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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>&#171; L'&#233;volution comme fait et th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould - Gould, Evolution as Fact and Theory</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; L'&#233;volution comme fait et comme th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Kirtley Mather, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; l'&#226;ge de quatre-vingt-dix ans, &#233;tait un pilier de la science et de la religion chr&#233;tienne en Am&#233;rique et l'un de mes amis les plus chers. La diff&#233;rence d'&#226;ge entre nous d'un demi-si&#232;cle s'est &#233;vapor&#233;e aujourd'hui devant nos centres d'int&#233;r&#234;t communs. La chose la plus curieuse que nous ayons partag&#233;e est une bataille que nous avons men&#233;e en ayant le m&#234;me &#226;ge. Car Kirtley &#233;tait all&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#233;volution comme fait et comme th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirtley Mather, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; l'&#226;ge de quatre-vingt-dix ans, &#233;tait un pilier de la science et de la religion chr&#233;tienne en Am&#233;rique et l'un de mes amis les plus chers. La diff&#233;rence d'&#226;ge entre nous d'un demi-si&#232;cle s'est &#233;vapor&#233;e aujourd'hui devant nos centres d'int&#233;r&#234;t communs. La chose la plus curieuse que nous ayons partag&#233;e est une bataille que nous avons men&#233;e en ayant le m&#234;me &#226;ge. Car Kirtley &#233;tait all&#233; au Tennessee avec Clarence Darrow pour t&#233;moigner en faveur de l'&#233;volution lors du proc&#232;s Scopes de 1925. Quand je pense que nous sommes de nouveau plong&#233;s dans le m&#234;me combat pour l'un des concepts les mieux document&#233;s, les plus convaincants et les plus excitants de toute la science, je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les principes id&#233;alis&#233;s du discours scientifique, la r&#233;activation de questions en suspens devrait refl&#233;ter l'apparition de nouvelles donn&#233;es qui redonnent vie &#224; des notions abandonn&#233;es. Ceux qui sont en dehors du d&#233;bat actuel peuvent donc &#234;tre excus&#233;s de soup&#231;onner que les cr&#233;ationnistes ont propos&#233; quelque chose de nouveau ou que les &#233;volutionnistes ont g&#233;n&#233;r&#233; de graves probl&#232;mes internes. Mais rien n'a chang&#233;. Les cr&#233;ationnistes n'ont pr&#233;sent&#233; aucun nouveau fait ou argument neuf. Darrow et Bryan &#233;taient au moins plus divertissants que nos antagonistes moins importants d'aujourd'hui. La mont&#233;e du cr&#233;ationnisme n'est que politique, purement et simplement ; elle repr&#233;sente un probl&#232;me (et nullement la pr&#233;occupation majeure), celui de la r&#233;surrection du droit &#233;vang&#233;lique. Les arguments, qui semblaient d&#233;j&#224; bizarres il y a &#224; peine une d&#233;cennie, sont revenus sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque fondamentale des cr&#233;ationnistes modernes s'effondre sous deux chefs g&#233;n&#233;raux d'accusation, avant m&#234;me que nous n'atteignions les d&#233;tails factuels suppos&#233;s de leur assaut contre l'&#233;volution. Premi&#232;rement, ils jouent sur une incompr&#233;hension vernaculaire du mot &#034;th&#233;orie&#034; pour donner la fausse impression que nous, les &#233;volutionnistes, dissimulons le c&#339;ur pourri de notre &#233;difice. Deuxi&#232;mement, ils utilisent &#224; mauvais escient une philosophie scientifique populaire pour affirmer qu'ils se comportent de mani&#232;re scientifique lorsqu'ils attaquent l'&#233;volution. Pourtant, la m&#234;me philosophie d&#233;montre que leur propre conviction n'est pas la science et que le &#034;cr&#233;ationnisme scientifique&#034; est une expression d&#233;nu&#233;e de sens et contradictoire, &#224; l'exemple de ce que M. Orwell a appel&#233; la &#034;fausse nouvelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le langage am&#233;ricain, &#171; th&#233;orie &#187; signifie souvent &#171; fait imparfait &#187; - une partie d'une hi&#233;rarchie de confiance allant de la th&#233;orie &#224; l'hypoth&#232;se &#224; deviner. Ainsi, les cr&#233;ationnistes peuvent (et font) argumenter : l'&#233;volution n'est &#034;qu'une&#034; th&#233;orie et un d&#233;bat intense fait actuellement rage sur de nombreux aspects de la th&#233;orie. Si l'&#233;volution est moins qu'un fait et que les scientifiques ne peuvent m&#234;me pas se d&#233;cider sur la th&#233;orie, quelle confiance pouvons-nous avoir &#224; son &#233;gard ? En effet, le pr&#233;sident Reagan a repris cet argument devant un groupe &#233;vang&#233;lique de Dallas lorsqu'il a d&#233;clar&#233; (ce que j'esp&#232;re sinc&#232;rement n'&#234;tre qu'un discours de campagne) : &#034;C'est une th&#233;orie. C'est une th&#233;orie scientifique et ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; contest&#233;es dans le monde de la science, c'est-&#224;-dire que la communaut&#233; scientifique n'est pas aussi infaillible qu'elle &#233;tait autrefois. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, l'&#233;volution est une th&#233;orie. C'est aussi un fait. Et les faits et les th&#233;ories sont des choses diff&#233;rentes, pas des &#233;chelons dans une hi&#233;rarchie de certitude croissante. Les faits sont les donn&#233;es du monde. Les th&#233;ories sont des structures d'id&#233;es qui expliquent et interpr&#232;tent des faits. Les faits ne disparaissent pas lorsque les scientifiques d&#233;battent de th&#233;ories rivales pour les expliquer. La th&#233;orie de la gravitation d'Einstein a remplac&#233; celle de Newton, mais les pommes ne se sont pas suspendues dans les airs, en attendant le r&#233;sultat. Et les humains ont &#233;volu&#233; &#224; partir d'anc&#234;tres semblables, qu'ils l'aient fait par le m&#233;canisme propos&#233; par Darwin ou par un autre, qui reste &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, &#171; fait &#187; ne signifie pas &#171; certitude absolue &#187;. Les preuves finales de la logique et des math&#233;matiques d&#233;coulent d&#233;ductivement des pr&#233;misses d&#233;clar&#233;es et n'atteignent la certitude que parce qu'elles ne concernent pas le monde empirique. Les &#233;volutionnistes ne revendiquent pas la v&#233;rit&#233; perp&#233;tuelle, bien que les cr&#233;ationnistes le fassent souvent (et nous attaquent ensuite pour un style d'argument qu'ils pr&#233;f&#232;rent eux-m&#234;mes). En science, &#034;fait&#034; ne peut signifier que &#034;confirm&#233; &#224; un degr&#233; tel qu'il serait pervers de refuser l'assentiment provisoire&#034;. Je suppose que les pommes vont commencer &#224; pousser demain, mais cette possibilit&#233; ne m&#233;rite pas autant de temps que les cours de physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutionnistes ont &#233;t&#233; clairs au sujet de cette distinction entre fait et th&#233;orie d&#232;s le d&#233;but, ne serait-ce que parce que nous avons toujours reconnu &#224; quel point nous sommes loin de comprendre compl&#232;tement les m&#233;canismes (th&#233;orie) par lesquels l'&#233;volution (fait) s'est produite. Darwin a continuellement soulign&#233; la diff&#233;rence entre ses deux grandes r&#233;alisations distinctes : &#233;tablir le fait de l'&#233;volution et proposer une th&#233;orie - la s&#233;lection naturelle - pour expliquer le m&#233;canisme de l'&#233;volution. Il a &#233;crit dans La descendance de l'homme : &#171; J'avais deux objets distincts en vue ; premi&#232;rement, pour montrer que les esp&#232;ces n'avaient pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es s&#233;par&#233;ment, et deuxi&#232;mement, que la s&#233;lection naturelle avait &#233;t&#233; le principal agent de changement. . . . Par cons&#233;quent, si j'ai err&#233; en. . . ayant exag&#233;r&#233; le pouvoir de sa [s&#233;lection naturelle]. . . Comme je l'esp&#232;re, j'ai au moins rendu de bons services en aidant &#224; renverser le dogme des cr&#233;ations s&#233;par&#233;es. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Darwin a reconnu le caract&#232;re provisoire de la s&#233;lection naturelle tout en affirmant le fait de l'&#233;volution. Le d&#233;bat th&#233;orique fructueux initi&#233; par Darwin n'a jamais cess&#233;. &#192; partir des ann&#233;es 1940 jusqu'aux ann&#233;es 1960, la propre th&#233;orie de Darwin sur la s&#233;lection naturelle r&#233;alisa une h&#233;g&#233;monie temporaire qu'elle ne connut jamais de son vivant. Mais un d&#233;bat renouvel&#233; caract&#233;rise notre d&#233;cennie et, m&#234;me si aucun biologiste ne met en doute l'importance de la s&#233;lection naturelle, beaucoup doutent de son omnipr&#233;sence. En particulier, de nombreux &#233;volutionnistes affirment que des quantit&#233;s substantielles de changement g&#233;n&#233;tique peuvent ne pas &#234;tre soumises &#224; la s&#233;lection naturelle et se propager au hasard dans les populations. D'autres contestent le lien de Darwin entre la s&#233;lection naturelle et un changement graduel et imperceptible &#224; travers tous les degr&#233;s interm&#233;diaires ; ils soutiennent que la plupart des &#233;v&#233;nements &#233;volutifs peuvent survenir beaucoup plus rapidement que ne le pr&#233;voyait Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques consid&#232;rent les d&#233;bats sur des questions th&#233;oriques fondamentales comme un signe de sant&#233; intellectuelle et une source d'enthousiasme. La science est - et comment puis-je le dire autrement - le plus amusant des jeux d'id&#233;es int&#233;ressantes, l'examen de leurs implications et la reconnaissance du fait que des informations anciennes peuvent &#234;tre expliqu&#233;es de mani&#232;re &#233;tonnamment nouvelle. La th&#233;orie de l'&#233;volution profite maintenant de cette vigueur peu commune. Pourtant, au milieu de toute cette tourmente, aucun biologiste n'a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; douter du fait que l'&#233;volution ait eu lieu ; nous discutons comment cela s'est pass&#233;. Nous essayons tous d'expliquer la m&#234;me chose : l'arbre de descendance &#233;volutive reliant tous les organismes par des liens de g&#233;n&#233;alogie. Les cr&#233;ationnistes pervertissent et caricaturent ce d&#233;bat en n&#233;gligeant de mani&#232;re commode la conviction commune qui le sous-tend et en sugg&#233;rant &#224; tort que les &#233;volutionnistes doutent maintenant du ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me que nous avons du mal &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les cr&#233;ationnistes affirment que &#034;le dogme des cr&#233;ations s&#233;par&#233;es&#034;, comme l'avait d&#233;crit Darwin il y a un si&#232;cle, est une th&#233;orie scientifique m&#233;ritant l'&#233;galit&#233; avec l'&#233;volution des programmes de biologie au lyc&#233;e. Mais un point de vue populaire parmi les philosophes de la science contredit cet argument cr&#233;ationniste. Le philosophe Karl Popper a soutenu pendant des d&#233;cennies que le crit&#232;re principal de la science &#233;tait de prouver ou pas la fausset&#233; de ses th&#233;ories. Nous ne pouvons jamais prouver absolument, mais nous pouvons falsifier. Un ensemble d'id&#233;es qui ne peuvent pas, en principe, &#234;tre falsifi&#233;es n'est pas de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble du programme cr&#233;ationniste ne comporte gu&#232;re plus qu'une tentative rh&#233;torique de falsifier l'&#233;volution en pr&#233;sentant des contradictions suppos&#233;es parmi ses partisans. Leur type de cr&#233;ationnisme, pr&#233;tendent-ils, est &#034;scientifique&#034; car il suit le mod&#232;le popp&#233;rien en essayant de d&#233;molir l'&#233;volution. Pourtant, l'argumentation de Popper doit s'appliquer dans les deux sens. On ne devient pas scientifique du simple fait d'essayer de falsifier un syst&#232;me concurrent et v&#233;ritablement scientifique ; il faut pr&#233;senter un syst&#232;me alternatif qui r&#233;ponde &#233;galement au crit&#232;re de Popper - il doit &#233;galement &#234;tre falsifiable en principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;cr&#233;ationnisme scientifique&#034; est une expression contradictoire et absurde, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne peut &#234;tre falsifi&#233;e. Je peux envisager des observations et des exp&#233;riences qui r&#233;futeraient toute th&#233;orie de l'&#233;volution que je connaisse, mais je ne peux pas imaginer quelles donn&#233;es potentielles pourraient amener les cr&#233;ationnistes &#224; abandonner leurs croyances. Les syst&#232;mes imbattables sont un dogme et non une science. De peur que je paraisse dur ou rh&#233;torique, je cite le principal intellectuel du cr&#233;ationnisme, Duane Gish, Ph.D. de son livre r&#233;cent (1978), Evolution ? Les fossiles disent non ! &#034;Par cr&#233;ation, nous entendons la cr&#233;ation par un Cr&#233;ateur surnaturel des esp&#232;ces de base de plantes et d'animaux par le processus de cr&#233;ation soudaine ou fiat. Nous ne savons pas comment le Cr&#233;ateur a cr&#233;&#233;, quel processus il a utilis&#233;, car il a utilis&#233; des processus C'est pourquoi nous nous r&#233;f&#233;rons &#224; la cr&#233;ation en tant que cr&#233;ation sp&#233;ciale. Nous ne pouvons rien d&#233;couvrir des recherches scientifiques sur les processus de cr&#233;ation employ&#233;s par le Cr&#233;ateur. &#034; Docteur Gish, je vous en prie, &#224; la lumi&#232;re de votre derni&#232;re phrase, qu'est donc le cr&#233;ationnisme scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre confiance que l'&#233;volution a eu lieu repose sur trois arguments g&#233;n&#233;raux. Premi&#232;rement, nous disposons de nombreuses preuves d'observation, observ&#233;es par l'observation, de l'&#233;volution en action, &#224; la fois sur le terrain et en laboratoire. Ces preuves vont d'innombrables exp&#233;riences sur le changement dans presque tout ce qui concerne les mouches des fruits soumises &#224; une s&#233;lection artificielle en laboratoire aux fameuses populations de papillons de nuit britanniques qui sont devenues noires lorsque la suie industrielle a assombri les arbres sur lesquels reposent les papillons de nuit. (Les papillons acqui&#232;rent une protection contre les pr&#233;dateurs d'oiseaux perspicaces en se fondant dans le d&#233;cor.) Les cr&#233;ationnistes ne nient pas ces observations. comment pourraient-ils ? Les cr&#233;ationnistes ont resserr&#233; leur loi. Ils soutiennent maintenant que Dieu n'a cr&#233;&#233; que &#034;des types de base&#034; et a permis des m&#233;andres d'&#233;volution limit&#233;s en eux. Ainsi, les caniches jouets et les grands Danois appartiennent au genre de chien et les papillons de nuit peuvent changer de couleur, mais la nature ne peut pas convertir un chien en chat ou un singe en homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deuxi&#232;me et troisi&#232;me arguments en faveur de l'&#233;volution - l'argument en faveur de changements majeurs - n'impliquent pas l'observation directe de l'&#233;volution en action. Ils reposent sur des inf&#233;rences, mais ne sont pas moins s&#251;rs pour cette raison. Un changement &#233;volutif majeur n&#233;cessite trop de temps pour l'observation directe &#224; l'&#233;chelle de l'histoire humaine enregistr&#233;e. Toutes les sciences historiques reposent sur l'inf&#233;rence et l'&#233;volution n'est pas diff&#233;rente de la g&#233;ologie, de la cosmologie ou de l'histoire humaine &#224; cet &#233;gard. En principe, nous ne pouvons pas observer les processus qui ont fonctionn&#233; dans le pass&#233;. Nous devons les d&#233;duire des r&#233;sultats qui nous entourent encore : organismes vivants et fossiles pour l'&#233;volution, documents et artefacts pour l'histoire humaine, strates et topographie pour la g&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me argument - que l'imperfection de la nature r&#233;v&#232;le l'&#233;volution - frappe beaucoup d'individus avec ironie, car ils estiment que l'&#233;volution devrait &#234;tre pr&#233;sent&#233;e avec le plus grand &#233;l&#233;gance dans l'adaptation presque parfaite exprim&#233;e par certains organismes - le cambrage de l'aile d'un go&#233;land ou des papillons qui ne peuvent &#234;tre vu dans la liti&#232;re au sol parce qu'ils imitent les feuilles si pr&#233;cis&#233;ment. Mais la perfection peut &#234;tre impos&#233;e par un cr&#233;ateur avis&#233; ou &#233;volu&#233;e par s&#233;lection naturelle. La perfection recouvre les traces de l'histoire pass&#233;e. Et l'histoire pass&#233;e - l'&#233;vidence de la descendance - est la marque de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution r&#233;side dans les imperfections qui enregistrent une histoire de descendance. Pourquoi un rat qui court, une mouche ou une chauve-souris qui vole, un marsouin qui nage, et moi qui tape cet essai avons nous des structures construites avec les m&#234;mes os, sinon que nous ne les avons tous h&#233;rit&#233;s d'un anc&#234;tre commun ? Un ing&#233;nieur, partant de z&#233;ro, pourrait concevoir de meilleurs membres dans chaque cas. Pourquoi tous les grands mammif&#232;res indig&#232;nes d'Australie devraient-ils &#234;tre des marsupiaux, &#224; moins qu'ils ne descendent d'un anc&#234;tre commun isol&#233; sur ce continent insulaire ? Les marsupiaux ne sont pas &#034;meilleurs&#034; ni id&#233;aux pour l'Australie ; beaucoup ont &#233;t&#233; extermin&#233;s par des mammif&#232;res placentaires import&#233;s par l'homme d'autres continents. Ce principe d'imperfection s'&#233;tend &#224; toutes les sciences historiques. Lorsque nous reconnaissons l'&#233;tymologie de septembre, octobre, novembre et d&#233;cembre (septi&#232;me, huiti&#232;me, neuvi&#232;me et dixi&#232;me mois), nous savons que l'ann&#233;e a commenc&#233; en mars ou que deux mois suppl&#233;mentaires doivent avoir &#233;t&#233; ajout&#233;s &#224; un calendrier original de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me argument est plus direct : les transitions se trouvent souvent dans les archives fossiles. Les transitions conserv&#233;es ne sont pas courantes - et ne devraient pas l'&#234;tre, selon notre compr&#233;hension de l'&#233;volution (voir section suivante), mais elles ne manquent pas totalement, comme le pr&#233;tendent souvent les cr&#233;ationnistes. La m&#226;choire inf&#233;rieure des reptiles contient plusieurs os, celle des mammif&#232;res un seul. Les m&#226;choires de non-mammif&#232;res sont r&#233;duites, &#233;tape par &#233;tape, chez les anc&#234;tres mammif&#232;res jusqu'&#224; ce qu'elles deviennent de minuscules fragments situ&#233;es &#224; l'arri&#232;re de la m&#226;choire. Les os &#034;marteau&#034; et &#034;enclume&#034; de l'oreille de mammif&#232;re sont les descendants de ces fragments. Comment une telle transition pourrait-elle &#234;tre accomplie ? se demandent les cr&#233;ationnistes. S&#251;rement un os est soit enti&#232;rement dans la m&#226;choire soit enti&#232;rement dans l'oreille. Pourtant, les pal&#233;ontologues ont d&#233;couvert deux lign&#233;es de transition de th&#233;rapsides (les soi-disant reptiles ressemblant &#224; des mammif&#232;res) avec une double articulation de la m&#226;choire - l'une compos&#233;e de vieux os quadratiques et articulaires (qui deviendront bient&#244;t le marteau et l'enclume), l'autre des os &#171; squamosal &#187; et &#171; dentaire &#187; (comme chez les mammif&#232;res modernes). &#192; ce propos, quelle meilleure forme de transition pourrions-nous esp&#233;rer trouver que le plus vieil homme, Australopithecus afarensis, avec son palais ressemblant &#224; celui de l'autre, sa position humaine dress&#233;e et une capacit&#233; cr&#226;nienne plus grande que celle de tout singe de m&#234;me taille, mais de 1 000 centim&#232;tres cubes en dessous de la n&#244;tre ? Si Dieu a cr&#233;&#233; chacune des demi-douzaines d'esp&#232;ces humaines d&#233;couvertes dans d'anciennes roches, pourquoi a-t-il cr&#233;&#233; une s&#233;quence temporelle ininterrompue de caract&#233;ristiques de plus en plus modernes - capacit&#233; cr&#226;nienne croissante, visage et dents r&#233;duits, corps plus grand ? L'a-t-il cr&#233;&#233; pour imiter l'&#233;volution et tester ainsi notre foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces faits d'&#233;volution et &#224; la faillite philosophique de leur propre position, les cr&#233;ationnistes s'appuient sur la distorsion et les insinuations pour &#233;tayer leurs pr&#233;tentions rh&#233;toriques. Si je parais tranchant ou amer, je le suis, car je suis devenu une cible majeure de ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me compte parmi les &#233;volutionnistes qui plaident pour un rythme de changement saccad&#233; ou &#233;pisodique plut&#244;t que progressif. En 1972, mon coll&#232;gue Niles Eldredge et moi avons d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;. Nous avons fait valoir que deux faits saillants des archives fossiles - l'origine g&#233;ologique &#034;soudaine&#034; de nouvelles esp&#232;ces et l'incapacit&#233; &#224; changer par la suite (stase) - refl&#232;tent les pr&#233;dictions de la th&#233;orie de l'&#233;volution, et non les imperfections des archives fossiles. Dans la plupart des th&#233;ories, les petites populations isol&#233;es sont la source de nouvelles esp&#232;ces et le processus de sp&#233;ciation prend des milliers ou des dizaines de milliers de ann&#233;es. Ce temps, aussi long par rapport &#224; nos vies, est une microseconde g&#233;ologique. Cela repr&#233;sente beaucoup moins de 1% de la dur&#233;e de vie moyenne d'une esp&#232;ce d'invert&#233;br&#233;s fossiles, soit plus de dix millions d'ann&#233;es. En revanche, les esp&#232;ces de grande taille, r&#233;pandues et bien &#233;tablies ne devraient pas beaucoup changer. Nous pensons que l'inertie des grandes populations explique la stase de la plupart des esp&#232;ces fossiles au cours de millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons propos&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; en grande partie pour fournir une explication diff&#233;rente des tendances omnipr&#233;sentes dans les archives fossiles. Nous avons fait valoir que les tendances ne peuvent &#234;tre attribu&#233;es &#224; une transformation progressive au sein de lignages, mais doivent d&#233;couler du succ&#232;s diff&#233;rent de certains types d'esp&#232;ces. Nous avons fait valoir qu'une tendance s'apparentait davantage &#224; monter un escalier (ponctu&#233; et stase) qu'&#224; enrouler un plan inclin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que nous avons propos&#233; des &#233;quilibres ponctu&#233;s pour expliquer les tendances, il est exasp&#233;rant d'&#234;tre cit&#233; &#224; maintes reprises par les cr&#233;ationnistes - que ce soit par ma conception ou par leur stupidit&#233; - car je reconnais que les fossiles ne comprennent aucune forme transitoire. Les formes de transition font g&#233;n&#233;ralement d&#233;faut au niveau des esp&#232;ces, mais elles sont abondantes entre les grands groupes. Pourtant, un pamphlet intitul&#233; &#034;Les scientifiques de Harvard sont d'avis que l'&#233;volution est un canular&#034; d&#233;clare : &#034;Les faits d'&#233;quilibre ponctu&#233; que Gould et Eldredge&#8230; forcent les darwinistes &#224; avaler le tableau sur lequel Bryan a insist&#233; et que Dieu nous a r&#233;v&#233;l&#233; dans la Bible. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant la distorsion, plusieurs cr&#233;ationnistes ont assimil&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; &#224; une caricature des croyances de Richard Goldschmidt, un grand g&#233;n&#233;ticien. Goldschmidt a expliqu&#233;, dans un livre c&#233;l&#232;bre publi&#233; en 1940, que de nouveaux groupes peuvent na&#238;tre en m&#234;me temps par le biais de mutations majeures. Il a qualifi&#233; ces cr&#233;atures subitement transform&#233;es de &#034;monstres pleins d'espoir&#034;. (Je suis attir&#233; par certains aspects de la version non caricatur&#233;e, mais la th&#233;orie de Goldschmidt n'a toujours rien &#224; voir avec l'&#233;quilibre ponctu&#233; - voir les essais de la section 3 et mon essai explicite sur Goldschmidt dans The Pandas Thumb.) la th&#233;orie des monstres &#224; l'&#233;quilibre &#233;quilibr&#233;e &#034;et dit &#224; ses lecteurs optimistes que&#034; cela &#233;quivaut &#224; un aveu tacite selon lequel les anti-&#233;volutionnistes ont raison d'affirmer qu'il n'y a aucune preuve fossile &#224; l'appui de la th&#233;orie selon laquelle toute vie est li&#233;e &#224; un anc&#234;tre commun &#034;. Duane Gish &#233;crit : &#034;Selon Goldschmidt, et maintenant apparemment selon Gould, un reptile a pondu un oeuf &#224; partir duquel le premier oiseau, les plumes et tout le reste, ont &#233;t&#233; produits&#034;. Tous les &#233;volutionnistes qui croyaient que de telles absurdit&#233;s seraient &#224; juste titre ridiculis&#233;s du stade intellectuel ; Pourtant, la seule th&#233;orie qui puisse jamais envisager un tel sc&#233;nario pour l'origine des oiseaux est le cr&#233;ationnisme - Dieu agissant dans l'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#224; la fois f&#226;ch&#233; et amus&#233; par les cr&#233;ationnistes ; mais surtout je suis profond&#233;ment triste. Triste pour plusieurs raisons. Triste parce que beaucoup de gens qui r&#233;pondent aux appels cr&#233;ationnistes sont troubl&#233;s pour la bonne raison, mais ils expriment leur col&#232;re contre la mauvaise cible. Il est vrai que les scientifiques ont souvent &#233;t&#233; dogmatiques et &#233;litistes. Il est vrai que nous avons souvent laiss&#233; l'image publicitaire &#224; rev&#234;tement blanc nous repr&#233;senter : &#034;Les scientifiques disent que la marque X gu&#233;rit les oignons dix fois plus vite que ...&#034; Nous ne l'avons pas combattue de mani&#232;re ad&#233;quate car nous tirons des b&#233;n&#233;fices de notre apparition en tant que nouveau sacerdoce. Il est &#233;galement vrai que le pouvoir d'&#201;tat sans visage et bureaucratique s'impose de plus en plus dans nos vies et supprime les choix qui devraient appartenir aux individus et aux communaut&#233;s. Je peux comprendre que les programmes scolaires, impos&#233;s d'en haut et sans intervention locale, puissent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une insulte de plus pour tous ces motifs. Mais le coupable n'est ni ne peut &#234;tre l'&#233;volution ou tout autre fait du monde naturel. Identifiez et combattez nos ennemis l&#233;gitimes par tous les moyens, mais nous ne sommes pas parmi eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis triste parce que le r&#233;sultat concret de ce brouhaha ne sera pas &#233;tendu &#224; la cr&#233;ation (ce qui me rendrait triste &#233;galement), mais &#224; la r&#233;duction ou &#224; l'excision de l'&#233;volution des programmes d'&#233;tudes secondaires. L'&#233;volution est l'une des douze &#171; grandes id&#233;es &#187; d&#233;velopp&#233;es par la science. Il aborde les questions profondes de la g&#233;n&#233;alogie qui nous fascinent tous - le ph&#233;nom&#232;ne des &#034;racines&#034; au sens large. D'o&#249; sommes-nous venus ? O&#249; est n&#233;e la vie ? Comment s'est-il d&#233;velopp&#233; ? Quel est le lien entre les organismes ? Cela nous oblige &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; nous &#233;merveiller. Devons-nous priver des millions de ces connaissances et enseigner une fois de plus la biologie comme un ensemble de faits sombres et sans lien entre eux, sans le fil qui relie une mati&#232;re diverse &#224; une unit&#233; souple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, je suis attrist&#233; par une tendance que je commence &#224; peine &#224; discerner parmi mes coll&#232;gues. Je sens que certains souhaitent maintenant mettre un terme au d&#233;bat sain sur la th&#233;orie qui a donn&#233; une nouvelle vie &#224; la biologie de l'&#233;volution. Il fournit de l'eau aux moulins cr&#233;ationnistes, disent-ils, m&#234;me si ce n'est que par distorsion. Peut-&#234;tre devrions-nous nous coucher bas et nous rassembler autour du drapeau du darwinisme strict, du moins pour le moment - une sorte de religion d'antan de notre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous devrions emprunter une autre m&#233;taphore et reconna&#238;tre que nous aussi devons suivre un chemin rectiligne et &#233;troit, entour&#233; de routes menant &#224; la perdition. Car si nous commen&#231;ons &#224; r&#233;primer notre qu&#234;te de comprendre la nature, d'&#233;touffer notre propre enthousiasme intellectuel dans un effort malavis&#233; de pr&#233;senter un front uni l&#224; o&#249; il n'existe pas et ne devrait pas exister, alors nous sommes vraiment perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, &#171; L'&#233;volution comme fait et th&#233;orie &#187;, Discover 2 (mai 1981) : 34-37 ; Reproduit ici avec la permission de Hen's Teeth et de Horse's Toes, New York : W.W. Norton &amp; Company, 1994, p. 253-262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould, Evolution as Fact and Theory&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Evolution as Fact and Theory&#8221;, by Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirtley Mather, who died last year at age ninety, was a pillar of both science and Christian religion in America and one of my dearest friends. The difference of a half-century in our ages evaporated before our common interests. The most curious thing we shared was a battle we each fought at the same age. For Kirtley had gone to Tennessee with Clarence Darrow to testify for evolution at the Scopes trial of 1925. When I think that we are enmeshed again in the same struggle for one of the best documented, most compelling and exciting concepts in all of science, I don't know whether to laugh or cry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to idealized principles of scientific discourse, the arousal of dormant issues should reflect fresh data that give renewed life to abandoned notions. Those outside the current debate may therefore be excused for suspecting that creationists have come up with something new, or that evolutionists have generated some serious internal trouble. But nothing has changed ; the creationists have presented not a single new fact or argument. Darrow and Bryan were at least more entertaining than we lesser antagonists today. The rise of creationism is politics, pure and simple ; it represents one issue (and by no means the major concern) of the resurgent evangelical right. Arguments that seemed kooky just a decade ago have reentered the mainstream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The basic attack of modern creationists falls apart on two general counts before we even reach the supposed factual details of their assault against evolution. First, they play upon a vernacular misunderstanding of the word &#034;theory&#034; to convey the false impression that we evolutionists are covering up the rotten core of our edifice. Second, they misuse a popular philosophy of science to argue that they are behaving scientifically in attacking evolution. Yet the same philosophy demonstrates that their own belief is not science, and that &#034;scientific creationism&#034; is a meaningless and self-contradictory phrase, an example of what Orwell called &#034;newspeak.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the American vernacular, &#034;theory&#034; often means &#034;imperfect fact&#034;&#8212;part of a hierarchy of confidence running downhill from fact to theory to hypothesis to guess. Thus creationists can (and do) argue : evolution is &#034;only&#034; a theory, and intense debate now rages about many aspects of the theory. If evolution is less than a fact, and scientists can't even make up their minds about the theory, then what confidence can we have in it ? Indeed, President Reagan echoed this argument before an evangelical group in Dallas when he said (in what I devoutly hope was campaign rhetoric) : &#034;Well, it is a theory. It is a scientific theory only, and it has in recent years been challenged in the world of science&#8212;that is, not believed in the scientific community to be as infallible as it once was.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Well, evolution is a theory. It is also a fact. And facts and theories are different things, not rungs in a hierarchy of increasing certainty. Facts are the world's data. Theories are structures of ideas that explain and interpret facts. Facts do not go away when scientists debate rival theories to explain them. Einstein's theory of gravitation replaced Newton's, but apples did not suspend themselves in mid-air, pending the outcome. And humans evolved from apelike ancestors whether they did so by Darwin's proposed mechanism or by some other, yet to be discovered.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, &#8220;fact&#8221; does not mean &#034;absolute certainty.&#034; The final proofs of logic and mathematics flow deductively from stated premises and achieve certainty only because they are not about the empirical world. Evolutionists make no claim for perpetual truth, though creationists often do (and then attack us for a style of argument that they themselves favor). In science, &#034;fact&#034; can only mean &#034;confirmed to such a degree that it would be perverse to withhold provisional assent.&#034; I suppose that apples might start to rise tomorrow, but the possibility does not merit equal time in physics classrooms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evolutionists have been clear about this distinction between fact and theory from the very beginning, if only because we have always acknowledged how far we are from completely understanding the mechanisms (theory) by which evolution (fact) occurred. Darwin continually emphasized the difference between his two great and separate accomplishments : establishing the fact of evolution, and proposing a theory&#8212;natural selection&#8212;to explain the mechanism of evolution. He wrote in The Descent of Man : &#8220;I had two distinct objects in view ; firstly, to show that species had not been separately created, and secondly, that natural selection had been the chief agent of change. . . . Hence if I have erred in . . . having exaggerated its [natural selection's] power . . . I have at least, as I hope, done good service in aiding to overthrow the dogma of separate creations.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus Darwin acknowledged the provisional nature of natural selection while affirming the fact of evolution. The fruitful theoretical debate that Darwin initiated has never ceased. From the 1940s through the 1960s, Darwin's own theory of natural selection did achieve a temporary hegemony that it never enjoyed in his lifetime. But renewed debate characterizes our decade, and, while no biologist questions the importance of natural selection, many doubt its ubiquity. In particular, many evolutionists argue that substantial amounts of genetic change may not be subject to natural selection and may spread through the populations at random. Others are challenging Darwin's linking of natural selection with gradual, imperceptible change through all intermediary degrees ; they are arguing that most evolutionary events may occur far more rapidly than Darwin envisioned.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scientists regard debates on fundamental issues of theory as a sign of intellectual health and a source of excitement. Science is&#8212;and how else can I say it ?&#8212;most fun when it plays with interesting ideas, examines their implications, and recognizes that old information might be explained in surprisingly new ways. Evolutionary theory is now enjoying this uncommon vigor. Yet amidst all this turmoil no biologist has been lead to doubt the fact that evolution occurred ; we are debating how it happened. We are all trying to explain the same thing : the tree of evolutionary descent linking all organisms by ties of genealogy. Creationists pervert and caricature this debate by conveniently neglecting the common conviction that underlies it, and by falsely suggesting that evolutionists now doubt the very phenomenon we are struggling to understand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secondly, creationists claim that &#034;the dogma of separate creations,&#034; as Darwin characterized it a century ago, is a scientific theory meriting equal time with evolution in high school biology curricula. But a popular viewpoint among philosophers of science belies this creationist argument. Philosopher Karl Popper has argued for decades that the primary criterion of science is the falsifiability of its theories. We can never prove absolutely, but we can falsify. A set of ideas that cannot, in principle, be falsified is not science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The entire creationist program includes little more than a rhetorical attempt to falsify evolution by presenting supposed contradictions among its supporters. Their brand of creationism, they claim, is &#034;scientific&#034; because it follows the Popperian model in trying to demolish evolution. Yet Popper's argument must apply in both directions. One does not become a scientist by the simple act of trying to falsify a rival and truly scientific system ; one has to present an alternative system that also meets Popper's criterion &#8212; it too must be falsifiable in principle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Scientific creationism&#034; is a self-contradictory, nonsense phrase precisely because it cannot be falsified. I can envision observations and experiments that would disprove any evolutionary theory I know, but I cannot imagine what potential data could lead creationists to abandon their beliefs. Unbeatable systems are dogma, not science. Lest I seem harsh or rhetorical, I quote creationism's leading intellectual, Duane Gish, Ph.D. from his recent (1978) book, Evolution ? The Fossils Say No ! &#034;By creation we mean the bringing into being by a supernatural Creator of the basic kinds of plants and animals by the process of sudden, or fiat, creation. We do not know how the Creator created, what process He used, for He used processes which are not now operating anywhere in the natural universe [Gish's italics]. This is why we refer to creation as special creation. We cannot discover by scientific investigations anything about the creative processes used by the Creator.&#034; Pray tell, Dr. Gish, in the light of your last sentence, what then is scientific creationism ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our confidence that evolution occurred centers upon three general arguments. First, we have abundant, direct, observational evidence of evolution in action, from both the field and laboratory. This evidence ranges from countless experiments on change in nearly everything about fruit flies subjected to artificial selection in the laboratory to the famous populations of British moths that became black when industrial soot darkened the trees upon which the moths rest. (Moths gain protection from sharp-sighted bird predators by blending into the background.) Creationists do not deny these observations ; how could they ? Creationists have tightened their act. They now argue that God only created &#034;basic kinds,&#034; and allowed for limited evolutionary meandering within them. Thus toy poodles and Great Danes come from the dog kind and moths can change color, but nature cannot convert a dog to a cat or a monkey to a man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second and third arguments for evolution&#8212;the case for major changes&#8212;do not involve direct observation of evolution in action. They rest upon inference, but are no less secure for that reason. Major evolutionary change requires too much time for direct observation on the scale of recorded human history. All historical sciences rest upon inference, and evolution is no different from geology, cosmology, or human history in this respect. In principle, we cannot observe processes that operated in the past. We must infer them from results that still surround us : living and fossil organisms for evolution, documents and artifacts for human history, strata and topography for geology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second argument&#8212;that the imperfection of nature reveals evolution&#8212;strikes many people as ironic, for they feel that evolution should be most elegantly displayed in the nearly perfect adaptation expressed by some organisms&#8212;the camber of a gull's wing, or butterflies that cannot be seen in ground litter because they mimic leaves so precisely. But perfection could be imposed by a wise creator or evolved by natural selection. Perfection covers the tracks of past history. And past history&#8212;the evidence of descent&#8212;is the mark of evolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evolution lies exposed in the imperfections that record a history of descent. Why should a rat run, a bat fly, a porpoise swim, and I type this essay with structures built of the same bones unless we all inherited them from a common ancestor ? An engineer, starting from scratch, could design better limbs in each case. Why should all the large native mammals of Australia be marsupials, unless they descended from a common ancestor isolated on this island continent ? Marsupials are not &#034;better,&#034; or ideally suited for Australia ; many have been wiped out by placental mammals imported by man from other continents. This principle of imperfection extends to all historical sciences. When we recognize the etymology of September, October, November, and December (seventh, eighth, ninth, and tenth), we know that the year once started in March, or that two additional months must have been added to an original calendar of ten months.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The third argument is more direct : transitions are often found in the fossil record. Preserved transitions are not common&#8212;and should not be, according to our understanding of evolution (see next section) but they are not entirely wanting, as creationists often claim. The lower jaw of reptiles contains several bones, that of mammals only one. The non-mammalian jawbones are reduced, step by step, in mammalian ancestors until they become tiny nubbins located at the back of the jaw. The &#034;hammer&#034; and &#034;anvil&#034; bones of the mammalian ear are descendants of these nubbins. How could such a transition be accomplished ? the creationists ask. Surely a bone is either entirely in the jaw or in the ear. Yet paleontologists have discovered two transitional lineages of therapsids (the so-called mammal-like reptiles) with a double jaw joint&#8212;one composed of the old quadrate and articular bones (soon to become the hammer and anvil), the other of the squamosal and dentary bones (as in modern mammals). For that matter, what better transitional form could we expect to find than the oldest human, Australopithecus afarensis, with its apelike palate, its human upright stance, and a cranial capacity larger than any ape's of the same body size but a full 1,000 cubic centimeters below ours ? If God made each of the half-dozen human species discovered in ancient rocks, why did he create in an unbroken temporal sequence of progressively more modern features&#8212;increasing cranial capacity, reduced face and teeth, larger body size ? Did he create to mimic evolution and test our faith thereby ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faced with these facts of evolution and the philosophical bankruptcy of their own position, creationists rely upon distortion and innuendo to buttress their rhetorical claim. If I sound sharp or bitter, indeed I am&#8212;for I have become a major target of these practices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I count myself among the evolutionists who argue for a jerky, or episodic, rather than a smoothly gradual, pace of change. In 1972 my colleague Niles Eldredge and I developed the theory of punctuated equilibrium. We argued that two outstanding facts of the fossil record&#8212;geologically &#034;sudden&#034; origin of new species and failure to change thereafter (stasis)&#8212;reflect the predictions of evolutionary theory, not the imperfections of the fossil record. In most theories, small isolated populations are the source of new species, and the process of speciation takes thousands or tens of thousands of years. This amount of time, so long when measured against our lives, is a geological microsecond. It represents much less than 1 per cent of the average life-span for a fossil invertebrate species&#8212;more than ten million years. Large, widespread, and well established species, on the other hand, are not expected to change very much. We believe that the inertia of large populations explains the stasis of most fossil species over millions of years.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We proposed the theory of punctuated equilibrium largely to provide a different explanation for pervasive trends in the fossil record. Trends, we argued, cannot be attributed to gradual transformation within lineages, but must arise from the different success of certain kinds of species. A trend, we argued, is more like climbing a flight of stairs (punctuated and stasis) than rolling up an inclined plane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since we proposed punctuated equilibria to explain trends, it is infuriating to be quoted again and again by creationists&#8212;whether through design or stupidity, I do not know&#8212;as admitting that the fossil record includes no transitional forms. Transitional forms are generally lacking at the species level, but they are abundant between larger groups. Yet a pamphlet entitled &#034;Harvard Scientists Agree Evolution Is a Hoax&#034; states : &#034;The facts of punctuated equilibrium which Gould and Eldredge&#8230;are forcing Darwinists to swallow fit the picture that Bryan insisted on, and which God has revealed to us in the Bible.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuing the distortion, several creationists have equated the theory of punctuated equilibrium with a caricature of the beliefs of Richard Goldschmidt, a great early geneticist. Goldschmidt argued, in a famous book published in 1940, that new groups can arise all at once through major mutations. He referred to these suddenly transformed creatures as &#034;hopeful monsters.&#034; (I am attracted to some aspects of the non-caricatured version, but Goldschmidt's theory still has nothing to do with punctuated equilibrium&#8212;see essays in section 3 and my explicit essay on Goldschmidt in The Pandas Thumb.) Creationist Luther Sunderland talks of the &#034;punctuated equilibrium hopeful monster theory&#034; and tells his hopeful readers that &#034;it amounts to tacit admission that anti-evolutionists are correct in asserting there is no fossil evidence supporting the theory that all life is connected to a common ancestor.&#034; Duane Gish writes, &#034;According to Goldschmidt, and now apparently according to Gould, a reptile laid an egg from which the first bird, feathers and all, was produced.&#034; Any evolutionists who believed such nonsense would rightly be laughed off the intellectual stage ; yet the only theory that could ever envision such a scenario for the origin of birds is creationism&#8212;with God acting in the egg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am both angry at and amused by the creationists ; but mostly I am deeply sad. Sad for many reasons. Sad because so many people who respond to creationist appeals are troubled for the right reason, but venting their anger at the wrong target. It is true that scientists have often been dogmatic and elitist. It is true that we have often allowed the white-coated, advertising image to represent us&#8212;&#034;Scientists say that Brand X cures bunions ten times faster than&#8230;&#034; We have not fought it adequately because we derive benefits from appearing as a new priesthood. It is also true that faceless and bureaucratic state power intrudes more and more into our lives and removes choices that should belong to individuals and communities. I can understand that school curricula, imposed from above and without local input, might be seen as one more insult on all these grounds. But the culprit is not, and cannot be, evolution or any other fact of the natural world. Identify and fight our legitimate enemies by all means, but we are not among them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am sad because the practical result of this brouhaha will not be expanded coverage to include creationism (that would also make me sad), but the reduction or excision of evolution from high school curricula. Evolution is one of the half dozen &#034;great ideas&#034; developed by science. It speaks to the profound issues of genealogy that fascinate all of us&#8212;the &#034;roots&#034; phenomenon writ large. Where did we come from ? Where did life arise ? How did it develop ? How are organisms related ? It forces us to think, ponder, and wonder. Shall we deprive millions of this knowledge and once again teach biology as a set of dull and unconnected facts, without the thread that weaves diverse material into a supple unity ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But most of all I am saddened by a trend I am just beginning to discern among my colleagues. I sense that some now wish to mute the healthy debate about theory that has brought new life to evolutionary biology. It provides grist for creationist mills, they say, even if only by distortion. Perhaps we should lie low and rally around the flag of strict Darwinism, at least for the moment&#8212;a kind of old-time religion on our part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But we should borrow another metaphor and recognize that we too have to tread a straight and narrow path, surrounded by roads to perdition. For if we ever begin to suppress our search to understand nature, to quench our own intellectual excitement in a misguided effort to present a united front where it does not and should not exist, then we are truly lost.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, &#034;Evolution as Fact and Theory,&#034; Discover 2 (May 1981) : 34-37 ; Reprinted here with permission from Hen's Teeth and Horse's Toes, New York : W. W. Norton &amp; Company, 1994, pp. 253-262.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que des lois objectives ?</title>
