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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Autobiographie d'Ilya Prigogine</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
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&lt;p&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. Mais le pr&#233;sent explique le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma conf&#233;rence Nobel, je parle beaucoup des fluctuations ; ce n'est peut-&#234;tre pas sans rapport avec le fait qu'au cours de ma vie j'ai ressenti l'efficacit&#233; de co&#239;ncidences frappantes dont les effets cumulatifs sont visibles dans mon travail scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Moscou, le 25 janvier 1917 - quelques mois avant la r&#233;volution. Ma famille avait une relation difficile avec le nouveau r&#233;gime et nous avons donc quitt&#233; la Russie d&#232;s 1921. Pendant quelques ann&#233;es (jusqu'en 1929), nous avons v&#233;cu comme migrants en Allemagne, avant de rester d&#233;finitivement en Belgique. C'est &#224; Bruxelles que j'ai fait mes &#233;tudes secondaires et universitaires. J'ai acquis la nationalit&#233; belge en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, Roman Prigogine, d&#233;c&#233;d&#233; en 1974, &#233;tait ing&#233;nieur chimiste &#224; l'&#201;cole polytechnique de Moscou. Mon fr&#232;re Alexander, n&#233; quatre ans avant moi, a suivi, comme moi-m&#234;me, le cursus de chimie de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Je me rappelle combien j'ai h&#233;sit&#233; avant de choisir cette direction ; en quittant la section classique (gr&#233;co-latine) d'Ixelles Athenaeum, mon int&#233;r&#234;t &#233;tait plus port&#233; sur l'histoire et l'arch&#233;ologie, sans parler de la musique, notamment du piano. Selon ma m&#232;re, j'ai pu lire des partitions musicales avant de lire des mots imprim&#233;s. Et aujourd'hui, mon passe-temps favori est toujours le piano, bien que mon temps libre pour la pratique devienne de plus en plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon adolescence, j'ai lu de nombreux textes philosophiques, et je me souviens encore du sort &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; qui m'a frapp&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je sentais qu'un message essentiel &#233;tait int&#233;gr&#233;, encore &#224; rendre explicite, dans la remarque de Bergson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Plus nous &#233;tudions en profondeur la nature du temps, mieux nous comprenons que la dur&#233;e signifie invention, cr&#233;ation de formes, &#233;laboration continue de l'absolument nouveau.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des co&#239;ncidences heureuses ont fait le choix pour mes &#233;tudes &#224; l'universit&#233;. En effet, ils m'ont conduit dans une direction presque oppos&#233;e, vers la chimie et la physique. Et donc, en 1941, on m'a conf&#233;r&#233; mon premier doctorat. Tr&#232;s vite, deux de mes professeurs devaient exercer une influence durable sur l'orientation de mon futur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionnerai d'abord Th&#233;ophile De Donder (1873-1957) .2 Quel aimable personnage il &#233;tait ! N&#233; fils d'un instituteur, il d&#233;bute sa carri&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re et obtient (en 1896) le titre de docteur en sciences physiques, sans jamais avoir suivi aucun enseignement &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en 1918 - il avait alors 45 ans - que De Donder a pu consacrer son temps &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pendant quelques ann&#233;es nomm&#233; instituteur. Il est ensuite promu professeur au D&#233;partement des sciences appliqu&#233;es et entame sans d&#233;lai la r&#233;daction d'un cours de thermodynamique th&#233;orique pour les ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de vous donner plus de d&#233;tails, car c'est dans cette circonstance m&#234;me que nous devons associer la naissance de l'&#233;cole thermodynamique de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre l'originalit&#233; de l'approche de De Donder, je dois rappeler que depuis le travail fondamental de Clausius, le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique a &#233;t&#233; formul&#233; comme une in&#233;galit&#233; : la &#034;chaleur non compens&#233;e&#034; est positive - ou, en termes plus r&#233;cents, la production d'entropie est positive. Cette in&#233;galit&#233; renvoie bien entendu &#224; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, comme tout processus naturel. &#192; cette &#233;poque, ces derniers &#233;taient mal compris. Ils sont apparus aux ing&#233;nieurs et physico-chimistes comme des ph&#233;nom&#232;nes &#034;parasites&#034;, qui ne pouvaient qu'entraver quelque chose : ici la productivit&#233; d'un processus, l&#224; la croissance r&#233;guli&#232;re d'un cristal, sans pr&#233;senter d'int&#233;r&#234;t intrins&#232;que. Ainsi, l'approche habituelle &#233;tait de limiter l'&#233;tude de la thermodynamique &#224; la compr&#233;hension des lois d'&#233;quilibre, pour lesquelles la production d'entropie est nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait que faire de la thermodynamique une &#034;thermostatique&#034;. Dans ce contexte, le grand m&#233;rite de De Donder est qu'il a extrait la production d'entropie de ce &#034;sfumato&#034; lorsqu'il l'a li&#233;e de mani&#232;re pr&#233;cise au rythme d'une r&#233;action chimique, gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'une nouvelle fonction qu'il devait appeler &#034;affinit&#233;&#034; .3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aujourd'hui de rendre compte de l'hostilit&#233; qu'une telle approche devait rencontrer. Par exemple, je me souviens que vers la fin de 1946, lors de la r&#233;union IUPAP de Bruxelles 4, apr&#232;s une pr&#233;sentation de la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, un sp&#233;cialiste de grande renomm&#233;e m'a dit, en substance : &#034;Je suis surpris que vous accordiez plus d'attention aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui sont essentiellement transitoires, qu'au r&#233;sultat final de leur &#233;volution, l'&#233;quilibre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, certains &#233;minents scientifiques ont d&#233;rog&#233; &#224; cette attitude n&#233;gative. J'ai re&#231;u beaucoup de soutien de personnes comme Edmond Bauer, le successeur de Jean Perrin &#224; Paris, et Hendrik Kramers &#224; Leyde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Donder, bien s&#251;r, avait des pr&#233;curseurs, notamment &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de thermodynamique de Pierre Duhem. Mais dans l'&#233;tude de la thermodynamique chimique, De Donder est all&#233; plus loin et a donn&#233; une nouvelle formulation du deuxi&#232;me principe, bas&#233;e sur des concepts tels que l'affinit&#233; et le degr&#233; d'&#233;volution d'une r&#233;action, consid&#233;r&#233;s comme une variable chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; mon int&#233;r&#234;t pour la notion de temps, il &#233;tait naturel que mon attention se soit concentr&#233;e sur le deuxi&#232;me principe, car j'ai senti d&#232;s le d&#233;part qu'il introduirait un nouvel &#233;l&#233;ment inattendu dans la description de l'&#233;volution du monde physique. C'&#233;tait sans doute la m&#234;me impression que des physiciens illustres tels que Boltzmann5 et Planck6 auraient ressentis avant moi. Une grande partie de ma carri&#232;re scientifique serait ensuite consacr&#233;e &#224; l'&#233;lucidation des aspects macroscopiques et microscopiques du second principe, afin d'&#233;tendre sa validit&#233; &#224; de nouvelles situations, et aux autres approches fondamentales de la physique th&#233;orique, telles que la physique classique et dynamique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner ces points plus en d&#233;tail, je voudrais souligner l'influence exerc&#233;e sur mon d&#233;veloppement scientifique par le second de mes professeurs, Jean Timmermans (1882-1971). Il &#233;tait plut&#244;t un exp&#233;rimentateur, particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; par les applications de la thermodynamique classique aux solutions liquides, et en g&#233;n&#233;ral aux syst&#232;mes complexes, conform&#233;ment &#224; l'approche de la grande &#233;cole n&#233;erlandaise de thermodynamique de van der Waals et Roozeboom7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'application pr&#233;cise des m&#233;thodes thermodynamiques et j'ai pu comprendre leur utilit&#233;. Au cours des ann&#233;es suivantes, j'ai consacr&#233; beaucoup de temps &#224; l'approche th&#233;orique de ces probl&#232;mes, qui appelait &#224; l'utilisation de m&#233;thodes thermodynamiques ; Je veux dire la th&#233;orie des solutions, la th&#233;orie des &#233;tats correspondants et des effets isotopiques dans la phase condens&#233;e. Une recherche collective avec V. Mathot, A. Bellemans et N. Trappeniers a permis de pr&#233;dire de nouveaux effets tels que la d&#233;mixtion isotopique de l'h&#233;lium He3 + He4, qui correspondaient parfaitement aux r&#233;sultats de recherches ult&#233;rieures. Cette partie de mon travail est r&#233;sum&#233;e dans un livre &#233;crit en collaboration avec V. Mathot et A. Bellemans, The Molecular Theory of Solutions. 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail dans ce domaine de la chimie physique a toujours &#233;t&#233; pour moi un plaisir sp&#233;cifique, car le lien direct avec l'exp&#233;rimentation permet de tester l'intuition du th&#233;oricien. Les succ&#232;s que nous avons rencontr&#233;s ont fourni la confiance qui &#233;tait plus tard indispensable dans ma confrontation &#224; des probl&#232;mes plus abstraits et complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, parmi toutes ces perspectives ouvertes par la thermodynamique, celle qui devait garder mon int&#233;r&#234;t &#233;tait l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui rendait si manifeste la &#034;fl&#232;che du temps&#034;. D&#232;s le d&#233;but, j'ai toujours attribu&#233; &#224; ces processus un r&#244;le constructif, en opposition &#224; l'approche standard, qui ne voyait dans ces ph&#233;nom&#232;nes que d&#233;gradation et perte de travail utile. &#201;tait-ce l'influence de &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; de Bergson ou la pr&#233;sence &#224; Bruxelles d'une &#233;cole de biologie th&#233;orique performante ? 9 Le fait est qu'il m'est apparu que les &#234;tres vivants nous fournissaient des exemples frappants de syst&#232;mes tr&#232;s organis&#233;s et o&#249; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ont jou&#233; un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles connexions intellectuelles, bien que plut&#244;t vagues au d&#233;part, ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration, en 1945, du th&#233;or&#232;me de la production d'entropie minimale, applicable aux &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre.10 Ce th&#233;or&#232;me donne une explication claire de l'analogie qui reliait la stabilit&#233; de les &#233;tats thermodynamiques d'&#233;quilibre et la stabilit&#233; des syst&#232;mes biologiques, comme celui exprim&#233; dans le concept d '&#034;hom&#233;ostasie&#034; propos&#233; par Claude Bernard. C'est pourquoi, en collaboration avec JM Wiame 11, j'ai appliqu&#233; ce th&#233;or&#232;me &#224; la discussion de quelques probl&#232;mes importants en biologie th&#233;orique, &#224; savoir l'&#233;nerg&#233;tique de l'&#233;volution embryologique. Comme nous le savons mieux aujourd'hui, dans ce domaine, le th&#233;or&#232;me peut au mieux donner une explication de certains ph&#233;nom&#232;nes &#034;tardifs&#034;, mais il est remarquable qu'il continue d'int&#233;resser de nombreux exp&#233;rimentateurs.12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, je savais que la production d'entropie minimale n'&#233;tait valable que pour la branche lin&#233;aire des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, celle &#224; laquelle s'appliquent les fameuses relations de r&#233;ciprocit&#233; d'Onsager.13 Et, ainsi, la question &#233;tait : qu'en est-il des &#233;tats stationnaires loin de l'&#233;quilibre, pour lequel les relations d'Onsager ne sont pas valables, mais qui rel&#232;vent encore de la description macroscopique ? Les relations lin&#233;aires sont de tr&#232;s bonnes approximations pour l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes de transport (conductivit&#233; thermique, thermodiffusion, etc.), mais ne sont g&#233;n&#233;ralement pas valables pour les conditions de cin&#233;tique chimique. En effet, l'&#233;quilibre chimique est assur&#233; par la compensation de deux processus antagonistes, alors qu'en cin&#233;tique chimique - loin de l'&#233;quilibre, hors de la branche lin&#233;aire - on est g&#233;n&#233;ralement confront&#233; &#224; la situation inverse, o&#249; l'un des processus est n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce caract&#232;re local, la thermodynamique lin&#233;aire des processus irr&#233;versibles avait d&#233;j&#224; conduit &#224; de nombreuses applications, comme l'ont montr&#233; des personnes telles que J.Meixner, 14 SR de Groot et P. Mazur, 15 et, dans le domaine de la biologie, A. Katchalsky. 16 C'&#233;tait pour moi une incitation suppl&#233;mentaire lorsque je devais faire face &#224; des situations plus g&#233;n&#233;rales. Ces probl&#232;mes nous ont confront&#233;s pendant plus de vingt ans, entre 1947 et 1967, jusqu'&#224; ce que nous arrivions enfin &#224; la notion de &#034;structure dissipative&#034;. 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que la question soit intrins&#232;quement difficile &#224; traiter ; juste que nous ne savions pas nous orienter. C'est peut-&#234;tre une caract&#233;ristique de mon travail scientifique que les probl&#232;mes m&#251;rissent lentement, puis pr&#233;sentent une &#233;volution soudaine, de telle sorte qu'un &#233;change d'id&#233;es avec mes coll&#232;gues et collaborateurs devient n&#233;cessaire. Au cours de cette phase de mon travail, l'esprit original et enthousiaste de mon coll&#232;gue Paul Glansdorff a jou&#233; un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre collaboration devait donner naissance &#224; un crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution qui est loin d'&#234;tre utilis&#233; dans la branche non lin&#233;aire, hors du domaine de validit&#233; du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale. Les crit&#232;res de stabilit&#233; qui en ont r&#233;sult&#233; devaient conduire &#224; la d&#233;couverte d'&#233;tats critiques, avec changement de branche et apparition possible de nouvelles structures. Cette manifestation tout &#224; fait inattendue des processus de &#034;l'ordre des d&#233;sordres&#034;, loin de l'&#233;quilibre, mais conforme &#224; la seconde loi de la thermodynamique, allait changer en profondeur son interpr&#233;tation traditionnelle. En plus des structures d'&#233;quilibre classiques, nous sommes maintenant confront&#233;s &#224; des structures coh&#233;rentes dissipatives, pour des conditions suffisamment &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre. Une pr&#233;sentation compl&#232;te de ce sujet peut &#234;tre trouv&#233;e dans mon livre de 1971 co-&#233;crit avec Glansdorff.18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re &#233;tape provisoire, nous avons pens&#233; principalement aux applications hydrodynamiques, en utilisant nos r&#233;sultats comme outils de calcul num&#233;rique. Ici, l'aide de R. Schechter de l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse.19 Ces questions restent largement ouvertes, mais notre centre d'int&#233;r&#234;t s'est d&#233;plac&#233; vers les syst&#232;mes de dissipation chimique, qui sont plus faciles &#224; &#233;tudier que les processus convectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une fois que nous avons formul&#233; le concept de structure dissipative, une nouvelle voie s'est ouverte &#224; la recherche et, &#224; partir de ce moment, nos travaux ont montr&#233; une acc&#233;l&#233;ration saisissante. Cela &#233;tait d&#251; &#224; la pr&#233;sence d'une heureuse r&#233;union des circonstances ; principalement &#224; la pr&#233;sence dans notre &#233;quipe d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes scientifiques intelligents. Je ne peux pas mentionner ici toutes ces personnes, mais je tiens &#224; souligner le r&#244;le important jou&#233; par deux d'entre elles, R. Lefever et G. Nicolis. C'est avec eux que nous avons &#233;t&#233; en mesure de construire un nouveau mod&#232;le cin&#233;tique, qui se r&#233;v&#233;lerait &#224; la fois assez simple et tr&#232;s instructif - le &#034;Brusselator&#034;, comme J. Tyson l'appellera plus tard - et qui manifester l'&#233;tonnante vari&#233;t&#233; de structures g&#233;n&#233;r&#233;es par les processus de diffusion-r&#233;action.20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le lieu de rendre hommage au travail de pionnier de feu A. Turing, 21 ans qui, depuis 1952, avait fait des commentaires int&#233;ressants sur la formation des structures li&#233;es aux instabilit&#233;s chimiques dans le domaine de la morphogen&#232;se biologique. J'avais rencontr&#233; Turing &#224; Manchester environ trois ans auparavant, &#224; une &#233;poque o&#249; MG Evans, qui devait mourir trop t&#244;t, avait construit un groupe de jeunes scientifiques, dont certains allaient devenir c&#233;l&#232;bres. Ce n'est que longtemps apr&#232;s que j'ai rappel&#233; les commentaires de Turing sur ces questions de stabilit&#233;, car, peut-&#234;tre trop pr&#233;occup&#233; par la thermodynamique lin&#233;aire, je n'&#233;tais alors pas assez r&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux circonstances qui ont favoris&#233; le d&#233;veloppement rapide de l'&#233;tude des structures dissipatives. L'attention des scientifiques a &#233;t&#233; attir&#233;e sur les structures de non-&#233;quilibre coh&#233;rentes apr&#232;s la d&#233;couverte de r&#233;actions chimiques oscillantes exp&#233;rimentales telles que la r&#233;action de Belusov-Zhabotinsky ; 22 l'explication de son m&#233;canisme par Noyes et ses coll&#232;gues ; 23 l'&#233;tude des r&#233;actions oscillantes en biochimie (par exemple le cycle glycolytique, &#233;tudi&#233; par B. Chance24 et B. Hess25) et finalement les importantes recherches men&#233;es par M. Eigen.26 Par cons&#233;quent, depuis 1967, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; un grand nombre d'articles sur ce sujet, en contraste avec l'absence totale d'int&#233;r&#234;t qui pr&#233;valait lors des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'introduction du concept de structure dissipative devait &#233;galement avoir d'autres cons&#233;quences inattendues. Il &#233;tait &#233;vident d&#232;s le d&#233;part que les structures sortaient des fluctuations. Ils sont apparus en fait comme des fluctuations g&#233;antes, stabilis&#233;es par des &#233;changes de mati&#232;re et d'&#233;nergie avec le monde ext&#233;rieur. Depuis la formulation du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale, l'&#233;tude de la fluctuation hors &#233;quilibre avait retenu toute mon attention.27 Il &#233;tait donc tout naturel que je reprenne ce travail afin de proposer une extension du cas de la chimie loin de l'&#233;quilibre r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; ce sujet &#224; G. Nicolis et A. Babloyantz. Nous nous attendions &#224; trouver pour les &#233;tats stationnaires une distribution de Poisson similaire &#224; celle pr&#233;dite pour les fluctuations d'&#233;quilibre par les c&#233;l&#232;bres relations d'Einstein. Nicolis et Babloyantz ont d&#233;velopp&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e des r&#233;actions chimiques lin&#233;aires et ont pu confirmer cette pr&#233;diction.28 Ils ont ajout&#233; quelques remarques qualitatives qui sugg&#233;raient la validit&#233; de ces r&#233;sultats pour toute r&#233;action chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant &#224; nouveau les calculs pour l'exemple d'une r&#233;action biomol&#233;culaire non lin&#233;aire, j'ai remarqu&#233; que cette extension n'&#233;tait pas valide. Une analyse plus approfondie, o&#249; G. Nicolis a jou&#233; un r&#244;le cl&#233;, a montr&#233; qu'un ph&#233;nom&#232;ne inattendu est apparu alors que l'on consid&#233;rait le probl&#232;me de fluctuation dans les syst&#232;mes non lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre : la loi de distribution des fluctuations d&#233;pend de leur &#233;chelle, et seules les &#171; petites fluctuations &#187; suivent la loi propos&#233;e par Einstein.29 Apr&#232;s une r&#233;ception prudente, ce r&#233;sultat est d&#233;sormais largement accept&#233;, et la th&#233;orie des fluctuations hors &#233;quilibre se d&#233;veloppe pleinement maintenant, afin de nous permettre d'attendre des r&#233;sultats importants dans les ann&#233;es &#224; venir. Ce qui est d&#233;j&#224; clair aujourd'hui, c'est qu'un domaine tel que la cin&#233;tique chimique, qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme conceptuellement ferm&#233;e, doit &#234;tre repens&#233; en profondeur, et qu'une toute nouvelle discipline, traitant des transitions de phase hors &#233;quilibre, fait son apparition.30, 31, 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s de la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles nous conduisent &#233;galement &#224; reconsid&#233;rer leur insertion dans la dynamique classique et quantique. Jetons un nouveau regard sur la m&#233;canique statistique d'il y a quelques ann&#233;es. D&#232;s le d&#233;but de mes recherches, j'avais eu l'occasion d'utiliser des m&#233;thodes conventionnelles de m&#233;canique statistique pour des situations d'&#233;quilibre. De telles m&#233;thodes sont tr&#232;s utiles pour l'&#233;tude des propri&#233;t&#233;s thermodynamiques des solutions de polym&#232;re ou des isotopes. Ici, nous traitons principalement de probl&#232;mes de calcul simples, car les outils conceptuels de la m&#233;canique statistique de l'&#233;quilibre sont bien &#233;tablis depuis les travaux de Gibbs et Einstein. Mon int&#233;r&#234;t pour le non-&#233;quilibre me conduirait par n&#233;cessit&#233; au probl&#232;me des fondements de la m&#233;canique statistique, et surtout &#224; l'interpr&#233;tation microscopique de l'irr&#233;versibilit&#233;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon premier dipl&#244;me en sciences, j'&#233;tais un lecteur enthousiaste de Boltzmann, dont la vision dynamique du devenir physique &#233;tait pour moi un mod&#232;le d'intuition et de p&#233;n&#233;tration. N&#233;anmoins, je n'ai pu que constater quelques aspects insatisfaisants. Il &#233;tait clair que Boltzmann avait introduit des hypoth&#232;ses &#233;trang&#232;res &#224; la dynamique ; sous de telles hypoth&#232;ses, parler d'une justification dynamique de la thermodynamique me paraissait pour le moins excessif. &#192; mon avis, l'identification de l'entropie avec le d&#233;sordre mol&#233;culaire ne pourrait contenir qu'une partie de la v&#233;rit&#233; si, comme je persistais &#224; penser, les processus irr&#233;versibles &#233;taient dot&#233;s de ce r&#244;le constructif que je ne cesse de leur attribuer. Pour une autre partie, les applications des m&#233;thodes de Boltzmann se limitaient aux gaz dilu&#233;s, alors que j'&#233;tais plus int&#233;ress&#233; par les syst&#232;mes condens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es quarante, un grand int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; suscit&#233; dans la g&#233;n&#233;ralisation de la th&#233;orie cin&#233;tique aux milieux denses. Apr&#232;s les travaux pionniers d'Yvon34, les publications de Kirkwodd35, Born and Green36, et de Bogoliubov37 ont attir&#233; beaucoup d'attention sur ce probl&#232;me, qui devait conduire &#224; la naissance de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. Comme je ne pouvais pas rester &#233;tranger &#224; ce mouvement, j'ai propos&#233; &#224; G. Klein, un disciple de F&#252;rth qui est venu travailler avec moi, d'essayer d'appliquer la m&#233;thode de Born and Green &#224; un exemple concret et simple, dans lequel l'approche de l'&#233;quilibre a fait pas conduire &#224; une solution exacte. Ce fut notre premi&#232;re &#233;tape provisoire dans la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre.38 Ce fut finalement un &#233;chec, avec la conclusion que le formalisme de Born et Green n'a pas conduit &#224; une extension satisfaisante de la m&#233;thode de Boltzmann aux syst&#232;mes denses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;chec n'&#233;tait pas total, car il m'a conduit, lors d'un travail ult&#233;rieur, &#224; une premi&#232;re question : &#233;tait-il possible de d&#233;velopper une th&#233;orie dynamique &#034;exacte&#034; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Tout le monde sait que selon le point de vue classique, l'irr&#233;versibilit&#233; r&#233;sulte d'approximations suppl&#233;mentaires aux lois fondamentales des ph&#233;nom&#232;nes &#233;l&#233;mentaires, qui sont strictement r&#233;versibles. Ces approximations suppl&#233;mentaires ont permis &#224; Boltzmann de passer d'une description dynamique et r&#233;versible &#224; une description probabiliste, afin d'&#233;tablir son c&#233;l&#232;bre th&#233;or&#232;me H.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore rencontr&#233; cette attitude n&#233;gative de &#171; passivit&#233; &#187; imput&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, attitude que je ne pouvais partager. Si - comme j'&#233;tais dispos&#233; &#224; le penser - des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles jouent effectivement un r&#244;le actif et constructif, leur &#233;tude ne saurait se r&#233;duire &#224; une description en termes d'approximations suppl&#233;mentaires. De plus, mon opinion &#233;tait que dans une bonne th&#233;orie, un coefficient de viscosit&#233; pr&#233;senterait autant de signification physique qu'une chaleur sp&#233;cifique, et la dur&#233;e de vie moyenne d'une particule autant que sa masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti confirm&#233; dans cette attitude par les publications remarquables de Chandrasekhar et von Neumann, &#233;galement parues dans les ann&#233;es 40. C'est pourquoi, toujours avec l'aide de G. Klein, j'ai d&#233;cid&#233; de jeter un regard neuf sur un exemple d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;. par Schr&#246;dinger, 40 concernant la description d'un syst&#232;me d'oscillateurs harmoniques. Nous avons &#233;t&#233; surpris de voir que, pour tout un mod&#232;le aussi simple qui nous a permis de conclure, cette classe de syst&#232;mes tend &#224; s'&#233;quilibrer. Mais comment g&#233;n&#233;raliser ce r&#233;sultat aux syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la performance v&#233;ritablement historique de L&#233;on van Hove nous a ouvert la voie (1955) .41 Je me souviens, avec un plaisir toujours nouveau, du temps - trop court - pendant lequel van Hove a travaill&#233; avec notre groupe. Certains de ses travaux ont eu un effet durable sur l'ensemble du d&#233;veloppement de la physique statistique ; Je veux dire non seulement son &#233;tude de la d&#233;duction d'une &#034;&#233;quation ma&#238;tresse&#034; pour les syst&#232;mes anharmoniques, mais aussi sa contribution fondamentale sur les transitions de phase, qui devait conduire &#224; la branche de la m&#233;canique statistique qui traite des r&#233;sultats dits &#034;exacts&#034; .42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re &#233;tude de van Hove s'est limit&#233;e aux syst&#232;mes anharmoniques faiblement coupl&#233;s. Mais de toute fa&#231;on, le chemin &#233;tait ouvert, et avec certains de mes coll&#232;gues et collaborateurs, principalement R. Balescu, R. Brout, F. H&#233;nin et P. R&#233;sibois, nous avons r&#233;alis&#233; une formulation de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre &#224; partir d'un point purement dynamique de vue, sans aucune hypoth&#232;se probabiliste. La m&#233;thode que nous avons utilis&#233;e est r&#233;sum&#233;e dans mon livre de 196243. Elle conduit &#224; une &#171; dynamique des corr&#233;lations &#187;, car la relation entre interaction et corr&#233;lation constitue la composante essentielle de la description. Depuis lors, ces m&#233;thodes ont conduit &#224; de nombreuses applications. Sans donner plus de d&#233;tails, je me limiterai ici &#224; mentionner deux livres r&#233;cents, l'un de R. Balescu, 44 l'autre de P. R&#233;sibois et M. De Leener.45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conclu la premi&#232;re &#233;tape de mes recherches en m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. La seconde se caract&#233;rise par une tr&#232;s forte analogie avec l'approche des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles qui nous a conduits de la thermodynamique lin&#233;aire &#224; la thermodynamique non lin&#233;aire. Dans cette &#233;tape provisoire &#233;galement, j'ai &#233;t&#233; pouss&#233; par un sentiment d'insatisfaction, car la relation avec la thermodynamique n'a pas &#233;t&#233; &#233;tablie par nos travaux en m&#233;canique statistique, ni par aucune autre m&#233;thode. Le th&#233;or&#232;me de Boltzmann &#233;tait toujours aussi isol&#233; que jamais, et la question de la nature des syst&#232;mes dynamiques auxquels s'applique la thermodynamique &#233;tait toujours sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait de loin plus large et plus complexe que les consid&#233;rations plut&#244;t techniques auxquelles nous &#233;tions parvenus. Il a touch&#233; la nature m&#234;me des syst&#232;mes dynamiques et les limites de la description hamiltonienne. Je n'aurais jamais os&#233; aborder un tel sujet si je n'avais pas &#233;t&#233; stimul&#233; par des discussions avec des amis tr&#232;s comp&#233;tents comme feu L&#233;on Rosenfeld de Copenhague ou G. Wentzel de Chicago. Rosenfeld a fait plus que me donner des conseils ; il &#233;tait directement impliqu&#233; dans l'&#233;laboration progressive des concepts que nous devions explorer pour construire une nouvelle interpr&#233;tation de l'irr&#233;versibilit&#233;. Plus que toute autre &#233;tape de ma carri&#232;re scientifique, celle-ci est le fruit d'un effort collectif. Je n'aurais pas pu r&#233;ussir sans l'aide de mes coll&#232;gues M. de Haan, Cl. George, A. Grecos, F. Henin, F. Mayn&#233;, W. Schieve et M. Theodosopulu. Si l'irr&#233;versibilit&#233; ne r&#233;sulte pas d'approximations suppl&#233;mentaires, elle ne peut &#234;tre formul&#233;e que dans une th&#233;orie des transformations qui exprime en termes &#171; explicites &#187; ce que la formulation habituelle de la dynamique &#171; cache &#187;. Dans cette perspective, l'&#233;quation cin&#233;tique de Boltzmann correspond &#224; une formulation de la dynamique dans une nouvelle repr&#233;sentation.46, 47, 48, 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : la dynamique et la thermodynamique deviennent deux descriptions compl&#233;mentaires de la nature, li&#233;es par une nouvelle th&#233;orie de la transformation non unitaire. J'en suis venu &#224; mes pr&#233;occupations actuelles ; et il est donc temps de mettre fin &#224; cette autobiographie intellectuelle. Alors que nous partions de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, tels que la signification thermodynamique des &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre ou des ph&#233;nom&#232;nes de transport dans les syst&#232;mes denses, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s, presque contre notre volont&#233;, &#224; des probl&#232;mes de grande g&#233;n&#233;ralit&#233; et de complexit&#233;, qui appellent &#224; reconsid&#233;rer la relation des structures physico-chimiques aux structures biologiques, alors qu'elles expriment les limites de la description hamiltonienne en physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tous ces probl&#232;mes ont un &#233;l&#233;ment commun : le temps. Peut-&#234;tre que l'orientation de mon travail est venue du conflit n&#233; de ma vocation humaniste d'adolescent et de l'orientation scientifique que j'ai choisie pour ma formation universitaire. Presque par instinct, je me suis tourn&#233; plus tard vers des probl&#232;mes de complexit&#233; croissante, peut-&#234;tre dans la conviction que je pourrais y trouver une jonction en sciences physiques d'une part, et en biologie et sciences humaines d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les recherches men&#233;es avec mon ami R. Herman sur la th&#233;orie de la circulation automobile50 m'ont confirm&#233; la supposition que m&#234;me le comportement humain, avec toute sa complexit&#233;, serait &#233;ventuellement susceptible d'une formulation math&#233;matique. De cette fa&#231;on, la dichotomie des &#034;deux cultures&#034; pourrait et devrait &#234;tre supprim&#233;e. Cela correspondrait &#224; la perc&#233;e des biologistes et des anthropologues vers la description mol&#233;culaire ou les &#171; structures &#233;l&#233;mentaires &#187;, si l'on veut utiliser la formulation de L&#233;vi-Strauss, un mouvement compl&#233;mentaire du physico-chimiste vers la complexit&#233;. Le temps et la complexit&#233; sont des concepts qui pr&#233;sentent des relations mutuelles intrins&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa conf&#233;rence inaugurale, De Donder a parl&#233; en ces termes : 51 &#034;La physique math&#233;matique repr&#233;sente l'image la plus pure que la vision de la nature puisse g&#233;n&#233;rer dans l'esprit humain ; cette image pr&#233;sente tout le caract&#232;re du produit de l'art ; elle engendre une certaine unit&#233;, elle est vrai et a la qualit&#233; de la sublimit&#233; ; cette image est &#224; la nature physique ce qu'est la musique aux mille bruits dont l'air est plein ... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filtrer la musique hors du bruit ; l'unit&#233; de l'histoire spirituelle de l'humanit&#233;, comme l'a soulign&#233; M. Eliade, est une d&#233;couverte r&#233;cente qui doit encore &#234;tre assimil&#233;e.52 La recherche de ce qui est significatif et vrai par opposition au bruit est une &#233;tape provisoire qui semble intrins&#232;quement intrins&#232;que. li&#233; &#224; la prise de conscience de l'homme face &#224; une nature dont il fait partie et qu'il laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai maintes fois pr&#244;n&#233; le dialogue n&#233;cessaire dans l'activit&#233; scientifique, et donc l'importance vitale de mes coll&#232;gues et collaborateurs dans le parcours que j'ai tent&#233; de d&#233;crire. Je voudrais &#233;galement souligner le soutien continu que j'ai re&#231;u des institutions qui ont rendu ce travail r&#233;alisable, en particulier l'Universit&#233; Libre de Bruxelles et l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin. Pour tout le d&#233;veloppement de ces id&#233;es, l'Institut international de physique et de chimie fond&#233; par E. Solvay (Bruxelles, Belgique) et la Fondation Welch (Houston, Texas) m'ont apport&#233; un soutien continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail d'un th&#233;oricien est directement li&#233; &#224; toute sa vie. Il faut, je crois, une certaine paix int&#233;rieure pour trouver un chemin entre toutes les bifurcations successives. Cette paix que je dois &#224; ma femme, Marina. Je connais la fragilit&#233; du pr&#233;sent, mais aujourd'hui, vu l'avenir, je me sens &#234;tre un homme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences 1. G. Poulet, Etudes sur le temps humain, Tone 4, Edition 10/18, Paris, 1949. 2. Voir la note sur De Donder dans le Floril&#232;ge (pedant le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe), Acad. Roy. Belg., Bull. Cl. Sc., Page 169, 1968. 3. Th. De Donder (R&#233;daction nouvelle par P. Van Rysselberghe), Paris, Gauthier-Villars, 1936. Voir aussi : I. Prigogine et R. Defay : Thermodynamique Chimique conform&#233;ment aux m&#233;thodes de Gibbs et De Donder (2 Tomes), Li&#232;ge, Desoer, 1944-1946. Ou la traduction en anglais : Chemical Thermodynamics, traduite par DH Everett, Langmans 1954, 1962. 4. Voir Colloque de Thermodynamique, Union Intern. de Physique pure et appliqu&#233;e (IUPAP), 1948. 5. Bolzmann, L., Wien, Ber. 66, 2275, 1872. 6. Planck, M., Vorlesaungen &#252;ber Thermodynamik, Walter de Gruyter, Berlin, Leipzig, 1930. 7. Timmermans, J., Les Solutions Concentr&#233;es, Masson et Cie, Paris, 1936. Citons &#233;galement sa th&#232;se sur la recherche exp&#233;rimentale sur la d&#233;mixtion dans les m&#233;langes liquides 8. Prigogine, I., La th&#233;orie mol&#233;culaire des solutions, avec A. Bellemans et V. Mathot ; Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1957. Voir aussi : Prigogine and Defay, R&#233;f. 3. 9. Citons quelques &#339;uvres remarquables de cette Ecole : Barchet, A., La Vie cr&#233;atrice des formes, Alcan, Paris, 1927. Dalcq, A., L'Oeuf et son dynamisme organisateur, Alban Michel. Paris, 1941. Barchet, J., Embryologie Chimique, Desoer, Li&#232;ge et Masson, Paris, 1946. J'ai &#233;galement &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ress&#233; par le beau livre de Marcel Florkin : L'Evolution biochimique, Desoer, Li&#232;ge, 1944. 10. Prigogine, I., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Caroline du Sud. 31, 600, 1945.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Th&#232;se d'agr&#233;gation pr&#233;sent&#233;e en 1945 &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Desoer, Li&#232;ge, 1947.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &#224; la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, traduit de l'anglais par J. Chanu, Dunod, Paris, 1968. 11. Prigogine, I., et Wiame, JM, Experientia, 2, 451, 1946. 12. Nicolis, G. et Prigogine, I., Self Organisation in Non-Equilibrium Systems (Chaps. III et IV), J. Wiley and Sons, New York, 1977. 13. Onsager, L., Phys. Rev., 37, 405, 1931. 14. Meixner, J., Ann. Physik, (5), 35, 701, 1939 ; 36, 103, 1939 ; 39, 333, 1941 ; 40, 165, 1941 ; Zeitsch Phys. Chim. B 53, 235, 1943. 15. de Groot, SR et Mazur, P., Thermodynamics Non-Equilibrium, North-Holland, Amsterdam, 1962. 16. Katchalsky, A. et Curran, PF, Thermodynamics Non-Equilibrium in Biophisics, Harvard Univ. Press, Cambridge, Mass., 1946. 17. Prigogine, I., Structure, Dissipation and Life. Physique th&#233;orique et biologie, Versailles, 1967. Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1969. C'est dans cette communication que le terme &#034;structure dissipative&#034; est utilis&#233; pour la premi&#232;re fois. 18. Glansdorff, P. et Prigogine, I., Structure, Stabilit&#233; et Fluctuations, Masson, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Th&#233;orie thermodynamique de la stabilit&#233; et des fluctuations des structures, Wiley and Sons, Londres, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue russe : Mir, Moscou, 1973.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue japonaise ; Misuzu Shobo, 1977. Ce livre pr&#233;sente en d&#233;tail le travail original des deux auteurs, qui a conduit au concept de structure dissipative. Pour un bref compte rendu historique, voir aussi : Acad. Roy. Belg., Bull. des Cl. Sc., LIX, 80, 1973. 19. Schechter, RS, The Variational Method in Engineering, McGraw-Hill, New York, 1967. 20. Tyson, J., Journ. de Chem. Physique, 58, 3919, 1973. 21. Turing, A., Phil. Trans. Roy. Soc. Londres, Ser B, 237, 37, 1952. 22. Belusov, BP, Sb. R&#233;f. Radiat. Med. Moscou, 1958. Zhabotinsky, AP, Biofizika, 9, 306, 1964. Acad. Caroline du Sud. URSS Moscou (Nauka), 1967. 23. Noyes, RM et al., Ann. Rev. Phys. Chem. 25, 95, 1974. 24. Chance, B., Schonener, B. et Elsaesser, S., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 52, 337-341, 1964. 25. Hess, B., Ann. Rev. Biochem. 40, 237, 1971. 26. Eigen, M., Naturwissenschaften, 58, 465, 1971. 27. Prigogine, I. et Mayer, G., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Sc., 41, 22, 1955 28. Nicolis, G. et Babloyantz, A., Journ. Chem. Phys., 51, 6, 2632, 1969. 29. Nicolis, G. et Prigogine, I., Proc. Nat. Acad. Sci. USA, 68, 2102, 1971. 30. Prigogine, I., Proc. 3rd Symp. Temp&#233;rature, Washington DC, 1954. Prigogine, I. et Nicolis, G., Proc. 3e. Interne. Conf&#233;rence : De la physique th&#233;orique &#224; la biologie, Versailles, France, 1971. 31. Nicolis, G. et Turner, JW, Proc. de la Conf&#233;rence sur la th&#233;orie de la bifurcation, New York, 1977. &#192; para&#238;tre. 32. Prigogine, I. et Nicolis, G., Transitions de phase hors &#233;quilibre et r&#233;actions chimiques, Scientific American. Appara&#238;tre. 33. Prigogine, I., Non-Equilibrium Stastistical Mechanics, Interscience Publ., New York, Londres, 1962-1966. (Pour un bref historique et des r&#233;f&#233;rences originales.) 34. Yvon, J., Les Corr&#233;lations et l'Entropie en M&#233;canique Statistique Classique. Dunod, Paris, 1965. 35. Kirkwood. JG, Journ, Chem. Physique, 14, 180, 1946. 36. Born, M. et Green, HS, Proc, Roy, Soc. Londres, A 188, 10, 1946 et A 190, 45, 1947. 37. Bogoliubov, sans num&#233;ro, Jour. Phys. URSS 10, 257, 265, 1949. 38. Klein, G. et Prigogine, I., Physica XIX 74-88 ; 88-100 ; 1053-1071, 1953. 39. Chandrasekhar, S., Stocastic Problems in Physics and Astronomy ; R&#233;v.de Mod. Physique, 15, no 1, 1943. 40. Shr&#246;dinger, E., Ann. der Physik, 44, 916, 1914. 41. Van Hove, L., Physica, 21, 512 (1955). 42. Van Hove, L., Physica, 16, 137 (1950). 43. Prigogine, I., cf. R&#233;f. 33. 44. Balascu, R., M&#233;canique statistique d'&#233;quilibre et de non-&#233;quilibre, Wiley, Interscience, 1957. 45. R&#233;sibois, P. et De Leener, M., Th&#233;orie cin&#233;tique classique des fluides, Wiley, Interscience, New York, 1977 46. &#8203;&#8203;Prigogine, I., George, C., Henin, F. et Rosenfeld, L., Chemica Scripta, 4, 5-32, 1973. 47. Prigogine, I., George, C., Henin, F. , Physica, 45, 418-434, 1969 48. Prigogine, I. et Grecos, AP, The Dynamic Dynamory of Irreversible Processes, Proc. Interne. Conf. sur Frontiers of Theor. Phys., New Delhi, 1976. Th&#233;orie cin&#233;tique et propri&#233;t&#233;s ergodiques en m&#233;canique quantique, Abhandlungen der Akad. der Wiss., der DDR Nr 7 n Berlin, Jahrgang 1977. 49. Grecos, AP and Prigogine, I., Treizi&#232;me Conf&#233;rence IUPAP de physique statistique, Ha&#239;fa, ao&#251;t 1977. 50. Prigogine, I. et Herman, R., Kinetic Theory of Vehicular traffic, Elsevier, 1971. 51. Pour la r&#233;f&#233;rence, voir note 2. 52. Mirc&#233;a Eliade, Historie des croyances et fies id&#233;es religieuseu Vol. I., p. 10, Payot, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Nobel Lectures, Chemistry 1971-1980, r&#233;dacteur en chef Tore Fr&#228;ngsmyr, r&#233;dacteur en chef Sture Fors&#233;n, World Scientific Publishing Co., Singapour, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autobiographie / biographie a &#233;t&#233; &#233;crite au moment de la remise du prix et publi&#233;e pour la premi&#232;re fois dans la s&#233;rie de livres Les Prix Nobel. Il a ensuite &#233;t&#233; &#233;dit&#233; et republi&#233; dans Nobel Lectures. Pour citer ce document, indiquez toujours la source comme indiqu&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine est d&#233;c&#233;d&#233; le 28 mai 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Etudes sur l'irr&#233;versibilit&#233; ?</title>
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		<dc:date>2020-08-11T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;La Fin des Certitudes&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
de Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On sait qu'Einstein a souvent affirm&#233; que &#034;le temps est illusion&#034;&#183; Et en effet, le temps tel qu'il a &#233;t&#233; incorpor&#233; dans les lois fondamentales de la physique, de la dynamique classique newtonienne jusqu'&#224; la relativit&#233; et &#224; la physique quantique, n'autorise aucune distinction entre le pass&#233; et le futur. Aujourd'hui encore pour beaucoup de physiciens, c'est l&#224; une v&#233;ritable profession de foi : au niveau de la description fondamentale de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Chapter 07 : Dynamical contradictions - Des contradictions dynamiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;La Fin des Certitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de Ilya Prigogine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On sait qu'Einstein a souvent affirm&#233; que &#034;le temps est illusion&#034;&#183; Et en effet, le temps tel qu'il a &#233;t&#233; incorpor&#233; dans les lois fondamentales de la physique, de la dynamique classique newtonienne jusqu'&#224; la relativit&#233; et &#224; la physique quantique, n'autorise aucune distinction entre le pass&#233; et le futur. Aujourd'hui encore pour beaucoup de physiciens, c'est l&#224; une v&#233;ritable profession de foi : au niveau de la description fondamentale de la nature, il n'y a pas de fl&#232;che du temps. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce faisant elle conf&#232;re une nouvelle signification &#224; l'irr&#233;versibilit&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; ne peut plus &#234;tre attribu&#233;e &#224; une simple apparence qui dispara&#238;trait si nous acc&#233;dions &#224; une connaissance parfaite. Elle est une condition essentielle de comportements coh&#233;rents de milliards de milliards de mol&#233;cules. Selon une formule que j'aime a r&#233;p&#233;ter, la mati&#232;re est aveugle &#224; l'&#233;quilibre l&#224; o&#249; la fl&#232;che du temps ne se manifeste pas ; mais lorsque celle-ci se manifeste, loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re commence &#224; voir ! Sans la coh&#233;rence des processus irr&#233;versibles de non-&#233;quilibre, l'apparition de la vie sur la Terre serait inconcevable. La th&#232;se selon laquelle la fl&#232;che du temps est seulement ph&#233;nom&#233;nologique est absurde. Ce n'est pas nous qui engendrons la fl&#232;che du temps. Bien au contraire, nous sommes ses enfants. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second d&#233;veloppement concernant la r&#233;vision du concept de temps en Physique a &#233;t&#233; celui des syst&#232;mes dynamiques instables. La science classique privil&#233;giait l'ordre, la stabilit&#233;, alors qu'&#224; tous les niveaux d'observation nous reconnaissons d&#233;sormais le r&#244;le primordial des fluctuations et de l'instabilit&#233; [...] Mais comme nous le montrerons dans ce livre, les syst&#232;mes dynamiques instables conduisent aussi &#224; une extension de la dynamique classique et de la physique quantique, et d&#232;s lors &#224; une formulation nouvelle des lois de la physique. Cette formulation brise la sym&#233;trie entre pass&#233; et futur qu'affirmait la physique traditionnelle, y compris la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. [...] D&#232;s que l'instabilit&#233; est incorpor&#233;e, la signification des lois de la nature prend un nouveau sens. Elles expriment d&#233;sormais des possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres questions sont directement rattach&#233;es au probl&#232;me du temps. L'une est le r&#244;le &#233;trange conf&#233;r&#233; &#224; l'observateur dans la th&#233;orie quantique. Le paradoxe du temps fait de nous les responsables de la brisure de sym&#233;trie temporelle observ&#233;e dans la nature. Mais, plus encore, c'est l'observateur qui serait responsable d'un aspect fondamental de la th&#233;orie quantique qu'on appelle la r&#233;duction de la fonction d'onde. C'est ce r&#244;le qu'elle attribue &#224; l'observateur qui, nous le verrons, a donn&#233; &#224; la m&#233;canique quantique son aspect apparemment subjectiviste et a suscit&#233; des controverses interminables. Dans l'interpr&#233;tation usuelle, la mesure, qui impose une r&#233;f&#233;rence &#224; l'observateur en th&#233;orie quantique, correspond &#224; une brisure de sym&#233;trie temporelle. En revanche, l'introduction de l'instabilit&#233; dans la th&#233;orie quantique conduit &#224; une brisure de la sym&#233;trie du temps. L'observateur quantique perd d&#232;s lors son statut singulier ! La solution du paradoxe du temps apporte &#233;galement une solution au paradoxe quantique, et m&#232;ne &#224; une formulation r&#233;aliste de la th&#233;orie. Soulignons que cela ne nous fait pas revenir &#224; l'orthodoxie classique et d&#233;terministe ; bien au contraire, cela nous conduit &#224; affirmer encore davantage le caract&#232;re statistique de la m&#233;canique quantique. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, tant en dynamique classique qu'en physique quantique, les lois fondamentales expriment maintenant des possibilit&#233;s et non plus des certitudes. Nous avons non seulement des lois mais aussi des &#233;v&#233;nements qui ne sont pas d&#233;ductibles des lois mais en actualisent les possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du temps et du d&#233;terminisme n'est pas limit&#233;e aux sciences, elle est au c&#339;ur de la pens&#233;e occidentale depuis l'origine de ce que nous appelons la rationalit&#233; et que nous situons &#224; l'&#233;poque pr&#233;socratique. Comment concevoir la cr&#233;ativit&#233; humaine, comment penser l'&#233;thique dans un monde d&#233;terministe ? [...] La d&#233;mocratie et les sciences modernes sont toutes deux les h&#233;riti&#232;res de la m&#234;me histoire, mais cette histoire m&#232;nerait &#224; une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception d&#233;terministe de la nature alors que la d&#233;mocratie incarne l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; libre. Nous consid&#233;rer comme &#233;trangers &#224; la nature implique un dualisme &#233;tranger &#224; l'aventure des sciences aussi bien qu'&#224; la passion d'intelligibilit&#233; propre au monde occidental. Cette passion est selon Richard Tarnas [1], de &#034;retrouver son unit&#233; avec les racines de son &#234;tre&#034;. Nous pensons nous situer aujourd'hui &#224; un point crucial de cette aventure au point de d&#233;part d'une nouvelle rationalit&#233; qui n'identifie plus science et certitude, probabilit&#233; et ignorance. En cette fin de si&#232;cle, la question de I'avenir de la science est souvent pos&#233;e. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa Br&#232;ve histoire du temps [2], nous sommes proches de la fin, du moment o&#249; nous serons capables de d&#233;chiffrer la &#034;pens&#233;e de Dieu&#034;. Je crois, au contraire que nous sommes seulement au d&#233;but de l'aventure Nous assistons &#224; l'&#233;mergence d'une science qui n'est plus limit&#233;e &#224; des situations simplifi&#233;es, id&#233;alis&#233;es, mais nous met en face de la complexit&#233; du monde r&#233;el, une science qui permet &#224; la cr&#233;ativit&#233; humaine de se vivre comme l'expression singuli&#232;re d'un trait fondamental commun &#224; tous les niveaux de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Richard Tarnas &#034;The Passion of the Western Mind&#034;, New York, Harmony, 1991, p443. [2]Stephen Hawking, &#034;Une br&#232;ve histoire du temps&#034;, Paris, Flammarion, Collection &#034;Champs&#034;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions &#233;tudi&#233;es dans ce livre - l'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? - ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale. Elles nous accompagnent depuis plus de deux mille cinq cent ans. Aujourd'hui, les d&#233;veloppements de la physique et des math&#233;matiques du chaos et de l'instabilit&#233; ouvrent un nouveau chapitre dans cette longue histoire. Nous percevons ces probl&#232;mes sous un angle renouvel&#233;. Nous pouvons d&#233;sormais &#233;viter les contradictions du pass&#233;. &#201;picure fut le premier &#224; dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conf&#233;r&#233; le poids de son autorit&#233;. Successeur de D&#233;mocrite, il imaginait le monde constitu&#233; par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la m&#234;me vitesse en suivant des trajets parall&#232;les. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveaut&#233;, une nouvelle combinaison d'atomes, pouvait-elle apparaitre ? Pour &#201;picure, le probl&#232;me de la science, de l'intelligibilit&#233; de la nature et celui de la destin&#233;e des hommes &#233;taient ins&#233;parables. Que pouvait signifier la libert&#233; humaine dans le monde d&#233;terministe des atomes ? Il &#233;crivait &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e : &#034;Quant au destin, que certains regardent comme le ma&#238;tre de tout, le sage en rit. En effet, mieux vaut encore accepter le mythe sur les dieux que de s'asservir au destin des physiciens. Car le mythe nous laisse l'espoir de nous concilier les dieux par les honneurs que nous leur rendons, tandis que le destin a un caract&#232;re de n&#233;cessit&#233; inexorable&#034;. Les physiciens dont parle &#201;picure ont beau &#234;tre les philosophes sto&#239;ciens cette citation r&#233;sonne de mani&#232;re &#233;tonnamment moderne ! [...] Mais avons-nous besoin d'une pens&#233;e de la nouveaut&#233; ? Toute nouveaut&#233; n'est-elle pas illusion ? Aussi la question remonte aux origines. Pour H&#233;raclite, tel que l'a compris Popper, &#034;la v&#233;rit&#233; est d'avoir saisi l'&#234;tre essentiel de la nature, de l'avoir con&#231;ue comme implicitement infinie, comme le processus m&#234;me&#034;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que la physique newtonienne a &#233;t&#233; d&#233;tr&#244;n&#233;e au XX&#232;me si&#232;cle par la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. Mais les traits fondamentaux de la loi de Newton, son d&#233;terminisme et sa sym&#233;trie temporelle, ont surv&#233;cu. Bien s&#251;r, la m&#233;canique quantique ne d&#233;crit plus des trajectoires mais des fonctions d'onde (voir section IV de ce chapitre et le chapitre VI), mais son &#233;quation de base, l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, est elle aussi d&#233;terministe et &#224; temps r&#233;versible. Les lois de la nature &#233;nonc&#233;e par la physique rel&#232;vent donc d'une connaissance id&#233;ale qui atteint la certitude. D&#232;s lors que les conditions initiales sont donn&#233;es, tout est d&#233;termin&#233;. La nature est un automate que nous pouvons contr&#244;ler, en principe du moins. La nouveaut&#233;, le choix, l'activit&#233; spontan&#233;e ne sont que des apparences, relatives seulement au point de vue humain. Page 20 Remarque : Le d&#233;terminisme est issu de la pens&#233;e de l'outil. L'emploi de l'outillage, le processus technique est le prototype du d&#233;terminisme intellectuel. Comme il n'existe que tr&#232;s peu de processus techniques qui font usage de processus de type probabilistes, l'incertitude n'apparait pas dans la logique usuelle qui n'est que le reflet intellectuel de la pratique technique concr&#232;te. Mais tout n'est pas outil, il faut comprendre aussi ce que la nature a de naturel. C'est en quoi le point de vue de Prigogine est difficile &#224; assimiler dans ce monde-ci... Il s'agit d'une logique qui n'a pas de pr&#233;c&#233;dent dans la pratique technicienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux historiens soulignent le r&#244;le essentiel jou&#233; par la figure du Dieu chr&#233;tien, con&#231;u au XVII &#232;me si&#232;cle comme un l&#233;gislateur tout-puissant, dans cette formulation des lois de la nature. La th&#233;ologie et la science convergeaient alors. Leibniz a &#233;crit : &#034;...dans la moindre des substances, des yeux aussi per&#231;ants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l'univers. Quae sint, quae fuerint, quae mox futura trahantur (qui sont, qui ont &#233;t&#233;, qui se produiront dans l'avenir)&#034;. La soumission de la nature &#224; des lois d&#233;terministes rapprochait ainsi la connaissance humaine du point de vue divin atemporel. La conception d'une nature passive, soumise &#224; des lois d&#233;terministes, est une sp&#233;cificit&#233; de l'Occident. En Chine et au Japon, &#034;nature&#034; signifie &#034;ce qui existe par soi-m&#234;me &#034;. Joseph Needham nous a rappel&#233; l'ironie avec laquelle les lettr&#233;s chinois re&#231;urent l'expos&#233; des triomphes de la science moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : Quant &#224; l'id&#233;e qu'une nature passive serait une sp&#233;cifi&#233; de l'Occident, tout d&#233;pend de quelle p&#233;riode de l'Occident on parle : l'&#233;tymologie grecque du mot physique (physis) par exemple sugg&#232;re tout le contraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des ses derniers livres, L'Univers Irr&#233;solu, Karl Popper &#233;crit : &#034;Je consid&#232;re le d&#233;terminisme laplacien - confirm&#233; comme il semble l'&#234;tre par le d&#233;terminisme des th&#233;ories physiques, et par leur succ&#232;s &#233;clatant - comme l'obstacle le plus solide et plus s&#233;rieux sur le chemin d'une explication et d'une apologie de la libert&#233;, de la cr&#233;ativit&#233;, et de la responsabilit&#233; humaines&#034;. Pour Popper, cependant, le d&#233;terminisme ne met pas seulement en cause la libert&#233; humaine. Il rend impossible la rencontre de la r&#233;alit&#233; qui est la vocation m&#234;me de notre connaissance : Popper &#233;crit plus loin que la r&#233;alit&#233; du temps et du changement a toujours &#233;t&#233; pour lui &#034;le fondement essentiel du r&#233;alisme&#034;. Dans &#034;Le possible et le r&#233;el&#034;, Henri Bergson demande &#034;A quoi sert le temps ?... le temps est ce qui emp&#234;che quc tout soit donn&#233; d'un seul coup. Il retarde, ou plut&#244;t il est retardement. Il doit donc &#233;tre &#233;laboration. Ne serait-il pas alors le v&#233;hicule de cr&#233;ation et de choix ? L'existence du temps ne prouverait-elle pas qu'il y a de l'ind&#233;termination dans les choses ?&#034;. Pour Bergson comme pour Popper 1e r&#233;alisme et l'ind&#233;terminisme sont solidaires. Mais cette conviction se heurte au triomphe de la physique moderne, au fait que le plus fructueux et le plus rigoureux des dialogues que nous ayons men&#233; avec nature aboutit &#224; l'affirmation du d&#233;terminisme. L'opposition entre le temps r&#233;versible et d&#233;terministe de la physique et le temps des philosophes a men&#233; &#224; des conflits ouverts. Aujourd'hui, la tentation est plut&#244;t celle d'un repli, qui se traduit par un scepticisme g&#233;n&#233;ral quant &#224; la signification de nos connaissances. Ainsi, la philosophie postmoderne pr&#244;ne la d&#233;construction. Rorty par exemple appelle &#224; transformer les probl&#232;mes qui ont divis&#233; notre tradition en sujets de conversation civilis&#233;e. Bien s&#251;r, pour lui les controverses scientifiques, trop techniques n'ont pas de place dans cette conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] Mais le conflit n'oppose pas seulement les sciences et la philosophie, Il oppose la physique &#224; tous les autres savoirs. En octobre 1994 Scientific American a consacr&#233; un num&#233;ro sp&#233;cial &#224; &#034;La vie dans l'univers&#034;. A tous les niveaux, que ce soit celui de la cosmologie, de la g&#233;ologie, de la biologie ou de la soci&#233;t&#233;, le caract&#232;re &#233;volutif de la r&#233;alit&#233; s'affirme de plus en plus. On s'attendrait donc &#224; ce que la question soit pos&#233;e : comment comprendre ce caract&#232;re &#233;volutif dans le cadre des lois de la physique ? Or un seul article, &#233;crit par le c&#233;l&#232;bre physicien Steven Weinberg, discute cet aspect. Weinberg &#233;crit : &#034;Quel que soit notre d&#233;sir d'avoir une vision unifi&#233;e de la nature, nous ne cessons de nous heurter &#224; la dualit&#233; du r&#244;le de la vie intelligente dans l'univers... D'une part, il y a l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, qui d&#233;crit de mani&#232;re parfaitement d&#233;terministe comment la fonction d'onde de n'importe quel syst&#232;me &#233;volue dans le temps. Et puis, d'une mani&#232;re parfaitement ind&#233;pendante, i1 y a un ensemble de principes qui nous disent comment utiliser la fonction d'onde pour calculer les probabilit&#233;s des diff&#233;rents r&#233;sultats possibles produits par nos mesures&#034;. &#034;Nos mesures ?&#034; Est-i1 donc sugg&#233;r&#233; que c'est nous par nos mesures, qui serions responsables de ce qui &#233;chappe au d&#233;terminisme universel, qui serions donc &#224; l'origine de l'&#233;volution cosmique ? C'est le point de vue que d&#233;fend &#233;galement Stephen Hawking dans &#034;Une br&#232;ve histoire du Temps&#034;. I1 y expose une interpr&#233;tation purement g&#233;om&#233;trique de la cosmologie : le temps ne serait en quelque sorte qu'un accident de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans The Emperor's New Mind, Roger Penrose &#233;crit que &#034;c'est notre compr&#233;hension actuellement insuffisante des lois fondamentales de la physique qui nous emp&#234;che d'exprimer la notion d'esprit (mind) en termes physiques ou logiques&#034;. Je suis d'accord avec Penrose : nous avons besoin d'une nouvelle formulation des lois fondamentales de la physique, mais celle-ci ne doit pas n&#233;cessairement d&#233;crire la notion d'esprit, elle doit d'abord incorporer dans nos lois physiques la dimension &#233;volutive sans laquelle nous sommes condamn&#233;s &#224; une conception contradictoire de la r&#233;alit&#233;. Enraciner l'ind&#233;terminisme et l'asym&#233;trie du temps dans les lois de la physique est la r&#233;ponse que nous pouvons donner aujourd'hui au dilemme d'&#201;picure. Sinon, ces lois sont incompl&#232;tes, aussi incompl&#232;tes que si elles ignoraient la gravitation ou l'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. R. Penrose, The Ernperor's New Mind. Oxford, Oxford University Press, Vintage edition, 1990, p. 4-5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de ce chapitre, nous avons mentionn&#233; les penseurs pr&#233;socratiques. En fait, les anciens grecs nous ont l&#233;gu&#233; deux id&#233;aux qui ont guid&#233; notre histoire : celui d'intelligibilit&#233; de la nature ou, comme l'a &#233;crit Whitehead, de &#034;former un syst&#232;me d'id&#233;es g&#233;n&#233;rales qui soit n&#233;cessaire, logique, coh&#233;rent, et en fonction duquel tous les &#233;l&#233;ments de notre exp&#233;rience puissent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s&#034; ; et celui de d&#233;mocratie bas&#233;e sur le pr&#233;suppos&#233; de la libert&#233; humaine, de la cr&#233;ativit&#233; et de la responsabilit&#233;. Nous sommes certes tr&#232;s loin de l'accomplissement de ces deux id&#233;aux, du moins nous pouvons d&#233;sorrnais conclure qu &#239;ls ne sont pas contradictoires. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature nous pr&#233;sente des processus irr&#233;versibles et des processus r&#233;versibles, mais les premiers sont la r&#232;gle, et les seconds l'exception. Les processus macroscopiques, tels que r&#233;actions chimiques et ph&#233;nom&#232;nes de transport, sont irr&#233;versibles. Le rayonnement solaire est le r&#233;sultat de processus nucl&#233;aires irr&#233;versibles. Aucune description de l'&#233;cosph&#232;re ne serait possible sans les processus irr&#233;versibles innombrables qui s'y d&#233;roulent. Les processus r&#233;versibles, en revanche, correspondent toujours &#224; des id&#233;alisations : nous devons n&#233;gliger la friction pour attribuer au pendule un comportement r&#233;versible, et cela ne vaut que comme une approximation. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] Apr&#232;s plus d'un si&#232;cle, au cours duquel la Physique a connu d'extraordinaires mutations,1'interpr&#233;tation de 1'irreversibilit&#233; comme approximation est pr&#233;sent&#233;e par la majorit&#233; des physiciens contemporains comme allant de soi. Qui plus est, le fait que nous serions alors responsables du caract&#232;re &#233;volutif de 1'univers n'est pas explicit&#233;. Au contraire, une premi&#232;re &#233;tape du raisonnement qui doit mener le lecteur a accepter le fait que 1'irr&#233;versibilit&#233; n'est rien d'autre qu'une cons&#233;quence de nos approximations consiste toujours &#224; pr&#233;senter les cons&#233;quences du second principe comme &#233;videntes, voire triviales. Voici par exemple comment Murray Gell-Mann s'exprime dans The Quark and the Jaguar [17] : &#034;L'explication de 1'irr&#233;versibilit&#233; est qu'il y a plus de mani&#232;res pour les clous ou les pi&#232;ces de monnaie d'&#234;tre m&#233;lang&#233;s que tri&#233;s. I1 y a plus de mani&#232;res pour les pots de beurre et de confiture d'&#234;tre contamin&#233;s 1'un par 1'autre que de rester purs. Et il y a plus de mani&#232;res pour les mol&#233;cules d'un gaz d'oxyg&#232;ne et d'azote d'&#234;tre m&#233;lang&#233;es que s&#233;par&#233;es. Dans la mesure o&#249; on laisse aller les choses au hasard, on peut pr&#233;voir qu'un syst&#232;me clos caract&#233;ris&#233; par quelque ordre initial &#233;voluera vers le d&#233;sordre, qui offre tellement plus de possibilit&#233;s. Comment ces possibilit&#233;s doivent-elles &#234;tre compt&#233;es ? Un syst&#232;me enti&#232;rement clos, d&#233;crit de mani&#232;re exacte, peut se trouver dans un grand nombre d'&#233;tats distincts, souvent appel&#233;s &#034;micro&#233;tats &#034;. En m&#233;canique quantique, ceux-ci sont les &#233;tats quantiques possibles du syst&#232;me. Ils sont regroup&#233;s en cat&#233;gories (parfois appel&#233;es macro&#233;tats) selon des propri&#233;t&#233;s &#233;tablies par une description grossi&#232;re (coarse grained). Les micro&#233;tats correspondant &#224; un macro&#233;tat donn&#233; sont trait&#233;s comme &#233;quivalents, ce qui fait que seul compte leur nombre. &#034; Et Gell-Man conclut : &#034; L'entropie et 1'information sont &#233;troitement li&#233;es. En fait, l'entropie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une mesure de l'ignorance. Lorsque nous savons seulement qu'un systeme est dans un macro&#233;tat donn&#233;, l'entropie du macro&#233;tat mesure le degr&#233; d'ignorance &#224; propos du micro&#233;tat du syst&#232;me, en comptant le nombre de bits d'information additionnelle qui serait n&#233;cessaire pour le specifier, tous les micro&#233;tats dans le macro&#233;tat &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme &#233;galement probables&#034;. J'ai cit&#233; longuement Gell-Mann, mais le m&#234;me genre de pr&#233;sentation de la fl&#232;che du temps figure dans la plupart des ouvrages. Or cette interpr&#233;tation, qui implique que notre ignorance, le caract&#232;re grossier de nos descriptions, seraient responsables du second principe et d&#232;s lors de la fl&#232;che du temps, est intenable. Elle nous force &#224; conclure que le monde para&#238;trait parfaitement sym&#233;trique dans le temps &#224; un observateur bien inform&#233;, comme le d&#233;mon imagin&#233; par Maxwell, capable d'observer les micro&#233;tats. Nous serions les p&#232;res du temps et non les enfants de l'&#233;volution. Mais comment expliquer alors que les propri&#233;t&#233;s dissipatives, comme les coefficients de diffusion ou les temps de relaxation, soient bien d&#233;finis, quelle que soit la pr&#233;cision de nos exp&#233;riences ? Comment expliquer le r&#244;le constructif de la fl&#232;che du temps que nous avons &#233;voqu&#233; plus haut ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17]. M. Gell-Mann, The Quark and the Jaguar, Londres. Little Brown and Co, 1994, p. 218-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : quelle belle image... quel beau parfum de logique quasi raciste. Ce qui n'est pas pur est &#034;contamin&#233;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] Les d&#233;veloppements r&#233;cents de la physique et de la chimie de non &#233;quilibre montrent que la fl&#232;che du temps peut &#234;tre une source d'ordre. Il en &#233;tait d&#233;j&#224; ainsi dans des cas classiques simples, comme la diffusion thermique. Bien s&#251;r, les mol&#233;cules mettons d'hydrog&#232;ne et d'azote au sein d'une boite close, &#233;volueront vers un m&#233;lange uniforme. Mais chauffons une partie de la boite et refroidissons l'autre. Le syst&#232;me &#233;volue alors vers un &#233;tat stationnaire dans lequel la concentration de l'hydrog&#232;ne est plus &#233;lev&#233;e dans la partie chaude et celle de l'azote dans la partie froide. L'entropie produite par le flux de chaleur, qui est un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible, d&#233;truit l'homog&#233;n&#233;it&#233; du m&#233;lange. C'est donc un processus g&#233;n&#233;rateur d'ordre, un processus qui serait impossible sans le flux de chaleur. L'irr&#233;versibilit&#233; m&#232;ne &#224; la fois au d&#233;sordre et &#224; l'ordre. (...&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : et m&#234;me encore plus simples - merveilleusement simples - les &#034;pots vibrants&#034; utilis&#233;s dans l'industrie pour trier et mettre en ordre des pi&#232;ces sont un autre example du fait qu'il suffit parfois d'injecter un peu d'&#233;nergie cr&#233;er de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons ici que nous pouvons affirmer aujourd'hui que c'est gr&#226;ce aux processus irr&#233;versibles associ&#233;s &#224; la fl&#232;che du temps que la nature r&#233;alise ses structures les plus d&#233;licates et les plus complexes. La vie n'est possible que dans un univers loin de l'&#233;quilibre. Le d&#233;veloppement remarquable de la physique et de la chimie de non-&#233;quilibre au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies renforce donc les conclusions pr&#233;sent&#233;es dans La Nouvelle Alliance * : 1. Les processus irr&#233;versibles (associ&#233;s &#224; la fl&#232;che du temps) sont aussi r&#233;els que les processus r&#233;versibles d&#233;crits par les lois traditionnelles de la physique ; ils ne peuvent pas s'interpr&#233;ter comme des approximations des lois fondamentales. 2. Les processus irr&#233;versibles jouent un r&#244;le constructif dans la nature. 3. L'irr&#233;versibilit&#233; exige une extension de la dynamique. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*] I. Prigogine et I. Stengers, La Nouvelle Alliance, Paris, Gallimard, 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a deux si&#232;cles, Lagrange d&#233;crivait la m&#233;canique analytique, o&#249; les lois du mouvement newtonien trouvaient leur formulation rigoureuse, comme une branche des math&#233;matiques [18]. Aujourd'hui encore on parle souvent de &#034;m&#233;canique rationnelle&#034;, ce qui signifierait que les lois newtoniennes exprimeraient les lois de la &#034;raison&#034; et pourraient ainsi pr&#233;tendre &#224; une v&#233;rit&#233; immuable. Nous savons qu'il n'en est pas ainsi puisque ous avons vu na&#238;tre la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. Mais aujourd'hui c'est &#224; la m&#233;canique quantique que l'on est tent&#233; d'attribuer une v&#233;rit&#233; absolue. Gell-Mann &#233;crit dans The Quark and the Jaguar que &#034;la m&#233;canique quantique n'est pas, en elle-m&#234;me une th&#233;orie ; c'est plut&#244;t le cadre dans lequel doit entrer toute th&#233;orie physique contemporaine&#034;. En est-il vraiment ainsi ? Comme mon regrett&#233; ami L&#233;onRosenfeld ne cessait de le souligner, toute th&#233;orie est fond&#233;e sur des concepts physiques associ&#233;s &#224; des id&#233;alisations qui rendent possible la formulation math&#233;matique de ces th&#233;ories ; c'est pourquoi &#034;aucun concept physique n'est suffisamment d&#233;fini sans que soient connues les limites de sa validit&#233;&#034;, limites provenant des id&#233;alisations m&#234;mes qui le fondent. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] J.-L. Lagrange, Th&#233;orie des fonctions analytiques, Paris, Imprimerie de la R&#233;publique 1796. [20] L. Rosenfeld, &#034;Consid&#233;rations non-philosophiques sur la causalit&#233;&#034;, in Les Th&#233;ories de la Causalit&#233;, Paris, PUF, 1971, P137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre syst&#232;mes stables et instables nous est famili&#232;re. Prenons un pendule et &#233;tudions son mouvement en tenant compte de 1'existence d'une friction. Supposons-le d'abord immobile &#224; l'&#233;quilibre. On sait que son &#233;nergie potentielle y presente une valeur minimale. Une petite perturbation sera suivie par un retour &#224; 1'&#233;quilibre. L'&#233;tat d'&#233;quilibre du pendule est stable. En revanche, si nous r&#233;ussissons &#224; faire tenir un crayon sur sa pointe,1'&#233;quilibre est instable. La moindre perturbation le fera tomber d'un c&#244;t&#233; ou de I'autre. I1 y a une distinction fondamentale entre les mouvements stables et instables. En bref, les syst&#232;mes dynamiques stables sont ceux ou de petites modifications des conditions initiales produisent de petits effets. Mais pour une classe tr&#232;s &#233;tendue de syst&#232;mes dynamiques, ces modifications s'amplifient au cours du temps. Les syst&#232;mes chaotiques sont un exemple extr&#234;me de syst&#232;mes instables car les trajectoires correspondant &#224; des conditions initiales aussi proches que I'on veut divergent de maniere exponentielle au cours du temps. On parle alors de &#034;sensibilit&#233; aux conditions initiales&#034; telle que 1'illustre la parabole bien connue de &#034;1'effet papillon&#034; : le battement des ailes d'un papillon dans le bassin amazonien peut affecter le temps qu'il fera aux Etats-Unis. Nous verrons des exemples de syst&#232;mes chaotiques aux chapitres III et IV. On parle souvent de &#034;chaos d&#233;terministe&#034;. En effet, les &#233;quations de syst&#232;mes chaotiques sont d&#233;terministes comme le sont les lois de Newton. Et pourtant elles engendrent des comportements d'allure al&#233;atoire ! Cette d&#233;couverte surprenante a renouvel&#233; la dynamique classique, jusque l&#224; consid&#233;r&#233;e comme un sujet clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XIX&#232;me si&#232;cle seulement, Poincar&#233; a montr&#233; que les probl&#232;mes sont fondamentalement diff&#233;rents selon qu'il s'agit d'un syst&#232;me dynamique stable ou non. D&#233;j&#224; le probl&#232;me &#224; trois corps [Le Soleil, la Terre et la Lune] entre dans la cat&#233;gorie des syst&#232;mes instables. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de consid&#233;rer un seul syst&#232;me, nous pouvons en &#233;tudier une collection, un &#034;ensemble p&#034;, selon le terme utilis&#233; depuis le travail pionnier de Gibbs et d'Einstein au d&#233;but de ce si&#232;cle. Un ensemble est repr&#233;sent&#233; par un nuage de points dans l'espace des phases. Ce nuage est d&#233;crit par une fonction ro(q,p,t) dont l'interpr&#233;tation physique est simple : c'est la distribution de probabilit&#233;, qui d&#233;crit la densit&#233; des points du nuage au sein de l'espace des phases. Le cas particulier d'un seul syst&#232;me correspond alors &#224; la situation o&#249; ro a une valeur nulle partout dans 1'espace des phases sauf en un point unique q0, p0. Ce cas correspond &#224; une forme sp&#233;ciale de ro : les fonctions qui ont la propri&#233;t&#233; de s'annuler partout sauf en un seul point not&#233; x0 sont appel&#233;es &#034;fonctions de Dirac&#034; delta(x-x0). Une telle fonction delta(x-x0) est donc nulle pour tout point x diff&#233;rent de x0. Nous reviendrons sur les propri&#233;t&#233;s des fonctions delta par la suite. Soulignons d'ores et d&#233;j&#224; qu'elles appartiennent &#224; une classe de fonctions g&#233;n&#233;ralis&#233;es ou de distributions (&#224; ne pas confondre avec les distributions de probabilit&#233;). Elles ont en effet des propri&#233;t&#233;s anormales par rapport aux fonctions r&#233;guli&#232;res car lorsque x=x0, la fonction delta(x-x0) diverge, c'est-&#224;-dire tend vers l'infini. Soulignons-le d&#233;j&#224;, ce type de fonction ne peut &#234;tre utilis&#233; qu'en conjonction avec des fonctions r&#233;guli&#232;res, les fonctions test phi(x). La n&#233;cessit&#233; d'introduire une fonction test jouera un r&#244;le crucial dans l'extension de la dynamique que nous allons d&#233;crire. Bornons-nous &#224; souligner l'inversion de perspective qui s'esquisse ici : alors que la description d'un syst&#232;me individuel semble intuitivement la situation premi&#232;re, elle devient, lorsqu'on part des ensembles, un cas particulier, impliquant l'introduction d'une fonction delta aux propri&#233;tes singuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; fut tellement impressionn&#233; par ce succ&#232;s de la th&#233;orie cin&#233;tique qu'il &#233;crivit : &#034;peut-&#234;tre est-ce la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz qui va prendre du d&#233;veloppement et servir de mod&#232;les aux autres... La loi physique alors prendrait un aspect enti&#232;rement nouveau... elle prendrait le caract&#232;re d'une loi statistique&#034; [21]. Nous le verrons, cet &#233;nonc&#233; &#233;tait proph&#233;tique. La notion de probabilit&#233; introduite empiriquement par Boltzmann a &#233;t&#233; un coup d'audace d'une tr&#232;s grande f&#233;condit&#233;. Plus d'un si&#232;cle apr&#232;s, nous commen&#231;ons &#224; comprendre comment elle &#233;merge de la dynamique &#224; travers 1'instabilit&#233; : celle-ci d&#233;truit 1'&#233;quivalence entre le niveau individuel et le niveau statistique, si bien que les probabilit&#233;s prennent alors une signification intrins&#232;que , irr&#233;ductible &#224; une interpr&#233;tation en termes d'ignorance ou d'approximation. C'est ce que mon coll&#232;gue B. Misra et moi avons soulign&#233; en introduisant l'expression &#034;intrins&#232;quement al&#233;atoire&#034;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] . H. Poincar&#233;, La valeur de la science, Paris, Flammarion, 1913, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] la distribution de probabilit&#233; nous permet d'incorporcr dans le cadre de la description dynamique la microstructure complexe de l'espace des phases. Elle contient donc une infonnation additionnelle, qui est perdue dans la description des trajectoires individuelles. Comme nous le verrons au chapitre IV, c'est un point fondamental : la description probabiliste est plus riche que la description individuelle, qui pourtant a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme la description fondamentale. C'est la raison pour laquelle nous obtiendrons au niveau des distributions de probabilit&#233; ro une description dynamique nouvelle permettant de pr&#233;dire l'&#233;volution de l'ensemble. Nous pouvons ainsi obtenir les &#233;chelles de temps caract&#233;ristiques correspondant &#224; l'approche des fonctions de distribution vers l'&#233;quilibre, ce qui est impossible au niveau des trajectoire individuelles. L'&#233;quivalence entre le niveau individuel et le niveau statistique est bel et bien d&#233;truite. Nous parvenons, pour les distributions de probabilit&#233;, &#224; des solutions nouvelles irr&#233;ductibles, au sens o&#249; elles ne s'appliquent pas aux trajectoires individuelles. Les &#034;lois du chaos&#034; associ&#233;es &#224; une description r&#233;guli&#232;re et pr&#233;dictive des syst&#232;mes chaotiques se situent au niveau statistique. C'est ce que nous entendions lorsque nous parlions &#224; la section pr&#233;c&#233;dente d'une &#034;g&#233;n&#233;ralisation de la dynamique&#034;. Il s'agit d'une formulation de la dynamique au niveau statistique qui n'a pas d'&#233;quivalent en termes de trajectoires. Cela nous conduit &#224; une situation nouvelle. Les conditions initiales ne peuvent plus &#234;tre assimil&#233;es &#224; un point dans l'espace des phases, elles correspondent &#224; une r&#233;gion d&#233;crite par une distribution de probabilit&#233;. Il s'agit donc d'une description non-locale. De plus, comme nous le verrons, la sym&#233;trie par rapport au temps est bris&#233;e car dans la fomulation statistique le pass&#233; et le futur jouent des r&#244;les diff&#233;rents. Bien s&#251;r, lorsque l'on consid&#232;re des syst&#232;mes stables, la description statistique se r&#233;duit &#224; la description usuelle. On pourrait se demander pourquoi il a fallu tellement de temps pour arriver &#224; une formulation des lois de la nature qui inclue l'irr&#233;versibilit&#233; et les probabilit&#233;s. L'une des raisons en est certainement d'ordre id&#233;ologique : c'est le d&#233;sir d'acc&#233;der &#224; un point de vue quasi divin sur la nature. Que devient le d&#233;mon de Laplace dans le monde que d&#233;crivent les lois du chaos ? Le chaos d&#233;terministe nous apprend qu'il ne pourrait pr&#233;dire le futur que s'il connaissait l'&#233;tat du monde avec une pr&#233;cision infinie. Mais on peut d&#233;sormais aller plus loin car il existe une forme d'instabilit&#233; dynamique encore plus forte, telle que les trajectoires sont d&#233;truites quelque soit la pr&#233;cision de la description. Ce type d'instabilit&#233; est d'une importance fondamentale puisqu &#239;l s'applique, comme nous le verrons, aussi bien &#224; la dynamique classique qu'&#224; la m&#233;canique quantique. ll est central dans tout ce livre. Une fois de plus, notre point de d&#233;part est le travail fondamental d'Henri Poincar&#233; &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que Poincar&#233; avait &#233;tabli une distinction fondamentale entre syst&#232;mes stables et syst&#232;mes instables. Mais il y a plus. Il a introduit la notion cruciale de &#034;syst&#232;me dynamique non int&#233;grable&#034;. Il a montr&#233; que la plupart des syst&#232;mes dynamiques &#233;taicnt non int&#233;grables. I1 s'agissait de prime abord d'un r&#233;sultat n&#233;gatif, longtemps consid&#233;r&#233; comme un simple probl&#232;me de technique math&#233;matique. Pourtant comme nous allons le voir, ce r&#233;sultat exprime la condition sine qua non &#224; toute possibilit&#233; d'articuler de mani&#232;re coh&#233;rente le langage de la dynamique &#224; ce monde en devenir qui est le n&#244;tre. Qu'est-ce en effet qu'un syst&#232;me int&#233;grable au sens de Poincar&#233; ? Tout syst&#232;me dynamique pent &#234;tre caract&#233;ris&#233; par une &#233;nergie cin&#233;tique, qui d&#233;pend de la seule vitesse des corps qui le composent, et par une &#233;nergie potentielle, qui d&#233;pend de l'interaction entre ces corps, c'est-&#224;-dire de leurs distances relatives. Un cas particuli&#232;rement simple est celui de particules libres, d&#233;nu&#233;es d'interactions mutuelles. Dans ce cas, il n y a pas d'&#233;nergie potentielle ct le calcul de la trajectoire devient trivial. Un tel syst&#232;me est int&#233;grable au sens de Poincar&#233;. On peut montrer que tout syst&#232;me dynamique int&#233;grable peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; comme s'il &#233;tait constitu&#233; de corps d&#233;pourvus d'interactions. Nous reviendrons au chapitre V sur le formalisme hamiltonien qui permet ce type de transformation. Nous nous bornons ici &#224; pr&#233;senter la d&#233;finition de 1'int&#233;grabilit&#233; &#233;nonc&#233;e par Poincar&#233; : un syst&#232;me dynamique int&#233;grable est un syst&#232;me dont on peut d&#233;finir les variables de telle sorte que l'&#233;nergie potentielle soit &#233;limin&#233;e, c'est-&#224;-dire de telle sorte que son comportement devienne isomorphe &#224; celui d'un syst&#232;me de particules libres sans interaction. Poincar&#233; a montr&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral de telles variables ne peuvent pas &#234;tre obtenues. Des lors, en g&#233;n&#233;ral, les syst&#232;mes dynamiques sont non int&#233;grables. Si la d&#233;monstration de Poincar&#233; avait conduit &#224; un r&#233;sultat diff&#233;rent, s'il avait pu montrer que tous les syst&#232;mes dynamiques &#233;taient int&#233;grables, jeter un pont entre le monde dynamique et le monde des processus que nous observons aurait &#233;t&#233; exclu. Dans un monde isomorphe &#224; un ensemble de corps sans interaction, il n'y a pas de place pour la fl&#232;che du temps ni pour l'auto-organication, ni pour la vie. Mais Poincar&#233; n'a pas seulement d&#233;montr&#233; que l'int&#233;grabilit&#233; s'applique seulement &#224; une classe r&#233;duite de syst&#232;mes dynamiques, il a identifi&#233; la raison du caract&#232;re exceptionnel de cette propri&#233;t&#233; : 1'existence de r&#233;sonance entre les degr&#233;s de libert&#233; du syst&#232;me. Il a, ce faisant, identifi&#233; le probl&#232;me &#224; partir duquel une formulation &#233;largie de la dynamique devient possible. La notion de r&#233;sonance caract&#233;rise un rapport entre des fr&#233;quences. Un exemple simple de fr&#233;quence est celui de l'oscillateur harmonique, qui d&#233;crit le comportement d'une particule li&#233;e &#224; un centre par une force proportionnelle &#224; la distance : si on &#233;carte la particule du centre, elle oscillera avec une fr&#233;quence bien d&#233;finie. Consid&#233;rons maintenant le cas le plus familier d'oscillateur, celui du ressort qui, &#233;loign&#233; de sa position d'&#233;quilibre, vibre avec une fr&#233;quence caract&#233;ristique. Soumettons un tel ressort &#224; une force ext&#233;rieure, caract&#233;ris&#233;e elle aussi par une fr&#233;quence que nous pouvons faire varier. Nous observons alors un ph&#233;nom&#232;ne de couplage entre deux fr&#233;quences. La r&#233;sonance se produit lorsque les deux fr&#233;quences, celle du ressort et celle de la force ext&#233;rieure, correspondent &#224; un rapport num&#233;rique simple (l'une des fr&#233;quences est &#233;gale &#224; un multiple entier de l'autre). L'amplitude de la vibration du pendule augmente alors consid&#233;rablement. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit en musique, lorsque nous jouons une note sur un instrument. Nous entendons les harmoniques. La r&#233;sonance &#034;couple&#034; les sons. Les fr&#233;quences, et en particulier la question de leur r&#233;sonance, sont au coeur de la description des syst&#232;mes dynamiques. Chacun des degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me dynamique est caract&#233;ris&#233; par une fr&#233;quence. La valeur des diff&#233;rentes fr&#233;quences d&#233;pend en g&#233;n&#233;ral du point de l'espace des phases. Consid&#233;rons un syst&#232;me &#224; deux degr&#233;s de libert&#233;, caract&#233;ris&#233; par les fr&#233;quences w1 et w2. Par d&#233;finition, en chaque point de l'espace des phases o&#249; la somme n1w1+n1w2 s'annule pour des valeurs enti&#232;res, non nulles de n1 et n2 nous avons r&#233;sonance, car en un tel point n1/n2=-w2/w1. Or, le calcul de la trajectoire de tels syst&#232;mes fait intervenir des d&#233;nominateurs de type 1/(n1w1+n2w2), qui divergent donc aux points de r&#233;sonance, ce qui rend le calcul impossible. C'est le probl&#232;me des petits diviseurs, d&#233;j&#224; soulign&#233; par Le Verrier. Ce que Poincar&#233; a montr&#233;, c'est que les r&#233;sonances et les d&#233;nominateurs dangereux qui leur correspondent constituaient un obstacle incontournable s'opposant &#224; l'int&#233;gration de la plupart des syst&#232;mes dynamiques. Poincar&#233; avait compris que son r&#233;sultat menait &#224; ce qu'il appela &#034;le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de la dynamique&#034;, mais ce probl&#232;me fut longtemps n&#233;glig&#233;. Max Born a &#233;crit : &#034;Il serait vraiment remarquable que la Nature ait trouv&#233; le moyen de r&#233;sister au progr&#232;s de la connaissance en ce cachant derri&#232;re le rempart des difficult&#233;s analytiques du probl&#232;me &#224; n-corps&#034; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] H. Poincar&#233;, &#034;La valeur de la Science&#034;, Paris Flammarion, 1913, P210 [22] B Mandelbrot, &#034;The Fractal Geometry of Nature&#034;, San Francisco, J.Wiley, 1982 [23] H. Poincar&#233;, &#034;Les m&#233;thode nouvelles de la rn&#233;canique&#034;, Paris, Gauthier-Villars 1893 (Dover 1957).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : c'est une demie explication car il resterait &#224; savoir d'o&#249; vient le dit &#034;point de vue divin&#034;. En fait, ce point de vue divin n'est pas celui de n'importe quelle religion. Par exemple, ce n'est pas celui du taoisme, ni du boudhisme, ni m&#234;me de l'animisme. Le point de vue divin en question est le point de vue de dieux techniciens, soit Grecs, H&#233;breux ou d&#233;riv&#233;s [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons d&#233;sormais aller au del&#224; du r&#233;sultat n&#233;gatif de Poincar&#233; et montrer que la non-int&#233;grabilit&#233; ouvre, comme les syst&#232;mes chaotiques, la voie &#224; une formulation statistique des lois de la dynamique. Page 47&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours pens&#233; que la science &#233;tait un dialogue avec la nature. Comme dans tout dialogue v&#233;ritable les r&#233;ponses sont souvent &#234;tre inattendues. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolescent, j'&#233;tais fascin&#233; par l'arch&#233;ologie, la philosophie et la musique. [...] Les sujets qui int&#233;ressaient avait toujours &#233;t&#233; ceux o&#249; le temps jouait un r&#244;le essentiel, que ce soit l'&#233;mergence des civilisations, les probl&#232;mes &#233;thiques associ&#233;s &#224; la libert&#233; humaine o&#249; l'organisation temporelle des sons en musique. Mais la menace de la guerre pesait et il semblait plus raisonnable que je me dirige vers une carri&#232;re dans les sciences &#034;dures&#034;. C'est ainsi que j'entamai des &#233;tudes de Physique et de Chimie &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles. Apr&#232;s tant d'ann&#233;es je ne peux pas me souvenir pr&#233;cis&#233;ment de mes r&#233;actions, mais il me semble que j'ai ressorti &#233;tonnement et frustration. En physique, le temps &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un simple param&#232;tre g&#233;om&#233;trique. Plus de cent ans avant Einstein et Minkowski, en 1796 d&#233;j&#224;, Lagrange avait baptis&#233; la dynamique &#034;une g&#233;om&#233;trie &#224; 4 dimensions&#034;. Einstein affirmait que le temps associ&#233; &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; &#233;tait une illusion. &#201;tant donn&#233; mes premiers int&#233;r&#234;ts, c'&#233;tait une conclusion qu'il m'&#233;tait impossible d'accepter, mais m&#234;me aujourd'hui la tradition d'un temps spatialis&#233; reste toujours vivante. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis certainement pas le premier &#224; avoir senti que cette spatialisation du temps &#233;tait incompatible tant avec l'univers &#233;volutif que nous observons qu'avec notre exp&#233;rience humaine. Ce fut d'ailleurs le point de d&#233;part du philosophe Henri Bergson, pour qui &#034;le temps est invention o&#249; il n'est rien du tout&#034;. J'ai d&#233;j&#224; cit&#233; l'article &#034;le possible et le r&#233;el&#034;, une oeuvre assez tardive puisque l'article fut &#233;crit en 1930 &#224; l'occasion de son prix Nobel Bergson y parle du temps comme &#034;jaillissement effectif de nouveaut&#233; impr&#233;visible&#034; dont t&#233;moigne notre exp&#233;rience de la libert&#233; humaine mais aussi de l'ind&#233;termination des choses. En cons&#233;quence, le possible est plus riche que le r&#233;el. L'univers autour de nous doit &#234;tre compris &#224; partir du possible , non &#224; partir d'un quelconque &#233;tat initial dont il pourrait, de quelque mani&#232;re, &#234;tre d&#233;duit. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : et m&#234;me probablement, comme somme, comme int&#233;grale des possibles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a &#233;crit le grand physicien A.S. Eddington : &#034;dans toute tentative pour construire un pont entre les domaines d'exp&#233;riences qui appartiennent aux dimensions spirituelles et aux dimensions physiques, le temps occupant la position cruciale&#034;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semblait que nier toute pertinence de la physique en ce qui concerne le temps &#233;tait payer un prix trop &#233;lev&#233; . Apr&#232;s tout, la science &#233;tait un exemple unique de dialogue fructueux entre l'homme et la nature. N'&#233;tait-ce pas parce que la science classique s'est cantonn&#233;e &#224; l'&#233;tude de probl&#232;mes simples qu'elle a pu r&#233;duire le temps &#224; un param&#232;tre g&#233;om&#233;trique ? [...] Le temps ne serait-il pas une propri&#233;t&#233; &#233;mergente ? Mais il faut alors d&#233;couvrir ses racines. Jamais la fl&#232;che du temps n'&#233;mergera d'un monde r&#233;gi par des lois temporelles sym&#233;triques. J'ai acquis la conviction que irr&#233;versibilit&#233; macroscopique &#233;tait l'expression d'un caract&#232;re al&#233;atoire niveau microscopique. J'&#233;tais encore tr&#232;s loin des contributions r&#233;sum&#233;es au chapitre pr&#233;c&#233;dent, o&#249; l'instabilit&#233; impose une reformulation des lois fondamentales classiques et quantiques, m&#234;me au niveau microscopique. (...&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la grande majorit&#233; des scientifiques, la thermodynamique devrait se limiter de mani&#232;re stricte &#224; l'&#233;quilibre. Pour eux, l'irr&#233;versibilit&#233; associ&#233;e &#224; un temps unidirectionnel &#233;tait une h&#233;r&#233;sie. Lewis alla jusqu'&#224; &#233;crire : &#034;nous allons voir que presque partout le physicien a purifi&#233; sa science de l'usage d'un temps unidirectionnel ... &#201;tranger &#224; id&#233;al de la physique.&#034; (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mon expos&#233;, le plus grand expert en la mati&#232;re fit le commentaire suivant : &#034;je suis &#233;tonn&#233; que ce jeune homme soit tellement int&#233;ress&#233; par la physique de non &#233;quilibre. Les processus irr&#233;versibles sont transitoires. Pourquoi alors ne pas attendre et &#233;tudier l'&#233;quilibre comme tout le monde ?&#034; J'ai &#233;t&#233; tellement &#233;tonn&#233; que je n'ai pas eu la pr&#233;sence d'esprit de lui r&#233;pondre : &#034;Mais nous aussi nous sommes des &#234;tres transitoires. N'est il pas naturel de s'int&#233;resser &#224; notre condition humaine commune ?&#034;. J'ai ressenti toute ma visite l'hostilit&#233; que suscite chez les physiciens le temps unidirectionnel. [...] Partout autour de nous nous voyons l'&#233;mergence de structures, t&#233;moignage de la cr&#233;ativit&#233; de la nature pour utiliser le terme de Whitehead. J'&#233;tais persuad&#233; que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, cette cr&#233;ativit&#233; &#233;tait li&#233;e aux processus irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux syst&#232;mes soit &#224; l'&#233;quilibre soit proches de l'&#233;quilibre, les syst&#232;mes loin de l'&#233;quilibre ne conduisent plus &#224; un extremum d'une fonction telles que l'&#233;nergie libre o&#249; la production d'entropie. En cons&#233;quence, il n'est plus certain que les fluctuations soient amorties. Il est seulement possible de formuler les conditions suffisantes de stabilit&#233; que nous avons baptis&#233; &#034;crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution&#034;. Ce crit&#232;re met en jeu le m&#233;canisme des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge. Alors que &#224; l'&#233;quilibre et pr&#232;s de l'&#233;quilibre, les lois de la nature sont universelles, loin de l'&#233;quilibre elles deviennent sp&#233;cifiques, elles d&#233;pendent du type de processus irr&#233;versibles. Cette observation est conforme &#224; la vari&#233;t&#233; des comportements de la mati&#232;re que nous observons autour de nous. Loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re acquiert de nouvelles propri&#233;t&#233;s o&#249; les fluctuations, les instabilit&#233;s jouent un r&#244;le essentiel : la mati&#232;re devient active. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique permet de formuler les conditions n&#233;cessaires &#224; l'apparition de structures dissipatives en Chimie. Elles sont de deux types : Les structures dissipatives se produisant dans des conditions &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre, il y a toujours une distance critique en de&#231;&#224; de laquelle la branche thermodynamique est stable. Les structures dissipatives impliquent l'existence d'&#233;tapes catalytiques. Cela signifie qu'il existe dans la cha&#238;ne des r&#233;actions chimiques une &#233;tape dans laquelle un produit interm&#233;diaire Y est obtenu &#224; partir d'un produit interm&#233;diaire X alors que dans une autre &#233;tape X est produit et &#224; partir de Y. Ces conditions, remarquons-le, sont satisfaites par tous les organismes vivants. Les enzymes, qui sont cod&#233;es dans le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique, assurent une richesse et une multiplicit&#233; de r&#233;actions catalytiques sans &#233;quivalent dans le monde inorganique. Et sans elles, le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique resterait lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Belousov-Zhabotinski constitue un exemple spectaculaire d'oscillations chimiques qui se produisent en phase liquide loin de l'&#233;quilibre. Je ne d&#233;crirai pas ici cette r&#233;action. Je veux seulement &#233;voquer notre &#233;merveillement lorsque nous v&#238;mes cette solution r&#233;active devenir bleue, puis rouge, puis bleue &#224; nouveau... Aujourd'hui, bien d'autres r&#233;actions oscillantes sont connues, mais la r&#233;action de Belousov-Zhabotinski garde une importance historique. Elle a &#233;t&#233; la preuve que la mati&#232;re loin de l'&#233;quilibre acquiert bel et bien de nouvelles propri&#233;t&#233;s. Des milliards de mol&#233;cules &#233;voluent ensemble et cette coh&#233;rence se manifeste par le changement de couleur de la solution. Cela signifie que des corr&#233;lations &#224; longue port&#233;e apparaissent dans des conditions de non &#233;quilibre, des corr&#233;lations qui existent pas &#224; l'&#233;quilibre. Sur un mode m&#233;taphorique, on peut dire qu'&#224; l'&#233;quilibre la mati&#232;re est aveugle, alors que loin de l'&#233;quilibre elle commence &#224; voir. Et cette nouvelle propri&#233;t&#233;, cette sensibilit&#233; de la mati&#232;re &#224; elle-m&#234;me et &#224; son environnement, est li&#233;e &#224; la dissipation associ&#233;e aux processus irr&#233;versibles. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homog&#233;n&#233;it&#233; du temps (comme dans les oscillations chimiques), ou de l'espace (comme dans les structures de T&#252;ring), ou encore de l'espace et du temps simultan&#233;ment (comme dans les ondes chimiques) est bris&#233;e. De m&#234;me, les structures dissipatives se diff&#233;rencient intrins&#232;quement de leur environnement. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des structures dissipatives, nous pouvons parler d'&#034;auto organisation&#034;. M&#234;me si nous connaissons l'&#233;tat initial du syst&#232;me, les processus donc il est le si&#232;ge et les conditions aux limites, nous ne pouvons pas pr&#233;voir lequel des r&#233;gimes d'activit&#233; ce syst&#232;me va choisir. Les bifurcations ne peuvent elles nous aider &#224; comprendre l'innovation et la diversification dans d'autres domaines que la physique ou la chimie ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; humaine, cr&#233;ative et innovante, n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; la nature. On peut la consid&#233;rer comme une amplification et une intensification de traits d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans le monde physique, et que la d&#233;couverte des processus loin de l'&#233;quilibre nous a appris &#224; d&#233;chiffrer. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport aux communaut&#233;s europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un rapport r&#233;cent aux Communaut&#233;s europ&#233;ennes, C.K. Biebracher, G Nicolis et P. Schuster ont &#233;crit : &#034;Le maintien de l'organisation dans la nature n'est pas - et ne peut pas &#234;tre - r&#233;alis&#233; par une gestion centralis&#233;e, l'ordre ne peut &#234;tre maintenu que par une auto-organisation. Les syst&#232;mes auto-organisateurs permettent l'adaptation aux circonstances environnementales ; par exemple, ils r&#233;agissent &#224; des modifications de l'environnement gr&#226;ce &#224; une r&#233;ponse thermodynamique qui les rend extraordinairement flexibles et robustes par rapport aux perturbations externes. Nous voulons souligner que la sup&#233;riorit&#233; des syst&#232;mes auto-organisateurs par rapport &#224; la technologie humaine habituelle qui &#233;vite soigneusement la complexit&#233; et g&#232;re de mani&#232;re centralis&#233;e la grande majorit&#233; des processus techniques. Par exemple, en chimie synth&#233;tique les diff&#233;rentes &#233;tapes r&#233;actionnelles sont soigneusement s&#233;par&#233;es les unes des autres, et les contributions li&#233;es &#224; la diffusion des r&#233;actifs sont &#233;vit&#233;es par brassage. Une technologie enti&#232;rement nouvelle devra &#234;tre d&#233;velopp&#233;e pour exploiter le grand potentiel d'id&#233;es et de r&#232;gles des syst&#232;mes auto-organisateurs en mati&#232;re de processus technologiques. La sup&#233;riorit&#233; des syst&#232;mes auto-organisateurs est illustr&#233;e par les syst&#232;mes biologiques o&#249; des produits complexes sont form&#233;s avec une pr&#233;cision, une efficacit&#233;, une vitesse sans &#233;gale&#034;. La Fin des Certitudes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.K. Biebracher, G Nicolis et P. Schuster , Self Organisation in the Physico-Chemical and Life sciences, Report EUR 16546, European Commission 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature nous pr&#233;sente en effet l'image de la cr&#233;ation, de l'impr&#233;visible nouveaut&#233;. Notre univers a suivi un chemin de bifurcations successives : il aurait pu en suivre d'autres. Peut-&#234;tre pouvons-nous en dire autant pour la vie de chacun d'entre nous. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'une fl&#232;che du temps n'est pas une question de convenance. C'est un fait impos&#233; par l'observation. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de Bernouilli introduit d&#232;s le d&#233;part une direction privil&#233;gi&#233;e du temps. Si nous prenons l'application inverse, nous obtenons un point attracteur unique, vers lequel convergent toutes les trajectoires quelle que soit la condition initiale. Voici la sym&#233;trie du temps est d&#233;j&#224; bris&#233;e au niveau de l'&#233;quation du mouvement. La notion trajectoire n'est un mode de repr&#233;sentation ad&#233;quat que si la trajectoire reste &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me lorsque nous modifions l&#233;g&#232;rement les conditions initiales. Les questions que nous formulons en physique doivent recevoir une r&#233;ponse robuste, qui r&#233;siste &#224; l'&#224; peu pr&#232;s. La description en termes de trajectoires n'a pas ce caract&#232;re robuste. C'est la signification de la sensibilit&#233; aux conditions initiales. Au contraire, la description statistique ne pr&#233;sente pas cette difficult&#233;. C'est donc &#224; ce niveau statistique que nous devons formuler les lois du chaos et c'est &#233;galement &#224; ce niveau que l'op&#233;rateur de Perron-Frobenius admet de nouvelles solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes non int&#233;grables de Poincar&#233; seront ici d'une importance consid&#233;rable. Dans ce cas, la rupture entre la description individuelle (trajectoire ou fonction d'onde) et la description statistique sera encore plus spectaculaire. Avait comme nous le verrons, pour de tels syst&#232;mes, le d&#233;mon de Laplace reste impuissant, quelle que soit sa connaissance, finie ou m&#234;me infinie,. Le futur n'est plus donn&#233;. Il devient, comme l'avait pr&#233;dit le po&#232;te Paul Val&#233;ry, &#034;une construction&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-int&#233;grabilit&#233; est due aux r&#233;sonances. Or, les r&#233;sonances expriment des conditions qui doivent &#234;tre satisfaites par les fr&#233;quences : elles ne sont pas des &#233;v&#233;nements locaux qui se produisent &#224; un instant donn&#233;. Elles introduisent donc un &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la notion de trajectoire, qui correspond &#224; une description locale d'espace temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique de l'&#233;quilibre nous a donc inspir&#233; une fausse image de la mati&#232;re. Nous retrouvons maintenant la signification dynamique de ce que nous avions constat&#233; au niveau ph&#233;nom&#232;ne logique : la mati&#232;re &#224; l'&#233;quilibre est aveugle et, dans les situations de non &#233;quilibre, elle commence &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que, selon les termes d'Heisenberg, nous sommes &#224; la fois &#034;acteurs&#034; et &#034;spectateurs&#034; que nous pouvons apprendre quelque chose de la nature. Cette communication, cependant, exige un temps commun. C'est ce temps commun qu'introduit notre approche tant en m&#233;canique quantique que classique. [...) La direction du temps est commune &#224; l'appareil de mesure et &#224; l'observateur. Il n'est plus n&#233;cessaire d'introduire une r&#233;f&#233;rence sp&#233;cifique &#224; la mesure dans l'interpr&#233;tation du formalisme. [...] Dans notre approche, l'observateur et ses mesures ne jouent plus un r&#244;le actif dans l'&#233;volution des syst&#232;mes quantiques, en tous cas, pas plus qu'en m&#233;canique classique. Dans les deux cas nous transformons en action l'information que nous recevons du monde environnant. Mais ce r&#244;le, s'il est important &#224; l'&#233;chelle humaine, n'a rien &#224; voir avec celui de d&#233;miurge que la th&#233;orie quantique traditionnelle assignait &#224; l'homme, consid&#233;r&#233; comme responsable de l'actualisation des potentialit&#233;s de la nature. En ce sens, notre approche restaure le sens commun. Elle &#233;limine les traits anthropocentriques implicites dans la formulation traditionnelle de la th&#233;orie quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science est un dialogue avec la nature. Mais comment un tel dialogue est-il possible ? Un monde sym&#233;trique par rapport au temps serait un monde inconnaissable. Toute prise de mesure, pr&#233;alable &#224; la cr&#233;ation de connaissance, pr&#233;suppose la possibilit&#233; d'&#234;tre affect&#233;s par le monde, que ce soit nous qui soyons affect&#233;s ou nos instruments. Mais la connaissance ne pr&#233;suppose pas seulement un lien entre celui qui connait et ce qui est connu, elle exige que ce lien cr&#233;e une diff&#233;rence entre pass&#233; et futur. La r&#233;alit&#233; du devenir est la condition sine qua non &#224; notre dialogue avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre la nature a &#233;t&#233; l'un des grands projets de la pens&#233;e occidentale. Il ne doit pas &#234;tre identifi&#233; avec celui de contr&#244;ler la nature. Aveugle serait le ma&#238;tre qui croirait comprendre ses esclaves sous pr&#233;texte que ceux-ci ob&#233;issent &#224; ses ordres. Bien s&#251;r, lorsque nous nous adressons &#224; la nature, nous savons qu'il ne s'agit pas de la comprendre &#224; la mani&#232;re dont nous comprenons un animal ou un homme. Mais l&#224; aussi la conviction de Nabokov s'applique : &#034;ce qui peut &#234;tre contr&#244;l&#233; n'est jamais tout &#224; fait r&#233;el, ce qui est r&#233;el ne peut jamais &#234;tre rigoureusement contr&#244;l&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme a des racines anciennes dans la pens&#233;e humaine, et il a &#233;t&#233; associ&#233; aussi bien &#224; la sagesse, &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; qu'au doute et au d&#233;sespoir. La n&#233;gation du temps, l'acc&#232;s &#224; une vision qui &#233;chapperait &#224; la douleur du changement, est un enseignement mystique. Mais la r&#233;versibilit&#233; du changement n'avait, elle, &#233;t&#233; pens&#233;e par personne : &#034;Aucune sp&#233;culation, aucun savoir n'a jamais affirm&#233; l'&#233;quivalence entre ce qui se fait et ce qui se d&#233;fait, entre une plante qui pousse, fleurit et meurt, et une plante qui ressuscite, rajeunit et retourne vers sa graine primitive, entre un homme qui m&#251;rit et apprend, et un homme qui devient progressivement enfant, puis embryon, puis cellule.&#034; (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelque niveau que ce soit, la physique et les autres sciences confirment notre exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233; : nous vivons dans un univers en &#233;volution. [...] La derni&#232;re forteresse qui r&#233;sistait &#224; cette affirmation vient de c&#233;der. Nous sommes maintenant en mesure de d&#233;chirer le message de l'&#233;volution tel qu'il prend racine dans les lois fondamentales de la physique. Nous sommes d&#233;sormais en mesure de d&#233;chiffrer sa signification en termes d'instabilit&#233; associ&#233;e au chaos d&#233;terministe et &#224; la non-int&#233;grabilit&#233;. Le r&#233;sultat de notre recherche est en effet l'identification de syst&#232;mes qui imposent une rupture de l'&#233;quivalence entre la description individuelle (trajectoires, fonctions d'onde) et la description statistique d'ensembles. Et c'est au niveau statistique que l'instabilit&#233; peut &#234;tre incorpor&#233;e dans les lois fondamentales. Les lois de la nature acqui&#232;rent alors une signification nouvelle : elle ne traitent plus de certitudes mais de possibilit&#233;s. Elles affirment le devenir et non plus seulement l'&#234;tre. Elles d&#233;crivent un monde de mouvements irr&#233;guliers, chaotiques, un monde plus proche de celui qu'imaginaient les atomiques anciens que des orbites newtoniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4821&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire enfin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2169&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On a longtemps pens&#233; que les lois de la physique &#233;taient r&#233;versibles. Les valeurs des param&#232;tres dans les lois de la nature devaient y appara&#238;tre de fa&#231;on qu'en changeant le signe, cela ne change pas la loi. La r&#233;versibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne s'exprimait donc dans la sym&#233;trie des lois de la nature. La seule apparition d'une irr&#233;versibilit&#233; concernait la thermodynamique qui, &#233;trangement, reconnaissait une &#171; fl&#232;che du temps &#187; puisqu'une loi de la thermodynamique affirmait que tout syst&#232;me isol&#233; va vers une perte de niveau d'organisation appel&#233;e entropie. Exemple typique : un m&#233;lange de deux gaz ou de deux liquides &#224; des temp&#233;ratures diff&#233;rentes menait &#224; un &#233;quilibre qui &#233;tablissait un niveau moyen puis l'immobilit&#233;. La perte de niveaux d'ordre semblait irr&#233;m&#233;diable. Cette loi d'entropie semblait contredire ce que l'on constatait dans certains ph&#233;nom&#232;nes physiques, et tout particuli&#232;rement le ph&#233;nom&#232;ne de la vie qui produit sans cesse de l'organisation et de la complexification au lieu de d&#233;truire des niveaux d'organisation et qui ne tend pas vers l'immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement la science moderne a &#233;t&#233; &#224; la fois vers la g&#233;n&#233;ralisation de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; et vers des syst&#232;mes dynamiques n&#233;guentropiques c'est-&#224;-dire producteurs de niveaux d'organisation. La vie est, en effet, marqu&#233;e par l'auto-organisation. L'existence d'un individu, depuis l'&#339;uf originel, est faite de diversification des cellules, de construction de relations entre elles et de niveaux suppl&#233;mentaires de cette organisation. Ensuite, elle produit des niveaux d'organisation entre les individus et les groupes d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'auto-organisation est loin d'en &#234;tre rest&#233;e &#224; &#233;tudier le vivant. Elle concerne &#233;galement la mati&#232;re dite inerte et qui conna&#238;t des d&#233;veloppements dynamiques. L'exemple le plus commun est le cristal. Non seulement il reproduit un sch&#233;ma &#224; l'identique mais le cristal peut sauter d'un ordre &#224; un autre, par modification de structure voir la glace ou la neige par exemple). La vie, elle-m&#234;me, est un sous-produit de cette capacit&#233; des ordres mol&#233;culaires de changer leur disposition st&#233;r&#233;oscopique et, du coup, leurs interactions. Et ce &#224; grande vitesse et avec une d&#233;pense &#233;nerg&#233;tique extr&#234;mement faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; provient fondamentalement l'irr&#233;versibilit&#233; dans les transformations de la mati&#232;re et quelles en sont les cons&#233;quences ? Les exemples aussi nombreux que divers d'irr&#233;versibilit&#233; ont cependant un point commun : l'irr&#233;versibilit&#233; est un sous-produit de l'interaction d'&#233;chelle. Il y a des niveaux imbriqu&#233;s de la mati&#232;re et ces niveaux ont des r&#233;troaction entre niveaux inf&#233;rieurs et sup&#233;rieurs. L'irr&#233;versibilit&#233; provient du saut d'un niveau &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la mati&#232;re, elle-m&#234;me, est un produit de cette irr&#233;versibilit&#233; au m&#234;me titre que l'existence de la vie. D&#232;s que la mati&#232;re, d&#232;s que la vie, d&#232;s qu'une des formes nouvelles de l'un ou de l'autre, apparaissent, elles produisent les &#233;l&#233;ments de leur reproduction. L'irr&#233;versibilit&#233; signifie qu'il y a eu un &#233;v&#233;nement dont l'importance n'a pu &#234;tre effac&#233;e. D&#232;s lors, la nature a une histoire marqu&#233;e par des jalons. Elle n'efface pas son pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire marque la mati&#232;re. Ainsi, les noyaux lourds, instables, connaissent des d&#233;compositions nucl&#233;aires, ou radioactives, au bout d'un certain temps. Une mati&#232;re livre son &#226;ge en fonction de la proportion de mati&#232;re radioactive d&#233;j&#224; d&#233;compos&#233;e. Nous avons un &#226;ge en tant qu'individus. Notre esp&#232;ce a &#233;galement un &#226;ge. Notre galaxie, notre soleil, notre plan&#232;te, les roches qui nous entourent ont un &#226;ge. Tous ces &#226;ges sont des manifestations d'une irr&#233;versibilit&#233; fondamentale du ph&#233;nom&#232;ne &#171; mati&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la science a mis du temps &#224; comprendre cette importance de l'irr&#233;versibilit&#233; ? On a commenc&#233; par &#233;tudier la r&#233;alit&#233; &#224; un seul niveau d'organisation, et, dans ce cas, cette irr&#233;versibilit&#233; n'appara&#238;t pas puisqu'il n'y a pas interaction d'&#233;chelle. Par exemple, en m&#233;canique, si on ne prend pas en consid&#233;ration l'interaction des objets en mouvement avec le vide, il n'y a qu'un seul mouvement et il peut sembler qu'en inversant le sens du temps, le mouvement serait exactement invers&#233;. Par contre, d&#232;s qu'on &#233;tudie des chocs brutaux entre objets qui se cassent, il n'est plus possible d'inverser le temps. On n'a jamais vu des objets cass&#233;s se recomposer spontan&#233;ment. La brisure a &#233;mis de l'&#233;nergie qui est une agitation &#224; un niveau hi&#233;rarchique inf&#233;rieur. Ce passage au niveau inf&#233;rieur est non-lin&#233;aire et irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, la mati&#232;re a un caract&#232;re irr&#233;versible car, au travers des disparitions et apparitions de structures particulaires dans le vide, la mati&#232;re reproduit les m&#234;mes structures globalement. La particule appara&#238;t et dispara&#238;t en un temps tr&#232;s court. Mais elle r&#233;appara&#238;t toujours sous la m&#234;me forme que pr&#233;c&#233;demment. C'est cette &#171; m&#233;moire &#187; qui fait que la mati&#232;re semble avoir une existence continue. Cependant, les &#233;v&#233;nements qui se produisent pour cette structure s'effacent r&#233;guli&#232;rement du fait de l'interaction avec l'environnement. C'est ce que l'on appelle la d&#233;coh&#233;rence. Du coup, la particule ne peut se souvenir &#224; l'&#233;chelle mat&#233;rielle que de ses constantes (charge, masse, etc). Par contre, &#224; une &#233;chelle inf&#233;rieure, elle peut se souvenir de son spin qui marque l'&#233;volution de l'environnement (charges virtuelles u vide). A ce niveau, l'&#233;coulement du temps est aboli parce que le temps est un facteur &#233;mergent du niveau sup&#233;rieur. Dans le vide, le temps est d&#233;sordonn&#233;. Pour le corpuscule de lumi&#232;re, le temps ne s'&#233;coule pas. L'irr&#233;versibilit&#233; n'existe qu'au niveau de la mati&#232;re au dessus du niveau de la particule de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IRR&#201;VERSIBILIT&#201; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Introduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; est celui de l'&#233;volution des syst&#232;mes macroscopiques, c'est-&#224;-dire constitu&#233;s d'un nombre immense de mol&#233;cules en perp&#233;tuelle agitation. L'exemple typique est le gaz ; mais n'importe quel objet mat&#233;riel dont la masse est de l'ordre du gramme ou plus, est un tel corps, puisque les mol&#233;cules qui le composent, m&#234;me si elles sont tr&#232;s grosses, ont des masses infinit&#233;simales si on les compare au gramme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces corps se modifient spontan&#233;ment du fait de l'agitation perp&#233;tuelle des mol&#233;cules qui les composent. Cela se remarque dans la vie de tous les jours : l'air est agit&#233; par le vent, les liquides coulent, et m&#234;me les solides s'alt&#232;rent (les m&#233;taux s'oxydent, les d&#233;bris v&#233;g&#233;taux se d&#233;composent, etc). Toutefois les objets isol&#233;s, c'est-&#224;-dire &#233;cart&#233;s de tout contact ou &#233;change avec le reste de l'univers, y compris l'&#233;mission ou l'absorption de rayonnement, &#233;voluent vers un &#233;tat asymptotique stable, appel&#233; &#233;tat d'&#233;quilibre. Le simple sens commun suffit &#224; le comprendre : si un corps m&#233;tallique est maintenu &#224; l'&#233;cart de tout &#233;change, il ne pourra s'oxyder puisqu'il faut pour cela une action de l'oxyg&#232;ne sur le corps. De m&#234;me un liquide au repos dans un r&#233;servoir ne se mettra &#224; couler que si on bascule ou perce le r&#233;servoir, l'air calme ne peut commencer &#224; &#234;tre agit&#233; par le vent que s'il est expos&#233; &#224; des masses d'air plus chaudes ou plus froides, etc. Si au lieu de mettre le corps m&#233;tallique fra&#238;chement poli &#224; l'abri de l'oxyg&#232;ne et du monde ext&#233;rieur, on isole ce corps avec une certaine quantit&#233; d'oxyg&#232;ne de tout le reste, il va s'oxyder progressivement jusqu'&#224; ce qu'il n'y ait plus assez d'oxyg&#232;ne pour que la corrosion se poursuive, et on atteint aussi un &#233;tat d'&#233;quilibre. Pour le sens commun, forg&#233; par l'exp&#233;rience quotidienne, il est bien &#233;vident qu'une fois la surface m&#233;tallique corrod&#233;e, il n'arrivera plus jamais que l'oxyg&#232;ne se retire spontan&#233;ment du m&#233;tal pour retrouver sa forme gazeuse, en rendant ainsi tout son brillant &#224; la surface m&#233;tallique. C'est pourquoi on dit que la corrosion est une &#233;volution irr&#233;versible. Bien entendu, il est possible d'appliquer au m&#233;tal un traitement chimique qui s&#233;pare &#224; nouveau l'oxyg&#232;ne et le m&#233;tal, mais cela brise alors l'isolement du syst&#232;me corps m&#233;tallique plus oxyg&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite des travaux de Sadi Carnot (R&#233;flexions sur la puissance motrice du feu, 1824) Rudolph Clausius a d&#233;gag&#233; le concept de l'entropie d'un tel syst&#232;me isol&#233;. Carnot analysait le principe des machines thermiques, qui produisent du mouvement &#224; partir de la chaleur, en injectant de la vapeur ou de l'air sous pression dans un cylindre pour d&#233;placer un piston. Il a constat&#233; que la vapeur devait n&#233;cessairement se refroidir, et qu'avec une quantit&#233; de charbon donn&#233;e, l'&#233;nergie m&#233;canique qu'on peut r&#233;cup&#233;rer est d'autant plus &#233;lev&#233;e que la vapeur a plus refroidi. Plus pr&#233;cis&#233;ment il &#233;tablit la loi quantitative suivante : Si T1 est la temp&#233;rature (absolue, en degr&#233;s Kelvin) &#224; laquelle on a chauff&#233; la vapeur et T0 la temp&#233;rature &#224; laquelle se refroidit cette vapeur apr&#232;s le passage dans le cylindre ou la turbine, l'&#233;nergie m&#233;canique obtenue pour une quantit&#233; de chaleur fournie Q sera proportionnelle &#224; (1 &#61485; T0/T1) &#215;Q et non &#224; Q seul. Cela veut dire que si par exemple on chauffe de l'air &#224; 273 degr&#233;s Celsius dans un cylindre pour qu'il pousse un piston et d&#233;place ainsi un objet lourd, puis qu'on le refroidit &#224; 0 degr&#233;s Celsius pour que le piston se r&#233;tracte, le rapport 1 &#61485; T0/T1 sera 0.5 et le travail m&#233;canique de d&#233;placement de l'objet lourd aura &#233;t&#233; la moiti&#233; de l'&#233;nergie calorifique d&#233;pens&#233;e pour chauffer l'air dans le cylindre. L'autre moiti&#233; se sera perdue dans le refroidissement de l'air. (N. B. cette perte par refroidissement est n&#233;cessaire, car sinon le piston ne se r&#233;tracte pas tout seul ; il faudrait le pousser et donc perdre le travail m&#233;canique qu'on vient de gagner). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le processus inverse de celui de la machine thermique consisterait &#224; produire la chaleur &#224; partir du mouvement m&#233;canique au lieu de l'obtenir en br&#251;lant du charbon. On peut produire de la chaleur &#224; partir du mouvement par frottement ; on peut m&#234;me convertir enti&#232;rement l'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur : dans ce cas le mouvement est compl&#232;tement arr&#234;t&#233; par l'effet des frottements. Or la loi de Carnot montre que, sauf si T0 = 0 ou T1 = &#61605;, la chaleur ne peut jamais &#234;tre enti&#232;rement convertie en mouvement. De toute fa&#231;on la condition T0 = 0 est irr&#233;alisable, car pour que la vapeur puisse &#234;tre refroidie &#224; T0 = 0 il faut maintenir un syst&#232;me de refroidissement bien plus co&#251;teux que l'&#233;nergie produite par la machine. Ce constat fait par Carnot marque l'origine du probl&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; : la transformation d'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur par les frottements n'est pas r&#233;versible, en ce sens qu'aucune machine thermique ne pourra retransformer int&#233;gralement la chaleur en le mouvement. Quantitativement, si nous reprenons l'exemple ci-dessus avec la vapeur refroidie de 273 degr&#233;s Celsius &#224; 0 degr&#233;s Celsius, on peut dire que 4184 joules de travail m&#233;canique permettent d'&#233;chauffer par frottement 1 kilogramme d'eau de 1 degr&#233;, mais inversement, avec une machine thermique fonctionnant entre 273 et 0 degr&#233;s Celsius, cette m&#234;me quantit&#233; de chaleur ne permettrait de r&#233;cup&#233;rer que 2092 joules de travail m&#233;canique. Bien entendu dans une machine r&#233;elle une grande partie de la chaleur fournie se perd aussi par les d&#233;fauts d'isolation, en sorte qu'on r&#233;cup&#233;rerait encore bien moins que ces 2092 joules ; la loi de Carnot concerne le cas id&#233;al o&#249; on aurait enti&#232;rement &#233;limin&#233; ces pertes. Elle dit que m&#234;me si ces pertes sont rendues infinit&#233;simales, il restera toujours une irr&#233;versibilit&#233; de principe, car le fonctionnement m&#234;me de la machine exige qu'une partie de la chaleur soit perdue par le refroidissement. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'explication fondamentale du comportement des corps macroscopiques tels que la dilatation des gaz chauff&#233;s dans les machines thermiques, mais aussi l'&#233;coulement des liquides, l'&#233;vaporation, la fusion ou la solidification, les &#233;changes de chaleur, etc, a &#233;t&#233; trouv&#233;e dans le comportement al&#233;atoire des mouvements mol&#233;culaires. C'est en appliquant la loi des grands nombres au mouvement chaotique d'un nombre immense de mol&#233;cules qu'on retrouve le comportement des corps macroscopiques. La loi de Carnot mentionn&#233;e plus haut peut &#234;tre d&#233;duite ainsi, de m&#234;me que toutes les lois gouvernant les &#233;changes de chaleur, l'agitation des fluides, etc. Quoique cette explication statistique ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; propos&#233;e comme hypoth&#232;se par Daniel Bernoulli (Hydrodynamica, 1731), elle n'a commenc&#233; &#224; devenir pleinement op&#233;ratoire que dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Les travaux fondateurs de cette M&#233;canique statistique ont &#233;t&#233; effectu&#233;s pour l'essentiel par J. C. Maxwell (1860) et Ludwig Boltzmann (1872). L'irr&#233;versibilit&#233; mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment n'est qu'un aspect du comportement des corps macroscopiques, et au fond, elle ne joue qu'un r&#244;le tr&#232;s marginal dans les pr&#233;occupations des physiciens car elle ne vaut que comme principe g&#233;n&#233;ral et abstrait. Pour celui qui doit calculer ou d&#233;crire des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;cis et particuliers, la M&#233;canique statistique est une science tr&#232;s technique dont le quotidien est bien &#233;loign&#233; des grands principes. Par contre, l'irr&#233;versibilit&#233; est le genre de probl&#232;me qui a toujours fascin&#233; les philosophes, ainsi que tous les amateurs passionn&#233;s de science, qui connaissent cette derni&#232;re bien plus par les ouvrages de vulgarisation que par l'&#233;tude approfondie et patiente de probl&#232;mes concrets mais ardus. De ce fait, le th&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; inspire depuis Boltzmann toute une litt&#233;rature pseudo- ou para-scientifique, pleine de confusion, de r&#234;ve, et de visions inexactes ou m&#234;me carr&#233;ment fausses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le point crucial de cette litt&#233;rature est le paradoxe de Loschmidt. Joseph Loschmidt &#233;tait un coll&#232;gue de Boltzmann &#224; l'universit&#233; de Vienne. Apr&#232;s que Boltzmann eut expos&#233; son explication statistique de l'irr&#233;versibilit&#233; en 1872, Loschmidt fit remarquer qu'il apparaissait comme paradoxal que, la M&#233;canique &#233;tant enti&#232;rement r&#233;versible (pour tout mouvement d'un syst&#232;me de points mat&#233;riels tels que les mol&#233;cules, le mouvement inverse, c'est-&#224;-dire celui qu'on verrait dans un film projet&#233; en marche arri&#232;re, est &#233;galement possible et tout aussi probable), on aboutisse &#224; des comportements irr&#233;versibles lorsqu'on consid&#232;re un tel mouvement de mani&#232;re statistique. L'&#233;nonc&#233; de ce paradoxe se trouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les articles ou ouvrages de vulgarisation, mais sans aucune explication ; tr&#232;s souvent m&#234;me, il est sugg&#233;r&#233; que ce paradoxe reste aujourd'hui encore non r&#233;solu, qu'il s'agirait l&#224; de l'un des myst&#232;res de la science. Or Boltzmann avait r&#233;pondu &#224; la question de Loschmidt, et sa r&#233;ponse est essentiellement correcte. Elle peut certes &#234;tre affin&#233;e par des connaissances plus r&#233;centes, mais rien ne change sur le fond. Par exemple Boltzmann postulait pour les mol&#233;cules un mouvement newtonien, alors que la M&#233;canique statistique moderne postule un mouvement quantique, ce qui induit de grandes diff&#233;rences (satistiques de Fermi-Dirac et de Bose-Einstein). Mais l'argument de Loschmidt et la r&#233;ponse &#224; cet argument ne s'en trouvent pas affect&#233;s de mani&#232;re vraiment essentielle : les mouvements microscopiques quantiques sont, tout comme les classiques, parfaitement r&#233;versibles, et la propri&#233;t&#233; statistique universelle qui explique l'irr&#233;versibilit&#233; est la m&#234;me. Pourquoi alors la r&#233;ponse de Boltzmann est-elle rest&#233;e lettre morte, et pourquoi subsiste toute une tradition qui maintient le myst&#232;re autour de ce probl&#232;me ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La raison en est bien simple. Ce n'est pas pour les physiciens qu'il y a un paradoxe, mais seulement pour une certaine tradition philosophique et populaire, car l'explication scientifique du &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;paradoxe'' n'est pas vulgarisable. Beaucoup de physiciens ont d&#233;plor&#233; cet &#233;tat de fait et ont, comme moi ici, tent&#233; d'y rem&#233;dier; par exemple Rudolf Peierls a aussi donn&#233; une conf&#233;rence &#224; Birmingham en 1967 sur la question, qu'il reprend dans un chapitre de son livre [7], qui commence ainsi: We turn next to one of the most fundamental questions of statistical Mechanics, to which the answer has been known to some for a long time, but does not appear to be known very widely even today. The question is about the precise origin of the irreversibility in statistical mechanics. J'ajoute que&lt;/code&gt;not even today'', dit par Peierls en 1978, peut se dire encore aujourd'hui. Je conseille vivement la lecture de ce chapitre de Peierls, et j'en donnerai quelques extraits en annexe. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai cependant d&#251; constater que l'explication propos&#233;e par Peierls n'est pas compl&#232;te, et d'ailleurs je n'ai trouv&#233; d'explication vraiment compl&#232;te dans aucun ouvrage. Pourtant, tout ce qu'il faut pour une telle explication compl&#232;te est implicitement contenu dans le corpus th&#233;orique de la Physique statistique, d&#233;j&#224; sous la forme que lui avait donn&#233; Ludwig Boltzmann vers 1880. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien la raison pour laquelle j'essaie encore, mais je n'ai pas &#233;crit cet article essentiellement pour les physiciens, qui connaissent bien l'explication scientifique, m&#234;me s'ils ne la d&#233;taillent pas jusqu'au bout ; c'est plut&#244;t pour ceux qui sont curieux de science : je ne voudrais pas qu'ils soient &#233;gar&#233;s par la confusion qui entoure cette question, mais je leur demande un effort. Il faut en effet prendre en compte quelques aspects assez subtils du Calcul des probabilit&#233;s. La r&#233;ponse de Boltzmann est enti&#232;rement juste sur le fond, mais tr&#232;s difficile &#224; expliquer. Je m'en suis rendu compte une fois de plus en &#233;crivant le pr&#233;sent article. J'ai pourtant fait tout ce que j'ai pu pour donner l'explication statistique de l'irr&#233;versibilit&#233; d'une mani&#232;re aussi directe que possible, c'est-&#224;-dire sans passer par l'interm&#233;diaire de th&#233;or&#232;mes g&#233;n&#233;raux, dont la d&#233;monstration tr&#232;s technique, longue, g&#233;n&#233;rale, et abstraite contribue fortement &#224; l'opacit&#233; de l'explication. J'ai fait tout ce que j'ai pu, et cela reste long, bien trop long pour une revue de vulgarisation, et bien trop long pour notre &#233;poque o&#249; l'on n'&#233;coute que ce qui se dit en moins de cinq minutes. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaie quand m&#234;me de le faire partager . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La nature microscopique des gaz. &lt;br class='autobr' /&gt;
