-1c208.jpg?1792806113' width='500' height='490' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Occitanie_du_XIVe_au_XVIIe_si%C3%A8cle" class="spip_out" rel="external">L'Occitanie du XIVe au XVIIe siècle</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_C%C3%A9vennes" class="spip_out" rel="external">La guerre des Cévennes</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Croisade_des_albigeois" class="spip_out" rel="external">La croisade contre les albigeois</a></p>
<p><a href="https://museeprotestant.org/de/notice/lieux-de-memoire-en-languedoc-roussillon/" class="spip_out" rel="external">La répression contre les protestants en Languedoc</a></p>
<p><a href="https://books.openedition.org/pup/7042?lang=fr" class="spip_out" rel="external">Le contraste culturel entre le Nord et le Midi en France au Moyen Âge</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1973_num_85_111_4798" class="spip_out" rel="external">Histoire de la France méridionale</a></p>
<h2 class="spip">Nouvelle Gazette Rhénane de Marx et Engels, n° 93, 3 septembre 1848</h2>
<p>Cologne, 2 septembre</p>
<p>« Au troisième jour du débat apparaît une lassitude générale. Les arguments se répètent sans s'améliorer, et si le premier orateur honorable, le citoyen Arnold Ruge n'apportait pas son riche trésor de raisons nouvelles, le compte-rendu sténographique serait tout à fait soporifique.</p>
<p>Mais le citoyen Ruge [connaît] aussi ses mérites mieux que quiconque. Il promet : « Toute la passion que j'ai, et toutes les connaissances que je possède, je veux les employer. » Il fait une proposition mais ce n'est pas une proposition ordinaire ; ce n'est pas une proposition en général, c'est la seule juste, c'est la vraie proposition, la proposition absolue : « Il n'y a rien d'autre à proposer, rien d'autre d'admissible. On peut faire quelque chose d'autre, Messieurs, car il est donné à l'homme de s'écarter de la voie juste. C'est parce qu'il s'écarte de la voie juste que l'homme a un libre-arbitre... mais la voie juste ne cesse pas pour autant d'être juste. Et dans notre cas, ce que je propose est la seule chose juste qui puisse être réalisée. » (Le citoyen Ruge sacrifie donc cette fois son « libre-arbitre » à « la voie juste »).</p>
<p>Regardons de plus près la passion, les connaissances et la seule chose juste du citoyen Ruge.</p>
<p>« La suppression de la Pologne est une ignominieuse injustice parce qu'ainsi fut étouffé le précieux développement d'une nation qui s'est acquis de grands mérites envers la famille des peuples d'Europe, et grâce à laquelle une phase de la vie du moyen âge, la chevalerie, avait connu un grand éclat. Le despotisme a empêché la république des nobles d'accomplir sa propre suppression intérieure (!), suppression qui aurait été possible grâce à la constitution ébauchée pendant la période révolutionnaire. »</p>
<p>Au moyen âge, la nationalité de la France du Sud n'était pas plus proche de celle de la France du Nord que la nationalité polonaise ne l'est actuellement de la nationalité russe.</p>
<p>La nationalité de la France du Sud, vulgo la nation provençale, avait au moyen âge non seulement un « précieux développement », mais elle était même à la tête du développement européen. Elle fut la première de toutes les nations modernes à avoir une langue littéraire. Son art poétique servait à tous les peuples romans, et même aux Allemands et aux Anglais, de modèle alors inégalé. Dans le perfectionnement de la civilisation courtoise féodale, elle rivalisait avec les Castillans, les Français du Nord et les Normands d'Angleterre ; dans l'industrie et le commerce, elle ne le cédait en rien aux Italiens. Ce n'est pas seulement « une phase de la vie du moyen âge... qui avait connu grâce à elle » un grand éclat, elle offrait même, au cœur du moyen âge, un reflet de l'ancienne civilisation hellène. La nation de la France du Sud n'avait donc pas « acquis » de grands, mais d'infinis « mérites envers la famille des peuples d'Europe ». Pourtant, comme la Pologne, elle fut partagée entre la France du Nord et l'Angleterre et plus tard entièrement assujettie par les Français du Nord. Depuis la guerre des Albigeois jusqu'à Louis XI, les Français du Nord, qui, dans le domaine de la culture, étaient aussi en retard sur leurs voisins du Sud que les Russes sur les Polonais, menèrent des guerres d'asservissement ininterrompues contre les Français du Sud, et finirent par soumettre tout le pays. La « république des nobles du Midi de la France » (cette dénomination est tout à fait juste pour l'apogée) « a été empêchée par le despotisme de Louis XI d'accomplir sa propre suppression intérieure », qui, grâce au développement de la bourgeoisie des villes, aurait été au moins aussi possible que l'abolition de la république polonaise des nobles, grâce à la constitution de 1791.</p>
<p>Des siècles durant, les Français du Sud luttèrent contre leurs oppresseurs. Mais le développement historique était inexorable. Après une lutte de trois cents ans, leur belle langue était ramenée au rang de patois, et ils étaient eux-mêmes devenus Français. Le despotisme de la France du Nord sur la France du Sud dura trois cents ans et c'est alors seulement que les Français du Nord réparèrent les torts causés par l'oppression en anéantissant les derniers restes de son autonomie. La Constituante mit en pièces les provinces indépendantes ; le poing de fer de la Convention fit pour la première fois des habitants de la France du Sud des Français, et pour les dédommager de la perte de leur nationalité, elle leur donna la démocratie. Mais ce que le citoyen Ruge dit de la Pologne s'applique mot pour mot à la France du Sud pendant les trois cents ans d'oppression : « Le despotisme de la Russie n'a pas libéré les Polonais ; la destruction de la noblesse polonaise et le bannissement de tant de familles nobles de Pologne, tout cela n'a fondé en Russie aucune démocratie, aucun humanisme. »</p>
<p>Et pourtant, on n'a jamais traité l'oppression de la France du Sud par les Français du Nord « d'ignominieuse injustice ». Comment cela se fait-il, citoyen Ruge ? Ou bien l'oppression de la France du Sud est une ignominieuse injustice ou bien l'oppression de la Pologne n'est pas une ignominieuse injustice. Que le citoyen Ruge choisisse.</p>
<p>Mais où réside la différence entre les Polonais et les Français du Sud ? Pourquoi la France du Sud fut-elle prise en remorque par les Français du Nord, comme un poids mort jusqu'à son total anéantissement, tandis que la Pologne a toute perspective de se trouver très bientôt à la tête de tous les peuples slaves ?</p>
<p>La France du Sud constituait, par suite de rapports sociaux que nous ne pouvons expliquer plus amplement ici, la partie réactionnaire de la France. Son opposition contre la France du Nord se transforma bientôt en opposition contre les classes progressives de toute la France. Elle fut le soutien principal du féodalisme et elle est restée jusqu'à maintenant la force de la contre-révolution en France.</p>
<p>La Pologne en revanche fut, en raison de rapports sociaux que nous avons expliqués ci-dessus (n° 81), la partie révolutionnaire de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse. Son opposition à ses oppresseurs était en même temps à l'intérieur une opposition à la haute aristocratie polonaise. Même la noblesse qui se trouvait encore en partie sur un terrain féodal, se rallia avec un dévouement sans exemple à la révolution démocratique agraire. La Pologne était déjà devenue le foyer de la démocratie de l'Europe orientale alors que l'Allemagne tâtonnait encore dans l'idéologie constitutionnelle la plus banale, et l'idéologie philosophique la plus délirante.</p>
<p>C'est là, et non dans le développement éclatant de la chevalerie, enterrée depuis longtemps, que réside la garantie, le caractère inéluctable de la restauration de la Pologne.</p>
<p>Mais M. Ruge a encore un deuxième argument en faveur de la nécessité d'une Pologne indépendante dans la « famille des peuples européens » :</p>
<p>« La violence exercée contre la Pologne a disséminé les Polonais dans toute l'Europe ; ils ont été dispersés partout, en proie à la colère provoquée par l'injustice subie.... l'esprit polonais s'est humanisé et purifié en France, en Allemagne (! ?) : l'émigration polonaise s'est faite la propagandiste de la liberté (n° 1) ... Les Slaves sont devenus capables d'entrer dans la grande famille européenne des peuples (cette « famille » revient inévitablement !) parce que... leur émigration exerce un véritable apostolat de la liberté (n° 2) ... Toute l'armée russe (!!) a été contaminée par les idées modernes grâce à ces apôtres de la liberté, les Polonais (n° 3) ... je respecte les honorables convictions des Polonais ; ils les ont manifestées partout en Europe pour faire à toute force de la propagande pour la liberté (n° 4) ... Tant que retentira la voix de l'histoire, ils seront honorés pour avoir été des pionniers (n° 5), là où ils l'ont été (!!!) ... Les Polonais sont l'élément de liberté (n° 6) qui a été projeté dans la civilisation slave, ils ont conduit vers la liberté (n° 7) le congrès slave de Prague, ils ont agi en France, en Russie et en Allemagne. Les Polonais sont donc un élément actif même dans l'état actuel de la culture ; leur action est positive et parce qu'elle est positive parce qu'ils sont nécessaires, ils ne sont nullement morts. »</p>
<p>Le citoyen Ruge doit démontrer que les Polonais 1° sont nécessaires, 2° qu'ils ne sont pas morts. Il le fait en disant : « Parce qu'ils sont nécessaires, ils ne sont nullement morts ».</p>
<p>Extrayons du long passage ci-dessus qui dit sept fois la même chose, les quelques mots : Pologne - élément - liberté - propagande - culture - apostolat, et voyons ce qu'il reste de tout ce pathos.</p>
<p>Le citoyen Ruge doit démontrer que la restauration de la Pologne est nécessaire. Il le fait de la façon suivante : Les Polonais ne sont pas morts, ils sont au contraire très vivants, ils agissent efficacement, ils sont les apôtres de la liberté dans toute l'Europe. Comment en sont-ils venus là ? La violence, l'ignominieuse injustice dont ils furent victimes les a dispersés dans toute l'Europe, avec leur colère provoquée par l'injustice subie, leur juste colère révolutionnaire. Cette colère, ils l'ont « purifiée » en exil, et cette colère purifiée les a rendus aptes à l'apostolat de la liberté et les a mis « au premier rang sur les barricades ». Que s'ensuit-il ? Enlevez l'ignominieuse injustice, la violence exercée, restaurez la Pologne, la « colère » tombera, elle ne pourra plus être purifiée, les Polonais rentreront chez eux et cesseront d'être les « apôtres de la liberté ». Si c'est seulement la « colère provoquée par l'injustice subie », qui en fait des révolutionnaires, la réparation de l'injustice en fera des réactionnaires. Si c'est uniquement la résistance à l'oppression qui maintient les Polonais en vie, supprimez l'oppression, et ils sont morts.</p>
<p>Le citoyen Ruge démontre donc exactement le contraire de ce qu'il veut démontrer ; ses raisons aboutissent à la conclusion que la Pologne, dans l'intérêt de la liberté et de la famille des peuples européens, ne doit pas être restaurée.</p>
<p>Parlant des Polonais, le citoyen Ruge ne mentionne que l'émigration, ne voit que l'émigration sur les barricades : ce qui jette par ailleurs une étrange lumière sur ses « connaissances ». Nous sommes bien loin de vouloir nous en prendre à l'émigration polonaise qui a prouvé son énergie et son courage sur le champ de bataille et au cours de dix-huit années de conspiration pour la Pologne. Mais nous ne pouvons le nier : quiconque connaît l'émigration polonaise sait qu'elle est bien moins un apôtre de la liberté et bien moins atteinte du mal des barricades que le citoyen Ruge ne le répète de bonne foi après l'ex-prince Lichnowski. L'émigration polonaise a tenu stoïquement, elle a beaucoup souffert et beaucoup travaillé pour la restauration de la Pologne. Mais les Polonais en Pologne même, en ont-ils fait moins par hasard, n'ont-ils pas bravé des dangers plus grands, n'ont-ils pas risqué les cachots de Moabit et de Spielberg, le knout et les mines de Sibérie, les massacres de Galicie et les shrapnells prussiens ? Mais tout cela n'existe pas pour M. Ruge. Il n'a pas remarqué non plus que les Polonais non-émigrés ont beaucoup mieux assimilé la culture générale européenne, qu'ils ont beaucoup mieux reconnu les besoins de la Pologne où ils vivaient continuellement, que l'émigration presque tout entière, à l'exception de Lelewell et Mieroslawski. Le citoyen Ruge attribue à leur séjour à l'étranger toute l'intelligence qui existe chez les Polonais ou, pour parler comme lui, « qui s'est répandue parmi les Polonais et qui est descendue sur eux ». Nous l'avons démontré dans le n° 81 : il n'était pas nécessaire pour les Polonais de se documenter sur les besoins de leur pays auprès des visionnaires politiques français qui depuis février ont échoué sur les écueils de leurs propres discours, ni auprès des profonds idéologues allemands qui n'ont pas encore trouvé l'occasion d'un échec ; la Pologne elle-même était l'école la meilleure pour apprendre ce dont la Pologne a besoin. Le mérite des Polonais consiste à avoir reconnu les premiers, et à avoir répandu dans le monde l'idée que la démocratie agraire est la seule forme possible de libération pour toutes les nations slaves, et non comme se l'imagine le citoyen Ruge, d'avoir importé en Pologne et en Russie des généralités telles que « la grande idée de la liberté politique, mûrie en France, et même (!) la philosophie, apparue en Allemagne (et dans laquelle M. Ruge a disparu) ».</p>
<p>Dieu nous garde de nos amis, nous nous garderons nous-mêmes de nos ennemis, voilà ce que les Polonais peuvent s'écrier après ce discours du citoyen Ruge. Mais ce fut de tout temps le plus grand malheur des Polonais d'être défendus par leurs amis non Polonais avec les plus mauvaises raisons du monde.</p>
<p>Il est tout à fait caractéristique de la gauche de Francfort, qu'elle ait été, à peu d'exceptions près, tout à fait ravie du discours du citoyen Ruge sur la Pologne, discours où il est dit : « Nous ne voulons pas, Messieurs, nous chicaner sur le point de savoir si nous avons en vue une monarchie démocratique, une monarchie démocratisée (!) ou la démocratie pure ; dans l'ensemble nous voulons la même chose, la liberté, la liberté du peuple, la souveraineté du peuple ! »</p>
<p>Et on veut que nous nous enthousiasmions pour une gauche qui est transportée de joie quand on dit qu'elle veut « dans l'ensemble la même chose » que la droite, que M. Radowitz, M. Lichnowski, M. Vincke ; une gauche qui, de ravissement, ne se connaît plus elle-même, qui oublie tout dès qu'elle entend des formules creuses telles que « liberté du peuple » et « souveraineté du peuple » ?</p>
<p>Mais laissons la gauche et revenons au citoyen Ruge.</p>
<p>« Il ne s'est pas encore produit sur le globe de plus grande révolution que la révolution de 1848. »</p>
<p>« Elle est la plus humaine dans ses principes » - parce que ces principes sont nés de la mise en sourdine des intérêts opposés.</p>
<p>« La plus humaine dans ses décrets et ses proclamations » - parce que celles-ci sont un condensé des visions philanthropiques et des phrases sentimentales sur la fraternité, sorties de toutes les têtes sans cervelle de l'Europe.</p>
<p>« La plus humaine dans son existence », à savoir dans les massacres et les actes de barbarie en Posnanie, dans les incendies criminels de Radetzsky et le cannibalisme des cruels vainqueurs de juin à Paris, dans les carnages de Cracovie et de Prague, dans le règne généralisé de la soldatesque, bref, dans toutes les infamies qui aujourd'hui, le 1er septembre 1848, constituent l'« existence » de cette révolution, et ont coûté en quatre mois plus de sang que 1793 et 1794 ensemble.</p>
<p>L'« humain » citoyen Ruge ! »</p>
<p>Source : <a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1848/08/fe18480809.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1848/08/fe18480809.htm</a></p>
<p>« L'opposition révolutionnaire contre la féodalité se poursuit pendant tout le moyen âge. Elle apparaît, selon les circonstances, tantôt sous forme de mystique, tantôt sous forme d'hérésie ouverte, tantôt sous forme d'insurrection armée. En ce qui concerne la mystique, on sait à quel point en dépendaient les réformateurs du XVIe siècle. Münzer lui-même lui doit beaucoup. Les hérésies étaient soit l'expression de la réaction des bergers des Alpes, aux habitudes de vie patriarcales, contre la féodalité pénétrant jusqu'à eux (les Vaudois), soit l'expression de l'opposition au féodalisme des villes qui lui avaient échappé (Albigeois, Arnaud de Brescia, etc.), soit directement des insurrections paysannes (John Ball, le maître de Hongrie en Picardie, etc.). Nous pouvons laisser ici de côté les hérésies patriarcales des Vaudois ainsi que l'insurrection des Suisses, comme étant, d'après leur forme et leur contenu, des tentatives réactionnaires de s'opposer au mouvement de l'histoire et comme n'ayant qu'une importance locale. Dans les deux autres formes d'hérésie moyenâgeuse, nous trouvons au XIIe siècle les précurseurs du grand antagonisme entre l'opposition bourgeoise et l'opposition paysanne-plébéienne, qui fut la principale cause de l'échec de la Guerre des paysans. Cet antagonisme se poursuit à travers toute la fin du moyen âge.<br class='autobr' />
L'hérésie des villes – et c'est l'hérésie à proprement parler officielle du moyen âge – se tournait principalement contre les prêtres, dont elle attaquait les richesses et la position politique. De même que la bourgeoisie réclame maintenant un gouvernement à bon marché, de même les bourgeois du moyen âge réclamaient une Église à bon marché. Réactionnaire dans sa forme, comme toute hérésie qui ne voit dans le développement de l'Église et des dogmes qu'une dégénérescence, l'hérésie bourgeoise réclamait le rétablissement de la constitution simple de l'Église primitive et la suppression de l'ordre exclusif du clergé. Cette institution à bon marché aurait eu pour résultat de supprimer les moines, les prélats, la cour romaine, bref, tout ce qui coûtait cher dans l'Église. Etant elles-mêmes des républiques, bien qu'elles étaient placées sous la protection de monarques, les villes par leurs attaques contre la papauté exprimaient pour la première fois sous une forme générale cette vérité que la forme normale de la domination de la bourgeoisie, c'est la république. Leur opposition à toute une série de dogmes et de lois de l'Église s'explique en partie par ce qui précède, en partie par leurs autres conditions d'existence. Pourquoi, par exemple, elles s'élevaient si violemment contre le célibat des prêtres, nul ne l'explique mieux que Boccace. Arnaud de Brescia en Italie et en Allemagne, les Albigeois dans le Midi de la France, John Wyclif en Angleterre, Hus et les calixtins en Bohème, furent les principaux représentants de cette tendance. Si l'opposition au féodalisme ne se manifeste ici que comme opposition à la féodalité ecclésiastique, la raison en est tout simplement que partout les villes constituaient déjà un ordre reconnu, et qu'elles avaient avec leurs privilèges, leurs armes ou dans les assemblées des états, des moyens suffisants pour lutter contre la féodalité laïque.<br class='autobr' />
Ici aussi, nous voyons déjà, tant dans le Midi de la France qu'en Angleterre et en Bohème, la plus grande partie de la petite noblesse s'allier aux villes dans la lutte contre les prêtres et dans l'hérésie – phénomène qui s'explique par la dépendance de la petite noblesse à l'égard des villes et par sa solidarité d'intérêts avec ces dernières contre les princes et les prélats nous le retrouverons dans la Guerre des paysans.<br class='autobr' />
