<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.matierevolution.org/spip.php?id_mot=37&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1780110009</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Quand la r&#233;volution gagne l'arm&#233;e</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8811</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8811</guid>
		<dc:date>2026-02-04T23:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine au cours de la r&#233;volution russe de 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine en 1905 n'a pas &#233;t&#233; un simple &#233;pisode h&#233;ro&#239;que et mythique mais le moyen enfin trouv&#233; pour le peuple travailleur de Russie de renverser le tsarisme en prenant le pouvoir &#224; la faveur d'une guerre inter-imp&#233;rialismes : l'union r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des petits soldats, moyen qui sera employ&#233; par la r&#233;volution de 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1905, la flotte russe envoy&#233;e de la Baltique vers le Japon, en un vaste tour du monde, est &#233;cras&#233;e par la flotte japonaise &#224; Tsou-Shima. La d&#233;faite suscite une nouvelle vague d'indignation et de gr&#232;ves, tant elle souligne l'incurie du r&#233;gime. Le 14 juin 1905, les matelots du cuirass&#233; Potemkine se mutinent et jettent leurs officiers &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations social-d&#233;mocrates furent le centre dirigeant du vaste mouvement de gr&#232;ve qui commen&#231;a &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Odessa en mai ; elles tent&#232;rent de donner au mouvement le caract&#232;re d'un soul&#232;vement politique en y associant les troupes locales et 1' &#233;quipage du cuirass&#233; Potemkine, arriv&#233; &#224; Odessa, et &#224; la t&#234;te duquel se trouvaient les membres du groupe social-d&#233;mocrate local, Cyrille et Feldman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion insurrectionnelle sur le cuirass&#233; Potemkine, &#224; laquelle les &#233;quipages de plusieurs navires d&#233;cid&#232;rent de s'associer, fut le produit de 1' activit&#233; d'agitation intensive de l'Union de Crim&#233;e du parti et de son organisation des marins, qui rassemblait des dizaines de marins sur les divers navires de la flotte de la mer Noire ; malgr&#233; l'influence de l'Union, qui tentait de la freiner, l'organisation des marins pr&#233;parait une insurrection g&#233;n&#233;rale sur la flotte. Mais, comme d'habitude lors les complots dans le milieu militaire, l'agitation nourrie par le m&#233;contentement des membres d'&#233;quipage contre le corps des officiers et par l'effondrement de la discipline a suscit&#233; un mouvement trop puissant pour qu'une organisation clandestine puisse la diriger. Le heurt quotidien entre les membres d'&#233;quipage et le corps des officiers sur le Potemkine a provoqu&#233; une &#034;&#233;meute&#034;, qui a remis le cuirass&#233; entre les mains de l'&#233;quipage. Les matelots sociaux-d&#233;mocrates ont alors form&#233; un comit&#233; pour assumer la direction politique du mouvement et l'&#233;tendre sur toute la c&#244;te de la mer Noire. Cette tentative n'a pas &#233;t&#233; couronn&#233;e de succ&#232;s, on le sait, mais sa port&#233;e agitative a &#233;t&#233; &#233;norme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auparavant, &#224; la Nouvelle Alexandrie, une tentative de soul&#232;vement militaire tout aussi inattendue pour la direction du mouvement avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e dans l'&#339;uf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici a agi aussi &#034;1' organisation militaire r&#233;volutionnaire&#034; associ&#233;e au Parti social-d&#233;mocrate, &#224; laquelle appartenait le soldat Bourobine, tu&#233; pendant la tentative de soul&#232;vement militaire ; les autres ont r&#233;ussi &#224; se cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n25/cmo_025.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; L'histoire de la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine, en 1905 repose int&#233;gralement sur les relations r&#233;ciproques entre ces trois couches, c'est-&#224;-dire la lutte des couches extr&#234;mes, prol&#233;tarienne et petite-bourgeoise r&#233;actionnaire, pour exercer l'influence dominante sur la couche paysanne interm&#233;diaire, la plus nombreuse. Celui qui n'a pas compris ce probl&#232;me, qui constitua l'axe du mouvement r&#233;volutionnaire dans la flotte, ferait mieux de taire sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution russe en g&#233;n&#233;ral. Car elle fut tout enti&#232;re, et, pour une large part, elle est encore aujourd'hui une lutte entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie pour influencer de fa&#231;on d&#233;cisive la classe paysanne. La bourgeoisie, durant la p&#233;riode sovi&#233;tique, s'est pr&#233;sent&#233;e surtout dans la personne des koulaks, c'est-&#224;-dire des sommets de la petite bourgeoisie, de l'intelligentsia &#171; socialiste &#187;, et, maintenant sous la forme de la bureaucratie &#171; communiste &#187;. Telle est la m&#233;canique fondamentale de la r&#233;volution &#224; toutes ses &#233;tapes. Dans la flotte, cette m&#233;canique a pris une expression plus concentr&#233;e, et par l&#224; plus dramatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes sur la mutinerie du cuirass&#233; Potemkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 octobre 1904, le cuirass&#233; Kniaz-Potemkine a &#233;t&#233; mis en service. Constamment, l'&#233;quipage a d&#251; souffrir toutes sortes d'iniquit&#233;s. La nourriture &#233;tait particuli&#232;rement mauvaise. A plusieurs reprises, les matelots ont demand&#233; une am&#233;lioration de l'ordinaire, mais leurs r&#233;clamations n'ont pas &#233;t&#233; prises en consid&#233;ration, sans que pour cela les &#233;quipages se r&#233;voltassent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 juin 1005, le cuirass&#233; se trouvait dans le Golfe Tendrovski (Tendra) pour y faire des exercices de tir. Le 13 juin on apportait d'Odessa de la viande de tr&#232;s mauvaise qualit&#233; et qu'il &#233;tait impossible de manger tant pour son odeur infecte que pour les vers qui y pullulaient. Cependant, on la pr&#233;para pour les matelots. Quand, le 14 juin, &#224; deux heures de l'apr&#232;s-midi l'&#233;quipage apprit que la viande serait servie, tout le monde refusa d'y toucher. Chacun se contenta de manger dans son coin un morceau de pain en buvant un peu d'eau. Mais, quand le commandant (le capitaine de vaisseau Evgu&#233;ni Golikov) fut inform&#233; que l'&#233;quipage refusait la viande, il donna l'ordre de nous r&#233;unir, ce qui fut fait. L'&#233;quipage fut r&#233;uni sur le pont &#224; l'arri&#232;re. Le commandant commen&#231;a par demander pour quelles raisons les matelots refusaient de manger. L'&#233;quipage r&#233;pondit en montrant la qualit&#233; de la viande qu'on lui servait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le commandant et son second (le capitaine de fr&#233;gate Ippolite Giliarovsky) commenc&#232;rent &#224; demander quels &#233;taient ceux qui ne voulaient pas manger de cette viande, en les mena&#231;ant d'interpr&#233;ter leur refus comme une d&#233;rogation &#224; la discipline. Les plus timides parmi les matelots sortirent des rangs pour montrer qu'ils consentaient &#224; manger cette soupe pr&#233;par&#233;e avec de la viande pourrie. Le reste de l'&#233;quipag&#233; fut divis&#233; en petits groupes et la garde de service fut appel&#233;e d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le second donna l'ordre &#224; la garde de tirer, ce que cette derni&#232;re refusa de faire. L'officier, ayant observ&#233; cette d&#233;sob&#233;issance, prit l'arme du marin le plus proche et tira lui-m&#234;me sur le matelot Gr&#233;goire Vakoulintchuk (et non Omultchouk, comme on a &#233;crit par erreur), qui tomba mort. C'est alors que l'&#233;quipage, devant cet acte de cruaut&#233;, prit les armes pour se d&#233;fendre. Au premier coup de feu, les matelots, affol&#233;s par ce spectacle sanglant, se jet&#232;rent sur les r&#226;teliers d'armes et, en quelques secondes, des salves &#233;clat&#232;rent. Quelques officiers s'enfuirent dans leurs cabines, d'autres se jet&#232;rent &#224; la mer pour se sauver sur le torpilleur N&#176;267, qui nous accompagnait. Le second a &#233;t&#233; fusill&#233; sur le pont &#224; l'arri&#232;re et son cadavre jet&#233; &#224; la mer. Ensuite on fit monter l&#233; commandant du vaisseau et on l'ex&#233;cuta de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont &#233;t&#233; tu&#233;s, les officiers lieutenant N&#233;oupokoev, le lieutenant Tan (Wilhem Tonn), Smirnov, le m&#233;decin en chef. Le midshipman (enseigne de vaisseau) Vakhtin&#233; a &#233;t&#233; bless&#233;. Le sort de l'officier Leventsev est rest&#233; inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont rest&#233;s vivants le capitaine Gourine, le premier m&#233;canicien Tsvetkov, les lieutenants Tsarsk&#233;vitch, Praporscheski, Alex&#233;ev &#233;t Iastr&#233;bov, le m&#233;canicien Khark&#233;vitch, le midshipman Makarof, le commandant du torpilleur N&#176;267 baron Klodt, le lieutenant Nazarov, l'aum&#244;nier Parm&#233;n et le lieutenant Kaliujni, qui tous se sont d&#233;clar&#233;s solidaires d&#233; l'&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant les &#233;v&#233;nements d'Odessa dans un article publi&#233; par le journal bolch&#233;vik le Prol&#233;taire, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense port&#233;e des r&#233;cents &#233;v&#233;nements d'Odessa est que, pour la premi&#232;re fois, une puissante unit&#233; des forces navales du tsarisme &#8212; un cuirass&#233; entier &#8212; est pass&#233; ouvertement &#224; la R&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du sein de l'arm&#233;e elle-m&#234;me que jaillissent les bataillons r&#233;volutionnaires. La t&#226;che de ces l&#233;gions est de proclamer l'insurrection, de donner aux masses une direction militaire, indispensable dans la guerre civile comme dans toute autre guerre, de cr&#233;er des points d'appui pour une lutte d&#233;clar&#233;e et g&#233;n&#233;rale du peuple tout entier, d '&#233;tendre le soul&#232;vement aux r&#233;gions voisines, d 'assurer, ne serait-ce, au d&#233;but, que sur une petite portion du territoire, une victoire politique compl&#232;te, de proc&#233;der &#224; la refonte r&#233;volutionnaire du r&#233;gime autocratique gangren&#233;, de d&#233;velopper dans toute son ampleur l'effort cr&#233;ateur des masses populaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... L'arm&#233;e r&#233;volutionnaire est indispensable parce&lt;br class='autobr' /&gt;
que les grands probl&#232;mes historiques ne peuvent &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solus que par la force &#8212; d&#233;clare L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi vous raconter en d&#233;tail un petit &#233;pisode de cette r&#233;volte de la mer Noire afin que vous ayez une id&#233;e nette de ces &#233;v&#233;nements parvenus au point culminant de leur d&#233;veloppement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;unions d'ouvriers et de matelots r&#233;volutionnaires &#233;taient organis&#233;es de plus en plus souvent. Comme on emp&#234;chait les soldats d'assister en foule aux meetings ouvriers, ce furent les masses ouvri&#232;res qui se mirent &#224; assister en foule aux meetings de soldats. Des milliers d'hommes s'y r&#233;unissaient. Et l'id&#233;e d'une action commune y trouva un vif &#233;cho. Des d&#233;put&#233;s furent &#233;lus dans les unit&#233;s militaires les plus conscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s essay&#232;rent de r&#233;agir. Mais les discours &#171; patriotiques &#187; que certains officiers tent&#232;rent de prononcer produisirent les r&#233;sultats les plus lamentables : les matelots, entra&#238;n&#233;s aux discussions, acculaient leurs chefs &#224; se sauver l&#226;chement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 24 novembre 1905, une section fut post&#233;e en tenue de combat, aux portes des casernes de la flotte. Le contre-amiral Pissarevski avait ordonn&#233; bien haut, de fa&#231;on que tout le monde entend&#238;t : &#171; Ne laissez sortir personne des casernes ! En cas de refus d 'ob&#233;ir, tirez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rangs de la section qui avait re&#231;u cet ordre, sortit le matelot P&#233;trov ; il chargea son fusil sous les yeux de tous et tua le lieutenant-colonel Ste&#238;n, du r&#233;giment de Brest-Litovsk, et blessa d'un deuxi&#232;me coup de fusil le contre-amiral Pissarevski. Un officier ordonna : &#171; Arr&#234;tez-le ! &#187; Personne ne bougea. P&#233;troy avait jet&#233; son fusil par terre. &#171; Qu attendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tez-moi ! Il fut arr&#234;t&#233;. Mais les matelots accourus de toutes parts exig&#232;rent violemment qu'on le remit en libert&#233; en d&#233;clarant qu'ils se portaient garants de lui. L'excitation &#233;tait &#224; son comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; P&#233;trov, c'est un coup de feu qne tu as tir&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;garde, n'est-cc pas ? demanda l'officier, pour trouver une issue &#224; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par m&#233;garde ? Mais je suis sorti du rang, j'ai charg&#233; et vis&#233;, vous appelez &#231;a par m&#233;garde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ils r&#233;clament ta lib&#233;ration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trov fut rel&#226;ch&#233;. Mais les matelots ne s'en content&#232;rent pas ; tous les officiers de service furent arr&#234;t&#233;s, d&#233;sarm&#233;s et conduits aux bureaux... Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des matelots conf&#233;r&#232;rent pendant toute la nuit. On d&#233;cida de rel&#226;cher les officiers et de ne plus les laisser p&#233;n&#233;trer dans les casernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kanatchikov/potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte s'est aggrav&#233;e au point de se transformer en insurrection. Le r&#244;le abject de bourreau de la libert&#233;, le r&#244;le auxiliaire de la police qu'on lui faisait jouer, ne pouvait manquer d'ouvrir peu &#224; peu les yeux &#224; l'arm&#233;e du tsar elle-m&#234;me. L'arm&#233;e a commenc&#233; &#224; h&#233;siter. Ce furent d'abord des cas isol&#233;s de d&#233;sob&#233;issance, des mutineries de r&#233;servistes, des protestations d'officiers, l'agitation parmi les soldats, les refus de compagnies ou de r&#233;giments entiers d'ouvrir le feu sur leurs fr&#232;res ouvriers. Puis ce fut le passage d'une partie de l'arm&#233;e du c&#244;t&#233; de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme importance des derniers &#233;v&#233;nements d'Odessa vient pr&#233;cis&#233;ment de ce que, pour la premi&#232;re fois, une grande unit&#233; des forces arm&#233;es du tsarisme, tout un cuirass&#233;, a pass&#233; ouvertement &#224; la r&#233;volution. Le gouvernement a fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s, us&#233; de tous les exp&#233;dients imaginables afin de cacher cet &#233;v&#233;nement au peuple et d'&#233;touffer, d&#232;s le d&#233;but, le soul&#232;vement des marins. Tout a &#233;t&#233; vain. Les &#233;quipages des navires de guerre envoy&#233;s contre le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire Potemkine ont refus&#233; de combattre leurs camarades. En r&#233;pandant en Europe la nouvelle de la reddition du Potemkine et l'ordre du tsar de couler le cuirass&#233; r&#233;volutionnaire, le gouvernement autocratique n'a fait que se d&#233;shonorer &#224; jamais aux yeux de l'univers. L'escadre une fois rentr&#233;e &#224; S&#233;bastopol, le gouvernement s'empresse de licencier les &#233;quipages, de d&#233;sarmer les navires de guerre ; des rumeurs circulent sur la d&#233;mission en masse des officiers de la flotte de la mer Noire ; des troubles ont recommenc&#233; sur le cuirass&#233; Georges Pobi&#233;donossetz qui s'est rendu. &#192; Libau et &#224; Cronstadt, les marins se r&#233;voltent aussi ; les collisions avec la troupe se multiplient ; les marins et les ouvriers se battent sur les barricades contre les soldats (Libau). La presse &#233;trang&#232;re annonce des troubles &#224; bord d'un certain nombre d'autres vaisseaux de guerre (le Minine, l'Alexandre II, et autres). Le gouvernement du tsar est rest&#233; sans flotte. C'est tout au plus s'il a r&#233;ussi, pour le moment, &#224; emp&#234;cher la flotte de passer activement &#224; la r&#233;volution. Quant au cuirass&#233; Potemkine il est demeur&#233; le territoire invaincu de la r&#233;volution et, quel que soit son sort ult&#233;rieur, nous sommes devant un fait ind&#233;niable et symptomatique au plus haut point : la tentative de former le noyau d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucune r&#233;pression, aucun succ&#232;s partiel remport&#233; sur la r&#233;volution n'annuleront la port&#233;e de cet &#233;v&#233;nement. Le premier pas est fait. Le Rubicon est franchi. Le passage de l'arm&#233;e &#224; la r&#233;volution est d&#233;j&#224; un fait acquis pour toute la Russie et pour le monde entier. De nouvelles tentatives, plus &#233;nergiques encore, de former une arm&#233;e r&#233;volutionnaire suivront immanquablement les &#233;v&#233;nements survenus dans la flotte de la mer Noire. Notre devoir est maintenant de soutenir de toutes nos forces ces tentatives ; d'expliquer aux plus larges masses du prol&#233;tariat et de la paysannerie l'importance que pr&#233;sente pour tout le peuple, dans la lutte pour la libert&#233;, l'existence d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire ; d'aider les d&#233;tachements de cette arm&#233;e &#224; hisser le drapeau de la libert&#233; cher au peuple entier, susceptible de rallier la masse ; de les aider &#224; grouper les forces capables d'&#233;craser l'autocratie tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6112&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1789 - 1889 - 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8128</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8128</guid>
		<dc:date>2025-11-14T23:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1789 - 1889 - 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1789 - 1889 - 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du sang peut couler, bien des d&#233;faites peuvent &#234;tre essuy&#233;es. Mais &#224; quelques coups de force et des r&#233;sistances que le tsarisme puisse avoir recours encore, ce ne sont plus que les derni&#232;res convulsions d'une b&#234;te de proie agonisante, et plus longtemps les souverains et exploiteurs des bords de la N&#233;va persisteront dans leur lutte obstin&#233;e contre l'ennemi du dehors et du dedans, plus formidable sera l'&#233;croulement final, plus terrible le chaos qu'ils sont occup&#233;s &#224; &#233;voquer. La Russie, et avec elle le syst&#232;me de domination et d'exploitation du monde &#171; civilis&#233;e &#187; tout entier, marche au devant d'une catastrophe telle qu'il ne s'en est pas vu d'aussi gigantesque depuis les jours de la grande R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances qu'&#224; lieu cette fois la manifestation du Premier Mai. Elle se rapproche ainsi, plus qu'aucune de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, du caract&#232;re que portait sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut fond&#233;e non seulement &#224; titre de d&#233;monstration pour la journ&#233;e de huit heures et la paix universelle, mais encore comme manifestation de la R&#233;volution sociale. C'est le centenaire de la grande R&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance et elle fut d&#233;cid&#233;e &#224; une &#233;poque que nous consid&#233;rions comme la vieille de grands &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1885, Fr&#233;d&#233;ric Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition des R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes &#224; Cologne par Karl Marx, d&#233;clare que &#171; le prochain bouleversement ne tardera pas &#187; et il remarque &#224; ce propos : &#171; L'&#232;re p&#233;riodique des r&#233;volutions europ&#233;ennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre si&#232;cle de quinze &#224; dix-huit ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par &#171; bouleversement europ&#233;en &#187; il fallait entendre une grande r&#233;volution politique, ce pronostic d'Engels ne s'est pas, il est vrai, r&#233;alis&#233;. Et le philistin, dont toute la philosophie culmine dans cette id&#233;e profonde : &#171; Rien ne sert &#224; rien &#8211; nous pouvons faire ce que nous voulons, tout reste dans l'ancien &#233;tat &#187; &#8211; ce philistin n'a pas manqu&#233; de se donner le plaisir de railler sous cape Engels et ses amis, qui partageaient ses pr&#233;visions, &#224; cause de leurs &#171; vaines proph&#233;ties &#187;. Et, cependant, le triomphe du philistinisme ne se fondait que sur sa courte vue. Engels a eu parfaitement raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pronostic reposait en tout cas sur la constatation g&#233;n&#233;rale que les conflits des classes comme des nations, provenant du mode de production capitaliste, vont, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, s'accumulant et grandissant, jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus possible de les r&#233;soudre par la pratique journali&#232;re ; mais qu'aussi, &#224; mesure que deviennent plus consid&#233;rables les t&#226;ches politiques provenant de ces conflits, les classes dominantes redoutent de plus en plus de grandes transformations dont elle ne peut mesurer la port&#233;e et qui menacent de lui monter au-dessus de la t&#234;te. Ainsi les obstacles au progr&#232;s social et politique vont croissant dans la mesure m&#234;me o&#249; l'anxi&#233;t&#233; sociale croissante rend n&#233;cessaire des progr&#232;s &#233;nergiques. La fin de cette &#233;volution est toujours un puissant &#233;branlement politique, une r&#233;volution qui fait violemment dispara&#238;tre les obstacles aux progr&#232;s et rend de nouveau possible pour quelque temps l'&#233;volution &#224; sociale de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mode de production capitaliste engendre n&#233;cessairement, au point de vue &#233;conomique, le cycle qui va de l'essor &#233;conomique &#224; la crise, de m&#234;me, au point de vue politique, elle engendre le cycle qui va de la stagnation politique ou de la r&#233;action &#224; la r&#233;volution. Mais si l'exp&#233;rience enseigne que le cycle &#233;conomique s'accomplit en g&#233;n&#233;ral dans une p&#233;riode de dix ann&#233;es, elle montre que le cycle politique est plus long, qu'il lui faut de quinze &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc parfaitement justifi&#233; qu'Engels et ses amis s'attendissent &#224; un nouvel &#233;branlement politique pour la fin des ann&#233;es 89 ou suivantes du si&#232;cle dernier. Toute la situation politique justifiait cette vue. Le centre de gravit&#233; politique de l'Europe, qui auparavant se trouvait en Angleterre et en France, avait &#233;t&#233; depuis 1870 transf&#233;r&#233; en Allemagne. Mais l&#224;, les obstacles &#224; un progr&#232;s politique pacifique avaient &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur comble dans la loi contre les socialistes ; le r&#233;gime bismarckien allait s'usant de plus en plus compl&#232;tement et ne pouvait se maintenir que par le moyen de la force : mais il subissait de ce fait un &#233;chec apr&#232;s l'autre. L'&#233;croulement de ce syst&#232;me &#233;tait proche : or, que pouvait-elle amener d'autre qu'un fort &#233;branlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avant-veille de cet &#233;croulement que la manifestation de mai fut d&#233;cid&#233;e par le Congr&#232;s international de Paris 1889. Ainsi, d&#232;s sa naissance, les esprits de la r&#233;volution &#233;taient &#224; ses c&#244;t&#233;s comme gardiens &#8211; l'esprit non seulement de la grande r&#233;volution pass&#233;e qui inaugura en Europe le syst&#232;me des cycles &#233;conomiques et politiques, mais aussi l'esprit de la r&#233;volution future, dont tant d'entre nous attendaient qu'elle serait aussi une grande r&#233;volution, la derni&#232;re des r&#233;volutions, la fin des cycles de crises politiques, et par cons&#233;quent &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette grande r&#233;volution n'est pas venue et de l&#224; les philistins conclurent que la proph&#233;tie d'Engels &#233;tait mis&#233;rablement tomb&#233;e dans l'eau. Mais ce qui est venu, c'est l'&#233;branlement europ&#233;en, quoique sous une forme moins visible, si bien que peu le reconnurent d'abord. La loi contre les socialistes disparut, et le manteau tomb&#233;, le duc s'&#233;vanouit &#8211; le r&#233;gime de Bismarck croula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233; cet &#233;branlement, il n'atteignit pas la force d'une r&#233;volution. Le prol&#233;tariat &#233;tait encore trop faible et le lib&#233;ralisme bourgeois d&#233;j&#224; trop en d&#233;cadence pour &#234;tre en &#233;tat de profiter de la situation nouvelle en balayant &#233;nergiquement tous les obstacles s'opposant au progr&#232;s. Et, cependant, il fut assez fort pour amener quelques ann&#233;es de vie politique intense et de progr&#232;s multiples dans toute l'Europe. Alors la France obtenait la journ&#233;e de dix heures (1892) et une importante repr&#233;sentation socialiste au Parlement ; la Belgique, le droit de suffrage universel, quoique non &#233;gal (1893) ; le minist&#232;re Gladstone, sous la pression du nouvel unionisme qui prenait un puissant effort, pensait s&#233;rieusement &#224; la journ&#233;e de dix heures ; on peut encore consid&#233;rer comme une derni&#232;re pouss&#233;e de cette p&#233;riode de progr&#232;s l'agitation pour le suffrage universel en Autriche (1896) &#8211; non pas seulement la derni&#232;re, il est vrai, mais la plus faible, car la nouvelle loi &#233;lectorale constituait la plus am&#232;re ironie contre la revendication du droit de suffrage &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l' &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187; &#233;tait venu juste au moment o&#249; il devait se produire s'apr&#232;s le calcul de Fr&#233;d&#233;ric Engels. Mais il n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution &#224; proprement parler, il laissait subsister une foule d'entraves au progr&#232;s, rester sans solution une foule de questions br&#251;lantes pos&#233;es ant&#233;rieurement. Le souffle lui manqua bient&#244;t, il arriva &#224; l'accalmie. Plus grandes avaient &#233;t&#233; les esp&#233;rances que l'on avait mises sur l'&#233;branlement futur, plus grande fut la d&#233;sillusion caus&#233;e par ses effets minimes. Plus d'un se prit alors, dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; douter compl&#232;tement que nous pussions jamais atteindre ce but. D'autres firent de n&#233;cessit&#233; vertu, trouvant que pr&#233;cis&#233;ment cette stagnation politique &#233;tait la vraie m&#233;thode du progr&#232;s, que de cette fa&#231;on nous avancions puissamment et que seuls pouvaient encore compter sur des catastrophes et des bouleversements des hommes dont la pens&#233;e &#233;tait compl&#232;tement ankylos&#233;e dans les traditions du pass&#233;. Les partisans de cette conception nouvelle disaient &#224; la r&#233;volution adieu pour toujours, m&#234;me encore &#224; un moment o&#249; s'accumulaient les indices annon&#231;ant l'approche d'une nouvelle &#233;poque r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens ne flairent jamais le diable, quand m&#234;me il les tiendrait &#224; la gorge. &#187; Cela n'est pas vrai seulement du diable, mais aussi de la R&#233;volution, qui, pour tout brave bourgeois, est l'incarnation du Malin &#8211; Dieu soit avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le mouvement de 1890 avait eu l'haleine courte, plus t&#244;t devait venir le plus prochain &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187;, et il vint, ponctuellement et exactement ; quinze ans apr&#232;s les &#233;lections de carnaval qui donn&#232;rent le coup mortel au r&#233;gime de Bismarck, s'accomplit le soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, au 22 janvier, qui ouvrit la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera l&#224; une r&#233;volution d'une puissance bien plus forte que l'&#233;branlement de 1890. Elle poursuivra &#224; fond tout ce que ce dernier a laiss&#233; inachev&#233;. Elle a plus de puissance d&#233;j&#224; du fait qu'elle s'attaque au refuge de toutes les r&#233;actions et le transforme en centre de la r&#233;volution. Si, en 1890, l'&#233;branlement europ&#233;en a eu un cours si paisible, cela tenait entre autres raisons &#224; ce qu'il co&#239;ncida avec l'&#233;touffement complet de tout mouvement d'opposition en Russie. Le tsarisme avait r&#233;ussi une fois encore &#224; l'abattre apr&#232;s le gigantesque effort de 1878 &#224; 1881 et &#224; l'&#233;craser, et c'est pr&#233;cis&#233;ment aux approches de 1889 que le silence du tombeau r&#233;gna compl&#232;tement dans l'immense empire russe. Il fallait &#234;tre un &#171; dogmatique marxiste &#187; pour avoir le courage, au Congr&#232;s international de Paris en 1889, de s'aventurer &#224; la proph&#233;tie faite par Plekhanoff, en ces termes : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire triomphera en Russie comme mouvement ouvrier. &#187; Maintenant enfin ce triomphe a commenc&#233;, triomphe non seulement du mouvement ouvrier, mais aussi du &#171; dogme marxiste &#187; qui permettait de reconna&#238;tre, non seulement la r&#233;volution approchante, mais encore son repr&#233;sentant et son agent, en un temps o&#249; l'on ne pouvait d&#233;couvrir le plus l&#233;ger souffle d'un mouvement dans l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il y a en Russie une r&#233;volution et m&#234;me, &#224; ce qu'il semble une r&#233;volution o&#249; les fourches paysannes jouent leur r&#244;le ; c'est la ruine d'un r&#233;gime qui a employ&#233; tous les &#233;normes moyens d'action de la civilisation moderne &#224; accro&#238;tre son exploitation et &#224; prolonger sa lutte contre la mort dans des proportions qui d&#233;passent de beaucoup ce qu'&#224; fait l'ancien r&#233;gime en France au XVIII&#176; si&#232;cle. Et si la ruine de la royaut&#233; f&#233;odale, lors de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, a &#233;t&#233; la ruine d'une aristocratie qui avait h&#233;rit&#233; de l'esprit et de l'affinement de la plus haute civilisation qui e&#251;t exist&#233; jusqu'alors, l'&#233;croulement de maintenant est celui d'un despotisme barbare, que sa stupidit&#233; et sa sauvagerie met au plus bas degr&#233; de la vie intellectuelle en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut encore qu'&#224; peine pressentir quelles formes va rev&#234;tir cet &#233;croulement gigantesque et inou&#239;, quelles forces il va d&#233;cha&#238;ner, quels &#233;v&#233;nements il va faire &#233;clore. Mais une chose est certaine d&#232;s &#224; pr&#233;sent : Il ne restera pas limit&#233; &#224; la Russie ; il m&#232;ne &#224; un bouleversement europ&#233;en. La ruine &#233;conomique de l'Etat russe portera un coup terrible au capitalisme en Europe, notamment &#224; ceux de France et d'Allemagne qui ont &#224; l'envi d&#233;pens&#233; &#224; soutenir le r&#233;gime assassin de Russie les milliards qu'ils tirent du prol&#233;tariat de leur pays ; il &#233;branlera la constitution politique des Etats voisins de la Russie, et s'&#233;tendra aux nationalit&#233;s fragment&#233;es, qui sont repr&#233;sent&#233;es aussi dans l'empire russe ; il portera une profonde excitation dans le prol&#233;tariat du monde entier et l'appellera &#224; l'assaut contre tous les obstacles qui s'opposent &#224; son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas encore ce qui va se produire, si le mouvement n'est qu'une de ces secousses qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; capitaliste europ&#233;enne, ou si elle sera d&#232;s &#224; pr&#233;sent le d&#233;but de la R&#233;volution, de la derni&#232;re grande r&#233;volution mettant fin au cycle des r&#233;volutions du capitalisme pour cr&#233;er de nouvelles formes d'&#233;volution. Mais, quoi qu'il doive advenir, de grandes choses sont devant nous, de grandes luttes, de grandes victoires. Et c'est ce dont le prol&#233;tariat a le sentiment partout ; il s'&#233;meut et s'appr&#234;te avec plus d'ardeur que jamais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation de mai de cette ann&#233;e le prouvera de la fa&#231;on la plus claire. Si, &#231;&#224; et l&#224;, sous l'influence du calme et de la stagnation de ces derni&#232;res ann&#233;es, elle est devenue parfois une innocente f&#234;te populaire, cette ann&#233;e elle sera plus que jamais ce qu'elle devait &#234;tre &#224; son d&#233;but : la revue annuelle du prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et syndicale. Ce ne sera pas une parade pacifique, mais la lev&#233;e de l'arm&#233;e se pr&#233;parant au combat, &#224; la guerre, &#224; la guerre sainte contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression politique, guerre dans laquelle se livre actuellement en Russie une bataille d&#233;cisive, amenant peut-&#234;tre bient&#244;t l'Europe &#224; une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non pas seulement en Europe ; non, c'est partout o&#249; il y a un prol&#233;tariat combattant pour son &#233;mancipation que la manifestation du Premier mai sera cette fois domin&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution, qui a cess&#233; d'&#234;tre un r&#234;ve dont rient les &#171; politiques &#187;, qui du jour au lendemain est devenu une r&#233;alit&#233;, une force vivante, troublant et paralysant nos adversaires, nous entra&#238;nant nous-m&#234;mes en avant, nous excitant &#224; de grandes choses, pour notre grand but, pour la suppression de toute exploitation et de tout servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mutinerie des marins russes pendant la r&#233;volution de 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8867</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8867</guid>
		<dc:date>2025-10-04T08:45:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Pierre Nikiforov, la Gr&#232;ve, d&#233;&#173;peint avec vigueur la lutte du prol&#233;tariat sous le r&#233;gime tsariste au moment o&#249; la premi&#232;re r&#233;volution russe &#8212; ayant atteint son point culminant, lors du soul&#232;vement d'octobre 1905, &#224; Moscou, et &#233;tant &#233;cras&#233;e au centre de son mouvement &#8212; d&#233;ferla irr&#233;sistiblement sur les villes et les villages &#233;loign&#233;s du c&#339;ur du pays. Dans les villes, elle prit la forme de gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est un bolch&#233;vik, matelot. C'est lui qui dirigea la mutinerie qui &#233;clata &#224; bord du yacht imp&#233;rial Etoile polaire, en octobre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutinerie fut &#233;cras&#233;e et Nikiforov fut oblig&#233; de fuir. Il partit en Crim&#233;e o&#249; il travailla ill&#233;galement pour le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, les bolch&#233;viks furent oblig&#233;s de soutenir une lutte acharn&#233;e, non seulement contre la contre-r&#233;volution tsariste qui relevait la t&#234;te, mais encore au sein de leur propre parti contre les mench&#233;viks, car, &#224; cette &#233;poque, le Parti social-d&#233;mocrate russe r&#233;unissait encore les bolch&#233;viks et les mench&#233;&#173;viks et, officiellement, &#233;tait uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le front unique des masses, qui s'&#233;tait constitu&#233; pendant la p&#233;riode de pouss&#233;e r&#233;volutionnaire, obligeait les mench&#233;viks, en d&#233;pit de leur nature revisionniste, &#224; participer involontairement aux combats de ces masses, lorsque le flot r&#233;volutionnaire se mit &#224; refluer, ces m&#234;mes mench&#233;viks se sentirent les ma&#238;tres de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite du soul&#232;vement de Moscou, le chef et l'id&#233;ologue du mench&#233;visme, G. Pl&#233;&#173;khanov, pronon&#231;a sa phrase c&#233;l&#232;bre : &#171; Il ne fallait pas prendre les armes &#187; et les militants mench&#233;viks locaux, solidement install&#233;s dans les comit&#233;s s'effor&#231;&#232;rent, avec un z&#232;le digne d'un sort meilleur, d'&#233;touffer par leur poli&#173;tique opportuniste le feu r&#233;volutionnaire qui ne s'&#233;tait pas &#233;teint dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement dans cette p&#233;riode de propagande mench&#233;vik qu'arriva en Crim&#233;e l'au&#173;teur de la Gr&#232;ve, qui avait re&#231;u son &#233;ducation et sa trempe bolch&#233;viks dans le groupe de combat du Parti &#224; P&#233;tersbourg (L&#233;ningrad). Ce groupe &#233;tait dirig&#233; par les bolch&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur re&#231;ut la t&#226;che difficile de d&#233;fendre la ligne bolch&#233;vik dans un comit&#233; du Parti compos&#233; de mench&#233;viks. Cette t&#226;che &#233;tait d'autant plus difficile que Nikiforov, quoique agitateur et organisateur de talent, ne poss&#233;dait pas encore les connaissances th&#233;oriques n&#233;cessaires pour faire pr&#233;valoir ses conceptions sur celles des comitards mench&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous voyons par son livre que l'auteur d&#233;fendait une ligne bolch&#233;vik exacte en organisant les masses pour la lutte, en al&#173;lant au combat avec les masses et en se pla&#173;&#231;ant &#224; leur t&#234;te, en vrai bolch&#233;vik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens la Gr&#232;ve est tr&#232;s instructive, tr&#232;s actuelle m&#234;me, bien qu'elle nous parle d'&#233;v&#233;&#173;nements qui se d&#233;roul&#232;rent en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nikoforov, &#034;La gr&#232;ve&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but du travail d'organisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re moiti&#233; de 1906 fut caract&#233;ris&#233;e dans le sud de la Russie par un fort mouvement de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup port&#233; au gouvernement tsariste par le prol&#233;tariat de P&#233;tersbourg et de Moscou, &#224; la fin de 1905, se r&#233;percuta dans tout le pays pendant toute l'ann&#233;e 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines m&#233;tallurgiques du sud et de l'Oural &#233;taient constamment en gr&#232;ve. Un mouvement r&#233;volutionnaire puissant se d&#233;veloppait parmi les matelots de la flotte commerciale de la mer Noire, une vague r&#233;volutionnaire se soulevait de nou&#173;veau parmi les marins de la flotte de guerre de la mer Noire et de la mer Baltique. La situation exigeait de nous une action d&#233;cisive. Les organi&#173;sations social-d&#233;mocrates s'effor&#231;aient de mobili&#173;ser toutes leurs forces dans le but de se mettre &#224; la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de Crim&#233;e m'ordonna de rejoindre d'urgence la ville de Kertch afin de venir en aide &#224; l'organisation locale. Dans la situation pr&#233;sente, Kertch avait une importance primordiale, car le d&#233;troit de Kertch &#233;tait le seul chemin par lequel l'on pouvait faire passer les quantit&#233;s &#233;normes de bl&#233; qui &#233;taient export&#233;es des ports de Rostov, Taganrog et Marioupol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fermant le d&#233;troit de Kertch, l'on paralysait tout le trafic des ports de la mer d'Azov et, par cons&#233;quent, le mouvement des exportations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais avoir un travail important &#224; effectuer parmi les ouvriers dragueurs et les dockers du port de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de Kertch &#233;tait, enti&#232;rement mench&#233;vik et la base de son organisation &#233;tait dans de petites usines m&#233;tallurgiques qui poss&#233;daient des groupes d'ouvriers mench&#233;viks assez forts. La flottille des dragueurs et les dockers &#233;taient en dehors de l'influence des mench&#233;viks. Les s.-r. (socialistes-r&#233;volutionnaires) et les anarchistes n'&#233;taient pas tr&#232;s forts et se recrutaient parmi la petite bourgeoisie de Kertch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;cision du comit&#233; de Kertch, j'allai travailler parmi les ouvriers dragueurs et les doc&#173;kers. Je me mis avec ardeur &#224; la besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passais des journ&#233;es enti&#232;res parmi eux. J'&#233;tudiais la vie des dockers, j'&#233;coutais leurs conversations et mis bient&#244;t le doigt sur les points o&#249; pouvait s'exercer mon agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les travaux de chargement et de d&#233;char&#173;gement des quais &#233;taient dirig&#233;s &#224; l'&#233;poque par des entrepreneurs qui s'entendaient avec l'admi&#173;nistration des bateaux et du port pour exploiter f&#233;rocement la masse non organis&#233;e des dockers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entrepreneurs saoulaient les dockers et les trompaient lors du r&#232;glement des comptes. Cha&#173;que r&#232;glement de compte provoquait des manifes&#173;tations de m&#233;contentement et des temp&#234;tes de protestations des ouvriers contre les entrepre&#173;neurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudiai tout ceci en d&#233;tail et le gravai dans ma m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais la possibilit&#233; de m'embaucher en qua&#173;lit&#233; de docker, mais je d&#233;cidai n&#233;anmoins de me faufiler dans la flottille des dragueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dragues &#233;taient encore en r&#233;paration et seule une petite quantit&#233; d'entre elles &#233;taient en action et nettoyaient le d&#233;troit de Kertch. J'engageai la conversation avec les ouvriers et, m'&#233;tant fait passer pour un sans-travail, je m'installai avec leur aide sur l'une des dragues, le Victor Choumski, en qualit&#233; de manoeuvre avec un salaire de 75 kopecks par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus embauch&#233; par le ma&#238;tre d'&#233;quipage, un vieux loup de mer qui avait fait son service mili&#173;taire dans la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poss&#233;dant une capacit&#233; de travail et une endu&#173;rance tout &#224; fait extraordinaires, il tenait solide&#173;ment en mains l'&#233;quipage du bateau et &#233;tait le bras droit du capitaine ; il buvait jusqu'&#224; en tomber ivre-mort. Lorsque je me pr&#233;sentai &#224; lui, il me scruta attentivement. Mes habits simples et ma force physique le satisfirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que sais-tu faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais faire tout le travail de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; as-tu travaill&#233; en dernier lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A Tcheliabinsk, au d&#233;p&#244;t des chemins de fer, r&#233;pondis-je, comptant bien qu'il n'irait pas en Sib&#233;rie prendre des renseignements sur mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi as-tu &#233;t&#233; renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parce que je buvais, r&#233;pondis-je g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a va, vas travailler ! Si je remarque que tu te sao&#251;les, je te fous &#224; la porte. Eh, Bespalov, je t'envoie un aide. Attrape !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov me regarda avec am&#233;nit&#233;. Il &#233;tait vo&#251;t&#233; et sombre comme s'il portait un lourd far&#173;deau. A ce point de vue, tous les vieux ouvriers m&#233;tallurgistes ayant pass&#233; une p&#233;riode d'entra&#238;&#173;nement consistant en 14-16 heures de travail par jour se ressemblent beaucoup ; ils sont comme coul&#233;s dans le m&#234;me moule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov, qui posait et pr&#233;parait les tuyaux de conduite sur les bateaux, travaillait avec son fils. Depuis longtemps il &#233;tait dans la flottille. Il avait succ&#233;d&#233; &#224; son p&#232;re dans ce travail. Il &#233;tait renfrogn&#233; et silencieux et buvait sans doute con&#173;sid&#233;rablement. Il &#233;tait tenace au travail ; ses mains noueuses saisissaient comme des pinces les objets et les posaient avec pr&#233;cision &#224; l'endroit voulu. Il travaillait bien, solidement et propre&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connaissais &#233;galement le travail des conduites d'eau et m'av&#233;rai comme &#233;tant un aide &#171; d&#233;lur&#233; &#187;, ce qui disposa aussit&#244;t le vieux en ma faveur. J'accordais une importance particuli&#232;re &#224; ce fait, car dans mon travail la sympathie d'un vieil ouvrier &#233;tait d&#233;j&#224; un soutien, m&#234;me s'il ne voulait pas se m&#234;ler de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le travail le plus difficile et le plus sale retomba sur moi ; je, soulevais les objets les plus lourds, j'enlevais la crasse aux endroits o&#249; il fallait poser les conduites, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours de mon travail &#224; bord du dragueur ne me montr&#232;rent aucun indice de la possibilit&#233; d'accomplir un travail politique quel&#173;conque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bespalov &#233;tait peu loquace et r&#233;pondait peu volontiers aux questions qui n'avaient pas directement trait &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus tout de m&#234;me de sonder le vieux et j'engageai la conversation sur la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est bient&#244;t les &#233;lections &#224; la Douma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et nous, on va voter aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cette question-l&#224; ne nous regarde pas. A trop penser on perd la t&#234;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et comment que &#231;a se fait que les journaux &#233;crivent que les ouvriers vont voter aussi ? insis&#173;tai-je en revenant &#224; la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On &#233;crit ce qu'on veut, et on fait ce qu'on veut aussi, pronon&#231;a Bespalov avec importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-dessus se termina notre causerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse de Bespalov, contenue dans sa phrase, qu'&#224; trop penser on pouvait perdre la t&#234;te, montrait que les vieux ouvriers sentaient profond&#233;ment et comprenaient parfaitement la politique du gouvernement tsariste et que Bes&#173;palov en savait plus long qu'il ne le laissait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens de la flottille &#233;vitaient en g&#233;n&#233;ral les conversations politiques et, en ce sens, le tra&#173;vail parmi eux ne disait rien qui vaille. Au con&#173;traire, les sujets touchant aux salaires trouvaient toujours chez eux un excellent accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait connaissance des ouvriers, de leur &#233;tat d'esprit et de leur situation &#233;conomique, je conclus qu'il me fallait commencer mon travail par la jeunesse non encore charg&#233;e de famille La majorit&#233; des ouvriers dragueurs travaillaient dans le m&#233;tier depuis des ann&#233;es et beaucoup d'entre eux m&#234;me depuis leur enfance ; ils avaient acquis des maisonnettes et avaient install&#233; leur famille. L'administration avait cr&#233;&#233; toute une &#233;chelle d'avancements savamment gradu&#233;s, dont les ouvriers franchissaient docilement les &#233;che&#173;lons, un par un. Des familles enti&#232;res avec leurs enfants, fr&#232;res, neveux, etc., avaient pris racine dans ce travail et vivaient d'une vie int&#233;rieure tr&#232;s ferm&#233;e. Les anciens &#233;taient particuli&#232;rement s&#233;v&#232;res pour toute &#171; libre pens&#233;e &#187; et tenaient la jeunesse tr&#232;s &#233;troitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration du port et de la flottille s'effor&#231;ait de se comporter d'une mani&#232;re famili&#232;re avec toute cette masse et demandait m&#234;me les conseils techniques des vieux particuli&#232;re&#173;ment respectables ou les consultait sur les questions de discipline et d'ordre int&#233;rieur. Natu&#173;rellement, il ne fallait m&#234;me pas penser &#224; com&#173;mencer le travail par les vieux. Il fallait t&#226;cher d'arracher peu &#224; peu la jeunesse &#224; l'influence des vieux et de l'amener ensuite &#224; s'int&#233;resser &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l&#224; que je commen&#231;ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fils de Bespalov, Andr&#233;, &#233;tait &#233;tudiant dans une &#233;cole technique et r&#234;vait de devenir m&#233;canicien &#224; bord ; je me liai rapidement d'amiti&#233; avec lui. Souvent nous passions des heures en&#173;ti&#232;res &#224; terre et devisions sur des th&#232;mes divers. Je l'initiai avec pr&#233;caution &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;cits sur la r&#233;volution qui venait d'avoir lieu provoquaient des questions diverses de sa part. Il me demandait pourquoi existaient &#171; les partis clandestins &#187;, pourquoi ils sont contre le tsar, etc. En pr&#233;sence de son p&#232;re, je menais la conversation plus doucement, le vieux faisait des r&#233;pliques dans le genre de : &#171; Les uns sont pous&#173;s&#233;s &#224; la r&#233;volution par la famine, les autres par la graisse, et nous... pourvu qu'on travaille... Et puis, on dit que les youpins jettent de l'huile sur le feu... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui parlais avec pr&#233;caution des gr&#232;ves de masse dans les diff&#233;rentes villes, je lui citais les gr&#232;ves des postes et t&#233;l&#233;graphes et des chemins de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux discutait avec ent&#234;tement et son fils &#233;coutait et me soutenait. En terminant ces con&#173;versations j'ajoutais toujours pour le vieux : &#171; Ni toi, ni moi, ne nous proposons de faire la r&#233;volu&#173;tion, grand-p&#232;re, mais l'homme doit tout de m&#234;me &#234;tre fix&#233; sur tout. &#187; La pr&#233;caution n'&#233;tait pas inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de chauffe de notre dragueur, que le vieux nommait Danilo, en abr&#233;geant son nom, s'adjoignit &#224; nos conversations. Danilo &#233;tait Ukrainien. C'&#233;tait un bon gars qui avait fait son service dans l'infanterie et s'&#233;tait embauch&#233; en&#173;suite dans notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gai et simple, il s'assimilait vivement le c&#244;t&#233; romantique de la r&#233;volution et s'en impr&#233;gnait comme une &#233;ponge s'imbibe de liquide. Revenu de la guerre russo-japonaise, il avait &#233;t&#233; lui-m&#234;me pris par la grande temp&#234;te dont le torrent l'avait entra&#238;n&#233; jusque sur les bords de la mer Noire. Il &#233;tait toujours heureux de nos causeries et y apportait une grande animation. Le vieux ne l'aimait pas pour cela et ronchonnait contre lui en le traitant de &#171; carillon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu la jeunesse se groupait autour de nous, la lecture des journaux pendant le casse-cro&#251;te, les commentaires des &#233;v&#233;nements dont les &#233;chos ne s'&#233;taient pas encore assoupis, les cause&#173;ries &#224; terre apr&#232;s le travail, tout cela attirait la jeunesse &#224; la vie politique. Progressivement, des questions g&#233;n&#233;rales, je passai aux questions ayant trait &#224; la vie de notre flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ancre, la journ&#233;e ouvri&#232;re de la flottille, &#233;tait de 11 h. 30 Je choisis en premier lieu ce th&#232;me pour mes causeries avec les jeunes ma&#173;rins. Je reliai cette question &#224; la lutte g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re et &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'auto-&#233;ducation politique ; je leur parlai de la lutte ac&#173;tuelle que les capitalistes, aid&#233;s par la gendar&#173;merie et la police, m&#232;nent contre les ouvriers qu'ils poursuivent pour la moindre manifestation de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;cits soulevaient particuli&#232;rement l'int&#233;&#173;r&#234;t de la jeunesse sur la r&#233;volution et provo&#173;quaient une foule de questions. Un certain roman&#173;tisme du myst&#232;re, de lutte contre le gouvernement et la police, trouvait un &#233;cho vivant dans les c&#339;urs de toute cette jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'autour de moi, insensiblement, se forma un groupe. Je me mis &#224; faire mon tra&#173;vail politique en dehors des heures de service. Nous organis&#226;mes des r&#233;unions de notre groupe, le soir. Ces r&#233;unions se passaient en longues cau&#173;series.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, dans la presse, les questions concernant la Douma &#233;taient fortement d&#233;battues. Je r&#233;ussis &#224; me lier sur ce terrain avec les an&#173;ciens, mais non avec tous il est vrai. Je leur expliquai ce que c'&#233;tait que la Douma, pourquoi le gouvernement tsariste la convoquait, etc. En un mot, je fus promu pr&#232;s des anciens au rang d'explicateur des questions politiques ayant trait &#224; la Douma. Mon travail progressa d'une mani&#232;re assez s&#233;rieuse et, malgr&#233; cela, je ne fus pas d&#233;&#173;couvert par l'administration qui, &#233;tant berc&#233;e par l'illusion de la docilit&#233; des ouvriers, ne re&#173;marquait pas ce qui se passait sous son nez. Personne ne remarquait ma figure modeste de man&#339;uvre, d'autant plus que je n'entrais jamais en discussion avec les anciens et m&#234;me, parfois, les soutenais lorsque les jeunes les taquinaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse s'assimilait sans s'en douter les conceptions r&#233;volutionnaires ; les exemples frap&#173;pants de mutineries de marins, de combats sur les barricades, etc. enflammaient leur imagina&#173;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque je disais que dans beaucoup d'usines les ouvriers avaient su imposer la journ&#233;e de 9 heures par une gr&#232;ve solidaire, la jeunesse s'excitait, Danilo se frottait les mains et, fermant les poings, disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudra secouer les n&#244;tres aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh, les n&#244;tres, il faudra du temps pour les mettre en train, disait Andr&#233; le pond&#233;r&#233;, pour calmer Danilo, rien que mon p&#232;re, pour le...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; De quoi ton p&#232;re ? c'est pas nos p&#232;res, c'est nous qu'il faut mettre en train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de &#171; secouer &#187; &#224; bord, chez nous, int&#233;ressa fortement les gars et ils n'abandon&#173;n&#232;rent plus cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re exp&#233;rience de travail avec la jeu&#173;nesse m'avait montr&#233; que ma tactique politique &#233;tait exacte, que je pouvais hardiment me reposer sur la jeunesse et travailler par son interm&#233;&#173;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de d&#233;velopper mon travail ult&#233;rieur de fa&#231;on &#224; &#234;tre moi-m&#234;me le plus longtemps pos&#173;sible dans l'ombre et &#224; ne pas provoquer trop t&#244;t l'attention de la gendarmerie ou de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'introduisis, avec l'autorisation du comit&#233; du Parti, une partie de la jeunesse dans un cercle du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'admission des jeunes &#224; un cercle politique les enthousiasma ; ils masquaient leur participa&#173;tion &#224; ce cercle par des m&#233;thodes de conspiration exag&#233;r&#233;es jusqu'&#224; la na&#239;vet&#233;, se consid&#233;raient avec orgueil comme membres d'un parti r&#233;volu&#173;tionnaire clandestin qui m&#232;ne la lutte, &#171; peut-on dire avec le tsar, son gouvernement et tous ses partisans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te tournait &#224; tous ces gars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question d'attirer la jeunesse des autres bateaux &#224; notre travail se posa devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut les r&#233;unir &#224; terre apr&#232;s le travail et leur parler, proposa Danilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel ballot ! r&#233;pliqua Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et toi, t'es si intelligent que tu crois que tous les autres sont des imb&#233;ciles, se froissa Da&#173;nilo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas &#171; les autres &#187;, mais seulement toi. T'es un imb&#233;cile. Vas les r&#233;unir tous, et aujourd'hui m&#234;me toute la ville saura de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Naturellement, ce n'est pas comme cela qu'il faut faire, dis-je pour soutenir Andr&#233; ; nous aurons toujours le temps de tomber entre les pattes de la gendarmerie, donc il ne faut pas se d&#233;p&#234;cher, il faut les entra&#238;ner progressivement, un par un, en choisissant, non les bavards, mais les fermes. Nous formerons un cercle solide. Il faut avoir son homme sur chaque navire et, par son interm&#233;&#173;diaire, travailler parmi la jeunesse de ces b&#226;ti&#173;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; s'enthousiasmait insensiblement, com&#173;me si notre cause lui &#233;tait devenue proche depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gars prirent sur eux de faire de l'agita&#173;tion parmi le jeunesse et de travailler &#224; l'adh&#233;&#173;sion des ouvriers des autres b&#226;timents. Nous r&#233;sol&#251;mes d'organiser un cercle parmi eux. Nous nomm&#226;mes Andr&#233; organisateur responsable, on avait d&#233;cid&#233; de ne pas mettre les navires en liaison avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, mon vieux, reste dans ton coin et montre-nous comment il faut faire, le reste, nous le ferons nous-m&#234;mes, d&#233;clara Danilo avec une ferme conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se noua le petit lien de notre grand travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur ma proposition, le comit&#233; d&#233;cida d'organiser un meeting en plein air &#224; la veille du Pre&#173;mier Mai. Ce meeting avait pour but d'attirer le plus grand nombre d'ouvriers de notre flottille et de dockers. Je confiai &#224; Danilo le soin de mobiliser tout notre cercle pour ce travail. Les gars firent tous de leur mieux. 100 hommes de la flot&#173;tille assist&#232;rent au meeting. Les postes, la cha&#238;ne de francs-tireurs, les mots de passe myst&#233;rieux, tout cela produisait une forte impression sur les ouvriers. Des socialistes-r&#233;volutionnaires avec lesquels des empoignades formidables avaient toujours lieu, s'infiltr&#232;rent aussi chez nous. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de Kertch n'&#233;taient pas tr&#232;s ferr&#233;s en th&#233;orie et se faisaient chaque fois copieusement battre par les social-d&#233;mocrates. C'est pourquoi les socialistes-r&#233;volution&#173;naires s'effor&#231;aient toujours de concentrer la discussion sur les questions ayant trait &#224; la ter&#173;reur. Sur ce point-l&#224;, la discussion leur &#233;tait plus facile. N&#233;anmoins, ils ne pouvaient obtenir la majorit&#233; dans nos meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting de ce jour dura longtemps. Nous expliqu&#226;mes en d&#233;tail la signification du Pre&#173;mier Mai, comment il fallait le f&#234;ter et pourquoi l'autocratie et les capitalistes &#233;taient contre lui, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting se termina &#224; l'aube. Nous part&#238;mes tous ensemble. La police savait qu'un meeting avait lieu, mais avait peur de se risquer dans la steppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait une peur intense de nos groupes de combat, dont elle connaissait &#233;galement l'exis&#173;tence, mais dont elle s'exag&#233;rait l'importance. C'est pourquoi elle r&#233;solut de surveiller le retour des auditeurs dans un faubourg de la ville et de les arr&#234;ter lorsqu'ils passeraient. Mais nos &#233;claireurs firent passer les ouvriers par des chemins d&#233;tourn&#233;s &#224; travers la montagne et les amen&#232;&#173;rent du c&#244;t&#233; oppos&#233; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 300 hommes descendirent bruyamment et en chantant de la montagne vers la rue cen&#173;trale de la ville ; les flics de garde sifflaient &#233;per&#173;dument, les policiers qui avaient pr&#233;par&#233; la sou&#173;rici&#232;re couraient &#224; toute allure vers le lieu de la manifestation, mais ils ne trouv&#232;rent personne. Le r&#233;seau des ruelles &#233;troites avait englouti les manifestants qui s'en revinrent tous, sains et saufs, dans leurs foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre meeting eut une influence &#233;norme sur tous les ouvriers et surtout sur la jeunesse. Les questions politiques devinrent le th&#232;me constant des conversations de la jeunesse. Les vieux gar&#173;daient le silence, mais tol&#233;raient ces conversa&#173;tions ; le meeting avait bris&#233; leur ent&#234;tement. Les discussions sur la terreur &#233;taient particuli&#232;re&#173;ment passionn&#233;es : le romantisme du terrorisme paraissait tr&#232;s s&#233;duisant, tr&#232;s noble et entra&#238;&#173;nant... et la jeunesse subissait la contagion de cet aventurisme malsain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; me d&#233;clara qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de dis&#173;cuter la question de la terreur dans notre cer&#173;cle ; il craignait beaucoup que cette question dan&#173;gereuse n'apport&#226;t la dissension au sein de notre cercle et f&#238;t avorter tout notre travail. Dans une causerie longue et d&#233;taill&#233;e faite au cercle, j'ex&#173;pliquai la signification de la lutte prol&#233;tarienne de masse que j'illustrai de deux exemples : une r&#233;volte arm&#233;e de marins et le soul&#232;vement de Moscou, et je parlai de la terreur individuelle comme m&#233;thode nuisible de lutte, d&#233;tournant le prol&#233;tariat de la lutte politique de masse ; la jeunesse envisagea d&#232;s lors avec plus de calme cette question br&#251;lante. Mes explications sur le r&#244;le essentiel de la pr&#233;paration d'un mouvement ouvrier de masse dont la force agissante menait &#224; la victoire furent convaincantes et, d&#233;tournant la jeunesse du romantisme individuel, l'orient&#232;rent vers la voie de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre liaison avec les autres unit&#233;s de la flot&#173;tille se consolida tellement que l'on pouvait d&#233;j&#224; activer le travail de la jeunesse organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de poser devant la jeunesse la ques&#173;tion de l'&#233;laboration d'un plan concret de lutte pour la diminution de la journ&#233;e de travail. La t&#226;che &#233;tait assez malais&#233;e : tout le monde doutait de la possibilit&#233; de d&#233;cider les ouvriers &#224; la gr&#232;ve ; ce travail &#233;tait nouveau, et, de plus, la question ne pouvait &#234;tre r&#233;solue par les seules forces de la jeunesse, il fallait faire marcher les vieux. J'esti&#173;mai &#233;galement que la gr&#232;ve ne r&#233;ussirait pas. Il fallait pour cela faire un travail soutenu et de plus longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je proposai d'essayer spontan&#233;ment, sans faire gr&#232;ve, de r&#233;duire le nombre des heures de tra&#173;vail. D'abord personne ne comprit cette mani&#232;re de poser la question, ensuite, apr&#232;s y avoir pens&#233;, mes camarades d&#233;cid&#232;rent que l'on pouvait essayer. Andr&#233; et moi pr&#238;mes sur nous d'&#233;labo&#173;rer ce plan. Nous confi&#226;mes aux autres le soin de faire de l'agitation en faveur de la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas poser pour le moment la question de l'aug&#173;mentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;labor&#226;mes, avec Andr&#233;, un plan d&#233;taill&#233;. Il se r&#233;sumait en ceci : les ouvriers de la flottille des dragueurs devaient r&#233;duire de leur propre volont&#233; la journ&#233;e de travail de 11 heures et demie &#224; 9 heures : au jour fix&#233;, les ouvriers de la caravane devaient arriver au travail &#224; 7 heures du matin au lieu de 6 heures ; prendre une demi-heure pour d&#238;ner et terminer le travail &#224; 4 heures au lieu de 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions d&#233;signer le jour fix&#233; pour l'ac&#173;complissement de notre plan d&#232;s que les ouvriers seraient suffisamment pr&#233;par&#233;s. La veille de ce jour, avant la fin du travail, sur toutes les che&#173;min&#233;es de tous les bateaux, nous devions &#233;crire &#224; la craie, en grosses lettres, &#224; quelle heure, le lendemain, le travail devait commencer et se ter&#173;miner. Pour diriger cette campagne, nous chois&#238;mes un comit&#233; avec, comme centre, le Victor Choumski, sur lequel je travaillais. L'organisa&#173;teur responsable ou pr&#233;sident du comit&#233; fut Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, le Victor Choumski devint le centre du mouvement ouvrier qui se formait &#224; bord de la flottille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je fis, au comit&#233; du Parti, mon rapport sur le plan de campagne pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail, ce plan provoqua les protes&#173;tations de tout le comit&#233; qui d&#233;clara qu'il fallait me borner au travail d'&#233;ducation &#224; l'int&#233;rieur du cercle et ne pas m'occuper de travail actif. Je d&#233;clarai au comit&#233; que la tactique des manifesta&#173;tions de combat organis&#233;es donnerait phis de r&#233;&#173;sultats politiques que le travail d'&#233;ducation &#224; l'in&#173;t&#233;rieur des cercles. Apr&#232;s ma d&#233;claration cat&#233;gorique, le comit&#233; fut oblig&#233; de ratifier mon plan et je re&#231;us l'autorisation de commencer notre campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse op&#233;rait avec d&#233;cision : elle faisait de l'agitation ouverte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. L'administration habitu&#233;e &#224; sa prosp&#233;rit&#233; paisible ne sentait pas le danger et portait peu d'attention &#224; la &#171; jeunesse bavarde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation d'un syndicat clandestin. Pr&#233;paration &#224; la gr&#232;ve. Premier Mai. Arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#171; sans effusion de sang &#187; obtenue avec la journ&#233;e de 9 heures, enthousiasma non seulement les jeunes, mais &#233;veilla aussi les anciens. Les vieux se mirent &#224; pr&#234;ter une oreille plus attentive aux questions politiques. Mon auto&#173;rit&#233; augmenta &#233;galement de beaucoup parmi toute la population de la flottille. Mes causeries politiques acqu&#233;raient un caract&#232;re &#224; demi-l&#233;gal de masse, mais je n'en continuais pas moins &#224; exprimer mes id&#233;es avec mod&#233;ration. Je crois que c'est justement mon assurance qui en imposait aux vieux. Toutes les causeries avaient lieu pen&#173;dant le casse-cro&#251;te et, parfois., le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit cr&#233;&#233; par la victoire me donna l'id&#233;e de l'organisation d'un syndicat clandestin. Cette id&#233;e re&#231;ut un accueil favorable de la part des ouvriers. L'organisation d'un syndicat l&#233;gal &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, impossible ; de plus, je ne tenais pas beaucoup moi-m&#234;me &#224; la l&#233;galisation. Je tenais compte de ce que je ne pourrais pas travailler pendant longtemps et que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les gendarmes se m&#234;leraient de l'affaire. Je craignis qu'un syndicat l&#233;galis&#233; ne rest&#226;t sans direction convenable et tomb&#226;t entre les mains des r&#233;actionnaires qui, &#224; ce moment, s'&#233;taient comme &#233;vapor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant consacr&#233; quelques r&#233;unions &#224; la ques&#173;tion des buts et des t&#226;ches des syndicats, nous nous r&#233;un&#238;mes en une s&#233;ance constitutive form&#233;e des camarades les plus s&#251;rs. Nous &#233;l&#251;mes un comit&#233; de direction auquel nous confi&#226;mes le soin d'&#233;laborer les statuts de notre syndicat, de fabriquer un cachet et d'acqu&#233;rir tout ce qui &#233;tait n&#233;cessaire pour un syndicat clandestin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; nos m&#233;thodes de conspiration, 50 ou&#173;vriers adh&#233;r&#232;rent au syndicat. Des fonds assez importants, pr&#232;s de 100 roubles, furent r&#233;unis, que nous ne savions en somme pas &#224; quoi d&#233;pen&#173;ser. De cette fa&#231;on, le syndicat commen&#231;a &#224; fonc&#173;tionner. Mais, comme chaque syndicat doit faire quelque chose, il est naturel que nous nous m&#238;mes &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les moyens de recommander le n&#244;tre &#224; la classe ouvri&#232;re. Les membres de notre syndicat pos&#232;rent cette question avec insistance devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que, de pair avec le syst&#232;me d'enr&#244;lement des ouvriers avec tous leurs ascendants et descendants, il existait dans la flottille toute une &#233;chelle compliqu&#233;e de salaires. Lorsque je fis le calcul du salaire d'un ouvrier de cat&#233;gorie inf&#233;rieure, je trouvais qu'il ne gagnait en tout et pour tout que 18 roubles au plus par mois. De plus, les conditions du travail lui-m&#234;me &#233;taient excessivement dures et antihygi&#233;niques ; m&#234;me les chauffeurs qui accomplissaient un tra&#173;vail de bagnards n'avaient ni costumes, ni gants de travail ; il n'existait aucune organisation sani&#173;taire et m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les questions qui devaient, en premier lieu, fixer l'attention de notre jeune syndicat. A l'une de nos r&#233;unions, je fis un rapport d&#233;taill&#233; sur la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et j'indiquais que l'am&#233;lioration &#233;conomi&#173;que de leur situation ne pouvait &#234;tre que le r&#233;sul&#173;tat d'une lutt&#233; organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union chargea la direction du syndicat de se mettre en secret &#224; l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e de la situation &#233;conomique des ouvriers de la flottille et d'&#233;laborer un plan de lutte pour l'application des mesures qui seraient &#233;labor&#233;es par la direc&#173;tion du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste &#224; cette &#233;poque, les marins de la flotte volontaire d'Odessa se mirent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syndicat r&#233;pondit &#224; cette gr&#232;ve par l'or&#173;ganisation d'une collecte parmi les ouvriers. 400 roubles furent envoy&#233;s aux gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la flottille se r&#233;partissaient en groupes professionnels de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier groupe : m&#233;tallurgistes, tourneurs et m&#233;canos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me groupe : m&#233;caniciens aux machines, aides-m&#233;caniciens, chauffeurs et hommes pr&#233;po&#173;s&#233;s au huilage des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me groupe : hommes pr&#233;pos&#233;s aux p&#233;ni&#173;ches et aux pompes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me groupe : matelots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes comptant le plus d'hommes et dont l'&#233;tat d'esprit &#233;tait le plus r&#233;volutionnaire &#233;taient les deux derniers et, lors de notre pre&#173;mier combat, ils avaient jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif. Les deux premiers groupes &#233;taient peu nombreux et faisaient montre d'une certaine retenue. Tant que la flottille hivernait pour les r&#233;parations, les deux derniers groupes pouvaient toujours avoir une influence d&#233;cisive sur la lutte. Mais lorsqu'elle &#233;tait en mer, ce r&#244;le passait aux premiers grou&#173;pes ; l'issue de la lutte d&#233;pendait enti&#232;rement d'eux, car l'&#226;me de la flottille : les machines, &#233;tait entre leurs mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une inspection minutieuse de nos for&#173;ces, il fut &#233;tabli qu'en cas de gr&#232;ve les m&#233;tallur&#173;gistes et les chauffeurs devraient &#234;tre &#224; l'avant-garde de celle-ci et nous d&#233;cid&#226;mes de les pr&#233;&#173;parer s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est caract&#233;ristique que d&#232;s que les ouvriers se mirent &#224; parler du syndicat qui avait &#233;t&#233; orga&#173;nis&#233;, les m&#233;tallurgistes se r&#233;veill&#232;rent, ayant compris que c'&#233;tait une organisation v&#233;ritable&#173;ment ouvri&#232;re qui &#233;tait n&#233;e Ils se mirent &#224; frap&#173;per avec insistance aux portes du syndicat et exig&#232;rent, sans mots inutiles, leur adh&#233;sion. Au&#173;tant il avait &#233;t&#233; difficile de les faire entrer dans la vie politique, autant il fut facile de les faire adh&#233;rer &#224; notre syndicat. Au bout d'un mois, les trois quarts des m&#233;tallurgistes et des chauffeurs faisaient d&#233;j&#224; partie de notre organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'informai le comit&#233; du Parti de l'organisation d'un syndicat clandestin, je fus assez froidement re&#231;u : &#171; C'est du blanquisme ! qu'est-ce que ce syndicat clandestin ? que va-t-il faire et comment pourra-t-il d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des ouvriers ? &#187; Voil&#224; ce que j'entendis de toutes parts. Je r&#233;pondis que notre syndicat &#233;tait plus une organisation politique de combat qu'une union professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on me reprocha alors de ne pas m'&#234;tre mis auparavant d'accord avec le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et, lorsque je d&#233;clarai qu'il &#233;tait possible qu'une gr&#232;ve &#233;clat&#226;t au mois de mai dans la flot&#173;tille et que notre syndicat &#233;tait en train d'&#233;labo&#173;rer un programme de revendications, cela causa une agitation extr&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement semblable &#224; Kertch &#233;tait une chose extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le diable l'emporte, il nous informe de ces choses pour la forme seulement. Pourquoi toutes ces choses se passent-t-elles en dehors du comit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment, en dehors du comit&#233; ? Mais je vous fais justement mon rapport pour ne pas laisser de c&#244;t&#233; le comit&#233;. Vous m'aviez confi&#233; le soin de travailler dans la flottille et j'y travaille, vous le voyez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut d&#233;battre la question de l'opportu&#173;nit&#233; d'une gr&#232;ve et savoir si les ouvriers y sont suffisamment pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le syndicat lui-m&#234;me pose la question de la gr&#232;ve et il faut croire qu'elle aura lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longues palabres, il me fut d&#233;clar&#233; que le comit&#233; ne prendrait pas la responsabilit&#233; d'une non r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sortis du comit&#233; assez pein&#233;. M&#234;me les. ou&#173;vriers membres du comit&#233; ne m'avaient pas sou&#173;tenu. J'&#233;tais seul et je r&#233;solus de continuer, seul, &#224; suivre ma voie jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pas encore pratiqu&#233; la lutte fraction&#173;nelle, je ne me sentais gu&#232;re assur&#233; apr&#232;s une telle r&#233;ception du comit&#233; du Parti ; je craignais de d&#233;vier du juste chemin. N&#233;anmoins, il n'y avait rien &#224; faire, il fallait continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du syndicat, ayant pr&#233;par&#233; les mat&#233;riaux de l'enqu&#234;te, fit son rapport &#224; l'assem&#173;bl&#233;e g&#233;n&#233;rale et pr&#233;para &#233;galement une liste des revendications &#224; pr&#233;senter pour l'am&#233;lioration des conditions de travail des ouvriers. Cette liste contenait 32 paragraphes qui englobaient toutes les revendications mat&#233;rielles et professionnel&#173;les des ouvriers. Le syndicat ratifia cette liste, d&#233;cida de la pr&#233;senter le 5 mai &#224; l'administra&#173;tion et de pr&#233;parer les ouvriers &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Premier Mai, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'ap&#173;peler les ouvriers &#224; faire la gr&#232;ve d'un jour et de v&#233;rifier par cette gr&#232;ve le degr&#233; de pr&#233;paration des ouvriers &#224; la lutte. Nous r&#233;sol&#251;mes de sou&#173;mettre pr&#233;alablement notre liste de revendica&#173;tions aux ouvriers non syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours avant le Premier Mai, je r&#233;unis la jeunesse et lui dis de commencer &#224; faire de l'agi&#173;tation parmi les ouvriers en faveur de la gr&#232;ve du Premier Mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes se mirent &#233;nergiquement, mais sans prendre assez de pr&#233;cautions, au travail. L'admi&#173;nistration s'inqui&#233;ta de leur agitation et organisa &#224; ce sujet une conf&#233;rence pr&#233;sid&#233;e par le chef du port. Cette conf&#233;rence r&#233;solut de d&#233;cider une certaine partie des ouvriers &#224; ne pas abandonner le travail et de mettre le pr&#233;fet de la ville au cou&#173;rant des &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient. A la veille du Premier Mai, des affiches de l'organisation du Parti et un appel du syndicat, hectogra&#173;phi&#233; par moi, furent distribu&#233;s &#224; bord de tous les bateaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions r&#233;solu de ne pas organiser de mee&#173;ting le soir et de le tenir le matin, d&#232;s qu'aurait commenc&#233; le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du Premier Mai, tous les ouvriers mont&#232;rent &#224; bord et certains d'entre eux se mirent m&#234;me au travail ; quant aux membres du syndi&#173;cat, ils fumaient paisiblement sur le pont. A 9 heures, la sir&#232;ne du Victor Choumski se mit &#224; hurler, soutenue par les sifflets des autres bateaux. L'administration, effray&#233;e, s'affaira. Les ouvriers descendirent &#224; terre aux cris de : &#171; Au meeting ! au meeting ! &#187; Ceux qui tentaient de res&#173;ter &#224; travailler furent chass&#233;s de force sur le quai. A terre, un meeting fut organis&#233;. Quelques ouvriers et moi f&#238;mes de courtes allocutions et, ensuite, tout le monde d&#233;cida d'aller d&#233;baucher les ouvriers des ateliers, des moulins et les d&#233;bar&#173;deurs. Toute notre masse se divisa en groupes et partit, chacun vers une destination donn&#233;e. Je pris une dizaine d'ouvriers et me dirigeai vers les moulins. Les ouvriers de l'un d'eux se joigni&#173;rent rapidement &#224; nous. A un autre endroit, il nous fallut organiser un meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce meeting fut r&#233;uni &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur du moulin. Bient&#244;t la police accompagn&#233;e d'une pa&#173;trouille militaire arriva et nous cerna. Les agents voulurent monter, mais les ouvriers se mirent &#224; leur jeter sur la t&#234;te des sacs de son et descendirent plusieurs flics de l'escalier. La police battit en retraite et se mit &#224; attendre, en bas, la fin du meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le meeting fut termin&#233;, les ouvriers d&#233;cid&#232;rent d'abandonner le travail et, en m&#234;me temps, exig&#232;rent une augmentation de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;quipes d'ouvriers travaillaient 12 heures par jour chacune au moulin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais avec moi le matelot Michel, qui s'&#233;tait &#233;chapp&#233; du croiseur Otchakov. C'&#233;tait un grand gars d'une force colossale. Il avait d&#233;cid&#233; de m'ac&#173;compagner aux moulins. Lorsque nous descend&#238;&#173;mes, nous f&#251;mes aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s et envoy&#233;s au commissariat, escort&#233;s par la patrouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commissariat, nous f&#251;mes interrog&#233;s par l'inspecteur Gvozdev. Apr&#232;s. un court interrogatoire, l'inspecteur ordonna de lib&#233;rer Michel et de m'enfermer dans une cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, je fus de nouveau convoqu&#233; par Gvozdev. Il m'invita &#224; m'asseoir et ordonna qu'on apporte le th&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! bien, Malakanov, nous savons que vous appartenez au Parti social-d&#233;mocrate, c'est bien ainsi, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regardai Gvozdev, mais ne lui r&#233;pondis rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous n'avons rien contre les social-d&#233;mo&#173;crates, parce que vous n'&#234;tes pas pour l'assassi&#173;nat des fonctionnaires et que vous limitez votre travail &#224; la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutais les sentences judicieuses de l'inspec&#173;teur et continuais &#224; me taire, attendant le mo&#173;ment o&#249; il se mettrait &#224; parler son vrai langage, le langage du policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que nous n'aurions absolument rien contre vous, si vous ne troubliez pas la vie publi&#173;que de notre ville... Nous estimons que votre con&#173;duite d'aujourd'hui est une atteinte &#224; l'ordre pu&#173;blic : d&#233;baucher les ouvriers des moulins, les ate&#173;liers oblig&#233;s de cesser le travail en ville, tout cela nous oblige &#224; porter notre attention sur vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'inspecteur prit une feuille de papier et continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai re&#231;u l'ordre du pr&#233;fet de vous enjoindre de quitter la ville dans les 24 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne partirai pas, fis-je d'un ton bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous ordonnons quand m&#234;me de quit&#173;ter la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je travaille et ne m'en irai pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela ne me regarde pas, r&#233;pliqua l'inspec&#173;teur, s'irritant. Si vous ne partez pas vous-m&#234;me, nous vous expulserons. J'estime que le pr&#233;fet a fait montre de beaucoup de condescendance &#224; votre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me donna l'ordre &#224; signer et ajouta ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous conseille d'ob&#233;ir &#224; l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'avait pas offert de th&#233;, bien qu'il y eut deux verres sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus de ne pas partir avant d'avoir accom&#173;pli ma t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du Premier Mai fut couronn&#233;e de suc&#173;c&#232;s. Nos groupes de jeunes s'&#233;taient dispers&#233;s par toute la ville et avaient fait arr&#234;ter le tra&#173;vail de tous les artisans, des menuisiers, des ateliers de fabrication de canots, barques, etc. Ils avaient fait quitter le travail aux ouvri&#232;res des manufactures de tabac Messaksoudi. Les usines de constructions m&#233;caniques faisaient gr&#232;ve d'une mani&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup parmi les jeunes ne furent pas aussi heureux que nous : une quinzaine d'hommes furent amen&#233;s devant l'inspecteur Holbach du Ier arrondissement, qui leur fit subir un interrogatoire en r&#232;gle et ne les lib&#233;ra, le lendemain, que sur l'ordre du pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un meeting en plein air fut organis&#233;, la nuit, dans les entrep&#244;ts &#233;loign&#233;s de la ville ; plus de 1.000 personnes r&#233;pondirent &#224; notre appel ; mais la police ayant eu vent de notre r&#233;union d&#233;cida de la disperser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements de police, sous le commandement de l'inspecteur Holbach, se dirig&#232;rent vers la montagne. Nos francs-tireurs et une partie des matelots arm&#233;s s'&#233;taient habilement dispos&#233;s en cercle autour de notre r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police mena l'offensive de trois c&#244;t&#233;s, fran&#173;chit, sans la remarquer, la premi&#232;re barri&#232;re de francs-tireurs cach&#233;s dans les rochers et, d&#232;s qu'elle atteignit la seconde ligne de francs-tireurs, ceux-ci la re&#231;urent par un feu nourri. Les poli&#173;ciers s'orientant mal dans l'obscurit&#233;, pris de pa&#173;nique, s'enfuirent. Les francs-tireurs sortirent de leurs abris en criant : &#171; Hourra ! &#187; et augment&#232;&#173;rent encore la panique en tirant des coups de revolver. En se sauvant, les policiers se heurt&#232;&#173;rent aux barri&#232;res de francs-tireurs dissimul&#233;s et ceux-ci se mirent &#224; mitrailler la police en fuite. Plusieurs policiers furent d&#233;sarm&#233;s ; nous confis&#173;qu&#226;mes le revolver et le sabre du sous-inspecteur. Le sabre fut aussit&#244;t bris&#233;. La police subit une d&#233;faite compl&#232;te et le meeting r&#233;ussit enti&#232;re&#173;ment. La moiti&#233; des ouvriers de la flottille &#233;taient l&#224; ; il y avait &#233;galement beaucoup d'anciens. Les d&#233;bardeurs avaient bien travaill&#233;, eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la r&#233;union, nous d&#233;cid&#226;mes de des&#173;cendre en corps en ville. Les francs-tireurs &#233;taient partis par des chemins connus d'eux seuls. Nous descend&#238;mes en tourbillon sur la large perspective Vorontzov. La police nous attendait, pen&#173;sant nous attaquer, mais, voyant la foule &#233;norme qui descendait, elle n'osa pas le faire et se mit &#224; regarder en silence, &#233;tonn&#233;e, le torrent bruyant qui passait devant elle. L'h&#233;sitation de la police s'expliquait, non par le nombre des manifestants, mais surtout parce que la masse &#233;tait constitu&#233;e presque enti&#232;rement par des ouvriers avec les&#173;quels il &#233;tait dangereux de prendre contact. Le succ&#232;s du Premier Mai fut &#233;norme et l'organisation de Kertch en fut fi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, la direction du syndicat se r&#233;unit pour examiner le rapport sur la pr&#233;paration de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction pr&#233;senta la liste des membres du comit&#233; de gr&#232;ve, ainsi que la liste des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient figurer l&#233;galement comme &#233;tant les diri&#173;geants de la gr&#232;ve, remettre le cahier de revendi&#173;cations &#224; l'administration et mener au nom du comit&#233; tous les pourparlers avec celle-ci. Il fut d&#233;cid&#233; de garder le secret, m&#234;me devant les ouvriers, sur la composition du comit&#233; de gr&#232;ve, la composition de celui-ci ne devant &#234;tre connue que de la direction du syndicat. Nos revendica&#173;tions politiques &#233;taient : la f&#234;te du Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures. Nous discut&#226;mes long&#173;temps s'il fallait exiger la convocation de l'As&#173;sembl&#233;e constituante, mais r&#233;sol&#251;mes de pr&#233;sen&#173;ter, pour la premi&#232;re fois, le moins possible d'exi&#173;gences imm&#233;diatement irr&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier Mai et la journ&#233;e de 8 heures &#233;taient des questions ayant une importance poli&#173;tique de principe, c'est pourquoi nous estimions que ces points seraient suffisants pour donner un sens politique &#224; notre programme &#233;conomi&#173;que. Parmi nos autres revendications, nous avions pr&#233;sent&#233; : la cr&#233;ation d'un comit&#233; ouvrier qui au&#173;rait le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers, et l'augmentation des salaires de 30 &#224; 40 %. Nous &#233;l&#251;mes pour les pourparlers une d&#233;l&#233;gation compos&#233;e d'anciens, parmi les plus fermes et les plus tenaces. Je fus compris dans la d&#233;l&#233;gation afin de soutenir, en cas de besoin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s pendant les pourparlers. Un groupe sp&#233;cial de francs-tireurs, compos&#233; de jeunes, fut cr&#233;&#233; pour surveil&#173;ler la police et op&#233;rer la liaison avec la troupe. A la t&#234;te de ce groupe nous pla&#231;&#226;mes Michel en le chargeant de ne pas laisser la jeunesse s'em&#173;baller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La flottille en gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mai au soir, &#224; la fin du travail, copie de nos revendications fut remise &#224; tous les capitai&#173;nes de notre flottille. La liste de nos revendica&#173;tions elle-m&#234;me avait &#233;t&#233; signifi&#233;e, par notre d&#233;l&#233;&#173;gation, &#224; l'administration du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remettant cette liste au chef du port, la d&#233;l&#233;&#173;gation lui d&#233;clara : &#171; Nous attendons une r&#233;ponse jusqu'&#224; demain midi ; si toutes nos revendications ne sont pas satisfaites, les ouvriers cesseront le travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port s'agita :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais comment cela, sans nous pr&#233;venir ? Mais vous savez que les bateaux &#233;trangers vont arriver dans une semaine ! Nous allons retarder le nettoyage du port, et vous pensez qu'on va nous dire merci pour cela &#224; P&#233;tersbourg ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela d&#233;pend enti&#232;rement de vous, r&#233;pondit le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation, si toutes nos exi&#173;gences sont satisfaites, les ouvriers continueront &#224; travailler et les bateaux &#233;trangers ne seront pas retenus &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant salu&#233; le chef du port, la d&#233;l&#233;gation sortit. Le soir, un meeting de tous les ouvriers fut orga&#173;nis&#233;. Je pris la parole pour montrer les difficul&#173;t&#233;s que nous allions avoir &#224; surmonter au cours de la lutte. Je parlai des concessions que l'admi&#173;nistration pouvait nous faire et d&#233;clarai qu'elle allait faire son possible pour mettre ensuite les &#171; meneurs &#187; &#224; la porte, c'est pourquoi il fallait, &#224; tout prix, obtenir la possibilit&#233; de cr&#233;er un comit&#233; ouvrier. Les vieux ouvriers d&#233;clar&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les gars, il a &#233;t&#233; difficile de nous faire mar&#173;cher, mais du moment que nous y sommes, il faut &#234;tre fermes ; vous avez pein&#233; pour nous mettre en train, on a r&#233;duit la journ&#233;e de travail, obtenons d'autres am&#233;liorations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, au matin, je fus cong&#233;di&#233;. Le capitaine de mon bateau m'appela dans sa cabine et d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par ordre du commandant du port, je dois vous renvoyer ; allez vous faire r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis que je ne pouvais accepter mon compte tant que je ne 'conna&#238;trais pas les motifs de mon renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait clair que l'administration me consid&#233;&#173;rait comme l'organisateur de toute l'affaire et avait r&#233;solu de se d&#233;barrasser de moi au plus vite, pour faire avorter la gr&#232;ve naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine d&#233;clara qu'il allait transmettre au commandant du port mon refus d'accepter l'ordre de renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;solus d'utiliser enti&#232;rement la &#171; fran&#173;chise &#187; avec laquelle le commandant du port m'avait d&#233;clar&#233; que les bateaux &#233;trangers allaient bient&#244;t arriver au d&#233;troit. En approchant du d&#233;troit, les &#171; &#233;trangers &#187; allaient sans aucun doute exiger qu'on les laiss&#226;t franchir celui-ci ou qu'on leur rembours&#226;t les frais de stationnement. On attendait beaucoup de bateaux, car la campagne d'exportation du bl&#233; du port de Rostov commen&#231;ait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;union du comit&#233; de gr&#232;ve et de la d&#233;l&#233;&#173;gation, j'expliquai l'importance de l'action des &#233;trangers sur l'administration et nous r&#233;sol&#251;mes d'attirer l'attention de toute la masse ouvri&#232;re sur les &#171; &#233;trangers &#187; qui pouvaient faire notre jeu. Il fut d&#233;cid&#233; &#233;galement de tenir compte de ce fait lors de nos pourparlers avec l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi, l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, d&#233;l&#233;gu&#233; par le commandant du port, monta &#224; bord du Choumski et d&#233;clara que le commandant examinerait notre &#171; p&#233;tition &#187; et satisferait &#224; toutes les exigences acceptables. En m&#234;me temps, il ordonnait aux ouvriers de continuer le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tumulte s'&#233;leva parmi les ouvriers group&#233;s autour de l'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il satisfasse &#224; tout ce qui est marqu&#233; dans la liste ; pas besoin de faire des promesses, on croit pas aux paroles, qu'il signe, qu'il signe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez... laissez tomber le boulot, pas besoin d'&#233;couter ici, qu'y parle aux d&#233;l&#233;gu&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rapidement des inscriptions en blanc appa&#173;rurent sur les chemin&#233;es, le sifflet du Choleski se mit &#224; hurler et les sifflets des autres dragueurs lui firent &#233;cho. Le 5 mai, &#224; midi, tous les ouvriers de la flottille, l'administration et les pilotes excep&#173;t&#233;s, abandonn&#232;rent le travail. Bou&#239;ko, ahuri par la r&#233;ponse des ouvriers et le spectre de la gr&#232;ve qui se dressait mena&#231;ante devant lui, restait plant&#233; l&#224;, sans comprendre ce qui arrivait aux ouvriers qui n'avaient jamais parl&#233; d'un m&#233;contentement quelconque et qu'il tenait toujours pour si dociles et si apprivois&#233;s. Il &#233;cartait les bras avec impuissance et marmottait d'une voix rauque : &#171; Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ? &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tenais non loin de l'ing&#233;nieur et regar&#173;dais aussi, mais avec quelle joie prenante, les ouvriers qui descendaient en torrent du bord et s'&#233;parpillaient en ruisseaux par les petites rues de la ville ; je ne m'attendais pas &#224; un tel &#233;lan unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous remportons la premi&#232;re victoire, monsieur Bou&#239;ko ; informez-en le commandant du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bou&#239;ko se retourna d'un coup vers moi et me fixa d'un regard f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est Malakanov, lui r&#233;pondit rapidement le capitaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Malakanov ? Pourquoi n'est-il pas renvoy&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il a refus&#233; de se faire r&#233;gler, il exige qu'on lui dise les motifs de son renvoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cong&#233;diez-le imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous attendrez, monsieur Bou&#239;ko. On r&#233;&#173;glera nos comptes apr&#232;s la gr&#232;ve. En attendant, je vous souhaite une bonne sant&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soulevai ma casquette sale, lui fis un l&#233;ger salut et nous descend&#238;mes en foule &#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je volais litt&#233;ralement. L'ivresse de la victoire et, en m&#234;me temps, l'inqui&#233;tude pour l'issue de la gr&#232;ve m'agitaient &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de deux jours, la d&#233;l&#233;gation se pr&#233;&#173;senta chez le commandant du port et lui demanda sa d&#233;cision au sujet de nos revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant ne nous re&#231;ut pas. Nous f&#251;mes re&#231;us &#224; sa place par son bras droit, le m&#234;me ing&#233;nieur Bou&#239;ko, un type assez d&#233;go&#251;tant qui nous d&#233;clara que son chef ne voulait pas r&#233;pondre &#224; des exigences insolentes. Nous part&#238;mes. Le lendemain, nous appr&#238;mes du t&#233;l&#233;graphiste, un ami d'Andr&#233;, que le commandant avait re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme du minist&#232;re du Commerce et de l'In&#173;dustrie qui demandait pourquoi l'on avait arr&#234;t&#233; le travail et ordonnait de commencer imm&#233;diatement les travaux de nettoyage du d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour, le chef du port nous fit savoir qu'il attendait nos repr&#233;sentants. Apr&#232;s une courte conf&#233;rence, nous d&#233;cid&#226;mes de lui envoyer un des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour savoir de quoi il s'agissait. Le d&#233;l&#233;gu&#233; revint et nous transmit que le chef du port voulait examiner nos revendica&#173;tions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consentait &#224; satisfaire une partie de nos exigences, mais, quant &#224; l'autre partie, il voulait y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; R&#233;fl&#233;chissez, lui r&#233;pliquai-je imm&#233;diate&#173;ment ; nous attendrons encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port rougit, mais demanda pos&#233;ment de quel bateau j'&#233;tais et quel &#233;tait mon nom. Je me nommai : Malakanov. Le chef du port bon&#173;dit et me cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es renvoy&#233;, je ne te parle pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;clar&#232;rent que j'avais refus&#233; d'accepter mon renvoi et que, de plus, j'avais &#233;t&#233; choisi comme d&#233;l&#233;gu&#233; par tous les ouvriers de la flottille. &#171; Par cons&#233;quent, ajout&#232;&#173;rent-ils, si vous ne voulez pas discuter avec lui, nous refuserons de continuer les pourparlers avec vous. &#187; Bou&#239;ko, qui se tenait pr&#232;s de la table, murmura : &#171; Ils sont vendus aux youpins. &#187; Je fus tellement indign&#233; par cette insolence que je me jetai sur lui les poings hauts ; effray&#233;, il sauta par-dessus la table et se cacha derri&#232;re le chef du port. J'attrapai un presse-papier et voulus le lui lancer &#224; la t&#234;te. Le commandant, perdant la t&#234;te, leva les bras au ciel et se mit &#224; les agiter en bal&#173;butiant : &#171; Messieurs, messieurs... mais quoi... comment pouvez-vous... calmez-vous... commen&#173;&#231;ons &#224;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gueule d&#233;go&#251;tante de l'ing&#233;nieur apeur&#233; et l'air comique du commandant me calm&#232;rent et je reposai le presse-papier sur la table. A la suite de cette sc&#232;ne, le commandant ne souleva plus la question de comp&#233;tence ; il nous fit asseoir autour de la table et ordonna &#224; l'ing&#233;nieur de s'&#233;loigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous d&#233;clara ensuite qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; satis&#173;faire une partie de nos revendications. La d&#233;l&#233;ga&#173;tion lui r&#233;pondit qu'elle exigeait qu'il f&#238;t droit, non seulement aux revendications secondaires, mais &#224; toutes les revendications que nous lui avions pr&#233;sent&#233;es. Le chef du port fit son pos&#173;sible pour &#234;tre aimable avec nous. Il s'effor&#231;ait de nous entra&#238;ner dans une discussion que nous &#233;lud&#226;mes. Nous lui r&#233;p&#233;t&#226;mes encore une fois nos revendications et sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous &#233;loignant, nous entend&#238;mes l'ing&#233;nieur qui disait, m&#233;content :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel plaisir trouvez-vous &#224; discuter avec cette canaille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous g&#226;tez tout avec votre emportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudrait leur l&#226;cher un r&#233;giment de cosa&#173;ques sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, un des d&#233;l&#233;gu&#233;s remarqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein, avez-vous entendu, les cosaques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y en a pas dans la ville, des cosaques, r&#233;pon&#173;dit tranquillement le pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, nous devions tenir compte de cette menace. S'il n'y avait pas de cosaques, il y avait des soldats... Ils pouvaient nous organiser une provocation ; ce Bou&#239;ko &#233;tait un animal f&#233;&#173;roce et il nous ha&#239;ssait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre service de renseignements nous informa que le chef du port avait envoy&#233; une lettre au pr&#233;fet en lui demandant d'intervenir et de faire cesser la gr&#232;ve, mais que le pr&#233;fet avait r&#233;pondu, que tant qu'il n'y avait pas d'exc&#232;s, il ne voulait pas en provoquer par son intervention. Nous compr&#238;mes alors pourquoi la police ne nous tou&#173;chait pas. Le pr&#233;fet connaissait sans doute nos revendications ; quant &#224; la fa&#231;on dont il les envi&#173;sageait, nous ne le savions pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#238;mes &#233;galement que le chef du port s'&#233;tait adress&#233; au commandant de la place, aupr&#232;s duquel il avait essuy&#233; un refus. Le commandant lui avait r&#233;pondu : &#171; Chez moi non plus, la tran&#173;quillit&#233; ne r&#232;gne pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant re&#231;u ces renseignements, nous les trans&#173;m&#238;mes aux ouvriers et les pr&#233;v&#238;nmes en m&#234;me temps de la possibilit&#233; de provocations polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les dragueurs et les p&#233;niches furent ran&#173;g&#233;s le long du quai. Aucun signe de vie &#224; bord. Seul un ouvrier montait la garde sur chaque b&#226;ti&#173;ment. Sa t&#226;che &#233;tait de nous informer de ce que faisait l'administration du bord. Un dragueur au milieu du d&#233;troit, &#224; l'emplacement du travail, nous inqui&#233;tait fortement. Bien que l'&#233;quipage de ce dragueur nous ait fait savoir que le Lissovski (c'&#233;tait le nom du b&#226;timent) s'&#233;tait joint &#224; nous, n&#233;anmoins il n'avait pas amen&#233; la drague &#224; quai. Nous craignions qu'il ne se m&#238;t &#224; travailler la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gation r&#233;solut de rejoindre le Lissovski pour l'amener &#224; quai. Le chef du port poss&#233;dait un petit remorqueur qui, dans la journ&#233;e, &#233;tait toujours sous pression. Nous r&#233;sol&#251;mes de l'uti&#173;liser. Lorsque nous arriv&#226;mes pour le prendre, nous rencontr&#226;mes l'ing&#233;nieur Bou&#239;ko, qui, ayant appris que nous voulions aller &#224; bord du Lis&#173;sovski, refusa cat&#233;goriquement de nous donner le remorqueur. Nous d&#233;cid&#226;mes alors de le prendre par force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ouste ! &#224; bord les gars, pas besoin d' lambiner ici, s'&#233;cria Micha&#239;l en sautant sur le pont du remorqueur. Mais Bou&#239;ko tourna un tuyau vers lui et lui lan&#231;a un jet de vapeur &#224; la figure. Micha&#239;l tomba. Le m&#233;canicien mit le moteur en marche et le remorqueur s'&#233;loigna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furieux, nous engueulions l'ing&#233;nieur qui nous regardait en ricanant m&#233;chamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des d&#233;l&#233;gu&#233;s monta dans une barque &#224; rames.