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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Engels sur la dialectique de la nature</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8751</link>
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		<dc:date>2026-03-30T22:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le texte de Engels : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4546 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article35 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6947 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article308 &lt;br class='autobr' /&gt;
George Novack : &#034;Engels sur la dialectique de la nature&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement id&#233;ologique de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Chapter 10 : Natural and social dialectic - Dialectique naturelle et sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte de Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article35&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article35&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6947&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6947&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article308&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;George Novack : &#034;Engels sur la dialectique de la nature&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement id&#233;ologique de tout mouvement social a suivi le cours d&#233;termin&#233; par les conditions mat&#233;rielles de son existence. L'&#233;volution de la pens&#233;e scientifique sous les auspices prol&#233;tariens a &#233;t&#233; &#224; l'oppos&#233; de celle sous les auspices bourgeois. Cette diff&#233;rence de d&#233;veloppement est n&#233;e des diff&#233;rentes n&#233;cessit&#233;s sociales auxquelles les deux classes r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; confront&#233;es au d&#233;but de leur carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne principale de la pens&#233;e bourgeoise s'est &#233;tendue des sciences naturelles aux sciences sociales. Les premiers philosophes bourgeois se pr&#233;occupaient avant tout de promouvoir la connaissance de la nature par l'homme apr&#232;s le long sommeil du Moyen &#194;ge. Ils n'avaient aucun int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;former la soci&#233;t&#233; selon des principes bourgeois. Ils ont con&#231;u de nouvelles m&#233;thodes intellectuelles pour accro&#238;tre le pouvoir de l'homme sur la nature plut&#244;t que pour diminuer le pouvoir de l'homme sur l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lord Bacon, l'anc&#234;tre de l'empirisme anglais, a d&#233;lib&#233;r&#233;ment tourn&#233; le dos aux controverses religieuses, dans lesquelles se sont alors manifest&#233;es pour la premi&#232;re fois de grandes luttes politiques, pour enqu&#234;ter sur le fonctionnement de la nature. Descartes, fondateur du rationalisme moderne, opposait &#224; la st&#233;rile philosophie &#171; sp&#233;culative &#187; des scolastiques sa propre &#171; philosophie pratique &#187;, qui ferait de l'homme &#171; ma&#238;tre et possesseur de la nature &#187; et lui permettrait de &#171; jouir sans peine des fruits de la nature &#187;. la terre et tout son confort. Newton a donn&#233; une forme classique &#224; la physique un si&#232;cle et demi avant que Ricardo n'effectue la m&#234;me t&#226;che pour l'&#233;conomie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Causes mat&#233;rielles de l'&#233;volution intellectuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ordre de d&#233;veloppement n'&#233;tait pas accidentel. La t&#226;che principale de la bourgeoisie &#224; cette &#233;poque &#233;tait d'augmenter les forces productives, augmentant ainsi sa propre richesse et son pouvoir. La pens&#233;e scientifique du mouvement prol&#233;tarien, en revanche, a progress&#233; des sciences sociales vers les sciences naturelles. Cela non plus n'&#233;tait pas sans raison suffisante. La t&#226;che urgente du prol&#233;tariat sous domination capitaliste consistait moins &#224; accro&#238;tre les forces productives de la soci&#233;t&#233;, comme la bourgeoisie &#233;tait oblig&#233;e de le faire sous le r&#233;gime f&#233;odal, qu'&#224; lib&#233;rer les forces productives d&#233;j&#224; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es de la main morte de la propri&#233;t&#233; et du contr&#244;le capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci explique pourquoi le marxisme, la m&#233;thode scientifique du mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire, a concentr&#233; son attention, dans la premi&#232;re phase de son activit&#233;, sur la solution des probl&#232;mes historiques, sociaux et &#233;conomiques. La n&#233;cessit&#233; pratique exigeait que les probl&#232;mes th&#233;oriques les plus urgents dans le domaine des ph&#233;nom&#232;nes sociaux soient r&#233;solus en premier. Bien que la th&#233;orie du mat&#233;rialisme dialectique soit essentiellement un syst&#232;me de pens&#233;e universel, englobant &#224; la fois la nature et la soci&#233;t&#233;, son application d&#233;taill&#233;e aux probl&#232;mes th&#233;oriques des sciences naturelles a d&#251; &#234;tre report&#233;e &#224; un examen ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, Engels et les sciences naturelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;ateurs du mat&#233;rialisme dialectique &#233;taient parfaitement conscients des lacunes de leur travail th&#233;orique. Marx esp&#233;rait &#233;crire un manuel de dialectique apr&#232;s avoir achev&#233; Le Capital . Dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, Engels a r&#233;alis&#233; une &#233;tude approfondie des math&#233;matiques et des sciences naturelles en reconstruisant leurs fondements th&#233;oriques &#224; l'aide de la dialectique mat&#233;rialiste, tout comme lui et Marx avaient auparavant r&#233;volutionn&#233; les sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marx et moi &#187;, &#233;crivait-il dans la deuxi&#232;me pr&#233;face d' Anti-Duehring , &#171; &#233;tions &#224; peu pr&#232;s les seuls &#224; avoir sauv&#233; la dialectique consciente de la philosophie id&#233;aliste allemande et &#224; l'appliquer dans la conception mat&#233;rialiste de la nature et de l'histoire. Mais la connaissance des math&#233;matiques et des sciences naturelles est essentielle &#224; une conception de la nature &#224; la fois dialectique et mat&#233;rialiste. Marx connaissait bien les math&#233;matiques, mais nous ne parvenions que partiellement, par intermittence et sporadiquement, &#224; suivre le rythme des sciences naturelles. C'est pourquoi, lorsque j'ai pris ma retraite des affaires et que j'ai transf&#233;r&#233; ma maison &#224; Londres, me permettant ainsi d'y consacrer le temps n&#233;cessaire, j'ai subi une &#171; mue &#187; aussi compl&#232;te que possible, comme l'appelle Liebig, en math&#233;matiques et en sciences naturelles. , et j'y ai pass&#233; la majeure partie de huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anti-D&#252;hring fut le premier fruit de ce travail ; Dialectique de la nature la derni&#232;re. Si l'Anti-Duehring reste le meilleur expos&#233; de la philosophie du mat&#233;rialisme dialectique, la Dialectique de la nature , malgr&#233; son caract&#232;re fragmentaire, doit d&#233;sormais &#234;tre lue comme son compl&#233;ment indispensable. Engels n'a pas pu terminer ce travail en raison du travail &#233;norme qu'exigeait l'&#233;dition et la publication du Capital (voici une preuve directe de l'interf&#233;rence des sciences sociales dans le progr&#232;s des sciences naturelles !) et d'autres t&#226;ches li&#233;es au mouvement r&#233;volutionnaire. Le pr&#233;sent volume se compose de six chapitres plus ou moins compl&#233;t&#233;s ainsi que d'une liasse de notes isol&#233;es et d'articles s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ait fallu plus de soixante ans pour que le manuscrit d'Engels paraisse en anglais, il arrive &#224; un moment opportun. Voici un moyen suppl&#233;mentaire d'&#233;duquer les &#233;tudiants qui ont ressenti le besoin d'approfondir les bases th&#233;oriques du marxisme et de r&#233;pondre aux critiques qui ont demand&#233; de savoir comment les doctrines et les m&#233;thodes du mat&#233;rialisme dialectique peuvent &#234;tre appliqu&#233;es aux probl&#232;mes des sciences naturelles. . Sans aucun doute, la nouvelle &#233;cole des r&#233;visionnistes petits-bourgeois, dont le m&#233;pris pour la th&#233;orie marxiste n'est surpass&#233; que par son ignorance de celle-ci, n'attachera gu&#232;re plus de valeur positive &#224; ces &#233;crits que ne l'avait fait son pr&#233;d&#233;cesseur, Edward Bernstein, qui a conserv&#233; le manuscrit pendant plusieurs d&#233;cennies apr&#232;s la mort d'Engels sans voir la n&#233;cessit&#233; de la publier. Mais tout &#233;tudiant s&#233;rieux de la pens&#233;e marxiste se r&#233;jouira que ces cl&#233;s de compr&#233;hension de la dialectique mat&#233;rialiste soient enfin devenues accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Engels cherche &#224; d&#233;montrer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Dialectique de la nature, Engels visait &#224; d&#233;montrer que les processus naturels ob&#233;issent aux m&#234;mes lois g&#233;n&#233;rales du mouvement que les processus sociaux et intellectuels. Comme il l'&#233;crit dans Anti-Duehring , Engels a &#233;tudi&#233; les math&#233;matiques et les sciences naturelles pour se convaincre &#171; que, parmi le fouillis des innombrables changements qui se produisent dans la nature, les m&#234;mes lois dialectiques sont &#224; l'&#339;uvre que celles qui, dans l'histoire, r&#233;gissent l'apparente fortuite des &#233;v&#233;nements ; les m&#234;mes lois que celles qui, de la m&#234;me mani&#232;re, forment le fil conducteur de l'histoire du d&#233;veloppement de la pens&#233;e humaine et qui s'&#233;l&#232;vent progressivement vers la conscience dans l'esprit de l'homme&#8230; &#187; et qui ont &#233;t&#233; formul&#233;es pour la premi&#232;re fois par Hegel sous une forme mystique avant que Marx et Engels ne les refa&#231;onnent. dans la dialectique mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l' introduction , Engels pr&#233;sente une revue critique du d&#233;veloppement des sciences naturelles du point de vue th&#233;orique. Il explique comment et pourquoi cette premi&#232;re p&#233;riode de la renaissance de la connaissance naturelle a &#233;t&#233; domin&#233;e par le point de vue de l'immuabilit&#233; absolue de la nature. Les &#233;toiles fixes et notre propre syst&#232;me solaire, la terre, sa faune et sa flore &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme &#233;ternellement identiques. Dans un tel sch&#233;ma de choses, l'id&#233;e d'une &#233;volution universelle n'avait pas sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision, qui pr&#233;valait dans toutes les branches des sciences naturelles jusqu'au XIXe si&#232;cle, commen&#231;a &#224; &#234;tre &#233;branl&#233;e d'une science apr&#232;s l'autre par le d&#233;veloppement interne des sciences elles-m&#234;mes. En astronomie, par l'hypoth&#232;se de Kant-Laplace de l'&#233;volution du syst&#232;me solaire &#224; partir d'une n&#233;buleuse ; en g&#233;ologie, par la conception de Lyell des transformations successives de la surface terrestre ; en physique, par la formulation de la th&#233;orie m&#233;canique de la chaleur et par la loi de la conservation de l'&#233;nergie ; en chimie, par la d&#233;couverte par Mendeleyeff de la disposition p&#233;riodique des &#233;l&#233;ments ; et en biologie par la th&#233;orie de Darwin sur l'origine des esp&#232;ces. Cette s&#233;rie de d&#233;couvertes a donn&#233; naissance &#224; une nouvelle conception scientifique de la nature, la th&#233;orie de l'&#233;volution universelle, &#171; l'id&#233;e selon laquelle la nature tout enti&#232;re, du plus petit &#233;l&#233;ment au plus grand, des grains de sable aux soleils, des protistes aux hommes, a son existence dans une cr&#233;ation et une disparition &#233;ternelles, dans un flux incessant, dans un mouvement et un changement incessants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ces d&#233;veloppements r&#233;volutionnaires dans les diff&#233;rentes sciences, qui ont bris&#233; l'ancienne image d'une nature immuable, ont mis du temps &#224; se r&#233;aliser dans la pens&#233;e consciente des naturalistes individuels et dans la th&#233;orie scientifique g&#233;niale. Les scientifiques en exercice, qui acceptaient les r&#233;sultats et poursuivaient les m&#233;thodes du point de vue &#233;volutionniste dans leur domaine d'activit&#233; sp&#233;cial, s'accrochaient aux anciennes fa&#231;ons de penser m&#233;taphysiques dans d'autres domaines de pens&#233;e et dans leurs conceptions g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie dialectique de l'&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le stade nouveau et plus &#233;lev&#233; de la connaissance naturelle exigeait un syst&#232;me th&#233;orique et une m&#233;thode de pens&#233;e qui lui &#233;taient propres. L'ancien syst&#232;me m&#233;canique de la nature, avec ses lois et ses &#233;l&#233;ments immuables et son mode de pens&#233;e m&#233;taphysique fonctionnant avec des cat&#233;gories inflexibles et exclusives, ne suffisait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un philosophe plut&#244;t qu'un scientifique qui a fourni aux sciences naturelles les moyens intellectuels n&#233;cessaires pour s'&#233;manciper de l'ancienne vision et pour en construire une nouvelle. Tout comme Descartes avait esquiss&#233; le syst&#232;me m&#233;canique de la nature, Hegel a formul&#233; la premi&#232;re conception syst&#233;matique de l'ensemble du monde naturel, social et spirituel comme un processus continu de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique dialectique, Hegel a tent&#233; de donner une forme rationnelle et de d&#233;velopper une m&#233;thode rationnelle &#224; partir des processus multiformes et contradictoires de l'&#233;volution. Les lois de sa dialectique ne sont rien d'autre que les lois les plus g&#233;n&#233;rales du mouvement et du changement dans la nature, la soci&#233;t&#233; et la pens&#233;e humaine. Ces lois ont &#233;t&#233; con&#231;ues &#224; l'origine par Hegel de fa&#231;on id&#233;aliste comme de simples lois de la pens&#233;e. Mais, comme Marx et Engels l'ont d&#233;montr&#233; par la suite dans leur version mat&#233;rialiste de la logique dialectique, les lois dialectiques sont des formulations conceptuelles de r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois lois de la dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels discute trois lois principales de la dialectique : la loi de la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;, et vice versa ; la loi de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires ; et la loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation. Il prend les r&#233;sultats exp&#233;rimentaux des sciences individuelles, les passe au crible et les synth&#233;tise, pour montrer que ces lois dialectiques sont en r&#233;alit&#233; des lois du d&#233;veloppement de la nature et sont donc valables pour les sciences naturelles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re loi signifie que &#171; dans la nature, d'une mani&#232;re exactement fix&#233;e pour chaque cas individuel, des changements qualitatifs ne peuvent se produire que par l'addition ou la soustraction quantitative de mati&#232;re ou de mouvement (ce qu'on appelle l'&#233;nergie) &#187;. Dans le deuxi&#232;me chapitre, Engels indique pr&#233;cis&#233;ment comment cette loi fonctionne &#224; l'aide de nombreux exemples tir&#233;s des sciences exactes de la m&#233;canique, de la physique et de la chimie, o&#249; des variations quantitatives pr&#233;cis&#233;ment mesurables et tra&#231;ables sont directement li&#233;es &#224; la production de diff&#233;rences qualitatives. En physique, on a constat&#233; depuis qu'il existe une s&#233;rie continue de rayons depuis les rayons radio jusqu'aux rayons cosmiques dans lesquels les variations quantitatives de longueur d'onde se manifestent par des diff&#233;rences qualitatives d&#233;terminables. Cette m&#234;me loi est &#233;galement clairement observable en chimie o&#249; les propri&#233;t&#233;s des corps sont modifi&#233;es en concordance avec leur composition quantitative modifi&#233;e. Engels cite les formes allotropiques des &#233;l&#233;ments, les compos&#233;s d'oxyde d'azote, les s&#233;ries homologues de compos&#233;s carbon&#233;s et la disposition p&#233;riodique des &#233;l&#233;ments en fonction de leur poids atomique ; les chimistes modernes pourraient ajouter bien d'autres exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me loi de la dialectique affirme que toute chose a un caract&#232;re contradictoire, contenant en elle son propre contraire. L'essence bipolaire de toutes choses se manifeste par le changement, qui est un processus d' alt&#233;ration ou de transformation de quelque chose de son &#233;tat original &#224; travers une s&#233;rie de variations interm&#233;diaires vers son oppos&#233;. Engels pr&#233;sente cette loi de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires dans le troisi&#232;me chapitre o&#249; il &#233;tudie le plus important des probl&#232;mes scientifiques, les formes fondamentales du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute connaissance naturelle est bas&#233;e sur l'&#233;tude des mouvements mat&#233;riels d'une sorte ou d'une autre. Une conception correcte du mouvement est donc absolument indispensable aux sciences naturelles. Qu'est-ce que le mouvement ? Le mouvement, dit Engels, est une combinaison contradictoire d'attraction et de r&#233;pulsion. Toutes les diff&#233;rentes formes de mouvement naissent de l'interaction entre ces deux phases oppos&#233;es de son &#234;tre. Partout et &#224; chaque fois qu'un mouvement se produit dans la nature, ces p&#244;les oppos&#233;s se retrouveront ins&#233;parablement unis. Cette d&#233;finition dialectique du mouvement contient d&#233;j&#224; implicitement la loi physique d&#233;couverte empiriquement de la conservation de l'&#233;nergie. Car si chaque attraction individuelle est compens&#233;e par une r&#233;pulsion correspondante ailleurs, alors la somme de toutes les attractions de l'univers doit &#234;tre &#233;gale &#224; la somme de toutes les r&#233;pulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement consiste en l'unit&#233; concr&#232;te de l'attraction et de la r&#233;pulsion. Gr&#226;ce &#224; leur interaction les uns avec les autres et leur transmutation les uns dans les autres, les divers modes de mouvement dans la nature sont produits. L'interaction universelle de l'attraction et de la r&#233;pulsion peut &#234;tre vue dans le type de mouvement le plus simple, le mouvement m&#233;canique, qui consiste en un changement de place de la part d'un corps quelconque. Le mouvement &#233;tant toujours relatif, le changement de lieu n&#233;cessite l'interaction d'au moins deux corps pour se manifester. Lorsque deux corps agissent l'un sur l'autre de telle sorte qu'il en r&#233;sulte un changement de place de l'un ou des deux, ce changement de place ne peut consister qu'en un rapprochement ou une s&#233;paration. Mais le mouvement d'un corps vers un autre implique le d&#233;passement de la r&#233;pulsion qui les s&#233;pare, et vice-versa. De plus, l'attraction d'un corps vers un autre implique sa r&#233;pulsion par rapport &#224; un troisi&#232;me corps. Ainsi tout changement de lieu entra&#238;ne n&#233;cessairement l'action r&#233;ciproque d'attraction et de r&#233;pulsion et leur remplacement l'un par l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements m&#233;caniques des masses &#224; la surface de la Terre peuvent &#234;tre r&#233;solus en force centrip&#232;te de gravitation et en forces centrifuges antagonistes. La m&#234;me interp&#233;n&#233;tration d'attraction et de r&#233;pulsion se manifeste dans les mouvements mutuels des corps c&#233;lestes, comme dans l'&#233;quilibre dynamique maintenu entre la terre et le soleil. Si la Terre n'&#233;tait pas li&#233;e au soleil par attraction, elle quitterait le syst&#232;me solaire et s'envolerait dans l'espace. Si le soleil, au contraire, n'exer&#231;ait pas une r&#233;pulsion constante sous forme d'&#233;nergie rayonnante sur la terre et ne la maintenait pas &#224; distance, cette plan&#232;te serait depuis longtemps tomb&#233;e dans sa masse enflamm&#233;e et aurait &#233;t&#233; absorb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mode de mouvement dans la nature, du plus bas au plus &#233;lev&#233;, du simple mouvement m&#233;canique au comportement organique complexe, embrasse et d&#233;coule de l'action et de la r&#233;action simultan&#233;es d'attraction et de r&#233;pulsion. Le mouvement n'est en fait rien d'autre que l'expression la plus g&#233;n&#233;rale de la s&#233;rie multiple de formes dans lesquelles se manifestent ces p&#244;les oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition dialectique du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels utilise cette d&#233;finition dialectique, bilat&#233;rale et compl&#232;te du mouvement pour critiquer et corriger les conceptions unilat&#233;rales de la nature du mouvement qui pr&#233;valent dans la physique newtonienne. Les Newtoniens ont commis une erreur en faisant de l'attraction, ou gravitation, la forme fondamentale du mouvement dans la nature. Ils m&#233;connaissaient ainsi le r&#244;le tout aussi important de son contraire, la r&#233;pulsion, n&#233;gligeant notamment les transformations d'une phase du mouvement en l'autre. Engels entreprend une analyse des concepts de force, d'&#233;nergie et de travail dans les &#233;crits de Helmholtz, le grand physicien allemand du XIXe si&#232;cle, pour d&#233;montrer comment cette n&#233;gligence du caract&#232;re essentiellement bipolaire du mouvement a introduit la confusion et perp&#233;tu&#233; les erreurs dans la th&#233;orie physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'Engels a &#233;crit, le fait que le mouvement englobe &#224; la fois l'attraction et la r&#233;pulsion a &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233; de mani&#232;re frappante par la th&#233;orie &#233;lectronique de la mati&#232;re, la th&#233;orie physique de la relativit&#233; et, comme le souligne Haldane, par les d&#233;veloppements r&#233;cents de la th&#233;orie astronomique des n&#233;buleuses spirales. Dans les principes de la nouvelle &#171; m&#233;canique ondulatoire &#187;, la loi dialectique de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires vient de remporter une grande victoire sur les anciennes conceptions m&#233;caniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce triomphe est d'autant plus d&#233;finitif que les physiciens eux-m&#234;mes ont r&#233;sist&#233; si longtemps et consciemment. Lorsqu'ils d&#233;couvrirent pour la premi&#232;re fois que les ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectroniques pr&#233;sentaient &#224; la fois les propri&#233;t&#233;s des ondes et des particules, ils furent profond&#233;ment perplexes face &#224; cette contradiction, qui ne pouvait &#234;tre concili&#233;e ni expliqu&#233;e par les cat&#233;gories divis&#233;es de la th&#233;orie m&#233;canique. La th&#233;orie subatomique est tomb&#233;e dans l'impasse. Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, les physiciens les plus audacieux ont enfin conclu que dans le monde subatomique, les ondes et les particules ne peuvent plus &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des oppos&#233;s absolus ; qu'ils peuvent &#234;tre r&#233;unis en une seule entit&#233; ; qu'ils peuvent poss&#233;der les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s ; et que, sous certaines conditions, ils peuvent se transformer l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de la n&#233;gation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation, que Hegel a utilis&#233;e comme loi fondamentale pour la construction de tout son syst&#232;me de pens&#233;e, a un domaine d'application bien plus large dans le syst&#232;me naturel. Cette loi exprime r&#233;ellement la forme fondamentale du d&#233;veloppement de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces oppos&#233;es &#224; l'&#339;uvre dans chaque chose entra&#238;nent des changements constants dans sa constitution. Ces changements s'accumulent en quantit&#233; jusqu'&#224; ce que, &#224; un certain stade d&#233;termin&#233; du processus de d&#233;veloppement, une transformation qualitative distincte ou un saut se produise. La chose perd son identit&#233; originelle et passe dans son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le processus &#233;volutif ne s'arr&#234;te pas &#224; la simple n&#233;gation. La nouvelle forme d'existence mat&#233;rielle n'est pas moins contradictoire que l'ancienne et est sujette &#224; la m&#234;me inqui&#233;tude int&#233;rieure. La premi&#232;re n&#233;gation subit &#224; son tour une auto-diff&#233;renciation et une division jusqu'&#224; ce qu'elle passe elle aussi dans son propre contraire et soit ainsi ni&#233;e. Le r&#233;sultat final de ce processus s'appelle la n&#233;gation de la n&#233;gation, une unit&#233; synth&#233;tique qui a &#233;cart&#233; les formes transitionnelles mais a conserv&#233; en elle le contenu essentiel des deux c&#244;t&#233;s de l'ensemble contradictoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les transformations du mouvement mat&#233;riel &#233;tudi&#233;es par les sciences naturelles illustrent le fonctionnement de cette loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation dans la r&#233;alit&#233; physique. Engels utilise la loi pour clarifier les interconnexions entre le mouvement m&#233;canique et mol&#233;culaire, ou la chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;canique en mouvement mol&#233;culaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les formes de mouvement sont g&#233;n&#233;r&#233;es, comme nous l'avons dit, par le jeu de l'attraction et de la r&#233;pulsion et par leur conversion l'une dans l'autre. Mais dans chaque mode sp&#233;cifique de mouvement, l'un ou l'autre extr&#234;me pr&#233;domine. Le mouvement m&#233;canique pur est essentiellement une forme d'attraction. Bien que la r&#233;pulsion soit n&#233;cessairement pr&#233;sente dans tous les cas de mouvement m&#233;canique, elle existe dans un &#233;tat n&#233;gatif ou passif. Le r&#244;le actif est jou&#233; par l'attraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que forme d'attraction, le mouvement m&#233;canique est la n&#233;gation de la r&#233;pulsion. Mais il contient en lui la possibilit&#233; de se transformer en son contraire. Ce d&#233;veloppement dialectique se produit en r&#233;alit&#233; dans la nature par le contact ou la collision d'un corps avec un autre. Dans le frottement ou l'impact qui en r&#233;sulte, une partie du mouvement m&#233;canique pur des masses est d&#233;truite et r&#233;appara&#238;t sous la forme de mouvement mol&#233;culaire interne, ou de chaleur. La chaleur produite par le freinage est un exemple quotidien de ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chaleur, qui agite et s&#233;pare les mol&#233;cules des corps solides, est une forme de r&#233;pulsion. Dans le cas de la chaleur, la r&#233;pulsion appara&#238;t comme le c&#244;t&#233; actif, et l'attraction recule dans le c&#244;t&#233; passif du processus mat&#233;riel. La conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur est donc une n&#233;gation de la n&#233;gation, un retour du mouvement mat&#233;riel &#224; l'&#233;tat originel de r&#233;pulsion, mais &#224; un niveau de d&#233;veloppement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique de la d&#233;couverte scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation se manifeste non seulement dans le processus physique de conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur, mais aussi dans l'histoire de sa d&#233;couverte. Il y a bien longtemps, l'humanit&#233; a converti le mouvement m&#233;canique en chaleur, d'abord par l'acte instinctif de frotter le corps avec les mains pour le garder au chaud, puis en allumant le feu &#224; partir de la friction. Mais cette n&#233;gation de la forme positive originelle du mouvement m&#233;canique n'&#233;tait que la premi&#232;re &#233;tape dans la dialectique du processus. Pour achever ce d&#233;veloppement, l'humanit&#233; a d&#251; inverser le processus et convertir la chaleur en mouvement m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me &#233;tape, la n&#233;gation de la n&#233;gation, n'a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e qu'apr&#232;s plusieurs milliers d'ann&#233;es gr&#226;ce &#224; l'invention de la machine &#224; vapeur, qui est un appareil permettant de convertir la chaleur en un mouvement m&#233;canique utilisable. Dans ce cas, la pratique humaine historique dans le domaine de la technologie fournit la preuve de la loi logique de la n&#233;gation de la n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; aussi la preuve que &#171; la dialectique du cerveau n'est que le reflet de la forme du mouvement du monde r&#233;el, tant dans la nature que dans l'histoire &#187;. La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation n'aurait pas p&#233;n&#233;tr&#233; la pens&#233;e consciente si elle n'avait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#224; l'&#339;uvre dans les processus physiques et dans la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;canique contre dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, comme le souligne Engels, m&#234;me apr&#232;s que le probl&#232;me de la conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur et de la chaleur en mouvement m&#233;canique ait &#233;t&#233; r&#233;solu dans la pratique humaine, les naturalistes n'ont pas r&#233;ussi &#224; formuler ce fait d'une mani&#232;re th&#233;orique tout &#224; fait correcte ou compl&#232;te. Au d&#233;but, ils consid&#233;raient la chaleur, comme l'&#233;lectricit&#233;, comme un type particulier de substance impond&#233;rable plut&#244;t que comme un mode de mouvement mat&#233;riel. Puis, lorsqu'ils reconnurent la chaleur comme mode de mouvement, tant dans la loi restreinte de l'&#233;quivalent m&#233;canique de la chaleur que dans la loi g&#233;n&#233;rale de la conservation de l'&#233;nergie, ils exprim&#232;rent les relations entre ces deux modes de mouvement exclusivement &#224; partir de l'une. point de vue bilat&#233;ral de la quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les mouvements m&#233;caniques et mol&#233;culaires ne sont pas seulement li&#233;s quantitativement mais qualitativement. Ce sont des formes diff&#233;rentes du m&#234;me mouvement mat&#233;riel. Le mat&#233;rialisme dialectique montre sa sup&#233;riorit&#233; sur le point de vue m&#233;canique car, en plus de comprendre l'identit&#233; quantitative entre les deux formes de mouvement, formul&#233;e par la loi de l'&#233;quivalence quantitative du mouvement &#224; travers tous ses changements de forme, il explique aussi leur diversit&#233; qualitative et la mani&#232;re de leurs m&#233;tamorphoses mutuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique a une conception diff&#233;rente de la t&#226;che principale des sciences naturelles que celle des repr&#233;sentants de l'&#233;cole m&#233;canique dont les id&#233;es ont pr&#233;valu dans la pens&#233;e des sciences naturelles depuis Descartes et Newton. Les m&#233;caniciens, pr&#233;occup&#233;s par l'&#233;tude des lois du passage des corps dans l'espace, croyaient que le but de la science &#233;tait de r&#233;duire toutes les autres formes de mouvement mat&#233;riel &#224; la forme &#233;l&#233;mentaire du mouvement m&#233;canique, de r&#233;soudre les modes de mouvement sup&#233;rieurs en la forme &#233;l&#233;mentaire du mouvement m&#233;canique. plus bas, plus le complexe devient simple. Ainsi, dans l'introduction de ses Principia , Newton &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il serait d&#233;sirable de d&#233;duire des &#233;l&#233;ments de la m&#233;canique les autres ph&#233;nom&#232;nes de la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du but ultime des sciences naturelles co&#239;ncidait avec ce niveau relativement primitif de technologie et d'industrie qui se pr&#233;occupait principalement d'utiliser et d'exploiter des machines dans lesquelles un aspect du mouvement m&#233;canique (&#233;nergie potentielle) &#233;tait transform&#233; en un autre (&#233;nergie cin&#233;tique). La pens&#233;e scientifique &#233;voluait dans le m&#234;me cercle &#233;troit que la pratique scientifique, g&#233;n&#233;ralisant les changements au sein d'une seule forme simple de mouvement, la transposition m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux progr&#232;s consid&#233;rables de la technologie et de l'industrie &#224; grande &#233;chelle au cours des deux derniers si&#232;cles, les scientifiques ont d&#233;couvert, &#233;tudi&#233; et mis en &#339;uvre de nombreux autres types de mouvements mat&#233;riels, thermiques, &#233;lectromagn&#233;tiques, chimiques, etc. Ils se sont particuli&#232;rement appliqu&#233;s &#224; &#233;tudier les interconnexions et les transformations de ces modes de mouvement les uns dans les autres. Les scientifiques savent d&#233;sormais que, si ces autres formes de mouvement sont toujours li&#233;es au mouvement m&#233;canique r&#233;el, elles ne peuvent s'y r&#233;duire sans effacer leurs caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques. Les lois de la physiologie, de la soci&#233;t&#233; ou de la pens&#233;e, bien que fond&#233;es sur les lois fondamentales de la nature, ne peuvent pas &#234;tre simplement &#171; d&#233;duites des &#233;l&#233;ments de la m&#233;canique &#187;, comme l'avait pr&#233;vu Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous c&#244;t&#233;s, on voit que les lois qui r&#233;gissent le mouvement m&#233;canique ont leurs limites ; ils ont perdu leur statut souverain. [1] L'expansion de la pratique technique, industrielle et purement scientifique a &#233;largi l'horizon th&#233;orique de la science bien au-del&#224; du vieil id&#233;al m&#233;canique, pr&#233;sentant une vision immens&#233;ment plus large de sa t&#226;che que le mat&#233;rialisme dialectique a non seulement reconnu mais mieux formul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception dialectique de la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle conception fait &#233;poque. Contrairement au point de vue m&#233;canique, le mat&#233;rialisme dialectique consid&#232;re que la t&#226;che de la science n'est pas la r&#233;duction de tous les modes de mouvement en un seul, mais l'&#233;tude des principales formes de mouvement mat&#233;riel dans leur s&#233;quence naturelle, leurs interconnexions dialectiques et leurs transformations en un seul. un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de mouvement vont du mouvement m&#233;canique brut des masses &#224; l'activit&#233; complexe de la pens&#233;e dans le cerveau humain. Au cours de l'&#233;volution mat&#233;rielle, tous ces diff&#233;rents modes de mouvement, m&#233;canique, mol&#233;culaire, atomique, &#233;lectronique, chimique, thermique, organique, social et intellectuel, se sont d&#233;velopp&#233;s les uns &#224; partir des autres &#224; travers le jeu de l'attraction et de la r&#233;pulsion, l'id&#233;e contradictoire originelle. essence du mouvement. Ils constituent une s&#233;rie hi&#233;rarchique interd&#233;pendante, dont chacune est naturellement li&#233;e aux autres et capable, dans des conditions mat&#233;rielles appropri&#233;es, de se transformer les unes dans les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception fournit pour la premi&#232;re fois une base mat&#233;rielle solide pour la classification syst&#233;matique des sciences. Chaque science analyse soit une forme distincte de mouvement (chimie), soit les interconnexions entre plusieurs formes de mouvement (&#233;lectrochimie). L'ordre essentiel des sciences correspond &#224; l'ordre de g&#233;n&#233;ration des diverses formes de mouvement dans la nature et &#224; leur transition dialectique les unes dans les autres. Ainsi le mat&#233;rialisme dialectique introduit un nouveau principe d'ordre pour remplacer la confusion et l'anarchie qui r&#232;gnent dans la pens&#233;e scientifique depuis la faillite de l'ancien syst&#232;me m&#233;canique. Tous les divers d&#233;partements de la connaissance humaine, de l'astronomie &#224; la logique, sont corr&#233;l&#233;s en une vaste synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie du mat&#233;riel de la Dialectique de la nature , comme de tout trait&#233; sur la connaissance naturelle &#233;crit il y a plus de soixante ans, a &#233;t&#233; rendu obsol&#232;te par les progr&#232;s ult&#233;rieurs des sciences physiques. Cela est particuli&#232;rement vrai du chapitre sur l'&#233;lectricit&#233; dans lequel les plus grands progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s au cours du dernier demi-si&#232;cle. Pourtant, il y a remarquablement peu de plaisanteries dans ces pages. Les observations d'Engels allaient dans la bonne direction et ont &#233;t&#233; confirm&#233;es dans de nombreux cas par des recherches ult&#233;rieures en sciences physiques. Chaque discussion sur une question sp&#233;cifique a une valeur durable en tant qu'exemple de la mani&#232;re d'utiliser les concepts de la dialectique mat&#233;rialiste comme instruments de pens&#233;e critique dans les sciences naturelles et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che qui nous attend&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de d&#233;finir le caract&#232;re dialectique des &#233;v&#233;nements naturels, qu'Engels s'&#233;tait fix&#233;e et n'a pas r&#233;ussi &#224; achever, attend encore d'&#234;tre accomplie. Malgr&#233; la richesse des mat&#233;riaux fournis par les r&#233;cents d&#233;veloppements r&#233;volutionnaires des sciences naturelles, cette t&#226;che en est &#224; peu pr&#232;s au point o&#249; Engels l'avait laiss&#233;e. Les th&#233;oriciens de la p&#233;riode post-marxienne &#8211; Bernstein, Kautsky, Adler, etc. &#8211; poss&#233;dant la m&#234;me hostilit&#233; ou indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la philosophie du mat&#233;rialisme dialectique que nos anti-dialectiques contemporains, n'avaient ni l'&#233;quipement ni la motivation pour faire quoi que ce soit dans ce sens. Le Mat&#233;rialisme et la Critique empirique de L&#233;nine et ses cahiers sur la logique de Hegel ont rendu possible une renaissance de la philosophie du marxisme et ont ouvert la voie &#224; l'extension de ses id&#233;es et de ses m&#233;thodes aux probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;es les sciences physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait esp&#233;rer que, lorsque les bolcheviks auraient pris le pouvoir en Russie, leurs dirigeants scientifiques et leurs acad&#233;mies entreprendraient cette t&#226;che sur une base collective aussi bien qu'individuelle. Sous le patronage de L&#233;nine, des d&#233;buts prometteurs furent r&#233;alis&#233;s. Mais celles-ci ont &#233;t&#233; interrompues par la r&#233;action. On ne pouvait gu&#232;re s'attendre &#224; ce que la pens&#233;e marxiste pure, bannie de la politique, &#233;tende ses racines dans le sous-sol de la nature ou s'&#233;panouisse librement pendant un certain temps sous l'ombre funeste du r&#233;gime de Staline. Par cons&#233;quent, le marxisme est pass&#233; d'un mouvement id&#233;ologique en pleine croissance &#224; une scolastique st&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens pourraient pr&#233;server certaines reliques de la pens&#233;e marxiste pass&#233;e comme les scolastiques m&#233;di&#233;vaux pr&#233;servaient les &#233;crits d'Aristote ou comme ils momifiaient eux-m&#234;mes le corps de L&#233;nine : pour exhiber les gloires d&#233;cadentes du pass&#233; tout en violant leur esprit dans le pr&#233;sent. C'est pourquoi nous leur devons la publication de la Dialectique de la nature . Dans la science comme dans la soci&#233;t&#233;, des vestiges de l'h&#233;ritage de la R&#233;volution d'Octobre sont ici et l&#224; ancr&#233;s dans le stalinisme ; du bien peut encore &#233;maner de cette abomination : contradiction qui horrifiera sans doute les anti-dialectiques. Mais sous les auspices staliniens, il ne peut y avoir de d&#233;veloppement coh&#233;rent et fructueux de la science du mat&#233;rialisme dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine de la pens&#233;e, comme dans tous les autres, les forces de la Quatri&#232;me Internationale sont oblig&#233;es de poursuivre les t&#226;ches laiss&#233;es inachev&#233;es par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs marxistes. Dans les &#339;uvres philosophiques de Marx et d'Engels, et maintenant dans la Dialectique de la nature , ils retrouveront les principales voies d&#233;j&#224; trac&#233;es pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;note de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir, par exemple, The Evolution of Physics d'Einstein et Infeld, en particulier la section sur The Decline of the Mechanical View .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title> La guerre civile aux &#201;tats-Unis, vue par Marx et Engels</title>
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		<dc:date>2026-03-29T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt; https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile aux &#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
par K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile aux &#201;tats-Unis
&lt;p&gt;par K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx : LA QUESTION AM&#201;RICAINE EN ANGLETERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New York Daily Tribune, 11 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que puissent &#234;tre ses qualit&#233;s intrins&#232;ques, la lettre de Mrs Beecher-Stowe &#224; lord Shaftesbury [1] a eu le grand m&#233;rite de contraindre les organes anti-nordistes de la presse londonienne &#224; exposer au grand public les pr&#233;tendues raisons de leur hostilit&#233; au Nord et de leurs sympathies mal dissimul&#233;es pour le Sud. Notons, en passant, que c'est l&#224; une attitude &#233;trange chez des gens qui affectent la plus grande horreur pour l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle guerre am&#233;ricaine cause un bien gros tourment &#224; cette presse, car &#171; ce n'est pas un conflit pour l'abolition de l'esclavage &#187;, d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut demander au citoyen britannique, &#226;me noble, rompue &#224; mener ses propres guerres et &#224; ne s'int&#233;resser &#224; celle des autres peuples que sous l'angle des &#171; grands principes humanitaires &#187;, d'&#233;prouver la moindre sympathie pour ses cousins du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'Economist affirme : &#171; D'abord, il est tout aussi impudent que faux de pr&#233;tendre que le conflit entre le Nord et le Sud soit une querelle pour la libert&#233; des n&#232;gres d'une part, et pour l'esclavage des n&#232;gres de l'autre. &#187; La Saturday Review d&#233;clare que le Nord &#171; ne proclame pas l'abolition, et n'a jamais pr&#233;tendu lutter contre l'esclavage. Le Nord n'a jamais inscrit sur ses drapeaux le symbole sacr&#233; de la justice envers les n&#232;gres. Son cri de guerre n'est pas l'abolition inconditionnelle de l'esclavage. &#187; Enfin, l'Examiner &#233;crit : &#171; Si nous avons &#233;t&#233; tromp&#233;s sur la signification r&#233;elle de ce sublime mouvement, qui en est responsable, sinon les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien reconna&#238;tre que, dans le premier cas, le point de d&#233;part est juste. La guerre n'a donc pas &#233;t&#233; commenc&#233;e pour abolir l'esclavage, et le gouvernement des &#201;tats-Unis s'est donne lui-m&#234;me le plus grand mal pour rejeter toute id&#233;e de ce genre. Mais alors, il faudrait se souvenir que ce n'est pas le Nord, mais le Sud, qui a commenc&#233; cette guerre, le premier ne faisant que se d&#233;fendre. En effet le Nord, apr&#232;s de longues h&#233;sitations et apr&#232;s avoir fait preuve d'une patience sans &#233;gale dans les annales de l'histoire europ&#233;enne, a fini par tirer l'&#233;p&#233;e, non pas pour briser l'esclavage, mais pour pr&#233;server l'Union. Le Sud, en revanche, a commenc&#233; la guerre en proclamant bien haut que l' &#171; institution particuli&#232;re &#187; &#233;tait le seul et principal but de la r&#233;bellion, mais, en m&#234;me temps, il confessait qu'il luttait pour la libert&#233; de r&#233;duire d'autres hommes en esclavage, libert&#233; qu'en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations du Nord, il pr&#233;tend menac&#233;e par la victoire du Parti r&#233;publicain [2] et par l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence. Le Congr&#232;s des conf&#233;d&#233;r&#233;s s'est vant&#233; que la, nouvelle Constitution [3] - &#224; la diff&#233;rence de celle de Washington, Jefferson et Adams - a reconnu pour la premi&#232;re fois l'esclavage comme une chose bonne en soi et pour soi, un rempart de la civilisation et une institution divine. Alors que le Nord professe qu'il combat simplement pour pr&#233;server l'Union, le Sud se glorifie d'&#234;tre en r&#233;bellion pour faire triompher l'esclavage. M&#234;me si l'Angleterre anti-esclavagiste et id&#233;aliste ne se sent pas attir&#233;e par la d&#233;claration du Nord, comment se fait-il donc qu'elle n'ait pas &#233;prouv&#233; la plus vive r&#233;pulsion pour les aveux cyniques du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saturday Review se tire de ce cruel dilemme, en refusant purement et simplement de croire aux d&#233;clarations des &#201;tats sudistes. Elle voit plus loin et d&#233;couvre &#171; que l'esclavage n'a pas grand-chose &#224; voir avec la s&#233;cession &#187; ; quant aux d&#233;clarations contraires de Jefferson Davis et compagnie, ce ne sont l&#224; que des &#171; poncifs &#187; &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;nu&#233;s de sens que ceux qui sont de r&#232;gle dans les proclamations, &#171; quand il est question d'autels viol&#233;s et de foyers d&#233;shonor&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal des arguments des journaux anti-nordistes est extr&#234;mement r&#233;duit, et on s'aper&#231;oit qu'ils reprennent tous &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes phrases, comme dans les formules d'une s&#233;rie math&#233;matique, qui reviennent &#224; intervalles r&#233;guliers avec de faibles variations ou combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist s'exclame : &#171; Hier encore, au moment o&#249; le mouvement de s&#233;cession commen&#231;ait &#224; prendre une forme s&#233;rieuse &#224; l'annonce de l'&#233;lection de M. Lincoln, le Nord offrit au Sud, s'il voulait demeurer dans l'Union, toutes les assurances possibles pour que continuent de fonctionner dans l'inviolabilit&#233; ses ha&#239;ssables institutions. Le Nord ne proclama-t-il pas solennellement qu'il renon&#231;ait &#224; s'immiscer dans ses affaires, tandis que les dirigeants nordistes proposaient au Congr&#232;s compromis sur compromis, bas&#233;s tous sur la concession qu'ils ne se m&#234;leraient pas de la question de l'esclavage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se fait-il, dit l'Examiner, que le Nord f&#251;t pr&#234;t &#224; r&#233;aliser un compromis, en faisant au Sud les plus larges concessions en mati&#232;re d'esclavagisme ? Comment se fait-il qu'au Congr&#232;s certains aient propos&#233; une zone g&#233;ographique au sein de laquelle l'esclavage devait &#234;tre reconnu comme une institution n&#233;cessaire ? Les &#201;tats du Sud n'&#233;taient pas satisfaits pour autant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'Economist et l'Examiner eussent d&#251; demander, c'est non pas tant pourquoi le compromis Crittenden [4] et d'autres avaient &#233;t&#233; propos&#233;s au Congr&#232;s, mais pourquoi ils n'avaient pas &#233;t&#233; vot&#233;s. En fait ils font mine de croire que le Nord a accept&#233; ces propositions de compromis et que le Sud les a rejet&#233;es, alors qu'en r&#233;alit&#233; elles ont &#233;t&#233; vou&#233;es &#224; l'&#233;chec par le parti du Nord, qui avait assur&#233; l'&#233;lection de Lincoln. Ces propositions n'&#233;tant jamais devenues des r&#233;solutions, du fait qu'elles rest&#232;rent &#224; l'&#233;tat de v&#339;ux pieux, le Sud n'eut jamais l'occasion, et pour cause, de les rejeter ou les accepter. La remarque suivante de l'Examiner nous m&#232;ne au c&#339;ur de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mrs Stowe pr&#233;tend que le parti esclavagiste d&#233;cida d'en finir avec l'Union lorsqu'il constata qu'il ne pouvait plus l'utiliser &#224; ses fins. Elle admet donc que le parti esclavagiste avait utilis&#233; jusque-l&#224; l'Union pour ses fins, mais il serait bon que Mrs Stowe montre clairement quand le Nord a commenc&#233; &#224; se dresser contre l'esclavagisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire que l'Examiner et autres oracles de l'opinion publique en Angleterre s'&#233;taient assez familiaris&#233;s avec l'histoire la plus r&#233;cente pour ne pas recourir aux informations de Mrs Stowe sur un point d'aussi grande importance. L'usurpation croissante de l'Union par les puissances esclavagistes &#224; la suite de leur alliance avec le Parti d&#233;mocrate du Nord [5] est pour ainsi dire la formule g&#233;n&#233;rale de l'histoire des &#201;tats-Unis depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle. Aux mesures successives de compromis correspond une mainmise progressive sur l'Union transform&#233;e de la sorte en esclave des propri&#233;taires du Sud. Chacun de ces compromis marque une nouvelle pr&#233;tention du Sud et une nouvelle concession du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, aucune des victoires successives du Sud ne fut remport&#233;e sans une chaude bataille pr&#233;alable contre l'une des forces adverses du Nord, qui se pr&#233;sentent sous divers noms de parti, avec de multiples mots d'ordre et sous toutes sortes de couleurs. Si le r&#233;sultat effectif et final de chacun de ces combats singuliers favorisait le Sud, un observateur attentif de l'histoire ne pouvait pas ne pas remarquer que chaque nouvelle avance de la puissance esclavagiste &#233;tait un pas de plus vers sa d&#233;faite finale. M&#234;me au temps du compromis du Missouri [6], les forces en lutte se contrebalan&#231;aient si &#233;troitement que Jefferson craignit - comme il ressort de ses M&#233;moires - que l'Union f&#251;t menac&#233;e d'&#233;clatement &#224; la suite de ce fatal antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions des puissances esclavagistes ne cess&#232;rent d'augmenter, lorsque le Kansas-Nebraska bill [7] d&#233;truisit pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis - comme M. Douglas le reconna&#238;t lui-m&#234;me - toute barri&#232;re l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavagisme dans les territoires des &#201;tats-Unis ; lorsqu'un candidat du Nord [8] acheta sa nomination pr&#233;sidentielle en promettant que l'Union se soumettrait ou ach&#232;terait Cuba pour en faire un nouveau champ de domination des esclavagistes ; lorsque ensuite la d&#233;cision de Dred Scott [9] proclama que l'extension de l'esclavagisme par le pouvoir f&#233;d&#233;ral &#233;tait la loi de la Constitution am&#233;ricaine [10], et qu'enfin le commerce d'esclaves africains &#233;tait rouvert de facto &#224; une &#233;chelle plus vaste qu'&#224; l'&#233;poque de son existence l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, concurremment &#224; ces coupables faiblesses du Parti d&#233;mocrate du Nord fade aux pires usurpations du Sud, on constata, &#224; des signes ind&#233;niables, que le combat des forces oppos&#233;es devenait si intense que le rapport de force devait bient&#244;t se renverser. La guerre du Kansas [11], la formation du Parti r&#233;publicain et les nombreuses voix en faveur de M. Fr&#233;mont &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1856 [12] &#233;taient autant de preuves tangibles que le Nord avait accumul&#233; assez d'&#233;nergie pour corriger les aberrations que l'histoire des &#201;tats-Unis connaissait depuis un demi-si&#232;cle par la faute des esclavagistes, et pour la ramener aux v&#233;ritables principes de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces ph&#233;nom&#232;nes politiques, il y a un fait manifeste, d'ordre statistique et &#233;conomique, qui montre que l'usurpation de l'Union f&#233;d&#233;rale, au profit des esclavagistes avait atteint le point o&#249; ils devaient reculer de gr&#233; ou de force. Ce fait est le d&#233;veloppement du Nord-Ouest, les immenses efforts r&#233;alis&#233;s par sa population de 1850 &#224; 1860 [13], et l'influence nouvelle et revigorante qui en r&#233;sultait pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repr&#233;sente-t-il un chapitre secret de