Imaginons un gaz maintenu dans un r&#233;cipient herm&#233;tique comme un nuage de poussi&#232;res dont les grains sont les mol&#233;cules. On va consid&#233;rer un mouvement parfaitement newtonien pour le syst&#232;me de point mat&#233;riels auquel on assimile l'ensemble des mol&#233;cules du gaz. Les substitutions fr&#233;quentes des vitesses, chaque fois que la mol&#233;cule frappe une paroi du r&#233;cipient ou entre en collision avec une autre, cr&#233;e un brouillage qui, au bout d'un certain temps (apr&#232;s plusieurs collisions) rend la distribution des mol&#233;cules en apparence compl&#232;tement al&#233;atoire ; c'est ce qu'on appelle le chaos d&#233;terministe. L'analyse math&#233;matique d&#233;taill&#233;e de ce mouvement de points qui entrent mutuellement en collision, incluant le calcul de l'&#233;volution des positions et des vitesses a &#233;t&#233; effectu&#233; pour la premi&#232;re fois en 1860, par J. C. Maxwell [ref 2]. Ce texte de Maxwell est aujourd'hui encore l'expos&#233; le plus clair, le plus rigoureux (malgr&#233; un raisonnement faux devenu c&#233;l&#232;bre, et corrig&#233; six ans plus tard), et le plus p&#233;n&#233;trant jamais &#233;crit sur le sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette notion de brouillage est essentielle pour la r&#233;solution du paradoxe de Loschmidt. En effet, le mouvement exact des mol&#233;cules, c'est-&#224;-dire leur mouvement newtonien math&#233;matique, est r&#233;versible : en retournant toutes les vitesses (mais en conservant les positions), le syst&#232;me revient en arri&#232;re, en d&#233;crivant le mouvement exactement inverse de celui suivi jusque l&#224; ; de sorte que, si le syst&#232;me &#233;tait dans une configuration X &#224; l'instant 0, qu'on le laisse &#233;voluer jusqu'&#224; l'instant T o&#249; l'on inverse toutes les vitesses, il reviendra en parcourant dans l'ordre inverse toutes les configurations pr&#233;c&#233;dentes, et se retrouvera &#224; l'instant 2T &#224; nouveau dans la configuration X. Par configuration on entend ici la donn&#233;e des positions de toutes les mol&#233;cules. Une notion plus pr&#233;cise est la configuration en phase : c'est alors la donn&#233;e des positions et des vitesses de toutes les mol&#233;cules. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, comment se fait-il que l'on observe l'irr&#233;versibilit&#233; ? C'est justement la question pos&#233;e par Joseph Loschmidt. Si on prend un gaz, initialement (c'est-&#224;-dire &#224; l'instant 0) comprim&#233; dans un vase, il va se r&#233;pandre tout autour et tendre &#224; remplir tout l'espace disponible, mais on ne verra jamais un gaz r&#233;pandu dans une grande pi&#232;ce se comprimer progressivement et venir se concentrer dans un vase en faisant le vide alentour. Or, c'est bien ce qui devrait se produire si, une fois le gaz uniform&#233;ment r&#233;pandu dans la grande pi&#232;ce, on inversait exactement la vitesse de chacune des N &#61566;&#61472;1024 mol&#233;cules qui le composent. Mais il faut inverser exactement les N vitesses. Si une seule de ces N &#61566;&#61472;1024 vitesses est mal invers&#233;e, le mouvement de retour commencera effectivement comme l'inverse du mouvement pr&#233;c&#233;dent (c'est-&#224;-dire que le gaz commencera &#224; se recomprimer apr&#232;s l'inversion des vitesses), mais cela ne durera pas : l'unique vitesse mal invers&#233;e modifiera peu &#224; peu les vitesses des autres mol&#233;cules &#224; cause des innombrables chocs, jusqu'&#224; ce que la totalit&#233; du syst&#232;me soit brouill&#233;e (par le ph&#233;nom&#232;ne du chaos d&#233;terministe) et ne ressemble plus du tout au mouvement inverse. M&#234;me si l'unique vitesse mal invers&#233;e diff&#232;re tr&#232;s peu de l'inversion exacte, cela suffira &#224; cr&#233;er le chaos au bout d'un temps tr&#232;s court ; si la diff&#233;rence entre la vitesse mal invers&#233;e et l'inverse exact est &#61541;, ce temps est proportionnel &#224; (1 / &#61541;) 10&#61485;N. Il faudrait donc prendre &#61541;&#61472;&#61566;&#61472;10&#61485;N pour que ce temps soit de l'ordre de la seconde. Cela signifie que l'erreur dans le retournement de la vitesse devrait porter sur la Ni&#232;me d&#233;cimale. Si N est de l'ordre du nombre d'Avogadro, soit N &#61566;&#61472;1024, on voit ce que cela signifie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit apparara&#238;tre ici une des raisons pour lesquelles la parfaite r&#233;versibilit&#233; du mouvement microscopique des mol&#233;cules ne se refl&#232;te pas au niveau des apparences macroscopiques : c'est parce qu'il est essentiellement impossible d'inverser les vitesses avec une telle pr&#233;cision. Cependant cette raison n'est pas la seule. Une autre est qu'il est tout aussi essentiellement impossible d'inverser (m&#234;me approximativement) les vitesses de toutes les N mol&#233;cules ; ce serait possible s'il n'y avait que cinq ou dix mol&#233;cules, mais la difficult&#233; qui intervient ici cro&#238;t exponentiellement avec leur nombre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux raisons ont en commun qu'elles ne sont pas li&#233;es &#224; la nature physique du gaz, mais aux limites humaines. On pourrait en faire abstraction pour se concentrer sur l'objet (le gaz) en tant qu'existant ind&#233;pendamment de l'homme et de ses limites. Par exemple en tenant un raisonnement comme celui-ci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Une intelligence qui, pour un instant donn&#233;, conna&#238;trait toutes les forces dont la nature est anim&#233;e, et la situation respective des &#234;tres qui la composent, si d'ailleurs elle &#233;tait assez vaste pour soumettre ces donn&#233;es &#224; l'analyse, embrasserait dans la m&#234;me formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus l&#233;ger atome: rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le pass&#233; serait pr&#233;sent &#224; ses yeux. Pierre-Simon Laplace Essai philosophique sur les probabilit&#233;s (1819) Frederick Reif. &#171; Si un syst&#232;me isol&#233; est dans une situation sensiblement non uniforme, il &#233;voluera en fonction du temps pour se rapprocher de la situation ultime la plus uniforme o&#249; il est en &#233;quilibre (&#224; l'exception de fluctuations qui ont peu de chances d'&#234;tre importantes). &#187; Irr&#233;versibilit&#233; La conclusion [encadr&#233;e ci-dessus] affirme que quand un syst&#232;me macroscopique isol&#233; &#233;volue en fonction du temps, il tend &#224; le faire dans une direction bien d&#233;finie: depuis un &#233;tat de moindre d&#233;sordre vers une situation de plus grand d&#233;sordre. Nous pourrions observer le processus du changement en filmant le syst&#232;me. Supposons maintenant que nous projetions le film &#224; l'envers (c'est-&#224;-dire que nous passions le film dans le projecteur en marche arri&#232;re) nous observerions alors sur l'&#233;cran le m&#234;me processus remontant le temps c'est-&#224;-dire le processus qui appara&#238;trait si l'on imaginait que la direction du temps a &#233;t&#233; renvers&#233;e. Le film sur l'&#233;cran serait vraiment tr&#232;s curieux en ce sens qu'il pr&#233;senterait un processus par lequel un syst&#232;me &#233;volue depuis un &#233;tat de grand d&#233;sordre vers une situation moins d&#233;sordonn&#233;e, chose que l'on n'observe jamais en r&#233;alit&#233;. En regardant simplement le film sur l'&#233;cran, nous pourrions conclure, avec une compl&#232;te certitude, que le film est projet&#233; &#224; l'envers. Un processus est dit irr&#233;versible si le processus obtenu en changeant le signe du temps (celui qu'on observerait en projetant le film &#224; l'envers) est tel qu'il n'appara&#238;t pratiquement jamais en r&#233;alit&#233;. Mais tous les syst&#232;mes macroscopiques hors &#233;quilibre &#233;voluent vers l'&#233;quilibre, c'est-&#224;-dire vers une situation de plus grand d&#233;sordre. ( . . . ) Notons bien qu'il n'y a rien dans les lois de la m&#233;canique r&#233;gissant le mouvement des particules du syst&#232;me qui indique un sens privil&#233;gi&#233; pour l'&#233;coulement du temps. En effet, imaginons que l'on prenne un film du gaz isol&#233; en &#233;quilibre ( . . . ) Commentaire: Ici il est fait r&#233;f&#233;rence &#224; un&lt;/code&gt;film'', en fait une simulation num&#233;rique du mouvement de 40 mol&#233;cules dans une bo&#238;te rectangulaire. Cette simulation est une des grandes innovations didactiques du Berkeley Physics Course (pages 9 et 24 - 25), dont la force visuelle ne peut &#234;tre reproduite en citation ; c'est pourquoi j'introduis ce commentaire. On peut mesurer le degr&#233; de d&#233;sordre en donnant simplement en fonction du temps le nombre de mol&#233;cules situ&#233;es dans la moiti&#233; gauche de la bo&#238;te. La relation entre ce nombre et l'entropie est assez complexe, mais pour l'argumentation il suffit que les deux quantit&#233;s aient la m&#234;me croissance (que l'une soit fonction croissante de l'autre ; ainsi elles seront croissantes ou d&#233;croissantes en m&#234;me temps et seront maximales ou minimales en m&#234;me temps. Il s'agit donc de comprendre pourquoi on aboutit &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; alors que ce film est parfaitement r&#233;versible : &lt;br class='autobr' /&gt;
En regardant le film projet&#233; sur l'&#233;cran, nous n'aurions aucun moyen de dire si le projecteur fonctionne dans le sens normal ou &#224; l'envers. La notion de sens privil&#233;gi&#233; pour l'&#233;coulement du temps n'appara&#238;t que lorsque l'on consid&#232;re un syst&#232;me macroscopique isol&#233; dont nous avons de bonnes raisons de penser qu'il est dans une situation tr&#232;s sp&#233;ciale non d&#233;sordonn&#233;e &#224; un certain temps t1. Si le syst&#232;me n'a pas &#233;t&#233; perturb&#233; pendant longtemps et s'il atteint cette situation par le jeu des rares fluctuations &#224; l'&#233;quilibre, il n'y a, en fait, rien qui indique le sens du temps. ( . . . ) &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite du commentaire : Cette derni&#232;re phrase est capitale : supposons que le syst&#232;me ne subit aucune rupture de son mouvement normal (mouvement newtonien avec collisions mutuelles ou avec la paroi de la bo&#238;te, mais surtout pas avec autre chose, comme par exemple une nouvelle paroi s&#233;parant la bo&#238;te en deux). Cela exprime le fait que le syst&#232;me est isol&#233;. Il peut alors arriver que &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;par hasard'' &#224; un instant t1 toutes les mol&#233;cules se trouvent dans la moiti&#233; droite de la bo&#238;te. Cela n'arrive pas souvent: avec quarante mol&#233;cules, en admettant qu'entre deux vues successives du&lt;/code&gt;film'' les mol&#233;cules se soient d&#233;plac&#233;es en moyenne sur une distance de l'ordre du dixi&#232;me de la largeur de la bo&#238;te, il faut laisser passer au moins 1013 vues instantan&#233;es pour avoir une chance d'observer cela. Avec 8 mol&#233;cules, il suffirait de 2500 images, et avec 1024 mol&#233;cules il faudrait quelque 10300 000 000 000 000 000 000 000 images. Pour un film au format 16 mm, cela correspond &#224; une dur&#233;e de projection de l'ordre de 100 secondes pour 8 mol&#233;cules, de 10 000 ans pour 40 mol&#233;cules, 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es pour 1024 mol&#233;cules. Si vous regardez le film de 40 mol&#233;cules pendant 10 000 ans, ne ratez pas l'instant o&#249; toutes les mol&#233;cules seront dans la moiti&#233; gauche de la bo&#238;te (attention, l'&#233;v&#233;nement ne dure qu'une fraction de seconde), car il serait dommage d'avoir attendu cet instant pendant 6000 ans et de le rater. Il n'aurait en effet gu&#232;re de chances de se reproduire avant 10 000 nouvelles ann&#233;es. Lorsque cet &#233;v&#233;nement se sera produit, d&#233;coupez le morceau de film qui commence une minute avant et se termine une minute apr&#232;s et projetez le &#224; l'endroit ou &#224; l'envers. Il vous sera effectivement impossible de savoir lequel des deux sens de projection est plus r&#233;aliste que l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans aucune situation concr&#232;te de la vie r&#233;elle vous ne pourrez attendre 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es pour voir un gaz se concentrer spontan&#233;ment dans une moiti&#233; de r&#233;cipient. Si vous voulez mettre un gaz dans une bouteille vous le ferez passer par un tuyau, pouss&#233; par une pompe. D'o&#249; la conclusion : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me &#233;volue toujours vers une situation de plus grand d&#233;sordre que le temps se d&#233;roule en avant ou en arri&#232;re. La seule autre possibilit&#233; pour amener le syst&#232;me dans une situation particuli&#232;re non d&#233;sordonn&#233;e &#224; un instant t1, c'est une interaction avec un autre syst&#232;me &#224; un instant ant&#233;rieur &#224; t1 [c'est-&#224;-dire une pr&#233;paration]. Mais dans ce cas, le sens du temps est indiqu&#233; par la connaissance de cette interaction avec un autre syst&#232;me &#224; un autre instant pr&#233;c&#233;dant t1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes suivants parlent de la m&#234;me chose, avec seulement des diff&#233;rences de style.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Landau et E. Lifchitz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la contradiction appara&#238;t n&#233;anmoins lorsqu'on consid&#232;re un autre aspect de la question. Lorsqu'on a formul&#233; la loi de la croissance de l'entropie, on a parl&#233; de la cons&#233;quence la plus probable d'un &#233;tat macroscopique pour un moment donn&#233;. Mais cet &#233;tat devait surgir &#224; partir d'autres &#233;tats comme r&#233;sultat des processus se d&#233;roulant dans la nature. La sym&#233;trie par rapport aux deux sens du temps veut dire que, pour tout &#233;tat macroscopique arbitraire d'un syst&#232;me isol&#233; &#224; un certain moment t = t0, on peut affirmer que la cons&#233;quence la plus probable pour t &gt; t0 est non seulement une augmentation de l'entropie, mais &#233;galement que celle-ci ait surgi des &#233;tats d'entropie sup&#233;rieure ; en d'autres termes, le plus probable est d'avoir un minimum de l'entropie en fonction du temps pour le moment t = t0 pour lequel l'&#233;tat macroscopique est choisi d'une mani&#232;re arbitraire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette affirmation n'est &#233;videmment, en aucune mesure, &#233;quivalente &#224; la loi de la croissance de l'entropie suivant laquelle dans tous les syst&#232;mes isol&#233;s existant dans la nature l'entropie ne diminue jamais (fluctuations tout &#224; fait infimes mises &#224; part). Et c'est justement ainsi formul&#233;e que la loi de la croissance de l'entropie se trouve enti&#232;rement confirm&#233;e par tous les ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s dans la nature. Soulignons qu'elle n'est en aucun cas &#233;quivalente &#224; la loi formul&#233;e au d&#233;but de ce paragraphe [celle sur la sym&#233;trie par rapport aux deux sens du temps], comme on pourrait le croire &#224; tort. Pour passer d'un &#233;nonc&#233; &#224; l'autre il aurait fallu introduire la notion d'un observateur qui aurait artificiellement &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;pr&#233;par&#233;'' &#224; un certain moment le syst&#232;me isol&#233;, de mani&#232;re que la question de savoir son comportement ant&#233;rieur tombe d'elle-m&#234;me; il est &#233;videmment tout &#224; fait inadmissible de relier ainsi les propri&#233;t&#233;s de l'observateur aux lois physiques. Boltzmann. Ce n'est en aucune fa&#231;on le signe avec lequel on compte les temps qui constitue la diff&#233;rence caract&#233;ristique entre un &#233;tat organis&#233; et un &#233;tat d&#233;nu&#233; d'organisation. Si, dans l'&#233;tat que l'on a adopt&#233; comme &#233;tat initial de la repr&#233;sentation m&#233;canique de l'univers, on venait &#224; inverser exactement les directions de toutes les vitesses sans changer ni leurs grandeurs ni les positions des parties du syst&#232;me; si l'on parcourait, pour ainsi dire, &#224; reculons, les diff&#233;rents &#233;tats du syst&#232;me, ce serait encore un &#233;tat non probable par lequel on d&#233;buterait et un &#233;tat plus probable qu'on atteindrait par la suite. C'est seulement pendant le laps de temps qui conduit d'un &#233;tat initial tr&#232;s peu probable &#224; un &#233;tat ult&#233;rieur beaucoup plus probable, que les &#233;tats se transformemt d'une fa&#231;on diff&#233;rente dans la direction positive des temps et dans la direction n&#233;gative. Et un peu plus loin Pour l'univers tout entier, les deux directions du temps sont donc impossibles &#224; distinguer, de m&#234;me que dans l'espace, il n'y a ni dessus ni dessous. Mais, de m&#234;me qu'en une r&#233;gion d&#233;termin&#233;e de la surface de notre plan&#232;te, nous consid&#233;rons comme le dessous la direction qui va vers le centre de la Terre, de m&#234;me un &#234;tre vivant dans une phase d&#233;termin&#233;e du temps et habitant un tel monde individuel, d&#233;signera la direction de la dur&#233;e qui va vers les &#233;tats les moins probables autrement que la direction contraire: la premi&#232;re sera pour lui le pass&#233; ou le commencement, et la seconde l'avenir ou la fin. Peierls. Peierls reprend d'abord le probl&#232;me des mol&#233;cules enferm&#233;es dans une bo&#238;te divis&#233;e par la pens&#233;e en deux moiti&#233;s (&lt;/code&gt;the two chambers problem'') : &lt;br class='autobr' /&gt;
Some textbooks explain this paradox [Loschmidt's paradox] by saying that, whereas particle mechanics makes predictions about the motion of individual particles, statistical mechanics makes probability statements about large ensembles of particles. This is true, but it d&#233;s not explain why the use of probabilities and statistics should create a difference between past and future where none existed before. &lt;br class='autobr' /&gt;
The real answer is quite different. Suppose from t = 0 when we assumed the particles distributed at random within each container and to move in random directions, we follow the particle trajectories, not for positive times, but negative t, i.e., into the past. This will give a curve for the entropy looking like the broken curve in figure [hereafter], and it will be the mirror image of the solid curve. &lt;br class='autobr' /&gt;
We see therefore that the symmetry in time is preserved fully in these two calculations. However, the solid curve to the right describes a situation which occurs in practice, and therefore provides the answer to a realistic question, whereas the broken curve to the left d&#233;s not. &lt;br class='autobr' /&gt;
The situation to which the broken, left-hand curve would be applicable would be the following : Arrange for particles at t = 0 to be distributed in given numbers over the two chambers [the two parts of the box], their positions being random in each chamber, and their velocites having a Maxwell-Boltzmann distribution. Ensure that prior to t = 0, at least after some finite &#61485;T, there was no external interference, and observe the state of affairs at t = &#61485;T. This is evidently impossible ; the only way in which we can influence the distribution of molecules at t = 0 is by taking action prior to that time. &lt;br class='autobr' /&gt;
On reconna&#238;t dans ce passage essentiellement le m&#234;me argument que dans [4], [5], [6] cit&#233;s ci-dessus. Mais Peierls aborde encore le probl&#232;me par un autre c&#244;t&#233; (le &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Sto&#223;zahl Ansatz'' de Boltzmann,&lt;/code&gt;l'argument du nombre de collision''). Consid&#233;rons un flux de mol&#233;cules en mouvement uniforme de vitesse [(va)\vec] ; cela correspond &#224; un &#233;tat macroscopique d'entropie non maximale. Dans ce flux, d&#233;coupons par la pens&#233;e un cylindre &#233;troit parall&#232;le &#224; la direction de ce flux, le cylindre a comme sur la figure ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mol&#233;cules du cylindre a, qui ont toutes la m&#234;me vitesse [(va)\vec], rebondissent sur l'obstacle diffuseur (&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;the scatterer'', hachur&#233; sur la figure), en sorte que leurs vitesses apr&#232;s cette collision sont diverses puisque le diffuseur est suppos&#233; courbe. Par cons&#233;quent dans le cylindre b de la figure, il ne reste plus qu'une partie des mol&#233;cules qui avant la collision &#233;taient dans le cylindre a, mais elles s'ajoutent &#224; celles qui &#233;taient en dehors du cylindre a et qui ont poursuivi leur trajectoire &#224; la vitesse [(va)\vec] sans rencontrer de diffuseur. The Stosszahl Ansatz of Boltzmann now consists in the seemingly innocuous assumption that &#61554;a [the density in cylinder a] equals the average densisty of molecules of this type anywhere in the gas, i.e., that there is nothing exceptional about the particular cylinder we have defined. This assumption is the origin of irreversibility, because if it is true, the corresponding statement about the cylinder labeled b in the figure is not true. The only special thing about cylinder a is that it contains the molecules which are going to collide with the scatterer; cylinder b contains those which have just collided. In non-equilibrium conditions, for example in the presence of a drift motion in the a direction, there will be more molecules in the gas as a whole moving in the a direction than in the b direction. Scattering by the center will therefore tend to increase the number in the b direction. If &#61554;a is the same as elsewhere in the gas, &#61554;b must then be greater than the average. If the scattering is compared to the time-reversed situation, we see a difference. To reverse the direction of time, we have to replace each molecule in b by one of the opposite velocity, and have them scattered by the target to travel in the direction opposite to that of a. The number would not be changed, and if &#61554;b in the cylinder b differs from the average over the whole gas, it will also differ from what, with Boltzmann, we should assume about the inverse process. It seems intuitively obvious that the molecules should not be influenced by the fact that they are going to collide, and very natural that they should be affected by the fact that they have just collided. But these assumptions, which cause the irreversibility, are not self-evident. If we assume, however, that the state of the gas was prepared in some manner in the past, and that we are watching its subsequent time development, then it follows that correlations between molecules and scattering centers will arise only from past, but not from future, collisions. This shows that the situation is, in principle, still the same as in our two-chamber problem. L'argument n'est peut-&#234;tre pas d&#233;velopp&#233; avec la clart&#233; maximale, donc j'ajoute une petite explication suppl&#233;mentaire. L'id&#233;e est ici la suivante: si au d&#233;part les mol&#233;cules ont toutes la m&#234;me vitesse [(va)\vec], tout le monde comprend que, &#224; cause du diffuseur, les vitesses apr&#232;s collision seront d&#233;sordonn&#233;es. En retournant le temps, l'intuition sera choqu&#233;e que des vitesses d&#233;sordonn&#233;es aboutissent &#224; un flux ordonn&#233;, parce que ce processus inverse donnera l'impression que les mol&#233;cules du cylindre b devaient savoir comment elles allaient rebondir sur le diffuseur, et devaient ajuster leur vitesse de telle mani&#232;re qu'apr&#232;s collision elle devienne &#233;gale &#224; &#61485;[(va)\vec]. Elles devaient donc se d&#233;terminer d'apr&#232;s leur futur. Peierls veut ainsi montrer que l'inversion est contraire &#224; la causalit&#233;. We have recognized the origin of the irreversibility in the question we ask of statistical mechanics, and we have seen that their lack of symmetry originates in the limitations of the experiments we can perform. ( . . . ) As long as we have no clear explanation for this limitation, we might speculate whether the time direction is necessarily universal, or whether we could imagine intelligent beings whose time runs opposite to ours ( . . . ) En attendant que l'on d&#233;couvre l'explication de cette limitation, je propose de l'int&#233;grer sans explication parmi les principes fondamentaux: il est impossible de r&#233;aliser un d&#233;mon de Maxwell, tout comme on a fait pour l'inertie en attendant d'en trouver l'explication. Maxwell. Ce passage de Theory of Heat se trouve quelques pages avant la fin. La partie qui d&#233;crit ce qui sera plus tard appel&#233; d&#233;mon de Maxwell - par Lord Kelvin - est extr&#234;mement c&#233;l&#232;bre (&lt;/code&gt;Imaginons cependant un &#234;tre dont les facult&#233;s seraient si p&#233;n&#233;trantes . . . ''). Cependant la citation ci-dessous commence un peu avant ce passage c&#233;l&#232;bre et finit un peu au-del&#224; afin de montrer qu'en 1871 Maxwell avait parfaitement compris que le point crucial du second principe n'est pas tant la croissance math&#233;matique de l'entropie, que l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser un &#233;tat microscopique pr&#233;d&#233;fini. Cette lucidit&#233; pourra &#234;tre confront&#233;e &#224; la confusion du d&#233;bat qui perdure depuis 130 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un des faits les plus solidement &#233;tablis de la Thermodynamique est que, dans un syst&#232;me qui est enferm&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une cloison ne permettant ni variation de volume ni &#233;change de chaleur, et dont la temp&#233;rature et la pression ont partout la m&#234;me valeur, il est impossible de produire un &#233;cart de temp&#233;rature sans fournir du travail. C'est l&#224; tout le sens du second principe de la thermodynamique ; ce dernier est sans aucun doute v&#233;rifi&#233; tant que nous ne manipulons les corps que par grandes masses et que nous ne disposons pas du pouvoir d'identifier et de manipuler les mol&#233;cules individuelles qui composent ces masses. Imaginons cependant un &#234;tre dont les facult&#233;s seraient si aig&#252;es qu'il serait en mesure de suivre chaque mol&#233;cule dans son mouvement, tout en &#233;tant comme nous m&#234;mes de conformation essentiellement finie ; alors il lui serait possible de r&#233;aliser ce qui nous est impossible. Car nous avons vu que les mol&#233;cules d'un gaz de temp&#233;rature uniforme contenu dans un r&#233;cipient ne sont nullement anim&#233;es de vitesses uniform&#233;ment distribu&#233;es, bien que la vitesse moyenne soit pratiquement la m&#234;me sur n'importe quel sous-ensemble suffisamment gros d'entre elles. Imaginons donc qu'un tel r&#233;cipient soit divis&#233; en deux parties A et B par une cloison s&#233;paratrice, dans laquelle serait pratiqu&#233;e une petite ouverture et qu'un tel &#234;tre capable de voir les mol&#233;cules individuelles ouvre ou ferme cette ouverture de mani&#232;re &#224; ne laisser passer de A vers B que les seules mol&#233;cules rapides, et de B vers A les seules mol&#233;cules lentes. Cet &#234;tre est ainsi en mesure de relever la temp&#233;rature de la partie B au d&#233;triment de la partie A sans d&#233;pense de travail, ce qui est en contradiction avec le second principe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est l&#224; qu'un exemple parmi d'autres, dans lequel les conclusions que nous avons tir&#233;es de notre exp&#233;rience avec les corps compos&#233;es d'un grand nombre de mol&#233;cules pourraient cesser d'&#234;tre applicables &#224; des m&#233;thodes d'observation et d'investigation plus fines telles que pourraient les mettre en oeuvre des &#234;tres capables de percevoir et manipuler individuellement ces mol&#233;cules que nous ne pouvons manipuler que par grandes masses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puisqu'en les manipulant par masses nous n'avons aucun acc&#232;s aux mol&#233;cules individuelles, nous sommes bien oblig&#233;s de recourir au calcul statistique ; ce pas accompli, nous abandonnons la m&#233;thode dynamique rigoureuse, par laquelle nous calculons le d&#233;tail de chaque mouvement individuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
