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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Autobiographie d'Ilya Prigogine</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
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&lt;p&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. Mais le pr&#233;sent explique le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma conf&#233;rence Nobel, je parle beaucoup des fluctuations ; ce n'est peut-&#234;tre pas sans rapport avec le fait qu'au cours de ma vie j'ai ressenti l'efficacit&#233; de co&#239;ncidences frappantes dont les effets cumulatifs sont visibles dans mon travail scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Moscou, le 25 janvier 1917 - quelques mois avant la r&#233;volution. Ma famille avait une relation difficile avec le nouveau r&#233;gime et nous avons donc quitt&#233; la Russie d&#232;s 1921. Pendant quelques ann&#233;es (jusqu'en 1929), nous avons v&#233;cu comme migrants en Allemagne, avant de rester d&#233;finitivement en Belgique. C'est &#224; Bruxelles que j'ai fait mes &#233;tudes secondaires et universitaires. J'ai acquis la nationalit&#233; belge en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, Roman Prigogine, d&#233;c&#233;d&#233; en 1974, &#233;tait ing&#233;nieur chimiste &#224; l'&#201;cole polytechnique de Moscou. Mon fr&#232;re Alexander, n&#233; quatre ans avant moi, a suivi, comme moi-m&#234;me, le cursus de chimie de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Je me rappelle combien j'ai h&#233;sit&#233; avant de choisir cette direction ; en quittant la section classique (gr&#233;co-latine) d'Ixelles Athenaeum, mon int&#233;r&#234;t &#233;tait plus port&#233; sur l'histoire et l'arch&#233;ologie, sans parler de la musique, notamment du piano. Selon ma m&#232;re, j'ai pu lire des partitions musicales avant de lire des mots imprim&#233;s. Et aujourd'hui, mon passe-temps favori est toujours le piano, bien que mon temps libre pour la pratique devienne de plus en plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon adolescence, j'ai lu de nombreux textes philosophiques, et je me souviens encore du sort &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; qui m'a frapp&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je sentais qu'un message essentiel &#233;tait int&#233;gr&#233;, encore &#224; rendre explicite, dans la remarque de Bergson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Plus nous &#233;tudions en profondeur la nature du temps, mieux nous comprenons que la dur&#233;e signifie invention, cr&#233;ation de formes, &#233;laboration continue de l'absolument nouveau.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des co&#239;ncidences heureuses ont fait le choix pour mes &#233;tudes &#224; l'universit&#233;. En effet, ils m'ont conduit dans une direction presque oppos&#233;e, vers la chimie et la physique. Et donc, en 1941, on m'a conf&#233;r&#233; mon premier doctorat. Tr&#232;s vite, deux de mes professeurs devaient exercer une influence durable sur l'orientation de mon futur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionnerai d'abord Th&#233;ophile De Donder (1873-1957) .2 Quel aimable personnage il &#233;tait ! N&#233; fils d'un instituteur, il d&#233;bute sa carri&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re et obtient (en 1896) le titre de docteur en sciences physiques, sans jamais avoir suivi aucun enseignement &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en 1918 - il avait alors 45 ans - que De Donder a pu consacrer son temps &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pendant quelques ann&#233;es nomm&#233; instituteur. Il est ensuite promu professeur au D&#233;partement des sciences appliqu&#233;es et entame sans d&#233;lai la r&#233;daction d'un cours de thermodynamique th&#233;orique pour les ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de vous donner plus de d&#233;tails, car c'est dans cette circonstance m&#234;me que nous devons associer la naissance de l'&#233;cole thermodynamique de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre l'originalit&#233; de l'approche de De Donder, je dois rappeler que depuis le travail fondamental de Clausius, le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique a &#233;t&#233; formul&#233; comme une in&#233;galit&#233; : la &#034;chaleur non compens&#233;e&#034; est positive - ou, en termes plus r&#233;cents, la production d'entropie est positive. Cette in&#233;galit&#233; renvoie bien entendu &#224; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, comme tout processus naturel. &#192; cette &#233;poque, ces derniers &#233;taient mal compris. Ils sont apparus aux ing&#233;nieurs et physico-chimistes comme des ph&#233;nom&#232;nes &#034;parasites&#034;, qui ne pouvaient qu'entraver quelque chose : ici la productivit&#233; d'un processus, l&#224; la croissance r&#233;guli&#232;re d'un cristal, sans pr&#233;senter d'int&#233;r&#234;t intrins&#232;que. Ainsi, l'approche habituelle &#233;tait de limiter l'&#233;tude de la thermodynamique &#224; la compr&#233;hension des lois d'&#233;quilibre, pour lesquelles la production d'entropie est nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait que faire de la thermodynamique une &#034;thermostatique&#034;. Dans ce contexte, le grand m&#233;rite de De Donder est qu'il a extrait la production d'entropie de ce &#034;sfumato&#034; lorsqu'il l'a li&#233;e de mani&#232;re pr&#233;cise au rythme d'une r&#233;action chimique, gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'une nouvelle fonction qu'il devait appeler &#034;affinit&#233;&#034; .3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aujourd'hui de rendre compte de l'hostilit&#233; qu'une telle approche devait rencontrer. Par exemple, je me souviens que vers la fin de 1946, lors de la r&#233;union IUPAP de Bruxelles 4, apr&#232;s une pr&#233;sentation de la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, un sp&#233;cialiste de grande renomm&#233;e m'a dit, en substance : &#034;Je suis surpris que vous accordiez plus d'attention aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui sont essentiellement transitoires, qu'au r&#233;sultat final de leur &#233;volution, l'&#233;quilibre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, certains &#233;minents scientifiques ont d&#233;rog&#233; &#224; cette attitude n&#233;gative. J'ai re&#231;u beaucoup de soutien de personnes comme Edmond Bauer, le successeur de Jean Perrin &#224; Paris, et Hendrik Kramers &#224; Leyde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Donder, bien s&#251;r, avait des pr&#233;curseurs, notamment &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de thermodynamique de Pierre Duhem. Mais dans l'&#233;tude de la thermodynamique chimique, De Donder est all&#233; plus loin et a donn&#233; une nouvelle formulation du deuxi&#232;me principe, bas&#233;e sur des concepts tels que l'affinit&#233; et le degr&#233; d'&#233;volution d'une r&#233;action, consid&#233;r&#233;s comme une variable chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; mon int&#233;r&#234;t pour la notion de temps, il &#233;tait naturel que mon attention se soit concentr&#233;e sur le deuxi&#232;me principe, car j'ai senti d&#232;s le d&#233;part qu'il introduirait un nouvel &#233;l&#233;ment inattendu dans la description de l'&#233;volution du monde physique. C'&#233;tait sans doute la m&#234;me impression que des physiciens illustres tels que Boltzmann5 et Planck6 auraient ressentis avant moi. Une grande partie de ma carri&#232;re scientifique serait ensuite consacr&#233;e &#224; l'&#233;lucidation des aspects macroscopiques et microscopiques du second principe, afin d'&#233;tendre sa validit&#233; &#224; de nouvelles situations, et aux autres approches fondamentales de la physique th&#233;orique, telles que la physique classique et dynamique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner ces points plus en d&#233;tail, je voudrais souligner l'influence exerc&#233;e sur mon d&#233;veloppement scientifique par le second de mes professeurs, Jean Timmermans (1882-1971). Il &#233;tait plut&#244;t un exp&#233;rimentateur, particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; par les applications de la thermodynamique classique aux solutions liquides, et en g&#233;n&#233;ral aux syst&#232;mes complexes, conform&#233;ment &#224; l'approche de la grande &#233;cole n&#233;erlandaise de thermodynamique de van der Waals et Roozeboom7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'application pr&#233;cise des m&#233;thodes thermodynamiques et j'ai pu comprendre leur utilit&#233;. Au cours des ann&#233;es suivantes, j'ai consacr&#233; beaucoup de temps &#224; l'approche th&#233;orique de ces probl&#232;mes, qui appelait &#224; l'utilisation de m&#233;thodes thermodynamiques ; Je veux dire la th&#233;orie des solutions, la th&#233;orie des &#233;tats correspondants et des effets isotopiques dans la phase condens&#233;e. Une recherche collective avec V. Mathot, A. Bellemans et N. Trappeniers a permis de pr&#233;dire de nouveaux effets tels que la d&#233;mixtion isotopique de l'h&#233;lium He3 + He4, qui correspondaient parfaitement aux r&#233;sultats de recherches ult&#233;rieures. Cette partie de mon travail est r&#233;sum&#233;e dans un livre &#233;crit en collaboration avec V. Mathot et A. Bellemans, The Molecular Theory of Solutions. 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail dans ce domaine de la chimie physique a toujours &#233;t&#233; pour moi un plaisir sp&#233;cifique, car le lien direct avec l'exp&#233;rimentation permet de tester l'intuition du th&#233;oricien. Les succ&#232;s que nous avons rencontr&#233;s ont fourni la confiance qui &#233;tait plus tard indispensable dans ma confrontation &#224; des probl&#232;mes plus abstraits et complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, parmi toutes ces perspectives ouvertes par la thermodynamique, celle qui devait garder mon int&#233;r&#234;t &#233;tait l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui rendait si manifeste la &#034;fl&#232;che du temps&#034;. D&#232;s le d&#233;but, j'ai toujours attribu&#233; &#224; ces processus un r&#244;le constructif, en opposition &#224; l'approche standard, qui ne voyait dans ces ph&#233;nom&#232;nes que d&#233;gradation et perte de travail utile. &#201;tait-ce l'influence de &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; de Bergson ou la pr&#233;sence &#224; Bruxelles d'une &#233;cole de biologie th&#233;orique performante ? 9 Le fait est qu'il m'est apparu que les &#234;tres vivants nous fournissaient des exemples frappants de syst&#232;mes tr&#232;s organis&#233;s et o&#249; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ont jou&#233; un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles connexions intellectuelles, bien que plut&#244;t vagues au d&#233;part, ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration, en 1945, du th&#233;or&#232;me de la production d'entropie minimale, applicable aux &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre.10 Ce th&#233;or&#232;me donne une explication claire de l'analogie qui reliait la stabilit&#233; de les &#233;tats thermodynamiques d'&#233;quilibre et la stabilit&#233; des syst&#232;mes biologiques, comme celui exprim&#233; dans le concept d '&#034;hom&#233;ostasie&#034; propos&#233; par Claude Bernard. C'est pourquoi, en collaboration avec JM Wiame 11, j'ai appliqu&#233; ce th&#233;or&#232;me &#224; la discussion de quelques probl&#232;mes importants en biologie th&#233;orique, &#224; savoir l'&#233;nerg&#233;tique de l'&#233;volution embryologique. Comme nous le savons mieux aujourd'hui, dans ce domaine, le th&#233;or&#232;me peut au mieux donner une explication de certains ph&#233;nom&#232;nes &#034;tardifs&#034;, mais il est remarquable qu'il continue d'int&#233;resser de nombreux exp&#233;rimentateurs.12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, je savais que la production d'entropie minimale n'&#233;tait valable que pour la branche lin&#233;aire des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, celle &#224; laquelle s'appliquent les fameuses relations de r&#233;ciprocit&#233; d'Onsager.13 Et, ainsi, la question &#233;tait : qu'en est-il des &#233;tats stationnaires loin de l'&#233;quilibre, pour lequel les relations d'Onsager ne sont pas valables, mais qui rel&#232;vent encore de la description macroscopique ? Les relations lin&#233;aires sont de tr&#232;s bonnes approximations pour l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes de transport (conductivit&#233; thermique, thermodiffusion, etc.), mais ne sont g&#233;n&#233;ralement pas valables pour les conditions de cin&#233;tique chimique. En effet, l'&#233;quilibre chimique est assur&#233; par la compensation de deux processus antagonistes, alors qu'en cin&#233;tique chimique - loin de l'&#233;quilibre, hors de la branche lin&#233;aire - on est g&#233;n&#233;ralement confront&#233; &#224; la situation inverse, o&#249; l'un des processus est n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce caract&#232;re local, la thermodynamique lin&#233;aire des processus irr&#233;versibles avait d&#233;j&#224; conduit &#224; de nombreuses applications, comme l'ont montr&#233; des personnes telles que J.Meixner, 14 SR de Groot et P. Mazur, 15 et, dans le domaine de la biologie, A. Katchalsky. 16 C'&#233;tait pour moi une incitation suppl&#233;mentaire lorsque je devais faire face &#224; des situations plus g&#233;n&#233;rales. Ces probl&#232;mes nous ont confront&#233;s pendant plus de vingt ans, entre 1947 et 1967, jusqu'&#224; ce que nous arrivions enfin &#224; la notion de &#034;structure dissipative&#034;. 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que la question soit intrins&#232;quement difficile &#224; traiter ; juste que nous ne savions pas nous orienter. C'est peut-&#234;tre une caract&#233;ristique de mon travail scientifique que les probl&#232;mes m&#251;rissent lentement, puis pr&#233;sentent une &#233;volution soudaine, de telle sorte qu'un &#233;change d'id&#233;es avec mes coll&#232;gues et collaborateurs devient n&#233;cessaire. Au cours de cette phase de mon travail, l'esprit original et enthousiaste de mon coll&#232;gue Paul Glansdorff a jou&#233; un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre collaboration devait donner naissance &#224; un crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution qui est loin d'&#234;tre utilis&#233; dans la branche non lin&#233;aire, hors du domaine de validit&#233; du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale. Les crit&#232;res de stabilit&#233; qui en ont r&#233;sult&#233; devaient conduire &#224; la d&#233;couverte d'&#233;tats critiques, avec changement de branche et apparition possible de nouvelles structures. Cette manifestation tout &#224; fait inattendue des processus de &#034;l'ordre des d&#233;sordres&#034;, loin de l'&#233;quilibre, mais conforme &#224; la seconde loi de la thermodynamique, allait changer en profondeur son interpr&#233;tation traditionnelle. En plus des structures d'&#233;quilibre classiques, nous sommes maintenant confront&#233;s &#224; des structures coh&#233;rentes dissipatives, pour des conditions suffisamment &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre. Une pr&#233;sentation compl&#232;te de ce sujet peut &#234;tre trouv&#233;e dans mon livre de 1971 co-&#233;crit avec Glansdorff.18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re &#233;tape provisoire, nous avons pens&#233; principalement aux applications hydrodynamiques, en utilisant nos r&#233;sultats comme outils de calcul num&#233;rique. Ici, l'aide de R. Schechter de l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse.19 Ces questions restent largement ouvertes, mais notre centre d'int&#233;r&#234;t s'est d&#233;plac&#233; vers les syst&#232;mes de dissipation chimique, qui sont plus faciles &#224; &#233;tudier que les processus convectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une fois que nous avons formul&#233; le concept de structure dissipative, une nouvelle voie s'est ouverte &#224; la recherche et, &#224; partir de ce moment, nos travaux ont montr&#233; une acc&#233;l&#233;ration saisissante. Cela &#233;tait d&#251; &#224; la pr&#233;sence d'une heureuse r&#233;union des circonstances ; principalement &#224; la pr&#233;sence dans notre &#233;quipe d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes scientifiques intelligents. Je ne peux pas mentionner ici toutes ces personnes, mais je tiens &#224; souligner le r&#244;le important jou&#233; par deux d'entre elles, R. Lefever et G. Nicolis. C'est avec eux que nous avons &#233;t&#233; en mesure de construire un nouveau mod&#232;le cin&#233;tique, qui se r&#233;v&#233;lerait &#224; la fois assez simple et tr&#232;s instructif - le &#034;Brusselator&#034;, comme J. Tyson l'appellera plus tard - et qui manifester l'&#233;tonnante vari&#233;t&#233; de structures g&#233;n&#233;r&#233;es par les processus de diffusion-r&#233;action.20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le lieu de rendre hommage au travail de pionnier de feu A. Turing, 21 ans qui, depuis 1952, avait fait des commentaires int&#233;ressants sur la formation des structures li&#233;es aux instabilit&#233;s chimiques dans le domaine de la morphogen&#232;se biologique. J'avais rencontr&#233; Turing &#224; Manchester environ trois ans auparavant, &#224; une &#233;poque o&#249; MG Evans, qui devait mourir trop t&#244;t, avait construit un groupe de jeunes scientifiques, dont certains allaient devenir c&#233;l&#232;bres. Ce n'est que longtemps apr&#232;s que j'ai rappel&#233; les commentaires de Turing sur ces questions de stabilit&#233;, car, peut-&#234;tre trop pr&#233;occup&#233; par la thermodynamique lin&#233;aire, je n'&#233;tais alors pas assez r&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux circonstances qui ont favoris&#233; le d&#233;veloppement rapide de l'&#233;tude des structures dissipatives. L'attention des scientifiques a &#233;t&#233; attir&#233;e sur les structures de non-&#233;quilibre coh&#233;rentes apr&#232;s la d&#233;couverte de r&#233;actions chimiques oscillantes exp&#233;rimentales telles que la r&#233;action de Belusov-Zhabotinsky ; 22 l'explication de son m&#233;canisme par Noyes et ses coll&#232;gues ; 23 l'&#233;tude des r&#233;actions oscillantes en biochimie (par exemple le cycle glycolytique, &#233;tudi&#233; par B. Chance24 et B. Hess25) et finalement les importantes recherches men&#233;es par M. Eigen.26 Par cons&#233;quent, depuis 1967, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; un grand nombre d'articles sur ce sujet, en contraste avec l'absence totale d'int&#233;r&#234;t qui pr&#233;valait lors des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'introduction du concept de structure dissipative devait &#233;galement avoir d'autres cons&#233;quences inattendues. Il &#233;tait &#233;vident d&#232;s le d&#233;part que les structures sortaient des fluctuations. Ils sont apparus en fait comme des fluctuations g&#233;antes, stabilis&#233;es par des &#233;changes de mati&#232;re et d'&#233;nergie avec le monde ext&#233;rieur. Depuis la formulation du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale, l'&#233;tude de la fluctuation hors &#233;quilibre avait retenu toute mon attention.27 Il &#233;tait donc tout naturel que je reprenne ce travail afin de proposer une extension du cas de la chimie loin de l'&#233;quilibre r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; ce sujet &#224; G. Nicolis et A. Babloyantz. Nous nous attendions &#224; trouver pour les &#233;tats stationnaires une distribution de Poisson similaire &#224; celle pr&#233;dite pour les fluctuations d'&#233;quilibre par les c&#233;l&#232;bres relations d'Einstein. Nicolis et Babloyantz ont d&#233;velopp&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e des r&#233;actions chimiques lin&#233;aires et ont pu confirmer cette pr&#233;diction.28 Ils ont ajout&#233; quelques remarques qualitatives qui sugg&#233;raient la validit&#233; de ces r&#233;sultats pour toute r&#233;action chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant &#224; nouveau les calculs pour l'exemple d'une r&#233;action biomol&#233;culaire non lin&#233;aire, j'ai remarqu&#233; que cette extension n'&#233;tait pas valide. Une analyse plus approfondie, o&#249; G. Nicolis a jou&#233; un r&#244;le cl&#233;, a montr&#233; qu'un ph&#233;nom&#232;ne inattendu est apparu alors que l'on consid&#233;rait le probl&#232;me de fluctuation dans les syst&#232;mes non lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre : la loi de distribution des fluctuations d&#233;pend de leur &#233;chelle, et seules les &#171; petites fluctuations &#187; suivent la loi propos&#233;e par Einstein.29 Apr&#232;s une r&#233;ception prudente, ce r&#233;sultat est d&#233;sormais largement accept&#233;, et la th&#233;orie des fluctuations hors &#233;quilibre se d&#233;veloppe pleinement maintenant, afin de nous permettre d'attendre des r&#233;sultats importants dans les ann&#233;es &#224; venir. Ce qui est d&#233;j&#224; clair aujourd'hui, c'est qu'un domaine tel que la cin&#233;tique chimique, qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme conceptuellement ferm&#233;e, doit &#234;tre repens&#233; en profondeur, et qu'une toute nouvelle discipline, traitant des transitions de phase hors &#233;quilibre, fait son apparition.30, 31, 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s de la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles nous conduisent &#233;galement &#224; reconsid&#233;rer leur insertion dans la dynamique classique et quantique. Jetons un nouveau regard sur la m&#233;canique statistique d'il y a quelques ann&#233;es. D&#232;s le d&#233;but de mes recherches, j'avais eu l'occasion d'utiliser des m&#233;thodes conventionnelles de m&#233;canique statistique pour des situations d'&#233;quilibre. De telles m&#233;thodes sont tr&#232;s utiles pour l'&#233;tude des propri&#233;t&#233;s thermodynamiques des solutions de polym&#232;re ou des isotopes. Ici, nous traitons principalement de probl&#232;mes de calcul simples, car les outils conceptuels de la m&#233;canique statistique de l'&#233;quilibre sont bien &#233;tablis depuis les travaux de Gibbs et Einstein. Mon int&#233;r&#234;t pour le non-&#233;quilibre me conduirait par n&#233;cessit&#233; au probl&#232;me des fondements de la m&#233;canique statistique, et surtout &#224; l'interpr&#233;tation microscopique de l'irr&#233;versibilit&#233;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon premier dipl&#244;me en sciences, j'&#233;tais un lecteur enthousiaste de Boltzmann, dont la vision dynamique du devenir physique &#233;tait pour moi un mod&#232;le d'intuition et de p&#233;n&#233;tration. N&#233;anmoins, je n'ai pu que constater quelques aspects insatisfaisants. Il &#233;tait clair que Boltzmann avait introduit des hypoth&#232;ses &#233;trang&#232;res &#224; la dynamique ; sous de telles hypoth&#232;ses, parler d'une justification dynamique de la thermodynamique me paraissait pour le moins excessif. &#192; mon avis, l'identification de l'entropie avec le d&#233;sordre mol&#233;culaire ne pourrait contenir qu'une partie de la v&#233;rit&#233; si, comme je persistais &#224; penser, les processus irr&#233;versibles &#233;taient dot&#233;s de ce r&#244;le constructif que je ne cesse de leur attribuer. Pour une autre partie, les applications des m&#233;thodes de Boltzmann se limitaient aux gaz dilu&#233;s, alors que j'&#233;tais plus int&#233;ress&#233; par les syst&#232;mes condens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es quarante, un grand int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; suscit&#233; dans la g&#233;n&#233;ralisation de la th&#233;orie cin&#233;tique aux milieux denses. Apr&#232;s les travaux pionniers d'Yvon34, les publications de Kirkwodd35, Born and Green36, et de Bogoliubov37 ont attir&#233; beaucoup d'attention sur ce probl&#232;me, qui devait conduire &#224; la naissance de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. Comme je ne pouvais pas rester &#233;tranger &#224; ce mouvement, j'ai propos&#233; &#224; G. Klein, un disciple de F&#252;rth qui est venu travailler avec moi, d'essayer d'appliquer la m&#233;thode de Born and Green &#224; un exemple concret et simple, dans lequel l'approche de l'&#233;quilibre a fait pas conduire &#224; une solution exacte. Ce fut notre premi&#232;re &#233;tape provisoire dans la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre.38 Ce fut finalement un &#233;chec, avec la conclusion que le formalisme de Born et Green n'a pas conduit &#224; une extension satisfaisante de la m&#233;thode de Boltzmann aux syst&#232;mes denses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;chec n'&#233;tait pas total, car il m'a conduit, lors d'un travail ult&#233;rieur, &#224; une premi&#232;re question : &#233;tait-il possible de d&#233;velopper une th&#233;orie dynamique &#034;exacte&#034; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Tout le monde sait que selon le point de vue classique, l'irr&#233;versibilit&#233; r&#233;sulte d'approximations suppl&#233;mentaires aux lois fondamentales des ph&#233;nom&#232;nes &#233;l&#233;mentaires, qui sont strictement r&#233;versibles. Ces approximations suppl&#233;mentaires ont permis &#224; Boltzmann de passer d'une description dynamique et r&#233;versible &#224; une description probabiliste, afin d'&#233;tablir son c&#233;l&#232;bre th&#233;or&#232;me H.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore rencontr&#233; cette attitude n&#233;gative de &#171; passivit&#233; &#187; imput&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, attitude que je ne pouvais partager. Si - comme j'&#233;tais dispos&#233; &#224; le penser - des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles jouent effectivement un r&#244;le actif et constructif, leur &#233;tude ne saurait se r&#233;duire &#224; une description en termes d'approximations suppl&#233;mentaires. De plus, mon opinion &#233;tait que dans une bonne th&#233;orie, un coefficient de viscosit&#233; pr&#233;senterait autant de signification physique qu'une chaleur sp&#233;cifique, et la dur&#233;e de vie moyenne d'une particule autant que sa masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti confirm&#233; dans cette attitude par les publications remarquables de Chandrasekhar et von Neumann, &#233;galement parues dans les ann&#233;es 40. C'est pourquoi, toujours avec l'aide de G. Klein, j'ai d&#233;cid&#233; de jeter un regard neuf sur un exemple d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;. par Schr&#246;dinger, 40 concernant la description d'un syst&#232;me d'oscillateurs harmoniques. Nous avons &#233;t&#233; surpris de voir que, pour tout un mod&#232;le aussi simple qui nous a permis de conclure, cette classe de syst&#232;mes tend &#224; s'&#233;quilibrer. Mais comment g&#233;n&#233;raliser ce r&#233;sultat aux syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la performance v&#233;ritablement historique de L&#233;on van Hove nous a ouvert la voie (1955) .41 Je me souviens, avec un plaisir toujours nouveau, du temps - trop court - pendant lequel van Hove a travaill&#233; avec notre groupe. Certains de ses travaux ont eu un effet durable sur l'ensemble du d&#233;veloppement de la physique statistique ; Je veux dire non seulement son &#233;tude de la d&#233;duction d'une &#034;&#233;quation ma&#238;tresse&#034; pour les syst&#232;mes anharmoniques, mais aussi sa contribution fondamentale sur les transitions de phase, qui devait conduire &#224; la branche de la m&#233;canique statistique qui traite des r&#233;sultats dits &#034;exacts&#034; .42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re &#233;tude de van Hove s'est limit&#233;e aux syst&#232;mes anharmoniques faiblement coupl&#233;s. Mais de toute fa&#231;on, le chemin &#233;tait ouvert, et avec certains de mes coll&#232;gues et collaborateurs, principalement R. Balescu, R. Brout, F. H&#233;nin et P. R&#233;sibois, nous avons r&#233;alis&#233; une formulation de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre &#224; partir d'un point purement dynamique de vue, sans aucune hypoth&#232;se probabiliste. La m&#233;thode que nous avons utilis&#233;e est r&#233;sum&#233;e dans mon livre de 196243. Elle conduit &#224; une &#171; dynamique des corr&#233;lations &#187;, car la relation entre interaction et corr&#233;lation constitue la composante essentielle de la description. Depuis lors, ces m&#233;thodes ont conduit &#224; de nombreuses applications. Sans donner plus de d&#233;tails, je me limiterai ici &#224; mentionner deux livres r&#233;cents, l'un de R. Balescu, 44 l'autre de P. R&#233;sibois et M. De Leener.45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conclu la premi&#232;re &#233;tape de mes recherches en m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. La seconde se caract&#233;rise par une tr&#232;s forte analogie avec l'approche des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles qui nous a conduits de la thermodynamique lin&#233;aire &#224; la thermodynamique non lin&#233;aire. Dans cette &#233;tape provisoire &#233;galement, j'ai &#233;t&#233; pouss&#233; par un sentiment d'insatisfaction, car la relation avec la thermodynamique n'a pas &#233;t&#233; &#233;tablie par nos travaux en m&#233;canique statistique, ni par aucune autre m&#233;thode. Le th&#233;or&#232;me de Boltzmann &#233;tait toujours aussi isol&#233; que jamais, et la question de la nature des syst&#232;mes dynamiques auxquels s'applique la thermodynamique &#233;tait toujours sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait de loin plus large et plus complexe que les consid&#233;rations plut&#244;t techniques auxquelles nous &#233;tions parvenus. Il a touch&#233; la nature m&#234;me des syst&#232;mes dynamiques et les limites de la description hamiltonienne. Je n'aurais jamais os&#233; aborder un tel sujet si je n'avais pas &#233;t&#233; stimul&#233; par des discussions avec des amis tr&#232;s comp&#233;tents comme feu L&#233;on Rosenfeld de Copenhague ou G. Wentzel de Chicago. Rosenfeld a fait plus que me donner des conseils ; il &#233;tait directement impliqu&#233; dans l'&#233;laboration progressive des concepts que nous devions explorer pour construire une nouvelle interpr&#233;tation de l'irr&#233;versibilit&#233;. Plus que toute autre &#233;tape de ma carri&#232;re scientifique, celle-ci est le fruit d'un effort collectif. Je n'aurais pas pu r&#233;ussir sans l'aide de mes coll&#232;gues M. de Haan, Cl. George, A. Grecos, F. Henin, F. Mayn&#233;, W. Schieve et M. Theodosopulu. Si l'irr&#233;versibilit&#233; ne r&#233;sulte pas d'approximations suppl&#233;mentaires, elle ne peut &#234;tre formul&#233;e que dans une th&#233;orie des transformations qui exprime en termes &#171; explicites &#187; ce que la formulation habituelle de la dynamique &#171; cache &#187;. Dans cette perspective, l'&#233;quation cin&#233;tique de Boltzmann correspond &#224; une formulation de la dynamique dans une nouvelle repr&#233;sentation.46, 47, 48, 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : la dynamique et la thermodynamique deviennent deux descriptions compl&#233;mentaires de la nature, li&#233;es par une nouvelle th&#233;orie de la transformation non unitaire. J'en suis venu &#224; mes pr&#233;occupations actuelles ; et il est donc temps de mettre fin &#224; cette autobiographie intellectuelle. Alors que nous partions de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, tels que la signification thermodynamique des &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre ou des ph&#233;nom&#232;nes de transport dans les syst&#232;mes denses, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s, presque contre notre volont&#233;, &#224; des probl&#232;mes de grande g&#233;n&#233;ralit&#233; et de complexit&#233;, qui appellent &#224; reconsid&#233;rer la relation des structures physico-chimiques aux structures biologiques, alors qu'elles expriment les limites de la description hamiltonienne en physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tous ces probl&#232;mes ont un &#233;l&#233;ment commun : le temps. Peut-&#234;tre que l'orientation de mon travail est venue du conflit n&#233; de ma vocation humaniste d'adolescent et de l'orientation scientifique que j'ai choisie pour ma formation universitaire. Presque par instinct, je me suis tourn&#233; plus tard vers des probl&#232;mes de complexit&#233; croissante, peut-&#234;tre dans la conviction que je pourrais y trouver une jonction en sciences physiques d'une part, et en biologie et sciences humaines d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les recherches men&#233;es avec mon ami R. Herman sur la th&#233;orie de la circulation automobile50 m'ont confirm&#233; la supposition que m&#234;me le comportement humain, avec toute sa complexit&#233;, serait &#233;ventuellement susceptible d'une formulation math&#233;matique. De cette fa&#231;on, la dichotomie des &#034;deux cultures&#034; pourrait et devrait &#234;tre supprim&#233;e. Cela correspondrait &#224; la perc&#233;e des biologistes et des anthropologues vers la description mol&#233;culaire ou les &#171; structures &#233;l&#233;mentaires &#187;, si l'on veut utiliser la formulation de L&#233;vi-Strauss, un mouvement compl&#233;mentaire du physico-chimiste vers la complexit&#233;. Le temps et la complexit&#233; sont des concepts qui pr&#233;sentent des relations mutuelles intrins&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa conf&#233;rence inaugurale, De Donder a parl&#233; en ces termes : 51 &#034;La physique math&#233;matique repr&#233;sente l'image la plus pure que la vision de la nature puisse g&#233;n&#233;rer dans l'esprit humain ; cette image pr&#233;sente tout le caract&#232;re du produit de l'art ; elle engendre une certaine unit&#233;, elle est vrai et a la qualit&#233; de la sublimit&#233; ; cette image est &#224; la nature physique ce qu'est la musique aux mille bruits dont l'air est plein ... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filtrer la musique hors du bruit ; l'unit&#233; de l'histoire spirituelle de l'humanit&#233;, comme l'a soulign&#233; M. Eliade, est une d&#233;couverte r&#233;cente qui doit encore &#234;tre assimil&#233;e.52 La recherche de ce qui est significatif et vrai par opposition au bruit est une &#233;tape provisoire qui semble intrins&#232;quement intrins&#232;que. li&#233; &#224; la prise de conscience de l'homme face &#224; une nature dont il fait partie et qu'il laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai maintes fois pr&#244;n&#233; le dialogue n&#233;cessaire dans l'activit&#233; scientifique, et donc l'importance vitale de mes coll&#232;gues et collaborateurs dans le parcours que j'ai tent&#233; de d&#233;crire. Je voudrais &#233;galement souligner le soutien continu que j'ai re&#231;u des institutions qui ont rendu ce travail r&#233;alisable, en particulier l'Universit&#233; Libre de Bruxelles et l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin. Pour tout le d&#233;veloppement de ces id&#233;es, l'Institut international de physique et de chimie fond&#233; par E. Solvay (Bruxelles, Belgique) et la Fondation Welch (Houston, Texas) m'ont apport&#233; un soutien continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail d'un th&#233;oricien est directement li&#233; &#224; toute sa vie. Il faut, je crois, une certaine paix int&#233;rieure pour trouver un chemin entre toutes les bifurcations successives. Cette paix que je dois &#224; ma femme, Marina. Je connais la fragilit&#233; du pr&#233;sent, mais aujourd'hui, vu l'avenir, je me sens &#234;tre un homme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences 1. G. Poulet, Etudes sur le temps humain, Tone 4, Edition 10/18, Paris, 1949. 2. Voir la note sur De Donder dans le Floril&#232;ge (pedant le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe), Acad. Roy. Belg., Bull. Cl. Sc., Page 169, 1968. 3. Th. De Donder (R&#233;daction nouvelle par P. Van Rysselberghe), Paris, Gauthier-Villars, 1936. Voir aussi : I. Prigogine et R. Defay : Thermodynamique Chimique conform&#233;ment aux m&#233;thodes de Gibbs et De Donder (2 Tomes), Li&#232;ge, Desoer, 1944-1946. Ou la traduction en anglais : Chemical Thermodynamics, traduite par DH Everett, Langmans 1954, 1962. 4. Voir Colloque de Thermodynamique, Union Intern. de Physique pure et appliqu&#233;e (IUPAP), 1948. 5. Bolzmann, L., Wien, Ber. 66, 2275, 1872. 6. Planck, M., Vorlesaungen &#252;ber Thermodynamik, Walter de Gruyter, Berlin, Leipzig, 1930. 7. Timmermans, J., Les Solutions Concentr&#233;es, Masson et Cie, Paris, 1936. Citons &#233;galement sa th&#232;se sur la recherche exp&#233;rimentale sur la d&#233;mixtion dans les m&#233;langes liquides 8. Prigogine, I., La th&#233;orie mol&#233;culaire des solutions, avec A. Bellemans et V. Mathot ; Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1957. Voir aussi : Prigogine and Defay, R&#233;f. 3. 9. Citons quelques &#339;uvres remarquables de cette Ecole : Barchet, A., La Vie cr&#233;atrice des formes, Alcan, Paris, 1927. Dalcq, A., L'Oeuf et son dynamisme organisateur, Alban Michel. Paris, 1941. Barchet, J., Embryologie Chimique, Desoer, Li&#232;ge et Masson, Paris, 1946. J'ai &#233;galement &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ress&#233; par le beau livre de Marcel Florkin : L'Evolution biochimique, Desoer, Li&#232;ge, 1944. 10. Prigogine, I., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Caroline du Sud. 31, 600, 1945.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Th&#232;se d'agr&#233;gation pr&#233;sent&#233;e en 1945 &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Desoer, Li&#232;ge, 1947.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &#224; la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, traduit de l'anglais par J. Chanu, Dunod, Paris, 1968. 11. Prigogine, I., et Wiame, JM, Experientia, 2, 451, 1946. 12. Nicolis, G. et Prigogine, I., Self Organisation in Non-Equilibrium Systems (Chaps. III et IV), J. Wiley and Sons, New York, 1977. 13. Onsager, L., Phys. Rev., 37, 405, 1931. 14. Meixner, J., Ann. Physik, (5), 35, 701, 1939 ; 36, 103, 1939 ; 39, 333, 1941 ; 40, 165, 1941 ; Zeitsch Phys. Chim. B 53, 235, 1943. 15. de Groot, SR et Mazur, P., Thermodynamics Non-Equilibrium, North-Holland, Amsterdam, 1962. 16. Katchalsky, A. et Curran, PF, Thermodynamics Non-Equilibrium in Biophisics, Harvard Univ. Press, Cambridge, Mass., 1946. 17. Prigogine, I., Structure, Dissipation and Life. Physique th&#233;orique et biologie, Versailles, 1967. Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1969. C'est dans cette communication que le terme &#034;structure dissipative&#034; est utilis&#233; pour la premi&#232;re fois. 18. Glansdorff, P. et Prigogine, I., Structure, Stabilit&#233; et Fluctuations, Masson, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Th&#233;orie thermodynamique de la stabilit&#233; et des fluctuations des structures, Wiley and Sons, Londres, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue russe : Mir, Moscou, 1973.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue japonaise ; Misuzu Shobo, 1977. Ce livre pr&#233;sente en d&#233;tail le travail original des deux auteurs, qui a conduit au concept de structure dissipative. Pour un bref compte rendu historique, voir aussi : Acad. Roy. Belg., Bull. des Cl. Sc., LIX, 80, 1973. 19. Schechter, RS, The Variational Method in Engineering, McGraw-Hill, New York, 1967. 20. Tyson, J., Journ. de Chem. Physique, 58, 3919, 1973. 21. Turing, A., Phil. Trans. Roy. Soc. Londres, Ser B, 237, 37, 1952. 22. Belusov, BP, Sb. R&#233;f. Radiat. Med. Moscou, 1958. Zhabotinsky, AP, Biofizika, 9, 306, 1964. Acad. Caroline du Sud. URSS Moscou (Nauka), 1967. 23. Noyes, RM et al., Ann. Rev. Phys. Chem. 25, 95, 1974. 24. Chance, B., Schonener, B. et Elsaesser, S., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 52, 337-341, 1964. 25. Hess, B., Ann. Rev. Biochem. 40, 237, 1971. 26. Eigen, M., Naturwissenschaften, 58, 465, 1971. 27. Prigogine, I. et Mayer, G., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Sc., 41, 22, 1955 28. Nicolis, G. et Babloyantz, A., Journ. Chem. Phys., 51, 6, 2632, 1969. 29. Nicolis, G. et Prigogine, I., Proc. Nat. Acad. Sci. USA, 68, 2102, 1971. 30. Prigogine, I., Proc. 3rd Symp. Temp&#233;rature, Washington DC, 1954. Prigogine, I. et Nicolis, G., Proc. 3e. Interne. Conf&#233;rence : De la physique th&#233;orique &#224; la biologie, Versailles, France, 1971. 31. Nicolis, G. et Turner, JW, Proc. de la Conf&#233;rence sur la th&#233;orie de la bifurcation, New York, 1977. &#192; para&#238;tre. 32. Prigogine, I. et Nicolis, G., Transitions de phase hors &#233;quilibre et r&#233;actions chimiques, Scientific American. Appara&#238;tre. 33. Prigogine, I., Non-Equilibrium Stastistical Mechanics, Interscience Publ., New York, Londres, 1962-1966. (Pour un bref historique et des r&#233;f&#233;rences originales.) 34. Yvon, J., Les Corr&#233;lations et l'Entropie en M&#233;canique Statistique Classique. Dunod, Paris, 1965. 35. Kirkwood. JG, Journ, Chem. Physique, 14, 180, 1946. 36. Born, M. et Green, HS, Proc, Roy, Soc. Londres, A 188, 10, 1946 et A 190, 45, 1947. 37. Bogoliubov, sans num&#233;ro, Jour. Phys. URSS 10, 257, 265, 1949. 38. Klein, G. et Prigogine, I., Physica XIX 74-88 ; 88-100 ; 1053-1071, 1953. 39. Chandrasekhar, S., Stocastic Problems in Physics and Astronomy ; R&#233;v.de Mod. Physique, 15, no 1, 1943. 40. Shr&#246;dinger, E., Ann. der Physik, 44, 916, 1914. 41. Van Hove, L., Physica, 21, 512 (1955). 42. Van Hove, L., Physica, 16, 137 (1950). 43. Prigogine, I., cf. R&#233;f. 33. 44. Balascu, R., M&#233;canique statistique d'&#233;quilibre et de non-&#233;quilibre, Wiley, Interscience, 1957. 45. R&#233;sibois, P. et De Leener, M., Th&#233;orie cin&#233;tique classique des fluides, Wiley, Interscience, New York, 1977 46. &#8203;&#8203;Prigogine, I., George, C., Henin, F. et Rosenfeld, L., Chemica Scripta, 4, 5-32, 1973. 47. Prigogine, I., George, C., Henin, F. , Physica, 45, 418-434, 1969 48. Prigogine, I. et Grecos, AP, The Dynamic Dynamory of Irreversible Processes, Proc. Interne. Conf. sur Frontiers of Theor. Phys., New Delhi, 1976. Th&#233;orie cin&#233;tique et propri&#233;t&#233;s ergodiques en m&#233;canique quantique, Abhandlungen der Akad. der Wiss., der DDR Nr 7 n Berlin, Jahrgang 1977. 49. Grecos, AP and Prigogine, I., Treizi&#232;me Conf&#233;rence IUPAP de physique statistique, Ha&#239;fa, ao&#251;t 1977. 50. Prigogine, I. et Herman, R., Kinetic Theory of Vehicular traffic, Elsevier, 1971. 51. Pour la r&#233;f&#233;rence, voir note 2. 52. Mirc&#233;a Eliade, Historie des croyances et fies id&#233;es religieuseu Vol. I., p. 10, Payot, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Nobel Lectures, Chemistry 1971-1980, r&#233;dacteur en chef Tore Fr&#228;ngsmyr, r&#233;dacteur en chef Sture Fors&#233;n, World Scientific Publishing Co., Singapour, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autobiographie / biographie a &#233;t&#233; &#233;crite au moment de la remise du prix et publi&#233;e pour la premi&#232;re fois dans la s&#233;rie de livres Les Prix Nobel. Il a ensuite &#233;t&#233; &#233;dit&#233; et republi&#233; dans Nobel Lectures. Pour citer ce document, indiquez toujours la source comme indiqu&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine est d&#233;c&#233;d&#233; le 28 mai 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que des lois objectives ?</title>
