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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand Boukharine, devenu porte plume de Staline, pr&#233;tendait d&#233;molir la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente</title>
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		<dc:date>2025-10-19T22:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution permanente</dc:subject>

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&lt;p&gt;Sur la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
1924 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la r&#233;volution permanente r&#233;sume l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, des rapports entre les principales classes de notre soci&#233;t&#233;, des changements survenus dans les rapports de ces classes au cours de la r&#233;volution, bref les conclusions que nous devons tirer de l'examen th&#233;orique des probl&#232;mes de la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre discussion actuelle se distingue de celle de l'ann&#233;e pass&#233;e en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;R&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;
&lt;p&gt;1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;volution permanente r&#233;sume l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, des rapports entre les principales classes de notre soci&#233;t&#233;, des changements survenus dans les rapports de ces classes au cours de la r&#233;volution, bref les conclusions que nous devons tirer de l'examen th&#233;orique des probl&#232;mes de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre discussion actuelle se distingue de celle de l'ann&#233;e pass&#233;e en ce qu'elle n'a pas pour objet des questions de d&#233;tails, mais un probl&#232;me qui met en cause toute la conception que nous nous faisons de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; un tournant historique. Il s'agit, de m&#234;me qu'aux &#233;tapes ant&#233;rieures de notre r&#233;volution, d'un revirement dans les rapports entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. La &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187; qui &#171; traite &#187; de cette question, devrait tenir compte des devoirs pratiques r&#233;sultant pour nous des rapports actuels entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. La discussion th&#233;orique actuelle d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de trouver une solution aux nouvelles questions de notre &#171; grande politique &#187;, solution qui doit &#234;tre conforme &#224; l'enseignement de L&#233;nine sur le bloc des ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la majorit&#233; du parti et le camarade Trotsky se trouv&#232;rent souvent en d&#233;saccord avant comme apr&#232;s Octobre. Les derni&#232;res &#339;uvres du camarade Trotsky et sa lettre publi&#233;e avec un commentaire du camarade Olminsky, jettent une lumi&#232;re crue sur l'essence m&#234;me de ces d&#233;saccords. (Soit dit par parenth&#232;se, je fais abstraction dans cet article de toute sympathie ou antipathie personnelle et ne veux avoir en vue que la politique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne lettre de Trotsky a fait ressortir la profonde divergence existant entre son point de vue et celui de l'ensemble du parti sur l'appr&#233;ciation des forces motrices de la r&#233;volution russe et des rapports du prol&#233;tariat avec la paysannerie. Les erreurs du camarade Trotsky se coordonnent dans sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le formalisme logique du trotskisme et la dialectique l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source des erreurs du camarade Trotsky, erreurs que beaucoup d'entre nous ont &#233;galement commises, r&#233;side dans sa fa&#231;on formelle et litt&#233;raire de traiter les questions de notre vie sociale, contrairement &#224; la vivante m&#233;thode dialectique qui caract&#233;rise le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, analysant des erreurs politiques, remonta toujours &#224; leurs sources directes. Ce n'est pas en vain que pendant le d&#233;bat de la question syndicale, il consacra des pages enti&#232;res &#224; la dialectique et que peu de temps avant sa mort, il insistait sur la n&#233;cessit&#233; d' &#171; enseigner la dialectique &#187;. Maintenant que nous voyons clairement ce qui nous s&#233;pare du camarade Trotsky, il n'est pas difficile de constater que toutes les erreurs ont des traits sp&#233;cifiques. En poussant l'analyse de ces erreurs jusqu'&#224; leurs sources m&#233;thodologiques, nous d&#233;couvrirons ais&#233;ment la diff&#233;rence fondamentale entre le l&#233;ninisme et le trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi r&#233;side la puissance de la dialectique et de la th&#233;orie de L&#233;nine ? Quelle est la raison m&#234;me de la virtuosit&#233; g&#233;niale avec laquelle L&#233;nine sut trouver le bon chemin &#224; travers toutes les vicissitudes de la r&#233;volution ? L&#233;nine avait, par-dessus tout, le don g&#233;nial d'apercevoir les grandes perspectives historiques qui s'ouvraient devant la classe ouvri&#232;re. Usant avec une ma&#238;trise &#233;tonnante de la dialectique marxiste, il savait discerner les traits caract&#233;ristiques de toute p&#233;riode historique, les passages d'une &#233;tape &#224; une autre, il savait surtout d&#233;couvrir au moment donn&#233; le facteur dominant de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; de la fa&#231;on dont nous parlons d'ordinaire des repr&#233;sentants d'un courant du socialisme ou du &#171; socialisme &#187; &#8212; entre guillemets. On dit couramment : un &#171; opportuniste &#187;, ou un &#171; bon r&#233;volutionnaire &#187;. Ces mesures ne peuvent &#234;tre appliqu&#233;es &#224; L&#233;nine, qui fut le porteur d'une th&#233;orie en laquelle le marxisme atteint &#224; un plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement. L&#233;nine, c'est en lui le caract&#233;ristique, sut discerner ce qu'il y avait d'original dans chaque situation et y d&#233;couvrir avec une incomparable ma&#238;trise le facteur le plus utile &#224; la direction de la r&#233;volution. C'est de ce point de vue qu'il faut appr&#233;cier l'&#339;uvre de L&#233;nine et la politique de notre parti form&#233; par L&#233;nine. Ce crit&#233;rium indispensable pour appr&#233;cier la politique d'un parti bolchevik ne saurait &#234;tre appliqu&#233; au trotskisme. Trotsky excelle sans doute &#224; &#233;tablir des perspectives r&#233;volutionnaires g&#233;n&#233;rales. Les analyses qu'il donne d'une situation concr&#232;te, sont sup&#233;rieures aux conceptions social-d&#233;mocrates, mais inf&#233;rieures &#224; celles que nous devons au l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous essayons d'appliquer la mesure du l&#233;ninisme au point de vue du camarade Trotsky, si nous lui demandons comment agir &#224; un moment donn&#233;, nous constatons que le trotskisme ne peut nous r&#233;pondre sans faire pratiquement faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky ne poss&#232;de pas les dons caract&#233;ristiques de L&#233;nine, dont nous venons de parler. C'est pourquoi il commet tant d'erreurs dans la pratique. Quelques exemples : on se rappelle la discussion du plan &#233;conomique. Trotsky recommandait &#224; l'&#233;poque, pour surmonter la crise &#233;conomique, un plan &#233;conomique plus rationnel. Il fit une s&#233;rie de propositions pratiques dont il consid&#233;rait l'acceptation comme indispensable au rel&#232;vement de notre industrie. Or, les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s depuis ne sont pas d&#251;s &#224; l'initiative de Trotsky et au plan qu'il pr&#233;conisait, mais &#224; la r&#233;forme financi&#232;re et &#224; la politique de la r&#233;duction des prix. Les m&#233;thodes recommand&#233;es par Trotsky, &#233;taient en somme erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs du camarade Trotsky et de l'opposition s'expliquent par l'ignorance de ce qu'il y avait de particulier dans la situation, dans laquelle nous nous trouvions &#224; ce moment. La plateforme de l'opposition exprimait des points de vue abstraits, se r&#233;duisant, au fond, &#224; la simple constatation qu'un plan rationnel vaut mieux que l'anarchie. On ne peut &#234;tre plus r&#233;volutionnaire. &#171; Vous &#234;tes, s'&#233;crient les d&#233;fenseurs de cette opinion &#171; prol&#233;tarienne &#187;, contre le plan ? Mais alors vous &#234;tes contre le socialisme, car l'&#233;conomie rationnelle est le principe fondamental du socialisme ? &#187; On pourrait croire que les gens qui protestent contre l'admission du &#171; plan &#187;, se rendent par l&#224; coupables d'une &#171; d&#233;viation petite-bourgeoise &#187;, tandis que Trotsky, combattant ces &#233;l&#233;ments petits-bourgeois et contre-r&#233;volutionnaires, incarne la &#171; sagesse prol&#233;tarienne et socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juger ainsi, serait juger bien superficiellement. Il ne s'agissait pas de savoir si nous pr&#233;f&#233;rions le &#171; plan &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187;. Que devions-nous faire pour que notre &#233;conomie progress&#226;t dans la voie du socialisme en d&#233;pit de la petite propri&#233;t&#233; rurale, num&#233;riquement tr&#232;s forte, de l'effondrement du papier-monnaie et de la crise de ventes ? C'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment que le camarade Trotsky ne tint pas compte de ce qu'il y avait de particulier dans notre situation. L'attitude qu'il prit dans cette question est celle d'un homme qui, malgr&#233; ses protestations, persiste dans son erreur, c'est-&#224;-dire dans sa sous-estimation, de l'&#233;conomie paysanne. La sous-estimation des forces du march&#233;, l'insuffisante compr&#233;hension du syst&#232;me nerveux du march&#233; : la circulation mon&#233;taire, la tendance &#224; consid&#233;rer l'industrie en elle-m&#234;me, isol&#233;e du reste de la vie &#233;conomique, &#8212; toutes ces erreurs du camarade Trotsky se ram&#232;nent &#224; la sous-estimation de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;risait la situation &#224; cette &#233;poque, n'&#233;tait pas tant la crise de la production, que la crise des &#233;changes entre les villes et les campagnes. Le plus beau &#171; plan &#187; ne nous aurait pas avanc&#233; de beaucoup, lorsque nous avions &#224; surmonter d'&#233;normes difficult&#233;s cr&#233;&#233;es par l'&#233;l&#233;vation des prix, la crise de ventes, et la faillite de notre papier-monnaie. Ces traits caract&#233;ristiques de la situation, Trotsky les ignorait. &#8212; Il ne sut pas non plus discerner le passage d'une &#233;tape &#224; une autre. L'&#233;conomie paysanne telle qu'elle existe chez nous, l'existence de la petite propri&#233;t&#233; rurale nous obligent &#224; avancer avec pr&#233;caution, pas &#224; pas, dans la voie qui va de l'&#233;conomie irrationnelle &#224; l'&#233;conomie rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour passer d'une &#233;tape &#224; une autre, nous devons prendre des mesures n&#233;cessaires. Au moment dont je parle il s'agissait pour nous de nous rapprocher quelque peu de l'&#233;conomie rationnelle. Le moyen, nous le trouv&#226;mes dans la r&#233;forme financi&#232;re. Trotsky et avec lui toute l'opposition ne reconnurent pas que la r&#233;forme financi&#232;re &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le moyen qui nous faciliterait le passage d'une &#233;tape &#224; une autre plus proche de l'&#233;conomie rationnelle. Des camarades de l'opposition rest&#232;rent m&#234;me, apr&#232;s la discussion, sceptiques quant &#224; la r&#233;forme financi&#232;re. Ils en pr&#233;dirent l'in&#233;vitable effondrement ; ils eurent des vell&#233;it&#233;s de d&#233;fendre la monnaie sovi&#233;tiste. Leurs sombres pr&#233;visions ne se sont pas confirm&#233;es. Ici encore, l'opposition nous offrait un sch&#233;ma abstrait au lieu d'une analyse concr&#232;te ; du formalisme au lieu de dialectique, du trotskisme au lieu de l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la paix de Brest-Litovsk, je partageai, moi aussi, la grande erreur du camarade Trotsky. Cette erreur avait le m&#234;me caract&#232;re que celle dont nous venons de parler. Quel &#233;tait le trait dominant de l'&#233;poque ? Que le paysan se refusait &#224; se battre. Nous, &#171; Communistes de gauche &#187; &#8212; et Trotsky avec nous, &#8212; &#233;labor&#226;mes pourtant un &#171; plan &#187;, de la plus belle allure : Guerre r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky lan&#231;a, il est vrai, un mot d'ordre interm&#233;diaire : &#171; Ni guerre, ni paix &#187;. Mais il dit en m&#234;me temps que mieux valait pour la r&#233;volution p&#233;rir par le glaive de l'imp&#233;rialisme allemand que par les mercantis. Guerre imm&#233;diate, guerre h&#233;ro&#239;que, voil&#224; ce que nous pr&#233;voyions dans notre &#171; plan &#187;, ne voyant dans nos contradicteurs que des &#171; capitulards &#187;. &#171; Communistes de gauche &#187;, comme les camarades qui sympathisaient avec Trotsky, nous &#233;tions persuad&#233;s que notre parti se transformerait fatalement en un parti petit-bourgeois plut&#244;t paysan. Le camarade Riazanov soutint avec le plus de vigueur ce point de vue. Il quitta m&#234;me le parti, qui d'apr&#232;s lui, avait perdu sa virginit&#233; prol&#233;tarienne1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne se souciait gu&#232;re de l'&#233;tat d'esprit des paysans. Il misait uniquement sur l'action du prol&#233;tariat de l'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le groupe auquel j'appartiens, d&#233;clarait-il au m&#234;me congr&#232;s, consid&#232;re que la seule issue de la situation actuelle, c'est d'agir sur le prol&#233;tariat allemand dans un sens r&#233;volutionnaire... Notre action alors ne subira pas le moindre arr&#234;t... Nous devons appeler l'attention du prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu du prol&#233;tariat allemand, sur cette tragique situation politique que nous n'avons pas cr&#233;&#233;e, mais qui co&#239;ncide avec la situation internationale ; nous devons rendre le parti allemand responsable des cons&#233;quences de sa d&#233;faillance... Nous ne devons pas signer la paix, &#224; moins que nous ne voulions qu'on y voie une com&#233;die. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky n'analysait donc pas bien la situation. Il ne tenait pas compte de ces aspects particuliers ; il ne voyait pas ce qu'il fallait dire pour faciliter le passage d'une &#233;tape &#224; une autre, c'est-&#224;-dire dans le cas qui nous occupe, pour passer de la d&#233;sertion des paysans &#224; la d&#233;fense r&#233;volutionnaire du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne comprenait pas que le moyen le plus efficace pour arriver &#224; la d&#233;fense r&#233;volutionnaire c'&#233;tait la conclusion de la paix, seul moyen d'organiser une arm&#233;e nouvelle o&#249; entreraient en grand nombre les paysans, anim&#233;s du d&#233;sir de d&#233;fendre les terres expropri&#233;es, seul moyen de gagner du temps. Trotsky commettait la m&#234;me erreur que dans la question du &#171; plan &#187;. Il &#233;tablissait une bonne perspective r&#233;volutionnaire et une brillante &#171; th&#233;orie &#187; g&#233;n&#233;rale qui ne valaient rien dans la pratique. En appliquant cette th&#233;orie on eut obtenu un r&#233;sultat contraire au r&#233;sultat cherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les erreurs typiques du camarade Trotsky. Il faut se les bien rappeler pour comprendre les &#233;v&#233;nements actuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du camarade Trotsky est dite &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187;. Il s'exprime &#224; ce sujet dans un de ses derniers ou &#171; avant-derniers &#187; ouvrages, en les termes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour ce qui est de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, je ne vois aucune raison de r&#233;tracter quoi que ce soit de ce que j'ai &#233;crit sur ce sujet de 1904 &#224; 1906 et plus tard. Je suis toujours d'avis que les id&#233;es que je d&#233;veloppais alors, sont dans leur ensemble beaucoup plus proches du contenu r&#233;el du l&#233;ninisme que beaucoup de ce qu'&#233;crivaient &#224; cette &#233;poque nombre de bolcheviks. L'expression &#171; r&#233;volution permanente &#187; est employ&#233;e par Marx... R&#233;volution permanente veut dire r&#233;volution ininterrompue. Quel est le sens politique de cette expression ? Il est que pour nous communistes la r&#233;volution ne se termine pas apr&#232;s telle ou telle conqu&#234;te politique, mais continue &#224; se d&#233;velopper jusqu'&#224; la pleine r&#233;alisation du socialisme... Pour la Russie, cette th&#233;orie signifiait : ce qu'il nous faut, ce n'est pas la r&#233;publique bourgeoise, ni m&#234;me la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la classe paysanne, mais le gouvernement ouvrier appuy&#233; sur la paysannerie et ouvrant l'&#232;re de la r&#233;volution socialiste internationale... De sorte que la &#171; r&#233;volution permanente &#187; correspond tout &#224; fait &#224; la ligne strat&#233;gique fondamentale du bolchevisme... Mes &#233;crits de cette &#233;poque ne contenaient pas la moindre tentative de &#171; sauter par-dessus la paysannerie &#187;. La th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; conduisait directement au l&#233;ninisme et en particulier aux th&#232;ses d'avril 1917. &#187; (Cours nouveau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face de son livre 1905, Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'auteur s'est form&#233; sa conception du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire en Russie, connue sous le nom de th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, dans la p&#233;riode qui va du 22 janvier &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'octobre 1905... Ses points de vue ont &#233;t&#233; pleinement confirm&#233;s apr&#232;s douze ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lettre du camarade Trotsky au camarade Olminsky, nous trouvons ce passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je suis loin de croire que j'avais tort sur tous les points dans mes discussions avec les bolcheviks... Je suis convaincu que l'appr&#233;ciation donn&#233;e par moi des forces motrices de la r&#233;volution a &#233;t&#233; absolument juste. Maintenant encore, je pourrais sans peine diviser en deux cat&#233;gories mes articles pol&#233;miques &#233;crits autrefois contre les mencheviks et les bolcheviks : les uns sont consacr&#233;s &#224; l'analyse des forces int&#233;rieures de la r&#233;volution et de ses perspectives... les autres &#224; l'appr&#233;ciation des fractions de la social-d&#233;mocratie russe, de leurs luttes, etc... Je pourrais encore aujourd'hui publier les articles de la premi&#232;re cat&#233;gorie sans y rien changer, car ils correspondent tout &#224; fait aux points de vue de notre parti &#224; partir de 1917. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky affirme donc que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente s'est av&#233;r&#233;e juste ayant &#233;t&#233; confirm&#233;e par l'exp&#233;rience ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente est incomparablement plus proche du l&#233;ninisme que toute autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente co&#239;ncide enti&#232;rement avec la strat&#233;gie de notre parti et du bolchevisme depuis 1917 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne se base en aucune fa&#231;on sur une sous estimation du r&#244;le de la paysannerie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente donne une appr&#233;ciation absolument congrue des forces motrices de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soin que le camarade Trotsky met &#224; d&#233;fendre cette th&#233;orie explique sa position vis-&#224;-vis du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le camarade Trotsky consid&#232;re-t-il comme presque nulle toute l'histoire de notre parti avant 1917 ? Parce que le parti n'a adopt&#233; d'apr&#232;s lui la &#171; r&#233;volution permanente &#187; qu'en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le l&#233;ninisme serait n&#233;, comme notre parti, en 1917, le v&#233;ritable l&#233;ninisme consistant d'apr&#232;s Trotsky et ses amis en la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. On comprend maintenant pourquoi le camarade Trotsky se pose en gardien des id&#233;es de L&#233;nine. C'est qu'il se soucie peu du bolchevisme historique et n'attribue d'importance qu'au trotskisme &#233;tiquet&#233; &#171; l&#233;ninisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'un peu plus pr&#232;s les id&#233;es du camarade Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente remonterait &#224; Marx. La &#171; r&#233;volution permanente &#187; conduirait en fin de compte &#224; la victoire du socialisme. La &#171; r&#233;volution permanente &#187; serait confirm&#233;e par les faits, puisque le prol&#233;tariat russe a conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks auraient, avant 1917, combattu la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;. Trotsky en conclut que les bolcheviks ne se sont comport&#233;s en bons r&#233;volutionnaires qu'&#224; partir de 1917 lorsqu'ils adopt&#232;rent les points de vue du trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons avant tout remarquer que l'essence de la th&#233;orie que nous discutons ne consistait pas en la pr&#233;vision d'une r&#233;volution o&#249; la classe ouvri&#232;re a conquis le pouvoir. En ce sens, la r&#233;volution permanente s'est en effet accomplie puisque la classe ouvri&#232;re a pris le pouvoir2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question n'est pas l&#224;. &#171; R&#233;volution permanente &#187; signifie tout autre chose. Staline dans son livre L&#233;nine et le l&#233;ninisme, cite un passage de Marx qui est d&#233;cisif &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tandis que le bureaucrate petit-bourgeois, &#233;crit Marx, veut promptement terminer la r&#233;volution, notre devoir &#224; nous consiste &#224; continuer la r&#233;volution jusqu'au renversement du pouvoir des classes plus ou moins poss&#233;dantes, jusqu'&#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la r&#233;volution ininterrompue signifiait que le rapport des forces se modifie constamment au cours de la r&#233;volution qui ne cesse d'&#233;voluer d'une &#233;tape &#224; une autre. Ainsi : les grands-propri&#233;taires sont renvers&#233;s. Ils sont remplac&#233;s par la bourgeoisie lib&#233;rale qui &#224; son tour, doit c&#233;der la place &#224; la petite-bourgeoisie radicale et la prise du pouvoir par le bloc des paysans pauvres et de la classe ouvri&#232;re. Ce gouvernement sera &#224; son tour &#233;cart&#233; et remplac&#233; par celui de la classe ouvri&#232;re. Ce n'est bien entendu qu'un sch&#233;ma, mais un sch&#233;ma juste3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e par Marx c'est que la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution tient compte des changements sociaux survenant au cours de la r&#233;volution m&#234;me. Cette th&#233;orie exprime le fait que les rapports entre les classes sociales se modifient constamment pendant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sens marxiste, oui, mais non au sens trotskiste, notre r&#233;volution a &#233;t&#233; permanente. Elle a pass&#233; par diverses &#233;tapes. En f&#233;vrier 1917, le gouvernement des grands-propri&#233;taires fonciers est remplac&#233; par un gouvernement lib&#233;ral de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Le fondement du pouvoir des ouvriers et des paysans est pos&#233; par les soviets. Le gouvernement lib&#233;ral est remplac&#233; par un gouvernement de coalition des diverses fractions de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie lib&#233;rale. Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir en Octobre les bolcheviks gouvernent avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Survint l'insurrection de ces derniers ; battus par les bolcheviks, ils sont &#233;cart&#233;s du pouvoir qui reste &#224; notre parti. La r&#233;volution, depuis f&#233;vrier 1917, a suivi une ligne ascendante, interrompue pour un court laps de temps par les &#233;v&#233;nements de juillet 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le sens de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e par Trotsky ? Nous r&#233;pondons r&#233;solument : Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le camarade Trotsky s'&#233;tait repr&#233;sent&#233; la marche des &#233;v&#233;nements telle qu'elle devait &#234;tre, il n'aurait pas lanc&#233; en 1905, en collaboration avec Parvus, le mot d'ordre : &#171; A bas le tsar, vive un gouvernement ouvrier ! &#187; Ce mot d'ordre convenait &#224; la derni&#232;re &#233;tape du processus r&#233;volutionnaire, et non point &#224; son d&#233;but. L'erreur principale de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle que l'entend Trotsky, consiste en ce qu'elle ne tient pas compte des p&#233;riodes de transition, c'est-&#224;-dire qu'elle n&#233;glige de consid&#233;rer ce qui est &#224; la base m&#234;me. de la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution permanente. Les diverses &#233;tapes de la r&#233;volution o&#249; les diverses classes ont &#224; accomplir leurs devoirs exigent de nous des mots d'ordre sp&#233;ciaux, conformes aux situations donn&#233;es. Trotsky n'a consid&#233;r&#233; que la derni&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution, il a n&#233;glig&#233; les &#233;tapes transitoires. Si le parti l'avait suivi dans cette voie, notre r&#233;volution se serait termin&#233;e par une d&#233;faite. Le camarade Trotsky &#8212; est-ce assez singulier ? &#8212; a lui-m&#234;me r&#233;fut&#233; sa conception de la r&#233;volution permanente, car si nous prenons le d&#233;but pour la fin, il n'y a plus de processus, plus de p&#233;riodes de transition, plus de &#171; r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky posait le probl&#232;me d'une fa&#231;on &#233;l&#233;mentaire : il ne peut y avoir en Russie, qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne. (Trotsky niait encore en 1905 la possibilit&#233; d'une r&#233;volution bourgeoise.) Cette r&#233;volution prol&#233;tarienne est cependant dans un pays petit-bourgeois tel que la Russie, vou&#233;e &#224; un &#233;chec, &#224; moins qu'elle ne re&#231;oive l'aide des Etats de l'Europe occidentale o&#249; le prol&#233;tariat victorieux aurait conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Sans l'aide directe des Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat exerce le pouvoir, la classe ouvri&#232;re russe ne saurait conserver le pouvoir et transformer sa domination passag&#232;re en une dictature socialiste durable. On ne saurait en douter un seul moment. &#187; (Bilans et Perspectives de Trotsky.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky a commenc&#233; par ne pas comprendre les particularit&#233;s de notre r&#233;volution consistant en une combinaison originale de la lutte des paysans contre les propri&#233;taires fonciers et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il n'a pas compris que la premi&#232;re &#233;tape de cette r&#233;volution consisterait en la destruction de la grande propri&#233;t&#233; seigneuriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky n'a pas &#171; aper&#231;u &#187; les &#233;tapes pendant lesquelles la r&#233;volution bourgeoise en Russie s'est transform&#233;e en une r&#233;volution prol&#233;tarienne socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas compris non plus les particularit&#233;s qui distinguent notre r&#233;volution socialiste de celles des autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas compris non plus les conditions internationales si sp&#233;ciales qui ont permis &#224; notre r&#233;volution socialiste de vaincre, de tenir et de s'affermir m&#234;me sans l'aide d'aucun Etat prol&#233;tarien europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a, comme toujours, appr&#233;ci&#233; la situation d'une fa&#231;on sch&#233;matique : ou r&#233;volution bourgeoise, ou r&#233;volution prol&#233;tarienne ; ou r&#233;volution prol&#233;tarienne classique, et dans ce cas victoire d&#233;finitive ; ou r&#233;volution prol&#233;tarienne m&#234;l&#233;e &#224; d'autres facteurs sociaux et dans ce cas d&#233;faite in&#233;vitable ; ou concours des Etats prol&#233;tariens europ&#233;ens, constituant pour nous l'unique moyen de salut, ou perdition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de toute autre fa&#231;on que L&#233;nine posait la question : les r&#233;volutions bourgeoise et prol&#233;tarienne se d&#233;clenchent &#224; la fois ; pas d'aide des Etats prol&#233;tariens europ&#233;ens, appui n&#233;anmoins efficace du prol&#233;tariat international, le r&#233;veil des colonies et les rivalit&#233;s aidant notre cause ; pas de r&#233;volution prol&#233;tarienne classique, et pourtant pas de d&#233;faite, etc. La r&#233;alit&#233; s'est montr&#233;e plus forte que le sch&#233;ma abstrait de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faiblesses de la politique de Trotsky sont dues &#224; son ignorance de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant toutes les &#233;tapes et tous les aspects particuliers du processus r&#233;volutionnaire, L&#233;nine et notre parti ont toujours su trouver dans une situation donn&#233;e le moyen le plus efficace do conduire &#224; la victoire la classe ouvri&#232;re et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi notre parti n'a-t-il aucune raison de pr&#233;f&#233;rer la th&#233;orie du camarade Trotsky &#224; la th&#233;orie de L&#233;nine.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale des classes au cours de notre r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en arrivons aux &#233;tapes de notre r&#233;volution examin&#233;es du point de vue de la lutte de classe et du revirement des rapports entre les classes au cours de la r&#233;volution. Nos discussions roulaient surtout sur la question du bloc des ouvriers et paysans, l'alliance entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie, l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat dans cette alliance. Maintenant, huit ans apr&#232;s Octobre 1917, ce probl&#232;me que L&#233;nine nous a montr&#233; le premier, se pose devant nous dans toute son ampleur. Il est devenu l'axe de la th&#233;orie et de la pratique du bolchevisme, le probl&#232;me central de la r&#233;volution internationale. La question coloniale, dont d&#233;pend le sort du capitalisme, n'est en somme pour nous, bolcheviks, que celle de l'alliance entre le prol&#233;tariat industriel europ&#233;en et am&#233;ricain et la paysannerie des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux questions ne sont naturellement pas identiques ; il est cependant vrai que la question coloniale est, dans ses bases sociales, une question paysanne. La classe ouvri&#232;re, appuyant les soul&#232;vements par lesquels les paysans des colonies sapent la soci&#233;t&#233; capitaliste, assure par l&#224; m&#234;me son h&#233;g&#233;monie sur le mouvement paysan colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie coloniale se posera aussi apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re. Le socialisme europ&#233;en n'a pas reconnu ou a n&#233;glig&#233; de consid&#233;rer la port&#233;e r&#233;volutionnaire du probl&#232;me colonial. Une partie des socialistes, complices de l'imp&#233;rialisme, a &#233;t&#233; hostile au mouvement d'&#233;mancipation des colonies. Les autres ont gard&#233; le silence. Lorsque le camarade Trotsky, tout &#224; son id&#233;ologie &#171; europ&#233;enne &#187;, faisait ressortir le caract&#232;re asiatique et paysan de l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat &#171; arri&#233;r&#233; &#187; (il entendait d&#233;signer les bolcheviks), il adoptait quelque peu le ton m&#233;prisant de la social-d&#233;mocratie vis-&#224;-vis des questions paysanne et coloniale, quoiqu'il ait personnellement consacr&#233; une assez grande attention aux probl&#232;mes coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;ciation &#171; europ&#233;enne &#187; du r&#244;le des classes explique le point de vue du camarade Trotsky, d'apr&#232;s lequel la r&#233;volution russe est vou&#233;e &#224; une d&#233;faite in&#233;vitable, faute de l'appui d'Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat aurait conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le sch&#233;ma abstrait de Trotsky, toute r&#233;volution &#171; non-classique &#187; serait d'avance condamn&#233;e. Il entend par r&#233;volution prol&#233;tarienne classique une r&#233;volution dans laquelle le prol&#233;tariat constitue la seule classe &#171; populaire &#187;. En d'autres termes : il ne peut y avoir de r&#233;volution id&#233;ale que dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la paysannerie ne compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception ne correspond nullement &#224; la r&#233;alit&#233;. Du point de vue de l'&#233;conomie mondiale, le prol&#233;tariat proprement dit est une infime minorit&#233; de la population. Les plus grands pays se composent de &#171; m&#233;tropoles &#187; ayant une dense population prol&#233;tarienne, et de colossales colonies paysannes. La plus grande partie de l'Empire Fran&#231;ais est en Afrique, la plus grande partie de l'Empire Anglais en Asie. Que ferait le prol&#233;tariat anglais apr&#232;s sa victoire, sans les sympathies des paysans hindous et &#233;gyptiens, sans exercer son h&#233;g&#233;monie sur les masses paysannes des colonies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky conna&#238;t sans doute l'&#233;norme importance de la question coloniale. Malheureusement sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne donne pas d'appr&#233;ciation ad&#233;quate du r&#244;le des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons maintenant, avec une certitude absolue, &#224; quoi nous en tenir sur nos rapports avec les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la conqu&#234;te du pouvoir, la classe ouvri&#232;re doit s'assurer le concours des paysans dans la lutte contre les capitalistes et les grands-propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, le prol&#233;tariat doit s'appuyer sur une partie consid&#233;rable de la paysannerie pour vaincre dans la guerre civile et consolider la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s ? Peut-on seulement consid&#233;rer la paysannerie comme chair &#224; canon dans la guerre au capital et aux grands-propri&#233;taires ? Non. Apr&#232;s, le prol&#233;tariat doit entretenir &#224; tout prix des rapports amicaux avec la paysannerie qui constitue la majorit&#233; de la population. Le prol&#233;tariat n'a pas le choix. Il doit, en b&#226;tissant le socialisme, se servir de la paysannerie. A cette condition seule, il conservera le pouvoir. Le contester, c'est ignorer les rapports &#233;conomiques mondiaux et les lois qui les r&#233;gissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire qu'il faut pour diriger la paysannerie, appliquer des m&#233;thodes variant avec les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les transitions, les &#233;tapes du processus r&#233;volutionnaire. L&#233;nine a &#233;crit &#224; ce propos, pendant la discussion de la question syndicale, les lignes caract&#233;ristiques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La dictature du prol&#233;tariat est une p&#233;riode de transition. Nous avons &#224; passer par diverses phases : d&#233;mobilisation de l'arm&#233;e, fin de la guerre, possibilit&#233; d'une tr&#234;ve pacifique plus durable, possibilit&#233; de passer de la guerre au travail. Voil&#224; qui modifie radicalement les rapports de la classe prol&#233;tarienne avec la classe paysanne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a montr&#233; en affirmant sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente qu'il n'a compris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni notre position vis-&#224;-vis de la paysannerie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni les m&#233;thodes que doit appliquer le prol&#233;tariat pour diriger la paysannerie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni les diverses phases des rapports entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie au cours de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui ressort du passage suivant de la pr&#233;face de son livre 1905 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour assurer sa victoire, l'avant-garde prol&#233;tarienne doit, d&#232;s son av&#232;nement au pouvoir, s'attaquer radicalement non seulement &#224; la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais aussi &#224; la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Il en r&#233;sultera des conflits non seulement avec tous les groupements de la bourgeoisie, mais aussi avec les larges masses paysannes &#224; l'aide desquelles le prol&#233;tariat a conquis le pouvoir. Les contradictions inh&#233;rentes &#224; la situation d'un gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233;, o&#249; l'&#233;crasante majorit&#233; de la population est rurale, ne dispara&#238;tront que par la r&#233;volution mondiale. Quand le prol&#233;tariat victorieux, ob&#233;issant &#224; une n&#233;cessit&#233; historique, aura d&#233;pass&#233; les &#233;troites limites bourgeoises et d&#233;mocratiques de la r&#233;volution russe, il sera oblig&#233; de d&#233;passer &#233;galement les limites nationales de la r&#233;volution russe, c'est-&#224;-dire qu'il devra en faire le pr&#233;lude de la r&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re affirmation est juste. Mais elle n'est pas l'essentiel pour Trotsky. L'essentiel, c'est, d'apr&#232;s lui, que le prol&#233;tariat russe victorieux doit fatalement et in&#233;vitablement entrer en conflit avec la paysannerie et que le gouvernement prol&#233;tarien succombera dans ce conflit, s'il n'est soutenu par des Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat aura conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut constater ais&#233;ment &#224; l'exp&#233;rience du mouvement international &#233;voqu&#233;e, que Trotsky ne donne pas une solution ad&#233;quate du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conflit entre le prol&#233;tariat et la paysannerie est in&#233;vitable, il le sera aussi apr&#232;s la victoire mondiale du prol&#233;tariat. La paysannerie constitue l'&#233;crasante majorit&#233; des habitants du globe. Si le prol&#233;tariat n'avait pas les moyens d'exercer une influence pr&#233;pond&#233;rante sur cette majorit&#233;, la r&#233;volution internationale succomberait ou devrait &#234;tre ajourn&#233;e jusqu'&#224; ce que la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te f&#251;t compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur du camarade Trotsky c'est d'admettre in&#233;vitable le conflit entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Ce conflit n'est que possible, il ne serait in&#233;vitable que si la paysannerie trouvait plus d'avantages au r&#233;gime capitaliste qu'au r&#233;gime prol&#233;tarien. Il n'y a pas lieu de craindre un conflit entre les deux classes laborieuses si le parti du prol&#233;tariat victorieux se pr&#233;occupe avant tout de cimenter le bloc des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles m&#233;thodes devons-nous appliquer pour exercer une influence pr&#233;pond&#233;rante sur la paysannerie ? L&#233;nine a r&#233;fut&#233; le point de vue du camarade Trotsky qui croyait que le prol&#233;tariat, imitant la bourgeoisie, pourrait dominer la paysannerie &#224; cause du manque de conscience politique et de la passivit&#233; de celle-ci. L&#233;nine a insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;resser les larges masses paysannes &#224; l'action historique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne savait pas comment s'y prendre, comment &#171; convaincre, pour parler avec L&#233;nine, des millions et des dizaines de millions de paysans de la n&#233;cessit&#233; de l'action historique &#187; entreprise par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne comprit pas en 1905 que la r&#233;volution agraire &#233;tait le devoir essentiel de l'&#233;poque. Les mencheviks ne le comprenaient pas non plus et c'est ce qui leur valut les cinglantes critiques de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky affirme maintenant encore qu'il appr&#233;cia avec justesse les forces motrices de la r&#233;volution et ne songea jamais &#224; passer outre la paysannerie et &#224; la sous-estimer. A ce sujet, il &#233;crit, entre autres, ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Un des arguments favoris de certains milieux consiste &#224; indiquer &#8212; indirectement surtout &#8212; que je &#171; sous-estime &#187; le r&#244;le de la paysannerie. Mais on chercherait vainement chez mes adversaires une analyse de cette question... On ne saurait d&#233;couvrir dans mes &#233;crits d'alors la moindre tentative de &#171; passer par-dessus &#187; la paysannerie. &#187; (Cours nouveau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment L&#233;nine appr&#233;ciait-il d&#232;s 1915 le point de vue de Trotsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La th&#233;orie de Trotsky, &#233;crivit-il, emprunte aux bolcheviks l'invitation adress&#233;e au prol&#233;tariat d'employer r&#233;solument les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires pour la conqu&#234;te du pouvoir ; elle emprunte en m&#234;me temps aux mencheviks leur &#171; n&#233;gation &#187; du r&#244;le de la paysannerie. &#187; Il constatait aussi qu'en r&#233;alit&#233; &#171; Trotsky se rapprochait des travaillistes lib&#233;raux russes qui, contestant le r&#244;le de la paysannerie, trahissent leur peu de d&#233;sir d'&#233;veiller les forces r&#233;volutionnaires de la paysannerie &#187;. (A propos des deux lignes de la r&#233;volution)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me article, L&#233;nine donne une brillante analyse des &#233;tapes de la r&#233;volution. Il montre le prol&#233;tariat luttant pour la conqu&#234;te du pouvoir, pour la r&#233;publique, pour l'expropriation de la grande propri&#233;t&#233;, afin d'amener la paysannerie &#224; soutenir la r&#233;volution et de mettre en &#339;uvre toutes les forces r&#233;volutionnaires des masses paysannes d'abord pour lib&#233;rer la Russie bourgeoise de l'imp&#233;rialisme f&#233;odal et renverser le pouvoir des grands-propri&#233;taires, ensuite pour passer &#224; la r&#233;volution sociale qui s'ach&#232;vera en alliance avec le prol&#233;tariat europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine est d'avis que la th&#233;orie de Trotsky sous-estime la paysannerie. Nous sommes en pr&#233;sence de deux th&#233;ories : l'une consid&#232;re la paysannerie comme alli&#233;e, l'autre &#8212; comme ennemie ; l'une pr&#233;tend qu'un conflit grave est in&#233;vitable entre le prol&#233;tariat et la paysannerie, l'autre dit que nous pouvons, avec une politique circonspecte, &#233;viter ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doutera-t-on, apr&#232;s ces d&#233;monstrations, que la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; constitue une divergence &#171; permanente &#187; entre le trotskisme et le l&#233;ninisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tapes de notre r&#233;volution et la th&#233;orie du camarade Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; l'examen concret des &#233;tapes de notre r&#233;volution et des points de vue y correspondant de notre parti et du camarade Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'analyse des &#233;v&#233;nements de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks consid&#233;raient lu r&#233;volution de l !)05 comme une r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique ayant pour objectif la subversion des grands propri&#233;taires et de leur gouvernement, l'expropriation de la grandi' propri&#233;t&#233; nu profit des paysans, l'&#233;tablissement de la dictature r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie, dictature qui, &#224; ce moment du processus r&#233;volutionnaire, ne pouvait encore avoir un caract&#232;re socialiste. Trotsky n'&#233;tait pas d'accord avec nous, il soutenait que le bolchevisme avait des aspects r&#233;actionnaires qui se manifestaient par son d&#233;sir de collaborer avec les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On nous propose maintenant, &#233;crit-il dans 1905, de limiter plus encore l'action politique du prol&#233;tariat par une &#171; condition &#187;, objectivement anti socialiste de collaboration avec les paysans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky consid&#233;rait le bolchevisme comme r&#233;actionnaire, pr&#233;cis&#233;ment parce que le bolchevisme voulait faire participer les paysans au pouvoir aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat. Qu'est-ce que le paysan ? C'est un petit propri&#233;taire. Or, la petite propri&#233;t&#233; est, du point de vue du socialisme, une force r&#233;actionnaire. Si, bolcheviks, vous voulez faire participer les paysans au gouvernement, vous faites une politique r&#233;actionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky affirmait que le bolchevisme, par cette politique r&#233;actionnaire, pourrait compromettre la victoire de la classe ouvri&#232;re. Dans une note qu'on trouve en bas de page dans la deuxi&#232;me &#233;dition de 1905, il constate aimablement que cette &#233;ventualit&#233; ne s'est pas produite, puisque &#171; le bolchevisme a sous la direction du camarade L&#233;nine (non toutefois sans lutte int&#233;rieure), proc&#233;d&#233; au printemps 1917, c'est-&#224;-dire avant la conqu&#234;te du pouvoir, &#224; une r&#233;vision de ses id&#233;es sur cette question extr&#234;mement importante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus tard combien ridicule est l'affirmation que le parti ait, sous la direction de L&#233;nine, modifi&#233; au printemps de 1917 son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky reconna&#238;t que le danger auquel devait s'attendre la r&#233;volution du c&#244;t&#233; de la politique paysanne &#171; r&#233;actionnaire &#187; du bolchevisme, n'&#233;tait pas &#224; redouter du vivant de L&#233;nine qui eut &#171; au printemps 1917 &#187; le courage d'apprendre chez Trotsky les proc&#233;d&#233;s &#224; employer dans &#171; la question la plus importante &#187; de la r&#233;volution. Maintenant que L&#233;nine est mort, il s'agit de trouver une garantie socialiste contre la &#171; condition anti-socialiste &#187; (la collaboration des paysans) pos&#233;e par l'ancien bolchevisme. Quelle est cette garantie ? C'est la mobilisation de la jeunesse, le &#171; cours nouveau &#187; contre les &#171; d&#233;viations &#187; petites-bourgeoises possibles de la vieille garde bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit par l&#224; que la campagne de l'opposition contre la vieille garde tenait par des liens solides &#224; la &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky combattait en 1905 le &#171; moujik &#187; ; il repoussait le mot d'ordre des bolcheviks : &#171; dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#187;. Avait-il raison ? Nous r&#233;pondons par ce mot de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La question agraire est maintenant en Russie une question nationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devoir du prol&#233;tariat consistait alors &#224; amener le paysan &#224; se soulever contre le r&#233;gime semi-f&#233;odal, &#224; l'entra&#238;ner &#224; la lutte pour la conqu&#234;te du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky envisageait la situation d'un point de vue oppos&#233;. Il ne comprenait pas les devoirs devant lesquels l'histoire pla&#231;ait le parti r&#233;volutionnaire. Pourquoi la r&#233;volution de 1905 s'est-elle termin&#233;e par une d&#233;faite ? Faute d'une liaison entre le mouvement ouvrier et le mouvement paysan. La r&#233;volution de 1905 avait atteint son point culminant dans les villes en d&#233;cembre 1905, tandis que son arri&#232;re-garde paysanne n'entra en action qu'en 1907, lorsque l'avant-garde ouvri&#232;re &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;cras&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky nous accusait &#224; cette &#233;poque de consacrer une trop grande attention aux paysans. Il se trompait doublement. La r&#233;volution n'aurait jamais pu vaincre sous sa direction car quoi qu'il en dise, il br&#251;lait l'&#233;tape paysanne. Sa politique a &#233;t&#233; fonci&#232;rement fausse, l'appr&#233;ciation qu'il a donn&#233;e des forces de classe en pr&#233;sence, ne correspondait pas &#224; la r&#233;alit&#233;. De quel droit pr&#233;tend-il d&#233;sormais que la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente contenait l'essence m&#234;me du bolchevisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'erreur fondamentale du camarade Trotsky, &#233;crit L&#233;nine au sujet de cette &#233;tape de la r&#233;volution, c'est de n&#233;gliger le caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution ; de ne pas se repr&#233;senter clairement le passage de cette r&#233;volution &#224; la r&#233;volution socialiste... Une coalition du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#171; suppose un &#233;tat de choses o&#249; la paysannerie est domin&#233;e par un parti bourgeois ou bien l'existence d'un puissant parti paysan ind&#233;pendant &#187;. C'est &#233;videmment faux th&#233;oriquement et exp&#233;rimentalement de la r&#233;volution russe. Une &#171; coalition de classes &#187; ne d&#233;pend pas de l'existence d'un puissant parti ou m&#234;me de partis en g&#233;n&#233;ral. Il ne faut pas confondre les classes et les partis... Des exp&#233;riences de la r&#233;volution russe, il ressort qu'une &#171; coalition &#187; entre le prol&#233;tariat et la paysannerie s'est r&#233;alis&#233;e une dizaine ou une centaine de fois sans l'existence d'un puissant parti