Tout autre était le caractère de l'hérésie qui était l'expression directe des besoins des paysans et plébéiens, et qui était presque toujours liée à une insurrection. Elle comportait, certes, toutes les revendications de l'hérésie bourgeoise concernant les prêtres, la papauté et le rétablissement de la constitution de l Église primitive, mais elle allait aussi infiniment plus loin. Elle voulait que les conditions d'égalité du christianisme primitif soient rétablies entre les membres de la communauté et reconnues également comme norme pour la société civile. De « l'égalité des enfants de Dieu », elle faisait découler l'égalité civile, et même en partie déjà l'égalité des fortunes. Mise sur pied d'égalité de la noblesse et des paysans, des patriciens, des bourgeois privilégiés et des plébéiens, suppression des corvées féodales, du cens, des impôts, des privilèges et en tout cas des différences de richesse les plus criantes, telles étaient les revendications posées avec plus ou moins de netteté et soutenues comme découlant nécessairement de la doctrine chrétienne primitive. Cette hérésie paysanne-plébéienne, qu'il était encore difficile, à l'époque de l'apogée du féodalisme, par exemple chez les Albigeois, de séparer de l'hérésie bourgeoise, se transforme, au XIVe et au XVe siècle en un point de vue de parti nettement distinct, et apparaît habituellement de façon tout à fait indépendante à côté de l'hérésie bourgeoise. Tel fut John Ball, le prédicateur de l'insurrection de Wat Tyler en Angleterre, à côté du mouvement de Wyclif tels les Taborites, à côté des calixtins en Bohème. Chez les Taborites, la tendance républicaine apparaissait déjà sous les enjolivures théocratiques, tendance qui fut développée à la fin du XVe et au début du XVIe siècle par les représentants des plébéiens en Allemagne.<br class='autobr' />
A cette forme d'hérésie se rattache l'exaltation des sectes mystiques, flagellants, lollards, etc. qui, pendant les périodes de réaction, perpétuent la tradition révolutionnaire. »</p>
<p>Source : <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850c.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850c.htm</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_occitan" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_occitan</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=nIdYDwAAQBAJ&pg=PT215&lpg=PT215&dq=engels+%C2%AB+La+nation+proven%C3%A7ale,+avait+au+Moyen-%C3%82ge+non+seulement+un+%C2%AB+pr%C3%A9cieux+d%C3%A9veloppement+%C2%BB,+mais+elle+%C3%A9tait+m%C3%AAme+%C3%A0+la+t%C3%AAte+du+d%C3%A9veloppement+europ%C3%A9en...+Ce+n%E2%80%99est+pas+seulement+%C2%AB+une+phase+de+la+vie+du+Moyen-%C3%82ge...+qui+avait+connu+gr%C3%A2ce+%C3%A0+elle+%C2%BB+un+grand+%C3%A9clat+:+elle+offrait+m%C3%AAme,+au+c%C5%93ur+du+Moyen-%C3%82ge,+un+reflet+de+l%E2%80%99ancienne+civilisation+hell%C3%A8ne.+%C2%BB&source=bl&ots=2qyz9Ph38x&sig=ACfU3U0qhpbokPcDTK57Yvq7cJz6U4vqRg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiNupeyla7zAhWl4OAKHVcoAsQQ6AF6BAgCEAM#v=onepage&q=engels%20%C2%AB%20La%20nation%20proven%C3%A7ale%2C%20avait%20au%20Moyen-%C3%82ge%20non%20seulement%20un%20%C2%AB%20pr%C3%A9cieux%20d%C3%A9veloppement%20%C2%BB%2C%20mais%20elle%20%C3%A9tait%20m%C3%AAme%20%C3%A0%20la%20t%C3%AAte%20du%20d%C3%A9veloppement%20europ%C3%A9en...%20Ce%20n%E2%80%99est%20pas%20seulement%20%C2%AB%20une%20phase%20de%20la%20vie%20du%20Moyen-%C3%82ge...%20qui%20avait%20connu%20gr%C3%A2ce%20%C3%A0%20elle%20%C2%BB%20un%20grand%20%C3%A9clat%20%3A%20elle%20offrait%20m%C3%AAme%2C%20au%20c%C5%93ur%20du%20Moyen-%C3%82ge%2C%20un%20reflet%20de%20l%E2%80%99ancienne%20civilisation%20hell%C3%A8ne.%20%C2%BB&f=false" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.google.fr/books?id=nIdYDwAAQBAJ&pg=PT215&lpg=PT215&dq=engels+%C2%AB+La+nation+proven%C3%A7ale,+avait+au+Moyen-%C3%82ge+non+seulement+un+%C2%AB+pr%C3%A9cieux+d%C3%A9veloppement+%C2%BB,+mais+elle+%C3%A9tait+m%C3%AAme+%C3%A0+la+t%C3%AAte+du+d%C3%A9veloppement+europ%C3%A9en...+Ce+n%E2%80%99est+pas+seulement+%C2%AB+une+phase+de+la+vie+du+Moyen-%C3%82ge...+qui+avait+connu+gr%C3%A2ce+%C3%A0+elle+%C2%BB+un+grand+%C3%A9clat+:+elle+offrait+m%C3%AAme,+au+c%C5%93ur+du+Moyen-%C3%82ge,+un+reflet+de+l%E2%80%99ancienne+civilisation+hell%C3%A8ne.+%C2%BB&source=bl&ots=2qyz9Ph38x&sig=ACfU3U0qhpbokPcDTK57Yvq7cJz6U4vqRg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiNupeyla7zAhWl4OAKHVcoAsQQ6AF6BAgCEAM#v=onepage&q=engels%20%C2%AB%20La%20nation%20proven%C3%A7ale%2C%20avait%20au%20Moyen-%C3%82ge%20non%20seulement%20un%20%C2%AB%20pr%C3%A9cieux%20d%C3%A9veloppement%20%C2%BB%2C%20mais%20elle%20%C3%A9tait%20m%C3%AAme%20%C3%A0%20la%20t%C3%AAte%20du%20d%C3%A9veloppement%20europ%C3%A9en...%20Ce%20n%E2%80%99est%20pas%20seulement%20%C2%AB%20une%20phase%20de%20la%20vie%20du%20Moyen-%C3%82ge...%20qui%20avait%20connu%20gr%C3%A2ce%20%C3%A0%20elle%20%C2%BB%20un%20grand%20%C3%A9clat%20%3A%20elle%20offrait%20m%C3%AAme%2C%20au%20c%C5%93ur%20du%20Moyen-%C3%82ge%2C%20un%20reflet%20de%20l%E2%80%99ancienne%20civilisation%20hell%C3%A8ne.%20%C2%BB&f=false</a></p>
<p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article5409" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.gauchemip.org/spip.php?article5409</a></p>
<p><a href="https://materialisme-dialectique.com/friedrich-engels-sur-lechec-national-de-la-france-du-sud/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://materialisme-dialectique.com/friedrich-engels-sur-lechec-national-de-la-france-du-sud/</a></p>
<p><a href="https://renemerle.com/spip.php?article698" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://renemerle.com/spip.php?article698</a></p></div>
La révolte des misérables de Fra Dolcino contre les riches, les puissants et l'Eglise féodale
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6669
https://www.matierevolution.org/spip.php?article66692020-02-20T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeRévolutionRévolution bourgeoiseRévolte
<p>La révolte des misérables de Fra Dolcino contre les riches, les puissants et l'Eglise féodale <br class='autobr' />
Umberto Eco, dans « Le nom de la rose », sur l'insurrection de Fra Dolcino <br class='autobr' />
« L'histoire débute avant fra Dolcino, dit Ubertin, il y a plus de soixante ans, et moi j'étais un enfant. Ce fut à Parme. Là commença à prêcher un certain Gérard Segalelli, qui invitait tout le monde à la vie de pénitence, et parcourait les routes en criant : « Pénitenziagité ! », qui était sa façon d'homme inculte pour (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag">Révolution bourgeoise</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_14443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/1-6.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/1-6-a6314.jpg?1792806113' width='500' height='300' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">La révolte des misérables de Fra Dolcino contre les riches, les puissants et l'Eglise féodale </h2><h2 class="spip">Umberto Eco, dans « Le nom de la rose », sur l'insurrection de Fra Dolcino</h2>
<p>« L'histoire débute avant fra Dolcino, dit Ubertin, il y a plus de soixante ans, et moi j'étais un enfant. Ce fut à Parme. Là commença à prêcher un certain Gérard Segalelli, qui invitait tout le monde à la vie de pénitence, et parcourait les routes en criant : « Pénitenziagité ! », qui était sa façon d'homme inculte pour dire « Penitentiam agite, appropinquabit enim regnum coelorum. » Il invitait ses disciples à se faire pareils aux apôtres, il voulut que sa secte prît le nom des apôtres, et que les siens parcourussent le monde comme de pauvres mendiants ne vivant que d'aumônes… Lui et les siens furent accusés de ne plus reconnaître l'autorité des prêtres, la célébration de la messe, la confession, et de vagabonder dans l'oisiveté… Vêtu d'un manteau blanc passé sur une tunique blanche et avec ses longs cheveux, il acquit chez les simples une réputation de sainteté. Il vendit une de ses maisons et quand il en obtint le paiement, il se plaça sur une pierre… tenant dans sa main une bourse remplie… et leur jeta en disant : « En prenne qui voudra »… François aussi se dépouilla de tout… mais Gérard fit un faux pas ; François ne se heurta jamais à la sainte Eglise… Gérard allait regroupant les simples et disait : « Venez avec moi dans la vigne » et ceux qui ne le connaissaient pas entraient avec lui dans la vigne d'autrui, croyant qu'elle lui appartenait, et ils mangeaient le raisin d'autrui… Gérard continuait à crier : « Pénitenziagité » mais un de ses disciples, un certain Guy Putagio, tenta de prendre la direction du groupe, et il allait en grande pompe avec de nombreuses montures et faisait des grandes dépenses et des banquets comme les cardinaux de l'Eglise de Rome. Et puis ce furent des rixes entre eux, pour le commandement de la secte, et il se passa des choses d'une grande ignominie… L'évêque Obizzo de Parme décida finalement de mettre Gérard aux fers. C'est alors qu'arriva une chose étrange, qui te dit comme la nature humaine est faible, et insidieuse la plante de l'hérésie. Car, pour finir, l'évêque libéra Gérard et l'accueillit chez lui, à sa table, et il riait de ses lazzi, et le gardait comme bouffon… Mais, finalement le pape intervint, l'évêque revint à sa juste sévérité, et Gérard finit sur le bûcher comme hérétique impénitent…</p>
<p>Mais l'hérésie survécut à la destruction même des hérétiques. Dolcino était un bâtard d'un prêtre, qui vivait dans le diocèse de Novare, dans cette partie-ci de l'Italie, un peu plus au septentrion. Quelqu'un soutint qu'il naquit ailleurs, dans la vallée de l'ossola, ou à Ramagnano. Mais peu importe. C'était un jeune homme d'une intelligence aigüe et son éducation en fit un lettré, mais il vola le prêtre qui s'occupait de lui et s'enfuit vers l'orient, dans la ville de Trente. Et là, il reprit la prédication de Gérard, de façon encore plus hérétique, soutenant qu'il était l'unique vrai apôtre de Dieu et tout devait être en commun dans l'amour, et qu'il était licite d'aller indifféremment avec toutes les femmes, raison pour laquelle personne ne pouvait se voir accuser de concubinat, même s'il allait avec l'épouse et avec la fille… Dolcino commença sa prédication à Trente. Là il séduisit une très belle jeune fille et de famille noble, Marguerite, à moins que ne soit elle qui le séduisit… A ce point-là, l'évêque de Trente le chassa de son diocèse, mais désormais Dolcino avait rassemblé plus de mille partisans, et il entreprit une longue marche qui le ramena dans les contrées où il était né. Et tout au long du chemin se joignaient à lui d'autres ingénus, captivés par ses paroles, et peut-être beaucoup d'hérétiques vaudois qui habitaient les montagnes par où il passait se réunirent-ils aussi à lui, ou bien c'est lui qui voulait s'allier aux vaudois de ces terres du septentrion. Arrivé dans la région de Novare, Dolcino trouva une atmosphère favorable à sa révolte, car les vassaux qui gouvernaient le pays de Gattinara au nom de l'évêque de Verceil avaient été chassés par la population qui accueillit donc les bannis de Dolcino comme de bons alliés… Comme tu vois, l'hérésie s'est mariée à la révolte contre les seigneurs… Dolcino s'établit avec les siens, qui étaient maintenant trois mille, sur un mont près de Novare, dit de la Paroi Chauve, où ils bâtirent châtelets et masures ; Dolcinon régnait sur toute cette foule d'hommes et de femmes qui vivaient dans la promiscuité la plus honteuse. De là-haut, il envoyait des missives à ses fidèles, où il exposait sa doctrine hérétique. Il disait et écrivait que leur idéal était la pauvreté et qu'ils n'étaient liés par aucun lien d'obédience extérieur, et que lui, Dolcino, avait été mandaté par Dieu pour desceller les prophéties et comprendre les écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Et il appelait « ministres du diable » les clercs séculiers, prédicateurs et mineurs, et il déliait tout un chacun du devoir de leur obéir. Il distinguait quatra âges dans la vie du peuple de Dieu : le premier celui de l'Ancien Testament, des patriarches et des prophètes, avant la venue du Christ, où le mariage était bon car les gens devaient se multiplier ; le deuxième âge, celui de Christ et des apôtres, et ce fut l'époque de la sainteté et de la chasteté. Puis vint le troisième, où les souverains pontifes durent d'abord accepter les richesses terrestres pour pouvoir gouverner le peuple, mais quand les hommes commencèrent à s'éloigner de l'amour de Dieu, vint Benoît qui parla contre toute possession temporelle. Lorsque, ensuite, même les moines de Benoît se remirent à accumuler des richesses, vinrent les frères de saint François et de saint Dominique, encore plus sévères que Benoît dans leurs prédications contre la domination et la richesse terrestres. Enfin, maintenant que la vie de tant de prélats contredisait à nouveau tous ces bons préceptes, on était arrivé au terme du troisième âge et il fallait se convertir aux enseignements des apôtres… Il disait que pour mettre fin à ce troisième âge de la corruption, il fallait que tous les clercs, les moines et les frères mourussent de mort très cruelle, il disait que tous les prélats de l'Eglise, les clercs, les nonnes cloîtrées, les religieux et les religieuses et tous ceux qui font partie des ordres des prêcheurs et des minorites, des ermites, et le pape Boniface en personne auraient dû être exterminés par l'empereur élu par lui, Dolcino, à savoir Frédéric de Sicile…</p>
<p>Par sa seconde lettre, Dolcino, en l'an 1303, se nommait chef suprême de la congrégation apostolique, et il nommait comme ses lieutenants la perfide Marguerite et Longin de Pegame, Frédéric de Novare, Albert Carentino et Valderic de Brescia. Puis il commençait à divaguer sur une suite de papes futurs, deux bons, le premier et le dernier, deux mauvais, le second et le troisième… C'est le pape Clément V qui prêcha la croisade contre Dolcino… Dans ces lettres, Dolcino soutenait désormais des théories inconciliables avec l'orthodoxie. Il affirma que l'Eglise romaine est une catin, qu'on ne doit pas obéissance aux prêtres, que déorénavant tout pouvoir spirituel passait par la secte des apôtres, que seuls les apôtres forment la nouvelle Eglise, que les apôtres peuvent annuler le mariage, que nul ne pourra être sauvé s'il ne fait pas partie de la secte, qu'aucun pape ne peut remetre les pêchés, qu'on ne doit pas payer les dîmes, que la vie est plus parfaite sans vœux qu'avec des vœux, qu'une église consacrée ne vaut rien pour la prière, pas davantage qu'une écurie, et qu'on peut adorer Christ dans les bois et dans les églises indifféremment…</p>
<p>Comme il prit position sur la Paroi Chauve, il commença à mettre à sac les villages de la vallée, à faire des incursions de pillard pour se procurer le ravitaillement, menant en somme une véritable guerre contre les bourgs voisins… Peut-être reçut-il des appuis de certains bourgs, s'insinuant ainsi dans le nœud inextricable des discordes locales.</p>
<p>En attendant, l'hiver de l'an 1305 était venu, l'un des plus rigoureux des dernières décennies, et dans toute la contrée régnait une grande famine. Dolcino envoyait une troisième lettre à ses partisans et beaucoup se joignaient encore à lui ; mais là-haut la vie était devenue impossible et ils étaient pris d'une telle faim qu'ils mangeaient la chair des chevaux et d'autres bêtes de somme et du foin cuit. Un grand nombre en mourut…</p>
<p>L'évêque de Verceil avait fait appel à Clément V et une croisade avait été prêchée contre les hérétiques. une indulgence plénière fut proclamée pour quiconque y participerait, et l'on sollicita Louis de Savoie, les inquisiteurs de Lombardie, l'archevêque de Milan. Beaucoup prirent la croix pour venir en aide aux Verceillois et aux Novarois, même de la Savoie, de la Provence, de la France, et l'évêque de Verceil eut le commandement suprême. Ce n'était qu'accrochages continuels entre les avant-gardes des deux armées, mais les fortifications de Dolcino s'avéraient imprenables, et d'une manière ou d'une autre les impies recevaient des secours…</p>
<p>Vers la fin de l'an 1305, l'hérésiarque fut pourtant contraint à abandonner la Paroi Chauve, laissant derrière lui les blessés et les malades, et il se transféra dans le territoire de Trivero, où il se retrancha sur un mont, qu'on appelait alors Zubello et qui depuis lors fut dit Rubello ou Rebello, parce qu'il était devenu la place forte des rebelles à l'Eglise. En somme, je ne peux pas te raconter tout ce qui advint, et ce furent des massacres terribles. Mais à la fin, les rebelles furent contraints à se rendre, Dolcino et les siens furent capturés et périrent sur le bûcher…</p>
<p> J'appris donc comment en mars de l'an 1307, le samedi saint, Dolcino, Marguerite et Longin, enfin pris, furent conduits dans la ville de Biella et remis à l'évêque, qui attendait la décision du pape. Le pape, sitôt qu'il apprit la nouvelle, la transmit au roi de France, Philippe, en écrivant : « Des nouvelles infiniment agréables sont parvenues, fécondes en joie et allégresse, pour ce que le démon pestifère, fils de Bélial et grande horreur hérésiarque, Dolcino, après de longs dangers, des peines et des massacres incessants, et de fréquentes incursions, est enfin, avec ses partisans, prisonnier dans nos prisons, grâce à notre vénérable frère Raniero, évêque de Verceil, capturé en le jour de la Sainte Cène du Seigneur, et la nombreuse gent qui était avec lui, infectée par la contagion, fut tuée ce jour même. »</p>
<p>Le pape se montra impitoyable en regard des prisonniers et commanda à l'évêque de les mettre à mort. Alors, en juillet de la même année, le premier jour du mois, les hérétiques furent remis au bras séculier. Tandis que les cloches de la ville sonnaient à toute volée, on les plaça sur un chariot, entourés des bourreaux, suivis de la milice, qui parcourut toute la ville, et à chaque coin de rue, avec des tenailles rougies à blanc, on déchirait les chairs des coupables. »</p>
<h2 class="spip">Fra Dolcino et les Dolciniens</h2>
<p>Fra Dolcino fait partie des héritiers idéologiques de Joachim de Flore puis de Gherardo Segarelli.</p>
<p>Son programme :</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Le refus de la hiérarchie ecclésiastique et le retour aux idéaux originaux de pauvreté et d'humilité.</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Le refus du système féodal</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> La libération de toute contrainte et de tout assujettissement.</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> L'organisation d'une société égalitaire d'aide et de respect mutuel, mettant en commun les biens et respectant l'égalité des sexes.</p>
<p>De 1300 à 1307, Fra Dolcino dirige un fort mouvement populaire réuni sur ces bases en Italie du Nord. L'Eglise catholique et les grands féodaux rassemblent des troupes pour exterminer les dolciniens. Ceux-ci réagissent par une forme de guérilla et par leur regroupement dans des camps fortifiés (par exemple sur le mont Rubello dans les Alpes pennines, province de Biella).</p>
<p>Après leur capture par l'Église, Fra Dolcino et sa compagne Margherita Boninsegna n'ont pas droit à un procès. Ils sont torturés, Fra Dolcino subit une castration, puis le couple est démembré. Les parties de leurs corps sont ensuite jetées au bûcher par le bourreau. En 1322, une trentaine de disciples de Dolcino sont encore brûlés vifs sur la place du marché de Padoue.</p>
<p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article6531" class="spip_out" rel="external">Source</a></p>
<p><a href="https://rebellyon.info/Premiere-lettre-de-Dolcino-et" class="spip_out" rel="external">Première lettre de Dolcino et Margherita aux val-susains en lutte</a></p>
<p><a href="https://cahiersdumouvementouvrier.org/wp-content/uploads/tous-cmo-pdf/cmo_022.pdf" class="spip_out" rel="external">Un révolutionnaire torturé et brûlé vif en 1307 par l'Eglise (voir ici page 10 et suivantes)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fra_Dolcino" class="spip_out" rel="external">Qui était Fra Dolcino</a></p>