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&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#233;conomistes ont une singuli&#232;re mani&#232;re de proc&#233;der. Il n'y a pour eux que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature. Les institutions de la f&#233;odalit&#233; sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en ceci aux th&#233;ologiens, qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions. Toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Chapter 02 : Is matter a suject of philosophy ? Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;conomistes ont une singuli&#232;re mani&#232;re de proc&#233;der. Il n'y a pour eux que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature. Les institutions de la f&#233;odalit&#233; sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en ceci aux th&#233;ologiens, qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions. Toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une &#233;manation de Dieu. En disant que les rapports actuels - les rapports de la production bourgeoise - sont naturels, les &#233;conomistes font entendre que ce sont l&#224; des rapports dans lesquels se cr&#233;e la richesse et se d&#233;veloppent les forces productives conform&#233;ment aux lois de la nature. Donc ces rapports sont eux-m&#234;mes des lois naturelles ind&#233;pendantes de l'influence du temps. Ce sont des lois &#233;ternelles qui doivent toujours r&#233;gir la soci&#233;t&#233;. Ainsi il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus. Il y a eu de l'histoire, puisqu'il y a eu des institutions de f&#233;odalit&#233;, et que dans ces institutions de f&#233;odalit&#233; on trouve des rapports de production tout &#224; fait diff&#233;rents de ceux de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que les &#233;conomistes veulent faire passer pour naturels et partant &#233;ternels&#8230; Le mode de production, les rapports dans lesquels les forces productives se d&#233;veloppent, ne sont rien moins que des lois &#233;ternelles, mais ils correspondent &#224; un d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; des hommes et de leurs forces productives, et qu'un changement survenu dans les forces productives des hommes am&#232;ne n&#233;cessairement un changement dans leurs rapports de production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#8220; lois naturelles de toute &#233;conomie&#8221; annonc&#233;es avec tant de pompe se sont av&#233;r&#233;es platitudes de la pire esp&#232;ce, connues de tout le monde et m&#234;me pas toujours exactement comprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; (chapitre &#171; dialectique &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ''lois &#233;ternelles de la nature'' se transforment de plus en plus en lois historiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans les &#171; Manuscrits de 1844 &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sciences de la nature comprendront plus tard aussi bien la science de l'homme, que la science de l'homme englobera les sciences de la nature : il y aura une seule science. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Robert B. Laughlin dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le comportement humain ressemble &#224; la nature parce qu'il en fait partie, et qu'il est r&#233;gi par les m&#234;mes lois que tout le reste. Autrement dit, nous ressemblons &#224; l'&#233;l&#233;mentarit&#233; parce que nous en sommes faits &#8211; pas parce que nous l'avons humanis&#233; ou contr&#244;l&#233; par notre esprit. Les parall&#232;les entre l'organisation d'une vie et celle des &#233;lectrons ne sont ni un accident ni une illusion, mais de la physique. (&#8230;) &#171; Repr&#233;sente-toi sans cesse le monde comme un &#234;tre unique &#187; &#233;crit Marc Aur&#232;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lois de la nature, lois de la soci&#233;t&#233;, mais qu'est-ce qu'une loi objective ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avertissement - Le terme de &#171; loi &#187; semble provenir uniquement du domaine &#233;tatique, politique, l&#233;gal, l&#233;gislatif et administratif et pourtant, ici, nous n'allons consid&#233;rer que les lois qui s'imposent aux hommes et pas celles qu'ils &#233;crivent eux-m&#234;mes, les lois objectives de la nature, de l'histoire et de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;raclite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce monde, aucun dieu ni aucun homme ne l'a cr&#233;&#233;, mais il fut toujours et il est et il sera un feu &#233;ternellement vivant, qui s'allume et qui s'&#233;teint selon des lois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon de Laplace dans &#171; Essai philosophique sur les probabilit&#233;s &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons&#8230; envisager l'&#233;tat pr&#233;sent de l'univers comme l'effet de son &#233;tat ant&#233;rieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donn&#233;, conna&#238;trait toutes les forces dont la nature est anim&#233;e et la situation respective des &#234;tres qui la composent, si d'ailleurs elle &#233;tait assez vaste pour soumettre ces donn&#233;es &#224; l'analyse, embrasserait dans la m&#234;me formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus l&#233;ger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le pass&#233; seraient pr&#233;sents &#224; ses yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi est le durable (ce qui demeure) dans le ph&#233;nom&#232;ne&#8230; La loi est l'identique dans le ph&#233;nom&#232;ne&#8230; Mais ce n'est que la partie calme du ph&#233;nom&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Doctrine de l'Essence &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plusieurs choses sont en interaction par leurs propri&#233;t&#233;s. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est dans l'unit&#233; de l'apparence et de l'existence. Cette unit&#233; est la loi du ph&#233;nom&#232;ne. La loi est donc le positif dans la m&#233;diation de ce qui appara&#238;t. C'est le reflet du ph&#233;nom&#232;ne dans son identit&#233; avec lui-m&#234;me. Cette identit&#233;, le fondement du ph&#233;nom&#232;ne qui constitue la loi, est un moment propre du ph&#233;nom&#232;ne... La loi est donc non au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui imm&#233;diatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi ne va pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne. Au contraire, le royaume des lois est l'image &#034;calme&#034; du monde existant ou &#233;mergeant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le fonds de la chose n'est pas &#233;puis&#233; dans la fin, mais dans tout son accomplissement. Le &#034;r&#233;sultat&#034; atteint n'est pas le tout concret ; il ne l'est qu'avec le processus dont il est le terme. La fin prise ind&#233;pendamment du reste est l'universel mort, tout comme la tendance n'est qu'un simple effort, encore priv&#233; de r&#233;alisation ; et le r&#233;sultat nu est le cadavre que la tendance a laiss&#233; derri&#232;re elle. (...) Saisir la chose, c'est l'exposer dans son d&#233;veloppement. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est un processus d'av&#232;nement et de disparition, qui lui-m&#234;me n'advient ni ne dispara&#238;t, mais est en soi et constitue l'actualit&#233; et le mouvement de la v&#233;rit&#233; vivante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Science de la Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi n'est pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui directement ; le domaine des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal. Mieux, les deux sont une totalit&#233;, et le monde existant est lui-m&#234;me le domaine des lois qui, en tant qu'&#234;tre pos&#233; ou dans l'ind&#233;pendance qui se r&#233;sout elle-m&#234;me de l'existence. L'existence retourne dans la loi, en tant que son fondement ; le ph&#233;nom&#232;ne contient les deux, la raison simple et le processus dissolvant de l'univers ph&#233;nom&#233;nal, dont le fondement est l'essentialit&#233;&#8230; Le domaine des lois est, il est vrai, la v&#233;rit&#233; de l'entendement, v&#233;rit&#233; dont le contenu est la distinction qui se trouve dans la loi ; mais le domaine des lois n'est en m&#234;me temps que sa premi&#232;re v&#233;rit&#233;, et elle n'&#233;puise pas le ph&#233;nom&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Prop&#233;deutique philosophique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi du ph&#233;nom&#232;ne est son reflet tranquille, g&#233;n&#233;ral. Elle est un rapport m&#233;diateur des d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales permanentes dont les distinctions sont ext&#233;rieures &#224; la loi. La g&#233;n&#233;ralit&#233; et la permanence de ce rapport m&#233;diateur conduisent &#224; la n&#233;cessit&#233; de la loi ; mais sans que la distinction soit d&#233;termin&#233;e en elle-m&#234;me ou en interne, de fa&#231;on qu'une d&#233;termination soit imm&#233;diatement dans le concept de l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande du Capital, Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me lorsqu'une soci&#233;t&#233; est sur le point de parvenir &#224; la connaissance de la loi naturelle qui pr&#233;side &#224; son &#233;volution, elle ne peut cependant ni sauter, ni rayer par d&#233;cret les phases naturelles de son d&#233;veloppement. Mais elle peut abr&#233;ger et att&#233;nuer les douleurs de l'enfantement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Pr&#233;face de la critique de l'&#233;conomie politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production de leur existence, les hommes se soumettent &#224; des conditions d&#233;termin&#233;es, n&#233;cessaires, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Ces conditions de production correspondent &#224; un stade d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces conditions de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne la vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, mais, au contraire, c'est leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. Ayant atteint un certain niveau de d&#233;veloppement, les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les conditions de production existantes, ou, ce qui en est l'expression juridique, avec le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; au sein duquel elles ont &#233;volu&#233; jusqu'alors. De facteurs de d&#233;veloppement des forces productives, ces conditions deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Parall&#232;lement &#224; la transformation de la base &#233;conomique s'effectue le bouleversement plus ou moins lent ou rapide de toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre la transformation mat&#233;rielle des conditions de production &#233;conomiques &#8211; transformation qu'on doit constater &#224; l'aide des m&#233;thodes exactes qu'emploient les sciences naturelles &#8211; et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, de m&#234;me on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur la conscience qu'elle a d'elle-m&#234;me. Il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de production. Un type de soci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives que cette soci&#233;t&#233; est capable de contenir, et jamais un syst&#232;me de production nouveau et sup&#233;rieur ne s'y substitue avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ce syst&#232;me aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car en y regardant de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de na&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Messager europ&#233;en, revue russe, publi&#233;e &#224; Saint-P&#233;tersbourg, dans un article enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la m&#233;thode du Capital de Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule chose pr&#233;occupe Marx : trouver la loi des ph&#233;nom&#232;nes qu'il &#233;tudie ; non seulement la loi qui les r&#233;git sous leur forme arr&#234;t&#233;e et dans leur liaison observable pendant une p&#233;riode de temps donn&#233;e. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire la loi de leur passage d'une forme &#224; l'autre, d'un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu'il a d&#233;couvert cette loi, il examine en d&#233;tail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale... Ainsi donc, Marx ne s'inqui&#232;te que d'une chose ; d&#233;montrer par une recherche rigoureusement scientifique, la n&#233;cessit&#233; d'ordres d&#233;termin&#233;s de rapports sociaux, et, autant que possible, v&#233;rifier les faits qui lui ont servi de point de d&#233;part et de point d'appui. Pour cela il suffit qu'il d&#233;montre, en m&#234;me temps que la n&#233;cessit&#233; de l'organisation actuelle, la n&#233;cessit&#233; d'une autre organisation dans laquelle la premi&#232;re doit in&#233;vitablement passer, que l'humanit&#233; y croie ou non, qu'elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un encha&#238;nement naturel de ph&#233;nom&#232;nes historiques, encha&#238;nement soumis &#224; des lois qui, non seulement sont ind&#233;pendantes de la volont&#233;, de la conscience et des desseins de l'homme, mais qui, au contraire, d&#233;terminent sa volont&#233;, sa conscience et ses desseins... Si l'&#233;l&#233;ment conscient joue un r&#244;le aussi secondaire dans l'histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l'objet est la civilisation m&#234;me, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n'est pas l'id&#233;e, mais seulement le ph&#233;nom&#232;ne ext&#233;rieur qui peut lui servir de point de d&#233;part. La critique se borne &#224; comparer, &#224; confronter un fait, non avec l'id&#233;e, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient &#233;t&#233; observ&#233;s aussi exactement que possible, et que dans la r&#233;alit&#233; ils constituent vis-&#224;-vis l'un de l'autre deux phases de d&#233;veloppement diff&#233;rentes ; par-dessus tout elle exige que la s&#233;rie des ph&#233;nom&#232;nes, l'ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d'&#233;volution successives, soient &#233;tudi&#233;s avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois g&#233;n&#233;rales de la vie &#233;conomique sont unes, toujours les m&#234;mes, qu'elles s'appliquent au pr&#233;sent ou au pass&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n'existent pas... D&#232;s que la vie s'est retir&#233;e d'une p&#233;riode de d&#233;veloppement donn&#233;e, d&#232;s qu'elle passe d'une phase dans une autre, elle commence aussi &#224; &#234;tre r&#233;gie par d'autres lois. En un mot, la vie &#233;conomique pr&#233;sente dans son d&#233;veloppement historique les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes que l'on rencontre en d'autres branches de la biologie... Les vieux &#233;conomistes se trompaient sur la nature des lois &#233;conomiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des ph&#233;nom&#232;nes a montr&#233; que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et v&#233;g&#233;taux. Bien plus, un seul et m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;it &#224; des lois absolument diff&#233;rentes, lorsque la structure totale de ces organismes diff&#232;re, lorsque leurs organes particuliers viennent &#224; varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent &#224; changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la m&#234;me en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque &#233;poque &#233;conomique a sa loi de population propre... Avec diff&#233;rents d&#233;veloppements de la force productive, les rapports sociaux changent de m&#234;me que leurs lois r&#233;gulatrices... En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue pour examiner l'ordre &#233;conomique capitaliste, Marx ne fait que formuler d'une fa&#231;on rigoureusement scientifique la t&#226;che impos&#233;e &#224; toute &#233;tude exacte de la vie &#233;conomique. La valeur scientifique particuli&#232;re d'une telle &#233;tude, c'est de mettre en lumi&#232;re les lois qui r&#233;gissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d'un organisme social donn&#233;, et son remplacement par un autre sup&#233;rieur ; c'est cette valeur-l&#224; que poss&#232;de l'ouvrage de Marx. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#034;L'Id&#233;ologie allemande&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici donc les faits : des individus d&#233;termin&#233;s qui ont une activit&#233; productive selon un mode d&#233;termin&#233; entrent dans des rapports sociaux et politiques d&#233;termin&#233;s. Il faut que dans chaque cas isol&#233;, l'observation empirique montre dans les faits, et sans aucune sp&#233;culation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l'&#201;tat r&#233;sultent constamment du processus vital d'individus d&#233;termin&#233;s ; mais de ces individus non point tels qu'ils peuvent s'appara&#238;tre dans leur propre repr&#233;sentation ou appara&#238;tre dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire, tels qu'ils &#339;uvrent et produisent mat&#233;riellement ; donc tels qu'ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es et ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Le Capital &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi est la liaison interne et n&#233;cessaire entre deux apparences. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, dans &#171; Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La m&#233;thode de Suart Mill consiste &#224; repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;conomie politique, au sens le plus &#233;tendu, est la science des lois qui r&#233;gissent la production et l'&#233;change des moyens mat&#233;riels de subsistance dans la soci&#233;t&#233; humaine. Production et &#233;change sont deux fonctions diff&#233;rentes. La production peut avoir lieu sans &#233;change ; l'&#233;change, - du fait m&#234;me qu'il n'est par d&#233;finition que l'&#233;change de produits, - ne peut avoir lieu sans production. Chacune de ces deux fonctions sociales est sous l'influence d'actions ext&#233;rieures qui lui sont, en majeure partie, sp&#233;ciales, et elle a donc aussi en majeure partie ses lois propres et sp&#233;ciales. Mais, d'autre part, elles se conditionnent l'une l'autre &#224; chaque instant et agissent &#224; tel point l'une sur l'autre qu'on pourrait les d&#233;signer comme l'abscisse et l'ordonn&#233;e de la courbe &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions dans lesquelles les hommes produisent et &#233;changent varient de pays &#224; pays et dans chaque pays de g&#233;n&#233;ration &#224; g&#233;n&#233;ration. L'&#233;conomie politique ne peut donc pas &#234;tre la m&#234;me pour tous les pays et pour toutes les &#233;poques historiques. Depuis l'arc et la fl&#232;che du sauvage, depuis son couteau de silex et ses relations d'&#233;change intervenant &#224; titre purement exceptionnel jusqu'&#224; la machine &#224; vapeur de mille chevaux, au m&#233;tier &#224; tisser m&#233;canique, aux chemins de fer et &#224; la Banque d'Angleterre, il y a une &#233;norme distance. Les Fu&#233;giens n'en sont pas arriv&#233;s &#224; la production en masse et au commerce mondial, pas plus qu'&#224; la cavalerie des effets de commerce ou &#224; un krach en Bourse. Quiconque voudrait ramener aux m&#234;mes lois l'&#233;conomie politique de la Terre de Feu et celle de l'Angleterre actuelle ne mettrait &#233;videmment au jour que le plus banal des lieux communs. L'&#233;conomie politique est donc essentiellement une science historique. Elle traite une mati&#232;re historique, c'est-&#224;-dire constamment changeante ; elle &#233;tudie d'abord les lois particuli&#232;res &#224; chaque degr&#233; d'&#233;volution de la production et de l'&#233;change, et ce n'est qu'&#224; la fin de cette &#233;tude qu'elle pourra &#233;tablir les quelques lois tout &#224; fait g&#233;n&#233;rales qui sont valables en tout cas pour la production et l'&#233;change. Il va d'ailleurs de soi que les lois valables pour des modes de production et des formes d'&#233;change d&#233;termin&#233;s gardent leur validit&#233; pour toutes les p&#233;riodes de l'histoire qui ont en commun ces modes de production et ces formes d'&#233;change. Ainsi, par exemple, l'introduction de la monnaie m&#233;tallique fait entrer en vigueur une s&#233;rie de lois qui restent valables pour tous les pays et tous les stades de l'histoire dans lesquels la monnaie m&#233;tallique sert de moyen d'&#233;change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production et d'&#233;change d'une soci&#233;t&#233; historique d&#233;termin&#233;e et les conditions historiques de cette soci&#233;t&#233; impliquent simultan&#233;ment le mode de r&#233;partition des produits. Dans la communaut&#233; de tribu ou de village o&#249; r&#232;gne la propri&#233;t&#233; collective du sol, qui subsiste, ou dont les vestiges tr&#232;s reconnaissables subsistent, chez tous les peuples civilis&#233;s lors de leur entr&#233;e dans l'histoire, une r&#233;partition sensiblement &#233;gale des produits est tout &#224; fait naturelle, l&#224; o&#249; intervient une in&#233;galit&#233; plus grande de la r&#233;partition entre les membres, elle marque aussi le d&#233;but de la dissolution de la communaut&#233;. La grande culture et aussi la petite admettent des formes de r&#233;partition tr&#232;s diff&#233;rentes selon les conditions historiques &#224; partir desquelles elles ont &#233;volu&#233;. Mais il est &#233;vident que la grande culture conditionne toujours une tout autre r&#233;partition que la petite ; que la grande suppose ou produit une opposition de classes, - propri&#233;taires d'esclaves et esclaves, seigneurs terriens et paysans corv&#233;ables, capitalistes et salari&#233;s, - tandis que la petite n'a nullement pour cons&#233;quence une diff&#233;rence de classe entre les individus occup&#233;s &#224; la production agricole et qu'au contraire, la simple existence d'une telle diff&#233;rence marque le commencement du d&#233;clin de l'&#233;conomie parcellaire. - L'introduction et la diffusion de la monnaie m&#233;tallique dans un pays o&#249; jusqu'alors l'&#233;conomie naturelle r&#233;gnait exclusivement ou d'une fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante, sont toujours li&#233;es &#224; un bouleversement plus ou moins rapide de la r&#233;partition ant&#233;rieure, et cela de telle sorte que l'in&#233;galit&#233; de la r&#233;partition entre les individus, donc l'opposition entre riche et pauvre, se renforce de plus en plus. L'artisanat corporatif et local du moyen &#226;ge rendait les grands capitalistes et les salari&#233;s &#224; vie tout aussi impossibles qu'ils sont n&#233;cessairement engendr&#233;s par la grande industrie moderne, le d&#233;veloppement actuel du cr&#233;dit et la forme d'&#233;change correspondant &#224; l'&#233;volution de l'une et de l'autre, la libre concurrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avec les diff&#233;rences dans la r&#233;partition apparaissent aussi les diff&#233;rences de classes. La soci&#233;t&#233; se divise en classes privil&#233;gi&#233;es et en classes d&#233;savantag&#233;es, exploiteuses et exploit&#233;es, dominantes et domin&#233;es, et l'&#201;tat auquel les groupes naturels de communaut&#233;s d'une m&#234;me tribu avaient abouti dans leur &#233;volution, simplement, au d&#233;but, afin de veiller &#224; leurs int&#233;r&#234;ts communs (par exemple l'irrigation en Orient) et pour assurer leur d&#233;fense contre l'ext&#233;rieur, a d&#233;sormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe domin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;partition n'est cependant pas un pur r&#233;sultat passif de la production et de l'&#233;change ; elle r&#233;agit tout autant sur l'une et sur l'autre. Tout mode de production nouveau ou toute forme d'&#233;change nouvelle sont entrav&#233;s au d&#233;but non seulement par les formes anciennes et les institutions politiques correspondantes, mais aussi par le mode ancien de r&#233;partition. Ils doivent d'abord dans une longue lutte conqu&#233;rir la r&#233;partition qui leur correspond. Mais plus un mode donn&#233; de production et d'&#233;change est mobile, plus il est susceptible de d&#233;veloppement et d'&#233;volution, plus vite aussi la r&#233;partition atteint un niveau o&#249; elle &#233;chappe aux conditions m&#234;mes dont elle est issue et entre en conflit avec le mode ant&#233;rieur de production et d'&#233;change. Les vieilles communaut&#233;s primitives dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question peuvent subsister des mill&#233;naires, comme aujourd'hui encore chez les Indiens et les Slaves, avant que le commerce avec le monde ext&#233;rieur ne produise en leur sein les diff&#233;rences de fortune qui entra&#238;nent leur dissolution. Par contre, la production capitaliste moderne qui est &#224; peine vieille de trois cents ans et qui n'a assur&#233; sa domination que depuis l'introduction de la grande industrie, c'est-&#224;-dire depuis cent ans, a produit dans ce court laps de temps des contradictions dans la r&#233;partition, - concentration des capitaux en quelques mains d'une part, concentration des masses non poss&#233;dantes dans les grandes villes d'autre part, - qui la conduiront n&#233;cessairement &#224; sa perte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;terminisme venu dans la science de la nature &#224; partir du mat&#233;rialisme fran&#231;ais, essaie d'en finir avec la contingence, en la niant absolument&#8230; affirmant qu'il ne r&#232;gne dans la nature que la simple n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate. Mais avec une n&#233;cessit&#233; de cette sorte, nous ne sortons pas de la conception th&#233;ologique de la nature&#8230; La conception m&#233;caniste de la nature nie toute n&#233;cessit&#233; interne dans la nature vivante, et proclame d'une mani&#232;re universelle le r&#232;gne chaotique du hasard, comme loi unique de la nature vivante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans &#171; Ludwig Feuerbach &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Partout o&#249; le hasard semble jouer &#224; la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cach&#233;es, et il ne s'agit que de les d&#233;couvrir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la nature s'imposent, &#224; travers la confusion des modifications sans nombre, les m&#234;mes lois dialectiques du mouvement qui, dans l'histoire aussi, r&#233;gissent l'apparente contingence des &#233;v&#233;nements ; les m&#234;mes lois qui, formant &#233;galement le fil conducteur dans l'histoire de l'&#233;volution accomplie par la pens&#233;e humaine, parviennent peu &#224; peu &#224; la conscience des hommes pensants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre d'Engels &#224; Marx du 13 f&#233;vrier 1851 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une r&#233;volution est un ph&#233;nom&#232;ne purement naturel qui ob&#233;it davantage &#224; des lois physiques qu'aux r&#232;gles qui d&#233;terminent en temps ordinaire l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Ou plut&#244;t, ces r&#232;gles prennent dans la r&#233;volution un caract&#232;re qui les rapproche beaucoup plus des lois de la physique, la force mat&#233;rielle de la n&#233;cessit&#233; se manifeste avec plus de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans l' &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la production marchande comme toute autre forme de production a ses lois originales, immanentes, ins&#233;parables d'elle ; et ces lois s'imposent malgr&#233; l'anarchie, en elle, par elle. Elles se manifestent dans la seule forme qui subsiste de lien social, dans l'&#233;change, et elles pr&#233;valent en face des producteurs individuels comme lois coercitives de la concurrence. Elles sont donc, au d&#233;but, inconnues &#224; ces producteurs eux-m&#234;mes et il faut d'abord qu'ils les d&#233;couvrent peu &#224; peu par une longue exp&#233;rience. Elles s'imposent donc sans les producteurs et contre les producteurs comme lois naturelles de leur forme de production, lois &#224; l'action aveugle. Le produit domine les producteurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans &#171; Dialectique de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est donc de l'histoire de la nature et de celle de la soci&#233;t&#233; humaine que sont abstraites les lois de la dialectique (...) la loi du passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; et inversement, la loi d'interpr&#233;tation des contraires, la loi de n&#233;gation de la n&#233;gation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma synth&#232;se des math&#233;matiques et des sciences naturelles &#233;tait fond&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; de v&#233;rifier, y compris dans le d&#233;tail, que, dans la nature, les m&#234;mes lois dialectiques du mouvement agissent au milieu de l'apparence al&#233;atoire des changements multiples, aussi bien dans la mati&#232;re que dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans l'&#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Hegel a &#233;t&#233; le premier &#224; repr&#233;senter exactement le rapport de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;. Pour lui, la libert&#233; est l'intellection de la n&#233;cessit&#233;. &#8220; La n&#233;cessit&#233; n'est aveugle que dans la mesure o&#249; elle n'est pas comprise. &#8221; La libert&#233; n'est pas dans une ind&#233;pendance r&#234;v&#233;e &#224; l'&#233;gard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilit&#233; donn&#233;e par l&#224; m&#234;me de les mettre en oeuvre m&#233;thodiquement pour des fins d&#233;termin&#233;es. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature ext&#233;rieure que de celles qui r&#233;gissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-m&#234;me, - deux classes de lois que nous pouvons s&#233;parer tout au plus dans la repr&#233;sentation, mais non dans la r&#233;alit&#233;. La libert&#233; de la volont&#233; ne signifie donc pas autre chose que la facult&#233; de d&#233;cider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d'un homme est libre sur une question d&#233;termin&#233;e, plus grande est la n&#233;cessit&#233; qui d&#233;termine la teneur de ce jugement ; tandis que l'incertitude reposant sur l'ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilit&#233;s de d&#233;cision diverses et contradictoires, ne manifeste pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que sa non-libert&#233;, sa soumission &#224; l'objet qu'elle devrait justement se soumettre. La libert&#233; consiste par cons&#233;quent dans l'empire sur nous-m&#234;mes et sur la nature ext&#233;rieure, fond&#233; sur la connaissance des n&#233;cessit&#233;s naturelles ; ainsi, elle est n&#233;cessairement un produit du d&#233;veloppement historique. Les premiers hommes qui se s&#233;par&#232;rent du r&#232;gne animal, &#233;taient, en tout point essentiel, aussi peu libres que les animaux eux-m&#234;mes ; mais tout progr&#232;s de la civilisation &#233;tait un pas vers la libert&#233;. Au seuil de l'histoire de l'humanit&#233; il y a la d&#233;couverte de la transformation du mouvement m&#233;canique en chaleur : la production du feu par frottement ; au terme de l'&#233;volution qui nous a conduits jusqu'aujourd'hui, il y a d&#233;couverte de la transformation de la chaleur en mouvement m&#233;canique : la machine &#224; vapeur. - Et malgr&#233; la gigantesque r&#233;volution lib&#233;ratrice que la machine &#224; vapeur accomplit dans le monde social (elle n'est pas encore &#224; moiti&#233; achev&#233;e) il est pourtant indubitable que le feu par frottement la d&#233;passe encore en efficacit&#233; lib&#233;ratrice universelle. Car le feu par frottement a donn&#233; &#224; l'homme pour la premi&#232;re fois l'empire sur une force de la nature et, en cela, l'a s&#233;par&#233; d&#233;finitivement du r&#232;gne animal. La machine &#224; vapeur ne r&#233;alisera jamais un bond aussi puissant dans l'&#233;volution de l'humanit&#233; malgr&#233; tout le prix qu'elle prend &#224; nos yeux comme repr&#233;sentante de toutes ces puissantes forces de production qui en d&#233;coulent, ces forces qui permettent seules un &#233;tat social o&#249; il n'y aura plus de diff&#233;rences de classes, plus de souci des moyens d'existence individuels, et o&#249; il pourra &#234;tre question pour la premi&#232;re fois d'une libert&#233; humaine v&#233;ritable, d'une existence en harmonie avec les lois connues de la nature. Mais &#224; quel point toute l'histoire de l'humanit&#233; est encore jeune et combien il serait ridicule d'attribuer quelque valeur absolue &#224; nos conceptions actuelles, cela ressort du simple fait que toute l'histoire pass&#233;e peut se caract&#233;riser comme l'histoire de la p&#233;riode qui va de la d&#233;couverte pratique de la transformation du mouvement m&#233;canique en chaleur &#224; celle de la transformation de la chaleur en mouvement m&#233;canique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, dans &#171; Ce que sont les &#171; amis du peuple &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule chose importe &#224; Marx : de trouver la loi des ph&#233;nom&#232;nes qu'il &#233;tudie et ce qui lui importe par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur d&#233;veloppement, de leur passage d'une forme &#224; une autre, d'un syst&#232;me de rapports sociaux &#224; un autre. (...) Marx consid&#232;re le mouvement social comme un processus historico-naturel soumis &#224; des lois qui, loin de d&#233;pendre de la volont&#233;, de la conscience et des desseins des hommes, au contraire les d&#233;terminent. (...) Il est particuli&#232;rement indispensable d'&#233;tudier avec non moins de rigueur toute la s&#233;rie des &#233;tats consid&#233;r&#233;s, leur encha&#238;nement et le lien entre les diff&#233;rents degr&#233;s de d&#233;veloppement. Marx rejette pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;e que les lois de la vie &#233;conomique soient les m&#234;mes pour le pass&#233; et pour le pr&#233;sent. Au contraire, chaque p&#233;riode historique a ses lois propres. La vie &#233;conomique constitue un ph&#233;nom&#232;ne analogue &#224; l'histoire du d&#233;veloppement dans d'autres branches de la biologie&#8230; Pouvez-vous imaginer plus grande cocasserie que celle des gens qui, apr&#232;s avoir lu &#171; Le Capital &#187;, ont trouv&#233; le moyen de ne pas y d&#233;couvrir le mat&#233;rialisme ! (&#8230;) La vie &#233;conomique constitue un ph&#233;nom&#232;ne analogue &#224; l'histoire du d&#233;veloppement dans d'autres branches de la biologie. Les &#233;conomistes des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ne comprenaient pas la nature des lois &#233;conomiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie montre que les organismes sociaux se distinguent aussi profond&#233;ment les uns des autres que les organismes animaux et v&#233;g&#233;taux. En se fixant comme objectif d'&#233;tudier de ce point de vue l'organisation de l'&#233;conomie capitaliste, Marx formule du m&#234;me coup avec une rigueur scientifique le but qui doit &#234;tre celui de toute &#233;tude exacte de la vie &#233;conomique. La valeur scientifique d'une telle &#233;tude tient &#224; ce qu'elle d&#233;gage des lois historiques particuli&#232;res qui r&#233;gissent la naissance, la vie, le d&#233;veloppement et la mort d'un organisme social donn&#233; et son remplacement par un autre qui lui est sup&#233;rieur. Telle est la m&#233;thode dialectique de Marx dans Le Capital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, dans &#171; Cahiers philosophiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mat&#233;rialisme est la reconnaissance des lois objectives de la nature et du reflet approximativement exact de ces lois, dans la t&#234;te de l'homme&#8230; La loi est le reflet ; le ph&#233;nom&#232;ne est la totalit&#233;, l'int&#233;grit&#233;&#8230; Le ph&#233;nom&#232;ne est plus riche que la loi&#8230; Dans le changement perp&#233;tuel de la mati&#232;re, la loi embrasse ce qui est permanent&#8230; La loi prend ce qui calme, dit Hegel. C'est une d&#233;finition remarquablement mat&#233;rialiste et remarquablement juste&#8230; Le concept de &#171; loi &#187; est un des degr&#233;s de la connaissance par l'homme de l'unit&#233; et de la liaison, de l'interd&#233;pendance et de la totalit&#233; du processus universel&#8230; Ici Hegel est en lutte contre l'absolutisation du concept de &#171; loi &#187;, contre sa simplification, sa f&#233;tichisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#171; Mat&#233;rialisme et Empiriocriticisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La reconnaissance des lois objectives dans la nature est (&#8230;) indissolublement li&#233;e &#224; la reconnaissance de la r&#233;alit&#233; objective du monde ext&#233;rieur, des objets, des corps, des choses refl&#233;t&#233;es par notre conscience&#8230; La question vraiment importante de la th&#233;orie de la connaissance (&#8230;) n'est pas de savoir quel degr&#233; de pr&#233;cision ont attient nos descriptions des rapports de causalit&#233;, ni si ces descriptions peuvent &#234;tre exprim&#233;es dans une formule math&#233;matique pr&#233;cise, mais si la source de notre connaissance de ces rapports est dans les lois objectives de la nature ou dans les propri&#233;t&#233;s de notre esprit, dans sa cpacit&#233; &#224; conna&#238;tre certaines v&#233;rit&#233;s a priori, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, dans &#034;L'ABC de la dialectique&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pens&#233;e dialectique est &#224; la pens&#233;e vulgaire ce que le cin&#233;ma est &#224; la photographie. Le cin&#233;ma ne rejette pas la photo, mais en combine une s&#233;rie selon les lois du mouvement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; Le marxisme et notre &#233;poque &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ayant d&#233;fini la science comme la connaissance des lois objectives de la nature, l'homme s'est efforc&#233; avec obstination de se soustraire lui-m&#234;me &#224; la science, se r&#233;servant des privil&#232;ges sp&#233;ciaux, sous forme de pr&#233;tendus rapports avec des forces supra-sensibles (religion), ou avec des pr&#233;ceptes moraux &#233;ternels (id&#233;alisme). Marx a d&#233;finitivement priv&#233; l'homme de ces odieux privil&#232;ges, en le consid&#233;rant comme un cha&#238;non du processus d'&#233;volution de la nature mat&#233;rielle ; en consid&#233;rant la soci&#233;t&#233; humaine comme l'organisation de la production et de la distribution ; en consid&#233;rant le capitalisme comme un stade du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le but de Marx n'&#233;tait pas de d&#233;couvrir les &#034;lois &#233;ternelles&#034; de l'&#233;conomie. Il niait l'existence de telles lois. L'histoire du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine est l'histoire de la succession de diff&#233;rents syst&#232;mes &#233;conomiques, qui ont chacun leurs lois propres. Le passage d'un syst&#232;me &#224; un autre a toujours &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par la croissance des forces productives, c'est-&#224;-dire de la technique et de l'organisation du travail. Jusqu'&#224; un certain point, les changements sociaux ont seulement un caract&#232;re quantitatif, et n'alt&#232;rent pas les fondements de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire les formes dominantes de la propri&#233;t&#233;. Mais il arrive un moment o&#249; les forces productives accrues ne peuvent plus rester enferm&#233;es dans les vieilles formes de propri&#233;t&#233; ; alors survient dans l'ordre social un changement, accompagn&#233; de secousses. A la commune primitive succ&#233;da ou s'ajouta l'esclavage ; l'esclavage fut remplac&#233; par le servage, avec sa superstructure f&#233;odale ; au 16e si&#232;cle, le d&#233;veloppement commercial des villes en Europe entra&#238;na l'av&#232;nement du r&#233;gime capitaliste, qui, depuis lors, est pass&#233; par diff&#233;rentes &#233;tapes. Dans son Capital, Marx n'&#233;tudie pas l'&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral, mais l'&#233;conomie capitaliste, avec ses lois sp&#233;cifiques. Des autres syst&#232;mes &#233;conomiques, il ne parle qu'incidemment, et seulement pour mettre en lumi&#232;re les caract&#233;ristiques propres du capitalisme&#8230; Tout ce chaos d'efforts et d'actions individuelles engendre un ensemble &#233;conomique qui, tout en n'&#233;tant pas harmonieux, permet cependant &#224; la soci&#233;t&#233;, non seulement d'exister, mais encore de se d&#233;velopper. Cela signifie qu'au fond ce chaos n'est d'aucune fa&#231;on un chaos, que, d'une certaine mani&#232;re, il est soumis &#224; une r&#233;gulation automatique et inconsciente. Comprendre le m&#233;canisme qui instaure entre les diff&#233;rents aspects de l'&#233;conomie un &#233;quilibre relatif, c'est d&#233;couvrir les lois objectives du capitalisme. Les lois qui gouvernent les diff&#233;rentes sph&#232;res de l'&#233;conomie capitaliste &#8211; les salaires, les prix, la rente fonci&#232;re, le profit, l'int&#233;r&#234;t, le cr&#233;dit, la Bourse &#8211; ces lois sont nombreuses et complexes. Cela est manifeste. Mais, en dernier ressort, elles se ram&#232;nent &#224; une loi unique, d&#233;couverte par Marx, et qu'il a explor&#233;e &#224; fond : la loi de la valeur-travail, qui est le r&#233;gulateur fondamental de l'&#233;conomie capitaliste. L'essence de cette loi est simple. La soci&#233;t&#233; dispose d'une certaine r&#233;serve de force de travail vivante. Appliqu&#233;e &#224; la nature, cette force produit les objets n&#233;cessaires &#224; la satisfaction des besoins de l'humanit&#233;. Par suite de la division du travail entre des producteurs ind&#233;pendants, ces objets prennent la forme de marchandises. Les marchandises s'&#233;changent &#224; un taux donn&#233;, d'abord directement, plus tard au moyen d'un interm&#233;diaire : l'or ou la monnaie. La propri&#233;t&#233; essentielle des marchandises, propri&#233;t&#233; qui les rend, suivant un certain rapport, comparables entre elles, est le travail humain d&#233;pens&#233; pour les produire &#8211; le travail abstrait, le travail en g&#233;n&#233;ral &#8211; base et mesure de la valeur. Si la division du travail entre des millions de producteurs n'entra&#238;ne pas la d&#233;sagr&#233;gation de la soci&#233;t&#233;, c'est que les marchandises sont &#233;chang&#233;es selon le temps de travail socialement n&#233;cessaire pour leur production. En acceptant ou en rejetant les marchandises, le march&#233;, ar&#232;ne de l'&#233;change, d&#233;cide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement n&#233;cessaire, d&#233;termine ainsi les quantit&#233;s des diff&#233;rentes esp&#232;ces de marchandises n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233;, et, par cons&#233;quent, aussi la distribution de la force de travail entre les diff&#233;rentes branches de la production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; L'heure de la d&#233;cision approche &#187; de d&#233;cembre 1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque jour, que nous le voulions ou nous, nous devons nous persuader que la terre tourne autour de son axe. De m&#234;me, les lois de la lutte des classes agissent ind&#233;pendamment du fait que nous les reconnaissions ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eftichios Bitzakis, dans &#171; Physique contemporaine et Mat&#233;rialisme dialectique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les diff&#233;rences, mais l'unit&#233; aussi, des formes de la mati&#232;re s'expriment encore d'un autre point de vue : celui des lois de conservation, des invariances, des sym&#233;tries et des r&#232;gles de s&#233;lection qui, en relation &#233;troite entre elles, caract&#233;risent les transformations des microparticules. Le terme &#171; loi de conservation &#187; signifie conservation d'un &#234;tre, d'une quantit&#233;, d'une propri&#233;t&#233; ou d'une relation. Toutes les lois de conservation n'ont pas la m&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233;&#8230; Les lois de conservation sont li&#233;es aux invariances qui se manifestent dans la nature&#8230; Une autre grande loi de la physique classique (et moderne) est la conservation de l'&#233;nergie. Engels et L&#233;nine avaient analys&#233; en leur temps la signification de cette loi sous sa forme statique (conservation de l'&#233;nergie) et dynamique (transformation des formes de l'&#233;nergie). Cette loi exprime selon les classiques du mat&#233;rialisme dialectique l'indestructibilit&#233; du mouvement. Elle est aussi li&#233;e aux lois de conservation de l'impulsion et du moment cin&#233;tique&#8230; Les lois de conservation de la charge &#233;lectrique, de l'&#233;tranget&#233;, de l'impulsion-&#233;nergie, du spin, du spin isotopique, du nombre baryonique, etc., expriment l'unit&#233; de la mati&#232;re au sein de la diversit&#233; de ses formes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Lochak, dans sa pr&#233;face &#224; &#171; La d&#233;gradation de l'&#233;nergie &#187; de Bernard Brunhes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e m&#234;me de loi s'identifie, en physique, au concept de r&#233;gularit&#233; et non &#224; celui d'&#233;volution. D&#232;s l'Antiquit&#233;, les premiers ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s furent le mouvement r&#233;gulier des &#233;toiles et celui des cordes vibrantes : Pythagore, qui con&#231;ut l'Harmonie des Sph&#232;res, d&#233;couvrit les intervalles de la gamme. Les premiers grands principes &#233;nonc&#233;s par la science expriment la stationnarit&#233; : c'est le cas du principe du moindre chemin optique de Fermat et du principe de moindre action de Maupertuis&#8230; Brunhes, c'est la science vue, non pas du c&#244;t&#233; de la conservation de l'&#233;nergie, mais du c&#244;t&#233; de sa d&#233;gradation, du c&#244;t&#233; du principe de Carnot. Bien entendu, il n'y a l&#224; nulle contradiction avec les lois de conservation car c'est la qualit&#233; de l'&#233;nergie qui se d&#233;grade et non sa quantit&#233; globale qui, elle, se conserve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine, dans &#171; La fin des certitudes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les questions &#233;tudi&#233;es dans ce livre &#8211; l'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? &#8211; ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale&#8230; La formulation des &#171; lois de la nature &#187; a apport&#233; un &#233;l&#233;ment crucial dans ce d&#233;bat ancien. En effet, les lois &#233;nonc&#233;es par la physique n'ont pas pour objet de nier le devenir au nom de la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre. Bien au contraire, elles visent &#224; d&#233;crire le changement, les mouvements caract&#233;ris&#233;s par une vitesse variant au cours du temps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; Dans &#171; Sciences et m&#233;thode &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une cause tr&#232;s petite, qui nous &#233;chappe, d&#233;termine un effet consid&#233;rable que nous ne pouvons pas ne pas voir et alors nous disons que cet effet est d&#251; au hasard. Si nous connaissons exactement les lois de la nature et la situation de ce m&#234;me Univers &#224; l'instant initial, nous pourrions pr&#233;dire exactement la situation de ce m&#234;me Univers &#224; un instant ult&#233;rieur. Mais, lors m&#234;me que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions conna&#238;tre la situation initiale qu'approximativement. Si cela nous permet de pr&#233;voir la situation ult&#233;rieure avec la m&#234;me approximation, c'est tout ce qu'il nous faut, nous disons que le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; pr&#233;vu. Il peut arriver que des petites diff&#233;rences dans les conditions initiales en engendrent de tr&#232;s grandes dans les ph&#233;nom&#232;nes finaux ; une petite erreur sur les premi&#232;res produirait une erreur &#233;norme sur les derniers. La pr&#233;diction devient impossible et nous avons un ph&#233;nom&#232;ne fortuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233;, dans &#171; Derni&#232;res pens&#233;es &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous envisageons deux esprits semblables au n&#244;tre observant l'univers &#224; deux dates diff&#233;rentes, s&#233;par&#233;es par exemple par des millions d'ann&#233;es, chacun de ces esprits b&#226;tira une science, qui sera un syst&#232;me de lois d&#233;duites des faits observ&#233;s. Il est probable que ces sciences seront tr&#232;s diff&#233;rentes et en ce sens on pourrait dire que les lois ont &#233;volu&#233;. Mais quelque grand que soit l'&#233;cart, on pourra toujours concevoir une intelligence de m&#234;me nature encore que la n&#244;tre, mais de port&#233;e beaucoup plus grande, ou appel&#233;e &#224; une vie plus longue, qui sera capable de faire la synth&#232;se et de r&#233;unir dans une formule unique, parfaitement coh&#233;rente, les deux formules fragmentaires et approch&#233;es auxquelles les deux chercheurs &#233;ph&#233;m&#232;res &#233;taient parvenus dans le peu de temps dont ils disposaient. Pour elle, les lois n'auront pas chang&#233;, la science sera immuable, ce seront seulement les savants qui auront &#233;t&#233; imparfaitement inform&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreux auteurs d&#233;finissent la science comme l'&#233;tude des processus d&#233;termin&#233;s par des causes. Les processus qui se sont d&#233;roul&#233;s dans le pass&#233; ne sont, en principe, pas observables. On doit donc travailler par d&#233;duction, en se fondant sur les r&#233;sultats des processus pass&#233;s, pr&#233;serv&#233;s dans les archives historiques. Il faut &#233;tudier les r&#233;sultats actuels de processus pouvant &#234;tre directement observ&#233;s et m&#234;me manipul&#233;s par exp&#233;rimentation, et l'on doit ensuite d&#233;duire les causes des processus pass&#233;s gr&#226;ce &#224; leur &#171; ressemblance suffisante &#187; avec les r&#233;sultats actuels. Cette m&#233;thode demande de faire l'hypoth&#232;se que les lois de la nature ne varient pas au cours du temps. Les &#233;tudes historiques sont donc tr&#232;s particuli&#232;res en ceci qu'elles s'appuient sur des m&#233;thodes faisant appel &#224; la comparaison et au degr&#233; de ressemblance plut&#244;t que sur celles, classiques, se fondant sur la simplification, la manipulation, les exp&#233;riences contr&#244;l&#233;es et la pr&#233;diction&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould Dans &#171; Un h&#233;risson dans la temp&#234;te &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'elles se pr&#233;sentent comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des pr&#233;ceptes dogmatiques que l'on d&#233;cr&#232;te vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de syst&#232;mes complets, et o&#249; les composantes elles-m&#234;mes n'existent pas a priori, mais sont &#224; la fois les produits du syst&#232;me et des donn&#233;es que l'on fait entrer dans le syst&#232;me. Ainsi, la loi des &#171; contraires qui s'interp&#233;n&#232;trent &#187; t&#233;moigne de l'interd&#233;pendance absolue des composantes ; la &#171; transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#187; d&#233;fend une vision syst&#233;mique du changement, qui traduit les entr&#233;es de donn&#233;es incr&#233;mentielles en changements d'&#233;tat ; et la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; d&#233;crit la direction donn&#233;e &#224; l'histoire, car les syst&#232;mes complexes ne peuvent retourner exactement &#224; leurs &#233;tats ant&#233;rieurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ainsi l'univers devient. Comme l'homme, la nature devient. (&#8230;) La nouvelle formulation des lois de la nature est qu'elle rend possible des &#233;v&#233;nements&#8230; Je pense qu'on doit maintenant croire &#224; un univers dans lequel il n'y a pas seulement des lois, mais aussi des &#233;v&#233;nements, tout comme dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? - ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale. Elles nous accompagnent depuis plus de deux mille cinq cent ans. Aujourd'hui, les d&#233;veloppements de la physique et des math&#233;matiques du chaos et de l'instabilit&#233; ouvrent un nouveau chapitre dans cette longue histoire. Nous percevons ces probl&#232;mes sous un angle renouvel&#233;. Nous pouvons d&#233;sormais &#233;viter les contradictions du pass&#233;. &#201;picure fut le premier &#224; dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conf&#233;r&#233; le poids de son autorit&#233;. Successeur de D&#233;mocrite, il imaginait le monde constitu&#233; par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la m&#234;me vitesse en suivant des trajets parall&#232;les. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveaut&#233;, une nouvelle combinaison d'atomes, pouvait-elle apparaitre ? Pour &#201;picure, le probl&#232;me de la science, de l'intelligibilit&#233; de la nature et celui de la destin&#233;e des hommes &#233;taient ins&#233;parables. Que pouvait signifier la libert&#233; humaine dans le monde d&#233;terministe des atomes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Scientific American &#187;, octobre 1994 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour comprendre les &#233;v&#233;nements et les r&#233;gularit&#233;s qui caract&#233;risent le chemin de la vie, nous devons aller au-del&#224; des principes de la th&#233;orie de l'&#233;volution vers un examen pal&#233;ontologique de l'allure contingente de l'histoire de la vie sur notre plan&#232;te, seule version actualis&#233;e parmi les millions d'alternatives plausible dont il se trouve qu'elles n'ont pas eu lieu. Une telle conception de l'histoire de la vie est tout &#224; fait contraire aux mod&#232;les d&#233;terministes habituels de la science occidentale, mais aussi aux traditions sociales et aux espoirs psychologiques les plus profonds de la culture occidentale, ceux d'une histoire qui culmine dans les humains en tant qu'expression la plus haute de la vie et destin&#233;s &#224; dominer la plan&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ceux qui ne voient que des lois math&#233;matiques :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pythagore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est nombre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres r&#233;gissent l'univers, tout est arrang&#233; d'apr&#232;s les nombres. Les nombres contiennent le secret des chiffres et Dieu est l'harmonie universelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon dans &#171; L'&#233;pinomis &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres sont le plus haut degr&#233; de la connaissance. Le nombre est la connaissance m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re et la plus importante science est celle du nombre en soi, en excluant le calcul vulgaire. Cette science explique comment il est engendr&#233; par le pair et l'impair, quelles sont ses vertus et comment il communique sa nature &#224; toute chose&#8230; Si l'on comprend ces merveilles, on se rend compte qu'elles n'ont pu &#234;tre invent&#233;es par l'homme, mais qu'elles proc&#232;dent d'une inspiration d'en haut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La g&#233;om&#233;trie est la connaissance de ce qui est toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote dans &#171; M&#233;taphysique &#187;, Livre I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres sont de par leur nature ant&#233;rieurs aux choses &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galil&#233;e dans &#171; Il Saggiatore, in Opere &#187; (L'Essayeur) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La philosophie est &#233;crite dans cet immense livre qui continuellement reste ouvert devant les yeux (ce livre qui est l'Univers), mais on ne peut le comprendre si, d'abord, on ne s'exerce pas &#224; en conna&#238;tre la langue et les caract&#232;res dans lesquels il est &#233;crit. II est &#233;crit dans une langue math&#233;matique, et les caract&#232;res en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures g&#233;om&#233;triques, sans lesquelles il est impossible humainement d'en saisir le moindre mot ; sans ces moyens, on risque de s'&#233;garer dans un labyrinthe obscur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pape Pie XI :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'univers n'est si resplendissant de divine po&#233;sie que parce qu'une divine math&#233;matique, une divine combinaison des nombres r&#232;glent ses mouvements &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marceau Felden dans &#034;La math&#233;matique et la r&#233;alit&#233;&#034; (dans &#034;Dictionnaire de l'ignorance&#034;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est avec le Tim&#233;e, qui est la premi&#232;re tentative d'interpr&#233;tation coh&#233;rente du monde, que Platon (quatri&#232;me si&#232;cle avant J.-C.) a implicitement pos&#233; la question complexe, et toujours tr&#232;s controvers&#233;e, des relations pouvant exister entre la r&#233;alit&#233; et sa repr&#233;sentation math&#233;matique. Sachant que les pythagoriciens avaient montr&#233; l'existence d'une relation arithm&#233;tique caract&#233;ristique pour pr&#233;server les qualit&#233;s harmoniques des instruments &#224; corde (constance des rapports entre les longueurs de cordes), Platon g&#233;n&#233;ralise audacieusement en identifiant l'invariance de ce type de loi &#224; l' &#171; analogia &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; ce qui ne change pas. C'est ainsi que, selon lui, la math&#233;matique doit conduire au seul savoir possible. Principe cardinal sur lequel repose toujours la totalit&#233; de l'&#233;difice scientifique actuel. (&#8230;) Le probl&#232;me pos&#233; reste le suivant : qu'est-ce que le r&#233;el ? Question philosophique essentielle (&#8230;) mais aussi question qui ne peut plus &#234;tre ignor&#233;e de la science contemporaine. (&#8230;) Bien que la math&#233;matique constitue un champ unitaire, (&#8230;) il est tout autant empreint de mythes et de croyances que le reste du savoir humain. (&#8230;) C'est la m&#233;canique classique qui a montr&#233;, mais non d&#233;montr&#233;, l'ad&#233;quation de la description math&#233;matique &#224; certains probl&#232;mes de physique. D'o&#249; la confusion du 19&#232;me si&#232;cle qui a pr&#233;tendu un peu h&#226;tivement g&#233;n&#233;raliser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233; dans &#171; La Valeur de la science &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que nous appelons la r&#233;alit&#233; objective, c'est en derni&#232;re analyse ce qui est commun &#224; plusieurs &#234;tres pensants et pourrait &#234;tre commun &#224; tous : cette partie commune, nous le verrons, ce ne peut &#234;tre que l'harmonie exprim&#233;e par les lois math&#233;matiques. C'est donc cette harmonie qui est la seul r&#233;alit&#233; objective, la seule v&#233;rit&#233; que nous puissions atteindre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg, &#224; Ath&#232;nes en 1964 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science est tomb&#233;e d'accord avec Platon. Les particules &#233;l&#233;mentaires ne sont pas des corps naturels, mais des formes qui peuvent &#234;tre exprim&#233;es math&#233;matiquement&#8230; L'homme doit se contenter d'un dieu g&#233;om&#232;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ceux qui nient l'existence de lois objectives :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L. Wittgenstein dans &#171; Tractatus Logico-philosophique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conception du monde contemporain tout enti&#232;re est fond&#233;e sur l'illusion que les dites lois physiques sont des explications des ph&#233;nom&#232;nes physiques. Ainsi, les hommes, aujourd'hui, se placent-ils devant les lois et les affrontent comme ils affrontaient le dieu et le destin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde est la totalit&#233; des &#233;v&#233;nements, pas des choses. Les &#233;v&#233;nements dans l'espace logique, c'est le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Mach :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'existe pas de n&#233;cessit&#233; physique, par exemple, autre que la n&#233;cessit&#233; logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pearson dans &#171; La Grammaire de la science &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les lois de la nature sont bien plus les produits de l'esprit humain que des faits du monde ext&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Copelston :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot &#171; n&#233;cessaire &#187; me para&#238;t comme un mot inutile, exception fait quand il est appliqu&#233; aux propositions analytiques, et non aux choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Cassirer dans &#171; D&#233;terminisme et ind&#233;terminisme en physique moderne &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'illusion, le probl&#232;me causal dans son ensemble se trouve dans le fait que l'on consid&#232;re les lois comme une esp&#232;ce de r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, dans &#171; Critique de la raison pure, Esth&#233;tique transcendantale &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand m&#234;me nous pourrions porter notre intuition &#224; son plus haut degr&#233; de clart&#233;, nous n'en ferions point un pas de plus vers la connaissance de la nature m&#234;me des objets. Car en tous cas nous ne conna&#238;trions parfaitement que notre mode d'intuition, c'est-&#224;-dire notre sensibilit&#233;, toujours soumise aux conditions d'espace et de temps originairement inh&#233;rentes au sujet ; quant &#224; savoir ce que sont les objets en soi, c'est ce qui nous est impossible m&#234;me avec la connaissance la plus claire de leurs ph&#233;nom&#232;nes, seule chose qui nous soit donn&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Born :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clair que le dualisme onde-corpuscule et l'incertitude essentielle qu'il implique nous obligent &#224; abandonner tout espoir de conserver une th&#233;orie d&#233;terministe. La loi de causalit&#233;&#8230; n'est plus valable, du moins au sens de la physique classique. Quant &#224; la question de savoir s'il existe encore une loi de causalit&#233; dans la nouvelle th&#233;orie, deux points de vue sont possibles. Soit, on persiste &#224; envisager les ph&#233;nom&#232;nes &#224; l'aide des images d'onde et corpuscule, alors la loi de causalit&#233; n'est plus valable&#8230; La loi de causalit&#233; est donc sans contenu physique ; la nature des choses impose que la physique soit ind&#233;terministe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John von Neumann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En physique macroscopique, aucun exp&#233;rience ne peut prouver la causalit&#233;, car l'ordre causal apparent n'y a pas d'autre origine que la loi des grands nombres, et cela tout &#224; fait ind&#233;pendamment du fait que les processus &#233;l&#233;mentaires, qui sont les v&#233;ritables processus physiques, suivent ou non des lois causales&#8230; C'est seulement &#224; l'&#233;chelle atomique, dans les processus &#233;l&#233;mentaires eux-m&#234;mes, que la question de la causalit&#233; peut r&#233;ellement &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve : mais, &#224; cette &#233;chelle, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances, tout parle contre elle, car la seule th&#233;orie formelle s'accordant &#224; peu pr&#232;s avec l'exp&#233;rience et la r&#233;sumant est la m&#233;canique quantique qui est en conflit avec la causalit&#233;&#8230; Il ne subsiste aujourd'hui aucune raison permettant d'affirmer l'existence de la causalit&#233; dans la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bohr :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La m&#233;canique quantique est en contradiction logique avec la causalit&#233; (...) Il n'y a pas pour le moment d'occasion de parler de causalit&#233; dans la nature, parce qu'il n'y a pas d'exp&#233;rience qui indique sa pr&#233;sence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Werner Heisenberg :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En physique classique, la science partait de la croyance - ou devrait-on dire de l'illusion ? - que nous pouvons d&#233;crire le monde sans nous faire en rien intervenir nous-m&#234;mes. [...] La th&#233;orique quantique ne comporte pas de caract&#233;ristiques vraiment subjectives, car elle n'introduit pas l'esprit du physicien comme faisant partie du ph&#233;nom&#232;ne atomique ; mais elle part de la division du monde entre &#171; objet &#187; et reste du monde, ainsi que du fait que nous utilisons pour notre description les concepts classiques. Cette division est arbitraire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg, dans &#171; Physique et philosophie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Newton commence ses &#171; Principia &#187; par un groupe de d&#233;finitions et d'axiomes li&#233;s entre eux de telle mani&#232;re qu'ils forment ce qu'on pourrait appeler un &#171; syst&#232;me ferm&#233; &#187; ; chaque concept peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; par un symbole math&#233;matique et les rapports entre les diff&#233;rents concepts sont alors repr&#233;sent&#233;s par des &#233;quations math&#233;matiques exprim&#233;es par des symboles ; l'image math&#233;matique de ce syst&#232;me assure qu'aucune contradiction interne ne puisse s'y produire. Ainsi, les mouvements possibles des corps sous l'influence des forces qui s'exercent sont repr&#233;sent&#233;s par les solutions possibles des &#233;quations. Le syst&#232;me de d&#233;finitions et d'axiomes pouvant se traduire par un ensemble d'&#233;quations math&#233;matiques est consid&#233;r&#233; comme d&#233;crivant une structure &#233;ternelle de la Nature, structure ind&#233;pendante des valeurs particuli&#232;res de l'espace ou du temps. Les diff&#233;rents concepts sont si &#233;troitement li&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me qu'en g&#233;n&#233;ral l'on ne pourrait changer aucun d'entre eux sans d&#233;truire le syst&#232;me tout entier. (&#8230;) En physique th&#233;orique, nous essayons de comprendre des groupes de ph&#233;nom&#232;nes en introduisant des symboles math&#233;matiques pouvant se lier aux faits, c'est-&#224;-dire aux r&#233;sultats des mesures ; comme symboles, nous utilisons des noms qui mettent en &#233;vidence leur corr&#233;lation avec la mesure, rattachant ainsi les symboles au langage ; puis ces symboles sont reli&#233;s entre eux par un syst&#232;me rigoureux de d&#233;finitions et d'axiomes et, pour finir, les lois de la Nature sont exprim&#233;es sous forme d'&#233;quations entre les symboles. L'infinie vari&#233;t&#233; des solutions de ces &#233;quations correspond alors &#224; l'infinie vari&#233;t&#233; des ph&#233;nom&#232;nes particuliers possibles dans ce domaine de la Nature. C'est ainsi que l'ensemble math&#233;matique repr&#233;sente le groupe de ph&#233;nom&#232;nes, dans la mesure o&#249; la corr&#233;lation entre symboles et mesures est valable. C'est cette corr&#233;lation qui permet l'expression de lois concr&#232;tes &#224; l'aide du langage ordinaire puisque nos exp&#233;riences, consistant en actions et observations, peuvent toujours se d&#233;crire en langage ordinaire. Mais en m&#234;me temps que s'accroissent les connaissances scientifiques, le langage s'enrichit lui aussi ; de nouveaux termes sont introduits et les anciens termes sont appliqu&#233;s &#224; un domaine qui s'&#233;largit, ou d'une fa&#231;on qui diff&#232;re du langage ordinaire. Des termes comme &#171; &#233;nergie &#187;, &#171; &#233;lectricit&#233; &#187;, &#171; entropie &#187;, en sont des exemples &#233;vidents. (&#8230;) C'est dans cet &#233;tat assez calme de la physique qu'&#233;clat&#232;rent les bombes de la th&#233;orie quantique et de la th&#233;orie de la relativit&#233; restreinte, qui d&#233;clench&#232;rent un glissement d'abord assez lent, puis de plus en plus rapide des bases m&#234;me des sciences de la Nature. (&#8230;) Le vrai probl&#232;me &#233;tait qu'il n'existait aucun langage dans lequel exprimer de fa&#231;on coh&#233;rente la nouvelle situation. (&#8230;) En th&#233;orie de la relativit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, l'id&#233;e d'une g&#233;om&#233;trie non euclidienne dans l'espace r&#233;el fut contredite avec &#233;nergie par certains philosophes qui faisaient remarquer que toute notre m&#233;thode de pr&#233;paration des exp&#233;riences pr&#233;supposait d&#233;j&#224; la g&#233;om&#233;trie euclidienne. (&#8230;) Mais c'est la th&#233;orie quantique qui soul&#232;ve le plus de difficult&#233;s concernant l'emploi du langage. Nous n'avons l&#224; au premier abord aucun guide simple pour relier les symboles math&#233;matiques et les concepts du langage ordinaire ; et la seule chose que nous sachions au d&#233;part, c'est que nos concepts habituels ne peuvent s'appliquer &#224; la structure des atomes. Le point de d&#233;part qui s'impose pour l'interpr&#233;tation physique du formalisme semble &#234;tre, encore une fois, le fait que l'ensemble math&#233;matique de la m&#233;canique quantique se rapproche de la m&#233;canique classique pour des dimensions qui sont grandes compar&#233;es &#224; celles des atomes. (&#8230;) M&#234;me dans la limite des grandes dimensions, la corr&#233;lation entre symboles math&#233;matiques, mesures et concepts ordinaires n'est aucunement &#224; n&#233;gliger. (&#8230;) En fait, je crois que le langage effectivement utilis&#233; par les physiciens lorsqu'ils parlent des ph&#233;nom&#232;nes atomiques &#233;quivaut &#224; celle de &#171; potentia &#187;. (&#8230;) Certains physiciens ont fait des tentatives pour d&#233;finir un autre langage pr&#233;cis qui suivrait des modes logiques d&#233;finis en totale conformit&#233; avec le sch&#233;ma math&#233;matique de la th&#233;orie quantique. Le r&#233;sultat de ces tentatives de Birkhoff et Neumann et, plus r&#233;cemment, de Weizs&#228;cher, peut s'exprimer en disant que le formalisme math&#233;matique de la th&#233;orie quantique peut s'exprimer comme une extension ou modification de la logique classique. Il existe en particulier un principe fondamental de logique classique qui semble avoir besoin d'&#234;tre modifi&#233; : en logique classique, si une affirmation a le moindre sens, on suppose que soit elle soit sa n&#233;gation qui doit &#234;tre vraie. (&#8230;) En th&#233;orie quantique, il faut modifier cette loi du &#171; tiers exclu &#187;. (&#8230;) La modification possible du mode de logique classique s'appliquerait alors tout d'abord au niveau qui concerne les objets. (&#8230;) Dans les exp&#233;riences sur les ph&#233;nom&#232;nes atomiques, nous avons affaire &#224; des choses et &#224; des faits, &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui sont tout aussi r&#233;els que les ph&#233;nom&#232;nes de la vie quotidienne. Mais les atomes ou les particules &#233;l&#233;mentaires ne sont pas aussi r&#233;els ; ils forment un monde de potentialit&#233;s ou de possibilit&#233;s plut&#244;t qu'un monde de choses ou de faits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3099&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'univers ob&#233;it-il &#224; la loi des nombres ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Vivant ob&#233;it-il aux m&#234;mes lois que l'inerte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4460&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re : d&#233;terminisme ou ind&#233;terminisme ? Ou les deux, contradictoirement mais aussi conjointement ?!!!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie des math&#233;matiques et celle des sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3835&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique quantique nous condamne-t-elle &#224; ne pas d&#233;crire du tout la r&#233;alit&#233; sous-jacente aux lois de la physique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3476&#034;&gt;Le r&#233;el n'est pas la succession temporelle, lin&#233;aire, logique et graduelle des &#233;tats actuels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3352&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde mat&#233;riel existe-t-il objectivement, en dehors de nos pens&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4578&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; physique et nos images humaines&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99id%C3%A9e_de_loi_naturelle_dans_la_science_et_la_philosophie_contemporaines&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De l'id&#233;e de loi naturelle dans la science et la philosophie contemporaines&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les erreurs du bon sens en thermodynamique</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article4094</link>
