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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Autobiographie d'Ilya Prigogine</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
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&lt;p&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. Mais le pr&#233;sent explique le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma conf&#233;rence Nobel, je parle beaucoup des fluctuations ; ce n'est peut-&#234;tre pas sans rapport avec le fait qu'au cours de ma vie j'ai ressenti l'efficacit&#233; de co&#239;ncidences frappantes dont les effets cumulatifs sont visibles dans mon travail scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Moscou, le 25 janvier 1917 - quelques mois avant la r&#233;volution. Ma famille avait une relation difficile avec le nouveau r&#233;gime et nous avons donc quitt&#233; la Russie d&#232;s 1921. Pendant quelques ann&#233;es (jusqu'en 1929), nous avons v&#233;cu comme migrants en Allemagne, avant de rester d&#233;finitivement en Belgique. C'est &#224; Bruxelles que j'ai fait mes &#233;tudes secondaires et universitaires. J'ai acquis la nationalit&#233; belge en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, Roman Prigogine, d&#233;c&#233;d&#233; en 1974, &#233;tait ing&#233;nieur chimiste &#224; l'&#201;cole polytechnique de Moscou. Mon fr&#232;re Alexander, n&#233; quatre ans avant moi, a suivi, comme moi-m&#234;me, le cursus de chimie de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Je me rappelle combien j'ai h&#233;sit&#233; avant de choisir cette direction ; en quittant la section classique (gr&#233;co-latine) d'Ixelles Athenaeum, mon int&#233;r&#234;t &#233;tait plus port&#233; sur l'histoire et l'arch&#233;ologie, sans parler de la musique, notamment du piano. Selon ma m&#232;re, j'ai pu lire des partitions musicales avant de lire des mots imprim&#233;s. Et aujourd'hui, mon passe-temps favori est toujours le piano, bien que mon temps libre pour la pratique devienne de plus en plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon adolescence, j'ai lu de nombreux textes philosophiques, et je me souviens encore du sort &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; qui m'a frapp&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je sentais qu'un message essentiel &#233;tait int&#233;gr&#233;, encore &#224; rendre explicite, dans la remarque de Bergson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Plus nous &#233;tudions en profondeur la nature du temps, mieux nous comprenons que la dur&#233;e signifie invention, cr&#233;ation de formes, &#233;laboration continue de l'absolument nouveau.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des co&#239;ncidences heureuses ont fait le choix pour mes &#233;tudes &#224; l'universit&#233;. En effet, ils m'ont conduit dans une direction presque oppos&#233;e, vers la chimie et la physique. Et donc, en 1941, on m'a conf&#233;r&#233; mon premier doctorat. Tr&#232;s vite, deux de mes professeurs devaient exercer une influence durable sur l'orientation de mon futur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionnerai d'abord Th&#233;ophile De Donder (1873-1957) .2 Quel aimable personnage il &#233;tait ! N&#233; fils d'un instituteur, il d&#233;bute sa carri&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re et obtient (en 1896) le titre de docteur en sciences physiques, sans jamais avoir suivi aucun enseignement &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en 1918 - il avait alors 45 ans - que De Donder a pu consacrer son temps &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pendant quelques ann&#233;es nomm&#233; instituteur. Il est ensuite promu professeur au D&#233;partement des sciences appliqu&#233;es et entame sans d&#233;lai la r&#233;daction d'un cours de thermodynamique th&#233;orique pour les ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de vous donner plus de d&#233;tails, car c'est dans cette circonstance m&#234;me que nous devons associer la naissance de l'&#233;cole thermodynamique de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre l'originalit&#233; de l'approche de De Donder, je dois rappeler que depuis le travail fondamental de Clausius, le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique a &#233;t&#233; formul&#233; comme une in&#233;galit&#233; : la &#034;chaleur non compens&#233;e&#034; est positive - ou, en termes plus r&#233;cents, la production d'entropie est positive. Cette in&#233;galit&#233; renvoie bien entendu &#224; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, comme tout processus naturel. &#192; cette &#233;poque, ces derniers &#233;taient mal compris. Ils sont apparus aux ing&#233;nieurs et physico-chimistes comme des ph&#233;nom&#232;nes &#034;parasites&#034;, qui ne pouvaient qu'entraver quelque chose : ici la productivit&#233; d'un processus, l&#224; la croissance r&#233;guli&#232;re d'un cristal, sans pr&#233;senter d'int&#233;r&#234;t intrins&#232;que. Ainsi, l'approche habituelle &#233;tait de limiter l'&#233;tude de la thermodynamique &#224; la compr&#233;hension des lois d'&#233;quilibre, pour lesquelles la production d'entropie est nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait que faire de la thermodynamique une &#034;thermostatique&#034;. Dans ce contexte, le grand m&#233;rite de De Donder est qu'il a extrait la production d'entropie de ce &#034;sfumato&#034; lorsqu'il l'a li&#233;e de mani&#232;re pr&#233;cise