<p><a href="https://books.openedition.org/pur/29837?lang=fr" class="spip_out" rel="external">« Le nom de la Rose » de Umberto Eco et l'hérésie de Fra Dolcino</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=VUgdXJt1vwwC&printsec=frontcover&dq=le+nom+de+la+rose&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiHx-X7vc3lAhXPBWMBHSPPC6kQ6AEIKzAA#v=onepage&q=le%20nom%20de%20la%20rose&f=false" class="spip_out" rel="external">« Le nom de la Rose » (le roman)</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=0WONjzT5MDMC&printsec=frontcover&dq=fra+dolcino&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi90dyWvs3lAhWOnxQKHeNKBCIQ6AEIPTAC#v=onepage&q=fra%20dolcino&f=false" class="spip_out" rel="external">Naissance, vie et mort d'une hérésie médiévale (en italien)</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=ig7JAgAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=fra+dolcino&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi90dyWvs3lAhWOnxQKHeNKBCIQ6AEITDAE#v=onepage&q=fra%20dolcino&f=false" class="spip_out" rel="external">Fra Dolcino, le maudit (en italien)</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=C_Y5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=memoir+of+fra+dolcino&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjqz_vpvs3lAhUMlhQKHaT0B9oQ6AEIOjAB#v=onepage&q=memoir%20of%20fra%20dolcino&f=false" class="spip_out" rel="external">Mémoire historique de Fra Dolcino et de son époque (en anglais)</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=A4p8ts-zrUQC&printsec=frontcover&dq=fra+dolcino&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjQttjZvs3lAhVkAWMBHTEiA684ChDoAQhEMAM#v=onepage&q=fra%20dolcino&f=false" class="spip_out" rel="external">Dolcino, le sphynx libertaire (en italien)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Joachim_de_Flore_et_l%27Evangile_%C3%A9ternel" class="spip_out" rel="external">Joachim de Flore</a></p>
<p><a href="http://revueperiode.net/il-faut-a-tout-ce-monde-un-grand-coup-de-fouet-mouvements-sociaux-et-crise-politique-dans-leurope-medievale/" class="spip_out" rel="external">Mouvements sociaux et crise politique dans l'Europe médiévale</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/arzan_1243-3616_2004_num_10_1_933" class="spip_out" rel="external">Hagiographie hérétique</a></p>
<p><a href="https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00600000/document" class="spip_out" rel="external">Les hérésies</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraticelles" class="spip_out" rel="external">Les fratricelles</a></p>
<p>[Le commentaire de Labriola dans « Socialisme et Philosophie »<br class='autobr' />
<a href="https://books.google.fr/books?id=mzgXDgAAQBAJ&pg=PT151&lpg=PT151&dq=r%C3%A9volution+sociale+de+fra+dolcino&source=bl&ots=yiDvSXp1O5&sig=ACfU3U0nHiat91gMnqRMgHEg-Y6LbBxETA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwij3Z2zws3lAhWpx4UKHZRHDcY4ChDoATABegQIBRAB#v=onepage&q=r%C3%A9volution%20sociale%20de%20fra%20dolcino&f=false" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.google.fr/books?id=mzgXDgAAQBAJ&pg=PT151&lpg=PT151&dq=r%C3%A9volution+sociale+de+fra+dolcino&source=bl&ots=yiDvSXp1O5&sig=ACfU3U0nHiat91gMnqRMgHEg-Y6LbBxETA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwij3Z2zws3lAhWpx4UKHZRHDcY4ChDoATABegQIBRAB#v=onepage&q=r%C3%A9volution%20sociale%20de%20fra%20dolcino&f=false</a>]</p>
<p><a href="https://archive.org/search.php?query=Fra%20Dolcino" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=5NZbhRN2y5w" class="spip_out" rel="external">Le film</a></p></div>
Quand l'extrême droite petite bourgeoise fasciste et intégriste catholique gouvernait Paris…
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6410
https://www.matierevolution.org/spip.php?article64102019-06-05T22:16:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeFranceReligionFascisme
<p>La première journée insurrectionnelle de Paris <br class='autobr' />
Le duc de Guise acclamé dans Paris insurgé <br class='autobr' />
Quand l'extrême droite petite bourgeoise fasciste et intégriste catholique gouvernait Paris… <br class='autobr' />
Nous ne parlons pas ici de l'extrême droite pétainiste mais de l'extrême droite guisarde, celle favorable au pouvoir sur la France du duc de Guise et de la petite bourgeoisie parisienne des années 1570, suite à la première contre-révolution de la Saint Barthélemy. En 1588, la société secrète dite Ligue (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag">Religion</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_12296 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH189/ste-ligue-1591-69162.jpg?1792806113' width='500' height='189' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12295 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L399xH266/bucher-4fa34.jpg?1792806113' width='399' height='266' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH362/0000000721L-5486b.jpg?1792806113' width='500' height='362' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12293 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH323/1588-Barricades-42f93.jpg?1792806114' width='500' height='323' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La première journée insurrectionnelle de Paris</p>
<div class='spip_document_12294 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH331/parisbarricades1588-ce027.jpg?1792806114' width='500' height='331' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L485xH728/AKG295275-6ecaf.jpg?1792806114' width='485' height='728' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Le duc de Guise acclamé dans Paris insurgé</p>
<div class='spip_document_12290 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/henri-guise-1688035-jpg_1590601_1250x625.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH250/henri-guise-1688035-jpg_1590601_1250x625-ec60c.jpg?1792806114' width='500' height='250' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/Photo2_035-43085-613cb.jpg?1792806114' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/Photo2_039-5f9d5-70248.jpg?1792806114' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/Photo2_042-9a116-36848.jpg?1792806114' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/Photo2_043-2-51b0b-ddbef.jpg?1792806114' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Quand l'extrême droite petite bourgeoise fasciste et intégriste catholique gouvernait Paris…</h2>
<p>Nous ne parlons pas ici de l'extrême droite pétainiste mais de l'extrême droite guisarde, celle favorable au pouvoir sur la France du duc de Guise et de la petite bourgeoisie parisienne des années 1570, suite à la première contre-révolution de la Saint Barthélemy. En 1588, la société secrète dite Ligue Catholique, dite aussi Sainte Union ou Sainte Ligue, assistée des bourgeois parisiens dirigés par le Conseil des Sept, tous favorables au duc de Guise, suite à une insurrection à la fois hostiles contre le roi Henri III et le futur roi Henri de Navarre, gouverne Paris où le roi Henri III n'est plus qu'en résidence surveillée par la population organisée et en armes, dirigée par une extrême droite fasciste massacreuse de Protestants mais aussi violeuse et voleuse, dirigeant les catholiques d'une main de fer.</p>
<p>Il convient de savoir que, si à Paris, la bourgeoisie avait choisi le catholicisme, la force qui revendiquait les libertés bourgeoises, c'était pourtant... le protestantisme alors que le catholicisme étayait la féodalité et la royauté en France et en Europe. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Paris bourgeois intégriste catholique sera celui de la contre-révolution...</p>
<p>La ville de Paris n'en est pas à son coup d'essai puisqu'elle a démontré son hostilité aux protestants en déclenchant le 24 août 1572, avec l'assentiment de la royauté et des nobles catholiques d'extrême droite, le massacre de la Saint Barthélemy, supprimant physiquement l'essentiel des Protestants de Paris avant d'étendre ce massacre au pays.</p>
<p>Début 1585, il y a une recrudescence de l'activisme religieux catholique d'extrême droite anti-protestants dans Paris. C'est un véritable soulèvement populaire qui commence et va durer plusieurs années. Il est dirigé par la « Ligue Catholique » ou « Sainte Ligue ». Il est soutenu par la bourgeoisie parisienne. Il va bientôt l'être par la majorité des petites gens de la capitale qui hurlent « vive la messe ! » dans les rues et s'en prennent violemment à tous ceux qui refusent de crier.</p>
<p>A l'été 1587, c'est une grande disette et des émeutes pour le pain. Paris est au bord de l'insurrection. Les pauvres processionnent dans les rues, ils deviennent la masse de manœuvre des curés. Certains jours, le peuple crie « aux armes ! » sur de faux bruits prétendant que les protestants attaquent… En octobre 1587, en perdant sa guerre contre l'armée d'Henri de Navarre et les protestants à Coutras, le roi Henri III perd le peu de crédit qui lui restait dans la population catholique de Paris. Le roi est accusé de jouer double jeu face aux protestants et de ne pas vouloir ou d'être incapable de les battre.</p>
<p>La crise économique s'est aggravée dans Paris et la bourgeoisie elle-même, prise à la gorge, ne veut plus payer l'impôt. Dans tout Paris, les ligueurs portent une écharpe avec la croix de Lorraine puisque les frères de Guise sont de Lorraine… Ils sont dirigés par « le conseil des Seize » qui organise ouvertement l'insurrection parisienne avec l'assentiment de la bourgeoisie, l'appui de la garde bourgeoise et celui des curés de Paris. La bourgeoisie ne veut pas elle-même prendre l'initiative d'une action militaire contre la garde et l'armée royale et compte sur l'armée de Guise qui tarde à venir. Les éléments du petit peuple sont eux aussi mobilisés, en particulier certaines corporations comme les crocheteurs, les bouchers, les mariniers, les clercs de l'Université.</p>
<p>Les bourgeois et petits bourgeois parisiens craignent que les trois Henris (le roi de France, le roi de Navarre et le duc de Guise) s'entendent sur leur dos. Il y a sans cesse des négociations entre eux et le peuple parisien peut servir dans ces négociations mais il peut aussi en faire les frais. Le petit peuple de Paris, qui suit des contre-révolutionnaires, croit aussi faire une révolution sociale et se bat également contre tous les maîtres, contre la misère, contre le mépris des seigneurs. Les curés ne cessent de mêler les deux dans leurs prêches de plus en plus enflammés et acclamés dans les églises par le petit peuple. La démagogie de l'extrême droite fasciste de la Ligue consiste justement à mêler cette révolution sociale qu'ils cultivent à la contre-révolution qu'ils souhaitent réellement.</p>
<p>Tous ceux qui sont accusés de ne pas aller à la messe sont attrapés et tués par les ligueurs et le peuple parisien chauffé à blanc, sous accusation d'hérésie. Les Parisiens croient la rumeur selon laquelle les Protestants voudraient faire une Saint Barthélemy à l'envers en pénétrant en masse discrètement Paris et en massacrant les Catholiques. Henri de Navarre est accusé de manipuler cette tentative de grand massacre des Catholiques dans Paris. Les insurgés parisiens croient ainsi se défendre en rejoignant les intégristes catholiques, le duc de Guise et la bourgeoisie parisienne. La Ligue attaque particulièrement les modérés, appelés « les politiques », qui refusent la division du pays, repoussent la guerre et la guerre civile, et prônent l'entente. A tout moment, dans les rues, on entend des habitants excités ou affolés, crier : « des Navarrais attaquent » ou s'en prendre à d'autres habitants, suspectés d'espionnage ou de religion protestante.</p>
<p>Les classes possédantes parisiennes se sont payées une garde bourgeoise en armes qui patrouille dans les rues, avec un encadrement de cette milice, des lieutenants, des colonels, et ces troupes bourgeoises doublent tous les postes tenus par l'armée royale. Ce n'est cependant pas une vraie armée et les bourgeois ne sont pas dupes de leur propre hardeur au combat contre le roi. Mais, dans Paris, le guet bourgeois va bientôt faire la loi grâce au soutien de masse de la population peu armée mais révoltée et organisée.</p>
<p>Une autre armée soutient la rébellion : celle des religieux de Paris, en particulier le réseau de tous les curés catholiques qui représentent une force considérable par leur poids sur les plus démunis et par l'argent dont ils disposent. Une tentative d'insurrection parisienne préparée par « la Sainte Ligue » contre Henri III a été déjouée par le roi, ce qui lui donne un répit de deux ans. Tout repart en 1587 sur la rumeur que le roi Henri III, méprisé et appelé « le bougre » par les Parisiens, va donner des droits aux Huguenots contre les catholiques.</p>
<p>La guerre civile intérieure recouvre aussi une guerre extérieure. Les protestants sont soutenus par l'Angleterre et par des princes allemands. De Guise et les catholiques sont soutenus par l'Espagne et la papauté. L'armée des reîtres protestants allemands, entrant en France pour combattre aux côtés d'Henri de Navarre, a été battue par l'armée anti-protestante de Guise</p>
<p>En février 1587, les ligueurs ont envisagé d'attaquer militairement le Louvre avec 500 hommes en armes mais le roi a renforcé la garde du palais et le complot s'est arrêté là.</p>
<p>A l'été 1587, les prédicateurs catholiques de Paris ont enflammé les parisiens contre le roi qui fait arrêter les curés plus séditieux, mais quand les archers du roi sont arrivés pour les arrêter, la foule les a défendus au point que la police a dû décamper et, devant la révolte, n'a pas pu envoyer d'autres troupes les arrêter. C'est l'« heureuse journée de Saint-Séverin » des parisiens, première défaite du roi Henri III mais pas la dernière ! Jean Boucher, curé de Saint-Séverin était l'un des prédicateurs de la Ligue les plus violemment hostiles aux Protestants et au roi que le roi voulait arrêter et que le peuple a libéré. Le peuple parisien l'acclame et se félicite de sa victoire qu'il appelle « la magnifique journée de Saint-Séverin » où il battu quatre mille soldats royaux !</p>
<p>A l'automne 1587, une tentative d'enlèvement du roi Henri III, menée par le duc d'Aumale pour la sainte Ligue, est déjouée par le roi.</p>
<p>En novembre 1587, la royauté a menacé le recteur de l'Université et fondateur de la Sainte Ligue pour avoir appelé publiquement le peuple parisien non seulement à s'attaquer aux Protestants et à leur dirigeant Henri de Navarre, candidat à venir pour la royauté, mais aussi à la révolte contre le roi Henri III, accusé de complicité avec les Huguenots. En réponse, le recteur sollicite des religieux catholiques intégristes pour assassiner le roi.</p>
<p>En fait, la parfaite entente entre religieux, bourgeois et guisards n'est pas totale. Le duc de Guise se méfie de l'insurrection bourgeoise et populaire de Paris, même si elle est dirigée par une extrême droite intégriste catholique. Il sait que s'il triomphe grâce à elle et devient roi, il devra étouffer cette révolte sociale car il est un roi féodal comme les autres. Il fait semblant de la cautionner sans oser se mouiller réellement et ouvertement à ses côtés.</p>
<p>Quant aux bourgeois parisiens, ils soutiennent Guise mais pas au point de prendre le risque d'attaquer des soldats de métier du roi Henri III et ils savent que la victoire de Guise pourrait signifier l'entrée dans la capitale de troupes de mercenaires, de soldats albanais ou des troupes du duc d'Aumale, toutes réputées pour leurs vols, viols et massacres. Les bourgeois pensent que Guise est réellement pour les catholiques et contre les protestants mais qu'il ne soutiendra pas leurs revendications, notamment concernant les impôts. Guise essaie de ne pas envoyer ses troupes rejoindre l'insurrection parisienne car il sait que c'est une révolution sociale qui tient Paris et qu'il lui faudra plus tard la combattre. Il souhaite faire pression sur Henri III, menacé par la révolution parisienne, pour qu'il le nomme lieutenant général du royaume et héritier naturel de la couronne à la place du véritable héritier naturel, selon la loi royale, Henri de Navarre qui, même s'il est protestant, est un Bourbon, et détient l'héritage de la couronne après Henri III de Valois.</p>
<p>Le 9 mai 1588, le duc de Guise décide de braver l'interdit du roi Henri III en entrant dans Paris, même s'il le fait sans son armée. C'est un coup dur pour le roi et un triomphe pour Guise qui est acclamé par le peuple de la capitale. Craignant la répression des forces armées royales, le peuple barricade et place des chaînes en travers des rues de toute la ville. Les troupes royales, les Suisses, les sergents d'armes sont entourés par des masses armées de toutes sortes d'ustensiles contondants, de piques, de barres de fer, de bâtons, de pavés, mais aussi de mousquets, des arquebuses et d'épées… Les curés et les moines, les clercs, quelques bourgeois sont sortis en armes et renforcent la milice bourgeoise. Mais c'est la masse du peuple qui va faire la différence face aux forces royales. Les Suisses sont entourés au pont Notre-Dame et massacrés. Le roi retire les autres troupes suisses de la ville et renonce à la répression, craignant être battu face à une telle insurrection.</p>
<p>Paris est partout hérissé de barricades et la masse du peuple les tient fermement. Le roi est enfermé dans sa forteresse du Louvre et entouré par des masses en révolte. Le roi s'enfuit du Louvre et quitte Paris qu'il laisse aux mains de Guise, en fait aux mains du Conseil de Seize de la bourgeoisie parisienne qui va désormais gouverner et mener le peuple d'une main de fer. Guise quitte lui aussi rapidement la capitale, car il sait bien, malgré sa popularité que la ville est tenue par la bourgeoisie au nom du peuple et de la religion catholique… Chacun pourra désormais voir que c'est bel et bien une extrême droite fasciste qui a pris le pouvoir à Paris.</p>
<p>Les « politiques » sont rapidement trouvés, arrêtés, emprisonnés ou assassinés. Les protestants, ou supposés tels, subissent à nouveau un massacre. En fait, nombre de jalousies, de haines se trouvent ainsi satisfaites et des commerçants ou artisans aisés sont pillés, leurs femmes et filles violées. Les bandes armées de la Ligue font la loi dans les rues. Sur simple dénonciation, sans jugement, sans autre forme de procès, on s'en prend à une maison, on y entre, on la pille, on viole, on tue, on torture. Le pillage menace tout le monde. Les riches qui le peuvent quittent la capitale. Les bourgeois parisiens ont désormais une crainte : être décapitalisés. Leur commerce ne vaudra plus rien si la royauté abandonne Paris comme capitale ! Paris a gagné mais n'a rien gagné puisque c'est la division du pays entre trois pouvoirs qui l'emporte : les trois Henris ont chacun une partie du pays et Paris est seul… Paris, plus affolé que jamais, s'enferme dans sa contre-révolution violente, s'en prend à des ennemis ou de faux ennemis. Quiconque essaie maintenant de quitter la capitale sans l'accord des Seize devient soupçonnable. Les milieux populaires, ayant perdu la boussole, voient la trahison et le diable partout ! La terreur n'est pas révolutionnaire mais contre-révolutionnaire. Les seuls qui sont protégés de la violence générale sont des seigneurs catholiques, armés et barricadés dans leurs châteaux.</p>
<p>Les bandes armées pillardes des guisards ne sont pas les seules à faire la loi par la terreur dans la capitale. C'est aussi le cas des bandes de religieux qui imposent à tout le monde des processions sans fin. Quiconque refuse d'y participer est mis à mort. Hommes, femmes, enfants, vieillards sont contraints de marcher des heures, de jour et de nuit, à marcher dans Paris, y compris dans la neige et le froid, pour proclamer la religion catholique.</p>
<p>La victoire de Paris n'aura finalement pas réussi eu duc de Guise qui meurt, assassiné par Henri III, à Blois. Elle n'aura pas réussi à la bourgeoisie qui n'a pas tiré les marrons du feu. Elle aura encore moins réussi au peuple parisien qui a vécu quelques années de véritable enfer…</p>