N. B. Le passage ci-dessus est l'origine historique du d&#233;mon de Maxwell ; c'est en effet dans Theory of Heat de 1871 que cette id&#233;e est publi&#233;e pour la premi&#232;re fois. Elle &#233;tait cependant reprise d'une lettre de Maxwell &#224; Peter Guthrie Tait en 1867.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici maintenant deux extraits de H. Poincar&#233;. Le principal argument avanc&#233; par Poincar&#233; est celui du n&#233;cessaire retour de n'importe quel syst&#232;me dynamique &#224; des &#233;tats d&#233;j&#224; occup&#233;s dans le pass&#233;. Il s'agit de la propri&#233;t&#233; des syst&#232;mes dynamiques que, ou bien les trajectoires sont p&#233;riodiques, ou bien elles remplissent de mani&#232;re dense l'hypersurface d'&#233;nergie. Si le syst&#232;me a occup&#233; &#224; l'instant t = 0 un &#233;tat microscopique d&#233;fini par les valeurs de toutes les coordonn&#233;es et impulsions, alors au bout d'un temps fini T il repassera aussi pr&#232;s qu'on voudra de cet &#233;tat initial apr&#232;s s'en &#234;tre &#233;cart&#233;. Ainsi, si l'entropie avait une valeur non maximale S0 &#224; t = 0, elle redescendra in&#233;vitablement &#224; cette valeur &#224; l'instant T, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; maximale entretemps. Cet argument a &#233;t&#233; repris notamment par E. Zermelo (voir extraits de [12] et [13] ci-dessous). On ne reproduira pas ici les travaux de Poincar&#233; sur ce point, ils sont bien trop techniques et de toute fa&#231;on sont fort connus. On les trouvera dans [9], mais aussi dans n'importe quel ouvrage actuel sur le chaos. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait qui suit concerne un autre th&#233;or&#232;me qui affirme qu'une fonction des coordonn&#233;es et des vitesses d'un syst&#232;me dynamique ne peut en aucun cas &#234;tre monotone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les tentatives qui ont &#233;t&#233; faites pour rattacher aux th&#233;or&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la M&#233;canique les principes fondamentaux de la Thermodynamique, la plus int&#233;ressante est, sans contredit, celle que M. Helmholtz a d&#233;velopp&#233;e dans son M&#233;moire sur la statique des syst&#232;mes monocycliques (Journal de Crelle, t. 97) et dans son M&#233;moire sur le principe de la moindre action (Journal de Crelle, t. 100). L'explication propos&#233;e dans ces deux M&#233;moires me para&#238;t satisfaisante en ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles se pr&#234;tent-ils de la m&#234;me mani&#232;re &#224; une explication m&#233;canique ; peut-on, par exemple, en se repr&#233;sentant le monde comme form&#233; d'atomes, et ces atomes comme soumis &#224; des attractions d&#233;pendant des seules distances, expliquer pourquoi la chaleur ne peut jamais passer d'un corps froid sur un corps chaud ? Je ne le crois pas, et je vais expliquer pourquoi la th&#233;orie de l'illustre physicien ne me semble pas s'appliquer &#224; ce genre de ph&#233;nom&#232;nes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; expose alors sa d&#233;monstration d'un th&#233;or&#232;me qui sera fr&#233;quemment invoqu&#233; dans la suite (voir plus bas les extraits de [14]). En voici le principe. Le syst&#232;me &#233;tant un syst&#232;me dynamique, on peut avoir les &#233;quations du mouvement exact de toutes les mol&#233;cules sous la forme hamiltonienne ; si les xj sont les coordonn&#233;es et les pj les impulsions des mol&#233;cules, on aura [H(x,p) &#233;tant l'hamiltonien du syst&#232;me] : et ceci doit &#234;tre positif. Si un &#233;tat quelconque du syst&#232;me correspond &#224; l'&#233;quilibre, appelons pj(0) et xj(0) les coordonn&#233;es correspondantes et consid&#233;rons le d&#233;veloppement de Taylor des fonctions S et H en puissances de pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0). Le terme lin&#233;aire est nul &#224; cause du choix de l'origine. Poincar&#233; &#233;crit [j'ai modifi&#233; ses notations pour respecter les usages actuels] : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ces valeurs (pj(0) et xj(0)), les d&#233;riv&#233;es du premier ordre de S s'annulent, puisque S doit atteindre son maximum. Les d&#233;riv&#233;es de H s'annulent &#233;galement, puique ce maximum est une position d'&#233;quilibre et que dxj / dt et dpj / dt doivent s'annuler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc nous d&#233;veloppons S et H suivant les puissances croissantes des pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0), les premiers termes qui ne s'annuleront pas seront ceux du deuxi&#232;me degr&#233;. Si, de plus, on consid&#232;re les valeurs de pj et de xj assez voisines de pj(0) et xj(0) pour que les termes du troisi&#232;me degr&#233; soient n&#233;gligeables, S et H se r&#233;duiront &#224; deux formes quadratiques en pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0). &lt;br class='autobr' /&gt;
H sera encore une forme quadratique par rapport aux pj &#61485; pj(0) et aux xj &#61485; xj(0). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour que l'in&#233;galit&#233; dS / dt &gt; 0 soit satisfaite, il faudrait que cette forme f&#251;t d&#233;finie et positive ; or il est ais&#233; de s'assurer que cela est impossible si l'une des deux formes S et H est d&#233;finie, ce qui a lieu ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons donc conclure que les deux principes de l'augmentation de l'entropie et de la moindre action (entendu au sens hamiltonien) sont inconciliables. Si donc M. von Helmholtz a montr&#233;, avec une admirable clart&#233;, que les lois des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles d&#233;coulent des &#233;quations ordinaires de la Dynamique, il semble probable qu'il faudra chercher ailleurs l'explication des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles et renoncer pour cela aux hypoth&#232;ses famili&#232;res de la M&#233;canique rationnelle d'o&#249; l'on a tir&#233; les &#233;quations de Lagrange et de Hamilton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxwell admet que, quelle que soit la situation initiale du syst&#232;me, il passera toujours une infinit&#233; de fois, je ne dis pas par toutes les situations compatibles avec l'existence des int&#233;grales, mais aussi pr&#232;s qu'on voudra d'une quelconque de ces situations. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'on appelle le postulat de Maxwell. Nous le discuterons plus loin. ( . . . ) &lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus loin : &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les probl&#232;mes de M&#233;canique admettent certaines solutions remarquables que j'ai appel&#233;es p&#233;riodiques et asymptotiques et dont j'ai parl&#233; ici m&#234;me dans un pr&#233;c&#233;dent article [9]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ces solutions, le postulat de Maxwell est certainement faux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces solutions, il est vrai, sont tr&#232;s particuli&#232;res, elles ne peuvent se rencontrer que si la situation initiale est tout &#224; fait exceptionnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait donc au moins ajouter &#224; l'&#233;nonc&#233; du postulat cette restriction, d&#233;j&#224; bien propre &#224; provoquer nos doutes : sauf pour certaines situations initiales exceptionnelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tout : si le postulat &#233;tait vrai, le syst&#232;me solaire serait instable ; s'il est stable, en effet, il ne peut passer que par des situations peu diff&#233;rentes de sa situation initiale. C'est l&#224; la d&#233;finition m&#234;me de la stabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, si la stabilit&#233; du syst&#232;me solaire n'est pas d&#233;montr&#233;e, l'instabilit&#233; l'est moins encore et est m&#234;me peu probable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est possible et m&#234;me vraisemblable que le postulat de Maxwell est vrai pour certains syst&#232;mes et faux pour d'autres, sans qu'on ait aucun moyen certain de discerner les uns des autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est permis de supposer provisoirement qu'il s'applique aux gaz tels que la th&#233;orie cin&#233;tique les con&#231;oit ; mais cette th&#233;orie ne sera solidement assise que quand on aura justifi&#233; cette supposition mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprendra mieux l'ampleur du malentendu entre Poincar&#233; (&#233;minent repr&#233;sentant de la Physique math&#233;matique) et la Physique r&#233;elle en &#233;valuant quantitativement les grandeurs dont seules l'&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;existence'', ou la&lt;/code&gt;finitude'', sont ici &#233;voqu&#233;es. En effet, le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; sur l'&#233;ternel retour d'un syst&#232;me dynamique au voisinage de son &#233;tat initial est un th&#233;or&#232;me qui s'&#233;nonce sous la forme : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;pour tout &#61541;, il existe un temps T&#61541; au bout duquel le syst&#232;me repassera &#224; une distance inf&#233;rieure &#224; &#61541; de son &#233;tat initial.'' Poincar&#233; interpr&#232;te le second principe d'une mani&#232;re analogue: pour lui, affirmer la croissance de l'entropie, c'est affirmer que pour tout t&#61602; &gt; t on doit avoir S(t&#61602;) &#61619; S(t). Or le principe physique est tr&#232;s diff&#233;rent; il dit que pour toute dur&#233;e physique l'entropie ne peut diminuer que d'une valeur infime, et pendant un temps tr&#232;s bref. Le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; affirme qu'il existe un temps T&#61541; au bout duquel l'entropie reprendra sa valeur initiale, mais il ne dit pas que ce temps est de l'ordre de 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es, ni que la dur&#233;e du retour &#224; la valeur intiale est de l'ordre d'une fraction de seconde. Le vrai second principe ne dit pas sans autre pr&#233;cision que l'entropie est une fonction croissante du temps. Si on veut l'&#233;noncer sous une forme vraiment compl&#232;te, cela donne ceci: a) Pour tout &#233;tat initial du syst&#232;me sauf un nombre infime, et pendant des dur&#233;es ayant un sens physique [donc incomparablement plus courtes que 10N, N &#233;tant le nombre de mol&#233;cules], l'entropie du syst&#232;me ne s'&#233;carte pas notablement d'une fonction croissante. b) Pendant chaque seconde de la dur&#233;e d'existence physique du syst&#232;me isol&#233;, l'entropie ne cesse de cro&#238;tre et d&#233;cro&#238;tre des millions de fois, en effectuant des oscillations qui sont toujours imperceptibles, car il est absolument impossible qu'un &#233;cart notable se produise spontan&#233;ment et&lt;/code&gt;par hasard'' avant des temps bien sup&#233;rieurs &#224; 10&#61654;N.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant la r&#233;ponse de Boltzmann aux arguments de Poincar&#233;. Ces derniers ont &#233;t&#233; rapport&#233;s aux physiciens de langue allemande par E. Zermelo (Wiedemanns Annalen, 1896, vol. 57, p. 485 et vol. 59, p. 793).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boltzmann. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;moire de M. Zermelo &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#220;ber einen Satz der Dynamik und die mechanische W&#228;rmetheorie'' montre que mes travaux sur le sujet n'ont malgr&#233; tout pas &#233;t&#233; compris; en d&#233;pit de cela, je dois cependant me r&#233;jouir de cette publication comme &#233;tant la premi&#232;re manifestation de l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; par ces travaux en Allemagne. Le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; discut&#233; au d&#233;part par M. Zermelo est bien entendu juste, mais son application &#224; la th&#233;orie de la chaleur ne l'est pas. J'ai d&#233;duit la loi de r&#233;partition des vitesses de Maxwell du th&#233;or&#232;me probabiliste qu'une certaine grandeur H (en quelque sorte la mesure de l'&#233;cart de l'&#233;tat du syst&#232;me par rapport &#224; l'&#233;tat d'&#233;quilibre) ne peut, pour un gaz en repos dans un r&#233;cipient, que diminuer. La meilleure fa&#231;on d'illustrer le mode de d&#233;croissance de cette grandeur sera d'en repr&#233;senter la courbe de variation, en portant le temps t en abscisse et la quantit&#233; H(t) &#61485; Hmin en ordonn&#233;e; on obtiendra ainsi ce que j'appelle la courbe H. ( . . . ) La courbe reste alors la plupart du temps tout pr&#232;s de l'axe des abscisses. Ce n'est qu'&#224; des instants extr&#234;mement rares qu'elle s'en &#233;carte, en formant ainsi une bosse, et il est clair que la probabilit&#233; d'une telle bosse d&#233;cro&#238;t rapidement avec sa hauteur. &#192; chacun des instants pour lesquels l'ordonn&#233;e de la courbe est tr&#232;s petite, r&#232;gne la distribution des vitesses de Maxwell; on s'en &#233;carte notablement l&#224; o&#249; il y a une grosse bosse. M. Zermelo croit alors pouvoir d&#233;duire du th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; que le gaz ne peut se rapprocher constamment de la distribution de Maxwell que pour certaines conditions initiales tr&#232;s particuli&#232;res, en nombre infime compar&#233; &#224; celui de toutes les configurations possibles, tandis que pour la plupart des conditions initiales il ne s'en rapprocherait pas. Ce raisonnement ne me semble pas correct. ( . . . ) Si l'&#233;tat [microscopique] initial du gaz correspond &#224; une tr&#232;s grosse bosse, c'est-&#224;-dire s'il s'&#233;carte compl&#232;tement de la distribution des vitesses de Maxwell, alors il s'en rapprochera avec une &#233;norme probabilit&#233;, apr&#232;s quoi il ne s'en &#233;cartera plus qu'infinit&#233;simalement pendant un temps gigantesque. Toutefois, si on attend encore plus longtemps, une nouvelle bosse notable de la courbe H finira par se produire &#224; nouveau et si ce temps est suffisamment prolong&#233; on verra m&#234;me se reproduire l'&#233;tat initial. On peut dire que, si le temps d'attente est infiniment long au sens math&#233;matique, le syst&#232;me reviendra infiniment souvent &#224; l'&#233;tat initial. Ainsi M. Zermelo a enti&#232;rement raison quand il affirme que le mouvement est, au sens math&#233;matique, p&#233;riodique [ou quasi-p&#233;riodique]; mais loin de contredire mes th&#233;or&#232;mes, cette p&#233;riodicit&#233; est au contraire en parfaite harmonie avec eux. (Vienne, le 20 mars 1896) Cette argumentation magistrale se poursuit, mais je l'interromps ici avec regret pour &#233;viter de rendre cette anthologie trop longue. Suite de la r&#233;ponse de Boltzmann aux objections de Zermelo : Imaginons que nous retirions brusquement une cloison qui s&#233;parait deux gaz de nature diff&#233;rente enferm&#233;s dans un r&#233;cipient [par exemple azote d'un c&#244;t&#233; et oxyg&#232;ne de l'autre]. On aurait du mal &#224; trouver une autre situation o&#249; il y aurait davantage de variables aussi ind&#233;pendantes les unes des autres, et o&#249; par cons&#233;quent l'intervention du Calcul des probabilit&#233;s serait plus justifi&#233;e. Admettre que dans un tel cas le Calcul des probabilit&#233;s ne s'applique pas, que la plupart des mol&#233;cules ne s'entrem&#234;lent pas, qu'au contraire des parties notables du r&#233;cipient contiendraient nettement plus d'oxyg&#232;ne, d'autres plus d'azote, et ce pendant longtemps, est une th&#232;se que je suis bien incapable de r&#233;futer en calculant dans le d&#233;tail le mouvement exact de trillions [1012] de mol&#233;cules, dans des millions de cas particuliers diff&#233;rents, et d'ailleurs je ne veux pas le faire; une telle vision ne serait pas assez fond&#233;e pour remettre en question l'usage du Calcul des probabilit&#233;s, et les cons&#233;quences logiques qui s'ensuivent. D'ailleurs le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; ne contredit pas l'usage du Calcul des probabilit&#233;s, au contraire il parle en sa faveur, puisque ce dernier enseigne lui aussi que sur des dur&#233;es fantastiques surviendront toujours de brefs instants pendant lesquels on sera dans un &#233;tat de faible probabilit&#233; et de faible entropie, o&#249; par cons&#233;quent se produiront &#224; nouveau des &#233;tats plus ordonn&#233;s et m&#234;me des &#233;tats tr&#232;s proches de l'&#233;tat initial. En ces temps prodigieusement &#233;loign&#233;s dans le futur, n'importe quel &#233;cart notable de l'entropie par rapport &#224; sa valeur maximale demeurera &#233;videmment toujours hautement improbable, mais l'existence d'un tr&#232;s bref &#233;cart sera lui aussi [sur une telle dur&#233;e prodigieusement longue] toujours hautement probable. En effet, le Calcul des probabilit&#233;s enseigne bien que si par exemple on jette une pi&#232;ce mille fois il est tr&#232;s peu probable d'avoir mille fois face (la probabilit&#233; en est 2&#61485;1000 &#61504; 10&#61485;301); mais si on la jette 10302 fois, alors on n'a qu'une chance sur 45 000 de ne jamais avoir une s&#233;rie de mille faces cons&#233;cutives. (reprise de la citation) Il est clair aussi, d'apr&#232;s cet exemple [celui de l'oxyg&#232;ne et de l'azote], que si le processus se d&#233;roule de fa&#231;on irr&#233;versible pendant un temps observable, c'est parce qu'on est parti d&#233;lib&#233;r&#233;ment d'un &#233;tat improbable. ( . . . ) (Vienne, le 16 d&#233;cembre 1896) I. Prigogine, I. Stengers. Cet extrait de la nouvelle alliance est particuli&#232;rement lumineux. Cependant on le comparera aux textes de Maxwell et Boltzmann ci-dessus pour constater que ce qui est expliqu&#233; l&#224; en 1979 &#233;tait d&#233;j&#224; bien compris par les p&#232;res fondateurs. Il est cependant pr&#233;visible que l'effort d'explication tent&#233; par Prigogine et Stengers restera aussi vain que les efforts de Boltzmann, et que d'autres auteurs devront le r&#233;p&#233;ter &#224; nouveau en 2079. D&#232;s la publication du travail de Boltzmann en 1872, des objections furent oppos&#233;es &#224; l'id&#233;e que le mod&#232;le propos&#233; ramenait l'irr&#233;versibilit&#233; &#224; la dynamique. Retenons ici deux d'entre elles, l'une de Poincar&#233;, l'autre de Loschmidt. L'objection de Poincar&#233; porte sur la question de la sym&#233;trie de l'&#233;quation de Boltzmann. Pour &#233;viter de rendre la citation trop longue ou d'avoir &#224; donner trop d'explications, je signale simplement qu'il s'agit ici de l'&#233;quation &#233;tablie par Boltzmann pour la fonction de distribution f(r,v,t) qui repr&#233;sente le nombre de mol&#233;cules du syst&#232;me ayant, &#224; l'instant t, la vitesse v et la position r. Boltzmann a montr&#233; que la fonction H = &#61682;f logf dv ne peut que diminuer, et a postul&#233; que l'entropie du syst&#232;me est la m&#234;me chose que &#61485;kH (k constante de Boltzmann). Un raisonnement correct [&#233;crit Poincar&#233;] ne peut mener &#224; des conclusions en contradiction avec les pr&#233;misses. Or, comme nous l'avons vu, les propri&#233;t&#233;s de sym&#233;trie de l'&#233;quation d'&#233;volution obtenue par Boltzmann pour la fonction de distribution contredisent celles de la dynamique. Boltzmann ne peut donc pas avoir d&#233;duit l'entropie de la dynamique, il a introduit quelque chose, un &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la dynamique. Son r&#233;sultat ne peut donc &#234;tre qu'un mod&#232;le ph&#233;nom&#233;nologique, sans rapport direct avec le dynamique. Poincar&#233; &#233;tait d'autant plus ferme dans sa position qu'il avait &#233;tudi&#233; dans une br&#232;ve note s'il &#233;tait possible de construire une fonction M des positions et des moments, M(p,q), qui aurait les propri&#233;t&#233;s de l'entropie (ou plut&#244;t de la fonction H): alors qu'elle m&#234;me serait positive ou nulle, sa variation au cours du temps ne pourrait que la faire d&#233;cro&#238;tre ou la maintenir &#224; une valeur constante. Sa conclusion fut n&#233;gative - dans le cadre de la dynamique hamiltonienne une telle fonction n'existe pas. Comment, d'ailleurs s'en &#233;tonner? Comment les lois r&#233;versibles de la dynamique pourraient-elles engendrer, de quelque mani&#232;re que ce soit, une &#233;volution irr&#233;versible? C'est sur une note d&#233;courag&#233;e que Poincar&#233; termine ses c&#233;l&#232;bres Le&#231;ons de Thermodynamique: il faudra sans doute faire appel &#224; d'autres consid&#233;rations, au calcul des probabilit&#233;s. Mais comment justifier cet appel &#224; des notions &#233;trang&#233;res &#224; la dynamique? Remarque 1: Ce passage [voir aussi les citations directes de Poincar&#233; ci-dessus] met l'accent sur une des sources possibles de confusion. Le r&#233;sultat de Poincar&#233; est un th&#233;or&#232;me math&#233;matique:&lt;/code&gt;il ne peut pas exister de fonction M(p,q) qui soit &#224; la fois d&#233;croissante et toujours positive''. Or l'entropie, ou toute fonction qui en tient lieu (comme H), ou toute autre fonction caract&#233;risant un &#233;tat macroscopique (comme &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;le nombre de mol&#233;cules situ&#233;es dans la partie gauche du r&#233;cipient'', etc.) n'est pas une fonction monotone, &#224; cause des fluctuations. Lorsqu'on dit que le syst&#232;me est parvenu &#224; l'&#233;quilibre et y reste, c'est-&#224;-dire que l'entropie est devenue maximale, cela signifie qu'elle continue presque &#233;ternellement &#224; osciller autour de son maximum th&#233;orique et non qu'elle reste math&#233;matiquement &#233;gale &#224; ce maximum ou continue de s'en approcher sans cesse davantage et en croissant. Ces oscillations sont tr&#232;s petites si le nombre N de mol&#233;cules est grand (leur &#233;cart-type est de l'ordre de 1 / &#61654;N), mais il peut s'en produire d'importantes si on attend pendant un temps de l'ordre de 10N. Il est donc essentiel de bien comprendre ceci: l'entropie n'est pas une fonction croissante dans le sens math&#233;matique du terme; c'est seulement une fonction croissante dans un sens pratique. On peut l'exprimer en disant que sur des dur&#233;es raisonnables, et &#224; de petites fluctuations pr&#232;s elle ne peut d&#233;cro&#238;tre. La v&#233;ritable entropie d'un syst&#232;me physique r&#233;el n'est donc pas concern&#233;e par le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233;. C'est ce que Boltzmann s'est efforc&#233; d'expliquer dans [12] et [13]. L'objection de Loschmidt permet, quant &#224; elle, de mesurer les limites de validit&#233; du mod&#232;le cin&#233;tique de Boltzmann. Il note en effet que ce mod&#232;le ne peut rester valable apr&#232;s un renversement du sens des vitesses v &#61614; &#61485;v. Du point de vue de la dynamique, il n'y a pas d'&#233;chappatoire: les collisions, se produisant en sens inverse,&lt;/code&gt;d&#233;feront'' ce qu'elles ont fait, le syst&#232;me retournera vers son &#233;tat initial. Et la fonction H, qui d&#233;pend de la distribution des vitesses, devra bien cro&#238;tre elle aussi jusqu'&#224; sa valeur initiale. Le renversement des vitesses impose donc une &#233;volution antithermodynamique. Et en effet, la simulation sur ordinateur confirme bien une croissance de H apr&#232;s l'inversion des vitesses sur un syst&#232;me dont les trajectoires sont calcul&#233;es de mani&#232;re exacte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc admettre que la tentative de Boltzmann n'a rencontr&#233; qu'un succ&#232;s partiel : certaines conditions initiales, notamment celles qui r&#233;sultent de l'op&#233;ration d'inversion des vitesses, peuvent engendrer, en contradiction avec le mod&#232;le cin&#233;tique, une &#233;volution dynamique &#224; H croissant. Mais comment distinguer les syst&#232;mes auxquels le raisonnement de Boltzmann s'applique de ceux auxquels il ne s'applique pas ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce probl&#232;me une fois pos&#233;, il est facile de reconna&#238;tre la nature de la limitation impos&#233;e au mod&#232;le de Boltzmann. Ce mod&#232;le repose en fait sur une hypoth&#232;se statistique qui permet l'&#233;valuation du nombre moyen de collisions - &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;le chaos mol&#233;culaire'' . Remarque 2: le terme&lt;/code&gt;chaos'' n'est pas employ&#233; ici dans le sens pr&#233;cis qu'il a acquis depuis, et devrait &#234;tre remplac&#233; - ici et dans la suite - par &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;stochasticit&#233;''. En effet c'est le mouvement dynamique exact des mol&#233;cules qui est chaotique (&lt;/code&gt;chaos d&#233;terministe'') et l'hypoth&#232;se statistique qu'il est question d'introduire consiste &#224; &#233;liminer l'exactitude d&#233;terministe des conditions initiales et de les supposer simplement al&#233;atoires. &lt;br class='autobr' /&gt;
(reprise de la citation) Cette hypoth&#232;se suppose qu'avant la collision, les mol&#233;cules ont des comportements ind&#233;pendants les uns des autres, ce qui revient &#224; dire qu'il n'y a aucune corr&#233;lation entre leurs vitesses. Or, si on impose au syst&#232;me de &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;remonter le temps'' , on cr&#233;e une situation tout &#224; fait anormale: certaines mol&#233;cules sont d&#233;sormais&lt;/code&gt;destin&#233;es'' &#224; se rencontrer en un instant d&#233;terminable &#224; l'avance et &#224; subir &#224; cette occasion un changement de vitesse pr&#233;d&#233;termin&#233;. Aussi &#233;loign&#233;es qu'elles soient les unes des autres au moment de l'inversion des vitesses, cette op&#233;ration cr&#233;e donc entre elles des corr&#233;lations, elles ne sont plus ind&#233;pendantes. L'hypoth&#232;se du chaos [stochasticit&#233;] mol&#233;culaire ne peut &#234;tre faite &#224; propos d'un syst&#232;me qui a subi l'op&#233;ration d'inversion des vitesses. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inversion des vitesses est donc une op&#233;ration qui cr&#233;e un syst&#232;me hautement organis&#233;, au comportement apparemment finalis&#233; : l'effet des diverses collisions produit, comme par harmonie pr&#233;&#233;tablie, une &#233;volution globale &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;antithermodynamique'' (par exemple la s&#233;gr&#233;gation spontan&#233;e entre mol&#233;cules lentes et rapides si, &#224; l'instant initial, le syst&#232;me avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par la mise en contact de deux gaz de temp&#233;ratures diff&#233;rentes). Mais accepter la possibilit&#233; de telles &#233;volutions antithermodynamiques, m&#234;me rares, m&#234;me exceptionnelles (aussi exceptionnelles que la condition initiale issue de l'inversion des vitesses), c'est mettre en cause la formulation du second principe: il existe des cas o&#249; par exemple une diff&#233;rence de temp&#233;rature pourrait se produire&lt;/code&gt;spontan&#233;ment'' . Nous devons alors pr&#233;ciser les circonstances dans lesquelles un processus irr&#233;versible pourrait devenir r&#233;versible, voire m&#234;me annuler un processus irr&#233;versible qui s'est produit dans le pass&#233;. Le principe cesse d'&#234;tre un principe pour devenir une g&#233;n&#233;ralisation de port&#233;e limit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Remarque 3 : Prigogine et Stengers parlent donc ici d'une mise en cause du second principe, et d'une limitation de sa port&#233;e. La limitation &#233;tant que, pour un syst&#232;me dynamique chaotique (au sens actuel de ce terme : chaotique = rigoureusement d&#233;terministe, mais avec extr&#234;me sensibilit&#233; aux conditions initiales), l'entropie n'est pas une fonction croissante dans absolument tous les cas. En r&#233;alit&#233; c'est plut&#244;t un probl&#232;me d'interpr&#233;tation de l'&#233;nonc&#233; du second principe. Il y a un &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;second principe pour math&#233;maticiens'' qui stipule que l'entropie est une fonction du temps t qui tend en croissant vers une limite lorsque t tend vers l'infini. Ce principe est faux car il existe des &#233;tats microscopiques du syst&#232;me qui le mettent en d&#233;faut (les &#233;tats&lt;/code&gt;hautement organis&#233;s, au comportement apparemment finalis&#233;''). M&#234;me si on &#233;carte ces &#233;tats exceptionnels, la d&#233;monstration de Poincar&#233; prouve en outre que l'entropie n'est jamais rigoureusement croissante au sens math&#233;matique, mais on pourrait ais&#233;ment corriger ce dernier d&#233;faut en &#233;non&#231;ant par exemple : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;l'entropie ne s'&#233;carte jamais notablement d'une fonction croissante''. La difficult&#233; qui demeurera cependant toujours est que, m&#234;me ainsi &#233;nonc&#233;, on ne pourra pas garantir avec l'absolue certitude math&#233;matique que la fonction reste croissante pendant des dur&#233;es aussi grandes qu'on veut. Pourtant, pour la quasi totalit&#233; des &#233;tats, la fonction restera croissante pendant des dur&#233;es si longues qu'elles en perdent tout sens physique. Ainsi. en tant que&lt;/code&gt;g&#233;n&#233;ralisation de port&#233;e limit&#233;e'' (et non principe digne de ce nom) le second principe pourrait s'&#233;noncer : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour tout &#233;tat initial du syst&#232;me sauf un nombre infime, et pendant des dur&#233;es courtes devant 10N (N &#233;tant le nombre de mol&#233;cules), l'entropie du syst&#232;me ne s'&#233;carte pas notablement d'une fonction croissante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, le fait de juger cet &#233;nonc&#233; comme trop r&#233;duit ou trop limit&#233; pour m&#233;riter le nom de principe est une affaire de convention. Car les dur&#233;es (non courtes devant 10N) pour lesquelles il ne s'applique pas n'ont aucune existence pratique, et les fluctuations qui produisent les oscillations non monotones de l'entropie sont bien plus petites que ce qu'on a l'habitude, dans les th&#233;ories physiques, de consid&#233;rer comme nul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tats &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;hautement organis&#233;s, au comportement apparemment finalis&#233;'' ont une probabilit&#233; si inconcevablement petite de se produire spontan&#233;ment qu'ils ne se produisent jamais (&#201;mile Borel), et la seule possibilit&#233; de les rencontrer en physique serait de les pr&#233;parer. Pour avoir un principe physique et non un principe pour purs math&#233;maticiens, cens&#233; s'appliquer dans le ciel des id&#233;es, il suffit de dire qu'on ne peut pas pr&#233;parer de tels &#233;tats et d'inclure cette impossibilit&#233; dans l'&#233;nonc&#233; du principe. Cela ne le fait pas tomber d'un pi&#233;destal, mais a au contraire l'avantage d'en d&#233;gager le v&#233;ritable sens, celui d'une propri&#233;t&#233; de la nature et non d'une vision de l'esprit. M&#233;langeons [proposait Gibbs], une goutte d'encre noire &#224; de l'eau pure. Bient&#244;t l'eau devient grise en une &#233;volution qui, pour nous, est l'irr&#233;versibilit&#233; m&#234;me; cependant, pour l'observateur aux sens assez aigus pour observer non pas le liquide macroscopique mais chacune des mol&#233;cules qui constituent la population, le liquide ne deviendra jamais gris; l'observateur pourra suivre les trajectoires de plus en plus d&#233;localis&#233;es des&lt;/code&gt;mol&#233;cules d'encre'' d'abord rassembl&#233;es dans une petite r&#233;gion du syst&#232;me, mais l'id&#233;e que le milieu d'h&#233;t&#233;rog&#232;ne est irr&#233;versiblement devenu homog&#232;ne, que l'eau est &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;devenue grise'' sera, de son point de vue, une illusion d&#233;termin&#233;e par la grossi&#232;ret&#233; de nos moyens d'observation, une illusion subjective. Lui-m&#234;me n'a vu que des mouvements, r&#233;versibles, et ne voit rien de gris, mais du&lt;/code&gt;noir'' et du &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;blanc'' . ( . . . ) Selon cette interpr&#233;tation, la croissance de l'entropie ne d&#233;crit pas le syst&#232;me lui-m&#234;me, mais seulement notre connaissance du syst&#232;me. Ce qui ne cesse de cro&#238;tre c'est l'ignorance o&#249; nous sommes de l'&#233;tat o&#249; se trouve le syst&#232;me, de la r&#233;gion de l'espace des phases o&#249; le point qui le repr&#233;sente a des chances de se trouver. &#192; l'instant initial, nous pouvons avoir beaucoup d'informations sur un syst&#232;me, et le localiser assez pr&#233;cis&#233;ment dans une r&#233;gion restreinte de l'espace des phases, mais, &#224; mesure que le temps passe, les points compatibles avec les conditions initiales pourront donner naissance &#224; des trajectoires qui s'&#233;loignent de plus en plus de la r&#233;gion de d&#233;part. L'information li&#233;e &#224; la pr&#233;paration initiale perd ainsi irr&#233;versiblement sa pertinence jusqu'au stade ultime o&#249; on ne conna&#238;t plus du syst&#232;me que les grandeurs que l'&#233;volution dynamique laisse invariantes. Le syst&#232;me est alors &#224; l'&#233;quilibre ( . . . ) La croissance de l'entropie repr&#233;sente donc la d&#233;gradation de l'information disponible; le syst&#232;me est initialement d'autant plus loin de l'&#233;quilibre que nous le connaissons mieux, que nous pouvons le d&#233;finir plus pr&#233;cis&#233;ment, le situer dans une r&#233;gion plus petite de l'espace des phases. Cette interpr&#233;tation subjectiviste de l'irr&#233;versibilit&#233; comme croissance de l'ignorance (encore renforc&#233;e par l'analogie ambig&#252;e avec la th&#233;orie de l'information) fait de l'observateur le vrai responsable de l'asym&#233;trie temporelle qui caract&#233;rise le devenir du syst&#232;me. Puisque l'observateur ne peut embrasser d'un seul coup d'oeil les positions et les vitesses des particules qui constituent un syst&#232;me complexe, il n'a pas acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; fondamentale de ce syst&#232;me: il ne peut conna&#238;tre l'&#233;tat instantan&#233; qui en contient &#224; la fois le pass&#233; et le futur, il ne peut saisir la loi r&#233;versible qui, d'instant en instant, lui permettrait d'en d&#233;ployer l'&#233;volution. Et il ne peut pas non plus manipuler le syst&#232;me comme le fait le d&#233;mon de Maxwell, capable de s&#233;parer les particules rapides et les particules lentes, et d'imposer ainsi &#224; un syst&#232;me une &#233;volution antithermodynamique vers une distribution de temp&#233;rature de moins en moins uniforme. La thermodynamique est certes la science des syst&#232;mes complexes, mais, selon cette interpr&#233;tation, la seule sp&#233;cificit&#233; des syst&#232;mes complexes, c'est que la connaissance qu'on a d'eux est toujours approximative et que l'incertitude d&#233;termin&#233;e par cette approximation va croissant au cours du temps. ( . . . ) Cependant, l'objection est imm&#233;diate: dans ce cas, la thermodynamique devrait &#234;tre aussi universelle que notre ignorance. C'est l&#224; la pierre d'achoppement de l'ensemble des interpr&#233;tations&lt;/code&gt;simples'' de l'entropie, en termes d'incertitude sur les conditions initiales ou sur les conditions aux limites. Car, l'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; universelle ; articuler dynamique et thermodynamique n&#233;cessite donc la d&#233;finition d'un crit&#232;re physique de diff&#233;rentiation entre les syst&#232;mes, selon qu'ils peuvent ou non &#234;tre d&#233;crits thermodynamiquement, n&#233;cessite une d&#233;finition de la complexit&#233; en termes physiques et non en termes de manque de connaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de l&#224; les auteurs insistent sur le caract&#232;re objectif de l'irr&#233;versibilit&#233; ou plut&#244;t de la complexit&#233; (page 213 et apr&#232;s) : le comportement des corps macroscopiques est bien r&#233;el et physique, la complexit&#233; est une qualit&#233; r&#233;elle et physique qui d&#233;cidera si le corps aura un comportement thermodynamique ou un mouvement m&#233;canique, etc. Ils ont bien raison, mais cela nous &#233;loignerait de notre sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REFERENCES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ludwig Boltzmann Weitere Studien &#252;ber W&#228;rmegleichgewicht unter Gasmolek&#252;len. Wiener Berichte 66 ( 1872), p. 275.