paysan. &#187;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou, disait Trotsky en 1905, les paysans seront les agents directs de la bourgeoisie, ou ils auront leur propre parti puissant et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion, c'&#233;tait que la dictature de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie &#233;tait impossible, un conflit des plus graves devant se produire entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. C'&#233;tait, en somme, la n&#233;gation de l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat. Trotsky craignait la paysannerie &#224; une &#233;poque o&#249; il &#233;tait n&#233;cessaire de faire appel &#224; elle contre les grands propri&#233;taires. Trotsky redoutait la &#171; coalition &#187; de classes, seule capable de garantir la victoire sur le tsarisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un point de vue enti&#232;rement oppos&#233; &#224; celui du bolchevisme. Si le parti prol&#233;tarien dirigeant e&#251;t adopt&#233; ce point de vue, l'effondrement de la r&#233;volution en aurait &#233;t&#233; la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; l'examen de l'&#233;tape suivante de notre r&#233;volution, la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917, sans nous occuper de la p&#233;riode de r&#233;action durant laquelle le camarade Trotsky fit cause commune avec les mencheviks. Comment L&#233;nine, qui se serait ralli&#233; &#224; la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; en ce qui concerne la question paysanne, appr&#233;cia-t-il la r&#233;volution de f&#233;vrier ? Les th&#232;ses de L&#233;nine sur le pouvoir sovi&#233;tiste que le camarade Trotsky consid&#232;re comme &#233;tant conformes &#224; son esprit &#224; lui, contiennent entre autres le passage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ne serions-nous pas menac&#233;s de tomber dans un subjectivisme exag&#233;r&#233; et de c&#233;der au d&#233;sir de passer outre la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique encore inachev&#233;e, puisqu'elle n'a pas satisfait les revendications des paysans, si nous tentions de d&#233;clencher imm&#233;diatement la r&#233;volution socialiste ? Disant : &#171; A bas le tsar, gouvernement ouvrier ! &#187;, je m'exposerais &#224; ce danger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine montrait le danger d'appliquer en 1917 les mots d'ordre formul&#233;s par Trotsky en 1905. Il montrait que la paysannerie n'ayant pas encore termin&#233; la r&#233;volution agraire, notre r&#233;volution n'&#233;tait pas entr&#233;e dans une phase o&#249; le mot d'ordre de dictature prol&#233;tarienne pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme actuel. Le devoir &#233;tait d'utiliser les forces r&#233;volutionnaires de la paysannerie pour pr&#233;parer la voie &#224; la r&#233;volution socialiste. L&#233;nine appr&#233;ciait dialectiquement la situation. Il constatait que les mots d'ordre bolcheviques de 1905 s'&#233;taient en g&#233;n&#233;ral r&#233;v&#233;l&#233;s justes, mais il insistait aussi sur ce qu'il y avait d'&#171; original &#187; dans la situation nouvelle o&#249; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#171; se r&#233;alisait d'une fa&#231;on tout &#224; fait particuli&#232;re &#187;, puisqu'elle coexistait avec un gouvernement bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant ressortir le caract&#232;re petit-bourgeois des soviets d'alors, o&#249; la majorit&#233; se composait de paysans, L&#233;nine recommanda de tourner les obstacles, de r&#233;gler notre avance d'apr&#232;s les r&#233;sultats d'un examen approfondi des phases transitoires. Au point de vue &#233;conomique, L&#233;nine appr&#233;ciait comme suit la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La majorit&#233; des paysans peut-elle exiger et accomplir la nationalisation du sol ? Oui. Est-ce d&#233;j&#224; la r&#233;volution sociale ? Non, c'est encore la r&#233;volution bourgeoise, puisque la nationalisation du sol n'est pas incompatible avec le capitalisme, bien qu'elle soit un coup sensible port&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La majorit&#233; des paysans russes peut-elle se prononcer pour la fusion des banques et exiger qu'une succursale de la Banque d'Etat soit &#233;tablie dans chaque localit&#233; ? Oui, puisque cette mesure comporte des avantages incontestables. Les partisans m&#234;mes de la d&#233;fense nationale pourraient l'approuver, cette mesure &#233;tant de nature &#224; augmenter les ressources militaires de la Russie. Peut-on arriver sans d&#233;lai &#224; la fusion des banques ? C'est parfaitement possible. Est-ce une mesure socialiste ? Non, ce n'est pas encore le socialisme. La majorit&#233; des paysans peut-elle se d&#233;clarer pour la nationalisation de l'industrie sucri&#232;re sous le contr&#244;le des ouvriers et des paysans, ainsi que pour la r&#233;duction du prix du sucre ? Oui, cette mesure est-elle possible au point de vue &#233;conomique ? Oui... &#187;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyez comment L&#233;nine traite la question. Il se demande sans cesse ce que dira le &#171; paysan &#187;. Ces citations nous montrent-elles les bolcheviks se pla&#231;ant sur le terrain de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; ? Aucunement. L&#233;nine, discernant bien les diverses &#233;tapes de la r&#233;volution, &#233;tablit une liaison entre la classe ouvri&#232;re et la masse paysanne. Il ne consid&#232;re pas les paysans comme &#233;tant a priori les ennemis de la classe ouvri&#232;re, mais comme des alli&#233;s possibles, qui feraient de temps &#224; autre des difficult&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re, mais que celle-ci doit savoir guider de sorte qu'ils deviennent des combattants d'un appoint d&#233;cisif dans notre lutte pour l'&#233;conomie socialiste. L&#233;nine d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je ne dis pas : A bas le tsar, vive le gouvernement ouvrier ! &#187; Je dis : nous avons des soviets petits-bourgeois. Je ne dis pas : le socialisme sur l'heure. Je dis : telle ou telle mesure pr&#233;sentant des avantages pour le paysan et portant en m&#234;me temps un coup &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur appr&#233;ciera cette fa&#231;on g&#233;niale de passer d'une &#233;tape &#224; une autre sans m&#233;conna&#238;tre jamais les aspects particuliers d'une situation donn&#233;e, mais y trouvant toujours le facteur utile &#224; l'action de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;v&#233;nements d'Octobre, il sied avant tout de consid&#233;rer deux faits : 1) le gouvernement r&#233;volutionnaire issu de la victoire fut compos&#233; de bolcheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ; 2) nous adopt&#226;mes et ex&#233;cut&#226;mes le programme agraire des s.-r. alors que les paysans s'&#233;taient effray&#233;s de l'expropriation des domaines seigneuriaux. L&#233;nine, poursuivant sa politique de collaboration avec les paysans, disait : &#171; Paysans, vous avez &#233;labor&#233; sous la direction des s.-r. un programme excellent. Nous vous aidons &#224; l'ex&#233;cuter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s.-r. de gauche &#233;taient encore influents dans les campagnes. Nous les f&#238;mes entrer au gouvernement sans &#234;tre contredits par le camarade Trotsky qui ne souffla mot du caract&#232;re &#171; anti-socialiste &#187; de la collaboration avec les paysans. Par l'adoption du programme des s.-r. de gauche que nous f&#238;mes participer au pouvoir, nous r&#233;uss&#238;mes &#224; placer des millions de paysans sous la direction du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle phase commen&#231;a ensuite. La r&#233;volution ne s'arr&#234;ta pas &#224; l'expropriation de la grande propri&#233;t&#233;, &#224; laquelle avaient pris part les gros paysans int&#233;ress&#233;s &#224; d&#233;truire la grande propri&#233;t&#233; f&#233;odale. L'&#233;tape suivante amena une diff&#233;renciation de classes dans les campagnes, comportant une aggravation du conflit entre la bourgeoisie rurale et les Comit&#233;s des Paysans Pauvres. La politique de ces comit&#233;s provoqua un soul&#232;vement organis&#233; par les s.-r. Les gros paysans et une partie des moyens se s&#233;par&#232;rent de nous, tandis que les pauvres et une autre partie des moyens nous appuyaient. La r&#233;volution &#233;tait pass&#233;e &#224; la classe plus proche du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par &#233;tapes successives que nous arriv&#226;mes &#224; la dictature de la classe ouvri&#232;re. On voit d&#233;sormais les divergences th&#233;oriques qui nous s&#233;parent du camarade Trotsky. Pour lui, le processus r&#233;volutionnaire commence par l'&#233;tablissement de la dictature. Il ne voit pas les diverses &#233;tapes par lesquelles la r&#233;volution doit passer, et ne tient pas compte du rapport des forces dans les diverses situations donn&#233;es. Il ne reconna&#238;t pas que les mots d'ordre doivent changer avec les &#233;v&#233;nements. &#171; Ce que j'avais pr&#233;vu, dit-il, est arriv&#233;. J'avais donc raison. &#187; Erreur profonde. Si nous avions &#233;tabli notre tactique d'apr&#232;s la th&#233;orie de Trotsky, nous ne serions pas arriv&#233;s &#224; la dictature ouvri&#232;re. Nous y avons abouti parce que le parti suivit les directives de L&#233;nine. Et c'est parce que nous sommes d&#233;cid&#233;s &#224; persister dans la voie trac&#233;e par L&#233;nine, c'est-&#224;-dire &#224; entra&#238;ner la paysannerie &#224; la suite de la classe ouvri&#232;re, que nous aboutirons au socialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aspects particuliers de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conclusions se d&#233;gagent de l'examen de la th&#233;orie de Trotsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Enseignements d'Octobre du camarade Trotsky contiennent entre autres le passage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution de f&#233;vrier &#233;tait une r&#233;volution bourgeoise. Mais comme telle, elle venait trop tard, elle ne put se bien installer. D&#233;chir&#233;e par des antagonismes qui se manifest&#232;rent subitement par la dualit&#233; des pouvoirs (gouvernement provisoire et soviets. La R&#233;d.) elle devait conduire directement &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, ce qui est arriv&#233;, ou faire surgir un gouvernement de l'oligarchie bourgeoise qui aurait rejet&#233; la Russie &#224; une situation semi-coloniale. La p&#233;riode inaugur&#233;e par la r&#233;volution de f&#233;vrier a donc pu &#234;tre consid&#233;r&#233;e de deux points de vue : comme une p&#233;riode de consolidation et d'aboutissement de la r&#233;volution d&#233;mocratique, ou comme une p&#233;riode de pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici par contre comment s'exprimait L&#233;nine sur ce m&#234;me sujet, dans son discours prononc&#233; &#224; l'occasion du IVe anniversaire de la R&#233;publique des Soviets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les anarchistes et les d&#233;mocrates petits-bourgeois, c'est-&#224;-dire les mencheviks et les s.-r., repr&#233;sentants russes d'un type socialiste international, ont dit et disent encore bien des sottises sur la corr&#233;lation entre la r&#233;volution bourgeoise et la r&#233;volution socialiste, c'est-&#224;-dire prol&#233;tarienne. Nous avons men&#233; &#224; bien la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique comme aucun pays ne l'a fait avant nous. Nous avan&#231;ons s&#251;rement et sans arr&#234;t vers la r&#233;volution socialiste. Nous savons qu'elle n'est pas s&#233;par&#233;e par une muraille chinoise de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique. Nous savons que seule la lutte d&#233;cidera combien en fin de compte nous pourrons avancer, dans quelle mesure nous pourrons accomplir notre devoir et conserver les fruits de notre victoire... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelle pr&#233;caution L&#233;nine formulait ses id&#233;es ! Citons encore un passage de ce discours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Aucun Kautsky, Hilferding, Martov, Macdonald, Turatti, aucun des marxistes de l'internationale 2 1/2, n'a pu comprendre cette corr&#233;lation entre la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique et la r&#233;volution prol&#233;tarienne socialiste. La premi&#232;re se r&#233;v&#232;le comme une &#233;tape de l'autre. La seconde r&#233;soud en passant les probl&#232;mes de la premi&#232;re. La lutte, et seule la lutte, d&#233;cidera dans quelle mesure la seconde r&#233;volution r&#233;ussira &#224; d&#233;passer la premi&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence entre les deux formules : Chez Trotsky, il s'agit ou d'une r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique, ou d'une r&#233;volution socialiste. Chez L&#233;nine, la question se pose de fa&#231;on tout &#224; fait diff&#233;rente. Les deux &#233;tapes, celle de la r&#233;volution bourgeoise et celle de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, ne sauraient &#234;tre s&#233;par&#233;es l'une de l'autre. La particularit&#233; de la r&#233;volution russe consiste en ce que les deux r&#233;volutions co&#239;ncident, la seconde surgissant de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de tels probl&#232;mes pouvaient &#234;tre r&#233;solus par des sch&#233;mas abstraits, abord&#233;s que par des m&#233;thodes dialectiques correspondant &#224; la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire avec la strat&#233;gie de L&#233;nine, il ne reste du &#171; plan &#187; habilement &#233;chafaud&#233; par Trotsky que des phrases st&#233;riles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en vain que le camarade Trotsky soutiendra n'avoir pas sous-estim&#233; la paysannerie et avoir tenu compte des &#233;tapes cons&#233;cutives du processus r&#233;volutionnaire. Il se trompe cruellement, lorsqu'il consid&#232;re l'&#233;tablissement de la dictature prol&#233;tarienne en Russie comme le r&#233;sultat de l'adoption par les bolcheviks de sa th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;. Comme il persiste toujours dans ses erreurs, il n'est que trop naturel que le parti lui r&#233;ponde &#224; peu pr&#232;s ceci : &#171; Si, posant la question de la r&#233;volution permanente, on pose de nouveau dans toute son ampleur celle du r&#244;le des paysans au tournant nouveau que traverse actuellement le pays, si l'on essaie de regrouper le parti et de reformer son id&#233;ologie en s'inspirant de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#8212; nous refusons de nous engager dans cette voie. Nous ne songeons pas &#224; renoncer aux nettes conceptions de L&#233;nine. Aussi faut-il que le trotskisme soit id&#233;ologiquement liquid&#233;. Le bloc des ouvriers et des paysans est, comme l'enseignait L&#233;nine, la question centrale de notre r&#233;volution. C'est ce qu'il ne faut jamais perdre des yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de notre r&#233;volution apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a &#233;galement trait&#233; cette question. On a vu que Trotsky persiste &#224; consid&#233;rer son appr&#233;ciation des forces motrices de la r&#233;volution, datant de 1905, comme juste. Pourtant s'il &#233;tait ainsi, notre collaboration avec la paysannerie nous m&#232;nerait &#224; la ruine ; nous ne pourrions tenir que si le prol&#233;tariat occidental &#233;tablissait dans l'entretemps sa dictature. L&#233;nine estime que notre devoir est &#171; de vivre en bon accord avec les paysans &#187;. Il nous semble qu'il y a l&#224; une divergence th&#233;orique profonde entre les deux conceptions. Elle nous fait comprendre l'attitude de l'opposition group&#233;e autour de Trotsky pendant la derni&#232;re discussion. L'opposition constatant le ralentissement de la r&#233;volution mondiale, en concluait qu'un conflit entre le prol&#233;tariat et les paysans &#233;tait in&#233;vitable. Nous n'en sommes nullement convaincus ; au contraire, nous disons avec L&#233;nine qu'une politique prudente maintenant le r&#244;le dirigeant du prol&#233;tariat, nous &#233;vitera des conflits graves avec les paysans et nous assurera leur collaboration. La situation n'est pas d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; t&#226;chons seulement d'&#233;viter de commettre des gaffes vis-&#224;-vis de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la conception livresque de la r&#233;volution socialiste, celle-ci, victorieuse, &#233;chouerait t&#244;t ou tard dans des pays o&#249; la majorit&#233; de la population se compose de paysans. Cette conception, L&#233;nine l'a combattue de toute son &#233;nergie. L'article sur le livre de Soukhanov (Notes sur la R&#233;volution) qu'il &#233;crivit malade et qui est un vrai mod&#232;le de dialectique r&#233;volutionnaire, contient une critique g&#233;niale de cette opinion. Nous ne r&#233;sistons pas au d&#233;sir de citer ce passage capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les social-d&#233;mocrates se disent toujours marxistes, mais comprennent le marxisme de fa&#231;on bien p&#233;dante. L'essentiel du marxisme, sa dialectique r&#233;volutionnaire, ils ne l'ont pas saisi. Ils n'ont pas non plus saisi, ils n'ont pas m&#234;me aper&#231;u les indications de Marx sur la n&#233;cessit&#233; de faire preuve dans une situation r&#233;volutionnaire de la plus grande souplesse possible... Ils ont vu jusqu'ici que le capitalisme et la d&#233;mocratie bourgeoise en Europe occidentale se d&#233;veloppaient dans un certain sens g&#233;n&#233;ral, ils ne peuvent se figurer que des exceptions puissent se produire qui, tout en &#233;tant insignifiantes au point de vue de l'histoire mondiale, d&#233;rogent &#224; ce qu'ils consid&#232;rent d'habitude comme la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; D'abord il s'agit l&#224; d'une r&#233;volution cons&#233;cutive &#224; la premi&#232;re guerre mondiale imp&#233;rialiste. Cette r&#233;volution doit forc&#233;ment avoir un caract&#232;re tout &#224; fait particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ensuite l'id&#233;e ne leur vient pas que certaines phases du proc&#232;s g&#233;n&#233;ral peuvent se pr&#233;senter sous des aspects sp&#233;ciaux, soit dans la forme, soit dans l'ordre de la succession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils ont appris par c&#339;ur ce clich&#233; : que les conditions &#233;conomiques objectives du socialisme n'existent pas chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que faire, si dans une situation particuli&#232;re la Russie est d'abord entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale imp&#233;rialiste, si les r&#233;volutions sur le point d'&#233;clater ou d&#233;j&#224; commenc&#233;es en Orient cr&#233;ent des conditions o&#249; nous pouvons &#233;tablir une liaison entre la &#171; guerre des paysans &#187; et le mouvement ouvrier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que faire si une situation sans issue, d&#233;cuplant les forces des ouvriers et des paysans, nous fournit les moyens d'aborder autrement que ce n'est possible dans les pays de l'Europe occidentale l'&#339;uvre de cr&#233;ation des conditions fondamentales de la civilisation ? La tendance g&#233;n&#233;rale du proc&#232;s historique mondial en est-elle modifi&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si le socialisme exige un certain niveau de culture (personne ne saurait dire quel doit &#234;tre ce niveau de culture) pourquoi ne pourrions-nous pas commencer par cr&#233;er, apr&#232;s avoir fait triompher la r&#233;volution, les conditions pr&#233;alables &#224; la r&#233;alisation de cette culture, afin de rejoindre les autres peuples en nous servant des moyens que nous offre le pouvoir ouvrier et paysan et le r&#233;gime sovi&#233;tiste ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet expos&#233; de L&#233;nine est d'une belle audace. C'est aussi un bel exemple de dialectique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vulgaire conception social d&#233;mocrate de la r&#233;volution socialiste affirme que lia r&#233;volution prol&#233;tarienne ne saurait tenir que dans des pays industriellement d&#233;velopp&#233;s o&#249; la classe ouvri&#232;re est num&#233;riquement forte Dans cet article, qui donne en un certain sens la cl&#233; de toute sa politique, L&#233;nine d&#233;clare celle r&#232;gle juste en g&#233;n&#233;ral, mais qu'il serait radicalement faux de la prendre &#224; la lettre dans certaines circonstances. Le langage de L&#233;nine est loin d'&#234;tre contraire au marxisme. C'est m&#234;me l'application la plus originelle et la plus parfaite de la dialectique r&#233;volutionnaire marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que L&#233;nine approfondit ainsi le sens de notre r&#233;volution, Trotsky se repr&#233;sente les conditions de la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme les &#233;crivains social-d&#233;mocrates. La Russie a un prol&#233;tariat peu nombreux et une industrie faible ; par cons&#233;quent, le prol&#233;tariat russe ne pourra jouir longtemps des fruits de la victoire. L&#233;nine dit, par contre, que la d&#233;faite du prol&#233;tariat n'est pas in&#233;vitable. Nous n'avons qu'&#224; obtenir et &#224; conserver l'appui des paysans, en d&#233;veloppant pas &#224; pas notre industrie. L'alliance avec les paysans nous est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons les banques et le contr&#244;le du cr&#233;dit. En nous servant des coop&#233;ratives, nous r&#233;ussirons en quelques dizaines d'ann&#233;es &#224; transformer l'id&#233;ologie des paysans. Il faut s'y prendre avec pr&#233;caution et une grande patience. Demandez au camarade Trotsky s'il a seulement fait allusion au r&#244;le des coop&#233;ratives que L&#233;nine, dans ses derniers articles, a toujours mises au premier plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots sur l'aide du prol&#233;tariat de l'Europe occidentale. D'apr&#232;s le camarade Trotsky, nous ne pourrons sortir de l'impasse que gr&#226;ce &#224; l'aide des Etats d'Europe occidentale o&#249; le prol&#233;tariat aura conquis le pouvoir. Or, le prol&#233;tariat n'a pas encore vaincu en Europe. Mais ne nous pr&#234;te-t-il pas un concours pr&#233;cieux. Et n'avons-nous pas l'appui d'une autre force : les peuples coloniaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur du camarade Trotsky est invariablement la m&#234;me. Il consid&#232;re les choses d'un point de vue formaliste. Il dit : ou victoire du prol&#233;tariat en Europe occidentale, ou fin de la r&#233;volution russe ; ou concours des Etats prol&#233;tariens d'Europe, ou n&#233;ant... En r&#233;alit&#233; les choses se passent tout autrement. Nous avons une s&#233;rie de demi-victoires, plus le mouvement colonial, plus la crise du capitalisme provoqu&#233;e par la guerre. Le l&#233;ninisme tient compte de cet aspect particulier de la situation internationale et de la forme sous laquelle se manifeste l'aide prol&#233;tarienne internationale, tandis que Trotsky se borne &#224; des sch&#233;mas trop abstraits et trop &#233;troits pour embrasser la vie mouvante et bigarr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un comit&#233; central qui aurait adopt&#233; le point de vue de Trotsky sur la question paysanne, aurait men&#233; le pays &#171; aux ab&#238;mes &#187; et inaugur&#233; une politique corporative demi-menchevique qui se fut appel&#233;e : &#171; purement prol&#233;tarienne &#187;. Nous aurions perdu contact avec la paysannerie et provoqu&#233; un conflit qui aurait pu nous &#234;tre fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a r&#233;cemment expos&#233; de nouveau des id&#233;es refl&#233;tant une id&#233;ologie du trotskisme. Notre parti ne saurait adopter des points de vue qu'il a combattus pendant de longues ann&#233;es. La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne nous est pas indiff&#233;rente. Nous ne cesserons pas de la combattre car nous voulons garder intactes les bases id&#233;ologiques et politiques de notre parti. Notre r&#233;volution n'est pas encore termin&#233;e. Nous ne songeons pas &#224; abdiquer, mais nous aurons t&#244;t ou tard le devoir de confier &#224; de nouvelles g&#233;n&#233;rations le sort de la r&#233;volution. L'histoire de notre parti n'a pas commenc&#233; et ne s'est pas termin&#233;e en octobre 1917. Notre parti a encore des dizaines d'ann&#233;es devant lui. Pour former la nouvelle g&#233;n&#233;ration qui continuera notre t&#226;che, il faut exposer les &#171; vieux &#187; litiges, parce qu'ils se rapportent directement aux probl&#232;mes actuels. C'est pourquoi nous croyons devoir pr&#233;server le parti de toutes tentatives de r&#233;vision du l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Voici quelques passages essentiels d'un discours du camarade Riazanov prononc&#233; au VIIIe congr&#232;s du parti : &#171; J'ai pr&#233;vu que notre parti prol&#233;tarien serait apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir plac&#233; devant le dilemme de s'appuyer ou sur les masses paysannes, ou sur le prol&#233;tariat occidental. Le camarade L&#233;nine et le groupe du parti qui le soutient, ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'appuyer sur les paysans. J'avais dans notre fraction d&#233;j&#224; caract&#233;ris&#233; la politique du camarade L&#233;nine. L&#233;nine voulait adopter les id&#233;es de Tolsto&#239; &#224; l'&#233;poque actuelle. Tolsto&#239; recommandait pour r&#233;nover la Russie, de na&#239;ves m&#233;thodes paysannes. L&#233;nine veut entreprendre la m&#234;me t&#226;che avec des m&#233;thodes paysannes et militaires. Nous voyons maintenant les fruits de cette politique paysanne et militaire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Il faut tenir compte ici de la relativit&#233; de l'&#171; interruption &#187; de la r&#233;volution. Dix ans se sont &#233;coul&#233;s apr&#232;s la r&#233;volution de 1905 jusqu'au d&#233;clenchement de la &#171; deuxi&#232;me &#187; r&#233;volution. L&#233;nine a &#233;crit dans son article intitul&#233; &#171; Deux tendances de la r&#233;volution &#187; que le parti r&#233;volutionnaire doit avant tout se rendre clairement compte des rapports des classes dans la r&#233;volution imminente. Il remarque au sujet de Trotsky que celui-ci &#171; s'acquitte mal de ce devoir, puisqu'il ne fait que r&#233;p&#233;ter sa th&#233;orie &#171; originelle &#187; de 1905, sans vouloir m&#234;me se donner la peine d'examiner pour quelle raison la vie a, pendant dix ans, pass&#233; outre cette excellente th&#233;orie &#187;. Il y a donc eu une certaine interruption de la r&#233;volution &#171; ininterrompue &#187;. Cette interruption et les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs ont inflig&#233; un d&#233;menti au camarade Trotsky, puisque la paysannerie a pris dans l'histoire une place que la th&#233;orie du camarade Trotsky lui refusait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Il convient de remarquer que ce sch&#233;ma ne saurait &#234;tre appliqu&#233; sans examen des rapports des forces sociales. Le trait caract&#233;ristique de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique en Russie consista en ce qu'elle ne put &#234;tre men&#233;e &#224; bonne fin que par une bataille livr&#233;e &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale devenue d&#232;s avant la victoire sur le tsarisme une force contre-r&#233;volutionnaire. L'ignorance de ce fait a conduit les mencheviks &#224; la trahison. L&#233;nine r&#233;futant les mencheviks, fit ressortir que ce sch&#233;ma ne saurait &#234;tre appliqu&#233; &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale. On est, quelquefois amen&#233; &#224; br&#251;ler les &#233;tapes, &#224; proc&#233;der par bonds. Mais L&#233;nine se d&#233;fend contre les conclusions que les &#171; lecteurs d'humeur querelleuse &#187; pourraient d&#233;gager de l&#224;, en feignant de supposer qu'il pr&#234;che une tactique d'&#233;tapes br&#251;l&#233;es sans compte tenu du rapport des forces sociales existantes &#187;. Ce qui importe, c'est de baser nos calculs sur le rapport des forces sociales. D&#233;velopper sans cesse la r&#233;volution, la diriger &#224; travers toutes les vicissitudes en tenant toujours compte du rapport des forces &#8212; toute la tactique du l&#233;ninisme est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 In &#171; Le but de la lutte du prol&#233;tariat dans notre r&#233;volution &#187; (1909). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 In &#171; Une question capitale &#187; (1917). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le caract&#232;re dialectique de la strat&#233;gie du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire</title>