au rythme d'une r&#233;action chimique, gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'une nouvelle fonction qu'il devait appeler &#034;affinit&#233;&#034; .3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aujourd'hui de rendre compte de l'hostilit&#233; qu'une telle approche devait rencontrer. Par exemple, je me souviens que vers la fin de 1946, lors de la r&#233;union IUPAP de Bruxelles 4, apr&#232;s une pr&#233;sentation de la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, un sp&#233;cialiste de grande renomm&#233;e m'a dit, en substance : &#034;Je suis surpris que vous accordiez plus d'attention aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui sont essentiellement transitoires, qu'au r&#233;sultat final de leur &#233;volution, l'&#233;quilibre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, certains &#233;minents scientifiques ont d&#233;rog&#233; &#224; cette attitude n&#233;gative. J'ai re&#231;u beaucoup de soutien de personnes comme Edmond Bauer, le successeur de Jean Perrin &#224; Paris, et Hendrik Kramers &#224; Leyde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Donder, bien s&#251;r, avait des pr&#233;curseurs, notamment &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de thermodynamique de Pierre Duhem. Mais dans l'&#233;tude de la thermodynamique chimique, De Donder est all&#233; plus loin et a donn&#233; une nouvelle formulation du deuxi&#232;me principe, bas&#233;e sur des concepts tels que l'affinit&#233; et le degr&#233; d'&#233;volution d'une r&#233;action, consid&#233;r&#233;s comme une variable chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; mon int&#233;r&#234;t pour la notion de temps, il &#233;tait naturel que mon attention se soit concentr&#233;e sur le deuxi&#232;me principe, car j'ai senti d&#232;s le d&#233;part qu'il introduirait un nouvel &#233;l&#233;ment inattendu dans la description de l'&#233;volution du monde physique. C'&#233;tait sans doute la m&#234;me impression que des physiciens illustres tels que Boltzmann5 et Planck6 auraient ressentis avant moi. Une grande partie de ma carri&#232;re scientifique serait ensuite consacr&#233;e &#224; l'&#233;lucidation des aspects macroscopiques et microscopiques du second principe, afin d'&#233;tendre sa validit&#233; &#224; de nouvelles situations, et aux autres approches fondamentales de la physique th&#233;orique, telles que la physique classique et dynamique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner ces points plus en d&#233;tail, je voudrais souligner l'influence exerc&#233;e sur mon d&#233;veloppement scientifique par le second de mes professeurs, Jean Timmermans (1882-1971). Il &#233;tait plut&#244;t un exp&#233;rimentateur, particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; par les applications de la thermodynamique classique aux solutions liquides, et en g&#233;n&#233;ral aux syst&#232;mes complexes, conform&#233;ment &#224; l'approche de la grande &#233;cole n&#233;erlandaise de thermodynamique de van der Waals et Roozeboom7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'application pr&#233;cise des m&#233;thodes thermodynamiques et j'ai pu comprendre leur utilit&#233;. Au cours des ann&#233;es suivantes, j'ai consacr&#233; beaucoup de temps &#224; l'approche th&#233;orique de ces probl&#232;mes, qui appelait &#224; l'utilisation de m&#233;thodes thermodynamiques ; Je veux dire la th&#233;orie des solutions, la th&#233;orie des &#233;tats correspondants et des effets isotopiques dans la phase condens&#233;e. Une recherche collective avec V. Mathot, A. Bellemans et N. Trappeniers a permis de pr&#233;dire de nouveaux effets tels que la d&#233;mixtion isotopique de l'h&#233;lium He3 + He4, qui correspondaient parfaitement aux r&#233;sultats de recherches ult&#233;rieures. Cette partie de mon travail est r&#233;sum&#233;e dans un livre &#233;crit en collaboration avec V. Mathot et A. Bellemans, The Molecular Theory of Solutions. 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail dans ce domaine de la chimie physique a toujours &#233;t&#233; pour moi un plaisir sp&#233;cifique, car le lien direct avec l'exp&#233;rimentation permet de tester l'intuition du th&#233;oricien. Les succ&#232;s que nous avons rencontr&#233;s ont fourni la confiance qui &#233;tait plus tard indispensable dans ma confrontation &#224; des probl&#232;mes plus abstraits et complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, parmi toutes ces perspectives ouvertes par la thermodynamique, celle qui devait garder mon int&#233;r&#234;t &#233;tait l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui rendait si manifeste la &#034;fl&#232;che du temps&#034;. D&#232;s le d&#233;but, j'ai toujours attribu&#233; &#224; ces processus un r&#244;le constructif, en opposition &#224; l'approche standard, qui ne voyait dans ces ph&#233;nom&#232;nes que d&#233;gradation et perte de travail utile. &#201;tait-ce l'influence de &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; de Bergson ou la pr&#233;sence &#224; Bruxelles d'une &#233;cole de biologie th&#233;orique performante ? 