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&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#233;conomistes ont une singuli&#232;re mani&#232;re de proc&#233;der. Il n'y a pour eux que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature. Les institutions de la f&#233;odalit&#233; sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en ceci aux th&#233;ologiens, qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions. Toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Chapter 02 : Is matter a suject of philosophy ? Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;conomistes ont une singuli&#232;re mani&#232;re de proc&#233;der. Il n'y a pour eux que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature. Les institutions de la f&#233;odalit&#233; sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en ceci aux th&#233;ologiens, qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions. Toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une &#233;manation de Dieu. En disant que les rapports actuels - les rapports de la production bourgeoise - sont naturels, les &#233;conomistes font entendre que ce sont l&#224; des rapports dans lesquels se cr&#233;e la richesse et se d&#233;veloppent les forces productives conform&#233;ment aux lois de la nature. Donc ces rapports sont eux-m&#234;mes des lois naturelles ind&#233;pendantes de l'influence du temps. Ce sont des lois &#233;ternelles qui doivent toujours r&#233;gir la soci&#233;t&#233;. Ainsi il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus. Il y a eu de l'histoire, puisqu'il y a eu des institutions de f&#233;odalit&#233;, et que dans ces institutions de f&#233;odalit&#233; on trouve des rapports de production tout &#224; fait diff&#233;rents de ceux de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que les &#233;conomistes veulent faire passer pour naturels et partant &#233;ternels&#8230; Le mode de production, les rapports dans lesquels les forces productives se d&#233;veloppent, ne sont rien moins que des lois &#233;ternelles, mais ils correspondent &#224; un d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; des hommes et de leurs forces productives, et qu'un changement survenu dans les forces productives des hommes am&#232;ne n&#233;cessairement un changement dans leurs rapports de production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#8220; lois naturelles de toute &#233;conomie&#8221; annonc&#233;es avec tant de pompe se sont av&#233;r&#233;es platitudes de la pire esp&#232;ce, connues de tout le monde et m&#234;me pas toujours exactement comprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; (chapitre &#171; dialectique &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ''lois &#233;ternelles de la nature'' se transforment de plus en plus en lois historiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans les &#171; Manuscrits de 1844 &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sciences de la nature comprendront plus tard aussi bien la science de l'homme, que la science de l'homme englobera les sciences de la nature : il y aura une seule science. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Robert B. Laughlin dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le comportement humain ressemble &#224; la nature parce qu'il en fait partie, et qu'il est r&#233;gi par les m&#234;mes lois que tout le reste. Autrement dit, nous ressemblons &#224; l'&#233;l&#233;mentarit&#233; parce que nous en sommes faits &#8211; pas parce que nous l'avons humanis&#233; ou contr&#244;l&#233; par notre esprit. Les parall&#232;les entre l'organisation d'une vie et celle des &#233;lectrons ne sont ni un accident ni une illusion, mais de la physique. (&#8230;) &#171; Repr&#233;sente-toi sans cesse le monde comme un &#234;tre unique &#187; &#233;crit Marc Aur&#232;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lois de la nature, lois de la soci&#233;t&#233;, mais qu'est-ce qu'une loi objective ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avertissement - Le terme de &#171; loi &#187; semble provenir uniquement du domaine &#233;tatique, politique, l&#233;gal, l&#233;gislatif et administratif et pourtant, ici, nous n'allons consid&#233;rer que les lois qui s'imposent aux hommes et pas celles qu'ils &#233;crivent eux-m&#234;mes, les lois objectives de la nature, de l'histoire et de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;raclite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce monde, aucun dieu ni aucun homme ne l'a cr&#233;&#233;, mais il fut toujours et il est et il sera un feu &#233;ternellement vivant, qui s'allume et qui s'&#233;teint selon des lois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon de Laplace dans &#171; Essai philosophique sur les probabilit&#233;s &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons&#8230; envisager l'&#233;tat pr&#233;sent de l'univers comme l'effet de son &#233;tat ant&#233;rieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donn&#233;, conna&#238;trait toutes les forces dont la nature est anim&#233;e et la situation respective des &#234;tres qui la composent, si d'ailleurs elle &#233;tait assez vaste pour soumettre ces donn&#233;es &#224; l'analyse, embrasserait dans la m&#234;me formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus l&#233;ger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le pass&#233; seraient pr&#233;sents &#224; ses yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi est le durable (ce qui demeure) dans le ph&#233;nom&#232;ne&#8230; La loi est l'identique dans le ph&#233;nom&#232;ne&#8230; Mais ce n'est que la partie calme du ph&#233;nom&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Doctrine de l'Essence &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plusieurs choses sont en interaction par leurs propri&#233;t&#233;s. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est dans l'unit&#233; de l'apparence et de l'existence. Cette unit&#233; est la loi du ph&#233;nom&#232;ne. La loi est donc le positif dans la m&#233;diation de ce qui appara&#238;t. C'est le reflet du ph&#233;nom&#232;ne dans son identit&#233; avec lui-m&#234;me. Cette identit&#233;, le fondement du ph&#233;nom&#232;ne qui constitue la loi, est un moment propre du ph&#233;nom&#232;ne... La loi est donc non au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui imm&#233;diatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi ne va pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne. Au contraire, le royaume des lois est l'image &#034;calme&#034; du monde existant ou &#233;mergeant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le fonds de la chose n'est pas &#233;puis&#233; dans la fin, mais dans tout son accomplissement. Le &#034;r&#233;sultat&#034; atteint n'est pas le tout concret ; il ne l'est qu'avec le processus dont il est le terme. La fin prise ind&#233;pendamment du reste est l'universel mort, tout comme la tendance n'est qu'un simple effort, encore priv&#233; de r&#233;alisation ; et le r&#233;sultat nu est le cadavre que la tendance a laiss&#233; derri&#232;re elle. (...) Saisir la chose, c'est l'exposer dans son d&#233;veloppement. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est un processus d'av&#232;nement et de disparition, qui lui-m&#234;me n'advient ni ne dispara&#238;t, mais est en soi et constitue l'actualit&#233; et le mouvement de la v&#233;rit&#233; vivante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Science de la Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi n'est pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne, mais pr&#233;sente en lui directement ; le domaine des lois est le reflet tranquille du monde existant ou ph&#233;nom&#233;nal. Mieux, les deux sont une totalit&#233;, et le monde existant est lui-m&#234;me le domaine des lois qui, en tant qu'&#234;tre pos&#233; ou dans l'ind&#233;pendance qui se r&#233;sout elle-m&#234;me de l'existence. L'existence retourne dans la loi, en tant que son fondement ; le ph&#233;nom&#232;ne contient les deux, la raison simple et le processus dissolvant de l'univers ph&#233;nom&#233;nal, dont le fondement est l'essentialit&#233;&#8230; Le domaine des lois est, il est vrai, la v&#233;rit&#233; de l'entendement, v&#233;rit&#233; dont le contenu est la distinction qui se trouve dans la loi ; mais le domaine des lois n'est en m&#234;me temps que sa premi&#232;re v&#233;rit&#233;, et elle n'&#233;puise pas le ph&#233;nom&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel dans &#171; Prop&#233;deutique philosophique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi du ph&#233;nom&#232;ne est son reflet tranquille, g&#233;n&#233;ral. Elle est un rapport m&#233;diateur des d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales permanentes dont les distinctions sont ext&#233;rieures &#224; la loi. La g&#233;n&#233;ralit&#233; et la permanence de ce rapport m&#233;diateur conduisent &#224; la n&#233;cessit&#233; de la loi ; mais sans que la distinction soit d&#233;termin&#233;e en elle-m&#234;me ou en interne, de fa&#231;on qu'une d&#233;termination soit imm&#233;diatement dans le concept de l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande du Capital, Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me lorsqu'une soci&#233;t&#233; est sur le point de parvenir &#224; la connaissance de la loi naturelle qui pr&#233;side &#224; son &#233;volution, elle ne peut cependant ni sauter, ni rayer par d&#233;cret les phases naturelles de son d&#233;veloppement. Mais elle peut abr&#233;ger et att&#233;nuer les douleurs de l'enfantement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Pr&#233;face de la critique de l'&#233;conomie politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production de leur existence, les hommes se soumettent &#224; des conditions d&#233;termin&#233;es, n&#233;cessaires, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Ces conditions de production correspondent &#224; un stade d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces conditions de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne la vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, mais, au contraire, c'est leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. Ayant atteint un certain niveau de d&#233;veloppement, les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les conditions de production existantes, ou, ce qui en est l'expression juridique, avec le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; au sein duquel elles ont &#233;volu&#233; jusqu'alors. De facteurs de d&#233;veloppement des forces productives, ces conditions deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Parall&#232;lement &#224; la transformation de la base &#233;conomique s'effectue le bouleversement plus ou moins lent ou rapide de toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre la transformation mat&#233;rielle des conditions de production &#233;conomiques &#8211; transformation qu'on doit constater &#224; l'aide des m&#233;thodes exactes qu'emploient les sciences naturelles &#8211; et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, de m&#234;me on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur la conscience qu'elle a d'elle-m&#234;me. Il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de production. Un type de soci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives que cette soci&#233;t&#233; est capable de contenir, et jamais un syst&#232;me de production nouveau et sup&#233;rieur ne s'y substitue avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ce syst&#232;me aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car en y regardant de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de na&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Messager europ&#233;en, revue russe, publi&#233;e &#224; Saint-P&#233;tersbourg, dans un article enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la m&#233;thode du Capital de Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule chose pr&#233;occupe Marx : trouver la loi des ph&#233;nom&#232;nes qu'il &#233;tudie ; non seulement la loi qui les r&#233;git sous leur forme arr&#234;t&#233;e et dans leur liaison observable pendant une p&#233;riode de temps donn&#233;e. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire la loi de leur passage d'une forme &#224; l'autre, d'un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu'il a d&#233;couvert cette loi, il examine en d&#233;tail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale... Ainsi donc, Marx ne s'inqui&#232;te que d'une chose ; d&#233;montrer par une recherche rigoureusement scientifique, la n&#233;cessit&#233; d'ordres d&#233;termin&#233;s de rapports sociaux, et, autant que possible, v&#233;rifier les faits qui lui ont servi de point de d&#233;part et de point d'appui. Pour cela il suffit qu'il d&#233;montre, en m&#234;me temps que la n&#233;cessit&#233; de l'organisation actuelle, la n&#233;cessit&#233; d'une autre organisation dans laquelle la premi&#232;re doit in&#233;vitablement passer, que l'humanit&#233; y croie ou non, qu'elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un encha&#238;nement naturel de ph&#233;nom&#232;nes historiques, encha&#238;nement soumis &#224; des lois qui, non seulement sont ind&#233;pendantes de la volont&#233;, de la conscience et des desseins de l'homme, mais qui, au contraire, d&#233;terminent sa volont&#233;, sa conscience et ses desseins... Si l'&#233;l&#233;ment conscient joue un r&#244;le aussi secondaire dans l'histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l'objet est la civilisation m&#234;me, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n'est pas l'id&#233;e, mais seulement le ph&#233;nom&#232;ne ext&#233;rieur qui peut lui servir de point de d&#233;part. La critique se borne &#224; comparer, &#224; confronter un fait, non avec l'id&#233;e, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient &#233;t&#233; observ&#233;s aussi exactement que possible, et que dans la r&#233;alit&#233; ils constituent vis-&#224;-vis l'un de l'autre deux phases de d&#233;veloppement diff&#233;rentes ; par-dessus tout elle exige que la s&#233;rie des ph&#233;nom&#232;nes, l'ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d'&#233;volution successives, soient &#233;tudi&#233;s avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois g&#233;n&#233;rales de la vie &#233;conomique sont unes, toujours les m&#234;mes, qu'elles s'appliquent au pr&#233;sent ou au pass&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n'existent pas... D&#232;s que la vie s'est retir&#233;e d'une p&#233;riode de d&#233;veloppement donn&#233;e, d&#232;s qu'elle passe d'une phase dans une autre, elle commence aussi &#224; &#234;tre r&#233;gie par d'autres lois. En un mot, la vie &#233;conomique pr&#233;sente dans son d&#233;veloppement historique les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes que l'on rencontre en d'autres branches de la biologie... Les vieux &#233;conomistes se trompaient sur la nature des lois &#233;conomiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des ph&#233;nom&#232;nes a montr&#233; que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et v&#233;g&#233;taux. Bien plus, un seul et m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;it &#224; des lois absolument diff&#233;rentes, lorsque la structure totale de ces organismes diff&#232;re, lorsque leurs organes particuliers viennent &#224; varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent &#224; changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la m&#234;me en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque &#233;poque &#233;conomique a sa loi de population propre... Avec diff&#233;rents d&#233;veloppements de la force productive, les rapports sociaux changent de m&#234;me que leurs lois r&#233;gulatrices... En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue pour examiner l'ordre &#233;conomique capitaliste, Marx ne fait que formuler d'une fa&#231;on rigoureusement scientifique la t&#226;che impos&#233;e &#224; toute &#233;tude exacte de la vie &#233;conomique. La valeur scientifique particuli&#232;re d'une telle &#233;tude, c'est de mettre en lumi&#232;re les lois qui r&#233;gissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d'un organisme social donn&#233;, et son remplacement par un autre sup&#233;rieur ; c'est cette valeur-l&#224; que poss&#232;de l'ouvrage de Marx. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#034;L'Id&#233;ologie allemande&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici donc les faits : des individus d&#233;termin&#233;s qui ont une activit&#233; productive selon un mode d&#233;termin&#233; entrent dans des rapports sociaux et politiques d&#233;termin&#233;s. Il faut que dans chaque cas isol&#233;, l'observation empirique montre dans les faits, et sans aucune sp&#233;culation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l'&#201;tat r&#233;sultent constamment du processus vital d'individus d&#233;termin&#233;s ; mais de ces individus non point tels qu'ils peuvent s'appara&#238;tre dans leur propre repr&#233;sentation ou appara&#238;tre dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire, tels qu'ils &#339;uvrent et produisent mat&#233;riellement ; donc tels qu'ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es et ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Le Capital &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi est la liaison interne et n&#233;cessaire entre deux apparences. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, dans &#171; Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La m&#233;thode de Suart Mill consiste &#224; repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;conomie politique, au sens le plus &#233;tendu, est la science des lois qui r&#233;gissent la production et l'&#233;change des moyens mat&#233;riels de subsistance dans la soci&#233;t&#233; humaine. Production et &#233;change sont deux fonctions diff&#233;rentes. La production peut avoir lieu sans &#233;change ; l'&#233;change, - du fait m&#234;me qu'il n'est par d&#233;finition que l'&#233;change de produits, - ne peut avoir lieu sans production. Chacune de ces deux fonctions sociales est sous l'influence d'actions ext&#233;rieures qui lui sont, en majeure partie, sp&#233;ciales, et elle a donc aussi en majeure partie ses lois propres et sp&#233;ciales. Mais, d'autre part, elles se conditionnent l'une l'autre &#224; chaque instant et agissent &#224; tel point l'une sur l'autre qu'on pourrait les d&#233;signer comme l'abscisse et l'ordonn&#233;e de la courbe &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions dans lesquelles les hommes produisent et &#233;changent varient de pays &#224; pays et dans chaque pays de g&#233;n&#233;ration &#224; g&#233;n&#233;ration. L'&#233;conomie politique ne peut donc pas &#234;tre la m&#234;me pour tous les pays et pour toutes les &#233;poques historiques. Depuis l'arc et la fl&#232;che du sauvage, depuis son couteau de silex et ses relations d'&#233;change intervenant &#224; titre purement exceptionnel jusqu'&#224; la machine &#224; vapeur de mille chevaux, au m&#233;tier &#224; tisser m&#233;canique, aux chemins de fer et &#224; la Banque d'Angleterre, il y a une &#233;norme distance. Les Fu&#233;giens n'en sont pas arriv&#233;s &#224; la production en masse et au commerce mondial, pas plus qu'&#224; la cavalerie des effets de commerce ou &#224; un krach en Bourse. Quiconque voudrait ramener aux m&#234;mes lois l'&#233;conomie politique de la Terre de Feu et celle de l'Angleterre actuelle ne mettrait &#233;videmment au jour que le plus banal des lieux communs. L'&#233;conomie politique est donc essentiellement une science historique. Elle traite une mati&#232;re historique, c'est-&#224;-dire constamment changeante ; elle &#233;tudie d'abord les lois particuli&#232;res &#224; chaque degr&#233; d'&#233;volution de la production et de l'&#233;change, et ce n'est qu'&#224; la fin de cette &#233;tude qu'elle pourra &#233;tablir les quelques lois tout &#224; fait g&#233;n&#233;rales qui sont valables en tout cas pour la production et l'&#233;change. Il va d'ailleurs de soi que les lois valables pour des modes de production et des formes d'&#233;change d&#233;termin&#233;s gardent leur validit&#233; pour toutes les p&#233;riodes de l'histoire qui ont en commun ces modes de production et ces formes d'&#233;change. Ainsi, par exemple, l'introduction de la monnaie m&#233;tallique fait entrer en vigueur une s&#233;rie de lois qui restent valables pour tous les pays et tous les stades de l'histoire dans lesquels la monnaie m&#233;tallique sert de moyen d'&#233;change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production et d'&#233;change d'une soci&#233;t&#233; historique d&#233;termin&#233;e et les conditions historiques de cette soci&#233;t&#233; impliquent simultan&#233;ment le mode de r&#233;partition des produits. Dans la communaut&#233; de tribu ou de village o&#249; r&#232;gne la propri&#233;t&#233; collective du sol, qui subsiste, ou dont les vestiges tr&#232;s reconnaissables subsistent, chez tous les peuples civilis&#233;s lors de leur entr&#233;e dans l'histoire, une r&#233;partition sensiblement &#233;gale des produits est tout &#224; fait naturelle, l&#224; o&#249; intervient une in&#233;galit&#233; plus grande de la r&#233;partition entre les membres, elle marque aussi le d&#233;but de la dissolution de la communaut&#233;. La grande culture et aussi la petite admettent des formes de r&#233;partition tr&#232;s diff&#233;rentes selon les conditions historiques &#224; partir desquelles elles ont &#233;volu&#233;. Mais il est &#233;vident que la grande culture conditionne toujours une tout autre r&#233;partition que la petite ; que la grande suppose ou produit une opposition de classes, - propri&#233;taires d'esclaves et esclaves, seigneurs terriens et paysans corv&#233;ables, capitalistes et salari&#233;s, - tandis que la petite n'a nullement pour cons&#233;quence une diff&#233;rence de classe entre les individus occup&#233;s &#224; la production agricole et qu'au contraire, la simple existence d'une telle diff&#233;rence marque le commencement du d&#233;clin de l'&#233;conomie parcellaire. - L'introduction et la diffusion de la monnaie m&#233;tallique dans un pays o&#249; jusqu'alors l'&#233;conomie naturelle r&#233;gnait exclusivement ou d'une fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante, sont toujours li&#233;es &#224; un bouleversement plus ou moins rapide de la r&#233;partition ant&#233;rieure, et cela de telle sorte que l'in&#233;galit&#233; de la r&#233;partition entre les individus, donc l'opposition entre riche et pauvre, se renforce de plus en plus. L'artisanat corporatif et local du moyen &#226;ge rendait les grands capitalistes et les salari&#233;s &#224; vie tout aussi impossibles qu'ils sont n&#233;cessairement engendr&#233;s par la grande industrie moderne, le d&#233;veloppement actuel du cr&#233;dit et la forme d'&#233;change correspondant &#224; l'&#233;volution de l'une et de l'autre, la libre concurrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avec les diff&#233;rences dans la r&#233;partition apparaissent aussi les diff&#233;rences de classes. La soci&#233;t&#233; se divise en classes privil&#233;gi&#233;es et en classes d&#233;savantag&#233;es, exploiteuses et exploit&#233;es, dominantes et domin&#233;es, et l'&#201;tat auquel les groupes naturels de communaut&#233;s d'une m&#234;me tribu avaient abouti dans leur &#233;volution, simplement, au d&#233;but, afin de veiller &#224; leurs int&#233;r&#234;ts communs (par exemple l'irrigation en Orient) et pour assurer leur d&#233;fense contre l'ext&#233;rieur, a d&#233;sormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe domin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;partition n'est cependant pas un pur r&#233;sultat passif de la production et de l'&#233;change ; elle r&#233;agit tout autant sur l'une et sur l'autre. Tout mode de production nouveau ou toute forme d'&#233;change nouvelle sont entrav&#233;s au d&#233;but non seulement par les formes anciennes et les institutions politiques correspondantes, mais aussi par le mode ancien de r&#233;partition. Ils doivent d'abord dans une longue lutte conqu&#233;rir la r&#233;partition qui leur correspond. Mais plus un mode donn&#233; de production et d'&#233;change est mobile, plus il est susceptible de d&#233;veloppement et d'&#233;volution, plus vite aussi la r&#233;partition atteint un niveau o&#249; elle &#233;chappe aux conditions m&#234;mes dont elle est issue et entre en conflit avec le mode ant&#233;rieur de production et d'&#233;change. Les vieilles communaut&#233;s primitives dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question peuvent subsister des mill&#233;naires, comme aujourd'hui encore chez les Indiens et les Slaves, avant que le commerce avec le monde ext&#233;rieur ne produise en leur sein les diff&#233;rences de fortune qui entra&#238;nent leur dissolution. Par contre, la production capitaliste moderne qui est &#224; peine vieille de trois cents ans et qui n'a assur&#233; sa domination que depuis l'introduction de la grande industrie, c'est-&#224;-dire depuis cent ans, a produit dans ce court laps de temps des contradictions dans la r&#233;partition, - concentration des capitaux en quelques mains d'une part, concentration des masses non poss&#233;dantes dans les grandes villes d'autre part, - qui la conduiront n&#233;cessairement &#224; sa perte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;terminisme venu dans la science de la nature &#224; partir du mat&#233;rialisme fran&#231;ais, essaie d'en finir avec la contingence, en la niant absolument&#8230; affirmant qu'il ne r&#232;gne dans la nature que la simple n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate. Mais avec une n&#233;cessit&#233; de cette sorte, nous ne sortons pas de la conception th&#233;ologique de la nature&#8230; La conception m&#233;caniste de la nature nie toute n&#233;cessit&#233; interne dans la nature vivante, et proclame d'une mani&#232;re universelle le r&#232;gne chaotique du hasard, comme loi unique de la nature vivante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans &#171; Ludwig Feuerbach &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Partout o&#249; le hasard semble jouer &#224; la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cach&#233;es, et il ne s'agit que de les d&#233;couvrir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la nature s'imposent, &#224; travers la confusion des modifications sans nombre, les m&#234;mes lois dialectiques du mouvement qui, dans l'histoire aussi, r&#233;gissent l'apparente contingence des &#233;v&#233;nements ; les m&#234;mes lois qui, formant &#233;galement le fil conducteur dans l'histoire de l'&#233;volution accomplie par la pens&#233;e humaine, parviennent peu &#224; peu &#224; la conscience des hommes pensants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre d'Engels &#224; Marx du 13 f&#233;vrier 1851 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une r&#233;volution est un ph&#233;nom&#232;ne purement naturel qui ob&#233;it davantage &#224; des lois physiques qu'aux r&#232;gles qui d&#233;terminent en temps ordinaire l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Ou plut&#244;t, ces r&#232;gles prennent dans la r&#233;volution un caract&#232;re qui les rapproche beaucoup plus des lois de la physique, la force mat&#233;rielle de la n&#233;cessit&#233; se manifeste avec plus de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans l' &#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la production marchande comme toute autre forme de production a ses lois originales, immanentes, ins&#233;parables d'elle ; et ces lois s'imposent malgr&#233; l'anarchie, en elle, par elle. Elles se manifestent dans la seule forme qui subsiste de lien social, dans l'&#233;change, et elles pr&#233;valent en face des producteurs individuels comme lois coercitives de la concurrence. Elles sont donc, au d&#233;but, inconnues &#224; ces producteurs eux-m&#234;mes et il faut d'abord qu'ils les d&#233;couvrent peu &#224; peu par une longue exp&#233;rience. Elles s'imposent donc sans les producteurs et contre les producteurs comme lois naturelles de leur forme de production, lois &#224; l'action aveugle. Le produit domine les producteurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans &#171; Dialectique de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est donc de l'histoire de la nature et de celle de la soci&#233;t&#233; humaine que sont abstraites les lois de la dialectique (...) la loi du passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; et inversement, la loi d'interpr&#233;tation des contraires, la loi de n&#233;gation de la n&#233;gation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma synth&#232;se des math&#233;matiques et des sciences naturelles &#233;tait fond&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; de v&#233;rifier, y compris dans le d&#233;tail, que, dans la nature, les m&#234;mes lois dialectiques du mouvement agissent au milieu de l'apparence al&#233;atoire des changements multiples, aussi bien dans la mati&#232;re que dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, dans l'&#171; Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Hegel a &#233;t&#233; le premier &#224; repr&#233;senter exactement le rapport de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;. Pour lui, la libert&#233; est l'intellection de la n&#233;cessit&#233;. &#8220; La n&#233;cessit&#233; n'est aveugle que dans la mesure o&#249; elle n'est pas comprise. &#8221; La libert&#233; n'est pas dans une ind&#233;pendance r&#234;v&#233;e &#224; l'&#233;gard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilit&#233; donn&#233;e par l&#224; m&#234;me de les mettre en oeuvre m&#233;thodiquement pour des fins d&#233;termin&#233;es. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature ext&#233;rieure que de celles qui r&#233;gissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-m&#234;me, - deux classes de lois que nous pouvons s&#233;parer tout au plus dans la repr&#233;sentation, mais non dans la r&#233;alit&#233;. La libert&#233; de la volont&#233; ne signifie donc pas autre chose que la facult&#233; de d&#233;cider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d'un homme est libre sur une question d&#233;termin&#233;e, plus grande est la n&#233;cessit&#233; qui d&#233;termine la teneur de ce jugement ; tandis que l'incertitude reposant sur l'ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilit&#233;s de d&#233;cision diverses et contradictoires, ne manifeste pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que sa non-libert&#233;, sa soumission &#224; l'objet qu'elle devrait justement se soumettre. La libert&#233; consiste par cons&#233;quent dans l'empire sur nous-m&#234;mes et sur la nature ext&#233;rieure, fond&#233; sur la connaissance des n&#233;cessit&#233;s naturelles ; ainsi, elle est n&#233;cessairement un produit du d&#233;veloppement historique. Les premiers hommes qui se s&#233;par&#232;rent du r&#232;gne animal, &#233;taient, en tout point essentiel, aussi peu libres que les animaux eux-m&#234;mes ; mais tout progr&#232;s de la civilisation &#233;tait un pas vers la libert&#233;. Au seuil de l'histoire de l'humanit&#233; il y a la d&#233;couverte de la transformation du mouvement m&#233;canique en chaleur : la production du feu par frottement ; au terme de l'&#233;volution qui nous a conduits jusqu'aujourd'hui, il y a d&#233;couverte de la transformation de la chaleur en mouvement m&#233;canique : la machine &#224; vapeur. - Et malgr&#233; la gigantesque r&#233;volution lib&#233;ratrice que la machine &#224; vapeur accomplit dans le monde social (elle n'est pas encore &#224; moiti&#233; achev&#233;e) il est pourtant indubitable que le feu par frottement la d&#233;passe encore en efficacit&#233; lib&#233;ratrice universelle. Car le feu par frottement a donn&#233; &#224; l'homme pour la premi&#232;re fois l'empire sur une force de la nature et, en cela, l'a s&#233;par&#233; d&#233;finitivement du r&#232;gne animal. La machine &#224; vapeur ne r&#233;alisera jamais un bond aussi puissant dans l'&#233;volution de l'humanit&#233; malgr&#233; tout le prix qu'elle prend &#224; nos yeux comme repr&#233;sentante de toutes ces puissantes forces de production qui en d&#233;coulent, ces forces qui permettent seules un &#233;tat social o&#249; il n'y aura plus de diff&#233;rences de classes, plus de souci des moyens d'existence individuels, et o&#249; il pourra &#234;tre question pour la premi&#232;re fois d'une libert&#233; humaine v&#233;ritable, d'une existence en harmonie avec les lois connues de la nature. Mais &#224; quel point toute l'histoire de l'humanit&#233; est encore jeune et combien il serait ridicule d'attribuer quelque valeur absolue &#224; nos conceptions actuelles, cela ressort du simple fait que toute l'histoire pass&#233;e peut se caract&#233;riser comme l'histoire de la p&#233;riode qui va de la d&#233;couverte pratique de la transformation du mouvement m&#233;canique en chaleur &#224; celle de la transformation de la chaleur en mouvement m&#233;canique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, dans &#171; Ce que sont les &#171; amis du peuple &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule chose importe &#224; Marx : de trouver la loi des ph&#233;nom&#232;nes qu'il &#233;tudie et ce qui lui importe par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur d&#233;veloppement, de leur passage d'une forme &#224; une autre, d'un syst&#232;me de rapports sociaux &#224; un autre. (...) Marx consid&#232;re le mouvement social comme un processus historico-naturel soumis &#224; des lois qui, loin de d&#233;pendre de la volont&#233;, de la conscience et des desseins des hommes, au contraire les d&#233;terminent. (...) Il est particuli&#232;rement indispensable d'&#233;tudier avec non moins de rigueur toute la s&#233;rie des &#233;tats consid&#233;r&#233;s, leur encha&#238;nement et le lien entre les diff&#233;rents degr&#233;s de d&#233;veloppement. Marx rejette pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;e que les lois de la vie &#233;conomique soient les m&#234;mes pour le pass&#233; et pour le pr&#233;sent. Au contraire, chaque p&#233;riode historique a ses lois propres. La vie &#233;conomique constitue un ph&#233;nom&#232;ne analogue &#224; l'histoire du d&#233;veloppement dans d'autres branches de la biologie&#8230; Pouvez-vous imaginer plus grande cocasserie que celle des gens qui, apr&#232;s avoir lu &#171; Le Capital &#187;, ont trouv&#233; le moyen de ne pas y d&#233;couvrir le mat&#233;rialisme ! (&#8230;) La vie &#233;conomique constitue un ph&#233;nom&#232;ne analogue &#224; l'histoire du d&#233;veloppement dans d'autres branches de la biologie. Les &#233;conomistes des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ne comprenaient pas la nature des lois &#233;conomiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie montre que les organismes sociaux se distinguent aussi profond&#233;ment les uns des autres que les organismes animaux et v&#233;g&#233;taux. En se fixant comme objectif d'&#233;tudier de ce point de vue l'organisation de l'&#233;conomie capitaliste, Marx formule du m&#234;me coup avec une rigueur scientifique le but qui doit &#234;tre celui de toute &#233;tude exacte de la vie &#233;conomique. La valeur scientifique d'une telle &#233;tude tient &#224; ce qu'elle d&#233;gage des lois historiques particuli&#232;res qui r&#233;gissent la naissance, la vie, le d&#233;veloppement et la mort d'un organisme social donn&#233; et son remplacement par un autre qui lui est sup&#233;rieur. Telle est la m&#233;thode dialectique de Marx dans Le Capital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, dans &#171; Cahiers philosophiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mat&#233;rialisme est la reconnaissance des lois objectives de la nature et du reflet approximativement exact de ces lois, dans la t&#234;te de l'homme&#8230; La loi est le reflet ; le ph&#233;nom&#232;ne est la totalit&#233;, l'int&#233;grit&#233;&#8230; Le ph&#233;nom&#232;ne est plus riche que la loi&#8230; Dans le changement perp&#233;tuel de la mati&#232;re, la loi embrasse ce qui est permanent&#8230; La loi prend ce qui calme, dit Hegel. C'est une d&#233;finition remarquablement mat&#233;rialiste et remarquablement juste&#8230; Le concept de &#171; loi &#187; est un des degr&#233;s de la connaissance par l'homme de l'unit&#233; et de la liaison, de l'interd&#233;pendance et de la totalit&#233; du processus universel&#8230; Ici Hegel est en lutte contre l'absolutisation du concept de &#171; loi &#187;, contre sa simplification, sa f&#233;tichisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#171; Mat&#233;rialisme et Empiriocriticisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La reconnaissance des lois objectives dans la nature est (&#8230;) indissolublement li&#233;e &#224; la reconnaissance de la r&#233;alit&#233; objective du monde ext&#233;rieur, des objets, des corps, des choses refl&#233;t&#233;es par notre conscience&#8230; La question vraiment importante de la th&#233;orie de la connaissance (&#8230;) n'est pas de savoir quel degr&#233; de pr&#233;cision ont attient nos descriptions des rapports de causalit&#233;, ni si ces descriptions peuvent &#234;tre exprim&#233;es dans une formule math&#233;matique pr&#233;cise, mais si la source de notre connaissance de ces rapports est dans les lois objectives de la nature ou dans les propri&#233;t&#233;s de notre esprit, dans sa cpacit&#233; &#224; conna&#238;tre certaines v&#233;rit&#233;s a priori, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, dans &#034;L'ABC de la dialectique&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pens&#233;e dialectique est &#224; la pens&#233;e vulgaire ce que le cin&#233;ma est &#224; la photographie. Le cin&#233;ma ne rejette pas la photo, mais en combine une s&#233;rie selon les lois du mouvement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; Le marxisme et notre &#233;poque &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ayant d&#233;fini la science comme la connaissance des lois objectives de la nature, l'homme s'est efforc&#233; avec obstination de se soustraire lui-m&#234;me &#224; la science, se r&#233;servant des privil&#232;ges sp&#233;ciaux, sous forme de pr&#233;tendus rapports avec des forces supra-sensibles (religion), ou avec des pr&#233;ceptes moraux &#233;ternels (id&#233;alisme). Marx a d&#233;finitivement priv&#233; l'homme de ces odieux privil&#232;ges, en le consid&#233;rant comme un cha&#238;non du processus d'&#233;volution de la nature mat&#233;rielle ; en consid&#233;rant la soci&#233;t&#233; humaine comme l'organisation de la production et de la distribution ; en consid&#233;rant le capitalisme comme un stade du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le but de Marx n'&#233;tait pas de d&#233;couvrir les &#034;lois &#233;ternelles&#034; de l'&#233;conomie. Il niait l'existence de telles lois. L'histoire du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine est l'histoire de la succession de diff&#233;rents syst&#232;mes &#233;conomiques, qui ont chacun leurs lois propres. Le passage d'un syst&#232;me &#224; un autre a toujours &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par la croissance des forces productives, c'est-&#224;-dire de la technique et de l'organisation du travail. Jusqu'&#224; un certain point, les changements sociaux ont seulement un caract&#232;re quantitatif, et n'alt&#232;rent pas les fondements de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire les formes dominantes de la propri&#233;t&#233;. Mais il arrive un moment o&#249; les forces productives accrues ne peuvent plus rester enferm&#233;es dans les vieilles formes de propri&#233;t&#233; ; alors survient dans l'ordre social un changement, accompagn&#233; de secousses. A la commune primitive succ&#233;da ou s'ajouta l'esclavage ; l'esclavage fut remplac&#233; par le servage, avec sa superstructure f&#233;odale ; au 16e si&#232;cle, le d&#233;veloppement commercial des villes en Europe entra&#238;na l'av&#232;nement du r&#233;gime capitaliste, qui, depuis lors, est pass&#233; par diff&#233;rentes &#233;tapes. Dans son Capital, Marx n'&#233;tudie pas l'&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral, mais l'&#233;conomie capitaliste, avec ses lois sp&#233;cifiques. Des autres syst&#232;mes &#233;conomiques, il ne parle qu'incidemment, et seulement pour mettre en lumi&#232;re les caract&#233;ristiques propres du capitalisme&#8230; Tout ce chaos d'efforts et d'actions individuelles engendre un ensemble &#233;conomique qui, tout en n'&#233;tant pas harmonieux, permet cependant &#224; la soci&#233;t&#233;, non seulement d'exister, mais encore de se d&#233;velopper. Cela signifie qu'au fond ce chaos n'est d'aucune fa&#231;on un chaos, que, d'une certaine mani&#232;re, il est soumis &#224; une r&#233;gulation automatique et inconsciente. Comprendre le m&#233;canisme qui instaure entre les diff&#233;rents aspects de l'&#233;conomie un &#233;quilibre relatif, c'est d&#233;couvrir les lois objectives du capitalisme. Les lois qui gouvernent les diff&#233;rentes sph&#232;res de l'&#233;conomie capitaliste &#8211; les salaires, les prix, la rente fonci&#232;re, le profit, l'int&#233;r&#234;t, le cr&#233;dit, la Bourse &#8211; ces lois sont nombreuses et complexes. Cela est manifeste. Mais, en dernier ressort, elles se ram&#232;nent &#224; une loi unique, d&#233;couverte par Marx, et qu'il a explor&#233;e &#224; fond : la loi de la valeur-travail, qui est le r&#233;gulateur fondamental de l'&#233;conomie capitaliste. L'essence de cette loi est simple. La soci&#233;t&#233; dispose d'une certaine r&#233;serve de force de travail vivante. Appliqu&#233;e &#224; la nature, cette force produit les objets n&#233;cessaires &#224; la satisfaction des besoins de l'humanit&#233;. Par suite de la division du travail entre des producteurs ind&#233;pendants, ces objets prennent la forme de marchandises. Les marchandises s'&#233;changent &#224; un taux donn&#233;, d'abord directement, plus tard au moyen d'un interm&#233;diaire : l'or ou la monnaie. La propri&#233;t&#233; essentielle des marchandises, propri&#233;t&#233; qui les rend, suivant un certain rapport, comparables entre elles, est le travail humain d&#233;pens&#233; pour les produire &#8211; le travail abstrait, le travail en g&#233;n&#233;ral &#8211; base et mesure de la valeur. Si la division du travail entre des millions de producteurs n'entra&#238;ne pas la d&#233;sagr&#233;gation de la soci&#233;t&#233;, c'est que les marchandises sont &#233;chang&#233;es selon le temps de travail socialement n&#233;cessaire pour leur production. En acceptant ou en rejetant les marchandises, le march&#233;, ar&#232;ne de l'&#233;change, d&#233;cide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement n&#233;cessaire, d&#233;termine ainsi les quantit&#233;s des diff&#233;rentes esp&#232;ces de marchandises n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233;, et, par cons&#233;quent, aussi la distribution de la force de travail entre les diff&#233;rentes branches de la production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; L'heure de la d&#233;cision approche &#187; de d&#233;cembre 1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque jour, que nous le voulions ou nous, nous devons nous persuader que la terre tourne autour de son axe. De m&#234;me, les lois de la lutte des classes agissent ind&#233;pendamment du fait que nous les reconnaissions ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eftichios Bitzakis, dans &#171; Physique contemporaine et Mat&#233;rialisme dialectique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les diff&#233;rences, mais l'unit&#233; aussi, des formes de la mati&#232;re s'expriment encore d'un autre point de vue : celui des lois de conservation, des invariances, des sym&#233;tries et des r&#232;gles de s&#233;lection qui, en relation &#233;troite entre elles, caract&#233;risent les transformations des microparticules. Le terme &#171; loi de conservation &#187; signifie conservation d'un &#234;tre, d'une quantit&#233;, d'une propri&#233;t&#233; ou d'une relation. Toutes les lois de conservation n'ont pas la m&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233;&#8230; Les lois de conservation sont li&#233;es aux invariances qui se manifestent dans la nature&#8230; Une autre grande loi de la physique classique (et moderne) est la conservation de l'&#233;nergie. Engels et L&#233;nine avaient analys&#233; en leur temps la signification de cette loi sous sa forme statique (conservation de l'&#233;nergie) et dynamique (transformation des formes de l'&#233;nergie). Cette loi exprime selon les classiques du mat&#233;rialisme dialectique l'indestructibilit&#233; du mouvement. Elle est aussi li&#233;e aux lois de conservation de l'impulsion et du moment cin&#233;tique&#8230; Les lois de conservation de la charge &#233;lectrique, de l'&#233;tranget&#233;, de l'impulsion-&#233;nergie, du spin, du spin isotopique, du nombre baryonique, etc., expriment l'unit&#233; de la mati&#232;re au sein de la diversit&#233; de ses formes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Lochak, dans sa pr&#233;face &#224; &#171; La d&#233;gradation de l'&#233;nergie &#187; de Bernard Brunhes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e m&#234;me de loi s'identifie, en physique, au concept de r&#233;gularit&#233; et non &#224; celui d'&#233;volution. D&#232;s l'Antiquit&#233;, les premiers ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s furent le mouvement r&#233;gulier des &#233;toiles et celui des cordes vibrantes : Pythagore, qui con&#231;ut l'Harmonie des Sph&#232;res, d&#233;couvrit les intervalles de la gamme. Les premiers grands principes &#233;nonc&#233;s par la science expriment la stationnarit&#233; : c'est le cas du principe du moindre chemin optique de Fermat et du principe de moindre action de Maupertuis&#8230; Brunhes, c'est la science vue, non pas du c&#244;t&#233; de la conservation de l'&#233;nergie, mais du c&#244;t&#233; de sa d&#233;gradation, du c&#244;t&#233; du principe de Carnot. Bien entendu, il n'y a l&#224; nulle contradiction avec les lois de conservation car c'est la qualit&#233; de l'&#233;nergie qui se d&#233;grade et non sa quantit&#233; globale qui, elle, se conserve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine, dans &#171; La fin des certitudes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les questions &#233;tudi&#233;es dans ce livre &#8211; l'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? &#8211; ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale&#8230; La formulation des &#171; lois de la nature &#187; a apport&#233; un &#233;l&#233;ment crucial dans ce d&#233;bat ancien. En effet, les lois &#233;nonc&#233;es par la physique n'ont pas pour objet de nier le devenir au nom de la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre. Bien au contraire, elles visent &#224; d&#233;crire le changement, les mouvements caract&#233;ris&#233;s par une vitesse variant au cours du temps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; Dans &#171; Sciences et m&#233;thode &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une cause tr&#232;s petite, qui nous &#233;chappe, d&#233;termine un effet consid&#233;rable que nous ne pouvons pas ne pas voir et alors nous disons que cet effet est d&#251; au hasard. Si nous connaissons exactement les lois de la nature et la situation de ce m&#234;me Univers &#224; l'instant initial, nous pourrions pr&#233;dire exactement la situation de ce m&#234;me Univers &#224; un instant ult&#233;rieur. Mais, lors m&#234;me que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions conna&#238;tre la situation initiale qu'approximativement. Si cela nous permet de pr&#233;voir la situation ult&#233;rieure avec la m&#234;me approximation, c'est tout ce qu'il nous faut, nous disons que le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; pr&#233;vu. Il peut arriver que des petites diff&#233;rences dans les conditions initiales en engendrent de tr&#232;s grandes dans les ph&#233;nom&#232;nes finaux ; une petite erreur sur les premi&#232;res produirait une erreur &#233;norme sur les derniers. La pr&#233;diction devient impossible et nous avons un ph&#233;nom&#232;ne fortuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233;, dans &#171; Derni&#232;res pens&#233;es &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous envisageons deux esprits semblables au n&#244;tre observant l'univers &#224; deux dates diff&#233;rentes, s&#233;par&#233;es par exemple par des millions d'ann&#233;es, chacun de ces esprits b&#226;tira une science, qui sera un syst&#232;me de lois d&#233;duites des faits observ&#233;s. Il est probable que ces sciences seront tr&#232;s diff&#233;rentes et en ce sens on pourrait dire que les lois ont &#233;volu&#233;. Mais quelque grand que soit l'&#233;cart, on pourra toujours concevoir une intelligence de m&#234;me nature encore que la n&#244;tre, mais de port&#233;e beaucoup plus grande, ou appel&#233;e &#224; une vie plus longue, qui sera capable de faire la synth&#232;se et de r&#233;unir dans une formule unique, parfaitement coh&#233;rente, les deux formules fragmentaires et approch&#233;es auxquelles les deux chercheurs &#233;ph&#233;m&#232;res &#233;taient parvenus dans le peu de temps dont ils disposaient. Pour elle, les lois n'auront pas chang&#233;, la science sera immuable, ce seront seulement les savants qui auront &#233;t&#233; imparfaitement inform&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreux auteurs d&#233;finissent la science comme l'&#233;tude des processus d&#233;termin&#233;s par des causes. Les processus qui se sont d&#233;roul&#233;s dans le pass&#233; ne sont, en principe, pas observables. On doit donc travailler par d&#233;duction, en se fondant sur les r&#233;sultats des processus pass&#233;s, pr&#233;serv&#233;s dans les archives historiques. Il faut &#233;tudier les r&#233;sultats actuels de processus pouvant &#234;tre directement observ&#233;s et m&#234;me manipul&#233;s par exp&#233;rimentation, et l'on doit ensuite d&#233;duire les causes des processus pass&#233;s gr&#226;ce &#224; leur &#171; ressemblance suffisante &#187; avec les r&#233;sultats actuels. Cette m&#233;thode demande de faire l'hypoth&#232;se que les lois de la nature ne varient pas au cours du temps. Les &#233;tudes historiques sont donc tr&#232;s particuli&#232;res en ceci qu'elles s'appuient sur des m&#233;thodes faisant appel &#224; la comparaison et au degr&#233; de ressemblance plut&#244;t que sur celles, classiques, se fondant sur la simplification, la manipulation, les exp&#233;riences contr&#244;l&#233;es et la pr&#233;diction&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould Dans &#171; Un h&#233;risson dans la temp&#234;te &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'elles se pr&#233;sentent comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des pr&#233;ceptes dogmatiques que l'on d&#233;cr&#232;te vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de syst&#232;mes complets, et o&#249; les composantes elles-m&#234;mes n'existent pas a priori, mais sont &#224; la fois les produits du syst&#232;me et des donn&#233;es que l'on fait entrer dans le syst&#232;me. Ainsi, la loi des &#171; contraires qui s'interp&#233;n&#232;trent &#187; t&#233;moigne de l'interd&#233;pendance absolue des composantes ; la &#171; transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#187; d&#233;fend une vision syst&#233;mique du changement, qui traduit les entr&#233;es de donn&#233;es incr&#233;mentielles en changements d'&#233;tat ; et la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; d&#233;crit la direction donn&#233;e &#224; l'histoire, car les syst&#232;mes complexes ne peuvent retourner exactement &#224; leurs &#233;tats ant&#233;rieurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine dans &#171; Temps &#224; devenir &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ainsi l'univers devient. Comme l'homme, la nature devient. (&#8230;) La nouvelle formulation des lois de la nature est qu'elle rend possible des &#233;v&#233;nements&#8230; Je pense qu'on doit maintenant croire &#224; un univers dans lequel il n'y a pas seulement des lois, mais aussi des &#233;v&#233;nements, tout comme dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? - ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale. Elles nous accompagnent depuis plus de deux mille cinq cent ans. Aujourd'hui, les d&#233;veloppements de la physique et des math&#233;matiques du chaos et de l'instabilit&#233; ouvrent un nouveau chapitre dans cette longue histoire. Nous percevons ces probl&#232;mes sous un angle renouvel&#233;. Nous pouvons d&#233;sormais &#233;viter les contradictions du pass&#233;. &#201;picure fut le premier &#224; dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conf&#233;r&#233; le poids de son autorit&#233;. Successeur de D&#233;mocrite, il imaginait le monde constitu&#233; par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la m&#234;me vitesse en suivant des trajets parall&#232;les. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveaut&#233;, une nouvelle combinaison d'atomes, pouvait-elle apparaitre ? Pour &#201;picure, le probl&#232;me de la science, de l'intelligibilit&#233; de la nature et celui de la destin&#233;e des hommes &#233;taient ins&#233;parables. Que pouvait signifier la libert&#233; humaine dans le monde d&#233;terministe des atomes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Scientific American &#187;, octobre 1994 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour comprendre les &#233;v&#233;nements et les r&#233;gularit&#233;s qui caract&#233;risent le chemin de la vie, nous devons aller au-del&#224; des principes de la th&#233;orie de l'&#233;volution vers un examen pal&#233;ontologique de l'allure contingente de l'histoire de la vie sur notre plan&#232;te, seule version actualis&#233;e parmi les millions d'alternatives plausible dont il se trouve qu'elles n'ont pas eu lieu. Une telle conception de l'histoire de la vie est tout &#224; fait contraire aux mod&#232;les d&#233;terministes habituels de la science occidentale, mais aussi aux traditions sociales et aux espoirs psychologiques les plus profonds de la culture occidentale, ceux d'une histoire qui culmine dans les humains en tant qu'expression la plus haute de la vie et destin&#233;s &#224; dominer la plan&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ceux qui ne voient que des lois math&#233;matiques :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pythagore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est nombre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres r&#233;gissent l'univers, tout est arrang&#233; d'apr&#232;s les nombres. Les nombres contiennent le secret des chiffres et Dieu est l'harmonie universelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon dans &#171; L'&#233;pinomis &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres sont le plus haut degr&#233; de la connaissance. Le nombre est la connaissance m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re et la plus importante science est celle du nombre en soi, en excluant le calcul vulgaire. Cette science explique comment il est engendr&#233; par le pair et l'impair, quelles sont ses vertus et comment il communique sa nature &#224; toute chose&#8230; Si l'on comprend ces merveilles, on se rend compte qu'elles n'ont pu &#234;tre invent&#233;es par l'homme, mais qu'elles proc&#232;dent d'une inspiration d'en haut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La g&#233;om&#233;trie est la connaissance de ce qui est toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote dans &#171; M&#233;taphysique &#187;, Livre I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nombres sont de par leur nature ant&#233;rieurs aux choses &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galil&#233;e dans &#171; Il Saggiatore, in Opere &#187; (L'Essayeur) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La philosophie est &#233;crite dans cet immense livre qui continuellement reste ouvert devant les yeux (ce livre qui est l'Univers), mais on ne peut le comprendre si, d'abord, on ne s'exerce pas &#224; en conna&#238;tre la langue et les caract&#232;res dans lesquels il est &#233;crit. II est &#233;crit dans une langue math&#233;matique, et les caract&#232;res en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures g&#233;om&#233;triques, sans lesquelles il est impossible humainement d'en saisir le moindre mot ; sans ces moyens, on risque de s'&#233;garer dans un labyrinthe obscur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pape Pie XI :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'univers n'est si resplendissant de divine po&#233;sie que parce qu'une divine math&#233;matique, une divine combinaison des nombres r&#232;glent ses mouvements &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marceau Felden dans &#034;La math&#233;matique et la r&#233;alit&#233;&#034; (dans &#034;Dictionnaire de l'ignorance&#034;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est avec le Tim&#233;e, qui est la premi&#232;re tentative d'interpr&#233;tation coh&#233;rente du monde, que Platon (quatri&#232;me si&#232;cle avant J.-C.) a implicitement pos&#233; la question complexe, et toujours tr&#232;s controvers&#233;e, des relations pouvant exister entre la r&#233;alit&#233; et sa repr&#233;sentation math&#233;matique. Sachant que les pythagoriciens avaient montr&#233; l'existence d'une relation arithm&#233;tique caract&#233;ristique pour pr&#233;server les qualit&#233;s harmoniques des instruments &#224; corde (constance des rapports entre les longueurs de cordes), Platon g&#233;n&#233;ralise audacieusement en identifiant l'invariance de ce type de loi &#224; l' &#171; analogia &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; ce qui ne change pas. C'est ainsi que, selon lui, la math&#233;matique doit conduire au seul savoir possible. Principe cardinal sur lequel repose toujours la totalit&#233; de l'&#233;difice scientifique actuel. (&#8230;) Le probl&#232;me pos&#233; reste le suivant : qu'est-ce que le r&#233;el ? Question philosophique essentielle (&#8230;) mais aussi question qui ne peut plus &#234;tre ignor&#233;e de la science contemporaine. (&#8230;) Bien que la math&#233;matique constitue un champ unitaire, (&#8230;) il est tout autant empreint de mythes et de croyances que le reste du savoir humain. (&#8230;) C'est la m&#233;canique classique qui a montr&#233;, mais non d&#233;montr&#233;, l'ad&#233;quation de la description math&#233;matique &#224; certains probl&#232;mes de physique. D'o&#249; la confusion du 19&#232;me si&#232;cle qui a pr&#233;tendu un peu h&#226;tivement g&#233;n&#233;raliser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233; dans &#171; La Valeur de la science &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que nous appelons la r&#233;alit&#233; objective, c'est en derni&#232;re analyse ce qui est commun &#224; plusieurs &#234;tres pensants et pourrait &#234;tre commun &#224; tous : cette partie commune, nous le verrons, ce ne peut &#234;tre que l'harmonie exprim&#233;e par les lois math&#233;matiques. C'est donc cette harmonie qui est la seul r&#233;alit&#233; objective, la seule v&#233;rit&#233; que nous puissions atteindre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg, &#224; Ath&#232;nes en 1964 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science est tomb&#233;e d'accord avec Platon. Les particules &#233;l&#233;mentaires ne sont pas des corps naturels, mais des formes qui peuvent &#234;tre exprim&#233;es math&#233;matiquement&#8230; L'homme doit se contenter d'un dieu g&#233;om&#232;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ceux qui nient l'existence de lois objectives :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L. Wittgenstein dans &#171; Tractatus Logico-philosophique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conception du monde contemporain tout enti&#232;re est fond&#233;e sur l'illusion que les dites lois physiques sont des explications des ph&#233;nom&#232;nes physiques. Ainsi, les hommes, aujourd'hui, se placent-ils devant les lois et les affrontent comme ils affrontaient le dieu et le destin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde est la totalit&#233; des &#233;v&#233;nements, pas des choses. Les &#233;v&#233;nements dans l'espace logique, c'est le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Mach :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'existe pas de n&#233;cessit&#233; physique, par exemple, autre que la n&#233;cessit&#233; logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pearson dans &#171; La Grammaire de la science &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les lois de la nature sont bien plus les produits de l'esprit humain que des faits du monde ext&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Copelston :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot &#171; n&#233;cessaire &#187; me para&#238;t comme un mot inutile, exception fait quand il est appliqu&#233; aux propositions analytiques, et non aux choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Cassirer dans &#171; D&#233;terminisme et ind&#233;terminisme en physique moderne &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'illusion, le probl&#232;me causal dans son ensemble se trouve dans le fait que l'on consid&#232;re les lois comme une esp&#232;ce de r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, dans &#171; Critique de la raison pure, Esth&#233;tique transcendantale &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand m&#234;me nous pourrions porter notre intuition &#224; son plus haut degr&#233; de clart&#233;, nous n'en ferions point un pas de plus vers la connaissance de la nature m&#234;me des objets. Car en tous cas nous ne conna&#238;trions parfaitement que notre mode d'intuition, c'est-&#224;-dire notre sensibilit&#233;, toujours soumise aux conditions d'espace et de temps originairement inh&#233;rentes au sujet ; quant &#224; savoir ce que sont les objets en soi, c'est ce qui nous est impossible m&#234;me avec la connaissance la plus claire de leurs ph&#233;nom&#232;nes, seule chose qui nous soit donn&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Born :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clair que le dualisme onde-corpuscule et l'incertitude essentielle qu'il implique nous obligent &#224; abandonner tout espoir de conserver une th&#233;orie d&#233;terministe. La loi de causalit&#233;&#8230; n'est plus valable, du moins au sens de la physique classique. Quant &#224; la question de savoir s'il existe encore une loi de causalit&#233; dans la nouvelle th&#233;orie, deux points de vue sont possibles. Soit, on persiste &#224; envisager les ph&#233;nom&#232;nes &#224; l'aide des images d'onde et corpuscule, alors la loi de causalit&#233; n'est plus valable&#8230; La loi de causalit&#233; est donc sans contenu physique ; la nature des choses impose que la physique soit ind&#233;terministe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John von Neumann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En physique macroscopique, aucun exp&#233;rience ne peut prouver la causalit&#233;, car l'ordre causal apparent n'y a pas d'autre origine que la loi des grands nombres, et cela tout &#224; fait ind&#233;pendamment du fait que les processus &#233;l&#233;mentaires, qui sont les v&#233;ritables processus physiques, suivent ou non des lois causales&#8230; C'est seulement &#224; l'&#233;chelle atomique, dans les processus &#233;l&#233;mentaires eux-m&#234;mes, que la question de la causalit&#233; peut r&#233;ellement &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve : mais, &#224; cette &#233;chelle, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances, tout parle contre elle, car la seule th&#233;orie formelle s'accordant &#224; peu pr&#232;s avec l'exp&#233;rience et la r&#233;sumant est la m&#233;canique quantique qui est en conflit avec la causalit&#233;&#8230; Il ne subsiste aujourd'hui aucune raison permettant d'affirmer l'existence de la causalit&#233; dans la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bohr :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La m&#233;canique quantique est en contradiction logique avec la causalit&#233; (...) Il n'y a pas pour le moment d'occasion de parler de causalit&#233; dans la nature, parce qu'il n'y a pas d'exp&#233;rience qui indique sa pr&#233;sence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Werner Heisenberg :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En physique classique, la science partait de la croyance - ou devrait-on dire de l'illusion ? - que nous pouvons d&#233;crire le monde sans nous faire en rien intervenir nous-m&#234;mes. [...] La th&#233;orique quantique ne comporte pas de caract&#233;ristiques vraiment subjectives, car elle n'introduit pas l'esprit du physicien comme faisant partie du ph&#233;nom&#232;ne atomique ; mais elle part de la division du monde entre &#171; objet &#187; et reste du monde, ainsi que du fait que nous utilisons pour notre description les concepts classiques. Cette division est arbitraire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg, dans &#171; Physique et philosophie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Newton commence ses &#171; Principia &#187; par un groupe de d&#233;finitions et d'axiomes li&#233;s entre eux de telle mani&#232;re qu'ils forment ce qu'on pourrait appeler un &#171; syst&#232;me ferm&#233; &#187; ; chaque concept peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; par un symbole math&#233;matique et les rapports entre les diff&#233;rents concepts sont alors repr&#233;sent&#233;s par des &#233;quations math&#233;matiques exprim&#233;es par des symboles ; l'image math&#233;matique de ce syst&#232;me assure qu'aucune contradiction interne ne puisse s'y produire. Ainsi, les mouvements possibles des corps sous l'influence des forces qui s'exercent sont repr&#233;sent&#233;s par les solutions possibles des &#233;quations. Le syst&#232;me de d&#233;finitions et d'axiomes pouvant se traduire par un ensemble d'&#233;quations math&#233;matiques est consid&#233;r&#233; comme d&#233;crivant une structure &#233;ternelle de la Nature, structure ind&#233;pendante des valeurs particuli&#232;res de l'espace ou du temps. Les diff&#233;rents concepts sont si &#233;troitement li&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me qu'en g&#233;n&#233;ral l'on ne pourrait changer aucun d'entre eux sans d&#233;truire le syst&#232;me tout entier. (&#8230;) En physique th&#233;orique, nous essayons de comprendre des groupes de ph&#233;nom&#232;nes en introduisant des symboles math&#233;matiques pouvant se lier aux faits, c'est-&#224;-dire aux r&#233;sultats des mesures ; comme symboles, nous utilisons des noms qui mettent en &#233;vidence leur corr&#233;lation avec la mesure, rattachant ainsi les symboles au langage ; puis ces symboles sont reli&#233;s entre eux par un syst&#232;me rigoureux de d&#233;finitions et d'axiomes et, pour finir, les lois de la Nature sont exprim&#233;es sous forme d'&#233;quations entre les symboles. L'infinie vari&#233;t&#233; des solutions de ces &#233;quations correspond alors &#224; l'infinie vari&#233;t&#233; des ph&#233;nom&#232;nes particuliers possibles dans ce domaine de la Nature. C'est ainsi que l'ensemble math&#233;matique repr&#233;sente le groupe de ph&#233;nom&#232;nes, dans la mesure o&#249; la corr&#233;lation entre symboles et mesures est valable. C'est cette corr&#233;lation qui permet l'expression de lois concr&#232;tes &#224; l'aide du langage ordinaire puisque nos exp&#233;riences, consistant en actions et observations, peuvent toujours se d&#233;crire en langage ordinaire. Mais en m&#234;me temps que s'accroissent les connaissances scientifiques, le langage s'enrichit lui aussi ; de nouveaux termes sont introduits et les anciens termes sont appliqu&#233;s &#224; un domaine qui s'&#233;largit, ou d'une fa&#231;on qui diff&#232;re du langage ordinaire. Des termes comme &#171; &#233;nergie &#187;, &#171; &#233;lectricit&#233; &#187;, &#171; entropie &#187;, en sont des exemples &#233;vidents. (&#8230;) C'est dans cet &#233;tat assez calme de la physique qu'&#233;clat&#232;rent les bombes de la th&#233;orie quantique et de la th&#233;orie de la relativit&#233; restreinte, qui d&#233;clench&#232;rent un glissement d'abord assez lent, puis de plus en plus rapide des bases m&#234;me des sciences de la Nature. (&#8230;) Le vrai probl&#232;me &#233;tait qu'il n'existait aucun langage dans lequel exprimer de fa&#231;on coh&#233;rente la nouvelle situation. (&#8230;) En th&#233;orie de la relativit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, l'id&#233;e d'une g&#233;om&#233;trie non euclidienne dans l'espace r&#233;el fut contredite avec &#233;nergie par certains philosophes qui faisaient remarquer que toute notre m&#233;thode de pr&#233;paration des exp&#233;riences pr&#233;supposait d&#233;j&#224; la g&#233;om&#233;trie euclidienne. (&#8230;) Mais c'est la th&#233;orie quantique qui soul&#232;ve le plus de difficult&#233;s concernant l'emploi du langage. Nous n'avons l&#224; au premier abord aucun guide simple pour relier les symboles math&#233;matiques et les concepts du langage ordinaire ; et la seule chose que nous sachions au d&#233;part, c'est que nos concepts habituels ne peuvent s'appliquer &#224; la structure des atomes. Le point de d&#233;part qui s'impose pour l'interpr&#233;tation physique du formalisme semble &#234;tre, encore une fois, le fait que l'ensemble math&#233;matique de la m&#233;canique quantique se rapproche de la m&#233;canique classique pour des dimensions qui sont grandes compar&#233;es &#224; celles des atomes. (&#8230;) M&#234;me dans la limite des grandes dimensions, la corr&#233;lation entre symboles math&#233;matiques, mesures et concepts ordinaires n'est aucunement &#224; n&#233;gliger. (&#8230;) En fait, je crois que le langage effectivement utilis&#233; par les physiciens lorsqu'ils parlent des ph&#233;nom&#232;nes atomiques &#233;quivaut &#224; celle de &#171; potentia &#187;. (&#8230;) Certains physiciens ont fait des tentatives pour d&#233;finir un autre langage pr&#233;cis qui suivrait des modes logiques d&#233;finis en totale conformit&#233; avec le sch&#233;ma math&#233;matique de la th&#233;orie quantique. Le r&#233;sultat de ces tentatives de Birkhoff et Neumann et, plus r&#233;cemment, de Weizs&#228;cher, peut s'exprimer en disant que le formalisme math&#233;matique de la th&#233;orie quantique peut s'exprimer comme une extension ou modification de la logique classique. Il existe en particulier un principe fondamental de logique classique qui semble avoir besoin d'&#234;tre modifi&#233; : en logique classique, si une affirmation a le moindre sens, on suppose que soit elle soit sa n&#233;gation qui doit &#234;tre vraie. (&#8230;) En th&#233;orie quantique, il faut modifier cette loi du &#171; tiers exclu &#187;. (&#8230;) La modification possible du mode de logique classique s'appliquerait alors tout d'abord au niveau qui concerne les objets. (&#8230;) Dans les exp&#233;riences sur les ph&#233;nom&#232;nes atomiques, nous avons affaire &#224; des choses et &#224; des faits, &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui sont tout aussi r&#233;els que les ph&#233;nom&#232;nes de la vie quotidienne. Mais les atomes ou les particules &#233;l&#233;mentaires ne sont pas aussi r&#233;els ; ils forment un monde de potentialit&#233;s ou de possibilit&#233;s plut&#244;t qu'un monde de choses ou de faits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3099&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'univers ob&#233;it-il &#224; la loi des nombres ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Vivant ob&#233;it-il aux m&#234;mes lois que l'inerte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4460&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re : d&#233;terminisme ou ind&#233;terminisme ? Ou les deux, contradictoirement mais aussi conjointement ?!!!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie des math&#233;matiques et celle des sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3835&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique quantique nous condamne-t-elle &#224; ne pas d&#233;crire du tout la r&#233;alit&#233; sous-jacente aux lois de la physique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3476&#034;&gt;Le r&#233;el n'est pas la succession temporelle, lin&#233;aire, logique et graduelle des &#233;tats actuels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3352&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde mat&#233;riel existe-t-il objectivement, en dehors de nos pens&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4578&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; physique et nos images humaines&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99id%C3%A9e_de_loi_naturelle_dans_la_science_et_la_philosophie_contemporaines&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De l'id&#233;e de loi naturelle dans la science et la philosophie contemporaines&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vision produite par &#339;il-nerf optique-cerveau, un produit de la g&#233;n&#233;tique, du d&#233;veloppement et de l'&#233;volution, vu&#8230; par des grands scientifiques, de Darwin &#224; Gould en passant par Gehring et Feynman</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5989</link>