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		<dc:date>2016-12-09T00:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les erreurs du bon sens en thermodynamique &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e intuitive que se font la plupart des gens sur la chaleur, sur la temp&#233;rature et sur les autres manifestations de la thermodynamique sont fr&#233;quemment erron&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur est une forme de l'&#233;nergie mais cela ne nous &#233;claire gu&#232;re puisque Richard Feynman, qui f&#251;t prix Nobel de physique, et qui est connu aussi par ses ouvrages de physique affirme dans le Tome 1 de son cours de M&#233;canique : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il est important de r&#233;aliser que dans la physique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les erreurs du bon sens en thermodynamique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e intuitive que se font la plupart des gens sur la chaleur, sur la temp&#233;rature et sur les autres manifestations de la thermodynamique sont fr&#233;quemment erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur est une forme de l'&#233;nergie mais cela ne nous &#233;claire gu&#232;re puisque Richard Feynman, qui f&#251;t prix Nobel de physique, et qui est connu aussi par ses ouvrages de physique affirme dans le Tome 1 de son cours de M&#233;canique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est important de r&#233;aliser que dans la physique d'aujourd'hui, nous n'avons aucune connaissance de ce qu'est l'&#233;nergie &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;pond &#224; tous ceux qui croient que l'on sait tout en physique et qu'il n'y a plus rien &#224; d&#233;couvrir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant dire que l'&#233;nergie est un concept cr&#233;&#233; pour quantifier les interactions entre des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s diff&#233;rents ; c'est un peu une monnaie d'&#233;change commune entre les ph&#233;nom&#232;nes physiques. Ces &#233;changes sont contr&#244;l&#233;s par les lois et principes de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes &#171; formes &#187; de l'&#233;nergie d&#233;pendent du niveau d'organisation de la mati&#232;re o&#249; elles agissent. Ainsi, la chaleur est d&#233;termin&#233;e par le mouvement des mol&#233;cules &#224; l'int&#233;rieur de la mati&#232;re. On appellera cela aussi de l'&#233;nergie thermique. L'&#233;nergie &#233;lectrique sera, elle, le mouvement des particules charg&#233;es, essentiellement des &#233;lectrons. L'&#233;nergie nucl&#233;aire d&#233;pendra de la transformation (fusion ou fission) des noyaux des atomes. L'&#233;nergie m&#233;canique d&#233;pendra des mouvements de la mati&#232;re, au niveau macroscopique. L'&#233;nergie peut passer d'une forme &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux divers niveaux d'organisation correspondent des &#233;nergies diff&#233;rentes en qualit&#233; et pas seulement en quantit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des formes d'&#233;nergie qui concernent le niveau microscopique et d'autres le niveau macroscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A certains niveaux, les transferts de chaleur restent incompris : &lt;a href=&#034;http://www.cnrs.fr/insis/recherche/actualites/2013/transfertdechaleur.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par exemple au niveau nanom&#233;trique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de cette agitation de la mati&#232;re &#224; toutes les &#233;chelles, agitation qui ne s'annule jamais, provient de l'agitation du vide quantique, premier niveau qui entretient l'&#233;nergie de tous les niveaux de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie est reli&#233;e aux questions ordre/d&#233;sordre &#224; chaque &#233;chelle de la mati&#232;re et du vide quantique. C'est la manifestation du caract&#232;re dialectique de la structure de l'univers : chaque ordre suppose un d&#233;sordre aussi bien par rapport au niveau imm&#233;diatement inf&#233;rieur que sup&#233;rieur au sien. Tout niveau d'organisation peut &#234;tre agit&#233; jusqu'au seuil o&#249; la structure casse, rel&#226;chant de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un transfert d'&#233;nergie ne n&#233;cessite pas un transfert de mati&#232;re. Ainsi, la chaleur ne doit pas &#234;tre confondue avec un fluide, comme Einstein l'expose ici ;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La chaleur est-elle une substance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les concepts les plus fondamentaux dans la description des ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur sont ceux de &#171; temp&#233;rature &#187; et de &#171; chaleur &#187;. Il fallut un temps incroyablement long dans l'histoire de la science pour &#233;tablir une distinction entre ces deux concepts, mais une fois cette distinction faite, des progr&#232;s rapides en furent le r&#233;sultat. Bien que ces concepts soient maintenant familiers &#224; chacun, nous voulons les examiner de plus pr&#232;s, en faisant ressortir les diff&#233;rences qui existent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sens du toucher nous dit de mani&#232;re d&#233;termin&#233;e que tel corps est chaud et tel autre froid. Mais ceci est un crit&#232;re purement qualitatif, insuffisant pour une description quantitative, et parfois m&#234;me ambigu. On peut le montrer par une exp&#233;rience bien connue. Supposons trois vases contenant respectivement de l'eau froide, ti&#232;de et chaude. Si nous plongeons une main dans l'eau froide et l'autre dans l'eau chaude, nous recevons de la premi&#232;re le message qu'elle est froide et de la seconde qu'elle est chaude. Si ensuite nous plongeons les deux mains dans la m&#234;me eau ti&#232;de, nous recevons de chaque main se contredisent. Pour la m&#234;me raison, un Esquimau et un natif de quelque pays &#233;quatorial se rencontrant &#224; New York un jour de printemps &#233;mettront des opinions diff&#233;rentes sur le climat ; l'un dira qu'il est chaud, l'autre qu'il est froid. Nous r&#233;glons toutes ces questions par l'emploi d'un thermom&#232;tre, un instrument qui, sous sa forme primitive, fut construit par Galil&#233;e. Ici, &#233;galement surgit ce nom familier ! L'emploi du thermom&#232;tre est bas&#233; sur quelques suppositions physiques &#233;videntes. Nous allons les rappeler en citant quelques lignes des conf&#233;rences faites par Black il y a environ cent cinquante ans ; il a beaucoup contribu&#233; &#224; &#233;claircir les difficult&#233;s qui sont li&#233;es aux deux concepts de chaleur et de temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En nous servant de cet instrument nous avons appris que si nous prenons mille esp&#232;ces diff&#233;rentes de mati&#232;res ou plus, telles que des m&#233;taux, des pierres, des sels, du bois, des plumes, de la laine, de l'eau et divers autres fluides, qui poss&#232;dent des &#171; chaleurs &#187; diff&#233;rentes, et les pla&#231;ons dans la m&#234;me pi&#232;ce non chauff&#233;e et o&#249; le soleil ne p&#233;n&#232;tre pas, les plus chauds de ces corps communiqueront leur chaleur aux plus froids, pendant quelques heures peut-&#234;tre ou une journ&#233;e ; si au bout de ce temps nous appliquons le thermom&#232;tre successivement &#224; chacun d'entre eux, il marquera exactement le m&#234;me degr&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots &#171; chaleurs &#187; doivent, conform&#233;ment &#224; la nomenclature d'aujourd'hui, &#234;tre remplac&#233;s par &#171; temp&#233;ratures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;dcin qui retire le thermom&#232;tre de la bouche d'un malade pourrait raisonner ainsi : &#171; Le thermom&#232;tre indique sa propre temp&#233;rature par la hauteur de la colonne de mercure. Nous supposons que la hauteur de la colonne de mercure augmente proportionnellement &#224; l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature. Mais le thermom&#232;tre &#233;tait pendant quelques minutes en contact avec mon patient, de sorte que le patient et le thermom&#232;tre ont la m&#234;me temp&#233;rature. J'en conclus, par cons&#233;quent, que la temp&#233;rature de mon patient est celle qu'indique le thermom&#232;tre. &#187; Il est probable que le m&#233;decin agit machinalement, mais il applique les principes physiques sans y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le thermom&#232;tre contient-il la m&#234;me quantit&#233; de chaleur que le corps du malade ? Certainement non. Supposez que deux corps poss&#232;dent des quantit&#233;s de chaleur &#233;gales parce que leurs temp&#233;ratures sont &#233;gales, ce serait, remarque Black &lt;i&gt;&#171; prendre une vue trop rapide du sujet. C'est confondre la quantit&#233; de chaleur dans des corps diff&#233;rents avec sa force ou son intensit&#233; g&#233;n&#233;rale, bien qu'il soit manifeste que ce sont l&#224; deux choses diff&#233;rentes, qui devraient toujours &#234;tre distingu&#233;es quand nous r&#233;fl&#233;chissons sur la distribution de la chaleur. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arrive &#224; comprendre cette distinction en faisant une exp&#233;rience tr&#232;s simple. Un litre d'eau chauff&#233;e avec un br&#251;leur &#224; gaz met quelque temps pour passer de la temp&#233;rature de la pi&#232;ce au point d'&#233;bullition. Un temps plus long est n&#233;cessaire pour chauffer douze litres d'eau dans le m&#234;me vase et avec le m&#234;me br&#251;leur &#224; gaz. Nous interpr&#233;tons ce fait en disant que maintenant ce &#171; quelque chose &#187; de plus est n&#233;cessaire, et nous appelons ce &#171; quelque chose &#187; chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre concept important, la &#171; chaleur sp&#233;cifique &#187;, est obtenu en poursuivant cette exp&#233;rience : versons dans un vase un litre d'eau et dans un autre un litre de mercure et chauffons-les de la m&#234;me mani&#232;re. Le mercure s'&#233;chauffe beaucoup plus rapidement que l'eau, ce qui montre que beaucoup moins de chaleur est n&#233;cessaire pour &#233;lever sa temp&#233;rature d'un degr&#233;. En g&#233;n&#233;ral, diff&#233;rentes quantit&#233;s de &#171; chaleur &#187; sont n&#233;cessaires pour &#233;lever d'un degr&#233; les temp&#233;ratures de diff&#233;rentes substances, telles que l'eau, le mercure, le fer, le cuivre, le bois, etc., suppos&#233; que toutes soient de masse &#233;gale. Nous disons que chaque substance a une &#171; capacit&#233; calorifique &#187; individuelle ou une &#171; chaleur sp&#233;cifique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que nous avons obtenu le concept de chaleur, nous pouvons &#233;tudier sa nature de plus pr&#232;s. Prenons deux corps, l'un chaud, l'autre froid, ou, pour parler plus pr&#233;cis&#233;ment, l'un &#233;tant &#224; une temp&#233;rature plus &#233;lev&#233;e que l'autre. Mettons-les en contact et lib&#233;rons-les de toutes les influences ext&#233;rieures. Nous savons qu'ils finiront par &#234;tre &#224; la m&#234;me temp&#233;rature. Mais comment cela se produit-il ? Que se passe-t-il entre l'instant o&#249; ils sont mis en contact et celui o&#249; ils sont &#224; la m&#234;me temp&#233;rature ? L'image de la chaleur &#171; s'&#233;coulant d'un corps &#224; l'autre se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me, semblable &#224; l'eau qui s'&#233;coule d'un niveau sup&#233;rieur &#224; un niveau inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image, bien que primitive, semble convenir &#224; beaucoup de faits, de sorte que l'analogie se pr&#233;sente ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eau &#8211; Chaleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau sup&#233;rieur &#8211; Temp&#233;rature &#233;lev&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau inf&#233;rieur &#8211; Temp&#233;rature basse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;coulement a lieu jusqu'&#224; ce que les deux niveaux, c'est-&#224;-dire les deux temp&#233;ratures, soient &#233;gales. Cette vue na&#239;ve peut &#234;tre rendue plus utile par des consid&#233;rations quantitatives. Si des masses d&#233;termin&#233;es d'eau et d'alcool, dont chacune est &#224; une temp&#233;rature d&#233;finie, sont m&#233;lang&#233;es ensemble, la connaissance de leurs chaleurs sp&#233;cifiques permet de pr&#233;dire la temp&#233;rature finale et un peu d'alg&#232;bre nous permet de trouver le rapport entre les deux chaleurs sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de chaleur qui se pr&#233;sente ici a une resemblance avec d'autres concepts physiques. La chaleur, d'apr&#232;s notre conception, est une substance, comme la masse en m&#233;canique. Sa quantit&#233; peut varier ou ne pas varier, comme la monnaie qu'on met de c&#244;t&#233; dans un coffre-fort ou qu'on d&#233;pense. La somme d'argent dans un coffre-fort reste intacte aussi longtemps qu'il reste ferm&#233;, et il en sera de m&#234;me de la quantit&#233; de masse et de chaleur dans un corps isol&#233;. Une bouteille isolante id&#233;ale ressemble &#224; un tel coffre-fort. En outre, de m&#234;me que la masse d'un syst&#232;me isol&#233; reste invariable, m&#234;me si une transformation chimique s'y produit, de m&#234;me la chaleur se conserve, m&#234;me si elle s'&#233;coule d'un corps &#224; un autre. Et m&#234;me si la chaleur n'est pas employ&#233;e pour &#233;lever la temp&#233;rature d'un corps, mais pour fondre la glace ou transformer l'eau en vapeur, nous pouvons encore la concevoir comme une substance et la r&#233;cup&#233;rer enti&#232;rement en faisant revenir l'eau &#224; l'&#233;tat de glace et la vapeur &#224; l'tat d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux termes de chaleur latente de fusion ou de vaporisation indiquent que ces concepts sont itr&#233;s de la conception de la chaleur comme substance. La chaleur latente est temporairement cach&#233;e, comme l'argent mis dans un coffre-fort, mais qui peut &#234;tre utilis&#233;e si l'on conna&#238;t le m&#233;canisme de la serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chaleur n'est certainement pas une substance dans le m&#234;me sens que la masse. Celle-ci peut &#234;tre mise en &#233;vidence au moyen de la balance, mais en est-il de m&#234;me de la chaleur ? Un morceau de fer chauff&#233; au rouge p&#232;se-t-il plus que quand il est &#224; la temp&#233;rature de la glace ? L'exp&#233;rience montre qu'il n'en est pas ainsi. Si la chaleur est une substance, elle est sans poids. La &#171; chaleur-substance &#187; &#233;tait habituellement appel&#233;e &#171; calorique &#187;, et c'est pour la premi&#232;re fois que nous faisons connaissance d'un membre de toute une famille de substances sans poids. Plus tard nous aurons l'occasion de suivre l'histoire de cette famille, sa grandeur et sa d&#233;cadence. Pour le moment nous nous contentons de signer la naissance de ce membre particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but d'une th&#233;orie physique quelconque est d'expliquer un domaine aussi vaste que possible de ph&#233;nom&#232;nes. Elle se justifie dans la mesure o&#249; elle rend les &#233;v&#233;nements intelligibles. Nous avons vu que la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; explique beaucoup de ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur. Il deviendra cependant bient&#244;t &#233;vident que ceci est une fausse piste, car la chaleur ne peut pas &#234;tre regard&#233;e comme une substance, m&#234;me sans poids. Ceci devient clair si nous r&#233;fl&#233;chissons sur quelques exp&#233;riences simples qui marqu&#232;rent le commencement de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous concevons la substance comme une chose qui ne peut &#234;tre ni cr&#233;&#233;e ni &#234;tre d&#233;truite. Mais l'homme primitif a cr&#233;&#233; par le frottement de la chaleur suffisante pour allumer le bois. Les exemples d'&#233;chauffement par le frottement sont en fait trop nombreux et familiers pour qu'il soit n&#233;cessaire de les citer. Dans tous les cas une certaine quantit&#233; de chaleur est cr&#233;&#233;e, un fait qui est difficile &#224; expliquer par la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;. Il est vrai que celui qui soutient cette th&#233;orie pourrait trouver des arguments pour l'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son argument serait &#224; peu pr&#232;s celui-ci : &#171; La th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; peut expliquer la cr&#233;ation apparente de la chaleur. Prenons l'exemple tr&#232;s simple de deux pi&#232;ces de bois qu'on frotte l'une contre l'autre ; le frottement exerce une influence sur le bois et change ses propri&#233;t&#233;s. Il est vraisemblable que les propri&#233;t&#233;s soient modifi&#233;es d'une fa&#231;on telle qu'une quantit&#233; de chaleur invariable arrive &#224; produire une temp&#233;rature plus &#233;lev&#233;e qu'avant. Apr&#232;s tout, la seule chose que nous constatons est l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature. Il est possible que le frottement change la chaleur sp&#233;cifique du bois et non pas la quantit&#233; totale de la chaleur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette phase de la discussion il serait inutile d'argumenter contre le partisan de la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;, car c'est l&#224; un sujet qui ne peut &#234;tre &#233;clairci que par l'exp&#233;rience. Imaginons deux pi&#232;ces de bois identiques et supposons que des changements de temp&#233;rature &#233;gaux y soient produits par des proc&#233;d&#233;s diff&#233;rents : dans un cas par le frottement, dans l'autre par le contact avec un radiateur. Si les deux pi&#232;ces ont la m&#234;me chaleur sp&#233;cifique &#224; la nouvelle temp&#233;rature, la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; s'&#233;croule d'un coup. Il existe des m&#233;thodes tr&#232;s simples pour d&#233;terminer les chaleurs sp&#233;cifiques, et le sort de la th&#233;orie d&#233;pend pr&#233;cis&#233;ment du r&#233;sultat de ces d&#233;terminations. Les preuves capables de d&#233;cider de la vie ou de la mort d'une th&#233;orie se rencontrent souvent dans l'histoire de la physique et sont appel&#233;es exp&#233;riences &#171; cruciales &#187;. La valeur cruciale d'une exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le seulement par la fa&#231;on dont la question a &#233;t&#233; formul&#233;e et c'est une seule th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes qui peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve par elle. La d&#233;termination des chaleurs sp&#233;cifiques de deux corps de m&#234;me esp&#232;ce &#224; la m&#234;me temp&#233;rature, obtenue respectivement par le frottement et le flux de chaleur, est un exemple typique d'une exp&#233;rience cruciale. Cette exp&#233;rience fut faite, il y a cent cinquante ans environ, par Rumford et porta le coup mortel &#224; la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un extrait de sont propre expos&#233; nous fera conna&#238;tre son observation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il arrive souvent, dans les affaires ordinaires et les occupations de la vie, que des occasions favorables de contempler les op&#233;rations les plus curieuses de la Nature s'offrent &#224; nous d'elles-m&#234;mes ; des exp&#233;riences physiques tr&#232;s int&#233;ressantes peuvent souvent &#234;tre faites, presuqe sans peine et sans d&#233;pense, au moyen de machines invent&#233;es pour satisfaire simplement les besoins de l'industrie&#8230; Ayant &#233;t&#233; occup&#233; derni&#232;rement &#224; surveiller le forage des canons dans les ateliers de l'arsenal militaire de Munich, je fus frapp&#233; du degr&#233; consid&#233;rable de chaleur que peut atteindre, dans un court espace de temps, un canon de cuivre qu'on fore, et de la chaleur plus intense encore (plus intense que celle de l'eau bouillante, comme je l'ai constat&#233; par l'exp&#233;rience) que poss&#232;dent les copeaux qui sont s&#233;par&#233;s par la tari&#232;re&#8230; D'o&#249; vient la chaleur r&#233;ellement produite par l'op&#233;ration m&#233;canique mentionn&#233;e plus haut ? Est-elle fournie par les copeaux qui sont s&#233;par&#233;s par la tari&#232;re de la masse solide du m&#233;tal ? S'il en &#233;tait ainsi, la capacit&#233;, conform&#233;ment aux doctrines modernes de la chaleur latente et du calorique, devrait alors non seulement changer, mais le changement qu'ils ont subi devrait &#234;tre suffisamment grand pour rendre compte de toute la chaleur produite. Mais aucun changement de ce genre ne s'est produit, car en prenant des quantit&#233;s de poids &#233;gal de ces copeaux et des bandes minces du m&#234;me bloc de m&#233;tal, d&#233;tach&#233;es par une scie fine, et en les mettant ensemble &#224; la m&#234;me temp&#233;rature (celle de l'eau bouillante) dans des quantit&#233;s &#233;gales d'eau froide (c'est-&#224;-dire &#224; la temp&#233;rature de 59,5 degr&#233;s Fahrenheit), la portion d'eau o&#249; furent jet&#233;s les copeaux n'&#233;tait pas, selon toute apparence, plus chaude, ou moins, que l'autre portion o&#249; furent jet&#233;es les bandes de m&#233;tal. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici finalement sa conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et en r&#233;fl&#233;chissant sur ce sujet nous ne devons pas oublier de prendre en consid&#233;ration cette circonstance hautement remarquable que la source de la chaleur produite, dans ces exp&#233;riences, par le frottement paraissait manifestement INEPUISABLE. Il est &#224; peine n&#233;cessaire d'ajouter que ce qu'un corps isol&#233; quelconque, ou un syst&#232;me de corps, peut continuer &#224; fournir SANS LIMITATION, ne peut &#234;tre une &#171; substance mat&#233;rielle &#187; ; et, except&#233; le mouvement, il me para&#238;t extr&#234;mement difficile, pour ne pas dire tout &#224; fait impossible, de se former l'id&#233;e distincte d'une chose quelconque capable d'&#234;tre excit&#233;e et transmise de la mani&#232;re que, dans ces exp&#233;riences, la chaleur fut excit&#233;e et transmise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ici que la vieille th&#233;orie s'&#233;croule, ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, que la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; est limit&#233;e aux probl&#232;mes du flux de chaleur. De nouveau, comme Rumford le laissait entendre, nous devons chercher une autre piste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur par des mouvements de particules agissant les unes sur les autres au moyen de forces simples ? Un vase ferm&#233; contient une certaine masse d'un gaz, d'air par exemple, &#224; une certaine temp&#233;rature. En chauffant, nous &#233;levons la temp&#233;rature et augmentons l'&#233;nergie. Mais de quelle fa&#231;on cette chaleur est-elle li&#233;e au mouvement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une telle connexion est sugg&#233;r&#233;e aussi bien par notre point de vue philosophique (la tentative provisoire de tout d&#233;crire par la m&#233;canique), accept&#233; provisoirement, que par la fa&#231;on dont la chaleur est produite par le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur doit &#234;tre une &#233;nergie m&#233;canique, si tout probl&#232;me est un probl&#232;me m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la &#171; th&#233;orie cin&#233;tique &#187; est de pr&#233;senter le concept de la mati&#232;re justement de cette mani&#232;re. Un gaz, selon cette th&#233;orie, est un amas d'un nombre &#233;norme de particules ou &#171; mol&#233;cules &#187;, qui se meuvent dans toutes les directions, se heurtent les unes contre les autres et changent de direction apr&#232;s chaque collision. Il doit exister une vitesse moyenne de ces mol&#233;cules, exactement comme dans une grande communaut&#233; humaine, il existe un &#226;ge moyen ou une richesse moyenne. Il y aura, par cons&#233;quent, une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne par particule. Plus de chaleur dans le vase signifie une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur, conform&#233;ment &#224; cette image, n'est pas une forme sp&#233;ciale d'&#233;nergie, diff&#233;rente de l'&#233;nergie m&#233;canique ; elle est exactement l'&#233;nergie cin&#233;tique du mouvement mol&#233;culaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une temp&#233;rature d&#233;finie correspond, par particule, une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne d&#233;finie. Ceci n'est pas une supposition arbitraire. Nous sommes oblig&#233;s de regarder l'&#233;nergie cin&#233;tique d'une mol&#233;cule comme la mesure de la temp&#233;rature d'un gaz, si nous voulons former une consistante image m&#233;canique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie est plus qu'un jeu de l'imagination. On peut montrer que la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz n'est pas seulement en accord avec l'exp&#233;rience, mais qu'elle conduit r&#233;ellement &#224; une intelligence plus profonde des faits. Ceci peut &#234;tre illustr&#233; par quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un vase ferm&#233; par un piston qui peut se mouvoir librement. Le vase contient une certaine quantit&#233; de gaz qui doit garder une temp&#233;rature constante. Si, au d&#233;but, le piston est au repos en gardant une certaine position, il se mouvra vers le haut, si l'on diminue son poids, et vers le bas, si l'on augmente ce dernier. Pour pousser le piston en bas, il faut employer une force qui agit contre la pression int&#233;rieure du gaz. Quel est, d'apr&#232;s la th&#233;orie cin&#233;tique, le m&#233;canisme de cette pression int&#233;rieure ? Un nombre &#233;norme de particules constituant le gaz se meuvent dans toutes les directions. Elles bombardent les parois et le piston et rebondissent comme des balles qu'on lance contre un mur. Le bombardement continuel d'un grand nombre de particules tient le piston &#224; une certaine hauteur, en s'opposant &#224; la force de la pesanteur, qui agit vers le bas sur le piston et les poids. Dans une direction agit constamment la force de gravitation, dans la direction oppos&#233;e un tr&#232;s grand nombre de chocs irr&#233;guliers venant des mol&#233;cules. Pour qu'il y ait &#233;quilibre, il faut que l'effet net sur le piston de toutes ces forces irr&#233;guli&#232;res soit &#233;gal &#224; celui de la force de la gravitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le piston soit pouss&#233; vers le bas de fa&#231;on &#224; comprimer le gaz d'une fraction de son volume, disons de la moiti&#233;, sa temp&#233;rature restant invariable. Que doit-il arriver selon la th&#233;orie cin&#233;tique ? La force due au bombardement sera-t-elle plus grande qu'avant ou moins grande ? Les particules sont maintenant plus serr&#233;es. Bien que l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne soit toujours la m&#234;me, les chocs des particules contre le piston seront maintenant plus fr&#233;quents et la force totale sera ainsi plus grande. De cette image que pr&#233;sente la th&#233;orie cin&#233;tique il r&#233;sulte clairement que, pour maintenir le piston dans cette position plus basse, il faut employer un poids plus grand. Ce fait exp&#233;rimental simple est bien connu, mais sa pr&#233;vision d&#233;coule logiquement de la conception cin&#233;tique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons un autre dispositif exp&#233;rimental. Prenons deux vases contenant des volumes &#233;gaux de gaz diff&#233;rents, par exemple d'hydrog&#232;ne et d'azote, tous les deux &#233;tant &#224; la m&#234;me temp&#233;rature. Supposons que les deux vases soient ferm&#233;s par des pistons identiques et charg&#233;s de poids &#233;gaux. Ceci signifie, en bref, que les gaz ont le m&#234;me volume, sont &#224; la m&#234;me temp&#233;rature et subissent la m&#234;me pression. Puisque la temp&#233;rature est la m&#234;me, l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne, par particule, est, d'apr&#232;s la th&#233;orie, la m&#234;me. Et, puisque les pressions sont &#233;gales, les deux pistons sont bombard&#233;s par la m&#234;me force totale. En moyenne, chaque particule porte la m&#234;me &#233;nergie et les deux vases ont le m&#234;me volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le nombre de mol&#233;cules doit &#234;tre le m&#234;me dans chaque vase bien que les gaz soient chimiquement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat tr&#232;s important permet de comprendre beaucoup de ph&#233;nom&#232;nes chimiques. Il signifie que le nombre de mol&#233;cules dans un volume donn&#233;, &#224; une certaine temp&#233;rature et &#224; une certaine pression, n'est pas la caract&#233;ristique d'un gaz particulier, mais de tous les gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est au plus haut degr&#233; curieux de constater que la th&#233;orie cin&#233;tique non seulement pr&#233;dit l'existence d'un tel nombre universel, mais nous rend aussi capables de le d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re explique, quantitativement aussi bien que qualitativement, les lois des gaz d&#233;termin&#233;s par l'exp&#233;rience. En outre, la th&#233;orie n'est pas limit&#233;e aux gaz, bien que ce soit dans ce domaine qu'elle a obtenu ces plus grands succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gaz peut &#234;tre liqu&#233;fi&#233;, si l'on fait baisser se temp&#233;rature. La chute de temp&#233;rature que subit une mati&#232;re signifie que ses particules subissent une d&#233;croissance de l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne. Il est ainsi clair que l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne d'une particule liquide est plus petite que celle d'une particule gazeuse correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de particules dans un liquide fut rendu manifeste, pour la premi&#232;re fois, par le &#171; mouvement brownien &#187;, ph&#233;nom&#232;ne remarquable, qui serait rest&#233; myst&#233;rieux et incompr&#233;hensible sans la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein et Infeld dans &#171; L'&#233;volution des id&#233;es en physique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur le r&#233;chauffement global b&#233;n&#233;ficie de l'ignorance g&#233;n&#233;rale des lois de la thermodynamique et de la mani&#232;re dont elles s'appliquent au globe terrestre. Ainsi, il particularise la &#034;temp&#233;rature globale&#034; alors que le facteur temp&#233;rature ne peut jamais &#234;tre isol&#233; en thermodynamique. Les lois de la thermodynamique pr&#233;cisent toujours que sont interd&#233;pendants : temp&#233;rature, pression, volume et quantit&#233; de mati&#232;re (sous la forme du nombre de moles). Ce nombre de param&#232;tres et la non-lin&#233;arit&#233; de la fonction entra&#238;nent que les lois du climat sont du domaine du chaos d&#233;terministe alors qu'une loi lin&#233;aire &#224; un ou deux facteurs ne pourrait pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la m&#233;t&#233;orologie est fond&#233;e sur des structures auto-organis&#233;es comme les nuages ou les &#233;tats de la neige qui sont des &#233;tats qui sautent d'un niveau &#224; un autre et dont la base est l'interaction entre des param&#232;tres comme la force des vents, la pression, la temp&#233;rature, le degr&#233; d'humidit&#233; dans l'air et l'ensoleillement (chaleur et fr&#233;quence du rayonnement). On pourrait croire que les moyennes d&#233;crivent une r&#233;alit&#233; continue mais il suffit de constater que les &#233;tats d&#233;crits sautent d'un &#233;quilibre &#224; un autre tr&#232;s diff&#233;rent de mani&#232;re brutale pour constater que cela est faux. Ainsi, les nuages ont des structures et des niveaux d'altitude tr&#232;s diff&#233;rents quand on passe d'un &#233;quilibre &#224; un autre. Les &#233;tats de la neige ou de la glace connaissent les m&#234;mes types de sauts. Les &#233;tats de la m&#233;t&#233;orologie sont eux aussi des discontinuit&#233;s brutales. La raison fondamentale en est qu'il n'y a jamais un seul facteur mais au moins trois fondamentaux qui r&#233;troagissent et le chaos qui en r&#233;sulte ne peut trouver que des sauts qui sont des &#233;quilibres instables lointains les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique, les changements d'&#233;tat de la mati&#232;re, les effets de la temp&#233;rature et de la pression sont &#224; la base de nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui font partie de notre vie quotidienne : quand nous examinons la surface d'un lac, faisons bouillir de l'eau ou examinons un nuage pour voir s'il ne va pas pleuvoir. S'ils ont permis la construction des moteurs, des r&#233;frig&#233;rateurs et autres appareils tr&#232;s importants dans notre existence actuelle, ils sont d'abord &#224; la base de ph&#233;nom&#232;nes naturels que nous observons et utilisons m&#234;me sans le vouloir : de la m&#233;t&#233;o &#224; l'utilisation de l'eau dans notre cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons bien des adages populaires qui proviennent de cette exp&#233;rience quotidienne comme &#171; l'air chaud monte &#187;, &#171; l'eau bout &#224; 100&#176; &#187; ou &#171; l'eau glace &#224; 0&#176; &#187; ou encore &#171; le nuage noir est porteur de pluie &#187;. On a popularis&#233; &#233;galement celui de Lavoisier : &#171; Rien ne se perd, rien ne se cr&#233;&#233;e, tout se transforme &#187;. Ou un plus r&#233;cent selon lequel &#171; tout va vers de plus en plus de d&#233;sordre &#187;. Malheureusement, bien des adages populaires mentent ou n&#233;cessitent de pr&#233;ciser le domaine d'application parfois tr&#232;s &#233;troit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s &#224; voir l'eau sous les formes gazeuse, liquide et solide et les passages de l'un &#224; l'autre ne nous &#233;tonnent plus alors qu'il y aurait largement de quoi s'&#233;tonner et que bien des ph&#233;nom&#232;nes qui nous semblent tout &#224; fait classiques sont difficiles &#224; comprendre et posent de grands probl&#232;mes en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s courant que le grand public fasse d'importantes confusions concernant la thermodynamique et notamment confonde temp&#233;rature et chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous raisonnons facilement sur la temp&#233;rature mais oublions facilement la pression car elle nous est beaucoup moins &#233;vidente intuitivement. Or, les changements d'&#233;tats de la mati&#232;re ne d&#233;pendent jamais de la seule temp&#233;rature. Nous sommes accoutum&#233;s &#224; dire ce qui se passe &#224; pression atmosph&#233;rique mais oublions que certains ph&#233;nom&#232;nes naturels n'ont pas lieu &#224; cette pression. Et c'est loin d'&#234;tre le seul probl&#232;me qui nous d&#233;range pour comprendre la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la loi de la thermodynamique qui impose l'augmentation d'entropie d'un syst&#232;me isol&#233; et nous savons que le ph&#233;nom&#232;ne de la vie augmente l'ordre, l'organisation et donc, curieusement, diminue l'entropie. Et ce n'est pas le seul cas : le simple fait de former une structure nuageuse est d&#233;j&#224; cr&#233;ation d'un ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons savoir que la nature va spontan&#233;ment vers l'&#233;quilibre, vers la stabilit&#233; et m&#234;me l'immobilit&#233; et pourtant nous voyons en thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes qui se d&#233;roulent &#224; l'inverse, &#224; commencer par le mouvement brownien qui pr&#233;sente une agitation permanente des mol&#233;cules n'allant nullement vers la stabilit&#233; ni l'immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de la thermodynamique se d&#233;roulent tous les jours sous nos yeux et nous ne leur marquons pas le plus souvent d'&#233;tonnement bien que nous ne les comprenions pas vraiment. Pourquoi l'eau liquide forme des surfaces et pas l'eau vapeur ni l'eau solide, sous forme de glace ou de neige, alors que la composition mol&#233;culaire est la m&#234;me dans les trois cas ? Que se passe-t-il au changement d'&#233;tat ? Comment se fait-il que la temp&#233;rature de l'eau qui bout soit bloqu&#233;e m&#234;me si on continue &#224; chauffer. Pourquoi le lait qui bout d&#233;borde et pas l'eau qui bout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions sont multiples et diverses. Qu'est-ce que la surface de s&#233;paration d'un liquide ? Quelle est l'origine de la vapeur d'eau et quelle est sa nature ? Pourquoi la glace surnage dans l'eau ? Pourquoi les nuages, compos&#233;s de gouttelettes d'eau et pas seulement de vapeur d'eau (sinon les nuages seraient transparents &#224; la lumi&#232;re), ne tombent pas du fait de leur poids colossaux ? Pourquoi les nuages qui sont m&#234;me compos&#233;s de mini-cristaux et de poussi&#232;res ne tombent pas par gravitation ? Comment se fait-il qu'&#224; 100&#176;C toute l'eau ne soit pas en vapeur d'eau (on dit l'eau bout) ? Comment se fait-il que l'eau puisse rester sous forme liquide bien en dessous de 0&#176;C ? Comment se fait-il que la glace puisse rester sous cette forme bien au dessus de 0&#176;C ? Par exemple, la neige au soleil ou les neiges &#233;ternelles des glaciers. La glace sous-marine de profondeur du p&#244;le Nord est la plus grande quantit&#233; de glace de la plan&#232;te puisque l'oc&#233;an arctique a une profondeur de 5520 m et une partie de son eau est glac&#233;e du fait de la pression &#233;norme de la masse de glace au dessus, malgr&#233; des temp&#233;ratures &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la temp&#233;rature est li&#233;e &#224; l'agitation mol&#233;culaire dite mouvement brownien qui ne s'arr&#234;te jamais. Comment se fait-il qu'elle ne finisse pas par atteindre un &#233;quilibre et cesser de s'agiter puisqu'un des principes de la thermodynamique est qu'un syst&#232;me qui ne re&#231;oit pas d'&#233;nergie de l'ext&#233;rieur doit aller &#224; l'&#233;quilibre ? Comment se fait-il que les mol&#233;cules continuent de s'agiter m&#234;me si elles sont isol&#233;es les unes des autres ? C'est cette agitation que l'on remarque en regardant les poussi&#232;res dans un rai de lumi&#232;re. Il faut bien que l'agitation brownienne soit entretenue par une &#233;nergie ext&#233;rieure ? Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il que la vie soit un syst&#232;me qui gagne en ordre (n&#233;guentropie ou perte d'entropie) alors qu'un des principes de la thermodynamique suppose que tout syst&#232;me isol&#233; doit augmenter son entropie (son degr&#233; de d&#233;sordre) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans de nombreux adages du bon sens sur ces th&#232;mes pas mal d'erreurs. Par exemple, de dire que la glace est moins dense que l'eau liquide. Cela n'est vrai que pour certains types de glaces ayant certaines densit&#233;s. En fait, ce n'est vrai que pour les glaces dites de type I qui ont dix &#224; quatorze pourcents de densit&#233; en moins que l'eau liquide mais pas pour les glaces de type II &#224; VI qui ont jusqu'&#224; 22% de densit&#233; en plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les discours sur la temp&#233;rature de la formation de la glace ou de sa fonte sont faux si on ne tient pas compte de la pression ext&#233;rieure qui n'est pas forc&#233;ment la pression atmosph&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des ph&#233;nom&#232;nes observables quotidiennement sont plus &#233;tonnants qu'il n'y para&#238;t : la condensation des nuages se fait plut&#244;t dans les montagnes o&#249; l'air est plus froid alors que l'air chaud monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nuages ne sont pas seulement des produits de la condensation de l'eau li&#233;e aux jeux de la chaleur et de la pression : la longueur d'onde des rayons lumineux joue aussi, par exemple pour d&#233;finir le niveau d'altitude de la base du nuage. L'&#233;lectromagn&#233;tisme d&#233;termine des mouvements au sein du nuage, mouvements qui sont d&#233;terminants dans l'&#233;nergie du nuage, qui pousse la masse &#224; remonter vers le haut du nuage, combattant la gravitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces ph&#233;nom&#232;nes sont dynamiques alors que, spontan&#233;ment nous raisonnons de mani&#232;re statique, ils produisent des contradictions et ne sont pas lin&#233;aires alors que, spontan&#233;ment, nous raisonnons de mani&#232;re non dialectique et lin&#233;aire. Ils pr&#233;sentent des discontinuit&#233;s, des sauts qualitatifs, des contradictions&#8230; Les diff&#233;rents &#233;tats de la mati&#232;re ne se comportent pas souvent comme on l'imagine et ne sont pas exactement ce qu'on imagine. La mati&#232;re n'est pas faite de choses mais de structures &#233;mergentes, ce qui est profond&#233;ment diff&#233;rent. Elle n'est pas fond&#233;e sur des &#233;quilibres stables, image qui nous est donn&#233;e par l'univers apparent &#224; notre &#233;chelle. M&#234;me le simple corpuscule dit &#233;l&#233;mentaire est une structure &#233;mergente et non un objet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des notions spontan&#233;es en thermodynamique portent sur ce qui se passe &#224; notre &#233;chelle (macroscopique) alors que leur base est microscopique et que ce qui se passe &#224; cette &#233;chelle est contre intuitif. Et que ce qui se passe au niveau microscopique (quantique) est fond&#233; sur le vide quantique (encore plus contre intuitif puisque le temps y circule dans les deux sens, que la mati&#232;re n'y a pas de masse au repos et que l'antimati&#232;re y est aussi importante que la mati&#232;re !). Pourtant la mati&#232;re est une structure &#233;mergente au sein du vide quantique de la m&#234;me mani&#232;re que le nuage &#233;merge de l'atmosph&#232;re humide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de mati&#232;re au sein du vide est compl&#232;tement absente de nos images mentales et encore plus de nos images visuelles de l'univers or il est impossible de comprendre la thermodynamique de la mati&#232;re sans &#233;tudier celle du vide&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre manque de conceptions dynamiques spontan&#233;es explique nos difficult&#233;s &#224; concevoir des syst&#232;mes dans lesquels plusieurs &#233;tats de la mati&#232;re coexistent car des groupes de mol&#233;cules sautent sans cesse d'un &#233;tat dans un autre. L'apparente surface d'eau est bien loin de la s&#233;paration fixe et plan que notre &#339;il nous renvoie puisqu'il s'agit au contraire d'une fractale de p&#233;n&#233;trations entre eau liquide et vapeur d'eau, fractale aux formes sans cesse changeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nuage qui semble sur une courte dur&#233;e avoir une forme et un contenu &#224; peu pr&#232;s donn&#233; est l'objet de changements beaucoup plus brutaux et violents qu'il n'y para&#238;t, changement dans lesquels des masses de mol&#233;cules descendent et d'autres montent sans cesse au sein du nuage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique qu'il nous paraisse difficile &#224; comprendre comment un nuage calme, m&#234;me s'il est tr&#232;s noir, va d'un seul coup d&#233;verser une masse immense d'eau, de gr&#234;le ou de neige, ou encore provoquer un violent orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'apparence calme du nuage n'est qu'illusion et cette masse est sans cesse le produit de confrontations brutales qui, en temps normale, produisent la conservation globale de la structure mais, parfois, provoquent sa rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nuages ne sont nullement des objets fixes. Il y a sans cesse des colonnes d'air montantes et d'autres descendantes. Chez certain type de nuages, le bourgeonnement violent au dessus du nuage t&#233;moigne du caract&#232;re &#233;ruptif des ph&#233;nom&#232;nes consid&#233;r&#233;s. Mais, m&#234;me dans les autres, le nuage n'est jamais une chose fixe ni ressemblant &#224; une chose fixe. Il n'existe que du fait d'un &#233;norme d&#233;sordre qui donne globalement une illusion de conservation d'ensemble. Mais le nuage a une relativement courte dur&#233;e de vie et sa structure se dissout assez rapidement dans l'air, pour former &#224; c&#244;t&#233; de nouveaux nuages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison de comprendre difficilement les nuages est le fait qu'on les imagine comme des masses de gouttelettes et de vapeurs d'eau alors que les petits cristaux y jouent aussi un grand r&#244;le. Le nuage est la coexistence des trois &#233;tats : gaz, liquide et solide et le jeu des sauts entre ces &#233;tats. La formation de cristaux a des effets parfois violents comme la formation de grands trous au sein des masses nuageuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la mati&#232;re, sous toutes ses formes et &#224; toutes ses &#233;chelles, est par bien des aspects du m&#234;me type que le nuage : des confrontations brutales avec des changements radicaux qui, le plus souvent, entra&#238;nent la conservation globale de la structure et, parfois, provoquent sa rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des aspects que l'on oublie souvent est que le nuage est une masse &#233;lectris&#233;e comme l'est la mati&#232;re. Mais, &#233;tant l'objet de mouvements violents, l'&#233;lectrisation prend un caract&#232;re &#224; grande &#233;chelle avec, notamment, des &#233;lectricit&#233;s oppos&#233;es sur le sommet du nuage et &#224; sa base et avec une &#233;lectrisation provoqu&#233;e sur l'air environnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le grand public qui est tromp&#233; par les anciennes images de la mati&#232;re, provenant de ce que nous croyons voir &#224; notre &#233;chelle. Les sciences l'ont &#233;t&#233; aussi. On s'est ainsi aper&#231;us que la thermodynamique d&#233;rive de la physique quantique et non de la m&#233;canique classique comme on l'a longtemps cru. Et cela change de nombreuses visions de ce domaine des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le mouvement mol&#233;culaire est &#224; la base de la thermodynamique, des notions de temp&#233;rature ou de pression et