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons-y &#224; la rame ! laissons-le se cavaler avec son remorqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ass&#238;mes dans la barque et trois paires de rames nous firent rapidement atteindre le Lissovski. Bou&#239;ko, voyant que nous &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; rejoindre le Lissovski, lan&#231;a le remor&#173;queur &#224; toute vitesse vers celui-ci, puis fit un court virage vers le bateau-signal militaire. Cette man&#339;uvre nous inqui&#233;ta. Si Bou&#239;ko r&#233;ussissait &#224; convaincre le commandant du bateau-signal, il pourrait nous interdire l'acc&#232;s du Lissovski. Je fis part de mes r&#233;flexions aux autres d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vire sur le bateau-signal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barque vira vers celui-ci et nous l'atteign&#238;mes &#224; la suite de Bou&#239;ko. Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s et moi mont&#226;mes jusqu'&#224; la passerelle o&#249; nous f&#251;mes re&#231;us par le capitaine du bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il riait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que c'est que ces visites inusit&#233;es aujourd'hui ? dit-il gaiement, en nous souhaitant le bonjour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous sommes quelque peu inquiets de la visite que l'ing&#233;nieur du port est venu vous ren&#173;dre, r&#233;pond&#238;mes-nous ; voil&#224; de quoi il s'agit : Nous sommes en gr&#232;ve afin d'am&#233;liorer nos con&#173;ditions &#233;conomiques. Un dragueur est rest&#233; dans le d&#233;troit. Nous avons voulu l'amener &#224; quai pour qu'il ne souffre pas de la temp&#234;te, mais l'ing&#233;nieur du port s'y oppose. Nous craignons &#233;galement, qu'il ne veuille vous convaincre de nous emp&#234;cher de ramener le Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, il m'a en effet pri&#233; de vous emp&#234;cher de ramener le Lissovski, mais je ne peux pas faire cela sans un ordre expr&#232;s de mes sup&#233;rieurs. Je ne pourrais intervenir que si vous vous livriez &#224; des exc&#232;s &#224; bord du Lissovski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il n'y a pas d'exc&#232;s qui tiennent ; de toute fa&#231;on le Lissovski est en gr&#232;ve, seulement, en restant dans le d&#233;troit il risque de s'&#233;chouer ou de s'enliser dans la vase et nous n'avons pas le droit de le laisser s'ab&#238;mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine se tourna vers l'ing&#233;nieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous demande pardon, M. Bou&#239;ko, mais je n'ai pas le droit de me m&#234;ler de vos affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous redescend&#238;mes dans la barque et rejoign&#238;mes le Lissovski. Apr&#232;s avoir conf&#233;r&#233; avec l'&#233;quipage et le capitaine, nous lev&#226;mes l'ancre et amen&#226;mes le dragueur &#224; quai. Les ouvriers accueillirent son arriv&#233;e par des ovations joyeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade du t&#233;l&#233;graphe nous apprit que le ministre du Commerce et de l'Industrie avait de nouveau t&#233;l&#233;graphi&#233; pour savoir pourquoi les travaux ne commen&#231;aient pas, le chef du port avait r&#233;pondu que les ouvriers avaient organis&#233; une gr&#232;ve politique. Nous d&#233;cid&#226;mes de trans&#173;mettre t&#233;l&#233;graphiquement nos revendications au ministre, en d&#233;clarant que nous exigions com&#173;pl&#232;te satisfaction, sans quoi nous continuerions la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en gr&#232;ve depuis huit jours et com&#173;mencions &#224; souffrir de privations. La faim frap&#173;pait d&#233;j&#224; &#224; la porte des familles ouvri&#232;res. Nous atteignions le passage le plus dangereux qu'il fallait absolument franchir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, nous avions &#233;crit &#224; tous les syndicats de Crim&#233;e en leur demandant de soutenir notre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats d'Odessa et du Grand Tokmak nous d&#233;l&#233;gu&#232;rent leurs repr&#233;sentants avec une somme de pr&#232;s de cinq mille roubles. Cette aide renfor&#231;a la combativit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers vota, &#224; l'una&#173;nimit&#233;, la prolongation de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du syndicat des marins d'Odessa, nous re&#231;&#251;mes un t&#233;l&#233;gramme nous informant qu'une flottille comptant quatre dragueurs et huit p&#233;niches &#233;tait sortie du port d'Odessa, &#224; destination de Kertch. Ce fait nous plongea dans l'inqui&#233;tude. Nous r&#233;un&#238;mes une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale qui choi&#173;sit une d&#233;l&#233;gation pour aller &#224; la rencontre de la flottille d'Odessa et parler &#224; son &#233;quipage. Les marins d'Odessa organis&#232;rent une r&#233;union &#224; bord de leurs bateaux et d&#233;cid&#232;rent de se joindre &#224; la gr&#232;ve et de se soumettre au comit&#233; de gr&#232;ve de la flottille de Kertch. La flottille entra dans le port, tous les bateaux se rang&#232;rent en ordre et jet&#232;rent l'ancre. Au matin, les habitants de Kertch contemplaient avec admiration les &#171; in&#173;vit&#233;s d'Odessa &#187; rang&#233;s au milieu de la baie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union organis&#233;e par les d&#233;l&#233;gations des flottilles d'Odessa et de Kertch d&#233;cida que les Odessites ne sortiraient pas du port de Kertch avant la fin de la gr&#232;ve. Cette d&#233;cision fut com&#173;muniqu&#233;e aux capitaines de la flottille d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me de leur arriv&#233;e, le chef du port r&#233;unit en conf&#233;rence les capitaines des dragueurs d'Odessa et leur reprocha de ne pas avoir su l'aider &#224; sortir de sa situation difficile ; mais les capitaines, ayant simplement t&#233;moign&#233; de leur impuissance, retourn&#232;rent &#224; bord de leurs ba&#173;teaux. D'Odessa la flottille re&#231;ut l'ordre de retourner &#224; son port d'attache, mais les &#233;quipages d&#233;clar&#232;rent qu'ils ne l&#232;veraient l'ancre qu'une fois la gr&#232;ve termin&#233;e. De Marioupol, deux dragueurs re&#231;urent &#233;galement l'ordre de partir, mais les autorit&#233;s de Marioupol ayant appris que les Odessites avaient adh&#233;r&#233; &#224; la gr&#232;ve, donn&#232;rent aussit&#244;t contre-ordre et les dragueurs rest&#232;rent &#224; quai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;trangers arrivaient d&#233;j&#224; &#224; l'entr&#233;e du d&#233;troit et, ne se risquant pas dans le canal bloqu&#233;, jetaient l'ancre sur place. Le douzi&#232;me jour de la gr&#232;ve, huit bateaux &#233;tran&#173;gers stationnaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau du chef du port, des sc&#232;nes orageuses se d&#233;roulaient ; les capitaines des na&#173;vires &#233;trangers exigeaient que l'on f&#238;t passer leurs b&#226;timents : &#171; Nous subissons des pertes impor&#173;tantes, d&#233;claraient-ils, pourquoi vos dragueurs ne travaillent-ils pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;l&#233;grammes volaient vers le mi&#173;nistre ; les &#233;trangers exigeaient qu'on leur r&#233;&#173;pondit s'ils devaient attendre ou s'en retourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre envoya l'ordre au chef du port, de r&#233;gler imm&#233;diatement le conflit et de reprendre le travail. Le chef du port s'agitait et ne savait qu'entreprendre. Bou&#239;ko s'&#233;tait cach&#233; on ne savait o&#249;. La situation se tendait visiblement et l'on sentait que le chef du port allait bient&#244;t ca&#173;pituler. Mais, chez les ouvriers, la faim se faisait aussi sentir ; ils faiblissaient et commen&#231;aient &#224; h&#233;siter. A terre, les postes policiers &#233;taient renforc&#233;s ; souvent, pr&#232;s du Choumski, des gendarmes apparaissaient. Les ouvriers restaient tran&#173;quillement assis sur les bastingages et lorsque les gendarmes s'approchaient, ils les regardaient en silence. Sous ces regards les gendarmes se d&#233;p&#234;chaient de partir. Ils n'essayaient pas d'op&#233;rer d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appuyais fortement sur la jeunesse que je gardais sous mon influence. Avant chaque r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la faire de l'agitation parmi les h&#233;sitants et la r&#233;u&#173;nion d&#233;cidait chaque fois de &#171; continuer la gr&#232;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; du Parti &#233;tait &#233;tonn&#233; de voir une telle tenue et une telle t&#233;nacit&#233; chez cette masse dont il d&#233;sesp&#233;rait auparavant de tirer politique&#173;ment quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en &#233;tions au quinzi&#232;me jour de gr&#232;ve. D&#232;s le matin j'avais re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme. Je lus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copie &#224; Malakanov &#187;. Je le d&#233;pliai et faillis tomber &#224; la renverse : &#171; Ordre ministre. Satis&#173;faites revendications, liquidez imm&#233;diatement conflit, commencez travail. Chef cabinet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;un&#238;mes rapidement le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation. Le t&#233;l&#233;gramme provoqua la jubi&#173;lation g&#233;n&#233;rale : &#171; Victoire, victoire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on vint nous dire qu'un envoy&#233; du chef du port cherchait partout la d&#233;l&#233;gation et que le chef du port nous invitait chez lui pour reprendre les pourparlers. Nous part&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port &#233;tait seul dans son cabinet. Il nous dit bonjour et me regarda d'un regard in&#173;terrogateur ; il ne savait &#233;videmment pas si j'avais re&#231;u la copie du t&#233;l&#233;gramme ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, causons un peu, peut-&#234;tre arrive&#173;rons-nous &#224; nous entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Causons, seulement nous ne changerons pas de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant rougit, mais se reprit aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, voyons encore une fois en quoi nous pouvons vous satisfaire. C'est &#224; tort que tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fit la grimace et continua &#224; lire ; il d&#233;clara encore que quelques revendica&#173;tions &#233;taient a exag&#233;r&#233;es &#187;, mais il c&#233;da bient&#244;t sur tous les points, except&#233; les trois premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous c&#233;d&#226;mes sur la question du Premier Mai, mais insist&#226;mes sur la journ&#233;e de huit heures pour les chauffeurs et d&#233;clar&#226;mes, pour la se&#173;conde fois, r&#233;solument, que nous ne c&#233;derions pas sur la question du comit&#233; ouvrier. Nous ne p&#251;mes arriver &#224; une entente. Mes d&#233;l&#233;gu&#233;s n'a&#173;vaient pas prononc&#233; une parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait s'entendre avec lui. Regarde, toutes nos exigences sont satisfaites. On aurait pu c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A grand peine je r&#233;ussis &#224; les convaincre de ne pas c&#233;der sur cette question. Je leur citai des exemples montrant comment les ouvriers avaient &#233;t&#233; priv&#233;s de tout ce qu'ils avaient gagn&#233; pendant les gr&#232;ves et leur dis qu'avec eux ce serait la m&#234;&#173;me chose, et que d&#232;s que la gr&#232;ve serait termin&#233;e, ils seraient les premiers chass&#233;s, tandis que si nous avions un comit&#233; ayant le droit de contr&#244;&#173;ler le renvoi des ouvriers, l'administration ne pourrait pas les renvoyer arbitrairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s tomb&#232;rent d'accord avec moi. Il &#233;tait n&#233;cessaire maintenant de r&#233;unir tous les ouvriers et d'obtenir leur acquiescement pour continuer la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;sol&#251;mes d'abord d'effectuer un travail pr&#233;paratoire parmi les gr&#233;vistes, afin de leur d&#233;&#173;montrer la n&#233;cessit&#233; d'obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier. Je r&#233;unis la jeunesse, lui expliquai l'importance de la victoire que nous avions remport&#233;e ainsi que l'instabilit&#233; de cette derni&#232;re si nous ne r&#233;ussissions pas &#224; obtenir la reconnaissance du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse comprit parfaitement la situation et se mit &#224; travailler &#233;nergiquement les vieux. La nuit, nous convoqu&#226;mes une r&#233;union g&#233;n&#233;rale. La discussion fut chaude ; le comit&#233; de gr&#232;ve et la d&#233;l&#233;gation eurent &#224; soutenir un assaut formi&#173;dable ; les ouvriers nous pressaient d'accepter les propositions du chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nous avons obtenu presque tout ce que nous voulions, nous pouvons c&#233;der sur la question du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, certains d&#233;l&#233;gu&#233;s h&#233;sit&#232;rent de nouveau et se mirent &#224; soutenir les opposants les plus tenaces. Les palabres se prolong&#232;rent et, pendant longtemps, nous ne m&#238;mes pas la question aux voix. Puis, je lan&#231;ai les jeunes. Ils se mirent &#224; parler l'un apr&#232;s l'autre. La discussion se prolon&#173;gea presque jusqu'&#224; l'aube. On escomptait la fatigue des auditeurs. Enfin nous m&#238;mes la ques&#173;tion aux voix. Nous e&#251;mes la majorit&#233; : 50 voix. C'&#233;tait la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Encore un effort, camarades, la victoire sera compl&#232;te et le comit&#233; sera le clou de notre vic&#173;toire ; nous l'enfoncerons de mani&#232;re &#224; ce qu'ils ne puissent l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous s&#233;par&#226;mes. Nous f&#238;mes en sorte que le chef du port apprenne que les ouvriers avaient d&#233;cid&#233; de prolonger la gr&#232;ve. Nous en &#233;tions au dix-septi&#232;me jour. Le soir, le chef du port invita la d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, la victoire est &#224; vous, j'accepte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous acceptez quoi, demandai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'accepte le comit&#233;, le diable vous emporte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et les huit heures aux chauffeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je les accepte aussi. Reprenez le travail d&#232;s demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, il faut signer nos conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais nos revendications &#224; nous. Signez en deux exemplaires. Je sortis les exemplaires pr&#233;&#173;par&#233;s et les posai devant lui, sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, quoi, vous n'avez pas confiance en ma parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous vous croyons, mais votre signature fera mieux sous nos revendications. &#199;a sera plus solide et nous les signerons &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant prit notre liste, lut attentive&#173;ment les deux exemplaires et, s'adressant &#224; moi, demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais quoi, vous &#233;tiez s&#251;rs de gagner la gr&#232;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui. D&#232;s que les &#233;trangers sont apparus, nous n'avons plus dout&#233; de la victoire. La der&#173;ni&#232;re d&#233;cision de notre assembl&#233;e l'indique du reste nettement : &#171; Continuer la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et qui va signer de votre c&#244;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le pr&#233;sident ? Vous avez d&#233;j&#224; &#233;lu le comit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, il est d&#233;j&#224; &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port signa les deux exemplaires et me tendit la plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vossiukov, signe, dis-je &#224; l'un des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vossiukov prit la plume de sa main calleuse qui tremblait honteusement et signa les deux exemplaires. J'en pris un pour moi et tendis le deuxi&#232;me au commandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le chef du port, vous devrez r&#233;soudre toutes les questions ayant trait &#224; la mise en pratique des conventions accept&#233;es par vous, avec le pr&#233;sident du comit&#233; ouvrier, Vossiukov. Je vous prie d'&#233;couter attentivement le paragra&#173;phe traitant du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mis &#224; lire le paragraphe 3' :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers de la flottille &#233;lisent un comit&#233; ouvrier qui aura le droit de contr&#244;ler le renvoi des ouvriers de la flottille et du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En cas d'objection du comit&#233;, l'administra&#173;tion n'op&#232;re pas le renvoi des ouvriers. Si le comit&#233; estime n&#233;cessaire de licencier tel ou tel ouvrier, l'administration s'engage &#224; ratifier la proposition du comit&#233;. Le comit&#233; assume le con&#173;tr&#244;le de l'application de l'accord entre les ou&#173;vriers et l'administration, sign&#233; &#224; la fin de la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sachez, Monsieur le chef du port, que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des ouvriers a donn&#233; pleins pouvoirs au comit&#233; pour d&#233;clarer la gr&#232;ve au cas o&#249; l'administration refuserait d'ex&#233;cuter les clauses de l'engagement sign&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du port fixait la feuille de papier et hochait silencieusement la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, au revoir, demain le travail repren&#173;dra et, au fait, nos h&#244;tes d'Odessa rentreront chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'esp&#232;re, Monsieur Malakanov, que vous n'&#234;tes pas compris dans l'accord ? Nous vous avons signifi&#233; votre renvoi ayant la signature, me d&#233;clara le chef du port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'insiste pas, d'autant plus que j'ai moi-m&#234;me promis de me faire r&#233;gler mon compte apr&#232;s la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef sourit aigrement et ne r&#233;pondit rien. Nous sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben, mon vieux, tu lui as bien parl&#233;. Qui c'est qu'aurait pu croire que tu l'aurais forc&#233; &#224; signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y avait rien &#224; faire, il avait les &#233;trangers sur le dos. S'il n'avait pas sign&#233; il aurait de toute fa&#231;on perdu la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, mon vieux, et de belles promesses, on se serait fait empiler en deux temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et puis t'as &#233;t&#233; malin au sujet du comit&#233;, t'as nomm&#233; Vossiukov pr&#233;sident et on n'avait m&#234;me pas encore &#233;lu le comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous l'&#233;lirons. Quant &#224; Vossiukov, c'est un gars solide et d&#233;vou&#233;. Nous le ferons pr&#233;sident. Et, maintenant, tenez-vous au comit&#233; comme le cur&#233; &#224; l'encensoir et pas un diable ne pourra vous nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, nous nous r&#233;un&#238;mes sur la rive ; le comit&#233; de gr&#232;ve fit un compte rendu complet sur l'accord obtenu. Nous montr&#226;mes la signature du chef du port &#224; tout le monde. Certains pas&#173;sages de notre conversation avec le chef soule&#173;v&#232;rent des manifestations d'approbation bruyan&#173;tes. Je fis un tableau de la marche de la gr&#232;ve et des conditions dans lesquelles elle s'&#233;tait d&#233;&#173;roul&#233;e et expliquai l'importance de la solidarit&#233; des ouvriers, en fournissant comme exemple la solidarit&#233; de la flottille et des syndicats d'Odessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Odessites prirent la parole. Ils lou&#232;rent et admir&#232;rent la fermet&#233; et la bonne organisation des prol&#233;taires de Kertch. Le nombre de membres de notre syndicat doubla ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;posa ses pouvoirs. L'as&#173;sembl&#233;e d&#233;cida &#224; l'unanimit&#233; de lui donner le nom de comit&#233; ouvrier et la candidature de Vos&#173;siukov en qualit&#233; de pr&#233;sident du comit&#233; fut ratifi&#233;e. Il fut d&#233;cid&#233; que : &#171; en cas de violation par l'administration des conditions concernant le comit&#233; ouvrier, celui-ci d&#233;clare imm&#233;diatement la gr&#232;ve et tous les ouvriers doivent se soumettre aux ordres du comit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant l&#233;galis&#233; par cette d&#233;cision les pleins pou&#173;voirs du comit&#233; ouvrier, les ouvriers heureux, enivr&#233;s de leur victoire, cl&#244;tur&#232;rent leur derni&#232;re r&#233;union de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e j'allai me faire r&#233;gler mon compte. On travaillait ferme &#224; bord de tous les navires. Les voix se m&#234;laient au bruit des mar&#173;teaux. Apr&#232;s un mois de silence la flottille renais&#173;sait. Le dragueur Lissovski &#233;volua lentement vers l'embouchure du d&#233;troit. Derri&#232;re lui s'align&#232;rent les p&#233;niches. La flottille d'Odessa s'affairait aus&#173;si, levait l'ancre au fracas de ses cha&#238;nes ; les ordres retentissaient. Les Odessites se pr&#233;paraient &#224; prendre la mer. Un soleil &#233;clatant cares&#173;sait les visages h&#226;l&#233;s des ouvriers. Le travail re&#173;prenait avidement ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon compte fut rapidement r&#233;gl&#233;. Ayant fait mes adieux aux amis, je descendis sur la rive. Des &#233;claireurs accoururent vers moi et me pr&#233;&#173;vinrent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; File dans la steppe, les gendarmes arrivent pour t'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivis leur conseil. Je me sentais comme all&#233;g&#233; d'un poids &#233;norme. Toutes les difficult&#233;s et les inqui&#233;tudes de ces jours derniers s'&#233;taient envol&#233;es. Et comment ne pas me sentir l&#233;ger, lorsque je venais de gagner une victoire bolche&#173;vik importante sur le secteur du front prol&#233;tarien qui m'&#233;tait assign&#233;. Ces victoires, m&#234;me partielles, vous donnaient la force n&#233;cessaire pour d&#233;velopper et continuer le combat, pour pr&#233;parer la lutte d&#233;cisive et la victoire d'Octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/nikoforov/works/00/table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les t&#226;ches des r&#233;volutionnaires face au mouvement du 10 septembre : souvenons-nous de 1905 !</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9302</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article9302</guid>
		<dc:date>2025-09-25T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalism - le syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les t&#226;ches des r&#233;volutionnaires face au mouvement du 10 septembre &lt;br class='autobr' /&gt;
Les militants sinc&#232;res de l'appel du 10 septembre, dont certains Gilets jaunes, ont subi depuis un mois l'offensive des r&#233;formistes apeur&#233;s, qui ont tout fait pour promouvoir le &#034;mouvementisme&#034; : promotion tous azimuts d'actions qui visent &#224; promener les contestataires, &#233;viter les assembl&#233;es politiques et d&#233;tourner le mouvement de son sens premier. Certains Gilets jaunes ont maintenu leurs propres assembl&#233;es autonomes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE &#034;LA VOIX DES TRAVAILLEURS&#034; - &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalism - le syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les t&#226;ches des r&#233;volutionnaires face au mouvement du 10 septembre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les militants sinc&#232;res de l'appel du 10 septembre, dont certains Gilets jaunes, ont subi depuis un mois l'offensive des r&#233;formistes apeur&#233;s, qui ont tout fait pour promouvoir le &#034;mouvementisme&#034; : promotion tous azimuts d'actions qui visent &#224; promener les contestataires, &#233;viter les assembl&#233;es politiques et d&#233;tourner le mouvement de son sens premier. Certains Gilets jaunes ont maintenu leurs propres assembl&#233;es autonomes, n'ayant aucune illusion dans les directions syndicales, flairant le pi&#232;ge de la &#034;convergence&#034; du 10 et du 18, deux journ&#233;es antagonistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action pour l'action est un pi&#232;ge, et Ma&#238;tre Eckhart, th&#233;ologien du Moyen-&#226;ge, avait vu loin : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les gens ne devraient pas toujours tant r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'ils doivent faire, ils devraient plut&#244;t penser &#224; ce qu'ils doivent &#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La CGT trahit le mouvement de la base mais ce n'est pas vraiment nouveau &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Binet, en se d&#233;solidarisant d&#232;s le d&#233;but du mouvement du 10 septembre de mani&#232;re claire et publique, puis en soutenant le point de vue de l'intersyndicale et le contrefeu organis&#233; le 18 septembre pour emp&#234;cher les travailleurs des grandes entreprises de rejoindre le mouvement le 10, a sign&#233; sa trahison du peuple travailleur. Elle a &#233;t&#233; si claire que des f&#233;d&#233;rations, des unions locales ou r&#233;gionales ont ressenti le besoin de faire semblant de se d&#233;solidariser de sa position et de jouer une journ&#233;e d'inaction syndicale le 10, d'aller aussi jouer leur partition dans les assembl&#233;es du mouvement &#171; Bloquons tout &#187; en se disant m&#234;me pour le blocage mais en refusant tout le reste. Les syndicalistes de LFI, des &#233;cologistes et de l'extr&#234;me gauche les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s dans cette voie : celle consistant &#224; d&#233;tourner le mouvement du chemin qu'il avait initi&#233;, c'est-&#224;-dire de la m&#233;thode et des objectifs du type Gilets jaunes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens est dans les g&#232;nes de la CGT depuis belle lurette, en fait depuis la premi&#232;re guerre mondiale et elle est alors pass&#233;e du syndicalisme d'action directe visant la r&#233;volution sociale &#224; la collaboration &#224; la boucherie mondiale imp&#233;rialiste au nom du patriotisme, participant m&#234;me au pouvoir guerrier et &#224; l'unit&#233; nationale militariste. Elle a continu&#233; en restant pour l'essentiel pacifiste &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie &#224; la fin de la guerre mondiale pour &#233;viter une situation r&#233;volutionnaire en France. Elle a poursuivi lors de la nouvelle mont&#233;e ouvri&#232;re de 1934-1936, se gardant de donner un caract&#232;re de classe r&#233;volutionnaire &#224; la lutte anti-fasciste, &#224; la lutte gr&#233;viste, soutenant le mouvement bourgeois dit &#171; front populaire &#187; qui se gardait bien d'&#234;tre un front de classe. Elle a cass&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et soutenu le gouvernement. Une bonne partie de ses cadres sont ensuite pass&#233;s au fascisme lavaliste et p&#233;tainiste. Ceux qui ne l'ont pas fait ont rejoint l'autre camp bourgeois et imp&#233;rialiste, le gaullisme. Puis elle est pass&#233;e au pouvoir &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187;, devenant la principale force polici&#232;re pour casser les gr&#232;ves jusqu'&#224; &#234;tre d&#233;bord&#233;e par la gr&#232;ve des ouvriers de Renault en 1947. Elle a cass&#233; les reins de nombreuses gr&#232;ves et notamment la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1968. Elle s'est violemment heurt&#233;e aux tentatives de diriger les gr&#232;ves par des comit&#233;s de lutte dirig&#233;s par la base et par des coordinations, des assembl&#233;es souveraines et d&#233;cisionnelles, tout ce qui pouvait &#234;tre de l'auto-organisation a &#233;t&#233; violemment combattu par la CGT. Elle est pass&#233;e du c&#244;t&#233; du gouvernement de gauche de Mitterrand, cassant de nouveau des gr&#232;ves comme celle de Talbot &#224; Poissy. Elle a ensuite beaucoup perdu en force du c&#244;t&#233; des ouvriers en m&#234;me temps que le PCF s'y affaiblissait consid&#233;rablement. Elle a pris le tournant de la collaboration ouverte avec le pouvoir comme les autres syndicats, signant des accords contre les int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens. Elle s'est mise &#224; diriger des journ&#233;es d'inaction contre les gr&#232;ves illimit&#233;es. Et &#224; nouveau en 2025, elle a fait de grands efforts pour discr&#233;diter et emp&#234;cher avant m&#234;me qu'il ne commence le mouvement du 10 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes d'extr&#234;me-gauche n'ont rien fait pour se d&#233;marquer des directions syndicales, alors qu'ils auraient au moins pu planter le drapeau du syndicalisme r&#233;volutionnaire, car c'est &#224; titre syndical qu'ils sont les invit&#233;s des grands media : JP Mercier a accept&#233; de devenir la &#034;mascotte r&#233;volutionnaire de LCI&#034;. Ce n'est pas en agitant le hochet r&#233;formiste qu'est la menace sempiternelle de &#034;la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, ou de la &#034;semaine des quatre jeudis de gr&#232;ve&#034; que les r&#233;volutionnaires peuvent se diff&#233;rencier des r&#233;formistes. La seule diff&#233;rence est qu'ils pr&#233;parent l'insurrection pour instaurer la dictature du prol&#233;tariat. Sous forme de propagande aujourd'hui o&#249; cette perspective est lointaine et peut paraitre impossible , d'agitation demain quand elle paraitra impossible &#224; &#233;viter, d'action quand la situation sera m&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1934 : Pierre Naville appelait &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le pr&#233;sident Macron use les partis et les premiers ministres, nous sommes dans une situation analogue &#224; celle qui suivit l'&#233;meute fascisante du 6 f&#233;vrier 1934 : transition de la r&#233;publique bourgeoise au fascisme de guerre, par l'interm&#233;diaire du bonapartisme. Doumergue qui forma un cabinet d'union nationale, s'usa en quelques semaines, et le militant trotskiste P. Naville en d&#233;duisait des objectifs qui sont d'actualit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le gouvernement Doumergue est us&#233;. Les groupements bourgeois ne lui donnent plus gu&#232;re d'esp&#233;rance. (...) L'initiative de la chute de Doumergue, nous le r&#233;p&#233;tons inlassablement, c'est la classe ouvri&#232;re qui doit la prendre. Nous l'avons dit, nous le redirons : il faut pr&#233;parer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour renverser Doumergue. C'est l'objectif qu'il faut fixer au front unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, nous demande-t-on, par quoi voulez vous remplacer le gouvernement Doumergue. Nous ne sommes pas encore en &#233;tat de lui substituer le pouvoir des soviets, la classe ouvri&#232;re n'en est pas l&#224; (...) l'Humanit&#233; (...) se contente de demander &#224; Doumergue, tout comme la direction socialiste, de nouvelles &#233;lections. (...) Puisque les grandes masses se placent encore sur le terrain de la d&#233;mocratie et non de la dictature du prol&#233;tariat, nous ne nous y d&#233;robons pas. Mais nous leur disons que pour reconqu&#233;rir le terrain perdu le 6 f&#233;vrier, il n'est pas possible de s'en tenir &#224; la d&#233;mocratie de la III&#232;me R&#233;publique, il faut s'inspirer de celle de la Grande R&#233;volution Fran&#231;aise.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;P. Naville parle certes de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais passe rapidement sur ses modalit&#233;s, car l'essentiel est le but, la gr&#232;ve n'&#233;tant qu'un outil primaire mais bien r&#244;d&#233; : remise en cause du r&#233;gime politique par lequel la bourgeoisie exerce sa dictature. Les pseudo r&#233;volutionnaires affirment aujourd'hui p&#233;remptoirement : ce n'est pas une personne qu'il faut changer. Mais par l&#224;, ils &#233;cartent surtout toute action ill&#233;gale, le principe d'une insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le l&#233;galisme est une des caract&#233;ristiques des opportunistes, les agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvriers. Les pseudo-r&#233;volutionnaires exaltent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais &#224; la mani&#232;re de Pelloutier-Briand, car ils exaltent le respect de la loi, et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est tout &#224; fait l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les souvenirs de 1905 (Empire russe), 1936 (France, Espagne), 1968 (monde entier), associent, &#224; juste titre, l'id&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; celle de r&#233;volution. Mais la gr&#232;ve eut un caract&#232;re r&#233;volutionnaire uniquement lorsqu'elle fut l'initiative spontan&#233;e de la classe ouvri&#232;re. En 1936, la gr&#232;ve avec occupation des usines eut un caract&#232;re r&#233;volutionnaire car elle exprimait la d&#233;sob&#233;issance de la classe ouvri&#232;re &#224; l'&#233;gard de la gauche r&#233;formiste qui se consacrait enti&#232;rement &#224; l'alliance &#233;lectorale du Front populaire. D&#233;sob&#233;ir aux directions syndicales, c'est commencer &#224; d&#233;sob&#233;ir &#224; l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais P. Naville n'appelait-il pas &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? Non, il appelait essentiellement &#224; une journ&#233;e insurrectionnelle comme en connurent les r&#233;volutions fran&#231;aises de 1789, 1848, proposant comme forme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le but &#233;tait que la classe ouvri&#232;re prenne l'initiative de renverser le gouvernement, car c'est une &#233;tape dans l'objectif fix&#233; par Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste : que le prol&#233;tariat prenne la t&#234;te de la nation, &#224; travers une premi&#232;re initiative politique d'envergure nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gr&#232;ves de 1905 vues par Trotsky&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky d&#233;crivait en quoi la grande gr&#232;ve d'octobre 1905 n'avait rien &#224; voir avec celle que propose aujourd'hui en parole l'extr&#234;me gauche, mais &#233;tait au service d'une politique, institutionnalis&#233;e par un soviet :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 13 au soir, dans les b&#226;timents de l'Institut technologique, eut lieu la premi&#232;re s&#233;ance du futur soviet. Il n'y avait pas plus de trente &#224; quarante d&#233;l&#233;gu&#233;s. On d&#233;cida d'appeler imm&#233;diatement le prol&#233;tariat de la capitale &#224; la gr&#232;ve politique g&#233;n&#233;rale et &#224; l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s. &#034; La classe ouvri&#232;re, disait l'appel r&#233;dig&#233; &#224; la premi&#232;re s&#233;ance, a d&#251; recourir &#224; l'ultime mesure dont dispose le mouvement ouvrier mondial et qui fait sa puissance : &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale... Dans quelques jours, des &#233;v&#233;nements d&#233;cisifs doivent s'accomplir en Russie. Ils d&#233;termineront pour de nombreuses ann&#233;es le sort de la classe ouvri&#232;re ; nous devons donc aller au devant des faits avec toutes nos forces disponibles, unifi&#233;es sous l'&#233;gide de notre commun soviet... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un changement de r&#233;gime faisait partie des revendications politiques, comme l'armement du prol&#233;tariat, et &#034;c'est trop peu de cesser le travail&#034; affirmaient les ouvriers gr&#233;vistes, alors que c'est aujourd'hui pour l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise le summum de la r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;La gr&#232;ve d'octobre marchait d'un pas s&#251;r vers son apog&#233;e. En t&#234;te du cort&#232;ge, venaient les ouvriers du m&#233;tal et de l'imprimerie. Ils furent les premiers &#224; entrer dans la bataille et ils formul&#232;rent d'une fa&#231;on nette et pr&#233;cise, le 13 octobre, leurs mots d'ordre politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Nous d&#233;clarons la gr&#232;ve politique, proclamait l'usine Oboukhov, cette citadelle de la r&#233;volution, et nous lutterons jusqu'au bout pour la convocation d'une assembl&#233;e constituante sur la base du suffrage universel, &#233;galitaire, direct et secret, dans le but d'instituer en Russie la r&#233;publique d&#233;mocratique. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promulguant les m&#234;mes mots d'ordre, les ouvriers des stations d'&#233;lectricit&#233; d&#233;claraient : &#034; Unis avec la social d&#233;mocratie, nous lutterons pour nos revendications jusqu'au bout et nous affirmons devant toute la classe ouvri&#232;re que nous sommes pr&#234;ts &#224; combattre les armes &#224; la main, pour l'enti&#232;re lib&#233;ration du peuple. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che du moment &#233;tait d&#233;finie d'une mani&#232;re encore plus hardie par les ouvriers typographes qui envoyaient, le 14 octobre, leurs d&#233;put&#233;s au soviet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Reconnaissant que la lutte passive est par elle m&#234;me insuffisante, que c'est trop peu de cesser le travail, nous d&#233;cidons : qu'il faut transformer les troupes de la classe ouvri&#232;re en gr&#232;ve en une arm&#233;e r&#233;volutionnaire, c'est &#224; dire organiser imm&#233;diatement des compagnies de combat. Que ces compagnies s'occupent d'armer le reste des masses ouvri&#232;res, au besoin en pillant les armureries et en arrachant &#224; la police et aux troupes leurs armes partout o&#249; il sera possible de le faire. &#034; Cette r&#233;solution ne fut pas une vaine parole. Les compagnies de typographes arm&#233;s remport&#232;rent un succ&#232;s remarquable lorsqu'elles mirent la main sur les grandes imprimeries qui devaient servir &#224; la publication des Izvestia (&#034; Les Nouvelles &#034;) du soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers ; elles rendirent des services inappr&#233;ciables au cours de la gr&#232;ve des postes et t&#233;l&#233;graphes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'elle fut insurrectionnelle, politique que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1905 fut r&#233;volutionnaire. Armement du prol&#233;tariat, formation d'un soviet dans la capitale . Si les ouvriers se d&#233;claraient &#034;Unis avec la social d&#233;mocratie&#034;, c'est que cette social-d&#233;mocratie s'&#233;tait faite connaitre depuis la fondation de la II&#232;me internationale &#224; Paris en 1889, par une propagande inlassable, t&#226;che oubli&#233;e aujourd'hui par l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;nine et les gr&#232;ves de 1905&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'a jamais appel&#233; &#224; la gr&#232;ve en 1905, il ne fit que constater leur spontan&#233;it&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;La gr&#232;ve s'est &#233;tendue de jour en jour avec une rapidit&#233; vertigineuse. Les ouvriers ont organis&#233; un grand nombre de r&#233;unions et ont &#233;labor&#233; leur &#171; charte &#187;, leurs revendications &#233;conomiques et politiques. Malgr&#233; la direction des gens de Zoubatov, ces revendications se ramenaient, en somme, &#224; celles du Parti social-d&#233;mocrate, y compris le mot d'ordre : convocation d'une Assembl&#233;e constituante &#233;lue au suffrage universel direct, &#233;gal et au scrutin secret. La croissance spontan&#233;e d'une gr&#232;ve comme on n'en avait encore jamais vue a d&#233;pass&#233; de loin la participation m&#233;thodique des social-d&#233;mocrates organis&#233;s.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Zoubatov &#233;tait un colonel de la police tsariste. Les socio-d&#233;mocrate &#233;taient d&#233;pass&#233;s par la croissance spontan&#233;e des gr&#232;ves, l'organisation concr&#232;te revenait aux syndicats jaunes ! Mais le travail de propagande et d'agitation des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes fit que ce sont les id&#233;es social-d&#233;mocrates que les ouvriers forc&#232;rent les agents de Zoubatov &#224; reprendre. Les communistes jouent donc un r&#244;le essentiel par la propagande et l'agitation pr&#233;c&#233;dant une r&#233;volution, un r&#244;le secondaire dans l'&#233;clatement d'une r&#233;volution et des gr&#232;ves qui en sont l'expression. Mais leur r&#244;le essentiel est de pr&#233;parer l'insurrection qui aboutit &#224; la dictature du prol&#233;tariat. Les pr&#233;misses et la conclusion de la r&#233;volution, son prologue et sa derni&#232;re &#233;tape, sont celles o&#249; les r&#233;volutionnaires ont l'initiative. Les phases interm&#233;diaires sont celles o&#249; ils sont minoritaires, sont noy&#233;s dans le flot, mais ont la capacit&#233; de cr&#233;er et participer aux soviets, y formant une infime minorit&#233; au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les pseudo-r&#233;volutionnaires font aujourd'hui le contraire, ils ne font aucune propagande pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais donnent l'ordre aux ouvriers &#034;d'organiser des gr&#232;ves&#034;, de s'organiser pour organiser l'organisation, en d'autres termes d'adh&#233;rer &#224; leur parti, avec en vue les &#233;lections municipales. Ils sont exactement dans le r&#244;le de mench&#233;viques que L&#233;nine d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme LO, les NPAs, RP, les mench&#233;viks faisaient l'apologie du &#034;mouvement&#034;, dont ce mouvement n'avait pas besoin, car il s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; spontan&#233;ment, mais se refusaient &#224; accomplir les t&#226;ches d'un parti r&#233;volutionnaire, au nom du fait qu'on ne peut pas &#034;fixer la date de la r&#233;volution&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;La r&#233;volution populaire ne peut pas &#234;tre faite &#224; date fixe, c'est juste (...) Mais fixer la date de l'insurrection, si nous l'avons r&#233;ellement pr&#233;par&#233;e, et si le bouleversement d&#233;j&#224; accompli dans les rapports sociaux la rend possible, est chose parfaitement r&#233;alisable.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine (1905)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trotsky ne fixeront avec succ&#232;s cette date que 12 ans plus tard, le 25 octobre 1917. Mais d&#232;s 1905 &#224; l'&#233;chelle du parti, L&#233;nine expliquait aux militants que cette t&#226;che &#233;tait essentiellement celle diff&#233;renciant les authentiques r&#233;volutionnaires des autres. A l'&#233;chelle d'une classe sociale, ce sont les ouvriers de P&#233;tersbourg qui accomplirent cette t&#226;che, en tant qu'avant-garde, en appelant &#224; l'insurrection d&#232;s le 10 janvier 1905, le lendemain du dimanche sanglant. Et L&#233;nine soulignait l'importance de tels appels, auxquels appartenaient l'avenir, malgr&#233; leur &#233;chec dans l'imm&#233;diat :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'appel des ouvriers de P&#233;tersbourg n'a pas &#233;t&#233; suivi d'effet et ne pouvait l'&#234;tre aussi vite qu'ils le voulaient Il sera repris plus d'une fois encore, et les tentatives insurrection elles conduiront peut-&#234;tre plus d'une fois &#224; des insucc&#232;s. Mais le fait que la t&#226;che ait &#233;t&#233; pos&#233;e par les ouvriers eux-m&#234;mes a une importance colossale. Le mouvement ouvrier, qui a pris conscience du caract&#232;re pressant et pratique de cette t&#226;che, devenue imminente d&#232;s la prochaine explosion populaire, quelle qu'elle soit, a fait l&#224; une acquisition que rien ne pourra lui ravir.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Or les appels au 10 septembre ont marqu&#233; une &#233;tape analogue : la d&#233;nonciation explicite du Capital incarn&#233; par les milliardaires et les parlementaires corrompus, la d&#233;nonciation implicite des directions syndicales, de leur incapacit&#233; &#224; prononcer elles-m&#234;mes de tels appels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce point de vue que L&#233;nine appelait les militants r&#233;volutionnaires &#224; faire leur travail, propager leurs id&#233;es, au lieu de faire des apologies bouffies de flatteries du &#034;mouvement&#034;, dont les travailleurs n'ont pas besoin :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ne minimisez pas les t&#226;ches de l'avant-garde de la r&#233;volution, n'oubliez pas le devoir qui nous incombe de la soutenir de notre initiative &#034;organis&#233;e&#034;. Faites moins de phrases g&#233;n&#233;rales sur le d&#233;veloppement de l'initiative ouvri&#232;re &#8212; les ouvriers font preuve d'une initiative infinie sans que vous le remarquiez - et veillez davantage &#224; ne pas d&#233;praver les ouvriers arri&#233;r&#233;s avec votre propre suivisme.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine (1905)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pravation de la conscience des ouvriers en lutte, c'est le r&#233;sum&#233; de ce que la CGT et Solidaires s'activent &#224; faire, aid&#233;s &#224; leur droite par le PS, le PC et LFI, sur leur gauche par le suivisme de l'extr&#234;me-gauche opportuniste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en donnant une perspective communiste aux appels du 10 septembre, en popularisant l'id&#233;e des soviets et d'une future insurrection, que les authentiques r&#233;volutionnaires seront &#224; la hauteur des t&#226;ches qui leur incombent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;ritables militants communistes ne choisissent pas le &#034;mouvementisme&#034; (le mouvement spontan&#233; par le mouvement pour le mouvement) pour combattre la trahison des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens par les organisations r&#233;formistes et opportunistes parce que mettre en avant le mouvement, l'action, c'est occulter ses objectifs. Ce que vient de d&#233;montrer l'&#233;chec (partiel) du 10 septembre ce n'est pas l'incapacit&#233; du mouvement de la base &#224; bloquer le pays mais la n&#233;cessit&#233; de ne pas s'en tenir &#224; l'id&#233;e de bloquer et de mettre en avant le but du blocage. Pour les r&#233;formistes, le but est quelques revendications &#233;conomiques et pour les r&#233;volutionnaires, le but est la mise en place de structures de la base en vue d'un double pouvoir contestant le pouvoir des milliardaires, le controlant pour finir par le renverser et mettre en place le pouvoir des comit&#233;s et conseils &#233;lus par des assembl&#233;es souveraines et d&#233;cisionnelles ind&#233;pendantes des appareils li&#233;s &#224; l'ancien Etat. Ce programme doit &#234;tre d&#233;fendu par des r&#233;volutionnaires organis&#233;s en parti politique car il &#233;mane de l'histoire de la lutte r&#233;volutionnaire et pas seulement du mouvement lui-m&#234;me. Que l'&#233;chec du 10 septembre apprenne aux participants du mouvement, qu'ils aient ou non particip&#233; aux Gilets jaunes ce qu'est v&#233;ritablement un programme et un parti r&#233;volutionnaire et l'avenir est &#224; nous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment Trotsky envisageait d&#232;s 1905 ce que sera la r&#233;volution russe </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8501</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8501</guid>
