Matière et Révolution
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69144La révolution bourgeoise - La naissance politique du capitalisme
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https://www.matierevolution.org/spip.php?article89772026-08-30T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionRévolution bourgeoise
<p>La révolution bourgeoise <br class='autobr' />
La naissance politique du capitalisme <br class='autobr' />
(1890) <br class='autobr' />
Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre révolution <br class='autobr' />
Il y a un an, on célébrait en France, comme dans tout le monde civilisé, le centième anniversaire de cette révolution qu'on appelle à juste titre « la Grande », parce qu'elle marque le point de départ d'une nouvelle période historique. Cet événement apporta de nombreux bienfaits à tout le monde civilisé en général et plus particulièrement à la bourgeoisie, (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La révolution bourgeoise
<p>La naissance politique du capitalisme</p>
</h2>
<p>(1890)</p>
<p>Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre révolution</p>
<p>Il y a un an, on célébrait en France, comme dans tout le monde civilisé, le centième anniversaire de cette révolution qu'on appelle à juste titre « la Grande », parce qu'elle marque le point de départ d'une nouvelle période historique. Cet événement apporta de nombreux bienfaits à tout le monde civilisé en général et plus particulièrement à la bourgeoisie, la bourgeoisie française en premier lieu. Cette révolution mit fin à la domination de la noblesse et assura à la bourgeoisie le premier rang dans tous les domaines de la vie publique. Toutes les tentatives de la Restauration pour modifier l'état des choses créé par la révolution restèrent vaines, d'autant plus que les réactionnaires n'essayèrent même pas d'éliminer les conséquences les plus importantes, c'est-à-dire les conséquences sociales de la grande révolution. Personne ne pouvait ignorer, même à ce moment-là, que, sous ce rapport, rien ne pouvait plus être changé ; que, malgré toutes les « indemnités » si généreuses que soient accordées à la noblesse féodale, son rôle dirigeant dans la vie de la société était définitivement terminé. Avec la grande révolution commença le règne incontesté de la bourgeoisie.</p>
<p>Il n'est donc pas étonnant que la bourgeoisie se soit souvenue de cet événement important à l'occasion de son centenaire. Déjà quelques années avant la célébration de l'anniversaire de la révolution, la presse bourgeoise avait annoncé sur tous les tons la grande fête à venir. Mais observons d'un peu plus près comment la bourgeoisie se souvient de sa révolution. Comment cet événement capital se représente-t-il dans son esprit ?</p>
<p>Nous avons devant nous le livre d'un des savants patentés de la bourgeoisie française, Paul Janet ( Centenaire de 1789, Histoire de la Révolution française , par Paul Janet, Paris), qui est parfois compté parmi les philosophes – lui-même ne semble pas y voir d'objection. Le fait que Paul Janet se trouve dans une sorte de rapport, incompréhensible pour nous, avec la science de la philosophie, nous est ici très utile, car un philosophe bourgeois, mieux que quiconque, peut nous éclairer sur la philosophie bourgeoise de la grande révolution. Cherchons donc cette philosophie à l'aide du livre précité.<br class='autobr' />
Rébellion et révolution en Angleterre</p>
<p>Mais d'abord une brève observation préliminaire. L'Angleterre a traversé ses orages révolutionnaires au XVIIe siècle, et il y eut alors deux révolutions : la première aboutit, entre autres, à l'exécution de Charles Ier, tandis que la seconde se termina par un banquet animé et l'avènement d'une nouvelle dynastie. Mais la bourgeoisie anglaise, dans l'appréciation de ces révolutions, manifeste des vues très divergentes : tandis que la première, à ses yeux, ne mérite même pas le nom de « révolution » et est simplement désignée comme « la grande rébellion », la seconde reçoit un nom plus euphonique : on l'appelle « la glorieuse révolution ». Le secret de cette différenciation dans l'appréciation des deux révolutions a déjà été révélé par Augustin Thierry dans ses thèses sur les révolutions anglaises.</p>
<p>Dans la première révolution, le peuple a joué un rôle important, dans la seconde, il n'a guère participé. Mais quand un peuple monte sur la scène de l'histoire et commence à décider des destinées de son pays selon sa force et sa meilleure intelligence, alors les classes supérieures (en l'occurrence la bourgeoisie) perdent leur humeur. Comme le peuple est toujours « brut » et que, si le diable révolutionnaire commence à l'envahir, il devient aussi « grossier », les classes supérieures ont tendance à exiger toujours de la politesse et des manières douces, du moins elles les exigent du peuple. C'est pourquoi les classes supérieures ont toujours tendance à donner aux mouvements révolutionnaires, s'ils sont largement suivis par le peuple, le cachet de « rébellion ».<br class='autobr' />
Révolution et rébellion en France</p>
<p>L'histoire de la France est particulièrement riche en « grandes révoltes » et en « révolutions glorieuses ». C'est seulement en France que les événements se sont déroulés, du point de vue historique, d'une manière opposée à celle qui prévalait dans l'Angleterre du XVIIe siècle. En Angleterre, par exemple, « la grande révolte » a précédé « la révolution glorieuse », tandis qu'en France, « les révolutions glorieuses » ont généralement dû céder la place aux « grandes révoltes ». Ce fait s'est répété tout au long du XVIIIe siècle.</p>
<p>Après la « glorieuse révolution » de 1830 à Paris, il y eut la « grande révolte » des tisserands de Lyon, assez considérable, qui fit tant trembler toute la bourgeoisie ; après la « glorieuse révolution » de février 1848, glorifiée même par Lamartine, il y eut la « grande révolte de juin », qui poussa la bourgeoisie à chercher refuge dans les bras d'une dictature militaire ; après la « très glorieuse » révolution de septembre 1870, il y eut enfin, en mars de l'année suivante, la « plus grande de toutes les révoltes françaises ». La bourgeoisie prétend aujourd'hui que les « grandes révoltes » ont toujours nui à la cause des « glorieuses révolutions ». Nous ne pouvons pas examiner ici la justesse de cette affirmation dans son application au XIXe siècle, mais nous devons céder la parole aux philosophes bourgeois sur les événements du XVIIIe siècle.</p>
<p>Vers la fin de ce siècle, il y eut en France une « grande rébellion » et une « glorieuse révolution » de 1789, et « la grande rébellion » qui joua un rôle important en 1793. Après ce qui a déjà été dit, le lecteur pourra maintenant prédire avec certitude ce que le philosophe bourgeois Paul Janet pense de ces mouvements révolutionnaires.<br class='autobr' />
Janet sur la Révolution française</p>
<p>Dans le dernier chapitre de son livre, Janet dit :</p>
<p>Pour arriver à une évaluation objective de la Révolution française, il faut distinguer trois choses à son égard : le but, les moyens et les résultats obtenus. Le but de la révolution – conquérir l'égalité civique et la liberté politique – était le plus sublime, le plus légitime qu'un peuple ait jamais cherché à atteindre.</p>
<p>Mais les moyens étaient mauvais : « ils étaient trop souvent violents, terribles ».</p>
<p>En ce qui concerne les résultats, l'égalité civique, selon Janet, est pleinement réalisée et ne laisse rien à désirer ; « la liberté politique », en revanche, « ne s'est imposée en France que de façon sporadique depuis la révolution et est encore aujourd'hui plus ou moins menacée ». Elle ne sera assurée que lorsque le peuple français aura renoncé à tous les moyens violents et illégaux et aura appris une fois pour toutes à considérer sa révolution comme achevée, et enfin lorsque la révolution elle-même sera passée dans le passé historique aussi irrévocablement que ce fut déjà le cas pour les révolutions en Angleterre et aux États-Unis. « Les conquêtes de la révolution doivent être maintenues, mais il faut renoncer à l'esprit révolutionnaire et aux moyens violents et illégaux. »</p>
<p>Très bien. Mais n'oublions pas que des moyens révolutionnaires ont été employés dès 1789, c'est-à-dire non seulement au moment de la « grande rébellion », mais aussi pendant la « glorieuse révolution ». Paul Janet doit-il condamner la « glorieuse révolution » à cause de ses moyens de violence ? Non, au contraire. Dans sa description, les actes de violence pratiqués pendant la « glorieuse révolution » apparaissent pleinement justifiés, hautement utiles et parfaitement efficaces. Il parle avec beaucoup d'éloges des insurrections populaires dirigées contre la royauté, et il cherche même à prouver que, sans ces soulèvements, le gouvernement aurait étouffé en germe toutes les réformes de l'Assemblée nationale, et que les grands objectifs de la révolution seraient alors restés inaccessibles.</p>
<p>Il salue la prise de la Bastille comme « la première apparition victorieuse du peuple de Paris sur la scène révolutionnaire » ; et il s'exprime de la même manière approbatrice à propos de la seconde apparition du même peuple sur la même scène, des événements des 5 et 6 octobre, ainsi que de la prise des Tuileries. Arrivé là, nota bene , après que Janet a démontré la nécessité inévitable d'éliminer un roi qui négociait avec l'ennemi dès le début de la guerre, il ajoute d'un ton mélancolique : « La France s'est peu à peu habituée à résoudre les questions politiques avec des moyens aussi pitoyables. » Mais il ne nous dit pas avec quels autres moyens la tâche donnée et incontournable aurait pu être accomplie.</p>
<p>Ce n'est qu'après la prise des Tuileries, c'est-à-dire après cette dernière insurrection nécessaire, selon Janet, que le peuple de Paris, sous la plume de notre historien, se transforme peu à peu en une populace dominée par les passions les plus basses. Il devient alors clair : une « révolte » est tout à fait acceptable, seulement il ne faut pas se laisser entraîner par les passions les plus basses. L'historien bourgeois veut-il être compris dans ce sens ? Pas du tout. On nous apprend aussitôt que maintenant que « la glorieuse révolution » est terminée, toutes les insurrections manquent de sens et de justification. Nous y sommes enfin parvenus. Le roi est tombé, la noblesse est détruite, la bourgeoisie est élevée sur le bouclier. Que désire le cœur de plus ? Maintenant, tais-toi, après avoir fait sur cette terre tout ce qui appartient à la terre. Qui, si ce n'est la populace, penserait à l'insurrection ?<br class='autobr' />
Les révolutionnaires prolétariens condamnés</p>
<p>Ensuite ! Comme on pouvait s'y attendre, Paul Janet étend sa sympathie à tous les partis qui se sont succédé à la tête du mouvement, sauf au parti de la Montagne. Sur ce dernier il déverse toute la coupe de sa colère ; c'est à ce parti qu'il réserve tous ses propos violents et ses épithètes.</p>
<p>Entre ces mécréants et la « Gironde virile et généreuse », Janet établit ce parallèle intéressant : « Les uns, comme les autres, voulaient la république… » Mais alors que « les Girondins aspiraient à une république libre, légale et douce, les Montagnards aspiraient à une république despotique et cruelle » :</p>
<p>Sans égard pour la liberté, ces derniers ne tenaient qu'à l'égalité. Certes, les deux partis étaient favorables à la souveraineté du peuple, mais avec cette différence que les Girondins voulaient justement inclure dans « le peuple » tous les citoyens, tandis que pour les Montagnards, conformément à la perversité encore en vigueur aujourd'hui, le peuple ne se composait que des membres de la classe ouvrière, des personnes vivant de leur propre travail. Par conséquent, selon les Montagnards, gouverner devait être l'apanage de cette seule classe.<br class='autobr' />
Des points de vue divergents sur « Le peuple »</p>
<p>Le programme politique des Girondins différait donc essentiellement de celui des Montagnards. D'où vient cette différence ? Paul Janet lui-même nous en donne suffisamment de renseignements. La différence venait de ce que le parti montagnard, comme nous l'avons vu, concevait les rapports entre les classes sociales alors existantes d'une manière différente de celle des Girondins. Ceux-ci « voulaient faire entendre que le peuple comprenait tous les citoyens », tandis que les premiers ne considéraient comme « le peuple » que la classe ouvrière ; les autres classes, selon les Montagnards, ne faisaient pas partie du « peuple », parce que les intérêts de ces classes étaient contraires à ceux de la classe ouvrière.</p>
<p>Et, à proprement parler, les Girondins eux-mêmes n'incluaient pas dans le « peuple » tous les citoyens, c'est-à-dire toute la nation française de l'époque, mais seulement le tiers-état. Comprenaient-ils dans le « peuple » l'aristocratie et le haut clergé ? Pas du tout. L'abbé Sieyès lui-même, qui n'a jamais été aussi loin que les Girondins, n'a-t-il pas, dans sa brochure Qu'est-ce que le tiers-état ? , mis « le peuple », c'est-à-dire le tiers-état, sans remords contre le petit groupe de privilégiés, c'est-à-dire la noblesse et le haut clergé ?</p>
<p>Les Girondins, qui combattaient les « privilégiés » avec beaucoup plus de détermination, étaient sans doute d'accord avec Sieyès sur ce point. Si, malgré tout, leur conception du « peuple » était si différente de celle des Montagnards, cela ne pouvait s'expliquer que par le fait que les Montagnards avaient fait un pas de plus en classant parmi les « privilèges » les institutions sociales qui leur paraissaient sacrées et nécessaires. La question de savoir quelles classes devaient être considérées comme « privilégiées » était controversée. Mais cela montre — et les explications de Paul Janet ne laissent place à aucune autre interprétation — que, selon les Montagnards, toutes les personnes et toutes les classes qui vivent du « travail », mais du travail des autres et non du leur, appartiennent à la catégorie des « privilégiés ».</p>
<p>Il faut maintenant chercher à éclaircir le point suivant : pourquoi les défenseurs de la cause de la classe ouvrière penchaient-ils vers une république « despotique et cruelle » ? Pourquoi ne se montraient-ils pas plutôt partisans d'une république « légale, libre et douce » ? Cette circonstance doit être ramenée à deux causes, l'une extérieure, l'autre intérieure. Tournons-nous d'abord vers la cause extérieure, c'est-à-dire vers les rapports qui existaient alors entre la France révolutionnaire et les autres États européens.<br class='autobr' />
La France menacée de l'intérieur et de l'extérieur</p>
<p>La situation de la France, au moment où le parti de la Montagne s'empara du pouvoir, était des plus désespérées, oui, elle était sans espoir. Janet dit :</p>
<p>Les troupes ennemies envahirent le territoire français de quatre côtés : du nord, les Anglais et les Autrichiens ; en Alsace, les Prussiens ; dans le Dauphiné, jusqu'à la ville de Lyon, les Piémontais ; et dans le Roussillon, les Espagnols. Et tout cela à une époque où la guerre civile faisait rage de quatre côtés : en Normandie, en Vendée, à Lyon et à Toulon.</p>
<p>A côté de ces ennemis déclarés, il y avait les partisans secrets de l'Ancien Régime, disséminés dans toute la France, qui étaient prêts à aider subrepticement l'ennemi.</p>
<p>Le gouvernement, qui avait entrepris la lutte contre ces innombrables ennemis intérieurs et extérieurs, n'avait ni argent ni troupes suffisantes ; il ne pouvait compter que sur une énergie sans bornes, sur l'appui actif des éléments révolutionnaires du pays et sur le courage colossal de ne reculer devant aucune mesure, si arbitraire, si illégale ou si impitoyable fût-elle, aussi longtemps qu'elle était nécessaire à la défense du pays.<br class='autobr' />
Une situation désespérée appelle des mesures désespérées</p>
<p>Après que les Montagnards eurent appelé aux armes toute la jeunesse française, sans pouvoir, avec les maigres ressources que leur procurait l'impôt, fournir même partiellement des armes et des vivres aux armées nouvellement formées, ils recoururent aux réquisitions, aux confiscations, aux emprunts forcés, décrétèrent le change des assignats , bref, ils imposèrent aux classes possédantes effrayées des sacrifices d'argent, tout cela dans l'intérêt d'un pays en péril pour lequel le peuple sacrifiait son sang.</p>
<p>Ces mesures de force étaient absolument nécessaires pour sauver la France. Il n'y avait pas à compter sur des contributions financières volontaires, Janet l'admet lui-même. La détermination et l'énergie de fer du gouvernement étaient également nécessaires pour pousser à bout toutes les forces nouvelles de la France, Janet l'admet aussi. Mais lui, Paul Janet, aurait préféré voir la dictature entre les mains de la « noble et magnanime Gironde » plutôt que dans celles des abominables Montagnards. Si les Girondins étaient sortis victorieux de la lutte contre la Montagne, alors, selon l'auteur :</p>
<p>… eux aussi auraient été placés dans la même situation que les Montagnards ; ils auraient été obligés de réprimer les insurrections royalistes, de vaincre le parti d'opposition, de repousser les invasions, et l'on peut douter que, sans la dictature, ils eussent pu faire face à tous ces maux. Mais leur dictature aurait été moins sanguinaire et aurait donné plus de place au droit et à la liberté.</p>
<p>Mais sur quelles couches de la population les doux Girondins auraient-ils pu s'appuyer ? Quand, après leur défaite à Paris, ils cherchèrent du secours en province, ils n'y trouvèrent que l'appui passif de la bourgeoisie « lente et tiède », pour reprendre l'expression de Janet, et l'appui malfaisant des royalistes, qu'ils durent eux-mêmes rejeter. Et pouvaient-ils compter sur un appui plus efficace de la part de leurs partisans dans la lutte contre les ennemis étrangers ? La Gironde n'a jamais trouvé et ne trouvera jamais grâce auprès de la couche la plus basse et la plus révolutionnaire de la population, surtout à Paris. Cette partie de la population avait évidemment sur le « peuple » et ses intérêts des opinions tout à fait différentes de celles de la Gironde, si admirée par Janet en raison de sa magnanimité.</p>
<p>C'est précisément cette circonstance qui provoqua la chute de la Gironde et la victoire de la Montagne. La première fut presque exclusivement le fait de la « classe moyenne lente et tiède ». Pouvait-on accomplir quelque chose de substantiel avec de tels alliés ? Non, la Gironde modérée et libérale n'aurait jamais pu sauver la France de la situation critique dans laquelle elle se trouvait empêtrée en 1793.</p>
<p>C'est la situation extérieure de la France qui rendit nécessaire la dictature, celle des Montagnards. Et une fois qu'une dictature fut nécessaire, tous les discours sur une république « libre, légale et douce » devinrent tout simplement ridicules. La dictature révolutionnaire devait nécessairement être aussi rigide et aussi impitoyable que les ennemis extérieurs qui l'avaient suscitée, tout comme le manifeste du duc de Brunswick et les menaces d'une Europe réactionnaire contre la France.</p>
<p>Passons maintenant aux causes internes qui empêchèrent les Montagnards de trouver une république « libre, légale et douce » à leur goût. Il faut ici tout d'abord attirer l'attention du lecteur sur les fameux droits de l'homme et du citoyen. Parmi ceux-ci, nous trouvons plusieurs droits qui correspondent aux intérêts de la classe la plus basse de la population ; mais nous en trouvons aussi un à l'égard duquel cette classe fut obligée, dès le début, de maintenir une attitude particulière et contradictoire. Il s'agit du droit de propriété.<br class='autobr' />
Le prolétariat et les « droits de propriété »</p>
<p>Comment un « sans- culotte » parisien, par exemple, pourrait-il concevoir ce droit, alors que son nom seul indique qu'il est lui-même dépourvu de toute propriété ? Comment pourrait-il exercer ce droit merveilleux qui lui est accordé ? Les exemples ne manquent pas à sa portée. La bourgeoisie s'est approprié bien des biens de l'aristocratie et de l'Église : pourquoi ne ferait-elle pas de même avec les biens de la bourgeoisie ?</p>
<p>Le sans-culotte de cette époque avait à traverser bien des jours pénibles, quoique joyeux. Il lui fallait souvent endurer la faim au sens le plus littéral du terme, et la faim, on le sait, est mauvaise conseillère. Dès lors, notre sans-culotte commença à manifester une grande indifférence à l'égard de la propriété bourgeoise. La bourgeoisie résista à cela du mieux qu'elle put.</p>
<p>On voit bien comment cette lutte sociale devait influer sur la vie politique. La « populace » se rassembla en un parti qui lui était propre et mit les Montagnards sur le bouclier. La « populace » de l'époque savait se battre et prit bientôt le contrôle. Il ne lui restait alors évidemment plus qu'à utiliser le pouvoir politique qu'elle venait d'acquérir pour créer des institutions sociales sous lesquelles le droit de propriété ne sonnerait plus comme une amère moquerie. Mais pour le prolétariat de l'époque, comme pour le prolétariat moderne, cela n'était possible qu'à une condition : l'abolition totale de la propriété privée des moyens de production et de l'organisation sociale de la production.</p>
<p>Mais cette dernière, dans les conditions qui prévalaient alors, était tout simplement impensable pour deux raisons étroitement liées. Le prolétariat de l'époque n'avait pas les capacités requises, et les moyens de production de l'époque ne répondaient même pas aux conditions élémentaires de socialisation. C'est pourquoi ni le prolétariat de l'époque ni ses représentants les plus avancés ne pouvaient même concevoir cette idée. Il est vrai que dans la littérature française prérévolutionnaire on trouve quelques utopies communistes, mais celles-ci, pour les raisons que nous avons mentionnées, n'ont pu trouver ni crédit ni reconnaissance.<br class='autobr' />
Raisons des tactiques terroristes</p>
<p>Dans ces conditions, que restait-il à faire à la « populace » momentanément victorieuse ? Si l'on ne pouvait pas songer à socialiser les moyens de production, il fallait nécessairement que la propriété privée y soit maintenue, et que la population indigente se contente d'empiéter sur son domaine par la force et par la violence. Et c'est à cause de ces empiétements que la « populace » est encore aujourd'hui accusée par tous les historiens bourgeois. Les empiétements sur le domaine de la propriété privée ont rendu impossible une république « légale », car la loi a été conçue pour protéger précisément cette propriété privée.</p>
<p>La République ne pouvait plus être « douce », car les classes possédantes ne supportaient pas, les mains dans les poches, de telles atteintes à leurs biens, mais cherchaient au contraire avec ardeur une occasion de mettre un terme à cette « domination de la populace » nonchalante. La lutte entre le prolétariat de l'époque et les classes possédantes devait être menée, fatalement et inévitablement, par des moyens terroristes. C'est seulement par la terreur, dans un contexte de contradictions économiques insolubles, que le prolétariat pouvait maintenir sa domination. Si le prolétariat avait atteint un stade de développement plus élevé et, d'autre part, si les conditions économiques avaient été suffisamment avancées pour assurer son bien-être, il n'aurait pas eu besoin de recourir à des mesures de terreur.<br class='autobr' />
Raisons de la « légalité » bourgeoise</p>
<p>Considérons la bourgeoisie, si louée par les historiens pour son penchant pour la « légalité ». Elle ne laissait nullement ses ennemis en paix, et ne reculait pas devant les mesures décisives dans les moments critiques ; mais sa cause était alors si solide qu'elle n'avait pas à craindre d'adversaire. Arrivée au pouvoir au cours de sa « glorieuse » révolution, la bourgeoisie a instauré l'ordre social qui convenait à ses besoins, et elle l'a fait avec tant de rigueur que même les réactionnaires les plus obstinés n'ont plus eu l'idée de l'abolir. Si ces derniers avaient tenté une tentative dans ce sens, ils auraient vite été convaincus de son échec absolu.</p>
<p>Dans ces conditions, il était facile à la bourgeoisie de parler de « légalité » ; lorsque votre cause a gagné et que vos ennemis ont été vaincus sans espoir, l'ordre de choses le plus conforme à vos intérêts devient « légal » ; recourriez-vous alors encore à des moyens illicites ? Vous êtes sûr que désormais vos privilèges seront amplement protégés par la loi. La bourgeoisie a lutté pour la légalité en politique, parce que l'évolution historique avait pleinement assuré son triomphe en économie.</p>
<p>A sa place, le prolétariat n'aurait pas pu et n'aurait pas agi autrement. Que les porte-parole de la « populace », les Montagnards, tout autant que les Girondins, aient élevé au plus haut le principe de la liberté et de la loi, c'est ce que prouve la constitution qu'ils ont rédigée, la plus libre jamais écrite en France. La constitution introduisait la législation directe par les représentants du peuple et limitait au minimum les pouvoirs de l'exécutif. Cependant, en raison de toutes les conditions extérieures et intérieures de la France, il devenait impossible aux Montagnards d'appliquer la constitution.</p>
<p>En général, on peut considérer comme une règle qui ne souffre aucune exception que telle classe sociale ou telle couche de la population, une fois arrivée au pouvoir, recourra d'autant plus volontiers à la terreur que ses chances de se maintenir au pouvoir sont faibles. Au XIXe siècle, la bourgeoisie a dû se rendre compte que sa domination sur le prolétariat devenait de plus en plus fragile et, par conséquent, elle s'efforce de plus en plus de le soumettre par la terreur. Elle a agi avec plus de férocité contre les insurgés de Juin qu'en 1831 contre les tisserands de Lyon ; elle a agi avec beaucoup plus d'atrocité dans la répression des Communards de 1871 qu'en Juin 1848.</p>
<p>La terreur exercée par la bourgeoisie contre le prolétariat éclipse de loin les atrocités des Jacobins, qui ont d'ailleurs été grandement exagérées par les réactionnaires. Robespierre, comparé à Thiers, apparaît comme un véritable ange, et Marat, mis à côté des cosaques de la presse bourgeoise de la semaine sanglante de mai, apparaît comme un être doux et bienveillant. Quiconque approfondit l'histoire de France de notre siècle doit être entièrement d'accord avec l'écrivain russe Herzen, lorsqu'il disait, après les journées de juin, qu'il n'y avait pas de gouvernement plus féroce, et qu'il ne pouvait pas y en avoir de plus féroce que celui du boutiquier en furie.<br class='autobr' />
La bourgeoisie responsable de la réaction française</p>
<p>C'est précisément cette férocité des boutiquiers qui rendit impossible la consolidation durable de la liberté politique en France. La bourgeoisie doit être tenue seule responsable des défaillances réactionnaires qui caractérisent l'histoire de la France au XIXe siècle. Même à l'époque de la Restauration, la victoire des réactionnaires fut d'autant plus facile que la bourgeoisie, effrayée à mort par les ouvriers, les empêcha pendant longtemps d'entrer dans la lutte.</p>
<p>Et maintenant, pour calmer les écrivains bourgeois qui tremblent à la seule pensée de la terreur jacobine, nous allons exposer une vérité qui nous paraît irréfutable. La victoire de la classe ouvrière, qui se profile maintenant dans tous les pays civilisés, ne sera certainement pas entachée par la cruauté, car la victoire de la cause du travail est tellement assurée par le cours de l'histoire qu'il n'y aura plus besoin de terreur. Certes, les réactionnaires bourgeois seront bien avisés de s'abstenir de tenter de faire trébucher le prolétariat victorieux et de faire preuve de sagesse en n'imitant pas les conspirateurs royalistes de la grande révolution. « A la guerre comme à la guerre », c'est un dicton vrai, et dans le feu de l'action, il pourrait être dur pour les conspirateurs. Mais, répétons-le, tout le cours de l'évolution historique garantit le succès du prolétariat.<br class='autobr' />
Conditions favorables à la révolution socialiste</p>
<p>A l'occasion de la célébration du centenaire de la grande révolution, la bourgeoisie française s'est presque délibérément employée à démontrer au prolétariat ad oculos (aux yeux) la possibilité économique et la nécessité d'une transformation sociale. L'Exposition universelle [1] lui a fourni une excellente démonstration du développement sans précédent des moyens de production dans tous les pays civilisés, qui a dépassé les plus audacieuses fantaisies des utopistes du siècle précédent. Dans ce sens, l'émancipation du prolétariat, au lieu du noble rêve qu'elle était au temps de Babeuf, est devenue une nécessité historique.</p>
<p>L'exposition a montré, en outre, que le développement moderne des moyens de production, dans les conditions anarchiques qui régissent la production, doit logiquement et nécessairement conduire à des crises industrielles de plus en plus destructrices pour l'économie mondiale. Pour échapper aux conséquences dangereuses de ces crises, il ne reste au prolétariat européen qu'à poser les bases d'une organisation planifiée de la production sociale, chose impossible pour les sans-culottes du siècle dernier. Non seulement les forces productives modernes rendent possible une telle organisation, mais elles y tendent. Sans une telle organisation, il n'est pas possible d'envisager la pleine utilisation de ces forces.</p>
<p>Dans l'atelier mécanique moderne, la production a déjà pris un caractère social ; il ne reste plus qu'à harmoniser les différentes fonctions productives dans ces ateliers et, en conséquence, à transformer la propriété du produit, c'est-à-dire à la faire passer de la propriété privée à la propriété sociale. Atteindre ce but sera la tâche du prolétariat européen. Le Congrès socialiste international, réuni en juillet 1889, n'a pas manqué de rappeler au prolétariat cette grande tâche.</p>
<p>Revenons maintenant à notre philosophe Paul Janet, que nous avons perdu de vue pendant un certain temps. Il vient de nous annoncer qu'il faut « rester fidèle à l'esprit de la révolution, mais rejeter l'esprit révolutionnaire ». En d'autres termes, l'humanité doit se contenter des résultats de la grande révolution obtenue par la bourgeoisie, mais ne doit pas faire un pas de plus en avant.<br class='autobr' />
Nécessité d'une conscience de classe parmi les travailleurs</p>
<p>Or, nous pensons que c'est tout le contraire. Les objectifs de la bourgeoisie ne peuvent pas être ceux de la classe ouvrière, et les résultats obtenus par la première ne peuvent satisfaire la seconde. C'est pourquoi les ouvriers font un pas de plus lorsqu'ils rejettent l'esprit bourgeois de la grande révolution, mais restent fidèles à l'esprit révolutionnaire. Rester fidèle à cet esprit signifie lutter sans relâche et sans crainte pour un avenir meilleur, lutter implacablement contre tout ce qui est ancien et dépassé.</p>
<p>La bourgeoisie voudrait bien inculquer aux ouvriers l'idée que la société moderne ne connaît pas de divisions de classes, parce que le fondement de l'État moderne est l'égalité de tous devant la loi. Mais cette égalité formelle ne peut pas plus consoler les ouvriers que, sous l'ancien régime, l'égalité proclamée de tous devant Dieu ne satisfaisait la bourgeoisie ; non contente de cette égalité fantastique, la bourgeoisie ne se reposait pas avant d'être entrée en possession de tous les biens terrestres possibles. Il n'est donc pas étonnant que le prolétariat ne se contente pas de fictions juridiques, sachant très bien que l'inégalité économique doit, dans la vie réelle, rendre illusoire toute autre égalité.</p>
<p>De la même manière, la bourgeoisie voudrait faire croire aux ouvriers qu'il n'y a plus rien à faire aujourd'hui dans le domaine économique et qu'il ne faut donc que se livrer au jeu de la politique « pure ». Mais la « politique pure » n'est pour les ouvriers qu'une politique de pacotille au service des partis bourgeois, et la bourgeoisie est parfaitement consciente de la signification de cette espèce de « politique pure », du moins telle était-elle son interprétation lorsqu'elle était en lutte avec la noblesse et le clergé.</p>
<p>Dans la brochure Qu'est-ce que le tiers-état ? , déjà citée, et qui doit être considérée comme le programme de la bourgeoisie de 1789, les sophismes des « purs politiques », qui se trouvaient alors dans les deux états supérieurs, étaient réfutés avec beaucoup de talent. L'abbé Sieyès insistait sur le fait que la nation était en réalité divisée en deux camps : dans l'un, les privilégiés ; dans l'autre, les opprimés ; et que cette division réelle devait se refléter dans la politique. Il était naturel et compréhensible que les privilégiés cherchassent à préserver leurs intérêts au moyen de mesures politiques ; mais les opprimés ne devaient pas non plus négliger la sauvegarde de leurs intérêts et devaient apparaître comme un parti unifié dans l'arène politique nouvellement ouverte.</p>
<p>Jusqu'à présent, cette leçon n'a pas perdu de son sens ni de son importance. Les conditions n'ont changé que dans la mesure où la bourgeoisie occupe aujourd'hui une position privilégiée. Et que reste-t-il aux ouvriers, sinon de se regrouper dans un parti séparé des opprimés, opposé à la bourgeoisie privilégiée ?<br class='autobr' />
Idées confuses sur la lutte des classes</p>
<p>A la fin du XVIIIe siècle, à l'époque de la « grande révolte » de la « populace » française, l'antagonisme de classe entre bourgeoisie et prolétariat n'était encore qu'embryonnaire. C'est pourquoi la conscience de classe des prolétaires devait être assez floue. Lorsque, au cours de ce traité, nous avons essayé d'expliquer l'argumentation de Paul Janet relative aux conceptions jacobines du « peuple », nous leur avons attribué une attitude antagoniste à l'égard de toutes les classes vivant du travail des autres. C'était en réalité le seul sens possible de l'argumentation de l'auteur.</p>
<p>Mais cela n'est vrai que dans la mesure où les Montagnards, en réalité et par instinct, ont toujours cherché à défendre les intérêts de la classe la plus pauvre de la population. Il en était ainsi parce que leur conception comportait un trait qui, au cours d'une évolution ultérieure, aurait pris un caractère tout à fait bourgeois. Ce trait apparaît clairement dans les discours de Robespierre. C'est par lui que s'explique la lutte des Jacobins contre les Hébertistes et, en général, leur lutte contre la prétendue législation agraire.</p>
<p>Mais ces « lois agraires », telles que se les représentaient leurs partisans, ne contenaient rien de communiste. La propriété privée et les objectifs petits-bourgeois qui lui étaient étroitement liés s'imposèrent dans les programmes des révolutionnaires les plus extrémistes de l'époque. Seul Babeuf prit une position différente ; il apparut au dernier acte de la grande tragédie, alors que les forces du prolétariat avaient déjà été entièrement épuisées par les luttes précédentes. Le parti de la Montagne échoua précisément à cause de cette contradiction profonde entre ses conceptions petites-bourgeoises et sa volonté de représenter les intérêts prolétariens.</p>
<p>Ces contradictions sont étrangères aux représentants actuels de la classe ouvrière, car le socialisme moderne et scientifique n'est que l'expression théorique de l'antagonisme insurmontable des intérêts de la bourgeoisie et du prolétariat. La victoire prochaine de la classe ouvrière sous le drapeau du socialisme sera bien plus glorieuse que toutes les « glorieuses » révolutions de la bourgeoisie réunies.</p>
<p>La force, la force pure, la force des baïonnettes et des canons, devient de plus en plus le seul appui de la domination bourgeoise. Et des « théoriciens » candides font leur apparition, qui reconnaissent sans plus de cérémonie que l'ordre bourgeois actuel ne peut être justifié théoriquement et n'a pas besoin d'une telle justification, parce que la bourgeoisie contrôle les pouvoirs publics. Ainsi parle par exemple un professeur autrichien, Gumplowicz, dans son livre L'État politique et le socialisme .</p>
<p>Lorsque les représentants de la noblesse et du clergé, dans une des premières sessions des États, revinrent sur le fondement de leurs privilèges, le droit historique de conquête, le théoricien de la bourgeoisie, l'abbé Sieyès, répondit fièrement : « Rien que cela, messieurs ? Nous serons conquérants à notre tour ! » — ce qui veut dire : « Rien que cela, messieurs ? Eh bien, nous serons conquérants à notre tour ! »</p>
<p>Et la classe ouvrière doit dire exactement cela aux partisans de la force bourgeoise.</p>
<p>1. L'Exposition universelle est une grande exposition qui s'est tenue à Paris à l'occasion du centième anniversaire de la prise de la Bastille. Elle s'est déroulée du 6 mai au 31 octobre 1889 et a attiré plus de six millions de visiteurs.</p></div>
A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8999
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89992026-08-23T22:17:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionRévolution bourgeoiseRévolte
<p>A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur <br class='autobr' />
Révoltes des villes d'Egypte contre Pharaon <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222 <br class='autobr' />
https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725 <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine <br class='autobr' />
https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669 <br class='autobr' />
https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11 (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur</h2>
<p>Révoltes des villes d'Egypte contre Pharaon</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine</a></p>
<p><a href="https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669</a></p>
<p><a href="https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1885" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1885</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1923" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1923</a></p>
<p>Révoltes de la ville d'Ougarit</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259</a></p>
<p>Révolte dans l'Indus</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4197" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4197</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229</a></p>
<p>Révolte des villes de Mésopotamie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515</a></p>
<p>La ville de Philopappos en Grèce en 287 av. J.-C. en révolte contre Démétrios</p>
<p><a href="https://foucautalain9.wixsite.com/patrimoine-urbain/single-post/le-monument-de-philopappos" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://foucautalain9.wixsite.com/patrimoine-urbain/single-post/le-monument-de-philopappos</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9m%C3%A9trios_Ier_Poliorc%C3%A8te" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9m%C3%A9trios_Ier_Poliorc%C3%A8te</a></p>
<p>Troie en révolte écrasée par la Grèce</p>
<p><a href="https://www.pourlascience.fr/sd/archeologie/la-guerre-de-troie-a-bien-un-lieu-9580.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.pourlascience.fr/sd/archeologie/la-guerre-de-troie-a-bien-un-lieu-9580.php</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146</a></p>
<p>Révolte de la ville de Tula</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247</a></p>
<p>Révoltes contre l'empire maya</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243</a></p>
<p>Révolte à Teotihuacán</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238</a></p>
<p>Révolte de Caral (Pérou) en 1500 avant notre ère</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263</a></p>
<p>Révolte à Corfou, en 427 avant notre ère</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166</a></p>
<p>Révolte à Babylone</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4298" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4298</a></p>
<p>Cette ville qui s'est rebellée contre le pouvoir de Rome a été rasée par les légions</p>
<p><a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-cette-ville-rebellee-pouvoir-rome-ete-rasee-legions-116598/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-cette-ville-rebellee-pouvoir-rome-ete-rasee-legions-116598/</a></p>
<p>Révolte des Bagaudes</p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/mefra/438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journals.openedition.org/mefra/438</a></p>
<p>Révolte de Berne</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580</a></p>
<p>Révoltes d'Anvers</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1220" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1220</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_d%27Anvers_(1585" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_d%27Anvers_(1585</a>)</p>
<p>Révolte de Gand, Bruges et Ypres</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293</a></p>
<p>Révoltes de Liège</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4143" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4143</a></p>
<p>Révoltes contre le Seigneur de Sicán (Pérou)</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282</a></p>
<p>Révolte de la ville d'El Tajin contre la dictature totonaque en 1200</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5356" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5356</a></p>
<p>Révolte et écrasement de la ville de Dinant</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219</a></p>
<p>Révoltes de Paris</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7281" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7281</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1632" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1632</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7383" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7383</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6812" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6812</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185</a></p>
<p>Révoltes de Londres</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3911" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3911</a></p>
<p>Révoltes des villes anglaises</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1518" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1518</a></p>
<p>Révolte de Marseille et Lyon</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2686" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2686</a></p>
<p>Révoltes de la ville de Marseille</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219</a></p>
<p>Révoltes en France</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6266" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6266</a></p>
<p>Révolte de la ville de Münster</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3999" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3999</a></p>
<p>Révolte de Madrid</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6421" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6421</a></p>
<p>Révolte de Paris en 1358</p>
<p><a href="https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/1358-la-revolte-populaire-qui-fit-trembler-la-france-2682.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/1358-la-revolte-populaire-qui-fit-trembler-la-france-2682.php</a></p></div>
Révolution en Malaisie à la fin de la deuxième guerre mondiale
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8905
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89052026-08-17T22:55:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolution1943-1947Malaisie
<p>Répression coloniale anglaise <br class='autobr' />
Révolution en Malaisie à la fin de la deuxième guerre mondiale <br class='autobr' />
Avertissement : le terme « communiste » est, dans cet texte, employé pour indiquer le parti stalinien nationaliste, pourtant favorable à un compromis avec la bourgeoisie nationale, sur le modèle des « fronts populaires » nationalistes de Mao tse Toung, et non un parti communiste révolutionnaire. <br class='autobr' />
Le parti fonctionnait comme une organisation illégale sous la domination coloniale britannique. Le (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique46" rel="directory">04- La révolution en Asie, à la fin de la guerre mondiale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
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<div class='rss_texte'><p>Répression coloniale anglaise</p>
<div class='spip_document_16568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L283xH419/tetes-coupees-malaisie-55a12.jpg?1792846809' width='283' height='419' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Révolution en Malaisie à la fin de la deuxième guerre mondiale</h2>
<p>Avertissement : le terme « communiste » est, dans cet texte, employé pour indiquer le parti stalinien nationaliste, pourtant favorable à un compromis avec la bourgeoisie nationale, sur le modèle des « fronts populaires » nationalistes de Mao tse Toung, et non un parti communiste révolutionnaire.</p>
<p>Le parti fonctionnait comme une organisation illégale sous la domination coloniale britannique. Le 29 avril 1930, un raid mené par la Branche spéciale de Singapour dans une maison vacante au 24 Nassim Road à Singapour faillit mettre fin au MCP puisque huit de ses membres fondateurs d'origine furent arrêtés avant d'être emprisonnés ou expulsés vers la Chine. En juin 1931, après qu'un courrier du Komintern ait été intercepté par la police, environ six raids ont été menés de juin à décembre et plusieurs membres du parti ont été arrêtés et des documents saisis, plongeant le parti dans le désarroi. Les informations extraites du courrier indiquaient à ce stade qu'il y avait 1 500 membres et 10 000 sympathisants.</p>
<p>Malgré ce revers, le MCP a gagné en influence dans le mouvement syndical et a organisé plusieurs grèves, notamment à la mine de charbon de Batu Arang en 1935. Il a également créé des comités d'ouvriers sur certains lieux de travail. Ces comités et les grèves furent rapidement réprimés par les troupes et la police. De nombreux grévistes d'origine chinoise ont été déportés vers la Chine, où ils ont souvent été exécutés par le gouvernement nationaliste chinois en tant que communistes.</p>
<p>Après l'invasion de la Chine par le Japon en 1937, il y eut un rapprochement entre le Kuomintang malais et les communistes, parallèle à celui de la Chine. Sous l'aile du Kuomintang, le MCP a pu opérer plus facilement. Le sentiment anti-japonais parmi les Chinois malais a donné au parti une excellente occasion de recruter des membres et de collecter des fonds sous la bannière de la défense de la Chine.</p>
<p>À cette époque, le parti était infiltré par un agent britannique apparent, Lai Teck , qui en devint le secrétaire général en avril 1939. Malgré cette grave faille de sécurité, le parti continua de fonctionner efficacement. Au milieu de 1939, elle comptait environ 40 000 membres, dont environ la moitié à Singapour.</p>
<p>Le 8 décembre 1941, l' Empire japonais envahit la Malaisie. Les autorités coloniales britanniques acceptèrent désormais l'offre permanente de coopération militaire du MCP. Le 15 décembre, tous les prisonniers politiques de gauche ont été libérés.</p>
<p>À partir du 20 décembre, l'armée britannique a commencé à former les membres du parti à la guérilla dans la 101e école de formation spéciale (101e STS) créée à la hâte à Singapour. Environ 165 membres du MCP ont été formés avant l'effondrement des défenses britanniques. Ces combattants, peu armés et équipés par les Britanniques aux abois, se dispersèrent en toute hâte et tentèrent de harceler l'armée d'occupation.</p>
<p>Juste avant que Singapour ne tombe aux mains des Japonais le 15 février 1942, le parti commença à organiser une résistance armée dans l'État de Johore . Bientôt, quatre groupes armés, connus sous le nom de « Régiments », furent formés, avec des stagiaires du 101e STS servant de noyaux. En mars, cette force fut baptisée Armée populaire anti-japonaise malaise (MPAJA) et commença des sabotages et des embuscades contre les Japonais. Les Japonais ont répondu par des représailles contre les civils chinois. Ces représailles, associées à des difficultés économiques croissantes, ont poussé un grand nombre de Chinois malais à fuir les villes. Ils sont devenus des squatters à la lisière des forêts, où ils sont devenus la principale source de recrues, de nourriture et d'autres aides pour le MPAJA. Le MPAJA a consolidé ce soutien en assurant une protection.</p>
<p>O'Ballance estime qu'au milieu de 1942, les effectifs du régiment étaient d'environ 100 dans le premier régiment, 160 dans le 2e, 360 dans le 3e et 250 dans le 4e. A cette époque, les 5e, 6e et 7e régiments furent formés. Cette armée, qui comprenait des femmes, a été conçue comme une force à la fois militaire et politique, sur le modèle maoïste.</p>
<p>Lors de la chute de Singapour, Lai Teck fut arrêté par les Japonais et devint leur agent. Le 1er septembre 1942, agissant sur ses informations, les Japonais lancèrent un raid à l'aube sur une conférence secrète de plus de 100 dirigeants du MCP et du MPAJA dans les grottes de Batu, juste au nord de Kuala Lumpur , tuant la plupart. La perte de personnel a contraint le MPAJA à abandonner son système de commissaire politique et les commandants militaires sont devenus les chefs des régiments. Suite à ce revers, le MPAJA a évité les engagements et s'est concentré sur la consolidation, rassemblant 4 500 soldats au printemps 1943.</p>
<p>À partir de mai 1943, les commandos britanniques de la Force 136 infiltrent la Malaisie et prennent contact avec la guérilla. Au début de 1944, un accord fut conclu selon lequel le MPAJA accepterait certaines directives du Commandement allié de l'Asie du Sud-Est (SEAC) et les Alliés donneraient au MPAJA des armes et des fournitures. Ce n'est cependant qu'au printemps 1945 que d'importantes quantités de matériel commencèrent à arriver par voie aérienne.</p>
<p>La capitulation du Japon le 15 août 1945 a surpris les combattants de Malaisie. Le premier contingent britannique de troupes de réoccupation n'est arrivé que le 3 septembre ; Singapour ne fut réoccupée que le 8. La garnison japonaise se retire des campagnes, laissant un vide de pouvoir comblé par le MPAJA. Dans de nombreux endroits, notamment dans les régions chinoises, ils ont été accueillis comme des héros à leur sortie de la forêt.</p>
<p>Les Britanniques reconnurent l'autorité du MPAJA, rémunérant ses soldats pour leur rôle dans la réoccupation. Les guérilleros, quant à eux, s'emparèrent des armes japonaises et recrutèrent librement, formant un 8e régiment et portant leur effectif armé à plus de 6 000 hommes. Dans le même temps, ils ont lancé des représailles contre les collaborateurs de la police malaise et la population civile et ont commencé à collecter des fonds par la force.</p>
<p>De nombreux militants de base prônaient la révolution. L'approche prudente favorisée par Lai Teck et la majorité des dirigeants a prévalu – une décision qui a ensuite été considérée comme une opportunité manquée majeure.</p>
<p>Le 12 septembre, l' Administration militaire britannique (BMA) est installée à Kuala Lumpur. Plus tard cette année-là, MPAJA a accepté à contrecœur de se dissoudre. Les armes ont été remises lors de cérémonies au cours desquelles le rôle de l'armée en temps de guerre a été salué. Six mille huit cents soldats ont été officiellement licenciés, mais une partie des armes a été retenue, notamment des armes de poing. Le parti n'était toujours pas légal mais pouvait fonctionner sans répression.</p>
<p>Le MCP a adopté une politique de « Front national », construisant une large coalition pour œuvrer en faveur de l'indépendance nationale par des moyens légaux. En raison des mauvaises conditions économiques, la BMA fut immédiatement confrontée à des grèves et à des manifestations auxquelles les communistes participèrent activement. Plusieurs ont été réprimés par la force armée et leurs dirigeants ont été bannis. Le MCP a également exercé son influence par l'intermédiaire de partis parlementaires tels que l' Union démocratique malaise (MDU) et le Parti nationaliste malais (MNP).</p>
<p>En 1946, au milieu du mécontentement suscité par la ligne prudente des dirigeants, une enquête fut ouverte sur les rumeurs de trahison de Lai Teck. Avant de pouvoir être interrogé en mars 1947, Lai Teck a fui le pays avec les fonds du parti. Fortement ébranlé, le Comité exécutif central a gardé la défection secrète pendant un an pendant qu'il luttait pour l'accepter. Chin Peng, 26 ans, a été choisi comme nouveau secrétaire général. Officier supérieur du 5e régiment du MPAJA à Perak, il était le principal agent de liaison du parti avec la Force 136 . La position du parti est devenue plus résolument anti-britannique.</p>
<p><a href="https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Malayan_Communist_Party?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Malayan_Communist_Party?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Comme de nombreuses colonies de l'Asie du Sud-Est, de 1948 à 1960 la Fédération de Malaisie fut touchée par une insurrection communiste visant à renverser la domination coloniale britannique et à instaurer une république socialiste indépendante. Si l'état d'urgence a été déclaré en juin 1948, les troubles débutèrent dès la fin de la Seconde guerre mondiale.</p>
<p><a href="https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04317483" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04317483</a></p>
<p>L'insurrection communiste malaise (la situation étant désignée en anglais sous le nom de Malayan Emergency, État d'urgence malais) s'est déroulée à partir de 1948 sur le territoire de l'actuelle Malaisie, encore colonie britannique. L'état d'urgence, déclaré par le gouvernement colonial britannique de la Malaisie en 1948 contre l'insurrection menée par l'Armée de libération des peuples de Malaisie du Parti communiste malais, n'a été levé que le 30 juillet 1960, par le gouvernement de la Malaisie indépendante.</p>
<p>L'état d'urgence, déclaré en 1948, a entraîné la suppression des droits civils, l'octroi de pouvoirs spéciaux à la police, et d'autres mesures visant à la suppression de partis radicaux de gauche, en particulier le Parti communiste malais (en langue anglaise : Malayan Communist Party ou MCP). La guérilla fut un épisode du long conflit entre le MCP et le pouvoir colonial, commençant en 1945 et se poursuivant contre le gouvernement malais jusqu'à la signature d'un traité de paix en décembre 1989. La MNLA était la branche militaire du MCP, s'appuyant sur le Min Yuen (Organisation de masse).</p>
<p>Au début du conflit, les Britanniques disposaient de seulement 13 brigades d'infanterie en Malaisie, ce qui s'avérait insuffisant pour contrer les insurgés communistes. Des unités des Royal Marines et du King's African Rifles ainsi qu'une formation de Special Air Service (SAS) sont déployées en 1950.</p>
<p>À la fin du conflit, 40 000 soldats britanniques et du Commonwealth (Australie et Nouvelle-Zélande notamment) étaient ainsi mobilisés contre 7 000 à 8 000 guérilleros communistes. Notons l'usage du défoliant agent Orange entre 1952 et fin 1954.</p>
<p>Les forces aériennes sont largement mobilisés, allant des bombardiers quadrimoteurs datant de la Seconde Guerre mondiale au début du conflit jusqu'aux avions à réaction. Ainsi de 1958 à 1960, les CAC Sabres de la 78e escadre de la RAAF, comprenant les escadrons 3 et 77, exécutèrent plusieurs sorties d'attaque au sol contre les insurgés communistes en Fédération de Malaisie.</p>
<p>Les pertes des forces armées britanniques se sont élevées à 1 443 tués.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_communiste_malaise" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_communiste_malaise</a></p>
<p>Les perturbations économiques de la Seconde Guerre mondiale en Malaisie britannique ont entraîné un chômage généralisé, de bas salaires et une forte inflation des prix alimentaires. La faiblesse de l'économie a été un facteur de croissance des mouvements syndicaux et a provoqué une augmentation du nombre de membres du parti communiste, avec des troubles sociaux considérables et un grand nombre de grèves entre 1946 et 1948. Les communistes malais ont organisé avec succès une journée générale de grève de 24 heures le 29 janvier 1946 avant d'organiser 300 grèves en 1947. Pour lutter contre la montée de l'activité syndicale, les Britanniques ont utilisé la police et les soldats comme briseurs de grève, et les employeurs ont procédé à des licenciements massifs, à des expulsions forcées de leurs domiciles, à des expulsions légales, des harcèlements et ont commencé à réduire les salaires de leurs travailleurs. La police coloniale a répondu à l'activité syndicale croissante en procédant à des arrestations, des déportations et en battant à mort les grévistes. En réponse aux attaques contre les syndicats, les militants communistes ont commencé à assassiner des briseurs de grève et à attaquer les propriétés antisyndicales. Ces attaques ont été utilisées par l'occupation coloniale comme prétexte pour procéder à des arrestations massives de militants de gauche. Le 12 juin, l'occupation coloniale britannique a interdit le plus grand syndicat de Malaisie, le PMFTU.</p>
<p>Les ressources en caoutchouc et en étain de la Malaisie ont été utilisées par les Britanniques pour payer leurs dettes de guerre envers les États-Unis et pour se remettre des dégâts causés par la Seconde Guerre mondiale. Les exportations de caoutchouc malaisiennes vers les États-Unis étaient d'une plus grande valeur que toutes les exportations nationales de la Grande-Bretagne vers l'Amérique, ce qui faisait que la Malaisie était considérée par les Britanniques comme un atout vital. La Grande-Bretagne s'était préparée à ce que la Malaisie devienne un État indépendant, mais seulement en remettant le pouvoir à un gouvernement qui serait soumis à la Grande-Bretagne et permettrait aux entreprises britanniques de garder le contrôle des ressources naturelles de la Malaisie.</p>
<p>Les premiers coups de feu de l'urgence malaise ont été tirés lors de l' incident de Sungai Siput , survenu le 17 juin 1948, dans le bureau du domaine Elphil près de la ville de Sungai Siput . Trois directeurs de plantations européens ont été tués par trois jeunes Chinois soupçonnés d'être communistes.</p>
<p>La mort de ces directeurs de plantations européens a été utilisée par l'occupation coloniale britannique pour arrêter ou tuer de nombreux dirigeants communistes et syndicaux de Malaisie. Ces arrestations et meurtres massifs ont vu de nombreux militants de gauche se cacher et fuir dans les jungles malaises.</p>
<p>Bien que les communistes malais aient commencé à préparer une guérilla contre les Britanniques, les mesures d'urgence et les arrestations massives de communistes et de militants de gauche en 1948 les ont surpris. Dirigés par Chin Peng, les communistes malais restants se retirèrent dans les zones rurales et formèrent, le 1er février 1949, l' Armée de libération nationale malaise (MNLA).</p>
<p>Le MNLA était en partie une reformation de l' Armée populaire anti-japonaise de Malaisie (MPAJA), la force de guérilla communiste qui avait été la principale résistance en Malaisie contre l' occupation japonaise de la Malaisie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Britanniques avaient secrètement aidé à créer le MPAJA en 1942 et les avaient formés à l'utilisation d'explosifs, d'armes à feu et de radios. Chin Peng était un antifasciste et syndicaliste chevronné qui avait joué un rôle essentiel dans la résistance du MPAJA. [35] Dissoute en décembre 1945, la MPAJA a officiellement remis ses armes à l' administration militaire britannique, bien que de nombreux soldats de la MPAJA aient secrètement caché des stocks d'armes dans des cachettes dans la jungle. Les membres qui ont accepté de se dissoudre se sont vu offrir des incitations économiques. Environ 4 000 membres ont rejeté ces incitations et sont entrés dans la clandestinité.</p>
<p>Le MNLA a commencé sa guerre pour l'indépendance de la Malaisie vis-à-vis de l'Empire britannique en ciblant les industries coloniales d'extraction des ressources, à savoir les mines d'étain et les plantations de caoutchouc, qui étaient les principales sources de revenus de l'occupation britannique de la Malaisie. Le MNLA a attaqué ces industries dans l'espoir de mettre les Britanniques en faillite et de conquérir l'indépendance en rendant l'administration coloniale trop coûteuse à entretenir.</p>
<p>L'Armée de libération nationale malaise (MNLA) a eu recours à des tactiques de guérilla, attaquant des avant-postes militaires et policiers, sabotant des plantations de caoutchouc et des mines d'étain, tout en détruisant les infrastructures de transport et de communication. Le soutien au MNLA provenait principalement des 3,12 millions de Chinois de souche vivant alors en Malaisie, dont beaucoup étaient des agriculteurs vivant à la lisière des jungles malaises et avaient été politiquement influencés à la fois par la révolution communiste chinoise et par la résistance contre le Japon pendant cette période. LA SECONDE GUERRE MONDIALE. Leur soutien a permis au MNLA de s'approvisionner en nourriture, en médicaments, en informations et a constitué une source de nouvelles recrues. La population ethnique malaise les a soutenus en plus petit nombre. Le MNLA a obtenu le soutien des Chinois parce que ceux-ci se voyaient refuser le droit égal de voter aux élections, n'avaient aucun droit foncier à proprement parler et étaient généralement très pauvres. L'organisation d'approvisionnement du MNLA s'appelait Min Yuen (Mouvement populaire). Elle disposait d'un réseau de contacts au sein de la population générale. Outre la fourniture de matériel, notamment de nourriture, il était également important pour le MNLA en tant que source de renseignements.</p>
<p>Les camps et cachettes du MNLA se trouvaient dans la jungle tropicale inaccessible et disposaient d'infrastructures limitées. Près de 90 % des guérilleros du MNLA étaient d'origine chinoise, bien qu'il y ait parmi ses membres des Malais, des Indonésiens et des Indiens. Le MNLA était organisé en régiments, bien que ceux-ci n'aient pas d'effectifs fixes et chacun comprenait toutes les forces communistes opérant dans une région particulière. Les régiments avaient des sections politiques, des commissaires , des instructeurs et des services secrets. Dans les camps, les soldats assistaient à des conférences sur le marxisme-léninisme et produisaient des bulletins politiques destinés à être distribués aux civils.</p>
<p>Au début du conflit, les guérilleros envisageaient d'établir un contrôle sur les « zones libérées » d'où les forces gouvernementales avaient été chassées, mais n'y parvinrent pas. [41]</p>
<p><a href="https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Malayan_Emergency?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Malayan_Emergency?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Avril 1952. Le Royaume-Uni est empêtré dans une guerre contre-insurrectionnelle pour lutter contre la rébellion communiste, en Malaisie. Depuis 1948, et jusqu'en 1960, la colonie britannique sera en état d'urgence, l'armée de la couronne y menant des combats d'une grande violence. C'est ce que montrera notamment une photo publiée ce fameux mois, montrant un commando des royal marines en train de brandir les têtes coupées de deux insurgés. Photo publiée par… le Daily Worker, un journal communiste américain.</p>
<p>Les journaux britanniques, eux, préfèrent taire le sujet. Le gouvernement, à Londres, commence par douter de l'authenticité du cliché. Personne ne sait trop quoi penser de cette image barbare d'un conflit où la civilisation est sensée lutter contre le communisme menaçant. Le secrétaire d'Etat aux colonies finira tout de même par admettre, devant le Parlement, que la photo est vraie. Pour les élites politiques et intellectuelles, la dualité entre la légitimité de la cause en laquelle on croit et la réalité des pratiques sur le terrain semble alors insoluble.</p>
<p>Les autorités et l'armée britannique sont alors lancées dans une campagne de propagande qui dénonce les violences perpétrées par les rebelles. Il s'agit de convaincre la population malaise que cette révolte, en réalité minoritaire, est nuisible à leur bien-être. C'est pendant ce conflit que naîtra la formule de « guerre pour les coeurs et les esprits », proposée par le général Sir Gerard Templer. Sans avoir la moindre volonté de transiger avec l'ennemi, ce dernier cherchera à l'isoler en insistant sur ses origines culturelles et ethniques chinoises, pour l'isoler de la majorité malaise. Il cherchera également, par des développements sociaux et économiques, à rendre la population dépendante de l'influence britannique et ainsi à la maintenir éloignée des communistes. Ces derniers avaient notoirement prospéré dans les foyers de pauvreté, en dénonçant l'hégémonie de la couronne et son exploitation des locaux.</p>
<p><a href="https://www.guerres-influences.com/malaisie-decapitation-armee-britannique-contre-propagande/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.guerres-influences.com/malaisie-decapitation-armee-britannique-contre-propagande/</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_japonaise_de_la_Malaisie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_japonaise_de_la_Malaisie</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_japonaise_de_la_Malaisie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_japonaise_de_la_Malaisie</a></p>
<p><a href="https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww.theguardian.com%2Fworld%2F2011%2Fapr%2F09%2Fmalaya-massacre-villagers-coverup#federation=archive.wikiwix.com&tab=url" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww.theguardian.com%2Fworld%2F2011%2Fapr%2F09%2Fmalaya-massacre-villagers-coverup#federation=archive.wikiwix.com&tab=url</a></p>
<p><a href="https://www.theguardian.com/world/2011/apr/09/malaya-massacre-villagers-coverup" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.theguardian.com/world/2011/apr/09/malaya-massacre-villagers-coverup</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_de_lib%C3%A9ration_des_peuples_de_Malaisie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_de_lib%C3%A9ration_des_peuples_de_Malaisie</a></p>
<p><a href="https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2023/01/21/linsurrection-communiste-en-malaya-malaisie-1948-1960-contre-insurrection-et-assassinats/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2023/01/21/linsurrection-communiste-en-malaya-malaisie-1948-1960-contre-insurrection-et-assassinats/</a></p>
<p><a href="https://www.nzasia.org.nz/uploads/1/3/2/1/132180707/14_cheah_3.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.nzasia.org.nz/uploads/1/3/2/1/132180707/14_cheah_3.pdf</a></p>
<p><a href="https://www-semanticscholar-org.translate.goog/paper/The-Communist-insurrection-in-Malaya%2C-1948-1960-Short/674d4a17b9237993a48b603c3a7184ada3eb11bf?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-semanticscholar-org.translate.goog/paper/The-Communist-insurrection-in-Malaya%2C-1948-1960-Short/674d4a17b9237993a48b603c3a7184ada3eb11bf?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p><a href="https://www.iseas.edu.sg/wp-content/uploads/pdfs/WP2016-01.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.iseas.edu.sg/wp-content/uploads/pdfs/WP2016-01.pdf</a></p></div>
La Révolution d'abord et toujours !
