Matière et Révolution
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69144Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928
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<p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928 <br class='autobr' />
L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres. <br class='autobr' />
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928</p>
<p>L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres.</p>
<p>Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire d'extirper, là où ils se manifestent encore, les foyers de l'Opposition. Discours et presse officielle l'avouent pourtant au début de 1929 : ces efforts ont été vains et l'Opposition a survécu et progressé tout au cours de l'année 1928.</p>
<p>Elle est tout de même bien différente alors de ce qu'elle était en 1927, « fraction » au sein du parti officiel. Désormais, elle est divisée, par la force des choses - et les décisions de répression du G.P.U. -, en deux secteurs. D'une part son secteur illégal, clandestin, formé par les militants épargnés par la répression, trop ou pas assez connus. De l'autre, le secteur pratiquement « légal » - « ouvert », si on ose le dire, - qui fonctionne pratiquement au grand jour dans les zones de déportation (d'exil) qu'on commence à appeler les « colonies » de déportés lesquels peuvent à peu près librement se réunir, discuter, écrire et surtout correspondre.</p>
<p>Du premier, nous savons peu de choses en dehors des rapports contenus dans les archives et soigneusement fabriqués en tenant compte des nécessités du secret de la clandestinité. Nous savons cependant qu'après l'arrestation et l'envoi en exil de Trotsky et de ses compagnons, a fonctionné à Moscou un « centre » clandestin dirigé par le vieux- bolchevik ouralien Boris M. Eltsine (25), dont un émissaire se rendait par le train à Frounzé pour y remettre le courrier entre les mains d'un militant de confiance, le métallo de Moscou Mikhail Bodrov, lequel, aux rênes d'une troïka, sous une grande barbe et une blouse typique de moujik, assurait ensuite le transport des précieux documents qu'il remettait à Alma- Ata aux mains de Léon Sédov (26). Nous savons également qu'il existait des noyaux de l'Opposition dans presque toutes les grandes villes d'Union soviétique : Victor Serge nous a parlé de celui de Leningrad, dans lequel se trouvait notamment Alexandra Lvovna Sokolovskaia, la première femme de Trotsky et la mère de ses filles. Nous savons également que, parmi les quelque cent cinquante militants arrêtés à Moscou en janvier 1929, se trouvaient quelques- uns des responsables de la presse clandestine de l'Opposition depuis 1928, notamment un « ancien » de l'épisode de l'imprimerie clandestine de 1927, le grand mutilé et ex- tchékiste Khanaan M. Pevzner (27). L'un des dirigeants de Moscou était lanuchevsky.</p>
<p>Certains des animateurs de l'Opposition qui militent en dehors des prisons et des colonies ne sont pas de libres citoyens exerçant une activité clandestine. Ce sont des illégaux, des hommes et des femmes connus du G.P.U. mais qui lui ont échappé et vivent dans ce milieu du parti où ils sont généralement estimés, bénéficiant d'un « libéralisme » dont se plaint la Pravda. Le fait qu'ils « tiennent » démontre en effet qu'ils se meuvent dans un milieu qui, loin de leur être hostile, leur fournit hospitalité, aide et protection. Deux exemples : à Bogorodask, les ouvriers de l'usine Gloukhov dissimulent pendant plusieurs jours l'un des leurs, l'oppositionnel Stoukolkine, et réussissent à lui faire quitter la ville à la barbe du G.P.U. (28). Par ailleurs, dans ses mémoires récemment publiés, la communiste allemande Rosa Léviné-Meyer parle de ses rencontres à Moscou à cette époque avec G. Ia. Iakovine, un des dirigeants du « centre », mari de son amie l'historienne Pankratova. Iakovine a quitté Leningrad où il est trop connu et vit à Moscou, logé par des camarades : il s'est même procuré un laissez- passer qui lui permet d'entrer à l'hôtel Lux et d'y discuter avec les communistes étrangers. Il lui arrive même de revenir clandestinement à Leningrad pour y assurer des liaisons (29).</p>
<p>Les rapports qui proviennent d'Union soviétique à l'étranger - à L.D. et son fils Liova - mentionnent les activités de ce secteur de l'Opposition : publication de tracts et même de brochures, diffusions clandestines, souscription pour les emprisonnés, mais aussi interventions dans les réunions du parti ou les assemblées ouvrières, chez les chômeurs notamment, candidatures ouvertes aux comités d'usine ou aux soviets, et soulignent aussi leurs indéniables succès. Le secteur clandestin « libre » de l'Opposition a bel et bien maintenu une existence et une activité réelles, malgré les obstacles qui s'accumulent, la répression, le commencement de l'appel à la délation et la généralisation de la provocation qui semble avoir affecté à cette époque à peu près tous les groupes locaux. Le second secteur de l'Opposition, probablement le plus nombreux car il ne cesse de grandir au détriment du premier, est celui des colonies de déportés - 107 recensées pour 1928 à travers la correspondance de Harvard - et bientôt celui des prisons rouvertes spécialement pour les bolcheviks- léninistes récalcitrants, les « isolateurs ». Nous le connaissons bien mieux que le premier.</p>
<p>Pendant les trois premiers trimestres de 1928 en effet, le gros de la correspondance des déportés est en effet généralement distribué, bien que les lettres soient ouvertes au départ et à l'arrivée.</p>
<p>Une discussion passionnante commence entre exilés : ces hommes qui appartiennent à tous les « milieux » du parti et de l'État soviétique et qui, quelques mois auparavant, y exerçaient encore de hautes responsabilités, disposent maintenant d'un peu de temps pour faire le point, méditer sur l'expérience des années écoulées, entreprendre des travaux théoriques, passer au crible les documents du parti et de l'Internationale, mener entre eux une sorte de discussion en chaîne. Une partie des documents passionnants qui en sont le fruit a été publié à l'époque par le Biulleten et parfois en d'autres langues.</p>
<p>Citons la « Critique du projet de programme de l'I.C. », élaborée par Trotsky à Alma- Ata, la lettre de Rakovsky à Valentinov connue sous le titre de « Dangers professionnels du pouvoir ». On trouve à<br class='autobr' />
Harvard une autre « Critique du projet de programme de l'I.C. » par Dimitri Lapine, très appréciée parTrotsky. Mais nous n'avons ni la « Politique agraire du centrisme » de L. S. Sosnovsky, ni les travaux de Smilga et de Préobrajensky (« Les conquêtes de la dictature du prolétariat en l'an XI de la révolution »), de Rakovsky encore (« Les lois de la Dictature socialiste »), de Solntsev (« La loi du développement inégal chez Marx »), etc. Rarement sans doute dans l'histoire du marxisme il y eut période plus féconde et plus créatrice - et résultats plus mal connus ou inconnus : ces titres ne reflètent qu'une infime partie de la production théorique des déportés.</p>
<p>Il ne s'agit pas cependant d'un travail académique. La « Critique du projet de programme » vise à atteindre toutes les sections de l'I.C. On s'efforce de discuter partout des textes qui doivent exprimer une position collective et les textes circulent. Pour cette critique précisément, le temps ayant manqué, il y a tout de même une sorte de procédure référendaire à travers les colonies : sur les deux textes qui s'opposent, celui de Radek ne rallie qu'une demi- douzaine de signatures contre plusieurs centaines à celui de Trotsky.</p>
<p>Mais les problèmes politiques qui se posent ne sont pas ni gratuits ni abstraits. Pour isolées qu'elles soient, les premières capitulations - les ex- zinoviévistes Safarov, Ilya Vardine (30), mais aussi les ex- trotskystes Piatakov, Serebriakov, Antonov- Ovseenko, Krestinsky (31) - n'en sont pas moins d'inquiétants indices de la fragilité d'hommes qui se croyaient des « durs » et ont cédé dès le début de la répression. Cette « seconde vague » - la première était celle de Zinoviev- Kamenev n'est pas cependant dans l'ensemble prise au sérieux et elle n'entame ni les forces vives de l'Opposition ni surtout son moral. La grande majorité des oppositionnels en exil se reconnaît dans l'interpellation féroce de Sosnovsky au capitulard Vardine : « N'oublie pas que tu es mort (32) ! »</p>
<p>L'évolution de Radek apparaît, elle, plus dangereuse, telle qu'elle se traduit à travers des interrogations et des doutes qui s'expriment d'abord dans ses lettres. L'homme, pétri d'intelligence, journaliste de grand talent, est connu aussi pour sa versatilité politique et son impulsivité. En 1927, il était très réservé vis-à-vis de la « plate- forme de l'Opposition », suggérait entre autres que le « Thermidor » dont l'Opposition dénonçait le danger était peut- être déjà un fait accompli. Se refusant à fermer, comme le faisait la plate-forme, la perspective d'un « second parti », il se rangeait finalement tout près des éléments les plus gauchistes, proches des décistes. Or, au début de 1928, il renversait brutalement la vapeur : le raidissement de l'appareil après la crise du blé et la grève des livraisons de grain, début 1928, la décision d'appliquer aux koulaks des mesures de coercition lui semblent démontrer l'existence d'un véritable « tournant à gauche » qu'il juge positif - de la part de la direction stalinienne.</p>
<p>En mars 1928, alors qu'il est en déportation à Tobolsk, la bienveillance intéressée du G.P.U. lui octroie l'autorisation de rencontrer chez Smilga, à Tomsk, ses plus proches amis, Beloborodov et Préobrajensky, ce dernier ayant été autorisé à venir de Kazan. Radek écrit beaucoup et cherche à convaincre ses camarades d'exil. Les réactions ne se font pas attendre. Elles ne font qu'accélérer sa démarche. Entraîné par sa propre verve, piqué au vif par les « attaques à la baïonnette » qui fusent de toute part contre lui - le mot est de Trotsky - il part en guerre contre la révolution permanente, puis contre la politique de l'Opposition de gauche dans la révolution chinoise. Trotsky ne peut pas ne pas répondre. Il le fait dans une lettre datée du 17 juillet 1928, une sévère critique des thèmes de Radek, qui ne rompt pas pour autant la solidarité de tendance avec lui, puisqu'il conclut sur la nécessité de « dire cela dans l'intérêt de la clarté sans craindre les tentatives d'un adversaire "monolithique" d'exploiter les divergences de vue entre nous ».</p>
<p>En fait, au moment où commence, au sommet, la crise de ce que Trotsky appelle « le bloc centre-droite » et où s'annonce déjà la rupture entre Staline et Boukharine, le maintien des positions de l'Opposition et ses progrès rendent inévitables des mesures de répression aggravée. Dès la fin de septembre, les conditions de courrier normal dont les déportés avaient jusqu'alors pratiquement joui cessent brutalement. Le G.P.U. prend des mesures qui lui permettent d'effectuer un tri dans le courrier et de ne laisser arriver que la correspondance qu'il a décidé de laisser arriver et se donne les moyens d'interrompre totalement toute correspondance si cela lui apparaît nécessaire. Comme il est évident que ces mesures ne suffisent pas, le 16 décembre, le représentant du collège du G.P.U. Volynsky se présente à Alma- Ata et déclare à L. D. :</p>
<p>« L'activité de vos camarades d'idées a pris dans le pays au cours de ces derniers temps un caractère nettement contre- révolutionnaire ; les conditions dans lesquelles vous êtes placé à Alma- Ata vous laissent parfaitement en mesure de diriger cette besogne, c'est pour quoi le collège du G.P.U. a décidé d'exiger de vous la promesse catégorique de cesser votre activité, sinon il se verra dans l'obligation de changer les conditions de votre existence en vous isolant complètement de la vie politique : cela posera en même temps la question du changement de votre lieu de résidence (33). »</p>
<p>Le refus catégorique de Trotsky place le bureau politique au pied du mur. C'est seulement après trois jours de discussion passionnée et tendue qu'il se décide finalement et se prononce en faveur de la solution préconisée par Staline, contre l'attentisme de Boukharine. Trotsky est expulsé du territoire soviétique. Quelques jours auparavant, le G.P.U. a arrêté d'un coup quelque cent cinquante personnes pour la diffusion d'une lettre de Trotsky : parmi eux, de vieux- bolcheviks, les Géorgiens Budu Mdivani et Kavtaradzé, le critique littéraire Voronsky, des héros de l'Armée rouge et de la guerre civile, Drobnis, Gaievski, Grünstein, Pevzner34. La Pravda ne dissimule pas qu'ils ont bénéficié de bien des sympathies et de « trop de tolérance » : ils sont soumis à « un isolement sévère en tant qu'éléments hostiles à la dictature prolétarienne » et la Pravda du 24 janvier menace quiconque serait tenté de leur manifester la moindre indulgence.</p>
<p>En fait, c'est une nouvelle époque qui commence dans l'histoire de l'Opposition de gauche comme dans celle de l'Union soviétique elle- même.</p>
<p>25 Boris M. Eltsine (1875- 1937 ?), membre du parti en 1899, bolchevik en 1903, avait été président du soviet d'Ekaterinoslav en 1917 et membre de l'exécutif pan- russe des soviets. Il était depuis 1923 l'un des dirigeants de l'Opposition de gauche. Sur son rôle dans le « centre », cf. Victor Serge, Mémoires d'un révolutionnaire (Seuil, 1951), p. 265, 280, 334.</p>
<p>26 « Iz Orenburgskoi sselki », Bibliothèque du Collège de Harvard, 17399. Bien que le catalogue indique que l'auteur de ce document n'a pas été identifié, il s'agit à l'évidence de Victor Serge ce que confirment les recoupements avec sa correspondance.</p>
<p>27 V. Serge, op. cit., p. 335 et Destin d'une révolution, p. 126.</p>
<p>28 « Lettre de Moscou », Biulleten Oppositsii, n° 1/2, p. 17- 18.</p>
<p>29 Rosa Léviné-Meyer, Inside German Communism, appendice « Jakovin and Pankratova », p. 209- 213. Grigorila. Iakovine (1896 ? - 1938) était historien et diplômé de l'Institut des Professeurs Rouges.</p>
<p>30 Ilya V. Mguéladzé dit Vardine (1890- 1943), membre du parti depuis 1907, avait été l'un des dirigeants du parti et des soviets de Saratov en 1917, puis avait rejoint l'opposition de Zinoviev avant l'opposition unifiée.</p>
<p>31 Léonid P. Serebriakov (1890- 1937), métallurgiste, bolchevik en 1905, avait été plusieurs fois emprisonné et déporté sous le tsarisme ; il avait été secrétaire du C. C., membre de l'Opposition de gauche en 1923. Vladimir A. Antonov- Ovseenko (1884- 1938), d'abord officier, condamné à mort pour sa participation en tant que menchevik à la révolution de 1905, s'était évadé, avait collaboré avec Trotsky en exil, rejoint le parti avec lui en 1917. Il avait été responsable politique de l'Armée rouge. Nikolai N. Krestinsky (1883- 1938), ancien étudiant, bolchevik en 1903, avait été secrétaire du C. C. et membre de l'Opposition dès 1923.</p>
<p>32 Lettre de L. S. Sosnovsky à Ilya Vardine, 30 mai 1928, Biulleten Oppositsii n° 3/4, septembre 1929, p. 19. Sosnovsky faisait allusion à une coutume juive lors des funérailles.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf</a></p>
<p>LIRE ENCORE :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf</a></p>
<p>C'était une réponse à Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926</a></p>
<p>Puis en 1935-1936…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p></div>
Trotsky en mai 1940 : « Staline veut ma mort »
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9145
https://www.matierevolution.org/spip.php?article91452026-08-21T22:22:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyStalinisme
<p>L'article ci-dessous fut écrit par Trotsky deux semaines après la tentative d'assassinat dont il fut victime le 24 mai 1940. Comme l'article en fait état, le Guépéou de Staline fut capable d'exercer sur la police mexicaine une pression suffisamment puissante pour que cete dernière oriente son enquête en dehors de la bande de tueurs guépéoutistes qui avaient tenté d'assassiner Trotsky. <br class='autobr' />
Cependant, peu de temps après que cet article eut été écrit, l'enquête fut ramenée sur la bonne voie. À (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory">000- Le stalinisme ou la révolution trahie</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>
<div class='rss_texte'><p>L'article ci-dessous fut écrit par Trotsky deux semaines après la tentative d'assassinat dont il fut victime le 24 mai 1940. Comme l'article en fait état, le Guépéou de Staline fut capable d'exercer sur la police mexicaine une pression suffisamment puissante pour que cet}e dernière oriente son enquête en dehors de la bande de tueurs guépéoutistes qui avaient tenté d'assassiner Trotsky.</p>
<p>Cependant, peu de temps après que cet article eut été écrit, l'enquête fut ramenée sur la bonne voie. À cette époque, la presse des camarades américains de Trotsky publia tous les détails concernant l'arrestation de David Serrano, de David Alfaro Siqueiros et d'une vingtaine d'autres staliniens ; elle publia aussi comment certains d'entre eux avouèrent leur complicité, et la culpabilité de la machine terroriste stalinienne fut établie.</p>
<p>L'article de Trotsky nous donne sa propre description de l'attentat du 24 mai et des événements des deux semaines suivantes. Trotsky écrivit un autre article sur l'attentat, intitulé : « Le Comintern et le Guépéou », publié dans le numéro de novembre 1940 de la revue Fourth International.</p>
<p>Léon Trotsky :</p>
<p>*<br class='autobr' />
LA NUIT DE L'ATTENTAT</p>
<p>L'attaque se produisit à l'aube, vers quatre heures du matin. Je dormais profondément, ayant pris un soporifique après une écrasante journée de travail. Réveillé par les rafales de la fusillade, mais étant plutôt dans un demi-sommeil, je m'imaginais d'abord qu'on célébrait un jour de fête nationale près de la maison avec des feux d'artifices. Mais les explosions étaient trop près de nous, à l'intérieur même de la pièce, près de moi et au-dessus de ma tête. L'odeur de poudre prenait de plus en plus à la gorge. Nettement, ce ce que nous attendions depuis toujours, était maintenant un état de fait : nous étions sous le coup d'une attaque. Où étaient les policiers cantonnés en dehors de la maison ? Qu'étaient devenus les gardes placés à l'intérieur ? Pieds et poings liés ? Enlevés ? Assassinés ? Ma femme avait déjà sauté du lit. La fusillade continuait sans arrêt. Ma femme m'a dit plus tard qu'elle m'entraîna sur le plancher, me poussant dans un coin entre le lit et le mur. C'est l'exacte vérité. Elle était restée devant moi, près du mur, comme pour me protéger de son corps. Mais avec quelques gestes et en parlant à voix basse, je la persuadai de s'étendre à terre. Les coups de feu venaient de tous côtés, il était difficile de savoir exactement d'où. A un certain moment, ma femme, comme elle me le raconta plus tard, put distinguer nettement l'éclat des coups de feu : la rafale venait donc de la pièce elle-même, bien que nous ne puissions voir personne. Mon impression est qu'environ deux cents coups de feu furent tirés, dont une centaine dans la pièce elle-même, près de nous. Des éclats de vitre et de plâtre volaient dans toutes les directions. Un peu plus tard je m'aperçus que j'avais été légèrement touché deux fois à la jambe droite.</p>
<p>Comme la fusillade s'arrêtait, nous entendîmes notre petit-fils appeler dans la pièce voisine « Grand'père ! » La voix de l'enfant dans la nuit, au milieu de la fusillade, reste le souvenir le plus tragique de toute la nuit. Après qu'une rafale eût traversé son lit en diagonale comme les marques sur la porte et le mur en font foi, l'enfant se jeta sous le lit ; une balle traversa le matelas, le blessa au gros orteil et s'incrusta dans le plancher. Les assaillants lancèrent deux bombes incendiaires et quittèrent la chambre de notre petit-fils. Criant « Grand-père ! », il courut derrière eux dans le patio, laissant derrière lui une traînée de sang et, sous la fusillade, se précipita dans la pièce de l'un des gardes.</p>
<p>Au cri de notre petit-fils, ma femme se fraya un chemin dans sa chambre déjà vide. Le plancher, la porte et un petit meuble brûlaient. « Ils ont enlevé Sieva » lui dis-je. Ce fut le moment le plus pénible. Les coups de feu continuaient, mais déjà loin de notre chambre à coucher, quelque part dans le patio ou au dehors, tout près des murs. Les terroristes couvraient apparemment leur repli. Ma femme s'empressa d'étouffer les flammes avec une couverture. Une semaine après elle devait encore soigner ses brûlures.</p>
<p>Deux membres de notre garde apparurent, Otto et Charles ; ils avaient été tenus écartés de nous durant l'attaque par un feu nourri de mitraillettes. Ils confirmèrent le fait que les assaillants s'étaient apparemment retirés puisqu'on n'en voyait plus un seul dans le patio. Le garde de service cette nuit-là, Robert Sheldon Harte, avait disparu. Les deux automobiles étaient parties. Pourquoi les policiers de garde stationnés à l'extérieur restaient-ils silencieux ? Ils avaient été attachés par les assaillants qui crièrent « Vive Almazan ! ». Telle fut l'histoire racontée par les policiers attachés.</p>
<p>Ma femme et moi fûmes convaincus, le jour suivant, que les assaillants avaient tiré à travers les fenêtres et les portes et qu'aucun d'eux n'avait pénétré dans notre chambre. Cependant, un examen de la trajectoire des balles prouva irréfutablement que les huit coups, qui frappèrent le mur à la tête des deux lits et qui trouèrent les matelas en quatre endroits, ainsi que les traces de balles dans le flancher au-dessous du lit ne peuvent avoir été tirés que de l'intérieur de la pièce. Des douilles trouvées sur le plancher et une couverture roussie en deux endroits témoignent en faveur de la même interprétation.</p>
<p>Quand les terroristes entrèrent-ils dans notre chambre ? Fut-ce dans la première partie de l'attaque avant que nous soyons réveillés ? Ou bien fut-ce au contraire pendant les derniers moments, alors que nous étions étendus sur le plancher ? J'incline vers la deuxième hypothèse. Ayant tiré à travers les portes et les fenêtres plusieurs vingtaines de balles et n'ayant entendu aucun cri ou gémissement, les assaillants avaient toutes raisons de penser qu'ils n'avaient pas achevé leur travail. L'un d'entre eux doit être entré au dernier moment pour donner le coup final. Il est possible que les draps et les traversins aient conservé la forme de corps humains. A quatre heures du matin la pièce était dans l'obscurité. Ma femme et moi restions étendus silencieux et sans bouger sur le plancher. Avant de quitter notre chambre le terroriste qui vint pour vérifier si la tâche était déjà accomplie, put avoir tiré quelques coups sur le lit « pour avoir la conscience tranquille ».</p>
<p>Il serait trop ennuyeux d'analyser ici, en détail, les diverses légendes produites par l'incompréhension ou la malveillance qui servirent directement ou indirectement à la théorie de « l'attentat volontaire ». La presse avança des allégations selon lesquelles ma femme et moi n'étions pas dans notre chambre durant la nuit de .l'attentat. El Popular (organe de l'allié des staliniens, Toledano) se répandit en discours concernant « mes contradictions » : selon l'une des versions on dit que je rampais dans un coin de la pièce, selon une autre version je sautais sur le plancher, etc… Il n'y a pas un seul mot de vrai dans tout cela. Toutes les pièces de la maison sont occupées la nuit par des personnes désignées à l'avance, à l'exception de la bibliothèque, de la salle, à manger et de mon bureau de travail. Mais justement les assaillants traversèrent précisément ces pièces-là et ne nous y trouvèrent pas. Nous dormions où nous le faisions toujours : dans notre chambre à coucher. Comme il a déjà été établi, je me jetai dans un coin de la pièce ; puis ma femme me rejoignit.</p>
<p>Comment se fait-il que nous ayons survécu ? Évidemment par un heureux hasard. Les lits furent sous un feu croisé. Peut-être les assaillants eurent-ils peur de se blesser mutuellement ‘et tirèrent-ils instinctivement plus haut ou plus bas qu'ils n'auraient dû le faire. Mais ceci n'est qu'une supposition psychologique. Il est possible aussi que ma femme, et moi aidâmes le hasard en ne perdant pas la tête, en n'appelant pas au secours alors que cela n'aurait servi à rien, ne tirant pas quand cela n'eût eu aucun sens, mais restant tranquillement étendus sur le sol, simulant la mort.</p>
<p>L' « ERREUR » DE STALINE</p>
<p>Il pourrait sembler incompréhensible aux initiés que la clique de Staline m'ait d'abord exilé et ait ensuite tenté de m'assassiner à l'étranger. N'eût-il pas été plus simple de me fusiller à Moscou, comme ce fut le sort de tant d'autres ?</p>
<p>En voici d'explication : En 1928, lorsque je fus expulsé du Parti et exilé en Asie centrale, il était encore impossible de parler, non seulement de peloton d'exécution, mais même d'arrestation. La génération avec laquelle j'avais traversé la Révolution d'Octobre et la guerre civile était encore en vie. Le Bureau politique se sentait assiégé de toutes parts. De l'Asie centrale il m'était possible de maintenir des contacts directs avec l'Opposition. Dans ces conditions, Staline, après avoir hésité pendant un an, décida de s'en remettre à l'exil comme à un moindre mal. Il pensa que Trotsky, isolé de 1'U.R.S.S., dépourvu d'appareil et de ressources matérielles, serait incapable d'entreprendre quoi que ce soit. De plus, Staline calcula qu'après avoir réussi à me noircir complètement aux yeux de la population, il pourrait sans aucune difficulté obtenir du gouvernement ami de Turquie mon retour à Moscou pour le coup final. Les événements ont toutefois montré depuis qu'il est possible de participer à la vie politique sans avoir ni appareil, ni ressources matérielles. Avec l'appui de jeunes camarades, je posai les fondations de la Quatrième Internationale qui se fraye un chemin lentement, mais obstinément. Les procès de Moscou de 1936-37 furent montés à fin d'obtenir mon expulsion de Norvège, c'est-à-dire, en fait, me remettre entre les mains du Guépéou. Mais cela ne réussit pas. J'atteignis le Mexique. Je sais que Staline reconnut à plusieurs reprises que mon exil fut « une erreur énorme ». Pour rectifier l'erreur il ne restait pas d'autre moyen qu'une action terroriste.</p>
<p>LES PREPARATIONS DU GUEPEOU</p>
<p>Au cours de ces dernières années, le Guépéou a supprimé des centaines de mes amis, ainsi que des membres de ma famille en U.R.S.S. En Espagne ils assassinèrent mon ancien secrétaire Erwin Wolf et un certain nombre de camarades d'idées ; à Paris ils assassinèrent mon fils, Léon Sedoff, que les tueurs professionnels de Staline guettaient depuis deux ans. A Lausanne, le Guépéou tua Ignace Reiss qui avait quitté le Guépéou et rejoint les rangs de la Quatrième Internationale. A Paris, les agents de Staline assassinèrent un autre de mes anciens secrétaires, Rudolf Klement, dont le corps fut retrouvé dans la Seine avec la tête, les mains et les jambes coupées. On pourrait continuer cette liste interminable.</p>
<p>Au Mexique, il y eut une claire tentative de me faire assassiner dans ma maison par un individu muni d'une fausse recommandation d'un personnage politique fort connu. Ce fut après cet incident, qui alarma mes amis, que nous prîmes des mesures de protection plus sérieuses : garde nuit et jour, système d'alarme, etc…</p>
<p>Après la participation active et véritablement meurtrière du Guépéou dans les événements d'Espagne, je reçus de nombreuses lettres de mes amis, principalement de Paris et de New-York, concernant des agents du Guépéou qui furent envoyés de France ou des États-Unis au Mexique. Les noms et les photographis de ces messieurs furent transmis à temps, par moi, à la police mexicaine. La déclaration de guerre aggrava d'autant plus la situation, du fait de ma lutte irréductible contre la politique étrangère et intérieure du Kremlin. Mes déclarations et mes articles dans la presse mondiale — sur le démembrement de la Pologne, la faiblesse de l'armée rouge dirigée par Staline, etc. — furent reproduits à des dizaines de millions de copies. Le mécontentement en U.R.S.S même va croissant. En raison de son passé révolutionnaire, Staline se souvient que la Troisième Internationale était infiniment plus faible au début de la première guerre mondiale que la Quatrième Internationale ne l'est à présent. Le déroulement de la guerre peut donner une puissante impulsion au développement de la Quatrième Internationale, également en U. R. S. S. C'est pourquoi Staline ne peut avoir manqué d'ordonner à ses agents d'en finir avec moi le plus vite possible.</p>
<p>DES PREUVES SUPPLEMENTAIRES</p>
<p>Des faits connus de n'importe qui et des considérations politiques générales démontrent ainsi indubitablement que l'organisation de l'attentat du 24 mai ne peut venir que du Guépéou. Il ne manque cependant pas de preuves supplémentaires :</p>
<p>– 1° Quelques semaines avant l'attentat, la presse mexicaine était pleine de rumeurs sur le regroupement d'agents du Guépéou au Mexique. Il y avait beaucoup de choses fausses dans ces rapports. Mais le fondement de ces rumeurs était exact.</p>
<p>– 2° Il faut noter précieusement l'exceptionnelle qualité technique de l'attentat. Le meurtre échoua seulement en raison d'un de ces hasards qui font partie intégrante de toute guerre. Mais la préparation et l'exécution de l'attentat sont étonnantes par leur méthodicité, leur efficacité et le nombre de participants. Les terroristes sont familiarisés avec les abords de la maison et sa vie intérieure ; ils sont équipés d'uniformes de police, d'armes, de scie électrique, d'échelles de corde, etc. Ils réussirent parfaitement à lier les policiers placés à l'extérieur de la maison, ils paralysèrent les gardes à l'intérieur par une correcte disposition des tirs, ils pénétrèrent dans la chambre de la victime désignée et tirèrent impunément durant trois à cinq minutes, lancèrent des bombes incendiaires et quittèrent le champ de bataille sans laisser la moindre trace derrière eux. Une telle entreprise dépasse les possibilités d'un groupe indépendant. On doit prendre note de la formation, de l'entraînement, des ressources considérables et de la sélection des exécutants. Cela, c'est le travail du Guépéou.</p>
<p>– 3° Correspondant strictement au système classique du Guépéou, est le soin avec lequel on cherche à dérouter l'enquête sur une fausse piste introduisant celle-ci dans la préparation de l'attentat lui-même. Pendant qu'ils ligotaient les policiers, les assaillants crièrent « Vive Almazan ! ». Ces clameurs artificielles et de mauvaise foi, la nuit, devant cinq policiers dont trois dormaient, visaient deux buts à la fois : pour distraire, ne serait-ce que pour quelques jours, l'attention de l'enquête à venir et la maintenir en dehors du Guépéou et de son agence au Mexique ; et pour compromettre les partisans d'un des candidats à la présidence. Tuer .un opposant tout en rejetant la suspicion sur un autre, telle est la méthode classique du Guépéou, plus exactement de son inspirateur, Staline.</p>
<p>– 4° Les assaillants amenèrent avec eux plusieurs bombes incendiaires dont deux furent jetées dans la chambre de mon petit-fils. Les participants à l'attaque avaient donc l'intention, non seulement de tuer, mais aussi d'incendier. Leur seul but dans ce cas ne pouvait être que la destruction de mes archives. Ceci n'intéresse que Staline étant donné que mes archives ont une valeur exceptionnelle dans ma lutte contre l'oligarchie de Moscou. Ce sont mes archives qui me permirent, en particulier, de démontrer que les procès de Moscou n'étaient que des machinations policières. Le 7 novembre 1936, le Guépéou, courant de gros risques, avait déjà volé une partie de mes archives à Paris. Il ne les oublia pas dans la nuit du 24 mai. Des bombes incendiaires sont ainsi une sorte de carte de visite de Staline.</p>
<p>– 5° Extrêmement caractéristique des crimes du Guépéou est la division du travail souterrain de conspiration, on menait une campagne ouverte de calomnies dans le but de discréditer la victime présumée. La même division du travail continue après l'accomplissement du crime : les terroristes se cachent, pendant que leurs avocats, à découvert, tentent d'orienter l'attention de la police dans le sens d'un faux procès.</p>
<p>– 6° Enfin, il n'est pas possible de ne pas porter attention aux réactions de la presse mondiale : les journaux de toutes les tendances partent du point de vue déclaré ou tacite selon lequel l'attentat est l'œuvre du Guépéou ; seuls les journaux stipendiés par le Kremlin et s'en tenant à des ordres soutiennent une version différente. C'est une pièce irréfutable d'évidence politique !</p>
<p>LE 27 MAI — TOURNANT DE L'ENQUETE</p>
<p>Le matin du 24 mai, les représentants de la direction de la police me demandèrent ma collaboration pour résoudre le problème. Le colonel Salazar et des dizaines d'agents s'adressèrent à moi, de la manière la plus amicale possible, pour obtenir des informations diverses. Ma famille, mes collaborateurs et moi-même firent tout ce qui était en notre pouvoir.</p>
<p>Le 25 ou le 26 mai, deux agents de la police secrète me déclarèrent que l'enquête était sur la voie juste et il était déjà de toutes façons « prouvé qu'il s'agissait bien d'une tentative d'assassinat ». Je fus étonné. Après tout, était-il nécessaire de le prouver ? Je me demandais précisément contre qui la police avait à prouver que l'attentat était bien un attentat ? En tous cas, jusqu'au soir du 27 mai l'enquête, pour autant que j'en pouvais Juger, était dirigée contre les assaillants inconnus et non contre les victimes de l'attentat. Le 28 mai, je transmis au colonel Salazar une preuve, qui, comme la troisième étape de l'enquête le démontra, était de la plus grande importance. Mais à ce moment-là, à l'ordre du jour se trouvait inscrite une seconde étape que je n'aurais jamais soupçonnée, c'est-à-dire une enquête dirigée contre moi et mes collaborateurs.</p>
<p>Pendant la nuit du 28 mai, un changement complet et brutal dans l'orientation de l'enquête, et dans l'attitude de la police envers ma maison fut préparé et accompli. Nous fûmes immédiatement entourés d'une atmosphère d'hostilité. Que se passait-il ? nous demandions-nous embarrassés. Ce tournant n'a pu se produire par lui- même. Il devait y avoir des raisons concrètes et impératives. Pas même un semblant de fait ou de date qui puisse justifier un tel tournant dans l'enquête ne s'était révélé ou n'aurait pu se révéler. Je ne peux trouver d'autre explication à ce tournant que l'énorme pression exercée par l'appareil du Guépéou, s'appuyant sur tous ses « amis ». Derrière la scène, un véritable coup d'état s'était produit. Qui l'avait dirigé ?</p>
<p>Ici s'insère un fait qui pourrait sembler insignifiant, mais qui mérite la plus sérieuse attention . El Popular et El Nacional publièrent le matin du 27 mai une histoire identique : « M. Trotsky se contredit », qui m'imputait des contradictions sur la question de ma conduite durant la nuit du 24 mai et pendant le moment même de l'attentat. Cette histoire que je laissai passer sans y faire attention pendant ces heures d'agitation, était une pure invention du commencement jusqu'à la fin. Qui procura cette nouvelle aux journaux « de gauche » ? C'est une question d'une importance capitale. On se réfère aux sources « d'observateurs anonymes ». Qui sont ces « observateurs » ? Qu'observèrent-ils donc et où ? Il est tout à fait évident que cette histoire avait pour but de préparer et de justifier aux yeux des cercles gouvernementaux, où ces journaux sont largement répan dus, le tournant hostile de l'enquête contre moi et mes collaborateurs. Un examen serré de cet épisode mettrait à coup sûr en lumière bien des choses.</p>
<p>Deux serviteurs de la maison furent interrogés pour la première fois le 28 mai, c'est-à-dire le jour même où nous étouffions déjà dans une atmosphère d'hostilité et où l'esprit de la police était déjà orienté vers l'interprétation de 1' « attentat volontaire ». Le jour suivant, le 29, les deux femmes furent à nouveau convoquées et emmenées à 4 heures de l'après-midi Via Madero (Guadalupe) où elles furent interrogées jusqu'à 11 heures du soir à l'intérieur de l'immeuble et de 11 heures à 2 heures du matin dans la cour noire, dans une automobile.</p>
<p>Aucune note ne fut prise. Elles furent ramenées à la maison aux environs de 3 heures. Le 30 mai, un agent de police apparut dans la cuisine avec un compte rendu fait à l'avance et les deux femmes le signèrent sans l'avoir lu. L'agent quitta la cuisine une minute environ après y être entré. Lorsque les deux femmes apprirent par les journaux que mes secrétaires Charles et Otto avaient été arrêtés sur la base de leurs déclarations elles déclarèrent toutes les deux qu'elles n'avaient absolument rien dit qui puisse justifier une arrestation.</p>
<p>Pourquoi ces deux membres de la garde furent-ils arrêtés et non les autres ? Parce qu'Otto et Charles servaient d'agents de liaison avec les autorités et avec nos quelques camarades qui étaient en ville. Préparant le coup contre moi, les magistrats chargés de l'instruction décidèrent avant toute chose d'isoler complètement notre maison. Le même jour, un Mexicain, S., et un Tchèque, B., de jeunes amis qui nous avaient rendu visite pour exprimer leur sympathie, furent arrêtés. Le but de l'arrestation était clairement le même : couper toutes nos liaisons avec le monde extérieur. On exigea des membres de la garde qui étaient arrêtés qu'ils avouent « en un quart d'heure » que c'était moi qui leur avais ordonné d'accomplir 1' « attentat volontaire ». Je n'ai pas du tout l'intention d'exagérer de tels épisodes ou de leur donner une signification tragique. Ils m'intéressent seulement du point de vue de la possibilité dé démasquer les forces groupées « derrière la scène », forces qui furent capables en vingt-quatre heures de déclencher un tournant presque magique dans la direction de l'enquête. Ces forces continuent même aujourd'hui à exercer une influence sur le cours de l'enquêté.</p>
<p>Le jeudi 30 mai, lorsque B. fut interrogé Via Madera, tous les membres de la police partaient de la théorie de 1' « assaut volontaire », et se conduisirent insolemment envers moi, ma femme et mes collaborateurs. Durant ses quatre journées d'emprisonnement, S. eut l'occasion d'écouter quelques bribes de conversations entre les agents de police. Sa conclusion est la suivante : « La main de Lombardo Toledano, Bassols, et des autres pénétrait profondément au sein de la police et ceci, avec des succès considérables. L'idée d'un « attentat volontaire » fut artificiellement inspirée par ceux-ci ».</p>
<p>LA THEORIE DE L' « ATTENTAT VOLONTAIRE »</p>
<p>La pression des cercles intéressés a dû prendre des proportions considérables pour arriver à obliger les dirigeants de l'enquête à considérer sérieusement l'idée absurde d'un assaut volontaire.</p>
<p>Quel but aurais-je poursuivi en m'aventurant dans une entreprise si monstrueuse, répugnante et si dangereuse ? Personne n'a pu l'expliquer jusqu'à présent. On allègue que je désirais noircir Staline et le Guépéou. Mais un autre attentat aurait-il ajouté quoi que ce soit à la réputation bien établie d'un homme qui a détruit la vieille génération du parti bolchévik tout entière ? On dit que je voulais prouver i'existence d'une « Cinquième colonne ». Pourquoi ? Et pourquoi faire ? D'autre part, les agents du Guépéou sont tout à fait suffisants pour perpétrer un attentat, il n'y a pas besoin de Cinquième colonne pour le faire. On dit que je voulais créer des difficultés au gouvernement mexicain. Quels motifs plausibles pourrais-je avoir de créer des difficultés au seul gouvernement qui m'ait offert l'hospitalité ? On dit que je voulais provoquer une guerre entre les Etats-Unis et le Mexique. Maie cette explication relève entièrement du domaine du délire. En vue de provoquer une telle guerre il aurait été en tout cas plus efficace d'organiser un attentat contre l'ambassadeur américain ou quelque magnat du pétrole et non contre un bolchévik révolutionnaire, étranger et hostile aux milieux impérialistes.</p>
<p>Lorsque Staline organise un attentat pour m'assassiner, le sens de son action est clair : il veut éliminer son Ennemi n° 1. Staline ne court aucun risque en agissant ainsi ; il agit de loin. Au contraire, en organisant un « assaut volontaire », je dois moi-même endosser la responsabilité d'une telle entreprise ; je mets en jeu mon propre sort, celui de ma famille, ma réputation politique, et la réputation du mouvement que je sers. Que puis-je y gagner ?</p>
<p>Mais même si quelqu'un voulait admettre l'impossible, c'est-à-dire essentiellement, qu'après avoir, renoncé à la cause de ma vie entière, et piétiné le sens commun et mes propres intérêts vitaux, j'aie effectivement décidé d'organiser 1' « attentat volontaire » pour la cause de quelque but inconnu, il reste encore la question suivante : Où et comment ai-je pu obtenir vingt exécutants ? Comment leur ai-je procuré des uniformes de police ? Comment les ai-je armés ? Comment leur ai-je fourni toutes les choses nécessaires ? Etc., etc. En d'autres termes, comment un homme qui vit presque complètement isolé du monde extérieur peut-il accomplir une entreprise concevable seulement par un appareil puissant ? Je dois avouer que je me sens incapable de soumettre à la critique une idée qui est au-dessous de toute critique.</p>
<p>LES REACTIONS DE LA PRESSE</p>
<p>Des conclusions extrêmement valables peuvent être tirées d'un examen de la conduite d'une certaine partie de la presse mexicaine dans les jours qui suivirent la tentative d'assassinat, au sujet du travail accompli derrière la scène par le Guépéou. Laissons de côté La Voz de Mexico, la publication officielle du stalinisme, avec ses contradictions éclatantes, ses accusations insensées et ses calomnies cyniques.</p>