<p>Lorsqu'Henri de Navarre, devenu Henri IV, assiège la capitale, la population, fanatisée par les moines, tient quatre mois, en dépit d'une terrible famine (1590). En 1593, son abjuration amène la désorganisation de la Ligue et entraîne le ralliement de la majorité des catholiques.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Journ%C3%A9e_des_Barricades_(1588)" class="spip_out" rel="external">La journée des barricades de 1588</a></p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/La_Commune_de_Paris_de_1588" class="spip_out" rel="external">Ce qui s'est passé à Paris en 1588 ou la commune contre-révolutionnaire</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article369" class="spip_out" rel="external">La Saint-Barthélemy</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3752" class="spip_out" rel="external">Paris sur sang, le 24 août 1572</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_catholique_(France)" class="spip_out" rel="external">La Ligue Catholique</a></p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/mcv/5772" class="spip_out" rel="external">Quand la Ligue établissait des listes de personnes à éliminer</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dictature_de_Charles_de_Casaulx" class="spip_out" rel="external">La contre-révolution bourgeoise anti-protestante s'est aussi déroulée à Marseille en 1585-1588</a></p>
<p> <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/12-mai-1588-premiere-journee-barricades-a-paris/" class="spip_out" rel="external">La journée insurrectionnelle du 12 mai 1588</a></p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57206076/f6.image.r=sainte%20ligue%201588" class="spip_out" rel="external">La crise de la Ligue catholique</a></p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550184t/f82.image.r=sainte%20ligue%201588" class="spip_out" rel="external">Histoire de la Ligue par un de ses partisans</a></p>
<div class='spip_document_12289 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH258/parisligueprocess1-bd011.jpg?1792806114' width='500' height='258' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/Bunel-Procession_de_la_Ligue-Pau.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH278/Bunel-Procession_de_la_Ligue-Pau-69295.jpg?1792806114' width='500' height='278' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH596/Procession-Ligue-1590-39dbc.jpg?1792806114' width='500' height='596' alt='' />
</figure>
</div></div>
L'empire incas, naissance et mort
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6332
https://www.matierevolution.org/spip.php?article63322019-06-03T22:56:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-AgeRévolutionEsclaves SlavesPérou - PerùAmérique du sud America del surChili ChileEquateurColombieAmérindiens
<p>Machu Picchu, cité incas du XVe siècle après J.-C. Les civilisations avant les Incas L'empire incas La domination impériale de l'Inka, un feu d'artifice très court, produit de la chute et de la domination de plusieurs civilisations datant du communisme primitif <br class='autobr' />
« Comment une civilisation organisée et structurée, forte de 12 millions d'hommes à son apogée et d'un territoire qui s'est étendu sur les trois quarts de la cordillère des Andes, a-t-elle pu tomber sous le joug des Espagnols et (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot53" rel="tag">Esclaves Slaves</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot127" rel="tag">Pérou - Perù</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot143" rel="tag">Amérique du sud America del sur</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot144" rel="tag">Chili Chile</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot165" rel="tag">Equateur</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot188" rel="tag">Colombie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot292" rel="tag">Amérindiens</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_12744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH625/aztec_maya_inca_map_lg-2-58e03.gif?1792803917' width='500' height='625' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_11834 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/126e715575_50008176_machupicchu-04.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/126e715575_50008176_machupicchu-04-93018.jpg?1792806114' width='500' height='333' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Machu Picchu, cité incas du XVe siècle après J.-C.</p>
<div class='spip_document_11835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/le-perou-avant-les-incas-musee-quai-branly-exposition-10.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/le-perou-avant-les-incas-musee-quai-branly-exposition-10-ae611.jpg?1792806114' width='500' height='334' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Les civilisations avant les Incas</p>
<div class='spip_document_11836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH194/ob_8817f3_chrono-civilisations-aa4e5.jpg?1792806114' width='500' height='194' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_11837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH251/Inca_Empire_South_America-4e1ba.png?1792803917' width='220' height='251' alt='' />
</figure>
</div>
<p>L'empire incas</p>
<div class='spip_document_11838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH462/250px-Inca-expansion_fr-15242.png?1792803917' width='250' height='462' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_11839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/ob_e73b39_carte-empire-inca-expansion-ipad-66be8.jpg?1792806114' width='500' height='500' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_11840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH787/12997657620_225_P53-11471.jpg?1792803917' width='450' height='787' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_13058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH292/incas-bf38d-3bc16.gif?1792803917' width='220' height='292' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_13057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L410xH520/Imperio_inca_evolucion-05d44-1c850.gif?1792803917' width='410' height='520' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_13056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L440xH502/incas-00650.png?1792803917' width='440' height='502' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_13055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/500px-Inca-expansion_fr.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH925/500px-Inca-expansion_fr-0acb1.png?1792803917' width='500' height='925' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">La domination impériale de l'Inka, un feu d'artifice très court, produit de la chute et de la domination de plusieurs civilisations datant du communisme primitif</h2>
<p>« Comment une civilisation organisée et structurée, forte de 12 millions d'hommes à son apogée et d'un territoire qui s'est étendu sur les trois quarts de la cordillère des Andes, a-t-elle pu tomber sous le joug des Espagnols et disparaître en un peu plus d'un siècle ? » écrit le journal Le Figaro. En fait la première question serait : comment a-t-elle pu naître ?</p>
<p>L'Empire inca, est une véritable météorite dans l'histoire bimillénaire de ce territoire. Alors que la civilisation moche (mohica) qui l'a précédé s'est épanouie pendant neuf siècles, l'Empire inca n'est constitué que depuis quatre-vingts ans quand les conquistadors abordent le Pérou. Quarante ans plus tard, ceux-ci ont tout anéanti, il ne reste plus rien de l'ancien empire incas.</p>
<p>A l'origine de la domination des Incas, l'effondrement du royaume de Tiwanaku, l'effondrement de la fédération des peuples, l'effondrement des sociétés communistes primitives devant les guerriers esclavagistes. Mais cette domination n'aura pas duré, les colons européens étant parvenus à pousser les peuples indiens récemment esclavagisés contre l'empire…</p>
<p>15 novembre 1532 : à Cajamarca, Pizarro rencontre l'armée d'Atahualpa, qui compte prendre le pouvoir à Cuzco, et entreprend des pourparlers avec son chef. Lorsque Pizarro arrive au Pérou en 1532, il est perçu comme un dieu. Il enlève l'empereur Atahualpa et encourage la révolte des peuples soumis aux Incas. L'empire se morcelle et l'empereur est finalement exécuté par les Espagnols en 1533. Les conquistadors contrôlent le territoire inca au milieu du XVIe siècle, même si des résistances ont encore lieu. La formation de l'Empire colonial espagnol s'accompagne de pillages, de maladies nouvelles qui font des ravages, de la famine, de l'asservissement des Amérindiens dans les encomiendas et de l'évangélisation de la population.</p>
<p>La démographie historique estime qu'une majorité d'Amérindiens sont morts à la suite des maladies infectieuses introduites par les Espagnols, contre lesquelles les Amérindiens n'étaient pas immunisés. Au contact des Européens, les Amérindiens ont eu une très grande baisse démographique causée par les maladies importées de l'Europe et les épidémies dues au choc microbien, car ces maladies comme la coqueluche, la rougeole ou la variole, n'étaient pas connues des tribus. Le processus a commencé dès les années 1500 et les épidémies de variole (1525, 1558, 1589), de typhus (1546), de grippe (1558), de diphtérie (1614), de rougeole (1618) ou encore de peste bubonique (1617-1619, en Nouvelle-Angleterre) ont décimé des millions d'indigènes. Par exemple, les Timicuas, en Floride, qui en 1650 étaient 13 000 répartis sur 40 villages, ne furent après une épidémie de petite vérole que 35 en 1728, regroupés dans un seul hameau.</p>
<p>Le nombre de morts indigènes de maladies, d'exploitation ou d'assassinat par les forces coloniales est estimé à 90 millions, dont 10 millions pour l'Amérique du Nord.</p>
<p>16 novembre 1532 : Pizarro réussit à s'emparer de la personne de l'Inca qui accepte toutes les conditions imposées pour sa libération (dont 88 m3 d'or de rançon, réunie en juillet 1533). La rançon est partagée entre les vainqueurs après envoi du quinto en Espagne, mais Pizarro préfère exécuter l'Inca pour le meurtre de son frère Huascar. Il sera garrotté devant les soldats (29 août 1533).</p>
<p>26 juillet 1533 : Atahualpa, le dernier empereur inca capturé par traîtrise par Pizarro, est condamné à mort et étranglé. La résistance inca est désorganisée. Pizarro partage les Indiens entre ses hommes selon le système de l'encomienda. Chacun reçoit 40 000 indigènes. Ce système ruinera le système économique de l'empire inca. L'introduction de l'économie monétaire et de nouvelles formes de tribut (travaux forcés dans les mines), achèveront de désintégrer l'équilibre du système. Les Espagnols utilisent l'ancien système de pouvoir et d'échanges à leur avantage, mais sans que fonctionne le principe de réciprocité dans l'échange, qui en était le fondement.</p>
<p>Octobre 1533 : révolte de Rumiñahui qui veut prendre le pouvoir depuis Quito avec l'armée d'Atahualpa (12 000 hommes). Belalcázar le bat en plaine avec 200 fantassins et 80 cavaliers pendant l'irruption du Cotopaxi, qui terrifie les Indiens. Rumiñahui parvient à s'enfuir dans la montagne. Capturé, il meurt des suites de ses tortures le 25 juin 1535.</p>
<p>15 novembre 1533 : les Espagnols occupent Cuzco où ils placent Manco Capac II, frère d'Atahualpa, sur le trône des Inca (fin en 1537). La ville est mise à sac.</p>
<p>La civilisation incas a disparu très rapidement, trop facilement. Qu'est-ce qui faisait sa force et qu'est-ce qui faisait sa faiblesse ?</p>
<p>La civilisation inca est une civilisation précolombienne du groupe andin. Elle prend naissance au début du XIIIe siècle dans le bassin de Cuzco dans l'actuel Pérou et se développe ensuite le long de l'océan Pacifique et de la cordillère des Andes, couvrant la partie occidentale de l'Amérique du Sud. À son apogée, elle s'étend de la Colombie jusqu'à l'Argentine et au Chili, par-delà l'Équateur, le Pérou et la Bolivie.</p>
<p>Au Pérou, sous le régime incas, le pays était habité par deux races superposées. Les Incas, la race conquérante, ainsi que toutes les aristocraties, conservaient les coutumes du passé et vivaient sous le régime du communisme du génos, tandis qu'il semble que les nations vaincues de ce vaste empire évoluaient vers la propriété patriarcale. Tous les ans, les terres cultivées de chaque localité étaient divisées en 3 parts : l'une était morcelée en autant de parcelles que de familles ; l´autre était attribuée aux Incas et la troisième était réservée au Soleil, le Dieu des Péruviens. Les terres du Soleil étaient cultivées en commun par toute la population, et leurs récoltes, après avoir défrayé les dépenses du culte, étaient distribuées entre les familles du village. Cette répartition des terres en trois parts indique trois classes sociales.</p>
<p>Paul Radin écrit sur les Incas :</p>
<p>« Le plus célèbre de tous les temples péruviens, celui du Cuzco, fut dédié au soleil-dieu. Les divers souverains qui régnèrent l'avaient enrichi à tel point que les Inka eux-mêmes l'appelaient « le lieu en or ». (...) Le culte du soleil avait pénétré à tel point jusqu'à l'essence de leur vie que les Inka faisaient remonter à lui tout ce qui était beau et utile dans l'Univers : (...) « Je suis un bienfait pour l'univers entier, répandant la lumière pour que les hommes voient et accomplissent leur tâche. (...) Je vous ai envoyés sur terre, ô mes enfants, uniquement pour le bonheur et l'instruction de ces hommes qui vivent comme des bêtes, et, à partir de ce moment, je vous nomme rois et maîtres de toutes ces tribus, afin que vous leur enseigniez la raison et le bon gouvernement. »</p>
<p>Maurice Godelier :</p>
<p>« Dans la société aztèque par exemple, le commerce était extrêmement développé. Une circulation de biens entre les hautes terres productrices de maïs, de haricots, etc., et les basses terres côtières tropicales beaucoup plus riches et qui fournissaient le cacao, le coton, les plumes d'oiseaux pour les parures, etc., donnait lieu aux activités d'une classe spécialisée de marchands, les pochteca. Cette circulation marchande doublait la circulation des mêmes produits sous la forme du tribut à l'Etat aztèque dont nous avons parlé plus haut. Dans une lettre célèbre à Charles V, Cortez décrivit les immenses marchés de Tenochticlan. Sur ces marchés, chaque produit avait un lieu de vente déterminé. La vente se réalisait à la pièce ou à la mesure. Les jours de marché étaient fériés. Des tribunaux spéciaux, contrôlés par les marchands, tranchaient les conflits entre vendeurs et acheteurs et le chef des marchands fixait le prix des marchandises. Il était interdit de vendre les produits en dehors des places de marché. Les commerçants jouissaient de grands privilèges politiques et économiques. Mais ils étaient mal jugés s'ils faisaient étalage de richesse et de gloire. On attendait d'eux un comportement « humble » et parfois les biens des commerçants riches étaient confisqués par l'Etat. Les marchands étaient dispensés du service personnel et de la participation aux travaux publics organisés par l'Etat. Si l'on compare cette situation avec celle qui régnait chez les Incas, on s'aperçoit que chez ces derniers la production était plus strictement organisée par le pouvoir central et que cette économie centralisée ne laissait guère place au développement d'une classe de marchands. De nos jours, de multiples analyses des marchés africains, méso-américains, asiatiques permettent de commencer à distinguer plusieurs types de marchés : par exemple les marchés sectoriels qui permettent à des producteurs de biens complémentaires de les échanger sur une base régionale. Dans ces conditions existent des cycles de marchés qui se tiennent chaque jour en un lieu différent, permettant ainsi l'unification d'une région économique. C'était le cas également des marchés ruraux, dans la Chine traditionnelle. A ces marchés s'opposent les marchés en réseaux qui relient les producteurs locaux à leur économie nationale, et par-delà au marché mondial.</p>
<p>C'est dans cette perspective que l'on peut analyser des formes de tributs qui caractérisaient par exemple le fonctionnement de la société aztèque. Alors que les Incas faisaient reposer la richesse de l'Etat et le pouvoir de la classe dominante avant tout sur des prestations en travail, sur un régime de corvées, les Aztèques faisaient reposer la richesse de l'Etat sur un gigantesque système de prélèvements de tributs sur les gens du peuple appartenant à leur propre société, et sur tous les membres des royaumes et des groupes tribaux qu'ils avaient soumis. A partir des codex, on a pu calculer l'ampleur de ce tribut. Chaque année par exemple, le souverain recevait des trois cent soixante et onze groupes cités dans le codex Mendoza, 123.400 vêtements de coton ou de fibre, 11.200 tuniques pour femmes, 625 tenues de guerriers, 320 peaux d'oiseaux, 3.580 poignées de plumes et de la nourriture (maïs, piments, etc.) suffisante pour entretenir 25.000 personnes (fonctionnaires, courtisans, serviteurs, etc.). Une grande partie de ce tribut était composée de matières premières (plumes, métaux précieux) qui ensuite étaient travaillées par les artisans de Tenochtitlan. »</p>
<p>Jacques Seyriès :</p>
<p>« Les Incas,avec d'une part une société civile fondée sur l'ayllu communauté agraire primitive, d'autre part un "Etat entrepreneur" et la société politique… »</p>
<p>Loïc Mangin écrit dans « Pour la science » de septembre 2011 : « Lorsqu'on pense aux peuples qui ont précédé les Européens au Pérou, les Incas, voire les Mochicas, sont les premiers qui viennent à l'esprit. Pourtant, beaucoup les ont précédés. Charles Stanish, de l'Université de Californie à Los Angeles, et sa collègue A. Lévine s'intéressent aux premières proto-cités installées autour du lac Titicaca et ont retracé l'histoire de la région (…)<br class='autobr' />
A partir de 1400 avant notre ère, plusieurs groupes de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent autour du plan d'eau et établissent les premiers villages. Certains grossissent et deviennent des centres politiques régionaux. Pendant près de 1000 ans, les conflits sont rares. (…)</p>
<p>A la fin du premier millénaire avant notre ère, deux grands centres politiques dominent la région, Taraco et Pukara. Le dernier finira par diriger seul toute la zone.</p>
<p>Comment ? Les fouilles montrent qu'une grande partie des centres résidentiels de Taraco a brûlé à la fin du premier siècle, entraînant un ralentissement durable de l'activité économique. Or cet incendie n'était pas accidentel. Outre son étendue, on n'a retrouvé aucune trace d'une éventuelle reconstruction. »</p>
<p>Voilà les faits. Les conclusions consistent à défendre le point de vue que « les conflits armés ont joué un rôle majeur dans le développement des premiers Etats ».</p>
<p>Loïc écrit que l'incendie de Taraco « a coïncidé avec l'accession de Pukara au statut de force politique dominante dans la région. De cet épisode, Ch Stanish conclut que les conflits ont été un facteur important dans l'évolution des Etats archaïques dans le nord du lac Titicaca. »</p>
<p>Il ne s'agit pas d'une simple déduction sur des faits locaux mais d'une thèse générale : « Cet exemple s'ajoute à ceux déjà documentés de la Mésopotamie, de la Méso-Amérique, du Nord du Pérou, etc… » Cependant, les études ne nous disent pas que les restes de la cité de Taraco manifestaient d'une intervention militaire d'une armée dévastant tout mais seulement d'un incendie suivi d'une disparition totale de toute activité économique sur le site, les habitants l'ayant abandonné totalement sans tentative de reprise du travail et de reconstruction.<br class='autobr' />
L'histoire des premières sociétés peu avant l'Etat manifestent essentiellement l'apparition des oppositions violentes non pas entre cités mais entre classes sociales se développant dans la cité, le fossé entre riches et pauvres devenant de plus en plus grand et inacceptable aux exploités. Les autres facteurs historiques comme les relations avec les autres cités ne semblent pas déterminants dans l'apparition de l'Etat. Ces cités sont le résultat d'une accumulation primitive de richesses issues de l'agriculture et de l'artisanat puis du grand commerce, accumulation qui entraîne la concentration dans les mains d'un petit nombre de familles de l'essentiel des richesses… Pour assurer la pérennité de cette accumulation de richesses, l'accumulation des pouvoirs politiques et militaires dans les mêmes mains va devenir rapidement nécessaire, dès que la société aura passé un certain cap en termes de développement et en particulier les cités en termes de nombres de résidents pauvres…</p>
<p>Au-delà, s'il n'y a pas eu mise en place d'un Etat, c'est la révolution sociale qui incendie, qui détruit le mode de production, les exploités ne voyant d'autre moyen de se libérer que d'en finir avec le travail des champs et de s'enfuir après avoir détruit et brûlé…</p>