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9089
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90892026-08-13T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionArt
<p>La Révolution d'abord et toujours ! <br class='autobr' />
Le monde est un entre-croisement de conflits qui, aux yeux de tout homme un peu averti, dépassent le cadre d'un simple débat politique ou social. Notre époque manque singulièrement de voyants. Mais il est impossible à qui n'est pas dépourvu de toute perspicacité de n'être pas tenté de supputer les conséquences humaines d'un état de choses ABSOLUMENT BOULEVERSANT. <br class='autobr' />
Plus loin que le réveil de l'amour-propre de peuples longtemps asservis et qui (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot158" rel="tag">Art</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La Révolution d'abord et toujours !</h2>
<p>Le monde est un entre-croisement de conflits qui, aux yeux de tout homme un peu averti, dépassent le cadre d'un simple débat politique ou social. Notre époque manque singulièrement de voyants. Mais il est impossible à qui n'est pas dépourvu de toute perspicacité de n'être pas tenté de supputer les conséquences humaines d'un état de choses ABSOLUMENT BOULEVERSANT.</p>
<p>Plus loin que le réveil de l'amour-propre de peuples longtemps asservis et qui sembleraient ne pas désirer autre chose que de reconquérir leur indépendance, ou que le conflit inapaisable des revendications ouvrières et sociales au sein des états qui tiennent encore en Europe, nous croyons à la fatalité d'une délivrance totale. Sous les coups de plus en plus durs qui lui sont assénés, il faudra bien que l'homme finisse par changer ses rapports.</p>
<p>Bien conscients de la nature des forces qui troublent actuellement le monde, nous voulons, avant même de nous compter et de nous mettre à l'œuvre, proclamer notre détachement absolu, et en quelque sorte notre purification, des idées qui sont à la base de la civilisation européenne encore toute proche et même de toute civilisation basée sur les insupportables principes de nécessité et de devoir.</p>
<p>Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu'une autre, ce qui nous répugne c'est l'idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit [1].</p>
<p>Nous sommes certainement des Barbares puisqu'une certaine forme de civilisation nous écœure.</p>
<p>Partout où règne la civilisation occidentale toutes attaches humaines ont cessé à l'exception de celles qui avaient pour raison d'être l'intérêt, « le dur paiement au comptant ». Depuis plus d'un siècle la dignité humaine est ravalée au rang de valeur d'échange. Il est déjà injuste, il est monstrueux que qui ne possède pas soit asservi par qui possède, mais lorsque cette oppression dépasse le cadre d'un simple salaire à payer, et prend par exemple la forme de l'esclavage que la haute finance internationale fait peser sur les peuples, c'est une iniquité qu'aucun massacre ne parviendra à expier. Nous n'acceptons pas les lois de l'Économie ou de l'Échange, nous n'acceptons pas l'Esclavage du Travail, et dans un domaine encore plus large nous nous déclarons en insurrection contre l'Histoire. L'Histoire est régie par des lois que la lâcheté des individus conditionne et nous ne sommes certes pas des humanitaires, à quelque degré que ce soit.</p>
<p>C'est notre rejet de toute loi consentie, notre espoir en des forces neuves, souterraines et capables de bousculer l'Histoire, de rompre l'enchaînement dérisoire des faits, qui nous fait tourner les yeux vers l'Asie [2]. Car en définitive, nous avons besoin de la Liberté, mais d'une Liberté calquée sur nos nécessités spirituelles les plus profondes, sur les exigences les plus strictes et les plus humaines de nos chairs (en vérité ce sont toujours les autres qui auront peur). L'époque moderne a fait son temps. La stéréotypie des gestes, des actes, des mensonges de l'Europe a accompli le cycle du dégoût [3]. C'est au tour des Mongols de camper sur nos places. La violence à quoi nous nous engageons ici, il ne faut craindre à aucun moment qu'elle nous prenne au dépourvu, qu'elle nous dépasse. Pourtant, à notre gré, cela n'est pas suffisant encore, quoi qu'il puisse arriver. Il importe de ne voir dans notre démarche que la confiance absolue que nous faisons à tel sentiment qui nous est commun, et proprement au sentiment de la révolte, sur quoi se fondent les seules choses valables.</p>
<p>Plaçant au devant de toutes différences notre amour de la Révolution et notre décision d'efficace, dans le domaine encore tout restreint qui est pour l'instant le nôtre, nous : CLARTE, CORRESPONDANCE, PHILOSOPHIES, LA RÉVOLUTION SURRÉALISTE, etc., déclarons ce qui suit :</p>
<p>1° Le magnifique exemple d'un désarmement immédiat, intégral et sans contre-partie qui a été donné au monde en 1917 par LÉNINE à Brest-Litovsk, désarmement dont la valeur révolutionnaire est infinie, nous ne croyons pas votre France capable de le suivre jamais.<br class='autobr' />
2° En tant que, pour la plupart, mobilisables et destinés officiellement à revêtir l'abjecte capote bleu-horizon, nous repoussons énergiquement et de toutes manières pour l'avenir l'idée d'un assujettissement de cet ordre, étant donné que pour nous la France n'existe pas.<br class='autobr' />
3° Il va sans dire que, dans ces conditions, nous approuvons pleinement et contresignons le manifeste lancé par le Comité d'action contre la guerre du Maroc, et cela d'autant plus que ses auteurs sont sous le coup de poursuites judiciaires.<br class='autobr' />
4° Prêtres, médecins, professeurs, littérateurs, poètes, philosophes, journalistes, juges avocats, policiers, académiciens de toutes sortes, vous tous, signataires de ce papier imbécile : "Les intellectuels aux côtés de la Patrie", nous vous dénoncerons et vous confondrons en toute occasion. Chiens dressés à bien profiter de la Patrie, la seule pensée de cet os à ronger vous anime.</p>
<p>5° Nous sommes la révolte de l'esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l'esprit humilié par vos œuvres. Nous ne sommes pas des utopistes : cette Révolution nous ne la concevons que sous sa forme sociale. S'il existe quelque part des hommes qui aient vu se dresser contre eux une coalition telle qu'il n'y ait personne qui ne les réprouve (traîtres à tout ce qui n'est pas la liberté, insoumis de toutes sortes, prisonniers de droit commun), qu'ils n'oublient pas que l'idée de Révolution est la sauvegarde la meilleure et la plus efficace de l'individu.</p>
<p>Georges AUCOUTURIER, Jean BERNIER, Victor CRASTRE, Camille FÉGY, Marcel FOURRIER, Paul GUITARD.<br class='autobr' />
Camille GOEMANS, Paul NOUGÉ.<br class='autobr' />
André BARSALOU, Gabriel BEAUROY, Émile BENVENISTE, Norbert GUTERMANN, Henri JOURDAN, Henri LEFEBVRE, Pierre MORHANGE, Maurice MULLER, Georges POLITZER, Paul ZIMMERMANN.<br class='autobr' />
Maxime ALEXANDRE, Louis ARAGON, Antonin ARTAUD, Georges BESSIÈRE, Monny de BOULLY, Joe BOUSQUET, André BRETON, Jean CARRIVE, René CREVEL, Robert DESNOS, Paul ÉLUARD, Max ERNST, Théodore FRÆNKEL, Michel LEIRIS, Georges LIMBOUR, Mathias LÜBECK, Georges MALKINE, André MASSON, Douchan MATITCH, Max MORISE, Georges NEVEUX, Marcel NOLL, Benjamin PÉRET, Philippe SOUPAULT, Dédé SUNBEAM, Roland TUAL, Jacques VIOT.<br class='autobr' />
Hermann CLOSSON.<br class='autobr' />
Henri JEANSON.<br class='autobr' />
Pierre de MASSOT.<br class='autobr' />
Raymond QUENEAU.<br class='autobr' />
Georges RIBEMONT-DESSAIGNES.</p>
<p>Ceux mêmes qui reprochaient aux socialistes allemands de n'avoir pas « fraternisé » en 1914 s'indignent si quelqu'un engage ici les soldats à lâcher pied. L'appel à la désertion, simple délit d'opinion, est tenu à crime : « Nos soldats » ont le droit qu'on ne leur tire pas dans le dos. (Ils ont le droit aussi qu'on ne leur tire pas dans la poitrine).<br class='autobr' />
Faisons justice de cette image. L'orient est partout. Il représente le conflit de la métaphysique et de ses ennemis, lesquels sont les ennemis de la liberté et de la contemplation. En Europe même qui peut dire où n'est pas l'Orient ? Dans la rue, l'homme que vous croisez le porte en lui : l'Orient est dans sa conscience.<br class='autobr' />
Spinoza, Kant, Schelling, Proud'hon, Marx, Stirner, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Nietzsche : cette seule énumération est le commencement de votre désastre.</p></div>
La révolte du Potemkine
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9081
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90812026-08-07T22:31:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussie1905RévolutionRévolte
<p>Christian Rakovski <br class='autobr' />
Les origines de la révolte du Potemkine <br class='autobr' />
(1907) <br class='autobr' />
On sait que la révolte du Potemkine n'était pas un événement inattendu. C'était l'explosion prématurée et isolée d'un plan courageusement préparé pour un soulèvement général qui devait enflammer la flotte de la mer Noire dans son anneau de fer. En s'emparant des bastions navals, la révolution russe aurait disposé d'une base imprenable pour de nouvelles conquêtes. Passant du bombardement des côtes au siège des garnisons, (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Christian Rakovski
<p>Les origines de la révolte du Potemkine</p>
</h2>
<p>(1907)</p>
<p>On sait que la révolte du Potemkine n'était pas un événement inattendu. C'était l'explosion prématurée et isolée d'un plan courageusement préparé pour un soulèvement général qui devait enflammer la flotte de la mer Noire dans son anneau de fer. En s'emparant des bastions navals, la révolution russe aurait disposé d'une base imprenable pour de nouvelles conquêtes. Passant du bombardement des côtes au siège des garnisons, elle aurait couvert tout le Sud et de là se serait propagée au reste du pays. Ce soulèvement était prévu pour juillet, au moment des grandes manœuvres de la flotte. Au signal convenu – deux fusées tirées l'une après l'autre du pont du cuirassé Catherine II – les marins concernés devaient arrêter ou tuer leurs officiers « au nom du peuple », s'emparer de tous les navires et en prendre le commandement. En fait, le malheureux incident de la viande avariée provoqua une révolte prématurée sur le Potemkine et tout le plan échoua.</p>
<p>Les autres navires, pris au dépourvu, ne furent pas prévenus ; seuls parmi eux purent prendre part au mouvement le Georgi Pobedonostsev , resté fidèle à la révolution pendant 24 heures, et le navire-école Prout , qui tenta en vain de retrouver le Potemkine pour lui apporter son soutien. Il faut aussi mentionner le Sinopia , qui s'était également joint au Potemkine , mais qui s'éloigna sur ordre inopiné de l'amiral Krieger de se rendre à Sébastopol alors que la minorité des marins révolutionnaires n'avait pas encore réussi à vaincre les hésitations de la majorité indécise et craintive. Le cas le plus malheureux fut la mise hors de combat du cuirassé Catherine II , « Katia », comme l'appelaient communément les marins. « Katia la Rouge » était prête à faire le pas le plus décisif et fut victime de son propre enthousiasme révolutionnaire. Lorsque la mutinerie éclata sur le Potemkine , il y eut un conflit mineur entre les marins et les officiers du Catherine II , incident ridicule en comparaison du rôle que le cuirassé aurait pu jouer deux jours plus tard, mais qui aboutit à l'envoi de la majorité de l'équipage à terre. Ainsi, le plus révolutionnaire des cuirassés fut obligé de rester à Sébastopol, tandis que les autres navires furent envoyés à Odessa contre le Potemkine .</p>
<p>Mais il faut se poser la question suivante : l'insurrection générale aurait-elle réussi si les événements du Potemkine n'avaient pas eu lieu ? La flotte aurait-elle pu réussir dans sa tentative de s'emparer des villes côtières et de soulever la population ouvrière ?</p>
<p>Quand nous apprenons par le récit de Cyrille [1] les détails de l'histoire bouleversante et dramatique de la lutte des marins révolutionnaires et que nous découvrons à quel point ils étaient près du succès alors qu'un seul navire s'était mutiné, nous sommes pratiquement convaincus qu'un soulèvement général aurait pu réussir… Du point de vue purement militaire et technique, c'était une excellente idée de déclencher une révolte armée générale au moyen d'un soulèvement de la flotte : tout d'abord parce que les marins étaient les plus réceptifs de toutes les armées à la propagande socialiste, et surtout parce qu'une flotte qui s'est mutinée est mieux placée pour se défendre que toute autre formation. La victoire de la mutinerie de la flotte aurait créé une situation sans précédent dans l'histoire des guerres civiles. L'absolutisme russe, avec toute son armée, se serait révélé impuissant dans la lutte contre cette poignée d'hommes. La Russie dirigeante se serait retrouvée dans la même situation ridicule que la Roumanie lorsque le Potemkine était apparu devant Constanza : toute la garnison était mobilisée, même… la cavalerie.</p>
<p>Mais le véritable intérêt historique de la révolte de la flotte réside dans la compréhension de ses causes. Le Parti ouvrier social-démocrate russe, et surtout son organisation en Crimée (l'Union social-démocrate de Crimée), par son activité de longue durée, ont largement contribué à l'émergence de révolutionnaires dans les rangs des marins. Mais c'est la structure de l'État russe, et surtout le régime dans les casernes, qui a éveillé leur esprit et leur a appris à comprendre les idées révolutionnaires et socialistes. Il est impossible de comprendre le soulèvement révolutionnaire dans la flotte ou d'autres mouvements comparables sans tenir compte de ces éléments. Quand on comprend à quel point l'action révolutionnaire a été gravement entravée en Russie, au prix de combien de victimes et de quels efforts elle a nécessité pour chaque pas – victimes dont seule une infime minorité verrait la réalisation de son but et dont la majorité tomberait dès la première bataille contre la multitude d'obstacles dressés par le régime politique – on comprend alors qu'à la base de la révolte des marins se trouvaient avant tout leurs conditions de vie.</p>
<p>Aujourd'hui, il est plus que jamais nécessaire de comprendre la nature du système des casernes en Russie. Lorsque la paix sera conclue et que l'Assemblée constituante sera instituée, les partis politiques devront reconstruire le pays d'une manière radicale. Mais la Russie ne sera vraiment transformée que lorsqu'elle sera libérée des erreurs du passé. Nous voulons décrire, sur la base des documents en notre possession, le rôle joué dans la révolte par des facteurs conscients , c'est-à-dire la propagande socialiste, et par des facteurs inconscients , c'est-à-dire le système militaire en Russie. Le système des casernes n'est qu'un reflet de la structure sociale et politique d'un pays, et les conditions de vie à bord du Potemkine étaient les mêmes que dans toute la flotte. Les mêmes abus se rencontrèrent partout. De la part des officiers, surtout des officiers supérieurs, on remarqua partout la même cruauté stupide, et le même refus de comprendre la nécessité d'un comportement plus humain envers les marins. Toute tentative de la part de ces derniers pour obtenir une existence plus supportable ne faisait qu'éveiller chez les officiers la volonté obstinée de les punir plus sévèrement encore. Les marins ne pouvaient donc pas se sentir bien disposés envers leurs supérieurs. En apparence, ils étaient dociles, par crainte de répression, mais, au fond, ils haïssaient et méprisaient les « dragons » et les « scorpions », termes qu'ils n'hésitaient pas à employer à la moindre occasion. Lors de la mutinerie du 3 novembre, les marins poursuivaient leurs officiers, leur jetant des pierres et leur lançant des insultes grossières. En tout cas, les insultes étaient si courantes que les officiers y étaient habitués et faisaient semblant de ne pas les entendre… L'hostilité et la méfiance entre officiers et soldats sont des phénomènes généraux dans toutes les armées, mais elles étaient plus aiguës dans les forces armées russes. Le fossé infranchissable qui les séparait devenait plus profond à chaque événement politique, et finissait par envoyer les soldats contre les grévistes et les manifestants…</p>
<p>Pour expliquer cette méfiance, ainsi que la haine méprisante que les marins éprouvaient pour leurs officiers, il faut rappeler, outre les raisons politiques, les défauts spécifiques du corps des officiers russes, notamment dans la flotte, où les officiers se recrutaient exclusivement dans la noblesse. Les écoles militaires étaient peuplées de la « lie » de la société industrielle. Quant à la jeunesse honnête et compétente, elle fréquentait généralement les prisons russes et s'orientait vers les professions intellectuelles. Seuls les incompétents et les serviles se tournaient vers les carrières de la bureaucratie et des forces armées… Ces officiers considéraient leur position comme un moyen de survie et s'efforçaient de travailler le moins possible pour le plus grand avantage personnel possible. C'est sur cette base que se développèrent les relations entre officiers et marins, avec des conséquences souvent catastrophiques.</p>
<p>Mais revenons au cuirassé Potemkine . Les châtiments corporels les plus brutaux étaient monnaie courante. Malgré l'apparition d'une circulaire secrète insistant sur la nécessité de « respecter la dignité humaine des subordonnés », les officiers de marine continuaient, comme par habitude, à distribuer des gifles et des coups. Des marins m'ont raconté avoir eu les tympans crevés par des coups aussi violents… Mais ils souffraient surtout d'insultes et d'humiliations de toute sorte qui portaient atteinte à leur dignité humaine. Il fallait voir l'arrogance avec laquelle ceux qu'on appelle « aristocrates » traitaient leurs subalternes pour comprendre la force de la haine que ces derniers leur vouaient…</p>
<p>Quiconque a vécu en Russie a peut-être vu, dans certains parcs publics, cet écriteau barbare : « Entrée strictement interdite aux chiens et aux personnes de rang inférieur . » L'amiral Tchoukhnine a réussi à inventer une règle encore pire pour les marins de Sébastopol. L'arrêté n° 184 du 29 avril 1905 interdit aux marins « sous peine de prison » de circuler sur deux boulevards, deux avenues et une rue. Quelques jours plus tard, un groupe de marins invalides, de retour de Port-Arthur, passa sur l'un de ces boulevards où se dressait le monument commémorant le siège de Sébastopol en 1855. Ils rencontrèrent un officier qui les interpella en termes grossiers : « Comment osez-vous venir ici ? Vous savez que le boulevard est interdit aux subalternes ! » L'un des marins lui répondit : « Avons-nous le droit de fouler notre terre natale, pour laquelle nous avons versé notre sang ? » « Vous avez le culot de discuter, canaille ! » Et une série de coups permirent à ces « héros » de retour de goûter aux joies d'une patrie reconnaissante. La mutinerie du 3 novembre fut provoquée par un ordre de l'amiral Tchoukhnine interdisant aux marins de pénétrer dans la ville sans une permission spéciale, dite « ticket rouge ».</p>
<p>Des mesures de ce genre n'auraient pas eu des conséquences aussi graves quelques années plus tôt. On peut même affirmer que le résultat aurait été le même si les conditions de vie dans la flotte s'étaient améliorées et non dégradées : ce sont surtout les marins eux-mêmes qui avaient changé et mûri. Pendant cinq ou six ans, leur sens de la dignité personnelle avait mûri… Pour prendre un exemple typique de la nouvelle génération, les recrues de 1904 de l'équipage du 36e – celui du Potemkine – avant même d'avoir prêté serment, présentèrent à leurs supérieurs un ensemble de revendications. Le puissant choc envoyé dans toute la Russie par le mouvement ouvrier au cours des cinq années précédentes avait suscité chez les marins l'espoir d'une vie nouvelle, meilleure et libre. En raison des conditions de travail, le cuirassé était en fait une usine flottante ; les marins étaient plus proches de la classe ouvrière que de toute autre classe. Le grand nombre de punitions pour lecture, légale mais non approuvée par les officiers, permet de mesurer l'intérêt des marins pour la science et la littérature, ainsi que leur soif de connaissances. Leur quête d'un avenir meilleur se heurte aux officiers... qui incarnent l'absolutisme.</p>
<p>Les marins discutèrent avec enthousiasme de la question des relations entre les officiers et les hommes de troupe : le parti dirigeant de la Russie future devait s'en préoccuper également. Il faut rappeler que le premier point de l'ultimatum adressé par le cuirassé au commandant militaire d'Odessa était le remplacement de l'armée permanente par des milices populaires. Les relations entre les marins et leurs officiers supérieurs étaient une question de première importance. C'est en observant le comportement d'un marin envers ses officiers et ses sentiments à leur égard que les camarades révolutionnaires décidaient s'il était apte à prendre part à leurs activités secrètes…</p>
<p>Il est important de s'arrêter sur la manière dont se déroulait le travail de propagande à bord du Potemkine . Un certain nombre de marins avaient déjà rencontré les idées sociales-démocrates lorsqu'ils travaillaient aux chantiers Nikolaïevski. Ils étaient en contact avec des ouvriers civils, dont beaucoup avaient été influencés par la propagande socialiste. Ensuite, l' équipage du Potemkine prit contact directement avec le parti social-démocrate de Sébastopol, où il avait déjà noué des liens solides avec la marine. Évidemment, seul un petit nombre de marins pouvait être en contact direct avec les révolutionnaires. Parmi ceux du Potemkine , j'en ai identifié environ 15 à 20 qui assistaient, de façon irrégulière, aux réunions secrètes organisées par les socialistes. Ces réunions, dites « brèves » lorsqu'il n'y avait presque pas de participants et « massives » lorsqu'elles étaient nombreuses, réunissaient les marins des 50 navires de guerre ancrés au large de Sébastopol. D'abord espacées, les réunions deviennent de plus en plus fréquentes ; Au cours des quatre mois qui précédèrent l'insurrection, il y en eut presque tous les dimanches (du 10 novembre au 25 mars, il y en eut 11 en tout). Le nombre des marins participants passa de 30 à 300 ou 400. Pour éviter les mauvaises surprises, ces réunions se tenaient hors de la ville, dans une forêt proche de la colline de Malakhov. Les marins s'y rendaient par petits groupes, empruntant d'abord la route d'Inkerman, puis se séparant pour prendre divers sentiers. Une garde était postée tout le long du chemin pour s'assurer que la voie était libre. Lorsqu'ils atteignirent la prairie qui était le lieu de réunion, ils s'installèrent à leur guise. Les discours commencèrent. Les orateurs, souvent des femmes, expliquèrent aux marins les causes de l'existence de l'insupportable pouvoir oppressif, et proposèrent des moyens pour le détruire et libérer tout le pays. Puis ils discutèrent, racontèrent leurs expériences et, après avoir adopté une résolution, ils terminèrent la réunion par un chant révolutionnaire. Voici le texte d'une de ces résolutions adoptées le 20 mars :</p>
<p>Nous, 194 marins de la flotte de la mer Noire présents à cette réunion, joignons nos voix à celles des ouvriers russes représentés par leur aile révolutionnaire, le Parti ouvrier social-démocrate russe ; nous exigeons la suppression du régime autocratique et son remplacement par une république démocratique. Nous sommes convaincus que seule la convocation d'une Assemblée constituante, sur la base du suffrage universel direct et égalitaire, au scrutin secret, peut affirmer le pouvoir du peuple. Nous savons que le régime tsariste est allé en guerre dans son propre intérêt. C'est pourquoi nous exigeons qu'il y soit mis fin immédiatement. En unissant notre voix à celle de la Russie qui s'éveille à la vie politique, nous sommes sûrs que notre exemple, l'exemple de la protestation de la flotte de la mer Noire, sera suivi par toutes les forces armées russes. Le dernier bastion du régime est sur le point de s'écrouler. Notre libération est imminente, et nous appelons tous ceux qui sont persécutés et opprimés par l'autocratie à rejoindre nos rangs, les rangs de notre parti. Notre lutte ne cessera pas tant que l'humanité ne se sera pas libérée de l'exploitation des sanguinaires capitalistes. Nous luttons pour le socialisme. A bas l'autocratie ! A bas la guerre ! Vive l'Assemblée constituante ! Vive la république démocratique ! Vive le Parti ouvrier social-démocrate de Russie ! Vive le socialisme !</p>
<p>Cent cinquante marins qui n'avaient pas assisté à cette réunion ont approuvé cette résolution.</p>
<p>Parmi les autres marins, la propagande se fait par des tracts et surtout par des appels. Il faut noter que les marins demandent au comité de Sébastopol de rédiger des appels spécialement pour eux. Lorsque le comité a constaté que la propagande parmi les marins est efficace, il s'efforce d'éclairer chaque événement plus ou moins significatif de la vie de la flotte. Ainsi, deux ou trois jours après la révolte, lorsque les marins se lèvent et sortent dans le chantier, ils trouvent des tracts sur les événements récents éparpillés sur le sol. Le comité de Sébastopol appelle les marins à donner un caractère politique à leur protestation. Quelque 1 800 exemplaires de cet appel sont distribués. Au total, le comité distribue 12 000 tracts du début novembre au début avril. Parmi les titres, citons Il est temps d'en finir , Le Manuel du soldat (2 800 exemplaires), Les deux Europes , Qui va gagner ? , Mort aux tyrans , Le Manifeste du tsar (9 janvier), etc. Certains traitent du régime russe en général, d'autres concernent spécifiquement les marins. Ils décrivent les conditions difficiles d'existence des marins, qui contrastent avec le confort et les privilèges dont jouissent leurs officiers. À cette époque, au Japon, l'amiral de la flotte japonaise Togo perçoit 5 600 roubles par an, tandis que le grand-duc Alexeï, amiral de la flotte russe, touche un salaire 18 fois supérieur – 108 000 roubles. Par ailleurs, la solde des marins est incomparablement plus élevée au Japon qu'en Russie. Un marin coûte 54 roubles au gouvernement japonais, contre 24 pour le gouvernement russe – et la moitié de cette somme est volée par les officiers. Des tracts spéciaux furent diffusés à l'occasion du départ de 800 marins pour Libau, et d'autres à l'occasion du procès de 30 marins accusés d'être les « instigateurs » de la révolte du 3 novembre. Parallèlement à ces événements particuliers, des questions d'ordre général furent soulevées : la guerre, la situation des ouvriers et des paysans, l'État russe, etc. La fin de la guerre fut le mot d'ordre le plus répandu. Certains exhortèrent les marins à refuser de partir en Extrême-Orient. Un tract imprimé par le comité de Sébastopol produisit une impression particulièrement forte. Il avait été rédigé et signé par « des marins et des sous-officiers du cuirassé Catherine II , en collaboration avec le Parti social-démocrate ». Il indiquait déjà les actions plus importantes qui allaient découler de la défaite de Tsushima. [2]</p>
<p>Aujourd'hui, alors que la Russie est devenue un État démocratique autoproclamé, la question de la réorganisation des forces armées reste d'actualité. Les revendications des marins visent toutes à améliorer leurs conditions de vie pendant leur service militaire : ce n'est qu'à la fin qu'ils évoquent le lien étroit entre l'ordre social en Russie et le système militaire. Il convient de noter certaines de ces revendications :</p>
<p> Réduction de la durée du service militaire dans la flotte à trois ans (actuellement sept ans).</p>
<p> Définition précise de la journée de travail (les manœuvres au front et les exercices spéciaux sont considérés comme du travail).</p>
<p> Contrôle des marins sur les dépenses consacrées à la nourriture qui leur est destinée. Les marins exigent d'être directement impliqués dans l'approvisionnement et dans la nomination du cuisinier : « Nous vous priverons ainsi de la possibilité de nous voler », disent les marins du Catherine II à leurs officiers…</p>
<p>Un autre ensemble de revendications concernait les droits de l'homme et du citoyen : l'abolition des formules que les marins devaient utiliser pour s'adresser à leurs supérieurs [3] , et de la pratique consistant à décerner des honneurs militaires aux officiers. Les marins exigeaient également que les délits soient jugés par un tribunal ordinaire. Si les tribunaux militaires devaient être préservés, ils devaient être composés à parts égales d'officiers et de marins élus par leurs camarades…</p>
<p>Ces appels furent diffusés partout à des centaines d'exemplaires. Un jour, les marins du Potemkine furent surpris de les trouver sur les couvertures de leurs lits. Ils ramassèrent tous les « tracts » et cherchèrent « un endroit isolé » pour les lire. Ensuite, ils en discutèrent en groupe pendant plusieurs jours. Peut-être les marins ne comprirent-ils pas tout. Il arriva que les marins du Potemkine écrivirent [au comité] pour critiquer l'emploi [dans les tracts] de trop nombreuses expressions incompréhensibles pour la majorité des marins, et pour demander de nouveaux tracts. Mais ces tracts, petits, insignifiants et souvent illisibles, imprimés clandestinement sur des machines primitives, accomplissaient leur tâche révolutionnaire. Ils étaient la preuve vivante de l'existence d'un parti insaisissable, qui se tenait aux côtés des marins isolés et soumis pour écouter leurs plaintes et sympathiser avec leurs souffrances. Les membres de ce parti tendirent une main fraternelle aux marins, les traitèrent en égaux, mirent à leur disposition leur temps, leurs ressources et leur vie ; ils les appelèrent à s'unir à la lutte contre l'ennemi de toute la classe ouvrière. On ne pouvait espérer que cette propagande transformerait les marins en socialistes conscients. Elle fit cependant beaucoup en donnant un caractère politique à leur vague mécontentement et en popularisant les mots d'ordre du programme socialiste minimum.</p>
<p>D'abord inorganisée, la lutte des marins devint consciente. Ils firent leur le parti et son programme. « Nous sommes 300 sociaux-démocrates prêts à mourir » : c'est avec ces mots que je fus accueilli par le marin Matiuchenko lorsque je montai à bord du Potemkine à Constanza. Ces 300 sociaux-démocrates ne savaient peut-être pas tout de ce que réclamait leur parti, mais le fait d'en être membre leur donnait une confiance illimitée en leur propre force.</p>
<p>Ainsi, avec une énergie et un esprit d'initiative croissants, les marins trouvèrent en eux-mêmes ce que les appels ne pouvaient leur offrir. Ils complétaient leur formation politique en observant les faits qui les entouraient, en lisant les livres et les journaux autorisés par les officiers. Guidés par la haine du despotisme, ils découvraient des idées révolutionnaires jusque dans les livres religieux. Quiconque étudiait de près la vie quotidienne à bord du Potemkine pouvait percevoir leur intense vie intellectuelle. C'était comme une ruche où chacun agissait au maximum de ses forces. Il y avait une trentaine de partisans de la non-violence, qui prônaient la résistance passive à la guerre et le refus de tirer sur « les êtres humains, créatures de Dieu ». Des disputes éclataient presque tous les dimanches entre eux et le commandant Golikov…</p>
<p>Si nous examinons la personnalité des marins, nous pouvons voir qu'il y avait parmi eux des hommes brillants, dont la capacité à jouer un rôle était entravée par les conditions sociales et politiques du pays. Parmi eux, Nikitchkine, véritable tribun du peuple, exerça une grande influence sur ses camarades (il mourut héroïquement à Feodosia). Possédant un grand talent oratoire, imprégné de cet idéalisme religieux profondément enraciné dans les masses populaires, en particulier dans la paysannerie, et qui n'a pas encore été miné par un scepticisme superficiel, et doté d'une mémoire remarquable, il ornait ses discours de citations. Il initia le style de discours qui commençait par un extrait de l'Évangile et se terminait par un hymne révolutionnaire.</p>
<p>Zvenigorodsky, apprenti mécanicien de l'école pratique, était d'un autre type : fils de journaliste, il rédigeait lui-même des journaux dans lesquels il décrivait la misère et les souffrances des marins et qu'il lisait à ses camarades. C'est grâce à son activité que de nombreux marins, comme Reznitchenko par exemple, devinrent des révolutionnaires. « Nous discutions souvent pendant des heures », me dit ce dernier, « en regardant la surface lisse de la mer. » A côté de ces deux personnages, il y avait toute une série d'agitateurs actifs, Matioutchenko, Reznitchenko, Kourilov, Dymtchenko, Makarov et bien d'autres. Ils discutaient des événements qui agitaient toute la Russie. L'une des conséquences de la guerre russo-japonaise fut sans doute l'émergence d'une vie sociale et d'une opinion publique… Les afflictions, la honte, les souffrances partagées rapprochaient la marine et l'armée du peuple… Un jour, Nikitchkine lut un extrait de la pièce de Gorki Les Bas-fonds , dans laquelle l'un des occupants de la taverne de Vassilissa se lance dans un discours révolutionnaire : « Votre loi, votre vérité, votre justice ne sont pas les nôtres », etc. Nikitchkine fit ses lectures dans les recoins du navire, et ses auditeurs furent enthousiasmés par un sentiment commun. On passa des paroles aux actes : les protestations collectives devinrent de plus en plus fréquentes. On les préparait le soir avant de se coucher. Les marins, rassemblés sur le gaillard d'arrière du navire pour la prière, refusèrent de se disperser, malgré les ordres de l'officier de garde, et commencèrent à discuter à voix basse ; alors l'un des plus courageux d'entre eux éleva la voix et cria des slogans. Quand ils eurent dit tout ce qu'ils avaient à dire, les marins se dispersèrent.</p>
<p>C'est le soir du 3 novembre 1904 que, pour la première fois, la protestation des marins prend un ton de révolte imminente. Les fenêtres de la caserne et les lampes de la cour sont brisées, et les chambres des officiers sont saccagées en un instant. Les officiers courent se cacher partout où ils peuvent et parviennent à esquiver la colère des marins. Les soldats, appelés des casernes voisines, refusent de tirer. Les marins et les sous-officiers du Pamiat Merkuria parviennent finalement, après plusieurs salves, à disperser les mutins... Les incidents se multiplient sur les navires... Les marins du Catherine II menacent de couler le navire s'ils ne reçoivent pas leur solde de guerre. Les équipages de tous les navires soutiennent cette revendication. Ils gagnent, comme ils gagnent aussi sur la qualité du pain. Les marins révolutionnaires sont généralement à l'origine de ces actions. Chaque succès renforce leur influence.</p>
<p>Mais c'était la guerre qui était le plus vif stimulant pour les marins. Elle avait mis à nu les innombrables défauts de l'armée et de la marine, que les marins attribuaient à l'incompétence et à la lâcheté des « chefs ». Les officiers avaient perdu toute autorité et n'inspiraient plus ni respect ni crainte. De leur côté, les marins avaient compris que l'action résolue mène à la victoire, et ils avaient gagné en audace. Les désertions se multipliaient et étaient ouvertement appuyées par tout le monde.</p>
<p>C'est dans cette atmosphère, où souffle le vent de la révolution et où la discipline est brisée, que l'idée d'un soulèvement général est née. Où, quand et par qui l'idée fut-elle lancée pour la première fois ? Comme toute idée vraiment populaire, elle n'a probablement pas été lancée délibérément par quelqu'un en particulier, et elle est née spontanément dans le climat d'espoir qui règne à bord du navire. Dès le 3 novembre, les marins avaient demandé au parti social-démocrate si le moment n'était pas venu de transformer la révolte en mouvement organisé. Le comité avait conseillé d'attendre un moment plus favorable. L'idée d'une intervention révolutionnaire avait donc déjà émergé un an auparavant. Plus tard, au début de l'année, lorsqu'on apprit qu'un pogrom de Juifs avait été perpétré par la police de Sébastopol, 150 marins armés pénétrèrent dans la ville et se joignirent aux ouvriers pour défendre les Juifs.</p>
<p>Les événements du 8 au 12 janvier 1905 à Saint-Pétersbourg provoquèrent une vive émotion parmi les marins… Le « centre des marins », le comité central dirigé par les représentants des marins de tous les navires, commença à élaborer sérieusement un plan d'insurrection. Ce ne fut pas facile. La proposition souleva une foule de questions concrètes. Quelle attitude adopter à l'égard des officiers ? Devrait-on les arrêter ou les exécuter ? Quelles seraient les conséquences de l'insurrection, réussie ou défaite ? N'entraînerait-elle pas l'éclatement de la Russie ? Chaque marin donna son point de vue. Dans une lettre adressée au comité de Sébastopol… l' équipage du Potemkine demanda une réponse à toutes les questions qui suscitaient des doutes. Mais la défaite de Tsushima et la nouvelle du massacre de 40 marins de l'escadre Niebogatov près de Shanghai (publiée dans un journal russe) poussèrent la patience des marins à ses limites. Ils disaient : « Si nous devons mourir, autant que ce soit pour libérer la Russie, plutôt que d'être tués par des officiers ou par les Japonais. » Et l'idée d'un soulèvement gagna de plus en plus de partisans.</p>
<p>Une question se pose ici : combien de marins du Potemkine étaient impliqués dans le complot ? Au moins la moitié, m'a-t-on dit. En fait, les marins révolutionnaires ne gardèrent pas secret leur plan : ils n'observèrent que des précautions très élémentaires. Voici un détail qui montre combien ils étaient audacieux : les officiers d'un petit navire – dont nous ne citerons pas le nom – se rendirent un jour en ville pour assister à une noce : pendant ce temps, les marins tenaient une réunion à bord… Il est fort probable que les officiers savaient ce qui se préparait. On sait qu'il y avait une trentaine d'informateurs parmi les marins. Mais comment pouvaient-ils déjouer ces plans ? Qui arrêter ? Ils ne réussirent pas à découvrir quels étaient les membres du comité révolutionnaire du Potemkine …</p>
<p>Le commandant du Potemkine échoua dans toutes ses tentatives de rétablir la discipline à bord par des mesures traditionnelles, ridicules et inefficaces… On essaya d'empêcher les marins de se réunir ; on leur interdire même de lire les journaux et les revues, et il était difficile d'obtenir des permissions pour aller en ville. Golikov, qui auparavant passait souvent la nuit hors du navire, ne le quittait plus désormais : il inspectait les cabines pour vérifier l'emploi du temps des marins : « Pourquoi ce hamac est-il vide ? Où est le matelot X ? » « Il est de garde », répondit son voisin, tandis que le matelot X discutait dans un coin sombre avec un camarade. Ces mesures draconiennes rendirent les protestations encore plus vives. Il y en eut une particulièrement vive les deux ou trois jours précédant la Trinité. Golikov crut pouvoir y mettre fin en prononçant un discours sur la discipline pendant la fête. Il raconte comment une mutinerie survenue vingt ans plus tôt sur le Svetlana , où il servait, s'était soldée par de nombreuses exécutions. « Voilà ce qui attend ceux qui oublient la discipline », déclara-t-il… Après la défaite de Tsushima, de tels propos étaient hautement irresponsables. Le fait de connaître les risques qu'ils couraient permettait aux marins de surmonter leur peur des conséquences d'une révolte. Mais que pouvait faire le malheureux commandant ? Comme tout bon soldat de l'absolutisme, il devait défendre la vieille Russie par tous les moyens possibles. Devant la difficulté de la tâche, Golikov, comme les autres, perdit la tête et ne fit qu'accélérer le processus. D'ailleurs, lui-même était tout à fait sûr de sa propre impuissance : « Le poison révolutionnaire se répand sur le bateau même parmi les sous-officiers », dit-il un jour à un policier. Toute tentative d'éradiquer la révolution se solda par un échec… Reznichenko cite un exemple significatif :</p>
<p>Nous étions sur le point de commencer la réunion lorsqu'une patrouille sous le commandement d'un officier est arrivée. Il voulait nous arrêter tous. L'un de nous s'est approché de lui et, après l'avoir salué, lui a demandé : « Que t'importe que nous soyons ici ? » – « Je t'ordonne de te disperser. » – « Pourquoi ? » – « Parce que je te donne des ordres. » – « Mais nous ne faisons rien de criminel. » – « Disperse-toi ou je donne l'ordre de tirer. » – « Personne ne t'obéira. Aujourd'hui je suis de ce côté, mais demain je serai peut-être dans ta patrouille, et si tu donnes l'ordre de tirer, tu seras le premier sur qui je tirerai. »</p>
<p>L'officier se retira sans un mot. Les marins s'éloignèrent et reprirent leur réunion. Baranovsky, le commandant du Prout , prononça un discours sur ces réunions dans lequel il accusait les Juifs d'être à l'origine des troubles dans la flotte. Il ajouta qu'il n'hésiterait pas à prononcer la peine de mort contre tous ceux qui participeraient à des complots avec les socialistes. Quelques jours plus tard, une proclamation des marins parut : « Vous disiez la vérité. Nous savons que vous êtes un bourreau. Le jour viendra où nous n'hésiterons pas à vous étrangler. Le temps du paiement approche. »</p>
<p>Quelques semaines plus tard, Baranovski fut arrêté par les marins et Golikov mourut, victime de l'obstination de l'absolutisme.<br class='autobr' />
Remarques</p>
<p>1. Kirill était le pseudonyme d'Anatoly Petrovich Berezovsky, qui fut chargé de rassembler les souvenirs d'un marin du Potemkine dont cet article est tiré.</p>
<p>2. La flotte russe de la Baltique, après avoir fait le tour du monde, fut anéantie près des îles de Tsushima par l'amiral Togo le 27 mai 1905.</p>
<p>3. Les militaires de la Russie tsariste étaient obligés de s'adresser à leurs officiers d'une manière particulièrement obséquieuse.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1907/xx/potemkin.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1907/xx/potemkin.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1905/00/Potemkine.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191</a></p></div>
Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9063
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90632026-07-29T22:23:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionSocialisme - SocialismStalinismeTrotskisme
<p>Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky <br class='autobr' />
Quand Boukharine débutait un ouvrage par : <br class='autobr' />
« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky</h2>
<p>Quand Boukharine débutait un ouvrage par :</p>
<p>« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution russe remporte la victoire définitive sans victoire de la révolution international. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf</a></p>
<p>Quelques années plus tard, le même Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !</p>
<p>« La thèse de Lénine quant à la possibilité de construire le socialisme intégral est en même temps une réponse à la question du caractère de la révolution russe. C'est une réponse à la question de savoir si l'on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener à son terme l'édification du socialisme, et cette réponse est positive. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm</a></p>
<p>Voyons maintenant Staline :</p>
<p>« Le sujet de la discussion était le suivant : le congrès estimait que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de grâce aux capitalistes de notre pays et édifier une société socialiste, même si la révolution occidentale ne vient pas à son secours. L'opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de grâce à nos capitalistes et édifier une société socialiste tant que les ouvriers occidentaux n'auront pas remporté la victoire. Or, comme la victoire de la révolution occidentale tarde à venir, il ne nous reste apparemment plus qu'à flâner. »</p>
<p>« Il s'ensuit que nous sommes capables d'édifier entièrement une société socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la révolution en Occident, mais que notre pays ne peut à lui seul se garantir contre les empiétements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la révolution dans plusieurs pays occidentaux. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>« Nous sommes confrontés à trois questions :<br class='autobr' />
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu'il est jusqu'à présent le seul pays de la dictature du prolétariat, que la révolution prolétarienne n'a pas encore été victorieuse dans d'autres pays et que le rythme de la révolution mondiale s'est ralenti ?<br class='autobr' />
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire complète, de victoire finale ?<br class='autobr' />
3) Si une telle victoire ne peut pas être qualifiée de définitive, alors quelles conditions sont nécessaires pour qu'elle le devienne ?<br class='autobr' />
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question générale de la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, c'est-à-dire dans notre pays. »</p>
<p>« Cette ligne de notre Parti a été formulée officiellement pour la première fois dans la résolution de la XIVe Conférence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l'édification du socialisme dans un seul pays. Je considère cette résolution comme l'un des documents les plus importants de l'histoire de notre Parti, non seulement parce qu'elle constitue une grande manifestation de soutien à la ligne léniniste sur la question de l'édification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu'elle constitue en même temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu'il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette résolution, qui, curieusement, a été adoptée sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :<br class='autobr' />
« En général, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . » * 8<br class='autobr' />
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la résolution dit :<br class='autobr' />
« L'existence de deux systèmes sociaux directement opposés fait naître la menace constante du blocus capitaliste, d'autres formes de pression économique, d'intervention armée, de restauration. Par conséquent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c'est-à-dire la garantie contre la restauration, est une révolution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. » 9<br class='autobr' />
Et voici ce que dit la résolution à propos de la construction d'une société socialiste complète et du trotskisme :<br class='autobr' />
« Il ne s'ensuit nullement qu'il soit impossible de construire une société socialiste complète dans un pays arriéré comme la Russie sans l'« aide de l'État » (Trotsky) de pays techniquement et économiquement plus développés. Une partie intégrante de la théorie de la révolution permanente de Trotsky est l'affirmation selon laquelle « le progrès réel de l'économie socialiste en Russie ne sera possible qu'après la victoire du prolétariat dans les principaux pays européens » (Trotsky, 1922) – affirmation qui, dans la période actuelle, condamne le prolétariat de l'U.R.S.S. à une passivité fataliste. En opposition à de telles « théories », le camarade Lénine écrivait : « On a infiniment éculé l'argument selon lequel, au cours du développement de la social-démocratie d'Europe occidentale, ils ont appris par cœur que nous ne sommes pas encore mûrs pour le socialisme, que, comme le disent certains « savants » parmi eux, les conditions économiques objectives du socialisme n'existent pas dans notre pays » (Notes sur Soukhanov). (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC » 10 )<br class='autobr' />
Je crois que ces points essentiels de la résolution de la XIVe Conférence n'ont pas besoin d'être expliqués. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particulièrement souligner le passage de la résolution qui met le trotskysme sur le même plan que le soukhanovisme. Or, qu'est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de Lénine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une variété de la social-démocratie, du menchévisme. Il faut souligner cela spécialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait défendu cette résolution à la XIVe Conférence, s'en est ensuite écarté pour s'en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a formé un bloc.<br class='autobr' />
En outre, en relation avec la situation internationale, la résolution relève deux déviations par rapport à la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de ces dangers :<br class='autobr' />
« En rapport avec la situation actuelle sur la scène internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la période actuelle : 1) une déviation vers la passivité, résultant d'une interprétation trop large de la stabilisation du capitalisme observée ici et là, et du ralentissement du rythme de la révolution internationale, c'est-à-dire de l'absence d'impulsion suffisante pour un travail énergique et systématique à l'édification de la société socialiste en URSS, malgré le ralentissement du rythme de la révolution internationale ; 2) une déviation vers l'étroitesse d'esprit nationale, l'oubli des devoirs des révolutionnaires prolétariens internationaux , l'oubli inconscient de la dépendance intime du sort de l'URSS de la révolution prolétarienne internationale, qui se développe, quoique lentement, l'incompréhension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l'existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prolétarien du monde, mais encore que la dictature du prolétariat en URSS a besoin de l'aide du prolétariat international. » (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC »)<br class='autobr' />
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conférence, en parlant de la première déviation, avait à l'esprit la déviation qui mène à la méfiance à l'égard de la victoire de l'édification socialiste dans notre pays, déviation répandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxième déviation, la Conférence avait à l'esprit la déviation qui mène à l'oubli des perspectives internationales de notre révolution, déviation qui prévaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique étrangère, qui ont parfois tendance à adopter le point de vue de l'établissement de « sphères d'influence » dans les pays dépendants. »</p>
<p>« De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, les masses ouvrières ne peuvent pas participer consciemment à cette œuvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, il ne peut y avoir de volonté de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu'il ne peut pas achever ce qu'il construit ? Par conséquent, l'absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit inévitablement à l'affaiblissement de la volonté de construction du prolétariat.<br class='autobr' />
De plus, si la volonté du prolétariat de construire le socialisme s'affaiblit, cela aura nécessairement pour conséquence de renforcer les éléments capitalistes de notre économie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les éléments capitalistes de notre économie ? Les sentiments pessimistes et défaitistes de la classe ouvrière ne peuvent qu'attiser les espoirs des éléments capitalistes de restaurer l'ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l'importance décisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les éléments capitalistes de notre économie et nourrit un esprit de capitulation. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Trotsky écrivait :</p>
<p>« Au VIIe plénum, Staline déclara (et ce n'était pas la première fois) :<br class='autobr' />
" La question de la construction de l'économie socialiste dans un seul pays fut, pour la première fois, posée dans le parti par Lénine en 1915 " [Compte rendu sténographique, p. 14 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Ainsi, on admet, ici, qu'avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se réclament pas de toute la tradition précédente du marxisme et du parti sur le problème du caractère international de la révolution prolétarienne. Notons cela.<br class='autobr' />
Qu'a donc déclaré Lénine, " pour la première fois ", en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même avaient dit jusqu'à cette date ?<br class='autobr' />
En 1915, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays capitalistes, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats " [LÉNINE, Œuvres, vol. XXI, p. 354 de l'édition française. Social-Démocrate, n° 44 du 23 août 1915 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Qu'est-ce que Lénine voulait dire en écrivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l'établissement de la dictature du prolétariat, est possible d'abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-même à l'offensive révolutionnaire, l'Etat prolétarien devra, au préalable, " organiser chez lui la production socialiste ", c'est-à-dire diriger lui-même le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C'est tout. On sait qu'une telle " victoire du socialisme " fut, pour la première fois, acquise en Russie ; pour repousser l'intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d'abord, " organiser chez lui la production socialiste " ou des trusts " de type socialiste conséquent ". Ce que Lénine entendait par " victoire du socialisme dans un seul pays", ce n'est pas une société socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-même - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste : précisément ce que la Révolution d'Octobre a réalisé chez nous dès la première période de son existence.<br class='autobr' />
Peut-être faut-il encore apporter des preuves à la démonstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.<br class='autobr' />
Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), Lénine évoquait " la nécessité, pour la victoire du socialisme en Russie, d'un certain laps de temps, pas moins de quelques mois ".<br class='autobr' />
Au début de la même année 1918, dans un article dirigé contre Boukharine et intitulé De l'enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" Si, dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un immense succès et la plus sûre garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait définitivement assis et deviendrait invincible " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 349 de l'édition française).<br class='autobr' />
Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi court pour la " consolidation définitive du socialisme " ? Quelle signification matérielle et sociale, concernant la production, donnait-il à ces paroles ?<br class='autobr' />
Cette question apparaît soudain sous un autre éclairage si l'on se rappelle que le 29 avril de la même année 1918, dans son rapport au Comité exécutif central panrusse des soviets, Lénine déclarait : <br class='autobr' />
" Il est douteux que même la génération suivante, qui sera plus développée, puisse réaliser entièrement le passage au socialisme " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 312 de l'édition française).<br class='autobr' />
Le 3 décembre 1919, au Congrès des exploitations collectives et des artels agricoles, Lénine s'exprima ;avec plus de vigueur encore : <br class='autobr' />
" Nous savons que nous ne pouvons instituer immédiatement l'ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-être même nos petits-enfants, le voient s'établir chez nous " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXX, p. 205 de l'édition française).<br class='autobr' />
Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il raison : quand il fixait douze mois de délai pour la " consolidation définitive du socialisme " ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l'édification de " l'ordre socialiste " ?<br class='autobr' />
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux étapes différentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.<br class='autobr' />
Dans le premier cas, par " consolidation définitive du socialisme", Lénine entendait, non pas l'édification de la société socialiste dans le délai d'un an ou même de " quelques mois " (c'est-à-dire la suppression des classes, le dépassement de l'opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'État prolétarien, qui rendrait possible l'échange des produits entre la ville et la campagne. La brièveté même du délai donne ici la clé qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.</p>
<p>« Telle est l'affaire avec Staline. Elle ne saurait être plus lamentable. Il est vrai qu'on pourrait s'en consoler si elle n'était tout aussi lamentable pour le VIIe Plénum du Comité exécutif de l'Internationale.<br class='autobr' />
Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le véritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilité de l'édification du socialisme dans un seul pays. Vérifions. Voici ce qu'écrivait Boukharine à ce sujet en 1917 : <br class='autobr' />
" Les révolutions sont les locomotives de l'histoire. Même dans la Russie arriérée, le prolétariat seul peut être le machiniste irremplaçable de cette locomotive. Mais le prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette tâche qui est " mise à l'ordre du jour " en Russie aussi ne peut être réalisée " à l'intérieur des frontières nationales ". Ici, la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable où on ne peut ouvrir une brèche que par le bélier de la révolution ouvrière internationale " (BOUKHARINE, La lutte des classes et la révolution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l'édition russe). »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html</a></p>
<p>Lénine n'a jamais défendu le « socialisme dans un seul pays » de Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464</a></p>
<p>Quelques mensonges sur la "construction stalinienne du socialisme"</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384</a></p>
<p>Quand Staline s'attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567</a></p>
<p>L'économie de l'URSS était-elle socialiste ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936</a></p>
<p>Face à la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu'exprime la notion anti-marxiste de « socialisme dans un seul pays », construire et souder une force fidèle au bolchévisme.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm</a></p></div>
La situation révolutionnaire en Allemagne en 1923
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9060
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90602026-07-11T22:15:00Ztext/htmlfrRobert ParisAllemagne DeutschlandTrotskyRévolution
<p>Léon Trotski <br class='autobr' />
Perspectives de révolution en Allemagne <br class='autobr' />
(20 octobre 1923) <br class='autobr' />
Rapport au Congrès des syndicats des travailleurs des transports. <br class='autobr' />
Camarades ! <br class='autobr' />
[...] Il y a avant tout la révolution allemande : [...] toutes les questions passent désormais au second plan face à l'influence des événements d'une importance colossale qui ont leur centre en Allemagne. [...] Le comportement de l'Amérique et celui de l'Europe dépendent avant tout directement et directement de la direction que (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag">Allemagne Deutschland</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>
<div class='rss_texte'><p>Léon Trotski</p>
<p>Perspectives de révolution en Allemagne</p>
<p>(20 octobre 1923)</p>
<p>Rapport au Congrès des syndicats des travailleurs des transports.</p>
<p>Camarades !</p>
<p>[...] Il y a avant tout la révolution allemande : [...] toutes les questions passent désormais au second plan face à l'influence des événements d'une importance colossale qui ont leur centre en Allemagne. [...] Le comportement de l'Amérique et celui de l'Europe dépendent avant tout directement et directement de la direction que prendront les événements en Allemagne, de la façon dont ils se tourneront et où ils se termineront. Depuis plusieurs mois, nous avons discuté de certaines propositions quant à l'évolution du rythme des événements allemands. Mais aujourd'hui, camarades, il ne s'agit plus seulement de parler. Les événements se déroulent en Allemagne et sont reliés les uns aux autres par un système de fils. Et lorsque nous regardons l'Allemagne aujourd'hui, même à travers les lentilles des télégrammes Rosta [de l'agence de presse soviétique], la presse allemande et notre presse - c'est-à-dire lorsque nous les regardons de loin - nous voyons clairement et distinctement un mécanisme précis de événements révolutionnaires, qui se développent actuellement. L'Allemagne est déjà entrée dans une période de révolution immédiate et directe, c'est-à-dire de lutte pour le pouvoir d'État entre les classes fondamentales de la société. Bien entendu, je ne vous présenterai pas en détail les conditions qui rendent la révolution possible et qui garantissent son succès. Je vais juste esquisser les grandes lignes. Pour que la révolution prolétarienne soit possible, il faut, premièrement, un certain niveau de développement des forces productives ; deuxièmement, le prolétariat doit avoir une certaine importance numérique et jouer un certain rôle dans la production ; et troisièmement, il faut ce qu'on appelle la condition subjective, c'est-à-dire que le prolétariat doit vouloir prendre le pouvoir et savoir comment le faire. L'Allemagne est mûre pour la révolution prolétarienne depuis de nombreuses années. La technologie industrielle allemande est plus avancée et plus concentrée que n'importe quelle autre dans le monde et peut même supporter la comparaison avec l'Amérique. Le prolétariat industriel allemand, qui compte 15 millions d'habitants sur 60 millions d'habitants (enfants et personnes âgées compris), représente la grande majorité des habitants du pays. Il faut y ajouter les trois millions d'ouvriers agricoles. Je le répète, nous sommes dans un pays dans lequel le prolétariat représente l'écrasante majorité de la population. Mais quant aux conditions subjectives de la révolution – la nécessité pour le prolétariat de vouloir prendre le pouvoir et de savoir comment le faire – ces conditions manquaient. Ils manquaient avant la guerre impérialiste, c'est pour cela que cette guerre a existé. Ils disparurent en novembre 1918, lorsque le pouvoir passa aux mains des sociaux-démocrates après la défaite de l'armée allemande. Cette période voit aussi la classe ouvrière avancer spontanément vers le pouvoir,mais au cours des années précédentes, il avait créé une superstructure de parti à partir de ses propres rangs, le Parti social-démocrate, qui absorbait l'élite ouvrière ; et cette superstructure, dans son développement, est devenue prisonnière des classes dirigeantes et transformée en un appareil de domination et de confinement de la classe ouvrière. Et en Allemagne, nous avons eu une situation où le prolétariat était au pouvoir grâce à la médiation des sociaux-démocrates, mais les sociaux-démocrates, après leur arrivée au pouvoir, ne se considéraient pas comme des représentants révolutionnaires du prolétariat mais comme une agence politique de la bourgeoisie. . Tel était le sens de la révolution du 9 novembre 1918. Conformément à son caractère et à son esprit, la social-démocratie allemande a progressivement cédé le pouvoir à la bourgeoisie.</p>
<p>Et c'est seulement parce que la situation intérieure dans ses aspects économiques et financiers devenait de plus en plus désespérée que la bourgeoisie a de nouveau porté les sociaux-démocrates au pouvoir et a de nouveau formé une alliance avec eux.</p>
<p>C'est l'histoire de ces derniers mois, lorsqu'une coalition entre la bourgeoisie et les sociaux-démocrates était formellement au pouvoir en Allemagne. Le Parti communiste allemand n'a été fondé qu'après la défaite de la guerre, à partir de groupes clandestins. Contrairement à notre parti, avec sa tradition révolutionnaire d'un quart de siècle et sa dureté acquise dans le travail clandestin, le Parti communiste d'Allemagne, c'est-à-dire le véritable parti révolutionnaire du prolétariat, est une création de ces dernières années. La classe ouvrière allemande fut trompée en novembre 1918. Il est naturel qu'il ait une attitude attentiste à l'égard du Parti communiste allemand : il le laisse montrer son visage, faire ses preuves dans l'action et gagner la confiance des travailleurs. Avec l'impatience révolutionnaire d'un jeune parti, le Parti communiste a tenté de prendre le pouvoir sans préparation. C'était en mars 1921. Ce fut une cruelle erreur. Le Troisième Congrès de l'Internationale Communiste, en juillet 1921, donna au parti allemand une leçon aussi dure que salutaire. Il dit aux camarades allemands : « Votre tâche n'est pas la lutte directe pour le pouvoir, mais la lutte pour gagner la confiance de la classe ouvrière. » Pour certains camarades allemands, comme pour certains camarades russes, cet enseignement de la III. Le Congrès a été opportuniste, modéré et nullement révolutionnaire, mais aujourd'hui il n'y a pas un seul communiste en Allemagne qui n'ait reconnu que cette leçon était salutaire. Depuis lors - en 1921, 1922 et 1923 - le Parti communiste allemand a pleinement maîtrisé la tactique bolchevique, c'est-à-dire combiner une véritable détermination révolutionnaire avec le réalisme dans un calcul solide de l'état des relations et des perspectives. Sous le slogan du Front unique ouvrier, puis du gouvernement ouvrier et paysan, le parti allemand gagne progressivement la confiance de sections de plus en plus importantes de la classe ouvrière. Et après l'occupation de la Ruhr par la France, l'année dernière, lorsque l'économie allemande, privée d'acier et de charbon, s'est finalement retrouvée dans une impasse, lorsque la nature désespérée de la situation est devenue de plus en plus évidente que celle de la bourgeoisie en lutte désespérée. Les partis ont perdu toutes leurs ressources : au cours de cette période, le Parti communiste de la classe ouvrière est apparu de plus en plus comme la seule direction, le seul salut possible, non seulement pour le prolétariat, mais pour le peuple allemand tout entier.</p>
<p>Depuis ce moment, et surtout depuis juillet de cette année, il est devenu clair que la révolution allemande frappe aux portes de l'histoire. Et maintenant la question se pose : quand viendra le moment décisif ? Ayant gagné la confiance de la majorité de la classe ouvrière, le Parti communiste allemand se montrera-t-il capable, aura-t-il la ténacité, la puissance, la volonté, la détermination nécessaires pour organiser un soulèvement armé et prendre le pouvoir par la lutte ? Cette période a été marquée par des discussions et des débats sur ce qu'est une révolution – ce qui constitue un soulèvement armé. Depuis un certain temps, le Parti communiste allemand considère avec impatience la révolution comme quelque chose d'objectif et d'important à venir. Les éléments les plus conscients dans leurs rangs et au sein même du Komintern ont posé la question ainsi : la révolution est déjà arrivée, elle est déjà autour de nous, mais justement pour qu'elle ne nous échappe pas et ne nous saute pas par-dessus la tête, nous, en tant que parti, Nous devons nous donner pour tâche immédiate d'écraser l'ennemi dans un combat révolutionnaire ouvert. Pour écraser l'ennemi, il faut lui opposer une force organisée. Il faut avoir un plan de bataille et enfin il faut passer par certaines étapes de la lutte, il faut passer du niveau d'agitation, de propagande et de prédiction des événements aux grèves militaires - révolutionnaires -, pour faire un soulèvement armé et prendre le pouvoir. . Le passage de l'agitation et de la propagande à la lutte directe et immédiate pour le pouvoir est toujours un processus très douloureux pour tout parti révolutionnaire. C'est une chose de lutter pour avoir une influence sur les masses, plus d'un million environ. C'est une tout autre affaire, après s'être placé à la tête de ces millions, de se charger immédiatement de l'insurrection contre l'ennemi donné dans les circonstances données, de prendre le pouvoir. Pour y parvenir, l'avant-garde de la classe ouvrière doit faire un bond terrible en politique et en psychologie, passant du domaine du travail purement propagandiste à celui de diriger la classe dans la réalisation d'une révolution sociale majeure.</p>
<p>Vous savez, camarades, que dans notre pays ce retournement ne s'est pas réalisé facilement ni simplement, même si notre parti avait une rigueur infiniment plus grande et une expérience révolutionnaire bien plus grande que le parti allemand. Il est à craindre qu'en Allemagne les fluctuations internes du Parti communiste soient bien plus fondamentales, bien plus importantes et donc bien plus dangereuses que celles qui se sont produites ici à la veille du 25 octobre 1917. Mais le parti allemand a quelque chose que nous n'avions pas : premièrement, il a l'expérience et deuxièmement l'aide idéologique de l'Internationale Communiste. Grâce à cette circonstance, elle résoudra sans doute ces difficultés internes beaucoup plus facilement (car on voit qu'elle les a déjà résolues fondamentalement) que nous n'avions pu le faire il y a six ans. Pour autant que je puisse en juger de loin et dans la mesure où l'on peut se faire une idée claire de ce qui s'est passé, le Parti communiste a déjà acquis la détermination nécessaire pour entreprendre la tâche du parti du prolétariat : conquérir le pouvoir.</p>
<p>Les conditions objectives sont-elles ou non favorables à une lutte immédiate ? Quelles sont les perspectives, les perspectives ? Bien entendu, même avant les batailles décisives, il n'est pas toujours possible, camarades, d'évaluer avec précision les forces, et encore moins d'en tirer une conclusion exacte. Si cela était possible dans les batailles sociales, ces batailles n'auraient même pas lieu. J'ai souvent eu l'occasion de souligner cette simple considération : même en cas de grève d'un groupe de travailleurs contre un capitaliste, il est impossible de savoir à l'avance comment cette grève se terminera. Chaque lutte développe ses forces internes : elles ont leur influence sur le cours, elles génèrent de la sympathie ou du manque de sympathie parmi les autres travailleurs, de la sympathie d'un capitaliste pour l'autre, etc. Si cela se produit dans une grève, combien plus cela doit-il être. serait-il ainsi dans une révolution du prolétariat dans laquelle sont impliquées des forces énormes, nombreuses et imprévisibles - dans laquelle est en jeu un pays de 60 millions d'habitants ? Dans ce cas, camarades, il est impossible de dire à l'avance que la victoire est absolument garantie.</p>