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		<dc:date>2018-10-27T22:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Pouvons-nous croire que la s&#233;lection naturelle puisse produire, d'une part, des organes insignifiants tels que la queue de la girafe, qui sert de chasse-mouches et, d'autre part, un organe aussi important que l'&#339;il ? (&#8230;)Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la s&#233;lection naturelle ait pu former l'&#339;il avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d'ajuster le foyer &#224; diverses distances, d'admettre une quantit&#233; variable de lumi&#232;re et de corriger les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique33" rel="directory"&gt;D&#233;veloppement et g&#233;n&#233;tique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pouvons-nous croire que la s&#233;lection naturelle puisse produire, d'une part, des organes insignifiants tels que la queue de la girafe, qui sert de chasse-mouches et, d'autre part, un organe aussi important que l'&#339;il ? (&#8230;)Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la s&#233;lection naturelle ait pu former l'&#339;il avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d'ajuster le foyer &#224; diverses distances, d'admettre une quantit&#233; variable de lumi&#232;re et de corriger les aberrations sph&#233;riques et chromatiques. (&#8230;) La difficult&#233; d'admettre qu'un &#339;il complexe et parfait a pu &#234;tre produit par la s&#233;lection naturelle, bien qu'insurmontable pour notre imagination, n'attaque en rien notre th&#233;orie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;il a &#233;t&#233; longtemps pr&#233;sent&#233; par les cr&#233;ationnistes comme la preuve de la fausset&#233; de la th&#233;orie de l'&#233;volution de Darwin et comme l'incontournable n&#233;cessit&#233; du cr&#233;ationnisme. Le fait que quarante fois quelque chose d'aussi parfait que l'&#339;il ait pu &#234;tre fabriqu&#233; pourrait sembler la meilleure preuve de la cr&#233;ation divine. Et pourtant, les derni&#232;res d&#233;couvertes des sciences ont tranch&#233; cette controverse. &lt;a href=&#034;https://profidecatholica.com/creationnisme/de-darwinisez-vous/loeil-cauchemar-de-darwin/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici l'argumentaire sur l'&#339;il des cr&#233;ationnistes contre Darwin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH311/-4729-f8d34.jpg?1779680752' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On a d'abord cru que des yeux diff&#233;rents de diverses esp&#232;ces avaient des origines diff&#233;rentes mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour toutes les esp&#232;ces ayant un oeil, du poisson &#224; l'insecte en passant par le mammif&#232;re, celui qui a produit l'oeil (le g&#232;ne r&#233;gulateur ma&#238;tre de la production de l'oeil dans le d&#233;veloppement de l'animal) s'appelle le g&#232;ne Pax-6. Et voici sa prot&#233;ine :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH443/-308-a8039.jpg?1779680752' width='500' height='443' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH265/-309-42b24.png?1779680752' width='400' height='265' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L287xH176/-4776-dca28.jpg?1779680752' width='287' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-4738.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH248/-4738-d6c48.jpg?1779680752' width='500' height='248' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L460xH520/-4744-8d7bf.jpg?1779680752' width='460' height='520' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH234/-4745-72178.jpg?1779680752' width='500' height='234' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-4746.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-4746-2b3e6.jpg?1779680752' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L282xH179/-4747-c996d.jpg?1779680752' width='282' height='179' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/-4748-d06c0.jpg?1779680752' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L276xH183/-4749-e4663.jpg?1779680752' width='276' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/-4750-52c58.jpg?1779680752' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L279xH180/-4751-8e53b.jpg?1779680752' width='279' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-310-410d0.jpg?1779680752' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L440xH440/-4752-c8824.jpg?1779680752' width='440' height='440' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/-4753-599b8.jpg?1779680752' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-4754.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH322/-4754-8d1f6.jpg?1779680752' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L307xH164/-4755-d740f.jpg?1779680752' width='307' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L320xH317/-4756-ee19b.jpg?1779680752' width='320' height='317' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/-4757-c9639.jpg?1779680752' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/-4758-679ef.jpg?1779680752' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH188/-4759-a655d.jpg?1779680752' width='250' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/-4760-69c00.jpg?1779680752' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/-4761-35bf2.jpg?1779680752' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/-311.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH706/-311-cda21.jpg?1779680752' width='500' height='706' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L181xH279/-4762-cd613.jpg?1779680752' width='181' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/-4763-67ede.jpg?1779680752' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L285xH177/-4764-9bede.jpg?1779680752' width='285' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez l'homme, dans le cerveau, c'est le cortex qui g&#232;re la fonction visuelle. Le cortex visuel est compos&#233; de six zones :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V1 &#8211; premi&#232;re analyse des informations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V2 &#8211; Vision st&#233;r&#233;oscopique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V3 &#8211; distance et profondeur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V4 &#8211; couleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V5 &#8211; mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V6 &#8211; position objective d'un objet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite ces zones entrent en relation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circuit V1-V2-V3-V5-V6 : position de l'objet dans l'espace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circuit V1-V2-V4 : nature de l'objet&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-4765.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH851/-4765-faac3.jpg?1779680752' width='500' height='851' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_10658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH457/-4766-195c9.jpg?1779680752' width='500' height='457' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_10659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH582/-4767-3dec3.jpg?1779680752' width='500' height='582' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_10660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH408/-4768-4e997.jpg?1779680752' width='500' height='408' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_10661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-4769.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-4769-22d84.jpg?1779680752' width='500' height='300' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vision produite par &#339;il-nerf optique-cerveau, un produit de la g&#233;n&#233;tique, du d&#233;veloppement et de l'&#233;volution, vu&#8230; par des grands scientifiques, de Darwin &#224; Gould en passant par Gehring et Feynman&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me rappelle bien du temps o&#249; la pens&#233;e de l'&#339;il me donnait froid partout, mais j'ai surmont&#233; cette &#233;tape des rechignements... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Charles Darwin &#224; Asa Gray dat&#233; du 3 avril, 1860&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de l'&#339;il chez les animaux est reli&#233;e &#224; l'&#233;volution des esp&#232;ces, au d&#233;veloppement de l'individu et &#224; la g&#233;n&#233;tique&lt;br class='autobr' /&gt; Le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de l'&#339;il est le m&#234;me chez tous les mammif&#232;res. Cela n'est pas surprenant. Les donn&#233;es fournies par les fossiles impliquent une branche commune pour tous les mammif&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;couverte des g&#232;nes hom&#233;otiques qui pilotent la fabrication du corps a chang&#233; notre vision&#8230; de l'&#339;il !&lt;br class='autobr' /&gt;
La g&#233;n&#233;tique est apparue pilot&#233;e non seulement par des g&#232;nes mais par des structures d'interactions en s&#233;rie des g&#232;nes, avec des niveaux hi&#233;rarchiques de ces interventions. Un seul g&#232;ne peut ainsi piloter, en cascade, jusqu'&#224; 2500 g&#232;nes comme le g&#232;ne ma&#238;tre de l'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'est aper&#231;u qu'un g&#232;ne d'ours peut tr&#232;s bien fonctionner sur une fourmi et inversement. Si on inocule un g&#232;ne qui commande la fabrication d'un oeil de mouche &#224; une mouche drosophile, il lui pousse un oeil suppl&#233;mentaire. Mais que se passe-t-il si on inocule un g&#232;ne d'oeil de souris &#224; cette mouche drosophile ? Le premier motif d'&#233;tonnement c'est que le g&#232;ne de souris fonctionne tr&#232;s bien sur une mouche. Mais que va-t-il produire ? Est-ce un oeil de souris, un oeil de mouche ou une bizarrerie ? On pourrait se dire que cela devrait &#234;tre un oeil de souris puisque le g&#232;ne vient d'une souris ... En effet, on sait que la souris n'a pas du tout la m&#234;me structure de l'oeil que la mouche. Eh bien non, c'est un oeil tout &#224; fait normal de mouche qui va appara&#238;tre sur la drosophile ! Et l'inverse est vrai &#233;galement : si on inocule &#224; une grenouille un g&#232;ne de fourmi, il poussera un oeil de plus et ce sera un oeil de grenouille. On a montr&#233; que la commande de fabrication d'un oeil en g&#233;n&#233;ral est utilisable sur n'importe quel animal capable de faire fonctionner un oeil. On d&#233;montre ainsi que ce g&#232;ne donne seulement l'ordre &#171; fait pousser un oeil &#187; et que cet ordre est commun aux diverses esp&#232;ces vivantes, ou du moins interchangeable. Des g&#232;nes hom&#233;otiques, comme celui de l'oeil, sont ceux qui pilotent non seulement la formation d'un organe, mais tout le d&#233;veloppement embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Walter Gehring, dans &#171; La drosophile aux yeux rouges &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le g&#232;ne ma&#238;tre &#171; eyeless &#187; de la drosophile et celui de la souris sont capables d'induire la morphogen&#232;se de l'&#339;il. Plus r&#233;cemment, nous avons aussi clon&#233; le g&#232;ne homologue d'eyeless chez le calmar, en collaboration avec Joram Piatigorsky et ses collaborateurs, et nous avons montr&#233; qu'il est aussi capable d'induire des yeux lorsqu'il est exprim&#233; ectopiquement chez la drosophile. Puisque nous avons aussi observ&#233; des homologues de Pax-6 hautement conserv&#233;s chez des ascidies, des vers n&#233;mertiens et des vers plats, et montr&#233; que Pax-6 s'exprime sp&#233;cifiquement dans les yeux, nous consid&#233;rons qu'eyeless (Pax-6) est un g&#232;ne ma&#238;tre universel contr&#244;lant la morphogen&#232;se de l'oeil. Ces r&#233;sultats poussent, en outre, &#224; conclure que l'&#339;il prototypique n'est peut-&#234;tre apparu qu'une seule fois, et non pas quarante fois, dans l'&#233;volution. La grande diversit&#233; des types d'yeux que l'on trouve dans le r&#232;gne animal aurait eu ce prototype pour point de d&#233;part des &#233;volutions divergentes, parall&#232;les ou convergentes ayant pris place ensuite. En fait, l'&#339;il de certains vers plats ressemble &#233;troitement au prototype darwinien et, chez une esp&#232;ce trouv&#233;e au Japon, l'&#339;il consiste en un seul photor&#233;cepteur et ue seule cellule pigmenaire, comme cela a &#233;t&#233; postul&#233; par Darwin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Jacob, dans son expos&#233; de l'Universit&#233; de tous les Savoirs, le 1er janvier 2000 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On voit les changements apport&#233;s dans la mani&#232;re de consid&#233;rer l'&#233;volution biochimique. Tant que chaque g&#232;ne, donc chaque prot&#233;ine, &#233;tait regard&#233; comme un objet unique, r&#233;sultat d'une s&#233;quence unique de nucl&#233;otides ou d'acides amin&#233;s, chacun d'eux ne pouvait se former que par une cr&#233;ation nouvelle, de toute &#233;vidence hautement improbable. &#187; Fran&#231;ois Jacob affirmait dans sa conf&#233;rence pour l'Universit&#233; de tous les savoirs : &#171; On a longtemps pens&#233; que les mol&#233;cules de diff&#233;rents organismes &#233;taient enti&#232;rement diff&#233;rentes. Et m&#234;me que c'&#233;tait la nature de leurs mol&#233;cules qui donnait aux organismes leurs propri&#233;t&#233;s et particularit&#233;s. En d'autres termes, que les ch&#232;vres avaient des mol&#233;cules de ch&#232;vres et les escargots des mol&#233;cules d'escargot. Que c'&#233;taient les mol&#233;cules de ch&#232;vre qui donnaient &#224; la ch&#232;vre ses particularit&#233;s. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion ou une poule d'une mouche, c'est moins une diff&#233;rence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Par exemple, ce qui rend un vert&#233;br&#233; diff&#233;rent d'un autre c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans les quantit&#233;s relatives des produits des g&#232;nes au cours du d&#233;veloppement de l'embryon que les petites diff&#233;rences observ&#233;es dans la structure de ces produits. (...) Chez la mouche, qui jouit d'un long pass&#233; g&#233;n&#233;tique, ont &#233;t&#233; mis en &#233;vidence les g&#232;nes qui assurent, dans l'&#339;uf, la mise en place des axes du futur embryon, puis ceux qui d&#233;coupent le corps de l'embryon en segments puis ceux qui d&#233;terminent le destin et la forme de chacun de ces segments. A la stup&#233;faction g&#233;n&#233;rale, ces m&#234;mes g&#232;nes ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s chez tous les animaux examin&#233;s : coup sur coup grenouille, ver, souris et homme. Qui eut dit, il y a encore quinze ans, que les g&#232;nes qui mettent en place le plan d'un &#234;tre humain sont les m&#234;mes que ceux qui fonctionnent chez une mouche ou un ver ? (...) On voit les changements apport&#233;s dans la mani&#232;re de consid&#233;rer l'&#233;volution biochimique. Tant que chaque g&#232;ne, donc chaque prot&#233;ine, &#233;tait regard&#233; comme un objet unique, r&#233;sultat d'une s&#233;quence unique de nucl&#233;otides ou d'acides amin&#233;s, chacun d'eux ne pouvait se former que par une cr&#233;ation nouvelle, de toute &#233;vidence hautement improbable. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion, une poule d'une mouche, c'est moins une diff&#233;rence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Ce qui les rend diff&#233;rents c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans la quantit&#233; relative des diff&#233;rents produits des g&#232;nes au cours du d&#233;veloppement de l'embryon que les petites diff&#233;rences observ&#233;es dans la structure de ces produits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gerald Schroeder, dans &#034;L'&#233;volution, rationalit&#233; ou hasard ?&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec l'av&#232;nement de l'aptitude, par la biologie mol&#233;culaire, &#224; discerner la structure des prot&#233;ines et des g&#232;nes, la comparaison statistique de la similarit&#233; de ces structures parmi les animaux est devenue possible. Le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de l'&#339;il est le m&#234;me chez tous les mammif&#232;res. Cela n'est pas surprenant. Les donn&#233;es fournies par les fossiles impliquent une branche commune pour tous les mammif&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui est surprenant, pour ne pas dire stup&#233;fiant, c'est la similarit&#233; du g&#232;ne de mammif&#232;re qui contr&#244;le le d&#233;veloppement des yeux chez les mollusques et dans les syst&#232;mes visuels chez les vers. On peut dire la m&#234;me chose pour le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de membres chez les insectes et chez les humains. En fait, ce g&#232;ne est si similaire que des morceaux du g&#232;ne des mammif&#232;res, si on les introduit dans une mouche de fruit, feront appara&#238;tre une aile sur la mouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela aurait un sens si le d&#233;veloppement de la vie &#233;tait d&#233;crit comme un arbre. Mais le buisson de vie signifie que juste au-dessus du niveau de la vie unicellulaire, les insectes, les mammif&#232;res, les vers et les mollusques se sont s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#232;ne de l'&#339;il a 130 sites. Cela veut dire qu'il y a 20130 (20 &#224; la puissance 130, c'est-&#224;-dire 20 multipli&#233; 130 fois par lui-m&#234;me) combinaisons possibles d'acides amin&#233;s le long de ces sites. Pour les raisons qui lui sont propres, la nature a s&#233;lectionn&#233; la m&#234;me combinaison d'acides amin&#233;s pour tous les syst&#232;mes visuels de tous les animaux. Cette fid&#233;lit&#233; ne peut pas avoir &#233;t&#233; caus&#233;e par hasard. Elle doit avoir &#233;t&#233; pr&#233;programm&#233;e dans des formes inf&#233;rieures de vie. Mais ces formes inf&#233;rieures de vie, constitu&#233;es par une seule cellule, n'avaient pas d'yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces donn&#233;es ont d&#233;concert&#233; la th&#233;orie classique de &#034; l'&#233;volution al&#233;atoire et ind&#233;pendante &#034; qui aurait produit ces structures convergentes. Cette similarit&#233; est si totalement insoup&#231;onn&#233;e par les th&#233;ories classiques de l'&#233;volution, que la plus prestigieuse des revues scientifiques des Etats-Unis, Science, a rapport&#233; : &#034; L'hypoth&#232;se selon laquelle l'&#339;il du c&#233;phalopode [mollusque] a &#233;volu&#233; en convergence avec celui des vert&#233;br&#233;s [humains] est remise en question par nos d&#233;couvertes r&#233;centes du [g&#232;ne] Pax-6... Le concept selon lequel les yeux des invert&#233;br&#233;s ont &#233;volu&#233; de mani&#232;re compl&#232;tement ind&#233;pendante de l'&#339;il des vert&#233;br&#233;s devra &#234;tre r&#233;examin&#233;. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas perdre de vue la port&#233;e de cette affirmation. On nous demande de r&#233;examiner l'id&#233;e que l'&#233;volution est un agent libre. La convergence, la similarit&#233; de ces g&#232;nes, est si grande qu'elle n'a pas pu arriver, qu'elle n'est pas arriv&#233;e par des r&#233;actions purement al&#233;atoires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Darwin, dans &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La raison me dit que si l'on peut montrer qu'il existe de nombreuses &#233;tapes interm&#233;diaires entre un &#339;il imparfait et un &#339;il complexe, parfait, chaque &#233;tape ayant son utilit&#233; pour l'individu&#8230; alors on pourra affirmer que la s&#233;lection naturelle est capable de produire un &#339;il complexe, parfait, bien que cela soit difficile &#224; imaginer, sans risquer de mettre en p&#233;ril la rigueur interne de la th&#233;orie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pouvons-nous croire que la s&#233;lection naturelle puisse produire, d'une part, des organes insignifiants tels que la queue de la girafe, qui sert de chasse-mouches et, d'autre part, un organe aussi important que l'&#339;il ? (&#8230;) Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la s&#233;lection naturelle ait pu former l'&#339;il avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d'ajuster le foyer &#224; diverses distances, d'admettre une quantit&#233; variable de lumi&#232;re et de corriger les aberrations sph&#233;riques et chromatiques. Lorsqu'on affirma pour la premi&#232;re fois que le soleil est immobile et que la terre tourne autour de lui, le sens commun de l'humanit&#233; d&#233;clara la doctrine fausse ; mais on sait que le vieux dicton : Vox populi, vox Dei, n'est pas admis en mati&#232;re de science. La raison nous dit que si, comme cela est certainement le cas, on peut d&#233;montrer qu'il existe de nombreuses gradations entre un &#339;il simple et imparfait et un &#339;il complexe et parfait, chacune de ces gradations &#233;tant avantageuse &#224; l'&#234;tre qui la poss&#232;de ; que si, en outre, l'&#339;il varie quelquefois et que ces variations sont transmissibles par h&#233;r&#233;dit&#233;, ce qui est &#233;galement le cas ; que si, enfin, ces variations sont utiles &#224; un animal dans les conditions changeantes de son existence, la difficult&#233; d'admettre qu'un &#339;il complexe et parfait a pu &#234;tre produit par la s&#233;lection naturelle, bien qu'insurmontable pour notre imagination, n'attaque en rien notre th&#233;orie. Nous n'avons pas plus &#224; nous occuper de savoir comment un nerf a pu devenir sensible &#224; l'action de la lumi&#232;re que nous n'avons &#224; nous occuper de rechercher l'origine de la vie elle-m&#234;me ; toutefois, comme il existe certains organismes inf&#233;rieurs sensibles &#224; la lumi&#232;re, bien que l'on ne puisse d&#233;couvrir chez eux aucune trace de nerf, il ne para&#238;t pas impossible que certains &#233;l&#233;ments du sarcode, dont ils sont en grande partie form&#233;s, puissent s'agr&#233;ger et se d&#233;velopper en nerfs dou&#233;s de cette sensibilit&#233; sp&#233;ciale. C'est exclusivement dans la ligne directe de ses ascendants que nous devons rechercher les gradations qui ont amen&#233; les perfectionnements d'un organe chez une esp&#232;ce quelconque. Mais cela n'est presque jamais possible, et nous sommes forc&#233;s de nous adresser aux autres esp&#232;ces et aux autres genres du m&#234;me groupe, c'est-&#224;-dire aux descendants collat&#233;raux de la m&#234;me souche, afin de voir quelles sont les gradations possibles dans les cas o&#249;, par hasard, quelques-unes de ces gradations se seraient transmises avec peu de modifications. En outre, l'&#233;tat d'un m&#234;me organe chez des classes diff&#233;rentes peut incidemment jeter quelque lumi&#232;re sur les degr&#233;s qui l'ont amen&#233; &#224; la perfection. L'organe le plus simple auquel on puisse donner le nom d'&#339;il, consiste en un nerf optique, entour&#233; de cellules de pigment, et recouvert d'une membrane transparente, mais sans lentille ni aucun autre corps r&#233;fringent. Nous pouvons, d'ailleurs, d'apr&#232;s M. Jourdain, descendre plus bas encore et nous trouvons alors des amas de cellules pigmentaires paraissant tenir lieu d'organe de la vue, mais ces cellules sont d&#233;pourvues de tout nerf et reposent simplement sur des tissus sarcodiques. Des organes aussi simples, incapables d'aucune vision distincte, ne peuvent servir qu'&#224; distinguer entre la lumi&#232;re et l'obscurit&#233;. Chez quelques ast&#233;ries, certaines petites d&#233;pressions dans la couche de pigment qui entoure le nerf sont, d'apr&#232;s l'auteur que nous venons de citer, remplies de mati&#232;res g&#233;latineuses transparentes, surmont&#233;es d'une surface convexe ressemblant &#224; la corn&#233;e des animaux sup&#233;rieurs. M. Jourdain suppose que cette surface, sans pouvoir d&#233;terminer la formation d'une image, sert &#224; concentrer les rayons lumineux et &#224; en rendre la perception plus facile. Cette simple concentration de la lumi&#232;re constitue le premier pas, mais de beaucoup le plus important, vers la constitution d'un &#339;il v&#233;ritable, susceptible de former des images ; il suffit alors, en effet, d'ajuster l'extr&#233;mit&#233; nue du nerf optique qui, chez quelques animaux inf&#233;rieurs, est profond&#233;ment enfouie dans le corps et qui, chez quelques autres, se trouve plus pr&#232;s de la surface, &#224; une distance d&#233;termin&#233;e de l'appareil de concentration, pour que l'image se forme sur cette extr&#233;mit&#233;. Dans la grande classe des articul&#233;s, nous trouvons, comme point de d&#233;part, un nerf optique simplement recouvert d'un pigment ; ce dernier forme quelquefois une sorte de pupille, mais il n'y a ni lentille ni trace d'appareil optique. On sait actuellement que les nombreuses facettes qui, par leur r&#233;union, constituent la corn&#233;e des grands yeux compos&#233;s des insectes, sont de v&#233;ritables lentilles, et que les c&#244;nes int&#233;rieurs renferment des filaments nerveux tr&#232;s singuli&#232;rement modifi&#233;s. Ces organes, d'ailleurs, sont tellement diversifi&#233;s chez les articul&#233;s, que M&#252;ller avait &#233;tabli trois classes principales d'yeux compos&#233;s, comprenant sept subdivisions et une quatri&#232;me classe d'yeux simples agr&#233;g&#233;s. Si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; tous ces faits, trop peu d&#233;taill&#233;s ici, relatifs &#224; l'immense vari&#233;t&#233; de conformation qu'on remarque dans les yeux des animaux inf&#233;rieurs ; si l'on se rappelle combien les formes actuellement vivantes sont peu nombreuses en comparaison de celles qui sont &#233;teintes, il n'est plus aussi difficile d'admettre que la s&#233;lection naturelle ait pu transformer un appareil simple, consistant en un nerf optique recouvert d'un pigment et surmont&#233; d'une membrane transparente, en un instrument optique aussi parfait que celui poss&#233;d&#233; par quelque membre que ce soit de la classe des articul&#233;s. Quiconque admet ce point ne peut h&#233;siter &#224; faire un pas de plus, et s'il trouve, apr&#232;s avoir lu ce volume, que la th&#233;orie de la descendance, avec les modifications qu'apporte la s&#233;lection naturelle, explique un grand nombre de faits autrement inexplicables, il doit admettre que la s&#233;lection naturelle a pu produire une conformation aussi parfaite que l'&#339;il d'un aigle, bien que, dans ce cas, nous ne connaissions pas les divers &#233;tats de transition. On a object&#233; que, pour que l'&#339;il puisse se modifier tout en restant un instrument parfait, il faut qu'il soit le si&#232;ge de plusieurs changements simultan&#233;s, fait que l'on consid&#232;re comme irr&#233;alisable par la s&#233;lection naturelle. Mais, comme j'ai essay&#233; de le d&#233;montrer dans mon ouvrage sur les variations des animaux domestiques, il n'est pas n&#233;cessaire de supposer que les modifications sont simultan&#233;es, &#224; condition qu'elles soient tr&#232;s l&#233;g&#232;res et tr&#232;s graduelles. Diff&#233;rentes sortes de modifications peuvent aussi tendre &#224; un m&#234;me but g&#233;n&#233;ral ; ainsi, comme l'a fait remarquer M. Wallace, &#171; si une lentille a un foyer trop court ou trop long, cette diff&#233;rence peut se corriger, soit par une modification de la courbe, soit par une modification de la densit&#233; ; si la courbe est irr&#233;guli&#232;re et que les rayons ne convergent pas vers un m&#234;me point, toute am&#233;lioration dans la r&#233;gularit&#233; de la courbe constitue un progr&#232;s. Ainsi, ni la contraction de l'iris, ni les mouvements musculaires de l'&#339;il ne sont essentiels &#224; la vision : ce sont uniquement des progr&#232;s qui ont pu s'ajouter et se perfectionner &#224; toutes les &#233;poques de la construction de l'appareil. &#187; Dans la plus haute division du r&#232;gne animal, celle des vert&#233;br&#233;s, nous pouvons partir d'un &#339;il si simple, qu'il ne consiste, chez le branchiostome, qu'en un petit sac transparent, pourvu d'un nerf et plein de pigment, mais d&#233;pourvu de tout autre appareil. Chez les poissons et chez les reptiles, comme Owen l'a fait remarquer, &#171; la s&#233;rie des gradations des structures dioptriques est consid&#233;rable. &#187; Un fait significatif, c'est que, m&#234;me chez l'homme, selon Virchow, qui a une si grande autorit&#233;, la magnifique lentille cristalline se forme dans l'embryon par une accumulation de cellules &#233;pith&#233;liales log&#233;es dans un repli de la peau qui affecte la forme d'un sac ; le corps vitr&#233; est form&#233; par un tissu embryonnaire sous-cutan&#233;. Toutefois, pour en arriver &#224; une juste conception relativement &#224; la formation de l'&#339;il avec tous ses merveilleux caract&#232;res, qui ne sont pas cependant encore absolument parfaits, il faut que la raison l'emporte sur l'imagination ; or, j'ai trop bien senti moi-m&#234;me combien cela est difficile, pour &#234;tre &#233;tonn&#233; que d'autres h&#233;sitent &#224; &#233;tendre aussi loin le principe de la s&#233;lection naturelle. La comparaison entre l'&#339;il et le t&#233;lescope se pr&#233;sente naturellement &#224; l'esprit. Nous savons que ce dernier instrument a &#233;t&#233; perfectionn&#233; par les efforts continus et prolong&#233;s des plus hautes intelligences humaines, et nous en concluons naturellement que l'&#339;il a d&#251; se former par un proc&#233;d&#233; analogue. Mais cette conclusion n'est-elle pas pr&#233;somptueuse ? Avons-nous le droit de supposer que le Cr&#233;ateur met en jeu des forces intelligentes analogues &#224; celles de l'homme ? Si nous voulons comparer l'&#339;il &#224; un instrument optique, nous devons imaginer une couche &#233;paisse d'un tissu transparent, imbib&#233; de liquide, en contact avec un nerf sensible &#224; la lumi&#232;re ; nous devons supposer ensuite que les diff&#233;rentes parties de cette couche changent constamment et lentement de densit&#233;, de fa&#231;on &#224; se s&#233;parer en zones, ayant une &#233;paisseur et une densit&#233; diff&#233;rentes, in&#233;galement distantes entre elles et changeant graduellement de forme &#224; la surface. Nous devons supposer, en outre, qu'une force repr&#233;sent&#233;e par la s&#233;lection naturelle, ou la persistance du plus apte, est constamment &#224; l'aff&#251;t de toutes les l&#233;g&#232;res modifications affectant les couches transparentes, pour conserver toutes celles qui, dans diverses circonstances, dans tous les sens et &#224; tous les degr&#233;s, tendent &#224; permettre la formation d'une image plus distincte. Nous devons supposer que chaque nouvel &#233;tat de l'instrument se multiplie par millions, pour se conserver jusqu'&#224; ce qu'il s'en produise un meilleur qui remplace et annule les pr&#233;c&#233;dents. Dans les corps vivants, la variation cause les modifications l&#233;g&#232;res, la reproduction les multiplie presque &#224; l'infini, et la s&#233;lection naturelle s'empare de chaque am&#233;lioration avec une s&#251;ret&#233; infaillible. Admettons, enfin, que cette marche se continue pendant des millions d'ann&#233;es et s'applique pendant chacune &#224; des millions d'individus ; ne pouvons-nous pas admettre alors qu'il ait pu se former ainsi un instrument optique vivant, aussi sup&#233;rieur &#224; un appareil de verre que les &#339;uvres du Cr&#233;ateur sont sup&#233;rieures &#224; celles de l'homme ? (&#8230;)La s&#233;lection naturelle ne produit pas la perfection absolue ; autant que nous en pouvons juger, d'ailleurs, ce n'est pas &#224; l'&#233;tat de nature que nous rencontrons jamais ces hauts degr&#233;s. Selon M&#252;ller, la correction pour l'aberration de la lumi&#232;re n'est pas parfaite, m&#234;me dans le plus parfait de tous les organes, l'&#339;il humain. Helmholtz, dont personne ne peut contester le jugement, apr&#232;s avoir d&#233;crit dans les termes les plus enthousiastes la merveilleuse puissance de l'&#339;il humain, ajoute ces paroles remarquables : &#171; Ce que nous avons d&#233;couvert d'inexact et d'imparfait dans la machine optique et dans la production de l'image sur la r&#233;tine n'est rien comparativement aux bizarreries que nous avons rencontr&#233;es dans le domaine de la sensation. Il semblerait que la nature ait pris plaisir &#224; accumuler les contradictions pour enlever tout fondement &#224; la th&#233;orie d'une harmonie pr&#233;existante entre les mondes int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs. (&#8230;)L'organe le plus simple auquel on puisse donner le nom d'&#339;il, consiste en un nerf optique, entour&#233; de cellules de pigment, et recouvert d'une membrane transparente, mais sans lentille ni aucun autre corps r&#233;fringent. Nous pouvons, d'ailleurs, d'apr&#232;s M. Jourdain, descendre plus bas encore et nous trouvons alors des amas de cellules pigmentaires paraissant tenir lieu d'organe de la vue, mais ces cellules sont d&#233;pourvues de tout nerf et reposent simplement sur des tissus sarcodiques. Des organes aussi simples, incapables d'aucune vision distincte, ne peuvent servir qu'&#224; distinguer entre la lumi&#232;re et l'obscurit&#233;. Chez quelques ast&#233;ries, certaines petites d&#233;pressions dans la couche de pigment qui entoure le nerf sont, d'apr&#232;s l'auteur que nous venons de citer, remplies de mati&#232;res g&#233;latineuses transparentes, surmont&#233;es d'une surface convexe ressemblant &#224; la corn&#233;e des animaux sup&#233;rieurs. M. Jourdain suppose que cette surface, sans pouvoir d&#233;terminer la formation d'une image, sert &#224; concentrer les rayons lumineux et &#224; en rendre la perception plus facile. Cette simple concentration de la lumi&#232;re constitue le premier pas, mais de beaucoup le plus important, vers la constitution d'un &#339;il v&#233;ritable, susceptible de former des images ; il suffit alors, en effet, d'ajuster l'extr&#233;mit&#233; nue du nerf optique qui, chez quelques animaux inf&#233;rieurs, est profond&#233;ment enfouie dans le corps et qui, chez quelques autres, se trouve plus pr&#232;s de la surface, &#224; une distance d&#233;termin&#233;e de l'appareil de concentration, pour que l'image se forme sur cette extr&#233;mit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la grande classe des articul&#233;s, nous trouvons, comme point de d&#233;part, un nerf optique simplement recouvert d'un pigment ; ce dernier forme quelquefois une sorte de pupille, mais il n'y a ni lentille ni trace d'appareil optique. On sait actuellement que les nombreuses facettes qui, par leur r&#233;union, constituent la corn&#233;e des grands yeux compos&#233;s des insectes, sont de v&#233;ritables lentilles, et que les c&#244;nes int&#233;rieurs renferment des filaments nerveux tr&#232;s singuli&#232;rement modifi&#233;s. Ces organes, d'ailleurs, sont tellement diversifi&#233;s chez les articul&#233;s, que M&#252;ller avait &#233;tabli trois classes principales d'yeux compos&#233;s, comprenant sept subdivisions et une quatri&#232;me classe d'yeux simples agr&#233;g&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; tous ces faits, trop peu d&#233;taill&#233;s ici, relatifs &#224; l'immense vari&#233;t&#233; de conformation qu'on remarque dans les yeux des animaux inf&#233;rieurs ; si l'on se rappelle combien les formes actuellement vivantes sont peu nombreuses en comparaison de celles qui sont &#233;teintes, il n'est plus aussi difficile d'admettre que la s&#233;lection naturelle ait pu transformer un appareil simple, consistant en un nerf optique recouvert d'un pigment et surmont&#233; d'une membrane transparente, en un instrument optique aussi parfait que celui poss&#233;d&#233; par quelque membre que ce soit de la classe des articul&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quiconque admet ce point ne peut h&#233;siter &#224; faire un pas de plus, et s'il trouve, apr&#232;s avoir lu ce volume, que la th&#233;orie de la descendance, avec les modifications qu'apporte la s&#233;lection naturelle, explique un grand nombre de faits autrement inexplicables, il doit admettre que la s&#233;lection naturelle a pu produire une conformation aussi parfaite que l'&#339;il d'un aigle, bien que, dans ce cas, nous ne connaissions pas les divers &#233;tats de transition. On a object&#233; que, pour que l'&#339;il puisse se modifier tout en restant un instrument parfait, il faut qu'il soit le si&#232;ge de plusieurs changements simultan&#233;s, fait que l'on consid&#232;re comme irr&#233;alisable par la s&#233;lection naturelle. Mais, comme j'ai essay&#233; de le d&#233;montrer dans mon ouvrage sur les variations des animaux domestiques, il n'est pas n&#233;cessaire de supposer que les modifications sont simultan&#233;es, &#224; condition qu'elles soient tr&#232;s l&#233;g&#232;res et tr&#232;s graduelles. Diff&#233;rentes sortes de modifications peuvent aussi tendre &#224; un m&#234;me but g&#233;n&#233;ral ; ainsi, comme l'a fait remarquer M. Wallace, &#171; si une lentille a un foyer trop court ou trop long, cette diff&#233;rence peut se corriger, soit par une modification de la courbe, soit par une modification de la densit&#233; ; si la courbe est irr&#233;guli&#232;re et que les rayons ne convergent pas vers un m&#234;me point, toute am&#233;lioration dans la r&#233;gularit&#233; de la courbe constitue un progr&#232;s. Ainsi, ni la contraction de l'iris, ni les mouvements musculaires de l'&#339;il ne sont essentiels &#224; la vision : ce sont uniquement des progr&#232;s qui ont pu s'ajouter et se perfectionner &#224; toutes les &#233;poques de la construction de l'appareil. &#187; Dans la plus haute division du r&#232;gne animal, celle des vert&#233;br&#233;s, nous pouvons partir d'un &#339;il si simple, qu'il ne consiste, chez le branchiostome, qu'en un petit sac transparent, pourvu d'un nerf et plein de pigment, mais d&#233;pourvu de tout autre appareil. Chez les poissons et chez les reptiles, comme Owen l'a fait remarquer, &#171; la s&#233;rie des gradations des structures dioptriques est consid&#233;rable. &#187; Un fait significatif, c'est que, m&#234;me chez l'homme, selon Virchow, qui a une si grande autorit&#233;, la magnifique lentille cristalline se forme dans l'embryon par une accumulation de cellules &#233;pith&#233;liales log&#233;es dans un repli de la peau qui affecte la forme d'un sac ; le corps vitr&#233; est form&#233; par un tissu embryonnaire sous-cutan&#233;. Toutefois, pour en arriver &#224; une juste conception relativement &#224; la formation de l'&#339;il avec tous ses merveilleux caract&#232;res, qui ne sont pas cependant encore absolument parfaits, il faut que la raison l'emporte sur l'imagination ; or, j'ai trop bien senti moi-m&#234;me combien cela est difficile, pour &#234;tre &#233;tonn&#233; que d'autres h&#233;sitent &#224; &#233;tendre aussi loin le principe de la s&#233;lection naturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La comparaison entre l'&#339;il et le t&#233;lescope se pr&#233;sente naturellement &#224; l'esprit. Nous savons que ce dernier instrument a &#233;t&#233; perfectionn&#233; par les efforts continus et prolong&#233;s des plus hautes intelligences humaines, et nous en concluons naturellement que l'&#339;il a d&#251; se former par un proc&#233;d&#233; analogue. Mais cette conclusion n'est-elle pas pr&#233;somptueuse ? Avons-nous le droit de supposer que le Cr&#233;ateur met en jeu des forces intelligentes analogues &#224; celles de l'homme ? Si nous voulons comparer l'&#339;il &#224; un instrument optique, nous devons imaginer une couche &#233;paisse d'un tissu transparent, imbib&#233; de liquide, en contact avec un nerf sensible &#224; la lumi&#232;re ; nous devons supposer ensuite que les diff&#233;rentes parties de cette couche changent constamment et lentement de densit&#233;, de fa&#231;on &#224; se s&#233;parer en zones, ayant une &#233;paisseur et une densit&#233; diff&#233;rentes, in&#233;galement distantes entre elles et changeant graduellement de forme &#224; la surface. Nous devons supposer, en outre, qu'une force repr&#233;sent&#233;e par la s&#233;lection naturelle, ou la persistance du plus apte, est constamment &#224; l'aff&#251;t de toutes les l&#233;g&#232;res modifications affectant les couches transparentes, pour conserver toutes celles qui, dans diverses circonstances, dans tous les sens et &#224; tous les degr&#233;s, tendent &#224; permettre la formation d'une image plus distincte. Nous devons supposer que chaque nouvel &#233;tat de l'instrument se multiplie par millions, pour se conserver jusqu'&#224; ce qu'il s'en produise un meilleur qui remplace et annule les pr&#233;c&#233;dents. Dans les corps vivants, la variation cause les modifications l&#233;g&#232;res, la reproduction les multiplie presque &#224; l'infini, et la s&#233;lection naturelle s'empare de chaque am&#233;lioration avec une s&#251;ret&#233; infaillible. Admettons, enfin, que cette marche se continue pendant des millions d'ann&#233;es et s'applique pendant chacune &#224; des millions d'individus ; ne pouvons-nous pas admettre alors qu'il ait pu se former ainsi un instrument optique vivant, aussi sup&#233;rieur &#224; un appareil de verre que les &#339;uvres du Cr&#233;ateur sont sup&#233;rieures &#224; celles de l'homme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Stephen Jay Gould, dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est pass&#233; de la pr&#233;f&#233;rence pour un adaptationnisme point par point (chaque organe &#233;tant expliqu&#233; comme le r&#233;sultat, relativement ind&#233;pendant de toute contrainte, d'un fa&#231;onnement distinct par la s&#233;lection naturelle en raison d'une utilit&#233; pr&#233;sente) &#224; la reconnaissance que des voies d&#233;veloppementales homologues (conserv&#233;es en tant qu'h&#233;ritage d'un lointain pass&#233;, dans un cadre original) fa&#231;onnent puissamment &#171; depuis l'int&#233;rieur &#187; les possibilit&#233;s actuelles. Ce changement g&#233;n&#233;ral dans la fa&#231;on de voir s'est &#233;tendu aux &#233;tudes phylog&#233;n&#233;tiques de tous niveaux, depuis l'examen de certaines similitudes entre les phyla les plus disparates jusqu'&#224; l'analyse de certaines variations morphologiques entre esp&#232;ces appartenant &#224; de petits rameaux monophyl&#233;tiques au sein de l'arbre phylog&#233;n&#233;tique du r&#232;gne animal. Aucun autre cas n'a fait l'objet de plus d'attention, engendr&#233; plus de surprises, repos&#233; sur de plus solides observations et modifi&#233; autant les certitudes ant&#233;rieures que la d&#233;couverte d'une importante voie d&#233;veloppementale, clairement homologue, sous-tendant un ph&#233;nom&#232;ne qui &#233;tait encore, il n'y pas si longtemps, dans les manuels un v&#233;n&#233;rable exemple type de convergence : il s'agit de l'apparition &#233;volutive ind&#233;pendante, chez plusieurs phyla, d'yeux &#224; cristallin, capables de former des images, les similitudes anatomiques stup&#233;fiantes des yeux dot&#233;s d'un cristallin unique chez les c&#233;phalopodes et chez les vert&#233;br&#233;s en &#233;tant l'illustration la plus frappante. Comme Tomarev et al. (1997) l'&#233;crivent : &#171; On avait consid&#233;r&#233; jusqu'ici que les yeux complexes des mollusques c&#233;phalopodes et ceux des vert&#233;br&#233;s repr&#233;sentaient l'exemple classique d'une &#233;volution convergente. &#187; Il reste l&#233;gitime de parler de convergence anatomique pour le domaine limit&#233; des r&#233;sultats finals ; mais, en ce qui concerne la voie d&#233;veloppementale par laquelle ces structures sont &#233;difi&#233;es, c'est maintenant le ph&#233;nom&#232;ne de signification th&#233;orique oppos&#233;e qui tient le haut du pav&#233;&#8230; Salvini-Plawen et Mayr (1977) ont soutenu que des photor&#233;cepteurs d'une forme ou d'une autre sont apparus au cours de l'&#233;volution environ 40 &#224; 60 fois ind&#233;pendamment dans le r&#232;gne animal, six phyla ayant &#233;labor&#233; des yeux complexes capables de former des images. Les six phyla en question sont&#8230; les cnidaires, les ann&#233;lides, les onychophores, les arthropodes, les mollusques et les vert&#233;br&#233;s. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, en utilisant des sondes de Drosphila, les chercheurs clon&#232;rent une famille de g&#232;nes mamaliens appel&#233;s &#171; Pax &#187;, dont notamment le g&#232;ne Pax-6. Celui-ci est partculi&#232;rement remarquable, comprenant &#224; la fois une bo&#238;te &#171; paired &#187; et une hom&#233;obo&#238;te (Walter et Gruss, 1991). Peu de temps par&#232;s, on a rapport&#233; &#224; des alt&#233;rations de Pax-6 plusieurs mutations d&#233;j&#224; connues, affectant la forme ou la fonction des yeux. Par exemple, les souris h&#233;t&#233;rozygotes pour le g&#232;ne mut&#233; small eye (Sey) pr&#233;sentent des yeux de dimension r&#233;duite, tandis que les homozygotes, qui ne sont pas viables, ne d&#233;veloppent pas d'yeux du tout. Les recherches ont ensuite montr&#233; que Pax-6 s'exprime dans la moelle &#233;pini&#232;re, ainsi que dans plusieurs r&#233;gions du cerveau, et plus particuli&#232;rement lors de la morphog&#233;n&#232;se des yeux chez les vert&#233;br&#233;s&#8230; (Gehring, 1996)&#8230; Peu de chercheurs avaient imagin&#233; que la version pr&#233;sente chez Drosophila fonctionnerait aussi de la m&#234;me mani&#232;re fondamentale&#8230; La fonction similaire chez des phyla diff&#233;rents des g&#232;nes hom&#233;otiques de l'&#339;il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e de fa&#231;on spectaculaire en faisant s'exprimer le g&#232;ne de souris chez Drosophila (Halder et al., 1995) : la version mammalienne s'est montr&#233;e capable d'induire l'&#233;dification d'yeux surnum&#233;raires. Voil&#224; qui confirmait la qualification de &#171; g&#232;ne r&#233;gulateur ma&#238;tre &#187; du d&#233;veloppement des yeux donn&#233;e par Gehring &#224; Pax-6&#8230; Mais la d&#233;couverte de cette conservation &#233;volutive de la voie d&#233;veloppementale sous-tendant l'&#233;dification des yeux d'insectes et de vert&#233;br&#233;s, si surprenante qu'elle soit, &#233;tant donn&#233; les suppositions ant&#233;rieures sur l'impossibilit&#233; de telles homologies entre g&#232;nes chez des phyla &#233;loign&#233;s, ne permettait pas encore d'examiner directement le probl&#232;me th&#233;orique de la convergence dans l'&#233;volution. Tout compte fait, l'&#339;il &#224; cristallin unique des vert&#233;br&#233;s n'a que peu de similitude anatomique avec l'&#339;il de mouche &#224; multiples facettes, et personne n'a jamais proclam&#233; &#224; leur sujet qu'ils t&#233;moignaient d'un ph&#233;nom&#232;ne de convergence. Mais le fait qu'une voie d&#233;veloppementale homologue sous-tende l'&#233;dification d'yeux morphologiquement disparates chez deux phyla tr&#232;s diff&#233;rents soulevait une question &#233;vidente : pouvait-on consid&#233;rer Pax-6 comme un &#171; g&#232;ne r&#233;gulateur ma&#238;tre &#187; (pour reprendre de nouveau l'expression de Gehring) contr&#244;lant le d&#233;veloppement de tous les yeux complexes, y compris ceux &#224; cristallin unique des vert&#233;br&#233;s et des c&#233;phalopodes, dont les remarquables similitudes de fonction et de structure en font le &#171; paradigme de l'&#233;volution convergente &#187; (Gehring, 1996) ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tomarev et al. (1997) ont r&#233;alis&#233; une observation tr&#232;s attendue : ils ont trouv&#233; un homologue du g&#232;ne Pax-6 des vert&#233;br&#233;s et des arthropodes chez le calmar Loligo opalescens. Chez ce c&#233;phalopode, ce g&#232;ne s'exprime dans les yeux embryonnaires, dans les organes olfactifs, le cerveau et les tentacules&#8230; Ces chercheurs ont aussi obtenu un r&#233;sultat particuli&#232;rement satisfaisant : l'expression ectopique du g&#232;ne Pax-6 du calmar induit &#233;galement la formation d'yeux surnum&#233;raires chez Drosophila&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gehring (1996, 1998) fonde l'expression qu'il a propos&#233;e, &#171; g&#232;ne r&#233;gulateur ma&#238;tre &#187;, sur trois caract&#233;ristiques de Pax-6 : c'est le r&#233;gulateur amont de toute une importante s&#233;rie de g&#232;nes d&#233;terminant plus sp&#233;cifiquement l'&#233;dification des yeux ; il est interchangeable entre les phyla, tout en restant toujours le d&#233;clencheur d'une s&#233;rie aval d'actions conduisant &#224; l'&#233;dification des yeux &#171; propres &#187; &#224; chaque animal donn&#233; ; et il est capable d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale de susciter l'&#233;dification d'yeux surnum&#233;raires en des localisations inhabituelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;couvertes concernant Pax-6 ont maintenant montr&#233; l'existence d'une importante base homologique entre les voies de d&#233;veloppement sous-tendant l'&#233;dification des yeux complexes des c&#233;phalopodes et des vert&#233;br&#233;s. Ainsi, un canal, constitu&#233; par une contrainte interne h&#233;rit&#233;e, a &#233;norm&#233;ment facilit&#233; la r&#233;alisation d'une solution quasi identique chez les deux phyla, et les &#233;volutionnistes ne peuvent plus continuer &#224; soutenir que des yeux aussi similaires sont apparus &#233;volutivement selon deux voies enti&#232;rement distinctes, sous la seule action de la s&#233;lection naturelle, et sans l'aide d'aucun canal commun repr&#233;sent&#233; par un m&#234;me processus d'&#233;dification au cours du d&#233;veloppement. Mais, tout comme les partisans de la pure convergence se trompaient en affirmant que le m&#233;canisme qu'ils invoquaient &#233;tait intervenu en exclusivit&#233;, la d&#233;couverte des homologies de Pax-6 ne permet pas de passer compl&#232;tement &#224; une explication invoquant exclusivement la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est fr&#233;quemment le cas, &#233;tant donn&#233; l'organisation hi&#233;rarchique du monde organique, une certaine explication (par exemple, la convergence) est valable &#224; un niveau, et une explication alternative (par exemple, la contrainte) &#224; un autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jay Gould, dans son essai &#171; The Problem of Perfection &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le constructif dans le syst&#232;me de Darwin. Il &#233;chafaude progressivement l'adaptation, au moyen d'une s&#233;quence de stades interm&#233;diaires, et r&#233;unit, de mani&#232;re s&#233;quentielle, les &#233;l&#233;ments qui semblent souvent avoir de sens seulement en tant qu'&#233;l&#233;ments d'un produit final. Mais comment une s&#233;rie de formes interm&#233;diaires raisonnables peut-elle &#234;tre construite ? Quel peut &#234;tre la valeur, pour l'organisme qui en est le possesseur, de la premi&#232;re &#233;tape minuscule vers un &#339;il ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principe g&#233;n&#233;ral avanc&#233; par les &#233;volutionnistes modernes pour r&#233;soudre ce dilemme fait appel &#224; un concept portant le nom malheureux de &#8220; pr&#233;adaptation &#8221;. (Je dis bien malheureux, car le terme implique que les esp&#232;ces s'adaptent &#224; l'avance, &#224; des &#233;v&#233;nements imminents dans leur &#233;volution historique, tandis que c'est plut&#244;t le sens contraire exactement qui est recherch&#233;.) (...) Nous &#233;vitons la question excellente : &#224; quoi sert cinq pour cent d'un &#339;il en faisant valoir que le possesseur d'une telle structure naissante ne l'ait pas utilis&#233; pour la vue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Richard Feynman, Cours de Physique &#8211; M&#233;canique tome 2 &#8211; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le ph&#233;nom&#232;ne des couleurs d&#233;pend partiellement du monde physique. Par exemple, les couleurs dans les pellicules de savon sont produites par des interf&#233;rences. Mais cela d&#233;pend aussi, bien s&#251;r, de l'&#339;il et de ce qui se passe derri&#232;re l'&#339;il dans le cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique permet de caract&#233;riser la lumi&#232;re qui p&#233;n&#232;tre dans l'&#339;il, mais apr&#232;s cela nos sensations sont les r&#233;sultats de processus neuro-photochimiques et de r&#233;ponses psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve de nombreux ph&#233;nom&#232;nes int&#233;ressants associ&#233;s avec la vision qui comportent un m&#233;lange de ph&#233;nom&#232;nes physiques et de processus physiologiques, et la pleine compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes naturels, comme nous les &#171; voyons &#187;, doit d&#233;passer la physique au sens habituel. Nous ne nous excusons pas de faire ces excursions dans d'autres domaines, parce que la s&#233;paration des domaines ne rel&#232;ve que de la commodit&#233; humaine, et n'est pas une chose naturelle. La nature n'est pas int&#233;ress&#233;e par nos s&#233;parations et nombreux sont les ph&#233;nom&#232;nes int&#233;ressants qui sont &#224; cheval sur divers domaines&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tudions ici un domaine dans lequel la physique et d'autres sciences sont tr&#232;s &#233;troitement li&#233;es. Ce domaine, c'est la &#171; vision &#187;. En particulier nous allons examiner la &#171; vision en couleur &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence avec l'&#339;il ; aussi, afin de comprendre quels ph&#233;nom&#232;nes nous voyons, nous devons un peu savoir ce qu'est l'&#339;il. Au chapitre suivant nous envisagerons dans les d&#233;tails comment les diverses parties de l'&#339;il fonctionnent et comment elles sont reli&#233;es avec le syst&#232;me nerveux. Pour le pr&#233;sent, nous ne d&#233;crirons que bri&#232;vement comment l'&#339;il fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re p&#233;n&#232;tre dans l'&#339;il au travers de la &#171; corn&#233;e &#187; ; elle est d&#233;vi&#233;e et vient former une image sur une couche appel&#233;e la &#171; r&#233;tine &#187; &#224; l'arri&#232;re de l'&#339;il, de telle sorte que les diff&#233;rentes parties de la r&#233;tine re&#231;oivent la lumi&#232;re des diff&#233;rentes parties du champ visuel externe. La r&#233;tine n'est pas absolument