des notions plus complexes. Cependant, on peut r&#233;aliser que ce ne sont pas les seuls. Notamment, les mouvements en question sont r&#233;versibles alors que bien des ph&#233;nom&#232;nes thermodynamiques ne le sont pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre la transmission de chaleur n&#233;cessite de comprendre celle d'&#233;nergie or cette transmission n'est continue comme on le croyait mais quantique. L'existence d'une quantit&#233; minimale d'action (&#233;gale &#224; la constante de Planck) change profond&#233;ment toute la conception des &#233;changes d'&#233;nergie, de chaleur, de lumi&#232;re. La perte ou le gain de chaleur &#233;tant un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;terminant de la thermodynamique, l'apport de la physique quantique y est d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de voir la temp&#233;rature et la pression comme des mouvements m&#233;caniques de mol&#233;cules assimil&#233;es &#224; des petites billes qui se heurtent et rebondissent apr&#232;s les chocs. Et d'abord parce que la physique quantique interdit non seulement aux mol&#233;cules de se heurter, de se toucher, mais elle l'interdit m&#234;me aux particules dites &#233;l&#233;mentaires, protons, &#233;lectrons, neutrons&#8230; Le principe de Pauli emp&#234;che la mati&#232;re de se toucher, de se retrouver dans une m&#234;me position et les interactions (attractions ou r&#233;pulsions) se font par interm&#233;diaires appel&#233;s bosons (qui sont du m&#234;me type que les corpuscules de lumi&#232;re). Il n'est donc pas possible de concevoir les interactions mati&#232;re-mati&#232;re sans connaitre les interactions quantiques mati&#232;re-lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a dit pr&#233;c&#233;demment &#224; propos du mouvement brownien, l'agitation qui est &#224; la base de tous les ph&#233;nom&#232;nes de temp&#233;rature ou de pression provient du vide quantique. La seule observation de la mati&#232;re poss&#233;dant une masse, alors que la mati&#232;re dite virtuelle du vide quantique n'en poss&#232;de pas, ne peut suffire &#224; comprendre les ph&#233;nom&#232;nes qui sont impliqu&#233;s en thermodynamique et en particulier la raison pour laquelle la mati&#232;re subit sans cesse une agitation qui est incapable de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pente de neige uniforme qui est caress&#233;e mollement par le soleil est l'objet de changements permanents de structures de la neige qui saute d'un &#233;tat &#224; un autre, du fait des modifications de temp&#233;rature et de pression. Comme la glace, la neige admet de multiples structures diff&#233;rentes possibles et les sauts entre ces &#233;tats cristallins diff&#233;rents ne s'arr&#234;tent jamais. Loin de la situation d'&#233;quilibre stable, ce qui la caract&#233;rise est les changements d'&#233;tat et les discontinuit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore d'autres raisons qui rendent difficile la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes thermodynamiques et notamment il faut citer la relation entre ph&#233;nom&#232;nes de volume et ph&#233;nom&#232;nes de surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on raisonne mal sur la temp&#233;rature de fonte de la glace car c'est seulement en surface que la glace est en contact avec la temp&#233;rature ext&#233;rieure. La masse de glace peut entra&#238;ner une grande inertie et un retard important de la fonte, m&#234;me &#224; des temp&#233;ratures ext&#233;rieures &#233;lev&#233;es. On a rappel&#233; aussi que raisonner seulement sur la temp&#233;rature en oubliant la pression trompe la vision des changements thermodynamiques. Sous des masses de glace, la pression du poids est consid&#233;rable et l'eau peut y former de la glace &#224; des temp&#233;ratures &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein a renouvel&#233; la thermodynamique en donnant la premi&#232;re interpr&#233;tation du mouvement brownien et en d&#233;couvrant la base quantique des transformations de la mati&#232;re et des interactions mati&#232;re-lumi&#232;re. Prigogine a entra&#238;n&#233; une des nombreuses r&#233;volutions de la thermodynamique en montrant l'importance cr&#233;atrice de structures du non-&#233;quilibre. Toutes ces d&#233;couvertes ont bien &#233;loign&#233; la thermodynamique des pr&#233;ceptes du bon sens mais ce n'est pas &#224; regretter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'autre part, concernant les erreurs du bons sens, souligner la diff&#233;rence entre chaleur et &#233;nergie interne comme entre chaleur et temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la mesure locale de l'agitation mol&#233;culaire, de m&#234;me que la pression est la mesure des chocs provoqu&#233;s sur une surface par cette agitation. La chaleur est d'une nature un peu diff&#233;rente. Cela explique les relations entre temp&#233;rature, pression et volume au sein des lois thermodynamiques des diff&#233;rents &#233;tats de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'origine de la chaleur, cette capacit&#233; de la mati&#232;re &#224; transporter de l'agitation des mol&#233;cules de part en part au sein de la mati&#232;re (la conduction de la chaleur), est bien fond&#233;e sur l'agitation provoqu&#233;e au sein des particules et des mol&#233;cules (mouvement dit &#171; brownien &#187;) par l'agitation permanente du vide quantique, la chaleur n'est pas la totalit&#233; de l'&#233;nergie d'agitation de la mati&#232;re mais seulement une petite partie, et &#224; une &#233;chelle seulement des structures hi&#233;rarchiques de la mati&#232;re. Une grande partie de la chaleur n'est pas capable de se transmettre d'une mol&#233;cule &#224; une autre et est conserv&#233;e localement pour agiter en interne les particules, les noyaux et autres&#8230; La chaleur ne doit donc pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme identique &#224; l'&#233;nergie interne d'agitation des mol&#233;cules. La chaleur est seulement la part de l'&#233;nergie interne capable de se d&#233;placer d'une mati&#232;re &#224; sa voisine par vibration, en somme une &#233;nergie rayonnante d'une certaine fr&#233;quence, &#233;nergie de type lumineuse&#8230; La chaleur est donc la part de l'&#233;nergie qui peut se changer en un rayonnement dont la fr&#233;quence correspond &#224; certains seuils pr&#233;cis qui lui permettent d'entrer en r&#233;sonance avec les structures de la mati&#232;re ayant des tailles comparables &#224; la longueur d'onde de cette &#233;nergie. Rappelons que le rayonnement n'est plus con&#231;u comme ondulatoire mais comme une dualit&#233; onde/corpuscule fond&#233;e sur les couples particules/antiparticules du vide fondant les corpuscules dits photons. L'agitation capable de se transformer en photons dont les &#233;nergies correspondent aux dimensions des mol&#233;cules est donc la seule capable de se changer en &#171; chaleur &#187; et c'est loin d'&#234;tre la totalit&#233; de l'agitation interne. Certes, la transmission de chaleur augmente la temp&#233;rature mais les deux sont loin d'&#234;tre identiques, contrairement &#224; ce que croit le sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que le porteur de l'&#233;nergie de chaleur est une onde d'origine &#233;lectromagn&#233;tique et non le mouvement m&#233;canique de mol&#233;cules de mati&#232;re de masse inerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la temp&#233;rature, c'est l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne des mol&#233;cules&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature, c'est donc la mati&#232;re et la chaleur, c'est le rayonnement, c'est des photons !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que l'entropie ?</title>
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		<dc:date>2016-08-12T23:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le physicien Boltzmann, le p&#232;re de la notion d'entropie, avec au dessus de sa statue la formule qu'il a donn&#233; de l'entropie, pour laquelle il s'est battu contre l'opinion des physiciens les plus influents (Mach, Ostwald, Helm) qui &#233;taient &#034;&#233;nerg&#233;tistes&#034; et s'opposaient &#224; l'&#034;atomisme&#034;. L'introduction par Boltzmann de cette interpr&#233;tation statistique de l'entropie marque un tournant majeur dans la compr&#233;hension du passage d'une dynamique microscopique r&#233;versible &#224; une &#233;volution macroscopique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;Atome : La r&#233;troaction de la mati&#232;re/lumi&#232;re et du vide (de la microphysique &#224; l'astrophysique) - Atom : laws of physics or the feedback of matter/light/ void (from microphysics to astrophysics)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le physicien Boltzmann, le p&#232;re de la notion d'entropie, avec au dessus de sa statue la formule qu'il a donn&#233; de l'entropie, pour laquelle il s'est battu contre l'opinion des physiciens les plus influents (Mach, Ostwald, Helm) qui &#233;taient &#034;&#233;nerg&#233;tistes&#034; et s'opposaient &#224; l'&#034;atomisme&#034;. L'introduction par Boltzmann de cette interpr&#233;tation statistique de l'entropie marque un tournant majeur dans la compr&#233;hension du passage d'une dynamique microscopique r&#233;versible &#224; une &#233;volution macroscopique irr&#233;versible. Cette interpr&#233;tation permit notamment d'&#233;claircir le sens du th&#233;or&#232;me H, d&#233;montr&#233; par Boltzmann en 1872 &#224; partir de son &#233;quation pour les gaz. Le th&#233;or&#232;me H fut en effet vertement critiqu&#233; par ses d&#233;tracteurs. Cette id&#233;e d'interpr&#233;tation statistique, qui avait eu tant de mal &#224; gagner les scientifiques, sera affin&#233;e en 1907 avec le mod&#232;le des urnes d'Ehrenfest, un mod&#232;le stochastique introduit par les &#233;poux Ehrenfest.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/-3395-44464.jpg?1777518542' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question se pose de savoir quels sont les principes g&#233;n&#233;raux de la Physique sur lesquels nous pouvons compter pour la solution des questions qui nous occupent. En premier lieu, nous serons d'accord pour conserver le principe de l'&#233;nergie. Il doit en &#234;tre de m&#234;me, selon moi, pour le principe de Boltzmann sur la d&#233;finition de l'entropie par la probabilit&#233; : nous devons en admettre sans r&#233;serve la validit&#233;. Nous devons &#224; ce principe les clart&#233;s bien faibles encore que nous pouvons avoir aujourd'hui sur les &#233;tats d'&#233;quilibre statistique dans lesquels interviennent des ph&#233;nom&#232;nes p&#233;riodiques. (&#8230;) La probabilit&#233; W d'un &#233;tat est ainsi d&#233;finie par sa fr&#233;quence relative lorsque le syst&#232;me est ind&#233;finiment abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me. A ce point de vue, il est remarquable que, dans l'immense majorit&#233; des cas, il y a, quand on part d'un &#233;tat initial d&#233;termin&#233;, un &#233;tat voisin qui sera pris, le plus fr&#233;quemment de beaucoup, par le syst&#232;me abandonn&#233; ind&#233;finiment &#224; lui-m&#234;me. (&#8230;) Si W est d&#233;fini comme nous l'avons fait, il r&#233;sulte de cette d&#233;finition m&#234;me qu'un syst&#232;me isol&#233;, abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, doit parcourir g&#233;n&#233;ralement des &#233;tats successifs de probabilit&#233;s constamment croissantes, de sorte qu'il en r&#233;sulte entre cette probabilit&#233; et l'entropie S du syst&#232;me la relation de Boltzmann : &lt;br class='autobr' /&gt;
S = k log W + cste. Ceci r&#233;sulte du fait que W, dans la mesure o&#249; l'on admet que le syst&#232;me &#233;volue spontan&#233;ment de mani&#232;re determine, doit augmenter constamment en fonction du temps, et de ce qu'aucune fonction ind&#233;pendante de S ne peut avoir cette propri&#233;t&#233; en m&#234;me temps que l'entropie elle-m&#234;me. La relation particuli&#232;re que donne le principe de Boltzmann &#224; la relation entre W et S r&#233;sulte des propri&#233;t&#233;s de l'entropie et de la probabilit&#233; des syst&#232;mes complexes d&#233;finies par les &#233;quations : S total = somme des entropies et W total = produit des W. Si l'on d&#233;finit W par la fr&#233;quence, comme nous l'avons fait, la relation de Boltzmann prend une signification physique pr&#233;cise. Elle exprime une relation entre des grandeurs observables en principe : on peut en v&#233;rifier ou en infirmer l'exactitude. On utilise g&#233;n&#233;ralement cette relation de Boltzmann de la mani&#232;re suivante : on part d'une th&#233;orie particuli&#232;re d&#233;finie (par exemple, de la m&#233;canique mol&#233;culaire), on calcule th&#233;oriquement la probabilit&#233; d'un &#233;tat et l'on en d&#233;duit l'entropie de cet &#233;tat par application de la relation de Boltzmann, de mani&#232;re &#224; conna&#238;tre ensuite les propri&#233;t&#233;s thermodynamiques du syst&#232;me. On peut aussi proc&#233;der en sens inverse : d&#233;terminer par des mesures thermiques effectu&#233;es sur un syst&#232;me l'entropie correspondante &#224; chaque configuration et en d&#233;duire la probabilit&#233; par la relation de Boltzmann. (&#8230;) L'hypoth&#232;se des quanta cherche, de mani&#232;re provisoire, &#224; interpr&#233;ter l'expression obtenue pour la probabilit&#233; statistique W du rayonnement. Si l'on imagine le rayonnement compos&#233; de petits &#233;l&#233;ments d'&#233;nergie &#233;gaux &#224; h&#957;, on obtient imm&#233;diatement une explication pour la loi de probabilit&#233; du rayonnement dilu&#233;. J'insiste sur le caract&#232;re provisoire de cette conception qui ne semble pas pouvoir se concilier avec les cons&#233;quences exp&#233;rimentalement v&#233;rifi&#233;es de la th&#233;orie des ondulations. Mais, comme il r&#233;sulte, selon moi, des consid&#233;rations analogues &#224; celle-ci, que les localisations du rayonnement conformes &#224; notre &#233;lectromagn&#233;tique actuelle ne correspondent pas &#224; la r&#233;alit&#233; dans le cas du rayonnement dilu&#233;, il nous faut introduire d'une mani&#232;re quelconque une hypoth&#232;se comme celle des quanta &#224; c&#244;t&#233; des indispensables &#233;quations de Maxwell. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein, discutant des interventions suite &#224; son rapport &#224; la Conf&#233;rence du premier congr&#232;s Solvay de Physique en 1911&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de la physique de Boltzmann par Planck et Einstein allait r&#233;volutionner la thermodynamique mais surtout donner naissance &#224; la physique quantique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre agitation et organisation : l'entropie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH557/-2093-567c5.jpg?1777518542' width='400' height='557' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre entropie (rayonnement, r&#233;chauffement, agitation mol&#233;culaire) et n&#233;guentropie (formation de structures d'amas, de galaxies, d'&#233;toiles, de nuages&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-2095.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-2095-7be7d.jpg?1777541422' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que l'entropie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'entropie est la quantit&#233; qui mesure le d&#233;sordre dans un ensemble d'atomes et de mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes proches de l'&#233;quilibre thermodynamique sont soumis au th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique affirme en effet que tout syst&#232;me isol&#233; va vers une perte de niveau d'organisation appel&#233;e entropie. Cette loi d'entropie semblait contredire ce que l'on constatait dans certains ph&#233;nom&#232;nes physiques, et tout particuli&#232;rement le ph&#233;nom&#232;ne de la vie qui produit sans cesse de l'organisation et de la complexification au lieu de d&#233;truire des niveaux d'organisation et qui ne tend pas vers l'immobilit&#233;. Bien d'autres ph&#233;nom&#232;nes manifestent de cette n&#233;guentropie (une perte d'entropie, une augmentation d'organisation) et notamment la formation des atomes, des atomes les plus lourds &#224; partir d'atomes plus l&#233;gers, des mol&#233;cules, des &#233;toiles, des galaxies et amas de galaxies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la premi&#232;re question que l'on est amen&#233; &#224; se poser est : pourquoi les syst&#232;mes mat&#233;riels vont-ils vers une perte d'organisation (une augmentation de l'entropie). La r&#233;ponse moderne est que le vide quantique provoque cette perte d'organisation au niveau microscopique qui se transfert ensuite au niveau macroscopique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'entropie est r&#233;li&#233;e &#224; celle d'organisation et aussi &#224; celle d'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien-chimiste Ilya Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'entropie est l'&#233;l&#233;ment essentiel introduit par la thermodynamique, la science des processus irr&#233;versibles, c'est-&#224;-dire orient&#233;s dans le temps. Chacun sait ce qu'est un processus irr&#233;versible. On peut penser &#224; la d&#233;composition radioactive, ou &#224; la friction, ou &#224; la viscosit&#233; qui ralentit le mouvement d'un fluide. Tous ces processus ont une direction privil&#233;gi&#233;e dans le temps, en contraste avec les processus r&#233;versibles tels que le mouvement d'un pendule sans friction. (...) La nature nous pr&#233;sente &#224; la fois des processus irr&#233;versibles et des processus r&#233;versibles, mais les premiers sont la r&#232;gle et les seconds l'exception. Les processus macroscopiques, tels que r&#233;actions chimiques et ph&#233;nom&#232;nes de transport, sont irr&#233;versibles. Le rayonnement solaire est le r&#233;sultat de processus nucl&#233;aires irr&#233;versibles. Aucune description de l'&#233;cosph&#232;re ne serait possible sans les processus irr&#233;versibles innombrables qui s'y d&#233;roulent. Les processus r&#233;versibles, en revanche, correspondent toujours &#224; des id&#233;alisations : nous devons n&#233;gliger la friction pour attribuer au pendule un comportement r&#233;versible, et cela ne vaut que comme une approximation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, on en &#233;tait rest&#233;s &#224; l'id&#233;e de la tendance naturelle au d&#233;sordre. Se fondant sur le m&#233;lange des gaz, l'&#233;tablissement d'une temp&#233;rature et d'une pression moyennes, sur l'&#233;tude des machines thermiques et des moteurs, la thermodynamique appelait entropie cette &#034;tendance au d&#233;sordre maximum&#034;. Aujourd'hui, nous reconnaissons la capacit&#233; spontan&#233;e de la nature &#224; produire de l'ordre : formation d'une &#233;toile, d'un nuage, d'un flocon de neige, d'un cristal. L'exemple le plus &#233;clatant est celui de la vie. En permanence, des cellules se sp&#233;cialisent, se distribuent des r&#244;les, interagissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ecole de Bruxelles, fond&#233;e par I. Prigogine, prix Nobel de chimie, est une &#233;cole de thermodynamique, regroup&#233;e autour du sigle : &#171; structures dissipatives &#187;. Elle &#233;tudie la formation de structures organis&#233;es dans les syst&#232;mes hors de l'&#233;quilibre. Elle se fonde sur des principes de minimum de production d'entropie et utilise la production en exc&#232;s de l'entropie comme un moyen pour rechercher l'apparition d'une instabilit&#233;, g&#233;n&#233;ratrice de formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Contrairement aux syst&#232;mes soit &#224; l'&#233;quilibre soit proches de l'&#233;quilibre, les syst&#232;mes loin de l'&#233;quilibre ne conduisent plus &#224; un extremum d'une fonction telles que l'&#233;nergie libre o&#249; la production d'entropie. En cons&#233;quence, il n'est plus certain que les fluctuations soient amorties. Il est seulement possible de formuler les conditions suffisantes de stabilit&#233; que nous avons baptis&#233; &#034;crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution&#034;. Ce crit&#232;re met en jeu le m&#233;canisme des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge. Alors que &#224; l'&#233;quilibre et pr&#232;s de l'&#233;quilibre, les lois de la nature sont universelles, loin de l'&#233;quilibre elles deviennent sp&#233;cifiques, elles d&#233;pendent du type de processus irr&#233;versibles. Cette observation est conforme &#224; la vari&#233;t&#233; des comportements de la mati&#232;re que nous observons autour de nous. Loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re acquiert de nouvelles propri&#233;t&#233;s o&#249; les fluctuations, les instabilit&#233;s jouent un r&#244;le essentiel : la mati&#232;re devient active. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; A l'&#233;ternit&#233; dynamique s'oppose donc le &#171; second principe de la thermodynamique &#187;, la loi de croissance irr&#233;versible de l'entropie formul&#233;e par Rudolf Clausius en 1865 ; au d&#233;terminisme des trajectoires dynamiques, le d&#233;terminisme tout aussi inexorable des processus qui nivellent les diff&#233;rences de pression, de temp&#233;rature, de concentration chimique et qui m&#232;nent irr&#233;versiblement un syst&#232;me thermodynamique isol&#233; &#224; son &#233;tat d'&#233;quilibre, d'entropie maximale. (&#8230;) Cependant, ce serait une erreur de penser que le second principe de thermodynamique fut seulement source de pessimisme et d'angoisse. Pour certains physiciens, tels Max Planck et surtout Ludwig Boltzmann, il fut aussi le symbole d'un tournant d&#233;cisif. La physique pouvait enfin d&#233;crire la nature en termes de devenir ; elle allait pouvoir, &#224; l'instar des autres sciences, d&#233;crire un monde ouvert &#224; l'histoire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; d'Ilya Prigogine et Isabelle Stengers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clausius a montr&#233; que le rapport entre Q est la quantit&#233; de chaleur re&#231;ue par un syst&#232;me et la temp&#233;rature T est inf&#233;rieur ou &#233;gal &#224; la variation d'une fonction d'&#233;tat qu'il a appel&#233;e entropie, not&#233;e S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus l'entropie du syst&#232;me est &#233;lev&#233;e, moins ses &#233;l&#233;ments sont ordonn&#233;s, li&#233;s entre eux, capables de produire des effets m&#233;caniques, et plus grande est la part de l'&#233;nergie inutilisable pour l'obtention d'un travail ; c'est-&#224;-dire lib&#233;r&#233;e de fa&#231;on incoh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rudolf Clausius,&#034;Th&#233;orie m&#233;canique de la chaleur &#034;, Eug&#232;ne Lacroix (1868) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si l'on imagine que l'on ait form&#233; d'une mani&#232;re cons&#233;quente pour l'univers entier, en tenant compte de toutes les circonstances, la quantit&#233; que j'ai nomm&#233;e entropie pour un corps particulier, ainsi que la quantit&#233; d&#233;sign&#233;e sous le nom d'&#233;nergie [...], on pourra exprimer tr&#232;s simplement, sous la forme suivante, les lois fondamentales de l'univers qui correspondent aux deux principes essentiels de la th&#233;orie m&#233;canique de la chaleur :&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	L'&#233;nergie de l'univers est constante.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	L'entropie de l'univers tend vers un maximum. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la suite des travaux de Sadi Carnot (R&#233;flexions sur la puissance motrice du feu, 1824) que Rudolph Clausius a d&#233;gag&#233; le concept de l'entropie d'un tel syst&#232;me isol&#233;. Carnot analysait le principe des machines thermiques, qui produisent du mouvement &#224; partir de la chaleur, en injectant de la vapeur ou de l'air sous pression dans un cylindre pour d&#233;placer un piston. Il a constat&#233; que la vapeur devait n&#233;cessairement se refroidir, et qu'avec une quantit&#233; de charbon donn&#233;e, l'&#233;nergie m&#233;canique qu'on peut r&#233;cup&#233;rer est d'autant plus &#233;lev&#233;e que la vapeur a plus refroidi. Plus pr&#233;cis&#233;ment il &#233;tablit la loi quantitative suivante : Si T1 est la temp&#233;rature (absolue, en degr&#233;s Kelvin) &#224; laquelle on a chauff&#233; la vapeur et T0 la temp&#233;rature &#224; laquelle se refroidit cette vapeur apr&#232;s le passage dans le cylindre ou la turbine, l'&#233;nergie m&#233;canique obtenue pour une quantit&#233; de chaleur fournie Q sera T0/T1) &#215;Q et non &#224; Q seul. Cela veut dire que si&#61485;proportionnelle &#224; (1 par exemple on chauffe de l'air &#224; 273 degr&#233;s Celsius dans un cylindre pour qu'il pousse un piston et d&#233;place ainsi un objet lourd, puis qu'on le refroidit &#224; 0 degr&#233;s Celsius pour que le piston se r&#233;tracte, le T0/T1 sera 0.5 et le travail m&#233;canique de d&#233;placement de&#61485;rapport 1 l'objet lourd aura &#233;t&#233; la moiti&#233; de l'&#233;nergie calorifique d&#233;pens&#233;e pour chauffer l'air dans le cylindre. L'autre moiti&#233; se sera perdue dans le refroidissement de l'air. (N. B. cette perte par refroidissement est n&#233;cessaire, car sinon le piston ne se r&#233;tracte pas tout seul ; il faudrait le pousser et donc perdre le travail m&#233;canique qu'on vient de gagner). Le processus inverse de celui de la machine thermique consisterait &#224; produire la chaleur &#224; partir du mouvement m&#233;canique au lieu de l'obtenir en br&#251;lant du charbon. On peut produire de la chaleur &#224; partir du mouvement par frottement ; on peut m&#234;me convertir enti&#232;rement l'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur : dans ce cas le mouvement est compl&#232;tement arr&#234;t&#233; par l'effet des frottements. Or la loi de Carnot montre que, sauf si T0 = , la chaleur ne peut jamais &#234;tre enti&#232;rement convertie en&#61605;0 ou T1 = mouvement. De toute fa&#231;on la condition T0 = 0 est irr&#233;alisable, car pour que la vapeur puisse &#234;tre refroidie &#224; T0 = 0 il faut maintenir un syst&#232;me de refroidissement bien plus co&#251;teux que l'&#233;nergie produite par la machine. Ce constat fait par Carnot marque l'origine du probl&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; : la transformation d'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur par les frottements n'est pas r&#233;versible, en ce sens qu'aucune machine thermique ne pourra retransformer int&#233;gralement la chaleur en le mouvement. Quantitativement, si nous reprenons l'exemple ci-dessus avec la vapeur refroidie de 273 degr&#233;s Celsius &#224; 0 degr&#233;s Celsius, on peut dire que 4184 joules de travail m&#233;canique permettent d'&#233;chauffer par frottement 1 kilogramme d'eau de 1 degr&#233;, mais inversement, avec une machine thermique fonctionnant entre 273 et 0 degr&#233;s Celsius, cette m&#234;me quantit&#233; de chaleur ne permettrait de r&#233;cup&#233;rer que 2092 joules de travail m&#233;canique. Bien entendu dans une machine r&#233;elle une grande partie de la chaleur fournie se perd aussi par les d&#233;fauts d'isolation, en sorte qu'on r&#233;cup&#233;rerait encore bien moins que ces 2092 joules ; la loi de Carnot concerne le cas id&#233;al o&#249; on aurait enti&#232;rement &#233;limin&#233; ces pertes. Elle dit que m&#234;me si ces pertes sont rendues infinit&#233;simales, il restera toujours une irr&#233;versibilit&#233; de principe, car le fonctionnement m&#234;me de la machine exige qu'une partie de la chaleur soit perdue par le refroidissement. L'explication fondamentale du comportement des corps macroscopiques tels que la dilatation des gaz chauff&#233;s dans les machines thermiques, mais aussi l'&#233;coulement des liquides, l'&#233;vaporation, la fusion ou la solidification, les &#233;changes de chaleur, etc, a &#233;t&#233; trouv&#233;e dans le comportement al&#233;atoire des mouvements mol&#233;culaires. C'est en appliquant la loi des grands nombres au mouvement chaotique d'un nombre immense de mol&#233;cules qu'on retrouve le comportement des corps macroscopiques. La loi de Carnot mentionn&#233;e plus haut peut &#234;tre d&#233;duite ainsi, de m&#234;me que toutes les lois gouvernant les &#233;changes de chaleur, l'agitation des fluides, etc. Quoique cette explication statistique ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; propos&#233;e comme hypoth&#232;se par Daniel Bernoulli (Hydrodynamica, 1731), elle n'a commenc&#233; &#224; devenir pleinement op&#233;ratoire que dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Les travaux fondateurs de cette M&#233;canique statistique ont &#233;t&#233; effectu&#233;s pour l'essentiel par J. C. Maxwell (1860) et Ludwig Boltzmann (1872). L'irr&#233;versibilit&#233; mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment n'est qu'un aspect du comportement des corps macroscopiques, et au fond, elle ne joue qu'un r&#244;le tr&#232;s marginal dans les pr&#233;occupations des physiciens car elle ne vaut que comme principe g&#233;n&#233;ral et abstrait. Pour celui qui doit calculer ou d&#233;crire des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;cis et particuliers, la M&#233;canique statistique est une science tr&#232;s technique dont le quotidien est bien &#233;loign&#233; des grands principes. Par contre, l'irr&#233;versibilit&#233; est le genre de probl&#232;me qui a toujours fascin&#233; les philosophes, ainsi que tous les amateurs passionn&#233;s de science, qui connaissent cette derni&#232;re bien plus par les ouvrages de vulgarisation que par l'&#233;tude approfondie et patiente de probl&#232;mes concrets mais ardus. De ce fait, le th&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; inspire depuis Boltzmann toute une litt&#233;rature pseudo- ou para-scientifique, pleine de confusion, de r&#234;ve, et de visions inexactes ou m&#234;me carr&#233;ment fausses. Le point crucial de cette litt&#233;rature est le paradoxe de Loschmidt. Joseph Loschmidt &#233;tait un coll&#232;gue de Boltzmann &#224; l'universit&#233; de Vienne. Apr&#232;s que Boltzmann eut expos&#233; son explication statistique de l'irr&#233;versibilit&#233; en 1872, Loschmidt fit remarquer qu'il apparaissait comme paradoxal que, la M&#233;canique &#233;tant enti&#232;rement r&#233;versible (pour tout mouvement d'un syst&#232;me de points mat&#233;riels tels que les mol&#233;cules, le mouvement inverse, c'est-&#224;-dire celui qu'on verrait dans un film projet&#233; en marche arri&#232;re, est &#233;galement possible et tout aussi probable), on aboutisse &#224; des comportements irr&#233;versibles lorsqu'on consid&#232;re un tel mouvement de mani&#232;re statistique. L'&#233;nonc&#233; de ce paradoxe se trouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les articles ou ouvrages de vulgarisation, mais sans aucune explication ; tr&#232;s souvent m&#234;me, il est sugg&#233;r&#233; que ce paradoxe reste aujourd'hui encore non r&#233;solu, qu'il s'agirait l&#224; de l'un des myst&#232;res de la science. Or Boltzmann avait r&#233;pondu &#224; la question de Loschmidt, et sa r&#233;ponse est essentiellement correcte. Elle peut certes &#234;tre affin&#233;e par des connaissances plus r&#233;centes, mais rien ne change sur le fond. Par exemple Boltzmann postulait pour les mol&#233;cules un mouvement newtonien, alors que la M&#233;canique statistique moderne postule un mouvement quantique, ce qui induit de grandes diff&#233;rences (statistiques de Fermi-Dirac et de Bose-Einstein). Mais l'argument de Loschmidt et la r&#233;ponse &#224; cet argument ne s'en trouvent pas affect&#233;s de mani&#232;re vraiment essentielle : les mouvements microscopiques quantiques sont, tout comme les classiques, parfaitement r&#233;versibles, et la propri&#233;t&#233; statistique universelle qui explique l'irr&#233;versibilit&#233; est la m&#234;me. Pourquoi alors la r&#233;ponse de Boltzmann est-elle rest&#233;e lettre morte, et pourquoi subsiste toute une tradition qui maintient le myst&#232;re autour de ce probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludwig Boltzmann a donn&#233; une interpr&#233;tation microscopique de la loi macroscopique de Clausius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exprim&#233; l'entropie statistique en fonction du nombre &#937; d'&#233;tats microscopiques, ou nombre de configurations (ou nombre de complexions), d&#233;finissant l'&#233;tat d'&#233;quilibre d'un syst&#232;me donn&#233; au niveau macroscopique. Le nombre &#937; est une fonction exponentielle de l'entropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entropie d'un syst&#232;me &#224; l'&#233;quilibre est &#233;gale &#224; la somme des entropies de chacune de ses parties. Mais il convient de bien rappeler que cela n'est vrai qu'&#224; l'&#233;quilibre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a formul&#233; la loi de la croissance de l'entropie, on a parl&#233; de la cons&#233;quence la plus probable d'un &#233;tat macroscopique pour un moment donn&#233;. Mais cet &#233;tat devait surgir &#224; partir d'autres &#233;tats comme r&#233;sultat des processus se d&#233;roulant dans la nature. La sym&#233;trie par rapport aux deux sens du temps veut dire que, pour tout &#233;tat macroscopique arbitraire d'un syst&#232;me isol&#233; &#224; un certain moment t = t0, on peut affirmer que la cons&#233;quence la plus probable pour t &gt; t0 est non seulement une augmentation de l'entropie, mais &#233;galement que celle-ci ait surgi des &#233;tats d'entropie sup&#233;rieure ; en d'autres termes, le plus probable est d'avoir un minimum de l'entropie en fonction du temps pour le moment t = t0 pour lequel l'&#233;tat macroscopique est choisi d'une mani&#232;re arbitraire. Mais cette affirmation n'est &#233;videmment, en aucune mesure, &#233;quivalente &#224; la loi de la croissance de l'entropie suivant laquelle dans tous les syst&#232;mes isol&#233;s existant dans la nature l'entropie ne diminue jamais (fluctuations tout &#224; fait infimes mises &#224; part). Et c'est justement ainsi formul&#233;e que la loi de la croissance de l'entropie se trouve enti&#232;rement confirm&#233;e par tous les ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se fondant sur une simplification du deuxi&#232;me principe de la thermodynamique, certains pseudo-scientifiques avancent que la physique interdirait l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation globale de l'entropie, variable de la thermodynamique quantifiant le d&#233;sordre statistique d'un syst&#232;me, serait cens&#233;e interdire l'&#233;volution, qui engendre au contraire la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation doit &#234;tre recadr&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Cette &#171; conclusion &#187; s'applique &#224; l'entropie totale d'un syst&#232;me ferm&#233;, ce que la Terre n'est pas. L'entropie peut diminuer localement s'il y a &#233;change d'&#233;nergie avec un autre endroit o&#249; l'on a une augmentation sup&#233;rieure de l'entropie : typiquement au niveau du Soleil dans le cas de la vie sur Terre. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment dans la transformation du rayonnement solaire re&#231;u par la Terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Globalement la Terre re&#231;oit de l'&#233;nergie sous une forme plus &#171; ordonn&#233;e &#187; qu'elle n'en r&#233;&#233;met : les rayons solaires sont re&#231;us depuis une zone pr&#233;cise du ciel (le disque solaire), principalement dans le spectre visible ; alors que la Terre r&#233;&#233;met cette &#233;nergie re&#231;ue sous forme de rayonnement infrarouge, par un nombre bien sup&#233;rieur de photons ( 20 fois plus) dans toutes les directions du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Or les &#234;tres vivants sont tous des syst&#232;mes &#171; ouverts &#187; (thermodynamiquement parlant) ; tendant &#224; toutes &#233;tapes de leur existence &#224; s'autoconserver, c'est-&#224;-dire &#224; maintenir leur organisation interne au d&#233;triment (au prix) d'une production continue &#171; d'entropie &#187;, &#171; de d&#233;sordre &#187; (rejets, chaleur) payant ainsi le &#171; tribut &#187; &#224; la r&#232;gle d'entropie. Ils ne sont aucunement des exceptions &#224; ce principe, contrairement &#224; certaines affirmations p&#233;remptoires pr&#233;tendument d&#233;finitives. De plus, le second principe est un principe g&#233;n&#233;ral, qui montre qu'un syst&#232;me donn&#233; (vivant ou inerte) peut (ou non) fonctionner ; son type interne de fonctionnement est (ou peut &#234;tre) expliqu&#233; par d'autres sciences (chimie, m&#233;canique, &#233;lectronique&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La possibilit&#233; d'&#233;volution des populations d'&#234;tres vivants est parfaitement conforme au second principe, tout comme leur fonctionnement, leur d&#233;veloppement, leur conservation. Cette possibilit&#233; s'int&#232;gre simplement dans cette succession des g&#233;n&#233;rations, qui est elle-m&#234;me parfaitement conforme au second principe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution ne produit pas directement plus &#171; d'informations &#187; ; il est tr&#232;s difficile de pr&#233;ciser &#171; l'information &#187; contenue dans les &#234;tres vivants. Du moins le sc&#233;nario principal le sugg&#232;re-t-il &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques (des centaines de millions aux milliards d'ann&#233;es) ; comme on l'a vu, cette possibilit&#233; est conforme au second principe dans la biosph&#232;re. Le questionnement se portant sur la (ou les) mani&#232;re(s) dont &#231;a c'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Il n'est pas imm&#233;diat d'assimiler le d&#233;sordre statistique d'objets indiff&#233;renci&#233;s et ind&#233;pendants comme les mol&#233;cules d'un gaz parfait et l'entropie au sein d'un syst&#232;me pr&#233;biotique comportant diff&#233;rents constituants en interaction chimique. L'&#233;valuation statistique effective des configurations les plus probables est bien moins &#233;vidente et rien n'emp&#234;che certains constituants de se &#171; construire &#187; aux d&#233;pens d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi il est tout &#224; fait faux de pr&#233;tendre calculer simplement l'apparition de &#171; la vie &#187; en termes de &#171; probabilit&#233;s &#187; simplistes, comme pr&#233;sent&#233; ici47, ou parfois ailleurs. Ce type de calcul simpliste ignore implicitement compl&#232;tement tous les cadres dans lequel les diverses r&#233;actions ont (ou peuvent avoir) lieu : mares, &#233;vents, plages, volcans, argiles, impacts m&#233;t&#233;oritiques/com&#233;taires apportant des acides amin&#233;s et produisant simplement des peptides : voir le lien &#171; Milieu de collision Plan&#232;te/Noyaux de com&#232;tes &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