<p>C'est précisément pour cette raison que la révolution, la lutte, devient inévitable, parce que ce n'est que par la révolution, le soulèvement armé, que l'on peut obtenir la victoire et parce qu'il est impossible de prédire avec précision la question. Mais en même temps, dans les conflits militaires comme dans les conflits révolutionnaires, on peut et on doit évaluer l'équilibre des pouvoirs, les ressources réelles et, par conséquent, les possibilités réelles.</p>
<p>En ce qui concerne les effectifs des troupes ennemies, des deux camps opposés, il existe une supériorité écrasante de notre côté. J'en ai déjà parlé : un prolétariat industriel fort de 15 millions d'habitants, très cultivé et très centralisé en raison du caractère de l'industrie allemande, représente une force qui ne s'est jamais manifestée à ce point sur la scène révolutionnaire.</p>
<p>Qu'y a-t-il de l'autre côté ? Il y a un capital de confiance centralisé et des grands propriétaires fonciers et des gangs fascistes qui sont entretenus à leurs dépens, des gangs qui dépendent non seulement théoriquement mais tout à fait directement de Stinnes. Le fascisme est l'organisation combattante du capital commercial et industriel, du capital financier à grande échelle, du capital bancaire en Allemagne, qui à son tour s'incarne dans Stinnes. Il est, au sens exact du terme, le patron, le dictateur de l'Allemagne. On a parlé de la concentration de l'industrie depuis Marx, elle a été présentée dans des manuels : on a parlé de sa tendance à réduire le nombre des magnats du capital à un petit nombre, etc. ; Et vous avez maintenant une situation en Allemagne où le patron, le patron économique du pays, est essentiellement un seul homme : Stinnes.</p>
<p>En Allemagne, il existe une armée illégale, une armée fasciste, dont diverses sources nous disent que ses effectifs se situent entre 200 000 et 400 000 combattants et que cette armée est financée par Stinnes. La presse allemande est entre ses mains, etc. C'est la force fondamentale concentrée du capital, qui a créé sa propre armée, tout comme dans notre pays, à l'époque du tsarisme après 1905, les propriétaires terriens formaient des unités composées d'Ingouches ou de Circassiens recrutés, les éléments ignorants du Caucase. Le fascisme est l'organisation ingouche de Stinnes pour la défense de sa propriété privée, de la bourse, du capital, etc.</p>
<p>Qu'y a-t-il entre les deux ? Entre le prolétariat révolutionnaire et les fascistes, il y a les couches petites et moyennes bourgeoises, ruinées ou semi-ruinées, l'intelligentsia ruinée ou en train de l'être, et aussi des éléments relativement importants de la classe ouvrière, même s'ils ne représentent qu'une petite minorité. A la tête de l'Etat, la social-démocratie avec son organisation et sa presse est encore une grande puissance, mais elle représente déjà le pouvoir d'hier : sa base, la masse de la classe ouvrière, lui échappe de jour en jour. et heure par heure. Les derniers télégrammes, les dernières dépêches d'Allemagne donnent une image très claire de ce processus.</p>
<p>J'en parlerai lorsque j'aborderai la question de la Saxe. Le noyau démocratique central est le kérenskiisme allemand : à sa droite le fascisme, à sa gauche le communisme. Ce noyau central se rétrécit de plus en plus parce que les ouvriers et non seulement les ouvriers mais aussi de larges couches de la bourgeoisie ainsi que l'intelligentsia et la paysannerie (sans parler du prolétariat rural) se déplacent de plus en plus vers la gauche. Des éléments du bloc démocratique central se brisent vers la droite et se tournent vers le fascisme, dans lequel ils voient le salut, et on observe une croissance des extrêmes avec une augmentation des contradictions et une faiblesse au milieu. C'est pourquoi le gouvernement du Reich en Allemagne est aujourd'hui une pitoyable fiction. Le parlement allemand, le Reichstag, a renoncé à ses pouvoirs au profit des ministres qu'il a élus. Si nous, communistes, avions eu besoin d'une démonstration, d'une preuve supplémentaire de l'effondrement complet de la démocratie, du parlementarisme bourgeois, cela aurait été : le parlement allemand, un organe démocratique élu au suffrage universel, etc. Quand on lui demande le plus grand effort, il se suicide et donne tout son pouvoir extraordinaire aux ministres qu'il a créés - et ces ministres donnent à leur tour leurs pleins pouvoirs à Seeckt ; Seeckt nomme ses généraux tout-puissants, notamment Müller en Saxe. Dans notre pays, Koltchak est issu de l'Assemblée constituante d'Oufa ; En Allemagne, le général Seeckt a progressivement émergé du Reichstag démocratiquement élu, et de Seeckt d'autres ont émergé sous la forme des généraux Müller et d'autres. Le Parlement s'est affaibli sous nos yeux et son extinction a entraîné celle du kérenskiisme allemand, de la démocratie allemande.</p>
<p>En outre, camarades, on voit comment l'Allemagne se désintègre géographiquement à cause des forces sociales qui prédominent dans chaque région. Aujourd'hui, il n'y a pas d'Allemagne unie. Je ne veux même pas dire qu'environ 12 millions d'habitants de l'Allemagne sont sous domination ennemie et sous occupation ennemie (surtout française). Mais les 48 ou 50 millions qui restent ne forment plus une unité sociale ni un État unifié. Il y a la Bavière, avec environ 9 millions d'habitants, qui est désormais un État indépendant. Au nord se trouve également la petite Thuringe et au nord-est la Saxe. La Thuringe et la Saxe comptent ensemble entre 7,5 et 8 millions d'habitants, si ma mémoire est bonne, c'est un peu moins que la Bavière. En Bavière, est au pouvoir le fasciste Kahr, qui fait le lien entre les fascistes (le parti du prince Ruprecht) qui veulent rompre avec l'Allemagne et en sortir, et ceux qui veulent une Allemagne unifiée (le parti de Seeckt, Ludendorff, etc. .). Mais ce que veulent avant tout les séparatistes allemands, c'est-à-dire ceux qui veulent la sécession, et les fascistes allemands, qui veulent restaurer l'unité de l'Allemagne, c'est la défense de la propriété privée. Il existe un tel pont entre eux et le dictateur bavarois von Kahr se trouve sur ce pont. Dans cette perspective, les camarades de notre réunion de Moscou m'ont remis une question écrite me demandant si nos camarades là-bas ne s'étaient pas comportés de manière opportuniste : ces communistes qui, après plusieurs années de lutte acharnée contre l'organisation menchevik, contre les sociaux-démocrates, les rejoignent désormais dans le même lié au gouvernement.</p>
<p>Il s'agit indéniablement d'une initiative surprenante au premier abord. Néanmoins, c'est exact et cela témoigne du succès politique colossal que cette coalition représente pour nous. Je vais en parler, mais je tiens d'abord à vous rappeler que nous ne sommes pas nous-mêmes innocents à cet égard. Au moment du coup d'État de Kornilov, le camarade Lénine écrivait dans l'organe central de l'époque que les bolcheviks proposaient un compromis, ce qui signifiait : Messieurs les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, sous certaines conditions, nous formerons un bloc avec vous. Ni les mencheviks ni les socialistes-révolutionnaires ne l'ont fait : ils disposaient de trop peu de temps avant leur mort et ils ne voulaient pas rapprocher ce moment. Mais la suggestion a été faite. Et après octobre, juste après, nous avons formé un gouvernement de coalition avec les socialistes-révolutionnaires de gauche. Beaucoup de gens l'ont déjà oublié.</p>
<p>Le bloc avec les socialistes-révolutionnaires s'est terminé tragiquement. À un moment donné, une partie du Conseil des commissaires du peuple, l'un des commissaires des socialistes-révolutionnaires de gauche, s'est retrouvée dans un bâtiment appartenant à la Tchéka et a maudit le Kremlin. J'ai vu cette diatribe de mes propres yeux. Cette fin de la coalition n'était évidemment pas inscrite dans le programme fondateur de la coalition ; Mais si l'on fait le point, il s'avère que nous avons gagné et que l'effondrement de la coalition a également marqué la fin du Parti social-révolutionnaire de gauche. Notre parti a maîtrisé la situation.</p>
<p>C'est pourquoi, sous certaines conditions (je cite ce cas pour clarifier les faits), même l'entrée des communistes dans une coalition avec un parti essentiellement petit-bourgeois, qui a encore le soutien d'une partie des ouvriers et des paysans, est une initiative qui , aussi opportuniste soit-il, il peut paraître révolutionnaire dans son essence. Il s'agit d'une action décisive pour accélérer le développement et provoquer la ruine du parti avec lequel nous avons formé une coalition. Ce que l'on peut observer en Saxe est le même phénomène, mais dans des conditions complètement différentes. La Saxe est un pays habité par le prolétariat industriel textile, une partie très compacte de l'Allemagne avec une population dense. Le prolétariat saxon est très révolutionnaire. Sous la pression de son prolétariat, le Parti social-démocrate de Saxe est le plus à gauche de tous les partis sociaux-démocrates. Nous brandissons le mot d'ordre du front unique et les travailleurs sociaux-démocrates exigent qu'il soit mis en œuvre. Sous leur pression, les sociaux-démocrates de gauche, dont la plupart sont de qualité douteuse, se sont néanmoins sentis obligés de former un front unique et un bloc pour former des gouvernements de coalition en Saxe et en Thuringe. Nous y sommes entrés en minorité : nous avons deux ministres (l'un d'eux est chargé des affaires du Conseil des ministres) et les autres ont la majorité. Mais le simple fait de la formation d'un gouvernement de coalition en Saxe représente un coup fatal à la social-démocratie allemande. On peut désormais le dire avec assurance et les faits très impressionnants rapportés aujourd'hui ne laissent place à aucun doute. En effet, vous savez très bien combien les travailleurs sont attachés aux organisations qui les ont d'abord éveillés, élevés, organisés et ont fait d'eux des êtres conscients. Les ouvriers allemands ont le sentiment d'un lien étroit avec le parti social-démocrate. Le parti les a peut-être trahis, mais en même temps ils ont été formés et éclairés sous les Hohenzollern et il est très difficile pour les ouvriers de rompre avec eux, même s'ils savent qu'ils sont sur une mauvaise voie. C'est pourquoi, malgré la trahison et la méchanceté de la social-démocratie allemande, les masses ouvrières sont mécontentes, grognent, poussent le parti en avant, mais elles n'ont pas encore rompu avec lui, n'ont pas encore franchi le pas qui les mènera au-delà et vers lui, le Parti communiste mènera. Il s'agit d'une étape très douloureuse pour un travailleur qui est associé depuis des années à une organisation particulière et il apparaît désormais qu'il n'a pas besoin de faire le virage de manière aussi brutale.</p>
<p>Les ouvriers voient que les communistes, qui ont été dénoncés par les sociaux-démocrates comme un parti qui signifie la chute de l'Allemagne et de la classe ouvrière allemande, un parti avec lequel on ne peut rien avoir en commun, dont les membres sont des vassaux de la Russie, etc. il s'avère que ces communistes se trouvent dans une certaine région d'Allemagne dans le même gouvernement et dans les mêmes centaines de prolétaires que les ouvriers sociaux-démocrates. Le mur que la social-démocratie a soigneusement construit et renforcé entre elle et les ouvriers communistes est maintenant tombé et, comme la masse des ouvriers social-démocrates est psychologiquement encline à la politique révolutionnaire, ils se précipitent vers les communistes dès que des brèches apparaissent. dans le mur. Cela se produit de différentes manières. S'ils ne rejoignent pas le Parti communiste, ils sont idéologiquement alignés sur lui, et s'ils le rejoignent, ils le soutiennent pleinement.</p>
<p>Voici les derniers faits après l'actualité d'aujourd'hui. Dans la ville saxonne de Chemnitz (lieu de naissance du grand bourreau Noske, prolétaire, travailleur du tabac, l'un des traîtres ouvriers dont l'histoire de divers pays ne manque pas), à Chemnitz, où Noske était le maître absolu, où il jouissait d'une confiance illimitée, à Chemnitz, au cours de la première semaine du mois en cours, soixante comités d'usine fondés par les sociaux-démocrates ont fait défection au Parti communiste. A Berlin, dans le Brandebourg et dans tout le pays, l'influence du Parti communiste s'est considérablement accrue ces dernières semaines. Et en ce qui concerne la social-démocratie saxonne, l'actualité d'aujourd'hui dit : l'organisation social-démocrate de Saxe « s'effondre » [dans l'original allemand]. Les sociaux-démocrates eux-mêmes savent qu'ils sont entrés dans la coalition avec nous alors qu'ils semblaient contrôler la situation, et quand certains communistes de gauche en Allemagne, qui n'ont pas d'idées très claires, disent qu'ils soutiennent les sociaux-démocrates saxons, alors il faut dire qu'ils les soutiennent comme une corde soutient le pendu. Néanmoins, le résultat de la coalition est politiquement brillant et cela nous intéresse.</p>
<p>Mais cela ne résout pas le problème. L'influence de notre parti est particulièrement importante en Saxe. Mais nous ne sommes pas seuls là-bas. Il y a aussi le général Müller en Saxe et le général Müller a la Reichswehr, c'est-à-dire l'armée allemande. Il plaça également la police saxonne sous son commandement par un décret spécial. Il possède également les organisations fascistes secrètes qui se dirigent vers la Saxe et qui y existent dans une certaine mesure. Le général Müller est à leur tête. Il a appelé le gouvernement saxon à dissoudre les centaines de prolétaires. Le gouvernement saxon, qui repose sur un parlement très démocratique, a refusé d'arrêter quelques centaines de dirigeants.</p>
<p>Il existe également d'autres faits qui soulignent l'existence en Allemagne d'une situation qui n'est prévue dans aucune constitution. Le fasciste Rossbach, qui organisait des mutineries, etc., se trouvait dans une prison saxonne et fut libéré. Le gouvernement saxon a ordonné son arrestation. Le gouvernement du Reich de Stresemann ne pouvait éviter de confirmer cet ordre : il devait être arrêté pour tentative de révolte contre le gouvernement. Rossbach se rend en Bavière, dans le même pays. Il y participa aux réunions publiques et bénéficia de la pleine protection du gouvernement bavarois. Outre la Reichswehr, l'armée officielle, le gouvernement bavarois a organisé sur son territoire une armée fasciste, pour laquelle il a approuvé des fonds provenant du budget de l'État. Le gouvernement Stresemann, assiégé à Berlin et déjà impuissant, a déclaré qu'il ne permettrait aucun coup d'État, ni de droite ni de gauche. Mais lorsqu'il s'agit de Bavière, elle n'ose pas élever la voix alors qu'elle parle le langage des généraux fascistes de Saxe. Le gouvernement lui-même n'a aucun contrôle sur l'armée. Il y a des sociaux-démocrates dans le gouvernement Stresemann. Les sociaux-démocrates perdent de plus en plus de terrain parce que les masses se tournent vers les communistes. Afin de ne pas perdre la dernière parcelle de leur influence, les sociaux-démocrates doivent faire semblant de ne pas soutenir la campagne contre la Saxe – mais la campagne contre la Saxe continue. Le « Vorwärts » écrit : « Nous exigeons la levée de l'état de siège. Nous protestons contre la campagne du général Müller contre la Saxe. » Mais le général Müller est l'agent de Seeckt et Seeckt a été nommé par le gouvernement Stresemann et le gouvernement Stresemann comprend des sociaux-démocrates.</p>
<p>Vous voyez, camarades, les relations étatiques et gouvernementales entre le gouvernement Stresemann et les différentes parties de l'Allemagne n'ont ni pied ni main. Le chaos rappelle un peu la situation avant la révolution de 1917. D'un côté, il y avait Cronstadt, qui reconnaissait le gouvernement bolchevique, qui n'existait pas encore à cette époque (ils le reconnaissaient d'avance), il y avait Petrograd, où le soviet était de notre côté, mais il y avait ensuite un gouvernement central. il y avait le Comité exécutif avec Chkheidze et Tseretelli, il y avait l'Ukraine avec la Rada, les commissaires Kerensky, les forces armées bolcheviques, etc. Tout le monde donnait des ordres à tout le monde, personne n'obéissait à personne et tout préparé pour la confrontation finale. C'est la situation qui existe aujourd'hui en Allemagne. Il reste moins de cinq minutes avant le lever du rideau.</p>
<p>Mais lever le rideau n'est pas une chose facile. Il est clair que les sociaux-démocrates n'ont aucun pouvoir à Berlin. Il y a Stresemann au gouvernement, avec qui Poincaré ne veut pas parler (il préfère parler à Stinnes) et qui est désormais une figure imaginaire. Mais le général Seeckt est une figure réelle, tout comme le général Müller. Pourquoi ? Surtout parce qu'ils comptent 100 000 soldats et 3 000 officiers. C'est tout ce que l'État allemand est autorisé à avoir en vertu du Traité de Versailles. Comme vous le savez, les Français ont réduit l'armée allemande à une taille très réduite.</p>
<p>Par ailleurs, il y a 150 000 policiers en Allemagne qui sont appelés « Schupo » [Police de protection] ou auparavant « Sipo » [Police de sécurité], ils sont sous le commandement des villes et des gouvernements locaux, mais désormais ils sont sous l'autorité sur ordre de Seeckt, la Reichswehr fut placée sous le commandement de l'armée. En outre, il y a 200 ou 300 000 personnes dans les bataillons fascistes, dirigés par des officiers d'état-major qui sont experts dans l'art d'éliminer des masses de personnes et qui connaissent très bien le réseau ferroviaire allemand et savent très bien diriger un bataillon depuis d'un coin du pays à l'autre pour écraser les travailleurs et les priver de leurs dirigeants, etc. C'est un ennemi dangereux, un ennemi qui a une organisation à Berlin qui opère sous vos ordres Du point de vue social, elle repose sur des forces considérables.</p>
<p>En face, le prolétariat, fort de 15 millions de personnes, a créé et armé ses centaines de personnes en Saxe et dans tout le pays. Je ne sais pas combien il y en a de ces centaines, et si je le savais par hasard (mais je ne sais pas), je n'aurais pas le droit de le dire en séance publique. C'est aujourd'hui un secret militaire du prolétariat allemand : le nombre de ses centaines, leurs armes, où elles se trouvent. Et il semble que très bientôt une lutte décisive pour le pouvoir aura lieu entre ces deux forces. Les télégrammes d'aujourd'hui nous informent de la rupture des relations entre la Bavière et la Saxe : vous l'avez sans doute lu. Ils font tous deux partie de l'Allemagne. Mais l'Allemagne, selon son ancienne constitution, est une fédération de différentes parties, dont chacune a une représentation diplomatique, et hier la Bavière et la Saxe ont rompu leurs relations diplomatiques. La Bavière ajoute des départements fascistes à une partie de la Reichswehr et l'a déjà fait dans une large mesure. Du côté saxon de la frontière se trouvent les Centaines saxonnes. Pendant ce temps, le général Müller, cet agent du gouvernement du Reich ou plus précisément le dictateur Seeckt, fournit de l'artillerie à la Saxe. Le gouvernement saxon ne suit pas l'ordre de dissoudre les centaines ; au contraire, il appelle les travailleurs du pays tout entier à les organiser. Les organisations syndicales berlinoises affirment qu'elles répondraient à l'appel à la grève générale en cas d'opération contre la Saxe. Les cheminots ont menacé de se mettre en grève en réponse aux gangs fascistes qui envisagent d'utiliser le réseau ferroviaire. La situation ne peut pas durer des semaines ; cela ne peut probablement pas durer des jours.</p>
<p>Il ne serait pas du tout surprenant que nous recevions les premiers télégrammes annonçant le début de batailles décisives demain ou après-demain. Comment vont-ils finir ? Je vous ai donné un aperçu général des forces sociales, de l'état de l'organisation et je vous ai donné, pour ainsi dire, l'effectif des troupes ennemies. Mais où cela mène-t-il ? Cela dépend de l'énergie du prolétariat, de la détermination dont fait preuve son parti, de sa volonté de sacrifice. Le prolétariat a-t-il une chance de gagner ? Certainement. Le rapport de force en lui est très favorable à sa victoire. Je n'ai pas mentionné (je le mentionne à titre d'explication) que 100 000 soldats dans un pays de 50 millions d'habitants, c'est très peu. Ils sont dispersés dans tout le pays et lorsque tout le pays sera en ébullition, ces 100 000 soldats de la Reichswehr, dispersés en compagnies et bataillons, se sentiront comme des animaux pris au piège. Parmi eux (même s'il faut les considérer comme globalement hostiles aux ouvriers) la majorité sont des fils d'agriculteurs, des rumeurs se répandront parmi eux, la panique se répandra inévitablement et, précisément à cause de leur petit nombre et de leur isolement, cela peut briser l'arrière de l'armée.</p>
<p>Dans la majeure partie de l'Allemagne, la police est composée de travailleurs organisés en syndicats sociaux-démocrates. Ils ne le disent pas ouvertement parce que les policiers n'ont pas le droit d'appartenir à des partis politiques, mais ils peuvent s'organiser en syndicats. A Berlin, les policiers sont tous sociaux-démocrates. Comme hypothèse, on peut dire qu'environ un tiers de la police combattra, par exemple en Bavière, environ un tiers sera neutre et environ un tiers combattra à nos côtés. En général, la police disparaîtra comme une véritable force contre nous.</p>
<p>Les organisations fascistes demeurent donc. Les chefs des bataillons fascistes sont des combattants contre-révolutionnaires profondément solides. Ce sont des membres du vieux corps d'officiers allemands qui haïssent la classe ouvrière et la révolution avec la haine séculaire des propriétaires d'esclaves, des oppresseurs, des Junkers, des maîtres, des capitalistes, etc. Ils se battront sans pitié. Mais leurs bataillons sont composés de fils de bourgeois, d'étudiants, de petits bourgeois ruinés et même de certains des ouvriers les plus ignorants, les plus désespérés et les plus patriotiques du type lumpenprolétaire. Il s'agit d'un public très diversifié et on ne peut pas être sûr qu'ils suivront tous leurs patrons fascistes lorsque viendra le moment décisif. Aujourd'hui, les gens rejoignent leurs bataillons, certains par désespoir, d'autres pour manger, mais au moment crucial, une partie importante de cette armée se perdra au contact, surtout si l'assaut révolutionnaire contre la Reichswehr, l'armée légale, suscite des hésitations. Grâce à leur accord avec le gouvernement, les bataillons fascistes font partie d'une organisation officielle de l'armée légale et disposent ainsi d'un appareil centralisé. Lorsque cet appareil centralisé s'effondre sous la pression de la tempête révolutionnaire, les fascistes se transforment également en bataillons dispersés, en détachements de guérilla. Il est vrai qu'ils verseront beaucoup de sang ouvrier, mais dans ce cas, leurs chances de succès seront très faibles, sans parler de la victoire finale.</p>
<p>Voilà, camarades, la situation intérieure. Cela montre que les choses sont favorables, très favorables, pour le prolétariat allemand. Ce dernier peut et veut prendre le pouvoir, tout le porte à croire. Sera-t-elle capable de les retenir compte tenu de la situation internationale ? J'ai déjà consacré une heure entière de votre temps à la première partie de mon rapport et je vais essayer d'être le plus bref possible pour la dernière. Je demande : le prolétariat allemand détiendra-t-il le pouvoir compte tenu de la situation internationale actuelle ? L'Allemagne n'est pas seule sur la carte de l'Europe. Ses voisins sont la Belgique et la France, ses voisins conquérants, qui l'ont asservi et opprimé, ainsi que ses voisins du sud-est et du nord-est, la Tchécoslovaquie et la Pologne. Les autres voisins comme la Hollande ou la Suède, les pays scandinaves ou la Suisse et l'Autriche n'ont pas une grande importance. Ils ne peuvent pas jouer un rôle indépendant et n'interviendront généralement pas dans la révolution allemande. Qui pourrait intervenir ? La Grande-Bretagne et après lui la France, avec la Belgique, la Pologne, la Tchécoslovaquie. C'est là que réside le danger. Et ici, la question nous concerne directement, elle concerne l'Union Soviétique, car bien sûr, si la révolution allemande conduit à une guerre européenne, une guerre impérialiste, cela nous affectera directement. Et nous devons évaluer la situation ici afin d'avoir une perspective claire de ce qui pourrait nous attendre demain.</p>
<p>J'ai dit que la Grande-Bretagne pouvait intervenir. Mais sur ce point, on peut désormais mesurer clairement l'impuissance de la Grande-Bretagne sur le continent européen. Il faut l'évaluer non seulement à cause de la révolution allemande, mais aussi à cause de nous-mêmes. La Grande-Bretagne est impuissante sur le continent européen. Plus nous le reconnaissons clairement, plus nous le répétons de manière claire et décisive, plus cela sera utile pour notre politique dans le sens où la Grande-Bretagne sera moins susceptible de brandir des menaces et des ultimatums. En fait, la Grande-Bretagne est une puissance purement navale. Cela a joué un rôle très important en Europe. Mais comment et quand ? À chaque fois, deux pays se sont battus pour la domination en Europe. Lorsque la France et l'Allemagne combattaient à forces presque égales, la Grande-Bretagne se retient et, à long terme, aide tantôt l'une, tantôt l'autre. Elle faisait la même chose auparavant lorsque l'Espagne était forte : la Grande-Bretagne la soutenait parfois et l'affaiblissait parfois de la même manière. La Grande-Bretagne a joué ce rôle jusqu'au siècle actuel. Elle a profité de la lutte entre les deux États les plus forts d'Europe et a soutenu le plus faible avec de l'argent, un soutien technique et des biens contre le plus fort. Et l'équilibre des pouvoirs en Europe dépendait de lui. Cela lui a donné de grands avantages pour peu de dépenses : telle est sa politique vieille de plusieurs siècles. Pourquoi est-elle intervenue dans la guerre de 1914 ? Parce que l'Allemagne est devenue trop forte. L'Allemagne est devenue si forte que la Grande-Bretagne a dû abandonner sa politique traditionnelle. Il a fallu qu'elle prenne les armes, qu'elle s'implique dans la guerre et qu'elle se batte. Elle est parvenue à mobiliser un grand nombre de travailleurs britanniques et à les rejeter sur le continent européen. Le résultat fut qu'il soutena tellement la France qu'il finit par écraser l'Allemagne. Aujourd'hui, l'hégémonie en Europe appartient exclusivement à la France. L'Allemagne est à genoux et la France ne veut même pas négocier avec elle les conditions de sa capitulation. Mais à partir du moment où la France a acquis une hégémonie complète, une domination complète, la Grande-Bretagne n'a plus eu aucun recours. La France a annoncé : « Je prendrai la dysenterie ». La Grande-Bretagne a répondu : « Cela n'est pas dans mon intérêt. » Il y a un grand bruit qui dure longtemps. Pourquoi cela ne serait-il pas dans l'intérêt britannique ? Parce qu'il lui faut relever un peu l'Allemagne face à la France pour rétablir l'équilibre des forces. Et que fait la France ? Malgré les protestations de Curzon, elle s'installe dans la Ruhr et s'en empare. Et que fait la terrible Grande-Bretagne ? Il faut accepter ce qui s'est passé. La terrible Grande-Bretagne a menacé la Turquie, mais les Turcs, qui entretiennent de bonnes relations de voisinage avec nous, ont organisé une armée, non sans notre aide.</p>
<p>Que faisait la Grande-Bretagne ? Il envoya les Grecs contre eux. Elle ne disposait absolument pas de forces armées propres. Que faisaient les Turcs ? Ils battirent les Grecs et marchèrent vers Constantinople contre la terrible Grande-Bretagne, qui quitta précipitamment la ville. Camarades, du point de vue des relations internationales, c'est une question de la plus haute importance à notre époque : la Grande-Bretagne est impuissante sur le continent européen. Bien sûr, nous ne nous en plaindrons pas.</p>
<p>Que peut faire la Grande-Bretagne contre la révolution allemande ? Lui donner un ultimatum ? Mais cela ne suffira pas. Par conséquent, la question est encore une fois de savoir ce que fera la France et non la Grande-Bretagne. Si la France décide d'intervenir, la Grande-Bretagne pourra lui en bénéficier et l'aider avec l'argent dont elle a désespérément besoin. Elle peut bloquer les ports et les routes de transport maritime en provenance d'Allemagne, etc. Le rôle de la Grande-Bretagne sera celui d'un administrateur et d'un pirate. Mais le rôle décisif dans l'occupation de l'Allemagne sera joué par la France et ses vassaux locaux, la Belgique, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Est-ce possible ? Que va décider la France là-bas ? C'est la question fondamentale.</p>
<p>Là aussi, il est impossible de faire des prophéties précises et de dire : Non, certainement pas. Mais vous pouvez analyser la situation et notre analyse montre qu'il y a de bonnes raisons de penser que ce serait trop pour la France. Occuper un pays, un pays en révolution avec une population de 60 millions d'habitants, un pays où 59% de la population, sinon plus, vit dans les villes et seulement une minorité dans les villages, un pays quadrillé par les lignes ferroviaires, ce sera pas une tâche facile. Nous avons ici l'expérience de l'Ukraine. Il y avait là au total 250 000 soldats allemands et austro-hongrois. L'Ukraine n'est pas l'Allemagne : il y a peu de villes, le réseau ferroviaire est moins développé et les Allemands ne se sont pas éloignés des villes et des chemins de fer. Et quel a été le résultat ? Des révoltes paysannes spontanées se déroulèrent autour d'eux, les soldats allemands se démoralisèrent de mois en mois ; ils étaient les régiments les plus révolutionnaires de la révolution allemande lorsqu'ils rejoignirent leurs rangs. Si vous calculez bien - les occupations ne manquent pas dans l'histoire en général et à notre époque - si nous faisons le calcul, prenons une moyenne et cherchons combien de soldats seront nécessaires pour occuper une Allemagne révolutionnaire, ce calcul nous dit que un casting solide aura besoin de plus de 1 700 000 personnes. C'est toute l'armée en temps de paix. Si on y ajoute les armées des vassaux européens de la France, on obtient toujours moins d'un million et demi.</p>
<p>Mais camarades, vous avez besoin de l'armée pour autre chose que l'occupation de l'Allemagne. Si la France veut occuper l'Allemagne et décide de commencer à le faire, elle devra laisser derrière elle une partie de son armée pour forcer sa propre classe ouvrière à accepter cette occupation. Après tout, il y a des raisons pour lesquelles la France maintient son armée en temps de paix. Il y a des raisons de maintenir au moins un demi-million de soldats dans le pays et dans les colonies. C'est le minimum. Il en va de même pour ses vassaux. Autrement dit, pour que la France puisse décider d'occuper l'Allemagne, il faudrait qu'elle décide de la mobilisation d'au moins cinq ou six classes, comme on dit en France depuis des années. Est-ce possible ? Tout indique qu'il ne s'agit pas, sans provoquer de grandes tensions, d'un conflit interne très grave. N'oublions pas qu'il n'y a pas plus de 39 millions de Français en France. Elle a perdu un million et demi dans la guerre impérialiste. La population allemande augmente rapidement, mais la population française diminue, lentement mais sûrement. Il n'y a pas une seule famille en France qui n'ait perdu un fils, un frère, un mari ou un père. Pour la France, la mobilisation d'une classe n'a pas la même signification qu'ici. Pour nous, une classe rassemble un million de personnes. Notre pays est vaste, sa population augmente, et ici un million, c'est un petit nombre de soldats. En revanche, en France, avec une population tombée à 38,5 millions d'habitants, une population dont un million et demi de personnes ont été arrachées, où il y a une pénurie de main d'œuvre (faute de jeunes travailleurs, il y a Il y a désormais de nombreux Espagnols, Italiens, Polonais et Tchécoslovaques en France), mobilisent les Français, mobilisent les agriculteurs français. Et ils sont écrasés par les impôts parce que la dette nationale s'élève à 300 milliards. L'agriculteur français revient tout juste des tranchées. Parce qu'ils ont littéralement mobilisé des vieillards, des hommes de 45 ans. Il n'y a pas si longtemps, ils sont retournés sur leurs terres et les impôts ont été collectés. Et on leur dit maintenant qu'après leur complète et glorieuse victoire finale, qui leur a tant coûté et pour laquelle ils continuent de payer, ils doivent maintenant donner à nouveau 500 000 hommes pour enfin consolider cette victoire, avec la perspective d'une guerre unique européenne.</p>
<p>Les communistes français, les camarades français pensent qu'une telle mesure ne pourrait être mise en œuvre sans une réelle contrainte, c'est-à-dire sans effusion de sang, etc. C'est une difficulté. En revanche, il ne sera pas possible de mobiliser un million de soldats en Allemagne pour contraindre la Tchécoslovaquie et la Pologne à envoyer 750 000 hommes et à les laisser là-bas au détriment d'une Allemagne ruinée et appauvrie qui appauvrirait complètement et ruinerait l'occupation. Cela signifie retenir les soldats aux dépens de la même classe ouvrière qui se démoralise dans le feu de la révolution, tout comme les soldats allemands ont été démoralisés ici. Bref, on ne peut pas estimer les difficultés pour Poincaré. Bien sûr, ce ne serait pas très flatteur pour lui si une révolution prolétarienne se développait à côté de chez lui - et sa tâche n'est pas facile.</p>
<p>Mais cela ne veut pas dire, camarades, que la bourgeoisie française fera toujours ce travail. Lorsqu'une classe habituée à gouverner est menacée de ruine, il n'y a pas de folie à laquelle elle ne puisse recourir. Et quand j'analyse les conditions d'une occupation, je le fais pour montrer que leur travail dans ce cas n'est pas si facile, les chances ne sont pas de 100% en faveur de nos ennemis, mais au contraire seulement de 25%, l'histoire nous en donne 75. %.</p>
<p>En tout cas, il ne fait aucun doute que la bourgeoisie française hésitera encore longtemps. Différents groupes et partis s'affronteront avant qu'une décision ne soit prise concernant une aventure aussi diabolique. Par conséquent, la révolution allemande aura un délai de grâce de deux, trois ou quatre mois et nous savons ce que cela signifie. Bénéficier d'un délai de grâce signifie tout obtenir.</p>
<p>Ensuite, il y a la Pologne. La France ne peut pas faire le travail seule : elle a certainement besoin de l'aide de la Pologne. La Pologne peut-elle intervenir ? Va-t-il intervenir ? Ici, camarades, on ne peut pas jouer au prophète (c'est généralement un rôle ingrat, comme cela a déjà été souligné aux temps bibliques), mais pour un marxiste qui analyse les conditions concrètes, il est non seulement permis, mais obligatoire, les conditions d'examiner et de prédire que quelque chose est plus ou moins probable. Donc, en ce qui concerne la Pologne, je dois avant tout me défendre contre l'attitude philistine ou contre les opinions qui nous inondent, qui ont pénétré dans les rangs du parti, selon lesquelles la guerre contre la Pologne est inévitable, qu'elle est décidée, presque scellé. Camarades, il ne faut pas céder à ce fatalisme ; il n'en résulterait que de terribles catastrophes. Nulle part, dans aucun livre, dans aucun programme de parti, il n'est fait mention d'une guerre contre la Pologne. Une telle guerre est-elle impossible ? Pas du tout. Malheureusement non. Quelles sont les chances que nous traversions cette ère en paix ? C'est impossible à dire, mais je pense qu'ils existent, exactement pour la même raison qui fait qu'il est difficile pour la France d'occuper une Allemagne révolutionnaire.</p>
<p>J'en ai déjà parlé. La Pologne elle-même n'a pas l'intention de combattre seule : elle ne peut être entraînée par la France que si une gigantesque coalition est formée pour écraser l'Allemagne. Ils essaieraient probablement de nous mettre ce cylindre de compression sur le dos si cette affaire devenait un gigantesque projet à l'échelle européenne. Mais la Pologne elle-même ne peut certainement pas avoir de plan, car elle doit se contenter de l'idée d'exploiter l'intervention pour prendre le contrôle de Dantzig et de la Prusse orientale, c'est-à-dire pour tirer quelques miettes de la table grâce à cette intervention. . C'est une politique de petit vol. Mais la question a un autre aspect, moins important pour la révolution allemande, mais qui a une signification directe pour la Pologne et surtout pour nous, pour nos agriculteurs. Nous sommes devenus un pays exportateur de céréales : d'un point de vue économique, tout notre avenir dans les prochaines années dépend de notre capacité à exporter des céréales. Nous pouvons combler notre maudit fossé [entre la production agricole et la production industrielle], qui ne s'est pas comblé mais s'est ouvert ces derniers mois, de deux manières : en améliorant la condition de notre industrie, où de très nombreuses choses ne sont pas satisfaisantes, et en augmentant la taille de notre industrie. les exportations de céréales des agriculteurs, de sorte que le prix des céréales augmente ici. Pour exporter nos céréales, nous devons trouver des moyens de communication, par voie terrestre ou maritime. Pour nous, l'Allemagne est le marché le plus important pour les céréales de nos agriculteurs. Sans nos céréales, les ouvriers allemands ne peuvent pas survivre et la révolution soviétique [allemande] ne peut pas survivre. L'Amérique ne les nourrira pas et si elle les nourrit, ce sera comme ce fut le cas pour nous au cours des troisième, quatrième et cinquième années de la République soviétique. Si une catastrophe similaire devait arriver à l'Allemagne, il pourrait arriver, après un certain temps, qu'elle se nourrisse du grain de l'American Relief Association, le grain philanthropique américain ; mais au cours de la première année de la révolution, le marché américain ne fournira certainement pas de céréales à la République allemande.</p>
<p>La Grande-Bretagne décidera très probablement de bloquer les ports allemands, comme elle l'a fait pour les nôtres. La seule option qui reste est de savoir comment les céréales russes, les céréales de notre Union soviétique, peuvent être livrées en Allemagne. Cela peut se produire de deux manières : par voie maritime (ce qui ne serait pas sans danger puisque la Grande-Bretagne contrôle les vagues) et par voie terrestre à travers la Pologne. Nos céréales sont donc une question de vie ou de mort pour la révolution allemande, tout comme le marché allemand est une question de vie ou de mort pour notre développement économique. Nous avons besoin du marché allemand pour nos céréales et nous avons besoin de produits allemands, de produits de l'industrie allemande pour nos agriculteurs et pour nos travailleurs. En général, il n'existe pas deux pays au monde dont la structure économique et les intérêts se complètent autant que ceux de l'Union soviétique et de l'Allemagne, un pays super-industriel doté d'un haut niveau de technologie et de culture, et nous, avec notre espaces, nos opportunités non formées dans l'agriculture, notre technologie arriérée et le faible niveau de notre culture. Une union pratique entre ces deux pays, sur le plan économique et à tous les autres niveaux, représente la plus grande puissance qui ait jamais existé sur terre.</p>
<p>Mais entre nos deux pays, il y a la Pologne. Vous pouvez facilement vous en convaincre en regardant la carte et les diplomates polonais le font encore et encore et s'en convainquent. Cela rend la situation internationale actuelle très grave : tout se résume à une simple demande commerciale concernant la liberté de libre-échange avec l'Allemagne, avec l'Occident : nous donnons à l'industrie de Lodz le passage vers la Perse pour ses marchandises et tout ce qu'elle veut. Passage gratuit des marchandises. Lorsque cette question est posée dans la presse polonaise, de nombreux hommes politiques répondent que ce n'est pas possible, que la Pologne ne peut pas être obligée de se placer dans la pince entre la Russie et l'Allemagne. Ce n'est pas du tout convaincant car cette pince est un fait géographique. Cela existe : un État ne peut pas bouger d'où il est. La Pologne est là où elle est, entre nous et l'Allemagne. Lors des négociations avec la Pologne à Riga, nous avons proposé qu'une certaine partie de notre territoire ait une frontière commune avec l'Allemagne, ce qui nous donnerait un accès direct à l'Allemagne. Bien entendu, nous aurions beaucoup moins dérangé la Pologne. Mais la Pologne a bénéficié de la présence de Wrangel dans notre arrière-pays, qui continuait à se battre [contre nous], et nous a imposé des conditions pires que nous avons dû accepter. En raison de ces conditions, nous étions coupés de l'Allemagne. La Pologne nous sépare maintenant.</p>
<p>Néanmoins, la Pologne peut jouer deux rôles dans ces conditions : celui de pont entre nous et l'Allemagne ou celui de barrière, de mur impénétrable, entre nous et l'Allemagne. Cela dépend des hommes politiques polonais. Nous préférons que la Pologne joue le rôle de pont. Sur ce pont, il peut imposer des péages et exiger que toute personne qui traverse le pont paie une somme pour le droit de traverser le pont. Nous sommes prêts à payer. La Pologne aura entre ses mains tous les avantages de sa position géographique : mais si elle choisit de devenir une barrière entre nous et l'Allemagne, cela représentera quelque chose qui plongera les travailleurs allemands dans la faim et nous privera de notre accès au marché européen et donc au marché mondial va voler. La question ne peut pas être posée autrement. La question de la libre circulation vers l'Ouest est une question de vie ou de mort pour nous comme pour la classe ouvrière allemande. La Pologne le permettra-t-elle ? Pourquoi devrait-il refuser cela ? Pourquoi la bourgeoisie polonaise ne prend-elle pas l'initiative qui lui rapporterait des profits et épargnerait également à l'Europe occidentale certaines terribles complications ? Nous entendons par passage, bien sûr, le véritable droit de passage, c'est-à-dire que nous aurons la possibilité d'envoyer notre grain en Allemagne sans interruption et pour qu'il arrive, la Pologne n'a pas besoin de faire la guerre contre ou contre l'Allemagne. , sinon notre caution disparaîtra et nous ne pourrons pas transporter nos céréales. Il doit donc y avoir une obligation mutuelle de ne pas s'immiscer dans les affaires allemandes. Un programme simple et clair. Ce sera le nôtre contre la Pologne. Est-ce un programme de paix ou de guerre ? Absolument un programme de paix.</p>
<p>Je dis très sérieusement que pour nous la guerre serait une terrible épreuve et nous devons être clairs à ce sujet. Nous venons de terminer notre redressement, nous sommes loin de pouvoir rapprocher les deux tranchants – les « ciseaux » sont toujours importants. La guerre d'aujourd'hui, si nous y étions forcés, ne serait pas une bataille à petite échelle, mais une bataille que les manuels appellent une « guerre majeure », c'est-à-dire une guerre impliquant des millions de combattants et qui dure des mois et des mois. Cela représenterait un coup monstrueux pour notre développement économique et culturel et, bien sûr, un coup non moins économique et culturel pour le développement de la Pologne. En général, il est très difficile de prédire aujourd'hui quelles seraient les conséquences d'une telle guerre, qui impliquerait de nombreux autres pays, mais il existe un risque que dans cette guerre la révolution allemande s'effondre dans le sang et les ruines. Nous sommes particulièrement intéressés à ce que la classe ouvrière allemande résolve ces problèmes elle-même, avec ses propres forces, dans un environnement de paix extérieure tel que la guerre civile en Allemagne ne se transforme pas en guerre impérialiste autour d'elle.</p>
<p>C'est pourquoi tous nos efforts, ceux de nos diplomates, doivent et sont orientés vers la défense de la paix jusqu'au bout. Il est difficile de dire si nous réussirons, car il est probable qu'un jour, tôt ou tard, les contradictions qui existent en Europe déboucheront sur un conflit international sanglant ; Mais la défense de la paix et de la révolution allemande ainsi que notre protection contre la guerre le plus longtemps possible sont les tâches les plus importantes de notre Etat. Il est donc totalement faux de dire, comme certains le font de manière bourgeoise dans les cercles philistins, que nous lutterons définitivement contre la Pologne. Ce n'est pas comme si la question se posait. Il faut dire que si elle se présentait ainsi, les travailleurs de base et les agriculteurs ne nous comprendraient pas. La guerre n'aurait rien d'étrange, je le répète, et envoyer aujourd'hui à la guerre des millions d'ouvriers et des centaines de milliers de chevaux et de chariots agricoles - faire tout cela sans nécessité absolue serait une pure folie et un crime très grave. Parler de faire la guerre sans le soutien de la classe ouvrière allemande est une abstraction. Quel meilleur moyen de soutenir la caisse des travailleurs allemands que d'assurer son approvisionnement en céréales - nous le faisons en exigeant le droit de passage à travers la Pologne. Le meilleur soutien à la classe ouvrière serait que la Pologne ne fasse pas de grève contre Berlin ou Poznan, et nous lui apportons ce soutien en obtenant un accord réciproque de la Pologne pour s'abstenir de toute intervention armée dans les affaires allemandes. C'est notre programme que nous présenterons aux masses, aux travailleurs et aux agriculteurs. Pour qu'on se rende compte que nous ne trahissons pas les travailleurs allemands, que nous faisons tout notre possible pour les sauver, mais sous la forme qui leur est utile et nécessaire : nous luttons de toutes nos forces et de toutes nos ressources pour préserver la Paix, pour le limite ultime des possibilités ! C'est notre programme.</p>
<p>Son succès est-il garanti ? Nous ne savons pas comment le cours des événements en Allemagne se reflétera en France, en Pologne, etc. Nous ne savons pas quelles sont les limites de l'aventurisme, de la soif de sang et du pillage des classes dirigeantes des différents pays. Par conséquent, nous ne pouvons pas garantir à tout le monde, aux masses du pays, que les événements réels ne mèneront pas à un conflit sanglant et nous disons qu'il faut s'y préparer. Si l'on estime que la probabilité d'une guerre est inférieure à 33 %, il faut s'y préparer à 100 %. Parce que si le destin s'annonce finalement sanglant pour nous, nous ne voulons pas être vaincus. Mais dans cette préparation, un facteur très important est la préparation idéologique de nous-mêmes et des classes ouvrières qui marchent derrière nous et avec nous.</p>
<p>Tous les citoyens de ce pays doivent clairement comprendre nos politiques. Et il ne s'agit pas ici d'une politique consistant à jouer à la légère avec la guerre, le feu d'un conflit européen ; au contraire, il s'agit d'une lutte politique systématique, âpre, persistante et cohérente pour préserver la paix autour de la révolution allemande. Et, camarades, nous devons faire en sorte que les grandes masses de notre pays, en même temps que le gouvernement et les diplomates, franchissent pas à pas toutes les étapes de la révolution allemande dans la situation internationale, afin qu'elles puissent être sérieusement prises en compte. reflété dans toutes les mesures, toutes les initiatives qui... prises par le pouvoir soviétique, visaient à assurer la paix par le passage et l'accord mutuel de ne pas intervenir dans les affaires allemandes.</p>
<p>Si vous parlez à un paysan (je pose la question de la manière la plus simple), quelque part dans la province de Penza, où vous ne savez pas vraiment ce qu'est l'Allemagne et où elle se trouve, et que vous lui dites : « Camarade ou paysan, nous ferons guerre contre la Pologne pour les ouvriers allemands – donnez-nous votre chariot, votre cheval et votre grain », alors ce fermier ne vous comprendra pas et se détournera de vous. Mais supposons qu'il soit démontré de manière pratique que nous luttons pour ses intérêts dans une lutte pour les travailleurs allemands, car il doit exporter ses céréales et peut importer des produits industriels d'Allemagne ; que grâce à ces pressions pacifiques, ces négociations, etc., personne n'est obligé de prendre des mesures ou des initiatives et nous réglerons le problème de manière pacifique. Mais supposons que nous n'arrivions pas à faire de la Pologne une barrière entre nous et l'Allemagne ? Si les classes dirigeantes de Pologne osaient faire une tentative meurtrière et suicidaire pour asphyxier les deux peuples divisés par la Pologne, les Allemands et nous, ce qui est inévitable quand il y a guerre dans ces conditions : nous prouverions à tous les paysans - je ne suis pas dire aux travailleurs qu'ils nous imposent un sort historique contre notre volonté, malgré tous nos efforts ; que nous, avec eux et sous leur direction, avons fait tout ce que nous pouvions pour aider les travailleurs allemands de manière pacifique.</p>
<p>Ceci, camarades, est la garantie la plus importante du succès dans ces épreuves historiques difficiles, dans la guerre, que les gens traversent consciemment chaque période de leur préparation, qu'ils comprennent que nous avons essayé d'éviter l'effusion de sang qui nous entoure, que nous avons tout fait pour assurer la possibilité d'un développement économique pacifique pour les agriculteurs, comme cela leur a été montré comme perspective lors de l'exposition agricole, et aussi pour les travailleurs qui doivent élever le niveau de notre industrie. Je dis que si nous avons fait tous les efforts sérieux et honnêtes, les masses seront d'accord avec nous et si la guerre éclate de toute façon, il n'y aura pas de division entre le gouvernement ouvrier et la classe ouvrière ou entre la classe ouvrière et la paysannerie.</p>
<p>Lorsque cet énorme bloc sera formé par ce pays révolutionnaire, il se dira : il n'y a pas d'autre issue. Nous nous battrons, nous nous battrons bien et nous vaincrons nos ennemis.</p>
<p>1. Dans cette version, la terminaison non sexiste « Inside » a été utilisée d'une manière quelque peu incohérente qui ne correspond pas aux pratiques de l'époque. Nous l'avons donc changé pour la forme masculine qui était courante à l'époque.</p></div>
Révolution et contre-révolution en Turquie
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9082
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90822026-07-09T22:34:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionTurquie
<p>Révolution et contre-révolution en Turquie en 1908-1909 <br class='autobr' />
La Turquie constitutionnelle <br class='autobr' />
(1908) <br class='autobr' />
Christian Rakovski <br class='autobr' />
La dernière forteresse de l'absolutisme et de la théocratie en Europe est tombée : la Turquie est devenue à son tour un État constitutionnel. [1] <br class='autobr' />
On sait comment les événements se déroulèrent. Vers la mi-juillet, le télégraphe répandit aux quatre coins du monde l'étrange nouvelle qu'un officier turc, Effendi Niazi, s'était enfui dans les montagnes de Monastir avec une (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Révolution et contre-révolution en Turquie en 1908-1909</h2>
<p>La Turquie constitutionnelle</p>
<p>(1908)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>La dernière forteresse de l'absolutisme et de la théocratie en Europe est tombée : la Turquie est devenue à son tour un État constitutionnel. [1]</p>
<p>On sait comment les événements se déroulèrent. Vers la mi-juillet, le télégraphe répandit aux quatre coins du monde l'étrange nouvelle qu'un officier turc, Effendi Niazi, s'était enfui dans les montagnes de Monastir avec une centaine de soldats et de civils. Dans ce pays où coexistaient le pouvoir des rois montagnards et de leurs bandes et le pouvoir fictif du sultan, cette escapade n'avait rien d'extraordinaire que la qualité et la nationalité de son principal acteur. On se demandait si les Jeunes Turcs allaient déclencher une guérilla contre les autorités, comme l'avaient fait les révolutionnaires bulgares, grecs et autres, ou si l'on assistait à un acte isolé sans importance ? Les événements nous montrèrent bientôt que nous assistions à plus qu'à une mutinerie : la Turquie vivait une véritable révolution. L'acte d'Effendi Niazi fit surgir une conspiration qu'un incident fortuit, inconnu jusqu'alors, déclencha prématurément.</p>
<p>Après l'exploit d'Effendi Niazi, l'événement le plus important de la révolution fut la capture par Niazi du maréchal Osman Pacha, envoyé par Constantinople pour réprimer le mouvement. Cette même nuit, 24 juillet, le sultan, informé par Hilmi Pacha, commissaire général de Macédoine, que le corps d'armée de cette province s'était joint aux insurgés, s'empressa d'annoncer le rétablissement de la Constitution de 1876.</p>
<p>A partir de ce moment, le mouvement révolutionnaire des Jeunes Turcs devint légal et gouvernemental. Il obtint la suppression de la censure, une amnistie générale et aussi, comme garantie de la sincérité des intentions du Sultan, le remplacement du grand vizir Saïd Pacha par Kinmil Pacha, considéré comme représentant une tendance plus libérale. Des changements analogues se produisirent dans le gouvernement et dans la haute administration. Au cours de ces événements, l'attitude de la camarilla fut des plus pitoyables. Tous, Izzet Bey, le premier secrétaire du Sultan, le personnage le plus influent, Melhame Pacha, Mounir Pacha, les ambassadeurs et les organisateurs de l'espionnage à l'étranger, se convertirent subitement au plus pur constitutionnalisme, tout en essayant de fomenter une contre-révolution – témoin la mutinerie loyaliste des soldats d'Andrinople. Cela n'a rien d'étonnant, car le Sultan lui-même s'empressa de déclarer qu'il avait toujours été un admirateur de la Constitution et que ce n'étaient que les intrigues de personnes mal intentionnées qui l'avaient poussé à arrêter et à emprisonner ses défenseurs.</p>
<p>Il ne se passe guère de jour sans que les journaux ne nous apportent la preuve du zèle constitutionnel du Sultan. Dans son empressement à plaire aux Jeunes Turcs, il a même proposé sa propre candidature au poste de président honoraire du Comité « Union et Progrès » et a lui-même fait frapper une médaille commémorant la proclamation de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.</p>
<p>Ce prosélytisme soudain n'est ni le résultat d'un calcul trop évident pour tromper qui que ce soit, ni la preuve de la puissance des Jeunes Turcs ; il révèle plutôt la dépression psychologique du Sultan.</p>
<p>Atteint de la folie héréditaire morbide dont est mort son frère aîné, affaibli par le surmenage et une affection de la vessie, Abdul Hamid est de plus en plus en proie à des obsessions. Il est hanté par ce que la presse turque évite soigneusement de mentionner depuis trente-deux ans : le régicide. On sait que tous les assassinats d'hommes d'Etat étrangers ont été décrits au peuple turc comme des accidents ou des maladies. On comprend donc que le sultan Abdul Hamid, se voyant complètement abandonné par l'armée et ses partisans, tente, par des platitudes mal déguisées, de gagner la confiance des Jeunes Turcs tout en empêchant que les concessions sur la constitution dépassent certaines limites. Ainsi, dans le récent Hati-Houmayoun par lequel il rétablit solennellement la Constitution, Abdul Hamid conserva le droit de nommer directement non seulement le grand-vizir et le cheik-ul-islam (le chef religieux des musulmans) mais aussi les ministres de la guerre et de la marine. Les protestations unanimes que cela provoqua déterminèrent la chute de Saïd Pacha.</p>
<p>Pour compléter le bilan de la révolution turque, il faut ajouter que les élections législatives ont été fixées au mois de novembre. Conformément à la Constitution de 1876, le Parlement sera composé de deux chambres : le Sénat dont les membres seront nommés par le Sultan, et la Chambre des députés élue au suffrage indirect.</p>
<p>Le contentement produit par les événements de Constantinople fut général, du moins en apparence. Mais le résultat le plus remarquable fut le désarmement des bandes en Macédoine. Ce que trois corps d'armée n'avaient pu imposer fut obtenu en vingt-quatre heures par le rétablissement de la Constitution. Le spectacle des nombreuses bandes bulgares, grecques et serbes, quittant volontairement les montagnes où elles s'exterminaient mutuellement et descendant dans les villes pour danser ensemble la « danse fraternelle » au milieu des acclamations des foules bigarrées, fut, sans aucun doute, un merveilleux témoignage de l'effet pacifiant de la liberté.</p>
<p>La révolution turque, si elle continue sur la même marche triomphale, n'aura pas de conséquences moins favorables pour la paix dans les Balkans et en général pour toute l'Europe. Les convoitises qu'un passé, considéré jusqu'ici comme très récent, a suscitées seront apaisées lorsque chacun verra que la Turquie, loin de disparaître, grandira et progressera. Pour la Turquie elle-même, jusqu'ici le plus militariste des États, le régime constitutionnel aura des conséquences des plus favorables, tant sur le plan financier et politique qu'économique et social. Sous l'anarchie qui régnait, la puissance de la corruption, l'exemption des étrangers de la juridiction des tribunaux qui mettait tous les tricheurs cosmopolites à peu près à l'abri des poursuites, toute activité industrielle ou économique normale était impossible. Pourtant la Turquie, étendue sur deux continents (1), baignée de toutes parts par la mer, traversée par de riches voies d'eau, possédant d'abondantes mines, ayant des champs fertiles sur lesquels on peut cultiver des produits propres à tous les climats, présente les conditions les plus favorables au développement d'une industrie puissante. Il ne lui manque qu'un régime libéral et honnête.</p>
<p>Ce régime sera-t-il enfin inauguré par le triomphe du parti des Jeunes Turcs ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord examiner les origines du mouvement libéral turc et les circonstances politiques dans lesquelles il est amené à évoluer.</p>
<p>Ce n'est pas la première fois que la Turquie tente d'assimiler les structures politiques occidentales : la Constitution actuelle date de 1876. Mais en réalité, le mouvement réformateur en Turquie remonte à une époque bien antérieure, celle de Selim qui, le premier, au prix de sa vie, tenta de dissoudre la milice des janissaires. Depuis lors, plus d'un réformateur a tenté d'implanter des institutions occidentales sur les rives du Bosphore. Certains hommes d'Etat ont même dénoncé ce zèle réformateur comme l'une des causes de la décadence turque. C'est le cas de Metternich, entre autres, qui prononçait ce dicton, souvent cité par les vieux Turcs : « Les Turcs doivent rester Turcs ».</p>
<p>Ces réformes n'ont jamais été sérieusement appliquées mais, néanmoins, on leur doit le rétablissement des populations chrétiennes en Turquie. Les principales réformes furent celles introduites par le sultan Abdul Hamid et connues sous le nom de Tanzimat. Les premières furent introduites avec l'arrivée au trône de ce sultan, soit en 1839, les autres après la guerre de Crimée. Elles sont contenues dans deux actes : le Hatti Cherif de Gulhane et le Hatti Houmayoum.</p>
<p>Le but de toutes ces réformes était de mettre la Turquie en conformité avec les États modernes en ce qui concerne les droits civils et publics. Avant les Tanzimat, il n'y avait pas de séparation des pouvoirs en Turquie et par conséquent aucune garantie pour la vie, les biens et l'honneur des citoyens. Les autorités administratives appliquaient à leur guise la peine de mort et la confiscation des biens. Les Turcs comme les chrétiens souffraient de cet état de choses, à la différence que ces derniers étaient contraints dans l'exercice de leur religion en plus des humiliations de toutes sortes qu'ils subissaient en tant que peuple conquis.</p>
<p>La réforme de 1856 décrétait l'égalité civile de tous les sujets ottomans sans distinction ; celle de 1839 introduisait un système régulier de collecte des impôts et limitait le service militaire obligatoire, toutefois pour les seuls musulmans. Mais toutes ces réformes laissaient intact le pouvoir absolu du sultan et maintenaient la population à l'écart de toute vie publique. Les chrétiens, exemptés de l'armée, étaient en outre exclus de fait de toutes les fonctions civiques alors même que la réforme de 1656 [1856 ? – HR ] avait reconnu leur droit à l'égalité.</p>
<p>Ce n'est qu'en 1876 que l'on assiste à la première grande réforme politique en Turquie : la proclamation d'une Constitution parlementaire ou Ganouni-Essasi.</p>
<p>Un diplomate français, le comte Charles de Mouy, décrit dans la Revue des Deux-Mondes de février 1900 un épisode typique lié à cette proclamation.</p>
<p>A cette époque, une conférence internationale avait été convoquée pour donner une autonomie organisationnelle aux provinces de la Turquie d'Europe (Bulgarie, Macédoine et Bosnie). Au cours de la séance du 23 décembre 1876, alors que les délégués des différentes puissances allaient commencer leurs délibérations, des coups de feu retentirent. Le président de la conférence, le délégué turc Salvet Pacha, se leva alors et annonça solennellement :</p>
<p>« Ces salves marquent la promulgation de la Constitution que le Sultan accorde à son empire. Cet acte change la forme de gouvernement qui a duré six cents ans et inaugure une nouvelle ère de prospérité pour les peuples ottomans. »</p>
<p>M. de Mouy ajouta que les plénipotentiaires, non pas surpris comme ils s'attendaient à quelque incident, mais très irrités de cette action théâtrale évidemment destinée à les éblouir et à troubler leur ordre du jour, gardèrent un silence glacial... Puis, sans aucune félicitation, et comme si de rien n'était, passèrent aux affaires du jour.</p>
<p>Les événements ultérieurs ont justifié leur méfiance.</p>
<p>Abdul Hamid qui, avant de monter sur le trône, avait fait preuve d'un constitutionnalisme plus grand que celui de Midhad Pacha, venu négocier avec lui, saisit la première occasion favorable pour suspendre la Constitution.</p>
<p>Assiste-t-on à une répétition de cette vieille comédie ? Nul doute que le Sultan n'hésiterait pas à suspendre une seconde fois la Constitution et à jeter en prison ses défenseurs s'ils faisaient preuve de faiblesse.</p>
<p>Abdul Hamid est en effet l'un des monarques les plus despotiques de l'histoire. Voici ce qu'écrit l'ambassadeur de France à Constantinople dans un document officiel du 15 octobre 1881 publié dans Le Livre Jaune :</p>
<p>« La Porte n'existe plus : c'est même le trait essentiel, le caractère principal du régime sous lequel se trouve actuellement l'Empire ottoman. Avant Abdul Hamid, le pouvoir du sultan était absolu, mais il s'exerçait par l'intermédiaire de ministres qui jouaient un rôle actif dans le gouvernement, dans l'administration, dans la conduite de la politique étrangère, etc., etc. Il n'en est plus ainsi. Les ministres sont de simples garçons de courses censés exécuter sans réserve les ordres du souverain. »</p>
<p>Après avoir exercé un pouvoir aussi illimité pendant vingt-sept ans, Abdul Hamid peut difficilement tolérer une volonté supérieure à la sienne. Il reste donc le principal opposant au nouveau régime et ses assurances actuelles n'ont pas plus de valeur que celles de 1876.</p>
<p>On sait que le grand architecte de la Constitution de 1876 fut Midhad Pacha, qu'il fut destitué du pouvoir en février 1877, exilé en Asie Mineure puis emprisonné, accusé d'avoir détrôné le sultan Abdul Aziz. Midhad Pacha mourut en prison, très probablement empoisonné.</p>
<p>Le premier échec du parti des Jeunes-Turcs ne fut pas seulement dû à sa faiblesse numérique mais surtout à sa conception politique erronée. La place accordée aux chrétiens par Midhad Pacha et ses amis dans leur système gouvernemental était tout à fait insuffisante pour les rattacher à l'Empire ottoman. Les Jeunes-Turcs de cette époque se laissaient trop influencer par l'antagonisme racial qui existait entre musulmans et chrétiens.</p>
<p>Aujourd'hui encore, c'est cet antagonisme qui constitue le principal danger pour la révolution turque, dans la mesure où il est réel et a une dimension non seulement religieuse mais aussi sociale et économique. Dans les villes, la bourgeoisie est en majorité catholique, les Turcs étant fonctionnaires et militaires. Ajoutez à cela l'organisation particulière de la famille turque, fondée sur l'esclavage absolu des femmes, et l'on comprend l'âpreté des luttes entre musulmans et chrétiens, le mépris et la haine qu'ils éprouvent les uns pour les autres. Des siècles de domination sans partage ont renforcé chez les Turcs leur sentiment de supériorité sur les chrétiens, les « ghiaours », race d'êtres inférieurs et d'esclaves. C'est la psychologie des classes dominantes turques que les clercs ont répandue aussi parmi les classes inférieures maintenues dans l'ignorance la plus crasse. Le fait que seuls les musulmans soient soumis au service militaire a renforcé leurs préjugés raciaux.</p>
<p>Cet antagonisme est en quelque sorte confirmé par une tendance sociologique : la différence de natalité entre Turcs et Chrétiens. Alors que le taux de natalité chez les Chrétiens est de 41,7 pour mille par an (chiffres officiels du recensement bulgare), celui des Turcs n'est que de 23,5. C'est le résultat des évolutions sociales différentes des conquérants et des conquis.</p>
<p>La reconnaissance de ce fait nous indique que le but de la révolution turque doit être plus élevé que la simple instauration d'un système politique. Il doit être d'élever un peuple au niveau de la civilisation et de la culture modernes. En réalité, il serait puéril de nier que l'élément chrétien en Turquie est beaucoup plus capable d'une vie politique moderne que l'élément turc et que, par conséquent, grâce à une franche alliance avec lui, le parti réformateur trouvera les forces nécessaires à la réalisation de son programme.</p>
<p>L'incompatibilité relative entre la culture musulmane et surtout la famille musulmane et un régime de liberté et d'égalité politique et civile n'est pas généralement reconnue. Beaucoup de Turcs la nient, et les événements semblent les conforter. En fait, l'empressement avec lequel toute la Turquie, y compris ses astrologues et son « Cheik-ul-Islam », déclare « sans réserve » son soutien au régime constitutionnel semble contredire notre affirmation, si ce n'était qu'il y avait une autre explication. Il suffit de noter que le foyer de la propagande des Jeunes Turcs était la Macédoine et que l'explosion du mouvement a coïncidé avec le projet anglo-russe de réformes pour comprendre les origines plus nationalistes que libérales du mouvement actuel. Tous se sont emparés de la Constitution comme d'un moyen de sauver la Turquie d'une nouvelle amputation. Cela ne signifie pas que tous tiennent compte des concessions qui doivent être faites pour réconcilier les chrétiens et aussi pour donner aux masses populaires turques confiance dans le nouveau régime. En tout cas, une diversité de vues sur ce point existait déjà avant la révolution. Les cercles autour de Mechveret montrent des tendances très nationalistes. L'idéal politique de ce groupe est un pouvoir central puissant assisté d'un parlement tel que le prévoit la Constitution de 1876. L'autre faction, groupée autour du neveu du sultan, Sebah-Edin, et qui a conclu il y a quelques mois une alliance offensive avec les révolutionnaires arméniens, cherche le salut de l'empire dans une fédération des peuples habitant la Turquie.</p>
<p>Il est indéniable que le programme démocratique de ce groupe est le seul qui puisse garantir l'exercice général et sincère de la liberté.</p>
<p>Elle va aussi à l'encontre non seulement du programme des révolutionnaires arméniens, mais aussi de celui des révolutionnaires macédoniens. [A] Les déclarations de ces révolutionnaires, leurs manifestations significatives à Salonique et à Monastir, n'auraient pas suffi à nous assurer de la sincérité de leurs intentions s'il n'existait pas d'autres preuves, à savoir les luttes souvent sanglantes entre les fédéralistes macédoniens et les partisans macédoniens de l'union avec la Bulgarie. L'assassinat de Sarofos, ancien président du comité macédonien de Sofia, n'a été qu'un incident dans ce conflit fratricide. Après les récents événements de Turquie, les organisations macédoniennes qui ont des liens avec le comité de Sofia, et donc avec les milieux bulgares non officiels, ont déclaré par la voix de leur président actuel, Pintcheff, qu'elles ne voulaient pas faire obstacle à l'œuvre réformatrice des Jeunes Turcs. L'instauration d'un régime de liberté en Turquie est une nécessité si vitale pour tous ses peuples que personne n'ose accepter ouvertement la responsabilité de s'y opposer. Néanmoins, les gouvernements des pays balkaniques, ainsi que les diplomaties de la Russie, de l'Allemagne et de l'Autriche, tout en faisant des déclarations favorables aux changements en cours, verraient avec une grande satisfaction l'échec du mouvement réformateur. Son succès dresserait des obstacles à leur politique d'expansion territoriale ou économique.</p>
<p>Il faut espérer que toutes les intrigues venues de l'étranger et toutes les résistances intérieures seront vaincues par la collaboration de plus en plus étroite des Jeunes Turcs avec les éléments chrétiens démocratiques. Les premiers doivent comprendre que sans l'aide des seconds, et donc sans un régime d'égalité absolue entre Turcs et chrétiens, l'œuvre de rénovation de la Turquie est impossible. De leur côté, les chrétiens doivent être convaincus qu'il est de leur intérêt le plus immédiat d'aider les Turcs à créer des conditions de vie modernes, honnêtement et sans esprit de séparatisme ; autrement, on reviendra au régime des massacres, de la misère et de la tyrannie pour les peuples de l'empire turc.<br class='autobr' />
Note du traducteur</p>
<p>A. Il va à l'encontre signifie « aller à l'encontre » selon mon dictionnaire, mais dans le contexte du texte de Rakovsky, il semblerait que le programme fédéraliste démocratique du groupe de Sebah-Edin coïncide avec ceux des Arméniens et des Macédoniens. Il est possible que « va à l'encontre » puisse signifier « va à la rencontre ». C'est ainsi que je l'ai rendu.<br class='autobr' />
Note</p>
<p>1. La Turquie (en Europe et en Asie) a une superficie de 2 775 000 km² et une population de 25 millions d'habitants. En Europe, elle occupe les provinces suivantes : Albanie, Macédoine, Épire et Thessalie (en partie Thrace, vilayet d'Andrinople). En Asie, elle occupe l'Anatolie, l'Arménie turque, l'Arabie, la Syrie, le Kurdistan, la Mésopotamie. En Afrique, elle occupe Tripoli. Nous ne comptons pas les provinces nominalement turques : la Roumanie orientale est unie à la Bulgarie depuis 1885, et l'Égypte est devenue de fait un protectorat de l'Angleterre.</p>