<p>L'origine des premiers Etats est à rechercher dans les conflits effectivement mais dans ceux internes à la société : dans les conflits de classe.</p>
<p>Pas de société de classe sans lutte de classes et sans modes d'organisation des classes, dont la plus importante pour l'ordre : l'Etat. L'Histoire est souvent présentée comme construite par l'ordre, par le pouvoir ou par son chef et non par l'agitation des classes, leurs relations, leur concurrence, leurs alliances et leurs luttes. Et cet ordre social est présenté comme tombant du ciel. Dans les mythologies religieuses, c'est l'équilibre du monde lui-même qui est fondé par les rois-dieux. L'histoire, revue et corrigée par le pouvoir, défend la nécessité de celui-ci. En France, par exemple, une histoire continue de la civilisation est présentée aux scolaires, prétendant que la société dite occidentale commencerait par le régime des pharaons, se poursuivrait par l'Etat athénien, puis romain, pour finir par le renforcement de l'Etat royal français au sein de la féodalité, dont l'Etat bourgeois apparaît finalement comme l'aboutissement plutôt que comme la négation, débouchant sur le capitalisme, tout cela sans la moindre rupture ! Dans cette conception, l'Etat est un ordre qui n'a aucun antécédent, qui est présenté comme le point de départ d'une civilisation, et même d'un peuple. Le pouvoir central, toujours aussi mythifié, est présenté comme le facteur positif par excellence, et sa chute est présentée comme une catastrophe. En réalité, son caractère est d'abord négatif : bloquer la lutte des classes. Son origine a d'autant plus besoin des mythes que sa véritable origine est liée aux contradictions entre classes sociales. L'ancienne société pré-étatique explose sous les pressions des nouvelles inégalités produites par l'accumulation de richesses dues à de nouvelles activités économiques et l'Etat est la réponse des classes dirigeantes à ces pressions qui mèneraient, sans lui, à l'explosion sociale.</p>
<h2 class="spip">Rosa Luxemburg, Introduction à l'économie politique :</h2>
<p>Tournons-nous vers l'ancien Empire Inca d'Amérique du Sud. Le territoire de cet Empire, qui couvre les républiques actuelles du Pérou, de la Bolivie et du Chili, autrement dit un territoire d'environ 3 364 600 km2 avec une population actuelle de 12 millions d'habitants, était administré à l'époque de la conquête par Pizarre, de la même façon que pendant des siècles auparavant. Nous y trouvons les mêmes institutions que chez les anciens Germains. Chaque communauté familiale, qui forme en même temps une centurie d'hommes capables de porter les armes, occupe un certain territoire qui lui appartient et, chose curieuse, porte même le même nom que chez les Germains, la Marca. Les terrains cultivables étaient séparés du territoire de la Marca, partagés en lots et tirés au sort chaque année avant les semailles entre les familles. La dimension des lots dépendait de la grandeur des familles, donc de l'importance de leurs besoins. Le chef du village, dont la fonction, à l'époque de la formation de l'Empire, donc vers les X° et XI° siècles, n'était déjà plus élective mais héréditaire, recevait le plus grand lot. Au nord du Pérou, chaque famille ne cultivait pas sa part de champ isolément, on travaillait en dizaines, sous la conduite d'un chef - institution dont certains faits indiquent aussi l'existence chez les anciens Germains. La dizaine cultivait à la suite les unes des autres toutes les parts de ses membres, même des absents qui étaient en train de servir à la guerre ou dans les corvées pour les Incas. Chaque famille recevait les fruits de ce qui avait poussé sur son lot. N'avait droit à un lot que celui qui habitait sur le territoire de la Marca et faisait partie du clan. Chacun devait cultiver lui-même sa part. Quiconque la laissait inculte pendant plusieurs années (au Mexique, pendant trois ans) perdait ses droits. Les parts ne pouvaient être ni vendues ni données. Il était rigoureusement interdit de quitter sa propre Marca et de s'installer dans une autre, ce qui était sans doute en relation avec la force des liens du sang dans les clans villageois. La culture des champs, dans les régions côtières où la pluie ne tombe que périodiquement, a de tout temps exigé une irrigation artificielle, des canaux que la communauté creusait collectivement. Il existait des règles strictes pour l'utilisation de l'eau et sa répartition entre les différents villages et à l'intérieur des villages. Chaque village avait aussi des “ champs des pauvres ” cultivés par tous les membres de la communauté et dont la récolte était répartie par le chef du village entre les vieillards, les veuves et les autres nécessiteux. Tout le reste du territoire, en dehors des champs, était Marcapacha, territoire communal.</p>
<p>Dans la partie montagneuse du pays où la culture des champs ne réussissait pas, un modeste élevage, presque exclusivement de lamas, constituait la base de l'existence des habitants qui apportaient de temps en temps leur principal produit - la laine - dans la vallée pour l'échanger avec les paysans contre du maïs, du poivre et des haricots. Dans la montagne, il y avait, dès l'époque de la conquête, des troupeaux privés et de sérieuses différences de richesse. Un Membre ordinaire de la Marca possédait trois à dix lamas, tandis que le chef pouvait en avoir cinquante à cent. Le sol, la forêt et les pâturages étaient propriété commune et il y avait, outre les troupeaux privés, des troupeaux de village qui ne pouvaient être aliénés. A des dates déterminées, une partie des troupeaux communs était abattue et la viande et la laine en étaient réparties entre les familles. Il n'y avait pas d'artisans, chaque famille confectionnait tout ce dont elle avait besoin pour le ménage. Il y avait des villages qui se montraient particulièrement habiles dans telle ou telle activité : tissage, poterie ou travail du métal. A la tête de chaque village, il y avait un chef, élu à l'origine, puis héréditaire, qui surveillait la culture des champs ; pour toute affaire importante, il s'assurait les conseils de l'assemblée des adultes qu'il convoquait au son de la conque.</p>
<p>Jusqu'ici la vieille Marca péruvienne a tous les traits essentiels de la Marche germanique. Ce en quoi elle diffère de l'image typique que nous connaissons permet de mieux pénétrer la nature de ce système social. Ce qu'il y avait de particulier dans l'ancien Empire Inca, c'était qu'il s'agissait d'un pays conquis où s'était établie une domination étrangère. Les conquérants, les Incas, faisaient certes aussi partie des tribus indiennes, mais ils soumirent les tribus pacifiques et sédentaires des Vechua, justement parce qu'elles vivaient isolées du monde, chaque village ne s'occupant que de lui-même, sans lien avec de plus grands territoires, sans intérêt pour tout ce qui pouvait se passer en dehors du territoire de la Marca. Les Incas laissèrent en général intacte cette organisation particulariste, qui leur avait facilité la conquête. Ils y greffèrent un système raffiné d'exploitation économique et de domination politique. Chaque Marca conquise devait mettre à part quelques champs, “ champs des Incas ” ou “ champs du soleil ” qui continuaient à lui appartenir, mais dont les fruits revenaient aux Incas ainsi qu'à leur caste de prêtres. De même, les tribus montagnardes de bergers devaient réserver une partie de leurs troupeaux, comme “ troupeaux des maîtres ”. La garde de ces troupeaux, de même que la culture des champs des Incas et des prêtres, était la corvée commune des membres de la communauté. A cela s'ajoutaient les corvées du travail dans les mines et des travaux publics, construction de chemins et de ponts, dont les maîtres prenaient la direction en main, un service militaire à la discipline rigoureuse, enfin un tribut en jeunes filles qui servaient soit de victimes pour les sacrifices rituels, soit de concubines aux Incas.</p>
<p>Ce sévère système d'exploitation laissait cependant intacte la vie intérieure des communautés et leurs institutions communistes démocratiques ; les corvées et redevances elles-mêmes étaient supportées collectivement par la Marca. Le plus remarquable, c'est que l'organisation villageoise communiste n'était pas seulement, comme si souvent déjà au cours de l'histoire, la base sûre et patiente d'un système séculaire d'exploitation et d'asservissement, ce système lui-même avait une organisation communiste. En effet, les Incas qui s'installèrent confortablement sur le dos des tribus péruviennes soumises, vivaient eux-mêmes en associations de lignage et en Marca. Leur résidence principale, la ville de Cuzco, n'était que la réunion d'une douzaine et demie de logements dont chacun était le siège de la vie collective de tout un clan, avec la tombe commune à l'intérieur, ainsi qu'un culte commun. Autour de ces grandes demeures de clans, s'étendaient les territoires des clans Incas avec forêts et pâturages indivis et champs partagés, cultivés en commun. En peuple primitif, ces exploiteurs et dominateurs n'avaient pas encore renoncé au travail, ils se servaient seulement de leur situation de maîtres pour vivre mieux que leurs sujets et apporter de plus d'abondants sacrifices à leur culte. L'art moderne de se nourrir exclusivement du travail d'autrui et de faire de l'oisiveté l'attribut du pouvoir était étranger à cette organisation sociale où la propriété commune et l'obligation générale de travailler constituaient des coutumes populaires profondément enracinées. L'exercice du pouvoir politique lui-même était organisé comme une fonction commune des familles Incas. Les administrateurs Incas établis dans les provinces du Pérou. dont la fonction était analogue à celle des résidents hollandais dans l'archipel malais, étaient considérés comme les délégués de leurs clans à Cuzco où ils gardaient leur place dans les habitations collectives et participaient à la vie de leur propre communauté. Tous les ans, ces délégués rentraient à Cuzco pour la fête d'été y rendaient compte de la façon dont ils avaient exercé leur fonction et célébraient la grande fête religieuse avec les autres membres de leur tribu.</p>
<p>Nous avons ici, dans une certaine mesure, deux couches sociales, l'une au-dessus de l'autre, toutes deux organisées intérieurement selon un mode communiste, et vivant entre elles dans des rapports d'exploiteurs à exploités. Ce phénomène peut paraître incompréhensible à première vue, parce qu'en contradiction brutale avec les principes d'égalité, de fraternité et de démocratie, qui servaient de base à l'organisation des communautés agraires. Nous avons justement ici la preuve vivante que les institutions communistes primitives avaient en réalité peu de chose à voir avec quelques principes que ce soit d'égalité et de liberté universelles. Ces “ principes ” appliqués dans leur validité universelle pour tous les pays, au moins pour tous les pays “ civilisés ”, c'est-à-dire pour les pays de civilisation capitaliste, à l'“ homme ” abstrait, donc à tous les hommes, sont un produit tardif de la société bourgeoise moderne dont les révolutions - en Amérique comme en France - les ont d'ailleurs proclamés pour la première fois. La société communiste primitive ignorait les principes généraux valables pour tous les hommes ; son égalité et sa solidarité naissaient des traditions communes de liens du sang et de la propriété commune des moyens de production. L'égalité de droits et la solidarité des intérêts n'allaient pas plus loin que n'allaient ces liens du sang et cette propriété. Tout ce qui se trouvait hors de ces limites - qui n'allaient pas plus loin que les quatre pieux du village ou, plus largement, que les frontières du territoire d'une tribu -était étranger et pouvait même être ennemi. Les communautés fondées à l'intérieur sur la solidarité économique pouvaient et devaient même être poussées périodiquement par le bas niveau de développement de la production, par le rendement médiocre ou l'épuisement de la source de nourriture et l'accroissement de la population, à entrer en conflit mortel d'intérêts avec d'autres communautés de même genre. Il fallait alors que le combat bestial, la guerre, décide de l'issue du conflit, extermination d'un des camps ou - plus souvent - établissement de rapports d'exploitation. Ce n'était pas le dévouement aux principes abstraits d'égalité et de liberté qui était à la base du communisme primitif, c'était la nécessité d'airain du bas niveau de développement de la civilisation humaine, de l'impuissance humaine face à la nature, qui leur imposait comme une condition absolue d'existence de s'associer solidement en groupes importants et de procéder de façon unie et planifiée dans leur travail, dans leur lutte pour l'existence.</p>
<p>Cette même domination très limitée de la nature restreignait le plan commun et le travail commun à un territoire relativement réduit de prairies naturelles ou de champs défrichés autour du village, et les rendaient tout à fait impropres à l'action commune sur une plus grande échelle. Le niveau primitif de l'agriculture ne permettait pas de cultures dépassant le territoire du village et fixait ainsi des limites très étroites à la solidarité d'intérêts. Ce bas niveau de la productivité du travail provoquait périodiquement des conflits d'intérêts entre les différents groupes sociaux et la violence brutale, seul moyen de régler ces conflits. La guerre demeura la méthode permanente pour résoudre les conflits d'intérêts entre communautés sociales jusqu'à ce que le plus haut niveau de développement de la productivité du travail, c'est-à-dire la maîtrise parfaite des hommes sur la nature, mît un terme à leurs conflits d'intérêts matériels. Mais si le heurt entre les diverses communautés communistes primitives était une donnée permanente, l'issue en était décidée à son tour par le développement de la productivité du travail. S'agissait-il d'un conflit entre deux peuples de nomades éleveurs de bétail qui se disputaient des pâturages ? Seule la violence brutale pouvait décider qui resterait maître du terrain et qui devait être refoulé vers des régions inhospitalières et arides, ou être exterminé. Là où l'agriculture était déjà assez prospère pour pouvoir assurer une bonne nourriture sans absorber toute la force de travail et toute la vie des intéressés, là existait aussi le fondement d'une exploitation systématique de ces paysans par des conquérants étrangers. C'est ainsi que nous voyons s'instaurer une situation comme celle du Pérou où une société communiste exploite une autre société communiste. Cette structure originale de l'Empire Inca est importante ; elle nous permet de comprendre une série de formations semblables dans l'antiquité classique, en particulier au seuil de l'histoire grecque. »</p>
<h2 class="spip">Wikipedia :</h2>
<p>« La hiérarchie dans l'empire inca reprend l'organisation traditionnelle des communautés andines. L'Inca est à la fois chef de son clan et souverain de tout l'empire. L'organisation communautaire est à la base de la structure de l'empire. Dans de nombreux cas, l'Inca conquérant veille à ne pas bousculer l'organisation traditionnelle des populations à assimiler et laisse en place les autorités traditionnelles et leur confie des instructeurs du clan inca pour les informer des lois de l'empire et les instruire dans la religion officielle. Ces autorités locales étaient donc encadrées et rendaient comptes à des supérieurs hiérarchiques qui tous étaient membres du clan Inca.</p>
<p>D'une manière générale, il existait trois classes : la classe laborieuse constituée des paysans et artisans, la classe de gouvernance locale et, au sommet, la classe dirigeante de souche inca qui tenait les rênes de l'empire. Cette classe dirigeante était organisée comme un clan ordinaire dont les membres étaient appelés aux plus hautes fonctions au sein de l'empire, qu'elles soient religieuses, militaires ou administratives.</p>
<p>Cette société était donc fondée sur un système de castes et on ne pouvait que très difficilement et exceptionnellement changer de rang. Un individu de la classe laborieuse pouvait accéder à la classe dirigeante à la suite d'un exploit militaire ou grâce à quelque autre mérite. Il arrivait, dans un but politique, que des dirigeants coopératifs de peuples vaincus obtiennent des postes à responsabilités, souvent celui de Kurakas.</p>
<p>L'économie est fondée sur la gestion de la main-d'œuvre, sur l'échange d'énergie humaine, sur une sorte de collectivité du travail et nullement sur des échanges de biens ou sur une possession collective des biens. La richesse était liée non pas à la possession des biens mais à l'accès à la main-d'œuvre pour la production de la communauté. Le pauvre étant celui qui possède peu de liens de parenté.</p>
<p>Au sommet de l'organisation économique se trouve l'Inca qui se repose sur les organisations ethniques et leur économie de redistribution mais en gérant un système de redistribution à un niveau supérieur.</p>
<p>Le kuraka, le chef de l'ayllu, était chargé de la répartition des terres, qui se faisait sur un modèle de parts, entre chaque membre du village apte à travailler.</p>
<p>Les travaux agricoles étaient divisés en trois temps :</p>
<p>• la part de l'Inca et de la famille royale ;<br class='autobr' />
• celle de chaque détenteur de lopin de terre, pour subvenir aux besoins de sa famille ;<br class='autobr' />
• celle qui appartenait au village, afin de subvenir aux besoins des plus démunis. Un système d'entraide entre les familles était très développé. En plus des terres collectives, il existait des réserves qui permettaient de pallier le manque en cas de famine, ou quand venait une délégation de l'Inca.</p>
<p>Un autre devoir de chaque membre de la communauté consistait à s'occuper des travaux collectifs (comme l'entretien des canaux d'irrigation). Ce système connaissait cependant des faiblesses : les kurakas abusaient parfois du système, s'enrichissaient et constituaient une nouvelle classe dont les privilèges étaient transmis par héritage.</p>
<p>Il y avait une redistribution au niveau local autour du groupe ethnique mais aussi une redistribution bien plus vaste, au niveau de l'empire. L'Inca s'en chargeait à partir des réserves. Pour opérer ce travail, on faisait appel à des mitas (transporteurs). L'empire organisait donc aussi la mita.</p>
<p>La répartition des terres ethniques semblait liée à la redistribution, puisque chaque année, elle faisait l'objet d'un pacte ou d'une négociation. Grâce aux principes de la redistribution et de l'échange d'énergie humaine, les Incas purent entreprendre de nombreuses constructions, créer des greniers supplémentaires, un réseau de routes, des centres administratifs...</p>
<h2 class="spip">« Les Incas : naissance et mort d'un empire (1439-1533) », Benjamin Sachelli :</h2>
<p>« Au XIVe siècle, plusieurs périodes de sécheresse frappant les hauts plateaux andins fragilisent les cultures. Pour survivre, les Incas descendent dans les vallées et s'emparent par la force des terres. Plusieurs campagnes militaires sont lancées sur les riches vallées côtières de Pisco et des Chincha. Pachacutec (1438-1471) conquiert le Nord en venant à bout de l'empire Chimu. Ses troupes atteignent le bassin de Quito. Tupac Inca (1491-1493) conquiert l'Ouest et le Sud et soumet les peuples côtiers. Il descend jusqu'à Santiago au Chili et consolide les frontières sur l'autre versant des Andes.</p>
<p>Les Incas possèdent une immense armée pouvant regrouper jusqu'à 140.000 hommes. Certes peu mobile, elle est d'une redoutable efficacité sur les batailles rangées et dans la prise des forteresses. L'empereur est le chef de l'armée. Ses officiers, tous incas, le secondent. Ils sont habiles dans la ruse et la stratégie, sachant, par exemple, feindre des mouvements de repli. De plus, ils étudient le terrain et préparent minutieusement leur plan de bataille. Les sous-officiers peuvent être issus des autres peuples. Les Incas constituent des unités par peuple et les laissent libres dans le choix de l'équipement. Ils leur font également confiance dans leurs techniques. Les soldats sont donc plus efficaces. L'armée évite, dans la mesure du possible, de vivre sur le pays, pour ne pas le ruiner et éviter de s'attirer la haine des populations occupées. Ils conservent ainsi une réserve à proximité en cas de nécessité.</p>