En gros, toutes les configurations (th&#233;oriques) simplement calcul&#233;es ne sont pas directement &#233;quivalentes, ou m&#234;me ne pourraient m&#234;me pas appara&#238;tre, donc ne sont pas r&#233;ellement &#233;quiprobables. De plus, certains faits pr&#233;sent&#233;s comme &#233;vidents car observ&#233;s chez les vivants, comme la chiralit&#233; des acides amin&#233;s, sont pr&#233;sent&#233;s comme un r&#233;sultat simpliste d'un calcul de probabilit&#233;. Ainsi que le fait que les liaisons peptidiques entre les acides amin&#233;s ne sont pas &#233;quivalentes &#224; d'autres types de liaisons, qui elles changeraient la nature des compos&#233;s consid&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a occulte totalement tout questionnement que ces faits pourraient r&#233;sulter d'un ensemble de processus de s&#233;lection et de (re)combinaisons dans diff&#233;rents syst&#232;mes (hypoth&#233;tiques) qui pourraient se succ&#233;der, rendant totalement caduc ce type de calcul simpliste, pr&#233;sentant ce r&#233;sultat comme apparaissant &#171; d'un seul coup &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce type de calcul n'apporte qu'&#224; un nombre (th&#233;orique) de configurations, sans signification physique imm&#233;diate, et en aucune fa&#231;on une probabilit&#233; (globale) d'apparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demeurent toujours certaines interrogations techniques concernant les r&#232;gles de repliement des prot&#233;ines ; question centrale dans la th&#233;orie probabiliste de l'organisation de la vie. Les maladies &#224; prion t&#233;moignent de l'importance des diff&#233;rentes r&#232;gles de pliages des prot&#233;ines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	La physique comporte d&#233;j&#224; plusieurs ph&#233;nom&#232;nes qui peuvent sembler violer le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique si on traduit &#171; entropie &#187; par la notion subjective de &#171; d&#233;sordre &#187; : avec la formation des &#233;toiles et des galaxies, la nucl&#233;osynth&#232;se, l'Univers cro&#238;t en entropie tout en paraissant plus ordonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il serait plus pr&#233;cis de dire que la mati&#232;re se pr&#233;sente bien sous forme de structures plus ordonn&#233;es, mais l'Univers dans son ensemble est en fait globalement plus d&#233;sordonn&#233;, principalement par le rayonnement &#233;mis lors de la formation de ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Les fils du temps &#187; de R&#233;my Lestienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les atomes radioactifs ou les particules &#233;l&#233;mentaires instables se d&#233;sint&#232;grent spontan&#233;ment. Le temps qui s'&#233;coule avant la d&#233;sint&#233;gration d'un atome ou d'une particule est extr&#234;mement variable, mais les atomes et les particules d'une esp&#232;ce d&#233;termin&#233;e ont une vie moyenne caract&#233;ristique de cette esp&#232;ce. Ainsi, apr&#232;s une p&#233;riode de 6,5 milliards d'ann&#233;es, la moiti&#233; des atomes d'uranium 238 pr&#233;sents au d&#233;but de cette p&#233;riode s'est d&#233;sint&#233;gr&#233;e&#8230; Les physiciens savent recr&#233;er, par les interactions nucl&#233;aires, des atomes ou des particules &#233;l&#233;mentaires dont la dur&#233;e de vie moyenne est infiniment plus br&#232;ve que celle de l'uranium. Parmi celles-ci, retenons le cas des m&#233;sons pis, dont la vie moyenne &#224; l'&#233;tat libre ne d&#233;passe pas 0,03 microseconde, et le m&#233;son K&#176;, dont il existe deux versions ayant un temps de vie diff&#233;rent, chacun de l'ordre du milliardi&#232;me de seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sint&#233;gration de ces substances, qu'elles soient naturelles ou cr&#233;&#233;es en laboratoire, couvre une vaste &#233;chelle de temps ; la seule existence du ph&#233;nom&#232;ne de l'instabilit&#233; de la mati&#232;re suffit &#224; d&#233;montrer que le devenir est inscrit au c&#339;ur des choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sint&#233;gration des particules instables semble ob&#233;ir &#224; une loi ph&#233;nom&#233;nologique simple, caract&#233;ristique des ph&#233;nom&#232;nes d'accroissement d'entropie. Cette loi est la loi exponentielle d&#233;croissante, dont la d&#233;couverte dans le cas des atomes radioactifs remonte aux premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite des travaux de Rutherford et Soddy, la loi exponentielle a presque toujours &#233;t&#233; accept&#233;e sans r&#233;serve. Habituellement, elle caract&#233;rise des ph&#233;nom&#232;nes de relaxation, correspondant &#224; la d&#233;charge soudaine d'une &#233;nergie lentement accumul&#233;e, et dissip&#233;e sous forme de chaleur. Ces ph&#233;nom&#232;nes sont fr&#233;quents en m&#233;canique et en &#233;lectronique. Quand, &#224; chaque instant, le flux de la d&#233;charge (courant &#233;lectrique par exemple) est proportionnel au potentiel (diff&#233;rence de potentiel par exemple), alors le flux comme le potentiel d&#233;croissent exponentiellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne peut d'ailleurs se reproduire p&#233;riodiquement, par un succession monotone de charges et de d&#233;charges. On a alors ce que l'on peut appeler une &#171; horloge thermodynamique &#187;, par opposition aux &#171; horloges m&#233;caniques &#187; fond&#233;es sur des ph&#233;nom&#232;nes d'oscillations entretenues. Dans leur fonctionnement m&#234;me, les horloges thermodynamiques dissipent de l'&#233;nergie ; &#224; l'inverse, dans les horloges m&#233;caniques, il est essentiel que les ph&#233;nom&#232;nes de dissipation (les frottements m&#233;caniques, les courants ohmiques) soient r&#233;duits au minimum. En pratique, la loi exponentielle de d&#233;clin est la signature d'un ph&#233;nom&#232;ne de relaxation. Inversement, tout ph&#233;nom&#232;ne auquel on attribue la qualit&#233; de ph&#233;nom&#232;ne de relaxation est cens&#233; ob&#233;ir &#224; une loi de variation exponentielle dans le temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque atome, pris individuellement, pourvu qu'il existe &#224; l'&#233;tat non d&#233;sint&#233;gr&#233; &#224; l'instant t, a la m&#234;me probabilit&#233; de se d&#233;sint&#233;grer au cours de l'intervalle qui suit, quel que soit l'instant consid&#233;r&#233;&#8230; Cette condition exprime, en somme, l'indiff&#233;rence de chaque atome pour son propre pass&#233;. Elle affirme que la dur&#233;e est un ph&#233;nom&#232;ne collectif, un ph&#233;nom&#232;ne mettant obligatoirement en jeu des ensembles ; bref, qu'il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne thermodynamique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de la m&#233;canique quantique et le temps classique doivent &#234;tre distingu&#233;s dans le probl&#232;me du &#171; renversement du temps &#187;&#8230; En pratique, cela revient &#224; changer en leurs oppos&#233;s, dans les &#233;quations fondamentales de la th&#233;orie, les grandeurs temps, vitesses, courants, chaque fois qu'elles apparaissent. Si les lois restent identiques &#224; elles-m&#234;mes apr&#232;s ces transformations, nous conclurons que pass&#233; et futur sont interchangeables du point de vue de la th&#233;orie physique : nous parlerons d'une sym&#233;trie de la nature par renversement du temps. Si elles sont diff&#233;rentes, nous dirons que cette sym&#233;trie est absente, ou qu'elle est viol&#233;e. L'absence de sym&#233;trie par renversement du temps implique bien &#233;videmment que la nature n'est pas indiff&#233;rente au sens de l'&#233;coulement du temps, et que la &#171; fl&#232;che du temps &#187; a donc une signification objective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les lois de la physique ob&#233;issent en fait &#224; la sym&#233;trie par renversement du temps, que ce soit en m&#233;canique classique, en m&#233;canique quantique ou en relativit&#233;. Par cons&#233;quent l'asym&#233;trie observ&#233;e dans l'&#233;volution des syst&#232;mes mat&#233;riels macroscopiques dont l'&#233;tude fait l'objet de la thermodynamique, ne peut &#234;tre due qu'&#224; des conditions aux limites tr&#232;s particuli&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chass&#233;e des th&#233;ories physiques, l'irr&#233;versibilit&#233; temporelle a op&#233;r&#233; un discret retour, &#224; partir du milieu du si&#232;cle dernier, par l'interm&#233;diaire de la thermodynamique, ou science des machines thermiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses &#171; R&#233;flexions sur la puissance motrice du feu &#187;, Sadi Carnot s'&#233;tait aper&#231;u que la transformation de la chaleur en &#233;nergie m&#233;canique &#233;tait limit&#233;e, dans la pratique, par le sens irr&#233;versible dans lequel s'accomplissent les transferts de chaleur entre les corps &#224; diff&#233;rentes temp&#233;ratures : les transferts de chaleur spontan&#233;s s'op&#232;rent toujours et exclusivement des corps chauds vers les corps froids. Cette propri&#233;t&#233; est non seulement l'arch&#233;type, mais bien probablement la base m&#234;me de l'irr&#233;versibilit&#233; temporelle. L' &#171; entropie &#187; est la grandeur qui permet de quantifier cette irr&#233;versibilit&#233; dans ses rapports avec les transferts de chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quation de Fourier, d&#233;crivant la propagation de chaleur dans les milieux continus contraste avec les &#233;quations fondamentales de la m&#233;canique, en ce qu'elle n'est pas r&#233;versible par rapport au temps&#8230; Les autres &#233;quations d&#233;crivant les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles (&#233;quation de Fick pour la diffusion de la mati&#232;re) ont une forme semblable &#224; l'&#233;quation de Fourier, sans doute parce qu'elles traduisent toutes, en d&#233;finitive, une dissipation d'&#233;nergie sous forme de chaleur. M&#234;me la d&#233;sint&#233;gration des substances radioactives se traduit finalement par une dissipation de chaleur, comme l'atteste la chaleur terrestre, entretenue par la d&#233;sint&#233;gration de m&#233;taux radioactifs dans les couches profondes du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc amen&#233; &#224; consid&#233;rer l'irr&#233;versibilit&#233; des flux de chaleur comme l'arch&#233;type des manifestations physiques de l'irr&#233;versibilit&#233; temporelle. Remarque importante car, si elle est exacte, si tous les exemples d'irr&#233;versibilit&#233; constat&#233;e dans la physique &#224; notre &#233;chelle peuvent effectivement se relier directement &#224; des &#233;changes de chaleur, l'analyse de ces processus irr&#233;versibles doit pouvoir &#234;tre faite de fa&#231;on purement objective, &#224; partir des grandeurs thermodynamiques telles que chaleur, temp&#233;rature, etc. Ces derni&#232;res grandeurs peuvent sembler moins objectives que les autres mesures utilis&#233;es en physique, comme la masse et l'&#233;nergie, car elles ne quantifient pas des particules individuelles, mais de vastes ensembles de particules&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1850, Clausius est impr&#233;gn&#233; de l'importance universelle du nouveau concept de conservation de l'&#233;nergie m&#233;canique-chaleur, et fascin&#233; par la conservation de l'&#233;nergie &#224; travers ses manifestations et transformations diverses. Mais si l'&#233;nergie est le concept central de la th&#233;orie physique et qu'elle se conserve, il y a quelque chose d'essentiel dans la nature qui &#233;chappe au devenir. Plus encore que les autres lois de conservation, la loi de la conservation de l'&#233;nergie s'inscrit dans une perspective intemporelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La racine grecque du mot &#171; entropie &#187; signifie &#171; transformation &#187;&#8230; Ce n'est pas faire injure &#224; la m&#233;moire de Clausius que de pr&#234;ter au mot entropie le sens de ce qui &#171; change r&#233;ellement quand en apparence tout redevient pareil &#187;. Dans un cycle de machine &#224; vapeur&#8230; de la chaleur est pass&#233;e de la source chaude (le foyer) &#224; la source froide (le condensateur). L'entropie du syst&#232;me global (la machine et ses sources) a augment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, l'accroissement de l'entropie, telle que l'a d&#233;finie Clausius, peut para&#238;tre un exemple particulier d'irr&#233;versibilit&#233;, li&#233;e aux seules transformations thermiques, alors que la loi de conservation de l'&#233;nergie est g&#233;n&#233;rale. Il n'en est rien cependant : comme on l'a dit, tous les exemples d'irr&#233;versibilit&#233; observ&#233;s, du moins dans la physique macroscopique, semblent &#234;tre reli&#233;s directement &#224; des &#233;changes de chaleur. La loi de Clausius a donc bien le m&#234;me degr&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233; que la loi de Helmoltz, et la m&#234;me importance &#233;pist&#233;mologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de l'accroissement de l'entropie est une v&#233;rit&#233; statistique. Si l'on d&#233;nombre les conditions microscopiques d'un volume de gaz qui conduisent &#224; une situation thermodynamique donn&#233;e, on se convainc facilement que le nombre de conditions correspondant &#224; l'&#233;quilibre thermodynamique, d'entropie maximum, est tr&#232;s grand devant celui correspondant &#224; n'importe quel autre &#233;tat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1870, Boltzmann croyait avoir d&#233;montr&#233; que les chocs &#233;lastiques entre les mol&#233;cules au sein d'un gaz entra&#238;naient immanquablement un transfert de chaleur des parties chaudes vers les parties froides, et donc une &#233;volution irr&#233;versible qu'il pouvait relier &#224; une grandeur m&#233;canique H qui, comme l'entropie, ne varie que dans un seul sens (th&#233;or&#232;me H). Mais il fut bient&#244;t clair que sa d&#233;monstration reposait, en fait, sur une hypoth&#232;se implicite, et dont la validit&#233; n'est pas assur&#233;e. Cette hypoth&#232;se dit de &#171; chaos mol&#233;culaire &#187; admet l'absence de corr&#233;lations entre les vitesses des mol&#233;cules dans l'&#233;tat initial de la massez gazeuse, bien qu'il y en ait, de toute &#233;vidence, dans l'&#233;tat final entre les mol&#233;cules qui sont entr&#233;es en collision. L'hypoth&#232;se de chaos mol&#233;culaire revient donc subtilement &#224; admettre d&#232;s le d&#233;part cette irr&#233;versibilit&#233; que l'on entend d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;or&#232;me de Boltzmann provoqua l'embarras parmi les physiciens de son temps. Comment une fonction monotone, variant toujours dans le m&#234;me sens au cours du temps, pouvait-elle &#234;tre attach&#233;e &#224; un syst&#232;me m&#233;canique, d&#232;s lors que les lois de la m&#233;canique qui gouvernent son &#233;volution n'impliquent aucun sens d'&#233;volution privil&#233;gi&#233; pour aucune des variables dynamiques du syst&#232;me ? Lord Kelvin fut apparemment le premier &#224; souligner que les lois de la m&#233;canique n'interdisent pas, en particulier, d'imaginer qu'&#224; un instant donn&#233; on renverse les vitesses de toutes les mol&#233;cules du gaz dont le th&#233;or&#232;me &#171; H &#187; pr&#233;tend &#233;tudier l'&#233;volution. Les lois de la m&#233;canique impliquent alors que le volume de gaz doit repasser de proche en proche par tous les &#233;tats qu'il avait occup&#233;s ant&#233;rieurement, comme si l'on passait &#224; rebours le film de l'&#233;volution originale de cet &#233;chantillon. Toutes les fonctions des variables du syst&#232;me qui d&#233;croissaient dans l'&#233;volution originale doivent maintenant cro&#238;tre, et vice versa. Il est donc impossible que la fonction &#171; H &#187; ne puisse conna&#238;tre qu'une &#233;volution monotone. Cette objection est aujourd'hui connue sous le nom de &#171; paradoxe de Loschmidt &#187;. &#171; Eh bien, allez-y, aurait r&#233;torqu&#233; un supporter de Boltzmann, vous voulez retourner la vitesse de toutes les mol&#233;cules du gaz ? Faites-le ! &#187; Ce d&#233;fi soulignant l'impossibilit&#233; &#171; pratique &#187; de pr&#233;parer des syst&#232;mes dont l'entropie d&#233;cro&#238;trait spontan&#233;ment, r&#233;sume parfaitement l'esprit de la r&#233;ponse pr&#233;sent&#233;e d'abord par Boltzmann. Non, les lois de la m&#233;canique n'interdisent pas que l'entropie d'un syst&#232;me abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me diminue. Mais de tels syst&#232;mes n'existent habituellement pas dans la nature : les conditions initiales des syst&#232;mes r&#233;els sont telles que leur entropie cro&#238;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance de l'entropie n'est pas exclue, elle est seulement improbable, compte tenu de l'&#233;norme diversit&#233; des situations microscopiques caract&#233;risant par exemple le volume d'un gaz, compatibles avec son &#233;tat d'&#233;quilibre thermodynamique, par opposition &#224; la raret&#233; des situations microscopiques compatibles avec un &#233;tat donn&#233; diff&#233;rent de l'&#233;quilibre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feynman &#233;crit ironiquement dans son &#171; Cours de physique &#233;l&#233;mentaire &#187; que &#171; l'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes effectivement observ&#233;s est due &#224; un tr&#232;s grand nombre de particules concern&#233;es. Si nous pouvions voir les mol&#233;cules individuelles, nous ne pourrions pas d&#233;cider dans quel sens temporel le syst&#232;me &#233;volue&#8230; mais si nous ne voyons pas tous les d&#233;tails, alors la situation devient parfaitement claire. &#187; Ne doit-on pas plut&#244;t suivre Poincar&#233;, pour qui, si le hasard peut nous aider &#224; pr&#233;dire le comportement futur des syst&#232;mes physiques, il faut bien qu'il &#171; soit autre chose que le nom que nous donnons &#224; notre ignorance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation probabiliste de l'entropie a, de notre point de vue, un grand m&#233;rite et un s&#233;rieux inconv&#233;nient. Le m&#233;rite est de souligner, si besoin &#233;tait, le caract&#232;re collectif, &#171; macroscopique &#187;, de ce concept, qui n'a pas de sens pour une particule isol&#233;e (qu'est-ce que la temp&#233;rature d'une particule isol&#233;e ?), mais seulement pour des syst&#232;mes ayant un tr&#232;s grand nombre de degr&#233;s de libert&#233;. L'inconv&#233;nient est de donner l'impression que l'entropie est un concept irr&#233;m&#233;diablement entach&#233; de subjectivit&#233;, un concept portant sur nos relations aux choses, plut&#244;t qu'une qualit&#233; ou une grandeur attach&#233;e aux choses elles-m&#234;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut imaginer et le d&#233;veloppement r&#233;cent de la physique des processus irr&#233;versibles l'a amplement d&#233;montr&#233;, des situations dans lesquelles l'entropie cro&#238;t, bien que l'&#233;volution du syst&#232;me s'accompagne d'une apparition d'ordre : la formation de cristaux dans une solution sursatur&#233;e en donne un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tape de l'&#233;volution vers un statut subjectif de l'entropie concerne l'identification du concept d'entropie &#224; la notion de perte d'information. L'id&#233;e d'une relation entre ces concepts remonte &#224; J.C. Maxwell. Il imagina en 1872 un petit d&#233;mon microscopique, dont l'intervention permettait selon lui de d&#233;mentir le second principe. Plac&#233; &#224; l'entr&#233;e de l'orifice de communication entre deux ballons contenant un gaz &#224; temp&#233;rature uniforme, ce d&#233;mon trie les mol&#233;cules selon leur vitesse. Il ne laisse par exemple passer que les mol&#233;cules rapides du r&#233;servoir de droite au r&#233;servoir de gauche, et les mol&#233;cules lentes en sens inverse. Aussi provoque-t-il une diff&#233;rence de temp&#233;rature entre les deux parties du r&#233;servoir initialement en &#233;quilibre thermique, ce qui contredit le principe de Carnot. Boltzmann commenta aussi la parent&#233; entre augmentation d'entropie et d&#233;faut d'information. Dans les ann&#233;es 1930, le th&#233;oricien Richard Tolman, le math&#233;maticien Emile Borel et le physicien L&#233;o Szilard, furent parmi ceux qui port&#232;rent le plus d'attention aux relations entre les deux notions. Mais c'est seulement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que Claude Shannon propose d'assimiler les deux concepts dans son &#339;uvre &#171; The mathematical theory of communication &#187;. L&#233;on Brillouin, enfin, &#233;nonce en 1948 un &#171; principe de Carnot g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187; qui stipule que non seulement l'entropie d'un syst&#232;me isol&#233; est condamn&#233;e &#224; cro&#238;tre, mais encore que l'entropie diminu&#233;e de l'information acquise sur le syst&#232;me est elle-m&#234;me condamn&#233;e &#224; cro&#238;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Information, volont&#233;, m&#233;moire, facult&#233; d'organisation sont-elles pour autant de m&#234;me nature que l'entropie ? L'admettre &#233;quivaut &#224; renoncer &#224; donner un statut objectif &#224; cette derni&#232;re. N'oublions pas que l'identification de l'information et de la n&#233;guentropie repose au d&#233;part sur une interpr&#233;tation subjective des probabilit&#233;s, sur la d&#233;cision apparemment arbitraire de donner des chances &#233;gales &#224; toutes les configurations microscopiques possibles d'un syst&#232;me d'&#233;nergie fix&#233;e. En physique, l'efficacit&#233; d'une telle &#171; recette &#187; est bien myst&#233;rieuse : elle &#233;voque, pour Lecomte du Nouy, les tours de passe-passe des prestidigitateurs qui enchantaient son enfance&#8230; L'identification de la n&#233;guentropie &#224; l'information ouvre en outre la porte &#224; des conclusions difficiles &#224; accepter du strict point de vue de la thermodynamique physique : attribuera-t-on une entropie diff&#233;rente &#224; deux jeux de cartes battus dans les m&#234;mes conditions, selon que l'un des jeux contient ou non des s&#233;quences remarquables, ou selon que le joueur a pris ou non connaissance de ce r&#233;sultat ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux pionniers de Boltzmann ont d&#233;montr&#233; que la loi d'accroissement de l'entropie est une loi statistique, exclusivement valable pour les grands syst&#232;mes, ou mieux encore pour les ensembles de syst&#232;mes. Il s'agit donc de fonder une interpr&#233;tation &#224; la fois statistique et objective de l'entropie. Un pas dans cette direction a &#233;t&#233; tent&#233; dans les d&#233;cades pr&#233;c&#233;dentes par le physicien am&#233;ricain David Layser, qui a sugg&#233;r&#233; de rattacher les propri&#233;t&#233;s statistiques de l'entropie aux propri&#233;t&#233;s du chaos cosmologique&#8230; Cette id&#233;e repose d'abord sur l'analyse critique de la fonction du d&#233;mon de Maxwell. Triant les mol&#233;cules de gaz, celui-ci peut tirer profit d'inhomog&#233;n&#233;it&#233;s locales dans les vitesses des mol&#233;cules, inhomog&#233;n&#233;it&#233;s qui sont inobservables &#224; notre &#233;chelle. A part cela, il agit &#224; son &#233;chelle microscopique exactement comme nous pourrions le faire &#224; la n&#244;tre, triant par exemple des balles de tennis. L'accroissement de l'entropie dans l'exemple du m&#233;lange par diffusion du gaz entre deux ballons &#224; temp&#233;ratures diff&#233;rentes appara&#238;t donc moins comme un probl&#232;me de disparition de l'information que comme un probl&#232;me de &#171; changement d'&#233;chelle &#187; de l'information. Reprenons, de la m&#234;me mani&#232;re, l'exemple de la dispersion d'une goutte de lait dans le caf&#233;. Globalement, &#224; notre &#233;chelle, il y a bien disparition d'information : dans le caf&#233; au lait nous ne pouvons plus distinguer les deux constituants. Mais un organisme minuscule qui vivrait dans le caf&#233; observerait la s&#233;paration de la goutte de lait en minuscules globules, et continuerait &#224; distinguer ces globules du caf&#233; environnant. Il aurait toujours la possibilit&#233; de pratiquer une s&#233;paration entre les deux constituants : le volume total des globules serait d'ailleurs toujours rigoureusement &#233;gal au volume de la goutte de lait initiale. L'information n'a pas chang&#233;. Ce n'est que lorsqu'on se contente d'une description approximative, fond&#233;e sur une notion subjective d'apparence globale, que l'information n&#233;cessaire &#224; la description de l'observation change. L'information d&#233;pend donc de l'&#233;chelle de pertinence de la description. Bien entendu, ce changement d'&#233;chelle est aussi, en soi, un ph&#233;nom&#232;ne difficilement analysable en termes objectifs : o&#249; placera-t-on la limite entre le monde macroscopique, dans lequel l'information est accessible, voire utilisable aux fins d'organisation, et le monde microscopique, o&#249; l'information serait inaccessible ? Cette limite d&#233;pend-elle de la puissance des instruments d'investigation dont on dispose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre les termes de Borel, l'accroissement de l'entropie traduit donc une tendance de l'Univers vers un &#233;tat &#224; la structure de plus en plus fine : &#171; L'&#233;volution de l'Univers pourrait ainsi &#234;tre con&#231;ue comme tendant &#224; produire un &#233;tat de plus en plus compliqu&#233; ne pouvant &#234;tre per&#231;u et utilis&#233; que par des &#234;tres de plus en plus petits. &#187; (&#171; Le Hasard &#187;, E. Borel)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul processus de cr&#233;ation d'entropie r&#233;ellement objectif, s'il existait, devrait donc &#234;tre associ&#233; &#224; la disparition totale d'information, et non pas &#224; sa transformation &#224; une &#233;chelle plus petite. De m&#234;me, le seul processus de cr&#233;ation de n&#233;guentropie qui serait r&#233;ellement objectif devrait &#234;tre li&#233; &#224; l'apparition absolue d'une quantit&#233; d'information, et non pas &#224; son changement d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Univers pourrait bien constituer cette source d'information objective. Selon Layzer, un m&#233;canisme de production objective de n&#233;guentropie s'y trouve &#224; l'&#339;uvre, du fait m&#234;me de l'expansion cosmologique telle que nous la comprenons aujourd'hui &#224; l'aide de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale. Une telle affirmation n'est toutefois vraie que dans le cadre d'un mod&#232;le pr&#233;cis, ob&#233;issant au &#171; principe cosmologique fort &#187;. Selon ce principe, la r&#233;partition de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie au sein de l'Univers r&#233;sulte du pur hasard et ne fait appara&#238;tre ni lieu ni direction privil&#233;gi&#233;e. Les irr&#233;gularit&#233;s locales, telles que les galaxies et les &#233;toiles qui les constituent ne sont, &#224; l'&#233;chelle de l'Univers, que des fluctuations, refl&#233;tant sans doute les fluctuations essentielles d'origine quantique qui pr&#233;sid&#232;rent &#224; l'apparition de la mati&#232;re, aux tout premiers instants du Big-Bang. Par nature, ces fluctuations &#233;chappent &#224; tout d&#233;terminisme, et la mati&#232;re qui forme aujourd'hui l'Univers pourrait donc ob&#233;ir &#224; ce principe statistique&#8230; En bref, l'hypoth&#232;se de Layzer &#233;carte la possibilit&#233; d'une information ou d'un ordre objectif dans l'Univers &#224; cette &#233;chelle de description. Toute apparition d'ordre, ou de n&#233;guentropie, &#224; une &#233;chelle inf&#233;rieure est donc une &#171; cr&#233;ation &#187;. Seule la cr&#233;ation de n&#233;guentropie &#224; une &#233;chelle inf&#233;rieure, si elle existe, peut &#234;tre dite objective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux &#233;tapes de l'expansion de l'Univers interviennent dans le m&#233;canisme propos&#233; de cr&#233;ation locale de n&#233;guentropie : le refroidissement de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re, et l'effondrement gravitationnel des nuages de mati&#232;re froide. Le refroidissement qui accompagne l'expansion de l'espace explique pourquoi la temp&#233;rature caract&#233;ristique du rayonnement du fond du ciel, vestige fossile d'un univers concentr&#233; et chaud, n'est plus aujourd'hui que de 2,7&#176; K. Mais ce refroidissement affecte diff&#233;remment les photons, d&#233;pourvus de masse, et les particules mat&#233;rielles. Le temp&#233;rature des premiers d&#233;cro&#238;t comme l'inverse de R, o&#249; R est un param&#232;tre caract&#233;ristique pouvant &#234;tre appel&#233; rayon de l'Univers, tandis que la temp&#233;rature des secondes d&#233;cro&#238;t comme l'inverse du carr&#233; de R. Ainsi, une source permanente de n&#233;guentropie est-elle cr&#233;&#233;e, le flux correspondant prenant naissance gr&#226;ce aux processus couplant mati&#232;re et rayonnement. Parmi ceux-ci, les effondrements gravitationnels de particules mat&#233;rielles froides, provoquant le r&#233;chauffement des nuages de gaz et leur condensation en &#233;toiles, jouent un r&#244;le central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le ph&#233;nom&#232;ne d'accroissement de l'entropie rel&#232;ve du collectif. Un atome, m&#234;me radioactif, n'a pas d'&#226;ge : il a toujours la m&#234;me probabilit&#233; d'exister la minute suivante. Par contre, une collection d'atomes radioactifs, un &#233;chantillon de mati&#232;re radioactive, permettent de construire une horloge thermodynamique. Plus l'&#233;chantillon est massif, plus l'horloge est pr&#233;cise. La dur&#233;e thermodynamique semble donc &#234;tre infus&#233;e dans la mati&#232;re avec une possibilit&#233; de pr&#233;cision qui d&#233;pend de la taille de l'&#233;chantillon &#233;tudi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Univers, la structure externe est la dur&#233;e cosmologique, la fl&#232;che que l'expansion universelle conf&#232;re au temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kant, espace et temps &#233;taient des cat&#233;gories de l'entendement, c'est-&#224;-dire des id&#233;es inn&#233;es qui nous permettent d'ordonner le monde, mais elles n'appartenaient pas tout enti&#232;res &#224; la nature : elles refl&#232;tent en partie les structures de notre esprit. En outre, nos perceptions ne nous livraient qu'une version d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233;e du monde, &#224; travers pr&#233;cis&#233;ment ces cat&#233;gories d'espace et de temps. Ce n'est pas dans cette version interpr&#233;t&#233;e du monde, celle des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187;, que s'applique la causalit&#233;&#8230; Mais depuis que nous savons dissocier temps et causalit&#233;, et que nous connaissons les limites de cette notion, il ne para&#238;t pas n&#233;cessaire de recourir &#224; l'artifice kantien pour ouvrir dans la nature une br&#232;che par laquelle la libert&#233; pourrait s'engouffrer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel avait d&#233;j&#224; fait du devenir la &#171; forme d'&#234;tre de la nature &#187;, et en cela le mouvement r&#233;cent de la science nous rapproche de lui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce au concept d'entropie, nous essayons d'affirmer le caract&#232;re absolu du devenir, la r&#233;alit&#233; du changement dans le monde&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dynamique non-lin&#233;aire, cr&#233;atrice de nouveaut&#233;</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5019</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article5019</guid>
		<dc:date>2016-04-06T23:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Syst&#232;me dynamique</dc:subject>
		<dc:subject>Non-lin&#233;arit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La dynamique non-lin&#233;aire, cr&#233;atrice de nouveaut&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la nature poss&#232;de des capacit&#233;s de produire des structures nouvelles, c'est gr&#226;ce &#224; la non-lin&#233;arit&#233; des syst&#232;mes dynamiques&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ph&#233;nom&#232;nes non-lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre &lt;br class='autobr' /&gt;
Physique non-lin&#233;aire &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e du non-lin&#233;aire &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'un syst&#232;me dynamique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dynamique non-lin&#233;aire et chaos d&#233;terministe &lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation spontan&#233;e de nouveaut&#233; structurelle dans les syst&#232;mes dissipatifs non-lin&#233;aires &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;el n'est pas la succession (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Le chaos d&#233;terministe &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Syst&#232;me dynamique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot69" rel="tag"&gt;Non-lin&#233;arit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dynamique non-lin&#233;aire, cr&#233;atrice de nouveaut&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la nature poss&#232;de des capacit&#233;s de produire des structures nouvelles, c'est gr&#226;ce &#224; la non-lin&#233;arit&#233; des syst&#232;mes dynamiques&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/loin_de_l_equilibre.16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ph&#233;nom&#232;nes non-lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://lpc2e.cnrs-orleans.fr/~ddwit/enseignement/cours-nonl.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Physique non-lin&#233;aire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article540&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'id&#233;e du non-lin&#233;aire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'un syst&#232;me dynamique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dynamique non-lin&#233;aire et chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La cr&#233;ation spontan&#233;e de nouveaut&#233; structurelle dans les syst&#232;mes dissipatifs non-lin&#233;aires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3476&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#233;el n'est pas la succession temporelle, lin&#233;aire, logique et graduelle des &#233;tats actuels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2625&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un exemple : le vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:ktLFTjEujTgJ:aristote.obspm.fr/CT8/Cours_turb_Chap0-6.pdf+&amp;cd=29&amp;hl=fr&amp;ct=clnk&amp;gl=fr&amp;client=firefox-a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ph&#233;nom&#232;nes non lin&#233;aires et astrophysique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fonctionnement hi&#233;rarchis&#233; et non-lin&#233;aire des g&#232;nes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2608&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pas d'&#233;volution lin&#233;aire de la taille du cerveau humain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/math/documents/GLOBAL_2111.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Introduction &#224; la dynamique non-lin&#233;aire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://e2phy.in2p3.fr/2005/documents/apres_ecole/Textes/Manneville_txt.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dynamique non-lin&#233;aire et chaos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=ToTVvqjfdY4C&amp;pg=PA27&amp;dq=dynamique+non-lin%C3%A9aire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=dynamique%20non-lin%C3%A9aire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dynamique complexe et morphogen&#232;se&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=oY2zAAAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=%C3%A9mergence+complexit%C3%A9+et+dialectique&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiqxNGQxsvKAhUENhoKHdfSBbQQ6AEIHTAA#v=onepage&amp;q=%C3%A9mergence%20complexit%C3%A9%20et%20dialectique&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emergence, complexit&#233; et dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=meASOhi7djYC&amp;pg=PA21&amp;dq=dynamique+non-lin%C3%A9aire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=dynamique%20non-lin%C3%A9aire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Instabilit&#233;s, chaos et turbulence&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=physique+auto-organisation+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur l'auto-organisation des syst&#232;mes dynamiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=chaos+d%C3%A9terministe+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur le chaos d&#233;terministe, producteur de nouveaut&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/les_voies_du_chaos_1997.77&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les voies du chaos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=TCOTMtB4IqUC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=prigogine&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=prigogine&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme devant l'incertain, Prigogine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=fwybfh-nIyEC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=non-linear+dynamics&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=non-linear%20dynamics&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaos and Non-linear Dynamics&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=JDQGAwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=non-linear+dynamics&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=non-linear%20dynamics&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Non-linear Dynamics and Chaos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=xxI93GpU29MC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=non-linear+dynamics&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=non-linear%20dynamics&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Non-linear Dynamics : Integrability, Chaos and Patterns&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=luAJ0iqug8cC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=non-linear+dynamics&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=non-linear%20dynamics&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Non-linear Dynamics in Physiology and Medecine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=z2E0AAAAIAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=non-linear+dynamics&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=non-linear%20dynamics&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Perspectives of non-linear dynamics&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=-VI8093PJuUC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=prigogine&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=prigogine&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The End of Certainty, Ilya Prigogine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=GxClH6wQEHkC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=prigogine&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=prigogine&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaos : the New Science&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?tbm=bks&amp;q=prigogine#tbm=bks&amp;q=self-organization&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Question of Self-organization&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="en">
		<title>Autobiography of Ilya Prigogine</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article1294</link>
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		<dc:date>2015-05-15T00:38:00Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		


		<dc:subject>English</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Upon Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