<p>Laissons aussi de côté les organes de la droite qui, d'une part, sont guidés par la chasse aux sensations et, d'autre part, essayent d'utiliser l'attentat dans leur propre intérêt, c'est-à-dire, contre les « gauches » en général. Politiquement je suis plus éloigné de journaux du genre d'Universal ou Excelsior que de Lombardo Toledano et ses semblables. J'emploie les journaux sus-nommés pour ma défense exactement comme j'emploierais un autobus pour me déplacer.</p>
<p>De plus, les manœuvres des journaux de l'aile droite ne sont qu'un reflet de la vie politique du pays, et, dans leur essence, ils ont une attitude détachée sur la question de l'attentat et du Guépéou. Pour notre but, il est beaucoup plus important d'analyser la conduite d'El Popular et, en partie, d'El Nacional. La politique active, dans ce cas là, est menée par El Popular. En ce qui concerne El Nacional, ce dernier s'adapte simplement à son collègue intéressé.</p>
<p>« EL POPULAR » ET L'ATTAQUE DU 24 MAI</p>
<p>En dépit du fait rapporté par les journaux selon lequel Toledano quitta la capitale deux ou trois jours avant l'attentat, El Popular eut au moment critique des directives très claires et très précises.</p>
<p>L'attentat ne prit pas du tout le journal au dépourvu. Dans cette affaire, les éditeurs n'essayèrent pas de tourner l'attaque en plaisanterie, ni ne se Référèrent pas à ma « manie de la persécution », etc. Au contraire le journal prit immédiatement un ton sérieux et alarmé. Le numéro du 25 mai publia en première page le slogan suivant : « L'attentat contre Trotsky est un attentat contre le Mexique. » L'éditorial, intitulé de la même manière, exigeait une enquête des plus strictes et une punition exemplaire des coupables quelles que soient leurs tendances politiques et la puissance étrangère avec là.quelle ils pourraient être liés. A l'aide de cette phraséologie l'article cherchait à donner l'impression de la plus grande impartialité et d'une indignation toute patriotique. L'objectif immédiat est de creuser une sorte d'abîme entre les éditeurs d'El Popular et les terroristes, qui pouvaient tomber aux mains de la police un jour ou l'autre. Cette mesure de précaution était d'autant plus nécessaire qu'El Popular avait dirigé avec un zèle tout particulier une campagne de calomnies contre moi dans la période précédente.</p>
<p>Cependant, derrière le bouclier littéraire de l'impartialité, pointent des insinuations prudentes destinées dans les jours suivants à être poussées plus en avant. On remarque, en passant, dans une phrase toute simple que « l'attentat comporte des aspects mystérieux et suspects ». Ce jour-là ces mots passèrent inaperçus. Mais à présent il est parfaitement clair que l'auteur de l'article s'était réservé la possibilité de mettre en avant la théorie de « l'attentat volontaire » au cas où l'enquête judiciaire échouerait. La seconde insinuation n'est pas moins significative : l'article prédit que « les ennemis du Mexique » feraient retomber l'attentat sur les épaules de Staline et de Moscou. Les ennemis du Mexique sont par là identifiés aux ennemis de Staline. L'appel solennel à la recherche des criminels, quelle que soit la puissance étrangère avec laquelle ils pourraient être en liaison a donc une interprétation tout à fait limitée.</p>
<p>Avec tous ses zigzags et ses équivoques l'article est cependant soigneusement réfléchi. Les contradictions de l'article découlent du caractère contradictoire et imprécis de la situation elle-même. Les résultats de l'enquête étaient encore inconnus. En cas de succès de l'enquête, il était nécessaire de prendre une position de repli la plus détachée possible. En cas d'échec de l'enquête, il était nécessaire de garder les mains libres pour pousser plus avant la vieille ligne de calomnies et de persécution. Il était en même temps nécessaire de détourner autant que possible l'attention du Guépéou, sans toutefois se lier complètement les mains. Au cours d'une nouvelle lecture de cet article, aujourd'hui on peut clairement voir à quel point la manœuvre était cousue de fil blanc.</p>
<p>Dans le numéro du 26 mai, la même ligne est poursuivie dans son ensemble. El Popular exige des autorités une punition énergique des coupables. Le danger que les participants à l'attentat tombent immédiatement entre les mains de la police est encore grand ; de là un fort accent d'impartialité.</p>
<p>Le numéro du 27 mai lance déjà la cynique histoire de « M. Trotsky se contredit ». C'est la première tentative pour développer l'insinuation concernant « les aspects suspects » de l'attentat. On affirme dans ‘cette histoire que j'avais fourni une déposition contradictoire au sujet de ce que je fis durant l'attentat. L'incongruité de cette insinuation saute aux yeux. Si un homme vivant dans la solitude de l'exil s'avérait capable de mobiliser vingt conspirateurs et de leur obtenir des uniformes de police et des mitraillettes, il devrait donc être capable de préparer une réponse, au sujet de sa conduite durant l'attentat. Mais ne chicanons pas au sujet de la technique de la falsification des faits. Une chose est claire : El Popular est en train de préparer le terrain à la théorie de 1' « attentat volontaire ».</p>
<p>Pendant ce temps-là, l'enquête se débattait dans les pires difficultés : le Guépéou est capable de prévoir très loin et de couvrir soigneusement ses traces. Trois jours se sont écoulés depuis l'attentat. Le danger de l'arrestation des principaux participants pouvait être considéré comme éliminé, d'autant plus qu'ils avaient eu largement 1e temps de passer la frontière au moyen de passeports préparés à l'avance. En fonction de cela, El Popular prend un ton plus assuré le 27 mai. On ne s'en tient pas à l'histoire citée plus haut, dans les nouvelles. L'article leader de ce jour déclare nettement que « jour après jour l'attentat éveille de sérieux doutes et semble de plus en plus suspect et de moins en moins logique » ; plus loin, on emploie le mot « , camouflage ». L'article impute l'attentat aux impérialistes américains qui veulent intervenir dans les affaires du Mexique et qui apparemment s'appuient sur ma collaboration. Pourquoi les impérialistes m'auraient-ils choisi comme objet de l'attentat plutôt qu'un autre reste obscur ? Et comme un attentat dirigé contre un bolchévik russe au Mexique aurait pu justifier une intervention des Etats-Unis reste encore plus incompréhensible. Au lieu d'une analyse et de preuves, une pure sélection de phrases ronflantes.</p>
<p>Il reste à rappeler qu'avant la conclusion du pacte Staline-Hitler, El Popular me caricaturait invariablement avec une croix gammée. Je ne fus soudainement transformé en agent des Etats-Unis qu'après l'invasion de la Finlande par l'armée rouge. El Popular essaye de disposer de moi avec la même aisance que Staline emploie pour donner des ordres à ses agents. Dans leurs agitations verbales et leurs manœuvres de coulisse, Toledano et ses alliés allèrent certainement beaucoup plus loin qu'ils ne le firent dans leur propre presse. Comme les événements des jours suivants le démontrèrent, ils se lancèrent dans un travail particulièrement intense dans les rangs de la police.</p>
<p>Le 28 mai, les autorités chargées de l'enquête étaient déjà complètement gagnées à l'idée de 1' attentat volontaire ». Deux de mes secrétaires, Otto et Charles, et deux personnes liées à la maison, B. et S„ furent mis en état d'arrestation. Ayant obtenu cette victoire, El Popular se retire soigneusement dans l'ombre : dans son numéro du 28 mai, il prend à nouveau une position objective. Les raisons pour lesquelles les directeurs du journal prenaient leurs précautions avant de s'aventurer dans une position irrévocable sont claires. Ils en savaient plus long qu'ils ne le disaient, et avaient beaucoup moins confiance dans la version de l'attentat volontaire que n'en avait la police orientée par eux sur une fausse piste. Ils avaient peur que cette version soit à n'importe quel moment balayée. C'est pourquoi, après en avoir mis la responsabilité sur le dos de la police, El Popular du 28 mai prend à nouveau l'attitude d'un observateur patriote alarmé.</p>
<p>Dans le numéro du 29 mai, El Popular publiait sans commentaires la déclaration du Parti communiste mexicain qui exigeait, non pas le châtiment des terroristes, mais l'expulsion de Trotsky du Mexique. Ce même jour, la maison et ses habitants furent coupés du monde extérieur par un cercle de suspicions fantastiques. Il est tout à fait inutile de noter que Toledano laissa, dans ce cas comme dans d'autres, les leaders du Parti communiste exprimer eux-mêmes les plus naïfs slogans du Kremlin, ce dernier n'ayant rien à perdre. Il chercha à se réserver une porte de sortie pour un repli personnel éventuel.</p>
<p>Le ler juin, la presse publia ma lettre au procureur de la République, dans laquelle je désignais ouvertement Lombardo Toledano comme complice moral dans la préparation de l'attentat. Après cela, Toledano sortit à moitié de l'ombre. « La C.T.M. (Confédération des Travailleurs Mexicains) accuse Trotsky d'être un instrument de la guerre des nerfs (américaine contre le Mexique) » proclame El Popular du 6 juin. Qu'est-ce que cela signifie ? C'est de la rhétorique vide qui ne signifie rien et sans aucun fait à l'appui. Au nom de la C.T.M., Toledano soumet aux autorités un document dans lequel l'attentat est présenté comme entouré d'un filet d'intrigues internationales large et tout à fait vague. Outre moi-même, un grand nombre de facteurs, d'institutions et de personnages sont suspectés d'intrigues.</p>
<p>Un grand nombre, mais pas le Guépéou. Seuls les « ennemis du Mexique », comme nous le savons déjà, sont capables de suspecter le Guépéou. Ainsi, dans toutes ses manœuvres, Toledano reste l'Ami n° 1 du Guépéou.</p>
<p>« EL NACIONAL »</p>
<p>Se distinguant de tous les autres journaux de la capitale, El Nacional ne mentionna même pas l'attentat dans sa première édition du 25 mai. Dans sa seconde édition, il publia une dépêche sous le titre « Trotsky est l'objet d'un attentat théâtral (!) à son domicile ». Sur quelle base le journal acquiert cette appréciation, cela reste inconnu. Je suis, par malheur, obligé d'affirmer que, précédemment et à plusieurs reprises, ce journal tenta de m'attribuer des actes répréhensibles sans la moindre ombre d'une justification.</p>
<p>Il est utile de noter avec la plus grande attention que, le même jour où El Nacional caractérisait l'attentat de « théâtral », El Popular écrivait « L'attentat contre Trotsky est un attentat contre le Mexique ». A première vue il peut sembler qu'El Nacional avait une attitude plus hostile envers la victime de l'attentat qu' El Popular. Mais en fait, ce n'est pas le cas. Par sa conduite, El Nacional révèle simplement qu'il est plus éloigné qu'El Popular des sources staliniennes, et par conséquent des sources de l'attentat. El Nacional a des éditeurs qui font tout ce qu'il leur est possible de faire pour faire plaisir aux staliniens. Ils savent que la manière la plus simple est de faire état d'une sorte de suspicion envers moi. Lorsque les éditeurs reçurent des nouvelles de l'attentat contre ma maison, l'un des éditeurs mit en circulation la première formule ironique qui lui vint à l'esprit. Ce simple fait montre que les éditeurs d'El Nacional, contrairement à ceux d'El Popular, ne savent pas de quoi ils parlent.</p>
<p>Dans les jours suivants on peut observer cependant un alignement de ces deux publications. El Nacional, devinant d'après la conduite d'El Popular qu'il avait proféré très imprudemment son hypothèse d'un « attentat théâtral », se replia rapidement et prit une position plus sur ses gardes. Pour sa part, El Popular, devenant convaincu que pas un seul participant à l'attentat n'avait été arrêté, commença à passer sur la position de 1'« attentat théâtral ». L'histoire du 27 mai « M. Trotsky se contredit » fut aussi publiée dans El Nacional.</p>
<p>Sur la base d'une analyse des articles d'El Popular et en les comparant avec ceux d'El Nacional, il est possible d'affirmer avec certitude que Toledano connaissait à l'avance les préparatifs de l'attentat, au moins de manière générale. Le Guépéou prépara simultanément — par divers canaux — le complot secret, la défense politique, et le détournement de l'enquête. Pendant les journées critiques, El Popular reçut sans doute des instructions de Toledano lui-même. Il est tout à fait probable que l'auteur de l'article du 25 mai n'est autre que lui. En d'autres termes, Lombardo Toledano eut une part morale dans la préparation de l'attentat et dans le camouflage des traces.</p>
<p>MA GARDE</p>
<p>Pour avoir une compréhension plus claire des fondements de l'attentat ainsi que de certains faits liés à l'enquête, il est nécessaire de dire quelques mots au sujet de ma garde. On publia des rapports dans les journaux, prétendant que je « louais » presque uniquement des étrangers pour ma garde, que c'étaient des mercenaires, etc… Tout cela est faux. Ma garde existe depuis le jour de mon exil en Turquie, c'est-à-dire, depuis bientôt 12 ans, La composition de la garde changea continuellement selon les pays où je vécus, bien qu'un petit nombre de collaborateurs m'aient accompagné d'un pays à l'autre. La garde a toujours été composée de jeunes camarades liés à moi par l'identité de vues politiques et sélectionnés par les plus vieux et les plus expérimentés de mes amis parmi les volontaires qui ne manquent pas.</p>
<p>Le mouvement auquel j'appartiens est un mouvement jeune qui surgit sous des persécutions sans précédent de la part de l'oligarchie du Kremlin et de ses agences dans tous les pays du monde. Pour parler en général, il est difficile de trouver dans l'histoire un autre mouvement qui ait eu à déplorer autant de victimes en si peu de temps que le mouvement de la Quatrième internationale. C'est ma profonde conviction personnelle que dans notre époque de guerres, d'annexions, de rapines, de destructions et de toutes sortes de bestialités, la Quatrième internationale est destinée à jouer un grand rôle historique Mais ceci est l'avenir. Dans le passé elle n'a connu que coups et persécutions. Personne n'aurait çu espérer durant ces douze dernières années se faire une carrière avec l'aide de la Quatrième Internationale. Pour cette raison, le mouvement était rejoint par des gens désintéressés, convaincus, et prêts à renoncer, non seulement aux biens matériels, mais aussi, si ce devait être nécessaire, à sacrifier leur vie. Sans aucun désir de tomber dans l'idéalisation, je peux néanmoins me permettre de dire qu'il est difficilement possible de trouver dans toute autre organisation une telle sélection de gens dévoués à leur drapeau et étrangers à toute prétention personnelle que dans la Quatrième Internationale. Ma garde a été entièrement recrutée parmi cette jeunesse.</p>
<p>La garde au Mexique avait d'abord été constituée de jeunes amis mexicains. Cependant, je fus bientôt convaincu des inconvénients d'un tel procédé. Mes ennemis essayaient systématiquement de me mêler à la vie politique mexicaine dans le but de me rendre impossible le séjour dans ce pays. Et dans la mesure où mes jeunes amis mexicains, vivant dans ma maison, pouvaient jusqu'à un certain point apparaître comme des agents sous mon influence politique, je fus obligé de refuser leur participation à ma garde et de les remplacer par des étrangers, principalement des citoyens américains. Ils furent tous envoyés ici après une sélection spéciale dirigée par mes vieux amis expérimentés.</p>
<p>Il faut que j'ajoute, pour être encore plus clair, que les frais de la garde ne sont pas assumés par moi (je n'ai pas de telles ressources), mais par un Comité spécial qui collecte les fonds nécessaires parmi les amis et sympathisants. Nous vivons — ma famille et ma garde — comme une communauté fermée, séparée par quatre énormes murs du monde extérieur, Tous ces faits suffisent à expliquer pourquoi je considère comme justifiée la confiance que je place dans ma garde et pourquoi je la crois incapable de trahison ou de crime.</p>
<p>En dépit de toutes les précautions, il est évidemment impossible de considérer comme absolument exclue la possibilité qu'un agent isolé du Guépéou puisse se frayer un chemin jusque dans ma garde.</p>
<p>L'enquête a suspecté depuis le début de l'affaire Harte, le membre de ma garde qui fut enlevé, d'être complice dans l'attentat. Je réponds à cela : si Sheldon Harte était un agent du Guépéou, il aurait pu me tuer la nuit et s'enfuir sans mettre en branle vingt personnes qui couraient de grands risques. De plus, dans les jours qui précédèrent immédiatement l'attentat, Sheldon Harte s'occupait de choses insignifiantes comme l'achat de petits oiseaux, la réparation d'une volière, la peinture, etc… Je n'ai pas entendu un seul argument convaincant indiquant que Sheldon Harte fût un agent du Guépéou. En conséquence, j'ai déclaré dès le début à mes amis que je serais le dernier à donner quelque crédit à la prétendue participation de Sheldon à l'attentat1. Si, contrairement à toutes mes suppositions une telle participation se trouvait confirmée, cela ne changerait rien à la signification générale de l'attentat. Avec l'aide des membres de la garde ou sans elle, le Guépéou a organisé un complot pour m'assassiner et pour brûler mes archives. Telle est l'essence de l'affaire.</p>
<p>Dans ses déclarations officielles, le Parti communiste répète que le terrorisme individuel ne fait pas partie de son système d'action, etc. Personne ne suppose que l'attentat fut organisé par le Parti communiste. Le Guépéou se sert du Parti communiste mais n'est pas du tout confondu avec le Parti communiste.</p>
<p>LES EXCLUS DU PARTI COMMUNISTE</p>
<p>Parmi les participants possibles de l'attentat, ceux qui sont bien familiarisés avec la vie intérieure du Parti communiste ont mentionné un individu qui fut un temps exclu du Parti, et fut par la suite, en raison d'un service particulier, réintégré. La question de la catégorie des « exclus » est généralement d'un grand intérêt du point de vue d'une étude des méthodes criminelles du Guépéou. Dans la première période de la lutte contre l'opposition en U. R. S. S., la clique de Staline avait l'habitude d'exclure du Parti les opposants les moins stables, les plaçant ainsi dans des conditions de vie matérielle extrêmement difficiles et donnant ainsi la possibilité au Guépéou de recruter parmi eux des agents pour travailler dans les rangs de l'opposition. Plus tard ces méthodes furent perfectionnées et étendues à toutes les sections de la Troisième Internationale.</p>
<p>Les exclus peuvent être divisés en deux catégories : quelques-uns quittent le Parti pour des raisons de divergences principielles, tournent leur dos au Kremlin et cherchent une nouvelle voie. D'autres sont exclus pour légèreté dans la gestion des fonds ou pour une autre accusation, vraiç ou prétendue, de nature morale. La majorité des exclus de cette seconde catégorie a été étroitement liée à l'appareil du Parti, n'a pas d'autre métier, et est devenue trop habituée à une position privilégiée. Ce genre d'exclus constitue un matériel utilisable pour le Guépéou qui les transforme en instruments obéissants pour les entreprises les plus dangereuses et les plus criminelles.</p>
<p>Laborde, qui fut le leader du Parti Communiste mexicain pendant des années, fut exclu récemment en fonction d'accusations les plus monstrueuses : comme personnage vénal, homme qui vend les grèves, et même touche de l'argent des « trotskystes ». La chose la plus étonnante, cependant, est qu'en dépit de la nature extrêmement honteuse des charges, Laborde ne tenta même pas de se justifier. Il montra par là que l'exclusion était nécessaire en fonction d'un certain but mystérieux auquel lui, Laborde, n'osait pas s'opposer. Bien plus, il saisit la première occasion pour déclarer dans la presse son indéfectible loyauté envers le Parti, même après son exclusion. En même temps que lui un certain nombre d'autres furent exclus et suivirent la même tactique. Ces gens sont capables de tout. Ils exécuteront n'importe quel ordre, perpétreront n'importe quel crime, pour ne pas perdre la faveur du Parti. Il est même possible que quelques-uns d'entre eux aient été exclus dans le but d'écarter toute responsabilité du parti dans leur participation à l'attentat qui était en préparation. Les instructions fixant qui doit être exclu et sous quel prétexte viennent, dans les cas de ce genre, des représentants de toute confiance du Guépéou qui se cachent derrière la scène.</p>
<p>Pour Staline, il aurait été bien plus profitable d'organiser le meurtre de telle sorte qu'il puisse le présenter aux yeux de la classe ouvrière mondiale comme le châtiment soudain et spontané d'un « ennemi du peuple » par les ouvriers mexicains. De ce point de vue, la persistance et l'âpreté du Guépéou à me lier à tout prix avec la campagne électorale présidentielle, c'est-à-dire la candidature du général Almazan, mérite une grande attention. Un grand nombre de déclarations faites par Toledano et les dirigeants du Parti communiste révèlent ce plan tout à fait clairement : Trouver ou créer un prétexte favorable qui leur rendrait possible de s'opposer les armes à la main à leurs ennemis sur la liste desquels je n'occupe probablement pas la dernière place. Il ne fait aucun doute que parmi la milice ouvrière, créée par la C. T. M., il y a des groupes de chocs spéciaux et secrets créés par le Guépéou pour lest entreprises les plus risquées.</p>
<p>En vue de faire échec à ce plan en temps voulu, j'ai demandé avec persistance dans la presse en toute occasion la création d'une commission d'enquête impartiale pour examiner à fond tous les faux rapports. Mais même sans cela l'opinion publique du Mexique a visiblement jusqu'à maintenant repoussé les calomnies. Les staliniens, pour autant que j'en puisse juger, n'ont pas réussi à inculquer dans les milieux ouvriers la haine envers moi. Staline, entre temps, se fatiguait d'attendre l'explosion « d'indignation populaire » et le Guépéou reçut de lui l'ordre d'agir selon les méthodes les plus habituelles et les plus directes.</p>
<p>UNE AUTRE TENTATIVE D'ASSASSINAT EST CERTAINE</p>
<p>L'échec accidentel de l'attentat préparé si soigneusement et avec tant d'habileté, est un coup sérieux pour Staline. Le Guépéou doit se réhabiliter devant Staline. Staline doit faire la démonstration de sa puissance. La répétition de l'attentat est inévitable. Sous quelle forme ? Peut-être sous la forme d'un acte purement terroriste dans lequel on verrait apparaître des bombes pour appuyer les mitraillettes. Mais il n'est pas exclu qu'ils essayent de camoufler l'action terroriste sous la forme « d'indignation populaire » simulée. La campagne de calomnies qui est dirigée d'une manière de plus en plus venimeuse par les agents de Staline au Mexique vise précisément à ce but.</p>
<p>Pour justifier leurs persécutions contre moi et pour camoufler les attentats du Guépéou, les agents du Kremlin parlent de mes tendances « contre-révolutionnaires ». Tout cela dépend comment on comprend révolution et contre-révolution. A notre époque la force la plus puissante de contre-révolution est l'impérialisme, à la fois sous sa forme fasciste et sous sa couverture quasi-démocratique. Pas un seul des pays impérialistes n'accepta de me permettre d'entrer sur ses territoires. Pour ce qui est des pays opprimés ou semi-indépendants, ils refusèrent de me donner asile sous la pression des gouvernements impérialistes ou de la bureaucratie de Moscou qui joue maintenant un rôle extrêmement réactionnaire dans le monde entier. Le Mexique m'accorda l'hospitalité parce que ce n'est pas un pays impérialiste ; et pour cette raison son gouvernement s'avéra, comme une rare exception, suffisamment indépendant des pressions extérieures pour prendre une attitude en fonction de ses propres principes. Je peux d'après cela déclarer que je vis sur cette terre, non comme une vérification de la règle, mais comme une exception. Dans une époque réactionnaire comme la nôtre, un révolutionnaire est obligé de nager contre le courant. Je le fais de mon mieux. La pression de la réaction mondiale s'est peut-être exprimée plus implacablement sur mon sort personnel et sur le sort de ceux qui m'entourent. Je ne vois pas du tout dans cela un mérite quelconque qui me soit propre : c'est le résultat d'un enchevêtrement de circonstances historiques. Mais lorsque des gens du type de Toledano, Laborde et Cie proclament que je suis un « contre-révolutionnaire », je les laisse passer tranquillement, laissant le verdict final aux soins de l'histoire.</p>
<p>Coyoacan, 8 juin 1940.</p>
<p>source : <a href="https://www.contretemps.eu/staline-veut-ma-mort-trotsky/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.contretemps.eu/staline-veut-ma-mort-trotsky/</a></p></div>
Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9063
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90632026-07-29T22:23:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionSocialisme - SocialismStalinismeTrotskisme
<p>Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky <br class='autobr' />
Quand Boukharine débutait un ouvrage par : <br class='autobr' />
« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky</h2>
<p>Quand Boukharine débutait un ouvrage par :</p>
<p>« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution russe remporte la victoire définitive sans victoire de la révolution international. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf</a></p>
<p>Quelques années plus tard, le même Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !</p>
<p>« La thèse de Lénine quant à la possibilité de construire le socialisme intégral est en même temps une réponse à la question du caractère de la révolution russe. C'est une réponse à la question de savoir si l'on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener à son terme l'édification du socialisme, et cette réponse est positive. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm</a></p>
<p>Voyons maintenant Staline :</p>
<p>« Le sujet de la discussion était le suivant : le congrès estimait que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de grâce aux capitalistes de notre pays et édifier une société socialiste, même si la révolution occidentale ne vient pas à son secours. L'opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de grâce à nos capitalistes et édifier une société socialiste tant que les ouvriers occidentaux n'auront pas remporté la victoire. Or, comme la victoire de la révolution occidentale tarde à venir, il ne nous reste apparemment plus qu'à flâner. »</p>
<p>« Il s'ensuit que nous sommes capables d'édifier entièrement une société socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la révolution en Occident, mais que notre pays ne peut à lui seul se garantir contre les empiétements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la révolution dans plusieurs pays occidentaux. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>« Nous sommes confrontés à trois questions :<br class='autobr' />
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu'il est jusqu'à présent le seul pays de la dictature du prolétariat, que la révolution prolétarienne n'a pas encore été victorieuse dans d'autres pays et que le rythme de la révolution mondiale s'est ralenti ?<br class='autobr' />
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire complète, de victoire finale ?<br class='autobr' />
3) Si une telle victoire ne peut pas être qualifiée de définitive, alors quelles conditions sont nécessaires pour qu'elle le devienne ?<br class='autobr' />
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question générale de la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, c'est-à-dire dans notre pays. »</p>
<p>« Cette ligne de notre Parti a été formulée officiellement pour la première fois dans la résolution de la XIVe Conférence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l'édification du socialisme dans un seul pays. Je considère cette résolution comme l'un des documents les plus importants de l'histoire de notre Parti, non seulement parce qu'elle constitue une grande manifestation de soutien à la ligne léniniste sur la question de l'édification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu'elle constitue en même temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu'il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette résolution, qui, curieusement, a été adoptée sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :<br class='autobr' />
« En général, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . » * 8<br class='autobr' />
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la résolution dit :<br class='autobr' />
« L'existence de deux systèmes sociaux directement opposés fait naître la menace constante du blocus capitaliste, d'autres formes de pression économique, d'intervention armée, de restauration. Par conséquent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c'est-à-dire la garantie contre la restauration, est une révolution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. » 9<br class='autobr' />
Et voici ce que dit la résolution à propos de la construction d'une société socialiste complète et du trotskisme :<br class='autobr' />
« Il ne s'ensuit nullement qu'il soit impossible de construire une société socialiste complète dans un pays arriéré comme la Russie sans l'« aide de l'État » (Trotsky) de pays techniquement et économiquement plus développés. Une partie intégrante de la théorie de la révolution permanente de Trotsky est l'affirmation selon laquelle « le progrès réel de l'économie socialiste en Russie ne sera possible qu'après la victoire du prolétariat dans les principaux pays européens » (Trotsky, 1922) – affirmation qui, dans la période actuelle, condamne le prolétariat de l'U.R.S.S. à une passivité fataliste. En opposition à de telles « théories », le camarade Lénine écrivait : « On a infiniment éculé l'argument selon lequel, au cours du développement de la social-démocratie d'Europe occidentale, ils ont appris par cœur que nous ne sommes pas encore mûrs pour le socialisme, que, comme le disent certains « savants » parmi eux, les conditions économiques objectives du socialisme n'existent pas dans notre pays » (Notes sur Soukhanov). (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC » 10 )<br class='autobr' />
Je crois que ces points essentiels de la résolution de la XIVe Conférence n'ont pas besoin d'être expliqués. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particulièrement souligner le passage de la résolution qui met le trotskysme sur le même plan que le soukhanovisme. Or, qu'est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de Lénine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une variété de la social-démocratie, du menchévisme. Il faut souligner cela spécialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait défendu cette résolution à la XIVe Conférence, s'en est ensuite écarté pour s'en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a formé un bloc.<br class='autobr' />
En outre, en relation avec la situation internationale, la résolution relève deux déviations par rapport à la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de ces dangers :<br class='autobr' />
« En rapport avec la situation actuelle sur la scène internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la période actuelle : 1) une déviation vers la passivité, résultant d'une interprétation trop large de la stabilisation du capitalisme observée ici et là, et du ralentissement du rythme de la révolution internationale, c'est-à-dire de l'absence d'impulsion suffisante pour un travail énergique et systématique à l'édification de la société socialiste en URSS, malgré le ralentissement du rythme de la révolution internationale ; 2) une déviation vers l'étroitesse d'esprit nationale, l'oubli des devoirs des révolutionnaires prolétariens internationaux , l'oubli inconscient de la dépendance intime du sort de l'URSS de la révolution prolétarienne internationale, qui se développe, quoique lentement, l'incompréhension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l'existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prolétarien du monde, mais encore que la dictature du prolétariat en URSS a besoin de l'aide du prolétariat international. » (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC »)<br class='autobr' />
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conférence, en parlant de la première déviation, avait à l'esprit la déviation qui mène à la méfiance à l'égard de la victoire de l'édification socialiste dans notre pays, déviation répandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxième déviation, la Conférence avait à l'esprit la déviation qui mène à l'oubli des perspectives internationales de notre révolution, déviation qui prévaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique étrangère, qui ont parfois tendance à adopter le point de vue de l'établissement de « sphères d'influence » dans les pays dépendants. »</p>
<p>« De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, les masses ouvrières ne peuvent pas participer consciemment à cette œuvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, il ne peut y avoir de volonté de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu'il ne peut pas achever ce qu'il construit ? Par conséquent, l'absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit inévitablement à l'affaiblissement de la volonté de construction du prolétariat.<br class='autobr' />
De plus, si la volonté du prolétariat de construire le socialisme s'affaiblit, cela aura nécessairement pour conséquence de renforcer les éléments capitalistes de notre économie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les éléments capitalistes de notre économie ? Les sentiments pessimistes et défaitistes de la classe ouvrière ne peuvent qu'attiser les espoirs des éléments capitalistes de restaurer l'ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l'importance décisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les éléments capitalistes de notre économie et nourrit un esprit de capitulation. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Trotsky écrivait :</p>
<p>« Au VIIe plénum, Staline déclara (et ce n'était pas la première fois) :<br class='autobr' />
" La question de la construction de l'économie socialiste dans un seul pays fut, pour la première fois, posée dans le parti par Lénine en 1915 " [Compte rendu sténographique, p. 14 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Ainsi, on admet, ici, qu'avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se réclament pas de toute la tradition précédente du marxisme et du parti sur le problème du caractère international de la révolution prolétarienne. Notons cela.<br class='autobr' />
Qu'a donc déclaré Lénine, " pour la première fois ", en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même avaient dit jusqu'à cette date ?<br class='autobr' />
En 1915, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays capitalistes, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats " [LÉNINE, Œuvres, vol. XXI, p. 354 de l'édition française. Social-Démocrate, n° 44 du 23 août 1915 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Qu'est-ce que Lénine voulait dire en écrivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l'établissement de la dictature du prolétariat, est possible d'abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-même à l'offensive révolutionnaire, l'Etat prolétarien devra, au préalable, " organiser chez lui la production socialiste ", c'est-à-dire diriger lui-même le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C'est tout. On sait qu'une telle " victoire du socialisme " fut, pour la première fois, acquise en Russie ; pour repousser l'intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d'abord, " organiser chez lui la production socialiste " ou des trusts " de type socialiste conséquent ". Ce que Lénine entendait par " victoire du socialisme dans un seul pays", ce n'est pas une société socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-même - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste : précisément ce que la Révolution d'Octobre a réalisé chez nous dès la première période de son existence.<br class='autobr' />
Peut-être faut-il encore apporter des preuves à la démonstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.<br class='autobr' />
Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), Lénine évoquait " la nécessité, pour la victoire du socialisme en Russie, d'un certain laps de temps, pas moins de quelques mois ".<br class='autobr' />
Au début de la même année 1918, dans un article dirigé contre Boukharine et intitulé De l'enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" Si, dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un immense succès et la plus sûre garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait définitivement assis et deviendrait invincible " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 349 de l'édition française).<br class='autobr' />
Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi court pour la " consolidation définitive du socialisme " ? Quelle signification matérielle et sociale, concernant la production, donnait-il à ces paroles ?<br class='autobr' />
Cette question apparaît soudain sous un autre éclairage si l'on se rappelle que le 29 avril de la même année 1918, dans son rapport au Comité exécutif central panrusse des soviets, Lénine déclarait : <br class='autobr' />
" Il est douteux que même la génération suivante, qui sera plus développée, puisse réaliser entièrement le passage au socialisme " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 312 de l'édition française).<br class='autobr' />
Le 3 décembre 1919, au Congrès des exploitations collectives et des artels agricoles, Lénine s'exprima ;avec plus de vigueur encore : <br class='autobr' />
" Nous savons que nous ne pouvons instituer immédiatement l'ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-être même nos petits-enfants, le voient s'établir chez nous " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXX, p. 205 de l'édition française).<br class='autobr' />
Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il raison : quand il fixait douze mois de délai pour la " consolidation définitive du socialisme " ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l'édification de " l'ordre socialiste " ?<br class='autobr' />
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux étapes différentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.<br class='autobr' />
Dans le premier cas, par " consolidation définitive du socialisme", Lénine entendait, non pas l'édification de la société socialiste dans le délai d'un an ou même de " quelques mois " (c'est-à-dire la suppression des classes, le dépassement de l'opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'État prolétarien, qui rendrait possible l'échange des produits entre la ville et la campagne. La brièveté même du délai donne ici la clé qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.</p>
<p>« Telle est l'affaire avec Staline. Elle ne saurait être plus lamentable. Il est vrai qu'on pourrait s'en consoler si elle n'était tout aussi lamentable pour le VIIe Plénum du Comité exécutif de l'Internationale.<br class='autobr' />
Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le véritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilité de l'édification du socialisme dans un seul pays. Vérifions. Voici ce qu'écrivait Boukharine à ce sujet en 1917 : <br class='autobr' />
" Les révolutions sont les locomotives de l'histoire. Même dans la Russie arriérée, le prolétariat seul peut être le machiniste irremplaçable de cette locomotive. Mais le prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette tâche qui est " mise à l'ordre du jour " en Russie aussi ne peut être réalisée " à l'intérieur des frontières nationales ". Ici, la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable où on ne peut ouvrir une brèche que par le bélier de la révolution ouvrière internationale " (BOUKHARINE, La lutte des classes et la révolution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l'édition russe). »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html</a></p>
<p>Lénine n'a jamais défendu le « socialisme dans un seul pays » de Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464</a></p>
<p>Quelques mensonges sur la "construction stalinienne du socialisme"</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384</a></p>
<p>Quand Staline s'attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567</a></p>
<p>L'économie de l'URSS était-elle socialiste ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936</a></p>
<p>Face à la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu'exprime la notion anti-marxiste de « socialisme dans un seul pays », construire et souder une force fidèle au bolchévisme.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm</a></p></div>
Pourquoi Staline a-t-il vaincu
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9108
https://www.matierevolution.org/spip.php?article91082026-07-19T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinisme
<p>LE THERMIDOR SOVIETIQUE <br class='autobr' />
POURQUOI STALINE A-T-IL VAINCU ? <br class='autobr' />