uniforme : il y a un endroit, une tache au centre de notre champ de vision que nous utilisons lorsque nous essayons de voir les choses avec beaucoup de soin et pour lequel nous avons la plus grande acuit&#233; de vision. Cet endroit est appel&#233; la &#171; tache jaune &#187; ou &#171; macula &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous pouvons imm&#233;diatement nous en rendre compte &#224; partir de l'exp&#233;rience en observant des objets, les parties lat&#233;rales de l'&#339;il ne permettent pas une vision aussi d&#233;taill&#233;e que le centre. Il existe &#233;galement un endroit sur la r&#233;tine d'o&#249; partent les nerfs transportant toute l'information ; c'est un point aveugle. Il n'y a pas de r&#233;gion sensible de la r&#233;tine &#224; cet endroit, et il est possible de d&#233;montrer que si nous fermons par exemple l'&#339;il gauche, que nous regardions directement quelque chose, nous fermons par exemple l'&#339;il gauche, que nous regardions directement quelque chose, et qu'ensuite nous d&#233;pla&#231;ions un doigt ou un autre petit objet lentement hors du champ de vision, il disparaisse soudainement quelque part&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En diff&#233;rents endroits de la r&#233;tine, il y a diff&#233;rents types de structures. Les objets qui apparaissent avec plus de densit&#233; pr&#232;s de la p&#233;riph&#233;rie de la r&#233;tine sont appel&#233;s des &#171; b&#226;tonnets &#187;. Plus pr&#232;s de la tache jaune, nous trouvons &#224; c&#244;t&#233; de ces cellules &#224; b&#226;tonnet, des cellules en &#171; c&#244;nes &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous nous rapprochons de la tache jaune, le nombre de c&#244;nes augmente et dans la tache jaune elle-m&#234;me il n'y a rien d'autre en fait que des cellules en c&#244;ne, &#233;troitement serr&#233;es, si &#233;troitement que les cellules en c&#244;ne sont beaucoup plus fines et beaucoup plus &#233;troites &#224; cet endroit que n'importe o&#249; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons donc comprendre que nous voyons au milieu du champ de vision gr&#226;ce aux c&#244;nes, mais que pour les bords nous utilisons les autres cellules, les b&#226;tonnets. Il est maintenant int&#233;ressant de remarquer que dans la r&#233;tine chaque cellule qui est sensible &#224; la lumi&#232;re n'est pas directement reli&#233;e par une fibre au nerf optique, mais est reli&#233;e &#224; beaucoup d'autres cellules qui elles-m&#234;mes sont reli&#233;es les unes aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve diff&#233;rents types de cellules : il y a les cellules qui transportent l'information vers le nerf optique, mais il y a les autres qui sont essentiellement reli&#233;es &#171; horizontalement &#187;. On trouve essentiellement quatre types de cellules, mais nous n'entrerons pas dans ces d&#233;tails maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose importante sur laquelle nous insistons est que le signal de la lumi&#232;re a d&#233;j&#224; subi un premier &#171; traitement r&#233;fl&#233;chi &#187;. C'est-&#224;-dire que l'information venant des diverses cellules ne va pas imm&#233;diatement vers le cerveau, endroit par endroit, mais que dans la r&#233;tine cette quantit&#233; d'information a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dig&#233;r&#233;e par une combinaison de l'information venant de plusieurs r&#233;cepteurs visuels. Il est important de comprendre que certains ph&#233;nom&#232;nes du type de ceux qui se passent dans le cerveau apparaissent dans l'&#339;il lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des ph&#233;nom&#232;nes les plus frappants de la vision est celui de l'adaptation de l'&#339;il &#224; l'obscurit&#233;. Si nous p&#233;n&#233;trons dans l'obscurit&#233; sortant d'une chambre brillamment &#233;clair&#233;e, il ne nous est pas possible de tr&#232;s bien voir pendant un certain temps et puis, petit &#224; petit, les choses deviennent de plus en plus apparentes et &#233;ventuellement nous pouvons discerner quelque chose l&#224; o&#249; pr&#233;c&#233;demment nous ne voyions rien. Si l'intensit&#233; de la lumi&#232;re est tr&#232;s basse, les objets que nous voyons n'ont &#171; pas de couleurs &#187;. Il est reconnu que cette vision adapt&#233;e &#224; l'obscurit&#233; est presque enti&#232;rement due aux b&#226;tonnets, tandis que la vision &#224; la lumi&#232;re brillante est due aux c&#244;nes. Comme r&#233;sultat, un certain nombre de ph&#233;nom&#232;nes peuvent ais&#233;ment se comprendre &#224; cause du transfert de fonctions des c&#244;nes et des b&#226;tonnets ensemble aux seuls b&#226;tonnets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve de nombreux cas pour lesquels si l'intensit&#233; de la lumi&#232;re avait &#233;t&#233; plus forte, nous aurions pu voir la couleur et nous trouverions ces choses magnifiques. Par exemple, au travers d'un t&#233;lescope nous voyons presque toujours en &#171; noir et blanc &#187; des images de n&#233;buleuses faibles, mais W. C. Miller des Observatoires du Mont Wilson et de Palomar a eu la patience de faire des photographies &#171; en couleur &#187; de certains de ces objets. Personne n'a en r&#233;alit&#233; vu ces couleurs avec son &#339;il, mais ce ne sont pas des couleurs artificielles, cela est d&#251; simplement au fait que l'intensit&#233; de la lumi&#232;re n'est pas suffisamment grande pour que les c&#244;nes de notre &#339;il puissent les voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lumi&#232;re brillante, les b&#226;tonnets ont en apparence une tr&#232;s faible sensibilit&#233; mais, dans l'obscurit&#233;, lorsque le temps passe, ils r&#233;cup&#232;rent alors leur capacit&#233; de voir la lumi&#232;re. Les variations de l'intensit&#233; de la lumi&#232;re pour lesquelles on peut s'adapter d&#233;passent le rapport de un million &#224; un. La nature ne r&#233;alise pas tout cela avec un seul type de cellule, mais elle fait effectuer son travail tant&#244;t par des cellules capables de voir la lumi&#232;re brillante &#8211; les cellules voyant en couleur, les c&#244;nes &#8211; tant&#244;t par des cellules de basse intensit&#233; adapt&#233;es &#224; l'obscurit&#233;, les b&#226;tonnets. Parmi les cons&#233;quences int&#233;ressantes de ce transfert, on trouve en premier lieu que, &#224; cette occasion, les couleurs disparaissent et deuxi&#232;mement qu'il y a une diff&#233;rence dans la luminosit&#233; relative des objets color&#233;s diff&#233;remment. Il se trouve que les b&#226;tonnets voient mieux dans le bleu que ne le font les c&#244;nes et que les c&#244;nes peuvent voir par exemple une lumi&#232;re d'un rouge profond tandis que les b&#226;tonnets se trouvent dans l'incapacit&#233; totale de la voir. Ainsi la lumi&#232;re rouge est noire en qui concerne les b&#226;tonnets&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre effet provenant du fait que les b&#226;tonnets deviennent pr&#233;&#233;minents dans le noir et du fait de l'absence de b&#226;tonnets dans la tache jaune, est que lorsque nous observons directement quelque chose dans l'obscurit&#233;, notre vision n'est pas aussi pr&#233;cise que lorsque nous le regardons de c&#244;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre effet int&#233;ressant d&#251; au fait que le nombre de c&#244;nes diminue lorsque nous nous &#233;loignons sur le c&#244;t&#233; du champ de vision est que, m&#234;me en lumi&#232;re brillante, la couleur dispara&#238;t lorsque l'objet s'&#233;loigne de c&#244;t&#233;. La mani&#232;re de le v&#233;rifier consiste &#224; regarder dans une certaine direction fixe, &#224; demander &#224; un ami de se rapprocher lat&#233;ralement en tenant des cartes color&#233;es et d'essayer de pr&#233;ciser de quelles couleurs elles sont avant qu'elles ne soient directement en face de vous. On trouve qu'on peut d&#233;terminer que les cartes sont bien l&#224; bien avant que l'on puisse en d&#233;terminer la couleur. Quand on fait cela, il vaut mieux venir du c&#244;t&#233; oppos&#233; au point aveugle, sinon c'est assez troublant de percevoir la couleur, puis de ne rien voir, puis de la revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant est que la p&#233;riph&#233;rie de la r&#233;tine est tr&#232;s sensible au mouvement. Bien que nous ne puissions voir tr&#232;s correctement depuis le coin de notre &#339;il, si un quelconque insecte se d&#233;place et que nous ne nous attendions pas &#224; ce que quelque chose d'autre se d&#233;place &#224; cet endroit, nous y sommes imm&#233;diatement sensibles. Nous sommes tous &#171; fabriqu&#233;s &#187; de telle sorte que nous puissions voir quelque chose s'agiter sur le c&#244;t&#233; de notre champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous int&#233;ressons maintenant &#224; la vision des c&#244;nes, &#224; la vision la plus brillante et nous en venons &#224; la question qui est la plus caract&#233;ristique de la vision par les c&#244;nes, c'est-&#224;-dire la couleur. Comme nous le savons, la lumi&#232;re blanche peut &#234;tre d&#233;compos&#233;e par un prisme en tout un spectre de longueurs d'onde qui nous apparaissent comme ayant des couleurs diff&#233;rentes ; c'est exactement ce que sont les couleurs, bien entendu : des apparences. N'importe quelle source de lumi&#232;re peut &#234;tre analys&#233;e par un r&#233;seau ou un prisme et on peut d&#233;terminer la distribution spectrale, c'est-&#224;-dire la &#171; quantit&#233; &#187; de chaque longueur d'onde. Une certaine lumi&#232;re peut avoir beaucoup de bleu, un rouge en quantit&#233;, tr&#232;s peu de jaune, etc. Tout cela est extr&#234;mement pr&#233;cis du point de vue de la physique, mais la question est de savoir de quelle &#171; couleur &#187; cela appara&#238;tra-t-il ? Il est &#233;vident que les diff&#233;rentes couleurs d&#233;pendent d'une mani&#232;re ou d'une autre de la distribution spectrale de la lumi&#232;re, mais le probl&#232;me est de trouver quelles caract&#233;ristiques de la distribution spectrale produisent les diverses sensations. Par exemple, que devons-nous faire pour obtenir une couleur verte ? Nous savons tous que nous pouvons prendre simplement une partie du spectre qui est verte. Mais est-ce le &#171; seul &#187; moyen d'obtenir du vert ou de l'orange, ou n'importe quelle autre couleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il plus d'une distribution spectrale qui produise le m&#234;me effet visuel apparent ? La r&#233;ponse est certainement &#171; oui &#187;. Il y a un nombre tr&#232;s limit&#233; d'effets visuels, en fait une multiplicit&#233; &#224; trois dimensions comme nous allons le voir tr&#232;s bient&#244;t, mais on peut tracer un nombre infini de courbes diff&#233;rentes pour repr&#233;senter la lumi&#232;re provenant de diff&#233;rentes sources. La question maintenant que nous devons discuter est : sous quelles conditions des contributions diff&#233;rentes de la lumi&#232;re apparaissent &#224; l'&#339;il comme &#233;tant exactement de la m&#234;me couleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique psychologique la plus puissante dans le jugement des couleurs consiste &#224; utiliser l'&#339;il comme un &#171; instrument de z&#233;ro &#187;. C'est-&#224;-dire : nous n'essayons pas de d&#233;finir ce qui constitue une sensation verte, parce qu'il se trouve que ceci est extr&#234;mement compliqu&#233;. Au lieu de cela, nous &#233;tudions les conditions dans lesquelles deux stimulis &#171; ne peuvent &#234;tre distingu&#233;s &#187;. Alors il n'est pas n&#233;cessaire de d&#233;cider si deux personnes ont la m&#234;me sensation dans des circonstances diff&#233;rentes, mais seulement si lorsque pour une personne deux sensations sont les m&#234;mes, elles le restent pour une autre. Nous n'avons pas &#224; dire si, lorsque quelqu'un voit du vert, ce qu'il ressent est la m&#234;me chose que ce que ressent quelqu'un d'autre lorsqu'il voit quelque chose de vert ; de cela nous ne savons rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer ces possibilit&#233;s, nous pouvons utiliser une s&#233;rie de quatre lampes projecteurs, mont&#233;es avec des filtres et dont les luminosit&#233;s sont ajustables contin&#251;ment dans un grand domaine : l'une dispose d'un filtre rouge et envoie une tache rouge sur l'&#233;cran, la suivante dispose d'un filtre vert et forme une tache verte, la troisi&#232;me a un filtre bleu et la quatri&#232;me est un cercle blanc avec une tache noire en son centre. Si maintenant nous mettons un petit peu de lumi&#232;re rouge et qu'&#224; c&#244;t&#233; d'elle nous mettions un petit peu de vert, nous voyons que sur la surface de recouvrement cela produit une sensation qui n'est pas ce que nous appelons un vert rouge&#226;tre, mais une nouvelle couleur, le jaune dans ce cas particulier. En modifiant les proportions de rouge et de vert, nous pouvons passer par diverses teintes d'orange, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons certainement pas obtenir toutes les diff&#233;rentes couleurs en ne m&#233;langeant que le rouge et le vert, parce que, par exemple, le bleu n'appara&#238;t jamais dans un tel m&#233;lange. Cependant, en ajoutant un peu de bleu dans la r&#233;gion centrale o&#249; les trois taches se chevauchent, on peut obtenir quelque chose qui appara&#238;t comme un tr&#232;s joli blanc&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une des grandes lois de la couleur : si deux distributions spectrales ne peuvent &#234;tre distingu&#233;es et que nous ajoutions &#224; chacune d'elles une certaine lumi&#232;re, les nouveaux m&#233;langes ne peuvent &#233;galement pas &#234;tre distingu&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second principe de m&#233;lange des couleurs de lumi&#232;res est celui-ci : n'importe quelle couleur peut &#234;tre form&#233;e &#224; partir de trois couleurs diff&#233;rentes, par exemple rouge, verte et bleue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre question est de savoir pourquoi les couleurs se comportent-elles ainsi ? La th&#233;orie la plus simple propos&#233;e par Young et Helmoltz, suppose que dans l'&#339;il se trouvent diff&#233;rents pigments qui re&#231;oivent la lumi&#232;re et qu'ils ont diff&#233;rents spectres d'absorption, de telle sorte qu'un pigment absorbe fortement par exemple dans le rouge, un autre absorbe fortement dans le bleu et un autre absorbe dans le vert&#8230; Les pigments qui peuvent &#234;tre extraits d'une r&#233;tine sont form&#233;s essentiellement d'un pigment appel&#233; &#171; pourpre visuel &#187;. Les caract&#233;ristiques les plus remarquables de celui-ci sont, premi&#232;rement, qu'il se trouve dans l'&#339;il de pratiquement tous les vert&#233;br&#233;s, et, deuxi&#232;mement, que sa courbe de r&#233;ponse s'adapte magnifiquement &#224; la sensibilit&#233; de l'&#339;il&#8230; Ce pigment est manifestement le pigment avec lequel nous voyons dans l'obscurit&#233; : le pourpre visuel est le pigment des b&#226;tonnets, et il n'a rien &#224; voir avec la vision en couleur&#8230; C'est Rushton qui a d&#233;tect&#233; les pigments de couleur de l'&#339;il&#8230; Il utilise un ophtalmoscope, envoyant de la lumi&#232;re dans l'&#339;il au travers du cristallin, puis focalisant la lumi&#232;re qui revient, et mesurant la quantit&#233; de lumi&#232;re qui est r&#233;fl&#233;chie&#8230; Les c&#244;nes sont con&#231;us de mani&#232;re que la lumi&#232;re qui entre dans le c&#244;ne rebondit dans tous les sens et se fraye un chemin jusqu'aux petits points sensibles, aux sommets. La lumi&#232;re descend directement vers le point sensible, rebondit au fond et ressort en ayant travers&#233; une quantit&#233; consid&#233;rable de pigment de la vision en couleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res th&#233;ories de la vision disaient qu'il y a trois pigments et trois types de c&#244;nes, chacun contenant un pigment ; qu'un nerf part de chaque c&#244;ne vers le cerveau de telle sorte que les trois parcelles d'information sont transport&#233;es au cerveau ; et puis que tout se passe dans le cerveau. Ceci, bien s&#251;r, est une id&#233;e incompl&#232;te : il ne sert &#224; rien de d&#233;couvrir que l'information est transport&#233;e le long du nerf optique au cerveau, parce que nous n'avons m&#234;me pas commenc&#233; de r&#233;soudre le probl&#232;me. Nous devons nous poser des questions plus fondamentales. L'endroit o&#249; les informations sont rassembl&#233;es a-t-il une importance ? Est-il important qu'elles soient transport&#233;es directement dans le cerveau par le nerf optique ou bien la r&#233;tine peut-elle faire d'abord un peu de mise en ordre ? Nous avons vu une repr&#233;sentation de la r&#233;tine o&#249; il apparaissait que c'&#233;tait une chose extr&#234;mement compliqu&#233;e avec beaucoup de connexions internes et o&#249; pouvaient d&#233;j&#224; d&#233;buter quelques analyses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les gens qui &#233;tudient l'anatomie et le d&#233;veloppement de l'&#339;il ont montr&#233; que la r&#233;tine est, en r&#233;alit&#233;, dans le cerveau : dans le d&#233;veloppement de l'embryon, un morceau de cerveau sort vers l'avant et de longues fibres poussent vers l'arri&#232;re reliant les yeux au cerveau. La r&#233;tine est organis&#233;e exactement de la m&#234;me mani&#232;re que le cerveau et, comme quelqu'un l'a dit d'une mani&#232;re tr&#232;s jolie, &#171; Le cerveau a d&#233;velopp&#233; un moyen qui lui permet de regarder le monde &#187;. L'&#339;il est une partie du cerveau qui rencontre pour ainsi dire la lumi&#232;re. Ainsi, il n'est pas du tout improbable qu'une partie de l'analyse de la couleur ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; analys&#233;e dans la r&#233;tine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous donne une possibilit&#233; extr&#234;mement int&#233;ressante. Aucun des autres sens comporte une aussi grande quantit&#233; de calculs, pour ainsi dire, avant que le signal p&#233;n&#232;tre dans un nerf sur lequel on puisse faire des mesures. Les calculs pour tous les autres sens se passent d'habitude dans le cerveau, et il est tr&#232;s difficile de se rendre en des endroits particuliers du cerveau pour y faire des mesures parce qu'il y a trop d'interconnexions. Ici, avec la sensation visuelle, nous avons la lumi&#232;re, trois couches de cellules op&#233;rant les calculs, et les r&#233;sultats de ces calculs sont transmis par le nerf optique. Ainsi nous avons la premi&#232;re occasion d'observer physiologiquement comment, peut-&#234;tre, les premi&#232;res couches du cerveau fonctionnent dans leurs premi&#232;res &#233;tapes. Cela pr&#233;sente donc un double int&#233;r&#234;t, n'int&#233;ressant pas seulement la vision, mais int&#233;ressant l'ensemble de la physiologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'il y ait trois pigments ne signifie pas qu'il doive y avoir trois types de sensations. Une des autres th&#233;ories de la vision en couleur dit qu'il y a en r&#233;alit&#233; des syst&#232;mes de couleurs oppos&#233;es. c'est-&#224;-dire qu'une des fibres nerveuses transporte beaucoup d'impulsions si on voit du jaune, et moins que d'habitude pour le bleu. Une autre fibre nerveuse transporte des informations vert et rouge de la m&#234;me mani&#232;re, et une autre le blanc et le noir. En d'autres termes, dans cette th&#233;orie quelqu'un a d&#233;j&#224; commenc&#233; de faire une hypoth&#232;se sur le syst&#232;me de connexions et sur la m&#233;thode de calcul&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;tine est, en fait, semblable &#224; la surface du cerveau&#8230; Toute partie de la r&#233;tine est reli&#233;e &#224; d'autres parties et l'information qui en sort port&#233;e sur les longs axones qui forment le nerf optique est des combinaisons de l'information venue de nombreuses cellules. Il y a trois couches de cellules avec une succession de fonctions : il y a les cellules de la r&#233;tine, qui sont celles que la lumi&#232;re impressionne, une cellule interm&#233;diaire qui prend l'information venant d'une seule ou de quelques cellules de la r&#233;tine et qui la transf&#232;re &#224; nouveau &#224; diverses cellules d'une troisi&#232;me couche et qui la transporte au cerveau. Il y a toutes sortes de liaisons crois&#233;es entre les cellules d'une m&#234;me couche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La focalisation de la lumi&#232;re est accomplie essentiellement par la corn&#233;e, par le fait qu'elle a une surface courbe qui &#171; d&#233;vie &#187; la lumi&#232;re. C'est pourquoi nous ne pouvons voir clairement sous l'eau, parce qu'alors la diff&#233;rence entre l'indice de la corn&#233;e, qui est 1,37, et celui de l'eau qui est 1,33 est insuffisante. Derri&#232;re la corn&#233;e, il y a de l'eau, avec pratiquement un indice de 1,33 et derri&#232;re encore se trouve une lentille de structure extr&#234;mement int&#233;ressante : c'est une s&#233;rie de couches empil&#233;es comme dans un oignon, &#224; ceci pr&#232;s qu'elle est enti&#232;rement transparente et qu'elle a un indice 1,40 au centre et 1,38 &#224; l'ext&#233;rieur&#8230; De plus, la forme de la corn&#233;e n'est pas celle d'une sph&#232;re. Une lentille sph&#233;rique est toujours afflig&#233;e d'aberration sph&#233;rique. La corn&#233;e est plus &#171; plate &#187; &#224; l'ext&#233;rieur que ne l'est une sph&#232;re, de telle sorte que les aberrations sph&#233;riques sont plus faibles pour la corn&#233;e qu'elles ne le seraient pour une lentille sph&#233;rique plac&#233;e en cet endroit. La lumi&#232;re est focalis&#233;e sur la r&#233;tine par le syst&#232;me lentille-corn&#233;e. Lorsque nous regardons des objets qui sont plus ou moins &#233;loign&#233;s, la lentille se resserre ou se d&#233;tend et modifie le foyer pour s'adapter aux distances diff&#233;rentes. Pour ajuster la quantit&#233; totale de lumi&#232;re, il y a l'iris qui est ce que nous appelons la couleur de l'&#339;il, un &#339;il brun ou bleu, selon la personne, lorsque la quantit&#233; de lumi&#232;re augmente et diminue, l'iris se referme et s'&#233;carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons maintenant le m&#233;canisme nerveux pour contr&#244;ler l'accommodation de la lentille, le mouvement de l'&#339;il, les muscles qui tournent l'&#339;il dans sa cavit&#233; et l'iris. De toutes les informations qui sortent du nerf optique, la grande majorit&#233; divis&#233;e en deux paquets est ensuite envoy&#233;e au cerveau. Mais il y a quelques fibres, qui vont nous int&#233;resser maintenant, qui ne vont pas directement au cortex visuel du cerveau o&#249; nous &#171; voyons &#187; les images, mais qui vont dans le cerveau interm&#233;diaire. Ce sont les fibres qui mesurent la lumi&#232;re moyenne et r&#233;alisent l'ajustement de l'iris ; ou si l'image para&#238;t floue, elles essayent de corriger la lentille, ou s'il y a une double image elles essayent d'ajuster l'&#339;il &#224; la vision binoculaire. En tous les cas, elles vont vers le cerveau interm&#233;diaire et reviennent dans l'&#339;il. Il y a des muscles qui commandent l'accommodation de la lentille et un autre qui p&#233;n&#232;tre dans l'iris. L'iris dispose de deux syst&#232;mes musculaires. L'un est un muscle circulaire qui, lorsqu'il est excit&#233;, se contracte et ferme l'iris ; il agit tr&#232;s rapidement et les nerfs sont directement reli&#233;s au cerveau par le biais d'axones courts allant jusque dans l'iris. Les muscles oppos&#233;s sont des muscles radials, de telle sorte que lorsque l'ext&#233;rieur devient sombre et que le muscle circulaire se d&#233;tend, ces muscles radials tirent dans l'autre sens. Nous avons ici, comme dans de nombreux endroits dans le corps, un ensemble de muscles qui fonctionnent dans des directions oppos&#233;es et dans chacun de ces cas, le syst&#232;me nerveux qui contr&#244;le les deux est d&#233;licatement ajust&#233;, de telle sorte que lorsque des signaux sont envoy&#233;s afin de raidir le premier, des signaux sont automatiquement envoy&#233;s pour d&#233;tendre l'autre. L'iris est une exception particuli&#232;re : les nerfs qui font se contracter l'iris sortent d'un endroit que personne ne conna&#238;t exactement, descendent dans la moelle dans le dos, atteignent les sections thoraciques, sortent de la moelle, passent par les ganglions du cou et retournent vers la t&#234;te afin de faire fonctionner l'autre extr&#233;mit&#233; de l'iris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le signal passe au travers d'un syst&#232;me nerveux compl&#232;tement diff&#233;rent, qui n'est pas du tout le syst&#232;me nerveux central, mais le syst&#232;me nerveux sympathique, c'est donc une mani&#232;re &#233;trange de faire fonctionner le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; insist&#233; sur une autre chose &#233;trange &#224; propos de l'&#339;il, qui est que les cellules sensibles &#224; la lumi&#232;re sont du mauvais c&#244;t&#233;, de sorte que la lumi&#232;re doit traverser de nombreuses couches d'autres cellules avant qu'elle n'atteigne ces r&#233;cepteurs &#8211; elle est construite avec le dedans &#224; l'ext&#233;rieur ! Ainsi certaines caract&#233;ristiques sont splendides et d'autres sont en apparence stupides&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fibres du nerf optique p&#233;n&#232;trent dans une certaine r&#233;gion du cerveau, juste au-dessus du g&#233;nicule lat&#233;ral, d'o&#249; elles sortent vers une section du cerveau appel&#233;e le cortex visuel. Remarquez que certaines des fibres venant de chaque &#339;il sont envoy&#233;es de l'autre c&#244;t&#233; du cerveau&#8230; Les nerfs optiques du c&#244;t&#233; gauche de l'&#339;il droit passent au travers du chiasme optique, tandis que ceux du c&#244;t&#233; gauche de l'&#339;il gauche passent &#224; c&#244;t&#233; et se d&#233;placent de la m&#234;me mani&#232;re. Ainsi la partie gauche du cerveau re&#231;oit toutes les informations qui viennent du c&#244;t&#233; gauche des globes de chaque &#339;il, c'est-&#224;-dire concernant le c&#244;t&#233; droit du champ visuel, tandis que le c&#244;t&#233; droit du cerveau voit le c&#244;t&#233; gauche du champ visuel. C'est ainsi que l'information de chacun des deux yeux est rassembl&#233;e afin de pouvoir dire &#224; quelle distance se trouvent les objets. C'est le syst&#232;me de vision binoculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les connexions entre la r&#233;tine et le cortex visuel sont int&#233;ressantes. Si une zone de la r&#233;tine est enlev&#233;e ou d&#233;truite d'une mani&#232;re ou d'une autre, alors toute la fibre va mourir, et nous pouvons donc trouver avec quelle zone elle est reli&#233;e. Il appara&#238;t que les connexions sont avant tout biunivoques &#8211; chaque r&#233;gion de la r&#233;tine correspond &#224; une r&#233;gion dans le cortex visuel &#8211; et les r&#233;gions qui sont tr&#232;s proches sur la r&#233;tine sont tr&#232;s proches dans le cortex visuel. Ainsi le cortex visuel reproduit encore la disposition spatiale des b&#226;tonnets et des c&#244;nes, mais, bien entendu, tr&#232;s d&#233;form&#233;e. Les images qui sont au centre du champ, qui occupent une tr&#232;s petite partie de la r&#233;tine, sont &#233;tal&#233;es sur de tr&#232;s nombreuses cellules dans le cortex visuel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re ou d'une autre, l'information doit aller d'un c&#244;t&#233; du cerveau &#224; l'autre par l'interm&#233;diaire d'autres canaux, ce qui est tout &#224; fait surprenant. La question de savoir comment ce r&#233;seau s'est &#171; &#233;tabli &#187; est &#233;galement tr&#232;s int&#233;ressante. Le probl&#232;me de savoir quelle partie est d&#233;j&#224; form&#233;e et quelle partie est &#171; apprise &#187; est un vieux probl&#232;me&#8230; Un autre ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant est li&#233; au mouvement de l'&#339;il. Les yeux doivent se d&#233;placer afin de faire se co&#239;ncider les deux images dans divers cas. Ces mouvements sont de types diff&#233;rents : l'un consiste &#224; suivre quelque chose, ce qui n&#233;cessite que les deux yeux doivent aller dans la m&#234;me direction, &#224; droite ou &#224; gauche, et l'autre est de les pointer au m&#234;me endroit &#224; diff&#233;rentes distances, ce qui n&#233;cessite qu'ils doivent se d&#233;placer en sens oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nerfs p&#233;n&#233;trant dans les muscles des yeux sont d&#233;j&#224; structur&#233;s pour de tels buts. Il y a un ensemble de nerfs qui tirent les muscles &#224; l'int&#233;rieur d'un &#339;il et &#224; l'ext&#233;rieur de l'autre, et rel&#226;chent les muscles oppos&#233;s, de telle sorte que les deux yeux se d&#233;placent ensemble. Il existe un autre centre o&#249; une excitation fait s'&#233;carter les yeux de la parall&#232;le et les fait se d&#233;placer l'un vers l'autre. Chaque &#339;il peut tourner vers l'ext&#233;rieur lorsque l'autre &#339;il se d&#233;place vers le nez, mais il est impossible consciemment ou inconsciemment de tourner en m&#234;me temps les deux yeux vers l'ext&#233;rieur non pas parce qu'il n'y a pas de muscles, mais parce qu'il n'y a aucune mani&#232;re d'envoyer un signal qui fasse tourner les deux yeux vers l'ext&#233;rieur, sauf si nous avons subi un accident ou qu'il y ait quelque chose d'anormal, par exemple un nerf qui ait &#233;t&#233; coup&#233;... Nous sommes d&#233;j&#224; structur&#233;s &#224; un certain degr&#233;. C'est un point important, parce que la plupart des premiers livres sur l'anatomie et la psychologie, etc., ne r&#233;alisaient pas ou n'insistaient pas sur le fait que nous sommes d&#233;j&#224; si compl&#232;tement structur&#233;s &#8211; ils disaient que tout n'est qu'apprentissage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;il humain n'est pas le seul type d'&#339;il. Dans les vert&#233;br&#233;s, presque tous les yeux sont essentiellement semblables &#224; l'&#339;il humain. Cependant, chez les animaux inf&#233;rieurs, il y a beaucoup d'autres types d'yeux : des yeux en taches, divers yeux en coupes et d'autres yeux moins sensibles, que nous n'avons pas le temps de d&#233;crire. Mais il y a un autre &#339;il extr&#234;mement d&#233;velopp&#233; chez les invert&#233;br&#233;s, l'&#339;il &#171; compos&#233; &#187; de l'insecte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;couvert ainsi que l'&#339;il de l'abeille est sensible sur un plus grand domaine spectral que le n&#244;tre. Notre &#339;il fonctionne entre 7.000 Angstr&#246;ms et 4.000 Angstr&#246;ms, du rouge au violet, mais l'abeille peut voir jusqu'&#224; 3.000 Angstr&#246;ms dans l'ultra-violet ! Ceci rend compte d'un grand nombre d'effets diff&#233;rents et int&#233;ressants. En premier lieu, les abeilles peuvent distinguer de nombreuses fleurs qui nous paraissent semblables. Bien s&#251;r, nous devons r&#233;aliser que les couleurs des fleurs ne sont pas con&#231;ues pour &#171; notre &#187; &#339;il, mais pour celui de l'abeille, ce sont des signaux pour attirer les abeilles vers une fleur particuli&#232;re&#8230; Un autre aspect int&#233;ressant de la vision de l'abeille est que l'abeille peut donner la direction du soleil en regardant un coin de ciel bleu sans voir le soleil lui-m&#234;me. Nous ne pouvons ais&#233;ment le faire. Lorsque nous regardons le ciel par le fen&#234;tre et que nous voyons qu'il est bleu, dans quelle direction se trouve le soleil ? L'abeille peut le savoir, parce que l'abeille est sensible &#224; la polarisation de la lumi&#232;re et la lumi&#232;re diffus&#233;e du ciel est polaris&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit &#233;galement que l'abeille peut remarquer des battements d'ailes jusqu'&#224; 200 p&#233;riodes par seconde, tandis que nous en voyons au maximum jusqu'&#224; 20. Le mouvement des abeilles dans les ruches est tr&#232;s rapide ; les pieds se d&#233;placent, les ailes vibrent, mais il nous est tr&#232;s difficile de distinguer ces mouvements avec notre &#339;il&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;il d'une abeille est un &#339;il compos&#233;, et il est constitu&#233; d'un grand nombre de cellules sp&#233;ciales appel&#233;es &#171; ommatidia &#187;, qui sont dispos&#233;es en c&#244;ne sur la surface d'une sph&#232;re (approximativement) &#224; l'ext&#233;rieur de la t&#234;te de l'abeille&#8230; Au sommet il y a une surface transparente, une sorte de &#171; lentille &#187;, mais en r&#233;alit&#233; cela ressemble plus &#224; un filtre ou &#224; un guide de lumi&#232;re qui fait descendre la lumi&#232;re vers la fibre &#233;troite qui est l'endroit o&#249; probablement se produit l'absorption. A l'autre extr&#233;mit&#233; de celle-ci sort la fibre nerveuse. La fibre centrale est entour&#233;e sur ses c&#244;t&#233;s par six cellules qui, en fait, ont s&#233;cr&#233;t&#233; la fibre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands yeux au monde sont ceux du calamar g&#233;ant ; on en a trouv&#233; avec un diam&#232;tre allant jusqu'&#224; 40 cm !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des aspects de notre sujet est celui des interconnexions de l'information entre une partie de l'&#339;il et une autre. Consid&#233;rons l'&#339;il compos&#233; du crabe des moluques sur lequel on a fait beaucoup d'exp&#233;riences. D'abord, nous devons conna&#238;tre le type d'information qui peut se d&#233;placer le long des nerfs. Un nerf transporte un type de perturbation qui a un effet &#233;lectrique facile &#224; d&#233;tecter, un type de perturbation de caract&#232;re ondulatoire qui parcourt le nerf et produit un effet &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; : un long morceau de cette cellule nerveuse, appel&#233; l'axone, transporte l'information, et un certain type d'impulsion appel&#233;e &#171; excitation &#187; se d&#233;place le long de l'axone s'il est excit&#233; &#224; une extr&#233;mit&#233;. Lorsqu'une excitation parcourt le nerf, une autre ne peut imm&#233;diatement suivre. Toutes les excitations ont la m&#234;me taille, ainsi nous n'obtenons pas d'excitations plus intenses lorsque le nerf est plus fortement excit&#233;, mais nous obtenons davantage d'excitations par seconde. La dimension de l'excitation est d&#233;termin&#233;e par la fibre. Il est important d'avoir compris cela afin de voir ce qui se passe ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;il du crabe des molluques ne ressemble pas beaucoup &#224; un &#339;il, et il est simplement constitu&#233; d'un millier d'ommatidia&#8230; Si nous envoyons de la lumi&#232;re &#224; un certain instant et mesurons les impulsions &#233;lectriques qui se produisent, nous observons un l&#233;ger retard au d&#233;part, et puis une s&#233;rie rapide de d&#233;charges qui graduellement se ralentit jusqu'&#224; une vitesse uniforme. Lorsque la lumi&#232;re cesse, les d&#233;charges s'arr&#234;tent. Il est tr&#232;s int&#233;ressant de remarquer que si, alors que notre amplificateur est toujours reli&#233; &#224; cette m&#234;me fibre nerveuse, nous envoyons la lumi&#232;re sur un ommatidium diff&#233;rent, rien ne se passe ; pas de signal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;alisons maintenant une autre exp&#233;rience : nous envoyons de la lumi&#232;re sur l'ommatidium original et obtenons la m&#234;me r&#233;ponse, et si maintenant nous envoyons en m&#234;me temps la lumi&#232;re sur un ommatidium voisin, les impulsions s'interrompent bri&#232;vement et r&#233;apparaissent ensuite &#224; une vitesse beaucoup plus lente. Le taux de l'un est limit&#233; par les impulsions qui sortent de l'autre ommatidium ! En d'autres termes, chaque fibre nerveuse transporte l'information venant de l'ommatidium mais la quantit&#233; qu'elle transporte est limit&#233;e par les signaux venant des autres. Ainsi, par exemple, si l'&#339;il dans son ensemble est plus ou moins uniform&#233;ment &#233;clair&#233;, l'information venant de chacune des ommatidia sera relativement faible parce qu'elle est limit&#233;e par un grand nombre d'autres. En fait la limitation est additive &#8211; si nous envoyons la lumi&#232;re sur plusieurs ommatidia voisines, la limitation devient tr&#232;s grande. La limitation est plus grande lorsque les ommatidia sont plus proches et si les ommatidia sont suffisamment &#233;loign&#233;es l'une de l'autre, la limitation est pratiquement nulle. Elle est donc additive et d&#233;pend de la distance ; voil&#224; un premier exemple de la combinaison dans l'&#339;il m&#234;me de l'information venant de diff&#233;rentes parties de l'&#339;il. Nous pouvons voir, par exemple, en y r&#233;fl&#233;chissant un peu, que ceci est un proc&#233;d&#233; pour &#171; augmenter le contraste &#187; aux bords des objets, parce que si une partie de la sc&#232;ne est lumineuse et une autre partie sombre, les ommatidia dans la surface &#233;clair&#233;e envoient des impulsions qui sont limit&#233;es par la lumi&#232;re dans le voisinage, et l'effet sera relativement faible. D'un autre c&#244;t&#233;, un ommatidium &#224; la fronti&#232;re qui re&#231;oit une impulsion &#171; blanche &#187; est &#233;galement limit&#233; par ses voisins, mais il y en a moins, puisque certains sont dans l'obscurit&#233; ; le signal r&#233;sultant est en cons&#233;quence plus &#233;lev&#233;&#8230; Le crabe verra un renforcement des contours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'un renforcement des contours est connue depuis longtemps ; en fait, c'est une chose remarquable qui a &#233;t&#233; souvent comment&#233;e par les psychologues. Pour dessiner un objet, il nous suffit de dessiner son contour ! Qu'est-ce que le contour ? Le contour est simplement la diff&#233;rence au bord entre le clair et le sombre ou une couleur et une autre. Ce n'est pas le fait, croyez-le ou pas, que chaque objet poss&#232;de une ligne qui l'entoure. Une telle ligne n'existe pas. Cette ligne n'existe que dans notre propre construction psychologique ; nous commen&#231;ons &#224; comprendre les raisons pour lesquelles la &#171; ligne &#187; est suffisante pour obtenir l'objet total. Notre propre &#339;il travaille probablement d'une mani&#232;re semblable &#8211; beaucoup plus compliqu&#233;e mais semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, nous d&#233;crirons bri&#232;vement le travail tr&#232;s minutieux, le travail superbe et d'avant-garde qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; sur la grenouille. En r&#233;alisant une exp&#233;rience correspondante sur la grenouille, en pla&#231;ant des &#233;lectrodes semblables &#224; des aiguilles, tr&#232;s joliment construites, tr&#232;s fines, dans le nerf optique d'une grenouille, on peut obtenir les signaux qui se d&#233;placent le long d'un axone particulier et exactement comme dans le cas du crabe des moluques, nous trouvons que l'information ne d&#233;pend pas que d'un seul endroit dans l'&#339;il mais est une somme d'informations venant de diff&#233;rents endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma le plus r&#233;cent du fonctionnement de l'&#339;il de la grenouille est le suivant. On peut trouver quatre diff&#233;rents types de fibres nerveuses optiques, en ce sens qu'il y a quatre diff&#233;rents types de r&#233;ponses. Ces exp&#233;riences n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en envoyant des impulsions de lumi&#232;re, parce que ce n'est pas ce que voit la grenouille. Une grenouille se trouve quelque part et son &#339;il ne se d&#233;place jamais, sauf lorsque la feuille de n&#233;nuphar sur laquelle elle se trouve se met &#224; se balancer, et dans ce cas son &#339;il oscille juste ce qu'il faut pour que l'image reste fixe. Elle ne tourne pas son &#339;il. Si quelque chose se d&#233;place dans son champ de vision, par exemple une petite mouche (elle doit &#234;tre capable de voir quelque chose de petit se d&#233;pla&#231;ant dans un environnement fixe) quatre types diff&#233;rents de fibres envoient des d&#233;charges &#8211; leurs propri&#233;t&#233;s sont r&#233;sum&#233;es ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Types de r&#233;ponses des fibres du nerf optique d'une grenouille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- D&#233;tection de bord soutenue (non effa&#231;able) &#8211; vitesse : O,2-0,5 m/s &#8211; champ angulaire : 1&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- D&#233;tection de bord convexe (effa&#231;able) &#8211; vitesse : 0,5 m/s &#8211; champ angulaire : 2&#176;-3&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- D&#233;tection de changement de contraste &#8211; vitesse : 1-2 m/s &#8211; champ angulaire : 7 &#224; 10&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- D&#233;tection d'assombrissement &#8211; vitesse : jusqu'&#224; &#189; m/s &#8211; champ angulaire : jusqu'&#224; 15&#176;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- D&#233;tection d'obscurit&#233; : tr&#232;s grand champ angulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tection soutenue de bord, non effa&#231;able, signifie que si nous introduisons dans le champ de vision de la grenouille un objet avec un bord, une grande quantit&#233; d'impulsions apparaissent dans cette fibre particuli&#232;re tant que l'objet se d&#233;place, mais elles diminuent jusqu'&#224; former une suite continue d'impulsions qui se perp&#233;tue aussi longtemps que le bord est l&#224;, m&#234;me s'il ne se d&#233;place pas. Si nous &#233;teignons la lumi&#232;re, les impulsions s'arr&#234;tent. Si nous l'allumons &#224; nouveau, alors le bord est toujours en vue, elles r&#233;apparaissent. Elles ne sont pas effa&#231;ables. Un autre type de fibre lui ressemble beaucoup, &#224; ceci pr&#232;s que si le bord est droit elle ne fonctionne pas. Ce doit &#234;tre un bord convexe avec de l'obscurit&#233; derri&#232;re lui ! Quelle doit &#234;tre la complexit&#233; du syst&#232;me d'interconnexion dans la r&#233;tine de l'&#339;il de la grenouille pour qu'elle puisse comprendre qu'une surface convexe est entr&#233;e dans le champ de vision ? De plus, bien que cette fibre fonctionne assez longtemps, elle ne fonctionne pas aussi longtemps que l'autre et si nous &#233;teignons la lumi&#232;re puis la rallumons les impulsions ne reviennent pas. Cela d&#233;pend du mouvement d'arriv&#233;e de la surface convexe. L'&#339;il la voit arriver et se souvient qu'elle est l&#224;, mais si nous arr&#234;tons la lumi&#232;re pour un instant, il l'oublie et ne la voit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est la d&#233;tection de changement de contraste. Si un bord p&#233;n&#232;tre ou sort, il y a des impulsions apparaissent, mais si elle reste basse ou se tient &#233;lev&#233;e, les impulsions s'arr&#234;tent ; cela ne fonctionne que lorsque la lumi&#232;re diminue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, il y a quelques fibres qui sont des d&#233;tecteurs d'obscurit&#233; &#8211; une chose tout &#224; fait &#233;tonnante &#8211; elles fonctionnent tout le temps ! Si nous augmentons la lumi&#232;re, elles fonctionnent moins rapidement, mais tout le temps ! Si nous diminuons la lumi&#232;re, elles fonctionnent plus rapidement, toujours tout le temps. Dans le noir, elles fonctionnent &#224; toute allure, r&#233;p&#233;tant perp&#233;tuellement : &#171; Il fait noir ! Il fait noir ! Il fait noir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;ponses semblent plut&#244;t compliqu&#233;es &#224; classer et nous pouvons nous demander si les exp&#233;riences ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;es. Mais il est tr&#232;s int&#233;ressant de retrouver ces m&#234;mes cat&#233;gories clairement s&#233;par&#233;es dans l'anatomie de la grenouille ! Par d'autres mesures, apr&#232;s que ces r&#233;ponses aient &#233;t&#233; class&#233;es (&#171; apr&#232;s &#187;, c'est ce qui est important &#224; ce propos), on a d&#233;couvert que la vitesse des signaux sur les diff&#233;rentes fibres n'&#233;tait pas la m&#234;me, ce qui fait qu'il y a une autre mani&#232;re ind&#233;pendante de v&#233;rifier &#224; quel type de fibre on a affaire ! (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tectum de la grenouille est l&#224; o&#249; les nerfs vont dans le cerveau en venant du nerf optique. Toutes les fibres nerveuses venant du nerf optique &#233;tablissent des liaisons dans les diverses couches du tectum. Cette structure en couche est analogue &#224; la r&#233;tine ; c'est en partie la raison pour laquelle nous savons que le cerveau et la r&#233;tine se ressemblent beaucoup. En prenant une &#233;lectrode et en la d&#233;pla&#231;ant vers le bas au travers des diff&#233;rentes couches, nous pouvons trouver &#224; quel endroit se termine un certain nerf optique et le beau et merveilleux r&#233;sultat que l'on trouve est que les diff&#233;rents types de fibres se terminent dans diff&#233;rentes couches ! La premi&#232;re se termine dans la couche num&#233;ro un, la seconde au num&#233;ro deux, la troisi&#232;me et cinqui&#232;me se terminent au m&#234;me endroit, et la plus profonde de toutes est la num&#233;ro quatre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a probablement trois pigments. Il peut y avoir diff&#233;rentes sortes de cellules r&#233;ceptrices contenant les trois pigments dans des proportions diff&#233;rentes, mais on trouve beaucoup de connexions crois&#233;es qui permettent des additions et des soustractions par l'interm&#233;diaire de l'addition et du r&#233;enforcement dans le syst&#232;me nerveux. Ainsi, avant de pouvoir vraiment comprendre la vision en couleur, il nous faudra comprendre la sensation finale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L430xH530/-433-ca3da.gif?1779680752' width='430' height='530' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oeil de grenouille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_%C3%A9volutive_de_l%27%C5%93il&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire &#233;volutive de l'&#339;il&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pourlascience.fr/sd/evolution/levolution-de-loeil-6523.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution de l'&#339;il&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.samizdat.qc.ca/cosmos/origines/oeil_pg.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'apparition des structures visuelles complexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/recherche/?q=oeil+vision&amp;submitProgramSearch=Ok&amp;simpleform_submitted=searchbar-form&amp;fromSimpleForm=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des conf&#233;rences en vid&#233;o&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Darwin, racont&#233; par Stephen Jay Gould </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5458</link>
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		<dc:date>2017-04-21T23:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Chapter 08 : R&#233;volutions in the process of life - Les r&#233;volutions du vivant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la nature avantageuse des variations, la libert&#233; des croisements, le taux de reproduction, les changements lents dans les conditions physiques de la contr&#233;e, et plus particuli&#232;rement de la nature des autres habitants avec lesquels l'esp&#232;ce qui varie se trouve en concurrence. (...) Comme tous les &#234;tres organis&#233;s, &#233;teints et r&#233;cents, qui ont v&#233;cu sur la Terre peuvent &#234;tre tous class&#233;s ensemble, et ont tous &#233;t&#233; reli&#233;s les uns aux autres par une s&#233;rie de fines gradations, la meilleure classification, la seule possible d'ailleurs, si nos collections &#233;taient compl&#232;tes, serait la classification g&#233;n&#233;alogique ; le lien cach&#233; que les naturalistes ont cherch&#233; sous le nom de syst&#232;me naturel n'est autre chose que la descendance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin dans l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je dois faire remarquer que j'emploie le terme de lutte pour l'existence dans le sens g&#233;n&#233;ral et m&#233;taphorique, ce qui implique les relations mutuelles de d&#233;pendance des &#234;tres organis&#233;s, et, ce qui est plus important, non seulement la vie de l'individu, mais son aptitude ou sa r&#233;ussite &#224; laisser des descendants. On peut certainement affirmer que deux animaux carnivores, en temps de famine, luttent l'un contre l'autre &#224; qui se procurera les aliments n&#233;cessaires &#224; son existence. Mais on arrivera &#224; dire qu'une plante, au bord du d&#233;sert, lutte pour l'existence contre la s&#233;cheresse, alors qu'il serait plus exact de dire que son existence d&#233;pend de l'humidit&#233;. On pourra dire plus exactement qu'une plante, qui produit annuellement un million de graines, sur lesquelles une seule, en moyenne, parvient &#224; se d&#233;velopper et &#224; m&#251;rir &#224; son tour, lutte avec les plantes de la m&#234;me esp&#232;ce, ou d'esp&#232;ces diff&#233;rentes, qui recouvrent d&#233;j&#224; le sol. Le gui d&#233;pend du pommier et de quelques autres arbres ; or, c'est seulement au figur&#233; que l'on pourra dire qu'il lutte contre ces arbres, car si des parasites en trop grand nombre s'&#233;tablissent sur le m&#234;me arbre, ce dernier languit et meurt ; mais on peut dire que plusieurs guis, poussant ensemble sur la m&#234;me branche et produisant des graines, luttent l'un avec l'autre. Comme ce sont les oiseaux qui diss&#233;minent les graines du gui, son existence d&#233;pend d'eux, et l'on pourra dire au figur&#233; que le gui lutte avec d'autres plantes portant des fruits, car il importe &#224; chaque plante d'amener les oiseaux &#224; manger les fruits qu'elle produit, pour en diss&#233;miner la graine. J'emploie donc, pour plus de commodit&#233;, le terme g&#233;n&#233;ral lutte pour l'existence, dans ces diff&#233;rents sens qui se confondent les uns avec les autres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, L'Origine des esp&#232;ces&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Charles Darwin, racont&#233; par Stephen Jay Gould &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pratiquement tous les biologistes antidarwiniens acceptaient que la s&#233;lection naturelle intervint r&#233;ellement, mais ils la consid&#233;raient comme un m&#233;canisme mineur et n&#233;gatif, seulement capable de jouer le r&#244;le du bourreau&#8230; Darwin souligna que la s&#233;lection naturelle, qui avait certes un r&#244;le n&#233;gatif et se caract&#233;risait, il le reconnaissait, par une faible intensit&#233;, avait, n&#233;anmoins, la capacit&#233;, sous certaines conditions appliqu&#233;es &#224; la nature de la variation, de promouvoir des caract&#232;res &#233;volutifs nouveaux. Autrement dit, la s&#233;lection naturelle pouvait cr&#233;er&#8230; Certains aspects de la th&#233;orie de Darwin innovaient sur le plan philosophique&#8230; mettant l'accent sur la complexit&#233; et l'interaction : il s'agit notamment du m&#233;canisme propos&#233; par Darwin d'une interaction entre hasard et n&#233;cessit&#233;, en ce qui concerne la gamme des variations s'offrant &#224; l'action de la s&#233;lection&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Darwin fut s&#251;rement le plus gentil de tous les g&#233;nies de l'histoire, n'ayant jamais pr&#233;sent&#233; aucune de ces marques d'arrogance et de furieuse excentricit&#233; qui caract&#233;risent souvent ces derniers. Cependant, un sujet particulier le mettait invariablement dans un &#233;tat qui, chez lui, &#233;tait ce qui se rapprochait le plus de la col&#232;re : l'affirmation, souvent mont&#233;e en &#233;pingle par ses adversaires, mais erronn&#233;e, selon laquelle la s&#233;lection naturelle &#233;tait, &#224; ses yeux, le mode exclusif du changement dans l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, qui comprenait parfaitement bien qu'en histoire naturelle seules comptent les fr&#233;quences relatives, nia absolument ce r&#244;le exclusif de la s&#233;lection naturelle, soulignant que cette derni&#232;re avait seulement un r&#244;le dominant. Il s'irrita tellement de cette sorte de mauvaise volont&#233; &#224; comprendre son point de vue qu'il ajouta cette phrase attrist&#233;e &#224; la sixi&#232;me &#233;dition de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; (1872b, P.395) : &lt;i&gt;&#171; Comme on a r&#233;cemment pr&#233;sent&#233; mes vues de fa&#231;on gravement d&#233;form&#233;e, et puisque l'on a d&#233;clar&#233; que j'attribuais la modification des esp&#232;ces exclusivement &#224; la s&#233;lection naturelle, qu'on me permette de remarquer que, dans la premi&#232;re &#233;dition de cet ouvrage et dans celles qui ont suivi, j'ai mis en position tr&#232;s apparente, nomm&#233;ment &#224; la fin de l'introduction : &#171; Je suis convaincu que la s&#233;lection naturelle a jou&#233; le r&#244;le principal dans la modification des esp&#232;ces, bien que d'autres agents y aient aussi particip&#233;. Cela n'a servi &#224; rien. Certaines fa&#231;ons erron&#233;es de constamment pr&#233;senter les choses rec&#232;lent un grand pouvoir d'attraction. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'une importance vitale de bien comprendre la fa&#231;on dont Darwin invoquait la fr&#233;quence relative des ph&#233;nom&#232;nes pour soutenir ses points de vue, car la citation s&#233;lective repr&#233;sente l'erreur la plus couramment commise par les &#233;volutionnistes en interpr&#233;tant son &#339;uvre et sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;, en tant que livre &#233;crit par un unique auteur, est un ouvrage mieux organis&#233; et contenant moins d'incoh&#233;rences que la Bible ; mais Darwin et le bon Dieu ont effectivement en commun d'avoir dit quelque chose &#224; peu pr&#232;s sur tout. On peut toujours arriver &#224; trouver dans l'ouvrage de Darwin une d&#233;claration qui, si elle est d&#233;tach&#233;e de son contexte et si elle n'est pas &#233;valu&#233;e &#224; l'aune cruciale de la fr&#233;quence relative, peut servir &#224; soutenir presque n'importe quelle position, m&#234;me la plus antidarwinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque Darwin repr&#233;sente le &#171; saint patron &#187; de l'&#233;volutionnisme, et puisque tout le monde d&#233;sire se revendiquer de cette autorit&#233; pr&#233;&#233;minente, il s'est d&#233;velopp&#233; une lamentable tradiction consistant &#224; s'approprier des d&#233;clarations darwiniennes isol&#233;es afin de soutenir des vues particuli&#232;res qui n'ont pas de rapport avec les propres vis&#233;es de Darwin ou qui m&#234;me r&#233;futent le sens g&#233;n&#233;ral de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, le fondateur britannique de l'&#233;volutionnisme a abondamment &#233;crit sur les contraintes li&#233;es &#224; la variation et il n'a pas cess&#233; de s'int&#233;resser &#224; ce sujet. Mais la logique de sa th&#233;orie demandait que l'adaptation contr&#244;le le changement &#233;volutif et que, le plus souvent, la variation soit isotrope ; par suite, Darwin prend position (comme il est logique) en faveur de ces n&#233;cessaires corollaires de la s&#233;lection naturelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On v&#233;n&#232;re aujourd'hui Darwin parce qu'il a constamment fait preuve de ces deux traits cruciaux, la grande intelligence et l'honn&#234;tet&#233;. Il savait parfaitement o&#249; ses arguements allaient le conduire, et il les a d&#233;velopp&#233;s sans d&#233;vier, m&#234;me si les cons&#233;quences allaient en &#234;tre d&#233;sagr&#233;ables. On lui fait le plus grand tort possible lorsqu'on parcourt superficiellement ses ouvrages &#224; la recherche de quelque th&#232;me particulier pour soutenir sa position personnelle, tout en ignorant la beaut&#233; et la puissance du sens g&#233;n&#233;ral et des encha&#238;nements logiques de ses th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soul&#232;ve ce probl&#232;me parce qu'on a particuli&#232;rement abus&#233; des citations s&#233;lectives en ce qui concerne les conceptions de Darwin sur le gradualisme. Bien entendu, ce dernier a admis qu'il y avait une possibilit&#233; de grande variation dans les rythmes du changement, et qu'il pouvait m&#234;me exister des &#233;pisodes rapides pouvant &#234;tre qualifi&#233;s de catastrophiques (au moins sur une &#233;chelle locale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car comment cet excellent naturaliste aurait-il pu nier que la nature pouvait offrir une grande diversit&#233; de solutions &#224; ce probl&#232;me crucial qu'&#233;tait le caract&#232;re du changement lui-m&#234;me ? Mais ces d&#233;clarations occasionnelles ne font pas de Darwin le parrain de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, ou un partisan secret de la saltation (comme l'a r&#233;ellement affirm&#233; De Vries, ce qui lui a valu une r&#233;primande officielle et unique en son genre de la part des organisateurs de la comm&#233;moration du centenaire de Darwin &#224; l'universit&#233; de Cambridge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme repr&#233;sente peut-&#234;tre la conviction la plus centrale de Darwin, r&#233;sidant &#224; la fois au sein de sa pens&#233;e et la sous-tendant totalement. Cette notion l'a guid&#233; dans le choix de ses sujets d'&#233;tude bien avant qu'il ne se pr&#233;occupe de la s&#233;lection naturelle et l'a conduit &#224; se pencher sur des th&#232;mes situ&#233;s largement au-del&#224; de cette derni&#232;re. Le gradualisme constitue le cadre explicatif de son premier livre important qui traitait des r&#233;cifs coralliens (1842) et celui de son dernier ouvrage sur la formation des sols arables et la modification de la topographie par les vers de terre (1881), deux volumes qui ne font pratiquement pas r&#233;f&#233;rence &#224; la s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal ma&#238;tre &#224; penser de Darwin, Charles Lyell, avait pos&#233; le signe &#233;gal entre gradualisme et rationalit&#233;. Tous les historiens et les &#233;volutionnistes ont remarqu&#233; l'importance centrale du gradualisme, &#224; la fois dans l'ontogen&#232;se (Gruber et Barrett, 1974) et dans la logique (Mayr, 1991) de la pens&#233;e de Darwin. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection ne devient cr&#233;ative qu'&#224; la condition d'imprimer une direction &#224; l'&#233;volution, ce qu'elle fait en pr&#233;sidant &#224; la lente et constante accumulation des variations favorables retenues au sein de l'ensemble isotrope des variations. Si le gradualisme n'accompagne pas ce processus de changement, la s&#233;lection doit renoncer &#224; ce r&#244;le cr&#233;atif, et alors le darwinisme ne peut pas rendre compte de l'innovation &#233;volutive. Si d'importantes nouvelles caract&#233;ristiques, ou de nouveaux taxa entiers, apparaissent gr&#226;ce &#224; des variations discontinues de grande ampleur, alors la cr&#233;ativit&#233; r&#233;side dans la gen&#232;se de la variation elle-m&#234;me. La s&#233;lection n'engendre plus d&#233;sormais l'&#233;volution, et se cantonne dans le r&#244;le de l'ex&#233;cuteur des hautes &#339;uvres &#233;liminant l'inadapt&#233;, ne faisant donc que faciliter des changements apparus d'autre fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme est donc la cons&#233;quence logique de la mise en &#339;uvre de la s&#233;lection naturelle sur le mode cr&#233;atif envisag&#233; par Darwin. Il impr&#232;gne aussi totalement la m&#233;thodologie g&#233;nialement invent&#233;e par Darwin, parce que la th&#232;se uniformitariste de l'extrapolation ne peut fonctionner si le changement &#224; la plus grande des &#233;chelles ne se r&#233;alise pas par la sommation au cours du temps de petites variations, imm&#233;diates et appr&#233;hendables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau le plus large, le gradualisme est un concept qui soutient simplement qu'un lien historique continu relie des anc&#234;tres et des descendants, sans mention du mode ou du rythme avec lequel s'effectue la transition des uns aux autres. Si les nouvelles esp&#232;ces apparaissent en tant que cr&#233;ation ex nihilo par l'intervention divine, alors il n'y aurait pas de lien unissant des anc&#234;tres et des descendants. Dans ce sens le plus large, l'affirmation du gradualisme revient &#224; celle de l'&#233;volution en tant que fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assertion &#233;tait bien entendu vitale pour fonder la r&#233;volution promue par Darwin,mais le sens ainsi consid&#233;r&#233; du gradualisme ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; l'existence de l'&#233;volution, et ne dit rien de la fa&#231;on dont elle se d&#233;roule ; le lien logique entre gradualisme et s&#233;lection naturelle ne peut pas se situer &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;volutionnistes de notre &#233;poque ont commis l'erreur de croire que les d&#233;bats contemporains au sujet du gradualisme portaient sur ce premier sens, de nos jours allant de soi et nullement sujet &#224; controverse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, ce premier sens, &#171; trop grand &#187;, du gradualisme atteste l'existence de l'&#233;volution elle-m&#234;me (par opposition au cr&#233;ationnisme), mais ne caract&#233;rise pas le m&#233;canisme propos&#233; par Darwin, ou par qui que ce soit d'autre, en mati&#232;re de changement &#233;volutif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde fa&#231;on, &#171; juste comme il faut &#187;, de comprendre le gradualisme ne porte pas sur la dur&#233;e que doit prendre une transition, ou sur la variabilit&#233; &#233;ventuelle de la vitesse du changement. Dans ce second sens, le concept du gradualisme stipule simplement que, en passant d'un &#233;tat A &#224; un autre B, substantiellement diff&#233;rent, l'&#233;volution doit n&#233;cessairement parcourir une longue s&#233;rie d'&#233;tapes interm&#233;diaires qui diff&#232;rent insensiblement les unes des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, un anc&#234;tre et un descendant doivent &#234;tre reli&#233;s par une s&#233;rie de changements, chacun se situant dans la gamme de ce que peut &#233;difier la s&#233;lection naturelle &#224; partir de la variabilit&#233; ordinaire. Sans le gradualisme consid&#233;r&#233; sous cette forme, de grandes variations sur le mode morphologique discontinu pourraient fournir la force cr&#233;ative du changement &#233;volutif, au lieu que ce r&#244;le revienne &#224; la s&#233;lection naturelle. Mais si la minuscule augmentation apport&#233;e par chaque &#233;tape demeure peu importante par elle-m&#234;me, alors la capacit&#233; cr&#233;ative doit n&#233;cessairement r&#233;sider dans la sommation de ces &#233;tapes en quelque chose d'important : or, la s&#233;lection naturelle, selon la th&#233;orie de Darwin, intervient pr&#233;cis&#233;ment en tant qu'agent d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens du gradualisme sous-tend l'invocation souvent formul&#233;e par Darwin du vieil aphorisme de Leibniz et de Linn&#233; : Natura non facit saltum (&#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet attachement &#224; ce postulat ne peut que nous frapper comme immod&#233;r&#233; et, au regard des normes d'aujourd'hui, comme nettement exag&#233;r&#233;. Ainsi, Darwin &#233;crit (dans l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;) : &lt;i&gt;&#171; Si l'on arrivait &#224; d&#233;montrer qu'il existe un organe complexe qui n'a pas pu se former par une s&#233;rie de nombreuses modifications graduelles et l&#233;g&#232;res, ma th&#233;orie ne pourrait certes plus se d&#233;fendre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de crainte que nous ne doutions que &#171; ma th&#233;orie &#187; se r&#233;f&#232;re sp&#233;cifiquement au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle (et non simplement &#224; l'affirmation de l'&#233;volution), Darwin pose souvent un lien explicite entre la s&#233;lection comme agent cr&#233;atif et le gradualisme comme cons&#233;quence n&#233;cessaire : &lt;i&gt;&#171; Indubitablement, rien ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233; par le biais de la s&#233;lection naturelle, si ce n'est l'addition de changements infiniment petits ; et si l'on pouvait montrer que&#8230; les stades de transition sont irr&#233;alisables, la th&#233;orie s'effondrerait. &#187;&lt;/i&gt; (dans &#171; Natural Selection &#187;, voir Stauffer, 1975, p. 250).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le chapitre de conclusion de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; : &lt;i&gt;&#171; Comme la s&#233;lection naturelle n'agit qu'en accumulant des variations l&#233;g&#232;res, successives et favorables, elle ne peut agir qu'&#224; pas lents et courts. Cette th&#233;orie rend facile &#224; comprendre l'axiome &#171; Natura non facit saltum &#187;.&lt;/i&gt; (p. 471)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il vrai que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle &#171; ne pourrait certes plus se d&#233;fendre &#187; si un seul organe (sans parler d'un organisme entier) pouvait appara&#238;tre par des changements de grandes dimensions et discontinus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai que le darwinisme demande d'ob&#233;ir &#224; la formulation extr&#234;me suivant : &lt;i&gt;&#171; La s&#233;lection naturelle n'agit que par la conservation et par l'accumulation d'infimes modifications h&#233;r&#233;ditaires &#187;&lt;/i&gt; (p. 95) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un certain niveau de discontinuit&#233;, la forte formulation de Darwin doit s&#251;rement &#234;tre v&#233;rifi&#233;e. Si la morphologie modifi&#233;e caract&#233;risant les nouvelles esp&#232;ces apparaissait souvent en une seule &#233;tape gr&#226;ce &#224; des macromutations fortuites, la s&#233;lection perdrait alors son r&#244;le cr&#233;atif et n'agirait que comme force auxiliaire et secondaire pour propager la soudaine bonne conformation au sein de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-on appliquer l&#233;gitimement aux organes isol&#233;s cette conception de Darwin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposez (comme cela doit arriver souvent) qu'une h&#233;t&#233;rochronie de d&#233;veloppement d&#233;termine un changement majeur de forme et de fonction en deux ou trois &#233;tapes sans formes interm&#233;diaires. La plupart du temps, la dimension de ces stades peut se situer hors de la &#171; gamme normale &#187; de variation pour la majorit&#233; des populations, mais non au-del&#224; des possibilit&#233;s d'un programme g&#233;n&#233;tique de d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle s'effondrerait-elle si les changements sur ce mode &#233;taient fr&#233;quents ? Je ne le crois pas. La th&#233;orie darwinienne demanderait quelques ajustements et quelques compromis (en particulier elle devrait &#234;tre plus tol&#233;rante sur le non-respect de l'isotropie des variations et prendre beaucoup plus en compte la notion de contrainte interne dans le domaine de la g&#233;n&#233;tique et du d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc que la d&#233;fense vigoureuse, voire pugnace, du gradualisme strict par Darwin refl&#232;te une prise de position syst&#233;matique, de port&#233;e bien plus vaste que la simple reconnaissance d'un corollaire logique de la s&#233;lection naturelle. En fait, je crois que cette conviction forte correspondait &#224; une attitude g&#233;n&#233;rale qui recouvrait l'adh&#233;sion &#224; la th&#232;se de Lyell selon laquelle le gradualisme allait de pair avec la rationalit&#233; et refl&#233;tait aussi le penchant culturel pour le gradualisme &#224; l'&#233;poque o&#249; la Grande-Bretagne connaissait sa plus grande p&#233;riode d'expansion industrielle et coloniale (Gould, 1984a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement perspicace de Huxley &#224; propos de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; r&#233;sonne encore de nos jours d'un accent de v&#233;rit&#233;. Dans sa c&#233;l&#232;bre lettre &#224; Darwin, &#233;crite juste apr&#232;s que cet ouvrage avait &#233;t&#233; publi&#233;, ilse disait pr&#234;t &#224; &#171; monter sur le b&#251;cher &#187; pour d&#233;fendre les conceptions de Darwin, mais il y avait aussi avanc&#233; sa critique majeure : &lt;i&gt;&#171; Vous vous &#234;tes impos&#233; une difficult&#233; qui &#233;tait superflue en adoptant avec si peu de r&#233;serve la formule &#171; Natura non facit saltum &#187;. &#187;&lt;/i&gt; (L. Huxley, 1901, p.189). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 9 sur les preuves g&#233;ologiques, o&#249; le lecteur non initi&#233; pourrait s'attendre &#224; trouver de puissant arguments en faveur de l'&#233;volution &#224; partir des donn&#233;es les plus directement r&#233;v&#233;latrices &#8211; celles des archives fossils &#8211; r&#233;v&#232;le en lieu et place de cela une longue argumentation visant (l&#233;gitimement) &#224; excuser une discordance grave entre les donn&#233;es et la th&#233;orie : les archives fossiles sont domin&#233;es &#224; premi&#232;re vue par des lacunes et des discontinuit&#233;s, alors que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle demanderait des transitions insensibles&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, tout le monde le sait, a r&#233;solu cette discordance en qualifiant les archives d'extr&#234;mement imparfaites (tel un livre qui n'aurait plus que quelques pages et seulement quelques lettres pr&#233;serv&#233;es sur chaque page) au point que toute continuit&#233; v&#233;ritablement insensible est largement effac&#233;e pour donner l'apparence, dans les traces restantes, d'une s&#233;rie de sauts abrupts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi donc chaque formation g&#233;ologique, dans chacune des couches qui la composent, ne regorge-t-elle pas de ces formes interm&#233;diaires ? La g&#233;ologie ne r&#233;v&#232;le assur&#233;ment pas une s&#233;rie organique si bien gradu&#233;e, et c'est en cela, peut-&#234;tre, que consiste l'objection la plus s&#233;rieuse que l'on puisse faire &#224; ma th&#233;orie. Je crois que l'explication se trouve dans l'extr&#234;me insuffisance des documents g&#233;ologiques&#8230; Quiconque n'admet pas ces conceptions sur la nature des archives g&#233;ologiques doit avec raison repousser ma th&#233;orie tout enti&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin s'est aussi fait l'avocat de la forme la plus contraignante du gradualisme&#8230; Il ne supposait pas simplement que l'information f&#251;t transmise contin&#251;ment de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, et pas simplement que le passage entre les innombrables &#233;tapes de transition f&#251;t insensible. Il demandait aussi que le changement f&#251;t graduel m&#234;me &#224; la plus vaste &#233;chelle des temps g&#233;ologiques et que le mouvement continu (avec des variations de rythme, bien s&#251;r) repr&#233;sent&#226;t une caract&#233;ristique habituelle de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acceptation du gradualisme, aux vastes vis&#233;es, n'est pas &#233;troitement li&#233;e, sur le plan logique, au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle. Le changement pourrait se faire de fa&#231;on &#233;pisodique et brutale, &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques, mais n&#233;anmoins se r&#233;aliser par d'insensibles &#233;tapes interm&#233;diaires, vues sous l'angle de la succession des g&#233;n&#233;rations, car, en vertu du principe crucial relatif aux changements d'&#233;chelle, la dur&#233;e correspondant &#224; la succession de milliers de g&#233;n&#233;rations ne repr&#233;sente qu'un petit moment &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux principes (la mise en &#339;uvre du m&#233;canisme au niveau exclusif des organismes en tant qu'agents de la s&#233;lection ; la capacit&#233; cr&#233;ative de la s&#233;lection se traduisant par le fa&#231;onnement de l'adaptation) d&#233;finissent le noyau biologique central de la th&#233;orie darwinienne. En d'autres termes, ils d&#233;crivent le &#171; fonctionnement &#187; biologique permettant d'envisager la troisi&#232;me et derni&#232;re composante fondamentale d'une vision darwinienne du monde : la th&#232;se uniformitariste selon laquelle les r&#233;sultats de l'action de la s&#233;lection naturelle trouvent, par extrapolation, une compl&#232;te traduction &#224; toutes les &#233;chelles et &#224; toutes les &#233;poques de l'histoire de la vie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Darwin, dans un contraste r&#233;volutionnaire puissant, pr&#233;sente, pour la premi&#232;re fois, une explication en termes de m&#233;canismes d' &#171; origine externe &#187;, dans laquelle le changement &#233;volutif est contingent, c'est-&#224;-dire constitu&#233; par l'addition d'adaptations locales impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne correspond donc pas au d&#233;ploiement d&#233;terministe de potentialit&#233;s intrins&#232;ques en fonction de r&#232;gles biologiques internes : en fait, ce changement contingent est r&#233;alis&#233; par l'interaction entre un mat&#233;riau brut organique (la variation non orient&#233;e) et le milieu qui lui impose une orientation (la s&#233;lection naturelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin renversa toutes les traditions ant&#233;rieures en attribuant ainsi au milieu externe le r&#244;le d'une force orientant la direction du changement &#233;volutif (le &#171; milieu &#187; &#233;tant bien s&#251;r con&#231;u comme l'ensemble des facteurs biotiques et abiotiques, mais cependant externes &#224; l'organisme, m&#234;me lorsqu'ils &#233;taient intrins&#232;quement li&#233;s &#224; l'organisme lui-m&#234;me et m&#234;me largement d&#233;finis par lui)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le caract&#232;re unique en son genre du darwinisme, et aussi son caract&#232;re r&#233;volutionnaire, r&#233;side largement dans la formulation de la s&#233;lection naturelle, en tant que th&#233;orie de l'interaction entre un &#171; int&#233;rieur &#187; biologique et un &#171; ext&#233;rieur &#187; repr&#233;sent&#233; par le milieu (de sorte que cette th&#233;orie &#233;volutionniste n'est pas une th&#233;orie de l' &#171; &#233;volution &#187; au sens de d&#233;ploiement de potentialit&#233;s intrins&#232;ques), alors l' &#171; ext&#233;rieur &#187; doit faire lui aussi l'objet d'une discussion explicite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu externe, en tant qu'agent darwinien actif, ne doit pas &#234;tre trop calme : en particulier, une absence de changement dans l'environnement conduirait probablement l'&#233;volution &#224; s'arr&#234;ter, par la diminution des pressions s&#233;lectives en faveur des modifications adaptatives (voir Stenseth et Maynard Smith, 1984). Les interactions purement biotiques pourraient peut-&#234;tre d&#233;terminer la progression du changement &#233;volutif pendant un certain temps apr&#232;s l'arr&#234;t du changement dans l'environnement, mais probablement pas ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a rarement envisag&#233; que l'&#233;volution darwinienne pourrait &#234;tre compromise par une &#233;ventuelle insuffisance de changement, en grande partie parce que les archives g&#233;ologiques semblent clairement indiquer que le danger r&#233;side plut&#244;t dans l'autre direction&#8230; En particulier, si le catastrophisme en g&#233;ologie &#233;tait la r&#232;gle, ou m&#234;me s'il &#233;tait juste assez important en fr&#233;quence relative, alors le darwinisme perdrait sa place en tant qu'agent primordial du fa&#231;onnement de l'histoire &#233;volutive de la biosph&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant en revue g&#233;n&#233;rale, et en ordre inverse, les critiques adress&#233;es aux trois principes centraux du darwinisme, on peut donc dire, premi&#232;rement, que la prise en compte des extinctions de masse catastrophiques, et plus g&#233;n&#233;ralement du caract&#232;re fortuit des extinctiosn d&#233;clench&#233;es, &#224; tous les niveaux par des facteurs abiotiques, met en question la conception fondamentale de Darwin sur la fr&#233;quence relative dominante de la lutte entre les organismes suscit&#233;e par le surpeuplement du milieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de contrainte (plut&#244;t con&#231;ue comme un facteur positif canalisant le changement depuis l'int&#233;rieur des organismes que comme facteur n&#233;gatif limitant la variation susceptible de conduire &#224; des modifications fonctionnelles (voir Gould, 1989a) contredit la notion darwinienne cruciale d'isotropie du mat&#233;riau brut et, par cons&#233;quent, celle de la ma&#238;trise par la s&#233;lection naturelle de l'orientation de la trajectoire &#233;volutive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, et de fa&#231;on encore plus importante dans la mesure o&#249; cette critique fait le mieux la synth&#232;se des trois, la th&#233;orie hi&#233;rarchique de la s&#233;lection naturelle, affirmant que la s&#233;lection s'exerce de fa&#231;on consid&#233;rable en fr&#233;quence relative &#224; tous les niveaux, depuis celui des g&#232;nes jusqu'&#224; celui des esp&#232;ces, met en question la premi&#232;re patte du tr&#233;pied &#8211; celle de la th&#232;se selon laquelle la s&#233;lection n'&#339;uvre pratiquement qu'au niveau des organismes, th&#232;se qui joua un r&#244;le crucial en permettant &#224; Darwin de radicalement renverser le syst&#232;me de Paley via le recours &#224; Adam Smith&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la prochaine g&#233;n&#233;ration d'&#233;volutionnistes reprend et &#233;largit l'approche ainsi propos&#233;e en ce d&#233;but de nouveau mill&#233;naire, comme le laissent pr&#233;sager les travaux et les recherches pr&#233;liminaires qui ont &#233;t&#233; men&#233;es par tant de scientifiques &#224; la fin du pr&#233;c&#233;dent, alors nous devons encore rendre plus hommage &#224; la vitalit&#233; des d&#233;finitions rigoureuses et des principes solides propos&#233;s par Darwin lui-m&#234;me lorsqu'il a fond&#233; notre discipline. Car peu de th&#233;roies proposent ces vastes capacit&#233;s explicatives et cette intrication de logique n&#233;cessaires &#224; l'&#233;dification d'une structure conceptuelle qui continue aujourd'hui &#224; &#234;tre fascinante et &#224; fournir une aide pertinente aux travaux en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est pas traiter Darwin avec le respect qu'il m&#233;rite que de consid&#233;rer ses principes centraux seulement comme des id&#233;es r&#233;v&#233;r&#233;es et intouchables ; pour honorer l'&#233;volutionnisme britannique, il faut au contraire prendre maintenant ceux-ci comme des points de d&#233;part pour tenter de les reformuler, presque cent cinquante ans apr&#232;s qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi Darwin a-t-il &#233;t&#233; si difficile &#224; comprendre ? En l'espace de dix ans, il convainquit le monde intellectuel de l'existence de l'&#233;volution, mais sa th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle ne fut jamais tr&#232;s populaire de son vivant. Elle ne s'est impos&#233;e que dans les ann&#233;es quarante et, aujourd'hui encore, bien qu'elle soit au c&#339;ur de notre th&#233;orie de l'&#233;volution, elle est g&#233;n&#233;ralement mal comprise, mal cit&#233;e et mal appliqu&#233;e. La difficult&#233; ne r&#233;side pourtant pas dans la complexit&#233; de sa structure logique, car les fondements de la s&#233;lection naturelle sont la simplicit&#233; m&#234;me. Ils se r&#233;sument &#224; deux constatations indubitables entra&#238;nant une conclusion in&#233;vitable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Les organismes varient et leurs variations se transmettent (en partie du moins) &#224; leurs descendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Les organismes produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le descendant qui varie dans la direction favoris&#233;e par l'environnement survivra et se reproduira. La variation favorable se r&#233;pandra donc dans les populations par s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois propositions &#233;tablissent que la s&#233;lection naturelle peut fonctionner, mais elles ne lui garantissent pas, par elles-m&#234;mes, le r&#244;le fondamental que lui a attribu&#233; Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e suivant laquelle la s&#233;lection naturelle est la force cr&#233;atrice de l'&#233;volution et pas seulement le bourreau qui ex&#233;cute les inadapt&#233;s est l'essence de la th&#233;orie darwinienne. La s&#233;lection naturelle doit &#233;galement construire l'adapt&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;laborer progressivement l'adaptation en conservant, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, les &#233;l&#233;ments favorables dans un ensemble de variations dues au hasard. Si la s&#233;lection naturelle est cr&#233;atrice, il faut compl&#233;ter la premi&#232;re proposition, relative &#224; la variation, par deux observations suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la variation doit &#234;tre le fruit du hasard ou, tout au moins, ne pas tendre de pr&#233;f&#233;rence vers l'adaptation. Car si la variation est pr&#233;programm&#233;e dans la bonne direction, la s&#233;lection naturelle ne joue aucun r&#244;le cr&#233;ateur et se contente d'&#233;liminer les individus non conformes. Le lamarckisme suivant lequel les animaux r&#233;agissent de mani&#232;re cr&#233;ative &#224; leurs besoins et transmettent les caract&#233;ristiques acquises &#224; leurs descendants, est, de ce point de vue, une th&#233;orie non darwinienne. Ce que nous savons des variations g&#233;n&#233;tiques laisse penser que Darwin avait raison de soutenir que la variation n'est pas pr&#233;programm&#233;e. L'&#233;volution est un m&#233;lange de hasard et de n&#233;cessit&#233;. Hasard dans la variation, n&#233;cessit&#233; dans le fonctionnement de la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la variation doit &#234;tre petite relativement &#224; l'ampleur de l'&#233;volution manifest&#233;e dans la formation d'esp&#232;ces nouvelles. En effet, si les esp&#232;ces nouvelles apparaissent d'un seul coup, le seul r&#244;le de la s&#233;lection consiste simplement &#224; faire dispara&#238;tre les populations en place afin de laisser le champ libre aux formes am&#233;lior&#233;es qu'elle n'a pas &#233;labor&#233;es. De nouveau, nos connaissances en g&#233;n&#233;tique vont dans le sens de Darwin, qui croyait que les petites mutations constituent l'essentiel de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de Darwin, simple en apparence, ne va pas, dans les faits, sans complexit&#233;. Il semble n&#233;anmoins que les r&#233;ticences qu'elle suscite tiennent moins aux &#233;ventuelles difficult&#233;s scientifiques qu'au contenu philosophique des conceptions de Darwin, qui constituent en effet un d&#233;fi &#224; un ensemble d'id&#233;es particuli&#232;res &#224; l'Occident et que nous ne sommes pas encore pr&#234;ts d'abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Darwin pr&#233;tend que l'&#233;volution n'a pas un but. Les individus luttent pour accro&#238;tre la repr&#233;sentation de leurs g&#232;nes dans les g&#233;n&#233;rations futures, un point c'est tout. S'il existe un ordre et une harmonie dans le monde, ce ne sont que les cons&#233;quences accidentelles de l'activit&#233; d'individus qui ne cherchent que leur profit personnel&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, Darwin soutient que l'&#233;volution n'est pas dirig&#233;e, qu'elle ne conduit pas in&#233;vitablement &#224; l'apparition de caract&#233;ristiques sup&#233;rieures. Les organismes ne font que s'adapter &#224; leur environnement. La &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du parasite est aussi parfaite que l'&#233;l&#233;gance de la gazelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Darwin fait reposer son interpr&#233;tation de la nature sur une philosophie mat&#233;rialiste. La mati&#232;re est le fondement de toute existence ; l'intelligence, l'esprit et Dieu ne sont que des mots qui servent &#224; d&#233;signer les manifestations de la complexit&#233; du cerveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin n'apportait pas la bonne parole ; il n'entrait pas dans ses intentions d'appliquer &#224; la nature les pr&#233;jug&#233;s de la pens&#233;e occidentale. L'esprit de Darwin pourrait m&#234;me apporter beaucoup &#224; notre civilisation en r&#233;futant l'un des th&#232;mes favoris de l'arrogance occidentale : l'homme destin&#233; &#224; dominer la Terre et les animaux, parce que constituant l'aboutissement d'un processus pr&#233;con&#231;u&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux passages des carnets M et N de Darwin &#233;crits en 1838 et 1839, de nombreux passages montrent qu'il &#233;tait convaincu de quelque chose qu'il ressentait comme beaucoup plus &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; que l'&#233;volution elle-m&#234;me, et qu'il avait peur d'exposer : le mat&#233;rialisme philosophique, postulat selon lequel la mati&#232;re est la substance de toute existence, les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques et spirituels n'&#233;tant que ses sous-produits. Aucune conception ne pouvait s'opposer davantage aux traditions les plus &#233;tablies de la pens&#233;e occidentale que cette id&#233;e selon laquelle l'esprit, malgr&#233; sa complexit&#233; et sa puissance, n'est que le produit du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces carnets prouvent en outre que Darwin s'int&#233;ressait &#224; la philosophie et qu'il &#233;tait conscient de ses implications. Il savait que ce qui distinguait des autres doctrines &#233;volutionnistes &#233;tait un mat&#233;rialisme philosophique sans compromis. Les &#233;volutionnistes parlaient de forces vitales, de sens de l'Histoire, de lutte organique et d'irr&#233;ductibilit&#233; fondamentale de l'esprit&#8230; autant de notions que la chr&#233;tient&#233; traditionnelle pouvait parfaitement accepter puisqu'elles permettaient &#224; un Dieu chr&#233;tien de conserver sa place, &#224; condition simplement de remplacer &#171; cr&#233;ation &#187; par &#171; &#233;volution &#187;. Darwin, lui, ne parlait que de variations dues au hasard et de s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses carnets, Darwin applique r&#233;solument sa th&#233;orie mat&#233;rialiste &#224; toutes les manifestations de la vie, y compris ce qu'il nommait &#171; la citadelle elle-m&#234;me &#187;, l'esprit humain. Et si l'esprit n'a pas d'existence r&#233;elle en dehors du cerveau, Dieu peut-il &#234;tre autre chose qu'une illusion engendr&#233;e par une illusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des carnets concernant la transmutation, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Amour de la divinit&#233;, fruit de l'organisation ; quel mat&#233;rialiste !... Pourquoi le fait que la pens&#233;e soit une s&#233;cr&#233;tion du cerveau est-il plus extraordinaire que le fait que la pesanteur soit une propri&#233;t&#233; de la mati&#232;re ? C'est notre orgueil, l'admiration que nous &#233;prouvons pour nous-m&#234;mes. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa discussion des carnets M et N, Gruber consid&#232;re que le mat&#233;rialisme &#233;tait, &#171; &#224; cette &#233;poque, plus scandaleux que l'&#233;volution &#187;. Il apporte des preuves de la pers&#233;cution des convictions mat&#233;rialistes &#224; la fin du 18&#232;me si&#232;cle et au d&#233;but du 19&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;crivit dans le carnet M :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour &#233;viter de dire &#224; quel point je crois au mat&#233;rialisme, je dois me contenter de dire que les &#233;motions, les instincts, les degr&#233;s de talent, qui sont h&#233;r&#233;ditaires, le sont parce que le cerveau de l'enfant ressemble &#224; celui des parents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes les plus ardents du 19&#232;me si&#232;cle, Marx et Engels ne tard&#232;rent pas &#224; comprendre les implications du travail de Darwin et &#224; en exploiter le contenu. En 1869, Marx &#233;crivit &#224; Engels &#224; propos de l'origine des esp&#232;ces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien que cela soit expos&#233; dans le style rude des Anglais, c'est le livre qui contient les principes d'histoire naturelle adapt&#233; &#224; nos vues. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de l'&#339;uvre de Darwin choque tellement la pens&#233;e occidentale que nous ne l'avons pas encore comprise dans son entier. La campagne qu'Arthur Koestler a men&#233;e contre Darwin, par exemple, (voir &#171; L'&#233;treinte du crapaud &#187;) repose sur le refus d'accepter le mat&#233;rialisme de Darwin et le d&#233;sir ardent d'attribuer &#224; nouveau &#224; la mati&#232;re des propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;pigramme c&#233;l&#232;bre, Darwin &#233;crit qu'il doit s'interdire les qualificatifs &#171; sup&#233;rieur &#187; ou &#171; inf&#233;rieur &#187; lorsqu'il d&#233;crit la structure des organismes. Pouvons-nous pr&#233;tendre, en effet, que nous sommes des cr&#233;atures sup&#233;rieures &#224; l'amibe, qui est aussi bien adapt&#233;e &#224; son environnement que nous le sommes au n&#244;tre ? Darwin &#233;vita donc de recourir &#224; la notion d' &#171; &#233;volution &#187;, d'une part parce que son sens technique heurtait ses convictions, et, d'autre part, parce que la notion de progr&#232;s, ins&#233;parable de son sens courant, lui d&#233;plaisait. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une ironie du sort, le p&#232;re de la th&#233;orie &#233;volutionniste &#233;tait presque seul &#224; soutenir que le changement organique a pour unique r&#233;sultat d'am&#233;liorer l'adaptation des organismes &#224; leur environnement, et ne se conforme pas &#224; une id&#233;e abstraite de progr&#232;s d&#233;finie par la complexit&#233; de la structure ou l'accroissement de l'homog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne jamais dire inf&#233;rieur ou sup&#233;rieur&#8230; &#187; Si nous avions tenu compte de l'avertissement de Darwin, la confusion et l'incompr&#233;hension qui existent aujourd'hui entre les savants et les profanes nous auraient &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es. Car la conception de Darwin est essentielle pour les savants qui ont abandonn&#233; depuis longtemps l'id&#233;e d'une relation n&#233;cessaire entre &#233;volution et progr&#232;s, la consid&#233;rant comme une perversion anthropocentriste de la pire esp&#232;ce. Pourtant, la plupart des profanes confondent encore &#233;volution et progr&#232;s. Ils n'imaginent pas l'&#233;volution humaine comme un suite de changements, mais comme un accroissement d'intelligence, de taille ou tout ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une am&#233;lioration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Extrait de Stephen Jay Gould dans &#034;Le pouce du panda&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le caract&#232;re &#233;pisodique du changement &#233;volutif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 novembre 1859, le jour pr&#233;c&#233;dent la sortie de son livre r&#233;volutionnaire, Charles Darwin re&#231;ut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat &#224; venir, allant m&#234;me jusqu'au sacrifice supr&#234;me : &#171; Je suis pr&#234;t &#224; mourir sur le b&#251;cher s'il le faut. (&#8230;) Je me pr&#233;pare en aiguisant mes griffes et mon bec. &#187; Mais il ajoutait aussi un avertissement : &#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le &#171; Natura non facit saltum &#187; sans la moindre r&#233;serve. &#187; L'expression latine, g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;e &#224; Linn&#233; signifie que &#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;. Darwin approuvait totalement cette devise ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disciple de Charles Lyell, ap&#244;tre du &#171; gradualisme &#187; en g&#233;ologie, Darwin d&#233;crivait l'&#233;volution comme un processus majestueux et r&#233;gulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait esp&#233;rer l'observer pensant la dur&#233;e d'une vie. Les anc&#234;tres et leurs descendants, selon Darwin, doivent &#234;tre reli&#233;s par &#171; une infinit&#233; de liens transitoires &#187; qui forment &#171; une belle succession d'&#233;tapes progressives &#187;. Seule une longue p&#233;riode de temps a permis &#224; un processus si lent de r&#233;aliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le foss&#233; de sa propre th&#233;orie. La s&#233;lection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'&#233;volution se d&#233;roulait sur un rythme rapide. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme &#224; un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, &#224; un &#171; monstre prometteur &#187;. La macro-&#233;volution r&#233;sulte du succ&#232;s, peu fr&#233;quent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pal&#233;ontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes interm&#233;diaires ; les transitions entre les grands groupes sont particuli&#232;rement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficult&#233; en invoquant le caract&#232;re extr&#234;mement lacunaire des fossiles que nous poss&#233;dons ; m&#234;me si une &#233;tape sur mille survivait sous forme de fossile, la g&#233;ologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) M&#234;me en l'absence de t&#233;moignages directs en faveur de ces transitions sans &#224;-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes interm&#233;diaires, c'est-&#224;-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (&#8230;) A quoi sert une moiti&#233; de m&#226;choire et une moiti&#233; d'aile ? (...) Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macro&#233;volution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une th&#233;orie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des esp&#232;ces ? L'essence m&#234;me du darwinisme tient en une seule phrase : la s&#233;lection naturelle est la principale force cr&#233;atrice du changement &#233;volutif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne nie que la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le n&#233;gatif en &#233;liminant les inadapt&#233;s. Les th&#233;ories darwiniennes sous-entendent qu'elle cr&#233;e en m&#234;me temps les adapt&#233;s. La s&#233;lection doit accomplir cette t&#226;che en mettant en place des adaptations en une s&#233;rie d'&#233;tapes, tout en pr&#233;servant &#224; chaque phase le r&#244;le avantageux dans une gamme de variations g&#233;n&#233;tiques dues au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection doit gouverner le processus de cr&#233;ation et non pas se contenter d'&#233;carter les inadapt&#233;s apr&#232;s qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle esp&#232;ce compl&#232;tement achev&#233;e dans une perfection primitive. On peut tr&#232;s bien imaginer une th&#233;orie non darwinienne du changement discontinu , c'est-&#224;-dire d'une modification g&#233;n&#233;tique profonde et brutale cr&#233;ant par hasard (de temps &#224; autre) et d'un seul coup une nouvelle esp&#232;ce. Hugo de Vries, le c&#233;l&#232;bre botaniste hollandais, fut le d&#233;fenseur de cette th&#233;orie. Mais ces notions semblent se heurter &#224; des difficult&#233;s insurmontables. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perturbations apport&#233;es aux syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques dans leur totalit&#233; ne produisent pas de cr&#233;atures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants &#8211; et elles ne sont m&#234;me pas viables. Mais toutes les th&#233;ories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait soulign&#233; Huxley il y a pr&#232;s de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification g&#233;n&#233;tique. Les probl&#232;mes d'incompatibilit&#233; avec les autres membres de l'esp&#232;ce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se r&#233;pandre dans la population &#224; la mani&#232;re darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plut&#244;t d'adaptation clef permettant &#224; son possesseur d'adopter un nouveau mod&#232;le d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de cette nouvelle vie r&#233;ussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces derni&#232;res peuvent survenir en suivant un itin&#233;raire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entra&#238;n&#233; une profonde mutation des pressions s&#233;lectives. Les partisans de la synth&#232;se actuelle ont donn&#233; &#224; Goldschmidt le r&#244;le de Goldstein en associant son expression imag&#233;e &#8211; le monstre prometteur &#8211; aux notions non darwiniennes de perfection imm&#233;diate r&#233;sultant d'un profond changement g&#233;n&#233;tique. Mais ce n'est pas tout &#224; fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses m&#233;canismes entra&#238;nant la discontinuit&#233; des formes adultes reposait sur la notion de petit changement g&#233;n&#233;tique sous-jacent. Goldschmidt &#233;tait un sp&#233;cialiste du d&#233;veloppement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du d&#233;but de sa carri&#232;re &#224; &#233;tudier les variations g&#233;ographiques de la noctuelle &#171; Lymantria dyspar &#187;. Il d&#233;couvrit que de grandes diff&#233;rences dans la r&#233;partition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du d&#233;veloppement : les effets d'un l&#233;ger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au d&#233;but de la croissance augmentaient &#224; travers l'ontogen&#232;se et entra&#238;naient de profondes diff&#233;rences chez les chenilles ayant atteint leur plein d&#233;veloppement. Goldschmidt parvint &#224; identifier les g&#232;nes responsables de ces petits changements de rythme et d&#233;montra que les grandes diff&#233;rences que l'on observe &#224; la fin du d&#233;veloppement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs g&#232;nes commandant les taux de changement agissant au d&#233;but de la croissance. Il codifia la notion de &#171; g&#232;ne de taux de changement &#187; (rate genes) en 1918 et &#233;crivit vingt ans plus tard : &#171; Le g&#232;ne mutant produit son effet (&#8230;) en changeant les taux des processus partiels de d&#233;veloppement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de diff&#233;renciation, des taux de production des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la diff&#233;renciation, des taux de r&#233;actions entra&#238;nant des situations physiques ou chimiques pr&#233;cises &#224; des moments pr&#233;cis du d&#233;veloppement, des taux de ces processus responsables de la s&#233;gr&#233;gation des forces embryonnaires &#224; des moments donn&#233;s. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ma propre opinion, tr&#232;s partiale, le probl&#232;me de la r&#233;conciliation entre l'&#233;vidente discontinuit&#233; de la macro-&#233;volution et le darwinisme est en grande partie r&#233;solu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant t&#244;t dans le d&#233;veloppement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes diff&#233;rences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme &#233;lev&#233; de la croissance pr&#233;natale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En r&#233;alit&#233;, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie. D'Arcy Wentworth Thompson (&#8230;) &#233;crit dans &#171; Croissance et forme &#187; : &#171; (...) Nous ne pouvons pas transformer un invert&#233;br&#233; en vert&#233;br&#233;, ni un c&#339;lent&#233;r&#233; en vert, par n'importe d&#233;formation simple et l&#233;gitime (&#8230;) La nature passe d'un type &#224; un autre. (&#8230;) Chercher des marchepieds pour franchir les &#233;carts s&#233;parant ces types, c'est chercher en vain &#224; jamais. &#187; La solution de D'Arcy Wentworth Thompson &#233;tait la m&#234;me que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait &#224; transformer une &#233;toile de mer en souris, mais les embryons de certains &#233;chinodermes et de certains protovert&#233;br&#233;s sont presque identiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould, pour conclure :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce gradualisme du darwinisme a &#233;t&#233; enracin&#233; dans les vues philosophiques de la soci&#233;t&#233; victorienne. De cette &#171; &#233;volution &#187;, on &#233;limine tous les sauts, les changements brusques et les transformations r&#233;volutionnaires. Ces perspectives anti-dialectiques (...) ont profond&#233;ment enracin&#233; dans la pens&#233;e occidentale ce biais qui nous pr&#233;dispose &#224; rechercher la continuit&#233; et le changement progressif. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article604&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Stephen Jay Gould ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les id&#233;es de Stephen Jay Gould sur l'&#233;volution des esp&#232;ces</title>
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		<dc:date>2017-03-10T00:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les id&#233;es de Stephen Jay Gould sur l'&#233;volution des esp&#232;ces &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand Darwin publia &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034;, en 1859, il introduisit le terme &#034;s&#233;lection naturelle&#034;. Mais il n'a nulle part utilis&#233; le mot &#034;&#233;volution&#034;, bien que le public suppose que Darwin seul est responsable de ce concept. (...) De nombreux penseurs &#233;volutionnistes, Darwin y compris, n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la confusion entre l'id&#233;e d'&#233;volution et celle de progr&#232;s. Mais la force de Darwin venait de ce que l'id&#233;e simple, selon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les id&#233;es de Stephen Jay Gould sur l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand Darwin publia &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034;, en 1859, il introduisit le terme &#034;s&#233;lection naturelle&#034;. Mais il n'a nulle part utilis&#233; le mot &#034;&#233;volution&#034;, bien que le public suppose que Darwin seul est responsable de ce concept. (...) De nombreux penseurs &#233;volutionnistes, Darwin y compris, n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la confusion entre l'id&#233;e d'&#233;volution et celle de progr&#232;s. Mais la force de Darwin venait de ce que l'id&#233;e simple, selon laquelle la survie du plus adapt&#233; devait produire des changements &#233;volutionnistes, s'appuyait sur une avalanche de faits (...) Darwin envisagea aussi les cons&#233;quences de la s&#233;lection naturelle dans des domaines auxquels aucun de ses contemporains n'avait song&#233; : la s&#233;lection pour la r&#233;ussite de l'accouplement et m&#234;me la s&#233;lection pour l'expression des &#233;motions. Darwin comprit brillamment les cons&#233;quences de la s&#233;lection naturelle. Mais il ignorait - et il ne savait pas qu'il ignorait - ce qui &#233;tait s&#233;lectionn&#233;. Il ne connaissait pas les g&#232;nes. (...) Les id&#233;es de Darwin ne furent &#233;tendues et transform&#233;es en une th&#233;orie vraiment satisfaisante que lorsqu'elles furent combin&#233;es aux intuitions d'un certain moine morave du nom de Gregor Mendel. Cela se produisit apr&#232;s longtemps apr&#232;s la mort de Darwin. (...) L'accumulation des modifications dans le pool g&#233;n&#233;tique, introduite par la mutation et tri&#233;e gr&#226;ce &#224; la s&#233;lection naturelle, la recombinaison et le hasard, constitue l'essence du processus &#233;volutionniste. (...) Georges Cuvier avait avait une vision os&#233;e et r&#233;volutionnaire de l'histoire de la plan&#232;te : celle-ci aurait r&#233;sult&#233; d'une s&#233;rie de catastrophes et d'extinctions. Cette vision &#233;tait fond&#233;e sur l'existence d'un squelette (un paresseux g&#233;ant d'Argentine, cr&#233;ature disparue) et d'autres d&#233;couvertes g&#233;ologiques et fossiles. (...) Le corpus des fossiles indique qu'il est bien rare qu'une esp&#232;ce &#233;volue sans heurts et de mani&#232;re continue en une autre. La plupart du temps, de nouvelles esp&#232;ces apparaissent pendant des p&#233;riodes de changement environnemental local ou g&#233;n&#233;ral, quand l'ancienne esp&#232;ce a &#233;t&#233; grandement r&#233;duite en nombre ou fragment&#233;e en petits groupes. En cons&#233;quence, le processus de sp&#233;ciation se produit habituellement si vite que lorsque nous observons le corpus des fossiles, c'est comme si la nouvelle esp&#232;ce &#233;tait apparue instantan&#233;ment. C'est le sch&#233;ma habitual observ&#233;, m&#234;me si le corpus de fossiles peut &#234;tre retrac&#233; dans ses plus grands d&#233;tails. Peter G. Williamson, un candidat au doctorat en g&#233;ologie &#224; l'Universit&#233; de Bristol &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, fut intrigu&#233; par ces discontinuit&#233;s apparentes dans le corpus des fossiles. La vielle explication qui remonte &#224; Darwin, est que ces lacunes dans le corpus de fossiles sont dues &#224; l'incompl&#233;tude du corpus lui-m&#234;me. (...) Puisque le corpus de fossiles tend &#224; comprimer l'histoire de toutes mani&#232;res, des p&#233;riodes d'&#233;volution rapide apparaitraient comme des sauts soudains m&#234;me si le corpus de fossiles &#233;tait assez bon. Cela pourrait &#234;tre vrai ? Pour le v&#233;rifier, Williamson examina l'une des meilleures lign&#233;e de fossiles jamais d&#233;couverte, celle des mollusques d'eau douce du bassin du lac Turkana en Afrique de l'Est. (...) Le premier fait &#233;tonnant que son travail r&#233;v&#233;la &#233;tait que ces mollusques avaient remarquablement peu &#233;volu&#233; au cours des derniers quatre millions et demi d'ann&#233;es. (...) Bien qu'elles disparussent parfois bri&#232;vement du corpus des fossiles, elles r&#233;apparaissaient toujours apparemment inchang&#233;es. Mais la p&#233;riode au cours desquelles ces esp&#232;ces de &#034;base&#034; disparaissaient temporairement furent remarquables pour deux raisons. Premi&#232;rement, le niveau des lacs de la r&#233;gion changeait rapidement, montant ou descendant, ce qui refl&#232;te une modification importante du climat. Deuxi&#232;mement, des esp&#232;ces de mollusques totalement nouvelles sont apparues. Elles se distinguaient morphologiquement des esp&#232;ces originelles de base, mais elles en &#233;taient suffisamment proches en apparence pour que leur lien soit &#233;vident. Ces nouvelles esp&#232;ces persistaient pendant la p&#233;riode de perturbation de l'environnement, puis sans exception elles disparaissaient quand le climat se stabilisait &#224; nouveau. Elles &#233;taient remplac&#233;es encore une fois par les esp&#232;ces anciennes qui, tel le ph&#233;nix, r&#233;apparaissaient. Cela signifie que les esp&#232;ces persistantes n'avaient pas compl&#232;tement disparu. Elles &#233;taient toujours pr&#233;sentes, mais leur nombre s'&#233;tait terriblement r&#233;duit et elles &#233;taient peut-&#234;tre chass&#233;es d'un grand nombre de leurs anciens refuges au moment des perturbations environnementales. (...) On pourrait argumenter que ces esp&#232;ces &#034;temporaires&#034; &#233;taient en fait aussi vivaces que les esp&#232;ces de base mais qu'elles vivaient ailleurs et qu'elles n'&#233;taient capables d'envahir la r&#233;gion que lorsque l'environnement se perturbait. Mais on n'en trouve aucune trace aujourd'hui. Et chaque fois que l'environnement se perturbait, une nouvelle s&#233;rie d'esp&#232;ces temporaires et distinctes sur le plan morphologique apparaissait. Toutes les donn&#233;es que nous poss&#233;dons font penser que des transformations de l'environnement d&#233;clenchaient une r&#233;ponse &#233;volutionniste &#224; court terme sous la forme d'une pouss&#233;e de sp&#233;ciation. Ces nouvelles esp&#232;ces r&#233;ussissaient &#224; court terme mais &#233;chouaient &#224; long terme. Ce travail de Williamson et celui de beaucoup d'autres sugg&#232;rent que la vitesse de l'&#233;volution est tout sauf constante. Elle peut varier de plusieurs ordres de grandeur. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si les extinctions de masse sont, comme le soutiennent maintenant de nombreux pal&#233;ontologistes, plus fr&#233;quents, plus profonds, plus rapides et plus particuli&#232;res par leurs cons&#233;quences que nous ne l'avions initialement pens&#233;, alors le jeu de la s&#233;lection naturelle, sur le mode cumulatif de Darwin &#8211; la comp&#233;tition biotique &#233;tant le principe majeur orientant la marche du processus &#233;volutif &#8211; risque de voir sa fr&#233;quence s&#233;rieusement abaiss&#233;e relativement aux autres facteurs responsables du modelage des figures d'ensemble de la macro&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; De Vries d&#233;crit ainsi l'essence de sa th&#233;orie (&#8230;) : l'apparition de nouvelles esp&#232;ces est soudaine, instantan&#233;e, compl&#232;te, non adaptative, observable et exp&#233;rimentalement r&#233;futable. (&#8230;) Par-dessus tout, la th&#233;orie des mutations fait appel &#224; la plus franche des notions de saltation qui n'ait jamais &#233;t&#233; s&#233;rieusement envisag&#233;e en tant que m&#233;canisme &#233;volutif. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique. Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme &#224; un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, &#224; un &#171; monstre prometteur &#187;. La macro-&#233;volution r&#233;sulte du succ&#232;s, peu fr&#233;quent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...) Tous les pal&#233;ontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes interm&#233;diaires ; les transitions entre les grands groupes sont particuli&#232;rement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficult&#233; en invoquant le caract&#232;re extr&#234;mement lacunaire des fossiles que nous poss&#233;dons ; m&#234;me si une &#233;tape sur mille survivait sous forme de fossile, la g&#233;ologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) M&#234;me en l'absence de t&#233;moignages directs en faveur de ces transitions sans &#224;-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes interm&#233;diaires, c'est-&#224;-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (&#8230;) A quoi sert une moiti&#233; de m&#226;choire et une moiti&#233; d'aile ? (...) Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macro&#233;volution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une th&#233;orie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des esp&#232;ces ? L'essence m&#234;me du darwinisme tient en une seule phrase : la s&#233;lection naturelle est la principale force cr&#233;atrice du changement &#233;volutif. Personne ne nie que la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le n&#233;gatif en &#233;liminant les inadapt&#233;s. Les th&#233;ories darwiniennes sous-entendent qu'elle cr&#233;e en m&#234;me temps les adapt&#233;s. La s&#233;lection doit accomplir cette t&#226;che en mettant en place des adaptations en une s&#233;rie d'&#233;tapes, tout en pr&#233;servant &#224; chaque phase le r&#244;le avantageux dans une gamme de variations g&#233;n&#233;tiques dues au hasard. La s&#233;lection doit gouverner le processus de cr&#233;ation et non pas se contenter d'&#233;carter les inadapt&#233;s apr&#232;s qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle esp&#232;ce compl&#232;tement achev&#233;e dans une perfection primitive. On peut tr&#232;s bien imaginer une th&#233;orie non darwinienne du changement discontinu , c'est-&#224;-dire d'une modification g&#233;n&#233;tique profonde et brutale cr&#233;ant par hasard (de temps &#224; autre) et d'un seul coup une nouvelle esp&#232;ce. Hugo de Vries, le c&#233;l&#232;bre botaniste hollandais, fut le d&#233;fenseur de cette th&#233;orie. Mais ces notions semblent se heurter &#224; des difficult&#233;s insurmontables. (&#8230;) Les perturbations apport&#233;es aux syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques dans leur totalit&#233; ne produisent pas de cr&#233;atures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants &#8211; et elles ne sont m&#234;me pas viables. Mais toutes les th&#233;ories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait soulign&#233; Huxley il y a pr&#232;s de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification g&#233;n&#233;tique. Les probl&#232;mes d'incompatibilit&#233; avec les autres membres de l'esp&#232;ce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se r&#233;pandre dans la population &#224; la mani&#232;re darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plut&#244;t d'adaptation clef permettant &#224; son possesseur d'adopter un nouveau mod&#232;le d'existence. La poursuite de cette nouvelle vie r&#233;ussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces derni&#232;res peuvent survenir en suivant un itin&#233;raire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entra&#238;n&#233; une profonde mutation des pressions s&#233;lectives. Les partisans de la synth&#232;se actuelle ont donn&#233; &#224; Goldschmidt le r&#244;le de Goldstein en associant son expression imag&#233;e &#8211; le monstre prometteur &#8211; aux notions non darwiniennes de perfection imm&#233;diate r&#233;sultant d'un profond changement g&#233;n&#233;tique. Mais ce n'est pas tout &#224; fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses m&#233;canismes entra&#238;nant la discontinuit&#233; des formes adultes reposait sur la notion de petit changement g&#233;n&#233;tique sous-jacent. Goldschmidt &#233;tait un sp&#233;cialiste du d&#233;veloppement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du d&#233;but de sa carri&#232;re &#224; &#233;tudier les variations g&#233;ographiques de la noctuelle &#171; Lymantria dyspar &#187;. Il d&#233;couvrit que de grandes diff&#233;rences dans la r&#233;partition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du d&#233;veloppement : les effets d'un l&#233;ger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au d&#233;but de la croissance augmentaient &#224; travers l'ontogen&#232;se et entra&#238;naient de profondes diff&#233;rences chez les chenilles ayant atteint leur plein d&#233;veloppement. Goldschmidt parvint &#224; identifier les g&#232;nes responsables de ces petits changements de rythme et d&#233;montra que les grandes diff&#233;rences que l'on observe &#224; la fin du d&#233;veloppement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs g&#232;nes commandant les taux de changement agissant au d&#233;but de la croissance. Il codifia la notion de &#171; g&#232;ne de taux de changement &#187; (rate genes) en 1918 et &#233;crivit vingt ans plus tard : &#171; Le g&#232;ne mutant produit son effet (&#8230;) en changeant les taux des processus partiels de d&#233;veloppement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de diff&#233;renciation, des taux de production des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la diff&#233;renciation, des taux de r&#233;actions entra&#238;nant des situations physiques ou chimiques pr&#233;cises &#224; des moments pr&#233;cis du d&#233;veloppement, des taux de ces processus responsables de la s&#233;gr&#233;gation des forces embryonnaires &#224; des moments donn&#233;s. &#187; (&#8230;) Selon ma propre opinion, tr&#232;s partiale, le probl&#232;me de la r&#233;conciliation entre l'&#233;vidente discontinuit&#233; de la macro-&#233;volution et le darwinisme est en grande partie r&#233;solu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant t&#244;t dans le d&#233;veloppement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes diff&#233;rences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme &#233;lev&#233; de la croissance pr&#233;natale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En r&#233;alit&#233;, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. &#187; Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie. D'Arcy Wentworth Thomson (&#8230;) &#233;crit dans &#171; Croissance et forme &#187; : &#171; (...) Nous ne pouvons pas transformer un invert&#233;br&#233; en vert&#233;br&#233;, ni un c&#339;lent&#233;r&#233; en vert, par n'importe d&#233;formation simple et l&#233;gitime (&#8230;) La nature passe d'un type &#224; un autre. (&#8230;) Chercher des marchepieds pour franchir les &#233;carts s&#233;parant ces types, c'est chercher en vain &#224; jamais. &#187; La solution de D'Arcy Wentworth Thomson &#233;tait la m&#234;me que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait &#224; transformer une &#233;toile de mer en souris, mais les embryons de certains &#233;chinodermes et de certains protovert&#233;br&#233;s sont presque identiques. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Le pouce du panda &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'histoire de la terre peut &#234;tre sch&#233;matiquement per&#231;ue comme une s&#233;rie de pulsations occasionnelles for&#231;ant les syst&#232;mes r&#233;calcitrants &#224; passer d'un stade stable au suivant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toutes les grandes th&#233;ories de la sp&#233;ciation s'accordent &#224; reconna&#238;tre que la divergence s'effectue rapidement au sein de populations tr&#232;s r&#233;duites. (...) Le processus (de sp&#233;ciation) peut prendre des centaines voir des milliers d'ann&#233;es. (...) Mais mille ans, ce n'est qu'un infime pourcentage de la dur&#233;e moyenne d'existence des esp&#232;ces invert&#233;br&#233;es. (...) Eldredge et moi faisons r&#233;f&#233;rence &#224; ce m&#233;canisme sous le nom de syst&#232;me des &#233;quilibres ponctu&#233;s. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pens&#233;e occidentale qu'un ph&#233;nom&#232;ne de nature, il nous faut alors &#233;tudier d'autres philosophies du changement pour &#233;largir le champ de nos pr&#233;jug&#233;s. Les fameuses lois de la dialectique reformul&#233;es par Engels &#224; partir de la philosophie de Hegel, font explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de '' la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; '' La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un syst&#232;me r&#233;siste jusqu'au moment o&#249; il atteint le point de rupture. (...) Le mod&#232;le ponctu&#233; peut refl&#233;ter les rythmes du changement biologique (...) ne serait-ce qu'&#224; cause du nombre et de l'importance des r&#233;sistances au changement dans les syst&#232;mes complexes &#224; l'&#233;tat stable. (...) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; L'histoire de n'importe quelle r&#233;gion de la terre est comme la vie d'un soldat. Elle consiste en de longues p&#233;riodes d'ennui entrecoup&#233;es de courtes p&#233;riodes d'effroi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Le pouce du panda &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'id&#233;e de progr&#232;s est une id&#233;e pernicieuse, ancr&#233;e dans la culture, impossible &#224; tester, inop&#233;rante, il faut la remplacer si nous souhaitons comprendre les structures de l'histoire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution se distingue radicalement des autres th&#233;ories de l'&#233;volution du 19&#232;me si&#232;cle par son refus implicite d'une id&#233;e de progr&#232;s qui serait inh&#233;rente &#224; l'&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Darwin livra une bataille de longue dur&#233;e de ce type au sujet de l'id&#233;e de progr&#232;s. Il se trouva pris dans une insoluble contradiction. Il reconnut que sa th&#233;orie fondamentale du m&#233;canisme &#233;volutif &#8211; la s&#233;lection naturelle - n'impliquait pas qu'il y ait progr&#232;s dans l'&#233;volution. La s&#233;lection naturelle explique seulement comment les organismes se modifient au cours du temps par des r&#233;ponses adaptatives au changement dans les environnements locaux &#8211; c'est la &#171; descendance avec modification &#187;, selon les propres termes de Darwin. Il estima que son d&#233;ni du progr&#232;s g&#233;n&#233;ral en faveur de l'ajustement aux conditions locales &#233;tait le trait le plus radical de sa th&#233;orie. Il &#233;crivit le 4 d&#233;cembre 1872 au pal&#233;ontologiste am&#233;ricain Alpheus Hyatt (l'ancien occupant de mon actuel bureau) : &#171; Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, je ne peux m'emp&#234;cher de penser qu'il n'y a pas de tendance au progr&#232;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; La vie est belle &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'histoire de la vie ressemble &#224; un gigantesque &#233;lagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lign&#233;e, lesquelles peuvent ensuite subir une diff&#233;renciation ; mais elle ne ressemble pas &#224; cette mont&#233;e r&#233;guli&#232;re de l'existence, de la complexit&#233; et de la diversit&#233;, comme on le raconte traditionnellement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La vie est belle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les mod&#232;les ponctualistes se sont r&#233;v&#233;l&#233;s utiles, et ont m&#234;me fourni des id&#233;es nouvelles ayant permis de se d&#233;gager d'impasses th&#233;oriques, dans certains domaines situ&#233;s hors de la biologie. Il s'agit, par exemple, des &#233;tudes sur l'histoire de l'outillage de l'homme pr&#233;historique (...) d'&#233;tudes sur la th&#233;orie de l'apprentissage (...) ou bien d'&#233;tudes sur la dynamique des organisations sociales humaines ou sur les modalit&#233;s de l'histoire humaine ou encore sur l'&#233;volution des technologies, ainsi l'histoire du livre (...). Nous avons &#233;crit : &#171; L'inclinaison g&#233;n&#233;rale au gradualisme, dont tant d'entre nous font preuve, traduit une position m&#233;taphysique, li&#233;e &#224; l'histoire moderne des soci&#233;t&#233;s occidentales : elle ne d&#233;rive pas de l'observation empirique pr&#233;cise, li&#233;e &#224; l'&#233;tude objective du monde naturel. (...) Nous &#233;tions &#233;galement oblig&#233;s de nous demander quel &#233;tait le contexte culturel de nos vues ponctualistes. Nous avons donc commenc&#233; par &#233;crire que &#171; d'autres conceptions du changement sont bien connues en philosophie. &#187; Et nous avons alors discut&#233; de la plus &#233;vidente d'entre elles : la dialectique h&#233;g&#233;lienne et sa red&#233;finition par Marx et Engels, en tant que th&#233;orie du changement social r&#233;volutionnaire dans l'histoire humaine. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La structure de l'&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il nous faut comprendre au sein d'un tout les propri&#233;t&#233;s naissantes qui r&#233;sultent de l'interp&#233;n&#233;tration inextricable des g&#232;nes et de l'environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes am&#233;ricaines r&#233;cusent, en y d&#233;non&#231;ant une rh&#233;torique &#224; usage politique. La pens&#233;e dialectique devrait &#234;tre prise plus au s&#233;rieux par les savants occidentaux, et non &#234;tre &#233;cart&#233;e sous pr&#233;texte que certaines nations de l'autre partie du monde en ont adopt&#233; une version fig&#233;e pour asseoir leur dogme. (&#8230;) Lorsqu'elles se pr&#233;sentent comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des pr&#233;ceptes dogmatiques que l'on d&#233;cr&#232;te vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de syst&#232;mes complets, et o&#249; les composantes elles-m&#234;mes n'existent pas a priori, mais sont &#224; la fois les produits du syst&#232;me et des donn&#233;es que l'on fait entrer dans le syst&#232;me. Ainsi, la loi des &#171; contraires qui s'interp&#233;n&#232;trent &#187; t&#233;moigne de l'interd&#233;pendance absolue des composantes ; la &#171; transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#187; d&#233;fend une vision syst&#233;mique du changement, qui traduit les entr&#233;es de donn&#233;es incr&#233;mentielles en changements d'&#233;tat ; et la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; d&#233;crit la direction donn&#233;e &#224; l'histoire, car les syst&#232;mes complexes ne peuvent retourner exactement &#224; leurs &#233;tats ant&#233;rieurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Un h&#233;risson dans la temp&#234;te &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Il n'y a pas de sens de l'&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Stephen Jay Gould, dans &#171; L'&#233;ventail du Vivant et Le mythe du Progr&#232;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Darwin est inventeur d'une m&#233;thodologie de l'histoire&#8230; Darwin a, en fait, cherch&#233; &#224; &#233;laborer et &#224; d&#233;fendre l'emploi d'une m&#233;thode concr&#232;te, applicable &#224; l'objet d'&#233;tude sp&#233;cifique des recherches sur l'&#233;volution : autrement dit, d'une m&#233;thode applicable aux donn&#233;es de l'histoire. La possibilit&#233; de faire des d&#233;ductions sur l'histoire, ce qui est particuli&#232;rement important pour toute recherche dans le domaine de l'&#233;volution, avait jusqu'ici &#233;t&#233; grev&#233;e de probl&#232;mes de cr&#233;dibilit&#233; qui semblaient interdire tout travail v&#233;ritablement scientifique. Darwin savait que l'&#233;volution ne deviendrait pas un sujet respectable tant que l'on n'aurait pas &#233;tabli de m&#233;thode de d&#233;duction historique et que l'on n'aurait pas montr&#233; leur efficacit&#233; sur des exemples aussi convaincants que les lunes de Jupiter d&#233;couvertes par Galil&#233;e. Il se mit donc en devoir de formuler des r&#232;gles de d&#233;duction en histoire. Je consid&#232;re que &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; consiste en la longue d&#233;monstration de ces r&#232;gles. Les d&#233;ductions historiques repr&#233;sentent le th&#232;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral sous-tendant &#224; la fois l'&#233;tablissement du fait de l'&#233;volution et la d&#233;fense de la s&#233;lection naturelle comme son m&#233;canisme. La &#171; longue et unique argumentation &#187; (comme la d&#233;crit l'auteur &#8211;NDLR) de &#171; L'Origine &#187; expose le r&#233;pertoire complet des modes de d&#233;duction historiques. Il nous faut saisir quelle sorte de campagne Darwin a men&#233;e en pratique sur ce champ de bataille afin de comprendre la radicalit&#233; de sa philosophie et d'identifier les traits de sa th&#233;orie essentiels &#224; toute d&#233;finition du &#171; darwinisme &#187;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; L'&#233;volution de la vie &#224; la surface de la plan&#232;te est conforme au mod&#232;le du buisson touffu dot&#233; d'innombrables branches et continuellement &#233;lagu&#233; par le sinistre s&#233;cateur de l'extinction. Elle ne peut du tout &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par l'&#233;chelle d'une in&#233;vitable progr&#232;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La vie est belle &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La vie n'est pas une saga du progr&#232;s : elle est plut&#244;t une histoire de bifurcations et de m&#233;andres compliqu&#233;s, avec des survivants temporaires qui s'adaptent aux transformations du milieu local et n'approchent gu&#232;re de la perfection &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Quand les poules auront des dents &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La th&#232;se centrale de Darwin stipule que la s&#233;lection naturelle porte sur des &#171; individus &#187; engag&#233;s dans une lutte (m&#233;taphorique et sans intention consciente, bien s&#251;r) en vue du succ&#232;s reproductif. Les &#171; individus &#187; qui laissent le plus de descendants survivants obtiennent un avantage darwinien, et les populations changent en fonction de ce r&#233;sultat. Tr&#232;s bien, mais comment allons-nous d&#233;finir l' &#171; individu &#187; engag&#233; dans ce type de lutte ? Darwin a donn&#233; une r&#233;ponse claire : les individus sont des organismes, c'est-&#224;-dire des &#234;tres vivants consid&#233;r&#233;s au niveau de leurs corps, comme dans le sens courant (m&#234;me s'il faut nuancer un peu cette conception pour tenir compte de cas ambigus comme les champignons ou les pucerons). La s&#233;lection naturelle joue sur ces organismes&#8230; L'accent ainsi mis par Darwin sur les organismes individuels au sens courant a jou&#233; un r&#244;le central dans sa reformulation radicale de la vision de la nature, car il a consciemment cherch&#233; &#224; renverser la conception classique et r&#233;confortante d'une nature fondamentalement bienveillante, o&#249; le Cr&#233;ateur interviendrait directement pour doter les organismes de bonnes adaptations et faire des &#233;cosyst&#232;mes harmonieux&#8230; Pour Darwin, seuls les organismes &#233;taient des individus, autrement dit des &#171; cibles de la s&#233;lection &#187;. Or quelles propri&#233;t&#233;s doit poss&#233;der une netit&#233; pour fonctionner comme un individu darwinien et les organismes sont-ils les seules entit&#233;s de ce type dans la nature ? On peut &#233;num&#233;rer cinq de ces propri&#233;t&#233;s : un &#171; individu &#187; doit avoir un d&#233;but dans le temps tr&#232;s net (sa naissance), une fin tr&#232;s nette (sa mort) et suffisamment de stabilit&#233; entre ces deux moments pour &#234;tre reconnu comme une entit&#233;. Ces trois premi&#232;res propri&#233;ts suffisent &#224; d&#233;finir un &#171; individu &#187; en un sens tout &#224; fait abstrait. Mais une unit&#233; doit poss&#233;der deux propri&#233;t&#233;s suppl&#233;mentaires pour entrer dans le processus darwinien de la comp&#233;tition reproductive : premi&#232;rement, un individu darwinien doit engendrer des rejetons et deuxi&#232;mement, ces derniers doivent r&#233;sulter d'un principe d'h&#233;r&#233;dit&#233;, par lequel ils ressemblent &#224; leurs g&#233;niteurs, avec la possibilit&#233; de certaines diff&#233;rences. Darwin avait surement raison de penser que les organismes ordinaires poss&#232;dent ces cinq propri&#233;t&#233;s&#8230; mais qu'en est-il des entit&#233;s plus globales que des organismes ? Qu'en est-il des g&#232;nes, &#171; au-dessous &#187; des organismes, ou des esp&#232;ces, &#171; au-dessus &#187; ? Tout compte fait, une esp&#232;ce na&#238;t lorsqu'une population s'isole et se d&#233;tache de la lign&#233;e souche parentale. Et elle meurt, sans ambigu&#239;t&#233;, lorsqu'elle s'&#233;teint. La plupart des esp&#232;ces sont assez stables pendant toute leur dur&#233;e g&#233;ologique. Les g&#232;nes poss&#232;dent &#233;galement les cinq propri&#233;t&#233;s cl&#233;s que sont la naissance, la mort, la stabilit&#233;, la reproduction et la transmission h&#233;r&#233;ditaire avec possibilit&#233; de diff&#233;rences&#8230; Les g&#232;nes et les esp&#232;ces sont aussi des individus darwiniens, et la s&#233;lection peut &#233;galement s'appliquer &#224; ces entit&#233;s plus petites ou plus grandes que des organismes. La s&#233;lection peut &#339;uvrer simultan&#233;ment &#224; plusieurs niveaux de la hi&#233;rarchie g&#233;n&#233;alogique : sur des g&#232;nes et des lign&#233;es cellulaires, &#171; au-dessous &#187; des organismes, ainsi que sur des populations et des esp&#233;ces, &#171; au-dessus &#187; des organismes. A tous ces niveaux existent de l&#233;gitimes individus darwiniens et cette conception hi&#233;rarchique nous fournit donc une d&#233;finition biologique correcte, vaste et globale, du terme &#171; individu &#187;. Lorsque la s&#233;lection agit simultan&#233;ment sur plusieurs sortes d' &#171; individus &#187; &#224; diff&#233;rents niveaux, l'&#233;volution ne fonctionne pas comme Darwin l'avait envisag&#233;. Les stabilit&#233;s dans le temps ne d&#233;coulent pas de la perfection adaptative, mais d'&#233;quilibres et de r&#233;trocontr&#244;les&#8230; La nature ne se caract&#233;rise pas automatiquement par une harmonie entre unit&#233;s clairement d&#233;finies. Elle comporte de multiples niveaux, interagissant avec un certain flou &#224; leurs fronti&#232;res. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Les quatre antilopes de l'Apocalypse &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Puisque la plus grande partie des d&#233;bats &#224; notre &#233;poque au sujet de la s&#233;lection aux plus hauts niveaux a vis&#233; la s&#233;lection interd&#233;mique (aussi appel&#233;e &#171; s&#233;lection entre groupes &#187;), les quatre arguments classiques ont &#233;t&#233; formul&#233;s principalement &#224; l'usage du niveau situ&#233; juste au-dessus de celui auquel on s'adresse habituellement, c'est-&#224;-dire le niveau des organismes (mais je pr&#233;dis que l'on mettra bient&#244;t l'accent sur des niveaux plus &#233;lev&#233;s, particuli&#232;rement sur celui de la s&#233;lection entre esp&#232;ces, &#224; mesure que la th&#233;orie de la macro&#233;volution va se d&#233;velopper)&#8230; L'argument sur la faiblesse de l'impact de la s&#233;lection entre esp&#232;ces en raison de la longueur du cycle de remplacement et de la faible dimension des populations demeure donc la seule objection classique ayant la capacit&#233; de mettre en doute la s&#233;lection entre esp&#232;ces. Et, &#224; premi&#232;re vue, l'argument de Fisher para&#238;t &#234;tre &#224; la fois puissant et d&#233;cisif. L'observation de base est indiscutable : il se produit g&#233;n&#233;ralement des milliards de naissances d'organismes, lorsqu'il ne se r&#233;alise l'apparition que d'une seule esp&#232;ce nouvelle ; et les populations d'organismes au sein des esp&#232;ces d&#233;passent preque toujours &#233;norm&#233;ment les populations d'esp&#232;ces au sein des clades. En d&#233;pit de sa logique irr&#233;prochable, comment la s&#233;lection entre esp&#232;ces pourrait-elle exercer la moindre influence notable si la s&#233;lection classique entre les organismes est toujours capable d'agir avec une bien plus grande force ? (&#8230;) La s&#233;lection organismique l'emporte n&#233;cessairement sur la s&#233;lection entre esp&#232;ces lorsque les deux processus sont en jeu de concert en visant la m&#234;me &#171; cible &#187; adaptative : en effet, dans ce cas, si les deux niveaux de s&#233;lection op&#233;rent dans la m&#234;me direction, alors la s&#233;lection entre esp&#232;ces ne peut ajouter que le plus petit des suppl&#233;ments aux effets consid&#233;rablement plus importants de la s&#233;lection organismique ; et si les deux niveaux op&#232;rent dans des directions oppos&#233;es, la s&#233;lection organismique surpasse n&#233;cessairement la s&#233;lection entre esp&#232;ces et annule ses effets&#8230; La s&#233;lection organismique peut surpasser la s&#233;lection entre esp&#232;ces, en th&#233;orie, lorsque les deux processus op&#232;rent &#224; leur maximum d'efficacit&#233;, mais si le changement associ&#233; &#224; la sp&#233;ciation constitue le &#171; seul jeu ayant cours &#187;, il est clair que le processus faible peut l'emporter sur le processus qui est potentiellement plus fort mais qui reste, dans le cas consid&#233;r&#233;, &#224; l'&#233;tat dormant. Les bombes atomiques font certainement para&#238;tre d&#233;risoires les armes &#224; feu classiques lors d'un conflit guerrier, mais si l'on d&#233;cide de ne pas employer les armes nucl&#233;aires, alors les balles peuvent &#234;tre redoutablement efficaces. La fa&#231;on dont se pr&#233;sente dans la r&#233;alit&#233; l'&#233;quilibre ponctu&#233; constitue donc l' &#171; arme &#187; appuy&#233;e sur les faits, qui permet de renverser la puissante objection th&#233;orique de Fisher &#224; l'encontre de l'efficacit&#233; de la s&#233;lection entre esp&#232;ces. Cet argument fournit le second exemple illustrant l'importance de l'&#233;quilibre ponctu&#233; pour l&#233;gitimer l'ind&#233;pendance de la th&#233;orie de la macro&#233;volution, d&#232;s lors que la pure extrapolation &#224; partir de la dynamique micro&#233;volutive ne peut pas rendre compte de cette derni&#232;re. Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que l'&#233;quilibre ponctu&#233; soutient fortement la notion d'esp&#232;ce en tant qu'individus &#233;volutionnistes capable d'agir comme unit&#233; de s&#233;lection. Nous voyons donc &#224; pr&#233;sent que l'&#233;quilibre ponctu&#233; permet aussi de reconna&#238;tre &#224; la s&#233;lection entre esp&#232;ces une efficacit&#233; possible, alors m&#234;me que de solides raisons th&#233;oriques poussaient &#224; conclure &#224; son impuissance. En r&#233;sum&#233;, trois quart des arguments classiques niant la possibilit&#233; de la s&#233;lection aux niveaux plus &#233;lev&#233;s que celui des organismes ne s'appliquent pas au cas des esp&#232;ces ; et le quatri&#232;me perd de sa pertinence d&#232;s lors que l'&#233;quilibre ponctu&#233; domine dans la r&#233;alit&#233; observable. Je ne vois rien qui emp&#234;che la s&#233;lection entre esp&#232;ces de rev&#234;tir une importance capitale dans l'histoire de la vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article604&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=stephen+jay+gould+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Expliquez-nous l'&#233;volution et le darwinisme, monsieur Stephen Jay Gould</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5055</link>
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		<dc:date>2016-07-04T23:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretiens avec Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui est Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Claude Oliva - 1er octobre 1997 &lt;br class='autobr' /&gt;
Source &lt;br class='autobr' /&gt; Dans votre dernier ouvrage paru en France l'Eventail du vivant (&#233;ditions du Seuil, 1997), vous parlez du &#034; triomphe &#034; des bact&#233;ries. Pourquoi souligner le succ&#232;s d'un organisme aussi simple et inchang&#233; depuis la nuit des temps ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould : Les bact&#233;ries n'ont pas beaucoup chang&#233; car elles ont tr&#232;s bien r&#233;ussi. Elles marchent tr&#232;s bien comme elles sont, pourquoi changer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretiens avec Stephen Jay Gould&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.hominides.com/html/biographies/stephen_jay_gould.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui est Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude Oliva - 1er octobre 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://revolution-lente.coerrance.org/Stephen-Jay-Gould-l-eventail-du-vivant-et-le-mythe-du-progres.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre dernier ouvrage paru en France l'Eventail du vivant (&#233;ditions du Seuil, 1997), vous parlez du &#034; triomphe &#034; des bact&#233;ries. Pourquoi souligner le succ&#232;s d'un organisme aussi simple et inchang&#233; depuis la nuit des temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : Les bact&#233;ries n'ont pas beaucoup chang&#233; car elles ont tr&#232;s bien r&#233;ussi. Elles marchent tr&#232;s bien comme elles sont, pourquoi changer ? C'est la mesure de leur succ&#232;s. Pour les pal&#233;ontologues, la r&#233;ussite dans l'histoire de la vie se mesure &#224; la dur&#233;e pendant les temps g&#233;ologiques, au nombre d'esp&#232;ces, aux milieux diff&#233;rents dans lequels un organisme peut vivre. Par tous ces crit&#232;res, les bact&#233;ries sont les reines de la vie ! Elles ont v&#233;cu pendant trois milliards et demi d'ann&#233;es, elles sont plus diversifi&#233;es biochimiquement que toutes les autres formes de vie. Sur un arbre phylog&#233;n&#233;tique de la vie, tous les animaux constituent une branche, les champignons une autre branche, les plantes une autre encore, mais tout le reste c'est les bact&#233;ries ! L'histoire de la vie, c'est l'histoire des bact&#233;ries. Il existe beaucoup d'animaux, de champignons et de plantes mais il s'agit de petits rameaux dans l'arbre de la vie. Les bact&#233;ries sont partout. Elles sont impossibles &#224; &#233;liminer. Avec un holocauste nucl&#233;aire, nous pourrions nous d&#233;truire ainsi que la plupart des esp&#232;ces de mammif&#232;res (au nombre de 4 000 seulement), de vert&#233;br&#233;s (40 000), d'insectes (de l'ordre du million, il s'agit des animaux les plus r&#233;ussis), mais les bact&#233;ries seront dominantes jusqu'&#224; la fin du soleil et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas paradoxal pour un &#233;volutionniste de mettre l'accent sur la conservation plut&#244;t que sur le changement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Non, c'est votre pr&#233;jug&#233; sur le sens de l'&#233;volution&#8230; Si vous d&#233;finissez l'&#233;volution comme la croissance de la complexit&#233;, bien s&#251;r. Mais cette d&#233;finition ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soutenez qu'il n'y a pas de tendance g&#233;n&#233;rale dans l'histoire de la vie vers plus de complexit&#233;. Mais vous ne donnez pas de d&#233;finition de la complexit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Une &#233;tude scientifique n&#233;cessite une d&#233;finition pr&#233;cise qui peut donner lieu &#224; des mesures. Pour la complexit&#233;, il y a plusieurs d&#233;finitions : le nombre de parties diff&#233;rentes, l'int&#233;gration des parties, la complexit&#233; de forme de chaque partie. Au travers de ces d&#233;finitions un peu diff&#233;rentes, nous avons en t&#234;te la m&#234;me id&#233;e : il y a des choses simples qui n'ont pas beaucoup de parties et on va vers des choses plus complexes&#8230; Notre objectif, pour &#233;tudier ce sujet de fa&#231;on scientifique, c'est de pr&#233;ciser ce que l'on veut dire par complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous semblez consid&#233;rer qu'on ne peut pas r&#233;soudre ce probl&#232;me de plus ou moins de complexit&#233; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, et vous prenez appui sur des exemples locaux mais peut-on en tirer des conclusions g&#233;n&#233;rales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : J'utilise les concepts qui existent dans la litt&#233;rature scientifique et des &#233;tudes quantitatives, encore peu nombreuses, &#224; ce sujet. J'ai discut&#233;, par exemple, les travaux de Dan McShea sur la complexit&#233; &#224; travers les temps g&#233;ologiques des mammif&#232;res et aussi de Boyajian sur les ammonites et, dans les deux cas, il n'y a pas de tendance g&#233;n&#233;rale vers la complexit&#233;. Chacune de ces &#233;tudes fait appel &#224; une d&#233;finition de la complexit&#233;. Mais le probl&#232;me est r&#233;el : il n'y a pas une d&#233;finition que tout le monde accepte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle du vivant dans son ensemble et des temps g&#233;ologiques, vous expliquez que l'&#233;volution est un ph&#233;nom&#232;ne marginal. Nous serions toujours &#224; &#034; l'&#232;re des bact&#233;ries &#034;. Nous ne sommes pas le nombril du monde, vous en rajoutez certes, mais ce n'est pas vraiment une d&#233;couverte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Ce n'est pas une d&#233;couverte mais c'est un fait que la plupart des gens ne veulent pas accepter car il va &#224; l'encontre de nos espoirs et de nos traditions culturelles. C'est une implication du darwinisme : la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle n'est pas une th&#233;orie du progr&#232;s mais de l'adaptation au milieu local qui peut faire un organisme plus simple ou plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne croyez pas que cette vision que vous proposez de la place de l'Homme dans la nature est profond&#233;ment d&#233;moralisante ? D'accord, l'apparition de l'Homme est un ph&#233;nom&#232;ne improbable, sans doute unique, et non reproductible. Mais nous sommes l&#224;, nous voyons, nous appr&#233;hendons le r&#233;el &#224; notre mesure, &#224; partir de nous. Autrement dit, la vie est peut-&#234;tre quantitativement insignifiante &#224; l'&#233;chelle de l'univers, mais, pour nous, c'est hautement signifiant, c'est m&#234;me la seule chose qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Non, ma vision n'est pas d&#233;sesp&#233;rante. C'est l'inverse. On peut dire que nous sommes ici en partie par hasard. Si l'on red&#233;roulait le fil de l'histoire de la vie, la probabilit&#233; d'apparition de l'Homme serait vraiment tr&#232;s, tr&#232;s faible. Mais nous sommes ici, c'est magnifique, nous avons vaincu les probabilit&#233;s ! C'est un accident, mais nous sommes ici. Il faut faire le meilleur. Pour moi, c'est l'espoir, c'est une grande gloire cosmique (rires). C'est mon temp&#233;rament optimiste sans doute. Mais, m&#234;me en supposant que la vie aille vers plus de complexit&#233;, les pessimistes resteraient pessimistes et diraient sans doute : nous sommes ici, c'&#233;tait n&#233;cessaire et regardez, nous faisons des guerres, nous d&#233;truisons l'environnement&#8230; Je pr&#233;f&#232;re l'optimisme. C'est un accident si nous sommes ici et c'est magnifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous critiquez une conception du monde dont vous attribuez l'origine &#224; Platon qui privil&#233;gie l'essence, la tendance g&#233;n&#233;rale, la valeur moyenne sens&#233;e repr&#233;senter un certain id&#233;al. Le r&#233;el, la vie en particulier, ne s'appr&#233;hende que dans la diversit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Pour un pal&#233;ontologue, la diversit&#233;, c'est &#224; la fois le nombre d'esp&#232;ces diff&#233;rentes et la diversit&#233; de leurs anatomies. S'il y avait seulement un million d'esp&#232;ces d'insectes et rien de plus, il y aurait moins de diversit&#233; qu'avec deux millions d'esp&#232;ces et des insectes, des plantes, des champignons, des bact&#233;ries, etc. C'est le nombre d'esp&#232;ces car chaque esp&#232;ce est une population s&#233;par&#233;e, une entit&#233; biologique. La moyenne ne veut rien dire. Qu'est-ce que la complexit&#233; moyenne de la vie quand nous avons des bact&#233;ries, des insectes et des hommes ? Il n'y a que la diversit&#233; de la vie. L'histoire de la vie, c'est &#034; l'&#233;ventail du vivant &#034; (en anglais &#034; the full house &#034;, la maison pleine, un terme du jeu de poker). Il vaut mieux traiter l'histoire de la vie comme l'histoire de sa diversit&#233; qui cro&#238;t - pas toujours car il y a aussi de grandes extinctions - qui cro&#238;t donc et qui baisse. Le sens de la vie, c'est la diversit&#233;, pas la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re les m&#233;canismes de l'&#233;volution, il y a la s&#233;lection naturelle dont vous avez contribu&#233; &#224; relativiser l'importance et puis il y a beaucoup d'autres m&#233;canismes, voire autant de m&#233;canismes que d'esp&#232;ces. L&#224; aussi, on pourrait dire, il n'y a pas de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale si ce n'est la diversit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : La s&#233;lection naturelle est le m&#233;canisme principal. Mais je ne pense pas qu'elle op&#232;re uniquement au niveau de l'organisme et du g&#232;ne. Darwin a voulu faire passer la s&#233;lection naturelle uniquement au niveau de l'organisme et &#224; l'heure actuelle les &#034; hyper-darwinistes &#034; comme Charles Dawkins postulent pour que la s&#233;lection s'exerce seulement au niveau du g&#232;ne. Je pense, pour ma part, qu'il y a s&#233;lection entre les esp&#232;ces, les groupes : tous les niveaux sont importants. Et il y a aussi d'autres m&#233;canismes. Comme la r&#233;ponse au hasard lors des &#233;pisodes d'extinctions massives : les adaptations caus&#233;es par la s&#233;lection naturelle en p&#233;riode &#034; normale &#034; ne servent &#224; rien quand un ast&#233;ro&#239;de plonge sur la Terre. On vit ou on meurt par hasard car les adaptations ont eu lieu pour d'autres raisons. Il y a beaucoup de m&#233;canismes mais le plus important est la s&#233;lection naturelle : &#224; cet &#233;gard, je me situe tout &#224; fait dans la tradition darwinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on sommaire, on peut distinguer chez Darwin deux volets. L'affirmation de l'&#233;volution, de changements des esp&#232;ces, une position que Darwin n'&#233;tait pas le seul &#224; d&#233;fendre, qui n'allait pas de soi au XIXe si&#232;cle et qui, aujourd'hui, est g&#233;n&#233;ralement admise. L'autre volet, votre champ de recherche, c'est les m&#233;canismes par lesquels s'op&#232;re cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Cette distinction est absolument n&#233;cessaire. Darwin a &#233;crit dans la Descendance de l'homme et dans d'autres ouvrages, qu'il tentait de faire deux choses tr&#232;s diff&#233;rentes. La premi&#232;re consistait &#224; d&#233;montrer le fait de l'&#233;volution et la deuxi&#232;me &#224; en trouver une explication. Tout le monde accepte l'&#233;volution des esp&#232;ces - sauf les cr&#233;ationnistes am&#233;ricains ! - mais il y a des d&#233;bats tr&#232;s int&#233;ressants au sujet des m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, comment expliquer la disparition des dinosaures, et la survie des mammif&#232;res lors de la derni&#232;re grande extinction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Il est maintenant pratiquement prouv&#233; qu'une grande m&#233;t&#233;orite ou ast&#233;ro&#239;de a frapp&#233; la Terre. Car non seulement les dinosaures sont morts mais &#224; peu pr&#232;s 50% des esp&#232;ces d'invert&#233;br&#233;s marins ont disparu aussi il y a 65 millions d'ann&#233;es ; c'&#233;tait une extinction g&#233;n&#233;rale, une des cinq grandes extinctions qui se sont d&#233;roul&#233;es pendant les 500 millions d'ann&#233;es qu'ont v&#233;cues les animaux multicellulaires. Pour autant, cette frappe d'ast&#233;ro&#239;de n'explique pas le m&#233;canisme en d&#233;tails. Quels en ont &#233;t&#233; les effets ? Un nuage de poussi&#232;res qui a plong&#233; la Terre dans l'obscurit&#233;, des mouvements oc&#233;aniques, des feux de for&#234;ts mondiaux ? Ces possibilit&#233;s offrent des sujets pour de grandes discussions, en tout cas la frappe d'ast&#233;ro&#239;de a d&#251; entamer le processus. C'est seulement pour cette extinction qu'a &#233;t&#233; mis en &#233;vidence ce m&#233;canisme, il n'y a pas eu de m&#233;t&#233;orites pour les quatre autres grandes extinctions, ce n'est pas un m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral des extinctions de masse. Cette grande extinction a donn&#233; aux mammif&#232;res la possibilit&#233; d'&#233;voluer. Les dinosaures ont domin&#233; la Terre pendant cent trente millions d'ann&#233;es o&#249; les mammif&#232;res existaient sous la forme de petits animaux. Pendant cent trente millions d'ann&#233;es, ils n'ont pas battu les dinosaures, ils &#233;taient subsidiaires. Mais quand les dinosaures ont disparu, les mammif&#232;res ont eu leur chance. Sans cela les dinosauriens seraient encore dominants et nous ne serions pas l&#224; pour en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous relativisez aussi le poids de la s&#233;lection naturelle en p&#233;riode &#034; normale &#034; dans l'&#233;volution des organismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Les anatomies complexes sont des adaptations tr&#232;s perfectionn&#233;es, l'oeil pour la vision, les pieds pour la marche, etc. Mais il se passe bien d'autres choses dans l'&#233;volution : le changement de fr&#233;quence des g&#232;nes par exemple ; un certain nombre de changements g&#233;n&#233;tiques sont neutres et ne passent donc pas par la s&#233;lection naturelle. Pourtant ces changements sont importants dans l'histoire de la vie. Le darwinien strict peut dire que ces changements n'affectent pas l'anatomie. C'est vrai, mais l'anatomie n'est pas le seul sujet d'&#233;volution. Les g&#232;nes sont importants, les esp&#232;ces sont importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous critiquez la notion d'adaptation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Les cr&#233;ationnistes avant Darwin disaient que Dieu a cr&#233;&#233; tous les &#234;tres : Dieu &#233;tant parfait, les organismes doivent l'&#234;tre aussi. Le mot adaptation &#233;tait utilis&#233; par les cr&#233;ationnistes et les darwiniens stricts sont presque comme &#231;a&#8230; Pas tout &#224; fait, chacun sait bien qu'il n'est pas vrai que absolument chaque d&#233;tail soit adapt&#233;&#8230; Beaucoup de structures anatomiques sont des legs de l'histoire et nos douleurs dorsales ne proviennent pas de l'adaptation mais plut&#244;t du fait que nous marchons sur deux pieds alors que nous sommes &#034; dessin&#233;s &#034; pour marcher sur quatre pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034; moteur &#034; de l'innovation serait plut&#244;t &#224; chercher du c&#244;t&#233; de la redondance, de l'ambivalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Si chaque organisme &#233;tait absolument parfait, il ne serait pas possible de changer : l'organisme aurait besoin de chaque partie pour des fonctions sp&#233;cifiques et il n'y aurait pas de flexibilit&#233;. Avec la redondance de structures pas tr&#232;s bien dessin&#233;es, l'organisme garde en r&#233;serve la capacit&#233; de changer. J'aime bien cette id&#233;e de bricolage qu'a introduit Fran&#231;ois Jacob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est votre rapport &#224; Darwin aujourd'hui ? Vous semblez continuer &#224; dialoguer avec lui, &#224; vous inspirer profond&#233;ment de ses id&#233;es et, en m&#234;me temps, par bien des c&#244;t&#233;s vouloir le d&#233;passer. L'oeuvre de Darwin est-elle aujourd'hui encore source d'innovation ou s'agit-il d'histoire des id&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : L'oeuvre de Darwin est remarquable. Je ne peux pas imaginer d'autres livres qui, 150 ans apr&#232;s leur publication, soient aussi essentiels. Notre discussion le montre, comme tous les &#233;volutionnistes, je continue &#224; dialoguer avec Darwin. On ne dialogue pas de la m&#234;me fa&#231;on avec Rutherford, Lavoisier, Newton, etc. Mais la science doit changer par d&#233;finition. Si rien n'avait chang&#233; depuis la publication de l'Origine des esp&#232;ces en 1859 et si Darwin revenait aujourd'hui, il serait terriblement d&#233;&#231;u ! Si l'on lui disait : votre livre &#233;tait parfait, pas une ligne ne doit &#234;tre modifi&#233;e, il serait tr&#232;s d&#233;&#231;u ! A l'inverse, Darwin serait heureux de trouver que son principe de s&#233;lection naturelle est toujours important. Dans un article r&#233;cent du New York Review of Books, je discute le &#034; fondamentalisme darwinien &#034; de Dawkins et d'autres, que je consid&#232;re trop stricts dans leurs arguments pour l'adaptation. Je plaide pour le pluralisme des m&#233;canismes. Et j'ai re&#231;u beaucoup de lettres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous r&#233;futez une certaine id&#233;e du progr&#232;s qui en fait une tendance g&#233;n&#233;rale dans l'histoire de la vie. Cette conception longtemps dominante a &#233;t&#233; import&#233;e dans le champ scientifique par la soci&#233;t&#233; du XIXe si&#232;cle. A l'inverse, tirez-vous des le&#231;ons pour l'histoire humaine de l'histoire de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : L'histoire humaine suit des r&#232;gles diff&#233;rentes. L'&#233;volution biologique est un processus darwinien de s&#233;lection naturelle, ce n'est pas le cas de l'histoire des changements culturels. Pour la technologie, en particulier, il y a possibilit&#233; de progr&#232;s et de complexification. Mais cette possibilit&#233; existe justement &#224; cause des diff&#233;rences entre &#233;volution culturelle et &#233;volution biologique&#8230; L'&#233;volution des technologies est un processus lamarckien. C'est-&#224;-dire que nous pouvons inventer et enseigner nos inventions &#224; nos enfants et &#224; la g&#233;n&#233;ration prochaine. On peut accumuler les inventions. Une culture, un pays, un groupe peut faire une invention et tous les autres peuvent l'utiliser. Dans l'&#233;volution biologique, tous les lignages, toutes les esp&#232;ces sont absolument s&#233;par&#233;s. Si une esp&#232;ce &#233;volue de fa&#231;on favorable, les autres esp&#232;ces n'en b&#233;n&#233;ficieront pas. Dans l'&#233;volution, on ne peut dire &#224; l'avance ce qui va se passer. Quand une esp&#232;ce appara&#238;t, partiellement par hasard, elle peut avoir un grand effet sur l'histoire. On ne pouvait pas pr&#233;voir l'&#233;volution vers le cerveau humain mais, maintenant, nous sommes ici et l'effet sur la Terre est consid&#233;rable. Les premi&#232;res bact&#233;ries avec la photosynth&#232;se ont chang&#233; l'atmosph&#232;re de fa&#231;on tr&#232;s importante. M&#234;me s'il y a du hasard dans l'&#233;volution de chaque esp&#232;ce, une esp&#232;ce peut avoir une grande influence sur le milieu dans une certaine direction. Mais cette direction n'est ni progressive ni pr&#233;visible. En employant le terme &#034; hasard &#034;, je ne veux pas dire jeter des d&#233;s. Dans l'histoire de la vie, il s'agit plut&#244;t de contingence, de l'impossibilit&#233; de pr&#233;dire ce qui va se passer. Une fois l'histoire d&#233;roul&#233;e, nous pouvons l'expliquer : dans ce sens, il n'y a pas de hasard. Mais nous ne pouvons pas la pr&#233;dire car les possibilit&#233;s sont presque illimit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais maintenant m'adresser &#224; l'auteur de la Mal Mesure de l'homme. Apr&#232;s Jensen au d&#233;but des ann&#233;es 80, Herrnstein et Murray ont remis au go&#251;t du jour de vieilles lunes sur l'h&#233;r&#233;dit&#233; de l'intelligence justifiant les in&#233;galit&#233;s sociales. Quelles sont les raisons de ce perp&#233;tuel retour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : C'est une question politique : les ann&#233;es 80 et 90 sont, en Am&#233;rique, conservatrices. Au Congr&#232;s, nous avons M. Gringrich&#8230; Bill Clinton, suppos&#233; lib&#233;ral, n'est pas le lib&#233;ral que nous avons esp&#233;r&#233;&#8230; Cette p&#233;riode conservatrice a besoin de l'argument du d&#233;terminisme biologique selon lequel les diff&#233;rences, les in&#233;galit&#233;s sociales entre les races, les sexes, les classes sont n&#233;cessaires &#224; cause de la constitution m&#234;me des peuples. Malheureusement peut-&#234;tre, mais c'est ainsi et on ne peut rien y changer : voici l'argument conservateur. Donc les programmes sociaux, les d&#233;penses pour am&#233;liorer la condition des pauvres sont inutiles car les pauvres sont in&#233;vitables. C'est faux mais bien utile pour les positions conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre id&#233;e, l'opinion publique europ&#233;enne d&#233;couvre avec horreur que plusieurs pays, par ailleurs r&#233;put&#233;s pour leur mod&#232;le social comme la Su&#232;de, la Finlande, ont eu recours, des ann&#233;es trente jusqu'aux ann&#233;es soixante-dix, &#224; des pratiques eug&#233;nistes de st&#233;rilisation massive et forc&#233;e. Comment expliquer la coexistence d'une volont&#233; de progr&#232;s social, d'am&#233;lioration des conditions de vie avec la tentative d'&#233;liminer une partie de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : C'est tr&#232;s int&#233;ressant. L'eug&#233;nisme n'est pas seulement un mouvement conservateur. Il y a toujours eu un eug&#233;nisme &#034; de droite &#034; et un eug&#233;nisme &#034; de gauche &#034;. A la fin du XIXe si&#232;cle, certains socialistes anglais &#233;taient eug&#233;nistes. Par exemple, Wallace, l'ami de Darwin, qui a aussi d&#233;couvert la s&#233;lection naturelle et &#233;tait un grand penseur de gauche. Avec l'eug&#233;nisme de droite, comme celui d'Hitler, il faut tuer les hommes de races, de religions que nous n'aimons pas. Avec l'eug&#233;nisme de gauche, il s'agit plut&#244;t de donner des avantages aux hommes jug&#233;s plus intelligents. Mais st&#233;riliser des personnes retard&#233;es mentales, c'est vraiment triste et j'ai &#233;t&#233; surpris d'apprendre que cela s'est pass&#233; si r&#233;cemment en Su&#232;de&#8230; Aux Etats-Unis, avant la Seconde Guerre mondiale, deux tiers des Etats avaient des lois de st&#233;rilisation forc&#233;e. La plupart de ces lois n'&#233;taient pas vraiment appliqu&#233;es. Mais 40 000 &#224; 60 000 st&#233;rilisations ont eu lieu, la plupart en Virginie et en Californie, jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 60, ce qui n'est pas si lointain non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre utile, toute observation doit &#234;tre faite pour ou contre une opinion &#034; a dit Charles Darwin. Vous ne faites pas myst&#232;re de vos engagements personnels, vos opinions, vos pr&#233;f&#233;rences. Vous ne croyez pas &#224; la neutralit&#233; du chercheur. Comment d&#233;finir alors l'objectivit&#233; scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : La neutralit&#233; est impossible pour l'esprit humain. L'objectivit&#233;, c'est plut&#244;t la capacit&#233; de changer d'avis quand les faits vous d&#233;montrent le contraire de ce que vous croyiez vrai. Il ne s'agit pas d'entrer dans un sujet sans opinion ni espoir. C'est une illusion de penser entrer dans une &#233;tude avec un esprit absolument ouvert : simplement vous ne vous rendez pas compte de vos pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous dites r&#233;volt&#233; par l'injustice qui consiste &#224; prendre sur soi, pour soi, des limites impos&#233;es en fait de l'ext&#233;rieur, par la soci&#233;t&#233;. C'est cet humanisme qui fait &#034; marcher &#034; Gould ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Il y a des limites injustes, qui ne sont pas n&#233;cessaires, qui sont impos&#233;es par les syst&#232;mes sociaux et on dit que ces limites sont impos&#233;es par la nature biologique. Nous ne vivons qu'une fois et si nous n'avons pas l'opportunit&#233; de faire ce que nous voulons, de suivre nos espoirs &#224; cause de limites impos&#233;es de l'ext&#233;rieur par le syst&#232;me social parce que nous sommes noir ou femme, c'est si injuste. Et si, en plus, on dit : c'est votre faute parce que vous &#234;tes inf&#233;rieur, c'est la plus grande des injustices. Malheureusement beaucoup de personnes acceptent ces jugements des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'on prenait les choses au positif, quelle est votre conception de l'individu, de sa place dans la soci&#233;t&#233;, de ses possibilit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Nous pouvons utiliser notre cerveau pour r&#233;aliser de bonnes choses. C'est une possibilit&#233;. M&#234;me avec mon temp&#233;rament optimiste, je ne peux pr&#233;voir ce que nous allons en faire et si nous vivrons tr&#232;s longtemps. Mais nous en avons la possibilit&#233; et c'est bien suffisant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des m&#233;canismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Langaney, professeur au Mus&#233;e de l'Homme, dans le num&#233;ro sp&#233;cial qu'a consacr&#233; la Recherche &#224; l'histoire de la vie (mars 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet initial de Huxley, Wallace et Darwin de d&#233;crire un m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral de l'origine des esp&#232;ces est bien plus hors de port&#233;e de la science qu'il ne le semblait au XIXe si&#232;cle. Il n'y a aucune g&#233;n&#233;ralit&#233; dans les m&#233;canismes d'isolement des esp&#232;ces (&#8230;) Presque toutes les combinaisons des m&#233;canismes connus ou suppos&#233;s d'isolement sont possibles, ainsi sans doute que de nombreuses autres, auxquelles on ne pensera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il n'y a pas de sens de l'&#233;volution
&lt;p&gt;Propos recueillis par Olivier Postel-Vinay (1997)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/savoirs/autre/stephen-jay-gould-il-n-y-a-pas-sens-evolution-01-09-1997-89192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#233;l&#232;bre pal&#233;ontologue de Harvard a publi&#233; en 1996 un ouvrage qui aborde de front la question du progr&#232;s dans l'&#233;volution. Sa traduction en fran&#231;ais para&#238;t ce mois-ci (&#034;L'&#201;ventail du vivant&#034;, &#233;d. Le Seuil). Il nous a re&#231;us dans son appartement de New York. Stephen Jay Gould a publi&#233; r&#233;cemment un long article dans The New York Review of Books dans lequel il s'en prend &#224; ce qu'il appelle le &#171; fondamentalisme darwinien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Recherche : Vous abordez dans ce livre un paradoxe passablement stimulant : contrairement &#224; ce que nous pourrions croire, nous vivons encore &#224; l'&#232;re des bact&#233;ries...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : Nous n'en sommes jamais sortis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Et en m&#234;me temps vous semblez pr&#234;t &#224; admettre que le cerveau de l'homme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'est une invention int&#233;ressante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Admettez-vous l'id&#233;e que c'est l'objet le plus complexe du monde biologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'un des plus complexes, mais pas davantage. Cela d&#233;pend de ce que l'on entend par &#171; complexe &#187;. D'un point de vue neurologique le cerveau humain est plus complexe qu'aucun autre, mais par exemple du point de vue de l'architecture des os du cr&#226;ne, on trouve plus compliqu&#233; chez d'autres mammif&#232;res, et plus compliqu&#233; encore chez les t&#233;l&#233;ostes*. Le mot &#171; complexit&#233; &#187; a plusieurs sens dans le langage courant, qui se contredisent les uns les autres. Si l'on veut mesurer empiriquement la complexit&#233;, la quantifier, il nous faut une d&#233;finition op&#233;rationnelle de la complexit&#233;. Il faut chaque fois d&#233;cider de ce dont on parle. Certains chercheurs l'ont fait, par exemple pour les ammonites. On a pu d&#233;montrer que pour un caract&#232;re essentiel, les ammonites ne sont pas devenues de plus en plus complexes avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Dans le m&#234;me esprit, vous refusez de souscrire &#224; l'id&#233;e que l'homme est l'&#234;tre le plus complexe de l'histoire du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Le fait que le cerveau humain soit l'objet neurologique le plus complexe de la plan&#232;te ne signifie pas que l'homme soit l'&#234;tre le plus complexe. Le cerveau n'est pas tout, il y a bien d'autres structures complexes. Il n'est pas juste d'adopter une vue de l'&#233;volution centr&#233;e sur le cerveau. Il n'existe pas de tendance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution vers des cerveaux plus grands. Il y a beaucoup plus d'esp&#232;ces de bact&#233;ries que d'animaux multicellulaires et plus de 80 % des esp&#232;ces de multicellulaires sont des insectes. Sur les quelque 4 000 esp&#232;ces de mammif&#232;res il n'y en a qu'une qui soit consciente d'elle-m&#234;me. On ne peut pas dire que l'accroissement de la complexit&#233; mentale caract&#233;rise l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous n'accepteriez pas l'id&#233;e que la complexit&#233; mentale est d'un autre ordre de grandeur que les autres formes de complexit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Vous confondez l'effet et la structure. L'effet de l'&#233;mergence de la conscience a &#233;t&#233; consid&#233;rable ; mais ce n'est pas une d&#233;finition de la complexit&#233;. La bombe atomique a eu un &#233;norme effet, ce n'est pas plus complexe que certains explosifs chimiques. L'invention de la conscience a eu plus d'impact peut-&#234;tre qu'aucune autre invention. Mais cela ne d&#233;finit aucunement la complexit&#233; de la structure de l'objet en question. Et par ailleurs, si l'on se place cette fois du point de vue de l'&#233;volution &#224; venir, on ne voit pas clairement vers quoi nous allons. Il est possible que nous n'existions plus dans deux cents ans, parce que nous nous serons ray&#233;s de la carte. L'humanit&#233; n'appara&#238;tra plus alors que comme une exp&#233;rience momentan&#233;e de l'histoire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous prenez votre cas personnel pour d&#233;noncer une erreur commune consistant, pour analyser un syst&#232;me complexe, &#224; privil&#233;gier une valeur de r&#233;f&#233;rence qui n'a en r&#233;alit&#233; pas de raison de l'&#234;tre. Vous &#233;tiez atteint d'un cancer que la Facult&#233; jugeait incurable et qui &#233;tait affect&#233; d'une &#171; mortalit&#233; m&#233;diane de huit mois apr&#232;s le diagnostic &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'&#233;tait une nouvelle effroyable, mais moins si l'on r&#233;fl&#233;chissait un peu au sens du mot &#171; m&#233;dian &#187;. Cela signifiait certes que la moiti&#233; des patients mouraient dans les huit mois suivant le diagnostic, mais ne pr&#233;jugeait en rien de la forme de la courbe de distribution apr&#232;s les huit mois. De fait, je suis encore l&#224; seize ans plus tard... (fig. 1 page 112). L'exemple sert &#224; illustrer une profonde erreur philosophique. Les syst&#232;mes naturels manifestent une grande variation. M&#234;me au sein d'une esp&#232;ce unique, comme on le voit chez l'homme, on constate de grandes diff&#233;rences de poids, de taille, de couleur, etc. Or nous avons une tr&#232;s vieille habitude, quelque peu platonicienne, consistant &#224; abstraire des essences, des id&#233;alit&#233;s. Et nous avons la tentation, quand nous analysons des syst&#232;mes variables, de calculer des valeurs moyennes et de raisonner &#224; partir de ces valeurs moyennes. C'est une fa&#231;on d'&#233;tablir une mesure unique de l'id&#233;alit&#233; ainsi abstraite. C'est dangereux. Dans le cas de mon cancer, il &#233;tait clair qu'en se focalisant sur la moyenne on n&#233;gligeait les variations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commettons aussi souvent une erreur sym&#233;trique, consistant &#224; nous focaliser sur les extr&#234;mes, parce qu'ils nous fascinent : le plus gros ceci, le plus grand cela, etc. Par exemple le cerveau neurologiquement le plus complexe. Et l&#224; encore nous commettons l'erreur de retracer l'histoire du syst&#232;me en suivant l'&#233;volution dans le temps de la seule valeur retenue. Ce qui conduit &#224; des contre sens graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : D'o&#249; le titre de votre livre : Full House : il faut toujours consid&#233;rer ce que vous appelez la &#171; maison pleine &#187;, avec tous ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'exercice consistant &#224; prendre en compte tout l'&#233;ventail des variations nous oblige &#224; repenser la nature des tendances de l'&#233;volution et l'histoire des syst&#232;mes naturels. C'est parce que nous n'avons pas appliqu&#233; ce principe que nous en sommes venus &#224; ignorer le fait pourtant incontestable que nous sommes encore et sans doute pour toujours &#224; l'&#232;re des bact&#233;ries. Nous aimerions croire que l'histoire de la vie est celle d'une marche vers la complexit&#233;. C'est bien s&#251;r vrai en ce sens que les &#234;tres les plus complexes ont eu tendance &#224; se complexifier davantage : mais ce n'est pas l'histoire de la vie, c'est l'histoire des &#234;tres les plus complexes... Nous voudrions croire que l'aspect le plus fondamental de l'arbre de la vie est cette tendance &#224; la complexification, mais ce n'est pas le cas. Pour moi le trait le plus fondamental de l'arbre de la vie est la constance du mode bact&#233;rien. Mon livre n'est qu'un plaidoyer pour consid&#233;rer tout l'&#233;ventail de la variation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous pr&#233;sentez un autre exemple de courbe de distribution en trompe l'oeil, tir&#233; cette fois de l'histoire du base-ball. Vous essayez d'expliquer pourquoi dans les meilleures &#233;quipes la performance des meilleurs batteurs est moins bonne aujourd'hui qu'au d&#233;but du si&#232;cle, alors m&#234;me que la moyenne des performances du total des batteurs est rest&#233;e constante et que la performance moyenne des batteurs a progress&#233;. Pour des Fran&#231;ais, le sens de l'exemple est un peu difficile &#224; saisir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Dans la plupart des performances sportives qui sont mesurables, la mesure d&#233;signe une valeur absolue : on court le 100 m&#232;tres en un temps donn&#233;, etc. Tandis que la mesure de la performance d'un batteur au base-ball est en relation &#233;troite avec les performances des autres joueurs. Ce qui est int&#233;ressant c'est de comprendre qu'une moyenne peut conserver une valeur constante bien que le profil de la courbe de distribution change compl&#232;tement. Les gens qui se contentent de calculer la moyenne constatent qu'elle n'a pas chang&#233; et concluent &#224; tort que les performances n'ont pas progress&#233;, parce qu'ils ne regardent pas la forme de la courbe. Ils ne regardent pas comment la population totale des performances a &#233;volu&#233;, et ne voient pas qu'en fait la constance de la moyenne peut cacher le progr&#232;s des performances de chacun (fig. 3, page 112). En m&#234;me temps ce progr&#232;s collectif fait que la performance moyenne se rapproche des limites du possible. Dans les d&#233;buts du base-ball, quand la qualit&#233; moyenne du jeu &#233;tait m&#233;diocre, les tr&#232;s bons batteurs, ceux qui approchaient des limites du possible, pouvaient atteindre une moyenne de succ&#232;s impressionnante. Tandis qu'aujourd'hui o&#249; tout le monde est bon, la moyenne de succ&#232;s des meilleurs batteurs a baiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Dans le cas du base-ball, l'&#233;volution de la forme de la courbe de distribution r&#233;v&#232;le, contrairement aux apparences, l'existence d'une tendance g&#233;n&#233;rale au progr&#232;s, bord&#233;e &#224; droite de la courbe par un mur repr&#233;sentant les limites du possible. Dans le cas de l'histoire du vivant, la courbe est au contraire adoss&#233;e &#224; un mur &#224; gauche, repr&#233;sentant les cellules les plus primitives, mais l'&#233;volution de la courbe r&#233;v&#232;le bient&#244;t, selon vous, et contrairement aux apparences, l'absence d'une tendance g&#233;n&#233;rale au progr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : On ne peut parler du progr&#232;s comme d'une tendance forte de l'&#233;volution. Je ne nie pas que les cr&#233;atures les plus complexes soient devenues plus complexes au cours du temps. Mais ce n'est pas une indication que le syst&#232;me s'est &#233;loign&#233; d'une marche au hasard. Cela se serait produit de toute mani&#232;re dans n'importe quel syst&#232;me dirig&#233; par le hasard et d&#233;butant &#224; proximit&#233; d'une limite infranchissable &#224; gauche de la courbe de distribution. Je propose une analogie avec la marche de l'ivrogne qui sort d'un bar. Il se retrouve avec un mur &#224; gauche et le trottoir &#224; droite. A gauche il va heurter le mur, &#224; droite il va finir par tomber dans le caniveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : L'analogie de l'ivrogne ne nous dit rien sur l'&#233;mergence de la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Non, mais c'est une bonne analogie. L'ivrogne marche au hasard, et en raison du mur &#224; gauche le hasard le conduit immanquablement dans le caniveau. La seule raison de l'existence d'une directionnalit&#233; est ce mur &#224; gauche et la marche au hasard. L'histoire de la vie montre exactement la m&#234;me chose. Elle avance au hasard, avec ce mur &#224; gauche qui interdit &#224; un organisme vivant d'&#234;tre plus simple qu'un certain degr&#233; minimal de complexit&#233;, plus simple que des cellules sans noyau. Je ne dis pas qu'il ne se produit pas des &#233;v&#233;nements de complexification, je dis que si l'on regarde l'ensemble de l'histoire, l'ensemble des variations effectives, la maison au complet avec tous ses habitants, on ne d&#233;c&#232;le pas de pr&#233;f&#233;rence pour la complexit&#233;. Le fait que l'homme soit plus complexe que les trilobites, qui sont plus complexes que les algues, qui sont plus complexes que les bact&#233;ries, ce fait-l&#224;, que je ne nie pas, est mineur au regard de l'histoire du vivant prise dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous montrez d'ailleurs que l'&#233;volution se dirige souvent dans le sens d'une simplification des organismes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Sans doute m&#234;me aussi souvent que dans l'autre sens. Et peut-&#234;tre m&#234;me plus souvent... Si l'on consid&#232;re l'histoire d'organismes n&#233;s plus ou moins r&#233;cemment dans l'histoire de la vie, donc qui n'&#233;taient pas limit&#233;s par un mur &#224; gauche, on observe aussi bien des &#233;volutions vers moins de complexit&#233; que le contraire. C'est manifestement le cas de nombreux parasites, ceux qui vivent profond&#233;ment install&#233;s dans le corps de leur h&#244;te : ils n'ont besoin ni d'organes de locomotion ni d'organes de digestion. &lt;br class='autobr' /&gt;