l'histoire ? Fallait-il l' &#171; aveu &#187; de Mrs Beecher-Stowe pour faire d&#233;couvrir &#224; l'Examiner et autres lumi&#232;res politiques de la presse londonienne la v&#233;rit&#233; cach&#233;e, &#224; savoir que jusqu'ici, &#171; le parti esclavagiste avait utilis&#233; l'Union &#224; ses fins &#187; ? Est-ce la faute du Nord am&#233;ricain si les journalistes anglais ont &#233;t&#233; surpris par le heurt violent de forces antagoniques, dont la lutte &#233;tait la force motrice de l'histoire depuis un demi-si&#232;cle ? [14] Est-ce la faute des Am&#233;ricains si la presse anglaise tient pour un caprice &#233;lucubr&#233; en un jour ce qui est le r&#233;sultat venu &#224; maturation apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte ? Le simple fait que la formation et le d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain en Am&#233;rique aient &#224; peine &#233;t&#233; remarqu&#233;s par la presse londonienne montre &#224; l'&#233;vidence que ses tirades contre l'esclavage ne sont que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, les deux antipodes de la presse londonienne, le Times de Londres et le Reynold's Weekly Newspaper, le plus grand organe des classes respectables, et le seul organe de la classe ouvri&#232;re qui subsiste actuellement. juste avant que M. Buchanan n'ach&#232;ve sa carri&#232;re, le premier publia une apologie d&#233;taill&#233;e de son administration et une pol&#233;mique diffamatoire contre le mouvement r&#233;publicain. Pour sa part, le Reynold's, pendant le s&#233;jour &#224; Londres de Buchanan, en fit sa cible favorite et depuis lors n'a pas manqu&#233; une seule occasion de le mettre sur la sellette et de d&#233;noncer en lui un adversaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer au Nord la victoire du Parti r&#233;publicain, dont le programme se fonde sur l'opposition ouverte aux empi&#233;tements du syst&#232;me esclavagiste et &#224; l'utilisation abusive que font de l'Union les tenants de l'esclavagisme ? En outre, comment se fait-il que la grande majorit&#233; du Parti d&#233;mocrate du Nord se d&#233;tourne de ses liens traditionnels avec les chefs de l'esclavagisme, passe sur des traditions vieilles d'un demi-si&#232;cle et sacrifie de grands int&#233;r&#234;ts commerciaux et des pr&#233;jug&#233;s politiques plus grands encore pour voler au secours de l'actuelle administration r&#233;publicaine et lui offrir hommes et argent avec g&#233;n&#233;rosit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions, l'Economist s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pouvons-nous oublier que les abolitionnistes sont d'habitude aussi f&#233;rocement pers&#233;cut&#233;s et maltrait&#233;s au Nord et &#224; l'Ouest qu'au Sud ? Peut-on nier que l'ent&#234;tement et l'indiff&#233;rence - pour ne pas dire la mauvaise foi - du gouvernement de Washington ont &#233;t&#233; pendant des ann&#233;es le principal obstacle &#224; nos efforts pour supprimer effectivement le commerce des esclaves sur la c&#244;te africaine ; qu'une partie consid&#233;rable des clippers actuellement engag&#233;s dans ce commerce est construite avec les capitaux du Nord, et exploit&#233;e par des marchands du Nord avec des &#233;quipages du Nord ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, en v&#233;rit&#233;, un chef-d'&#339;uvre de logique. L'Angleterre anti-esclavagiste ne peut sympathiser avec le Nord, qui s'attaque &#224; l'influence n&#233;faste des esclavagistes, parce qu'elle ne peut oublier que le Nord - tant qu'il &#233;tait soumis &#224; l'influence esclavagiste et que ses institutions d&#233;mocratiques &#233;taient souill&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s des bourreaux d'esclaves - soutenait le commerce des esclaves et d&#233;criait les abolitionnistes. L'Angleterre ne peut sympathiser avec l'administration de M. Lincoln, parce qu'elle a d&#233;sapprouv&#233; l'administration de M. Buchanan ! En toute &#171; logique &#187;, elle doit fl&#233;trir l'actuel mouvement de renouveau du Nord et encourager ceux qui, au Nord, sympathisent avec le commerce des esclaves stigmatis&#233; par la plate-forme r&#233;publicaine [16], elle doit flirter avec la clique esclavagiste du Sud, qui &#233;difia un empire s&#233;par&#233;, parce que l'Angleterre ne pouvait oublier que le Nord d'hier n'&#233;tait pas le Nord d'aujourd'hui ! S'il. lui faut justifier son attitude par des faux-fuyants &#224; la Old Bailey [17], cela d&#233;montre avant tout que la fraction anti-nordiste de la presse anglaise est pouss&#233;e par des motifs cach&#233;s, c'est-&#224;-dire trop bas et trop inf&#226;mes pour &#234;tre exprim&#233;s ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des man&#339;uvres favorites de la presse anglaise &#233;tant de reprocher &#224; l'actuelle administration r&#233;publicaine les agissements des pr&#233;c&#233;dentes qui furent pro-esclavagistes, elle s'efforce dans la mesure du possible de persuader le peuple anglais que le New York Herald est le seul organe qui expose authentiquement l'opinion du Nord. Apr&#232;s que le Times de Londres eut ouvert la voie dans cette direction, le noyau esclavagiste des autres organes anti-nordistes, qu'ils soient grands ou petits, lui embo&#238;te le pas. Ainsi, l'Economist pr&#233;tend : &#171; Au plus fort de la guerre civile, il ne manque ni journaux ni politiciens &#224; New York pour exhorter les combattants, maintenant qu'ils ont de grandes arm&#233;es en campagne, &#224; ne pas lutter les uns contre les autres, mais contre la Grande-Bretagne, &#224; cesser toute querelle int&#233;rieure - y compris sur la question esclavagiste - pour envahir sans pr&#233;avis le territoire britannique avec des forces d'une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist sait parfaitement que les efforts du New York Herald, qui sont vivement encourag&#233;s par le Times de Londres et visent &#224; entra&#238;ner les &#201;tats-Unis dans une guerre avec l'Angleterre, ont pour seul but d'assurer la victoire de la s&#233;cession et de ruiner le mouvement de renaissance du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la presse anti-nordiste d'Angleterre fait une concession. Et la snob Saturday Review annonce : &#171; Ce qui est contestable dans l'&#233;lection de Lincoln et a pr&#233;cipit&#233; la crise, c'est purement et simplement la limitation de l'esclavage aux &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224;. &#187; Et l'Economist de remarquer : &#171; En effet, il est vrai que le but du Parti r&#233;publicain qui &#233;lut M. Lincoln, est d'emp&#234;cher l'extension de l'esclavage aux territoires non encore colonis&#233;s... Il est peut-&#234;tre vrai qu'un succ&#232;s complet et inconditionnel du Nord lui permettrait de limiter l'esclavage aux quinze &#201;tats dans lesquels il existe d&#233;j&#224;, ce qui pourrait &#233;ventuellement conduire &#224; sa disparition - mais ceci est plus vraisemblable que certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1859 - &#224; l'occasion de l'exp&#233;dition de John Brown &#224; Harper's Ferry [18] - le m&#234;me Economist publiait une s&#233;rie d'articles d&#233;taill&#233;s afin de prouver qu'en raison d'une loi &#233;conomique, l'esclavage am&#233;ricain &#233;tait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre graduellement d&#232;s lors qu'il ne serait plus en mesure de cro&#238;tre. Cette loi &#233;conomique fut parfaitement comprise par la clique esclavagiste. &#171; Si d'ici quinze ans, nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement de terres &#224; esclaves, dit Toombs, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de l'esclavage &#224; son territoire l&#233;gal, telle qu'elle fut proclam&#233;e par les r&#233;publicains, constitue le point de d&#233;part &#233;vident de la menace de s&#233;cession formul&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la Chambre des repr&#233;sentants le 19 d&#233;cembre 1859. M. Singleton (Mississippi) demanda alors &#224; M. Curtis (Iowa) &#171; si le Parti r&#233;publicain n'admettrait plus que le Sud obtienne un pouce de territoire esclavagiste nouveau, tant que l'Union subsisterait &#187;. M. Curtis lui ayant r&#233;pondu que si, M. Singleton lui r&#233;pliqua que, dans ces conditions, l'Union serait dissoute. Il conseilla &#224; l'administration du Mississippi de sortir au plus t&#244;t de l'Union : &#171; Ces messieurs devraient se souvenir que Jefferson Davis a conduit nos forces arm&#233;es au Mexique ; or, il vit toujours, et pourrait fort bien commander l'arm&#233;e du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de la loi &#233;conomique, selon laquelle l'extension de l'esclavage est une condition vitale pour son maintien dans son territoire l&#233;gal, les leaders du Sud ne se sont jamais fait d'illusion sur la n&#233;cessit&#233; absolue de maintenir leur h&#233;g&#233;monie politique aux &#201;tats-Unis. Pour justifier ses propositions au S&#233;nat le 19 f&#233;vrier 1847, John Calhoun d&#233;clara sans ambages que &#171; le S&#233;nat &#233;tait le seul moyen d'assurer l'&#233;quilibre de pouvoir, laiss&#233; au Sud dans le gouvernement &#187; et que la formation d'&#201;tats esclavagistes nouveaux &#233;tait, devenue n&#233;cessaire &#171; pour conserver l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat &#187; [19]. Au reste, l'oligarchie des trois cent mille propri&#233;taires d'esclaves ne pourrait maintenir son pouvoir sur la pl&#232;be blanche sans l'app&#226;t de futures conqu&#234;tes et l'&#233;largissement de leurs territoires tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Si d&#233;sormais -.selon l'oracle de la presse anglaise - le Nord a pris la ferme d&#233;cision de confiner l'esclavage dans ses limites actuelles et de le liquider ainsi par la voie l&#233;gale, cela ne devrait-il pas suffire &#224; lui assurer les sympathies de l'Angleterre &#171; anti-esclavagiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les puritains anglais ne puissent vraiment &#234;tre content&#233;s que par une guerre abolitionniste expresse. L'Economist affirme : &#171; Comme il ne s'agit pas v&#233;ritablement d'une guerre pour l'&#233;mancipation de la race n&#232;gre, sur quelle base veut-on que nous sympathisions si chaleureusement avec la cause des f&#233;d&#233;r&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fut un temps, dit l'Examiner, o&#249; nos sympathies allaient au Nord, parce que nous pensions qu'il s'opposait s&#233;rieusement aux empi&#233;tements des &#201;tats esclavagistes et d&#233;fendait l'&#233;mancipation comme une mesure de justice pour la race noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les m&#234;mes num&#233;ros o&#249; ces journaux racontent qu'ils ne peuvent sympathiser avec le Nord parce que sa guerre ne tend pas &#224; une v&#233;ritable abolition, nous lisons : &#171; Le moyen radical de proclamer l'&#233;mancipation des n&#232;gres, c'est d'appeler les esclaves &#224; une insurrection g&#233;n&#233;rale. &#187; Or, c'est l&#224; quelque chose &#171; dont la simple id&#233;e, est r&#233;pugnante et affreuse &#187; ; c'est pourquoi &#171; un compromis est bien pr&#233;f&#233;rable &#224; un succ&#232;s conquis &#224; un tel prix et souill&#233; d'un tel crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les ardeurs anglaises pour une guerre abolitionniste sont purement hypocrites. Mais, on aper&#231;oit le pied fourchu du diable dans les phrases suivantes : &#171; Finalement, dit l'Economist, le tarif Morrill m&#233;rite notre gratitude et notre sympathie ; mais la certitude qu'en cas de triomphe du Nord, le tarif sera &#233;tendu &#224; toute la r&#233;publique est-elle une raison pour que nous aidions bruyamment &#224; son succ&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Am&#233;ricains du Nord, dit l'Examiner, ne prennent rien d'autre au s&#233;rieux que leur tarif douanier qui les prot&#232;ge &#233;go&#239;stement... Les &#201;tats du Sud en ont assez d'&#234;tre d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par les tarifs protectionnistes du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Examiner et l'Economist se compl&#232;tent l'un l'autre. Ce dernier est assez honn&#234;te pour reconna&#238;tre finalement que, pour lui et les siens, la sympathie n'est d&#233;termin&#233;e que par une simple question de tarif douanier, tandis que le premier r&#233;duit la guerre entre le Sud et le Nord &#224; un simple conflit tarifaire, une guerre entre syst&#232;me protectionniste et libre-&#233;changiste. Peut-&#234;tre l'Examiner ne sait-il pas que m&#234;me ceux qui voulurent abroger l'acte de la Caroline du Sud en 1832 - comme le g&#233;n&#233;ral Jackson en t&#233;moigne - n'us&#232;rent du protectionnisme que comme d'un pr&#233;texte [20]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me l'Examiner devrait savoir que l'actuelle r&#233;bellion n'a pas attendu l'adoption du tarif Morrill [21] pour &#233;clater. En fait, les sudistes ne pouvaient se plaindre de ce qu'ils &#233;taient d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par le syst&#232;me protectionniste du Nord, puisque le syst&#232;me libre-&#233;changiste &#233;tait en vigueur de 1846 &#224; 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier num&#233;ro, le Spectator caract&#233;rise d'une mani&#232;re frappante la pens&#233;e secr&#232;te d'un certain nombre d'organes anti-nordistes : &#171; Que souhaitent donc v&#233;ritablement ces organes anti-nordistes pour justifier la pr&#233;tention qu'ils ont de ne s'appuyer que sur l'inexorable logique ? Ils affirment que la s&#233;cession est d&#233;sirable, parce qu'elle est la seule fa&#231;on possible de faire cesser ce &#171; conflit fratricide qui n'a aucune raison d'&#234;tre. &#187; Mais voil&#224; qu'ils d&#233;couvrent ensuite d'autres raisons adapt&#233;es aux exigences morales du pays, maintenant que l'issue des &#233;v&#233;nements est claire. Bien s&#251;r, ces raisons ne sont mentionn&#233;es, r&#233;flexion faite, que comme humble apologie de la Providence et &#171; justification des voies du Seigneur envers l'homme &#187;, d&#232;s lors que la n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable est devenue manifeste aux yeux de tous. On d&#233;couvre ainsi qu'il serait d'un grand avantage pour les &#201;tats d'&#234;tre coup&#233;s en deux groupes rivaux. Chacun tiendrait en &#233;chec les ambitions de l'autre et neutraliserait sa force. Si l'Angleterre entrait en conflit avec l'un d'eux, la simple d&#233;fiance de chaque groupe adverse lui serait d'un grand secours. Et de remarquer qu'il s'ensuivrait une situation tr&#232;s favorable, qui nous lib&#233;rerait de la crainte et encouragerait la &#171; concurrence &#187; politique, cette grande sauvegarde de l'honn&#234;tet&#233; et de la franchise entre &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation express&#233;ment mise en &#233;vidence par la th&#233;orie de ceux qui commencent, chez nous, &#224; sympathiser avec le Sud. Traduit en bon anglais - et nous d&#233;plorons qu'un argument anglais ait besoin d'une traduction dans un tel sujet - cela signifie que si nous regrettons que cette &#171; guerre fratricide &#187; ait pris une telle ampleur, c'est pour esp&#233;rer qu'&#224; l'avenir elle continuera de susciter de redoutables convulsions, une s&#233;rie de petites guerres chroniques, de passions et de rivalit&#233;s entre les groupes d'&#201;tats rivaux. La v&#233;rit&#233; effective - et pr&#233;cis&#233;ment ce mode non anglais de ressentir cache cette v&#233;rit&#233;, bien qu'elle f&#251;t voil&#233;e de formules d&#233;centes - est cependant tr&#232;s nette : les groupes rivaux d'&#201;tats am&#233;ricains ne pourront vivre ensemble en paix et en harmonie. La situation d'inimiti&#233;, due aux causes m&#234;mes qui ont suscit&#233; le conflit actuel, deviendrait chronique. On a affirm&#233; que les diff&#233;rents groupes d'&#201;tats avaient des int&#233;r&#234;ts douaniers diff&#233;rents. Non seulement ces diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts tarifaires seraient la source de petites guerres permanentes, d&#232;s lors, que les &#201;tats seraient s&#233;par&#233;s les uns des autres, mais encore l'esclavage - racine de tout le conflit - aggraverait les innombrables inimiti&#233;s, discordes et man&#339;uvres. Bref, il ne serait plus possible de r&#233;tablir un &#233;quilibre stable entre les &#201;tats rivaux. Et pourtant, on affirme que la perspective d'un conflit long et ininterrompu serait l'issue la plus favorable de la grande question qui est en train de se d&#233;cider actuellement. Au fond, ce que l'on juge le plus favorable dans le vaste conflit actuel, qui pourrait r&#233;tablir une unit&#233; politique nouvelle et plus puissante c'est l'alternative d'un grand nombre de petits conflits et d'un continent divis&#233; et affaibli que l'Angleterre n'aurait plus &#224; craindre. Nous ne nions pas que les Am&#233;ricains aient sem&#233; eux-m&#234;mes les germes de cette situation lamentable et regrettable par l'attitude inamicale et fanfaronne, qu'ils adoptent si souvent vis-&#224;-vis de l'Angleterre ; quoi qu'il en soit, nous devons bien avouer que nos propres sentiments sont vils et m&#233;prisables. Nous voyons bien qu'il n'existe aucun espoir d'une paix profonde et durable pour l'Am&#233;rique dans une solution boiteuse, puisqu'elle signifie involution et d&#233;sagr&#233;gation de la nation am&#233;ricaine en peuples et pays hostiles, et cependant nous levons les bras au ciel comme si nous &#233;tions effray&#233;s de l'actuelle guerre &#171; fratricide &#187;, alors qu'elle renferme la perspective d'une solution stable. Nous, souhaitons aux Am&#233;ricains un avenir fait d'innombrables et incessants conflits, qui seraient tout aussi fratricides, mais certainement bien plus d&#233;moralisants : nous le souhaitons uniquement pour &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'aiguillon de la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La femme de lettres am&#233;ricaine Beecher-Stowe participa activement au mouvement pour l'abolition de l'esclavage. En septembre 1861, elle adressa une lettre ouverte &#224; lord Shaftesbury pour d&#233;noncer les conf&#233;d&#233;r&#233;s et exprimer son indignation devant l'attitude de l'Angleterre, qu'elle invitait &#224; prendre fait et cause pour les unionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Parti r&#233;publicain fut fond&#233; en r&#233;action aux empi&#233;tements de l'oligarchie esclavagiste. Il repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie industrielle du Nord et jouit de l'appui des populations laborieuses. Pour &#233;liminer la puissance politique et sociale des esclavagistes, il limita l'esclavage &#224; ce qu'il &#233;tait, ce qui signifiait l'&#233;liminer progressivement. Quant aux terres non encore colonis&#233;es de l'Ouest, il en d&#233;cida l'attribution gratuite aux fermiers libres. Le Parti whig disparaissant peu &#224; peu &#224; la suite des &#233;lections de 1852, le champ &#233;tait dangereusement ouvert &#224; l'extension du Parti d&#233;mocrate pro-esclavagiste. L'abrogation du compromis du Missouri en 1854, rendit ce danger plus &#233;vident. D'&#233;normes meetings de protestation contre l'action du Congr&#232;s se tinrent d'un bout &#224; l'autre du Nord. Il en sortit le Parti r&#233;publicain, qui tint sa premi&#232;re convention &#224; Jackson, dans le Michigan, le 6 juillet 1854. Il se d&#233;veloppa rapidement &#224; l'&#233;chelle nationale par suite des &#233;v&#233;nements du Kansas (1854-1856), aggrav&#233;s par l'indignation suscit&#233;e dans le Nord par le manifeste d'Ostende (1854). En 1856, le nouveau parti entreprit sa premi&#232;re campagne pr&#233;sidentielle avec Fr&#233;mont en t&#234;te de liste. Quatre ans plus tard, il remportait l'&#233;lection de Lincoln, avec le mot d'ordre &#171; Libert&#233; d'expression ; libert&#233; d'acc&#232;s &#224; la terre ; libert&#233; du travail ; libert&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Constitution provisoire fut adopt&#233;e au Congr&#232;s de Montgomery (Alabama) du 4 f&#233;vrier 1861 par six &#201;tats esclavagistes du Sud - Caroline du Sud, G&#233;orgie, Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane - qui &#233;taient sortis de l'Union am&#233;ricaine. Ce congr&#232;s proclama la cr&#233;ation de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et choisit Jefferson Davis comme pr&#233;sident provisoire. Le Texas rejoignit la Conf&#233;d&#233;ration le 2 mars, les quatre &#201;tats fronti&#232;res esclavagistes, Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee, y adh&#233;r&#232;rent le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#192; la veille de la guerre de S&#233;cession, certains membres du Congr&#232;s tent&#232;rent de pr&#233;venir le conflit, en se livrant &#224; une s&#233;rie de man&#339;uvres parlementaires. En d&#233;cembre 1860, Crittenden, du Kentucky, proposa : 1) le vote d'un amendement constitutionnel qui remettrait en vigueur &#171; la ligne de compromis du Missouri &#187;, et 2) la promulgation d'une loi qui garantirait la protection de l'esclavage dans la r&#233;gion de &#171; Columbia &#187;. En ouvrant largement le vaste Sud-Ouest &#224; l'implantation de l'esclavage et en le prot&#233;geant au sein de la capitale f&#233;d&#233;rale, ce plan donnait satisfaction - en grande partie du moins - aux esclavagistes. Ce sont surtout les partisans de l&#224; distribution g&#233;n&#233;rale de la terre libre aux colons, qui s'oppos&#232;rent au projet de Crittenden. Finalement, priv&#233; du soutien n&#233;cessaire de ce groupement d&#233;cisif du Nord, le projet &#233;choua. Les projets de compromis propos&#233;s par Corwin, Weed et MeKean connurent le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Parti d&#233;mocrate, fond&#233; en 1828, rassemblait les planteurs, certains groupes de la bourgeoisie ainsi qu'une partie importante de fermiers et de petits-bourgeois des villes. Dans les ann&#233;es 1830 et 1840, il repr&#233;senta de plus en plus les int&#233;r&#234;ts des planteurs et de la grande bourgeoisie financi&#232;re du Nord, qui d&#233;fendait l'esclavage. Lorsque, apr&#232;s l'adoption du Kansas-Nebraska bill en 1854, l'esclavage mena&#231;a de submerger toute l'Union, il y eut une scission au sein du Parti d&#233;mocrate, qui permit la victoire de Lincoln en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] A titre d'ambassadeur des USA &#224; Londres, Buchanan publia le manifeste d'Ostende conjointement aux repr&#233;sentants diplomatiques de la France et de l'Espagne. Ce manifeste conseillait au gouvernement des USA d'acqu&#233;rir d'une mani&#232;re ou d'une autre l'&#238;le de Cuba qui appartenait &#224; l'Espagne. En 1856, Buchanan devint pr&#233;sident des USA, sous l'&#233;tiquette du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Malgr&#233; l'interdiction l&#233;gale du trafic d'esclaves africains, les planteurs sudistes n'en continuaient pas moins &#224; importer ces &#171; biens meubles &#187; apr&#232;s 1808. En d&#233;pit de l'absence de statistiques pr&#233;cises, des sources de l'&#233;poque montrent que la traite des Noirs &#233;tait plus importante que jamais. En 1840, on n'envoya pas moins de cent cinquante mille esclaves vers le Nouveau-Monde, contre quarante-cinq mille vers la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. &#201;videmment, la plupart &#233;taient destin&#233;es aux &#201;tats-Unis. Au cours des ann&#233;es cinquante, on arma ouvertement des vaisseaux n&#233;griers &#224; New York et dans, le Maine ; selon le t&#233;moignage de Du Bois, quatre-vingt-cinq navires se livraient &#224; ce &#171; trafic illicite &#187;. Pendant ce temps, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis se livraient &#224; des tentatives hypocrites pour faire cesser le trafic d'esclaves en postant quelques navires au large de la c&#244;te d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Quand la loi Kansas-Nebraska fut vot&#233;e, un groupement anti-esclavagiste du Nord, dirig&#233; par Thayer, du Massachusetts, fonda une Soci&#233;t&#233; d'Aide aux &#233;migr&#233;s. Celle-ci se proposait d'envoyer au Kansas des sympathisants de la th&#233;orie de la terre libre, pour veiller &#224; ce que ce territoire entr&#226;t dans l'Union, en tant qu'&#201;tat libre. Pendant ce temps, les esclavagistes organis&#232;rent des bandes d'hommes de main recrut&#233;s dans la p&#232;gre du Missouri occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces bandes envahirent le Kansas en octobre 1854, mais elles furent repouss&#233;es. Cependant, elles revinrent et impos&#232;rent par la terreur l'&#171; &#233;lection &#187; d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pro-esclavagiste au Congr&#232;s. Dans les m&#234;mes conditions, on &#233;lit, en mars 1855, des magistrats favorables aux esclavagistes, mais les partisans de la terre libre refus&#232;rent de les reconna&#238;tre. Ils cr&#233;&#232;rent donc leur propre assembl&#233;e, r&#233;dig&#232;rent une constitution et demand&#232;rent &#224; &#234;tre admis dans l'Union. Entre-temps, Shannon, valet des int&#233;r&#234;ts esclavagistes, fut nomm&#233; gouverneur du territoire. La guerre civile &#233;clata en 1856 : les partisans de la terre libre (free soilers), conduits par le militant abolitionniste John Brown, organis&#232;rent des sections militaires et se mirent &#224; d&#233;sagr&#233;ger les forces esclavagistes. Le gouverneur Shannon fut remplac&#233; par un partisan plus fougueux de l'esclavagisme, un certain Woodson, qui en appela &#224; tous les &#171; bons citoyens &#187; pour &#233;craser l' &#171; insurrection &#187;. De toute &#233;vidence, cet appel s'adressait &#224; la p&#232;gre qui, saisissant l'allusion, envahit de nouveau le Kansas et, cette fois, pilla le pays jusqu'&#224; Ossawattomie. Les partisans de la terre, libre se dirig&#232;rent alors sur Lecompton et ne furent emp&#234;ch&#233;s de prendre la ville que par l'arriv&#233;e des troupes f&#233;d&#233;rales. Entre-temps, fut nomm&#233; un nouveau gouverneur : Geary, de Pennsylvanie ; gr&#226;ce &#224; une man&#339;uvre rapide, il put repousser les bandits hors du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En 1856, Fr&#233;mont, le candidat r&#233;publicain, recueillit 1341264 voix, et Buchanan, le candidat d&#233;mocrate, 1 838 169 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En 1850, l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, l'Ohio, le Michigan et le territoire du Minnesota groupaient une population de 4 721 551 &#226;mes. Dix ans plus tard, il y avait 7 773 820 habitants dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Dans la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx s'en prend &#224; Proudhon qui, dans toute cat&#233;gorie &#233;conomique, s'efforce de s&#233;parer le bon c&#244;t&#233; du mauvais, afin de ne retenir que le bon. Or, dit Marx, &#171; ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la coexistence de deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle : rien qu'&#224; poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique &#187;. C'est ainsi que, d&#232;s 1847, Marx montre que la lutte f&#233;conde entre l'esclavage et le travail libre donne naissance &#224; une cat&#233;gorie nouvelle : le travail salari&#233; (libre et forc&#233;), qui permet l'industrialisation &#224; une &#233;chelle immense et la lutte pour le socialisme, Cf. Mis&#232;re de la Philosophie, chap. II, &#167;2, 4&#176; observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le texte publi&#233; par la New York Daily Tribune, nous lisons cette phrase qui contredit directement l'opposition qu'&#233;tablit Marx entre l'attitude du Times et du Reynold's en ce qui concerne Buchanan ; &#171; Pour sa part, Reynold's, durant le s&#233;jour de Buchanan &#224; Londres, &#233;tait l'un de ses favoris, et depuis lors n'a pas manqu&#233; une. seule occasion pour le mettre sur la sellette et d&#233;noncer ses adversaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la New York Tribune ne se g&#234;nait pas pour modifier des passages entiers ou les supprimer, etc., si bien que Marx dut interrompre sa collaboration &#224; ce journal progressiste en mars 1862. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En ce qui concerne la condamnation du trafic d'esclaves par le Parti r&#233;publicain, cf. le programme r&#233;publicain de 1860, neuvi&#232;me r&#233;solution, in : E. Stanwood, A History of President Elections, Boston 1888, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Old Bailey, nom donn&#233; &#224; la citadelle de la prison de Newgate &#224; Londres, o&#249; si&#233;geait le tribunal criminel central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le 16 octobre 1859, John Brown, &#224; la t&#234;te d'une troupe de vingt-deux hommes, dont cinq Noirs, tenta de s'emparer de l'arsenal f&#233;d&#233;ral et de l'armurerie de Harper's Ferry en Virginie, afin de provoquer un soul&#232;vement des esclaves dont les &#201;tats esclavagistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le colonel E. Lee, futur chef militaire des forces sudistes, fit prisonnier John Brown ainsi qu'un certain nombre de ses hommes. Au milieu de l'agitation populaire, ils furent jug&#233;s pour trahison et d&#233;clar&#233;s coupables. En d&#233;cembre 1859, Brown fut pendu. Le Nord protesta avec v&#233;h&#233;mence contre son ex&#233;cution. Brown encouragea les Noirs dans leur lutte contre l'esclavage et favorisa le rassemblement des forces abolitionnistes du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Cf. J. C. Calhoun, Works, ed. R. K. Crall&#233; (New York 1854), vol. IV, pp. 340, 341, 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] En juillet 1832, Jackson signa &#171; un tarif syst&#233;matiquement protectionniste &#187;, qui provoqua un large m&#233;contentement en Caroline du Sud. John C. Calhoun cristallisa dans son &#201;tat le sentiment qu'il fallait annuler le tarif protectionniste et faire s&#233;cession. Une session sp&#233;ciale des magistrats de la Caroline du Sud se r&#233;unit et ordonna la convocation d'une assembl&#233;e. Celle-ci adopta le 24 novembre 1832 une ordonnance annulant le tarif, appelant les citoyens de l'&#201;tat &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir f&#233;d&#233;ral et mena&#231;ant de faire s&#233;cession. Cette ordonnance devait prendre effet &#224; dater de f&#233;vrier 1833. Entre-temps, le pr&#233;sident Jackson agit en toute h&#226;te. Apr&#232;s avoir annonc&#233; son intention de faire appliquer par la force toutes les lois f&#233;d&#233;rales en Caroline du Sud, il envoya des troupes et des navires &#224; Charleston. Comme aucun des autres &#201;tats sudistes ne r&#233;agit, la Caroline du Sud plia bient&#244;t. Pour la d&#233;claration de Jackson sur le tarif consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;texte pour faire s&#233;cession, cf. sa lettre au r&#233;v&#233;rend Andrew J. Crawford, dat&#233;e du 1er mai 1833, in : A. Jackson, Correspondance, ed. J. S. Bassett and J. F. Jameson, Washington 1931, vol. V, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le tarif Morrill est un droit douanier de caract&#232;re protectionniste, pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s par le r&#233;publicain Morrill et adopt&#233; en mai 1860. Les taxes douani&#232;res augment&#232;rent sensiblement &#224; la suite de ce tarif. D&#232;s le 4 f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des six &#201;tats se concert&#232;rent &#224; Montgomery pour former la Conf&#233;d&#233;ration sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
LA GUERRE CIVILE NORD-AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 25.10.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des mois, les quotidiens et hebdomadaires qui donnent le ton au reste de la presse londonienne, ressassent la m&#234;me litanie sur la guerre civile am&#233;ricaine. Tout en insultant les libres &#201;tats du Nord, ils se d&#233;fendent anxieusement du soup&#231;on de sympathiser avec les &#201;tats esclavagistes du Sud. En fait, ils &#233;crivent toujours deux types d'articles : l'un pour attaquer le Nord, l'autre pour excuser leurs attaques contre le Nord. Qui s'excuse s'accuse. (Fr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont par essence l&#233;nifiants : la guerre entre le Nord et le Sud est un simple conflit tarifaire. Elle n'a donc rien &#224; voir avec les principes, ni avec la question de l'esclavage ; en fait, il s'agit de la soif de pouvoir qu'&#233;prouve le Nord. En outre, m&#234;me si le bon droit &#233;tait du c&#244;t&#233; des nordistes, c'est en vain que l'on tenterait de mettre sous le joug par la violence huit millions d'Anglo-Saxons. Enfin, la s&#233;paration d'avec le Sud n'affranchirait-elle pas le Nord de tout rapport avec l'esclavage des Noirs et ne lui assurerait-elle pas - &#233;tant donn&#233; ses vingt millions d'habitants et son immense territoire - un d&#233;veloppement sup&#233;rieur, dont il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'ampleur ? En cons&#233;quence, le Nord devrait saluer la s&#233;cession comme un &#233;v&#233;nement heureux, au lieu d'essayer de la mater au moyen d'une guerre civile sanglante et inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer point par point le plaidoyer de la presse anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre le Nord et le Sud - telle est la premi&#232;re excuse - n'est qu'une simple guerre tarifaire, une guerre entre syst&#232;mes protectionniste et libre-&#233;changiste, l'Angleterre se tenant &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la libert&#233; commerciale. Le propri&#233;taire d'esclaves peut-il jouir pleinement des fruits du travail de ses esclaves, ou doit-il en &#234;tre partiellement frustr&#233; par les protectionnistes du Nord ? Telle est la question qui se pose dans cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait r&#233;serv&#233; au Times de faire cette brillante d&#233;couverte, l'Economist, l'Examiner, la Saturday Review et tutti quanti s'attachant &#224; exposer ce th&#232;me en d&#233;tail. Il vaut d'&#234;tre not&#233; que cette d&#233;couverte n'a pas &#233;t&#233; faite &#224; Charleston, mais &#224; Londres. Naturellement, chacun sait en Am&#233;rique que le syst&#232;me du libre-&#233;change pr&#233;valait de 1846 &#224; 1861, et qu'il fallut attendre 1861 pour que le repr&#233;sentant Morrill fasse voter son syst&#232;me de protection tarifaire par le Congr&#232;s, apr&#232;s que la r&#233;bellion eut &#233;clat&#233;. Il n'y a donc pas eu de s&#233;cession parce que le Congr&#232;s avait vot&#233; le syst&#232;me tarifaire de Morrill, mais, dans le meilleur des cas, ce syst&#232;me fut adopt&#233; au Congr&#232;s parce que la s&#233;cession avait &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Caroline du Sud eut en 1831 sa premi&#232;re crise de s&#233;cession, les lois protectionnistes de 1828 lui servirent certes de pr&#233;texte, mais seulement de pr&#233;texte, comme on l'a su par la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Jackson [1]. En fait, on n'a pas repris cette fois-ci ce vieux pr&#233;texte. Au Congr&#232;s de la s&#233;cession de Montgomery, on a &#233;vit&#233; toute allusion &#224; la question tarifaire, parce que la culture sucri&#232;re de la Louisiane - l'un des &#201;tats les plus influents du Sud - d&#233;pend enti&#232;rement de la protection tarifaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la presse londonienne soutient dans son plaidoyer que la guerre des &#201;tats-Unis vise uniquement au maintien de l'Union par la force. Les nordistes ne peuvent se r&#233;soudre &#224; effacer quinze &#233;toiles de leur drapeau. Les Yankees veulent se tailler une place &#233;norme sur la sc&#232;ne mondiale. Certes, il en serait tout autrement si cette guerre &#233;tait men&#233;e pour l'abolition de l'esclavage ! Mais, comme la Saturday Review le d&#233;clare cat&#233;goriquement, cette guerre n'a rien &#224; voir avec la question de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il faut rappeler que la guerre n'a pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le Nord, mais par le Sud. Le Nord se trouve sur la d&#233;fensive. Pendant des mois, il a regard&#233; sans broncher les s&#233;cessionnistes s'emparer des forts, des arsenaux militaires, des installations portuaires, des b&#226;timents de douane, des bureaux de paierie, des navires et d&#233;p&#244;ts d'armes de l'Union, insulter son drapeau et faire prisonniers des corps de troupe entiers. Finalement, les s&#233;cessionnistes d&#233;cid&#232;rent de contraindre le gouvernement de l'Union &#224; sortir de sa passivit&#233; par un acte de guerre retentissant, et c'est pour cette seule raison qu'ils bombard&#232;rent Fort Sumter pr&#232;s de Charleston. Le 11 avril (1861), leur g&#233;n&#233;ral Beauregard avait appris, lors d'une rencontre avec le commandant de Fort Sumter, le major Anderson, que la place disposait seulement de trois jours de vivres et devait donc rendre les armes, pass&#233; ce d&#233;lai. Afin de h&#226;ter la reddition, les s&#233;cessionnistes ouvrirent aux premi&#232;res heures du lendemain (12 avril) le bombardement, qui devait aboutir &#224; la chute de la place en quelques heures. A peine cette nouvelle parvint-elle par t&#233;l&#233;graphe &#224; Montgomery, le si&#232;ge du Congr&#232;s de la s&#233;cession, que le ministre de la Guerre Walker d&#233;clara publiquement au nom de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration : &#171; Nul ne peut dire o&#249; finira la guerre commenc&#233;e aujourd'hui. &#187; [2] En m&#234;me temps, il proph&#233;tisa &#171; qu'avant le 1&#176; mai le drapeau de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud flotterait sur le d&#244;me du vieux Capitole de Washington et sous peu sans doute aussi sur le Faneuil Hall de Boston &#187;, [3] C'est seulement apr&#232;s qu'il y eut la proclamation, dans laquelle Lincoln rappela soixante quinze mille hommes pour la protection de l'Union. Le bombardement de Fort Sumter coupa la seule voie constitutionnelle possible, &#224; savoir la convocation d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple am&#233;ricain, comme Lincoln l'avait propos&#233; dans son adresse inaugurale [4]. Il ne restait plus &#224; Lincoln d'autre choix que de s'enfuir de. Washington, d'&#233;vacuer le Maryland et le Delaware, d'abandonner le Missouri et la Virginie, ou de r&#233;pondre &#224; la guerre par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question de savoir quel est le principe de la guerre civile am&#233;ricaine, le Sud lui-m&#234;me r&#233;pond par le cri de guerre lanc&#233; au moment de la rupture de la paix. Stephens, le vice-pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, d&#233;clara au Congr&#232;s de la s&#233;cession que ce qui distinguait essentiellement la Constitution nouvellement tram&#233;e &#224; Montgomery de celle de Washington et Jefferson, c'&#233;tait que, d&#233;sormais et pour la premi&#232;re fois, l'esclavage &#233;tait reconnu comme une institution bonne en soi et comme le fondement de tout l'&#233;difice de l'&#201;tat, alors que les p&#232;res de la r&#233;volution, emp&#234;tr&#233;s qu'ils &#233;taient dans les pr&#233;jug&#233;s du XVIII&#176; si&#232;cle, avaient trait&#233; l'esclavage comme un mal import&#233; d'Angleterre et devant &#234;tre &#233;limin&#233; progressivement. Un autre matamore du Sud, M. Speeds, s'&#233;cria, &#171; Il s'agit pour nous de fonder une grande r&#233;publique esclavagiste (a great slave republic). &#187; Comme on le voit, le Nord a tir&#233; l'&#233;p&#233;e simplement pour d&#233;fendre l'Union, et le Sud n'a-t-il pas d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que le maintien de l'esclavage n'&#233;tait plus compatible pour longtemps avec l'existence de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le bombardement de Fort Sumter donna le signal de l'ouverture des hostilit&#233;s, la victoire &#233;lectorale du Parti r&#233;publicain du Nord - l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence - donna le signal de la s&#233;cession. Lincoln fut &#233;lu le 6 novembre 1860. Le 8 novembre 1860, c'&#233;tait le t&#233;l&#233;gramme de la Caroline du Sud : &#171; La s&#233;cession est consid&#233;r&#233;e ici comme un fait accompli. &#187; Le 10 novembre, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de G&#233;orgie mit en chantier ses plans de s&#233;cession, et le 15 novembre une session sp&#233;ciale d&#233; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Mississippi &#233;tait convoqu&#233;e pour d&#233;battre de la s&#233;cession. A vrai dire, la victoire de Lincoln elle-m&#234;me n'&#233;tait que le r&#233;sultat d'une scission dans le camp d&#233;mocrate. Durant la bataille &#233;lectorale, les d&#233;mocrates du Nord avaient concentr&#233; leurs voix sur Douglas, et ceux du Sud sur Breckinridge, et cet &#233;parpillement des voix d&#233;mocrates permit la victoire du Parti r&#233;publicain. D'o&#249; provient, d'une part, la sup&#233;riorit&#233; du Parti r&#233;publicain dans le Nord , et, d'autre part, la division au sein du Parti d&#233;mocrate, dont les membres, au Nord et au Sud, op&#233;raient de concert depuis plus d'un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Buchanan repr&#233;senta le point culminant de la domination sur l'Union que le Sud avait fini par usurper gr&#226;ce &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Le dernier Congr&#232;s continental de 1787 et le premier Congr&#232;s constitutionnel de 1789-1790 avaient l&#233;galement banni l'esclavage de tous les territoires de la R&#233;publique au nord-ouest de l'Ohio. (Comme on le sait, les territoires sont les noms donn&#233;s aux colonies situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des &#201;tats-Unis, tant qu'elles n'ont pas atteint le niveau de population constitutionnellement prescrit pour la formation d'&#201;tats autonomes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis dit du Missouri (1820) [5], &#224; la suite duquel le Missouri est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis en tant qu'&#201;tat esclavagiste, exclut l'esclavage de tout le territoire au-del&#224; du 360&#176; 30' de latitude nord, et &#224; l'ouest du Missouri. Ce compromis fit avancer la zone de l'esclavage de plusieurs degr&#233;s de longitude, tandis que par ailleurs on assignait des limites g&#233;ographiques tr&#232;s pr&#233;cises &#224; sa propagation future. Cette barri&#232;re g&#233;ographique fut &#224; son tour renvers&#233;e en 1854 par ce que l'on appelle le Kansas-Nebraska bill [6], dont. le promoteur fut Stephen A. Douglas, alors leader de la d&#233;mocratie du Nord. Le bill adopt&#233; par les deux chambres du Congr&#232;s abolit le compromis du Missouri, pla&#231;a sur le m&#234;me pied esclavage et libert&#233;, ordonna au gouvernement de l'Union de les traiter avec la m&#234;me indiff&#233;rence, et laissa &#224; la souverainet&#233; populaire le soin de d&#233;cider s'il fallait ou non introduire l'esclavage dans un territoire. Ainsi, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, on abolissait toute limitation g&#233;ographique et l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavage dans les territoires. De par cette nouvelle l&#233;gislation, tout le territoire, jusque-l&#224; libre du Nouveau-Mexique et cinq fois plus grand que l'&#201;tat de New York, fut transform&#233; en pays d'esclavage, et la zone esclavagiste fut prolong&#233;e, de la fronti&#232;re de la R&#233;publique mexicaine, jusqu'au 381&#176; de latitude nord. En 1859, le Nouveau-Mexique fut dot&#233; d'un Code de l'esclavage qui rivalisait de barbarie avec les l&#233;gislations du Texas et de l'Alabama. Cependant, comme le recensement de 1860 l'indique, le Nouveau-Mexique compte &#224; peine une cinquantaine d'esclaves sur environ cent mille habitants. Il a donc suffit au Sud d'envoyer au-del&#224; de la fronti&#232;re une poign&#233;e d'aventuriers avec quelques esclaves pour rassembler, avec l'aide du gouvernement central de Washington, de ses fonctionnaires et fournisseurs du Nouveau-Mexique, un semblant de repr&#233;sentation populaire en vue d'octroyer &#224; ce territoire l'esclavage et d'imposer partout la domination des esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette m&#233;thode commode ne s'av&#233;ra pas efficace dans les autres territoires. C'est pourquoi, le Sud fit un pas de plus, et le Congr&#232;s en appela &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis. Cette cour, compos&#233;e de neuf juges, dont cinq appartenant au Sud, &#233;tait depuis longtemps l'instrument le plus docile des esclavagistes. Elle d&#233;cida, en 1857, dans le m&#233;morable cas Dred Scott [7], que chaque citoyen am&#233;ricain avait le droit d'emporter avec lui sur n'importe quel territoire toute propri&#233;t&#233; reconnue par la Constitution. Or, la Constitution reconnaissait la propri&#233;t&#233; d'esclaves ; on obligea ainsi le gouvernement de l'Union &#224; prot&#233;ger cette propri&#233;t&#233;. En cons&#233;quence, sur une base constitutionnelle, les esclaves pouvaient &#234;tre contraints par leurs ma&#238;tres &#224; travailler dans tous les territoires, et il &#233;tait loisible &#224; chaque, esclavagiste en particulier d'introduire l'esclavage - m&#234;me contre la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - dans tous les territoires libres jusque-l&#224;. On d&#233;nia ainsi aux assembl&#233;es l&#233;gislatives locales le droit d'interdire l'esclavage, et on imposa au Congr&#232;s et au gouvernement de l'Union le devoir de favoriser les promoteurs de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le compromis du Missouri de 1820 avait &#233;tendu la limite g&#233;ographique de l'esclavagisme dans les territoires, si le Kansas-Nebraska bill de 1854 avait effac&#233; toute fronti&#232;re g&#233;ographique et l'avait remplac&#233;e par une barri&#232;re politique - la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, par sa d&#233;cision de 1857, abattait toute entrave politique et transformait tous les territoires de la R&#233;publique, pr&#233;sents et futurs, de libres &#201;tats en serres chaudes de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, sous le gouvernement de Buchanan, on aggrava en 1850 la l&#233;gislation sur l'extradition des esclaves en fuite ; et on l'appliqua impitoyablement dans les &#201;tats du Nord [8]. Il apparut que le vocation constitutionnelle du Nord &#233;tait de rattraper les esclaves pour les ma&#238;tres du Sud. D'autre part, en vue de freiner autant que possible la colonisation des territoires par de libres colons, le parti esclavagiste mit en &#233;chec toute la l&#233;gislation sur la libert&#233; du sol, c'est-&#224;-dire les r&#232;glements assurant aux colons une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de terres d'&#201;tat libres de charges [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique int&#233;rieure aussi bien qu'ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis se mit au service des esclavagistes. De fait, Buchanan avait acc&#233;d&#233; &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au manifeste d'Ostende, o&#249; il proclamait que l'acquisition de Cuba, soit &#224; titre on&#233;reux soit par la force des armes, &#233;tait la grande t&#226;che de la politique nationale [10]. Sous son gouvernement, le Nord du Mexique fut d&#233;j&#224; distribu&#233; aux sp&#233;culateurs fonciers am&#233;ricains, qui attendaient avec impatience le signal pour envahir Chihuahua, Coahuila et Sonora [11]. Les continuelles exp&#233;ditions de pirates et de flibustiers contre les &#201;tats d'Am&#233;rique centrale [12] &#233;taient dirig&#233;es, s'il vous pla&#238;t, de la Maison-Blanche de Washington. En liaison intime avec cette politique ext&#233;rieure, qui se proposait ouvertement de conqu&#233;rir des territoires nouveaux afin d'y introduire l'esclavage et la domination des esclavagistes, se situait la r&#233;ouverture du commerce des esclaves secr&#232;tement appuy&#233;e par le gouvernement de l'Union [13]. Stephen A. Douglas lui-m&#234;me d&#233;clara le 20 ao&#251;t 1859 au S&#233;nat am&#233;ricain : &#171; L'an dernier, nous avons import&#233; plus de n&#232;gres d'Afrique que jamais auparavant au cours d'une ann&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; le commerce des esclaves &#233;tait encore l&#233;gal. Le nombre des esclaves import&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re se serait &#233;lev&#233; &#224; quinze mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagation par la force arm&#233;e de l'esclavage &#224; l'ext&#233;rieur, tel &#233;tait le but avou&#233; de la politique nationale. De fait, l'Union &#233;tait devenue l'esclave des trois cent mille esclavagistes, qui dominaient le. Sud. Ce r&#233;sultat d&#233;coulait d'une s&#233;rie de compromis que le Sud devait &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Toutes les tentatives renouvel&#233;es p&#233;riodiquement, depuis 1817, pour r&#233;sister aux empi&#233;tements croissants des esclavagistes &#233;chou&#232;rent devant cette alliance. Enfin, ce fut le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que fut vot&#233; le Kansas-Nebraska bill qui effa&#231;ait la ligne fronti&#232;re de l'esclavage et en soumettait l'application &#224; la volont&#233; des colons dans les territoires nouveaux, les &#233;missaires arm&#233;s des esclavagistes - voyous des r&#233;gions fronti&#232;res du Missouri et de l'Arkansas - se pr&#233;cipit&#232;rent sur le Kansas, le couteau de chasse dans une main et le revolver dans l'autre, afin d'en chasser les colons et les traitant avec une cruaut&#233; sans nom. Ces raids de brigandage trouvaient appui aupr&#232;s du gouvernement central de Washington. D'o&#249; l'immense r&#233;action. Dans tout le nord, et notamment dans le nord-ouest, il se forma une organisation auxiliaire pour apporter au Kansas un soutien en hommes, armes et argent [14]. De cette organisation auxiliaire, naquit le Parti r&#233;publicain, qui doit donc son existence &#224; la lutte pour d&#233;fendre le Kansas. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative pour transformer par la force le Kansas en un territoire &#224; esclaves, le Sud s'effor&#231;a d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat au moyen d'intrigues politiques. Le gouvernement de Buchanan, en particulier, mit tout en oeuvre pour rel&#233;guer le Kansas parmi les &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis, en lui imposant une constitution pro-esclavagiste. D'o&#249; une lutte nouvelle, conduite cette fois pour l'essentiel au Congr&#232;s de Washington. M&#234;me Stephen A. Douglas, le chef des d&#233;mocrates du Nord intervint alors (1857-1858) contre le gouvernement et ses alli&#233;s du Sud, parce que l'octroi d'une constitution esclavagiste contredisait le principe de la souverainet&#233; des colons garantie par le Nebraska bill de 1854. Douglas, s&#233;nateur de l'Illinois, un &#201;tat du nord-ouest, e&#251;t naturellement perdu toute son influence, s'il avait voulu conc&#233;der au Sud le droit de d&#233;poss&#233;der, par la force des armes ou par des actes du Congr&#232;s, les territoires colonis&#233;s par le Nord [15]. Apr&#232;s avoir cr&#233;&#233; le Parti r&#233;publicain, la lutte pour le Kansas provoquait maintenant la premi&#232;re scission au sein du Parti d&#233;mocrate lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain se donna une premi&#232;re plate-forme, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1856. Bien que son candidat - John Fr&#233;mont - ne f&#251;t pas victorieux, le nombre consid&#233;rable de voix qu'il remporta prouva en tout cas que le parti croissait rapidement notamment au nord-ouest [16]. Lors de leur seconde Convention nationale pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (17 mai 1860), les r&#233;publicains enrichirent leur programme de 1856 de quelques additions seulement. Il contenait essentiellement les points suivants : il ne faut plus c&#233;der le moindre pouce de terrain aux esclavagistes ; il faut que cesse la politique de banditisme vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur ; il faut stigmatiser la r&#233;ouverture du commerce des esclaves ; enfin, il faut &#233;dicter des lois sur la libert&#233; de la terre, afin de promouvoir la libre colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d&#233;cisif et vital de ce programme &#233;tait qu'on ne c&#233;derait plus un pouce de terrain nouveau &#224; l'esclavagisme ; au contraire on devait le tenir cantonn&#233; dans les limites des &#201;tats o&#249; il subsistait d&#233;j&#224; l&#233;galement [17]. Ainsi, l'esclavage devait-il formellement &#234;tre confin&#233;. Or, l'extension progressive du territoire et du domaine de l'esclavagisme au-del&#224; de leurs limites anciennes est une loi vitale pour les &#201;tats esclavagistes de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture des articles d'exportation du sud - coton, tabac, sucre, etc. - pratiqu&#233;e par les esclaves, est r&#233;mun&#233;ratrice, aussi longtemps seulement qu'elle s'effectue avec de larges apports d'esclaves, sur une vaste &#233;chelle et d'immenses espaces de terres naturellement fertiles, qui n'exigent qu'un travail simple. La culture intensive qui ne d&#233;pend pas tant de la fertilit&#233; du sol que des placements de capitaux, de l'intelligence et de l'&#233;nergie du travailleur, est contraire &#224; la nature de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une rapide transformation d'&#201;tats, tels que le Maryland et la Virginie, qui utilisaient autrefois des esclaves pour produire des articles d'exportation, en &#201;tats qui &#233;l&#232;vent des esclaves pour les exporter ensuite vers les &#201;tats situ&#233;s plus au sud. M&#234;me en Caroline du Sud, o&#249; les esclaves repr&#233;sentent les quatre-septi&#232;mes de la population, la production de coton est rest&#233;e enti&#232;rement stationnaire depuis des ann&#233;es du fait de l'&#233;puisement du sol. Et effectivement, de par la seule force des choses, la Caroline du Sud s'est d&#233;j&#224; partiellement transform&#233;e en un &#201;tat d'&#233;levage des esclaves, puisque chaque ann&#233;e elle vend d&#233;j&#224; pour quatre millions de dollars d'esclaves aux &#201;tats de l'extr&#234;me sud et du sud-ouest. Sit&#244;t que ce point est atteint, il devient indispensable d'acqu&#233;rir des territoires nouveaux pour qu'une partie des ma&#238;tres d'esclaves occupent de nouvelles bandes de terres fertiles, la partie abandonn&#233;e derri&#232;re eux se transformant en territoire d'&#233;levage d'esclaves destin&#233;s &#224; la vente sur le march&#233;. Il ne fait donc aucun doute que, sans l'acquisition de la Louisiane, du Missouri et de l'Arkansas par les &#201;tats-Unis, l'esclavage se serait &#233;teint depuis longtemps en Virginie et au Maryland. Au Congr&#232;s s&#233;cessionniste de Montgomery, l'un des porte-parole du Sud - le s&#233;nateur Toombs - a formul&#233; d'une mani&#232;re frappante la loi &#233;conomique qui commande l'extension continuelle du territoire de l'esclavage : &#171; Si d'ici quinze ans nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement des terres &#224; esclaves, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, les mandats des. diff&#233;rents &#201;tats &#224; la Chambre des repr&#233;sentants du Congr&#232;s d&#233;pendent du nombre d'habitants de leur population respective. Comme la population des &#201;tats libres cro&#238;t infiniment plus vite que celle des &#201;tats esclavagistes, le nombre des repr&#233;sentants du Nord doit bient&#244;t d&#233;passer de loin celui des repr&#233;sentants. du Sud. Le v&#233;ritable si&#232;ge de la puissance politique du Sud se d&#233;place toujours plus vers le S&#233;nat am&#233;ricain, o&#249; chaque &#201;tat - que sa population soit forte ou faible - dispose de deux postes de s&#233;nateurs. Pour maintenir son influence au S&#233;nat et, par ce truchement, son h&#233;g&#233;monie sur les &#201;tats-Unis, le Sud a donc besoin de cr&#233;er sans cesse de nouveaux &#201;tats esclavagistes. Or, de n'est possible qu'en gagnant des pays &#233;trangers - le Texas par exemple - ou en transformant les territoires appartenant aux &#201;tats-Unis, d'abord en territoires &#224; esclaves, puis en &#201;tats esclavagistes, comme c'est le cas du Missouri, de l'Arkansas, etc. John Calhoun - adul&#233; par les esclavagistes et consid&#233;r&#233; comme leur homme d'&#201;tat par excellence - d&#233;clarait d&#233;j&#224; le 19 f&#233;vrier 1847 au S&#233;nat, que seule cette Chambre mettait la balance du pouvoir aux mains du Sud, que, l'extension du territoire esclavagiste &#233;tait indispensable pour pr&#233;server cet &#233;quilibre entre le Sud et le Nord au S&#233;nat, et que les tentatives de cr&#233;ation par la force de nouveaux &#201;tats esclavagistes se justifiaient donc pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le nombre des actuels, esclavagistes dans le sud de l'Union atteint &#224; peine trois cent mille, soit une oligarchie tr&#232;s mince &#224; laquelle font face des millions de &#171; pauvres Blancs &#187; (poor Whites), dont la masse cro&#238;t sans cesse en raison de la concentration de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, et dont les conditions ne sont comparables qu'&#224; celles des pl&#233;b&#233;iens romains &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin extr&#234;me de Rome. C'est seulement par l'acquisition - ou la perspective d'acquisition - de territoires nouveaux, ou par des exp&#233;ditions de flibusterie qu'il est possible d'accorder les int&#233;r&#234;ts de ces &#171; pauvres Blancs &#187; &#224; ceux des esclavagistes, et de donner &#224; leur turbulent besoin d'activit&#233; une direction qui ne soit pas dangereuse, puisqu'elle fait miroiter &#224; leurs yeux l'espoir qu'ils peuvent devenir un jour eux-m&#234;mes des propri&#233;taires d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un strict confinement de l'esclavage dans son ancien domaine devrait donc - de par les lois &#233;conomiques de l'esclavagisme - conduire &#224; son extinction progressive, puis - du point de vue politique - ruiner l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par les &#201;tats esclavagistes du Sud gr&#226;ce au S&#233;nat, et enfin exposer, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leurs &#201;tats, l'oligarchie esclavagiste &#224; des dangers de plus en plus mena&#231;ants de la part des &#171; pauvres Blancs &#187;. Bref, les r&#233;publicains attaquaient &#224; la racine la domination des esclavagistes, en proclamant le principe qu'ils s'opposeraient par la loi &#224; toute extension future des territoires &#224; esclaves. La victoire &#233;lectorale des r&#233;publicains devait donc pousser &#224; la lutte ouverte entre le Nord et le Sud. Toutefois, cette victoire &#233;tait elle-m&#234;me conditionn&#233;e par la scission dans le camp d&#233;mocrate, ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le Kansas avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; une coupure entre le Parti esclavagiste et ses alli&#233;s d&#233;mocrates du Nord. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1860, le m&#234;me conflit &#233;clatait sous une forme encore plus g&#233;n&#233;rale. Les d&#233;mocrates du Nord, avec leur candidat Douglas, firent d&#233;pendre l'introduction de l'esclavage dans les territoires de la volont&#233; de la majorit&#233; des colons. Le parti esclavagiste - avec son candidat Breckinridge - soutint que la Constitution des &#201;tats-Unis - comme la Cour supr&#234;me l'avait d&#233;clar&#233; - entra&#238;nait l&#233;galement l'esclavage dans son sillage ; en soi et pour soi, l'esclavage &#233;tait d&#233;j&#224; l&#233;gal sur tout le territoire et n'exigeait aucune naturalisation particuli&#232;re. Ainsi donc, tandis que les r&#233;publicains interdisaient tout &#233;largissement des territoires esclavagistes, le parti sudiste pr&#233;tendait que tous les territoires de la r&#233;publique &#233;taient ses domaines r&#233;serv&#233;s. Et, de fait, il tenta, par exemple au Kansas, d'imposer de force &#224; un territoire l'esclavage, gr&#226;ce au gouvernement central, contre la volont&#233; des colons. Bref, il faisait maintenant de l'esclavage la loi de tous les territoires de l'Union. Cependant, faire cette concession n'&#233;tait pas au pouvoir des chefs d&#233;mocrates : elle aurait simplement fait d&#233;serter leur arm&#233;e dans le camp r&#233;publicain. Au reste, la &#171; souverainet&#233; des colons &#187; &#224; la Douglas ne pouvait satisfaire le parti des esclavagistes. Ce qu'ils voulaient r&#233;aliser devait se faire dans les quatre ann&#233;es suivantes sous le nouveau pr&#233;sident et par le gouvernement central : aucun d&#233;lai n'&#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;chappait pas aux esclavagistes qu'une nouvelle puissance &#233;tait n&#233;e, le Nord-ouest, dont la population avait presque doubl&#233; de 1850 &#224; 1860 et qui &#233;tait maintenant sensiblement &#233;gale &#224; la population blanche des &#201;tats esclavagistes [18]. Or, cette puissance n'&#233;tait pas encline, de par ses traditions, son temp&#233;rament et son mode de vie, &#224; se laisser tra&#238;ner de compromis en compromis, comme l'avaient fait les vieux &#201;tats du nord-est. L'Union n'avait d'int&#233;r&#234;t pour le Sud que si elle lui donnait le pouvoir f&#233;d&#233;ral pour r&#233;aliser sa politique esclavagiste. Si ce n'&#233;tait plus le cas, il valait mieux rompre maintenant plut&#244;t que d'assister pendant encore quatre ans au d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain et &#224; l'essor du Nord-Ouest, pour engager la lutte sous des auspices plus d&#233;favorables. Le parti esclavagiste joua donc son va-tout. Lorsque les d&#233;mocrates du Nord refus&#232;rent de jouer plus longtemps le r&#244;le de &#171; pauvres Blancs &#187; du Sud, le Sud donna la victoire &#224; Lincoln en &#233;parpillant ses voix ; il tira ensuite l'&#233;p&#233;e, en prenant cette victoire pour pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, tout le mouvement reposait - et repose encore - sur la question des esclaves. Certes, il ne s'agit pas directement d'&#233;manciper - ou non - les esclaves au sein des &#201;tats esclavagistes existants ; il s'agit bien plut&#244;t de savoir si vingt millions d'hommes libres du Nord vont se laisser dominer plus longtemps par une oligarchie de trois cent mille esclavagistes, si les immenses territoires de la R&#233;publique serviront de serres chaudes au d&#233;veloppement d'&#201;tats libres ou d'&#201;tats esclavagistes, si, enfin, la politique nationale de l'Union aura pour devise la propagation arm&#233;e de l'esclavage au Mexique et en Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre article, nous examinerons ce. que vaut l'assertion de la presse londonienne, selon laquelle le Nord devrait approuver la s&#233;cession comme la solution la plus favorable et au demeurant, la seule possible du conflit en cours [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'indiquent les deux notes pr&#233;c&#233;dentes, la d&#233;claration de Jackson relative au tarif servit de simple pr&#233;texte pour faire s&#233;cession. D&#232;s 1828, la Caroline du Sud fit une premi&#232;re offensive pour son annulation : ses assembl&#233;es nomm&#232;rent un comit&#233; de sept membres pour contester la constitutionnalit&#233; du tarif protectionniste de 1828. Ce comit&#233; mit au point, un rapport, r&#233;dig&#233; en fait par John C. Calhoun, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis. Ce document, connu par la suite sous le nom de D&#233;claration de la Caroline du Sud, proclamait que la loi sur les tarifs de 1828 &#233;tait inconstitutionnelle et demandait au Congr&#232;s de l'annuler. Les Chambres donn&#232;rent leur accord &#224; ce projet qui fut ensuite envoy&#233; au S&#233;nat o&#249; il fut accept&#233; (f&#233;vrier 1829). Si la Caroline du Sud n'agita pas dans sa D&#233;claration de 1828 une action plus &#233;nergique (c'est-&#224;-dire proclamation publique du droit &#224; la s&#233;cession), c'est parce qu'elle croyait qu'on adopterait un tarif moins &#233;lev&#233; d&#232;s que le pr&#233;sident &#233;lu Jackson serait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Times du 27 avril 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Faneuil Hall, connu sous le nom de &#171; Berceau de la libert&#233; &#187; &#233;tait le lieu de rendez-vous des r&#233;volutionnaires de Boston au cours de la guerre d'Ind&#233;pendance. Un riche marchand, Peter Faneuil, en avait fait don &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son discours inaugural, Lincoln d&#233;clara nettement qu'il &#233;tait d'avis que les populations pouvaient amender la Constitution si elles le d&#233;siraient : &#171; Sans recommander que l'on fasse des amendements, dit-il, je reconnais sans arri&#232;re-pens&#233;e que le peuple exerce pleinement le contr&#244;le sur toute cette question... Je me risquerais m&#234;me &#224; ajouter qu'&#224; mes yeux le syst&#232;me conventionnel est pr&#233;f&#233;rable, en cela m&#234;me qu'il permet au peuple de faire des amendements. &#187; Cf. A. Lincoln, Inaugural Address, March 4, 1861, reproduit dans : H. Greeley, The American Conflict, Hartford 1864, vol I. p. 425.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suffrages exprim&#233;s lors de l'&#233;lection de 1860 se r&#233;partissent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix au colll&#232;ge &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lincoln&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 866 452&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 376 957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breckinridge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;849 781&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;588 879&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, si l'on ajoute les voix de Douglas &#224; celles de Breckinridge on obtient 360 286 de plus que celles de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La loi sur les esclaves en fuite, adopt&#233;e par le Congr&#232;s de 1850, compl&#233;tait la loi de 1793 sur l'extradition des esclaves en fuite. La loi de 1850 pr&#233;voyait en effet que tous les &#201;tats disposeraient de fonctionnaires charg&#233;s de livrer les esclaves fugitifs. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral devait employer tous les moyens dont il disposait pour reprendre possession des esclaves fugitifs, et il d&#233;niait aux esclaves le, droit d'&#234;tre jug&#233;s par un jury ou de t&#233;moigner pour leur d&#233;fense. Pour chaque Noir captur&#233; et renvoy&#233; &#224; l'esclavage, la r&#233;compense se montait &#224; dix dollars. La loi pr&#233;voyait une peine de mille dollars et six mois de prison pour quiconque s'opposait &#224; l'application de la loi. Les masses populaires furent exasp&#233;r&#233;es par cette loi, et le mouvement abolitionniste s'en trouva renforc&#233;. La loi devint pratiquement inapplicable au d&#233;but de la guerre civile, et fut abolie d&#233;finitivement en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'attribution gratuite de parcelles de terre libres dans l'Ouest consid&#233;r&#233; comme domaine d'&#201;tat &#233;tait la revendication essentielle des free soilers, membres d'un parti abolitionniste fond&#233; en 1848 et demandant la libert&#233; des terres. Ces free soilers, qui &#233;taient tout naturellement en comp&#233;tition avec les esclavagistes dans la colonisation des territoires nouveaux devaient exiger l'interdiction de l'esclavage dans les r&#233;gions &#224; coloniser et l'annulation des ventes de terres aux gros propri&#233;taires et sp&#233;culateurs. Le Congr&#232;s et le gouvernement de Washington oppos&#232;rent une vive r&#233;sistance &#224; ces revendications. En 1854, une loi sur la libert&#233; du sol vint en discussion au S&#233;nat ; les d&#233;mocrates du Sud s'y oppos&#232;rent aussit&#244;t, parce qu'elle &#233;tait &#171; teint&#233;e &#187; d'abolitionnisme. Bien qu'ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par la Chambre des repr&#233;sentants, le S&#233;nat refusa de ratifier cette loi. Ce n'est qu'en 1860 qu'elle fut vot&#233;e avec cette restriction cependant : la terre n'&#233;tait pas attribu&#233;e gratuitement, mais contre paiement de vingt-cinq dollars par acre. Pourtant, le pr&#233;sident Buchanan lui opposa son veto. Ce n'est qu'en 1862, apr&#232;s la victoire r&#233;publicaine et la d&#233;faite des &#201;tats esclavagistes, que la loi fut d&#233;finitivement adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour s'assurer de nouveaux territoires &#224; esclaves, le Sud chercha &#224; s'agrandir non seulement en direction de l'ouest, mais encore du sud. Apr&#232;s avoir spoli&#233; le Mexique de certaines r&#233;gions, les esclavagistes se tourn&#232;rent vers l'Espagne, en vue d'acheter Cuba ou de s'en emparer par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] De 1857 &#224; 1859, des capitalistes am&#233;ricains, sous la direction de Charles P. Stone, manifest&#232;rent un grand int&#233;r&#234;t pour les mines et les terres tr&#232;s fertiles de Sonora. Ils commenc&#232;rent par y installer des soci&#233;t&#233;s d'aide aux &#233;migrants : c'&#233;tait le premier pas vers l'annexion. La politique mexicaine du pr&#233;sident Buchanan servait parfaitement ces int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Aussit&#244;t apr&#232;s son entr&#233;e en fonction. Buchanan autorisa le paiement au Mexique d'une somme de douze &#224; quinze millions pour la Basse-Californie et une large portion de Sonora et de Chihuahua. En 1858, il recommanda au Congr&#232;s que le Gouvernement am&#233;ricain assum&#226;t un protectorat temporaire sur Sonora et Chihuahua et y &#233;tablisse des postes militaires. Dans son article sur l'Intervention au Mexique, Marx &#233;voque le fait que Palmerston expropria les cr&#233;anciers anglais de l'&#201;tat mexicain et fit c&#233;der le Texas aux esclavagistes nord-am&#233;ricains. Il &#233;claire ainsi les v&#233;ritables mobiles de l'exp&#233;dition au Mexique de 1860 et le contenu r&#233;el de la collusion imp&#233;rialiste entre les sudistes et l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Au cours des ann&#233;es 1850, les puissances esclavagistes ne convoitaient pas seulement Cuba, et le Nord du Mexique, mais encore l'Am&#233;rique centrale. Des exp&#233;ditions de flibustiers furent organis&#233;es notamment contre le Nicaragua pour en faire la base d'un immense empire esclavagiste. William Walker joua un r&#244;le essentiel dans cette entreprise. En 1855, il s'empara de Grenade ; les esclavagistes du Sud appuy&#232;rent sa proclamation instaurant et l&#233;galisant l'esclavage dans ces pays. Mais, l'aide des esclavagistes ne fut pas assez forte pour le maintenir contre la coalition des &#201;tats d'Am&#233;rique centrale. En 1857, Walker fut renvers&#233;, et ses tentatives ult&#233;rieures de reconqu&#234;te &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La Constitution am&#233;ricaine de 1787 l&#233;galisa l'esclavage des Noirs dans les &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224; et y permit l'achat de Noirs dans d'autres &#201;tats. C'est en mars 1807 seulement que le Congr&#232;s interdit d'importer des esclaves d'Afrique ou d'autres &#201;tats, par une loi qui entra en vigueur le 1er janvier 1808 et pr&#233;voyait certaines mesures contre la traite des Noirs, et notamment la confiscation des navires et chargements transportant les Noirs. En fait, cette loi fut continuellement tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note 10, le commerce des esclaves, quoique interdit d'une certaine mani&#232;re refleurit au cours des ann&#233;es 1850. Malgr&#233; les efforts de la Convention commerciale du Sud de 1859, la traite ne fut pas l&#233;galis&#233;e ; toutes les lois en ce sens &#233;chou&#232;rent m&#234;me en G&#233;orgie, Alabama, Louisiane et au Texas. L'&#233;chec en &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; une contradiction au sein m&#234;me de la classe esclavagiste : les &#201;tats fronti&#232;res et orientaux qui pratiquaient l'&#233;levage des Noirs pour les vendre aux &#201;tats esclavagistes en expansion redoutaient la concurrence africaine et une d&#233;pression du prix des esclaves par suite d'une &#171; offre &#187; trop abondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Des organisations d'aide aux colons du Kansas furent cr&#233;&#233;es en 1854-1855 dans une s&#233;rie d'&#201;tat du Nord et du Nord-Ouest (Massachusetts, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, etc.). La premi&#232;re connut le jour en avril 1854 au Massachusetts. Ces organisations se proposaient de lutter contre l'expansion de l'esclavagisme et d'installer des petits, colons au Kansas. Elles s'occupaient du recrutement de colons, du soutien financier, du transport d'appareils agricoles au Kansas, du logement des colons et de leur approvisionnement. Enfin, elles envoy&#232;rent des armes au Kansas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement atteignit son apog&#233;e en &#233;t&#233; 1856 avec la guerre du Kansas. En juillet 1856, le Congr&#232;s de Buffalo d&#233;cida la cr&#233;ation d'un comit&#233; national d'aide au Kansas. Des divergences de vues emp&#234;ch&#232;rent d'organiser cette aide selon un plan unitaire. N&#233;anmoins, cette activit&#233; eut une grande influence sur l'opinion publique et contribua &#224; soutenir les forces qui cr&#233;eront le Parti r&#233;publicain. &#192; la fin de la guerre civile, cette organisation s'occupa de la colonisation de l'Or&#233;gon et de la Floride. Elle exista jusqu'en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ainsi, le 9 d&#233;cembre 1857, Douglas, sous la pression de ses &#233;lecteurs d&#233;clara au S&#233;nat : &#171; ... si cette constitution devait nous &#234;tre impos&#233;e de force, en violation aux principes fondamentaux de libre gouvernement, et d'une mani&#232;re qui serait un simulacre et une insulte, je r&#233;sisterais jusqu'au bout... Je tiens au-grand principe de la souverainet&#233; populaire... et je m'efforcerai de le d&#233;fendre contre les assauts de quiconque, &#187; CI. S. A. Douglas, Speech on the President's Message delivered in the Senate of the United States, December 9, 1857, Washington 1857, P. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sur les 1 341 264 voix obtenues par Fr&#233;mont en 1856, 559 864 provenaient des &#201;tats du Nord-Ouest (Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin et Iowa), soit 41,7 % du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#192; cet &#233;gard, la plate-forme r&#233;publicaine de 1860 affirmait : &#171; La condition normale sur tout le territoire des &#201;tats-Unis est celle de la libert&#233; ; nos anc&#234;tres r&#233;publicains, lorsqu'ils ont aboli l'esclavage sur tout notre territoire national, ont ordonn&#233; que personne ne puisse sans proc&#232;s l&#233;gal et jug&#233;, &#234;tre d&#233;pouill&#233; de sa vie, de sa libert&#233; ou de sa propri&#233;t&#233;. Il est donc de notre devoir... de maintenir ces stipulations de la Constitution contre toute les tentatives de violation. Nous d&#233;nions au Congr&#232;s, aux assembl&#233;es locales ou &#224; quiconque le droit de donner une existence l&#233;gale &#224; l'esclavage en quelque territoire que ce soit des &#201;tats-Unis. &#187; Cf. E. Stanwood, History of Presidential Elections, Boston 1888, pp. 220-230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] En 1860, les sept &#201;tats du Nord-Ouest (Indiana, Illinois, Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio et Wisconsin) avaient une population de 7 773 820 habitants, tandis que la population blanche des quinze &#201;tats esclavagistes du Sud s'&#233;levait &#224; 8 036 940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] On trouvera cet article dans la partie militaire, sous le titre : &#171; La guerre civile aux &#201;tats-Unis &#187;, in Die Presse, 7 novembre 1861, pp. 76-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 14 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 21 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuelle hausse de prix du coton brut commence &#224; avoir des effets s&#233;rieux sur l'industrie cotonni&#232;re, dont la consommation a diminu&#233; maintenant de vingt-cinq pour cent par rapport &#224; la normale. Ce r&#233;sultat signifie que le taux de production diminue quotidiennement, que les fabriques ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine et qu'une partie des machines a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, soit dans les entreprises qui pratiquent la journ&#233;e de travail raccourcie, soit dans celles qui jusqu'ici travaillaient &#224; plein temps, mais sont ferm&#233;es temporairement. Dans certaines localit&#233;s, par exemple &#224; Blackburn, la journ&#233;e de travail raccourcie s'accompagne d'une r&#233;duction de salaires. Quoi qu'il en soit, la tendance &#224; diminuer la journ&#233;e de travail n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et nous pouvons pr&#233;dire avec certitude que d'ici quelques semaines on passera, dans cette branche de production tout enti&#232;re, aux trois jours de travail par semaine, en m&#234;me temps qu'on arr&#234;tera une grande partie des machines dans la plupart des entreprises. En g&#233;n&#233;ral, les fabricants et n&#233;gociants anglais n'ont pris connaissance que fort lentement et avec r&#233;ticence de l'&#233;tat pr&#233;caire de leur approvisionnement en coton. Ils disaient : &#171; Toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; achemin&#233;e vers l'Europe depuis longtemps. Le travail pour la nouvelle r&#233;colte vient tout juste de commencer. Nous n'aurions pas pu obtenir une balle de coton de plus, m&#234;me si nous n'avions pas entendu parler de guerre et de blocus. La saison de. la navigation ne commence pas avant fin novembre, et il faut g&#233;n&#233;ralement attendre fin d&#233;cembre pour qu'aient lieu de larges exportations. Jusque-l&#224;, il est sans grande importance que le coton reste dans les plantations ou qu'il soit achemin&#233; vers les ports sit&#244;t qu'il est mis en balles. Si le blocus s'arr&#234;te &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, nous serons certainement approvisionn&#233;s normalement en coton en mars ou avril, comme si le blocus n'avait pas exist&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tr&#233;fonds de leur &#226;me de boutiquier, les fabricants nourrissaient l'espoir qu'avant la fin de l'ann&#233;e toute la crise am&#233;ricaine serait termin&#233;e et le blocus avec elle, ou bien que lord Palmerston forcerait le blocus par la violence. Cependant, on a plus ou moins abandonn&#233; cette derni&#232;re id&#233;e, lorsqu'on s'est aper&#231;u &#224; Manchester, entre autres circonstances,- que si le Gouvernement britannique prenait l'offensive sans y avoir &#233;t&#233; provoqu&#233;, il se heurterait &#224; la force unie de deux gigantesques groupes d'int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir les capitalistes de la finance qui ont investi un &#233;norme capital dans les entreprises industrielles d'Am&#233;rique du Nord, et les marchands de c&#233;r&#233;ales qui trouvent en Am&#233;rique du Nord leur principale source d'approvisionnement. L'espoir que le blocus serait lev&#233; &#224; temps pour satisfaire les exigences de Liverpool et de Manchester ou que la guerre am&#233;ricaine s'ach&#232;verait par un compromis avec les s&#233;cessionnistes a fait place &#224; un ph&#233;nom&#232;ne inconnu jusqu'ici sur le march&#233; cotonnier anglais, &#224; savoir les op&#233;rations cotonni&#232;res am&#233;ricaines &#224; Liverpool, qui se manifestent soit par des sp&#233;culations, soit par des r&#233;exp&#233;ditions en Am&#233;rique. En cons&#233;quence, le march&#233; cotonnier de Liverpool connaissait une agitation f&#233;brile au cours des deux derni&#232;res semaines, les placements sp&#233;culatifs de capitaux des n&#233;gociants de Liverpool &#233;tant soutenus par les placements sp&#233;culatifs de capitaux des fabricants de Manchester et d'ailleurs, qui cherchaient &#224; s'approvisionner en r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res pour l'hiver. On constate quelle est, en gros, l'ampleur de ces transactions dans le fait qu'une partie consid&#233;rable des hangars de stockage de Manchester sont d&#233;j&#224; bourr&#233;s de ces r&#233;serves et qu'au cours de la semaine du 15 au 22 septembre la vari&#233;t&#233; du coton de qualit&#233; moyenne est mont&#233;e de trois huiti&#232;mes de dollar par livre et la vari&#233;t&#233; la meilleure de cinq huiti&#232;mes de dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter, cependant que le d&#233;s&#233;quilibre fatal entre le prix des mati&#232;res premi&#232;res et celui du fil et du tissu ne devint manifeste qu'au cours des derni&#232;res semaines d'ao&#251;t. Jusque-l&#224;, chaque hausse s&#233;rieuse du prix du coton manufactur&#233; qui devait r&#233;sulter de la diminution consid&#233;rable de l'offre am&#233;ricaine, &#233;tait compens&#233;e par une augmentation des r&#233;serves stock&#233;es en premi&#232;re main et par des consignations sp&#233;culatives vers la Chine et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ces march&#233;s asiatiques furent bient&#244;t engorg&#233;s. Ainsi, le Calcutta Price Current du 7 ao&#251;t 1861 &#233;crit : &#171; Les r&#233;serves en stock s'accumulent ; depuis notre derni&#232;re parution, les arrivages n'atteignent pas moins de vingt-quatre millions de yards de coton lisse. Les rapports en provenance de la m&#233;tropole nous apprennent que les approvisionnements par bateaux vont se poursuivre bien au-del&#224; de nos besoins. Tant que cela durera, nous ne pourrons esp&#233;rer d'am&#233;lioration... Le. march&#233; de Bombay est, lui aussi, largement satur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres circonstances contribu&#232;rent aussi &#224; la contraction du march&#233; indien. La derni&#232;re famine dans les provinces du nord-ouest fut suivie des ravages du chol&#233;ra, tandis que dans tout le Bengale inf&#233;rieur les chutes de pluie ininterrompues endommag&#232;rent gravement la r&#233;colte de riz. Des lettres de Calcutta, arriv&#233;es cette semaine en Angleterre, nous apprennent que les ventes donn&#232;rent le prix net de neuf dollars et quart par livre de fil n&#176; 40, alors qu'on ne le trouve pas &#224; moins de onze dollars et trois huiti&#232;mes &#224; Manchester ; de m&#234;me, les ventes de toile de quarante pouces marqu&#232;rent par pi&#232;ce des pertes de sept dollars et demi, neuf dollars et douze dollars, par rapport aux prix pratiqu&#233;s &#224; Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sur le march&#233; chinois, on assiste &#224; une d&#233;pression des prix due &#224; l'accumulation des stocks de marchandises import&#233;es. Dans ces conditions et la demande de coton manufactur&#233;, britannique diminuant, les prix ne peuvent, certes, aller de pair avec l'augmentation croissante des prix du coton brut ; au contraire, dans de nombreux cas, le filage, le tissage et l'impression du coton cessent de payer les frais de production. Prenons par exemple le cas suivant que nous communique l'un des plus grands fabricants de Manchester, pour ce qui concerne le filage brut :&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1860 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 6 1/4 d. 4 d. 3 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 10 1/4 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 d. par livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1861 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 9 d. 2 d. 3 1/2 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 11 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Perte : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 1/2 d. par livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien augmente rapidement Si les prix continuent de monter, les approvisionnements indiens augmenteront. Cependant, il est impossible de changer, en quelques mois, toutes les conditions de production et de modifier le cours des &#233;changes commerciaux. L'Angleterre est ainsi en train de payer tr&#232;s cher sa longue et odieuse administration du vaste empire indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux obstacles auxquels se heurteront ses tentatives de remplacer le coton am&#233;ricain par l'indien, sont le manque de moyens de transport et de communication sur tout le territoire indien, et la situation mis&#233;rable du paysan indien, qui le rend inapte &#224; exploiter les conditions favorables. Les Anglais eux-m&#234;mes sont &#224; l'origine de ces deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie moderne de l'Angleterre repose en g&#233;n&#233;ral sur deux axes &#233;galement mis&#233;rables. L'un est la pomme de terre, qui &#233;tait le seul moyen d'alimentation de la population irlandaise et d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re anglaise. Cet axe se brisa, lors de la maladie de la pomme de terre et de la catastrophe qui en r&#233;sulta pour l'Irlande [1]. Il faut trouver maintenant une base plus large pour la reproduction et la conservation de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de l'industrie anglaise &#233;tait le coton cultiv&#233; par les esclaves des &#201;tats-Unis. L'actuelle crise am&#233;ricaine force l'industrie anglaise &#224; &#233;largir le champ de son approvisionnement et &#224; lib&#233;rer le coton des oligarchies productrices et consommatrices d'esclaves. Aussi longtemps que les fabricants de coton anglais d&#233;pendaient du coton cultiv&#233; par des esclaves, on pouvait affirmer en v&#233;rit&#233; qu'ils s'appuyaient sur un double esclavage : l'esclavage indirect de l'homme blanc en Angleterre, et l'esclavage direct de l'homme noir de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx fait allusion ici &#224; la disette de pommes de terre en 1845-1847. A la suite de cette catastrophe, les petits tenanciers irlandais, incapables de payer les m&#233;tayages, furent chass&#233;s en masse par leurs propri&#233;taires. La col&#232;re paysanne &#233;clata lors de la r&#233;volte de 1848. La r&#233;pression de ce soul&#232;vement entra&#238;na une &#233;migration massive vers les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le IV&#176; chapitre in&#233;dit du Capital, Marx montre que cette &#233;migration a eu un double effet : en Angleterre, la production augmenta beaucoup plus vite que la population ; l'Am&#233;rique b&#233;n&#233;ficia d'une force vitale qui lui permit de d&#233;passer bient&#244;t l'Angleterre. Dans le Capital, Marx affirme que le capitalisme est un mode de production social historiquement transitoire. &#192; l'exemple de son mod&#232;le anglais, il d&#233;montre donc que le capital na&#238;t, se d&#233;veloppe, d&#233;cline et meurt. Cette loi, Marx l'illustre, dans le VI&#176; chapitre, par l'&#233;migration irlandaise, qui suscite la cr&#233;ation d'un rival capitaliste en Am&#233;rique, et marque le d&#233;clin du capital anglais dans le monde : &#171; La population irlandaise a baiss&#233; de huit &#224; cinq millions et demi environ, au cours de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, se trouve confirm&#233; dans ses vues lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement leurs os en Am&#233;rique, mais encore leur chair : leur vengeance sera terrible outre-Atlantique. &#187; (Pages &#233;parses). Marx citait l'impr&#233;cation de Didon mourante de Virgile (En&#233;ide) : Exoriare nostris ex ossibus ultor (Qu'un vengeur naisse un jour de nos cendres). Marx notait &#233;galement que l'&#233;migration des capitaux vers les colonies et l'Am&#233;rique eu &#233;gard au fonds annuel d'accumulation d&#233;passait nettement le nombre des &#233;migr&#233;s eu &#233;gard &#224; l'augmentation annuelle de la population : l'imp&#233;rialisme anglais creusait sa propre tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 6 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il y a quinze ans, l'Angleterre est maintenant confront&#233;e &#224; une crise &#233;conomique, qui menace d'attaquer &#224; la racine tout son syst&#232;me &#233;conomique. Comme on sait, la pomme de terre repr&#233;sentait la nourriture exclusive de l'Irlande et d'une partie consid&#233;rable de la classe ouvri&#232;re anglaise, lorsque la maladie de la pomme de terre de 1845 et de 1846 frappa de consomption la racine de vie irlandaise. Les r&#233;sultats de cette grande catastrophe sont connus. La population irlandaise diminua de deux millions, dont une moiti&#233; p&#233;rit de faim et l'autre s'enfuit de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Atlantique. En m&#234;me temps, cet affreux malheur contribua &#224; la victoire du parti libre-&#233;changiste anglais ; l'aristocratie fonci&#232;re anglaise fut contrainte de c&#233;der l'un de ses monopoles les plus lucratifs, et l'abolition des lois c&#233;r&#233;ali&#232;res assura une base plus large et plus saine &#224; la reproduction et &#224; la vie de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coton est pour la branche d'industrie dominante de la Grande-Bretagne ce que la pomme de terre a &#233;t&#233; pour l'agriculture irlandaise. La subsistance d'une masse de population plus grande que celle de l'&#201;cosse tout enti&#232;re, ou &#233;gale aux deux tiers de l'actuelle population d'Irlande, d&#233;pend du travail de transformation du coton. En effet, d'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'&#201;cosse s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 061 117 habitants, celle de l'Irlande &#224; 5 764 543, tandis que plus de quatre millions de personnes vivent directement ou indirectement de l'industrie cotonni&#232;re en Angleterre et en &#201;cosse. Cette fois, ce n'est certes pas le plant de coton qui est malade. Sa production n'est pas le monopole de certaines r&#233;gions du monde. Au contraire, il n'existe pas une seule plante fournissant le tissu des v&#234;tements qui pousse en des lieux aussi vari&#233;s d'Am&#233;rique, d'Asie et d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole cotonnier des &#201;tats esclavagistes de l'Union am&#233;ricaine n'est pas un produit de la nature, mais de l'histoire. Il naquit et se d&#233;veloppa parall&#232;lement au monopole de l'industrie cotonni&#232;re anglaise sur le march&#233; mondial. En 1793 - vers l'&#233;poque o&#249; se firent les grandes d&#233;couvertes m&#233;caniques en Angleterre - un quaker du Connecticut, Ely Whitney, inventa le cotton gin, une machine &#224; s&#233;parer le duvet de la graine de coton. Avant cette invention, le travail le plus intensif de toute une journ&#233;e d'un Noir ne suffisait pas pour s&#233;parer une livre de duvet de ses graines. Apr&#232;s l'invention de la machine &#224; &#233;grener le coton, une vieille femme noire pouvait facilement fournir en un jour cinquante livres de duvet de coton, et des am&#233;liorations progressives eurent t&#244;t fait de doubler le rendement de cette machine. D&#232;s lors, il n'y eut plus d'entraves &#224; la culture du coton aux &#201;tats-Unis. Il poussa rapidement main dans la main avec l'industrie cotonni&#232;re anglaise qui devint une grande puissance commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette &#233;volution, il y eut des moments o&#249; l'Angleterre sembla prendre peur, du danger que pouvait repr&#233;senter ce monopole am&#233;ricain du coton. Ce fut le cas, par exemple : lorsque l'&#233;mancipation des Noirs dans les colonies anglaises fut achet&#233;e pour vingt millions de livres anglaises. On prit conscience que l'industrie du Lancashire et du Yorkshire reposait sur la souverainet&#233; du fouet esclavagiste en Georgie et en Alabama, au moment m&#234;me o&#249; le peuple anglais s'imposait de grands sacrifices pour abolir l'esclavage dans ses propres colonies. Cependant, la philanthropie ne fait pas l'histoire, et moins que tout l'histoire commerciale. De tels doutes surgirent chaque fois qu'il y eut une disette de coton aux &#201;tats-Unis, d'autant qu'un tel fait naturel &#233;tait exploit&#233; par les esclavagistes pour faire monter au maximum le prix du coton par toutes sortes d'artifices. Les fileurs de coton et les tisserands anglais mena&#231;aient alors de se r&#233;volter contre le &#171; roi du coton. &#187; On &#233;chafauda diff&#233;rents projets pour s'approvisionner en coton dans les pays d'Asie et d'Afrique, par exemple en 1850. Cependant, il suffit &#224; chaque fois qu'une disette soit suivie d'une bonne r&#233;colte aux &#201;tats-Unis pour mettre en pi&#232;ces ces vell&#233;it&#233;s d'&#233;mancipation. Qui plus est, le monopole cotonnier de l'Am&#233;rique atteignit, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une ampleur jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e, partie en raison de la l&#233;gislation libre-&#233;changiste, qui abolit le droit de douane suppl&#233;mentaire frappant le coton cultiv&#233; par des esclaves, partie en raison des gigantesques progr&#232;s effectu&#233;s simultan&#233;ment par l'industrie cotonni&#232;re anglaise et la culture du coton en Am&#233;rique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. D&#233;j&#224; en 1857, la consommation de coton s'&#233;leva en Angleterre &#224; environ un milliard et demi de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu'&#224; pr&#233;sent la guerre civile am&#233;ricaine menace soudain ce grand pilier de l'industrie anglaise. L'Union bloque les ports des &#201;tats sudistes, afin de couper la principale. source de revenus de la s&#233;cession, en emp&#234;chant l'exportation de sa derni&#232;re r&#233;colte de coton ; mais, la Conf&#233;d&#233;ration a donn&#233; &#224; ce blocus sa v&#233;ritable force contraignante lorsqu'elle d&#233;cida de ne pas exporter elle-m&#234;me la moindre balle de coton, afin d'obliger l'Angleterre &#224; venir chercher directement son coton dans les ports du Sud. Il s'agissait d'amener l'Angleterre &#224; rompre le blocus par la force, puis &#224; d&#233;clarer la guerre &#224; l'Union, en jetant son &#233;p&#233;e dans la balance en faveur des &#201;tats esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre civile am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter en Angleterre, quoique pendant longtemps &#224; un degr&#233; moindre qu'on ne s'y attendait. Dans l'ensemble, le monde des affaires anglais semblait consid&#233;rer avec beaucoup de flegme la crise am&#233;ricaine. La raison de cette attitude pleine de sang-froid est &#233;vidente. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine se trouve en Europe. Le produit de la nouvelle r&#233;colte n'est jamais embarqu&#233; avant la fin novembre, et ce n'est que fin d&#233;cembre que les exp&#233;ditions prennent vraiment de l'ampleur. Jusqu'ici, il est donc relativement indiff&#233;rent que les balles de coton restent dans les plantations ou soient exp&#233;di&#233;es dans les ports du Sud aussit&#244;t apr&#232;s que le coton soit mis en balles. De la sorte, si, &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, le blocus prenait fin, l'Angleterre pouvait &#234;tre assur&#233;e qu'elle recevrait en mars ou en avril son approvisionnement normal en coton, comme s'il n'y avait jamais eu de blocus.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des affaires anglais, dans une large mesure abus&#233; par la presse anglaise, se ber&#231;a de l'illusion folle que le spectacle d'une guerre de six mois s'ach&#232;verait par la reconnaissance de la Conf&#233;d&#233;ration de la part des &#201;tats-Unis. Vers la fin du mois d'ao&#251;t cependant, on vit appara&#238;tre des Am&#233;ricains sur le march&#233; de Liverpool afin d'y acheter du coton, soit en vue de sp&#233;culations en Europe, soit en vue de le r&#233;exp&#233;dier en Am&#233;rique du Nord. Ce fait extraordinaire ouvrit les yeux des Anglais. Ils commenc&#232;rent &#224; comprendre le s&#233;rieux de la situation. Depuis, le march&#233; de Liverpool se trouve en un &#233;tat d'excitation f&#233;brile. Bient&#244;t, le prix du coton monta de cent pour cent au-del&#224; de son niveau moyen. La sp&#233;culation cotonni&#232;re prit le m&#234;me caract&#232;re fr&#233;n&#233;tique que la sp&#233;culation ferroviaire de 1845. Les usines de filage et de tissage du Lancashire et d'autres centres de l'industrie du coton britannique ramen&#232;rent leur temps de travail &#224; trois jours par semaine, une partie arr&#234;ta compl&#232;tement ses machines, et l'in&#233;vitable r&#233;action sur les autres branches d'industrie ne se fit pas attendre. Toute l'Angleterre tremble en ce moment, &#224; l'approche de la plus grande catastrophe &#233;conomique qui l'ait menac&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien est naturellement en train d'augmenter, et les prix &#233;lev&#233;s assureront encore une augmentation ult&#233;rieure des importations de la patrie originelle du coton. Cependant, il est impossible de r&#233;volutionner les conditions de production et le cours des &#233;changes commerciaux pour ainsi dire en quelques mois. L'Angleterre paie maintenant sa longue et catastrophique administration de l'Inde. Ses tentatives d&#233;sordonn&#233;es de remplacer le coton am&#233;ricain par du coton indien se heurtent &#224; deux grands obstacles. Le manque de moyens de communication et de transport en Inde, et la mis&#233;rable condition du paysan indien qui l'emp&#234;che d'exploiter &#224; son profit les circonstances favorables du moment [1]. En outre, il faudrait que la culture du coton indien passe par tout un processus d'am&#233;liorations pour prendre la place du coton am&#233;ricain. M&#234;me dans les conditions les plus favorables, il faudrait des ann&#233;es pour que l'Inde puisse produire la quantit&#233; de coton requise pour l'exportation. Or, il est statistiquement &#233;tabli que le stock de coton de Liverpool sera &#233;puis&#233; d'ici quatre mois. Il ne tiendra jusque-l&#224; que si l'on continue d'appliquer la limitation du temps de travail &#224; trois jours par semaine et l'arr&#234;t total d'une partie plus importante encore des machines. Or, les districts manufacturiers souffrent d&#233;j&#224; des pires maux sociaux. Mais, si le blocus am&#233;ricain se poursuit au-del&#224; de janvier, que se passera-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le lecteur a constat&#233; sans doute que ce passage de l'article de Die Presse correspond litt&#233;ralement &#224; un passage final de l'article pr&#233;c&#233;dent de la New York Tribune. Lorsque deux articles se recoupent presque enti&#232;rement nous n'en reproduirons qu'un seul, quitte &#224; ajouter en note les passages qui diff&#232;rent et apportent un &#233;claircissement int&#233;ressant pour le sujet trait&#233;. Lorsqu'un article renferme des passages sans aucun rapport avec notre th&#232;me, nous n'en reproduisons que le parties qui int&#233;ressent directement notre sujet. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 23 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 2 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, l'Angleterre ne suit aucune ligne politique g&#233;n&#233;rale. Tout le monde, jusqu'au moindre citoyen, est enti&#232;rement absorb&#233; par ses affaires et la crise am&#233;ricaine. Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai attir&#233; votre attention sur l'&#233;tat f&#233;brile du march&#233; cotonnier de Liverpool. Au cours des deux derni&#232;res semaines, il a manifest&#233; tous les sympt&#244;mes de la mode, des chemins de fer de 1845. M&#233;decins, dentistes, avocats, cuisini&#232;res, ouvriers, employ&#233;s, lords, com&#233;diens, pasteurs, soldats, marins, journalistes, institutrices, hommes et femmes, tous sp&#233;culent sur le coton. Souvent les op&#233;rations d'achat et de vente, de rachat et de revente ne portent que sur une, deux, trois ou quatre balles. Les quantit&#233;s plus consid&#233;rables restent dans le m&#234;me hangar, mais changent parfois vingt fois de propri&#233;taire. On peut acheter du coton &#224; dix heures, le revendre &#224; onze heures, et faire un b&#233;n&#233;fice d'un demi-penny par livre. Les m&#234;mes balles passent ainsi par plusieurs mains en l'espace, de douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il s'est produit cette semaine une sorte de r&#233;action. Il faut l'attribuer au seul fait que le shilling forme un chiffre rond, puisqu'il se compose de douze pence, et que la plupart des sp&#233;culateurs ont d&#233;cid&#233; de vendre sit&#244;t que le prix de la balle de coton atteindrait le shilling. En cons&#233;quence, il y a eu un accroissement subit des offres de coton, et donc une r&#233;action sur son prix. Mais, ce ne peut &#234;tre qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Britanniques se seront faits &#224; l'id&#233;e qu'une livre de coton puisse co&#251;ter quinze pence, cette limite passag&#232;re &#224; la sp&#233;culation aura disparu, et la fi&#232;vre de sp&#233;culation redoublera de violence. Cette &#233;volution contient un moment favorable aux &#201;tats-Unis et d&#233;favorable a ceux qui voudraient rompre le blocus [1]. D&#233;j&#224; les sp&#233;culateurs ont publi&#233; des protestations disant, non sans fondement, que tout acte belliqueux du Gouvernement britannique serait un acte d'injustice &#224; l'&#233;gard des hommes d'affaires qui, ayant plac&#233; leur confiance dans le respect du principe de non-intervention proclam&#233; et revendiqu&#233; par le Gouvernement britannique, ont fait leurs calculs sur cette base, ont sp&#233;cul&#233; &#224; l'int&#233;rieur, abandonn&#233; leurs commandes &#224; l'ext&#233;rieur et achet&#233; le coton d'apr&#232;s l'&#233;valuation d'un prix qu'ils comptent obtenir apr&#232;s le d&#233;roulement de processus naturels, probables et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist d'aujourd'hui publie un article insens&#233; dans lequel les statistiques sur la population et l'extension g&#233;ographique des &#201;tats-Unis l'am&#232;nent &#224; la conclusion qu'on y trouve assez d'espace pour fonder au moins sept empires gigantesques et qu'en cons&#233;quence les unionistes devaient chasser de leur c&#339;ur &#171; le r&#234;ve d'un domaine o&#249; ils r&#233;gneraient sans limites &#187;. La seule conclusion rationnelle que l'Economist e&#251;t pu tirer de ses propres donn&#233;es statistiques, &#224; savoir que les partisans du Nord, m&#234;me s'ils le voulaient, ne pourraient abandonner leurs revendications sans livrer &#224; l'esclavagisme des &#201;tats et des territoires gigantesques, &#171; o&#249; l'esclavage survivrait artificiellement et ne pourrait s'affirmer comme institution permanente &#187;, cette conclusion, la seule rationnelle, ce journal est m&#234;me incapable de l'aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans l'article intitul&#233; &#171; Notes &#233;conomiques &#187; (Die Presse, 3.11.1861), o&#249; Marx reprend pour le journal viennois certains arguments d&#233;velopp&#233;s dans la New York Tribune, il en vient aussi &#224; la conclusion que l'&#233;volution &#233;conomique joue en faveur des &#201;tats-Unis et restreint en cons&#233;quence les moyens de pression de l'imp&#233;rialisme de I'Angleterre de Palmerston : &#171; Il ressort un fait Important des derni&#232;res statistiques sur le commerce ext&#233;rieur anglais. Alors qu'au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, les exportations anglaises vers les &#201;tats-Unis ont baiss&#233; de plus de 25 %, le port de New York * &#224; lui tout seul a augment&#233; de plus de 6 millions de livres ses exportations vers l'Angleterre au cours des huit premiers mois de cette ann&#233;e. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'exportation de l'or am&#233;ricain vers l'Angleterre a pratiquement cess&#233;, alors qu'&#224; l'inverse depuis quelques semaines l'or anglais afflue vers New York. En fait, le d&#233;ficit am&#233;ricain est couvert par les achats de l'Angleterre et de la France &#224; la suite des mauvaises r&#233;coltes de ces pays. Par ailleurs, le tarif Morrill et les &#233;conomies ins&#233;parables d'une guerre civile ont ruin&#233; en m&#234;me temps la consommation de produits anglais et fran&#231;ais en Am&#233;rique du Nord. Que l'on compare ces faits statistiques avec les j&#233;r&#233;miades du Times sur la ruine financi&#232;re de l'Am&#233;rique du Nord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* New York est au centre du compromis final entre le Sud et le Nord pour deux raisons : c'est le si&#232;ge de la traite des esclaves, du march&#233; de la monnaie, des capitaux et des cr&#233;ances hypoth&#233;caires des plantations du Sud, et ensuite l'interm&#233;diaire de l'Angleterre. C'est donc, tout naturellement, la place forte des d&#233;mocrates li&#233;s au Sud. Dans l'article &#171; Affaires am&#233;ricaines &#187; (in Die Presse, 17.12.1861), Marx &#233;crit : &#171; Le lord-maire de Londres n'est un homme d'&#201;tat que dans l'imagination des &#233;crivains de vaudeville et de faits divers parisiens. En revanche, le maire de New York est une v&#233;ritable puissance. Au d&#233;but de la s&#233;cession, le sinistre Fernando Wood, a &#233;chafaud&#233; un plan pour proclamer l'ind&#233;pendance de New York, en tant que r&#233;publique urbaine, en accord bien s&#251;r avec Jefferson Davis. Son plan &#233;choua en raison de l'opposition &#233;nergique du Parti r&#233;publicain de l'Empire City. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels : LES LE&#199;ONS DE LA GUERRE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