L'historien de l'U.R.S.S. ne pourra pas manquer de conclure que la politique de la bureaucratie dirigeante a été, dans les grandes questions, contradictoire et faite d'une série de zigzags. L'explication ou la justification de ces zigzags par le "changement des circonstances" est visiblement inconsistante. Gouverner c'est, dans une certaine mesure tout au moins, prévoir. La fraction Staline n'a pas prévu le moins du monde les (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>LE THERMIDOR SOVIETIQUE</p>
<p>POURQUOI STALINE A-T-IL VAINCU ?</p>
<p>L'historien de l'U.R.S.S. ne pourra pas manquer de conclure que la politique de la bureaucratie dirigeante a été, dans les grandes questions, contradictoire et faite d'une série de zigzags.<br class='autobr' />
L'explication ou la justification de ces zigzags par le "changement des circonstances" est visiblement inconsistante. Gouverner c'est, dans une certaine mesure tout au moins, prévoir. La fraction Staline n'a pas prévu le moins du monde les inévitables résultats du développement qui l'ont accablée à plusieurs reprises. Elle a réagi par des réflexes administratifs, créant après coup la théorie de ses tournants, sans se soucier de ce qu'elle enseignait la veille. Les faits et les documents incontestables obligeront aussi l'historien à conclure que l'opposition de gauche a donné une analyse infiniment plus juste des évolutions en cours dans le pays et a prévu beaucoup mieux leur cours ultérieur.</p>
<p>Cette affirmation paraît à première vue en contradiction avec le simple fait que la fraction du parti la moins capable de prévoir remporta d'incessantes victoires, tandis que le groupe plus perspicace alla de défaite en défaite. Cette objection, qui se présente d'elle-même à l'esprit, n'est convaincante que pour celui qui, appliquant la pensée rationnelle à la politique, n'y voit qu'un débat logique ou une partie d'échecs. Or la lutte politique est au fond celle des intérêts et des forces, non des arguments. Les qualités des dirigeants n'y sont nullement indifférentes à l'issue des combats, mais elles n'en sont pas le seul facteur ni le facteur décisif. Les camps adverses exigent d'ailleurs chacun des chefs à leur image.</p>
<p>Si la révolution de Février a porté au pouvoir Kerensky et Tseretelli, ce n'est pas qu'ils aient été "plus intelligents" ou "plus habiles" que la camarilla gouvernante du tsar, c'est qu'ils représentaient, temporairement tout au moins, les masses populaires révolutionnaires dressées contre l'ancien régime. Si Kerensky a pu contraindre Lénine à l'illégalité et jeter en prison d'autres leaders bolcheviques, ce n'est pas que ses qualités personnelles lui aient donné sur eux la supériorité, c'est que la majorité des ouvriers et des soldats suivaient encore en ces journées la petite bourgeoisie patriote. La "supériorité" personnelle de Kerensky, si ce mot n'est pas déplacé, était précisément de ne pas voir plus loin que la grande majorité. Les bolcheviks vainquirent à leur tour la démocratie petite-bourgeoise, non grâce à la précellence de leurs chefs, mais grâce à un regroupement des forces, le prolétariat ayant enfin réussi à entraîner contre la bourgeoisie la paysannerie mécontente.</p>
<p>La continuité des étapes de la grande Révolution française, à sa montée comme à son déclin, montre de façon tout aussi convaincante que la force des "chefs" et des "héros" consistait avant tout dans leur accord avec le caractère des classes et des couches sociales qui les appuyaient ; cette correspondance seule, et non des supériorités absolues, permit à chacun d'entre eux de marquer de sa personnalité une certaine période historique. Il y a dans la succession au pouvoir des Mirabeau, Brissot, Robespierre, Barras, Bonaparte, une légitimité objective infiniment plus puissante que les traits particuliers des protagonistes historiques eux-mêmes.</p>
<p>On sait suffisamment que toutes les révolutions ont jusqu'ici suscité après elles des réactions et même des contre-révolutions qui, il est vrai, n'ont jamais réussi à ramener la nation jusqu'à son point de départ, tout en lui ravissant toujours la part du lion de ses conquêtes. En règle générale, les pionniers, les initiateurs, les meneurs qui s'étaient trouvés à la tête des masses dans la première période sont les victimes de la première vague de réaction, tandis qu'on voit apparaître au premier plan des hommes du second plan unis aux ennemis d'hier de la révolution. Les duels dramatiques des grands premiers rôles sur la scène politique masquent des glissements dans les rapports entre les classes et, ce qui n'est pas moins important, de profonds changements dans la psychologie des masses, révolutionnaires la veille encore...</p>
<p>Répondant a de nombreux camarades qui demandaient avec étonnement ce qu'était devenue l'activité du parti bolchevique et de la classe ouvrière, leur initiative révolutionnaire, leur fierté plébéienne, d'où surgissait, à la place de ces qualités, tant de vilenie, de lâcheté, de pusillanimité et d'arrivisme, Rakovsky évoquait les péripéties de la Révolution française du XVIIIe siècle et l'exemple de Babeuf qui, sortant de la prison de l'Abbaye, se demandait lui aussi avec stupeur ce qu'était devenu le peuple héroïque des faubourgs de Paris. La révolution est une grande dévoreuse d'énergies individuelles et collectives. Les nerfs n'y tiennent pas, les consciences fléchissent, les caractères s'usent. Les événements vont trop vite pour que l'afflux de forces nouvelles puisse compenser les déperditions. La famine, le chômage, la perte des cadres de la révolution, l'élimination des masses des postes dirigeants avaient amené une telle anémie physique et morale des faubourgs qu'il leur fallut plus de trente ans pour se lever de nouveau.</p>
<p>L'affirmation axiomatique des publicistes soviétiques, selon laquelle les lois des révolutions bourgeoises sont "inapplicables" à la révolution prolétarienne, est dépourvue de tout contenu scientifique. Le caractère prolétarien de la révolution d'Octobre résulte de la situation mondiale et d'un certain rapport des forces à l'intérieur. Mais les classes elles-mêmes, en Russie, s'étaient formées au sein de la barbarie tsariste et d'un capitalisme arriéré, et n'avaient pas été préparées sur commande à la révolution socialiste. Bien au contraire : c'est précisément parce que le prolétariat russe, encore arriéré à bien des égards, avait fait en quelques mois le saut, sans précédent dans l'histoire, d'une monarchie semi-féodale à la dictature socialiste, que la réaction devait inéluctablement faire valoir ses droits dans ses propres rangs. Elle grandit au cours des guerres qui suivirent. Les conditions extérieures et les événements la nourrirent sans arrêt. Une intervention suivait l'autre. Les pays d'Occident ne donnaient pas d'aide directe. Au lieu du bien-être attendu, le pays vit la misère s'installer chez lui pour longtemps. Les représentants les plus remarquables de la classe ouvrière avaient péri dans la guerre civile ou, s'élevant de quelques degrés, s'étaient détachés des masses. Ainsi survint, après une tension prodigieuse des forces, des espérances et des illusions, une longue période de fatigue, de dépression et de désillusion. Le reflux de la "fierté plébéienne" eut pour suite un afflux d'arrivisme et de pusillanimité. Ces marées portèrent au pouvoir une nouvelle couche de dirigeants.</p>
<p>La démobilisation d'une armée rouge de cinq millions d'hommes devait jouer dans la formation de la bureaucratie un rôle considérable. Les commandants victorieux prirent les postes importants dans les soviets locaux, dans la production, dans les écoles, et ce fut pour apporter partout, obstinément, le régime qui leur avait fait gagner la guerre civile. Les masses furent partout peu à peu éliminées de la participation effective au pouvoir.</p>
<p>Ce phénomène au sein du prolétariat fit naître de grandes espérances et une grande assurance dans la petite bourgeoisie des villes et des campagnes qui, appelée par la Nep à une vie nouvelle, s'enhardissait de plus en plus. La jeune bureaucratie, formée au début pour servir le prolétariat, se sentit l'arbitre entre les classes. Elle fut de mois en mois plus autonome.</p>
<p>La situation internationale agissait puissamment dans le même sens. La bureaucratie soviétique gagnait en assurance au fur et à mesure que la classe ouvrière internationale subissait de plus lourdes défaites. Entre ces deux faits, la relation n'est pas seulement chronologique, elle est causale et réciproque : la direction bureaucratique du mouvement contribuait aux défaites ; les défaites affermissaient la bureaucratie. La défaite de l'insurrection bulgare et la retraite sans gloire des ouvriers allemands en 1923. l'échec d'une tentative de soulèvement en Esthonie en 1924, la perfide liquidation de la grève générale en Angleterre et la conduite indigne des communistes polonais lors du coup de force de Pilsudsky en 1926, l'effroyable défaite de la Révolution chinoise en 1927, les défaites plus graves encore qui suivirent en Allemagne et en Autriche — telles sont les catastrophes historiques qui ont ruiné la confiance des masses en la révolution mondiale et permis à la bureaucratie soviétique de s'élever de plus en plus haut comme un phare indiquant la voie du salut.</p>
<p>Pour les causes des défaites du prolétariat mondial au cours des treize dernières années, l'auteur se voit contraint de se référer à ses ouvrages précédents, dans lesquels il s'est efforcé de faire ressortir le rôle funeste qu'ont joué, dans le mouvement révolutionnaire de tous les pays, les dirigeants conservateurs du Kremlin. Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est le fait édifiant et incontestable que les défaites continues de la révolution en Europe et en Asie, tout en affaiblissant la situation internationale de l'U.R.S.S., ont extraordinairement affermi la bureaucratie soviétique. Deux dates surtout sont mémorables dans cette série historique. Dans la seconde moitié de 1923, l'attention des ouvriers soviétiques se concentra avec passion sur l'Allemagne où le prolétariat paraissait avancer la main vers le pouvoir ; la retraite panique du Parti communiste allemand fut pour les masses ouvrières de l'U.R.S.S. une pénible déception. La bureaucratie soviétique déclencha aussitôt sa campagne contre la "révolution permanente" et infligea à l'opposition de gauche sa première cruelle défaite. En 1926-27 la population de l'U.R.S.S. eut un nouvel afflux d'espoir ; tous les regards se portèrent cette fois sur l'Orient où se déroulait le drame de la Révolution chinoise. L'opposition de gauche se remit de ses revers et recruta de nouveaux militants. A la fin de 1927, la Révolution chinoise fut torpillée par le bourreau Tchang Kai-chek auquel les dirigeants de l'Internationale communiste avaient littéralement livré les ouvriers et les paysans chinois. Une vague glacée de désenchantement passa sur les masses de l'U.R.S.S. Après une campagne frénétique dans la presse et les réunions, la bureaucratie se décida enfin à procéder à des arrestations en masse d'opposants (1928).</p>
<p>Des dizaines de milliers de militants révolutionnaires s'étaient, il est vrai, rassemblés sous le drapeau des bolcheviks-léninistes. Les ouvriers considéraient l'opposition avec une sympathie certaine. Mais une sympathie qui restait passive, car on ne croyait déjà plus pouvoir modifier la situation en luttant. Or la bureaucratie affirmait : "L'opposition se prépare à nous jeter dans une guerre révolutionnaire pour la révolution internationale. Assez de bouleversements ! Nous avons mérité quelque repos. Nous bâtirons chez nous la société socialiste. Comptez sur nous qui sommes vos chefs !" Cette propagande du repos, cimentant le bloc des fonctionnaires et des militaires, trouvait à n'en pas douter un écho chez les ouvriers fatigués, et plus encore dans les masses paysannes. On se demandait si l'opposition n'était pas disposée à sacrifier les intérêts de l'U.R.S.S. à la "révolution permanente". En fait, c'étaient les intérêts vitaux de l'U.R.S.S. qui étaient en jeu. En dix ans, la politique erronée de l'Internationale communiste avait assuré la victoire de Hitler en Allemagne, c'est-à-dire un grave danger de guerre à l'ouest ; une politique non moins erronée fortifiait l'impérialisme japonais et rapprochait au plus haut point le danger à l'est. Mais les périodes de réaction sont surtout caractérisées par le manque de courage intellectuel.</p>
<p>L'opposition se trouva isolée. La bureaucratie battait le fer tant qu'il était chaud. Exploitant le désarroi et la passivité des travailleurs, dressant les plus arriérés contre les plus avancés, s'appuyant toujours plus hardiment sur le koulak et de façon générale sur l'allié petit-bourgeois, la bureaucratie réussit à triompher en quelques années de l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat.<br class='autobr' />
Il serait naïf de croire que Staline, inconnu des masses, sortit tout à coup des coulisses armé d'un plan stratégique tout fait. Non. Avant qu'il n'ait lui-même entrevu sa voie, la bureaucratie l'avait choisi. Il lui donnait toutes les garanties désirables : le prestige d'un vieux-bolchevik, un caractère ferme, un esprit étroit, une liaison indissoluble avec les bureaux, seule source de son influence personnelle. Staline fut au début surpris lui-même par son succès. C'était l'approbation unanime d'une nouvelle couche dirigeante qui cherchait à s'affranchir des vieux principes comme du contrôle des masses et qui avait besoin d'un arbitre sûr dans ses affaires intérieures. Figure de second plan pour les masses et la révolution, Staline se révéla le chef incontesté de la bureaucratie thermidorienne, le premier d'entre les thermidoriens.</p>
<p>Il apparut bientôt que la nouvelle couche dirigeante avait ses idées, ses sentiments et, ce qui importe davantage, ses intérêts propres. La très grande majorité des bureaucrates de la génération actuelle étaient, pendant la révolution d'Octobre, de l'autre côté de la barricade (c'est le cas, pour ne considérer que les diplomates soviétiques, de MM. Troyanovski, Mayski, Potemkine, Souritz, Khintchouk et autres...) ou, dans le meilleur des cas, à l'écart de la lutte. Ceux d'entre les bureaucrates d'aujourd'hui qui, aux jours d'Octobre, étaient avec les bolcheviks, n'avaient pas, pour la plupart, de rôle tant soit peu important. Quant aux jeunes bureaucrates, ils sont formés et sélectionnés par les vieux et souvent dans leur propre progéniture. Ces hommes n'auraient pas fait la révolution d'Octobre. Ils se trouvèrent les mieux adaptés pour l'exploiter.</p>
<p>Les facteurs individuels n'ont pas été, naturellement, sans influence dans cette succession de chapitres historiques. Il est certain que la maladie et la mort de Lénine ont hâté le dénouement. Si Lénine avait vécu plus longtemps, l'avance de la puissance bureaucratique eût été plus lente, tout au moins dans les premières années. Mais, dès 1926, Kroupskaïa disait à des opposants de gauche : "Si Lénine était vivant, il serait certainement en prison." Les prévisions et les appréhensions de Lénine étaient encore fraîches dans sa mémoire et elle ne se faisait pas d'illusions sur sa puissance à s'opposer aux vents et aux courants contraires de l'histoire.</p>
<p>La bureaucratie n'a pas vaincu la seule opposition de gauche, elle a aussi vaincu le parti bolchevique. Elle a vaincu le programme de Lénine, qui voyait le danger principal dans la transformation des organes de l'Etat "de serviteurs de la société en maîtres de la société". Elle a vaincu tous ses adversaires — l'opposition, le parti de Lénine — non à l'aide d'arguments et d'idées, mais en les écrasant sous son propre poids social. L'arrière-train plombé s'est trouvé plus lourd que la tête de la révolution. Telle est l'explication du Thermidor soviétique.<br class='autobr' />
LA DEGENERESCENCE DU PARTI BOLCHEVIQUE</p>
<p>Le parti bolchevique avait préparé et remporté la victoire d'Octobre. Il avait bâti l'Etat soviétique en lui donnant une ferme ossature. La dégénérescence du parti fut la cause et la conséquence de la bureaucratisation de l'Etat. Il importe de montrer tout au moins brièvement comment les choses se sont passées.</p>
<p>Le régime intérieur du parti bolchevique est caractérisé par les méthodes du centralisme démocratique. L'union de ces deux notions n'implique aucune contradiction. Le parti veillait à ce que ses frontières fussent toujours strictement délimitées, mais il entendait que tous ceux qui pénétraient à l'intérieur de ces frontières eussent réellement le droit de déterminer l'orientation de sa politique. La libre critique et la lutte des idées formaient le contenu intangible de la démocratie du parti. La doctrine actuelle, qui proclame l'incompatibilité du bolchevisme avec l'existence des fractions, est en désaccord avec les faits. C'est un mythe de la décadence. L'histoire du bolchevisme est en réalité celle de la lutte des fractions. Et comment une organisation authentiquement révolutionnaire qui se donne pour but de retourner le monde et rassemble sous ses enseignes des négateurs, des révoltés et des combattants de toute témérité, pourrait-elle vivre et croître sans conflits idéologiques, sans groupements, sans formations fractionnelles temporaires.</p>
<p>La clairvoyance de la direction du parti réussit maintes fois à atténuer et à abréger les luttes fractionnelles, mais ne put faire davantage. Le comité central s'appuyait sur cette base effervescente, il y puisait la hardiesse de décider et d'ordonner. La justesse manifeste de ses vues à toutes les étapes critiques lui conférait une haute autorité, précieux capital moral de la centralisation.</p>
<p>Le régime du parti bolchevique, surtout avant la prise du pouvoir, était donc aux antipodes de celui de l'Internationale communiste actuellement, avec ses "chefs" nommés hiérarchiquement, ses tournants exécutés sur commande, ses bureaux incontrôlés, son dédain de la base, sa servilité envers le Kremlin. Dans les premières années qui suivirent la prise du pouvoir, quand le parti commençait à se couvrir de la rouille bureaucratique, n'importe quel bolchevik, et Staline comme tout autre, eût traité d'infâme calomniateur quiconque eût projeté sur l'écran l'image du parti tel qu'il devait devenir dix ou quinze ans plus tard.</p>
<p>Lénine et ses collaborateurs eurent pour invariable premier souci de préserver les rangs du parti bolchevique des tares du pouvoir. Pourtant, l'étroite connexion et quelquefois la fusion des organes du parti et de l'Etat portèrent dès les premières années un préjudice certain à la liberté et à l'élasticité du régime intérieur du parti. La démocratie se rétrécissait au fur et à mesure que croissaient les difficultés. Le parti voulut et espéra d'abord conserver dans le cadre des soviets la liberté des luttes politiques. La guerre civile apporta à cet espoir un correctif sévère. Les partis d'opposition furent supprimés l'un après l'autre. Les chefs du bolchevisme voyaient dans ces mesures, en contradiction évidente avec l'esprit de la démocratie soviétique, non des décisions de principe, mais des nécessites épisodiques de la défense.</p>
<p>La rapide croissance du parti gouvernant, en présence de la nouveauté et de l'immensité des tâches, engendrait inévitablement des divergences de vues. Les courants d'opposition, sous-jacents dans le pays, exerçaient de diverses façons leurs pressions sur le seul parti légal, aggravant l'âpreté des luttes fractionnelles. Vers la fin de la guerre civile, cette lutte revêtit des formes si vives qu'elle menaça d'ébranler le pouvoir. En mars 1921, au moment du soulèvement de Cronstadt, qui entraîna pas mal de bolcheviks, le Xe congrès du parti se vit contraint de recourir à l'interdiction des fractions, c'est-à-dire d'étendre à la vie intérieure du parti dirigeant le régime politique de l'Etat. L'interdiction des fractions était, répétons-le, conçue comme une mesure exceptionnelle appelée à tomber en désuétude dès la première amélioration sérieuse de la situation. Le comité central se montrait d'ailleurs extrêmement circonspect dans l'application de la nouvelle loi, et surtout soucieux de ne pas étouffer la vie intérieure du parti.</p>
<p>Mais ce qui n'avait été dans les intentions du début que le tribut payé par nécessité à de pénibles circonstances, se trouva fort du goût de la bureaucratie, qui se mettait à considérer la vie intérieure du parti sous l'angle exclusif de la commodité des gouvernants. Dès 1922, sa santé s'étant momentanément améliorée, Lénine s'effraya de la croissance menaçante de la bureaucratie et prépara une offensive contre la fraction Staline, devenue le pivot de l'appareil du parti avant de s'emparer de celui de l'Etat. La seconde attaque du mal, puis la mort, ne lui donnèrent pas la possibilité de mesurer ses forces à celles de la réaction.</p>
<p>Tous les efforts de Staline, avec lequel marchaient à ce moment Zinoviev et Kamenev, tendirent désormais à libérer l'appareil du parti du contrôle des membres. Staline fut, dans cette lutte pour la "stabilité" du comité central, plus conséquent et plus ferme que ses alliés. Il n'avait pas à se détourner des problèmes internationaux dont il ne s'était jamais occupé. La mentalité petite-bourgeoise de la nouvelle couche dirigeante était la sienne propre. Il croyait profondément que la construction du socialisme était d'ordre national et administratif. Il considérait l'Internationale communiste comme un mal nécessaire dont il fallait, autant que faire se pouvait, tirer parti à des fins de politique étrangère. Le parti n'avait de prix à ses yeux que comme la base obéissante des bureaux.</p>
<p>En même temps que la théorie du socialisme dans un seul pays, une autre théorie fut formulée à l'usage de la bureaucratie, selon laquelle, pour le bolchevisme, le comité central est tout, le parti rien. Cette seconde théorie fut en tout cas réalisée avec plus de succès que la première. Mettant à profit la mort de Lénine, la bureaucratie commença la campagne de recrutement dite de la "promotion de Lénine". Les portes du parti, jusqu'alors bien gardées, s'ouvrirent toutes grandes : les ouvriers, les employés, les fonctionnaires s'y engouffrèrent en masse. Politiquement, il s'agissait de résorber l'avant-garde révolutionnaire dans un matériel humain dépourvu d'expérience et de personnalité, mais accoutumé en revanche à obéir aux chefs. Ce dessein réussit. En libérant la bureaucratie du contrôle de l'avant-garde prolétarienne, la "promotion de Lénine" porta un coup mortel au parti de Lénine. Les bureaux avaient conquis l'indépendance qui leur était nécessaire. Le centralisme démocratique fit place au centralisme bureaucratique. Les services du parti furent radicalement remaniés du haut en bas. L'obéissance devint la principale vertu du bolchevik. Sous le drapeau de la lutte contre l'opposition, on se mit à remplacer les révolutionnaires par des fonctionnaires. L'histoire du parti bolchevique devint celle de sa prompte dégénérescence.</p>
<p>La signification politique de la lutte en cours s'obscurcissait pour beaucoup du fait que les dirigeants des trois tendances, la droite, le centre et la gauche, appartenaient à un seul état-major, celui du Kremlin, le bureau politique : les esprits superficiels croyaient à des rivalités personnelles, à la lutte pour la "succession" de Lénine. Mais, sous une dictature de fer, les antagonismes sociaux ne pouvaient en réalité se manifester, au début, qu'à travers les institutions du parti gouvernant. Bien des thermidoriens sortirent du parti jacobin dont Bonaparte commença par être un des adhérents ; et ce fut parmi les anciens jacobins que le Premier consul et, par la suite, l'empereur des Français trouva ses serviteurs les plus fidèles. Les temps changent et les jacobins, y compris ceux du XXe siècle, changent avec les temps.</p>
<p>Du bureau politique du temps de Lénine, il ne reste que Staline : deux de ses membres, Zinoviev et Kamenev, qui furent pendant les longues années d'émigration les collaborateurs les plus intimes de Lénine, purgent, au moment où j'écris, une peine de dix années de réclusion pour un crime qu'ils n'ont pas commis ; trois autres, Rykov, Boukharine et Tomski sont tout à fait écartés du pouvoir, bien qu'on ait récompensé leur résignation en leur accordant des fonctions de second plan ; enfin, l'auteur de ces lignes est banni. La veuve de Lénine, Kroupskaïa, est tenue en suspicion, n'ayant pas su, quels qu'aient été ses efforts dans ce sens, s'adapter à Thermidor.</p>
<p>Les membres actuels du bureau politique ont occupé dans l'histoire du parti bolchevique des places secondaires. Si quelqu'un avait prophétisé leur élévation dans les premières années de la révolution, ils en eussent été stupéfaits eux-mêmes. La règle selon laquelle le bureau politique a toujours raison, et que personne ne saurait en tout cas avoir raison contre lui, n'en est appliquée qu'avec plus de rigueur. Mais le bureau politique lui-même ne saurait avoir raison contre Staline qui, ne pouvant se tromper, ne peut par conséquent avoir raison contre lui-même.</p>
<p>La revendication du retour du parti à la démocratie fut en son temps la plus obstinée et la plus désespérée des revendications de tous les groupements d'opposition. La plate-forme de l'opposition de gauche de 1927 exigeait l'introduction dans le code pénal d'un article "punissant comme un crime grave contre l'Etat toute persécution directe ou indirecte d'un ouvrier en raison de critiques qu'il aurait formulées..." On trouva plus tard dans le code pénal un article à appliquer à l'opposition.</p>
<p>De la démocratie du parti, il ne reste que des souvenirs dans la mémoire de la vieille génération. Avec elle, la démocratie des soviets, des syndicats, des coopératives, des organisations sportives et culturelles s'est évanouie. La hiérarchie des secrétaires domine tout et tous. Le régime avait acquis un caractère totalitaire plusieurs années avant que le terme ne nous vint d'Allemagne. "A l'aide des méthodes démoralisantes qui transforment les communistes pensants en automates, tuent la volonté, le caractère, la dignité humaine", écrivait Rakovsky en 1928, "la coterie gouvernante a su devenir une oligarchie inamovible et inviolable ; et elle s'est substituée à la classe et au parti." Depuis que ces lignes indignées ont eté écrites, la dégénérescence a fait d'immenses progrès. La Guépéou est devenu le facteur décisif de la vie intérieure du parti. Si Molotov a pu, en mars 1936, se féliciter devant un journaliste français de ce que le parti gouvernant ne connaisse plus de luttes fractionnelles, c'est uniquement parce que les divergences de vues y sont désormais réglées par l'intervention mécanique de la police politique. Le vieux parti bolchevique est mort, aucune force ne le ressuscitera.</p>
<p>Parallèlement à la dégénérescence politique du parti s'accentuait la corruption d'une bureaucratie échappant à tout contrôle. Appliqué au gros fonctionnaire privilégié, le mot "sovbour " — bourgeois soviétique — entra de bonne heure dans le vocabulaire ouvrier. Avec la Nep, les tendances bourgeoises bénéficièrent d'un terrain plus favorable. Lénine mettait en garde le XIe congrès du parti, en mars 1922, contre la corruption des milieux dirigeants. Il est plus d'une fois arrivé dans l'histoire, disait-il, que le vainqueur ait adopté la civilisation du vaincu, si celle-ci était supérieure. La culture de la bourgeoisie et de la bureaucratie russes était misérable, sans doute. Mais, hélas ! les nouvelles couches dirigeantes le cèdent encore à cette culture-là. "Quatre mille sept cents communistes responsables dirigent à Moscou la machine gouvernementale. Qui dirige et qui est dirigé ? Je doute fort qu'on puisse dire que ce sont les communistes qui dirigent..." Lénine n'eut plus à prendre la parole dans les congrès du parti. Mais toute sa pensée, dans les derniers mois de sa vie, fut tendue vers la nécessité de prémunir et d'armer les ouvriers contre l'oppression, l'arbitraire et la corruption bureaucratiques. Il ne lui avait été donné cependant que d'observer les premiers symptômes du mal.</p>
<p>Christian Rakovsky, l'ancien président du Conseil des commissaires du peuple d'Ukraine, qui fut plus tard ambassadeur des Soviets à Londres et à Paris, se trouvant en déportation, envoya en 1928 à ses amis une courte étude sur la bureaucratie à laquelle nous avons déjà emprunté quelques lignes plus haut, car elle reste ce qui a été écrit de mieux sur ce sujet [1]. "Dans l'esprit de Lénine et dans tous nos esprits, écrit Rakovsky, l'objet de la direction du parti était précisément de préserver le parti et la classe ouvrière de l'action dissolvante des privilèges, des avantages et des faveurs propres au pouvoir, de les préserver de tout rapprochement avec les restes de l'ancienne noblesse et de l'ancienne petite bourgeoisie, de l'influence démoralisante de la Nep, de la séduction des moeurs bourgeoises et de leur idéologie... Il faut dire franchement, nettement, bien haut, que cette tâche, les bureaux du parti ne l'ont point remplie, qu'ils ont fait preuve dans leur double rôle de préservation et d'éducation d'une incapacité complète, fait banqueroute, manqué au devoir..."</p>
<p>Il est vrai que Rakovsky, brisé par la répression bureaucratique, a par la suite renié ses critiques. Mais le septuagénaire Galilée fut contraint, dans les tenailles de la Sainte Inquisition, d'abjurer le système de Copernic, ce qui n'empêcha pas la terre de tourner. Nous ne croyons pas à l'abjuration du sexagénaire Rakovsky, car il a lui-même fait plus d'une fois l'analyse impitoyable d'abjurations de ce genre. Mais sa critique politique a trouvé dans les faits objectifs une base beaucoup plus sûre que dans la fermeté subjective de son auteur.</p>
<p>La conquête du pouvoir ne modifie pas seulement l'attitude du prolétariat envers les autres classes, elle change aussi sa structure intérieure. L'exercice du pouvoir devient la spécialité d'un groupement social déterminé, qui tend avec d'autant plus d'impatience à trancher sa propre "question sociale" qu'il a une idée plus haute de sa mission. "Dans l'Etat prolétarien, où l'accumulation capitaliste n'est pas permise aux membres du parti dirigeant, la différenciation est d'abord fonctionnelle, puis elle devient sociale. Je ne dis pas qu'elle devienne une différenciation de classe, je dis qu'elle devient une différenciation sociale..." Rakovsky explique : "La position sociale du communiste qui a à sa disposition une auto, un bon logement, des congés réguliers et qui reçoit le maximum d'appointements fixé par le parti diffère de celle du communiste qui, travaillant dans les houillères, gagne de 50 à 60 roubles par mois."</p>
<p>Enumérant les causes de la dégénérescence des jacobins au pouvoir, l'enrichissement, les fournitures de l'Etat, etc., Rakovsky cite une curieuse remarque de Babeuf sur le rôle joué dans cette évolution par les femmes de la noblesse, très recherchées des jacobins. "Que faites-vous, s'exclame Babeuf, lâches plébéiens ? Elles vous embrassent aujourd'hui, elles vous égorgeront demain." Le recensement des épouses des dirigeants, en U.R.S.S., donnerait un tableau analogue.<br class='autobr' />
Sosnovsky, journaliste soviétique connu, indiquait le rôle du "facteur auto-garage" dans la formation de la bureaucratie. Il est vrai que, avec Rakovsky, Sosnovsky s'est repenti et est revenu de Sibérie. Les moeurs de la bureaucratie n'en ont pas été améliorées. Au contraire, le repentir d'un Sosnovsky prouve les progrès de la démoralisation.</p>
<p>Les vieux articles de Sosnovsky, qui passaient naguère de mains en mains à l'état de manuscrits, contiennent précisément d'inoubliables épisodes de la vie des nouveaux dirigeants montrant bien à quel point les vainqueurs se sont assimilé les moeurs des vaincus. Sans revenir aux années révolues — Sosnovsky ayant en 1934 troqué définitivement son fouet contre une lyre —, bornons-nous à des exemples récents empruntés à la presse soviétique, en choisissant non les "abus", mais les faits ordinaires, officiellement admis par l'opinion publique.</p>
<p>Le directeur d'une usine moscovite, communiste connu, se félicite dans la Pravda du développement culturel de son entreprise. Un mécanicien lui téléphone : "M'ordonnez-vous d'arrêter le martin ou de patienter ?" — "Je réponds, dit-il, attends un moment..." Le mécanicien lui parle avec déférence, le directeur tutoie le mécanicien. Et ce dialogue indigne, impossible dans un pays capitaliste civilisé, le directeur le relate lui-même comme tout à fait banal ! La rédaction n'y fait pas d'objections, ne remarquant rien ; les lecteurs ne protestent pas, ayant l'habitude. Ne nous étonnons pas non plus : aux audiences solennelles du Kremlin, les "chefs" et les commissaires du peuple tutoient leurs subordonnés, directeurs d'usines, présidents de kolkhozes, contremaîtres et ouvrières invités pour être décorés. Comment ne pas se rappeler que l'un des mots d'ordre révolutionnaires les plus populaires sous l'ancien régime exigeait la fin du tutoiement des subordonnés par les chefs ?</p>
<p>Etonnants par leur sans-gêne seigneurial, les dialogues des dirigeants du Kremlin avec le "peuple" attestent sans erreur possible qu'en dépit de la révolution d'Octobre, de la nationalisation des moyens de production, de la collectivisation et de la "liquidation des koulaks en tant que classe", les rapports entre les hommes, et ce, tout au sommet de la pyramide soviétique, loin de s'élever jusqu'au socialisme, n'accèdent pas encore sous bien des rapports au niveau du capitalisme cultivé. Un très grand pas en arrière a été fait dans cet important domaine au cours des dernières années, le Thermidor soviétique qui a donné à une bureaucratie peu cultivée une indépendance complète, soustraite à tout contrôle, et aux masses la fameuse directive du silence et de l'obéissance, étant incontestablement la cause des récidives de la vieille barbarie russe.</p>
<p>Nous ne songeons pas à opposer à l'abstraction dictature l'abstraction démocratie pour peser leurs qualités respectives sur les balances de la raison pure. Tout est relatif en ce monde ou il n'est de permanent que le changement. La dictature du parti bolchevique fut dans l'histoire l'un des instruments les plus puissants du progrès. Mais ici, comme dit le poète, Vernunft wird Unsinn, wohltat Plage[2]. L'interdiction des partis d'opposition entraîna l'interdiction des fractions ; l'interdiction des fractions aboutit à l'interdiction de penser autrement que le chef infaillible. Le monolithisme policier du parti eut pour conséquence l'impunité bureaucratique, qui devint à son tour la cause de toutes les variétés de démoralisation et de corruption.<br class='autobr' />
LES CAUSES SOCIALES DE THERMIDOR</p>
<p>Nous avons défini le Thermidor soviétique comme la victoire de la bureaucratie sur les masses. Nous avons essayé de montrer les conditions historiques de cette victoire. L'avant-garde révolutionnaire du prolétariat fut en partie absorbée par les services de l'Etat et peu à peu démoralisée, en partie détruite dans la guerre civile, en partie éliminée et écrasée. Les masses fatiguées et déçues n'avaient qu'indifférence pour ce qui se passait dans les milieux dirigeants. Ces conditions, si importantes qu'elles soient, ne suffisent nullement à nous expliquer comment la bureaucratie a réussi à s'élever au-dessus de la société et à prendre pour longtemps en main les destinées de celle-ci ; sa seule volonté eût été en tout cas insuffisante ; la formation d'une nouvelle couche dirigeante doit avoir des causes sociales plus profondes.</p>
<p>La lassitude des masses et la démoralisation des cadres ont aussi contribué au XVIIIe siècle à la victoire des thermidoriens sur les jacobins. Mais un processus organique et historique plus profond s'accomplissait sous ces phénomènes, en réalité secondaires. Les jacobins avaient leur appui dans les couches inférieures de la petite bourgeoisie, soulevées par la puissante vague ; or la révolution du XVIIIe siècle, répondant au développement des forces productives, ne pouvait manquer d'amener enfin au pouvoir la grande bourgeoisie. Thermidor ne fut qu'une des étapes de cette évolution inévitable. Quelle nécessité sociale s'exprime donc dans le Thermidor soviétique ?<br class='autobr' />
Nous avons tenté dans un chapitre précédent de donner une explication préalable du triomphe du gendarme. Force nous est de continuer ici l'analyse des conditions du passage du capitalisme au socialisme et du rôle qu'y joue l'Etat. Confrontons une fois de plus la prévision théorique et la réalité. "Il est encore nécessaire de contraindre la bourgeoisie", écrivait Lénine en 1917, traitant de la période qui devait suivre la conquête du pouvoir, "mais l'organe de la contrainte, c'est déjà la majorité de la population et non plus la minorité, comme ce fut toujours le cas jusqu'à présent... En ce sens, l'Etat commence à dépérir." En quoi s'exprime son dépérissement ? D'abord en ce qu'au lieu "d'institutions spéciales appartenant à la minorité privilégiée" (fonctionnaires privilégiés, commandement de l'armée permanente), la majorité peut elle-même "remplir" les fonctions de coercition. Lénine formule plus loin une thèse indiscutable sous sa forme axiomatique : "Plus les fonctions du pouvoir deviennent celles du peuple entier et moins ce pouvoir est nécessaire." L'abolition de la propriété privée des moyens de production élimine la tâche principale de l'Etat formé par l'histoire : la défense des privilèges de propriété de la minorité contre la très grande majorité.</p>
<p>Le dépérissement de l'Etat commence, d'après Lénine, dès le lendemain de l'expropriation des expropriateurs, c'est-à-dire avant que le nouveau régime ait pu aborder ses tâches économiques et culturelles. Chaque succès dans l'accomplissement de ces tâches signifie une nouvelle étape de la résorption de l'Etat dans la société socialiste. Le degré de cette résorption est le meilleur indice de la profondeur et de l'efficacité de l'édification socialiste. On peut formuler le théorème sociologique suivant : la contrainte exercée par les masses dans l'état ouvrier est directement proportionelle aux forces tendant à l'exploitation ou à la restauration capitaliste et inversement proportionnelle à la solidarité sociale et au dévouement commun au nouveau régime. La bureaucratie — en d'autres termes, "les fonctionnaires privilégiés et le commandement de l'armée permanente" — répond à une variété particulière de la contrainte que les masses ne peuvent pas ou ne veulent pas appliquer et qui s'exerce d'une façon ou d'une autre contre elles.</p>
<p>Si les soviets démocratiques avaient conservé jusqu'à ce jour leur force et leur indépendance, tout en demeurant tenus de recourir à la coercition dans la même mesure qu'au cours des premières années, ce fait eût suffi à nous inquiéter sérieusement. Quelle ne doit pas être notre inquiétude en présence d'une situation où les soviets des masses ont définitivement quitté la scène, cédant leurs fonctions coercitives à Staline, Iagoda et Cie ! Et quelles fonctions coercitives ! Demandons-nous pour commencer quelle est la cause sociale de cette vitalité opiniâtre de l'Etat et par-dessus tout de sa "gendarmisation". L'importance de cette question est par elle-même évidente : selon la réponse que nous lui donnerons, nous devrons ou réviser radicalement nos idées traditionnelles sur la société socialiste en général ou repousser tout aussi radicalement les appréciations officielles sur l'U.R.S.S.</p>
<p>Prenons dans un numéro récent d'un journal de Moscou la caractéristique stéréotypée du régime soviétique actuel, l'une de ces caractéristiques que l'on répète chaque jour et que les écoliers apprennent par coeur. "Les classes parasites des capitalistes, des propriétaires fonciers et des paysans riches sont à jamais liquidées en U.R.S.S. où l'on a de la sorte mis fin pour toujours à l'exploitation de l'homme par l'homme. Toute l'économie nationale est devenue socialiste et le mouvement Stakhanov grandissant prépare les conditions du passage du socialisme au communisme." (Pravda, 4 avril 1936). La presse mondiale de l'Internationale communiste ne dit pas autre chose, comme de juste. Mais si l'on a mis fin "pour toujours" à l'exploitation, si le pays est réellement engagé dans la voie du communisme, c'est-à-dire dans la phase supérieure, il ne reste à la société qu'à jeter bas, enfin, la camisole de force de l'Etat. Au lieu de quoi — et c'est là un contraste à peine concevable ! — l'Etat soviétique prend un aspect bureaucratique et totalitaire.<br class='autobr' />
On peut faire ressortir la même contradiction fatale en évoquant le sort du parti, La question se formule à peu près ainsi : Pourquoi pouvait-on en 1917-21, quand les anciennes classes dominantes résistaient encore les armes à la main, quand les impérialistes du monde entier les soutenaient effectivement, quand les koulaks armés sabotaient la défense et le ravitaillement du pays, discuter librement, sans crainte, dans le parti, de toutes les questions les plus graves de la politique ? Pourquoi ne peut-on pas maintenant, après la fin de l'intervention, la défaite des classes d'exploiteurs, les succès incontestables de l'industrialisation, la collectivisation de la grande majorité des paysans, admettre la moindre critique à l'adresse de dirigeants inamovibles ? Pourquoi tout bolchevik qui s'aviserait, conformément aux statuts du parti, de réclamer la convocation d'un congrès serait-il aussitôt exclu ? Tout citoyen qui émettrait tout haut des doutes sur l'infaillibilité de Staline serait aussitôt traité à peu près comme un comploteur terroriste. D'où vient cette terrible, cette monstrueuse, cette intolérable puissance de la répression et de l'appareil policier ?<br class='autobr' />