9 Le fait est qu'il m'est apparu que les &#234;tres vivants nous fournissaient des exemples frappants de syst&#232;mes tr&#232;s organis&#233;s et o&#249; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ont jou&#233; un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles connexions intellectuelles, bien que plut&#244;t vagues au d&#233;part, ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration, en 1945, du th&#233;or&#232;me de la production d'entropie minimale, applicable aux &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre.10 Ce th&#233;or&#232;me donne une explication claire de l'analogie qui reliait la stabilit&#233; de les &#233;tats thermodynamiques d'&#233;quilibre et la stabilit&#233; des syst&#232;mes biologiques, comme celui exprim&#233; dans le concept d '&#034;hom&#233;ostasie&#034; propos&#233; par Claude Bernard. C'est pourquoi, en collaboration avec JM Wiame 11, j'ai appliqu&#233; ce th&#233;or&#232;me &#224; la discussion de quelques probl&#232;mes importants en biologie th&#233;orique, &#224; savoir l'&#233;nerg&#233;tique de l'&#233;volution embryologique. Comme nous le savons mieux aujourd'hui, dans ce domaine, le th&#233;or&#232;me peut au mieux donner une explication de certains ph&#233;nom&#232;nes &#034;tardifs&#034;, mais il est remarquable qu'il continue d'int&#233;resser de nombreux exp&#233;rimentateurs.12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, je savais que la production d'entropie minimale n'&#233;tait valable que pour la branche lin&#233;aire des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, celle &#224; laquelle s'appliquent les fameuses relations de r&#233;ciprocit&#233; d'Onsager.13 Et, ainsi, la question &#233;tait : qu'en est-il des &#233;tats stationnaires loin de l'&#233;quilibre, pour lequel les relations d'Onsager ne sont pas valables, mais qui rel&#232;vent encore de la description macroscopique ? Les relations lin&#233;aires sont de tr&#232;s bonnes approximations pour l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes de transport (conductivit&#233; thermique, thermodiffusion, etc.), mais ne sont g&#233;n&#233;ralement pas valables pour les conditions de cin&#233;tique chimique. En effet, l'&#233;quilibre chimique est assur&#233; par la compensation de deux processus antagonistes, alors qu'en cin&#233;tique chimique - loin de l'&#233;quilibre, hors de la branche lin&#233;aire - on est g&#233;n&#233;ralement confront&#233; &#224; la situation inverse, o&#249; l'un des processus est n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce caract&#232;re local, la thermodynamique lin&#233;aire des processus irr&#233;versibles avait d&#233;j&#224; conduit &#224; de nombreuses applications, comme l'ont montr&#233; des personnes telles que J.Meixner, 14 SR de Groot et P. Mazur, 15 et, dans le domaine de la biologie, A. Katchalsky. 16 C'&#233;tait pour moi une incitation suppl&#233;mentaire lorsque je devais faire face &#224; des situations plus g&#233;n&#233;rales. Ces probl&#232;mes nous ont confront&#233;s pendant plus de vingt ans, entre 1947 et 1967, jusqu'&#224; ce que nous arrivions enfin &#224; la notion de &#034;structure dissipative&#034;. 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que la question soit intrins&#232;quement difficile &#224; traiter ; juste que nous ne savions pas nous orienter. C'est peut-&#234;tre une caract&#233;ristique de mon travail scientifique que les probl&#232;mes m&#251;rissent lentement, puis pr&#233;sentent une &#233;volution soudaine, de telle sorte qu'un &#233;change d'id&#233;es avec mes coll&#232;gues et collaborateurs devient n&#233;cessaire. Au cours de cette phase de mon travail, l'esprit original et enthousiaste de mon coll&#232;gue Paul Glansdorff a jou&#233; un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre collaboration devait donner naissance &#224; un crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution qui est loin d'&#234;tre utilis&#233; dans la branche non lin&#233;aire, hors du domaine de validit&#233; du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale. Les crit&#232;res de stabilit&#233; qui en ont r&#233;sult&#233; devaient conduire &#224; la d&#233;couverte d'&#233;tats critiques, avec changement de branche et apparition possible de nouvelles structures. Cette manifestation tout &#224; fait inattendue des processus de &#034;l'ordre des d&#233;sordres&#034;, loin de l'&#233;quilibre, mais conforme &#224; la seconde loi de la thermodynamique, allait changer en profondeur son interpr&#233;tation traditionnelle. En plus des structures d'&#233;quilibre classiques, nous sommes maintenant confront&#233;s &#224; des structures coh&#233;rentes dissipatives, pour des conditions suffisamment &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre. Une pr&#233;sentation compl&#232;te de ce sujet peut &#234;tre trouv&#233;e dans mon livre de 1971 co-&#233;crit avec Glansdorff.18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re &#233;tape provisoire, nous avons pens&#233; principalement aux applications hydrodynamiques, en utilisant nos r&#233;sultats comme outils de calcul num&#233;rique. Ici, l'aide de R. Schechter de l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse.19 Ces questions restent largement ouvertes, mais notre centre d'int&#233;r&#234;t s'est d&#233;plac&#233; vers les syst&#232;mes de dissipation chimique, qui sont plus faciles &#224; &#233;tudier que les processus convectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une fois que nous avons formul&#233; le concept de structure dissipative, une nouvelle voie s'est ouverte &#224; la recherche et, &#224; partir de ce moment, nos travaux ont montr&#233; une acc&#233;l&#233;ration saisissante. Cela &#233;tait d&#251; &#224; la pr&#233;sence d'une heureuse r&#233;union des circonstances ; principalement &#224; la pr&#233;sence dans notre &#233;quipe d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes scientifiques intelligents. Je ne peux pas mentionner ici toutes ces personnes, mais je tiens &#224; souligner le r&#244;le important jou&#233; par deux d'entre elles, R. Lefever et G. Nicolis. C'est avec eux que nous avons &#233;t&#233; en mesure de construire un nouveau mod&#232;le cin&#233;tique, qui se r&#233;v&#233;lerait &#224; la fois assez simple et tr&#232;s instructif - le &#034;Brusselator&#034;, comme J. Tyson l'appellera plus tard - et qui manifester l'&#233;tonnante vari&#233;t&#233; de structures g&#233;n&#233;r&#233;es par les processus de diffusion-r&#233;action.20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le lieu de rendre hommage au travail de pionnier de feu A. Turing, 21 ans qui, depuis 1952, avait fait des commentaires int&#233;ressants sur la formation des structures li&#233;es aux instabilit&#233;s chimiques dans le domaine de la morphogen&#232;se biologique. J'avais rencontr&#233; Turing &#224; Manchester environ trois ans auparavant, &#224; une &#233;poque o&#249; MG Evans, qui devait mourir trop t&#244;t, avait construit un groupe de jeunes scientifiques, dont certains allaient devenir c&#233;l&#232;bres. Ce n'est que longtemps apr&#232;s que j'ai rappel&#233; les commentaires de Turing sur ces questions de stabilit&#233;, car, peut-&#234;tre trop pr&#233;occup&#233; par la thermodynamique lin&#233;aire, je n'&#233;tais alors pas assez r&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux circonstances qui ont favoris&#233; le d&#233;veloppement rapide de l'&#233;tude des structures dissipatives. L'attention des scientifiques a &#233;t&#233; attir&#233;e sur les structures de non-&#233;quilibre coh&#233;rentes apr&#232;s la d&#233;couverte de r&#233;actions chimiques oscillantes exp&#233;rimentales telles que la r&#233;action de Belusov-Zhabotinsky ; 22 l'explication de son m&#233;canisme par Noyes et ses coll&#232;gues ; 23 l'&#233;tude des r&#233;actions oscillantes en biochimie (par exemple le cycle glycolytique, &#233;tudi&#233; par B. Chance24 et B. Hess25) et finalement les importantes recherches men&#233;es par M. Eigen.26 Par cons&#233;quent, depuis 1967, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; un grand nombre d'articles sur ce sujet, en contraste avec l'absence totale d'int&#233;r&#234;t qui pr&#233;valait lors des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'introduction du concept de structure dissipative devait &#233;galement avoir d'autres cons&#233;quences inattendues. Il &#233;tait &#233;vident d&#232;s le d&#233;part que les structures sortaient des fluctuations. Ils sont apparus en fait comme des fluctuations g&#233;antes, stabilis&#233;es par des &#233;changes de mati&#232;re et d'&#233;nergie avec le monde ext&#233;rieur. Depuis la formulation du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale, l'&#233;tude de la fluctuation hors &#233;quilibre avait retenu toute mon attention.27 Il &#233;tait donc tout naturel que je reprenne ce travail afin de proposer une extension du cas de la chimie loin de l'&#233;quilibre r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; ce sujet &#224; G. Nicolis et A. Babloyantz. Nous nous attendions &#224; trouver pour les &#233;tats stationnaires une distribution de Poisson similaire &#224; celle pr&#233;dite pour les fluctuations d'&#233;quilibre par les c&#233;l&#232;bres relations d'Einstein. Nicolis et Babloyantz ont d&#233;velopp&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e des r&#233;actions chimiques lin&#233;aires et ont pu confirmer cette pr&#233;diction.28 Ils ont ajout&#233; quelques remarques qualitatives qui sugg&#233;raient la validit&#233; de ces r&#233;sultats pour toute r&#233;action chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant &#224; nouveau les calculs pour l'exemple d'une r&#233;action biomol&#233;culaire non lin&#233;aire, j'ai remarqu&#233; que cette extension n'&#233;tait pas valide. Une analyse plus approfondie, o&#249; G. Nicolis a jou&#233; un r&#244;le cl&#233;, a montr&#233; qu'un ph&#233;nom&#232;ne inattendu est apparu alors que l'on consid&#233;rait le probl&#232;me de fluctuation dans les syst&#232;mes non lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre : la loi de distribution des fluctuations d&#233;pend de leur &#233;chelle, et seules les &#171; petites fluctuations &#187; suivent la loi propos&#233;e par Einstein.29 Apr&#232;s une r&#233;ception prudente, ce r&#233;sultat est d&#233;sormais largement accept&#233;, et la th&#233;orie des fluctuations hors &#233;quilibre se d&#233;veloppe pleinement maintenant, afin de nous permettre d'attendre des r&#233;sultats importants dans les ann&#233;es &#224; venir. Ce qui est d&#233;j&#224; clair aujourd'hui, c'est qu'un domaine tel que la cin&#233;tique chimique, qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme conceptuellement ferm&#233;e, doit &#234;tre repens&#233; en profondeur, et qu'une toute nouvelle discipline, traitant des transitions de phase hors &#233;quilibre, fait son apparition.30, 31, 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s de la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles nous conduisent &#233;galement &#224; reconsid&#233;rer leur insertion dans la dynamique classique et quantique. Jetons un nouveau regard sur la m&#233;canique statistique d'il y a quelques ann&#233;es. D&#232;s le