The Volunteer journal for Lancashire and Cheshire [1], n&#176; 66 du 6.12.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, nous avons attir&#233; l'attention du public sur le proc&#232;s d'&#233;puration qui s'impose dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine de volontaires [2]. Nous n'avons alors nullement &#233;puis&#233; les le&#231;ons pr&#233;cieuses que cette guerre donne aux volontaires de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Nous nous permettons donc de revenir sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on a conduit la guerre jusqu'ici en Am&#233;rique, est effectivement sans pr&#233;c&#233;dent. Du Missouri &#224; la baie de Chesapeake, on trouve face &#224; face un million de soldats divis&#233;s presque dans la m&#234;me proportion entre les deux camps adverses. Or, cette situation dure depuis plus de six mois sans qu'il y ait eu une seule action importante. Dans le Missouri, les deux arm&#233;es avancent tour &#224; tour, se retirent, livrent une bataille, avancent et reculent de nouveau, sans en venir &#224; un r&#233;sultat tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, apr&#232;s sept mois de marches en avant et en arri&#232;re, &#224; l'occasion de quoi le pays a sans doute &#233;t&#233; atrocement ravag&#233;, les choses paraissent plus &#233;loign&#233;es que jamais d'une d&#233;cision. Apr&#232;s une p&#233;riode assez longue d'une apparente neutralit&#233; - en r&#233;alit&#233;, de pr&#233;paration - la situation semble analogue au Kentucky ; en Virginie occidentale, nous assistons constamment &#224; de petits accrochages sans r&#233;sultat notable ; et, sur les deux rives du Potomac, le gros des deux arm&#233;es est concentr&#233; &#224; port&#233;e de vue sans que personne n'ait l'intention d'attaquer, prouvant par l&#224; que, dans l'&#233;tat actuel des choses, il serait sans int&#233;r&#234;t de remporter une victoire. De fait, cette mani&#232;re st&#233;rile de conduire la guerre peut encore durer des mois, si certaines circonstances, qui n'ont rien a voir avec cette situation, ne provoquent pas de changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, les Am&#233;ricains ne disposent pratiquement que de volontaires. Le petit noyau de l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis, ou bien a &#233;t&#233; dissous, ou bien est trop faible pour agir sur les masses &#233;normes de recrues non encore form&#233;es qui sont r&#233;unies sur le th&#233;&#226;tre de guerre. Pour faire de tous ces hommes des soldats, on ne dispose m&#234;me pas d'un nombre suffisant de sergents instructeurs. C'est pourquoi, l'entra&#238;nement des troupes est fort long, et on ne saurait dire combien il faudra de temps pour que l'excellent mat&#233;riel de soldats concentr&#233; sur les deux rives du Potomac soit en &#233;tat d'avancer en masse, afin de livrer ou d'accepter la bataille avec des forces combin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les soldats pouvaient &#234;tre form&#233;s &#224; l'art militaire, il n'y aurait pas assez d'officiers pour les commander. On manque notamment d'officiers de compagnie - qui &#233;videmment ne peuvent sortir tout pr&#234;ts des rangs des civils - voire d'officiers pour commander les bataillons, m&#234;me si on voulait nommer &#224; un tel poste les lieutenants ou cornettes. Il faut donc un nombre consid&#233;rable de commandants du civil ; mais quiconque est tant soit peu au courant de la situation de nos propres volontaires pensera aussit&#244;t que McClellan ou Beauregard ne font. pas preuve d'une prudence exag&#233;r&#233;e, lorsqu'ils refusent de faire ex&#233;cuter des actions offensives ou des man&#339;uvres strat&#233;giques compliqu&#233;es par des commandants du civil, qui ne sont &#224; ce poste que depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que cette difficult&#233; soit pour l'essentiel aplanie, que les commandants du civil aient acquis, en m&#234;me temps que leurs uniformes, les connaissances, l'exp&#233;rience et l'assurance n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de leur service, du moins en ce qui concerne l'infanterie. Mais, qu'en est-il de la cavalerie ? Former militairement un r&#233;giment de cavalerie exige plus de temps et d'exp&#233;rience de la part des officiers instructeurs qu'il n'en faut pour former un r&#233;giment d'infanterie. Admettons que tous les hommes qui rejoignent leur corps sachent d&#233;j&#224; monter &#224; cheval - c'est-&#224;-dire s'y tenir correctement, ma&#238;triser la monture, la nourrir et la soigner - il n'en reste pas moins que cela raccourcira a peine le temps qu'il faut pour les instruire. L'&#233;quitation militaire, une ma&#238;trise telle que le cheval se laisse conduire pour tous les mouvements exig&#233;s par les &#233;volutions de la cavalerie, tout cela diff&#232;re enti&#232;rement de l'&#233;quitation propre aux civils. La cavalerie de Napol&#233;on que sir William Napier (History of the Peninsular War) estimait presque plus que la cavalerie anglaise d'aujourd'hui, se composait - comme chacun sait - des cavaliers les plus pi&#232;tres qui aient jamais orn&#233; une selle. Or, beaucoup de nos cavaliers d'occasion trouvent qu'ils ont encore un certain nombre de choses &#224; apprendre, lorsqu'ils entrent dans un corps mont&#233; de volontaires. Il n'est donc pas &#233;tonnant de constater que les Am&#233;ricains n'aient qu'une cavalerie tr&#232;s m&#233;diocre, et que le peu dont ils disposent - quelques troupes d'irr&#233;guliers (rangers) &#224; la mani&#232;re cosaque ou indienne est incapable d'une attaque en ordre compact. En ce qui concerne l'artillerie et les troupes du g&#233;nie, leur situation est sans doute pire encore. Ces deux armes ont un caract&#232;re hautement scientifique et exigent une instruction longue et minutieuse des officiers ainsi que des sous-officiers, instruction plus pouss&#233;e encore que dans l'infanterie. Au surplus, l'artillerie est une arme plus complexe que la cavalerie elle-m&#234;me ; elle exige des batteries de canons, et donc des chevaux dress&#233;s pour leur man&#339;uvre, et deux groupes d'hommes exp&#233;riment&#233;s, les canonniers et les conducteurs. En outre, il faut de nombreux fourgons &#224; munitions, de grands laboratoires pour la poudre, des forges et autres ateliers : tout cela doit &#234;tre &#233;quip&#233; de machines compliqu&#233;es. On dit que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont six cents batteries en campagne, mais on s'imagine comment elles sont servies, car on sait qu'en partant de z&#233;ro il est absolument impossible de mettre sur pied, en six mois, cent batteries compl&#232;tes, convenablement &#233;quip&#233;es et bien servies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, admettons une fois de plus que toutes ces difficult&#233;s aient &#233;t&#233; aplanies et que les &#233;l&#233;ments combattants des deux camps ennemis soient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Encore faudrait-il qu'ils puissent se d&#233;placer. En outre, il faut approvisionner une arm&#233;e, et dans un pays relativement peu peupl&#233; comme la Virginie, le Kentucky et le Missouri, une grande arm&#233;e doit &#234;tre approvisionn&#233;e essentiellement gr&#226;ce au syst&#232;me des d&#233;p&#244;ts. Il faut constituer des r&#233;serves de munitions ; l'arm&#233;e doit &#234;tre accompagn&#233;e de forgerons militaires, de selliers, de menuisiers et autres artisans, afin de tenir le mat&#233;riel de guerre en bon &#233;tat de fonctionnement. Or, toutes ces choses indispensables faisaient d&#233;faut en Am&#233;rique ; il fallut d'abord commencer par organiser tout cela, et rien ne prouve qu'au moins l'intendance et les transports de l'une des deux arm&#233;es aient d&#233;pass&#233; aujourd'hui le stade pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique - le Nord aussi bien que le Sud, la F&#233;d&#233;ration aussi bien que la Conf&#233;d&#233;ration - ne disposait pour ainsi dire d'aucune organisation militaire. L'arm&#233;e de ligne &#233;tait absolument insuffisante, ne serait-ce que du point de vue quantitatif, pour faire campagne contre un adversaire s&#233;rieux. Il n'y avait gu&#232;re de milice. Les guerres pr&#233;c&#233;dentes de l'Union n'exig&#232;rent jamais un gros effort des forces militaires du pays. Dans les ann&#233;es 1812 &#224; 1814, l'Angleterre ne disposait plus gu&#232;re de soldats, et le Mexique se d&#233;fendit surtout avec des bandes d&#233;pourvues de discipline. C'est un fait que l'Am&#233;rique, en raison de sa situation g&#233;ographique, n'avait pas d'ennemi qui e&#251;t pu l'attaquer d'o&#249; que ce soit avec plus de trente &#224; quarante mille soldats, et, pour cette force num&#233;rique, l'immense &#233;tendue du pays repr&#233;sente un obstacle bien plus terrible que toute arm&#233;e que l'Am&#233;rique pourrait lui opposer. Cependant, son arm&#233;e suffisait &#224; constituer le noyau pour quelque cent mille volontaires et &#224; leur assurer une formation militaire en un d&#233;lai appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que la guerre civile oppose entre eux plus d'un million d'hommes, tout le syst&#232;me s'effondre, et il faut tout reprendre par le d&#233;but. Le fait est l&#224;. Deux corps de troupe gigantesques et patauds, chacun craignant l'autre et redoutant presque autant une victoire qu'une d&#233;faite, se font face et cherchent &#224; grands frais &#224; se transformer en une organisation &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re. Aussi terrible que soit le prix, il doit &#234;tre pay&#233; du fait de l'absence totale d'une base organis&#233;e sur laquelle on pourrait &#233;difier l'arm&#233;e. Il ne peut en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; l'ignorance et l'inexp&#233;rience qui r&#232;gnent dans tous les domaines militaires ! Certes, ces d&#233;penses &#233;normes n'apportent qu'un avantage extr&#234;mement faible d'efficacit&#233; et d'organisation, mais peut-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires britanniques peuvent remercier leur bonne &#233;toile, car ils disposent d&#232;s le commencement d'une importante arm&#233;e de m&#233;tier bien disciplin&#233;e et exp&#233;riment&#233;e, qui les prend sous son aile. Abstraction faite des pr&#233;juges propres &#224; tout corps de m&#233;tier, cette arm&#233;e a bien accueilli et convenablement trait&#233; les volontaires. Nous voulons esp&#233;rer que nul ne pense qu'une organisation de volontaires peut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre superflue l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Si certains volontaires le pensaient, il leur suffirait de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tat des deux arm&#233;es am&#233;ricaines de volontaires pour constater leur ignorance et leur pr&#233;somption. Aucune arm&#233;e nouvellement form&#233;e de civils ne peut &#234;tre efficace, si elle n'est pas soutenue et aid&#233;e par les gigantesques ressources intellectuelles et mat&#233;rielles qui se trouvent entre les mains d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re relativement forte, en ce qui concerne surtout l'organisation, cette force principale des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que l'Angleterre soit menac&#233;e d'une invasion, et comparons ce qui s'y produirait avec ce qui se passe en Am&#233;rique. En Angleterre, tout le travail suppl&#233;mentaire qu'entra&#238;ne la formation d'une ann&#233;e de volontaires de trois cent mille hommes serait pris en charge par le minist&#232;re de la Guerre, avec l'aide de quelques fonctionnaires qu'il serait facile de trouver parmi les experts militaires bien entra&#238;nes. Il existe assez d'officiers en demi-solde, qui pourraient sans doute prendre sous leur contr&#244;le trois ou quatre bataillons de volontaires, et, avec un peu de peine, chaque bataillon pourrait &#234;tre flanqu&#233; d'un adjudant et d'un commandant. Bien s&#251;r, la cavalerie ne pourrait pas &#234;tre organis&#233;e aussi rapidement, mais une r&#233;organisation &#233;nergique des volontaires de l'artillerie avec des officiers et des conducteurs de l'artillerie royale pourrait doter de nombreuses batteries de campagne d'hommes capables. Les ing&#233;nieurs du pays n'attendent qu'une occasion pour recevoir la formation de l'&#233;l&#233;ment militaire de leur m&#233;tier, de sorte qu'ils seraient des officiers du g&#233;nie de tout premier plan. Les services de l'intendance et des transports sont d&#233;j&#224; sur pied et peuvent facilement &#234;tre am&#233;lior&#233;s pour couvrir les besoins de quatre cent mille hommes aussi bien que ceux de cent mille. Rien ne serait laiss&#233; au hasard, en d&#233;sordre ; partout on aiderait et on soutiendrait les volontaires, qui ne doivent pas aller &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. D&#232;s lors, si l'Angleterre se pr&#233;cipite dans une guerre - abstraction faite des fautes qui sont in&#233;vitables - nous ne voyons aucune raison pour que l'organisation militaire ne soit pas au point en l'espace de six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de consid&#233;rer l'Am&#233;rique pour se rendre compte de la valeur d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re pour l'organisation d'une arm&#233;e de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les articles de Marx et d'Engels, m&#234;me s'ils paraissent dans la &#171; presse bourgeoise &#187;, ont une grande, port&#233;e pratique. En effet, chaque sujet est choisi pour telle presse, am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, suivant les probl&#232;mes locaux et imm&#233;diats qui int&#233;ressent directement les acteurs du drame. Ainsi, Marx et Engels font-ils profiter leur &#171; camp &#187; de leur exp&#233;rience &#233;conomique, sociale, politique et militaire, en intervenant avec les moyens dont Ils disposent dans le cours br&#251;lant des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article ci-dessus a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Engels pour le mouvement des volontaires qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; en Angleterre en 1859, au moment de la menace bonapartiste d'invasion. Engels tire, pour ces volontaires, l'exp&#233;rience de la guerre civile am&#233;ricaine. C'est sous cet angle particulier que seront donc analys&#233;s ici les probl&#232;mes militaires am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit partisan de la mani&#232;re radicale, Engels explique qu'aux &#201;tats-Unis il est recommandable que les op&#233;rations militaires &#171; tra&#238;nent &#187; tout d'abord pendant un temps assez long, et ce pour des raisons qui ne sont pas purement techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels du 1 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 43, 44 (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait allusion au passage suivant de l'article du 22 novembre 1861 sur les Officiers volontaires : &#171; Lieutenant A. B., chass&#233; de l'arm&#233;e pour conduite d&#233;shonorante ; C. D., ray&#233; des cadres ; capitaine E. F., renvoy&#233; du service des &#201;tats-Unis &#187; - tels sont quelques &#233;chantillons des derni&#232;res nouvelles militaires qui nous parviennent en quantit&#233; d'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#201;tats-Unis ont envoy&#233; en campagne une tr&#232;s importante arm&#233;e de volontaires au cours de ces huit derniers mois ; ils n'ont &#233;pargn&#233; ni leur peine ni leur argent pour rendre cette arm&#233;e combative ; en outre, cette arm&#233;e avait l'avantage d'&#234;tre presque tout le temps en contact &#233;troit avec les positions avanc&#233;es de l'ennemi, qui n'osa jamais attaquer en masse ni exploiter &#224; fond une victoire. Ces conditions favorables compensent en r&#233;alit&#233; dans une large mesure les difficult&#233;s que conna&#238;t l'organisation des volontaires am&#233;ricains du fait qu'ils ne b&#233;n&#233;ficient que d'un tr&#232;s faible soutien de la part du tout Petit noyau de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et manquent d'adjudants exp&#233;riment&#233;s et d'instructeurs. Par chance, il y a en Am&#233;rique beaucoup d'hommes qui sont &#224; la fois qualifi&#233;s et dispos&#233;s &#224; aider les volontaires &#224; s'organiser. Il s'agit, soit de soldats et officiers allemands, qui ont subi un entra&#238;nement militaire r&#233;gulier et ont d&#233;j&#224; combattu lors des campagnes r&#233;volutionnaires de 1848-1849, soit de soldats anglais, qui ont &#233;migr&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans ces conditions, il a fallu proc&#233;der malgr&#233; tout &#224; une v&#233;ritable &#233;puration parmi les officiers ; c'est qu'il existe une faiblesse non pas dans le syst&#232;me m&#234;me des volontaires, mais dans le mode de nomination des officiers de volontaires, qui, sans exception, ont &#233;t&#233; choisis par les soldats dans leurs propres rangs. C'est seulement apr&#232;s huit mois de campagne face &#224; l'ennemi que le gouvernement des &#201;tats-Unis se risque &#224; exiger que les officiers volontaires aient une certaine qualification pour la t&#226;che qu'ils ont entrepris de remplir lorsqu'ils ont accept&#233; leur fonction. Or, la cons&#233;quence en est de tr&#232;s nombreux licenciements, volontaires ou forc&#233;s, sans parler des innombrables renvois pour des motifs plus ou moins d&#233;shonorants, Il ne fait pas de doute que si l'arm&#233;e du Potomac faisait face &#224; une troupe bien organis&#233;e et renforc&#233;e d'un nombre appropri&#233; de soldats de m&#233;tier, elle e&#251;t &#233;t&#233; bient&#244;t mise en d&#233;route, malgr&#233; son importance num&#233;rique et l'indubitable courage personnel de ses soldats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont constamment d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il fallait organiser les forces r&#233;volutionnaires spontan&#233;es pour vaincre dans une r&#233;volution, et l'exp&#233;rience de dizaines de r&#233;volutions malheureuses a confirm&#233; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX &#201;TATS-UNIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laisse-le courir, il ne m&#233;rite pas ta col&#232;re ! &#187; Encore et toujours, la sagesse d'&#201;tat anglaise par la bouche de lord John Russell - adresse au Nord des &#201;tats-Unis ce conseil de Leporello &#224; l'amante d&#233;laiss&#233;e par Don Juan [1]. Si le Nord laisse le champ libre au Sud, il se d&#233;barrasse de toute liaison avec l'esclavage - son p&#233;ch&#233; originel historique - et pose les bases d'un d&#233;veloppement nouveau et sup&#233;rieur [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si le Nord et le Sud &#233;taient deux pays aussi nettement distincts que l'Angleterre et le Hanovre, par exemple, leur s&#233;paration ne serait pas plus difficile que celle de ces deux &#201;tats [3]. Mais, il se trouve que, par rapport au Nord, le &#171; Sud &#187; ne forme ni un territoire g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;, ni une unit&#233; morale. Ce n'est pas un pays, mais un mot d'ordre de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'une s&#233;paration &#224; l'amiable impliquerait que la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, au lieu d'avoir pris l'offensive dans la guerre civile, se batte pour le moins dans un but d&#233;fensif. On fait mine de croire qu'il ne s'agit pour le parti esclavagiste que d'unifier les territoires qu'il dominait jusqu'ici, afin d'en faire un groupe d'&#201;tats ind&#233;pendants, en les soustrayant &#224; l'autorit&#233; de l'Union. Rien n'est plus faux. &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'avoir. &#187; C'est en poussant ce cri de guerre que les s&#233;cessionnistes ont envahi le Kentucky. Par &#171; territoire tout entier &#187;, ils entendent d'abord tout ce que l'on appelle les &#201;tats fronti&#232;res (border states) : Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentucky, Tennessee, Missouri et Arkansas. Ensuite, ils revendiquent tout le territoire situ&#233; au sud de la ligne, qui va de l'angle nord-ouest du Missouri &#224; l'oc&#233;an Pacifique. En cons&#233;quence, ce que les esclavagistes appellent &#171; le Sud &#187;, c'est plus des trois quarts de l'actuel territoire de l'Union. Une large fraction du territoire ainsi revendiqu&#233; se trouve encore en possession de l'Union et devrait d'abord &#234;tre conquise &#224; ses d&#233;pens. Mais, tous les territoires que l'on appelle &#201;tats fronti&#232;res - et m&#234;me ceux qui se trouvent en la possession de la Conf&#233;d&#233;ration - n'ont jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables &#201;tats esclavagistes. Ils constituent bien plut&#244;t le territoire des &#201;tats-Unis, dans lequel les syst&#232;mes de l'esclavage et du travail libre existent c&#244;te &#224; c&#244;te et luttent pour l'h&#233;g&#233;monie ; en fait c'est l&#224; o&#249; se d&#233;roule la bataille entre le Sud et le Nord, entre l'esclavage et la libert&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration du Sud ne m&#232;ne donc pas une guerre de d&#233;fense, mais une guerre de conqu&#234;te en vue d'&#233;tendre et de perp&#233;tuer l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montagnes qui commence en Alabama et s'&#233;tend vers le nord jusqu'au fleuve Hudson - v&#233;ritable colonne vert&#233;brale des &#201;tats-Unis - divise le soi-disant Sud en trois parties. La r&#233;gion montagneuse, form&#233;e par les montagnes d'Alleghany avec leurs deux cha&#238;nes parall&#232;les, le Cumberland Range &#224; l'ouest et les Blue Ridge Mountains &#224; l'est, s&#233;pare, tel un coin, les plaines basses de la c&#244;te ouest de l'Atlantique de celles des vall&#233;es m&#233;ridionales du Mississippi. Les deux plaines basses s&#233;par&#233;es par la zone montagneuse, avec leurs immenses marais &#224; riz et leurs vastes plantations de coton, repr&#233;sentent actuellement l'aire proprement dite de l'esclavagisme. Le long coin enfonc&#233; par la zone montagneuse jusqu'au c&#339;ur de l'esclavagisme - avec l'espace libre qui lui correspond, le climat revigorant et un sous-sol riche en charbon, en sel, en calcaire, en minerai de fer, en or, bref en toutes les mati&#232;res. premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement industriel diversifi&#233; - est d&#233;j&#224; en majeure partie une terre de libert&#233;. De par sa nature physique, le sol ne peut &#234;tre cultiv&#233; ici avec profit que par de petits fermiers libres. Ici, le syst&#232;me esclavagiste ne v&#233;g&#232;te que sporadiquement et n'a jamais pris racine Dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, les habitants des hauts plateaux forment le noyau de la libre population qui prend parti pour le Nord, ne serait-ce que dans un but d'autopr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons en d&#233;tail les territoires contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Delaware, l'&#201;tat fronti&#232;re qui se situe le plus au nord-est, est, en fait et moralement, en la possession de l'Union. Tous les efforts des s&#233;cessionnistes pour former ne serait-ce qu'une fraction qui leur soit favorable ont &#233;chou&#233; depuis le d&#233;but de la guerre, face &#224; une population unanime. La fraction esclavagiste de cet &#201;tat est depuis fort longtemps en d&#233;cadence. Entre les seules ann&#233;es 1850 et 1860, le nombre des esclaves a diminu&#233; de moiti&#233; : la population totale de 112 218 n'en compte plus maintenant que 1798. Malgr&#233; cela, le Delaware est revendiqu&#233; par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, et, de fait, le Nord ne pourrait plus le tenir militairement, si le Sud s'emparait du Maryland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maryland, on assiste au m&#234;me conflit entre les hauts plateaux et les basses plaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un total de 687 034 habitants, il y a 87 188 esclaves. Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales les plus r&#233;centes ont prouv&#233; de mani&#232;re frappante que la majorit&#233; &#233;crasante du peuple &#233;tait en faveur de l'Union. L'arm&#233;e, forte de trente mille hommes, qui occupe actuellement le Maryland, ne doit pas seulement servir de r&#233;serve &#224; l'arm&#233;e du Potomac, mais encore tenir en &#233;chec la r&#233;bellion esclavagiste &#224; l'int&#233;rieur du pays. On constate ici le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que dans les &#201;tats fronti&#232;res, o&#249; la grande masse du peuple est pour le Nord, tandis qu'un parti esclavagiste num&#233;riquement insignifiant est pour le Sud. Le parti esclavagiste compense cette faiblesse num&#233;rique par les moyens de force que lui assurent un long exercice du pouvoir dans tous les services de l'&#201;tat, des habitudes h&#233;r&#233;ditaires de l'intrigue politique et la concentration de grands moyens financiers entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Virginie repr&#233;sente actuellement le plus grand cantonnement militaire : le gros des forces de la s&#233;cession et de l'arm&#233;e de l'Union s'y font face. Dans les hauts plateaux du nord-ouest de la Virginie, la masse des esclaves s'&#233;l&#232;ve &#224; quinze mille, tandis qu'une population libre, vingt fois plus nombreuse, est constitu&#233;e de paysans autonomes. Les basses plaines de l'est de la Virginie, en revanche, comptent environ un demi-million d'esclaves. L'&#233;levage et la vente des Noirs dans les &#201;tats du sud repr&#233;sentent sa principale source de revenus. A peine les chefs de bandes des basses plaines eurent-ils fait passer l'ordonnance de s&#233;cession &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative d'&#201;tat de Richmond et ouvert en toute h&#226;te les portes de la Virginie &#224; l'arm&#233;e sudiste, que le nord-ouest de la Virginie se d&#233;tacha de la s&#233;cession, s'&#233;rigea en &#201;tat nouveau et &#224; pr&#233;sent elle d&#233;fend son territoire les armes &#224; la main sous le drapeau de l'Union, contre les envahisseurs sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tennessee, avec 1 109 847 habitants, dont 275 784 esclaves se trouvent entre les mains de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, qui applique &#224; tout le pays la loi martiale et un syst&#232;me de proscription &#233;voquant l'&#233;poque du triumvirat romain. Lorsque, au cours de l'hiver 1861, les esclavagistes voulurent convoquer une assembl&#233;e populaire pour ratifier la s&#233;cession, la majorit&#233; de la population refusa cette convocation, afin de couper court &#224; tout pr&#233;texte au mouvement de s&#233;cession [4]. Plus tard, lorsque le Tennessee fut conquis militairement par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et soumis &#224; un r&#233;gime de terreur, un tiers du corps &#233;lectoral continua de se d&#233;clarer en faveur de l'Union [5]. Comme dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, le v&#233;ritable centre de la r&#233;sistance contre le parti esclavagiste se trouve dans la r&#233;gion montagneuse, dans l'est du pays. Le 17 juin 1861, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple du Tennessee oriental se r&#233;unit &#224; Greenville et se d&#233;clara pour l'Union. Elle d&#233;l&#233;gua au S&#233;nat de Washington l'ancien gouverneur Andrew Johnson, l'un des plus fervents Unionistes et publia une declaration of grievances, un cahier de dol&#233;ances, qui d&#233;voilait tous les moyens d'escroquerie, d'intrigue et de terreur utilis&#233;s pour faire sortir le Tennessee de l'Union lors des &#171; &#233;lections &#187;. Depuis, l'est du Tennessee est tenu en &#233;chec par les forces arm&#233;es des s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord de l'Alabama, le nord-ouest de la G&#233;orgie et le nord de la Caroline du Nord, on trouve les m&#234;mes conditions que dans l'ouest de la Virginie et l'est du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'ouest, dans l'&#201;tat fronti&#232;re du Missouri, avec 1 173 317 habitants et 114 965 esclaves - dont la plupart sont concentr&#233;s dans la partie nord-ouest de l'&#201;tat - l'assembl&#233;e populaire s'est prononc&#233;e en faveur de l'Union en ao&#251;t 1861 [6]. Jackson - gouverneur de l'&#201;tat et instrument du parti esclavagiste - s'&#233;tant rebell&#233; contre l'assembl&#233;e l&#233;gislative du Missouri, fut d&#233;clar&#233; hors la loi et se trouve maintenant &#224; la t&#234;te de hordes arm&#233;es. Celles-ci envahirent le Missouri &#224; partir du Texas, de l'Arkansas et du Tennessee, afin de lui faire plier le genou devant la Conf&#233;d&#233;ration et de briser ses liens avec l'Union par l'&#233;p&#233;e. A c&#244;t&#233; de la Virginie, le Missouri constitue actuellement le th&#233;&#226;tre principal de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nouveau-Mexique n'est pas un &#201;tat, mais un simple territoire. Sous la pr&#233;sidence de Buchanan, les sudistes y envoy&#232;rent vingt-cinq esclaves &#224; la suite desquels ils introduisirent une constitution esclavagiste confectionn&#233;e &#224; Washington. Comme le Sud l'admet lui-m&#234;me, cet &#201;tat ne lui a rien demand&#233;. Mais, le Sud veut le Nouveau-Mexique, et vomit en cons&#233;quence une bande d'aventuriers du Texas par-del&#224; ses fronti&#232;res. Le Nouveau-Mexique a implor&#233; la protection du gouvernement de l'Union contre ces &#171; lib&#233;rateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a not&#233; que nous avons soulign&#233; le rapport num&#233;rique entre esclaves et hommes libres dans les diff&#233;rents &#201;tats fronti&#232;res. De fait, ce rapport est d&#233;cisif. C'est le thermom&#232;tre d'apr&#232;s lequel il faut mesurer le feu vital du syst&#232;me esclavagiste. L'&#226;me de tout le mouvement s&#233;cessionniste est la Caroline du Sud. Elle compte 402 541 esclaves contre 301 271 hommes libres. En second vient le Mississippi qui a donn&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud son dictateur Jefferson Davis. Il compte 436 696 esclaves contre 354 699 hommes libres. En troisi&#232;me, vient l'Alabama avec 435 132 esclaves contre 529 164 hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des &#201;tats fronti&#232;res contest&#233;s qu'il nous reste &#224; mentionner est le Kentucky. Son histoire la plus r&#233;cente est particuli&#232;rement caract&#233;ristique de la politique de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. Sur 1 135 713 habitants, le Kentucky compte 225 490 esclaves. Dans les trois &#233;lections g&#233;n&#233;rales successives - en hiver 1861, pour le Congr&#232;s des &#201;tats fronti&#232;res ; en juin 1861, pour le Congr&#232;s de Washington, et enfin en ao&#251;t 1861 pour les l&#233;gislatives de l'&#201;tat du Kentucky - une majorit&#233; toujours croissante se pronon&#231;a pour l'Union. En revanche, Mageffin, le gouverneur du Kentucky, et tous les dignitaires de l'&#201;tat sont de fanatiques partisans du parti esclavagiste, tout comme Breckinridge, le repr&#233;sentant du Kentucky au S&#233;nat de Washington, vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sous Buchanan et candidat du parti esclavagiste en 1860 lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles. Trop faible pour gagner le Kentucky &#224; la s&#233;cession, l'influence du parti esclavagiste &#233;tait cependant assez forte pour l'amener &#224; une d&#233;claration de neutralit&#233; lorsque la guerre &#233;clata. La Conf&#233;d&#233;ration reconnut la neutralit&#233;, tant qu'elle servait ses int&#233;r&#234;ts et qu'il lui fallait abattre la r&#233;sistance du Tennessee oriental. A peine ce but fut-il atteint, qu'elle frappa aux portes du Kentucky &#224; coups de crosse, en proclamant : &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'obtenir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le sud-ouest et le sud-est, ses corps de francs-tireurs envahirent simultan&#233;ment cet &#201;tat &#171; neutre &#187;. Le Kentucky s'&#233;veilla ainsi de son r&#234;ve de neutralit&#233;, son assembl&#233;e l&#233;gislative prit ouvertement parti pour l'Union, encadra le gouverneur f&#233;lon d'un comit&#233; de salut public, appela le peuple aux armes, d&#233;clara Breckinridge hors la loi et ordonna aux s&#233;cessionnistes d'&#233;vacuer imm&#233;diatement le territoire envahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal de la guerre. Une arm&#233;e de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud fait mouvement vers Louisville, tandis que des volontaires accourent de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio pour sauver le Kentucky des &#233;missaires arm&#233;s de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de la Conf&#233;d&#233;ration pour annexer le Missouri et le Kentucky, par exemple, contre la volont&#233; de la population d&#233;montrent l'inanit&#233; du pr&#233;texte selon lequel elle lutte pour d&#233;fendre les droits des divers &#201;tats, face aux empi&#233;tements de l'Union. Certes, elle reconna&#238;t le droit aux diff&#233;rents &#201;tats formant - d'apr&#232;s elle - le &#171; Sud &#187; de se s&#233;parer de l'Union, mais leur d&#233;nie celui d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la guerre contre l'ext&#233;rieur, la dictature militaire &#224; l'int&#233;rieur, et l'esclavage partout, leur donnent pour l'heure un semblant d'harmonie, les &#201;tats esclavagistes eux-m&#234;mes ne manquent pas d'&#233;l&#233;ments r&#233;calcitrants. Un exemple frappant en est le Texas avec 180 388 esclaves contre 601 039 habitants. La loi de 1845 en vertu de laquelle le Texas est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis, en tant qu'&#201;tat esclavagiste, lui donnait le droit de former de son territoire non seulement un, mais cinq &#201;tats. Ainsi, le Sud e&#251;t gagn&#233; dix nouvelles voix, au lieu de deux, au S&#233;nat am&#233;ricain ; or, l'augmentation du nombre de ses voix au S&#233;nat &#233;tait l'un des buts principaux de sa politique d'alors. Cependant, de 1845 &#224; 1860, les esclavagistes ne r&#233;ussirent m&#234;me pas &#224; d&#233;couper en deux &#201;tats le Texas, o&#249; la population allemande joue un r&#244;le important, car, dans le second &#201;tat, le parti du travail libre l'e&#251;t emport&#233; sur le parti esclavagiste [7]. Est-il meilleure preuve de la force de l'opposition contre l'oligarchie esclavagiste au Texas m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Georgie est le plus grand et le plus peupl&#233; des &#201;tats esclavagistes. On y compte 462 230 esclaves sur un total de 1 057 327 habitants, soit environ la moiti&#233; de la population. Malgr&#233; cela, le parti esclavagiste ne parvint pas jusqu'ici &#224; faire sanctionner par un vote g&#233;n&#233;ral de la population la Constitution octroy&#233;e au Sud &#224; Montgomery [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assembl&#233;e d'&#201;tat de la Louisiane, qui se r&#233;unit le 21 mars 1861 &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, Roselius, le v&#233;t&#233;ran politique de l'&#201;tat d&#233;clara : &#171; La Constitution de Montgomery n'est pas une constitution, mais une conspiration. Elle n'instaure pas un gouvernement du peuple, mais une oligarchie d&#233;testable qui ne conna&#238;t pas de limites. Il ne fut pas permis au peuple d'intervenir &#224; cette occasion. L'assembl&#233;e de Montgomery a creus&#233; la tombe de la libert&#233; politique, et l'on nous invite aujourd'hui &#224; assister &#224; ses obs&#232;ques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes n'utilisa pas seulement l'assembl&#233;e de Montgomery pour proclamer la s&#233;paration du Sud d'avec le Nord, mais l'exploita encore pour bouleverser la constitution interne des &#201;tats esclavagistes et compl&#233;ter l'asservissement de la partie blanche de la population, qui entendait conserver encore quelque ind&#233;pendance sous la protection et la constitution d&#233;mocratique de l'Union. D&#233;j&#224;, entre 1856 et 1860, les porte-parole politiques, les juristes, les autorit&#233;s morales et religieuses du parti esclavagiste n'avaient pas tant cherch&#233; &#224; d&#233;montrer que l'esclavage des Noirs &#233;tait justifi&#233;, mais que la couleur de la peau n'y faisait rien, la classe ouvri&#232;re &#233;tant partout n&#233;e pour l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, au sens le plus plein, la guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud est une guerre de conqu&#234;te, destin&#233;e &#224; l'extension et &#224; la perp&#233;tuation de l'esclavage. La plus grande partie des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires ne se trouve pas encore aux mains de l'Union, bien qu'ils aient pris parti pour elle par le moyen des urnes, puis par celui des armes. Cependant, la Conf&#233;d&#233;ration les compte dans le &#171; Sud &#187; et cherche &#224; les arracher de force &#224; l'Union. Dans les &#201;tats fronti&#232;res qu'elle occupe pour le moment, la Conf&#233;d&#233;ration tient en &#233;chec par la loi martiale les r&#233;gions montagneuses en grande partie favorables au mode de vie libre. A l'int&#233;rieur des &#201;tats esclavagistes proprement dits, elle supplante la d&#233;mocratie existant jusqu'ici en instaurant le pouvoir sans bornes de l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ses plans de conqu&#234;te, la Conf&#233;d&#233;ration du Sud renoncerait &#224; son principe vital et au but de la s&#233;cession. De fait, la s&#233;cession ne s'est produite que parce qu'au sein de l'Union la transformation des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires en &#201;tats esclavagistes ne semble pas r&#233;alisable ind&#233;finiment. Au reste, s'il c&#233;dait pacifiquement &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud les territoires contest&#233;s, le Nord abandonnerait &#224; la r&#233;publique esclavagiste plus des trois quarts de tout le territoire des &#201;tats-Unis. Le Nord perdrait enti&#232;rement le golfe du Mexique, l'oc&#233;an Atlantique, &#224; l'exception d'une mince bande de terre s'&#233;tendant de la baie de Pensacola &#224; celle du Delaware, et se couperait elle-m&#234;me de l'oc&#233;an Pacifique. Le Missouri, le Kansas, le Nouveau-Mexique, l'Arkansas et le Texas entra&#238;neraient &#224; leur suite la Californie [9]. Incapables d'arracher &#224; la R&#233;publique esclavagiste ennemie l'embouchure du Mississippi au sud, les grands &#201;tats agricoles, situ&#233;s dans le bassin entre les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanys, dans les vall&#233;es du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio, seraient contraints, de par leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, &#224; se d&#233;tacher du Nord et &#224; entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. A leur tour, ces &#201;tats du nord-ouest entra&#238;neraient, dans la m&#234;me ronde de la s&#233;cession, tous les &#201;tats nordistes situ&#233;s plus &#224; l'est, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Nouvelle-Angleterre [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne serait pas la dissolution de l'Union, mais sa r&#233;organisation sur la base de l'esclavage, sous le contr&#244;le reconnu de l'oligarchie esclavagiste. Le plan d'une telle r&#233;organisation a &#233;t&#233; ouvertement proclam&#233; par les principaux porte-parole du Sud au Congr&#232;s de Montgomery. Il explique le paragraphe de la nouvelle constitution, qui ouvre la porte de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration &#224; tout &#201;tat de l'ancienne Union. Le syst&#232;me esclavagiste empesterait toute l'Union. Dans les &#201;tats du Nord, o&#249; l'esclavage est pratiquement irr&#233;alisable, la classe ouvri&#232;re blanche serait progressivement abaiss&#233;e &#224; la condition d'ilote. Ce serait purement et simplement l'application du principe hautement proclam&#233;, selon lequel seules certaines races seraient aptes &#224; &#234;tre libres : comme, dans le Sud, le travail proprement dit est r&#233;serv&#233; aux Noirs, il serait r&#233;serv&#233; dans le Nord aux Allemands et aux Irlandais, ou &#224; leurs descendants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle lutte entre le Sud et le Nord est donc essentiellement un conflit entre deux syst&#232;mes sociaux, entre le syst&#232;me de l'esclavage et celui du travail libre. La lutte a &#233;clat&#233;, parce que les deux syst&#232;mes ne peuvent pas coexister plus longtemps en paix sur le continent nord-am&#233;ricain. Elle ne peut finir qu'avec la victoire de l'un ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats fronti&#232;res et les territoires contest&#233;s, o&#249; les deux syst&#232;mes sont en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, sont comme une &#233;pine dans la chair du Sud, il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre, par ailleurs, qu'au cours de la guerre ils ont repr&#233;sent&#233; jusqu'ici le point faible du Nord. Sur ordre des conjur&#233;s du Sud, une fraction des esclavagistes de ces districts a simul&#233; hypocritement sa loyaut&#233; au Nord, tandis qu'une autre fraction trouvait que ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et ses id&#233;es traditionnelles la rapprochaient de l'Union. Ces deux fractions ont pareillement paralys&#233; le Nord. La crainte d'alt&#233;rer l'humeur des esclavagistes &#171; loyaux &#187; des &#201;tats fronti&#232;res et de les jeter dans les bras de la s&#233;cession, en d'autres termes : les m&#233;nagements empreints de prudence vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts, pr&#233;jug&#233;s et sentiments de ces alli&#233;s douteux, c'est ce qui a frapp&#233; l'Union depuis le d&#233;but de la guerre d'une faiblesse incurable, en la poussant dans la voie des demi-mesures, en l'amenant &#224; manquer hypocritement aux principes inh&#233;rents &#224; la guerre, en &#233;pargnant le point le plus vuln&#233;rable de l'ennemi, la racine du mal : l'esclavage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment encore, Lincoln a r&#233;voqu&#233; pusillanimement la proclamation du Missouri de Fr&#233;mont sur l'&#233;mancipation des Noirs appartenant aux rebelles [11], c'est uniquement en &#233;gard aux violentes protestations des esclavagistes &#171; loyaux &#187; du Kentucky. Quoi qu'il en soit, un tournant a &#233;t&#233; atteint en cette mati&#232;re. Avec le Kentucky, le dernier &#201;tat fronti&#232;re a pris rang parmi les champs de bataille entre Sud et Nord. D&#232;s lors qu'il s'agit d'une v&#233;ritable guerre pour les &#201;tats fronti&#232;res dans les &#201;tats fronti&#232;res eux-m&#234;mes, leur perte ou leur conqu&#234;te est soustraite &#224; la sph&#232;re des d&#233;bats diplomatiques ou parlementaires. Une fraction des esclavagistes jettera bas le masque de la loyaut&#233;, l'autre se satisfera de la perspective d'une indemnisation mon&#233;taire, telle que la Grande-Bretagne en versa aux planteurs de l'Inde occidentale [12]. Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes poussent &#224; la proclamation du mot d'ordre d&#233;cisif : l'&#233;mancipation des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus but&#233;s parmi les d&#233;mocrates et diplomates du Nord se sentent attir&#233;s par cette formule, comme le montrent diverses manifestations tout &#224; fait r&#233;centes. Dans une lettre ouverte, le g&#233;n&#233;ral Cass, ministre de la Guerre sous Buchanan et, jusqu'ici, l'un des alli&#233;s les plus z&#233;l&#233;s du Sud, a proclam&#233; que l'&#233;mancipation des esclaves &#233;tait la condition sine qua non du salut de l'Union. Dans sa derni&#232;re &#171; revue &#187; d'octobre, le Dr Brownson - le porte-parole du parti catholique du Nord et, selon son propre aveu, l'adversaire le plus d&#233;cid&#233; de l'&#233;mancipation des esclaves de 1836 &#224; 1860 - publie un article en faveur de l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous avons combattu l'abolition, dit-il entre autres, tant que nous estimions qu'elle mena&#231;ait l'Union, il nous faut lutter aujourd'hui d'autant plus &#233;nergiquement contre le maintien de l'esclavage que nous sommes persuad&#233;s qu'il est d&#233;sormais incompatible avec la continuation de l'Union ou de la nation comme libre &#201;tat r&#233;publicain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le World, organe new-yorkais des diplomates du cabinet de Washington, conclut l'un de ses derniers articles &#224; sensation contre les abolitionnistes par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jour o&#249; l'on d&#233;cidera que c'est, ou bien l'esclavage, ou bien l'Union qui doit dispara&#238;tre, on aura prononc&#233; la sentence de mort de l'esclavage. Si le Nord ne peut vaincre sans l'&#233;mancipation, il vaincra avec l'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. l'op&#233;ra Don Juan de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels des 3 et 5 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 47-48 et 50-56. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#192; la mort du dernier repr&#233;sentant de la dynastie des Hanovre en 1837, ce fut la fin de l'union personnelle entre l'Angleterre et le Hanovre, qui subsistait depuis 1714.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Au d&#233;but 1861, le peuple du Tennessee s'opposa &#224; la convocation d'une assembl&#233;e devant d&#233;lib&#233;rer du probl&#232;me de la s&#233;cession, par 69 673 voix contre 57 798. Le bastion de l'Union qu'&#233;tait le Tennessee oriental vota contre ce projet par une majorit&#233; de 25 611, tandis que le Tennessee central ne r&#233;unit qu'une faible majorit&#233; et que le Tennessee occidental l'accepta par 15 118 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 16 juin 1861, le peuple du Tennessee vota comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee oriental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 780&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee central&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 265&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camps militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 238&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] En mars 1861, une convention, r&#233;unie au Missouri, s'opposa &#224; la s&#233;cession par 89 voix contre 1. Cependant, les esclavagistes dominaient l'administration d'&#201;tat au point que le Missouri fut lentement, mais s&#251;rement aiguill&#233; dans l'orbite de la Conf&#233;d&#233;ration. Pour r&#233;agir contre *cette &#233;volution, une convention refl&#233;tant les v&#233;ritables sentiments de la population, se r&#233;unit &#224; Jefferson City fin juillet. Le gouverneur Jackson, chef du parti esclavagiste, y fut d&#233;pos&#233;, et remplac&#233; par un partisan de l'Union, Gambie. Ainsi, en ao&#251;t 1861, le gouvernement de l'&#201;tat du Missouri passa d&#233;finitivement aux c&#244;t&#233;s de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Avant 1848, un nombre consid&#233;rable d'Allemands, esp&#233;rant instaurer un &#201;tat ind&#233;pendant, arriv&#232;rent eu Texas o&#249; ils furent bien accueillis par l'administration., Ils furent suivis, en 1848 et 1849, par des milliers de r&#233;volutionnaires allemands. En 1850, la population de souche allemande formait environ le cinqui&#232;me de la population blanche de cet &#201;tat ; &#201;videmment, les anciens r&#233;volutionnaires allemands &#233;taient en grande majorit&#233; anti-esclavagistes. En 1853, ils organis&#232;rent une soci&#233;t&#233; abolitionniste, le Prier Verein. Un an plus tard, une convention r&#233;unie &#224; San Antonio r&#233;clama la fin de l'esclavagisme. Au moment o&#249; &#233;clata la guerre civile, la plupart des Allemands se s&#233;par&#232;rent de l'&#201;tat esclavagiste et rest&#232;rent fid&#232;les au gouvernement de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Plut&#244;t que de courir le risque d'un rejet de la Constitution de Montgomery par la population, les esclavagistes la soumirent pour ratification &#224; l'assembl&#233;e d'&#201;tat. Cette derni&#232;re, sous le contr&#244;le esclavagiste, l'accepta sans autre forme de proc&#232;s, le 16 mars 1861. Cette m&#233;thode fut reprise par d'autres &#201;tats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 1860-1861, les partisans des &#201;tats sudistes s'efforc&#232;rent de s&#233;parer la Californie de l'Union nord-am&#233;ricaine en cr&#233;ant une r&#233;publique &#171; neutre &#187; sur l&#224; c&#244;te du Pacifique. Le gouvernement de Lincoln sut d&#233;jouer &#224; temps ces intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] La Nouvelle-Angleterre, situ&#233;e au nord-est des USA, &#233;tait constitu&#233;e par un groupe de six &#201;tats fortement industrialis&#233;s (Maine, Massachusetts Connecticut, Rhode Island, Vermont, New Hampshire). C'&#233;tait le centre du mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Apr&#232;s le soul&#232;vement des esclaves noirs de la Jama&#239;que, le parlement anglais adopta en 1833 la loi sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. En Inde occidentale, le gouvernement versa aux propri&#233;taires deux livres sterling par esclave affranchi. Les sommes vers&#233;es devaient &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es par des imp&#244;ts ult&#233;rieurs frappant la population, et en premier les Noirs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FR&#201;MONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution de Fr&#233;mont du poste de commandant en chef du Missouri marque un tournant historique dans le cours de la guerre civile am&#233;ricaine. Fr&#233;mont a expi&#233; deux p&#233;ch&#233;s graves. Il fut le premier candidat du Parti r&#233;publicain &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle (1856), et c'est le premier g&#233;n&#233;ral du Nord, qui (le 30 ao&#251;t 1861) mena&#231;a les esclavagistes de l'&#233;mancipation des esclaves [1]. Il reste donc un rival pour les futurs candidats &#224; la pr&#233;sidence et un obstacle pour les actuels faiseurs de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies, une singuli&#232;re pratique s'est d&#233;velopp&#233;e aux &#201;tats-Unis : &#233;viter de faire &#233;lire &#224; la pr&#233;sidence un homme ayant occup&#233; une place d&#233;cisive dans son propre parti. Certes, on utilise le nom de ces personnalit&#233;s au cours de la campagne &#233;lectorale, mais sit&#244;t qu'on aborde l'affaire elle-m&#234;me, on les laisse choir pour les remplacer par des m&#233;diocrit&#233;s inconnues et d'influence purement locale. C'est de cette fa&#231;on que Polk, Pierce, Buchanan, etc., devinrent pr&#233;sidents. Il en fut de m&#234;me de A. Lincoln. En fait, le g&#233;n&#233;ral Andrew Jackson fut le dernier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; devoir sa dignit&#233; &#224; son importance personnelle, alors que tous ses successeurs la doivent au contraire &#224; l'insignifiance de leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e &#233;lectorale de 1860, les noms les plus distingu&#233;s du Parti r&#233;publicain &#233;taient Fr&#233;mont et Seward. Connu pour ses aventures durant la guerre du Mexique [2], son audacieuse exp&#233;dition de Californie et sa candidature de 1856, Fr&#233;mont &#233;tait un personnage trop repr&#233;sentatif pour entrer en consid&#233;ration, sit&#244;t qu'il s'agissait non plus d'effectuer une d&#233;monstration r&#233;publicaine, mais de viser un succ&#232;s r&#233;publicain. C'est pourquoi, il ne fut pas candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement de Seward, s&#233;nateur r&#233;publicain au Congr&#232;s de Washington, gouverneur de l'&#201;tat de New York et, depuis la naissance du Parti r&#233;publicain, indiscutablement son meilleur orateur. Il fallut toute une s&#233;rie de d&#233;faites mortifiantes pour amener M. Seward &#224; renoncer &#224; sa propre candidature et &#224; patronner de sa voix celui qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore plus ou moins un inconnu, A. Lincoln. Cependant, d&#232;s qu'il s'aper&#231;ut de l'&#233;chec de sa propre candidature, il s'imposa lui-m&#234;me, en tant que Richelieu r&#233;publicain, &#224; un homme qu'il tenait lui-m&#234;me pour un Louis XIII r&#233;publicain. Il contribua donc &#224; faire de Lincoln le pr&#233;sident, &#224; condition qu'il f&#238;t de lui le secr&#233;taire d'&#201;tat, dignit&#233; que l'on peut comparer dans une certaine mesure &#224; celle d'un premier ministre anglais. De fait, &#224; peine Lincoln &#233;tait-il &#233;lu pr&#233;sident, que Seward fut assur&#233; du secr&#233;tariat d'&#201;tat. On assista aussit&#244;t &#224; un curieux changement d'attitude du D&#233;mosth&#232;ne du Parti r&#233;publicain, devenu c&#233;l&#232;bre, parce qu'il proph&#233;tisa un &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; entre le syst&#232;me du travail libre et celui de l'esclavage. Bien s&#251;r qu'il f&#251;t &#233;lu le 6 novembre 1860, Lincoln ne devait acc&#233;der &#224; la fonction pr&#233;sidentielle que le 4 mars 1861. Dans l'intervalle, au cours de la session d'hiver du Congr&#232;s, Seward se fit le centre de toutes les tentatives de compromis. Les organes sudistes dans le Nord - par exemple le New York Herald, dont la b&#234;te noire avait &#233;t&#233; jusqu'ici Seward - se mirent soudain &#224; vanter ses m&#233;rites d'homme d'&#201;tat de la r&#233;conciliation et, effectivement, ce ne fut pas sa faute si la paix a tout prix ne fut pas conclue. Manifestement, Seward utilisait le secr&#233;tariat d'&#201;tat comme tremplin et se pr&#233;occupait moins du pr&#233;sent &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; [3] que de la future pr&#233;sidence. Il