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		<dc:date>2025-09-30T22:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
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		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution permanente</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le caract&#232;re dialectique de la strat&#233;gie du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivons une &#233;poque o&#249; nombre de le&#231;ons tir&#233;es dans le pass&#233; par les dirigeants r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; presque effac&#233;es, o&#249; les mouvements qui se r&#233;clament de la r&#233;volution prol&#233;tarienne communiste ont eux-m&#234;mes volontairement &#034;oubli&#233;&#034; la signification de la politique r&#233;volutionnaire. La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire fait partie de cet effa&#231;age volontaire et syst&#233;matique comme on vient de le voir dans les derniers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE &#034;LA VOIX DES TRAVAILLEURS&#034; - &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;R&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le caract&#232;re dialectique de la strat&#233;gie du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons une &#233;poque o&#249; nombre de le&#231;ons tir&#233;es dans le pass&#233; par les dirigeants r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; presque effac&#233;es, o&#249; les mouvements qui se r&#233;clament de la r&#233;volution prol&#233;tarienne communiste ont eux-m&#234;mes volontairement &#034;oubli&#233;&#034; la signification de la politique r&#233;volutionnaire. La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire fait partie de cet effa&#231;age volontaire et syst&#233;matique comme on vient de le voir dans les derniers mouvements sociaux dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie dialectique dans les mouvements actuels de la p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire, c'est partir d'aspirations revendicatives (apparemment r&#233;formistes parfois) pour leur donner un contenu transitoire (transition du capitalisme au socialisme) en constituant les embryons des futurs soviets qui prennent la t&#234;te des luttes afin de prendre conscience qu'ils devront prendre la t&#234;te de toute la soci&#233;t&#233;, C'est affirmer que le but des luttes actuelles est le pouvoir des assembl&#233;es et des comit&#233;s du mouvement qui renverse la dictature des milliardaires et sa fausse d&#233;mocratie parlementaire, c'est rompre avec les bureaucraties syndicales tout en s'adressant &#224; la base des syndicats et en tentant de les organiser avec nous, d&#233;noncer les forces de r&#233;pression tout en tentant de s'adresser &#224; la base de la police et de l'organiser avec nous, C'est aussi transformer les luttes nationales en luttes internationales. C'est permettre aux travailleurs et &#224; toutes les couches sociales r&#233;volt&#233;es de se p&#233;n&#233;trer du programme r&#233;volutionnaire que des d&#233;cennies de r&#233;formisme ont effac&#233;, d&#233;voy&#233;, trahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique d'un mouvement comme les Gilets jaunes, c'est d'&#234;tre &#224; la fois l&#233;gal et ill&#233;gal, revendicatif et r&#233;volutionnaire, &#233;conomique et politique, s'adressant aux paysans, aux petits patrons, aux petits p&#234;cheurs, aux petits artisans, aux autoentrepreneurs, aux couches moyennes appauvries, tout en ayant un caract&#232;re de classe prol&#233;tarien, &#224; la fois national et international, des femmes et des hommes, des actifs et des ch&#244;meurs, des jeunes et des vieux, n'opposant pas de mani&#232;re diam&#233;trale ce qui doit se composer, s'unir, se renforcer mutuellement, m&#234;me s'il s'agit de contraires. Une telle dialectique politique r&#233;volutionnaire s'oppose aussi bien aux extr&#234;me gauches opportunistes qu'aux courant ultragauches sectaires, autant &#224; la fausse extr&#234;me gauche qu'aux gauches communistes, aux ultra d&#233;fenseurs du parti qu'aux ultra d&#233;fenseur du spontan&#233;isme. Mais elle s'adresse aussi &#224; leur base militante tout en la critiquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#233;re dialectique de la strat&#233;gie du prol&#233;tariat r&#233;sulte directement de la dialectique de la lutte des classes. Mais que signifie ce terme de dialectique et que serait une strat&#233;gie r&#233;cusant la dialectique ? Cela signifierait opposer diam&#233;tralement les situations r&#233;volutionnaires et contre-r&#233;volutionnaires alors qu'elles s'opposent mais se composent et se transforment les unes dans les autres. Cela signifierait les isoler les unes des autres et ignorer qu'on peut se servir des unes contre les autres mais aussi pour susciter, d&#233;velopper, rendre conscientes et faire grandir les autres. La contre-r&#233;volution capitaliste s'en sert et le prol&#233;tariat a besoin d'une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire pour r&#233;aliser ce renversement dialectique. Eh oui ! changer la contre-r&#233;volution en r&#233;volution, ce n'est pas de la magie mais de la politique r&#233;volutionnaire et on appelle cela de la strat&#233;gie. Ce n'est ni des man&#339;uvres, ni des magouilles, ni des petits calculs sans fondements, ni des justifications pour soutenir d'autres forces sociales que le prol&#233;tariat, ni pour d&#233;velopper d'autres perspectives que celle, socialiste et communiste, de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re dialectique de la lutte de classes est ins&#233;parable des r&#233;volutions sociales dans lesquelles il ne s'agit pas d'un remplacement des personnels au pouvoir mais d'un changement radical de type d'Etat, le remplacement d'une classe dominante par une autre. Le caract&#232;re brutal, discontinu, de ce changement social est le produit de la rupture dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes entre prol&#233;tariat et classe capitaliste a toujours eu un caract&#232;re dialectique. Rappelons que la dialectique suppose l'unit&#233; dynamique des contraires menant &#224; des sauts dans la progression historique, &#224; des ruptures et &#224; des bonds, &#224; des changements qualitatifs. Le r&#233;formisme et l'opportunisme ne peuvent que nier la dialectique, la m&#233;priser ou faire semblant de s'en passer. Les r&#233;volutionnaires en font la pierre angulaire de leur politique. Par opposition &#224; la tactique, ils appellent cette politique la strat&#233;gie et elle se passe avant et au-dessus de la tactique. La strat&#233;gie se base sur des analyses des fondements m&#234;me de la situation historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pas de cette strat&#233;gie d&#233;coule non seulement de l'exp&#233;rience actuelle du prol&#233;tariat mais aussi d'un &#233;l&#233;ment qui lui est ext&#233;rieur : l'&#233;tude historique et th&#233;orique et m&#234;me la philosophie. C'est un des points du &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine le plus souvent oubli&#233; sciemment par les extr&#234;mes gauches pseudo r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie se fonde sur l'&#233;tude des bases de la situation mondiale, qui ne d&#233;bute pas par le sort du prol&#233;tariat mais par l'appr&#233;ciation de l'&#233;tat du syst&#232;me d'exploitation dans ses buts et perspectives pour lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie ne commence pas par se demander &#171; &#224; quel stade en est le prol&#233;tariat &#187; mais &#171; &#224; quel stade en est le capitalisme &#187;. Certes, le capitalisme ne pourra &#234;tre renvers&#233; et remplac&#233; par le socialisme que par une action consciente et organis&#233;e du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Cependant, cela n'est possible que si le syst&#232;me est au bout du rouleau, compl&#232;tement d&#233;pass&#233; historiquement, incapable de fonctionner et pas seulement &#171; en crise &#187;. Il ne faut pas d'abord se demander &#171; est-ce que le prol&#233;tariat est pr&#234;t pour la r&#233;volution et le socialisme ? &#187; mais &#171; est-ce que le capitalisme est m&#251;r pour chuter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de la strat&#233;gie se d&#233;ploie pleinement quand elle expose comment utiliser toutes les faiblesses du syst&#232;me pour transformer les faiblesses du prol&#233;tariat en forces actives, permettant de dissoudre, de casser, de fracturer celles de l'ennemi capitaliste, de lui faire perdre ses moyens &#233;tatiques, ses alli&#233;s, ses armes de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie, c'est une id&#233;e th&#233;orique coh&#233;rente du chemin &#224; parcourir pour que toutes les faiblesses du capitalisme soient chang&#233;es en forces du prol&#233;tariat et que toutes les faiblesses du prol&#233;tariat soient activement combatues et r&#233;par&#233;es. La strat&#233;gie est un terme militaire car elle correspond aux questions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les forces adverses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les faiblesses adverses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les armes adverses et les moyens de les annihiler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les alli&#233;s de l'adversaire et les moyens de les gagner ou de les affaiblir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les ennemis de l'adversaire et les moyens de les utiliser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les craintes de l'adversaire et les moyens de les aiguiser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etc, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue d'ensemble de la strat&#233;gie militaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1962_num_27_5_2331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1962_num_27_5_2331&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie dans le domaine de la guerre des Etats capitalistes est elle-m&#234;me dialectique comme le rappelle, &#224; sa mani&#232;re capitaliste, le sp&#233;cialiste en strat&#233;gie militaire am&#233;ricain Edward N. Luttwak dans &#171; Le paradoxe de la strat&#233;gie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la nature de la strat&#233;gie est ce qu'elle est, elle le doit &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; d'une r&#233;action hostile &#224; toute action entreprise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expose ce qui en r&#233;sulte : il n'y a aucune lin&#233;arit&#233;, les effets ne sont pas proportionnels aux causes et peuvent m&#234;me &#234;tre inverses de ceux souhait&#233;s, c'est-&#224;-dire favoriser de mani&#232;re inattendue l'adversaire. Ce n'est pas la m&#234;me logique lin&#233;aire que celle couramment employ&#233;e dans la vie. Ce n'est pas le bon sens qui prime en strat&#233;gie. Il en ressort des paradoxes avec des inversements brutaux de situations. Le positif devient n&#233;gatif et inversement. La logique lin&#233;aire ne doit pas servir ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit d'une interaction dynamique des contraires qui conduit du succ&#232;s &#224; l'&#233;chec et de l'&#233;chec au succ&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien qu'il ne s'agit pas seulement d'une terminologie militaire mais d'une philosophie politique &#224; buts de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le prol&#233;tariat, cela consiste &#224; consid&#233;rer la lutte comme une guerre entre les classes, guerre dans laquelle la politique (et d'abord la philosophie, la th&#233;orie) se transforme en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re manifestation du caract&#232;re dialectique de la lutte des classes (du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat comme du c&#244;t&#233; de la classe capitaliste) est la pr&#233;sence, souvent manifest&#233;e, de paradoxes apparents, en fait des contradictions internes r&#233;elles de la situation, que la politique d'un des adversaires peut ou pas exploiter, s'il les comprend et sait en tirer profit. Prenons en quelques exemples historiques connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier paradoxe. C'est dans le pays capitaliste le plus en retard de l'&#233;poque, la France de 1871, et non le plus en avance l'Angleterre, qu'a eu lieu la premi&#232;re exp&#233;rience de pouvoir aux travailleurs. C'est encore dans le pays capitaliste le plus en retard de l'&#233;poque, la Russie de 1917, qu'a eu lieu la seconde. C'est encore dans des pays o&#249; le capitalisme &#233;tait &#224; peine apparu, la Chine de 1925 et l'Espagne de 1936, et pas dans les grands pays capitalistes d'Am&#233;rique, de France ou d'Angleterre, que les manifestations de force et de dynamisme des soviets ont &#233;t&#233; les plus impressionnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres paradoxes des situations r&#233;volutionnaires frappent. Ce n'est pas dans les pays o&#249; le prol&#233;tariat &#233;tait le plus organis&#233; en syndicats et partis ouvriers, Angleterre et Allemagne qu'il a men&#233; les plus grandes luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le moment o&#249; le prol&#233;tariat &#233;tait le plus d&#233;sesp&#233;r&#233;, d&#233;sorganis&#233;, tromp&#233;, frapp&#233; &#224; mort, du fait de la guerre, des sacrifices et de la d&#233;faite se rajoutant &#224; la mis&#232;re que les exploit&#233;s ont manifest&#233; les plus extraordinaires capacit&#233;s de lutte r&#233;volutionnaire, allant jusqu'&#224; l'insurrection, jusqu'&#224; renverser le pouvoir. Et aussi les plus &#233;tonnantes capacit&#233;s d'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aux pires moments d'offensive contre-r&#233;volutionnaire des exploiteurs et de leurs classes dirigeantes que les exploit&#233;s sont pass&#233;s &#224; l'offensive r&#233;volutionnaire, renversant la situation au moment crucial : la contre-r&#233;volution de K&#233;rensky suivie du putsch de Kornilov se transformant en contre-offensive des soviets, bloquant le coup d'&#233;tat militaire fasciste, puis en r&#233;volution d'Octobre 1917, les soviets prenant tout le pouvoir. L&#224; encore, au moment o&#249; les travailleurs semblaient le plus d&#233;boussol&#233;s, d&#233;sorganis&#233;s, d&#233;moralis&#233;s, quand leurs leaders bolcheviks &#233;taient calomni&#233;s, arr&#234;t&#233;s, pourchass&#233;s et que leurs autres leaders les trahissaient honteusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre paradoxe dialectique : c'est la guerre r&#233;volutionnaire des travailleurs russes et des peuples de l'empire russe r&#233;volt&#233;s qui a non seulement transform&#233; la guerre imp&#233;rialiste en lutte internationale pour renverser tous les imp&#233;rialismes, entrainant notamment la r&#233;volution des soviets en Allemagne et, du coup, impos&#233; aux puissances imp&#233;rialistes d'arr&#234;ter la guerre. La seule vraie &#171; guerre pour la paix &#187; n'est pas celle des arm&#233;es bourgeoises ni des pacifistes mais la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Ce n'est donc pas le pacifisme bourgeois qui produit la paix, pas plus que ce n'est la lutte de la d&#233;mocratie bourgeoise qui combat la marche &#224; la dictature, mais la &#171; dictature &#187; du prol&#233;tariat qui n'est dictatoriale que contre les exploiteurs et oppresseurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce renversement dialectique de l'Histoire ne s'est pas fait enti&#232;rement de mani&#232;re spontan&#233;e. Les travailleurs ont eu besoin pour cela de la dialectique strat&#233;gique de L&#233;nine et Trotsky pour transformer la contre-r&#233;volution en r&#233;volution, le n&#233;gatif en positif, les domin&#233;s en dominants, les battus en vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux dirigeants &#233;taient, tout comme Marx et Engels, th&#233;oriquement pr&#233;par&#233;s &#224; la dialectique historique de la lutte des classes et &#224; la strat&#233;gie de guerre du prol&#233;tariat dans ces conditions d'exception que sont les situations r&#233;volutionnaires, celles o&#249; le rapport des forces peut s'inverser en quelques heures et pour quelques jours, celles o&#249; un cr&#233;neau peut s'ouvrir &#224; l'insurrection prol&#233;tarienne prenant le pouvoir &#224; des classes poss&#233;dantes install&#233;es au sommet de l'Etat pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie dialectique de la strat&#233;gie, Trotsky la poss&#233;dait d&#233;j&#224; enti&#232;rement d&#232;s 1905 et l'avait d&#233;velopp&#233;e par &#233;crit en 1906. Il l'avait appel&#233; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Elle &#233;tait loin d'&#234;tre reconnue alors, m&#234;me des militants les plus r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque, souvent bolcheviques, m&#234;me de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie r&#233;volutionnaire a permis, en bloquant les organisations r&#233;formistes, opportunistes et nationalistes et en les d&#233;non&#231;ant sans se couper des aspirations des travailleurs, sans diviser la lutte, sans isoler les plus radicaux des autres travailleurs, de transformer des revendications, actions et des organisations d&#233;fensives des travailleurs en revendications, actions et organisations offensives en d&#233;montrant que la seule perspective des luttes &#233;conomiques, politiques et sociales est le pouvoir des conseils ouvriers, la division profonde entre les prol&#233;taires et la petite bourgeoisie, cette derni&#232;re visant d'abord &#224; devenir grande et non pas &#224; contester la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le fonctionnement du capitalisme, &#233;tant transform&#233;e par cette politique en une alliance contre la grande bourgeoisie, et, l'oppression nationale, raciale, interethnique ou interreligieuse se transformant en union contre l'Etat oppresseur, enfin, la guerre barbare permettant l'union des prol&#233;taires et de la base des forces arm&#233;es de l'Etat capitaliste, les soviets de travailleurs appelant les petits soldats &#224; se constituer eux-m&#234;mes en soviets et &#224; refuser d'ob&#233;ir &#224; leur hi&#233;rarchie et s'unissant pour s'opposer &#224; la r&#233;pression de la r&#233;volution puis pour renverser le pouvoir capitaliste. La strat&#233;gie de r&#233;volution permanente a servi &#224; transformer la lutte des paysans pour la terre en soutien au pouvoir des soviets de travailleurs visant pourtant &#224; la propri&#233;t&#233; collective, &#224; transformer la lutte sur la question nationale en soutien &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale. Elle a ainsi permis que les peuples opprim&#233;s de Russie se retrouvent en masse dans l'arm&#233;e rouge des travailleurs des villes et des campagnes, faisant basculer le rapport de forces contre les arm&#233;es du tsar, les arm&#233;es des partis sociaux-d&#233;mocrates et nationalistes, les arm&#233;es imp&#233;rialistes et autres arm&#233;es bourgeoises des pays voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le prol&#233;tariat russe, classe tr&#232;s minoritaire, a pris le pouvoir avec le soutien de la grande majorit&#233; du peuple travailleur. Seule la strat&#233;gie de r&#233;volution permanente est capable de telles prouesses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les oppositions diam&#233;trales (d&#233;mocratie/dictature, prol&#233;taires/petite bourgeoisie, internationalisme/nationalisme, villes/campagnes, d&#233;mocratie/dictature du prol&#233;tariat, communisme/propri&#233;t&#233; priv&#233;e, russes/nationalit&#233;s opprim&#233;es, oppositions interreligieuses, etc.) ont &#233;t&#233; bouscul&#233;es, renvers&#233;es m&#234;me par la dialectique de la r&#233;volution. La r&#233;action contre-r&#233;volutionnaire a ainsi servi &#224; armer&#8230; la r&#233;volution, transformant m&#234;me les victimes des pogromes en l'une des ailes marchantes de la r&#233;volution socialiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;tendu &#171; r&#233;alisme &#187; des fausses extr&#234;mes gauches qui oppose diam&#233;tralement (et non dialectiquement) offensive et d&#233;fensive des travailleurs, situations r&#233;volutionnaires et situations contre-r&#233;volutionnaires, aspirations nationales des peuples opprim&#233;s et internationalisme, revendications et luttes d&#233;fensives et offensives, aspirations r&#233;formistes et auto-organisations r&#233;volutionnaires est bouscul&#233;, d&#233;nonc&#233; et renvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce combat, men&#233; par Marx, Engels, L&#233;nine ou Trotsky, doit &#224; nouveau &#234;tre men&#233;. Il faut se r&#233;approprier la th&#233;orie, se battre contre les nouveaux r&#233;formismes, opportunismes et purismes gauchistes et sectaires. Le stalinisme a discr&#233;dit&#233; la r&#233;volution russe aux yeux de bien des travailleurs. Mais personne ne peut dire que le stalinisme est le produit de la politique de r&#233;volution permanente tant Staline et ses sbires ont fait d'efforts pour en combattre publiquement la th&#233;orie, faisant de la construction pr&#233;tendument nationale du socialisme l'oppos&#233; diam&#233;tral de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, la r&#233;volution permanente est aussi la d&#233;nonciation permanente du stalinisme et tous ses adeptes en m&#234;me temps que du r&#233;formisme et des faux dirigeants du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour conclure : la r&#233;volution permanente est notre philosophie permanente de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat selon Marx en 1850 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/18500300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/18500300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1906 expose la strat&#233;gie d'Octobre 1917 dans &#171; Bilan et perspectives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bpsomm.