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<p>La révolution turque</p>
<p>(Août 1908)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>Après la Russie et la Perse, c'est la Turquie qui entre dans le mouvement révolutionnaire. Mais ce qui caractérise la révolution turque, c'est son évolution rapide et son succès rapide – du moins en apparence. En l'espace de deux semaines, l'armée rebelle est devenue maîtresse de la Macédoine. Le sultan effrayé a été contraint d'accepter une constitution ou plutôt de rétablir celle de 1876. Ainsi est renversée la dernière autocratie européenne. La déclaration du général Ignatief, ambassadeur de Russie à Constantinople au moment de la proclamation de la première constitution turque : « Nous ne permettrons pas que la Russie reste le seul pays d'Europe sans constitution » n'a plus aucun fondement. En théorie du moins, toute l'Europe est constitutionnelle.</p>
<p>Mais si les changements en Turquie ont un intérêt plus général, c'est par rapport à la fameuse « question d'Orient ».</p>
<p>Sommes-nous sur le point de résoudre ce problème et donc d'éliminer l'une des plus grandes causes de guerre ?</p>
<p>Sans aucun doute, si quelqu'un, en dehors des populations de l'Est turc elles-mêmes, a intérêt à la solution complète de cette question, c'est bien le prolétariat. La Turquie est aujourd'hui un champ ouvert aux complots capitalistes et impérialistes de tous les pays. Tous, en attendant l'effondrement de l'empire pour s'emparer de certains de ses territoires, cherchent actuellement à y obtenir une plus grande influence et davantage de concessions et de privilèges financiers. Il faut dire que le partage des biens de « l'homme malade » avant sa mort a été fait avec un grand succès.</p>
<p>Grâce à un Sultan qui ne pense qu'à sa propre conservation et à une bureaucratie despotique, ignorante et corrompue, les vautours de tous les pays, les agents du capitalisme triomphant, ont réussi à construire leur nid dans tous les recoins de ce vaste empire. De tous côtés, une foule bigarrée, les propagandistes nationalistes, bulgares, roumains, serbes, grecs, etc., cherchent par le fer, le feu et l'argent à accroître leur sphère d'influence.</p>
<p>Tout cela se fait aux dépens du peuple turc, abandonné de tous, luttant avec désespoir et impuissant face à la tyrannie du sultan, aux intrigues de ses compatriotes d'autres pays et aux appétits insatiables des soi-disant puissances protectrices.</p>
<p>Une révolution qui donnerait l'initiative aux peuples de Turquie en supprimant ou en réduisant l'influence de tous ces facteurs néfastes résoudrait, par cela seul, la question orientale.</p>
<p>Seule une Turquie régénérée, démocratique et forte peut répéter avec succès le fameux « Hands off » de Gladstone et ainsi couper court à tous les appétits que son état de décomposition a provoqué chez ses voisins proches et lointains.</p>
<p>Les conséquences de ce changement pour la paix et pour la cause de la classe ouvrière sont incalculables. En général, il faut dire que – et c'est là la grande importance historique du réveil de tous les peuples de l'Est et de l'Extrême-Orient – la défaite de l'impérialisme agressif et avide de l'Empire capitaliste fera apparaître de façon absolument évidente la nécessité de trouver une solution aux difficultés de la surproduction et de l'anarchie capitaliste dans une autre organisation du travail national.</p>
<p>La soupape de sécurité coloniale n'existant plus, bon gré mal gré il faut trouver une véritable solution socialement juste.</p>
<p>Mais, au-delà de cette conséquence générale et large, la révolution turque aura d'autres conséquences plus immédiates et plus pratiques du point de vue de la politique étrangère de tous les groupes balkaniques et occidentaux dont la vie est liée à celle de la Turquie. Ce sera une baisse générale de la tension et peut-être un prélude à un certain désarmement.</p>
<p>C'est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.</p>
<p>Mais s'agit-il d'une révolution ou d'un coup d'État militaire sans conséquences majeures ? L'avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.</p>
<p>Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie, déchirée par tant de passions, est la plus grande liberté possible. C'est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l'empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu'ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.</p>
<p>D'autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l'état de délabrement où ils trouvent l'Empire, n'ont qu'une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d'un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n'est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c'est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c'est seulement dans une fédération de tous les peuples de l'Empire qu'ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c'est-à-dire fédération ou partage – est aujourd'hui plus vrai que jamais.</p>
<p>En fait, à l'heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu'il y a trente-deux ans à la tyrannie d'un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n'ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s'empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C'est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n'y a qu'un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c'est d'unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d'un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.</p>
<p>Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?</p>
<p>En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l'influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n'a pas beaucoup d'importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s'occupe d'industrie et de commerce.</p>
<p>Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l'armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.</p>
<p>Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?</p>
<p>En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L'avenir nous montrera s'ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l'humanité entière.</p>
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<p>Révolution et contre-révolution en Turquie</p>
<p>(Mai 1909)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>L'explosion de la contre-révolution turque, heureusement repoussée (du moins pour le moment), n'a pas été une grande surprise pour ceux qui ont suivi de près les événements en Orient. Déjà, au lendemain de la révolution turque, nous exprimions dans ce journal nos craintes d'une contre-offensive réactionnaire. Nos appréhensions, hélas ! n'ont été que trop justifiées par ce qui a suivi, mais nous nous permettons de reproduire la conclusion de notre article, publié il y a neuf mois, que ces derniers événements ont remis d'actualité.</p>
<p>C'est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.</p>
<p>Mais s'agit-il d'une révolution ou d'un coup d'État militaire sans conséquences majeures ? L'avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.</p>
<p>Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie déchirée par tant de passions est la plus grande liberté possible. C'est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l'empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu'ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.</p>
<p>D'autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l'état de délabrement où ils trouvent l'Empire, n'ont qu'une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d'un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n'est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c'est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c'est seulement dans une fédération de tous les peuples de l'Empire qu'ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c'est-à-dire fédération ou partage – est aujourd'hui plus vrai que jamais.</p>
<p>En fait, à l'heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu'il y a trente-deux ans à la tyrannie d'un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n'ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s'empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C'est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n'y a qu'un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c'est d'unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d'un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.</p>
<p>Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?</p>
<p>En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l'influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n'a pas beaucoup d'importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s'occupe d'industrie et de commerce.</p>
<p>Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l'armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.</p>
<p>Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?</p>
<p>En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L'avenir nous montrera s'ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l'humanité entière.</p>
<p>L'expérience des neuf mois qu'ont vécu les Jeunes Turcs montre qu'ils n'étaient pas suffisamment préparés à la grande entreprise dans laquelle ils s'étaient embarqués.</p>
<p>Il faut dire qu'ils étaient confrontés à une tâche extrêmement difficile et que les conditions particulières qui prévalaient en Turquie rendaient la tâche encore plus compliquée.</p>
<p>Il ne s'agit pas, comme dans d'autres révolutions bourgeoises, de lutter seulement contre un ancien régime déjà compromis aux yeux du peuple, mais de lutter contre les préjugés des masses turques qui découlent d'un type particulier d'organisation familiale fondée sur l'esclavage de la femme et sur l'organisation militaire et théocratique de l'Empire ottoman.</p>
<p>L'oligarchie militaire, bureaucratique et cléricale turque, tirant sa force de l'antagonisme entre musulmans et chrétiens, n'a cessé d'exciter les premiers contre les seconds, approfondissant et préservant habilement les différences qui les séparaient. Le droit exclusif des musulmans à porter les armes a été, ainsi que les privilèges qui renforçaient leur sentiment d'être la race dominante, à l'origine des effroyables massacres de chrétiens qui ont ensanglanté la semaine dernière encore les villes d'Asie Mineure.</p>
<p>Le régime constitutionnel, fondé sur le respect de la personnalité humaine et donc de la femme, ainsi que sur la tolérance, se heurtait aux préjugés de la race musulmane dominante.</p>
<p>Il est vrai que pour le noyau des masses musulmanes cette supériorité se manifestait par la liberté qu'elles avaient de temps à autre de massacrer et de piller les chrétiens en toute impunité, et que dans leur vie quotidienne elles n'étaient pas mieux loties. Mais en nous mettant mentalement à la place des masses turques, nous devons nous demander ce que le nouveau régime leur a apporté pour remplacer les privilèges apparents qu'elles avaient sous l'ancien ?</p>
<p>Quel puissant intérêt pourraient-ils avoir à soutenir ce régime et à ne pas se laisser guider par les prêches fanatiques des softas et des hodjahs ?</p>
<p>Ceci souligne précisément l'importance de l'application d'un vaste programme de réformes sérieuses, tant sociales qu'économiques, qui aux yeux des masses musulmanes elles-mêmes indiqueraient la supériorité du nouveau régime par rapport à l'ancien.</p>
<p>Il y a trois sortes de réformes que le développement économique et social de la Turquie exige. Nous ne pourrons que les mentionner, car les limites de notre article ne nous permettent pas d'entrer dans les détails. Ces réformes sont : la réforme agraire, la réforme administrative et la réforme ouvrière sans parler des réformes purement politiques.</p>
<p>Quelle a été l'attitude des Jeunes Turcs face à ces énormes problèmes ?</p>
<p>Dire que ce n'était pas suffisant serait un euphémisme : c'était lamentable. Pour eux, c'était comme si ces problèmes n'existaient pas ou, s'ils faisaient quelque chose, cela aggravait la situation déjà ancienne.</p>
<p>Ils ne touchèrent pas à la réforme agraire. Les réformes administratives se soldèrent par un fiasco complet. Les deux conseillers européens, Laurent et Crawford, appelés le premier à réformer les finances et le second les douanes, après avoir travaillé plusieurs mois, se déclarèrent incapables de rien faire devant l'inertie du gouvernement Jeune-Turc et le rejet de leurs propositions. Les Jeunes-Turcs ne voulaient pas renvoyer chez eux les milliers de parasites qui vivaient aux dépens de la population chrétienne et musulmane de peur d'accroître le nombre des mécontents.</p>
<p>Pour donner au lecteur une idée de l'ampleur du parasitisme bureaucratique en Turquie, voici quelques chiffres recueillis par M. Laurent.</p>
<p>En Turquie, pour 210 000 soldats, on compte 46 000 officiers. Dans la Marine notamment, on compte plus de 1 000 officiers pour 6 000 marins !</p>
<p>Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions, le budget turc, sans prévoir la moindre somme pour une réforme utile, accuse d'énormes déficits. Pendant l'année 1909-1910, malgré toutes les économies réalisées, il s'est élevé à 3.540.000 livres turques, soit environ 80 millions. Sur les 28.815.000 livres turques dépensées, 8 millions, soit le tiers, ont été engloutis par le ministère de la Guerre. Les ministères de l'Instruction publique, du Commerce, de l'Agriculture, etc. ont représenté des sommes dérisoires. Et, par-dessus tout, le nouveau gouvernement a présenté un projet nécessitant 25 millions de livres turques, soit 375 millions de francs, pour rétablir la marine turque.</p>
<p>Ainsi la nouvelle Turquie apparaît aux yeux des masses comme un gouvernement dispendieux menaçant le pays de nouveaux impôts et de nouvelles cotisations. Cela n'est pas de nature à inspirer la popularité. Surtout en ce qui concerne la classe ouvrière, le gouvernement a fait preuve de la plus noire ingratitude. Bien que ce soit uniquement grâce à l'appui des ouvriers, de ceux de la corporation des portiers [A] en particulier, qu'il ait pu imposer à l'Autriche le paiement d'une indemnité de 60 millions de francs, il a refusé de les dédommager même de cette partie de leur salaire perdu. Bien plus, la première loi du travail du nouveau gouvernement était une loi dirigée contre la classe ouvrière en enlevant à une large catégorie d'ouvriers le droit de se regrouper. Tel est le texte de la loi annoncé publiquement par le ministère du Commerce et des Travaux publics dans une circulaire au mois d'octobre.</p>
<p>« Il est établi en principe que les employés des services officiels et ceux qui administrent la Dette publique (et les Accises qui en font partie) ne peuvent pas faire grève. Par analogie, les employés et les ouvriers des services publics tels que les chemins de fer, les ports, les docks, les tramways, l'eau, le gaz et l'éclairage électrique, de même que les employés du gouvernement impérial, ne peuvent pas non plus faire grève si cela porte préjudice à l'intérêt public. »</p>
<p>Les Jeunes Turcs souhaitaient ainsi faire de la Turquie un paradis terrestre pour le capitalisme cosmopolite.</p>
<p>Un deuxième problème auquel les Jeunes Turcs ont dû faire face mais qu'ils ont également été incapables de résoudre était celui des nationalités.</p>
<p>Au lieu de chercher dans les milieux chrétiens démocratiques un appui contre le parti réactionnaire turc, ils les ont systématiquement exclus du gouvernement. Ils n'ont même pas eu le courage moral d'enrôler les chrétiens dans l'armée, alors que c'est une mesure qu'ils pourraient introduire sans autorisation parlementaire spéciale, puisque cet enrôlement est déjà prévu par la Constitution de 1876.</p>
<p>La politique étrangère des Jeunes Turcs ne fut pas plus fructueuse que leur politique intérieure. Elle était imprégnée d'un sentiment ultra nationaliste qui faisait le jeu des chauvins des pays balkaniques, comme la Bulgarie, qui ne cherchaient qu'un prétexte pour encourager les difficultés du nouveau régime turc.</p>
<p>Je ne parle pas ici de toute une série de mesures vexatoires dirigées contre la presse, les réunions publiques et les groupements politiques qui ont provoqué même parmi les Jeunes Turcs une scission en deux comités : « L'Union et le Progrès » et « L'Union Libérale », si bien exploitée par le parti de la réaction.</p>
<p>Les Jeunes Turcs ne sont aujourd'hui qu'une minorité qui cherche à imposer à la Turquie un nouveau régime par la dictature. Mais pour une telle entreprise, le courage physique ne suffit pas, il faut un courage moral que seuls les grands mouvements populaires donnent. Dans la mesure où les Jeunes Turcs ne sauront pas trouver le moyen de s'attacher les masses musulmanes et chrétiennes, leur tentative sera condamnée à un échec certain.</p>
<p>*</p>
<p>Note du traducteur</p>
<p>A. Je ne sais pas exactement ce que signifie « corporation des portefaix » . Je pense que cela pourrait désigner les employés du ministère des Finances. – RH</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1909/05/15.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1909/05/15.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1102" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1102</a></p></div>
Révolution politique et sociale dans les colonies à la fin de la deuxième guerre mondiale
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8864
https://www.matierevolution.org/spip.php?article88642026-06-07T22:04:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolution1943-1947Impérialisme
<p>Révolution politique et sociale dans les colonies à la fin de la deuxième guerre mondiale <br class='autobr' />
Indonésie <br class='autobr' />
C'est en Indonésie que la révolution a commencé. Août 1945 au départ des japonais, quand les Hollandais à peine ressortis de prison veulent remettre en place la dictature coloniale, les indépendantistes et les staliniens d'Indonésie prennent les armes et le pouvoir. <br class='autobr' />
Ils proclament immédiatement l'indépendance mais ils ne parviendront à virer complètement le colonialisme hollandais qu'en (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory">02- La deuxième guerre mondiale et l'alliance impérialisme/stalinisme contre le prolétariat</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag">Impérialisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Révolution politique et sociale dans les colonies à la fin de la deuxième guerre mondiale</h2><h2 class="spip">Indonésie</h2>
<p>C'est en Indonésie que la révolution a commencé. Août 1945 au départ des japonais, quand les Hollandais à peine ressortis de prison veulent remettre en place la dictature coloniale, les indépendantistes et les staliniens d'Indonésie prennent les armes et le pouvoir.</p>
<p>Ils proclament immédiatement l'indépendance mais ils ne parviendront à virer complètement le colonialisme hollandais qu'en 1949. Le courant nationaliste bourgeois de Soekarno, le parti national, est loin d'être le seul. Bien que décapité par une répression féroce des hollandais lors de l'insurrection de 1928 le PKI, le parti communiste est au moins aussi puissant et beaucoup plus influent dans la classe ouvrière. Sa stratégie est le soutien total à Soekarno au point que le parti communiste met toute son énergie freiner la lutte des ouvriers et des paysans, à empêcher les occupations d'usines, et de terres des plantations étrangères et des grands propriétaires, à justifier le rachat des propriétés nationalisées par l'Etat, à justifier le désarmement des travailleurs et la formation de l'armée bourgeoise. Rapidement les forces nationalistes se trouvent circonscrites dans l'île de Java, la plus peuplée. Mais même là, une insurrection populaire partie de Madium conteste le pouvoir de Soekarno.</p>
<p>Le parti communiste, bien que réticent à mener une politique offensive contre la bourgeoisie nationaliste, est porté à la tête de l'insurrection par les masses populaires. Celle-ci fut noyée dans le sang par l'armée de Soekarno et les militants du parti communiste sont pourchassés. Un avant goût de ce qui allait se passer des années plus tard où cette même armée assassinera le parti communiste indonésien qui était le plus grand parti communiste de tous les pays du bloc non communiste, faisant en trois mois un véritable massacre, des centaines de milliers de victimes, dans les rangs de ce parti qui comptait 15 millions de membres en comptant toutes les associations qu'il dirigeait. Un parti communiste qui avait pourtant été à nouveau un soutien sans faille au régime nationaliste qui cependant n'était qu'une féroce dictature qui s'est contentée de faire passer l'exploitation pétrolière de la compagnie Shell à la Standard Oil et de surexploiter violemment la population.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article448" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article448</a></p>
<p> En Indonésie, il a fallu écraser pendant plusieurs semaines Sourabaya sous les bombes, en massacrant des milliers de femmes et d'enfants, pour venir à bout de la résistance des travailleurs. Maintenant, "la situation se gâte à l'intérieur de Java" (Monde, 30-11-45). Et cela, malgré que le gouvernement hollandais ait "apprécié l'esprit de conciliation qui se fait jour, soit dans le cabinet Soekarno, soit dans d'autres milieux républicains influents" (Monde, 30-10-1945).</p>
<p>A Calcutta, pour protester contre le procès fait aux officiers de l'"Armée Nationale Indoue", "20.000 employés des services publics se sont mis en grève" (Monde, 24-11-45) ; "les manifestations organisées par les étudiants... ont fait 300 victimes civiles. Quarante policiers et 26 soldats américains ont, en outre, été blessés" (Monde, 27-11-45). Et cela, malgré Gandhi et sa théorie de la non-violence.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/malakka/works/1948/05/malakka1.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/malakka/works/1948/05/malakka1.htm</a></p>
<p>La révolution indonésienne est politique, sociale et nationale</p>
<p>C'est la révolution en Indonésie ! Dans le journal communiste L'Humanité, une brève, le 29 septembre 1945 : "Vers l'indépendance de l'Indonésie. Batavia, 28 septembre. Le mouvement d'indépendance déclenché il y a quelques jours à Java tend à gagner toute l'Indonésie. Il a l'appui des masses ouvrières d'Australie qui ont organisé de nombreuses manifestations dans les grandes villes de l'île." Java, les Pays-Bas, l'Australie, et plus loin encore : la révolution indonésienne, c'est une histoire mondiale !</p>
<p>Qu'est-ce qu'une révolution en contexte colonial ? Se révolter pour renverser l'ordre établi est une chose, se révolter contre une puissance coloniale en est une autre… La révolution indonésienne répond à un double enjeu, puisqu'elle procède à la fois d'un mouvement nationaliste et républicain, et d'une volonté d'indépendance face au pouvoir colonial.</p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/revolution-indonesienne-fini-la-java-pour-les-bataves-5998624" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/revolution-indonesienne-fini-la-java-pour-les-bataves-5998624</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_nationale_indon%C3%A9sienne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_nationale_indon%C3%A9sienne</a></p>
<p>De 1948 à 1965, l'Indonésie est le théâtre de plusieurs mouvements insurrectionnels.</p>
<p>En 1948, des militaires sympathisants du Partai Komunis Indonesia (PKI, le parti communiste indonésien) occupent la ville de Madiun à Java oriental. L'insurrection sera réprimée en deux semaines.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Indon%C3%A9sie#Occupation_japonaise_des_Indes_n%C3%A9erlandaises_et_proclamation_de_l" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Indon%C3%A9sie#Occupation_japonaise_des_Indes_n%C3%A9erlandaises_et_proclamation_de_l</a>'ind%C3%A9pendance_de_l'Indon%C3%A9sie_(1942-1945)</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_indon%C3%A9sien" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_indon%C3%A9sien</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1825" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1825</a></p>
<p>La révolte des Papous d'Indonésie</p>
<p><a href="https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2022/10/en-indonesie-la-revolte-meconnue-des-papous" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2022/10/en-indonesie-la-revolte-meconnue-des-papous</a></p>
<h2 class="spip">Inde-Pakistan</h2>
<p>En Inde la direction incontestée de la bourgeoisie nationale est le parti du congrès de Gandhi. Sa position est caractéristique vis à vis de la classe ouvrière : aucune indépendance syndicale. Ainsi la seule organisation syndicale qui lui soit liée, celle des ouvriers du textile d'Ahmedabad qui lui sont liées, est organisées syndicalement au sein du parti séparément du reste du mouvement ouvrier qui appartient à une fédération unifiée regroupant tous les autres syndicalistes des staliniens aux réformistes et aux militants radicaux. Le mouvement ouvrier organisé compte autant de membres que le parti du congrès soit 400 000 membres chacun en 1935. Mais plus la revendication politique devient prépondérante, plus la distance s'accroît en faveur de la formation nationaliste bourgeoise faute d'une politique du mouvement ouvrier. Directement lié aux propriétaires fonciers, industriels et commerçants, le parti du congrès est réticent à inclure toute mesure sociale y compris un programme agraire dans ses revendications ce qui laisserait une énorme marge pour un mouvement ouvrier révolutionnaire afin de s'adresser à une paysannerie en révolte. Tout mouvement à caractère révolutionnaire contre l'impérialisme anglais déborderait inévitablement le mouvement politique bourgeois puisque celui-ci s'interdit toute insurrection armée contre les anglais. Le mouvement nationaliste de Gandhi appelle les masses au pacifisme sous des prétextes philosophiques. N'oublions pas que cette philosophie n'avait pas empêché Gandhi de choisir d'appeler les Indiens à soutenir l'effort de guerre de l'impérialisme britannique pendant la première guerre mondiale. Par contre, la montée du mouvement indépendantiste avant guerre va le contraindre à une position plus radicale. En octobre 1939, 90 000 ouvriers d'industrie de Bombay participent à une grève politique contre la guerre qui va obliger le parti du congrès à une petite déclaration de non coopération à la guerre aux côtés des anglais. C'est seulement en 1941 qu'il peut à nouveau offrir sa coopération à l'effort de guerre anglais. Mais, de 1942 à 1944, l'impérialisme anglais ne veut qu'écraser le mouvement nationaliste et pratique des arrestations massives de ses dirigeants comme des militants plus radicaux. Et ce jusqu'à la fin de la guerre. C'est pour négocier avec eux de leur donner le pouvoir à l'indépendance que l'impérialisme anglais les fait libérer en 1945. L'année 1946 est marquée par la montée des luttes ouvrières et par une véritable maturation révolutionnaire qui débute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement le 18 février 1946. Le lendemain il s'agit déjà d'un véritable soulèvement de plus de 20 000 marins casernés à Bombay et de 20 bâtiments ancrés dans le port. Les marins soulevés élisent un comité central de grève. Et à Karachi des troubles semblables se produisent. Face à la menace de répression violente le comité central de grève de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congrès et la ligue musulmane, les organisations indépendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soulèvement. Les 22 et 23 février la bataille fait rage dans Bombay où la population ouvrière qui a pris le parti des mutinés est violemment réprimée : 250 morts. Parti du Congrès et Ligue musulmane contraignent finalement les marins à se rendre et le comité de grève déclare : « nous nous rendons à l'Inde mais pas à l'Angleterre ». Les mutins sont sévèrement condamnés par les partis bourgeois. Gandhi les traite de « racaille » et de combinaison impie d'hindous et de musulmans ». Les dirigeants musulmans déclarent que la flotte doit être disciplinée. C'est là le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du déclenchement d'un mouvement de masse révolutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'armée anglaise des Indes.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</a></p>
<p>L'année 1946 est marquée par la montée des luttes ouvrières et par une véritable maturation révolutionnaire qui débute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement le 18 février 1946. Le lendemain il s'agit déjà d'un véritable soulèvement de plus de 20 000 marins casernés à Bombay et de 20 bâtiments ancrés dans le port. Les marins soulevés élisent un comité central de grève. Et à Karachi des troubles semblables se produisent. Face à la menace de répression violente le comité central de grève de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congrès et la ligue musulmane, les organisations indépendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soulèvement. Les 22 et 23 février la bataille fait rage dans Bombay où la population ouvrière qui a pris le parti des mutinés est violemment réprimée : 250 morts. Parti du Congrès et Ligue musulmane contraignent finalement les marins à se rendre et le comité de grève déclare : « nous nous rendons à l'Inde mais pas à l'Angleterre ». Les mutins sont sévèrement condamnés par les partis bourgeois. Gandhi les traite de « racaille » et de combinaison impie d'hindous et de musulmans ». Les dirigeants musulmans déclarent que la flotte doit être disciplinée. C'est là le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du déclenchement d'un mouvement de masse révolutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'armée anglaise des Indes. Les tommies qui veulent rentrer plus vite et sentent que ça va chauffer manifestent pour rentrer plus vite en Angleterre que ce soit à Delhi ou dans l'Uttar Pradesh. Au même moment, les luttes grévistes des travailleurs sont au point le plus élevé jamais atteint avec la grève insurrectionnelle de deux millions de travailleurs dans un climat de tension extraordinaire.</p>
<p>Pour faire diversion ces formations nationalistes, la Ligue musulmane et le Hindu Masahabha, organisent des manifestations d'opposition inter-ethnique, principalement dans le Bengale et dans le Bihar avec des heurts sanglants entre les communautés religieuses. La Ligue musulmane annonce qu'elle réclame la partition du pays sur des bases religieuses hindous d'un côté et musulmans de l'autre. Cette idée a été en fait discutée par la Ligue à Londres et c'est l'impérialisme anglais qui en a fait lui-même la suggestion pour détourner le mécontentement.</p>
<p>Malgré la répression et malgré les diversions racistes, dans les mois qui suivent, le pays plonge dans le soulèvement et le chaos. Dans des régions entières, plus personne n'obéit plus à l'administration colonialiste. Dans ces conditions, l'Angleterre accélère à toute vitesse le plan d'accession à l'indépendance. Signé début juillet 1947, le plan de partage en Inde et Pakistan, est adopté le 18 juillet et le nouveau pouvoir installé le 15 août 1947. On n'aura jamais vu un pouvoir colonial aussi pressé de donner sa place !</p>
<p>La menace prolétarienne en Inde était tout ce qu'il y a de plus sérieuse. Les salariés représentaient 55% de population des villes et les travailleurs indépendants n'exploitant personne 32% alors que les employeurs n'y étaient que 1%. L'essentiel du prolétariat travaillait dans de grandes entreprises industrielles et près des trois quarts vivaient dans de très grandes cités. Et la lutte s'est déroulée essentiellement dans les villes. Il y aurait eu pour une révolution prolétarienne un énorme potentiel de soutien d'une paysannerie très exploitée et révoltée. L'influence de la grande bourgeoisie sur le petite et moyenne était faible et c'est l'absence politique des travailleurs alors que les possédants ont eu des dirigeants de haut niveau capables d'unir toutes les classes possédantes indiennes qui a permis aux grands propriétaire, banquiers et grands commerçants de tenir le haut du pavé. Le parti communiste indien ne risquait pas de représenter même de manière déformée une politique de classe pour les travailleurs, lui qui proclamait vouloir « un gouvernement de démocratie populaire qui sera celui de tous les groupes, individus et partis démocratiques représentant les ouvriers, les paysans, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale, celle qui est favorable à une véritable industrialisation du pays et à l'indépendance de l'Inde ». Pour se donner un visage plus radical que celui qu'il a eu au moment de l'indépendance, le parti communiste soutient un soulèvement paysan armé de deux régions en 1948 l'Andhra et Telengana où sur un territoire de 4000 km² 2000 villages sont organisés en comités populaires, soulèvement qui est réprimé dans le sang par la nouvelle armée de l'Inde indépendante, en guise d'avertissement aux couches populaires. La classe ouvrière a très vite eu à s'opposer à ce nouveau pouvoir avec notamment une grande grève générale de la ville de Calcutta.</p>
<p>Et l'absence d'une politique ouvrière indépendante n'est pas due à l'absence de soutien qu'il rencontrerait dans la population. Ainsi aux premières élections générales en Inde, le parti communiste recueille quand même plus de 6 millions de voix et quatre autres groupes se réclamant de l'extrême gauche font respectivement 2,5 millions de voix, 1,1 millions, un million et 400 000 voix à rajouter aux 22, 8 millions de voix obtenues par l'opposition socialiste et communiste.</p>
<p>La formation en Grande-Bretagne d'un gouvernement travailliste, à la suite des élections de l'été 1945, n'accélère pas l'accession de l'Inde à l'indépendance. (…)</p>
<p>Les premiers mois de l'année 1946 sont marqués par deux événements qui influencent sérieusement l'évolution à venir : la tenue des élections aux assemblées législatives et d'importants soulèvements dans la Royal Indian Navy. Aux élections aux assemblées provinciales (élections toujours tenues sur une base censitaire et auxquelles ne peuvent participer que 11% de la population), le Congrès obtient 930 sièges (et 55,5 ù des voix) et la Ligue musulmane obtient 427 des 507 sièges destinés aux musulmans. (…) ces élections mettent en lumière le caractère « représentatif » de ces organisations mais ne suffisent pas à inciter le gouvernement britannique à prendre l'initiative de nouvelles discussions sur le problème de l'indépendance indienne. Cependant, depuis de longs mois, on assiste à une maturation révolutionnaire qui est accélérée par l'action syndicale et ouvrière. Le 18 février les marins d'un centre d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement, nombre de leurs doléances n'étant pas satisfaites depuis longtemps. Dès le 19 au matin, on est en présence d'un véritable soulèvement auquel participent plus de 20 000 marins casernés à Bombay et dans ses environs ainsi que 30 bâtiments à l'ancre dans le port. Les marins soulevés élisent un Comité central de grève. (…)</p>
<p>Le 21 février au matin, la bataille s'engage. Le Comité central de grève de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congrès et la Ligue musulmane se refusent à apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et décident d'une grève générale qui commence effectivement le 22 février. Les 22 et 23 février, la bataille fait rage dans Bombay et une répression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congrès et la Ligue font alors pression sur le Comité central de grève pour que les marins se rendent. Le Comité central de grève décide finalement de céder, en déclarant : « Nous nous rendons à l'Inde, non à l'Angleterre. » Gandhi condamne sévèrement la « combinaison impie » des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomphé aurait « livré l'Inde à la racaille », tandis que Valabhbhai Patel déclare que « la flotte doit être disciplinée. » Ainsi se confirme la volonté de la direction du Congrès d'éviter le déclenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination étrangère mais le régime social.</p>
<p>A partir de la mi-août 1946, les heurts sanglants entre les communautés religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, répondent également par la violence.</p>
<p>Parallèlement, les luttes revendicatives se développent, englobant près de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de grève. Un tel chiffre n'avait jamais été atteint jusque là.<br class='autobr' />
C'est dans ces conditions que le vice-roi décide de constituer le premier gouvernement intérimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirigé par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (…) La situation est telle que l'Assemblée constituante décide de s'ajourner jusqu'à avril. La formation du gouvernement intérimaire, en effet, n'a pas mis fin à la détérioration de la situation intérieure. En dépit de la répression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-même cesse par endroits de fonctionner. (…)</p>
<p>Le 20 avril 1947, alors que la situation intérieure indienne se détériore rapidement, le Premier ministre britannique, Clément Attlee, déclare que le gouvernement de sa Majesté est « décidé à prendre les mesures nécessaires pour transférer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. » En même temps le Premier ministre annonce (…) que lord Mountbattent est nommé vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussitôt arrivé en Inde, prépare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit être divisée en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur indépendance et joindront, après négociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congrès et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (…). Au début de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable réalisme, étant donné la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'indépendance de l'Inde est adoptée par le parlement britannique. »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1597" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1597</a></p>
<p>Les colonisateurs anglais constatant qu'il y a un mouvement révolutionnaire irrésistible, préfèrent céder le pouvoir d'eux-mêmes aux bourgeois nationalistes du Congrès avec lesquels ils tentent des accords pour conserver leurs intérêts économiques plutôt que de risquer que les masses populaires ne s'embrasent. Le travailliste, le major Attlee qui a succédé à Churchill déclare qu'il craint un soulèvement révolutionnaire des masses en Inde et c'est comme cela qu'il obtient très rapidement l'accord de la bourgeoisie anglaise pour céder à toute vitesse l'indépendance ce que l'Angleterre n'envisageait absolument pas un an plus tôt. En octobre 1946 il explique à la chambre que tout retard dans l'accession à l'indépendance provoquera des graves troubles révolutionnaires selon le compte rendu de la mission ministérielle qu'il a envoyée sur place et que selon lui il sera inutile et impossible d'amener suffisamment de renforts sur place. Il est certain que la population anglaise qui réclamait d'abord et avant tout sa démobilisation et qui venait de faire chuter Churchill le représentant de tous les sacrifices consentis au nom de l'effort de guerre ne se sentait pas prête à verser son sang pour lutter contre la population de l'Inde soulevée. Et en février 47 à la chambre des lords Pethic-Lawrence déclare que l'on a déjà trop tardé que selon ses termes « il existe en Inde une situation et un danger révolutionnaire extrême, que si le transfert du pouvoir ne s'effectue pas à bref délai la révolution dont l'éruption a été momentanément retardée par l'annonce de la préparation de l'indépendance par la mission ministérielle éclatera inévitablement ». L'exemple Birman montre toute l'utilité d'aller vers l'indépendance qui a permis en janvier 1947 un rapprochement entre l'Angleterre et le nationaliste Ang San ce qui leur a permis de casser l'alliance entre les nationalistes modérés et radicaux.</p>
<p>En Inde la direction incontestée de la bourgeoisie nationale est le parti du congrès de Gandhi. Sa position est caractéristique vis à vis de la classe ouvrière : aucune indépendance syndicale. Ainsi la seule organisation syndicale qui lui soit liée, celle des ouvriers du textile d'Ahmedabad qui lui sont liées, est organisées syndicalement au sein du parti séparément du reste du mouvement ouvrier qui appartient à une fédération unifiée regroupant tous les autres syndicalistes des staliniens aux réformistes et aux militants radicaux. Le mouvement ouvrier organisé compte autant de membres que le parti du congrès soit 400 000 membres chacun en 1935. Mais plus la revendication politique devient prépondérante, plus la distance s'accroît en faveur de la formation nationaliste bourgeoise faute d'une politique du mouvement ouvrier. Directement lié aux propriétaires fonciers, industriels et commerçants, le parti du congrès est réticent à inclure toute mesure sociale y compris un programme agraire dans ses revendications ce qui laisserait une énorme marge pour un mouvement ouvrier révolutionnaire afin de s'adresser à une paysannerie en révolte. Tout mouvement à caractère révolutionnaire contre l'impérialisme anglais déborderait inévitablement le mouvement politique bourgeois puisque celui-ci s'interdit toute insurrection armée contre les Anglais.</p>
<p>L'année 1946 est marquée par la montée des luttes ouvrières et par une véritable maturation révolutionnaire qui débute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement le 18 février 1946. Le lendemain il s'agit déjà d'un véritable soulèvement de plus de 20 000 marins casernés à Bombay et de 20 bâtiments ancrés dans le port. Les marins soulevés élisent un comité central de grève. Et à Karachi des troubles semblables se produisent. Face à la menace de répression violente le comité central de grève de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congrès et la ligue musulmane, les organisations indépendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soulèvement. Les 22 et 23 février la bataille fait rage dans Bombay où la population ouvrière qui a pris le parti des mutinés est violemment réprimée : 250 morts. Parti du Congrès et Ligue musulmane contraignent finalement les marins à se rendre et le comité de grève déclare : « nous nous rendons à l'Inde mais pas à l'Angleterre ». Les mutins sont sévèrement condamnés par les partis bourgeois. Gandhi les traite de « racaille » et de combinaison impie d'hindous et de musulmans ». Les dirigeants musulmans déclarent que la flotte doit être disciplinée. C'est là le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du déclenchement d'un mouvement de masse révolutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'armée anglaise des Indes. Les tommies qui veulent rentrer plus vite et sentent que ça va chauffer manifestent pour rentrer plus vite en Angleterre que ce soit à Delhi ou dans l'Uttar Pradesh. Au même moment, les luttes grévistes des travailleurs sont au point le plus élevé jamais atteint avec la grève insurrectionnelle de deux millions de travailleurs dans un climat de tension extraordinaire.</p>
<p>Pour faire diversion ces formations nationalistes, la Ligue musulmane et le Hindu Masahabha, organisent des manifestations d'opposition inter-ethnique, principalement dans le Bengale et dans le Bihar avec des heurts sanglants entre les communautés religieuses. La Ligue musulmane annonce qu'elle réclame la partition du pays sur des bases religieuses, hindous d'un côté et musulmans de l'autre. Cette idée a été en fait discutée par la Ligue à Londres et c'est l'impérialisme anglais qui en a fait lui-même la suggestion pour détourner le mécontentement.</p>
<p>Malgré la répression et malgré les diversions racistes, dans les mois qui suivent, le pays plonge dans le soulèvement et le chaos. Dans des régions entières, plus personne n'obéit plus à l'administration colonialiste. Dans ces conditions, l'Angleterre accélère à toute vitesse le plan d'accession à l'indépendance. Signé début juillet 1947, le plan de partage en Inde et Pakistan, est adopté le 18 juillet et le nouveau pouvoir installé le 15 août 1947. On n'aura jamais vu un pouvoir colonial aussi pressé de donner sa place !</p>
<p>La menace prolétarienne en Inde était tout ce qu'il y a de plus sérieuse. Les salariés représentaient 55% de population des villes et les travailleurs indépendants n'exploitant personne 32% alors que les employeurs n'y étaient que 1%. L'essentiel du prolétariat travaillait dans de grandes entreprises industrielles et près des trois quarts vivaient dans de très grandes cités. Et la lutte s'est déroulée essentiellement dans les villes. Il y aurait eu pour une révolution prolétarienne un énorme potentiel de soutien d'une paysannerie très exploitée et révoltée. L'influence de la grande bourgeoisie sur le petite et moyenne était faible et c'est l'absence politique des travailleurs alors que les possédants ont eu des dirigeants de haut niveau capables d'unir toutes les classes possédantes indiennes qui a permis aux grands propriétaire, banquiers et grands commerçants de tenir le haut du pavé. Le parti communiste indien ne risquait pas de représenter même de manière déformée une politique de classe pour les travailleurs, lui qui proclamait vouloir « un gouvernement de démocratie populaire qui sera celui de tous les groupes, individus et partis démocratiques représentant les ouvriers, les paysans, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale, celle qui est favorable à une véritable industrialisation du pays et à l'indépendance de l'Inde ». Pour se donner un visage plus radical que celui qu'il a eu au moment de l'indépendance, le parti communiste soutient un soulèvement paysan armé de deux régions en 1948 l'Andhra et Telengana où sur un territoire de 4000 km² 2000 villages sont organisés en comités populaires, soulèvement qui est réprimé dans le sang par la nouvelle armée de l'Inde indépendante, en guise d'avertissement aux couches populaires. La classe ouvrière a très vite eu à s'opposer à ce nouveau pouvoir avec notamment une grande grève générale de la ville de Calcutta.</p>
<p>Et l'absence d'une politique ouvrière indépendante n'est pas due à l'absence de soutien qu'il rencontrerait dans la population. Ainsi aux premières élections générales en Inde, le parti communiste recueille quand même plus de 6 millions de voix et quatre autres groupes se réclamant de l'extrême gauche font respectivement 2,5 millions de voix, 1,1 millions, un million et 400 000 voix à rajouter aux 22, 8 millions de voix obtenues par l'opposition socialiste et communiste.</p>
<p>Citons l'ouvrage de Charles Bettelheim « L'Inde indépendante » :</p>
<p>« depuis de longs mois, on assiste à une maturation révolutionnaire qui est accélérée par l'action syndicale et ouvrière. Le 18 février les marins d'un centre d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement, nombre de leurs doléances n'étant pas satisfaites depuis longtemps. Dès le 19 au matin, on est en présence d'un véritable soulèvement auquel participent plus de 20 000 marins casernés à Bombay et dans ses environs ainsi que 30 bâtiments à l'ancre dans le port. Les marins soulevés élisent un Comité central de grève. (…) Le 21 février au matin, la bataille s'engage. Le Comité central de grève de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congrès et la Ligue musulmane se refusent à apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et décident d'une grève générale qui commence effectivement le 22 février. Les 22 et 23 février, la bataille fait rage dans Bombay et une répression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congrès et la Ligue font alors pression sur le Comité central de grève pour que les marins se rendent. Le Comité central de grève décide finalement de céder, en déclarant : « Nous nous rendons à l'Inde, non à l'Angleterre. » Gandhi condamne sévèrement la « combinaison impie » des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomphé aurait « livré l'Inde à la racaille », tandis que Valabhbhai Patel déclare que « la flotte doit être disciplinée. » Ainsi se confirme la volonté de la direction du Congrès d'éviter le déclenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination étrangère mais le régime social. A partir de la mi-août 1946, les heurts sanglants entre les communautés religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, répondent également par la violence. Parallèlement, les luttes revendicatives se développent, englobant près de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de grève. Un tel chiffre n'avait jamais été atteint jusque là. C'est dans ces conditions que le vice-roi décide de constituer le premier gouvernement intérimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirigé par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (…) La situation est telle que l'Assemblée constituante décide de s'ajourner jusqu'à avril. La formation du gouvernement intérimaire, en effet, n'a pas mis fin à la détérioration de la situation intérieure. En dépit de la répression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-même cesse par endroits de fonctionner. (…) Le 20 avril 1947, alors que la situation intérieure indienne se détériore rapidement, le Premier ministre britannique, Clément Attlee, déclare que le gouvernement de sa Majesté est « décidé à prendre les mesures nécessaires pour transférer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. » En même temps le Premier ministre annonce (…) que lord Mountbattent est nommé vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussitôt arrivé en Inde, prépare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit être divisée en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur indépendance et joindront, après négociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congrès et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (…). Au début de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable réalisme, étant donné la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'indépendance de l'Inde est adoptée par le parlement britannique. »</p>
<p>Depuis de longs mois, on assiste à une maturation révolutionnaire qui est accélérée par l'action syndicale et ouvrière. Le 18 février les marins d'un centre d'entraînement de Bombay manifestent leur mécontentement, nombre de leurs doléances n'étant pas satisfaites depuis longtemps. Dès le 19 au matin, on est en présence d'un véritable soulèvement auquel participent plus de 20 000 marins casernés à Bombay et dans ses environs ainsi que 30 bâtiments à l'ancre dans le port. Les marins soulevés élisent un Comité central de grève. (…) Le 21 février au matin, la bataille s'engage. Le Comité central de grève de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congrès et la Ligue musulmane se refusent à apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et décident d'une grève générale qui commence effectivement le 22 février. Les 22 et 23 février, la bataille fait rage dans Bombay et une répression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congrès et la Ligue font alors pression sur le Comité central de grève pour que les marins se rendent. Le Comité central de grève décide finalement de céder, en déclarant : « Nous nous rendons à l'Inde, non à l'Angleterre. » Gandhi condamne sévèrement la « combinaison impie » des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomphé aurait « livré l'Inde à la racaille », tandis que Valabhbhai Patel déclare que « la flotte doit être disciplinée. » Ainsi se confirme la volonté de la direction du Congrès d'éviter le déclenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination étrangère mais le régime social. A partir de la mi-août 1946, les heurts sanglants entre les communautés religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, répondent également par la violence. Parallèlement, les luttes revendicatives se développent, englobant près de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de grève. Un tel chiffre n'avait jamais été atteint jusque là. C'est dans ces conditions que le vice-roi décide de constituer le premier gouvernement intérimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirigé par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (…) La situation est telle que l'Assemblée constituante décide de s'ajourner jusqu'à avril. La formation du gouvernement intérimaire, en effet, n'a pas mis fin à la détérioration de la situation intérieure. En dépit de la répression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-même cesse par endroits de fonctionner. (…) Le 20 avril 1947, alors que la situation intérieure indienne se détériore rapidement, le Premier ministre britannique, Clément Attlee, déclare que le gouvernement de sa Majesté est « décidé à prendre les mesures nécessaires pour transférer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. » En même temps le Premier ministre annonce (…) que lord Mountbattent est nommé vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussitôt arrivé en Inde, prépare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit être divisée en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur indépendance et joindront, après négociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congrès et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (…). Au début de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable réalisme, étant donné la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'indépendance de l'Inde est adoptée par le parlement britannique. »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3070" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3070</a></p>
<p>LE CONFLIT HINDO-MUSULMAN</p>
<p>(EXTRAIT DU "SOCIALIST APPEAL" ORGANE DU R.C.P. ANGLAIS (IVème INTERNATIONALE), MI-OCTOBRE 1946)</p>
<p>Le 16 août vit le début de l'une des pires émeutes religieuses de l'histoire de l'Inde. Quoique presque entièrement confinés à Calcutta et à Bombay, des milliers d'hommes furent tués et des dizaines de milliers blessés dans les conflits hindo-musulmans directement inspirés par la Ligue Musulmane de Jinnah, en signe de protestation contre la formation d'un gouvernement issu du Congrès.</p>
<p>Les rues de Calcutta sont jonchées de cadavres et les hôpitaux sont bondés de blessés.</p>
<p>L'entière responsabilité de ce massacre retombe sur Jinnah et la Ligue musulmane qui ont, par leurs appels à "l'action directe", dressé les musulmans contre les hindous. Ils ont fait le jeu de l'impérialisme britannique.</p>
<p>La domination anglaise, principale cause</p>
<p>En fait, la domination britannique est la cause principale des antagonismes religieux qui règnent aux Indes à l'heure actuelle. Avant l'établissement du vice-roi, les luttes hindo-musulmanes de cette sorte étaient pratiquement inconnues. Les guerres d'Etat à Etat ont pu avoir des meneurs hindous ou musulmans, mais les soldats sortis des deux communautés combattaient aussi bien d'un côté que de l'autre. Les dirigeants musulmans employaient souvent des Hindous à des hautes responsabilités, de même que les dirigeants hindous employaient des Musulmans. Il est aussi vrai que dans les Etats où la domination anglaise ne se manifeste qu'indirectement, les luttes religieuses étaient comparativement rares jusqu'à ces derniers temps.</p>
<p>"Diviser pour régner ! doit être la devise de notre administration des Indes", écrivait l'Asiatic Journal en 1821, et en 1858 cette politique fut reprise officiellement par le Gouverneur général, lord Elphinstone. Tour à tour, on favorisa les Hindous et les Musulmans, on se servait des uns contre les autres, on enfonça entre eux un coin d'acier pour empêcher cette union des opprimés qui aurait rendu impossible la domination anglaise sur les Indes. Comme le nationalisme commençait à faire son chemin parmi les Hindous, l'Angleterre s'en remit de plus en plus aux leaders musulmans et tenta de s'en servir pour arrêter le développement du Congrès National Indien. Au début, ces efforts n'eurent que peu de succès. Mais au début de ce siècle furent prises deux mesures, qui aiguisèrent beaucoup les relations des deux communautés.</p>
<p>La première de ces mesures fut la division de la province du Bengale en deux parties, une musulmane et une hindoue. C'était un acte délibéré dans le but – d'après les propres mots du Statesman, principal organe de l'impérialisme anglais à Calcutta – "d'aider la formation dans l'Est du Bengale d'un pouvoir musulman qui aurait pour effet de faire échec à la force rapidement croissante de la communauté hindoue éduquée".</p>
<p>La seconde mesure prise fut la création d'un système électoral basé sur la communauté religieuse. Comme conséquence directe, l'attention du peuple fut détournée des intérêts économiques et politiques communs et concentrée sur des futilités comme la représentation accordée à chaque communauté. Une représentation privilégiée fut donnée aux Musulmans dans le but d'enfoncer encore plus profondément le coin entre les deux communautés.</p>
<p>La base économique et sociale</p>
<p>Dans le Bengale et le Punjab -provinces de population en majorité musulmane et comprises dans la proposition du "Pakistan" de Jinnah- les propriétaires, les usuriers et les marchands les plus riches sont hindous, tandis que la majorité des Musulmans sont de pauvres paysans, et leurs débiteurs. Là les combats des paysans musulmans contre leurs exploiteurs hindous sont aussi présentés dans la presse impérialiste comme des "troubles religieux".</p>
<p>D'autre part, durant les luttes ouvrières dans les grandes usines de Bombay et de Calcutta, les patrons hindous n'ont pas hésité à faire appel à des jeunes Musulmans pour briser la grève de leurs ouvriers hindous. L'action des grévistes à travers les piquets de grève est aussi rapportée comme "troubles religieux".</p>
<p>Il existe aussi une grande rivalité entre les intellectuels hindous et musulmans des classes moyennes dans la recherche des emplois (fonctionnaires, etc...)<br class='autobr' />
En résumé, le terrain est favorable aux agents provocateurs qui ont avec succès attisé des antagonismes latents. Il est indiscutable que la bourgeoisie hindoue, représentée principalement par le Congrès, a beaucoup appris de l'impérialisme anglais et n'est pas plus gênée que celui-ci pour provoquer des troubles religieux si cela sert ses fins. Ainsi, durant les émeutes du mois d'août, un conflit fut instigué aux filatures de coton de Birla, propriété du plus gros capitaliste hindou, un des principaux soutiens du Congrès. Les tra-vailleurs de Birla ont un passé de luttes héroïques et l'on espérait, en dressant les tra-vailleurs hindous contre les travailleurs musulmans, détruire l'unité de classe des travailleurs. Cet essai échoua et les provocateurs ont satisfait leur soif de sang en molestant un certain nombre de Musulmans isolés, ce qui finit par une tuerie.<br class='autobr' />
Les travailleurs musulmans viennent en aide aux Hindous<br class='autobr' />
En effet, un des caractères des émeutes de Bombay et de Calcutta – sur lequel la presse capitaliste a gardé le silence – fut la discipline des travailleurs qui refusèrent malgré les provocations de participer à la tuerie. A Oriya, 600 et plus, travailleurs hindous furent massacrés. Des travailleurs musulmans se portèrent à leur secours, mais furent eux-mêmes écrasés.<br class='autobr' />
Les actes de violence sont presque entièrement l'œuvre de provocateurs à gages, la population n'y prenant qu'une faible part. En fait, pour obtenir quelque appui parmi les travailleurs musulmans, Jinnah a dû faire usage de slogans anti-impérialistes, et il tente même de dépeindre sa campagne pour le "Pakistan" comme une arme contre l'"Hindou entièrement vendu". Comme le prouvent les élections dans les territoires purement musulmans comme la province du nord-ouest – où le Congrès a obtenu une bonne majorité des votes – les prétentions de Jinnah à représenter les masses musulmanes sont des mensonges manifestes. Dans la lutte pour l'indépendance nationale et pour de meilleures conditions de vie, les travailleurs musulmans et hindous combattent coude à coude le principal ennemi : l'impérialisme anglais.<br class='autobr' />
C'est cette unité croissante de la classe travailleuse des deux communautés – dans les Syndicats et les Ligues paysannes &"8211 ; qui est redoutée non seulement des impérialistes anglais, mais aussi des capitalistes et des propriétaires fonciers hindous et musulmans. Dans cette unité, ils voient non seulement la fin de la domination anglaise, mais la fin de tous les exploiteurs. Pour sauver leurs profits et leur peau, ils doivent perpétuer les rivalités religieuses. "Diviser pour régner" demeure toujours leur maxime.<br class='autobr' />
Les patrons craignent l'union des ouvriers</p>
<p>Cette crainte de la toute-puissance des centaines de millions de travailleurs est la raison de l'entente de Gandhi et Nehru, les représentants de la bourgeoisie nationale, avec l'impérialisme anglais : partager le pouvoir et partager les profits. La bourgeoisie des Indes n'a pas moins besoin que le Capital financier anglais des troupes britanniques pour "préserver l'ordre" aux Indes.</p>
<p>Mais c'est justement cette exploitation commune qui soude les ouvriers et les paysans hindous et musulmans en une union de plus en plus étroite. Dans les syndicats ouvriers et les syndicats paysans il n'y a qu'ouvriers et paysans, sans aucune distinction entre Hindous et Musulmans. Ici il n'y a pas d'électorat différent selon les religions. Ils sont liés par leurs besoins économiques et sociaux communs et leur combat commun pour de meilleures conditions de vie. Pour se libérer de l'exploitation des capitalistes et des propriétaires fonciers, ils forgent unes des armes qui conduira l'Inde vers une véritable émancipation nationale et lui fera prendre sa place comme nation socialiste dans un monde socialiste.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/12/ldc78_120746.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/12/ldc78_120746.htm</a></p>
<h2 class="spip">Indochine</h2>
<p>DE QUI L'INDOCHINE DOIT-ELLE SE LIBERER ?<br class='autobr' />
Depuis que l'impérialisme américain a mis a l'ordre du jour le "trusteeship", moyen par lequel celui-ci veut s'assurer le contrôle des colonies du monde entier, le gouvernement français a "révélé" ses intentions de transformer l'ancien système colonial en une "Union française". Les capitalistes français cherchent, face aux revendications de l'impérialisme américain, à rallier les ouvriers français à une politique colonialiste "style nouveau", celle du "bon patron", du "bon collaborateur". Cette propagande, qui concerne surtout l'Indochine ne représente cependant qu'une nouvelle hypocrisie, parce que ce n'est pas au moyen de phrases nouvelles qu'on peut changer quelque chose à un système qui, pour être "amélioré", demande à être aboli.<br class='autobr' />
Le mot même de colonisation est synonyme de surexploitation, de vol et de terreur. C'est sur cette base que l'impérialisme fonde sa force. C'est de là aussi qu'il tire les surprofits à l'aide desquels il corrompt les "chefs" du mouvement ouvrier officiel, et entretient le lourd et coûteux appareil de répression que les travailleurs de la Métropole voient se dresser devant eux dès qu'ils entrent en lutte contre leurs exploiteurs.<br class='autobr' />
Ce que les capitalistes ont fait en Indochine<br class='autobr' />
En occupant le pays, ils ne l'ont pas élevé en bloc à un niveau de vie et de culture supérieur. Bien au contraire, ils ont pris sous leur protection et se sont appuyés sur la couche exploiteuse indigène la plus haïe et la plus rétrograde : la féodalité, toute puissante chez les peuplades arriérées du Laos et du Cambodge, et dont les restes, en pays annamite, ont été préservés de la liquidation complète par l'administration française.<br class='autobr' />
Directement et par son intermédiaire, les capitalistes français pressurent et écrèment le pays de ses richesses. Les bénéfices qu'ils en extraient sont tels qu'il leur est possible de céder des "miettes" importantes à cette mince couche indigène privilégiée dont ils ont fait une bande de gouverneurs, d'administrateurs et de fonctionnaires-bureaucrates, valets de l'impérialisme, formant ce qu'on appelle le mandarinat.<br class='autobr' />
En qualité de mandarins, ils défendent les intérêts de leurs puissants maîtres et soutiens, et leurs intérêts propres, ceux des propriétaires fonciers.<br class='autobr' />
La vie du peuple.<br class='autobr' />
La classe laborieuse indochinoise se trouve ainsi doublement exploitée, l'exploitation capitaliste sans frein venant s'ajouter à l'exploitation terrienne féodale. Aussi, comme celle de tous les autres peuples coloniaux, a-t-elle un standard de vie bien inférieur au minimum vital.<br class='autobr' />
Ainsi un ouvrier agricole ne gagne qu'un litre de riz ou 1 franc par journée de travail de 12 heures – rien de plus, sauf un "repas" à midi pour chaque journée de travail effective, et un lopin de terre avec une habitation misérable fourni par le propriétaire.<br class='autobr' />
Le paysan ne peut tirer de l'exploitation de sa parcelle de quoi se nourrir et se vêtir, s'il veut payer ses impôts : impôt individuel de 35 frs, ce qui représente un mois de travail, impôt sur le "revenu", taxe sur chaque pied de tabac, sur chaque oranger, etc... qui frappe d'autant plus lourdement l'exploitation agricole qu'elle est plus petite. Et s'il survient une inondation (assez fréquente dans le delta tonkinois), si la récolte est ravagée, mais que la bicoque ne s'en aille pas complètement à l'eau et que son buffle (le cheval en France) lui reste, il faudra que le petit paysan trime encore plus dur pour payer quand même ses impôts, pour éviter la perquisition, la confiscation de ce qui lui reste ou l'emprisonnement.<br class='autobr' />
La situation des ouvriers n'est pas moins terrible. Ceux des plantations de caoutchouc, thé et café, sont pour la plupart nourris et logés par les patrons dans la dépendance complète desquels ils sont ainsi placés. La maladie les frappe d'autant plus durement que les régions de plantations sont de climat très dangereux, surtout pour des travailleurs sous-alimentés.<br class='autobr' />
L'ouvrier d'usine spécialisé gagne de 5 à 10 frs par jour mais il y en a bien peu. La plupart sont des ouvriers non spécialisés dont le salaire ne dépasse pas 2,50 à 3 frs maximum par jour. Quant à l'ouvrière, avec 1,50 fr par journée de travail de plus de 10 h, elle doit pour vivre chercher à compléter ce salaire dérisoire. Hanoï, capitale du Tonkin, est ainsi renommée... pour sa place au 4ème rang dans le monde, dans le "domaine" de la prostitution ! Voilà la civilisation colonisatrice à l'œuvre...<br class='autobr' />
Mille extorsions s'abattent sur la population, dont les plus connues sont peut-être celles découlant de la régie du sel et de celle de l'alcool.<br class='autobr' />
Tout le sel exploité est vendu obligatoirement à l'Etat, au prix de 20 centimes ou 30 centimes le kilo, et celui-ci le revend 70 centimes à la population – y compris à l'ouvrier des salineries. Comment appeler cela autrement que de l'escroquerie ? La population n'a pas non plus le droit de fabriquer de l'alcool de riz pour sa consommation. Un service de douane spécial a été formé pour la lutte contre la fabrication en fraude, et le fraudeur doit payer une amende bien supérieure à tous ses biens. Pourquoi cela ? C'est que l'alcool de riz est vendu à la population à des tarifs "rémunérateurs" par l'administration française qui, dans certaines régions, oblige les autorités indigènes à écouler des quantités d'alcool arbitrairement fixées.<br class='autobr' />
Voilà encore la colonisation civilisatrice à l'œuvre...<br class='autobr' />
Le régime intérieur.<br class='autobr' />
La terreur policière complète et maintient ce régime d'exploitation sans borne. Un Indochinois n'a pas le droit de circuler librement dans son pays et les voyages à l'étranger ne sont autorisés que par faveur, après un sérieux examen de la vie du candidat – sauf lorsque des milliers et des milliers de travailleurs sont arrachés à leurs foyers pour aller rejoindre les travailleurs de la Métropole et mourir avec eux pour le profit des capitalistes.<br class='autobr' />
L'"ordre", c'est-à-dire la dictature arbitraire des capitalistes, est assuré par des soldats marocains, sénégalais, la Légion et une poignée de policiers indigènes. En revanche de nombreux corps d'infanterie indochinoise sont envoyés pour défendre le même "ordre", dans toutes les possessions françaises d'Afrique, de Chine, etc...<br class='autobr' />
Dans ces conditions, la répression de tout mouvement nationaliste et révolutionnaire est impitoyable. Le moindre mouvement est qualifié de "communiste" – la bourgeoisie connaît son ennemi – et aussitôt l'appareil de répression entre en action. Les prisonniers politiques sont gardés par des soldats recrutés parmi les peuplades arriérées des hautes montagnes de l'intérieur, et soumis aux pires traitements. Les méthodes de torture sont très "efficaces" : piqûres d'aiguilles sous les ongles, attache du "coupable" par les deux pouces du pied à un poteau où on le laisse se dessécher au soleil, ingurgitation d'eau salée pour provoquer la soif, enfoncement d'une tige de fer dans la verge, et mille autres procédés aussi sauvages, bien dignes des capitalistes. Nourris de riz mélangé à du poisson pourri, 99% des prisonniers sont ainsi réduits à la mort.<br class='autobr' />
L'oppression sans phrases est combinée avec la mascarade parlementaire. Mais 40.000 Français envoient au Parlement indochinois deux fois plus de députés que 27.000.000 d'indigènes, et encore la presque totalité des candidatures électorales sont-elles choisies par le gouvernement : riches propriétaires fonciers, industriels, etc..., qui d'ailleurs n'ont souvent qu'une connaissance incomplète de la langue française. Lorsque le jeu des "combines" électorales n'arrive pas complètement à empêcher les masses travailleuses de l'Indochine ; de se faire entendre, leur volonté s'exprime par l'envoi de représentants communistes, tels Tran-Van-Trach et Ta-Thu-Thau, candidats de la IVème Internationale élus à Saïgon en 1939, sous l'occupation japonaise.<br class='autobr' />