a prouv&#233; une fois de plus que les virtuoses de la langue &#233;taient des hommes d'&#201;tat dangereux auxquels on ne peut faire confiance. Qu'on lise ses d&#233;p&#234;ches d'&#201;tat ! C'est un m&#233;lange ignoble de grands mots et de petit esprit, de force apparente et de faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Seward, Fr&#233;mont &#233;tait un rival dangereux qu'il fallait perdre. Cette entreprise apparut d'autant plus facile que, conform&#233;ment &#224; ses habitudes d'avocat, Lincoln a une aversion pour tout ce qui est g&#233;nial, s'accroche anxieusement &#224; la lettre de la Constitution et redoute tout pas qui pourrait d&#233;cevoir les &#171; loyaux &#187; esclavagistes des &#201;tats fronti&#232;res. Le caract&#232;re de Fr&#233;mont offrit un autre pr&#233;texte. C'est manifestement un homme de pathos, quelque peu excessif et hyperbolique, port&#233; aux envol&#233;es m&#233;lodramatiques. Le gouvernement l'incita tout d'abord &#224; d&#233;missionner volontairement en l'accablant de toutes sortes de chicanes. Lorsque cette m&#233;thode &#233;choua, il lui enleva son commandement, au moment pr&#233;cis o&#249; l'arm&#233;e qu'il avait organis&#233;e lui-m&#234;me se trouvait face &#224; face avec l'ennemi dans le sud-ouest du Missouri et qu'il fallait livrer la bataille d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;mont est l'idole des &#201;tats du nord-ouest qui le c&#233;l&#232;brent comme pathfinder (&#233;claireur). Ils consid&#232;rent sa destitution comme une injure personnelle. Si le gouvernement de l'Union subit encore quelques revers comme ceux de Bull Run et de Balls Bluff [4], il aura donn&#233; lui-m&#234;me John Fr&#233;mont pour chef &#224; l'opposition, qui se dressera alors contre lui et brisera l'actuel syst&#232;me diplomatique de conduite de la guerre. Nous reviendrons plus tard sur les accusations publi&#233;es par le minist&#232;re de la Guerre de Washington contre le g&#233;n&#233;ral destitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les &#201;tats-Unis firent la guerre au Mexique, de 1846 &#224; 1848 ; les &#201;tats-Unis conquirent pr&#232;s de la moiti&#233; du pays, notamment tout le Texas, la Nouvelle-Californie et le Nouveau-Mexique. Les planteurs du Sud et la bourgeoisie financi&#232;re furent &#224; l'origine de cette campagne de brigandage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'expression est de Seward, cf. son discours du 25 octobre 1858 &#224; Rochester, in : W.H. Seward, Works, ed. G.E. Baker, Boston 1884, vol. IV, pp. 289-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la bataille de Balls Bluff, au nord-ouest de Washington, les arm&#233;es sudistes an&#233;antirent le 21 octobre 1861 plusieurs r&#233;giments de l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Stone qui avaient travers&#233; le Potomac sans renforts. Ces deux batailles mirent en &#233;vidence les lacunes s&#233;rieuses au sein de l'organisation et de la direction des arm&#233;es nordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : AFFAIRES AM&#201;RICAINES&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 f&#233;vrier 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 mars 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Lincoln n'ose pas faire un pas en avant tant que le cours des &#233;v&#233;nements et l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'opinion publique permettent de temporiser. Mais, une fois qu' &#171; Old Abe &#187; s'est convaincu lui-m&#234;me qu'un tel tournant s'est produit, il surprend autant ses amis que ses ennemis par la soudainet&#233; d'une op&#233;ration men&#233;e avec le moins de bruit possible. Ainsi, de la mani&#232;re la moins voyante, il vient d'ex&#233;cuter un coup, qui, six mois auparavant, e&#251;t pu lui co&#251;ter le si&#232;ge de pr&#233;sident et qui, il y a peu de mois encore e&#251;t suscit&#233; une temp&#234;te de protestations. Nous parlons de l'&#233;limination de McClellan de son poste de commandant en chef de toutes les arm&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Lincoln avait remplac&#233; le ministre de la Guerre Cameron par un juriste &#233;nergique et implacable, Mr Edwin Stanton. Celui-ci lan&#231;a aussit&#244;t un ordre du jour aux g&#233;n&#233;raux Buell, Halleck, Sherman et autres commandants de services entiers ou de chefs d'exp&#233;ditions, leur enjoignant d'attendre &#224; l'avenir que leur parviennent directement tous les ordres, publics et secrets, du minist&#232;re de la Guerre, et, de m&#234;me, de r&#233;pondre directement a ce minist&#232;re. Enfin, Lincoln donna quelques ordres qu'il signa lui-m&#234;me en tant que &#171; commandant en chef de l'arm&#233;e et de la marine &#187;, titre qui lui revenait de par la Constitution. De cette mani&#232;re &#171; tranquille &#187;, le &#171; jeune Napol&#233;on &#187; [1] fut d&#233;pouill&#233; du commandement supr&#234;me qu'il exer&#231;ait jusque-l&#224; sur toutes les arm&#233;es et fut r&#233;duit &#224; la seule direction de l'arm&#233;e du Potomac, bien qu'il gard&#226;t le titre de &#171; commandant en chef &#187; [2]. Les succ&#232;s remport&#233;s au Kentucky, au Tennessee et sur la c&#244;te Atlantique ont inaugur&#233; favorablement la prise en main du commandement supr&#234;me par le pr&#233;sident Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste de commandant en chef, occup&#233; jusque-l&#224; par McClellan, a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233; aux &#201;tats-Unis par l'Angleterre et correspond &#224; peu pr&#232;s a la dignit&#233; de grand conn&#233;table dans l'arm&#233;e fran&#231;aise de l'ancien r&#233;gime. Pendant la guerre de Crim&#233;e, l'Angleterre elle-m&#234;me d&#233;couvrit que cette vieille institution &#233;tait d&#233;sormais inad&#233;quate. Elle r&#233;alisa donc un compromis gr&#226;ce auquel une partie des attributs du commandant en chef fut transmise au minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la tactique fabienne, [3] de McClellan, nous manquons encore du mat&#233;riel voulu. Mais, il ne fait pas de doute que son action entravait la conduite des op&#233;rations militaires en, g&#233;n&#233;ral. On peut dire de McClellan ce que Macaulay disait d'Essex : &#171; Les fautes militaires d'Essex d&#233;coulent essentiellement de ses sentiments politiques timor&#233;s. Certes, il est honn&#234;te, mais il n'est nullement attach&#233; &#224; la cause du Parlement : en dehors d'une grande d&#233;faite, il ne craint rien davantage qu'une grande victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des officiers form&#233;s &#224; West Point et appartenant &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, McClellan est plus ou moins li&#233; par l'esprit de corps &#224; ses anciens camarades qui se trouvent dans le camp ennemi. Il jalouse, lui aussi, les parvenus que sont &#224; ses yeux les &#171; soldats du civil &#187;. Pour lui, la guerre doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re purement technique, comme une affaire, en ayant toujours en vue de restaurer l'Union sur sa base ancienne, et c'est pourquoi il convient avant tout de se tenir en dehors de toute tendance et principe r&#233;volutionnaires. En v&#233;rit&#233;, c'est l&#224; une bien curieuse conception d'une guerre qui est essentiellement une guerre de principes ! Les premiers g&#233;n&#233;raux du Parlement anglais partageaient la m&#234;me erreur. &#171; Mais, dit Cromwell dans son adresse au parlement-croupion du 4 juillet 1653, comme tout cela a chang&#233; lorsque la direction a &#233;t&#233; assum&#233;e par des hommes p&#233;n&#233;tr&#233;s de l'esprit de religiosit&#233; et de foi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Star de Washington, l'organe particulier de McClellan, d&#233;clare encore dans son dernier num&#233;ro : &#171; Le but de toutes les combinaisons militaires du g&#233;n&#233;ral McClellan est le r&#233;tablissement de l'Union sous la forme exacte o&#249; elle existait avant que n'&#233;clat&#226;t la r&#233;bellion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc si, sur le Potomac, l'arm&#233;e &#233;tait employ&#233;e sous les yeux du commandant en chef &#224; la chasse aux esclaves ! Tout r&#233;cemment encore, McClellan fit expulser du camp par ordre expr&#232;s la famille des musiciens Kutchinson, qui y chantait des chansons... anti-esclavagistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part de telles manifestations &#171; contre les tendances &#187;, McClellan prenait sous sa haute protection les tra&#238;tres de l'arm&#233;e unioniste. Par exemple, il promut Maynard &#224; un grade sup&#233;rieur, bien que ce f&#251;t un agent des s&#233;cessionnistes, comme le prouvent les documents officiels du comit&#233; d'enqu&#234;te de la Chambre des repr&#233;sentants. Du g&#233;n&#233;ral Patterson, dont la trahison provoqua la d&#233;faite de Manassas, jusqu'au g&#233;n&#233;ral Stone, qui organisa la d&#233;faite de Balls Bluff en connivence directe avec l'ennemi. McClellan savait soustraire tout tra&#238;tre militaire &#224; la cour martiale, voire le plus souvent l'emp&#234;cher d'&#234;tre renvoy&#233; de son poste. A ce sujet, le comit&#233; d'enqu&#234;te du Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; les faits les plus surprenants. Lincoln r&#233;solut de d&#233;montrer par une mesure &#233;nergique, que lorsqu'il assumait le commandement supr&#234;me, l'heure des tra&#238;tres &#224; &#233;paulettes avait sonn&#233;, et qu'un tournant s'&#233;tait produit dans la politique de guerre. Sur son ordre, le g&#233;n&#233;ral Stone fut arr&#234;t&#233; dans son lit le 10 f&#233;vrier &#224; deux heures du matin et conduit au fort Lafayette. Quelques heures plus tard, parvint l'ordre de son arrestation, sign&#233; de Stanton et contenant l'accusation de haute trahison passible de la cour martiale. L'arrestation de Stone et sa mise en accusation ont eu lieu sans que le g&#233;n&#233;ral McClellan en f&#251;t inform&#233; au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il restait inactif et portait les lauriers tress&#233;s &#224; l'avance, McClellan &#233;tait manifestement r&#233;solu &#224; ne pas permettre qu'un autre g&#233;n&#233;ral le devan&#231;&#226;t. Les g&#233;n&#233;raux Halleck et Pope avaient pr&#233;par&#233; un mouvement combin&#233; pour contraindre &#224; une bataille d&#233;cisive le g&#233;n&#233;ral Price, qui avait d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233; une fois &#224; Fr&#233;mont par suite d'une intervention de Washington. Un t&#233;l&#233;gramme de McClellan leur interdit de mener &#224; bien leur entreprise. Un t&#233;l&#233;gramme semblable, adress&#233; au g&#233;n&#233;ral Halleck, &#171; annula l'ordre &#187; d'enlever le fort Columbus, &#224; un moment o&#249; ce fort se trouvait &#224; moiti&#233; sous l'eau. McClellan avait express&#233;ment d&#233;fendu aux g&#233;n&#233;raux de l'Ouest de correspondre entre eux. Chacun devait commencer par s'adresser &#224; Washington, s'il voulait combiner un mouvement. Le pr&#233;sident Lincoln vient de leur rendre leur indispensable libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de, lire le pan&#233;gyrique que le New York Herald dresse sans arr&#234;t au g&#233;n&#233;ral McClellan pour juger de la qualit&#233; de sa politique militaire. C'est le h&#233;ros, selon le c&#339;ur du Herald. Le fameux Bennett, propri&#233;taire et r&#233;dacteur en chef du Herald, r&#233;gnait dans le temps sur les administrations de Pierce et de Buchanan par l'entremise de ses &#171; repr&#233;sentants sp&#233;ciaux &#187;, alias correspondants &#224; Washington. Sous l'administration Lincoln, il essaya de reconqu&#233;rir ce m&#234;me pouvoir par un d&#233;tour gr&#226;ce &#224; son &#171; repr&#233;sentant sp&#233;cial &#187;, le Dr Ives, sudiste notoire et fr&#232;re d'un officier ayant d&#233;sert&#233; pour la Conf&#233;d&#233;ration et qui avait r&#233;ussi &#224; gagner la faveur de McClellan. Sous le patronage de McClellan, il semble que cet Ives ait joui de grandes privaut&#233;s, notamment &#224; l'&#233;poque o&#249; Cameron fut &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. Il attendait manifestement que Stanton lui accord&#226;t les m&#234;mes privil&#232;ges et, en cons&#233;quence, il se pr&#233;senta le 8 f&#233;vrier au bureau militaire, o&#249; le ministre de la Guerre, son secr&#233;taire en chef et quelques membres du Congr&#232;s d&#233;lib&#233;raient sur des mesures militaires &#224; prendre. On le mit &#224; la porte, mais il se dressa sur ses ergots et, en battant en retraite, il mena&#231;a de faire ouvrir le feu par le Herald sur l'actuel minist&#232;re de la Guerre, s'il lui retirait son &#171; privil&#232;ge particulier &#187;, &#224; savoir &#234;tre dans la confidence des d&#233;lib&#233;rations de cabinet, des t&#233;l&#233;grammes, informations g&#233;n&#233;rales et nouvelles de guerre. Le lendemain 9 f&#233;vrier, le Dr Ives avait r&#233;uni tout l'&#233;tat-major de McClellan pour un d&#238;ner au champagne. Mais, la malchance vient vite. Un sous-officier suivi de six hommes, qui s'empara du puissant Ives et l'emmena au fort MacHenry, o&#249; - comme l'ordre du ministre de la Guerre le dit express&#233;ment - il est tenu sous surveillance &#233;troite en tant qu'espion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nom donn&#233; &#224; McClellan par ses partisans d&#233;mocrates, parce qu'il avait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef des troupes de l'Union d&#232;s l'&#226;ge de trente-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mars 1862, Lincoln lan&#231;a &#224; l'arm&#233;e l' &#171; ordre du jour g&#233;n&#233;ral n&#176; 3 &#187; dans lequel il enjoignait &#224; McClellan de prendre &#171; la t&#234;te de l'arm&#233;e du Potomac jusqu'&#224; nouvel ordre &#187; et l'informait qu'il &#233;tait &#171; relev&#233; du commandement des autres d&#233;partements militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le g&#233;n&#233;ral romain Quintus Fabius Maximus surnomm&#233; Cunctator (temporiseur), s'effor&#231;a au cours de la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) d'utiliser les immenses avantages et r&#233;serves d'ordre militaire dont il disposait pour s'attirer les bonnes gr&#226;ces de l'arm&#233;e. Son plan consistait &#224; &#233;viter toute bataille d&#233;cisive et &#224; se d&#233;fendre dans des camps retranch&#233;s. Chaque erreur de l'adversaire &#233;tait utilis&#233;e pour remonter le moral de l'arm&#233;e romaine par de petites victoires et effacer l'effet d&#233;primant des d&#233;faites pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 et 27 mars 1862.&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous quelque angle qu'on la consid&#232;re, la guerre civile am&#233;ricaine pr&#233;sente un spectacle sans parall&#232;le dans les annales de l'histoire militaire. L'immense &#233;tendue du territoire disput&#233;, l'ampleur des lignes d'op&#233;ration et du front, la puissance num&#233;rique des arm&#233;es ennemies, dont la cr&#233;ation n'a pu pratiquement s'appuyer sur aucune base d'organisation ant&#233;rieure, le co&#251;t fabuleux de ces arm&#233;es, leur mode de direction et les principes g&#233;n&#233;raux de tactique et de strat&#233;gie r&#233;gissant cette guerre, tout cela est nouveau pour l'observateur europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conspiration s&#233;cessionniste, organis&#233;e, patronn&#233;e et soutenue bien avant qu'elle n'&#233;clat&#226;t par l'administration de Buchanan, a donn&#233; au Sud un avantage initial, gr&#226;ce auquel seule elle pouvait esp&#233;rer atteindre ses buts. Menac&#233; par sa population d'esclaves [1] et par d&#233; forts &#233;l&#233;ments unionistes parmi les Blancs, disposant d'un nombre d'hommes libres trois fois moins &#233;lev&#233; que le Nord, mais plus prompt &#224; l'attaque gr&#226;ce &#224; ses innombrables oisifs, assoiff&#233;s d'aventures, tout d&#233;pendait pour le Sud d'une offensive rapide, audacieuse, voire t&#233;m&#233;raire. Si les sudistes parvenaient &#224; s'emparer de Saint-Louis, de Cincinnati, de Washington, de Baltimore et peut-&#234;tre de Philadelphie, ils pouvaient soulever un mouvement de panique, cependant que la diplomatie et la corruption eussent assur&#233; &#224; tous les &#201;tats esclavagistes la reconnaissance de leur ind&#233;pendance. En revanche, si cette premi&#232;re offensive &#233;chouait - du moins sur ses points d&#233;cisifs - leur situation devait empirer de jour en jour, parall&#232;lement au d&#233;veloppement des forces du Nord. C'est ce que comprirent parfaitement les hommes qui, dans un esprit v&#233;ritablement bonapartiste, organis&#232;rent la conspiration s&#233;cessionniste, puis ouvrirent la campagne. Leurs bandes d'aventuriers submerg&#232;rent le Missouri et le Tennessee, tandis que les troupes plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;es envahirent la Virginie orientale et pr&#233;par&#232;rent un coup de main en direction de Washington. Ce coup ayant &#233;chou&#233;, la campagne sudiste &#233;tait perdue du point de vue militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nord entra en guerre &#224; contrec&#339;ur dans un demi-sommeil, comme il fallait s'y attendre &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; de son industrie et de son commerce. Le m&#233;canisme social &#233;tait infiniment plus complexe ici qu'au Sud, et il fallut bien plus de temps pour imprimer &#224; son appareil une direction aussi inhabituelle. L'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois s'av&#233;ra &#234;tre une grave erreur, encore qu'elle f&#251;t sans doute in&#233;vitable [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Nord devait consister d'abord &#224; se tenir sur la d&#233;fensive sur tous les points d&#233;cisifs, afin d'organiser ses forces, les exercer et les pr&#233;parer &#224; des batailles d&#233;cisives par des op&#233;rations de faible envergure et peu risqu&#233;es ; puis - d&#232;s que l'organisation se trouvait quelque peu renforc&#233;e et que les &#233;l&#233;ments f&#233;lons &#233;taient plus ou moins &#233;cart&#233;s de son arm&#233;e - &#224; passer &#224; une offensive &#233;nergique et ininterrompue, en vue de reconqu&#233;rir avant tout le Kentucky, le Tennessee, la Virginie et la Caroline du Nord. La transformation des civils en soldats devait co&#251;ter plus de temps au Nord qu'au Sud. Mais, une fois cela achev&#233;, on pouvait se fier &#224; la sup&#233;riorit&#233; individuelle du nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, si nous faisons abstraction des erreurs qui ont une source plus politique que militaire, le Nord a agi conform&#233;ment &#224; ces principes : la petite guerre au Missouri et en Virginie occidentale, tandis qu'elle prot&#233;geait les populations unionistes, accoutumait les troupes au service de campagne et au feu, sans les exposer &#224; des d&#233;faites d&#233;cisives. La grave humiliation de Bull Run [3] &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, la cons&#233;quence d'une erreur ant&#233;rieure : l'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois. Il est absurde de demander &#224; de nouvelles recrues d'attaquer de front une puissante position, situ&#233;e sur un terrain difficile et occup&#233;e par un adversaire &#224; peine inf&#233;rieur en nombre. La panique qui s'empara au moment d&#233;cisif de l'arm&#233;e unioniste, et dont la cause n'a toujours pas &#233;t&#233; clarifi&#233;e, ne pouvait surprendre quiconque est tant soit peu familiaris&#233; avec l'histoire des guerres populaires. De tels incidents se produisirent fr&#233;quemment chez les troupes fran&#231;aises de 1792-1795 [4], mais n'emp&#234;ch&#232;rent aucunement ces m&#234;mes soldats de gagner les batailles de Jemappes et de Fleurus, de Montenotte, Castiglione et Rivoli. Les railleries de la presse europ&#233;enne sur la panique de Bull Run n'ont qu'une seule excuse &#224; leur sottise : les fanfaronnades d'une partie de la presse nord-am&#233;ricaine avant le d&#233;clenchement de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pit de six mois cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite de Manassas fut exploit&#233; plus efficacement par le Nord que par le Sud. Non seulement les rangs nordistes grossirent bien plus que les rangs sudistes, mais leurs officiers re&#231;urent une meilleure instruction ; la discipline et l'entra&#238;nement des troupes ne se heurt&#232;rent pas aux m&#234;mes obstacles qu'au Sud. Les tra&#238;tres et les incapables furent en grande partie &#233;cart&#233;s : le temps de la panique de Bull Run appartient au pass&#233;. Certes, il ne faut pas juger les deux arm&#233;es selon les crit&#232;res propres aux principales arm&#233;es europ&#233;ennes, voire &#224; l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis. En fait, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; parfaire en un mois, dans ses casernes, l'entra&#238;nement des bataillons de nouvelles recrues, puis &#224; les entra&#238;ner &#224; la marche dans le second, et les conduire &#224; l'ennemi le troisi&#232;me. Mais, alors, chaque bataillon recevait un compl&#233;ment suffisant d'officiers et de sous-officiers &#233;prouv&#233;s ; et, enfin, on attribuait &#224; chaque compagnie de vieux soldats, pour qu'au jour de la bataille les jeunes troupes fussent entour&#233;es, ou mieux encadr&#233;es par les v&#233;t&#233;rans. Or, toutes ces conditions font d&#233;faut &#224; l'Am&#233;rique. Sans la masse consid&#233;rable de l'exp&#233;rience militaire de ceux qui ont &#233;migr&#233; en Am&#233;rique, &#224; la suite des convulsions r&#233;volutionnaires de 1848-1849, l'organisation des arm&#233;es de l'Union e&#251;t exig&#233; un temps plus long encore [5]. Le nombre tr&#232;s r&#233;duit des morts et des bless&#233;s par rapport au nombre total des troupes engag&#233;es (habituellement de un sur vingt) d&#233;montre que la plupart des engagements, m&#234;me les plus r&#233;cents, au Kentucky et au Tennessee, ont &#233;t&#233; effectu&#233;s principalement en utilisant des armes &#224; feu &#224; longue distance, et que les rares charges &#224; la ba&#239;onnette s'arr&#234;taient bient&#244;t devant le feu de l'ennemi, ou bien mettaient l'adversaire en fuite avant m&#234;me qu'on en v&#238;nt au corps &#224; corps. Dans l'intervalle, la nouvelle campagne s'est ouverte sous des auspices plus favorables, avec l'avance de Buell et Halleck &#224; travers le Kentucky en direction du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir reconquis le Missouri et la Virginie occidentale, l'Union ouvrit la campagne en avan&#231;ant en direction du Kentucky [6]. Les s&#233;cessionnistes tenaient l&#224; trois fortes positions ou camps retranch&#233;s : Columbus sur le Mississippi &#224; leur gauche ; Bowling Green au centr&#233; ; Mill Springs sur la rivi&#232;re de Cumberland &#224; leur droite. Leur ligne s'&#233;tendait d'ouest en est, sur plus de trois cents milles. L'ampleur de cette ligne enlevait aux trois corps engag&#233;s toute possibilit&#233; de se soutenir mutuellement, et offrait aux troupes de l'Union la chance de pouvoir attaquer chacun d'eux isol&#233;ment et avec des forces sup&#233;rieures. La grande erreur des s&#233;cessionnistes fut, dans la disposition de leurs forces, de vouloir tenir tout le terrain occup&#233;. Le Kentucky e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;fendu avec bien plus d'efficacit&#233; au moyen d'un seul camp puissamment fortifi&#233;, au centre du pays, pr&#233;par&#233; comme champ de bataille pour un engagement d&#233;cisif et tenu par le gros de l'arm&#233;e : ou bien il aurait attir&#233; le gros des forces unionistes, ou bien il les aurait mises dans une position p&#233;rilleuse, d&#232;s lors qu'elles eussent tent&#233; d'attaquer une concentration de troupes aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions donn&#233;es, les unionistes r&#233;solurent d'attaquer les trois camps l'un apr&#232;s l'autre, en cherchant &#224; en faire sortir l'ennemi par une s&#233;rie de man&#339;uvres en vue de l'obliger &#224; accepter le combat en rase campagne. Ce plan correspondant &#224; toutes les r&#232;gles de l'art militaire fut ex&#233;cut&#233; avec d&#233;cision et rapidit&#233;. Vers la mi-janvier, un corps d'environ quinze mille unionistes marcha sur Mill Springs [7], tenu par vingt mille s&#233;cessionnistes. Les unionistes man&#339;uvr&#232;rent si bien qu'ils firent croire &#224; leurs adversaires qu'ils n'avaient affaire qu'&#224; un faible d&#233;tachement. Le g&#233;n&#233;ral Zollicoffer tomba aussit&#244;t dans le pi&#232;ge : il sortit de son camp retranch&#233; et attaqua les unionistes. Trop tard, il se rendit compte qu'il avait en face de lui une force sup&#233;rieure. Il fut tu&#233;, et ses troupes subirent une d&#233;faite aussi compl&#232;te que les unionistes &#224; Bull Run. Mais, cette fois-ci, la victoire fut tout autrement exploit&#233;e. L'arm&#233;e vaincue fut &#233;troitement talonn&#233;e jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;e, d&#233;moralis&#233;e, ayant perdu son artillerie de campagne et ses trains d'&#233;quipage, elle parvint &#224; son camp de Mill Springs. Ce camp ayant &#233;t&#233; &#233;difi&#233; sur le c&#244;t&#233; nord de la rivi&#232;re de Cumberland, en cas d'une nouvelle d&#233;faite, la garnison avait la retraite coup&#233;e, hormis par le fleuve, au moyen de quelques navires a vapeur ou de barques de rivi&#232;re. Nous avons not&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral les camps s&#233;cessionnistes sont &#233;difi&#233;s sur la rive ennemie des fleuves. Il n'est pas seulement de r&#232;gle, mais encore pratique de s'aligner de la sorte, mais &#224; condition d'avoir un pont &#224; dos. Dans ce cas, le camp sert de t&#234;te de pont et donne &#224; ceux qui le tiennent le privil&#232;ge de jeter leurs forces &#224; volont&#233; sur l'une ou l'autre rive du fleuve, c'est-&#224;-dire de dominer compl&#232;tement le cours d'eau. En revanche, un camp sur le c&#244;t&#233; ennemi du fleuve, sans pont &#224; dos, coupe toute voie de retraite apr&#232;s un engagement malheureux, et force les troupes &#224; capituler ou les expose au massacre et &#224; la noyade, comme ce fut le cas pour les unionistes pr&#232;s de Ball's Bluff sur la rive ennemie du Potomac o&#249; la trahison du g&#233;n&#233;ral Stone les avait envoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les s&#233;cessionnistes vaincus eurent atteint leur camp de Mill Springs, ils comprirent aussit&#244;t qu'il leur fallait ou bien repousser l'attaque de l'ennemi contre leurs retranchements, ou bien capituler sous peu. Or apr&#232;s l'exp&#233;rience du matin, ils avaient perdu confiance en leur capacit&#233; de r&#233;sistance. En cons&#233;quence, lorsque les unionistes avanc&#232;rent le lendemain pour attaquer le camp, ils s'aper&#231;urent que l'ennemi avait mis la nuit &#224; profit pour traverser le fleuve, en leur abandonnant le camp, les trains d'&#233;quipage, l'artillerie et l'approvisionnement. De cette mani&#232;re, l'extr&#233;mit&#233; droite de la ligne s&#233;cessionniste &#233;tait repouss&#233;e vers le Tennessee, et le Kentucky oriental, o&#249; la masse de la population est hostile au parti esclavagiste, fut reconquis par l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment - vers la mi-janvier - les unionistes commenc&#232;rent les pr&#233;paratifs pour d&#233;loger les s&#233;cessionnistes de Columbus et de Bowling Green. Une puissante flotte de vaisseaux &#224; mortiers et de canonni&#232;res blind&#233;es &#233;tait tenue pr&#234;te, et la nouvelle fut lanc&#233;e aux quatre vents qu'elle servirait &#224; convoyer une nombreuse arm&#233;e le long du Mississippi, de Cairo &#224; Memphis et &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans. En fait, toutes les d&#233;monstrations sur le Mississippi n'&#233;taient que de simples man&#339;uvres de diversion. Au moment d&#233;cisif, les canonni&#232;res furent achemin&#233;es sur l'Ohio, puis de l&#224; sur le Tennessee qu'elles remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Henry. Avec Fort Donelson sur la rivi&#232;re de Cumberland, cette place forte constituait la seconde ligne de d&#233;fense des s&#233;cessionnistes au Tennessee. La position avait &#233;t&#233; bien choisie, car, en cas de retraite derri&#232;re le Cumberland, ce cours d'eau couvrirait leur front tout comme le Tennessee prot&#233;geait leur flanc gauche, l'&#233;troite bande de terre entre les deux fleuves &#233;tant suffisamment couverte par les deux forts ci-dessus mentionn&#233;s. Cependant, gr&#226;ce &#224; une action rapide, les unionistes enfonc&#232;rent m&#234;me la seconde ligne, avant qu'ils aient attaqu&#233; l'aile gauche et le centre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re semaine de f&#233;vrier, les canonni&#232;res unionistes firent leur apparition devant Fort Henry, qui fut enlev&#233; apr&#232;s un court bombardement. La garnison put s'&#233;chapper et rejoindre Fort Donelson, car les forces terrestres, dont disposait l'exp&#233;dition n'&#233;taient pas assez nombreuses pour encercler la place. Les canonni&#232;res redescendirent donc le Tennessee jusqu'&#224; l'Ohio et, de l&#224; par le Cumberland, remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Donelson. Une canonni&#232;re isol&#233;e remonta hardiment le Tennessee, en plein c&#339;ur de l'&#201;tat du m&#234;me nom, en fr&#244;lant l'&#201;tat du Missouri ; elle progressa jusqu'&#224; Florence dans le nord de l'Alabama, o&#249; une s&#233;rie de marais et de bancs (connus sous le nom de Muscle Shoals) interdit toute poursuite de la navigation. Le fait qu'une seule canonni&#232;re ait pu accomplir cette longue croisi&#232;re d'au moins cent cinquante milles et revenir ensuite sans avoir subi la moindre attaque prouve que les sentiments unionistes pr&#233;valent le long du fleuve et seront fort utiles le jour o&#249; les troupes de l'Union avanceront jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition fluviale sur le Cumberland combinait cependant ses mouvements avec ceux des forces terrestres, sous le g&#233;n&#233;ral Halleck et Grant. Les s&#233;cessionnistes stationn&#233;s &#224; Bowling Green furent induits en erreur par la d&#233;monstration des unionistes. Ils rest&#232;rent tranquillement dans leur camp pendant la semaine qui suivit la chute de Fort Henry, tandis que Fort Donelson &#233;tait encercl&#233; c&#244;t&#233; terre par quarante mille unionistes et que le c&#244;t&#233; fleuve &#233;tait menac&#233; par une puissante flotte de canonni&#232;res. Comme le camp de Mill Springs et Fort Henry, Fort Donelson a le cours d'eau &#224; dos, sans disposer d'un pont pour la retraite. C'est la place la plus forte que les unionistes aient attaqu&#233;e jusqu'ici. Les travaux de fortification avaient &#233;t&#233; effectu&#233;s avec le plus grand soin ; en outre, la place &#233;tait assez vaste pour contenir et loger vingt mille hommes. Au premier jour de l'attaque, les canonni&#232;res r&#233;duisirent au silence les batteries, dont le feu &#233;tait dirig&#233; sur le c&#244;t&#233; du fleuve, et bombard&#232;rent l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre fortifi&#233;, tandis que les troupes terrestres repoussaient les avant-postes ennemis et for&#231;aient le gros des s&#233;cessionnistes &#224; chercher protection juste sous les canons de leurs propres travaux fortifi&#233;s. Le second jour, il semble que les canonni&#232;res, qui avaient &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233;es la veille, n'aient pas r&#233;alis&#233; grand-chose. En revanche, les troupes terrestres eurent &#224; mener une bataille longue et chaude par endroits avec les colonnes de la garnison, qui tentaient de percer l'aile droite de l'ennemi pour s'assurer une ligne de retraite en direction de Nashville. Cependant, une attaque &#233;nergique de l'aile droite des unionistes sur l'aile gauche des s&#233;cessionnistes et d'importants renforts au profit de l'aile gauche unioniste d&#233;cid&#232;rent de la victoire des assaillants. Diff&#233;rents postes fortifi&#233;s ext&#233;rieurs furent pris d'assaut. Coinc&#233;e dans sa ligne de d&#233;fense int&#233;rieure, sans aucune voie de retraite et manifestement hors d'&#233;tat de r&#233;sister &#224; un nouvel assaut, la garnison se rendit sans condition le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Fort Donelson, l'artillerie, le train d'&#233;quipage et le mat&#233;riel de guerre de la garnison tomb&#232;rent entre les mains des unionistes ; trente mille s&#233;cessionnistes se rendirent le jour de la capitulation ; mille autres le lendemain, et sit&#244;t que l'avant-garde des vainqueurs parut devant Clarksville, cette ville situ&#233;e sur le cours sup&#233;rieur du Cumberland ouvrit ses portes. Les s&#233;cessionnistes y avaient &#233;galement stock&#233; d'importantes r&#233;serves de vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Fort Donelson cache cependant un petit myst&#232;re : la fuite du g&#233;n&#233;ral Floyd avec cinq mille hommes le second jour du bombardement. Ces fuyards &#233;taient trop nombreux pour dispara&#238;tre comme par enchantement durant la nuit, sur les bateaux &#224; vapeur. Quelques mesures de pr&#233;caution de la part des assaillants eussent pu pr&#233;venir leur fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept jours apr&#232;s la reddition de Fort Donelson, les f&#233;d&#233;r&#233;s occup&#232;rent Nashville. La distance entre ces deux localit&#233;s est d'environ cent milles anglais. Il leur a donc fallu faire quinze milles par jour, sur des routes d&#233;fonc&#233;es et durant la saison la plus mauvaise de l'ann&#233;e : cela fait honneur aux troupes unionistes. A la nouvelle de la chute de Fort Donelson, les s&#233;cessionnistes &#233;vacu&#232;rent Bowling Green ; une semaine plus tard, ils abandonn&#232;rent Columbus et se retir&#232;rent sur une &#238;le du Mississippi, quarante-cinq milles plus au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union avait ainsi enti&#232;rement reconquis le Kentucky. Il se trouve que les s&#233;cessionnistes ne pourront tenir le Tennessee que s'ils livrent et gagnent une grande bataille [8]. Il semble qu'ils aient concentr&#233; plus de soixante-cinq mille hommes dans ce but. Cependant, rien n'emp&#234;che les unionistes de leur opposer une force encore bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des op&#233;rations dans la campagne du Kentucky m&#233;rite les plus vifs &#233;loges. La reconqu&#234;te d'un territoire aussi vaste, l'avance en direction de l'Ohio jusqu'au Cumberland en un seul mois, tout cela r&#233;v&#232;le une &#233;nergie, une d&#233;cision et une rapidit&#233; d'ex&#233;cution que les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res d'Europe ont rarement &#233;gal&#233;es. Que l'on compare, par exemple, la lente progression des Alli&#233;s de Magenta &#224; Solferino en 1859, sans poursuite de l'ennemi en retraite, sans tentative d'isoler les tra&#238;nards ou de d&#233;border et d'encercler des corps de troupe entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halleck et Grant en particulier donnent de bons exemples de conduite militaire &#233;nergique. En laissant compl&#232;tement de c&#244;t&#233; Columbus et Bowling Green, ils concentr&#232;rent leurs forces aux points d&#233;cisifs - Fort Henry et Fort Donelson - qu'ils attaqu&#232;rent rapidement et avec &#233;nergie, rendant ainsi Columbus et Bowling Green intenables. Ensuite, ils se mirent aussit&#244;t en marche vers Clarksville et Nashville, sans laisser le temps aux s&#233;cessionnistes en retraite d'occuper de nouvelles positions, dans le nord du Tennessee. Durant cette rapide poursuite, le corps d'arm&#233;e s&#233;cessionniste de Columbus resta compl&#232;tement coup&#233; du centre et de l'aile droite de son arm&#233;e. Des journaux anglais ont injustement critiqu&#233; cette op&#233;ration. M&#234;me si l'attaque de Fort Donelson e&#251;t &#233;chou&#233;, les s&#233;cessionnistes pouvaient &#234;tre retenus pr&#232;s de Bowling Green par le g&#233;n&#233;ral Buell : ils n'eussent donc pu d&#233;tacher une troupe suffisante pour permettre &#224; la. garnison de poursuivre les unionistes en rase campagne et menacer leur retraite. Par ailleurs, Columbus est si &#233;loign&#233; qu'ils ne pouvaient en aucun cas intervenir dans les op&#233;rations conduites par Grant. De fait, lorsque les unionistes eurent nettoy&#233; le Missouri des s&#233;cessionnistes, Columbus n'&#233;tait plus pour ces derniers qu'un poste d&#233;pourvu de tout int&#233;r&#234;t. Les troupes de sa garnison durent se retirer en toute h&#226;te sur Memphis ou m&#234;me l'Arkansas, afin de ne pas &#234;tre oblig&#233;s de rendre leurs armes sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du nettoyage du Missouri et de la reconqu&#234;te du Kentucky, le th&#233;&#226;tre de guerre s'est r&#233;tr&#233;ci au point que les diff&#233;rentes arm&#233;es peuvent coop&#233;rer dans une certaine mesure sur toute la ligne d'op&#233;ration et s'entraider pour atteindre certains r&#233;sultats. En d'autres termes, c'est maintenant seulement que la guerre prend un caract&#232;re strat&#233;gique et que la configuration g&#233;ographique du pays rev&#234;t un int&#233;r&#234;t nouveau. C'est &#224; pr&#233;sent aux g&#233;n&#233;raux nordistes de d&#233;couvrir le talon d'Achille des &#201;tats cotonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de Nashville, il ne pouvait y avoir d'op&#233;ration strat&#233;gique commune aux arm&#233;es du Kentucky et &#224; celles du Potomac, s&#233;par&#233;es par de trop longues distances. Certes, elles se trouvaient sur la m&#234;me ligne de front, mais leurs lignes d'op&#233;ration &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est seulement avec l'avance victorieuse dans le Tennessee que les mouvements des arm&#233;es du Kentucky prennent de l'importance pour le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux am&#233;ricains influenc&#233;s par McClellan ont fait grand bruit de la th&#233;orie &#171; anaconda &#187; d'enveloppement, qui pr&#233;conise qu'une immense ligne d'arm&#233;es encercle la r&#233;bellion, resserre progressivement ses membres et &#233;trangle finalement l'ennemi. C'est pur enfantillage. C'est un r&#233;chauff&#233; du soi-disant syst&#232;me de cordon invent&#233; en Autriche vers 1770, utilis&#233; contre les Fran&#231;ais de 1792 &#224; 1797 avec tant d'obstination et marqu&#233; par les &#233;checs incessants que l'on sait. A Jemappes, Fleurus et, tout particuli&#232;rement &#224; Montenotte, Millesimo, Dego, Castiglione et Rivoli, le syst&#232;me de l'&#233;tranglement a fait long feu. Les Fran&#231;ais coupaient en deux l' &#171; anaconda &#187;, en concentrant leur attaque sur un point avec des forces sup&#233;rieures, puis ils mettaient en pi&#232;ces, l'un apr&#232;s l'autre, les morceaux de l' &#171; anaconda &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#201;tats plus ou moins peupl&#233;s et centralis&#233;s, il existe toujours un centre, dont l'occupation par l'ennemi brise le plus souvent la r&#233;sistance nationale. Paris en est un exemple frappant. Cependant, les &#201;tats esclavagistes ne poss&#232;dent pas un tel centre. Ils sont peu peupl&#233;s et ne poss&#232;dent gu&#232;re de grandes villes, sauf &#231;&#224; et l&#224; sur la c&#244;te. Cependant, il faut se demander s'il existe au moins un centre de gravit&#233; militaire, dont la capture briserait les reins de la r&#233;sistance, ou bien - comme ce fut le cas de la Russie jusqu'en 1812 - faut-il, pour remporter la victoire, occuper chaque village et chaque localit&#233;, en un mot : occuper toute la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons donc un coup d'&#339;il sur la configuration g&#233;ographique de Secessia, avec sa longue bande c&#244;ti&#232;re sur l'Atlantique et sur le golfe du Mexique. Aussi longtemps que les conf&#233;d&#233;r&#233;s tenaient le Kentucky et le Tennessee, son territoire formait un ensemble bien compact. La perte de ces deux &#201;tats a enfonc&#233; dans leur territoire un gigantesque coin qui s&#233;pare les &#201;tats situ&#233;s sur la c&#244;te nord de l'oc&#233;an Atlantique des &#201;tats situ&#233;s sur le golfe du Mexique. La route directe de la Virginie et des deux Carolines au Texas &#224; la Louisiane, au Mississippi et m&#234;me, en partie, &#224; l'Alabama, passe par le Tennessee que les unionistes viennent d'occuper. La seule route qui, apr&#232;s la conqu&#234;te totale du Tennessee par l'Union, relie les deux sections des &#201;tats esclavagistes, passe par la G&#233;orgie. Cela d&#233;montre que la G&#233;orgie est la cl&#233; de Secessia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perdant la G&#233;orgie, la Conf&#233;d&#233;ration a &#233;t&#233; coup&#233;e en deux sections qui ne disposent plus d'aucune communication entre elles. Or, il est impensable que les s&#233;cessionnistes puissent reconqu&#233;rir la G&#233;orgie, car les forces militaires unionistes y seraient concentr&#233;es en une position centrale, tandis que leurs adversaires, divis&#233;s en deux camps, auraient &#224; peine suffisamment de forces pour mener une attaque conjointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il conqu&#233;rir toute la G&#233;orgie, y compris la c&#244;te sud de Floride, pour mener &#224; bien une telle op&#233;ration ? Nullement. Dans un pays ou les communications, notamment entre deux points &#233;loign&#233;s, d&#233;pendent bien plus du chemin de fer que des routes terrestres, il suffit d'enlever la voie ferr&#233;e. La ligne de chemin de fer la plus m&#233;ridionale entre les &#201;tats du golfe du Mexique et ceux de la c&#244;te nord de l'Atlantique passe par Macon et Gordon, pr&#232;s de Milledgeville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de ces deux points couperait donc Secessia en deux et permettrait aux unionistes de battre une partie apr&#232;s l'autre. Il ressort de ce que nous venons de dire qu'aucune r&#233;publique sudiste n'est viable sans la possession du Tennessee. En effet, sans le Tennessee, le point vital de la G&#233;orgie ne se trouve qu'&#224; huit ou dix jours de marche de la fronti&#232;re. Le Nord tient donc sans cesse le Sud &#224; la gorge : &#224; la moindre pression de son poing, le Sud doit c&#233;der ou reprendre la lutte pour survivre, dans des conditions o&#249; une seule d&#233;faite lui enl&#232;ve toute perspective de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de ces consid&#233;rations que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Potomac n'est pas la position la plus importante du th&#233;&#226;tre de guerre. La prise de Richmond et l'avance de l'arm&#233;e du Potomac vers le sud - difficiles &#224; cause des nombreux cours d'eau qui coupent la ligne de marche - pourraient avoir un terrible effet psychologique, mais du point de vue purement militaire, elles ne d&#233;cideraient rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la campagne repose sur l'arm&#233;e du Kentucky, qui occupe actuellement le Tennessee, territoire sans lequel la s&#233;cession ne peut vivre. Il faudrait donc renforcer cette arm&#233;e, aux d&#233;pens des autres et en sacrifiant toutes les op&#233;rations mineures. Ses prochains points d'attaque seraient Chattanooga et Dalton sur le Tennessee sup&#233;rieur, ces villes &#233;tant les n&#339;uds ferroviaires les plus importants de tout le Sud. Apr&#232;s leur occupation, les &#201;tats de l'est et de l'ouest de Secessia ne seraient plus reli&#233;s que par les lignes de communication de G&#233;orgie. Il ne resterait plus qu'&#224; couper la ligne de chemin de fer suivante de l'Atlanta en G&#233;orgie, et enfin de d&#233;truire la derni&#232;re liaison entre les deux sections, en occupant Macon et Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si le plan &#171; anaconda &#187; &#233;tait poursuivi, en d&#233;pit de tous les succ&#232;s remport&#233;s localement et m&#234;me sur le Potomac, la guerre pourrait se prolonger &#224; l'infini, cependant que les difficult&#233;s financi&#232;res et les complications diplomatiques pourraient cr&#233;er une nouvelle marge de man&#339;uvre pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1860, l'Alabama, la G&#233;orgie, la Louisiane, le Mississippi, la Floride, la Caroline du Sud et le Texas avaient au total 4 969 141 habitants, dont 46,5 %, soit 2 312 350, &#233;taient des esclaves. Dans deux de ces &#201;tats - la Caroline du Sud et le Mississippi - les esclaves &#233;taient plus nombreux que l'ensemble des Blancs et Noirs libres. La Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord et l'Arkansas comptaient 4 134 191 habitants en 1860, dont 29,2 % d'esclaves soit 1208 758. Ne serait-ce que du point de vue militaire, une politique radicalement abolitionniste e&#251;t cass&#233; les reins aux sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En r&#233;ponse aux actes de guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, le gouvernement de Lincoln avait appel&#233;, le 15 avril 1861, soixante-quinze mille volontaires au service arm&#233;, croyant pouvoir r&#233;gler le conflit en trois mois. En fait, la guerre de S&#233;cession tra&#238;na jusqu'en 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans sa lettre &#224; Marx du 26.9.1851, Engels explique que la premi&#232;re phase d'une r&#233;volution implique toujours la spontan&#233;it&#233; et l'anarchie, qui affectent et dissolvent l'ancien r&#233;gime : &#171; Il est &#233;vident que la d&#233;sorganisation des arm&#233;es et le rel&#226;chement absolu de la discipline furent aussi bien la condition que le r&#233;sultat de toute r&#233;volution qui ait triomph&#233; jusqu'ici. La France dut attendre 1792 pour r&#233;organiser une petite arm&#233;e de soixante &#224; quatre-vingt mille hommes, celle de Dumouriez, qui cependant se d&#233;composa bient&#244;t. On peut donc dire qu'il n'y eut pratiquement aucune arm&#233;e organis&#233;e en France jusqu'&#224; la fin 1793. &#187; Et de montrer que la discipline d&#233;pend des buts politiques poursuivis, et non de la dictature militaire, du moins en p&#233;riodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Comme durant la premi&#232;re r&#233;volution am&#233;ricaine, des forces progressives de plusieurs nations europ&#233;ennes aid&#232;rent l&#232;s Am&#233;ricains dans leur lutte au cours de la guerre anti-esclavagiste. parmi les r&#233;volutionnaires allemands de 1848 qui avaient &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis, il y avait des bourgeois lib&#233;raux tels que Schurz et Kapp, et des amis communistes de Marx et d'Engels tels que Weydemeyer et Anneke (cf. Correspondance Marx-Engels, des 29.5. et 4.6.1862, l. c., pp. 113-116 : Anneke informait directement Engels de ce qui se passait sur le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations am&#233;ricain). On estime &#224; deux cent mille le nombre des Allemands qui se port&#232;rent volontaires pour aider le Nord &#224; combattre les esclavagistes. Ils firent profiter de leur exp&#233;rience les arm&#233;es nordistes peu aguerries et mal organis&#233;es au d&#233;but des hostilit&#233;s.. Certains r&#233;volutionnaires de 1848 organis&#232;rent leurs propres d&#233;tachements, par exemple le 8&#176; r&#233;giment de volontaires allemands. L'action de Marx et d'Engels en faveur du Nord anti-esclavagiste se relie &#233;videmment &#224; ce mouvement concret aux &#201;tats-Unis. Comme on le sait, Marx avait envisag&#233;, &#224; un moment donn&#233;, d'&#233;migrer aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par comparaison, voici les chiffres en ce qui concerne la participation des Noirs (ou esclaves) &#224; la lutte aux c&#244;t&#233;s du Nord : on n'a compt&#233; que 186 017 hommes de couleur ayant servi dans les arm&#233;es nordistes durant la guerre. Sur ce chiffre, 123 156 &#233;taient en service en juillet 1865 (on sait que les Noirs furent tardivement accept&#233;s de mani&#232;re officielle dans l'arm&#233;e). Les Noirs se battirent avec un courage extraordinaire, et perdirent 68 178 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du point de vue militaire et politique, la campagne du Kentucky de 1862 fut d'une importance d&#233;cisive. La ligne de d&#233;fense des conf&#233;d&#233;r&#233;s, de Columbus &#224;, Bowling Green, avait deux centres vitaux au Tennessee, Fort Henry et Fort Donelson. Ces places fortes d&#233;fendaient deux importants passages au c&#339;ur du Sud, les rivi&#232;res Cumberland et Tennessee. Leur prise ne permit pas seulement aux nordistes d'ouvrir une br&#232;che profonde dans la Conf&#233;d&#233;ration sudiste, mais encore de rendre intenable la position des sudistes au Kentucky. C'est pourquoi, ces deux forts furent l'objectif imm&#233;diat de la campagne de l'Union, et Grant les occupa les 6 et 15.2.1862. La prise de Fort Donelson entra&#238;na l'&#233;vacuation des positions de Bowling Green, de Columbus et de Nashville (au Tennessee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces victoires de l'Union eurent de grandes cons&#233;quences militaires. Par le fleuve du Tennessee, les nordistes purent p&#233;n&#233;trer jusqu'au nord de l'Alabama et m&#234;me en G&#233;orgie. Ce fut la premi&#232;re amorce pour enfoncer un coin jusqu'au golfe du Mexique et couper la Conf&#233;d&#233;ration sudiste en deux parties isol&#233;es l'une de l'autre. En outre, ces succ&#232;s permirent d'occuper le Kentucky, &#201;tat fronti&#232;re vital, et de r&#233;cup&#233;rer une partie du Tennessee. Les nordistes avanc&#232;rent en tout de deux cents milles. Par ailleurs, ces victoires eurent un grand retentissement politique. Elles montr&#232;rent &#224; l'Europe - et notamment &#224; l'Angleterre - que le Sud n'&#233;tait pas invincible sur les champs de bataille. Enfin, elles enlev&#232;rent les derniers doutes qui pouvaient subsister sur le r&#244;le du Kentucky dans le conflit, et permirent d'entreprendre une guerre plus r&#233;volutionnaire contre les esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En ce qui concerne l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e du rapport des forces arm&#233;es lors des diff&#233;rentes op&#233;rations, aux divers moments de la guerre de S&#233;cession am&#233;ricaine, cf. The War of the Rebellion : A Compilation of the Official Records of the Union en cinquante-six volumes. La s&#233;rie I traite particuli&#232;rement de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] De fait, les conf&#233;d&#233;r&#233;s engag&#232;rent une double campagne au Kentucky et au Maryland en septembre 1862, mais ils furent battus. Cf. les articles ci-apr&#232;s : &#171; La situation en Am&#233;rique du Nord &#187; (10 novembre 1862), et &#171; Les &#233;v&#233;nements d'Am&#233;rique du Nord &#187; (12 octobre 1862). Comme Marx et Engels l'ont mis en &#233;vidence, le Sud devait attaquer en raison de la nature m&#234;me de ses conditions sociales, tandis que le Nord, en raison de ses. h&#233;sitations essentiellement politiques, se tenait sur la d&#233;fensive, bien qu'il jou&#238;t d'une sup&#233;riorit&#233; sociale et militaire incontestable. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Karl Marx et Friedrich Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</link>
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		<dc:date>2025-09-04T22:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH275/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275-abb47.jpg?1782366143' width='300' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesv-2-fdc27.jpg?1782366143' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesop-1d1d1.jpg?1782366143' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH250/imagesnj-a4f0d.jpg?1782366143' width='201' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesio-fc90a.jpg?1782366143' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L244xH207/imagesyu-315a4.jpg?1782366143' width='244' height='207' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/imagesfg-14284.png?1782366143' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH162/imagesaz-dae68.jpg?1782366143' width='310' height='162' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L314xH160/imagesqs-4-37014.jpg?1782366143' width='314' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titreop-ebc2e.jpg?1782366143' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/sans_titrelm-5e4b2.jpg?1782366143' width='277' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH154/sans_titreui-95a0a.jpg?1782366143' width='327' height='154' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titrekl-de7c3.jpg?1782366143' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L318xH159/sans_titrejk-48a3f.jpg?1782366143' width='318' height='159' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH163/sans_titreqs-68817.jpg?1782366143' width='310' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/sans_titredd-846bb.jpg?1782366143' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH202/sans_titres-2-5e62b.jpg?1782366143' width='250' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f-036ce.jpg?1782366144' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et le communisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8541</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8541</guid>