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] James Clerk Maxwell Illustrations of the Dynamical Theory of Gases. Phil. Mag. 19 ( 1860), pp. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Joseph Loschmidt &#220;ber das W&#228;rmegleichgewicht eines Systems von K&#246;rpern mit R&#252;cksicht auf die Schwere. Wiener Berichte 73, ( 1876), pp. 139.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Frederik Reif Cours de Physique de Berkeley : tome 5, Physique statistique. Armand Colin, Paris ( 1972), pour l'&#233;dition fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Lev Landau et Ievgueni Lifchitz Physique statistique. Mir, Moscou ( 1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ludwig Boltzmann Le&#231;ons sur la th&#233;orie des gaz. R&#233;&#233;dition Jacques Gabay, Paris, ( 1987).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Rudolf Peierls Surprises in Theoretical Physics. Princeton University Press (coll. Princeton series in Physics), Princeton, New Jersey ( 1979).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] James Clerk Maxwell Theory of Heat. Longmans &amp; Green, London ( 1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Henri Poincar&#233; Sur le probl&#232;me des trois corps. Revue g&#233;n&#233;rale des Sciences pures et appliqu&#233;es II, vol 8 (15 janvier 1891), page 529.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Henri Poincar&#233; Sur les tentatives d'explication m&#233;canique des &lt;br class='autobr' /&gt;
principes de la Thermodynamique. Comptes-rendus de l'Acad&#233;mie des Sciences, vol 108 (18 mars 1889), pages 550 - 553.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Henri Poincar&#233; Sur la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz. Revue g&#233;n&#233;rale des Sciences pures et appliqu&#233;es, vol 5 ( 1894), pages 513 - 521.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Ludwig Boltzmann Entgegnung auf die W&#228;rmetheoretischen Betrachtungen des Hrn. E. Zermelo. Wiedemanns Annalen, vol 57 ( 1896), pages 773 - 784.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Ludwig Boltzmann Zu Hrn. Zermelos Abhandlung ``&#220;ber die mechanische Erkl&#228;rung irreversibler Vorg&#228;nge''. Wiedemanns Annalen, vol 60 ( 1897), pages 392 - 398.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Ilya Prigogine, Isabelle Stengers La nouvelle alliance. NRF Gallimard, Paris ( 1979).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique</title>
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		<dc:date>2013-09-16T02:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
Question d'un lecteur : &lt;br class='autobr' /&gt;
La dialectique expose que toute interaction suppose sa n&#233;gation. Pourtant il me semble qu'il existe une interaction qui ne contienne pas sa propre n&#233;gation. Si l'interaction &#233;lectromagn&#233;tique est attractive entre deux charges &#233;lectriques de m&#234;me signe, elle est r&#233;pulsive entre deux charges de signe contraire. Mais il existe des quantit&#233;s qui n'ont pas deux signes contraires comme la masse, le poids, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Chapter 02 : Is matter a suject of philosophy ? Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question d'un lecteur :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique expose que toute interaction suppose sa n&#233;gation. Pourtant il me semble qu'il existe une interaction qui ne contienne pas sa propre n&#233;gation. Si l'interaction &#233;lectromagn&#233;tique est attractive entre deux charges &#233;lectriques de m&#234;me signe, elle est r&#233;pulsive entre deux charges de signe contraire. Mais il existe des quantit&#233;s qui n'ont pas deux signes contraires comme la masse, le poids, la dimension, la dur&#233;e, la surface, le volume, la densit&#233; et toute interaction reposant sur ces quantit&#233;s ne peut avoir son contraire. Pas de gravitation r&#233;pulsive, pas masse n&#233;gative, pas de volume n&#233;gatif. Quelle serait donc l'interaction qui serait la n&#233;gation de la gravitation newtonienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre point de vue :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques sont judicieuses et il faut effectivement les discuter pr&#233;cis&#233;ment pour comprendre ce que la n&#233;gation dialectique peut bien signifier en physique. Je reviendrais ensuite seulement &#224; la question du contraire dialectique de la gravitation newtonienne et des quantit&#233;s qui n'ont pas de n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut remarquer ce qu'est une n&#233;gation au regard de la mati&#232;re. La mati&#232;re peut-elle &#234;tre ni&#233;e ? Par exemple, lorsqu'on transforme de la mati&#232;re en lumi&#232;re ou de la lumi&#232;re en mati&#232;re, nous avons l&#224; une n&#233;gation de la mati&#232;re. Pour prouver que cette n&#233;gation est dialectique, il faut d&#233;montrer que les contraires coexistent. Or, la mati&#232;re absorbe la lumi&#232;re donc il y a toujours de la mati&#232;re au sein de la lumi&#232;re. Et la lumi&#232;re qui nous entoure est toujours &#233;mise par de la mati&#232;re. Donc l'ins&#233;parabilit&#233; de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re est prouv&#233;e : les contraires fondent une unit&#233;. Au point que deux mati&#232;res ne peuvent communiquer et interagir que par de la lumi&#232;re. La mati&#232;re n'existe pour une autre mati&#232;re que via la lumi&#232;re. D'autre part, la lumi&#232;re peut, &#224; proximit&#233; de mati&#232;re, se transformer en mati&#232;re (et en antimati&#232;re) virtuelle. La diff&#233;rence entre mati&#232;re virtuelle et mati&#232;re dite r&#233;elle (attention, les deux sont tout aussi r&#233;els !) est la r&#233;ception d'un boson de Higgs (un boson, c'est de la lumi&#232;re). Il y a donc de la mati&#232;re dans la lumi&#232;re et de la lumi&#232;re dans la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique classique voyait une opposition diam&#233;trale et non dialectique au couple mati&#232;re/lumi&#232;re et cela parce qu'on pensait que la lumi&#232;re &#233;tait faite d'ondes (continuit&#233;, occupation de tout l'espace, interf&#233;rences constructrice et destructrices, contournement des obstacles, etc&#8230;) et que la mati&#232;re &#233;tait fait de corpuscules (position ponctuelle, pas d'occupation de l'espace, pas continuit&#233;, pas d'interf&#233;rences, pas de contournement des obstacles, etc&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique quantique a d&#233;truit cette croyance en d&#233;montrant que la lumi&#232;re et la la mati&#232;re sont tous deux des dualit&#233;s ondes/corpuscules et qu'elles ont une autre unit&#233; : &#234;tre des modes d'expression du quanta d'action et enfin une derni&#232;re d'&#234;tre des formes d'organisation plus ou moins durables du vide quantique. Du coup, mati&#232;re et lumi&#232;re, loin d'exister dans deux domaines sans partie commune sont deux manifestations du m&#234;me monde de mati&#232;re-lumi&#232;re&#8230; C'est un changement de point de vue consid&#233;rable qui fait entrer la mati&#232;re-lumi&#232;re dans le domaine des unit&#233;s des contraires dialectiques ! Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; l'onde et de l'autre le corpuscule mais ces deux contraires sont imbriqu&#233;s &#224; l'infini : des ondes dans les corpuscules et des corpuscules dans les ondes !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas fini ! Lorsque la mati&#232;re-corpuscule se couple &#224; de la mati&#232;re-onde, ou lorsque de la lumi&#232;re-onde se couple &#224; de la lumi&#232;re-corpuscule, nous avons l&#224; un couplage des contraires au sein d'une m&#234;me unit&#233;. En effet, il est impossible de s&#233;parer le caract&#232;re onde du caract&#232;re corpuscule que ce soit pour la mati&#232;re ou pour la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des points dialectiques qui ont rendu dingue les physiciens quantiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers &#233;taient &#233;duqu&#233;s au monde de la logique formelle, de la continuit&#233;, des cat&#233;gories oppos&#233;es de mani&#232;re disjointes et donc m&#233;taphysiques : ou la mati&#232;re ou la lumi&#232;re exclusivement, ou l'onde ou le corpuscule exclusivement, ou la mati&#232;re ou le vide exclusivement, ou la localisation ou l'occupation de l'espace exclusivement, etc, etc&#8230; Mais il a &#233;t&#233; mille fois prouv&#233; qu'il n'est plus possible depuis la physique quantique de s&#233;parer les contraires, de les isoler, de les opposer diam&#233;tralement, formellement, et donc m&#233;taphysiquement (c'est-&#224;-dire pas dialectiquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut s&#233;parer, ni opposer diam&#233;tralement, ni isoler mati&#232;re et lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions pas que nous appelons ici lumi&#232;re, au sens large, tous les bosons sans masse et le reste est appel&#233; mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout couplage de deux particules de mati&#232;re est de la lumi&#232;re. C'est le cas notamment de deux &#233;lectrons qui se couplent dans le ph&#233;nom&#232;ne de supraconductivit&#233; BCS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation en son contraire dialectique existe bel et bien. Elle est m&#234;me le fondement de toutes les transformations du monde de la mati&#232;re-lumi&#232;re-vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; la base de tout, il y a l'univers du vide quantique dont tout le monde a entendu parler mais que peu de gens ont &#233;tudi&#233;, m&#234;me les scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, la relation mati&#232;re-vide et lumi&#232;re-vide sont des relations dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re est un ph&#233;nom&#232;ne qui se propage en s'appuyant sans cesse sur des couples diff&#233;rents de particules et d'antiparticules du vide quantique, ces couples &#233;tant provisoires. La mati&#232;re est un ph&#233;nom&#232;ne qui se propage en s'appuyant sans cesse sur des particules diff&#233;rentes du vide quantique. Les deux ph&#233;nom&#232;nes s'appuient sur le vide quantique et sont fond&#233;s sur lui. C'est ce qui leur permet d'interagir en &#233;changeant des particules du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re est donc une unit&#233; entre une particule et une antiparticule. La mati&#232;re est entour&#233;e par un nuage de couples particule/antiparticule du vide. Ce couplage qui fonde une unit&#233; provisoire est donc &#224; la base de tout. C'est bel et bien une unit&#233; des contraires puisque l'antiparticule est bien le contraire de la particule&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur opposition est certaine puisqu'on ne peut pas les unir compl&#232;tement ce qui entra&#238;nerait une explosion et que tout est fond&#233; sur leur union provisoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet ensemble de contradictions qui fonde la dynamique du monde mat&#233;riel dont la base est l'extraordinaire agitation du vide quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un autre point contradictoire qu'il faut &#233;voquer pour bien comprendre le fonctionnement de la mati&#232;re : c'est la hi&#233;rarchisation des structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord qu'entend-on par structure de la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, la mati&#232;re appara&#238;t comme des unit&#233;s : une particule, un atome, une mol&#233;cule, une &#233;toile, une galaxie, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces unit&#233;s n'existent qu'&#224; une certaine &#233;chelle et ces &#233;chelles sont embo&#238;t&#233;es et interactives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les interactions mati&#232;re-mati&#232;re sont des sauts d'un niveau &#224; un autre d'&#233;chelle de structure. Un niveau agit sur le niveau sup&#233;rieur et le niveau inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand je dis mati&#232;re, j'entend par l&#224; y compris la mati&#232;re virtuelle du vide qui est un niveau et la mati&#232;re dite virtuelle de virtuel qui est un niveau inf&#233;rieur, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la relation particule-particule passe par une action particule-vide puis une autre action vide-particule, aucune particule de mati&#232;re ne pouvant ni entrer directement en contact ni interagir avec une autre sans agir via les particules et antiparticules du vide. Les interactions proviennent donc de sauts de niveaux de structure de la mati&#232;re et sont par cons&#233;quent fondamentalement discontinues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quanta pointait d&#233;j&#224; une discontinuit&#233; : celle dite des sauts quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sauts qualitatifs d'&#233;chelle sont une caract&#233;ristique suppl&#233;mentaire de la dialectique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les physiciens quantiques se sont assez arrach&#233; les cheveux de voir que les trajectoires sautaient, que les d&#233;placements n'&#233;taient suivables en continu, que de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie apparaissaient et disparaissaient, contredisant les affirmations de toute l'ancienne physique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui leur manquait pour int&#233;grer de tels sauts &#233;tait justement la philosophie dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re contradictoire dialectiquement explique que la mati&#232;re change sans cesse et soit dynamique, ce que Hegel appelle l' &#171; automouvement &#187; : la mati&#232;re se fait bouger et changer elle-m&#234;me, sans action ext&#233;rieure. Sans arr&#234;t, la propri&#233;t&#233; de masse saute d'une particule virtuelle &#224; une autre. Sans arr&#234;t, une particule change d'&#233;tat en &#233;mettant ou recevant de la lumi&#232;re. Sans arr&#234;t des atomes ou des mol&#233;cules changent d'&#233;tat en &#233;mettant ou en recevant de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble nous &#233;loigner beaucoup de la gravitation et des quantit&#233;s positives mais patience : on y a revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous en sommes &#224; rappeler que la mati&#232;re est constitu&#233;e de niveaux de structure et les interactions physique de sauts d'&#233;chelle de structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interaction qui concerne un niveau de structure se produit au niveau inf&#233;rieur ou sup&#233;rieur. La gravitation entre deux masses inertes se propage dans le vide entre les masses et concerne donc un niveau o&#249; il n'y a pas de masse inerte, le vide quantique. C'est le cas &#233;galement de toutes les interactions dites fondamentales de la physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention : si on a trouv&#233; le boson de Higgs par lequel se propage la propri&#233;t&#233; de masse, on n'a nullement trouv&#233; le corpuscule (s'il existe) qui serait le vecteur de la gravitation. Nous en sommes pour le moment l&#224; dans la recherche scientifique et nous ne pourrons pas &#233;clairer davantage cette question dans ce texte. Elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e dans un autre article : &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3085&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question qui nous est pos&#233;e est diff&#233;rente : existe-t-il une interaction dialectiquement oppos&#233;e &#224; l'interaction gravitationnelle puisqu'il n'y a pas, contrairement aux charges &#233;lectrique, de masses de signe positif et de signe n&#233;gatif, pas de gravitation n&#233;gative, r&#233;pulsive, alors qu'il y a une attraction &#233;lectromagn&#233;tique et une r&#233;pulsion &#233;lectromagn&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons comment la n&#233;gation d'une interaction se produit &#224; une autre &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation du mouvement m&#233;canique est le frottement : perte d'&#233;nergie par chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la n&#233;gation de la gravitation d'une &#233;toile qui pousserait celle-ci &#224; se concentrer est l'expansion d'&#233;nergie rayonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de la gravitation au sein de la mati&#232;re atomique et mol&#233;culaire est la r&#233;pulsion des &#233;lectrons p&#233;riph&#233;riques des atomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de la gravitation poussant l'atome &#224; se concentrer sur lui-m&#234;me est le principe de Pauli (qui est un principe quantique de r&#233;pulsion selon lequel deux particules de mati&#232;re ne peuvent se trouver au m&#234;me endroit dans le m&#234;me &#233;tat contrairement &#224; deux corpuscules de lumi&#232;re). Ce principe de Pauli est donc l'une des propri&#233;t&#233;s par lesquelles la mati&#232;re s'oppose &#224; la lumi&#232;re. La lumi&#232;re se concentre sans limite et pas la mati&#232;re. C'est le principe de Pauli qui cause l'imp&#233;n&#233;trabilit&#233; de la mati&#232;re et qui nous donne cette impression illusoire de compacit&#233; et de continuit&#233; de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle macroscopique (o&#249; nous vivons), il y a l'attraction universelle de Newton qui se produit aussi &#224; l'&#233;chelle des galaxies et sa n&#233;gation est &#224; cette &#233;chelle : c'est l'expansion de l'univers. Sans l'expansion, les galaxies s'&#233;craseraient les unes sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, &#224; chaque niveau de structure, s'il existe une structure, c'est par la dynamique caus&#233;e par deux actions contraires comme la gravitation de l'&#233;toile et la pression de radiations de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure ne se contente pas de subir des forces oppos&#233;es : elle en est le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un niveau de structure plus connu : celui des mol&#233;cules d'un gaz. Quelles sont ces contractions et ces r&#233;pulsions contraires dialectiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous contractons un gaz, ses mol&#233;cules s'agitent davantage et chauffent, produisant une &#233;nergie qui augmente la pression d'expansion des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me au niveau quantique. Plus on cherche &#224; cantonner une particule dans un volume petit, plus elle a d'&#233;nergie pour en sortir. Les fameuses in&#233;galit&#233;s dites d'Heisenberg de la physique quantique ne disent rien de plus que cette contradiction entre toute tentative de trouver une particule dans une position pr&#233;cise (contraction) et l'impossibilit&#233; de connaitre sa vitesse (expansion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la dualit&#233; onde/corpuscule : le corpuscule n'est rien d'autre que la propri&#233;t&#233; de concentration et l'onde la propri&#233;t&#233; d'expansion et ces deux propri&#233;t&#233;s contraires sont dialectiquement enchev&#234;tr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus vous obligez la mati&#232;re &#224; se concentrer, plus elle s'&#233;tend. Vous faites passer la mati&#232;re par une fente tr&#232;s &#233;troite : elle diffuse largement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interaction de la mati&#232;re de masse inerte (dite r&#233;elle) et de la mati&#232;re du vide quantique (dite virtuelle bien qu'elle ne soit pas seulement potentielle &#8211; ce qui est potentiel, c'est la possibilit&#233; de la particule virtuelle de devenir r&#233;elle en recevant un boson de Higgs) est du m&#234;me type. La mati&#232;re tend &#224; localiser et le vide &#224; la d&#233;localiser. Toujours expansion et contraction se combattent en &#233;tant li&#233;es au sein des m&#234;mes structures dont elles assurent un temps la durabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie qu'est na&#239;ve la vision de la structure comme une chose qui subit une interaction. Ce sont les interactions contraires qui produisent le niveau o&#249; &#233;merge une structure. Elle n'est pas un objet et les structures de niveau inf&#233;rieur qui la fondent changent sans cesse. Ce sont les interactions oppos&#233;es qui fondent le niveau d'organisation structurellement stable pour un certain temps. Et c'est l'opposition des forces contraires qui d&#233;termine aussi le seuil o&#249; la structure dispara&#238;t. Il y a ainsi un seuil de gravitation o&#249; appara&#238;t une &#233;toile (masse seuil de formation) et un seuil o&#249; elle dispara&#238;t (dur&#233;e de vie de l'&#233;toile li&#233;e au carburant nucl&#233;aire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance d'une structure est une rupture de sym&#233;trie. Cela signifie que c'est un ph&#233;nom&#232;ne discontinu, irr&#233;versible, passant d'un niveau hi&#233;rarchique &#224; un autre et produisant de nouvelles lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'apparition de la mati&#232;re de masse inerte qui est un &#233;v&#233;nement fondamental de notre univers. Nous sommes faits de mati&#232;re de masse inerte et nous observons tous l'univers du point de vue de la masse inerte avec laquelle nous observons, nous exp&#233;rimentons et nous interagissons avec le monde. Ce n'est pas le seul niveau de structure de la mati&#232;re. Ce n'est nullement le niveau fondamental puisqu'en dessous il y a encore la mati&#232;re virtuelle et le virtuel de virtuel (le vide quantique n'&#233;tant pas fait d'un seul niveau&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la rupture de sym&#233;trie qui entraine des situations o&#249; on ne trouve plus &#224; la fois des param&#232;tres n&#233;gatifs et positifs, ce qui &#233;tait une question de notre lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le vide, existent des fl&#232;ches du temps dans les deux sens, vers le pass&#233; et vers le futur, pour des temps tr&#232;s courts. Par contre, autour des mati&#232;res de masse inerte, il n'existe qu'un seul sens d'&#233;coulement du temps : vers le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vide quantique, o&#249; il y a autant de particules que d'antiparticules, cela signifie qu'il y a autant de mouvements dans un sens du temps que dans le sens contraire (une antiparticule &#233;tant exactement une particule qui remonte le temps).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure n'est pas &#233;l&#233;mentaire en soi et ne l'est que par rapport aux interactions concern&#233;es. La structure est donc le moyen de l'unit&#233; des contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mati&#232;re dite vivante, il en va de m&#234;me. La cellule vivante n'est autre que le lieu o&#249; s'affrontent g&#232;nes et prot&#233;ines de la conservation et g&#232;nes et prot&#233;ines de l'autodestruction ou apoptose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture de sym&#233;trie qui supprime l'&#233;quilibre entre les contraires, privil&#233;giant le sens du temps pour la mati&#232;re ou le sens de chiralit&#233; des mol&#233;cules pour le vivant, n'est pas contraire &#224; la dialectique. Elle est seulement le produit d'un combat dialectique : une Histoire irr&#233;versible de la mati&#232;re. La succession des ruptures irr&#233;versibles donne le d&#233;roulement de la dynamique historique. La mati&#232;re de masse inerte n'est que l'une des &#233;tapes de cette histoire comme la vie en est une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule philosophie &#224; laquelle ob&#233;it l'automouvement de la mati&#232;re est la dialectique. En effet, toute conception isolant d'un c&#244;t&#233; la mati&#232;re et de l'autre la lumi&#232;re, d'un c&#244;t&#233; le vide et de l'autre la mati&#232;re ne peut nullement expliquer le fonctionnement du monde. La mati&#232;re que nous connaissons n'existe pas sans le vide et le vide n'est pas sans aucune sorte de mati&#232;re. La dualit&#233; onde/corpuscule n'est absurde que pour la logique formelle. Les apparitions et disparitions des particules dans le vide ne sont des miracles que pour la pens&#233;e non dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide n'est pas une toile de fond dans laquelle se prom&#232;ne la mati&#232;re mais il est le fondement de celle-ci. Les interactions ne se contentent pas d'agir sur une mati&#232;re existant &#224; part de ces interactions : elles sont le fondement de ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe non seulement d'observer et d'exp&#233;rimenter sur la mati&#232;re mais aussi de philosopher sur elle&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'irr&#233;versibilit&#233; existe-t-elle au niveau quantique ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2053</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2053</guid>
		<dc:date>2011-12-11T06:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;Atome : La r&#233;troaction de la mati&#232;re/lumi&#232;re et du vide (de la microphysique &#224; l'astrophysique) - Atom : laws of physics or the feedback of matter/light/ void (from microphysics to astrophysics)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans &#034;La fin des certitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance et de collision et nous pouvons donc nous attendre &#224; retrouver des ph&#233;nom&#232;nes intrins&#232;quement irr&#233;versibles.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans un expos&#233; sur le temps &#224; la conf&#233;rence Marc-Bloch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La mati&#232;re, c'est tout ce qui donne sa fl&#232;che au temps. La lumi&#232;re, c'est ce qui tisse la trame de l'espace-temps.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilles Cohen-Tannoudji&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Comme nous le voyons, les th&#233;ories de Prigogine, bien qu'apparemment simples, impliquent un changement quasiment r&#233;volutionnaire dans notre mode de pens&#233;e sur l'univers physique. (...) Ainsi, le comportement d'un gaz compos&#233; de particules, ob&#233;issant &#224; des mouvements r&#233;versibles, devait &#234;tre aussi soumis &#224; des lois r&#233;versibles, et les changement apparemment irr&#233;versibles devaient &#234;tre des approximations ou des illusions r&#233;sultant d'une observation sur un temps trop court. Prigogine a compl&#232;tement renvers&#233; cette mani&#232;re de voir les choses. Il propose que les changements irr&#233;versibles sont la r&#233;alit&#233; fondamentale des entit&#233;s de l'univers et que l'id&#233;e de particules microscopiques sujettes &#224; des mouvements r&#233;versibles n'est qu'une approximation. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alastair Rae&lt;/strong&gt; dans &#034;Physique quantique, illusion ou r&#233;alit&#233; ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Toute irr&#233;versibilit&#233; traduit une dissym&#233;trie des lois de la nature par rapport au temps... Le cin&#233;ma aiguise notre intuition de l'irr&#233;versibilit&#233;. Lorsqu'une cam&#233;ra a enregistr&#233; un mouvement r&#233;versible, la projection du film est tout aussi vraisemblable dans un sens que dans l'autre. Le sentiment d'absurdit&#233; ou d'&#233;merveillement que nous pouvons ressentir en regardant passer certains films &#224; l'envers tient &#224; l'irr&#233;alit&#233; introduite dans l'ordre de succession des faits... L'irr&#233;versibilit&#233; est devenue sujet d'&#233;tude scientifique au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle avec la cr&#233;ation de la thermodynamique... Les premiers travaux de m&#233;canique statistique postulaient la r&#233;versibilit&#233; du mouvement des atomes... Mais comment expliquer qu'une dynamique microscopique r&#233;versible engendre &#224; l'&#233;chelle macroscopique des processus irr&#233;versibles ?&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roger Balian&lt;/strong&gt; dans &#034;Le temps et sa fl&#232;che&#034; (ouvrage collectif)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; existe-t-elle au niveau quantique ?