		<dc:date>2025-04-03T22:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment Trotsky envisageait d&#232;s 1905 ce que sera la r&#233;volution russe de 1917... &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous donnons ci-dessous de larges extraits de deux ouvrages : &#034;1905&#034; et &#034;Bilan et perspectives&#034; de L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
de L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt; PREFACE DE L'EDITION RUSSE DE 1922 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de 1905 apparaissent comme le puissant prologue du drame r&#233;volutionnaire de 1917. Pendant les longues ann&#233;es de r&#233;action triomphante qui ont suivi, l'ann&#233;e 1905 est toujours demeur&#233;e &#224; nos yeux comme un tout achev&#233;, comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Trotsky envisageait d&#232;s 1905 ce que sera la r&#233;volution russe de 1917... &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous donnons ci-dessous de larges extraits de deux ouvrages : &#034;1905&#034; et &#034;Bilan et perspectives&#034; de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1905
&lt;p&gt;de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PREFACE DE L'EDITION RUSSE DE 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de 1905 apparaissent comme le puissant prologue du drame r&#233;volutionnaire de 1917. Pendant les longues ann&#233;es de r&#233;action triomphante qui ont suivi, l'ann&#233;e 1905 est toujours demeur&#233;e &#224; nos yeux comme un tout achev&#233;, comme l'ann&#233;e de la &#034; r&#233;volution russe &#034;. Actuellement, 1905 n'a plus ce caract&#232;re individuel et essentiel, sans avoir pour cela perdu de son importance historique. La r&#233;volution de 1905 est directement sortie de la guerre russo japonaise et, de la m&#234;me mani&#232;re, la r&#233;volution de 1917 a &#233;t&#233; le r&#233;sultat imm&#233;diat du grand massacre imp&#233;rialiste. Ainsi, par ses origines comme par son d&#233;veloppement, le prologue contenait tous les &#233;l&#233;ments du drame historique dont nous sommes aujourd'hui les spectateurs et les acteurs. Mais ces &#233;l&#233;ments se pr&#233;sentaient dans le prologue sous une forme abr&#233;g&#233;e, non encore d&#233;velopp&#233;e. Toutes les forces composantes qui sont entr&#233;es dans la carri&#232;re en 1905 sont maintenant &#233;clair&#233;es d'une lumi&#232;re plus vive par le reflet des &#233;v&#233;nements de 1917. L'Octobre rouge, comme nous l'appelions d&#232;s ce temps l&#224;, a grandi et est devenu, douze ans plus tard, un Octobre incomparablement plus puissant et v&#233;ritablement triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre grand avantage en 1905, &#224; l'&#233;poque du prologue r&#233;volutionnaire, fut en ceci que nous autres, marxistes, &#233;tions d&#232;s lors arm&#233;s dune m&#233;thode scientifique pour l'&#233;tude de l'&#233;volution historique. Cela nous permettait d'&#233;tablir une explication th&#233;orique des relations sociales que le mouvement de l'histoire ne nous pr&#233;sentait que par indices et allusions. D&#233;j&#224;, la gr&#232;ve chaotique de juillet 1903, dans le Midi de la Russie, nous avait fourni l'occasion de conclure que la m&#233;thode essentielle de la r&#233;volution russe serait une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du prol&#233;tariat, transform&#233;e bient&#244;t en insurrection. Les &#233;v&#233;nements du 9 janvier, en confirmant d'une mani&#232;re &#233;clatante ces pr&#233;visions, nous amen&#232;rent &#224; poser en termes concrets la question du pouvoir r&#233;volutionnaire. D&#232;s ce moment, dans les rangs de la social-d&#233;mocratie russe, on se demande et on recherche activement quelle est la nature de la r&#233;volution russe et quelle est sa dynamique int&#233;rieure de classe. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans l'intervalle qui s&#233;pare le 9 janvier de la gr&#232;ve d'octobre 1905 que l'auteur arriva &#224; concevoir le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire de la Russie sous l'aspect qui fut ensuite fix&#233; par la th&#233;orie dite de la &#034; r&#233;volution permanente &#034;. Cette d&#233;signation quelque peu abstruse voulait exprimer que la r&#233;volution russe, qui devait d'abord envisager, dans son avenir le plus imm&#233;diat, certaines fins bourgeoises, ne pourrait toutefois s'arr&#234;ter l&#224;. La r&#233;volution ne r&#233;soudrait les probl&#232;mes bourgeois qui se pr&#233;sentaient &#224; elle en premier lieu qu'en portant au pouvoir le prol&#233;tariat. Et lorsque celui ci se serait empar&#233; du pouvoir, il ne pourrait s'en tenir aux limites d'une r&#233;volution bourgeoise. Tout au contraire et pr&#233;cis&#233;ment pour assurer sa victoire d&#233;finitive, l'avant garde prol&#233;tarienne devrait, d&#232;s les premiers jours de sa domination, p&#233;n&#233;trer profond&#233;ment dans les domaines interdits de la propri&#233;t&#233; aussi bien bourgeoise que f&#233;odale. Dans ces conditions, elle devrait se heurter &#224; des d&#233;monstrations hostiles de la part des groupes bourgeois qui l'auraient soutenue au d&#233;but de sa lutte r&#233;volutionnaire, et de la part aussi des masses paysannes dont le concours l'aurait pouss&#233;e vers le pouvoir. Les int&#233;r&#234;ts contradictoires qui dominaient la situation d'un gouvernement ouvrier, dans un pays retardataire o&#249; l'immense majorit&#233; de la population se composait de paysans, ne pourraient aboutir &#224; une solution que sur le plan international, dans l'ar&#232;ne d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. Lorsque, en vertu de la n&#233;cessit&#233; historique, la r&#233;volution russe aurait renvers&#233; les bornes &#233;troites que lui fixait la d&#233;mocratie bourgeoise, le prol&#233;tariat triomphant serait contraint de briser &#233;galement les cadres de la nationalit&#233;, c'est &#224; dire qu'il devrait consciemment diriger son effort de mani&#232;re &#224; ce que la r&#233;volution russe dev&#238;nt le prologue de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'un intervalle de douze ans se place entre ce jugement et les faits, l'appr&#233;ciation que nous venons d'exposer s'est trouv&#233;e compl&#232;tement justifi&#233;e. La r&#233;volution russe n'a pas pu aboutir &#224; un r&#233;gime de d&#233;mocratie bourgeoise. Elle a d&#251; transmettre le pouvoir &#224; la classe ouvri&#232;re. Si celle ci s'est r&#233;v&#233;l&#233;e trop faible en 1905 pour conqu&#233;rir la place qui lui revenait, elle a pu s'affermir et m&#251;rir non point dans la r&#233;publique de la d&#233;mocratie bourgeoise, mais dans les retraites cach&#233;es o&#249; la confinait le tsarisme du 3 juin. Le prol&#233;tariat est arriv&#233; au pouvoir en 1917 gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience acquise par 1905. Les jeunes ouvriers ont besoin de poss&#233;der cette exp&#233;rience, ils ont besoin de conna&#238;tre l'histoire de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;cid&#233; d'ajouter &#224; la premi&#232;re partie de ce livre deux articles dont l'un, concernant le livre de Tcherevanine, fut imprim&#233; en 1908 dans la revue de Kautsky Neue Zeit, et l'autre, o&#249; l'on s'efforce d'&#233;tablir la th&#233;orie de la &#034; r&#233;volution permanente &#034;, et o&#249; l'on pol&#233;mique avec les repr&#233;sentants de l'opinion qui dominait alors sur ce sujet dans la social d&#233;mocratie russe, fut publi&#233; en 1909, je crois, dans une revue du parti polonais dont les inspirateurs &#233;taient Rosa Luxemburg et L&#233;o Joguiches. Ces articles permettront, ce me semble, au lecteur de s'orienter plus facilement dans le conflit d'id&#233;es qui eut lieu au sein de la social d&#233;mocratie russe durant la p&#233;riode qui suivit imm&#233;diatement la premi&#232;re r&#233;volution ; et ils jetteront aussi quelque lumi&#232;re sur certaines questions, extr&#234;mement graves, que l'on agite aujourd'hui. La conqu&#234;te du pouvoir n'a nullement &#233;t&#233; improvis&#233;e en octobre 1917, comme tant de braves gens se l'imaginent ; la nationalisation des fabriques et des usines par la classe ouvri&#232;re triomphante ne fut point non plus une &#034; faute &#034; du gouvernement ouvrier qui aurait refus&#233; d'entendre les avertissements des mencheviks. Ces questions ont &#233;t&#233; discut&#233;es et ont re&#231;u une solution de principe durant une p&#233;riode de quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits d'id&#233;es au sujet du caract&#232;re de la r&#233;volution russe d&#233;passaient d&#232;s lors les limites de la social d&#233;mocratie russe et gagnaient les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s du socialisme mondial. La fa&#231;on dont les mencheviks concevaient la r&#233;volution bourgeoise fut expos&#233;e tr&#232;s consciencieusement, c'est &#224; dire dans toute sa franche platitude, par le livre de Tcherevanine. Les opportunistes allemands adopt&#232;rent aussit&#244;t, avec empressement, cette mani&#232;re de voir. Sur la proposition de Kautsky, je fis la critique de ce livre dans la Neue Zeit. Kautsky, &#224; cette &#233;poque, se montra compl&#232;tement d'accord avec mon appr&#233;ciation. Lui aussi, de m&#234;me que feu Mehring, s'en tenait au point de vue de la &#034; r&#233;volution permanente &#034;. Maintenant, un peu tard, Kautsky pr&#233;tend rejoindre dans le pass&#233; les mencheviks. Il cherche &#224; justifier sa position actuelle en rabaissant celle qu'il avait alors. Mais cette falsification n&#233;cessit&#233;e par les inqui&#233;tudes d'une conscience qui, devant ses th&#233;ories, ne se trouve pas assez pure, est contredite par les documents qui subsistent dans la presse. Ce que Kautsky &#233;crivait &#224; cette &#233;poque, le meilleur de son activit&#233; litt&#233;raire et scientifique, sa r&#233;ponse au socialiste polonais Louznia, ses &#233;tudes sur les ouvriers am&#233;ricains et russes, la r&#233;ponse &#224; l'enqu&#234;te de Plekhanov sur le caract&#232;re de la r&#233;volution russe, etc. , tout cela fut et reste comme une impitoyable r&#233;futation du menchevisme, tout cela justifie compl&#232;tement, du point de vue th&#233;orique, la tactique r&#233;volutionnaire adopt&#233;e ensuite par les bolcheviks, que des niais et des ren&#233;gats, avec le Kautsky d'aujourd'hui &#224; leur t&#234;te, accusent maintenant d'&#234;tre des aventuriers, des d&#233;magogues, des sectateurs de Bakounine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donne comme troisi&#232;me suppl&#233;ment un article intitul&#233; La Lutte pour le pouvoir, publi&#233; en 1915 &#224; Paris dans le journal russe Nach&#233; Slovo et qui tente de d&#233;montrer que les rapports politiques, esquiss&#233;s d'une fa&#231;on assez nette dans la premi&#232;re r&#233;volution, doivent trouver leur confirmation d&#233;finitive dans la seconde [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les formes de la d&#233;mocratie, ce livre ne pr&#233;sente pas la clart&#233; qu'il devrait, mais c'est qu'elle manque &#233;galement au mouvement dont on a voulu fixer l'aspect g&#233;n&#233;ral. Cela est facile &#224; comprendre : sur cette question, notre parti n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; se faire une opinion compl&#232;tement claire dix ans plus tard, en 1917. Mais cette insuffisance de lumi&#232;re ou d'expression n'&#233;tait pas le fait d'une attitude n&#233;e d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues. D&#232;s 1905, nous &#233;tions infiniment loin d'une conception mystique de la d&#233;mocratie ; nous nous repr&#233;sentions la marche de la r&#233;volution non point comme une r&#233;alisation des normes absolues de la d&#233;mocratie, mais comme une lutte des classes, durant laquelle on utiliserait provisoirement les principes et les institutions de la d&#233;mocratie. A cette &#233;poque l&#224;, nous mettions en avant, d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, l'id&#233;e de la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re ; nous estimions que cette conqu&#234;te &#233;tait in&#233;vitable et, pour en venir &#224; cette d&#233;duction, loin de nous fonder sur les chances que pr&#233;senterait une statistique &#233;lectorale selon &#034; l'esprit d&#233;mocratique &#034;, nous consid&#233;rions uniquement les rapports de classe &#224; classe. Les ouvriers de P&#233;tersbourg, d&#232;s 1905, appelaient leur soviet &#034; gouvernement prol&#233;tarien &#034;. Cette d&#233;nomination circula alors et devint d'usage familier, car elle entrait parfaitement dans le programme de la lutte pour la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re. Mais, en m&#234;me temps, nous opposions au tsarisme le programme de la d&#233;mocratie politique dans toute son &#233;tendue &#8211; suffrage universel, r&#233;publique, milice, etc. Nous ne pouvions pas faire autrement. La d&#233;mocratie politique est une &#233;tape indispensable pour le d&#233;veloppement des masses ouvri&#232;res avec cette r&#233;serve fondamentale, cependant, que, dans certains cas, il leur faut des dizaines d'ann&#233;es pour parcourir cette &#233;tape, tandis qu'en d'autres circonstances la situation r&#233;volutionnaire leur permet de s'affranchir des pr&#233;jug&#233;s d&#233;mocratiques avant m&#234;me que les institutions de la d&#233;mocratie n'aient eu le temps de s'&#233;tablir et de se r&#233;aliser. Le r&#233;gime gouvernemental des social-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks russes &#8211; de mars &#224; octobre 1917 &#8211; compromit int&#233;gralement la d&#233;mocratie avant m&#234;me qu'elle n'e&#251;t pu se fondre et se solidifier dans les formes de la r&#233;publique bourgeoise. Mais, m&#234;me pendant cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da imm&#233;diatement le coup d'Etat prol&#233;tarien, nous qui avions &#233;crit sur notre &#233;tendard : &#034; Tout le pouvoir aux soviets &#034;, nous marchions encore sous les enseignes de la d&#233;mocratie, sans pouvoir donner ni aux masses populaires ni &#224; nous m&#234;mes une r&#233;ponse d&#233;finitive &#224; cette question : que se passerait il si la d&#233;mocratie ne s'adaptait pas au syst&#232;me des soviets ? A l'&#233;poque o&#249; nous &#233;crivions notre livre, de m&#234;me que beaucoup plus tard, sous Kerensky, il s'agissait pour nous, essentiellement, de pr&#233;parer la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re ; mais la question de droit restait au troisi&#232;me plan, et nous ne nous pr&#233;occupions pas de d&#233;brouiller des questions embarrassantes par leurs aspects contradictoires alors que nous devions envisager la lutte pour surmonter des obstacles mat&#233;riels. La dissolution de l'Assembl&#233;e constituante fut la r&#233;alisation r&#233;volutionnaire brutale d'un dessein qui aurait pu &#234;tre accompli autrement, par des d&#233;lais et par une pr&#233;paration &#233;lectorale conforme aux n&#233;cessit&#233;s r&#233;volutionnaires. Mais l'on d&#233;daigna pr&#233;cis&#233;ment cet aspect juridique de la lutte, et le probl&#232;me du pouvoir r&#233;volutionnaire fut carr&#233;ment pos&#233; ; d'autre part, la dispersion de l'Assembl&#233;e constituante par les forces arm&#233;es du prol&#233;tariat exigea &#224; son tour une r&#233;vision compl&#232;te des rapports qui pouvaient exister entre la d&#233;mocratie et la dictature. L'Internationale prol&#233;tarienne, en fin de compte, ne pouvait que gagner &#224; cette situation, dans la th&#233;orie comme dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1908 1909, &#224; Vienne, pour une &#233;dition allemande qui parut &#224; Dresde. Le fond du livre allemand fut constitu&#233; par plusieurs chapitres du livre russe : Notre r&#233;volution (1907) mais avec des modifications consid&#233;rables, introduites dans le but d'adapter l'ouvrage aux habitudes du lecteur &#233;tranger. La plus grande partie a &#233;t&#233; r&#233;crite. Pour publier cette nouvelle &#233;dition (russe), il a fallu reconstituer le texte, en partie d'apr&#232;s les manuscrits que l'on avait conserv&#233;s, en partie en le retraduisant de l'allemand. J'ai recouru &#224; la collaboration du camarade Roumer qui a ex&#233;cut&#233; ce travail avec un soin remarquable. Tout le texte a &#233;t&#233; revu par moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, le 12 janvier 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DEVELOPPEMENT SOCIAL DE LA RUSSIE&lt;br class='autobr' /&gt;
ET LE TSARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;volution [1] a tu&#233; l'id&#233;e que nous &#233;tions un peuple &#224; part. Elle a montr&#233; que l'histoire n'avait pas cr&#233;&#233; pour nous de lois d'exception. Et pourtant la r&#233;volution russe a un caract&#232;re unique, qui est la somme des traits particuliers de notre d&#233;veloppement social et historique et qui ouvre &#224; son tour des perspectives historiques toutes nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inutile de se demander si, nous autres Russes, c'est en qualit&#233; ou en quantit&#233; que nous diff&#233;rons de l'Europe occidentale : ce serait pure m&#233;taphysique. Mais il est indubitable que les traits essentiellement distinctifs de notre pays sont la structure primitive et la lenteur de l'&#233;volution sociale. L'Etat russe, en fait, est &#224; peine plus r&#233;cent que les autres Etats europ&#233;ens : les chroniques fixent &#224; l'ann&#233;e 862 le d&#233;but de son existence. Mais les conditions g&#233;ographiques qui sont les siennes ainsi que la dispersion de sa population sur un territoire immense entravaient, en m&#234;me temps que le d&#233;veloppement &#233;conomique, le processus de cristallisation sociale, laissant notre histoire loin derri&#232;re celle des autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de dire quelle aurait &#233;t&#233; l'existence de l'Etat russe si elle avait d&#251; s'&#233;couler dans l'isolement, sous l'influence de tendances exclusivement internes. Ce qui compte, c'est qu'il n'en a pas &#233;t&#233; ainsi. La vie sociale russe s'est trouv&#233;e d&#232;s le d&#233;but, et de plus en plus, soumise &#224; l'incessante pression des forces de l'Europe occidentale, des rapports sociaux et gouvernementaux d'une civilisation plus &#233;volu&#233;e. Le commerce entre nations &#233;tant relativement peu consid&#233;rable, ce sont les rapports militaires qui eurent le r&#244;le principal : l'influence sociale de l'Europe se traduisit d'abord par l'introduction en Russie de l'art militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat russe, dont le fondement &#233;conomique est tout primitif, s'est heurt&#233; dans son d&#233;veloppement &#224; des organisations nationales qui &#233;taient parties d'un niveau plus &#233;lev&#233;. Deux possibilit&#233;s se pr&#233;sentaient alors &#224; lui : ou il succombait dans la lutte &#8211; comme cela avait &#233;t&#233; le cas lors du conflit de la Horde d'or [2] avec Moscou &#8211; ou la pression du dehors l'amenait &#224; forcer son propre d&#233;veloppement &#233;conomique par l'absorption d'une immense partie des sources vives de la nation. Contre la premi&#232;re &#233;ventualit&#233; jouait le fait que l'&#233;conomie populaire russe &#233;tait d&#233;j&#224; trop &#233;loign&#233;e de sa situation primitive. L'Etat ne fut pas renvers&#233;, mais se renfor&#231;a sous la pression monstrueuse des forces &#233;conomiques de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, jusqu'&#224; un certain point, ce que nous venons de dire peut s'appliquer &#224; n'importe lequel des Etats europ&#233;ens. Mais avec cette diff&#233;rence que, dans la lutte pour l'existence qu'ils men&#232;rent entre eux, ces Etats s'appuyaient sur des bases &#233;conomiques &#224; peu pr&#232;s &#233;gales et que par cons&#233;quent le d&#233;veloppement de leurs fonctions politiques ne subissait pas une contrainte ext&#233;rieure aussi &#233;crasante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les Tatars de Crim&#233;e et Noga&#239; [3] exigea une extr&#234;me d&#233;pense d'&#233;nergie. Mais, en d&#233;finitive, cet effort ne fut pas plus consid&#233;rable que celui qu'entra&#238;na la lutte s&#233;culaire de la France contre l'Angleterre. Ce ne sont pas les Tatars qui ont contraint la Russie &#224; adopter les armes &#224; feu et &#224; cr&#233;er les r&#233;giments permanents des streltsy [4] ; ce ne sont pas les Tatars qui l'ont oblig&#233;e plus tard &#224; constituer une cavalerie de re&#238;tres et une infanterie. La pression vint plut&#244;t de la Lituanie, de la Pologne, de la Su&#232;de. Pour se maintenir contre des ennemis mieux arm&#233;s, l'Etat russe fut forc&#233; de se cr&#233;er une industrie, une technique, d'engager &#224; son service des sp&#233;cialistes de l'art militaire, des monnayeurs et des faux monnayeurs publics, des fabricants de poudre, il fut forc&#233; de se procurer des manuels de fortification, d'instituer des &#233;coles navales, des fabriques, des conseillers secrets et intimes de la cour. S'il fut possible de faire venir de l'&#233;tranger les instructeurs militaires et les conseillers secrets, on fut bien oblig&#233; de tirer les moyens mat&#233;riels, co&#251;te que co&#251;te, du pays m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;conomie politique russe est faite d'une cha&#238;ne ininterrompue d'efforts h&#233;ro&#239;ques dans leur genre, tous destin&#233;s &#224; garantir les ressources indispensables &#224; l'organisation militaire. Tout l'appareil gouvernemental fut construit et, de temps &#224; autre, reconstruit en fonction du Tr&#233;sor. La t&#226;che des gouvernants consistait &#224; utiliser les moindres produits du travail national pour ces m&#234;mes fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa recherche des fonds indispensables, le gouvernement ne reculait devant rien : il imposait aux paysans des charges fiscales arbitraires et toujours excessives, auxquelles la population ne pouvait faire face. Il d&#233;cida que la commune serait fiscalement responsable. Par des pri&#232;res et des menaces, par des exhortations et des violences, il extorqua de l'argent aux marchands et aux monast&#232;res. Les paysans fuyaient leurs maisons, les marchands &#233;migraient. Les recensements du XVIIe si&#232;cle font appara&#238;tre une diminution progressive de la population. Sur un budget de 1,5 million de roubles, environ 85 % &#233;taient employ&#233;s alors &#224; l'entretien des troupes. Au d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, Pierre le Grand, par suite des revers qu'il avait essuy&#233;s, fut oblig&#233; de r&#233;organiser l'infanterie et de cr&#233;er une flotte. Dans la seconde moiti&#233; de ce m&#234;me si&#232;cle, le budget atteignait d&#233;j&#224; de 16 &#224; 20 millions, dont 60 &#224; 70 % servaient aux besoins de l'arm&#233;e et de la flotte. Jamais ces d&#233;penses ne descendirent au-dessous de 50 %, m&#234;me sous Nicolas 1er. Au milieu du XIXe si&#232;cle, la guerre de Crim&#233;e mit face &#224; face l'autocratie des tsars et les Etats de l'Europe les plus puissants sous le rapport &#233;conomique, l'Angleterre et la France, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de r&#233;organiser l'arm&#233;e sur la base du service militaire universel. Lors du demi-affranchissement des paysans en 1861, les besoins du fisc et de la guerre jouaient dans l'Etat un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ressources int&#233;rieures ne suffisaient pas. D&#233;j&#224;, sous Catherine II, le gouvernement avait trouv&#233; la possibilit&#233; de faire des emprunts ext&#233;rieurs. D&#233;sormais, et de plus en plus, la Bourse europ&#233;enne alimente les finances du tsarisme. L'accumulation d'&#233;normes capitaux sur les march&#233;s financiers de l'Europe occidentale a exerc&#233;, depuis ce temps l&#224;, une influence fatale sur l'&#233;volution politique de la Russie. Le d&#233;veloppement de l'organisation politique s'exprime maintenant non seulement par une augmentation d&#233;mesur&#233;e des imp&#244;ts indirects, mais aussi par une inflation effr&#233;n&#233;e de la dette publique. En dix ans, de 1898 &#224; 1908, celle ci s'est accrue de 19 %, pour atteindre d&#233;j&#224; 9 milliards de roubles. On peut voir &#224; quel point l'appareil gouvernemental de l'autocratie est dans la d&#233;pendance de Rothschild et de Mendelssohn si l'on calcule que les seuls int&#233;r&#234;ts de la dette absorbent aujourd'hui environ un tiers des revenus nets du Tr&#233;sor. Dans le budget de 1908, les d&#233;penses pr&#233;vues pour l'arm&#233;e et la flotte, avec les int&#233;r&#234;ts de la dette publique et les frais entra&#238;n&#233;s par l'ach&#232;vement de la guerre, s'&#233;l&#232;vent &#224; 1018 millions de roubles, c'est &#224; dire &#224; 40,5 % du budget total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par suite de la pression qu'exer&#231;ait ainsi l'Europe occidentale, l'Etat autocrate absorbait une portion d&#233;mesur&#233;e du surproduit, c'est &#224; dire vivait aux frais des classes privil&#233;gi&#233;es qui se formaient alors, et entravait ainsi leur d&#233;veloppement, d&#233;j&#224; fort lent par lui m&#234;me. Mais ce n'est pas tout. L'Etat jetait son d&#233;volu sur les produits indispensables de l'agriculture, arrachait au laboureur ce qui devait assurer son existence, le chassait des terres o&#249; il avait &#224; peine eu le temps de s'installer et g&#234;nait l'accroissement de la population, retardait le d&#233;veloppement des forces productrices. De cette mani&#232;re et dans la mesure o&#249; il annexait une part excessive du surproduit, il arr&#234;tait le processus d&#233;j&#224; si lent de la diff&#233;renciation des classes ; et en &#244;tant &#224; l'agriculteur une partie consid&#233;rable des produits dont il avait absolument besoin, il arrivait m&#234;me &#224; d&#233;truire les bases primitives de production sur lesquelles il e&#251;t d&#251; s'&#233;tayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour exister et dominer, l'Etat lui m&#234;me avait besoin d'une organisation hi&#233;rarchique des &#233;tats [5]. Voil&#224; pourquoi, tout en sapant les bases &#233;conomiques qui auraient permis &#224; cette hi&#233;rarchisation de s'affirmer, il cherchait &#224; l'imposer par des mesures d'ordre gouvernemental et, comme tout gouvernement, il t&#226;chait de faire co&#239;ncider ce mouvement de diff&#233;renciation des &#233;tats avec ses propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jeu des forces sociales, l'&#233;quilibre penchait beaucoup plus du c&#244;t&#233; du pouvoir gouvernemental qu'on ne le voit dans l'histoire de l'Europe occidentale. L'&#233;change de services &#8211; au pr&#233;judice du peuple travailleur &#8211; entre l'Etat et les groupes sup&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;, &#233;change qui se traduit dans la r&#233;partition des droits et des obligations, des charges et des privil&#232;ges, s'effectuait chez nous beaucoup moins avantageusement pour la noblesse et le clerg&#233; que dans les Etats occidentaux de l'Europe m&#233;di&#233;vale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant il serait tr&#232;s exag&#233;r&#233;, ce serait m&#234;me d&#233;truire toute perspective historique d'affirmer, comme le fait Milioukov dans son Histoire de la culture russe [6], qu'&#224; cette &#233;poque, alors qu'en Occident c'&#233;taient les &#233;tats qui cr&#233;aient l'Etat, chez nous c'&#233;tait l'Etat qui cr&#233;ait les &#233;tats, dans son int&#233;r&#234;t. Les &#233;tats ne peuvent pas &#234;tre constitu&#233;s par voie l&#233;gislative ou administrative. Avant que tel ou tel groupe de la soci&#233;t&#233; puisse, avec l'aide du pouvoir gouvernemental, prendre figure d'&#233;tat privil&#233;gi&#233;, il doit acqu&#233;rir par lui m&#234;me tous ses avantages &#233;conomiques. On ne fabrique pas des &#233;tats d'apr&#232;s des listes hi&#233;rarchiques ou au moyen de statuts comparables &#224; ceux de la L&#233;gion d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut seulement dire que, vis &#224; vis des &#233;tats privil&#233;gi&#233;s, le tsar avait une libert&#233; de mouvements incomparablement plus grande que le roi des monarchies europ&#233;ennes, qui tenait son pouvoir de tout un &#233;tat. L'absolutisme a atteint son apog&#233;e lorsque la bourgeoisie, qui s'&#233;tait &#233;lev&#233;e sur les &#233;paules du Tiers Etat, fut devenue suffisamment forte pour servir de contrepoids aux f&#233;odaux. Une situation dans laquelle les &#233;tats privil&#233;gi&#233;s et poss&#233;dants se faisaient &#233;quilibre en luttant entre eux garantissait &#224; l'organisation gouvernementale le maximum d'ind&#233;pendance. Louis XIV disait : &#034; L'Etat, c'est moi. &#034; La monarchie absolue de Prusse apparaissait &#224; Hegel comme le but en soi, comme la r&#233;alisation de l'id&#233;e de gouvernement en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son effort pour cr&#233;er un appareil gouvernemental centralis&#233;, le tsar dut r&#233;primer les pr&#233;tentions des &#233;tats privil&#233;gi&#233;s, mais il dut surtout lutter contre l'indigence, le caract&#232;re sauvage et le manque de coh&#233;sion du pays, dont les diff&#233;rentes parties avaient une existence &#233;conomique absolument ind&#233;pendante. Au point de vue &#233;conomique, ce ne fut pas, comme en Occident, l'&#233;quilibre des classes dirigeantes, ce fut au contraire leur faiblesse sociale et leur nullit&#233; politique qui firent de l'autocratie bureaucratique un pouvoir absolu. Sous ce rapport, le tsarisme est une forme interm&#233;diaire entre l'absolutisme europ&#233;en et le despotisme asiatique, et peut &#234;tre se rapproche t il plut&#244;t de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tandis que des conditions sociales &#224; moiti&#233; asiatiques transformaient le tsarisme en une organisation autocratique, la technique et le capital europ&#233;ens armaient cette organisation de toutes les ressources qui sont l'apanage des grandes puissances occidentales. Cette circonstance donna au tsar la possibilit&#233; d'intervenir dans tous les rapports politiques de l'Europe et de jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans tous ses conflits. En 1815, Alexandre 1er se montre &#224; Paris, r&#233;tablit les Bourbons et devient le propagateur de l'id&#233;e de la Sainte Alliance. En 1848, Nicolas 1er &#233;met un immense emprunt pour &#233;craser la r&#233;volution europ&#233;enne et envoie des soldats russes combattre les Hongrois insurg&#233;s. Ainsi la bourgeoisie occidentale esp&#233;rait que les troupes du tsar l'aideraient un jour &#224; lutter contre le prol&#233;tariat socialiste, comme elles avaient servi jadis le despotisme europ&#233;en dans sa lutte contre cette m&#234;me bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;veloppement historique emprunta d'autres voies. L'absolutisme se brisa contre le capitalisme qu'il avait suscit&#233; avec tant de z&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque pr&#233;capitaliste, l'influence de l'&#233;conomie europ&#233;enne sur l'&#233;conomie russe &#233;tait n&#233;cessairement limit&#233;e. Le caract&#232;re naturel, et par cons&#233;quent ind&#233;pendant et absolu, de l'&#233;conomie russe populaire la prot&#233;geait contre l'influence des formes sup&#233;rieures de production. La structure de nos &#233;tats, nous l'avons dit, ne s'est jamais d&#233;velopp&#233;e compl&#232;tement. Mais lorsqu'il n'y eut plus en Europe que des rapports de type capitaliste, lorsque la finance eut cr&#233;&#233; une nouvelle &#233;conomie, lorsque l'absolutisme, dans sa lutte pour l'existence, fut devenu l'alli&#233; du capitalisme europ&#233;en, la situation changea du tout au tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes &#034; de pure critique &#034;, qui avaient cess&#233; de comprendre l'importance du pouvoir gouvernemental pour la r&#233;volution socialiste auraient pu, d'apr&#232;s l'exemple de l'autocratie russe, si barbare et si d&#233;pourvue de syst&#232;me que f&#251;t son activit&#233;, constater le r&#244;le immense qu'il appartient au pouvoir de l'Etat de jouer dans le domaine purement &#233;conomique lorsque son &#339;uvre s'accomplit dans le sens g&#233;n&#233;ral du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En devenant l'instrument de la capitalisation en Russie, le tsarisme s'affermissait avant tout lui m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque o&#249; la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui se d&#233;veloppait sentait le besoin d'avoir des institutions politiques comme celles de l'Occident, l'autocratie, avec l'aide de la technique et du capital europ&#233;ens, prit le caract&#232;re d'un tr&#232;s gros entrepreneur capitaliste, banquier, propri&#233;taire du monopole des chemins de fer et de l'eau de vie. Elle s'appuyait sur un appareil bureaucratique centralis&#233; qui n'&#233;tait pas capable de r&#233;gulariser les nouveaux rapports mais qui d&#233;ployait beaucoup d'&#233;nergie quand il s'agissait de r&#233;pression syst&#233;matique. Le t&#233;l&#233;graphe, qui donne du poids, une uniformit&#233; relative et de la rapidit&#233; aux actes de l'administration, palliait la trop grande &#233;tendue de l'Empire, tandis que le chemin de fer permettait de transporter en peu de temps l'arm&#233;e d'un bout &#224; l'autre du pays. Les gouvernements europ&#233;ens, avant de subir une r&#233;volution, n'avaient pas connu, pour la plupart, les chemins de fer ou le t&#233;l&#233;graphe. L'arm&#233;e dont disposait l'absolutisme &#233;tait une force colossale et, si elle s'est montr&#233;e au dessous de sa t&#226;che dans les rudes &#233;preuves de la guerre russo japonaise, elle restait encore assez puissante pour assurer la domination du pouvoir &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res. Le gouvernement de l'ancienne France, pas plus que les gouvernements europ&#233;ens &#224; la veille de 1848 n'ont jamais dispos&#233; d'un instrument analogue &#224; celui que constitue actuellement l'arm&#233;e russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance financi&#232;re et militaire de l'absolutisme aveuglait la bourgeoisie europ&#233;enne, mais aussi le lib&#233;ralisme russe, qu'elle &#233;crasait et &#224; qui elle &#244;tait tout espoir de pouvoir lutter &#224; forces &#233;gales et ouvertement. De cette fa&#231;on, toute possibilit&#233; de r&#233;volution &#233;tait, semblait-il, exclue en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce qui arriva, ce fut tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus l'Etat est centralis&#233; et ind&#233;pendant des classes privil&#233;gi&#233;es, plus vite il se transforme en organisation absolue, &#233;lev&#233;e au dessus de la soci&#233;t&#233;. Plus les forces militaires et financi&#232;res d'une organisation de ce genre sont grandes, plus elle peut prolonger avec succ&#232;s sa lutte pour l'existence. L'Etat centralis&#233;, avec un budget de deux milliards, une dette de huit milliards et une arm&#233;e permanente d'un million d'hommes, pouvait subsister longtemps apr&#232;s avoir cess&#233; de satisfaire aux exigences les plus &#233;l&#233;mentaires du d&#233;veloppement social, et m&#234;me, en particulier, aux exigences de la s&#233;curit&#233; militaire, alors que c'est pour cette raison qu'il avait &#233;t&#233; constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la puissance administrative, militaire et financi&#232;re de l'absolutisme, qui lui donnait la possibilit&#233; de durer en d&#233;pit de l'&#233;volution sociale, bien loin d'emp&#234;cher toute r&#233;volution comme le pensait le lib&#233;ralisme, faisait au contraire de la r&#233;volution l'unique issue admissible, et cette r&#233;volution devait avoir un caract&#232;re d'autant plus radical que cette puissance creusait davantage le foss&#233; entre le pouvoir et les masses populaires entra&#238;n&#233;es dans le nouveau mouvement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme russe peut s'enorgueillir vraiment d'avoir &#233;t&#233; le seul &#224; &#233;lucider les tendances de ce mouvement, le seul &#224; en avoir pr&#233;vu les formes g&#233;n&#233;rales [7] &#224; une &#233;poque o&#249; le lib&#233;ralisme se nourrissait des inspirations d'un &#034; r&#233;alisme &#034; tout utopique, tandis que les narodniki [8] r&#233;volutionnaires vivaient de fantasmagories et croyaient aux miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il s'agit de la r&#233;volution de 1905 et des changements qu'elle a apport&#233;s dans la vie sociale et politique de la Russie : formation de partis, repr&#233;sentation dans les doumas, lutte politique ouverte, etc. (LT 1909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ainsi s'appelait la r&#233;sidence des khans mongols qui occup&#232;rent les bords de la Volga au XIIe si&#232;cle. La Horde d'or subsista jusqu'en 1502. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Nomades de la steppe. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Garde des tsars, cr&#233;&#233;e en 1550 par Ivan IV. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Par ce terme il faut entendre un groupe de la soci&#233;t&#233; pr&#233;capitaliste qui a des droits et des devoirs particuliers d&#233;finis par des lois. La notion d'&#233;tat est diff&#233;rente de celle de classe. Ainsi, le clerg&#233; est un &#233;tat, et pas une classe au sens marxiste du terme. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] P. Milioukov, Ocerki po istorii russkoi kultury (Esquisses pour une histoire de la culture russe). Saint P&#233;tersbourg. 1896. Milioukov &#233;tait le principal th&#233;oricien du parti constitutionnel d&#233;mocrate. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] M&#234;me un bureaucrate r&#233;actionnaire comme le professeur Mend&#233;l&#233;ev ne Peut s'emp&#234;cher de le reconna&#238;tre. A propos du d&#233;veloppement de l'industrie, il note ceci : &#034; Les socialistes aper&#231;urent, en ce point, certaines v&#233;rit&#233;s et les comprirent dans une certains mesure, mais ils s'&#233;gar&#232;rent, entra&#238;n&#233;s par l'esprit latin (!), lorsqu'ils recommand&#232;rent la violence, lorsqu'ils flatt&#232;rent les bas instincts de la populace et vis&#232;rent aux coups d'Etat et au pouvoir &#034;. (LT 1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Les &#034; populistes &#034;, premiers r&#233;volutionnaires russes, organisateurs des attentats terroristes. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CARACT&#200;RE DE LA R&#201;VOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la t&#226;che directe et imm&#233;diate qu'elle se donne, la r&#233;volution russe est proprement &#034; bourgeoise &#034;, car elle a pour but d'affranchir la soci&#233;t&#233; bourgeoise des entraves et des cha&#238;nes de l'absolutisme et de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale. Mais la principale force motrice de cette r&#233;volution est constitu&#233;e par le prol&#233;tariat, et voil&#224; pourquoi, par sa m&#233;thode, la r&#233;volution est prol&#233;tarienne. Ce contraste a paru inacceptable, inconcevable &#224; de nombreux p&#233;dants qui d&#233;finissent le r&#244;le historique du prol&#233;tariat au moyen de calculs statistiques ou par des analogies historiques superficielles. Pour eux, le chef providentiel de la r&#233;volution russe, ce doit &#234;tre la d&#233;mocratie bourgeoise, tandis que le prol&#233;tariat qui, en fait, a march&#233; &#224; la t&#234;te des &#233;v&#233;nements pendant toute la p&#233;riode d'&#233;lan r&#233;volutionnaire, devrait accepter d'&#234;tre tenu en lisi&#232;res par une th&#233;orie mal fond&#233;e et p&#233;dantesque. Pour eux, l'histoire d'une nation capitaliste r&#233;p&#232;te, avec des modifications plus ou moins importantes, l'histoire d'une autre. Ils n'aper&#231;oivent pas le processus, unique de nos jours, du d&#233;veloppement capitaliste mondial qui est le m&#234;me pour tous les pays auxquels il s'&#233;tend et qui, par l'union de conditions locales avec les conditions g&#233;n&#233;rales, cr&#233;e un amalgame social dont la nature ne peut &#234;tre d&#233;finie par la recherche de lieux communs historiques, mais seulement au moyen d'une analyse &#224; base mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'Angleterre, d'une part, pionnier du d&#233;veloppement capitaliste, laquelle, pendant une longue suite de si&#232;cles, a cr&#233;&#233; de nouvelles formes sociales et une puissante bourgeoisie qui en est l'expression et, d'autre part, les colonies d'aujourd'hui, auxquelles le capital europ&#233;en apporte, sur des vaisseaux tout mont&#233;s, des rails tout faits, des traverses, des boulons, des wagons salons pour l'administration coloniale, et dont ensuite il persuade par la carabine et la ba&#239;onnette les indig&#232;nes de sortir de leur &#233;tat primitif pour s'adapter &#224; la civilisation capitaliste, il n'y a aucune analogie dans le d&#233;veloppement historique, bien que l'on puisse d&#233;couvrir un lien profond et intime entre des ph&#233;nom&#232;nes si diff&#233;rents d'aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle Russie a pris un caract&#232;re tout particulier par suite du fait qu'elle a re&#231;u le bapt&#234;me capitaliste, dans la seconde moiti&#233; du XIXe, si&#232;cle, du capital europ&#233;en qui s'est pr&#233;sent&#233; sous sa forme la plus concentr&#233;e et la plus abstraite, comme capital financier. L'histoire ant&#233;rieure de ce capital n'est aucunement li&#233;e &#224; l'histoire de la Russie d'autrefois. Pour atteindre chez lui les hauteurs inaccessibles de la Bourse moderne, le capital a d&#251; s'arracher aux rues &#233;troites, aux ruelles de la cit&#233; o&#249; s'exercent les petits m&#233;tiers et o&#249; il avait appris &#224; marcher, &#224; ramper ; il a d&#251;, dans une lutte incessante contre l'Eglise, faire progresser la technique et la science, grouper &#233;troitement autour de lui toute la nation, s'emparer du pouvoir en se r&#233;voltant contre les privil&#232;ges f&#233;odaux et dynastiques ; il a d&#251; se frayer une libre carri&#232;re, mettre hors de combat l'artisanat dont il &#233;tait sorti ; il a d&#251; ensuite s'arracher &#224; la chair m&#234;me de la nation, aux influences ancestrales, aux pr&#233;jug&#233;s politiques, aux sympathies de la race, aux longitudes et latitudes g&#233;ographiques, pour planer, en grand carnivore, sur le globe terrestre, empoisonnant aujourd'hui par l'opium l'artisan chinois qu'il a ruin&#233;, enrichissant demain d'un nouveau cuirass&#233; les eaux russes, se saisissant apr&#232;s demain des mines diamantif&#232;res de l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, lorsque le capital anglais ou fran&#231;ais, quintessence de l'&#339;uvre historique des si&#232;cles, est transport&#233; dans les steppes du Donetz, il est absolument incapable de manifester les forces sociales, les passions, les valeurs relatives qu'il a progressivement absorb&#233;es. Sur un territoire nouveau, il ne peut r&#233;p&#233;ter le d&#233;veloppement qu'il a d&#233;j&#224; accompli, il reprend son &#339;uvre au point o&#249; il l'a laiss&#233;e dans son pays. Autour des machines qu'il a apport&#233;es avec lui &#224; travers les mers et les douanes, il rassemble aussit&#244;t, sans &#233;tapes interm&#233;diaires, les masses prol&#233;taires et il infuse &#224; cette classe l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des vieilles g&#233;n&#233;rations bourgeoises, qui s'&#233;tait fig&#233;e en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque h&#233;ro&#239;que de l'histoire de France, nous voyons la bourgeoisie, qui ne se rend pas encore compte de contradictions dont sa situation est pleine, prendre la direction de la lutte pour un nouvel ordre des choses non seulement contre les institutions surann&#233;es de la France, mais m&#234;me contre les forces r&#233;actionnaires de toute l'Europe. Progressivement, la bourgeoisie, repr&#233;sent&#233;e par ses fractions, se consid&#232;re comme le chef de la nation et le devient, entra&#238;ne les masses dans la lutte, leur donne un mot d'ordre, leur enseigne une tactique de combat. La d&#233;mocratie introduit dans la nation le lien d'une id&#233;ologie politique. Le peuple - petits bourgeois, paysans et ouvriers - &#233;lit comme d&#233;put&#233;s des bourgeois, et c'est dans le langage de la bourgeoisie que les communes &#233;crivent les instructions destin&#233;es &#224; leurs repr&#233;sentants. Elle prend conscience de son r&#244;le de Messie. Pendant la r&#233;volution m&#234;me, bien que les antagonismes de classe se r&#233;v&#232;lent d&#233;j&#224;, le mouvement puissant de la lutte r&#233;volutionnaire rejette les uns apr&#232;s les autres de la voie politique les &#233;l&#233;ments les plus inertes de la bourgeoisie. Aucune couche n'est emport&#233;e avant d'avoir transmis son &#233;nergie aux couches suivantes. La nation, dans son ensemble, continue &#224; combattre pour les fins qu'elle s'est assign&#233;es, par des moyens de plus en plus violents et d&#233;cisifs. Une fois que la masse nationale s'est mise en mouvement et que se sont s&#233;par&#233;es d'elle les sph&#232;res sup&#233;rieures de la bourgeoisie poss&#233;dante pour faire alliance avec Louis XVI, les exigences d&#233;mocratiques de la nation, dirig&#233;es d&#233;sormais contre cette bourgeoisie, am&#232;nent le suffrage universel et la r&#233;publique, formes logiquement indispensables de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution fran&#231;aise est vraiment une r&#233;volution nationale. Plus que cela. Ici, dans des cadres nationaux, la lutte mondiale de la classe bourgeoise pour la domination, pour le pouvoir, pour un triomphe sans partage, trouve son expression classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1848, la bourgeoisie n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus capable de jouer un r&#244;le de ce genre. Elle n'a ni voulu, ni os&#233; prendre sur elle la responsabilit&#233; de liquider par la r&#233;volution un r&#233;gime social qui entravait sa domination. Sa t&#226;che s'est ramen&#233;e - et elle s'en rendait compte - &#224; introduire dans l'ancien r&#233;gime les garanties indispensables pour assurer non pas sa domination politique, mais le partage du pouvoir avec les forces du pass&#233;. Non seulement elle s'est refus&#233;e &#224; mener les masses &#224; l'assaut de l'ordre ancien, mais elle s'est adoss&#233;e au vieux r&#233;gime pour les repousser lorsqu'elles cherchaient &#224; l'entra&#238;ner. Elle a recul&#233; consciemment devant les conditions objectives qui auraient rendu possible sa domination. Les institutions d&#233;mocratiques lui apparaissaient non comme le but de la lutte, mais comme une menace &#224; son bien &#234;tre. La r&#233;volution pouvait &#234;tre faite non par elle, mais contre elle. Voil&#224; pourquoi, en 1848, pour le succ&#232;s de la r&#233;volution il aurait fallu une classe qui f&#251;t capable de marcher en t&#234;te des &#233;v&#233;nements en laissant de c&#244;t&#233; la bourgeoisie, en agissant malgr&#233; elle, qui p&#251;t non seulement la pousser en avant par une violente pression, mais, au moment d&#233;cisif, rejeter du chemin son cadavre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la petite bourgeoisie, ni la classe paysanne n'&#233;taient capables de jouer ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie &#233;tait hostile &#224; la fois au pass&#233; et au futur. Elle ne s'&#233;tait pas encore lib&#233;r&#233;e des entraves cr&#233;&#233;es par les rapports sociaux du Moyen Age, que d&#233;j&#224; elle &#233;tait sans force pour r&#233;sister au d&#233;veloppement de l'industrie &#034; libre &#034; ; elle n'avait pas encore marqu&#233; les villes de son emprise, mais elle avait d&#233;j&#224; c&#233;d&#233; son influence &#224; la moyenne et grosse bourgeoisie ; embourb&#233;e dans ses pr&#233;jug&#233;s, abasourdie par les &#233;v&#233;nements, exploitante et exploit&#233;e, cupide et impuissante en sa cupidit&#233;, cette petite bourgeoisie attard&#233;e ne pouvait prendre la direction de l'histoire mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe paysanne manquait encore plus d'initiative. Diss&#233;min&#233;e, &#233;loign&#233;e des villes, centres nerveux de la politique et de la culture, obtuse, bornant ses regards &#224; un &#233;troit horizon, indiff&#233;rente &#224; tout ce que la ville avait d&#233;j&#224; con&#231;u, cette classe ne pouvait exercer une action dirigeante. Elle s'&#233;tait calm&#233;e d&#232;s que ses &#233;paules avaient &#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;es du fardeau des contraintes f&#233;odales et elle avait pay&#233; la ville, qui avait combattu pour son droit, d'une noire ingratitude : les paysans affranchis &#233;taient devenus des fanatiques de &#034; l'ordre &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie intellectuelle, d&#233;pourvue de toute force de classe, &#233;tait &#224; la remorque de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e, la bourgeoisie lib&#233;rale, lui servait de queue politique, ou bien se s&#233;parait d'elle dans les moments critiques pour manifester son impuissance. Elle s'embrouillait dans des contradictions et des contrastes mal d&#233;finis encore et elle portait partout avec elle cette confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat &#233;tait trop faible, il manquait d'organisation, d'exp&#233;rience et de connaissances. Le d&#233;veloppement capitaliste &#233;tait all&#233; assez loin pour rendre n&#233;cessaire l'abolition des anciennes conditions f&#233;odales, mais pas assez encore pour mettre en avant la classe ouvri&#232;re, produit des nouvelles conditions de production, comme force politique d&#233;cisive. L'antagonisme du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie s'&#233;tait trop affirm&#233; pour que celle ci p&#251;t sans crainte assumer le r&#244;le d'un dirigeant national ; mais cet antagonisme n'&#233;tait pas encore assez fort pour permettre au prol&#233;tariat de se charger de ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autriche donna un exemple particuli&#232;rement significatif et tragique de cette situation, en montrant que les rapports politiques n'&#233;taient pas encore suffisamment d&#233;finis au moment de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Vienne manifesta, en 1848, un h&#233;ro&#239;sme sublime et une grande &#233;nergie r&#233;volutionnaire. Il marchait et retournait sans cesse au feu, pouss&#233; seulement par un obscur instinct de classe, sans se rendre compte du but final de la lutte, en t&#226;tonnant et en adoptant mot d'ordre sur mot d'ordre. La direction du prol&#233;tariat fut prise d'une mani&#232;re bien &#233;tonnante par les &#233;tudiants, le seul groupe d&#233;mocratique qui ait joui alors, gr&#226;ce &#224; son activit&#233;, d'une grande influence sur les masses, et par cons&#233;quent sur les &#233;v&#233;nements. Mais, bien que les &#233;tudiants fussent capables de se battre bravement sur les barricades et de fraterniser honn&#234;tement avec les ouvriers, ils ne pouvaient pas assurer la direction g&#233;n&#233;rale de la r&#233;volution qui leur avait confi&#233; &#034; la dictature de la rue &#034;. Lorsque, le 26 mai, tous les ouvriers de Vienne se soulev&#232;rent &#224; l'appel des &#233;tudiants pour s'opposer au d&#233;sarmement de la L&#233;gion acad&#233;mique, lorsque la population de la capitale s'empara de la ville, lorsque la monarchie en fuite perdit toute influence sur les &#233;v&#233;nements, lorsque, sous la pression populaire, les derni&#232;res troupes furent &#233;vacu&#233;es et que le pouvoir gouvernemental de l'Autriche ne fut plus qu'un spectre, on ne trouva pas de force politique pour saisir le gouvernail. La bourgeoisie lib&#233;rale se refusa consciemment &#224; utiliser un pouvoir obtenu par des &#034; moyens de brigandage &#034;. Elle ne r&#234;vait que le retour de l'empereur, qui s'&#233;tait retir&#233; dans le Tyrol, laissant Vienne orpheline. Les ouvriers furent assez courageux pour briser la r&#233;action, mais insuffisamment organis&#233;s et conscients pour prendre en mains l'h&#233;ritage. Incapable de servir de pilote, le prol&#233;tariat ne put contraindre la d&#233;mocratie bourgeoise, qui, comme elle le fait souvent, se d&#233;robait au moment o&#249; l'on avait le plus besoin d'elle, &#224; jouer ce grand r&#244;le historique. La situation qui r&#233;sulta de tout cela a &#233;t&#233; fort bien caract&#233;ris&#233;e par un contemporain en ces termes : &#034; La r&#233;publique est &#233;tablie &#224; Vienne, mais malheureusement personne ne s'en est aper&#231;u... &#034; Des &#233;v&#233;nements de 1848 1849, Lassalle tira cette le&#231;on irr&#233;futable qu'aucune lutte en Europe ne peut obtenir de succ&#232;s si, d&#232;s le d&#233;but, elle ne s'est affirm&#233;e comme purement socialiste ; qu'on ne tirera jamais plus aucun avantage d'une lutte dans laquelle les questions sociales n'entreront que comme un obscur &#233;l&#233;ment et resteront au second plan, d'une lutte conduite sous l'enseigne trompeuse d'une renaissance nationale ou d'un r&#233;publicanisme bourgeois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution dont l'histoire fixera le d&#233;but &#224; l'ann&#233;e 1905, le prol&#233;tariat s'est mis en marche pour la premi&#232;re fois sous un &#233;tendard qui lui appartenait en propre, vers un but qui &#233;tait bien &#224; lui. Et, en m&#234;me temps, il est hors de doute qu'aucune des anciennes r&#233;volutions n'a absorb&#233; autant d'&#233;nergie populaire et n'a donn&#233; aussi peu de conqu&#234;tes positives que la r&#233;volution russe jusqu'&#224; l'heure pr&#233;sente. Nous sommes loin de vouloir proph&#233;tiser, nous ne croyons pas pouvoir annoncer les &#233;v&#233;nements qui se produiront dans les semaines ou les mois qui vont suivre. Mais, pour nous, une chose est claire : la victoire n'est possible que sur la voie indiqu&#233;e, formul&#233;e en 1849 par Lassalle. De la lutte de classe &#224; l'unit&#233; de la nation bourgeoise, il n'y a pas de retour. Le &#034; manque de r&#233;sultats &#034; de la r&#233;volution russe montre seulement un aspect passager de son caract&#232;re social le plus profond. Dans cette r&#233;volution &#034; bourgeoise &#034; sans bourgeoisie r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, par la logique m&#234;me des &#233;v&#233;nements, est conduit &#224; prendre l'h&#233;g&#233;monie sur la classe paysanne et &#224; lutter pour la conqu&#234;te du pouvoir souverain. Le premier flot de la r&#233;volution russe s'est bris&#233; contre la grossi&#232;re incapacit&#233; politique du moujik qui, dans son village, d&#233;vastait le domaine du seigneur pour mettre la main sur ses terres et qui ensuite, rev&#234;tu de l'uniforme des casernes, fusillait les ouvriers. Tous les &#233;v&#233;nements de cette r&#233;volution peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une s&#233;rie d'impitoyables le&#231;ons de choses, au moyen desquelles l'histoire inculque violemment au paysan la conscience du lien qui existe ind&#233;fectiblement entre ses besoins locaux et le probl&#232;me central du pouvoir. C'est &#224; l'&#233;cole des conflits violents et des d&#233;faites cruelles que s'&#233;laborent les premiers principes dont l'adoption d&#233;terminera la victoire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Les r&#233;volutions bourgeoises, &#233;crivait Marx en 1852, se pr&#233;cipitent plus rapidement de succ&#232;s en succ&#232;s, leurs effets dramatiques sont plus imposants, les hommes et les &#233;v&#233;nements sont comme &#233;clair&#233;s par un feu de Bengale, l'extase est l'&#233;tat d'&#226;me dominant de chacune de leurs journ&#233;es ; mais elles sont &#233;ph&#233;m&#232;res, elles atteignent bient&#244;t leur point culminant et la longue apathie qui suit l'ivresse s'empare de la soci&#233;t&#233; avant qu'elle ait pu se ressaisir et s'assimiler les r&#233;sultats de la p&#233;riode de temp&#234;te et d'attaque (Sturm und Drang). Tout au contraire, les r&#233;volutions prol&#233;tariennes se critiquent incessamment elles m&#234;mes, elles interrompent &#224; chaque instant leur marche, reviennent en arri&#232;re et recommencent ce qui paraissait accompli, elles raillent impitoyablement les maladresses, les faiblesses, les insuffisances de leurs premi&#232;res tentatives, elles ne semblent renverser l'adversaire que pour lui donner l'occasion de reprendre des forces et de se redresser plus puissant encore ; sans cesse elles battent en retraite, effray&#233;es par l'impr&#233;cision et l'immensit&#233; de leur t&#226;che, jusqu'au moment o&#249;, enfin, seront r&#233;alis&#233;es les conditions qui leur interdiront tout recul, lorsque la vie elle m&#234;me leur dira de sa ma&#238;tresse voix : Hic Rhodus, hic salta ! (Le Dix huit Brumaire de Louis Bonaparte.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf., en annexe, &#034; Le prol&#233;tariat et la r&#233;volution russe &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1906
&lt;p&gt;Bilan et Perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et le prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est une &#233;preuve de force ouverte entre les forces sociales en lutte pour le pouvoir. L'Etat n'est pas une fin en soi. C'est seulement une machine entre les mains des forces sociales dominantes. Comme toute machine, il a ses m&#233;canismes : un m&#233;canisme moteur, un m&#233;canisme de transmission et un m&#233;canisme d'ex&#233;cution. La force motrice de l'Etat est l'int&#233;r&#234;t de classe ; son m&#233;canisme moteur, c'est l'agitation, la presse, la propagande par l'Eglise et par l'&#201;cole, les partis, les meetings dans la rue, les p&#233;titions et les r&#233;voltes. Le m&#233;canisme de transmission, c'est l'organisation l&#233;gislative des int&#233;r&#234;ts de caste, de dynastie, d'&#233;tat ou de classe, qui se donnent comme la volont&#233; de Dieu (absolutisme) ou la volont&#233; de la nation (parlementarisme). Enfin, le m&#233;canisme ex&#233;cutif, c'est l'administration avec sa police, les tribunaux avec leurs prisons, et l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat n'est pas une fin en soi, mais un moyen extr&#234;mement puissant d'organiser, de d&#233;sorganiser et de r&#233;organiser les rapports sociaux. Selon ceux qui le contr&#244;lent, il peut &#234;tre un puissant levier pour la r&#233;volution, ou un outil dont on se sert pour organiser la stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout parti politique digne de ce nom, lutte pour conqu&#233;rir le pouvoir politique et mettre ainsi l'Etat au service de la classe dont il exprime les int&#233;r&#234;ts. La social-d&#233;mocratie, parti du prol&#233;tariat, lutte naturellement pour la domination politique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat cro&#238;t et se renforce avec la croissance du capitalisme. En ce sens, le d&#233;veloppement du capitalisme est aussi le d&#233;veloppement du prol&#233;tariat vers la dictature. Mais le jour et l'heure o&#249; le pouvoir passera entre les mains de la classe ouvri&#232;re d&#233;pendent directement, non du niveau atteint par les forces productives, mais des rapports dans la lutte des classes, de la situation internationale et, enfin, d'un certain nombre de facteurs subjectifs - les traditions, l'initiative et la combativit&#233; des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que les ouvriers arrivent au pouvoir dans un pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233; avant d'y arriver dans un pays capitaliste avanc&#233;. En 1871, les ouvriers prirent d&#233;lib&#233;r&#233;ment le pouvoir dans la ville petite-bourgeoise de Paris ; pour deux mois seulement, il est vrai, mais, dans les centres anglais ou am&#233;ricains du grand capitalisme, les travailleurs n'avaient jamais, m&#234;me une heure, tenu le pouvoir entre leurs mains. Imaginer que la dictature du prol&#233;tariat d&#233;pende en quelque sorte automatiquement du d&#233;veloppement et des ressources techniques d'un pays, c'est l&#224; le pr&#233;jug&#233; d'un mat&#233;rialisme &#034; &#233;conomique &#034; simplifi&#233; jusqu'&#224; l'absurde. Ce point de vue n'a rien &#224; voir avec le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre avis, la r&#233;volution russe cr&#233;era des conditions favorables au passage du pouvoir entre les mains des ouvriers - et, si la r&#233;volution l'emporte, c'est ce qui se r&#233;alisera en effet - avant que les politiciens du lib&#233;ralisme bourgeois n'aient la chance de pouvoir faire pleinement la preuve de leur talent &#224; gouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dressant le bilan de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution de 1848-1849 pour le journal am&#233;ricain The Tribune, Marx [1] &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Dans son d&#233;veloppement social et politique, la classe ouvri&#232;re, en Allemagne, retarde autant sur celle de l'Angleterre et de la France que la bourgeoisie allemande sur celle de ces pays. Tel ma&#238;tre, tel valet. L'&#233;volution des conditions d'existence pour une classe prol&#233;tarienne nombreuse, forte, concentr&#233;e et consciente marche de pair avec le d&#233;veloppement des conditions d'existence d'une classe bourgeoise nombreuse, riche, concentr&#233;e et puissante. Le mouvement ouvrier n'est jamais ind&#233;pendant, ne poss&#232;de jamais un caract&#232;re exclusivement prol&#233;tarien avant que les diff&#233;rentes fractions de la bourgeoisie, et surtout sa fraction la plus progressiste, les grands industriels, n'aient conquis le pouvoir politique et transform&#233; l'&#201;tat conform&#233;ment &#224; leurs besoins. C'est alors que l'in&#233;vitable conflit entre patrons et ouvriers devient imminent et ne peut plus &#234;tre ajourn&#233;...&#034;[K. Marx, Germanija v 1848-50, trad. russe, &#233;d. Alexe&#239;eva, 1905, p. 8-9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citation est probablement famili&#232;re au lecteur, car les marxistes &#034;&#224; textes&#034; en ont consid&#233;rablement abus&#233; ces derniers temps. Elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e comme un argument irr&#233;futable contre l'id&#233;e d'un gouvernement de la classe ouvri&#232;re en Russie. &#034;Tel ma&#238;tre, tel valet.&#034; Si la bourgeoisie capitaliste n'est pas encore assez forte pour prendre le pouvoir, c'est donc, disent-ils, qu'il est encore moins possible d'&#233;tablir une d&#233;mocratie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est avant tout une m&#233;thode d'analyse, non des textes, mais des rapports sociaux. Est-il vrai qu'en Russie la faiblesse du lib&#233;ralisme capitaliste signifie in&#233;vitablement la faiblesse du mouvement ouvrier ? Est-il vrai, pour la Russie, qu'il ne peut y avoir de mouvement ouvrier ind&#233;pendant avant que la bourgeoisie ait conquis le pouvoir ? Il suffit de poser ces questions pour voir quel formalisme sans espoir se dissimule derri&#232;re les tentatives faites pour transformer une remarque historiquement relative de Marx en un axiome supra-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la p&#233;riode du boom industriel, le d&#233;veloppement de l'industrie avait pris en Russie un caract&#232;re &#034;am&#233;ricain&#034; ; mais, du point de vue de ses dimensions actuelles, l'industrie russe est dans l'enfance, si on la compare &#224; celle des Etats-Unis. Cinq millions de personnes - 16,6 % de la population occup&#233;e dans l'&#233;conomie - sont engag&#233;es dans l'industrie en Russie ; pour les &#201;tats-Unis, les chiffres correspondants seraient six millions et 22,2%. Ces chiffres nous en disent encore relativement peu, mais ils deviennent &#233;loquents si l'on se souvient que la population de la Russie est presque le double de celle des Etats-Unis ! Toutefois, pour appr&#233;cier les v&#233;ritables dimensions des industries russe et am&#233;ricaine, il faut observer que, en 1900, les usines am&#233;ricaines ont produit des marchandises pour un montant de 25 milliards de roubles, cependant que, dans la m&#234;me p&#233;riode, les usines russes en produisaient pour moins de deux milliards et demi de roubles [2] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doute que le nombre, la concentration, la culture et l'importance politique des ouvriers industriels d&#233;pendent du degr&#233; de d&#233;veloppement de l'industrie capitaliste. Mais cette d&#233;pendance n'est pas directe. Entre les forces productives d'un pays et la puissance politique de ses classes viennent interf&#233;rer &#224; n'importe quel moment divers facteurs politiques et sociaux d'un caract&#232;re national ou international, qui modifient, ou m&#234;me parfois alt&#232;rent compl&#232;tement l'expression politique des rapports &#233;conomiques. Bien que les forces productives des &#201;tats-Unis soient dix fois sup&#233;rieures &#224; celles de la Russie, le r&#244;le politique du prol&#233;tariat russe, son influence sur la politique de son pays et la possibilit&#233; pour lui d'influer sur la politique mondiale dans un proche avenir sont incomparablement plus grands que ce n'est le cas pour le prol&#233;tariat des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent ouvrage sur le prol&#233;tariat am&#233;ricain, Kautsky souligne qu'il n'y a pas de rapport direct imm&#233;diat entre le pouvoir politique du prol&#233;tariat ou de la bourgeoisie, d'une part, et le niveau de d&#233;veloppement du capitalisme, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il existe deux &#201;tats, &#233;crit-il, qui sont en contraste absolu l'un avec l'autre. Dans le premier, l'un des &#233;l&#233;ments du mode de production capitaliste s'est d&#233;velopp&#233; d&#233;mesur&#233;ment par rapport au d&#233;veloppement d'ensemble de ce mode de production : dans le second, un autre &#233;l&#233;ment s'est ainsi d&#233;velopp&#233; d&#233;mesur&#233;ment. En Am&#233;rique, cet &#233;l&#233;ment est la classe capitaliste, en Russie, c'est le prol&#233;tariat. Il n'y a pas de pays o&#249; l'on soit plus fond&#233; &#224; parler d'une dictature du capital que l'Am&#233;rique ; cependant, le prol&#233;tariat n'a nulle part acquis autant d'importance qu'en Russie. Cette importance doit augmenter et augmentera sans aucun doute, car c'est seulement r&#233;cemment que ce dernier pays a commenc&#233; &#224; prendre part &#224; la lutte des classes moderne et qu'il lui a laiss&#233; quelque champ libre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignant que, dans une certaine mesure, l'Allemagne peut s'instruire en Russie sur son propre avenir, Kautsky poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il est vraiment tout &#224; fait extraordinaire que le prol&#233;tariat russe puisse nous montrer notre avenir, dans la mesure o&#249;, celui-ci trouve son expression, non dans le degr&#233; de d&#233;veloppement du capital, mais dans la protestation de la classe ouvri&#232;re. Le fait que la Russie soit le plus arri&#233;r&#233; des grands Etats du monde capitaliste pourrait para&#238;tre contredire la conception mat&#233;rialiste de l'histoire selon laquelle le d&#233;veloppement &#233;conomique est la base du d&#233;veloppement politique. Mais, en r&#233;alit&#233;, seule se trouve contredite la caricature de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire qu'en font ses adversaires et ses critiques, qui voient en elle un sch&#233;ma st&#233;r&#233;otyp&#233; et non une m&#233;thode de recherche.&#034; [K. Kautsky, Amerikanskij i russkij rabo&#233;iy, Saint-P&#233;tersbourg, 1906,p. 4-5 (Cf. Kautsky, &#034; Der Amerikanische Arbeiter &#034;, Die Neue Zeit, t. XXIV, vol. I, Stuttgart, 1906, p.677. - N.d.T.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recommandons particuli&#232;rement l'&#233;tude de ces lignes &#224; nos marxistes russes qui remplacent l'analyse ind&#233;pendante des rapports sociaux par des d&#233;ductions faites &#224; partir de textes choisis pour pouvoir servir dans toutes les circonstances de la vie. Personne ne compromet davantage le marxisme que ces marxistes en titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon Kautsky, du point de vue &#233;conomique, la Russie se trouve &#224; un niveau relativement bas de d&#233;veloppement du capitalisme ; du point de vue politique, elle a une bourgeoisie capitaliste insignifiante et un puissant prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il en r&#233;sulte que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;la lutte pour les int&#233;r&#234;ts de toute la Russie est devenue le lot de la seule forte classe actuellement existante dans le pays : le prol&#233;tariat industriel. C'est pourquoi le prol&#233;tariat industriel a une &#233;norme importance politique ; c'est pourquoi la lutte pour d&#233;livrer la Russie du carcan de l'absolutisme qui l'&#233;touffe s'est transform&#233;e en un combat singulier entre l'absolutisme et le prol&#233;tariat industriel, un combat singulier dans lequel les paysans peuvent apporter une aide consid&#233;rable, mais ne peuvent jouer un r&#244;le dirigeant. [3]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tout cela ne nous autorise pas &#224; conclure qu'en Russie, le &#034;valet&#034; prendra le pouvoir avant son &#034;ma&#238;tre&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir deux formes d'optimisme politique. Nous pouvons, dans une situation r&#233;volutionnaire, nous exag&#233;rer nos forces et nos avantages et entreprendre la r&#233;alisation de t&#226;ches qui ne correspondent pas au rapport des forces. D'un autre c&#244;t&#233;, il nous est possible de fixer, avec optimisme, des limites &#224; nos t&#226;ches r&#233;volutionnaires, alors que nous serons in&#233;vitablement amen&#233;s, par la logique de notre position, &#224; d&#233;passer ces limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant que notre r&#233;volution est bourgeoise dans ses buts objectifs et par cons&#233;quent dans ses r&#233;sultats in&#233;vitables, on fixe des limites &#224; tous les probl&#232;mes que pose cette r&#233;volution ; et l'on peut, ce faisant, fermer les yeux devant le fait que, dans cette r&#233;volution bourgeoise, l'acteur principal est le prol&#233;tariat, que le cours tout entier de la r&#233;volution pousse au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors se rassurer en disant que, dans le cadre d'une r&#233;volution bourgeoise, la domination politique du prol&#233;tariat ne sera qu'un &#233;pisode passager ; c'est oublier qu'une fois que le prol&#233;tariat aura le pouvoir entre les mains il ne le rendra pas sans opposer une r&#233;sistance d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; ce pouvoir ne pourra lui &#234;tre arrach&#233; que par la force des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se rassurer &#233;galement en soutenant que les conditions sociales de la Russie ne sont pas encore m&#251;res pour une &#233;conomie socialiste ; il faut pourtant consid&#233;rer que le prol&#233;tariat, une fois au pouvoir, sera in&#233;vitablement pouss&#233; par la logique m&#234;me de sa position, &#224; installer une gestion &#233;tatique de l'industrie. La formule sociologique g&#233;n&#233;rale &#034;r&#233;volution bourgeoise&#034; ne r&#233;sout nullement les probl&#232;mes tactiques et politiques, les contradictions et les difficult&#233;s que pose le m&#233;canisme d'une r&#233;volution bourgeoise d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XVIII&#176; si&#232;cle, dans le cadre d'une r&#233;volution bourgeoise dont la t&#226;che objective &#233;tait d'&#233;tablir la domination du capital, la dictature des sans-culottes se r&#233;v&#233;la possible. Ce ne fut pas l&#224; un simple &#233;pisode passager ; cette dictature marqua de son empreinte tout le si&#232;cle suivant, bien qu'elle se soit rapidement fracass&#233;e contre les barri&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, qui la limitaient de toutes parts. Au d&#233;but du XX&#176; si&#232;cle, dans une r&#233;volution dont les t&#226;ches objectives directes sont &#233;galement bourgeoises, &#233;merge comme la perspective d'un avenir prochain, la domination politique in&#233;vitable, ou du moins vraisemblable, du prol&#233;tariat. Et celui-ci saura bien veiller lui-m&#234;me &#224; ce que sa domination ne soit pas, comme l'esp&#232;rent quelques philistins r&#233;alistes, un simple &#034; &#233;pisode &#034; passager. Mais nous pouvons d&#232;s maintenant poser la question : Est-il in&#233;vitable que la dictature prol&#233;tarienne aille se fracasser contre les barri&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, ou est-il possible que, dans les conditions historiques mondiales donn&#233;es, elle puisse d&#233;couvrir une perspective de victoire en brisant ces barri&#232;res ? Ce sont alors des questions de tactique qui se posent devant nous : Devons-nous, &#224; mesure que la r&#233;volution se rapproche de cette &#233;tape, pr&#233;parer consciemment un gouvernement ouvrier, ou nous faut-il consid&#233;rer, &#224; ce stade, le pouvoir politique comme un malheur que la r&#233;volution bourgeoise est pr&#234;te &#224; imposer aux travailleurs, et qu'il leur vaudrait mieux &#233;viter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudra-t-il que nous nous appliquions &#224; nous-m&#234;mes le mot du politicien &#034;r&#233;aliste&#034; Vollmar [4] sur les communards de 1871 : &#034;Au lieu de prendre le pouvoir, il aurait mieux fait d'aller se coucher &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'on sait aujourd'hui, les articles parus dans le New York Daily Tribune, du 25 octobre 1851 au 22 d&#233;cembre 1852, sous la signature de Karl Marx, et publi&#233;s plus tard en volume sous le titre R&#233;volution et Contre-r&#233;volution en Allemagne, sont en r&#233;alit&#233; d'Engels. Mais il a fallu attendre la publication, en 1913, de la correspondance Marx-Engels pour le savoir. Nous citons ici le texte en fran&#231;ais d'apr&#232;s la R&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en Allemagne, par F. Engels, &#233;ditions Sociales, p. 208-209.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] D. Mend&#233;l&#233;ev, op. cit., p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D. Mend&#233;l&#233;ev, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Vollmar, social-d&#233;mocrate r&#233;formiste allemand, le premier sans doute &#224; avoir d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie de &#034; l'&#201;tat socialiste isol&#233; &#034;. Voir L. Trotsky, De la R&#233;volution, &#034; La R&#233;volution d&#233;figur&#233;e &#034;, p. 180 et &#034; La R&#233;volution trahie &#034;, p. 630-631, &#233;d. de Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat au pouvoir et la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution remporte une victoire d&#233;cisive, le pouvoir passera &#224; la classe qui joue le r&#244;le dirigeant dans la lutte, en d'autres termes, &#224; la classe ouvri&#232;re. Disons tout de suite que cela n'exclut absolument pas l'entr&#233;e au gouvernement des repr&#233;sentants r&#233;volutionnaires des groupes sociaux non prol&#233;tariens. Ceux-ci peuvent et doivent &#234;tre au gouvernement - une politique saine obligera le prol&#233;tariat &#224; appeler au pouvoir les dirigeants influents de la petite bourgeoisie des villes, des intellectuels et de la paysannerie. Tout le probl&#232;me r&#233;side en ceci : qui d&#233;terminera le contenu de la politique gouvernementale qui formera dans son sein une majorit&#233; homog&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose quand les repr&#233;sentants des couches d&#233;mocratiques du peuple entrent dans un gouvernement &#224; majorit&#233; ouvri&#232;re, c'en est une tout autre quand les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat participent &#224; un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois caract&#233;ris&#233;, dans lequel ils jouent un r&#244;le d'otages plus ou moins honorifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bourgeoisie capitaliste lib&#233;rale, avec toutes ses h&#233;sitations, retraites et trahisons, est parfaitement d&#233;termin&#233;e. La politique du prol&#233;tariat est encore mieux d&#233;termin&#233;e et achev&#233;e. Mais celle des intellectuels, eu &#233;gard &#224; leur caract&#232;re social interm&#233;diaire et &#224; leur &#233;lasticit&#233; politique, celle de la paysannerie, eu &#233;gard &#224; sa diversit&#233; sociale, &#224; la position interm&#233;diaire qu'elle occupe, et &#224; son caract&#232;re primitif, celle de la petite bourgeoisie des villes, eu &#233;gard, encore une fois, &#224; son manque de caract&#232;re, &#224; la position interm&#233;diaire qu'elle occupe, et &#224; son absence compl&#232;te de traditions politiques, la politique de ces trois groupes sociaux est tout &#224; fait ind&#233;termin&#233;e, informe, riche de possibilit&#233;s diverses, donc de surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire sans repr&#233;sentants du prol&#233;tariat est une conception d&#233;pourvue de sens. Il suffit que l'on essaie d'imaginer un tel gouvernement pour s'en apercevoir aussit&#244;t. En refusant d'y participer, les sociaux-d&#233;mocrates rendraient un gouvernement r&#233;volutionnaire tout &#224; fait impossible ; aussi bien, une telle attitude de leur part &#233;quivaudrait &#224; une trahison. Mais c'est seulement en tant que force dominante et dirigeante que la participation du prol&#233;tariat est hautement probable, et admissible en principe. On peut, naturellement, d&#233;crire un tel gouvernement comme &#233;tant la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie [1] , ou la dictature du prol&#233;tariat, de la paysannerie et de l'intelligentsia, ou m&#234;me un gouvernement de coalition de la classe ouvri&#232;re et de la petite bourgeoisie. La question n'en reste pas moins pos&#233;e : Qui exercera l'h&#233;g&#233;monie au sein du gouvernement lui-m&#234;me, et, par son interm&#233;diaire, dans le pays ? En parlant d'un gouvernement ouvrier, nous r&#233;pondons par l&#224; m&#234;me que l'h&#233;g&#233;monie devra appartenir &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Convention nationale, organe de la dictature jacobine, n'&#233;tait pas du tout compos&#233;e exclusivement de jacobins. Bien plus, les jacobins y &#233;taient en minorit&#233; ; mais l'influence des sans-culottes hors de l'enceinte de la Convention, et la n&#233;cessit&#233; d'adopter une politique r&#233;solue pour sauver le pays, firent tomber le pouvoir aux mains des jacobins. Ainsi donc, si la Convention, compos&#233;e de jacobins, de girondins, et de ce vaste centre h&#233;sitant qu'on appelait le marais, repr&#233;sentait formellement la nation, dans son essence c'&#233;tait une dictature des jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons d'un gouvernement ouvrier, ce que nous avons en vue, c'est un gouvernement au sein duquel les repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re dominent et dirigent. Le prol&#233;tariat ne peut consolider son pouvoir sans &#233;largir les bases de la r&#233;volution. C'est seulement une fois que l'avant-garde de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat des villes, sera au gouvernail de l'&#201;tat que de nombreux secteurs des masses travailleuses, notamment &#224; la campagne, seront entra&#238;n&#233;s dans la r&#233;volution et s'organiseront politiquement. L'agitation et l'organisation r&#233;volutionnaires pourront alors b&#233;n&#233;ficier de l'aide de l'&#201;tat. Le pouvoir l&#233;gislatif deviendra lui-m&#234;me un puissant levier pour r&#233;volutionner les masses. La nature de nos rapports sociaux historiques, qui fait retomber tout le poids de la r&#233;volution bourgeoise sur les &#233;paules du prol&#233;tariat, ne placera pas seulement le gouvernement ouvrier devant de formidables difficult&#233;s, mais lui assurera aussi le b&#233;n&#233;fice d'inestimables avantages, du moins pendant la premi&#232;re p&#233;riode de son existence. Tous les rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie en seront affect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;volutions de 1789-1793 et de 1848, c'est, apr&#232;s la chute de l'absolutisme, aux &#233;l&#233;ments les plus mod&#233;r&#233;s de la bourgeoisie qu'est &#233;chu le pouvoir, et c'est cette derni&#232;re classe qui &#233;mancipa la paysannerie (de quelle mani&#232;re, c'est une autre question) avant que la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire ne re&#231;&#251;t le pouvoir, ou ne f&#251;t m&#234;me pr&#234;te &#224; le recevoir. La paysannerie, une fois &#233;mancip&#233;e, perdit tout int&#233;r&#234;t pour les affaires politiques des &#034;gens des villes&#034;, autrement dit pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution, et, devenue la pierre angulaire de l'&#034;ordre&#034;, elle trahit la r&#233;volution en faveur de la r&#233;action, sous la forme du c&#233;sarisme ou de l'ancien r&#233;gime absolutiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe ne peut (et, pour une longue p&#233;riode encore ne pourra) &#233;tablir aucune sorte d'ordre constitutionnel bourgeois susceptible de r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie. Tous les efforts &#034;&#233;clair&#233;s&#034; de bureaucrates r&#233;formateurs &#224; la White ou &#224; la Stolypine sont r&#233;duits &#224; n&#233;ant par la lutte qu'ils doivent mener pour leur propre existence. C'est pourquoi le destin des int&#233;r&#234;ts r&#233;volutionnaires les plus &#233;l&#233;mentaires de la paysannerie - m&#234;me de la paysannerie prise comme un tout, en tant qu'&#233;tat - d&#233;pend du destin de la r&#233;volution tout enti&#232;re, donc du destin du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat au pouvoir sera, aux yeux des paysans, la classe qui les aura &#233;mancip&#233;s. La domination du prol&#233;tariat ne signifiera pas seulement l'&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, le droit de se gouverner librement soi-m&#234;me, le transfert de tout le fardeau des imp&#244;ts sur les &#233;paules des classes riches, la dissolution de l'arm&#233;e permanente et l'armement du peuple, l'abolition des imp&#244;ts du clerg&#233;, mais aussi la reconnaissance de toutes les transformations r&#233;volutionnaires (expropriations) accomplies par les paysans dans les rapports sociaux &#224; la campagne. Le prol&#233;tariat fera de ces transformations le point de d&#233;part de nouvelles mesures de l'&#201;tat dans l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la paysannerie russe, au cours de la premi&#232;re phase, la plus difficile, de la r&#233;volution, ne sera en tout cas pas moins int&#233;ress&#233;e au maintien du r&#233;gime prol&#233;tarien, de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, que ne l'&#233;tait la paysannerie fran&#231;aise &#224; celui du r&#233;gime militaire de Napol&#233;on Bonaparte, qui garantissait aux nouveaux propri&#233;taires, par la force des ba&#239;onnettes, l'inviolabilit&#233; de leurs possessions. Et cela signifie que l'organisme repr&#233;sentatif de la nation, convoqu&#233; sous la direction d'un prol&#233;tariat qui se sera assur&#233; le soutien de la paysannerie, ne sera rien d'autre qu'un v&#234;tement d&#233;mocratique pour le r&#232;gne du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'est-il pas possible que la paysannerie se d&#233;barrasse du prol&#233;tariat et prenne sa place ? Non, cela est impossible. Toute l'exp&#233;rience historique parle contre une telle hypoth&#232;se. L'exp&#233;rience historique montre que la paysannerie est absolument incapable d'assumer un r&#244;le politique ind&#233;pendant [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du capitalisme est l'histoire de la subordination de la campagne &#224; la ville. Le d&#233;veloppement industriel des villes europ&#233;ennes, parvenu &#224; un stade d&#233;termin&#233;, a rendu impossible la persistance des rapports f&#233;odaux dans l'agriculture. Mais la campagne elle-m&#234;me n'a jamais produit une classe susceptible d'entreprendre la t&#226;che r&#233;volutionnaire d'abolir la f&#233;odalit&#233;. La m&#234;me ville, qui subordonnait l'agriculture au capital, a engendr&#233; une force r&#233;volutionnaire qui a conquis l'h&#233;g&#233;monie politique sur la campagne, et a &#233;tendu &#224; la campagne la r&#233;volution dans l'&#233;tat et dans les rapports de propri&#233;t&#233;. Et, l'histoire poursuivant son cours, la campagne est finalement tomb&#233;e dans l'esclavage &#233;conomique du capital, et la paysannerie dans l'esclavage politique des partis capitalistes. Ces partis ont ressuscit&#233; la f&#233;odalit&#233; dans le cadre de la politique parlementaire, en faisant de la paysannerie une chasse gard&#233;e pour leurs battues &#233;lectorales. Avec ses imp&#244;ts et son militarisme, l'&#201;tat bourgeois moderne jette le paysan dans les griffes de l'usurier, et, avec ses pr&#234;tres d'&#201;tat, ses &#233;coles d'&#201;tat et la corruption de la vie militaire, fait du paysan la victime d'une politique d'usuriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie russe abandonnera au prol&#233;tariat la totalit&#233; des positions de la r&#233;volution. Elle devra aussi lui abandonner l'h&#233;g&#233;monie r&#233;volutionnaire sur les paysans. Il ne restera &#224; la paysannerie rien d'autre &#224; faire, dans la situation qui r&#233;sultera du transfert du pouvoir au prol&#233;tariat, que de se rallier au r&#233;gime de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et m&#234;me si elle ne le fait pas avec un degr&#233; de conscience plus &#233;lev&#233; que lorsqu'elle se rallie, comme elle en a l'habitude, aux partis bourgeois, cela n'aura que peu d'importance. Mais, alors qu'un parti bourgeois qui dispose des suffrages des paysans s'empresse d'user du pouvoir pour plumer les paysans et fouler aux pieds leurs aspirations et ses propres promesses, quitte, si les choses tournent mal, &#224; c&#233;der la place &#224; un autre parti capitaliste, le prol&#233;tariat, s'appuyant sur la paysannerie, mobilisera toutes ses forces pour &#233;lever le niveau culturel de la campagne et d&#233;velopper la conscience politique de la paysannerie. De ce que nous avons dit plus haut r&#233;sulte clairement ce que nous pensons d'une &#034;dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;. La question n'est pas de savoir si nous consid&#233;rons qu'une telle forme de coop&#233;ration politique est admissible en principe, &#034;si nous la souhaitons ou ne la souhaitons pas&#034;. Nous pensons simplement qu'elle est irr&#233;alisable, au moins dans un sens direct et imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, une telle coalition pr&#233;suppose, ou bien que l'un des partis bourgeois existants tienne la paysannerie sous son influence, ou bien que la paysannerie ait cr&#233;&#233; un puissant parti ind&#233;pendant ; mais nous nous sommes pr&#233;cis&#233;ment efforc&#233;s de d&#233;montrer que ni l'une ni l'autre de ces &#233;ventualit&#233;s n'est r&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. L&#233;nine, Zwei Taktiken der Sozialdemokratie in der demokratischen Revolution, juillet 1905, Werke, Berlin, 1907, vol. IX, p. 44, ouvrage o&#249; L&#233;nine proclame la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;dictature r&#233;volutionnaire et d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'apparition et le d&#233;veloppement, &#224; la premi&#232;re Douma, d'abord de l' &#034;Union paysanne&#034;, puis du &#034;Groupe du travail&#034; (Troudoviki) contredisent-ils ces arguments et ceux qui suivent ? En aucune mani&#232;re. Qu'est-ce que l'Union paysanne ? Une Union qui rassemble, sur la plate-forme d'une r&#233;volution d&#233;mocratique et d'une r&#233;forme agraire, quelques &#233;l&#233;ments de la d&#233;mocratie radicale &#224; la recherche d'un appui dans les masses, et les &#233;l&#233;ments les plus conscients de la paysannerie, n'appartenant visiblement pas aux couches inf&#233;rieures de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du programme agraire de l'Union paysanne (&#034;&#233;galit&#233; dans l'usage de la terre&#034;), qui est sa raison d'exister, il faut observer ceci plus largement et plus profond&#233;ment se d&#233;veloppera le mouvement agraire, plus t&#244;t il en arrivera &#224; la confiscation et &#224; la distribution de la terre, et plus vite se d&#233;veloppera le processus de d&#233;sint&#233;gration de l'Union paysanne, sous l'effet de mille et une contradictions de classe, locales, quotidiennes et techniques. Ses membres auront leur part d'influence dans les comit&#233;s paysans, organes de la r&#233;volution agraire au village mais il va sans dire que les comit&#233;s paysans, institutions &#233;conomico-administratives, ne pourront abolir la d&#233;pendance politique du pays &#224; l'&#233;gard de la ville, d&#233;pendance qui constitue l'un des traits dominants de la soci&#233;t&#233; moderne. Le radicalisme et le caract&#232;re informel du Groupe du travail n'a fait que refl&#233;ter le caract&#232;re contradictoire des aspirations r&#233;volutionnaires de la paysannerie. Pendant la p&#233;riode des illusions constitutionnelles, ce groupe suivait sans espoir les &#034;cadets&#034; (constitutionnels-d&#233;mocrates). Lorsque la Douma fut dissoute, ils pass&#232;rent tout naturellement sous la direction du groupe social-d&#233;mocrate. L'absence d'ind&#233;pendance des repr&#233;sentants paysans appara&#238;tra avec une clart&#233; particuli&#232;re au moment o&#249; il faudra faire preuve d'initiative et de r&#233;solution, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; le pouvoir devra passer aux mains des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime prol&#233;tarien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le prol&#233;tariat ne peut acc&#233;der au pouvoir qu'en s'appuyant sur un soul&#232;vement national et sur l'enthousiasme national. Le prol&#233;tariat entrera au gouvernement comme le repr&#233;sentant r&#233;volutionnaire de la nation, comme le dirigeant reconnu de la nation dans la lutte contre l'absolutisme et la barbarie f&#233;odale. En prenant le pouvoir, cependant, il ouvrira une nouvelle &#233;poque, une &#233;poque de l&#233;gislation r&#233;volutionnaire, de politique positive, et, &#224; cet &#233;gard, il ne peut nullement &#234;tre assur&#233; de conserver le r&#244;le de porte-parole reconnu de la volont&#233; de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les premi&#232;res mesures prises par le prol&#233;tariat pour nettoyer les &#233;curies d'Augias de l'ancien r&#233;gime et expulser leurs habitants rencontreront le soutien actif de la nation tout enti&#232;re, en d&#233;pit de ce que peuvent dire, sur le caract&#232;re tenace de certains pr&#233;jug&#233;s dans les masses, les eunuques lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nettoyage politique sera compl&#233;t&#233; par une r&#233;organisation d&#233;mocratique de tous les rapports sociaux et &#233;tatiques. Le gouvernement ouvrier sera oblig&#233; sous l'influence des pressions et des revendications imm&#233;diates d'intervenir de fa&#231;on d&#233;cisive en tout et partout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re t&#226;che sera de chasser de l'arm&#233;e et de l'administration tous ceux qui ont du sang sur les mains, et de licencier ou de disperser les r&#233;giments qui se sont le plus souill&#233;s de crimes contre le peuple. Cela devra &#234;tre r&#233;gl&#233; dans les tout premiers jours de la r&#233;volution, bien avant qu'il soit possible d'introduire le syst&#232;me de l'&#233;ligibilit&#233; et de la responsabilit&#233; des fonctionnaires et d'organiser une milice nationale. Mais ce n'est pas tout. La d&#233;mocratie ouvri&#232;re se trouvera imm&#233;diatement plac&#233;e devant la question de la dur&#233;e de la journ&#233;e de travail, devant la question agraire, et devant le probl&#232;me du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est claire. Avec chaque jour qui passera, la politique du prol&#233;tariat au pouvoir s'approfondira, et son caract&#232;re de classe s'affirmera de fa&#231;on toujours plus r&#233;solue. En m&#234;me temps se rompront les liens du prol&#233;tariat avec la nation, la d&#233;sint&#233;gration de la paysannerie en tant que classe rev&#234;tira une forme politique, et l'antagonisme entre les divers secteurs qui la composent cro&#238;tra &#224; mesure que la politique du gouvernement ouvrier se d&#233;finira davantage, et cessera davantage d'&#234;tre une politique d&#233;mocratique au sens g&#233;n&#233;ral du terme, pour devenir une politique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence, chez les paysans comme chez les intellectuels, de traditions bourgeoises et individualistes accumul&#233;es, comme de pr&#233;jug&#233;s contre le prol&#233;tariat, facilitera, certes, l'accession au pouvoir de ce dernier ; il ne faut cependant pas oublier que cette absence de pr&#233;jug&#233;s n'est pas le fruit de la conscience politique, mais bien de la barbarie politique, du manque de maturit&#233; sociale et de caract&#232;re, et de l'arri&#233;ration. Il n'y a l&#224; rien qui soit susceptible de fournir, pour une politique prol&#233;tarienne coh&#233;rente et active, une base &#224; laquelle on puisse se fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paysannerie tout enti&#232;re soutiendra l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car c'est elle qui en supporte le fardeau. Dans sa grande majorit&#233;, elle appuiera l'instauration d'un imp&#244;t progressif sur le revenu. Mais une l&#233;gislation destin&#233;e &#224; prot&#233;ger les prol&#233;taires agricoles ne jouira pas de la sympathie active de la majorit&#233; des paysans ; bien plus, elle rencontrera l'opposition active d'une minorit&#233; d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat sera contraint de porter la lutte de classe au village, et de d&#233;truire de la sorte cette communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts qui existe incontestablement, encore que dans des limites comparativement &#233;troites, chez les paysans. Imm&#233;diatement apr&#232;s la prise du pouvoir, le prol&#233;tariat devra chercher &#224; prendre appui sur les antagonismes entre paysans pauvres et paysans riches, entre le prol&#233;tariat agricole et la bourgeoisie agricole. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la paysannerie cr&#233;era des difficult&#233;s &#224; l'application d'une politique prol&#233;tarienne, et en r&#233;tr&#233;cira la base ; mais le degr&#233; insuffisant atteint par la diff&#233;renciation de classe de la paysannerie cr&#233;era des obstacles &#224; l'introduction en son sein d'une lutte de classe d&#233;velopp&#233;e sur laquelle le prol&#233;tariat urbain puisse s'appuyer. Le caract&#232;re arri&#233;r&#233; de la paysannerie sera d&#233;sormais une source d'obstacles pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refroidissement de la paysannerie, sa passivit&#233; politique et, plus encore, l'opposition active de ses couches sup&#233;rieures ne pourront pas ne pas influencer une partie des intellectuels et de la petite bourgeoisie des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus la politique du prol&#233;tariat au pouvoir se fera pr&#233;cise et r&#233;solue, et plus le terrain se r&#233;tr&#233;cira et deviendra p&#233;rilleux sous ses pas. Tout cela est extr&#234;mement probable et m&#234;me in&#233;vitable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux aspects de la politique du prol&#233;tariat qui susciteront l'opposition de ses alli&#233;s, ce sont le collectivisme et l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re arri&#233;r&#233; et petit-bourgeois de la paysannerie, l'&#233;troitesse rurale de ses vues, son &#233;loignement des liens de la politique mondiale seront la source de terribles difficult&#233;s dans la voie de la politique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginer que le r&#244;le des sociaux-d&#233;mocrates consiste tout d'abord &#224; entrer dans un gouvernement provisoire et &#224; le diriger pendant la p&#233;riode des r&#233;formes d&#233;mocratiques r&#233;volutionnaires, en luttant pour leur donner un caract&#232;re tout &#224; fait radical, et en s'appuyant, &#224; cette fin, sur le prol&#233;tariat organis&#233;, puis, une fois le programme d&#233;mocratique enti&#232;rement r&#233;alis&#233;, &#224; quitter l'&#233;difice qu'ils auront construit pour y laisser la place aux partis bourgeois et passer dans l'opposition, ouvrant ainsi une p&#233;riode de parlementarisme, c'est envisager la chose d'une mani&#232;re susceptible de compromettre l'id&#233;e m&#234;me d'un gouvernement ouvrier. Cela, non pas parce qu'une telle attitude est inadmissible &#034;en principe&#034; - poser la question sous cette forme abstraite n'a pas de sens -, mais parce qu'elle est absolument irr&#233;elle, parce que c'est de l'utopisme de la pire esp&#232;ce : de l'utopisme philistin-r&#233;volutionnaire. Voici pourquoi : Durant la p&#233;riode o&#249; le pouvoir appartient &#224; la bourgeoisie, la division de notre programme en programme maximum et programme minimum rev&#234;t une signification de principe profonde et fondamentale. Ce fait m&#234;me de la domination de la bourgeoisie &#233;limine de notre programme minimum toutes les revendications qui sont incompatibles avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ces revendications forment le contenu d'une r&#233;volution socialiste ; elles pr&#233;supposent la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la division en programme maximum et programme minimum perd toute signification, tant principielle que pratique, d&#232;s que le pouvoir est entre les mains d'un gouvernement r&#233;volutionnaire &#224; majorit&#233; socialiste. Un gouvernement prol&#233;tarien ne peut en aucun cas se fixer &#224; lui-m&#234;me de telles limitations. Prenons la question de la journ&#233;e de huit heures. Comme on sait, cette revendication n'est nullement en contradiction avec l'existence de rapports capitalistes ; c'est pourquoi elle constitue l'un des points du programme minimum de la social-d&#233;mocratie. Mais supposons que cette mesure entre effectivement en vigueur pendant une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, donc une p&#233;riode o&#249; les passions de classe sont exacerb&#233;es : il est hors de doute qu'elle provoquerait une r&#233;sistance organis&#233;e et r&#233;solue des capitalistes, qui prendrait, par exemple, la forme de lock-out et de fermetures d'usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de milliers de travailleurs se trouveraient jet&#233;s &#224; la rue. Que devrait faire le gouvernement ? Si radical qu'il puisse &#234;tre, un gouvernement bourgeois ne laisserait jamais les choses en venir l&#224;, car, devant la fermeture des usines, il serait impuissant. Il serait contraint &#224; battre en retraite, la journ&#233;e de huit heures ne serait pas appliqu&#233;e et l'indignation des travailleurs serait r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination du prol&#233;tariat, au contraire, l'entr&#233;e en vigueur de la journ&#233;e de huit heures aurait de tout autres cons&#233;quences. Un gouvernement qui, contrairement aux lib&#233;raux, ne chercherait pas &#224; jouer le r&#244;le d'un interm&#233;diaire &#034;impartial&#034; de la d&#233;mocratie bourgeoise ; qui chercherait &#224; s'appuyer, non sur le capital, mais sur le prol&#233;tariat, ne verrait pas, dans la fermeture des usines par les capitalistes, une excuse pour allonger la journ&#233;e de travail. Pour un gouvernement ouvrier, il n'y aurait qu'une issue : exproprier les usines ferm&#233;es, et organiser la production sur une base socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut naturellement raisonner de la mani&#232;re suivante supposons que le gouvernement ouvrier, fid&#232;le &#224; son programme, d&#233;cr&#232;te la journ&#233;e de huit heures ; si la r&#233;sistance qu'opposera le capital ne peut &#234;tre surmont&#233;e dans le cadre d'un programme d&#233;mocratique fond&#233; sur la pr&#233;servation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les sociaux-d&#233;mocrates d&#233;missionneront, et ils en appelleront au prol&#233;tariat. Une telle solution en serait peut-&#234;tre une pour le groupe dont les membres formeraient le gouvernement ; elle n'en serait pas une pour le prol&#233;tariat, ni pour le d&#233;veloppement de la r&#233;volution. La situation serait la m&#234;me, apr&#232;s la d&#233;mission des sociaux. d&#233;mocrates, qu'au moment o&#249;, pr&#233;c&#233;demment, ils auraient &#233;t&#233; contraints d'assumer le pouvoir. Et prendre la fuite devant l'opposition organis&#233;e du capital serait une trahison plus grave que de refuser de prendre le pouvoir &#224; l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente. Il vaudrait r&#233;ellement beaucoup mieux pour la classe ouvri&#232;re ne pas entrer au gouvernement que d'y entrer pour y d&#233;montrer sa propre faiblesse et partir ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un autre exemple. Le prol&#233;tariat au pouvoir ne pourra que recourir aux mesures les plus &#233;nergiques pour r&#233;soudre le probl&#232;me du ch&#244;mage, car il est &#233;vident que les repr&#233;sentants des ouvriers au gouvernement ne pourront r&#233;pondre aux revendications des ch&#244;meurs en arguant du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le gouvernement entreprend de soutenir les ch&#244;meurs - et peu importe ici de quelle mani&#232;re -, cela signifie une modification imm&#233;diate et substantielle du rapport des forces &#233;conomiques en faveur du prol&#233;tariat. Les capitalistes qui, pour opprimer les ouvriers, s'appuient toujours sur l'existence d'une arm&#233;e de r&#233;serve de travailleurs, se sentiraient r&#233;duits &#224; l'impuissance &#233;conomique au moment m&#234;me o&#249; le gouvernement r&#233;volutionnaire les r&#233;duirait &#224; l'impuissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entreprenant de soutenir les ch&#244;meurs, le gouvernement entreprendra par l&#224; m&#234;me de soutenir les gr&#233;vistes. S'il manque &#224; ce devoir, il minera imm&#233;diatement et irr&#233;vocablement sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restera plus alors aux capitalistes d'autre recours que le lock-out, c'est-&#224;-dire la fermeture des usines. Il est tout &#224; fait clair que les employeurs peuvent r&#233;sister beaucoup plus longtemps que les ouvriers &#224; l'arr&#234;t de la production ; il n'y a donc, pour un gouvernement ouvrier, qu'une seule r&#233;ponse possible &#224; un lock-out g&#233;n&#233;ral : l'expropriation des usines, et l'introduction, au moins dans les plus grandes, de la production &#233;tatique ou communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des probl&#232;mes analogues se poseront dans l'agriculture, du seul fait de l'expropriation de la terre. Il est absolument impossible de concevoir qu'un gouvernement prol&#233;tarien, apr&#232;s avoir expropri&#233; les propri&#233;t&#233;s o&#249; la production se fait sur une grande &#233;chelle, les divise en parcelles pour les mettre en vente et les faire exploiter par de petits producteurs. La seule voie, dans ce domaine, c'est l'organisation de la production coop&#233;rative, sous le contr&#244;le des communes ou directement par l'&#201;tat. Mais cette voie est celle qui conduit au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela d&#233;montre sans ambigu&#239;t&#233; qu'il serait impossible aux sociaux-d&#233;mocrates d'entrer dans un gouvernement r&#233;volutionnaire en s'engageant &#224; la fois, &#224; l'&#233;gard des ouvriers, &#224; ne pas abandonner le programme minimum, et, &#224; l'&#233;gard des bourgeois, &#224; ne pas le d&#233;passer. Car un tel engagement bilat&#233;ral ne pourrait absolument pas &#234;tre tenu. Du seul fait que les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat entrent au gouvernement, non &#224; titre d'otages impuissants, mais comme la force dirigeante, s'&#233;vanouit la fronti&#232;re entre programme minimum et programme maximum ; c'est-&#224;-dire que le collectivisme est mis &#224; l'ordre du jour. Jusqu'o&#249; ira le prol&#233;tariat dans cette voie ? Cela d&#233;pend du rapport des forces, mais nullement des intentions primitives du parti prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'on ne peut parler de je ne sais quelle forme sp&#233;ciale de la dictature du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution bourgeoise, d'une dictature &#034;d&#233;mocratique&#034; du prol&#233;tariat - ou du prol&#233;tariat et de la paysannerie. La classe ouvri&#232;re ne pourrait pr&#233;server le caract&#232;re d&#233;mocratique de sa dictature qu'en renon&#231;ant &#224; d&#233;passer les limites du programme d&#233;mocratique. Toute illusion &#224; cet &#233;gard serait fatale. Elle compromettrait d&#232;s le d&#233;but la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le prol&#233;tariat aura pris le pouvoir, il se battra pour ce pouvoir jusqu'au bout. Et s'il est vrai que, dans cette lutte pour maintenir et consolider son pouvoir, il aura recours, surtout &#224; la campagne, &#224; l'arme de l'agitation et l'organisation, il utilisera comme autre moyen une politique collectiviste. Le collectivisme ne sera pas seulement la seule voie par laquelle le parti au pouvoir, dans la position qui sera la sienne, pourra avancer, mais aussi le moyen de d&#233;fendre cette position avec l'appui du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre presse &#034;progressiste&#034; a pouss&#233; un cri unanime d'indignation lorsque fut formul&#233;e pour la premi&#232;re fois, dans la presse socialiste, l'id&#233;e de la r&#233;volution ininterrompue - une id&#233;e qui rattachait la liquidation de l'absolutisme et de la f&#233;odalit&#233; &#224; une r&#233;volution socialiste, au travers des conflits sociaux croissants, de soul&#232;vements dans de nouvelles couches des masses, d'attaques incessantes men&#233;es par le prol&#233;tariat contre les privil&#232;ges politiques et &#233;conomiques des classes dirigeantes. &#034;Oh, s'&#233;cri&#232;rent-ils, nous avons souffert bien des choses, mais cela, nous ne le tol&#233;rerons pas. La r&#233;volution ne peut &#234;tre &#034;l&#233;galis&#233;e&#034;. C'est seulement dans des circonstances exceptionnelles qu'on peut recourir &#224; des mesures exceptionnelles. L'objectif du mouvement d'&#233;mancipation n'est pas de rendre la r&#233;volution permanente, mais de conduire aussi vite que possible &#224; une situation l&#233;gale&#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants les plus radicaux de cette m&#234;me d&#233;mocratie ne se risquent pas, pour leur part, &#224; prendre position contre la r&#233;volution, du point de vue de &#034;succ&#232;s&#034; constitutionnels d&#233;j&#224; acquis. M&#234;me pour eux, ce cr&#233;tinisme parlementaire qui pr&#233;c&#232;de l'apparition m&#234;me du parlementarisme ne constitue pas une arme suffisante dans la lutte contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est une autre voie qu'ils choisissent. Ils prennent position en se fondant, non sur la loi, mais sur ce qu'ils prennent pour les faits - sur les &#034;possibilit&#233;s&#034; historiques, sur le &#034;r&#233;alisme&#034; politique, et, en dernier ressort... sur le &#034;marxisme&#034;. Et pourquoi pas ? Le pieux bourgeois de Venise, Antonio, l'a dit fort justement : &#034;Le diable peut citer l'&#201;criture pour ses besoins. [1] &#034; Ces d&#233;mocrates radicaux ne regardent pas seulement comme fantastique l'id&#233;e m&#234;me d'un gouvernement ouvrier en Russie, ils nient &#233;galement qu'une r&#233;volution socialiste soit possible en Europe dans la toute prochaine p&#233;riode historique : &#034;Les pr&#233;misses de la r&#233;volution, disent-ils, ne sont pas encore visibles.&#034; Est-ce vrai ? Certes, il n'est pas question de fixer un d&#233;lai pour la r&#233;volution socialiste ; mais il est n&#233;cessaire de faire ressortir ses perspectives historiques v&#233;ritables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Shakespeare, Le Marchand de Venise, acte I, sc&#232;ne III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement ouvrier en russie et le socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons montr&#233; ci-dessus que les pr&#233;misses objectives d'une r&#233;volution socialiste ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par le d&#233;veloppement &#233;conomique des pays capitalistes avanc&#233;s. Mais que pouvons-nous dire, sous ce rapport, en ce qui concerne la Russie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous nous attendre &#224; ce que le passage du pouvoir aux mains du prol&#233;tariat russe soit le d&#233;but de la transformation de notre &#233;conomie nationale en une &#233;conomie socialiste ? Nous avons r&#233;pondu &#224; cette question il y a un an, dans un article qui a &#233;t&#233; soumis, dans les organes des deux fractions de notre parti, aux feux crois&#233;s d'une s&#233;v&#232;re critique. Voici ce que nous y disions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Les ouvriers parisiens n'exigeaient pas de miracles de la Commune, nous dit Marx, [1]. Nous non plus ne devons pas, aujourd'hui, esp&#233;rer de miracles imm&#233;diats de la dictature du prol&#233;tariat. Le pouvoir de l'&#201;tat n'est pas tout-puissant. Il serait absurde de croire qu'il suffise au prol&#233;tariat, pour substituer le socialisme au capitalisme, de prendre le pouvoir et de passer ensuite quelques d&#233;crets. Un syst&#232;me &#233;conomique n'est pas le produit des mesures prises par le gouvernement. Tout ce que le prol&#233;tariat peut faire, c'est d'utiliser avec toute l'&#233;nergie possible le pouvoir de l'&#201;tat pour faciliter et raccourcir le chemin qui conduit l'&#233;volution &#233;conomique au collectivisme.&lt;br class='autobr' /&gt; Le prol&#233;tariat commencera par les r&#233;formes qui figurent dans ce qu'on appelle le programme minimum ; et la logique m&#234;me de sa position l'obligera &#224; passer directement de l&#224; &#224; des mesures collectivistes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'introduction de la journ&#233;e de huit heures et d'un imp&#244;t sur le revenu rapidement progressif sera comparativement facile, encore que, m&#234;me ici, le centre de gravit&#233; ne r&#233;sidera pas dans la passation des &#034; actes &#034;, mais dans l'organisation de leur mise en pratique. Mais la principale difficult&#233; - et c'est l&#224; que se situe le passage au collectivisme - r&#233;sidera dans l'organisation, par l'&#201;tat, de la production dans les usines qui auront &#233;t&#233; ferm&#233;es par leurs propri&#233;taires en guise de r&#233;ponse &#224; la passation de ces actes. Passer une loi pour l'abolition du droit d'h&#233;ritage et mettre cette loi en application seront, comparativement, une t&#226;che facile. Les legs sous forme de capital-argent n'embarrasseront pas le prol&#233;tariat, ni ne p&#232;seront sur son &#233;conomie. Mais, pour remplir la fonction d'h&#233;ritier de la terre ou du capital industriel, l'&#201;tat ouvrier doit &#234;tre pr&#234;t &#224; entreprendre l'organisation de la production sociale.&lt;br class='autobr' /&gt; On peut dire la m&#234;me chose, mais &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, de l'expropriation - avec ou sans indemnit&#233;. L'expropriation avec indemnit&#233; serait politiquement avantageuse, mais financi&#232;rement difficile, cependant que l'expropriation sans indemnit&#233; serait financi&#232;rement avantageuse mais politiquement difficile. Mais c'est dans l'organisation de la production que se rencontreront les plus grandes difficult&#233;s. Nous le r&#233;p&#233;tons : un gouvernement du prol&#233;tariat n'est pas un gouvernement capable d'accomplir des miracles.&lt;br class='autobr' /&gt; La socialisation de la production commencera dans les branches d'industrie o&#249; elle pr&#233;sente le moins de difficult&#233;s. Dans la premi&#232;re p&#233;riode, la production socialis&#233;e sera confin&#233;e dans un certain nombre d'oasis, reli&#233;es aux entreprises priv&#233;es par les lois de la circulation des marchandises. Plus s'&#233;tendra le domaine de la production sociale et plus &#233;vidents deviendront ses avantages, plus solide se sentira le nouveau r&#233;gime politique et plus hardies deviendront les mesures &#233;conomiques ult&#233;rieures du prol&#233;tariat. Il pourra s'appuyer et s'appuiera, pour prendre ces mesures, non seulement sur les forces productives nationales, mais aussi sur la technique du monde entier, exactement comme, dans sa politique r&#233;volutionnaire, il ne s'appuiera pas seulement sur son exp&#233;rience des rapports de classes dans son pays mais bien sur toute l'exp&#233;rience historique du prol&#233;tariat international.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination politique du prol&#233;tariat est incompatible avec son esclavage &#233;conomique. Sous quelque drapeau politique que le prol&#233;tariat ait acc&#233;d&#233; au pouvoir, il sera oblig&#233; de prendre le chemin d'une politique socialiste. Il serait du plus grand utopisme de penser que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir acc&#233;d&#233; &#224; la domination politique par suite du m&#233;canisme interne d'une r&#233;volution bourgeoise, puisse, m&#234;me s'il le d&#233;sirait, borner sa mission &#224; cr&#233;er les conditions d&#233;mocratiques et r&#233;publicaines de la domination sociale de la bourgeoisie. M&#234;me, si elle n'est que temporaire, la domination politique du prol&#233;tariat affaiblira &#224; un degr&#233; extr&#234;me la r&#233;sistance du capital, qui a constamment besoin du soutien de l'&#201;tat, et fera prendre un essor gigantesque &#224; la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat. Les ouvriers ne pourront pas ne pas r&#233;clamer l'appui du gouvernement r&#233;volutionnaire pour les gr&#233;vistes, et un gouvernement s'appuyant sur les ouvriers ne pourra pas le refuser. Mais cela aura pour cons&#233;quence d'annuler les effets de l'existence de l'arm&#233;e de r&#233;serve du travail, d'engendrer la domination des ouvriers, non seulement sur le terrain politique, mais aussi sur le terrain &#233;conomique, et de r&#233;duire &#224; l'&#233;tat de fiction la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ces cons&#233;quences sociales et &#233;conomiques in&#233;vitables de la dictature du prol&#233;tariat se manifesteront tr&#232;s vite, bien avant que la d&#233;mocratisation du syst&#232;me politique soit termin&#233;e. La barri&#232;re entre le programme minimum et le programme maximum tombe d&#232;s que le prol&#233;tariat acc&#232;de au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me que le r&#233;gime prol&#233;tarien devra aborder en arrivant au pouvoir, c'est la question agraire, &#224; laquelle est li&#233; le sort des larges masses de la population russe. Dans la solution de cette question, comme dans celle de toutes les autres, le prol&#233;tariat prendra pour guide l'objectif fondamental de sa politique &#233;conomique : disposer d'un domaine aussi vaste que possible pour organiser une &#233;conomie socialiste. Cependant cette politique agricole, dans sa forme comme dans le rythme de sa mise en &#339;uvre, devra &#234;tre d&#233;termin&#233;e en fonction des ressources mat&#233;rielles dont le prol&#233;tariat disposera, ainsi que du souci de ne pas jeter des alli&#233;s possibles dans les rangs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question agraire, c'est-&#224;-dire la question du sort de l'agriculture telle qu'elle se pose en termes de rapports sociaux, ne se r&#233;duit pas, bien entendu, &#224; la question de la terre, c'est-&#224;-dire des formes de la propri&#233;t&#233; de la terre. Il n'y a pourtant aucun doute que la solution apport&#233;e au probl&#232;me de la terre, m&#234;me si elle ne d&#233;cide pas de l'&#233;volution de l'agriculture, d&#233;cidera au moins de la politique agraire du prol&#233;tariat : autrement dit, ce que fera de la terre le r&#233;gime prol&#233;tarien doit &#234;tre &#233;troitement li&#233; &#224; son attitude g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;gard du cours et des besoins du d&#233;veloppement de l'agriculture. C'est pour cette raison que la question de la terre occupe la premi&#232;re place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution du probl&#232;me de la terre &#224; laquelle les socialistes r&#233;volutionnaires ont donn&#233; une popularit&#233; qui est loin d'&#234;tre sans reproche, c'est la socialisation de toute la terre ; un terme qui, une fois d&#233;barrass&#233; de son maquillage europ&#233;en, ne signifie rien d'autre que l' &#034;&#233;galit&#233; dans l'emploi de la terre&#034; - ou le &#034;partage noir&#034; [2] . Le programme de la redistribution &#233;gale de la terre suppose donc l'expropriation de toute la terre, non seulement de la terre qui appartient &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s en g&#233;n&#233;ral ou &#224; des paysans propri&#233;taires, mais aussi de la terre communale. Si nous consid&#233;rons que cette expropriation devrait &#234;tre l'un des premiers actes du nouveau r&#233;gime, cependant que les rapports de l'&#233;conomie marchande et capitaliste seraient encore compl&#232;tement dominants, il nous faudra alors constater que les paysans seraient (ou plut&#244;t, estimeraient qu'ils sont) les premi&#232;res &#034;victimes&#034; de l'expropriation. Si nous consid&#233;rons que, pendant plusieurs d&#233;cennies, le paysan a pay&#233; l'argent du rachat [3] , qui aurait d&#251; faire de la terre qui lui &#233;tait assign&#233;e en partage sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; si nous consid&#233;rons que certains des paysans les plus ais&#233;s, en faisant incontestablement des sacrifices consid&#233;rables, sacrifices consentis par une g&#233;n&#233;ration qui est encore en vie, ont acquis de vastes &#233;tendues de terrain, nous pourrons facilement imaginer quelle r&#233;sistance formidable provoquerait la tentative de transformer en propri&#233;t&#233; &#233;tatique les terres communales et celles qui appartiennent &#224; de petits propri&#233;taires. S'il agissait de la sorte, le nouveau r&#233;gime commencerait par soulever dans la paysannerie une formidable opposition contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourquoi les terres communales et celles des petits propri&#233;taires devraient-elles &#234;tre transform&#233;es en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ? Afin de les rendre disponibles, de fa&#231;on ou d'autre, pour leur exploitation &#233;conomique &#034;&#233;gale&#034; par tous les agriculteurs, y compris les actuels paysans sans terre et travailleurs agricoles. Ainsi donc, du point de vue &#233;conomique, le nouveau r&#233;gime ne gagnerait rien &#224; l'expropriation des petites propri&#233;t&#233;s et des terres communales, car, apr&#232;s la redistribution, les terres &#233;tatiques ou publiques seraient cultiv&#233;es comme des terres priv&#233;es. Du point de vue politique, le nouveau r&#233;gime commettrait une erreur grossi&#232;re, car il dresserait aussit&#244;t la masse de la paysannerie contre le prol&#233;tariat des villes, t&#234;te de la politique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, une distribution &#233;gale des terres suppose que l'emploi de main-d'&#339;uvre salari&#233;e soit interdit par la loi. Or, l'abolition du travail salari&#233; peut et doit &#234;tre une cons&#233;quence des r&#233;formes &#233;conomiques, mais non pas arr&#234;t&#233;e d'avance par des interdits juridiques. Car il ne suffit pas d'interdire aux propri&#233;taires terriens capitalistes l'emploi de main-d'&#339;uvre salari&#233;e il faut d'abord assurer aux cultivateurs sans terre la possibilit&#233; de vivre, et de vivre une existence rationnelle du point de vue &#233;conomique et social. Sous l'&#233;gide de l'&#233;galit&#233; dans l'usage de la terre, interdire l'emploi de la main-d'&#339;uvre salari&#233;e signifierait, d'une part, contraindre les cultivateurs sans terre &#224; s'installer sur de minimes parcelles, de l'autre, obliger le gouvernement &#224; leur fournir les outils et les fonds n&#233;cessaires &#224; leur production, socialement irrationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien entendu que le prol&#233;tariat, lorsqu'il interviendra dans l'organisation de l'agriculture, ne commencera pas par attacher &#224; leurs morceaux de terrain &#233;parpill&#233;s des cultivateurs &#233;parpill&#233;s, mais par faire exploiter les grandes propri&#233;t&#233;s par l'&#201;tat ou les communes. C'est seulement lorsque la socialisation de la production aura &#233;t&#233; bien mise en selle que le processus de la socialisation pourra avancer davantage, vers l'interdiction du travail salari&#233;. Le petit fermage capitaliste deviendra alors impossible ; mais il n'en sera pas de m&#234;me des petites exploitations vivant en &#233;conomie plus ou moins ferm&#233;e, dont l'expropriation forc&#233;e n'entre absolument pas dans les plans du prol&#233;tariat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, le prol&#233;tariat ne peut sous aucune forme entreprendre l'application d'un programme de distribution &#233;gale qui, d'une part, comporte une expropriation sans objet, purement formelle, des petites propri&#233;t&#233;s, de l'autre n&#233;cessite l'&#233;miettement tout &#224; fait r&#233;el des grandes propri&#233;t&#233;s. Cette politique qui n'est, au point de vue &#233;conomique, que du gaspillage, ne pourrait avoir comme fondement qu'une arri&#232;re-pens&#233;e utopique et r&#233;actionnaire ; par-dessus tout, elle affaiblirait politiquement le parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; quel point la politique socialiste de la classe ouvri&#232;re peut-elle &#234;tre appliqu&#233;e dans les conditions &#233;conomiques de la Russie ? Il y a une chose que l'on peut dire avec certitude : elle se heurtera &#224; des obstacles politiques bien avant de buter sur l'arri&#233;ration technique du pays. Sans le soutien &#233;tatique direct du prol&#233;tariat europ&#233;en, la classe ouvri&#232;re russe ne pourra rester au pouvoir et transformer sa domination temporaire en dictature socialiste durable. A ce sujet, aucun doute n'est permis. Mais il n'y a non plus aucun doute qu'une r&#233;volution socialiste &#224; l'Ouest nous rendra directement capables de transformer la domination temporaire de la classe ouvri&#232;re en une dictature socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, Kautsky, discutant les perspectives du d&#233;veloppement social et &#233;valuant les chances d'une prochaine r&#233;volution en Russie, &#233;crivait : &#034;En Russie, la r&#233;volution ne pourrait aboutir imm&#233;diatement &#224; un r&#233;gime socialiste. Les conditions &#233;conomiques du pays sont loin d'&#234;tre m&#251;res pour cela.&#034; Mais la r&#233;volution russe donnerait certainement un puissant &#233;lan au mouvement prol&#233;tarien dans le reste de l'Europe, et les luttes qui en r&#233;sulteraient pourraient bien amener le prol&#233;tariat &#224; acc&#233;der au pouvoir en Allemagne. &#034; Un tel r&#233;sultat, poursuivait Kautsky, devrait avoir une influence sur toute l'Europe. Il devrait conduire &#224; la domination politique du prol&#233;tariat en Europe occidentale, et donner au prol&#233;tariat d'Europe orientale la possibilit&#233; de contracter les &#233;tapes de son d&#233;veloppement et, en copiant l'exemple de l'Allemagne, d'instaurer artificiellement des institutions socialistes. La soci&#233;t&#233; dans sa totalit&#233; ne peut sauter artificiellement aucune des &#233;tapes de son d&#233;veloppement, mais certaines de ses parties constituantes peuvent acc&#233;l&#233;rer leur d&#233;veloppement retardataire en imitant les pays avanc&#233;s et, ainsi, parvenir m&#234;me en t&#234;te du d&#233;veloppement, parce qu'elles n'ont pas &#224; supporter le fardeau de traditions que les pays plus anciens tra&#238;nent avec eux... &#034;Cela peut arriver&#034;, dit Kautsky, &#034;mais, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, nous laissons ici le domaine de l'in&#233;vitable qui peut &#234;tre &#233;tudi&#233; pour entrer dans celui du possible et il se peut donc aussi que les choses se passent autrement.&#034; [4] ; Ces lignes furent &#233;crites par le th&#233;oricien social-d&#233;mocrate allemand &#224; un moment o&#249; il se demandait encore si une r&#233;volution &#233;claterait d'abord en Russie ou &#224; l'Ouest. Depuis, le prol&#233;tariat russe a r&#233;v&#233;l&#233; une puissance colossale, d&#233;passant les espoirs les plus optimistes des sociaux-d&#233;mocrates russes. Le cours de la r&#233;volution russe a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;, au moins dans ses traits fondamentaux. Ce qui, il y a deux ou trois ans, semblait du domaine du possible, s'est rapproch&#233; du probable et, tout l'indique, est tout pr&#232;s de devenir in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Guerre civile en France, &#233;ditions Sociales, 1952, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Tchornyi Peredel, partage spontan&#233; des terres par les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s leur affranchissement de 1861, les paysans avaient d&#251; payer des sommes &#233;lev&#233;es pour le rachat de leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] K. Kautsky, Revoljucionnyja perspektivy (Perspectives r&#233;volutionnaires), Kiev, 1906.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Trotsky rapportait ensuite ce qu'avait &#233;t&#233; la r&#233;volution russe de 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le&#231;ons de la r&#233;volution de 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8084</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8084</guid>
		<dc:date>2025-01-29T23:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le&#231;ons de la r&#233;volution de 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Soviet et la R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
(Cinquante jours) (1907) &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
par MOISSAYE J. OLGIN &lt;br class='autobr' /&gt;
Environ deux ans apr&#232;s l'arrestation du Soviet de 1905, un certain nombre d'anciens dirigeants de cette organisation, parmi lesquels Chrustalyov Nossar, le premier pr&#233;sident, et Trotsky, le deuxi&#232;me pr&#233;sident, se sont rencontr&#233;s &#224; l'&#233;tranger apr&#232;s s'&#234;tre &#233;chapp&#233;s de l'exil sib&#233;rien. Ils d&#233;cid&#232;rent de r&#233;sumer leurs exp&#233;riences sovi&#233;tiques dans un livre qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le&#231;ons de la r&#233;volution de 1905&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Soviet et la R&#233;volution
&lt;p&gt;(Cinquante jours)&lt;br class='autobr' /&gt;
(1907)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par MOISSAYE J. OLGIN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ deux ans apr&#232;s l'arrestation du Soviet de 1905, un certain nombre d'anciens dirigeants de cette organisation, parmi lesquels Chrustalyov Nossar, le premier pr&#233;sident, et Trotsky, le deuxi&#232;me pr&#233;sident, se sont rencontr&#233;s &#224; l'&#233;tranger apr&#232;s s'&#234;tre &#233;chapp&#233;s de l'exil sib&#233;rien. Ils d&#233;cid&#232;rent de r&#233;sumer leurs exp&#233;riences sovi&#233;tiques dans un livre qu'ils intitul&#232;rent L'Histoire du Conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers . Le livre parut en 1908 &#224; P&#233;tersbourg et fut imm&#233;diatement supprim&#233;. L'un des essais de ce livre est ici r&#233;imprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son estimation du r&#244;le du Soviet, Trotsky exag&#232;re sans aucun doute. Ce n'est que par une fuite en avant que l'on peut voir dans les activit&#233;s du soviet concernant les gr&#233;vistes des postes, t&#233;l&#233;graphes et chemins de fer les d&#233;buts d'un contr&#244;le sovi&#233;tique sur la poste, le t&#233;l&#233;graphe et les chemins de fer. C'est aussi une question s&#233;rieuse de savoir si le soviet &#233;tait vraiment un corps dirigeant, ou s'il &#233;tait dirig&#233; par le courant des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires qu'il &#233;tait incapable de contr&#244;ler. Ce qui rend cet essai int&#233;ressant et significatif, c'est l'affirmation de Trotzky selon laquelle &#171; la premi&#232;re nouvelle vague de la r&#233;volution conduira &#224; la cr&#233;ation de soviets dans tout le pays &#187;. Cela s'est r&#233;ellement produit. Ses pr&#233;dictions sur la formation d'un Soviet panrusse et sur le programme que les Soviets suivraient se sont &#233;galement r&#233;alis&#233;es au cours de la r&#233;volution actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Soviet est une histoire de cinquante jours. Le soviet est constitu&#233; le 18 octobre ; sa s&#233;ance fut interrompue par un d&#233;tachement militaire du gouvernement le 3 d&#233;cembre. Entre ces deux dates, le Soviet a v&#233;cu et lutt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle &#233;tait la substance de cette institution ? Qu'est-ce qui lui a permis, dans cette courte p&#233;riode, de prendre une place honorable dans l'histoire du prol&#233;tariat russe, dans l'histoire de la R&#233;volution russe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soviet organisa les masses, mena des gr&#232;ves politiques, mena des manifestations politiques, essaya d'armer les ouvriers. Mais d'autres organisations r&#233;volutionnaires ont fait la m&#234;me chose. La substance du soviet &#233;tait son effort pour devenir un organe de l'autorit&#233; publique. Le prol&#233;tariat d'un c&#244;t&#233;, la presse r&#233;actionnaire de l'autre, ont qualifi&#233; le Soviet de &#171; gouvernement ouvrier &#187; ; cela ne fait que refl&#233;ter le fait que le soviet &#233;tait en r&#233;alit&#233; un embryon de gouvernement r&#233;volutionnaire . Dans la mesure o&#249; le soviet &#233;tait effectivement en possession du pouvoir d'autorit&#233;, il en a fait usage ; dans la mesure o&#249; le pouvoir &#233;tait entre les mains de la monarchie militaire et bureaucratique, le soviet luttait pour l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le soviet, il y avait eu des organisations r&#233;volutionnaires parmi les ouvriers de l'industrie, pour la plupart de nature social-d&#233;mocrate. Mais c'&#233;taient des organisations parmi le prol&#233;tariat ; leur but imm&#233;diat &#233;tait d' influencer les masses . Le soviet est une organisation du prol&#233;tariat ; son but est de lutter pour le pouvoir r&#233;volutionnaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le Soviet &#233;tait une expression organis&#233;e du moulin du prol&#233;tariat en tant que classe. Dans sa lutte pour le pouvoir, le soviet appliqua les m&#233;thodes naturellement d&#233;termin&#233;es par le caract&#232;re du prol&#233;tariat en tant que classe : sa part dans la production ; sa force num&#233;rique ; son homog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Dans sa lutte pour le pouvoir, le Soviet a combin&#233; la direction de toutes les activit&#233;s sociales de la classe ouvri&#232;re, y compris les d&#233;cisions concernant les conflits entre les repr&#233;sentants individuels du capital et du travail. Cette combinaison n'&#233;tait nullement une tentative tactique artificielle : c'&#233;tait une cons&#233;quence naturelle de la situation d'une classe qui, consciemment d&#233;veloppant et &#233;largissant sa lutte pour ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats, avait &#233;t&#233; contrainte par la logique des &#233;v&#233;nements d'assumer une position dirigeante dans le lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arme principale du Soviet &#233;tait une gr&#232;ve politique des masses. Le pouvoir de la gr&#232;ve r&#233;side dans la d&#233;sorganisation du pouvoir du gouvernement. Plus &#171; l'anarchie &#187; cr&#233;&#233;e par une gr&#232;ve est grande, plus sa victoire est proche. Ceci n'est vrai que l&#224; o&#249; &#034;l'anarchie&#034; n'est pas cr&#233;&#233;e par des actions anarchiques. La classe qui met en mouvement, jour apr&#232;s jour, l'appareil industriel et l'appareil gouvernemental ; la classe qui est capable, par un arr&#234;t soudain du travail, de paralyser &#224; la fois l'industrie et le gouvernement, doit &#234;tre suffisamment organis&#233;e pour ne pas &#234;tre la premi&#232;re victime de l'&#171; anarchie &#187; m&#234;me qu'elle a cr&#233;&#233;e. Plus la d&#233;sorganisation du gouvernement caus&#233;e par une gr&#232;ve est efficace, plus l'organisation de gr&#232;ve est oblig&#233;e d'assumer des fonctions gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil des D&#233;l&#233;gu&#233;s Ouvriers institue une presse libre. Il organise des patrouilles de rue pour assurer la s&#233;curit&#233; des citoyens. Il s'empare plus ou moins de la poste, du t&#233;l&#233;graphe et des chemins de fer. Il s'efforce d'introduire la journ&#233;e de travail de huit heures. Paralysant le gouvernement autocratique par une gr&#232;ve, il introduit son propre ordre d&#233;mocratique dans la vie de la population ouvri&#232;re de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 9 janvier, la r&#233;volution avait montr&#233; son pouvoir sur les esprits des masses laborieuses. Le 14 juin, par la r&#233;volte des Potyom'kin Tavritchesky , elle avait montr&#233; qu'elle &#233;tait capable de devenir une force mat&#233;rielle. Dans la gr&#232;ve d'octobre, elle avait montr&#233; qu'elle pouvait d&#233;sorganiser l'ennemi, paralyser sa volont&#233; et l'humilier compl&#232;tement. En organisant des Conseils de d&#233;put&#233;s ouvriers dans tout le pays, il a montr&#233; qu'il &#233;tait capable de cr&#233;er un pouvoir autoritaire. L'autorit&#233; r&#233;volutionnaire ne peut se fonder que sur la force r&#233;volutionnaire active. Quelle que soit notre opinion sur le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution russe, c'est un fait que jusqu'&#224; pr&#233;sent aucune classe sociale en dehors du prol&#233;tariat n'a manifest&#233; sa volont&#233; de maintenir un pouvoir r&#233;volutionnaire autoritaire. Le premier acte de la r&#233;volution fut une rencontre dans les rues du prol&#233;tariat avec la monarchie ; la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse de la r&#233;volution a &#233;t&#233; remport&#233;e par l' arme de classe du prol&#233;tariat , la gr&#232;ve politique ; le premier noyau d'un gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;tait une repr&#233;sentation prol&#233;tarienne. Le soviet est le premier pouvoir d&#233;mocratique de l'histoire moderne de la Russie. Le soviet est le pouvoir organis&#233; des masses elles-m&#234;mes sur leurs &#233;l&#233;ments constitutifs. Il s'agit d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie pure, sans syst&#232;me bicam&#233;ral, sans bureaucratie professionnelle, avec le droit pour les &#233;lecteurs de rappeler &#224; tout moment leur d&#233;put&#233; et de lui en substituer un autre. Par ses membres, par des d&#233;put&#233;s &#233;lus par les ouvriers, le Soviet dirige toutes les activit&#233;s sociales du prol&#233;tariat dans son ensemble et de ses diverses parties ; il dessine les &#233;tapes &#224; franchir par le prol&#233;tariat, il lui donne un mot d'ordre et une banni&#232;re. Cet art de diriger les activit&#233;s des masses sur la base d'un self-government organis&#233;, est ici appliqu&#233; pour la premi&#232;re fois sur le sol russe. L'absolutisme gouvernait les masses, mais il ne les dirigeait pas. Il a plac&#233; des barri&#232;res m&#233;caniques contre les forces cr&#233;atrices vivantes des masses, et &#224; l'int&#233;rieur de ces barri&#232;res, il a maintenu les &#233;l&#233;ments agit&#233;s de la nation dans un lien de fer d'oppression. Le seul absolutisme de masse jamais dirig&#233; fut l'arm&#233;e. Mais ce n'&#233;tait pas diriger, c'&#233;tait simplement commander. Depuis quelques ann&#233;es, m&#234;me la direction de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. et &#224; l'int&#233;rieur de ces barri&#232;res, il maintenait les &#233;l&#233;ments agit&#233;s de la nation dans un lien de fer d'oppression. Le seul absolutisme de masse jamais dirig&#233; fut l'arm&#233;e. Mais ce n'&#233;tait pas diriger, c'&#233;tait simplement commander. Depuis quelques ann&#233;es, m&#234;me la direction de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. et &#224; l'int&#233;rieur de ces barri&#232;res, il maintenait les &#233;l&#233;ments agit&#233;s de la nation dans un lien de fer d'oppression. Le seul absolutisme de masse jamais dirig&#233; fut l'arm&#233;e. Mais ce n'&#233;tait pas diriger, c'&#233;tait simplement commander. Depuis quelques ann&#233;es, m&#234;me la direction de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. Le seul absolutisme de masse jamais dirig&#233; fut l'arm&#233;e. Mais ce n'&#233;tait pas diriger, c'&#233;tait simplement commander. Depuis quelques ann&#233;es, m&#234;me la direction de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. Le seul absolutisme de masse jamais dirig&#233; fut l'arm&#233;e. Mais ce n'&#233;tait pas diriger, c'&#233;tait simplement commander. Depuis quelques ann&#233;es, m&#234;me la direction de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. la direction m&#234;me de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois. la direction m&#234;me de cette masse militaire atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe &#224; l'absolutisme. Le lib&#233;ralisme n'a jamais eu assez de pouvoir pour commander les masses, ni assez d'initiative pour les diriger. Son attitude envers les mouvements de masse, m&#234;me s'ils aidaient directement le lib&#233;ralisme, &#233;tait la m&#234;me qu'envers les ph&#233;nom&#232;nes naturels impressionnants, les tremblements de terre ou les &#233;ruptions volcaniques. Le prol&#233;tariat est apparu sur le champ de bataille de la r&#233;volution comme un agr&#233;gat autonome, totalement ind&#233;pendant du lib&#233;ralisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet &#233;tait une &#171; organisation de classe &#187;, c'&#233;tait la source de sa puissance de combat. Elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e dans la premi&#232;re p&#233;riode de son existence non par le manque de confiance des masses dans les villes, mais par les limitations d'une r&#233;volution purement urbaine, par l'attitude relativement passive du village, par le retard de la paysannerie &#233;l&#233;ment de l'arm&#233;e. La position des Sovi&#233;tiques parmi la population de la ville &#233;tait aussi forte que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soviet n'&#233;tait pas un repr&#233;sentant officiel de tout le demi-million de travailleurs de la capitale ; son organisation embrassait environ deux cent mille ouvriers, principalement des ouvriers de l'industrie ; et bien que son influence politique directe et indirecte ait &#233;t&#233; beaucoup plus large, il y avait des milliers et des milliers de prol&#233;taires (dans le b&#226;timent, parmi les domestiques, les journaliers, les chauffeurs) qui n'&#233;taient gu&#232;re ou pas du tout influenc&#233;s par le soviet. Il ne fait aucun doute, cependant, que le soviet repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de tousces masses prol&#233;tariennes. Il n'y avait que peu d'adh&#233;rents des Cent Noirs dans les usines, et leur nombre diminuait d'heure en heure. Les masses prol&#233;tariennes de P&#233;tersbourg &#233;taient solidement derri&#232;re le soviet. Parmi les nombreux intellectuels de P&#233;tersbourg, le Soviet avait plus d'amis que d'ennemis. Des milliers d'&#233;tudiants ont reconnu la direction politique du Soviet et l'ont ardemment soutenu dans ses d&#233;cisions. P&#233;tersbourg professionnel &#233;tait enti&#232;rement du c&#244;t&#233; du soviet. L'appui du soviet &#224; la gr&#232;ve des postes et t&#233;l&#233;graphes lui a valu la sympathie des petits fonctionnaires gouvernementaux. Tous les opprim&#233;s, tous les malheureux, tous les &#233;l&#233;ments honn&#234;tes de la ville, tous ceux qui aspiraient &#224; une vie meilleure, &#233;taient instinctivement ou consciemment du c&#244;t&#233; du soviet. Le Soviet &#233;tait effectivement ou potentiellement un repr&#233;sentant d'une &#233;crasante majorit&#233; de la population. Ses ennemis dans la capitale n'auraient pas &#233;t&#233; dangereux s'ils n'avaient &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;s par l'absolutisme, qui fonde son pouvoir sur les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s d'une arm&#233;e recrut&#233;e parmi les paysans. La faiblesse du Soviet n'&#233;tait pas sa propre faiblesse, c'&#233;tait la faiblesse d'une r&#233;volution purement urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de cinquante jours &#233;tait la p&#233;riode de la plus grande puissance de la r&#233;volution. Le Soviet &#233;tait son organe dans la lutte pour l'autorit&#233; publique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de classe du Soviet &#233;tait d&#233;termin&#233; par la diff&#233;renciation de classe de la population de la ville et par l'antagonisme politique entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie capitaliste. Cet antagonisme se manifeste m&#234;me dans le domaine historiquement limit&#233; d'une lutte contre l'absolutisme. Apr&#232;s la gr&#232;ve d'Octobre, la bourgeoisie capitaliste a consciemment bloqu&#233; le progr&#232;s de la r&#233;volution, la petite bourgeoisie s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre une nullit&#233;, incapable de jouer un r&#244;le ind&#233;pendant. Le vrai chef de la r&#233;volution urbaine &#233;tait le prol&#233;tariat. Son organisation de classe &#233;tait l'organe de la r&#233;volution dans sa lutte pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le pouvoir, pour l'autorit&#233; publique, tel est le but central de la r&#233;volution. Les cinquante jours de la vie du soviet et sa fin sanglante ont montr&#233; que la Russie urbaine est une base trop &#233;troite pour une telle lutte, et que m&#234;me dans les limites de la r&#233;volution urbaine, une organisation locale ne peut pas &#234;tre l'organe dirigeant central. Pour une t&#226;che nationale, le prol&#233;tariat avait besoin d'une organisation &#224; l'&#233;chelle nationale. Le Soviet de P&#233;tersbourg &#233;tait une organisation locale, mais le besoin d'une organisation centrale &#233;tait si grand qu'il devait assumer la direction &#224; l'&#233;chelle nationale. Il a fait ce qu'il a pu, mais il est rest&#233; essentiellement le Conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers de Petesrburg. L'urgence d'un congr&#232;s panrusse du travail, qui aurait sans aucun doute eu autorit&#233; pour former un organe directeur central, a &#233;t&#233; soulign&#233;e m&#234;me &#224; l'&#233;poque du premier soviet. L'effondrement de d&#233;cembre a rendu sa r&#233;alisation impossible. L'id&#233;e est rest&#233;e, un h&#233;ritage des Cinquante Jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un soviet s'est enracin&#233;e dans la conscience des ouvriers comme premi&#232;re condition pr&#233;alable &#224; l'action r&#233;volutionnaire des masses. L'exp&#233;rience a montr&#233; qu'un soviet n'est ni possible ni souhaitable dans toutes les circonstances. Le sens objectif de l'organisation sovi&#233;tique est de cr&#233;er les conditions d'une d&#233;sorganisation du gouvernement, d'une &#171; anarchie &#187;, c'est-&#224;-dire d'un conflit r&#233;volutionnaire. L'accalmie actuelle du mouvement r&#233;volutionnaire, le triomphe fou de la r&#233;action, rendent impossible l'existence d'une organisation ouverte, &#233;lective et autoritaire des masses. Il ne fait aucun doute, cependant, que la premi&#232;re nouvelle vague de la r&#233;volution conduira &#224; la cr&#233;ation de soviets dans tout le pays. Un Soviet panrusse, organis&#233; par un Congr&#232;s panrusse du travail, assumera la direction des organisations &#233;lectives locales du prol&#233;tariat. Les noms, bien s&#251;r, n'ont aucune importance ; il en va de m&#234;me pour les d&#233;tails d'organisation ; l'essentiel est : une direction d&#233;mocratique centralis&#233;e dans la lutte du prol&#233;tariat pour un gouvernement populaire. L'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas, et le nouveau soviet n'aura pas &#224; revivre l'exp&#233;rience des Cinquante Jours. Ceux-ci, cependant, lui fourniront un programme d'action complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme est parfaitement clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tablir une coop&#233;ration r&#233;volutionnaire avec l'arm&#233;e, la paysannerie et les couches inf&#233;rieures pl&#233;b&#233;iennes de la bourgeoisie urbaine. Abolir l'absolutisme. D&#233;truire l'organisation mat&#233;rielle de l'absolutisme en reconstruisant et en licenciant en partie l'arm&#233;e. D&#233;manteler tout l'appareil bureaucratique. Introduire une journ&#233;e de travail de huit heures. Armer la population, &#224; commencer par le prol&#233;tariat. Transformer les soviets en organes d'auto-gouvernement r&#233;volutionnaire dans les villes. Cr&#233;er des Conseils de D&#233;l&#233;gu&#233;s Paysans (Comit&#233;s Paysans) comme organes locaux de la r&#233;volution agraire. Organiser des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante et mener une campagne pr&#233;&#233;lectorale pour un programme d&#233;fini de la part des repr&#233;sentants du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus facile de formuler un tel programme que de le mener &#224; bien. Si, cependant, la r&#233;volution gagne un jour, le prol&#233;tariat ne peut pas en choisir une autre. Le prol&#233;tariat d&#233;ploiera des r&#233;alisations r&#233;volutionnaires comme le monde n'en a jamais vu. L'histoire de Cinquante Jours ne sera qu'une pauvre page du grand livre de la lutte et du triomphe ultime du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1918/ourrevo/ch05.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1918/ourrevo/ch05.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les le&#231;ons de la grande ann&#233;e