L.R. : Votre d&#233;monstration de l'absence d'une tendance g&#233;n&#233;rale vers plus de complexit&#233; laisse compl&#232;tement ouverte la question de savoir pourquoi certains &#234;tres vivants ont &#233;volu&#233; vers plus de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'est une question diff&#233;rente, que je ne traite pas. Je ne me sens pas expert en la mati&#232;re. Ce n'est pas un sujet que je comprends tr&#232;s bien. Mais bien s&#251;r il doit exister un m&#233;canisme par lequel a &#233;merg&#233; par exemple la multicellularit&#233;, et ainsi de suite. Mon propos est de d&#233;terminer si de tels m&#233;canismes s'inscrivent ou non dans une directionnalit&#233;, s'ils r&#233;pondent &#224; une n&#233;cessit&#233; - et la r&#233;ponse est non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Pour illustrer votre charge contre le mythe du progr&#232;s, vous donnez l'exemple du cheval. Contrairement &#224; ce que tout le monde croit, le cheval n'est pas le produit le plus r&#233;ussi d'une longue &#233;volution, c'est le dernier rejeton d'une r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'homme a pr&#233;serv&#233; pour son usage quelques esp&#232;ces de chevaux. Mais il faut l&#224; encore voir la maison pleine. Il y a deux grands groupes de mammif&#232;res ongul&#233;s, l'un s'est &#233;tiol&#233; apr&#232;s avoir domin&#233; et le cheval est un &#233;chec au sein de cet &#233;chec. Il se retrouve aux c&#244;t&#233;s de deux groupes seulement, tous deux menac&#233;s, les rhinoc&#233;ros et les tapirs. En Am&#233;rique du Nord il y a eu jusqu'&#224; vingt &#224; trente genres de chevaux vivant en m&#234;me temps (chaque genre comprenant plusieurs esp&#232;ces). Il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul genre : Equus , comprenant huit esp&#232;ces. Au contraire l'autre groupe d'ongul&#233;s, les artiodactyles, avec les antilopes, les vaches, les ch&#232;vres, etc., est l'un des grands succ&#232;s de l'histoire des mammif&#232;res. Le cheval appara&#238;t comme un vestige, une brindille vestigale de ce qui &#233;tait nagu&#232;re un gros buisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : La situation de l'homme est comparable &#224; celle du cheval ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Nous ne repr&#233;sentons plus qu'une esp&#232;ce. Voici quelques centaines de milliers d'ann&#233;es il existait une demi-douzaine d'esp&#232;ces d'&#234;tres humains. Voici seulement 30 000 ou 40 000 ans il en existait peut-&#234;tre encore trois, avec Neandertal en Europe et Homo erectus en Asie. Aujourd'hui nous nous d&#233;brouillons bien, nous sommes nombreux, mais nous sommes tout seuls...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Voulez-vous dire que le cheval et l'homme ont peut-&#234;tre, du point de vue de l'histoire du vivant, atteint une sorte de limite, de mur &#224; droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Je ne sais pas, mais quand toute une lign&#233;e r&#233;tr&#233;cit au point de ne laisser qu'une poign&#233;e d'esp&#232;ces, voire une seule, le danger d'extinction se rapproche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Nous avons la chance d'&#234;tre omnivores...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Mais je ne suis pas s&#251;r que ce soit une chance d'&#234;tre intelligents ! Notre intelligence pourrait nous tuer... Nous verrons bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : John Maynard Smith et d'autres voient dans l'apparition des soci&#233;t&#233;s la derni&#232;re transition majeure de l'&#233;volution dans le sens d'une complexit&#233; croissante. Vous ne partagez pas ce point de vue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Il faut rappeler que bien peu d'esp&#232;ces connaissent des soci&#233;t&#233;s organis&#233;es. Et la plupart d'entre elles, celles qui r&#233;ussissent le mieux en termes de nombre et de vari&#233;t&#233;, sont des arthropodes. L'esp&#232;ce humaine est certes tr&#232;s puissante actuellement, mais je ne parierais pas lourd sur le long terme. Et n'oublions pas que les bact&#233;ries, qui ne sont pas des &#234;tres sociaux, se d&#233;brouillent encore mieux que les arthropodes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous affirmez &#224; la fin de votre livre que le changement culturel lui aussi se heurte &#224; des limites &#224; droite de la courbe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Le changement culturel fonctionne tr&#232;s diff&#233;remment de l'&#233;volution biologique, puisqu'il est fond&#233; sur une h&#233;r&#233;dit&#233; lamarckienne. Un acquis peut &#234;tre enseign&#233; aux g&#233;n&#233;rations suivantes, ce qui n'est &#233;videmment pas le cas en g&#233;n&#233;tique. Le changement culturel suit des lois qui ne sont pas darwiniennes, et l'on a tort de parler d'&#233;volution culturelle, car cela introduit une confusion dans les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Mais vous contestez aussi que l'id&#233;e d'une marche au progr&#232;s soit applicable au changement culturel. Vous n'en acceptez l'augure que pour les sciences et les techniques, pas pour le reste des activit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Cela me para&#238;t clair. Rien n'indique que Picasso repr&#233;sente un progr&#232;s par rapport aux artistes de la grotte Chauvet. Je ne pense pas que les capacit&#233;s de l'homme aient chang&#233; depuis 30 000 ans. Les techniques ont chang&#233;, mais nous sommes fondamentalement les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://jfduvalblog.blogspot.fr/2013/04/entretien-avec-stephen-jay-gould.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre entretien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ApSzUbeOqJY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Premier interview&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=m1l-Nawx1sU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deuxi&#232;me interview&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=stephen+jay+gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'autres interviews&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=stephen+jay+gould&amp;ie=utf-8&amp;oe=utf-8&amp;gws_rd=cr&amp;ei=kUzMVpAvgrNrvIeyiAQ#q=stephen+jay+gould&amp;tbm=vid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=stephen+jay+gould+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les id&#233;es de Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?tbm=bks&amp;q=stephen+jay+gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lectures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/evolution-stephen-j-gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://monthlyreview.org/2002/11/01/stephen-jay-gould/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stephen Jay Gould&#8212;What Does It Mean To Be a Radical ? by Richard C. Lewontin and Richard Levins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://courses.washington.edu/anth599/Evolution%20as%20Fact%20and%20Theory%20Gould%201981.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution as Facts and Theory by Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Stephen Jay Gould : le &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; n'est pas une conception darwinienne de l'&#233;volution des esp&#232;ces&#8230;</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5028</link>
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		<dc:date>2016-05-28T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; n'est pas une conception darwinienne de l'&#233;volution des esp&#232;ces&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Blanc &#233;crit dans &#171; Les h&#233;ritiers de Darwin &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En 1976, un biologiste, Richard Dawkins, vint appuyer la sociobiologie wilsonnienne par son ouvrage percutant &#171; The selfish gene &#187; (le g&#232;ne &#233;go&#239;ste). De mani&#232;re bien plus explicite que Wilson, le chercheur britannique de l'universit&#233; d'Oxford &#233;non&#231;ait les nouveaux principes de l'ultra-darwinisme : la s&#233;lection naturelle n'avait pas pour effet de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; n'est pas une conception darwinienne de l'&#233;volution des esp&#232;ces&#8230;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marcel Blanc &#233;crit dans &#171; Les h&#233;ritiers de Darwin &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En 1976, un biologiste, Richard Dawkins, vint appuyer la sociobiologie wilsonnienne par son ouvrage percutant &#171; The selfish gene &#187; (le g&#232;ne &#233;go&#239;ste). De mani&#232;re bien plus explicite que Wilson, le chercheur britannique de l'universit&#233; d'Oxford &#233;non&#231;ait les nouveaux principes de l'ultra-darwinisme : la s&#233;lection naturelle n'avait pas pour effet de trier les individus, mais les g&#232;nes. Autrement dit, la lutte pour la survie ne se faisait pas entre les individus, m&#234;me si on pouvait en avoir l'impression en voyant un chat fondre sur une souris, ou deux m&#226;les se battre pour une femelle. En r&#233;alit&#233;, disait Dawkins, ce sont les g&#232;nes qui luttent pour se propager, par le truchement des organismes qui les h&#233;bergent. Et, excellent vulgarisateur, il nous offrait des images saisissantes pour &#171; faire passer &#187; son message : &#171; Les g&#232;nes fourmillent en grandes colonies, &#224; l'abri au sein de gigantesques et pesants robots (les organismes), isol&#233;s du monde ext&#233;rieur, communiquant avec lui par des voies tortueuses et indirectes, et les manipulant par un dispositif de contr&#244;le &#224; distance. Ils sont en vous et en moi. Ils nous ont cr&#233;&#233;, corps et esprit, et leur pr&#233;servation est l'ultime raison de notre existence&#8230; Nous sommes leur machine &#224; siurvie&#8230; Nous sommes&#8230; des v&#233;hicules-robots aveugl&#233;ment programm&#233;s pour pr&#233;server les mol&#233;cules &#233;go&#239;stes connues sous le nom de g&#232;nes. &#187; Cette conception l'amenait &#224; consid&#233;rer les comportements sociaux, c'est-&#224;-dire &#233;manant d'un individu (animal ou humain) en direction d'un autre individu, comme des moyens emprunt&#233;s par les g&#232;nes pour augmenter le nombre de leurs copies dans les g&#233;n&#233;rations successives&#8230;. Ainsi les m&#226;les (et cela est valable pour l'esp&#232;ce humaine, selon Dawkins) ont int&#233;r&#234;t &#224; &#171; copuler &#187; avec un maximum de femelles car ils produisent tr&#232;s facilement des millions de spermatozo&#239;des, et peuvent donc propager au mieux leurs g&#232;nes en faisant des enfants avec le plus grand noombre possible de femelles&#8230; Dans le chapitre de &#171; Sociobiology &#187;, Wilson d&#233;clarait que la sociobiologie devait reformuler la sociologie et l'anthropologie &#224; partir des principes du n&#233;o-darwinisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cyril Langlois &#233;crit dans &#171; La r&#233;futation gouldienne du &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; de R. Dawkins &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) C'est aussi dans ce chapitre o&#249; il d&#233;taille les concepts de s&#233;lection hi&#233;rarchique et d'&#233;quilibres ponctu&#233;s que Gould pr&#233;sente le plus longuement les d&#233;bats scientifiques dans lesquels ils s'est impliqu&#233;, ses prises de position, les arguments (pas toujours seulement scientifiques...) qui lui furent oppos&#233;s et ses propres r&#233;ponses. C'est ainsi qu'il r&#233;fute vigoureusement la th&#233;orie du &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; de Richard Dawkins et Georges Williams, th&#233;orie qu'il qualifie de &#171; f&#233;conde erreur de logique &#187; (p. 854). F&#233;conde car elle a anim&#233; les d&#233;bats scientifiques r&#233;cents, mais erreur tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du g&#232;ne &#233;go&#239;ste appara&#238;t en effet diam&#233;tralement &#224; l'oppos&#233;e de la s&#233;lection hi&#233;rarchique d&#233;fendue par Gould : elle propose que les entit&#233;s r&#233;ellement s&#233;lectionn&#233;es, les v&#233;ritables &#171; cibles &#187; de la s&#233;lection naturelle, soient les g&#232;nes et non les organismes, lesquels ne serviraient que de &#171; v&#233;hicule &#187; transitoire aux g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould r&#233;sume ainsi la th&#233;orie de Dawkins et Williams, p. 859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Williams et Dawkins affirment tous deux la m&#234;me argumentation en trois &#233;tapes : (1) les unit&#233;s de s&#233;lection doivent n&#233;cessairement &#234;tre des r&#233;plicateurs ; (2) les r&#233;plicateurs doivent n&#233;cessairement transmettre des copies fid&#232;les (ou tr&#232;s peu modifi&#233;es) d'eux-m&#234;mes d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre ; (3) les traits des organismes sexu&#233;s se d&#233;sagr&#232;gent d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre ; par cons&#233;quent, ces derniers ne peuvent &#234;tre des unit&#233;s de s&#233;lection, tandis que les g&#232;nes le peuvent, en raison de leur r&#233;plication fid&#232;le. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes des organismes sexu&#233;s ne sont pas, pour Gould, des individus darwiniens (d&#233;finis plus haut) et &#171; l'erreur de logique &#187; consiste &#224; confondre les supports de l'information et de la transmission de cette information (les &#171; r&#233;plicateurs &#187;, ici les g&#232;nes) et les &#233;l&#233;ments r&#233;ellement soumis &#224; la s&#233;lection, du fait de leur interaction avec l'environnement (au sens large), les &#171; interacteurs &#187;, qui, pour Gould, sont d'abord les organismes et non les g&#232;nes. Le fait que le nombre de copies de certains g&#232;nes augmente au fil des g&#233;n&#233;rations ne signifie pas que les g&#232;nes soient les acteurs directs du ph&#233;nom&#232;ne : &#171; la comptabilit&#233; n'est pas la causalit&#233; &#187; (p. 881).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes &#171; n'interagissent g&#233;n&#233;ralement pas de fa&#231;on directe [C'est S. J. Gould qui souligne] avec l'environnement. En r&#233;alit&#233;, ils op&#232;rent par le biais des organismes, lesquels fonctionnent comme de vrais agents dans la &#171; lutte pour l'existence &#187;. Les organismes vivent, meurent, entrent en concurrence avec d'autres, et se reproduisent ; il en r&#233;sulte que les g&#232;nes sont transmis de fa&#231;on diff&#233;rentielle &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante. [...] on peut m&#234;me dire, m&#233;taphoriquement bien s&#251;r, que les g&#232;nes agissent &#224; la mani&#232;re de plan de construction pour l'&#233;dification des organismes. Mais [...] on ne peut pas conclure qu'ils poss&#232;dent, de ce fait, la propri&#233;t&#233;, qui est absolument requise, d'interagir directement avec l'environnement lorsque les organismes luttent pour l'existence. &#187; (p. 863-864)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les g&#232;nes se r&#233;pliquent plus fid&#232;lement que les organismes (dont les rejetons ne sont pas des copies exactes), mais cela n'en fait pas des unit&#233;s de s&#233;lection. Car m&#234;me s'ils d&#233;finissent les caract&#233;ristiques des organismes, ils n'en contr&#244;lent pas compl&#232;tement les capacit&#233;s d'interaction avec l'environnement. En effet, les organismes ne sont pas &#171; le produit des effets additifs de g&#232;nes individuellement optimis&#233;s &#187; (p. 875) : via le d&#233;veloppement, l'organisme est le produit d'interactions &#171; non lin&#233;aires ou non additives &#187; entre les g&#232;nes, et il a donc des propri&#233;t&#233;s et des capacit&#233;s particuli&#232;res, &#171; &#233;mergentes &#187;, c'est-&#224;-dire non pr&#233;dictibles par la seule combinaison additive de l'action de chaque g&#232;ne individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, affirme Gould, les esp&#232;ces pr&#233;sentent des caract&#233;ristiques &#233;mergentes, c'est-&#224;-dire non r&#233;ductibles &#224; la somme des caract&#233;ristiques des organismes qui les composent &#8212; comme, par exemple, la structure de leurs populations, qui pourraient d&#233;terminer leur plus ou moins grande capacit&#233; &#224; la sp&#233;ciation &#8212;, caract&#233;ristiques &#233;mergentes permettant un m&#233;canisme de s&#233;lection entre esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould insiste sur les faiblesses logiques et les contorsions du raisonnement de Dawkins et de Williams, par d'abondantes citations de leurs &#233;crits, tout en montrant en m&#234;me temps que ces difficult&#233;s disparaissent si l'on cesse de r&#233;duire l'action de la s&#233;lection naturelle &#224; un seul niveau, que ce soit celui des g&#232;nes, comme Dawkins, ou celui des organismes, comme Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut reprendre ici l'ensemble du raisonnement et des arguments d&#233;ploy&#233;s par Stephen Jay Gould dans ce chapitre 8. On rel&#232;vera seulement ce passage, critiquant les faiblesses de la th&#233;orie du s&#233;lectionnisme g&#233;nique, sur le plan de la mise en &#233;vidence pratique (p. 888) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Deux raisons fondamentales interdisent de comprendre les causes d'un changement g&#233;n&#233;tique par la simple lecture des bilans comptables de fr&#233;quence des g&#232;nes. Premi&#232;rement, observer qu'un tri g&#233;nique a eu lieu n'indique pas &#224; quel niveau le m&#233;canisme responsable a pris place. [...] Deuxi&#232;mement, m&#234;me lorsqu'on peut identifier le niveau auquel s'est r&#233;alis&#233; le tri g&#233;n&#233;tique dans un cas donn&#233;, on ne peut pas savoir, d'apr&#232;s la seule observation de la fr&#233;quence des g&#232;nes, si le g&#232;ne retenu l'a &#233;t&#233; parce qu'il a d&#233;termin&#233; une certaine caract&#233;ristique du ph&#233;notype, qui a &#233;t&#233; d&#232;s lors s&#233;lectionn&#233;e, ou s'il a &#233;t&#233; retenu pour une s&#233;rie de raisons peut-&#234;tre non adaptatives. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;, chapitre &#171; Les esp&#232;ces en tant qu'individus dans la th&#233;orie hi&#233;rarchique &#187;, Stephen Jay Gould r&#233;fute vigoureusement la th&#233;orie du &#171; g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; de Richard Dawkins et Georges Williams, th&#233;orie qu'il qualifie de &#171; f&#233;conde erreur de logique &#187; (p. 854). F&#233;conde car elle a anim&#233; les d&#233;bats scientifiques r&#233;cents, mais erreur tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du g&#232;ne &#233;go&#239;ste appara&#238;t en effet diam&#233;tralement &#224; l'oppos&#233;e de la s&#233;lection hi&#233;rarchique d&#233;fendue par Gould : elle propose que les entit&#233;s r&#233;ellement s&#233;lectionn&#233;es, les v&#233;ritables &#171; cibles &#187; de la s&#233;lection naturelle, soient les g&#232;nes et non les organismes, lesquels ne serviraient que de &#171; v&#233;hicule &#187; transitoire aux g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould r&#233;sume ainsi la th&#233;orie de Dawkins et Williams, p. 859 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Williams et Dawkins affirment tous deux la m&#234;me argumentation en trois &#233;tapes : (1) les unit&#233;s de s&#233;lection doivent n&#233;cessairement &#234;tre des r&#233;plicateurs ; (2) les r&#233;plicateurs doivent n&#233;cessairement transmettre des copies fid&#232;les (ou tr&#232;s peu modifi&#233;es) d'eux-m&#234;mes d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre ; (3) les traits des organismes sexu&#233;s se d&#233;sagr&#232;gent d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre ; par cons&#233;quent, ces derniers ne peuvent &#234;tre des unit&#233;s de s&#233;lection, tandis que les g&#232;nes le peuvent, en raison de leur r&#233;plication fid&#232;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes des organismes sexu&#233;s ne sont pas, pour Gould, des individus darwiniens (d&#233;finis plus haut) et &#171; l'erreur de logique &#187; consiste &#224; confondre les supports de l'information et de la transmission de cette information (les &#171; r&#233;plicateurs &#187;, ici les g&#232;nes) et les &#233;l&#233;ments r&#233;ellement soumis &#224; la s&#233;lection, du fait de leur interaction avec l'environnement (au sens large), les &#171; interacteurs &#187;, qui, pour Gould, sont d'abord les organismes et non les g&#232;nes. Le fait que le nombre de copies de certains g&#232;nes augmente au fil des g&#233;n&#233;rations ne signifie pas que les g&#232;nes soient les acteurs directs du ph&#233;nom&#232;ne : &#171; la comptabilit&#233; n'est pas la causalit&#233; &#187; (p. 881).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes &#171; n'interagissent g&#233;n&#233;ralement pas de fa&#231;on directe [C'est S. J. Gould qui souligne] avec l'environnement. En r&#233;alit&#233;, ils op&#232;rent par le biais des organismes, lesquels fonctionnent comme de vrais agents dans la &#171; lutte pour l'existence &#187;. Les organismes vivent, meurent, entrent en concurrence avec d'autres, et se reproduisent ; il en r&#233;sulte que les g&#232;nes sont transmis de fa&#231;on diff&#233;rentielle &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante. [...] on peut m&#234;me dire, m&#233;taphoriquement bien s&#251;r, que les g&#232;nes agissent &#224; la mani&#232;re de plan de construction pour l'&#233;dification des organismes. Mais [...] on ne peut pas conclure qu'ils poss&#232;dent, de ce fait, la propri&#233;t&#233;, qui est absolument requise, d'interagir directement avec l'environnement lorsque les organismes luttent pour l'existence. &#187; (p. 863-864)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les g&#232;nes se r&#233;pliquent plus fid&#232;lement que les organismes (dont les rejetons ne sont pas des copies exactes), mais cela n'en fait pas des unit&#233;s de s&#233;lection. Car m&#234;me s'ils d&#233;finissent les caract&#233;ristiques des organismes, ils n'en contr&#244;lent pas compl&#232;tement les capacit&#233;s d'interaction avec l'environnement. En effet, les organismes ne sont pas &#171; le produit des effets additifs de g&#232;nes individuellement optimis&#233;s &#187; (p. 875) : via le d&#233;veloppement, l'organisme est le produit d'interactions &#171; non lin&#233;aires ou non additives &#187; entre les g&#232;nes, et il a donc des propri&#233;t&#233;s et des capacit&#233;s particuli&#232;res, &#171; &#233;mergentes &#187;, c'est-&#224;-dire non pr&#233;dictibles par la seule combinaison additive de l'action de chaque g&#232;ne individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, affirme Gould, les esp&#232;ces pr&#233;sentent des caract&#233;ristiques &#233;mergentes, c'est-&#224;-dire non r&#233;ductibles &#224; la somme des caract&#233;ristiques des organismes qui les composent &#8212; comme, par exemple, la structure de leurs populations, qui pourraient d&#233;terminer leur plus ou moins grande capacit&#233; &#224; la sp&#233;ciation &#8212;, caract&#233;ristiques &#233;mergentes permettant un m&#233;canisme de s&#233;lection entre esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould insiste sur les faiblesses logiques et les contorsions du raisonnement de Dawkins et de Williams, par d'abondantes citations de leurs &#233;crits, tout en montrant en m&#234;me temps que ces difficult&#233;s disparaissent si l'on cesse de r&#233;duire l'action de la s&#233;lection naturelle &#224; un seul niveau, que ce soit celui des g&#232;nes, comme Dawkins, ou celui des organismes, comme Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut reprendre ici l'ensemble du raisonnement et des arguments d&#233;ploy&#233;s par Stephen Jay Gould dans ce chapitre 8. On rel&#232;vera seulement ce passage, critiquant les faiblesses de la th&#233;orie du s&#233;lectionnisme g&#233;nique, sur le plan de la mise en &#233;vidence pratique (p. 888) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux raisons fondamentales interdisent de comprendre les causes d'un changement g&#233;n&#233;tique par la simple lecture des bilans comptables de fr&#233;quence des g&#232;nes. Premi&#232;rement, observer qu'un tri g&#233;nique a eu lieu n'indique pas &#224; quel niveau le m&#233;canisme responsable a pris place. [...] Deuxi&#232;mement, m&#234;me lorsqu'on peut identifier le niveau auquel s'est r&#233;alis&#233; le tri g&#233;n&#233;tique dans un cas donn&#233;, on ne peut pas savoir, d'apr&#232;s la seule observation de la fr&#233;quence des g&#232;nes, si le g&#232;ne retenu l'a &#233;t&#233; parce qu'il a d&#233;termin&#233; une certaine caract&#233;ristique du ph&#233;notype, qui a &#233;t&#233; d&#232;s lors s&#233;lectionn&#233;e, ou s'il a &#233;t&#233; retenu pour une s&#233;rie de raisons peut-&#234;tre non adaptatives. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La science progresse en corrigeant continuellement certaines erreurs. La plupart de ces derni&#232;res proviennent d'une insuffisance des connaissances sur le monde observable, ou (lorsqu'elles sont fond&#233;es sur des pr&#233;conceptions th&#233;oriques) persistent seulement parce que l'on ne dispose pas des moyens (conceptuels ou techniques) permettant de les r&#233;futer par des observations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il arrive rarement que certaines disciplines se fourvoient en persistant, sur de longues p&#233;riodes, &#224; promouvoir de vastes programmes de recherche inaugur&#233;s &#224; l'origine par une erreur de raisonnement et non par l'insuffisance des donn&#233;es d'observation. Or, je pense que l'interpr&#233;tation de la s&#233;clection naturelle centr&#233;e sur le g&#232;ne (stipulant que les g&#232;nes en tant que r&#233;plicateurs fid&#232;les et potentiellement immortels sont n&#233;cessairement les unit&#233;s de s&#233;lection fondamentales, voire exclusives) repr&#233;sente une erreur de ce genre inhabituel, c'est-&#224;-dire purement conceptuelle. Lanc&#233;e &#224; l'origine par le livre-manifeste de Williams (1966 &#8211; ouvrage fond&#233; sur un mode de pens&#233;e inspir&#233; indirectement par la vision du monde brillamment coh&#233;rente mais restrictive de R.A. Fisher (1930) et, plus directement, par le remarquable travail de W. D. Hamilton (1964)), elle a &#233;t&#233; codifi&#233;e par Dawkins (1976) et propag&#233;e par de nombreux ouvrages de vulgarisation (particuli&#232;rement celui de Cronin, 1991) ou plus techniques (Dennett, 1995) ; cette approche &#8211; centr&#233;e sur le g&#232;ne &#8211; du mode d'op&#233;ration et de la nature des agents de la s&#233;lection a suscit&#233; &#224; la fois des mouvements d'adh&#233;sion fervente de nature quasi religieuse (voir R. Wright, 1994) et d'opposition d&#233;termin&#233;e de la part de nombreux &#233;volutionnistes qui tendent &#224; en regarder la version radicale comme la r&#233;apparition d'un fondamentalisme darwinien (voir Gould 1997d) qualifi&#233; soit d'ultradarwinisme (Eldredge, 1995), soit d'hyperdarwinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais montrer dans la pr&#233;sente section que, si les g&#232;nes peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s, de fa&#231;on appropri&#233;e, comme les r&#233;plicateurs fondamentaux (dans le cadre d'une certaine perspective l&#233;gitime qui cependant ne doit pas &#234;tre exclusive), ceux-ci ne sont tout simplement pas des unit&#233;s de s&#233;lection, ni le moins du monde des agents causals, si l'on en juge d'apr&#232;s la fa&#231;on habituelle d'interpr&#233;ter les m&#233;canismes en science. C'est en raison d'une erreur de logique que les partisans de la d&#233;marche centr&#233;e sur le g&#232;ne interpr&#232;tent &#224; tort les r&#233;plicateurs comme les agents causals de la s&#233;lection, et l'on peut parfaitement r&#233;sumer cette erreur en disant qu'elle confond une analyse de comptabilit&#233; avec un m&#233;canisme causal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tomberait dans une autre faute grave de raisonnement si l'on acceptait l'id&#233;e courante que les erreurs appartiennent elles-m&#234;mes &#224; la cat&#233;gorie purement n&#233;gative des malheureuses gaffes. Certaines erreurs ne conduisent effectivement qu'&#224; des impasses et sont sources de perte de temps. Mais d'autres, comme les scientifiques s&#233;rieux l'ont toujours reconnu, servent d'aiguillon &#224; la recherche et poussent &#224; progresser par le biais de leur rectification&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand &#233;conomiste italien Vilfredo Pareto disait : &#171; Donnez-moi une erreur f&#233;conde quand vous voulez, pleine de graines, susceptible d'&#233;clater gr&#226;ce aux corrections qu'on va lui apporter. Vous pouvez garder votre st&#233;rile v&#233;rit&#233; pour vous-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ma carri&#232;re d'&#233;volutionniste, je n'ai pas connu d'erreur plus f&#233;conde, au sens de Pareto, que l'approche de la s&#233;lection centr&#233;e sur le g&#232;ne. Sa th&#232;se fondamentale, exprim&#233;e clairement, nous a forc&#233;s &#224; repenser compl&#232;tement la question de la causalit&#233; &#233;volutive. Le caract&#232;re outr&#233; de ce r&#233;ductionnisme extr&#234;me nous a oblig&#233;s &#224; r&#233;examiner le mode d'op&#233;ration de la s&#233;lection, en rejetant explicitement les notions les plus anciennes, les plus traditionnelles et enti&#232;rement fond&#233;es sur le sens commun, concernant notre corps en tant qu'agent. (Cependant, la forme r&#233;ductionniste de cette th&#233;orie s'accordait si bien avec les id&#233;es classiques sur les vis&#233;es de la science que de nombreux biologistes se sont saisis de son esprit et en ont appliqu&#233; les concepts, alors m&#234;me qu'ils contredisaient fortement l'intuition ordinaire.) N&#233;anmoins, la th&#233;orie de la s&#233;lection centr&#233;e sur le g&#232;ne &#233;tait ind&#233;fendable. Malgr&#233; toutes les tentatives obstin&#233;es et h&#233;ro&#239;ques pour la sauver, les explications qu'elle fournissait ne pouvaient tenir, en raison de l'erreur logique fondamentale sur laquelle elle &#233;tait fond&#233;e, notamment dans les cas o&#249; la s&#233;lection op&#233;rait manifestement sur les caract&#233;ristiques &#233;mergentes d'individus de haut niveau, car, alors, aucun tour de passe-passe verbal ne permettait de r&#233;interpr&#233;ter le ph&#233;nom&#232;ne envisag&#233; en termes de g&#232;nes consid&#233;r&#233;s en tant qu'agents causals. Si les &#171; erreurs au sens de Pareto &#187; contiennent les graines qui, en se d&#233;veloppant, font &#233;clater leurs limites, alors on peut voir que c'est bien &#224; leur cat&#233;gorie qu'appartiennent ces erreurs peu courantes issues de raisons fallacieuses (par opposition aux erreurs issues d'un manque de donn&#233;es d'observation)&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure fa&#231;on de mettre en lumi&#232;re le caract&#232;re erron&#233; du s&#233;lectionnisme g&#233;nique et, par cons&#233;quent, du mod&#232;le de s&#233;lection alternatif (et oppos&#233;), celui de la s&#233;lection hi&#233;rarchique, est de pr&#233;senter une s&#233;rie de sept th&#232;ses&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La distinction entre r&#233;plicateurs et interacteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les deux chefs de file et fondateurs du s&#233;lectionnisme g&#233;nique moderne en tant que conception g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution (Williams, 1966 ; Dawkins, 1976) ont &#233;tabli une distinction entre, d'une part, les unit&#233;s reproductives de l'h&#233;r&#233;dit&#233; et, d'autre part, les entit&#233;s qui interagissent avec l'environnement pour infl&#233;chir la transmission &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante des unit&#233;s reproductives. Williams a consid&#233;r&#233; que la quasi-totalit&#233; de l'&#233;volution proc&#233;dait des g&#232;nes en tant qu'unit&#233;s reproductives, l'adaptation des organismes (les entit&#233;s r&#233;alisant l'interaction) en &#233;tant la cons&#233;quence&#8230; Dawkins a approuv&#233; totalement cette fa&#231;on de voir et a &#233;tabli une distinction plus pittoresque et plus explicite entre, d'une part, les &#171; r&#233;plicateurs &#187;, consid&#233;r&#233;s comme les unit&#233;s de s&#233;lection et repr&#233;sentant les g&#232;nes, et, d'autre part, les &#171; v&#233;hicules &#187;, consid&#233;r&#233;s comme des conteneurs purement passifs, &#233;difi&#233;s pour leurs propres fins par les r&#233;plicateurs et repr&#233;sent&#233;s par le corps des organismes (&#8230;) Hull a soulign&#233; que l'explication de la s&#233;lection en termes de causes doit n&#233;cessairement comprendre les deux concepts (1980, pp. 319-320) : &#171; Un certain type d'&#233;volution pourrait r&#233;sulter de la r&#233;plication seule, mais l'&#233;volution par la s&#233;lection naturelle demande de combiner la r&#233;plication et l'interaction. Ces deux processus sont n&#233;cessaires simultan&#233;ment. Aucun des deux n'est par lui-m&#234;me suffisant. Omettre la r&#233;plication, c'est ne pas prendre en compte le m&#233;canisme par lequel une structure est transmise d'une g&#233;n&#233;ration &#224; une autre. Ne pas prendre en compte les m&#233;canismes causals qui infl&#233;chissent la distribution des r&#233;plicateurs r&#233;duit le processus &#233;volutif &#224; la &#171; gavotte des chromosomes &#187;, pour utiliser l'expression appropri&#233;e d'Hamilton. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Je vais soutenir dans cette section que le m&#233;canisme causal de la s&#233;lection r&#233;side dans l'interaction, non dans la r&#233;plication, et que le mod&#232;le hi&#233;rarchique s'impose presque automatiquement, d&#232;s lors que l'on accepte cette analyse de la causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La r&#233;plication fid&#232;le comme crit&#232;re fondamental de la conception de l'&#233;volution centr&#233;e sur le g&#232;ne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme not&#233; ci-dessus, Williams et Dawkins ont tous deux choisi de prendre les r&#233;plicateurs, et non les interacteurs, comme unit&#233;s de s&#233;lection&#8230; Ayant ainsi pris cette option, et compris correctement que la s&#233;lection ne pouvait op&#233;rer que sur des &#171; individus &#187; tels que d&#233;finis pr&#233;c&#233;demment, quels individus se r&#233;pliquant Williams et Dawkins allaient-ils ensuite choisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous qu'ils ont choisi les g&#232;nes, dans la mesure o&#249; ils ont consid&#233;r&#233; ceux-ci comme les r&#233;plicateurs fondamentaux (et, selon eux, effectivement exclusifs), et ils en ont fait, au nom de leur choix, les seule unit&#233;s de s&#233;lection &#224; prendre en compte dans le cadre de la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution (en contraste maximal avec la th&#233;orie hi&#233;rarchique, telle qu'elle est d&#233;fendue dans le pr&#233;sent livre, envisageant de multiples niveaux intervenant simultan&#233;ment)&#8230; Williams et Dawkins sont tous deux partis de l'id&#233;e que les unit&#233;s conventionnelles prises en compte par la th&#233;orie darwinienne (le corps des organismes) ne peuvent pas correctement remplir cette fonction, parce que les organismes sont d&#233;pourvus d'une caract&#233;ristique fondamentale que les g&#232;nes, eux poss&#232;dent. Les traits du corps des organismes sexu&#233;s se d&#233;sint&#232;grent en quelque sorte lors de la reproduction, ne faisant, pour ainsi dire, qu'une demi-apparition dans la constitution g&#233;n&#233;tique de leurs rejetons. Comment une entit&#233; aussi &#233;ph&#233;m&#232;re que le corps des organismes pourrait-elle &#234;tre une unit&#233; de s&#233;lection ? Mais les g&#232;nes transmettent des copies fid&#232;les d'eux-m&#234;mes aux g&#233;n&#233;rations suivantes et, par cons&#233;quent, pr&#233;sentent l'int&#233;grit&#233; durable, requise d'un agent de la s&#233;lection naturelle, selon leur conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;) Dawkins commet ensuite l'une des erreurs classiques dans le domaine du raisonnement appliqu&#233; &#224; des sujets historiques, en soutenant que, puisque les g&#232;nes ont pr&#233;c&#233;d&#233; les organismes dans le temps et se sont ensuite agr&#233;g&#233;s pour former des cellules et des organismes, ils b&#233;n&#233;ficient n&#233;cessairement de la ma&#238;trise sur les organismes : ce faisant, il confond &#224; tort la notion de primordialit&#233; dans l'histoire avec celle de primaut&#233; actuelle &#8211; au sens de la domination&#8230; Une unit&#233; de niveau plus &#233;lev&#233; peut avoir &#233;t&#233; form&#233;e historiquement par l'agr&#233;gation d'unit&#233;s de niveau inf&#233;rieur. Mais d&#232;s lors qu'une unit&#233; de niveau plus &#233;lev&#233; d&#233;veloppe des caract&#233;ristiques &#233;mergentes en raison d'interactions non additives entre ses composantes (les unit&#233;s de niveau inf&#233;rieur), elle devient par d&#233;finition une unit&#233; ind&#233;pendante de plein droit, et non l' &#171; esclave &#187; passif de ses composantes, dont on aurait pu penser, &#224; tort, qu'elles auraient eu une compl&#232;te ma&#238;trise sur elle&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cribles, purificateurs et nature de la s&#233;lection : le rejet de la r&#233;plication comme mode d'op&#233;ration de la s&#233;lection&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; On proclame si souvent que le mode d'op&#233;ration de la s&#233;lection est li&#233; &#224; la r&#233;plication fid&#232;le que cet &#233;nonc&#233; est pratiquement devenu une formule rituelle aux yeux de nombreux &#233;volutionnistes. Cependant, lorsqu'on consid&#232;re ce qu'est fondamentalement la s&#233;lection naturelle en tant que processus causal, on ne peut que se demander pourquoi tant de gens font cette erreur qui consiste &#224; confondre la mesure des effets produits par la s&#233;lection naturelle gr&#226;ce au calcul de l'accroissement diff&#233;rentiel de certains attributs h&#233;n&#233;r&#233;ditaires (comptabilit&#233;) avec le m&#233;canisme qui d&#233;termine le succ&#232;s reproductif relatif (causalit&#233;)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;volutionnistes ont estim&#233; que les g&#232;nes devaient s&#251;rement &#234;tre les unit&#233;s op&#233;rationnelles de la s&#233;lection en raison de deux caract&#233;ristiques qui ont une grande importance au regard de l'&#233;volution, mais qui n'ont en r&#233;alit&#233; que peu de rapport avec le mode d'op&#233;ration de la s&#233;lection. La persistance &#224; long terme et la r&#233;plication figurent effectivement parmi les caract&#233;ristiques n&#233;cessaires (mais non suffisantes) que doit poss&#233;der une entit&#233; biologique quelconque pour &#234;tre qualifi&#233;e d'individu &#233;volutionniste. Puisque l'&#233;volution requiert la transmission h&#233;r&#233;ditaire, et puisque les g&#232;nes transmettent des copies fid&#232;les d'eux-m&#234;mes, et qu'ils repr&#233;sentent aussi la plus petite unit&#233; fonctionnelle de la structure mat&#233;rielle qui fonde la continuit&#233; physique entre les g&#233;n&#233;rations d'organismes sexu&#233;s (le type d'individus &#233;volutionnistes que nous connaissons le mieux pour d'&#233;videntes raisons nombrilistes), de nombreux biologistes ont suppos&#233; que les g&#232;nes repr&#233;sentaient donc les unit&#233;s de s&#233;lection fondamentales (voire uniques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'une erreur int&#233;ressante qui se fonde sur deux fautes de raisonnement tr&#232;s r&#233;pandues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) La confusion entre conditions n&#233;cessaires et conditions suffisantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Les individus &#233;volutionnistes, pour agir en tant qu'unit&#233; de s&#233;lection, doivent aussi poss&#233;der des propri&#233;t&#233;s que les g&#232;nes n'ont g&#233;n&#233;ralement pas. En particulier, une unit&#233; de s&#233;lection doit interagir &#171; directement entant qu'ensemble coh&#233;rent avec son environnement de telle fa&#231;on que la r&#233;plication soit diff&#233;rentielle &#187;, pour citer de nouveau la d&#233;finition de Hull (1980, p. 318).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais chez les organismes sexu&#233;s, et chez les autres individus de plus haut niveau, les g&#232;nes n'interagissent g&#233;n&#233;ralement pas de fa&#231;on directe avec l'environnement. En r&#233;alit&#233;, ils op&#232;rent par le biais des organismes, lesquels fonctionnent comme les vrais agents dans la &#171; lutte pour l'existence &#187;. Les organismes vivent, meurent, entre en concurrence avec d'autres, et se reproduisent ; il en r&#233;sulte que les g&#232;nes sont transmis de fa&#231;on diff&#233;rentielle &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Les concepts et les d&#233;finitions sont li&#233;es &#224; des th&#233;ories&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fid&#233;lit&#233; de la r&#233;plication des g&#232;nes est une notion s&#233;duisante, surtout quand on la compare avec la nature &#233;ph&#233;m&#232;re des organismes sexu&#233;s, dont les traits se d&#233;sint&#232;grent pour passer &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les individus &#233;volutionnistes doivent &#234;tre tous capables de transmettre (diff&#233;rentiellement et d'une fa&#231;on h&#233;ritable) leurs caract&#233;ristiques favorables aux g&#233;n&#233;rations suivantes. Mais cela ne signifie absolument pas que les unit&#233;s de s&#233;lection doivent transmettre des copies d'elles-m&#234;mes, corporellement et dans leur totalit&#233;, &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante. Le crit&#232;re de l'h&#233;r&#233;dit&#233; demande seulement que les unit&#233;s de s&#233;lection soient capables d'infl&#233;chir la constitution g&#233;n&#233;tique de la g&#233;n&#233;ration suivante en direction des traits qui ont assur&#233; le succ&#232;s reproductif diff&#233;rentiel des individus parentaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'interaction, crit&#232;re ad&#233;quat pour caract&#233;riser les unit&#233;s de s&#233;lection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) La simple observation de la plurification (l'accroissement relatif de la repr&#233;sentation individuelle dans la constitution h&#233;r&#233;ditaire des g&#233;n&#233;rations suivantes) ne suffit pas &#224; identifier la mise en &#339;uvre de la s&#233;lection naturelle, car, d'une part, la plurification peut r&#233;sulter de la mise en &#339;uvre de processus non s&#233;lectifs et, d'autre part, certains ph&#233;notypes peuvent voir leur fr&#233;quence s'accro&#238;tre, mais &#234;tre ensuite incapables de se plurifier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'incoh&#233;rence interne du s&#233;lectionnisme g&#233;nique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'estime que la vogue connue par le s&#233;lectionnisme g&#233;nique durant ces derni&#232;res ann&#233;es constitue un &#233;pisode inhabituel dans l'histoire des sciences, car je suis convaincu que la th&#232;se centrale de cette th&#233;orie est logiquement incoh&#233;rente, m&#234;me si plusieurs de ses principes sont s&#233;duisants (et partiellement valables), et m&#234;me si est interessant l'exercice mental consistant &#224; reconsid&#233;rer l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes naturels du point de vue du g&#232;ne. L'analyse de texte serr&#233;e des documents fondamentaux de cette th&#233;orie r&#233;v&#232;le des probl&#232;mes internes persistants, explicitement reconnus par leurs auteurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tentative d'attribuer le r&#244;le d'agent aux g&#232;nes en niant les propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes des organismes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une fois que l'on admet, comme tous les partisans du s&#233;lectionnisme g&#233;nique sont oblig&#233;s de le faire et s'y plient effectivement, que les g&#232;nes se propagent par le biais d'une s&#233;lection portant sur des interacteurs (lesquels sont des organismes), comment est-il possible d'attribuer le r&#244;le d'agent causal direct aux g&#232;nes plut&#244;t qu'aux organismes ? (&#8230;) Une vue r&#233;ductionniste de ce genre ne peut s'appliquer qu'&#224; condition que les g&#232;nes &#233;difient le corps des organismes sans interaction non-lin&#233;aire ou non additive entre eux, dans le cadre du programme de construction repr&#233;sent&#233; par le d&#233;veloppement. D&#232;s lors qu'existe n'importe quel ph&#233;nom&#232;ne non lin&#233;aire entre les g&#232;nes, il est impossible de d&#233;composer les m&#233;canismes causals au niveau d'un organisme donn&#233; en termes de g&#232;nes consid&#233;r&#233;s individuellement, car les organismes repr&#233;sentent alors, selon une formule classique, &#171; plus que la somme de leurs parties &#187;. En termes techniques, la non-lin&#233;arit&#233; conduit &#224; des traits et &#224; des valeurs comp&#233;titives &#233;mergentes au niveau des organismes ; et lorsque la s&#233;lection op&#232;re sur des propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes de ce type, il est logiquement impossible de ramener les m&#233;canismes causals &#224; l'action des g&#232;nes individuels et &#224; leur sommation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_G%C3%A8ne_%C3%A9go%C3%AFste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le g&#232;ne &#233;go&#239;ste de Richard Dawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_g%C3%A8ne_%C3%A9go%C3%AFste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie du g&#232;ne &#233;go&#239;ste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Dawkins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Richard Dawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/richard-dawkins-evolutionniste-choc-01-04-1997-78247&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore sur Richard Dawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/richard-dawkins-evolutionniste-choc-01-04-1997-78247&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le tout-g&#233;n&#233;tique -&gt; https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=tout+g%C3%A9n%C3%A9tique+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toujours sur Richard Dawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2341&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le darwinisme social de la sociobiologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=6LMrAwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=THE+STRUCTURE+OF+EVOLUTIONARY+THEORY+By+Stephen+Jay+Gould.&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=THE%20STRUCTURE%20OF%20EVOLUTIONARY%20THEORY%20By%20Stephen%20Jay%20Gould.&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Read &#8220;THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY&#8221;, By Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=EJeHTt8hW7UC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=selfish+gene+richard+dawkins&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=selfish%20gene%20richard%20dawkins&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;The Selfish Gene&#8221; By Richard Hawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?tbm=bks&amp;hl=fr&amp;q=le+g%C3%A8ne+%C3%A9go%C3%AFste++richard+dawkins#hl=fr&amp;tbm=bks&amp;q=inauthor:%22Richard+Dawkins%22&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Other texts of Richard Dawkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Richard Dawkins &#233;crit en 2006 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est important de ne pas se m&#233;prendre sur la port&#233;e de la s&#233;lection naturelle. Elle ne favorise pas l'&#233;volution d'une perception cognitive de ce qui est bon pour vos g&#232;nes. Cette perception a d&#251; attendre le XXe si&#232;cle pour arriver au niveau cognitif, et seuls ne la comprennent bien qu'une minorit&#233; de sp&#233;cialistes scientifiques. Ce que favorise la s&#233;lection naturelle, ce sont les r&#232;gles d'or, qui fonctionnent en pratique pour promouvoir les g&#232;nes qui les ont construites. Les r&#232;gles d'or, par nature, font parfois des erreurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Citations de Richard Dawkins dans &#171; Le g&#232;ne &#233;go&#239;ste &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vie intelligente sur une plan&#232;te ne peut na&#238;tre qu'une fois qu'elle a appr&#233;hend&#233; les raisons de sa propre existence. Pg 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les esp&#232;ces &#224; reproduction sexu&#233;e, l'individu est une unit&#233; g&#233;n&#233;tique trop grande et trop temporaire pour devenir une unit&#233; significative de la s&#233;lection naturelle. Pg 58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#232;ne est d&#233;fini comme un morceau de chromosome qui est assez court pour pouvoir durer suffisamment longtemps et jouer le r&#244;le d'unit&#233; significative de s&#233;lection naturelle. Pg 60&lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#232;ne est l'unit&#233; de base de l'&#233;go&#239;sme. Pg 61&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] l'amour universel et le bien-&#234;tre des esp&#232;ces en g&#233;n&#233;ral sont des concepts qui n'ont absolument aucun sens quand on parle d'&#233;volution. Pg 19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des colonies gigantesques de g&#232;nes symbiotiques. Pg 247&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains emploient la m&#233;taphore de la colonie, d&#233;crivant un corps comme une colonie de cellules. Je pr&#233;f&#232;re consid&#233;rer le corps comme une colonie de g&#232;nes, et la cellule comme une unit&#233; de travail commode pour la chimie des g&#232;nes. Pg 74&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes ne sont pas d&#233;truits apr&#232;s un &#8220;crossing-over&#8221;, ils ne font que changer de partenaire et continuent leur marche. Pg 59&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos propres g&#232;nes coop&#232;rent non parce qu'ils sont les n&#244;tres, mais parce qu'ils partagent la m&#234;me sortie &#8212; le spermatozo&#239;de ou l'ovocyte &#8212; pour aller dans l'avenir. Pg 328&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] pour comprendre l'&#233;volution de l'homme moderne, il nous faut commencer par rejeter le g&#232;ne comme seul fondement de nos id&#233;es sur l'&#233;volution. [&#8230;] le darwinisme est une th&#233;orie trop vaste pour &#234;tre r&#233;duite au contexte &#233;troit du g&#232;ne. Pg 260&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat-providence est peut-&#234;tre le syst&#232;me altruiste le plus important que le r&#232;gne animal ait connu. Mais tout syst&#232;me altruiste est naturellement instable parce qu'il est la porte ouverte aux abus d'individus &#233;go&#239;stes pr&#234;ts &#224; l'exploiter. Pg 164&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous n'avons pas encore pris en compte, c'est qu'une caract&#233;ristique culturelle ait pu &#233;voluer d'une certaine mani&#232;re parce qu'elle y a trouv&#233; son avantage. Pg 270&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes construits pour &#234;tre des machines &#224; g&#232;nes et &#233;lev&#233;s pour &#234;tre des machines &#224; m&#232;mes, mais nous avons le pouvoir de nous retourner contre nos cr&#233;ateurs. Pg 272&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dawkins cite N. K. Humphrey : &#171; [&#8230;] les m&#232;mes devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s techniquement comme des structures vivantes, et non pas simplement comme des m&#233;taphores. &#187; Pg 261&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dawkins cite Jacques Monod : &#171; Un autre aspect curieux de la th&#233;orie de l'&#233;volution est que chacun pense la comprendre ! &#187; Pg38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre grand n'est pas n&#233;cessairement une bonne chose : la plupart des organismes sont des bact&#233;ries et tr&#232;s peu sont des &#233;l&#233;phants. Pg 345&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] r&#233;sum&#233; de l'id&#233;e que l'on peut avoir au travers du g&#232;ne &#233;go&#239;ste/du ph&#233;notype &#233;tendu. Je maintiens qu'il s'agit d'une id&#233;e qui s'applique aux choses vivantes partout dans l'univers. L'unit&#233; fondamentale, le premier moteur de toute vie, c'est le r&#233;plicateur. Un r&#233;plicateur est tout ce dont on fait des copies dans l'univers. Les r&#233;plicateurs existent d'abord gr&#226;ce &#224; la chance, au m&#233;lange hasardeux de particules plus petites. Une fois qu'un r&#233;plicateur est n&#233;, il est capable de g&#233;n&#233;rer un &#233;ventail ind&#233;fini de copies de lui-m&#234;me. Aucun proc&#233;d&#233; de copie n'est toutefois parfait, et la population des r&#233;plicateurs en vient &#224; comprendre des vari&#233;t&#233;s qui diff&#232;rent. Pg 353 &amp; 354&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] si l'&#233;volution peut vaguement sembler une &#8220;bonne chose&#8221;, [&#8230;] en fait rien ne &#8220;demande&#8221; &#224; &#233;voluer. L'&#233;volution est un ph&#233;nom&#232;ne qui arrive bon gr&#233; mal gr&#233;, en d&#233;pit de tous les efforts des r&#233;plicateurs (aujourd'hui des g&#232;nes) pour pr&#233;venir son arriv&#233;e. Pg 38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa forme la plus g&#233;n&#233;rale, la s&#233;lection naturelle signifie la survie diff&#233;rentielle d'entit&#233;s. Certaines entit&#233;s vivent, d'autres meurent, mais pour que cette mort s&#233;lective ait un impact sur le monde, une condition suppl&#233;mentaire est n&#233;cessaire. Chaque entit&#233; doit exister sous la forme de lots de copies, et au moins quelques-unes de ces entit&#233;s doivent potentiellement &#234;tre capables de survivre, sous forme de copies, pendant une p&#233;riode importante dans le temps &#233;volutionnaire. De petites unit&#233;s g&#233;n&#233;tiques ont ces propri&#233;t&#233;s ; les individus, les groupes et les esp&#232;ces ne les ont pas. Pg 57&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si on peut mettre l'&#233;thique de &#8220;l'esp&#233;c&#233;isme&#8221;, pour reprendre un terme de Richard Ryder, sur le m&#234;me plan que celle du &#8220;racisme&#8221;, mais ce que je sais, en revanche, c'est qu'elle n'a pas de base solide en biologie de l'&#233;volution. [&#8230;] Si la s&#233;lection se poursuit entre des groupes &#224; l'int&#233;rieur d'une esp&#232;ce, et entre des esp&#232;ces, pourquoi ne devrait-elle pas s'op&#233;rer entre des groupes plus importants ? [&#8230;] Le lion et l'antilope sont tous deux membres de la classe des mammif&#232;res, comme nous. Ne devrions-nous pas alors nous attendre &#224; ce que les lions s'abstiennent de tuer les antilopes &#8220;pour le bien des mammif&#232;res&#8221; ? Pg 28 &amp; 29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous le souhaitons, nous pouvons d&#233;finir un g&#232;ne comme &#233;tant une s&#233;quence de lettres nucl&#233;otidiques se trouvant entre un symbole de D&#201;BUT et un autre de FIN, qui forment le code d'une cha&#238;ne prot&#233;ique. Le mot cistron a &#233;t&#233; utilis&#233; pour une unit&#233; d&#233;finie de cette mani&#232;re [&#8230;]. Mais le &#8220;crossing-over&#8221; ne respecte pas les fronti&#232;res entre les deux cistrons. [&#8230;] Dans le titre de ce livre, le mot &#8220;g&#232;ne&#8221; ne signifie pas : un seul cistron, mais quelque chose de plus subtil. [&#8230;] La d&#233;finition que je veux utiliser est celle de G. C. Williams. Un g&#232;ne peut &#234;tre d&#233;fini comme une portion de mat&#233;riel chromosomique qui dure potentiellement pendant un nombre suffisant de g&#233;n&#233;rations pour servir d'unit&#233; de s&#233;lection naturelle. [&#8230;] Plus une unit&#233; g&#233;n&#233;tique est courte, plus longtemps elle vivra &#8212; en termes de g&#233;n&#233;rations, en particulier parce qu'elle aura moins de risques d'&#234;tre cass&#233;e par un &#8220;crossing-over&#8221;. Pg 50 &amp; 51&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect remarquable du g&#232;ne est qu'il ne conna&#238;t pas la s&#233;nilit&#233; ; il n'a pas plus de chances de mourir quand il a un million d'ann&#233;es que lorsqu'il en a cent. Il saute de corps en corps suivant les g&#233;n&#233;rations, manipulant corps apr&#232;s corps par ses propres moyens et pour ses propres fins, abandonnant une succession de corps mortels avant qu'ils ne sombrent dans la s&#233;nilit&#233; et la mort. Pg 57 &amp; 58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi que les g&#232;nes libres et ind&#233;pendants puissent &#234;tre dans leur voyage dans les g&#233;n&#233;rations, ce ne sont pas des agents ind&#233;pendants et libres dans le contr&#244;le qu'ils exercent sur le d&#233;veloppement embryonnaire. Ils collaborent et interagissent de mani&#232;re complexe, inextricable, &#224; la fois l'un avec l'autre et avec leur environnement ext&#233;rieur. Des expressions comme &#8220;le g&#232;ne des longues jambes&#8221; ou &#8220;le g&#232;ne du comportement altruiste&#8221; sont pratiques, mais il est important de comprendre ce qu'elles signifient. Il n'existe aucun g&#232;ne capable de construire une jambe &#224; lui seul, qu'elle soit longue ou courte. [&#8230;] Mais il pourrait bien y avoir un seul g&#232;ne qui, toutes choses &#233;tant &#233;gales par ailleurs, tende &#224; faire les jambes plus longues qu'elles ne l'eussent &#233;t&#233; sous l'influence de l'all&#232;le du g&#232;ne. Pg 61&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] les g&#232;nes qui r&#233;ussissent auront tendance &#224; retarder la mort de leurs machines &#224; survie, au moins jusqu'&#224; ce qu'elles ne puissent plus se reproduire. [&#8230;] il est [&#8230;] &#233;vident qu'un g&#232;ne l&#233;tal qui fera effet &#224; retardement sera plus stable dans le pool g&#233;nique qu'un autre qui fera effet tout de suite. [&#8230;] Ainsi, selon cette th&#233;orie, la s&#233;nilit&#233; n'est que le sous-produit de l'accumulation dans le pool g&#233;nique de g&#232;nes l&#233;taux et de g&#232;nes semi-l&#233;taux &#224; effet retard, qui ont r&#233;ussi &#224; passer &#224; travers les mailles du filet de la s&#233;lection naturelle simplement parce qu'ils ne font sentir leurs effets que tr&#232;s tard. Pg 66&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] la difficult&#233; qu'ont les th&#233;oriciens &#224; expliquer l'&#233;volution des sexes provient du fait qu'ils pensent habituellement que l'individu essaye de maximiser le nombre de ses g&#232;nes survivants. [&#8230;] Mais le paradoxe semble moins paradoxal si nous [&#8230;] traitons l'individu comme une machine &#224; survie construite par une conf&#233;d&#233;ration &#233;ph&#233;m&#232;re de g&#232;nes immortels. [&#8230;] Un g&#232;ne en faveur de la sexualit&#233; manipule tous les autres g&#232;nes pour ses propres desseins &#233;go&#239;stes. [&#8230;] Qu'elle b&#233;n&#233;ficie ou non au reste des g&#232;nes de l'individu est comparativement inutile. Pg 70&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] la manifestation imm&#233;diate de la s&#233;lection naturelle se passe presque toujours au niveau individuel. Mais les cons&#233;quences &#224; long terme de la mort individuelle et du succ&#232;s en mati&#232;re de reproduction se manifestent sous forme de fr&#233;quences de changement de g&#232;nes dans le pool g&#233;nique. Pg 71&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie &#233;volutionnairement stable ou SES se d&#233;finit comme une strat&#233;gie qui, si elle est adopt&#233;e par la plupart de ses membres, ne peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e par aucune autre strat&#233;gie. [&#8230;] Une SES est stable non parce qu'elle est particuli&#232;rement bonne pour les individus qui en font partie, mais simplement parce qu'elle est immunis&#233;e contre la trahison interne. Pg 103 &amp; 107&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pool g&#233;nique repr&#233;sente l'environnement &#224; long terme du g&#232;ne. [&#8230;] Le pool g&#233;nique deviendra un ensemble &#233;volutionnairement stable de g&#232;nes, d&#233;fini comme pool g&#233;nique qui ne peut &#234;tre envahi par aucun g&#232;ne nouveau. La plupart des nouveaux g&#232;nes qui apparaissent par mutation, par r&#233;arrangement, ou par migration, sont rapidement p&#233;nalis&#233;s par la s&#233;lection naturelle : l'ensemble &#233;volutionnairement