Depuis quatre ans, deux camps impérialistes oppriment économiquement et nationalement le peuple indochinois. L'occupation japonaise, avec sa dictature capitaliste-féodale n'a pas permis à la classe laborieuse indochinoise d'obtenir un niveau de vie plus élevé. La classe ouvrière a été poussée frénétiquement au travail pour industrialiser l'Indochine (voies de communication, usines) ; ainsi s'est élargie la base du mouvement prolétarien et se préparent des contradictions futures plus terribles entre l'Indochine et la Métropole. Cette industrialisation n'est pas sans profiter aux capitalistes français Ainsi la Compagnie des Tramways Indochinois continua pendant l'occupation à verser des dividendes à ses actionnaires et les Raffineries d'Indochine réalisèrent en 1941 (derniers bilans publiés) le coquet bénéfice de 9.541.158 frs.<br class='autobr' />
Mais les révolutionnaires emprisonnés sont restés dans les bagnes.<br class='autobr' />
Pour obtenir l'appui du peuple dans la guerre, l'impérialisme japonais a proclamé "l'indépendance" de l'Annam, en flattant ainsi l'esprit nationaliste entretenu par l'occupation étrangère. De son côté, l'impérialisme français proclame la création d'une "Union française" accordant aux Indochinois pour l'avenir et aux "élites", c'est-à-dire aux classes riches, propriétaires fonciers et capitalistes, certains droits, et l'espoir de places lucratives dans l'administration ou le gouvernement (députés). En même temps il est vrai, il fait propager l'idée que "tous les territoires ayant appartenu à leurs possesseurs naturels" doivent leur être "rendus le plus tôt possible". Et dans ce nombre... l'Indochine qui certainement, devrait être rendue à la France." (Déclaration de M. Fraser à l'A.F.P., 30/3/45).<br class='autobr' />
Ainsi, de quelque côté qu'ils se tournent, les travailleurs indochinois ne voient que des pillards qui se réclament à grands cris de leur droit "naturel" à les mettre en coupe réglée.<br class='autobr' />
La situation des Indochinois en France.<br class='autobr' />
Lorsqu'en 1939 éclata la deuxième guerre de pillage mondial, 25.000 Indochinois, pour la plupart des paysans, furent arrachés à leurs foyers pour aller travailler en France dans l'industrie de guerre, poudreries et arsenaux, où ils accomplirent les travaux les plus dangereux et les plus malsains, côte à côte avec d'autres ouvriers coloniaux (arabes notamment) – 15.000 restent encore déportés en France, parce que la guerre a empêché leur rapatriement. Et l'Etat – c'est-à-dire les capitalistes – réalise sur eux de gros bénéfices.<br class='autobr' />
Ces exilés vivent en camps, soumis à l'arbitraire le plus complet et à une discipline terroriste qui, comme à Bergerac, comprend souvent des sévices sanglants. Leur approvisionnement est le même en principe que celui de la population civile, mais, échappant à tout contrôle de la part des intéressés, il est "écrémé" successivement par les commandants de Légion, de Groupements, de Compagnies, puis par toute la séquelle des "sous-officiers", des chefs cuisiniers et cuisiniers, qui s'engraissent de la famine des requis.<br class='autobr' />
Et tandis que, d'une année sur l'autre, les travailleurs doivent se contenter de rebuffades et de promesses, leurs dignes chefs sont en mesure de fournir vêtements et brodequins à leurs amis et connaissances.<br class='autobr' />
Qu'importe qu'il gèle en hiver, et que la tuberculose (60% des morts à l'hôpital indochinois de Marseille) décime les effectifs ! L'important, pour les marchands d'esclaves, c'est que "ça rende", c'est-à-dire que la sueur et le sang des travailleurs se transforment entre leurs mains en "bon argent" et grasses richesses. Aussi pressions et vexations s'abattent sur les camps, pour pousser au rendement : diminution des rations des malades, comme à Salin-de-Giraud (Bouches du Rhône), pour les obliger à retourner sur le chantier, travail le dimanche "en prévision des jours de pluie" comme à la Société de Gadones, etc...<br class='autobr' />
Et malheur à qui tombe malade ! L'hôpital le Dantec de Marseille, le "Tombeau des Indochinois", l'attend. Au train où vont les choses, d'ici quelques années, deux bateaux suffiront à rapatrier les survivants des 15.000 déportés...<br class='autobr' />
Pour les travailleurs indochinois, les employeurs versent à l'Etat, pour chaque journée de travail effective, une moyenne de 65 frs. Mais celui-ci paye aux travailleurs un salaire de famine, et les oblige en même temps à déposer à la caisse d'épargne 25 à 30% de leur solde mensuelle (40 à 60 frs), économies forcées qui servent à masquer aux yeux des masses la détresse des travailleurs.</p>
<hr class="spip" />
<p>Quelle que soit la barrière que la différence de langue dresse entre travailleurs français et indochinois, cette barrière doit être franchie, car il est indispensable aux uns et aux autres d'unir leurs efforts contre leurs exploiteurs capitalistes. Les masses indochinoises – surtout annamites – possèdent une tradition révolutionnaire riche d'abnégation et d'héroïsme. L'indépendance qu'elles désirent ne saurait être obtenue par les marchandages de mandarins, liés à l'oppression populaire. Elle ne peut être que le résultat d'une lutte acharnée, impitoyable, menée contre les grandes banques, les 200 familles, bref contre les capitalistes. Et c'est précisément la lutte qu'ont à mener aussi les prolétaires français. Ceux-ci savent bien par expérience, qu'un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre, et doit s'attendre à être opprimé à son tour.<br class='autobr' />
La situation des travailleurs indochinois est si terrible que les social-chauvins eux-mêmes n'ont pu garder le silence. Le CCN de la CGT les a assurés de la "solidarité ardente des travailleurs de France organisés dans la CGT".<br class='autobr' />
Il faut faire une réalité de cette assurance platonique des bureaucrates chauvins (qui par ailleurs ne disent rien de l'Indochine même).<br class='autobr' />
Les travailleurs indochinois exigent :<br class='autobr' />
En France,<br class='autobr' />
LA LIBERATION DES TRAVAILLEURS EMPRISONNES DE BERGERAC ET DE BORDEAUX,<br class='autobr' />
L'ABOLITION DES MESURES D'EXCEPTION ET DU TERRORISME DISCIPLINAIRE DANS LES CAMPS,<br class='autobr' />
LE LIBRE EXERCICE DU DROIT SYNDICAL,<br class='autobr' />
DES SALAIRES QUI LEUR PERMETTENT DE VIVRE.<br class='autobr' />
Pour l'Indochine,<br class='autobr' />
LA TERRE AUX PAYSANS,<br class='autobr' />
LES DROITS POLITIQUES ET SYNDICAUX COMPLETS POUR LES OUVRIERS ET PAYSANS,<br class='autobr' />
UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE ELUE LIBREMENT PAR LES INDOCHINOIS AU SUFFRAGE UNIVERSEL.<br class='autobr' />
Nous, travailleurs de la Métropole, devons appuyer et soutenir entièrement ces revendications et reconnaître en même temps le droit du peuple indochinois à disposer de lui-même, y compris le droit de séparation de la Métropole (c'est-à-dire des capitalistes français).</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47s_050845.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47s_050845.htm</a></p>
<p>Saïgon en révolution en août 1945<br class='autobr' />
Une situation révolutionnaire éclata au Vietnam le 16 août 1945 lorsque la capitulation japonaise fut annoncée. Dans les provinces de Trung Bo, Bac Bo, Sadec et Long Xuyen, les paysans renaissants tuèrent leurs propriétaires et exproprièrent les terres.</p>
<p>Mais le centre de la révolution était Saïgon. D'énormes manifestations réclamant l'indépendance nationale et la libération de tous les types d'oppression ont eu lieu : de 300 000 le 21 août et d'un million le 25 août. Les slogans des trotskystes pour le pouvoir ouvrier ont gonflé leurs contingents par milliers.</p>
<p>Plus de 150 comités populaires ont été mis en place (cette politique a été activement combattue par les trotskystes de l'ICL), le premier à Ban Co le 19 août. Ils ont pris le pouvoir administratif dans de nombreuses banlieues de Saigon, à commencer par Phu Nuan le 19 août. Une conférence des comités a publié un programme qui insiste sur le fait que la bourgeoisie nationale sera complètement incapable de jouer le rôle d'avant-garde révolutionnaire, et que seule l'alliance populaire des ouvriers industriels et des travailleurs ruraux sera en mesure de libérer la nation des domination des capitalistes étrangers ». Comme dans toutes les situations révolutionnaires, aucune quantité d'organisations ou de publications ne pouvait satisfaire la soif de direction politique des masses. Tranh Dau, le journal du groupe Struggle, est devenu quotidien ; l'ICL a, à un moment donné, publié des bulletins toutes les trois heures à partir d'un siège nouvellement établi. Des centaines de comités de la jeunesse de l'avant-garde ont été mis en place, certains sous la direction stalinienne, qui ont tous déclaré qu'ils étaient prêts à mourir pour la libération nationale. Les partis bourgeois et petit-bourgeois prolifèrent également ; selon un rapport de l'ICL, pas moins de 50 nouveaux ont germé. Qui contrôlait Saigon ? Les différences entre les différents comptes montrent à quel point la situation était volatile. Il est certain que le Front national uni (UNF), qui avait un programme pour l'indépendance nationale et comprenait des nationalistes bourgeois, les sectes religieuses Cao Dai et Hoa Hao et la jeunesse de l'avant-garde, a reçu le pouvoir par le gouvernement effondré de Bao Dai le 14 août, et l'a adopté. sur le Vietminh une semaine plus tard. John Spencer, un partisan du groupe anti-trotskyste Banda, a récemment fait l'allégation stupide que au moins certains des trotskystes vietnamiens ont participé à la formation de l'UNF sous les auspices japonais le 14 août 1945 '', un groupement qui était chèrement conçu comme un contrepoids au Vietminh '. (Trotskysme vietnamien et révolution d'août 1945). Spencer essaie manifestement de donner un poids « savant » au mensonge stalinien, originaire de Ho Chi Minh, selon lequel les trotskystes travaillaient pour les Japonais. Mais au moins un compte rendu faisant autorité dit que l'UNF « comprenait une petite minorité communiste », ainsi que les trotskystes du groupe Struggle. (Communisme vietnamien : ses origines et son développement, par R. Turner, p. 39). Le même récit explique comment le dirigeant vietminh Tran Van Giau a arrangé que l'UNF lui cède le pouvoir par voie de négociation. ».</p>
<p>Deuxièmement, un rapport du groupe Lutte au Secrétariat international de la Quatrième Internationale (La Révolution d'Août et le Groupe de Lutte, dans les archives de l'ISFI, Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, Université de Nanterre, Paris) déclare qu'ils ont proposé aux staliniens un front uni sur la politique d'indépendance nationale et de réforme agraire, ces derniers la refusant « parce qu'ils croyaient pouvoir compter sur l'aide et le respect des Alliés, pour parvenir à une« république démocratique du Vietnam »par des moyens diplomatiques.</p>
<p>Après cela, et après que le Vietminh eut pris le contrôle administratif, ils prirent part à des réunions avec les nationalistes bourgeois - auxquelles les staliniens étaient également présents, accusant les trotskystes de « sabotage ». Quelques semaines plus tard, lorsque les troupes britanniques ont été accueillies à Saïgon par les Vietminh, les trotskystes se sont certainement retrouvés dans une alliance de fait avec les nationalistes bourgeois : tous deux prônaient la résistance armée à la réimposition du contrôle impérialiste. (Spencer n'exprime pas sa propre opinion sur la petite question de l'invasion britannique, en s'appuyant sur des citations de diverses sources soutenant le point de vue stalinien qui opposait ceux qui résistaient aux Britanniques comme étant « fous », « provocateurs » et « ultra-gauches »). Le 22 août, après deux semaines de troubles révolutionnaires, le Vietminh a tenu une réunion avec des représentants de l'UNF qui ont accepté de céder le contrôle de la ville. Le 25 août, à 5 heures du matin, jour de la manifestation d'un million de personnes, les Vietminh ont occupé tous les bâtiments gouvernementaux et ont officiellement mis en place un « Comité exécutif provisoire de la République du sud du Vietnam ». La politique de cette administration était double : maintenir, si possible, la bourgeoisie et la classe foncière vietnamiennes chancelantes, et accueillir les troupes alliées dans des conditions où un accord serait négocié avec elles. Le dirigeant stalinien Tran Van Giau a proclamé que « les libertés démocratiques seront assurées et garanties par les alliés démocratiques » (cité dans « Quelques étapes… » dans Quatriéme Internationale). Un autre responsable vietminh, Nguyen Van Tao, a été plus explicite : « Tous ceux qui ont incité les paysans à saisir la propriété des propriétaires terriens seront sévèrement et impitoyablement punis. . .</p>
<p>Nous n'avons pas encore fait la révolution communiste, qui résoudra le problème agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement démocratique, c'est pourquoi une telle tâche ne lui incombe pas. Notre gouvernement, je le répète, est un gouvernement démocratique bourgeois, même si les communistes sont maintenant au pouvoir. »(Communisme vietnamien : ses origines et son développement, p. 43). L'historien Phillipe Devilliers raconte que le leader vietminh Duong Bach Mai a parlé de « calmer l'ardeur tumultueuse des militants de base, en leur montrant que la tâche du moment n'était pas de faire une révolution prolétarienne mais de briser le« colonialisme »en appelant à tous les peuples à lutter contre elle. »(History of Vietnam 1940-52, par P. Devilliers, p. 181). Buttinger dit que le gouvernement vietminh à Saïgon « est allé jusqu'à décréter la peine de mort pour les atteintes à la propriété privée » (Vietnam : A Dragon Embattled, J. Buttinger, vol. 1, p. 347). Spencer, essayant de « replacer dans son contexte » le massacre des trotskystes vietnamiens, prétend qu'ils étaient « sans ambiguïté hostiles » à « l'administration révolutionnaire » du Vietminh. En fait, cette administration était contre-révolutionnaire, c'est-à-dire déterminée à empêcher à tout prix les prises de propriété, même lorsque les comités populaires et les soulèvements paysans les avaient déjà mis en œuvre à grande échelle.</p>
<p>1er OCTOBRE 1945 : le Vietnam avait traversé six semaines de convulsions révolutionnaires, atteignant un point culminant dans la dernière semaine de septembre lorsque les troupes britanniques, françaises et japonaises occupaient le centre-ville de Saïgon, déplaçant l'administration vietminh et menaçant la terreur contre les ouvriers et les paysans révolutionnaires. Après des tentatives répétées, les Vietminh ont négocié une trêve avec les Britanniques le 1er octobre, dont le principal résultat a été que les troupes impérialistes - britanniques, françaises et japonaises - ont obtenu le « libre passage » des Vietminh à travers les banlieues rebelles de Saïgon. Un cessez-le-feu d'une semaine entre le 3 et le 10 octobre a été utilisé par les impérialistes pour renforcer leurs forces. Le 5 octobre, le général Leclerc arrive à la tête d'un corps expéditionnaire français. Alors que les Français et les Gurkhas renouvelaient leur offensive contre les trotskystes et d'autres forces de résistance, Tran Van Giau eut le culot de publier un tract condamnant les trotskystes en tant qu '« agents impérialistes français ». « Les combattants trotskystes qui se sont repliés vers l'ouest ont été désarmés à Cho Dem », indique le rapport de Struggle. (The August Revolution and the Struggle Group, ISFI files, Paris). Les forces de lutte qui sont allées à l'est ont tenté de mobiliser deux armées, le Hoang Pho I et le Hoang Pho II, lorsqu'elles ont été encerclées à Xuan Truong par un grand nombre de forces armées vietminh : Tran Van Thach, Nguyen Van So et Nguyen Van Tien étaient emmenés à Thu Dau Mot où ils ont été jugés militaires et fusillés sur les ordres de Kieu Dac Thang, un criminel ordinaire et un oiseau de prison fait grâce à la courtoisie générale de Duong Bach Mai (le chef de la police stalinienne) ; Phan Van Chanh et Phan Van Hum ont pris la direction de Bien Hoa, d'où ils espéraient rejoindre Hue.</p>
<p>Le soulèvement de Saïgon de septembre 1945</p>
<p>Le 24 août, le Viet Minh a déclaré une administration provisoire, un Comité administratif du Sud, à Saïgon. Lorsque, dans le but déclaré de désarmer les Japonais, le Viet-Minh a accueilli le débarquement et le positionnement stratégique des troupes britanniques et anglo-indiennes, des groupes politiques rivaux sont apparus en force. Les 7 et 8 septembre 1945, dans la ville delta de Cần Thơ, le Comité dut s'appuyer sur ce qui avait été l'auxiliaire japonais, Jeunesse d'Avant-Garde / Thanh Nien Tienphong. Ils ont tiré sur des foules, rejoints par l'ICL, exigeant des armes contre une restauration coloniale française.</p>
<p>À Saïgon, la réaffirmation brutale de l'autorité française sous la protection des Japonais britanniques, britanniques-indiens et britanniques réquisitionnés a déclenché un soulèvement général le 23 septembre. Sous le slogan « La terre aux paysans ! Les usines aux ouvriers ! », L'ICL a appelé la population à s'armer et à s'organiser en conseils. Pour coordonner ces efforts, les Internationalistes ont créé un Comité Révolutionnaire Populaire, un "soviet embryonnaire qui a mis sa marque sur la région de Saigon-Cholon, Gia-dinh et Bien-Hoa." Les délégués ont publié "une déclaration dans laquelle ils ont affirmé leur indépendance vis-à-vis des partis politiques et ont fermement condamné toute tentative de restreindre l'autonomie des décisions prises par les ouvriers et les paysans. "</p>
<p>Avec d'autres camarades de la Ligue, Ngô Văn s'est associé aux ouvriers du tramway. Dans « l'esprit internationaliste de la Ligue », les ouvriers avaient rompu avec leur syndicat, la Confédération générale du travail (rebaptisée par le Viet Minh « Ouvriers pour le salut national »). Refusant l'étoile jaune du Viet-Minh, ils se sont rassemblés sous le drapeau rouge sans fioritures « de leur propre émancipation de classe ». Mais les milices ont été durement touchées par le retour des Français. Ngô Văn enregistre à eux seuls deux cents massacres, le 3 octobre, au pont de Thi Nghe.</p>
<p>Alors qu'ils retombaient dans la campagne, eux et d'autres formations indépendantes (groupes armés de nationalistes indépendants et sectes syncrétiques Hoa Hao et Cao Dai) ont été pris entre deux feux alors que le Viet-Minh revenait pour encercler la ville. Dương Bạch Mai, qui avait été parmi les staliniens sur le comité de rédaction original de La Lutte, a conduit la sécurité Vietminh à traquer ses anciens collègues sur le papier. À la fin d'octobre, ils avaient capturé et exécuté, entre autres, Nguyen Van Tien, l'ancien rédacteur en chef, et Phan Văn Hùm.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153</a></p>
<p>En mars 1945, les forces japonaises ont liquidé le régime colonial français et ont assumé la domination directe sur l'Indochine. Ta Thu Thau avait été libéré de Poulo-Condore à la fin de 1944, après de cinq ans de prison. Il reprit l'activité politique et, pendant l'été, se rendit dans le nord, rencontrant des partisans trotskystes parmi les mineurs de charbon en grève. C'était lors de son retour de ce voyage, à mi-chemin de Saïgon, que Thau fut capturé par les staliniens à Quang Tri.</p>
<p>« À Saïgon, le rétablissement de la domination coloniale française et l'entrée des troupes britanniques ont déclenché un soulèvement populaire général dans lequel les trotskystes ont joué un rôle majeur, formant une milice ouvrière qui a été brutalement réprimée par les forces britanniques et françaises, y compris lors d'un massacre de plus de 200 ouvriers au pont de Thi Nghe le 3 octobre 1945. Des militants trotskystes contraints de fuir la répression de masse dans la ville ont été pris en étau à la campagne entre le Viet Minh et les forces militaires coloniales rétablies. Seule une poignée put survivre en quittant complètement le pays.</p>
<p>Alors que les tensions s'intensifiaient en septembre 1945, les staliniens désarmèrent les comités populaires, supprimèrent le comité central provisoire et assassinèrent des dizaines de trotskystes, dont le chef de La Lutte, Ta Thu Thau. Loin de garantir l'indépendance, la collaboration du PCI avec les Français n'a contribué qu'à restaurer la domination coloniale dans le sud. Le peuple vietnamien devait payer un prix lourd pour la trahison de la montée révolutionnaire d'après-guerre et les manœuvres ultérieures des staliniens avec l'impérialisme français puis américain. Trente ans de guerre ont dévasté le pays et entraîné des millions de morts.</p>
<p>Pendant de nombreuses décennies, le sort tragique des trotskystes vietnamiens ainsi que leur rôle politique de premier plan dans les années 1930 étaient peu connus ou compris parmi les partisans de la Quatrième Internationale. Les révisionnistes dirigés par Michel Pablo et Ernest Mandel, qui tenaient des postes de direction jusqu'en 1953, avaient rejeté le rôle des trotskystes chinois et vietnamiens, qualifiant ceux-ci de « réfugiés d'une révolution ». Plus tard, dans les années 1960, les pablistes ont salué la direction stalinienne vietnamienne sous Ho Chi Minh pour sa résistance à l'impérialisme américain lors de l'intervention américaine au Vietnam, et se sont opposés à soulever la question du sort des trotskystes vietnamiens.</p>
<p>Mais dans le conflit de 1945, Ho Chi Minh a révélé l'orientation nationaliste qui caractérise le stalinisme. Comme il l'a dit à ses associés, il a préféré permettre l'entrée des forces françaises et britanniques parce que les anciennes puissances coloniales étaient faibles et discréditées, tandis que les forces chinoises, beaucoup plus grandes et plus proches, constituaient la plus grande menace.</p>
<p>Il a ainsi révélé un profond scepticisme quant aux perspectives d'une révolution réussie en Chine : les armées prétendument puissantes du Kuomintang se désagrégèrent en à peine trois ans et le Parti communiste chinois arriva au pouvoir. Dans le même temps, reflétant les préjugés anti-chinois d'un nationaliste vietnamien, il considérait la Chine, qu'elle soit dirigée par Mao Zedong ou Chiang Kai-shek, comme plus à craindre par le Vietnam que des impérialistes européens, en raison de sa proximité et de sa longue histoire de conflit avec son petit voisin du sud.</p>
<p>Ho, suivant la logique du stalinisme, avait longtemps rejeté la lutte pour une révolution socialiste mondiale et avait procédé dans une perspective nationaliste, dans le but d'établir un Vietnam indépendant. Sur la base de sa raison d'État nationaliste, il a approuvé le meurtre des internationalistes révolutionnaires, y compris celui de Ta Thu Thau. »</p>
<p>« En 1945, le Vietminh dirigé par le parti communiste vietnamien d'Ho Chi Minh n'était fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l'escamotage de la révolution va s'avérer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implanté avec lequel il a dû plusieurs fois s'entendre. En 1939, seul face à toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux élections de Saigon. A l'annonce de la capitulation japonaise s'est en fait un véritable soulèvement révolutionnaire qui a lieu car la population est révoltée contre toutes les autorités. Il faut dire qu'il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c'est la révolution. Des pauvres s'attaquent aux autorités locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arrêtent les tuent. Ils forment des comités du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l'opération des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n'a pu se faire car ce sont les comités du peuple qui se sont fédérés et qui ont pris le pouvoir à l'issu d'une manifestation dirigée par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contrôle ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propriétaires et fonctionnaires. Les comités du peuple élisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gardé par un détachement d'ouvriers en armes. C'est pour se débarrasser de cette révolution que le vietminh qui s'est associé d'anciennes forces vietnamiennes liées à l'ancien régime vichyste va pratiquer une politique se répression et d'assassinat systématique contre les membres des comités du peuple et particulièrement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassinés systématiquement. C'est en brisant le soulèvement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s'appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et dès qu'il parvient au pouvoir son langage est clair : « seront sévèrement et impitoyablement punis ceux qui auront poussé les paysans à s'emparer des propriétés foncières. Notre gouvernement n'est qu'un gouvernement démocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de réaliser la révolution communiste. » Le 2 septembre 1945 ils manifestent même en l'honneur de la commission des alliés. Des colons français tirent dans la foule qui arrête un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement relâcher. L'exaspération des masses grandit et les staliniens décident d'en finir avec la révolution. Ils annoncent « seront considérés comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple à l'armement et surtout à la lutte contre les alliés occidentaux ». En septembre 1945 les staliniens vont désarmer les comités du peuple puis pourront en finir définitivement et physiquement avec les membres des comités du peuple de Saigon. Ils avaient fini d'assassiner la révolution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh déclare à la presse : « la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n'a pas toujours été heureux mais nous n'avons pas intérêt à le briser. » En novembre 1945, le parti communiste indochinois s'autodissous déclarant : « il faut placer les intérêts de la patrie au dessus de ceux des classes ».</p>
<p>« Dans le nord, Ho suivait la même politique de capitulation face aux forces alliées, dans ce cas aux Chinois et aux Français. Cependant, cela prit beaucoup plus de temps qu'au sud, car les troupes chinoises arrivèrent seulement fin septembre, laissant au Viet Minh le temps de consolider son pouvoir. Aussi, le Vietminh avait sa propre zone de guérilla armée au nord, et les Chinois n'étaient pas activement opposés à un Vietnam indépendant. Dans la ligne de sa politique d' »ouverture » de la coalition pour y inclure les nationalistes bourgeois et les leaders catholiques, Ho décréta en novembre la liquidation complète du parti communiste indochinois. La déclaration du Comité central affirmait que « afin d'accomplir la tâche du Parti … en vue d'une union nationale sans distinction de classes, de partis est un facteur indispensable » et que ce geste a été fait pour montrer que les Communistes « sont toujours disposés de placer les intérêts de leur pays au dessus de ceux de classe, et de renoncer aux intérêts du Parti pour servir ceux du peuple vietnamien. »</p>
<p>A cette époque, cependant, l'opposition était toujours forte au Nord. Le groupe La Lutte publiait à ce moment un quotidien à Hanoï, Tran Dao (La Lutte), qui avait une diffusion de 30.000 exemplaires à la fin 1945. Un courrier du secrétariat de la Quatrième Internationale à ce moment parlait d'un groupe La Lutte bien organisé mais persécuté dans le nord. Conduit par Ta Thu Thau, ancien dirigeant des éditeurs du Tonkin dans les années 1937-38, il tenait de grands meetings et publiait de nombreux ouvrages en plus de son quotidien. (…)</p>
<p>Ta Thu Thau fut arrêté par le Viet Minh au cours d'un voyage vers le sud. Jugé trois fois par des comités du peuple locaux, il fut acquitté trois fois, un tribut à la réputation des trotskystes à cette époque. Finalement, il fut simplement fusillé à Quang Ngai, en février 1946, sur ordre du dirigeant stalinien du sud Tran Van Giau.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148</a></p>
<p><a href="https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article1430&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article1430&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article440" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article440</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1946/Mouvements.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1946/Mouvements.pdf</a></p>
<h2 class="spip">Vietnam</h2>
<p>Vietnam : chronologie</p>
<p>8 mars 1945 : Coup de force japonais qui fait tomber le régime français au Vietnam</p>
<p>9 mars 1945 : Démantèlement des troupes françaises d'Indochine</p>
<p>11 mars 1945 : Bao Daï proclame l'indépendance de l'Indochine en collaboration avec le Japon</p>
<p>17 avril 1945 : Constitution du gouvernement vietnamien projaponais de Tran Van Kim</p>
<p>26 juillet 1945 : Aux accords de Potsdam, les Alliés décident l'occupation chinoise au nord du Vietnam et anglaise au sud, zones limitées par le 16e parallèle.</p>
<p>13 août 1945 : Pour anticiper l'arrivée des Alliés, les staliniens du « Comité de Libaration du peuple vietnamien » parlent de renversement du pouvoir japonais, la veille de sa reddition.</p>
<p>15 août 1945 : Capitulation du Japon dans la guerre mondiale</p>
<p>18 août 1945 : Constitution du Front National Unifié qui regroupe bourgeoisie et féodaux (Caodaïstes, Hoa Hao et Parti de l'indépendance).</p>
<p>19 août 1945 : Apparition de comités du peuple dans la région sud</p>
<p>21 août 1945 : Constitution de centaines de comités de la jeunesse d'avant-garde</p>
<p>Le même jour, le plus grand quartier ouvrier de Saïgon (Phu-Huan) élit son comité du peuple qui se proclame nouveau pouvoir central. Les paysans liquident les anciens serviteurs des gouvernements français et japonais. Ils investissent les bureaux et tribunaux de l'administration locale. Constitution de tribunaux du peuple qui jugent les grands propriétaires et les anciens fonctionnaires. Les comités du peuple, d'août à septembre, confisquent les biens des riches et partagent les terres. Manifestation de 300.000 personnes dont 30.000 derrière la bannière trotskyste de la LCI.</p>
<p>23 août 1945 : Pour contrer la vague révolutionnaire, le Front National Unifié se dissous et adhère au Viet Minh tenu par les staliniens, seule force capable de contrer la révolution sociale.</p>
<p>25 août 1945 : Abdication de Bao Daï. Formation par les staliniens du « Comité exécutif provisoire du sud Vietnam » qui vise à éviter le vide du pouvoir en occupant tous les postes adminstratifs et en maintenant en place la police : sept staliniens sur neuf ministres et Ho Chi Minh à la présidence. Grandiose manifestation à Saïgon pour l'indépendance.</p>
<p>26 août 1945 : Entrée des troupes chinoises au nord du Vietnam. Première assemblée des comités du peuple.</p>
<p>27 août 1945 : Déclaration du stalinien Nguyen Van Tao, ministre l'Intérieur, contre les trostskystes : « Seront sévèrement punis et impitoyablement frappés tous ceux qui auront poussé les paysans à s'emparer des propriétés foncières. (…) Nous n'avons pas encore fait la révolution communiste qui apportera la solution au problème agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement démocratique, c'est pourquoi il ne lui apartient pas de réaliser une telle tâche. Notre gouvernement, je le répète, est un gouvernement démocratique bourgeois, bien que les communistes soient actuellement au pouvoir. »</p>
<p>28 août 1945 : Déclenchement d'une vaste campagne de calomnies contre les trotskystes accusés de semer le désordre et de provoquer des troubles.</p>
<p>29 août 1945 : Formation du gouvernement provisoire vietnamien</p>
<p>1er septembre 1945 : Déclaration de Tran Van Giau affirmant que l'indépendance n'est pas le produit de la lutte mais des « négociations avec nos alliés » et qui menancent quiconque prétend combattre les armes à la main les « forces alliées » : « Ceux qui incitent le peuple à l'armement seront considérés comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'indépendance nationale. Nos libertés démocratiques seront octroyées et garanties par les Alliés démocratiques. »</p>
<p>2 septembre 1945 : Manifestation organisée par le gouvernement et les staliniens pour « accueillir les Alliés » qui débarquent à Saïgon. La manifestation se déroule dans le calme mais des coups de feu sont tirés contre les manifestants en marge du cortège. La colère des Vietnamiens explose. La population explose de colère contre le retour des colonialistes. Le climat change. Des Français sont pris à partie et assassinés. Les staliniens accusent les trotskystes de la responsabilité des troubles.</p>
<p>7 septembre 1945 : A Hanoï, Tran Van Giau décrète le désarmement des organisations non-gouvernementales, dont les comités populaires qui préparaient une insurrection armée contre le retour des troupes alliées au Vietnam. Le nouveau pouvoir stalinien se prépare à « accueillir nos alliés. »</p>
<p>10 septembre 1945 : Débarquement des troupes anglaises à Saïgon</p>
<p>12 septembre 1945 : Manifeste commun des comités du peuple et du groupe trostskyste LCI dénonçant la politique de trahison du gouvernement stalinien et capitulation devant l'Etat-major des troupes anglaises.</p>
<p>14 septembre 1945 : Un détachement armé sous les ordres du chef de la police, le stalinien Quang Bach, arrête les membres du comité populaire révolutionnaire de Tan Dinh (banlieue de Saïgon). Le massacre des trotskystes est lancé par les staliniens et le nouveau pouvoir dans tout le pays pour décapiter la révolution.</p>
<p>22 septembre 1945 : Le général britannique Gracey arme les troupes françaises, liquide le « comité exécutif du sud Vietnam » et proclame la loi martiale.</p>
<p>Octobre 1945 : Les troupes de leclerc se rendent maitresses de Saïgon.</p>
<p>Octobre 1945 à janvier 1946 : Leclerc et les troupes françaises réoccupent la Cochinchine.</p>
<p>11 novembre 1945 : autodissolution du Parti Communiste « pour placer les intérêts de la patrie au dessus de ceux des classes. »</p>
<p>6 mars 1946 : Accord entre la France et le Viet Minh : le Vietnam appartient à la Fédération Indochinoise et dépend de l'Union française (c'est-à-dire à l'empire colonial français).</p>
<p>18 mars 1946 : Entrée des troupes françaises à Hanoï.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073</a></p>
<h2 class="spip">Japon</h2>
<p>Le bombardement massif, meurtrier et fasciste (le fascisme a pour but d'éliminer massivement les prolétaires révolutionnaires) des civils japonais visait à éradiquer la révolution prolétarienne après la défaite du Japon, à sauver les capitalistes et militaires japonais au lieu de les battre définitivement comme le prétendait la propagande alliée !</p>
<p>Le pilonnage des villes japonaises correspondait également à cette stratégie destinée à détruire le moral des civils. Un bombardement nocturne sur Tokyo fit quelque quatre-vingt mille victimes. Puis, le 6 août 1945, apparut dans le ciel d'Hiroshima un unique avion américain qui lâcha la première bombe atomique faisant environ cent-mille morts et des dizaines de milliers d'autres victimes qui allaient mourir lentement de l'effet dévastateur des radiations. (…) Trois jours plus tard, une autre bombe atomique était lâchée sur Nagasaki, faisant environ cinquante mille victimes supplémentaires. Ces actes atroces furent justifiés par la nécessité d'accélérer la fin de la guerre et d'éviter d'envahir le Japon. (…) En août 1945, le Japon était déjà dans une situation désespérée et prêt à se rendre. (…) Les cent mille morts d'Hiroshima étaient presque tous des civils. Le US Strategic Bomb Survey déclara quant à lui dans son rapport que « Hiroshima et Nagasaki avaient été choisie pour cibles en raison de leur forte concentration d'activités et de population. » (…) Après la reddition du Japon, les puissances fascistes étaient battues. Mais qu'en est-il du fascisme en tant qu'idée, et en tant que réalité ? » Anéantir le fascisme et les fascistes n'était pas l'objectif de l'impérialisme US lui qui maintenait même au pouvoir l'empereur Hiro Hito, grand organisateur du régime fasciste. Comment l'impérialisme pourrait-il vouloir détruire définitivement le fascisme puisque celui-ci n'est rien d'autre que l'anéantissement physique et moral de toute possibilité pour la classe ouvrière de faire la révolution sociale ? Cet anéantissement n'était-il pas le premier objectif des Alliés à la fin de la guerre ?</p>
<p>La violence contre le Japon avait pour but de détruire une partie de la classe ouvrière et de terroriser l'autre partie pour éviter l'explosion sociale.</p>
<p>Quant à la classe ouvrière japonaise, elle s'est montrée effectivement comme une force menaçante pour les bourgeois. En décembre 1945, on est passé de zéro à 509 syndicats. En un an il y avait 17 000 syndicats regroupant 5 millions de syndiqués. Très vite, les grèves ont inquiété non seulement le patronat et le gouvernement japonais, mais les autorités américaines. Les grèves étaient non seulement revendicatives mais radicales, ne craignaient pas de toucher le sacro-saint droit de propriété. Ainsi en octobre 1945, les employés et journalistes d'un grand journal en grève le sortirent et lui donnèrent un contenu tellement contestataire qu'ils firent rapidement céder le patron. En décembre 1945, les cheminots d'une compagnie privée en grève faisaient voyager gratuitement les passagers et se servaient dans la caisse pour se payer. Toujours en décembre 1945, les mineurs décidèrent d'exploiter eux mêmes les mines ramenant la journée de travail de 12 à 8 heures. En janvier 1946, chez Toshiba c'est un comité regroupant les syndicats de douze usines différentes qui prit l'entreprise en mains. Dans tous ces cas les patrons cédèrent rapidement. L'effervescence populaire a gagné tout le pays au printemps 1946. La population affamée manifeste partout pour réclamer du riz. Le 12 mai, les manifestants forcent les grilles du palais impérial. Il faut dire que le seul reste que les américains aient choisi de conserver de l'ancien régime était justement son chef, l'empereur ! Les revendications des manifestants n'étaient pas seulement économiques mais politiques : gouvernement démocratique, arrestation des criminels de guerre, contrôle populaire sur les ressources alimentaires, contrôle ouvrier sur la production, etc… Le 19 mai, le mouvement gagne tout le pays avec 2 millions de personnes dans la rue dont 250.000 à Tokyo. Dans bien des secteurs, les ouvriers sont victorieux : dans les chemins de fer et les transports maritimes le gouvernement doit renoncer aux 120.000 licenciements programmés. Les électriciens obtiennent des augmentations de salaires de 20%. Le 18 janvier la fédération syndicale lance une grève générale illimitée pour le premier février. Mac Arthur décide de l'interdire. Les dirigeants staliniens reculent immédiatement en déclarant : « un pas en arrière, deux pas en avant ». C'est le Parti communiste qui permit ce que les patrons et le gouvernement n'avaient pas réussi : à briser l'élan gréviste. L'occasion manquée n'allait pas se renouveler. La période avait changé. En 1948, le mouvement ouvrier n'étant plus gros d'une révolution comme à l'après guerre, les attaques se multiplièrent contre les travailleurs, pour reprendre tout ce qui avait été concédé : Mac Arthur retira le droit de grève aux fonctionnaires, une grève des cheminots contre les licenciements fut brisée. La confédération des syndicats proche du parti communiste fut cassée, et le parti communiste pratiquement hors la loi. Des milliers de ses militants furent licenciés, lors de ce que l'on a appelé les « purges rouges ».</p>
<p>Un réveil grandiose du mouvement ouvrier japonais, englobant presque un million de travailleurs, - un tiers des forces ouvrières organisées – a commencé le 10 septembre 1946 à Tokyo par une grève générale totale du Syndicat des Marins japonais. Ceci fut suivi peu de jours après par une grève de 556.000 travailleurs de la C.G.T. japonaise et de 330.000 ouvriers agricoles organisés dans le Syndicat National Agraire du Japon. Cette grève puissante eut lieu face au décret dictatorial promulgué par le général Mac Arthur il y a deux semaines, décret soutenu par le gouvernement marionnette, interdisant "les grèves, abandons de travail et autres formes d'arrêt de travail". Ce décret de style hitlérien et la menace faite par Mac Arthur d'utiliser les troupes d'occupation comme briseurs de grèves servirent à écraser une grève de trois jours des marins à Sasebo. Cette semaine, d'après les rapports syndicaux, 3.899 bateaux sont immobilisés, paralysant virtuellement la marine marchande japonaise. Des grèves de sympathie du Syndicat des Travailleurs des ports japonais et du Syndicat des Marins côtiers ajoutèrent 60.000 grévistes aux 54.000 marins de la marine marchande qui avaient quitté les bateaux. Les équipages japonais de huit Liberty Ships qui devaient retourner aux U.S.A., se sont joints à la grève, et six autres équipages se préparent à en faire autant.</p>
<p>Le Syndicat des marins japonais exige une augmentation de 100% des salaires. Et, plus important, ils sont déterminés à empêcher le gouvernement de réaliser sa menace de licenciement de 80% des marins, sans consultations avec les Syndicats. Le Syndicat déclare que ces licenciements massifs non seulement ne sont pas nécessaires, mais d'après le Christian Science Monitor du 12 septembre, "peuvent être à l'heure actuelle un effort pour arrêter la croissance du mouvement ouvrier sous prétexte de nécessités économiques". La grève des marins s'étend parce que le mouvement syndical japonais est déterminé à faire échec aux tentatives des impérialistes américains et de leur gouvernement marionnette d'écraser leur force organisée et de faire retourner les ouvriers aux formes de servitude semi-féodale. Le Congrès des syndicats ouvriers (équivalent du C.I.O. américain) a ordonné aux simples centrales affiliées de se mettre en grève et de tenir bon jusqu'à ce "que le gouvernement réactionnaire de Yoshida s'effondre". L'ordre de grève a été donné chez les mineurs, métallos, industries chimiques, imprimeurs, électriciens et d'autres corporations. La grève des travailleurs agricoles suivit l'ordre de grève de la C.G.T. japonaise de près, étant donné l'impossibilité d'arriver à un accord entre le Syndicat et les grands propriétaires fonciers sur l'augmentation des salaires et les conventions collectives. La C.G.T. japonaise a 1 600 000 membres, comprenant 600 000 cheminots. La Fédération Générale des Cheminots a aussi lancé l'ordre de grève après que le gouvernement eut menacé de licencier 75 000 cheminots sous prétexte d'"économies", le même prétexte qui fut utilisé pour menacer les marins de licenciements massifs.</p>
<p>Les USA n'allaient pas se contenter de terroriser la population puis de faire la police dans le pays. Ils voulaient régler un certain nombre de problèmes pour éviter que, la guerre passée, les luttes ne reprennent de plus belle contre eux directement cette fois. Ils réglaient le problème du régime qui allait succéder en en prenant eux mêmes d'abord la direction par l'occupation militaire et par l'arrestation d'une grande partie de l'appareil d'Etat précédent, une bonne manière d'éviter à la population de s'en prendre aux anciens dirigeants. Mais ils ont fait bien plus, ils ont même volé aux travailleurs japonais leur révolution sociale en réalisant une partie de ses objectifs par en haut, en renversant tout l'ancien système légal qui avait cours au Japon et en modernisant toutes les règles de vie sociale, de la vie politique et même de la vie civile et renversant le système social au pouvoir, en expropriant les grands patrons japonais et grands propriétaires terriens. Mac Arthur n'avait pourtant rien d'un réformiste. Ce militaire réactionnaire avait peu avant occupé le Philippines et y avait restauré, les armes à la main, le pouvoir des grands propriétaires terriens contre les paysans en révolte, contre toute réforme agraire y compris celle qu'avaient entamé les occupants japonais. Seulement, au Japon c'est la révolution ouvrière que les occupants américains craignaient et, en face de celle-ci, ils savaient qu'il n'y aurait plus aucune confiance dans la classe dirigeante japonaise et dans aucun gouvernement japonais. Il n'y avait plus d'autre garde fou que la force armée américaine qui pouvait, face à une révolution sociale, n'être qu'un fétu de paille. Mac Arthur a promulgué plus de 700 lois nouvelles bouleversant de fond en comble les structures politiques et sociales, avec une nouvelle constitution, un gouvernement responsable devant un parlement, avec l'égalité juridique et le droit de vote des femmes, avec la suppression des droits féodaux, l'épuration de 200 000 personnages haut placés dont les officiers et les politiciens et les corps de répression les plus détestés. Le problème des grèves était résolu d'avance puisque l'essentiel de l'économie était démantelée, les grands trusts expropriés. En août 1944, un impôt sur le capital était instauré allant jusqu'à 90% pour les plus grosses fortunes. Eh oui, il ne s'agit pas d'un pays du bloc de l'est mais de la politique menée par l'armée et le gouvernement des USA. Les trusts ont quand même trouvé le moyen de résister et de faire traîner les choses. Ils ont d'abord signé leur dissolution volontaire puis ont influencé la commission chargée de leur suppression. Et, en juillet 1947, quand il s'est agi de mettre en pratique ce n'était plus la préoccupation des USA d'éviter un soulèvement des travailleurs du Japon mais de combattre l'URSS et pour cela de s'appuyer sur le Japon.</p>
<p>Les USA ont également réalisé la réforme agraire du Japon qui était resté sous structure féodale. Les propriétaires de grandes terres n'ont pu conserver que 3 hectares maximum et les anciens métayers ont récupéré les terres restantes. En deux ans plus de la moitié des terres changea de mains. Le nombre de paysans sans terre est passé de 30 % à moins de 5%. Cette réforme que la bourgeoisie japonaise aurait été incapable de réaliser car trop liée aux grands propriétaires fut donc réalisée par la puissance occupante américaine, grâce à la crainte des masses populaires par l'impérialisme US !</p>
<p>Quant à la classe ouvrière japonaise, elle s'est montrée effectivement comme une force menaçante pour les bourgeois. En décembre 1945, on est passé de zéro à 509 syndicats. En un an il y avait 17 000 syndicats regroupant 5 millions de syndiqués. Très vite, les grèves ont inquiété non seulement le patronat et le gouvernement japonais, mais les autorités américaines. Les grèves étaient non seulement revendicatives mais radicales, ne craignaient pas de toucher le sacro-saint droit de propriété. Ainsi en octobre 1945, les employés et journalistes d'un grand journal en grève le sortirent et lui donnèrent un contenu tellement contestataire qu'ils firent rapidement céder le patron. En décembre 1945, les cheminots d'une compagnie privée en grève faisaient voyager gratuitement les passagers et se servaient dans la caisse pour se payer. Toujours en décembre 1945, les mineurs décidèrent d'exploiter eux mêmes les mines ramenant la journée de travail de 12 à 8 heures.</p>
<p>En janvier 1946, chez Toshiba c'est un comité regroupant les syndicats de douze usines différentes qui prit l'entreprise en mains. Dans tous ces cas les patrons cédèrent rapidement. L'effervescence populaire a gagné tout le pays au printemps 1946. La population affamée manifeste partout pour réclamer du riz. Le 12 mai, les manifestants forcent les grilles du palais impérial. Il faut dire que le seul reste que les américains aient choisi de conserver de l'ancien régime était justement son chef, l'empereur ! Les revendications des manifestants n'étaient pas seulement économiques mais politiques : gouvernement démocratique, arrestation des criminels de guerre, contrôle populaire sur les ressources alimentaires, contrôle ouvrier sur la production, etc…</p>
<p>Le 19 mai, le mouvement gagne tout le pays avec 2 millions de personnes dans la rue dont 250.000 à Tokyo. Dans bien des secteurs, les ouvriers sont victorieux : dans les chemins de fer et les transports maritimes le gouvernement doit renoncer aux 120.000 licenciements programmés. Les électriciens obtiennent des augmentations de salaires de 20%. Le 18 janvier la fédération syndicale lance une grève générale illimitée pour le premier février. Mac Arthur décide de l'interdire. Les dirigeants staliniens reculent immédiatement en déclarant : « un pas en arrière, deux pas en avant ». C'est le Parti communiste qui permit ce que les patrons et le gouvernement n'avaient pas réussi : à briser l'élan gréviste. L'occasion manquée n'allait pas se renouveler. La période avait changé. En 1948, le mouvement ouvrier n'étant plus gros d'une révolution comme à l'après guerre, les attaques se multiplièrent contre les travailleurs, pour reprendre tout ce qui avait été concédé : Mac Arthur retira le droit de grève aux fonctionnaires, une grève des cheminots contre les licenciements fut brisée. La confédération des syndicats proche du parti communiste fut cassée, et le parti communiste pratiquement hors la loi. Des milliers de ses militants furent licenciés, lors de ce que l'on a appelé les « purges rouges ».</p>
<p>LA LUTTE OUVRIERE AU JAPON</p>
<p>(Reproduit de The militant du 21-9-46)</p>
<p>« Un réveil grandiose du mouvement ouvrier japonais, englobant presque un million de travailleurs, - un tiers des forces ouvrières organisées – a commencé le 10 septembre 1946 à Tokyo par une grève générale totale du Syndicat des Marins japonais. Ceci fut suivi peu de jours après par une grève de 556.000 travailleurs de la C.G.T. japonaise et de 330.000 ouvriers agricoles organisés dans le Syndicat National Agraire du Japon. Cette grève puissante eut lieu face au décret dictatorial promulgué par le général Mac Arthur il y a deux semaines, décret soutenu par le gouvernement marionnette, interdisant "les grèves, abandons de travail et autres formes d'arrêt de travail". Ce décret de style hitlérien et la menace faite par Mac Arthur d'utiliser les troupes d'occupation comme briseurs de grèves servirent à écraser une grève de trois jours des marins à Sasebo. Cette semaine, d'après les rapports syndicaux, 3.899 bateaux sont immobilisés, paralysant virtuellement la marine marchande japonaise. Des grèves de sympathie du Syndicat des Travailleurs des ports japonais et du Syndicat des Marins côtiers ajoutèrent 60.000 grévistes aux 54.000 marins de la marine marchande qui avaient quitté les bateaux. Les équipages japonais de huit Liberty Ships qui devaient retourner aux U.S.A., se sont joints à la grève, et six autres équipages se préparent à en faire autant.</p>
<p>Le Syndicat des marins japonais exige une augmentation de 100% des salaires. Et, plus important, ils sont déterminés à empêcher le gouvernement de réaliser sa menace de licenciement de 80% des marins, sans consultations avec les Syndicats. Le Syndicat déclare que ces licenciements massifs non seulement ne sont pas nécessaires, mais d'après le Christian Science Monitor du 12 septembre, "peuvent être à l'heure actuelle un effort pour arrêter la croissance du mouvement ouvrier sous prétexte de nécessités économiques". La grève des marins s'étend parce que le mouvement syndical japonais est déterminé à faire échec aux tentatives des impérialistes américains et de leur gouvernement marionnette d'écraser leur force organisée et de faire retourner les ouvriers aux formes de servitude semi-féodale. Le Congrès des syndicats ouvriers (équivalent du C.I.O. américain) a ordonné aux simples centrales affiliées de se mettre en grève et de tenir bon jusqu'à ce "que le gouvernement réactionnaire de Yoshida s'effondre". L'ordre de grève a été donné chez les mineurs, métallos, industries chimiques, imprimeurs, électriciens et d'autres corporations. La grève des travailleurs agricoles suivit l'ordre de grève de la C.G.T. japonaise de près, étant donné l'impossibilité d'arriver à un accord entre le Syndicat et les grands propriétaires fonciers sur l'augmentation des salaires et les conventions collectives. La C.G.T. japonaise a 1 600 000 membres, comprenant 600 000 cheminots. La Fédération Générale des Cheminots a aussi lancé l'ordre de grève après que le gouvernement eut menacé de licencier 75 000 cheminots sous prétexte d'"économies", le même prétexte qui fut utilisé pour menacer les marins de licenciements massifs.</p>
<p>Les cheminots accusent le gouvernement de s'occuper seulement de réunions au sujet du paiement des bons de défense nationale, émis pendant la guerre, aux dépens des ouvriers. Ces paiements vont aux mêmes profiteurs capitalistes japonais qui firent massacrer les travailleurs durant la guerre impérialiste et qui sont maintenant protégés par Mac Arthur. Le Syndicat se prépare à la grève parce qu'on fait supporter aux travailleurs les "déficits" qui furent faits "dans le but de mener la guerre". Le gouvernement a reculé devant cette menace de grève et le Ministère des Transports a retiré ses ordres de licenciements. On rapporte que le Syndicat des Cheminots a une attitude de trêve temporaire. »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104</a></p>
<p>Le faux rôle des deux bombes atomiques dans la guerre contre le Japon</p>
<p><a href="https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2021/08/06/japon-1945-linefficacite-strategique-de-la-bombe-atomique/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2021/08/06/japon-1945-linefficacite-strategique-de-la-bombe-atomique/</a></p>
<p>Tokyo - 9 et 10 mars 1945</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327</a></p>
<p>Hiroshima et Nagasaki en août 1945</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773</a></p>
<p>L'occupation militaire du Japon</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_du_Japon" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_du_Japon</a></p>
<h2 class="spip">Corée</h2>
<p>En Corée les alliés avaient décidé d'un système d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux différentes zones dans cette région. En effet la péninsule coréenne était divisée en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation américaine, les deux étant séparées par le 38ème parallèle. En fait en disant cela on oublie lune grande part du problème, on attribuait à la Chine la partie de la Corée continentale, le Kan Do, prise lors des conquêtes militaires et cela allait s'avérer très important par la suite.</p>
<p>Au départ cette division discutée lors des conférences de Téhéran en 1943 et Yalta en 1945 devait être provisoire. Les premiers arrivés sur place sont les russes au nord le 24 août 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux côtés tout est programmé et aucun des deux camps n'a l'intention de demander à la population de décider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'étiquette parti communiste. Pourtant il existe en Corée un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en méfient comme ils se méfient de tous les militants démocrates ou syndicalistes qui vont très vite peupler leurs prisons. Pour se débarrasser du réel parti communiste coréen, les russes vont avoir de grandes difficultés car il faut s'en débarrasser à la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et à mesure tous les opposants à Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste résidait au sud à Séoul et que le parti va rester un seul parti malgré la division du pays.</p>
<p>Des deux côtés, il y a la même situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La misère des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est considérable. Et, en plus la population sort de nombreuses années d'occupation japonaise où ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, très vite le problème du partage du pays en deux qui semble être du provisoire qui dure va devenir un problème politique de premier ordre, empêchant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du crédit. En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va défendre la division du pays de la même manière qu'au sud le fantoche des américains Syngman Rhee, un dictateur d'extrême-droite corrompu et ultra-violent. Des deux côtés, la classe ouvrière va s'opposer à cette division et en particulier les syndicats d'origine plutôt anarcho-syndicalistes avec des militants d'extrême gauche et qui ne sont pas encore contrôlés par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud coréen prend son indépendance politique de la direction du nord en août 46. Mais en même temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins révolutionnaire, du moins dans un sens prolétarien. La thèse d'août qui souligne cette indépendance politique à la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une révolution bourgeoise en vue de la réunification, révolution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans à rejoindre les montagnes pour y organiser la guérilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment à ces propositions. En effet, les travailleurs sont très loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La thèse du caractère bourgeois de la révolution n'est pas mieux acceptée.</p>
<p>En fait, dans les usines c'est à une offensive ouvrière que l'on assiste en Corée du sud. L'insurrection ouvrière part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soulèvement spontané qui débute par une grève des cheminots et qui se termine par de véritables affrontements armés, les travailleurs s'étant organisés en milice ouvrière. Partout des comités de grève sont mis en place et la grève s'étend à de nombreuses autres villes. La réaction des troupes américaines est très violente. La répression s'étend à tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'était pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient féroce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassinés comme le leader anarcho-syndicaliste.</p>
<p>Kim Ku et le dirigeant social-démocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a été contraint de passer dans la clandestinité totale. La direction politique du PC du nord en profite pour réussir pour la première fois à établir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.</p>
<p>En 1946-47, loin de se stabiliser, le régime de Corée du sud est attaqué sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le régime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de Séoul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une région dite libérée. Le PC du sud décide de s'investir dans cette révolution paysanne et il appelle à nouveau les ouvriers à le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacrés avant même qu'ils aient pu rejoindre la région ni s'armer. Le PC du sud va quand même prendre la direction politique de ces paysans insurgés. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette guérilla va tenir là jusqu'à la guerre de Corée en 1950, où elle fera sa jonction avec l'armée nord coréenne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le régime de Corée du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer dès l'offensive américaine.</p>
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<h2 class="spip">Chine</h2>
<p>En août 1945, Mao était l'allié de Tchang Kaï Shek. Mao et Tchang Kaï-shek essaient encore de s'entendre en 1946.</p>
<p>La capitulation japonaise trouve, en 1945, Mao à la tête d'une armée de 900.000 hommes, à laquelle s'ajoute une milice de 2.200.000 hommes. (…) Le P.C.C. a joué à fond la carte du front uni et de la défense nationale. (…) Il abandonne une bonne part de son programme social, renonce à la confiscation des terres des grands propriétaires et se contente d'appliquer effectivement la loi qui limite le taux de la rente foncière. (…) Pour les petits exploitants, il promulgue et fait appliquer une baisse du taux de l'intérêt (fixé à 10% l'an) et la réduction de l'impôt qui devient progressif. (…) Le social une fois repoussé à l'arrière-plan et à d'autres temps, l'accent est mis sur le national. Sans relâche, le P.C.C. invoque la nécessité de « sauver le pays ». Dans la « Nouvelle Démocratie » publiée en 1940, Mao se présente sans sourciller comme le disciple fidèle et le continuateur véritable de Sun Yat-sen. (…) L'administration locale résistante, dominée par le P.C.C., a occupé le vide, les fonctionnaires du Guomintang ayant assez souvent fui ou abandonné les positions de responsabilité au premier signe d'insécurité. (…) La meilleure alliée du P.C.C. a été l'armée japonaise, dont les atrocités ont rendu la position de la paysannerie si désespérée qu'il n'était d'autre issue pour elle que de se mettre sous la protection de l'Armée Rouge. A la guérilla, aux attentats, aux sabotages, les Japonais ont répliqué par le massacre aveugle des villageois et les destructions systématiques. (…) Au cours de la guerre, le « communisme » chinois s'est transformé en une simple variété du nationalisme. Et c'est en tant que tel qu'il a conquis le pouvoir. (…) En Chine, la guerre hâte la désintégration d'un régime faible. Elle met à nu son inefficacité, rend plus aiguës ses contradictions. Chaos, incurie, ces mots reviennent constamment dans les descriptions d'observateurs neutres ou bienveillants. (…) Un général américain déclare : « Nous sommes alliés à un cadavre ». (…) Conséquences habituelles d'une inflation (massive et qui n'est pas combattue), spéculation et corruption fleurissent. (…) Les victimes de l'inflation furent dans un premier temps la classe moyenne des villes. A partir de l'été 1948, les privilégiés aux-mêmes sont ruinés. (…) Le régime démolit lui-même ses assises. (…) Les communistes ne peuvent être pires est la conviction qui s'impose peu à peu à l'opinion bourgeoise elle-même. On les attend avec espoir ou avec crainte ; quoiqu'il arrive, que l'incertitude cesse. (…) Triomphe du nationalisme chinois, né de l'excès même de la menace : l'invasion japonaise n'aide pas seulement la nation chinoise à prendre conscience d'elle-même, elle contraint encore les Alliés, impérialistes, à reconnaître à la Chine un statut d'égalité jusqu'alors obstinément refusé. Américains et Britanniques renoncent en 1943 aux privilèges d'exterritorialité, pour lesquels le nationalisme chinois combattait depuis un siècle. (…) La Chine est considérée comme l'un des « Quatre Grands ». (…) Dans les faits, le « communisme » chinois, c'est d'abord la revanche du nationalisme chinois. (…) Cette révolution finit comme une conquête militaire. (…) Communistes comme Guomintang se font la course pour récupérer les armes japonaises. (…) Le médiateur américain en Chine, Marshall, celui-là même qui devait donner son nom au fameux plan, cherche inlassablement à intégrer effectivement les communistes chinois dans un gouvernement de coalition, à l'image de ce qui se pratique en France, par exemple. S'il ne vient pas à bout de l'obstination de Chiang, il réussit du moins, dès janvier 1946, à faire proclamer une trêve et à mettre sur pied à Pékin, un organisme triparti (nationalistes, communistes et Américains) chargé d'aller enquêter et d'intervenir partout où des accrochages sont signalés. (…) En dépit de ses succès initiaux, la mission Marshall se solde par un échec total. Total et inévitable. (…) Les communistes chinois ne sont pas aidés par l'Union soviétique. Quant aux villes, l'armée soviétique les a tout simplement livré aux nationalistes (de Chiang). (…) Les opérations militaires sont d'abord favorables aux Nationalistes (été 1946-printemps 1947). (…) Vers le milieu de l'année 1947, les communistes prennent l'initiative en Mandchourie. Ils la conserveront jusqu'à la fin de la guerre. (…) 1948 est l'année des grandes victoires de l'armée rouge. (…) En juin 1948, elle conquiert les grandes villes du Henan. Elle les évacue une fois qu'elle a saisi les armes. (…) En septembre 1948, la Mandchourie entière est conquise. (…) La campagne militaire de Huaï-hai a anéanti en deux et cinq jours ce qui subsistait des forces nationalistes : 550.000 hommes. (…) Le 21 janvier 1949, Chiang démissionne. (…) C'est après la victoire que les « communistes » entrent dans les grandes villes : Tientsin est prise le 15 janvier, Pékin le 23 janvier, Nankin le 23 avril, Shangaï en mai. (…) L'Armée Rouge n'a cessé de représenter la vraie force du P.C.C. "</p>
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<p>La « révolution » maoïste est l'une de celles qui a produit le plus de mythes mensongers pour couvrir d'un voile « révolutionnaire » et « communiste » des politiques qui étaient tout le contraire de cela. On a même longtemps présenté la Chine comme plus communiste, plus anti-impérialiste et plus révolutionnaire que la Russie de Staline, et même de Lénine. Selon cette légende, Mao serait arrivé au pouvoir à la tête d'une révolution paysanne. Il aurait construit un pouvoir des ouvriers et des paysans, du type soviétique comme en octobre 1917 en Russie. Il aurait rompu avec l'impérialisme. Il aurait aidé la révolution mondiale, en restant révolutionnaire, contrairement au « révisionnisme » russe. La révolution culturelle marquerait le caractère de « révolution permanente » du régime chinois, sa capacité à s'attaquer aux idéologoqies réactionnaires et la jeunesse des idées révolutionnaires en Chine. Voilà quelques uns des mensonges qui courent sur le pouvoir chinois.</p>
<p>La Révolution chinoise de 1949</p>
<p>Nous allons essayer de rétablir une réalité qui n'a pas grand-chose à voir avec les affirmations précédentes. Ce qui a donné ses forces armées à Mao, ce n'est pas la lutte des classes, ni la révolution sociale, mais la lutte de défense nationale contre le Japon. Il a ainsi pu construire sa fameuse « huitième armée de route » intégrée à l'ensemble des forces armées chinoises, aux côtés de Tchang Kaï Chek, et aux côtés des USA. C'est cette armée, une fois la défaite japonaise acquise, qui lui a permis de prendre le pouvoir. Même s'il a eu un recrutement dans les campagnes, l'armée de Mao est tout sauf une organisation fondée sur une lutte radicale de la paysannerie. Mao a gouverné des régions paysannes comme un chef d'armée qui s'entend bien avec les paysans, mais qui s'accommode avec les possédants locaux, propriétaires fonciers, banquiers, commerçants et usuriers. Dans ces zones dites libérées, il n'appliquait pas un programme social radical, se contentait de baisser les impôts. Il n'a pas appliqué un programme radical de distribution de terres aux paysans pauvres. Mao n'est même pas un chef de révolte paysanne, comme la Chine en a connu dans le passé. Quant à la révolution paysanne, quand elle a éclaté – nullement à l'initiative de Mao – il a longuement hésité à prendre son parti, et, même après cette décision, il a toujours refusé d'armer les paysans. Y compris durant l'offensive contre le régime de Tchang Kaï Chek, il déclarait que « Les paysans qui nous rejoignent peuvent nous apporter à manger, pousser nos chariots, ou s'occuper des soins des blessés. En aucun cas, ils ne doivent être armés. » En ce sens, son armée et son appareil d'Etat sont des instruments classiques de pouvoir et non des organes révolutionnaires. Son parti est un organe politique de pouvoir et, avant même la prise de pouvoir, un parti unique. Il n'est pas question de remettre en question cette direction dictatoriale. Mao n'a pas un seul instant envisagé d'organiser les travailleurs de villes au cours de sa « révolution », même pas au moment de la prise de pouvoir dans les villes. Dans les villes, il a, par contre, pris contact avec les bourgeois, petits et grands, et les intellectuels, auxquels il donnera des places dans le pouvoir. Il a également recyclé l'essentiel du pouvoir de Tchang Kaï Chek, notamment ses chefs militaires, même ceux ralliés de la dernière seconde. Il est encore moins, malgré le titre de communiste dont il pare son parti, un dirigeant du prolétariat chinois. A partir de 1927, il avait quitté ce prolétariat et ne l'a jamais retrouvé. La lettre aux militants trotskystes qu'écrit Trotsky explique que, si l'armée de Mao prend le pouvoir, elle interviendra contre le prolétariat. La politique de Mao n'est pas communiste, ne vise pas au pouvoir du prolétariat, n'a nullement renoué avec Marx ni rompu définitivement avec l'impérialisme et le capitalisme, comme le rappelle son idylle actuelle. Le terme le plus juste sur son régime est celui de bonapartisme bourgeois. Le bonapartisme signifie une dictature militaire qui est populaire et dont l'apparence de force provient de l'équilibre entre deux forces réelles. Ici ces forces sont, d'un côté la bourgeoisie impérialiste et de l'autre le prolétariat.</p>
<h2 class="spip">Afrique</h2><h2 class="spip">Afrique noire</h2>
<p>En Afrique aussi, contrairement à une image mensongère, il y a une classe ouvrière et elle a déjà tout un passé de luttes de classe. Un des mensonges les plus couramment diffusés concernant l'indépendance de l'Afrique coloniale française est qu'elle aurait été octroyée sans lutte. En fait, la lutte de classe s'y est développée à la fin de la guerre mondiale avec un développement notamment de grandes luttes ouvrières, comme du côté colonial anglais. L'après-guerre a été explosive sur le continent noir comme dans le reste du monde, à la mesure des souffrances subies et de la prise de conscience qu'elles entrainaient. La guerre mondiale et l'après-guerre n'ont fait qu'accroître l'exploitation des peuples colonisés. Mais ils leur ont dévoilé les richesses de l'impérialisme et les guerres entre impérialismes ont montré aussi la possibilité de le battre. C'est ce qui a incité en 1944, à Brazzaville, De Gaulle à parler de liberté des peuples d'Afrique. La réalité était tout autre et on le voyait déjà dans le contenu de ces déclarations. La conférence de Brazzaville écrivait en préalable : « Les faits de l'œuvre de la civilisation accomplie par la France dans les colonies écartent toute idée d'autonomie, toute possibilité d'évolution hors du bloc français de l'empire. La constitution même lointaine de self gouvernement est à écarter. » Le programme général confirme : « On veut que le pouvoir politique de la France s'exerce avec précision et rigueur sur toutes le terres de son empire. » La réalité coloniale durant et à la fin de la guerre en dit encore plus long. Toute la thèse de la « France libre » est là dedans de la droite au parti communiste. Ce dernier reproche au Maréchal Pétain de « ne pas s'être opposé à la pénétration japonaise en Indochine, la grande colonie française de l'extrême orient (…) et de vouloir livrer la Syrie aux Allemands. » N'oublions pas qu'à la fin de la guerre, c'est le PCF qui poussera les résistants à s'engager dans le corps expéditionnaire en Indochine, que c'est le ministre « communiste » Tillon qui commandera les forces armées aériennes françaises quand celles-ci bombardaient l'Algérie à Sétif en 1945. La guerre n'a pas changé la nature de l'impérialisme français côté vichyste comme côté gaulliste. L'essentiel des colonies est vite passé côté « France libre » mais le colonisé y est toujours un esclave dont la vie ne compte pas. Le Tchad, passé très rapidement dans le camp de la « France libre » de De Gaulle, ou camp de l'impérialisme anglo-américain, est une colonie qui exploite et opprime affreusement ses populations. L'exploitation y est même accrue à l'après-guerre, reconstruction du capital français oblige. Le massacre de Madagascar comme celui de Sétif en Algérie, les émeutes du Maroc violemment réprimées, la répression du Kenya comme celle du Vietnam, montrent pleinement que les impérialismes n'étaient ni plus pacifiques, ni plus démocratiques, après la guerre qu'avant, malgré la nécessité après la guerre de reconstituer les illusions et les faux espoirs des peuples.<br class='autobr' />