		<dc:date>2025-05-01T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et le communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx r&#233;pond par ses &#233;crits &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833 &lt;br class='autobr' /&gt;
Principes du communisme, par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;pond par ses &#233;crits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes du communisme, par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme pour Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est-il un &#233;galitarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, vu par L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, un &#233;tatisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Manifeste communiste &#187; de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7957</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7957</guid>
		<dc:date>2025-04-05T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se partagent le travail... (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
partagent le travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement cette contradiction entre l'int&#233;r&#234;t particulier et l'int&#233;r&#234;t collectif&lt;br class='autobr' /&gt;
qui am&#232;ne l'int&#233;r&#234;t collectif &#224; prendre, en tant qu'&#201;tat, une forme ind&#233;pendante,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;e des int&#233;r&#234;ts r&#233;els de l'individu et de l'ensemble et &#224; faire en m&#234;me temps&lt;br class='autobr' /&gt;
figure de communaut&#233; illusoire, mais toujours sur la base concr&#232;te des liens existants dans chaque conglom&#233;rat de familles et de tribus, tels que liens de la chair et&lt;br class='autobr' /&gt;
du sang, langage, division du travail &#224; une plus grande &#233;chelle et autres int&#233;r&#234;ts -&lt;br class='autobr' /&gt;
et parmi ces int&#233;r&#234;ts nous trouvons en particulier les int&#233;r&#234;ts des classes d&#233;j&#224; conditionn&#233;es par la division du travail, qui se d&#233;gagent dans tout groupement de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce genre et dont l'une domine toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que toutes les luttes &#224; l'INT&#201;RIEUR de l'&#201;tat &#8211; la lutte entre la d&#233;mocratie, l'aristocratie et la monarchie, la lutte pour le droit de vote, etc., etc. &#8211; ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont que des formes illusoires sous lesquelles sont men&#233;es les luttes r&#233;elles des&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes classes entre elles ; et il s'ensuit &#233;galement que toute classe qui se bat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la domination &#8211; comme c'est le cas du prol&#233;tariat, m&#234;me si sa domination a&lt;br class='autobr' /&gt;
en vue d'abolir toute la forme sociale surann&#233;e et le pouvoir en g&#233;n&#233;ral &#8211; doit&lt;br class='autobr' /&gt;
commencer par conqu&#233;rir d'abord le pouvoir politique pour faire valoir ses int&#233;r&#234;ts comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t universel &#8211; ce &#224; quoi il est contraint dans une premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme utopique n'est l'expression th&#233;orique du prol&#233;tariat qu'aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
longtemps que celui-ci n'est pas encore assez m&#251;r pour d&#233;velopper son propre&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement historique par lui-m&#234;me 45. L'utopisme, le socialisme des doctrinaires, subordonnait l'ensemble du mouvement &#224; l'un de ses moments particuliers et&lt;br class='autobr' /&gt;
posait &#224; la place de la production sociale communautaire l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale du&lt;br class='autobr' /&gt;
penseur individuel, dont l'imagination &#233;liminait la lutte r&#233;volutionnaire des classes&lt;br class='autobr' /&gt;
avec ses exigences au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, le socialisme doctrinaire id&#233;alise les conditions de la soci&#233;t&#233;, dont il reproduit une image sans ombre, en cherchant &#224; faire triompher son id&#233;al contre la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; de cette soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui le prol&#233;tariat abandonne ce socialisme &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
petite bourgeoisie, tandis que la lutte des diff&#233;rents chefs socialistes entre eux fait&lt;br class='autobr' /&gt;
ressortir clairement que la revendication obstin&#233;e de telle ou telle mesure particuli&#232;re qu'ils pr&#244;nent avec obstination n'est qu'un point de transition entre autres du&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, le prol&#233;tariat se regroupe de plus en plus autour du socialisme r&#233;volutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
a invent&#233; le nom de Blanqui. Ce socialisme est la d&#233;claration de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente avec la dictature r&#233;volutionnaire de classe du prol&#233;tariat en tant que&lt;br class='autobr' /&gt;
point n&#233;cessaire de transition pour parvenir &#224; l'abolition de toutes les diff&#233;rences&lt;br class='autobr' /&gt;
de classe en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'abolition de tous les rapports de production sur lesquels&lt;br class='autobr' /&gt;
se fondent les classes, &#224; l'abolition de tous les rapports sociaux qui correspondent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce mode de production, au r&#233;volutionnement de toutes les id&#233;es qui &#233;manent de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet&lt;br class='autobr' /&gt;
organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir par la violence arm&#233;e l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; ouvri&#232;re par la minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression ou &#201;tat. Mais en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore pour la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables&lt;br class='autobr' /&gt;
avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions, mais le d&#233;truire &#224; ce moment-l&#224;,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce serait d&#233;truire le seul organe gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir pour &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre le r&#233;volutionnement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par&lt;br class='autobr' /&gt;
un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les antiautoritaires ne se bornent-ils pas &#224; crier contre l'autorit&#233; politique, l'&#201;tat ? Tous les socialistes sont d'accord sur le fait que l'&#201;tat politique et,&lt;br class='autobr' /&gt;
avec lui, l'autorit&#233; politique dispara&#238;tront &#224; la suite de la r&#233;volution sociale future,&lt;br class='autobr' /&gt;
autrement dit que les fonctions publiques perdront leur caract&#232;re politique et se&lt;br class='autobr' /&gt;
transformeront en simples administrations veillant aux v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les antiautoritaires demandent que l'&#201;tat politique autoritaire soit aboli d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
seul coup, avant m&#234;me que ne soient supprim&#233;es les conditions sociales qui l'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
fait na&#238;tre. Ils r&#233;clament que le premier acte de la r&#233;volution sociale soit l'abolition&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont-ils jamais vu une r&#233;volution, ces messieurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c'est l'acte&lt;br class='autobr' /&gt;
par lequel une fraction de la population impose sa volont&#233; &#224; l'autre au moyen de&lt;br class='autobr' /&gt;
fusils, de ba&#239;onnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer &#224; dominer avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
terreur que ses armes inspirent aux r&#233;actionnaires. La Commune de Paris e&#251;t-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
pu se maintenir un seul jour si elle n'avait pas us&#233; de l'autorit&#233; d'un peuple en ar-&lt;br class='autobr' /&gt;
mes contre la bourgeoisie ? Ne faut-il pas, au contraire, la critiquer de ce qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
ait fait trop peu usage de son autorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, de deux choses l'une : ou bien les antiautoritaires ne savent pas ce qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
disent et, dans ce cas, ils ne font que semer la confusion, ou bien ils le savent et,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce cas, ils trahissent la cause du prol&#233;tariat. De toute fa&#231;on, ils servent la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette affaire n'&#233;tait ni pr&#233;par&#233;e, ni organis&#233;e, ni dirig&#233;e. On n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas fix&#233; de but aux gr&#232;ves, et on ne s'&#233;tait pas concert&#233; sur l'action &#224; mener. C'est&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui explique que les gr&#233;vistes h&#233;sit&#232;rent d&#232;s que les autorit&#233;s firent preuve de la&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre r&#233;sistance, et que les ouvriers furent incapables de surmonter leur respect&lt;br class='autobr' /&gt;
de la loi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une force militaire et polici&#232;re minime suffit &#224; tenir les masses&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;chec. On a vu &#224; Manchester comment des milliers d'ouvriers furent encadr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
et cern&#233;s sur une place par quatre ou cinq dragons qui tenaient les issues !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe de la &#171; r&#233;volution l&#233;gale &#187; avait tout paralys&#233;. C'est ainsi que l'entreprise &#233;choua. Tous les ouvriers reprirent le travail lorsque leurs maigres &#233;conomies furent d&#233;pens&#233;es et qu'il ne leur resta plus rien &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui fut et reste utile dans tout cela pour les sans-r&#233;serves, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
la conscience qu'une r&#233;volution par des voies l&#233;gales est impossible, et que seule&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;volution violente des rapports aberrants de la pr&#233;sente soci&#233;t&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire un renversement radical de l'aristocratie fonci&#232;re et industrielle &#8211; peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
am&#233;liorer la situation mat&#233;rielle des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la bourgeoisie centralise consid&#233;rablement. Loin d'en &#234;tre d&#233;savantag&#233;, le prol&#233;tariat se trouve mis en &#233;tat par cette centralisation de s'unifier, de se&lt;br class='autobr' /&gt;
sentir comme classe, de s'approprier dans la d&#233;mocratie une conception politique&lt;br class='autobr' /&gt;
ad&#233;quate et, pour finir, de vaincre la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat d&#233;mocrate n'a pas&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement besoin de la centralisation amorc&#233;e par la bourgeoisie, il devra la pousser bien plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le court moment o&#249; le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat durant la R&#233;volution fran&#231;aise &#8211; lors du r&#232;gne de la Montagne &#8211; il a r&#233;alis&#233; la centralisation par tous les moyens, avec la grenaille et la guillotine. S'il revient maintenant au&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir, le prol&#233;tariat d&#233;mocratique devra centraliser non seulement chaque pays&lt;br class='autobr' /&gt;
pour lui-m&#234;me, mais encore tous les pays civilis&#233;s dans leur ensemble, et ce, aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
rapidement que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'&#201;tat, toute la situation fluctuante apr&#232;s une r&#233;volution exige une dictature, et m&#234;me une dictature &#233;nergique 53. Depuis le d&#233;but, nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
reproch&#233; &#224; Camphausen de ne pas agir de fa&#231;on dictatoriale, de ne pas briser et&lt;br class='autobr' /&gt;
extirper imm&#233;diatement les vestiges des institutions surann&#233;es. Et tandis qu'il se&lt;br class='autobr' /&gt;
ber&#231;ait d'illusions constitutionnelles, le parti vaincu de la r&#233;action renfor&#231;ait ses&lt;br class='autobr' /&gt;
positions au sein de la bureaucratie et de l'arm&#233;e et se risquait m&#234;me, &#231;&#224; et l&#224;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
reprendre la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; supposer que la contre-r&#233;volution tiendrait dans toute l'Europe par les armes, elle mourrait dans toute l'Europe par l'argent 54. La fatalit&#233; qui annulerait la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire serait la faillite europ&#233;enne &#8211; la faillite de l'&#201;tat. Les pointes des ba&#239;onnettes se brisent aux piques de l'&#171; &#233;conomie &#187; comme de l'amadou qui s'effrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;volution n'attend pas l'&#233;ch&#233;ance de ces traites que les &#201;tats europ&#233;ens&lt;br class='autobr' /&gt;
ont tir&#233;es sur la nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris sera donn&#233;e la r&#233;plique d&#233;cisive aux journ&#233;es de juin. Lorsque la R&#233;publique rouge vaincra &#224; Paris, les arm&#233;es des diff&#233;rents pays seront projet&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur vers les fronti&#232;res et se d&#233;verseront &#224; l'ext&#233;rieur : la puissance r&#233;elle des&lt;br class='autobr' /&gt;
partis en lutte se r&#233;v&#233;lera, d&#232;s lors, dans toute sa puret&#233;. Nous nous souviendrons&lt;br class='autobr' /&gt;
alors de Juin et d'Octobre 1848 &#8211; et nous crierons &#224; notre tour : Malheur aux vaincus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vains massacres depuis les journ&#233;es de Juin et d'Octobre, les longs sacrifices depuis F&#233;vrier et Mars, le cannibalisme m&#234;me de la contre-r&#233;volution forgeront chez les peuples la conviction qu'il n'existe qu'un seul moyen de concentrer,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abr&#233;ger et de simplifier les souffrances d'une vieille soci&#233;t&#233; agonisante et les&lt;br class='autobr' /&gt;
douleurs sanglantes de l'accouchement d'une soci&#233;t&#233; nouvelle : le terrorisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#224; quoi bon vos phrases hypocrites en vue de trouver&lt;br class='autobr' /&gt;
l'impossible pr&#233;texte pour nous condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sans piti&#233;, et nous ne vous demandons pas de nous m&#233;nager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque ce sera notre tour, nous ne chercherons pas d'excuses &#224; notre terrorisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, les terroristes royalistes, les terroristes par la gr&#226;ce de Dieu et du Droit, s'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
sont brutaux, m&#233;prisables et vulgaires dans la pratique, sont l&#226;ches, sournois et&lt;br class='autobr' /&gt;
hypocrites en th&#233;orie ; bref, dans les deux cas, ils n'ont pas d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statuts de la Ligue des communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, fond&#233;e sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
antagonismes de classe, et l'instauration d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, sans classes et&lt;br class='autobr' /&gt;
sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Les conditions d'adh&#233;sion sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) un mode de vie et une activit&#233; conformes &#224; ce but ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) une &#233;nergie r&#233;volutionnaire et un z&#232;le propagandiste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) faire profession de communisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) s'abstenir de participer &#224; toute soci&#233;t&#233; politique ou nationale anti-communiste, et informer le Comit&#233; sup&#233;rieur de l'inscription &#224; une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration de principe de la Soci&#233;t&#233; universelle&lt;br class='autobr' /&gt;
des communistes r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de l'association est la d&#233;ch&#233;ance de toutes les classes privil&#233;gi&#233;es, de soumettre ces classes &#224; la dictature des prol&#233;taires, en maintenant la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution en permanence jusqu'&#224; la r&#233;alisation du communisme, qui doit &#234;tre la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de constitution de la famille humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Pour contribuer &#224; la r&#233;alisation de ce but, l'association formera des&lt;br class='autobr' /&gt;
liens de solidarit&#233; entre toutes les fractions du parti communiste r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
en faisant dispara&#238;tre, conform&#233;ment au principe de la fraternit&#233; r&#233;publicaine, les&lt;br class='autobr' /&gt;
divisions en nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 3. - Le comit&#233; fondateur de l'association est constitu&#233; en Comit&#233; central, et &#233;tablira, partout o&#249; ce sera n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation de l'&#339;uvre, des comit&#233;s qui correspondront avec le Comit&#233; central...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes poss&#233;dantes, le prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct, oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes poss&#233;dantes. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
constitution du prol&#233;tariat en parti politique est indispensable pour assurer le&lt;br class='autobr' /&gt;
triomphe de la r&#233;volution sociale et de son but supr&#234;me, l'abolition des classes. La&lt;br class='autobr' /&gt;
coalition des forces ouvri&#232;res d&#233;j&#224; obtenue par les luttes &#233;conomiques doit aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
servir de levier aux mains de cette classe, dans sa lutte contre le pouvoir politique&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses exploiteurs. Les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privil&#232;ges politiques pour d&#233;fendre et perp&#233;tuer leurs monopoles &#233;conomiques, et asservir le travail. La conqu&#234;te du pouvoir politique devient donc le premier devoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout parti politique tend &#224; s'assurer la domination de l'&#201;tat, le Parti&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier social-d&#233;mocrate allemand s'efforce n&#233;cessairement d'instaurer sa domination qui est celle de la classe ouvri&#232;re, soit une &#171; domination de classe &#187;. Qui&lt;br class='autobr' /&gt;
plus est, depuis les chartistes anglais, tout v&#233;ritable parti prol&#233;tarien pr&#244;ne une&lt;br class='autobr' /&gt;
politique de classe, l'organisation du prol&#233;tariat comme parti politique ind&#233;pendant en tant que condition premi&#232;re de sa lutte, et la dictature du prol&#233;tariat en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
que but imm&#233;diat de sa lutte. En d&#233;clarant cela &#171; absurde &#187;, M&#252;lberger s'est plac&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me hors du mouvement prol&#233;tarien et a pris rang dans la sph&#232;re du socialisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; les conditions actuelles, le grand devoir de la classe ouvri&#232;re est&lt;br class='autobr' /&gt;
de conqu&#233;rir le pouvoir politique . Il semble que les ouvriers en prennent conscience. On assiste, en effet, &#224; une reprise du mouvement aussi bien ici en Allemagne, qu'en France et en Italie, o&#249; l'on tente pareillement de restaurer le parti ouvrier. Un &#233;l&#233;ment de son succ&#232;s, c'est le nombre. Toutefois, le nombre ne p&#232;se&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la balance que s'il est uni par l'association et guid&#233; par une claire conscience&lt;br class='autobr' /&gt;
commune. L'exp&#233;rience du pass&#233; a amplement d&#233;montr&#233; que si l'on d&#233;daigne de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouer ce lien fraternel entre les travailleurs des diff&#233;rents pays pour les entra&#238;ner &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
faire front ensemble dans leurs luttes pour l'&#233;mancipation, la sanction en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;chec commun de ces assauts d&#233;sordonn&#233;s. C'est cette conviction qui A POUSS&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
LES TRAVAILLEURS DES DIFFERENTS PAYS &#192; FONDER l'Association internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'occasion de l'assembl&#233;e publique tenue le 28 septembre 1864 &#224; St. Martin's&lt;br class='autobr' /&gt;
Hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'Internationale, Marx dit que le grand succ&#232;s qui a couronn&#233; jusqu'alors ses efforts, est d&#251; &#224; des circonstances qui d&#233;passent le pouvoir de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
membres eux-m&#234;mes. La fondation de l'Internationale elle-m&#234;me a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de telles circonstances et n'est pas due aux efforts des hommes qui se sont attach&#233;s &#224; cette &#339;uvre. Ce n'est donc pas le fruit d'une poign&#233;e de politiciens habiles :&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les politiciens du monde r&#233;unis n'auraient pu cr&#233;er les conditions et les circonstances qui furent n&#233;cessaires pour assurer le succ&#232;s de l'Internationale...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier mouvement a &#233;t&#233; le plus grand de tous ceux qui se sont produits&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici, et il ne peut y avoir deux opinions &#224; son &#233;gard : la Commune a &#233;t&#233; la&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re. Il y a eu de nombreux malentendus sur la Commune. Celle-ci ne devait pas asseoir une nouvelle forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
domination de classe. Lorsque les pr&#233;sentes conditions d'oppression seront &#233;limin&#233;es gr&#226;ce au transfert des moyens de production aux travailleurs productifs et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'obligation faite &#224; tous les individus physiquement aptes de travailler pour vivre,&lt;br class='autobr' /&gt;
on aura d&#233;truit l'unique raison d'&#234;tre d'une quelconque domination de classe et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de r&#233;aliser un changement socialiste, il faut une dictature du prol&#233;tariat, dont une condition premi&#232;re est l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Les classes ouvri&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
devront conqu&#233;rir sur le champ de bataille le droit &#224; leur propre &#233;mancipation. La&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#226;che de l'Internationale est d'organiser et de concerter les forces ouvri&#232;res dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le combat qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s sa naissance, la bourgeoisie est b&#226;t&#233;e de son antagoniste : les capitalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peuvent exister sans travailleurs salari&#233;s, et &#224; mesure que le bourgeois des cor-&lt;br class='autobr' /&gt;
porations m&#233;di&#233;vales devenait le bourgeois moderne, le compagnon des corporations et le journalier d&#233;li&#233; des liens f&#233;odaux devenaient le prol&#233;taire, m&#234;me si,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'ensemble, la bourgeoisie pouvait pr&#233;tendre repr&#233;senter &#233;galement, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte contre la noblesse, les int&#233;r&#234;ts des diverses classes laborieuses de ce temps-l&#224;, on vit cependant, &#224; chaque grande r&#233;volution bourgeoise, &#233;clater des soul&#232;vements autonomes de la classe qui &#233;tait la devanci&#232;re plus ou moins d&#233;velopp&#233;e du&lt;br class='autobr' /&gt;
prol&#233;tariat moderne. Ainsi vit-on se dresser, durant la R&#233;forme allemande et la Guerre des paysans, Thomas M&#252;nzer ; durant la grande r&#233;volution anglaise, les&lt;br class='autobr' /&gt;
niveleurs ; durant la grande r&#233;volution fran&#231;aise, Babeuf. A ces lev&#233;es de boucliers&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaires d'une classe encore embryonnaire, correspondaient des formulations th&#233;oriques : aux XVI&#232;me et XVII&#232;me si&#232;cles, des peintures utopiques d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; id&#233;ale ; au XVIII&#232;me si&#232;cle, des th&#233;ories d&#233;j&#224; franchement communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
(Morelly et Mably). La revendication de l'&#233;galit&#233; ne se limitait pas seulement aux&lt;br class='autobr' /&gt;
droits politiques, elle devait s'&#233;tendre encore &#224; la condition sociale de chacun. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait plus seulement les privil&#232;ges de classe qui devaient &#234;tre abolis, mais les&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences de classe elles-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;j&#224;, il &#233;tait impossible &#224; la fraction pl&#233;b&#233;ienne de s'en tenir &#224; une simple lutte contre le f&#233;odalisme et la bourgeoisie privil&#233;gi&#233;e. Car elle &#8211; la fraction&lt;br class='autobr' /&gt;
absolument sans propri&#233;t&#233; &#8211; devait d&#233;j&#224; mettre en question des institutions, des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es et des conceptions communes &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233; qui reposaient&lt;br class='autobr' /&gt;
sur des antagonismes de classe... Dans ces conditions, tout parti bourgeois plac&#233; &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution se voit d&#233;bord&#233; dans ce mouvement m&#234;me par le parti pl&#233;b&#233;ien ou prol&#233;tariat qu'il a derri&#232;re lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me que la philosophie religieuse de M&#252;nzer frisait l'ath&#233;isme, son programme politique frisait le communisme, et plus d'une secte communiste moderne, encore &#224; la veille de la r&#233;volution de mars (1848), ne disposait pas d'un arsenal th&#233;orique plus riche que celui des &#171; M&#252;nz&#233;riens &#187; du XVIe si&#232;cle. Ce pro-&lt;br class='autobr' /&gt;
gramme, qui &#233;tait moins la synth&#232;se des revendications des pl&#233;b&#233;iens de l'&#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'anticipation g&#233;niale des conditions d'&#233;mancipation des &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens en germe parmi ces pl&#233;b&#233;iens, exigeait l'instauration imm&#233;diate du royaume&lt;br class='autobr' /&gt;
de Dieu, du royaume mill&#233;naire sur terre proph&#233;tis&#233;, par le retour de l'Eglise &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
origine et par la suppression de toutes les institutions en contradiction avec cette&lt;br class='autobr' /&gt;
Eglise soi-disant primitive, mais en r&#233;alit&#233; toute nouvelle. Pour M&#252;nzer, le&lt;br class='autobr' /&gt;
royaume de Dieu n'&#233;tait pas autre chose qu'un &#233;tat de soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
aucune diff&#233;rence de classe, aucune propri&#233;t&#233; priv&#233;e, aucun pouvoir d'&#201;tat autonome et &#233;tranger faisant face aux membres de la soci&#233;t&#233;. Toutes les autorit&#233;s existantes, si elles refusaient de se soumettre et d'adh&#233;rer &#224; la r&#233;volution, devaient &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
renvers&#233;es ; tous les travaux et les biens devaient &#234;tre mis en commun et l'&#233;galit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
la plus compl&#232;te r&#233;gner. Une Ligue devait &#234;tre fond&#233;e pour r&#233;aliser ce programme&lt;br class='autobr' /&gt;
non seulement dans toute l'Allemagne, mais dans l'ensemble de la chr&#233;tient&#233;. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
princes et les nobles seraient convi&#233;s &#224; se joindre &#224; elle ; s'ils s'y refusaient, la&lt;br class='autobr' /&gt;
Ligue, &#224; la premi&#232;re occasion, les renverserait les armes &#224; la main ou les tuerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soir de la victoire contre les puissances f&#233;odales, il est de r&#232;gle que la minorit&#233; victorieuse se scinde en deux : une des deux moiti&#233;s est contente du r&#233;sultat&lt;br class='autobr' /&gt;
obtenu, l'autre veut encore aller plus loin et pose de nouvelles revendications qui&lt;br class='autobr' /&gt;
correspondent aux int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables, ou apparents des grandes masses populaires. Ces revendications plus radicales furent aussi r&#233;alis&#233;es dans certains cas, mais souvent elles ne le furent qu'un instant car le parti le plus mod&#233;r&#233; reprenait le&lt;br class='autobr' /&gt;
dessus, ce qui venait d'&#234;tre acquis &#233;tait alors perdu &#224; nouveau en totalit&#233; ou en&lt;br class='autobr' /&gt;
partie ; les vaincus criaient &#224; la trahison ou rejetaient la d&#233;faite sur le hasard. Mais,&lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;alit&#233;, les choses &#233;taient le plus souvent ainsi : les conqu&#234;tes de la premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire n'&#233;taient assur&#233;es que par la deuxi&#232;me victoire du parti le plus radical ;&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois ceci acquis, c'est-&#224;-dire ce qui &#233;tait MOMENTANEMENT n&#233;cessaire, les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ments radicaux disparaissaient &#224; nouveau du th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations et leur succ&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique constitue, assur&#233;ment, un grand progr&#232;s. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas, il est vrai, la derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine, mais elle est la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine dans l'ordre du monde actuel...&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, au temps o&#249; l'&#201;tat politique, en tant que tel, na&#238;t violemment de&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; bourgeoise, o&#249; l'&#233;mancipation humaine tend &#224; s'accomplir sous une&lt;br class='autobr' /&gt;
forme politique individuelle, l'&#201;tat peut et doit aller jusqu'&#224; l'abolition et la suppression de la religion, au Maximum, &#224; la confiscation, &#224; l'imp&#244;t progressif,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il va jusqu'&#224; supprimer des vies et ne recule pas devant la guillotine. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
temps o&#249; l'&#201;tat prend conscience de son existence propre, la vie politique cherche&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; &#233;touffer ses pr&#233;misses &#8211; la soci&#233;t&#233; bourgeoise et ses &#233;l&#233;ments constitutifs &#8211; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;riger en communaut&#233; r&#233;elle et harmonieuse de l'homme. Cependant, elle ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions d'existence, en d&#233;clarant la r&#233;volution &#224; l'&#233;tat permanent. Aussi le drame politique s'ach&#232;ve-t-il tout aussi n&#233;cessairement par la restauration de la religion, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de tous les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que la&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre se termine par la paix...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en cons&#233;quence, le prol&#233;tariat renverse la domination politique de la bourgeoisie, sa victoire ne sera que passag&#232;re : elle sera un simple &#233;l&#233;ment au service&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volution bourgeoise elle-m&#234;me, comme ce fut le cas en 1794. Il en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi tant que les conditions mat&#233;rielles ne sont pas cr&#233;&#233;es au cours de l'histoire,&lt;br class='autobr' /&gt;
du &#171; mouvement &#187;, qui rendent n&#233;cessaire l'abolition du mode de production&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeois, c'est-&#224;-dire rendent n&#233;cessaire le renversement d&#233;finitif de la domination politique de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question difficile &#224; r&#233;soudre pour nous est la suivante : sur le continent, la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution est imminente et prendra un caract&#232;re socialiste, mais ne sera-t-elle pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;touff&#233;e dans ce petit coin du monde ? En effet, sur un terrain beaucoup plus vaste,&lt;br class='autobr' /&gt;
le mouvement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise est encore ascendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que bourgeoisie et prol&#233;tariat sont enfants d'une &#233;poque nouvelle, que tous deux tendent dans leur action sociale &#224; &#233;liminer le fatras h&#233;rit&#233; de l'ancien r&#233;gime. Ils ont, il est vrai, &#224; mener entre eux une lutte tr&#232;s s&#233;rieuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais cette lutte ne peut &#234;tre livr&#233;e &#224; fond qu'&#224; partir du moment o&#249; ils se trouvent&lt;br class='autobr' /&gt;
seuls en face l'un de l'autre. Le vieux bataclan doit &#234;tre jet&#233; par dessus bord pour&lt;br class='autobr' /&gt;
que le navire soit &#171; par&#233; pour le combat &#187;, &#224; cela pr&#232;s que le combat ne se livre&lt;br class='autobr' /&gt;
pas cette fois entre deux navires, mais &#224; bord du m&#234;me b&#226;timent, entre officiers et&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne peut conqu&#233;rir le pouvoir politique, le traduire en Constitution et lois, sans mettre en m&#234;me temps des armes entre les mains du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles sont les r&#233;formes &#224; introduire ? Ce sont celles que les communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
proposent en vue de pr&#233;parer l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
pour limiter la concurrence, l'accumulation de vastes capitaux entre les mains&lt;br class='autobr' /&gt;
d'individus priv&#233;s, toute limitation ou abolition du droit d'h&#233;ritage, toute organisation du travail par l'&#201;tat, etc. - toutes ces mesures ne sont pas seulement possibles&lt;br class='autobr' /&gt;
en tant que mesures r&#233;volutionnaires, mais encore n&#233;cessaires. Elles seront possibles parce que tout le prol&#233;tariat insurg&#233; se tiendra derri&#232;re elles et les soutiendra&lt;br class='autobr' /&gt;
par la force des armes. Elles sont r&#233;alisables, en d&#233;pit de toutes les objections et inconv&#233;nients que leur adressent les &#233;conomistes et pr&#233;cis&#233;ment en raison des&lt;br class='autobr' /&gt;
maux et inconv&#233;nients qui forceront le prol&#233;tariat &#224; proc&#233;der toujours plus &#224; fond,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e soit totalement abolie, s'il ne veut pas perdre de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau ce qu'il a d&#233;j&#224; conquis. Elles sont possibles en tant que pas pr&#233;paratoires, &#233;tapes interm&#233;diaires de transition vers l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
en aucun cas autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur Heinzen voudrait que ces mesures soient des mesures fixes, ultimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ne doivent rien pr&#233;parer, mais &#234;tre d&#233;finitives. Pour lui, ce ne sont pas des&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, mais un but. Elles ne sont pas ajust&#233;es &#224; une situation r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais &#224; de paisibles conditions bourgeoises. Or, de cette fa&#231;on, il les rend inefficaces et en m&#234;me temps r&#233;actionnaires. Les &#233;conomistes bourgeois ont m&#234;me parfaitement raison quand ils opposent &#224; M. Heinzen que ses mesures retardent sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
libre concurrence, car celle-ci est la forme d'existence ultime, la plus haute et la&lt;br class='autobr' /&gt;
plus &#233;lev&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Toutes les mesures qui partent de la base de la&lt;br class='autobr' /&gt;
propri&#233;t&#233; priv&#233;e tout en &#233;tant dirig&#233;es contre la libre concurrence sont r&#233;actionnaires, s'efforcent de restaurer des degr&#233;s de d&#233;veloppement inf&#233;rieurs de la propri&#233;t&#233;, et doivent donc finalement aussi succomber de nouveau devant la libre concurrence &#8211; ce qui r&#233;tablit la situation pr&#233;sente. Or, ces objections des bourgeois perdent leur force d&#232;s que l'on traite les r&#233;formes sociales mentionn&#233;es ci-dessus&lt;br class='autobr' /&gt;
comme des interventions r&#233;volutionnaires de transition, alors qu'elles balaient de&lt;br class='autobr' /&gt;
fond en comble la vision de M. Heinzen d'une r&#233;publique agraro-socialiste tricolore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, chez les communistes, ces mesures ont un sens et une raison parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles ne sont pas con&#231;ues comme des mesures arbitraires, mais d&#233;rivent n&#233;cessairement comme objectifs du d&#233;veloppement de l'industrie, de l'agriculture, des&lt;br class='autobr' /&gt;
rapports de distribution et de communication, ainsi que de la lutte de classe entre&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoisie et prol&#233;tariat qui y est li&#233;e. Ce ne sont jamais des mesures stables&lt;br class='autobr' /&gt;
mais des mesures de salut public surgissant des hauts et des bas de la lutte des&lt;br class='autobr' /&gt;
classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique en 1887</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8434</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8434</guid>
		<dc:date>2025-03-04T23:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix mois se sont &#233;coul&#233;s depuis que, pour r&#233;pondre au d&#233;sir du traducteur, j'&#233;crivis &#171; l'Appendice &#187; de ce livre ; et pendant ces dix mois, il s'est accompli dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ri&#173;caine, une r&#233;volution qui aurait demand&#233; au moins dix ann&#233;es dans tout autre pays. En f&#233;vrier 1886, l'opinion publique am&#233;ricaine &#233;tait presque unanime sur ce point : c'est qu'il n'existait pas en Am&#233;rique de classe ouvri&#232;re, au sens europ&#233;en du mot ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix mois se sont &#233;coul&#233;s depuis que, pour r&#233;pondre au d&#233;sir du traducteur, j'&#233;crivis &#171; l'Appendice &#187; de ce livre ; et pendant ces dix mois, il s'est accompli dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ri&#173;caine, une r&#233;volution qui aurait demand&#233; au moins dix ann&#233;es dans tout autre pays. En f&#233;vrier 1886, l'opinion publique am&#233;ricaine &#233;tait presque unanime sur ce point : c'est qu'il n'existait pas en Am&#233;rique de classe ouvri&#232;re, au sens europ&#233;en du mot ; que, par suite, aucune lutte de classes entre travailleurs et capitalistes, comme celle qui d&#233;chire la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne, n'&#233;tait possible dans la R&#233;publique am&#233;ricaine ; et que le socialisme &#233;tait donc un fait d'importation &#233;trang&#232;re, incapable de prendre racine dans le sol am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, &#224; ce moment m&#234;me, la lutte de classes en marche projetait devant elle son ombre gigantesque dans les gr&#232;ves des mineurs pensylvaniens et d'autres corps de m&#233;tiers, et surtout dans l'&#233;laboration, par tout le pays, du grand mouvement des huit heures qui devait &#233;clater et a &#233;clat&#233; en mai suivant. Que j'ai alors appr&#233;ci&#233; exactement ces sympt&#244;mes et pr&#233;dit le mouvement de classe qui s'est produit dans le cadre national : c'est ce que montre mon &#171; Appendice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais personne ne pouvait pr&#233;voir qu'en si peu de temps le mouvement &#233;claterait avec une force aussi irr&#233;sistible ; qu'il se propagerait avec la rapidit&#233; d'un incendie de prairie et qu'il &#233;branlerait la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine jusque dans ses fondements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est l&#224;, patent et incontestable ; quant &#224; la terreur dont il a frapp&#233; les classes diri&#173;gean&#173;tes d'Am&#233;rique, j'ai pu, &#224; mon grand amusement, m'en rendre compte par les journalistes am&#233;ricains qui m'ont honor&#233; de leur visite au printemps dernier ; ce &#171; nouveau d&#233;part &#187; les avait jet&#233;s dans un &#233;tat d'angoisse et de perplexit&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;es. A cette &#233;poque pourtant, le mouvement n'&#233;tait encore qu'&#224; son d&#233;but. Il n'y avait qu'une s&#233;rie d'explosions confuses, et sans lien apparent, de la classe qui, par la suppression de l'esclavage noir et le rapide d&#233;veloppement des manufactures, est devenue la derni&#232;re couche de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Mais l'ann&#233;e n'&#233;tait pas termin&#233;e que ces convulsions sociales d&#233;sordonn&#233;es commenc&#232;rent &#224; prendre une direction bien d&#233;finie. Les mouvements spontan&#233;s et instinctifs de ces grandes masses du peuple travailleur, sur une vaste &#233;tendue de territoire ; l'explosion simultan&#233;e de leur com&#173;mun m&#233;contentement contre une mis&#233;rable situation sociale, la m&#234;me partout et due aux m&#234;mes causes, tout donna &#224; ces masses la conscience qu'elles formaient une nouvelle classe et une classe distincte dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, une classe - &#224; proprement parler - de salari&#233;s plus ou moins h&#233;r&#233;ditaires, de prol&#233;taires. Et, avec un v&#233;ritable instinct am&#233;ricain, cette conscience les conduisit imm&#233;diatement au premier pas vers leur &#233;mancipation : autrement dit &#224; la formation d'un parti ouvrier politique, avec un programme &#224; lui et, pour but, la conqu&#234;te du Capitole et de la Maison-Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai, la lutte pour la journ&#233;e de huit heures, les troubles de Chicago, de Milwaukee, etc., les efforts de la classe dominante pour &#233;craser le mouvement naissant du travail par la force brutale et une brutale justice de classe. En novembre, le nouveau parti du travail d&#233;j&#224; organis&#233; dans tous les grands centres, et les &#233;lections socialistes de New-York, de Chicago et de Milwaukee. Mai et novembre n'avaient jusqu'alors rappel&#233; &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine que le paiement des coupons de la dette publique des &#201;tats-Unis ; mais &#224; l'avenir, mai et novembre lui rappelleront en plus d'autres coupons, ceux que le prol&#233;tariat am&#233;ricain lui a pr&#233;sent&#233;s en paiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays europ&#233;ens, il a fallu &#224; la classe des travailleurs, des ann&#233;es et encore des ann&#233;es pour comprendre pleinement qu'elle forme une classe distincte, et dans les conditions existantes, une classe permanente de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il lui a fallu de nouvelles ann&#233;es encore pour que cette conscience de classe l'amen&#226;t &#224; se former en un parti politique distinct, ind&#233;pendant et ennemi de tous les anciens partis politiques form&#233;s par les fractions diverses de la classe dominante. Sur le sol plus favoris&#233; de l'Am&#233;rique, o&#249; aucune ruine moyen-&#226;gienne n'obstrue la route, o&#249; l'histoire commence avec les &#233;l&#233;ments de la moderne soci&#233;t&#233; bourgeoise &#233;labor&#233;e au XVIIe si&#232;cle, la classe des travailleurs a pass&#233; &#224; travers ces deux phases de son d&#233;veloppement en dix mois seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tout cela n'est encore qu'un commencement. Que les masses laborieuses sentent la communaut&#233; de leurs griefs et de leurs int&#233;r&#234;ts, leur solidarit&#233; comme classe en opposition avec toutes les autres classes ; qu'&#224; l'effet de donner expression et port&#233;e &#224; ce sentiment, elles songent &#224; mettre en mouvement la machinerie politiquement organis&#233;e &#224; cette fin dans tout pays libre - il n'y a l&#224; qu'un premier pas. Le second pas consiste &#224; trouver le rem&#232;de commun aux communs griefs et &#224; l'incorporer dans le programme du nouveau parti du travail. Et ce pas - le plus important et le plus difficile - est encore &#224; faire en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau parti doit avoir un programme positif distinct ; un programme qui peut varier dans les d&#233;tails, avec les circonstances et le d&#233;veloppement du parti lui-m&#234;me, mais pro&#173;gramme unique, sur lequel, pour le temps pr&#233;sent, le parti est d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'un pareil programme n'a pas &#233;t&#233; &#233;labor&#233;, ou n'existe que dans une forme rudimentaire, le nouveau parti lui-m&#234;me n'aura qu'une existence rudimentaire ; il peut exister localement, mais non pas nationalement ; il pourra devenir un parti ; il ne l'est pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme, quelle que puisse &#234;tre sa premi&#232;re forme initiale, doit se d&#233;velopper dans une direction qui peut se d&#233;terminer &#224; l'avance. Les causes qui ont creus&#233; l'ab&#238;me entre la classe travailleuse et la classe capitaliste sont les m&#234;mes en Am&#233;rique et en Europe ; les moyens de combler cet ab&#238;me sont &#233;galement les m&#234;mes partout. Cons&#233;quemment le programme du prol&#233;tariat am&#233;ricain devra &#224; la longue co&#239;ncider, quant au dernier but &#224; atteindre, avec celui qui est devenu, apr&#232;s soixante ans de dissensions et de d&#233;bats, le pro&#173;gram&#173;me adopt&#233; par la grande masse du prol&#233;tariat militant d'Europe. Il devra proclamer, comme le but dernier, la conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re, &#224; l'effet d'effectuer l'appropriation directe de tous les moyens de production - sol, chemins de fer, mines, machines, etc. - par la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, et leur mise en oeuvre par tous, pour le compte et au b&#233;n&#233;fice de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le nouveau parti am&#233;ricain, comme tous les partis politiques de partout, par le simple fait de sa formation aspire &#224; la conqu&#234;te du pouvoir politique, il est encore loin de s'entendre sur l'usage &#224; faire de ce pouvoir une fois conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A New-York, et dans les autres grandes villes de l'est, l'organisation de la classe ouvri&#232;re s'est faite sur le terrain corporatif formant dans chaque ville une puissante Union centrale du travail. A New-York, en novembre dernier, le Central Labor Union a choisi pour porte-drapeau Henry George [2] et, par suite, son programme &#233;lectoral temporaire s'est fortement impr&#233;gn&#233; des principes de ce dernier. Dans les grandes villes du nord-ouest, la bataille &#233;lectorale s'est engag&#233;e sur un programme ouvrier plus ind&#233;termin&#233; encore, dans lequel l'influence des th&#233;ories de Henry George &#233;tait ou nulle ou &#224; peine visible. Et pendant que, dans ces grands centres de population et d'industrie le nouveau mouvement de classe avait un aboutissant politique, nous trouvons se d&#233;veloppant par tout le pays, deux organisations ouvri&#232;res : Les Chevaliers du Travail [3] et le Parti Socialiste du Travail, ce dernier poss&#233;dant seul un programme en harmonie avec le moderne point de vue europ&#233;en r&#233;sum&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces trois formes plus ou moins d&#233;finies sous lesquelles le mouvement ouvrier am&#233;ricain se pr&#233;sente &#224; nous, la premi&#232;re - le mouvement que personnifie Henry George &#224; New-York - n'a pour le moment qu'une importance locale. Certes, New-York est de beaucoup la ville la plus importante des &#201;tats-Unis, mais New York n'est pas Paris et les &#201;tats-Unis ne sont pas la France. Et il me semble que le programme de Henry George, dans sa teneur actuelle, est trop &#233;troit pour servir de base &#224; autre chose qu'&#224; un mouvement local, ou, au plus, &#224; une phase tr&#232;s limit&#233;e du mouvement g&#233;n&#233;ral. Pour Henry George la grande et universelle cause de la division de l'humanit&#233; en riches et en pauvres consiste en ce que la masse du peuple est expropri&#233;e du sol. Or, historiquement, cela n'est pas exact. Dans l'antiquit&#233; asiatique et classique, la forme pr&#233;dominante de l'oppression de classe &#233;tait l'esclavage, c'est-&#224;-dire non pas tant l'expropriation des masses du sol, que l'appropriation de leurs personnes. Lorsque, au d&#233;clin de la r&#233;publique romaine, les libres paysans italiens furent expropri&#233;s de leurs fermes, ils form&#232;rent une classe de &#171; pauvres blancs &#187; semblables aux noirs des &#201;tats esclavagistes du sud avant 1861 ; et entre les esclaves et les pauvres blancs, deux classes &#233;galement incapables de s'&#233;manciper elles-m&#234;mes, l'ancien monde s'en alla en pi&#232;ces. Au moyen &#226;ge, ce n'&#233;tait pas leur expropriation du sol, mais bien plut&#244;t leur appropriation au sol qui devint pour ces masses la source de l'oppression f&#233;odale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan conservait son morceau de terre, mais il y &#233;tait attach&#233; comme serf ou vilain et contraint de fournir au seigneur un tribut en travail ou en produits. Ce ne fut qu'&#224; l'aurore des temps nouveaux, vers la fin du XV&#176; si&#232;cle, que l'expropriation des paysans, op&#233;r&#233;e sur une grande &#233;chelle, posa les premi&#232;res assises de la classe moderne des travailleurs salari&#233;s, ne poss&#233;dant rien en dehors de leur force-travail et ne pouvant vivre que de la vente de cette force-travail &#224; autrui. Mais si l'expropriation du sol donna naissance &#224; cette classe, ce fut le d&#233;veloppement de la production capitaliste, de la moderne industrie, et de l'agriculture en grand qui la perp&#233;tua, l'accr&#251;t et la transforma en une classe distincte avec des int&#233;r&#234;ts distincts et une mission historique distincte. Tout cela a &#233;t&#233; pleinement expos&#233; par Marx (Le Capital, livre premier, section VIII ; la soi-disant accumulation primitive) [4] . Selon Marx, la cause de l'antagonisme actuel des classes et de la d&#233;gradation sociale de la classe laborieuse, git dans son expropriation de tous les moyens de production, dans lesquels le sol est naturellement compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant d&#233;clar&#233; que la monopolisation du sol est la cause unique de la pauvret&#233; et de la mis&#232;re, Henry George, naturellement, trouve le rem&#232;de dans la reprise du sol par la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Or, les socialistes de l'&#233;cole de Marx demandent eux aussi cette reprise du sol par la soci&#233;t&#233;, mais ils ne la limitent pas au sol, ils l'&#233;tendent &#224; tous les moyens de production quels qu'ils soient. Ce n'est d'ailleurs pas sur ce point seul qu'existe la divergence. Que doit-on faire du sol ? Les socialistes modernes, repr&#233;sent&#233;s par Marx, demandent qu'il soit conserv&#233; et travaill&#233; en commun pour le b&#233;n&#233;fice commun ; ils demandent qu'il en soit de m&#234;me de tous les autres moyens de production sociale, mines, chemins de fer, fabriques, etc. Henry George, lui, se contenterait de l'affermer individuellement comme aujourd'hui, en r&#233;gularisant sa distribution et en en appliquant la vente &#224; des services publics, et non plus, comme &#224; pr&#233;sent, &#224; des fins priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que demandent les socialistes implique une r&#233;volution totale de tout le syst&#232;me de production sociale. Ce que demande Henry George laisse intact le pr&#233;sent mode de produc&#173;tion sociale et a &#233;t&#233; d'ailleurs pr&#233;conis&#233; il y a des ann&#233;es par les plus avanc&#233;s des &#233;conomistes bourgeois de l'&#233;cole de Ricardo, lesquels demandaient eux aussi, la confiscation de la rente fonci&#232;re par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il serait injuste de supposer que Henry George a dit, une fois pour toutes, son dernier mot. Mais je suis oblig&#233; de prendre sa th&#233;orie telle que je la trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chevaliers du Travail forment la deuxi&#232;me grande section du mouvement am&#233;ricain et cette section semble &#234;tre la plus typique de l'&#233;tat actuel du mouvement, en m&#234;me temps qu'elle en est, sans aucun doute, de beaucoup la plus forte. Une immense association r&#233;pan&#173;due sur une immense &#233;tendue de pays en innombrables Assembl&#233;es, repr&#233;sentant toutes les nuances d'opinions individuelles et locales de la classe ouvri&#232;re ; tous les membres r&#233;unis sous le couvert d'un programme d'une ind&#233;termination correspondante, et tenus ensemble bien moins par leur impraticable constitution que par le sentiment instinctif que le simple fait de leur union pour une aspiration commune en fait une grande puissance dans le pays, un paradoxe bien am&#233;ricain [5] qui rev&#234;t les efforts les plus modernes des m&#244;meries les plus moyen-&#226;giennes et qui cache l'esprit le plus d&#233;mocratique et m&#234;me le plus insurgen&#173;tionnel derri&#232;re un despotisme apparent, mais impuissant en r&#233;alit&#233; - tel est le spectacle que les Chevaliers du Travail pr&#233;sentent &#224; un observateur europ&#233;en. Mais si nous ne nous laissons pas arr&#234;ter par de simples extravagances ext&#233;rieures, nous ne pouvons manquer de voir, dans cette vaste agglom&#233;ration, une somme &#233;norme d'&#233;nergie latente, &#233;voluant lente&#173;ment, mais s&#251;rement en force r&#233;elle. Les Chevaliers du Travail sont la premi&#232;re organisation nationale cr&#233;&#233;e par l'ensemble de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine. Peu importe leur origine et leur histoire, leurs d&#233;fauts et leurs petites absurdit&#233;s, leur programme et leur constitution ; ils sont l'&#339;uvre pratiquement [6] de toute la classe am&#233;ricaine des salari&#233;s, le seul lien national qui les unisse, qui leur fasse sentir leur puissance en m&#234;me temps qu'il la fait sentir &#224; leur ennemi et les remplisse d'une fi&#232;re esp&#233;rance en la victoire future. Car il ne serait pas exact de dire que les Chevaliers du Travail sont susceptibles de d&#233;veloppement. Ils sont constamment en pleine voie de d&#233;veloppement et de r&#233;volution ; c'est une masse plastique [7] de mati&#232;re humai&#173;ne en fermentation &#224; la recherche de la forme appropri&#233;e &#224; sa propre nature. Et cette forme elle l'obtiendra aussi s&#251;rement que l'&#233;volution historique a, comme l'&#233;volution naturelle, ses propres lois immanentes. Que les chevaliers du travail conservent alors ou non leur nom actuel, c'est ce qui importe peu ; mais &#224; qui les observe du dehors, il para&#238;t &#233;vident que l&#224; est l'&#233;l&#233;ment premier d'o&#249; aura &#224; sortir l'avenir du mouvement ouvrier am&#233;ricain et par cons&#233;quent, l'avenir de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me section constitue le Parti Socialiste du Travail. C'est un parti qui n'existe que de nom, car nulle part en Am&#233;rique il n'a jusqu'ici &#233;t&#233; actuellement en &#233;tat de s'affirmer comme parti politique. Il est, en outre, dans une certaine mesure, &#233;tranger &#224; l'Am&#233;rique, ayant &#233;t&#233; jusque tout r&#233;cemment form&#233; presque exclusivement par les immigrants alle&#173;mands [8] , employant leur propre langue et, pour la plus grande part, peu familiers avec la langue ordinaire du pays. Mais s'il est de souche &#233;trang&#232;re, il arrive en m&#234;me temps arm&#233; de toute l'exp&#233;rience acquise par de longues ann&#233;es de lutte de classes en Europe, et avec une notion des conditions g&#233;n&#233;rales de l'&#233;mancipation de la classe des travailleurs bien sup&#233;rieure &#224; celle que poss&#232;dent les travailleurs am&#233;ricains. C'est un bonheur pour le prol&#233;tariat am&#233;ricain, qui est ainsi mis en &#233;tat de s'approprier et d'utiliser l'acquis intellectuel et moral de quarante ans de lutte de ses compagnons de classe en Europe, et d'acc&#233;l&#233;rer ainsi sa propre victoire. Car, comme je l'ai dit, il ne peut y avoir aucun doute &#224; ce sujet. Le programme der&#173;nier de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine doit &#234;tre et sera essentiellement le m&#234;me que celui actuellement accept&#233; par tout le prol&#233;tariat militant d'Europe, le m&#234;me que celui du Parti Socialiste du Travail allemand-am&#233;ricain. Ce Parti est donc appel&#233; &#224; jouer un r&#244;le tr&#232;s important dans le mouvement. Mais pour cela, il lui faudra d&#233;pouiller tout vestige de son costume &#233;tranger. Il aura &#224; devenir am&#233;ricain jusqu'aux moelles. Il ne peut demander que les Am&#233;ricains viennent &#224; lui : c'est &#224; lui, minorit&#233; - et minorit&#233; immigr&#233;e - d'aller aux Am&#233;ri&#173;cains, qui sont &#224; la fois l'immense majorit&#233; - et majorit&#233; d'indig&#232;nes. Et, &#224; cet effet, il doit, avant tout, apprendre l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de fusion de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de la vaste masse en mouvement - &#233;l&#233;ments qui ne sont pas r&#233;ellement discordants, mais sont mutuellement isol&#233;s par la diversit&#233; de leur point de d&#233;part - prendra un certain temps et ne s'accomplira pas sans maints chocs qui sont d&#233;j&#224; visibles sur diff&#233;rents points. Les Chevaliers du Travail, par exemple, sont ici et l&#224;, dans les villes de l'est, localement en guerre avec les unions de m&#233;tier [9] . Mais ce m&#234;me choc existe entre les Chevaliers du Travail eux-m&#234;mes, parmi lesquels la paix et l'harmonie sont loin de r&#233;gner. Ce ne sont pas l&#224; cependant des sympt&#244;mes de dissolution dont les capitalistes aient le droit de se r&#233;jouir. Ce sont simplement des signes que les innombrables arm&#233;es de travailleurs, pour la premi&#232;re fois mises en marche dans une commune direction, n'ont trouv&#233; jusqu'ici ni une expression ad&#233;quate &#224; leurs int&#233;r&#234;ts communs, ni la forme d'organisation la mieux adapt&#233;e &#224; la lutte, ni la discipline requise pour assurer la victoire. Ce ne sont encore que les premi&#232;res lev&#233;es en masse de la grande guerre r&#233;volutionnaire, recrut&#233;es et &#233;quip&#233;es localement et ind&#233;pendantes les unes des autres tendant toutes &#224; la formation d'une arm&#233;e commune, mais encore sans organisation r&#233;guli&#232;re et sans plan commun de campagne. Les colonnes convergentes se heurtent ici et l&#224; ; il en r&#233;sulte de la confusion, des disputes violentes, des menaces m&#234;me de conflit. Mais la communaut&#233; du but dernier finit par avoir raison de toutes ces difficult&#233;s ; avant peu, les bataillons &#233;pars et tumultueux se formeront en une longue ligne de bataille, pr&#233;sentant &#224; l'ennemi un front bien ordonn&#233;, silencieux sous l'&#233;clat de leurs armes, couverts par de hardis tirailleurs et appuy&#233;s sur des r&#233;serves inentamables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; ce r&#233;sultat, l'unification des divers corps ind&#233;pendants en une seule Arm&#233;e Nationale du Travail avec un programme commun - si provisoire que soit ce programme, pourvu seulement qu'il soit un v&#233;ritable programme de classe ouvri&#232;re, - est le premier grand pas &#224; accomplir en Am&#233;rique. A cet effet, et pour rendre ce programme digne de la cause, le Parti Socialiste du Travail peut &#234;tre d'un grand secours s'il agit seulement comme ont agi les socialistes europ&#233;ens &#224; l'&#233;poque o&#249; ils n'&#233;taient encore qu'une petite minorit&#233; de la classe ouvri&#232;re. Cette ligne de conduite a &#233;t&#233; expos&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1847 dans le Manifeste du Parti Communiste dans les termes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les communistes - c'&#233;tait le nom que nous avions alors adopt&#233; et que nous som&#173;mes aujourd'hui encore tr&#232;s loin de r&#233;pudier - les communistes ne forment pas un parti distinct oppos&#233; aux autres partis ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils n'ont pas d'int&#233;r&#234;ts s&#233;par&#233;s et distincts des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils n'arrivent pas avec des principes de leur cru, &#224; imposer au mouvement prol&#233;&#173;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1&#186; dans les luttes nationales des prol&#233;taires de diff&#233;rents pays ils &#233;voquent et mettent au premier plan les int&#233;r&#234;ts communs de tout le prol&#233;tariat, int&#233;r&#234;ts ind&#233;pendants de toute nationalit&#233; ; 2&#186; dans les diff&#233;rentes phases de d&#233;veloppement par lesquelles a &#224; passer la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste, toujours et partout ils repr&#233;sentent des int&#233;r&#234;ts du mouvement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pratiquement, les communistes sont donc la section la plus avanc&#233;e et la plus r&#233;solue des partis ouvriers de tous les pays ; th&#233;oriquement, d'autre part, ils ont cet avantage sur la grande masse des prol&#233;taires, d'avoir une vue claire des conditions, de la marche et du r&#233;sultat final du mouvement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils combattent pour la r&#233;alisation des objectifs imm&#233;diats, pour la satisfaction des int&#233;r&#234;ts momentan&#233;s de la classe ouvri&#232;re ; mais dans le mouvement du pr&#233;sent, ils repr&#233;sentent et sauvegardent l'avenir du mouvement [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la tactique qui a &#233;t&#233; suivie depuis plus de quarante ann&#233;es par le grand fondateur du socialisme moderne, Karl Marx, et par moi-m&#234;me, ainsi que par les socialistes de toutes les nations qui travaillent en accord avec nous [11] . C'est elle qui partout, nous a conduits &#224; la victoire ; c'est gr&#226;ce &#224; elle qu'aujourd'hui la masse des socialistes europ&#233;ens en Allemagne comme en France, en Belgique et en Hollande comme en Suisse, en Danemark et en Su&#232;de comme en Espagne et au Portugal, combat comme une seule et commune arm&#233;e sous un seul et m&#234;me drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 26 janvier 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte surlign&#233; : en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Publi&#233;e sous le titre &#171; Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique &#187; les 16 et 23 juillet 1887 par Le Socialiste dans une traduction qui avait re&#231;u l'approbation d'Engels et dont nous nous sommes born&#233;s &#224; corriger les erreurs manifestes, d'apr&#232;s l'original anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Socialiste : Hebdomadaire dirig&#233; par Guesde et Lafargue , paraissant &#224; Paris avec des interruptions &#224; partir de 1885. Ici 3&#176; ann&#233;e, 2&#176; s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Henry GEORGE (1838-1897) : Publiciste am&#233;ricain, &#233;tabli &#224; New York depuis 1880, auteur d'un ouvrage d'&#233;conomie politique, critiqu&#233; par Marx : Progress and Poverty. En 1886, George a &#233;t&#233; candidat au poste de maire de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Knights of Labor &#187; : organisation qui exista en Am&#233;rique entre 1870 et 1890 ; elle recrutait ses membres surtout parmi les ouvriers non qualifi&#233;s. A son apog&#233;e, elle comptait en 1886, 700.000 membres. Sur les Chevaliers du Travail et Henry George, voir lettre d'Engels &#224; Laura Lafargue in Correspondance Engels-Lafargue, &#201;ditions Sociales, Paris, 1956, I, p. 410.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le Capital , &#201;ditions Sociales, Livre I, tome III, p. 153 et suiv. Bien entendu, dans Le Capital, la Section VIII s'intitule tout simplement &#171; L'accumulation primitive &#187;. Il faut comprendre &#171; soi-disant &#187;, comme &#171; ce que Marx d&#233;signe par le terme de &#187;. Ce soi-disant est ici probablement un germanisme (sogennant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Socialiste disait : &#171; Une &#233;nigme de contradiction v&#233;ritablement am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Texte corrig&#233;. Le Socialiste &#233;crivait &#171; l'&#339;uvre pratique de toute la classe am&#233;ricaine des salari&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Texte corrig&#233;. Le Socialiste traduisait &#171; une masse de mati&#232;re humaine en fermentation, en travail de la forme appropri&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Texte corrig&#233;. Le Socialiste disait &#171; les &#233;migrants allemands &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Engels dit : &#171; Trade-Unions &#187; (syndicats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le Manifeste communiste. La citation est extraite du chapitre II et du chapitre IV. Nous avons respect&#233; le texte du Socialiste. On retrouvera les passages cit&#233;s dans une traduction l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. Le Manifeste..., &#201;ditions Sociales, 1957, p. 27 et p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Texte corrig&#233;. Le Socialiste disait &#171; travaillent pour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre de Haymarket Square, survenu &#224; Chicago le 4 mai 18861, constitue le point culminant de la lutte pour la journ&#233;e de huit heures aux &#201;tats-Unis. Initi&#233; par les gr&#233;vistes des usines McCormick de Chicago, l'&#233;v&#233;nement se r&#233;pand rapidement &#224; travers tout le pays et devient un &#233;l&#233;ment majeur de l'histoire de la journ&#233;e internationale des travailleurs du 1er mai2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la proc&#233;dure judiciaire qui fut m&#233;diatis&#233;e dans le monde entier, huit anarchistes ont &#233;t&#233; reconnus coupables de complot. Ils sont accus&#233;s d'avoir confectionn&#233; une bombe artisanale pour commettre un attentat sur des policiers de Chicago pendant la manifestation sur Haymarket Square, en repr&#233;sailles aux &#233;v&#233;nements du 1er mai 1886 (trois jours plus t&#244;t, deux manifestants sont tu&#233;s par la police). Lors du proc&#232;s, aucun d'entre eux n'a avou&#233; l'avoir lanc&#233;e, ni &#234;tre au courant de la conspiration, et seuls deux des huit anarchistes se trouvaient sur Haymarket Square au moment des faits3,4,5,6. Cinq ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; mort et un &#224; une peine de 15 ans de prison7,8. Le gouverneur de l'Illinois de l'&#233;poque, Richard J. Oglesby, a commu&#233; deux des condamnations &#224; mort en peines de prison &#224; vie ; un autre s'est suicid&#233; en prison avant son ex&#233;cution pr&#233;vue9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site o&#249; s'est d&#233;roul&#233; l'incident a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; Chicago Landmark (&#171; monuments et lieux historiques de Chicago &#187;) par la ville de Chicago en 199210, et une sculpture y a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en 2004. De plus, le Haymarket Martyrs' Monument (&#171; monument des martyrs de Haymarket &#187;) a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; National Historic Landmark par le National Park Service en 199711 sur le lieu de s&#233;pulture des accus&#233;s &#224; Forest Park, pr&#232;s de Chicago12,13.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contexte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre de S&#233;cession, et plus particuli&#232;rement apr&#232;s la longue d&#233;pression qui dura de 1873 &#224; 1896, on assiste &#224; une expansion rapide de la production industrielle aux &#201;tats-Unis. Chicago &#233;tait un grand centre industriel et des dizaines de milliers d'immigrants allemands et irlandais &#233;taient employ&#233;s &#224; environ 1,50 dollar par jour. Les travailleurs am&#233;ricains travaillaient en moyenne un peu plus de 60 heures, au cours d'une semaine de travail de six jours14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la ville devient un centre majeur pour de nombreuses organisations tentant d'organiser des revendications des travailleurs pour de meilleures conditions de travail15. Les employeurs de la ville r&#233;pondent par des mesures antisyndicales, telles que le licenciement et la mise sur liste noire de membres influents des syndicats, le verrouillage des travailleurs, le recrutement de briseurs de gr&#232;ve, l'emploi d'espions, de voyous et de forces de s&#233;curit&#233; priv&#233;es et l'exacerbation des tensions ethniques pour diviser les travailleurs16. Les int&#233;r&#234;ts des entreprises ont &#233;t&#233; soutenus par les journaux grand public et ont &#233;t&#233; combattus par la presse syndicale et immigr&#233;e17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence lors du rassemblement du 3 mai 1886 &#224; l'usine McCormick de Chicago. Cet &#233;v&#233;nement s'int&#233;grait dans la revendication pour la journ&#233;e de huit heures de travail quotidien, pour laquelle une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale mobilisant 340 000 travailleurs avait &#233;t&#233; lanc&#233;e. August Spies, militant anarchiste, est le dernier &#224; prendre la parole devant la foule des manifestants. Entre 600 et 3 000 personnes &#233;taient pr&#233;sentes pour &#233;couter le discours d'August Spies selon les autorit&#233;s18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la foule se disperse, 200 policiers de Chicago font irruption et chargent les ouvriers. Il y a deux morts et une dizaine de bless&#233;s. Spies r&#233;dige alors dans le journal Arbeiter Zeitung un appel &#224; un rassemblement de protestation contre la violence polici&#232;re, qui se tient le 4 mai sur Randolph Street, &#224; l'angle de Desplaines Street et Halsted Street (&#224; Fulton River District, un quartier du secteur de Near West Side). Ce rassemblement se voulait avant tout pacifiste. Un appel dans le journal The Alarm appelait les travailleurs &#224; venir arm&#233;s, mais dans un seul but d'autod&#233;fense, pour emp&#234;cher des carnages comme il s'en &#233;tait produit lors de bien d'autres gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour venu, Spies, ainsi que deux autres anarchistes, Albert Parsons et Samuel Fielden, prennent la parole. Le maire de Chicago Carter Harrison, Sr. assiste aussi au rassemblement. Lorsque la manifestation s'ach&#232;ve, Harrison, convaincu que rien ne va se passer, appelle le chef de la police, l'inspecteur John Bonfield, pour qu'il renvoie chez eux les policiers post&#233;s &#224; proximit&#233;. Il est 10 heures du soir, les manifestants se dispersent, il n'en reste plus que quelques centaines dans Haymarket Square, quand 180 policiers de Chicago chargent la foule encore pr&#233;sente. Quelqu'un jette une bombe sur la masse de policiers, en tuant un sur le coup. Dans le chaos qui en r&#233;sulte, sept agents sont tu&#233;s, et les pr&#233;judices subis par la foule &#233;lev&#233;s, la police ayant &#171; tir&#233; pour tuer &#187;. John Benjamin Murphy, un m&#233;decin et chirurgien r&#233;put&#233; de la ville, est d&#233;p&#234;ch&#233; sur place pour s'occuper des bless&#233;s19. L'&#233;v&#233;nement devait stigmatiser &#224; jamais le mouvement anarchiste comme violent et faire de Chicago un point chaud des luttes sociales de la plan&#232;te. On soup&#231;onne l'agence de d&#233;tectives priv&#233;s Pinkerton de s'&#234;tre introduite dans le rassemblement pour le perturber, comme elle avait l'habitude de le faire contre les mouvements ouvriers, engag&#233;e par les barons de l'industrie20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'attentat, sept hommes sont arr&#234;t&#233;s, accus&#233;s des meurtres de Haymarket. August Spies, George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden. Un huiti&#232;me nom s'ajoute &#224; la liste quand Albert Parsons se livre &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s s'ouvre le 21 juin 1886 &#224; la cour criminelle du comt&#233; de Cook (Cook County Criminal Court Building) dans le centre de Chicago. C'est avant tout le proc&#232;s des anarchistes et du mouvement ouvrier21. Des douze jur&#233;s, aucun n'&#233;tait ouvrier, quatre d&#233;claraient ha&#239;r les radicaux et tous reconnurent ult&#233;rieurement &#234;tre d&#233;j&#224; convaincus de la culpabilit&#233; des accus&#233;s avant le d&#233;but du proc&#232;s. Le gouverneur de l'Illinois, John Peter Altgeld, indiquera &#224; la suite de son enqu&#234;te que &#171; la plupart des preuves pr&#233;sent&#233;es devant le proc&#232;s &#233;taient des faux purs et simples &#187; et que les t&#233;moignages avaient &#233;t&#233; extorqu&#233;s &#224; des hommes &#171; terroris&#233;s &#187; que la police avait &#171; menac&#233; de tortures s'ils refusaient de signer ce qu'on leur dirait &#187;22. La s&#233;lection du jury compte par exemple un parent du policier tu&#233;. Le procureur Julius Grinnel d&#233;clare ainsi lors de ses instructions au jury :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'y a qu'un pas de la R&#233;publique &#224; l'anarchie. C'est la loi qui subit ici son proc&#232;s en m&#234;me temps que l'anarchisme. Ces huit hommes ont &#233;t&#233; choisis parce qu'ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent.&lt;br class='autobr' /&gt; Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est vous qui d&#233;ciderez si nous allons faire ce pas vers l'anarchie, ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, tous sont condamn&#233;s &#224; mort, &#224; l'exception d'Oscar Neebe qui &#233;cope de 15 ans de prison. Un vaste mouvement de protestation international se d&#233;clenche. Les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden sont commu&#233;es en prison &#224; perp&#233;tuit&#233; (ils seront tous les trois graci&#233;s le 26 juin 1893). Louis Lingg se suicide en prison. Quant &#224; August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons, ils sont pendus le vendredi 11 novembre 1887. L'&#233;v&#233;nement est connu comme &#233;tant le Black Friday litt&#233;ralement le &#171; Vendredi noir &#187;. Les capitaines d'industrie sont convi&#233;s &#224; assister &#224; la pendaison sur invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ex&#233;cut&#233;s sont r&#233;habilit&#233;s par la justice en 1893. Le gouverneur de l'Illinois John Peter Altgeld d&#233;clara que le climat de r&#233;pression brutale instaur&#233; depuis plus d'un an par l'officier John Bonfield &#233;tait &#224; l'origine de la trag&#233;die :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Alors que certains hommes se r&#233;signent &#224; recevoir des coups de matraque et voir leurs fr&#232;res se faire abattre, il en est d'autres qui se r&#233;volteront et nourriront une haine qui les poussera &#224; se venger, et les &#233;v&#233;nements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la trag&#233;die de Haymarket indiquent que la bombe a &#233;t&#233; lanc&#233;e par quelqu'un qui, de son propre chef, cherchait simplement &#224; se venger personnellement d'avoir &#233;t&#233; matraqu&#233;, et que le capitaine Bonfield est le v&#233;ritable responsable de la mort des agents de police23. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#232;nement connut une intense r&#233;action internationale et fit l'objet de manifestation dans la plupart des capitales europ&#233;ennes. George Bernard Shaw d&#233;clara &#224; cette occasion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si le monde doit absolument pendre huit de ses habitants, il serait bon qu'il s'agisse des huit juges de la Cour supr&#234;me de l'Illinois24. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les condamnations pour complot, aucun responsable r&#233;el n'a jamais &#233;t&#233; traduit en justice pour avoir lanc&#233; la bombe, et &#171; aucune explication juridique ne pourrait jamais faire para&#238;tre tout &#224; fait l&#233;gitime un proc&#232;s pour complot sans l'auteur principal &#187; selon l'historien Timothy Messer-Kruse25. Les historiens James Joll et Timothy Messer-Kruse affirment que les preuves d&#233;signent Rudolph Schnaubelt, beau-fr&#232;re de Michael Schwab, comme l'auteur probable de l'attentat26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'aucun des accus&#233;s n'&#233;tait impliqu&#233; dans l'attentat de Haymarket Square, l'accusation a avanc&#233; l'argument selon lequel Louis Lingg avait confectionn&#233; la bombe, et deux t&#233;moins de l'accusation (Harry Gilmer et Malvern Thompson) ont tent&#233; d'insinuer que l'individu ayant lanc&#233; la bombe avait &#233;t&#233; aid&#233; par August Spies, Adolph Fischer et Michael Schwab27,6. Les accus&#233;s ont affirm&#233; ne pas conna&#238;tre le responsable. D'apr&#232;s l'historien Matthew Carr, sept ans apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, le gouverneur de l'Illinois a d&#233;clar&#233; en 1893 que l'attentat avait &#233;t&#233; commandit&#233; par la police, et a dans la foul&#233; innocent&#233; (&#224; titre posthume pour la plupart) les anarchistes condamn&#233;s sans preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pendus de Haymarket deviennent le symbole du mouvement ouvrier mondial. L'&#233;v&#233;nement est devenu un symbole de la r&#233;pression organis&#233;e par les autorit&#233;s patronales et politiques et de la combativit&#233; des militants ouvriers28. Il s'inscrit dans le contexte de l'essor rapide de la grande industrie &#224; partir des ann&#233;es 1860, qui eut pour cons&#233;quence un accroissement consid&#233;rable de la main-d'oeuvre ouvri&#232;re peu qualifi&#233;e et g&#233;n&#233;ralement immigr&#233;e. Ces ouvriers n'&#233;taient pas encore organis&#233;s syndicalement28 : leur mouvement revendicatif prit la forme de gr&#232;ves et d'&#233;meutes parfois violentes, comme pendant la grande gr&#232;ve des chemins de fer le 24 juillet 1877 &#224; Chicago, au cours de laquelle vingt cheminots furent tu&#233;s. Comme la gr&#232;ve &#233;tait le fait de la fraction du monde ouvrier la plus fragile socialement et professionnellement, la r&#233;pression fut d'autant plus ais&#233;e pour les classes dirigeantes 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Originally at the corner of Des Plaines and Randolph &#187; [archive du 6 mai 2009], Cityofchicago.org (consult&#233; le 18 mars 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
2. (en) Encyclop&#230;dia Britannica : &#171; Haymarket Riot &#187; [archive].&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Timothy Messer-Kruse, The Haymarket Conspiracy : Transatlantic Anarchist Networks (2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Carl Smith, &#171; Act III : Toils of the Law &#187; [archive], sur The Dramas of Haymarket, Chicago Historical Society and Northwestern University (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
5. See generally, Harry L. Gilmer, &#171; Testimony of Harry L. Gilmer, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 28 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Malvern M. Thompson, &#171; Testimony of Malvern M. Thompson, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 27 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
7. &#171; Meet the Haymarket Defendants &#187; [archive] (consult&#233; le 5 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Timothy Messer-Kruse, The Trial of the Haymarket Anarchists, New York, Palgrave Macmillan, 2011, 21&#8211;22 p. (ISBN 978-0-230-12077-8), &#171; The Investigation &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
9. &#171; Biography of Louis Lingg &#187; [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
10. &#171; Site of the Haymarket Tragedy &#187; [archive du 14 juillet 2006], City of Chicago Department of Planning and Development, Landmarks Division, 2003 (consult&#233; le 19 janvier 2008)&lt;br class='autobr' /&gt;
11. &#171; Lists of National Historic Landmarks &#187; [archive du 9 juillet 2008], sur National Historic Landmarks Program, National Park Service, mars 2004 (consult&#233; le 19 janvier 2008)&lt;br class='autobr' /&gt;
12. The American Resting Place [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Haymarket Scrapbook [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Huberman, Michael, &#171; Working Hours of the World Unite ? New International Evidence of Worktime, 1870&#8211;1913 &#187;, The Journal of Economic History, vol. 64, no 4,&#8206; d&#233;cembre 2004, p. 971 (DOI 10.1017/s0022050704043050, JSTOR 3874986, S2CID 154536906, lire en ligne [archive])&lt;br class='autobr' /&gt;
15. James R. Barrett, &#171; Unionization &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
16. David Moberg, &#171; Antiunionism &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
17. Janice L. Reiff, &#171; The Press and Labor in the 1880s &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
18. Bruce C. Nelson, Beyond the Martyrs : A Social History of Chicago's Anarchists, 1870&#8211;1900, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, 1988 (ISBN 0-8135-1345-6), p. 189&lt;br class='autobr' /&gt;
19. &lt;a href=&#034;https://www.goodreads.com/book/show/4167892-the-remarkable-surgical-practice-of-john-benjamin-murphy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.goodreads.com/book/show/4167892-the-remarkable-surgical-practice-of-john-benjamin-murphy&lt;/a&gt; [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
20. (en) Howard Zinn, A popular history of the united states.&lt;br class='autobr' /&gt;
21. Normand Baillargeon, L'ordre moins le pouvoir, Agone, p. 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
22. Frank Browning et John Gerassi, Histoire criminelle des &#201;tats-Unis, Nouveau monde, 2015, p. 306-308.&lt;br class='autobr' /&gt;
23. &#171; While some men may tamely submit to being clubbed and seeing their brothers shot down, there are some who will resent it and will nurture a spirit of hatred and seek revenge for themselves, and the occurrences that preceded the Haymarket tragedy indicate that the bomb was thrown by some one who, instead of acting on the advice of anybody, was simply seeking personal revenge for having been clubbed, and that Capt. Bonfield is the man who is really responsible for the death of the police officers. &#187; Cit&#233; dans Reasons for pardoning Fielden, Neebe and Schwab (1893) [archive], p. 49, Mus&#233;e d'histoire de Chicago.&lt;br class='autobr' /&gt;
24. Howard Zinn, Une histoire populaire des &#201;tats-Unis, Agone 1980, trad.fr. 2002, p. 314.&lt;br class='autobr' /&gt;
25. Messer-Kruse (2011). p. 181.&lt;br class='autobr' /&gt;
26. (en) John J. Miller, &#034;What Happened at Haymarket ? A historian challenges a labor-history fable&#034; [archive], National Review, February 11, 2013. Retrieved September 6, 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
27. (en) Harry L. Gilmer, &#171; Testimony of Harry L. Gilmer, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 28 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
28. Pap Ndiaye, Les &#171; martyrs de haymarket &#187; [archive], lhistoire.fr, mensuel 404, octobre 2014&lt;br class='autobr' /&gt;
29. Version en ligne [archive] disponible en anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
30. Frank Harris [trad. Anne-Sylvie Homassel, La Bombe, La derni&#232;re goutte, 2015 (ISBN 9782918619239), notice &#233;diteur [archive].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#233;on Trotsky - L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034;</title>
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		<dc:date>2025-02-27T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition en langue africaaner de la premi&#232;re &#233;dition du Manifeste du parti communiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a peine &#224; croire que dix ann&#233;es seulement nous s&#233;parent du centenaire du Manifeste du parti communiste ! Ce manifeste, le plus g&#233;nial de tous ceux de la litt&#233;rature mondiale, surprend aujourd'hui encore par sa fra&#238;cheur. Les parties principales semble avoir &#233;t&#233; &#233;crites hier. Vraiment, les jeunes auteurs (Marx avait vingt-neuf ans, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition en langue africaaner de la premi&#232;re &#233;dition du Manifeste du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a peine &#224; croire que dix ann&#233;es seulement nous s&#233;parent du centenaire du Manifeste du parti communiste ! Ce manifeste, le plus g&#233;nial de tous ceux de la litt&#233;rature mondiale, surprend aujourd'hui encore par sa fra&#238;cheur. Les parties principales semble avoir &#233;t&#233; &#233;crites hier. Vraiment, les jeunes auteurs (Marx avait vingt-neuf ans, Engels vingt-sept) ont su regarder vers l'avenir comme personne avant eux et, peut-&#234;tre bien, apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans la pr&#233;face &#224; l'&#233;dition de 1872, Marx et Engels ont indiqu&#233; que, bien que quelques parties secondaires du Manifeste eussent vieilli, ils ne se croyaient pas en droit de modifier le texte primitif, car, au cours des vingt-cinq ann&#233;es &#233;coul&#233;es, le Manifeste &#233;tait devenu un document historique. Depuis, soixante-cinq ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es. Certaines parties isol&#233;es du Manifeste ont gliss&#233; plus profond&#233;ment encore le pass&#233;. Nous nous efforcerons de pr&#233;senter dans cette pr&#233;face, sous une forme r&#233;sum&#233;e, &#224; la fois les id&#233;es du Manifeste qui ont int&#233;gralement conserv&#233; leur force jusqu'&#224; nos jours, et celles qui ont aujourd'hui besoin de modifications s&#233;rieuses ou de compl&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire, d&#233;couverte par Marx peu de temps seulement avant la publication du Manifeste et qui y est appliqu&#233;e avec une parfaite ma&#238;trise, a tout &#224; fait r&#233;sist&#233; &#224; l'&#233;preuve des &#233;v&#233;nements et des coups de la critique hostile : elle constitue aujourd'hui l'un des instruments les plus pr&#233;cieux de la pens&#233;e humaine. Toutes les autres interpr&#233;tations du processus historique ont perdu toute valeur scientifique. On peut dire avec assurance qu'actuellement il est impossible non seulement d'&#234;tre un militant r&#233;volutionnaire, mais tout simplement d'&#234;tre un homme politiquement instruit sans s'&#234;tre appropri&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le premier chapitre du Manifeste d&#233;bute par la phrase suivante : &#034;L'histoire de toute soci&#233;t&#233; pass&#233;e est l'histoire de la lutte de classes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se, qui constitue la conclusion la plus importante de la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire, n'a pas tard&#233; &#224; devenir elle-m&#234;me un objet de la lutte des classes. La th&#233;orie, qui rempla&#231;ait le &#034;bien-&#234;tre commun&#034;, &#034;l'unit&#233; nationale&#034; et les &#034;v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles de la morale&#034; par la lutte des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels consid&#233;r&#233;s comme la force motrice, a subi des attaques particuli&#232;rement acharn&#233;es de la part des hypocrites r&#233;actionnaires, des doctrinaires lib&#233;raux et des d&#233;mocrates id&#233;alistes. Vinrent s'ajouter &#224; eux, plus tard, cette fois au sein du mouvement ouvrier lui-m&#234;me, ceux qu'on appelait les r&#233;visionnistes ; c'est-&#224;-dire les partisans de la r&#233;vision du marxisme dans l'esprit de collaboration et de r&#233;conciliation entre les classes. Enfin, &#224; notre &#233;poque, les m&#233;prisables &#233;pigones de l'Internationale Communiste (les &#034;staliniens&#034;) ont pris le m&#234;me chemin : la politique de ce qu'on appelle les &#034;fronts populaires&#034; d&#233;coule enti&#232;rement de la n&#233;gation des lois de la lutte de classes. C'est pourtant l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme qui, en poussant &#224; l'extr&#234;me toutes les contradictions sociales, constitue le triomphe historique du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'anatomie du capitalisme en tant que stade d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; expliqu&#233;e par Marx dans son Capital sous une forme achev&#233;e (1867). Mais, d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste, les lignes fondamentales de sa future analyse ont &#233;t&#233; trac&#233;es d'un ciseau ferme : la r&#233;tribution du travail dans la mesure indispensable &#224; la production ; l'appropriation de la plus value ; la concurrence comme loi fondamentale des rapports sociaux ; la ruine des classes moyennes, c'est-&#224;-dire de la petite bourgeoisie des villes et de la paysannerie ; la concentration des richesses entre les mains d'un nombre toujours plus r&#233;duit de poss&#233;dants, &#224; un p&#244;le et l'augmentation num&#233;rique du prol&#233;tariat &#224; l'autre ; la pr&#233;paration des conditions mat&#233;rielles et politiques du r&#233;gime socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La th&#232;se du Manifeste sur la tendance du capitalisme &#224; abaisser le niveau de vie des ouvriers et m&#234;me &#224; les paup&#233;riser, a subi un feu violent. Les pr&#234;tres, les professeurs, les ministres, les journalistes, les th&#233;oriciens social-d&#233;mocrates et les chefs syndicaux se sont &#233;lev&#233;s contre la th&#233;orie de la &#034;paup&#233;risation&#034; progressive. Ils ont invariablement d&#233;couvert le bien-&#234;tre croissant des travailleurs en faisant passer l'aristocratie ouvri&#232;re pour le prol&#233;tariat ou en prenant une tendance temporaire pour une tendance g&#233;n&#233;rale. En m&#234;me temps, l'&#233;volution m&#234;me du capitalisme le plus puissant, celui d'Am&#233;rique du Nord, a transform&#233; des millions d'ouvriers en pauvres, entretenus aux frais de la charit&#233; &#233;tatique, municipale ou priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Par opposition au Manifeste qui d&#233;crivait les crises commerciales-industrielles comme une s&#233;rie de catastrophes croissantes, les r&#233;visionnistes affirmaient que le d&#233;veloppement national et international des trusts garantit le contr&#244;le du march&#233; et m&#232;ne graduellement &#224; la domination des crises. Il est vrai que la fin du si&#232;cle dernier et le d&#233;but de ce si&#232;cle se sont distingu&#233;s par un d&#233;veloppement tellement imp&#233;tueux que les crises ne semblaient &#234;tre que des accalmies &#034;accidentelles&#034;. Mais cette &#233;poque est irr&#233;m&#233;diablement r&#233;volue. En derni&#232;re analyse, dans cette question &#233;galement, la v&#233;rit&#233; s'est trouv&#233;e du c&#244;t&#233; du Manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#034;Le gouvernement moderne n'est qu'une d&#233;l&#233;gation qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise.&#034; Dans cette formule concentr&#233;e qui paraissait aux chefs social-d&#233;mocrates un paradoxe journalistique, se trouve en r&#233;alit&#233; contenue la seule th&#233;orie scientifique de l'Etat. La d&#233;mocratie cr&#233;&#233;e par la bourgeoisie n'est pas une coquille vide que l'on peut, ainsi que le pensaient &#224; la fois Bernstein et Kautsky , remplir paisiblement du contenu de classe que l'on veut. La d&#233;mocratie bourgeoise ne peut servir que la bourgeoisie. Le gouvernement de &#034;Front populaire&#034;, qu'il soit dirig&#233; par Blum ou Chautemps, [Largo] Caballero ou Negrin, n'est &#034;qu'une d&#233;l&#233;gation qui g&#232;re les affaires communes de toute la classes bourgeoise&#034;. Quand cette &#034;d&#233;l&#233;gation&#034; se tire mal d'affaire, la bourgeoisie la chasse d'un coup de pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Toute lutte de classes est une lutte politique.&#034; &#034;L'organisation des prol&#233;taires en classe et, par suite, en parti politique.&#034; A la compr&#233;hension de ces lois historiques, les syndicalistes d'un c&#244;t&#233;, les anarcho-syndicaliste de l'autre se sont longtemps d&#233;rob&#233;s et essaient aujourd'hui encore de se d&#233;rober. Le syndicalisme &#034;pur&#034; re&#231;oit aujourd'hui un coup terrible dans son principal refuge, les Etats-Unis. L'anarcho-syndicalisme a subi une d&#233;faite irr&#233;parable dans son dernier bastion, l'Espagne. Dans cette question &#233;galement le Manifeste a eu raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le prol&#233;tariat ne peut conqu&#233;rir le pouvoir dans le cadre des lois &#233;dict&#233;es par la bourgeoisie. &#034;Les communistes proclament ouvertement que leur buts ne peuvent &#234;tre atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social traditionnel.&#034; Le r&#233;formiste a essay&#233; d'expliquer cette th&#232;se du Manifeste par la non maturit&#233; du mouvement de l'&#233;poque et l'insuffisance du d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie. Le sort des &#034;d&#233;mocraties&#034; italienne, allemande et d'une longue s&#233;rie d'autres, d&#233;montre que, si quelque chose n'&#233;tait pas m&#251;r, il s'agissait des id&#233;es r&#233;formistes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Pour op&#233;rer la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, il faut que la classe ouvri&#232;re concentre dans ses mains le pouvoir capable de briser tous les obstacles politiques sur la voie de l'ordre nouveau. Le &#034;prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;, c'est la dictature. En m&#234;me temps, c'est la seule d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. Son envergure et sa profondeur d&#233;pendent des conditions historiques concr&#232;tes. Plus est grand le nombre des &#233;tats qui s'engagent dans la r&#233;volution socialiste, plus les formes de dictature seront libres et souples, et plus la d&#233;mocratie ouvri&#232;re sera large et profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le d&#233;veloppement international du capitalisme implique le caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Son action commune, dans les pays civilis&#233;s tout au moins, est une des premi&#232;res conditions de son &#233;mancipation. Le d&#233;veloppement ult&#233;rieur du capitalisme a si &#233;troitement li&#233; les unes aux autres toutes les parties de notre plan&#232;te, &#034;civilis&#233;es&#034; et &#034;non-civilis&#233;es&#034;, que le probl&#232;me de la r&#233;volution socialiste a compl&#232;tement et d&#233;finitivement pris un caract&#232;re mondial. La bureaucratie sovi&#233;tique a essay&#233; de liquider le Manifeste dans cette question fondamentale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence bonapartiste de l'Etat sovi&#233;tique a &#233;t&#233; l'illustration meurtri&#232;re du mensonge de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &#034;Une fois que, dans le cours du d&#233;veloppement, les diff&#233;rences de classe ont disparu et que toute la production est concentr&#233;e aux mains des individus associ&#233;s, le pouvoir public perd son caract&#232;re politique.&#034; Autrement dit l'Etat d&#233;p&#233;rit. Il reste la soci&#233;t&#233;, lib&#233;r&#233;e de sa camisole de force. C'est cela le socialisme. Le th&#233;or&#232;me inverse, la monstrueuse croissance de la contrainte d'Etat en U.R.S.S. d&#233;montre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;loigne du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#034;Les ouvriers n'ont pas de patrie.&#034; Cette phrase du Manifeste a &#233;t&#233; souvent jug&#233;e par les philistins comme une boutade bonne pour l'agitation. En r&#233;alit&#233;, elle donnait au prol&#233;tariat la seule directive raisonn&#233;e sur le probl&#232;me de la &#034;patrie&#034; socialiste. La suppression de cette directive par la II&#176; internationale a entra&#238;n&#233; non seulement la destruction de l'Europe pendant quatre ann&#233;es, mais encore la stagnation actuelle de la culture mondiale. Devant l'approche de la nouvelle guerre, le Manifeste demeure aujourd'hui encore le conseiller le plus s&#251;r dans la question de la &#034;patrie&#034; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ainsi que le petit ouvrage des deux jeunes auteurs continue &#224; fournir des indications irrempla&#231;ables dans les questions fondamentales et les plus br&#251;lantes de la lutte de lib&#233;ration. Quel autre livre pourrait se mesurer, m&#234;me de loin, avec le Manifeste communiste ? Cela ne signifie nullement, cependant, qu'apr&#232;s quatre-vingt-dix ann&#233;es de d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des forces productives et de grandioses luttes sociales, le Manifeste n'ait pas besoin de corrections et de compl&#233;ments. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire n'a rien de commun avec l'idol&#226;trie. Les programmes et les pronostics se v&#233;rifient et se corrigent &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience, qui est pour la pens&#233;e humaine l'instance supr&#234;me. Des corrections et des compl&#233;ments, ainsi qu'en t&#233;moigne l'exp&#233;rience historique m&#234;me, ne peuvent &#234;tre apport&#233;s avec succ&#232;s qu'en partant de la m&#233;thode qui se trouve &#224; la base du Manifeste. Nous essaierons de le montrer en nous aidant des exemples les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Marx enseignait qu'aucun ordre social n'abandonne la sc&#232;ne avant d'avoir &#233;puis&#233; ses possibilit&#233;s cr&#233;atrices. Le Manifeste fl&#233;trit le capitalisme parce qu'il entrave le d&#233;veloppement des forces productrices. A son &#233;poque cependant, ainsi qu'au cours des d&#233;cennies suivantes, cette entrave n'&#233;tait que relative : si, dans la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;conomie avait pu &#234;tre organis&#233;e sur les fondements socialistes, le rythme de sa croissance aurait &#233;t&#233; incomparablement plus rapide. Cette th&#232;se, th&#233;oriquement incontestable, ne change rien au fait que les forces productives ont continu&#233; &#224; cro&#238;tre, &#224; l'&#233;chelle mondiale, sans interruption jusqu'&#224; la guerre mondiale. Ce n'est qu'au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es qu'en d&#233;pit des d&#233;couvertes les plus modernes de la science et de la technique, s'est ouverte la p&#233;riode de la stagnation directe et m&#234;me du d&#233;clin de l'&#233;conomie mondiale. L'humanit&#233; commence &#224; vivre sur le capital accumul&#233; et la prochaine guerre menace de d&#233;truire pour longtemps les bases m&#234;me de la civilisation. Les auteurs du Manifeste escomptaient que le Capital se briserait longtemps avant de transformer, de r&#233;gime relativement r&#233;actionnaire en un r&#233;gime absolument r&#233;actionnaire. Cette transformation ne s'est pr&#233;cis&#233;e qu'aux yeux de la g&#233;n&#233;ration actuelle et elle a fait de notre &#233;poque celle des guerres, des r&#233;volutions et du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'erreur de Marx-Engels quant aux d&#233;lais historiques d&#233;coulait d'une part de la sous-estimation des possibilit&#233;s ult&#233;rieures inh&#233;rentes au capitalisme et d'autre part de la surestimation de la maturit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. La r&#233;volution de 1848 ne s'est pas transform&#233;e en r&#233;volution socialiste, comme le Manifeste l'avait escompt&#233;, mais ouvrit par la suite &#224; l'Allemagne la possibilit&#233; d'un &#233;panouissement formidable. La Commune de Paris d&#233;montra que le prol&#233;tariat ne peut arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie sans avoir &#224; sa t&#234;te un parti r&#233;volutionnaire &#233;prouv&#233;. Or la longue p&#233;riode d'essor capitaliste qui suivit entra&#238;na, non l'&#233;ducation d'une avant-garde r&#233;volutionnaire, mais au contraire, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise de la bureaucratie ouvri&#232;re, qui devint &#224; son tour le frein principal de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette &#034;dialectique&#034;, les auteurs du Manifeste ne pouvaient la pr&#233;voir eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le capitalisme, c'est, pour le Manifeste, le r&#232;gne de la libre concurrence. Parlant de la concentration croissante du Capital, le Manifeste n'en tire pas encore la n&#233;cessaire conclusion au sujet du monopole qui est devenu la forme dominante du Capital &#224; notre &#233;poque et la pr&#233;misse la plus importante de l'&#233;conomie socialiste. Ce n'est que plus tard que Marx constata que dans son Capital la tendance &#224; la transformation en monopole de la libre concurrence. La caract&#233;ristique scientifique du capitalisme de monopole a &#233;t&#233; donn&#233;e par L&#233;nine dans son Imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Se r&#233;f&#233;rant surtout &#224; l'exemple de la &#034;r&#233;volution industrielle&#034; anglaise, les auteur du Manifeste se repr&#233;sentaient de fa&#231;on trop rectiligne le processus de liquidation des classes interm&#233;diaires sous la forme d'une prol&#233;tarisation totale de l'artisanat, du petit commerce et de la paysannerie. En r&#233;alit&#233;, les forces &#233;l&#233;mentaires de la concurrence sont loin d'avoir achev&#233; cette &#339;uvre &#224; la fois progressiste et barbare. Le Capital a ruin&#233; la petite bourgeoisie beaucoup plus vite qu'il ne l'a prol&#233;taris&#233;e. En outre, la politique consciente de l'Etat bourgeois vise depuis longtemps &#224; conserver artificiellement les couches petites bourgeoises. Le d&#233;veloppement de la technique et la rationalisation de la grande production, tout en engendrant un ch&#244;mage organique, freinent, &#224; l'oppos&#233;, la prol&#233;tarisation de la petite bourgeoisie. En m&#234;me temps, le d&#233;veloppement du capitalisme a accru de fa&#231;on extraordinaire l'arm&#233;e des techniciens, des administrateurs, des employ&#233;s de commerce, en un mot de tout ce qu'on appelle &#034;la nouvelle classe moyenne&#034;. Le r&#233;sultat en est que les classes moyennes, dont le Manifeste pr&#233;voit de fa&#231;on si cat&#233;gorique la disparition, constituent, m&#234;me dans un pays aussi industrialis&#233; que l'Allemagne, &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; de la population. La conservation artificielle des couches petites-bourgeoises depuis longtemps p&#233;rim&#233;es n'att&#233;nue cependant en rien les contradictions sociales. Au contraire, elle les rend particuli&#232;rement morbides. S'ajoutant &#224; l'arm&#233;e permanente des ch&#244;meurs, elle est l'expression la plus malfaisante du pourrissement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le Manifeste, con&#231;u pour une &#233;poque r&#233;volutionnaire contient (&#224; la fin de son second chapitre) dix revendications qui correspondent &#224; la p&#233;riode de la transition imm&#233;diate du capitalisme au socialisme. Dans leur pr&#233;face de 1872 Marx et Engels indiqu&#232;rent que ces revendications &#233;taient en partie vieillies et qu'elles n'avaient plus en tout cas qu'une signification secondaire. Les r&#233;formistes se sont empar&#233;s de cette appr&#233;ciation ; ils l'on interpr&#233;t&#233;e dans le sens que les mots d'ordre r&#233;volutionnaires transitoires c&#233;daient d&#233;finitivement la place au &#034;programme minimum&#034; de la social-d&#233;mocratie qui, lui, comme on le sait, ne sortait pas du cadre de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les auteurs du Manifeste ont indiqu&#233; de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise la principale correction &#224; apporter &#224; leur programme de transition, &#224; savoir : &#034;Il ne suffit par que la classe ouvri&#232;re s'empare de la machine d'&#233;tat pour la faire servir &#224; sa propre fin&#034;. Autrement dit, la correction visait le f&#233;tichisme de la d&#233;mocratie bourgeoise. A l'Etat capitaliste, Marx opposa plus l'&#233;tat de type de la Commune. Ce &#034;type&#034; a pris, par la suite, la forme beaucoup plus pr&#233;cise des soviets. Il ne peut y avoir aujourd'hui de programme r&#233;volutionnaire sans soviets et sans contr&#244;le ouvrier. Quant &#224; tout le reste, aux dix revendications du Manifeste, qui, &#224; l'&#233;poque de la paisible activit&#233; parlementaire, apparaissaient &#034;archa&#239;ques&#034;, elle ont jusqu'&#224; pr&#233;sent rev&#234;tu toute leur importance. Ce qui est, en revanche, vieilli sans espoir, c'est le &#034;programme minimum&#034; social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Pour justifier l'espoir que la &#034;r&#233;volution bourgeoise allemande ne peut &#234;tre que le pr&#233;lude de la r&#233;volution prol&#233;tarienne&#034;, le Manifeste invoque les conditions g&#233;n&#233;rales beaucoup plus avanc&#233;es de la civilisation europ&#233;enne par rapport &#224; l'Angleterre du XVI&#176; si&#232;cle et &#224; la France au XVII&#176;, et le d&#233;veloppement bien sup&#233;rieur du prol&#233;tariat. L'erreur de ce pronostic ne consiste pas seulement dans l'erreur sur le d&#233;lai. Quelques mois plus tard, la r&#233;volution de 1848 montra pr&#233;cis&#233;ment que, dans la situation d'une &#233;volution plus avanc&#233;e, aucune des classes bourgeoises n'est capable de mener jusqu'au bout la r&#233;volution : la grande et moyenne bourgeoisie est trop li&#233;e aux propri&#233;taires fonciers et trop soud&#233;e par la peur des masses ; la petite bourgeoisie est trop dispers&#233;e et trop d&#233;pendante, par l'interm&#233;diaire de ses dirigeant de la grande bourgeoisie. Comme l'a d&#233;montr&#233; l'&#233;volution ult&#233;rieure en Europe et en Asie, la r&#233;volution bourgeoise, prise isol&#233;ment, ne peut plus du tout se r&#233;aliser. La purification de la soci&#233;t&#233; des d&#233;froques f&#233;odales n'est possible que si le prol&#233;tariat, lib&#233;r&#233; de l'influence des partis bourgeois, est capable de se placer &#224; la t&#234;te de la paysannerie et d'&#233;tablir sa dictature r&#233;volutionnaire. Par l&#224;-m&#234;me, la r&#233;volution socialiste pour s'y dissoudre ensuite. La r&#233;volution internationale devient ainsi un cha&#238;non de la r&#233;volution internationale. La transformation des fondements &#233;conomiques et de tous les rapports de la soci&#233;t&#233; prend un caract&#232;re permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La claire compr&#233;hension du rapport organique entre la r&#233;volution d&#233;mocratique et la dictature du prol&#233;tariat et, par cons&#233;quent, avec la r&#233;volution socialiste internationale, constitue, pour les partis r&#233;volutionnaires des pays arri&#233;r&#233;s d'Asie, d'Am&#233;rique latine, d'Afrique, une question de vie ou de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. En montrant comment le capitalisme entra&#238;ne dans son tourbillon les pays arri&#233;r&#233;s et barbares, le Manifeste ne mentionne pas la lutte des peuples coloniaux et semi-coloniaux pour leur ind&#233;pendance. Dans la mesure o&#249; Marx et Engels pensaient que la r&#233;volution socialiste, &#034;dans les pays civilis&#233;s tout au moins&#034;, &#233;tait l'affaire des ann&#233;es prochaines, la question des colonies &#233;tait, &#224; leur yeux, r&#233;solue, non comme r&#233;sultat d'un mouvement autonome des peuples opprim&#233;s, mais comme r&#233;sultat de la victoire du prol&#233;tariat dans les m&#233;tropoles du capitalisme. C'est pourquoi les questions de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire dans les pays coloniaux et semi-coloniaux ne sont m&#234;me pas effleur&#233;es dans le Manifeste. Mais ces question exigent des solution particuli&#232;res. Ainsi, par exemple, il est bien &#233;vident que si la &#034;patrie nationale&#034; est devenu le pire frein historique dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, elle reste encore un facteur relativement progressiste dans les pays arri&#233;r&#233;s qui sont oblig&#233;s de lutter pour leur existence et leur ind&#233;pendance. &#034;Les communistes, d&#233;clare le Manifeste, appuient dans tous les pays tout mouvement r&#233;volutionnaire contre l'ordre politique et social existant.