<p>La guerre est la volonté du dieu Inti, le soleil, mais elle sert également à renforcer le pouvoir des nouveaux empereurs. En effet, ceux-ci héritent uniquement du titre et du pouvoir. Leurs prédécesseurs emportent dans leur tombe les richesses acquises durant son règne. Le nouvel empereur doit rapidement acquérir de nouvelles richesses qui passent par la conquête. De plus, de nombreux candidats au trône s'affrontent dans des guerres où le meilleur stratège s'impose.</p>
<p>Après la conquête, les Incas recensent la population. L'empire regroupe dix millions de personnes, dont 40.000 Incas, soit 200 peuples différents. Les Incas laissent le choix : l'intégration ou la mort. Ils sont généreux avec ceux qui se soumettent et impitoyables avec ceux qui se révoltent. Les Incas privilégient toujours l'adhésion, car ils ont besoin de terre et de main d'œuvre. En ce sens, ils ne viennent pas pour détruire ou affaiblir. Les élites locales restent en place, continuent de gérer les affaires locales et servent de lien avec les nouvelles autorités. Les élites locales qui satisfont les Incas reçoivent des présents, ce qui revient à acheter la coopération, selon une logique de don/contre-don. De plus, les mariages entre les élites et les Incas resserrent les liens. Par ailleurs, les fils des élites sont emmenés de force à Cuzco pour être éduqués. Huayna Capac (1493-1522) aménage l'empire en construisant des villes et des routes. Il renforce les frontières, longues de 5.000km, en bâtissant des forteresses. Il réprime les révoltes. Des populations sont parfois déplacées pour casser les anciennes alliances.</p>
<p>L'empire est divisé en quatre régions traitées sur un pied d'égalité et dirigées par un apu. Ce dernier supervise le recensement, administre, aménage, entretient les infrastructures et rend la justice. L'apu est toujours un inca. Les régions sont subdivisées en provinces (80 pour tout l'empire), avec à leur tête un gouverneur. Les terres sont redistribuées entre l'Etat, le clergé et le peuple. Les sujets doivent consacrer des jours de travail à l'Etat pour cultiver des domaines, tisser des vêtements, servir dans l'armée et entretenir les infrastructures. Les peuples loyaux gardent leurs cultes et leurs divinités. La seule obligation est d'honorer Inti, la divinité tutélaire des Incas. Les divinités des peuples rebelles sont prises en otages. Leurs statues sont amenées à Cuzco. »</p>
<h2 class="spip">Chronologie :</h2>
<p>A l'origine, la civilisation Chavín (entre 1000 avant J.-C. et 200 avant J.-C. :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chav%C3%ADn_(culture)" class="spip_out" rel="external">Civilisation de Chavín</a></p>
<p>Entre le Ier et le VIIIe siècle, l'unité créée par la civilisation Chavín disparut au profit de cultures plus locales (Mochica, Paracas-Nazca, Tiwanaku).</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiwanaku" class="spip_out" rel="external">Civilisation Tiwanaku</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Huari" class="spip_out" rel="external">Civilisation Huari</a></p>
<p>Avant les Incas, ce sont les Paracas-Nazca entre 200 avant J.-C. et 600 après J.-C. :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nazca_(civilisation)" class="spip_out" rel="external">Civilisation Paracas-Nazca</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Moche_(culture)" class="spip_out" rel="external">Civilisation Mohica ou Moche, entre 100 après J.-C. et 700 après J.-C.)</a></p>
<p>Les États de Tiahuanaco et Huari s'effondrent brusquement au XIIe siècle.</p>
<p>Vers le milieu du XIIIe siècle, le peuple Chimú initie la création d'un nouvel empire, sur la côte nord du Pérou actuel, fondé sur l'aménagement hydraulique</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chim%C3%BA" class="spip_out" rel="external">Civilisation Chimú</a></p>
<p><a href="https://www.hominides.com/html/exposition/des-mochicas-aux-incas-guiry-en-vexin-1323.php" class="spip_out" rel="external">Des Mochicas aux Incas</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_Titicaca" class="spip_out" rel="external">L'origine des Incas : les indiens proches des Uros du lac Titicaca</a></p>
<p><a href="http://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-origine-des-incas-devoilee-par-la-genetique.html" class="spip_out" rel="external">Débat scientifique sur l'origine des Incas</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_inca" class="spip_out" rel="external">La civilisation Incas</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_inca" class="spip_out" rel="external">L'empire inca</a></p>
<p><a href="https://info.artisanat-bolivie.com/Organisation-sociale-des-Incas-a309" class="spip_out" rel="external">Les classes sociales sous les Incas</a></p>
<p><a href="http://www.epbroye.ch/travauxapp/mpc2004/incas/EPB-Amel/Page0401.htm" class="spip_out" rel="external">Trois classes sociales</a></p>
<p><a href="http://cocomagnanville.over-blog.com/2015/11/l-empire-inca-tahuantinsuyu.html" class="spip_out" rel="external">L'organisation sociale et politique des Incas</a></p>
<p><a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/homme-empire-inca-doit-beaucoup-crottin-lama-30361/" class="spip_out" rel="external">Une rencontre : lamas, crottins, maïs et… Incas</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Succession_inca" class="spip_out" rel="external">La guerre civile incas</a></p>
<p><a href="https://es.wikipedia.org/wiki/Guerra_civil_incaica" class="spip_out" rel="external">Guerra civil incaica</a></p>
<p><a href="http://www.scielo.org.mx/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0188-28722013000100002" class="spip_out" rel="external">La guerra entre incas y chancas</a></p>
<h2 class="spip">LIRE AUSSI :</h2>
<p> <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235" class="spip_out" rel="external">Pourquoi et comment l'empire Olmèque a-t-il disparu ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238" class="spip_out" rel="external">La révolution sociale qui a renversé la civilisation de Teotihuacán</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243" class="spip_out" rel="external">La chute de la civilisation maya sous les coups de la révolution sociale</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2314" class="spip_out" rel="external">La disparition soudaine de la civilisation des Anasazis</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247" class="spip_out" rel="external">La chute de Tula et des Toltèques</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5307" class="spip_out" rel="external">La chute de l'empire Tiahuacano-Huari</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5288" class="spip_out" rel="external">Comment a disparu la civilisation Chavín en 200 avant notre ère ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5276" class="spip_out" rel="external">La civilisation des Indiens du Mississippi, disparue à l'issue d'une guerre civile, avant le début de la colonisation européenne</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263" class="spip_out" rel="external">Pourquoi la civilisation de Caral (Pérou) a brutalement et totalement disparu en 1500 avant notre ère ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3128" class="spip_out" rel="external">La révolte des Indiens d'Amérique</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article227" class="spip_out" rel="external">Révolutions en Méso-Amérique antique</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_peuples_indig%C3%A8nes_des_Am%C3%A9riques" class="spip_out" rel="external">Liste des peuples indigènes des Amériques</a></p>
<p><a href="https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1884-la-gens-iroquoise-engels/" class="spip_out" rel="external">La gens iroquoise</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_de_la_nation_iroquoise" class="spip_out" rel="external">La grande fédération iroquoise</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2986" class="spip_out" rel="external">Démocratie indienne</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ration_des_Sept_Feux" class="spip_out" rel="external">La Fédération des Sept Feux</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4925" class="spip_out" rel="external">Quand la France colonisait les Indiens des Amériques</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4199" class="spip_out" rel="external">L'élimination des Indiens de la forêt amazonienne</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article6242">Le massacre des peuples indiens du Guatemala</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5262" class="spip_out" rel="external">Pourquoi l'empire aztèque a-t-il été aussi facile à abattre pour une poignée de conquérants espagnols ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5253" class="spip_out" rel="external">L'empire incas, naissance et mort</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4925" class="spip_out" rel="external">Quand la France colonisait les Indiens des Amériques</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4199" class="spip_out" rel="external">L'élimination des Indiens de la forêt amazonienne</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4182" class="spip_out" rel="external">L'élimination des Inuits</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4110" class="spip_out" rel="external">Le génocide colonial français des peuples amérindiens caraïbes des Petites Antilles de 1625-1660</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve616" class="spip_out" rel="external">Le massacre des Indiens d'Amérique entre 1800 et 1830</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3004" class="spip_out" rel="external">"Tuez-nous et enterrez-nous ici" : un appel désespéré d'Indiens menacés d'expulsion</a></p>
<p> <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5168" class="spip_out" rel="external">Le massacre des Indiens du Guatemala par le pouvoir militaire</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2986" class="spip_out" rel="external">Administration indienne et démocratie directe</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4973" class="spip_out" rel="external">L'histoire de la conquête du Brésil par les Occidentaux</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5278" class="spip_out" rel="external">L'effondrement de la civilisation Mochica (dite aussi Moche)</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5283" class="spip_out" rel="external">L'étonnante civilisation de Nazca et sa chute brutale suivie d'une complète disparition</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282" class="spip_out" rel="external">Les trois chutes (et la disparition finale), en 750, en 1100, en 1300 de notre ère, de la civilisation péruvienne Lambayèque (ou Sicàn)</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5286" class="spip_out" rel="external">La caída de las antiguas civilizaciones de los Indios de las Americas y su relación con la revolución social</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5261" class="spip_out" rel="external">Quelques idées fausses sur les Indiens des Amériques</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5342" class="spip_out" rel="external">Luttes de classes dans les sociétés amérindiennes précolombiennes</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5336" class="spip_out" rel="external">La disparition des civilisations précolombiennes est-elle un mystère ?</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27ouvrages_sur_l%27Am%C3%A9rique_pr%C3%A9colombienne_class%C3%A9s_par_th%C3%A8me" class="spip_out" rel="external">Bibliographie Amérique précolombienne</a></p></div>
Le mythe de Jeanne d'Arc
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4714
https://www.matierevolution.org/spip.php?article47142015-04-30T00:47:00Ztext/htmlfrRobert ParisMoyen-Age
<p>Le mythe change d'image à travers les époques... <br class='autobr' />
Le mythe de Jeanne d'Arc <br class='autobr' />
Il n'y a pas eu un seul mythe de Jeanne d'Arc mais plusieurs (mythes de gauche, de droite et d'extrême droite, mythes religieux et mythes laïcs) : tout d'abord celui de l'époque consistant à convaincre successivement tous les cercles du pouvoir royal, de plus en plus proche du dauphin, de l'utilité de construire un tel personnage de sauveur sacré issu des milieux les plus populaires et considéré comme miraculeux (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory">3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag">Moyen-Age</a>
<div class='rss_texte'><p>Le mythe change d'image à travers les époques...</p>
<div class='spip_document_6094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L177xH230/-1218-1ec51.jpg?1792806114' width='177' height='230' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L182xH276/-1217-ab328.jpg?1792806114' width='182' height='276' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH321/-1208-15e22.jpg?1792806114' width='500' height='321' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-1220.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH273/-1220-79e34.jpg?1792806114' width='500' height='273' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_6086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH349/-1210-944c6.jpg?1792806114' width='400' height='349' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH370/-1214-48160.jpg?1792806114' width='300' height='370' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH282/-1213-6255e.jpg?1792806114' width='250' height='282' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1211-02a68.jpg?1792806114' width='500' height='500' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-1221.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH721/-1221-5ddc9.jpg?1792806114' width='500' height='721' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_6091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L213xH298/-1215-9a07f.jpg?1792806114' width='213' height='298' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L285xH371/-1219-f4fcd.jpg?1792806114' width='285' height='371' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH314/-1216-d88a7.jpg?1792806114' width='220' height='314' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-1212.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L366xH1024/-1212-939e1.jpg?1792806114' width='366' height='1024' alt='' /></a>
</figure>
</div> <div class='spip_document_6083 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH692/-1207-cc7c7.jpg?1792806114' width='500' height='692' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_6085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/-1209-8f159.jpg?1792806114' width='225' height='225' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Le mythe de Jeanne d'Arc</h2>
<p>Il n'y a pas eu un seul mythe de Jeanne d'Arc mais plusieurs (mythes de gauche, de droite et d'extrême droite, mythes religieux et mythes laïcs) : tout d'abord celui de l'époque consistant à convaincre successivement tous les cercles du pouvoir royal, de plus en plus proche du dauphin, de l'utilité de construire un tel personnage de sauveur sacré issu des milieux les plus populaires et considéré comme miraculeux pour redonner confiance aux troupes françaises et même pour reconstruire la confiance en lui-même du futur roi français, le dauphin Charles qui n'a pas pu encore être couronné roi de France et risque de ne jamais l'être.</p>
<p>Il y a eu ensuite le mythe diffusé dans toute la France pour donner courage aux troupes françaises en leur faisant croire qu'elles étaient soutenues directement par dieu et que leurs adversaires avaient pacte avec le diable, ce qui voulait dire que les soldats avaient non seulement de bonnes raisons de croire à leur victoire mais aussi à leur salut au paradis. Tout cela va durer jusqu'à la mort de Jeanne d'Arc...</p>
<p>Par la suite, c'est à partir du XVIe siècle que Jeanne est nommée « la Pucelle d'Orléans », cette vierge qui aurait sauvé cette ville de la domination anglaise, entraînant un basculement de la France vers son roi et non vers la domination anglaise. La Ligue catholique, s'appuyant sur une démagogie d'extrême droite intégriste fasciste anti-protestante et pogromiste, s'approprie alors ce mythe.</p>
<p>Puis, durant plusieurs siècles, ce mythe est disparu. Au XVIIe siècle, Fénelon fait l'impasse sur elle dans ses œuvres. Louis XIV qui vient d'acquérir la Franche-Comté et plusieurs villes de Flandre, admet mal qu'une paysanne ait appelé à la résistance contre un envahisseur et ait sauvé sa dynastie.</p>
<p>Et c'est beaucoup plus tard que les classes dirigeantes et l'Eglise ont lancé un nouveau mythe Jeanne d'Arc après la longue éclipse du 16ème au 18ème siècle.</p>
<p>Depuis le XIXe siècle, elle est traitée de « mère de la nation française ». Elle a été béatifiée par la papauté en 1909. C'est seulement en 1920 qu'elle est canonisée par la papauté et, en même temps, que la fête de Jeanne d'Arc devient fête nationale d'une France qui continue à se prétendre laïque !</p>
<p>Ensuite, c'est pour bâtir le nationalisme bourgeois français sur des bases prétendûment historiques qu'un nouveau mythe de Jeanne d'Arc a été considéré comme nécessaire, accompagnant les mythes de Charlemagne, de Louis XIV, de Duguesclin ou de Henri IV, et aussi un nouveau mythe national-guerrier dans la période des guerres de 1870, 1914 et 1939. C'est seulement alors que l'unanimisme national derrière ce conte de fées et ce récit prétendument miraculeux et sacré a été réalisé.</p>
<p>Chacun connaît l'histoire de Jeanne d'Arc - la bergère de Domrémy à laquelle les anges parlaient quand elle gardait ses moutons ! - qui est considéré comme l'un des fondements de la nation français et de son idéologie nationale populaire. Son héroïne est reconnue comme tel par tous les courants politiques, de l'extrême droite à la gauche (radicaux, sociaux-démocrates et staliniens) en passant par la droite, qu'elle soit calotine ou même anti-calotine, en comptant bien sûr l'Eglise et la papauté qui en ont fait une sainte à miracles.</p>
<p>Cette reconnaissance a souvent attendu des années ou des décennies car la royauté, la noblesse, la bourgeoisie et les partis social-démocrate et stalinien ont mis du temps avant de souhaiter réintégrer Jeanne d'Arc dans leur Panthéon mythique national.</p>
<p>La royauté et la noblesse, de l'époque des événements historiques ou des périodes qui ont juste suivi, étaient réticents à donner ainsi un rôle historique aux milieux populaires. La papauté est passée d'une condamnation comme sorcière à… une reconnaissance comme sainte… Cela a plutôt rendu circonspecte la bourgeoisie républicaine qui a mis du temps à fêter Jeanne d'Arc, craignant d'avoir l'air de suivre ainsi l'Eglise mais ils ont trouvé le moyen de la fêter le 1er mai pendant que l'Eglise la fêtait le 8 mai ! Les staliniens ont été les derniers à se rallier, en 1935, en même temps qu'ils rejoignaient le nationalisme français. Tous ceux-là ont fini par la considérer comme la fondatrice d'un nationalisme populaire dans lequel sa personnalité aurait permis de redresser une situation compromise du pays, la France étant officiellement remise un roi anglais et la noblesse française ayant admis cette royauté anglaise imposée par le roi Henry V qui est mort au château de Vincennes, proche de Paris, en ayant réussi à gagner à lui une partie importante de la noblesse française dont les nobles de Bourgogne et ceux du sud-ouest de la France. Cette héroïne populaire aurait alors réussi à renverser la situation, parvenant seule à s'imposer à un roi qui n'avait aucune confiance en lui-même, qui ne pouvait pas être intronisé puisque les villes principales pour un roi français, comme Reims et Paris, étaient aux mains de ses adversaires pro-anglais, qui aurait réussi aussi à s'imposer par sa seule force de conviction religieuse et passionnelle aux dirigeants féodaux et militaires, pour finalement prendre la tête d'une contre-offensive militaire des troupes françaises jusqu'à reprendre la ville d'Orléans, retourner celle de Reims, faire sacrer le dauphin comme roi de France dans cette ville, attaquer même la ville de Paris puis de Rouen, et desserrer ainsi l'étau militaire anglais en rendant confiance en elles-mêmes aux troupes françaises qui étaient complètement démoralisées. Et cela étant d'autant plus remarquable que les origines populaires de Jeanne d'Arc (une jeune bergère qui gardait des moutons, fille de paysans pauvres) créditaient l'idée que la royauté française, et aussi toute la nation, avait été sauvée de la domination anglaise par le redressement national populaire, au moment même où le roi, son entourage, la noblesse et la bourgeoisie s'étaient abandonnés à la domination anglaise. Mieux même, ce serait Jeanne d'Arc qui aurait inventé le sentiment national français puisqu'auparavant cette idée même d'une nation française ne signifiait rien dans le monde féodal de l'époque.</p>