d&#233;but de mes recherches, j'avais eu l'occasion d'utiliser des m&#233;thodes conventionnelles de m&#233;canique statistique pour des situations d'&#233;quilibre. De telles m&#233;thodes sont tr&#232;s utiles pour l'&#233;tude des propri&#233;t&#233;s thermodynamiques des solutions de polym&#232;re ou des isotopes. Ici, nous traitons principalement de probl&#232;mes de calcul simples, car les outils conceptuels de la m&#233;canique statistique de l'&#233;quilibre sont bien &#233;tablis depuis les travaux de Gibbs et Einstein. Mon int&#233;r&#234;t pour le non-&#233;quilibre me conduirait par n&#233;cessit&#233; au probl&#232;me des fondements de la m&#233;canique statistique, et surtout &#224; l'interpr&#233;tation microscopique de l'irr&#233;versibilit&#233;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon premier dipl&#244;me en sciences, j'&#233;tais un lecteur enthousiaste de Boltzmann, dont la vision dynamique du devenir physique &#233;tait pour moi un mod&#232;le d'intuition et de p&#233;n&#233;tration. N&#233;anmoins, je n'ai pu que constater quelques aspects insatisfaisants. Il &#233;tait clair que Boltzmann avait introduit des hypoth&#232;ses &#233;trang&#232;res &#224; la dynamique ; sous de telles hypoth&#232;ses, parler d'une justification dynamique de la thermodynamique me paraissait pour le moins excessif. &#192; mon avis, l'identification de l'entropie avec le d&#233;sordre mol&#233;culaire ne pourrait contenir qu'une partie de la v&#233;rit&#233; si, comme je persistais &#224; penser, les processus irr&#233;versibles &#233;taient dot&#233;s de ce r&#244;le constructif que je ne cesse de leur attribuer. Pour une autre partie, les applications des m&#233;thodes de Boltzmann se limitaient aux gaz dilu&#233;s, alors que j'&#233;tais plus int&#233;ress&#233; par les syst&#232;mes condens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es quarante, un grand int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; suscit&#233; dans la g&#233;n&#233;ralisation de la th&#233;orie cin&#233;tique aux milieux denses. Apr&#232;s les travaux pionniers d'Yvon34, les publications de Kirkwodd35, Born and Green36, et de Bogoliubov37 ont attir&#233; beaucoup d'attention sur ce probl&#232;me, qui devait conduire &#224; la naissance de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. Comme je ne pouvais pas rester &#233;tranger &#224; ce mouvement, j'ai propos&#233; &#224; G. Klein, un disciple de F&#252;rth qui est venu travailler avec moi, d'essayer d'appliquer la m&#233;thode de Born and Green &#224; un exemple concret et simple, dans lequel l'approche de l'&#233;quilibre a fait pas conduire &#224; une solution exacte. Ce fut notre premi&#232;re &#233;tape provisoire dans la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre.38 Ce fut finalement un &#233;chec, avec la conclusion que le formalisme de Born et Green n'a pas conduit &#224; une extension satisfaisante de la m&#233;thode de Boltzmann aux syst&#232;mes denses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;chec n'&#233;tait pas total, car il m'a conduit, lors d'un travail ult&#233;rieur, &#224; une premi&#232;re question : &#233;tait-il possible de d&#233;velopper une th&#233;orie dynamique &#034;exacte&#034; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Tout le monde sait que selon le point de vue classique, l'irr&#233;versibilit&#233; r&#233;sulte d'approximations suppl&#233;mentaires aux lois fondamentales des ph&#233;nom&#232;nes &#233;l&#233;mentaires, qui sont strictement r&#233;versibles. Ces approximations suppl&#233;mentaires ont permis &#224; Boltzmann de passer d'une description dynamique et r&#233;versible &#224; une description probabiliste, afin d'&#233;tablir son c&#233;l&#232;bre th&#233;or&#232;me H.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore rencontr&#233; cette attitude n&#233;gative de &#171; passivit&#233; &#187; imput&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, attitude que je ne pouvais partager. Si - comme j'&#233;tais dispos&#233; &#224; le penser - des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles jouent effectivement un r&#244;le actif et constructif, leur &#233;tude ne saurait se r&#233;duire &#224; une description en termes d'approximations suppl&#233;mentaires. De plus, mon opinion &#233;tait que dans une bonne th&#233;orie, un coefficient de viscosit&#233; pr&#233;senterait autant de signification physique qu'une chaleur sp&#233;cifique, et la dur&#233;e de vie moyenne d'une particule autant que sa masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti confirm&#233; dans cette attitude par les publications remarquables de Chandrasekhar et von Neumann, &#233;galement parues dans les ann&#233;es 40. C'est pourquoi, toujours avec l'aide de G. Klein, j'ai d&#233;cid&#233; de jeter un regard neuf sur un exemple d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;. par Schr&#246;dinger, 40 concernant la description d'un syst&#232;me d'oscillateurs harmoniques. Nous avons &#233;t&#233; surpris de voir que, pour tout un mod&#232;le aussi simple qui nous a permis de conclure, cette classe de syst&#232;mes tend &#224; s'&#233;quilibrer. Mais comment g&#233;n&#233;raliser ce r&#233;sultat aux syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la performance v&#233;ritablement historique de L&#233;on van Hove nous a ouvert la voie (1955) .41 Je me souviens, avec un plaisir toujours nouveau, du temps - trop court - pendant lequel van