&#034; Le mouvement des race de couleur contre les oppresseurs imp&#233;rialistes est l'un des mouvement les plus puissants et les plus important contre l'ordre existant et c'est pourquoi il lui faut le soutient complet, sans r&#233;ticence, du prol&#233;tariat de race blanche. Le m&#233;rite d'avoir d&#233;velopp&#233; la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire des peuples opprim&#233;s revient surtout &#224; L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La partie la plus vieillie du Manifeste - non quant &#224; la m&#233;thode, mais quant &#224; l'objet - est la critique de la litt&#233;rature &#034;socialiste&#034; de la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, et la d&#233;finition de la position des communistes vis-&#224;-vis des diff&#233;rents partis d'opposition. Les tendances et partis &#233;num&#233;r&#233;s dans le Manifeste ont &#233;t&#233; balay&#233;s si radicalement par la r&#233;volution de 1848 ou par la contre-r&#233;volution qui suivit, que l'histoire ne les mentionne m&#234;me plus. Cependant, dans cette partie &#233;galement le Manifeste nous est peut &#234;tre aujourd'hui plus proche qu'&#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. A l'&#233;poque de la prosp&#233;rit&#233; de la II&#176; internationale, lorsque le marxisme semblait r&#233;gner sans conteste, les id&#233;es du socialisme d'avant Marx pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme d&#233;finitivement r&#233;volues. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La d&#233;cadence de la social-d&#233;mocratie et de l'Internationale Communiste engendre &#224; chaque pas de monstrueuses r&#233;cidives id&#233;ologiques. La pens&#233;e s&#233;nile retombe pour ainsi dire dans l'enfance. A la recherche des formules de salut, les proph&#232;tes de l'&#233;poque du d&#233;clin red&#233;couvrent les doctrines depuis longtemps enterr&#233;es par le socialisme scientifique. En ce qui concerne la question des partis d'opposition, les d&#233;cennies &#233;coul&#233;es y ont apport&#233; les plus profonds changements : non seulement les vieux partis ont &#233;t&#233; remplac&#233;s depuis longtemps par de nouveaux, mais encore le caract&#232;re m&#234;me des partis et de leurs rapports mutuels s'est radicalement modifi&#233; dans les conditions de l'&#233;poque imp&#233;rialiste. Le Manifeste doit donc &#234;tre compl&#233;t&#233; par les principaux documents des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste, par le litt&#233;rature fondamentale du bolchevisme et les d&#233;cisions de conf&#233;rences de la IV&#176; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rappel&#233; ci-dessus que, pour Marx, aucun ordre social ne quitte la sc&#232;ne avant d'avoir &#233;puise ses possibilit&#233;s. Cependant l'ordre social, m&#234;me p&#233;rim&#233;, ne c&#232;de pas la place &#224; un ordre nouveau sans r&#233;sistance. La succession des r&#233;gimes sociaux suppose la lutte de classe le plus &#226;pre, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution. Si le prol&#233;tariat, pour une raison ou pour une autre, s'av&#232;re incapable de renverser l'ordre bourgeois qui se survit, il ne reste au capital financier, dans sa lutte pour maintenir sa domination &#233;branl&#233;e, qu'&#224; transformer la petite bourgeoisie, qu'il a conduite au d&#233;sespoir et &#224; la d&#233;moralisation, en une arm&#233;e de pogrome du fascisme. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise de la social-d&#233;mocratie et la d&#233;g&#233;n&#233;rescence fasciste de la petite bourgeoisie sont entrelac&#233;es comme cause et effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la III&#176; internationale m&#232;ne dans tous les pays avec une licence plus effr&#233;n&#233;e encore, son &#339;uvre de tromperie et de d&#233;moralisation des travailleurs. En frappant l'avant-garde du prol&#233;tariat espagnol, les mercenaires sans scrupules de Moscou non seulement, fraient la voie au fascisme, mais encore r&#233;alisent une bonne partie de sa besogne. La longue crise de la culture humaine, se ram&#232;ne au fond &#224; la crise de la direction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;riti&#232;re de la grande tradition dont le Manifeste du parti communiste est le cha&#238;non le plus pr&#233;cieux, la IV&#176; Internationale &#233;duque de nouveaux cadres pour r&#233;soudre les t&#226;ches anciennes. La th&#233;orie est la r&#233;alit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La volont&#233; passionn&#233;e de refondre la structure de la r&#233;alit&#233; sociale s'exprime dans une attitude honn&#234;te &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie r&#233;volutionnaire. Le fait qu'au sud du continent noir, nos camarades d'id&#233;es aient traduit pour la premi&#232;re fois le Manifeste dans la langue des Africains Boers constitue une confirmation &#233;clatante du fait que la pens&#233;e marxiste n'est aujourd'hui vivante que sous le drapeau de la IV&#176; internationale. L'avenir lui appartient. Au centenaire du Manifeste communiste, la IV&#176; Internationale sera la force r&#233;volutionnaire d&#233;terminante sur notre plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 octobre 1937.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marx/Engels and India</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Inde India</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx/Engels and India &lt;br class='autobr' /&gt;
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[Te&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L323xH500/41MZFwoaE-S-e3365.jpg?1782366203' width='323' height='500' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/07/15.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/07/17.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/08/14.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/08/18.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/08/29.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/09/17.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/09/15.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/09/21.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/09/16.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/10/03.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/10/13.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/10/23.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/11/14.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/12/05.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/01/30.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/02/09.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/02/20.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/04/30.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/05/25.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/06/07.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/06/15.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/06/26.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/07/23.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/07/21.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/07/24.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 26&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/08/13.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1858/10/01.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 28&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1859/04/30.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/india/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Text 30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Engels, d'apr&#232;s Tony Cliff</title>
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		<dc:date>2025-01-17T23:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Engels</dc:subject>

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&lt;p&gt;Je commencerai par dire qu'Engels a dit de lui-m&#234;me qu'il &#233;tait le second violon de Marx. Pour &#234;tre honn&#234;te avec vous, &#234;tre le second violon de Marx est un v&#233;ritable exploit. M&#234;me &#234;tre le 150e violon de Marx est un exploit ! Mais je soutiendrai qu'en fait, Fr&#233;d&#233;ric Engels a sous-estim&#233; sa contribution. D'une certaine mani&#232;re, il &#233;tait tr&#232;s modeste &#224; propos de lui-m&#234;me. Il &#233;tait plus qu'un second violon de Marx, et je soutiendrai qu'il a apport&#233; une contribution massive, qui a grandement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je commencerai par dire qu'Engels a dit de lui-m&#234;me qu'il &#233;tait le second violon de Marx. Pour &#234;tre honn&#234;te avec vous, &#234;tre le second violon de Marx est un v&#233;ritable exploit. M&#234;me &#234;tre le 150e violon de Marx est un exploit ! Mais je soutiendrai qu'en fait, Fr&#233;d&#233;ric Engels a sous-estim&#233; sa contribution. D'une certaine mani&#232;re, il &#233;tait tr&#232;s modeste &#224; propos de lui-m&#234;me. Il &#233;tait plus qu'un second violon de Marx, et je soutiendrai qu'il a apport&#233; une contribution massive, qui a grandement contribu&#233; au marxisme, et qu'il l'a fait souvent ind&#233;pendamment de Marx et avant Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un moyen simple de le v&#233;rifier. Parcourez les &#339;uvres compl&#232;tes de Marx et Engels et d&#233;couvrez quand le concept de la centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re est apparu pour la premi&#232;re fois dans leurs &#233;crits. Est-ce Marx ou quelqu'un d'autre qui a &#233;t&#233; le premier &#224; soulever ce point ? C'est Engels, dans un livre qu'il a &#233;crit &#224; Paris en 1844 et qui s'intitule La condition de la classe ouvri&#232;re [ en Angleterre en 1844 ]. Ce livre est une introduction fantastique au r&#244;le de la classe ouvri&#232;re, non seulement dans l'histoire, mais aussi dans l'avenir de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il est important de comprendre, c'est que les id&#233;es telles qu'elles sont exprim&#233;es dans ce livre ne se d&#233;veloppent pas dans les biblioth&#232;ques. Vous r&#234;vez peut-&#234;tre si vous pensez que de grandes id&#233;es y sont cr&#233;&#233;es. La v&#233;rit&#233;, c'est que, comme l'a &#233;crit Marx dans Le Manifeste communiste , les communistes g&#233;n&#233;ralisent l'exp&#233;rience historique et internationale de la classe ouvri&#232;re. Cela signifie que vous devez d&#233;velopper des id&#233;es &#224; partir de cette exp&#233;rience de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un exemple de la mani&#232;re dont fonctionne le processus. Dans le Manifeste communiste de 1848, les id&#233;es sur ce qui se passera apr&#232;s la r&#233;volution socialiste sont tr&#232;s vagues. Il parle de la dictature du prol&#233;tariat, mais ne dit pas &#224; quoi ressemblera cette dictature. Puis, en 1871, Marx &#233;crit un autre petit livre dans lequel il dit que sous la dictature du prol&#233;tariat, il n'y aura pas de bureaucratie, pas d'arm&#233;e permanente, que tous les fonctionnaires seront &#233;lus et seront tous sujets au droit de r&#233;vocation, qu'ils gagneront le salaire d'un ouvrier moyen, etc. Vous pourriez vous dire : &#171; Cela montre que Marx a travaill&#233; tr&#232;s dur au British Museum. En 1848, il n'a rien dit de tel, mais en 1871, il le dit ! &#187; Pas du tout. Ses vues de 1871 ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;es par la Commune de Paris de cette ann&#233;e-l&#224;, ce qui &#233;tait un fait. Les ouvriers de Paris ont cr&#233;&#233; leur Commune sans bureaucratie, sans arm&#233;e permanente, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la d&#233;couverte par Engels de la centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re, Engels avait un avantage sur Marx. Cet avantage &#233;tait qu'il vivait en Grande-Bretagne avant l'arriv&#233;e de Marx, et c'est l&#224; qu'est apparu le premier mouvement de masse de la classe ouvri&#232;re au monde &#8211; le mouvement chartiste. Bien entendu, on n'&#233;tudie pas cela &#224; l'&#233;cole. On vous apprend que la r&#233;volution est &#233;trang&#232;re &#224; la Grande-Bretagne. Ce sont les Russes qui tuent les tsars. Ce sont les Fran&#231;ais qui guillotinent les rois. Ne mentionnez pas Charles Ier ! La r&#233;volution est cens&#233;e &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne &#233;tranger, et par cons&#233;quent l'exp&#233;rience chartiste n'est pas mentionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est en Grande-Bretagne, en 1842, qu'eut lieu la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'histoire. Engels, qui en fut le t&#233;moin direct, fut extr&#234;mement impressionn&#233;. Par exemple, l'une des choses les plus passionnantes &#224; propos de la gr&#232;ve de 1842 fut l'id&#233;e du piquet volant. Vous pensez peut-&#234;tre que nous l'avons invent&#233; r&#233;cemment, ou que notre g&#233;n&#233;ration l'a invent&#233; dans les ann&#233;es 1970. Pas du tout. Elle a &#233;t&#233; invent&#233;e en 1842. Les ouvriers allaient d'une usine &#224; une autre. Ils appelaient cela la &#171; transformation de l'usine &#187; et ils ont transform&#233; l'industrie dans tout le pays. C'&#233;tait une r&#233;alisation fantastique &#224; l'&#233;poque. Ainsi, le livre d'Engels, La condition de la classe ouvri&#232;re , ne peut &#234;tre expliqu&#233; si l'on ne se rappelle pas qu'Engels connaissait les chartistes &#224; Manchester, qui &#233;tait le centre de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1842. Mais il ne s'agit pas seulement d'&#234;tre un simple t&#233;moin des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde le livre qu'il a &#233;crit, on y trouve des id&#233;es nouvelles et fantastiques, des choses que nous tenons aujourd'hui pour acquises. Il est beaucoup plus facile de tirer des conclusions longtemps apr&#232;s les &#233;v&#233;nements. Il faut imaginer que l'on vivait dans les ann&#233;es 1830 ou 1840. Aurait-on eu les m&#234;mes id&#233;es qu'Engels ? Si l'on se souvient de cela, on comprend &#224; quel point La condition de la classe ouvri&#232;re est un livre magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut se rappeler qu'Engels n'avait que 23 ans lorsqu'il a &#233;crit ce livre. Et ce qui est important, ce ne sont pas tant les descriptions de la vie de la classe ouvri&#232;re, m&#234;me si elles sont tr&#232;s, tr&#232;s int&#233;ressantes. Lorsqu'il &#233;crit sur la vie de la classe ouvri&#232;re, il n'adopte pas le m&#234;me style que Charles Dickens, du genre : &#171; Oh, les pauvres diables ! Les ouvriers souffrent. S'il vous pla&#238;t, monsieur, puis-je en avoir encore ? &#187; Non, le style d'Engels est exactement le contraire. Il y a un optimisme fantastique dans ce livre, et les ouvriers apparaissent, non pas comme les victimes de l'histoire, mais comme le sujet de l'histoire, comme les gens qui font l'histoire. Je vais vous citer une citation de La condition de la classe ouvri&#232;re pour illustrer cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des pauvres contre les riches, qui se poursuit aujourd'hui de mani&#232;re d&#233;taill&#233;e et indirecte, deviendra directe et universelle. Il est trop tard pour une solution pacifique. Bient&#244;t, une l&#233;g&#232;re impulsion suffira &#224; d&#233;clencher l'avalanche. Alors, le cri de guerre retentira dans tout le pays : &#171; Guerre aux palais, paix aux chaumi&#232;res. &#187; Mais alors, il sera trop tard pour que les riches prennent garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels reconnaissait aussi l'importance des syndicats. Beaucoup pensent aujourd'hui que les syndicats ne sont que des organisations de travailleurs qui essaient d'am&#233;liorer les conditions de travail. Aujourd'hui, sous l'influence de Blair, les choses peuvent para&#238;tre encore pires : les syndicats sont des organisations de travailleurs qui vendent les travailleurs aux employeurs. Les dirigeants syndicaux ne parlent peut-&#234;tre pas ouvertement de cette mani&#232;re, mais entre leurs mains, les syndicats sont synonymes de compromis, de compromis, de compromis. Engels voyait les choses tr&#232;s diff&#233;remment, car m&#234;me s'il n'en &#233;tait qu'au d&#233;but du syndicalisme, il voyait leur potentiel. En 1844, il disait d&#233;j&#224; : &#171; En tant qu'&#233;coles de guerre, les syndicats sont in&#233;gal&#233;s. &#187; Pour lui, les syndicats &#233;taient des &#233;coles de guerre, pas des &#233;coles de compromis. Le but n'&#233;tait pas d'obtenir un petit gain et de s'arr&#234;ter l&#224;, car dans une guerre, la r&#232;gle est tr&#232;s simple : l'un ou l'autre camp gagne. Les syndicats, selon Engels, sont une arme de guerre. L&#233;nine, bien des ann&#233;es plus tard, utilisait la phrase : &#171; Les syndicats sont des &#233;coles du communisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons qu'Engels &#233;crivait dans ces termes avant de rencontrer Marx. Dire qu'Engels avait reconnu la centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re avant Marx n'est pas du tout une critique de Marx. Apr&#232;s tout, o&#249; vivait Marx &#224; l'&#233;poque ? Quelqu'un a-t-il eu la chance de visiter r&#233;cemment sa ville natale de Tr&#232;ves ? Le plus grand lieu de travail de cette ville est probablement la maison de Marx ! Contrairement &#224; Marx, Engels se trouvait en Grande-Bretagne, qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque l'atelier du monde, et Manchester &#233;tait le centre de la r&#233;volution industrielle. Il est donc tout &#224; fait naturel que cette id&#233;e soit venue d'abord d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point &#224; propos des id&#233;es est qu'on ne peut pas les breveter. On ne peut pas dire qui a &#233;t&#233; le premier, l'initiateur d'une grande id&#233;e, car les id&#233;es sont comme une rivi&#232;re et une rivi&#232;re est form&#233;e de nombreux ruisseaux. Engels est l'un des courants qui ont contribu&#233; au marxisme. C'est pourquoi je n'aime pas l'id&#233;e de parler de lui comme d'un courant secondaire par rapport &#224; Marx, car il n'est alors pas consid&#233;r&#233; comme un courant ind&#233;pendant contribuant au mouvement marxiste global. Mais je suis heureux, soit dit en passant, de nous qualifier de marxistes, car c'est beaucoup plus facile &#224; prononcer que d'engelsistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe cependant parfois une diff&#233;rence entre les travaux de Marx et ceux d'Engels. Si l'on compare les &#233;crits des deux hommes, on constate que, si Engels a souvent &#233;t&#233; un pionnier, Marx est all&#233; beaucoup plus loin. Je ne veux pas dire que Marx a simplement plagi&#233; Engels. Ce n'est pas du tout vrai. Engels a &#233;t&#233; un pionnier en raison de ses exp&#233;riences en Angleterre, mais Marx est all&#233; plus loin &#8211; il a d&#233;velopp&#233; les choses plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons par exemple la d&#233;finition du communisme. Comment Engels l'a-t-il d&#233;fini ? Il a &#233;crit ce qui suit, dans un style extr&#234;mement concis et extr&#234;mement simple (beaucoup plus simple que celui de Marx) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme : (1) faire pr&#233;valoir les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat sur ceux de la bourgeoisie (ce sont l&#224; des termes de classe &#233;vidents). (2) y parvenir en abolissant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et en la rempla&#231;ant par la communaut&#233; des biens. (3) ne reconna&#238;tre aucun autre moyen d'atteindre ces objectifs que la r&#233;volution d&#233;mocratique par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'il faut pour d&#233;finir le communisme est l&#224;. Il est obtenu par la force r&#233;volutionnaire et est d&#233;mocratique par la force, et non pas simplement par un coup d'&#201;tat sanglant men&#233; par 50 personnes qui prennent le pouvoir &#224; 50 autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition est tr&#232;s importante. Et quand il explique pourquoi nous avons besoin d'une r&#233;volution, il dit que nous en avons besoin pour deux raisons. Tout d'abord, &#171; non seulement parce que la classe dirigeante ne peut &#234;tre renvers&#233;e d'aucune autre mani&#232;re, mais aussi parce que la classe qui la renverse ne peut r&#233;ussir &#224; se d&#233;barrasser de toute la boue des si&#232;cles et &#224; devenir apte &#224; fonder une soci&#233;t&#233; nouvelle que par une r&#233;volution &#187;. Nous venons d'une soci&#233;t&#233; de classes, et nous avons une quantit&#233; fantastique de salet&#233;s dans la t&#234;te. Les id&#233;es dominantes dans la soci&#233;t&#233; sont les id&#233;es de la classe dirigeante, et les id&#233;es de la classe dirigeante dominent tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas seulement les id&#233;es &#233;videntes et ouvertes qui nous influencent. Il n'est pas difficile de remarquer que le racisme est une mauvaise id&#233;e, qu'il est r&#233;actionnaire. Les id&#233;es de la classe dirigeante affectent des choses &#233;l&#233;mentaires. Je me souviens d'une situation il y a des ann&#233;es, lorsque ma fille avait sept ou huit ans. Elle discutait avec moi. Je ne me souviens plus de quoi il s'agissait. Puis elle m'a dit : &#171; Tu dois avoir raison. &#187; &#171; Pourquoi dois-je avoir raison ? &#187; ai-je demand&#233;. &#171; Parce que tu es plus &#226;g&#233;e que moi, donc tu es plus intelligente que moi. &#187; Alors j'ai dit : &#171; D'accord, donc je suis plus intelligente que toi. Tu seras plus intelligente que ton enfant. Donc les gens deviendront de plus en plus stupides ! &#187; Or, cette id&#233;e selon laquelle les vieux sont meilleurs que les jeunes et doivent &#234;tre ob&#233;is, c'est une hi&#233;rarchie. Elle vient de la structure de notre soci&#233;t&#233;. Les gens ne la remarquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'id&#233;e qu'il doit y avoir des riches et des pauvres. On dit : &#171; Bien s&#251;r qu'il y a des riches et des pauvres ; il y a toujours eu des riches et des pauvres. &#187; Combien de m&#232;res de la classe ouvri&#232;re disent &#224; leurs enfants : &#171; Ton p&#232;re est ouvrier, ton grand-p&#232;re &#233;tait ouvrier, tu seras ouvrier, tes enfants seront ouvriers. Il y a toujours des riches et des pauvres &#187; ? Et la conclusion est qu'on ne peut rien y faire. D'une mani&#232;re ou d'une autre, les riches doivent &#234;tre plus talentueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon p&#232;re me disait souvent : &#171; Je peux signer mon nom en neuf langues. &#187; C'&#233;tait vrai. &#171; Mais les ch&#232;ques sont toujours sans provision. &#187; Et puis quelqu'un qui n'a aucune comp&#233;tence peut venir signer un ch&#232;que avec une croix, mais le ch&#232;que sera accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les id&#233;es dominantes dans notre soci&#233;t&#233; soient celles de la classe dirigeante signifie que nous ne pouvons nous en d&#233;barrasser que par un acte cr&#233;atif, l'acte de la r&#233;volution. Si vous consid&#233;rez la r&#233;volution comme un coup d'&#201;tat, une petite minorit&#233; rempla&#231;ant une petite minorit&#233;, avec 50 g&#233;n&#233;raux chass&#233;s du pouvoir par 50 autres g&#233;n&#233;raux au sommet, alors les masses peuvent rester avec les m&#234;mes id&#233;es et la r&#233;volution aura lieu. Mais si vous dites que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'acte de la classe ouvri&#232;re, alors nous ne sommes pas aptes &#224; instaurer la nouvelle soci&#233;t&#233; tant que les masses n'auront pas chang&#233; leurs id&#233;es. Mo&#239;se a d&#251; emmener les Isra&#233;lites dans le d&#233;sert pendant 40 ans pour se purifier des vieilles id&#233;es du pass&#233;. L&#233;nine a continu&#233; en disant que &#171; en un jour de r&#233;volution, les ouvriers apprennent plus qu'en un si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels pensait que les ouvriers avaient besoin de la r&#233;volution pour se d&#233;barrasser des d&#233;chets qui se trouvaient dans leur t&#234;te. C'est seulement lorsqu'ils combattent dans la r&#233;volution, lorsqu'ils sont actifs dans la r&#233;volution, qu'ils d&#233;couvrent la force du collectif et acqui&#232;rent le sentiment qu'ils n'ont besoin de personne pour se mettre &#224; l'aise. Quand quelqu'un me demande de r&#233;sumer ce concept, je cite une petite histoire tir&#233;e du livre de John Reed, Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde . Cela montre magnifiquement l'impact de la r&#233;volution russe. Trotski, le pr&#233;sident du Soviet de Petrograd, est venu au b&#226;timent du Soviet et il y avait deux ouvriers qui v&#233;rifiaient les permis d'entr&#233;e. (A cette &#233;poque, il y avait un danger de voir des contre-r&#233;volutionnaires lancer des grenades &#224; main, etc.) Trotski est donc venu, a regard&#233; dans sa veste et a dit : &#171; Je suis vraiment d&#233;sol&#233;, mais je n'ai pas de permis, mais je suis Trotski. &#187; Et le type a r&#233;pondu : &#171; Je me fiche de qui vous &#234;tes. &#187; C'est &#231;a le pouvoir des ouvriers. Il faut une r&#233;volution pour que quelqu'un ose dire &#224; John Major, aux portes du 10 Downing Street : &#171; Je me fiche de qui vous &#234;tes &#187;. Cela signifierait un v&#233;ritable pouvoir ouvrier. C'est pourquoi l'id&#233;e d'Engels selon laquelle la r&#233;volution est n&#233;cessaire pour que les travailleurs se transforment eux-m&#234;mes est une id&#233;e fantastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques autres choses sur Engels lui-m&#234;me. Il faut savoir que m&#234;me si sur la page de titre du Manifeste communiste il est indiqu&#233; que le texte a &#233;t&#233; &#233;crit par Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, en r&#233;alit&#233; c'est Marx qui l'a &#233;crit. Mais il y a eu une premi&#232;re &#233;bauche du Manifeste, et c'est Engels qui l'a r&#233;dig&#233;e. Elle s'intitule Principes du communisme . Il est extr&#234;mement int&#233;ressant de comparer les deux &#233;bauches. En effet, on trouve dans Principes du communisme un certain nombre de questions qui ne figurent pas dans le Manifeste communiste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les Principes du communisme traitent exclusivement d'une question : peut-on parvenir au socialisme dans un seul pays ? C'est une question qui, 80 ou 90 ans plus tard, a pratiquement conduit &#224; un bain de sang entre Staline et Trotsky. Engels pose cette question et il r&#233;pond que, bien s&#251;r, le socialisme dans un seul pays n'est pas possible, car le monde est une &#233;conomie internationale, etc. Quand on regarde les Principes du communisme, on se fait une id&#233;e de la contribution d'Engels. Toutes les id&#233;es du Manifeste communiste sont d&#233;j&#224; l&#224;, formul&#233;es tr&#232;s clairement, tr&#232;s simplement, et dans un style moins grandiose. Quand on regarde Marx, on a le sentiment qu'il nous peint une fresque fantastique, un tableau d'ensemble fantastique. Quand on regarde Engels, on voit un tableau plus petit. Mais les m&#234;mes id&#233;es fondamentales sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques points &#8211; la question de la r&#233;volution permanente. Nous parlons tous de Trotsky, le professeur, le fondateur de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Et c'est tout &#224; fait vrai, sauf que bien avant Trotsky, en 1848, Engels a &#233;crit sur la r&#233;volution permanente. Il a d'abord &#233;crit que la bourgeoisie est l&#226;che, et plus on va &#224; l'Est, plus elle est l&#226;che. La bourgeoisie anglaise a os&#233; couper la t&#234;te du roi. La bourgeoisie fran&#231;aise a &#233;galement eu l'assurance de couper la t&#234;te d'un roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la bourgeoisie &#233;tait-elle plus l&#226;che &#224; mesure qu'on allait vers l'Est ? Parce qu'elle est arriv&#233;e sur le march&#233; plus tard (l'industrie s'y &#233;tant d&#233;velopp&#233;e plus tard). La production capitaliste &#233;tait d&#233;sormais organis&#233;e sous la forme de grandes unit&#233;s productives avec une classe ouvri&#232;re puissante. La bourgeoisie du XIXe si&#232;cle pouvait alors voir l'ombre de cette nouvelle classe. La bourgeoisie de l'Angleterre du XVIIe si&#232;cle ne se posait pas la question : &#171; Si nous osons faire une r&#233;volution, le prol&#233;tariat va-t-il aussi se soulever contre nous ? &#187; Il n'y avait aucun risque de soul&#232;vement du prol&#233;tariat. Il en &#233;tait de m&#234;me lors de la R&#233;volution fran&#231;aise. Les ouvriers ne faisaient pas gr&#232;ve. Il y avait des &#233;meutes pour la nourriture, des &#233;meutes pour les prix, mais il n'y avait pas de concentration d'ouvriers dans les usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#233;crit &#224; propos de la bourgeoisie : &#171; Votre r&#233;compense sera un bref r&#232;gne. Vous dicterez des lois, vous vous chaufferez au soleil de votre majest&#233;, vous ferez des banquets dans les salles royales et vous courtiserez la fille du roi, mais n'oubliez pas que la botte du bourreau est sur le seuil. &#187; C'est une fa&#231;on fantastique de d&#233;crire ce qu'est la r&#233;volution permanente. La bourgeoisie du XIXe si&#232;cle est devenue trop l&#226;che pour mener sa propre r&#233;volution contre le f&#233;odalisme, car elle voit derri&#232;re elle la menace de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point : quel est le titre complet du Capital de Marx ? Si vous ne l'avez pas lu en entier, vous avez peut-&#234;tre lu la premi&#232;re page. Son sous-titre est Critique de l'&#233;conomie politique . C'est tr&#232;s int&#233;ressant. En 1846, Engels a &#233;crit une petite brochure sur la Critique de l'&#233;conomie politique . Il est vrai qu'elle n'est pas aussi importante que Le Capital . Marx a pass&#233; 26 ans &#224; &#233;crire cet ouvrage et il a fait un &#233;norme travail de recherche. La brochure d'Engels n'a rien &#224; voir avec cela. Mais de nombreuses id&#233;es fondamentales y sont toujours pr&#233;sentes, par exemple la diff&#233;rence entre capital constant et capital variable, l'exploitation, la plus-value, la th&#233;orie de la rente, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;teste l'id&#233;e que les gens pensent qu'Engels &#233;tait simplement un moins que rien qui suivait Marx. Ce qui est triste chez Engels, c'est qu'il &#233;tait toujours si modeste quand il s'agissait de Marx. Il &#233;tait si d&#233;vou&#233; &#224; Marx. Vous ne pouvez pas imaginer sa d&#233;votion. Le fait que, malgr&#233; tous ses instincts, il ait travaill&#233; comme directeur d'usine pendant la majeure partie de sa vie en est la preuve. Ce n'est pas qu'il aimait du tout ce r&#244;le. Il ne croyait pas &#224; l'harmonie des classes selon le principe &#171; laissez-nous ensemble, les ouvriers et les directeurs &#187;, mais personnellement, il &#233;tait directeur d'usine. Sa famille poss&#233;dait une usine &#224; Manchester et on lui a dit de la diriger. Il d&#233;testait &#231;a tous les jours, toutes les semaines, tous les mois. Il d&#233;testait &#231;a, et vous savez pourquoi il l'a fait ? Pour une seule raison. Il l'a fait pour Marx, parce que Marx n'a jamais rien gagn&#233; de sa vie. Sa m&#232;re avait absolument raison quand elle lui a demand&#233; : &#171; Pourquoi diable &#233;cris-tu un livre sur le capital &#8211; pourquoi ne gagnes-tu pas du capital ? &#187; Marx n'a jamais gagn&#233; de capital. Engels a simplement fourni l'argent n&#233;cessaire &#224; sa famille, &#224; ses enfants, pendant des ann&#233;es et des ann&#233;es. Lorsque Marx est mort, Engels n'&#233;tait pas content, mais il a probablement pouss&#233; un soupir de soulagement car il pouvait d&#233;sormais renoncer &#224; la gestion de l'usine. Il ne voulait pas faire ce travail horrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement son sacrifice fut absolument stup&#233;fiant, mais la situation fit aussi ressortir sa modestie. Ne le dites pas &#224; l'ext&#233;rieur de cette salle, mais lorsque Marx eut un enfant ill&#233;gitime, Engels pr&#233;tendit &#234;tre le p&#232;re pour ne pas blesser sa femme. Aujourd'hui, nous pourrions consid&#233;rer un tel acte comme une stupidit&#233; absolue, un exemple de l'arri&#233;ration du XIXe si&#232;cle. Mais l&#224; n'est pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais maintenant clarifier un autre point. Nous parlons toujours du mat&#233;rialisme historique comme de la contribution unique de Marx, etc. Mais on trouve cette formulation chez Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne fait rien. Elle ne poss&#232;de pas de richesses immenses. Elle ne livre pas de batailles. C'est l'homme, l'homme r&#233;el, vivant, qui fait tout cela, qui poss&#232;de et qui combat. L'histoire n'est pas, pour ainsi dire, une personne &#224; part, qui se sert de l'homme comme d'un moyen pour atteindre ses propres objectifs. L'histoire n'est rien d'autre que l'activit&#233; de l'homme poursuivant ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, on accuse souvent Engels d'&#234;tre un d&#233;terministe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre honn&#234;te avec vous, si je sais que quelque chose est pr&#233;d&#233;termin&#233;, je ne ferais rien, car si le socialisme est in&#233;vitable, je resterais assis les bras crois&#233;s et je sourirais : &#171; Le socialisme arrive ! &#187; Vous n'avez donc rien &#224; faire. Vous n'avez pas &#224; ouvrir la porte &#224; l'histoire. Elle fera son chemin toute seule. Inversement, si je pense que la victoire du fascisme est in&#233;vitable, je vous le dis franchement, je ne resterais pas assis les bras crois&#233;s, mais je m'allongerais sur le lit, me cacherais sous la couverture et pleurerais. Dans les deux cas, je ne ferais rien. Mais Engels l'a formul&#233; de mani&#232;re tout &#224; fait juste. L'histoire, c'est ce que font les &#234;tres humains. Ce n'est pas l'histoire fran&#231;aise qui a pris la Bastille, ce sont des hommes et des femmes qui ont pris la Bastille le 14 juillet 1789. Ce n'est pas l'histoire qui a fait la r&#233;volution russe, ce sont les ouvriers et les soldats russes qui ont fait la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que signifie le mat&#233;rialisme historique : le sujet de l'histoire, ce sont les &#234;tres humains, mais ils agissent dans des conditions ind&#233;pendantes d'eux-m&#234;mes. Il n'y a pas de doute l&#224;-dessus : je parle anglais. Vous ne le croyez peut-&#234;tre pas, mais je n'ai pas invent&#233; la langue anglaise. Je la d&#233;forme peut-&#234;tre un peu, mais l'anglais est ind&#233;pendant de moi. Ce n'est pas l'anglais qui vous parle, ce n'est pas la langue, une sorte de mystique qui vous parle. Non. C'est moi qui vous parle, dans un anglais approximatif, mais c'est moi, une partie du sujet actif de l'histoire. C'est tr&#232;s important dans la formulation d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certains ont essay&#233; de pr&#233;senter Marx comme s'opposant &#224; Engels. Ils le font parce qu'ils veulent s&#233;parer la th&#233;orie de la pratique. Cela s'est produit &#224; d'autres moments. Pendant la bataille entre Staline et Trotsky, tant que Staline &#233;tait en vie, le mouvement communiste a largement soutenu Staline. Chaque fois que Staline avait un rhume et &#233;ternuait, le mouvement international sortait son mouchoir. Mais une fois que Staline a &#233;t&#233; d&#233;masqu&#233; apr&#232;s sa mort, les m&#234;mes personnes ont d&#233;cid&#233; : &#171; Nous ne pouvons pas nous identifier &#224; Trotsky (m&#234;me si Trotsky a combattu Staline). Nous devons trouver quelqu'un qui ne soit pas stalinien mais qui ne soit pas non plus trotskyste. &#187; Ils ont regard&#233; attentivement autour d'eux et ils ont eu de la chance. Il y avait un homme dans une prison italienne et, bien s&#251;r, parce qu'il &#233;tait en prison, il ne pouvait pas &#234;tre tr&#232;s actif dans la bataille quotidienne. Cet homme &#233;tait Gramsci. Ils ont donc pr&#233;sent&#233; Gramsci comme l'exemple &#224; suivre, comme pour dire : &#171; Nous ne sommes pas des staliniens, nous ne sommes pas des trotskystes, nous sommes des Gramscistes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont essay&#233; de faire la m&#234;me chose avec Marx et Engels. Il est tr&#232;s difficile d'attaquer Marx, alors ils cherchent plut&#244;t des diff&#233;rences entre lui et Engels. Ils remarquent qu'Engels &#233;tait un homme de pratique et ils disent donc que Marx ne l'&#233;tait pas &#8211; il &#233;tait un th&#233;oricien. Ils disent qu'ils sont d'accord avec le marxisme, mais dans leur monde, le marxisme n'est qu'une abstraction. Il s'agit du troisi&#232;me tome du Capital , qui traite de l'analyse de la transformation de la plus-value en taux de profit moyen. Ils s'int&#233;ressent beaucoup plus &#224; l'arithm&#233;tique, aux math&#233;matiques, qu'&#224; la lutte. C'est ainsi qu'ils distinguent Marx et Engels. Pourtant, Marx et Engels &#233;taient comme deux petits pois dans une cosse. On ne peut pas les s&#233;parer en termes d'id&#233;es. Engels a nourri Marx intellectuellement, et Marx a nourri Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, dans certains domaines, Engels a apport&#233; une contribution tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle de Marx. Prenons par exemple son ouvrage L'Origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat , &#233;crit en 1884 (soit un an apr&#232;s la mort de Marx). C'est une contribution fantastique, car il aborde un sujet nouveau. Il utilise l'anthropologie &#8211; ce que l'on connaissait &#224; l'&#233;poque gr&#226;ce &#224; Morgan et d'autres. Il aborde ce nouveau domaine et pose une question simple : qu'en est-il des relations personnelles ? Qu'en est-il de la famille ? Qu'en est-il des relations entre hommes et femmes ? Sont-elles &#233;ternelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens pensent souvent : &#171; Oui, les choses changent. Par exemple, l'esclavage existait &#8211; aujourd'hui, il n'y a plus d'esclavage, mais le travail salari&#233;. &#187; Ils peuvent voir que beaucoup d'autres choses changent. Mais les relations interpersonnelles humaines sont en quelque sorte ind&#233;pendantes et au-dessus du changement. La nature humaine est quelque chose de fixe. Engels a clairement montr&#233; que la nature humaine fait partie de la condition historique. Pour le dire de mani&#232;re tr&#232;s simple, regardez la question de la cupidit&#233;. Je viens de Palestine. En Palestine, personne n'aurait laiss&#233; de lait devant la maison apr&#232;s le passage du laitier. Ce n'est pas parce qu'il fait trop chaud que le lait tourne, mais parce que les gens le volent. Aujourd'hui, en Grande-Bretagne, si quelqu'un vient frapper &#224; la porte pour livrer une t&#233;l&#233;vision et constate qu'il n'y a personne, il ne laissera pas la t&#233;l&#233;vision. Pourtant, le laitier laisse le lait. Vous dites donc que c'est dans la nature humaine de voler des t&#233;l&#233;visions, mais ce n'est pas dans la nature humaine de voler du lait. Cela n'a rien &#224; voir avec la nature humaine &#8211; c'est une question de circonstances. Le lait est bon march&#233; &#8211; il y a beaucoup de lait, relativement. Il n'y a pas beaucoup de t&#233;l&#233;visions. Quand Engels s'est int&#233;ress&#233; &#224; la famille, aux relations familiales, il a expliqu&#233;, fondamentalement, que tout cela est enracin&#233; dans la soci&#233;t&#233; de classes. La condition de ce que nous appelons la famille est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et toutes les transformations de la famille en sont affect&#233;es. Il l'a montr&#233; brillamment dans son petit livre, L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les derniers points. Ce que j'ai dit jusqu'&#224; pr&#233;sent concerne principalement les id&#233;es d'Engels, mais on ne peut pas parler d'Engels sans se rappeler qu'Engels &#233;tait un homme d'action. Vous savez comment on l'appelait dans la famille de Marx ? On l'appelait &#171; le g&#233;n&#233;ral &#187;. Pourquoi l'appelait-on ainsi ? La r&#233;ponse est que pendant que Marx &#233;crivait de nombreux articles merveilleux (en 1848), etc., c'&#233;tait Engels qui &#233;tait l&#224; sur les barricades. C'&#233;tait Engels qui combattait dans l'arm&#233;e. C'&#233;tait Engels, l'homme d'action. Et pendant le reste de sa vie, il fut un homme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, parce qu'il &#233;tait un homme d'action, il lui manquait la vision claire que Marx avait en se tenant un peu &#224; l'&#233;cart des &#233;v&#233;nements. Je ne dis pas que la th&#233;orie se d&#233;veloppe uniquement en relation directe avec l'action. Si vous avez une relation trop directe avec l'action, vous n'avez pas la distance. Marx avait cette distance ; Engels l'a parfois manqu&#233;e. Par exemple, pendant la guerre civile am&#233;ricaine, la lutte entre le Nord et le Sud, Engels pensait que le Sud allait gagner. Pourquoi pensait-il cela ? Il a avanc&#233; un certain nombre de raisons : le Sud &#233;tait mieux organis&#233; (c'est vrai) ; toutes les &#233;coles militaires, comme Sandhurst en Grande-Bretagne, &#233;taient dans le Sud ; les meilleurs g&#233;n&#233;raux &#233;taient dans le Sud ; les meilleurs officiers &#233;taient dans le Sud ; et il ne fait aucun doute que le Sud, pour commencer, s'en sortait mieux que le Nord. Pourtant, Marx a dit, sans aucun doute, que le Nord allait gagner. Pourquoi ? Parce que le travail salari&#233; est plus productif que le travail d'esclave. Point final ! C'est la premi&#232;re chose que l'on peut remarquer. Par cons&#233;quent, New York est plus avanc&#233; que le Texas, et par cons&#233;quent, le Nord va gagner. Et ce n'est pas tout. Regardez la partie la plus opprim&#233;e de la soci&#233;t&#233; &#8211; les esclaves noirs. O&#249; ont-ils fui et d'o&#249; fuyaient-ils ? Sont-ils all&#233;s du Nord vers le Sud, ou du Sud vers le Nord ? Du Sud vers le Nord. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; le Nord. Ainsi, malgr&#233; toute l'expertise technique militaire d'Engels, Marx avait raison sur la guerre, tandis qu'Engels avait tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le but de cette discussion ? La pire chose au monde, c'est l'hagiographie. Venir dire qu'Engels savait tout, qu'il avait toujours raison, &#231;a me rend absolument malade. C'est tout aussi mal de dire que Marx avait toujours absolument raison. Pensez &#224; ce qu'on a &#233;crit sur L&#233;nine dans les livres d'histoire russes sous Staline. Non seulement L&#233;nine avait toujours raison, mais son p&#232;re &#233;tait un militant, un progressiste ! La v&#233;rit&#233;, c'est que son p&#232;re a &#233;t&#233; adoub&#233; par le tsar. Et quand Alexandre II a &#233;t&#233; assassin&#233; en 1881, que pensez-vous que le p&#232;re de L&#233;nine ait fait ? Il est all&#233; &#224; l'&#233;glise prier pour l'&#226;me du tsar. Mais les gens qui se rallient &#224; l'hagiographie ne peuvent pas l'admettre, car les saints doivent na&#238;tre de saints. Si vous lisez le Nouveau Testament, que vous dit-il ? Celui-ci a engendr&#233; celui-l&#224; et le dernier a engendr&#233; J&#233;sus. Tout le monde engendre. Je ne veux donc pas que les gens repartent de cette r&#233;union en pensant que Tony Cliff a dit qu'Engels &#233;tait merveilleux, et qu'il n'a jamais fait d'erreur. Ce serait nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des points positifs d'Engels est qu'il &#233;tait tr&#232;s actif. C'&#233;tait du vivant de Marx et, plus important encore, apr&#232;s sa mort. Entre 1883 et 1895, les douze ann&#233;es o&#249; il a v&#233;cu seul, on pouvait lire &#224; maintes reprises que des r&#233;volutionnaires et des syndicalistes du monde entier le contactaient pour lui demander conseil. Et Engels &#233;tait absolument g&#233;n&#233;reux dans ses conseils. Il s'est impliqu&#233; dans le mouvement socialiste fran&#231;ais, dans le mouvement socialiste allemand, dans le mouvement socialiste russe et, bien s&#251;r, dans le mouvement socialiste britannique &#8211; dans tous les mouvements de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas seulement internationaliste en paroles. Il l'&#233;tait aussi en pratique, et vous pouvez le constater &#224; ses lectures. J'ai la liste de ce qu'il lisait chaque jour. Il lisait sept quotidiens, trois en allemand, deux en anglais, un en autrichien, un en italien et 19 hebdomadaires dans diverses langues. Or, Engels connaissait lui-m&#234;me 29 langues. Lire une langue est beaucoup plus facile que la parler. Je ne dis pas qu'Engels savait parler 29 langues, mais il pouvait les lire, car il voulait savoir ce qui se passait. Il voulait savoir ce que faisaient les Russes. Il n'y avait que quelques socialistes russes &#224; l'&#233;poque, et on ne pouvait pas suivre le mouvement sans lire le russe. Il a donc &#233;tudi&#233; le russe sp&#233;cialement pour cela. C'est un exploit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa contribution et son d&#233;vouement &#224; la cause furent absolument &#233;tonnants. On peut les r&#233;sumer dans les propres mots d'Engels. Voici son discours sur la tombe de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Marx &#233;tait avant tout un r&#233;volutionnaire. Sa v&#233;ritable mission dans la vie &#233;tait de contribuer d'une mani&#232;re ou d'une autre au renversement de la soci&#233;t&#233; capitaliste et des institutions &#233;tatiques qu'elle avait fait na&#238;tre. La lutte &#233;tait son &#233;l&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots sont exactement ceux qui conviennent &#224; Fr&#233;d&#233;ric Engels. Engels &#233;tait un combattant. Il n'&#233;tait pas un scientifique abstrait. Sa science &#233;tait simplement une arme dans la lutte pour le socialisme. L'id&#233;e de l'unit&#233; de la th&#233;orie et de la pratique ne consiste pas, comme on le pr&#233;sente parfois, &#224; dire que quelqu'un &#233;crit un livre &#8211; c'est de la th&#233;orie &#8211; et que vous lisez ce livre &#8211; c'est de la pratique. Non. L'unit&#233; de la th&#233;orie et de la pratique est l'unit&#233; de la th&#233;orie avec la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne parviens jamais &#224; comprendre l'id&#233;e selon laquelle le parti enseigne &#224; la classe. Mais qu'est-ce que le parti ? Qui enseigne &#224; l'enseignant ? La dialectique signifie qu'il y a une voie &#224; double sens. La th&#233;orie en elle-m&#234;me est absolument inutile. La pratique en elle-m&#234;me est aveugle. Bien s&#251;r, en r&#233;alit&#233;, la pratique pr&#233;c&#232;de la th&#233;orie. Avant que Newton ne d&#233;couvre la loi de la gravitation, les pommes tombaient. Plus tard, il a trouv&#233; la th&#233;orie pour expliquer comment les pommes tombaient. La pratique pr&#233;c&#232;de toujours la th&#233;orie, mais la th&#233;orie fructifie toujours la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes donc pas simplement des gens pratiques. Nous ne sommes pas simplement des gens th&#233;oriques. Nous sommes des th&#233;oriciens et des praticiens. Mais nous croyons que la chose la plus importante est la pratique. Jugez notre activit&#233; en termes de r&#233;sultats pratiques, &#224; la fois imm&#233;diats et &#224; long terme. La pratique est notre jugement. Ne nous soutenez pas parce que vous nous aimez. Mettez-nous &#224; l'&#233;preuve. Mettez-vous &#224; l'&#233;preuve, car l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'acte de la classe ouvri&#232;re. Dans la pratique, vous devez fournir une pratique efficace dans la gr&#232;ve d'Unison dans les biblioth&#232;ques de Sheffield, ou dans d'autres luttes en Grande-Bretagne et ailleurs. Les th&#233;ories ne servent &#224; rien, sauf en relation avec la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai avec une tr&#232;s belle histoire de Heinrich Heine. Heine &#233;tait po&#232;te et il a &#233;crit un petit texte intitul&#233; Le r&#234;ve du professeur Marx . Au fait, il faut savoir que ce n'est pas &#224; Karl Marx qu'il fait r&#233;f&#233;rence, car lorsque Heine l'a &#233;crit, il ne savait pas qu'il y avait quelqu'un qui s'appelait Karl Marx, et de toute fa&#231;on, ce dernier &#233;tait encore en short. L'histoire raconte que le professeur Marx a r&#234;v&#233; d'un jardin, et dans le jardin il voit des parterres. Et dans ces parterres, ce ne sont pas des fleurs qui poussent, mais des citations. Et vous prenez les citations d'un parterre et vous les mettez dans un autre. C'&#233;tait le r&#234;ve du professeur Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas le r&#234;ve de Friedrich Engels ou de Karl Marx. Leur r&#234;ve n'&#233;tait pas que la th&#233;orie conduise &#224; la th&#233;orie, que la th&#233;orie conduise &#224; la th&#233;orie, que la th&#233;orie encourage la pratique (c'est d'ailleurs un tr&#232;s bon mot, car on peut impressionner quelqu'un avec). Non, c'est un ramassis de b&#234;tises. La question est de savoir comment la th&#233;orie peut &#234;tre li&#233;e &#224; la lutte dans les syndicats aujourd'hui ; comment elle est li&#233;e &#224; la lutte contre le fascisme aujourd'hui ; comment elle est li&#233;e &#224; la lutte contre le ch&#244;mage aujourd'hui ; comment elle est li&#233;e &#224; la guerre en Tch&#233;tch&#233;nie aujourd'hui. En d'autres termes, le marxisme est toujours un guide pour l'action, et Engels &#233;tait avant tout un homme pratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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