La théorie n'est pas une lettre de change que l'on puisse à tout moment faire acquitter. Si elle s'est trouvée en défaut, il convient de la réviser ou de combler ses lacunes. Dévoilons les forces sociales réelles qui ont fait naître la contradiction entre la réalité soviétique et le marxisme traditionnel. On ne peut pas, en tout cas, errer dans les ténèbres en répétant les phrases rituelles, peut-être utiles au prestige des chefs, mais qui soufflettent la réalité vivante. Nous le verrons à l'instant grâce à un exemple convaincant.</p>
<p>Le président du conseil des commissaires du peuple déclarait en janvier 1936 à l'Exécutif : "L'économie nationale est devenue socialiste (applaudissements). Sous ce rapport, nous avons résolu le problème de la liquidation des classes (applaudissements)". Le passé nous laisse pourtant encore des "éléments foncièrement hostiles", débris des classes autrefois dominantes. On trouve en outre parmi les travailleurs des kolkhozes, les fonctionnaires de l'Etat, parfois même parmi les ouvriers, de "minuscules spéculateurs", des "dilapidateurs des biens de l'Etat et des kolkhozes", des "colporteurs de potins antisoviétiques" etc. De là la nécessité d'affermir encore la dictature. Contrairement à ce qu'attendait Engels, l'Etat ouvrier, au lieu de "s'assoupir" doit devenir de plus en plus vigilant.</p>
<p>Le tableau peint par le chef de l'Etat soviétique serait au plus haut point rassurant s'il ne recélait une contradiction mortelle. Le socialisme s'est définitivement installé dans le pays : "sous ce rapport" les classes sont anéanties (si elles le sont sous ce rapport, elles le sont aussi sous tout autre). Sans doute l'harmonie sociale est-elle çà et là troublée par les scories et débris du passé. On ne peut tout de même pas penser que des gens dispersés, privés de pouvoir et de propriété, rêvant de la restauration du capitalisme, puissent avec de "minuscules spéculateurs" (ce ne sont pas même des spéculateurs tout court !) renverser la société sans classes. Tout est, semble-t-il, pour le mieux. Mais encore une fois, pourquoi dans ce cas la dictature d'airain de la bureaucratie ?</p>
<p>Les rêveurs réactionnaires disparaissent peu à peu, il faut le croire. Des soviets archidémocratiques se chargeraient bien de "minuscules spéculateurs" et de "cancaniers". "Voyous ne sommes pas des utopistes", répliquait Lénine en 1917 aux théoriciens bourgeois et réformistes de l'Etat bureaucratique, "nous ne contestons nullement la possibilité et l'inéluctabilité d'excès commis par des individus et aussi la nécessité de réprimer ces excès... Mais point n'est besoin à cette fin d'un appareil spécial de répression ; le peuple armé y suffira avec autant d'aisance et de facilité qu'une foule civilisée sépare des hommes en train de se battre ou ne laisse pas insulter une femme." Ces paroles paraissent avoir été destinées à réfuter les considérations de l'un des successeurs de Lénine à la tête de l'Etat. On étudie Lénine dans les écoles de l'U.R.S.S., mais visiblement pas au Conseil des commissaires du peuple. Ou bien la décision pour laquelle un Molotov emploie sans y réfléchir les arguments contre lesquels Lenine dirigeait son arme acérée ne s'expliquerait pas. Flagrante contradiction entre le fondateur et les épigones ! Alors que Lénine tenait pour possible, sans appareil bureaucratique, la liquidation des classes d'exploiteurs, Molotov, pour justifier après la liquidation des classes l'étouffement de toute initiative populaire par la machine bureaucratique, ne trouve rien de mieux que d'invoquer les "débris" des classes liquidées !</p>
<p>Mais il devient d'autant plus difficile de se nourrir de ces "débris" que, de l'aveu des représentants autorisés de la bureaucratie, les ennemis de classe d'hier sont assimilés avec succès par la société soviétique. Postychev, l'un des secrétaires du comité central, disait en avril 1936 au congrès des Jeunesses communistes : "De nombreux saboteurs se sont sincèrement repentis... et ont rejoint les rangs du peuple soviétique..." Vu le succès de la collectivisation, "les enfants des koulaks ne doivent pas payer pour leurs parents". Ce n'est pas tout ; "Le koulak lui-même ne croit sans doute plus aujourd'hui pouvoir recouvrer sa situation d'exploiteur au village." Ce n‘est pas sans raison que le gouvernement a commencé l'abolition des restrictions légales résultant des origines sociales ! Mais si les affirmations de Postychev, approuvées sans réserve par Molotov, ont un sens, ce ne peut être que celui-ci : la bureaucratie est devenue un monstrueux anachronisme et la contrainte étatique n'a plus d'objet sur la terre des soviets. Ni Molotov ni Postychev n'admettent cependant cette conclusion rigoureusement logique. Ils préfèrent garder le pouvoir, fût-ce en se contredisant.<br class='autobr' />
En réalité, ils ne peuvent pas y renoncer. En termes objectifs : la société soviétique actuelle ne peut pas se passer de l'Etat, et même — dans une certaine mesure — de la bureaucratie. Et ce ne sont pas les misérables restes du passé, mais les puissantes tendances du présent qui créent cette situation. La justification de l'Etat soviétique, considéré comme un mécanisme de contrainte, c'est que la période transitoire actuelle est encore pleine de contradictions sociales qui, dans le domaine de la consommation — le plus familier et le plus sensible à tout le monde — revêtent un caractère extrêmement grave, menaçant à tout moment de se faire jour dans le domaine de la production. La victoire du socialisme ne peut dès lors être dite ni définitive ni assurée.</p>
<p>L'autorité bureaucratique a pour base la pauvreté en articles de consommation et la lutte contre tous qui en résulte. Quand il y a assez de marchandises au magasin, les chalands peuvent venir à tout moment. Quand il y a peu de marchandises, les acheteurs sont obligés de faire la queue à la porte. Sitôt que la queue devient très longue, la présence d'un agent de police s'impose pour le maintien de l'ordre. Tel est le point de départ de la bureaucratie soviétique. Elle "sait" à qui donner et qui doit patienter.</p>
<p>L'amélioration de la situation matérielle et culturelle devrait, à première vue, amoindrir la nécessité des privilèges, rétrécir le domaine du "droit bourgeois" et par là même dérober le sol sous les pieds de la bureaucratie, gardienne de ces droits. Mais c'est l'inverse qui s'est produit : l'accroissement des forces productives s'est accompagné jusqu'ici d'un développement extrême de toutes les formes de l'inégalité et des privilèges et aussi de la bureaucratie. Et ce n'est pas non plus sans raison.</p>
<p>Le régime sovietique a incontestablement eu dans sa première période un caractère beaucoup plus égalitaire et moins bureaucratique qu'aujourd'hui. Mais son égalité était celle de la misère commune. Les ressources du pays étaient si restreintes qu'elles ne permettaient pas de détacher des masses des milieux tant soit peu privilégiés. Le salaire "égalitaire", en supprimant le stimulant individuel, devenait un obstacle au développement des forces productives. L'économie soviétique devait sortir quelque peu de son indigence pour que l'accumulation de ces matières grasses que sont les privilèges devint possible. L'état actuel de la production est encore très loin d'assurer à tous le nécessaire. Mais il permet déjà d'accorder des avantages importants à la minorité et de faire de l'inégalité un aiguillon pour la majorité. Telle est la raison première pour laquelle l'accroissement de la production a jusqu'ici renforcé les traits bourgeois et non socialistes de l'Etat.<br class='autobr' />
Cette raison n'est pas la seule. A côté du facteur économique qui commande dans la phase présente de recourir aux méthodes capitalistes de rémunération du travail, agit le facteur politique incarné par la bureaucratie elle-même. De par sa nature, celle-ci crée et défend des privilèges. Elle surgit tout au début comme l'organe bourgeois de la classe ouvrière. Etablissant et maintenant les privilèges de la minorité, elle s'attribue naturellement la meilleure part : celui qui distribue les biens ne s'est encore jamais lesé. Ainsi nait du besoin de la société un organe qui, dépassant de beaucoup sa fonction sociale nécessaire, devient un facteur autonome et en même temps la source de grands dangers pour tout l'organisme social.</p>
<p>La signification du Thermidor soviétique commence à se préciser devant nous. La pauvreté et l'inculture des masses se concrétisent de nouveau sous les formes menaçantes du chef armé d'un puissant gourdin. Congédiée et flétrie autrefois, la bureaucratie est, de servante de la société, devenue maîtresse. En le devenant, elle s'est, socialement et moralement, éloignée à tel point des masses qu'elle ne peut plus admettre aucun contrôle sur ses actes et sur ses revenus.</p>
<p>La peur, mystique au premier abord, de la bureaucratie en présence de "minuscules spéculateurs, de gens sans scrupules et des cancaniers" trouve là son explication naturelle. N'étant pas encore en mesure de satisfaire les besoins élémentaires de la population, l'économie soviétique engendre à chaque pas des tendances à la spéculation et à la fraude intéressée. D'autre part, les privilèges de la nouvelle aristocratie incitent les masses à prêter l'oreille aux "rumeurs antisoviétiques", c'est-à-dire à toute critique, serait-elle formulée à mi-voix, des autorités arbitraires et insatiables. Il ne s'agit donc pas des fantômes du passé, des restes de ce qui n'est plus, en un mot de la neige de l'an dernier, mais de nouvelles et puissantes tendances, sans cesse renaissantes, à l'accumulation personnelle. Le premier afflux de bien-être, fort modeste, a, précisément à cause de sa faiblesse, non affaibli mais fortifié ces tendances centrifuges. Les non-privilégiés cependant ont senti s'accroître le sourd désir de modérer sans ménagement les appétits des nouveaux notables. La lutte sociale s'aggrave de nouveau. Telles sont les sources de la puissance de la bureaucratie. Ce sont aussi celles des périls qui menacent cette puissance.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Reproduite dans Les Bolcheviks contre Staline.</p>
<p>[2] La raison devient folie, le bienfait tourment.</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921</a></p></div>
Qui est Jacob Blumkine ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8915
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89152026-07-16T22:48:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeTrotskisme
<p>Qui est Jacob Blumkine ? <br class='autobr' />
Neuf secrétaires (c'est-à-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont été assassinés sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, Léon Sédov et Robert Sheldon Harte. <br class='autobr' />
Lettre de Trotsky aux époux Rosmer : <br class='autobr' />
Chers amis, <br class='autobr' />
Dans le journal de Milioukov (les Dernières Nouvelles) du 29 décembre, il y a le télégramme suivant : <br class='autobr' />
« Blumkine est fusillé. <br class='autobr' />
Cologne, 28 décembre. — Le correspondant de (…)</p>
-
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Qui est Jacob Blumkine ?</h2>
<p>Neuf secrétaires (c'est-à-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont été assassinés sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, Léon Sédov et Robert Sheldon Harte.</p>
<h2 class="spip">Lettre de Trotsky aux époux Rosmer :</h2>
<p>Chers amis,</p>
<p>Dans le journal de Milioukov (les Dernières Nouvelles) du 29 décembre, il y a le télégramme suivant :</p>
<p>« Blumkine est fusillé.</p>
<p>Cologne, 28 décembre. — Le correspondant de Moscou du Journal de Cologne télégraphie : Ces jours-ci fut arrêté sur l'ordre du Guépéou le notoire Blumkine, le meurtrier de Mirbach. Blumkine fut accusé d'entretenir des relations secrètes avec Trotsky. D'après la sentence du Guépéou, Blumkine fut fusillé. »</p>
<p>Cette communication est-elle juste ? je n'en possède pas une certitude absolue. Mais tout un enchaînement de circonstances non seulement me permettent, mais me forcent à croire qu'elle est juste. Pour m'exprimer plus exactement : intérieurement je n'ai aucun doute. Ce qui me manque, c'est une confirmation juridique de l'assassinat de Blumkine par Staline.</p>
<p>Vous savez certainement que, quelque temps après l'insurrection armée des socialistes révolutionnaires de gauche, Blumkine passait aux bolcheviks, prenait une part héroïque à la guerre civile et puis travaillait assez longtemps dans mon secrétariat militaire. Plus tard il restait surtout au service du Guépéou, mais aussi au service militaire et à celui du parti. Il accomplissait dans divers pays des missions de la plus haute importance. Son dévouement à la Révolution d'octobre et au parti était absolu.</p>
<p>Jusqu'à la dernière heure, Blumkine accomplit le travail d'une fonction soviétique très importante. Comment a-t-il pu s'y tenir en appartenant à l'opposition ? Cela s'explique par le caractère de son travail ; celui-ci était tout à fait individuel. Blumkine n'avait pas ou presque pas affaire avec les noyaux communistes, la possibilité de participer à la discussion des questions du parti, etc. Cela ne signifie pas qu'il cachait ses pensées. Au contraire. A Menjinsky et à Trilisser, l'ancien chef de la section étrangère du Guépéou, Blumkine avait déclaré que ses sympathies allaient à l'opposition, mais que naturellement, comme tout autre oppositionnel, il était tout à fait prêt à accomplir sa fonction importante au service de la Révolution d'octobre. Menjinsky et Trilisser considéraient Blumkine comme irremplaçable, et c'était exact. Ils l'ont laissé à sa besogne, qu'il a accomplie jusqu'au bout.</p>
<p>Blumkine m'a vraiment visité à Constantinople. J'ai déjà mentionné que Blumkine était lié avec moi par les liens étroits du travail dans mon secrétariat. Il avait préparé en particulier un de mes volumes militaires (j'en parle dans la préface de ce volume). Blumkine est venu à Constantinople, chez moi, pour s'informer comment j'appréciais la situation et pour vérifier qu'il agissait justement en restant au service du gouvernement qui déporte, bannit et emprisonne les camarades de sa tendance. Je lui ai répondu naturellement qu'il agissait tout à fait justement en accomplissant son devoir révolutionnaire — non envers le gouvernement de Staline, qui avait usurpé les droits du parti, mais envers la révolution d'octobre.</p>
<p>On vous a peut-être cité, d'un des articles d'Iaroslavsky, une allégation concernant mon entretien pendant l'été avec un visiteur, à qui j'aurais prédit la perdition inévitable et proche du gouvernement soviétique. Le sycophante misérable ment, cela va de soi. Mais par un rapprochement de faits et de dates, je suis certain qu'il s'agit de mon entretien avec Blumkine. A sa question sur la possibilité de concilier son travail et son appartenance à l'opposition, je lui dis, entre autres, que mon exil, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne changent pas notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger les oppositionnels seront aux postes avancés ; qu'aux heures difficiles, Staline sera forcé de leur faire appel, comme Tsérételli avait appelé les bolcheviks contre Kornilov. En Liaison avec cela, j'ajoutai : « Mais que ce ne soit pas trop tard. » Évidemment Blumkine, après son arrestation, a exposé cet entretien comme une démonstration des véritables états d'âme et dispositions de l'opposition : il ne faut pas oublier que je suis exilé sur l'accusation de préparer la lutte armée contre le pouvoir des Soviets !</p>
<p>Par Blumkine, je transmis à Moscou pour nos amis une lettre d'information basée sur les mêmes idées que j'ai exposées dans une série d'articles publiés : la répression des stalinistes contre nous ne signifie pas encore le changement du caractère de classe de l'État, mais prépare seulement et facilite un tel changement ; notre voie reste, comme par le passé, celle de la réforme et non celle de la révolution ; la lutte implacable pour nos idées doit être orientée vers un long délai.</p>
<p>Je reçus ultérieurement la communication que Blumkine était arrêté et que la lettre transmise par son intermédiaire était tombée entre les mains de Staline. Je ne sais rien des conditions dans lesquelles Blumkine fut arrêté. Les gouvernants de Moscou savaient qu'il avait passé par Constantinople. Ses chefs (Meninsky, Trilisser) connaissaient bien ses idées oppositionnelles. Il s'est rendu à Moscou de sa propre initiative, dans l'intérêt du travail qu'il accomplissait. Sur les événements ultérieurs, je ne sais que ce qui est dit dans le télégramme ci-dessus du Journal de Cologne.</p>
<p>L'importance de ce fait n'exige pas d'explications. Vous savez, par le fameux procès de 1922, qu'on a évité de fusiller même les socialistes révolutionnaires qui avaient organisé des attentats contre Lénine, Ouritsky, Volodarsky, moi-même et autres. Des socialistes révolutionnaires de gauche, auxquels avait appartenu en 1918 Blumkine, on n'a fusillé, au moment de leur insurrection, que l'organisateur, Alexandrovitch. Blumkine, un des participants de cette insurrection, est bientôt devenu un bolchevik. Mais si on ne l'a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante à l'insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusillé en 1929 pour cette raison que, en servant courageusement la Révolution d'octobre, il ne partageait pas, sur les questions les plus importantes, les idées de la fraction stalinienne et considérait de son devoir de répandre les idées des bolcheviks-léninistes (opposition).</p>
<p>Blumkine est fusillé — je n'en ai pas le moindre doute — sur l'arrêt du Guépéou. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le Guépéou est devenu l'organe personnel de Staline. Pendant les années de la guerre civile, la Tchéka accomplissait une besogne sévère. Mais ce travail restait sous le contrôle du parti. Des centaines de fois se sont élevés, des milieux du parti, des protestations, des déclarations et des demandes ou exigences d'explications concernant tel ou tel arrêt. A la tête de la Tchéka se trouvait Dzerjinsky, un homme d'une force morale supérieure. Il restait subordonné au bureau politique, dont les membres avaient des idées bien nettes sur chaque question et savaient les défendre. Tout cela donnait la garantie que la Tchéka demeure l'instrument de la dictature révolutionnaire. Maintenant, le parti est étouffé. Sur l'exécution de Blumkine, des milliers et des dizaines de milliers de membres du parti chuchoteront avec horreur dans les coins. A la tête du Guépéou se trouve Menjinsky, pas un homme, mais l'ombre d'un homme. Le rôle principal dans le Guépéou est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt à accomplir sans réfléchir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l'aide de dossiers accumulés contre eux par le Guépéou. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline.</p>
<p>Ce crime inouï ne peut passer inaperçu, même dans les conditions présentes de l'omnipotence de l'appareil. Staline ne pouvait pas ne pas pressentir ce résultat par avance, et le fait que, malgré sa prudence félonne, il s'est décidé à tuer Blumkine, démontre combien est grande la peur de cet homme devant l'opposition de gauche. Il ne peut y avoir aucun doute que Blumkine est tombé en victime expiatoire, parce que Radek et autres capitulards n'ont pu entraîner avec eux qu'une petite minorité de l'opposition, tandis qu'à l'étranger l'opposition accuse dans différents pays de sérieux succès idéologiques et d'organisation.</p>
<p>Par l'exécution de Blumkine, Staline veut dire à l'opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu'il possède à l'intérieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l'arène mondiale. En d'autres termes, après les exclusions du parti, après la condamnation de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaye d'effrayer l'opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre.</p>
<p>On peut dire avec certitude que les résultats seront directement opposés au but que Staline se fixe. Une tendance d'idées historiquement progressive, qui se base sur la logique objective du développement, ni peut être ni effrayée, ni fusillée. Cependant il est clair que l'opposition ne peut pas, en envisageant seulement la marche objective des événements, se comporter passivement envers la nouvelle, cette fois sanguinaire, étape des représailles thermidoriennes de Staline. Il faut immédiatement ouvrir une campagne internationale, dans laquelle chaque oppositionnel doit faire la besogne qui, dans d'autres conditions, se répartirait sur les épaules de trois, cinq ou dix camarades.</p>
<p>Comment je me représente la marche de cette campagne ?</p>
<p>Avant tout il faut porter ce fait à la connaissance de tous les communistes et exiger de la direction officielle du parti la confirmation ou le démenti du fait.</p>
<p>D'autant plus décisivement, largement, énergiquement sera posée la question, d'autant plus complètement la direction sera prise à l'improviste et d'autant plus vite on pourra découvrir les dessous de ce fait. Il faut créer une telle atmosphère que de Paris, Berlin, Vienne, Prague, New York, on exige des explications de Moscou.</p>
<p>Que faut-il pour cela ? Avant tout, il me semble, publier un petit tract sur ce thème : « Est-il juste que Staline ait tué le camarade Blumkine ? » Dans ce tract il faut poser aux Cachin, aux Thälmann et Cie, carrément les questions suivantes : connaissent-ils ce fait, prennent-ils sur eux la responsabilité du meurtre du révolutionnaire prolétarien par la clique staliniste ?</p>
<p>S'il n'est pas fait de réponse à la première question, comme c'est presque certain, il faudra sans tarder publier un second tract d'un caractère plus offensif et le répandre à des dizaines de milliers d'exemplaires par tous les voies et canaux possibles.</p>
<p>Il est bien possible que Staline essaye, en cas d'une pression dans l'Occident et d'une inquiétude dans le P.C.R., de lancer quelque version envenimée dans le genre des connivences avec l'officier wrangélien ", de la préparation de l'insurrection ou d'actes terroristes. A des ignominies pareilles, il faut qu'on soit prêt. C'est à peine pourtant si de telles explications peuvent produire une impression sérieuse. Aussi bien parce qu'elles exhalent l'odeur des manigances de la police bonapartiste que, surtout, parce que, dans la lutte avec l'opposition, Staline a déjà dépensé les ressources de ce genre. Il n'est pas nécessaire de rappeler que la position de principe qu'occupait Blumkine avec nous tous excluait, de sa part, l'application dans la lutte de méthodes aventureuses, quelles qu'elles soient.</p>
<p>L'affaire Blumkine doit devenir l'affaire Sacco-Vanzetti de l'opposition communiste de gauche. La lutte pour le salut de nos amis de l'U.R.S.S. doit devenir en même temps la vérification des rangs de l'opposition dans les pays d'Occident. Après avoir accompli une campagne à la manière révolutionnaire, c'est-à-dire avec la plus haute tension des forces et avec le dévouement suprême, l'opposition s'élèvera d'un coup d'une tête entière. Cela nous donnera le droit de dire que Blumkine n'a pas donné sa vie en vain.</p>
<p>Chaque centre d'opposition devrait élaborer soigneusement les premiers pas de la campagne et les préparer minutieusement.</p>
<p>Pour la réalisation pratique des mesures tracées, le mieux serait peut-être de choisir, dans chaque endroit, une « troïka » avec des pleins pouvoirs, à laquelle tous les membres de l'opposition devraient être subordonnés au cours de cette campagne.</p>
<p>Il n'est pas exclu qu'avant même que cette lettre vous parvienne la presse ait publié de telles informations sur le sort de Blumkine qui rendent superflue la question juridique concernant la confirmation du fait. Il ne restera qu'à constater tout simplement le meurtre et à demander au comité central de chaque parti s'il prend la responsabilité de ce crime devant la classe ouvrière.</p>
<p>Le danger consiste en ce que l'interpellation devienne un tir à blanc, en se réduisant à un tract isolé. Il faut trouver le moyen de poser, de nouveau et de nouveau, la question et de jeter sans répit cette accusation à la figure des « chefs ». Il faut pénétrer dans les réunions du parti, dans les réunions ouvrières en général, il faut préparer des affiches et de petites feuilles volantes de dix lignes, etc., etc….</p>
<p>Je vous enverrai ultérieurement des matériaux supplémentaires, et en particulier la caractéristique de Blumkine dans la forme nécrologique (sic) quand seront éliminés les derniers doutes purement formels sur son sort. <br class='autobr' />
Tout à vous, <br class='autobr' />
L. Trotski</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930</a></p>
<p>Léon Trotsky :</p>
<p>Les plats les plus épicés sont encore à venir<br class='autobr' />
Dans son article « La lutte pour un issue », Biulleten Oppositsii n° 49, le camarade Ciliga raconte les tortures infligées par le GPU à un marin, afin de l'obliger à avouer sa participation à un imaginaire « complot contre Staline ». Il ne le laissa que quand il « fut devenu à moitié fou ». Ce fait mérite qu'on le prenne au sérieux.<br class='autobr' />
La succession de procès politiques publics en URSS a montré combien certains inculpés sont prêts à s'accuser de crimes que, de toute évidence, ils n'ont pas commis. Ces accusés, qui ont l'air de jouer devant le tribunal un rôle appris par cœur, s'en tirent avec des peines légères, parfois, de toute évidence, fictives. C'est précisément en échange de cette indulgence de la justice qu'ils ont fait ces « aveux ». Mais pourquoi les autorités ont-elles besoin de conspirations fictives ? Parfois pour impliquer une tierce personne, étrangère à l'affaire, parfois pour dissimuler leurs propres crimes, ainsi que la répression sanglante que rien ne justifie, pour créer enfin un climat favorable à la dictature bonapartiste.<br class='autobr' />
Nous avons déjà démontré sur la base des documents officiels que Medved, Iagoda et Staline avaient de toute évidence joué un rôle direct dans l'assassinat de Kirov. Il est probable qu'aucun d'eux ne souhaitait la mort de Kirov. Mais tous ont joué avec sa vie, en essayant, à travers cet acte terroriste, de préparer un amalgame – avec la « participation » de Zinoviev et Trotsky.<br class='autobr' />
La déposition de Zinoviev à son procès avait manifestement un caractère évasif qui était le résultat de l'accord conclu au préalable entre les accusateurs et les accusés : ce n'est de toute évidence qu'à cette condition que Zinoviev s'était vu promettre la vie sauve.<br class='autobr' />
Extorquer aux accusés des témoignages fantastiques contre eux-mêmes, afin de les faire ricocher sur d'autres, c'est depuis longtemps le système du GPU, c'est-à-dire de Staline.<br class='autobr' />
Mais pourquoi fallait-il organiser en 1930 une tentative d'assassinat contre Staline ? Pourquoi avoir impliqué un marin dans cette affaire ? Nous ne disposons là-dessus d'aucun renseignement, sauf les quelques lignes de l'article du camarade Ciliga. Nous allons prendre pourtant le risque de formuler une hypothèse.<br class='autobr' />
L'auteur de ces lignes a été expulsé en Turquie en 1929. Peu après, il reçut à Constantinople la visite de Blumkine qui allait payer cela de sa vie. L'exécution de Blumkine par Staline ébranla à l'époque bien des communistes, en URSS et ailleurs. C'est à cette époque que fut organisé à l'étranger le centre bolchevik-léniniste et que commença la publication de Biulleten et autres organes de presse. Dans ces conditions, Staline avait un besoin pressant d'une « tentative d'assassinat », surtout d'une tentative d'assassinat dont on aurait tiré les ficelles à l'étranger et dans laquelle il aurait pu impliquer Blumkine ou tout au moins son fantôme. Un marin faisait l'affaire, surtout s'il avait effectué des voyages entre un port soviétique et Constantinople. Ce marin a pu être arrêté par hasard – pour des propos imprudents, pour avoir lu de la littérature illégale, ou simplement pour contrebande : nous ne savons rien de lui. Peut-être l'a-t-on menacé de plusieurs années de prison. Mais l'astucieux Iagoda lui promit la liberté et toutes sortes d'autres avantages s'il acceptait de témoigner que Blumkine, sur ordre de Trotsky, l'avait entraîné dans un complot contre Staline. Si le coup avait réussi, l'exil de Trotsky et l'exécution de Blumkine auraient ainsi été justifiées. Mais le malheur c'est que le marin devint « à moitié fou ».<br class='autobr' />
Notre hypothèse n'est qu'une hypothèse. Mais elle répond parfaitement à la nature morale de Staline et aux méthodes de sa politique. « Ce cuisinier », disait Lénine en mettant en garde contre lui, « ne nous prépare jamais que des plats épicés. » Mais Lénine lui-même, quand il prononça ces paroles en février 1922, ne pouvait évidemment avoir prévu qu'une cuisine aussi diabolique se dresserait sur les fondements du parti bolchevique….<br class='autobr' />
Nous sommes en 1936. Les méthodes de Staline sont toujours les mêmes. Les dangers politiques qui le menacent se sont aggravés. La technique de Staline et Iagoda s'est enrichie de l'expérience née de plusieurs erreurs. Nous n'avons donc aucune illusion à nous faire : les plats les plus épicés sont encore à venir.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p>
<p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine.<br class='autobr' />
Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de gauche contre les représailles de Staline n'entre pas dans la sphère de ses intérêts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermeté pour dénoncer les crimes staliniens.<br class='autobr' />
Dans le dernier numéro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels supplémentaires avaient été fusillés, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question revêt-elle une importance exceptionnelle : seule la publicité autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arrêter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks révolutionnaires.<br class='autobr' />
L'ex-communiste Souvarine a volé au secours de Staline, prétendant que Blumkine aurait soi-disant exécuté dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence même du G.P.U. lui dicte d'exécuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.<br class='autobr' />
Souvarine en conclut que "dans la treizième année de la révolution", il faut supprimer le G.P.U.<br class='autobr' />
Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un débat théorique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter à la déclaration suivante.<br class='autobr' />
Le camarade Blumkine n'a jamais exécuté et, du fait même du caractère de son travail, n'aurait jamais pu exécuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a passé le plus gros de la dernière période en Extrême-Orient, principalement en Mongolie.<br class='autobr' />
L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'armée d'avoir d'autres opinions que celles du comité central aujourd'hui, équivaut à priver des droits de parti élémentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.<br class='autobr' />
Seuls des bureaucrates staliniens pourraient défendre une mesure aussi abjecte.<br class='autobr' />
Le G.P.U. est un organe d'autodéfense de la dictature du prolétariat. Dans la mesure où la révolution d'Octobre, même dans sa treizième année, est entourée d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer à de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'être une dictature.<br class='autobr' />
Seuls des libéraux ou des social-démocrates en train de devenir libéraux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de répression sont-elles adoptées ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacité révolutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.<br class='autobr' />
Le meurtre de Blumkine et, en général, les actes de répression contre l'opposition léniniste affaiblissent l'avant-garde révolutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - lâche et traÎtre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prolétariat.<br class='autobr' />
Que nos amis et nos ennemis le sachent.<br class='autobr' />
Léon Trotsky</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm</a></p>
<p>Des oppositionnels fusillés<br class='autobr' />
Le meurtre de Blumkine n'était qu'un commencement. Nous sommes informés de l'exécution de deux oppositionnels de plus, les camarades Silov et Rabinovicz. De toute évidence, l'histoire idiote d'oppositionnels participant au sabotage des chemins de fer voulait montrer autre chose, apporter, si l'on veut, une certaine explication pour l'attaque thermidorienne contre les bolcheviks-léninistes. Mais les camarades Silov et Rabinovicz n'avaient aucun lien d'aucune sorte ni avec le "sabotage", ni avec les chemins de fer.<br class='autobr' />
Le fait que Staline ait dissimulé jusqu'à présent qu'il avait fusillé Blumkine montre qu'il n'a rien à dire pour justifier ce perfide assassinat. Les motifs de Staline pour ces nouveaux crimes doivent être expliqués par le désir de vengeance et la peur de l'usurpateur.<br class='autobr' />
L'assassinat n'intimide pas l'Opposition, ce n'est pas la peine de le dire ; et il n'empêche pas Staline d'en méditer d'autres. Nous avons lourdement souffert des crimes de l'appareil stalinien. Mais nous n'identifions pas l'appareil et le parti. Le châtiment en réponse à la politique meurtrière de Staline, c'est le droit du parti dans son ensemble. Il nous en incombe à nous, qui sommes dans ses rangs.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm</a></p>
<h2 class="spip">Biographie</h2>
<p>Jacob Blumkine (1899-1929), socialiste-révolutionnaire de gauche en 1917-1918, fut l'un des deux exécutants de l'attentat contre l'ambassadeur d'Allemagne Mirbach, en juillet 1918. Adhéra ensuite au Parti bolchevique, entra dans la Tcheka, devint sympathisant de l'Opposition de gauche, rendit visite à Trotsky en 1929 à Constantinople et fut fusillé à son retour sur ordre de Staline, après avoir été dénoncé, selon la version la plus courante, par Karl Radek.</p>
<p>Iakov G. Blumkine était étudiant quand il adhéra au parti socialiste révolutionnaire de gauche qui le fit entrer dans la tchéka de Moscou. Quand se produisit la rupture entre ce parti et les bolcheviks, au moment de la paix de Brest Litovsk, Blumkine, sur ordre de son parti, et pour provoquer la reprise de la guerre, abattit à coups de revolver l'ambassadeur d'Allemagne comte von Mirbach. Arrêté, il fut convaincu par Trotsky dans sa prison, grâcié et ultérieurement admis au parti après avoir servi dans les services de renseignement puis au secrétariat de Trotsky. Partisan de l'Opposition de gauche, il rendit visite à Trotsky à l'été 1929. Il fut fusillé après son retour à Moscou, en décembre sans doute, et après avoir obtenu, dit Victor Serge, un sursis de quinze jours pour rédiger ses mémoires, dont le manuscrit serait donc resté aux mains du G.P.U.</p>
<p>Il est né le 8 octobre 1900 à Odessa ou dans le village de Sosnica près de Tchernihiv en 1898. En 1913, il est diplômé de l'école primaire juive. Il étudia l'hébreu et le russe.</p>
<p>En juillet 1910 il déménage à Lviv, il étudie l'allemand. Après la capture de Lviv par les russes en septembre 1914, son père Grigory Isaevitch Bloumkine intègre l'Armée impériale russe durant la Première Guerre mondiale.</p>
<p>En 1914, il travaille comme électricien dans un dépôt de tram et au théâtre. Il prend part aux détachements d'autodéfense juive contre les pogroms à Odessa. Il rejoint le Parti socialiste-révolutionnaire en 1916. En octobre 1917, il visite la région de la Volga.</p>
<p>En novembre 1917, Iakov Bloumkine rejoint le détachement de marins qui participe aux combats avec l'Ukraine. Au cours des événements révolutionnaires à Odessa en 1918, il participe à l'expropriation de la propriété de la Banque d'État. En janvier 1918, il organise la formation à Odessa du 1er régiment de volontaires.</p>
<p>Il s'installe à Moscou en mai 1918. Les dirigeants du Parti socialiste-révolutionnaire et de la Tchéka l'envoient au département de la lutte contre l'espionnage international. En juin 1918, il dirige le département de contre-espionnage pour surveiller la protection des ambassades et de leurs éventuelles activités criminelles.</p>
<p>Le 6 juillet 1918, il participe à l'assassinat de l'ambassadeur d'Allemagne Wilhelm von Mirbach : autour de 14 h 40, il tire plusieurs coups de feu sur l'ambassadeur. En septembre 1918 il est en Ukraine. De décembre 1918 à mars 1919, il est secrétaire du comité politique de Kiev. Il est impliqué dans l'exécution de l'amiral Alexandre Koltchak.</p>
<p>En 1929, il est envoyé à Prinkipo pour assassiner Trotski mais il ne le tue pas et s'allie à lui2. Si l'on en croit les archives déposées à la Houghton Library de Harvard, il semble que Bloumkine ait été un contact de Trotski ; c'est ce qu'en conclut Christian Salmon :</p>
<p>« À la fin de 1929, Trotski avait reconnu publiquement avoir reçu la visite de Blumkine. Selon lui, son fils, Lev Sedov, l'aurait rencontré dans la rue à Constantinople, venant d'Extrême-Orient et rentrant en Union soviétique. Il l'aurait alors convaincu de venir « à la maison » pour le rencontrer. En réalité, un document rédigé par Blumkine, daté du 3 avril 1929, découvert à Stanford dans les papiers de Lev Sedov, fait apparaître que les contacts de Trotski avec Blumkine n'ont pas relevé d'une rencontre fortuite mais d'une liaison organisée avec l'URSS, dans laquelle l'agent secret était évidemment une pièce maîtresse. Cette rencontre décidera Staline à faire fusiller Blumkine, un bolchevik, à son retour à Moscou. »</p>
<p>Il faut préciser que Bloumkine connait bien des secrets de la Tchéka, notamment sur l'affaire Savinkov : il n'est pas impossible qu'il ait fait partie des quatre personnes ayant poussé Boris Savinkov du quatrième étage de la Loubianka.</p>
<p>En 1937 Schrubel, ancien tchékiste, avoua peu avant sa mort au camp de la Kolyma avoir poussé Savinkov lui-même avec l'aide de trois autres tchékistes3. Bloumkine, ancien socialiste-révolutionnaire devenu bolchevique et tchékiste, rendait visite à Savinkov en prison, ce qui supposait un grand nombre d'autorisations. L'objet de ces visites est incompréhensible si on ne revient pas sur le procès de Savinkov : Savinkov revenait de l'étranger, où il était très populaire ; chez les socialistes allemands tout particulièrement, mais aussi les socialistes de la tendance Marceau Pivert en France, et des socialistes britanniques. Son procès était de ce fait suivi de près par des journalistes étrangers, et il ne pouvait pas être condamné à mort comme la majorité des socialistes-révolutionnaires4 à l'époque. La sentence ne fut que de cinq ans, absolument dérisoire pour l'Union soviétique. L'objectif était toutefois bien de se débarrasser de lui.</p>
<p>Lors de la mort de Savinkov, une lettre dans laquelle il disait qu'il allait se suicider a été retrouvée dans sa cellule. Son propre fils, Lev Borissovitch Savinkov, a cru à l'authenticité de la lettre disant : « Ce sont les expressions de mon père ». On ignore donc si Bloumkine a lui-même poussé Savinkov, mais les visites quotidiennes de Bloumkine à Savinkov dans sa cellule alors que personne n'avait droit aux visites s'expliquent par le fait que Bloumkine devait « attraper le style de Savinkov » comme il l'a lui-même confié à Iakoubovitch sous le sceau du secret.</p>
<p>Iakov Bloumkine fut exécuté en 1929 par Stakine en tant que trotskiste.</p>
<h2 class="spip">L'affaire Blumkine</h2>
<p>En U.R.S.S., des bouleversements sont en cours à la fin de l'année 1929.</p>
<p>Le plénum du comité central (10-17 novembre) a vu la capitulation et I'auto-critique des dirigeants de la droite du parti communiste russe, Boukharine étant exclu du bureau politique. Du côté de l'Opposition de gauche, Smirnov, Bogoulavsky et quelques centaines de déportés ont fini par capituler fin octobre. Mais ce n'est pas dans le parti stalinisé, qui ne canalise plus les batailles politiques, que se situe I'enjeu de l'hiver 1929-1930. C'est dans les campagnes, pour la « liquidation des koulaks », et dans les usines, pour la réalisation coûte que coûte du plan quinquennal, que l'avenir économique et surtout politique de l'U.R.S.S. se joue.</p>
<p>Staline semble maître du parti bolchevique puisqu'il contraint les dirigeants « droitiers » à se renier et certains capitulards de gauche à ramper. Mais il n'a pas brisé les forces sociales incarnées par ses adversaires dans le parti, qu'ils soient de « droite » ou de « gauche ». Bien que l'écrasante majorité des opposants soit en exil, dans les camps, il n'a pas mis un terme définitif au travail clandestin des opposants de gauche russes encore en liberté et n'a pas réussi à les isoler, à les priver de tout lien avec le parti.</p>
<p>La destruction de tout travail oppositionnel relève plus que jamais de la répression policière. La politique économique d'ailleurs ne peut se placer que sous le signe de la coercition qui a marque la collectivisation des campagnes et la réalisation du premier plan quinquennal. Et cette politique sur une grande échelle dicte du coup la nécessité de développer la répression, c'est-à-dire d'en developper les moyens. Le G. P. U. , véritable cheville ouvrière de la collectivisation en lieu et place du parti, est ainsi appelé à des responsabilites de plus en plus larges.</p>
<p>C'est dans ce contexte politique, économique et social difficile où le parti de Staline devient véritablement le parti de la bureaucratie et le G. P. U., son bras armé, qu'éclate « I'affaire Blumkine ». Il s'agit de 1'exécution à Moscou en décembre 1929 d' Iakov Blumkine. L'information qui parait le 29 décembre, dans un journal d'émigrés blancs à Paris, est laconique :</p>