&lt;p&gt;(9 janvier 1905 - 9 janvier 1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(janvier 1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note d'introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par MOISSAYE J. OLGIN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai fut publi&#233; dans un journal russe de New York le 20 janvier 1917, moins de deux mois avant la Seconde R&#233;volution russe. Trotzky a ensuite v&#233;cu &#224; New York. L'essai montre comment son m&#233;pris, voire sa haine, pour les partis lib&#233;raux en Russie avaient grandi depuis 1905-6.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les anniversaires r&#233;volutionnaires ne sont pas seulement des jours de r&#233;miniscence, ce sont des jours pour r&#233;sumer les exp&#233;riences r&#233;volutionnaires, en particulier pour nous, les Russes. Notre histoire n'a pas &#233;t&#233; riche. Notre soi-disant &#171; originalit&#233; nationale &#187; consistait &#224; &#234;tre pauvre, ignorant, grossier. C'est la r&#233;volution de 1905 qui a ouvert la premi&#232;re devant nous la grande route du progr&#232;s politique. Le 9 janvier, l'ouvrier de P&#233;tersbourg frappe &#224; la porte du Palais d'Hiver. Le 9 janvier, le peuple russe tout entier a frapp&#233; &#224; la porte de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concierge couronn&#233; ne r&#233;pondit pas au coup. Neuf mois plus tard, cependant, le 17 octobre, il fut contraint d'ouvrir la lourde porte de l'absolutisme. Malgr&#233; tous les efforts de la bureaucratie, une petite fente est rest&#233;e ouverte &#8211; pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a &#233;t&#233; vaincue. Les m&#234;mes forces anciennes et presque les m&#234;mes personnalit&#233;s gouvernent maintenant la Russie qui la gouvernait il y a douze ans. Pourtant, la r&#233;volution a chang&#233; la Russie au-del&#224; de toute reconnaissance. Le royaume de la stagnation, de la servitude, de la vodka et de l'humilit&#233; est devenu un royaume de fermentation, de critique, de combat. L&#224; o&#249; jadis il y avait une p&#226;te informe &#8211; le peuple impersonnel et informe, la &#171; Sainte Russie &#187; &#8211; maintenant les classes sociales s'opposent consciemment les unes aux autres, des partis politiques ont vu le jour, chacun avec son programme et ses m&#233;thodes de lutte. Le 9 janvier s'ouvre une nouvelle histoire russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une ligne marqu&#233;e par le sang du peuple. Il n'y a pas de retour de cette lign&#233;e &#224; la Russie asiatique, aux pratiques maudites des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Il n'y a pas de retour en arri&#232;re. Il n'y en aura jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la bourgeoisie lib&#233;rale, ni les groupes d&#233;mocratiques de la petite bourgeoisie, ni les intellectuels radicaux, ni les millions de paysans russes, mais le prol&#233;tariat russe a, par sa lutte, ouvert la nouvelle &#232;re de l'histoire russe. C'est basique. C'est sur ce fait que nous, social-d&#233;mocrates, avons b&#226;ti nos conceptions et notre tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 janvier, c'est le pr&#234;tre Gapon qui se trouvait &#224; la t&#234;te des ouvriers de P&#233;tersbourg, personnage fantastique, m&#233;lange d'aventurier, d'enthousiaste hyst&#233;rique et d'imposteur. Sa robe de pr&#234;tre &#233;tait le dernier lien qui reliait alors les ouvriers au pass&#233;, &#224; la &#171; Sainte Russie &#187;. Neuf mois plus tard, au cours de la gr&#232;ve d'Octobre, la plus grande gr&#232;ve politique qu'ait connue l'histoire, il y avait &#224; la t&#234;te des ouvriers de P&#233;tersbourg leur propre organisation &#233;lective autonome : le Conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers. Il contenait bien des ouvriers qui avaient fait partie de l'&#233;tat-major de Gapone, &#8212; neuf mois de r&#233;volution avaient fait grandir ces hommes, comme ils avaient fait grandir toute la classe ouvri&#232;re que repr&#233;sentait le soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, les activit&#233;s du prol&#233;tariat ont &#233;t&#233; accueillies avec sympathie, voire avec le soutien de la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale. Les Miloukov esp&#233;raient que le prol&#233;tariat frapperait l'absolutisme et le rendrait plus enclin au compromis avec la bourgeoisie. Pourtant, l'absolutisme, seul ma&#238;tre du peuple pendant des si&#232;cles, ne s'est pas empress&#233; de partager son pouvoir avec les partis lib&#233;raux. En octobre 1905, la bourgeoisie apprit qu'elle ne pourrait obtenir le pouvoir avant que l'&#233;pine dorsale du tsarisme ne soit bris&#233;e. Cette chose b&#233;nie ne pouvait &#233;videmment s'accomplir que par une r&#233;volution victorieuse. Mais la r&#233;volution a mis la classe ouvri&#232;re au premier plan, elle l'a unie et l'a solidifi&#233;e non seulement dans sa lutte contre le tsarisme, mais aussi dans sa lutte contre le capital. Le r&#233;sultat fut que chaque nouveau pas r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat en octobre, novembre et d&#233;cembre, l'&#233;poque du soviet, orientait de plus en plus les lib&#233;raux vers la monarchie. Les espoirs de coop&#233;ration r&#233;volutionnaire entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat se sont av&#233;r&#233;s une utopie sans espoir. Ceux qui ne l'avaient pas vu alors et ne l'avaient pas compris plus tard, ceux qui r&#234;vent encore d'un soul&#232;vement &#171; national &#187; contre le tsarisme, ne comprennent pas la r&#233;volution. Pour eux, la lutte des classes est un livre scell&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de 1905, la question se pose avec acuit&#233;. La monarchie avait appris par exp&#233;rience que la bourgeoisie ne soutiendrait pas le prol&#233;tariat dans une bataille d&#233;cisive. La monarchie a alors d&#233;cid&#233; d'agir contre le prol&#233;tariat avec toutes ses forces. Les journ&#233;es sanglantes de d&#233;cembre ont suivi. Le Conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers est arr&#234;t&#233; par le r&#233;giment Ismailovski rest&#233; fid&#232;le au tsarisme. La r&#233;ponse du prol&#233;tariat fut capitale : la gr&#232;ve &#224; P&#233;tersbourg, l'insurrection &#224; Moscou, la temp&#234;te des mouvements r&#233;volutionnaires dans tous les centres industriels, l'insurrection dans le Caucase et dans les provinces lettones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire est &#233;cras&#233;. Beaucoup de pauvres &#171; socialistes &#187; ont facilement conclu de nos d&#233;faites de d&#233;cembre qu'une r&#233;volution en Russie &#233;tait impossible sans le soutien de la bourgeoisie. Si cela &#233;tait vrai, cela signifierait seulement qu'une r&#233;volution en Russie est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre haute bourgeoisie industrielle, seule classe d&#233;tenant le pouvoir effectif, est s&#233;par&#233;e du prol&#233;tariat par une barri&#232;re infranchissable de haine de classe, et elle a besoin de la monarchie comme pilier de l'ordre. Les Gutchkov, les Krestovnikov et les Ryabushinsky ne peuvent manquer de voir dans le prol&#233;tariat leur ennemi mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre moyenne et petite bourgeoisie industrielle et commerciale occupe une place tr&#232;s insignifiante dans la vie &#233;conomique du pays, et est toute prise dans les filets du capital. Les Milukov, les dirigeants de la petite bourgeoisie, ne r&#233;ussissent que dans la mesure o&#249; ils repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts de la haute bourgeoisie. C'est pourquoi le chef cadet a qualifi&#233; la banni&#232;re r&#233;volutionnaire de &#171; chiffon rouge &#187; ; c'est pourquoi il a d&#233;clar&#233;, apr&#232;s le d&#233;but de la guerre, que si une r&#233;volution &#233;tait n&#233;cessaire pour assurer la victoire sur l'Allemagne, il pr&#233;f&#233;rerait qu'il n'y ait pas de victoire du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre paysannerie occupe une place &#233;norme dans la vie russe. En 1905, elle est &#233;branl&#233;e dans ses fondements les plus profonds. Les paysans chassaient leurs ma&#238;tres, incendiaient les domaines, s'emparaient des terres des propri&#233;taires. Oui, la mal&#233;diction de la paysannerie est qu'elle est dispers&#233;e, disjointe, arri&#233;r&#233;e. De plus, les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rents groupes paysans ne co&#239;ncident pas. Les paysans se sont lev&#233;s et ont combattu adroitement contre leurs propri&#233;taires d'esclaves locaux, mais ils se sont arr&#234;t&#233;s en signe de r&#233;v&#233;rence devant le propri&#233;taire d'esclaves de toute la Russie. Les fils des paysans de l'arm&#233;e ne comprenaient pas que les ouvriers versaient leur sang non seulement pour eux-m&#234;mes, mais aussi pour les paysans. L'arm&#233;e &#233;tait un outil ob&#233;issant entre les mains du tsarisme. Il &#233;crasa la r&#233;volution ouvri&#232;re en d&#233;cembre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque pense aux exp&#233;riences de 1905, quiconque trace une ligne de cette ann&#233;e &#224; nos jours, doit voir &#224; quel point les espoirs de nos social-patriotes d'une coop&#233;ration r&#233;volutionnaire entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie lib&#233;rale sont compl&#232;tement ternes et pitoyables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des douze derni&#232;res ann&#233;es, le grand capital a fait de grandes conqu&#234;tes en Russie. La bourgeoisie moyenne et inf&#233;rieure est devenue encore plus d&#233;pendante des banques et des trusts. La classe ouvri&#232;re, qui avait grandi en nombre depuis 1905, est maintenant s&#233;par&#233;e de la bourgeoisie par un ab&#238;me plus profond qu'auparavant. Si une r&#233;volution &#171; nationale &#187; &#233;tait un &#233;chec il y a douze ans, il y a encore moins d'espoir pour elle aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ces derni&#232;res ann&#233;es le niveau culturel et politique de la paysannerie s'est &#233;lev&#233;. Cependant, il y a moins d'espoir maintenant pour un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire de la paysannerie dans son ensemble qu'il y a douze ans. Le seul alli&#233; du prol&#233;tariat urbain peut &#234;tre les couches prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut demander un sceptique, y a-t-il alors un espoir pour une r&#233;volution victorieuse en Russie dans ces circonstances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est claire : si une r&#233;volution survient, elle ne sera pas le r&#233;sultat d'une coop&#233;ration entre le capital et le travail. Les exp&#233;riences de 1905 montrent qu'il s'agit d'une mis&#233;rable utopie. Se familiariser avec ces exp&#233;riences, les &#233;tudier est le devoir de tout ouvrier pensant soucieux d'&#233;viter des erreurs tragiques. C'est en ce sens que nous avons dit que les anniversaires r&#233;volutionnaires ne sont pas seulement des jours de r&#233;miniscences, mais aussi des jours de synth&#232;se d'exp&#233;riences r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1918/ourrevo/ch07.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1918/ourrevo/ch07.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le proc&#232;s du soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de la r&#233;volution russe de 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8455</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8455</guid>
		<dc:date>2024-10-12T22:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LE PROC&#200;S DU SOVIET DES D&#201;PUT&#201;S OUVRIERS &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 d&#233;cembre ouvre l'&#232;re du complot contre&#8209;r&#233;volutionnaire avec l'arrestation du soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers. La gr&#232;ve de d&#233;cembre, &#224; P&#233;tersbourg, et un certain nombre de soul&#232;vements en diverses r&#233;gions du pays ne furent que d'h&#233;ro&#239;ques efforts de la r&#233;volution pour se maintenir sur les positions qu'elle avait conquises en octobre. La direction des masses ouvri&#232;res de P&#233;tersbourg fut alors assum&#233;e par le deuxi&#232;me soviet, qui se composa de membres (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;&#034;&gt;LE PROC&#200;S DU SOVIET DES D&#201;PUT&#201;S OUVRIERS&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 d&#233;cembre ouvre l'&#232;re du complot contre&#8209;r&#233;volutionnaire avec l'arrestation du soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers. La gr&#232;ve de d&#233;cembre, &#224; P&#233;tersbourg, et un certain nombre de soul&#232;vements en diverses r&#233;gions du pays ne furent que d'h&#233;ro&#239;ques efforts de la r&#233;volution pour se maintenir sur les positions qu'elle avait conquises en octobre. La direction des masses ouvri&#232;res de P&#233;tersbourg fut alors assum&#233;e par le deuxi&#232;me soviet, qui se composa de membres du premier rest&#233;s en libert&#233; et de d&#233;put&#233;s nouvellement &#233;lus. Environ trois cents membres du premier soviet &#233;taient emprisonn&#233;s dans les trois maisons de d&#233;tention de P&#233;tersbourg. Leur sort futur resta longtemps une &#233;nigme, non seulement pour eux, mais pour la bureaucratie qui gouvernait. Le ministre de la justice, d'apr&#232;s les affirmations de la presse &#8220;bien renseign&#233;e&#8221;, repoussait absolument l'id&#233;e de traduire les d&#233;put&#233;s ouvriers devant les tribunaux. Si leur activit&#233; ouverte avait &#233;t&#233; criminelle, le r&#244;le de la haute administration, d'apr&#232;s lui, l'&#233;tait encore plus ; car, non contente de tol&#233;rer le soviet, elle &#233;tait entr&#233;e en relations directes avec lui. Les ministres se disputaient, les gendarmes menaient leur enqu&#234;te, les d&#233;put&#233;s attendaient dans leurs cellules. A l'&#233;poque o&#249; le gouvernement envoyait des &#8220;exp&#233;ditions de r&#233;pression&#8221; de tous c&#244;t&#233;s, en d&#233;cembre et janvier, on avait des raisons de penser que le soviet serait d&#233;f&#233;r&#233; &#224; un conseil de guerre qui se chargerait de l'&#233;trangler. A la fin d'avril, dans les premiers jours de la premi&#232;re Douma, les d&#233;put&#233;s ouvriers, comme le pays tout entier, attendaient une amnistie. Ainsi, leur sort balan&#231;ait entre la peine capitale et la compl&#232;te impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin ce sort fut fix&#233;. Le minist&#232;re de Goremykine, qui appartenait &#224; la Douma en ce sens qu'il luttait contre la Douma, transmit le dossier du soviet &#224; l'examen du Palais de Justice : des repr&#233;sentants &#8220;de classe&#8221; ou &#8220;pairs&#8221;, devaient entrer dans la composition du tribunal [1]. L'acte d'accusation du soviet, p&#233;niblement cuisin&#233; par un parquet de procureurs&#8209;gendarmes peut int&#233;resser &#224; titre de document d'une grande &#233;poque. La r&#233;volution s'y refl&#232;te comme le soleil dans une flaque de boue au milieu de la cour de la pr&#233;fecture de police. Les membres du soviet &#233;taient accus&#233;s d'avoir pr&#233;par&#233; une insurrection arm&#233;e on mena&#231;ait de leur appliquer deux articles du code, dont l'un pr&#233;voit huit ans de travaux forc&#233;s et l'autre douze. La valeur de l'accusation au point de vue juridique ou plut&#244;t son inconsistance absolue a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par l'auteur de ce livre dans un bref expos&#233; [2] qu'il envoya de la maison de d&#233;tention pr&#233;ventive &#224; la fraction social&#8209;d&#233;mocrate de la premi&#232;re Douma, pour une interpellation qu'on pensait faire au sujet du proc&#232;s. L'interpellation tomba pour cette bonne raison que la premi&#232;re Douma fut dissoute et que la fraction social&#8209;d&#233;mocrate fut elle&#8209;m&#234;me mise en jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s devait avoir lieu le 20 juin ; la cause serait entendue publiquement. Des meetings de protestation eurent lieu dans toutes les usines et entreprises de P&#233;tersbourg. Le Parquet essaya de repr&#233;senter le comit&#233; ex&#233;cutif du soviet comme un groupe de conspirateurs qui sugg&#233;raient aux masses des r&#233;solutions dont celles&#8209;ci n'avaient nullement l'id&#233;e. La presse lib&#233;rale, depuis les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, ne cessait de r&#233;p&#233;ter, de jour en jour, que les m&#233;thodes &#8220;na&#239;vement r&#233;volutionnaires&#8221; du soviet avaient depuis longtemps perdu leur prestige aux yeux du peuple, celui&#8209;ci ne demandant qu'&#224; entrer dans la voie du nouveau droit &#8220;constitutionnel&#8221;. Les calomnies, les sottises de la police et des lib&#233;raux re&#231;urent un &#233;clatant d&#233;menti lorsque, dans leurs meetings et leurs r&#233;solutions du mois de juin, les ouvriers de P&#233;tersbourg envoy&#232;rent de toutes leurs usines, une protestation de solidarit&#233; &#224; leurs repr&#233;sentants emprisonn&#233;s, demandant &#224; &#234;tre jug&#233;s aussi, eux, ouvriers, comme participants actifs des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires d&#233;clarant que le soviet n'avait fait qu'ex&#233;cuter leur volont&#233; et jurant de mener l'&#339;uvre du soviet jusqu'au bout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes campaient dans la cour du Palais de Justice et dans les rues avoisinantes. Toutes les forces de police de la capitale &#233;taient sur pied. Malgr&#233; ces grandioses pr&#233;paratifs, le proc&#232;s ne put commencer. Pr&#233;textant de formalit&#233;s qui n'auraient pas &#233;t&#233; remplies en d&#233;pit de l'accusation en d&#233;pit de la d&#233;fense, et m&#234;me contre les intentions du minist&#232;re, comme on le sut ensuite, le pr&#233;sident du tribunal ajourna l'affaire &#224; trois mois, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire jusqu'au 19 septembre. C'&#233;tait de fine poli&#173;tique. A la fin de juin, la situation &#233;tait encore toute pleine de &#8220;possibilit&#233;s illimit&#233;es&#8221; : un minist&#232;re de cadets apparais&#173;sait comme une hypoth&#232;se tout aussi plausible que la restau&#173;ration de l'absolutisme. Or, le proc&#232;s du soviet exigeait que le pr&#233;sident du tribunal f&#251;t fix&#233; sur la politique &#224; suivre. Celui&#8209;ci se voyait donc forc&#233; d'accorder trois mois de r&#233;flexion &#224; l'his&#173;toire trop peu press&#233;e. H&#233;las, notre diplomate dut abandonner son poste quelques jours plus tard ! Dans l'antre de Peterhof, on savait fort bien ce que l'on voulait, on exigeait de la d&#233;cision et une r&#233;pression impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s s'ouvrit le 19 septembre. Un nouveau pr&#233;sident dirigeait les d&#233;bats. L'affaire dura un mois entier. C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249;, la premi&#232;re Douma venant d'&#234;tre dissoute et la seconde n'existant pas encore, les cours martiales agissaient comme elles l'entendaient. Et cependant on donna une telle publicit&#233; &#224; l'affaire, en presque tous ses d&#233;tails, que la chose para&#238;trait inconcevable si l'on ne devinait l&#224;&#8209;dessous une intrigue bureaucratique : le minist&#232;re Stolypine, &#233;videmment, cherchait &#224; repousser de cette mani&#232;re les attaques du comte Witte. Il jouait &#224; coup s&#251;r : en d&#233;voilant le fond du proc&#232;s avec toutes ses particularit&#233;s, on &#233;voquait le souvenir de l'humiliation que le gouvernement avait subie &#224; la fin de 1905. La faiblesse de Witte, ses coquetteries avec la droite et avec la gauche, sa fausse assurance &#224; Peterhof, les grossi&#232;res flatteries qu'il avait adress&#233;es &#224; la r&#233;volution, tout cela, les hautes sph&#232;res bureaucratiques pr&#233;tendaient le mettre en &#233;vidence. Les accus&#233;s n'avaient donc qu'&#224; profiter d'une situation si avantageuse pour leurs desseins politiques et qu'&#224; &#233;largir autant que possible le cadre du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ quatre cents t&#233;moins furent cit&#233;s, dont plus de deux cents vinrent d&#233;poser [3]. Ouvriers, fabricants, gendarmes, ing&#233;nieurs, domestiques, simples habitants de la ville, journalistes, employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes, commissaires de police, &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es, conseillers municipaux, gar&#231;ons de cour, s&#233;nateurs, voyous, d&#233;put&#233;s, professeurs et soldats d&#233;fil&#232;rent pendant un mois devant le tribunal et, sous les feux crois&#233;s qui partaient des fauteuils des juges, de ceux des procureurs, des chaises de la d&#233;fense et du banc des accus&#233;s &#8211; surtout de ce c&#244;t&#233;&#8209;ci &#8211; ils reconstitu&#232;rent ligne par ligne, trait par trait, l'&#233;poque de l'activit&#233; du soviet ouvrier, &#233;poque si f&#233;conde en r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tribunal connut ainsi la grande gr&#232;ve d'octobre qui s'&#233;ten&#173;dit &#224; toute la Russie, la gr&#232;ve&#8209;manifestation de novembre &#224; P&#233;tersbourg, cette noble et imposante protestation du prol&#233;tariat contre le jugement de cour martiale dont on mena&#231;ait les matelots de Cronstadt et contre la violence faite &#224; la Pologne ; puis la lutte h&#233;ro&#239;que des ouvriers de P&#233;tersbourg pour l'institution des huit heures ; enfin le soul&#232;vement des esclaves trop soumis de la poste et du t&#233;l&#233;graphe, soul&#232;vement organis&#233; par le soviet. Les proc&#232;s&#8209;verbaux des s&#233;ances du soviet et du comit&#233; ex&#233;cutif, auxquels les d&#233;bats donn&#232;rent une publicit&#233; qu'ils n'avaient jamais eue, montr&#232;rent au pays l'immense travail quotidien qu'avaient accompli les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat quand ils organis&#232;rent les secours aux ch&#244;meurs, intervinrent dans les conflits entre ouvriers et patrons et dirig&#232;rent d'incessantes gr&#232;ves &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compte-rendu st&#233;nographique du proc&#232;s, qui remplirait sans doute plusieurs gros volumes, n'a pas &#233;t&#233; publi&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Nous devons attendre un changement de r&#233;gime pour qu'on mette au jour cet inappr&#233;ciable document historique. Un magistrat allemand, aussi bien qu'un social&#8209;d&#233;mocrate allemand, s'il avait assist&#233; &#224; une des audiences du proc&#232;s, en serait rest&#233; confondu. Une s&#233;v&#233;rit&#233; outr&#233;e s'y manifestait &#224; c&#244;t&#233; d'un complet rel&#226;chement, et ces deux mani&#232;res caract&#233;risaient bien le d&#233;sarroi qui r&#233;gnait encore dans les sph&#232;res gouvernemen&#173;tales depuis la gr&#232;ve d'octobre. Le Palais de Justice avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; soumis au r&#233;gime de la loi martiale et des troupes l'occupaient. On comptait plusieurs centaines de soldats et de cosaques dans la cour, &#224; la grande porte, dans les rues voi&#173;sines. Des gendarmes veillaient de tous c&#244;t&#233;s, sabre au clair : on en voyait dans le corridor souterrain qui rattache la prison au tribunal, dans toutes les salles du Palais, derri&#232;re les accus&#233;s, dans les w&#8209;c, et il est bien permis de penser qu'on en aurait trouv&#233; dans les tuyaux de chemin&#233;e. Ils devaient former un mur vivant entre les accus&#233;s et le monde ext&#233;rieur, entre les accus&#233;s et le public que l'on avait admis, au nombre de cent &#224; cent vingt personnes, dans la salle des s&#233;ances. Mais trente ou quarante avocats, en frac, percent &#224; chaque instant ce mur de drap bleu. On aper&#231;oit sur le banc des accus&#233;s des journaux, des lettres, des bonbons et des fleurs. Des fleurs &#224; foison ! Ils en ont &#224; la boutonni&#232;re, ils en ont les mains pleines, ils ont des bouquets sur les genoux et partout autour d'eux. Et le pr&#233;sident ne se d&#233;cide pas &#224; r&#233;primer cette d&#233;bauche de parfums. Finalement, les officiers de gendarmerie et les huissiers, compl&#232;tement &#8220;d&#233;moralis&#233;s&#8221;, se chargeront eux&#8209;m&#234;mes de passer des fleurs aux accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers viennent t&#233;moigner. Ils s'entassent par dizaines dans la salle qu'on leur a r&#233;serv&#233;e et, quand l'huissier ouvre la porte de la salle d'audience, le flot des hymnes r&#233;volutionnaires d&#233;ferle parfois jusqu'au fauteuil du pr&#233;sident. Spectacle impressionnant : ces ouvriers nous apportaient l'atmosph&#232;re des faubourgs, des usines, et profanaient avec un si superbe d&#233;dain le c&#233;r&#233;monial mystique de la justice que le pr&#233;sident, jaune comme un parchemin, s'&#233;puisait en gestes d&#233;courag&#233;s. Quant aux t&#233;moins qui nous venaient de la &#8220;bonne soci&#233;t&#233;&#8221;, quant aux journalistes de la presse lib&#233;rale, ils durent contempler ces travailleurs avec le respect et l'envie que les faibles ressentent devant les forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour du proc&#232;s fut signal&#233; par une remarquable manifestation. Sur cinquante&#8209;deux accus&#233;s, le pr&#233;sident n'en cita que cinquante et un. Il tut le nom de Ter-Mekertchiantz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; O&#249; est l'accus&#233; Ter&#8209;Mekertchiantz ? demanda l'avocat Solokov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a &#233;t&#233; exclu de la liste des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il... il... on l'a ex&#233;cut&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, entre le 20 juin et le 19 septembre, Ter&#8209;Mekertchiantz, livr&#233; &#224; l'autorit&#233; militaire par la magistrature civile, avait &#233;t&#233; fusill&#233; dans le foss&#233; de la forteresse de Cronstadt pour participation &#224; la mutinerie de la garnison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accus&#233;s, les t&#233;moins, les d&#233;fenseurs, le public, tous se l&#232;vent en silence, rendant hommage &#224; la m&#233;moire du martyr. Les officiers de police et de gendarmerie ont sans doute perdu la t&#234;te : ils se l&#232;vent comme tout le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par groupes de vingt &#224; trente personnes, on introduisit les t&#233;moins pour la prestation du serment. Beaucoup d'entre eux &#233;taient venus en costume de travail, n'ayant m&#234;me pas eu le temps de se laver les mains, la casquette sous le bras. Ils jetaient un coup d'&#339;il vers les juges, puis, bien vite, cherchaient &#224; voir les accus&#233;s et, r&#233;solument, adressaient un salut aux deux c&#244;t&#233;s o&#249; nous nous trouvions, disant tout haut : &#8220;Bonjour, camarades ! &#8221; C'&#233;tait &#224; croire qu'ils venaient demander un renseignement &#224; la permanence du comit&#233; ex&#233;cutif. Le pr&#233;sident se d&#233;p&#234;chait de les appeler et les invitait &#224; pr&#234;ter serment. Un vieux pr&#234;tre s'avan&#231;ait aussit&#244;t vers la barre et disposait les instruments de sa profession. Les t&#233;moins ne bougeaient pas. Le pr&#233;sident r&#233;p&#233;tait l'invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Non, nous ne pr&#234;tons pas serment !... r&#233;pondaient des voix unanimes. Nous n'admettons pas ce genre de c&#233;r&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes pourtant orthodoxes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous sommes inscrits comme orthodoxes sur les papiers de la police, mais nous ne reconnaissons rien de tout cela...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans ce cas, mon r&#233;v&#233;rend, vous &#234;tes libre ; nous n'aurons pas besoin de vous aujourd'hui. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les policiers, quelques ouvriers luth&#233;riens et catholiques accomplirent cette formalit&#233;. Quant aux &#8220;orthodoxes&#8221;, tous refus&#232;rent de se plier &#224; cette exigence : ils s'engag&#232;rent simplement &#224; dire la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes incidents se renouvelaient &#224; l'arriv&#233;e de chaque nouveau groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ensembles pr&#233;sentent cependant des combinaisons impr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Ceux qui acceptent de pr&#234;ter serment, disait le pr&#233;sident approchez&#8209;vous du r&#233;v&#233;rend p&#232;re. Ceux qui refusent, reculez ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux gendarme, de petite taille, gardien d'usine, sort du groupe et s'avance d'un pas martial vers la barre. On entend un pi&#233;tinement de lourdes bottes : ce sont les ouvriers qui reculent en causant. A mi&#8209;chemin, entre le gendarme et les travailleurs, se trouve subitement isol&#233; le t&#233;moin O&#8230; avocat bien connu &#224; P&#233;tersbourg, propri&#233;taire d'immeubles, lib&#233;ral, conseiller municipal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Vous pr&#234;tez serment, t&#233;moin O&#8230; ? demande le pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je... je... &#224; vrai dire... je pr&#234;te serment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans ce cas, approchez&#8209;vous du r&#233;v&#233;rend p&#232;re. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irr&#233;solu, la face convuls&#233;e, le t&#233;moin s'avance vers la barre. il se retourne : personne ne le suit. Et, devant lui, il n'y a que le petit vieux, que l'uniforme du gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Levez le bras ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux gendarme l&#232;ve trois doigts bien haut au&#8209;dessus de sa t&#234;te. L'avocat O&#8230; l&#232;ve l&#233;g&#232;rement le bras et se retourne : son bras retombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; T&#233;moin O&#8230; dit la voix agac&#233;e du pr&#233;sident, pr&#234;terez&#8209;vous serment, oui ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment donc... comment donc... mais bien s&#251;r ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le t&#233;moin lib&#233;ral, surmontant sa confusion, l&#232;ve le bras presque &#224; la hauteur de celui du gendarme. Il r&#233;p&#232;te, avec son compagnon, &#224; la suite du pr&#234;tre, mot apr&#232;s mot, la na&#239;ve formule. Qu'un artiste reproduise une sc&#232;ne de ce genre, on dira que son tableau manque de naturel. Le profond symbolisme social de ce spectacle judiciaire fut per&#231;u par tous les assistants. Les ouvriers &#233;changeaient des regards ironiques avec les accus&#233;s. Les gens du monde se regard&#232;rent entre eux, d'un air g&#234;n&#233;. Une maligne satisfaction se trahit sur la face j&#233;suitique du pr&#233;sident. Un silence profond s'&#233;tablit dans la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On interrogea d'abord le s&#233;nateur comte Tiesenhausen, conseiller municipal &#224; la douma de P&#233;tersbourg. Il avait &#233;t&#233; pr&#233;sent &#224; une s&#233;ance de la douma, au moment o&#249; une d&#233;putation du soviet &#233;tait venue pr&#233;senter des exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Que pensiez-vous, monsieur le t&#233;moin, demande un des d&#233;fenseurs, que pensiez&#8209;vous de l'organisation d'une milice municipale arm&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'estime que cette question ne se rapporte pas &#224; l'affaire, r&#233;pond le comte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans le cadre o&#249; je dois maintenir les d&#233;bats du proc&#232;s, r&#233;plique le pr&#233;sident, la question pos&#233;e par la d&#233;fense est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans ce cas, je dois dire qu'alors l'id&#233;e d'organiser une milice municipale obtint ma sympathie, mais que, depuis, j'ai compl&#232;tement chang&#233; d'avis sur ce sujet... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien d'entre eux avaient eu le temps, en un an, de changer d'avis sur cette question et sur beaucoup d'autres ! La presse lib&#233;rale, qui assurait de son &#8220;enti&#232;re sympathie&#8221; les accus&#233;s eux-&#173;m&#234;mes, ne trouvait pas de mots assez durs, assez tranchants pour bl&#226;mer leurs proc&#233;d&#233;s. Les journaux lib&#233;raux s'exprimaient avec une ironie apitoy&#233;e sur les &#8220;illusions&#8221; r&#233;volutionnaires du soviet. En revanche, les ouvriers lui restaient fid&#232;les, sans la moindre r&#233;ticence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses usines envoy&#232;rent au tribunal des d&#233;clarations collectives par l'interm&#233;diaire de t&#233;moins &#233;lus. Sur la demande des accus&#233;s, le tribunal joignit ces documents au dossier et en donna lecture pendant la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Nous soussign&#233;s, ouvriers de l'usine Oboukhov, disait un de ces documents que nous prenons au hasard, sachant que le gouvernement pr&#233;tend traduire devant un tribunal arbitrairement constitu&#233; le soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers, profond&#233;ment indign&#233;s de voir que ce gouvernement essaie de repr&#233;senter le soviet comme une bande de conspirateurs poursuivant des buts &#233;trangers &#224; la classe ouvri&#232;re ; nous, ouvriers de l'usine Oboukhov, d&#233;clarons que le soviet ne se compose pas d'une bande de cons&#173;pirateurs, mais de v&#233;ritables repr&#233;sentants de tout le prol&#233;tariat de P&#233;tersbourg. Nous protestons contre l'arbitraire exerc&#233; par le gouvernement contre le soviet, arbitraire qui consiste &#224; accuser des camarades &#233;lus par nous, qui ont ex&#233;cut&#233; au soviet toutes nos volont&#233;s, et nous d&#233;clarons au gouvernement que, dans la mesure o&#249; notre camarade P.&#8209;A. Zlydnev, que nous respectons tous, est coupable, nous le sommes aussi, ce que nous certifions par nos signatures. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette r&#233;solution &#233;taient jointes plusieurs feuilles de papier couvertes de plus de deux mille signatures. Les feuilles &#233;taient sales et froiss&#233;es : elles avaient circul&#233; de main en main, dans tous les ateliers de l'usine. La d&#233;claration des ouvriers d'Obou&#173;khov n'&#233;tait pas la plus violente loin de l&#224;. Il y en eut dont le pr&#233;sident refusa de donner lecture, sous pr&#233;texte que le ton en &#233;tait &#8220;profond&#233;ment irrespectueux&#8221; &#224; l'&#233;gard du tribunal et du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, sur ces protestations, on aurait pu relever des dizaines de milliers de signatures. Les d&#233;clarations des t&#233;moins dont un grand nombre, en sortant de la salle des s&#233;ances, tomb&#232;rent entre les mains de la police, illustr&#232;rent ces documents d'un excellent commentaire. Les conspirateurs que le Parquet voulait absolument d&#233;couvrir se confondirent avec l'h&#233;ro&#239;que multitude anonyme. Finalement, le procureur, qui, dans son r&#244;le honteux, se donnait des airs d'homme correct, fut contraint d'avouer, au cours de son r&#233;quisitoire, deux faits marquants : d'abord, qu'&#224; un certain niveau de son &#233;volution politique, le prol&#233;tariat &#8220;tend&#8221; au socialisme ; ensuite, que l'&#233;tat d'esprit des masses ouvri&#232;res, pendant l'activit&#233; du soviet, &#233;tait vraiment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur dut encore abandonner une position fort importante. &#8220;La pr&#233;paration d'une insurrection arm&#233;e&#8221; servait, bien entendu, de base principale &#224; l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le soviet vous a&#8209;t&#8209;il invit&#233;s &#224; l'insurrection arm&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En fait, non &#8221;, r&#233;pondaient les t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soviet avait simplement affirm&#233; qu'une insurrection arm&#233;e devenait in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le soviet r&#233;clamait une assembl&#233;e constituante. Qui donc devait cr&#233;er cette assembl&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Par quels moyens ? Par la violence bien s&#251;r. On n'obtient rien autrement. Ainsi, le soviet armait les ouvriers pour l'insurrection ? Non, mais pour un besoin de l&#233;gitime d&#233;fense. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident haussait ironiquement les &#233;paules. Mais, finalement, les d&#233;clarations des t&#233;moins et des accus&#233;s contraignirent le tribunal &#224; admettre ces &#8220;propositions contradictoires&#8221;. Les ouvriers s'&#233;taient arm&#233;s pour se d&#233;fendre. Mais c'&#233;tait en m&#234;me temps dans un but d'insurrection, le pouvoir gouvernemental s'&#233;tant r&#233;v&#233;l&#233; comme le principal organisateur des pogroms. Cette question devait &#234;tre &#233;lucid&#233;e par le discours que l'auteur du pr&#233;sent livre pronon&#231;a devant le tribunal [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s &#233;veilla le plus vif int&#233;r&#234;t au moment o&#249; nos d&#233;fenseurs transmirent au tribunal la Lettre de Lopoukhine, devenue depuis fameuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accus&#233;s et la d&#233;fense disaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Messieurs les juges ! Vous estimez sans doute que nous parlons en d&#233;pit du bon sens quand nous affirmons que certains organes du pouvoir gouvernemental ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la pr&#233;paration et l'organisation des pogroms ? Pour vous, peut&#8209;&#234;tre, les d&#233;positions que vous venez d'entendre ne sont pas des preuves suffisantes ? Peut&#8209;&#234;tre avez&#8209;vous eu le temps d'oublier les r&#233;v&#233;lations faites par le prince Ouroussov, ancien vice&#8209;ministre de l'int&#233;rieur, &#224; la Douma d'Etat ? Peut&#8209;&#234;tre le g&#233;n&#233;ral de gendarmerie Ivanov vous a&#8209;t&#8209;il persuad&#233;s, quand il est venu vous dire sous la foi du serment que les discours prononc&#233;s au sujet des pogroms n'avaient &#233;t&#233; qu'un pr&#233;texte pour armer la multitude ? Peut&#8209;&#234;tre avez&#8209;vous cru le t&#233;moin Statkovsky, fonctionnaire de la police secr&#232;te, quand, sous la foi du serment, il a pr&#233;tendu n'avoir jamais vu dans tout P&#233;tersbourg un seul appel au pogrom ? Eh bien, voyez ! Voici la copie certifi&#233;e d'une lettre de Lopoukhine, ancien directeur du d&#233;partement de la police au cabinet du ministre de l'int&#233;rieur Stolypine [5]. Apr&#232;s enqu&#234;te faite par lui, sur mandat du comte Witte, M. Lopoukhine affirme que les appels aux pogroms que le t&#233;moin Statkovsky n'a, soi&#8209;disant, jamais vus, ont &#233;t&#233; imprim&#233;s &#224; l'imprimerie de cette m&#234;me police secr&#232;te dont Statkovsky est fonctionnaire ; que ces appels ont &#233;t&#233; r&#233;pandus par des agents de la police secr&#232;te et des membres des partis monarchistes dans toute la Russie ; qu'entre le d&#233;partement de la police et les bandes des Cent&#8209;Noirs, il existe un lien &#233;troit d'organisation ; qu'&#224; la t&#234;te de cette organisation criminelle, a l'&#233;poque du soviet, se trouvait le g&#233;n&#233;ral Trepov qui, comme commandant du Palais, jouissait d'une immense autorit&#233;, pr&#233;sentait lui&#8209;m&#234;me au tsar ses rapports sur le travail de la police et, ind&#233;pendamment de tous les ministres, disposait de sommes &#233;normes, tir&#233;es du Tr&#233;sor, pour l'organisation des pogroms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Et voici encore un fait, messieurs les juges ! Beaucoup de feuilles imprim&#233;es par les Cent&#8209;Noirs &#8211; et qui se trouvent entre vos mains, dans le dossier de l'instruction &#8211; accusaient les membres du soviet d'avoir dilapid&#233; l'argent des ouvriers. Le g&#233;n&#233;ral de gendarmerie Ivanov, faisant &#233;tat de ces calomnies, s'est livr&#233; &#224; une enqu&#234;te sp&#233;ciale dans les usines et les entreprises de P&#233;tersbourg, enqu&#234;te qui n'a donn&#233;, bien entendu, aucun r&#233;sultat. Nous autres, r&#233;volutionnaires, nous sommes habitu&#233;s &#224; ces proc&#233;d&#233;s de l'autorit&#233;. Mais, sans id&#233;aliser le moins du monde la gendarmerie &#8211; vous savez que nous en sommes incapables &#8211;, nous &#233;tions loin de soup&#231;onner l'audace de cette institution. On apprend, en effet, que les appels et proclamations dans lesquels on accuse le soviet d'avoir dilapid&#233; l'argent des ouvriers ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s et imprim&#233;s secr&#232;tement &#224; la direction de la gendarmerie, o&#249; le g&#233;n&#233;ral Ivanov est en service. M. Lopoukhine le certifie. Voici, messieurs les juges, une copie de la lettre, qui porte la signature authentique de l'auteur. Nous demandons que ce pr&#233;cieux document soit int&#233;gralement lu &#224; l'audience de ce tribunal. Nous demandons en outre que le conseiller d'Etat Lopoukhine soit cit&#233; &#224; compara&#238;tre en qualit&#233; de t&#233;moin. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration tomba comme la foudre sur les magistrats. Les d&#233;bats &#233;taient presque achev&#233;s et le pr&#233;sident avait cru, apr&#232;s une orageuse travers&#233;e, atteindre bient&#244;t le port : cet incident le rejetait en pleine mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre de Lopoukhine contenait des allusions aux myst&#233;rieux rapports que Trepov pr&#233;sentait au tsar. Qui pouvait pr&#233;voir comment l'ancien chef de la police, tournant aujourd'hui le dos &#224; ses ma&#238;tres, expliquerait ces allusions quand les accus&#233;s l'interrogeraient ?... Le tribunal, saisi d'une horreur sacr&#233;e, recula devant la possibilit&#233; de nouvelles r&#233;v&#233;lations. Apr&#232;s une longue d&#233;lib&#233;ration, il repoussa la lettre et r&#233;cusa le t&#233;moignage de Lopoukhine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accus&#233;s d&#233;clar&#232;rent alors qu'ils n'avaient plus rien &#224; faire &#224; l'audience et voulurent qu'on les renvoy&#226;t dans leurs cellules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous emmena. Sur&#8209;le&#8209;champ, nos d&#233;fenseurs quitt&#232;rent le tribunal. En l'absence des accus&#233;s, des avocats et du public, le procureur pronon&#231;a son r&#233;quisitoire, qui fut sec et &#8220;correct&#8221;. Dans une salle presque vide, les magistrats prononc&#232;rent le verdict. L'accusation d'avoir fourni des armes aux ouvriers dans un but d'insurrection &#233;tait rejet&#233;e. Quinze accus&#233;s &#8211; et dans ce nombre l'auteur de ces lignes &#8211; &#233;taient condamn&#233;s &#224; la privation de tous droits civils et &#224; la d&#233;portation perp&#233;tuelle en Sib&#233;rie. Deux devaient subir une d&#233;tention de courte dur&#233;e. Les autres &#233;taient acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s du soviet des d&#233;put&#233;s produisit une &#233;norme impression dans le pays. On peut affirmer que la social&#8209;d&#233;mocratie, lors des &#233;lections pour la deuxi&#232;me Douma, dut son succ&#232;s &#224; la propagande que lui avait faite le tribunal devant le parlement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au proc&#232;s du soviet des d&#233;put&#233;s se rattache un &#233;pisode qui m&#233;rite d'&#234;tre mentionn&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 novembre, jour o&#249; la sentence fut publi&#233;e sous sa forme d&#233;finitive, le Novo&#239;&#233; Vr&#233;mia donna une lettre du comte Witte qui revenait de l'&#233;tranger. Il parlait, dans cet &#233;crit, du proc&#232;s. Il se d&#233;fendait contre les attaques de la droite bureaucratique. Non, seulement il affirmait n'avoir pas eu l'honneur de pr&#233;parer, comme instigateur principal, la r&#233;volution russe, en quoi il avait assez raison, mais il niait cat&#233;goriquement ses rapports personnels avec le soviet. Quant aux t&#233;moignages qui avaient &#233;t&#233; fournis au proc&#232;s et aux d&#233;clarations des accus&#233;s, il osait affirmer qu'on les avait &#8220;invent&#233;s pour les besoins de la d&#233;fense&#8221;. Il ne s'attendait pas, sans doute, &#224; un d&#233;menti des prisonniers. Mais il s'&#233;tait tromp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse collective des condamn&#233;s, imprim&#233;e dans notre journal Tovarichtch (&#8220;Le Camarade&#8221;), le 5 novembre, contenait ceci : &#8220;Nous connaissons trop bien la diff&#233;rence de nature qui existe entre nous et le comte Witte, au point de vue politique : aussi ne croyons&#8209;nous pas devoir expliquer &#224; l'ex&#8209;premier ministre les raisons qui nous obligent, nous, repr&#233;sentants du prol&#233;tariat, &#224; dire toujours, quand nous faisons de la politique, la v&#233;rit&#233;. Mais nous pensons qu'il est parfaitement opportun de citer ici le r&#233;quisitoire de M. le procureur. Accusateur par profession, fonctionnaire d'un gouvernement qui nous d&#233;teste, il a reconnu que, par nos d&#233;clarations et nos discours, nous lui avions fourni &#8220;sans r&#233;sistance&#8221; toutes les bases n&#233;cessaires &#224; l'accusation &#8211; &#224; l'accusation, non &#224; la d&#233;fense ! Et, devant nos juges, il a d&#233;clar&#233; nos d&#233;positions v&#233;ridiques et sinc&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;V&#233;rit&#233;, sinc&#233;rit&#233;, voil&#224; des qualit&#233;s que les ennemis politiques du comte Witte ne lui ont jamais reconnues, pas plus que ses flatteurs. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la r&#233;ponse collective d&#233;montrait, documents &#224; l'appui, &#224; quel point les d&#233;n&#233;gations du comte Witte &#233;taient os&#233;es [6] et terminait par des lignes qui r&#233;sumaient et donnaient un jugement d&#233;finitif sur le proc&#232;s intent&#233; au parlement r&#233;volutionnaire, aux &#233;lus du prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Quels qu'aient &#233;t&#233; les buts et les motifs du d&#233;menti publi&#233; par le comte Witte, disait notre lettre, quelque imprudent que ce d&#233;menti paraisse, il arrive &#224; son heure, il caract&#233;rise par un dernier trait indispensable le pouvoir en face duquel s'est trouv&#233; le soviet en ces journ&#233;es de lutte. Nous nous permettrons de dire sur ce point quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le Comte Witte note et souligne que c'est lui qui nous a livr&#233;s &#224; la justice. Cet exploit historique, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, remonte au 3 d&#233;cembre 1905. Depuis, nous sommes pass&#233;s par la S&#251;ret&#233;, puis par la gendarmerie, et enfin nous avons comparu devant un tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Dans ce proc&#232;s ont figur&#233;, comme t&#233;moins, deux fonctionnaires de la police secr&#232;te. On leur a demand&#233; si un pogrom ne s'&#233;tait pas pr&#233;par&#233; &#224; P&#233;tersbourg pendant l'automne de l'ann&#233;e derni&#232;re ; ils ont r&#233;solument r&#233;pondu : Non ! Ils ont affirm&#233; qu'ils n'avaient jamais vu un seul appel au pogrom. Or, l'ancien directeur du d&#233;partement de la police, le conseiller Lopoukhin, d&#233;clare maintenant que les appels aux pogroms s'imprimaient justement alors dans les locaux de la S&#251;ret&#233;. Tel est le premier moyen de la &#8220;justice&#8221; &#224; laquelle nous a livr&#233;s le comte Witte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Dans ce m&#234;me proc&#232;s ont figur&#233; des officiers de gendarmerie qui avaient men&#233; l'instruction de l'affaire du soviet. D'apr&#232;s leurs propres dires, l'origine de l'enqu&#234;te qu'ils firent pour savoir si des sommes d'argent avaient &#233;t&#233; dilapid&#233;es par les d&#233;put&#233;s se trouve dans des feuilles anonymes imprim&#233;es par les Cent&#8209;Noirs. M. le procureur a d&#233;clar&#233; que ces feuilles ne contenaient que des mensonges et des calomnies. Or, que voyons&#8209;nous ? Le conseiller Lopoukhine t&#233;moigne que ces feuilles de mensonges et de calomnies ont &#233;t&#233; imprim&#233;es par cette m&#234;me gendarmerie qui mena l'enqu&#234;te sur l'affaire du soviet. Tel est le deuxi&#232;me moyen de la &#8220;justice&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Et quand, dix mois plus tard, nous nous sommes trouv&#233;s en pr&#233;sence du tribunal, celui&#8209;ci nous a permis d'expliquer au grand jour tout ce que l'on connaissait d&#233;j&#224; dans les grandes lignes avant le proc&#232;s ; mais, d&#232;s que nous avons tent&#233; de montrer et de prouver que, devant nous, &#224; cette &#233;poque&#8209;l&#224;, il n'y avait aucun pouvoir gouvernemental, que les organes les plus actifs de ce pouvoir s'&#233;taient alors transform&#233;s en des associations de contre&#8209;r&#233;volution qui foulaient aux pieds, non seulement les lois &#233;crites, mais toutes les lois de la morale humaine ; que les &#233;l&#233;ments les plus autoris&#233;s du personnel gouvernemental constituaient une organisation centrale pour perp&#233;trer des pogroms dans toute la Russie, que le soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers avait en somme accompli une t&#226;che de s&#233;curit&#233; nationale, lorsque nous avons demand&#233; qu'on joign&#238;t au dossier la lettre de Lopoukhine que notre proc&#232;s avait rendue fameuse, et surtout qu'on interroge&#226;t ce Lopoukhine comme t&#233;moin, le tribunal, sans s'em&#173;barrasser de motifs juridiques, nous a imp&#233;rieusement ferm&#233; la bouche. Tel est le troisi&#232;me moyen de la &#8220;justice&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Et enfin, quand l'affaire est termin&#233;e, quand la sentence est prononc&#233;e, le comte Witte tente de diffamer ses adversaires politiques, les croyant sans doute d&#233;finitivement battus. Aussi r&#233;solument que ces fonctionnaires de la S&#251;ret&#233; qui affirmaient n'avoir vu aucun appel aux pogroms, le comte Witte d&#233;clare qu'il n'a eu aucun rapport avec le soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers. Son audace est la m&#234;me, sa franchise vaut tout autant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous consid&#233;rons avec s&#233;r&#233;nit&#233; ces quatre moyens d'accusation de la justice officielle qu'on nous a appliqu&#233;e. Les repr&#233;sentants du pouvoir nous ont priv&#233;s &#8220;de tous droits&#8221; et nous envoient en d&#233;portation. Mais il y a un droit dont ils ne peuvent nous priver, le droit &#224; la confiance du prol&#233;tariat et de tous nos honn&#234;tes concitoyens. Dans notre affaire, comme dans toutes les autres questions de notre existence nationale, le dernier mot sera dit par le peuple. Avec une enti&#232;re confiance, c'est au peuple, c'est &#224; la conscience populaire que nous faisons appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le 4 novembre 1906,&lt;br class='autobr' /&gt;