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bpsomm.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine expliquait aux amateurs de &#034;probl&#232;mes politiques concrets&#034; que notre politique n'est pas de caract&#232;re conjoncturel mais principiel ; que la tactique est subordonn&#233;e &#224; la strat&#233;gie ; que, pour nous, le sens fondamental de chaque campagne politique est de mener les travailleurs des questions particuli&#232;res aux probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux, c'est-&#224;-dire de les amener &#224; la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; moderne et du caract&#232;re de ses forces fondamentales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;D&#233;fense du marxisme&#034; dans le paragraphe &#034;contre le pseudo &#034;r&#233;alisme&#034; politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le concept de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire ne s'est form&#233; que dans les ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre, sous l'influence initiale, sans doute, de la terminologie militaire. Mais ce n'est pas par hasard qu'il s'est affirm&#233;. Avant la guerre, nous ne parlions que de la tactique du parti prol&#233;tarien, et cette conception correspondait exactement aux m&#233;thodes parlementaires et syndicales qui pr&#233;dominaient alors et qui ne d&#233;passaient pas le cadre des revendications et des t&#226;ches courantes. La tactique se limite &#224; un syst&#232;me de mesures se rapportant &#224; un probl&#232;me particulier d'actualit&#233; ou &#224; un domaine s&#233;par&#233; de la lutte des classes. La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire couvre tout un syst&#232;me combin&#233; d'actions qui, dans leur liaison et leur succession, comme dans leur d&#233;veloppement, doivent amener le prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#233;vident que les principes fondamentaux de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire ont &#233;t&#233; formul&#233;s depuis que le marxisme a pos&#233; devant les partis r&#233;volutionnaires le probl&#232;me de la conqu&#234;te du pouvoir sur la base de la lutte des classes. Mais la I&#176; Internationale a seulement r&#233;ussi &#224; formuler ces principes sur le plan th&#233;orique et &#224; les contr&#244;ler en partie, gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience de diff&#233;rents pays. L'&#233;poque de la II&#176; Internationale a fait na&#238;tre des m&#233;thodes et des conceptions telles que, dans leur application, suivant la fameuse expression de Bernstein, &#034; le mouvement est tout, le but final n'est rien &#034;. En d'autres termes, le probl&#232;me de la strat&#233;gie s'est r&#233;duit &#224; rien, il a &#233;t&#233; noy&#233; dans le &#034; mouvement &#034; quotidien avec ses mots d'ordre relevant de la tactique journali&#232;re. C'est la III&#176; Internationale seulement qui r&#233;tablit les droits de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du communisme et lui subordonna enti&#232;rement les m&#233;thodes de la tactique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, 1928, L'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical222.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical222.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1928 dans &#171; L'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine &#187; expose comment le stalinisme rompt compl&#232;tement avec la strat&#233;gie du l&#233;ninisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on ne comprend pas de fa&#231;on large, g&#233;n&#233;ralis&#233;e, dialectique, que l'&#233;poque actuelle est celle des brusques retournements, on ne saurait &#233;duquer vraiment les jeunes partis, diriger judicieusement la strat&#233;gie de la lutte des classes, en combiner valablement les proc&#233;d&#233;s tactiques, ni surtout changer d'armes brusquement, audacieusement, r&#233;solument, lors de chaque nouvelle situation. Or deux ou trois jours de changement brusque d&#233;cident parfois du sort de la r&#233;volution internationale pour des ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente, au sens que Marx avait attribu&#233; &#224; cette conception, signifie une r&#233;volution qui ne veut transiger avec aucune forme de domination de classe, qui ne s'arr&#234;te pas au stade d&#233;mocratique mais passe aux mesures socialistes et &#224; la guerre contre la r&#233;action ext&#233;rieure, une r&#233;volution dont chaque &#233;tape est contenue en germe dans l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente, une r&#233;volution qui ne finit qu'avec la liquidation totale de la soci&#233;t&#233; de classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour dissiper la confusion cr&#233;&#233;e autour de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, il faut distinguer trois cat&#233;gories d'id&#233;es qui s'unissent et se fondent dans cette th&#233;orie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle comprend, d'abord, le probl&#232;me du passage de la r&#233;volution d&#233;mocratique &#224; la r&#233;volution socialiste. Et c'est l&#224; au fond son origine historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e de la r&#233;volution permanente fut mise en avant par les grands communistes du milieu du XIX&#176; si&#232;cle, Marx et ses disciples, pour faire pi&#232;ce &#224; l'id&#233;ologie bourgeoise qui, comme on le sait, pr&#233;tend qu'apr&#232;s l'&#233;tablissement d'un Etat &#034; rationnel &#034; ou d&#233;mocratique, toutes les questions peuvent &#234;tre r&#233;solues par la voie pacifique de l'&#233;volution et des r&#233;formes. Marx ne consid&#233;rait la r&#233;volution bourgeoise de 1848 que comme le prologue imm&#233;diat de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, Marx s'&#233;tait &#034; tromp&#233; &#034;. Mais son erreur &#233;tait une erreur de fait, non une erreur de m&#233;thodologie. La r&#233;volution de 1848 ne se transforma pas en r&#233;volution socialiste. Mais c'est la raison pour laquelle elle n'aboutit pas au triomphe de la d&#233;mocratie. Quant &#224; la r&#233;volution allemande de 1918, elle n'est pas du tout l'ach&#232;vement d&#233;mocratique d'une r&#233;volution bourgeoise : c'est une r&#233;volution prol&#233;tarienne d&#233;capit&#233;e par la social-d&#233;mocratie ; plus exactement : c'est une contre-r&#233;volution bourgeoise qui, apr&#232;s sa victoire sur le prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; oblig&#233;e de conserver de fallacieuses apparences de d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s le sch&#233;ma de l'&#233;volution historique &#233;labor&#233; par le &#034; marxisme &#034; vulgaire, chaque soci&#233;t&#233; arrive, t&#244;t ou tard, &#224; se donner un r&#233;gime d&#233;mocratique ; alors le prol&#233;tariat s'organise et fait son &#233;ducation socialiste dans cette ambiance favorable. Cependant, en ce qui concerne le passage au socialisme, les r&#233;formistes avou&#233;s l'envisageaient sous l'aspect de r&#233;formes qui donneraient &#224; la d&#233;mocratie un contenu socialiste (Jaur&#232;s) ; les r&#233;volutionnaires formels reconnaissaient l'in&#233;luctabilit&#233; de la violence r&#233;volutionnaire au moment du passage au socialisme (Guesde). Mais les uns et les autres consid&#233;raient la d&#233;mocratie et le socialisme, chez tous les peuples et dans tous les pays, comme deux &#233;tapes non seulement distinctes, mais m&#234;me tr&#232;s &#233;cart&#233;es l'une de l'autre dans l'&#233;volution sociale. Cette id&#233;e &#233;tait &#233;galement pr&#233;dominante chez les marxistes russes qui, en 1905, appartenaient plut&#244;t &#224; l'aile gauche de la II&#176; Internationale. Plekhanov, ce fondateur brillant du marxisme russe, consid&#233;rait comme folle l'id&#233;e de la possibilit&#233; d'une dictature prol&#233;tarienne dans la Russie contemporaine. Ce point de vue &#233;tait partag&#233; non seulement par les mencheviks, mais aussi par l'&#233;crasante majorit&#233; des dirigeants bolcheviques, en particulier par les dirigeants actuels du parti. Ils &#233;taient alors des d&#233;mocrates r&#233;volutionnaires r&#233;solus, mais les probl&#232;mes de la r&#233;volution socialiste leur semblaient, aussi bien en 1905 qu'&#224; la veille de 1917, le pr&#233;lude confus d'un avenir encore lointain.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, renaissant en 1905, d&#233;clara la guerre &#224; cet ordre d'id&#233;es et &#224; ces dispositions d'esprit. Elle d&#233;montrait qu'&#224; notre &#233;poque l'accomplissement des t&#226;ches d&#233;mocratiques, que se proposent les pays bourgeois arri&#233;r&#233;s, les m&#232;ne directement &#224; la dictature du prol&#233;tariat, et que celle-ci met les t&#226;ches socialistes &#224; l'ordre du jour. Toute l'id&#233;e fondamentale de la th&#233;orie &#233;tait l&#224;. Tandis que l'opinion traditionnelle estimait que le chemin vers la dictature du prol&#233;tariat passe par une longue p&#233;riode de d&#233;mocratie, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente proclamait que, pour les pays arri&#233;r&#233;s, le chemin vers la d&#233;mocratie passe par la dictature du prol&#233;tariat. Par cons&#233;quent, la d&#233;mocratie &#233;tait consid&#233;r&#233;e non comme une fin en soi qui devait durer des dizaines d'ann&#233;es, mais comme le prologue imm&#233;diat de la r&#233;volution socialiste, &#224; laquelle la rattachait un lien indissoluble. De cette mani&#232;re, on rendait permanent le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire qui allait de la r&#233;volution d&#233;mocratique jusqu'&#224; la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous son deuxi&#232;me aspect, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente caract&#233;rise la r&#233;volution socialiste elle-m&#234;me. Pendant une p&#233;riode dont la dur&#233;e est ind&#233;termin&#233;e, tous les rapports sociaux se transforment au cours d'une lutte int&#233;rieure continuelle. La soci&#233;t&#233; ne fait que changer sans cesse de peau. Chaque phase de reconstruction d&#233;coule directement de la pr&#233;c&#233;dente. Les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent gardent par n&#233;cessit&#233; un caract&#232;re politique, parce qu'ils prennent la forme de chocs entre les diff&#233;rents groupements de la soci&#233;t&#233; en transformation. Les explosions de la guerre civile et des guerres ext&#233;rieures alternent avec les p&#233;riodes de r&#233;formes &#034; pacifiques &#034;. Les bouleversements dans l'&#233;conomie, la technique, la science, la famille, les m&#339;urs et les coutumes forment, en s'accomplissant, des combinaisons et des rapports r&#233;ciproques tellement complexes que la soci&#233;t&#233; ne peut pas arriver &#224; un &#233;tat d'&#233;quilibre. En cela se r&#233;v&#232;le le caract&#232;re permanent de la r&#233;volution socialiste elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous son troisi&#232;me aspect, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente envisage le caract&#232;re international de la r&#233;volution socialiste qui r&#233;sulte de l'&#233;tat pr&#233;sent de l'&#233;conomie et de la structure sociale de l'humanit&#233;. L'internationalisme n'est pas un principe abstrait : il ne constitue que le reflet politique et th&#233;orique du caract&#232;re mondial de l'&#233;conomie, du d&#233;veloppement mondial des forces productives et de l'&#233;lan mondial de la lutte de classe, La r&#233;volution socialiste commence sui le terrain national, mais elle ne peut en rester l&#224;. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne petit &#234;tre maintenue dans les cadres nationaux que sous forme de r&#233;gime provisoire, m&#234;me si celui-ci dure assez longtemps, comme le d&#233;montre l'exemple de l'Union sovi&#233;tique. Dans le cas o&#249; existe une dictature prol&#233;tarienne isol&#233;e, les contradictions int&#233;rieures et ext&#233;rieures augmentent in&#233;vitablement, en m&#234;me temps que les succ&#232;s. Si l'Etat prol&#233;tarien continuait &#224; rester isol&#233;, il succomberait &#224; la fin, victime de ces contradictions, Son salut r&#233;side uniquement dans la victoire du prol&#233;tariat des pays avanc&#233;s. De ce point de vue, la r&#233;volution nationale ne constitue pas un but en soi ; elle ne repr&#233;sente qu'un maillon de la cha&#238;ne internationale. La r&#233;volution internationale, malgr&#233; ses reculs et ses reflux provisoires, repr&#233;sente un processus permanent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La campagne des &#233;pigones staliniens est men&#233;e, sans arriver cependant &#224; avoir toujours le m&#234;me degr&#233; de nettet&#233;, contre les trois aspects de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. C'est tout naturel, car il s'agit de trois parties indissolublement li&#233;es et formant un tout. Les &#233;pigones, par un proc&#233;d&#233; m&#233;canique, s&#233;parent la dictature d&#233;mocratique de la dictature socialiste, comme ils s&#233;parent la r&#233;volution socialiste nationale de la r&#233;volution internationale. Pour eux, la conqu&#234;te du pouvoir dans les cadres nationaux repr&#233;sente, au fond, non pas l'acte initial, mais bien l'acte final de la r&#233;volution : ensuite s'ouvre la p&#233;riode des r&#233;formes qui aboutissent &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1905, ils n'admettaient m&#234;me pas la possibilit&#233; pour le prol&#233;tariat russe de conqu&#233;rir le pouvoir avant le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale. En 1917 ils pr&#234;chaient la r&#233;volution d&#233;mocratique en Russie, comme fin en soi, et repoussaient l'id&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat. En 1925-1927, en Chine, ils s'orient&#232;rent vers une r&#233;volution nationale sous la direction de la bourgeoisie. Ils lanc&#232;rent ensuite, pour la Chine, le mot d'ordre de la dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans, qu'ils oppos&#232;rent &#224; la dictature du prol&#233;tariat. Ils proclam&#232;rent qu'il &#233;tait tout &#224; fait possible de construire dans l'Union sovi&#233;tique une soci&#233;t&#233; socialiste isol&#233;e se suffisant &#224; elle-m&#234;me. La r&#233;volution mondiale, cessant d'&#234;tre une condition indispensable pour le triomphe du socialisme, ne devint plus pour eux qu'une circonstance favorable. Les &#233;pigones en arriv&#232;rent &#224; cette rupture profonde avec le marxisme au cours de leur lutte permanente contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lutte, commenc&#233;e par la r&#233;surrection artificielle de certains souvenirs historiques et la falsification du lointain pass&#233;, conduisit &#224; une r&#233;vision compl&#232;te des id&#233;es du groupe dirigeant de la r&#233;volution. Nous avons d&#233;j&#224; expliqu&#233; maintes fois que cette r&#233;vision des valeurs fut provoqu&#233;e par les n&#233;cessit&#233;s sociales de la bureaucratie sovi&#233;tique : devenant de plus en plus conservatrice, elle aspirait &#224; un ordre national stable ; elle estimait que la r&#233;volution accomplie, lui ayant assur&#233; une situation privil&#233;gi&#233;e, &#233;tait suffisante pour la construction pacifique du socialisme, et elle r&#233;clamait la cons&#233;cration de cette th&#232;se. Nous ne reviendrons plus ici sur cette question, niais nous nous bornerons &#224; souligner que la Bureaucratie est parfaitement consciente de la liaison qui existe entre ses positions mat&#233;rielles et id&#233;ologiques et la th&#233;orie du socialisme national. C'est pr&#233;cis&#233;ment aujourd'hui que cela devient tr&#232;s clair bien que ou, peut-&#234;tre, parce que l'appareil stalinien, assailli par des contradictions qu'il n'avait pas pr&#233;vues, tourne de plus en plus &#224; gauche et porte des coups sensibles &#224; ses inspirateurs d'hier, appartenant &#224; la droite. Comme on le sait, l'hostilit&#233; des bureaucrates envers l'opposition marxiste, &#224; laquelle ils ont pourtant emprunt&#233; en h&#226;te ses mots d'ordre et ses arguments, ne faiblit point. Lorsque des oppositionnels, voulant pr&#234;ter leur appui &#224; la politique de l'industrialisation, soul&#232;vent la question de leur r&#233;int&#233;gration dans le parti, on leur demande, avant tout, de renier la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente et de reconna&#238;tre, m&#234;me indirectement, la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays. En cela, la bureaucratie stalinienne trahit le caract&#232;re purement tactique de son tournant &#224; gauche, tout en laissant intactes les bases strat&#233;giques de son national-r&#233;formisme. L'importance de ce fait est &#233;vidente ; en politique, comme dans la guerre la tactique est en fin de compte subordonn&#233;e &#224; la strat&#233;gie. La question qui nous occupe a, depuis longtemps, d&#233;pass&#233; les cadres de la lutte contre le &#034; trotskysme &#034;. S'&#233;tendant de plus en plus, elle embrasse maintenant litt&#233;ralement tous les probl&#232;mes de l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire. R&#233;volution permanente ou Socialisme dans un seul pays, cette alternative embrasse les probl&#232;mes int&#233;rieurs de l'Union sovi&#233;tique, les perspectives des r&#233;volutions en Orient et, finalement, le sort de toute l'Internationale communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; &#171; La r&#233;volution permanente &#187; de Trotsky (1929)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp01.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole de Strat&#233;gie r&#233;volutionnaire (Trotsky en 1921)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819b.htm#4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819b.htm#4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne strat&#233;gique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Russie, expos&#233;e par les trotkistes en 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1932/00/opposition.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1932/00/opposition.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e strat&#233;gique dans le marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=w_w50_aIcJo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=w_w50_aIcJo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline contre la r&#233;volution permanente de Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4800541c.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4800541c.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui veulent r&#233;volutionner la soci&#233;t&#233; doivent raisonner dialectiquement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5643&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5643&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution permanente de Saumyendra Nath Tagore</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7939</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7939</guid>
		<dc:date>2024-11-09T23:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;volution permanente &lt;br class='autobr' /&gt;
de Saumyendra Nath Tagore &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la premi&#232;re Adresse du Comit&#233; central de la Ligue communiste &#224; ses membres en Allemagne, en mars 1850, Marx &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt; Tandis que les petits bourgeois d&#233;mocrates veulent terminer la r&#233;volution au plus vite et apr&#232;s avoir tout au plus r&#233;alis&#233; les revendications ci-dessus, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre devoir de rendre la r&#233;volution permanente, jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;R&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution permanente
&lt;p&gt;de Saumyendra Nath Tagore&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re Adresse du Comit&#233; central de la Ligue communiste &#224; ses membres en Allemagne, en mars 1850, Marx &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tandis que les petits bourgeois d&#233;mocrates veulent terminer la r&#233;volution au plus vite et apr&#232;s avoir tout au plus r&#233;alis&#233; les revendications ci-dessus, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre devoir de rendre la r&#233;volution permanente, jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es du pouvoir, que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays r&#233;gnants du monde l'association des prol&#233;taires ait fait assez de progr&#232;s pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prol&#233;taires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives d&#233;cisives... Mais ils (les ouvriers allemands - S.N. T.) contribueront eux-m&#234;mes &#224; leur victoire d&#233;finitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, se poseront d&#232;s que possible en parti ind&#233;pendant et ne se laisseront pas un instant d&#233;tourner &#8212; par les phrases hypocrites des petits bourgeois d&#233;mocratiques &#8212; de l'organisation autonome du parti du prol&#233;tariat. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La r&#233;volution en permanence !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les mots m&#233;morables par lesquels Marx a clairement &#233;nonc&#233; le caract&#232;re permanent de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale jusqu'&#224; la victoire finale du socialisme. Les points saillants des arguments de Marx en faveur de la r&#233;volution permanente sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la petite-bourgeoisie d&#233;mocratique d&#233;cr&#232;tera rapidement l'arr&#234;t de la r&#233;volution d&#232;s que ses int&#233;r&#234;ts seront remplis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il est dans l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re de ne pas mettre un terme rapide &#224; la r&#233;volution, mais de la rendre permanente jusqu'&#224; ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) toutes les classes poss&#233;dantes soient plus ou moins d&#233;poss&#233;d&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) le pouvoir gouvernemental &#233;tabli par le prol&#233;tariat et les association de travailleurs, soit r&#233;alis&#233; non seulement dans un pays mais dans tous les pays importants du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) par l'acquisition du pouvoir gouvernemental dans tous les pays importants, la concurrence entre les prol&#233;taires dans ces pays prenne fin et qu'au moins les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, jusqu'&#224; ce que ces objectifs soient atteints, le cri de guerre du prol&#233;tariat de chaque pays doit &#234;tre celui de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est clair que selon Marx, pour la victoire du socialisme, la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut pas limiter sa t&#226;che &#224; l'expropriation des classes poss&#233;dantes d'un seul pays et &#224; la prise du pouvoir gouvernemental dans un seul pays. Pour la victoire du socialisme, le prol&#233;tariat doit d&#233;poss&#233;der les classes poss&#233;dantes dans plusieurs pays, tout comme il doit s'emparer du pouvoir d'&#201;tat &#171; dans tous les pays importants du monde &#187;. (K. Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tape est n&#233;cessaire car ce n'est qu'ainsi que les puissantes forces de la concurrence capitaliste de ces pays capitalistes importants seront &#233;limin&#233;es. Par &#171; tous les pays importants du monde &#187;, Marx d&#233;signait sans aucun doute les pays capitalistes les plus d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins que cette concurrence effr&#233;n&#233;e ne soit &#233;limin&#233;e et que &#171; les forces productives les plus importantes ne soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat &#187; (K. Marx), non seulement dans un pays mais dans tous les pays capitalistes les plus avanc&#233;s, le socialisme sera impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le cri de guerre du prol&#233;tariat doit &#234;tre la &#171; R&#233;volution Permanente &#187;. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;ussie dans un pays est un ferment id&#233;ologique et mat&#233;riel pour des r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans d'autres pays. C'est le point de d&#233;part de la r&#233;volution permanente - la r&#233;volution mondiale -. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ira &#224; l'encontre de son propre objectif - l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; socialiste - si les puissantes forces de la concurrence capitaliste ne sont pas &#233;limin&#233;es. Et l'&#233;limination de ces forces ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans les principaux pays capitalistes. Entour&#233;e par l'oc&#233;an d&#233;cha&#238;n&#233; des &#201;tats capitalistes, la petite &#238;le d'un &#201;tat prol&#233;tarien - la dictature prol&#233;tarienne - peut r&#233;ussir &#224; survivre, mais elle ne pourra jamais atteindre le niveau o&#249; la victoire du socialisme rendrait la dictature prol&#233;tarienne elle-m&#234;me superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces raisons &#233;conomiques et politiques fondamentales qui ont conduit Marx &#224; proposer, d&#232;s 1850, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans r&#233;volution permanente, il n'y a pas de socialisme. En insistant encore et encore sur la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution mondiale pour la victoire du socialisme en Russie, L&#233;nine r&#233;pondait &#224; sa conviction intellectuelle et &#224; sa foi dans la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et L&#233;nine ont tous deux soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; absolue d'une r&#233;volution mondiale, d'une vague continue de r&#233;volutions dans les principaux pays capitalistes du monde sur la cr&#234;te de laquelle le socialisme &#233;mergera triomphalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, la r&#233;volution permanente fait r&#233;f&#233;rence &#224; la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; absolue d'une r&#233;volution mondiale pour l'&#233;tablissement du socialisme m&#234;me dans un seul pays, &#224; la formation et &#224; l'aff&#251;tage continus des armes id&#233;ologiques, strat&#233;giques et tactiques d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse et d'un &#201;tat prol&#233;tarien, pour nourrir et aider les r&#233;volutions dans d'autres pays. La continuit&#233; de la r&#233;volution permanente fait r&#233;f&#233;rence &#224; une &#233;poque, non &#224; des jours et des mois ou des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187;, L&#233;nine avait remarqu&#233;, &#224; juste titre, qu'entre l'instauration de la dictature du prol&#233;tariat et la victoire du socialisme, il y a toute une &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;poque est l'&#233;poque de la r&#233;volution permanente ; l'&#233;poque d'une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes ; en un mot, c'est la p&#233;riode du flux continu de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, l'&#226;ge sombre du r&#233;gime de Staline est apparu. La r&#233;volution mondiale et la r&#233;volution permanente ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;es &#234;tre des id&#233;ologies m&#233;ritant une sanction inquisitoriale permanente. C'est aussi la p&#233;riode o&#249; est entr&#233; en vogue le charabia tapageur sur la victoire du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier cette th&#233;orie, des distorsions et des falsifications sans vergogne des points de vue de Marx et de L&#233;nine ont &#233;t&#233; commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tentatives ont &#233;t&#233; faites pour prouver que, selon Marx, il y avait une diff&#233;rence entre le socialisme et le communisme, et que la victoire du socialisme ne pouvait signifier que la r&#233;alisation des conditions dont d&#233;pendait le stade inf&#233;rieur du communisme. C'&#233;tait sans doute une esquive intelligente, mais cela restait une parodie du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; Critique du programme de Gotha &#187;, Marx a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une soci&#233;t&#233; communiste non pas telle qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e sur ses propres bases, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la soci&#233;t&#233; capitaliste ; une soci&#233;t&#233; par cons&#233;quent qui, sous tous les rapports, &#233;conomique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne soci&#233;t&#233; des flancs de laquelle elle est issue&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, Marx a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste, quand aura disparu l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel... - alors seulement l'horizon born&#233; du droit bourgeois pourra &#234;tre d&#233;finitivement d&#233;pass&#233;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx n'a fait la distinction qu'entre une &#034;soci&#233;t&#233; communiste &#233;mergeant &#224; peine du sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste&#034; et une &#034;phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas m&#234;me une fois Marx n'a d&#233;crit le socialisme comme la phase inf&#233;rieure du communisme. M&#234;me dans la pr&#233;face du Manifeste communiste, o&#249; Engels a expliqu&#233; les raisons pour lesquelles il n'a pas appel&#233; leur brochure n'avait pas &#233;t&#233; appel&#233;e le &#171; Manifeste socialiste &#187;, il n'a jamais &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; que le socialisme &#233;tait quelque chose diff&#233;rant fondamentalement du communisme, ou &#233;tait sa phase inf&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est L&#233;nine qui, dans &#171; l'&#201;tat et la r&#233;volution &#187;, a d&#233;crit la soci&#233;t&#233; communiste sortant du sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste comme le stade socialiste de la soci&#233;t&#233;, et l'&#233;tat sup&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; naissant de ce premier stade comme la soci&#233;t&#233; communiste. C'&#233;tait certainement de la part de L&#233;nine un r&#233;tr&#233;cissement injustifi&#233; du sens du mot &#171; socialisme &#187;, &#233;nonc&#233; sans aucun doute dans le but de simplifier le probl&#232;me pour les non-initi&#233;s au marxisme. Mais alors, comment L&#233;nine aurait-il pu seulement imaginer que son utilisation du mot &#034;socialisme&#034; pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste serait plus tard d&#233;form&#233;e sans vergogne par Staline et mise &#224; profit pour tenter d'expurger la r&#233;volution permanente du marxisme et avancer la th&#233;orie absurde du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; ! Et, de plus, cela refl&#232;te-t-il vraiment le point de vue de L&#233;nine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;nine a utilis&#233; le mot &#034;socialisme&#034; pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste, il n'a pas manqu&#233; de souligner qu'il ne s'agit que de la notion de l'homme de la rue. L&#233;nine parle de &#034;la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste (g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e socialisme)&#034;. Ici, L&#233;nine, par l'utilisation de la formule &#034;g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e socialisme&#034;, a clairement montr&#233; qu'un tel usage du mot &#034;socialisme&#034; n'est pas scientifique, mais n'est qu'un usage courant parmi le grand public non initi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, dans son &#171; &#201;tat et la r&#233;volution &#187;, L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le passage du capitalisme au communisme ne peut &#233;videmment manquer de fournir une grande abondance et une large diversit&#233; de formes politiques, mais leur essence sera n&#233;cessairement la dictature du prol&#233;tariat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ...De l&#224;, ce ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant qu'est le maintien de l''horizon born&#233; du droit bourgeois', en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci... Il s'ensuit qu'en r&#233;gime communiste subsistent pendant un certain temps non seulement le droit bourgeois, mais aussi l'&#201;tat bourgeois - sans bourgeoisie !&#034; (L&#233;nine - &#171; L'&#201;tat et la r&#233;volution &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux citations, il est plus que clair que L&#233;nine n'a jamais appel&#233; &#034;socialisme&#034; la &#034;premi&#232;re phase du communisme&#034;. Car, dans ces deux passages, il traite pr&#233;cis&#233;ment de la premi&#232;re phase du communisme et en ces deux occasions il utilise le mot 'communisme' et pas une seule fois le terme 'socialisme'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En r&#233;gime communiste l'&#201;tat bourgeois subsiste pendant un certain temps&#034; ; &#034;le maintien de l''horizon born&#233; du droit bourgeois', en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci&#034; ; la dictature du prol&#233;tariat pendant &#034;le passage du capitalisme au communisme&#034; ; tous ces passages se r&#233;f&#232;rent &#224; la premi&#232;re phase du communisme appel&#233;e &#034;socialisme&#034; par ce profane ignorant qu'est Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ce que Marx et Engels ont &#224; dire &#224; ce sujet. Marx dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Entre les soci&#233;t&#233;s capitalistes et communistes, il y a une p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de la premi&#232;re &#224; la seconde. Une &#233;tape de transition politique correspond &#224; cette p&#233;riode, et l'&#201;tat durant cette p&#233;riode ne peut &#234;tre autre que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que Marx parle ici de la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste que Staline appelle &#034;socialisme&#034;. Marx parle &#233;galement du &#171; futur &#201;tat dans la soci&#233;t&#233; communiste &#187;. Il est plus qu'&#233;vident que cela se r&#233;f&#232;re &#233;galement &#224; la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste (le socialisme de Staline), car l'&#201;tat n'existera certainement pas dans la &#171; phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187;. (K. Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre &#224; Bebel, Engels &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les anarchistes ont trop longtemps pu nous jeter dans les dents cet &#034;&#201;tat populaire&#034;, bien que d&#233;j&#224; dans le travail de Marx contre Proudhon, puis dans le &#171; Manifeste communiste &#187;, il a &#233;t&#233; dit tr&#232;s clairement qu'avec l'introduction de l'ordre socialiste de la soci&#233;t&#233;, l'&#201;tat se dissoudra lui-m&#234;me et dispara&#238;tra &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que par &#171; l'ordre socialiste de la soci&#233;t&#233; &#187; Engels veut signifier &#171; la phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; de Marx, car l'&#201;tat ne peut dispara&#238;tre et se dissoudre qu'au plus haut niveau de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous sommes amen&#233;s &#224; la conclusion que L&#233;nine, Marx et Engels n'ont jamais utilis&#233; le mot socialisme pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste et que, pour Marx et Engels il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le socialisme et la &#171; phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre &#034;socialisme&#034; et &#034;communisme&#034; a &#233;t&#233; volontairement fabriqu&#233;e par Staline pour &#233;tayer sa th&#233;orie monstrueuse du &#034;socialisme dans un seul pays&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il y a deux particularit&#233;s dans la R&#233;volution d'Octobre... Quelles sont ces particularit&#233;s ? Premi&#232;rement, le fait que la dictature du prol&#233;tariat soit n&#233;e, etc. Deuxi&#232;mement, le fait que la dictature du prol&#233;tariat se soit &#233;tablie dans notre pays en r&#233;sultat de la victoire du socialisme dans un seul pays - un pays au capitalisme encore peu d&#233;velopp&#233; - tandis que le capitalisme a &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233; dans d'autres pays plus hautement d&#233;velopp&#233;s au sens capitaliste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la toute premi&#232;re fois que l'on entend parler d'une chose aussi &#233;tonnante que l'instauration de la dictature du prol&#233;tariat &#171; &#224; la suite de la victoire du socialisme dans un seul pays &#187;. (Staline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu commun l'&#233;nonc&#233; que la dictature du prol&#233;tariat est le r&#233;sultat d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse peut &#234;tre d&#233;crite au sens large comme la victoire du socialisme mais pas au sens stalinien de &#171; la victoire du socialisme dans un seul pays &#187;. La victoire du socialisme ne peut advenir qu'&#224; la suite de la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tablissant la dictature du prol&#233;tariat dans un pays, et apr&#232;s que la dictature du prol&#233;tariat ait provoqu&#233; et dirig&#233; une s&#233;rie de r&#233;volutions victorieuses dans les principaux pays capitalistes. Jusqu'&#224; ce que ces pays soient pass&#233;s sous la banni&#232;re de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse et que donc toute comp&#233;tition entre les r&#233;volutions victorieuses et les principaux pays capitalistes soit ainsi &#233;limin&#233;e, la r&#233;alisation du socialisme est impossible. L&#233;nine dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La dictature du prol&#233;tariat est une forme sp&#233;ciale d'alliance de classe entre le prol&#233;tariat, l'avant-garde des travailleurs, de nombreuses couches populaires non prol&#233;tariennes, etc. ...une alliance visant &#224; l'&#233;tablissement final et &#224; la consolidation du socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est possible dans &#171; un pays avec un capitalisme peu d&#233;velopp&#233; &#187; (Staline) d'apr&#232;s la loi de d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme mais ce n'est pas la victoire du socialisme dans un seul pays au sens o&#249; Staline le voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de la position th&#233;orique correcte selon laquelle &#171; le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme &#187; (L&#233;nine), Staline a tir&#233; la conclusion compl&#232;tement erron&#233;e que &#171; compte tenu de cela, la victoire du socialisme dans un seul pays est tout &#224; fait possible et probable, m&#234;me dans ce pays-ci qui est moins d&#233;velopp&#233; au sens capitaliste - alors que le capitalisme est pr&#233;serv&#233; dans d'autres pays, et m&#234;me si ces pays sont plus d&#233;velopp&#233;s au sens capitaliste. &#187; (Staline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conclut ce raisonnement erron&#233; par la remarque selon laquelle, &#171; tels sont, en r&#233;sum&#233;, les fondements de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187;. Tr&#232;s bien. Ce que Staline a laiss&#233; &#233;chapper par inadvertance est vrai. Il est s&#251;r que le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal du capitalisme conduit &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans le maillon le plus faible de la communaut&#233; imp&#233;rialiste, et cela r&#233;sume s&#251;rement la th&#233;orie de L&#233;nine d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais la substitution sournoise de Staline de &#171; la victoire du socialisme dans un seul pays &#187; &#224; &#171; la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un seul pays &#187; est une pr&#233;sentation absolument vulgaire de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a cit&#233; deux passages des &#233;crits de L&#233;nine &#224; l'appui de sa th&#233;orie du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme. Par cons&#233;quent, la victoire du socialisme est possible d'abord dans plusieurs ou m&#234;me dans un pays capitaliste, pris individuellement. Le prol&#233;tariat victorieux de ce pays, apr&#232;s avoir expropri&#233; les capitalistes et organis&#233; sa propre production socialiste, se dressera contre le reste du monde, le monde capitaliste, attirant &#224; sa cause les classes opprim&#233;es d'autres pays, suscitant des r&#233;voltes dans ces pays contre les capitalistes et se manifestera m&#234;me en cas de n&#233;cessit&#233;, avec sa force arm&#233;e contre les classes exploiteuses et leurs &#201;tats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me citation apport&#233;e par Staline, L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En fait, le pouvoir de l'&#201;tat sur tous les moyens de production &#224; grande &#233;chelle, le pouvoir de l'&#201;tat entre les mains du prol&#233;tariat, l'alliance de ce prol&#233;tariat avec plusieurs millions de petits et tr&#232;s petits paysans, la direction assur&#233;e de la paysannerie par le prol&#233;tariat, etc. - n'est-ce pas tout ce qui est n&#233;cessaire pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te &#224; partir des seules coop&#233;ratives, que nous consid&#233;rions autrefois comme lieu de marchandage et que nous avons le droit, jusqu'&#224; un certain point, de traiter comme tel maintenant, dans le cadre de la NEP ? N'est-ce pas tout ce qui est n&#233;cessaire pour construire un &#201;tat socialiste complet ? Ce n'est pas encore la construction de la soci&#233;t&#233; socialiste, mais c'est tout ce qui est n&#233;cessaire et suffisant pour sa construction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons donc ces deux passages de L&#233;nine un par un. Dans le premier passage, on nous dit que &#171; le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme &#187;, c'est un fait inattaquable. Puis L&#233;nine dit : &#034;Par cons&#233;quent, la victoire du socialisme est possible d'abord dans plusieurs ou m&#234;me dans un seul pays capitaliste, pris individuellement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens &#233;vident de ce passage est qu'en raison du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme, la r&#233;volution qui apportera la victoire du socialisme (la r&#233;volution socialiste), sera possible dans plusieurs voire dans un seul pays capitaliste, pris isol&#233;ment. En d'autres termes, en raison de la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme, les maillons les plus faibles du capitalisme peuvent c&#233;der aussi bien dans un seul pays que dans plusieurs pays. Par cons&#233;quent, le maillon le plus faible peut &#234;tre rompu dans plusieurs pays ou m&#234;me, peut-&#234;tre, &#234;tre rompu dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; victoire du socialisme &#187;, L&#233;nine n'a signifi&#233; rien d'autre que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Les lignes suivantes montrent clairement l'intention de L&#233;nine. &#171; Le prol&#233;tariat victorieux de ce pays, apr&#232;s avoir expropri&#233; les capitalistes et organis&#233; ses propres productions socialistes, se dressera contre le reste du monde, etc. &#187; L'expropriation des classes poss&#233;dantes suivie de l'organisation de la production socialiste, signifie simplement que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir concentr&#233; les moyens sociaux de production dans ses propres mains en expropriant la bourgeoisie, commence l'organisation d'un mode de production qui ne soit pas bas&#233; sur l'exploitation &#233;conomique d'une classe par une autre, &#224; des fins lucratives, c'est-&#224;-dire que le prol&#233;tariat commence l'organisation de la production socialiste. L&#233;nine n'a fait que souligner les t&#226;ches imm&#233;diates qui doivent suivre la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays. Ces t&#226;ches sont : l'expropriation des classes poss&#233;dantes, l'organisation de la production socialiste sur le plan national, et la promotion de la r&#233;volution permanente (la r&#233;volution mondiale) sur le plan international. C'est ce qu'il voulait dire en parlant du prol&#233;tariat du pays de la r&#233;volution victorieuse. Il a d&#233;clar&#233; : &#171; Il se dressera contre le reste du monde, le monde capitaliste, attirant &#224; sa cause les classes opprim&#233;es d'autres pays, organisant des r&#233;voltes dans ces pays contre les capitalistes et m&#234;me, en cas de n&#233;cessit&#233;, par une intervention arm&#233;e contre les classes exploiteuses et leurs &#201;tats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e et vaine de la part de Staline de d&#233;guiser l'incorrigible internationaliste qu'&#233;tait L&#233;nine avec les lambeaux chauvins du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me citation de L&#233;nine, comme le montre clairement le texte, traite de la question des moyens &#233;conomiques et politiques &#224; la disposition de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans un pays pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste achev&#233;e. Ici, L&#233;nine traite principalement de l'aspect national du probl&#232;me. Pour ceux qui ont paniqu&#233; lors de l'introduction de la NEP, L&#233;nine a soulign&#233; que dans le cadre national, le prol&#233;tariat victorieux avait entre ses mains, le pouvoir d'&#201;tat, le contr&#244;le &#224; grande &#233;chelle de tous les moyens de production et l'alliance avec les petits et tr&#232;s petits paysans. De toute &#233;vidence, dans ce passage, L&#233;nine ne traite que des conditions pr&#233;alables n&#233;cessaires dans un pays pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste ; mais par l&#224; il ne voulait pas sugg&#233;rer que ces facteurs seuls suffisaient pour &#234;tre capable de construire le socialisme. Ici, il a intentionnellement ignor&#233; le facteur international afin de mettre l'accent sur un seul aspect du probl&#232;me. Il va sans dire que les seuls facteurs internationaux ne suffisent pas pour construire une structure socialiste dans un pays particulier ; certaines conditions pr&#233;alables sont n&#233;cessaires dans ce pays pour que les facteurs internationaux puissent agir. Dans ce passage, L&#233;nine insiste uniquement sur ces facteurs nationaux. Il n'imaginait pas alors que ses propos destin&#233;s &#224; mettre l'accent sur un aspect particulier d'un probl&#232;me seraient d&#233;form&#233;s et mutil&#233;s pour appara&#238;tre comme une vision globale du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme &#187;, tout en traitant de la question de la victoire du socialisme dans un pays, Staline &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mais la brochure 'Les fondements du l&#233;ninisme' contient une deuxi&#232;me formulation, qui dit : 'Le renversement du pouvoir de la bourgeoisie et l'&#233;tablissement le pouvoir du prol&#233;tariat dans un seul pays ne garantissent pas encore la victoire compl&#232;te du socialisme. La t&#226;che principale du socialisme - l'organisation de la production socialiste - doit encore &#234;tre remplie. Cette t&#226;che peut-elle &#234;tre remplie, la victoire finale du socialisme peut-elle &#234;tre r&#233;alis&#233;e dans un seul pays, sans les efforts conjoints des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s ? Non, &#231;a ne se peut pas. Pour renverser la bourgeoisie, les efforts d'un seul pays sont suffisants, cela est prouv&#233; par l'histoire de notre r&#233;volution. Pour la victoire finale du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un pays, notamment d'un pays paysan comme la Russie, sont insuffisants ; pour cela, les efforts des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires'. Cette seconde formulation &#233;tait dirig&#233;e contre les critiques du l&#233;ninisme et contre les trotskistes, qui d&#233;claraient que la dictature du prol&#233;tariat dans un pays, en l'absence de victoire dans d'autres pays, ne pouvait pas r&#233;sister &#224; l'Europe conservatrice. Dans cette mesure - mais seulement dans cette mesure - cette formulation &#233;tait alors (avril 1924) ad&#233;quate et assur&#233;ment elle servait un certain but. Par la suite, cependant, lorsque la critique du l&#233;ninisme dans ce domaine avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; surmont&#233;e au sein du Parti et qu'une nouvelle question &#233;tait venue au premier plan, celle de la possibilit&#233; de construire une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te par les efforts d'un seul pays, sans aide ext&#233;rieure - la formulation est devenue manifestement inad&#233;quate, et donc incorrecte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous voyons qu'en avril 1924, dans &#171; Les fondements du l&#233;ninisme &#187;, Staline consid&#233;rait que si la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tait possible dans un seul pays, la victoire du socialisme dans un seul pays, en particulier dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, &#233;tait impossible. Mais en 1926, lorsqu'il &#233;crivit &#171; Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme &#187;, la victoire du socialisme dans un seul pays &#233;tait entre-temps devenue possible. Mais pourquoi ? Quels changements fondamentaux dans les secteurs nationaux et internationaux avaient eu lieu pour faire de l'impossibilit&#233; de 1924 une possibilit&#233; en 1926 ? Selon Staline, sa formulation de 1924 n'a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e que dans un seul but ; elle &#233;tait dirig&#233; contre les trotskistes qui d&#233;claraient que la dictature du prol&#233;tariat dans un seul pays, en l'absence de victoire dans d'autres pays, &#171; ne pouvait pas r&#233;sister &#224; l'Europe conservatrice &#187;. Mais en 1926, une telle formulation n'&#233;tait plus n&#233;cessaire car &#171; la critique du l&#233;ninisme (il aurait &#233;t&#233; honn&#234;te si