<p>« Ces jours-ci, le légendaire Blumkine, le meurtrier de Mirbach a été arrêté. Blumkine a été accusé d'entretenir des relations secrètes avec Trotsky. Conformément à la sentence du G. P. U. , Blumkine a été fusillé ». (1)</p>
<p>L'exécution d'un heros</p>
<p>L'homme ainsi exécuté à Moscou a eu un destin hors du commun en liaison avec celui de la révolution russe. Né en 1899 d'une famille bourgeoise, après avoir poursuivi des études supérieures, Iakov G. Blumkine est à dix-huit ans à la fois militant du parti socialiste révolutionnaire de gauche (S.R.) et membre de la Tcheka à Moscou. Il est déjà appelé à de lourdes responsabilités qu'il va pleinement assumer : les S.R. de gauche, souhaitant une reprise des hostilités avec l'Allemagne, décident de la provoquer en assassinant l'ambassadeur allemand von Mirbach et confient cette tâche à Blumkine et un de ses camarades. L'attentat réussit, mais Blumkine est arrêté, condamné a mort.</p>
<p>Trotsky le visite dans sa cellule et s'attache à le convaincre. Blumkine, secrètement gracié, va être admis dans les rangs du parti bolchevique qu'il sert dans des « missions impossibles » pour le G.P.U. et le service de renseignements de l'armée. Il se couvre de gloire pendant la guerre civile où il accomplit des missions dans les lignes blanches au compte des bolcheviks puis dans des voyages à des fins militaires au Moyen-Orient et en Mongolie. Il est à la fin de la guerre une figure de légende, l'as du contre-espionnage, collaborateur de Trotsky, servant dans son secrétariat personnel et l'aidant à l'édition des Ecrits militaires.</p>
<p>Lié à Trotsky et à Radek, Blumkine est partisan de l'Opposition dès 1923. Ses activités professionnelles l'éloignent pourtant du combat et le placent dans une position difficile apres l'exclusion de l'Opposition unifiée des rangs du parti. Il expose alors à ses supérieurs hiérarchiques, Menjinsky (successeur de Dzerjinsky à la tête du G.P.U.) et Trilisser (vice-président du G.P.U.) ses positions favorables à Trotsky et à l'Opposition qui sont désormais difficilement conciliables avec ses activités au sein du G. P. U., déjà chargé d'appliquer l'article 58 contre les opposants. Pour les deux responsables du G.P.U., il n'est pas question de perdre Blumkine qu'ils autorisent à conserver son poste dans la mesure où, du fait de son travail et de ses responsabilités, il ne peut avoir aucune activité en liaison avec l'Opposition. Ses activités passées au service de la Tcheka lui valent de toute évidence la confiance de ses supérieurs et ses convictions ne sauraient l'altérer. Blumkine, bien qu'opposant, est irremplaçable au service de l'Union soviétique. Cela reste vrai jusqu'en 1929.</p>
<p>Dès le bannissement de Trotsky, le contact est pris avec Blumkine. Le 2 avril, il est à Prinkipo, rédigeant a la demande de Trotsky une notice nécrologique concernant son camarade Efime Dreitser - jeune intellectuel, oppositionnel dès 1923, conseiller militaire en Chine, arrêté à son retour et que l'on croit mort - et la signant du pseudonyme de « Svoj » (2). A l'été, revenant d'une mission aux Indes, il est de nouveau chez Trotsky- qui ne reconnaitra que cette visite-là. A-t-il été chargé d'une mission particulière dont nous ne savons rien ? N'a-t-il eu à porter que la lettre anodine d'instructions dont la copie se trouve dans les Archives de Trotsky a Harvard (3) ? Selon les affirmations ultérieures de Trotsky, Blumkine l'aurait interrogé sur la compatibilité de ses taches au G.P.U. avec ses idées oppositionnelles, comme il l'avait fait quelques années auparavant auprès de ses supérieurs. Le G.P.U. défendant l'Etat ouvrier et l'Opposition s'étant prononcée - notamment<br class='autobr' />
lors du conflit sino-soviétique - pour la défense de l'U.R.S.S. contre les agressions impérialistes, il n'y a pour Trotsky aucune contradiction ou incompatibilité et c'est un devoir pour les opposants de tenir leur rôle.</p>
<p>Les circonstances du retour de Blumkine à Moscou sont évidemment mal connues et une controverse s'est développée autour des conditions de son arrestation par le G.P.U. Il existe cinq versions différentes des événements qui l'ont précédée. Leur dénominateur commun est Karl Radek. Il est en effet formellement accusé par un opposant clandestin de Moscou (« N. ») d'avoir trahi Blumkine pour prouver à Iaroslavsky et Staline son repentir sincère (4).</p>
<p>Victor Serge, lui, affirme que Radek conseilla à Blumkine d'entrer en rapport avec Ordjonikidze, président de la commission centrale de controle, afin d'exposer sa situation. Seul Deutscher blanchit Radek en reprenant l'hypothèse avancée par d'autres sur le rôle joué dans l'affaire par une maitresse de Blumkine, agent elle aussi du G.P.U., qui l'aurait dénoncé. Or cette version est incontestablement la moins détaillée mais plus favorable Radek que celle de l'ex-agent du G.P.U., Orlov, dans son livre « The Secret History of Stalin's Crimes » (L'histoire secrete des crimes de Staline), selon laquelle Elena Zubilina - qu'il mentionne comme « Lisa G. » - agent du G.P.U., avait été placée dans l'entourage de Blumkine pour lui soutirer des informations à la suite de la dénonciation de Radek. Il est en tout cas difficile de connaitre le rôle exact de ce dernier - dont la culpabilité n'est pas prouvée malgré les fortes présomptions convergentes qui pèsent sur lui - et du même coup les circonstances exactes de l'arrestation de Blumkine. Relevons seulement que, pour Trotsky, Radek a fait verser le sang de son ami.</p>
<p>Victor Serge, dans « Destin d'une révolution », indique que Blumkine, après sa condamnation, aurait demandé et obtenu un sursis pour écrire ses mémoires. Son travail achevé, il est exécuté le 25 décembre 1929.</p>
<p>Le 5 janvier 1930, Trotsky écrit une longue lettre aux Rosmer où il leur fait part de l'exécution de Blumkine et s'emploie à donner des faits la version qu'il veut imposer : un seul entretien, suite a une rencontre de « hasard » entre Blumkine et Léon Sédov dans Constantinople.</p>
<p>Rappelant que les auteurs des attentats contre Lénine et les autres dirigeants bolcheviques n'avaient pas été exécutés, il écrit :</p>
<p>« Mais si on ne l'a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante a l'insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusillé en 1929 pour cette raison que, servant courageusement la Révolution d'Octobre, il ne partageait pas sur les questions importantes, les idées de la fraction stalinienne et considerait de son devoir de repandre les idées des bolcheviks-léninistes (Opposition) ». (5)</p>
<p>Trotsky en tire les conclusions politiques suivantes :</p>
<p>« Blumkine est fusillé (...) sur l'arrêt du G.P.U. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le G.P. U. est devenu l'organe personnel de Staline. (...) Le rôle principal dans le G.P.U. est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt a accomplir sans reflechir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. (...) Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l' aide de dossiers accumulés contre eux par le G.P.U. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline ». (6)</p>
<p>Soulignant que le meurtre de Blumkine révèle la peur de Staline face à l'Opposition de gauche, Trotsky écrit :</p>
<p>« Par I'exécution de Blumkine, Staline veut dire a l'Opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu'il possède a l'intérieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l'arène mondiale. (...) Après les exclusions du parti, après les condamnations de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaie d'effrayer l'Opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre ». (7)</p>
<p>NOTES</p>
<p>1. Cité par Trotsky dans une lettre aux Rosmer, 5 janvier 1930, in Broué, Correspondance, op.</p>
<p>2. Voir l'article de P. Broué : « Compléments sur les trotskystes en U.R.S.S. » n° 24, decembre 1985, P • 63-72., . .</p>
<p>3. Trotsky,« Message confié à Blumkine », aout 1929, m Cahters Leon Trotsky, n 7/8, op.</p>
<p>4. « N. » : « Lettre de Moscou », 25 décembre 1929, m Cahiers Léon Trotsky, n 7 8, op. cit.,</p>
<p>5. Lettre de Trotsky aux Rosmer, 5 Janvier 1930, Broué, Correspondance,</p>
<p>6. Ibidem.</p>
<p>7. Ibidem.</p></div>
L'Opposition de gauche (trotskiste) en Russie
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8926
https://www.matierevolution.org/spip.php?article89262026-07-15T22:31:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussieStalinismeTrotskisme
<p>L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives <br class='autobr' />
Tactique et tâches de l'opposition léniniste <br class='autobr' />
I. Le rôle historique et les tâches de l'opposition léniniste dans le mouvement ouvrier international <br class='autobr' />
1. L'opposition léniniste est avant tout un courant international. Son apparition et son développement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus consécutivement à la (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives</h2>
<p>Tactique et tâches de l'opposition léniniste</p>
<p>I. Le rôle historique et les tâches de l'opposition léniniste dans le mouvement ouvrier international</p>
<p>1. L'opposition léniniste est avant tout un courant international. Son apparition et son développement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus consécutivement à la défaite de la première vague de la révolution européenne en 1921-23.</p>
<p>La soi-disant stabilisation du capitalisme a apporté avec elle le renforcement des positions du social réformisme dans la classe ouvrière, la décroissance du mouvement communiste international et le renforcement dans ses rangs des éléments centristes et droitiers. L'aile gauche du Komintern [1] a subi une série de défaites jusqu'à ce qu'elle soit formellement exclue par l'IC.</p>
<p>La défaite de l'aile gauche du communisme a été la conséquence du changement qui s'est produit dans les relations internationales. Cependant, cette défaite n'a pas conduit à la liquidation du mouvement oppositionnel.</p>
<p>Les contradictions de l'économie mondiale sapaient de fait la « stabilisation », suscitant des réveils partiels de la lutte de classe prolétarienne, grâce auxquels l'aile gauche se renforçait à nouveau et se revivifiait.</p>
<p>2. La période complète recèle de très grandes possibilités révolutionnaires. Il s'ensuit la nécessité brûlante d'un parti mondial du communisme. La conquête du Komintern, sa transformation en l'instrument principal de la révolution prolétarienne mondiale, telle est la tâche principale de l'opposition de gauche communiste internationale.</p>
<p>Dans sa lutte pour le redressement du PC(b)U et de l'IC, l'opposition bolchevik-léniniste s'oriente vers une réforme profonde de ces organisations, par le changement de leur direction opportuniste.</p>
<p>Dans le même but, l'opposition donne une base idéologique aux éléments prolétariens de gauche du mouvement communiste international.</p>
<p>Seul l'accomplissement de cette tâche à l'étape actuelle, prépare la possibilité, à l'étape suivante, de conquérir les ouvriers communistes à la politique de Lénine et de transformer le Komintern en avant-garde du prolétariat révolutionnaire international, à un niveau plus élevé.<br class='autobr' />
isolateur<br class='autobr' />
II. Les étapes principales du développement de la pratique de l'opposition léniniste</p>
<p>A. D'octobre 1923 au 14e congrès du PC(b)U [2]</p>
<p>1. La première étape du mouvement d'opposition représentait une réaction spontanée des masses du Parti contre la bureaucratisation qui commençait à s'y développer. Celle-ci était la principale forme de pression exercée contre cette réaction spontanée par les éléments petits-bourgeois.</p>
<p>Les erreurs de la direction du parti en matière de politique économique, qui ont eu de fortes répercussions sur la situation matérielle des masses ouvrières, et la défaite de la tactique du Komintern en Allemagne, ont suscité un mécontentement ouvert dans les rangs du parti.</p>
<p>2. La tactique de l'opposition durant cette période consistait à donner une forme idéologique à ce mécontentement et à montrer les causes qui ont suscité les erreurs de la direction.</p>
<p>Cependant, l'opposition n'a pu remplir ce rôle jusqu'au bout, car elle (sa direction) n'avait pas encore totalement pris conscience, de façon claire, du fait que le clivage qui s'est esquissé dans le parti allait devenir le point de départ de la lutte ultérieure à l'intérieur du parti, qui entrainerait un clivage profond du parti selon deux options de classe.</p>
<p>3. La déclaration des 46 [3] et le Cours nouveau [4] sont les documents principaux de l'opposition à cette époque ; ils reflétaient une certaine absence d'explication, principalement en ce qui concerne l'analyse de la politique économique du CC et de sa signification sociale, ainsi que du sens politique des dissensions à l'intérieur du parti.</p>
<p>Cette erreur de la direction de l'opposition était accompagnée d'une autre erreur concernant les questions d'organisation. L'absence de forme organisationnelle de l'opposition en 1923 est l'une des causes de sa défaite à Moscou, malgré le fait qu'elle disposait d'une majorité nette dans les rangs de l'organisation moscovite.</p>
<p>4. La cause objective de toutes ces erreurs tactiques avait pour origine le développement insuffisant des contradictions de classe durant cette période dans le pays ; de là également résultait le retard de la prise de conscience par le parti des tâches rendue prioritaires par la marche des événements.</p>
<p>Cela explique aussi la presque complète liquidation du mouvement oppositionnel jusqu'au 14e congrès.<br class='autobr' />
isolateur</p>
<p>B. Du 14e au 15e congrès [5]</p>
<p>1. Les principales tendances de classe liées aux dissensions internes du parti se sont révélées de façon suffisamment claire lors du 14e congrès. D'un côté s'est formé le bloc de centre droit ; de l'autre, un centre gauche qui était à la tête des mouvements oppositionnels du prolétariat de Leningrad [6].</p>
<p>En cette période, après avoir formé un bloc avec l'opposition de Leningrad tout en conservant son indépendance idéologique, la principale tâche tactique de l'opposition de 1923 consistait à obtenir progressivement l'hégémonie dans ce bloc.</p>
<p>Cette tâche, l'opposition l'a entièrement accomplie ; les documents principaux de l'époque en ont été l'expression :</p>
<p> La déclaration de 1923 [7],<br class='autobr' /> La déclaration des 83 [8],<br class='autobr' /> La plate-forme des 13 [9].</p>
<p>2. Dans sa lutte contre le bloc de centre droit, la tactique de l'opposition unifiée est passée par trois étapes principales :</p>
<p> La période de préparation du travail clandestin. Celle-ci s'est réduite à la création de la fraction et à la formulation d'une conception idéologique et organisationnelle. Ensuite, sur cette base, l'opposition unifiée a conduit à une offensive ouverte et résolue sous la forme de « siège » des « bastilles de l'appareil » (usine des appareils et instruments aéronautiques, usine Poutilov [10], etc.).<br class='autobr' /> Les leçons de la première période ont montré l'insuffisance d'une telle forme de lutte, la force énorme des préjugés dans la masse ouvrière elle-même et la nécessité du passage à une nouvelle forme de lutte : une forme plus compréhensible pour les éléments avancés des masses, et prévue pour donner le temps d'une explication progressive, persévérante et systématique des positions de l'opposition, dans le cadre d'interventions publiques et légales.<br class='autobr' /> La défaite du 16 octobre 1926 [11] a ouvert alors une période de recul de l'opposition sur la base de la réduction de la lutte fractionnelle clandestine et du transfert du centre de gravité vers le travail légal. La 15e conférence [12], le plénum du Comité exécutif de l'IC [13], le plénum de février du CC [14] ; telles ont été les étapes de cette nouvelle tactique. Le groupe des CD [15] a quitté l'opposition durant cette période ; il ne comprenait pas la nécessité de nouvelles formes de lutte, sans lesquelles on ne peut préparer les conditions pour une nouvelle offensive.<br class='autobr' /> La tactique du recul et des interventions légales ouvertes a été entièrement justifiée à ce moment, quand les dissensions se sont à nouveau attisées, en relation avec la révolution chinoise ; elles ont rendu inévitable l'aggravation de la lutte et le passage à l'offensive. Grâce à son travail légal, l'opposition a su recevoir un soutien politique fort du parti durant cette période.<br class='autobr' /> La nouvelle tactique offensive, pour la période qui va d'avril 1927 [16] au 15e congrès, utilisait des méthodes de lutte légales et semi-légales, et s'est développée de fait à une échelle plus importante que la lutte de 1926. Une grande campagne de pétition, des alliances, des manifestations, de pair avec le renforcement du travail fractionnel, étaient des indicateurs du haut niveau de lutte et de la grande participation des masses.</p>
<p>C. Du 15e congrès au plénum de novembre 1928 [17]</p>
<p>1. La capitulation des centristes de gauche (les zinoviévistes) et la crise aiguë du bloc de centre droit à l'occasion de la grève du pain des koulaks, qui a porté un coup décisif aux illusions de la période de reconstruction, ont créé un nouveau rapport de force dans le pays et dans le parti.</p>
<p>L'évolution vers la gauche de la politique des centristes a été l'expression de cette nouvelle période de développement, et a donné à l'opposition de nouvelles tâches à accomplir. « Le centrisme », dit le camarade Trotski, en évaluant les perspectives de la période qui a suivi le congrès, « est un coup d'arrêt, mais les masses acquièrent également leur propre expérience dans la lutte. Nous comptons là-dessus ». (À une nouvelle étape) [18]</p>
<p>L'agitation dans la classe ouvrière, et le renforcement des éléments de gauche du parti, créent les conditions favorables pour le mouvement oppositionnel. Le caractère hybride du centrisme, son absence de clarté, ses hésitations, qui se sont exprimées sous une forme claire aux plénums d'avril et de juillet 1928 [19], ont démasqué encore plus son incapacité à faire face à de nouveaux dangers.</p>
<p>2. En déclarant que notre principale tâche tactique est le soutien, sous une forme critique, des pas faits à gauche par le centrisme, dans le but de démasquer la direction centriste, l'opposition a trouvé le contact avec les masses du parti. Sur la base de cette tactique, elle a gagné l'initiative dans la lutte contre la droite et a pris l'offensive.</p>
<p>La campagne des conventions collectives de 1928 [20] a été le point le plus avancé de l'offensive de l'opposition. Sous ses coups puissants, les centristes ont été obligés d'entrer en lutte contre la droite ; cependant, l'opposition n'avait pas assez de forces pour mener à bien la réforme du parti et remplacer la direction centriste.</p>
<p>D. De novembre 1928 à la période actuelle</p>
<p>1. Malgré le fait que la direction centriste ait conservé pleinement tous ses désaccords stratégiques avec l'opposition, et n'ait pas touché au régime du parti et aux méthodes bureaucratiques de la construction de l'économie, elle s'est « emparée des slogans de notre arsenal » (Trotski), et prenant le chemin de la lutte administrative avec les koulaks et de l'organisation par en haut des kolkhozes et de l'industrialisation, elle a inculqué à la classe ouvrière et au parti des illusions qui n'étaient pas du tout révolutionnaires, sur les possibilités de sortie des contradictions dans de brefs délais.</p>
<p>2. Le changement radical de la situation a obligé l'opposition à changer à nouveau sa tactique, en réorientant son travail vers l'explication énergique et systématique aux masses de l'incapacité des centristes à diriger la classe ouvrière vers une nouvelle voie, et à sortir la dictature prolétarienne de l'ornière dans laquelle ils ont mis le pays par leur politique.</p>
<p>L'expression de cette nouvelle tactique a été la déclaration du 4 octobre 1929 [21] donnant comme principale tâche de cette période la création d'un front uni par rapport aux masses qui se font des illusions sur « le plan quinquennal ». En analysant la situation, la déclaration avertissait que le plan quinquennal des centristes, mis en place avec des méthodes rejetées par la révolution d'octobre, conduit non au développement, mais à la réduction des forces productives ; il n'améliore pas la situation matérielle, politique et culturelle de la classe ouvrière, mais la détériore.</p>
<p>3. Le passage de la direction centriste à la voie de l'aventure ultra gauche et le premier repli qui a suivi le 15 mars [22] ont démontré la complète absence de fondement et l'aventurisme de la politique centriste.</p>
<p>Dans les rangs de l'opposition, le début du déclin des illusions centristes parmi les masses a permis justement à l'opposition de commencer à se préparer à une nouvelle tactique offensive, mettant en avant un nouveau mot d'ordre pour le changement de direction, mot d'ordre qui pouvait devenir à ce moment-là la conclusion que les masses tiraient de leur propre expérience.</p>
<p>L'expression du passage à une nouvelle tactique offensive s'est manifestée dans les documents « des 4 et des 7 » [23], qui ont formulé pour la première fois les principales dissensions, et dans la « carte postale » d'août [24] du camarade Trotski, qui donnait la formulation la plus précise de la nouvelle tactique offensive et de ses principales tâches.</p>
<p>E. Les principales leçons de notre lutte</p>
<p>En jetant un regard rétrospectif sur les étapes passées de sa lutte, l'opposition léniniste doit tenir compte de façon sensée des erreurs qui ont été faites, afin d'éviter leur répétition dans le futur.</p>
<p>Notons ici seulement les principales d'entre elles.</p>
<p>Depuis le début de la lutte, l'opposition ne se rendait pas compte de la profondeur des dissensions qui la séparaient de la fraction dominante, et des influences de classe que ces dissensions déterminaient.</p>
<p>La sous-estimation du travail organisationnel a été également liée à cela ; elle a conduit à laisser passer les conditions les plus favorables pour la création d'une organisation illégale qui fonctionne correctement et qui oriente son travail vers une longue période de travail clandestin. La conséquence des erreurs a été justement l'inadéquation entre les exigences mises en avant par la crise politique et les possibilités organisationnelles existantes. Une inadéquation qui s'est reflétée de façon si préjudiciable sur le travail de masse : il a été loin de correspondre à son importance potentielle sur le plan idéologique.</p>
<p>Les concessions faites aux compagnons de route provisoires dans la lutte ont constitué un autre défaut non moins sérieux de notre travail ; elles ont souvent pris une proportion bien au-delà de ce qu'exigeaient les intérêts du mouvement, pris dans sa totalité. Le résultat a été, dans nos rangs, de mettre de l'eau dans notre vin, ainsi que d'affaiblir la direction ; ces éléments (principalement avec une orientation de centre gauche) nuisaient, dans les moments décisifs, aux bases idéologiques et aux forces organisationnelles de notre mouvement, ils y suscitaient de profondes crises internes. L'influence des compagnons de route se ressentait indubitablement aussi sur la ligne tactique de l'opposition dans une direction qui, selon l'appréciation du camarade Trotski, consistait à ce que « nos erreurs étaient toujours dans une bien plus grande mesure des erreurs de droite que des erreurs de gauche par rapport à la ligne juste » (voir sa lettre du 23 mai 1928 à Béloborodov). Ce n'est qu'en se purifiant, au cours de plusieurs processus, des éléments les plus nuisibles de centre gauche, que l'opposition léniniste a pu se donner une orientation claire à sa tactique dans sa lutte implacable avec le centrisme.<br class='autobr' />
III. Nos tâches en lien avec les fondements de la tactique léniniste</p>
<p>La principale tâche de l'opposition, pour le moment, est l'organisation de la lutte prolétarienne pour la réforme du parti, des syndicats, de l'État, avec pour principe la démocratie ouvrière, ainsi que la rectification de la ligne stratégique du parti et son retour dans la voie tracée par Lénine.</p>
<p>Cette tâche ne peut être accomplie que par la mobilisation de toutes les forces révolutionnaires du parti et de la classe ouvrière autour de l'opposition léniniste.</p>
<p>Les conditions qui se sont formées à présent, la crise économique et politique qui ne cesse de s'approfondir dans le pays, suscitent la croissance du mécontentement de toutes les classes. Dans cette situation qui élargit indubitablement notre base dans la classe ouvrière, notre ligne tactique doit se traduire par une offensive politique sur la base d'un travail organisationnel profond dans les masses, bien que grandisse en même temps également le danger des interventions contre-révolutionnaires des classes ennemies.</p>
<p>« La seule possibilité, dit le camarade Trotski, de conserver et d'augmenter les chances de la voie du développement réformiste de la révolution d'octobre et du parti, réside dans la mise en place du fonctionnement correct de l'organisation centralisée des bolcheviks-léninistes, disposant de ressources techniques suffisantes pour influer de façon systématique sur l'opinion du parti atomisé. » (lettre du 08/08/1930) [26]</p>
<p>La qualité principale de l'opposition léniniste doit être la capacité à effectuer un brusque changement de tactique pour se réarmer, et à utiliser de nouvelles méthodes de lutte, en d'autres termes à pratiquer une politique de tournants brusques. Dans les périodes de croissance de l'activité politique des masses et du renforcement, en parallèle, de la pression des classes ennemies, elle doit mettre en pratique une tactique d'offensive décidée et hardie ; dans les périodes de recul politique de l'esprit des masses, elle doit passer à une tactique défensive et attentiste, mais en tentant, dans ces conditions, de faire preuve, sur la base d'une nouvelle ligne tactique, d'une très grande activité dans sa lutte pour gagner de l'influence sur les masses. Gardant la maitrise dans les compromis qu'elle passe et les accords forcés, elle ne doit jamais reculer d'un iota sur les questions de principe devant l'ennemi ou devant un allié peu sûr.</p>
<p>L'analyse politique profonde et les évaluations saines de la réalité ont toujours aidé l'opposition à indiquer de façon juste la tactique à suivre, en choisissant entre l'offensive et la défensive en fonction de la situation objective. C'est pour cette raison qu'elle a toujours été étrangère à l'aventurisme et s'est toujours basée uniquement sur la croissance de la conscience des masses.</p>
<p>Seule une élaboration approfondie des mots d'ordre concrets du moment, à partir des orientations programmatiques, qui soit étrangère à la fois au regard en arrière conservateur et à la simple répétition non critique des slogans anciens, peut assurer à l'opposition bolchevik-léniniste une tactique efficace qui corresponde aux buts poursuivis.<br class='autobr' />
IV. La lutte pour les masses</p>
<p>Depuis la révolution d'octobre, il n'y a pas eu de changements dans la situation de notre prolétariat qui conduisent à la liquidation de son rôle révolutionnaire passé. Au contraire, il a grandi de façon plus sensible sur les plans politique et culturel.</p>
<p>Malgré le profond abattement de la classe ouvrière en ce qui concerne son état d'esprit politique, sa passivité, sa fatigue durant les années qui ont suivi la fin de la guerre civile, malgré l'exposition de certaines de ses couches à l'influence des préjugés petits-bourgeois qui lui viennent de la campagne et que la bureaucratie entretient consciemment, nous avons pu souvent observer la manifestation de la profonde résistance, sourde, de la classe ouvrière face à la ligne thermidorienne. Et cela permet d'estimer que maintenant, quand les illusions nuisibles parmi les masses s'effondrent rapidement, toute pression des classes ennemies peut créer à nouveau dans le parti et la classe ouvrière un retour vers l'activité révolutionnaire.</p>
<p>La politique actuelle de la bureaucratie centriste est clairement calculée pour brider le prolétariat, dans le but de lui retirer la possibilité de se défendre. En liaison avec cela, une différenciation, sur le plan de la conscience de classe des masses ouvrières, s'est effectuée à des niveaux plus ou moins clairement marqués. À côté d'une aristocratie ouvrière peu nombreuse et très bien payée, qui aspire à une vie tranquille, et un groupe d'ouvriers de choc assez important, mais qui n'est pas encore totalement formé, composant formellement le soutien du régime, il y a de nombreuses « recrues », venues de la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, dont l'état d'esprit va des relations de confiance bienveillantes à l'égard de toutes les fables que les centristes leur comptent, jusqu'à une haine plus consciente du pouvoir soviétique, tel qu'il est incarné par ses représentants actuels. Mais la fraction la plus importante du prolétariat industriel se libère progressivement des illusions passées, acquiert une expérience politique, et s'imbibe d'un profond mécontentement révolutionnaire ; elle continue de garder pour le moment une attitude d'attente, dans la mesure où le régime existant ne donne pas la possibilité aux sentiments des masses de se manifester librement, tant qu'ils n'atteindront pas leur limite supérieure, qui correspondrait à l'intensité de la pression politique qu'ils subissent. Ce noyau principal de la classe ouvrière, capable d'entrainer à sa suite le reste de la masse de nombreux millions de personnes, cherche maintenant une direction ferme, claire, ayant un programme d'action précis, visant à rétablir un régime normal et une ligne politique juste.</p>
<p>Les principales questions tactiques de notre lutte sont de trouver les voies pour gagner à nous des éléments révolutionnaires d'avant-garde et de la classe ouvrière et, par eux, gagner à notre influence, à notre direction la majorité de la classe ouvrière pour la lutte à venir pour la réforme. Et pour ce faire, notre première tâche consiste à contrecarrer tous les éléments de déception, de fatigue et d'apathie qui gênent l'essor de l'activité révolutionnaire des masses.</p>
<p>En même temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la grande masse des ouvriers n'a pas pris conscience jusqu'à présent de la nécessité d'une lutte active contre la croissance du danger contre-révolutionnaire, par la faute de la direction centriste, malgré le fait que la dictature prolétarienne recèle de très grandes forces et possibilités de renaissance.</p>
<p>Nous savons qu'on ne peut pas vaincre vraiment avec la seule avant-garde. Et pour que toute la classe en arrive à un soutien direct et conscient de l'avant-garde, il est nécessaire qu'elle acquière sa propre expérience politique et sache la généraliser.</p>
<p>C'est pour cette raison qu'il devrait être clair pour nous que la défense des intérêts vitaux du prolétariat conduira au réveil des couches retardataires des masses, seulement quand les buts de la lutte seront étroitement liés à la situation concrète et seront compréhensibles pour les grandes masses. Ce n'est qu'en créant une organisation fortement ramifiée, liée étroitement aux masses sur leurs lieux de travail, et grandissant sur la base de la défense même des intérêts quotidiens les plus modestes, que nous pouvons compter sur la réussite de notre agitation, et sur le fait que cette masse nous suivra dans la lutte pour la réforme.</p>
<p>En nous préoccupant avant tout de la classe ouvrière dans sa globalité, nous devons mener le travail aussi bien parmi les membres du parti, que parmi les ouvriers sans parti, contrecarrant de toutes les façons possibles les tentatives de créer une séparation entre les uns et les autres. De telles tentatives sont aussi bien le fait de la bureaucratie centriste, qui essaie de semer la discorde entre les différents détachements de la classe ouvrière, que des partis anti-soviétiques, qui tentent de dresser les ouvriers sans parti contre le parti et de les détourner vers la voie de la contre-révolution.</p>
<p>Notre directive tactique acquiert de ce fait un sens particulier à l'égard des différents courants politiques, et avant tout à l'égard du centrisme lui-même, qui « représente le principal danger dans le parti » (L. Trotski).</p>
<p>Dans la mesure où l'objectif principal du centrisme est d'étouffer l'activité du prolétariat, aussi bien par des méthodes de terreur administrative et économique, que des méthodes sophistiquées de mensonge, notre tâche est un grand travail d'explication, destiné à démasquer le centrisme, dans le but de relever l'activité des prolétaires à un niveau où plus aucune menace n'est capable d'empêcher l'intervention des masses. En outre, nous devons expliquer avec ténacité aux masses que la voie de la réforme passe par le remplacement de la direction centriste « qui ne peut réaliser la réforme pour des raisons organiques » (Rakovski).</p>
<p>Le centrisme, qui suscite le désenchantement et la chute de l'activité même de la partie la plus révolutionnaire de la classe ouvrière, facilite l'influence des mencheviks sur les masses. En luttant contre le centrisme, et en montrant au prolétariat les voies les plus efficaces du sauvetage de son pouvoir (la dictature du prolétariat), nous paralysons en grande partie aussi l'influence des mencheviks et des autres partis anti-soviétiques qui font du travail dans la classe ouvrière. Il convient également de dire la même chose sur les anarchistes et les partis qui ont de la même façon des complices à l'intérieur de l'officiel PCR(b).</p>
<p>En luttant contre ces courants, nous nous battons contre la division de la classe ouvrière en sphères d'influence, en fonction de ses principales catégories sociales, contre sa soumission à différentes influences étrangères de classe, et pour son unité, son regroupement, avec le mot d'ordre du rétablissement de la dictature du prolétariat. Mais cette tâche ne peut pas être accomplie par une action extérieure, en lançant simplement des mots d'ordre ronflants, sans un travail préparatoire correspondant dans toutes les organisations ouvrières de masse.</p>
<p>En premier lieu, de ce point de vue, la lutte dans le secteur prolétarien du parti officiel est l'une des tâches à accomplir. Mais le travail dans cette direction ne doit en aucun cas masquer la nécessité de conquérir les organisations prolétariennes hors du parti, et particulièrement les syndicats.</p>
<p>Ce n'est qu'en attirant de notre côté toute l'aile révolutionnaire du parti et la majorité révolutionnaire de la classe ouvrière, ainsi qu'en rétablissant ensuite la confiance à son égard des couches pauvres et moyennes du village (par la voie de la propagande de mesures économiques correspondantes), que nous pourrons réaliser une réforme dans toute l'ampleur nécessaire.</p>
<p>Au cours de notre lutte, nous aurons sans doute à faire face à la résistance cruelle des forces thermidoriennes et bonapartistes. Et là se posera au prolétariat la question des formes que prendra sa lutte avec ces forces, car, celle-ci ne pourra certainement pas se faire sans un épisode de guerre civile.</p>
<p>Le parti officiel représente maintenant la cohabitation de deux camps de la guerre civile. (L. F.) [27]</p>
<p>Cette cohabitation ne peut continuer longtemps. L'un de ces camps doit périr, afin de laisser la place au développement de l'autre.</p>
<p>Nous ne pouvons pas, par conséquent, miser sur le travail en direction du parti officiel, qui n'existe pas comme parti, mais nous devons choisir de nous orienter vers la recréation du vieux parti léniniste avec le secteur révolutionnaire prolétarien du parti officiel et les ouvriers actifs, d'avant-garde, consciemment révolutionnaires, qui se trouvent actuellement hors du parti.</p>
<p>La fraction bolchevik-léniniste, organisée et en état d'agir, sera la base sur laquelle se fera la cristallisation de ces éléments prolétariens et révolutionnaires, et la renaissance du parti léniniste.<br class='autobr' />
V. Les formes et les méthodes de lutte pour la réforme</p>
<p>En nous donnant pour tâche de contribuer à l'organisation des masses ouvrières, nous devons, en même temps, nous rendre compte que le régime et la politique centriste conduisent objectivement à ce que, dans le mouvement des masses, une certaine spontanéité puisse prendre le dessus sur le niveau d'organisation que l'opposition léniniste peut donner à ce mouvement.</p>
<p>C'est pour cette raison que, dans le cas où un mouvement se déclare de façon spontanée, nous ne refuserons pas d'y participer. Car lorsque se présentent les conditions objectives d'une pression révolutionnaire directe, se mettre au service du mouvement des masses est, comme dit Lénine, « la tâche la plus élevée du parti ».</p>
<p>Pour autant, nous ne sommes pas complaisants avec les éléments de spontanéité des mouvements, nous ne nous soumettons pas à eux, nous aspirons de toutes les manières possibles à les combattre, à soumettre ces mouvements à notre influence : « aller à la rencontre des masses ne veut pas dire lâcher pied devant la spontanéité » (L. T.).</p>
<p>Aujourd'hui, alors que la grande masse de la classe ouvrière (et pas toute son avant-garde) n'est pas encore sortie de son attentisme, il nous faut rejeter catégoriquement les propositions qui sont dictées par l'impatience révolutionnaire et l'absence de maturité politique.</p>
<p>Est-ce que cela veut dire que nous appelons à la passivité et inculquons aux éléments d'avant-garde du prolétariat qu'il faut survivre avec fatalisme, tant que le développement objectif des événements ne nous apportera pas des résultats tout prêts « par eux-mêmes » ? Absolument pas.</p>
<p>Cela veut seulement dire qu'il ne s'agit pas de lancer des mots d'ordre qui ne peuvent être encore compris des masses ouvrières et qui ne se déduisent pas de leur propre expérience. La principale tâche des ouvriers d'avant-garde et conscients, à l'étape actuelle de l'offensive politique, doit consister, non à crier des slogans ronflants, mais à réaliser un travail opiniâtre pour créer une organisation clandestine extrêmement ramifiée, afin d'être en mesure, grâce elle, de se saisir des conflits, particuliers ou plus généraux, des ouvriers avec la bureaucratie, et d'entraîner de plus en plus de masses d'ouvriers à la lutte pour la réforme. Jusqu'à présent, la lutte de la classe ouvrière contre le régime bureaucratique a eu principalement un caractère individualiste et anarchique. Dans les conditions d'étouffement complet de l'activité normale des syndicats, qui se sont transformés d'organes de défense des intérêts des ouvriers en organes auxiliaires des gestionnaires, les ouvriers ont recours à des formes de lutte comme les absences injustifiées, la détérioration des machines, l'assassinat des ouvriers de choc, etc.</p>
<p>L'opposition léniniste ne met pas en avant toute forme de mécontentement à l'égard du régime bureaucratique existant et de sa politique. Sa tâche consiste à préparer et à organiser la résistance collective et de masse à toute la politique de la bureaucratie stalinienne. Et en ce sens, il y a, à la disposition du prolétariat, toute une série de méthodes mises au point par l'expérience passée du mouvement, en commençant par les protestations organisées et en finissant par des manifestations, des grèves, etc.</p>
<p>Le mouvement, lorsqu'il a atteint une grande force et exerce une grande pression, peut se manifester en exerçant directement sa propre autorité, par la démocratie ouvrière, la destitution et l'élection des fonctionnaires dans le parti, les syndicats, les soviets.</p>
<p>En fonction du degré de développement d'un mouvement ouvrier de masse, la grève acquiert une grande importance en sa qualité d'instrument traditionnel de lutte de la classe ouvrière ; son utilisation dans les conditions actuelles est punie avec toute la sévérité de l'arbitraire bureaucratique, bien que du temps de Lénine elle ait été reconnue comme moyen de défense des ouvriers contre les perversions de l'appareil au pouvoir. Une résolution connue du 11e congrès [28] du parti sur les syndicats obligeait les cellules communistes des entreprises à se mettre à la tête des ouvriers contre les déformations bureaucratiques des organes économiques d'État (après épuisement complet des autres moyens d'action).</p>
<p>Dans les conditions actuelles, l'utilisation organisée des grèves peut jouer un grand rôle dans la mobilisation des forces prolétariennes avec les slogans de réforme du parti, des syndicats et des soviets.</p>
<p>La résolution du 11e congrès nous donne un argument important en faveur du droit de grève contre le régime bureaucratique. L'opposition doit montrer aux masses qu'elle est à cet égard le vrai promoteur de la ligne léniniste.</p>
<p>Enfin, dans les conditions se rapprochant de la pire des situations, celle qui exige la plus grande tension des forces du prolétariat, sa lutte peut prendre la forme la plus aiguë.</p>
<p>En cas d'intervention ouverte des éléments bonapartistes, dans le but d'un coup d'État contre-révolutionnaire, le seul moyen de rétablir la dictature du prolétariat est l'écrasement armé de la contre-révolution, d'où qu'elle vienne.<br class='autobr' />
VI. Conclusion</p>