Maison de d&#233;tention pr&#233;ventive. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sept personnes : quatre juges de la Couronne, un repr&#233;sentant des nobles du district de P&#233;tersbourg, le comte Goudovitch, octobriste de droite, un repr&#233;sentant de la douma municipale de P&#233;tersbourg, Tro&#239;nitsky, gouverneur de province destitu&#233; pour concussion, Cent&#8209;Noir, et, enfin, le doyen (starchina) d'un des arrondissements de P&#233;tersbourg, progressiste, le crois. (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. chapitre : &#8220; Le soviet et le Parquet &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] De nombreux t&#233;moins se trouvaient, &#224; l'&#233;poque du jugement, &#8220; en lieu inconnu &#8221;, ou bien en Sib&#233;rie. (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Nous donnons plus loin ce discours st&#233;nographique qui n'a pas &#233;t&#233; publi&#233; en Russie. (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Dans le cabinet Goremykine. (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le comte dut reconna&#238;tre plus tard qu'il avait eu des rapports avec le soviet, mais il &#8220;expliqua&#8221; que, dans les d&#233;putations du soviet, il n'avait voulu voir que &#8220;des repr&#233;sentants des ouvriers&#8221;. (1909)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'action et le proc&#232;s du Soviet de P&#233;trograd en 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8414</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8414</guid>
		<dc:date>2024-09-24T22:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'action et le proc&#232;s du Soviet de P&#233;trograd en 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
LES SOVIETS EN 1905 EN RUSSIE &lt;br class='autobr' /&gt; https://www.matierevolution.org/spip.php?article7208 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'HISTOIRE DU SOVIET &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.org/spip.php?article3877 &lt;br class='autobr' /&gt;
FORMATION DU SOVIET DES DEPUTES OUVRIERS &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
LES PREMIERS JOURS DE LA &#8220;LIBERTE&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_11.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ASSAUT AUX BASTILLES DE LA CENSURE (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'action et le proc&#232;s du Soviet de P&#233;trograd en 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LES SOVIETS EN 1905 EN RUSSIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7208&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'HISTOIRE DU SOVIET&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3877&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3877&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FORMATION DU SOVIET DES DEPUTES OUVRIERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES PREMIERS JOURS DE LA &#8220;LIBERTE&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ASSAUT AUX BASTILLES DE LA CENSURE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_13.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_13.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA GREVE DE NOVEMBRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES HUIT HEURES ET UN FUSIL !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AU SEUIL DE LA CONTRE&#8209;REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_19.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_19.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES DERNIERS JOURS DU SOVIET&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_20.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE PROCES DU SOVIET DES DEPUTES OUVRIERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE SOVIET ET LE PARQUET&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCOURS DE TROTSKY, PRESIDENT DU SOVIET, AU TRIBUNAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA DEPORTATION DES DELEGUES DU SOVIET&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volte du cuirass&#233; Potemkine dans la r&#233;volution de 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8284</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8284</guid>
		<dc:date>2024-09-21T22:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Christian Rakovsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cit de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cit de Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;l&#233;gramme de Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1905/11/lt19051116.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La plus c&#233;l&#232;bre de ces r&#233;voltes est celle du cuirass&#233; Prince Potemkine de la flotte de la mer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/illus1-p29a33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/illus1-p29a33-c596f.jpg?1780120300' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/1200x680_fotojet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH283/1200x680_fotojet-9b42e.jpg?1780120300' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Christian Rakovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_18.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;gramme de Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1905/11/lt19051116.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1905/11/lt19051116.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plus&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;l&#232;bre de ces r&#233;voltes est celle du cuirass&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Prince Potemkine de la flotte de la mer Noire, qui, tomb&#233; aux mains des&lt;br class='autobr' /&gt;
insurg&#233;s, prit part &#224; la r&#233;volution &#224; Odessa et, apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution et des tentatives infructueuses pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'emparer d'autres ports (par exemple F&#233;odosia en Crim&#233;e), se rendit aux autorit&#233;s roumaines &#224; Constantza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de vous raconter en d&#233;tail un petit &#233;pisode de cette r&#233;bellion de la flotte de la mer Noire afin de&lt;br class='autobr' /&gt;
vous donner un tableau concret des &#233;v&#233;nements &#224; leur point culminant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On organisait des r&#233;unions d'ouvriers et de marins r&#233;volutionnaires ; elles se firent de plus en plus fr&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait interdit aux militaires d'assister aux meetings des ouvriers, ces derniers commenc&#232;rent &#224; se rendre en&lt;br class='autobr' /&gt;
masse &#224; ceux des militaires. Ils se rassemblaient par milliers. L'id&#233;e d'une action commune trouva un vif &#233;cho. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
compagnies les plus conscientes &#233;lurent des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autorit&#233;s militaires d&#233;cid&#232;rent alors de prendre des mesures. Quelques officiers ayant tent&#233; de prononcer aux&lt;br class='autobr' /&gt;
meetings des discours &#171; patriotiques &#187;, les r&#233;sultats furent lamentables : exerc&#233;s &#224; la discussion, les marins r&#233;duisirent&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs sup&#233;rieurs &#224; une fuite honteuse. Devant ces &#233;checs, on d&#233;cida une interdiction g&#233;n&#233;rale des meetings. Dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
matin&#233;e du 24 novembre 1905, une compagnie en &#233;tat d'alerte fut plac&#233;e devant la porte de la caserne. Le contre-amiral&lt;br class='autobr' /&gt;
Pissarevski ordonna publiquement : &#171; Ne laisser sortir personne de la caserne ! Tirer en cas de d&#233;sob&#233;issance ! &#187; Le&lt;br class='autobr' /&gt;
marin P&#233;trov sortit des rangs de la compagnie qui avait re&#231;u cet ordre, chargea ostensiblement son fusil, abattit d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
coup de feu le capitaine en second Stein, du r&#233;giment de Bi&#233;lostok, et blessa d'un second coup de feu le contre-amiral&lt;br class='autobr' /&gt;
Pissarevski, Un officier ordonna : &#171; Arr&#234;tez-le ! &#187; Personne ne bougea. P&#233;trov jeta son fusil &#224; terre et s'&#233;cria : &#171; Qu'est-&lt;br class='autobr' /&gt;
ce que vous attendez ? Arr&#234;tez-moi donc ! &#187; II fut arr&#234;t&#233;. Accourus de toutes parts, les marins exig&#232;rent imp&#233;rieusement&lt;br class='autobr' /&gt;
sa mise en libert&#233; et d&#233;clar&#232;rent qu'ils se portaient caution pour lui. L'excitation &#233;tait &#224; son comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; P&#233;trov, demanda un officier, cherchant une issue &#224; la situation, ton coup de feu est parti par hasard, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment, par hasard ! Je suis sorti du rang, j'ai charg&#233; mon arme et j'ai vis&#233;, est-ce par hasard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils r&#233;clament ta lib&#233;ration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et P&#233;trov fut remis en libert&#233;. Mais les marins ne s'en tinrent pas l&#224;. Tous les officiers de service furent arr&#234;t&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sarm&#233;s et conduits dans les bureaux... Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des marins, qui &#233;taient une quarantaine, d&#233;lib&#233;r&#232;rent toute la&lt;br class='autobr' /&gt;
nuit. Ils d&#233;cid&#232;rent de rel&#226;cher les officiers, mais de leur interdire d&#233;sormais l'acc&#232;s de la caserne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite sc&#232;ne illustre on ne peut mieux les &#233;v&#233;nements tels qu'ils se sont d&#233;roul&#233;s dans la plupart des r&#233;voltes&lt;br class='autobr' /&gt;
militaires. L'effervescence r&#233;volutionnaire du peuple ne pouvait manquer de gagner aussi l'arm&#233;e. Fait caract&#233;ristique :les &#233;l&#233;ments de la marine militaire et de l'arm&#233;e, recrut&#233;s surtout parmi les ouvriers de l'industrie et dont on exigeait une&lt;br class='autobr' /&gt;
solide formation technique, comme les sapeurs par exemple, ont fourni ses chefs au mouvement. Mais les larges masses&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient encore trop na&#239;ves, trop paisibles, trop placides, trop chr&#233;tiennes. Elles s'enflammaient assez facilement ; une&lt;br class='autobr' /&gt;
injustice quelconque, la grossi&#232;ret&#233; trop flagrante de la part des officiers, une mauvaise nourriture, etc., pouvaient&lt;br class='autobr' /&gt;
provoquer une r&#233;volte. Mais la pers&#233;v&#233;rance et la claire conscience des t&#226;ches faisaient d&#233;faut : on ne comprenait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
assez que seule la poursuite la plus &#233;nergique de la lutte arm&#233;e, seule la victoire sur toutes les autorit&#233;s militaires et&lt;br class='autobr' /&gt;
civiles, seuls le renversement du gouvernement et la prise du pouvoir dans tout le pays pouvaient garantir le succ&#232;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande masse des marins et des soldats se r&#233;voltait facilement. Mais elle commettait tout aussi facilement la&lt;br class='autobr' /&gt;
sottise candide de remettre en libert&#233; les officiers arr&#234;t&#233;s ; elle se laissait calmer par les promesses et les exhortations&lt;br class='autobr' /&gt;
des autorit&#233;s qui gagnaient ainsi un temps pr&#233;cieux, recevaient des renforts et &#233;crasaient les mutins, apr&#232;s quoi le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement &#233;tait f&#233;rocement r&#233;prim&#233; et les chefs ex&#233;cut&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est particuli&#232;rement int&#233;ressant de comparer les soul&#232;vements militaires de la Russie de 1905 et l'insurrection&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire des d&#233;cembristes en 1825. Le mouvement politique &#233;tait en 1825 presque exclusivement dirig&#233; par des officiers,&lt;br class='autobr' /&gt;
plus pr&#233;cis&#233;ment par des officiers nobles, gagn&#233;s aux id&#233;es d&#233;mocratiques de l'Europe pendant les guerres&lt;br class='autobr' /&gt;
napol&#233;oniennes. La masse des soldats, &#224; l'&#233;poque encore form&#233;e de serfs, &#233;tait passive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/01/vil19170122.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/01/vil19170122.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film d'Eisenstein :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=a_bkBbrdyyw&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=a_bkBbrdyyw&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wikipedia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_du_cuirass%C3%A9_Potemkine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_du_cuirass%C3%A9_Potemkine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/histoires-de-musique/la-celebre-mutinerie-du-cuirassee-potemkine-5792380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/histoires-de-musique/la-celebre-mutinerie-du-cuirassee-potemkine-5792380&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retro News :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/video/1905-la-mutinerie-des-marins-du-potemkine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.retronews.fr/video/1905-la-mutinerie-des-marins-du-potemkine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dauphin&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2021/06/27/27-juin-1905-la-mutinerie-du-cuirasse-potemkine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2021/06/27/27-juin-1905-la-mutinerie-du-cuirasse-potemkine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire sur la r&#233;volution russe de 1905 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=1905+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=1905+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le&#231;ons r&#233;volutionnaires de Parvus en 1905</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7855</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7855</guid>
		<dc:date>2024-02-17T23:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Dimanche Sanglant du 9/22 janvier ouvre une &#232;re nouvelle dans le destin historique de la Russie. Elle est entr&#233;e dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire de son d&#233;veloppement. On assiste &#224; la destruction de l'ordre ancien, et, rapidement de nouvelles formations politiques se mettent en place. Il y a peu, la propagande des id&#233;es de la r&#233;volution attendait les faits et semblait donc utopique ; maintenant les faits r&#233;volutionnent les esprits. Dans le m&#234;me temps l'&#233;laboration de la tactique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Dimanche Sanglant du 9/22 janvier ouvre une &#232;re nouvelle dans le destin historique de la Russie. Elle est entr&#233;e dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire de son d&#233;veloppement. On assiste &#224; la destruction de l'ordre ancien, et, rapidement de nouvelles formations politiques se mettent en place. Il y a peu, la propagande des id&#233;es de la r&#233;volution attendait les faits et semblait donc utopique ; maintenant les faits r&#233;volutionnent les esprits. Dans le m&#234;me temps l'&#233;laboration de la tactique r&#233;volutionnaire n'arrive pas &#224; suivre le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution pousse en avant la r&#233;flexion politique. En l'espace de quelques journ&#233;es r&#233;volutionnaires, l'opinion publique a accompli une critique fondamentale du pouvoir gouvernemental et a &#233;clairci ses rapports avec lui ; plus que cela n'aurait pu &#234;tre fait en des ann&#233;es de d&#233;veloppement, m&#234;me sous un r&#233;gime parlementaire. L'id&#233;e des r&#233;formes d'en haut est rejet&#233;e, entra&#238;nant avec elle la foi dans la mission populaire du tsar. Ensuite, rapidement, l'opinion publique s'est d&#233;faite de l'id&#233;e d'une monarchie constitutionnelle ; et l'id&#233;e d'un gouvernement provisoire r&#233;volutionnaire et d'une r&#233;publique d&#233;mocratique, qui semblait auparavant utopique, a acquis un caract&#232;re de r&#233;alit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution imprime son sceau sur tous les courants d'opinion politiques et s&#233;cr&#232;te ainsi le ferment unifiant l'opposition. Les diff&#233;rences de partis se dissimulent momentan&#233;ment derri&#232;re les t&#226;ches r&#233;volutionnaires communes. En m&#234;me temps, la r&#233;volution pousse en avant l'id&#233;ologie du lib&#233;ralisme jusqu'&#224; ses derni&#232;res extr&#233;mit&#233;s politiques. Les partis lib&#233;raux semblent par eux-m&#234;mes plus radicaux qu'ils ne le sont en fait ; ils promettent plus et s'assignent m&#234;me des t&#226;ches plus importantes qu'ils ne peuvent accomplir vus les appuis sociaux dont ils b&#233;n&#233;ficient. La r&#233;volution d&#233;place tous les partis d'opposition vers la gauche, les rapproche les uns des autres et l'id&#233;e r&#233;volutionnaire les unit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution rend le changement politique plus clair mais brouille les partis politiques. Cette loi historique n'a pas manqu&#233; d'appara&#238;tre &#233;galement &#224; l'&#233;poque r&#233;volutionnaire actuelle en Russie o&#249; quelques particularit&#233;s du d&#233;veloppement politique du pays la favorisent d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, la claire r&#233;partition des forces politiques n'a pas eu lieu et ne pouvait avoir lieu. C'est justement une des t&#226;ches historiques du parlementarisme que de mener &#224; terme cette classification des forces politiques de la soci&#233;t&#233; et de les opposer les unes aux autres selon leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Sous la formule politique du gouvernement populaire, le parlementarisme attire toutes les couches de la soci&#233;t&#233; &#224; la lutte pour le pouvoir politique. Dans cette lutte, l&#233;galis&#233;e et r&#233;gul&#233;e, les rapports politiques mutuels des classes se d&#233;finissent en m&#234;me temps que se comptabilise leur force. En Russie, jusqu'&#224; pr&#233;sent, les orientations politiques (&#224; l'exception de la lutte de classe du prol&#233;tariat et de la social-d&#233;mocratie dont nous parlerons plus tard) se sont d&#233;velopp&#233;es dans les r&#233;gions &#233;th&#233;r&#233;es de l'id&#233;ologie et commencent juste &#224; chercher un lien avec le peuple ou la &#034;soci&#233;t&#233;&#034; dans le sens &#233;troit de ce mot, c'est &#224; dire avec la bourgeoisie. Emport&#233;es ici ou l&#224; par le souffle de la politique, ces masses brumeuses, informes, volatiles &#233;clatent en morceaux ou se condensent &#224; nouveau tout aussi facilement. Leur politique du moment peut se trouver dans la contradiction la plus aigu&#235; avec leur d&#233;veloppement politique (lequel se d&#233;finit par la couche sociale sur laquelle ils s'appuient essentiellement). Ainsi, par exemple, le zemstvo russe, principal appui du lib&#233;ralisme en Russie en ce moment, annonce pour la Russie parlementaire un parti agraire avec des tendances conservatrices affirm&#233;es. L'absolutisme ne donnant pas de solution &#224; la lutte des agrariens contre le capital industriel, il a fait des uns et des autres ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; de donner une expression politique &#224; la lutte de la Russie agraire contre le capitalisme en plein d&#233;veloppement, a, entre autres, accentu&#233; la critique litt&#233;raire du capitalisme industriel. N&#233;anmoins, vue la division sociale des campagnes, sous l'influence du d&#233;veloppement culturel de l'Europe Occidentale, et enfin selon la loi immanente du d&#233;veloppement de n'importe quelle critique r&#233;volutionnaire, cette critique litt&#233;raire a pris un caract&#232;re d&#233;mocratique. In fine, n'&#233;tant pas arriv&#233;e au socialisme ouvrier qui se d&#233;veloppe en dehors de Russie, elle s'est r&#233;alis&#233;e dans l'enseignement tolsto&#239;en. Celui-ci, qui ne trouve pas d'union culturelle hors du capitalisme, nie la culture en g&#233;n&#233;ral, c'est &#224; dire transforme son propre fiasco id&#233;aliste en principe historique. Cette fantasmagorie litt&#233;raire, m&#233;lange en des couleurs bizarres, parfois, vives, le r&#233;flexe artistique de la vie aux illusions des visionnaires, l'&#233;lan vivant vers le d&#233;veloppement au romantisme d'une antiquit&#233; morte. Ces id&#233;es se sont fourvoy&#233;es avec l'id&#233;ologie politique et ont d'autant plus masqu&#233; les soubassements de classe des int&#233;r&#234;ts politiques. Cette confusion de la critique litt&#233;raire et de la politique s'est r&#233;pandue dans tous les partis (&#224; l'exception tout de m&#234;me de la social-d&#233;mocratie) sous la forme d'un populisme dans lequel pr&#233;domine la critique litt&#233;raire par rapport &#224; l'orientation politique plus radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, le radicalisme politique en Europe Occidentale s'appuyait d'abord sur la petite bourgeoisie. Il s'agissait des artisans et plus g&#233;n&#233;ralement de toute cette partie de la bourgeoisie qui a &#233;t&#233; emport&#233;e par le d&#233;veloppement industriel et en m&#234;me temps &#233;cart&#233;e de la classe capitaliste. Il faut se souvenir qu'en Europe Occidentale, ce sont les artisans qui ont cr&#233;&#233; les villes, que les villes sous leur direction politique ont atteint un &#233;panouissement significatif, et que les ma&#238;tres ont pos&#233; leur empreinte sur quelques si&#232;cles de la culture europ&#233;enne. Il est vrai qu'au moment de l'introduction du r&#233;gime parlementaire, la puissance des ma&#238;tres &#233;tait depuis longtemps fan&#233;e. Mais le fait m&#234;me de l'existence de villes nombreuses o&#249; pr&#233;domine la classe moyenne (pr&#233;dominance disput&#233;e par le prol&#233;tariat en d&#233;veloppement) avait une signification politique. Dans la mesure o&#249; ces forces sociales se dissolvaient dans les contradictions du capitalisme, une t&#226;che s'offrait aux partis d&#233;mocratiques : ou rejoindre les ouvriers et devenir socialistes, ou rejoindre la bourgeoisie capitaliste et devenir r&#233;actionnaires. En Russie, pendant la p&#233;riode pr&#233;capitaliste, les villes se d&#233;veloppaient plus &#224; la chinoise qu'&#224; l'europ&#233;enne. C'&#233;tait des centres administratifs, ayant un caract&#232;re purement bureaucratique sans la moindre signification politique ; et sous le rapport &#233;conomique, des foires marchandes pour les propri&#233;taires et les paysans environnants. Leur d&#233;veloppement &#233;tait encore insignifiant quand il fut suspendu par le processus capitaliste qui commen&#231;a &#224; cr&#233;er des grandes villes sur son mod&#232;le, c'est &#224; dire des villes manufacturi&#232;res et des centres du commerce mondial. En d&#233;finitive, nous avons en Russie une bourgeoisie capitaliste mais pas de bourgeoisie interm&#233;diaire comme celle dont est n&#233;e et sur laquelle s'est maintenue la d&#233;mocratie politique en Europe Occidentale. Les couches moyennes de la bourgeoisie capitaliste en Russie, comme dans toute l'Europe, se composent des &#034;professions lib&#233;rales&#034;, m&#233;decins, avocats, litt&#233;rateurs etc., de couches sociales situ&#233;es hors des rapports de production, mais aussi du personnel technique et commercial de l'industrie et du n&#233;goce capitalistes ainsi que des branches qui s'associent &#224; elles, comme les soci&#233;t&#233;s d'assurance, les banques etc. Ces &#233;l&#233;ments disparates ne peuvent avoir de programme de classe propre car leurs sympathies et antipathies oscillent entre le r&#233;volutionnarisme prol&#233;tarien et le conservatisme capitaliste. En Russie, il faut leur adjoindre les &#171; raznotchintsy &#187; [d&#233;class&#233;s], d&#233;chets des ordres et classes de la Russie d'avant la R&#233;forme, que le processus de d&#233;veloppement capitaliste n'a pas encore eu le temps d'absorber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, il faut fonder le radicalisme politique sur cette population urbaine qui n'est pas pass&#233;e par l'&#233;cole historique du moyen-&#226;ge ouest-europ&#233;en, qui est sans relation &#233;conomique, sans tradition h&#233;rit&#233;e du pass&#233;, et sans id&#233;al pour l'avenir. Il n'est pas &#233;tonnant que ce radicalisme recherche encore d'autres bases. D'un c&#244;t&#233;, il rejoint la paysannerie. L&#224; s'exprime toujours plus le caract&#232;re litt&#233;raire du populisme russe qui remplace un programme politique de classe par l'apologie du travail et de l'indigence. De l'autre c&#244;t&#233;, le radicalisme politique essaie de s'appuyer sur les ouvriers d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de telles conditions, la r&#233;volution russe accomplit son travail de rapprochement et d'union de courants oppos&#233;s. La force de la r&#233;volution avant le changement de r&#233;gime repose dans cette union d'&#233;l&#233;ments de nature diff&#233;rente. Avec le renversement du gouvernement contre lequel &#233;tait dirig&#233;e la lutte g&#233;n&#233;rale, la divergence et l'opposition d'int&#233;r&#234;ts des courants politiques maintenus ensemble par la r&#233;volution apparaissent au grand jour ; l'arm&#233;e de la r&#233;volution se d&#233;sorganise et se s&#233;pare en divisions adversaires les unes des autres. Tel fut jusqu'&#224; pr&#233;sent le destin historique de toutes les r&#233;volutions dans les soci&#233;t&#233;s de classe ; et il ne peut y avoir d'autres r&#233;volutions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que cette lutte interne &#233;tait d&#233;j&#224; si forte pendant la r&#233;volution de 1848 qu'elle avait totalement paralys&#233; la force politique de la r&#233;volution et avait rendu possible la r&#233;action et la contre-r&#233;volution qui se sont termin&#233;es en France avec le massacre des ouvriers par la bourgeoisie, alors que ladite bourgeoisie venait de mener la lutte r&#233;volutionnaire au c&#244;t&#233; de ces m&#234;mes ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, apr&#232;s le renversement de l'autocratie, la bourgeoisie capitaliste ne se s&#233;parera pas moins vite du prol&#233;tariat qu'en 48 en Europe Occidentale, mais le processus de bouleversement r&#233;volutionnaire se prolongera. C'est d&#251; &#224; la complexit&#233; des t&#226;ches politiques que la r&#233;volution doit r&#233;soudre, car il s'agit non seulement d'un changement de r&#233;gime politique mais avant tout de la cr&#233;ation d'une organisation &#233;tatique embrassant toute la vie compliqu&#233;e d'un pays industriel contemporain, afin de remplacer le syst&#232;me fiscal et policier vers lequel l'autocratie a uniquement tendu. Outre cela, c'est d&#233;termin&#233; par la confusion des rapports agraires en Russie, par l'&#233;laboration incompl&#232;te et l'absence de liens sociaux des courants politiques non-prol&#233;tariens du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions objectives de d&#233;veloppement de la r&#233;volution en Russie, quelles sont les t&#226;ches du parti social-d&#233;mocrate ? La social-d&#233;mocratie ne doit pas avoir seulement en vue le renversement de l'autocratie, point de d&#233;part de la r&#233;volution, mais tout son d&#233;veloppement ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne peut faire co&#239;ncider sa tactique &#224; un seul moment politique, elle doit se pr&#233;parer &#224; un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle doit pr&#233;parer la force politique capable non seulement de renverser l'autocratie mais &#233;galement de prendre la t&#234;te du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette force, dans les mains de la social-d&#233;mocratie, ne peut &#234;tre que le prol&#233;tariat, organis&#233; comme une classe sp&#233;ciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conduisant le prol&#233;tariat au centre et &#224; la t&#234;te du mouvement r&#233;volutionnaire de tout le peuple et de toute la soci&#233;t&#233;, la social-d&#233;mocratie doit le pr&#233;parer en m&#234;me temps &#224; la guerre civile qui suivra le renversement de l'autocratie, &#224; la d&#233;fection des lib&#233;ralismes agraire et bourgeois, &#224; la trahison des radicaux et d&#233;mocrates politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re doit encore savoir que la r&#233;volution et la chute de l'autocratie ne se recouvrent nullement et que, pour mener &#224; bien le bouleversement r&#233;volutionnaire, il faut au d&#233;but se battre contre l'autocratie et ensuite, contre la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important encore que la conscience qu'a le prol&#233;tariat de sa sp&#233;cificit&#233; politique, il y a l'autonomie de son organisation, sa s&#233;paration r&#233;elle d'avec toutes les autres tendances politiques. On nous parle de la n&#233;cessit&#233; de concentrer en une seule toutes les forces r&#233;volutionnaires du pays, mais il nous importe plus de faire en sorte que l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ne soit pas morcel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, l'isolement organisationnel et politique du prol&#233;tariat est indispensable non seulement dans l'int&#233;r&#234;t de la lutte de classe (qui ne s'arr&#234;te jamais, ni avant, ni pendant, ni apr&#232;s la r&#233;volution), mais aussi dans l'int&#233;r&#234;t du bouleversement r&#233;volutionnaire lui-m&#234;me. Malgr&#233; tout, cela ne doit pas signifier que le prol&#233;tariat doive &#234;tre &#233;tranger &#224; la politique, et doive ignorer la lutte politique des autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de prendre la situation politique dans toute sa complexit&#233; et non de la simplifier pour faciliter la d&#233;cision des questions tactiques. Il est facile de dire : &#034;avec les lib&#233;raux&#034; ou &#034;contre les lib&#233;raux&#034; ! C'est tr&#232;s simple, mais en m&#234;me temps tr&#232;s unilat&#233;ral et, pour cette raison, c'est une solution trompeuse &#224; la question. Il faut se servir de tous les courants r&#233;volutionnaires et oppositionnels, mais il faut en m&#234;me temps pr&#233;server sa capacit&#233; d'action politique autonome. Pour faire simple, en cas de lutte commune avec des alli&#233;s d'occasion, on peut suivre les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1) Ne pas m&#233;langer les organisations. Marcher s&#233;par&#233;ment, mais frapper ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; 2) Ne pas renoncer &#224; ses propres revendications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt; 3) Ne pas cacher les divergences d'int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt; 4) Suivre son alli&#233; comme on file un ennemi.&lt;br class='autobr' /&gt; 5) Se soucier plus d'utiliser la situation cr&#233;&#233;e par la lutte que de pr&#233;server un alli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, avant tout, organiser les cadres r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. Utiliser cette force pour larguer le ballast politique de la r&#233;volution. J'entends par l&#224; l'influence de ces couches sociales et partis politiques qui, allant avec le prol&#233;tariat jusqu'au renversement de l'autocratie, r&#233;fr&#233;neront, affaibliront et d&#233;formeront le bouleversement politique par leur manque de constance et de d&#233;cision, apr&#232;s le renversement de leur ennemi principal. Pousser en avant toutes les tendances de la d&#233;mocratie politique et du radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire avancer les d&#233;mocrates signifie les critiquer. Seulement, il y a des esprits bizarres qui pensent qu'il faudrait les attirer par des paroles caressantes, comme un petit chien de compagnie avec du sucre. Les d&#233;mocrates sont toujours pr&#234;ts &#224; s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin ; si nous commen&#231;ons &#224; les f&#233;liciter pour ce bout de chemin qu'ils ont fait, alors ils s'arr&#234;teront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique des mots est insuffisante, il faut une pression politique. Et cela nous ram&#232;ne une fois encore au parti r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe du prol&#233;tariat russe s'est clairement d&#233;finie d&#233;j&#224; sous l'absolutisme. Le faible d&#233;veloppement de la production artisanale, qui g&#234;nait le d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, rendait service &#224; la conscience de classe du prol&#233;tariat. Celui-ci &#233;tait d'embl&#233;e concentr&#233; dans les usines. La propri&#233;t&#233; &#233;conomique s'est pr&#233;sent&#233;e tout de suite &#224; lui dans sa forme la plus contemporaine, celle du capitaliste &#233;tranger &#224; la production. Idem concernant le pouvoir d'Etat, dans sa forme la plus concentr&#233;e : l'autocratie s'appuyant exclusivement sur la force arm&#233;e. A tout cela, la social-d&#233;mocratie ajouta l'exp&#233;rience historique de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat russe a montr&#233; qu'il n'&#233;tait pas pass&#233; par ces trois &#233;coles en vain. Il est parti d'un pas s&#251;r sur le chemin de la politique r&#233;volutionnaire autonome. Il a fait la r&#233;volution russe, il a r&#233;uni autour de lui le peuple et la soci&#233;t&#233; ; mais il n'a pas dissout ses propres int&#233;r&#234;ts de classe dans le mouvement r&#233;volutionnaire g&#233;n&#233;ral, il a pr&#233;sent&#233; le programme politique de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Il r&#233;clame la libert&#233; politique dans l'int&#233;r&#234;t de sa lutte de classe, il revendique une l&#233;gislation ouvri&#232;re de pair avec les droits civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre t&#226;che est maintenant de faire de la journ&#233;e de 8 heures, au m&#234;me titre que le droit de regard parlementaire sur le budget, une revendication de base de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne devons pas seulement donner un caract&#232;re prol&#233;tarien au programme politique de la r&#233;volution, nous ne devons en aucun cas rester en arri&#232;re du cours r&#233;volutionnaire des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons isoler le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire des autres courants politiques, alors nous devons apprendre &#224; &#234;tre id&#233;ologiquement &#224; la t&#234;te du mouvement r&#233;volutionnaire, &#234;tre plus r&#233;volutionnaires que tous. Si nous prenons du retard sur le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire, alors le prol&#233;tariat, justement en raison de son caract&#232;re r&#233;volutionnaire, ne sera pas attach&#233; &#224; nos organisations et se dispersera dans le processus spontan&#233; de la r&#233;volution. Une tactique de l'initiative r&#233;volutionnaire est n&#233;cessaire. Le premier acte de la Grande R&#233;volution Russe est termin&#233;. Il a pos&#233; le prol&#233;tariat au centre de la politique et &#224; r&#233;uni autour de lui toutes les couches lib&#233;rales et d&#233;mocratiques de la soci&#233;t&#233;. C'est un double processus de consolidation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de concentration autour de lui de toutes les forces d'opposition du pays. Si le gouvernement ne fait pas de concessions, ce processus r&#233;volutionnaire continuera de progresser. Le prol&#233;tariat gagnera toujours plus en union et en conscience. Notre t&#226;che est d'utiliser cela pour l'organiser de fa&#231;on r&#233;volutionnaire. La soci&#233;t&#233; lib&#233;rale saura-t-elle suivre ce d&#233;veloppement ou s'effraiera-t-elle de la force r&#233;volutionnaire croissante du prol&#233;tariat ? Je laisse cela en suspens. Selon toutes vraisemblances, elle oscillera de l'un &#224; l'autre : avec ses peurs de la r&#233;volution, elle se tournera vers le gouvernement ; et elle se gardera des coups du pouvoir avec les r&#233;volutionnaires. Les &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques resteront avec les ouvriers. Mais nous avons d&#233;j&#224; remarqu&#233; qu'en Russie ces &#233;l&#233;ments sont tr&#232;s faibles. Les paysans seront entra&#238;n&#233;s en masses croissantes dans le mouvement. Mais ils sont seulement capables d'accro&#238;tre l'anarchie politique dans le pays et ainsi d'affaiblir le gouvernement ; ils ne peuvent constituer une arm&#233;e r&#233;volutionnaire ordonn&#233;e. C'est pourquoi, avec le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, une part toujours croissante du travail politique retombe &#224; la charge du prol&#233;tariat. En m&#234;me temps sa conscience politique s'&#233;largit et son &#233;nergie politique grandit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat russe a maintenant d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; une force r&#233;volutionnaire qui surpasse tout ce qui a &#233;t&#233; fait par d'autres peuples en des temps de soul&#232;vement r&#233;volutionnaire. Il n'y eut jamais d'exemple o&#249; le peuple se soit lev&#233; dans tout un pays en de telles masses. Les peuples allemand et fran&#231;ais ont conquis leur libert&#233; avec beaucoup moins de victimes. La r&#233;sistance du r&#233;gime tsariste est sans conteste plus forte gr&#226;ce &#224; la puissance militaire dont il dispose ; mais cette opposition doit accro&#238;tre d'autant plus l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Quand le prol&#233;tariat russe aura enfin renvers&#233; l'autocratie, il sera une arm&#233;e tremp&#233;e par la lutte r&#233;volutionnaire, dot&#233;e d'un fort esprit de d&#233;cision, toujours pr&#234;te &#224; soutenir par la force ses revendications politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, en 48, le prol&#233;tariat fran&#231;ais avait impos&#233; des hommes &#224; lui dans le gouvernement provisoire. Le gouvernement r&#233;volutionnaire ne pouvait exister sans le soutien des ouvriers ; c'est pourquoi il leur joua la com&#233;die de la sollicitude &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers russes, qui ont d&#233;j&#224; ajout&#233; leurs revendications prol&#233;tariennes au programme politique de la r&#233;volution, seront bien plus forts au moment du changement de r&#233;gime et, en tout cas, ne montreront pas moins de conscience de classe que les ouvriers fran&#231;ais en 48 ; ils nommeront sans aucun doute leurs hommes au gouvernement r&#233;volutionnaire. La social-d&#233;mocratie sera devant un dilemme : ou bien prendre sur elle la responsabilit&#233; du gouvernement provisoire, ou bien rester sur le c&#244;t&#233;, &#224; l'&#233;cart du mouvement ouvrier. Quand bien m&#234;me la social-d&#233;mocratie s'interdirait toute participation, les ouvriers consid&#233;reront ce gouvernement comme le leur. L'ayant cr&#233;&#233; par la lutte r&#233;volutionnaire et restant la principale force r&#233;volutionnaire du pays, ils s'assureront mieux de lui qu'ils ne le feraient par des bulletins de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les ouvriers peuvent accomplir le bouleversement r&#233;volutionnaire en Russie. Le gouvernement r&#233;volutionnaire provisoire en Russie sera un gouvernement de d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Si la social-d&#233;mocratie est &#224; la t&#234;te du mouvement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat russe, alors ce gouvernement sera social-d&#233;mocrate. Si la social-d&#233;mocratie reste &#224; l'&#233;cart du prol&#233;tariat par son initiative r&#233;volutionnaire, alors elle se transformera en secte n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement provisoire social-d&#233;mocrate ne pourra pas accomplir en Russie une r&#233;volution socialiste, mais le processus m&#234;me de liquidation de l'autocratie et d'&#233;tablissement d'une r&#233;publique d&#233;mocratique lui donnera une bonne base pour le travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tous qui nous battons en Europe Occidentale contre la participation au gouvernement bourgeois de repr&#233;sentants isol&#233;s de la social-d&#233;mocratie, nous n'avons pas argument&#233; notre position en disant qu'un ministre social-d&#233;mocrate ne doit s'occuper de rien except&#233; de la r&#233;volution. Non. Nous avons d&#233;montr&#233; que, restant en minorit&#233; au gouvernement et sans soutien politique suffisant dans le pays, il ne pourra rien faire et servira uniquement le gouvernement capitaliste pour couvrir le bruit de nos critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation d'un gouvernement provisoire social-d&#233;mocrate sera tout &#224; fait diff&#233;rente. Ce sera un gouvernement homog&#232;ne avec une majorit&#233; social-d&#233;mocrate, cr&#233;&#233; dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, quand la puissance gouvernementale est tr&#232;s grande. Il aura derri&#232;re lui l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire des ouvriers qui auront accompli une r&#233;volution politique, lib&#233;rant ainsi une &#233;nergie sans exemple dans l'histoire. Et ce gouvernement aura devant lui des t&#226;ches politiques unissant tout le peuple russe dans la lutte r&#233;volutionnaire. Un gouvernement provisoire social-d&#233;mocrate pourra &#233;videmment accomplir ce travail bien plus radicalement que n'importe quel autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;gime tsariste c&#232;de bient&#244;t la place, cela ne r&#233;soudra pas ipso facto les difficult&#233;s politiques ; cela rendra m&#234;me la situation encore plus confuse. Le processus de reconstruction politique de la Russie, qui demande du temps m&#234;me en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, s'allongera encore si le gouvernement au pouvoir pose &#224; chaque pas de nouveaux obstacles devant le d&#233;veloppement progressiste ; dans le m&#234;me temps, le processus de pr&#233;paration des partis politiques, arr&#234;t&#233; par la r&#233;volution, reprendra avec plus de force. Mais, avant que ces derniers tirent des limbes une id&#233;ologie politique selon leurs int&#233;r&#234;ts de classe, avant qu'ils parviennent &#224; une intelligence claire de leurs interactions politiques et de leurs relations avec un gouvernement qui, lui-m&#234;me, tanguera de gauche et de droite, le pays sera plong&#233; dans des troubles ininterrompus. Et ce d'autant plus qu'il faudra se battre pour l'extension des droits politiques, les droits du parlement en particulier. Ce sera une longue p&#233;riode d'agitation politique dans laquelle le facteur dernier et d&#233;cisif, bien que pas toujours &#233;vident, sera la force. Force militaire du c&#244;t&#233; du gouvernement, r&#233;volutionnaire du c&#244;t&#233; du peuple. En cons&#233;quence, le prol&#233;tariat aura un r&#244;le politique actif &#224; jouer en cette occasion. S'il conserve son ind&#233;pendance politique, il pourra alors enregistrer des succ&#232;s significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s aujourd'hui, on a commenc&#233; de deux c&#244;t&#233;s &#224; courtiser les ouvriers. Le r&#233;gime tsariste promet un &#233;largissement de la l&#233;gislation ouvri&#232;re tandis que la presse lib&#233;rale ou semi-lib&#233;rale remplit ses colonnes d'articles sur les besoins des ouvriers, sur le mouvement ouvrier et le socialisme. L'une et l'autre attitude sont caract&#233;ristiques de la peur et du respect du r&#233;gime et de la bourgeoisie devant l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de la social-d&#233;mocratie dans cette situation doit consister &#224; &#233;largir les conflits politiques, et &#224; essayer de les utiliser pour changer le cours des &#233;v&#233;nements, renverser le r&#233;gime et ainsi ouvrir un boulevard au d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'&#233;volution politique ult&#233;rieure, nous devons de toute fa&#231;on nous soucier de faire bande &#224; part dans le concert politique. Tant que la r&#233;volution efface les divergences politiques, il est d'autant plus important de pr&#233;senter comment la tactique politique des partis a &#233;volu&#233; jusqu'&#224; la journ&#233;e historique du 9 janvier. Gr&#226;ce &#224; la brochure du camarade Trotsky, on voit comment les lib&#233;raux et les d&#233;mocrates ont men&#233; leur lutte politique de fa&#231;on molle et ind&#233;cise, de pair avec une pression sur le r&#233;gime pour mener des r&#233;formes d'en haut. Ils ne reconnaissaient pas d'autres possibilit&#233;s, ne voyaient pas d'autres perspectives. Et quand le r&#233;gime refusa fermement de prendre en compte leurs exhortations, requ&#234;tes et pr&#233;tentions, coup&#233;s du peuple, ils s'av&#233;r&#232;rent isol&#233;s dans un coin. Ils &#233;taient sans force, incapables, semblait-il, d'opposer quoi que ce soit au r&#233;gime r&#233;actionnaire. On voit d'un autre c&#244;t&#233; comment s'est d&#233;velopp&#233;e la lutte politique des ouvriers russes, s'&#233;tendant toujours et gagnant en &#233;nergie r&#233;volutionnaire. La brochure fut &#233;crite avant le 9 janvier. Mais elle rend compte du d&#233;veloppement de la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat russe, si bien que les &#233;v&#233;nements qui ont suivi ne nous &#233;tonnent plus, m&#234;me si leur ampleur nous frappe. En ayant fait la r&#233;volution, le prol&#233;tariat a lib&#233;r&#233; les lib&#233;raux et les d&#233;mocrates de leur situation sans issue. Maintenant, en collant aux ouvriers, ils trouvent une nouvelle m&#233;thode de lutte ainsi que de nouveaux moyens. C'est l'assaut r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat qui, seul, a rendu r&#233;volutionnaires d'autres couches sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat russe a commenc&#233; la r&#233;volution. Sur lui seul repose son d&#233;veloppement et son succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1905&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