<p>Il y a dans cette thèse officielle autant de mensonges que d'affirmations qui vont à l'encontre de l'Histoire, même si celle-ci n'est pas toujours facile à reconstituer et n'est jamais neutre.</p>
<p>Jeanne d'Arc n'était pas une pauvre bergère, fille de paysans pauvres. Elle ne s'est lancée toute seule, sans soutien de chefs militaires et nobles. Ce n'est pas elle qui a lancé la contre-offensive du nationalisme français. Ce n'est pas par ses seules forces de conviction qu'elle a été présentée au roi, qu'elle a acquis du poids à la cour royale et au conseil du roi. Elle n'a pas pris la tête des troupes françaises. Ou plutôt, la seule fois où elle l'a fait véritablement, dans une offensive contre Paris, celle-ci a piteusement échoué. Jeanne d'Arc n'a jamais été admise au conseil militaire de l'armée du roi de France.</p>
<p>L'épisode militaire qui est prêté à Jeanne d'Arc, c'est surtout la conquête d'Orléans. Or Jeanne n'y joue en fait aucun rôle militaire. Le dauphin Charles n'a donné son accord pour envoyer Jeanne à Orléans assiégée par les Anglais, qu'à condition que participe au convoi de ravitaillement et pas à la tête d'une armée. Ce n'est pas du tout l'action militaire de Jeanne qui permet de contraindre les Anglais à lever le siège de la ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1429. Après le nettoyage de la vallée de la Loire grâce à la victoire de Patay (où Jeanne d'Arc ne prit pas part aux combats), le 18 juin 1429, remportée face aux Anglais, Jeanne se rend à Loches et persuade le Dauphin d'aller à Reims se faire sacrer roi de France.</p>
<p>Voir dans tous ces événements une action militaire de Jeanne en chef de guerre conseillée par dieu nécessite une bien grande crédulité ! Comme nous l'avons dit plus haut, le seul véritable acte de guerre d'ampleur auquel elle prend part est un échec (à Paris) et le second conduit à son arrestation par les troupes des Bourguignons qui la vendent aux Anglais.</p>
<p>Figure prétendument inspirée par dieu, elle a certainement été utilisée pour créer un courant d'opinion et favoriser le camp français sur le terrain psychologique mais certainement pas pour réellement diriger les armées vers des victoires.</p>
<p>Surtout, ce qui montre le mieux qu'elle n'est que le produit d'une politique nationaliste des classes dirigeantes françaises commencée bien avant, c'est qu'elle est loin d'être la seule à avoir eu des visions de son rôle mystique, militaire et nationaliste pour sauver le pays et le roi.</p>
<p>Plusieurs dizaines de jeunes femmes dans tout le pays, parmi lesquelles Jehanne des Armoises, Jeanne de Semaises, Katerine de La Rochelle, Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et bien d'autres, dont les noms sont plus ou moins notées par les historiens, ont cru au même moment au même rôle, se sont attribuées une mission de sauveur, investies par le dieu des catholiques pour la défense de la France et du roi, se sont habillées en homme, ont pris cheval et armes pour entrer en guerre contre des Anglais assimilés au diable, tout ce que des femmes ne faisaient jamais qu'elles soient ou non issues de milieux populaires, même si une seule d'entre elles a connu finalement la notoriété historiques et un succès aussi grand. C'est que l'appel au peuple avait été lancé par le clergé, une partie de la noblesse et de la bourgeoisie et transmis jusque dans les campagnes les plus reculées et visait à faire croire au caractère sacré de l'union nationale. L' « union sacrée » n'a pas été inventée par la bourgeoisie en 1914 mais, comme on le verra, par la classes dirigeantes de 1370 !</p>
<p>Ce genre de femmes prophétesses se voyant soldates de la France et du roi était alors tellement fréquent que plusieurs textes d'époque en rendent compte comme le traité « De probatione spiritium » de Jean de Gerson, ou encore l'appel de l'université de la Sorbonne de 1391 ou celui de l'université de Paris de 1413 affirmant que ces personnes devaient exposer leurs affirmations afin qu'ils puissent juger de la validité religieuse de ces prophéties. Le journal d'un bourgeois de Paris de 1431 cite en même temps l'existence de quatre femmes croyant être investies par dieu de cette tâche de libération du pays. Plusieurs d'entre elles ont été jugées diaboliques et brûlées vives. Sur ce plan non plus, Jeanne d'Arc n'est pas la seule…. Jeanne d'Arc a même conseillé parfois le roi sur ce qu'il fallait penser des autres femmes prétendant au même rôle qu'elles de missionnaires de dieu, des vierges chargées de se sacrifier de sauver la France, affirmant transmettre au roi ce que lui disaient les anges sur ces femmes !!!</p>
<p>Si ce sont des religieux catholiques qui ont lancé les « jeannes », ce sont aussi des religieux qui les ont combattues et brûlées et ce n'est que bien après sa mort que la hiérarchie catholique française ainsi que la papauté ont décidé de reconnaitre une « sainte Jeanne d'Arc », comme sainte protectrice de la France.</p>
<p>Toutes ces jeunes femmes ont cru à leur rôle, à la fois historique et religieux, pour sauver la nation, pour sauver le roi, pour faire sortir les troupes anglaises de France. Toutes ont cru avoir reçu des messages divins ou angéliques, ont pensé avoir entendu des voix célestes, leur disant de quitter leurs campagnes pour annoncer au grand public leur message divin, mobiliser le peuple et les soldats pour mener la guerre aux Anglais considérés comme des diables et comme des menaces pour la vie de tous les Français. Ce n'est nullement un hasard : dans toute la zone restée française, noblesse comme clergé et comme bourgeoisie, toutes les classes dominantes se sont mobilisées contre la domination anglaise. Ce ne sont pas les milieux paysans pauvres qui ont réagi et lancé le nationalisme français, mais les paysans riches, les bourgeois et les nobles et c'est eux qui ont décidé de lancer une vaste campagne de propagande nationaliste dans les milieux populaires. En France, ils étaient en train d'inventer quelque chose qui n'avait jamais existé, le féodalisme n'étant pas centralisateur ni national, n'ayant jamais cherché à développer une conscience nationale ou citoyenne, se fondant même au contraire sur la division féodale, chaque groupe de paysans n'étant attachée qu'à son seigneur local.</p>
<p>La notion même de nation était étrangère au peuple autant qu'aux classes dirigeantes. Ainsi, les seigneurs qui gouvernaient l'Angleterre étaient tout aussi français que ceux qui gouvernaient en France et les uns comme les autres n'avaient pas fondé leur pouvoir sur une centralisation nationale mais sur la conception hiérarchique de la féodalité et de son partage des pouvoirs.</p>
<p>L'existence d'un grand nombre d'autres jeunes filles comme Jean d'Arc, croyaient comme elle entendre des voix divines leur enjoignant de se mettre à la tête du redressement national pour sauver le pays et le roi, et apparues exactement au même moment, s'explique par le fait que les classes dirigeantes, de la noblesse au clergé, de la bourgeoisie aux paysans aisés, avaient lancé des prêches pour dénoncer les risques liés à une domination anglaise et pour propager, dans tous les milieux y compris populaires, le nationalisme français.</p>
<p>Le premier milieu dans lequel cette propagande s'était exercée était celui des soldats. D'habitude, on ne se préoccupait pas de convaincre les soldats de la justesse de la cause pour laquelle ils se mobilisaient militairement, autrement qu'en leur enjoignant d'obéir à leurs supérieurs féodaux et en leur exposant combien ils allaient pouvoir s'enrichir par le pillage et y gagner des territoires, des seigneuries et des avancées dans la hiérarchie féodale. Désormais, les dirigeants français se mobilisent pour convaincre les troupes qu'elles mènent une guerre sacrée, voulue par dieu, pour le pays, pour le peuple, pour le sauvetage de leur âme et autre baratin.</p>
<p>Par exemple, à partir de 1373, le duc Louis 1er d'Anjou lance la tapisserie de l'Apocalypse (aujourd'hui au château d'Angers) qui est une immense bande dessinée (sur tapisserie) présentant les Anglais comme des soldats du démon (on reconnait leurs casques et on leur a dessiné des cornes), et les présentant comme une armée voulant transformer Paris en la Babylone maudite par le christianisme. Le duc fait passer les troupes du roi, dites troupes françaises, devant ces dessins et mobilise les troupes dans le sens du nationalisme.</p>
<p>En réalité, il n'y a pas moins de troupes françaises, pas moins de seigneurs féodaux, du côté dit anglais que du côté dit français et la guerre entre le camp dit français, celui des seigneurs Armagnacs, et le camp dit anglais, celui des Bourguignons, est une guerre en grande partie franco-française et féodale. C'est seulement dans cette période que cette guerre va commencer à devenir une guerre nationale, une guerre fondatrice aussi d'une classe dirigeante nationale qui n'existait absolument pas auparavant.</p>
<p>La plupart des commentateurs donnent à Jeanne d'Arc un rôle politique et militaire beaucoup plus personnel, plus miraculeux et beaucoup plus déterminant qu'il ne l'a été en réalité. Prenons par exemple le commentaire de wikipedia qui parle d'action décisive de Jeanne d'Arc :</p>
<p><i>« Alliés au puissant duc de Bourgogne, les Anglais peuvent imposer en 1420 le traité de Troyes, signé entre le roi Henri V d'Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et régente. Selon les termes de ce traité, Henri V se marie à Catherine de Valois, fille de Charles VI. À la mort de Charles VI, la couronne doit revenir à leur descendance, réunissant les deux royaumes. Ce traité est contesté par la noblesse française car il spolie le Dauphin - considéré comme enfant illégitime et assassin du duc de Bourgogne - de son droit à la succession. À la mort de Charles VI en 1422, la France n'a donc plus de roi ayant été sacré. La couronne de France est alors revendiquée par le roi d'Angleterre encore mineur, Henri VI qui vient de succéder à son père. »</i></p>
<p><i>« À compter de 1380, l'affaiblissement du pouvoir royal, conjugué à un contexte économique difficile, conduit à une période de guerre civile dans les deux pays, situation dont le royaume d'Angleterre est le premier à sortir. Henri V d'Angleterre profite alors de la folie du roi Charles VI de France et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons pour relancer le conflit. Fort de son alliance avec les Bourguignons, il obtient la couronne de France pour son fils Henri VI par le traité de Troyes de 1420. Cependant, le sentiment national naissant et la modification des circuits économiques rendent difficile le maintien des Anglais en France. En 1429, en renforçant la légitimité de Charles VII, l'action de Jeanne d'Arc est décisive. Six ans plus tard, celui-ci conclut la paix d'Arras avec le duc de Bourgogne ; les Anglais sont dès lors inexorablement repoussés et ne contrôlent plus en 1453 que Calais sur le continent, la paix étant signée en 1475 (traité de Picquigny). »</i></p>
<p><i>« Depuis l'assassinat de Louis d'Orléans en novembre 1407, le pays est déchiré par une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Ceux-ci se disputent le pouvoir au sein du conseil de régence présidé, à cause de la folie de son époux, par la reine Isabeau. Profitant de ce conflit, Henri V, roi d'Angleterre relance les hostilités et débarque en Normandie en 1415. La chevalerie française subit un désastre à Azincourt, face au Corps des Long Bow, archers gallois. En effet, les Anglais disposent d'un corps gallois ayant une maîtrise meurtrière de l'arc long (longbow). Toujours bien abrités des charges de cavalerie par des pieux disposés à l'avance, ces gallois déciment sous une pluie de flèches la chevalerie française, dont les chevaux ne sont pas encore protégés. Ils vont ainsi devenir maîtres des batailles à terrain découvert malgré leur nette infériorité numérique. Mais après Orléans, Jeanne ayant obtenu des chefs militaires français — sur « sa grande insistance » — de poursuivre les troupes anglaises, le Corps des Long Bow est surpris faisant une pause à Patay et, inorganisés, quasiment tous ses archers sont massacrés par des charges de cavalerie. »</i></p>
<p>En fait, ce qui va véritablement faire disparaître le Corps de Long Bow, c'est l'apparition de l'artillerie qui n'a rien à voir avec Jeanne D'Arc. Rien ne prouve même que Jeanne d'Arc soit pour quelque chose dans la stratégie des chefs militaires qui ont toujours été réticents à suivre les imaginations d'une illuminée et diminuer leur propre influence sur le roi.</p>
<p>Cependant, même wikipedia note que le mythe de Jeanne d'Arc est une construction venue bien après et qui a mis du temps pour trouver une audience unanime :</p>
<p>« Au cours des siècles, et principalement à partir du XIXe siècle, la figure historique de Jeanne d'Arc a été reprise par de nombreux auteurs pour illustrer ou cristalliser des messages religieux, philosophiques ou politiques. L'image de Jeanne d'Arc a ainsi fait l'objet depuis la fin du XIXe siècle de récupération par différents partis politiques tant de la gauche (voyant en elle une fille du peuple brûlée par l'Église et abandonnée par le roi) que de la droite (voyant en elle une héroïne nationale, sainte), et par différents courants de pensée philosophiques ou religieux pour des raisons parfois contradictoires, faisant même de Jeanne d'Arc en France un personnage officiel. Elle a ainsi pu, par exemple, illustrer pour Michelet une « sainte laïque » ou encore, à partir de son procès en canonisation en 1897, représenter le symbole d'une chrétienne luttant pour sa foi et sa patrie. Dans le domaine politique, elle est devenue un symbole national français lors de la guerre franco-allemande de 1870 puis est reprise par de nombreux partis et figures politiques qui vont du parti socialiste, avec entre autres Jean Jaurès, jusqu'à l'extrême-droite. Si Jeanne d'Arc s'est imposée parmi les principales figures de l'histoire de France, c'est en partie dû aux nombreux relais littéraires, politiques et religieux qui ont mis en avant le personnage depuis plus de quatre siècles :</p>
<p>• femme indépendante et forte pour Christine de Pisan ou Régine Pernoud ;</p>
<p>• personnage maléfique, sorcière pour William Shakespeare ;</p>
<p>• héroïne épique pour Jean Chapelain ;</p>
<p>• personnage burlesque pour Voltaire ;</p>
<p>• guerrière mourant sur le champ de bataille pour Friedrich Schiller ;</p>
<p>• incarnation du peuple français pour Jules Michelet ;</p>
<p>• instrument d'un complot clérical pour Anatole France ;</p>
<p>• sainte nationale pour Mgr Félix Dupanloup ;</p>
<p>• résistante patriotique pour Bernard Shaw ;</p>
<p>• féministe avant l'heure pour les suffragettes ;</p>
<p>• sainte de l'Église universelle et personnalité de stature internationale pour Guido Görres ;</p>
<p>• femme opprimée, victime pour Léonard Cohen, Luc Besson…</p>
<p>De son vivant, les partisans de Charles VII voient en elle une sainte, une héroïne dont la destinée est de « bouter les Anglais hors de France » : les Armagnac développent l'image d'Épinal de la pauvre bergère de Lorraine alors qu'elle est originaire de Domrémy, village du Barrois, un des rares territoires fidèles au dauphin Charles, que son père Jacques d'Arc est un laboureur, propriétaire aisé et qu'elle n'a gardé les animaux qu'occasionnellement, le mythe de la bergère étant utilisé pour signaler qu'une « simple d'esprit » pouvait aider le chef de la chrétienté (le berger était perçu au Moyen Âge comme un benêt voyant Dieu facilement, avec une forte connotation de héros protecteur du peuple, comme Jésus). Cette légende de la bergère résulte probablement de la volonté des Armagnac de transmettre cette image (plus symbolique qu'une simple fille de paysans aisés) à des fins de propagande politico-religieuse pour montrer qu'une « simple d'esprit » pouvait aider le chef de la chrétienté du royaume de France et guider son armée, illuminée par la foi. Les Bourguignons considèrent qu'elle est manipulée par des personnages influents de la Cour de France tandis que les Anglais la prennent pour une sorcière.</p>
<p>Son culte décline rapidement et les siècles suivants ne lui portent qu'un intérêt inconstant : son historiographie au XVIe siècle est surtout marquée par la Ligue catholique qui s'approprie son mythe. Shakespeare en fait une sorcière dans sa pièce Henry VI (première partie). Au XVIIe siècle, Fénelon fait l'impasse sur elle dans ses œuvres. Louis XIV qui vient d'acquérir la Franche-Comté et plusieurs villes de Flandre, admet mal qu'une paysanne ait appelé à la résistance contre un envahisseur et ait sauvé sa dynastie5. Si sa figure intéresse peu les révolutionnaires qui suppriment sa fête et abattent son monument à Orléans en septembre 1792 pour en faire des canons, elle connaît son âge d'or depuis la Restauration des Bourbon jusqu'au Second Empire qui voit son mythe s'épanouir avec le « patriotisme moderne » : la gauche s'approprie sa figure romantique de fille du peuple trahie par le roi et brûlée par l'Église, tandis que la droite loue la ferveur catholique et monarchiste de la Pucelle. Après la guerre franco-allemande de 1870, Jeanne devient la « bonne Lorraine » sous la Troisième République et la biographie Jeanne d'Arc d'Henri Wallon, qui connaît quinze éditions, présente une Jeanne catholique et républicaine. Elle est utilisée comme symbole de l'union nationale lors des deux guerres mondiales mais aussi comme fétiche anglophobe par le régime de Vichy. À partir des années 1980 dans une société qui se déchristianise, sa figure religieuse décline mais sa figure politique fait toujours l'objet de récupération tandis qu'elle suscite un foisonnement culturel (histoire, romans, films, documentaires).</p>
<p>En 1762, Voltaire publie un livre, qui se veut un pastiche du style de l'épopée héroïque, La Pucelle d'Orléans. Il s'agit d'un texte, composé de 21 chants, qui produit des effets burlesques et comiques en détournant certaines particularités narratives du genre (archaïsmes incongrus, interpellation du lecteur, rapprochements triviaux des protagonistes du récit, etc.). Ainsi la monture de Jeanne d'Arc est un âne ailé (Pégase aux deux longues oreilles) qui transporte sa maîtresse de façon quasi instantanée aux endroits où sa présence est nécessaire. Cet âne tente d'assouvir sa concupiscence sur Jeanne d'Arc et est abattu par Dunois, l'un de ses capitaines, auquel elle sacrifie alors sa vertu. Voltaire dans sa correspondance ne prend guère au sérieux « tante coglionerie » (« tant de couillonnades ») mais il revient encore au personnage de Jeanne d'Arc en 1775 dans l'Essai sur les mœurs. Dans un style certes différent mais avec un état d'esprit identique, il dénonce la crédulité populaire, l'intervention de la providence dans l'Histoire et les dérives criminelles découlant du sectarisme religieux.</p>