<p>L'opposition bolchevik-léniniste a toujours considéré sa lutte pour la réforme comme une tâche internationale. La lutte qui a été et qui est actuellement menée par l'opposition contre la direction stalinienne, l'est en lien étroit avec la lutte générale de l'aile gauche du Komintern contre la domination du centrisme. Sans le remplacement de la direction centriste du Komintern, la préparation du facteur subjectif de la révolution mondiale est impossible, car l'histoire de la direction stalinienne est l'histoire de ses erreurs incessantes et des défaites du prolétariat international suscitées par elles (L. Trotski).</p>
<p>Le centrisme stalinien et sa domination au Komintern ont grandi sur la base de la stabilisation relative du capitalisme et d'une série de défaites du prolétariat européen au cours des huit dernières années. Les succès de la lutte contre l'opportunisme stalinien et pour la renaissance du Komintern seront stimulés par l'essor du mouvement ouvrier international.</p>
<p>L'analyse de la situation internationale montre clairement la justesse de l'évaluation générale du 3e congrès de l'IC [29] selon laquelle « la courbe du développement capitaliste est, d'une façon générale, descendante avec des mouvements passagers de remontée ; la courbe de la révolution est, par contre, montante avec quelques fléchissements ».</p>
<p>Nous pouvons, en nous appuyant sur ce fait, attendre en toute certitude un nouvel essor de la révolution prolétarienne, qui sapera profondément le terrain sous les pieds de la domination de la bureaucratie centriste et créera la poussée que nous attendons au profit de la classe ouvrière et de l'aile gauche du Komintern.</p>
<p>C'est justement pour cette raison que l'opposition léniniste n'a jamais considéré (à la façon des zinoviévistes et des décistes qui souffrent de la même façon du bornage national) sa lutte contre le centrisme en faisant abstraction de sa dépendance à l'égard du développement de toute la situation internationale.</p>
<p>En menant une lutte opiniâtre pour la renaissance du Komintern sur les bases du léninisme, nous créons par là même les éléments subjectifs de l'essor futur de la lutte prolétarienne, en préparant le lendemain du mouvement communiste international.</p>
<p>[1] Komintern : Commounistitchéski Internatsional (en russe), soit Internationale communiste en français (IC).</p>
<p>[2] Le 14e congrès du Parti communiste (bolchévique) de l'URSS (PC(b)U) s'est tenu à Moscou entre le 18/12/1925 et le 31/12/1925.</p>
<p>[3] Déclaration des 46 : lettre envoyée par un groupe de 46 dirigeants soviétiques au Bureau politique du Comité central du PC(b)U le 15 octobre 1923, et gardée secrète, comme ne concernant que le bureau politique. Écrite par 46 dirigeants bolcheviks, dont Préobajenski, Antonov-Ovséïenko, Smirnov, Piatakov… elle décrit la situation dans le pays, critique la direction du parti et son manque de démocratie.</p>
<p>[4] Cours nouveau de L. Trotski, écrit fin 1923.</p>
<p>[5] Le 15e congrès du PC(b)U s'est tenu à Moscou entre le 02/12/1927 et le 19/12/1927. Lors de ce congrès, les dirigeants de « l'opposition unifiée » sont exclus du parti. (Trotski l'avait été avant même le congrès, au mois de novembre). C'est également là qu'ont été avancées les premières résolutions sur le travail à la campagne et directives pour la mise en place du 1er plan quinquennal.</p>
<p>[6] Dans les années 1920, le mouvement oppositionnel était animé par G. Zinoviev à Leningrad, ville où il avait une grande influence dans le Parti bolchévique et dont il avait été président du soviet en décembre 1917. (Elle s'appelait alors Petrograd, avant qu'on l'affuble du nom de Lénine en 1924, question d'honorer le mort… et faire, en son nom, le contraire de sa politique. Rebaptisée depuis 1991 de son nom sous le tsarisme, Saint-Pétersbourg, pour faire oublier son passé rouge. Mais c'est une autre histoire).</p>
<p>[7] Déclaration de 1923 : voir la note 3.</p>
<p>[8] Déclaration des 83, rédigée par Léon Trotski et envoyée au Comité central du PCPR en mai 1927. Thèmes traités : échec en Chine, échec en Grande-Bretagne, politique intérieure, danger de la guerre, unité du parti, défense de G. Zinoviev. Elle a été signée dans un premier temps par 83 bolcheviks de l'opposition (en fait 84), puis par plus de 3 000.</p>
<p>[9] Plate-forme des 13 : préparée pour le 15e congrès du PC(b)U en septembre 1927, elle était signée à la fois par Kamenev, Zinoviev, Trotski, et plusieurs autres dirigeants de l'opposition trotskyste.</p>
<p>[10] Usine Poutilov : usine d'armement construite en 1801 sous le règne de Paul 1er à Saint-Pétersbourg. Sa production se diversifie avec le temps (matériel ferroviaire, par exemple). En 1900, l'usine occupait la première place dans l'empire russe pour sa production métallurgique et de machines. En 1917, 29 000 ouvriers y étaient employés. Ils ont joué un rôle majeur dans les événements. Plus de 10 000 ouvriers ont rejoint les fronts de la guerre civile. Nationalisée en 1917, l'usine a été privatisée en 1992.</p>
<p>[11] La défaite du 16 octobre 1926 : au plénum du Comité central du PC(b)U, L. Trotski, G. Zinoviev et L. Kamenev ont été exclus du Bureau politique.</p>
<p>[12] La 15e conférence du PC(b)U s'est tenue à Moscou entre le 26 octobre et le 3 novembre 1926. Elle était consacrée à la situation internationale, à la situation économique du pays et aux tâches du parti et des syndicats, enfin à l'opposition.</p>
<p>[13] Ce 7e plénum du Comité exécutif de l'IC s'est tenu à Moscou du 22/11 au 16/12/1926. Il portait sur la situation internationale (en particulier la Grande-Bretagne, la Chine et l'Allemagne), l'action du Comité exécutif de l'IC, les syndicats, et les oppositions à l'intérieur du parti russe (des exclusions).</p>
<p>[14] Ce plénum du Comité central du parti, tenu le 12 février 1927, a voté les résolutions relatives à l'industrie du bâtiment en 1926/1927 et à La baisse des prix de vente et de détail.</p>
<p>[15] Le groupe « Centraliste démocratique » (abrégé CD, également nommé Déciste), s'est formé en tant que tendance dans le parti bolchévique en mars 1919 au 8e congrès du PCR. Les dirigeants principaux étaient Valériane Ossinski, Vladimir Smirnov et Timoféï Sapronov. Ils voulaient revenir à une pratique politique et économique initiée par la base ouvrière au détriment de la centralisation et de la bureaucratisation qui s'étaient instaurées. Ils s'impliquèrent également dans le débat sur les syndicats fin 1920, début 1921. Le groupe se dissout en mars 1921 suite au 10e congrès du PCR qui condamne les fractions. Ses membres se lièrent en 1923 avec l'opposition de gauche initiée par Trotski, puis à l'opposition unifiée de Trotski avec Kamenev et Zinoviev, et rompirent avec l'opposition trotskiste après la défaite de cette opposition unifiée du 16 octobre 1926, dont parle l'article. Certains membres ont fait ensuite défection, d'autres sont restés fidèles à leurs idées, mais tous ont subi la répression stalinienne (isolateurs, prisons, exils, puis exécutions massives à la fin des années trente). Par rapport au régime stalinien, ils jugent que « Si chez nous les moyens de production sont nationalisés et que le pouvoir d'État n'est pas entre les mains de la classe ouvrière, alors l'absence par elle-même de la propriété privée des moyens de production montre que le sujet de l'exploitation a changé (le propriétaire), mais pas l'objet (la classe ouvrière) » [T. Sapronov : L'agonie de la dictature petite-bourgeoise]</p>
<p>Ils jugent en quelque sorte la contre-révolution comme achevée, et ont, dans la période du « Grand tournant » de Staline vers la dékoulakisation, une politique que Trotski juge à la fois gauchiste et en partie défaitiste. C'est à leur propos que Trotski écrit, fin 1928 : « … aller au-devant de la masse ne signifie pas se mettre à la tête des mouvements désordonnés auxquels tendent les « décistes », qui, ou bien se casseront le cou sur une politique d'aventure, ce qui ne serait qu'un demi-malheur, ou bien aideront accidentellement l'ennemi à tordre le cou à la révolution, ce qui est beaucoup plus grave […] » Et estimant nécessaire de se démarquer de cette politique, Trotski ajoutait : « Il faut que les flancs et l'arrière soient pour nous délimités par une ligne claire, afin que la masse sache où nous sommes et où nous ne sommes pas. » Cf. (Lettre du 21 octobre 1928). C'est ce point de vue que rappellent ici les rédacteurs du journal retrouvé de l'isolateur de Verkhnéouralsk.</p>
<p>[16] Avril 27 : le 12 avril 1927, le Kuomintang retourne ses armes contre le Parti communiste chinois à Shanghaï et y écrase dans le sang la classe ouvrière, attisant ainsi la confrontation entre l'opposition de gauche et la majorité du PC(b)U.</p>
<p>[17] Plénum de novembre 1928 : le plénum du Comité central du PC(b)U s'est tenu à Moscou du 16 au 24 novembre 1928. L'opposition droitière y a été condamnée ; celle-ci a cependant voté cette résolution avec les partisans de Staline pour préserver l'unité du parti.</p>
<p>[18] À une nouvelle étape est un texte écrit après le 18 décembre 1927. La citation n'y a pas été retrouvée.</p>
<p>[19] Plénums d'avril et de juillet 1928 : le premier s'est déroulé du 6 au 11 avril 1928 à Moscou et réunissait le Comité central du PC(b)U et la Commission centrale de contrôle du PC(b)U ; il était consacré à des questions agraire, industrielle, d'organisation du parti. Le second s'est déroulé du 4 au 12 juillet 1928 à Moscou et réunissait le Comité central du PC(b)U ; questions abordées : Komintern, agriculture, formation de spécialistes, nominations.</p>
<p>[20] « À la fin de 1928, une campagne pour le renouvellement des conventions collectives s'est ouverte dans tout le pays […] », précise Mikhail Vassiliev dans le numéro 20 des Cahiers du mouvement ouvrier : « Étant donné l'aggravation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière, la hausse des prix sur les marchandises de première nécessité, un mouvement de grève s'est intensifié dans le pays. » Et il cite un document de l'opposition de gauche à l'époque qui dit : « Le mécontentement des ouvriers, ne trouvant pas d'issue auprès des syndicats, s'amplifie […] La grève, c'est le moyen extrême d'autodéfense de la classe ouvrière contre les perversions de l'appareil bureaucratique. […] les bolcheviks-léninistes doivent prendre la tête du mouvement partout et en se souciant en tout lieu de la défense des intérêts des travailleurs, luttant sans merci contre les perversions bureaucratiques. »</p>
<p>[21] Nous n'avons pas le texte de la déclaration du 4 octobre 1929, rédigée par Rakovski, l'un des responsables de l'opposition trotkiste à l'époque. Mais elle est, semble-t-il, dans la continuité d'une autre déclaration de Rakovski, cosignée avec deux autres oppositionnels, Kossior et Okoudjava, datant du 22 août (publiée notamment par P. Broué dans Les cahiers Léon Trotsky no 6, p. 78 à 85). À sa façon, ce texte du 22 août saluait le tournant à gauche de la direction stalinienne, avec son plan d'industrialisation que les signataires de la déclaration appelaient à soutenir, appelant en même temps à la réintégration de l'opposition de gauche dans le parti, y compris la réintégration de Trotski et son retour d'exil.</p>
<p>Trotski a, à postériori (fin septembre), approuvé sur le fond ce texte, auquel il apportait sa signature. Dans sa Lettre ouverte aux bolcheviks-léninistes signataires de la déclaration du 22 août 1929, il écrivait : « Le fait du tournant à gauche de la direction officielle est patent. Depuis 1926, nous avons plus d'une fois prédit qu'il était inévitable sous les coups de la lutte de classe qui avait sans aucune difficulté démoli le cadre de la politique droite-centre. De même il n'est pas nécessaire de démontrer ici le fait incontestable que, si la lutte contre notre plate-forme a été conduite avec les arguments du groupe de droite actuel, la lutte officielle contre ce dernier a été menée avec des arguments empruntés à notre plate-forme. […] Vous avez absolument raison de souligner que le plan quinquennal de construction socialiste peut devenir une étape très importante dans le développement de la révolution d'Octobre. Dans des termes mesurés, mais sans équivoque, vous soulignez les conditions qui seraient nécessaires pour cela mais qui n'existent pas encore ».</p>
<p>Mais il mettait en garde contre toute illusion sur le cours qu'allait suivre la direction stalinienne, tant sur le plan international que dans sa politique vis-à-vis de la classe ouvrière et dans le parti : « La direction maintient et même renforce la répression parce que la coïncidence de nombre des mesures pratiques extrêmement importantes qu'elle a prises dans sa politique actuelle avec les mots d'ordre et formulations de notre plate-forme, ne fait nullement disparaître pour elle la dissemblance des principes théoriques d'où la direction et l'Opposition partent pour leur examen des problèmes de l'heure. »</p>
<p>Cette mise en garde semble avoir été prise en compte dans la déclaration du 4 octobre, qui était devenue, plus que sa première ébauche du 22 août, une référence pour l'opposition de gauche (dont les rédacteurs du texte). C'est ce que l'on voit par le résumé qu'en donne Rakovski lui-même en avril 1930 : « Dans sa déclaration au C.C. et à la C.C.C. du 4 octobre de l'année dernière, l'Opposition bolchevik-léniniste s'est élevée contre les mesures administratives extraordinaires à la campagne, parce qu'elles entrainent des conséquences politiques négatives. Nous nous sommes également élevés contre la théorie tout à fait néfaste de la possibilité de construction d'une société socialiste dans un seul pays […] ». Cette déclaration dénonçait « l'application – en vue de l'accroissement de la discipline du travail et de la rationalisation – de procédés rejetés par la révolution d'Octobre » (décrets sur la discipline, introduction de la semaine continue, augmentation des normes de production…). Elle indiquait « la nécessité d'une unification de toutes les forces communistes et révolutionnaires autour du Plan quinquennal d'industrialisation et de la lutte contre le capitalisme agraire et les droitiers. […] Dans la mesure cependant où la réalisation du mot d'ordre d'unification de toutes les forces communistes signifie la fin de la période du monopole politique du centrisme la bureaucratie centriste va le combattre avec le même acharnement que dans le passé ». (Déclaration en vue du xvie congrès du PCUS, du 12 avril 1930, signée de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, publiée par P. Broué dans le Cahier Léon Trotsky no 6, p. 90 à 103).</p>
<p>[22] Il s'agit en fait d'une décision prise le 14 mars 1930 par le Comité central du PC(b)U sur La lutte avec les déviations dans le mouvement kolkhozien par rapport à la ligne du parti. Cette décision a fait suite à l'article signé par Staline dans la Pravda du 2 mars 1930, intitulé Le vertige du succès. Devant les difficultés rencontrées et la résistance des paysans, la campagne de « collectivisation » a été stoppée un temps et un certain nombre de cadres de base ont été réprimés pour gauchisme.</p>
<p>[23] Il s'agit vraisemblablement du texte du 12 avril 1930, signé de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, puis cosigné par quelques autres (Broué en cite deux autres) dont nous avons parlé dans la note 21.</p>
<p>[24] Nous n'avons pas ce texte. Il semble être la lettre de Trotski d'août 1930 dont dit se souvenir Ciliga dans Au pays de mensonge déconcertant (une de ces lettres surnommées les « cartes postales » qui parvenaient aux oppositionnels même dans les prisons). Ciliga n'en cite pas le texte, mais seulement les longues discussions qu'ont suscitées au sein des trois tendances des oppositionnels de Verknéouralsk l'appréciation que Trotsky donnait du stade où en était le « bonapartisme stalinien ».</p>
<p>Ciliga écrit : « Une de ses phrases : “La préparation du bonapartisme dans le parti est achevée”, devint le fondement de tous les raisonnements et de toutes les thèses de la gauche. Quant aux droites, ils ne lui attribuaient qu'une valeur rhétorique sans importance pour l'attitude d'ensemble adoptée par Trotski. Les gauches ne voulaient entendre que le jugement négatif émis par Trotski sur la superstructure politique du régime, les droites – que son jugement positif quant à la base sociale : dictature du prolétariat et caractère socialiste de l'économie » (Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, p. 181-182 de l'édition 10/18 de 1977). Mais il ne nous renseigne pas sur les précisions que Trotski donnait sur la nouvelle tactique de l'opposition dont parlent ici les auteurs du texte des oppositionnels emprisonnés.</p>
<p>[26] Il s'agit vraisemblablement de la même « carte postale » d'août 1930 citée plus haut (cf note 24)</p>
<p>[27] L. F. : Peut-être, sous ces initiales, les auteurs du texte tiennent-ils à citer L. Fédortchenko qui, si l'on en croit la liste des bolcheviks-léninistes enfermés dans l'isolateur de Verkhnéouralsk, publiée dans le no 19 de mars 1931 du Bulletin de l'Opposition, y aurait été enfermé. S'agirait-il de Léonide Fédortchenko dont a retrouvé mention par ailleurs et qui serait décédé en 1929 ?</p>
<p>[28] Le 11e congrès du PC(b)U s'est tenu à Moscou du 27 mars au 2 avril 1922. Dans le projet de résolution sur Le rôle et les tâches des syndicats dans les conditions de la Nouvelle politique économique, rédigé par Lénine pour ce congrès, il écrivait : « Le passage des entreprises d'État à l'autonomie financière est inévitablement et indissolublement lié à la nouvelle politique économique, et dans un très proche avenir ce type de gestion deviendra immanquablement prépondérant, sinon exclusif. En fait, cela signifie, dans une situation où la liberté du commerce est autorisée et se développe, que les entreprises d'État reviennent dans une mesure notable à des bases commerciales capitalistes. Cette constance, jointe à la nécessité impérieuse d'accroître la productivité du travail, d'obtenir de chaque entreprise d'État une gestion non déficitaire et même bénéficiaire, à l'attachement légitime ou même excessif aux intérêts particuliers de l'entreprise, ne peut manquer d'engendrer une certaine contradiction d'intérêts entre la masse des ouvriers et les directeurs, les administrateurs des entreprises d'État ou les services administratifs dont ils relèvent. Aussi est-ce le devoir absolu des syndicats, même à l'égard des entreprises d'État, de défendre les intérêts de classe du prolétariat et des masses travailleuses vis-à-vis de leurs employeurs. » Et un peu plus loin il ajoutait : « C'est pourquoi une des tâches essentielles des syndicats consiste à défendre dans tous les domaines et par tous les moyens les intérêts de classe du prolétariat dans sa lutte contre le capital. Cette tâche doit être ouvertement située parmi les toutes premières, l'appareil des syndicats doit être réorganisé, modifié ou complété en conséquence, il faut créer, ou plus exactement faire en sorte que s'organisent des fonds de grève, etc. […] D'où il découle qu'actuellement nous ne pouvons absolument pas renoncer au recours à la grève, que nous ne pouvons par principe admettre que la loi substitue aux grèves l'arbitrage obligatoire de l'État. »</p>
<p>La résolution insistait aussi sur « la différence entre la lutte de classe du prolétariat dans un État qui reconnaît la propriété privée de la terre, des usines, etc., avec un pouvoir politique aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte économique du prolétariat dans un État qui ne reconnaît pas la propriété privée de la terre et de la majorité des grosses entreprises, dans un État dont le pouvoir politique est dans les mains du prolétariat » en écrivant : « il est évident que le but final visé par les grèves en régime capitaliste est la destruction de l'appareil d'État et le renversement de la classe détenant actuellement le pouvoir d'État. Mais dans un État prolétarien de type transitoire comme l'est le nôtre, le but final visé par les grèves ne peut être que le renforcement de l'État prolétarien et du pouvoir d'État exercé par la classe prolétarienne, au moyen de la lutte contre les déformations bureaucratiques de cet État, contre ses erreurs et ses faiblesses, contre les appétits de classe des capitalistes échappant à son contrôle, etc. » (Lénine, Œuvres, tome 33, p. 185-196 de l'édition en français.)</p>
<p>[29] Ce 3e congrès de l'IC : il s'est tenu à Moscou entre le 22 juin et le 12 juillet 1921. 103 partis et organisations et 605 délégués y ont participé. La citation est extraite des Thèses sur la situation mondiale et les tâches de l'Internationale communiste, chapitre VII, Perspectives et tâches.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm</a></p>
<p>Plateforme de l'Opposition de gauche en 1927</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm</a></p>
<p>Correspondances de l'Opposition de gauche</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm</a></p>
<p>Les trotskystes au camp d'internement stalinien de Vorkouta</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm</a></p>
<p>Interview d'un de ses sympathisants :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm</a></p>
<p> Discussion de Trotsky sur l'Opposition de gauche</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm</a></p></div>
Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. »
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9045
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90452026-07-10T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotsky1927StalinismeParti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. » <br class='autobr' />
Léon Trotsky <br class='autobr' />
Nouvelle étape <br class='autobr' />
Fin décembre 1927 <br class='autobr' />
La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. Celle-ci a été provoquée par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorité à l'intérieur du parti et ait à subir des attaques constantes reflète la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory">8- La contre-révolution</a>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Trotsky en 1927 : « La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. »</h2>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>Nouvelle étape</p>
<p>Fin décembre 1927</p>
<p>La crise du parti reflète la crise de la révolution elle-même. Celle-ci a été provoquée par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorité à l'intérieur du parti et ait à subir des attaques constantes reflète la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil d'État sur celui du parti et de l'appareil du parti sur l'aile gauche, prolétarienne, du parti. L'Opposition est aujourd'hui le point sur lequel se concentrent les plus puissantes pressions contre la révolution à l'échelle du monde.</p>
<p>Le Danger de Thermidor</p>
<p>Dictature prolétarienne ou Thermidor ?<br class='autobr' />
Boukharine pose la question de cette façon : si c'est une dictature prolétarienne, nous devons soutenir inconditionnellement tout ce qui est fait sous son nom. Si c'est Thermidor, alors nous devons mener contre tout cela une lutte sans merci. En fait, les éléments de Thermidor – en liaison avec l'ensemble de la situation internationale – se sont développés dans le pays au cours des dernières années bien plus vite que les éléments de la dictature. La défense de la dictature signifie la lutte contre les éléments de Thermidor, pas seulement dans le pays tout entier, mais dans l'appareil d'État et les couches influentes du parti lui-même.</p>
<p>Mais, même dans un processus de retour en arrière, il doit venir un point critique où la quantité se change en qualité, c'est-à-dire le moment où le pouvoir d'État change de nature de classe et devient un pouvoir bourgeois ? Ce point n'est-il pas déjà atteint ? Un ouvrier, individuellement et tirant les leçons de sa vie quotidienne, peut en arriver à la conclusion que le pouvoir n'est plus aux mains de la classe ouvrière : à l'usine, l'autorité suprême est le « triangle », la critique a été interdite et, dans le parti, l'appareil est tout-puissant ; dans le dos des organisations soviétiques, ce sont des bureaucrates qui donnent les ordres, etc. Mais il suffit d'examiner cette question du point de vue des classes bourgeoises à la ville et à la campagne pour voir tout à fait clairement que le pouvoir n'est pas entre leurs mains. Ce qui est en train de se passer, c'est la concentration du pouvoir entre les mains de ces organes bureaucratiques qui reposent sur la classe ouvrière, mais qui tendent toujours plus vers les couches supérieures de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et se mélangent partiellement avec elle.</p>
<p>La lutte contre le danger de Thermidor est une lutte de classe. La lutte pour arracher le pouvoir des mains d'une autre classe est une lutte révolutionnaire. La lutte pour des changements – parfois décisifs, mais toujours sous le règne de la même classe – est une lutte réformiste. Le pouvoir n'a pas encore été arraché des mains du prolétariat. Il est encore possible de redresser notre ligne politique actuelle, d'écarter les éléments de dualité de pouvoir et de renforcer la dictature par des mesures de type réformiste.</p>
<p>La prééminence, dans le parti et par conséquent dans le pays également, est aux mains de la fraction de Staline qui possède tous les traits du centrisme – et, qui plus est, d'un centrisme dans une période de recul, pas de montée. Cela signifie de petits zigzags à gauche et de grands zigzags à droite. Il n'est pas douteux que le dernier geste à gauche (le manifeste pour l'anniversaire) va obliger à apaiser la droite et ceux qui sont les vraies sources de son soutien dans le pays – en fait, pas en paroles.</p>
<p>Les zigzags à gauche ne s'expriment pas seulement par des manifestes bâclés d'anniversaire. L'insurrection de Canton est indiscutablement un zigzag aventuriste de l'I.C. à gauche, après qu'aient été pleinement révélées les conséquences désastreuses de la politique menchevique suivie en Chine. L'épisode de Canton constitue une répétition, en pire et en plus pernicieux du putsch d'Esthonie en 1924, après qu'on eût laissé passer la situation révolutionnaire de 1923 en Allemagne. Le menchevisme plus l'aventurisme bureaucratique ont porté à la révolution chinoise un double coup : il n'est pas douteux que le prix de l'insurrection de Canton sera un nouveau zigzag, beaucoup plus ample, à droite, dans le domaine de la politique internationale et particulièrement en Chine.</p>
<p>La tâche objective d'un régime thermidorien serait de transférer les leviers de commande politiques principaux aux mains de la gauche des nouvelles classes possédantes. La condition la plus importante – mais pas la seule – de la victoire de Thermidor serait un écrasement de l'Opposition tel qu'il n'y aurait plus à en avoir « peur ». Dans les appareils du parti et de l'État, les brasseurs d'affaires qui ont réussi, en utilisant tous les fils, à s'unir par toutes sortes de liens avec la société bourgeoise nouvelle, prendraient le pas sur les politiques purs, les centristes, les gens de l'appareil stalinien qui effraient les ouvriers avec l'opposition, préservant ainsi temporairement leur « indépendance ». Quant à ce que deviendraient alors les centristes de l'espèce stalinienne, c'est une question secondaire. Peut-être quelques-uns d'entre eux se détacheraient-ils pour se porter à gauche. Le reste, bien plus nombreux, se retirerait purement et simplement du jeu. Une troisième catégorie renoncerait à l'indépendance imaginaire actuelle du centrisme et ses hommes entreraient dans la nouvelle combinaison, purement thermidorienne. Voilà ce que serait la première étape de la marche au pouvoir de la bourgeoisie.</p>
<p>Qu'est-ce qui provoque le reflux ? La pression des forces de classe anti-prolétariennes sur l'État soviétique pouvait rencontrer une résistance organisée seulement de la part des vieux cadres du parti et de la partie ouvrière de l'appareil de l'État et du parti. Cependant, la partie ouvrière de l'appareil d'État qui, autrefois, se séparait nettement des cadres des anciens intellectuels bourgeois et n'avait pas confiance en eux, s'est, au cours des dernières années, détachée toujours plus de la classe ouvrière, se rapprochant, par ses conditions de vie et d'existence, des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et elle est devenue plus complaisante à l'égard de l'influence des ennemis de classe. D'autre part, le gros du prolétariat, qui avait donné son avant-garde à l'appareil bureaucratique de l'État, après la formidable tension des premières années de la révolution, a manifesté une grande passivité politique. Au cours de la période de reconstruction, quand sa situation matérielle s'est améliorée rapidement, les défaites de la révolution au plan international ont pesé lourd dans ce sens. Il faut ajouter l'influence du régime du parti. Le prolétariat charrie encore largement avec lui l'héritage du passé capitaliste. Les premières années de la révolution ont porté au premier plan les éléments les plus actifs de la classe, les plus révolutionnaires, les plus bolcheviques. A l'heure actuelle, ceux qui sont devant, ce sont l'élite des domestiques, de ceux qui savent courber l'échine. Les éléments « remuants » sont mis à l'écart et pourchassés et c'est une source d'affaiblissement du parti et de la classe. Cela les désarme devant l'ennemi. Ainsi la pression grandissante des forces bourgeoises sur l'État ouvrier s'est-elle jusqu'à présent exercée sans se heurter à une résistance active de la masse essentielle du prolétariat. Une telle situation ne peut se prolonger indéfiniment. Il y a tout lieu de penser que l'intérêt manifesté par les masses des ouvriers sans-parti pour la discussion d'avant le 15e congrès en liaison avec la campagne des contrats collectifs, montre que de larges masses ouvrières commencent à s'éveiller et à s'intéresser aux problèmes politiques fondamentaux d'aujourd'hui en même temps que commence à s'emparer d'eux l'inquiétude pour le sort de la dictature prolétarienne.</p>
<p>Au fur et à mesure que grandira l'activité du prolétariat, la demande adressée à l'opposition dans les milieux ouvriers grandira également. Au cours des années où elle a lutté contre le reflux à l'intérieur du parti (1923-1927), l'Opposition n'a pu que freiner ce processus. On ne peut sérieusement arrêter semblable processus autrement que par le développement de la lutte de classe du prolétariat, dirigée contre la nouvelle bourgeoisie, contre les influences non prolétariennes qui s'exercent sur l'État ouvrier, et contre l'impérialisme mondial. Le prolétariat est habitué à prendre conscience des dangers et à réagir contre eux par l'intermédiaire de son parti. Le monopole dont le parti jouit depuis 1917 a encore renforcé son rôle. La gravité de la situation consiste en ce que le régime du parti freine et paralyse l'activité du prolétariat en même temps que la théorie officielle du parti le tranquillise et l'endort. C'est pour cette raison et dans de telles conditions que l'Opposition porte une grande responsabilité.</p>
<p>Oustrialovisme et menchevisme</p>
<p>Boukharine opère un rapprochement entre le point de vue de l'Opposition et celui d'Oustrialov. En quoi est-ce le clou du caractère charlatanesque de cette théorie ? Oustrialov parle ouvertement du caractère inéluctable de Thermidor, étape du salut dans le développement national de la révolution d'Octobre. L'Opposition, elle, parle du danger de Thermidor et montre la voie de la lutte contre ce danger. Comme il glisse vers la droite, le centrisme est obligé de se fermer les yeux devant le danger et de nier même sa possibilité. Il n'est pas possible de rendre à Thermidor un service plus grand que de nier la réalité du danger thermidorien. La tentative de rapprocher le point de vue de l'Opposition sur Thermidor de celui des mencheviks n'est pas moins charlatanesque. Les mencheviks estiment que le danger bonapartiste a sa source essentielle dans le régime de la dictature prolétarienne, que l'erreur principale est de compter sur la révolution mondiale, qu'une politique juste exige un repli dans les limites économiques et politiques de la bourgeoisie et que, pour se sauver de Thermidor et du bonapartisme, il faut revenir à la démocratie, c'est-à-dire au régime parlementaire bourgeois. L'Opposition, pour sa part, ne nie nullement le danger de Thermidor, mais, bien au contraire, s'efforce de concentrer sur lui l'attention de l'avant-garde prolétarienne, car elle pense que la source politique principale de ce danger réside dans le comportement insuffisamment ferme de la dictature prolétarienne, l'insuffisance des liens avec la révolution mondiale, un esprit de conciliation excessif à l'égard de la bourgeoisie, de l'intérieur comme de l'extérieur. La démocratie parlementaire n'est pour nous qu'une des formes de la domination du capital.</p>
<p>Le menchevisme est thermidorien d'un bout à l'autre. Oustrialov, dans son thermidorianisme, est réaliste. Le menchevisme est utopique d'un bout à l'autre. Est-il vraisemblable en effet qu'en cas de défaite de la dictature, celle-ci se transforme en démocratie bourgeoise ? Non. C'est la moins vraisemblable de toutes les variantes. Jamais encore dans l'Histoire la dictature révolutionnaire n'a été remplacée par la démocratie. Thermidor, par son essence même, est un régime de transition de kerenskysme à rebours. Le kerenskysme de 1917 a couvert la dualité du pouvoir, s'est débattu dans son cadre et, contre son gré, a servi au prolétariat pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. L'avènement du régime thermidorien signifierait décréter à nouveau la dualité du pouvoir – avec prépondérance de la bourgeoisie – et, de nouveau, ce régime, contre son gré, aiderait la bourgeoisie à arracher le pouvoir des mains du prolétariat. Le régime thermidorien, par nature, ne pourrait durer indéfiniment. Son rôle objectif consisterait à couvrir l'accession au pouvoir de la bourgeoisie à travers les organismes soviétiques familiers aux travailleurs. Mais la résistance du prolétariat, ses tentatives de se maintenir ou de regagner les positions perdues, deviendraient inévitables. Pour venir à bout île telles tentatives et se renforcer véritablement, la bourgeoisie éprouverait d'urgence le besoin, non d'un régime thermidorien, mais d'un régime bien plus fort, beaucoup plus résolu, le plus vraisemblablement du bonapartisme, ou, plus actuel, du fascisme.</p>
<p>Les mencheviks, en tant qu'aile gauche de la société bourgeoise, combattraient sous le bonapartisme pour la légalité. Ce faisant, ils serviraient de soupape de sûreté pour le régime bourgeois. Les bolcheviks-léninistes, cependant, combattraient pour la conquête du pouvoir sous la forme de la dictature du prolétariat.</p>
<p>La question du « délai »</p>
<p>La question générale du danger thermidorien soulève des questions plus concrètes. Quelle est la proximité de ce danger ? Thermidor n'a-t-il pas déjà commencé ? Quels sont les indices réels sur son accomplissement ou non ?</p>
<p>La question du rythme auquel se produisent les divers changements est très importante pour notre tactique. Le rythme des nouveaux alignements politiques à l'intérieur des classes et entre elles est beaucoup plus difficile à déterminer que le rythme des processus économiques dans le pays. En tout cas, ceux qui s'attendent à ce que le processus de recul se poursuive au rythme actuel pendant des années font une grosse erreur. C'est, de toutes les perspectives, la plus improbable. Dans le processus de déclin, il pourra y avoir, et il y aura, des mouvements très brusques sous la pression des forces bourgeoisies de l'intérieur et de l'extérieur. Le temps qu'ils prendront, on ne peut le prédire. Ce pourrait être plus bref que nous le pensons. Ceux qui ne veulent pas s'en rendre compte, qui repoussent cette idée, seront inévitablement pris à l'improviste. Il n'est pas besoin de rappeler que la capitulation de Zinoviev et Kamenev les a confrontés, dès le tout début, à la nécessité d'enjoliver la situation, de minimiser le danger et d'endormir la gauche du parti. Quelques camarades ont lié la question du rythme de Thermidor avec la question de la composition du C.C. en tant qu'incarnation de l'autorité du pouvoir et de la révolution. Aussi longtemps que les Oppositionnels ont été tolérés au C.C., ils ont joué le rôle de frein sur ceux qui reculaient et la politique du C.C., selon les termes de Tomsky, n'était « ni chair ni poisson », c'est-à-dire que le recul vers Thermidor rencontrait de la résistance à l'intérieur. L'élimination du C.C. des Oppositionnels – c'est ce que pensaient les camarades que j'ai mentionnés – signifierait que ceux qui opèrent cette retraite ne pouvaient plus collaborer avec les représentants de la ligne prolétarienne internationale. Cela signifierait donc le début officiel de Thermidor. Cette manière de poser la question est pour le moins incomplète et, pour cette raison, ne peut conduire qu'à des conclusions fausses.</p>
<p>La force de l'Opposition consiste en ce que, armée de la méthode marxiste, elle peut prévoir le cours du développement et mettre en garde. La « force » de la fraction stalinienne consiste dans son abandon de l'orientation marxiste : la fraction stalinienne joue aujourd'hui un rôle que ne peuvent jouer que des gens qui portent des œillères, se dispensent de regarder à gauche et à droite et ne regardent pas devant eux les conséquences à venir. La fraction stalinienne considère les prédictions marxistes de l'Opposition comme des injures personnelles, des calomnies, etc., révélant en cela les caractères typiques de son étroitesse d'esprit petite-bourgeoise. Et c'est pourquoi elle attaque l'Opposition avec une fureur redoublée.</p>
<p>Cela signifie-t-il toutefois que l'exclusion et même l'amputation de l'Opposition tout entière constitue le passage à Thermidor, devenu un fait accompli ? Non, il s'agit seulement de la préparation à Thermidor dans le cadre du parti. La fraction stalinienne, en abattant la barrière prolétarienne de gauche, est en train, contre son propre gré, de paver la voie à la marche au pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce phénomène n'est pas encore accompli, ni en politique, ni dans l'économie, ni dans la culture, ni dans la vie quotidienne. Pour assurer dans la réalité la victoire de Thermidor, il est nécessaire en premier lieu de supprimer (ou de limiter) le monopole du commerce extérieur, de réviser les instructions électorales, etc.</p>
<p>Les forces de pression thermidoriennes de même que les forces de résistance prolétariennes, pourront seulement se révéler dans le procès de la lutte réelle des classes. C'est pourquoi on ne peut pas considérer la mise de l'Opposition hors du parti comme l'accomplissement déjà effectué de Thermidor. A vrai dire, une telle appréciation pourrait être juste si la marche ultérieure des événements montrait que, de l'intérieur du parti, il ne peut plus venir de nouveaux éléments à l'Opposition et que, dans la classe ouvrière, il ne saurait surgir de nouvelles forces pour résister à l'assaut de la bourgeoisie, et que par suite, l'intervention d'une Opposition peu nombreuse ne serait que le dernier bouillonnement de la vague d'Octobre. On ne peut formuler une telle appréciation parce qu'il n'y a pas de causes pour penser que le prolétariat, en dépit des phénomènes de passivité et de luttes avortées, phénomènes qui se sont manifestés dans son sein au cours de la période écoulée, n'est pas capable de île fendre les conquêtes d'Octobre contre la bourgeoisie intérieure et extérieure, ce qui signifierait capituler avant la lutte et sans lutte. Il est absolument hors de doute que la poussée ultérieure à droite grossira le flux vers l'Opposition des éléments ouvriers du parti, et augmentera l'influence de ses idées sur la classe ouvrière. La question du délai dans lequel peut se produire Thermidor, et les chances de son succès ou de son insuccès, cela, en général, n'est pas et ne peut pas être une question de pure analyse théorique ou de pronostic. Il s'agit de la lutte de forces vives. Le résultat doit être déterminé dans l'action elle-même. La lutte intérieure du parti, malgré toute son acuité, n'est qu'un prélude à l'époque des combats de classe. Toutes les tâches sont encore entièrement devant nous.</p>
<p>Il est clair, qu'en cas de marche plus rapide et plus favorable du mouvement révolutionnaire en Occident et en Orient, l'Opposition accomplira beaucoup plus facilement sa tâche historique. Mais au cas où la Révolution mondiale serait différée, la lutte ne serait nullement sans espoir. L'Opposition ne se chargera certes pas de construire le socialisme dans un seul pays. Si l'on part du fait que l'impérialisme demeurera victorieux en Occident et en Orient pendant plusieurs années, ce serait un pur enfantillage de penser que le prolétariat en U.R.S.S. pourrait garder le pouvoir et construire le socialisme contre l'impérialisme mondial victorieux. Mais une telle sorte de perspective mondiale n'est en rien fondée. Les contradictions de l'économie mondiale ne s'adoucissent pas, mais s'aiguisent. Ce ne seront pas les grandes commotions qui manqueront. Cela, l'Opposition l'a précisément enseigné, par exemple, lors des événements de Chine, du Comité anglo-russe etc. Les succès dans cette voie sont seulement possibles à condition que soient assurées la défense et la pratique du bolchevisme véritable, fût-ce, pour un temps, à titre de petite minorité.</p>