L'Apartheid d'Afrique du sud a été une politique de la bourgeoisie, sud-africaine et impérialiste, face à la lutte de classe exacerbée par la guerre. En Afrique du sud, la lutte de la classe ouvrière s'est développée en pleine deuxième guerre mondiale. En 1940 et 1941, les travailleurs ont mené des grèves dures malgré les mesures gouvernementales déclarant illégale toute grève d'Africains « en toute circonstance ». An août 1943, à Alexandra près de Johannesburg, un vaste mouvement de boycott eut lieu contre la hausse des tarifs des transports. En même temps, la classe ouvrière prenait conscience de sa force. Le syndicat des mineurs se reconstituait. En 1946, éclatait une grande grève spontanée des mineurs et la répression eut un mal considérable à faire reprendre le travail. La bourgeoisie sud-africaine, consciente du danger que représentaient désormais les grèves des Africains, mit en place l'Apartheid en 1948.<br class='autobr' />
Dès 1945, la répression coloniale française fait rage en Afrique. Elle prend un tour violent à Douala, au Cameroun. Dans cette ville, c'est un soulèvement spontané de la classe ouvrière qui menace de débuter une véritable insurrection anticoloniale. Elle est écrasée dans le sang le 24 septembre 1945. Au début des événements, la grève des journaliers du chemin de fer pour laquelle le quartier populaire de Bou-Béri a pris fait et cause. C'est toute une population pauvre qui s'est mobilisée, armée seulement de bâtons, et a envahi le quartier de New Bell. Les Blancs réagissent à l'arme à feu, faisant immédiatement 80 morts et lançant une chasse à l'homme contre les militants ouvriers. Les chemins de fer sont un des hauts lieux de la classe ouvrière et, partout, ils sont le point central de la mobilisation. En 1947, a lieu également la grande grève des cheminots dans toute l'Afrique française, qui s'est étendue du Sénégal à la Côte d'Ivoire. On peut également citer la grève qui oppose les cheminots, et avec eux tous les travailleurs, aux Blancs armés de Matadi à Léopoldville, ou encore le soulèvement ouvrier au Kenya en 1947, dans le centre ferroviaire de Mombasa où, pendant onze jours, dockers et cheminots dirigent toute la classe ouvrière, domestiques compris, et font la loi dans la ville. En 1945-46, au Congo-Zaïre, ont lieu des mouvements de grève des lignes de chemins de fer accompagnés de révoltes urbaines. En 1946, c'est la grève de Dakar, en 1949 la grève des mines de charbon du Nigeria, les émeutes en Côte d'Ivoire en 1947 et 48. Et encore, en 1950, c'était à Nairobi qu'avait lieu la grève générale. Enfin, en 1956, en Côte d'ivoire et au Nigeria, de nouveaux soulèvements de la classe ouvrière réprimés férocement, par des fusillades et des arrestations. Puis, il y a eu des mouvements nationalistes notamment à Madagascar, au Cameroun ou au Congo (futur Zaïre). En même temps, se développait le mouvement Mau-Mau au Kenya qui prenait le tour d'une guerre civile en 1955. C'est tout le continent africain qui était concerné par la lutte d'indépendance mais aussi par le développement de la lutte et de l'organisation de la classe ouvrière.<br class='autobr' />
Dans « Le 20e siècle américain », Howard Zinn rapporte sur ces mouvements : « Tout aussi inquiétants aux yeux du gouvernement américain, des mouvements indépendantistes éclataient partout à travers le monde chez les peuples colonisés. Des mouvements révolutionnaires se développaient en Indochine contre les Français, Indochine contre les Hollandais, aux Philippines contre les Etats-Unis. En Afrique, la rébellion et le mécontentement s'exprimaient au travers des grèves. Dans « Let freedom come », Basil Davidson fait état de la plus longue grève de l'histoire africaine conduite par dix-neuf mille cheminots d'Afrique Occidentale française en 1947 ; elle dura cent soixante jours. Le message qu'ils adressèrent au gouvernement général exprime assez bien le nouvel esprit militant qui les habitait : « Préparez vos prisons, sortez vos mitrailleuses et vos canons. De toute façon, le 10 octobre à minuit, si nos revendications ne sont pas acceptées, nous proclamerons la grève générale. » L'année précédente, en Afrique du sud, cent mile mineurs des exploitations aurifères avaient cessé le travail pour obtenir 10 shillings supplémentaires par jour. Il s'agissait de la plus grande grève de toute l'histoire de l'Afrique du sud et il fallut une intervention de l'armée pour que les mineurs reprennent le travail. En 1950, au Kenya, il y eut également une grève générale pour protester contre les salaires de misère. (…) En Chine, en Corée, en Indochine, aux Philippines, il s'agissait de mouvements communistes locaux et non de complots soviétiques. Cette vague généralisée de révoltes anti-impérialistes conduisit les Etats-Unis à fournir un effort gigantesque pour en venir à bout (…) »</p>
<p>Le rôle dirigeant, le caractère central, de la classe ouvrière dans la contestation de la domination coloniale à la fin de la guerre, est évident. Et d'autant plus qu'il convient de rappeler que les « élites » africaines comme Houphouët Boigny ou Senghor ne sont pas du côté des grévistes ni des émeutiers. Des leaders syndicalistes apparaissent et jouent un rôle dirigeant dans les luttes sociales et politiques. Par contre, les petites bourgeoisies et bourgeoisies nationales ont des leaders qui ne revendiquent généralement même pas l'indépendance et ne prennent pas la tête des luttes. Là où des soulèvements des masses pauvres des campagnes explosent, comme en Algérie, à Madagascar, au Kenya, ou au Congo, elles sont amenées à les accompagner mais ne leur offrent aucune perspective. La radicalité des luttes sera plus due à la violence de la répression coloniale qu'à la radicalité des leaders de la petite bourgeoisie. Les dirigeants staliniens sont en pleine phase « démocratique », d' « alliance anti-fasciste » avec leur colonialisme au nom de l'alliance de l'URSS avec l'impérialisme. Les dirigeants petits bourgeois en restent aux espoirs suscités par les discours de De Gaulle à Brazzaville. Les petites bourgeoisies nationalistes craignent de perdre cette perspective d'être appelées à gouverner en prenant partie pour les masses populaires. Les dirigeants nationalistes sont des modérés qui jouent le jeu électoral. Les Partis communistes obéissent à la politique de Moscou d'alliance contre-révolutionnaire avec l'impérialisme ce qui les empêche même d'être anti-colonialistes. Le PCF reprend la politique de la bourgeoisie et du colonialisme français, intitulée « Union française », qui consiste à maintenir à tout prix l'essentiel de son empire colonial malgré la défaite du régime de Pétain allié à Hitler. Les partis communistes des colonies s'alignaient. Le Parti communiste algérien prétendait rester dans le cadre de l'alliance avec la France au nom de l'antifascisme, allant jusqu'à traiter les émeutiers de 1945 de fascistes. La Parti communiste tunisien condamnait en bloc toute agitation nationaliste. La CGT tunisienne perdait ainsi son influence sur le prolétariat tunisien au profit de l'UGTT de Ferhat Hached.</p>
<p>L'Afrique pendant et après la deuxième guerre mondiale</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=ygrvGRcAjyA" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=ygrvGRcAjyA</a></p>
<p>L'Afrique noire se révolte contre le colonialisme à la fin de la deuxième guerre mondiale</p>
<p>En 1947, a lieu la grande grève des cheminots dans toute l'Afrique française, qui s'est étendue du Sénégal à la Côte d'Ivoire. On peut également citer la grève qui oppose les cheminots, et avec eux tous les travailleurs, aux Blancs armés de Matadi à Léopoldville, ou encore le soulèvement ouvrier au Kenya en 1947, dans le centre ferroviaire de Mombasa où, pendant onze jours, dockers et cheminots dirigent toute la classe ouvrière, domestiques compris, et font la loi dans la ville..</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article732" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article732</a></p>
<p>Les grèves de cheminots se multiplient dans toute l'Afrique : en 1945, de Matadi à Léopoldville, en Afrique centrale, en 1945-46 à Douala (Cameroun) et en 1947 au Zaïre. On atteint alors le sommet de la mobilisation, avec à la fois la grève générale de 11 jours au Kenya, la mobilisation de 15.000 ouvriers à Mombasa, celle de 10.000 cheminots soudanais, celle des cheminots et mineurs de Gold Coast, avec une émeute populaire à Abidjan, en Côte d'Ivoire, luttes qui se déroulent en pleine grève générale des cheminots de la ligne du Dakar-Niger. Cette mobilisation ouvrière dure jusque dans les années 1950 dans toute l'Afrique.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5788" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5788</a></p>
<h2 class="spip">Madagascar</h2>
<p>En mars 1947, c'est l'insurrection de Madagascar. La France va mettre cinq mois à l'écraser, malgré la violence de la répression. En juin et en décembre 1946, des signes avant-coureurs de la grande révolte ont été émis. Ces premières révoltes sont durement réprimées. Ces étincelles vont allumer un grand incendie. Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, toute la partie Est de l'île se soulève, contre la misère, contre les exactions des Européens et du pouvoir colonial. C'est une explosion spontanée. Cela se voit notamment au fait que, sans armes, l'insurrection le restera jusqu'à la fin de l'année 1948. Les plus pauvres, les plus opprimés se mobilisent, n'ont plus peur de la répression, ne reviendront plus en arrière. La réaction coloniale est violente et débute, dès le 4 avril, avec la proclamation de l'état de siège dans dix districts. Le 31 mars, c'est un camp militaire français qui est attaqué par plusieurs centaines d'hommes seulement armés de sagaies et de coupe-coupes. C'est la guerre côté français : infanterie, parachutistes et aviations attaquent les civils désarmés et font déjà un carnage. Le 30 avril, un camp militaire, celui de Moramanga, est attaqué. Les révoltés libèrent cent cinquante prisonniers. Les Européens, survoltés, organisent une véritable milice de tueurs et le carnage commence. Les exactions et l'arrivée de renforts militaires n'y suffisent pas. Ce n'est qu'en juillet que le colonialisme commencera à prétendre qu'il est désormais à l'offensive. Il faudra toute l'année 1948 au colonialisme français pour en finir avec les rebelles. Le 7 décembre 1948, Mr De Chevigné, Haut commissaire de France à Madagascar, déclare : « Le dernier foyer rebelle a été occupé. » Bilan : l'île est ravagée et il y a eu bien plus que les 80.000 morts reconnus officiellement, sans compter les blessés, les personnes arrêtées, les torturés.</p>
<p>Tout au long des événements, les principales organisations malgaches comme françaises n'ont pas pris le parti des insurgés. Le Parti communiste français ne risquait pas de le faire puisqu'il participait au pouvoir colonial français qui écrasait la révolte. En juin 1947, au onzième congrès du PCF à Strasbourg, Maurice Thorez conclue : « A Madagascar, comme dans d'autres parties de l'Union Française, certaines puissances étrangères ne se privent pas d'intriguer contre notre pays. » L'empire colonial français, hypocritement appelé « Union française », est défendu par le PCF. Dans les « Cahiers du communisme » d'avril 1945, on peut lire : « A l'heure présente, la séparation des peuples coloniaux avec la France irait à l'encontre des intérêts de ces populations. » Quant à François Mitterrand, il déclarait le 6 avril 1951, alors que des milliers de Malgaches pourrissaient dans les geôles de la France : « Je me déclare solidaire de celui de mes prédécesseurs sous l'autorité duquel se trouvait M de Chevigné quand il était haut commissaire. Les statistiques manquent de précision mais il semble que le nombre de victimes n'ait pas dépassé 15.000. C'est beaucoup trop encore, mais à qui la faute si ce n'est aux instigateurs et aux chefs de la rébellion. »</p>
<p>A Madagascar, l'attitude des organisations de gauche ne vaut pas mieux. Le 8 avril, ils envoient à Ramadier, président du Conseil, le télégramme suivant : « Les comités et groupes suivants, France combattante, Union rationaliste, CGT, Ligue des droits de l'homme, Groupes d'études communistes, Fédération socialiste, soucieux de traduire l'opinion de tous les Français et Malgaches unis dans un sincère désir de construire une véritable Union française, profondément indignés des troubles actuels, s'inclinent devant les victimes, condamnent toute la réaction factieuse, approuvent les mesures prises par l'autorité civile et lui font confiance pour rétablir l'ordre dans la légalité démocratique et poursuivre l'œuvre constructive vers une véritable union. » L'opposition démocratique malgache, elle, avait été accusée d'avoir organisé la révolte, accusation totalement infondée en ce qui concerne sa direction. Les dirigeants du M.D.R.M (Mouvement démocratique de rénovation malgache) n'étaient nullement politiquement de taille à vouloir une insurrection contre le colonialisme français. Il s'agissait tout au plus de politiciens libéraux. Mais il fallait bien que le pouvoir trouve des coupables ayant manipulé les masses malgaches. Dès le lendemain de l'insurrection des 29-30 mars, ses dirigeants sont arrêtés et torturés. Le MDRM avait déclaré : « Les événements du 30 mars apparaissent comme le fait d'éléments ou de groupes isolés de la population ayant agi spontanément sous la pression des souffrances endurées et des persécutions subies. » M de Coppet, Haut commissaire à Madagascar, déclare : « Le M.D.R.M est le responsable des troubles à Madagascar. La preuve de la préméditation des crimes est établie, c'est là un coup préparé minutieusement et de longue date. » Le 26 mars, le M.D.R.M collait une affiche appelant les populations au calme. Pourtant, le 7 mai, déjà 13.000 militants de ce parti sont arrêtés et torturés et les députés sont inculpés de crime et d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Il en résultera dix condamnations à mort et trois aux travaux forcés à perpétuité, qui se rajoutent à plus de cent mille morts. Même après l'indépendance, la mainmise de l'impérialisme français se maintiendra, notamment avec la mise en place de la dictature de Tsiranana.</p>
<p>Grégoire Madjarian rapporte dans « La question coloniale et la politique du Parti communiste français » :</p>
<p>« Madagascar, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, était exsangue ; sa population accablée de misère, au bord de la révolte. Les colonialistes ne se maintenaient qu'en exerçant une répression inouïe. (…) Le spectacle de l'effondrement des forces vichystes devant les armées britanniques en 1942 avait renforcé l'idée que la France était affaiblie et que le moment était venu de s'organiser pour hâter la libération de la patrie. Des sociétés secrètes s'étaient données pour objet un vaste soulèvement pour restaurer la souveraineté nationale. Jina et Panama, créées la première en 1941, la seconde en 1943. (…) Le MDRM (Mouvement démocratique pour la rénovation malgache) (…) pensait acquérir l'indépendance par voie légale et pacifique. L'indépendance elle-même était conçue dans le cadre de l'Union française et du maintien des intérêts économiques de la France. (…)<br class='autobr' />
A partir de 1946, des manifestations populaires, souvent très violentes, se multiplièrent dans différentes villes de l'île contre l'arbitraire colonial. (…) Le 19 mai arrivait à Tananarive le nouveau haut commissaire, le socialiste de Coppet, déjà en fonction avant 1940. L'envoi de ce gouverneur d'avant-guerre cristallisa le mécontentement envers la métropole coloniale. (…) De Coppet était accueilli aux cris de « Vive l'indépendance ! ». De nombreuses bagarres éclataient contre les forces de police et les colons venus protéger le cortège officiel. Elles se transformèrent rapidement en émeutes. (…)<br class='autobr' />
A Paris, à la suite de la pression des états généraux de la colonisation française, les parlementaires – dont ceux du PCF – votaient et faisaient approuver la constitution colonialiste de la quatrième république. L'assimilation était la règle : Madagascar était intégrée d'office, en tant que territoire d'outre-mer, dans la République française « une et indivisible » ; les Malgaches étaient désormais « citoyens français ». (…)<br class='autobr' />
A la fin de l'année 1946, de grandes grèves dans les chemins de fer et les travaux publics paralysèrent les transports pendant près d'une semaine. Les dockers de Majunga et Tamatave arrêtèrent le travail, réclamant un salaire journalier de 65 francs ; on leu accorda 18 à 20 francs. Dès le 18 mai 1946, les planteurs de la côte pressentaient les événements : « (…) Rien ne permet de déterminer quand débutera la révolte, ni sous quelle forme, ni quelles seront les premières victimes. Mais elle doit logiquement éclater. » (cité par Bénazet dans « L'Afrique française en danger »). En janvier 1947, le président du Syndicat des planteurs, Ruheman écrit : « Le danger est grand et peut-être proche. En brousse, la transformation des esprits depuis moins d'un an est ahurissante. (…) Madagascar va devenir avant peu une autre Indochine. » (…) Depuis la mi-46, l'administration coloniale règne par la force et les prisons de Madagascar sont combles, les méthodes policières utilisées sans mesure. A plusieurs milliers de kilomètres de l'île, le bombardement de Haïphong, en décembre 1946, était le produit de la même réaction coloniale. L'objectif politique poursuivi dépassait le cadre du Vietnam. L'impérialisme français voulait donner un exemple de sa puissance retrouvée. Mais au bombardement de Haïphong répondit l'insurrection de Hanoï. (…) Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, réplique grandiose aux provocations coloniales et d'une ampleur insoupçonnable, une immense flambée de révolte et de colère embrasait toute la partie Est de l'île, affolant la poignée d'Européens imbus de leur supériorité, installés dans leur domination. A 80 kilomètres de Tananarive, le camp militaire de Moramanga, où étaient entraînée la « brigade française d'extrême-orient » était attaqué par deux mille hommes simplement armés de sagaies, qui tuaient une partie de la garnison, s'emparaient des armes, mettaient le feu à la poudrière. A la même heure, en différents points de l'île, des fermes de gros colons étaient détruites, les voies ferrées et les lignes électriques coupées dans trois districts, des bases aériennes assaillies. Plusieurs villages tombaient entièrement entre les mains des insurgés à l'armement toujours rudimentaire : sagaies, haches, coupe-coupes et les seuls fusils pris dans les postes occupés. L'insurrection s'en prenait à tout ce qui concernait la puissance militaire de la France et l'exploitation coloniale. Le 30, les insurgés étaient maîtres d'un sixième de l'île. Ils déployaient partout l'ancien drapeau blanc et rouge, en appelaient à la fraternité malgache.</p>
<p>L'insurrection revêt deux formes militaires : coups de main éclair réalisés par des éléments de la petite bourgeoisie urbaine et soulèvement paysan. Trois traits caractérisent le soulèvement : sa coordination (le déclenchement simultané des attaques la même nuit en est la preuve) ; son absence de commandement central ; enfin sa mauvaise organisation. Il ne réussit que dans de rares cas à s'emparer des armes ; il avorte en plusieurs endroits ; il ne parvient pas à s'étendre au-delà de la zone conquise dès le début. (…) Cependant, malgré les forces déployées, la révolte ne s'éteignait pas. Nouvelles attaques de garnisons les 7, 8 et 9 avril ; le 26, insurrection à Tananarive. Dans la nuit du 30 avril, les insurgés assaillent à nouveau le camp militaire de Maramanga et libèrent cent cinquante prisonniers. La réaction coloniale affirmait qu'il s'agissait d' »un coup très dur porté à son prestige », se retournait contre la métropole et son représentant de Coppet, demandant des renforts et l'emploi de tous les moyens pour anéantir « ces bandits à abattre ». Les colons s'organisaient en groupes d'autodéfense et exécutaient des otages malgaches.<br class='autobr' />
Début août, des renforts importants arrivaient dans l'île : Légion étrangère, Nord-Africains et tirailleurs sénégalais principalement. Suivit ce qui deviendra le scénario classique des campagnes coloniales de la quatrième république : quadrillage du territoire par les paras, ratissage, terreur sur les populations, exécutions sommaires. Les forces de répression fusillent, pillent, incendient les villages. (…)</p>
<p>La répression n'épargna pas le MDRM, qui en fut une des cibles privilégiées ; il faut expliquer pourquoi. Le jeu politique du Mouvement consistait à conquérir par les voies légales tracées par la Constitution les postes administratifs et parlementaires. Dans cette voie, il avait obtenu des succès – qui n'étaient pas de nature à changer son orientation : il possédait tous les parlementaires malgaches et dominait presque toutes les assemblées locales. Le MDRM n'avait cessé d'inviter les Malgaches à l'ordre et au travail. Le 3 juillet 1946, avant de rejoindre le Palais-Bourbon, les députés du Mouvement avaient adressé à la population de l'île un message radiodiffusé : « Chers compatriotes. Avant notre départ de Madagascar, notre chère patrie, nous tenons à vous adresser cet appel : restez calmes, évitez les troubles, parce que le désordre n'engendre jamais aucun bienfait. Rien ne s'accomplira sans la tranquillité et la paix. » En mars 1947, encore, le MDRM avait lancé des appels au calme ; le 30, dans une proclamation à la population, ses députés réprouvaient de la façon la plus formelle l'insurrection, ramenée à des « crimes », des « actes de barbarie et de violence ». Néanmoins, le même jour, Radio-Tananrive attribuait au MDRM la responsabilité du soulèvement. (…) Début avril 1947, 3.000 membres du MDRM étaient incarcérés, interrogés, torturés – dont les deux députés Ravoahangy et Rabénananjara (Raseta se trouvait à Paris lors de l'insurrection). (…)</p>
<p>Dans la métropole, les dirigeants du mouvement ouvrier ne manifestent visiblement aucune sympathie vis-à-vis des insurgés, mais prononcent au contraire une condamnation sans appel. L'une des plus sanglantes intervention militaire de l'impérialisme français commence sous un gouvernement à direction socialiste, auquel, jusqu'au 5 mai, participe largement le PCF. Ce dernier occupe, entre autres, le ministère de la Défense nationale (François Billoux). (…) Le Parti communiste, remarquait Le Monde du 18 avril, n'avait (….) Manifesté aucune opposition catégorique à l'envoi de renforts comme à la répression des émeutes. » (…)</p>
<p>Tandis que Madagascar n'arrivait plus à enterrer ses morts, le chef du groupe parlementaire PCF invoquait le « courant de liberté » que représentait l'impérialisme français, appelait à l'union sacrée pour défendre les droits de son pays à opprimer d'autres peuples : « Je le dis, et c'est là note sentiment profond : la France a des positions dans le monde, tous les Français et j'ajoute tous les peuples associés, nous avons intérêt que la France puisse maintenir ses positions. Mais nous serions bien aveugles si nous ne tenions pas compte de ce fait important, à savoir que les positions françaises dans le monde sont terriblement convoitées. » (débat au parlement le 9 mai 1947)</p>
<p>Dans « L'insurrection malgache de 1947 » de Jacques Tronchon :</p>
<p>Sur la cause de la révolte, cete ouvrage cite Marcel de Coppet, Haut-commissaire de la République française à Madagascar au moment des événements, organisateur de la répression violente et barbare et nullement suspect de sympathie pour le colonisé malgache révolté :</p>
<p>« Il faut avoir le courage de reconnaître qu'à Madagascar la juste mesure a été dépassée. (….) Toutes les réquisitions des travailleurs, pratiquées sur une grande échelle, souvent au détriment des cultures vivrières les plus indispensables aux autochtones, n'étaient pas justifiées par l'effort de guerre. Quant aux prestations, elles perdirent leur caractère d'impôt en nature, pour s'apparenter à nouveau à la corvée. » (3 mars 1949)</p>
<p>De Coppet explique en février 1947 dans sa Conférence des Hauts-commissaires :<br class='autobr' />
« Quand survint l'armistice (signé par Pétain avec le vainqueur allemand), les Hova exploitèrent au mieux la défaite française : la France pouvait donc être battue ; bien mieux, elle pouvait même se résigner à la défaite ; elle manquait à la fois de force matérielle et de force d'âme. Plus n'était besoin de la craindre. En 1943, au lendemain de la campagne anglaise (victorieuse contre les Allemands) (…) Madagascar fut placée sous l'égide de la France combattante. La situation économique était alors sérieuse. On pensa pouvoir y remédier en « stimulant la production ». Pour ce faire, on doubla tout simplement la durée des prestations, on aggrava, de façon non moins illégale, les peines disciplinaires et on réquisitionna partout la main d'œuvre pour la mettre à la disposition, non seulement des services publics mais aussi des entreprises privées. Ce fut une très grave erreur. La production ne s'en accrut guère et, il faut avoir le courage de le dire, Madagascar regretta Vichy. C'est de ce moment, d'ailleurs, (en juin 1946) que date l'explosion généralisée d'un mécontentement qui devait aller en s'amplifiant. (…) La population urbaine d'enhardit. (…) Tout est prétexte au désordre des rues : l'arrivée d'un train, une foire, un marché, un enterrement. (…) Cette période d'agitation, au cours de laquelle des grèves sont déclenchées à Tamatave et Majunga, ne s'étend pas au-delà du 23 juin 1946, date de la dernière échauffourée à Tananarive ou ailleurs. Pour mettre un terme à toute cette agitation, j'ai simplement appliqué la loi mais je l'ai appliquée dans toute sa rigueur (…) Certes la température a baissé, mais le mal subsiste (…) »</p>
<p>Sur l'historique de l'insurrection, De Coppet écrit :</p>
<p>« L'éclatement de l'insurrection, dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 mars 1947, n'est pas une réelle surprise. Plusieurs événements survenus cette nuit-là sur différents points du territoire malgache, comprennent qu'ils marquent le début du soulèvement contre l'occupation française. A plus forte raison, les autorités coloniales, informées précisément de la date. Dès la fin novembre 1946, celles-ci se trouvent sur le qui-vive. A plusieurs reprises, des forces de l'ordre sont sévèrement molestées par la population. Le 29 novembre 1946, entre Ifanadiana et Androrangavola, le 31 janvier à Marolambo, l'incident tourne à l'émeute. (…) Quant aux leaders du MDRM, ils multiplient depuis longtemps les mises en garde officielles pour détourner les militants du parti de toute action violente. (…) Un télégramme (du Bureau politique du MDRM de Madagascar du 29 mars 1947) est approuvé à l'unanimité : « prière de diffuser et afficher. Ordre impératif est donné à toutes sections, à tous membres du MDRM de garder calme et sang-froid absolus devant manœuvres et provocations toutes natures destinées à susciter des troubles au sein de la population malgache et à saboter la politique pacifique du MDRM. Diffusez et accusez réception. » (…)</p>
<p>Le premier foyer de l'insurrection se déclare vers 22 heures dans le district de Manakara, plus précisément dans un triangle dont les points seraient Ambila, Sahasinaka et Ampasimanjeva. Le premier objectif des insurgés est de s'attaquer aux garnisons militaires, aux postes de gendarmerie, tant pour récupérer des armes que pour neutraliser la réaction de leurs adversaires. Certains commandos prennent d'assaut les concessions européennes et les bâtiments administratifs. (…) L'insurrection est désamorcée partout où l'occupant se trouve sur le pied de guerre. A Tananarive en particulier, le coup de main est décommandé au dernier moment, et la circulation de plusieurs convois militaires dans les rues de la ville au soir du 29 mars a pu provoquer en partie cette ultime défection. (…) Au matin du 30 mars, il est évident que les conjurés n'ont pas atteint leur but, celui d' » un soulèvement de tous, partout et à la même heure. » Pourtant, cet échec initial n'empêche pas l'insurrection de s'étendre rapidement à partir de ses foyers des districts de Manakara et de Moramanga. Les troupes qui ont attaqué le camp de Tristani se replient le long de la voie ferrée du M.L.A, en dévastant les concessions des colons européens ou malgaches francophiles. La plupart sont massacrés. (…) Au bout de quelques jours, l'insurrection a gagné l'ensemble de la côte est, puisque Mananjary, Tamatave, Fénérive, Antalaha, Andapa, Sambava et Vohémar sont à leur tour plus ou moins menacées. (…) Dans toutes régions contrôlées par les insurgés, un gouvernement malagasy s'organise, sous l'autorité plus ou moins directe de Victorien Razafindrabe au nord, et de Michel Radaoroson (dit Rakotozaly) au sud. (…) Jusqu'en juillet 1947, l'insurrection ne cesse de s'étendre. Il s'agit de contrôler les secteurs les plus vastes possible, et de mobiliser les populations paysannes en vue de « l'attaque décisive » sur les grands centres. Des combats sont livrés jusque dans les banlieues de Tananarive, Fianarantsoa et Tamatave. L'occupant redoute très fortement que l'insurrection gagne l'ensemble des régions centrales et déferle ensuite sur les régions occidentales. (…)</p>
<p>Les leaders du MRDM se désolidarisent, dès qu'ils en ont eu connaissance, du mouvement de violence inauguré sur la côte est, fidèle en cela à leur appel au calme du 27 mars. (…) Ils sollicitent la possibilité de faire afficher dans tout Madagascar, ou au besoin de radiodiffuser, une « proclamation » désavouant l'insurrection de manière catégorique : « Nous réprouvons de la façon la plus formelle ces actes de barbarie et de violence et nous espérons que la justice fera jaillir toute la vérité et déterminera la responsabilité de ces crimes. » (…)<br class='autobr' />
Depuis le 1er avril, la Justice a ouvert une vaste instruction judiciaire sous l'inculpation de complot contre la sûreté de l'Etat et ordonné l'arrestation des militants MDRM les plus influents. Aussitôt une répression policière implacable s'abat sur tout Madagascar : c'est à la vérité tous les militants du parti qui sont traqués quel que soit leur rang. Les inculpés sont entassés sans ménagement dans des prisons trop exiguës, quand ce n'est pas dans de véritables camps de concentration « aménagés » à la hâte. Dans de telles conditions, la situation des détenus est intolérable. Les sévices de toutes sortes et les tortures subies au cours des interrogatoires de l'instruction viennent ajouter à leurs souffrances physiques et morales. (…)</p>
<p>Contrairement aux prévisions initiales des autorités françaises, la répression militaire de l'insurrection malgache se révèle longue et coûteuse. Revenu de son optimisme du mois de juin, le général Pellet écrit dans un rapport en septembre 1947 : « Il serait prématuré d'émettre dès maintenant une opinion sur l'avenir de la rébellion. (…) Pourtant tous les moyens sont mis en œuvre pour en venir à bout. La tête des chefs insurgés est mise à prix. Des tribunaux d'exception se forment pour procéder à des exécutions exemplaires autour desquelles il est fait grand tapage. Des inculpés soumis à la torture puis corrompus sont envoyés auprès des insurgés comme agents de renseignement. » (…)<br class='autobr' />
Dans les districts en état de siège, le sort des populations civiles peut devenir dramatique. (…) Le chef de district d'Ambatondrazaka fait procéder à des arrestations massives. Le 5 mai, avant l'aube, 16 otages sont transférés à la gare et enfermés dans trois wagons plombés, affectés d'ordinaire au transport des bestiaux. (…) Vers minuit, les militaires de garde reçoivent l'ordre de faire feu sur le train. (…) les 71 rescapés de cette tuerie sont transférés à la prison. (…) Ils en sont extirpés définitivement le jeudi 8 mai dans l'après-midi pour être conduits devant le peloton d'exécution. (…) C'est « l'affaire du train de Moramanga ».</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731</a></p>
<h2 class="spip">Cameroun</h2>
<p>La révolte des travailleurs de Douala (Cameroun) en septembre 1945 : écrasée dans le sang !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711</a></p>
<p>Au Cameroun, c'est la classe ouvrière qui commencé la lutte en 1955, comme on l'a rappelé, à Douala, à Yaoundé et dans d'autres villes de moindre importance. C'est ce qui va amener les dirigeants nationalistes comme Ruben Nyobe, ancien syndicaliste, à se radicaliser. L'organisation de Ruben, l'UPC, n'est pourtant pas si radicale. Au début, elle se contente d'organiser des manifestations non violentes. La répression ne va pas lui donner le choix. Pour le pouvoir français, il n'est pas question d'accepter le moindre compromis, car l'UPC est « communiste ». En 1955, la répression de Roland Pré, gouverneur du Cameroun, fait 5000 morts. L'UPC n'a pas choisi tout de suite la lutte armée. Très clairement, Um Nyobé, tout stalinien qu'il était, ne proposait pas la révolution, ni la lutte radicale. Il ne s'en cachait pas, déclarant : « Nous offrons des garanties qui prouvent non seulement notre détermination d'œuvrer pour sortir le Cameroun de l'impasse, mais aussi de travailler de concert avec le gouvernement français (…) ». Ce qui montre le mieux les limites sociales et politiques des nationalistes de l'UPC, c'est leur volonté de laisser la classe ouvrière en dehors du combat. L'UPC mobilise trois régions : Bassa, Bamiléké et la Sanaaga. Les travailleurs de Douala qui ont pourtant maintes et maintes fois montré leur combativité sont laissés en dehors par l'UPC. Nyobé a tourné le dos à la classe ouvrière, d'où il vient. Désormais, il est un dirigeant de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie camerounaises. Il s'adresse à eux ainsi qu'aux chefs traditionnels.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</a></p>
<h2 class="spip">Kenya</h2>
<p>Au Kenya, l'affrontement, qui va être impitoyable entre le peuple kenyan et le colonialisme anglais (rompant la prétention de ce colonialisme d'avoir pris en compte pacifiquement le passage à l'indépendance, comme en Inde et au Ghana), sera le fait exclusif de la révolte d'un côté et des forces coloniales de l'autre. Des leaders petits bourgeois, comme Jomo Kenyatta, vont faire maintes fois des offres de services au colonialisme anglais en se présentant comme un autre N'Krumah, mais sans succès. Son parti, le Kenyan African Union, est pacifiste, c'est-à-dire contre la violence révolutionnaire des masses africaines – la violence du colonialisme, il n'y peut rien bien sûr -. Il réclame seulement l'élargissement de la participation des Africains à un conseil qui n'a aucun pouvoir. Le KAU a une influence réformiste sur les syndicats qu'il entraîne dans son réformisme et la classe ouvrière ne jouera qu'un petit rôle dans la lutte. C'est le colonialisme anglais qui radicalisme la situation en affirmant, contre l'évidence, que le mouvement populaire des campagnes, le Mau-Mau, serait manipulé par le KAU. Ce mouvement de révolte a éclaté en 1952, parmi le peuple Kikuyu exaspéré par les exactions des Blancs qui volent les terres, le Kenya étant considéré par les Anglais comme une colonie de peuplement comme l'Afrique du sud et les propriétaires Blancs, 1% de la population, possèdent 25% des terres. Elle se traduit par des attaques physiques individuelles de colons blancs dans leurs fermes. Le colonialisme anglais le présente comme une lutte de sauvages barbares, et décide, en juin 1953, de déclencher une guerre d'extermination contre l'ensemble du peuple kikuyu. C'est la chasse à l'homme contre des paysans quasi complètement désarmés. 50.000 soldats britanniques et rhodésiens réalisent l'une des plus sanglantes répressions coloniales. Hommes, femmes et enfants sont déchiquetés par les bombardements des villages. Le pays tout entier est ratissé par l'armée. Ceux qui résistent sont abattus.</p>
<p>Extraits de « Le mouvement ''Mau-Mau'' » de Robert Buijtenhuij :</p>
<p>« Le premier syndicat permanent du Kenya, le « Kenya Indian Labour Trade Union », fondé en avril 1935 par Makhan Singh, était une affaire entièrement indienne. Les syndicats africains brillaient à cette époque par leur absence (…). Ce n'est qu'en juillet 1939 que les dockers de Mombasa ont déclenché – plus ou moins spontanément – la première grève « noire ». Quels faits nouveaux nous frappent dans l'activité politique du Kenya après la seconde guerre mondiale ? Le fait, d'abord, que le réveil politique a commencé à toucher toutes les ethnies du Kenya sans exception (…) Il y a ensuite le fait que les Africains du Kenya ont trouvé dans les activités syndicales un nouveau champ de bataille. Après une nouvelle grève à Mombasa en 1947, grève générale cette fois à laquelle participaient 15 000 Africains et qui a eu un succès retentissant. Son organisateur, Chege Kibachia, a en effet fondé le premier syndicat africain, la « Africain Workers Federation ». Considérée avec méfiance par le gouvernement, cette organisationa été de courte durée ; elle s'est progressivement dissoute après l'arrestation de son président en août 1947. L'action de Chege Kibachia a cependant été à l'origine d'un mouvement syndical qui comptait en 1952, 27.588 membres en 13 syndicats ; à la même époque, il y aurait eu au Tanganika un seul syndicat avec 381 membres et en Ouganda trois organisations ouvrières avec 259 membres. Nous verrons que cette activité syndicale fait partie intégrante du cadre dans lequel il convient de situer la révolte mau-mau. L'événement qui cependant caractérise le mieux la nouvelle orientation de la vie politique (…) : le fondation du premier mouvement politique, la « Kenya African Union » dont l'origine remonte à 1944. (…) Jomo Kenyatta, revenu au Kenya en 1946, (…) devint président de cette nouvelle organisation en juin 1947. (…) C'était d'abord un mouvement de masse qui avait en 1952 au moins 100.000 membres et dont certains meetings attiraient des foules de 20.000 à 25.000 personnes. (…) Le KAU a posé dès le début le problème de l'Indépendance (…). Les colons, qui suivaient avec inquiétude l'évolution politique de la « Gold Coast », parlaient avec horreur du « Gold Coatism » pour désignet toute mesure favorable aux Africains. (…)<br class='autobr' />
Le 25 novembre 1952, l'éviction de 2.500 squatters travaillant sur les fermes de Leshaw Ward pour des raisons de sécurité et par représailles à la suite de l'assassinat du commandant Meiklejohn et de son épouse, ces mesures inspirées par la peur et excécutées dans un climat de panique voisin de l'hystérie, ont été d'autant plus ressenties par l'ensemble des squatters que les évictions avaient été effectuées manu militari et que des méthodes particulièrement dures avaient été employées pour briser toute tentative de résistance ou de protestation. (…) Un exode soudain (…) a amné vers les réserves kikuyu une masse de squatters dont le nombre a été évalué de 100.000 à 200.000 personnes. (…)<br class='autobr' />
Dans une première phase qui a duré de 1948 jusqu'en 1950, le mouvement a pris naissance parmi les masses déshéritées (…) Ce n'est que dans une deuxième phase qui a duré du début 1950 jusqu'à la déclaration de l'état d'urgence en octobre 1952, que des évolués et des leaders nationaux ont pris le pas sur les masses populaires anonymes. Puis, après la déclaration de l'état d'urgence et l'arrestation de la quasi-totalité des leaders nationaux kikuyus, les masses paysannes se sont retrouvées de nouveau seules pour s'engager dans la résistance armée. (…)</p>
<p>Cette armée paysanne sans armes, sans expérience militaire et sans cadres instruits, a malgré tout résisté durant près de quatre ans à l'armée moderne anglaise et, jusqu'en 1954, elle n'a pas seulement su garder ses positions, mais même les améliorer à certians égards. (…) Un facteur qui explique la durée de la résistance kikuyu est l'existence, à Nairobi et dans les réserves, d'un réseau de soutien, remarquablement bien organisé, qui a fonctionné pendant plusieurs années grâce à la complicité active ou passive de la grande majorité du peuple kikuyu. (…) Les structures territoriales de l'armée favorisaient les liaisons étroites entre les unités combattantes et les comités mau-mau dans les villages ou les communes d'origine des maquisards. (…) Ces comités mau-mau du réseau de soutien ont pu tenter sérieusement de se substituer au gouvernement colonial en créant une véritable « administration parallèle ». (…) Le réseau de soutien de Nairobi s'occupait surtout du ravitaillement des armées de la forêt en armes et en nouvelles recrues, et de la collecte des fonds nécessaires à la défense des membres du mouvement devant les cours de justice et à l'entretien des familles des membres du mouvement détenus ou disparus au combat. (…) Cependant, les leaders mau-mau de Nairobi n'ont jamais tenté d'exploiter leur contrôle sur la population africaine pour ouvrir un deuxième ou troisième front contre le gouvernement colonial. (…) L'exception (…) est une campagne de résistance passive lancée à Nairobi en 1953 et qui comprenait entre autres le boycottage des autobus municipaux européens et des boutiques de thé tenues par des Asiatiques ainsi que l'interdiction de fumer en public, de boire de la bière européenne et de porter des chapeaux. (…) Aucune grève générale et très peu de grèves partielles n'ont été mentionnées par les leaders du mouvement mau-mau (…)<br class='autobr' />
Dans les réserves kikuyu, la politique (des Anglais) des « hameaux stratégiques » a été mise en œuvre pour empêcher le contact entre les combattants mau-mau et leurs supporters dans les campagnes. (…) A partir du début de 1954, le pays kikuyu commença à ressembler à un immense camp de concentration. Toute la population concentrée dans des villages nouveaux, devait d'ailleurs construire de ses propres mains, villages fortifiés et entourés de barricades et de barbelés, dont les habitants ne pouvaient sortir qu'une heure par jour (et encore sous escorte militaire) pour se ravitailler. (…) A partir de l'été 1954, l'armée mau-mau a été contrainte de se replier sur elle-même. La forêt devint alors sa seule dimension, son dernier sanctuaire dont elle ne sortait plus guère. (…)</p>
<p>Au fur et à mesure qu'approchait l'indépendance, les survivants (de l'armée mau-mau) se sont manifestés avec une audace croissante pour devenir, à la fin de 1963, un véritable problème pour les nouveaux responsables du pays. (…) A partir de l'été 1961, (…) la libération de Jomo Kenyatta était imminente et l'indépendance commençait à devenir une réalité relativement proche. La question des anciens combattants devenait brûante : quelle serait leur place dans le Kenya indépendant ? (…) le nouveau gouvernement de Jomo Kenyatta n'était pas prêt à leur accorder des faveurs (propriétés des anciens colons ou postes gouvernementaux). (…) En ce qui concerne les fermes, le gouvernement n'avait nullement l'intention d'exproprier les colons blancs. (…) Le Kenya de Jomo Kenyatta n'était ni radical ni socialiste (…) La révolte mau-mau était une révolution nationale et une révolte sociale en même temps, et en temps que révolte sociale elle réclamait les terres cultivées par les colons européens pour le peuple africain. Pour Jomo Kenyatta, par contre, la décolonisation signifiait avant tout l'indépendance politique et il entendait rester en bons termes avec les Anglais et les colons sur le plan économique. (…) Dès sa libération en 1961, Jomo Kenyatta a annoncé la couleur (…) « Nous n'avons pas l'intention de former un gouvernement de gangsters … Nous dissiperons les appréhensions des gens qui craignent qu'un Kenya indépendant ne se jette sur leurs propriétés pour les confisquer. » (cité par le Monde du 28 août 1961) (…) A l'égard de ceux qui croyaient pouvoir en toute impunité prêter serment d'allégeance à des organisations clandestines de résistance à la politique libérale officielle, Mr Kenyatta a déclaré (durant l'été 1963) : « Nous serons impitoyables à l'égard de ceux qui fabriquent des fusils dans la brousse. » l'indépendance elle-même n'a rien changé à cet état de choses. (…) En novembre 1963, un mois avant l'indépendance, un appel du gouvernement kenyatta aux derniers combattants leur enjoignait de se « rendre » avant la célébration officielle de l'indépendance. (…) Le premier à répondre à l'appel du gouvernement Kenyatta en vue d'une capitulation fut Mwariama, qui se présenta le 8 décembre 1963 à la résidence de Jomo Kenyatta à Gattundu. (…) Le maréchal Mwariama a été condamné en mars 1964 à cinq ans et trois mois de prison pour outrage à un agent de police en fonction et possession illégale d'armes. (…) Parmi les personnalités du nouveau régime, on ne compte à notre connaissance aucun ancien combattant de la forêt et peu d'anciens détenus (…). Sur le plan purement matériel aussi, très peu de choses ont été faites pour les anciens combattants. »</p>
<p>Si le pays obtient finalement son indépendance en 1963, cela ne signifiait pas effectivement une victoire pour les combattants comme le rapporte la romancière NGugi Wa thiongo dans « Pétales de sang » :</p>
<p>« C'était à la veille de l'indépendance. Alors, vous pouviez imaginer ce que cela représentait pour moi d'émotions, d'espoirs et de souvenirs. (…) Tout allait changer. Plus jamais, je ne verrai le Blanc se moquer de nos efforts. (…) Les usines, les plantations, tout allait être à nous. (…) Des mois et des semaines après, je chantais encore le chant de l'espérance. J'ai attendu la réforme agraire et la redistribution des terres. J'ai attendu un emploi. (…) J'ai entendu dire qu'on donnait des prêts pour permettre d'acheter les fermes des Européens. Je n'ai pas compris pourquoi il me faudrait acheter des terres déjà payées au prix du sang. (…) J'ai attendu. Je me suis dit : OK. Je me fais muet, je me fais sourd. Et j'ai regardé les choses évoluer. J'ai vu les événements. J'ai vu la tension monter entre les Noirs.</p>
<h2 class="spip">Afrique du nord</h2>
<p>QUE SE PASSE-T-IL EN AFRIQUE DU NORD ?</p>
<p>Ces temps derniers, certains journaux se sont préoccupés de la situation en Afrique du Nord. Celle-ci est tellement tragique qu'il devenait désormais impossible à la presse "démocrate" de la passer plus longtemps sous silence.</p>
<p>Bien entendu, il ne s'agissait pas pour ces journaux de défendre les indigènes d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie, mais de faire appel à la vigilance gouvernementale pour limiter les "abus" ; c'est à cette fin aussi que le C.N.R. décida d'envoyer en Afrique du Nord une "commission d'information".</p>
<p>Cette commission, quoique inoffensive, a été interdite par De Gaulle. Effectivement, à quoi servirait-elle ? Si dans la Métropole le C.N.R. sert de camouflage, d'ornement "démocratique" à la machine gouvernementale bonapartiste de De Gaulle, quel serait son rôle en Afrique du Nord ? Là-bas il ne s'agit nullement d'abus à "réformer", de faire patienter les masses. Un conflit mortel oppose les colons exploiteurs et oppresseurs et les 9/10 de la population indigène. Dans ces conditions, la commission d'enquête du C.N.R., si elle rassurerait "les esprits inquiets" de la Métropole, ne ferait au contraire qu'aggraver la situation politique en Afrique du Nord si elle était prise au sérieux par les indigènes. Car si les indigènes pensaient avoir l'appui de la "démocratie" cela ne pourrait que les inciter encore plus à l'action directe contre les colons.</p>
<p>C'est pourquoi seule la politique des colons est approuvée par le gouvernement : répression colonialiste sans phrases. Ici il n'y a pas de place pour les balivernes du C.N.R. dont l'inutilité devient de plus en plus visible dans la Métropole même, où ses "Comités" (sic) ne font que "suggérer" dans une situation qui appelle de plus en plus une solution radicale.</p>
<p>Cependant, le sort des classes laborieuses de l'Afrique du Nord ne sera pas laissé par les travailleurs de France à la merci du gouvernement de De Gaulle, c'est-à-dire des colons, exploiteurs féroces et fascistes. Les travailleurs savent que si les Nord-Africains sont écrasés par le gouvernement français pour sauver la domination des colons, ceux-ci se serviront de l'Afrique du Nord comme Franco s'est servi des Marocains du Rif : pour écraser les travailleurs de la Métropole et instaurer en France même un régime de terreur ouverte.</p>
<p>La situation en Afrique du Nord</p>
<p>Depuis quatre ans les masses indigènes d'Algérie, de Tunisie et du Maroc sont en proie à la famine et au typhus. L'Afrique du Nord n'a rien à se mettre sur le dos, rien à manger. Des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont en haillons, habillés de chiffons ou de sacs. Il ne s'agit plus pour eux de se vêtir, mais simplement de ne pas choquer la décence. Dans la plupart des familles indigènes, il n'y a qu'un misérable vêtement pour trois ou quatre personnes, vêtement que chacun met à tour de rôle pour sortir.</p>
<p>Quant au ravitaillement, il est inexistant. Les villes où il y a une majorité européenne connaissent les restrictions, mais sont tout de même assurées d'un minimum vital. Mais les campagnes sont littéralement affamées, les campagnes où vivent 95% des indigènes, c'est-à-dire les 9/10 de la population totale. La base de l'alimentation indigène est le couscous. Pour faire du couscous, il faut de la farine. Or, la ration mensuelle allouée à chaque indigène par le ravitaillement est de 3 kg d'orge ou 3 kg de blé, soit 2 kg 500 de farine pour l'orge et l kg 500 à 2 kg pour le blé. Cela représente une moyenne de 50 g. de pain par jour. Il faut ajouter qu'ils n'ont souvent rien d'autre pour compléter cette maigre pitance : peu de légumes, pas de viande. On peut penser que s'ils recevaient pour toute nourriture nos 350 g de pain quotidiens, ils croiraient nager dans l'abondance, tant leur misère est effroyable ! Avant la guerre, le minimum vital pour chaque individu était de 20 à 25 kg de farine par mois. La ration actuelle représente donc à peine les 10% du minimum. De plus, les distributions se font là-bas d'une façon très irrégulière, avec des retards de 2 à 3 mois.</p>
<p>Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner si à l'heure actuelle, comme on l'écrit là-bas, des millions d'êtres humains vivent comme des bêtes, se nourrissent d'herbes et de racines. Il ne faut pas s'étonner si le typhus, "maladie de carence" par excellence, fait rage en Afrique du Nord. Et cela depuis quatre ans ! On estime que dans la seule Algérie il y a eu plus de 30.000 victimes en 1940-1941. Et depuis le nombre des morts par le typhus n'a fait que s'accroître. Tout récemment il y a eu 33 morts en une seule nuit dans un petit village de quelques centaines d'habitants. Un village kabyle qui comprenait 1400 habitants n'en compte plus que 300, soit 1100 victimes. Et pourtant dans la masse, la Kabylie était une des régions les plus résistantes aux épidémies. Mais aujourd'hui le typhus, compagnon inévitable de la famine, n'est pas localisé, il est général.</p>
<p>Jusqu'en 1942 on pouvait penser que cela était le fruit de la politique de Vichy, qui faisait des prélèvements massifs sur l'économie nord-africaine. Mais depuis, ce pays aurait dû connaître les bienfaits de l'intervention américaine, une avalanche de cotonnades et de corned-beef. Or il n'en a rien été et la situation des masses indigènes, comme en France, s'est encore aggravée.</p>
<p>Qu'est-ce que cela veut dire ? Sans doute il serait très facile aux Américains, avec quelques bateaux, de ravitailler les populations nord-africaines. Et les nécessités de la guerre ne sont pas telles qu'elles rendent impossible l'organisation d'un trafic aussi réduit. Mais voilà !</p>
<p>L'impérialisme américain a des visées sur l'Afrique du Nord, et comme l'impérialisme français n'entend ni céder sa place ni composer, il fait crever l'indigène sans l'ombre d'un regret.</p>
<p>Le sort tragique des peuples nord-africains est donc un aspect de la lutte impérialiste. Mais il est d'abord l'aboutissement d'une exploitation impérialiste conduite d'une façon systématique et impitoyable.</p>
<p>En effet, est-ce que les ressources de l'Afrique du Nord ne devraient pas lui permettre de nourrir largement toute sa population ? Sans aucun doute il y a là-bas de tout pour tous. Autrefois, avant la conquête française, l'ensemble de la population nord-africaine était formée de petits et moyens paysans tirant de leurs terres des ressources suffisantes pour leur subsistance. Mais les colons français ont exproprié l'indigène sur une large échelle et réduit les 9/10 de la population à une condition prolétarienne. Elle a abouti à l'extrême paupérisation des masses indigènes et à l'énorme enrichissement des gros colons.</p>
<p>L'exemple le plus typique est celui de l'Algérie. En moins d'un siècle la propriété indigène y est passée de 16 millions d'ha à 7 millions. L'Etat colonial et les gros colons se sont donc approprié 9 millions d'ha. Trois mille gros colons y possèdent près de 2 millions d'ha, c'est-à-dire autant qu'un million et demi de propriétaires indigènes. Six gros vignerons y récoltent plus de 3 millions d'hectolitres de vin. Certaines entreprises capitalistes y possèdent plus de 50.000 ha de terre. Au contraire, 70% de la paysannerie indigène n'ont qu'une moyenne de 2 ha de mauvaises terres.</p>
<p>Ainsi, le résultat le plus évident de la colonisation française est la constitution d'une "féodalité" terrienne et économique vivant de l'exploitation intensive des masses indigènes préalablement expropriées et prolétarisées.</p>
<p>Aujourd'hui 99% des populations indigènes de l'Afrique du Nord sont formées d'ouvriers agricoles, de demi-fellahs et de travailleurs, qui n'ont d'autre ressource que leurs bras pour gagner le pain de leurs nombreuses familles. Il s'est donc constitué dans ce pays une abondante main-d'œuvre qui a longtemps permis aux capitalistes et aux trusts coloniaux de pratiquer une politique de bas salaires : de 3 à 10 frs par journée de 12 à 14 heures de travail.</p>
<p>Avec un salaire journalier de 10 frs, comment nourrir et habiller une famille de 5 personnes, alors que le quintal de blé coûtait 180 frs, le mètre d'étoffe 20 frs, une paire de chaussures 50 à 100 frs ? Aussi bien, la plupart des indigènes se nourrissaient-ils d'orge et de glands, sans manger toujours à leur faim. Ils allaient pieds-nus ou chaussés d'espadrilles et s'achetaient une gandoura par an, qu'ils portaient jusqu'à usure complète.</p>
<p>Donc en temps normal, l'indigène était sous-alimenté et misérablement vêtu. Il n'avait aucune réserve alimentaire ni vestimentaire. Qu'une mauvaise récolte survienne et la faim se transforme en famine et appelle le typhus. La guerre actuelle a eu ainsi pour effet d'aggraver et de généraliser jusqu'à la catastrophe un état de choses endémique, conséquence inéluctable de l'exploitation impérialiste.</p>
<p>Et pourtant il y a encore du blé dans les silos des gros colons et des grosses sociétés. Mais ils ne le livrent pas et l'administration locale qui leur est entièrement dévouée, les laisse faire. Ils préfèrent le vendre au marché noir. Mais ils préfèrent voir le fellah crever de faim, dans l'espoir de le pousser à la révolte, puis d'amener le gouvernement à pratiquer une bonne répression. Et à la faveur de cette répression ils espèrent faire avorter tout projet de réforme en faveur de l'indigène et surtout obtenir un retour à la politique des bas salaires, aux 5 ou 6 francs journaliers d'avant-guerre qui leur assuraient de si substantiels bénéfices.</p>
<hr class="spip" />
<p>Telle est la situation de l'Afrique du Nord. Exploitée à outrance par les colons et les capitalistes français maîtres de l'administration, elle ne peut renaître à la vie que par l'expulsion des intrus qui absorbent toute sa substance vitale. C'est ce que veulent les indigènes : c'est-à-dire l'indépendance de l'Afrique du Nord. Il y a là-bas une haine farouche et générale pour l'exploiteur français. Les mouvements nationalistes nord-africains ont pris une ampleur extraordinaire ; des troubles se produisent un peu partout et l'on parle même de l'existence d'un maquis.</p>
<p>Mais, nous répondra-t-on (et c'est un argument souvent invoqué par les chefs staliniens pour expliquer pourquoi ils ne soutiennent plus les Abd-el-Krim de l'Afrique du Nord), dans le monde capitaliste actuel l'Afrique du Nord ne peut pas être indépendante : si la France n'y était pas ce serait l'Amérique ou l'Angleterre qui prendrait sa place ! Argument d'exploiteurs, de capitalistes : "si ce n'est pas moi qui exploite mon ouvrier, ce sera un autre, qui sera peut-être pire". Mais cet argument ne vaut rien. L'indépendance de l'Afrique du Nord n'est pas un cadeau qui tomberait du ciel aux Nord-Africains. Cette indépendance doit être le résultat d'une lutte acharnée menée par les peuples indigènes et les travailleurs métropolitains contre les 200 familles. Victorieux dans cette lutte, l'appui du prolétariat mondial et des autres peuples coloniaux (qui forment l'énorme majorité de la population du globe) les rendra invincibles.</p>
<p>Le prolétariat de France sait qu'un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Il rejette entièrement la responsabilité de l'exploitation des peuples de l'Afrique du Nord sur les 200 familles. Au moment où les impérialistes de France, d'Amérique et d'Angleterre commencent à se prendre aux cheveux pour le pillage de l'Afrique du Nord, il proclame hautement le droit de ces peuples à disposer d'eux-mêmes jusques et y compris la séparation de la France. Les travailleurs français savent maintenant qu'à notre époque on ne peut plus maintenir assujetti un peuple qui veut sa liberté et son indépendance.</p>
<p>Pour le droit de l'Afrique du Nord à disposer d'elle-même !</p>
<p>Pour une COMMISSION D'ENQUETE OUVRIERE IMPOSEE au gouvernement !</p>
<p>Pour l'échange économique avec l'Afrique du Nord par l'expropriation des colons monopoleurs et affameurs des indigènes et de la France !</p>
<p>Travailleurs, l'exploitation des colonies maintient vos propres chaînes ; le colonialisme est une pratique capitaliste ! Sur cette question aussi rompons délibérément et radicalement avec le passé. Ainsi seulement l'avenir nous appartiendra !</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc42_011845.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc42_011845.htm</a></p>
<p>LES "BIENFAITS" DE LA COLONISATION...</p>
<p>(22 mars 1945)</p>
<p>Travailleurs français,</p>
<p>Malgré le silence de toute la presse, en Afrique du Nord l'exploitation est plus terrible que jamais. L'action "civilisatrice" continue à entretenir la famine, le typhus, la misère et la démoralisation. Les capitalistes français qui parlent beaucoup de pudeur et de moralité, ne vous disent pas que là-bas les femmes, faute de vêtements, en sont réduites à cacher leur sexe de leur main. Ils ne vous disent pas que 15 classes ont été mobilisées en Afrique du Nord, que 95% de l'effectif de certaines unités sont tombées pour le profit des capitalistes et que pendant ce temps leurs familles meurent de faim. Ils ne vous disent pas qu'en France même, le gouvernement a fait incorporer de force dans des régiments de génie tous les travailleurs nord-africains se trouvant à Cherbourg et en Bretagne et qu'employés au déminage beaucoup y ont laissé leur vie. Ils ne vous disent pas que les mêmes policiers que sous l'occupation nous arrêtaient et nous réquisitionnaient pour les entreprises allemandes, nous livrent aux Anglo-américains comme "collaborateurs" pour faciliter sous ce prétexte notre exploitation.</p>
<p>Officiellement seule la classe 43 a été appelée. Cependant à Paris, dans le 20ème notamment, les gendarmes vont cueillir à leur domicile les jeunes des classes 39-40-41 comme insoumis, sous prétexte que leur classe a été mobilisée en Afrique du Nord.</p>
<p>La bourgeoisie française ne nous donne aucune possibilité légale de nous défendre. Le soi-disant représentant nord-africain à l'Assemblée consultative, Ben Djelloul, n'est qu'un laquais du gouvernement et son unique préoccupation en ce moment si tragique pour nous c'est d'obtenir un nouveau siège à l'Assemblée consultative pour un autre larbin, Ahmed Bahloul.</p>
<p>Travailleurs français ! Nous avons participé à vos luttes quand le fascisme, à partir de 1934, s'est dressé contre vous. Contre le traitement qu'on nous inflige, nous comptons aujourd'hui sur votre solidarité à vous, qui êtes aussi des exploités. Vous ne pouvez pas ne pas protester contre le traitement infâme auquel nous soumettent les capitalistes français !</p>
<p>GROUPE DE TRAVAILLEURS NORD-AFRICAINS</p>
<hr class="spip" />
<p>Travailleurs !</p>
<p>Au moment où le gouvernement de Gaulle s'est démasqué comme le gouvernement des trusts affameurs, l'appel de nos camarades nord-africains ne doit pas rester vain. Car la haine terrible accumulée en Afrique du Nord serait alors utilisée par l'intermédiaire de certains chefs indigènes vendus, contre vous-mêmes, comme Franco a utilisé les Marocains du Rif contre les travailleurs espagnols.</p>
<p>Les travailleurs nord-africains se trouvant en France sont livrés à l'exploitation sans moyens de défense et les capitalistes en profitent pour saper nos propres conditions économiques.</p>
<p>Au moment où les dangers sont de nouveau très grands pour la classe ouvrière et que le fascisme relève la tête, l'union de tous les exploités est indispensable à notre vie et à notre liberté.</p>
<p>Travailleurs français et travailleurs coloniaux, unissons-nous contre les entreprises réactionnaires des capitalistes français !</p>
<p>22 Mars 1945 UNION COMMUNISTE (4ème Internationale)</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/tract_032245.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/tract_032245.htm</a></p>
<h2 class="spip">Algérie</h2>
<p>Les travailleurs de France et d'Algérie devant l'impérialisme</p>
<p> "Un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être un peuple libre" (Marx)</p>
<p>La situation géographique de l'Algérie, ainsi que ses ressources économiques et militaires, lui confèrent, dans un prochain avenir, un rôle de tout premier ordre. Sa situation stratégique – permettant la jonction des possessions de l'Afrique avec la métropole – la chair à canon qu'elle peut fournir et ses matières premières en font une pièce maîtresse du système impérialiste français. Objet de conquête, elle sera utilisée comme moyen de rapine dans le prochain carnage, tout comme en 1914.</p>
<p>Thorez, et après lui Jouhaux, y ont entrepris récemment des voyages de propagande. Dans le but d'y poursuivre une agitation sociale contre l'impérialisme français ? Hélas ! Les coryphées du "Front populaire" y sont allés pour "resserrer l'union entre les peuples d'Algérie et la Métropole". Après Daladier, parlant officiellement et ouvertement au nom de l'impérialisme français, Thorez est parti faire œuvre de dupeur, parler "démocratie", "union contre le fascisme hitlérien", etc… Les compte-rendus de L'Humanité nous disent les nombreuses délégations dont il reçut la visite, les cadeaux qui lui ont été offerts ; il reçoit des fleurs en souriant ; des photos le montrent embrassant une indigène, en un mot, tout se déroule selon la technique que le "père des peuples" met en œuvre en U.R.S.S. Pas un mot sur les revendications des travailleurs et des paysans algériens. Il parle bien de la nécessité de s'unir "contre le fascisme hitlérien", mais passe sous silence la lutte par des méthodes de classe contre le fascisme EN ALGERIE. Devant son auditoire, il dénonce le P.S.F. et le P.P.F. algérien comme agents de l'étranger, mais bien sûr pas comme ceux du capitalisme français. La Métropole, voyez-vous, n'a que des représentants "honnêtes" comme M. Thorez. Les fascistes qui s'en revendiquent, ce sont des agents camouflés de Hitler. C'est ainsi qu'il réalise "l'union française" ! Du moment que le P.S.F. et le P.P.F. sont des agents de Hitler, et non pas mercenaires de la métropole, la lutte contre eux n'est plus la tâche des masses travailleuses luttant contre l'impérialisme français, mais une simple tâche de police. Thorez réclamera que celle-ci les emprisonne ; mais en attendant, ce sont ses propres meetings qui sont interdits.</p>
<p>L'Algérie est appelée à jouer un rôle important, non seulement dans la prochaine guerre, mais elle peut devenir, elle devient une place d'armes du fascisme français. Les Doriot, les de La Rocque ont profité de la politique du "Front populaire" à l'égard des masses travailleuses pour augmenter leur influence. De même que, sous la pression de Blum, les représentants du "Front populaire" espagnol ont refusé d'accorder satisfaction aux Marocains – auxquels Franco a accordé des droits démagogiquement, en paroles, pour pouvoir les utiliser contre les ouvriers espagnols – de même les représentants du "Front populaire" au pouvoir en France ont donné les gages exigés par l'impérialisme français. Ils ont permis un renforcement de la répression contre les luttes surgies en Algérie sous l'impulsion des grèves françaises. Lozeray ment quand il écrit, dans L'Humanité, que les salaires des ouvriers indigènes ont augmenté. Ils ont diminué par suite de la dévaluation. Le "Front populaire" a laissé les masses indigènes aussi dénuées de droits qu'avant 1936. Le droit d'adhésion aux organisations syndicales est tout bonnement théorique. Car celles-ci sont un moyen de défense des ouvriers algéro-européens qui, du point de vue économique et politique, représentent une couche de beaucoup supérieure à l'élément indigène. Ce dernier, composé de travailleurs non qualifiés, – manœuvres à tout faire, travailleurs agricoles, mineurs – manque d'esprit corporatif et est dans l'impossibilité de payer une cotisation qui dépasse complètement ses possibilités. Avant de pouvoir s'organiser dans une organisation commune avec les ouvriers algéro-européens, les travailleurs indigènes doivent préalablement conquérir l'égalité économique et politique, s'élever à leur niveau. Le moyen qui leur permettrait de l'atteindre, c'est une lutte autonome adaptée à leur situation. Le Front populaire n'a rien apporté aux masses travailleuses de l'Algérie, il a aggravé leur situation. Voilà la vérité !</p>
<p>Aux yeux des masses indigènes, Blum "représentait" les ouvriers français ; elles ont été habilement travaillées par le P.S.F. et le P.P.F. et dressées contre les ouvriers métropolitains, tenus "responsables" de cette politique. Aujourd'hui le danger est grand de voir l'impérialisme français s'en servir pour anéantir les conquêtes politiques et sociales des ouvriers français et instaurer le fascisme en France avec leur aide, comme Franco en Espagne avec celle des Marocains.</p>
<p>La résolution du B.P. du P.C.F. prise au retour de Thorez, donne un coup de chapeau à la nécessité (du point de vue de la sécurité française bien entendu) "de faire droit aux aspirations légitimes d'ordre économique, social, culturel, religieux et politique qu'exposent notamment les représentants des populations arabes et berbères musulmanes".</p>
<p>Et quelle est la mesure pratique envisagée ? La résolution rappelle "que le projet Blum-Violette... n'est toujours pas voté" ! La politique de collaboration de classe du Parti communiste français, sur le plan colonial, remplace l'agitation parmi les masses exploitées et la lutte autonome de ces masses par des méthodes de classe contre l'impérialisme, par des exhortations adressées à la métropole, c'est-à-dire aux capitalistes français. Le projet, en effet, n'a rien de dangereux pour la "sécurité française". S'il répond aux aspirations "qu'exposent notamment les représentants" (c'est-à-dire les exploitants indigènes, il ne donne aucune satisfaction aux millions d'ouvriers et paysans d'Algérie (approximativement 5.000.000). Donner des droits à une infime minorité de 20.000 privilégiés indigènes, comme le prévoit le projet, c'est, en réalité, augmenter l'inégalité et élargir la base sociale de l'impérialisme qui s'attacherait encore plus fortement cette mince couche et renforcerait par conséquent, sa domination : "L'équilibre social recherché par l'impérialisme consiste à déplacer certaines couches indigènes pour les lier à l'élément exploiteur d'une part, et d'autre part, à diviser l'ensemble des masses travailleuses en deux couches distinctes". C'est ce que Thorez explique à mots couverts à l'adresse des dirigeants français de ce pays, au meeting de Wagram, et il a l'impudence de donner l'exemple de l'U.R.S.S. !</p>
<p>Si la droite de la Chambre française s'oppose à l'adoption de ce projet, ce n'est pas parce qu'il représente une concession aux masses travailleuses, mais pour ne pas déplacer le poids respectif des exploiteurs indigènes par rapport aux exploiteurs algéro-européens.</p>
<p>Thorez écrit : "A l'heure actuelle, l'intérêt supérieur du mouvement ouvrier français et du mouvement ouvrier international – prolétaires allemands en premier lieu – c'est de faire échec partout au fascisme hitlérien, de lui refuser partout de nouveaux moyens de puissance et de domination. L'intérêt non moins évident des peuples des colonies françaises – considéré sous l'angle de leur émancipation nationale et sociale – c'est de rester unis à un peuple chez lequel subsistent encore heureusement les notions de liberté et d'égalité des races." Voilà par quel tour de passe-passe Thorez réconcilie l'intérêt social et national des peuples coloniaux et du prolétariat métropolitain avec l'intérêt de l'impérialisme français. Le traquenard, c'est sa soi-disant croisade anti-fasciste... commandée par Gamelin-Franco, qui instaurera la dictature de son état-major militaire.</p>
<p>L'intérêt social et national des peuples coloniaux est de s'émanciper de l'impérialisme. En tant que phénomène économique, celui-ci asservit les peuples arriérés, les surexploite et les maintient dans l'esclavage. Ses méthodes de domination – sociales, militaires, politiques – dépendent des conditions concrètes du pays exploité et non pas des formes politiques de la Métropole. Généralement, les exploiteurs s'appuient sur l'élément social le plus arriéré, comme c'est le cas pour l'Algérie. La domination de la "démocratique" Angleterre aux Indes ou sur les peuples arabes s'appuie sur les féodaux. L'épopée sanglante que représentent les conquêtes coloniales de l'Angleterre et de la France en premier lieu, sont les plus noires des temps modernes. Politiquement, les masses travailleuses n'ont aucun droit, à quelque impérialisme qu'elles appartiennent. Leur pire ennemi, c'est leur propre impérialisme, en l'occurrence l'impérialisme français.</p>