In his memorable series &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet devoted one volume to the &#034;Mesure de l'instant&#034;.1 There he proposed a classification of authors according to the importance they give to the past, present and future. I believe that in such a typology my position would be an extreme one, as I live mostly in the future. And thus it is not too easy a task to write this autobiographical account, to which I would like to give a personal tone. But the (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=Ilya+Prigogine+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Upon Ilya Prigogine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In his memorable series &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet devoted one volume to the &#034;Mesure de l'instant&#034;.1 There he proposed a classification of authors according to the importance they give to the past, present and future. I believe that in such a typology my position would be an extreme one, as I live mostly in the future. And thus it is not too easy a task to write this autobiographical account, to which I would like to give a personal tone. But the present explains the past.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In my Nobel Lecture, I speak much about fluctuations; maybe this is not unrelated to the fact that during my life I felt the efficacy of striking coincidences whose cumulative effects are to be seen in my scientific work.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I was born in Moscow, on the 25th of January, 1917 - a few months before the revolution. My family had a difficult relationship with the new regime, and so we left Russia as early as 1921. For some years (until 1929), we lived as migrants in Germany, before we stayed for good in Belgium. It was at Brussels that I attended secondary school and university. I acquired Belgian nationality in 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My father, Roman Prigogine, who died in 1974, was a chemical engineer from the Moscow Polytechnic. My brother Alexander, who was born four years before me, followed, as I did myself, the curriculum of chemistry at the Universit&#233; Libre de Bruxelles. I remember how much I hesitated before choosing this direction; as I left the classical (Greco-Latin) section of Ixelles Athenaeum, my interest was more focused on history and archaeology, not to mention music, especially piano. According to my mother, I was able to read musical scores before I read printed words. And, today, my favourite pastime is still piano playing, although my free time for practice is becoming more and more restricted.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since my adolescence, I have read many philosophical texts, and I still remember the spell &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; cast on me. More specifically, I felt that some essential message was embedded, still to be made explicit, in Bergson's remark:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The more deeply we study the nature of time, the better we understand that duration means invention, creation of forms, continuous elaboration of the absolutely new.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortunate coincidences made the choice for my studies at the university. Indeed, they led me to an almost opposite direction, towards chemistry and physics. And so, in 1941, I was conferred my first doctoral degree. Very soon, two of my teachers were to exert an enduring influence on the orientation of my future work.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I would first mention Th&#233;ophile De Donder (1873-1957).2 What an amiable character he was! Born the son of an elementary school teacher, he began his career in the same way, and was (in 1896) conferred the degree of Doctor of Physical Science, without having ever followed any teaching at the university.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was only in 1918 - he was then 45 years old - that De Donder could devote his time to superior teaching, after he was for some years appointed as a secondary school teacher. He was then promoted to professor at the Department of Applied Science, and began without delay the writing of a course on theoretical thermodynamics for engineers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allow me to give you some more details, as it is with this very circumstance that we have to associate the birth of the Brussels thermodynamics school.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In order to understand fully the originality of De Donder's approach, I have to recall that since the fundamental work by Clausius, the second principle of thermodynamics has been formulated as an inequality: &#034;uncompensated heat&#034; is positive - or, in more recent terms, entropy production is positive. This inequality refers, of course, to phenomena that are irreversible, as are any natural processes. In those times, these latter were poorly understood. They appeared to engineers and physico-chemists as &#034;parasitic&#034; phenomena, which could only hinder something: here the productivity of a process, there the regular growth of a crystal, without presenting any intrinsic interest. So, the usual approach was to limit the study of thermodynamics to the understanding of equilibrium laws, for which entropy production is zero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This could only make thermodynamics a &#034;thermostatics&#034;. In this context, the great merit of De Donder was that he extracted the entropy production out of this &#034;sfumato&#034; when related it in a precise way to the pace of a chemical reaction, through the use of a new function that he was to call &#034;affinity&#034;.3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is difficult today to give an account of the hostility that such an approach was to meet. For example, I remember that towards the end of 1946, at the Brussels IUPAP meeting,4 after a presentation of the thermodynamics of irreversible processes, a specialist of great repute said to me, in substance: &#034;I am surprised that you give more attention to irreversible phenomena, which are essentially transitory, than to the final result of their evolution, equilibrium.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortunately, some eminent scientists derogated this negative attitude. I received much support from people such as Edmond Bauer, the successor to Jean Perrin at Paris, and Hendrik Kramers in Leyden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Donder, of course, had precursors, especially in the French thermodynamics school of Pierre Duhem. But in the study of chemical thermodynamics, De Donder went further, and he gave a new formulation of the second principle, based on such concepts as affinity and degree of evolution of a reaction, considered as a chemical variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Given my interest in the concept of time, it was only natural that my attention was focused on the second principle, as I felt from the start that it would introduce a new, unexpected element into the description of physical world evolution. No doubt it was the same impression illustrious physicists such as Boltzmann5 and Planck6 would have felt before me. A huge part of my scientific career would then be devoted to the elucidation of macroscopic as well as microscopic aspects of the second principle, in order to extend its validity to new situations, and to the other fundamental approaches of theoretical physics, such as classical and quantum dynamics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before we consider these points in greater detail, I would like to stress the influence on my scientific development that was exerted by the second of my teachers, Jean Timmermans (1882-1971). He was more an experimentalist, specially interested in the applications of classical thermodynamics to liquid solutions, and in general to complex systems, in accordance with the approach of the great Dutch thermodynamics school of van der Waals and Roozeboom.7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this way, I was confronted with the precise application of thermodynamical methods, and I could understand their usefulness. In the following years, I devoted much time to the theoretical approach of such problems, which called for the use of thermodynamical methods; I mean the solutions theory, the theory of corresponding states and of isotopic effects in the condensed phase. A collective research with V. Mathot, A. Bellemans and N. Trappeniers has led to the prediction of new effects such as the isotopic demixtion of helium He3+ He4, which matched in a perfect way the results of later research. This part of my work is summed up in a book written in collaboration with V. Mathot and A. Bellemans, The Molecular Theory of Solutions. 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My work in this field of physical chemistry was always for me a specific pleasure, because the direct link with experimentation allows one to test the intuition of the theoretician. The successes we met provided the confidence which later was much needed in my confrontation with more abstract, complex problems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finally, among all those perspectives opened by thermodynamcis, the one which was to keep my interest was the study of irreversible phenomena, which made so manifest the &#034;arrow of time&#034;. From the very start, I always attributed to these processes a constructive role, in opposition to the standard approach, which only saw in these phenomena degradation and loss of useful work. Was it the influence of Bergson's &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; or the presence in Brussels of a performing school of theoretical biology?9 The fact is that it appeared to me that living things provided us with striking examples of systems which were highly organized and where irreversible phenomena played an essential role.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Such intellectual connections, although rather vague at the beginning, contributed to the elaboration, in 1945, of the theorem of minimum entropy production, applicable to non-equilibrium stationary states.10 This theorem gives a clear explanation of the analogy which related the stability of equilibrium thermodynamical states and the stability of biological systems, such as that expressed in the concept of &#034;homeostasy&#034; proposed by Claude Bernard. This is why, in collaboration with J.M. Wiame,11 I applied this theorem to the discussion of some important problems in theoretical biology, namely to the energetics of embryological evolution. As we better know today, in this domain the theorem can at best give an explanation of some &#034;late&#034; phenomena, but it is remarkable that it continues to interest numerous experimentalists.12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From the very beginning, I knew that the minimum entropy production was valid only for the linear branch of irreversible phenomena, the one to which the famous reciprocity relations of Onsager are applicable.13 And, thus, the question was: What about the stationary states far from equilibrium, for which Onsager relations are not valid, but which are still in the scope of macroscopic description? Linear relations are very good approximations for the study of transport phenomena (thermical conductivity, thermodiffusion, etc.), but are generally not valid for the conditions of chemical kinetics. Indeed, chemical equilibrium is ensured through the compensation of two antagonistic processes, while in chemical kinetics - far from equilibrium, out of the linear branch - one is usually confronted with the opposite situation, where one of the processes is negligible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notwithstanding this local character, the linear thermodynamics of irreversible processes had already led to numerous applications, as shown by people such as J. Meixner,14 S.R. de Groot and P. Mazur,15 and, in the area of biology, A. Katchalsky.16 It was for me a supplementary incentive when I had to meet more general situations. Those problems had confronted us for more than twenty years, between 1947 and 1967, until we finally reached the notion of &#034;dissipative structure&#034;. 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Not that the question was intrinsically difficult to handle; just that we did not know how to orientate ourselves. It is perhaps a characteristic of my scientific work that problems mature in a slow way, and then present a sudden evolution, in such a way that an exchange of ideas with my colleagues and collaborators becomes necessary. During this phase of my work, the original and enthusiastic mind of my colleague Paul Glansdorff played a major role.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our collaboration was to give birth to a general evolution criterion which is of use far from equilibrium in the non-linear branch, out of the validity domain of the minimum entropy production theorem. Stability criteria that resulted were to lead to the discovery of critical states, with branch shifting and possible appearance of new structures. This quite unexpected manifestation of &#034;disorder-order&#034; processes, far from equilibrium, but conforming to the second law of thermodynamics, was to change in depth its traditional interpretation. In addition to classical equilibrium structures, we now face dissipative coherent structures, for sufficient far-from-equilibrium conditions. A complete presentation of this subject can be found in my 1971 book co-authored with Glansdorff.18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a first, tentative step, we thought mostly of hydrodynamical applications, using our results as tools for numerical computation. Here the help of R. Schechter from the University of Texas at Austin was highly valuable.19 Those questions remain wide open, but our centre of interest has shifted towards chemical dissipative systems, which are more easy to study than convective processes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All the same, once we formulated the concept of dissipative structure, a new path was open to research and, from this time, our work showed striking acceleration. This was due to the presence of a happy meeting of circumstances; mostly to the presence in our team of a new generation of clever young scientists. I cannot mention here all those people, but I wish to stress the important role played by two of them, R. Lefever and G. Nicolis. It was with them that we were in a position to build up a new kinetical model, which would prove at the same time to be quite simple and very instructive - the &#034;Brusselator&#034;, as J. Tyson would call it later - and which would manifest the amazing variety of structures generated through diffusion-reaction processes.20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the place to pay tribute to the pioneering work of the late A. Turing,21 who, since 1952, had made interesting comments about structure formation as related to chemical instabilities in the field of biological morphogenesis. I had met Turing in Manchester about three years before, at a time when M.G. Evans, who was to die too soon, had built a group of young scientists, some of whom would achieve fame. It was only quite a while later that I recalled the comments by Turing on those questions of stability, as, perhaps too concerned about linear thermodynamics, I was then not receptive enough.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us go back to the circumstances that favoured the rapid development of the study of dissipative structures. The attention of scientists was attracted to coherent non-equilibrium structures after the discovery of experimental oscillating chemical reactions such as the Belusov-Zhabotinsky reaction;22 the explanation of its mechanism by Noyes and his co-workers;23 the study of oscillating reactions in biochemistry (for example the glycolytic cycle, studied by B. Chance24 and B. Hess25) and eventually the important research led by M. Eigen.26 Therefore, since 1967, we have been confronted with a huge number of papers on this topic, in sharp contrast with the total absence of interest which prevailed during previous times.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the introduction of the concept of dissipative structure was also to have other unexpected consequences. It was evident from start that the structures were evolving out of fluctuations. They appeared in fact as giant fluctuations, stabilized through matter and energy exchanges with the outer world. Since the formulation of the minimum entropy production theorem, the study of non-equilibrium fluctuation had attracted all my attention.27 It was thus only natural that I resumed this work in order to propose an extension of the case of far-from-equilibrium chemical reactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This subject I proposed to G. Nicolis and A. Babloyantz. We expected to find for stationary states a Poisson distribution similar to the one predicted for equilibrium fluctuations by the celebrated Einstein relations. Nicolis and Babloyantz developed a detailed analysis of linear chemical reactions and were able to confirm this prediction.28 They added some qualitative remarks which suggested the validity of such results for any chemical reaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Considering again the computations for the example of a non-linear biomolecular reaction, I noticed that this extension was not valid. A further analysis, where G. Nicolis played a key role, showed that an unexpected phenomenon appeared while one considered the fluctuation problem in nonlinear systems far from equilibrium: the distribution law of fluctuations depends on their scale, and only &#034;small fluctuations&#034; follow the law proposed by Einstein.29 After a prudent reception, this result is now widely accepted, and the theory of non-equilibrium fluctuations is fully developing now, so as to allow us to expect important results in the following years. What is already clear today is that a domain such as chemical kinetics, which was considered conceptually closed, must be thoroughly rethought, and that a brand-new discipline, dealing with non-equilibrium phase transitions, is now appearing.30, 31, 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Progress in irreversible phenomena theory leads us also to reconsideration of their insertion into classical and quantum dynamics. Let us take a new look at the statistical mechanics of some years ago. From the very beginning of my research, I had had occasion to use conventional methods of statistical mechanics for equilibrium situations. Such methods are very useful for the study of thermodynamical properties of polymer solutions or isotopes. Here we deal mostly with simple computational problems, as the conceptual tools of equilibrium statistical mechanics have been well established since the work of Gibbs and Einstein. My interest in non-equilibrium would by necessity lead me to the problem of the foundations of statistical mechanics, and especially to the microscopic interpretation of irreversibility.33&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since the time of my first graduation in science, I was an enthusiastic reader of Boltzmann, whose dynamical vision of physical becoming was for me a model of intuition and penetration. Nonetheless, I could not but notice some unsatisfying aspects. It was clear that Boltzmann introduced hypotheses foreign to dynamics; under such assumptions, to talk about a dynamical justification of thermodynamics seemed to me an excessive conclusion, to say the least. In my opinion, the identification of entropy with molecular disorder could contain only one part of the truth if, as I persisted in thinking, irreversible processes were endowed with this constructive role I never cease to attribute to them. For another part, the applications of Boltzmann's methods were restricted to diluted gases, while I was most interested in condensed systems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the end of the forties, great interest was aroused in the generalization of kinetic theory to dense media. After the pioneering work by Yvon34, publications of Kirkwodd35, Born and Green36, and of Bogoliubov37 attracted a lot of attention to this problem, which was to lead to the birth of non-equilibrium statistical mechanics. As I could not remain alien to this movement, I proposed to G. Klein, a disciple of F&#252;rth who came to work with me, to try the application of Born and Green's method to a concrete, simple example, in which the equilibrium approach did not lead to an exact solution. This was our first tentative step in non-equilibrium statistical mechanics.38 It was eventually a failure, with the conclusion that Born and Green's formalism did not lead to a satisfying extension of Boltzmann's method to dense systems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But this failure was not a total one, as it led me, during a later work, to a first question: Was it possible to develop an &#034;exact&#034; dynamical theory of irreversible phenomena? Everybody knows that according to the classical point of view, irreversibility results from supplementary approximations to fundamental laws of elementary phenomena, which are strictly reversible. These supplementary approximations allowed Boltzmann to shift from a dynamical, reversible description to a probabilistic one, in order to establish his celebrated H theorem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We still encountered this negative attitude of &#034;passivity&#034; imputed to irreversible phenomena, an attitude that I could not share. If - as I was prepared to think - irreversible phenomena actually play an active, constructive role, their study could not be reduced to a description in terms of supplementary approximations. Moreover, my opinion was that in a good theory a viscosity coefficient would present as much physical meaning as a specific heat, and the mean life duration of a particle as much as its mass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I felt confirmed in this attitude by the remarkable publications of Chandrasekhar and von Neumann, which were also issued during the forties.39 That was why, still with the help of G. Klein, I decided to take a fresh look at an example already studied by Schr&#246;dinger, 40 related to the description of a system of harmonic oscillators. We were surprised to see that, for all such a simple model allowed us to conclude, this class of systems tend to equilibrium. But how to generalize this result to non-linear dynamical systems?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here the truly historic performance of L&#233;on van Hove opened for us the way (1955).41 I remember, with a pleasure that is always new, the time - which was too short - during which van Hove worked with our group. Some of his works had a lasting effect on the whole development of statistical physics; I mean not only his study of the deduction of a &#034;master equation &#034; for anharmonic systems, but also his fundamental contribution on phase transitions, which was to lead to the branch of statistical mechanics that deals with so-called &#034;exact&#034; results.42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This first study by van Hove was restricted to weakly coupled anharmonic systems. But, anyway, the path was open, and with some of my colleagues and collaborators, mainly R. Balescu, R. Brout, F. H&#233;nin and P. R&#233;sibois, we achieved a formulation of non-equilibrium statistical mechanics from a purely dynamical point of view, without any probabilistic assumption. The method we used is summed up in my 1962 book.43 It leads to a &#034;dynamics of correlations&#034;, as the relation between interaction and correlation constitutes the essential component of the description. Since then, these methods have led to numerous applications. Without giving more detail, here, I will restrict myself to mentioning two recent books, one by R. Balescu,44 the other by P. R&#233;sibois and M. De Leener.45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This concluded the first step of my research in non-equilibrium statistical mechanics. The second is characterized by a very strong analogy with the approach of irreversible phenomena which led us from linear thermodynamics to non-linear thermodynamics. In this tentative step also, I was prompted by a feeling of dissatisfaction, as the relation with thermodynamics was not established by our work in statistical mechanics, nor by any other method. The theorem of Boltzmann was still as isolated as ever, and the question of the nature of dynamics systems to which thermodynamics applies was still without answer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The problem was by far more wide and more complex than the rather technical considerations that we had reached. It touched the very nature of dynamical systems, and the limits of Hamiltonian description. I would never have dared approach such a subject if I had not been stimulated by discussions with some highly competent friends such as the late L&#233;on Rosenfeld from Copenhagen, or G. Wentzel from Chicago. Rosenfeld did more than give me advice; he was directly involved in the progressive elaboration of the concepts we had to explore if we were to build a new interpretation of irreversibility. More than any other stage of my scientific career, this one was the result of a collective effort. I could not possibly have succeeded had it not been for the help of my colleagues M. de Haan, Cl. George, A. Grecos, F. Henin, F. Mayn&#233;, W. Schieve and M. Theodosopulu. If irreversibility does not result from supplementary approximations, it can only be formulated in a theory of transformations which expresses in &#034;explicit&#034; terms what the usual formulation of dynamics does &#034;hide&#034;. In this perspective, the kinetic equation of Boltzmann corresponds to a formulation of dynamics in a new representation.46, 47, 48, 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In conclusion: dynamics and thermodynamics become two complementary descriptions of nature, bound by a new theory of non-unitary transformation. I came so to my present concerns; and, thus, it is time to end this intellectual autobiography. As we started from specific problems, such as the thermodynamic signification of non-equilibrium stationary states, or of transport phenomena in dense systems, we have been faced, almost against our will, with problems of great generality and complexity, which call for reconsideration of the relation of physico-chemical structures to biological ones, while they express the limits of Hamiltonian description in physics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indeed, all these problems have a common element: time. Maybe the orientation of my work came from the conflict which arose from my humanist vocation as an adolescent and from the scientific orientation I chose for my university training. Almost by instinct, I turned myself later towards problems of increasing complexity, perhaps in the belief that I could find there a junction in physical science on one hand, and in biology and human science on the other.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition, the research conducted with my friend R. Herman on the theory of car traffic50 gave me confirmation of the supposition that even human behaviour, with all its complexity, would eventually be susceptible of a mathematical formulation. In this way the dichotomy of the &#034;two cultures&#034; could and should be removed. There would correspond to the breakthrough of biologists and anthropologists towards the molecular description or the &#034;elementary structures&#034;, if we are to use the formulation by L&#233;vi-Strauss, a complementary move by the physico-chemist towards complexity. Time and complexity are concepts that present intrinsic mutual relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During his inaugural lecture, De Donder spoke in these terms:51 &#034;Mathematical physics represents the purest image that the view of nature may generate in the human mind; this image presents all the character of the product of art; it begets some unity, it is true and has the quality of sublimity; this image is to physical nature what music is to the thousand noises of which the air is full...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filtrate music out of noise; the unity of the spiritual history of humanity, as was stressed by M. Eliade, is a recent discovery that has still to be assimilated.52 The search for what is meaningful and true by opposition to noise is a tentative step that appears to be intrinsically related to the coming into consciousness of man facing a nature of which he is a part and which it leaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I have many times advocated the necessary dialogue in scientific activity, and thus the vital importance of my colleagues and collaborators in the journey that I have tried to describe. I would also stress the continuing support that I received from institutions which have made this work a feasible one, especially the Universit&#233; Libre de Bruxelles and the University of Texas at Austin. For all of the development of these ideas, the International Institute of Physics and Chemistry founded by E. Solvay (Brussels, Belgium) and the Welch Foundation (Houston, Texas) have provided me with continued support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The work of a theoretician is related in a direct way to his whole life. It takes, I believe, some amount of internal peace to find a path among all successive bifurcations. This peace I owe to my wife, Marina. I know the frailty of the present, but today, considering the future, I feel myself to be a happy man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;References&lt;br class='autobr' /&gt;
1. G. Poulet, Etudes sur le temps humain, Tone 4, Edition 10/18, Paris, 1949.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. See the note on De Donder in the Floril&#232;ge (pedant le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe), Acad. Roy. Belg., Bull. Cl. Sc., page 169, 1968.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Th. De Donder (R&#233;daction nouvelle par P. Van Rysselberghe), Paris, Gauthier- Villars, 1936.&lt;br class='autobr' /&gt;
See also:&lt;br class='autobr' /&gt;
I. Prigogine and R. Defay: Thermodynamique Chimique conform&#233;ment aux m&#233;thodes de Gibbs et De Donder (2 Tomes), Li&#232;ge, Desoer, 1944-1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or the translation in English:&lt;br class='autobr' /&gt;
Chemical Thermodynamics, translated by D.H. Everett, Langmans 1954, 1962.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. See Colloque de Thermodynamique, Union Intern. de Physique pure et appliqu&#233;e (I.U.P.A.P.), 1948.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Bolzmann, L., Wien, Ber. 66, 2275, 1872.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Planck, M., Vorlesaungen &#252;ber Thermodynamik, Walter de Gruyter, Berlin, Leipzig, 1930.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Timmermans, J., Les Solutions Concentr&#233;es, Masson et Cie, Paris, 1936.&lt;br class='autobr' /&gt;
Let us also quote his thesis on experimental research on demixtion in liquid mixtures&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Prigogine, I., The Molecular Theory of Solutions, avec A. Bellemans et V. Mathot; North-Holland Publ. Company, Amsterdam, 1957.&lt;br class='autobr' /&gt;
See also: Prigogine and Defay, Ref. 3.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Let us quote some remarkable works of this School:&lt;br class='autobr' /&gt;
Barchet, A., La Vie cr&#233;atrice des formes, Alcan, Paris, 1927.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dalcq, A., L'Oeuf et son dynamisme organisateur, Alban Michel. Paris, 1941.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barchet, J., Embryologie Chimique, Desoer, Li&#232;ge et Masson, Paris, 1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
I was also much interested in the beautiful book by Marcel Florkin: L'Evolution biochimique, Desoer, Li&#232;ge, 1944.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Prigogine, I., Acad. Roy. Belg. Bull. Cl. Sc. 31, 600, 1945.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Th&#232;se d'agr&#233;gation pr&#233;sent&#233;e en 1945 &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Desoer, Li&#232;ge, 1947.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &#224; la Thermodynamique des processus irr&#233;versibles, traduit de l'anglais par J. Chanu, Dunod, Paris, 1968.&lt;br class='autobr' /&gt;
11. Prigogine, I., and Wiame, J.M., Experientia, 2, 451, 1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Nicolis, G. and Prigogine, I., Self Organization in Non-Equilibrium Systems (Chaps. III and IV), J. Wiley and Sons, New York, 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Onsager, L. , Phys. Rev., 37, 405, 1931.&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Meixner, J., Ann. Physik, (5), 35, 701, 1939; 36, 103, 1939; 39, 333, 1941; 40, 165, 1941; Zeitsch Phys. Chim. B 53, 235, 1943.&lt;br class='autobr' /&gt;
15. de Groot, S.R. and Mazur, P., Non-Equilibrium Thermodynamics, North-Holland, Amsterdam, 1962.&lt;br class='autobr' /&gt;
16. Katchalsky, A. and Curran, P.F., Non-Equilibrium Thermodynamics in Biophisics, Harvard Univ. Press, Cambridge, Mass., 1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
17. Prigogine, I., Structure, Dissipation and Life.&lt;br class='autobr' /&gt;
Theoretical Physics and Biology, Versailles, 1967.&lt;br class='autobr' /&gt;
North-Holland Publ. Company, Amsterdam, 1969.&lt;br class='autobr' /&gt;
It is in this communication that the term &#034;structure dissipative&#034; is used for the first time.&lt;br class='autobr' /&gt;
18. Glansdorff, P. and Prigogine, I., Structure, Stabilit&#233; et Fluctuations, Masson, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Thermodynamic Theory of Structure Stability and Fluctuations, Wiley and Sons, London, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue russe: Mir, Moscou, 1973.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue japonaise; Misuzu Shobo, 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
This book presents in detail the original work by the two authors, which led to the concept of dissipative structure. For a brief historical account, see also:&lt;br class='autobr' /&gt;
Acad. Roy. Belg., Bull. des Cl. Sc., LIX, 80, 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
19. Schechter, R.S., The Variational Method in Engineering, McGraw-Hill, New York, 1967.&lt;br class='autobr' /&gt;
20. Tyson, J., Journ. of Chem. Physics, 58, 3919, 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
21. Turing, A., Phil. Trans. Roy. Soc. London, Ser B, 237, 37, 1952.&lt;br class='autobr' /&gt;
22. Belusov, B.P., Sb. Ref. Radiat. Med. Moscow, 1958.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zhabotinsky, A.P., Biofizika, 9, 306, 1964.&lt;br class='autobr' /&gt;
Acad. Sc. U.R.S.S. Moscow (Nauka), 1967.&lt;br class='autobr' /&gt;
23. Noyes, R.M. et al., Ann. Rev. Phys. Chem. 25, 95, 1974.&lt;br class='autobr' /&gt;
24. Chance, B., Schonener, B. and Elsaesser, S., Proc. Nat. Acad. Sci. U.S.A. 52, 337-341, 1964.&lt;br class='autobr' /&gt;
25. Hess, B., Ann. Rev. Biochem. 40, 237, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
26. Eigen, M., Naturwissenschaften, 58, 465, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
27. Prigogine, I. and Mayer, G., Acad. Roy. Belg. Bull. Cl. Sc., 41, 22, 1955&lt;br class='autobr' /&gt;
28. Nicolis, G. and Babloyantz, A., Journ. Chem. Phys., 51, 6, 2632, 1969.&lt;br class='autobr' /&gt;
29. Nicolis, G. and Prigogine, I., Proc. Nat. Acad. Sci. U.S.A., 68, 2102, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
30. Prigogine, I., Proc. 3rd Symp. Temperature, Washington D.C., 1954.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine, I. and Nicolis, G., Proc. 3rd. Intern. Conference: From Theoretical Physics to Biology, Versailles, France, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
31. Nicolis, G. and Turner, J.W., Proc. of the Conference on Bifurcation Theory, New York, 1977. To Appear.&lt;br class='autobr' /&gt;
32. Prigogine, I. and Nicolis, G., Non-Equilibrium Phase Transitions and Chemical Reactions, Scientific American. To Appear.&lt;br class='autobr' /&gt;
33. Prigogine, I., Non-Equilibrium Stastistical Mechanics, Interscience Publ., New York, London, 1962-1966. (For a brief history and original references.)&lt;br class='autobr' /&gt;
34. Yvon, J., Les Corr&#233;lations et l'Entropie en M&#233;canique Statistique Classique. Dunod, Paris, 1965.&lt;br class='autobr' /&gt;
35. Kirkwood. J.G., Journ, Chem. Physics, 14, 180, 1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
36. Born, M. and Green, H.S., Proc, Roy, Soc. London, A 188, 10, 1946 and A 190, 45, 1947.&lt;br class='autobr' /&gt;
37. Bogoliubov, N. N., Jour. Phys. U.S.S.R. 10, 257, 265, 1949.&lt;br class='autobr' /&gt;
38. Klein, G. and Prigogine, I., Physica XIX 74-88; 88-100; 1053-1071, 1953.&lt;br class='autobr' /&gt;
39. Chandrasekhar, S., Stocastic Problems in Physics and Astronomy; Rev. of Mod. Physics, 15, no 1, 1943.&lt;br class='autobr' /&gt;
40. Shr&#246;dinger, E., Ann. der Physik, 44, 916, 1914.&lt;br class='autobr' /&gt;
41. Van Hove, L., Physica, 21, 512 (1955).&lt;br class='autobr' /&gt;
42. Van Hove, L., Physica, 16, 137 (1950).&lt;br class='autobr' /&gt;
43. Prigogine, I., cf. Ref. 33.&lt;br class='autobr' /&gt;
44. Balascu, R., Equilibrium and Non-Equilibrium Statistical Mechanics, Wiley, Interscience, 1957.&lt;br class='autobr' /&gt;
45. R&#233;sibois, P. and De Leener, M., Classical Kinetic Theory of Fluids, Wiley, Interscience, New York, 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
46. Prigogine, I., George, C., Henin, F. and Rosenfeld, L., Chemica Scripta, 4, 5-32, 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
47. Prigogine, I., George, C., Henin, F., Physica, 45, 418-434, 1969&lt;br class='autobr' /&gt;
48. Prigogine, I. and Grecos, A.P., The Dynamical Theory of Irreversible Processes, Proc. Intern. Conf. on Frontiers of Theor. Phys., New Delhi, 1976.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kinetic Theory and Ergodic Properties in Quantum Mechanics, Abhandlungen der Akad. der Wiss., der D.D.R. Nr 7 n Berlin, Jahrgang 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
49. Grecos, A.P. and Prigogine, I., Thirteenth IUPAP Conference on Statisyical Physics, Haifa, August 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
50. Prigogine, I. and Herman, R., Kinetic Theory of Vehicular trafic, Elsevier, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
51. For the reference, see note 2.&lt;br class='autobr' /&gt;
52. Mirc&#233;a Eliade, Historie des croyances et fies id&#233;es religieuseu Vol. I., p. 10, Payot, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From Nobel Lectures, Chemistry 1971-1980, Editor-in-Charge Tore Fr&#228;ngsmyr, Editor Sture Fors&#233;n, World Scientific Publishing Co., Singapore, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This autobiography/biography was written at the time of the award and first published in the book series Les Prix Nobel. It was later edited and republished in Nobel Lectures. To cite this document, always state the source as shown above.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine died on May 28, 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'irr&#233;versibilit&#233; existe-t-elle au niveau quantique ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2053</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2053</guid>
		<dc:date>2011-12-11T06:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;Atome : La r&#233;troaction de la mati&#232;re/lumi&#232;re et du vide (de la microphysique &#224; l'astrophysique) - Atom : laws of physics or the feedback of matter/light/ void (from microphysics to astrophysics)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans &#034;La fin des certitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance et de collision et nous pouvons donc nous attendre &#224; retrouver des ph&#233;nom&#232;nes intrins&#232;quement irr&#233;versibles.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prigogine &lt;/strong&gt; dans un expos&#233; sur le temps &#224; la conf&#233;rence Marc-Bloch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La mati&#232;re, c'est tout ce qui donne sa fl&#232;che au temps. La lumi&#232;re, c'est ce qui tisse la trame de l'espace-temps.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilles Cohen-Tannoudji&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Comme nous le voyons, les th&#233;ories de Prigogine, bien qu'apparemment simples, impliquent un changement quasiment r&#233;volutionnaire dans notre mode de pens&#233;e sur l'univers physique. (...) Ainsi, le comportement d'un gaz compos&#233; de particules, ob&#233;issant &#224; des mouvements r&#233;versibles, devait &#234;tre aussi soumis &#224; des lois r&#233;versibles, et les changement apparemment irr&#233;versibles devaient &#234;tre des approximations ou des illusions r&#233;sultant d'une observation sur un temps trop court. Prigogine a compl&#232;tement renvers&#233; cette mani&#232;re de voir les choses. Il propose que les changements irr&#233;versibles sont la r&#233;alit&#233; fondamentale des entit&#233;s de l'univers et que l'id&#233;e de particules microscopiques sujettes &#224; des mouvements r&#233;versibles n'est qu'une approximation. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alastair Rae&lt;/strong&gt; dans &#034;Physique quantique, illusion ou r&#233;alit&#233; ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Toute irr&#233;versibilit&#233; traduit une dissym&#233;trie des lois de la nature par rapport au temps... Le cin&#233;ma aiguise notre intuition de l'irr&#233;versibilit&#233;. Lorsqu'une cam&#233;ra a enregistr&#233; un mouvement r&#233;versible, la projection du film est tout aussi vraisemblable dans un sens que dans l'autre. Le sentiment d'absurdit&#233; ou d'&#233;merveillement que nous pouvons ressentir en regardant passer certains films &#224; l'envers tient &#224; l'irr&#233;alit&#233; introduite dans l'ordre de succession des faits... L'irr&#233;versibilit&#233; est devenue sujet d'&#233;tude scientifique au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle avec la cr&#233;ation de la thermodynamique... Les premiers travaux de m&#233;canique statistique postulaient la r&#233;versibilit&#233; du mouvement des atomes... Mais comment expliquer qu'une dynamique microscopique r&#233;versible engendre &#224; l'&#233;chelle macroscopique des processus irr&#233;versibles ?&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roger Balian&lt;/strong&gt; dans &#034;Le temps et sa fl&#232;che&#034; (ouvrage collectif)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; existe-t-elle au niveau quantique ?