Hove a travaill&#233; avec notre groupe. Certains de ses travaux ont eu un effet durable sur l'ensemble du d&#233;veloppement de la physique statistique ; Je veux dire non seulement son &#233;tude de la d&#233;duction d'une &#034;&#233;quation ma&#238;tresse&#034; pour les syst&#232;mes anharmoniques, mais aussi sa contribution fondamentale sur les transitions de phase, qui devait conduire &#224; la branche de la m&#233;canique statistique qui traite des r&#233;sultats dits &#034;exacts&#034; .42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re &#233;tude de van Hove s'est limit&#233;e aux syst&#232;mes anharmoniques faiblement coupl&#233;s. Mais de toute fa&#231;on, le chemin &#233;tait ouvert, et avec certains de mes coll&#232;gues et collaborateurs, principalement R. Balescu, R. Brout, F. H&#233;nin et P. R&#233;sibois, nous avons r&#233;alis&#233; une formulation de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre &#224; partir d'un point purement dynamique de vue, sans aucune hypoth&#232;se probabiliste. La m&#233;thode que nous avons utilis&#233;e est r&#233;sum&#233;e dans mon livre de 196243. Elle conduit &#224; une &#171; dynamique des corr&#233;lations &#187;, car la relation entre interaction et corr&#233;lation constitue la composante essentielle de la description. Depuis lors, ces m&#233;thodes ont conduit &#224; de nombreuses applications. Sans donner plus de d&#233;tails, je me limiterai ici &#224; mentionner deux livres r&#233;cents, l'un de R. Balescu, 44 l'autre de P. R&#233;sibois et M. De Leener.45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conclu la premi&#232;re &#233;tape de mes recherches en m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. La seconde se caract&#233;rise par une tr&#232;s forte analogie avec l'approche des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles qui nous a conduits de la thermodynamique lin&#233;aire &#224; la thermodynamique non lin&#233;aire. Dans cette &#233;tape provisoire &#233;galement, j'ai &#233;t&#233; pouss&#233; par un sentiment d'insatisfaction, car la relation avec la thermodynamique n'a pas &#233;t&#233; &#233;tablie par nos travaux en m&#233;canique statistique, ni par aucune autre m&#233;thode. Le th&#233;or&#232;me de Boltzmann &#233;tait toujours aussi isol&#233; que jamais, et la question de la nature des syst&#232;mes dynamiques auxquels s'applique la thermodynamique &#233;tait toujours sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait de loin plus large et plus complexe que les consid&#233;rations plut&#244;t techniques auxquelles nous &#233;tions parvenus. Il a touch&#233; la nature m&#234;me des syst&#232;mes dynamiques et les limites de la description hamiltonienne. Je n'aurais jamais os&#233; aborder un tel sujet si je n'avais pas &#233;t&#233; stimul&#233; par des discussions avec des amis tr&#232;s comp&#233;tents comme feu L&#233;on Rosenfeld de Copenhague ou G. Wentzel de Chicago. Rosenfeld a fait plus que me donner des conseils ; il &#233;tait directement impliqu&#233; dans l'&#233;laboration progressive des concepts que nous devions explorer pour construire une nouvelle interpr&#233;tation de l'irr&#233;versibilit&#233;. Plus que toute autre &#233;tape de ma carri&#232;re scientifique, celle-ci est le fruit d'un effort collectif. Je n'aurais pas pu r&#233;ussir sans l'aide de mes coll&#232;gues M. de Haan, Cl. George, A. Grecos, F. Henin, F. Mayn&#233;, W. Schieve et M. Theodosopulu. Si l'irr&#233;versibilit&#233; ne r&#233;sulte pas d'approximations suppl&#233;mentaires, elle ne peut &#234;tre formul&#233;e que dans une th&#233;orie des transformations qui exprime en termes &#171; explicites &#187; ce que la formulation habituelle de la dynamique &#171; cache &#187;. Dans cette perspective, l'&#233;quation cin&#233;tique de Boltzmann correspond &#224; une formulation de la dynamique dans une nouvelle repr&#233;sentation.46, 47, 48, 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : la dynamique et la thermodynamique deviennent deux descriptions compl&#233;mentaires de la nature, li&#233;es par une nouvelle th&#233;orie de la transformation non unitaire. J'en suis venu &#224; mes pr&#233;occupations actuelles ; et il est donc temps de mettre fin &#224; cette autobiographie intellectuelle. Alors que nous partions de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, tels que la signification thermodynamique des &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre ou des ph&#233;nom&#232;nes de transport dans les syst&#232;mes denses, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s, presque contre notre volont&#233;, &#224; des probl&#232;mes de grande g&#233;n&#233;ralit&#233; et de complexit&#233;, qui appellent &#224; reconsid&#233;rer la relation des structures physico-chimiques aux structures biologiques, alors qu'elles expriment les limites de la description hamiltonienne en physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tous ces probl&#232;mes ont un &#233;l&#233;ment commun : le temps. Peut-&#234;tre que l'orientation de mon travail est venue du conflit n&#233; de ma vocation humaniste d'adolescent et de l'orientation scientifique que j'ai choisie pour ma formation universitaire. Presque par instinct, je me suis tourn&#233; plus tard vers des probl&#232;mes de complexit&#233; croissante, peut-&#234;tre dans la conviction que je pourrais y trouver une jonction en sciences physiques d'une part, et en biologie et sciences humaines