Staline avait plut&#244;t dit 'critique du stalinisme' - S.T.) dans ce domaine avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; surmont&#233;e au sein du Parti &#187;. La victoire du socialisme dans un seul pays n'&#233;tait donc pas possible en 1924, non pas parce qu'elle &#233;tait th&#233;oriquement erron&#233;e mais parce qu'il &#233;tait n&#233;cessaire d'exprimer une telle opinion en 1924 alors que la tradition l&#233;niniste au sein du parti bolchevik &#233;tait encore trop forte pour &#234;tre viol&#233;e par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait &#224; peine d&#233;c&#233;d&#233; et l'influence de Trotsky au sein du Parti &#233;tait encore trop redoutable pour &#234;tre n&#233;glig&#233;e. Mais en 1926, le Parti bolchevik et la Troisi&#232;me Internationale avaient bascul&#233; avec une vitesse remarquable des sommets r&#233;volutionnaires du l&#233;ninisme vers les marais du stalinisme. Cela explique le changement d ?attitude de Staline en 1926. Ses propres mots en sont une preuve suffisante. Seules des consid&#233;rations tactiques l'ont fait parler contre &#171; le socialisme dans un seul pays &#187; en 1924 ; lorsque les consid&#233;rations tactiques ont &#233;t&#233; servies, il a d&#233;fendu le &#171; socialisme dans un seul pays &#187; depuis 1926. Cela prouve clairement que Staline, &#224; n'importe quelle &#233;tape de sa carri&#232;re politique, n'a jamais vraiment &#233;t&#233; un opposant &#224; la th&#233;orie tout &#224; fait chauvine et utopique du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. Ce n'est que lorsque L&#233;nine &#233;tait en vie qu'il n'a pas os&#233; laisser &#233;chapper un tel non-sens r&#233;actionnaire. Il a d&#251; attendre deux ans apr&#232;s la mort de L&#233;nine pour se lancer dans une telle entreprise. Telle est l'essence des efforts &#171; th&#233;oriques &#187; de Staline ! Ce sont tous des mouvements tactiques entrepris pour &#233;craser un groupe ou un autre dans le Parti bolchevik et le Comintern. Il n'avait pas d'autre fondement et n'avait d'autre int&#233;r&#234;t &#224; servir que celui de sa clique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi sa formulation de 1924 est-elle devenue incorrecte en 1926 ? Staline se rend compte que la raison tactique de la lutte contre le trotskysme serait un peu mince, seule, m&#234;me pour ses b&#233;nis-oui-oui en Russie et ses mercenaires dans d'autres pays. Par cons&#233;quent, il s'efforce de th&#233;oriser et voici le r&#233;sultat. Staline &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quel est le d&#233;faut de cette formulation ? (d&#233;signant ainsi la formulation selon laquelle le socialisme serait impossible dans un pays sans les efforts conjoints du prol&#233;tariat de plusieurs pays - S.T.). Le d&#233;faut est qu'elle relie deux questions diff&#233;rentes en une seule ; elle joint la question de la possibilit&#233; de construire le socialisme par les efforts d'un seul pays - question &#224; laquelle il faut r&#233;pondre par l'affirmative - avec la question de savoir si un pays dans lequel la dictature du prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;tablie peut se consid&#233;rer pleinement garanti contre toute intervention, et par cons&#233;quent contre la restauration de l'ordre ancien, sans r&#233;volution victorieuse dans un certain nombre d'autres pays - ce &#224; quoi il faut r&#233;pondre par la n&#233;gative. C'est un fait que cette deuxi&#232;me formulation peut donner &#224; penser que l'organisation de la soci&#233;t&#233; socialiste par les efforts d'un seul pays est impossible - ce qui, bien s&#251;r, est incorrect. &#187; (Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que Staline pense que l'obstacle &#224; la victoire du socialisme dans un seul pays ne peut &#234;tre qu'une intervention militaire. Sinon, si la non-intervention d'un pays voisin peut &#234;tre garantie, alors l'&#201;tat prol&#233;tarien peut obtenir la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays m&#234;me arri&#233;r&#233;, comme la Russie. Staline a-t-il avanc&#233; des arguments &#224; l'appui d'une telle affirmation ? Non, seulement ces affirmations stupides que sont : - &#171; la possibilit&#233; de construire le socialisme par l'effort d'un seul pays - auxquelles il faut r&#233;pondre par l'affirmative &#187;, et &#171; que l'organisation de la soci&#233;t&#233; socialiste par les efforts d'un seul pays est impossible - ce qui bien s&#251;r, est incorrect.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a absolument tort. M&#234;me si l ?immunit&#233; de l ?&#201;tat prol&#233;tarien contre une intervention militaire reste garantie, l ?intervention &#171; pacifique &#187; du capitalisme mondial dans le domaine &#233;conomique est suffisante pour emp&#234;cher la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays. L'&#201;tat prol&#233;tarien devra d&#233;pendre de sources capitalistes pour ses mati&#232;res premi&#232;res qui seront presque toutes contr&#244;l&#233;es par les principales puissances capitalistes. &#192; cause de cela, l'&#201;tat prol&#233;tarien devra produire des biens pour le commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces biens rel&#232;veront du fonctionnement des lois du march&#233; capitaliste. Pour pouvoir vendre ses marchandises aux pays capitalistes, l'industrie &#233;tatique prol&#233;tarienne devra tenir compte de la concurrence des industries capitalistes, ce qui affectera aussi n&#233;cessairement les normes de la production socialiste. Le syst&#232;me du salaire &#224; la pi&#232;ce devra &#234;tre utilis&#233; pour pouvoir r&#233;sister &#224; la concurrence capitaliste - le stakhanovisme en Russie sovi&#233;tique en est la preuve - et cela devra se traduire par une accentuation des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'&#233;tat prol&#233;tarien. Ainsi, &#224; cause du tir de barrage &#171; pacifique &#187; constant de l'&#233;conomie capitaliste, la vie productive et distributive de l'&#201;tat prol&#233;tarien sera continuellement perturb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle Marx, d&#232;s 1850, a conseill&#233; au prol&#233;tariat mondial de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce qu'il prenne le pouvoir d'&#233;tat &#171; non seulement dans un seul pays, mais dans tous les pays importants du monde, au moins jusqu'&#224; ce que les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es partout entre les mains du prol&#233;tariat, et qu'il soit ainsi mis fin &#224; la concurrence entre les prol&#233;tariats de ces pays. &#187; Il ressort clairement de la citation ci-dessus que Marx a jug&#233; absolument n&#233;cessaire que la r&#233;volution soit continue jusqu'&#224; ce que la comp&#233;tition &#233;conomique du prol&#233;tariat des principaux pays capitalistes avec l'&#201;tat prol&#233;tarien prenne fin et que les forces productives les plus importantes se concentrent entre les mains du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la victoire du socialisme &#233;tait impossible jusqu'&#224; ce que ces probl&#232;mes &#233;conomiques soient r&#233;solus &#224; l'&#233;chelle internationale. Mais pour Staline, la victoire du socialisme dans un seul pays, m&#234;me dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, peut &#234;tre obtenue sans l'accomplissement des deux t&#226;ches &#233;conomiques mentionn&#233;es par Marx, uniquement par sa propre force &#233;conomique, &#224; la seule condition qu'il n'y ait pas d'intervention militaire des &#201;tats capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la logique Don Quichottesque de la th&#233;orie utopique, chauvine et petite-bourgeoise de Staline de la victoire du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi loin des enseignements r&#233;volutionnaires de Marx et de L&#233;nine que les cris stridents du singe le sont du discours d'un &#234;tre humain. Et m&#234;me Staline a &#233;t&#233; forc&#233; d'admettre qu'&#171; il va sans dire que pour la victoire compl&#232;te du socialisme, pour une s&#233;curit&#233; compl&#232;te quant &#224; la restauration de l'ordre ancien, les efforts unis des prol&#233;taires de plusieurs pays sont n&#233;cessaires &#187;. Mais ici, la vieille et sournoise astuce d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e est de nouveau en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Staline, &#034;pour la victoire COMPL&#200;TE (c'est moi qui souligne - S.T.) du socialisme&#034;, les efforts conjoints du prol&#233;tariat de plusieurs pays seront n&#233;cessaires mais pas pour la victoire du socialisme dans un seul pays. La victoire du socialisme dans un seul pays n'est donc pas la m&#234;me chose que la victoire compl&#232;te du socialisme ! Staline a dit la v&#233;rit&#233;, sans le savoir. Et notre pr&#233;occupation est la victoire compl&#232;te du socialisme et non un triomphe partiel ou fractionnaire du celui-ci. Il est malveillant et malhonn&#234;te d'essayer de montrer que la &#171; victoire du socialisme dans un seul pays &#187; est diff&#233;rente de &#171; la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays &#187;. Nous avons d&#233;j&#224; vu comment Staline avait fait usage sans scrupule de la distinction injustifi&#233;e que L&#233;nine avait faite entre socialisme et communisme, uniquement dans le but de simplifier le probl&#232;me pour les non-initi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Staline dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; S'il est vrai que la victoire finale du socialisme dans le premier pays &#224; s'&#233;manciper est impossible sans les efforts combin&#233;s des prol&#233;taires de plusieurs pays, il est &#233;galement vrai que plus le d&#233;veloppement de la r&#233;volution mondiale sera rapide et approfondi, plus efficace sera l'assistance fournie par le premier pays socialiste aux travailleurs et aux masses laborieuses de tous les autres pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des rares occasions o&#249; Staline parle honn&#234;tement de ce que tous les &#233;tudiants du marxisme et du l&#233;ninisme r&#233;volutionnaires connaissent. Personne de bon sens n'a jamais dout&#233; du fait que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays soit utile &#224; la r&#233;volution mondiale. Au contraire, seule la victoire de la r&#233;volution socialiste dans un pays (&#224; ne pas confondre avec la victoire du socialisme dans un seul pays) peut &#234;tre le point de d&#233;part de la r&#233;volution permanente, en d'autres termes, de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse peut &#234;tre appel&#233; un pays socialiste, et de fait, nous le disons tous en r&#233;f&#233;rence &#224; la Russie sovi&#233;tique, &#224; condition de nous rappeler qu'ici le mot socialiste est utilis&#233; dans le sens d'un pays qui a fait le premier pas vers la r&#233;alisation de l'id&#233;al du socialisme, tout comme lorsque nous appelons quelqu'un &#034;communiste&#034;, nous ne sugg&#233;rons pas par l&#224; qu'il a atteint le communisme, mais qu'il travaille &#224; sa r&#233;alisation. Cette prudence suppl&#233;mentaire de notre part &#224; l ?&#233;gard de ce lieu commun n ?aurait pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire si Staline n ?avait pas fait un usage aussi malhonn&#234;te du mot &#171; socialiste &#187; pour d&#233;signer toutes sortes de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais quoi, &#187; demande Staline, &#171; s'il advient que la r&#233;volution mondiale arrive avec un certain retard ? Y a-t-il une lueur d'espoir pour notre r&#233;volution ? Trotsky ne voit aucune lueur d'espoir, car &#034;les contradictions dans la position d'un gouvernement ouvrier ... ne peuvent &#234;tre r&#233;solues que ... dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale&#034;. Selon ce plan, il ne reste qu'une perspective pour notre r&#233;volution : v&#233;g&#233;ter dans ses propres contradictions et pourrir en attendant la r&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle logique extraordinairement mauvaise et quelle profonde m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des forces qui oeuvrent pour la r&#233;volution mondiale ! Si la r&#233;volution mondiale est retard&#233;e pendant des d&#233;cennies, elle le sera non pas parce que la situation r&#233;volutionnaire n'est pas m&#251;re dans les principaux pays capitalistes mais &#224; cause de l'inutilit&#233; de la direction actuelle de la r&#233;volution mondiale, de l'inutilit&#233; de la direction stalinienne de la d&#233;funte Troisi&#232;me Internationale. La r&#233;volution mondiale a &#233;t&#233; retard&#233;e &#224; cause du stalinisme contre-r&#233;volutionnaire et pour aucune autre raison. Les paroles de Trotsky cit&#233;es par Staline sont parfaitement valables. La fin des contradictions de l'&#201;tat ouvrier aura lieu sur la sc&#232;ne mondiale ; parce que deux syst&#232;mes mondiaux contradictoires ne peuvent exister c&#244;te &#224; c&#244;te ind&#233;finiment. La notion stalinienne de &#171; socialisme dans un seul pays &#187; n'est rien d'autre que la caricature au XXe si&#232;cle de l'id&#233;e des socialistes utopiques de petites colonies socialistes au milieu de la jungle grondante de la concurrence capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immensit&#233; d'un pays n'est aucunement un argument en faveur du socialisme dans un seul pays. &#192; cet &#233;gard, nous devons prendre en consid&#233;ration la force relative des forces mondiales du capitalisme et la dictature du prol&#233;tariat d'un seul pays. Ce n'est pas une question de dimension g&#233;ographique, mais de forces productives. La dictature du prol&#233;tariat d'un seul pays, m&#234;me si ce pays avait eu le d&#233;veloppement capitaliste le plus &#233;lev&#233;, ne pourra jamais mesurer sa force &#224; la combinaison des forces &#233;conomiques du reste du monde capitaliste. Elle sera entrav&#233;e dans sa t&#226;che de collectivisation de l'agriculture, le retour de Staline &#224; l'&#233;tape de la collectivisation en est une preuve. Et la relation de ce pays avec les pays capitalistes par le biais du commerce ext&#233;rieur maintiendra son &#233;conomie sous la pression constante des relations d'&#233;change capitalistes. Ses biens devront toujours &#234;tre fabriqu&#233;s en tenant compte de la demande non seulement du march&#233; int&#233;rieur mais aussi du march&#233; capitaliste mondial. Une &#233;conomie autosuffisante est impossible m&#234;me pour le pays capitaliste le plus d&#233;velopp&#233;. L'autarcie est un slogan annon&#231;ant plus de casse-t&#234;te politique que de r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Ainsi, l'&#201;tat prol&#233;tarien sera constamment entrav&#233; dans sa progression vers une &#233;conomie socialiste par l'existence d'une &#233;conomie capitaliste &#224; ses c&#244;t&#233;s, tout comme une &#233;conomie capitaliste sera toujours en &#233;tat de crise, mineure et majeure, de par l'existence &#224; ses c&#244;t&#233;s d'une &#233;conomie socialiste. Mais ce qui est une simple crise pour un syst&#232;me &#233;tabli depuis longtemps et extr&#234;mement puissant, nous entendons par l&#224; le capitalisme mondial, sera un d&#233;sastre pour un syst&#232;me naissant de production socialiste d'un pays particulier, face &#224; l'opposition constante du capitalisme mondial. Ce d&#233;sastre ne pourra &#234;tre &#233;vit&#233; et le socialisme devenir r&#233;alit&#233;, que si le prol&#233;tariat acc&#232;de au pouvoir gouvernemental &#171; non seulement dans un pays mais dans tous les pays importants du monde, mettant ainsi fin &#224; la concurrence du prol&#233;tariat dans ces pays et au moins jusqu'au plus important les forces productives sont concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat. &#187; (Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, Marx a sp&#233;cialement insist&#233; sur &#171; la fin de la comp&#233;tition du prol&#233;tariat... dans tous les pays importants du monde... jusqu'&#224; ce que les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien que nous craignions de provoquer le m&#233;contentement de Staline, nous ne pouvons que lui faire remarquer que sans une r&#233;volution mondiale, il n'y a aucun espoir que la dictature du prol&#233;tariat dans un seul pays se transforme en socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution mondiale ne vient pas &#224; son aide, alors la dictature prol&#233;tarienne dans un seul pays va s&#251;rement &#171; v&#233;g&#233;ter dans ses propres contradictions et pourrir &#187;, comme Staline l'a dit &#224; juste titre, m&#234;me s'il l'entendait par l&#224; une condamnation de ceux qui d&#233;fendent la doctrine de la r&#233;volution permanente et de la r&#233;volution mondiale. La dictature du prol&#233;tariat d'un pays, si elle se coupe du courant de la r&#233;volution mondiale, si elle cuit longtemps dans son jus, croyant que c'est un pas en avant, en croyant gentiment &#224; la &#034;victoire compl&#232;te du socialisme&#034; (Staline ), alors l'&#201;tat prol&#233;tarien pourrira certainement. Certes, la bureaucratisation des couches b&#233;n&#233;ficiant des fruits du pouvoir d'&#201;tat doit en r&#233;sulter et la s&#233;paration entre cette couche et les larges masses du peuple est in&#233;vitable. Et quel meilleur exemple de cette pourriture que la Russie de Staline !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me bureaucratisation des fonctionnaires de l'&#201;tat, la disparit&#233; &#233;conomique croissante entre les diff&#233;rentes sections du peuple sovi&#233;tique, la r&#233;introduction de titres tels que mar&#233;chal, etc., abolis par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, l'introduction de r&#233;compenses financi&#232;res, la terreur inou&#239;e dirig&#233;e contre les membres du Parti communiste qui condamnent les m&#233;faits du r&#233;gime bureaucratique - tout cela montre &#224; quel point la d&#233;g&#233;n&#233;rescence qu'a subie l'&#201;tat prol&#233;tarien sous Staline et sa clique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que dans la premi&#232;re &#233;tape de la soci&#233;t&#233; communiste, ne peut pas satisfaire &#171; &#224; chacun selon ses besoins &#187;. L'in&#233;galit&#233; bourgeoise persistera encore longtemps jusqu'&#224; ce que l'in&#233;galit&#233; communiste d&#233;bouche sur une v&#233;ritable &#233;galit&#233;. Mais il n'en d&#233;coule pas du tout que l'in&#233;galit&#233; bourgeoise ne sera pas en train de dispara&#238;tre lentement d&#233;j&#224; au premier stade du communisme, qu'elle sera au contraire de plus en plus accentu&#233;e, et que les diff&#233;rences &#233;conomiques et par cons&#233;quent sociales entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'&#201;tat prol&#233;tarien s'&#233;largiront. Et quoi de plus grotesque que le fait, alors que les diff&#233;rences entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'Union sovi&#233;tique sont croissantes, que Staline doive toujours plus vocif&#233;rer sur la &#171; victoire compl&#232;te du socialisme dans un seul pays &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une r&#233;volution mondiale, c'est-&#224;-dire la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans les principaux pays d'Europe, peut entra&#238;ner la victoire du socialisme. Et l'id&#233;ologie de la r&#233;volution mondiale n'est pas l'id&#233;ologie de la passivit&#233; et du pessimisme comme Staline le pense ou essaie de le faire croire. C'est le d&#233;fi le plus dynamique lanc&#233; au capitalisme mondial, l'appel le plus viril aux armes au prol&#233;tariat de toutes les terres capitalistes pour briser le capitalisme et &#233;tablir la soci&#233;t&#233; socialiste. C'est un avertissement solennel au prol&#233;tariat du pays de la r&#233;volution socialiste victorieuse de non pas l&#226;cher les avirons mais de travailler pour la d&#233;livrance du prol&#233;tariat mondial. C'est un appel d'une profondeur et d'une largeur incommensurables. Son attrait r&#233;volutionnaire est irr&#233;sistible et son attrait imaginatif touche les profondeurs les plus profondes du coeur humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a tout &#224; fait tort, quand il s'attarde sur la r&#233;volution permanente, quand il dit : &#171; Elle ne stimule pas une attaque active contre le capital dans chaque pays, mais encourage l'attente passive du moment du &#171; summum universel &#187;, car elle cultive parmi les prol&#233;taires des diff&#233;rents pays, non pas un esprit de d&#233;termination r&#233;volutionnaire, mais l'humeur d'un doute semblable &#224; celui d'Hamlet sur la question de savoir si les autres &#233;choueront ou pas &#224; les soutenir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un philistin bourgeois n'aurait pas fait une caricature aussi vulgaire de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx que Staline l'a fait. De plus, il a montr&#233; sa vision paysanne caract&#233;ristique de la vie. Le paysan regarde toujours le monde sous l'angle de son village. Pour lui, chaque discours sur l'int&#233;r&#234;t national semble aller &#224; l'encontre de son int&#233;r&#234;t. Il ne comprend pas et ne peut pas comprendre que le bien-&#234;tre de son village d&#233;pend enti&#232;rement du bien-&#234;tre de la Nation. Sa vision paysanne de la vie le fait argumenter de la mani&#232;re suivante : si l'on parle de la d&#233;pendance et de la conditionnalit&#233; du socialisme &#224; l'&#233;gard d'une s&#233;rie de r&#233;volutions dans les principaux pays capitalistes, cela signifie qu'on n'a aucune foi dans la potentialit&#233; r&#233;volutionnaire d'un pays en particulier. Cet argument n'est pas substantiellement diff&#233;rent de l'argument selon lequel si l'on affirme que la paix mondiale d&#233;pend des efforts combin&#233;s des masses des principaux pays capitalistes, on trahit ainsi le manque de confiance dans le pouvoir du prol&#233;tariat d'un seul pays &#224; agir pour la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est en r&#233;sum&#233; l ?argument de Staline, quand il temp&#234;te contre la r&#233;volution permanente et la rabaisse volontairement pour servir son dessein. Des r&#233;volutions simultan&#233;es dans les principaux pays capitalistes ne signifient pas qu'une r&#233;volution sera suivie d'une autre dans les prochaines vingt-quatre heures. Cela signifie seulement que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays devient le point de d&#233;part d'une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans d'autres pays. Le processus une fois lanc&#233; ne s'arr&#234;tera pas tant que cette t&#226;che ne sera pas accomplie. Le premier pays &#224; faire cette r&#233;volution doit consid&#233;rer que les t&#226;ches de sa propre r&#233;volution ne sont pas remplies jusqu'&#224; ce que les r&#233;volutions aient r&#233;ussi dans les principaux pays capitalistes. Cette consid&#233;ration est d'ailleurs fond&#233;e sur des faits et non sur des voeux pieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas non plus l'&#233;vangile du pessimisme ou du d&#233;sespoir. C'est seulement le processus qui permet au prol&#233;tariat de r&#233;aliser l'&#233;normit&#233; et la sublimit&#233; de la t&#226;che qui lui incombe. Il s'agit de le lib&#233;rer de l'&#233;tat d'esprit rural qui le tire vers le bas et de le rendre pr&#233;occup&#233; du monde entier. Et tout cela n'est pas teint&#233; d'une seule goutte de sentimentalisme bas&#233; sur l'irr&#233;alit&#233; mais est bas&#233; sur le fondement s&#251;r de la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire et du socialisme. Mais Staline n'est rien s'il n'est pas rus&#233;, et sa seule contribution au marxisme consiste &#224; citer (mal citer) L&#233;nine &#224; tort et &#224; travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente a deux aspects. L'une concerne la r&#233;volution d'un pays particulier, le passage imm&#233;diat de la phase d&#233;mocratique bourgeoise de la r&#233;volution &#224; la r&#233;volution socialiste. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est la t&#226;che de la r&#233;volution socialiste qui &#171; r&#233;sout en passant le probl&#232;me &#187; (L&#233;nine) de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Pour reprendre les mots de L&#233;nine : &#171; Nous d&#233;fendons une r&#233;volution ininterrompue. &#187; Tout cela renvoie au probl&#232;me de la r&#233;volution d'un pays particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente est li&#233; &#224; la t&#226;che internationale de la r&#233;volution. Il traite des causes qui font qu'il est imp&#233;ratif que la premi&#232;re r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse fonctionne comme la levain de la r&#233;volution dans l'ar&#232;ne mondiale, sachant tr&#232;s bien que la victoire du socialisme ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat des r&#233;volutions r&#233;ussies dans les principaux pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les deux aspects de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente formul&#233;e par Marx. Nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent trait&#233; du deuxi&#232;me aspect de la th&#233;orie, &#224; savoir son aspect r&#233;volutionnaire mondial, et avons montr&#233; comment Staline a profit&#233; ind&#251;ment et malhonn&#234;tement des paroles de L&#233;nine et les a vulgaris&#233;es et d&#233;form&#233;es pour les adapter &#224; son &#034;socialisme dans un seul pays&#034;... Nous avons montr&#233; comment la th&#233;orie (!) du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; est une r&#233;futation compl&#232;te de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx comme pr&#233;misse indispensable &#224; la victoire du socialisme. Nous avons &#233;galement montr&#233; comment la victoire tant vant&#233;e par Staline du socialisme dans un seul pays a &#233;t&#233; d&#233;mentie par l'extr&#234;me bureaucratisation de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique, la rupture des digues lib&#233;rant la terreur la plus diabolique, par Staline, contre les r&#233;volutionnaires communistes et les masses et aussi par la diff&#233;renciation &#233;conomique et sociale croissante entre les diff&#233;rentes sections du peuple sovi&#233;tique. L'attaque de Staline contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente vient toujours sous cet angle, l'angle de la victoire du socialisme dans un seul pays. En d'autres termes, plus Staline s'&#233;loignait de la r&#233;volution mondiale, plus hyst&#233;rique devenait son attaque contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx. Trotsky n'est devenu la cible de la vengeance de Staline que dans la mesure o&#249; il a attir&#233; l'attention des communistes du monde entier sur la trahison de la r&#233;volution mondiale (r&#233;volution permanente) par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant r&#233;ussi &#224; convaincre personne d'autre que lui-m&#234;me et ses mercenaires du monde entier, avec sa th&#233;orie absurde de la victoire du socialisme dans un seul pays, Staline change habilement de terrain et dit : &#171; L&#233;nine a combattu les adeptes de la r&#233;volution permanente non pas sur la question de la&#171; continuit&#233; &#187; car il a lui-m&#234;me maintenu le point de vue d'une r&#233;volution ininterrompue, mais parce qu'ils ont sous-estim&#233; le r&#244;le de la paysannerie qui est une &#233;norme force de r&#233;serve pour le prol&#233;tariat &#187;. Staline a absolument raison sur ce dernier point ; seulement il aurait rendu son cas plus fort et son honn&#234;tet&#233; plus &#233;vidente s'il avait montr&#233; en m&#234;me temps comment L&#233;nine m&#233;prisait et se moquait de l'id&#233;e de la possibilit&#233; de la victoire du socialisme dans un seul pays et &#233;tait croyait obstin&#233;ment &#224; une s&#233;rie ininterrompue de r&#233;volutions dans l'ar&#232;ne mondiale. Mais cela aurait alors frustr&#233; Staline dont le but &#233;tait de r&#233;duire la victoire du socialisme d'un ph&#233;nom&#232;ne international &#224; un ph&#233;nom&#232;ne national. D'o&#249; la pol&#233;mique qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky avait sans aucun doute tort quand il avait lanc&#233; le slogan &#034;Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier&#034; lors de la r&#233;volution de 1905 en Russie. C'&#233;tait s&#251;rement une sous-estimation du r&#244;le de la paysannerie dans la phase d&#233;mocratique bourgeoise de la r&#233;volution. Tout en le signalant, nous devons &#233;galement reconna&#238;tre cet autre fait que c'est Trotsky plus que quiconque qui, depuis 1905, a attir&#233; l'attention des marxistes sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx. Ces deux faits sont incontestables. Mais pouvons-nous demander &#224; Staline, quel est le lien logique entre le faux slogan de Trotsky &#171; Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier &#187; de 1905 et la propagation par Trotsky de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx ? La sous-estimation du r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution est-elle inh&#233;rente &#224; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente elle-m&#234;me ? Peut-on dire que Trotsky a sous-estim&#233; le r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution de 1905, comme le montre clairement le slogan &#034;Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier&#034; parce qu'il d&#233;fend la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, on ne peut pas le dire. L'erreur ultra-gauchiste de Trotsky au cours de la r&#233;volution de 1905 n'avait rien &#224; voir avec sa d&#233;fense de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Il n'y a absolument aucun lien logique entre les deux, tout comme la politique, certes erron&#233;e, de L&#233;nine pour envahir la Pologne, n'a rien &#224; voir avec le fait que L&#233;nine d&#233;fendait la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, cit&#233; par Staline, d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce terme abstrus (il d&#233;signe ainsi la r&#233;volution permanente - S.T.) repr&#233;sentait l'id&#233;e que la r&#233;volution russe dont les objectifs imm&#233;diats &#233;taient de nature bourgeoise ne s'arr&#234;terait cependant pas lorsque ces objectifs auront &#233;t&#233; atteints. La r&#233;volution ne pourra r&#233;soudre ses probl&#232;mes bourgeois imm&#233;diats qu'en pla&#231;ant le prol&#233;tariat au pouvoir. Et ce dernier, en prenant le pouvoir, ne pourrait se limiter aux limites bourgeoises de la r&#233;volution. Au contraire, pr&#233;cis&#233;ment pour assurer sa victoire, l'avant-garde prol&#233;tarienne sera forc&#233;e, au tout d&#233;but de son r&#232;gne, de p&#233;n&#233;trer profond&#233;ment non seulement dans la propri&#233;t&#233; f&#233;odale mais aussi dans la propri&#233;t&#233; bourgeoise. En cela, elle entrera en collision hostile non seulement avec tous les groupements bourgeois qui soutenaient le prol&#233;tariat pendant les premiers stades de sa lutte r&#233;volutionnaire, mais aussi avec les larges masses de paysans qui avaient contribu&#233; &#224; la porter au pouvoir. Les contradictions dans la position d'un gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233; avec une &#233;crasante majorit&#233; de paysans ne peuvent &#234;tre r&#233;solues qu'&#224; l'&#233;chelle internationale, dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pens&#233;es exprim&#233;es par Trotsky dans le passage cit&#233; ci-dessus sont &#224; cent pour cent correctes. Ici, Trotsky avait, d'une mani&#232;re magistrale, tiss&#233; le fonctionnement de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente dans ses aspects nationaux et internationaux en un sch&#233;ma monolithique de la r&#233;volution. La r&#233;volution de 1905, bien que ses t&#226;ches imm&#233;diates soient d&#233;mocratiques bourgeoises, ne pourrait les r&#233;soudre sans mettre le prol&#233;tariat russe au pouvoir. Et le prol&#233;tariat russe, apr&#232;s avoir pris le pouvoir, ne se contentera certainement pas de d&#233;truire le f&#233;odalisme mais fera &#233;galement de profondes incursions dans les int&#233;r&#234;ts bourgeois. Cela rendra finalement les grandes masses de la paysannerie hostiles ; et dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, cette contradiction ne peut &#234;tre r&#233;solue qu'avec l'aide du prol&#233;tariat victorieux d'autres pays. Il n'y a pas une seule pens&#233;e ici qui n'a pas &#233;t&#233; exprim&#233;e maintes et maintes fois par L&#233;nine &#233;crivant sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne et la r&#233;volution mondiale. Que la r&#233;volution de 1905 ne puisse remplir ses t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises qu'en pla&#231;ant le prol&#233;tariat russe au pouvoir, L&#233;nine l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; maintes reprises. L'histoire de la r&#233;volution d'octobre prouve que l'arriv&#233;e au pouvoir du prol&#233;tariat ne peut s'arr&#234;ter au seuil des int&#233;r&#234;ts bourgeois. La r&#233;volution victorieuse a, par d&#233;cret, interdit la vente et l'hypoth&#232;que des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ont suivi les sovkhozes et les kolkhozes et finalement tout le programme de la collectivisation. Tout cela n'&#233;tait-il pas un encha&#238;nement continu d'incursions dans les int&#233;r&#234;ts bourgeois commenc&#233; par le prol&#233;tariat victorieux de Russie d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir ? Et cela n'a-t-il pas mis la dictature du prol&#233;tariat en conflit avec de larges masses de paysans, ses partisans d'autrefois, et entrain&#233; n&#233;cessairement la d&#233;portation par Staline de millions de paysans et la fusillade de milliers ? Et cela n'a-t-il pas finalement conduit &#224; l'arr&#234;t brutal de la collectivisation par Staline ? N'a-t-il pas &#233;t&#233; prouv&#233; sans la moindre possibilit&#233; de doute que, dans un pays paysan arri&#233;r&#233;, la contradiction entre la ville et le pays ne peut &#234;tre r&#233;solue sans l'aide puissante du prol&#233;tariat des principaux pays capitalistes ? Et n'est-il pas plus que clair que cette aide puissante n'est ni la &#171; sympathie morale &#187; de la petite-bourgeoisie, ni &#171; la sympathie des travailleurs europ&#233;ens pour notre r&#233;volution &#187; ? Tout cela est est bel et bon dans une certaine mesure, mais n'est certainement pas suffisant pour r&#233;soudre les contradictions entre le prol&#233;tariat victorieux et la paysannerie dans un pays arri&#233;r&#233;. L'aide capable de r&#233;soudre ces contradictions ne peut &#234;tre que l'aide de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans les principaux pays capitalistes. Et L&#233;nine le souligne non pas une fois mais des centaines de fois. En mars 1919, au Congr&#232;s du Parti, L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons une exp&#233;rience pratique des premiers pas &#224; faire pour la destruction du capitalisme dans un pays avec une relation sp&#233;ciale entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Rien de plus. Si nous nous gonflons comme une grenouille, et que nous soufflons et soufflons, ce sera tout &#224; fait risible pour le monde entier. Nous ne serons que de vantards. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mai 1921, L&#233;nine s'est de nouveau exprim&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Est-ce qu'un seul des bolcheviks, &#224; un moment ou &#224; un autre, a jamais ni&#233; que la r&#233;volution ne peut garantir d&#233;finitivement ses conqu&#234;tes que lorsqu'elle comprend tous les pays les plus avanc&#233;s ou au moins plusieurs d'entre eux ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a de nouveau rappel&#233; qu'en novembre 1920 les bolcheviks n'auraient jamais pu r&#234;ver de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;conqu&#233;rir le monde entier avec les seules forces de la Russie ... Une telle folie ne nous a jamais atteint, nous avons toujours dit, au contraire, que notre r&#233;volution l'emporterait lorsque les travailleurs de tous les pays la soutiendront.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous n'avons pas, &#233;crit L&#233;nine en 1922, achev&#233; m&#234;me les fondements d'une &#233;conomie socialiste. Cela peut encore &#234;tre ramen&#233; en arri&#232;re par les forces hostiles d'un capitalisme mourant. Nous devons en &#234;tre clairement conscients et le reconna&#238;tre ouvertement. Car il n'y a rien de plus dangereux que les illusions et les &#233;tourdissements, surtout dans les hauts lieux. Et il n ?y a absolument rien de 'terrible', rien qui offre une cause l&#233;gitime au moindre d&#233;couragement, &#224; reconnaitre cette am&#232;re v&#233;rit&#233; ; car nous avons toujours enseign&#233; et r&#233;p&#233;t&#233; cette v&#233;rit&#233; de l'ABC du marxisme, que pour la victoire du socialisme, les efforts combin&#233;s des travailleurs de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires &#187;. (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, L&#233;nine affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution (europ&#233;enne) grandit ... et nous devons garder le pouvoir sovi&#233;tique jusqu'&#224; ce qu'elle commence. Nos erreurs doivent servir de le&#231;on au prol&#233;tariat occidental. Et notre t&#226;che est maintenant ...de tenir ferme ...ce flambeau du socialisme, afin qu'il continue &#224; r&#233;pandre autant d'&#233;tincelles que possible pour la conflagration croissante de la r&#233;volution sociale. La r&#233;volution russe &#233;tait, par essence, une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale ... de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. &#187; (L&#233;nine au Congr&#232;s du Parti, mars 1919)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, entre Trotsky et L&#233;nine, il n'y a pas de diff&#233;rence sur le plan de la r&#233;volution permanente. En outre, nous avons d&#233;j&#224; soulign&#233; que la sous-estimation de Trotsky du r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution de 1905 ne peut pas, m&#234;me par l ?imagination la plus d&#233;brid&#233;e, &#234;tre li&#233;e &#224; la d&#233;fense de la r&#233;volution permanente par Trotsky. Du moins, le passage cit&#233; par Staline ne se pr&#234;te pas &#224; cette interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas pris sur nous la t&#226;che de d&#233;fendre Trotsky. Trotsky lui-m&#234;me &#233;tait bien au-dessus de Staline et sa horde internationale, comme en t&#233;moigne le fait que, faute de l'affronter sur l'ar&#232;ne intellectuelle, ils durent recourir au gangst&#233;risme pour accomplir la t&#226;che d'assassiner Trotsky. Nous sommes oblig&#233;s de faire participer Trotsky &#224; la discussion de la r&#233;volution permanente, uniquement parce que Staline, qui, ne peut jamais discuter d'une id&#233;ologie dans l'abstrait, mais fait toujours appel &#224; aux personnalit&#233;s pour obscurcir le vrai probl&#232;me, a d&#233;nonc&#233; &#224; maintes reprises la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx sous pr&#233;texte de combattre Trotsky et le trotskysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente n'est pas le trotskysme et n'a rien &#224; voir avec certaines erreurs ultra-gauchistes de Trotsky. L&#233;nine &#233;tait tout autant un champion de la r&#233;volution permanente que Trotsky et avait une compr&#233;hension beaucoup plus s&#251;re de la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. Mais Trotsky a certainement rendu un grand service au communisme r&#233;volutionnaire en attirant sans cesse l'attention, depuis la mort de L&#233;nine en 1924 et l'av&#232;nement du sinistre r&#233;gime antir&#233;volutionnaire de Staline, sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente . Face &#224; la machine la plus diabolique de diffamation et de terreur de la stalinocratie, il a maintenu lev&#233;e la banni&#232;re du communisme r&#233;volutionnaire dans les meilleures traditions de Marx et de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le l'apport inestimable de Trotsky &#224; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. En ce qui concerne la th&#233;orie elle-m&#234;me, il s'agit purement et simplement du marxisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, a deux aspects, l'un national et l'autre international. Sur le plan national, il est demand&#233; au prol&#233;tariat de ne pas s'arr&#234;ter avec les bourgeois-d&#233;mocrates aux fronti&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, mais de pousser la r&#233;volution vers sa conclusion logique - la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Sur le plan national, la r&#233;volution doit &#234;tre permanente jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne soit men&#233;e &#224; bien ; et sur le plan international, la r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;ussie d'un pays doit servir de d&#233;tonateur aux r&#233;volutions prol&#233;tariennes d'autres pays. Mais maintenant, nous nous int&#233;ressons &#224; l'aspect national de la th&#233;orie. La r&#233;volution permanente dans la sph&#232;re nationale pointe infailliblement son doigt vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; elle avertit le prol&#233;tariat de ne pas s'arr&#234;ter &#224; l'auberge de la d&#233;mocratie bourgeoise et lui rappelle constamment sa t&#226;che historique. Cela ne sert &#224; rien d'autre. De plus, &#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, dans des pays comme l'Inde et la Chine, la bourgeoisie &#233;tant &#233;troitement li&#233;e &#224; l'aristocratie fonci&#232;re, la r&#233;volution d&#233;mocratique ne peut plus &#234;tre la t&#226;che historique de la bourgeoisie, mais du prol&#233;tariat. Seul le prol&#233;tariat peut accomplir les t&#226;ches d&#233;mocratiques en consolidant le pouvoir de l'&#201;tat exclusivement entre ses mains. Le probl&#232;me agraire ne peut donc &#234;tre r&#233;solu efficacement que par le prol&#233;tariat &#233;lev&#233; par la r&#233;volution au rang de propri&#233;taire du pouvoir d'&#201;tat. Il n'y a absolument aucun autre moyen d'accomplir les t&#226;ches d&#233;mocratiques. Si le prol&#233;tariat ne prend pas le pouvoir, les t&#226;ches d&#233;mocratiques restent &#224; accomplir, comme le montrent clairement la r&#233;volution de f&#233;vrier en Russie, la r&#233;volution nationale en Chine et l ?Inde &#171; ind&#233;pendante &#187; dirig&#233;e par la bourgeoisie indienne. &#171; ...Le chemin vers la d&#233;mocratie passe par la dictature du prol&#233;tariat &#187; (Trotsky). Cela signifie que la r&#233;volution d&#233;mocratique ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par le prol&#233;tariat qui ne s'arr&#234;te pas seulement &#224; la destruction de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais par la prise du pouvoir commence imm&#233;diatement son assaut contre les relations de propri&#233;t&#233; capitalistes. C'est l&#224; que r&#233;side la permanence de la r&#233;volution nationale dans les pays arri&#233;r&#233;s. C'est ce que L&#233;nine veut dire quand il &#233;crit sur la r&#233;volution bourgeoise &#171; en train de devenir &#187; une r&#233;volution socialiste, et c'est pourquoi la cloison th&#233;orique cr&#233;&#233;e par les doctrinaires, entre les r&#233;volutions d&#233;mocratique et socialiste, est si profond&#233;ment m&#233;caniste. Ainsi, la r&#233;volution permanente ne peut avoir d'autres tactiques et slogans sp&#233;ciaux que ceux de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui, dans certains cas, devra accomplir en passant les t&#226;ches inachev&#233;es de la r&#233;volution bourgeoise. Certaines personnes qui se disent les d&#233;fenseurs de la r&#233;volution permanente affirment que le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est : La dictature du prol&#233;tariat. C'est tout &#224; fait incorrect. La dictature du prol&#233;tariat ne pourra jamais &#234;tre le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans les pays capitalistes les plus avanc&#233;s o&#249; la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise est accomplie depuis longtemps. Ce ne peut &#234;tre son slogan car la question des couches moyennes est aussi importante dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne que dans la r&#233;volution bourgeoise. Le succ&#232;s de la r&#233;volution prol&#233;tarienne d&#233;pendra de sa gestion r&#233;ussie de ce probl&#232;me. La petite-bourgeoisie urbaine - les commer&#231;ants, les employ&#233;s de bureau, les &#233;tudiants, les petits praticiens ind&#233;pendants, les m&#233;decins, les ing&#233;nieurs, les enseignants, les professeurs, etc., et la petite-bourgeoisie rurale - les paysans, les petits agriculteurs des pays capitalistes avanc&#233;s, la petite noblesse villageoise - tous ces &#233;l&#233;ments constituent la r&#233;serve la plus importante de la r&#233;volution. Si la bourgeoisie parvient &#224; conqu&#233;rir les couches moyennes &#224; ses c&#244;t&#233;s, celles-ci deviennent alors la force auxiliaire de la contre-r&#233;volution ; si le prol&#233;tariat les gagne &#224; ses c&#244;t&#233;s, elles deviennent alors la puissante force de r&#233;serve de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec des r&#233;volutions de 1848 et 1871 en France et l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848 en Allemagne sont tous dus &#224; l'&#233;chec des forces r&#233;volutionnaires &#224; garder la paysannerie et la petite-bourgeoisie urbaine de leur c&#244;t&#233; jusqu'&#224; l'ach&#232;vement des r&#233;volutions. La victoire de la R&#233;volution russe a &#233;t&#233; assur&#233;e par le soutien de la paysannerie russe &#224; la direction prol&#233;tarienne. La tactique magistrale de L&#233;nine consistait &#224; creuser le foss&#233; r&#233;volutionnaire entre la paysannerie et la bourgeoisie et &#224; gagner la paysannerie du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat. La p&#233;riode comprise entre f&#233;vrier et octobre 1917 a &#233;t&#233; occup&#233;e par le prol&#233;tariat russe dirig&#233; par le parti bolchevik &#224; arracher la paysannerie aux griffes de la bourgeoisie. Ce n'est que lorsque la paysannerie a d&#233;finitivement bascul&#233;, quittant le c&#244;t&#233; de la bourgeoisie vers le c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat, que le moment du soul&#232;vement a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par L&#233;nine. Afin d ?accomplir cette t&#226;che, le slogan &#171; La terre au paysan &#187; a &#233;t&#233; avanc&#233;. Ce slogan comme nous le savons est le slogan de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Pourtant, le prol&#233;tariat russe a soulev&#233; ce slogan au cours de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et l'a soulev&#233; correctement. S'il ne l'avait pas fait, s'il avait soulev&#233; le slogan de la &#171; Dictature du prol&#233;tariat &#187;, la paysannerie se serait alors tenue au plus pr&#232;s de la bourgeoisie et aurait accept&#233; de suivre le bourgeois pour r&#233;primer la r&#233;volution. L'important c'est le contenu de classe du pouvoir d'&#201;tat de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse. Mais le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit &#234;tre &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187;. &#171; Tout le pouvoir aux Soviets des travailleurs et des paysans &#187; - qui est aussi un slogan d&#233;mocratique, &#233;tait le slogan de la r&#233;volution russe et non pas la dictature du prol&#233;tariat. Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pendant de nombreuses ann&#233;es, les bolcheviks russes ont mobilis&#233; les travailleurs et les paysans autour du slogan de la d&#233;mocratie. Les slogans de la d&#233;mocratie ont &#233;galement jou&#233; un grand r&#244;le en 1917. Ce n'est qu'apr&#232;s que le pouvoir sovi&#233;tique d&#233;j&#224; existant est parvenu &#224; un antagonisme politique inconciliable avec l'Assembl&#233;e constituante aux yeux du peuple tout entier que notre Parti a liquid&#233; les institutions et les slogans de la d&#233;mocratie formelle, c'est de la d&#233;mocratie bourgeoise, en faveur de la vraie d&#233;mocratie sovi&#233;tique, c'est de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. &#187; (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il va sans dire que quelle que soit la forme d'&#201;tat de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse - et il ne peut s'agir que de la forme r&#233;publicaine d&#233;mocratique - son contenu de classe interne ne doit &#234;tre que la dictature du prol&#233;tariat et du prol&#233;tariat seul. La dictature multi-classe est autant un mythe politique que le parti politique multi-classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fustigeant Staline et Boukharine pour la confusion opportuniste que ces deux hommes avaient pr&#233;par&#233;e en Chine, Trotsky ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le sixi&#232;me congr&#232;s du Komintern, sous la direction de Staline et de Boukharine, a renvers&#233; tout cela sur la t&#234;te. Si, d'une part, il prescrivait au parti une dictature &#171; d&#233;mocratique &#187; et non &#171; prol&#233;tarienne &#187;, il lui interdisait simultan&#233;ment d'utiliser les slogans d&#233;mocratiques pour pr&#233;parer cette dictature. Le Parti communiste chinois a non seulement &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;, mais d&#233;shabill&#233;. &#187; (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos nourissons l&#233;zardant le marxisme, mais ne comprenant ni sa th&#233;orie ni ses tactiques et sa strat&#233;gie, devraient en prendre note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat est l'aboutissement de la r&#233;volution permanente dans le cadre national, et la dictature du prol&#233;tariat dans les principaux pays capitalistes, avec l'aide de la premi&#232;re r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse sera le point culminant de la r&#233;volution permanente dans le cadre international, aboutissant finalement &#224; l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; socialiste, but final de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saumyendranath Tagore, Juin 1944&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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