stable est restaur&#233;. De temps &#224; autre, un nouveau g&#232;ne r&#233;ussit bien &#224; envahir l'ensemble : il r&#233;ussit &#224; se r&#233;pandre dans le pool g&#233;nique. Il y a une p&#233;riode transitoire d'instabilit&#233; qui se termine par un nouvel ensemble &#233;volutionnairement stable &#8212; on a alors assist&#233; &#224; une tranche d'&#233;volution. Pg 125&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note n&#176;8, en r&#233;f&#233;rence au paragraphe cit&#233; ci-dessus : Ce paragraphe r&#233;sume bien une fa&#231;on d'exprimer la th&#233;orie maintenant bien connue de l'&#233;quilibre ponctu&#233;. Je suis honteux de dire que, lorsque j'ai expos&#233; mon hypoth&#232;se, j'&#233;tais, comme de nombreux biologistes britanniques de l'&#233;poque, compl&#232;tement ignorant de l'existence de cette th&#233;orie, bien qu'elle ait &#233;t&#233; publi&#233;e trois ans plus t&#244;t. Depuis, par exemple dans L'Horloger aveugle, je suis devenu quelque peu irritable &#8212; peut-&#234;tre un peu trop &#8212; sur la fa&#231;on dont on nous a rebattu les oreilles avec cette th&#233;orie. Si cela a heurt&#233; la sensibilit&#233; de quelqu'un, je le regrette. On peut noter toutefois qu'au moins en 1976 mon c&#339;ur ne se trompait pas. Pg 381&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#232;nes [&#8230;] contr&#244;lent le comportement de leurs machines &#224; survie, non pas directement [&#8230;], mais indirectement, comme le programmeur d'ordinateur. Ils ne peuvent qu'&#233;tablir le programme &#224; l'avance et la machine &#224; survie agit de son propre chef, tandis que les g&#232;nes attendent passivement &#224; l'int&#233;rieur. Pourquoi sont-ils passifs, pourquoi ne prennent-ils pas les r&#234;nes de temps &#224; autre pour changer la direction ? Ils ne peuvent le faire &#224; cause des probl&#232;mes de d&#233;calage temporel [&#8230;]. Pg 81&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chaque d&#233;cision prise par une machine &#224; survie est un pari, et c'est aux g&#232;nes de programmer le cerveau &#224; l'avance de mani&#232;re &#224; ce qu'en moyenne les d&#233;cisions s'av&#232;rent payantes. Pg 85&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une des mani&#232;res dont les g&#232;nes r&#233;solvent le probl&#232;me des pr&#233;visions dans des environnements assez impr&#233;visibles est l'acquisition d'une capacit&#233; d'apprentissage. [&#8230;] Une autre m&#233;thode int&#233;ressante de pr&#233;vision du futur est la simulation. Pg 86 &amp; 87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] les parents proches &#8212; du m&#234;me sang &#8212; ont une chance sup&#233;rieure &#224; la moyenne de partager des g&#232;nes. [&#8230;] C'est la raison pour laquelle l'altruisme des parents envers leurs enfants est si r&#233;pandu. [&#8230;] Si un individu meurt en sauvant une dizaine de parents proches, il se peut qu'une copie du g&#232;ne de l'altruisme soit perdue, mais un grand nombre de copies du m&#234;me g&#232;ne est pr&#233;serv&#233;. Pg 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[L'] indice de degr&#233; de parent&#233; [&#8230;] exprime les probabilit&#233;s qu'un g&#232;ne soit partag&#233; entre deux parents. Pg 130 G&#233;n&#233;tiquement parlant, un adulte devrait se consacrer autant &#224; son fr&#232;re en bas &#226;ge qu'&#224; ses propres enfants. Sa parent&#233; par rapport aux deux est exactement la m&#234;me, &#224; savoir &#189;. Pg 134&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] la v&#233;ritable parent&#233; peut &#234;tre moins importante dans l'&#233;volution de l'altruisme que la meilleure estimation de parent&#233; &#224; laquelle les animaux peuvent arriver. Pg 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans un monde o&#249; les autres individus sont constamment &#224; l'aff&#251;t d'occasions pour exploiter l'altruisme s&#233;lectionn&#233; par parent&#233; et l'utiliser &#224; ses propres fins, une machine &#224; survie doit savoir &#224; qui elle peut faire confiance, de qui elle peut &#234;tre s&#251;re. Pg 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fonction des situations &#233;cologiques de l'esp&#232;ce, diff&#233;rents m&#233;langes de strat&#233;gies &#233;ducation/reproduction peuvent &#234;tre &#233;volutionnairement stables. La seule chose qui ne puisse l'&#234;tre est une strat&#233;gie d'&#233;ducation pure. Pg 154&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus qui ont trop d'enfants sont p&#233;nalis&#233;s non parce que toute la population va s'&#233;teindre, mais simplement parce qu'ils auront moins d'enfants survivants. Pg 163&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui s'est pass&#233; pour l'homme civilis&#233;, c'est que la taille des familles n'est plus limit&#233;e par une quantit&#233; finie de ressources que les parents peuvent fournir. Si un mari et une femme ont plus d'enfants qu'ils ne peuvent en nourrir, l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire le reste de la population, entre en sc&#232;ne et prend soin de ces enfants en surnombre en les gardant vivants et en bonne sant&#233;. Rien en fait ne peut emp&#234;cher un couple sans ressources d'avoir et d'&#233;lever autant d'enfants que la femme est physiquement capable de porter. Mais l'&#201;tat-providence n'est pas quelque chose de tr&#232;s naturel. Pg 163&lt;br class='autobr' /&gt; La contraception est parfois attaqu&#233;e comme &#233;tant un moyen &#8220;non naturel&#8221;. C'est exact, mais le probl&#232;me est que l'&#201;tat-providence l'est aussi. Je pense que la plupart d'entre nous croient que l'&#201;tat-providence est quelque chose de tr&#232;s souhaitable. Mais vous ne pouvez pas avoir un &#201;tat-providence contraire &#224; la nature, &#224; moins d'avoir un contr&#244;le des naissances tout aussi peu naturel. Pg 164&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission culturelle n'est pas uniquement sp&#233;cifique &#224; l'homme. [Mais] Seule notre propre esp&#232;ce montre r&#233;ellement ce que peut faire l'&#233;volution culturelle. Pg 257 &amp; 258&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un nouveau type de r&#233;plicateur est apparu r&#233;cemment sur notre plan&#232;te ; il nous regarde bien en face. C'est encore un enfant, il se d&#233;place maladroitement dans la soupe originelle, mais subit d&#233;j&#224; un changement &#233;volutionnaire &#224; une cadence qui laisse les vieux g&#232;nes pantelants et loin derri&#232;re. [&#8230;] Tout comme les g&#232;nes se propagent dans le pool g&#233;nique en sautant de corps en corps par le biais des spermatozo&#239;des et des ovocytes, les m&#232;mes se propagent dans le pool des m&#232;mes, en sautant de cerveau en cerveau par un processus qui, au sens large, pourrait &#234;tre qualifi&#233; d'imitation. Pg 261&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne &#233;volution due &#224; la s&#233;lection par les g&#232;nes, et gr&#226;ce &#224; la fabrication de cerveaux, fournit une &#8220;soupe&#8221; dans laquelle les premiers m&#232;mes ont fait leur apparition. Une fois r&#233;pliqu&#233;s, les m&#232;mes se sont r&#233;pandus, et leur propre type d'&#233;volution, plus rapide, a pris son essor. Pg 263&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] en g&#233;n&#233;ral les m&#232;mes ressemblent aux premi&#232;res mol&#233;cules r&#233;plicatrices, flottant librement et au hasard dans la soupe originelle, plut&#244;t qu'aux g&#232;nes modernes nettement appari&#233;s dans leurs troupes chromosomiques. [&#8230;] Devrions-nous alors les qualifier d'&#8220;&#233;go&#239;stes&#8221; ou d'&#8220;impitoyables&#8221;, s'ils n'ont pas d'all&#232;les ? La r&#233;ponse est oui, parce que, dans un sens, ils doivent sacrifier entre eux &#224; une sorte de concurrence. Pg 267&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets ph&#233;notypiques d'un g&#232;ne sont normalement consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant les effets que ce g&#232;ne produit sur le corps dans lequel il se trouve. Il s'agit de la d&#233;finition conventionnelle. Mais [&#8230;] il nous faut penser aux effets ph&#233;notypiques d'un g&#232;ne comme &#224; l'ensemble des effets qu'il produit sur le monde. [Th&#233;orie du ph&#233;notype &#233;tendu - Extended phenotype] Pg 318&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la th&#233;orie du g&#232;ne &#233;go&#239;ste r&#232;gne un certain paradoxe. [&#8230;] Un corps ne ressemble pas au produit d'un assemblage temporaire et flou d'agents g&#233;n&#233;tiques hostiles qui n'ont gu&#232;re le temps de se conna&#238;tre avant d'embarquer &#224; bord du spermatozo&#239;de ou de l'ovocyte pour former la branche suivante de la grande diaspora g&#233;n&#233;tique. [&#8230;] En pratique, la plupart des g&#232;nes ont plus d'un aspect ph&#233;notypique. [&#8230;] La s&#233;lection naturelle favorise certains g&#232;nes non pas &#224; cause de la nature des g&#232;nes eux-m&#234;mes, mais &#224; cause de leurs cons&#233;quences &#8212; leurs effets ph&#233;notypiques. [&#8230;] le paradoxe dispara&#238;t facilement, car ce qui est bon pour un g&#232;ne l'est pour tous les autres. Pg 213 &#224; 215&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] lorsque les g&#232;nes d'un parasite travaillent ensemble, mais en opposition aux g&#232;nes de l'h&#244;te (qui travaillent tous ensemble les uns avec les autres), c'est parce que ces deux ensembles de g&#232;nes utilisent des m&#233;thodes diff&#233;rentes pour quitter ce v&#233;hicule commun qu'est le corps de l'h&#244;te. Pg 341&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose importante &#224; savoir en ce qui concerne le cycle de vie en &#8220;goulot d'&#233;tranglement&#8221;, c'est qu'il donne la possibilit&#233; de &#8220;revenir &#224; la table &#224; dessin&#8221;. Pg 349&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des caract&#233;ristiques les plus frappantes de la machine &#224; survie est qu'elle semble avoir un but. [&#8230;] la &#8220;machine qui a un but&#8221;, la machine ou la chose qui se comporte comme si elle avait un but conscient, est &#233;quip&#233;e d'une sorte de r&#233;gulateur qui mesure la diff&#233;rence entre les conditions du moment et les conditions d&#233;sir&#233;es. Avec ce r&#233;gulateur, plus la diff&#233;rence est grande, plus la machine travaille dur. Pg 78 &amp; 79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me cette id&#233;e qui nous pousse &#224; croire que les signaux de la communication animale ont &#233;volu&#233; &#224; l'origine pour inciter au bien mutuel, et qu'ils ont ensuite &#233;t&#233; exploit&#233;s par des partis mal intentionn&#233;s, est trop simpliste. Il se peut que tous les syst&#232;mes de communication animale contiennent un &#233;l&#233;ment de tromperie d&#232;s le d&#233;but, parce que toutes les interactions animales impliquent au moins plusieurs conflits d'int&#233;r&#234;t. Pg 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit d'un ordinateur s&#233;quentiel ordinaire qu'il pouvait donner l'illusion d'&#234;tre un ordinateur parall&#232;le en se concentrant suffisamment vite sur un certain nombre de t&#226;ches. Nous pourrions dire qu'il existe un processeur parall&#232;le virtuel au sommet de la machinerie s&#233;quentielle. L'id&#233;e de Dennett est que le cerveau humain a fait exactement l'inverse. La constitution du cerveau est fondamentalement parall&#232;le [&#8230;]. Et elle fait tourner des logiciels con&#231;us pour cr&#233;er une illusion de traitement s&#233;quentiel : une machine virtuelle traitant les donn&#233;es s&#233;quentiellement fonctionne au sommet de l'architecture parall&#232;le. Pg 372 &amp; 373&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des humains vient de ce que trop d'entre eux n'ont jamais compris que les mots ne sont que des outils &#224; leur disposition, et que la seule pr&#233;sence d'un mot dans le dictionnaire (le mot &#8220;vivant&#8221; par exemple) ne signifie pas que ce mot se rapporte forc&#233;ment &#224; quelque chose de d&#233;fini dans le monde r&#233;el. Pg 39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] l'effet Bruce : les souris m&#226;les s&#233;cr&#232;tent une substance chimique qui, lorsqu'elle est flair&#233;e par une femelle en gestation, peut provoquer chez elle un avortement. Elle n'avorte que si l'effluve est diff&#233;rent de celui de son ancien partenaire. De cette mani&#232;re, une souris m&#226;le d&#233;truit les petits qui ne seraient pas d'elle et rend sa nouvelle femelle r&#233;ceptive &#224; ses avances sexuelles. Pg 202&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proie est paralys&#233;e au lieu d'&#234;tre tu&#233;e, car ainsi elle ne pourrit pas. Elle est donc mang&#233;e vivante et fra&#238;che. C'est cette habitude macabre des gu&#234;pes ichneumonid&#233;es qui poussa Darwin &#224; &#233;crire : &#8220;Je ne peux me persuader que Dieu d'Amour et Tout-Puissant ait cr&#233;&#233; de sang-froid les Ichneumonid&#233;es afin qu'elles se nourrissent des corps vivants des chenilles&#8221;. Pg 378&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>En quoi les id&#233;es de Marx et de Darwin convergent ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3940</link>
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		<dc:date>2013-11-21T02:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi les id&#233;es de Marx et de Darwin convergent ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Darwin appliqua une philosophie mat&#233;rialiste consistante &#224; son interpr&#233;tation de la nature&#8221; affirme le pal&#233;ontologiste Stephen Jay Gould. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;, Stephen Jay Gould &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Darwin est inventeur d'une m&#233;thodologie de l'histoire&#8230; Darwin a, en fait, cherch&#233; &#224; &#233;laborer et &#224; d&#233;fendre l'emploi d'une m&#233;thode concr&#232;te, applicable &#224; l'objet d'&#233;tude (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En quoi les id&#233;es de Marx et de Darwin convergent ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Darwin appliqua une philosophie mat&#233;rialiste consistante &#224; son interpr&#233;tation de la nature&#8221;&lt;/i&gt; affirme le pal&#233;ontologiste Stephen Jay Gould.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;, Stephen Jay Gould &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Darwin est inventeur d'une m&#233;thodologie de l'histoire&#8230; Darwin a, en fait, cherch&#233; &#224; &#233;laborer et &#224; d&#233;fendre l'emploi d'une m&#233;thode concr&#232;te, applicable &#224; l'objet d'&#233;tude sp&#233;cifique des recherches sur l'&#233;volution : autrement dit, d'une m&#233;thode applicable aux donn&#233;es de l'histoire. La possibilit&#233; de faire des d&#233;ductions sur l'histoire, ce qui est particuli&#232;rement important pour toute recherche dans le domaine de l'&#233;volution, avait jusqu'ici &#233;t&#233; grev&#233;e de probl&#232;mes de cr&#233;dibilit&#233; qui semblaient interdire tout travail v&#233;ritablement scientifique. Darwin savait que l'&#233;volution ne deviendrait pas un sujet respectable tant que l'on n'aurait pas &#233;tabli de m&#233;thode de d&#233;duction historique et que l'on n'aurait pas montr&#233; leur efficacit&#233; sur des exemples aussi convaincants que les lunes de Jupiter d&#233;couvertes par Galil&#233;e. Il se mit donc en devoir de formuler des r&#232;gles de d&#233;duction en histoire. Je consid&#232;re que &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; consiste en la longue d&#233;monstration de ces r&#232;gles. Les d&#233;ductions historiques repr&#233;sentent le th&#232;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral sous-tendant &#224; la fois l'&#233;tablissement du fait de l'&#233;volution et la d&#233;fense de la s&#233;lection naturelle comme son m&#233;canisme. La &#171; longue et unique argumentation &#187; (comme la d&#233;crit l'auteur &#8211;NDLR) de &#171; L'Origine &#187; expose le r&#233;pertoire complet des modes de d&#233;duction historiques. Il nous faut saisir quelle sorte de campagne Darwin a men&#233;e en pratique sur ce champ de bataille afin de comprendre la radicalit&#233; de sa philosophie et d'identifier les traits de sa th&#233;orie essentiels &#224; toute d&#233;finition du &#171; darwinisme &#187;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould d&#233;montre que le combat de Darwin se d&#233;roule clairement, consciemment et virulemment contre la version th&#233;ologique de la cr&#233;ation du vivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La principale critique que Darwin adresse au cr&#233;ationnisme ne porte pas tant sur son caract&#232;re erron&#233;, qui peut &#234;tre d&#233;montr&#233;, mais sur le fait qu'il est d&#233;pourvu de toute valeur en tant que raisonnement, car d&#233;clarer que tel ou tel organisme ou tel ou tel trait ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s ne nous apprend absolument rien, mais ne fait qu'affirmer qu'ils existent, ce qu'un simple coup d'&#339;il nous apprend : &#171; Il n'est pas de tentative plus vaine que de vouloir expliquer cette similitude de type chez les membres d'une classe par l'utilit&#233; ou par la doctrine des causes finales&#8230; Dans l'hypoth&#232;se de la cr&#233;ation ind&#233;pendante de chaque &#234;tre, nous ne pouvons que constater ce fait en ajoutant qu'il a plu au Cr&#233;ateur de construire ainsi tous les animaux et toutes les plantes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, et plus n&#233;gativement, invoquer la cr&#233;ation revient &#224; renoncer &#224; tout espoir de comprendre les relations et les structures. On ne formule pas la moindre explication en termes de causes lorsqu'on d&#233;clare que l'ordre taxinomique refl&#232;te le plan du Cr&#233;ateur, car, &#224; moins de conna&#238;tre la volont&#233; de Dieu, une telle affirmation revient &#224; constater que l'ordre est l'ordre. Darwin, qui garda toujours une grande bienveillance malgr&#233; les multiples assauts mettant &#224; l'&#233;preuve sa patience, dirigea plusieurs de ses rares commentaires virulents contre l'argument, interdisant toute possibilit&#233; de recherche, qui consistait &#224; dire : Dieu l'a fait ainsi, gloire &#224; son nom. Il remarque, par exemple, que les chevaux parfois &#224; la naissance une robe marqu&#233;e de l&#233;g&#232;res z&#233;brures. Un cr&#233;ationniste ne peut que se contenter d'affirmer que Dieu a fait les esp&#232;ces d'&#233;quid&#233;s (cheval, z&#232;bre, &#226;ne) sur le m&#234;me mod&#232;le, en les dotant de la capacit&#233; &#224; varier par rapport &#224; celui-ci et de la possibilit&#233; d'exprimer, d&#232;s lors, le type le plus complet, bien que rarement. L'&#233;volution, d'un autre c&#244;t&#233;, fournit une vraie explication en termes de causes pour cette anomalie, en affirmant que ces diff&#233;rentes esp&#232;ces descendent d'un m&#234;me anc&#234;tre et que les z&#233;brures correspondent &#224; la r&#233;tention de caract&#232;res ancestraux par l'h&#233;r&#233;dit&#233; : c'est une explication qui peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve de nombreuses fa&#231;ons diff&#233;rentes, d&#232;s lors que l'on comprend les m&#233;canismes de l'h&#233;r&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin se moque de l' &#171; explication &#187; fournie par le cr&#233;ationniste au sujet des z&#233;brures du cheval :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Admettre semblable hypoth&#232;se, c'est vouloir substituer &#224; une cause r&#233;elle une cause imaginaire, ou tout au moins inconnue ; C'est vouloir en un mot faire de l'&#339;uvre divine une caricature et une illusion. Quant &#224; moi, j'aimerais tout autant admettre, avec les cosmogonistes ignorants d'il y a quelques si&#232;cles, que les coquillages fossiles n'ont jamais v&#233;cu, mais qu'ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s en pierre pour imiter ceux qui vivent sur le rivage de la mer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on doit fonder sa confiance en l'&#233;volution sur des preuves tir&#233;es de l'histoire (en partie fournies directement par les archives fossiles, mais g&#233;n&#233;ralement obtenues indirectement car d&#233;duites de l'observation des organismes modernes), sur quelles r&#232;gles rationnels ou quels crit&#232;res s'appuyer pour reconstituer cette derni&#232;re ? Selon moi, la meilleure fa&#231;on de comprendre &#171; la longue argumentation &#187; de Darwin est de la voir comme une r&#233;ponse complexe &#224; cette question, illustr&#233;e par de nombreux exemples&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux auteurs d&#233;finissent la science comme l'&#233;tude des processus d&#233;termin&#233;s par des causes. Les processus qui se sont d&#233;roul&#233;s dans le pass&#233; ne sont, en principe, pas observables. On doit donc travailler par d&#233;duction, en se fondant sur les r&#233;sultats des processus pass&#233;s, pr&#233;serv&#233;s dans les archives historiques. Il faut &#233;tudier les r&#233;sultats actuels de processus pouvant &#234;tre directement observ&#233;s et m&#234;me manipul&#233;s par exp&#233;rimentation, et l'on doit ensuite d&#233;duire les causes des processus pass&#233;s gr&#226;ce &#224; leur &#171; ressemblance suffisante &#187; avec les r&#233;sultats actuels. Cette m&#233;thode demande de faire l'hypoth&#232;se que les lois de la nature ne varient pas au cours du temps. Les &#233;tudes historiques sont donc tr&#232;s particuli&#232;res en ceci qu'elles s'appuient sur des m&#233;thodes faisant appel &#224; la comparaison et au degr&#233; de ressemblance plut&#244;t que sur celles, classiques, se fondant sur la simplification, la manipulation, les exp&#233;riences contr&#244;l&#233;es et la pr&#233;diction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que chacun des livres de Darwin se pr&#233;sente, tout &#224; la fois, comme l'analyse de telle ou telle &#233;nigme, comme une argumentation en faveur d'une vision du monde &#233;volutionniste et comme un trait&#233; de m&#233;thodologie historique. Cependant, on n'a g&#233;n&#233;ralement pas aper&#231;u cette derni&#232;re pr&#233;occupation m&#233;thodologique, parce que Darwin a choisi de la pr&#233;senter en l'appliquant &#224; des cas concrets plut&#244;t que d'en discourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondateur de l'&#233;volutionnisme a compris qu'il fallait mettre au point plusieurs m&#233;thodes de d&#233;duction en histoire, chacune d'entre elles devant &#234;tre adapt&#233;e &#224; la nature et &#224; la qualit&#233; des donn&#233;es offertes &#224; l'analyse. On peut les classer en fonction de la quantit&#233; d&#233;croissante d'informations disponible&#8230; L'Origine des esp&#232;ces pr&#233;sente de mani&#232;re globale sa fa&#231;on de voir la nature et recourt &#224; l'ensemble des quatre m&#233;thodes : elle peut donc &#234;tre lue comme le r&#233;capitulatif de ses contributions originales &#224; la m&#233;thodologie des sciences historiques&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Gould cite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; le principe d'uniformit&#233; qui permet d'extrapoler &#224; partir de l'observation des rythmes et des modes du changement chez les organismes modernes. &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; le principe de reconstitution d'un ordre de succession permet de reconna&#238;tre et de ranger dans un ordre de succession donn&#233; diverses configurations que l'on croyait pr&#233;c&#233;demment ind&#233;pendantes les unes des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; le principe de consilience (concordance des diff&#233;rentes donn&#233;es) fond&#233; sur la mise en relation de diff&#233;rentes donn&#233;es par un m&#233;canisme commun&#8230; Darwin s'en sert en vue de r&#233;soudre tel ou tel probl&#232;me de mani&#232;re que l'histoire appara&#238;t, dans chaque cas, comme &#233;minemment convaincante &#233;tant donn&#233; la confirmation &#233;crasante offerte par les donn&#233;es et leur concordance toute particuli&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; le principe de discordance (dissonance d'une donn&#233;e)&#8230; Comment interpr&#233;ter des objets uniques en leur genre ? Comment d&#233;duire l'histoire &#224; partir de l'observation d'une girafe ? Darwin nous dit alors de rechercher une forme particuli&#232;re de dissonance, c'est-&#224;-dire quelque imperfection ou quelque absence de correspondance entre un organisme et les circonstances dans lesquelles il vit actuellement. Si l'on peut expliquer une bizarrerie, une singularit&#233; ou une imperfection de ce genre en tant que legs ou vestige d'un &#233;tat pass&#233; ou r&#233;gnaient des circonstances diff&#233;rentes alors on peut en d&#233;duire que l'histoire a jou&#233; un r&#244;le. Appelez cette m&#233;thode, si vous voulez, le principe de l'orchid&#233;e (mais je l'ai aussi appel&#233;e le principe du panda, par r&#233;f&#233;rence &#224; mon exemple favori du faux pouce chez cet animal que Darwin ne pouvait pas conna&#238;tre), en l'honneur de son interpr&#233;tation des orchid&#233;es (1862) en tant que produits de l'histoire&#8230;. Pour d&#233;duire l'existence de l'histoire &#224; partir d'un objet unique, affirme Darwin, il faut trouver des traits (de pr&#233;f&#233;rence plusieurs, de sorte que ce mode d'argumentation se rapproche alors de la troisi&#232;me m&#233;thode) qui n'ont pas de sens, ou du moins repr&#233;sentent de frappantes anomalies au regard du mode de vie actuel de l'organisme &#233;tudi&#233;. Il faut alors montrer que ces traits s'expliquent parfaitement par rapport &#224; un environnement ancien que l'on peut reconstituer. Dans les cas de ce genre, l'histoire (telle qu'elle s'exprime dans la pr&#233;servation de traces du pass&#233;) repr&#233;sente la seule explication raisonnable des bizarreries actuelles, et autres &#233;tranget&#233;s, imperfections et anomalies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin souligne notamment les exemples &#171; d'organes ou de parties qui, dans cette &#233;trange condition, portent l'empreinte de leur compl&#232;te inutilit&#233; &#187;. La nature essaie de nous donner une le&#231;on, soutient Darwin l&#233;g&#232;rement irrit&#233;, mais ne nous ne voulons pas voir ce message, parce qu'il ne concorde pas avec les id&#233;es re&#231;ues sur l'harmonie de la nature : &#171; Du point de vue de la cr&#233;ation ind&#233;pendante de chaque &#234;tre organis&#233; et de chaque organe sp&#233;cial, comment expliquer l'existence de tous ces organes portant l'empreinte la plus &#233;vidente de la plus compl&#232;te inutilit&#233;, tels, par exemple, les dents chez le veau &#224; l'&#233;tat embryonnaire ou les ailes pliss&#233;es que recouvrent, chez un grand nombre col&#233;opt&#232;res, des &#233;lytres soud&#233;es ? On peut dire que la nature s'est efforc&#233;e de nous r&#233;v&#233;ler, par les organes rudimentaires ainsi que par les conformations homologues, le processus de modification qu'elle met en &#339;uvre, mais il semble que nous nous refusons obstin&#233;ment &#224; le comprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui peut expliquer les organes rudimentaires, sinon l'h&#233;ritage de l'histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin se moque des arguments tir&#233;s par les cheveux des cr&#233;ationnistes, les qualifiant de contes fantaisistes n'expliquant rien du tout :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On dit g&#233;n&#233;ralement dans les ouvrages d'histoire naturelle que les organes rudimentaires ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#171; en vue de la sym&#233;trie &#187; ou pour &#171; compl&#233;ter le plan de la nature &#187; ; or ce ne sont l&#224; que des expressions tautologiques, et non des explications&#8230; Que penserait-on d'un astronome qui soutiendraient que les satellites d&#233;crivent autour des plan&#232;tes une orbite elliptique en vue de la sym&#233;trie et pour compl&#233;ter le plan de la nature, parce que les plan&#232;tes d&#233;crivent de pareilles courbes autour du soleil ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherchant toujours des comparaisons avec des exemples tir&#233;s de l'histoire humaine que nous ne pouvons nier, m&#234;me si les dur&#233;es en jeu sont bien plus courtes que dans l'&#233;volution des &#234;tres vivants, Darwin compare les organes rudimentaires aux lettres qui, dans l'orthographe des mots, ne sont plus prononc&#233;es, mais l'ont &#233;t&#233; jadis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut comparer les organes rudimentaires aux lettres qui, conserv&#233;es dans l'orthographe d'un mot, bien qu'inutiles pour sa prononciation, permettent d'en retracer l'origine et la filiation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin emploie encore la m&#234;me argumentation pour &#233;tayer la discussion de tous les autres aspects des formes organiques. Il introduit la morphologie comme &#171; l'une des parties les plus int&#233;ressantes de l'histoire naturelle, dont elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'&#226;me. &#187; et continue imm&#233;diatement en illustrant cette proposition d'un exemple d'application de la m&#233;thode :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'est-ce pas une chose des plus remarquables que la main de l'homme faite pour saisir, la griffe de la taupe destin&#233;e &#224; fouir, la jambe du cheval, la nageoire du marsouin et l'aile de la chauve-souris soient toutes construites sur un m&#234;me mod&#232;le, et renferment des os semblables, situ&#233;s dans les m&#234;mes positions relatives ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se centrale de la section sur la taxinomie expose le m&#234;me point sous une forme diff&#233;rente : si les animaux n'avaient connu aucune histoire de changement et s'ils n'avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s en fonction des n&#233;cessit&#233;s pr&#233;sentes, alors pourquoi des configurations anatomiques similaires sont-elles incarn&#233;es par des &#234;tres vivants dont le style de vie est tellement diff&#233;rent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;crit dans le paragraphe d'ouverture de sa discussion de la taxinomie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'existence des groupes aurait eu une signification tr&#232;s simple, si l'un e&#251;t &#233;t&#233; exclusivement adapt&#233; &#224; vivre sur terre, un autre dans l'eau ; celui-ci &#224; se nourrir de chair, celui-l&#224; de substances v&#233;g&#233;tales, et ainsi de suite ; mais il en est tout autrement, car on sait que, bien souvent, les membres d'un m&#234;me groupe ont des habitudes tr&#232;s diff&#233;rentes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin fait de la discordance entre les organismes et leur lieu de r&#233;sidence le th&#232;me coordinateur de ces chapitres : la distribution g&#233;ographique des organismes n'est pas prioritairement corr&#233;l&#233;e aux climats et aux topographies actuels, mais semble refl&#233;ter plus &#233;troitement l'histoire des migrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'on consid&#232;re la distribution des &#234;tres organis&#233;s &#224; la surface du globe, le premier fait consid&#233;rable dont on est frapp&#233;, c'est que ni les climats ni les autres conditions physiques n'expliquent suffisamment les ressemblances ou les dissemblances des habitants des diverses r&#233;gions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples se bousculent les uns apr&#232;s les autres tout au long de ces deux chapitres. Darwin remarque que les organismes de l'h&#233;misph&#232;re nord vivant dans les climats subarctiques et temp&#233;r&#233;s pr&#233;sentent une grande ressemblance taxinomique, alors que les continents qu'ils habitent sont s&#233;par&#233;s. Il interpr&#232;te donc ces ressemblances comme un h&#233;ritage de l'histoire : elles correspondent &#224; la distribution des esp&#232;ces qui existait juste avant que ne commence l'&#226;ge glaciaire, c'est-&#224;-dire &#224; une &#233;poque o&#249; les zones climatiques subarctiques et temp&#233;r&#233;es s'&#233;tendaient beaucoup plus haut vers le nord, pr&#232;s du cercle arctique o&#249; pratiquement toutes les parties nord des continents se touchent&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, en relisant &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187;, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par un autre usage, compl&#232;tement diff&#233;rent, qui y est fait de l'argument de l'imperfection, ce qui m'avait compl&#232;tement &#233;chapp&#233; jusqu'ici. Darwin n'approuvait gu&#232;re notre penchant traditionnel et v&#233;n&#233;rable &#224; vouloir essayer de lire des messages moraux dans la nature. Il prenait presque plaisir &#224; noter que la s&#233;lection naturelle pr&#233;side &#224; une sorte de r&#232;gne de la terreur, qui menacerait de r&#233;duire &#224; n&#233;ant nos valeurs &#233;thiques, si nous essayions de trouver, pour servir de guides &#224; la vie sociale humaine, des principes moraux dans les affaires de la nature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne devons pas non plus nous &#233;tonner de ce que toutes les combinaisons de la nature ne soient pas &#224; notre point de vue absolument parfaites et m&#234;me que quelques-unes soient contraires &#224; nos id&#233;es d'appropriation. Nous ne devons pas nous &#233;tonner de ce que l'aiguillon de l'abeille cause souvent la mort de l'individu qui l'emploie ; de ce que les m&#226;les, chez cet insecte, soient produits en aussi grand nombre pour accomplir un seul acte, et soient ensuite massacr&#233;s par leurs s&#339;urs st&#233;riles ; de l'&#233;norme gaspillage du pollen de nos pins ; de la haine instinctive qu'&#233;prouve la reine abeille pour ses filles f&#233;condes ; de ce que l'ichneumon s'&#233;tablisse dans le corps vivant d'une chenille et se nourrisse &#224; ses d&#233;pens, et de tant d'autres cas analogues. Ce qu'il y a r&#233;ellement de plus &#233;tonnant dans la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle, c'est qu'on n'ait pas observ&#233; encore plus de cas du manque de la perfection absolue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) L'Origine des esp&#232;ces est un ouvrage qui expose les deux p&#244;les oppos&#233;s, mais compl&#233;mentaires, caract&#233;risant cette science brillante et r&#233;volutionnaire qu'est le darwinisme ; premi&#232;rement, il s'agit d'un trait&#233; m&#233;thodologique prouvant par des exemples que l'&#233;volution est une notion qui peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve et &#234;tre &#233;tudi&#233;e avec fruit ; et deuxi&#232;mement, il s'agit d'un manifeste philosophique en faveur d'une nouvelle fa&#231;on de voir les &#234;tres vivants et de comprendre le monde naturel. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin s'est particuli&#232;rement attel&#233; &#224; la t&#226;che de r&#233;pondre &#224; l'ouvrage de William Paley : &#171; Th&#233;ologie naturelle &#187; dont voici un extrait significatif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les charni&#232;res des ailes d'un forficule et les pi&#232;ces articul&#233;es de ses antennes sont aussi bien fa&#231;onn&#233;es que si le Cr&#233;ateur n'avait rien eu d'autre &#224; faire que de mettre au point les d&#233;tails de l'anatomie de cet insecte. Nous n'apercevons aucun signe de diminution du soin en raison de la multiplicit&#233; des objets ou de distraction de la pens&#233;e en raison de leur diversit&#233;. Nous n'avons, par cons&#233;quent, aucune raison de craindre d'&#234;tre oubli&#233;s ou n&#233;glig&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin soutenait au contraire qu'on ne pouvait en aucun cas fonder la morale dans la nature, ni trouver en elle de r&#233;confort. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection naturelle &#233;tait, &#224; l'&#233;poque de Darwin, une notion classiquement invoqu&#233;e dans le discours biologique, mais avec cette diff&#233;rence cruciale par rapport &#224; la fa&#231;on dont Darwin l'a envisag&#233;e : elle servait g&#233;n&#233;ralement &#224; d&#233;fendre le cr&#233;ationnisme. La s&#233;lection naturelle, dans le cadre de la formulation purement n&#233;gative qui &#233;tait ainsi avanc&#233;e, n'agissait que pour pr&#233;server les types, constants et purs, en &#233;liminant les variations extr&#234;mes et les individus inadapt&#233;s qui mena&#231;aient de d&#233;grader l'essence de formes animales issues de la cr&#233;ation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut dire, par cons&#233;quent, que la th&#233;orie de Darwin consiste en la seule affirmation de l'intervention de la s&#233;lection naturelle&#8230; La s&#233;lection naturelle se situe &#233;videmment au c&#339;ur de la th&#233;orie de Darwin, mais il faut bien voir que celui-ci a affirm&#233;, contrairement aux auteurs ant&#233;rieurs, que la s&#233;lection naturelle agissait comme une force cr&#233;ative du changement &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que Darwin attribue exclusivement l'&#233;volution &#224; la s&#233;lection naturelle. Il rajouta ainsi ce commentaire &#224; la sixi&#232;me &#233;dition de &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme on a r&#233;cemment pr&#233;sent&#233; mes vues de fa&#231;on d&#233;form&#233;e, et puisqu'on a d&#233;clar&#233; que j'attribuais la modification des esp&#232;ces exclusivement &#224; la s&#233;lection naturelle, qu'on me permette de remarquer que, dans la premi&#232;re &#233;dition de cet ouvrage, et dans celles qui ont suivi, j'ai mis en position tr&#232;s apparente, nomm&#233;ment &#224; la fin de l'introduction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis convaincu que la s&#233;lection naturelle a jou&#233; le r&#244;le principal dans la modification des esp&#232;ces, bien que d'autres agents y aient aussi particip&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a servi &#224; rien. Certaines fa&#231;ons erron&#233;es de constamment pr&#233;senter les choses rec&#232;lent un grand pouvoir d'attraction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra utilement comparer cette remarque &#224; celles de Marx et Engels rappelant qu'ils n'avaient jamais dit dans leur conception mat&#233;rialiste et historique de la lutte des classes que l'&#233;conomie &#233;tait le seul moteur de la soci&#233;t&#233; humaine mais seulement le principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; bien des &#233;gards, Marx et Engels ont trouv&#233; des points communs avec la philosophie mat&#233;rialiste et dialectique, antireligieuse et antimoraliste, de l'Histoire d&#233;velopp&#233;e par Darwin m&#234;me si, &#233;videmment, cette convergence est loin d'&#234;tre compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que Darwin n'est nullement un r&#233;volutionnaire communiste prol&#233;tarien et que rien dans ses th&#232;ses ne va dans le sens du pouvoir ouvrier, de la suppression de la propri&#233;t&#233; des moyens de production, ni de la fin de l'Etat, ni encore de la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme. S'il y a convergence avec Marx, cela ne peut bien s&#251;r pas provenir de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se dire que Marx s'est tout simplement f&#233;licit&#233; que quelqu'un d&#233;couvre l'origine de l'&#233;volution des esp&#232;ces, un progr&#232;s scientifique d'ampleur qui ne pouvait laisser indiff&#233;rents Marx et Engels, attach&#233;s &#224; tous les nouveaux &#233;l&#233;ments de la science. Mais on serait encore tr&#232;s loin de la r&#233;alit&#233; : c'est dans le domaine philosophique que Marx et Engels sont r&#233;jouis de ce qu'ils lisent dans &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187;. En effet, loin de se contenter de d&#233;crire des &#233;volutions ou de raisonner sur elles, Darwin a construit un extraordinaire argumentaire pour d&#233;truire la conception th&#233;ologique du vivant, celui des cr&#233;ations par un esprit sup&#233;rieur d'un monde voulu, b&#226;ti, en vue de la perfection et d'un jardin vivant con&#231;u sp&#233;cialement pour servir l'homme, cr&#233;ature b&#226;tie s&#233;par&#233;ment et &#224; laquelle on a donn&#233; une &#226;me. Non seulement, ces affirmations (sans &#234;tre cit&#233;es) sont d&#233;molies point par point, mais la th&#232;se qui est propos&#233;e est une philosophie historique. Il est difficile de mesurer aujourd'hui combien la d&#233;fense d'une telle philosophie n'avait rien d'&#233;vident &#224; l'&#233;poque. Certes, il existait d&#233;j&#224; des philosophies de l'Histoire des soci&#233;t&#233;s humaines mais pas une de l'histoire de la mati&#232;re vivante. Et c'est bien d'une conception mat&#233;rialiste historique qu'il s'agit. Darwin affirme que la mati&#232;re se transforme spontan&#233;ment. Il reconna&#238;t ne pas conna&#238;tre les m&#233;canismes internes du vivant mais pr&#233;voit qu'on les d&#233;couvrira et il pr&#233;tend montrer comment l'environnement du vivant provoque des variations au sein du m&#233;canisme du vivant et agit donc en contradiction avec la tendance du vivant &#224; la conservation. Conservation et changement d'esp&#232;ce sont d'embl&#233;e d&#233;crits comme des m&#233;canismes associ&#233;s, imbriqu&#233;s, dialectiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; eu l'occasion de d&#233;velopper le sens anti-religieux de la th&#232;se de Darwin ainsi que son caract&#232;re dialectique. Par contre, il est n&#233;cessaire de souligner en premier l'id&#233;e darwinienne d'un d&#233;veloppement historique du vivant, d&#233;veloppement dans lequel l'acteur n'est pas l'&#233;volution, la vie ou la mati&#232;re vivante mais est l'histoire elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une philosophie de l'histoire, voil&#224; une caract&#233;ristique fondamentale et commune &#224; Marx et &#224; Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels &#233;crivit &#224; Marx en 1859, juste apr&#232;s avoir lu la premi&#232;re &#233;dition du livre de Darwin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Au fait, Darwin, que je viens juste de lire, est absolument splendide. Il y avait un aspect de la th&#233;ologie qui n'avait pas encore &#233;t&#233; cass&#233; et maintenant c'est fait. Personne avant lui n'avait r&#233;alis&#233; une tentative aussi grandiose de d&#233;montrer le caract&#232;re de l'&#233;volution historique de la nature et certainement jamais avec un tel succ&#232;s. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1860, Marx, qui vient de lire lui aussi &#171; L'origine des esp&#232;ces &#187;, lui r&#233;pond : &#171; (&#8230;) c'est dans ce livre que se trouve le fondement historico-naturel de notre conception. &#187; (Lettre de Marx &#224; Engels, 19 d&#233;cembre 1860)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce que Marx confirme &#224; nouveau en 1861 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8220;Le travail de Darwin est plus important et correspond &#224; mes buts en ce qu'il apporte des bases en sciences naturelles &#224; la conception de la lutte des classes en histoire.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une lettre &#233;crite le 16 janvier 1861 par Marx &#224; Lassalle, un autre de ses amis socialistes, il &#233;crivit : &lt;i&gt;&#034;Le livre de Darwin est tr&#232;s important et me sert de base dans le domaine des sciences naturelles pour comprendre la lutte des classes dans l'histoire.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx se d&#233;finit comme &#233;tant &#034;un admirateur sinc&#232;re&#034; du naturaliste anglais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1867, Marx &#233;crit dans le premier volume du &#171; Capital &#187; (Chapitre 15, Section 1) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8220; Darwin a attir&#233; l'attention sur l'histoire de la technologie naturelle, c'est-&#224;-dire sur la formation des organes des plantes et des animaux consid&#233;r&#233;s comme moyens de production pour leur vie. L'histoire des organes productifs de l'homme social, base mat&#233;rielle de toute organisation sociale, ne serait-elle pas digne de semblables recherches ? Et ne serait-il pas plus facile de mener cette entreprise &#224; bonne fin, puisque, comme dit Vico, l'histoire de l'homme se distingue de l'histoire de la nature en ce que nous avons fait celle-l&#224; et non celle-ci ? La technologie met &#224; nu le mode d'action de l'homme vis-&#224;-vis de la nature, le proc&#232;s de production de sa vie mat&#233;rielle, et, par cons&#233;quent, l'origine des rapports sociaux et des id&#233;es ou conceptions intellectuelles qui en d&#233;coulent. L'histoire de la religion elle-m&#234;me, si l'on fait abstraction de cette base mat&#233;rielle, manque de crit&#233;rium. Il est en effet bien plus facile de trouver par l'analyse, le contenu, le noyau terrestre des conceptions nuageuses des religions, que de faire voir par une voie inverse comment les conditions de la vie r&#233;elle rev&#234;tent peu &#224; peu une forme &#233;th&#233;r&#233;e. C'est l&#224; la seule m&#233;thode mat&#233;rialiste, par cons&#233;quent scientifique. Pour ce qui est du mat&#233;rialisme abstrait des sciences naturelles, qui ne fait aucun cas du d&#233;veloppement historique, ses d&#233;fauts &#233;clatent dans la mani&#232;re de voir abstraite et id&#233;ologique de ses porte-parole, d&#232;s qu'ils se hasardent &#224; faire un pas hors de leur sp&#233;cialit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas, bien entendu, que Marx et Engels suivaient Darwin en tous points. Voici une lettre de Engels de 1875 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; De la doctrine darwiniste, j'accepte la th&#233;orie de l'&#233;volution, mais je ne prends la m&#233;thode de d&#233;monstration (lutte pour la vie, s&#233;lection naturelle) que comme une premi&#232;re expression, une expression provisoire, imparfaite, d'un fait que l'on vient de d&#233;couvrir. Jusqu'&#224; Darwin, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les gens qui ne voient aujourd'hui que la lutte pour la vie (Vogt, B&#252;chner, Moleschott, etc.) qui affirmaient l'existence de l'action coordonn&#233;e de la nature organique (...).Les deux conceptions se justifient dans une certaine mesure, dans certaines limites. Mais l'une est aussi born&#233;e et unilat&#233;rale que l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interaction des corps naturels - vivants et morts - implique aussi bien l'harmonie que le conflit, aussi bien la lutte que la coop&#233;ration. Si, par cons&#233;quent,&lt;br class='autobr' /&gt;
un soi-disant naturaliste se permet de r&#233;sumer toute la richesse, toute la vari&#233;t&#233; de l'&#233;volution historique en une formule &#233;troite et unilat&#233;rale, celle de la &#171; lutte pour la vie &#187;, formule qui ne peut &#234;tre admise m&#234;me dans le domaine de la nature que cum grano salis [avec un grain de sel, c'est-&#224;-dire avec quelques r&#233;serves], ce proc&#233;d&#233; contient d&#233;j&#224; sa propre condamnation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la doctrine darwiniste de la lutte pour la vie n'est que la transposition pure et simple, du domaine social dans la nature vivante, de la doctrine de Hobbes : bellum imnium contra omnes [la guerre de tous contre tous] et de la th&#232;se de la concurrence, ch&#232;re aux &#233;conomistes bourgeois, associ&#233;e &#224; la th&#233;orie malthusienne de la population. Apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; ce tour de passe-passe (...), on retranspose les m&#234;mes th&#233;ories cette fois de la nature&lt;br class='autobr' /&gt;
organique dans l'histoire humaine, en pr&#233;tendant alors que l'on a fait la preuve de leur validit&#233; en tant que lois &#233;ternelles de la soci&#233;t&#233; humaine. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre d'Engels &#224; P.Lavrov, 12 novembre 1875).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enlevait rien &#224; leur estime et &#224; leur appr&#233;ciation sur le caract&#232;re mat&#233;rialiste, dialectique et historique du darwinisme. Engels &#233;crit ainsi en 1878 dans &#171; L'Anti-D&#252;hring &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La nature est l'&#233;preuve de la dialectique, et l'on devrait dire qu'en dernier lieu, la nature travaille dialectiquement et non m&#233;taphysiquement... Dans ce rapport, Darwin doit &#234;tre nomm&#233; avant tous les autres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et toujours Engels, en 1880, &#233;crit dans &#171; Socialisme utopique et socialisme scientifique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avant tout autre il faut citer ici Darwin, qui a port&#233; le coup le plus puissant &#224; la conception m&#233;taphysique de la nature en d&#233;montrant que toute la nature organique actuelle, les plantes, les animaux et, par cons&#233;quent, l'homme aussi, est le produit d'un processus d'&#233;volution qui s'est poursuivi pendant des millions d'ann&#233;es. Mais comme jusqu'ici on peut compter les savants qui ont appris &#224; penser dialectiquement, le conflit entre les r&#233;sultats d&#233;couverts et le mode de pens&#233;e traditionnel explique l'infinie confusion qui r&#232;gne actuellement dans la th&#233;orie des sciences de la nature et qui met au d&#233;sespoir ma&#238;tres et &#233;l&#232;ves, auteurs et lecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une repr&#233;sentation exacte de l'univers, de son &#233;volution et de celle de l'humanit&#233;, ainsi que du reflet de cette &#233;volution dans le cerveau des hommes, ne peut donc se faire que par voie dialectique, en tenant constamment compte des actions r&#233;ciproques universelles du devenir et du finir, des changements progressifs et r&#233;gressifs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre de ses &#233;crits, Engels souligne l'importance du fait que Darwin ait d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie s'opposant &#224; la religion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il (Darwin) d&#233;truit la conception m&#233;taphysique de la nature en prouvant que le monde organique d'aujourd'hui - les plantes, les animaux et par cons&#233;quent les hommes - est le produit d'un processus &#233;volutif qui dure depuis des millions d'ann&#233;es. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels fit le parall&#232;le entre Darwin et Marx, &#224; la disparition de ce dernier : &#171; De m&#234;me que Darwin a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de la nature organique, de m&#234;me Marx a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de l'histoire humaine. &#187; (F. Engels, 1883, Discours sur la tombe de Marx)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Video</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la vie &lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e de Darwin &lt;br class='autobr' /&gt;
Les g&#232;nes hom&#233;otiques et l'&#233;volution des animaux &lt;br class='autobr' /&gt;
La co&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Des mutations &#224; l'&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de la th&#233;orie de l'&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Evolution des esp&#232;ces et &#233;volution de la Terre &lt;br class='autobr' /&gt;
Etre un animal &lt;br class='autobr' /&gt;
Evolution et g&#233;n&#233;tique &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;volution, fossiles transitoires et &#233;quilibres ponctu&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, premi&#232;re partie, en anglais &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, deuxi&#232;me partie, en anglais &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, troisi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Chapter 08 : R&#233;volutions in the process of life - Les r&#233;volutions du vivant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot100" rel="tag"&gt;Video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/qu_est_ce_que_la_vie.880&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la vie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_nice_sophia_antipolis/la_pensee_de_darwin_aujourd_hui_permanence_et_metamorphoses_d_un_heritage_jean_claude_ameisen.5839&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pens&#233;e de Darwin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/les_genes_homeotiques_et_l_evolution_des_animaux.1291&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les g&#232;nes hom&#233;otiques et l'&#233;volution des animaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_coevolution.886&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La co&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/mutation_evolution_et_selection.1286&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des mutations &#224; l'&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/college_de_france/college_de_france_du_darwinisme_de_darwin_a_l_evolutionisme_d_aujourd_hui_thierry_hoquet.5277&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la th&#233;orie de l'&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_dynamique_du_globe_controle_t_elle_l_evolution_des_especes.891&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution des esp&#232;ces et &#233;volution de la Terre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/etre_et_ne_pas_etre_un_animal.1301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Etre un animal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/evolution_developpement_la_systematique_genetique.1290&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution et g&#233;n&#233;tique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x5trpf_evolution-fossiles-transitoires-et_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;volution, fossiles transitoires et &#233;quilibres ponctu&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=F8Nfw_LmdNU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, premi&#232;re partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Yt9YO07Jy6E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, deuxi&#232;me partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=KOH0rmSNZlU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, troisi&#232;me partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=kcHUrh6WSI4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Interview de Stephen Jay Gould en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Wnt8UVItyrY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Expos&#233; de Stephen Jay Gould en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot297&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=%C3%A9volution+des+esp%C3%A8ces+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du Cambrien au Pal&#233;oprot&#233;rozo&#239;que, &#224; la recherche des plus vieux fossiles d'&#234;tres pluricellulaires.</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article2437</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;volution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Explosion cambrienneL'explosion cambrienne &lt;br class='autobr' /&gt;
CNRS : l'explosion cambrienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus anciennes traces fossiles de pluricellulaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Faune de Burgess &lt;br class='autobr' /&gt;
Le schiste de Burgess &lt;br class='autobr' /&gt;
Faune d'Ediacara &lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus anciens organismes pluricellulaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Burgess, Ediacara, deux des plus grandes r&#233;volutions des esp&#232;ces vivantes &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould et Burgess &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;couverte de l'existence d'une vie complexe et pluricellulaire datant de plus de deux milliards d'ann&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
Des fossiles sph&#233;riques sont-ils de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Explosion cambrienne&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_10999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L376xH371/img_25756054_18901E0-fe4b0.png?1779680752' width='376' height='371' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L497xH372/-1407-98a6b-7cdd2.jpg?1779680752' width='497' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_cambrienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'explosion cambrienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap2/vannier.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CNRS : l'explosion cambrienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-fossiles-pluricellulaires.xml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les plus anciennes traces fossiles de pluricellulaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faune_de_Burgess&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Faune de Burgess&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://sciencetonnante.wordpress.com/2012/02/06/le-schiste-de-burgess/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le schiste de Burgess&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faune_de_l%27%C3%89diacarien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Faune d'Ediacara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pourlascience.fr/sd/paleontologie/les-plus-anciens-organismes-pluricellulaires-11949.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les plus anciens organismes pluricellulaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3959&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Burgess, Ediacara, deux des plus grandes r&#233;volutions des esp&#232;ces vivantes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cepheides.fr/article-16828284.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stephen Jay Gould et Burgess&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1928.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;couverte de l'existence d'une vie complexe et pluricellulaire datant de plus de deux milliards d'ann&#233;es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1928.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des fossiles sph&#233;riques sont-ils de tr&#232;s vieux pluricellulaires ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.stephenjaygould.org/library/naturalhistory_cambrian.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Showdown on the Burgess Shale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L304xH475/la-vie-est-belle-76ff4.gif?1779680752' width='304' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/slideshow_gould_02-b0fe5.jpg?1779680752' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_14-358c2.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_12-8316f.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_10-2cb41.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_08-f99d6.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_04-56e67.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/slideshow_gould_03-257f6.jpg?1779680752' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/slideshow_gould_01-0e471.jpg?1779680752' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/slideshow_gould_06-05c6d.jpg?1779680752' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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