d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les recherches men&#233;es avec mon ami R. Herman sur la th&#233;orie de la circulation automobile50 m'ont confirm&#233; la supposition que m&#234;me le comportement humain, avec toute sa complexit&#233;, serait &#233;ventuellement susceptible d'une formulation math&#233;matique. De cette fa&#231;on, la dichotomie des &#034;deux cultures&#034; pourrait et devrait &#234;tre supprim&#233;e. Cela correspondrait &#224; la perc&#233;e des biologistes et des anthropologues vers la description mol&#233;culaire ou les &#171; structures &#233;l&#233;mentaires &#187;, si l'on veut utiliser la formulation de L&#233;vi-Strauss, un mouvement compl&#233;mentaire du physico-chimiste vers la complexit&#233;. Le temps et la complexit&#233; sont des concepts qui pr&#233;sentent des relations mutuelles intrins&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa conf&#233;rence inaugurale, De Donder a parl&#233; en ces termes : 51 &#034;La physique math&#233;matique repr&#233;sente l'image la plus pure que la vision de la nature puisse g&#233;n&#233;rer dans l'esprit humain ; cette image pr&#233;sente tout le caract&#232;re du produit de l'art ; elle engendre une certaine unit&#233;, elle est vrai et a la qualit&#233; de la sublimit&#233; ; cette image est &#224; la nature physique ce qu'est la musique aux mille bruits dont l'air est plein ... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filtrer la musique hors du bruit ; l'unit&#233; de l'histoire spirituelle de l'humanit&#233;, comme l'a soulign&#233; M. Eliade, est une d&#233;couverte r&#233;cente qui doit encore &#234;tre assimil&#233;e.52 La recherche de ce qui est significatif et vrai par opposition au bruit est une &#233;tape provisoire qui semble intrins&#232;quement intrins&#232;que. li&#233; &#224; la prise de conscience de l'homme face &#224; une nature dont il fait partie et qu'il laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai maintes fois pr&#244;n&#233; le dialogue n&#233;cessaire dans l'activit&#233; scientifique, et donc l'importance vitale de mes coll&#232;gues et collaborateurs dans le parcours que j'ai tent&#233; de d&#233;crire. Je voudrais &#233;galement souligner le soutien continu que j'ai re&#231;u des institutions qui ont rendu ce travail r&#233;alisable, en particulier l'Universit&#233; Libre de Bruxelles et l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin. Pour tout le d&#233;veloppement de ces id&#233;es, l'Institut international de physique et de chimie fond&#233; par E. Solvay (Bruxelles, Belgique) et la Fondation Welch (Houston, Texas) m'ont apport&#233; un soutien continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail d'un th&#233;oricien est directement li&#233; &#224; toute sa vie. Il faut, je crois, une certaine paix int&#233;rieure pour trouver un chemin entre toutes les bifurcations successives. Cette paix que je dois &#224; ma femme, Marina. Je connais la fragilit&#233; du pr&#233;sent, mais aujourd'hui, vu l'avenir, je me sens &#234;tre un homme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences 1. G. Poulet, Etudes sur le temps humain, Tone 4, Edition 10/18, Paris, 1949. 2. Voir la note sur De Donder dans le Floril&#232;ge (pedant le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe), Acad. Roy. Belg., Bull. Cl. Sc., Page 169, 1968. 3. Th. De Donder (R&#233;daction nouvelle par P. Van Rysselberghe), Paris, Gauthier-Villars, 1936. Voir aussi : I. Prigogine et R. Defay : Thermodynamique Chimique conform&#233;ment aux m&#233;thodes de Gibbs et De Donder (2 Tomes), Li&#232;ge, Desoer, 1944-1946. Ou la traduction en anglais : Chemical Thermodynamics, traduite par DH Everett, Langmans 1954, 1962. 4. Voir Colloque de Thermodynamique, Union Intern. de Physique pure et appliqu&#233;e (IUPAP), 1948. 5. Bolzmann, L., Wien, Ber. 66, 2275, 1872. 6. Planck, M., Vorlesaungen &#252;ber Thermodynamik, Walter de Gruyter, Berlin, Leipzig, 1930. 7. Timmermans, J., Les Solutions Concentr&#233;es, Masson et Cie, Paris, 1936. Citons &#233;galement sa th&#232;se sur la recherche exp&#233;rimentale sur la d&#233;mixtion dans les m&#233;langes liquides 8. Prigogine, I., La th&#233;orie mol&#233;culaire des solutions, avec A. Bellemans et V. Mathot ; Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1957. Voir aussi : Prigogine and Defay, R&#233;f. 3. 9. Citons quelques &#339;uvres remarquables de cette Ecole : Barchet, A., La Vie cr&#233;atrice des formes, Alcan, Paris, 1927. Dalcq, A., L'Oeuf et son dynamisme organisateur, Alban Michel. Paris, 1941. Barchet, J., Embryologie Chimique, Desoer, Li&#232;ge et Masson, Paris, 1946. J'ai &#233;galement &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ress&#233; par le beau livre de Marcel Florkin : L'Evolution biochimique, Desoer, Li&#232;ge, 1944. 10. Prigogine, I., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Caroline du Sud. 31, 600, 1945.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Th&#232;se d'agr&#233;gation pr&#233;sent&#233;e en 1945 &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Desoer, Li&#232;ge, 1947.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &#224; la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, traduit de l'anglais par J. Chanu, Dunod, Paris, 1968. 11. Prigogine, I., et Wiame, JM, Experientia, 2, 451, 1946. 12. Nicolis, G. et Prigogine, I., Self Organisation in Non-Equilibrium Systems (Chaps. III et IV), J. Wiley and Sons, New York, 1977. 