<p>Mais, si même tout le développement de la lutte dans la prochaine période se montrait entièrement défavorable à la dictature du prolétariat en U.R.S.S., et aboutissait à sa chute, alors, même dans ce cas, le travail de l'Opposition garderait toute son importance. L'achèvement de Thermidor signifierait inéluctablement la scission du parti. L'Opposition serait l'expression des cadres révolutionnaires, et dans ce cas formerait, non « un deuxième parti », mais le prolongement historique du parti bolchevique. Le « deuxième » parti serait formé par l'union des éléments bureaucratiques et propriétaires, possédant déjà leur point d'appui sur le flanc droit. Le deuxième parti ne serait, à vrai dire, qu'une étape pour la bourgeoisie impérialiste intérieure et étrangère. La tâche du parti bolchevique, après la révolution bourgeoise, consisterait à préparer la deuxième révolution prolétarienne. Aujourd'hui, toutefois, il s'agit de prévenir un tel développement, en ayant recours au noyau prolétarien du parti et à la classe ouvrière dans son ensemble.</p>
<p>Perspectives</p>
<p>Le parti une fois formellement amputé de l'Opposition, les classes non prolétariennes se sentiront beaucoup plus d'assurance. Leur pression se renforcera encore. Les formes et méthodes de cette pression se feront toujours plus variées et plus enveloppantes : depuis la pression du chef d'équipe sur les ouvriers à l'usine jusqu'à la pression de la bourgeoisie européenne et américaine dans la question du monopole du commerce extérieur.</p>
<p>Si même nous prenons comme point de départ cette supposition que la pression de la bourgeoisie intérieure et internationale doit se terminer victorieusement, (mais ceci n'est nullement résolu par avance) alors, même en ce cas, il est impossible de s'imaginer que tout va se passer sans heurts, par le moyen d'un glissement accéléré, sans obstacles, sans tentatives de contre-pression prolétarienne de la part de la gauche. Précisément, l'offensive croissante des classes non prolétariennes doit pousser des couches de plus en plus larges sur la voie de la lutte active. Pour « diriger » la défense du noyau ouvrier du parti, aussi bien que de la classe ouvrière dans son ensemble, elles ont besoin de l'Opposition, même en cas de développement très défavorable des événements. Il est inutile d'expliquer que le noyau prolétarien du parti et la classe ouvrière ne se tourneront vers l'Opposition que si celle-ci sait, dans toutes les questions de la vie et de la lutte des masses, montrer que ses points de vue correspondent aux intérêts même du prolétariat. Cela suppose de l'activité de la part de l'Opposition, son intervention permanente dans tous les procès économiques, politiques et culturels de la vie ouvrière.</p>
<p>La fraction Staline se trouve non seulement sous la menace de la pression croissante venant de droite, mais aussi de l'inéluctable résistance de la gauche. Les stalinistes fulminent contre l'Opposition, espérant se rendre eux-mêmes maîtres de l'inéluctable résistance de la gauche contre les forces qui surgissent de droite.</p>
<p>Les éléments de l'aile droite du parti, de même que les éléments oustrialovistes de l'appareil d'État, comprennent la nécessité de certaines manœuvres vers la gauche, mais ils craignent que ces manœuvres puissent aller trop loin. Les déments du flanc droit, qui, appartenant ou non au parti, participent à la solution de toutes les questions du parti, sont caractérisés par leur liaison organique avec les nouveaux propriétaires. Ils ne peuvent accepter que des manœuvres qui, si elles comportent certains « sacrifices » en faveur du prolétariat, ne compromettent pas la situation matérielle des classes exploiteuses et ne rétrécissent pas leur rôle politique. C'est précisément de ce point de vue que se pose pour eux la question de la journée de sept heures, la question des salaires, l'aide aux pauvres de la campagne, etc. Les manœuvres de gauche ne sauveront pas la politique de Staline. La queue va frapper la tête. La croissance de l'aile droite s'exprime dans l'immédiat par la prépondérance croissante de l'appareil de l'État sur l'appareil du parti. Il est possible de suivre clairement la croissance de ce procès au cours des deux années qui se sont écoulées entre le 14e et le 15e Congrès. Le 14e Congrès du parti fut l'apogée de l'appareil du parti et en même temps de Staline. Le 15e Congrès a révélé un sérieux déplacement des forces vers la droite. Les fières déclarations des fonctionnaires de l'appareil centriste, selon lesquelles ils vont détruire en passant l'aile droite aussi, ne se sont pas réalisées. Le bureau politique est demeuré aussi oscillant qu'il l'était avant le 15e Congrès. La composition du nouveau comité central et de la nouvelle commission centrale de contrôle a introduit de nouvelles figures qui y sont entrées exclusivement en qualité de fonctionnaires. Le 15e Congrès a révélé l'affaiblissement de l'appareil du parti dans le système général du régime soviétique. La lutte Staline-Rykov reflète dans une large mesure la lutte des deux appareils où se réfracte à son tour la lutte de classe. La pression des classes non prolétariennes, largement et directement, se manifeste à travers l'appareil d'État. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle se meut dans des cadres de classe bien clairs. Dans l'avenir, quand la politique de « sur place », la politique qui consiste à éluder les questions, à attendre, deviendra impossible, Staline pourra, avec succès, enfourcher le cheval de droite et liquider Rykov. Tout simplement se mettre à sa place. Mais même cette question ne peut être résolue sans de nouveaux déplacements de forces et sans de profondes secousses dans le parti. Les difficultés économiques s'approchent et menacent avec une force inexorable. L'Opposition a eu raison, aussi bien dans la compréhension de la situation économique du pays que dans ses prévisions concernant la marche future des événements. Les échecs graves dans la réquisition de blé pendant le premier trimestre sont l'indication d'une atteinte sérieuse à l'équilibre de toute l'économie de l'U.R.S.S. Une entorse sérieuse a déjà été faite au plan d'exportation et par suite au plan d'importation. Le manque de produits alimentaires a déjà contraint des centres ouvriers parmi les plus importants, comme Léningrad, à passer au système de la carte de rationnement. La cause spécifique des difficultés économiques pour l'année 1927-1928 réside dans l'inflation monétaire. Celle-ci a aggravé les difficultés de notre économie qui sont la conséquence du retard de l'industrie, de la disproportion etc.</p>
<p>L'inflation monétaire a été tout d'abord l'expression de ce fait que les dépenses réelles de l'économie d'État sont devenues beaucoup plus fortes que ses revenus réels ; et deuxièmement qu'une telle situation dans notre pays mène inéluctablement à porter atteinte à la liaison entre la ville et la campagne. Il n'est possible d'obtenir les moyens réels d'industrialiser plus vite le pays qu'en ayant recours à une sérieuse révision de la répartition des revenus nationaux, révision effectuée au bénéfice des éléments socialistes de notre économie. Faute de cela, même le plan actuellement en cours d'exécution pour les dépenses de capital a déterminé une situation très tendue des possibilités d'émission de papier-monnaie.</p>
<p>La lutte actuellement menée contre les difficultés économiques (renforcement du ravitaillement des campagnes en marchandises industrielles en privant le marché des villes) peut conduire à des succès partiels dans des compartiments séparés, au prix de nouvelles difficultés dans d'autres endroits. Toute la situation économique révèle la faillite de la politique actuelle qui consiste à trouver des solutions au coup par coup en fonction d'une ligne générale fausse.</p>
<p>Le plan de l'Opposition a été repoussé ; le groupe Staline n'a aucun plan, tandis que les éléments de droite ont peur de parler à haute voix de leurs véritables intentions : telle est la situation de la direction économique en ce moment. Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que la situation économique ultérieure devenant plus aiguë, la ligne de la droite triomphera, et cela, la plate-forme de l'Opposition l'a prévu d'une manière absolument juste. A la base de la crise aiguë qui se manifeste actuellement dans la situation économique, il y a, comme racine, la disproportion entre l'économie industrielle et l'économie paysanne. Il n'est possible de faire disparaître cette disproportion que de deux manières : soit par les méthodes de régulation du plan et par une politique appropriée des impôts, des prix, des crédits, etc., soit par les moyens élémentaires du marché, non seulement du marché intérieur qui, pour cela, est certainement insuffisant, mais aussi par les moyens du marché extérieur. La première voie, c'est la voie de la plus juste répartition des revenus nationaux. La seconde, c'est celle qui consiste à supprimer aussi le monopole du commerce extérieur.</p>
<p>La clé de la situation, c'est la question du monopole du commerce extérieur. Il est hors de doute que la suppression du monopole du commerce extérieur, ou sa limitation, qui toucherait à son essence même, mènerait dans les premiers temps à une augmentation importante des forces productives. Les marchandises deviendraient meilleur marché. Les salaires s'élèveraient. Le pouvoir d'achat du rouble paysan grandirait. Mais l'ensemble signifierait la marche accélérée de l'économie nationale vers la liaison avec le capital mondial Dans ces conditions, la dictature du prolétariat ne pourrait être maintenue que pendant un court délai, ne pouvant pas s'évaluer en années. La restauration de la servitude capitaliste signifierait le partage, direct ou indirect, de la Russie en sphères d'influences ; elle serait entraînée dans la politique des secousses guerrières de l'impérialisme mondial, avec la perspective de la ruine et du dépérissement, comme en Chine. Dans la première période, la suppression du monopole du commerce extérieur donnerait indubitablement une impulsion aux forces productrices et une élévation temporaire du bien-être des masses travailleuses. C'est précisément dans ce sens qu'exerce sa pression le koulak, qui ne lâche pas son blé, de même que le capitaliste américain ne lâche aucun crédit.</p>
<p>Il n'est pas nécessaire de penser que la droite lancera le mot d'ordre de la suppression du monopole du commerce extérieur. Il y a beaucoup de moyens détournés et partiels comme l'a montré l'Histoire, lors des instructions pour les élections aux soviets. Dans les premiers temps, la pression s'exercera par ces voies détournées. La revendication de la suppression du monopole du commerce extérieur peut être assez rapidement présentée sous sa forme la plus large. On dira aux ouvriers : « Certes, Lénine était pour le monopole, mais tout dépend des conditions de temps et de lieu. Notre doctrine n'est pas un dogme. La situation a changé. Le développement des forces productives exige aussi quelque chose d'autre. » La politique actuelle, qui mène à une impasse, se prolongeant, il est absolument hors de doute que le mot d'ordre de la suppression par degrés du monopole du commerce extérieur peut entraîner derrière lui une partie de la classe ouvrière.</p>
<p>La pression de la droite s'exercera simultanément dans plusieurs directions. La prévision du système des élections vient de nouveau à l'ordre du jour. La politique fiscale, les droits de l'administration sur les usines et fabriques, la politique des crédits, et particulièrement dans les campagnes, etc., etc., toutes ces questions se poseront de nouveau sous la pression de la droite. Staline et son appareil se heurteront demain à cette pression et révéleront leur impuissance devant elle. On peut écarter les rykovistes et préparer la destitution de Rykov lui-même. Ces plaisanteries bureaucratiques ne résolvent pas la question. La pression de droite ne se réfracte pas seulement à travers le groupe Rykov. Cette pression est elle-même beaucoup plus profonde que la fraction Rykov. Elle provient des nouveaux possédants et des bureaucrates qui lui sont liés. Il faut, ou bien s'appuyer sur ces nouveaux possédants contre les ouvriers, ou bien s'appuyer sur les ouvriers contre leurs prétentions.</p>
<p>Tout cela réuni signifie que la formation des fractions se fera scion un rythme puissant sur l'aile droite, aussi bien à l'intérieur du parti qu'en dehors. Le cercle de l'appareil ne viendra pas à bout de la pression de classe. La logique de la situation est telle que le 15e Congrès, conformément à toutes les données, constitue le début de la poussée fractionnelle de droite du parti. Dans ces conditions, le rôle de l'aile gauche sera décisif pour le sort du parti et de la dictature du prolétariat. La critique de l'opportunisme, une juste orientation de classe, de justes mots d'ordre, l'éducation des meilleurs éléments révolutionnaires du parti, ce travail est particulièrement nécessaire et obligatoire en tout temps et à chaque occasion. La tâche de l'Opposition consiste à assurer la continuité du parti bolchevique authentique. Pendant une certaine période, cela signifiera aller contre le courant.</p>
<p>L'Opposition et l'Internationale</p>
<p>La résolution du 15e congrès, d'après le compte rendu du comité central dit :</p>
<p>« Dans le moment présent, en Europe, le reflux, d'une faible durée, de la vague révolutionnaire (après la défaite de la Révolution allemande de 1923) se change de nouveau en une vague montante par l'élévation de l'activité combative du prolétariat, etc. »</p>
<p>Nous avons de cette façon le premier aveu officiel fait ouvertement de ce qu'après la défaite de la révolution allemande en l'année 1923, le mouvement ouvrier a reflué en Europe – au moins sur le continent d'Europe – pendant environ quatre années. Que l'on allait avoir à faire face à ce reflux, cela pouvait et devait être prévu déjà en novembre-décembre 1923. C'est précisément dans cette période que l'Opposition a prédit que viendrait inéluctablement une certaine « pacification » dans les rapports capitalistes, qu'on assisterait inéluctablement à une invasion croissante de la part de l'Amérique dans le domaine de l'économie et de la politique européenne, et que, parallèlement à celà, se produirait inéluctablement un renforcement temporaire de la social-démocratie au détriment du communisme. Alors, ce pronostic marxiste fut qualifié de liquidateur. Le 5e Congrès de l'Internationale, réuni en 1924, fut conduit, dans l'ensemble, de ce point de vue que la vague révolutionnaire continuerait probablement à monter et que de là découlait la tâche d' « organiser » immédiatement la révolution. L'insurrection d'Estonie fut l'un des fruits les plus apparents de cette manière d'envisager les choses. Ce que l'on a appelé la « bolchevisation » des partis de l'Internationale, proclamé par le 5e Congrès, en liaison avec la tendance à écarter des éléments réellement indignes et corrompus, comportait aussi la lutte contre une juste appréciation marxiste des phases de l'époque impérialiste et de ses flux et reflux, appréciation sans laquelle, d'une manière générale, la stratégie révolutionnaire du bolchevisme est impossible. La position fausse prise par le 5e Congrès a inévitablement alimenté les erreurs et les tendances ultra-gauchistes.</p>
<p>Quand le reflux, au moment où il se produisit, eût révélé toute sa profondeur, la nouvelle direction de l'Internationale, devenue sage après coup, frappa les éléments de gauche des partis communistes. Le système de la permanence des dirigeants mis en pratique ces dernières années, n'a cessé de se renforcer dans l'Internationale.</p>
<p>La tâche la plus importante du 6e Congrès est d'apprécier d'une manière juste les erreurs fondamentales de la position prise par le 5e Congrès et de condamner d'une manière décisive cette direction dont l'incurie et le suivisme en présence de chaque tournant brusque des événements met sens dessus dessous les comités centraux des sections nationales des partis et ainsi ne permet pas de former des cadres dirigeants capables de s'orienter dans le changement des périodes de flux et de reflux du mouvement ouvrier.</p>
<p>Dans la classe ouvrière d'Europe, on observe indubitablement un déplacement vers la gauche. Il s'exprime par le renforcement de la lutte gréviste et l'augmentation des voix communistes, mais ce n'est que la première étape de ce développement. Le nombre des voix social-démocrates augmente parallèlement à celui des voix communistes, distançant même en partie ces derniers. Si ce processus se développe et s'approfondit, une seconde phase se produira alors, avec le début du déplacement de la social-démocratie vers le communisme.</p>
<p>Simultanément il faudra renforcer l'organisation des partis communistes, renforcement qu'il n'est pas encore possible de constater aujourd'hui. Un des plus grands obstacles à la croissance et au renforcement des partis communistes, c'est l'orientation politique de l'Internationale et son régime interne.</p>
<p>La poursuite de l'attaque contre la gauche va entraîner un nouvel écart des ciseaux entre le cours droitier du parti et le déplacement à gauche de la classe ouvrière. Une situation révolutionnaire peut, dans une des plus prochaines étapes, se déclarer ouvertement dans les pays d'Europe avec la même force et la même acuité qu'à Vienne. Toute la question réside dans la force des partis de l'Internationale communiste, dans leur ligne politique, dans leur direction. Les événements récents de Canton, complément aventurier de la politique menchevique, montrent que ce serait le plus grand crime de se créer à soi-même quelque illusion que ce soit sur la ligne politique actuelle de la direction dans les questions internationales. Seule l'Opposition, par un travail systématique, opiniâtre, persévérant et ininterrompu, est capable d'aider les partis communistes d'Occident et d'Orient à aller sur la voie bolchevique et à se montrer à la hauteur des situations révolutionnaires qui ne manqueront pas dans les années qui viennent. L'Opposition en U.R.S.S. ne peut remplir sa tâche que comme facteur révolutionnaire. La rupture de Kamenev et de Zinoviev avec la gauche de l'Internationale n'en est que plus inadmissible.</p>
<p>La question des deux partis</p>
<p>La lutte officielle contre l'Opposition se mène sous deux mots d'ordres essentiels : contre deux partis et contre le « trotskysme ». La prétendue lutte de Staline contre deux partis masque la formation d'une dualité de pouvoir dans le pays et la formation d'un parti bourgeois sur le flanc droit du parti russe et sous le couvert de son drapeau.</p>
<p>Dans toute une série d'institutions et dans les bureaux des secrétariats, ont lieu des conférences secrètes des membres de l'appareil du parti avec les spécialistes et les professeurs partisans d'Oustrialov en vue d'élaborer les méthodes et les mots d'ordre pour lutter contre l'Opposition. Ça, c'est la formation clandestine d'un deuxième parti qui, par tous les moyens, s'efforce de subordonner, et, partiellement, subordonne le noyau prolétarien de notre parti en même temps qu'il menace son aile gauche. Tout en masquant la formation de ce deuxième parti, l'appareil accuse l'Opposition de s'efforcer de créer un deuxième parti, et cela précisément parce que l'Opposition s'efforce de soustraire à la pression croissante de la bourgeoisie le noyau prolétarien du parti (faute de quoi il serait en général impossible de sauver l'unité du parti bolchevique). Ce serait pure illusion de penser qu'il est possible de maintenir la dictature du prolétariat, seulement par des adjurations verbales en faveur d'un parti indivisible.</p>
<p>La question : un ou deux partis – posée d'un point de vue concret, d'un point de vue de classe, et non d'un point de vue d'agitation verbale – sera résolue précisément par la question de savoir si on réussira à éveiller et à mobiliser les forces de résistance dans le parti et dans le prolétariat. L'Opposition ne peut atteindre ce but que si elle ne se laisse pas intimider par l'épouvantail des deux partis et par le charlatanisme en ce qui concerne le « trotskysme ».</p>
<p>Dans les thèses du camarade Zinoviev intitulées « Bilan du plénum de juillet », il est dit ce qui suit à propos de la question de deux partis :</p>
<p>« Si Staline exclut par paquets les oppositionnels du parti, il peut passer demain à des exclusions bien plus massives. Oui, c'est ainsi. Et néanmoins, cela ne nous fait en aucun cas aboutir au « mot d'ordre » des « deux partis ».</p>
<p>L'affaire se complique du fait que, sous le régime de Staline, il n'est pas possible de lutter pour les idées de Lénine autrement qu'en courant le risque d'être exclu du parti. C'est tout à fait indiscutable. Celui qui n'a pas réglé cette question pour lui-même et se dit que tout vaut mieux que d'être exclu du parti, ne peut, dans les conditions actuelles, combattre véritablement pour le léninisme ni prendre une position ferme d'« oppositionnel ».</p>
<p>« Il peut très bien arriver que des groupes importants d'Oppositionnels (et au nombre de ceux-ci tous les éléments dirigeants de l'Opposition), soient dans quelque temps chassés du parti. Et cependant, leur tâche sera de continuer leur travail et quoique n'étant plus formellement membres du parti, de ne pas s'éloigner d'un iota des enseignements de Lénine. Leur tâche sera, dans cette période particulièrement difficile, non pas de s'orienter vers la formation d'un deuxième parti, mais de continuer à s'orienter vers le redressement du parti, vers la correction de la ligne politique. Disons-le sans phrases : il est extrêmement difficile pour un léniniste exclu du parti de coordonner son travail avec celui des léninistes demeurés dans le parti. Mais faire cela est absolument nécessaire du point de vue de nos buts essentiels. »</p>
<p>Et plus loin :</p>
<p>« Ainsi que l'atteste toute l'expérience de la lutte, l'Opposition est unanime à considérer que la lutte pour l'unité du parti sur la base léniniste ne doit, en aucun cas, se réduire à se mettre à l'unisson de l'appareil, à atténuer les divergences et à baisser le ton politiquement. Lorsque les camarades se détachent de l'opposition pour aller à droite, ils n'invoquent pas pour expliquer leur départ, leur propre glissement vers le point de vue de Staline sur les questions intérieures et internationales, mais ils accusent l'Opposition de s'orienter vers le deuxième parti. En d'autres termes, ils ne font que répéter l'accusation lancée par Staline afin de masquer leur propre reculade. » (p. 14 et 15)</p>
<p>Il est vrai que nous ne sommes pas maintenant en juillet mais en décembre ; ces lignes conservent pourtant aujourd'hui toute leur force.</p>
<p>Répétons-le une fois encore. Si la droite, à l'intérieur du parti et autour, se rassemblait et gagnait à ses idées, au cours de la période prochaine, une fraction importante du noyau prolétarien du parti, la création d'un second parti deviendrait inévitable, ce qui signifierait la chute de la dictature et par conséquent la défaite des travailleurs. C'est la voie politique de la victoire des oustrialovistes. La voie opposée ne peut être imaginée que sous la forme de l'isolement de l'aile droite au moyen de la lutte oppositionnelle contre le centrisme de l'appareil et pour gagner l'influence sur le noyau prolétarien du parti. La dictature du prolétariat ne peut pas se maintenir longtemps sur la base de défaites successives de la gauche prolétarienne. Au contraire, la dictature, non seulement est compatible avec l'isolement et la liquidation politique de l'aile droite, mais elle exige impérieusement une telle liquidation. C'est pourquoi capituler devant le centrisme de l'appareil, au nom d'on ne sait qu'elle unité du parti, signifierait travailler directement et véritablement pour l'existence de deux partis, c'est-à-dire pour l'écroulement de la dictature du prolétariat.</p>
<p>La capitulation de Zinoviev et Kamenev</p>
<p>Si l'Opposition avait fait au congrès une déclaration ferme et loyale – une déclaration et non une demi-douzaine – si, sur aucune question politique, et en particulier, sur les causes du fractionnisme, elle n'avait agi contre sa conscience, notre situation serait incomparablement plus favorable.</p>
<p>Les hésitations dans les rangs de l'Opposition se sont produites, non pas à la base, mais au sommet. La conduite des camarades Zinoviev et Kamenev constitue un fait absolument inouï dans l'histoire du mouvement révolutionnaire, et même, si l'on veut, dans l'histoire de la lutte politique en général. Zinoviev et Kamenev ont formellement pris comme point de départ l'unité du parti considérée comme le critère suprême et, par leur conduite, ils ont affirmé qu'on ne pouvait obtenir cette unité en luttant pour ses idées, mais seulement par une reculade sur le terrain des idées.</p>
<p>Mais c'est pour le parti le blâme le plus impitoyable qu'on puisse imaginer. Cette conduite en effet contribue non à préserver l'unité du parti, mais à le démoraliser.</p>
<p>Elle justifie en quelque sorte les éléments de carriérisme, de duplicité, de poursuite d'intérêts personnels. Refuser de défendre ses positions revient à justifier en particulier le comportement de cette large couche de membres du parti corrompus et bornés qui pensent comme l'Opposition mais votent comme la majorité.</p>
<p>La reculade de Zinoviev et de Kamenev résulte de cette croyance mensongère selon laquelle il serait possible, dans n'importe quelle situation historique, de se tirer d'affaire en recourant à d'astucieuses manœuvres, au lieu de se maintenir sur une ligne politique principielle. C'est la pire caricature du léninisme. Caractérisant la politique de manœuvre de Lénine, nous disons dans notre plate-forme :</p>
<p>« De son temps (du temps de Lénine), le parti a toujours connu les causes de la manœuvre, sa signification, ses limites, la ligne en deçà de laquelle il ne faut pas reculer, et les positions desquelles doit partir à nouveau l'offensive prolétarienne... Grâce à cela, l'armée, tout en manœuvrant, a toujours maintenu sa cohésion, et la conscience de ses buts. »</p>
<p>Toutes ces conditions de la manœuvre léniniste ont été foulées aux pieds d'une manière qui viole tous les principes, par Zinoviev et par Kamenev. Nourrir l'espoir que, dans quelques mois, le document capitulard sera « enfoui » sous de nouveaux événements et sous de nouvelles luttes, c'est se tromper soi-même de façon pitoyable. Assurément, les éléments indifférents du parti passeront outre à ce document, mais les cadres de la fraction staliniste, de même que l'Opposition, ne l'oublieront pas et, au prochain tournant, l'évoqueront devant la classe ouvrière.</p>
<p>La capitulation politique de Zinoviev et de Kamenev s'explique par la tentative de passer d'une position révolutionnaire à une position centriste de gauche faisant contrepoids à la position centriste de droite occupée par Staline. Le centrisme peut se maintenir longtemps dans une époque de développement lent (le kautskysme avant la guerre) ; dans les conditions de l'époque actuelle, le centrisme est obligé d'abandonner rapidement ses positions et d'aller, soit à gauche, soit à droite. Lors de la montée du mouvement ouvrier, il n'est pas rare de voir le centrisme de gauche constituer un pont menant vers la position révolutionnaire. Lors d'une période de dépression, comme c'est le cas actuellement, le centrisme de gauche n'est qu'un pont conduisant de l'Opposition vers Staline. Le groupe Zinoviev-Kamenev ne pourra jouer aucun rôle indépendant. Sa capitulation est un déplacement de forces au sommet sous l'énorme pression exercée de l'intérieur et de l'extérieur sur l'aile révolutionnaire du parti russe et de l'Internationale. Les événements « enfouiront » la déclaration capitularde du 18 décembre en ce sens seulement qu'ils enjamberont le groupe Zinoviev-Kamenev.</p>
<p>Sur le « Trotskysme »</p>
<p>Zinoviev et Kamenev, qui ont pris une part dirigeante dans la création de la légende sur le trotskysme au cours des années 1924 et 1925, ont dit dans la déclaration de juillet 1926 :</p>
<p>« A l'heure actuelle, personne ne peut plus mettre en doute que le noyau essentiel de l'Opposition de 1923 a justement mis en garde contre le danger d'un écart hors de la ligne prolétarienne et contre l'avènement menaçant du régime de l'appareil. »</p>
<p>Il est absolument clair que si l'Opposition de 1923 a, depuis plus de deux ans, mis en garde contre les dangers essentiels menaçant le parti et la dictature du prolétariat, accuser cette Opposition de ce que l'on a nommé le « trotskysme », n'a pu que fournir une base pour les erreurs les plus graves dans la manière de comprendre la situation ainsi que les tâches qui en découlent. Conjointement avec les dirigeants de l'Opposition de 1923, Zinoviev et Kamenev ont élaboré les documents essentiels de l'Opposition, et parmi eux, le plus important de tous : la plate-forme Il est clair que les accusations de déviations petites-bourgeoises, de « trotskysme », etc. se trouvent par là même réduites en poussière.</p>
<p>La tentative attardée de relancer la lutte contre une « rechute » du trotskysme ne représente rien d'autre qu'une lamentable rechute de Zinoviev et Kamenev dans leurs propres erreurs de 1923, erreurs qui ont aidé à déplacer le régime du parti de la voie léniniste sur une voie glissant vers le marécage du centrisme et de l'opportunisme.</p>
<p>Le bilan du bloc</p>
<p>La capitulation de Zinoviev et de Kamenev pose de nouveau la question de savoir si le bloc ne fut pas, dans l'ensemble, une erreur. Les divers camarades qui sont enclins à formuler une telle conclusion, ne considèrent pas l'histoire du bloc dans son ensemble, mais seulement le maillon final de cette histoire.</p>
<p>L'Opposition de 1923 a pris naissance à Moscou, et celle de 1925-1926 à Léningrad. L'aile droite du parti possède sa base d'appui dans le Caucase du Nord, où la lutte entre les stalinistes et les rykovistes s'est déroulée sous sa forme la plus claire et la plus précise. Cette répartition des groupes politiques n'est pas due au hasard, et à elle seule, elle explique le bloc entre Moscou et Léningrad, c'est-à-dire le bloc entre les deux centres prolétariens les plus importants de notre Union. En dépit de telles ou telles vacillations se produisant au sommet, le bloc a été provoqué par de profondes pressions de classe. Parler dans ces conditions d'un « bloc » sans principes, c'est de la vulgaire médisance. Et, sur le plan des idées, l'Opposition de Léningrad, précisément grâce à sa base prolétarienne hautement qualifiée, a introduit dans le bloc des éléments de très grande valeur. Le rapprochement entre les éléments ouvriers d'avant-garde de Moscou et de Léningrad, continuera, en dépit du fait que les éléments dirigeants de l'Opposition de Léningrad sont devenus des renégats.</p>
<p>On peut dire de même en ce qui concerne l'Opposition dans l'Internationale. Les éléments les plus révolutionnaires, après les hésitations et les oscillations provoquées dans une large mesure par les fameuses décisions du 5e Congrès mondial, se trouveront progressivement les uns les autres. Les meilleurs éléments de l'Opposition de 1923 et de l'Opposition de 1925-1926 s'uniront à l'échelle internationale. Le départ de Zinoviev et de Kamenev n'empêchera pas ce processus de s'accomplir.</p>
<p>Appréciation de la tactique de l'Opposition</p>
<p>Dans l'histoire du bloc oppositionnel, on peut distinguer trois périodes : a) d'avril 1926 au 16 octobre ; b) du 16 octobre 1926 au 8 août 1927 ; c) du 8 août au 15e Congrès. Chacune de ces périodes est caractérisée par une montée de l'activité oppositionnelle, puis, lorsque celle-ci atteint un niveau critique, par un ralentissement plus ou moins important accompagné de déclarations de refus d'une activité fractionnelle.</p>
<p>Ce « caractère cyclique » original de la tactique oppositionnelle amène à penser qu'il s'agit en l'espèce de quelques causes d'ordre général. II est nécessaire de les rechercher d'une part dans les conditions générales de la dictature prolétarienne au sein d'un pays où la paysannerie est nombreuse, et, d'autre part, dans les conditions particulières créées par le reflux de la vague révolutionnaire et sa lutte contre l'aile gauche, l'appareil est armé de toutes les méthodes et de tous les moyens de la dictature. L'Opposition ne dispose comme arme que de la propagande. Les discours, l'utilisation du « prestige » des individualités, la « soudure » avec les sans-parti, l'occupation de locaux de réunions, les mots d'ordre lancés, ainsi que les pancartes dans les rues, lors du 7 novembre, tout cela, ce sont les formes diverses de la propagande.</p>
<p>L'appareil tente de transformer ces armes de propagande en formes embryonnaires de fraction d'abord, puis de parti et de guerre civile. L'Opposition refuse de s'engager sur cette voie. Elle atteint chaque fois la limite où l'appareil la place devant la nécessité de renoncer aux méthodes et procédés de propagande qu'elle utilisait. Les trois déclarations de l'Opposition, 16 octobre, 8 août et celle de novembre-décembre, ont eu pour but de montrer encore et toujours à la masse du parti que l'Opposition se fixe comme tâche, non le deuxième parti et la guerre civile, mais le redressement de la ligne suivie par le parti et par l'État par une réforme profonde.</p>
<p>Ceux qui critiquent la tactique suivie par l'Opposition, un instant, sur son caractère de « marche en zig-zag », raisonnent comme si l'Opposition déterminait librement sa tactique, et font abstraction de la pression frénétique d'une masse d'ennemis, de l'omnipotence de l'appareil, du glissement politique de la direction, de la passivité relative des masses ouvrières etc. Il n'est possible de comprendre la tactique de l'Opposition, avec ses inéluctables contradictions internes, que si l'on n'oublie pas que l'Opposition nage contre le courant, luttant contre les difficultés et des obstacles jusque-là inconnus dans l'histoire.</p>
<p>Dans les cas où ceux qui critiquent ne se bornent pas à des considérations fragmentaires et partielles, parfois fondées et parfois non fondées, mais tentent d'opposer à notre tactique, issue des conditions posées par la réalité, telle autre tactique, ils donnent habituellement et tout simplement un point d'appui pour l'appel à la capitulation. Quant aux véritables capitulards, ceux-ci tentent de caractériser la tactique actuelle de l'Opposition par cette formule : « Ni paix, ni guerre. » Par la « paix », ils entendent la capitulation ; par la « guerre » ils entendent deux partis. Mais les thèses de Zinoviev lui-même sur le bilan du plénum de juillet 1927, d'un bout à l'autre, sont imprégnées de cette pensée : Ni capitulation, ni deuxième parti. Telle fut toute la ligne suivie par l'Opposition.</p>
<p>Aux lâcheurs, il arrive toujours de cracher sur ce qu'ils ont fait la veille.</p>
<p>Aucun manuel n'enseigne les moyens de redresser une dictature prolétarienne placée sous le coup de Thermidor. Il faut chercher la méthode en partant de la situation réelle. Ces moyens seront trouvés si l'orientation fondamentale est juste. Quelques conseils.</p>
<p>I. – L'auto-éducation théorique est une tâche essentielle pour chaque oppositionnel et l'unique gage sérieux de sa fermeté. L'étude du compte-rendu sténographique du 15e Congrès du parti à la lumière des contre-thèses de l'Opposition et des faits nouveaux de la vie politique et économique doit constituer le contenu principal du travail de tout oppositionnel dans la dispersion qui a succédé à la dissolution de la fraction.</p>
<p>II. – Un oppositionnel, indépendamment du fait qu'il demeure dans le parti ou en soit exclu, doit militer activement dans toutes les organisations prolétariennes et soviétiques en général (parti, syndicats, soviets, clubs, etc.). Étant donné cela, un oppositionnel ne peut, en aucun cas, limiter son rôle à la critique ; il doit accomplir le travail positif mieux et plus consciencieusement que les fonctionnaires salariés. C'est seulement sur cette base que la critique faite du point de vue des principes trouvera accès dans la conscience des masses.</p>
<p>III. – Il est nécessaire d'en appeler à l'Internationale pour chercher à poser devant le 16e Congrès la question de l'Opposition dans toute sa plénitude.</p></div>
La guerre des paysans en Chine sous l'égide du stalinien Mao
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9084
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90842026-07-08T22:01:00Ztext/htmlfrRobert ParisChine China1936PaysansStalinisme19401933
<p>La guerre des paysans en Chine sous l'égide du stalinien Mao <br class='autobr' />
Trotsky <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm <br class='autobr' />
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589 <br class='autobr' />
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419 <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm <br class='autobr' />
Harold Isaacs <br class='autobr' />
https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot23" rel="tag">Chine China</a>,
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot104" rel="tag">1940</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag">1933</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La guerre des paysans en Chine sous l'égide du stalinien Mao</h2>
<p>Trotsky</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm</a></p>
<p>Harold Isaacs</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm</a></p>
<p>CLR James</p>
<p><a href="https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article6584&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article6584&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Grandizo Munis</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve131" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve131</a></p>
<p>Frank Glass</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1935/12/minutes.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1935/12/minutes.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Li Fu-jen</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1936/05/dark.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1936/05/dark.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/09/defense.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/09/defense.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/10/frameup.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/10/frameup.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Lucifer</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/11/newline.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/11/newline.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Verre Franck</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1938/01/clchina.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1938/01/clchina.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Tony Cliff</p>
<p><a href="https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article4468&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article4468&_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Loren Goldner</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7108" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7108</a></p>
<p>Robert Paris</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1602" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1602</a></p></div>
Iakov Blumkine a été assassiné par Staline
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9637
https://www.matierevolution.org/spip.php?article96372026-06-21T22:01:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeTrotskisme
<p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine. <br class='autobr' />
Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu'à présent, n'ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu'il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine.</p>
<p>Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de gauche contre les représailles de Staline n'entre pas dans la sphère de ses intérêts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermeté pour dénoncer les crimes staliniens.</p>
<p>Dans le dernier numéro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels supplémentaires avaient été fusillés, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question revêt-elle une importance exceptionnelle : seule la publicité autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arrêter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks révolutionnaires.</p>
<p>L'ex-communiste Souvarine a volé au secours de Staline, prétendant que Blumkine aurait soi-disant exécuté dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence même du G.P.U. lui dicte d'exécuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.</p>
<p>Souvarine en conclut que "dans la treizième année de la révolution", il faut supprimer le G.P.U.</p>
<p>Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un débat théorique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter à la déclaration suivante.</p>
<p>Le camarade Blumkine n'a jamais exécuté et, du fait même du caractère de son travail, n'aurait jamais pu exécuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a passé le plus gros de la dernière période en Extrême-Orient, principalement en Mongolie.</p>
<p>L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'armée d'avoir d'autres opinions que celles du comité central aujourd'hui, équivaut à priver des droits de parti élémentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.</p>
<p>Seuls des bureaucrates staliniens pourraient défendre une mesure aussi abjecte.</p>
<p>Le G.P.U. est un organe d'autodéfense de la dictature du prolétariat. Dans la mesure où la révolution d'Octobre, même dans sa treizième année, est entourée d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer à de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'être une dictature.</p>
<p>Seuls des libéraux ou des social-démocrates en train de devenir libéraux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de répression sont-elles adoptées ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacité révolutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.</p>