&lt;p&gt;Pendant longtemps, les physiciens ont cru que l'irr&#233;versibilit&#233; ne se produisait qu'au niveau macroscopique, les chocs particulaires, les d&#233;sint&#233;grations et les effets ondulatoires leur semblant r&#233;versibles. Nous allons voir que la physique quantique relativiste, plus r&#233;cente, a r&#233;introduit l'irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique... Une des raisons que l'on avait de croire le monde microscopique r&#233;versible &#233;tait que le changement du temps en son inverse ne changeait pas les &#233;quations. mais les &#233;quations contiennent-elles toute la v&#233;rit&#233; : des r&#233;actions conformes &#224; la loi de Schr&#246;dinger ne se produisent pas ! Cette loi ne risque-t-elle pas d'&#234;tre seulement une approximation ou une partie des lois agissant au niveau microscopique ou &#224; un des niveaux du microscopique ? Voil&#224; la question que nous voulons aborder ici.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; signifie que certaines transformations ne peuvent pas se d&#233;rouler en marche arri&#232;re et que cela indique une &#034;fl&#232;che du temps&#034;. On sait bien qu'en mettant en marche arri&#232;re un film, on parvient &#224; des situations physiquement impossible. Il suffit de filmer quelqu'un en train de sauter en avant pour constater qu'il lui serait impossible de faire le m&#234;me saut en arri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre vie d'humain ne peut pas plus revenir en arri&#232;re que l'&#233;volution des esp&#232;ce, ni m&#234;me l'histoire des soci&#233;t&#233;s. Tout ce qu'on appelle des ph&#233;nom&#232;nes historiques ob&#233;it &#224; une fl&#232;che du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre notion est tout aussi fondamentale en physique, en biologie qu'en histoire des soci&#233;t&#233;s, c'est celle d'irr&#233;versibilit&#233;. Quand une structure est apparue, ce tournant n'est jamais revenu en arri&#232;re. L'univers est rest&#233; marqu&#233; par ce changement. C'est le cas pour l'apparition des diverses sortes de mati&#232;re, de particules d'interaction, de structures les associant, de structures &#224; grande &#233;chelle, de vie ou de soci&#233;t&#233;. Un changement r&#233;volutionnaire signifie que la transformation a produit une marque ind&#233;l&#233;bile. Ainsi, L&#233;on Trotsky remarquait dans son ouvrage &#171; La r&#233;volution russe &#187; que la r&#233;volution de 1917 n'avait pas fait que produire des transformations en Russie et dans le monde. Elle avait transform&#233; de fa&#231;on irr&#233;versible les relations sociales, la perception que nous avions et m&#234;me les mots pour les d&#233;crire. Il en va de m&#234;me en sciences. L'irr&#233;versibilit&#233; est partout pr&#233;sente dans la mati&#232;re. C'est un caract&#232;re fondamental du processus, aussi important que la non-lin&#233;arit&#233;, l'historicit&#233;, la hi&#233;rarchisation de structures, la discontinuit&#233;, le caract&#232;re qualitatif du saut ou l'&#233;mergence. L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas seulement un produit du niveau macroscopique de structure de la mati&#232;re. Elle est &#233;galement microscopique. Gilles Cohen-Tannoudji le rapporte dans &#171; La Mati&#232;re-Espace-Temps &#187; : &#171; L'irr&#233;versibilit&#233; reste au c&#339;ur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste. &#187; C'est l'irr&#233;versibilit&#233; qui fait de la mati&#232;re, de la vie et de la soci&#233;t&#233; des produits historiques, comme le physicien-chimiste Ilya Prigogine s'est acharn&#233; &#224; le d&#233;montrer. Si Einstein a montr&#233; que le temps n'est pas d&#233;finissable par un &#233;coulement continu, c'est lya Prigogine qui a soulign&#233; qu'il ne l'est pas non plus par une transformation r&#233;versible. Prigogine explique dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; que le temps est marqu&#233; par la fondation de structures issues du d&#233;sordre et que &#171; Les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, loin d'&#234;tre (...) le chemin vers le d&#233;sordre, ont au contraire un r&#244;le constructif extraordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; structurelle de la mati&#232;re est le produit d'un processus irr&#233;versible. Le sens de l'histoire est d&#233;termin&#233; par sa propre construction, au fur et &#224; mesure des bifurcations. Sans ces diff&#233;rentes transformations, sans ces bifurcations, l'ordre serait cyclique et n'aurait pas d'histoire. Un monde fond&#233; sur des r&#233;troactions ne ressemble nullement &#224; un ordre dont l'apparition est r&#233;versible - c'est-&#224;-dire ne laisse pas de traces...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'irr&#233;versibilit&#233; est pos&#233;e au niveau quantique m&#234;me si, au d&#233;part, la physique quantique ne le posait pas. Les &#233;quations fondamentales (Schr&#246;dinger par exemple) sont en effet invariantes dans le renversement du temps. Toutefois, quand on somme sur une partie des degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me, les &#233;quations dynamiques pour les autres degr&#233;s de libert&#233; peuvent ne plus l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple classique : le traitement quantique complet d'un atome coupl&#233; au champ &#233;lectromagn&#233;tique, qui met en &#233;vidence la dur&#233;e de vie finie de l'atome, et donc son &#233;volution irr&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va d'alleurs de m&#234;me en Physique classique, quand on couple un petit syst&#232;me &#224; un gros, et que l'on prend la limite thermodynamique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la d&#233;coh&#233;rence implique justement la participation d'un nombre infini de degr&#233;s de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion physique de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; repose sur l'analyse des &#233;chelles de temps. Quand l'une d'entre elles diverge (exemple : le temps de Poincar&#233; d'un syst&#232;me &#224; une infinit&#233; de degr&#233;s de libert&#233;), on est fond&#233; &#224; parler d'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait est que tout passage &#224; la limite peut faire perdre certaines propri&#233;t&#233;s : une somme finie de fonctions analytiques est analytique, la s&#233;rie correspondante peut ne pas l'&#234;tre (penser &#224; la fonction de partition d'un syst&#232;me critique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la consid&#233;ration parfois n&#233;cessaire de plusieurs limites exige de bien pr&#233;ciser la probl&#233;matique physique, car les diff&#233;rents processus de limite ne commutent pas toujours (exemple : brisure d'ergodicit&#233; pour un ferromagn&#233;tique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point a &#233;t&#233; soulign&#233; en physique quantique : toute mesure est source d'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le probl&#232;me principal est ailleurs : certaines d&#233;compositions quantiques n'ont pas de transformation inverse. Il suffit, par exemple, qu'une transformation d&#233;compose un &#233;l&#233;ment en trois autres pour que la recomposition soit tout &#224; fait improbable. Or, en physique quantique relativiste, de telles transformations sont tr&#232;s nombreuses (d&#233;sint&#233;gration du m&#233;son &#233;ta, du muon, des hyp&#233;rons, du neutron, des pi,....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Davies pose le probl&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; L'exemple de la sph&#232;re en rotation illustre aussi le renversement du temps, car projet&#233; &#224; l'envers, le film montre aussi une sph&#232;re qui tourne dans l'autre sens&#8230;. Bien que dans notre monde quotidien, fait de syst&#232;mes complexes, nous remarquions imm&#233;diatement une s&#233;quence projet&#233;e &#224; l'envers, il n'y a rien de particuli&#232;rement remarquable dans le monde microscopique concernant le renversement de la rotation. La m&#234;me chose s'applique &#224; d'autres processus familiers, comme la collision ou la d&#233;sint&#233;gration de particules : elles n'ont rien de particuli&#232;rement miraculeux invers&#233;es dans le temps. Ce n'est que si le comportement de plusieurs particules est invers&#233; que nous commen&#231;ons &#224; suspecter quelque chose. Par exemple, la d&#233;sint&#233;gration spontan&#233;e du neutron en proton, &#233;lectron et antineutrino laisse sceptique vue &#224; l'envers car elle montrerait une rencontre simultan&#233;e hautement improbable, de trois particules, le proton, l'&#233;lectron et l'antineutrino. Pour des processus macroscopiques, la probabilit&#233; du processus inverse est infinit&#233;simale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Davies dans &#171; Les forces de la nature &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohen-Tannoudji &#233;crit dans &#034;La mati&#232;re-espace-temps&#034; : &lt;i&gt;&#034; En relativit&#233; quantique, l'irr&#233;versibilit&#233; est encore plus pr&#233;sente.... Tout d'abord elle intervient dans l'acte de mesure &#224; travers la perturbation incontr&#244;lable que nus apportons &#224; l'objet &#233;tudi&#233;... D'autre part elle intervient par l'interm&#233;diaire des antiparticules : des particules &#034;remontant le temps&#034; sont remplac&#233;es par des antiparticules qui &#034;le descendent&#034;. Mais en plus, elle intervient &#224; travers le recours &#224; la statistique qu'implique le calcul de l'interaction entre deux particules &#233;l&#233;mentaires dans la sommation sur tous les chemins possibles.... Ainsi deux particules &#233;l&#233;mentaires de tr&#232;s haute &#233;nergie &#034;enferm&#233;es dans une boite&#034; vont-elles dissiper leur &#233;nergie en cr&#233;ant de nombreuses autres particules.... Ces particules n'ont qu'une chance infime, ridiculement faible, de venir un jour fusionner pour recr&#233;er les deux seules particules parentes... L'irr&#233;versibilit&#233; reste au c&#339;ur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine &#233;crit dans &#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; : &lt;i&gt;&#171; C'est l'existence de points de r&#233;sonance qui, on le sait depuis Poincar&#233;, emp&#234;che de d&#233;finir la plupart des syst&#232;mes dynamiques comme int&#233;grables. La th&#233;orie cin&#233;tique, qui correspond au cas d'un grand syst&#232;me dynamique ayant des points de r&#233;sonance &#171; presque partout &#187; dans l'espace des phases, marque donc la transformation de la notion de r&#233;sonance : celle-ci cesse d'&#234;tre un obstacle &#224; la description en termes de trajectoires d&#233;terministes et r&#233;versibles, pour devenir un nouveau principe de description, intrins&#232;quement irr&#233;versible et probabiliste. C'est cette m&#234;me notion de r&#233;sonance que nous avons retrouv&#233;e au c&#339;ur de la m&#233;canique quantique, puisque c'est elle qu'utilisa Dirac pour expliquer les &#233;v&#233;nements qui ouvrent un acc&#232;s exp&#233;rimental &#224; l'atome, l'&#233;mission et l'absorption de photons d'&#233;nergie sp&#233;cifique, dont le spectre constitue la v&#233;ritable signature de chaque type d'atome&#8230; Le monde quantique ne nous est accessible que par les &#233;v&#233;nements qui l'affectent, par son devenir intrins&#232;quement probabiliste et irr&#233;versible. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Lochak &#233;crit ainsi dans &#171; Vers une microphysique de l'irr&#233;versible &#187; (revue du palais de la d&#233;couverte) : &lt;i&gt;&#171; l'id&#233;e des quanta, autrement dit l'id&#233;e que l'&#233;nergie des syst&#232;mes microscopiques ne varie que par bonds instantan&#233;s (les transitions quantiques) au cours desquels les microsyst&#232;mes passent subitement d'un &#233;tat stationnaire &#224; un autre en &#233;changeant entre eux des parcelles d'&#233;nergie. &#187;&lt;/i&gt; Il appelait donc &#224; une microphysique irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vide quantique, le temps est r&#233;versible, mais la diffusion des particules virtuelles ne l'est pas plus que la diffusion des particules dites r&#233;elles. C'est la source de l'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes dissipatifs &#224; l'&#233;chelle macroscopique, par exemple ceux entra&#238;nant un frottement. En fait, l'irr&#233;versibilit&#233; des interactions du vide quantique est &#224; la source de la mati&#232;re que nous connaissons. Cette cr&#233;ation de mati&#232;re montre d&#233;j&#224; que le vie a une histoire : qu'il d&#233;termine une fl&#232;che du temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaos d&#233;terministe du vide permet de comprendre cette irr&#233;versibilit&#233;. Comme l'exposait Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide lui-m&#234;me est r&#233;versible car c'est l'&#233;tat de d&#233;sordre et de hasard. Mais tout &#233;v&#233;nement, comme une cr&#233;ation/annihilation de mati&#232;re, se produisant pour une ou plusieurs particules virtuelles ou r&#233;elles est, par contre, irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Prigogine et I. Stengers : dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La mati&#232;re se distingue de l'espace-temps en ce qu'elle est porteuse de l'entropie de l'univers. Son existence n'est plus une donn&#233;e, comme le pr&#233;suppose le mod&#232;le standard, mais est le produit d'un processus irr&#233;versible de cr&#233;ation. A la singularit&#233; initiale se substitue ainsi l'instabilit&#233; d'un Univers primordial vide, dont l'espace-temps se courberait en rayonnant la mati&#232;re comme un atome excit&#233; rejoint son &#233;tat fondamental en rayonnant de la lumi&#232;re.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide quantique est sym&#233;trique car chaque type de particule existe comme antiparticule et dans la m&#234;me quantit&#233;, ce qui fait que le temps ne s'&#233;coule pas dans un sens. Par contre, al seule existence de structures durables du vide, par exemple des particules ou des photons, signifie qu'il y a rupture de sym&#233;trie et donc irr&#233;versibilit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent soulign&#233; que la mesure produisait une irr&#233;versibilit&#233;, ce qui est exact. Mais toute interaction en produit une aussi. En fait, il y a irr&#233;versibilit&#233; d&#232;s qu'il y a pr&#233;sence de mati&#232;re. L'apparition d'une structure durable au sein d'un vide o&#249; rien n'est durable est une discontinuit&#233; qui repr&#233;sente une irr&#233;versibilit&#233;. D&#233;sormais, autour de cette particule, il y aura un temps avec une fl&#232;che....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est le vide qui a produit cette particule et c'est cette cr&#233;ation qui a introduit un sens du temps, en rompant la sym&#233;trie des couples particule/antiparticule du vide quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il y a bel et bien au sein du vide des ph&#233;nom&#232;nes n'ob&#233;issant pas &#224; la sym&#233;trie entre pass&#233; et pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On savait d&#233;j&#224; que des tels ph&#233;nom&#232;nes existaient dans l'univers quantique des particules comme la d&#233;composition du m&#233;son K neutre qui n'ob&#233;it pas &#224; ce que l'on appelle la sym&#233;trie CPT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rappelons que CPT signifie qu'on ne change rien si on inverse tous les mouvements (P), toutes les charges (C) et le temps (T).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A LIRE AUSSI :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A nouveau sur l'irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ilya Prigogine et l'irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La fl&#232;che du temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://docs.google.com/viewer?a=v&amp;q=cache:x3yNFeT8qf8J:groupebena.org/IMG/doc/De_la_fleche_du_temps_et_du_cours_du_temps.doc+irr%C3%A9versibilit%C3%A9+quantique+relativiste&amp;hl=fr&amp;gl=fr&amp;pid=bl&amp;srcid=ADGEESgYs5f5hSt_YOUIsokhn3N3ebp0tVz-vMG-fePQvKyA2TPNETQ4eDtSq6ub4u2k13qNoXx-zcRUvsQ44K6RrITniPJE95wPGkcFRaLYnJpino9R56BMPZwHlMW0fIO64EnHqJE_&amp;sig=AHIEtbQEUkOYlR9FClU3mriCqOIMV8UCAg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?id=2va7Mhm4UVAC&amp;pg=PA188&amp;lpg=PA188&amp;dq=irr%C3%A9versible+quantique&amp;source=bl&amp;ots=MoYgY4R2bl&amp;sig=_DX-_SxxnlX0_yEF9QRgBDUB9EE&amp;hl=fr&amp;ei=qADlTsixO4fv8QPnn7D1Aw&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;ct=result&amp;resnum=8&amp;ved=0CEcQ6AEwBw#v=onepage&amp;q=irr%C3%A9versible%20quantique&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre article sur l'irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un syst&#232;me va-t-il &#034;naturellement&#034; vers l'&#233;quilibre ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2028</link>
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		<dc:date>2011-11-17T07:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_11064 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH220/220px-The_Belousov-Zhabotinsky_Reaction-a3b8c.gif?1776414541' width='220' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce faisant elle conf&#232;re une nouvelle signification &#224; l'irr&#233;versibilit&#233;.... L'irr&#233;versibilit&#233; ne peut plus &#234;tre attribu&#233;e &#224; une simple apparence qui dispara&#238;trait si nous acc&#233;dions &#224; une connaissance parfaite. Elle est une condition essentielle de comportements coh&#233;rents de milliards de milliards de mol&#233;cules. Selon une formule que j'aime a r&#233;p&#233;ter, la mati&#232;re est aveugle &#224; l'&#233;quilibre l&#224; o&#249; la fl&#232;che du temps ne se manifeste pas ; mais lorsque celle-ci se manifeste, loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re commence &#224; voir ! Sans la coh&#233;rence des processus irr&#233;versibles de non-&#233;quilibre, l'apparition de la vie sur la Terre serait inconcevable. La th&#232;se selon laquelle la fl&#232;che du temps est seulement ph&#233;nom&#233;nologique est absurde. Ce n'est pas nous qui engendrons la fl&#232;che du temps. Bien au contraire, nous sommes ses enfants.... Pour la grande majorit&#233; des scientifiques, la thermodynamique devrait se limiter de mani&#232;re stricte &#224; l'&#233;quilibre. Pour eux, l'irr&#233;versibilit&#233; associ&#233;e &#224; un temps unidirectionnel &#233;tait une h&#233;r&#233;sie... Apr&#232;s mon expos&#233;, le plus grand expert en la mati&#232;re fit le commentaire suivant : &#034;je suis &#233;tonn&#233; que ce jeune homme soit tellement int&#233;ress&#233; par la physique de non &#233;quilibre. Les processus irr&#233;versibles sont transitoires. Pourquoi alors ne pas attendre et &#233;tudier l'&#233;quilibre comme tout le monde ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; tellement &#233;tonn&#233; que je n'ai pas eu la pr&#233;sence d'esprit de lui r&#233;pondre : &#034;Mais nous aussi nous sommes des &#234;tres transitoires. N'est il pas naturel de s'int&#233;resser &#224; notre condition humaine commune ?&#034; Contrairement aux syst&#232;mes soit &#224; l'&#233;quilibre soit proches de l'&#233;quilibre, les syst&#232;mes loin de l'&#233;quilibre ne conduisent plus &#224; un extremum d'une fonction telles que l'&#233;nergie libre o&#249; la production d'entropie. En cons&#233;quence, il n'est plus certain que les fluctuations soient amorties. Il est seulement possible de formuler les conditions suffisantes de stabilit&#233; que nous avons baptis&#233; &#034;crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution&#034;. Ce crit&#232;re met en jeu le m&#233;canisme des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge. Alors que &#224; l'&#233;quilibre et pr&#232;s de l'&#233;quilibre, les lois de la nature sont universelles, loin de l'&#233;quilibre elles deviennent sp&#233;cifiques, elles d&#233;pendent du type de processus irr&#233;versibles. Cette observation est conforme &#224; la vari&#233;t&#233; des comportements de la mati&#232;re que nous observons autour de nous. Loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re acquiert de nouvelles propri&#233;t&#233;s o&#249; les fluctuations, les instabilit&#233;s jouent un r&#244;le essentiel : la mati&#232;re devient active. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ilya Prigogine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un syst&#232;me va-t-il &#034;naturellement&#034; vers l'&#233;quilibre ?&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1ede07f33dca4cb8c80e14b231410fa8-4ddc9.jpg?1776414541' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/producteurs/science_en_cours/dossier_programmes/matiere_et_energie/pour_l_enseignement/loin_de_l_equilibre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve292&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;quilibre et le non-&#233;quilibre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2079&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Structures issues du non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article564&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'un syst&#232;me auto-organis&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les syst&#232;mes dynamiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ilya Prigogine et le non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre, &#233;quilibre et non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les syst&#232;mes auto-organis&#233;s et le non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;On sait bien que...une langue est en fait un syst&#232;me. Les physiciens diraient : un syst&#232;me par nature loin de l'&#233;quilibre, c'est un syst&#232;me en perp&#233;tuel d&#233;s&#233;quilibre.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un a priori id&#233;ologique de &#034;la tendance &#224; l'&#233;quilibre&#034; comme un a priori du continu ou du lin&#233;aire, et il est aussi faux. Il n'y a pas de &#034;tendance naturelle&#034; vers l'&#233;quilibre plus que de tendance naturelle vers le continu ou vers le le lin&#233;aire. Bien des auteurs avaient confondu les lois avec une telle tendance &#224; l'&#233;quilibre... &lt;i&gt;&#034;Tout le monde convient qu'il y a &#233;quilibre entre deux corps quand les produits de leurs masses par leurs vitesses virtuelles, c'est-&#224;-dire par les vitesses avec lesquelles ils tendent &#224; se mouvoir, sont &#233;gaux de part et d'autre.&#034;&lt;/i&gt; &#233;crivait Jean le Rond d' Alembert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'&#233;quilibre est une morale bien plus qu'une observation li&#233;e &#224; l'&#233;tude de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique souligne bien des forces contraires, mais celles-ci, en se combattant, ne m&#232;nent pas &#224; un monde mort, sans mouvement. Le combat continue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein souligne que c'est la dynamique qui permet de maintenir un syst&#232;me : &lt;i&gt;&#034;La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'&#233;quilibre.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en physique, l'&#233;tude &#233;tant devenue celle des interactions plus que celle des objets, il devient absurde de parler d'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine &#233;crit dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a d&#233;couvert que quand vous allez loin de l'&#233;quilibre, par exemple, en consid&#233;rant une r&#233;action chimique, que vous emp&#234;chez d'arriver &#224; l'&#233;quilibre, se produisent des ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires que personne n'aurait cru possibles ; par exemple, des horloges chimiques. Une horloge chimique, qu'est-ce que c'est ? Prenons un exemple : vous avez des mol&#233;cules qui de rouges peuvent devenir bleues. Comment imaginez-vous voir ce ph&#233;nom&#232;ne ? Si vous pensez que les mol&#233;cules vont au hasard, vous allez voir des flashes de bleu, puis de flashes de rouge. Mais il se produit, loin de l'&#233;quilibre, dans d'importantes classes de r&#233;actions chimiques, des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Tout devient bleu, puis tout devient rouge, puis tout devient bleu, c'est-&#224;-dire qu'une coh&#233;rence na&#238;t, qui n'existe que loin de l'&#233;quilibre. (&#8230;) Donc, loin de l'&#233;quilibre, se produisent des ph&#233;nom&#232;nes ordonn&#233;s qui n'existent pas pr&#232;s de l'&#233;quilibre. Si vous chauffez un liquide par en-dessous, il se produit des tourbillons dans lesquels des milliards de milliards de mol&#233;cules se suivent l'une l'autre. De m&#234;me, un &#234;tre vivant, vous le savez bien, est un ensemble de rythmes, tels le rythme cardiaque, le rythme hormonal, le rythme des ondes c&#233;r&#233;brales, de division cellulaire, etc. Tous ces rythmes ne sont possibles que parce que l'&#234;tre vivant est loin de l'&#233;quilibre. Le non-&#233;quilibre, ce n'est pas du tout les tasses qui se cassent ; le non-&#233;quilibre, c'est la voie la plus extraordinaire que la nature ait invent&#233;e pour coordonner les ph&#233;nom&#232;nes, pour rendre possibles des ph&#233;nom&#232;nes complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, loin d'&#234;tre simplement un effet du hasard, les ph&#233;nom&#232;nes de non-&#233;quilibre sont notre acc&#232;s vers la complexit&#233;. Et des concepts comme l'auto-organisation loin de l'&#233;quilibre, ou de structure dissipative, sont aujourd'hui des lieux communs qui sont appliqu&#233;s dans des domaines nombreux, non seulement de la physique, mais de la sociologie, de l'&#233;conomie, et jusqu'&#224; l'anthropologie et la linguistique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que connaissons-nous comme syst&#232;mes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me nerveux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me climatique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me cardiaque
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me du vivant
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me c&#233;r&#233;bral
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un fluide qui s'&#233;coule
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la chimie de r&#233;action-diffusion et r&#233;actions oscillantes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'atome
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;toile
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#234;tre vivant
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;mes quantiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes auto-organis&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes dynamiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes &#233;conomiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes sociaux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes &#233;cologiques&lt;br class='autobr' /&gt;
etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne va jamais vers l'&#233;quilibre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les syst&#232;mes dynamiques, la structure globale est fond&#233;e sur l'agitation interne et les &#233;changes avec l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains confondent l'existence d'une structure et de constantes avec l'&#233;quilibre, alors que cette structure et ces constantes proviennent de changement internes permanents et brutaux, de sauts. Par exemple, un syst&#232;me quantique saute sans cesse d'un &#233;tat &#224; un autre, mais il parvient ainsi &#224; maintenir certaines constantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'&#233;quilibre n'existe que comme approximation dans des cas tr&#232;s particuliers... C'est le cas de syst&#232;mes qui seraient totalement isol&#233;s de l'ext&#233;rieur... Il faut cependant diff&#233;rencier l'&#233;quilibre local et l'&#233;quilibre global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir &#233;quilibre &#224; un niveau fond&#233; sur le d&#233;s&#233;quilibre &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre (ou le d&#233;s&#233;quilibre) peut &#234;tre m&#233;canique, thermodynamique, chimique, particulaire, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;quilibre thermodynamique et &#224; son voisinage, l'uniformit&#233; spatiale et la stationnarit&#233; temporelle sont la r&#232;gle. Les fluctuations autour de ces &#233;tats sont bien contr&#244;l&#233;es et en un certain sens triviales. Les propri&#233;t&#233;s de transport sont gouvern&#233;es par un principe de r&#233;ponse lin&#233;aire. A l'inverse, d&#232;s que l'on s'int&#233;resse &#224; des situations hors &#233;quilibre, (en pr&#233;sence de contraintes ext&#233;rieures, ou au cours de relaxation extr&#234;mement lentes &#8211; dynamique vitreuse), on constate &#224; toutes les &#233;chelles l'&#233;mergence de comportements collectifs qui donnent naissance &#224; des formes et des dynamiques complexes, fractales ou multi-fractales ainsi qu'&#224; des propri&#233;t&#233;s de transport anormales. Les fluctuations autour de ces comportements globaux sont le plus souvent singuli&#232;res ; elles pr&#233;sentent des &#233;v&#232;nements extr&#234;mes significatifs qui peuvent dominer les effets moyens et sont tr&#232;s sensibles aux effets de taille finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors &#233;quilibre, les fluctuations &#8211;spatiales et temporelles - peuvent alors devenir extr&#234;mement importantes et il n'est plus du tout &#233;vident de d&#233;finir le comportement &#171; typique &#187; du syst&#232;me comme une moyenne sur ces fluctuations. Comment par exemple d&#233;finir la r&#233;sistance &#224; la rupture d'un mat&#233;riau lorsque celle-ci est enti&#232;rement dict&#233;e par le d&#233;faut le plus important ? Comment faire une pr&#233;vision m&#233;t&#233;orologique lorsque celle-ci est sensible &#224; une petite perturbation locale ? Comment &#233;tablir une strat&#233;gie de gestion de risque sur les march&#233;s hautement volatiles ? Un des enjeux de la physique du 21&#232;me si&#232;cle sera de d&#233;velopper les formalismes permettant de caract&#233;riser la statistique des fluctuations observ&#233;es dans ces syst&#232;mes hors &#233;quilibre. Il s'agira en particulier d'&#234;tre en mesure (i) de d&#233;finir clairement la notion de comportements &#171; typiques &#187;, (ii) de reproduire les mises &#224; l'&#233;chelle de ces comportements dits typiques et (iii) d'&#233;tendre la notion de th&#233;or&#232;mes fluctuation-dissipation dans ces syst&#232;mes hors &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat stationnaire d'un syst&#232;me maintenu loin de l'&#233;quilibre ne peut pas &#234;tre d&#233;crit par les lois fondamentales de la thermodynamique et de la physique statistique (par exemple, le courant transport&#233; dans une barre de m&#233;tal en contact avec deux thermostats &#224; des potentiels ou des temp&#233;ratures diff&#233;rentes). Il n'existe aujourd'hui aucune th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des syst&#232;mes hors d'&#233;quilibre : on ne dispose ni d'une description macroscopique &#224; partir de fonctions d'&#233;tats (qui remplaceraient l'entropie ou l'&#233;nergie libre), ni de principe combinatoire &#224; l'&#233;chelle microscopique (qui g&#233;n&#233;raliserait la loi de Boltzmann et la fonction de partition). Toutefois, des avanc&#233;es remarquables ont &#233;t&#233; accomplies durant la derni&#232;re d&#233;cennie : ces r&#233;sultats, appel&#233;s th&#233;or&#232;mes de fluctuation, montrent que l'on peut quantifier les fluctuations atypiques d'un syst&#232;me hors d'&#233;quilibre par des fonctions de grandes d&#233;viations, qui pourraient jouer un r&#244;le analogue &#224; celui des potentiels thermodynamiques. En outre, les fonctions de grandes d&#233;viations v&#233;rifient des relations de sym&#233;trie remarquables (dues notamment &#224; Gallavotti, Cohen, et Jarzynski) qui g&#233;n&#233;ralisent, loin de l'&#233;quilibre, les relations d'Einstein et d'Onsager (qui ne sont valides qu'au voisinage de l'&#233;quilibre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes fond&#233;s sur des r&#233;troactions produisent des structures, mais celles-ci ne sont pas des &#233;quilibres stables. Ils sautent d'un niveau &#224; un autre brutalement. Par exemple, l'histoire de la terre est celle de tels sauts brutaux dus &#224; des causes internes ou externes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cerveau n'est pas un &#233;quilibre entre les deux h&#233;misph&#232;res, mais un combat permanent entre eux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de la cellule n'est pas un &#233;quilibre entre g&#232;nes et prot&#233;ines de la vie et de la mort, mais un combat permanent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s, le seul &#233;quilibre possible est la fin de la dynamique, c'est-&#224;-dire la mort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un objet qui semble immobile est sujet aux mouvement brownien des mol&#233;cules issu de l'agitation particulaire permanente, lui-m&#234;me caus&#233; par l'agitation &#233;nerg&#233;tique du vide quantique qui ne cesse jamais. La mort n'existe pas &#224; ce niveau. Jamais le vide n'atteint un &#233;quilibre stable. Il est sans cesse sujet &#224; des sautes d'&#233;nergie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dynamique peut admettre bien plus qu'un ou quelques points d'&#233;quilibre, mais une infinit&#233;. C'est l'attracteur de cette dynamique. Et cela peut &#234;tre un &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article706&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attracteur &#233;trange&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine et Isabelle Stengers dans &#171; La nouvelle alliance &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Donc, loin d'&#234;tre simplement un effet du hasard, les ph&#233;nom&#232;nes de non-&#233;quilibre sont notre acc&#232;s vers la complexit&#233;. Et des concepts comme l'auto-organisation loin de l'&#233;quilibre, ou de structure dissipative, sont aujourd'hui des lieux communs qui sont appliqu&#233;s dans des domaines nombreux, non seulement de la physique, mais de la sociologie, de l'&#233;conomie, et jusqu'&#224; l'anthropologie et la linguistique. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine dans &#171; Temps &#224; devenir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi n'est pas &#034;simplement&#034; l'&#233;quilibre. Hegel disait d&#233;j&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La loi ne va pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne. Au contraire, le royaume des lois est l'image &#034;calme&#034; du monde existant ou &#233;mergeant.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Plusieurs choses sont en interaction par leurs propri&#233;t&#233;s. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est dans l'unit&#233; de l'apparence et de l'existence. Cette unit&#233; est la loi du ph&#233;nom&#232;ne. La loi est donc le positif dans la m&#233;diation de ce qui appara&#238;t. C'est le reflet du ph&#233;nom&#232;ne dans son identit&#233; avec lui-m&#234;me. Cette identit&#233;, le fondement du ph&#233;nom&#232;ne qui constitue la loi, est un moment propre du ph&#233;nom&#232;ne... La loi est donc non au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui imm&#233;diatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#034;La doctrine de l'Essence&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Commentaire de L&#233;nine sur cette phrase dans &#034;Cahiers sur la dialectique de Hegel&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est une d&#233;finition remarquablement juste (en particulier, le mot &#034;tranquille&#034;). La loi prend ce qui est tranquille - et c'est pourquoi la loi, toute loi, est &#233;troite, incompl&#232;te, approximative.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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