13. Onsager, L., Phys. Rev., 37, 405, 1931. 14. Meixner, J., Ann. Physik, (5), 35, 701, 1939 ; 36, 103, 1939 ; 39, 333, 1941 ; 40, 165, 1941 ; Zeitsch Phys. Chim. B 53, 235, 1943. 15. de Groot, SR et Mazur, P., Thermodynamics Non-Equilibrium, North-Holland, Amsterdam, 1962. 16. Katchalsky, A. et Curran, PF, Thermodynamics Non-Equilibrium in Biophisics, Harvard Univ. Press, Cambridge, Mass., 1946. 17. Prigogine, I., Structure, Dissipation and Life. Physique th&#233;orique et biologie, Versailles, 1967. Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1969. C'est dans cette communication que le terme &#034;structure dissipative&#034; est utilis&#233; pour la premi&#232;re fois. 18. Glansdorff, P. et Prigogine, I., Structure, Stabilit&#233; et Fluctuations, Masson, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Th&#233;orie thermodynamique de la stabilit&#233; et des fluctuations des structures, Wiley and Sons, Londres, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue russe : Mir, Moscou, 1973.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue japonaise ; Misuzu Shobo, 1977. Ce livre pr&#233;sente en d&#233;tail le travail original des deux auteurs, qui a conduit au concept de structure dissipative. Pour un bref compte rendu historique, voir aussi : Acad. Roy. Belg., Bull. des Cl. Sc., LIX, 80, 1973. 19. Schechter, RS, The Variational Method in Engineering, McGraw-Hill, New York, 1967. 20. Tyson, J., Journ. de Chem. Physique, 58, 3919, 1973. 21. Turing, A., Phil. Trans. Roy. Soc. Londres, Ser B, 237, 37, 1952. 22. Belusov, BP, Sb. R&#233;f. Radiat. Med. Moscou, 1958. Zhabotinsky, AP, Biofizika, 9, 306, 1964. Acad. Caroline du Sud. URSS Moscou (Nauka), 1967. 23. Noyes, RM et al., Ann. Rev. Phys. Chem. 25, 95, 1974. 24. Chance, B., Schonener, B. et Elsaesser, S., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 52, 337-341, 1964. 25. Hess, B., Ann. Rev. Biochem. 40, 237, 1971. 26. Eigen, M., Naturwissenschaften, 58, 465, 1971. 27. Prigogine, I. et Mayer, G., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Sc., 41, 22, 1955 28. Nicolis, G. et Babloyantz, A., Journ. Chem. Phys., 51, 6, 2632, 1969. 29. Nicolis, G. et Prigogine, I., Proc. Nat. Acad. Sci. USA, 68, 2102, 1971. 30. Prigogine, I., Proc. 3rd Symp. Temp&#233;rature, Washington DC, 1954. Prigogine, I. et Nicolis, G., Proc. 3e. Interne. Conf&#233;rence : De la physique th&#233;orique &#224; la biologie, Versailles, France, 1971. 31. Nicolis, G. et Turner, JW, Proc. de la Conf&#233;rence sur la th&#233;orie de la bifurcation, New York, 1977. &#192; para&#238;tre. 32. Prigogine, I. et Nicolis, G., Transitions de phase hors &#233;quilibre et r&#233;actions chimiques, Scientific American. Appara&#238;tre. 33. Prigogine, I., Non-Equilibrium Stastistical Mechanics, Interscience Publ., New York, Londres, 1962-1966. (Pour un bref historique et des r&#233;f&#233;rences originales.) 34. Yvon, J., Les Corr&#233;lations et l'Entropie en M&#233;canique Statistique Classique. Dunod, Paris, 1965. 35. Kirkwood. JG, Journ, Chem. Physique, 14, 180, 1946. 36. Born, M. et Green, HS, Proc, Roy, Soc. Londres, A 188, 10, 1946 et A 190, 45, 1947. 37. Bogoliubov, sans num&#233;ro, Jour. Phys. URSS 10, 257, 265, 1949. 38. Klein, G. et Prigogine, I., Physica XIX 74-88 ; 88-100 ; 1053-1071, 1953. 39. Chandrasekhar, S., Stocastic Problems in Physics and Astronomy ; R&#233;v.de Mod. Physique, 15, no 1, 1943. 40. Shr&#246;dinger, E., Ann. der Physik, 44, 916, 1914. 41. Van Hove, L., Physica, 21, 512 (1955). 42. Van Hove, L., Physica, 16, 137 (1950). 43. Prigogine, I., cf. R&#233;f. 33. 44. Balascu, R., M&#233;canique statistique d'&#233;quilibre et de non-&#233;quilibre, Wiley, Interscience, 1957. 45. R&#233;sibois, P. et De Leener, M., Th&#233;orie cin&#233;tique classique des fluides, Wiley, Interscience, New York, 1977 46. &#8203;&#8203;Prigogine, I., George, C., Henin, F. et Rosenfeld, L., Chemica Scripta, 4, 5-32, 1973. 47. Prigogine, I., George, C., Henin, F. , Physica, 45, 418-434, 1969 48. Prigogine, I. et Grecos, AP, The Dynamic Dynamory of Irreversible Processes, Proc. Interne. Conf. sur Frontiers of Theor. Phys., New Delhi, 1976. Th&#233;orie cin&#233;tique et propri&#233;t&#233;s ergodiques en m&#233;canique quantique, Abhandlungen der Akad. der Wiss., der DDR Nr 7 n Berlin, Jahrgang 1977. 49. Grecos, AP and Prigogine, I., Treizi&#232;me Conf&#233;rence IUPAP de physique statistique, Ha&#239;fa, ao&#251;t 1977. 50. Prigogine, I. et Herman, R., Kinetic Theory of Vehicular traffic, Elsevier, 1971. 51. Pour la r&#233;f&#233;rence, voir note 2. 52. Mirc&#233;a Eliade, Historie des croyances et fies id&#233;es religieuseu Vol. I., p. 10, Payot, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Nobel Lectures, Chemistry 1971-1980, r&#233;dacteur en chef Tore Fr&#228;ngsmyr, r&#233;dacteur en chef Sture Fors&#233;n, World Scientific Publishing Co., Singapour, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autobiographie / biographie a &#233;t&#233; &#233;crite au moment de la remise du prix et publi&#233;e pour la premi&#232;re fois dans la s&#233;rie de livres Les Prix Nobel. Il a ensuite &#233;t&#233; &#233;dit&#233; et republi&#233; dans Nobel Lectures. Pour citer ce document, indiquez toujours la source comme indiqu&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine est d&#233;c&#233;d&#233; le 28 mai 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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