<p>Quant aux ouvriers français, leur intérêt le plus évident, le premier est celui-ci : ne pas fournir à leurs propres capitalistes – français – les moyens pour réprimer leurs luttes. L'impérialisme français tire précisément le plus clair de sa force de l'exploitation coloniale. Le soutien des luttes des opprimés de l'Empire français contre la Métropole par les ouvriers français c'est la condition même de leur victoire : "La victoire de la classe ouvrière dans les pays avancés et la libération des peuples opprimés de l'impérialisme sont impossibles sans la formation et la consolidation d'un front révolutionnaire commun". (Thèses de Lénine sur la question nationale et coloniale).</p>
<p>Si l'on examine de plus près le "raisonnement" de Thorez, on constate qu'en réalité il nie la possibilité et le droit des peuples opprimés de déterminer librement leur sort puisqu'il feint de [ligne manquante] …mination de l'impérialisme français ou domination de l'impérialisme hitlérien. Mais le prolétariat et l'avant-garde ne doivent pas oublier la leçon récente de l'Espagne – si chèrement payée – .</p>
<p>Pour empêcher les indigènes – et surtout ceux de l'Afrique du Nord – de devenir les instruments de la répression capitaliste contre eux, les ouvriers français doivent montrer aux peuples coloniaux leur véritable figure, c'est-à-dire celle d'opprimés luttant contre l'impérialisme et l'exploitation coloniale et non pas celle de soutien des exploiteurs. Le prolétariat français doit aider tout d'abord par tous les moyens à la création de partis révolutionnaires dans les colonies, ayant pour tâche la lutte de libération sociale et nationale. Ces partis doivent conserver leur autonomie vis-à-vis du parti révolutionnaire de la métropole, car ils luttent dans des conditions différentes – et aussi pour que la trahison des "chefs" métropolitains n'entraîne pas automatiquement la subordination de ces partis à l'impérialisme – mais ils doivent rester en liaison étroite avec celui-ci sur le plan de la lutte d'ensemble contre l'impérialisme.</p>
<p>Thorez présente toute lutte pour la libération sociale et nationale des colonies comme l'œuvre de Hitler. Il spécule sur les sentiments de haine que les ouvriers français éprouvent contre le bourreau des ouvriers allemands, pour les enchaîner au char de l'impérialisme français. Chez celui-ci "subsistent encore", paraît-il, des notions démocratiques, c'est-à-dire qu'il trouve avantageux de se servir encore de ses laquais "démocrates" – Blum, Thorez, Jouhaux – avant d'utiliser exclusivement Doriot ou de La Rocque. Antifasciste ? Non. Agent de l'impérialisme.</p>
<p>C'est l'impérialisme qui est le fait dominant de notre époque, c'est lui la principale force de stagnation et de misère, de fascisme et de guerre. En soutenant les luttes de coloniaux contre celui-ci, le prolétariat français aura le plus puissant allié à sa propre lutte en la personne des 60.000.000 d'esclaves de l'Empire français, dont Thorez est devenu un des principaux garde-chiourme. Les Etats-Unis socialistes du Monde sauveront la civilisation de la barbarie qui la menace et jetteront les bases d'une humanité meilleure.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1939/04/barta_vl1.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1939/04/barta_vl1.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657</a></p>
<p>Extraits de « La question coloniale et la politique du Parti communiste français (1944-47) »<br class='autobr' />
de Grégoire Madjarian :</p>
<p>« Le 8 mai 1945, dans toute l'Algérie, devait être célébré l'armistice. Des cérémonies officielles avaient été prévues. Un mot d'ordre clandestin du PPA avait circulé : « Le jour de la victoire, manifestons pour exiger, après le sacrifice et la conduite héroïque des Algériens dans l'armée française, un peu de démocratie et de justice ! » Une fraction légaliste des Amis du Manifeste, croyant éviter ainsi l'intervention policière, envoya une délégation demander au gouverneur général l'autorisation de s'exprimer. Les délégués ne sortirent pas de la résidence générale : ils avaient été arrêtés et les autorités prévenues.</p>
<p>Le jour de l'armistice, eurent lieu dans plusieurs villes des manifestations d'ampleur et de forme diverses. A Bône et Didjelli, les manifestations se joignirent au cortège officiel et déployèrent leurs propres banderoles. Des défilés analogues furent organisés à Batna, Biskra, Kenchela, Blida, Berrouaghia et Bel-Abbès. A Saïda, la mairie fut incendiée. A Alger, les fidèles n'assistèrent pas à la cérémonie officielle de la Grande Mosquée. Les incidents les plus graves eurent lieu à Sétif et Guelma.</p>
<p>A Guelma, peu de musulmans avaient assisté aux cérémonies officielles : les comités des AML organisait sa propre manifestation avec des mots d'ordre tels que « Vive la démocratie ! », « A bas l'impérialisme ! », « Vive l'Algérie indépendante ! ». La police tira sur la foule.</p>
<p>A Sétif, un cortège de quinze mille personnes se dirigeait vers le monument aux morts afin d'y déposer une gerbe, arborant pour la première fois le drapeau algérien vert et blanc. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles : « Démocratie pour tous ! », « Libérez Messali ! », « Libérez nos leaders emprisonnés ! », « Vive la victoire alliée ! », « Vive l'Algérie indépendante ! », « A bas le colonialisme ! », « Pour une Constituante algérienne souveraine ! ». La police ouvrit le feu à la suite d'un ordre du sous-préfet de retirer pancartes et banderoles.</p>
<p>Ces manifestations furent le point de départ d'un soulèvement qui s'étendit à la Kabylie des Babords, se propagea dans une grande partie de la région du Constantinois. Des messagers allaient dans les campagnes, les villages les plus reculés, pour faire le récit des manifestations de Sétif et Guelma et de leur répression. Les responsables locaux des AML organisaient leurs militants et dirigeaient des attaques contre les bâtiments de l'autorité française : la mairie, la poste, la recette des contributions, la gendarmerie.</p>
<p>Les centres de Aïn-Abessa, Sillègue, le bordj Taktount Bouga (La Fayette), ainsi que Kerrata furent encerclés. Les centres de Béni Aziz (Chevreuil) assiégé aux cris de « Djihad ! Dkihad ! » fut entièrement incendié.</p>
<p>Des groupes armés venus des douars voisins assaillirent Guelma, le 9 mai, pour venger leurs morts, et le car de Bougie à Sétif fut attaqué. Le 10 mai, le village d'Aokas (commune morte d'oued Marsa), la gendarmerie de Tesara, le bordj et la poste de Fedj M'zala furent encerclés. Dans la région d'oued Marsa, les communications téléphoniques furent coupées, des gardes forestiers tués.</p>
<p>Dans la région des Babors, au nord de Sétif, l'émeute prit « l'allure d'une véritable dissidence » d'après le rapport du général de gendarmerie. Les troupes étaient « accueillies dans certains douars à coups de fusils et même d'armes automatiques ». Des rassemblements d'hommes armés étaient signalés à El Arrouche, Azzaba, oued Amizour, Smendou, Chelghoun-Laïd, El Milia, ouest-Zénati. Entre Tizi-Ouzou et Thénia, les fils téléphoniques furent coupés. Des dépôts d'armes clandestins furent signalés à Tébessa.</p>
<p>Des bruits circulaient à propos d'un soulèvement général, bruits qui n'étaient, nous le verrons plus loin, pas sans fondement. Plusieurs groupes armés de paysans s'attaquèrent aux villages et aux centres de colonisation. Fermes, colons, représentants de l'ordre colonial furent les cibles de la révolte.</p>
<p>A propos des événements de mai 1945 et afin de dégager leur signification, il est nécessaire de poser plusieurs questions distinctes : de quel ordre sont les facteurs qui ont déterminé le soulèvement du Constantinois, quelles sont les causes immédiates du déclenchement de l'insurrection, y a-t-il eu préparation d'une insurrection, y a-t-il eu volonté insurrectionnelle ?</p>
<p>A l'époque, à côté de la thèse d'un complot fasciste qui fut, nous le verrons plus loin, la principale thèse officielle et qui ne repose sur aucun fondement, vint s'adjoindre celle d'une révolte de la faim. Bien que la situation des musulmans, et en particulier celle des fellahs, fût dramatique, de nombreux éléments contredisent cette dernière thèse. Pendant les événements, « Le Monde » remarquait : « Au cours de ces journées sanglantes, ni les silos remplis de blé ni les entrepôts de denrées ne furent pillés. « En 1948, Bénazet écrivait : « Non seulement les manifestants des cortèges n'ont jamais poussé des clameurs ou arboré des pancartes contre le ravitaillement » mais les silos de la région « remplis de grains et laissés sans protection, ne souffrirent nulle atteinte. » (…)</p>
<p>Sur le déclenchement des événements, l'analyse de Mohamed Boudiaf et le témoignage qu'il a recueilli, attribuant un rôle déterminant aux provocations policières, semblent faire le point sur cette question : « L'effervescence populaire était à son comble, les autorités coloniales, décidées à reprendre la situation en mains, cherchaient l'occasion de frapper un grand coup (..) J'ai eu plus tard l'occasion d'en parler avec le responsable du parti (le PPA) de Sétif, Maïza, il n'avait aucune directive et ne savait quoi répondre aux militants qui vinrent lui en demander après le début des incidents dans la région. Ce sont les provocations qui ont mis le feu aux poudres. Le scénario fut le même un peu partout. Dès que les drapeaux étaient sortis, la police tirait sur le porteur. La foule réagissait. » (El Jarida – novembre-décembre 1974)</p>
<p>(…) Par contre, après le 8 mai, des responsables du Constantinois demandèrent aux dirigeants du PPA d'appeler à l'insurrection générale pour soulager les populations de la région qui supportaient, seules, le poids de la répression, mais celle-ci n'eut pas lieu, à cause notamment des tergiversations de la direction du PPA. (…) Il apparaît, comme l'écrit Mahfoud Kaddache dans « Il y a trente ans », que « les événements de Sétif et Guelma furent considérés comme le signal de la révolution, de la guerre libératrice. » Ainsi, les heurts et les fusillades qui se produisirent dans les deux villes en question – et ce dernier élément seul permet de comprendre l'embrasement du Constantinois – ne trouvèrent un écho que parce qu'il existait une volonté insurrectionnelle dans les masses.</p>
<p>Dirigée par le général Duval, la répression du soulèvement du Constantinois fut d'une sauvagerie indescriptible. (…) dans un message à l'ONU, Messali Hadj dira des événements du Constantinois qu'ils « ont coûté plus de quarante mille victimes au peuple algérien. » (…)</p>
<p>Comment ces massacres furent-ils justifiés par les autorités et acceptés par l'opinion de la métropole ? (…) la version officielle du gouvernement de l'Algérie, version qui fut également celle des trois partis politiques au pouvoir sous la tête gaulliste (MRP, SFIO et PCF) était la suivante : le soulèvement du Constantinois était un « complot fasciste » accompli par des « agents hitlériens ». L'armée n'était dépêchée que pour « poursuivre l'action patriotique de nettoyage ». (…)</p>
<p>Le 11 mai, « L'Humanité » relatait les événements du 8 en rapportant la déclaration du gouvernement général : « Des éléments troubles d'inspiration hitlérienne se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation hitlérienne. La police, aidée de l'armée, maintient l'ordre. » En publiant sans réserves ces propos sous le titre : « A Sétif, attentat fasciste le jour de la victoire », le quotidien du PCF accréditait la version de l'administration coloniale. (…)</p>
<p>(Le 12 mai,) le Comité central du PCF, prenant une position sans nuances, recommandait explicitement une répression rapide et impitoyable. Il publiait immédiatement la révolution suivante : « Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute. » (…)</p>
<p>Sur une distance de 150 kilomètres, de Sétif à la mer, la loi martiale fut proclamée. La troupe reçut l'ordre de tirer sans sommation. « sur le burnous ». Tout arabe ne portant pas le brassard réglementaire était abattu (témoignage de Charles-André Julien dans « L'Afrique du Nord »). Les légionnaires furent autorisés à massacrer toute la population arabe de Sétif et même ailleurs, où aucune manifestation n'avait eu lieu. <br class='autobr' />
A Villard, pendant deux jours, une batterie de 75 bombarda les douars environnants. A Saint-Armand, les soldats eurent pour mission de raser tous les villages se trouvant à 15 kilomètres des centres de colonisation. Périgotville et Chevreuil furent entièrement détruits.</p>
<p>L'aviation bombardait et mitraillait à l'intérieur, tandis que les navires de guerre canonnaient des villages côtiers. D'après ce que reconnut le général Weiss, il y eut, en quinze jours, vingt actions aériennes contre la population. Les avions détruisirent 44 mechtas (groupe de maisons pouvant aller de 50 à 1000 habitants). La marine intervint devant Bougie et à Djijeli. Le croiseur Dugay-Trouin, venu de Bône, fut employé au bombardement des environs de Kerrata. Le douar Tararest fut rasé. Des douars entiers disparurent. (…)</p>
<p>A Guelma, la réaction viscérale de la population européenne, sous l'initiative du sous-préfet, mena à l'organisation d'une milice. Le comité de vigilance, qui recrutait et contrôlait la milice, comportait une forte majorité de combattants de la « France combattante », y compris deux responsables du Parti communiste algérien, ainsi que le secrétaire de l'Union locale de la CGT. Dans ce qui fut l'une des opérations de représailles les plus meurtrières de mai 1945, les miliciens massacrèrent entre 500 et 700 « musulmans ». (…)</p>
<p>Le mouvement syndical de la métropole, par l'intermédiaire de son principal représentant, la CGT, adopte des positions voisines du PCF (…) afin de « souligner l'action courageuse et magnifique des organisations syndicales d'Algérie pour empêcher que le mouvement ne s'étende à d'autres régions. »</p>
<p>Si la situation était révolutionnaire en Algérie à la fin de la deuxième guerre mondiale, en Algérie comme sur une bonne partie de la planète, l'inexistence de partis révolutionnaires était aussi très générale et détruisait l'essentiel des possibilités de la situation. La révolte a éclaté en 1945 en Algérie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d'aucune organisation favorable à une révolution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, algériennes comme pied-noires, est le Parti Communiste Algérien. Alors que le Parti Communiste Français, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme [1] et participe [2] à la répression de la révolte, le PCA déclare : « Frères musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l'Algérie en même temps qu'ils trahissent la France (…) dans cette lutte, une France nouvelle se crée, qui n'aura rien de commun avec celle d'hier. (…) Ton intérêt propre est donc d'aider cette France nouvelle à se créer, à se forger, car c'est le chemin de salut pour toi. » (extrait de « Le PCA au service de la population d'Algérie », rapport de Amar Ouzegane à la conférence centrale du PCA à Alger le 23 septembre 1944). Il va dénoncer la lutte d'indépendance comme « fasciste ». Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L'Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des élections dans le cadre colonial, comme l'avait fait l'Association du Manifeste et de la Liberté de Ferhat Abbas. Même sa frange paramilitaire, l'Organisation Spéciale, dirigée par Ben Bella et Aït Ahmed, plus portée sur l'action directe comme le montrera son évolution en FLN, affirme qu'il ne fallait pas faire la révolution sociale, pas de soulèvement en masse, en 1945. Le rapport de l'OS en 1947 sur l'analyse des événements de 1945 dans le Constantinois et dans toute l'Algérie, dont voici quelques extraits, est édifiant sur le caractère contre-révolutionnaire de la petite bourgeoisie nationaliste radicale :</p>
<p>Rapport de l'Organisation Spéciale (formation paramilitaire clandestine du PPA) pour le Comité Central élargi de décembre 1948 du Parti du peuple algérien PPA-MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) et adopté par celui-ci :</p>
<p>« Nous nous proclamons un parti révolutionnaire. Le mot révolutionnaire est dans les propos de nos militants et de nos responsables. Notre vocabulaire est dominé par des formules à l'emporte-pièce, extrémistes, magiques telles que « le problème algérien est un problème de force », « nous sommes pour l'action, contre les discours » ; en attendant, nous ne cessons de discourir. (…) Aujourd'hui que l'électoralisme a fait faillite, le regard doit se porter résolument vers les véritables objectifs. Notre but est de mobiliser toutes les couches de la population algérienne, d'entraîner même les « mécontents », les « hésitants », même ceux qui sont contre les « inégalités choquantes ».</p>
<p>« Des idées fumeuses, voire saugrenues, bouchent notre conscience. En parlant de soulèvement, certains y voient une forme d'insurrection « généralisée », à l'exemple de celle de 1871, étendue à l'ensemble du territoire national. (…) Le but de ce rapport est de préciser la donnée principale de la révolution : la ou les formes de lutte que doit revêtir la lutte de libération. »</p>
<p>« Quelle forme prendra la lutte de libération ? La lutte de libération ne sera pas un soulèvement en masse. L'idée de soulèvement en masse est en effet courante. L'homme de la rue pense que le peuple algérien peut facilement détruire le colonialisme grâce à une supériorité numérique : dix contre un. Il suffira de généraliser à l'Algérie entière un soulèvement populaire. (…) En réalité, l'idée de « soulèvement en masse » se fonde sur des souvenirs historiques, au niveau de l'opinion populaire. Les paysans n'oublient pas la grande insurrection de 1871. De père en fils ils ont hérité le regret viscéral que cette insurrection fut circonscrite à la Kabylie, à quelques régions de l'Algérois et du Constantinois. Ils peuvent croire que cette insurrection aurait réussi si elle avait éclaté partout. Il faut préciser tout de suite que cette conception n'est pas partagée par les populations de Kherrata qui ont connu le massacre de mai 1945, ni par celles de Kabylie qui depuis cette date connaissent les répressions les plus dures. Les événements qui ont suivi « l'Ordre du 23 mai 1945 » indiquent à quelles aventures tragiques peuvent conduire des idées archaïques. (…) L'insurrection de 1871 a échoué, moins parce qu'elle était géographiquement limitée qu'en raison de son caractère spontané, improvisé et des conceptions militaires erronées de ses dirigeants. (…) Le soulèvement en masse est une forme de lutte anachronique. La notion de supériorité de la multitude, nous en avons fait l'expérience, a déjà bouché la conscience que devait avoir nos dirigeants des bouleversements engendrés par l'armement moderne dans l'art de se battre pour se libérer. Aux yeux des militants qui ont éprouvé directement les conséquences de « l'Ordre et du Contre-Ordre d'insurrection », l'histoire du « cheval blanc » et du drapeau vert » est plus qu'une anecdote humoristique. (Note : le PPA a donné un ordre d'insurrection, puis l'a décommandé, mais le contrordre serait arrivé trop tard en Kabylie et à Saïda). (…) L'expérience du soulèvement avorté du 23 mai 1945 est plus proche de nous que l'échec de la révolution de 1905, ou la débâcle des patriotes irlandais lors de l'insurrection de Pâques 1916 et du terrorisme qui l'a suivit. De plus, c'est notre propre expérience ; elle a profondément marqué les militants qui l'ont vécue et qui en ont tiré les leçons pour eux-mêmes et pour le parti. En été 1945, le district de la Grande Kabylie reçoit l'ordre d'abattre les candidats aux élections cantonales. Les responsables du district refusent d'exécuter cet ordre. (…) Nous pouvons tuer et prendre le maquis, si le parti a prévu la djihad comme étape suivante. (…) La forme de lutte individuelle conduit à nous mettre en position de moindre efficacité et de moindre résistance. (…) par contre, le terrorisme sous sa forme défensive ou d'appoint, c'est-à-dire le contre-terrorisme, peut jouer un rôle dans le cadre de la guerre populaire, comme en Indochine. (…) La guerre est un instrument de la politique. Les formes du combat libérateur doivent se mesurer à l'aune de la politique. (…) La lutte de libération sera une véritable guerre révolutionnaire. (…) La lutte de libération de l'humanité algérienne sera donc une guerre. Elle assumera les proportions d'un conflit avec la puissance coloniale avec tout son potentiel militaire, économique et diplomatique, donc politique. (…) Aussi la guerre révolutionnaire est la seule forme de lutte adéquate aux conditions qui prévalent dans notre pays. C'est la guerre populaire. Il importe de préciser que nous n'entendons pas par là les levées en masse. Par guerre populaire, nous entendons guerre des partisans menée par les avant-gardes militairement organisées et solidement encadrées. (…) Et d'abord posons-nous la question : quels sont les principes directeurs qu'il faut réunir pour assurer la victoire de cette guerre de libération ? Sur quels éléments doit se baser notre stratégie pour être victorieuse ? (…) Les principes directeurs de notre stratégie sont l'avantage du terrain, la guérilla comme forme de guerre principale, la défense stratégique et non l'offensive, la formation de bases stratégiques (…). Le principe directeur se rapportant à l'unité d'action avec le Maroc et la Tunisie se situe à la charnière des problèmes de stratégie intérieure et de stratégie extérieure. Nous préférons les situer à cette frontière. (…) Cependant, l'Algérie se condamnerait à perdre d'avantage, c'est-à-dire tous les autres atouts, si elle faisait une condition sine qua non d'un dispositif maghrébin préalable. (…)</p>
<p>« Les thèses assimilationnistes sont bel et bien enterrées. Même le Parti communiste algérien semble se soumettre devant le puissant courant qui porte nos masses vers la libération. Il court derrière le peuple dont il prétend être l'avant-garde. Il va jusqu'à sacrifier comme bouc émissaire, Amar Ouzegane, son secrétaire général (note : il est présenté comme responsable du soutien du PCA au massacre colonialiste français de Sétif et du Constantinois, décision du PCA et du PCF, qui résulte de la participation du PCF au gouvernement français et de l'alliance contre-révolutionnaire du stalinisme et de l'impérialisme à la fin de la guerre). (…) Cependant, depuis le truquage éhonté des élections d'avril dernier, au vu de la répression qui a précédé et suivi ces truquages, le peuple algérien dans son ensemble a découvert le caractère dérisoire et vain du réformisme, basé sur la légalité coloniale. (…) le patriotisme rural a triomphé dans l'opinion avec la dureté qui caractérise l'oppression subie par les masses rurales : « Ne nous appelez plus aux urnes, donnez nous des armes ». (…) Ici apparaissent les dangereuses faiblesses de l'Organisation Spéciale OS. Nous manquons d'armes et d'argent. (…) Le problème de l'armement doit être le souci majeur du parti. (…) Un appareil émetteur-récepteur nous a coûté 100.000 francs, l'équivalent du budget de fonctionnement mensuel alloué à l'organisation. Aucun sou n'a été consacré par le parti à l'achat d'armements. (…) Nous disposons aujourd'hui de trois organisations toutes structurées à l'échelle nationale. Il y a le MTLD, appareil légal et public. Il y a l'OS, organisation paramilitaire, ultra clandestine. Il y a le PPA, appareil semi clandestin ou prétendu tel. Ces trois structures correspondent au schéma décidé par le Congrès de 1947. (…) Dans des localités, les responsables de l'OS sont à la fois dirigeants des sections locales du MTLD, du PPA et conseillers municipaux. N'ayant pu être remplacés à leurs « fonctions » légales ou semi légales, ces responsables n'ont pas pu se conformer aux directives de l'état-major de l'OS qui leur « fait obligation de se faire oublier » des autorités … des polices et des masses. »<br class='autobr' />
« Puisqu'on nous parle souvent de « plan de sécurité », il n'en existe pas d'autre que le maquis. Les militants sont aujourd'hui connus de toute façon. Ils ne peuvent pas échapper aux coups de filet par « la simple vigilance ». Ils doivent pouvoir continuer leurs activités au sein des masses en s'intégrant clandestinement à elles. »</p>
<p>« Perspectives</p>
<p>« Cette guerre de libération mettra aux prises, nous n'aurons de cesse de le rappeler, une puissance mondiale à une nation désarmée qui de surcroît a été soumise à une politique de dépersonnalisation et d'asservissement pendant plus d'un siècle. (…) La guerre populaire de libération nous donne des atouts. D'abord la force morale d'une cause juste (…) Les vertus guerrières de notre peuple, le mépris du danger, la force de caractère et d'esprit, la persévérance trouveront dans l'Islam bien exploité un élément de mobilisation et de soutien dans les vicissitudes, les revers, le deuil et les « hasards » de la guerre. Ensuite, l'Algérie c'est notre pays. Le peuple algérien connaît ses moindres recoins. Il fait corps avec le relief. La guerre de partisans, avec ses fonctions de commandos dans les villes, ses actions de sabotage généralisées, nous permettra de tirer le maximum de ces atouts, c'est-à-dire de durer et d'atteindre les objectifs de la défense stratégique. (….) Il s'agit de combler nos lacunes et de travailler en profondeur nos masses rurales. Le patriotisme révolutionnaire est dans les campagnes ; la paysannerie pauvre, la paysannerie des khammes, les petits paysans constitueront l'élément moteur de la guerre de libération. Leur tempérament, l'amour patriotique qui s'aiguise dans le nif (note : sentiment de l'honneur) et la « convoitise de la gloire « , leur dévouement fanatique, gage de fermeté et d'obstination, toutes qualités et force d'âme qui les ont rendu jadis et les rendront encore maîtres dans l'art de la guérilla. (…) la nature même chez nous de l'oppression coloniale de même que la répression sous toutes ses formes, économique, policière, terroriste, administrative, ont atteint des paliers exaspérants. D'où la véhémence du mécontentement général. Aujourd'hui, la conscience révolutionnaire consiste à exploiter l'impasse légaliste et les fiascos réformistes afin de familiariser les masses avec l'idée d'une véritable guerre et faire ainsi du recours à la violence non pas un geste de désespoir, de colère et de révolte, mais un geste révolutionnaire qui doit mener à la victoire. (…)</p>
<p>« Le mot d'ordre « La terre à ceux qui la libèrent » qui correspond aux aspirations de nos masses rurales aura un effet multiplicateur, c'est-à-dire durablement mobilisateur. Le slogan quémandeur « La terre à ceux qui la travaillent » est sans effet (…) Il importe de bétonner notre implantation rurale. Il faudra tirer avantage de l'influence des notabilités acquises au mouvement pour structurer les paysans.</p>
<p>« Nous voulons trois choses : des armes ! encore des armes ! toujours des armes !<br class='autobr' />
La stratégie du harcèlement qui suppose des séries de petites attaques ne peut remplir son objet sans armes individuelles, pistolets mitrailleurs, fusils mitrailleurs, mitrailleuses légères, grenades offensives, grenades anti-chars. La stratégie de désorganisation de l'infrastructure coloniale, de dislocation économique et de destruction des voies de communication, suppose également les techniques d'explosifs les plus appropriées. Il est indispensable d'avoir dans chaque région des stocks de guerre. (…) Malgré les sacrifices des masses et la générosité des militants, le parti ne pourra au mieux que se procurer les ressources de subsistance à l'intérieur du pays. C'est à l'extérieur que nous devons nous approvisionner. (…) Une équipe doit être chargée de trouver les armes et les finances qu'exige la conjoncture. (…) Certains nous consentiraient un emprunt par solidarité sentimentale, anti-coloniale ou par communion de lutte contre l'impérialisme ; l'intérêt, le calcul n'y est peut-être pas totalement absent. Ils pourraient escompter des avantages politiques à plus ou moins long terme. »</p>
<p>« La proclamation de l'indépendance du Viet Minh, la guerre de libération qui se déroule au Tonkin, la résistance de l'Indonésie, les événements de Madagascar, le revirement anglo-saxon en faveur de l'indépendance libanaise et syrienne, autant de faits qui illustrent la puissance du phénomène anti-colonial. (…) Cette force « émancipatrice » est vitale du point de vue strictement militaire, par la dispersion de la puissance et des efforts du colonialisme et l'affaiblissement de son potentiel économique. (…)</p>
<p>« Nul doute que la résistance du Maghreb sensibilisera les musulmans au plus haut point. L'Islam est un facteur mobilisateur sur le plan moral et affectif. Il peut et doit apporter une contribution décisive dans la lutte de libération des peuples coloniaux. Aucun élément constitutif de cette force vitale ne doit être négligé, pour user et détruire la force vitale du colonialisme. »</p>
<p>« Depuis quelques mois, la guerre froide sévit. L'Algérie, le Maghreb, est dans la zone d'influence occidentale. Jamais les USA ne permettront qu'il passe du côté de l'Est. Gardons-nous d'apriorismes idéologiques et de slogans sentimentaux créés en dehors de l'espace et du temps. L'efficience révolutionnaire commande le séreux et la prudence dans le verbe. »</p>
<p>Rapport, rédigé en 1948 par Aït Ahmed et Ben Bella, dirigeants de l'OS, et adopté par Messali Hadj et le PPA, avant d'être appliqué comme stratégie par le FLN, issu de l'OS.</p>
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<h2 class="spip">Moyen Orient</h2><h2 class="spip">Iran</h2>
<p>En Iran, dès 1944, ce sont les ouvriers qui ont donné le coup d'envoi de la lutte. Début 1944, c'est le soulèvement des ouvriers d'Ispahan qui donnent l ‘assaut aux réserves de grains des propriétaires, mouvement suivi de la grève générale dans toute la ville. Mais, c'est le 14 juillet 1946 que débute un grand mouvement des travailleurs d'Iran. La grève éclate dans le Khouzestan, fief de l'impérialisme britannique. Partie des travailleurs du pétrole sur des revendications économiques, elle concerne vite jusqu'à 60 000 travailleurs et dure quatre jours pendant lesquels ont lieu de combats de rue. Contre les travailleurs il y aura non seulement toutes les forces coloniales et bourgeoises, l'armée qui fait 46 morts, mais même le parti communiste Toudeh qui cherche à entreprendre une médiation pour arrêter la lutte. La centrale syndicale comme le Toudeh font tout pour que la grève ne s'étende pas et, en guise de remerciements, le Toudeh obtient trois postes de ministres en août. Ils seront renvoyés en octobre dès que la bourgeoisie aura repris des forces. Le pouvoir lance alors une attaque contre les travailleurs, licencie partout les syndicalistes, les arrête et les déporte par centaines. Le parti communiste Toudeh tout au long avait suivi la politique de Staline qui défendait ses propres relations et ses intérêts économiques face à la bourgeoisie iranienne.</p>
<p>Le Toudeh avait profité de l'occupation militaire russe pour constituer un gouvernement autonome en Azerbaïdjan et au Kurdistan mais en 1946 la politique d'alliance avec les impérialismes anglo-américain est plus importante pour Staline et il les abandonne en retirant ses troupes d'Iran en 1946. Les intérêts diplomatiques du Kremlin ne coïncident pas avec les intérêts nationaux des partis communistes et encore moins avec l'intérêt des peuples.</p>
<p>Des troubles politiques et sociaux ont agité l'Egypte, la Palestine, la Transjordanie, la Syrie, l'Irak et le Liban. Si l'impérialisme anglais et américain ont accepté de donner un Etat au peuple juif de Palestine c'est uniquement parce qu'ils se sentaient menacés par la révolte des peuples arabes à cette époque. Ces pays ont connu des journées populaires insurrectionnelles ont obtenu rapidement leur indépendance mais grâce à l'Etat d'Israël d'un côté et aux dirigeants nationalistes bourgeois de l'autre, ils sont parvenus à polariser la révolte des peuples et des classes ouvrières sur la lutte contre Israël.</p>
<h2 class="spip">Liban-Syrie</h2>
<p>C'est dès 1943, que la « France libre » de De Gaulle obtient des engagement des Anglais en Syrie et au Liban. Ceux-ci sont reconnus parties de l'Empire français le 25 juillet 1941 : « l'Angleterre s'engage à respecter la position de la France en Syrie et au Liban. » (accord De Gaulle-Litteleton)</p>
<p>A l'été 1943, les élections donnent la victoire aux nationalistes arabes et le gouvernement libanais officialise la reconnaissance de la langue arabe comme seule langue nationale, du drapeau libanais et d'une nouvelle constitution. Le Délégué général français au Liban, Jean Heleu, suspend la Constitution et fait arrêter le président de la République libanaise, Bechara el Khoury et plusieurs ministres.</p>
<p>La situation devient immédiatement insurrectionnelle en Syrie-Liban et la France n'a nullement les forces pour s'imposer. Des émeutes éclatent à Tripoli, Saïda et Beyrouth, faisant des morts et des blessés. Le 21 novembre 1943, De Gaulle était contraint de rétablir le gouvernement libanais dans ses fonctions et de renoncer à sa tutelle. Dès qu'il le pourrait, De Gaulle, qui avait maintenu les troupes françaises sur place pour « maintenir l'ordre », allait renier cette parole et obtenir pour cela le soutien des partis socialiste et communiste français ! Le 6 octobre 1944, le ministre des affaires étrangères, Bidault, avec le soutien de la gauche et de la droite du gouvernement d'union nationale de De Gaulle, repoussait les revendications des gouvernements syriens et libanais d'un départ des troupes françaises. Le 6 mai 1945, un nouveau contingent de l'armée française composé de « Sénégalais » débarquait en Syrie. Le 8 mai, le jour de la reddition allemande, en pleine insurrection algérienne, avait lieu le coup de force de l'armée française en Syrie et au Liban. Le même jour, à Alep, Homs, Hama et Damas (Syrie), des insurgés s'attaquaient aux garnisons françaises (23.000 soldats). En pleine « négociations » avec les autorités syrienne et libanaise, les renforts militaires continuaient d'arriver, susciter de nouvelles révoltes. Les émeutes étaient durement réprimées. Le 26, les forces françaises canonnaient Homs et Hama, bombardaient Damas le 29, faisant 480 morts. Le PCF condamnait les émeutes syro-libanaises, les attribuant « à des doriotistes ». L'Humanité du 30 mai 1945 écrit : « Ces désordres ont été organisés par des agents doriotistes du PPF en Syrie qui ne cherchent qu'à nuire à l'entente des peuples de France, de Syrie et du Liban. » L'Humanité du 31 mai écrivait : « Des éléments doriotistes, agissant dans divers milieux et de divers côtés, ont joué un rôle particulièrement important dans ces regrettables événements. » Les troupes spéciales de la France en Syrie-Liban, recrutées sur place, s'avéraient très peu sures et commençaient à se mutiner et la poursuite de l'insurrection contraignaient la France à les rétrocéder aux gouvernements syrien et libanais. Finalement incapable de se maintenir dans ces deux ex-protectorats, la France signait un accord avec l'Angleterre fin décembre 1945 : le partage des colonies était décidé, la France ne se maintenant qu'au Liban. En protestation contre ce partage de brigands, la grève générale était déclenchée à Beyrouth et à Damas en janvier 1946. Devant l'explosion de la révolte populaire et ouvrière, France et Angleterre décidaient tous deux d'évacuer le Levant : le 30 juin pour l'Angleterre et le 31 août pour la France.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</a></p>
<p>Après l'Afrique du Nord</p>
<p>LA SYRIE ET LE LIBAN</p>
<p>"Toute cette affaire sent le pétrole", s'est exclamé un journaliste bourgeois à propos de l'attitude de l'Angleterre dans les événements de Syrie.</p>
<p>Oui, cette affaire sent le pétrole, la concurrence mortelle entre les capitalistes pour les sources de matières premières et les marchés, cause de guerres et d'oppression des peuples.</p>
<p>L'affaire de Syrie est la même que toute la vaste tuerie qui depuis 1939 ensanglante le monde pour le repartage du globe entre forbans capitalistes.</p>
<p>"Antifasciste", "cause commune des alliés", autant de mensonges. La guerre capitaliste pour le repartage du monde ne se fait pas suivant une ligne de partage entre "alliés" et "ennemis" mais, par un regroupement continuel, entre TOUTES les puissances impérialistes suivant la loi de brigands "du plus fort". L'Angleterre, qui a dû céder le pas définitivement aux Etats-Unis et dans une certaine mesure se soumettre à leur contrôle, s'étend au détriment de la France, puissance affaiblie.</p>
<p>De Gaulle vient d'avouer qu'un conflit aigu existait entre occupants français et anglais en Syrie, même pendant la guerre contre l'Allemagne, et pour mieux souligner l'attitude de l'Angleterre, il rappelle que la guerre contre l'Allemagne n'était pas encore finie que déjà les canons anglais tiraient sur des alliés en Méditerranée (affaire de Grèce).</p>
<p>Mais pourquoi s'est-il donc tu jusqu'à maintenant ? C'est parce qu'il voulait tromper le peuple et essayer de lui faire croire qu'en prenant parti pour les alliés il prenait parti pour le "droit", et qu'en compagnie des alliés il retrouverait la possibilité d'une vie meilleure. C'est dans ce sens que, depuis le 18 juin 1940, De Gaulle n'a cessé de parler de la "grandeur" de la France.</p>
<p>Mais dès 1940 nous avons averti les travailleurs sur la véritable position de la bourgeoisie française, affaiblie par les conflits impérialistes sans merci : "le rôle réactionnaire et anti-national de la bourgeoisie, complètement dévoilé par la guerre, s'exprime actuellement (novembre 1940) sans équivoque dans l'action de ses deux sauveurs : Pétain et De Gaulle. Par l'un, elle se jette dans l'étreinte mortelle de Hitler, par l'autre elle lutte pour la revanche, pour un nouveau Versailles dicté par l'impérialisme anglais. Mais dans un cas comme dans l'autre, son rôle ne peut plus être que celui d'exécutant docile. Plus que jamais la domination de la bourgeoisie signifie pour la France bassesse et servilité".</p>
<p>La guerre a définitivement rejeté la France capitaliste au rôle d'une puissance de seconde zone. La "grandeur" dont parle De Gaulle n'est que de la poudre aux yeux. A l'aide de cette tromperie il sacrifie le plus clair de la force du pays à une politique de pillage des peuples plus faibles en faveur des capitalistes français Mais dans cette voie il rencontre des rivaux et des concurrents plus puissants, dont le but est également d'anéantir les plus faibles. Cette caverne de voleurs s'appelle "politique internationale". Dans cette voie, les capitalistes français ont provoqué la ruine du pays et le mènent à de nouvelles souffrances et humiliations.</p>
<hr class="spip" />
<p>Malgré leurs proclamations hypocrites sur une NOUVELLE politique d'entente avec les peuples coloniaux, les actes de la bourgeoisie française aboutissent infailliblement à la destruction, par le fer et par le feu, des indigènes, comme en Afrique et en Syrie. Au lieu de donner "un nouvel éclat à la France dans le monde", la bourgeoisie suscite contre elle une haine égale à celle que la bourgeoisie allemande a attiré sur le peuple allemand...</p>
<p>La continuation de la domination de la bourgeoisie française exclut toute collaboration pacifique de la France avec d'autres peuples, avant tout avec les peuples exploités et opprimés EN SON NOM. Car à l'heure où les peuples arabes, et de toutes les colonies en général, ont commencé la lutte pour secouer le joug impérialiste, la bourgeoisie française en est devenue la première "victime".</p>
<p>Cette collaboration absolument vitale au point de vue économique au peuple français n'est plus possible que si à la tête du pays arrive une classe nouvelle qui, par son passé politique, ses intérêts et son idéologie, soit la négation même du passé, des crimes, des intérêts et de la morale impérialistes de la bourgeoisie : LE PROLETARIAT FRANCAIS.</p>
<p>La prise du pouvoir par la classe ouvrière ferait s'écrouler non seulement tout le système de pourriture et d'oppression capitaliste érigé par la bourgeoisie en France, mais aussi porterait un coup mortel au pillage économique dans le monde entier, PAR LE SOUTIEN DU DROIT DE TOUS LES PEUPLES A DISPOSER D'EUX-MEMES (reconnaissance "sans condition" de leur indépendance).</p>
<p>C'est seulement ainsi que basée sur l'échange économique librement consenti, la collaboration entre le peuple français et les autres pays, avant tout les peuples coloniaux, prendrait un caractère pacifique et fraternel et permettrait un nouvel essor économique. Hors de cette collaboration socialiste, le peuple français marche sur les traces de l'Italie.</p>
<p>Seul le prolétariat peut donner à la France "un nouvel éclat dans le monde" en contribuant d'une façon résolue à l'établissement des Etats-Unis socialistes d'Europe et du Monde.</p>
<p>LA LUTTE DE CLASSES</p>
<p> <a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/06/ldc48_061145.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/06/ldc48_061145.htm</a></p></div>
Question nationale en Catalogne et révolution prolétarienne en Espagne
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8625
https://www.matierevolution.org/spip.php?article86252026-05-22T22:33:00Ztext/htmlfrRobert ParisEspagne EspañaTrotskyRévolution
<p>Léon Trotsky <br class='autobr' />
17 mai 1931 <br class='autobr' />
Parlons de ce qu'on dit être le « nationalisme » de la Fédération Catalane. C'est une question très importante, très grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des conséquences fatales. <br class='autobr' />
La révolution a réveillé en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalités. Les tendances et les illusions nationales sont représentées principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag">Espagne España</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>
<div class='rss_texte'><p>Léon Trotsky</p>
<p>17 mai 1931</p>
<p>Parlons de ce qu'on dit être le « nationalisme » de la Fédération Catalane. C'est une question très importante, très grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des conséquences fatales.</p>
<p>La révolution a réveillé en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalités. Les tendances et les illusions nationales sont représentées principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui chez les paysans contre le rôle dénationalisateur du gros capital et contre la bureaucratie d'Etat. Le rôle dirigeant - pour la phase actuelle - de la petite bourgeoisie dans le mouvement d'émancipation nationale, comme en général dans tout le mouvement démocratique révolutionnaire, introduit inévitablement dans ce dernier nombre de préjugés de toute sorte. Venant de ce milieu, les illusions nationales s'infiltrent également parmi les ouvriers. Telle est, vraisemblablement, dans l'ensemble, la situation en Catalogne, et peut-être jusqu'à un certain point dans la Fédération Catalane. Mais ce que je viens de dire n'atténue nullement le caractère progressiste, révolutionnaire-démocratique de la lutte nationale catalane contre la suzeraineté espagnole, l'impérialisme bourgeois et le centralisme bureaucratique. Pas un instant l'on ne doit perdre de vue que l'Espagne tout entière et la Catalogne, comme partie constituante de ce pays, sont gouvernées actuellement non point par des nationaux-démocrates catalans, mais par des bourgeois impérialistes espagnols, alliés à de gros propriétaires fonciers, à de vieux bureaucrates et des généraux, avec l'appui des nationaux-socialistes. Toute cette confrérie est d'avis de maintenir, d'une part, les servitudes des colonies espagnoles et d'assurer, d'autre part, le maximum de centralisation bureaucratique de la métropole ; c'est-à-dire qu'elle veut l'écrasement des Catalans, des Basques et des autres nationalités par la bourgeoisie espagnole. Dans la phase actuelle, étant donné les combinaisons présentes de forces de classes, le nationalisme catalan est un facteur révolutionnaire progressiste. Le nationalisme espagnol est un facteur impérialiste réactionnaire. Le communiste espagnol qui ne comprend pas cette distinction, qui affecte de l'ignorer, qui ne la met pas en valeur au premier plan, qui s'efforce au contraire d'en atténuer l'importance, risque de devenir un agent inconscient de la bourgeoisie espagnole et d'être à tout jamais perdu pour la cause de la révolution prolétarienne. Où est le danger des illusions nationales petites bourgeoises ? En ceci qu'elles peuvent diviser le prolétariat d'Espagne en secteurs nationaux. Le danger est très sérieux. Les communistes espagnols peuvent le combattre avec succès, mais d'une seule manière : en dénonçant implacablement les violences commises par la bourgeoisie de la nation suzeraine et en gagnant ainsi la confiance du prolétariat des nationalités opprimées. Toute autre politique reviendrait à soutenir le nationalisme réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste qui est maîtresse du pays, contra le nationalisme révolutionnaire-démocratique de la petite bourgeoisie d'une nation opprimée.</p>
<hr class="spip" />
<p>Léon Trotsky</p>
<h2 class="spip">La question nationale en Catalogne</h2>
<p>[1]</p>
<p>13 juillet 1931</p>
<p>Encore au sujet des questions actuelles de la révolution espagnole</p>
<p> Ainsi Maurin, le "chef" du Bloc ouvrier et paysan, partage le point de vue du séparatisme. Après quelques hésitations, il s'est détermine en tant qu'aile gauche du nationalisme petit-bourgeois. J'ai déjà écrit que le nationalisme petit-bourgeois catalan est, au stade actuel, progressif. Mais à une condition : qu'il développe son activité hors des rangs du communisme, et qu'il se trouve toujours ainsi sous les coups de la critique des communistes. Au contraire, permettre au nationalisme petit-bourgeois de se manifester sous le masque communiste signifie en même temps porter un coup perfide à l'avant-garde prolétarienne et tuer la signification progressive du nationalisme petit-bourgeois.</p>
<p> Que signifie le programme du séparatisme ? Le démembrement économique et politique de l'Espagne ou, en d'autres termes, la transformation de la péninsule ibérique en une sorte de péninsule balkanique, avec des Etats indépendants, divisés par des barrières douanières, ayant des armées indépendantes et menant des guerres hispaniques "indépendantes". Bien entendu, le sage Maurin dira que ce n'est pas cela qu'il veut. Mais les programmes ont leur logique, ce dont manque Maurin...</p>
<p> Les ouvriers et les paysans des différentes parties de l'Espagne sont-ils intéressés au démembrement économique du pays ? En aucun cas. C'est pourquoi identifier la lutte décisive pour le droit à l'autodétermination avec la propagande pour le séparatisme constitue un travail néfaste. Notre programme est la Fédération hispanique avec le maintien indispensable de l'unité économique. Nous n'avons pas l'intention d'imposer ce programme aux nationalités opprimées de la péninsule à l'aide des armes de la bourgeoisie. En ce sens, nous sommes sincèrement pour le droit à l'autodétermination [2]. Si la Catalogne se séparait du reste de l'Espagne, la minorité communiste de Catalogne, comme celle d'Espagne, devrait combattre pour une Fédération.</p>
<p> Dans les Balkans, c'est encore la vieille social-démocratie d'avant guerre qui a mis en avant le mot d'ordre de Fédération balkanique démocratique, comme issue à la situation de fous créée par le morcellement des Etats. Aujourd'hui, le mot d'ordre communiste dans les Balkans est celui de la Fédération balkanique des soviets (à propos, l'I.C. a adopté le mot d'ordre de la Fédération soviétique balkanique, mais a rejeté en même temps ce mot d'ordre pour l'Europe !). Pouvons-nous, dans ces conditions, faire nôtre le mot d'ordre de la balkanisation de la péninsule ibérique ? N'est-ce pas monstrueux ?</p>
<p> Les syndicalistes - tout au moins certains de leurs chefs - ont déclaré qu'ils lutteront contre le séparatisme, au besoin les armes à la main. Dans ce cas, communistes et syndicalistes se trouveraient chacun d'un côté de la barricade, parce que, sans partager les illusions séparatistes et tout en les critiquant au contraire, les communistes doivent s'opposer impitoyablement aux bourreaux de l'impérialisme et à ses laquais syndicalistes.</p>
<p> Si la petite bourgeoisie en arrivait - contre les conseils et la critique des communistes - à démembrer l'Espagne, les résultats négatifs d'un tel régime ne tarderaient pas à se manifester. Les ouvriers et les paysans des différentes parties de la péninsule arriveraient vite à cette conclusion : oui, les communistes avaient raison. Mais cela signifie précisément que nous ne devons pas assumer la moindre parcelle de responsabilité dans le programme de Maurin.</p>
<p> Monatte espère que les syndicalistes espagnols créeront un nouvel Etat syndicaliste [3]. Au lieu de cela, les amis espagnols de Monatte s'intègrent avec succès dans l'Etat bourgeois [4]. C'est l'histoire de cette malheureuse poule qui couve des oeufs de cane ! Aujourd'hui, il est très important de suivre de près tout ce que disent et font les syndicalistes espagnols. Cela ouvrira à l'opposition de gauche en France des possibilités pour porter un bon coup à l'anarcho-syndicalisme français. On ne peut douter un seul instant que, dans les conditions de la révolution, les anarcho-syndicalistes se compromettront à chaque pas.<br class='autobr' /> L'idée géniale des syndicalistes consiste à contrôler les Cortès sans y participer ! Employer la violence révolutionnaire, lutter pour le pouvoir, s'emparer du pouvoir, rien de cela n'est permis. A la place, on recommande de "contrôler" la bourgeoisie au pouvoir. Magnifique tableau : la bourgeoisie prend son petit déjeuner, elle déjeune, elle dîne et le prolétariat dirigé par les syndicalistes, le ventre creux, contrôle les opérations.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Lettre au Secrétariat International.</p>
<p>[2] Trotsky développe ici la position défendue par Lenine et le parti bolchevique à l'égard des diverses nationalités de l'empire des tsars.</p>
<p>[3] Dans La Révolution prolétarienne n0 117, 5 mai 1931, Pierre Monatte s'étonnait de l'orientation réformiste des dirigeants de la C. N. T. Il appelait les anarchistes et les anarcho-syndicalistes espagnols à se mettre à l'école de la réalité et à accepter la nécessité d'une "dictature du prolétariat" qui ne soit pas, comme en Russie, celle d'un parti ; il suggérait que cette "dictature" pourrait, étant donné les conditions espagnoles, etre assurée par les syndicats, qui donneraient ainsi naissance à un nouvel "Etat ouvrier" et à une forme "syndicale" de la dictature du prolétariat.</p>
<p>[4] Allusion au noyau dirigeant de la C. N. T., avec Angel Pestana, Juan Peiro, etc., qui se compromettait alors ouvertement avec les dirigeants républicains et s'orientait vers un plat réformisme.</p>
<hr class="spip" />
<p>Léon Trotsky</p>
<h2 class="spip">Le confusionnisme de Maurin et la question catalane</h2>
<p>[1]</p>
<p>8 juillet 1931</p>
<p>Le plus nuisible, le plus dangereux et même le plus néfaste, serait que dans l'esprit des ouvriers de Catalogne, d'Espagne et du monde entier, se renforce l'idée que nous sommes solidaires de la politique de la Fédération catalane, que nous en portons la responsabilité, ou, du moins, que nous sommes plus proches d'elle que du groupe centriste [2]. Les staliniens s'emploient de toutes leurs forces à présenter les choses de cette façon. Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas combattu là-dessus avec assez de vigueur. Il est d'autant plus urgent et important de dissiper ce malentendu qu'il nous compromettrait terriblement et entraverait le succès des ouvriers catalans et espagnols.</p>
<p>Bien entendu, c'est d'abord à nos partisans en Catalogne même qu'il revient de dénoncer la Fédération catalane. Ils doivent se manifester par une critique claire, ouverte, précise, une critique qui ne taise rien sur la politique de Maurin, ce mélange de préjugés petits-bourgeois, d'ignorance, de "science" provinciale et de coquinerie politique.</p>
<p>Aux élections aux Cortès, la Fédération a recueilli près de 10 000 voix. Ce n'est pas beaucoup, mais, au cours d'une période révolutionnaire, une organisation véritablement révolutionnaire est capable de grandir vite. Il y a pourtant une circonstance qui amoindrit considérablement le poids de ces 10 000 voix : la Fédération catalane a obtenu moins de voix aux élections aux Cortès qu'aux élections municipales à Barcelone, le centre le plus important. Ce fait, à première vue mineur, a en tant que symptôme une signification énorme. Il démontre que, pendant que se manifeste encore dans les coins les plus retirés du pays un afflux, d'ailleurs faible, des ouvriers vers la Fédération, à Barcelone, la confusion de Maurin n'attire pas les ouvriers, mais au contraire les éloigne. Bien entendu, la faillite inévitable de Macia peut bénéficier à Maurin en tant que failli de seconde zone. Mais l'impuissance même de l'actuelle direction de la Fédération est totalement démontrée par les élections aux Cortès : il faut vraiment un talent particulier pour parvenir à ne pas accroître son influence à Barcelone pendant les trois premiers mois de la révolution !</p>
<p>Que représente la Fédération dans le langage de la politique révolutionnaire ? Est-ce une organisation communiste ? Et quelle organisation communiste : de droite, de gauche, ou du centre ? Il est hors de doute que ce sont des ouvriers révolutionnaires, des communistes en puissance, qui votent pour la Fédération. Mais ils n'ont dans la tête aucune clarté. D'où leur viendrait-elle, puisqu'ils sont dirigés par des confusionnistes ? Dans ces conditions, les ouvriers les plus hardis, les plus décidés, les plus conséquents, ne peuvent, inévitablement, que se précipiter du côté du parti officiel. Ce dernier n'a obtenu à Barcelone que 170 voix et un peu moins de 1 000 pour l'ensemble de la Catalogne. Mais il ne faut pas croire que ce sont les plus mauvais éléments. Au contraire, la plupart pourraient être avec nous, et le seront quand nous déploierons notre drapeau.</p>
<p>Au début de la révolution de 1917, la majorité des organisations social-démocrates russes étaient encore communes et comprenaient dans leurs rangs bolcheviks, mencheviks, conciliateurs, etc [3]. La tendance à l'unification était si forte qu'à la conférence du parti bolchevique, fin mars, Staline, quelques jours avant l'arrivée de Lénine, se prononça pour l'unification avec les mencheviks [4]. Certaines organisations de province restèrent communes jusqu'à la révolution d'Octobre. Je me figure la Fédération catalane comme une sorte d'organisation commune de ce type, une organisation non délimitée, qui comprend de futurs bolcheviks et de futurs mencheviks. Cela justifie une politique qui cherche à provoquer une différenciation politique dans les rangs de la Fédération. Le premier pas dans cette voie doit être la dénonciation de la vulgarité politique du maurinisme. Ici, il faut être sans pitié. Pourtant, la comparaison entre cette Fédération et les organisations unifiées de Russie exige d'importantes réserves. Les organisations unifiées n'excluaient aucun groupement social-démocrate existant. Tous avaient le droit de lutter pour leurs opinions à l'intérieur de l'organisation unifiée. Il en va tout autrement à l'intérieur de la Fédération catalane. Là, le "trotskisme" est mis à l'index. N'importe quel confusionniste a le droit d'y défendre sa confusion, mais le bolchevik-léniniste ne peut y élever ouvertement la voix [5]. Ainsi, dès le début, cette organisation unifiée éclectique se coupe de l'aile gauche. Mais, par cela même, elle devient un bloc chaotique de tendances centristes et droitières. Le centrisme peut se développer soit à gauche, soit à droite. Le centrisme de la Fédération catalane, qui se sépare de l'aile gauche pendant la révolution, est voué à une destruction honteuse. La tâche de l'opposition de gauche consiste à précipiter cette destruction par une critique impitoyable.</p>
<p>Mais il existe une autre circonstance à laquelle il faut accorder une importance exceptionnelle. Officiellement, la Fédération catalane est en faveur de l'unification de toutes les organisations et groupements communistes. Il est certain que ses membres, à la base, veulent sincèrement et loyalement cette unité, bien qu'ils attachent à ce mot d'ordre toutes sortes d'illusions. Nous sommes tout à fait étrangers à ces illusions. Nous luttons pour l'unité parce que, dans les cadres d'un parti unifié, nous espérons effectuer avec succès un travail progressif de délimitation idéologique sur la base des questions et des tâches, non pas imposées du dehors, mais découlant du développement de la révolution espagnole même. De toute façon, nous soutenons la lutte pour l'unification des communistes. La condition fondamentale de cette unification est pour nous le droit à la possibilité de lutter pour nos mots d'ordre, pour nos points de vue, dans les cadres de l'organisation unifiée. Nous pouvons et nous devons promettre une totale loyauté dans cette lutte, mais cette condition fondamentale est refusée dès le début par la Fédération elle-même tout en luttant sous le drapeau de l'unité, elle bannit les bolcheviks-léninistes de ses propres rangs. Dans ces conditions, conférer un rôle dirigeant à la Fédération catalane dans la lutte pour l'unité du P.C. constituerait de notre part la pire ineptie. Au congrès d'unification, Maurin s'apprête à jouer les premiers violons. Pouvons-nous tolérer en silence cette dégoûtante hypocrisie ? En luttant contre l'opposition de gauche, Maurin imite la bureaucratie stalinienne afin de gagner ses faveurs. En réalité, il dit aux staliniens : "Donnez-moi votre bénédiction et avant tout vos subsides, et je vous promets de lutter contre les bolcheviks-léninistes, non pas par crainte, mais pour des raisons idéologiques." L'activité de Maurin en faveur de l'unification n'est qu'une forme de chantage vis-à-vis des staliniens. Si nous nous taisions là-dessus, nous ne serions pas des révolutionnaires, mais les auxiliaires passifs d'un chantage politique. Nous devons dénoncer sans relâche le rôle de Maurin, c'est-à-dire son charlatanisme "unificateur", sans affaiblir un seul instant notre effort en faveur de l'unification réelle des rangs communistes, sans affaiblir notre lutte pour que les rangs communistes se rangent sous notre drapeau.</p>
<p>Le travail de la gauche internationale doit être aujourd'hui concentré pour les neuf dixièmes sur l'Espagne. Il faut restreindre toutes les dépenses pour avoir la possibilité de mettre sur pied un hebdomadaire en espagnol avec des éditions régulières en catalan, tout en distribuant en même temps des tracts en quantité considérable. Il faut envisager de restreindre toutes les autres dépenses, sans exception, afin de donner à l'Opposition espagnole l'aide la plus grande possible [6].</p>
<p>Le Secrétariat International doit, à mon avis, consacrer les neuf dixièmes de ses forces aux questions de la révolution espagnole. Il faut tout simplement oublier qu'il existe de par le monde toutes sortes de Landau. Il faut tourner le dos à toutes leurs querelles, à toutes les intrigues et à tous les intrigants, sans leur consacrer désormais une minute de plus. La révolution espagnole est à l'ordre du jour. Il faut sans retard traduire les documents les plus importants et les soumettre à la critique nécessaire. Le prochain numéro du Bulletin international doit être entièrement consacré à la révolution espagnole. Il faut également prendre toute une série de mesures d'organisation. Pour cela, il faut des hommes et des moyens. Il faut trouver les uns et les autres.</p>
<p>Il n'y a pas, et il ne peut y avoir de crime plus grand que de perdre du temps.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Lettre au Secrétariat International. Il semble, et Pierre Naville le confirmera, que les positions de Trotsky vis-à-vis de Maurin, et de la Fédération catalane n'étaient pas comprises par tous, et pas seulement dans les rangs de l'Opposition espagnole,.</p>
<p>[2] Le " groupe centriste " désigne ici l'équipe stalinienne qui dirige le P. C. E. C'est seulement à partir de 1933 que Trotsky réservera l'épithète de "centriste" aux groupes se trouvant entre les II° et III° Internationale d'une part et le mouvement pour la IV° de l'autre : Maurin deviendra alors à ses yeux un "centriste".</p>
<p>[3] La plupart des organisations social-démocrates russes qui s'étaient reconstituées avant 1917 l'avaient été sur une base "unitaire". Nombreuses étaient encore celles qui adhéraient sous cette forme au parti bolchevique au mois d'août de cette année.</p>
<p>[4] Pour faciliter la fusion, Staline proposait le 1° avril que les bolcheviques ne présentent aucune plate-forme politique propre.</p>
<p>[5] Il semble - tant par la lecture de la presse contemporaine que selon le témoignage de Joaquin Maurin lui-même - que la Fédération catalane ait plutôt employé la dissuasion que l'exclusion. En tout cas, les amis politiques de Nin qui y avaient adhéré ne devaient y rester que quelques mois ; ce fut le cas notamment de Molins y Fabrega, Franciso De Cabo et Carlotta Duran. Reste que Nin, de son côté, parle bien d' "exclusions".</p>
<p>[6] Raymond Molinier, dirigeant et "financier" de la Ligue française, se rendra peu après en Espagne pour régler la question de l'hebdomadaire.</p>
<hr class="spip" /><h2 class="spip">Le conflit catalan et les tâches du prolétariat</h2>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>(été 1934)</p>
<p>1. L'appréciation du conflit catalan et des possibilités en résultant doit partir du fait que la Catalogne représente aujourd'hui indubitablement la plus forte position des forces défensives dirigées contre la réaction espagnole et contre les dangers du fascisme. Si cette position tombe, la réaction aura remporté une victoire décisive et pour longtemps. Avec une politique juste de l'avant-garde prolétarienne il est possible de faire de cette position défensive la plus forte, la position de départ d'une nouvelle offensive de la révolution espagnole. Telle doit être notre perspective.</p>
<p>2. Ce développement n'est possible que si le prolétariat catalan réussit à s'emparer lui de la direction de la lutte défensive contre le gouvernement central réactionnaire de Madrid. Mais cela n'est possible que si le prolétariat catalan ne promet pas seulement de soutenir cette lutte, au cas qu'elle soit déclenchée, - soit par l'intransigeance du gouvernement de Madrid, soit par l'agressivité de la petite-bourgeoisie catalane (cette politique de suivisme est préconisée par nos camarades dans l'Alliance Ouvrière de Catalogne et réalisée contre Maurin) [a] -, mais s'il se met dès le début à la tête de la résistance, s'il dessine des perspectives, lance des mots d'ordre plus hardis et dès le commencement mène la lutte non seulement en paroles, mais en actes.</p>
<p>3. Une résistance victorieuse n'est concevable que si non seulement elle mobilise toutes les forces de masse de la Catalogne (toutes les conditions en sont actuellement données), mais pousse de plus vers l'offensive. C'est pourquoi il est d'une importance décisive que l'avant-garde prolétarienne sache expliquer dès maintenant aux masses ouvrières et paysannes du reste de l'Espagne que par la victoire ou la défaite de la résistance catalane se décidera aussi leur victoire ou leur défaite. La mobilisation de ces alliés de l'Espagne toute entière doit être faite dès maintenant et non pas au moment où l'offensive réactionnaire contre la Catalogne sera devenu un fait (ce qui est la position de nos camarades et de la majorité de l'A.O.).</p>
<p>4. La Catalogne peut être pour longtemps le pivot décisif de la révolution espagnole. La conquête de la direction en Catalogne doit être le centre de notre politique en Espagne. La politique de nos camarades le [b] rend complètement impossible. Cette politique doit être rapidement changée si l'on ne veut qu'une situation décisive aboutisse, par notre faute, à une nouvelle défaite de la révolution espagnole qui serait décisive pour longtemps. On ne doit pas se celer que la politique de nos camarades dans cette question jusqu'à maintenant a fortement nui au prestige non seulement de notre propre organisation et de l'Alliance Ouvrière, mais à celui du prolétariat lui-même, ce qui ne saurait être réparé que par un tournant radical et convaincant par les faits. La position de nos camarades et de ceux de l'A.O. ne peut être comprise par les masses travailleuses non-prolétariennes que comme suit : le prolétariat s'engage par la voix de ces organisations à participer si les autres commencent ; mais même pour cela il demande son prix (les conditions posées par l'A.O. à l'Esquerra petite-bourgeoise, ignorent complètement l'intérêt particulier des paysans et des petits-bourgeois citadins) ; et cherchera - aussitôt que la possibilité s'y prêtera - à donner à la lutte une direction dans les sens de ses propres buts de classe, la dictature du prolétariat. Au lieu d'apparaître comme le dirigeant de toutes les couches opprimées de la nation, comme le leader de la libération nationale, le prolétariat apparaît ici purement comme un partenaire des autres classes, voire un partenaire très égoïste, auquel il faut donner ou plutôt promettre sa part parce que et pour aussi longtemps qu'on a besoin de lui. La petite-bourgeoisie catalane et la grande bourgeoisie et la réaction se fondant sur la carence de cette petite-bourgeoisie ne pourraient demander rien de mieux qu'un prolétariat dans cette position.</p>
<p>5. Le tournant de nos camarades, doit consister tout d'abord en ceci : ils doivent propager (par notre propre organisation et par l'A.O.) la proclamation de la République Catalane Indépendante et doivent demander pour l'assurer l'armement immédiat de tout le peuple. Ils ne doivent pas, pour cet armement, attendre le gouvernement, mais commencer immédiatement à former des milices ouvrières, qui, elles, doivent alors non seulement revendiquer un meilleur armement de la part du gouvernement, mais doivent s'en procurer un elles-mêmes par le désarmement des réactionnaires et des fascistes. Le prolétariat doit prouver par les faits aux masses catalanes qu'il prend un intérêt sacré à la défense de l'indépendance catalane. Dans cela consistera le pas décisif vers la conquête de la direction de la lutte de toutes les couches prêtes à la défense de la ville et de la campagne. L'armement du peuple doit devenir le centre de notre agitation des prochaines semaines sous les mots d'ordre de : continuation du paiement de tous les salaires ; gouvernement et les employeurs doivent se partager le coût de l'armement et de l'approvisionnement ; les forces de combat existantes (police, etc.) seront encadrées comme instructeurs dans la formation des milices ; les officiers seront élus par les membres de la Milice ; la base des milices est l'usine, ou bien le rayon d'habitation ; les ouvriers des grandes entreprises, des chemins de fer, etc. et de toutes entreprises publiques feront automatiquement partie de la milice ; de plus tous les citoyens sont invités à s'enrôler ; toute formation élit son comité, qui, de son côté, envoie son représentant (sans doute par des instances intermédiaires) au Comité central de toutes les formations de milice de Catalogne. Ce comité central (c.à.d. le Soviet central) remplit la tâche d'un état-major politique, mais tout d'abord celle du contrôle, plus tard, de la direction centrale de l'approvisionnement en armes et en vivres, etc. En réalisant cette tâche, il sera obligé de devenir, d'un organe à côté du gouvernement proprement dit, ce gouvernement lui-même. Cela est la forme et le chemin concrets des soviets dans la situation donnée en Catalogne.</p>
<p>6. Étant donné l'extrême division du prolétariat catalan, qui ne permet pas à son hégémonie de se faire jour en Catalogne, le prolétariat dans la situation actuelle ne peut proclamer lui-même l'indépendance catalane. Mais il peut et il doit en appeler la proclamation de toute sa force et l'exiger de l'Esquerra petite-bourgeoise actuellement gouvernante. Il doit répondre à son retardement par la revendication de nouvelles élections immédiates : "Nous avons besoin d'un gouvernement qui représente et dirige la volonté réelle de lutte des masses populaires". Les comités des formations de milice doivent devenir le moyen principal de la réalisation et de la préparation de ces élections. Autrement dit : dans la mesure où les deux côtés de la chose - proclamation de l'indépendance et armement du peuple - peuvent être séparé l'un de l'autre, c'est le dernier par lequel il faut commencer le travail pratique et par le moyen duquel il faut imposer le premier.</p>
<p>7. Non seulement le prolétariat doit mettre en avant des revendications démocratiques générales (la liberté de la presse, etc., un Etat qui ne soit pas couteux, le nivellement des salaires des fonctionnaires, une économie démocratique - plus d'impôts indirects, la taxation élevée directe des possédants pour le financement de la résistance, etc.) ; non seulement il doit faire siennes - en dehors de ses propres revendications de classe - toutes les revendications spéciales aux paysans et aux petits-bourgeois citadins et même dépasser les revendications mises en avant jusqu'alors (il manque ici la connaissance des détails, surtout dans la question agraire) ; mais avant tout le prolétariat doit dès maintenant et de sa propre initiative jeter les revendications comme mots d'ordre dans les masses et appeler celles-ci à lutter pour eux, - mais non pas poser ces revendications à l'Esquerra gouvernante comme "conditions", sous lesquelles on serait prêt à participer à la lutte.</p>
<p>8. Plus haut on parle toujours vaguement de "le prolétariat doit...". La raison en est que malheureusement on ne peut pas parler du "Parti du prolétariat". Notre organisation qui - avec une politique juste - pourrait prendre sur elle le rôle du parti, paraît s'être plus ou moins dissoute dans la masse molle d'unité de l'"Alliance". Dans quelle mesure ici serait possible un tournant rapide qui corresponde à la poussée de l'heure actuelle, il n'est assurément pas possible de le fixer hors du lieu-même. Comme dans la situation actuelle le sort de la Révolution espagnole et de notre organisation en Espagne peut être décidé pour une longue période (naturellement il y a aussi la possibilité de résoudre le conflit - mais même dans ce cas l'influence de notre organisation, si elle continue la politique actuelle, devrait subir parmi les masses prêtes à lutter un dommage extraordinaire capable de la pousser entièrement hors de l'arène politique). L'envoi d'un délégué du S.I. est nécessaire. Son voyage devrait être préparé par une lettre du S.I. à écrire immédiatement et qui exposerait notre position dans la question.</p>
<hr class="spip" /><h2 class="spip">Crise de la Generalitat ou crise nationale ?