<p>Le meurtre de Blumkine et, en général, les actes de répression contre l'opposition léniniste affaiblissent l'avant-garde révolutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - lâche et traÎtre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prolétariat.</p>
<p>Que nos amis et nos ennemis le sachent.</p>
<p>Léon Trotsky</p>
<p> Note tirée des Écrits de Léon Trotsky :</p>
<p> « Jakob Blumkin fusillé par les staliniens. » Biulleten Oppozitsii , numéro 9, février-mars 1930. Non signé. Traduit pour ce volume par Jim Burnett. Des extraits de cet article, datés du lendemain, signés par Trotsky et réécrits à la première personne sous forme de lettre à Alfred Rosmer, ont été traduits dans The Militant , le 1er mars 1930, sous le titre « L'opposition au service de la révolution bolchevique ».</p>
<p>Il ne reste plus aucun doute, même pour ceux qui ne voulaient pas le croire : Blumkin a été fusillé sous l'accusation d'avoir rendu visite à Trotsky à Constantinople et d'avoir eu une conversation avec lui sur la situation du parti et les tâches de l'Opposition. [ 1 ]</p>
<p>Blumkin a été fusillé – sur décision du GPU. [ 2 ] Cela n'a pu se produire que parce que le GPU était devenu l'instrument personnel de Staline . Pendant les années de guerre civile, la Tchéka a accompli un travail macabre. Mais elle le faisait sous le contrôle du parti. Des centaines de fois, des protestations, des déclarations et des demandes d'explications ont fusé de l'intérieur du parti. À la tête de la Tchéka se trouvait Dzerjinski, [ 3 ] un homme d'une autorité morale exceptionnelle. Il recevait des ordres du Politburo, [ 4 ] dont les membres connaissaient ses opinions personnelles sur tous les sujets et soutenaient ses positions. Tout cela garantissait que la Tchéka était une arme de la dictature révolutionnaire. À présent, le parti est étranglé. Avec l'exécution de Blumkin, des milliers, voire des dizaines de milliers de membres du parti, se terrent, murmurant des horreurs. À la tête du GPU se trouve Menjinski, non pas un homme, mais son ombre. [ 5 ] Au sein du GPU, le rôle principal est joué par Yagoda, [ 6 ] un carriériste méprisable qui a lié son destin à Staline et qui est prêt à exécuter tous les ordres qu'on lui donne, sans réfléchir ni poser de questions. Le Politburo n'existe pas. Boukharine a déjà affirmé que Staline tenait les membres du prétendu Politburo entre ses mains, [ 7 ] grâce à des documents collectés par le GPU. Dans ces conditions, l'exécution de Blumkine relevait de la responsabilité personnelle de Staline.</p>
<p>Ce crime inouï n'aurait pu passer inaperçu, même dans le contexte actuel d'un appareil tout-puissant. Staline n'aurait pu être insensible à cette situation auparavant ; et le fait que, malgré toutes les précautions prises, il ait décidé de faire assassiner Blumkin témoigne de la profonde crainte que cet homme nourrissait de l'Opposition de gauche. Il n'y a aucun doute : Blumkin a été victime d'un assassinat pour payer le fait qu'une infime minorité de l'Opposition ait suivi Radek [ 8 ] et les autres capitulants, au moment même où l'Opposition à l'étranger remportait d'importants succès idéologiques et organisationnels dans plusieurs pays.</p>
<p>En faisant exécuter Blumkine, Staline entend avertir l'opposition bolchevique-léniniste internationale qu'il détient à l'intérieur du pays des centaines, voire des milliers d'otages prêts à payer de leur vie pour les succès du bolchevisme authentique sur la scène mondiale. Autrement dit, après les exclusions du parti, la perte d'emploi, la famine qui accable les familles, l'emprisonnement, le bannissement et l'exil, Staline tente d'intimider les derniers membres de l'opposition encore sous son contrôle par la méthode du « fusillage ».</p>
<p>On peut l'affirmer avec certitude : les résultats démontreront exactement le contraire des objectifs que Staline s'est fixés. La progression d'un courant idéologique historiquement progressiste, agissant selon la logique du développement, ne sera ni intimidée ni réprimée.</p>
<p>Peu après l'insurrection des SR de gauche – alors qu'il n'avait que dix-huit ans, il lança une bombe à Mirbach [ 9 ] – Blumkin rejoignit les bolcheviks et joua un rôle héroïque dans la guerre civile. Peu après, il travailla au secrétariat militaire de Trotsky. Par la suite, il travailla principalement pour le GPU, mais aussi pour l'armée et le parti. Il accomplit des missions à haute responsabilité. Son dévouement à la Révolution d'Octobre et au parti était absolu.</p>
<p>Jusqu'à ses derniers instants, Blumkin s'est consacré à des fonctions soviétiques importantes. Comment pouvait-il y rester, étant de l'opposition ? Cela tient à la nature même de son travail, qui revêtait un caractère tout à fait individuel. Blumkin n'avait rien – ou presque rien – à voir avec les cellules du parti ou les discussions sur les problèmes du parti, etc. Mais cela ne signifiait pas qu'il dissimulait ses opinions. Au contraire, à Menjinski et à Trilisser [ 10 ] – ancien chef de la section étrangère du GPU –, Blumkin a déclaré que ses sympathies allaient à l'opposition, mais qu'il allait de soi qu'il était prêt – comme tout opposant – à accomplir son devoir en faveur de la défense de la Révolution d'Octobre. Menjinski et Trilisser considéraient Blumkin comme irremplaçable, et ils ne se trompaient pas. Ils l'ont maintenu dans ses fonctions, qu'il a poursuivies jusqu'à la fin.</p>
<p>Blumkin a bel et bien cherché à rencontrer le camarade Trotsky à Constantinople. Comme mentionné précédemment, Blumkin était étroitement lié à Trotsky, ayant travaillé dans son secrétariat. Il avait notamment préparé l'un des ouvrages militaires du camarade Trotsky (dont la préface fait mention). Blumkin a donc cherché à rencontrer Trotsky à Constantinople pour connaître son analyse de la situation et vérifier s'il agissait correctement en restant au service d'un gouvernement qui déportait, exilait et emprisonnait ses plus proches compagnons de pensée. Le camarade Trotsky lui a répondu qu'il agissait bien sûr parfaitement correctement en accomplissant son devoir révolutionnaire – non pas envers le gouvernement stalinien, qui avait usurpé les droits du parti, mais envers la Révolution d'Octobre.</p>
<p>Dans un article de Yaroslavsky [ 11 ], il est fait mention d'une conversation, durant l'été, entre le camarade Trotsky et un visiteur, au cours de laquelle ce dernier aurait prédit la fin rapide et inévitable du pouvoir soviétique. Il va sans dire que ce flagorneur méprisable ment. Mais, à la lumière de ces propos, nous estimons que cette remarque se rapporte à la conversation du camarade Trotsky avec Blumkin. Interrogé par Blumkin sur le lien entre son travail et son adhésion à l'Opposition, le camarade Trotsky lui répondit, entre autres, que son exil à l'étranger, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne modifiait en rien notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger, les Oppositionnistes seraient aux premières loges ; qu'à l'heure où Staline rencontrerait des difficultés, ce dernier ferait appel à eux, comme Tseretelli avait fait appel aux bolcheviks contre Kornilov. [ 12 ] À ce propos, il ajouta : « Pourvu qu'il ne soit pas trop tard pour aider. » Après son arrestation, Blumkin présenta évidemment cette conversation comme preuve de la sincérité des sentiments et des intentions de l'Opposition. Il ne faut pas oublier que le camarade Trotsky fut exilé, accusé de préparer un soulèvement armé contre le pouvoir soviétique. Par l'intermédiaire de Blumkin, une lettre d'information destinée aux sympathisants parvint à Moscou. On y lisait essentiellement les idées exposées dans plusieurs articles de Trotsky : la répression stalinienne à notre encontre ne signifiait pas pour autant une trahison de la nature de classe de l'État, mais seulement qu'elle préparait et facilitait une telle trahison ; notre voie, comme auparavant, demeure celle de la réforme, et non celle de la révolution ; il faut s'attendre à une lutte acharnée pour nos idées pendant encore longtemps.</p>
<p>On a ensuite appris que Blumkin avait été arrêté et que la lettre envoyée par son intermédiaire était parvenue entre les mains de Staline.</p>
<p>Blumkin n'a pas été fusillé en 1918 pour avoir participé à une insurrection armée contre le pouvoir soviétique, mais il l'a été en 1929 pour avoir servi avec abnégation la cause de la Révolution d'Octobre, se démarquant toutefois sur des questions importantes de la faction stalinienne, et pour avoir considéré comme son devoir de diffuser les idées des bolcheviks-léninistes (Opposition).</p>
<p>Il est tout à fait possible que Staline tente d'utiliser une variante pernicieuse, dans le style associé à l'« officier Wrangel » [ 13 ] – préparant un soulèvement armé ou des actes terroristes. Nous devons nous préparer à ce genre d'abjection. Une telle explication, cependant, n'aura guère d'effets significatifs. D'une manière générale, elle rappelle trop les méthodes policières bonapartistes [ 14 ] et, en particulier, dans sa lutte contre l'Opposition, Staline a déjà, de fait, épuisé toutes ses ressources. Il est inutile de rappeler que la position de principe adoptée par Blumkine en notre nom à tous excluait de sa part toute forme de lutte aventuriste.</p>
<p> Blumkin (1899-1929) était un terroriste social-révolutionnaire de gauche devenu communiste et fonctionnaire du GPU. Il travailla un temps au secrétariat de Trotsky, où il participa à l'édition du premier tome de son ouvrage * Comment la révolution s'est armée* . Il fut le premier sympathisant russe de l'Opposition de gauche à rendre visite à Trotsky en exil en Turquie. Portant une lettre de Trotsky à l'Opposition, il fut dénoncé au GPU et fusillé en décembre 1929. Léon Trotsky (1879-1940) devint révolutionnaire en 1896 et collaborateur de Lénine sur le projet Iskra en 1902. Il rompit avec Lénine l'année suivante en raison de désaccords sur la nature du parti révolutionnaire et se rallia aux mencheviks. Il rompit de nouveau avec eux l'année suivante et tenta, durant la décennie qui suivit, de réunir les factions. Lors de la révolution de 1905, il dirigea le Soviet de Saint-Pétersbourg et développa la théorie de la révolution permanente. En 1915, il rédigea le Manifeste Zimmerwald contre la guerre. Il adhéra au Parti bolchevique en 1917, fut élu à son Comité central et organisa l'insurrection qui rendit possible la création du nouvel État soviétique. Son premier poste au sein du gouvernement fut celui de commissaire aux Affaires étrangères. Puis, en tant que commissaire à la Guerre, il organisa l'Armée rouge et la mena à la victoire après trois années de guerre civile et d'intervention impérialiste. Il fonda l'Opposition de gauche en 1923 et lutta pendant la décennie suivante pour ramener l'Union soviétique et le Komintern à l'internationalisme léniniste et à la démocratie prolétarienne. Vaincu par la faction stalinienne, il fut exclu du Parti communiste et du Komintern, et exilé en Turquie en 1929. En 1933, il cessa ses efforts pour réformer le Komintern et appela à la création d'une nouvelle Internationale. Il considérait son travail au sein de la Quatrième Internationale comme le plus important de sa carrière. Le nom de Constantinople a été officiellement changé en Istanbul en 1930, mais beaucoup de gens ont continué à utiliser l'ancien nom pendant un certain temps après.</p>
<p> GPU était l'un des noms abrégés de la police politique soviétique ; d'autres noms étaient Cheka, NKVD, MVD, KGB, etc., mais GPU est souvent utilisé à leur place.</p>
<p> Félix Dzerjinski (1877-1926), fondateur du Parti social-démocrate polonais, participa activement aux mouvements révolutionnaires polonais et russe. Après la révolution russe, il dirigea la Tchéka dès sa création en décembre 1917, puis le Conseil suprême de l'économie nationale à partir de 1924.</p>
<p> Sous Lénine, le Politburo était un organe subordonné au Comité central du Parti communiste russe. Le premier Politburo, élu en 1919, était composé de Lénine, Trotsky, Kamenev, Krestinsky et Staline. Après le XVIe Congrès, alors que le Comité central et le Politburo étaient devenus des chambres d'enregistrement des décisions de Staline, le Politburo comprenait Staline, Kaganovitch, Kalinine, Kirov, Kosior, Kouïbychev, Molotov, Roudzoutak, Rykov et Vorochilov. En décembre 1930, Rykov fut destitué et remplacé par Ordjonikidze.</p>
<p> Vyacheslav Menzhinsky (1874-1934) a succédé à Dzerzhinsky à la tête de la police secrète soviétique en 1926, mais il n'en était que nominalement responsable.</p>
<p> Henry Yagoda (1891-1938) était le principal lieutenant de Staline au sein du GPU. Après avoir supervisé l'organisation du procès de Moscou de 1936, il fut lui-même jugé en 1938, reconnu coupable et exécuté.</p>
<p> Boukharine (1888-1938), président du Komintern de 1926 à 1929, était un vieux bolchevik représentant l'aile droite du Parti communiste, allié à Staline contre l'aile gauche. La répression stalinienne contre les dirigeants de l'Opposition de droite débuta peu après l'expulsion de l'Opposition de gauche par le XVe Congrès, fin 1927 ; fin 1929, ces dirigeants capitulèrent face à Staline. Boukharine dénonça la mainmise de Staline sur le Politburo en 1929, quelques mois avant d'en être destitué. Malgré sa capitulation, il fut exécuté à l'issue du troisième procès de Moscou.</p>
<p> Radek (1885-1939) fut un révolutionnaire de premier plan en Pologne et en Allemagne avant la Première Guerre mondiale, et un dirigeant du Komintern. Figure de proue de l'opposition de gauche, il fut l'un des premiers à capituler face à Staline après son expulsion et sa déportation. Réintégré au parti en 1930, il travailla comme propagandiste pour Staline jusqu'à son arrestation lors du second procès de Moscou, où il fut condamné à dix ans de prison.</p>
<p> Les SR de gauche étaient une faction dissidente du Parti social-révolutionnaire (SR) en 1917. Ils participèrent brièvement à une coalition avec les bolcheviks au sein du nouveau gouvernement soviétique, mais rejoignirent rapidement l'opposition « par la gauche ». Ils organisèrent une insurrection contre le gouvernement soviétique en 1918, après que celui-ci eut voté l'acceptation des conditions allemandes pour la fin de la guerre. Mirbach (1871-1918), nommé ambassadeur d'Allemagne à Moscou en avril 1918, fut assassiné en juillet par les SR de gauche, qui souhaitaient faire échouer le traité de paix de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la république soviétique.</p>
<p> M.A. Trilisser , un vieux bolchevik, était un fonctionnaire du GPU et fut promu à la tête d'une section spéciale du Komintern en 1935, dont la fonction était d'épurer le Komintern. Il disparut lors des purges de 1937-1938.</p>
<p> Emelyan Yaroslavsky (1878-1943) était un spécialiste stalinien de premier plan dans l'extirpation du « trotskisme », ce qui, cependant, ne l'a pas empêché de tomber en disgrâce en 1931-32 lorsqu'il n'a pas réussi à suivre le rythme exigé par Staline dans la réécriture de l'histoire soviétique.</p>
<p> Iraklii Tseretelli (1882-1959) était un ministre menchevik du gouvernement provisoire de coalition, de mars à août 1917. Bien que ce gouvernement ait persécuté et emprisonné les bolcheviks, il les a appelés à aider à combattre et à vaincre la poussée contre-révolutionnaire contre le gouvernement provisoire menée par son propre commandant en chef, le général tsariste Lavr G. Kornilov (1870-1918).</p>
<p> le GPU tenta de discréditer l'Opposition de gauche en prétendant qu'un « officier Wrangel » cherchait à entrer en contact avec ses membres. Piotr N. Wrangel (1878-1928) était un général de la Garde blanche qui avait combattu pour renverser les Soviets pendant la guerre civile. Cette tentative de présenter les opposants comme des collaborateurs des contre-révolutionnaires se retourna contre le GPU, contraint d'admettre que le prétendu officier Wrangel était en réalité un agent du GPU.</p>
<p> bonapartisme est un terme marxiste désignant une dictature ou un régime présentant certaines caractéristiques d'une dictature, en période de fragilité de la domination de classe ; il repose sur l'armée, la police et la bureaucratie d'État, plutôt que sur des partis parlementaires ou un mouvement de masse. Dans les années 1930, Trotsky distinguait deux types de bonapartisme : bourgeois et soviétique. Ses écrits les plus importants sur le bonapartisme bourgeois (qu'il distinguait du fascisme) se trouvent dans *La Lutte contre le fascisme en Allemagne* (Pathfinder Press, 1971). Sa conception du bonapartisme soviétique trouve sa forme définitive dans son essai « L'État ouvrier, Thermidor et le bonapartisme », *Écrits*, p. 34-35 .</p>
<p><a href="https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Victor Serge :</p>
<p>Notre camarade Iakov Gregorievitch Blumkine fut assassiné – fusillé – en décembre 1929. Nous veillerons à ce que cette puissante figure de combattant ne soit pas oubliée. Il avait eu une vie épique. Terroriste socialiste-révolutionnaire de gauche, il avait exécuté, par ordre de son parti, en 1918, le comte Mirbach, ambassadeur d'Allemagne à Moscou. Passé un peu plus tard au parti communiste, il avait rempli les missions les plus périlleuses en Ukraïne et en était revenu couvert de blessures. En Perse, au début de 1919, il avait dirigé la tentative révolutionnaire de Koutchouk Khan dans le Ghilan. Plus tard, organisateur de l'armée de la République de Mongolie, collaborateur des Izvestia dans laquelle il donnait des articles remarqués sur Joffre et Foch, chargé de missions secrètes aux Indes, en Egypte, à Constantinople…. Il vit là Trotski banni et s'offrit à transmettre un message de lui à des camarades de Moscou. (Cette lettre exposait les tendances de l'opposition à l'étranger et demandait que l'on tentât de diffuser en Russie le Bulletin édité à Paris. Trahi à son retour à Moscou, il eut un entretien avec Radek qui, d'après mes renseignements personnels, lui aurait conseillé de se rendre chez Ordjonikidzé, « le seul homme qui pourrait te sauver, car le Géorgien (Staline) ne te manquera pas… » Blumkine, de chez Radek, téléphona à Ordjonikidzé, prit rendez-vous avec lui au Kremlin. Mais les téléphones étaient surveillés, il fut arrêté en sortant et bientôt fusillé sur l'ordre personnel de Staline. Il avait vécu courageusement, il mourut de même.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380</a></p>
<p>Lire aussi</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p>
<p><a href="https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov</a></p></div>
Appel des déportés à l'Internationale communiste en 1928
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9047
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90472026-05-08T22:28:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussieTrotskyStalinisme
<p>Appel des déportés à l'Internationale communiste <br class='autobr' />
Trotsky <br class='autobr' />
13 janvier 1928 <br class='autobr' />
Nous soussignés, exclus des rangs du parti communiste de l'Union soviétique avant le XV° congrès de ce parti ou par décision de ce congrès, avons estimé nécessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion auprès de l'organe suprême du mouvement communiste international, à savoir le VI° congrès du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur résolution du comité central du (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Appel des déportés à l'Internationale communiste</h2>
<p>Trotsky</p>
<p>13 janvier 1928</p>
<p>Nous soussignés, exclus des rangs du parti communiste de l'Union soviétique avant le XV° congrès de ce parti ou par décision de ce congrès, avons estimé nécessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion auprès de l'organe suprême du mouvement communiste international, à savoir le VI° congrès du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur résolution du comité central du parti), nous, vieux‑bolcheviks, sommes exilés dans les régions les plus éloignées d'Union soviétique sans qu'aucune accusation soit portée contre nous, dans le but unique d'empêcher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par conséquent, avec le VI° congrès mondial. Nous estimons donc nécessaire, à la veille de notre départ forcé vers des régions lointaines de l'Union, d'adresser la déclaration présente au présidium du comité exécutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter à la connaissance des comités centraux de tous les partis communistes.</p>
<p> Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est‑à-dire pour « propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir soviétique ou pour commettre des actes individuels contre-révolutionnaires ».<br class='autobr' /> Avec un calme dédain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article à des dizaines de bolcheviks‑léninistes qui ont beaucoup fait pour établir, défendre et consolider le pouvoir soviétique dans le passé et, qui, à l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces à défendre la dictature du prolétariat.<br class='autobr' /> La déportation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la chaîne des événements qui ébranlent le P.C. soviétique. Ces événements auront une importance historique immense pour une série d'années. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement révolutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener à sa perte la dictature du prolétariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se déroule dans le dos de l'I.C. ; celle-ci n'y participe pas, elle l'ignore même. Les documents principaux de l'Opposition consacrés aux grandes questions de notre époque continuent à être inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours placés devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des décisions adoptées d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du régime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout entière.<br class='autobr' /> L'âpreté exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amené notre exclusion de celui‑ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse être invoqué pour le motiver), trouve précisément sa cause dans notre aspiration à faire connaître notre point de vue au parti et à l'I.C. Tant que Lénine était là, une telle activité était considérée comme normale et logique Les discussions se développaient à cette époque sur la base de la publication et de l'examen intégral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel régime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit être. La lutte pour le pouvoir du prolétariat international contre la bourgeoisie, extrêmement puissante, est encore entièrement devant lui. Cette lutte présuppose, du côté des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorité morale, et capable d'agir par elle-même. Une telle direction ne peut être créée qu'au cours de nombreuses années, en sélectionnant les représentants les plus fermes, les plus aptes à déterminer leur action d'une façon autonome, les plus conséquents, les plus vaillants de l'avant‑garde du prolétariat. Dans l'exécution de leur tâche, des fonctionnaires, même les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la Révolution. La victoire de la révolution prolétarienne en Europe et dans le monde entier dépend, dans une très large mesure, de la solution du problème de la direction révolutionnaire. Le régime intérieur de l'I.C. empêche de choisir et d'éduquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de façon éclatante par l'attitude des partis communistes étrangers en présence des procédures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement lié au destin de l'I.C.<br class='autobr' /> Nous, Oppositionnels, nous avons brisé les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons été dépouillés illégalement de la possibilité d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue à la connaissance du congrès, nous avons été contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'État. Pour réfuter devant la classe ouvrière la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative à notre prétendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre‑révolution en général, nous avons arboré, à la manifestation du X° anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :</p>
<p> « Feu à droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! »</p>
<p> « Réalisons les dernières volontés de Lénine ! »</p>
<p> « Pour une véritable démocratie dans le Parti ! »</p>
<p> Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent déclarés non seulement hostiles au parti, mais contre‑révolutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre également, dans l'avenir, à des tentatives de créer de toutes pièces de prétendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus éloignés que quiconque.<br class='autobr' /> Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous déporter.<br class='autobr' /> Dans la déclaration que nous avons adressée au XV° congrès, signée des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annoncé notre soumission aux décisions du XV° congrès et notre détermination à cesser le travail fractionnel. Néanmoins, on nous a exclus et l'on nous déporte à cause de nos opinions. Mais, par‑dessus tout, nous avons déclaré, et nous répétons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprimées dans nos thèses et dans notre plate‑forme, car le cours des événements confirme leur justesse.<br class='autobr' /> La théorie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit inéluctablement à séparer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la révolution prolétarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine théorique et politique, les fondements même de l'internationalisme prolétarien. La lutte contre cette nouvelle théorie foncièrement anti‑marxiste, inventée en 1925 ‑ c'est‑à‑dire notre lutte pour les intérêts fondamentaux de l'I.C.‑ c'est ce qui a amené notre exclusion du parti et notre déportation administrative.<br class='autobr' /> La révision du marxisme et du léninisme, dans la question fondamentale du caractère international de la révolution prolétarienne, provient du fait que la période de 1923 à aujourd'hui a été marquée par de dures défaites de la révolution prolétarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces défaites ont créé à elles seules la possibilité de ce qu'on a nommé la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolidé provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforcée de celle‑ci sur l'U.R.S.S., ces défaites ont ralenti l'allure de l'édification socialiste ; elles ont renforcé les positions de notre bourgeoisie à l'intérieur ; elles ont donné à celle‑ci la possibilité de se lier plus fortement à beaucoup d'éléments de l'appareil d'État soviétique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit à l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces mêmes années, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-démocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite à l'intérieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvrière, a subi des défaites en même temps que s'affaiblissaient les positions de la révolution prolétarienne mondiale.<br class='autobr' /> Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilité d'apprécier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a déjà émis son jugement sans ambiguïté. Tous les journaux bourgeois plus ou moins sérieux, dans tous les pays, considèrent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorité actuellement dirigeante comme une transition nécessaire à l'U.R.S.S. vers le monde « civilisé », c'est‑à‑dire capitaliste.<br class='autobr' /> Le présidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprimées par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte intérieure du P.C.R., afin de permettre au VI° congrès la possibilité de tirer les conclusions politiques nécessaires sur cette question primordiale.<br class='autobr' /> L'issue et les leçons de la révolution chinoise, révolution qui constitue un des plus grands événements de l'histoire mondiale, ont été tenus dans l'obscurité, écartés de la discussion, et n'ont pas été assimilés par l'opinion publique de l'avant‑garde prolétarienne. En réalité, le comité central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives à la révolution chinoise. Mais, sans l'étude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de concevoir dans l'avenir la préparation révolutionnaire des partis prolétariens d'Europe et d'Asie !<br class='autobr' /> Indépendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilité immédiate de la direction des événements de décembre à Canton [3] , ces événements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague révolutionnaire. Dans une période révolutionnaire, une déviation vers l'opportunisme est souvent le résultat de défaites dont la cause immédiate réside dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tiré préalablement les leçons de l'expérience de l'insurrection de Canton, en corrélation avec la marche d'ensemble de la révolution chinoise. C'est là une des tâches essentielles du VI° congrès mondial. Les mesures de répression prises contre l'aile gauche, non seulement ne répareront pas les fautes déjà commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien à personne.<br class='autobr' /> La contradiction la plus flagrante et la plus menaçante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout entière est constituée par le fait suivant : après quatre années de processus de stabilisation équivalant à un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue à être, comme auparavant, surtout dirigé contre la Gauche. Dans la période qui vient de s'écouler, nous avons été témoins de fautes et de déviations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre‑temps, l'aile gauche de l'I.C. a été l'objet d'un travail d'anéantissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvrières d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inhérentes au processus de stabilisation. Il est difficile de prédire à quelle allure se déroulera ce développement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les éléments de gauche prépare, pour le moment où s'aggravera la situation révolutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable à celle que nous avons connue ces dernières années en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut‑on exiger que des révolutionnaires, des léninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?<br class='autobr' /> Nous n'estimons pas nécessaire de réfuter à nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caractère prolétarien de notre Etat, la possibilité de l'édification socialiste, ou même la nécessité de la défense inconditionnelle de la dictature prolétarienne contre ses ennemis de classe de l'intérieur et de l'extérieur. Ce n'est pas là‑dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appréciation des dangers qui menacent la dictature du prolétariat, sur les méthodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les véritables et faux amis, les véritables et faux ennemis.<br class='autobr' /> Nous affirmons qu'au cours des dernières années, sous l'influence de causes intérieures et internationales, le rapport des forces s'est modifié d'une manière défavorable pour le prolétariat ; que la place tenue par lui dans l'économie, dans la vie politique, économique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de réaction thermidorienne se sont consolidées, et qu'en sous-estimant les dangers qui en découlent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacité, rend service aux classes non prolétariennes qui ont tendance à se renforcer et à se consolider aux dépens de la classe ouvrière. C'est de ce point de vue que nous nous plaçons pour juger notre déportation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant‑garde du prolétariat mondial portera sur cette question le même jugement que nous.<br class='autobr' /> Les représailles contre les Oppositionnels coïncident avec une nouvelle aggravation des difficultés économiques sans précédent dans les dernières années. La pénurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains après trois bonnes récoltes, la menace grandissante contre le système monétaire ‑ tout cela ralentit le développement des force productives, affaiblit évidemment les éléments socialistes de l'économie et empêche d'améliorer les conditions de vie du prolétariat et des paysans pauvres.<br class='autobr' /> Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le marché, les ouvriers repoussent inévitablement les tentatives de réviser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.<br class='autobr' /> Le G.P.U. assure que ces échecs colossaux du cours qui prévaut actuellement relèvent de la responsabilité criminelle des Oppositionnels exilés, dont le véritable crime a été de prédire à plusieurs reprises, au cours des dernières années, que toutes les difficultés actuelles seraient l'inévitable conséquence d'un cours économique erroné, et d'avoir réclamé à temps un changement de ce cours.<br class='autobr' /> La préparation du XV° congrès du parti ‑ convoqué après un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti ‑ a été elle-même une manifestation éclatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de répression gouvernementale. De son côté, sans délibération et en brusquant les débats, le XV° congrès a adopté une résolution selon laquelle les congrès se réuniront dorénavant tous les deux ans.<br class='autobr' /> Dans un pays de dictature prolétarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu nécessaire, dix ans après la révolution d'Octobre, d'arracher au parti son droit élémentaire de contrôler, au moins une fois par an, l'activité de ses organes et avant tout de son comité central.<br class='autobr' /> Même dans les conditions les plus défavorables créées par la guerre civile et par la famine, les congrès se réunissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti délibérait et décidait réellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'être maître de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant à considérer les congrès comme un mal nécessaire qu'on cherche à réduire au minimum ?<br class='autobr' /> Ces forces ne sont pas celles du prolétariat. Elles sont la résultante d'une pression étrangère à celui‑ci, exercée par son avant‑garde. Cette pression a conduit à l'exclusion de l'Opposition et à la déportation des Vieux-bolcheviks en Sibérie et dans d'autres pays perdus.<br class='autobr' /> Nous repoussons l'accusation d'aspirer à créer un nouveau parti. Nous disons par avance que les éléments d'un dit deuxième parti se rassemblent en réalité à l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prolétarien, au point de rencontre des éléments dégénérés de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propriétaires. Les pires représentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la révolution prolétarienne internationale, se groupent toujours davantage, créant ainsi des points d'appui pour un deuxième parti qui commence à se dessiner et qui, au cours de son développement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.<br class='autobr' /> L'accusation selon laquelle, nous, les défenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions à créer un deuxième parti, sert en réalité inconsciemment à couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prolétariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; tôt ou tard, un jour viendra où ces processus seront évidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succès de la résistance.<br class='autobr' /> Il faut préparer le VI° congrès de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congrès étaient préparés du temps de Lénine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la persécution des communistes coupables seulement d'avoir exercé leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congrès, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces à l'intérieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.<br class='autobr' /> Les questions litigieuses ne seront pas réglées par de nouvelles méthodes de répression. De telles mesures peuvent jouer un grand rôle positif lorsqu'elles servent à soutenir une ligne politique juste et à liquider plus facilement les groupements réactionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de répression révolutionnaires, et nous les avons appliquées à plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.<br class='autobr' /> Aussi ne pensons‑nous pas un seul instant à renoncer à ces mesures contre les ennemis du prolétariat. Mais nous nous souvenons avec fermeté que la répression dirigée par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeurée impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est décisive.<br class='autobr' /> Pour nous, soldats de la révolution, compagnons d'armes de Lénine, notre déportation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la dérive opportuniste de la direction. En dépit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir soviétique est encore le prolétariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement décisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs déjà commises, par de profondes réformes, sans un nouveau soulèvement révolutionnaire, de renforcer et de consolider le système de la dictature prolétarienne. Cette possibilité peut devenir réalité si l'Internationale communiste intervient de façon décisive.<br class='autobr' /> Nous en appelons à tous les partis communistes et au VI° congrès de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de Lénine n'a jamais paru plus prophétique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des événements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont été commises. Nous soumettant à la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore nécessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'à l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.</p>
<p>C'est sur la base de tout ce qui vient d'être dit que nous demandons instamment au VI° congrès de l'Internationale communiste de nous réintégrer dans le parti.</p>
<p>Signatures : M . Alsky ‑ A. Beloborodov ‑ A. Ichtchenko - L. Trotsky ‑ K. Radek ‑ Kh. Rakovsky ‑ E. A. Préobrajensky ‑ I. N. Smirnov ‑ L. Sérébriakov ‑ I. Smilga - L Sosnovsky ‑ N. I. Mouralov ‑ G. Valentinov - Nevelson-Man ‑ V. Eltsine ‑ V. Vaganian ‑ V. Maliouta ‑ V. Kasparova ‑S. Kavtaradzé ‑ Vilenskij (Sibiriakov).</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Piotr N. Wrangel (1878‑1928), général du tsar, avait été le dernier chef de l'armée blanche avec le soutien du gouvernement français en 1920. L'épisode de « l'officier de Wrangel » s'était produit l'année précédente. Un individu prétendant se nommer Stroilov s'était présenté aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate‑forme de cette dernière. Le G.P.U. « révéla » que Stroilov ‑ qui ne fut pas officiellement « retrouvé » ‑ était un ancien officier de l'armée Wrangel. Mais l'Opposition démontre sans réplique que cet ancien officier de Wrangel était aussi agent du G.P.U. en service.<br class='autobr' />
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait été en réalité le célèbre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis décapita les organisations d'émigrés blancs et construisit le Trust. (cf. P. Broué, « La Main-d'œuvre blanche de Staline », Cahiers Léon Trotsky n° 24).</p>
<p>[2] Trotsky fait allusion ici à différentes défaites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilité des dirigeants de Moscou était engagée différemment. En Allemagne, après s'être décidé très tard à admettre l'existence d'une situation révolutionnaire, après avoir contribué à freiner les masses par une politique de « grand soir », l'I.C. avait sous‑estimé l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation à l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait préparer un putsch qui fut réprimé dans le sang ; la Lettonie fut aussi le théâtre d'une insurrection manquée en 1925 ; en 1926, la grève générale britannique fut écrasée sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jugé bon de rompre les relations au sein d'un comité syndical anglo‑russe avec les dirigeants réformistes qui cautionnaient et avaient la responsabilité de cet écrasement ; en Chine, Tchiang Kaï‑chek avait massacré les communistes à partir du « coup de Shanghai » et les forces du gouvernement chrétien social de Vienne avaient mitraillé en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.</p>
<p>[3] Après avoir porté pendant des mois la responsabilité de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Kaï‑chek, et, après le début de la répression de celui-ci, après avoir continué cette politique avec ce qu'elle appelait « le Guomindang de gauche », la direction Staline‑Boukharine avait fait un brutal virage à gauche, sans doute dans la perspective du XV° congrès et pour étouffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son « gauchisme » avait revêtu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 décembre 1927 au nom d'un « soviet de Canton » désigné par l'appareil. L'insurrection, privée du soutien populaire par sa conception même, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une répression féroce. Trotsky nuancera plus tard son appréciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Préobrajensky.</p></div>