&lt;p&gt;Pendant longtemps, les physiciens ont cru que l'irr&#233;versibilit&#233; ne se produisait qu'au niveau macroscopique, les chocs particulaires, les d&#233;sint&#233;grations et les effets ondulatoires leur semblant r&#233;versibles. Nous allons voir que la physique quantique relativiste, plus r&#233;cente, a r&#233;introduit l'irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique... Une des raisons que l'on avait de croire le monde microscopique r&#233;versible &#233;tait que le changement du temps en son inverse ne changeait pas les &#233;quations. mais les &#233;quations contiennent-elles toute la v&#233;rit&#233; : des r&#233;actions conformes &#224; la loi de Schr&#246;dinger ne se produisent pas ! Cette loi ne risque-t-elle pas d'&#234;tre seulement une approximation ou une partie des lois agissant au niveau microscopique ou &#224; un des niveaux du microscopique ? Voil&#224; la question que nous voulons aborder ici.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; signifie que certaines transformations ne peuvent pas se d&#233;rouler en marche arri&#232;re et que cela indique une &#034;fl&#232;che du temps&#034;. On sait bien qu'en mettant en marche arri&#232;re un film, on parvient &#224; des situations physiquement impossible. Il suffit de filmer quelqu'un en train de sauter en avant pour constater qu'il lui serait impossible de faire le m&#234;me saut en arri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre vie d'humain ne peut pas plus revenir en arri&#232;re que l'&#233;volution des esp&#232;ce, ni m&#234;me l'histoire des soci&#233;t&#233;s. Tout ce qu'on appelle des ph&#233;nom&#232;nes historiques ob&#233;it &#224; une fl&#232;che du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre notion est tout aussi fondamentale en physique, en biologie qu'en histoire des soci&#233;t&#233;s, c'est celle d'irr&#233;versibilit&#233;. Quand une structure est apparue, ce tournant n'est jamais revenu en arri&#232;re. L'univers est rest&#233; marqu&#233; par ce changement. C'est le cas pour l'apparition des diverses sortes de mati&#232;re, de particules d'interaction, de structures les associant, de structures &#224; grande &#233;chelle, de vie ou de soci&#233;t&#233;. Un changement r&#233;volutionnaire signifie que la transformation a produit une marque ind&#233;l&#233;bile. Ainsi, L&#233;on Trotsky remarquait dans son ouvrage &#171; La r&#233;volution russe &#187; que la r&#233;volution de 1917 n'avait pas fait que produire des transformations en Russie et dans le monde. Elle avait transform&#233; de fa&#231;on irr&#233;versible les relations sociales, la perception que nous avions et m&#234;me les mots pour les d&#233;crire. Il en va de m&#234;me en sciences. L'irr&#233;versibilit&#233; est partout pr&#233;sente dans la mati&#232;re. C'est un caract&#232;re fondamental du processus, aussi important que la non-lin&#233;arit&#233;, l'historicit&#233;, la hi&#233;rarchisation de structures, la discontinuit&#233;, le caract&#232;re qualitatif du saut ou l'&#233;mergence. L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas seulement un produit du niveau macroscopique de structure de la mati&#232;re. Elle est &#233;galement microscopique. Gilles Cohen-Tannoudji le rapporte dans &#171; La Mati&#232;re-Espace-Temps &#187; : &#171; L'irr&#233;versibilit&#233; reste au c&#339;ur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste. &#187; C'est l'irr&#233;versibilit&#233; qui fait de la mati&#232;re, de la vie et de la soci&#233;t&#233; des produits historiques, comme le physicien-chimiste Ilya Prigogine s'est acharn&#233; &#224; le d&#233;montrer. Si Einstein a montr&#233; que le temps n'est pas d&#233;finissable par un &#233;coulement continu, c'est lya Prigogine qui a soulign&#233; qu'il ne l'est pas non plus par une transformation r&#233;versible. Prigogine explique dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; que le temps est marqu&#233; par la fondation de structures issues du d&#233;sordre et que &#171; Les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, loin d'&#234;tre (...) le chemin vers le d&#233;sordre, ont au contraire un r&#244;le constructif extraordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; structurelle de la mati&#232;re est le produit d'un processus irr&#233;versible. Le sens de l'histoire est d&#233;termin&#233; par sa propre construction, au fur et &#224; mesure des bifurcations. Sans ces diff&#233;rentes transformations, sans ces bifurcations, l'ordre serait cyclique et n'aurait pas d'histoire. Un monde fond&#233; sur des r&#233;troactions ne ressemble nullement &#224; un ordre dont l'apparition est r&#233;versible - c'est-&#224;-dire ne laisse pas de traces...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'irr&#233;versibilit&#233; est pos&#233;e au niveau quantique m&#234;me si, au d&#233;part, la physique quantique ne le posait pas. Les &#233;quations fondamentales (Schr&#246;dinger par exemple) sont en effet invariantes dans le renversement du temps. Toutefois, quand on somme sur une partie des degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me, les &#233;quations dynamiques pour les autres degr&#233;s de libert&#233; peuvent ne plus l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple classique : le traitement quantique complet d'un atome coupl&#233; au champ &#233;lectromagn&#233;tique, qui met en &#233;vidence la dur&#233;e de vie finie de l'atome, et donc son &#233;volution irr&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va d'alleurs de m&#234;me en Physique classique, quand on couple un petit syst&#232;me &#224; un gros, et que l'on prend la limite thermodynamique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la d&#233;coh&#233;rence implique justement la participation d'un nombre infini de degr&#233;s de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion physique de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; repose sur l'analyse des &#233;chelles de temps. Quand l'une d'entre elles diverge (exemple : le temps de Poincar&#233; d'un syst&#232;me &#224; une infinit&#233; de degr&#233;s de libert&#233;), on est fond&#233; &#224; parler d'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait est que tout passage &#224; la limite peut faire perdre certaines propri&#233;t&#233;s : une somme finie de fonctions analytiques est analytique, la s&#233;rie correspondante peut ne pas l'&#234;tre (penser &#224; la fonction de partition d'un syst&#232;me critique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la consid&#233;ration parfois n&#233;cessaire de plusieurs limites exige de bien pr&#233;ciser la probl&#233;matique physique, car les diff&#233;rents processus de limite ne commutent pas toujours (exemple : brisure d'ergodicit&#233; pour un ferromagn&#233;tique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point a &#233;t&#233; soulign&#233; en physique quantique : toute mesure est source d'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le probl&#232;me principal est ailleurs : certaines d&#233;compositions quantiques n'ont pas de transformation inverse. Il suffit, par exemple, qu'une transformation d&#233;compose un &#233;l&#233;ment en trois autres pour que la recomposition soit tout &#224; fait improbable. Or, en physique quantique relativiste, de telles transformations sont tr&#232;s nombreuses (d&#233;sint&#233;gration du m&#233;son &#233;ta, du muon, des hyp&#233;rons, du neutron, des pi,....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Davies pose le probl&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; L'exemple de la sph&#232;re en rotation illustre aussi le renversement du temps, car projet&#233; &#224; l'envers, le film montre aussi une sph&#232;re qui tourne dans l'autre sens&#8230;. Bien que dans notre monde quotidien, fait de syst&#232;mes complexes, nous remarquions imm&#233;diatement une s&#233;quence projet&#233;e &#224; l'envers, il n'y a rien de particuli&#232;rement remarquable dans le monde microscopique concernant le renversement de la rotation. La m&#234;me chose s'applique &#224; d'autres processus familiers, comme la collision ou la d&#233;sint&#233;gration de particules : elles n'ont rien de particuli&#232;rement miraculeux invers&#233;es dans le temps. Ce n'est que si le comportement de plusieurs particules est invers&#233; que nous commen&#231;ons &#224; suspecter quelque chose. Par exemple, la d&#233;sint&#233;gration spontan&#233;e du neutron en proton, &#233;lectron et antineutrino laisse sceptique vue &#224; l'envers car elle montrerait une rencontre simultan&#233;e hautement improbable, de trois particules, le proton, l'&#233;lectron et l'antineutrino. Pour des processus macroscopiques, la probabilit&#233; du processus inverse est infinit&#233;simale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Davies dans &#171; Les forces de la nature &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohen-Tannoudji &#233;crit dans &#034;La mati&#232;re-espace-temps&#034; : &lt;i&gt;&#034; En relativit&#233; quantique, l'irr&#233;versibilit&#233; est encore plus pr&#233;sente.... Tout d'abord elle intervient dans l'acte de mesure &#224; travers la perturbation incontr&#244;lable que nus apportons &#224; l'objet &#233;tudi&#233;... D'autre part elle intervient par l'interm&#233;diaire des antiparticules : des particules &#034;remontant le temps&#034; sont remplac&#233;es par des antiparticules qui &#034;le descendent&#034;. Mais en plus, elle intervient &#224; travers le recours &#224; la statistique qu'implique le calcul de l'interaction entre deux particules &#233;l&#233;mentaires dans la sommation sur tous les chemins possibles.... Ainsi deux particules &#233;l&#233;mentaires de tr&#232;s haute &#233;nergie &#034;enferm&#233;es dans une boite&#034; vont-elles dissiper leur &#233;nergie en cr&#233;ant de nombreuses autres particules.... Ces particules n'ont qu'une chance infime, ridiculement faible, de venir un jour fusionner pour recr&#233;er les deux seules particules parentes... L'irr&#233;versibilit&#233; reste au c&#339;ur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine &#233;crit dans &#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; : &lt;i&gt;&#171; C'est l'existence de points de r&#233;sonance qui, on le sait depuis Poincar&#233;, emp&#234;che de d&#233;finir la plupart des syst&#232;mes dynamiques comme int&#233;grables. La th&#233;orie cin&#233;tique, qui correspond au cas d'un grand syst&#232;me dynamique ayant des points de r&#233;sonance &#171; presque partout &#187; dans l'espace des phases, marque donc la transformation de la notion de r&#233;sonance : celle-ci cesse d'&#234;tre un obstacle &#224; la description en termes de trajectoires d&#233;terministes et r&#233;versibles, pour devenir un nouveau principe de description, intrins&#232;quement irr&#233;versible et probabiliste. C'est cette m&#234;me notion de r&#233;sonance que nous avons retrouv&#233;e au c&#339;ur de la m&#233;canique quantique, puisque c'est elle qu'utilisa Dirac pour expliquer les &#233;v&#233;nements qui ouvrent un acc&#232;s exp&#233;rimental &#224; l'atome, l'&#233;mission et l'absorption de photons d'&#233;nergie sp&#233;cifique, dont le spectre constitue la v&#233;ritable signature de chaque type d'atome&#8230; Le monde quantique ne nous est accessible que par les &#233;v&#233;nements qui l'affectent, par son devenir intrins&#232;quement probabiliste et irr&#233;versible. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Lochak &#233;crit ainsi dans &#171; Vers une microphysique de l'irr&#233;versible &#187; (revue du palais de la d&#233;couverte) : &lt;i&gt;&#171; l'id&#233;e des quanta, autrement dit l'id&#233;e que l'&#233;nergie des syst&#232;mes microscopiques ne varie que par bonds instantan&#233;s (les transitions quantiques) au cours desquels les microsyst&#232;mes passent subitement d'un &#233;tat stationnaire &#224; un autre en &#233;changeant entre eux des parcelles d'&#233;nergie. &#187;&lt;/i&gt; Il appelait donc &#224; une microphysique irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vide quantique, le temps est r&#233;versible, mais la diffusion des particules virtuelles ne l'est pas plus que la diffusion des particules dites r&#233;elles. C'est la source de l'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes dissipatifs &#224; l'&#233;chelle macroscopique, par exemple ceux entra&#238;nant un frottement. En fait, l'irr&#233;versibilit&#233; des interactions du vide quantique est &#224; la source de la mati&#232;re que nous connaissons. Cette cr&#233;ation de mati&#232;re montre d&#233;j&#224; que le vie a une histoire : qu'il d&#233;termine une fl&#232;che du temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaos d&#233;terministe du vide permet de comprendre cette irr&#233;versibilit&#233;. Comme l'exposait Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide lui-m&#234;me est r&#233;versible car c'est l'&#233;tat de d&#233;sordre et de hasard. Mais tout &#233;v&#233;nement, comme une cr&#233;ation/annihilation de mati&#232;re, se produisant pour une ou plusieurs particules virtuelles ou r&#233;elles est, par contre, irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Prigogine et I. Stengers : dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La mati&#232;re se distingue de l'espace-temps en ce qu'elle est porteuse de l'entropie de l'univers. Son existence n'est plus une donn&#233;e, comme le pr&#233;suppose le mod&#232;le standard, mais est le produit d'un processus irr&#233;versible de cr&#233;ation. A la singularit&#233; initiale se substitue ainsi l'instabilit&#233; d'un Univers primordial vide, dont l'espace-temps se courberait en rayonnant la mati&#232;re comme un atome excit&#233; rejoint son &#233;tat fondamental en rayonnant de la lumi&#232;re.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide quantique est sym&#233;trique car chaque type de particule existe comme antiparticule et dans la m&#234;me quantit&#233;, ce qui fait que le temps ne s'&#233;coule pas dans un sens. Par contre, al seule existence de structures durables du vide, par exemple des particules ou des photons, signifie qu'il y a rupture de sym&#233;trie et donc irr&#233;versibilit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent soulign&#233; que la mesure produisait une irr&#233;versibilit&#233;, ce qui est exact. Mais toute interaction en produit une aussi. En fait, il y a irr&#233;versibilit&#233; d&#232;s qu'il y a pr&#233;sence de mati&#232;re. L'apparition d'une structure durable au sein d'un vide o&#249; rien n'est durable est une discontinuit&#233; qui repr&#233;sente une irr&#233;versibilit&#233;. D&#233;sormais, autour de cette particule, il y aura un temps avec une fl&#232;che....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est le vide qui a produit cette particule et c'est cette cr&#233;ation qui a introduit un sens du temps, en rompant la sym&#233;trie des couples particule/antiparticule du vide quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il y a bel et bien au sein du vide des ph&#233;nom&#232;nes n'ob&#233;issant pas &#224; la sym&#233;trie entre pass&#233; et pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On savait d&#233;j&#224; que des tels ph&#233;nom&#232;nes existaient dans l'univers quantique des particules comme la d&#233;composition du m&#233;son K neutre qui n'ob&#233;it pas &#224; ce que l'on appelle la sym&#233;trie CPT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rappelons que CPT signifie qu'on ne change rien si on inverse tous les mouvements (P), toutes les charges (C) et le temps (T).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A LIRE AUSSI :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A nouveau sur l'irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ilya Prigogine et l'irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La fl&#232;che du temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://docs.google.com/viewer?a=v&amp;q=cache:x3yNFeT8qf8J:groupebena.org/IMG/doc/De_la_fleche_du_temps_et_du_cours_du_temps.doc+irr%C3%A9versibilit%C3%A9+quantique+relativiste&amp;hl=fr&amp;gl=fr&amp;pid=bl&amp;srcid=ADGEESgYs5f5hSt_YOUIsokhn3N3ebp0tVz-vMG-fePQvKyA2TPNETQ4eDtSq6ub4u2k13qNoXx-zcRUvsQ44K6RrITniPJE95wPGkcFRaLYnJpino9R56BMPZwHlMW0fIO64EnHqJE_&amp;sig=AHIEtbQEUkOYlR9FClU3mriCqOIMV8UCAg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?id=2va7Mhm4UVAC&amp;pg=PA188&amp;lpg=PA188&amp;dq=irr%C3%A9versible+quantique&amp;source=bl&amp;ots=MoYgY4R2bl&amp;sig=_DX-_SxxnlX0_yEF9QRgBDUB9EE&amp;hl=fr&amp;ei=qADlTsixO4fv8QPnn7D1Aw&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;ct=result&amp;resnum=8&amp;ved=0CEcQ6AEwBw#v=onepage&amp;q=irr%C3%A9versible%20quantique&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre article sur l'irr&#233;versibilit&#233; au niveau quantique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un syst&#232;me va-t-il &#034;naturellement&#034; vers l'&#233;quilibre ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2028</link>
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		<dc:date>2011-11-17T07:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Irr&#233;versibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_11064 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH220/220px-The_Belousov-Zhabotinsky_Reaction-a3b8c.gif?1777541422' width='220' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce faisant elle conf&#232;re une nouvelle signification &#224; l'irr&#233;versibilit&#233;.... L'irr&#233;versibilit&#233; ne peut plus &#234;tre attribu&#233;e &#224; une simple apparence qui dispara&#238;trait si nous acc&#233;dions &#224; une connaissance parfaite. Elle est une condition essentielle de comportements coh&#233;rents de milliards de milliards de mol&#233;cules. Selon une formule que j'aime a r&#233;p&#233;ter, la mati&#232;re est aveugle &#224; l'&#233;quilibre l&#224; o&#249; la fl&#232;che du temps ne se manifeste pas ; mais lorsque celle-ci se manifeste, loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re commence &#224; voir ! Sans la coh&#233;rence des processus irr&#233;versibles de non-&#233;quilibre, l'apparition de la vie sur la Terre serait inconcevable. La th&#232;se selon laquelle la fl&#232;che du temps est seulement ph&#233;nom&#233;nologique est absurde. Ce n'est pas nous qui engendrons la fl&#232;che du temps. Bien au contraire, nous sommes ses enfants.... Pour la grande majorit&#233; des scientifiques, la thermodynamique devrait se limiter de mani&#232;re stricte &#224; l'&#233;quilibre. Pour eux, l'irr&#233;versibilit&#233; associ&#233;e &#224; un temps unidirectionnel &#233;tait une h&#233;r&#233;sie... Apr&#232;s mon expos&#233;, le plus grand expert en la mati&#232;re fit le commentaire suivant : &#034;je suis &#233;tonn&#233; que ce jeune homme soit tellement int&#233;ress&#233; par la physique de non &#233;quilibre. Les processus irr&#233;versibles sont transitoires. Pourquoi alors ne pas attendre et &#233;tudier l'&#233;quilibre comme tout le monde ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; tellement &#233;tonn&#233; que je n'ai pas eu la pr&#233;sence d'esprit de lui r&#233;pondre : &#034;Mais nous aussi nous sommes des &#234;tres transitoires. N'est il pas naturel de s'int&#233;resser &#224; notre condition humaine commune ?&#034; Contrairement aux syst&#232;mes soit &#224; l'&#233;quilibre soit proches de l'&#233;quilibre, les syst&#232;mes loin de l'&#233;quilibre ne conduisent plus &#224; un extremum d'une fonction telles que l'&#233;nergie libre o&#249; la production d'entropie. En cons&#233;quence, il n'est plus certain que les fluctuations soient amorties. Il est seulement possible de formuler les conditions suffisantes de stabilit&#233; que nous avons baptis&#233; &#034;crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution&#034;. Ce crit&#232;re met en jeu le m&#233;canisme des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge. Alors que &#224; l'&#233;quilibre et pr&#232;s de l'&#233;quilibre, les lois de la nature sont universelles, loin de l'&#233;quilibre elles deviennent sp&#233;cifiques, elles d&#233;pendent du type de processus irr&#233;versibles. Cette observation est conforme &#224; la vari&#233;t&#233; des comportements de la mati&#232;re que nous observons autour de nous. Loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re acquiert de nouvelles propri&#233;t&#233;s o&#249; les fluctuations, les instabilit&#233;s jouent un r&#244;le essentiel : la mati&#232;re devient active. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ilya Prigogine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un syst&#232;me va-t-il &#034;naturellement&#034; vers l'&#233;quilibre ?&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1ede07f33dca4cb8c80e14b231410fa8-4ddc9.jpg?1777541422' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/producteurs/science_en_cours/dossier_programmes/matiere_et_energie/pour_l_enseignement/loin_de_l_equilibre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve292&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;quilibre et le non-&#233;quilibre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2079&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Structures issues du non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article564&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'un syst&#232;me auto-organis&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les syst&#232;mes dynamiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ilya Prigogine et le non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre, &#233;quilibre et non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les syst&#232;mes auto-organis&#233;s et le non-&#233;quilibre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;On sait bien que...une langue est en fait un syst&#232;me. Les physiciens diraient : un syst&#232;me par nature loin de l'&#233;quilibre, c'est un syst&#232;me en perp&#233;tuel d&#233;s&#233;quilibre.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un a priori id&#233;ologique de &#034;la tendance &#224; l'&#233;quilibre&#034; comme un a priori du continu ou du lin&#233;aire, et il est aussi faux. Il n'y a pas de &#034;tendance naturelle&#034; vers l'&#233;quilibre plus que de tendance naturelle vers le continu ou vers le le lin&#233;aire. Bien des auteurs avaient confondu les lois avec une telle tendance &#224; l'&#233;quilibre... &lt;i&gt;&#034;Tout le monde convient qu'il y a &#233;quilibre entre deux corps quand les produits de leurs masses par leurs vitesses virtuelles, c'est-&#224;-dire par les vitesses avec lesquelles ils tendent &#224; se mouvoir, sont &#233;gaux de part et d'autre.&#034;&lt;/i&gt; &#233;crivait Jean le Rond d' Alembert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'&#233;quilibre est une morale bien plus qu'une observation li&#233;e &#224; l'&#233;tude de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique souligne bien des forces contraires, mais celles-ci, en se combattant, ne m&#232;nent pas &#224; un monde mort, sans mouvement. Le combat continue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein souligne que c'est la dynamique qui permet de maintenir un syst&#232;me : &lt;i&gt;&#034;La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'&#233;quilibre.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en physique, l'&#233;tude &#233;tant devenue celle des interactions plus que celle des objets, il devient absurde de parler d'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine &#233;crit dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a d&#233;couvert que quand vous allez loin de l'&#233;quilibre, par exemple, en consid&#233;rant une r&#233;action chimique, que vous emp&#234;chez d'arriver &#224; l'&#233;quilibre, se produisent des ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires que personne n'aurait cru possibles ; par exemple, des horloges chimiques. Une horloge chimique, qu'est-ce que c'est ? Prenons un exemple : vous avez des mol&#233;cules qui de rouges peuvent devenir bleues. Comment imaginez-vous voir ce ph&#233;nom&#232;ne ? Si vous pensez que les mol&#233;cules vont au hasard, vous allez voir des flashes de bleu, puis de flashes de rouge. Mais il se produit, loin de l'&#233;quilibre, dans d'importantes classes de r&#233;actions chimiques, des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Tout devient bleu, puis tout devient rouge, puis tout devient bleu, c'est-&#224;-dire qu'une coh&#233;rence na&#238;t, qui n'existe que loin de l'&#233;quilibre. (&#8230;) Donc, loin de l'&#233;quilibre, se produisent des ph&#233;nom&#232;nes ordonn&#233;s qui n'existent pas pr&#232;s de l'&#233;quilibre. Si vous chauffez un liquide par en-dessous, il se produit des tourbillons dans lesquels des milliards de milliards de mol&#233;cules se suivent l'une l'autre. De m&#234;me, un &#234;tre vivant, vous le savez bien, est un ensemble de rythmes, tels le rythme cardiaque, le rythme hormonal, le rythme des ondes c&#233;r&#233;brales, de division cellulaire, etc. Tous ces rythmes ne sont possibles que parce que l'&#234;tre vivant est loin de l'&#233;quilibre. Le non-&#233;quilibre, ce n'est pas du tout les tasses qui se cassent ; le non-&#233;quilibre, c'est la voie la plus extraordinaire que la nature ait invent&#233;e pour coordonner les ph&#233;nom&#232;nes, pour rendre possibles des ph&#233;nom&#232;nes complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, loin d'&#234;tre simplement un effet du hasard, les ph&#233;nom&#232;nes de non-&#233;quilibre sont notre acc&#232;s vers la complexit&#233;. Et des concepts comme l'auto-organisation loin de l'&#233;quilibre, ou de structure dissipative, sont aujourd'hui des lieux communs qui sont appliqu&#233;s dans des domaines nombreux, non seulement de la physique, mais de la sociologie, de l'&#233;conomie, et jusqu'&#224; l'anthropologie et la linguistique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que connaissons-nous comme syst&#232;mes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me nerveux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me climatique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me cardiaque
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me du vivant
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;me c&#233;r&#233;bral
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un fluide qui s'&#233;coule
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la chimie de r&#233;action-diffusion et r&#233;actions oscillantes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'atome
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;toile
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#234;tre vivant
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le syst&#232;mes quantiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes auto-organis&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes dynamiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes &#233;conomiques
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes sociaux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les syst&#232;mes &#233;cologiques&lt;br class='autobr' /&gt;
etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne va jamais vers l'&#233;quilibre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les syst&#232;mes dynamiques, la structure globale est fond&#233;e sur l'agitation interne et les &#233;changes avec l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains confondent l'existence d'une structure et de constantes avec l'&#233;quilibre, alors que cette structure et ces constantes proviennent de changement internes permanents et brutaux, de sauts. Par exemple, un syst&#232;me quantique saute sans cesse d'un &#233;tat &#224; un autre, mais il parvient ainsi &#224; maintenir certaines constantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'&#233;quilibre n'existe que comme approximation dans des cas tr&#232;s particuliers... C'est le cas de syst&#232;mes qui seraient totalement isol&#233;s de l'ext&#233;rieur... Il faut cependant diff&#233;rencier l'&#233;quilibre local et l'&#233;quilibre global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir &#233;quilibre &#224; un niveau fond&#233; sur le d&#233;s&#233;quilibre &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre (ou le d&#233;s&#233;quilibre) peut &#234;tre m&#233;canique, thermodynamique, chimique, particulaire, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;quilibre thermodynamique et &#224; son voisinage, l'uniformit&#233; spatiale et la stationnarit&#233; temporelle sont la r&#232;gle. Les fluctuations autour de ces &#233;tats sont bien contr&#244;l&#233;es et en un certain sens triviales. Les propri&#233;t&#233;s de transport sont gouvern&#233;es par un principe de r&#233;ponse lin&#233;aire. A l'inverse, d&#232;s que l'on s'int&#233;resse &#224; des situations hors &#233;quilibre, (en pr&#233;sence de contraintes ext&#233;rieures, ou au cours de relaxation extr&#234;mement lentes &#8211; dynamique vitreuse), on constate &#224; toutes les &#233;chelles l'&#233;mergence de comportements collectifs qui donnent naissance &#224; des formes et des dynamiques complexes, fractales ou multi-fractales ainsi qu'&#224; des propri&#233;t&#233;s de transport anormales. Les fluctuations autour de ces comportements globaux sont le plus souvent singuli&#232;res ; elles pr&#233;sentent des &#233;v&#232;nements extr&#234;mes significatifs qui peuvent dominer les effets moyens et sont tr&#232;s sensibles aux effets de taille finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors &#233;quilibre, les fluctuations &#8211;spatiales et temporelles - peuvent alors devenir extr&#234;mement importantes et il n'est plus du tout &#233;vident de d&#233;finir le comportement &#171; typique &#187; du syst&#232;me comme une moyenne sur ces fluctuations. Comment par exemple d&#233;finir la r&#233;sistance &#224; la rupture d'un mat&#233;riau lorsque celle-ci est enti&#232;rement dict&#233;e par le d&#233;faut le plus important ? Comment faire une pr&#233;vision m&#233;t&#233;orologique lorsque celle-ci est sensible &#224; une petite perturbation locale ? Comment &#233;tablir une strat&#233;gie de gestion de risque sur les march&#233;s hautement volatiles ? Un des enjeux de la physique du 21&#232;me si&#232;cle sera de d&#233;velopper les formalismes permettant de caract&#233;riser la statistique des fluctuations observ&#233;es dans ces syst&#232;mes hors &#233;quilibre. Il s'agira en particulier d'&#234;tre en mesure (i) de d&#233;finir clairement la notion de comportements &#171; typiques &#187;, (ii) de reproduire les mises &#224; l'&#233;chelle de ces comportements dits typiques et (iii) d'&#233;tendre la notion de th&#233;or&#232;mes fluctuation-dissipation dans ces syst&#232;mes hors &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat stationnaire d'un syst&#232;me maintenu loin de l'&#233;quilibre ne peut pas &#234;tre d&#233;crit par les lois fondamentales de la thermodynamique et de la physique statistique (par exemple, le courant transport&#233; dans une barre de m&#233;tal en contact avec deux thermostats &#224; des potentiels ou des temp&#233;ratures diff&#233;rentes). Il n'existe aujourd'hui aucune th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des syst&#232;mes hors d'&#233;quilibre : on ne dispose ni d'une description macroscopique &#224; partir de fonctions d'&#233;tats (qui remplaceraient l'entropie ou l'&#233;nergie libre), ni de principe combinatoire &#224; l'&#233;chelle microscopique (qui g&#233;n&#233;raliserait la loi de Boltzmann et la fonction de partition). Toutefois, des avanc&#233;es remarquables ont &#233;t&#233; accomplies durant la derni&#232;re d&#233;cennie : ces r&#233;sultats, appel&#233;s th&#233;or&#232;mes de fluctuation, montrent que l'on peut quantifier les fluctuations atypiques d'un syst&#232;me hors d'&#233;quilibre par des fonctions de grandes d&#233;viations, qui pourraient jouer un r&#244;le analogue &#224; celui des potentiels thermodynamiques. En outre, les fonctions de grandes d&#233;viations v&#233;rifient des relations de sym&#233;trie remarquables (dues notamment &#224; Gallavotti, Cohen, et Jarzynski) qui g&#233;n&#233;ralisent, loin de l'&#233;quilibre, les relations d'Einstein et d'Onsager (qui ne sont valides qu'au voisinage de l'&#233;quilibre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes fond&#233;s sur des r&#233;troactions produisent des structures, mais celles-ci ne sont pas des &#233;quilibres stables. Ils sautent d'un niveau &#224; un autre brutalement. Par exemple, l'histoire de la terre est celle de tels sauts brutaux dus &#224; des causes internes ou externes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cerveau n'est pas un &#233;quilibre entre les deux h&#233;misph&#232;res, mais un combat permanent entre eux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de la cellule n'est pas un &#233;quilibre entre g&#232;nes et prot&#233;ines de la vie et de la mort, mais un combat permanent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s, le seul &#233;quilibre possible est la fin de la dynamique, c'est-&#224;-dire la mort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un objet qui semble immobile est sujet aux mouvement brownien des mol&#233;cules issu de l'agitation particulaire permanente, lui-m&#234;me caus&#233; par l'agitation &#233;nerg&#233;tique du vide quantique qui ne cesse jamais. La mort n'existe pas &#224; ce niveau. Jamais le vide n'atteint un &#233;quilibre stable. Il est sans cesse sujet &#224; des sautes d'&#233;nergie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dynamique peut admettre bien plus qu'un ou quelques points d'&#233;quilibre, mais une infinit&#233;. C'est l'attracteur de cette dynamique. Et cela peut &#234;tre un &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article706&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attracteur &#233;trange&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine et Isabelle Stengers dans &#171; La nouvelle alliance &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Donc, loin d'&#234;tre simplement un effet du hasard, les ph&#233;nom&#232;nes de non-&#233;quilibre sont notre acc&#232;s vers la complexit&#233;. Et des concepts comme l'auto-organisation loin de l'&#233;quilibre, ou de structure dissipative, sont aujourd'hui des lieux communs qui sont appliqu&#233;s dans des domaines nombreux, non seulement de la physique, mais de la sociologie, de l'&#233;conomie, et jusqu'&#224; l'anthropologie et la linguistique. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine dans &#171; Temps &#224; devenir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi n'est pas &#034;simplement&#034; l'&#233;quilibre. Hegel disait d&#233;j&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La loi ne va pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne. Au contraire, le royaume des lois est l'image &#034;calme&#034; du monde existant ou &#233;mergeant.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Plusieurs choses sont en interaction par leurs propri&#233;t&#233;s. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est dans l'unit&#233; de l'apparence et de l'existence. Cette unit&#233; est la loi du ph&#233;nom&#232;ne. La loi est donc le positif dans la m&#233;diation de ce qui appara&#238;t. C'est le reflet du ph&#233;nom&#232;ne dans son identit&#233; avec lui-m&#234;me. Cette identit&#233;, le fondement du ph&#233;nom&#232;ne qui constitue la loi, est un moment propre du ph&#233;nom&#232;ne... La loi est donc non au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui imm&#233;diatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#034;La doctrine de l'Essence&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Commentaire de L&#233;nine sur cette phrase dans &#034;Cahiers sur la dialectique de Hegel&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est une d&#233;finition remarquablement juste (en particulier, le mot &#034;tranquille&#034;). La loi prend ce qui est tranquille - et c'est pourquoi la loi, toute loi, est &#233;troite, incompl&#232;te, approximative.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les id&#233;es et l'oeuvre d'Ilya Prigogine</title>
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		<dc:date>2010-08-12T20:29:25Z</dc:date>
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		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-3905.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH235/-3905-9047f.jpg?1777541422' width='500' height='235' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; s'inscrit dans la mati&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas &#034;cr&#233;&#233;e&#034; par des conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre ; ce sont les conditions macroscopiques d'&#233;quilibre qui emp&#234;chent la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, de se manifester par des effets macroscopiques.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance et de collision et nous pouvons donc nous attendre &#224; retrouver des ph&#233;nom&#232;nes intrins&#232;quement irr&#233;versibles.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine dans un expos&#233; sur le temps &#224; la conf&#233;rence Marc-Bloch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique120&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici - Read Here&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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