<p>G. Munis</p>
</h2>
<p>janvier 1937</p>
<p>Aucune organisation n'a expliqué la véritable signification et la véritable portée de la crise du gouvernement de la Catalogne ; pas même le POUM, qui en a été expulsé.</p>
<p>Une telle crise ne peut être analysée comme un événement isolé, ayant des causes spécifiques à la Catalogne. De nombreuses mesures et de nombreux événements, qui ont précédé et suivi cette crise, permettent de prouver, documents à l'appui, que nous sommes en présence de la première attaque de la bourgeoisie nationale et internationale contre la révolution sociale et le prolétariat en armes, une menace très inquiétante pour les exploités de tous les pays.</p>
<p>La crise du gouvernement de la Catalogne, dont l'objectif immédiat était d'exclure le POUM, fait partie d'une série de mesures qui a débuté avec la création du gouvernement de Largo Caballero. Les instigateurs de ces mesures, les partis socialiste et stalinien, se proposent de dévier notre guerre civile dans une direction impérialiste et de mater l'esprit révolutionnaire des masses, en les contraignant à accepter la démocratie bourgeoise.</p>
<p>On peut dire que les attaques gouvernementales contre la révolution sociale ont commencé dès le 19 juillet [1936], mais elles n'ont pu acquérir une force organisée et avoir des effets pratiques que lorsque les dirigeants socialistes et staliniens se sont emparés du pouvoir. Dans un premier temps, le triomphe du prolétariat en armes et ses initiatives rudimentaires, mais déterminées, ont totalement paralysé les gouvernements du Front populaire, qui sont les uniques responsables directs du déclenchement du soulèvement fasciste. Ces gouvernements n'étaient que des parodies de gouvernements.</p>
<p>Le pouvoir réel, sous tous ses aspects – politiques, judiciaires, militaires, économiques – se trouvait réparti entre tous les prolétaires espagnols. Chaque organisation politique ou syndicale, chaque comité ouvrier, détenait un peu de pouvoir, qu'il exerçait sans le contrôle des directions politiques et syndicales et souvent contre elles. À ce moment-là, les staliniens n'ont pas osé invoquer [la défense de] la patrie ou [de] l'armée régulière républicaine, mais, soutenus par les socialistes, ils ont préparé le terrain au niveau international, tout en veillant [au niveau national] à protéger la propriété, les banques, le Parlement, la bureaucratie bourgeoise et les débris de l'ancienne armée nationale. Si toutes les formes capitalistes sont encore debout, c'est grâce aux efforts des socialistes et des staliniens. La collectivisation de l'industrie catalane se caractérise par le corporatisme syndical, d'un côté, et, de l'autre, elle est complètement neutralisée par la banque, qui a gardé toute sa liberté d'action, et par le caractère petit-bourgeois du pouvoir politique.</p>
<p>Petit à petit, la désorganisation des milices a provoqué des défaites militaires, et le chaos de l'économie a aggravé les problèmes d'approvisionnement ; le gouvernement a donc préparé son offensive pour la « défense de la République » et a essayé d'être accepté, à tout prix, par les gouvernements de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Ces Etats, partisans de la non-intervention, sont restés neutres, favorisant ainsi Franco [illisible] si les masses allaient, rompre ou non, la camisole de force démocrate socialiste et stalinienne.</p>
<p>Jusqu'à ce que se constitue le fameux « gouvernement de la victoire ». L'histoire a connu peu de chantages politiques aussi monstrueux que celui-ci. Malgré une situation totalement révolutionnaire, un prolétariat en armes, des usines et [des] ateliers aux mains des travailleurs, des terres occupées par les paysans, une justice exercée par des travailleurs, et une situation sociale en Europe qui pouvait facilement se transformer en révolution, le « gouvernement de la victoire » s'est, dès sa création, fixé pour but d'interrompre le développement de la révolution, de sauver la bourgeoisie qui avait disparu de la scène espagnole, et de donner à la France, à la Grande-Bretagne et à la Russie, l'assurance que ces Etats pouvaient s'associer avec un gouvernement qui n'avait rien de bolchevik.</p>
<p>Les milices, qui ont été fondées dans un esprit prolétarien, sont une institution qui déplaît souverainement aux bourgeoisies française et britannique, et représente un danger gravissime pour la bourgeoisie nationale. La militarisation des milices fut l'un des premiers décrets pris par le gouvernement Caballero afin de rassurer cette bourgeoisie. Ce gouvernement ne voulait pas des militants rouges, mais des soldats de la République. Pour séduire les autres pays et montrer que le gouvernement [espagnol] était suffisamment fort pour empêcher le triomphe de la révolution sociale, celui-ci créa des tribunaux « populaires », présidés par des avocats qui jugeaient selon des lois conçues pour servir la bourgeoisie ; il renforça les forces armées à la structure bourgeoise ; il dissout le Comité central des milices de Catalogne ; il mena campagne en faveur de l'armée régulière et du commandement unique.</p>
<p>L'organe du parti stalinien catalan l'avoua dans son numéro du 10 janvier : « Nous devons démontrer aux Etats non fascistes que nous sommes capables de résoudre démocratiquement les problèmes de demain », déclara-t-il.</p>
<p>Peu après, les bavardages de la SDN [la Société des Nations] permirent à Alvarez del Vayo de persuader les puissances impérialistes démocratiques que le volet civil de notre guerre n'était qu'une apparence cachant un complot italo-allemand contre l'hégémonie franco-britannique en Méditerranée. Les ministres se mirent à diffuser cette version de la guerre dans toute l'Espagne. Ce ne sont pas, prétendaient-ils, les intérêts d'une classe révolutionnaire qui sont en jeu, mais « la paix de l'Europe », c'est-à-dire la domination de tel ou tel impérialisme. En effet, la France, la Grande-Bretagne et la Russie elle-même étaient impatientes que les objectifs républicains de nos gouvernants se transforment en réalités. La bourgeoisie espagnole serait sauvée, et, avec elle, la domination coloniale de ces pays sur l'Espagne. Sans doute, la France et la Grande-Bretagne craignent-elles les conséquences économiques et militaires du triomphe de Franco. La non-intervention n'aurait jamais existé si le dilemme fascisme-ou-démocratie était une réalité sociale et non un leurre, une trahison. Mais face à une révolution socialiste, la France et la Grande-Bretagne ne pouvaient qu'adopter une position de classe, favorisant les fascistes, tout en encourageant la trahison des socialistes et des staliniens. Dans le numéro susmentionné de Treball, ceux-ci avouent que le retrait des « démocraties » obéit fondamentalement à « certaines attitudes observées en Espagne ». Ces « attitudes » ne sont rien d'autre que les mesures révolutionnaires prises par les masses. Ainsi, les staliniens et les socialistes, obéissant aux ordres de la bourgeoisie européenne, recourent à toutes sortes de basses manœuvres, pour discréditer les révolutionnaires, et réorganiser la société bourgeoise en menant campagne contre les comités, les « éléments incontrôlés » (la bourgeoisie a toujours collé cette étiquette aux révolutionnaires), la création de l'armée régulière républicaine et l'imposition du commandement unique.</p>
<p>Dans ces manœuvres, la Russie a joué un rôle prépondérant et décisif en orientant le cours des événements. Sa solidarité active avec le prolétariat espagnol et avec la révolution sociale espagnole aurait rapidement décidé de l'évolution de la guerre en notre faveur et aurait peut-être ouvert les portes à la révolution européenne. Mais en Russie l'État est monopolisé par une caste bureaucratique qui ne survivrait pas longtemps à la victoire d'une révolution socialiste dans n'importe quel pays. Le fascisme (à sa droite) et le prolétariat (à sa gauche) menacent ses privilèges, la forçant à se battre sur ses deux flancs, à trahir la révolution dans tous les pays pour sauver les alliances militaires qu'elle a conclues contre l'Allemagne. En Espagne, la bureaucratie soviétique ne voit pas d'autre allié que la France. Mais la France ne peut être l'allié d'une Espagne socialiste, et pour empêcher cette transformation [sociale], les dirigeants staliniens sont de fervents partisans d'une république démocratique [bourgeoise].</p>
<p>Depuis le début de la guerre, tous leurs efforts tendent vers ce but. L'exclusion du POUM par le gouvernement de la Generalitat constitue une étape supplémentaire dans cette évolution régressive. Il faut dire que si le POUM était un véritable parti révolutionnaire, il n'aurait jamais collaboré à un gouvernement dont la constitution visait à gagner du temps jusqu'à ce que le pouvoir puisse enclencher la marche arrière. Par sa présence le POUM a couvert les traîtres et s'est lui-même fermé l'accès aux masses. Le même processus s'est produit avec la CNT, de façon plus accentuée.</p>
<p>La crise de la Catalogne a consolidé l'autorité du gouvernement [régional] face à la bourgeoisie européenne. [Anthony] Eden, lui-même, a déclaré à la Chambre des communes que ce « serait une calomnie de considérer le gouvernement de Valence comme un gouvernement communiste ». De nouveaux accords commerciaux vont être conclus avec la Grande-Bretagne et la France, et notre presse reproduit les éloges de la presse capitaliste européenne à propos du discours d'Alvarez del Vayo. Et en échange de quelques promesses, le gouvernement a lancé une vaste offensive contre le prolétariat. Il appelle à défendre la patrie, il supprime les postes de contrôle des ouvriers sur les routes, il dissout les milices de l'arrière ; et les rues, les banques et les institutions sont de nouveau surveillées par les forces [de répression] bourgeoises, qui portent l'uniforme bien commode de la Garde nationale de sécurité.</p>
<p>La campagne contre les comités, vigoureusement menée par les socialistes et les staliniens, vise à éliminer complètement l'intervention des travailleurs, pour assurer à la France, la Grande-Bretagne et la Russie qu'il existe désormais un gouvernement fort, aussi fort que celui de Blum, qui interdit les grèves spontanées, ou [celui] du réactionnaire Baldwin. Dans cette campagne, le pouvoir mobilise tous les artifices et toute la perfidie dont il dispose puisque son existence dépend du soutien des masses et qu'en même temps il ne peut gouverner sans les trahir. L'anarchie économique, provoquée par la dissolution des rapports bourgeois et exacerbée par les besoins de la guerre, est utilisée pour maintenir en place les rapports bourgeois eux-mêmes. Ce ne sont pas les comités qui créent l'anarchie, mais le gouvernement qui les empêche d'établir un contrôle absolu sur l'économie, d'exercer le pouvoir politique et d'organiser la société dans l'intérêt du prolétariat.</p>
<p>Le gouvernement de Catalogne et celui de Valence opposent l'ordre démocratique, c'est-à-dire bourgeois à l'ordre révolutionnaire, socialiste, des comités. Ils dissolvent ces comités et s'arrogent les mêmes pouvoirs que n'importe quel gouvernement capitaliste. La crise de la Generalitat marque le moment où les questions militaires et les problèmes d'approvisionnement, qui n'ont pas pu être résolus en raison de l'absence d'un pouvoir révolutionnaire, épuisent suffisamment la population pour faire reculer la révolution sans produire de bouleversements dramatiques. Le temps de l'offensive bourgeoise contre le prolétariat est venu, offensive dont les troupes de choc sont fournies par les partis socialiste et stalinien.</p>
<p>Plus cette offensive réussit, plus l'attitude de la France et de la Grande-Bretagne devient favorable envers l'Espagne. La bourgeoisie mondiale, aidée efficacement par la bureaucratie soviétique, s'appuie sur les partis socialiste et stalinien pour sauver la bourgeoisie espagnole et transformer la guerre civile en guerre impérialiste.</p>
<p>Si le prolétariat ne balaie pas les traîtres qui le gouvernent, il viendra un moment où les mots d'ordre en faveur de la défense de la patrie serviront à accueillir dans notre camp les bourgeois et les banquiers qui se sont enfuis, mais sont suffisamment patriotes pour comprendre que, derrière les « rouges », il n'y a rien d'autre qu'une politique blanche et un cœur blanc.</p>
<p>Malheureusement, le prolétariat est politiquement impuissant. Des organisations comme la CNT, la FAI et le POUM ne veulent pas trahir les masses, mais il leur manque les principes nécessaires pour les guider vers la révolution. La CNT aujourd'hui reprend le mot de défense de la patrie. Elle dénonce bruyamment les politiciens, mais se laisse entraîner dans une politique de capitulation, de concessions à la bourgeoisie et de sabotage général de la révolution. Le terrible manque d'un parti révolutionnaire représente la plus grave menace pour la révolution. En son absence, les socialistes, les staliniens et la bourgeoisie mondiale réussiront à réaliser l'union sacrée qui est leur objectif.</p>
<p>Aux efforts déployés pour dissoudre les comités, le prolétariat doit opposer la multiplication de ces comités, en organisant des élections libres parmi les travailleurs [...] ; à la collaboration de la CNT et du POUM au gouvernement [...], le prolétariat doit opposer une rupture absolue et la remise du pouvoir aux représentants élus par ces comités. Ce n'est que lorsque le pouvoir politique appartiendra aux organismes des travailleurs qu'ils pourront établir une politique révolutionnaire en matière d'approvisionnement, créer une armée rouge, forte et disciplinée, balayer toutes les formes économiques et politiques bourgeoises et ouvrir l'ère de la révolution sociale en Europe.</p>
<p>G.M. [Munis]</p>
<hr class="spip" />
<p>1938</p>
<p>Felix Morrow</p>
<h2 class="spip">Les journées de Mai : barricades à Barcelone</h2>
<p>La Catalogne était, plus encore qu'avant la guerre civile, le centre économique principal de l'Espagne. Et cette puissance économique était maintenant entre les mains des ouvriers et des paysans (du moins le pensaient-ils). L'industrie textile espagnole dans sa totalité était concentrée. Ses ouvriers produisaient maintenant des vêtements et des couvertures pour l'armée et la population civile, et des marchandises d'une nécessité vitale pour l'exportation. Comme le fer et les aciéries de Bilbao étaient virtuellement coupés du reste de l'Espagne, les travailleurs de la métallurgie et de l'industrie chimique de Catalogne avaient créé avec la rapidité la plus héroïque une vaste industrie de guerre pour équiper les armées antifascistes. Les collectivités agricoles, qui avaient réalisé les plus grandes récoltes de toute l'histoire espagnole, nourrissaient l'armée et les villes et fournissaient des agrumes pour l'exportation. Les marins de la C.N.T. transportaient les produits exportés qui procuraient à l'Espagne des crédits étrangers, et ramenaient de précieuses cargaisons pour la lutte contre Franco. Les masses de la C.N.T. tenaient les fronts de l'Aragon et de Teruel ; elles avaient envoyé Durruti et leurs meilleures milices sauver Madrid juste à temps. En un mot, le prolétariat catalan constituait la colonne vertébrale des forces antifascistes, et le savait.</p>
<p>Qui plus est, après le 19 juillet, son pouvoir avait été reconnu par Companys lui-même. Le président catalan, s'adressant pendant les journées de juillet à la C.N.T.-F.A.I., avait dit :</p>
<p> " Vous avez toujours été sévèrement persécutés, et moi-même, avec beaucoup de peine mais contraint par les réalités politiques, moi-même, jadis à vos côtés, je me suis vu plus tard obligé de m'opposer à vous et de vous poursuivre. Aujourd'hui vous êtes les maîtres de la ville et de la Catalogne, parce vous seuls avez vaincu les soldats fascistes. J'espère que vous ne trouverez pas déplacé que je puisse vous rappeler maintenant que l'aide des hommes de mon parti et de la Garde, plus ou moins nombreux, ne vous a pas manqué [... ] Vous avez vaincu, et tout est en votre pouvoir. Si vous n'éprouvez pas le besoin ou le désir que je sois président, dites-le maintenant, et je deviendrai un soldat de plus dans la lutte antifasciste. Si, au contraire, vous me croyez quand je dis que je n'abandonnerai ce poste au fascisme victorieux que transformé en, cadavre, je pourrai peut-être, de mon nom et de mon prestige, vous servir avec mes camarades du parti.</p>
<p>La crainte et la rage des masses catalanes devant les empiétements de la contre-révolution étaient par conséquent des sentiments d'hommes libérés et maîtres de leur destin en danger de redevenir esclaves. Il était hors de question de se soumettre sans combattre !</p>
<p>Le 17 avril – au lendemain du ralliement des ministres de la C.N.T. à la Generalidad – un régiment de carabiniers arriva à Puigcerda et demanda aux patrouilles ouvrières de la C.N.T. de rendre le contrôle des douanes. Tandis que les dirigeants les plus en vue de la C.N.T. se hâtaient vers Puigcerda pour négocier une solution pacifique – c'est-à-dire pour persuader les travailleurs de céder le contrôle de la frontière – on envoyait les Gardes civiles et d'assaut à Figueras et dans d'autres villes de province pour arracher le contrôle policier aux organisations ouvrières. En même temps, à Barcelone, les gardes d'assaut procédaient au désarmement à vue des travailleurs dans les rues. Durant les dernières semaines d'avril, ils rapportèrent qu'ils en avaient désarmé trois cents de cette manière. La nuit, des heurts se produisaient entre ouvriers et Gardes. Des camions de gardes désarmaient les travailleurs isolés. Les travailleurs usaient de représailles. Ceux qui refusaient de se soumettre étaient fusillés. En retour, des gardes étaient abattus.</p>
<p>Le 25 avril, Roldan Cortada, dirigeant du syndicat du P.S.U.C., fut assassiné à Molins de Llobregat. On ne sait toujours pas qui l'a tué. La C.N.T. dénonça ce meurtre et demanda une enquête. Le P.O.U.M. fit remarquer avec bon sens que Cortada avait soutenu Caballero avant la fusion et qu'il était connu pour désapprouver l'esprit de pogrom engendré par les staliniens. Mais le P.S.U.C. profita de cette occasion pour dénoncer les " agents fascistes cachés ", " incontrôlables ", etc. Le 27 avril, des représentants de la C.N.T. et du P.O.U.M. parurent aux funérailles de Cortada, ils y trouvèrent une manifestation des forces de la contre-révolution. Pendant trois heures et. demie, " l'enterrement " – les soldats et la police du P.S.U.C. et du gouvernement, rameutés de partout et armés jusqu'aux dents – défila dans les quartiers ouvriers de Barcelone. C'était un défi, et les masses de la C.N.T. le prirent comme tel. Le jour suivant, le gouvernement envoya une expédition punitive à Molins de Llobregat qui interpella les dirigeants anarchistes locaux et les ramena menottes aux mains à Barcelone. Cette nuit-là et les suivantes, les groupes de la C.N.T. et des gardes d'assaut du P.S.U.C. se désarmèrent mutuellement dans les rues. Les premières barricades surgirent dans les quartiers ouvriers.</p>
<p>Les carabiniers, renforcés et rejoints par les forces locales du P.S.U.C., attaquèrent les patrouilles ouvrières à Puigcerda. Antonio Martin, maire et dirigeant de la C.N.T., populaire dans toute la Catalogue, fut tué par balles par les staliniens.</p>
<p>Le 1er mai, la plus ancienne et la plus chère des journées ouvrières, le gouvernement interdit tout meeting et manifestation dans toute l'Espagne.</p>
<p>Pendant ces dernières journées d'avril, les travailleurs de Barcelone apprirent pour la première fois, dans les pages de Solidaridad obrera, ce qu'il était advenu de leurs camarades de Madrid et de Murcia aux mains de la G.P.U. stalinienne.</p>
<p>La Telefonica, principal centre téléphonique de Barcelone qui dominait sa place publique la plus affairée, avait été occupée par les troupes fascistes le 19 juillet, les gardes d'assaut envoyés par le gouvernement la leur ayant rendue. Les travailleurs de la C.N.T. avaient perdu beaucoup des leurs pour le reconquérir. Ils ne tenaient que plus à le conserver.</p>
<p>Depuis le 19 juillet, le centre téléphonique avait été dirigé par un comité U.G.T.-C.N.T., avec une délégation gouvernementale installée dans l'immeuble. L'équipe de travailleurs appartenait presque intégralement à la C.N.T., de même que les gardes armés qui défendaient le bâtiment contre les incursions fascistes.</p>
<p>Le contrôle de la Telefonica était une instance concrète de double pouvoir. La C.N.T. était en mesure d'écouter les appels gouvernementaux. Tant qu'il serait possible aux travailleurs de contrôler les contacts téléphoniques des forces gouvernementales, le bloc bourgeois-stalinien ne serait jamais maître de la Catalogne.</p>
<p>Le lundi 3 mai, à 3 heures de l'après-midi, trois camions de gardes d'assaut sous le commandement personnel de Salas, commissaire à l'ordre public, membre du P.S.U.C. [1] , arrivèrent à la Telefonica. Surpris, les gardes des étages inférieurs furent désarmés. Mais une mitrailleuse empêcha les gardes d'assaut d'occuper les étages supérieurs. Salas appela des gardes en renfort. Les dirigeants anarchistes lui demandèrent de quitter l'immeuble. Il refusa. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre aux usines et aux faubourgs ouvriers.</p>
<p>Deux heures après, à 17 heures, les travailleurs se précipitaient dans les centres locaux de la C.N.T.-F.A.I. et du P.O.U.M., s'armaient et dressaient des barricades. Depuis les cachots de la dictature de Rivera jusqu'à aujourd'hui, la C.N.T.-F.A.I. avait toujours organisé des comités de défense locaux, avec une tradition d'initiative locale. Ces comités de défense assurèrent la direction dans la semaine qui s'ouvrait, pour autant qu'il y en ait eu une. On ne tira presque pas la première nuit, car les travailleurs étaient incomparablement plus forts que les forces gouvernementales. Dans les faubourgs ouvriers, beaucoup de membres de la police gouvernementale, qui n'avaient pas assez d'estomac pour lutter, rendirent pacifiquement leurs armes. Loïs Orr, témoin, écrivit</p>
<p> " Le matin suivant (mardi 4 mai), les travailleurs armés contrôlaient la plus grande partie de Barcelone. Les anarchistes tenaient le port tout entier, et avec lui la forteresse de Montjuich, qui domine la ville et le port de ses canons ; tous les faubourgs de la ville étaient entre leurs mains. Et les forces gouvernementales, à l'exception de quelques barricades isolées, étaient complètement débordées par le nombre et concentrées au centre de la ville, dans le quartier bourgeois, où elles pouvaient facilement être encerclées de tous côtés comme les rebelles le furent au 19 juillet 1936. "</p>
<p>Les récits de la C.N.T., du P.O.U.M. et d'autres confirment cela.</p>
<p>A Lerida, les gardes civils rendirent leurs armes aux travailleurs la nuit du lundi, de même qu'à Hostafranchs. Les militants du P.O.U.M. et de la C.N.T. s'emparèrent des quartiers généraux du P.S.U.C. et de l'Etat Catala à Tarragone et à Gerone en tant que " mesure préventive ". Ces premiers pas manifestes n'étaient qu'un début, car les masses catalanes s'étaient rangées, à une écrasante majorité, derrière les bannières de la C.N.T. La prise officielle de Barcelone, la constitution d'un gouvernement révolutionnaire auraient conduit, dans la nuit, au pouvoir ouvrier. Ni les dirigeants de la C.N.T. ni le P.O.U.M. ne contestent sérieusement que telle en aurait été l'issue [2] .</p>
<p>C'est pourquoi l'aile gauche de la C.N.T. et du P.O.U.M., des sections de la Jeunesse libertaire, les Amis de Durruti et les bolclieviks-léninistes appelèrent à la prise du pouvoir par les travailleurs au travers du développement d'organes démocratiques de défense (soviets). Le 4 mai, les bolcheviks-léninistes publièrent le tract suivant, distribué sur les barricades :</p>
<p> " VIVE L'OFFENSIVE REVOLUTIONNAIRE !</p>
<p> Aucun compromis ! Désarmement de la Garde nationale républicaine et des gardes d'assaut réactionnaires. C'est le moment décisif. Plus tard il sera trop tard. Grève générale dans toutes les usines, sauf celles qui sont liées à la poursuite de la guerre, jusqu'à la démission du gouvernement réactionnaire. Seul le pouvoir ouvrier peut assurer la victoire.</p>
<p> Armement total de la classe ouvrière</p>
<p> Vive l'unité d'action C.N.T.-F.A.I.-P.O.U.M. ! Vive le front révolutionnaire du prolétariat ! Comités de défense révolutionnaires dans les ateliers, les usines et les districts ! Section bolchevik—léniniste d'Espagne (pour la IVème Internationale). "</p>
<p>Les tracts des Amis de Durruti, qui appelaient à une " Junte révolutionnaire ", au complet désarmement des gardes d'assaut et de la Garde nationale républicaine, qui saluaient le P.O.U.M. pour avoir rejoint les travailleurs sur les barricades apprécièrent la situation de la même manière que les bolcheviks-léninistes. En adhérant toutefois à la discipline de leurs organisations, et sans publier de propagande autonome, la gauche du P.O.U.M. et de la C.N.T., la Jeunesse libertaire avaient la même perspective que les bolcheviks-léninistes.</p>
<p>Ils avaient sans aucun doute raison. Aucun apologiste de la direction du P.O.U.M. et de la C.N.T. n'a avancé contre la prise du pouvoir un quelconque argument qui résiste à l'analyse. Aucun d'eux n'ose nier que les travailleurs auraient pu aisément prendre le pouvoir en Catalogne. Ils apportent trois arguments principaux pour défendre la capitulation : La révolution aurait été isolée, limitée à la Catalogne, et défaite de l'extérieur ; les fascistes auraient pu, dans cette conjoncture, faire irruption et vaincre ; l'Angleterre et la France auraient écrasé la révolution par une intervention directe. Examinons successivement ces trois arguments .</p>
<p>1) L'isolement de la révolution : la forme la plus plausible. la plus radicale donnée à cet argument, est fondée sur une analogie avec la " manifestation armée " de juillet 1917 à Pétrograd. "En juillet 1917, même les bolcheviks ne décidèrent pas de prendre le pouvoir, et se limitèrent à la défensive, dirigeant les masses hors de la ligne de feu avec le moins de victimes possible." Curieusement, le P.O.U.M., l'I.L.P., les pivertistes [3] et autres apologistes qui utilisent cet argument sont précisément ceux qui ont toujours rappelé aux " trotskystes sectaires " que " l'Espagne n'était pas la Russie ", et que, par là même, la politique bolchevique n'était pas applicable.</p>
<p>L'analyse trotskyste, c'est-à-dire bolchevique, de la révolution espagnole s'est toujours fondée sur la situation concrète en Espagne. En 1931, nous avons averti que le rythme rapide des événements russes de 1917 ne se répéterait pas en Espagne. Au contraire, nous faisions alors l'analogie avec la grande Révolution française, qui, commencée en 1789, franchit une série d'étapes avant d'atteindre son point culminant en 1793. Justement parce que nous, trotskystes, ne schématisons pas les événements historiques, nous ne pouvons prendre au sérieux l'analogie avec juillet 1917 [4] .</p>
<p>A Petrograd, la manifestation armée éclata quatre mois seulement après la révolution de Février, trois mois après que les thèses d'Avril de Lénine aient fixé une perspective révolutionnaire au parti bolchevique. " La masse écrasante de la population de ce pays gigantesque commençait tout juste à émerger des illusions de Février. Il y avait au front une armée de douze millions d'hommes qui venaient à peine d'être touchés par les premières rumeurs concernant les bolcheviks. Dans ces conditions, l'insurrection isolée du prolétariat de Petrograd aurait été inévitablement écrasée. Il fallait gagner du temps. Telles furent les circonstances qui déterminèrent la tactique des bolcheviks."</p>
<p>Par contre, en Espagne, mai 1937 survenait après six années de révolution pendant lesquelles les masses avaient acquis une expérience gigantesque dans tout le pays. Les illusions démocratiques de 1931 avaient été détruites. Nous pouvons citer le témoignage des dirigeants de la C.N.T., du P.O.U.M., de socialistes, selon lesquels les illusions démocratiques redorées du Front populaire n'eurent aucune influence sur les masses. En février 1936, elles ne votèrent pas pour le Front populaire, mais contre Gil Robles, et pour la libération des prisonniers politiques. Les masses avaient montré maintes et maintes fois qu'elles étaient prêtes à aller jusqu'au bout : les nombreuses luttes armées dirigées par les anarchistes, les prises de terres pendant six ans, la révolte d'octobre 1934, la Commune des Asturies, la prise des usines et de la terre après le 19 juillet ! L'analogie avec juillet 1917 est infantile.</p>
<p>En 1917, douze millions de soldats russes à peine touchés par la propagande bolchevique pouvaient être envoyés contre Pétersbourg. Mais en Espagne la C.N.T. dirigeait plus d'un tiers des forces armées, un autre tiers ou presque était dirigé par l'U.G.T. dont la plupart des membres étaient socialistes de gauche ou sous leur influence. Même si l'on accorde que la révolution n'aurait pas gagné immédiatement Madrid ou Valence. Cela ne revient aucunement à affirmer que le gouvernement de Valence aurait trouvé des troupes pour écraser la république ouvrière de Catalogne ! Tout de suite après les événements de mai, les masses de l'U.G.T. firent la preuve de leur hostilité déterminée à l'égard de mesures répressives contre le prolétariat catalan. C'est une des raisons pour lesquelles Caballero dut quitter le gouvernement. Elles auraient encore moins pu être utilisées contre une république ouvrière victorieuse. Même les rangs staliniens n'auraient pas fourni une telle armée massive : c'est une chose que d'amener les travailleurs et les paysans arriérés à limiter leur lutte à un combat pour une république démocratique ; c'en est une autre entièrement différente que de les amener à écraser une république ouvrière. Toute tentative du bloc bourgeois-stalinien de rassembler des forces prolétariennes n'aurait pu que précipiter l'extension de l'Etat ouvrier à toute l'Espagne loyaliste.</p>
<p>Nous pouvons dire plus : l'exemple de la Catalogne aurait été suivi immédiatement ailleurs. La preuve ? Le bloc stalinien-bourgeois, alors qu'il cherchait à consolider la république bourgeoise, était toutefois poussé par l'atmosphère révolutionnaire à avancer le mot d'ordre : " Finissons-en d'abord avec Franco, nous ferons la révolution après. > C'était un mot d'ordre habile,. bien propre à faire attendre les masses. Mais le fait même que la contre-révolution ait eu besoin de ce mot d'ordre démontre qu'elle fondait ses espoirs de victoire sur la révolution, non sur l'accord des masses, mais sur leur tolérance impatiente. Grinçant des dents, les masses disaient : " Nous devons attendre d'en finir avec Franco, puis nous en finirons avec la bourgeoisie et ses laquais. " Ce sentiment sans aucun doute, rarement répandu se serait évanoui devant l'exemple de la révolution catalane, celle-ci aurait mis un terme à ce : " Nous devons attendre. "</p>
<p>L'exemple de la Catalogne n'aurait pas touché la seule Espagne loyaliste. Car une Espagne ouvrière se serait lancée dans une guerre révolutionnaire contre le fascisme qui aurait désintégré les rangs franquistes, par les armes politiques plus que par les armes militaires. Toutes les armes politiques contre le fascisme dont le Front populaire n'avait pas autorisé l'utilisation, et dont seule une république ouvrière pouvait user, auraient été désormais dirigées contre Franco. Peu après le 19 juillet, Trotsky écrivait :</p>
<p> " Comme chacun sait, une guerre civile ne se mène pas seulement avec des armes militaires, mais aussi avec des armes politiques. D'un point de vue strictement militaire, la révolution espagnole est beaucoup plus faible que son ennemi. Sa force réside dans sa capacité à jeter les larges masses dans l'action. Elle peut même arracher l'armée [de Franco] à ses officiers réactionnaires. Pour ce faire, le programme de la révolution socialiste.</p>
<p> Il faut proclamer qu'à partir de maintenant, la terre, les usines, les ateliers passeront des capitalistes aux mains du peuple. Il faut se diriger immédiatement vers la réalisation de ce programme dans les provinces où les travailleurs sont au pouvoir. L'armée fasciste ne pourrait pas résister à l'influence d'un tel programme. Les soldats lieraient les pieds et les mains de leurs officiers et les livreraient aux quartiers généraux des milices ouvrières. les plus proches. Mais les ministres bourgeois ne peuvent accepter un tel programme. En freinant la révolution sociale, ils poussent les ouvriers et les paysans à répandre dix fois plus de leur propre sang qu'il n'en faut dans la guerre civile. "</p>
<p>La thèse de Trotsky ne s'est avérée que trop vraie. Craignant la révolution plus que Franco, le gouvernement de Front populaire ne fit aucune propagande en direction des paysans des forces franquistes, et derrière leurs lignes. Le gouvernement refusa absolument de promettre la terre à ces paysans, et cette promesse n'aurait eu aucun impact tant que le gouvernement n'aurait pas décrété effectivement la remise des terres aux comités paysans dans ses propres zones, à partir desquelles les nouvelles se seraient répandues, par des milliers de canaux, jusqu'aux paysans du reste de l'Espagne. Craignant la révolution plus que Franco, le gouvernement avait rejeté tout projet (y compris celui d'Abd El Krim et d'autres Maures) de provoquer la révolution au Maroc par une déclaration d'indépendance. Craignant la révolution plus que Franco, le gouvernement appela le prolétariat international à pousser</p>
<p>" ses " Gouvernements à aider l'Espagne – mais il ne fit jamais directement appel au prolétariat international en dépit et contre ses gouvernements.</p>
<p>Nous ne sommes pas des doctrinaires. Nous ne proclamons pas la révolution tous les ' jours. Nous jugeons à partir de notre analyse concrète de la situation espagnole en mai 1937 : si la république ouvrière avait été instaurée en Catalogne, elle n'aurait pas été isolée ou écrasée. Elle se serait rapidement étendue au reste de l'Espagne.</p>
<p>2) Les fascistes seraient immédiatement intervenus. La deuxième justification de l'inopportunité de la prise du pouvoir en Catalogne recoupe la première, dans la mesure où elle nie implicitement l'impact de la prise du pouvoir sur les forces franquistes [5] .</p>
<p>Admettant qu'une révolution prolétarienne en mai se soit étendue dans toute l'Espagne loyaliste, les dirigeants de la C.N.T. expliquent :<br class='autobr' />
"Il est évident que, si nous l'avions voulu, le mouvement de défense se serait transformé en un mouvement purement libertaire. C'est très bien, mais... les fascistes auraient sans aucun doute profité des circonstances pour briser toutes les lignes de résistance ."</p>
<p>(Garcia Olivier) [6]</p>
<p>Bien qu'il traite ostensiblement de la situation spécifique de la Catalogne en mai, ce raisonnement est, en fait, beaucoup plus fondamental : " C'est un argument contre la prise du pouvoir par la classe ouvrière au cours de la guerre civile. " C'était également la ligne du P.O.U.M. Son comité central soutint que, dans le cas où le gouvernement refuserait de signer son propre arrêt de mort en convoquant une assemblée constituante (congrès de délégués des soldats, des paysans et des délégués syndicaux), ce serait une erreur que de lui arracher le pouvoir par la force :<br class='autobr' />
"Il [le P.O.U.M] croyait que les ouvriers protesteraient à temps contre la contre-révolution à laquelle le gouvernement procédait, et que la revendication d'une telle assemblée constituante deviendrait si forte que le gouvernement serait obligé de se soumettre. Il soutenait qu'une insurrection serait erronée et peu opportune tant que les fascistes ne seraient pas défaits, et même sur la question de déclencher ou non l'insurrection à ce moment là, les opinions divergeaient en son sein [7] ."</p>
<p>En d'autres termes, la C.N.T. et le P.O.U.M. appelaient au socialisme par le biais du gouvernement. Mais si le gouvernement ne donnait pas son accord, alors il fallait attendre au moins jusqu'à la fin de la guerre. Cela revenait en pratique à s'adapter de façon camouflée au mot d'ordre bourgeois-stalinien : " Finissons-en avec Franco, nous ferons la révolution après. "</p>
<p>La tactique du P.O.U.M. et de la C.N.T. – attendre d'en avoir fini avec Franco – signifiait concrètement la condamnation de la révolution. Car, comme nous l'avons déjà fait remarquer, le mot d'ordre bourgeois-stalinien d' " attente " était destiné à neutraliser les masses jusqu'à ce que l'Etat bourgeois soit rétabli. Pour cette raison précise, le bloc bourgeois stalinien et ses alliés anglo-français n'avaient pas l'intention d'en finir avec Franco, ou (plus vraisemblablement) de faire la paix avec lui, tant que la contre-révolution n'avait pas consolidé son pouvoir en Espagne loyaliste.</p>
<p>Nous avons commenté l'incapacité du Front populaire et de son Gouvernement à faire de la propagande révolutionnaire pour désintégrer les forces franquistes. Mais le gouvernement ne réussit pas plus à combattre Franco avec succès sur le plan militaire. Plus précisément, dans la guerre civile, il n'y a pas de séparation entre tâches politiques et tâches militaires. Craignant la révolution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement concentrait d'énormes forces de soldats d'élite et de police dans les villes, détournant par là même des hommes et des armes nécessaires au front. Craignant la révolution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement poursuivait une stratégie de guerre dilatoire, qui ne pouvait donner aucun résultat décisif, tant qu'il procédait à la contre-révolution. Craignant la révolution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement était en train de subordonner les travailleurs basques et asturiens au commandement de la bourgeoisie basque traître qui allait bientôt capituler sur le front Nord. Craignant la révolution plus qu'il ne craignait Franco, le Gouvernement était en train de saboter directement les fronts de l'Aragon et du Levant tenus par la C.N.T. Craignant la révolution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement donnait aux agents fascistes (Asensio, Villalba, etc.) la possibilité de livrer des forteresses loyalistes à Franco (Badajoz, Irun, Malaga) [8] .</p>
<p>La contre-révolution portait des coups terribles au moral des troupes antifascistes. " Pourquoi mourrions-nous en combattant Franco quand nos camarades sont fusillés par le gouvernement ? " Cet état d'esprit si dommageable à la lutte contre le fascisme prédominait après la journée de mai et était très difficile à combattre.</p>
<p>De ce fait, par tous ces moyens, la politique gouvernementale facilitait les incursions militaires de Franco. L'instauration d'une république ouvrière aurait mis fin à la tromperie, au sabotage, à la démoralisation. Dotée de l'instrument de la planification étatique, la république ouvrière aurait pu utiliser comme aucun régime capitaliste l'intégralité des ressources matérielles et morales de l'Espagne loyaliste.</p>
<p>Loin de permettre aux troupes fascistes de percer, seul le pouvoir ouvrier pouvait conduire à la victoire sur Franco.</p>
<p>3) La menace d'intervention : La C.N.T. se réfère confusément aux navires de guerre anglais et français apparus dans le port le 3 mai, et à des plans de débarquement de troupes anglo-françaises. " Dans l'éventualité d'un triomphe du communisme libertaire, il aurait été écrasé un peu plus tard par l'intervention des puissances capitalistes et démocratiques. " (Garcia Oliver)</p>
<p>Les références de la C.N.T. à des navires de guerre précis, à un complot précis, obscurcit délibérément le caractère fondamental du problème . Toute révolution sociale doit affronter le danger de l'intervention capitaliste. La révolution russe dut survivre tant à la guerre civile financée par les capitalistes qu'à l'intervention impérialiste directe. La révolution hongroise fut écrasée par l'intervention aussi bien que par ses propres erreurs. Néanmoins, quand les sociaux-démocrates allemands et autrichiens justifièrent la stabilisation de leurs républiques bourgeoises par le fait que les puissances alliées pourraient intervenir contre les Etats socialistes, les socialistes révolutionnaires et les communistes du monde entier – comme les anarchistes – dénoncèrent les Kautsky et les Bauer comme des traîtres, et ils eurent raison.</p>
<p>Le prolétariat autrichien et allemand, disaient alors les révolutionnaires, doit compter avec la possibilité d'une défaite due à l'intervention anglo-française, parce que les révolutions courent toujours ce danger, mais attendre le moment hypothétique où les Alliés seraient trop préoccupés pour intervenir, c'était manquer la conjoncture favorable à la révolution. Mais les sociaux-démocrates l'emportèrent... et finirent dans les camps de concentration de Hitler et Schuschnigg.</p>
<p>Ni les cercles de la C.N.T. ni ceux du P.0,U.M. n'osèrent avancer qu'il existait une quelconque situation conjoncturelle spécifique qui rendait en mai 1937 l'intervention capitaliste plus menaçante qu'à un autre moment. Les défenseurs de cette thèse se réfèrent simplement au danger d'intervention, sans y ajouter d'analyse spécifique. Nous posons la question l'intervention était-elle plus dangereuse en mai 1937 qu'au moment de la révolution d'avril 1931 par exemple ? En mai 1937, les travailleurs avaient tous les avantages. En 1931, le prolétariat européen était prostré au fond du puits de la crise mondiale. Les travailleurs allemands n'avaient pas encore été livrés à Hitler par leurs dirigeants – sans combat – mais le prolétariat français était aussi assoupi que s'il était accablé par un dictateur. La situation en France, pays limitrophe, est décisive pour l'Espagne. Et, en mai 1937, le prolétariat français entamait la deuxième année du soulèvement ouvert par les grèves révolutionnaires de juin 1936. Il est inconcevable que les millions de travailleurs socialistes et communistes de France, déjà irrités par la neutralité, et maintenus dans cette ligne avec les plus grandes difficultés, par leurs dirigeants, aient permis l'intervention capitaliste en Espagne, qu'elle soit le fait de la bourgeoisie française ou d'une autre. La transformation de la lutte en Espagne, de combat pour la sauvegarde d'une république bourgeoise, en combat pour la révolution socialiste, aurait enflammé les prolétariats français, belge et anglais, bien plus que ne le fit la révolution russe, car cette fois la révolution aurait été à leur porte.</p>
<p>Face à un prolétariat vigilant, qu'aurait pu faire la bourgeoisie ? La bourgeoisie française aurait ouvert ses frontières à l'Espagne, non pour l'intervention mais pour le commerce, permettant au nouveau régime de s'assurer des marchandises – ou bien elle aurait eu à affronter immédiatement la révolution chez elle. La république ouvrière espagnole n'aurait pas, comme le firent Caballero et Negrin, aidé et encouragé la " non-intervention ". L'Angleterre, indissolublement liée au sort de la France, n'aurait pas pu intervenir, non seulement à cause du poids de la France, mais aussi à cause du poids de sa propre classe ouvrière, pour laquelle la révolution ibérique aurait ouvert une nouvelle époque. Le Portugal aurait dû immédiatement faire face à la révolution. L'Allemagne et l'Italie auraient, bien entendu, cherché à augmenter leur aide à Franco. Mais la politique anglo-française aurait toujours été : ni une Espagne socialiste, ni une Espagne tenue par Hitler ou Mussolini. En voulant jouer indistinctement sur les deux tableaux, l'impérialisme anglo-français aurait été contraint de restreindre l'intervention italo-allemande dans les limites qui puissent empêcher l'axe Rome-Berlin de dominer la Méditerranée.</p>
<p>Moins que tout autre, nous avons à apprendre que toutes les puissances capitalistes ont comme commun intérêt, et cherchent toutes la destruction de toute menace de révolution sociale. Il est néanmoins clair que les deux facteurs qui sauvèrent la révolution russe de l'anéantissement par l'intervention auraient joué en mai 1937 : en 1917, le prolétariat mondial, inspiré par la révolution, imposa l'arrêt de l'intervention, tandis que les impérialistes ne pouvaient pas oublier suffisamment leurs divergences pour ne pas s'unir autour d'un plan unique d'anéantissement de la république ouvrière. Le prolétariat européen étant à nouveau mobilisé, c'est à leurs risques et périls que les impérialistes auraient cherché à éteindre l'incendie espagnol.</p>
<p>Oui nous invoquons par-dessus tout l'aide du prolétariat mondial Vous, les staliniens pour qui les masses ne sont désormais rien d'autre que des carcasses que vous offrez en sacrifice sur l'autel de l'alliance avec les impérialistes démocratiques ; vous les bureaucrates dont le mépris des masses, sur le dos desquelles vous vous dressez, vous fait oublier que ces mêmes masses, qui vous servent encore de capital moral et matériel, et qui s'amenuise sous votre gestion incompétente, ont conduit victorieusement la révolution d'Octobre et la guerre civile ! Nous savons que vous n'aimez pas que l'on vous rappelle qu'en 1919-1922, le prolétariat mondial a sauvé l'Union soviétique des impérialistes. Les capacités révolutionnaires de la classe ouvrière sont une chose que vous en êtes venus à haïr et à craindre, car ils menacent vos privilèges.</p>
<p>Ce sont les staliniens qui croient à la possibilité d'une coexistence pacifique des Etats capitalistes et ouvriers, pas nous. Il est certain que l'Europe capitaliste ne supporterait pas indéfiniment l'existence d'une Espagne socialiste. Mais la conjoncture spécifique de mai 1937 était assez favorable pour permettre à une Espagne ouvrière d'installer son régime intérieur et de se préparer à résister à l'impérialisme en étendant la révolution à la France et à la Belgique, puis de mener une guerre révolutionnaire contre l'Allemagne et l'Italie, dans des conditions qui auraient précipité la révolution dans les pays fascistes. C'est la seule perspective révolutionnaire en Europe, dans cette période qui précède la prochaine guerre, que la révolution commence en France ou en Espagne. Qui ne l'accepte pas rejette la révolution socialiste.</p>
<p>Les risques ? " Il serait évidemment fort commode de faire l'histoire si l'on ne devait engager la lutte qu'avec " des chances infailliblement favorables " écrivait Marx pendant que la Commune vivait encore. Clairvoyant, il voyait :</p>
<p> " le " hasard " malheureux et décisif (. . .) dans la présence des Prussiens en France et dans leurs positions si près de Paris.</p>
<p> Les travailleurs parisiens devant l'alternative ou de relever le défi ou de succomber sans combat. Dans le dernier cas, la démoralisation de la classe ouvrière serait un malheur bien plus grand que la perte d'un nombre quelconque de " chefs ". Grâce au combat livré à Paris, la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et l'Etat capitaliste est entrée dans une nouvelle phase.</p>
<p> Quelle qu'en soit l'issue, nous avons obtenu un nouveau point de départ d'une importance historique universelle."</p>
<p>(Lettre à Kugelmann, du 17 avril 1871, éd. Anthropos.)</p>
<p>Berneri avait raison. Ecrasée entre les Prussiens-franquistes et Versailles-Valence, la Commune de Catalogne aurait pu faire jaillir une flamme embrasant le monde. Et dans des conditions incomparablement plus favorables que celles de la Commune !</p>
<p>Nous avons tenté d'analyser le plus sérieusement possible les raisons que la direction centriste a données pour ne pas engager une lutte pour le pouvoir contre la contre-révolution. Comme ils ne sont pas des réformistes invétérés, mais des centristes, ils sont tentés de justifier leur capitulation en faisant référence à la situation "spéciale", " spécifique ", de l'Espagne de mai 1937, mais sans donner de détails précis. A l'examen, nous avons trouvé que, comme toujours dans le cas d'alibis de ce type, les références à la situation spécifique sont dénuées de sens et cachent un retrait fondamental par rapport à la voie révolutionnaire. Ce ne sont pas des erreurs de fait, mais des divergences de principe qui, d'un point de vue mondial et de classe, séparent les révolutionnaires tant des dirigeants réformistes que des centristes.</p>
<p>Le mardi 4 mai au matin, les travailleurs armés des barricades qui recouvraient Barcelone se sentirent à nouveau, comme le 19 juillet, les maîtres de leur monde. Comme le 19 juillet, les éléments bourgeois et petits-bourgeois terrifiés se cachaient dans leurs maisons. Les syndicalistes dirigés par le P.S.U.C. restaient passifs. Seule, une fraction de la police, les gardes armés du P.S.U.C. et les voyous armés d'Estat Catala se tenaient sur les barricades gouvernementales qui se limitaient au centre de la ville, entourées par les travailleurs en armes. Le premier discours radiodiffusé de Companys, une déclaration selon laquelle la Generalidad n'était pas responsable de la provocation de la Telefonica, indique l'état de la situation. Chaque faubourg de la ville, sous la direction des comités de défense locaux aidés par les groupes du P.O.U.M., de la F.A.I. et de la Jeunesse libertaire, était fermement contrôlé par les travailleurs. Il n'y eut pour ainsi dire aucun coup de feu lundi soir tant la domination ouvrière était totale. Tout ce qui manquait aux travailleurs pour instaurer leur pouvoir, c'était la coordination et l'action commune sous la direction du centre... Au centre, la Casa C.N.T., les dirigeants interdirent toute action et ordonnèrent aux travailleurs de quitter les barricades [9] .</p>
<p>Les dirigeants de la C.N.T. ne s'intéressaient pas à l'organisation des masses armées. Ils étaient occupés par une négociation interminable avec le gouvernement. C'était un jeu qui convenait parfaitement à ce dernier : retenir les masses sans direction derrière les barricades, en les berçant de l'espoir que l'on trouverait une solution décente. La réunion au palais de la Generalidad traîna jusqu'à 6 heures du matin. Ainsi, les forces gouvernementales gagnèrent assez d'espace vital pour fortifier les bâtiments gouvernementaux, et, à l'instar des fascistes en juillet, elles occupèrent les tours de la cathédrale.</p>
<p>Le mardi matin à 11 heures, les dirigeants se rencontrèrent, non pour organiser la défense, mais pour élire un nouveau comité pour négocier avec le gouvernement. Alors Companys trouva un nouveau truc : Bien sur, nous pouvons en arriver à un accord à l'amiable, nous sommes tous des antifascistes, etc., etc., disaient Companys et le Premier ministre Taradellas. – Mais nous ne pouvons pas engager de négociations tant que les rues ne sont pas désertées par les hommes armés. Sur quoi le comité régional de la C.N.T. passa le mardi avec un micro, appelant les travailleurs à quitter les barricades. " Nous vous appelons à baisser vos armes. Pensez à notre grand but, commun à tous... L'unité avant tout. Déposez vos armes. Un seul mot d'ordre : Nous devons travailler à abattre le fascisme ! " Solidaridad obrera eut l'audace de paraître, avec, en page 8, la relation de l'attaque du lundi contre la Telefonica, sans mentionner l'édification des barricades, ne donnant d'autres directives que " restez calmes " afin de ne pas alarmer les miliciens du front auxquels parvenaient des centaines de milliers d'exemplaires du journal. A 5 heures, des délégations du Comité national de l'U.G.T. et de la C.N.T. arrivèrent de Valence et publièrent en commun un appel au " peuple :" pour qu'il dépose les armes. Vasquez, secrétaire national de la C.N.T., se joignit à Companys dans l'appel radiodiffusé. On passa la nuit en nouvelles négociations (le Gouvernement était toujours prêt à passer un accord incluant l'abandon des barricades par les travailleurs !) dont sortit un accord pour un cabinet provisoire de quatre membres, appartenant à la C.N.T., au P.S.U.C., à l'Union paysanne et à l'Esquerra. Les négociations furent ponctuées d'appels aux dirigeants de la C.N.T. qui avaient de l'autorité, les invitant à se rendre sur les points où les travailleurs menaient l'offensive. C'est ainsi qu'à Coll Blanch, il fallait persuader ceux-ci de ne pas occuper les casernes. Tandis que d'autres appels arrivaient – des quartiers généraux des ouvriers du cuir, de l'Union médicale, du centre local de la Jeunesse libertaire, qui demandait du renfort au Comité régional, parce que la police attaquait...</p>
<p>Mercredi : Ni les nombreux appels à la radio, ni l'appel commun de l'U.G.T.-C.N.T., ni l'établissement d'un nouveau cabinet n'avaient arraché les travailleurs aux barricades. Sur les barricades, les travailleurs anarchistes déchiraient Solidaridad obrera et brandissaient les poings et les fusils vers les radios quand Montseny – rappelée de toute urgence de Valence après l'échec de Vasquez et de Garcia Oliver – les exhortait à la dispersion. Les comités de défense locaux transmirent à la Casa C.N.T. que les travailleurs ne se rendraient pas sans conditions. Très bien, donnons-leur des conditions. La C.N.T. fit parvenir par radio les propositions qu'elle faisait au Gouvernement : que les hostilités cessent, que chaque parti reste sur ses positions, que la police et les civils qui combattaient aux côtés de la C.N.T. (sans en être membres) s'en retirent complètement, que les comités responsables soient avertis dès que le pacte est rompu quelque part, que l'on ne réponde pas aux coups de feu isolés, que les défenseurs des locaux syndicaux restent passifs et attendent d'autres informations. Le gouvernement annonça bientôt son accord avec la C.N.T. Et comment pourrait-il en être autrement ? Le seul objectif du gouvernement était de mettre fin au combat des masses, pour mieux briser leur résistance, définitivement. De surcroît, " l'accord " n'engageait en rien le gouvernement. Le contrôle de la Telefonica, le désarmement des masses n'étaient pas mentionnés – et ce, non par hasard. L'accord fut suivi dans la nuit d'ordres de reprise du travail venant des centres locaux de la C.N.T. et de l'U.G.T. (cette dernière, il faut s'en souvenir, étant contrôlée par les staliniens). " Les organisations et les partis antifascistes réunis en session au palais de la Generalidad ont résolu le conflit qui a créé cette situation anormale ", déclarait le manifeste commun. " Ces événements nous ont appris que nous devrons désormais établir des relations de cordialité et de camaraderie, dont nous avons beaucoup regretté l'absence ces derniers jours. " Cependant, comme l'admettait Souchy, les barricades restèrent toutes en place dans la nuit de mercredi. Mais le jeudi matin, le P.O.U.M. ordonna à ses membres de quitter les barricades qui, pour la plupart, étaient encore sous le feu. Le mardi, le manifeste des Amis de Durruti, jusqu'alors assez froid avec le P.O.U.M., avait salué sa présence sur les barricades, présence qui démontrait qu'il s'agissait là d'une " force révolutionnaire ",. La Batalla du mardi était restée dans les limites de la théorie selon laquelle il ne devait pas y avoir de renversement insurrectionnel du gouvernement pendant la guerre civile, mais elle avait appelé à la défense des barricades, à la démission de Salas et Ayguadé, à l'abrogation des décrets de dissolution des patrouilles ouvrières. Si limité que fut ce programme, il contrastait tellement avec l'appel du Comité régional de la C.N.T. à déserter les barricades que le prestige du P.O.U.M. s'accrut très fort dans les masses anarchistes. Le P.O.U.M. avait là une occasion sans précédent de prendre la tête du mouvement.</p>
<p>Au lieu de cela, la direction du P.O.U.M. s'en remit une fois de plus à celle de la C.N.T. : elle ne fit pas de propositions publiques d'action commune avec la C.N.T., propositions qui auraient doté la rébellion embryonnaire d'un ensemble de revendications auxquelles devait accéder sa directive en toute une année, le P.O.U.M., d'une déférence servile à l'égard des dirigeants de la C.N.T., n'avait pas fait une seule proposition présentant un net caractère de front uni. Mais elle proposa une conférence en coulisses avec le Comité régional de la C.N.T. Quelles que fussent les propositions du P.O.U.M., elles étaient rejetées – Vous n'êtes pas d'accord ? alors n'en parlons plus Et le matin suivant (5 mai) la Batalla n'eut pas un mot à dire sur les propositions que le P.O.U.M. fit à la C.N.T., sur le comportement timoré des dirigeants de la C.N.T., de leur refus d'organiser la défense, etc. [10] . Au lieu de cela : " le prolétariat de Barcelone a remporté une victoire partielle sur la contre-révolution ". Et 24 heures plus tard, " la provocation contre-révolutionnaire ayant été repoussée, il faut quitter la rue. Travailleurs, retournez aux usines " (la Batalla, 6 mai). Les masses avaient réclamé la victoire sur la contre-révolution. Les bureaucrates de la C.N.T. avaient refusé le combat. Les centristes du P.O.U.M. avaient ainsi lancé un pont sur le gouffre qui séparait les masses des bureaucrates, en assurant celles-ci que la victoire était d'ores et déjà acquise.</p>
<p>Le mercredi, les Amis de Durruti avaient couru au front, appelant les travailleurs de la C.N.T. à ne pas tenir compte des ordres de désertion de la Casa C.N.T. et à continuer la lutte pour le pouvoir ouvrier. Ils avaient chaleureusement accueilli la collaboration du P.O.U.M. Les masses restaient sur les barricades. Le P.O.U.M., qui comptait au moins 30 000 travailleurs en Catalogne, pouvait faire pencher la balance dans n'importe quel sens. Sa direction la poussa vers la capitulation.</p>
<p>Coup plus terrible encore contre les travailleurs en lutte le Comité régional de la C.N.T. dénonça à toute la presse y compris la presse stalinienne et bourgeoise – les Amis de Durruti comme des " agents provocateurs " (en français dans le texte) ; ce qui, naturellement, fut publié partout en première page le jeudi matin. La presse du P.O.U.M. ne défendit pas les anarchistes de l'aile gauche contre cette calomnie répugnante.</p>
<p>Le jeudi fut rempli d'exemples de " victoires " au nom desquelles le P.O.U.M. appela les travailleurs à quitter les barricades.</p>
<p>Au matin, on trouva le corps brisé de Camillo Berneri là où les gardes du P.S.U.C., qui avaient enlevé cet homme fragile chez lui, la nuit précédente, l'avaient abandonné. Berneri, chef spirituel de l'anarchisme italien depuis la mort de Malatesta, chef de la révolte d'Ancône en 1914, échappé des griffes de Mussolini, avait combattu les réformistes (les dirigeants de la C.N.T. compris) dans Guerra di Classe, son journal très influent. Il avait caractérisé la politique stalinienne en trois mots " cela pue Noske ". Il avait défié Moscou par des mots retentissants : " Ecrasée entre les Prussiens et Versailles, la Commune de Paris avait allumé un incendie qui enflamma le monde. Que le général Goded de Moscou s'en souvienne. "Il avait déclaré aux masses de la C.N.T. : " Le dilemme : guerre ou révolution n'a plus aucune signification. Le seul dilemme, c'est : la victoire sur Franco, grâce à la guerre révolutionnaire, ou la défaite. " Son identification des staliniens à Noske était terriblement juste. Les staliniens-démocrates ont assassiné Camillo Berneri comme Noske, le social-démocrate, avait enlevé et assassiné Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.</p>
<p>Honneur à notre camarade Camillo Berneri. Souvenons nous de lui avec l'amour que nous portons à Karl et à Rosa. En écrivant, camarades, je ne peux m'empêcher de pleurer, de pleurer Camillo Berneri. La liste de nos martyrs est aussi longue que la vie de la classe ouvrière. Heureux ceux qui tombent en combattant l'ennemi de classe, qui tombent en pleine lutte au milieu de leurs camarades. Il est bien plus terrible de mourir seul du poignard de ceux qui se disent socialistes ou communistes, comme Karl et Rosa, comme nos camarades qui meurent dans les chambres d'exécution de l'exil sibérien. Le supplice de Camillo Berneri fut spécial. Il mourut entre les mains de " marxistes-léninistes staliniens ", tandis que ses amis les plus proches, Montseny, Garcia Oliver, Peiro, Vasquez, abandonnaient le prolétariat de Barcelone à ses bourreaux. Le jeudi 6 mai 1937. Gardons ce jour en mémoire.</p>
<p>Les dirigeants anarchistes et gouvernementaux étaient allés à Lerida le mercredi pour arrêter une force spéciale de 500 membres du P.O.U.M. et de la C.N.T. qui se hâtaient depuis Hucsca, pourvus d'artillerie légère. Les représentants de Valence et de la Generalidad avaient promis que si les troupes ouvrières n'avançaient pas, le gouvernement ne tenterait pas d'envoyer des troupes supplémentaires à Barcelone. Les troupes ouvrières s'étaient arrêtées, grâce à cette promesse et aux exhortations des dirigeants anarchistes. Cependant, le jeudi, on reçut des appels téléphoniques de militants de la C.N.T. des villes qui sont sur la route de Valence à Barcelone : " 5 000 gardes d'assaut sont en route. Devons-nous les arrêter ? " demandèrent les travailleurs de la C.N.T. Leurs Dirigeants leur ordonnèrent de laisser passer les gardes, ne dirent rien aux troupes ouvrières qui attendaient à Lerida, et turent la nouvelle de la venue des gardes.</p>
<p>Le jeudi à 3 heures, la Casa C.N.T. ordonna à ses gardes d'évacuer la Telefonica. Le gouvernement et la C.N.T. avaient passé un accord : chaque partie devait retirer ses forces armées. Dès que les gardes de la C.N.T. furent partis, la police occupa le bâtiment tout entier, et fit entrer des partisans du gouvernement pour accomplir le travail technique exécuté auparavant par des travailleurs de la C.N.T. La C.N.T. s'en plaignit au gouvernement qui n'avait pas tenu sa promesse. La Generalidad répondit : On ne peut pas revenir sur le " fait accompli " (en français dans le texte). Souchy, le porte-parole de la C.N.T., admit que " si les travailleurs des districts extérieurs avaient été immédiatement informés du cours des événements, ils auraient certainement insisté pour que des mesures plus fermes soient prises, et seraient retournés à l'attaque ". Ainsi, les dirigeants anarchistes ultra-démocratiques avaient tout simplement censuré les nouvelles !</p>
<p>Sous les ordres de la Casa C.N.T., les employés du téléphone avaient transmis tous les appels pendant les combats révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. Alors que, dès que le gouvernement eut pris la place, les locaux de la C.N.T. et de la F.A.I. furent coupés du centre.</p>
<p>Dans les rues que les travailleurs devaient emprunter pour retourner au travail, la police et les gardes du P.S.U.C. fouillaient les passants, déchiraient les cartes de la C.N.T. et arrêtaient ses militants.</p>
<p>A 4 heures, la gare principale de Barcelone, qui était aux mains de la C.N.T. depuis le 19 juillet, fut attaquée par le P.S.U.C. et les gardes d'assaut, avec des mitrailleuses et des grenades. Les faibles forces de la C.N.T. qui la gardaient tentèrent de téléphoner pour obtenir du renfort... A 4 heures, le général Pozas se présenta lui-même au ministère de la Défense de la Catalogne (dont le ministre appartenait à la C.N.T.) et informa poliment les camarades ministres que le poste du ministère catalan de la Défense n'existait plus, et que les armées catalanes constituaient désormais la IVe brigade de l'armée espagnole dont Pozas était le chef. Le cabinet de Valence avait pris cette décision sous l'autorité de décrets militaires demandant un commandement unifié, signés par les ministres de la C.N.T. Bien entendu, la C.N.T. remit le contrôle à Pozas.</p>
<p>Des nouvelles terribles arrivaient de Tarragone. Une imposante force de police était arrivée le mercredi matin et avait occupé le central téléphonique. Ce sur quoi, la C.N.T. avait appelé à l'inévitable conférence. Tandis que les négociations se déroulaient, les républicains et les staliniens s'armaient. Le jour suivant, ils prirent d'assaut le quartier général de la Jeunesse libertaire. Là-dessus, la C.N.T. demanda une nouvelle conférence, où on l'informa que la Generalidad avait envoyé des instructions explicites pour détruire les organisations anarchistes si elles refusaient de rendre les armes. (Il faut se rappeler que ces instructions provenaient d'un gouvernement qui comptait des ministres anarchistes.) Les représentants de la C.N.T. consentirent à rendre leurs armes, si le gouvernement libérait tous ceux qui avaient été arrêtés, remplaçait la police et les gardes du P.S.U.C. par l'armée régulière, et garantissait l'immunité pour les membres et les locaux de la C.N.T.</p>
<p>Bien entendu, le capitaine Barbeta, délégué du gouvernement, accepta. La C.N.T. déposa les armes et, pendant la nuit, les gardes d'assaut occupèrent ses locaux et tuèrent nombre d'anarchistes, dont Pedro Rua, l'écrivain uruguayen, venu combattre le fascisme, et qui était devenu commandant des milices. La Casa C.N.T. remarqua que c'était " renier la parole d'honneur donnée la soirée précédente par les autorités ". Pas un mot de tout cela ne fut rapporté aux masses de Barcelone, bien que la Casa C.N.T.-F.A.I. ait été très tôt au courant des événements [11].</p>
<p>Jeudi, à 18 heures, la nouvelle parvint à la Casa C.N.T. les premiers détachements de Valence,</p>
<p>1 500 gardes d'assaut, étaient arrivés à Tortosa, en route pour Barcelone. La Casa C.N.T. avait dit de ne pas s'y opposer, tout était arrangé, etc. Les gardes d'assaut occupèrent tous les locaux de la C.N.T.-F.A.I. et de la Jeunesse libertaire de Tortosa, arrêtèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, et en conduisirent certains, menottes aux mains, vers les prisons de Barcelone.</p>
<p>Les masses ne savaient rien des événements de Tarragone, de, Tortosa, de la Telefonica, de Pozas, de l'arrivée des gardes de Valence. Mais les attaques de travailleurs dans les rues, à la gare, le renouveau des combats sur les barricades, y rappelèrent beaucoup de ceux qui les avaient quittées.</p>
<p>Pour répondre aux événements catastrophiques du jeudi, la Casa C.N.T. " envoya une nouvelle délégation au gouvernement pour savoir ce que celui-ci avait l'intention de faire (Souchy), mais sans attendre de le savoir, elle publia un nouveau manifeste d'apaisement : tandis que les barricades retentissaient toujours, la Casa C.N.T. déclara :</p>
<p> " Maintenant que nous sommes revenus à la normale, que les responsables de la révolte ont été démis de leurs responsabilités publiques, que tous les ouvriers ont repris le travail, et que Barcelone est à nouveau calme [... ] la C.N.T. et la F.A.I. continuent à collaborer loyalement comme par le passé avec toutes les organisations politiques et syndicales du front antifasciste. La meilleure preuve en est que la C.N.T. continue à participer au gouvernement central, au gouvernement de la Generalidad et à toutes les municipalités. La presse de la C.N.T. a appelé au calme et a appelé la population à retourner au travail. Les nouvelles transmises par radio aux syndicats et aux comités de défense n'étaient que des appels au calme.</p>
<p> Une preuve supplémentaire que la C.N.T. ne voulait pas briser et n'a pas brisé le front antifasciste, c'est que lorsque le nouveau gouvernement de la Generalidad a été formé, le 5 mai, les représentants de la C.N.T. de Catalogne ont tout fait pour que sa tâche lui soit facilitée, et que le secrétaire de la C.N.T. en fasse partie."</p>
<p>Les membres de la C.N.T. qui contrôlaient le conseil de Défense (ministère) de la Generalidad ordonnèrent à toutes leurs forces de n'intervenir dans le conflit ni d'un côté ni de l'autre. Et ils veillèrent à ce que leurs ordres soient exécutés.</p>
<p>Le comité de Défense de la C.N.T. ordonna également à chaque district de Barcelone de ne pas venir au centre répondre aux provocations. Ces ordres aussi furent suivis, puisque, effectivement, personne n'y vint.</p>
<p> " Jusqu'à la fin, nombreux furent ces pièges tendus à la C.N.T., mais elle resta fermement sur ses positions et ne répondit pas à la provocation.</p>
<p> Jeudi soir : les gardes d'assaut et du P.S.U.C. continuent leurs raids, leurs arrestations, leurs fusillades. Et [...] la Casa C.N.T.-F.A.I. envoie une nouvelle délégation au gouvernement avec de nouvelles propositions pour cesser les hostilités : tous les groupes doivent se contraindre à retirer leurs gardes armés et leurs patrouilles des barricades ; relâcher tous les prisonniers ; éviter les représailles. "</p>
<p>Des nouvelles arrivèrent de Tarragone et Reus, " où les membres du P.S.U.C. et d'Estat Catala, profitant (!) de la présence de quelques gardes d'assaut qui passaient en allant vers Barcelone, utilisèrent leur avantage passager fourni par cette occasion pour désarmer et tuer les ouvriers " (Souchy).</p>
<p>" La C.N.T. tenta d'obtenir du gouvernement de Barcelone et de Valence la promesse que les gardes d'assaut n'entrent pas immédiatement (!) dans la ville, mais restent hors de ses limites jusqu'à ce que la situation se soit éclaircie... Il y eut quelques sceptiques quant à l'assurance que les troupes qui arrivaient seraient loyales envers les travailleurs. " Mais ce scepticisme (quand surgit-il ?) n'avait pas été partagé par les ministres de la C.N.T. des cabinets de Catalogne et de Valence qui avaient voté pour que le gouvernement central reprenne le contrôle de l'ordre public en Catalogne. Le ministère de l'Ordre public de Catalogne avait cessé d'exister depuis le 5 mai.</p>
<p>Dans la nuit du 6 au 7 mai : " Les anarchistes ont proposé maintes et maintes fois de négocier, impatients de terminer le conflit. " Naturellement, le gouvernement était toujours prêt à négocier, pendant que ses forces brisaient les reins de la classe ouvrière sous le couvert de la Casa C.N.T. Les travailleurs proches des anarchistes s'étaient rassemblés pour défendre Tortosa et Tarragone. A 4 heures, le Comité provincial – la direction de la C.N.T. catalane hors de Barcelone – informa la Casa C.N.T.-F.A.I. qu'il était prêt à retenir les gardes de Valence. Non, il ne faut pas, répondit la Casa C.N.T. A 5 h 15, le gouvernement et la Casa C.N.T. passèrent un autre accord . armistice, évacuation des barricades, libération des prisonniers de part et d'autre, reprise de leurs fonctions par les patrouilles ouvrières. Le comité régional transmit à nouveau par radio aux travailleurs : " Comme nous sommes parvenus à un accord [... ] nous voulons vous informer [... ] du rétablissement complet de la paix et du calme Gardez ce calme et voire présence d'esprit. "</p>
<p>Vendredi : Selon les ordres de la Casa C.N.T.-F.A.I., quelques travailleurs commencèrent à démolir les barricades. Mais celles des gardes d'assaut, de l'Estat Catala et du P.S.U.C. restaient intactes. Les gardes d'assaut désarmèrent systématiquement les travailleurs. Voyant que les forces gouvernementales continuaient l'offensive, les travailleurs retournèrent sur les barricades, contre la volonté de la C.N.T. comme du P.O.U.M. Mais la désillusion et le découragement gagnaient : beaucoup de travailleurs anarchistes avaient fait confiance jusqu'au bout à la C.N.T.-F.A.I., d'autres l'ayant perdue, s'étaient retournés vers la direction des travailleurs du P.O.U.M. jusqu'à ce qu'on leur ordonne de quitter les barricades. Les Amis de Durruti et les bolcheviks-léninistes furent capables de ramener les travailleurs sur les barricades les nuits de jeudi et de vendredi, mais ils n'étaient pas assez forts, pas assez implantés dans les masses pour les organiser pour une lutte de longue haleine.</p>
<p>Dans la nuit du vendredi, les gardes de Valence arrivèrent. Ils s'emparèrent immédiatement de la presse et de la direction des Amis de Durruti. Des groupes de gardes patrouillaient dans les rues pour intimider les travailleurs. " Le gouvernement de la Generalidad a réprimé l'insurrection avec ses propres forces ", déclara Companys. Voyons, s'écrièrent les dirigeants de la C.N.T., vous savez que ça n'était pas une insurrection, vous l'avez dit. " Nous devons déraciner les incontrôlables ", répondit Companys.</p>
<p>La promesse de libérer les prisonniers ne fut pas tenue. Au contraire, les arrestations de masse commencèrent. On avait également promis qu'il n'y aurait pas de représailles ; mais les semaines suivantes, il y en eut de brutales contre les villes et les quartiers qui avaient osé résister. Le gouvernement, naturellement, garda le contrôle de la Telefonica – ce pour quoi il s'était lancé dans la lutte. Valence détenait maintenant le contrôle de la police, qui allait vite revenir aux staliniens. Valence s'était approprié le ministère de la Défense et l'armée de Catalogne, qui allaient rapidement tomber sous le contrôle de Prieto. Les patrouilles ouvrières seraient dissoutes sans retard, avec l'application du décret de Ayguade sur l'ordre public. L'autonomie catalane avait cessé d'exister avec l'arrivée des forces armées de Valence. Ayguade, " démissionné " d'après la C.N.T., allait dans une semaine siéger à Valence en tant que représentant de la Generalidad au gouvernement central... auquel la C.N.T. participait toujours.</p>
<p>Après l'entrée des gardes d'assaut à Barcelone, la Batalla se plaignit : " C'est une provocation. Ils tentent de changer notre victoire en défaite par une démonstration de force. " Et de pleurnicher : " C'est le P.O.U.M. qui a conseillé d'arrêter la lutte, d'abandonner les rues, de retourner au travail. Nul ne peut douter qu'il lut de ceux qui contribuèrent le plus au retour à la normale. " La pusillanimité de l'agneau poumiste ne l'avait donc pas sauvé de la gueule du loup. Pauvres politiciens en vérité, qui ne savent pas distinguer la victoire de la défaite !</p>
<p>Le mardi, un membre de l'exécutif central du P.O.U.M. avait dit à Charles Orr " nous ne nous sentons pas assez forts spirituellement ou physiquement pour prendre la tête de l'organisation des masses pour la résistance ". Ainsi... ils avaient théorisé leur impuissance en " victoire ", pour justifier l'arrêt de la lutte.</p>
<p>Supposons que le P.O.U.M. se soit mis en avant et, en dépit de la C.N.T., ait essayé de diriger les travailleurs au moins vers un réel armistice, c'est-à-dire, ait maintenu les travailleurs en armes et les entreprises prêtes à résister à une offensive ultérieure. Supposons même que cela ait échoué, et que le P.O.U.M. et les travailleurs aient été battus par la pure force des armes. " Dans le pire des cas, fit remarquer l'opposition au sein du P.O.U.M., on aurait pu organiser un comité central de défense, fondé sur la représentation des barricades. Pour cela, il aurait suffi de tenir d'abord un meeting des délégués de chacune des barricades du P.O.U.M. et de quelques barricades de la C.N.T., et de nommer un comité central provisoire. C'est ce à quoi travaillait le comité local du P.O.U.M., le mardi après-midi. Mais il ne rencontra aucune volonté d'exécution de la part de la direction centrale. " A tout le moins, un tel organe central directement enraciné dans les masses aurait pu organiser la résistance aux raids, aux arrestations, à l'interdiction de la presse, à la mise hors la loi des Amis de Durruti et du P.O.U.M. qui suivirent.</p>
<p>Il est certain que l'organisation de la résistance n'aurait pas fait plus de victimes que la capitula-</p>
<p>tion : 500 morts et 1 500 blessés, surtout le mardi après midi, lorsque la C.N.T. commença à se retirer ; des centaines d'autres morts ou blessés dans les " rafles " des semaines suivantes ; " l'épuration " des troupes du P.O.U.M. ou anarchistes envoyées les semaines suivantes sur la ligne de feu sans protection de l'aviation ou de l'artillerie ; l'assassinat de Nin et Mena, et d'autres dirigeants du P.O.U.M., des milliers et des dizaines de milliers de prisonniers dans la période qui suivit. La capitulation fit au moins autant de victimes que n'en auraient fait la lutte et la défaite.</p>
<p>L'opposition du P.O.U.M. – et elle n'était pas trotskyste n'avait que trop raison lorsqu'elle déclarait dans son bulletin du 29 mai :</p>
<p> Cette retraite, ordonnée sans conditions, sans avoir obtenu le contrôle de l'ordre public, sans la garantie des patrouilles ouvrières, sans organes concrets du front uni des travailleurs, sans explications satisfaisantes à la classe ouvrière, mettant tous les éléments en lutte (révolutionnaires ou contre-révolutionnaires) dans le même sac, constitue l'une des plus grandes capitulation et trahison du mouvement ouvrier."</p>
<p>La logique de fer de la politique est inexorable. Un cours erroné entraîne ses partisans dans des gouffres insoupçonnables. La direction anarchiste, déterminée à poursuivre sa politique de collaboration avec l'Etat bourgeois – il semble pourtant que ces hommes défiaient hier encore la monarchie au risque de leur vie – sacrifiait la vie et l'avenir de ses partisans de la manière la plus lâche. S'agrippant aux basques de la C.N.T., les dirigeants du P.O.U.M. chassaient les travailleurs des barricades en plein combat. Moins que tout autre, ils se seraient cru capables de tomber aussi bas une année auparavant. Des dirigeants qui ont trahi les travailleurs de telle façon sont irrévocablement perdus pour le mouvement révolutionnaire. Ils ne peuvent pas revenir en arrière, admettre leur terrible complicité. Ils sont également pitoyables, car, au lendemain de leur trahison, la bourgeoisie renforcée se dispensera de leurs services.</p>
<p>Rappelons aux partisans du P.O.U.M. un autre point sur lequel leur comparaison avec Pétersbourg en juillet, 1917 ne tient pas. L'échec de la " manifestation armée " fut suivi d'une chasse sauvage aux bolcheviks. Trotsky fut emprisonné, Lénine et Zinoniev durent se cacher, les journaux bolcheviques furent interdits. On cria " les bolcheviks sont des agents de l'Allemagne ". Toutefois, en quatre mois, les bolcheviks en arrivèrent à la révolution d'Octobre. J'écris six mois après les journées de mai, et le P.O.U.M. est toujours écrasé, mort. L'analogie ne tient pas sur ce point parce que telle est la différence : les bolcheviks s'étaient mis courageusement à la tête du mouvement de Juillet, et ils étaient devenus de ce fait la chair et le sang des masses, tandis que le P.O.U.M. leur tourna le dos, et, en retour, elles ne virent pas l'urgence de le sauver.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] La question épineuse de la justification de la reprise par les armées de la Telefonica fut " résolue " dans la presse stalinienne par quatre explications différentes, au moins :</p>
<p>1 – " Salas envoya la police républicaine armée pour y désarmer les employés, dont la plupart étaient membres des syndicats de la C.N.T. Pendant très longtemps, le service téléphonique avait été dirigé d'une manière qui appelait les critiques les plus graves, et il était impératif pour toute la conduite de la guerre que l'on remédie aux défauts du service. " (Le Daily Worker de Londres, 11 mai.)</p>
<p>2 – La police " occupa le central téléphonique. Ce faisant, la police n'entendait en aucune manière porter atteinte aux droits des travailleurs garantis par la loi (comme l'ont prétendu par la suite les provocateurs trotskystes). Ce que la police voulait, c'était mettre toutes les connections téléphoniques sous le contrôle immédiat du gouvernement. " (Imprecorr, 22 mai.) Toutefois, ce qui était " garanti par la loi ", c'était le contrôle ouvrier, sanctionné par le décret de collectivisation du 24 octobre 1936 !</p>
<p>3 – Une semaine plus tard, ce fut une nouvelle histoire , " Le camarade Salas se rendit à la Telefonica qui avait été occupée la nuit précédente par cinquante membres du P.O.U.M. et plusieurs éléments incontrôlables. Les gardes pénétrèrent par la force dans l'immeuble et chassèrent ses occupants. L'affaire fut rapidement réglée. Surpris par la rapidité de mouvement du gouvernement, les cinquante individus quittèrent le bâtiment et le central téléphonique fut à nouveau ( ! )) aux mains du gouveriieinent. " (Inprecorr, 29 mai.)</p>
<p>4 – La version finale fut publiée par la section catalane du Komintern comme l'histoire rapportée par Salas : " Tout d'abord, il n'y eut pas d'occupation de la Telefonica, pas plus qu'il ne fut question de l'occuper. Je reçus un ordre signé de Ayguade, ministre de l'Ordre public, selon lequel un délégué du gouvernement devait y être installé, et j'avais la responsabilité de veiller à ce qu'il le soit. Dans ce but, nous pénétrâmes dans le central téléphonique, le capitaine Menendez et moi, avec une escorte personnelle de quatre hommes. J'expliquai mon affaire et j'émis le souhait de parler avec un membre responsable du comité. On nous dit qu'il n'y en avait pas dans l'immeuble. Nous attendîmes toutefois en bas de l'escalier pendant qu'ils allaient voir. Deux minutes plus tard, quelques individus commencèrent à nous tirer dessus du haut des escaliers. Aucun de nous ne fut touché. Je téléphonai immédiatement aux gardes de venir, non pour occuper l'immeuble dans lequel nous étions déjà, mais pour l'entourer d'un cordon et empêcher quiconque d'entrer [...] Eroles [fonctionnaire anarchiste de la police] et moi sommes montés au sommet de l'immeuble, où ils étaient installés avec une mitrailleuse, des grenades à main et des fusils. Nous sommes montés ensemble sans escorte et sans arme. Au sommet, j'ai expliqué le but de ma visite. Ils sont descendus. Le délégué fut installé selon les ordres. Les forces ont été évacuées. Il n'y eut ni heurts ni arrestations. " Le témoignage de la C.N.T. stigmatise cette histoire comme un mensonge. Salas commença par désarmer les gardes et contraindre les travailleurs du téléphone à lever les mains. Les gardes des étages supérieurs ne sortirent que le jour suivant, après un accord selon lequel les deux parties devaient évacuer les lieux – accord promptement violé par le gouvernement. Les quatre versions staliniennes différentes attestent la difficulté de camoufler la simple vérité ; ils voulaient la fin du contrôle ouvrier sur la Telefonica et ils l'ont obtenue.</p>
<p>[2] Même le dirigeant de l ' I.L.P., Fermer Brockway, toujours àla droite du P.O.U.M., concède dans ce cas que " pendant deux jours les travailleurs dominèrent la situation. Une action audacieuse et unie des dirigeants de la C.N.T. aurait renversé le gouvernement ".</p>
<p>[3] Partisans français de Marceau Pivert, dirigeant du Parti socialiste ouvrier et paysan.</p>
<p>[4] Léon Trotsky, la Révolution espagnole (1930-1940), les Editions de Minuit.</p>
<p>[5] Un dirigeant anarchiste bien connu m'a dit " Vous, trotskystes, vous êtes des utopistes encore pires que nous ne l'avons jamais été. Le Maroc est aux mains de Franco, dirigé d'une main de fer. Notre déclaration d'indépendance du Maroc serait sans effet. " Je lui ai rappelé que la déclaration d'émancipation des esclaves de Lincoln avait été publiée alors que la Confédération tenait toujours le Sud. Les marxistes au moins devraient savoir que Marx et Engels donnèrent à cet acte politique un poids énorme dans la défaite du Sud. Un autre anarchiste disait : " Nos paysans ont déjà pris beaucoup de terres, et cependant cela n'a eu aucun impact sur les paysans dominés par Franco. " A force de questions, il admit toutefois que les paysans craignaient que le gouvernement ne tente de reprendre la terre après la guerre. En Russie aussi, les paysans s'emparèrent de beaucoup de terres en novembre 1917. Toutefois, ils la cultivèrent maussadement et craintivement. Le décret soviétique de nationalisation des terres eut un effet psychologique sur les paysans, et en fit dans leur grande maiorité des partisans du régime soviétique.</p>
<p>[6] Discours de Paris, l'Espagne et le monde (anarchiste), 2 juillet 1937.</p>
<p>[7] Fermer Brockway, secrétaire de l'I.L.P. (Parti indépendant du travail), la Vérité sur Barcelone, Londres 1937.</p>
<p>[8] La politique militaire du gouvernement est analysée en détail dans les chapitres XV et XVI.</p>
<p>[9] Pour les témoignages critiques des événements des jours suivants, je suis redevable à deux camarades américains, Lois et Charles Orr (ce dernier était l'éditeur de Spanish Revolution, journal du P.O.U.M. de langue anglaise), et au rapport long et documenté des bolcheviks-léninistes espagnols paru dans la Lutte ouvrière du 10 juin 1937.</p>
<p>[10] Le bulletin du P.O.U.M. en langue anglaise (cf. note 29) du 19 mai 1937 dit " Pris dans les rênes du gouvernement, [la C.N.T.] tenta de ménager les deux côtés par une " union " des opposants [...] L'attitude de la C.N.T. ne manqua pas de provoquer des résistances et des protestations. Le groupe des Amis de Durruti fit émerger la volonté des masses de la C.N.T., mais il ne fut pas capable d'en prendre la direction [ ] Les travailleurs, profondément éprouvés par la capitulation de leur fédération syndicale, regardent ailleurs pour trouver une nouvelle direction. Le P.O.U.M. devrait la leur fournir. "Ces lignes radicales n'étaient destinées qu'à l'exportation. Rien de tel ne parut dans la presse régulière du P.O.U.M. D'une façon générale Spanish Revolution a donné aux lecteurs anglais qui ne pouvaient pas suivre sa presse espagnole une image déformée de la conduite du P.O.U.M. : ce fut sa " face gauche ". Ceci dit sans aucune volonté de mettre en doute l'intégrité révolutionnaire du camarade Charles Orr, son éditeur, qui ne peut guère être tenu pour responsable de la disparité existant entre le bulletin anglais et la volumineuse presse du P.O.U.M. en espagnol.</p>
<p>[11] Ils ne rapportèrent l'événement que dans Solidaridad obrera des 15 et 16 mai.</p></div>