<p>C'est cependant à la plume alerte de l'historien Jules Michelet que l'on doit la transformation la plus radicale du personnage en 1841. Cette année-là en effet, il publie un livre, intitulé Jeanne d'Arc (en fait le Livre V de son Histoire de France), et fait entrer la jeune femme dans la catégorie des héros incarnant le peuple. Il appuie son argumentation sur les origines modestes de Jeanne, ses origines provinciales, son absence de culture savante, la naïveté de sa pratique religieuse, son bon sens qui empêche de la ranger dans le camp des illuminés, ses instants de doute et de faiblesse… En s'imposant à ses capitaines par son exemplarité, en réalisant l'unité autour de sa personne, Jeanne d'Arc est à l'origine, selon Michelet, d'une des étapes décisives de la construction de la France. Elle cristallise le sentiment national8 du peuple français et fait émerger le nationalisme. Sa vision de Jeanne fait un parallèle, troublant pour cet historien athée, avec le Christ. Jeanne se plie à sa mission dont elle sait qu'elle lui coûtera la vie.</p>
<p><i>« Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d'une femme, de sa tendresse et des larmes, du sang qu'elle a donné pour nous. »</i></p>
<p>Cette vision, par un historien républicain et libre-penseur d'une Jeanne d'Arc populaire — fille du peuple, oubliée par le roi Charles VII, martyrisée par l'Église, héroïne du peuple — est amplifiée avec la publication par Jules Quicherat, un élève de Michelet, des actes des deux procès (en latin) d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (1841-1849). Puis Henri Martin, un autre historien républicain, publie en 1856 un livre sur « Jeanne Darc » (en démocratisant l'orthographe) faisant de celle-ci l'incarnation de l'esprit et des vertus gauloises, la « pure essence » française. Selon lui, elle représente un « messie de rationalité » s'opposant au clergé romain. La longue notice de Pierre Larousse dans le Grand Dictionnaire du XIXe siècle (1870) synthétise parfaitement les sentiments des républicains, souvent libres penseurs : « 1) Jeanne Darc eut-elle réellement des visions ? (non). 2) Son mobile le plus certain ne prit-il pas sa source dans les mouvements d'un patriotisme exalté ? (oui). 3) Quels furent les vrais sentiments du roi à son égard ? (indifférence et défiance). 4) Quelle a été dans tous les temps la vraie pensée du clergé pour Jeanne (entraver sa mission, la faire mourir et, sous prétexte de la réhabiliter, charger de légendes sa mémoire). » Ces propos sont écrits un an à peine après le panégyrique de Mgr Dupanloup à Orléans évoquant la sainteté de Jeanne d'Arc.</p>
<p>Les socialistes revendiquent eux aussi cette approche de Jeanne d'Arc. Ainsi Lucien Herr, bibliothécaire de l'École normale supérieure, écrit dans Le Parti Ouvrier, sous le pseudonyme de Pierre Breton, le 14 mai 1890 un article dont le titre est Notre Jeanne d'Arc qui dénie à l'Église catholique romaine tout droit d'instaurer le culte de celle qu'elle a brûlé quelques siècles plus tôt (« Jeanne est des nôtres, elle est à nous ; et nous ne voulons pas qu'on y touche »). Charles Péguy, normalien et socialiste, ami de Lucien Herr, compose sa première Jeanne d'Arc en 1897 qui est dédiée « à toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour l'établissement de la république socialiste universelle ». Péguy dans son livre, qui ne connaît guère de succès, choisit cependant, loin des critères de l'histoire positiviste, de privilégier la forme dramatique et de centrer son écriture sur la vie personnelle et la vie intérieure de Jeanne. Ainsi la vocation de Jeanne d'Arc ne doit rien aux « voix » mais plutôt à sa hantise du mal et de la révolte qu'il suscite en elle. La publication par le même auteur en 1910 de la pièce Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc signe le retour de Péguy à la foi catholique. Il ajoute à son précédent ouvrage des passages nombreux constitués pour l'essentiel de méditations, de prières et tirent l'œuvre vers le drame lyrique. Son livre suscite l'intérêt des milieux catholiques qui y voient le contrepoint idéal au livre d'Anatole France.</p>
<p>En effet en 1908 paraît Jeanne d'arc d'Anatole France. Cet ouvrage, écrit avec une mentalité strictement rationaliste, ne remet pas en cause les qualités humaines (courage, sincérité) de Jeanne, mais critique le manque de fiabilité des sources disponibles à l'époque et relativise la part d'évènements extraordinaires dans l'épopée. Il explique ainsi la délivrance d'Orléans par la faiblesse des effectifs anglais. En fait, Anatole France donne à Jeanne un rôle plus psychologique que militaire ; elle renforce le moral du camp français et jette le trouble chez les Anglais et Bourguignons. Les voix sont pour lui un simple phénomène d'hallucination. La conclusion de l'auteur enfin fait scandale. Selon lui, ces divers facteurs ont servi, à l'insu de Jeanne, à un complot clérical : une prétendue prophétie annonçant que le salut de la France passerait par une vierge aurait été mise en forme par le clergé pour servir la cause de l'Église. Moins polémique en 1910, dans L'armée nouvelle, Jean Jaurès rend lui-aussi hommage à Jeanne d'Arc.</p>
<p>L'Église catholique romaine est, du fait des circonstances de sa mort, mal à l'aise au XIXe siècle face au personnage de Jeanne d'Arc. Cependant en imposant l'image d'une « sainte laïque » Michelet crée un mythe perçu comme une véritable machine de guerre contre l'Église. C'est pourquoi en 1869 monseigneur Félix Dupanloup, évêque d'Orléans met en route le processus de canonisation afin de faire de Jeanne d'Arc le symbole de la chrétienne luttant pour sa foi et sa patrie. Ce procès permet, après un demi-siècle de procédure (2 novembre 1874-16 mai 1920), notamment interrompue par la Grande Guerre, de déclarer sainte de l'Église catholique cette femme qui fut condamnée par un tribunal ecclésiastique puis réhabilitée quelques années après sa mort.</p>
<p>Le 8 mai 1869, l'évêque d'Orléans prononce au nom de l'Église un véritable panégyrique de Jeanne où pour la première fois il évoque la sainteté de la Pucelle conduite au bûcher non par l'Église mais par un prêtre déloyal et des universitaires vendus aux Anglais. En 1874 s'engage la procédure avec un premier procès instruit à Orléans (1874-1875). Celui-ci est dominé par la personnalité d'Henri Wallon, universitaire et ministre de l'Instruction publique, (auteur du fameux amendement constitutionnel qui fait de la France une République). Il a préparé un mémorandum de 60 pages, qui résume son livre Jeanne d'Arc publié en 1860, lequel est une habile synthèse. Un second procès s'ouvre en 1885. La première difficulté procédurale se pose alors. Quelle formule de canonisation faut-il utiliser ?</p>
<p>C'est la voie formelle, la plus lourde, qui est mise en œuvre. Il est alors nécessaire d'examiner toutes les sources connues (historiques, religieuses, littéraires, traditions orales...) Le dossier de canonisation rassemble 1741 pages au total, soit largement plus en volume que les sources sur lesquelles il s'appuie. En janvier 1894, le pape Léon XIII indique que la papauté accepte d'examiner le dossier de Jeanne. Plus lyrique, l'évêque d'Aix-en-Provence proclame :</p>
<p>« Jeanne aussi est des nôtres […] On ne laïcise pas les saints. »</p>
<p>Le 1er mars 1897 s'ouvre enfin le véritable procès dont la décision finale revient à Rome mais dont le cours est délégué aux successeurs de Mgr Dupanloup, décédé en 1878. Avec les 13 pages du résumé de la vie de Jeanne d'Arc (imprimé seulement en 1920), se constitue la figure d'une Jeanne correspondant aux exigences de l'Église, bien que la Congrégation des rites qui supervise à Rome ce type de procès fasse généralement preuve d'un esprit critique exigeant. D'autant qu'ici, elle dispose d'une documentation historique non négligeable (ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre de dossier). Ainsi l'ouvrage le plus cité est l'édition des procès du XVe siècle effectuée par Jules Quicherat, ancien élève de... Michelet et libre-penseur, devenu entre-temps directeur de l'École des chartes.</p>
<p>Le procès en canonisation pâtit des relations tendues entre la France et le Saint-Siège au début du XXe siècle à cause de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État. Bien qu'une première étape soit franchie le 18 avril 1909 avec la béatification de Jeanne, il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale avec la « chambre bleu horizon » de 1920, composée de nombreux anciens combattants ayant connu la fraternisation des religieux et des laïcs dans les tranchées, orientée à droite, pour que les points de vue se rapprochent. Le 16 mai 1920, le pape Benoît XV, en présence de l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, Gabriel Hanotaux, canonise Jeanne d'Arc. La chambre des députés le 24 juin 1920 adopte alors le projet du député (et écrivain) Maurice Barrès d'instituer une fête nationale de Jeanne d'Arc.</p>
<p>Il s'agit là d'un lointain héritage du conflit de la fin du XIXe siècle entre droite et gauche pour s'emparer du mythe de « la Pucelle d'Orléans », conflit dont la droite nationaliste de l'époque sort victorieuse. Face à la figure d'une Jeanne d'Arc « de gauche », précédemment évoquée avec le rôle de Michelet et ses contemporains comme Théophile-Sébastien Lavallée ou Jean de Sismondi qui y voient une fille du peuple « trahie par son roi et brûlée par l'Eglise », s'opposent des prélats français de l'Église catholique qui commencent dès 1869 une démarche destinée à obtenir la canonisation de Jeanne. Cette volonté, perçue par la gauche comme un « accaparement » ou une « récupération » de la « Sainte de la patrie », provoque à partir du début du XXe siècle un début de rejet du personnage. Ainsi le journal de gauche L'Action déclare-t-il le 14 avril 1904 :</p>
<p><i>« Jeanne d'Arc, même brûlée par les prêtres, ne mérite pas nos sympathies ».</i></p>
<p>L'agitateur anticlérical Laurent Tailhade écrit le 26 avril de la même année :</p>
<p><i>« Que le 8 mai prochain la France libre-penseuse proteste par une tempête de sifflets, par une trombe de huées contre le culte rendu à une idiote qui causa notre malheur ».</i></p>
<p>Ce rejet explique en partie pourquoi Jeanne va facilement devenir une figure emblématique de la droite nationaliste.</p>
<p>Certes d'autres voix à gauche gardent une sympathie pour le personnage (Jean Jaurès par exemple), mais l'affaire Thalamas, du nom de ce professeur qui en 1904 est muté du lycée Condorcet, à la suite de plaintes de parents, pour avoir tenu des propos critiques sur Jeanne d'Arc, va exacerber les tensions entre deux factions idéologiques qui s'opposent : laïque et nationaliste. La presse nationaliste en effet, menée par Henri Rochefort et Édouard Drumont, stigmatise l'enseignant et les ennemis de la France « de Cauchon à Thalamas ».</p>
<p>En décembre 1908, l'université de la Sorbonne accepte, sous les auspices de Durkheim et de Lavisse, Thalamas pour un cours sur la pédagogie de l'Histoire. Les cours de Thalamas sont perturbés par les Camelots du roi, injures au professeur, bagarres, affrontements avec les forces de l'ordre. En février 1909, Thalamas est même expulsé de son cours. Cet épisode témoigne de la radicalisation des positions, et de l'appropriation du culte de Jeanne d'Arc par une droite traditionaliste, nationaliste et catholique emmenée par Maurice Barrès, qui avait protesté contre l'arrivée de « mauvais maîtres en Sorbonne », puis par l'Action française de Charles Maurras.</p>
<p>Le quotidien L'Humanité s'étant moqué des manifestations devant la statue de Jeanne d'Arc, le poète nationaliste Paul Déroulède en exil à Saint-Sébastien, provoque Jean Jaurès en duel. Celui-ci, pourtant peu hostile au personnage de Jeanne d'Arc, accepte et prend le train pour l'Espagne. Finalement, le duel a lieu à Hendaye sans résultat. De 1909 à 1912, après de violents affrontements dans les rues, les Camelots du roi font de Jeanne d'Arc leur patronne et parviennent à imposer son hommage national dont les nationalistes, royalistes et catholiques maintiennent la tradition jusqu'à aujourd'hui.</p>
<p>Pour la majorité des catholiques, Jeanne d'Arc est en même temps l'emblème de leur foi mais aussi, rejoignant Michelet sur ce point, la petite gardienne de moutons qui a défendu vaillamment la patrie. Ainsi Monseigneur Ricard, vicaire général de l'archevêque d'Aix-en-Provence écrit en 1894 : « Exaltez, en la personne de Jeanne, le patriotisme chrétien, afin de protéger la France contre les alliances qui la menacent ». Cette conception s'exacerbe avec les affaires Dreyfus et Thalamas dans les mouvements nationalistes qui remettent en cause la République et font de Jeanne d'Arc leur étendard.</p>
<p>Édouard Drumont, à la suite des écrits d'Henri Martin, tente en 1904 dans une réunion publique de définir Jeanne d'Arc sur des critères ethniques déclarant :</p>
<p><i>« C'est une Celte, Jeanne d'Arc, qui sauva la patrie. Vous connaissez mes idées [...] et vous savez de quel nom nous appelons l'ennemi qui a remplacé chez nous l'Anglais envahisseur du XVe siècle… Cet ennemi s'appelle pour nous le Juif et le franc-maçon. »</i></p>
<p>Il conclut son intervention par un sonore « Vive la France ! Vive Jeanne d'Arc ! ».</p>
<p>Dès 1884, et bien avant que Jeanne ne devienne une icône nationaliste, le député radical de l'Aveyron, Joseph Fabre, propose la création d'une fête annuelle de Jeanne d'Arc, à laquelle il donne le nom de « fête du patriotisme ». Il propose la date du 8 mai qui correspond à la date anniversaire de la libération d'Orléans. Ce projet est soutenu et voté par environ 250 députés y compris par un certain nombre de parlementaires nationalistes dont Paul Déroulède. Finalement, la majorité républicaine refuse par crainte que cette commémoration soit détournée et récupérée par l'Église. En 1894, Joseph Fabre, devenu sénateur, revient à la charge et obtient l'appui du président du conseil Charles Dupuy. Le Sénat vote le projet, mais pas la Chambre des députés. Aux débuts de la Grande Guerre, c'est le leader de la droite nationaliste, Maurice Barrès, député et chantre de l'Union sacrée, qui relance la proposition en déposant en décembre 1914 un nouveau projet de loi. Pour lui, l'institution d'une fête de Jeanne d'Arc est nécessaire.</p>
<p><i>« Son culte est né avec la patrie envahie ; elle est l'incarnation de la résistance contre l'étranger ».</i></p>
<p> Président de la Ligue des patriotes après la guerre, il revient à la charge et tente une habile synthèse entre les divers concepts entourant le personnage de Jeanne.</p>
<p><i>« Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C'est une martyre et une sainte que l'Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste ? C'est l'héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims... Pour les républicains c'est l'enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies... Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu'elle disait : "J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux." Ainsi tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d'Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. »</i></p>
<p>Maurice Barrès</p>
<p>Le projet est voté le 24 juin 1920, soit à peine un mois après la canonisation de Jeanne par le pape Benoît XV. Jeanne d'Arc (et non Sainte Jeanne) sera donc fêtée par la République le deuxième dimanche de mai, anniversaire de la délivrance d'Orléans. Ce n'est évidemment pas par hasard que le gouvernement laïc de Millerand (majoritairement de droite mais comprenant des radicaux) a choisi cette date précédant de quelques jours la date de la Sainte Jeanne d'Arc fixée par l'Église catholique au 30 mai, anniversaire de sa mort. Et c'est le ministre de l'Intérieur Théodore Steeg, radical, fils de pasteur protestant, qui signe la loi instaurant cette nouvelle fête nationale.</p>
<p>Cependant, en s'affichant publiquement, par la présence d'élus ou de diplomates, aux diverses cérémonies de canonisation de Jeanne, la majorité du bloc national d'après-guerre montre la volonté d'un rapprochement avec le Saint-Siège, lequel prend une tournure officielle avec la nomination d'un ambassadeur au Vatican le 16 mai 1921, un an jour pour jour après la canonisation, mettant fin à une absence de relations diplomatiques qui aura duré presque 17 ans.</p>
<p>À Orléans, le 8 mai 1929, pour le 500e anniversaire de la libération de la ville, l'Église catholique organise une vaste célébration religieuse en présence de Gaston Doumergue, président de la République et protestant, Jeanne d'arc symbolisant le peuple qui entre dans l'histoire. C'est la première fois qu'un président de la République assiste officiellement à une messe depuis la séparation de l'Église et de l'État de 1905. Ce geste, comme la sortie du film La merveilleuse vie de Jeanne d'Arc le 12 mai 1929, est vivement critiquée par l'organe de presse du Parti communiste français, L'Humanité. Cette fonction de rassemblement explique qu'en règle générale chacun des présidents de la République (à l'exception de Georges Pompidou et Nicolas Sarkozy) se rend au moins une fois lors de son mandat à Orléans lors des Fêtes johanniques afin de prononcer un discours sur le « roman national » autour des thèmes de l'unité nationale, de la solidarité entre Français (Vincent Auriol en 1947, Général de Gaulle en 1959, Valéry Giscard d'Estaing en 1979, François Mitterrand en 1989, Jacques Chirac en 1996, tous le 8 mai suivant leur élection).</p>
<p>Cependant, la droite nationaliste tente de monopoliser le personnage de Jeanne surtout après la condamnation de l'Action française par le pape en 1928. Elle fait le parallèle entre Jeanne d'Arc, anathématisée par une Église ignorante en son temps, et sa propre situation. Toutes les ligues de l'époque se réclament de Jeanne d'Arc, le Faisceau de Georges Valois, les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, les Croix de Feu... En 1938, les membres des diverses ligues dissoutes défilent à la fête de Jeanne d'Arc avec leurs étendards. En 1936, 3000 volontaires pour la plupart issus des ligues d'extrême-droite ou des camelots du roi partent en Espagne soutenir l'armée franquiste, sous l'étendard de la bandera Jeanne d'Arc. Dans les Vosges, le député de la Fédération républicaine Marcel Boucher donne une audience grandissante à une association qu'il a prise en main, les Compagnons de Jeanne d'Arc, de 1937 à 1939. L'association qui se prétend apolitique est liée à l'origine à l'Église, à l'Action française et à la droite "nationale".</p>
<p>Sous la Révolution nationale de Pétain, c'est moins celle qui a combattu l'envahisseur qui est célébrée que Jeanne la terrienne, bonne catholique et surtout anglophobe. Ainsi Robert Brasillach écrit dans Je suis partout du 12 mai 1944 :</p>
<p><i>« Jeanne appartient au nationalisme français dans ce qu'il a de plus réaliste, de plus profond et de plus attaché à la terre. ».</i></p>
<p>Le 6 janvier 2012, le président de la République Nicolas Sarkozy célèbre le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Il se rend pour l'occasion (le dernier président de la République à avoir fait le voyage ayant été Raymond Poincaré en 1920) sur les lieux symboliques de la vie de Jeanne d'Arc, comme Domrémy-la-Pucelle (Vosges), considérée comme la ville natale de la sainte. Ce même chef d'État avait exalté la figure de Jeanne d'Arc durant sa campagne présidentielle de 2007.</p>
<p>Lorsque Jean-Marie Le Pen crée le Front national, il utilise la même mythologie nationaliste et choisit l'image de Jeanne d'Arc comme symbole d'un recours contre tous les « envahisseurs ». Bruno Mégret écrit le 7 mai 1987, alors qu'il est député de l'Isère : « Elle est là pour nous dire que nous appartenons à une communauté qui nous est propre, qui est différente de celle des autres et dont nous devons être fiers parce que c'est la nôtre et celle de nos ancêtres ». Le Front national institue lors de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle française de 1988 sa propre fête de Jeanne d'Arc le 1er mai et fait de cet événement le point d'orgue de ses manifestations. Jean-Marie Le Pen insiste sur Jeanne d'Arc la Sainte pour s'adresser à l'électorat catholique qui trouve le FN trop clivant alors que Marine Le Pen à la tête de son parti n'en fait plus mention, évoquant plutôt l'héroïne nationale qui symbolise la France contre l'Union européenne.</p>
<p>Le mythe de la sainte Jeanne d'Arc doit céder la place à celui de la sacro sainte Marine nationale tout aussi mensongère !</p></div>